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Détail
Liste
6451
p. 169-173
Momus fabuliste représenté à la Cour. [titre d'après la table]
Début :
On a continué sur le Théâtre de l'Opera Comique les représentations des Amours [...]
Mots clefs :
Pièce, Auteur, Momus, Fable, Opéra-Comique, Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : Momus fabuliste représenté à la Cour. [titre d'après la table]
On a continué fur le Théâtre de l'Opera
Comique les repréfentations des Amours
Grivois Vaudeville heureux , à qui les connoiffeurs
n'appliqueront pas cet hémiſtiche
d'Ovide materiam fuperabat Opus . L'Amour
au village qui a fuivi les Amours Grivois
n'a pas fuivi leur fortune.
Le Jeudi 19 Fevrier une nouvelle Parodie
de Théfée a diverti les Spectateurs. On
la dit d'un Auteur très-jeune ; il commen-
H
170 MERCURE DE FRANCE
ce avantageuſement fa carriere , &l'on peut
en attendre d'autres ouvrages dignes de l'approbation
publique .
Le Jeudi 4 Mars la Gageure Piéce d'un
acte eft venu confoler l'Auteur de l'Ile
d'Anticyre de fa difgrace en la partageant
fcrupuleufement avec lui . Ces deux Opera
Comiques ont eu chacun deux répréfentations.
Le Lundi 8 Mars on a rouvert les Jardins
de l'Hymen . Jardins où le Public ne s'eft
pas fouvent promené quoiqu'on lui en ait
fouvent offert l'entrée , & quoique la jeune
Actrice qui repréfente allégoriquement la
Rofe en ait la fraicheur & les agrémens ;.
l'Auteur qui a préſenté ce fujet au Théâtre
ne pourroit fe glorifier que de la forme , fi
les fleurs de fon jardin n'étoient pas cou
vertes de glaçons; on connoit le propriétaire
du fond qui certainement l'auroit mieux
cultivé.
Le Mercredi 17 Mars l'Opera Comique
a pris un nouveau Reſtaurant toujours d'un
acte ( car il n'eft pas pour les gros morceaux
) cette petite Piéce eft intitulée les
Temoins contr'eux- mêmes ; elle a paru pendant
les foires précedentes fous differens
titres. C'eft un fujet tiré des contes Arabes
qui a été traité il y a plus de vingt ans &
MARS 1745. 171
repréſenté par la troupe de l'Arlequin Simon
frere cadet de Francifque ; il étoit
alors intitulé les Coffres. Cette Piéce n'a pas
gagné à changer de nom.
Les Comédiens françois ont repréfenté le
même jour à Versailles par ordre précis de
la Cour Momus Fabulifte Comédie d'un acte
faite à l'occafion d'un volume de fables
nouvelles qui n'éprouverent pas le fort de
celles de la Fontaine . On a retranché dans
cette repriſe- ci tous les traits de critique
qui ont faifi les auditeurs de l'année 1719 ,
époque de la premiere repréfentation de
cette petite Piéce qui eut alors un ſuccès éclatant.
Elle a été repréſentée depuis avec la
même réuffite , & il paroît que la Cour a
confirmé les jugemens favorables qu'elle a
obtenus autrefois. L'Auteur non content
d'élaguer fa piece en a retranché quelques
fables pour en fubftituer de convenables au
tems & aux talens des Acteurs nouveaux.
Il a fatisfait le goût du Public en fourniſ
fant à Mlle . Gautier l'occafion de faire briller
fa voix & la fineffe méthodique de fon
chant ; il a contenté fon zéle en faifant la
fable du Lion. Quoique cette fable paroiffe
après le déluge poëtique qui a inondé la
France , on ofe avancer que c'eft un des premiersouvrages
que l'amour françois ait dicté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
des délais de Théatre font caufe qu'on ne
l'a pas vu dans fa naiffance , & qu'elle n'a
pas été debitée fur la fcene par l'Acteur
qui joue fi finement le rôle de Momus.
On ne donnera pas un long détail de Momus
fabulifte. C'eft une intrigue des plus
fimples. Jupiter veut marier Venus , & s'en
rapporter à fon choix ; il eft le rival fecret de
tous les Dieux qui foupirent pour elle ; prévenu
juftement contre la langue fatyriqu
de Momus , il lui deffend la médifance dans
un jour deftiné à la galanterie & jure de
punir du banniffement la moindre contravention
à fes ordres. Le Dieu mordant intimidé
par les ménaces de l'époux de Junon
cherche un expédient pour lui défobéir
fans éprouver fa vengeance , & il le trouve,
Ne nommons pas les Dieux , dit- il , mais em
pruntons hardiment pour eux les noms des
animaux , des hommes , tout cela est égal…….…
devenons fabulifte , puisqu'on me contraint de
l'être , je n'ai que cet expédient pour soulager
ma bile pour frander impunément la Loi
qu'on vient de me faire.
Après cette commode réfolution il fe pofte
judicieuſement dans l'avenue du Temple
du Deftin ou les prétendans à l'Hymen do
lamere des Amours doivent fe rendre, & là
ce Dieux malin les regale chacun en paffant
d'une fable cauftique , Tableau peu
MARS 1745 173
fateur de leurs caracteres . Nous ne donnerons
ici que celle qui termine la ſcene de
Mlle. Gautier , qui fous le nom de Canente
repréſente une chanteufequi fe pique de raf
fembler toutes les efpeces differentes de la
mufique. Cette fable eft une critique des
Amphions qui ne fçavent pas finir , & qui
laffent les oreilles qu'ils veulent délecter,
Comique les repréfentations des Amours
Grivois Vaudeville heureux , à qui les connoiffeurs
n'appliqueront pas cet hémiſtiche
d'Ovide materiam fuperabat Opus . L'Amour
au village qui a fuivi les Amours Grivois
n'a pas fuivi leur fortune.
Le Jeudi 19 Fevrier une nouvelle Parodie
de Théfée a diverti les Spectateurs. On
la dit d'un Auteur très-jeune ; il commen-
H
170 MERCURE DE FRANCE
ce avantageuſement fa carriere , &l'on peut
en attendre d'autres ouvrages dignes de l'approbation
publique .
Le Jeudi 4 Mars la Gageure Piéce d'un
acte eft venu confoler l'Auteur de l'Ile
d'Anticyre de fa difgrace en la partageant
fcrupuleufement avec lui . Ces deux Opera
Comiques ont eu chacun deux répréfentations.
Le Lundi 8 Mars on a rouvert les Jardins
de l'Hymen . Jardins où le Public ne s'eft
pas fouvent promené quoiqu'on lui en ait
fouvent offert l'entrée , & quoique la jeune
Actrice qui repréfente allégoriquement la
Rofe en ait la fraicheur & les agrémens ;.
l'Auteur qui a préſenté ce fujet au Théâtre
ne pourroit fe glorifier que de la forme , fi
les fleurs de fon jardin n'étoient pas cou
vertes de glaçons; on connoit le propriétaire
du fond qui certainement l'auroit mieux
cultivé.
Le Mercredi 17 Mars l'Opera Comique
a pris un nouveau Reſtaurant toujours d'un
acte ( car il n'eft pas pour les gros morceaux
) cette petite Piéce eft intitulée les
Temoins contr'eux- mêmes ; elle a paru pendant
les foires précedentes fous differens
titres. C'eft un fujet tiré des contes Arabes
qui a été traité il y a plus de vingt ans &
MARS 1745. 171
repréſenté par la troupe de l'Arlequin Simon
frere cadet de Francifque ; il étoit
alors intitulé les Coffres. Cette Piéce n'a pas
gagné à changer de nom.
Les Comédiens françois ont repréfenté le
même jour à Versailles par ordre précis de
la Cour Momus Fabulifte Comédie d'un acte
faite à l'occafion d'un volume de fables
nouvelles qui n'éprouverent pas le fort de
celles de la Fontaine . On a retranché dans
cette repriſe- ci tous les traits de critique
qui ont faifi les auditeurs de l'année 1719 ,
époque de la premiere repréfentation de
cette petite Piéce qui eut alors un ſuccès éclatant.
Elle a été repréſentée depuis avec la
même réuffite , & il paroît que la Cour a
confirmé les jugemens favorables qu'elle a
obtenus autrefois. L'Auteur non content
d'élaguer fa piece en a retranché quelques
fables pour en fubftituer de convenables au
tems & aux talens des Acteurs nouveaux.
Il a fatisfait le goût du Public en fourniſ
fant à Mlle . Gautier l'occafion de faire briller
fa voix & la fineffe méthodique de fon
chant ; il a contenté fon zéle en faifant la
fable du Lion. Quoique cette fable paroiffe
après le déluge poëtique qui a inondé la
France , on ofe avancer que c'eft un des premiersouvrages
que l'amour françois ait dicté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
des délais de Théatre font caufe qu'on ne
l'a pas vu dans fa naiffance , & qu'elle n'a
pas été debitée fur la fcene par l'Acteur
qui joue fi finement le rôle de Momus.
On ne donnera pas un long détail de Momus
fabulifte. C'eft une intrigue des plus
fimples. Jupiter veut marier Venus , & s'en
rapporter à fon choix ; il eft le rival fecret de
tous les Dieux qui foupirent pour elle ; prévenu
juftement contre la langue fatyriqu
de Momus , il lui deffend la médifance dans
un jour deftiné à la galanterie & jure de
punir du banniffement la moindre contravention
à fes ordres. Le Dieu mordant intimidé
par les ménaces de l'époux de Junon
cherche un expédient pour lui défobéir
fans éprouver fa vengeance , & il le trouve,
Ne nommons pas les Dieux , dit- il , mais em
pruntons hardiment pour eux les noms des
animaux , des hommes , tout cela est égal…….…
devenons fabulifte , puisqu'on me contraint de
l'être , je n'ai que cet expédient pour soulager
ma bile pour frander impunément la Loi
qu'on vient de me faire.
Après cette commode réfolution il fe pofte
judicieuſement dans l'avenue du Temple
du Deftin ou les prétendans à l'Hymen do
lamere des Amours doivent fe rendre, & là
ce Dieux malin les regale chacun en paffant
d'une fable cauftique , Tableau peu
MARS 1745 173
fateur de leurs caracteres . Nous ne donnerons
ici que celle qui termine la ſcene de
Mlle. Gautier , qui fous le nom de Canente
repréſente une chanteufequi fe pique de raf
fembler toutes les efpeces differentes de la
mufique. Cette fable eft une critique des
Amphions qui ne fçavent pas finir , & qui
laffent les oreilles qu'ils veulent délecter,
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6452
p. 173-174
L'ELEVE de Comus. FABLE.
Début :
Du succulent Comus un éleve capable [...]
Mots clefs :
Comus, Cuisine, Abondance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ELEVE de Comus. FABLE.
L'ELEVE de Comus.
FABLE.
Du fucculent Comus un éleve capable
Dans la fcience de la Table
Raffembloit les talens de très bien fricaffer
Rotír & patiffer .
Chés les Apicius on citoit la fineffe
De fes ragouts ; jamais tant de délicateffe
N'avoit regné dans les feftins ;
Ses fauffes étoient dévorées ;
On fe bruloit les doigts pour tâter ſes entrées ;
Ses entremêts étoient divins ,
Enfin la nouvelle cuifine
Lui devoit fon éclat comme fon origine ;
Il avoit corrigé le Cuifinier François ,
Et pas un feul Traiteur ne faifoit à ſes Loix
D'argument ni de Commentaire.
Qu'il caufoit de réplétions !
H iij
ཝ 74
MERCURE
DE FRANCE
.
L'excès fuivoit toujours fa bonne chere ,
Et par des indigeftions
Il avoit fait crever plus de trente Gafcons.
On n'avoit dans fon Art qu'un reproche à lui faire ›
C'est qu'il prodiguoi trop les viandes dans les
mets ;
11 mettoit neufperdrix quand il en falloit quatre
Et fans jamais en rien rabattre
Il fervoit à trois fix Poulets .
Ce n'étoient pas les Clercs qui prenoient la licence
De critiquer cette abondance ,
C'étoit l'élite des Gourmets .
Ils avoient bien raifon; telle eft l'efpece humaine &
Elle ne peut goûter
De félicité pleine
Sans defirer ou regreter.
Son plaifir doit toujours être mêlé de peine ,
Et dès qu'il raffafie il ceffe de flater.
Cette Piéce fe vend chés la Veuve Piffotà
la croix d'or au bout du Pont neuf.
FABLE.
Du fucculent Comus un éleve capable
Dans la fcience de la Table
Raffembloit les talens de très bien fricaffer
Rotír & patiffer .
Chés les Apicius on citoit la fineffe
De fes ragouts ; jamais tant de délicateffe
N'avoit regné dans les feftins ;
Ses fauffes étoient dévorées ;
On fe bruloit les doigts pour tâter ſes entrées ;
Ses entremêts étoient divins ,
Enfin la nouvelle cuifine
Lui devoit fon éclat comme fon origine ;
Il avoit corrigé le Cuifinier François ,
Et pas un feul Traiteur ne faifoit à ſes Loix
D'argument ni de Commentaire.
Qu'il caufoit de réplétions !
H iij
ཝ 74
MERCURE
DE FRANCE
.
L'excès fuivoit toujours fa bonne chere ,
Et par des indigeftions
Il avoit fait crever plus de trente Gafcons.
On n'avoit dans fon Art qu'un reproche à lui faire ›
C'est qu'il prodiguoi trop les viandes dans les
mets ;
11 mettoit neufperdrix quand il en falloit quatre
Et fans jamais en rien rabattre
Il fervoit à trois fix Poulets .
Ce n'étoient pas les Clercs qui prenoient la licence
De critiquer cette abondance ,
C'étoit l'élite des Gourmets .
Ils avoient bien raifon; telle eft l'efpece humaine &
Elle ne peut goûter
De félicité pleine
Sans defirer ou regreter.
Son plaifir doit toujours être mêlé de peine ,
Et dès qu'il raffafie il ceffe de flater.
Cette Piéce fe vend chés la Veuve Piffotà
la croix d'or au bout du Pont neuf.
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6453
p. 174-176
FABLE sur la convalescence du Roi ajoutée dans Momus Fabuliste.
Début :
UN Lion des Lions l'Achille, le Titus, [...]
Mots clefs :
Lion, Chéri, Vertus, Peuple, Parnasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE sur la convalescence du Roi ajoutée dans Momus Fabuliste.
FABLE fur la convalefcence du Roi ajoutée
dans Momus Fabulifte .
UN Lion des Lions l'Achille , le Titus ,
Fameux par fes explois , chéri par fes vertus
Tomba malade au fein de la victoire
Accablé fous l'effort d'un mal inopiné
·
MARS 1745
175
Par l'arrêt de la Parque il fembloit condamné
A changer en cyprès les lauriers de la gloire ,
Quand le Ciel favorable aux plus finceres voeux
Lui rendant la fanté rendit fon peuple heureux,
Dans l'inftant le Lion ne vit dans fon Empire
Que folatrer les ris , que badiner les jeux.
Que de fêtes la joye infpire !
Les forêts on illumina ;
On gambada partout , partout on feftina ;
Le Parnaffe empreffé fe dépêcha d'écrire ;-
Froides Odes on fit qu'aux Caffés on prôna ,
Et le Peuple gratis chés Thalie alla rire ;
A l'honneur du Lion la lyre fredonna ,
Pour chanter fes vertus enfin on entonna
Jufqu'à la vielle de la foire ,
Et tout ce qui chanta ne chanta pas fans boire.
Ceciprouve affés clair qu'après de longs foupirs
La meſure des maux eft celle des plaiſirs ;
Les perils furmontés en redoublent les charmes ;
Quand le Lion fouffroit fon courage indompté
Par le Renard , le Singe, à l'envi fut vanté,
Leur efprit peignit leurs allarmes ,
Mais le Prince cheri ſe trouva plus flaté
Par le coeur des Moutons , leurs regrets , & leurs
larmes.
Ainfi des Orateurs quoique difent les voix ,
Quoique dife l'Art Poëtique ,
Hiiij
76 MERCURE DE FRANCE
L'amour des Peuples pour leur Rois
Fait bien mieux leur panégyrique.
On a donné cette piécefur le Théâtre de Paris
le Jeudi fuivant avec le mêmefuccès.
dans Momus Fabulifte .
UN Lion des Lions l'Achille , le Titus ,
Fameux par fes explois , chéri par fes vertus
Tomba malade au fein de la victoire
Accablé fous l'effort d'un mal inopiné
·
MARS 1745
175
Par l'arrêt de la Parque il fembloit condamné
A changer en cyprès les lauriers de la gloire ,
Quand le Ciel favorable aux plus finceres voeux
Lui rendant la fanté rendit fon peuple heureux,
Dans l'inftant le Lion ne vit dans fon Empire
Que folatrer les ris , que badiner les jeux.
Que de fêtes la joye infpire !
Les forêts on illumina ;
On gambada partout , partout on feftina ;
Le Parnaffe empreffé fe dépêcha d'écrire ;-
Froides Odes on fit qu'aux Caffés on prôna ,
Et le Peuple gratis chés Thalie alla rire ;
A l'honneur du Lion la lyre fredonna ,
Pour chanter fes vertus enfin on entonna
Jufqu'à la vielle de la foire ,
Et tout ce qui chanta ne chanta pas fans boire.
Ceciprouve affés clair qu'après de longs foupirs
La meſure des maux eft celle des plaiſirs ;
Les perils furmontés en redoublent les charmes ;
Quand le Lion fouffroit fon courage indompté
Par le Renard , le Singe, à l'envi fut vanté,
Leur efprit peignit leurs allarmes ,
Mais le Prince cheri ſe trouva plus flaté
Par le coeur des Moutons , leurs regrets , & leurs
larmes.
Ainfi des Orateurs quoique difent les voix ,
Quoique dife l'Art Poëtique ,
Hiiij
76 MERCURE DE FRANCE
L'amour des Peuples pour leur Rois
Fait bien mieux leur panégyrique.
On a donné cette piécefur le Théâtre de Paris
le Jeudi fuivant avec le mêmefuccès.
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6454
p. 176-177
« Momus fabuliste a eu l'honneur d'être critiqué quand il a paru pour la premiere-fois [...] »
Début :
Momus fabuliste a eu l'honneur d'être critiqué quand il a paru pour la premiere-fois [...]
Mots clefs :
Théâtre, Parodies, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Momus fabuliste a eu l'honneur d'être critiqué quand il a paru pour la premiere-fois [...] »
Momus fabulifte a eu l'honneur d'être critiqué
quand il a paru pour la premiere -fois
en 1719 ; il fut attaqué par un zelé partifan
de M. D. L. M. par une Lettre inférée
dans le Mercure de Janvier 1720. On y répondit
dans la deuxiéme Edition de cette ,
petite Comédie. Les curieux des évenemens
tracaffiers du Parnaffe peuvent lire la Préface
de cet ouvrage , & le difcours fur les Parodies
, imprimé au commencement du premier
volume des Parodies du Théatre Italien
qui fe vend chés Briaffon Libraire ruë S. Jacà
la Science .Momus fabulifte n'a été maltraité
que par des cenfeurs très infidéles &
encore plus ignorés. Le Journal des Sçavans
du Lundi 12 Fevrier 1720 l'a honoré d'un
extrait où la Fable de la dragée eft tranfcrite
entierement. Et enfin Momus fabulifte traduit
en Anglois a obtenu les fuffrages éclai
rés de Londres fur le Théatre Royal de
Lincolns-inn fields , après avoir joui des applaudiffemens
réitérés de Paris Le Momus
Anglois a été imprimé à Londres en 1739
ques
MARS 177
y 1745
le François a eu plus de fix Editions tant
en France qu'en Hollande.
quand il a paru pour la premiere -fois
en 1719 ; il fut attaqué par un zelé partifan
de M. D. L. M. par une Lettre inférée
dans le Mercure de Janvier 1720. On y répondit
dans la deuxiéme Edition de cette ,
petite Comédie. Les curieux des évenemens
tracaffiers du Parnaffe peuvent lire la Préface
de cet ouvrage , & le difcours fur les Parodies
, imprimé au commencement du premier
volume des Parodies du Théatre Italien
qui fe vend chés Briaffon Libraire ruë S. Jacà
la Science .Momus fabulifte n'a été maltraité
que par des cenfeurs très infidéles &
encore plus ignorés. Le Journal des Sçavans
du Lundi 12 Fevrier 1720 l'a honoré d'un
extrait où la Fable de la dragée eft tranfcrite
entierement. Et enfin Momus fabulifte traduit
en Anglois a obtenu les fuffrages éclai
rés de Londres fur le Théatre Royal de
Lincolns-inn fields , après avoir joui des applaudiffemens
réitérés de Paris Le Momus
Anglois a été imprimé à Londres en 1739
ques
MARS 177
y 1745
le François a eu plus de fix Editions tant
en France qu'en Hollande.
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6455
p. 193
A Monsieur l'Abbé de Pomponne.
Début :
DE tes ayeux tu suis les traces ; [...]
Mots clefs :
Nom, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Monsieur l'Abbé de Pomponne.
A Monfieur l'Abbé de Pomponne.
DE tes ayeux tu fuis les traces ;
Tu merites comme eux les faveurs d'Apollon ;
Ton nom fait honneur à tes places ,
Et tes vertus font honneur à ton nom.
ParM.Beffon Auteur de la Paftorale fur la
Maladie du Roi.
DE tes ayeux tu fuis les traces ;
Tu merites comme eux les faveurs d'Apollon ;
Ton nom fait honneur à tes places ,
Et tes vertus font honneur à ton nom.
ParM.Beffon Auteur de la Paftorale fur la
Maladie du Roi.
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6456
p. 71-75
EPITRE De M. des Mahys écrite de Sully le 18 Octobre 1744, à M. D.... à Paris.
Début :
TOI qui vis Philosophe au sein de l'opulence, [...]
Mots clefs :
Monde, Coeur, Bruit, Cieux, Lieux, Séjour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. des Mahys écrite de Sully le 18 Octobre 1744, à M. D.... à Paris.
EPITRE
De M. des Mabys écrite de Sully le 18
Octobre 1741 , à M. D. . .. à Paris.
Toi qui vis Philofophe au ſein de l'opulence ,
Au milieu des plaiſirs d'un monde féducteur ,
Qui dans un paiſible filence
Des intrigues des Cours utile fpectateur ,
Par une fage indifference
Des paffions toujours vainqueur ,
Sçais conferver l'indépendance
De ton efprit & de ton coeur ,
Tupeux parmi le bruit , dans le centre des Villes
Jouir de tous les dons de la tranquillité :
Entouré d'embarras futiles ,
De faux brillans , de voeux ftériles ,
Tu n'en es que moins agité.
1
Mais hélas ! mon eſprit moins ferme & plus timide
A befoin de choifir un féjour écarté ,
Si de loin fur tes pas il veut prendre pour guide
Le flambeau de la vérité .
Il m'éclaire en ces lieux , du plus épais nuage
Il a fçû diffiper toute l'obfcurité ;
J'y reprens fur moi-même un entier avantage ,
72 MERCURE DE FRANCE.
Je rentre en mon premier partage ,
Le repos & la liberté.
J'y trouve cette paix , ce calme inaltérable ,
Ces doux raviffemens qui coulent dans nos coeurs ,
Un bien pur & parfait , ce loifir défirable
A ceux qui fuivent les neuf feurs.
Sur cette rive folitaire
Où le filence les conduit ,
De leur commerce falutaire
Je puis recueillir l'heureux fruit ,
Je puis dans fa courfe legere •
D
Arrêter le tems qui nous fuit ,
Et loin du tumulte & du bruit
Dans l'indolence litteraire
Voir couler mollement des jours
Dont , gouverné par la folie ,
Le monde qui lui facrifie
Semble vouloir hâter le cours .
Malgré les charmes dont Méliffe
Sçait mafquer ce monde à nos yeux,
En eft il moins contagieux ?
Sous les fleurs eft le précipice ;
L'ambition n'eft que fupplice ,
Le luxe qu'un dehors trompeur ,
L'amour un enfant du caprice ,
Et la beauté qu'un artifice ,
Moins le plaifir des yeux que le tourment du
coeur ,
C'eft
AVRIL
73
1745..
C'eft entre les bras d'Uranie
Qu'aux attraits des neuf foeurs entierement livré
Contre les préjugés dont la terre eft remplie
Je trouve un azile affûré ,
Et quel fejour plus propre aux douces rêveries ,
Qui charment le loifir des enfans d'Apollon
Que ces lieux enchanteurs , ces bofquets , cos
prairies !
Tout y peint le facré vallon.
Affis près de cette onde pure ,
C'est au bruit , au tendre murmure
De ces legers ruiffeaux bordés de mirthes verds
Que faifis d'une douce yvreſſe
Ainfi qu'aux rives du Permeffe ,
Chapelle cadençoit des vers .
C'est dans l'enfoncement de ce bocage fombre ,
Que du plus grand des Rois , Voltaire évoquoit
l'ombre ,
Qu'Apollon écoutoit fes chants harmonieux ;
C'eft fur ces gazons , ces fougeres
Que Fontenelle apprit la langue des bergeres ,
Et fur cette terraffe il méfuroit les Cieux .
C'est parmi les feftins , les jeux de cette table
Que bûvant le nectar des Dieux ,
Brilloit la négligence aimable
Et des Courtins & des Chaulieux ,
Sully , jardins délicieux ,
Vallons qui de Tempé rappellez la memoire ,
D
74 MERCURE DE FRANCE .
Bords fortunés d'Amphife ,
d'Amphife , arbres chéris des
Cieux ,'
Divins rivages de la Loire ,
Que votre fein renferme un tréfor precieux !
Paris eft le féjour du faite & de a gloire ;
Le bonheur habite en ces lieux .
Mais tandis qu'occupé dans ce te folitude
D'une douce & paisible étude
J'y trouve des charmes fecrets ,
Un Monarque comblé de gloire
Sur les aîles de la victoire .
Va bientôt revenir combler tous les fouhaits.
LOUIS verra fon peuple , & les plus belles fêtes
Témoigneront l'amour de ce peuple charmé ;
Il jouira pour prix de fes conquêtes
Du plaifir de s'en voir aimé .
Ah ! que n'eût - il pas vû dans ces jours de trif
teffe ! ...
Mais des jours plus fereins doivent leur fucceder :
Vous allez célébrer par des chants d'allegreffe
Le bonheur de le poffeder.
Au milieu de ces feux qui peignent le tonnerre
Son nom volant aux Cieux fera pour les Français
Un figne glorieux des fuccès de la guerre
Et le préfage de la paix .
Oui bien-tôt de Janus il fermera le temple.
Tout efpoir doit mourir au coeur de ſes rivaux ,
AVRIL 1745. 75
Et des plus fages Rois ce Roi fera l'exemple
Comme l'exemple des Héros .
De l'éclat de fon diadême
Moins que de fes vertus mes yeux font éblouis :
Je refpecte mon Roi , mais s'il veut que je l'aime ,
Qu'il foit grand , genereux , humain comme
LOUIS !
Et qui peut mie x prétendre à la grandeur fuprême
!
Il fçait dompter l'Europe & fe vaincre lui-même .
De M. des Mabys écrite de Sully le 18
Octobre 1741 , à M. D. . .. à Paris.
Toi qui vis Philofophe au ſein de l'opulence ,
Au milieu des plaiſirs d'un monde féducteur ,
Qui dans un paiſible filence
Des intrigues des Cours utile fpectateur ,
Par une fage indifference
Des paffions toujours vainqueur ,
Sçais conferver l'indépendance
De ton efprit & de ton coeur ,
Tupeux parmi le bruit , dans le centre des Villes
Jouir de tous les dons de la tranquillité :
Entouré d'embarras futiles ,
De faux brillans , de voeux ftériles ,
Tu n'en es que moins agité.
1
Mais hélas ! mon eſprit moins ferme & plus timide
A befoin de choifir un féjour écarté ,
Si de loin fur tes pas il veut prendre pour guide
Le flambeau de la vérité .
Il m'éclaire en ces lieux , du plus épais nuage
Il a fçû diffiper toute l'obfcurité ;
J'y reprens fur moi-même un entier avantage ,
72 MERCURE DE FRANCE.
Je rentre en mon premier partage ,
Le repos & la liberté.
J'y trouve cette paix , ce calme inaltérable ,
Ces doux raviffemens qui coulent dans nos coeurs ,
Un bien pur & parfait , ce loifir défirable
A ceux qui fuivent les neuf feurs.
Sur cette rive folitaire
Où le filence les conduit ,
De leur commerce falutaire
Je puis recueillir l'heureux fruit ,
Je puis dans fa courfe legere •
D
Arrêter le tems qui nous fuit ,
Et loin du tumulte & du bruit
Dans l'indolence litteraire
Voir couler mollement des jours
Dont , gouverné par la folie ,
Le monde qui lui facrifie
Semble vouloir hâter le cours .
Malgré les charmes dont Méliffe
Sçait mafquer ce monde à nos yeux,
En eft il moins contagieux ?
Sous les fleurs eft le précipice ;
L'ambition n'eft que fupplice ,
Le luxe qu'un dehors trompeur ,
L'amour un enfant du caprice ,
Et la beauté qu'un artifice ,
Moins le plaifir des yeux que le tourment du
coeur ,
C'eft
AVRIL
73
1745..
C'eft entre les bras d'Uranie
Qu'aux attraits des neuf foeurs entierement livré
Contre les préjugés dont la terre eft remplie
Je trouve un azile affûré ,
Et quel fejour plus propre aux douces rêveries ,
Qui charment le loifir des enfans d'Apollon
Que ces lieux enchanteurs , ces bofquets , cos
prairies !
Tout y peint le facré vallon.
Affis près de cette onde pure ,
C'est au bruit , au tendre murmure
De ces legers ruiffeaux bordés de mirthes verds
Que faifis d'une douce yvreſſe
Ainfi qu'aux rives du Permeffe ,
Chapelle cadençoit des vers .
C'est dans l'enfoncement de ce bocage fombre ,
Que du plus grand des Rois , Voltaire évoquoit
l'ombre ,
Qu'Apollon écoutoit fes chants harmonieux ;
C'eft fur ces gazons , ces fougeres
Que Fontenelle apprit la langue des bergeres ,
Et fur cette terraffe il méfuroit les Cieux .
C'est parmi les feftins , les jeux de cette table
Que bûvant le nectar des Dieux ,
Brilloit la négligence aimable
Et des Courtins & des Chaulieux ,
Sully , jardins délicieux ,
Vallons qui de Tempé rappellez la memoire ,
D
74 MERCURE DE FRANCE .
Bords fortunés d'Amphife ,
d'Amphife , arbres chéris des
Cieux ,'
Divins rivages de la Loire ,
Que votre fein renferme un tréfor precieux !
Paris eft le féjour du faite & de a gloire ;
Le bonheur habite en ces lieux .
Mais tandis qu'occupé dans ce te folitude
D'une douce & paisible étude
J'y trouve des charmes fecrets ,
Un Monarque comblé de gloire
Sur les aîles de la victoire .
Va bientôt revenir combler tous les fouhaits.
LOUIS verra fon peuple , & les plus belles fêtes
Témoigneront l'amour de ce peuple charmé ;
Il jouira pour prix de fes conquêtes
Du plaifir de s'en voir aimé .
Ah ! que n'eût - il pas vû dans ces jours de trif
teffe ! ...
Mais des jours plus fereins doivent leur fucceder :
Vous allez célébrer par des chants d'allegreffe
Le bonheur de le poffeder.
Au milieu de ces feux qui peignent le tonnerre
Son nom volant aux Cieux fera pour les Français
Un figne glorieux des fuccès de la guerre
Et le préfage de la paix .
Oui bien-tôt de Janus il fermera le temple.
Tout efpoir doit mourir au coeur de ſes rivaux ,
AVRIL 1745. 75
Et des plus fages Rois ce Roi fera l'exemple
Comme l'exemple des Héros .
De l'éclat de fon diadême
Moins que de fes vertus mes yeux font éblouis :
Je refpecte mon Roi , mais s'il veut que je l'aime ,
Qu'il foit grand , genereux , humain comme
LOUIS !
Et qui peut mie x prétendre à la grandeur fuprême
!
Il fçait dompter l'Europe & fe vaincre lui-même .
Fermer
6457
p. 135-139
Suite des refléxions sur les Ballets.
Début :
Nous avons épargné à nos lecteurs bien des phrases Grecques & Latines au sujet de la [...]
Mots clefs :
Ballets, Habits, Théâtre, Modernes, Traité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des refléxions sur les Ballets.
Suite des reflexions fur les Bailets.
Nous avons épargné à nos lecteurs bien des
phrafes Grecques & Latines au fujet de la
Danfe. Nous ne parlerons plus des Anc ens , nous
ne vous propoferons que des Modernes fans pourtant
yous exhorter à lire Voffius de altatione ni l'é➡
136 MERCURE DE FRANCE.
norme collection du Lampas Artium composée de
nombreux & épais volumes ; imprimés en petit caractére
, mais nous vous indiquerons l'excellent
Théatre des Grecs du R. P. Brumoi Jefuite qui fait mention
des Ballets d'Athenes . Nous ferons un ufage
frequent du traité des Ballets anciens 5 modernes felon
les regles du Théatre du R. P. Meneftrier auffi Jefuite
qui a écrit dans la minorité de Louis le Grand
avant l'année 1682. Cet Auteur plein d'une érudition
qui n'eft point ennuyeufe quoique profonde
promene agréablement fon fujet depuis la plus haute
antiquité jufqu'au dernier fiécle. Les lecteurs
avides d'autorités impofantes trouveront dans ce
Traité curieux bien des noms refpectables que
nous fupprimons iei , qui démontrent géometriquement
que nous n'avançons pas une opinion nouvelle
quand nous difons que les Ballets de Théatre
doivent tous être des tableaux variés . Il eft furprenant
qu'il foit néceffaire de s'appuyer fur des citations
pour établir une idée fi fimple & f naturelle.
Tout le monde depuis Ariftote convient
que l'Eloquence , la Poëfie & la Mufique doivent
çavoir peindre ; pourquoi la Dante feroit- elle difpenfée
de le faire , elle à qui ce talent-là eft le
plus effentiel qu'à toutes autres fciences ? Pourquoi la
Danfe ne peindroit elle pas par l'arrangement de
fes attitudes & de fes pas elle qui n'a que ce langage
là feul pour fe faire entendre ? Mais ce n'eft
pas affés que d'avoir appellé pour garants de notre
opinionles Anciens les plus célebres & les Modernes
les plus dignes de l'être.Nous allons encore faire
préceder le refte de nos réflexions par des exemples.
Le fçavant Auteur du Traité des Ballets déja
nommé , nous en fournira une légion : on verra dans
fes agréables defcriptions qu'il ne fe borne pas à débiter
des idées feches & dénuées des détails les
AVRIL. 1745. 13
plus inftructifs . En décrivant l'ordre & les changemens
d'un Ballet il en peint les décorations , il
en taille les habits , il en circonftancie tous les
fymboles , parties effentielles dans les Ballets
que nos danfeurs négligent fouvent parce qu'ils
n'en connoiffent pas le mérite , & qu'ils font confifter
tout le leur à former des pas fans def
fein principal , fans ordre judicieux & fans gradation
raifonnée . Les habits & les ornemens ne font
pas indifferens fur le Théatre , puifqu'ils y parlent
aux yeux autant que les geftes du Pantomime , qui
ne peuvent jamais feuls expliquer intelligiblement
ce qu'ilsveulent dire . De même les décorations doivent
être topographiques & reconnoiffables par
les chofes affectées particulierement aux lieux qu'elles
repréfentent ; les campagnes de l'Egypte doi
vent être femées de pyramides ; le Nil doit être
au moins accompagné d'une de fes cataractes. L'Afie
doit avoir des Minarets , & l'Europe des Clochers.
L'Affrique fera peuplée de Negres & l'Amérique
de Sauvages : on ne mettra point de perroquets
& des finges fur les arbres des jardins de
France , ni des ferins & des roffignols fur les
rochers arides de la Laponie. Mais en peignant
les objets convenables aux Pays reprefen- .
tés , on n'imitera pas l'abfurdité d'une décoration
qui a paru fur le Théatre lyrique de Paris , où
un des monumens des plus lourds de la Thébaïde
étoit placé fur l'extrêmité d'un rocher coupé en demie-
voûte où une cabane de Bergers n'auroit pas
été batie fûrement . On n'a pas été moins furpris
dans l'Opéra de Perfée de remarquer un bas relief du
Palais de Cephée qui paroit au commencement du
cinquieme Acte , où cependant la petrification de
Phinée & de fes complices qui n'arrive qu'au dénoûment
fe trouve travaillée apparemment par un
138 MERCURE DE FRANCE.
Sculpteur prophétique. Les Peintres qui ont infulté
fi outrageufement la raifon & la chronologie ont
dequoi s'en confoler ; les plus fameux modèles des
Ecoles Romaines , Venitiennes , Florentines ,
Lombardes & Flamandes ont excufé leurs fautes
en les commettant les premiers . On a un pareil reproche
à faire aux plus précieux originaux .
Sans doute les Apelles & les Zeuxis de l'antiquité
n'ont pas été exempts de ces défauts ; heureufement
pour eux on n'en a pas tenu regiftre dans
le temple de mémoire , on n'y a infcrit que les miracles
de leur pinceau ; on ne parle que des portraits
d'Apelle & des raifins de Zeuxis.
Nos Peintres modernes fur les traces du correct
Lebrun obfervent régulierement le coftume & ne
bleffent pas l'Hiftoire dans leurs tableaux , & fur
les traces de l'élégant Wateau ils s'efforcent de
faifir les agrémens de la Nature.
Les habits des danfeurs exigent une pareille convenance
; ils doivent fuivre les ufages connus des
Nations & des tems , & ne pas nous préfenter des
Gaulois dans l'Attique comme nous l'avons remarqué
dans le Triomphe de Théfée ; on fçait pourtant
que cette regle a des reftrictions , &
que los
habits de Théatrene doivent pas être affés fcrupu
leufement exacts pour n'offrir jamais de Matelots
qu'avec leurs cappes Bretonnes , & des villageois
qu'avec leurs fabots crottés .
L'illuftre M. de Fontenelle dans fon difcours
auffi pbilofophique que délicat fur la nature de
l'Eclogue , nous a par occafion appris ce que nous
cherchons : Il en va , dit-il ce me femile , des Eclogues
comme des habits que l'onprend dans les Ballets pour repréfenter
des Payfas : ils font d'étoffes beaucoup plus
belles que ceux des Payfaus véritables ; ils font niême
ornés de Rubans & depoints , on les taillefoulon , at
en babits de Payfans..
AVRIL. 1745. 139
Si la forme des habits et un article à ne pas oublier
dans les Ballets ; les ornemens , coëffûre &
Amboles font encore moins à négliger , on peut
même affurer hardiment qu'ils caracterifent ceux
qui les portent plus que les habillemens : un Guerrier
avec le cafque & l'épée , un Matelot avec la
rame , un Berger avec la houlette & enfin un enchanteur
avec la baguette fe reconnoiffent d'abord.
Les fimboles valent des étiquettes . On les
lit auffi facilement . Ils font rarement équivoques.
Un très habile danfeur & une charmante danfeufe
qui a connu dès le berceau la ſcience & les graces
de fon talent , exécuterent autrefois en pas de deux
les Pelerines de Couprin qui s'eft immortalifé par
fes excellentes piéces de clavecin ; féduits par des
confeils ignorans ils ne danferent que la premiere
fois avec les coquilles & le bourdon , en les quittant
ils ôtérent la reffemblance du portrait charmant
qu'ils avoient offert .
Nous avons épargné à nos lecteurs bien des
phrafes Grecques & Latines au fujet de la
Danfe. Nous ne parlerons plus des Anc ens , nous
ne vous propoferons que des Modernes fans pourtant
yous exhorter à lire Voffius de altatione ni l'é➡
136 MERCURE DE FRANCE.
norme collection du Lampas Artium composée de
nombreux & épais volumes ; imprimés en petit caractére
, mais nous vous indiquerons l'excellent
Théatre des Grecs du R. P. Brumoi Jefuite qui fait mention
des Ballets d'Athenes . Nous ferons un ufage
frequent du traité des Ballets anciens 5 modernes felon
les regles du Théatre du R. P. Meneftrier auffi Jefuite
qui a écrit dans la minorité de Louis le Grand
avant l'année 1682. Cet Auteur plein d'une érudition
qui n'eft point ennuyeufe quoique profonde
promene agréablement fon fujet depuis la plus haute
antiquité jufqu'au dernier fiécle. Les lecteurs
avides d'autorités impofantes trouveront dans ce
Traité curieux bien des noms refpectables que
nous fupprimons iei , qui démontrent géometriquement
que nous n'avançons pas une opinion nouvelle
quand nous difons que les Ballets de Théatre
doivent tous être des tableaux variés . Il eft furprenant
qu'il foit néceffaire de s'appuyer fur des citations
pour établir une idée fi fimple & f naturelle.
Tout le monde depuis Ariftote convient
que l'Eloquence , la Poëfie & la Mufique doivent
çavoir peindre ; pourquoi la Dante feroit- elle difpenfée
de le faire , elle à qui ce talent-là eft le
plus effentiel qu'à toutes autres fciences ? Pourquoi la
Danfe ne peindroit elle pas par l'arrangement de
fes attitudes & de fes pas elle qui n'a que ce langage
là feul pour fe faire entendre ? Mais ce n'eft
pas affés que d'avoir appellé pour garants de notre
opinionles Anciens les plus célebres & les Modernes
les plus dignes de l'être.Nous allons encore faire
préceder le refte de nos réflexions par des exemples.
Le fçavant Auteur du Traité des Ballets déja
nommé , nous en fournira une légion : on verra dans
fes agréables defcriptions qu'il ne fe borne pas à débiter
des idées feches & dénuées des détails les
AVRIL. 1745. 13
plus inftructifs . En décrivant l'ordre & les changemens
d'un Ballet il en peint les décorations , il
en taille les habits , il en circonftancie tous les
fymboles , parties effentielles dans les Ballets
que nos danfeurs négligent fouvent parce qu'ils
n'en connoiffent pas le mérite , & qu'ils font confifter
tout le leur à former des pas fans def
fein principal , fans ordre judicieux & fans gradation
raifonnée . Les habits & les ornemens ne font
pas indifferens fur le Théatre , puifqu'ils y parlent
aux yeux autant que les geftes du Pantomime , qui
ne peuvent jamais feuls expliquer intelligiblement
ce qu'ilsveulent dire . De même les décorations doivent
être topographiques & reconnoiffables par
les chofes affectées particulierement aux lieux qu'elles
repréfentent ; les campagnes de l'Egypte doi
vent être femées de pyramides ; le Nil doit être
au moins accompagné d'une de fes cataractes. L'Afie
doit avoir des Minarets , & l'Europe des Clochers.
L'Affrique fera peuplée de Negres & l'Amérique
de Sauvages : on ne mettra point de perroquets
& des finges fur les arbres des jardins de
France , ni des ferins & des roffignols fur les
rochers arides de la Laponie. Mais en peignant
les objets convenables aux Pays reprefen- .
tés , on n'imitera pas l'abfurdité d'une décoration
qui a paru fur le Théatre lyrique de Paris , où
un des monumens des plus lourds de la Thébaïde
étoit placé fur l'extrêmité d'un rocher coupé en demie-
voûte où une cabane de Bergers n'auroit pas
été batie fûrement . On n'a pas été moins furpris
dans l'Opéra de Perfée de remarquer un bas relief du
Palais de Cephée qui paroit au commencement du
cinquieme Acte , où cependant la petrification de
Phinée & de fes complices qui n'arrive qu'au dénoûment
fe trouve travaillée apparemment par un
138 MERCURE DE FRANCE.
Sculpteur prophétique. Les Peintres qui ont infulté
fi outrageufement la raifon & la chronologie ont
dequoi s'en confoler ; les plus fameux modèles des
Ecoles Romaines , Venitiennes , Florentines ,
Lombardes & Flamandes ont excufé leurs fautes
en les commettant les premiers . On a un pareil reproche
à faire aux plus précieux originaux .
Sans doute les Apelles & les Zeuxis de l'antiquité
n'ont pas été exempts de ces défauts ; heureufement
pour eux on n'en a pas tenu regiftre dans
le temple de mémoire , on n'y a infcrit que les miracles
de leur pinceau ; on ne parle que des portraits
d'Apelle & des raifins de Zeuxis.
Nos Peintres modernes fur les traces du correct
Lebrun obfervent régulierement le coftume & ne
bleffent pas l'Hiftoire dans leurs tableaux , & fur
les traces de l'élégant Wateau ils s'efforcent de
faifir les agrémens de la Nature.
Les habits des danfeurs exigent une pareille convenance
; ils doivent fuivre les ufages connus des
Nations & des tems , & ne pas nous préfenter des
Gaulois dans l'Attique comme nous l'avons remarqué
dans le Triomphe de Théfée ; on fçait pourtant
que cette regle a des reftrictions , &
que los
habits de Théatrene doivent pas être affés fcrupu
leufement exacts pour n'offrir jamais de Matelots
qu'avec leurs cappes Bretonnes , & des villageois
qu'avec leurs fabots crottés .
L'illuftre M. de Fontenelle dans fon difcours
auffi pbilofophique que délicat fur la nature de
l'Eclogue , nous a par occafion appris ce que nous
cherchons : Il en va , dit-il ce me femile , des Eclogues
comme des habits que l'onprend dans les Ballets pour repréfenter
des Payfas : ils font d'étoffes beaucoup plus
belles que ceux des Payfaus véritables ; ils font niême
ornés de Rubans & depoints , on les taillefoulon , at
en babits de Payfans..
AVRIL. 1745. 139
Si la forme des habits et un article à ne pas oublier
dans les Ballets ; les ornemens , coëffûre &
Amboles font encore moins à négliger , on peut
même affurer hardiment qu'ils caracterifent ceux
qui les portent plus que les habillemens : un Guerrier
avec le cafque & l'épée , un Matelot avec la
rame , un Berger avec la houlette & enfin un enchanteur
avec la baguette fe reconnoiffent d'abord.
Les fimboles valent des étiquettes . On les
lit auffi facilement . Ils font rarement équivoques.
Un très habile danfeur & une charmante danfeufe
qui a connu dès le berceau la ſcience & les graces
de fon talent , exécuterent autrefois en pas de deux
les Pelerines de Couprin qui s'eft immortalifé par
fes excellentes piéces de clavecin ; féduits par des
confeils ignorans ils ne danferent que la premiere
fois avec les coquilles & le bourdon , en les quittant
ils ôtérent la reffemblance du portrait charmant
qu'ils avoient offert .
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6458
p. 142-143
« LA COMEDIE Françoise a fermé son Theâtre par la repré[s]entation du Medecin par occasion, [...] »
Début :
LA COMEDIE Françoise a fermé son Theâtre par la repré[s]entation du Medecin par occasion, [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédie, Compliment, Jean-Baptiste Sauvé de La Noue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA COMEDIE Françoise a fermé son Theâtre par la repré[s]entation du Medecin par occasion, [...] »
LA COMEDIE Françoiſe a fermé fon Theatre
par la représentation du Medecin jar occafion ,
AVRIL 1745 . 143
:
•
fuivie
Comédie en cinq actes de M. de Boiffi
de Momus fabulifte , Comédie repriſe pour la quatrieme
fois depuis fa naiffance. E le eft en un
acte , moitié vers & moitié profe, de M. Fuzelier;
entre ces deux piéces , M de la Noüe Acteur &
Auteur de Mahomet fecond , joué & repris avec
uccès a fait un compliment au Public qui a
été reçu avec des applaudiffemens redoublés. Nous
voudrions pouvoir le donner tel qu'il a été recité
nais nous craignons que notre memoire ne rapporte
pas fidelement les traits fins & modeftes
dont il eft femé . Nous n'avons retenu que ce
qui regarde le Roi , ( c'est que le coeur fe fou
ient mieux que l'efprit ) voici les paroles de M.
de la Noüe . Les travaux , la con valefcence , le retour
de Sa Majesté ont ouvert une nouvelle carriere ; avec
quelle indulgence, ne nous aveĽ-vous pas aidés à la parcourir
? Nous vous avons vù ſubordonner vos lumieres
au tendre intérêt qui vous animoit . L'Auteur indiquoit
le fentiment Votre coeur achevoit de lui donner
toute fa force 5 toute fin étendue ; vous n'ètiez ni
partifans ni critiques , vous étiez François & nos fuess
ont fait votre éloge.
"
Le même Acteur a fait avec le même fuccès le
compliment d'après Pâques. On devoit donner ce
jour- là Momus fabulifte avec Polieucte , mais l'indifpofition
de Mle. Gautier qui joue une ſcene
où la voix déploye tous les agrémens du chant , a
interrompu les repréfentations de cette Comédie.
par la représentation du Medecin jar occafion ,
AVRIL 1745 . 143
:
•
fuivie
Comédie en cinq actes de M. de Boiffi
de Momus fabulifte , Comédie repriſe pour la quatrieme
fois depuis fa naiffance. E le eft en un
acte , moitié vers & moitié profe, de M. Fuzelier;
entre ces deux piéces , M de la Noüe Acteur &
Auteur de Mahomet fecond , joué & repris avec
uccès a fait un compliment au Public qui a
été reçu avec des applaudiffemens redoublés. Nous
voudrions pouvoir le donner tel qu'il a été recité
nais nous craignons que notre memoire ne rapporte
pas fidelement les traits fins & modeftes
dont il eft femé . Nous n'avons retenu que ce
qui regarde le Roi , ( c'est que le coeur fe fou
ient mieux que l'efprit ) voici les paroles de M.
de la Noüe . Les travaux , la con valefcence , le retour
de Sa Majesté ont ouvert une nouvelle carriere ; avec
quelle indulgence, ne nous aveĽ-vous pas aidés à la parcourir
? Nous vous avons vù ſubordonner vos lumieres
au tendre intérêt qui vous animoit . L'Auteur indiquoit
le fentiment Votre coeur achevoit de lui donner
toute fa force 5 toute fin étendue ; vous n'ètiez ni
partifans ni critiques , vous étiez François & nos fuess
ont fait votre éloge.
"
Le même Acteur a fait avec le même fuccès le
compliment d'après Pâques. On devoit donner ce
jour- là Momus fabulifte avec Polieucte , mais l'indifpofition
de Mle. Gautier qui joue une ſcene
où la voix déploye tous les agrémens du chant , a
interrompu les repréfentations de cette Comédie.
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6459
p. 143-145
« LES deux dernieres représentations des Comédiens Italiens ont fort sa[t]isfait les Spectateurs. Ils ont [...] »
Début :
LES deux dernieres représentations des Comédiens Italiens ont fort sa[t]isfait les Spectateurs. Ils ont [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Coraline, Théâtre-Italien, Pièces, Compliment, Arlequin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES deux dernieres représentations des Comédiens Italiens ont fort sa[t]isfait les Spectateurs. Ils ont [...] »
LES deux dernieres repréfentations des Comé
diens Italiens ont fort farisfait les Spectateurs . Ils ont
▼û deux piéces très amufantes par les la zis comiques
& les danfes caracteriſées qui en font le mérite prin
cipal . La premiere eft Coraline Efprit fole , & la fe
conde Coraline Magicienne ; quoique ces Comédios
144 MERCURE DE FRANCE.
ayent attiré le Public au Théatre Italien , cependant
il n'a jamais été ni aufli nombreux , ni auffi
aflidu qu'il l'auroit été fi une plume enjouée &
fpirituelle avoit remanié ces fujets là , en les
françifant ; il y a dans plufieurs fcenes de la place
pour y femer des traits brillants & des Epigrammes
qu'on n'y trouve point. Il y a des repetitions ,
des langueurs , & enfin un défaut de gradation ,
qui bleffent les oreilles amies de la varieté & de
l'ordre , nous nous étendrons davantage fur cette
matiere dramatique quand l'occafion s'en préfentera.
Le compliment de la clôture du Théatre Italien
fut prononcé par Coraline & Arlequin. C'étoit
affurer indubitablement fon fuccès que de
le confier à des Acteurs applaudis avec tant de
juftice ; ce compliment eft imprimé & fe vend à
la Comédie Italienne , Nous n'en donnerons ici
qu'un fragment qui prouvera , quoiqu'en publient
les cauftiques cenfeurs des fucceffeurs de Thefpis
, que l'humilité n'eft pas une vertu totalement
bannie du Théâtre , Coraline dit , en pièces
Italiennes tant nouvelles que remifes nous enpouYORS
compteerr une vingtaine , par le fort qu'elles ont eu j'ai
cru etre en Italie 5 non en France ; nous avons donné
dixpieces nouvelles Françoiſes . Arlequin continue
, fort peu vous ont plu , aucune ne nous a attité
cette aimable affluence de monde dont les Comédiens
veſe laſſent jamais ; encore fi nous pouvions mettre
une piece nouvelle auffi vite qu'elle tombe.
...
Voila un aveu bien mortifiant pour les Auteurs
des ouvrages profcrits,, mais les juges qui les ont
trouvés dignes d'être repréfentés , n'ont-ils jamais
de reproches d'incompetence à effuyer ? Les piéces
qu'ils reçoivent ne font- elles pas quelquefois
un motif certain de confolation pour celles qu'ils
efufent Од
AVRIL ∙1745
145
On penfe cependant que ce Théatre -la auroit
fouvent des fuccés , fi on fçavoit y bien employer
Tous les talens qui s'y rencontrent ; les agrémens
veulent être placés pour être fentis . C'eft furtout fur
la fcene , où s'apperçoit le mieux le merite local.
La beauté même y devient quelquefois ridicule
, quand elle n'est pas renfermée dans ton
cadre. On a donné après Pâques pour l'ouverture
du Théâtre une petite Comédie d'un
acte , intitulée l'impromptu des Acteurs & le
compliment de ce jour-là devoit être fait encore
T'aimable Coraline par & Arlequin.
Le premier Avril les Comédiens Italiens joue
rent à Versailles , Pantalon Débauche , Comé“
die de M, Ricoboni le Pere.
diens Italiens ont fort farisfait les Spectateurs . Ils ont
▼û deux piéces très amufantes par les la zis comiques
& les danfes caracteriſées qui en font le mérite prin
cipal . La premiere eft Coraline Efprit fole , & la fe
conde Coraline Magicienne ; quoique ces Comédios
144 MERCURE DE FRANCE.
ayent attiré le Public au Théatre Italien , cependant
il n'a jamais été ni aufli nombreux , ni auffi
aflidu qu'il l'auroit été fi une plume enjouée &
fpirituelle avoit remanié ces fujets là , en les
françifant ; il y a dans plufieurs fcenes de la place
pour y femer des traits brillants & des Epigrammes
qu'on n'y trouve point. Il y a des repetitions ,
des langueurs , & enfin un défaut de gradation ,
qui bleffent les oreilles amies de la varieté & de
l'ordre , nous nous étendrons davantage fur cette
matiere dramatique quand l'occafion s'en préfentera.
Le compliment de la clôture du Théatre Italien
fut prononcé par Coraline & Arlequin. C'étoit
affurer indubitablement fon fuccès que de
le confier à des Acteurs applaudis avec tant de
juftice ; ce compliment eft imprimé & fe vend à
la Comédie Italienne , Nous n'en donnerons ici
qu'un fragment qui prouvera , quoiqu'en publient
les cauftiques cenfeurs des fucceffeurs de Thefpis
, que l'humilité n'eft pas une vertu totalement
bannie du Théâtre , Coraline dit , en pièces
Italiennes tant nouvelles que remifes nous enpouYORS
compteerr une vingtaine , par le fort qu'elles ont eu j'ai
cru etre en Italie 5 non en France ; nous avons donné
dixpieces nouvelles Françoiſes . Arlequin continue
, fort peu vous ont plu , aucune ne nous a attité
cette aimable affluence de monde dont les Comédiens
veſe laſſent jamais ; encore fi nous pouvions mettre
une piece nouvelle auffi vite qu'elle tombe.
...
Voila un aveu bien mortifiant pour les Auteurs
des ouvrages profcrits,, mais les juges qui les ont
trouvés dignes d'être repréfentés , n'ont-ils jamais
de reproches d'incompetence à effuyer ? Les piéces
qu'ils reçoivent ne font- elles pas quelquefois
un motif certain de confolation pour celles qu'ils
efufent Од
AVRIL ∙1745
145
On penfe cependant que ce Théatre -la auroit
fouvent des fuccés , fi on fçavoit y bien employer
Tous les talens qui s'y rencontrent ; les agrémens
veulent être placés pour être fentis . C'eft furtout fur
la fcene , où s'apperçoit le mieux le merite local.
La beauté même y devient quelquefois ridicule
, quand elle n'est pas renfermée dans ton
cadre. On a donné après Pâques pour l'ouverture
du Théâtre une petite Comédie d'un
acte , intitulée l'impromptu des Acteurs & le
compliment de ce jour-là devoit être fait encore
T'aimable Coraline par & Arlequin.
Le premier Avril les Comédiens Italiens joue
rent à Versailles , Pantalon Débauche , Comé“
die de M, Ricoboni le Pere.
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6460
p. 145
« L'OPERA Comique a fini comme il avoit commencé. Il a donné des Fêtes publiques, mais [...] »
Début :
L'OPERA Comique a fini comme il avoit commencé. Il a donné des Fêtes publiques, mais [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Fêtes publiques, Convalescence
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texteReconnaissance textuelle : « L'OPERA Comique a fini comme il avoit commencé. Il a donné des Fêtes publiques, mais [...] »
L'OPERA Comique a fini comme il avoit
commencé. Il a donné des Fêtes publiques , mais
il n'a pas chanté suas augufte hymenée auffi heu
reufement que la convalefcence du Roi ; il n'avoit
point là de vivandieres & de tambours à produi
re. Il est étonnant que tant de genies raſſemblés
pour,foutenir cd Théâtre l'ayent fi pauvrement
Lavitaillé.
commencé. Il a donné des Fêtes publiques , mais
il n'a pas chanté suas augufte hymenée auffi heu
reufement que la convalefcence du Roi ; il n'avoit
point là de vivandieres & de tambours à produi
re. Il est étonnant que tant de genies raſſemblés
pour,foutenir cd Théâtre l'ayent fi pauvrement
Lavitaillé.
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6461
p. 145-146
« M. CORRETTE Organiste des Jesuites la ruë saint Antoine fit chanter pendant la Messe [...] »
Début :
M. CORRETTE Organiste des Jesuites la ruë saint Antoine fit chanter pendant la Messe [...]
Mots clefs :
Roi, Musique, Chanter, Messe, Chapelle, François Colin de Blamont
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texteReconnaissance textuelle : « M. CORRETTE Organiste des Jesuites la ruë saint Antoine fit chanter pendant la Messe [...] »
M. CORRETTE Organiſte des Jefuites de
la rue faint Antoine fit chanter pendant la Meffe
de leurs Majestés le Pfeaume , Laudate pueri Dominum
, qui eut le bonheu de plaire . Ce fut le Jeu
di premier Avril & le Vendredi ſuivant.
Le Lundi 12 , M. Philidor d'une famille qaf
s'est toujours diftinguée par fes talens , fit chan
ter à la Meffe du Roi le Pfeaume Magnus D mi
nus. Ce jeune Auteur a été Page de la Mufique
& Eleve du célebre Campra. En 1740 portang
encore la livrée de Sa Majeſté , il fit chanter lon
G
146 MERCURE DEFRANCE.
premier Motet , & depuis ce tems- là il en donne
on tous les ans à Versailles,
Le Samedi faint leurs Majeftés entendirent à la
Chapelle Ofii de M. l'Abbé Madin & le Re
gia Cali de M. l'abbé Blanchard.
•
Le Jeudi 22- Avril & le Vendredi ſuivant M,
de Blamont Sur - Intendant de la Mufique du
Roi -fit chanter pendant la Meffe de leurs Ma
jestés Exaltabo te Deus meus Rex , Motet de fa
compofition & le Domine falvumfas Regem qu'il
avoit fait pour la convalefcence du Roi . Ces deux
Davrages ont été également applaudis , M l'Abbé
Dota & M. Benoît ont chanté des recits où la
verité de l'expreffion & les graces du chant fe
font trouvées enfemble ; l'exécution generale a
été parfaite.
Le Roi a partagé la penfion de deux mille livres
qu'avoir feu M. Pachini Muficien Italien entre
M. l'Abbé Dota & M. Guignon ; les deux Semetres
de la Chapelle ont été accordés à M, Bẹ-
noît & à M. Poirier , Ils font tous les quatre de la
Mufique de la Chapelle & de la Chambre du Roi
& très diftingués par leurs talens fuperieurs .
Nous avons omis dans le recit des fêtes données
à Verfailles , à l'occafion de l'augufte ma❤
riage qui s'y elt célebré , d'apprendre au Public
que M. de Laval a compofé des Ballets qui ont
generalement obtenu les fufrages des connoiffeurs
& que M. le Page Acteur de l'Academie Roya
le de Mufique y a fi bien chanté que la Reine
même a eu la bonté de lui marquer le plaifir qu'îl
lui avoit procuré,
la rue faint Antoine fit chanter pendant la Meffe
de leurs Majestés le Pfeaume , Laudate pueri Dominum
, qui eut le bonheu de plaire . Ce fut le Jeu
di premier Avril & le Vendredi ſuivant.
Le Lundi 12 , M. Philidor d'une famille qaf
s'est toujours diftinguée par fes talens , fit chan
ter à la Meffe du Roi le Pfeaume Magnus D mi
nus. Ce jeune Auteur a été Page de la Mufique
& Eleve du célebre Campra. En 1740 portang
encore la livrée de Sa Majeſté , il fit chanter lon
G
146 MERCURE DEFRANCE.
premier Motet , & depuis ce tems- là il en donne
on tous les ans à Versailles,
Le Samedi faint leurs Majeftés entendirent à la
Chapelle Ofii de M. l'Abbé Madin & le Re
gia Cali de M. l'abbé Blanchard.
•
Le Jeudi 22- Avril & le Vendredi ſuivant M,
de Blamont Sur - Intendant de la Mufique du
Roi -fit chanter pendant la Meffe de leurs Ma
jestés Exaltabo te Deus meus Rex , Motet de fa
compofition & le Domine falvumfas Regem qu'il
avoit fait pour la convalefcence du Roi . Ces deux
Davrages ont été également applaudis , M l'Abbé
Dota & M. Benoît ont chanté des recits où la
verité de l'expreffion & les graces du chant fe
font trouvées enfemble ; l'exécution generale a
été parfaite.
Le Roi a partagé la penfion de deux mille livres
qu'avoir feu M. Pachini Muficien Italien entre
M. l'Abbé Dota & M. Guignon ; les deux Semetres
de la Chapelle ont été accordés à M, Bẹ-
noît & à M. Poirier , Ils font tous les quatre de la
Mufique de la Chapelle & de la Chambre du Roi
& très diftingués par leurs talens fuperieurs .
Nous avons omis dans le recit des fêtes données
à Verfailles , à l'occafion de l'augufte ma❤
riage qui s'y elt célebré , d'apprendre au Public
que M. de Laval a compofé des Ballets qui ont
generalement obtenu les fufrages des connoiffeurs
& que M. le Page Acteur de l'Academie Roya
le de Mufique y a fi bien chanté que la Reine
même a eu la bonté de lui marquer le plaifir qu'îl
lui avoit procuré,
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6462
p. 5-18
LETTRE De M. Chaix, à M. B... dans laquelle il releve quelques erreurs concernant l'Histoire de Provence, glissées dans les relations des fêtes données par la Cour des Comptes, Aides & Finances, & par la Ville d'Aix.
Début :
J'applaudis volontiers, Monsieur, au zéle de ceux qui ont fait insérer dans le Mercure [...]
Mots clefs :
Provence, Troubadours, Aix-en-Provence, Saliens, Bateleurs, Poésie, Instruments, Origine, Mot, Danseurs, Histoire, Galoubets, Latin, Peuples, Langue, Étymologie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Chaix, à M. B... dans laquelle il releve quelques erreurs concernant l'Histoire de Provence, glissées dans les relations des fêtes données par la Cour des Comptes, Aides & Finances, & par la Ville d'Aix.
LETTRE
De M. Chaix , à M. B ... dans laquelle il
releve quelques erreurs concernant l'Hiftoire
de Provence , gliffées dans les relations des
fêtes donnéespar la Cour des Comptes , Aides
& Finances , & par la Ville d'Aix.
J'a
'Applaudis volontiers , Monfieur , au zéle
de ceux qui ont fait inférer dans le Mercure
du mois d'Octobre dernier , depuis la
page 2291. jufques à la page 2303 , les relations
des fêtes données tant par la Cour des
Comptes , Aides & Finances , que par la Ville
d'Aix , aufujet du rétabliſſement de la fanté du
Roi. Je vous avois dans le tems inftruit de ces
fêtes , & leurs relations dans les faits n'auront
plus eu pour vous les graces de la nouveauté,
auffije ne fuis point en peine du jugement que
vous en aurez porté.
Quoiqu'il en foit , ce n'eft point contre elles
que je m'éleve , mais contre des erreurs
qu'on y a inferées fans néceffité. Erreurs que
je pardonnerois aifément , elles ne touchoient
qu'aux faits , qui font la matiere de
ces relations , mais que je ne puis paffer fous
filence , parce qu'elles tombent directement
fur l'Hiftoire générale de Provence ou fur
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
I'Hiftoire particuliere de la Ville d'Aix.
a)
39
ל כ
On lit ces mots à la page 2299. de la premiere
de ces relations : » Sur ces chars étoit
,, une fymphonie ambulante , accompagnée
de ces tambourins , nommés en Provence
galaubets , qui font très-téjouiffans , & s'accordent
parfaitement au génie des gens du
Pays , toujours prêts à danfer & à fauter :
Aufli font-ils les defcendans des Saliens ,
», ainfi nommés à Saliendo. Ces tambourins
ou galaubers nous viennent , felon les Historiens
de Provence , des anciens Troubadours,
dont les ouvrages font la premiere & vraie
origine de la Poëfie Françoife .
و د
و د
a)
53
>>
Il faut n'avoir jamais lù les Auteurs anciens
& modernes , qui ont parlé de la Provence ,
pour donner une telle étymologie au nom
des Saliens. Pitton dans fon Hiftoire de la
Ville d'Aix , Liv . 1. Chap. 1. paroît l'avoir
curieufement & exactement recherchée, Celle
des mots Grecs Σαλνές & Σαλμες & des
mots Latins falii , faluei , ou falies , n'eft pas
moins difficile à fçavoir , dit-il , que
de chercher
la fource du Nil , à la pourfuite de laquelle
on travaille en vain depuis tant defiécles .
Je me ris de la vanité des Grecs , qui prétendent
avoir impofé les noms à divers peuples ....
Cette Relation de la Cour des Comptes d'Aix a ensere
été imprimée à Paris chez Ballard fils.
MA I. 1745
Notre pays eft peuplé devant qu'on eût la connoiffance
de la Langue Grecque, puifque les fugitifs
de la Phocide trouverent un Roi & despeu
ples qui lui étoient foumis .... Il n'eft non plus
véritable de dire , que quoique nous soyons difpos
au faut & à la courſe , le terme Latin de falio
on falto , qui fignifie fauter , faſſe celui de Salien
.
Pitton , après avoir ainfi prouvé que le nom
des Saliens ne peut être dérivé du Grec ni du
Latin , propoſe enfuite fon fentiment , & celui
du Pere Denis Capucin , fur l'étymologie
de ce nom . Ils la tirent l'un & l'autre de la
Langue Hébraïque : Pitton dit qu'il dérive du
mot Hebreufala , en Latin fales , & en François
le mot à rire. , Expreflion , dit- il , qui
s'accorde à l'humeur de notre Nation , &furtout
de ceux de la Ville d'Aix , qui ont l'efprit
gaillard , plaifant , facétieux , & prompt aux
belles reparties.
On voit bien qu'il a quelque raifon de n'être
pas jaloux de fon opinion , puifqu'il défere
tout de fuite à celle du Pere Denis ,
qu'il
rapporte. Ce grand homme , ajoûte Pitton ,
m'a autrefois affuré que le mot Hebreu fahala
veut dire dilaté & étendu . Or les Auteurs
m'apprennent que lesSaliens étoient les plus puiffans
de cette Province ; que leur pouvoir & autorité
fous le commandement d'un feul Monarque,
s'étendoient fur tous les voifins ( depuis
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
les environs d'Aix jufques vers Nice , en fuivant
les côtes de Provence ) tous lesquels
étoient compris fous le nom de Saliens , comme
les plus recommandables. Les peuples les plus
nobles ont toujours cet avantage d'obliger leurs
voifins, d'emprunter leur nompour avoir part
leurgloire.
à
Faut-il réfléchir longtems fur les opinions
du Pere Denis & de Pitton pour le convaincre
qu'elles ne font pas plus fondées que celles
des anciens Auteurs qui tiroient du Grec
ou du Latin l'étymologie du nom de Saliens ?
J'avoue , Monfieur , qu'à travers cette diverfité
d'opinions il n'eft pas facile de ſe déterminer
, mais on ne peut défavouer auffi
que la moins vraisemblable & la moins foutenable
eft celle qui tire cette étymologie du
mot Latin, Salio ,Salii à Saliendo.Si la Langue
Latine n'a été connuë en Provence que lorfqu'elle
a été conquife & réduite en Province
par les Romains, Provincia , quaſi , prò viĉta,
comment cette Langue peut-elle avoir donné
l'origine au nom des Saliens , tandis que
ces peuples habitoient cette contrée plufieurs
fiécles auparavant , & qu'au rapport de Ptolomée
& de Strabon les anciens Phocéens
qui y aborderent la trouverent peuplée d'habitans
foumis au gouvernement de leur Roi ?
Je n'oſe préfumer , Monfieur ,
› que l'Auteur
de cette relation ait confondu dans l'étyMAI.
1745 :
mologie du nom des Saliens , anciens peuples
de Provence , celle des Saliens , Prêtres de
Mars , inftitués à Rome par Numa Pompilius
, & qui réellement furent appellés Saliens,
Salii à Saliendo , parce qu'en certains jours ils
chantoient & danfoient par la Ville. L'erreur
feroit dans ce cas trop groffiere , & l'imperitie
trop grande ; j'aime bien mieux croire
que le mot Latin Salio , faifant une allufion na .
turelle à celui de Salii , l'a détourné de toute
recherche , & lui a fait faifir cette explication
comme la plus apparente & la meilleure
, quoiqu'elle foit abfolument faufle .
La feconde erreur n'eft ni moins intéref
fante , ni moins néceffaire à réparer. On peut
même dire qu'elle eft géminée , puifqu'elle
fuppofe , 10. que les inftrumens , dits en patois
Provençal galaubets , étoient connus du
tems des Troubadours , 2 °. que ces mêmes
Troubadours s'en fervoient. Dans l'une &
Fautre de ces fuppofitions il eft étonnant
qu'on s'autorife des Hiftoriens de Provence®
qui n'en difent mot.
Que les galaubets ne fuffent point connus
du tems des Troubadours , c'eft ce qu'aucun
Provençal n'ignore . L'invention de ces inftrumens
eft toute récente , elle ne remonte guéres
au-de -là de ce fiécle , & nos vieillards
n'ont point encore oublié que Meffieurs
Azan & Fregier , morts depuis quelques an
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
nées , ont été ceux qui les premiers fe font
diftingués à Aix par l'accord de cet inftrument
avec le tambourin . Il eft vrai que dans
ces derniers tems en Provence & fur-tout à
Marſeille , ces inftrumens font devenus fort à
la mode , que les jeunes gens de tout état ont
pris plaifir à en jouer ; qu'ils y ont excellé , en
les accommodant même aux tons de la mufique
, & que cette efpece d'émulation a fait
entrer ces mêmes inftrumens dans toutes les
fêtes & dans toutes les parties de plaifir.
La feconde fuppofition n'eft que le renouvellement
d'une difpute qu'il y eût au commencement
de ce fiécle entre quelques Auteurs
Provençaux fur divers points de l'Hiftoire
de Provence.
--
M. Pierre Jofeph de Haitze dans fa
Lettre de Sextius le Salien à Euxenus le Marfeillois
, & dans fes Differtations fur divers
points de l'Hiftoire de Provence , Differtat. 3 .
de l'origine des Troubadours , ſe vanta d'en
avoir découvert le véritable caractére dans un
portrait peu avantageux que fait d'eux Rodulphe
Glaber , Moine de Saint Germain
d'Auxerre , au 3e. Liv. de fes Hiftoires , fur la
fin du Chap. 9. Il foutint fur l'autorité de cet
Auteur que les Troubadours , que la Princeffe
Conftance , fille du Comte de Provence
Guillaume I. mena à la Cour de France lors
de fon mariage avec le Roi Robert , n'étoiens
MAI. If
1745.
29
» d'autres que des Comédiens , des Chanteurs
»& des Joueurspublics d'inftrumens , aufquels
» on donna d'abord les noms de Jongleurs ,
» Comies , Mufars , Vialeurs & Chantaires ,
& qu'il n'y avoit jamais eu d'autres Trou-
» badours en Provence .
M. de Galaup-Chaftueil , l'un des antagoniftes
du Sieur de Haitze , dans fon Difcours
fur les Arcs triomphaux dreffés en la Ville
d'Aix lorfque les Enfans de France y paſſerent
en 1701. étoit convenu de ces noms ,
donnés anciennement aux Troubadours , &
expliqués par Jean Noftradamus dans la préface
de leurs vies . Il convint encore dans fes
Reflexionsfur la lettre de Sextius , & dans fon
Apologie des Troubadours , fervant de réponse
aux Differtations de Pierre- Jofeph, Dialog. 3e.
que ceux que la Reine Conftance mena
avec elle à Paris pouvoient être de fimples
Bateleurs & Ménétriers , mais les conféquences
qu'il en tira , furent toutes contraires à
celles de M. de Haitze.
D'abord il lui reprocha de ne point dif
tinguer les tems pour fixer la vraie origine
& le caractére des Troubadours ; qu'il ne
falloit point confondre ceux- ci , ainfi qu'avoit
fait le Moine Glaber , avec les Bâteleurs
& Ménétriers de la Reine Conftance ; qu'en
fuppofant même que ces Bâteleurs & Ménétriers
euffent inventé & ſe fuffent exercés à
Avi
MERCURE DE FRANCE.
la Poëfie Provençale , on pouvoit en conclure
feulement qu'elle n'avoit pas une origine
fort illuftre , & qu'elle étoit alors ( dans
le dixiéme fiécle ) pour ainfi dire , dans fon
enfance , mais jamais que les Troubadours
qui vinrent dans la fuite ( depuis le 11e . jufqu'au
14 fiécle ) & qui perfectionnerent la
Poëfie Provençale , cès admirablesgénies qu'on
vit regner pendant quelques fiècles en Provence,
dont les productions étoient fieftimées dans les
differentes Cours de l'Europe , ne fuffent euxmêmes
que des Bateleurs & des Ménétriers.
Peut on en effet penfer que l'Empereur Frederic
I. , Richard Roi d'Angleterre , Raymond
Berenger III . Comte de Provence, les
Caftellannes , les Blauas , la Comteffe de Die,
& tant d'autres beaux efprits de ces tems euffent
ainfi avili leur rang & leurs talens ?
Il auroit été facile , ce me femble , Monfieur
, de concilier fur ce point les opinions
differentes des Sieurs de Haitze & de Galaup
,, en diftinguant les tems , ainfi que ce
dernier le prétendoit.
On ne pouvoit difconvenir avec M. de
Haitze, que conformément à ce que rapporte
Glaber , les Troubadours qui accompagnerent
la Reine Conftance ne fuflent des Comédiens
, des Chanteurs , & des Joueurs publics
d'inftrumens , mais il ne falloit point de cela
tirer avec lui cette conféquence erronée , que
MAI. 1745 .
$3
es grands hommes qui avoient dans la fuite
cultivé la Poëfie Provençale , n'étoient pas pour
cela Troubadours de profeffion , paree qu'ils n'étoient
pas Fongleurs , Comies , Mufars , Vialeurs
& Chantaires publics , & qu'ils n'enfaifoient
pas métier-marchandise.
On devoit au contraire en conclure avec
M. de Galaup que la Poëfie Provençale s'étant
bien- tôt après perfectionnée, & qu'ayant
été cultivée , ainfi que dit Pafquier Liv . 7
chap. 4, par les Gentilshommes ou grands Seigneurs
, efquels on ne pouvoit facilement remarquer
une PoëfiePedantefque ( encore moins
les regarder comine des Bateleurs & des Ménétriers
) on n'eût pas befoin pour devenir
Troubadour de faire le métier de Jongleurs ,
Comies , Mufars , Vialeurs , & Chantaires ,
& qu'il fuffit alors de s'exercer & de réuffir
dans cette Poëfie pour être dit & reconnu
véritable Troubadour. On peut en effet aflûrer
, ainfi que le rapporte Galaup , que les
Hiftoriens qui nous ont confervé les noms & les
principaux ouvrages de nos Troubadours , n'ont
pas entendu parler de ces Jongleurs & Vialeurs,
Comies & Bateleurs de la Reine Conftance
mais bien des perfonnes confidérables qui avoient
cultivé les rimes Provençales , & celles qui s'étoient
diftinguées dans cette ingénieuse maniere
d'écrire.
Pardonnez-moi , Monfieur , cette digref
14 MERCURE DE FRANCE
fion fur nos Troubadours. Je les ai vûs à regret
confondre de nouveau , ainfi qu'avoit
fait le Sr de Haitze avec des Bâteleurs & Ménétriers
, & j'ai voulu rappeller après M. de
Galaup que les perfonnes qui fe font appliquées
à la Poëfie Provençale , & qu'on ne
peut foupçonner d'avoir exercé la profeffion
de Bâteleurs & Ménétriers , font les feules
auxquelles les Hiftoriens de Provence ont
donné le nom de Troubadours ; les feules
dont ils nous ont confervé les noms & les
ouvrages ; les feules enfin qu'une Tradition
conftante nous a fait reconnoître pour tels.
Je ne défavoue point cependant que
lorfque nos Poëtes Provençaux joignoient
à leur talent pour la Poëfie celui de jouer de
quelque inftrument , ils n'en fiffent un noble
ufage , foit pour réhauffer le prix de leurs
productions , foit pour montrer un talent de
plus , & c'est ce qu'obferve Noftradamus
dans la préface de leurs vies. Le Préſident
Fauchet dans fon Recueil de l'origine de la
Langue & de la Poefie Françoise , rime & romans
, chap. 8. obferve la même chofe des
premiers Poëtes François , mais ces deux Auteurs
ne fe font point avifé de dire , de pen .
fer même , que ces premiers Poëtes , foit
Provençaux, foit François ,fe foient fervis ou
ayent pu fe fervir d'autres inftrumens que de
la flute, du violon ou de la viole, feuls inftruMAI.
1745. 15
mens qui pouvoient s'accorder & convenir
à leurs chants , & jamais des tambours , tambourins
& autres bruyans inftrumens toujours
incompatibles avec l'accompagnement de la
Voix .
De tout cela vous conclurez aifément, M
qu'indépendament de ce que , ainfi que je
l'ai déja obfervé , l'époque de l'ufage des
galaubets en Provence ne remonte point audelà
de 50 ou 60 ans , quand même elle fe
roit auffi ancienne que le font nos Troubadours
, ceux- ci n'auroient jamais pu s'en fervir
, & que dans les régles de la bienféance
ils ne leur auroient méme pû convenir , mais
feulement à des Bateleurs & Ménétriers ,
qu'on ne peut & qu'on ne doit en aucun
fens confondre avec eux .
»
La double erreur que je viens de difcuter
peut avoir donné lieu à celle qui fuit. On a
inféré au bas des pages 2302 & 2303 de la
relation des fêtes données par la Ville d'Aix ,
cette note fur le mot Danfeurs. » On appelle
ainfi plufieurs bandes de jeunes gens habillés
proprement avec des chemiſes de
» toile d'Hollande , des rubans en bando-
» liere & une efpece de culotte à la matelote
garnie de rubans , bas & fouliers blancs ,
» frifés & poudrés , ayant un cafque en tête
» couvert de plumes & portant une espece de
fceptre à la main. On croit que c'est à pen
55
"
"
16 MERCURE DE FRANCE.
près l'habit des anciens Troubadours, de Pro-
» vence.
D'abord je conviens ,M. du nom & de l'habillement
des Danfeurs : Je trouve même
qu'ils ont affés de rapport avec les Prêtres
de Mars de l'ancienne Rome , nommés Salii
à Saliendo , & je ne doute pas que nos Peres
les euffent appellés du nom de Saliens , s'ils
n'euffent craint avec raifon qu'on ne les confondit
dans la fuite , ainfi qu'on l'a fait dans la
rélation des fêtes de la Cour des Comptes ,
& que je l'ai dit ci- devant , avec les anciens
Peuples de ce nom , defquels ils tiroient leur
primitive & véritable origine.
Mais je ne puis convenir en même tems ,
que tel fût à peu près l'habit des anciens Trou
badours de Provence. A la vérité cet habit
auroit pû aſſortir des Bâteleurs & Ménétriers
tels que ceux qui accompagnerent la Princeffe
Conftance à Paris , mais peut- on penfer
que cette efpece d'habillement eût convenu
à des perfonnes qui autant par leur
naiffance que par leurs talens étoient bien
éloignées de fe donner ainfi en ſpectacle ?
D'ailleurs quoique j'ignore l'époque de
Tintroduction des Danfeurs dans la Ville
d'Aix, qu'on trouveroit fans doute dans les
* On ponvoit même y ajouter lesjarretieres chargées de
grelots , qu'ils placent fur leurs gras de jambe , le mou¬
sboir qu'ils ont à la main gauche , Sc
MAI. 1745.
Archives de la Communauté , je crois pouvoir
cependant affurer fur de bons garants
qu'elle n'eft pas fort ancienne.
Ces Danfeurs ne fortent & ne danfent
communément à Aix qu'une fois l'année à
l'occafion de la Fête Dieu , que vous fçavez ,
M. qu'on y célébre affés fingulierement par
la repréfentation de certains anciens Jeux
ridicules , indécens & dont on a fupprimé
une bonne partie , mais ces Danfeurs ne font
point , ainfi que le refte de ces mêmes Jeux ,
de l'infti.ution de cette Fête . Réné d'Anjou
Comte de Provence , qui eft le Fondateur ,
ne les y introduifit point , & il n'eft fait aucune
mention d'eux dans la plainte de Mathurin
de Nuré à notre célébre Gaffendy ,
fur l'indécence de nos Jeux de la Fête Dieu ,
écrite en 1645 , ni dans la Traduction libre
& manufcrite en vers Provençaux d'une partie
de cet ouvrage fait par M. de Gaillard-
Chaudon , ni enfin dans l'efprit du Cérémonial
d'Aix en la célébration de la Fête Dieu
de M. de Haitze , dont il a été fait deux Editions
, l'une en 1708 , l'autre en 1730 .
Si donc on veut d'une part fixer une fois
fes idées fur les Poëtes Provençaux qu'on
doit reconnoître pour les vrais Troubadours ,
de l'autre convenir de l'incongruité qu'il y
auroit eu pour eux dans cette efpece d'habillement
dont le décorent nos Danfeurs ;
18 MERCURE DE FRANCE.
réfléchir enfin que ces derniers n'avoient
point été introduits parmi les Jeux de la Fête
Dieu , puifque non feulement les Auteurs
que j'ai cités, mais les Hiftoriens de Provence,
n'en parlent point , on conclura néceffairement
que la préfomption par laquelle on a
voulu donner l'habillement des Danfeurs aux
anciens Troubadours ne leur convient abfolument
point & leur eſt tout-à- fait injutieuſe.
A Aix le 20 Décembre 1744.
De M. Chaix , à M. B ... dans laquelle il
releve quelques erreurs concernant l'Hiftoire
de Provence , gliffées dans les relations des
fêtes donnéespar la Cour des Comptes , Aides
& Finances , & par la Ville d'Aix.
J'a
'Applaudis volontiers , Monfieur , au zéle
de ceux qui ont fait inférer dans le Mercure
du mois d'Octobre dernier , depuis la
page 2291. jufques à la page 2303 , les relations
des fêtes données tant par la Cour des
Comptes , Aides & Finances , que par la Ville
d'Aix , aufujet du rétabliſſement de la fanté du
Roi. Je vous avois dans le tems inftruit de ces
fêtes , & leurs relations dans les faits n'auront
plus eu pour vous les graces de la nouveauté,
auffije ne fuis point en peine du jugement que
vous en aurez porté.
Quoiqu'il en foit , ce n'eft point contre elles
que je m'éleve , mais contre des erreurs
qu'on y a inferées fans néceffité. Erreurs que
je pardonnerois aifément , elles ne touchoient
qu'aux faits , qui font la matiere de
ces relations , mais que je ne puis paffer fous
filence , parce qu'elles tombent directement
fur l'Hiftoire générale de Provence ou fur
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
I'Hiftoire particuliere de la Ville d'Aix.
a)
39
ל כ
On lit ces mots à la page 2299. de la premiere
de ces relations : » Sur ces chars étoit
,, une fymphonie ambulante , accompagnée
de ces tambourins , nommés en Provence
galaubets , qui font très-téjouiffans , & s'accordent
parfaitement au génie des gens du
Pays , toujours prêts à danfer & à fauter :
Aufli font-ils les defcendans des Saliens ,
», ainfi nommés à Saliendo. Ces tambourins
ou galaubers nous viennent , felon les Historiens
de Provence , des anciens Troubadours,
dont les ouvrages font la premiere & vraie
origine de la Poëfie Françoife .
و د
و د
a)
53
>>
Il faut n'avoir jamais lù les Auteurs anciens
& modernes , qui ont parlé de la Provence ,
pour donner une telle étymologie au nom
des Saliens. Pitton dans fon Hiftoire de la
Ville d'Aix , Liv . 1. Chap. 1. paroît l'avoir
curieufement & exactement recherchée, Celle
des mots Grecs Σαλνές & Σαλμες & des
mots Latins falii , faluei , ou falies , n'eft pas
moins difficile à fçavoir , dit-il , que
de chercher
la fource du Nil , à la pourfuite de laquelle
on travaille en vain depuis tant defiécles .
Je me ris de la vanité des Grecs , qui prétendent
avoir impofé les noms à divers peuples ....
Cette Relation de la Cour des Comptes d'Aix a ensere
été imprimée à Paris chez Ballard fils.
MA I. 1745
Notre pays eft peuplé devant qu'on eût la connoiffance
de la Langue Grecque, puifque les fugitifs
de la Phocide trouverent un Roi & despeu
ples qui lui étoient foumis .... Il n'eft non plus
véritable de dire , que quoique nous soyons difpos
au faut & à la courſe , le terme Latin de falio
on falto , qui fignifie fauter , faſſe celui de Salien
.
Pitton , après avoir ainfi prouvé que le nom
des Saliens ne peut être dérivé du Grec ni du
Latin , propoſe enfuite fon fentiment , & celui
du Pere Denis Capucin , fur l'étymologie
de ce nom . Ils la tirent l'un & l'autre de la
Langue Hébraïque : Pitton dit qu'il dérive du
mot Hebreufala , en Latin fales , & en François
le mot à rire. , Expreflion , dit- il , qui
s'accorde à l'humeur de notre Nation , &furtout
de ceux de la Ville d'Aix , qui ont l'efprit
gaillard , plaifant , facétieux , & prompt aux
belles reparties.
On voit bien qu'il a quelque raifon de n'être
pas jaloux de fon opinion , puifqu'il défere
tout de fuite à celle du Pere Denis ,
qu'il
rapporte. Ce grand homme , ajoûte Pitton ,
m'a autrefois affuré que le mot Hebreu fahala
veut dire dilaté & étendu . Or les Auteurs
m'apprennent que lesSaliens étoient les plus puiffans
de cette Province ; que leur pouvoir & autorité
fous le commandement d'un feul Monarque,
s'étendoient fur tous les voifins ( depuis
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
les environs d'Aix jufques vers Nice , en fuivant
les côtes de Provence ) tous lesquels
étoient compris fous le nom de Saliens , comme
les plus recommandables. Les peuples les plus
nobles ont toujours cet avantage d'obliger leurs
voifins, d'emprunter leur nompour avoir part
leurgloire.
à
Faut-il réfléchir longtems fur les opinions
du Pere Denis & de Pitton pour le convaincre
qu'elles ne font pas plus fondées que celles
des anciens Auteurs qui tiroient du Grec
ou du Latin l'étymologie du nom de Saliens ?
J'avoue , Monfieur , qu'à travers cette diverfité
d'opinions il n'eft pas facile de ſe déterminer
, mais on ne peut défavouer auffi
que la moins vraisemblable & la moins foutenable
eft celle qui tire cette étymologie du
mot Latin, Salio ,Salii à Saliendo.Si la Langue
Latine n'a été connuë en Provence que lorfqu'elle
a été conquife & réduite en Province
par les Romains, Provincia , quaſi , prò viĉta,
comment cette Langue peut-elle avoir donné
l'origine au nom des Saliens , tandis que
ces peuples habitoient cette contrée plufieurs
fiécles auparavant , & qu'au rapport de Ptolomée
& de Strabon les anciens Phocéens
qui y aborderent la trouverent peuplée d'habitans
foumis au gouvernement de leur Roi ?
Je n'oſe préfumer , Monfieur ,
› que l'Auteur
de cette relation ait confondu dans l'étyMAI.
1745 :
mologie du nom des Saliens , anciens peuples
de Provence , celle des Saliens , Prêtres de
Mars , inftitués à Rome par Numa Pompilius
, & qui réellement furent appellés Saliens,
Salii à Saliendo , parce qu'en certains jours ils
chantoient & danfoient par la Ville. L'erreur
feroit dans ce cas trop groffiere , & l'imperitie
trop grande ; j'aime bien mieux croire
que le mot Latin Salio , faifant une allufion na .
turelle à celui de Salii , l'a détourné de toute
recherche , & lui a fait faifir cette explication
comme la plus apparente & la meilleure
, quoiqu'elle foit abfolument faufle .
La feconde erreur n'eft ni moins intéref
fante , ni moins néceffaire à réparer. On peut
même dire qu'elle eft géminée , puifqu'elle
fuppofe , 10. que les inftrumens , dits en patois
Provençal galaubets , étoient connus du
tems des Troubadours , 2 °. que ces mêmes
Troubadours s'en fervoient. Dans l'une &
Fautre de ces fuppofitions il eft étonnant
qu'on s'autorife des Hiftoriens de Provence®
qui n'en difent mot.
Que les galaubets ne fuffent point connus
du tems des Troubadours , c'eft ce qu'aucun
Provençal n'ignore . L'invention de ces inftrumens
eft toute récente , elle ne remonte guéres
au-de -là de ce fiécle , & nos vieillards
n'ont point encore oublié que Meffieurs
Azan & Fregier , morts depuis quelques an
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
nées , ont été ceux qui les premiers fe font
diftingués à Aix par l'accord de cet inftrument
avec le tambourin . Il eft vrai que dans
ces derniers tems en Provence & fur-tout à
Marſeille , ces inftrumens font devenus fort à
la mode , que les jeunes gens de tout état ont
pris plaifir à en jouer ; qu'ils y ont excellé , en
les accommodant même aux tons de la mufique
, & que cette efpece d'émulation a fait
entrer ces mêmes inftrumens dans toutes les
fêtes & dans toutes les parties de plaifir.
La feconde fuppofition n'eft que le renouvellement
d'une difpute qu'il y eût au commencement
de ce fiécle entre quelques Auteurs
Provençaux fur divers points de l'Hiftoire
de Provence.
--
M. Pierre Jofeph de Haitze dans fa
Lettre de Sextius le Salien à Euxenus le Marfeillois
, & dans fes Differtations fur divers
points de l'Hiftoire de Provence , Differtat. 3 .
de l'origine des Troubadours , ſe vanta d'en
avoir découvert le véritable caractére dans un
portrait peu avantageux que fait d'eux Rodulphe
Glaber , Moine de Saint Germain
d'Auxerre , au 3e. Liv. de fes Hiftoires , fur la
fin du Chap. 9. Il foutint fur l'autorité de cet
Auteur que les Troubadours , que la Princeffe
Conftance , fille du Comte de Provence
Guillaume I. mena à la Cour de France lors
de fon mariage avec le Roi Robert , n'étoiens
MAI. If
1745.
29
» d'autres que des Comédiens , des Chanteurs
»& des Joueurspublics d'inftrumens , aufquels
» on donna d'abord les noms de Jongleurs ,
» Comies , Mufars , Vialeurs & Chantaires ,
& qu'il n'y avoit jamais eu d'autres Trou-
» badours en Provence .
M. de Galaup-Chaftueil , l'un des antagoniftes
du Sieur de Haitze , dans fon Difcours
fur les Arcs triomphaux dreffés en la Ville
d'Aix lorfque les Enfans de France y paſſerent
en 1701. étoit convenu de ces noms ,
donnés anciennement aux Troubadours , &
expliqués par Jean Noftradamus dans la préface
de leurs vies . Il convint encore dans fes
Reflexionsfur la lettre de Sextius , & dans fon
Apologie des Troubadours , fervant de réponse
aux Differtations de Pierre- Jofeph, Dialog. 3e.
que ceux que la Reine Conftance mena
avec elle à Paris pouvoient être de fimples
Bateleurs & Ménétriers , mais les conféquences
qu'il en tira , furent toutes contraires à
celles de M. de Haitze.
D'abord il lui reprocha de ne point dif
tinguer les tems pour fixer la vraie origine
& le caractére des Troubadours ; qu'il ne
falloit point confondre ceux- ci , ainfi qu'avoit
fait le Moine Glaber , avec les Bâteleurs
& Ménétriers de la Reine Conftance ; qu'en
fuppofant même que ces Bâteleurs & Ménétriers
euffent inventé & ſe fuffent exercés à
Avi
MERCURE DE FRANCE.
la Poëfie Provençale , on pouvoit en conclure
feulement qu'elle n'avoit pas une origine
fort illuftre , & qu'elle étoit alors ( dans
le dixiéme fiécle ) pour ainfi dire , dans fon
enfance , mais jamais que les Troubadours
qui vinrent dans la fuite ( depuis le 11e . jufqu'au
14 fiécle ) & qui perfectionnerent la
Poëfie Provençale , cès admirablesgénies qu'on
vit regner pendant quelques fiècles en Provence,
dont les productions étoient fieftimées dans les
differentes Cours de l'Europe , ne fuffent euxmêmes
que des Bateleurs & des Ménétriers.
Peut on en effet penfer que l'Empereur Frederic
I. , Richard Roi d'Angleterre , Raymond
Berenger III . Comte de Provence, les
Caftellannes , les Blauas , la Comteffe de Die,
& tant d'autres beaux efprits de ces tems euffent
ainfi avili leur rang & leurs talens ?
Il auroit été facile , ce me femble , Monfieur
, de concilier fur ce point les opinions
differentes des Sieurs de Haitze & de Galaup
,, en diftinguant les tems , ainfi que ce
dernier le prétendoit.
On ne pouvoit difconvenir avec M. de
Haitze, que conformément à ce que rapporte
Glaber , les Troubadours qui accompagnerent
la Reine Conftance ne fuflent des Comédiens
, des Chanteurs , & des Joueurs publics
d'inftrumens , mais il ne falloit point de cela
tirer avec lui cette conféquence erronée , que
MAI. 1745 .
$3
es grands hommes qui avoient dans la fuite
cultivé la Poëfie Provençale , n'étoient pas pour
cela Troubadours de profeffion , paree qu'ils n'étoient
pas Fongleurs , Comies , Mufars , Vialeurs
& Chantaires publics , & qu'ils n'enfaifoient
pas métier-marchandise.
On devoit au contraire en conclure avec
M. de Galaup que la Poëfie Provençale s'étant
bien- tôt après perfectionnée, & qu'ayant
été cultivée , ainfi que dit Pafquier Liv . 7
chap. 4, par les Gentilshommes ou grands Seigneurs
, efquels on ne pouvoit facilement remarquer
une PoëfiePedantefque ( encore moins
les regarder comine des Bateleurs & des Ménétriers
) on n'eût pas befoin pour devenir
Troubadour de faire le métier de Jongleurs ,
Comies , Mufars , Vialeurs , & Chantaires ,
& qu'il fuffit alors de s'exercer & de réuffir
dans cette Poëfie pour être dit & reconnu
véritable Troubadour. On peut en effet aflûrer
, ainfi que le rapporte Galaup , que les
Hiftoriens qui nous ont confervé les noms & les
principaux ouvrages de nos Troubadours , n'ont
pas entendu parler de ces Jongleurs & Vialeurs,
Comies & Bateleurs de la Reine Conftance
mais bien des perfonnes confidérables qui avoient
cultivé les rimes Provençales , & celles qui s'étoient
diftinguées dans cette ingénieuse maniere
d'écrire.
Pardonnez-moi , Monfieur , cette digref
14 MERCURE DE FRANCE
fion fur nos Troubadours. Je les ai vûs à regret
confondre de nouveau , ainfi qu'avoit
fait le Sr de Haitze avec des Bâteleurs & Ménétriers
, & j'ai voulu rappeller après M. de
Galaup que les perfonnes qui fe font appliquées
à la Poëfie Provençale , & qu'on ne
peut foupçonner d'avoir exercé la profeffion
de Bâteleurs & Ménétriers , font les feules
auxquelles les Hiftoriens de Provence ont
donné le nom de Troubadours ; les feules
dont ils nous ont confervé les noms & les
ouvrages ; les feules enfin qu'une Tradition
conftante nous a fait reconnoître pour tels.
Je ne défavoue point cependant que
lorfque nos Poëtes Provençaux joignoient
à leur talent pour la Poëfie celui de jouer de
quelque inftrument , ils n'en fiffent un noble
ufage , foit pour réhauffer le prix de leurs
productions , foit pour montrer un talent de
plus , & c'est ce qu'obferve Noftradamus
dans la préface de leurs vies. Le Préſident
Fauchet dans fon Recueil de l'origine de la
Langue & de la Poefie Françoise , rime & romans
, chap. 8. obferve la même chofe des
premiers Poëtes François , mais ces deux Auteurs
ne fe font point avifé de dire , de pen .
fer même , que ces premiers Poëtes , foit
Provençaux, foit François ,fe foient fervis ou
ayent pu fe fervir d'autres inftrumens que de
la flute, du violon ou de la viole, feuls inftruMAI.
1745. 15
mens qui pouvoient s'accorder & convenir
à leurs chants , & jamais des tambours , tambourins
& autres bruyans inftrumens toujours
incompatibles avec l'accompagnement de la
Voix .
De tout cela vous conclurez aifément, M
qu'indépendament de ce que , ainfi que je
l'ai déja obfervé , l'époque de l'ufage des
galaubets en Provence ne remonte point audelà
de 50 ou 60 ans , quand même elle fe
roit auffi ancienne que le font nos Troubadours
, ceux- ci n'auroient jamais pu s'en fervir
, & que dans les régles de la bienféance
ils ne leur auroient méme pû convenir , mais
feulement à des Bateleurs & Ménétriers ,
qu'on ne peut & qu'on ne doit en aucun
fens confondre avec eux .
»
La double erreur que je viens de difcuter
peut avoir donné lieu à celle qui fuit. On a
inféré au bas des pages 2302 & 2303 de la
relation des fêtes données par la Ville d'Aix ,
cette note fur le mot Danfeurs. » On appelle
ainfi plufieurs bandes de jeunes gens habillés
proprement avec des chemiſes de
» toile d'Hollande , des rubans en bando-
» liere & une efpece de culotte à la matelote
garnie de rubans , bas & fouliers blancs ,
» frifés & poudrés , ayant un cafque en tête
» couvert de plumes & portant une espece de
fceptre à la main. On croit que c'est à pen
55
"
"
16 MERCURE DE FRANCE.
près l'habit des anciens Troubadours, de Pro-
» vence.
D'abord je conviens ,M. du nom & de l'habillement
des Danfeurs : Je trouve même
qu'ils ont affés de rapport avec les Prêtres
de Mars de l'ancienne Rome , nommés Salii
à Saliendo , & je ne doute pas que nos Peres
les euffent appellés du nom de Saliens , s'ils
n'euffent craint avec raifon qu'on ne les confondit
dans la fuite , ainfi qu'on l'a fait dans la
rélation des fêtes de la Cour des Comptes ,
& que je l'ai dit ci- devant , avec les anciens
Peuples de ce nom , defquels ils tiroient leur
primitive & véritable origine.
Mais je ne puis convenir en même tems ,
que tel fût à peu près l'habit des anciens Trou
badours de Provence. A la vérité cet habit
auroit pû aſſortir des Bâteleurs & Ménétriers
tels que ceux qui accompagnerent la Princeffe
Conftance à Paris , mais peut- on penfer
que cette efpece d'habillement eût convenu
à des perfonnes qui autant par leur
naiffance que par leurs talens étoient bien
éloignées de fe donner ainfi en ſpectacle ?
D'ailleurs quoique j'ignore l'époque de
Tintroduction des Danfeurs dans la Ville
d'Aix, qu'on trouveroit fans doute dans les
* On ponvoit même y ajouter lesjarretieres chargées de
grelots , qu'ils placent fur leurs gras de jambe , le mou¬
sboir qu'ils ont à la main gauche , Sc
MAI. 1745.
Archives de la Communauté , je crois pouvoir
cependant affurer fur de bons garants
qu'elle n'eft pas fort ancienne.
Ces Danfeurs ne fortent & ne danfent
communément à Aix qu'une fois l'année à
l'occafion de la Fête Dieu , que vous fçavez ,
M. qu'on y célébre affés fingulierement par
la repréfentation de certains anciens Jeux
ridicules , indécens & dont on a fupprimé
une bonne partie , mais ces Danfeurs ne font
point , ainfi que le refte de ces mêmes Jeux ,
de l'infti.ution de cette Fête . Réné d'Anjou
Comte de Provence , qui eft le Fondateur ,
ne les y introduifit point , & il n'eft fait aucune
mention d'eux dans la plainte de Mathurin
de Nuré à notre célébre Gaffendy ,
fur l'indécence de nos Jeux de la Fête Dieu ,
écrite en 1645 , ni dans la Traduction libre
& manufcrite en vers Provençaux d'une partie
de cet ouvrage fait par M. de Gaillard-
Chaudon , ni enfin dans l'efprit du Cérémonial
d'Aix en la célébration de la Fête Dieu
de M. de Haitze , dont il a été fait deux Editions
, l'une en 1708 , l'autre en 1730 .
Si donc on veut d'une part fixer une fois
fes idées fur les Poëtes Provençaux qu'on
doit reconnoître pour les vrais Troubadours ,
de l'autre convenir de l'incongruité qu'il y
auroit eu pour eux dans cette efpece d'habillement
dont le décorent nos Danfeurs ;
18 MERCURE DE FRANCE.
réfléchir enfin que ces derniers n'avoient
point été introduits parmi les Jeux de la Fête
Dieu , puifque non feulement les Auteurs
que j'ai cités, mais les Hiftoriens de Provence,
n'en parlent point , on conclura néceffairement
que la préfomption par laquelle on a
voulu donner l'habillement des Danfeurs aux
anciens Troubadours ne leur convient abfolument
point & leur eſt tout-à- fait injutieuſe.
A Aix le 20 Décembre 1744.
Fermer
6463
p. 13-17
DISCOURS AU ROI, Sur le succès de ses Armes.
Début :
LE Samedi 5 Juin M. Roi Chevalier de l'Ordre de S. Michel eut l'honneur / GRAND ROI, je céde enfin à l'ardeur qui me guide ; [...]
Mots clefs :
Roi, Armes, Temps, Succès, Triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS AU ROI, Sur le succès de ses Armes.
DISCOURS AU ROI ,
Sur le fuccès de fes Armes.
LeSandredeJ.Michel eut l'honneur
de préfenter à la Reine , à Madame la Dauphine
& à Mefdames le Difcours fur le
fuccès des armes du Roi . Il fut invité de le
prononcer. La Reine entendit ces Vers
pendant fon dîner , Madame la Dauphine
l'après midi , & Mefdames à leur fouper.
Elles en parurent également fatisfaites &
attendries. Il fut comblé de ces éloges toujours
précieux & toujoursnouveaux pour un
Auteur le plus accoûtumé à en recevoir .
E Samedi s Juin M. Roi Chevalier
Sa Majesté a reçû en même- tems à l'armée
cette Piéce ; elle a ordonné qu'elle
fût imprimée à Lille . C'eft le même honneur
que S. M. fit à M. Roi lors de la Convalefcence.
Le Poëme fut imprimé à Metz
par un pareil ordre.
14 MERCURE DE FRANCE.
GRAND ROI , je cúde enfin à l'ardeur qui me
guide ;
Tu peux rendre fécond l'efprit le plus aride.
C'est moi qui le premier chantai notre bonheur
Quand tes jours échapoient à la Parque en fureur.
Peut-être que ma Lyre , organe de tendreffe,
A chanter des combats va trahir la foibleffe.
Le zéle fuffiroit pour rendre les frayeurs
Dont tes derniers périls ont glacé tous les coeurs
Lorſqu'au pied de ces murs , d'où partoit le tonnerre
,
Au milieu de ces feux que vomiffoit la terre ,
Ton oeil bravoit la mort errante autour de toi ,
Et que la France entiere à tremblé pour fon Roi.
T
J'aimerois à me joindre à ces tranſports de joye
Qu'à ton heureux retour le citoyen déploie
A peindre ta famille embraffant tes genoux ,
Doux momens , où triomphe & le pere & l'époux !
x
Tel Horace autrefois , dans fa verve diſcrette ,
Laiffoit à Varius ** emboucher la trompette
Ebranler tout l'Olimpe aux clameurs des mourans
De fang dans Actium répandre les torrens ,
Montrer la terre en feu , les mers épouvantées ,
Et du Styx par les morts . les ondes arrêtées.
* Ode 5. l. 1 .
** Poëte Epique & Tragique , fous Augufte.
JUIN.
15 1745.
Du fuccès de la guerre il ne peint que les fruits ;
Les Romains raffûrés , les plaifirs reproduits ,
Le Capitole orné de fleurs , de facrifices ,
Les fpectacles ouverts fous de plus doux aufpices,
Les meres de leurs fils béniffant le retour ,
Et les drapeaux de Mars aux Autels de l'Amour .
'Ainfi , fans m'élancer à travers le carnage ,
Ma Mufe du triomphe ofe ébaucher l'image ;
Triomphe différent de ceux où les Céfars
Du malheur des captifs repaiffant leurs regards ,
De l'esclavage encor aggravoient les injures ;
Où ces Rois enchaînés , déchirant leurs bleffures ,
Déteſtoient leurs vainqueurs , & les cruels fecours ,
Qui pour un tel outrage avoient fauvé leurs jours .
Trop long-tems ébloui par ce fafte barbare ,
Dont gémit l'héroïfme, & dont l'orgueil fe pare ,
L'Univers de LOUIS apprend d'autres vertus ,
Joüiſſez- en , Mortels , fous fes pieds abattus ;.
Loin de vous accabler , une pieté tendre
Comme fur fes Sujets ſçaura ſur vous s'étendre
Vous mourez;leVAINQUEUR veille à vous ranimer;
Vous force à l'applaudir , & peut- être à l'aimer.
Si nos deux derniers Rois foudroyoient des murailles
,
Le Ciel lui réfervoit la gloire des batailles :
Mânes de Souverains fi grands & fi chéris ,
Ah ! vous feriez jaloux d'un autre que d'un fils .
16 MERCURE DE FRANCE.
HENRI même , HENRI , dont l'utile courage
A fçu de fes Ayeux recouvrer l'héritage ,
HENRI n'eut que le choix du Trône ou du trépass
Pour nos feuls intérêts LOUIS arme fon bras :
Déja fon Fils le fuir , ce Fils à qui la Gloire
Pour premiere leçon préfente une victoire.
PRINCE , nouvel objet de refpect & d'amo
Que d'exemples touchants il te donne en un jour !
Arbitre du mérite , il loue , il récompenfe ,
Il ſe reconnoît maître aux faveurs qu'il diſpenſe ,
Seul dédommagement de fes juftes regrets
Pour tous ceux que la mort dérobe à fes bienfaits.
Nobles & chers foutiens de ce puiffant Empire ,
Héros , à vous chanter ma voix ne peut fuffire.
Irois-je apprécier le talent des guerriers ,
Et felon mon caprice adjuger les lauriers ?
A l'envi des grands noms qui parent notre Hiftoire,
Il en eft dont ce jour commence la mémoire ,
Mais LOUIS dans fon coeur a gravé vos exploits ;
Le Soldat a tout dit ; qu'ajoûteroit ma voix ?
Puiffe long -tems l'Europe envier à la France
Ce Chef , qui parmi nous prit une autre naiſſance ,
Ce Chef , dont le courage en un corps épuiſé ,
Subjuguant la nature , a tout fait , tout ofé !
Un regard du MONARQUE , un regard plein
de flâme
JUIN.
17 1745%
Jetté fur le Héros , renouvelle fon ame ;
Et MAURICE applaudi du Prince & du Soldat ,
Fait revivre à nos yeux VENDÔME & Catinat.
Yous , qu'un joug étranger forçoit à vous défendre
,
Redevenez François , hâtez- vous de vous rendre ;
C'eft votre premier Maître ; éprouvez les bontés ,
Et rentrez dans des droits fi long-tems regrettés.
Au milieu de ces champs où le fang fume encore ,
Scéne dont la valeur & frémit & s'honore ,
Sur un Trône formé d'armes & de drapeaux
Il reçoit du Sénat des hommages nouveaux.
GRAND ROI , tous tes Sujets te parlent par
fa bouche ;
Répons à leurs défirs ; que leur zéle te touche !
Il veille par tes loix aux jours des Citoyens ';
Promets à fon amour de ménager les tiens ;
11 friffonne au moment qu'il célebre tes armes;
O Pere , épargne -nous de trop vives allarmes ,
Duffent- en murmurer tous ces braves guerriers ,
Toujours François , toujours avides de lauriers.
Rox, Chevalier de l'Ordre de S. Michel
Sur le fuccès de fes Armes.
LeSandredeJ.Michel eut l'honneur
de préfenter à la Reine , à Madame la Dauphine
& à Mefdames le Difcours fur le
fuccès des armes du Roi . Il fut invité de le
prononcer. La Reine entendit ces Vers
pendant fon dîner , Madame la Dauphine
l'après midi , & Mefdames à leur fouper.
Elles en parurent également fatisfaites &
attendries. Il fut comblé de ces éloges toujours
précieux & toujoursnouveaux pour un
Auteur le plus accoûtumé à en recevoir .
E Samedi s Juin M. Roi Chevalier
Sa Majesté a reçû en même- tems à l'armée
cette Piéce ; elle a ordonné qu'elle
fût imprimée à Lille . C'eft le même honneur
que S. M. fit à M. Roi lors de la Convalefcence.
Le Poëme fut imprimé à Metz
par un pareil ordre.
14 MERCURE DE FRANCE.
GRAND ROI , je cúde enfin à l'ardeur qui me
guide ;
Tu peux rendre fécond l'efprit le plus aride.
C'est moi qui le premier chantai notre bonheur
Quand tes jours échapoient à la Parque en fureur.
Peut-être que ma Lyre , organe de tendreffe,
A chanter des combats va trahir la foibleffe.
Le zéle fuffiroit pour rendre les frayeurs
Dont tes derniers périls ont glacé tous les coeurs
Lorſqu'au pied de ces murs , d'où partoit le tonnerre
,
Au milieu de ces feux que vomiffoit la terre ,
Ton oeil bravoit la mort errante autour de toi ,
Et que la France entiere à tremblé pour fon Roi.
T
J'aimerois à me joindre à ces tranſports de joye
Qu'à ton heureux retour le citoyen déploie
A peindre ta famille embraffant tes genoux ,
Doux momens , où triomphe & le pere & l'époux !
x
Tel Horace autrefois , dans fa verve diſcrette ,
Laiffoit à Varius ** emboucher la trompette
Ebranler tout l'Olimpe aux clameurs des mourans
De fang dans Actium répandre les torrens ,
Montrer la terre en feu , les mers épouvantées ,
Et du Styx par les morts . les ondes arrêtées.
* Ode 5. l. 1 .
** Poëte Epique & Tragique , fous Augufte.
JUIN.
15 1745.
Du fuccès de la guerre il ne peint que les fruits ;
Les Romains raffûrés , les plaifirs reproduits ,
Le Capitole orné de fleurs , de facrifices ,
Les fpectacles ouverts fous de plus doux aufpices,
Les meres de leurs fils béniffant le retour ,
Et les drapeaux de Mars aux Autels de l'Amour .
'Ainfi , fans m'élancer à travers le carnage ,
Ma Mufe du triomphe ofe ébaucher l'image ;
Triomphe différent de ceux où les Céfars
Du malheur des captifs repaiffant leurs regards ,
De l'esclavage encor aggravoient les injures ;
Où ces Rois enchaînés , déchirant leurs bleffures ,
Déteſtoient leurs vainqueurs , & les cruels fecours ,
Qui pour un tel outrage avoient fauvé leurs jours .
Trop long-tems ébloui par ce fafte barbare ,
Dont gémit l'héroïfme, & dont l'orgueil fe pare ,
L'Univers de LOUIS apprend d'autres vertus ,
Joüiſſez- en , Mortels , fous fes pieds abattus ;.
Loin de vous accabler , une pieté tendre
Comme fur fes Sujets ſçaura ſur vous s'étendre
Vous mourez;leVAINQUEUR veille à vous ranimer;
Vous force à l'applaudir , & peut- être à l'aimer.
Si nos deux derniers Rois foudroyoient des murailles
,
Le Ciel lui réfervoit la gloire des batailles :
Mânes de Souverains fi grands & fi chéris ,
Ah ! vous feriez jaloux d'un autre que d'un fils .
16 MERCURE DE FRANCE.
HENRI même , HENRI , dont l'utile courage
A fçu de fes Ayeux recouvrer l'héritage ,
HENRI n'eut que le choix du Trône ou du trépass
Pour nos feuls intérêts LOUIS arme fon bras :
Déja fon Fils le fuir , ce Fils à qui la Gloire
Pour premiere leçon préfente une victoire.
PRINCE , nouvel objet de refpect & d'amo
Que d'exemples touchants il te donne en un jour !
Arbitre du mérite , il loue , il récompenfe ,
Il ſe reconnoît maître aux faveurs qu'il diſpenſe ,
Seul dédommagement de fes juftes regrets
Pour tous ceux que la mort dérobe à fes bienfaits.
Nobles & chers foutiens de ce puiffant Empire ,
Héros , à vous chanter ma voix ne peut fuffire.
Irois-je apprécier le talent des guerriers ,
Et felon mon caprice adjuger les lauriers ?
A l'envi des grands noms qui parent notre Hiftoire,
Il en eft dont ce jour commence la mémoire ,
Mais LOUIS dans fon coeur a gravé vos exploits ;
Le Soldat a tout dit ; qu'ajoûteroit ma voix ?
Puiffe long -tems l'Europe envier à la France
Ce Chef , qui parmi nous prit une autre naiſſance ,
Ce Chef , dont le courage en un corps épuiſé ,
Subjuguant la nature , a tout fait , tout ofé !
Un regard du MONARQUE , un regard plein
de flâme
JUIN.
17 1745%
Jetté fur le Héros , renouvelle fon ame ;
Et MAURICE applaudi du Prince & du Soldat ,
Fait revivre à nos yeux VENDÔME & Catinat.
Yous , qu'un joug étranger forçoit à vous défendre
,
Redevenez François , hâtez- vous de vous rendre ;
C'eft votre premier Maître ; éprouvez les bontés ,
Et rentrez dans des droits fi long-tems regrettés.
Au milieu de ces champs où le fang fume encore ,
Scéne dont la valeur & frémit & s'honore ,
Sur un Trône formé d'armes & de drapeaux
Il reçoit du Sénat des hommages nouveaux.
GRAND ROI , tous tes Sujets te parlent par
fa bouche ;
Répons à leurs défirs ; que leur zéle te touche !
Il veille par tes loix aux jours des Citoyens ';
Promets à fon amour de ménager les tiens ;
11 friffonne au moment qu'il célebre tes armes;
O Pere , épargne -nous de trop vives allarmes ,
Duffent- en murmurer tous ces braves guerriers ,
Toujours François , toujours avides de lauriers.
Rox, Chevalier de l'Ordre de S. Michel
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6464
p. 113-114
Les Fêtes de la France, Drame-Lyrique, [titre d'après la table]
Début :
LES FESTES DE LA FRANCE DRAME LYRIQUE pour les Demoiselles de l'Enfant [...]
Mots clefs :
Demoiselles de l'Enfant-Jésus, Roi, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Fêtes de la France, Drame-Lyrique, [titre d'après la table]
LES FESTES DE LA FRANCE DRAME
LYRIQUE pour les Demoifelles de l'Enfant
Jefus , par M. l'Abbé Bonvallet des Broffes ,
114 MERCURE DE FRANCE .
Affocié à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle. A Paris , 1745x
chés Thibouft.
Les Victoires, la Convalefcence & le Retour
du Roi ont été le fujet de la Fête
donnée par les Demoifelles de l'Enfant
Jefus , ( établiffement utile formé par M.
le Curé de S. Sulpice . ) L'Auteur dit dans
un Avertiffement qu'il a été l'interprete
de leurs fentimens & de leurs tranfports &
l'ordonnateur de leurs Jeux. Il a très-bien
répondu à leurs intentions. Les fentimens
que toute la Nation Françoiſe a pour le Roi
y font exprimés avec vivacité & avec élégance.
LYRIQUE pour les Demoifelles de l'Enfant
Jefus , par M. l'Abbé Bonvallet des Broffes ,
114 MERCURE DE FRANCE .
Affocié à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle. A Paris , 1745x
chés Thibouft.
Les Victoires, la Convalefcence & le Retour
du Roi ont été le fujet de la Fête
donnée par les Demoifelles de l'Enfant
Jefus , ( établiffement utile formé par M.
le Curé de S. Sulpice . ) L'Auteur dit dans
un Avertiffement qu'il a été l'interprete
de leurs fentimens & de leurs tranfports &
l'ordonnateur de leurs Jeux. Il a très-bien
répondu à leurs intentions. Les fentimens
que toute la Nation Françoiſe a pour le Roi
y font exprimés avec vivacité & avec élégance.
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6465
p. 126
VERS Présentés à M. le M.... par ses enfans le jour de sa Fête & pour sa convalescence.
Début :
Nous avons présenté Requête [...]
Mots clefs :
Vers, Fête, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Présentés à M. le M.... par ses enfans le jour de sa Fête & pour sa convalescence.
VERS
Préfentés à M. le M.... par fes enfans le
jour de fa Fête pourfa convalefcence. &
Nous avons préfenté Requête
A Flore, au Dieu des Vers , pour vous faire un bou
quet ,
Et célebrer le jour de votre Fête .
Que votre faint Patron comblant notre ſouhait
D'un pere fi chéri , fi tendre ,
Qu'à nos pleurs le Ciel vient de rendre ,
Eloigne le dernier malheur !
Puiffiez vous ne compter que d'heureufes années,
Et prolonger notre bonheur
En prolongeant nos deſtinées.
Le M...de R .... de Cl.. de F
Préfentés à M. le M.... par fes enfans le
jour de fa Fête pourfa convalefcence. &
Nous avons préfenté Requête
A Flore, au Dieu des Vers , pour vous faire un bou
quet ,
Et célebrer le jour de votre Fête .
Que votre faint Patron comblant notre ſouhait
D'un pere fi chéri , fi tendre ,
Qu'à nos pleurs le Ciel vient de rendre ,
Eloigne le dernier malheur !
Puiffiez vous ne compter que d'heureufes années,
Et prolonger notre bonheur
En prolongeant nos deſtinées.
Le M...de R .... de Cl.. de F
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6466
p. 136-140
TROISIEME suite des Réflexions sur les Ballets.
Début :
Nous avons promis des exemples, il faut acquitter notre parole, avant que de frapper [...]
Mots clefs :
Autel, Louis XIV, Temple de la Gloire, Lyon, Louis Auguste, Fidélité, Lion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIEME suite des Réflexions sur les Ballets.
TROISIEME fuite des Réflexions fur
les Ballets
Nous avons promis des exemples , il faut
acquitter notre parole , avant que de frapper
les grands coups contre la Monotonic
muette des Danfes qui regnent aujourd'hui
fur le Théatre de l'Opera.
Les exemples perfuadent fouvent mieux
que les raifonnemens les plus Géomètri
ques , nous ne chercherons pas ces
exemples dans les Ballets danſés devant
Pericles ou devant Augufte ; nous donnerons
l'idée d'un Ballet exécuté au paffage
de Louis XIV. à Lyon en 1658.
Le fujet étoit l'Autel de Lyon confacré à
Louis Augufte, & placé dans le Temple de la
Gloire. Le fujet de cette action étoit tiré du
JUIN. 1745. 137
quatriéme Livre de Strabon , qui dit que
tous les peuples des Gaules ayant décerné un
Temple à Augufte , on le bâtit dans Lyon
au confluent du Rhône & de la Saonne, que
l'Autel en étoit célébre pour les images
& l'infcription de foixante Nations qui
avoient fait dreffer ce Temple.
Suetone dit que l'Empereur Claude naquit
à Lyon le premier jour du mois d'Août
qui étoit le jour de la Dédicace de l'Autel
confacré à Augufte. Claudius natus eft fulio
Antonio& Fabio Africano Coff. Calendis Au
gufti ,teo ipfo die quo primum ara ibi Augufto
dedicata eft. Juvenal , Dion Caffius & plu
fieurs autres Auteurs ont parlé de cet Autel.
Les Temples & les Autels des Anciens
étoient destinés à trois ufages, aux Sacrifices
qu'on offroit aux Dieux , aux depoüilles
des ennemis qu'on y appendoit , & anx
Oracles qui s'y rendoient ; c'eſt ce qui fait
la divifion des trois parties du Ballet ingegenieux
& fçavant, imaginé à la Gloire de
Louis XIV .
L'Immortalité en fit l'ouverture; elle étoit
vetuë d'amaranthe , qui eft la couleur des
fleurs immortelles , fa couronne étoit com
pofée d'Etoiles qui font les feux immortels
, fon char étoit fait en Phenix , qui eft
l'oiſeau immortel , & il étoit tiré par les
38 MERCURE DE FRANCE .
deux Ourfes célettes , qui font les deux
Conſtellations , qui ne fe couchent point
pour nous.
la
La Vertu marchoit devant l'Immortalité
, comme le guide le plus für pour
trouver , & elle étoit fuivie par la Gloire,
digne récompenfe des Heros .
Les quatre parties du Monde firent la
premiere Entrée dans le Temple même de
la Gloire , dont elles s'étonnerent de voir
les ornemens négligés , & les images des
Heros prefque effacées , une Danfe caracterifée
marqua leur étonnement & la douleur
que leur caufoit ce Spectacle.
La Religion , la Nobleffe & la Juſtice ,
répréfentans les trois Etats du Royaume,
parce que c'eft fur ces trois fondemens que
l'autorité Royale eſt établie , firent la feconde
Entrée. Les quatre coins de cet Autel
fe terminoient en têtes de Lion, au lieu des
têtes de Belier que les Anciens leur donnoient
, les pieds qui foutenoient cet Autel
avoient auffi des pattes de Lion , pour faire
allufion au nom de la Ville qui dreffoit cet
Autel à l'honneur de Louis Augufte .
L'Amour fit la troifiéme Entrée , d'abord
il fit des Pas d'aveugle , avec fon bandeau
fur les yeux qu'il arracha lui même & récita
ces vers.
JUIN.
$745. 139
Mettons bas mon bandeau pour connoître LOUIS,
Ah! que mes yeux font éblouis
Dés éclairs que les fiens répandent fur la terre
Tout tremble à ces regards qui font un fi grand
jour ,
Mais il faut qu'à la fin le flambeau de la guerre
Cede un peu de lumiere à celui de l'Amour .
Je lui veux immoler les coeurs de fes Sujets ,
Je borne là tous mes projets ,
Jufqu'à ce qu'une Epoufe ait part au Diadême ,
Les Graces & les Ris attendent ce moment ;
Maintenant la victoire eft la beauté qu'il aime ,
Et la Nimphe volage en a fait ſon amant.
L'Amour du feu de fon flambeau alluma
celui de l'Autel , en même- tems toutes les
Urnes des Héros dont les cendres repofoient
dans le Temple de la Gloire s'allumerent
d'un feu nouveau , lorfque les Provinces
du Royaume , conduites par la Fidélité
, apporterent leurs coeurs , comme autant
de victimes deſtinées à l'Autel de Louis
= Augufte; la Fidelité les ayant reçûs de leurs
mains , les immola elle même , tandis que
toutes ces Provinces danfoient à l'entour
de l'Autel, fuivant l'ufage des Anciens. Des
Vautours qui repréfentoient les guerres
viles , vinrent pour enlever ces coeurs facrifiés
, mais un Lion fortant de deffous
ci140
MERCURE DE FRANCE.
l'Autel , les mit en fuite , & ce fût la cin
quiéme Entrée. Ce Lion vainqueur des
Vautours , offrit lui- même fon coeur à la
Fidelité , pour en faire un facrifice à l'Autel
de Louis Augufte, mais à peine fut- il expofé
au Feu facré, que fe changeant tout d'un coup
en une Couronne de fleurs de lys , la Fidé
lité en couronna le Lion , couché au pied
de l'Autel , pour repréfenter le Chef des
Armoiries de la Ville de Lyon , qui eſt d'azur
à trois fleurs de lys d'or , fur un Lion
de Gueules , dans un champ d'argent. La
Fidelité en le couronnant, récita ce Sonnet.
Fidéle défenfeur des droits de la Couronne
Et généreux appui du Trône des François
Confacre ta valeur aux Lys que tu reçois
Et conferve le rang que la gloire te donne .
Il faudra qu'à la fin la révolte abandonne
Les tragiques deffeins qui renverfent mes Loix ,
Tandis que tu verras le plus grand de nos Rois
Te couvrir de Lauriers que fa main nous moiffonne .
Il vient récompenfer cette noble fierté ,
Qui fait voir dans tes yeux ta générosité ,
Tandis que de ton coeur tu fais une victime .
•Immole donc ce coeur au pied de cet Autel ,
LOUIS en acceptant un don fi légitime ,
Te donnera le fren pour te rendre iminortel.
les Ballets
Nous avons promis des exemples , il faut
acquitter notre parole , avant que de frapper
les grands coups contre la Monotonic
muette des Danfes qui regnent aujourd'hui
fur le Théatre de l'Opera.
Les exemples perfuadent fouvent mieux
que les raifonnemens les plus Géomètri
ques , nous ne chercherons pas ces
exemples dans les Ballets danſés devant
Pericles ou devant Augufte ; nous donnerons
l'idée d'un Ballet exécuté au paffage
de Louis XIV. à Lyon en 1658.
Le fujet étoit l'Autel de Lyon confacré à
Louis Augufte, & placé dans le Temple de la
Gloire. Le fujet de cette action étoit tiré du
JUIN. 1745. 137
quatriéme Livre de Strabon , qui dit que
tous les peuples des Gaules ayant décerné un
Temple à Augufte , on le bâtit dans Lyon
au confluent du Rhône & de la Saonne, que
l'Autel en étoit célébre pour les images
& l'infcription de foixante Nations qui
avoient fait dreffer ce Temple.
Suetone dit que l'Empereur Claude naquit
à Lyon le premier jour du mois d'Août
qui étoit le jour de la Dédicace de l'Autel
confacré à Augufte. Claudius natus eft fulio
Antonio& Fabio Africano Coff. Calendis Au
gufti ,teo ipfo die quo primum ara ibi Augufto
dedicata eft. Juvenal , Dion Caffius & plu
fieurs autres Auteurs ont parlé de cet Autel.
Les Temples & les Autels des Anciens
étoient destinés à trois ufages, aux Sacrifices
qu'on offroit aux Dieux , aux depoüilles
des ennemis qu'on y appendoit , & anx
Oracles qui s'y rendoient ; c'eſt ce qui fait
la divifion des trois parties du Ballet ingegenieux
& fçavant, imaginé à la Gloire de
Louis XIV .
L'Immortalité en fit l'ouverture; elle étoit
vetuë d'amaranthe , qui eft la couleur des
fleurs immortelles , fa couronne étoit com
pofée d'Etoiles qui font les feux immortels
, fon char étoit fait en Phenix , qui eft
l'oiſeau immortel , & il étoit tiré par les
38 MERCURE DE FRANCE .
deux Ourfes célettes , qui font les deux
Conſtellations , qui ne fe couchent point
pour nous.
la
La Vertu marchoit devant l'Immortalité
, comme le guide le plus für pour
trouver , & elle étoit fuivie par la Gloire,
digne récompenfe des Heros .
Les quatre parties du Monde firent la
premiere Entrée dans le Temple même de
la Gloire , dont elles s'étonnerent de voir
les ornemens négligés , & les images des
Heros prefque effacées , une Danfe caracterifée
marqua leur étonnement & la douleur
que leur caufoit ce Spectacle.
La Religion , la Nobleffe & la Juſtice ,
répréfentans les trois Etats du Royaume,
parce que c'eft fur ces trois fondemens que
l'autorité Royale eſt établie , firent la feconde
Entrée. Les quatre coins de cet Autel
fe terminoient en têtes de Lion, au lieu des
têtes de Belier que les Anciens leur donnoient
, les pieds qui foutenoient cet Autel
avoient auffi des pattes de Lion , pour faire
allufion au nom de la Ville qui dreffoit cet
Autel à l'honneur de Louis Augufte .
L'Amour fit la troifiéme Entrée , d'abord
il fit des Pas d'aveugle , avec fon bandeau
fur les yeux qu'il arracha lui même & récita
ces vers.
JUIN.
$745. 139
Mettons bas mon bandeau pour connoître LOUIS,
Ah! que mes yeux font éblouis
Dés éclairs que les fiens répandent fur la terre
Tout tremble à ces regards qui font un fi grand
jour ,
Mais il faut qu'à la fin le flambeau de la guerre
Cede un peu de lumiere à celui de l'Amour .
Je lui veux immoler les coeurs de fes Sujets ,
Je borne là tous mes projets ,
Jufqu'à ce qu'une Epoufe ait part au Diadême ,
Les Graces & les Ris attendent ce moment ;
Maintenant la victoire eft la beauté qu'il aime ,
Et la Nimphe volage en a fait ſon amant.
L'Amour du feu de fon flambeau alluma
celui de l'Autel , en même- tems toutes les
Urnes des Héros dont les cendres repofoient
dans le Temple de la Gloire s'allumerent
d'un feu nouveau , lorfque les Provinces
du Royaume , conduites par la Fidélité
, apporterent leurs coeurs , comme autant
de victimes deſtinées à l'Autel de Louis
= Augufte; la Fidelité les ayant reçûs de leurs
mains , les immola elle même , tandis que
toutes ces Provinces danfoient à l'entour
de l'Autel, fuivant l'ufage des Anciens. Des
Vautours qui repréfentoient les guerres
viles , vinrent pour enlever ces coeurs facrifiés
, mais un Lion fortant de deffous
ci140
MERCURE DE FRANCE.
l'Autel , les mit en fuite , & ce fût la cin
quiéme Entrée. Ce Lion vainqueur des
Vautours , offrit lui- même fon coeur à la
Fidelité , pour en faire un facrifice à l'Autel
de Louis Augufte, mais à peine fut- il expofé
au Feu facré, que fe changeant tout d'un coup
en une Couronne de fleurs de lys , la Fidé
lité en couronna le Lion , couché au pied
de l'Autel , pour repréfenter le Chef des
Armoiries de la Ville de Lyon , qui eſt d'azur
à trois fleurs de lys d'or , fur un Lion
de Gueules , dans un champ d'argent. La
Fidelité en le couronnant, récita ce Sonnet.
Fidéle défenfeur des droits de la Couronne
Et généreux appui du Trône des François
Confacre ta valeur aux Lys que tu reçois
Et conferve le rang que la gloire te donne .
Il faudra qu'à la fin la révolte abandonne
Les tragiques deffeins qui renverfent mes Loix ,
Tandis que tu verras le plus grand de nos Rois
Te couvrir de Lauriers que fa main nous moiffonne .
Il vient récompenfer cette noble fierté ,
Qui fait voir dans tes yeux ta générosité ,
Tandis que de ton coeur tu fais une victime .
•Immole donc ce coeur au pied de cet Autel ,
LOUIS en acceptant un don fi légitime ,
Te donnera le fren pour te rendre iminortel.
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6467
p. 28-32
LA SANTÉ. ODE.
Début :
TEL qu'au retour de Zéphire [...]
Mots clefs :
Santé, Doux, Mortels
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SANTÉ. ODE.
LA SANTE'
ODE.
El qu'au retour de Zéphire
Sous le bélier gracieux ,
Tout s'embellit , tout refpire
Un calme délicieux :
Telle ô Santé floriffante ,
Amon ame languiffante
Tu rends la férénité.
Mon coeur enyvré de joye
Se ranime & fe déploye
Au fein de la volupté.
Dans mes yeux tu fais éclore
Un feu qu'éteignoient mes pleurs ;
JU.IN. 1745 .. 29
Mon tein fletri fe colore
Du doux vermillon des fleurs.
Dégagé d'un fuc perfide
Mon fang plus pur , moins rapide
Enfle & rougit fes canaux ,
Ainfi la fêve épurée
Gonfle une tige alterée ,
Et fait fleurir ſes rameaux .
Que la fortune m'agite
Dans les fauvages déferts
Ou du Numide , ou du Scythe ,
Je braverai fes revers .
Compagne de mes difgraces ,
Santé vole fur mes traces ,
Daigne avec moi t'exiler ;
Préfide feule à ma vie ;
Mes jours font dignes d'envie
Si ta main doit les filer.
Partout , aimable Déeffe ,
L'enjoûment naît fous tes pas ,
L'embonpoint & la jeuneſſe
Embelliffent tes appas .
La force active & conftante ,
La vivacité riante,
Sans ceffe fuivent ta Cour.
Le fommeil doux & tranquile
Se plaît dans l'heureux azile
B. iij
MERCURE DE FRANCE
Où tufixes ton féjour.
Sous un berceau de verdure
Tu vois de jeunes Amans
De l'innocente Nature
Suivre les doux mouvemens,
La divine Cithérée
De jeux , de ris entourée ,
Vient couronner leurs défirs.
Ailleurs en vain on foupire ;
Ce n'est que fous ton empire
Qu'elle eft mere des plaiſirs.
Tandis que dans leur cabane
Les Vendangeurs ſatisfaits ,
Du tendre époux d'Arianne
Te confacrent les bienfaits.
Tu vois luire fur l'arene
Des Athlétes hors d'haleine ,
Les corps fouples & nerveux ,
Leurs bras meurtris s'entrelaffen .
Ils fe preffent , ils fe laffent ,
Et ces combats font leurs jeux
Ainfi paffant leur jeuneſſe
Les mortels que tu chéris ,
Des glaces de la vieilleffe
Tu défends tes favoris.
Tels qu'aux premiers jours de l'âge ,
JUIN . 1745
3 %
Tu verfes fur leur viſage
Les plus riantes couleurs ,
Et quand leur vigueur fuccombe,
İls arrivent à la tombe
Par une route de fleurs .
Que fous des lambris coupables
Les mortels efféminés
Aiment à charger leurs tables
De poiſons affaifonnés .
Que fur le myrthe & la rofe
Un Sibarite repofe ;
Le luxe abrége leurs ans ;
Je me borne à la Nature ,
Une vie auftére & pure
Me prolonge tes préfens.
Toujours pleine de tendreſſe
Pour l'indigent vertueux ,
Tu fuis loifive molleffe
De l'opulent faftueux .
Le dégoût , l'intemperance ,
Triftes fruits de l'abondance
Te banniffent des cités ;
Le laboureur fous des hêtres
Se nourrit des mêts champêtres
Que tes mains ont aprêtés.
O vous , qui bravant fur l'onde
Les périls & les travaux ,
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE
Allez dans un nouveau monde
Chercher des befoins nouveaux
Laiffez ces tréfors arides ,
Qui de nos defirs avides
N'éteignent point les ardeurs ,
Mais du plus lointain rivage
Apportez ceux dont l'uſage
Peut foulager nos douleurs.
A travers l'humide plaine
La fanté vole avec eux ;
Paifibles freres d'Heléne ,
Guidez leurs vaiffeaux heureux.
Que les vents leur obéiffent ;
Que les vagues s'applaniffent
Sous ce fardeau précieux !
Il eft après la fageffe ,
Notre plus douce richeffe
Et le plus beaux don des Cieux.
ODE.
El qu'au retour de Zéphire
Sous le bélier gracieux ,
Tout s'embellit , tout refpire
Un calme délicieux :
Telle ô Santé floriffante ,
Amon ame languiffante
Tu rends la férénité.
Mon coeur enyvré de joye
Se ranime & fe déploye
Au fein de la volupté.
Dans mes yeux tu fais éclore
Un feu qu'éteignoient mes pleurs ;
JU.IN. 1745 .. 29
Mon tein fletri fe colore
Du doux vermillon des fleurs.
Dégagé d'un fuc perfide
Mon fang plus pur , moins rapide
Enfle & rougit fes canaux ,
Ainfi la fêve épurée
Gonfle une tige alterée ,
Et fait fleurir ſes rameaux .
Que la fortune m'agite
Dans les fauvages déferts
Ou du Numide , ou du Scythe ,
Je braverai fes revers .
Compagne de mes difgraces ,
Santé vole fur mes traces ,
Daigne avec moi t'exiler ;
Préfide feule à ma vie ;
Mes jours font dignes d'envie
Si ta main doit les filer.
Partout , aimable Déeffe ,
L'enjoûment naît fous tes pas ,
L'embonpoint & la jeuneſſe
Embelliffent tes appas .
La force active & conftante ,
La vivacité riante,
Sans ceffe fuivent ta Cour.
Le fommeil doux & tranquile
Se plaît dans l'heureux azile
B. iij
MERCURE DE FRANCE
Où tufixes ton féjour.
Sous un berceau de verdure
Tu vois de jeunes Amans
De l'innocente Nature
Suivre les doux mouvemens,
La divine Cithérée
De jeux , de ris entourée ,
Vient couronner leurs défirs.
Ailleurs en vain on foupire ;
Ce n'est que fous ton empire
Qu'elle eft mere des plaiſirs.
Tandis que dans leur cabane
Les Vendangeurs ſatisfaits ,
Du tendre époux d'Arianne
Te confacrent les bienfaits.
Tu vois luire fur l'arene
Des Athlétes hors d'haleine ,
Les corps fouples & nerveux ,
Leurs bras meurtris s'entrelaffen .
Ils fe preffent , ils fe laffent ,
Et ces combats font leurs jeux
Ainfi paffant leur jeuneſſe
Les mortels que tu chéris ,
Des glaces de la vieilleffe
Tu défends tes favoris.
Tels qu'aux premiers jours de l'âge ,
JUIN . 1745
3 %
Tu verfes fur leur viſage
Les plus riantes couleurs ,
Et quand leur vigueur fuccombe,
İls arrivent à la tombe
Par une route de fleurs .
Que fous des lambris coupables
Les mortels efféminés
Aiment à charger leurs tables
De poiſons affaifonnés .
Que fur le myrthe & la rofe
Un Sibarite repofe ;
Le luxe abrége leurs ans ;
Je me borne à la Nature ,
Une vie auftére & pure
Me prolonge tes préfens.
Toujours pleine de tendreſſe
Pour l'indigent vertueux ,
Tu fuis loifive molleffe
De l'opulent faftueux .
Le dégoût , l'intemperance ,
Triftes fruits de l'abondance
Te banniffent des cités ;
Le laboureur fous des hêtres
Se nourrit des mêts champêtres
Que tes mains ont aprêtés.
O vous , qui bravant fur l'onde
Les périls & les travaux ,
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE
Allez dans un nouveau monde
Chercher des befoins nouveaux
Laiffez ces tréfors arides ,
Qui de nos defirs avides
N'éteignent point les ardeurs ,
Mais du plus lointain rivage
Apportez ceux dont l'uſage
Peut foulager nos douleurs.
A travers l'humide plaine
La fanté vole avec eux ;
Paifibles freres d'Heléne ,
Guidez leurs vaiffeaux heureux.
Que les vents leur obéiffent ;
Que les vagues s'applaniffent
Sous ce fardeau précieux !
Il eft après la fageffe ,
Notre plus douce richeffe
Et le plus beaux don des Cieux.
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6468
p. 49-51
REPONSE de M. des Forges-Maillard à l'Epitre de M. de la Soriniere, insérée dans le [I]er. vol. du Mercure de Fevrier.
Début :
Est-ce, cher Soriniere, à la pâle liqueur [...]
Mots clefs :
Vers, Écrits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. des Forges-Maillard à l'Epitre de M. de la Soriniere, insérée dans le [I]er. vol. du Mercure de Fevrier.
REPONSE de M. des Forges- Maillard
à l'Epitre deM.de la Soriniere, inferée dans
le er, vol, du Mercure de Fevrier.
E
St-ce , cher Soriniere , à la pâle liqueur
Dont à tous tes repas tu bois à pleine taſſe
Que tu dois tes beaux vers qui coulant avec grace ,
Sont animés du feu vainqueur ?
Tu nous trompes , confrere , & cette eau claire
& faine ,
Dont les flots petillants circulent dans ton coeur
Vient à la Soriniere en filtrant fous l'arêne
Des cantons renommés où jaillit l'hypocréne.
Mais ne t'en vante pas ; ton ſecret étant ſçû
Aviliroit le don que nous avons reçu
Du nourriffon du vieux Silene ,
Qui fait de ton Pays le meilleur revenu .
jo MERCURE DE FRANCE,
Cependant la chofe eft certaine
Que fi l'on étoit prevenu
Que les eaux d'Helicon percent dans ton domaine,
Far leur vogue ton bien feroit en peu groffi ,
Chacun en preférant la liqueur fouveraine
A celle qu'on vend à Paffi .
Ami, je fuis touché de tes doctes fuffrages ,
D'autant qu'ils ne font pas lâchement mandiés ,
N'étant connu de toi que par quelques ouvrages
Que ma Mufe a verſifiés
Sous deux noms tour à tour , fur ces triſtes rivages
Où le fort me ramene & cherche à m'arrêter .
J'y voudrois amuſer mon loifir fédentaire ;
Peu de livres nouveaux ont dequoi fatisfaire
Mon goût, que ne peuvent flater
Les vains colifichets , le Phébus plagiaire ;
J'aime malgré Perrault , Virgile , Horace , Ho
mere ,
Et mon petit pupître en eft toujours paré,
Quand mon archet eft préparé
A jouer fur ma lyre une chanſon légére ,
Ces lieux où des neuf Soeurs la Langue eft étrane
gere ,
Où Neptune , Dircé , Portumne , Ino , Doris
Sont les Déités qu'on révére ,
N'offrant point à mes voeux ce qu'on trouve à
Paris ,
Un Titon délicat , un clairvoyant Voltaire ,
JUIN. 1745 . 5 B
A qui fur mes écrits j'aille me confulter ,
Mon caprice eft le Dieu qui me vient affiſter,
Et ne devant qu'à moi les vers que je puis faire ,
Je n'ai que mon plaifir pour but & pour falaire.
Mais fçais-tu que ta main par un coup furprenant
Traça mon caractére en peignant mon génie ?
Vrai , naturel , indépendant ,
( Triple & contraire obftacle au bonheur de ma
vie )
Au menfonge impudent ma langue fe dénie .
Toujours même fans fard & conftant dans fa foi ,
L'amour qui m'infpira des vers pour ma maîtreffe ,
Sur un ton plus fublime élevant ma tendreffe ,
N'a que changé d'objet quand j'ai loué mon Roi ,
Au Croific ce 5. Mai 1745
à l'Epitre deM.de la Soriniere, inferée dans
le er, vol, du Mercure de Fevrier.
E
St-ce , cher Soriniere , à la pâle liqueur
Dont à tous tes repas tu bois à pleine taſſe
Que tu dois tes beaux vers qui coulant avec grace ,
Sont animés du feu vainqueur ?
Tu nous trompes , confrere , & cette eau claire
& faine ,
Dont les flots petillants circulent dans ton coeur
Vient à la Soriniere en filtrant fous l'arêne
Des cantons renommés où jaillit l'hypocréne.
Mais ne t'en vante pas ; ton ſecret étant ſçû
Aviliroit le don que nous avons reçu
Du nourriffon du vieux Silene ,
Qui fait de ton Pays le meilleur revenu .
jo MERCURE DE FRANCE,
Cependant la chofe eft certaine
Que fi l'on étoit prevenu
Que les eaux d'Helicon percent dans ton domaine,
Far leur vogue ton bien feroit en peu groffi ,
Chacun en preférant la liqueur fouveraine
A celle qu'on vend à Paffi .
Ami, je fuis touché de tes doctes fuffrages ,
D'autant qu'ils ne font pas lâchement mandiés ,
N'étant connu de toi que par quelques ouvrages
Que ma Mufe a verſifiés
Sous deux noms tour à tour , fur ces triſtes rivages
Où le fort me ramene & cherche à m'arrêter .
J'y voudrois amuſer mon loifir fédentaire ;
Peu de livres nouveaux ont dequoi fatisfaire
Mon goût, que ne peuvent flater
Les vains colifichets , le Phébus plagiaire ;
J'aime malgré Perrault , Virgile , Horace , Ho
mere ,
Et mon petit pupître en eft toujours paré,
Quand mon archet eft préparé
A jouer fur ma lyre une chanſon légére ,
Ces lieux où des neuf Soeurs la Langue eft étrane
gere ,
Où Neptune , Dircé , Portumne , Ino , Doris
Sont les Déités qu'on révére ,
N'offrant point à mes voeux ce qu'on trouve à
Paris ,
Un Titon délicat , un clairvoyant Voltaire ,
JUIN. 1745 . 5 B
A qui fur mes écrits j'aille me confulter ,
Mon caprice eft le Dieu qui me vient affiſter,
Et ne devant qu'à moi les vers que je puis faire ,
Je n'ai que mon plaifir pour but & pour falaire.
Mais fçais-tu que ta main par un coup furprenant
Traça mon caractére en peignant mon génie ?
Vrai , naturel , indépendant ,
( Triple & contraire obftacle au bonheur de ma
vie )
Au menfonge impudent ma langue fe dénie .
Toujours même fans fard & conftant dans fa foi ,
L'amour qui m'infpira des vers pour ma maîtreffe ,
Sur un ton plus fublime élevant ma tendreffe ,
N'a que changé d'objet quand j'ai loué mon Roi ,
Au Croific ce 5. Mai 1745
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6469
p. 164-170
QUATRIEME suite des réflexions sur les Ballets.
Début :
Nous allons achever la description du Balet dansé devant Louis XIV. à Lyon, [...]
Mots clefs :
Louis Auguste, Autel, Gloire, Héros, Entrée, Récit, Lauriers, Roi, Conquérant, Louis XIV
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texteReconnaissance textuelle : QUATRIEME suite des réflexions sur les Ballets.
QUATRIEME fuite des réflexions fur
les Ballets.
Ous allons achever la defcription du
N Balet danfe devant Louis XIV . à Lyon,
duquel nous avons parlé dans le premier volume
de ce mois.
La Ville de Lyon vient être la veftale
pour conferver le feu facré de l'autel confacré
à Louis Augufte. Elle commence´la´fixiéme
entrée par ce récit.
Je dois ma premiere origine
Au fiécle glorieux des Céfars couronnés,
Et tous les peuples étonnés
M'ont vû fortir deux fois d'une trifte ruines
La querelle de deux * rivaux
Devint la caufe de mes maux.
Leur fureur n'épargna ni Temple ni Portique ,
Et par cette fatalité
Ilne me reste plus d'antique
Que le gage éternel de ma fidélité,
La feconde partie pour les dépouilles confacrées
à l'autel de Louis Augufte fit d'abord
paroître la gloire affife fur un Trône
dont toutes les marches étoient terminées
par des lions accroupis , & veillans comme
* Albin & Severe .
JUIN.
165
1745 .
ceux du Trône de Salomon : ce fut la Gloire
qui fit ce ré cit.
Sortez de vos Palais & quittez vos baluftres,
Idoles de la majeſté ,
Venez apprendre ici de quelle autorité
Se fervent les ames illuftres,
On cultive plus de lauriers
Dans les plaines de Mars & dans les champs guer
riers
Que dans loifiveté d'une Cour pacifique :
Le fer a plus rendu de Princes immortels ,
Que l'or dont ils ſe font un orgueil magnifique”,
Et l'encens qui noircit tous les jours leurs autels :
Ce n'eft pas des Héros peints dans leurs Galeries
Qu'ils apprennent à triompher ;
Un Roi doit préferer la pouffiére & le fer
Aux dorures des Tuilleries ,
Les combats de Fontainebleau
Et l'ennemi vaincu dans un coin de tableau
Sont de belles leçons pour un Prince en peinture.
Pour former un Héros , pour faire un Conquerant
Il faut comme Louis prendre d'autres meſures
Et mériter l'honneur que la gloire lui rend .
A la premiere entrée de cette feconde
partie les Elémens vinrent s'offrir à Louis
Augufte pour le fervir dans les combats &
166 MERCURE DE FRANCE.
lui jurerent fur fon autel une fidélité inviolable.
Premier récit
LE FEU .
Je veux fervir avec chaleur
Ce Conquérant dont la valeur
Et la feule gloire m'allume ,
Pour lui mon zéle eft évident ;
Je ne tiens pas fecret le feu qui me confume ,
Et de fes ferviteurs je fuis le plus ardent,
L'AIR.
Rien ne peut refifter à ma légereté ,
Tout foible que je fuis , je gronde je tempête ,
Pour peu que je fois irrité
Il n'eft point de laurier qui ne baiſſe la tête :
Je fuis vos étendars , je les enfle ſouvent
Vos ennemis jaloux admirent mes foupleffes ,
Fiez -vous donc à mes promeffes ,
Quoiqu'elles ne foient que du vent.
L'E A U.
Vous voyez le fond de mon coeur
Je ne vous cele rien , mon ame est toute claire ,
Et bien que le dehors ne montre que froideur ,
Je brule inceffamment du defir de vous plaire ;
J'offre à ce deffein tous mes bras
Pour vous fervir dans vos combats ,
Et je veux vous donner des preuves de mon zéle
Je vais faire pour vous de glorieux efforts
Je remue , il eft vrai , mais je fuis fi fidelle
"
JUI N..
167 1745.
Queje garde un rempart lors même que je dors.
LA TERRE.
Pour moije foutiens yos guerriers ,
Et de tous vos fujets vous voyez le plus ferme
Pour vous je m'épuife en lauriers ,
C'eft pour vous que la palme germe ,
Je viens pour vous en couronner ,
Mais je me plains ſouvent à l'aftre qui m'éclaire ,
De voir que nous foyons plus tardifs à les faire
Que vos mains à les moiffonner.
Enfuite des Villes nouvellement conquifes
viennent chargées de chaines au pied de
l'autel de Louis Augufte, où brifant ces chaines
elles en font des trophées & fe réjouiffent
d'être foumifes à ce Conquérant. Ces
Villes devenues Françoifes compofent la
feconde entrée.
La Flandre & la Lombardie furieuſes &
échevelées fremiffent en voyant ces chaines
attachées à l'autel de Louis Augufte ; elles
s'éforcent en vain de les arracher & de renverfer
l'autel ; leurs efforts impuiffans les
obligent d'avoir recours à la fiévre qui met
les humeurs en querelle , elles fe combattent
, l'autel tremble & ces funeftes mouvemens
occupent la troifiéme, la quatrième
& la cinquiéme entrée,
La fixiéme fut celle de la France languif
fante pendant la maladie dangereuſe dont
168 MERCURE DE FRANCE .
Louis XIV. fut atteint au Fort de Mardich
après fes Victoires éclatantes. La jeuneſſe
vint à fon fecours , chaffa la fiévre , réconcilia
les humeurs , & rétablit les eſpérances
de la France , qui fit ce récit.
LA FRANCE.
Heureux événement qui contre mon attente
Retire du cercueil la Majefté mouraste ,
Tu diffipes ma crainte , & me fais reſpirer
En me rendant un Roi qui me fait révérer :
Je ne voyois par- tout que des Palmes féchées
Des Lauriers prefque morts , & des fleurs arrachées;
La gloire travailloit à lui faire un Tombeau ,
Et le jour n'éclairoit que d'un trifte flambeau ,
Tandis que mon Héros d'un air doux & tranquile
Quittoit fans s'émouvoir cette Pompe fragile ,
Et Monarque intrépide en ce dernier effort
Vainquoit fes ennemis , & défioit la mort.
En ce moment fatal ce Héros invincible!
Demeuroit encor ferme , & fe rendoit terrible :
Sa vigueur défaillante animoit les foldats
Donnoit le mouvement & la force à leurs bras ;
Etendu dans fon lit fans Sceptre ni Couronne
Il confervoit les droits que la Pourpre lui donne ,
Rien ne pût l'ébranler , & ce lys abattu ,
Tout pâle & languiffant retenoit fa vertu.
Ainfi l'aftre du jour voit mourir fa lumiere ,
Sans manquer d'un feul pas à fa jufte carriere ,
D'un
JUIN
1745. 169
!
D'un mouvement égal il marche à fon tombeau,
Et voit d'un oeil ouvert éteindre fon flambeau ,
Tandis qu'avec cent feux dans la voûte céleſte ,
La nuit fuit fon cercueil fous un voile funefte :
Ma Reine en ce moment cédoit à fes douleurs ,
Et l'aurore jamais ne verfa tant de pleurs ;
D'un regard languiffant , d'une lumiere fombre
Elle voyoit mon Roi qui n'étoit plus qu'une ombre;
La fortune en déſordre & la victoire en deuil
Pour un Arc de Triomphe élevoient un cercueil ,
Les Drapeaux déployés , & les Piques baiffées
Alloient bien-tôt ſe joindre aux armes renverſées ,
Et fi l'on arrachoi : des Palmes aux Flamans ,
C'étoit pour couronner de triftes monumens ;
La gloire d'autre part confuſe & gémiſſante ,
Survivoit à regret à la valeur mourante ;
Les graces & l'amour pleuroient ce Conquérant ,
Et tout dans la nature étoit mort ou mourant :
Moi d'un torrent de pleurs & de larmes trempée ,
J'expirois en baiſant ſa main & ſon épée ,
Quand le Ciel attendri le rendit a mes voeux
Et pour le conferver employa tous fes feux.
Du coeur de mon Héros une flamme plus forte
Sortit pour ranimer la Pourpre déja morte ;
Il reprit fa vigueur & ce nouvel effort
Son triomphe augmenta de celui de la mort.
Graces aux Immortels cette feconde vie
De combien de fuccès fera-t- elle fuivie ?
II. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Je verrai ſa valeur malgré ſes ennemis
Le faire reſpecter par cent Peuples foumis.
Autour de ce Héros cent Provinces captives
Quitteront leurs lauriers pour prendre ſes olives ,
Tandis que je ferai des cours de ſes Sujets
Des victimes d'amour & des Trônes de Paix .
Ce récit funébre , & le trifte tableau
des quatre dernieres entrées offert en 1658,
nous rappelle affés exactement celui qui a
tant effrayé la France en 1744 , lorfque le
Roi fut attaqué d'une fi dangereufe maladie
dans la Ville de Metz.
les Ballets.
Ous allons achever la defcription du
N Balet danfe devant Louis XIV . à Lyon,
duquel nous avons parlé dans le premier volume
de ce mois.
La Ville de Lyon vient être la veftale
pour conferver le feu facré de l'autel confacré
à Louis Augufte. Elle commence´la´fixiéme
entrée par ce récit.
Je dois ma premiere origine
Au fiécle glorieux des Céfars couronnés,
Et tous les peuples étonnés
M'ont vû fortir deux fois d'une trifte ruines
La querelle de deux * rivaux
Devint la caufe de mes maux.
Leur fureur n'épargna ni Temple ni Portique ,
Et par cette fatalité
Ilne me reste plus d'antique
Que le gage éternel de ma fidélité,
La feconde partie pour les dépouilles confacrées
à l'autel de Louis Augufte fit d'abord
paroître la gloire affife fur un Trône
dont toutes les marches étoient terminées
par des lions accroupis , & veillans comme
* Albin & Severe .
JUIN.
165
1745 .
ceux du Trône de Salomon : ce fut la Gloire
qui fit ce ré cit.
Sortez de vos Palais & quittez vos baluftres,
Idoles de la majeſté ,
Venez apprendre ici de quelle autorité
Se fervent les ames illuftres,
On cultive plus de lauriers
Dans les plaines de Mars & dans les champs guer
riers
Que dans loifiveté d'une Cour pacifique :
Le fer a plus rendu de Princes immortels ,
Que l'or dont ils ſe font un orgueil magnifique”,
Et l'encens qui noircit tous les jours leurs autels :
Ce n'eft pas des Héros peints dans leurs Galeries
Qu'ils apprennent à triompher ;
Un Roi doit préferer la pouffiére & le fer
Aux dorures des Tuilleries ,
Les combats de Fontainebleau
Et l'ennemi vaincu dans un coin de tableau
Sont de belles leçons pour un Prince en peinture.
Pour former un Héros , pour faire un Conquerant
Il faut comme Louis prendre d'autres meſures
Et mériter l'honneur que la gloire lui rend .
A la premiere entrée de cette feconde
partie les Elémens vinrent s'offrir à Louis
Augufte pour le fervir dans les combats &
166 MERCURE DE FRANCE.
lui jurerent fur fon autel une fidélité inviolable.
Premier récit
LE FEU .
Je veux fervir avec chaleur
Ce Conquérant dont la valeur
Et la feule gloire m'allume ,
Pour lui mon zéle eft évident ;
Je ne tiens pas fecret le feu qui me confume ,
Et de fes ferviteurs je fuis le plus ardent,
L'AIR.
Rien ne peut refifter à ma légereté ,
Tout foible que je fuis , je gronde je tempête ,
Pour peu que je fois irrité
Il n'eft point de laurier qui ne baiſſe la tête :
Je fuis vos étendars , je les enfle ſouvent
Vos ennemis jaloux admirent mes foupleffes ,
Fiez -vous donc à mes promeffes ,
Quoiqu'elles ne foient que du vent.
L'E A U.
Vous voyez le fond de mon coeur
Je ne vous cele rien , mon ame est toute claire ,
Et bien que le dehors ne montre que froideur ,
Je brule inceffamment du defir de vous plaire ;
J'offre à ce deffein tous mes bras
Pour vous fervir dans vos combats ,
Et je veux vous donner des preuves de mon zéle
Je vais faire pour vous de glorieux efforts
Je remue , il eft vrai , mais je fuis fi fidelle
"
JUI N..
167 1745.
Queje garde un rempart lors même que je dors.
LA TERRE.
Pour moije foutiens yos guerriers ,
Et de tous vos fujets vous voyez le plus ferme
Pour vous je m'épuife en lauriers ,
C'eft pour vous que la palme germe ,
Je viens pour vous en couronner ,
Mais je me plains ſouvent à l'aftre qui m'éclaire ,
De voir que nous foyons plus tardifs à les faire
Que vos mains à les moiffonner.
Enfuite des Villes nouvellement conquifes
viennent chargées de chaines au pied de
l'autel de Louis Augufte, où brifant ces chaines
elles en font des trophées & fe réjouiffent
d'être foumifes à ce Conquérant. Ces
Villes devenues Françoifes compofent la
feconde entrée.
La Flandre & la Lombardie furieuſes &
échevelées fremiffent en voyant ces chaines
attachées à l'autel de Louis Augufte ; elles
s'éforcent en vain de les arracher & de renverfer
l'autel ; leurs efforts impuiffans les
obligent d'avoir recours à la fiévre qui met
les humeurs en querelle , elles fe combattent
, l'autel tremble & ces funeftes mouvemens
occupent la troifiéme, la quatrième
& la cinquiéme entrée,
La fixiéme fut celle de la France languif
fante pendant la maladie dangereuſe dont
168 MERCURE DE FRANCE .
Louis XIV. fut atteint au Fort de Mardich
après fes Victoires éclatantes. La jeuneſſe
vint à fon fecours , chaffa la fiévre , réconcilia
les humeurs , & rétablit les eſpérances
de la France , qui fit ce récit.
LA FRANCE.
Heureux événement qui contre mon attente
Retire du cercueil la Majefté mouraste ,
Tu diffipes ma crainte , & me fais reſpirer
En me rendant un Roi qui me fait révérer :
Je ne voyois par- tout que des Palmes féchées
Des Lauriers prefque morts , & des fleurs arrachées;
La gloire travailloit à lui faire un Tombeau ,
Et le jour n'éclairoit que d'un trifte flambeau ,
Tandis que mon Héros d'un air doux & tranquile
Quittoit fans s'émouvoir cette Pompe fragile ,
Et Monarque intrépide en ce dernier effort
Vainquoit fes ennemis , & défioit la mort.
En ce moment fatal ce Héros invincible!
Demeuroit encor ferme , & fe rendoit terrible :
Sa vigueur défaillante animoit les foldats
Donnoit le mouvement & la force à leurs bras ;
Etendu dans fon lit fans Sceptre ni Couronne
Il confervoit les droits que la Pourpre lui donne ,
Rien ne pût l'ébranler , & ce lys abattu ,
Tout pâle & languiffant retenoit fa vertu.
Ainfi l'aftre du jour voit mourir fa lumiere ,
Sans manquer d'un feul pas à fa jufte carriere ,
D'un
JUIN
1745. 169
!
D'un mouvement égal il marche à fon tombeau,
Et voit d'un oeil ouvert éteindre fon flambeau ,
Tandis qu'avec cent feux dans la voûte céleſte ,
La nuit fuit fon cercueil fous un voile funefte :
Ma Reine en ce moment cédoit à fes douleurs ,
Et l'aurore jamais ne verfa tant de pleurs ;
D'un regard languiffant , d'une lumiere fombre
Elle voyoit mon Roi qui n'étoit plus qu'une ombre;
La fortune en déſordre & la victoire en deuil
Pour un Arc de Triomphe élevoient un cercueil ,
Les Drapeaux déployés , & les Piques baiffées
Alloient bien-tôt ſe joindre aux armes renverſées ,
Et fi l'on arrachoi : des Palmes aux Flamans ,
C'étoit pour couronner de triftes monumens ;
La gloire d'autre part confuſe & gémiſſante ,
Survivoit à regret à la valeur mourante ;
Les graces & l'amour pleuroient ce Conquérant ,
Et tout dans la nature étoit mort ou mourant :
Moi d'un torrent de pleurs & de larmes trempée ,
J'expirois en baiſant ſa main & ſon épée ,
Quand le Ciel attendri le rendit a mes voeux
Et pour le conferver employa tous fes feux.
Du coeur de mon Héros une flamme plus forte
Sortit pour ranimer la Pourpre déja morte ;
Il reprit fa vigueur & ce nouvel effort
Son triomphe augmenta de celui de la mort.
Graces aux Immortels cette feconde vie
De combien de fuccès fera-t- elle fuivie ?
II. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Je verrai ſa valeur malgré ſes ennemis
Le faire reſpecter par cent Peuples foumis.
Autour de ce Héros cent Provinces captives
Quitteront leurs lauriers pour prendre ſes olives ,
Tandis que je ferai des cours de ſes Sujets
Des victimes d'amour & des Trônes de Paix .
Ce récit funébre , & le trifte tableau
des quatre dernieres entrées offert en 1658,
nous rappelle affés exactement celui qui a
tant effrayé la France en 1744 , lorfque le
Roi fut attaqué d'une fi dangereufe maladie
dans la Ville de Metz.
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6470
p. 143-151
CINQUIEME suite des reflexions sur les Ballets.
Début :
La septiéme entrée fut celle de l'adresse qui amena les Arts pour travailler à la gloire de [...]
Mots clefs :
Gloire, Louis Auguste, Autel, Lustre, Yeux, Héros, Victoire, Paix, Ballet, Éclat, Lyon, Louis XIV
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texteReconnaissance textuelle : CINQUIEME suite des reflexions sur les Ballets.
CINQUIEME fuite des reflexions fun.
les Ballets,
La feptiéme entrée fut celle de l'adreffe qui
amena les Arts pour travailler à la gloire de
Louis Augufte & pour lui faire des trophées
des dépouilles des ennemis.
Que ces Arts feroient aujourd'hui bien
occupés s'ils teatoient d'élever des Monumens
dignes du Héros Bien- Aimé qui vient
de remporter en Flandre une victoire accompagnée
de toutes les circonftances les
plus glorieufes qui peuvent caractériſer la
valeur la plus brillante & la plus profonde
capacité !
La troifiéme partie fit voir le Soleil au figne
du lion' d'où il invitoit Louis Augufte
à la conquête du monde par ce récit .
Monte , jeune LOUIS , au rang où tu me vois ;
Tes regards font un jour plus beau que ma lumiere
Et le monde va voir deux ſoleils à la fois ,
Si tu ne viens tenir une même carriere.
Comme c'étoit la coutume de faire des
difcours & des difputes d'Eloquence devant
l'Autel de Lyon confacré à Augufte ; il ſẹ
144 MERCURE DE FRANCE.
fit devant celui- ci une difpute des quatre luf
tres de la vie de Louis XIV. qui n'avoit
alors que 20 ans , chacun prétendant à l'envi
l'un de l'autre d'avoir eu les plus beaux
évenemens. Le premier luftre qui étoit celui
de fa naiffance & des cinq premieres années
de fa vie commence ainfi.
Qui vit jamais briller tant de luftre à la fois ?
La Nature épuisée à produire des Rois
Pour former celui - ci prit des forces nouvelles ,
Et fans plus travailler fur les premiers modéles
Surpaffa fon adreffe , épuiſa ſes ,tréfors ,
Aformer fon efprit , à façonner fon corps ,
Elle fit fon berceau des palmes de fon pere ,
Elle mit dans fes yeux les graces de fa mere ;
Et plaçant fur fon front des lys épanouis ,
Ramaffa tous les traits & d'Anne & de Louis :
Jamais fiécle ne vit une fi belle image .
La Nature elle - même admira ſon ouvrage ,
Et tous les Dieux ravis d'un miracle fi beau
S'endonnérent la gloire autour de fon berceau.
De la France en ce jour l'efperance remplie ,
Vit croître fon bonheur & l'Epagne affoiblie ,
L'aigle enjetta des cris , le lion en fremit
Le Soleil devint pâle & la Lune ** blemit,
La Perfe.
** La Turquie
Quel
JUILLET. 1745. 145
Quel tems a jamais vû des marques plus illuftres
Du haut rang que je tiens fur le refte des luftres ?
Le deuxième luftre qui étoit celui de l'avenement
à la Couronne deffendit fes
droits après celui de la naiffance , & dit :
La naiffance eft un bien qui n'eft que fortuit ,
Si de ce grand éclat la Vertu n'eft le fruit.
Il faut une ame noble, un courage intrepide ,
Et le coeur d'un Héros pour en faire un Alcide
En fes premiers effais mon Prince triomphant
A fait voir qu'un Héros n'étoit jamais enfant ;
Déja fes premiers pas le portoient à la gloire ,
Quand pour le couronner & Mars & la Victoire
Enchainerent l'Eſcaut , fubjuguerent le Rhin ,
Et d'un nouveau Pays le firent Souverain .
L'Espagne de deux parts fi vivement preffée ;
Vit fon ambition à demi renversée ,
Et l'Empire ayant vû fes deux aigles défaits
Par crainte ou par reſpect lui demanda la paix.
Le troifiéme luftre qui étoit celui de la
Majorité parla à ſon tour,
Par un mauvais démon cette illuftre conquête
Se vit prefqu'arracher le laurier de la tête.
La difcorde infolente alluma fon flambeau ,
Et ne fit de l'Etat qu'un funefte tombeau ;
146 MERCURE DE FRANCE.
Dans le fein de la France en fureur déchainée ,
Ecumante de rage , errante & forcenée ,
Répandit fon venin dans le coeur des fujets,
Et fit en moins d'un jour de terribles projets ;
D'une effroyable voix & d'un ton de tonneire
Elle annonce partout , elle vante la guerre ,
Tout fume de fes feux , tout paroît embrafé ,
En pluſieurs factions le peuple eft diviſé ;
Le Trône eft ébranlé quand Louis court aux armes ;
Et cueille des lauriers qu'il mouille de fes larmes ,
Mais les premiers rayons de famajorité
Ramenerent le calme & la férenité :
Ce courage intrepide alla de Ville en Ville
Pour arrêter le cours de la guerre civile ,
Et pour guerir les maux que le trouble avoit faits ,
Je l'ai vu fous la tente autant que fous le dais.
Le quatriéme luftre qui étoit celui du
facre & des victoires du Roi ne douta point
qu'il ne dût l'emporter fur les trois autres
quand il dit ,
Ces préfages font beaux & ce grand appareil (
Dans les fiécles paffés n'a rien vû de pareil ;
Mais tous ces préjugés de grandeur & de gloire
N'approchent pas de ceux qui fuivent la victoire.
Les ennemis défaits & le fang répandu
Font un Trône plus haut du monde confondu.
C'est de vous que Louis à reçu la Couronne,
JUILLET. 1745. 149
i
1
Et le pompeux éclat de l'or qui l'environne ,
Mais ce brillant éclat ne feroit qu'un fauxjour ,
S'il n'avoit des rayons que pour luire à la Cour.
Il faut qu'un Conquérant entre dans la carriere ,.
Qu'il en forte couvert de fang & de pouffiere ;
Il doit dans les combats montrer fa fermeté
Et s'ouvrir le chemin à l'immortalité.
J'ai vû fortir des yeux de ce foudre de guerre
Des éclairs allumés & fuivis du tonnerre ,
Et lançant des regards fiers & victorieux
Il porte aux ennemis le foleil dans les yeux .
Les ombres des Flamands erran.es & plaintives
S'éforçoient d'animer leurs troupes fugitives ,
Quand mon Prince parut, & dans un champ d'hor
reur
Fit céder la clémence à la noble fureur.
Le feu que l'huile fainte alluma dans ſon ame
Fit fortir de fon coeur une nouvelle flâme ,
Qui portant fon courage à d'illuftres travaux
L'a déjafait paroître en des combats nouveaux ;
Le feu clair & brillant qui dans fes yeux petille
Brave d'un feul regard les forces de Caftille ;
Deja victorieux de la rebellion ,
Il veut arracher l'ongle & la dent au lion :
A peine de Stenay la courtine ebranlée
Souffre le chatiment de la Foi violée ,
Qu'Arras contre l'Ibere implorant fon fecours
Craint d'être enfeyeli fousfes fuperbes tours,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
11 Il y court, il y vole , il voit toute l'Eſpagne
De troupes , d'étendarts inonder la campagne,
La Victoire le fuit & d'un double laurier
Couronnele Monarque & le jeune Guerrier.
Depuis cette action les Places les plus fortes
Ouvrent à mon Héros & leurs coeurs & leurs porte
Et ce dernier Eté fait lui feul plus de bruit
Que la Grece vaincue & l'Empire détruit ;
Ainfi , n'attendez pas que je céde la gloire ,
Du plus haut rang d'honneur au temple de mé
moire.
· Le
temps à venir pour décider les diffé
kens de ces quatre luftres parla ainfi ,
Je viens pour décider le noble différend
Qui vous a partagés pour un Roi Conquérant ;
Déjalfous vingt Soleils fes premieres années
Ont eû tout lefuccès des grandes deſtinées ,
Mais ce commencement tout éclatant qu'il eſt
N'eft que le premier pas de l'aftre qui l'a fait
Il s'avance à la gloire avec plus de lumiere
Il ouvre à ſa valeur une illuftre carriere ,
Et l'Europe & l'Afie offrent à ce guerrier
Une plus belle palmę, un plus riche laurier
Tout le fuperbe éclat dont il vous environne
N'eft qu'un premier brillant que la gloire vous don
ne.
Allez , cedez la place aux luftres à venir
JUILLET. 1745 . 149
Et de ces grands fuccès gardez le fouvenir.
Les fondateurs des quatre grandes Mo
narchies attirés par le bruit des conquêtes de
Louis Augufte viennent offrir leur hommage
à fon Autel ; ils admirent fes trophées & lui
cedent la premiere place du temple de la
gloire. Cétoit la troifiéme entrée de la troi
fiéme partie. Les Dieux qui jurerent autrefois
la guerte contre les géans fur l'autel qui
fait une des conftellations céleftes , vinrent
jurer la paix fur celui de Louis Augufte . Jupiter
y laiffa fa foudre , Mars fon épée , Neptune
foa trident , tandis que la paix fe
montra fur l'arc - en- ciel & fit un récit.
Des payfans challés de leurs cabanes par
les ravages de Bellonne cherchent un azile
près de l'autel de Louis Augufte où ils
trouvent les gages de la paix ; ils prennent
les armes que les Dieux y ont laiffées & en
font des inftrumens d'Agriculture. Minerve
la Divinité de l'ancien temple de Lyon &
Apollon le Dieu des Sçavans viennent éta
blir des facrificateurs pour recevoir les victimes
que les peuples doivent offrir à l'autel
de Louis Augufte. La Fortune Françoiſe y
amena l'hérefie & Mahomet enchainés. Le
grand Ballet fut compofé des treizes Louis
predeceffeurs de 1.ouis XIV , qui vinrent
être les témoins couronnés de fa gloire.
Giij
5 MERCURE DE FRANCE.
Que la compofition de ce Ballet eft (çavante
& variée ! Que de tableaux divers
il prefente à la curiofité des fpectateurs ! Que
tous les rapports des parties tant hiftoriques
qu'allégoriques font bien fimétrifés , & qu'ils
concourent avec habileté à la gloire de
Louis XIV. & à l'honneur de la Ville de
Lyon qui fignala fon zéle par cette ingenieufe
& magnifique fête ! Sans doute les décorations
& les habits aflortiffoient aux idées
fublimes de l'inventeur de ce Ballet ? D'où
vient qu'on fe contente aujourd'hui de danfes
monotoniques qui ne difent jamais rien
d'expreffif & qui n'offrent aux yeux que des
marches & des entrées prefque toujours uniformes
& où le goût & le difcernement ne
trouvent jamais rien à louer que la grace &
Ja legéreté des pas fans pouvoir en admirer
l'ordre & l'application ? Le R. P. Meneftrier
nous apprend que ce fut à l'occafion de ce
Ballet dont il fut chargé par des ordres fupérieurs
qu'il fe crut obligé de lire tout ce
qu'Ariftote , Lucien , Plutarque , Platon ,
Libanius , Athénée , Julius Pollux & quelques
Modernes qu'il ne nomme pas ont
écrit fur la danfe théatrale.
Il n'eft pas douteux que tous ces Auteurs.
là ne font pas connus de bien des compofiteurs
de Ballets de notre fiécle , & que les
danfeurs qui voudront s'en tenir à la routine
JUILLET.
1745. 151
de leur talent fans en approfondir le mérite
principal ne répondront à ces refléxions
que par une pirouette en s'écriant comme
Poiffon dans le Joueur :
Allons faute Marquis.
les Ballets,
La feptiéme entrée fut celle de l'adreffe qui
amena les Arts pour travailler à la gloire de
Louis Augufte & pour lui faire des trophées
des dépouilles des ennemis.
Que ces Arts feroient aujourd'hui bien
occupés s'ils teatoient d'élever des Monumens
dignes du Héros Bien- Aimé qui vient
de remporter en Flandre une victoire accompagnée
de toutes les circonftances les
plus glorieufes qui peuvent caractériſer la
valeur la plus brillante & la plus profonde
capacité !
La troifiéme partie fit voir le Soleil au figne
du lion' d'où il invitoit Louis Augufte
à la conquête du monde par ce récit .
Monte , jeune LOUIS , au rang où tu me vois ;
Tes regards font un jour plus beau que ma lumiere
Et le monde va voir deux ſoleils à la fois ,
Si tu ne viens tenir une même carriere.
Comme c'étoit la coutume de faire des
difcours & des difputes d'Eloquence devant
l'Autel de Lyon confacré à Augufte ; il ſẹ
144 MERCURE DE FRANCE.
fit devant celui- ci une difpute des quatre luf
tres de la vie de Louis XIV. qui n'avoit
alors que 20 ans , chacun prétendant à l'envi
l'un de l'autre d'avoir eu les plus beaux
évenemens. Le premier luftre qui étoit celui
de fa naiffance & des cinq premieres années
de fa vie commence ainfi.
Qui vit jamais briller tant de luftre à la fois ?
La Nature épuisée à produire des Rois
Pour former celui - ci prit des forces nouvelles ,
Et fans plus travailler fur les premiers modéles
Surpaffa fon adreffe , épuiſa ſes ,tréfors ,
Aformer fon efprit , à façonner fon corps ,
Elle fit fon berceau des palmes de fon pere ,
Elle mit dans fes yeux les graces de fa mere ;
Et plaçant fur fon front des lys épanouis ,
Ramaffa tous les traits & d'Anne & de Louis :
Jamais fiécle ne vit une fi belle image .
La Nature elle - même admira ſon ouvrage ,
Et tous les Dieux ravis d'un miracle fi beau
S'endonnérent la gloire autour de fon berceau.
De la France en ce jour l'efperance remplie ,
Vit croître fon bonheur & l'Epagne affoiblie ,
L'aigle enjetta des cris , le lion en fremit
Le Soleil devint pâle & la Lune ** blemit,
La Perfe.
** La Turquie
Quel
JUILLET. 1745. 145
Quel tems a jamais vû des marques plus illuftres
Du haut rang que je tiens fur le refte des luftres ?
Le deuxième luftre qui étoit celui de l'avenement
à la Couronne deffendit fes
droits après celui de la naiffance , & dit :
La naiffance eft un bien qui n'eft que fortuit ,
Si de ce grand éclat la Vertu n'eft le fruit.
Il faut une ame noble, un courage intrepide ,
Et le coeur d'un Héros pour en faire un Alcide
En fes premiers effais mon Prince triomphant
A fait voir qu'un Héros n'étoit jamais enfant ;
Déja fes premiers pas le portoient à la gloire ,
Quand pour le couronner & Mars & la Victoire
Enchainerent l'Eſcaut , fubjuguerent le Rhin ,
Et d'un nouveau Pays le firent Souverain .
L'Espagne de deux parts fi vivement preffée ;
Vit fon ambition à demi renversée ,
Et l'Empire ayant vû fes deux aigles défaits
Par crainte ou par reſpect lui demanda la paix.
Le troifiéme luftre qui étoit celui de la
Majorité parla à ſon tour,
Par un mauvais démon cette illuftre conquête
Se vit prefqu'arracher le laurier de la tête.
La difcorde infolente alluma fon flambeau ,
Et ne fit de l'Etat qu'un funefte tombeau ;
146 MERCURE DE FRANCE.
Dans le fein de la France en fureur déchainée ,
Ecumante de rage , errante & forcenée ,
Répandit fon venin dans le coeur des fujets,
Et fit en moins d'un jour de terribles projets ;
D'une effroyable voix & d'un ton de tonneire
Elle annonce partout , elle vante la guerre ,
Tout fume de fes feux , tout paroît embrafé ,
En pluſieurs factions le peuple eft diviſé ;
Le Trône eft ébranlé quand Louis court aux armes ;
Et cueille des lauriers qu'il mouille de fes larmes ,
Mais les premiers rayons de famajorité
Ramenerent le calme & la férenité :
Ce courage intrepide alla de Ville en Ville
Pour arrêter le cours de la guerre civile ,
Et pour guerir les maux que le trouble avoit faits ,
Je l'ai vu fous la tente autant que fous le dais.
Le quatriéme luftre qui étoit celui du
facre & des victoires du Roi ne douta point
qu'il ne dût l'emporter fur les trois autres
quand il dit ,
Ces préfages font beaux & ce grand appareil (
Dans les fiécles paffés n'a rien vû de pareil ;
Mais tous ces préjugés de grandeur & de gloire
N'approchent pas de ceux qui fuivent la victoire.
Les ennemis défaits & le fang répandu
Font un Trône plus haut du monde confondu.
C'est de vous que Louis à reçu la Couronne,
JUILLET. 1745. 149
i
1
Et le pompeux éclat de l'or qui l'environne ,
Mais ce brillant éclat ne feroit qu'un fauxjour ,
S'il n'avoit des rayons que pour luire à la Cour.
Il faut qu'un Conquérant entre dans la carriere ,.
Qu'il en forte couvert de fang & de pouffiere ;
Il doit dans les combats montrer fa fermeté
Et s'ouvrir le chemin à l'immortalité.
J'ai vû fortir des yeux de ce foudre de guerre
Des éclairs allumés & fuivis du tonnerre ,
Et lançant des regards fiers & victorieux
Il porte aux ennemis le foleil dans les yeux .
Les ombres des Flamands erran.es & plaintives
S'éforçoient d'animer leurs troupes fugitives ,
Quand mon Prince parut, & dans un champ d'hor
reur
Fit céder la clémence à la noble fureur.
Le feu que l'huile fainte alluma dans ſon ame
Fit fortir de fon coeur une nouvelle flâme ,
Qui portant fon courage à d'illuftres travaux
L'a déjafait paroître en des combats nouveaux ;
Le feu clair & brillant qui dans fes yeux petille
Brave d'un feul regard les forces de Caftille ;
Deja victorieux de la rebellion ,
Il veut arracher l'ongle & la dent au lion :
A peine de Stenay la courtine ebranlée
Souffre le chatiment de la Foi violée ,
Qu'Arras contre l'Ibere implorant fon fecours
Craint d'être enfeyeli fousfes fuperbes tours,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
11 Il y court, il y vole , il voit toute l'Eſpagne
De troupes , d'étendarts inonder la campagne,
La Victoire le fuit & d'un double laurier
Couronnele Monarque & le jeune Guerrier.
Depuis cette action les Places les plus fortes
Ouvrent à mon Héros & leurs coeurs & leurs porte
Et ce dernier Eté fait lui feul plus de bruit
Que la Grece vaincue & l'Empire détruit ;
Ainfi , n'attendez pas que je céde la gloire ,
Du plus haut rang d'honneur au temple de mé
moire.
· Le
temps à venir pour décider les diffé
kens de ces quatre luftres parla ainfi ,
Je viens pour décider le noble différend
Qui vous a partagés pour un Roi Conquérant ;
Déjalfous vingt Soleils fes premieres années
Ont eû tout lefuccès des grandes deſtinées ,
Mais ce commencement tout éclatant qu'il eſt
N'eft que le premier pas de l'aftre qui l'a fait
Il s'avance à la gloire avec plus de lumiere
Il ouvre à ſa valeur une illuftre carriere ,
Et l'Europe & l'Afie offrent à ce guerrier
Une plus belle palmę, un plus riche laurier
Tout le fuperbe éclat dont il vous environne
N'eft qu'un premier brillant que la gloire vous don
ne.
Allez , cedez la place aux luftres à venir
JUILLET. 1745 . 149
Et de ces grands fuccès gardez le fouvenir.
Les fondateurs des quatre grandes Mo
narchies attirés par le bruit des conquêtes de
Louis Augufte viennent offrir leur hommage
à fon Autel ; ils admirent fes trophées & lui
cedent la premiere place du temple de la
gloire. Cétoit la troifiéme entrée de la troi
fiéme partie. Les Dieux qui jurerent autrefois
la guerte contre les géans fur l'autel qui
fait une des conftellations céleftes , vinrent
jurer la paix fur celui de Louis Augufte . Jupiter
y laiffa fa foudre , Mars fon épée , Neptune
foa trident , tandis que la paix fe
montra fur l'arc - en- ciel & fit un récit.
Des payfans challés de leurs cabanes par
les ravages de Bellonne cherchent un azile
près de l'autel de Louis Augufte où ils
trouvent les gages de la paix ; ils prennent
les armes que les Dieux y ont laiffées & en
font des inftrumens d'Agriculture. Minerve
la Divinité de l'ancien temple de Lyon &
Apollon le Dieu des Sçavans viennent éta
blir des facrificateurs pour recevoir les victimes
que les peuples doivent offrir à l'autel
de Louis Augufte. La Fortune Françoiſe y
amena l'hérefie & Mahomet enchainés. Le
grand Ballet fut compofé des treizes Louis
predeceffeurs de 1.ouis XIV , qui vinrent
être les témoins couronnés de fa gloire.
Giij
5 MERCURE DE FRANCE.
Que la compofition de ce Ballet eft (çavante
& variée ! Que de tableaux divers
il prefente à la curiofité des fpectateurs ! Que
tous les rapports des parties tant hiftoriques
qu'allégoriques font bien fimétrifés , & qu'ils
concourent avec habileté à la gloire de
Louis XIV. & à l'honneur de la Ville de
Lyon qui fignala fon zéle par cette ingenieufe
& magnifique fête ! Sans doute les décorations
& les habits aflortiffoient aux idées
fublimes de l'inventeur de ce Ballet ? D'où
vient qu'on fe contente aujourd'hui de danfes
monotoniques qui ne difent jamais rien
d'expreffif & qui n'offrent aux yeux que des
marches & des entrées prefque toujours uniformes
& où le goût & le difcernement ne
trouvent jamais rien à louer que la grace &
Ja legéreté des pas fans pouvoir en admirer
l'ordre & l'application ? Le R. P. Meneftrier
nous apprend que ce fut à l'occafion de ce
Ballet dont il fut chargé par des ordres fupérieurs
qu'il fe crut obligé de lire tout ce
qu'Ariftote , Lucien , Plutarque , Platon ,
Libanius , Athénée , Julius Pollux & quelques
Modernes qu'il ne nomme pas ont
écrit fur la danfe théatrale.
Il n'eft pas douteux que tous ces Auteurs.
là ne font pas connus de bien des compofiteurs
de Ballets de notre fiécle , & que les
danfeurs qui voudront s'en tenir à la routine
JUILLET.
1745. 151
de leur talent fans en approfondir le mérite
principal ne répondront à ces refléxions
que par une pirouette en s'écriant comme
Poiffon dans le Joueur :
Allons faute Marquis.
Fermer
6471
p. 41-44
EPITRE A M. D.
Début :
TU quittes donc ces lieux, & l'amitié plaintive [...]
Mots clefs :
Fortune, Soins, Noeud, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. D.
EPITRE à M. D.
Uquittes donc ces lieux , & l'amitié plaintive
Ne ſçauroit plus te retenir ;
On ne te verra plus ſur cette aimable rive
Detes chants nous entretenir.
De la tendreſſe la plus vive
Tu vas perdre le ſouvenir.
Déja tabergére craintive
Ne peut àce pen er dérober un foupir
Quarrache ſa douleur naive.
Sur ces arbres fleuris on voyoit les oiſeaux
42 MERCURE DE FRANCE.
Suſpendre leurs chants les plus beaux
Pour prêter à tes fonsune oreille attentive :
A travers le gazon on voyoit les ruiſſeaux ,
Malgré leur onde fugitive ,
Suſpendre le cours deleurs eaux.
Plutus te promet ſes richeſſes ,
Et tu marches ſous ſes drapeaux ,
Mais ce n'est que par des travaux
D qu'on obtient ſes largeffes .
..
Rarement de ſes dons le ſage eſt revêtu ;
Plutus ne fuit que fon caprice:
Il accorde ſouvent au vice
Ce qu'il refuſe à la vertu,
La fortune eſt une traîtreffe
Qui peut à toute heure changer :
En ſe livrant à la triſteſſe ,
Quand elle vient nous déranger ,
Onn'évite point le danger ;
Onne montre que ſa foibleſſe.
Lavie eſt une mer; tout agite ſeseaux :
11 nous faut combattre ſans ceffe
Pour furmonter les flots.
Lalâche oifiveté; l'indolente pareſſe
Ne peuvent faireles Héros.
Cen'eſtquedans le ſein de l'aimable ſageſſe
Que l'on peut trouver le repos .
Jene condamne point un travail ſalutaire
Dont le fuccès fait nos plaiſirs ;
Je ne blâme que des defirs
AOUST. 43 1745.
Querienne sçauroit ſatisfaire ,
Et dont la criminelle ardeur
Neproduit que notre mifere
Loin de faire notre bonheur.
,
Non , la fortune , ami , n'est pas unechimére
Indigne de nos foins :
Qui ne ſçait qu'elle est néceſſaire
Pour fubvenirà nos beſoins ?
Dieu veut que nos talens, nos foins , notre in
duſtrie ,
De la ſocieté forment le doux lien ,
Etqu'en ſe procurant le bonheur de la vie
Le publicy trouve le ſien.
C'eſt ainſi que la Providence,
Quidiſpenſe aux mortels & le bien & le mal ,
D'un noeud particulier fait un noeud géneral
Par une ſecrette influence.
Ainſi tous ces ruiſſeaux qui du ſein des deuxmers
Percent les cîternes profondes ,
En reſſortent bientôt par cent canaux divers ,
Et le brulant Soleil en élevant leurs ondes
Forme ces riviéres fécondes
Qui circulentdans l'Univers.
Sans chercher une vaine gloire ,
Qui fait des actes de vertu ,
Fait même après ſa mort reſpecter ſa mémoire ,
Et prouve au moins qu'il a véçu.
44 MERCURE DE FRANCE !
Nos jours ne font qu'un court eſpace :
Les plaiſirs , la grandeur , ne font que vanité :
Quelle eſt notre imbécillité !
Nous faiſons preſque tout pour ce monde qui paſſe
Preſque rien pour l'éternité.
AGeneve ce 30 Mars 1745. par Jean - Baptifte
TOLLOZ,
Uquittes donc ces lieux , & l'amitié plaintive
Ne ſçauroit plus te retenir ;
On ne te verra plus ſur cette aimable rive
Detes chants nous entretenir.
De la tendreſſe la plus vive
Tu vas perdre le ſouvenir.
Déja tabergére craintive
Ne peut àce pen er dérober un foupir
Quarrache ſa douleur naive.
Sur ces arbres fleuris on voyoit les oiſeaux
42 MERCURE DE FRANCE.
Suſpendre leurs chants les plus beaux
Pour prêter à tes fonsune oreille attentive :
A travers le gazon on voyoit les ruiſſeaux ,
Malgré leur onde fugitive ,
Suſpendre le cours deleurs eaux.
Plutus te promet ſes richeſſes ,
Et tu marches ſous ſes drapeaux ,
Mais ce n'est que par des travaux
D qu'on obtient ſes largeffes .
..
Rarement de ſes dons le ſage eſt revêtu ;
Plutus ne fuit que fon caprice:
Il accorde ſouvent au vice
Ce qu'il refuſe à la vertu,
La fortune eſt une traîtreffe
Qui peut à toute heure changer :
En ſe livrant à la triſteſſe ,
Quand elle vient nous déranger ,
Onn'évite point le danger ;
Onne montre que ſa foibleſſe.
Lavie eſt une mer; tout agite ſeseaux :
11 nous faut combattre ſans ceffe
Pour furmonter les flots.
Lalâche oifiveté; l'indolente pareſſe
Ne peuvent faireles Héros.
Cen'eſtquedans le ſein de l'aimable ſageſſe
Que l'on peut trouver le repos .
Jene condamne point un travail ſalutaire
Dont le fuccès fait nos plaiſirs ;
Je ne blâme que des defirs
AOUST. 43 1745.
Querienne sçauroit ſatisfaire ,
Et dont la criminelle ardeur
Neproduit que notre mifere
Loin de faire notre bonheur.
,
Non , la fortune , ami , n'est pas unechimére
Indigne de nos foins :
Qui ne ſçait qu'elle est néceſſaire
Pour fubvenirà nos beſoins ?
Dieu veut que nos talens, nos foins , notre in
duſtrie ,
De la ſocieté forment le doux lien ,
Etqu'en ſe procurant le bonheur de la vie
Le publicy trouve le ſien.
C'eſt ainſi que la Providence,
Quidiſpenſe aux mortels & le bien & le mal ,
D'un noeud particulier fait un noeud géneral
Par une ſecrette influence.
Ainſi tous ces ruiſſeaux qui du ſein des deuxmers
Percent les cîternes profondes ,
En reſſortent bientôt par cent canaux divers ,
Et le brulant Soleil en élevant leurs ondes
Forme ces riviéres fécondes
Qui circulentdans l'Univers.
Sans chercher une vaine gloire ,
Qui fait des actes de vertu ,
Fait même après ſa mort reſpecter ſa mémoire ,
Et prouve au moins qu'il a véçu.
44 MERCURE DE FRANCE !
Nos jours ne font qu'un court eſpace :
Les plaiſirs , la grandeur , ne font que vanité :
Quelle eſt notre imbécillité !
Nous faiſons preſque tout pour ce monde qui paſſe
Preſque rien pour l'éternité.
AGeneve ce 30 Mars 1745. par Jean - Baptifte
TOLLOZ,
Fermer
6472
p. 44-45
CH[A]NSON.
Début :
Dans cette retraite [...]
Mots clefs :
Amour, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CH[A]NSON.
CHNSON.
Ans cette retraite
L'aimable Nanette
Ecoute mes voeux ;
Lesris& les jeux
Sont de cette fête ,
Etl'amour s'aprête
A me rendre heureux ,
Chers amis , comme eux
Chantez ma conquête ,
Célebrez mes feux.
Pour vous mieux entendre
Je vois ces ruiffeaux
Qui ſemblent ſuſpendre
Le bruitde Murs eaux.
Mille& mille oiſeaux
Tâchent de répandro
AOUST.
1745,
Pes accens fi beaux :
Pour les mieux apprendre
Liſe fait attendre
Deſſous ces ormeaux
Son berger Alcandre
Qui pour la ſurprendre ,
D'un air vif& tendre
Enfle ſes pipeaux,
Déja moins cruelle
Je vois cette belle
,
Aux plaiſirs nouveaux
Où l'amour l'apelle
Etre moins rébelle
Etde fon ardeur
?
Lavive étincelle
Comble le bonheur
Duberger fidéle.
!
Par le même.
Ans cette retraite
L'aimable Nanette
Ecoute mes voeux ;
Lesris& les jeux
Sont de cette fête ,
Etl'amour s'aprête
A me rendre heureux ,
Chers amis , comme eux
Chantez ma conquête ,
Célebrez mes feux.
Pour vous mieux entendre
Je vois ces ruiffeaux
Qui ſemblent ſuſpendre
Le bruitde Murs eaux.
Mille& mille oiſeaux
Tâchent de répandro
AOUST.
1745,
Pes accens fi beaux :
Pour les mieux apprendre
Liſe fait attendre
Deſſous ces ormeaux
Son berger Alcandre
Qui pour la ſurprendre ,
D'un air vif& tendre
Enfle ſes pipeaux,
Déja moins cruelle
Je vois cette belle
,
Aux plaiſirs nouveaux
Où l'amour l'apelle
Etre moins rébelle
Etde fon ardeur
?
Lavive étincelle
Comble le bonheur
Duberger fidéle.
!
Par le même.
Fermer
6473
p. 45-46
LE FROID & LE CHAUD. FABLE.
Début :
UN quidam las de l'hyver, [...]
Mots clefs :
Chaud, Jupiter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE FROID & LE CHAUD. FABLE.
LE FROID & LE
CHAUD.
U
FABLE.
L
N quidam las del'hyver
S'enpla gnoit à Jupiter :
Puiffant maître du
tonnerrea
46 MERCURE DE FRANCE,
S'écrioit ce harangueur ,
Ramene nous la chaleur ,
Ou tout périt fur la terre.
Le chaud vientà ſa priere
,
Mais , ô nouvelle douleur !
Chacunbruleen ſa chaumiere ;
Il nepeut point le ſouffrir :
Rends- nous , dit-il , la froidure ,
Jupiter , je t'en conjure ,
Ou nous allons tous mourir.
1
Le fermier veut de la pluye :
En tombe-t- il ? Il s'ennuye ,
Etdemande du beautems :
Ainſi jamais dans la vie
Les hommes ne ſont contens.
:
Le 2 Mars. 1745 .
CHAUD.
U
FABLE.
L
N quidam las del'hyver
S'enpla gnoit à Jupiter :
Puiffant maître du
tonnerrea
46 MERCURE DE FRANCE,
S'écrioit ce harangueur ,
Ramene nous la chaleur ,
Ou tout périt fur la terre.
Le chaud vientà ſa priere
,
Mais , ô nouvelle douleur !
Chacunbruleen ſa chaumiere ;
Il nepeut point le ſouffrir :
Rends- nous , dit-il , la froidure ,
Jupiter , je t'en conjure ,
Ou nous allons tous mourir.
1
Le fermier veut de la pluye :
En tombe-t- il ? Il s'ennuye ,
Etdemande du beautems :
Ainſi jamais dans la vie
Les hommes ne ſont contens.
:
Le 2 Mars. 1745 .
Fermer
6474
p. 55-68
LETTRE de M. aux Auteurs du Mercure.
Début :
L'honneur que vous m'avez fait depuis long-tems, Messieurs, de m'admettre [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Opéra, Ouvrages, Ouvrage, Contes, Pièces fugitives, Lettres, Esprit, Immortalité, Article, Estime, Réputation, Auteurs, Extraits, Talents, Intérêt, Mercures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. aux Auteurs du Mercure.
LETTRE de M. aux Auteurs du Mer-
'Honneur que
Llong-tems
cure.
vous m'avez fait depuis
Meſſieurs , de m'admettre
dans votre amitié , l'intérêt que je prends
à tout ce qui vous regarde & la joye que
j'ai reſſenti de voir le Mercure de France
entre vos mains , m'obligent à vous dire
avec verité mon avis ſur cet ouvrage , que
j'ai toujours lû avec beaucoup d'attention
& preſque toujours avec beaucoup deplaifit
depuis que le public en eſt redevable
à vos foins ; il me ſemble que vous devez
être reconnoiſſans à l'égard du public , car
il eſt content de vous & j'entends dire generalement
de votre ouvrage à-peu-près ce
que vous devez ſouhaiter qu'on en dife. On
rend juſtice au choix des piéces fugitives que
vous inferez , on vous ſçait gré même des
amis que vous avez, & en acquerant la con .
fiance de pluſieurs Ecrivains illuftres dont
vous avez obtenu des ouvrages , dont vous
avez tû ou déguiſe les noms , mais dont
vous n'avez pu cacher les talens , vous avez
rendu aux amateurs des Lettres un ſervice
dont ils ne font point ingrats. On eft con-
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
tent auſſi des extraits que vous donnez de
quelques ouvrages nouveaux , & on les
trouve faits de façon qu'on aimeroit que
vous en fiffiez davantage ; voilà , Meſſieurs
biendes choſes flateuſes pour vous j'ai
cru devoir commencer par vous les dire ,
premierement parce qu'elles font vraies ,
ſecondement pour vous faire fentir que la
reconnoiſſance que vous devez aux bontés
du public doit redoubler vos efforts pour
vous les affürer & enfin pour vous préparer
ut pueris dant Crustula , au correctif qui
va ſuivre mes louanges.
Je ne vous parlerai pas de votre premier -
Mercure donné en Novembre 1744 , où
le récit des Fêtes pour la convalefcence &
le retour du Roi fourmilloit de phraſes
louches & de termes déplacés. Il ſeroit injuſte
de vous rappeller cette premiere erreur
qu'on a aiſement pardonnée aux embarrasde
votre inſtallation dans le métier d'hoanêtes
Journaliſtes. D'ailleurs le Mercure de
Fevrier qui contient une Deſcription convenable
des Fêtes de Verſailles à l'occaſiondu
mariage de Monſeigneur le Dauphin a prouvéque
vous ſçaviez vous corriger , & c'eſt en
partant de ce dernier principe applicable à
tous les bons eſprits , que je vais vous donner
fincerement quelques conſeils qui , je
crois, peuvent vous être utiles , vous avez
AOUST 1745 . 57
donnédeux petits contes de Fées partagés &
diſtribués dans quatre differens volumes.
Cette coupure a déplu à beaucoup de gens ,
mais je ne ſuis pas de ce nombre & lorfque
la deuxième partie d'un conte n'eſt
pas moins intereſſante que la premiere j'approuve
affés qu'on ne les donne pas en même
tems ,mais vos contes ne font pas dans
ce caslà ; & entre nous la derniere partie
ne vaut pas grand choſe. Je ſerois bien faché
de déplaire aux Auteurs ou Autrices
qui vous ont confié ces petits ouvrages ,
ils font pleins de goût , de délicateffe & de
naturel ; à vous dire le vrai , je ne parle là
que des deux premieres parties que j'ai
trouvé également ingenieuſes & intéreſſantes
; la ſuite ne m'a pas fait la même impreſſion
, & j'ai dit à chaque fois. Definit in
piſcem mulierformoſa ſuperne.
Deformais quand les contes qu'on vous
envoyera n'auront que la premiere moitié
de bonne , contentez vous de promettre la
deuxiéme & ne tenez jamais parole , il vaut
mieux tromper le public que l'ennuyer , ce
dernier crime eft capital , l'autre n'eſt pas
un grand peché & c'eſt tout au plus ce que
les Caſuiſtes appellent un menſonge officieux.
Hamilton a laiſſé le conte des facardins à
la moitié ; à la vérité quand on eſtan bout
du premier volume onlui ſçait fort mauvais
C
58 MERCURE DE FRANCE. T
gré de n'avoir pas fait le deuxième , mais
s'il l'avoit fait ce deuxième & qu'il l'eut
mal fait , on lui ſçauroit bien plus mauvais
gré de l'avoir donné. Je me ſouviens un
jour d'avoir été à Milan chés unDeffinateur ,
il me montra un porte-feuille de deſſeins
arrêtés dont je fus charmé. La correction ,
l'élegance , le bean faire , tout y étoit , il
ſembloit que Raphaël, Michel Ange, le Correge
euffent conduit le crayon ; furpris
d'un talent ſi admirable , je demandai à ce
Peintre ou étoient les tableaux de ces defſeins
qui me raviſſoient , où étoient ſes frefques
, & pourquoi ? &c. Il ne me repondit
rien , & me mena dans une chambre voifine
où ily avoit deux ou trois tableaux de chevalet;
je n'ai rien vu en ma vie de fi mauvais&
je ne ie cachai pas d'autant que je n'avois
garde de ſoupçonner qu'ils fuſſent de
lamainde mon excellent Deſſinateur ; ce
lui- ci fe mit à ſourire. Je vois bien , me dit
il , Monfieur , que cela vous fait horreur
vous avez raifon& je penſe comme vous
voilà pourtant mon ouvrage , & je n'ai jamais
pû faire mieux, affés habile à manier
le crayon je ne ſuis qu'un ane le pinceau à
la main , auffi je me rends juſtice ,je deſſinerai
toujours &je ne peindrai jamais , je
Jaiſſe d'affés belles compofitions à exécuter
dont ceux qui auront le talent de les exécuter
pourront profiter.
;
AOUST 1745. 59
Cet Italien étoit un homme de très bon
eſprit , &je donnerois volontiers conſeil à
pluſieurs Peintres que je connois de ſuivre
fon exemple.
Si le porte-feuille de vos contes ne contient
que de jolis plans ébauchés ; ſi vous
n'avez de bon que les premieres moitiés ,
faites comme ce Deſſinateur Milanois ,
ne montrez que le bon & enſeveliſſez le
reſte dans votre arriere attelier ; le mieux
ſeroit d'avoir des contes qui fuſſent bons
d'un bout à l'autre. N'épargnez rien pour
cela; quand ils ſeront courts &bons , donnez
les tout entiers : quand ils ſeront bons
ſans être courts donnez les en deuxfois:quand
ils ne feront bons qu'en partie comme
ceux que vous avez donnés, gardez le ſecret
furla mauvaiſe moitié & ne vous faites pas
fcrupule de ne donner au public que ce
qui pourra l'amuſer. En voila aſſes ſur cet
article & peut être en trouverez vous trop ,
mais faites de mes avis ce que je vous propoſe
de faire de vos contes. Trayez ce qui
vous convient &feparez, Tollenda relinquendis.
د
Il y a dans vos Mercures une choſe qui
mécontente beaucoup de ceux qui vous confient
leurs productions , c'eſt une quantité
prodigieuſe de fautes d'impreſſion qui défigurent
ſouvent les phrases eſtropient les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Vers & alterent ou obſcurciſſent les penſées.
Revoyez vos épreuves avec ſoin,& changez
d'Imprimeur ſi vous m'en croyez. Je trouve
encore que vous manquez quelquefois d'économie
dans la diſtribution de vos pieces
fugitives. Il y avoit par exemple dans un
de vos derniers Mercures deux petits ouvrages
de morale ſur les femmes , cela devoit
être en deux volumes differens , ou dumoins
cela me paroîtroit mieux arrangé de
la forte , mais ce ne ſont pas-là des fautes
bien importantes , celle que je vais vous
reprocher eſt plus grave , elle eſt dans le
Mercure de Mai qui vient de paroître, &je
parie que vous devinez vous même dequor
je veux parler. Il ne ſe peut pas que vous
ne ſentiez combien l'Hiſtoire de Mademoifelle
Goton & de Monfieur le Gris eſt déplacée
dans un receuil que vous devez compoſer
d'ouvrages affés bons pour donner
envie à ceux qui ont auſſi bien où mieux ,
de vous confier les leurs , je ſçais que le
méchant petit morceau dont je parle eſt
Pouvrage ou l'erreur d'un homme de beaucoup
d'eſprit , mais en vous difant à vous ,
Meſſieurs , que ce ton là ne doit pas être
dans l'harmonie du Mercure , je prends la
liberté de dire à l'Auteur que ce n'eſt pas
là fon genre , plaiſanterie a part , ce genre
la , fi c'en eft un'; connu & créé par les
étrennes de la faintJean ,a épuisé en naif
AOUST 1745 . 61
fant toute la perfection & le ſuccès dont if
étoit fufceptible , c'eſt un monſtre qui ne
pouvoit pas vivre , dont l'organiſation ridicule
étoit bonne à montrer à la foire pendant
qu'il vivoit , mais dont les eftampes.
ne ſe vendront pas cher. Gardez vous donc
biende jamais inferer dans votre recueildes
piéces de cet acabit quelque plaiſantes quelles
puſſent étre.
Voilà tout ce que j'ai à vous dire fur vos
piéces fugitives , je vousen dirai preſqu'autant
ſur les autres diviſions du Mercure ;
quant aux extraits nous ferons bien-tot
d'accord, je les trouve très-bien fans flaterie
& fans caufticité , ils font bien connoftre
le livre dont vous parlez , & ils montrentque
vous le connoiſſez bien vous-même,
ce qui n'eſt pas un petit mérite ; n'en parlons
plus , car on dit qu'ici bas la louange
eſt fade.
L'éloge eſt un parfum reſervé pour les Dieux ;
En paſſant à l'article des Spectacles
je ne ſçaurois pourtant m'empêcher de
louer les principes fur lesquels ilme paroît
que vous compoſez cet article , vous vous
contentez de rapporter les drames répreſentés
& l'accueil que leur a fait le public. C'eſt
bien fait à vous; le Mercure eſt leJournal
hiſtorique , & non pas le tribunal critique
despiécesde théâtre,je ſçais bien qu'en pareil
62 MERCURE DE FRANCE.
cas , l'extenſiondu droit eſt tentante & je
vous eſtime fort de vous en défendre ; fi
vous preniez une autre voye , vous feriez
obligés d'y mettre tout votre tems , ou vous
ne feriez rien qui vaille , car une bonne critique
ne ſe jette pas en moule,& après vous
être donnébien de la peine vous vous trouveriez
fort peu d'amis ; vous faites donc très
bien devous borner à applaudir avec le public&
à nommer ſeulement ce qu'il n'a pas
applaudi , & fur cet article je n'aurois rien
du tout à vous dire , fi en quelque cas particulier
vous n'aviez tenu une conduite qui
n'eſt pas conſequente à vos principes que
j'approuve & eſtime fort. Pourquoi avez
vous dans un de vos Mercures traité fi
mal M. de Boiffi ? Ne rendez vous pasjuftice
à ſa probité & à fon eſprit , à fon talent
? vous auriez tort , mais vous ne l'avez
pas à cet égard ou du moins j'aime à le croire
, parce que j'aime à vous croire juſtes &
raiſonnables. Mais comment ſe peut il que
vous ayez pris de l'humeur ſur un vers de
ſa derniere comédie , où il dit que le Mer-,
cure n'eſt pas le chemin le plus aſſuréde l'immortalité.
En verité , Meſſreurs, éxigez-vous
qu'on mette le Mercure vis- à-vis de l'Iliade
? D'ailleurs quel intérêt ſi vif prenezvous
à la vie éternelle du Mercure ? cet ouvrage
eſt - il vôtre ? n'est- ce pas une compiAOUST
1745. 65
lation des ouvrages de tout le monde ,& ne
feroit- ce pas à chacun des Auteurs , qui
vous enrichiffent , à ſe recrier ſur le motde
M. de Boiſſy ? mais ce mot qui vous a tant
choqué , tout Paris , toute la France l'avoit
dit en Proſe avant M. de Boiffy , & fi j'avois
à accuſer celui-ci de quelque choſe ce
feroit de l'avoir pillé. Permettez moi de
déſaprouver beaucoup votre conduite en
cette occafion ; fi ce vers vous paroiffoit
injuſte & offenſant pour le Mercure , voici
qu'il falloit faire. 1I1l falfoit obtenir quelques
piéces fugitives de M. de Boifly , qui
fûrement en a fait de fort jolies,& alors vous
lui auriez prouvé ſans replique que leMercure
contenoit des choſes dignes de l'immortalité.
се
Enfin je n'entends pas comment vous
avez pû vous offenfer pour ſi peu , & je n'ai
pas même l'idée de la forted'immortalité que
vous prétendez par le Mercure , car il y
a pluſieurs fortes d'immortalités , comme il
ya pluſieurs manieres de vivre ici bas. Les
uns y jouiffent d'une ſanté vigoureuſe & inatérable
, les autres menent une vie languiffante
tous vivent à peu - prés le même
tems , mais non pas de la même façon. Il
en arrive ainſi dans la vie de la réputation
litteraire . Homere vit & vivra toujours dans
la ſanté la plus parfaite , je veux dire qu'on
د
64 MERCURE DE FRANCE.
ne ceffera de l'admirer comme le plus
beau genie du monde. Paufanias vit auffi ;
vous lavez lû , Meſſieurs , auſſi bien que moi
&je vous demande ce que vous en penſez .
Ce Paufanias eſt le Mercure des monumens
de la Grece. Il vit à peu-près comme vivra
notre Dictionaire des Arts : fi de tous les
ouvrages de T. Corneille , il ne paffe à la
poſtérité quecelui - là, de quelle vie croyez
vous que vivra le frere & l'imitateur de notre
ſophocle ? Si le Mercure jouit de l'immortalité
ce ſera de celle de Paufanias , c'eſt
la ſeule qu'il puiſſe eſpérer. Ainſi je ne vois
pas que ce ſoit un grand ſujet d'ambition .
D'ailleurs ce n'eſt pas à vous que s'addreſſe
le vers de M. de Boiffy , c'eſt à un homme
qui veut mettre des vers dans le Mercure.
Ce n'étoit donc pas à vous à prendre la
mouche , & de plus quand vous auriez été
fondés à vous croire bleffés , il falloit le dire
tout ſimplement , déclarer votre prétention
à l'immortalité , & ne pas vous venger
par une récrimination aigre , toujours
condamnable , & fur tout fort déplacée visà
vis d'un homme à qui ſes moeurs &fon efprit
ont acquis l'eſtime de tous les honnêtes
gens qui aiment les Lettres. Je ne ſçaurois
donc être de votre avis , ni aprouver votre
conduite avec M. de Boiffy , non plus
que celle que vous avez tenu avec unSpecAOUST
1745 . 64
tacle dont la fortune intéreſſe l'eſprit , le
coeur & les ſens de tous les honnêtes gens de
Paris . Les Décorations ſont vilaines , diresvous
, les habits ſont meſquins ; Amadis de
Grece eſt un mauvais Poëme , & l'Opéra Comique
est un Spectacle indécent. Cet Opéra
Comique étoit à l'Académie chantante
ce que font à la France les Iſles de l'Améri
que. Cultivées par des Sauvages , elles produiſent
& envoyent ici l'abondance ; nous
ne nous trouverions pas bien d'abandonner
leCanada ſous prétexte que les Canadiens
font d'un mauvais ton. Je crois auſſi que
l'Opera regrette & regrettera beaucoup fa
Colonie , car vous avez en ce moment cauſe
gagnée ; l'Opera Comique eſt ſupprimé , il
faut voir quel ſuccés & quelle durée par
conſequent aura la ſuppreſſion de ce Spectacle;
pour les trois autres points qui forment
votre grief, je ne ſçaurois étre de votre
avis. J'ai vû deux fois l'Opera plein aux
répreſentations d'Amadis , dès la j'ai cru
qu'il méritoit de plaire puiſqu'il plaiſoit ,
& c'en étoit afſés , Meſſieurs , pour que vous
n'en diſiez point de mal ; teleſt votre ſyſtême
ſage de ſuivre dans vos extraits l'avis du
Public, ſeul vrai juge de ces ouvrages qui
font bons quand il les trouve tels , puiſqu'ils
ne ſont faits que pour lui plaire,& je ne ſçais
pourquoi en cette occaſion vous vous êtes
66 MERCURE DE FRANCE.
égarés du bon chemin que vous avez fi judicieuſement
choiſi ; pour les habits & les
décorations , je ne ſçais pas ſi dans un autre
tems on a fait plus de dépenſe , je ne ſçais
pas ſi on devroit nifi on pourroit dépenfer
plus qu'on ne fait aujourd'hui , ce que je
ſçais c'eſt que j'ai vû réuflir de bons Opera
avec de vieux habits , & que j'en ai vû de
mauvais tomber malgré l'oripeau dont on les
avoit parés ; croyez , Meſſieurs , que les
Fêtes Grecques & Romaines & les deux tiers
de Dardanus réuſſiront toujours même avec
les vieux habits du tems de Lully ; il feroic
bienmalheureuxque la réputation des Poëtes&
les plaiſirs du Public dépendiſſent du
tailleur de l'Opera , mais quand il feroit
vrai que la dépenſe ſeroit meſquine , eft-ce
à vous que l'Opéra doit en rendre compte ?
eſt-ce vous que le Public & le Miniſtere ont
chargés du ſoin de ſuivre l'adminiſtration de
ce Spectacle ? Non,Meffieurs,& vous n'avez
pas été ſages de vous mêler de ce dont vous
n'aviez que faire. De plus quand vous auriez
toute la raiſondu inonde , je vous avertis
que vous aurez toujours tort vis-à-vis de
l'Opera ; vous attaquez des Syrenes & des
Fées;vous offenſez un être qui exiſte par nos
plaiſirs&par qui nos plaiſirs exiſtent.Croyez
vous en bonne foi pouvoir gagner votre procès
? Ménagez donc cette puiſſance ſi vous
AOUST 1745 . 67
m'en croyez; elle a trop d'alliés . hâtez-vous
de faire la paix avant qu'il foient armés.
Me voilà ,Meffieurs , au bout de tous les
reproches que j'avois à vous faire , il ne me
reſte qu'à vous aſſurer qu'ils me ſont dictés
uniquement par l'intérêt que je prends àvous
& à votre ouvrage , qui mérite en effet la
confideration de tous les Amateurs des Lettres
; rien ne doit être ſi doux pour eux
qu'un dépot ſûr auquel ils peuvent confier
leurs ſecrets litteraires ; vous êtes l'azile de
tous les porte-feuilles anonymes , &l'organe
par lequel les talens qui habitent les
Provinces font entendre leurs voix à Paris ,
tandis qu'en échange vous les inftruiſez de
ce que font les Muſes de la Ville & de la
Cour , d'où reſulte pour ainſi dire la circulation
de l'eſprit & des talens , auſſi néceſſaire
pour l'avancement des Lettres que la circulation
des eſpeces à l'aiſance des Citoyens ;
rien n'eſt ſi utile dans la République des Lettres
qu'un tel établiſſement , & rien n'eſt ſi
agréable pour tous les honnêtes gens que de
vous voir à la tête de cet établiſſement; vous
devez vous appercevoirde cette opinion avantageuſedu
public àvotre égard,par la quanti
téd'exemplaires que vous vendez&par leton
quevotreMercure prenddaus lemonde ; if
eſt devenu un ouvrage de bonne compagnie
&il le mérite ; amusant , inſtructif & ho
68 MERCURE DE FRANCE.
nête , il a droit à l'eſtime de tous les ordres
de lecteurs ; il ne tient qu'à vous , Meffieurs
de conſerver cette reputation & en la conſervant
vous l'augmenterez , car c'eſt le propre
de la réputation de s'accroître par ſa durée
, Vires acquirit eundo. Ce paſſagede Virgile
peut encore s'appliquer à l'étude. Plus
on travaille plus on ſe ſent le courage & la
force de travailler. Travaillez-donc , Meffieurs
, pour notre avantage & pour le votre.
Nous vous ferons utiles en proportion de ce
que vous nous ferez agréables ; votre plaifir
¬re reconnoiſſance vous aſſemblerontun
cabinet tel que celui qu'a laiſſé M. de la Roquequimeritoit
ſa fortune par l'uſage qu'il
ena fair.
'Honneur que
Llong-tems
cure.
vous m'avez fait depuis
Meſſieurs , de m'admettre
dans votre amitié , l'intérêt que je prends
à tout ce qui vous regarde & la joye que
j'ai reſſenti de voir le Mercure de France
entre vos mains , m'obligent à vous dire
avec verité mon avis ſur cet ouvrage , que
j'ai toujours lû avec beaucoup d'attention
& preſque toujours avec beaucoup deplaifit
depuis que le public en eſt redevable
à vos foins ; il me ſemble que vous devez
être reconnoiſſans à l'égard du public , car
il eſt content de vous & j'entends dire generalement
de votre ouvrage à-peu-près ce
que vous devez ſouhaiter qu'on en dife. On
rend juſtice au choix des piéces fugitives que
vous inferez , on vous ſçait gré même des
amis que vous avez, & en acquerant la con .
fiance de pluſieurs Ecrivains illuftres dont
vous avez obtenu des ouvrages , dont vous
avez tû ou déguiſe les noms , mais dont
vous n'avez pu cacher les talens , vous avez
rendu aux amateurs des Lettres un ſervice
dont ils ne font point ingrats. On eft con-
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
tent auſſi des extraits que vous donnez de
quelques ouvrages nouveaux , & on les
trouve faits de façon qu'on aimeroit que
vous en fiffiez davantage ; voilà , Meſſieurs
biendes choſes flateuſes pour vous j'ai
cru devoir commencer par vous les dire ,
premierement parce qu'elles font vraies ,
ſecondement pour vous faire fentir que la
reconnoiſſance que vous devez aux bontés
du public doit redoubler vos efforts pour
vous les affürer & enfin pour vous préparer
ut pueris dant Crustula , au correctif qui
va ſuivre mes louanges.
Je ne vous parlerai pas de votre premier -
Mercure donné en Novembre 1744 , où
le récit des Fêtes pour la convalefcence &
le retour du Roi fourmilloit de phraſes
louches & de termes déplacés. Il ſeroit injuſte
de vous rappeller cette premiere erreur
qu'on a aiſement pardonnée aux embarrasde
votre inſtallation dans le métier d'hoanêtes
Journaliſtes. D'ailleurs le Mercure de
Fevrier qui contient une Deſcription convenable
des Fêtes de Verſailles à l'occaſiondu
mariage de Monſeigneur le Dauphin a prouvéque
vous ſçaviez vous corriger , & c'eſt en
partant de ce dernier principe applicable à
tous les bons eſprits , que je vais vous donner
fincerement quelques conſeils qui , je
crois, peuvent vous être utiles , vous avez
AOUST 1745 . 57
donnédeux petits contes de Fées partagés &
diſtribués dans quatre differens volumes.
Cette coupure a déplu à beaucoup de gens ,
mais je ne ſuis pas de ce nombre & lorfque
la deuxième partie d'un conte n'eſt
pas moins intereſſante que la premiere j'approuve
affés qu'on ne les donne pas en même
tems ,mais vos contes ne font pas dans
ce caslà ; & entre nous la derniere partie
ne vaut pas grand choſe. Je ſerois bien faché
de déplaire aux Auteurs ou Autrices
qui vous ont confié ces petits ouvrages ,
ils font pleins de goût , de délicateffe & de
naturel ; à vous dire le vrai , je ne parle là
que des deux premieres parties que j'ai
trouvé également ingenieuſes & intéreſſantes
; la ſuite ne m'a pas fait la même impreſſion
, & j'ai dit à chaque fois. Definit in
piſcem mulierformoſa ſuperne.
Deformais quand les contes qu'on vous
envoyera n'auront que la premiere moitié
de bonne , contentez vous de promettre la
deuxiéme & ne tenez jamais parole , il vaut
mieux tromper le public que l'ennuyer , ce
dernier crime eft capital , l'autre n'eſt pas
un grand peché & c'eſt tout au plus ce que
les Caſuiſtes appellent un menſonge officieux.
Hamilton a laiſſé le conte des facardins à
la moitié ; à la vérité quand on eſtan bout
du premier volume onlui ſçait fort mauvais
C
58 MERCURE DE FRANCE. T
gré de n'avoir pas fait le deuxième , mais
s'il l'avoit fait ce deuxième & qu'il l'eut
mal fait , on lui ſçauroit bien plus mauvais
gré de l'avoir donné. Je me ſouviens un
jour d'avoir été à Milan chés unDeffinateur ,
il me montra un porte-feuille de deſſeins
arrêtés dont je fus charmé. La correction ,
l'élegance , le bean faire , tout y étoit , il
ſembloit que Raphaël, Michel Ange, le Correge
euffent conduit le crayon ; furpris
d'un talent ſi admirable , je demandai à ce
Peintre ou étoient les tableaux de ces defſeins
qui me raviſſoient , où étoient ſes frefques
, & pourquoi ? &c. Il ne me repondit
rien , & me mena dans une chambre voifine
où ily avoit deux ou trois tableaux de chevalet;
je n'ai rien vu en ma vie de fi mauvais&
je ne ie cachai pas d'autant que je n'avois
garde de ſoupçonner qu'ils fuſſent de
lamainde mon excellent Deſſinateur ; ce
lui- ci fe mit à ſourire. Je vois bien , me dit
il , Monfieur , que cela vous fait horreur
vous avez raifon& je penſe comme vous
voilà pourtant mon ouvrage , & je n'ai jamais
pû faire mieux, affés habile à manier
le crayon je ne ſuis qu'un ane le pinceau à
la main , auffi je me rends juſtice ,je deſſinerai
toujours &je ne peindrai jamais , je
Jaiſſe d'affés belles compofitions à exécuter
dont ceux qui auront le talent de les exécuter
pourront profiter.
;
AOUST 1745. 59
Cet Italien étoit un homme de très bon
eſprit , &je donnerois volontiers conſeil à
pluſieurs Peintres que je connois de ſuivre
fon exemple.
Si le porte-feuille de vos contes ne contient
que de jolis plans ébauchés ; ſi vous
n'avez de bon que les premieres moitiés ,
faites comme ce Deſſinateur Milanois ,
ne montrez que le bon & enſeveliſſez le
reſte dans votre arriere attelier ; le mieux
ſeroit d'avoir des contes qui fuſſent bons
d'un bout à l'autre. N'épargnez rien pour
cela; quand ils ſeront courts &bons , donnez
les tout entiers : quand ils ſeront bons
ſans être courts donnez les en deuxfois:quand
ils ne feront bons qu'en partie comme
ceux que vous avez donnés, gardez le ſecret
furla mauvaiſe moitié & ne vous faites pas
fcrupule de ne donner au public que ce
qui pourra l'amuſer. En voila aſſes ſur cet
article & peut être en trouverez vous trop ,
mais faites de mes avis ce que je vous propoſe
de faire de vos contes. Trayez ce qui
vous convient &feparez, Tollenda relinquendis.
د
Il y a dans vos Mercures une choſe qui
mécontente beaucoup de ceux qui vous confient
leurs productions , c'eſt une quantité
prodigieuſe de fautes d'impreſſion qui défigurent
ſouvent les phrases eſtropient les
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Vers & alterent ou obſcurciſſent les penſées.
Revoyez vos épreuves avec ſoin,& changez
d'Imprimeur ſi vous m'en croyez. Je trouve
encore que vous manquez quelquefois d'économie
dans la diſtribution de vos pieces
fugitives. Il y avoit par exemple dans un
de vos derniers Mercures deux petits ouvrages
de morale ſur les femmes , cela devoit
être en deux volumes differens , ou dumoins
cela me paroîtroit mieux arrangé de
la forte , mais ce ne ſont pas-là des fautes
bien importantes , celle que je vais vous
reprocher eſt plus grave , elle eſt dans le
Mercure de Mai qui vient de paroître, &je
parie que vous devinez vous même dequor
je veux parler. Il ne ſe peut pas que vous
ne ſentiez combien l'Hiſtoire de Mademoifelle
Goton & de Monfieur le Gris eſt déplacée
dans un receuil que vous devez compoſer
d'ouvrages affés bons pour donner
envie à ceux qui ont auſſi bien où mieux ,
de vous confier les leurs , je ſçais que le
méchant petit morceau dont je parle eſt
Pouvrage ou l'erreur d'un homme de beaucoup
d'eſprit , mais en vous difant à vous ,
Meſſieurs , que ce ton là ne doit pas être
dans l'harmonie du Mercure , je prends la
liberté de dire à l'Auteur que ce n'eſt pas
là fon genre , plaiſanterie a part , ce genre
la , fi c'en eft un'; connu & créé par les
étrennes de la faintJean ,a épuisé en naif
AOUST 1745 . 61
fant toute la perfection & le ſuccès dont if
étoit fufceptible , c'eſt un monſtre qui ne
pouvoit pas vivre , dont l'organiſation ridicule
étoit bonne à montrer à la foire pendant
qu'il vivoit , mais dont les eftampes.
ne ſe vendront pas cher. Gardez vous donc
biende jamais inferer dans votre recueildes
piéces de cet acabit quelque plaiſantes quelles
puſſent étre.
Voilà tout ce que j'ai à vous dire fur vos
piéces fugitives , je vousen dirai preſqu'autant
ſur les autres diviſions du Mercure ;
quant aux extraits nous ferons bien-tot
d'accord, je les trouve très-bien fans flaterie
& fans caufticité , ils font bien connoftre
le livre dont vous parlez , & ils montrentque
vous le connoiſſez bien vous-même,
ce qui n'eſt pas un petit mérite ; n'en parlons
plus , car on dit qu'ici bas la louange
eſt fade.
L'éloge eſt un parfum reſervé pour les Dieux ;
En paſſant à l'article des Spectacles
je ne ſçaurois pourtant m'empêcher de
louer les principes fur lesquels ilme paroît
que vous compoſez cet article , vous vous
contentez de rapporter les drames répreſentés
& l'accueil que leur a fait le public. C'eſt
bien fait à vous; le Mercure eſt leJournal
hiſtorique , & non pas le tribunal critique
despiécesde théâtre,je ſçais bien qu'en pareil
62 MERCURE DE FRANCE.
cas , l'extenſiondu droit eſt tentante & je
vous eſtime fort de vous en défendre ; fi
vous preniez une autre voye , vous feriez
obligés d'y mettre tout votre tems , ou vous
ne feriez rien qui vaille , car une bonne critique
ne ſe jette pas en moule,& après vous
être donnébien de la peine vous vous trouveriez
fort peu d'amis ; vous faites donc très
bien devous borner à applaudir avec le public&
à nommer ſeulement ce qu'il n'a pas
applaudi , & fur cet article je n'aurois rien
du tout à vous dire , fi en quelque cas particulier
vous n'aviez tenu une conduite qui
n'eſt pas conſequente à vos principes que
j'approuve & eſtime fort. Pourquoi avez
vous dans un de vos Mercures traité fi
mal M. de Boiffi ? Ne rendez vous pasjuftice
à ſa probité & à fon eſprit , à fon talent
? vous auriez tort , mais vous ne l'avez
pas à cet égard ou du moins j'aime à le croire
, parce que j'aime à vous croire juſtes &
raiſonnables. Mais comment ſe peut il que
vous ayez pris de l'humeur ſur un vers de
ſa derniere comédie , où il dit que le Mer-,
cure n'eſt pas le chemin le plus aſſuréde l'immortalité.
En verité , Meſſreurs, éxigez-vous
qu'on mette le Mercure vis- à-vis de l'Iliade
? D'ailleurs quel intérêt ſi vif prenezvous
à la vie éternelle du Mercure ? cet ouvrage
eſt - il vôtre ? n'est- ce pas une compiAOUST
1745. 65
lation des ouvrages de tout le monde ,& ne
feroit- ce pas à chacun des Auteurs , qui
vous enrichiffent , à ſe recrier ſur le motde
M. de Boiſſy ? mais ce mot qui vous a tant
choqué , tout Paris , toute la France l'avoit
dit en Proſe avant M. de Boiffy , & fi j'avois
à accuſer celui-ci de quelque choſe ce
feroit de l'avoir pillé. Permettez moi de
déſaprouver beaucoup votre conduite en
cette occafion ; fi ce vers vous paroiffoit
injuſte & offenſant pour le Mercure , voici
qu'il falloit faire. 1I1l falfoit obtenir quelques
piéces fugitives de M. de Boifly , qui
fûrement en a fait de fort jolies,& alors vous
lui auriez prouvé ſans replique que leMercure
contenoit des choſes dignes de l'immortalité.
се
Enfin je n'entends pas comment vous
avez pû vous offenfer pour ſi peu , & je n'ai
pas même l'idée de la forted'immortalité que
vous prétendez par le Mercure , car il y
a pluſieurs fortes d'immortalités , comme il
ya pluſieurs manieres de vivre ici bas. Les
uns y jouiffent d'une ſanté vigoureuſe & inatérable
, les autres menent une vie languiffante
tous vivent à peu - prés le même
tems , mais non pas de la même façon. Il
en arrive ainſi dans la vie de la réputation
litteraire . Homere vit & vivra toujours dans
la ſanté la plus parfaite , je veux dire qu'on
د
64 MERCURE DE FRANCE.
ne ceffera de l'admirer comme le plus
beau genie du monde. Paufanias vit auffi ;
vous lavez lû , Meſſieurs , auſſi bien que moi
&je vous demande ce que vous en penſez .
Ce Paufanias eſt le Mercure des monumens
de la Grece. Il vit à peu-près comme vivra
notre Dictionaire des Arts : fi de tous les
ouvrages de T. Corneille , il ne paffe à la
poſtérité quecelui - là, de quelle vie croyez
vous que vivra le frere & l'imitateur de notre
ſophocle ? Si le Mercure jouit de l'immortalité
ce ſera de celle de Paufanias , c'eſt
la ſeule qu'il puiſſe eſpérer. Ainſi je ne vois
pas que ce ſoit un grand ſujet d'ambition .
D'ailleurs ce n'eſt pas à vous que s'addreſſe
le vers de M. de Boiffy , c'eſt à un homme
qui veut mettre des vers dans le Mercure.
Ce n'étoit donc pas à vous à prendre la
mouche , & de plus quand vous auriez été
fondés à vous croire bleffés , il falloit le dire
tout ſimplement , déclarer votre prétention
à l'immortalité , & ne pas vous venger
par une récrimination aigre , toujours
condamnable , & fur tout fort déplacée visà
vis d'un homme à qui ſes moeurs &fon efprit
ont acquis l'eſtime de tous les honnêtes
gens qui aiment les Lettres. Je ne ſçaurois
donc être de votre avis , ni aprouver votre
conduite avec M. de Boiffy , non plus
que celle que vous avez tenu avec unSpecAOUST
1745 . 64
tacle dont la fortune intéreſſe l'eſprit , le
coeur & les ſens de tous les honnêtes gens de
Paris . Les Décorations ſont vilaines , diresvous
, les habits ſont meſquins ; Amadis de
Grece eſt un mauvais Poëme , & l'Opéra Comique
est un Spectacle indécent. Cet Opéra
Comique étoit à l'Académie chantante
ce que font à la France les Iſles de l'Améri
que. Cultivées par des Sauvages , elles produiſent
& envoyent ici l'abondance ; nous
ne nous trouverions pas bien d'abandonner
leCanada ſous prétexte que les Canadiens
font d'un mauvais ton. Je crois auſſi que
l'Opera regrette & regrettera beaucoup fa
Colonie , car vous avez en ce moment cauſe
gagnée ; l'Opera Comique eſt ſupprimé , il
faut voir quel ſuccés & quelle durée par
conſequent aura la ſuppreſſion de ce Spectacle;
pour les trois autres points qui forment
votre grief, je ne ſçaurois étre de votre
avis. J'ai vû deux fois l'Opera plein aux
répreſentations d'Amadis , dès la j'ai cru
qu'il méritoit de plaire puiſqu'il plaiſoit ,
& c'en étoit afſés , Meſſieurs , pour que vous
n'en diſiez point de mal ; teleſt votre ſyſtême
ſage de ſuivre dans vos extraits l'avis du
Public, ſeul vrai juge de ces ouvrages qui
font bons quand il les trouve tels , puiſqu'ils
ne ſont faits que pour lui plaire,& je ne ſçais
pourquoi en cette occaſion vous vous êtes
66 MERCURE DE FRANCE.
égarés du bon chemin que vous avez fi judicieuſement
choiſi ; pour les habits & les
décorations , je ne ſçais pas ſi dans un autre
tems on a fait plus de dépenſe , je ne ſçais
pas ſi on devroit nifi on pourroit dépenfer
plus qu'on ne fait aujourd'hui , ce que je
ſçais c'eſt que j'ai vû réuflir de bons Opera
avec de vieux habits , & que j'en ai vû de
mauvais tomber malgré l'oripeau dont on les
avoit parés ; croyez , Meſſieurs , que les
Fêtes Grecques & Romaines & les deux tiers
de Dardanus réuſſiront toujours même avec
les vieux habits du tems de Lully ; il feroic
bienmalheureuxque la réputation des Poëtes&
les plaiſirs du Public dépendiſſent du
tailleur de l'Opera , mais quand il feroit
vrai que la dépenſe ſeroit meſquine , eft-ce
à vous que l'Opéra doit en rendre compte ?
eſt-ce vous que le Public & le Miniſtere ont
chargés du ſoin de ſuivre l'adminiſtration de
ce Spectacle ? Non,Meffieurs,& vous n'avez
pas été ſages de vous mêler de ce dont vous
n'aviez que faire. De plus quand vous auriez
toute la raiſondu inonde , je vous avertis
que vous aurez toujours tort vis-à-vis de
l'Opera ; vous attaquez des Syrenes & des
Fées;vous offenſez un être qui exiſte par nos
plaiſirs&par qui nos plaiſirs exiſtent.Croyez
vous en bonne foi pouvoir gagner votre procès
? Ménagez donc cette puiſſance ſi vous
AOUST 1745 . 67
m'en croyez; elle a trop d'alliés . hâtez-vous
de faire la paix avant qu'il foient armés.
Me voilà ,Meffieurs , au bout de tous les
reproches que j'avois à vous faire , il ne me
reſte qu'à vous aſſurer qu'ils me ſont dictés
uniquement par l'intérêt que je prends àvous
& à votre ouvrage , qui mérite en effet la
confideration de tous les Amateurs des Lettres
; rien ne doit être ſi doux pour eux
qu'un dépot ſûr auquel ils peuvent confier
leurs ſecrets litteraires ; vous êtes l'azile de
tous les porte-feuilles anonymes , &l'organe
par lequel les talens qui habitent les
Provinces font entendre leurs voix à Paris ,
tandis qu'en échange vous les inftruiſez de
ce que font les Muſes de la Ville & de la
Cour , d'où reſulte pour ainſi dire la circulation
de l'eſprit & des talens , auſſi néceſſaire
pour l'avancement des Lettres que la circulation
des eſpeces à l'aiſance des Citoyens ;
rien n'eſt ſi utile dans la République des Lettres
qu'un tel établiſſement , & rien n'eſt ſi
agréable pour tous les honnêtes gens que de
vous voir à la tête de cet établiſſement; vous
devez vous appercevoirde cette opinion avantageuſedu
public àvotre égard,par la quanti
téd'exemplaires que vous vendez&par leton
quevotreMercure prenddaus lemonde ; if
eſt devenu un ouvrage de bonne compagnie
&il le mérite ; amusant , inſtructif & ho
68 MERCURE DE FRANCE.
nête , il a droit à l'eſtime de tous les ordres
de lecteurs ; il ne tient qu'à vous , Meffieurs
de conſerver cette reputation & en la conſervant
vous l'augmenterez , car c'eſt le propre
de la réputation de s'accroître par ſa durée
, Vires acquirit eundo. Ce paſſagede Virgile
peut encore s'appliquer à l'étude. Plus
on travaille plus on ſe ſent le courage & la
force de travailler. Travaillez-donc , Meffieurs
, pour notre avantage & pour le votre.
Nous vous ferons utiles en proportion de ce
que vous nous ferez agréables ; votre plaifir
¬re reconnoiſſance vous aſſemblerontun
cabinet tel que celui qu'a laiſſé M. de la Roquequimeritoit
ſa fortune par l'uſage qu'il
ena fair.
Fermer
6475
p. 143-148
Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Début :
On ne sçauroit trop multiplier les exemples quand on veut instuire ; ils ont ordinairement [...]
Mots clefs :
Ballets, Ballet, Sujets, Apparence, Mensonges, Tableaux, Grâces, Vérité, Tromperies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sixiéme suite des réflexions sur les Ballets.
Sixième ſuite des réflexionsfur les Ballets.
On ne ſçauroit trop multiplier les exem
ples quand on veut inſtruire ; ils ont ordinairement
plus d'autorité que les principes
144 MERCURE DE FRANCE.
les mieux démontrés , cependant loin d'ar
buſer d'une propoſition aufli judicieuſe ,
nous nous contenterons d'une récidive , &
méme pour ne pas fatiguer les Lecteurs par
du ſérieux trop continu nous donnerons l'idée
d'un Ballet plus gai que celui de l'Autel de
Lyon consacré à Louis Auguste. La varieté des
Tableaux amuſe lesyeux &après lesbeautés
fieres de Michel Ange , on regarde avec
plaifir les graces naives de Vateau , quand on
n'a pas fait voeu de n'admirer que l'antique.
Entre les Ballets moraux il ne s'en eft gueres
imaginé de plus plaiſant que celui qui fut
exécuté à Turin en 1.634 , pour la naiſſance
du Cardinal de Savoie. Le ſujet de ce Ballet
étoit La verita nemica della apparensa , fol
Jenata dal tempo. La vérité ennemie des apparences
& foutenue du tems. Ce Ballet
commença par un choeur de faux bruits &
de ſoupçons qui précédent l'apparence &
les menſonges. Ils étoient repréſentés par
des perſonnes vetues en Cocqs & en Poules
qui chantojent un Dialogue moitié Italien
& moitié François mélé du chant des Cocqs
&des Poules. Après ce chant burleſque la
Scone s'étant ouverte on vit ſur un grand
nuage accompagné des vents , l'apparence
avec des ailes & une grande queue de
Paon , vetue d'une robe ſemée de miroirs
& couyant des oeufs d'où fortirent les menfonges
SEPTEMBRE 1745 . 145
fonges pernicieux , les tromperies & les fraudes
, les menſonges agréables , les flateries &
les intrigues , les menſonges bouffons , les
plaiſanteries & les contes.
Les tromperies portoient des habits d'une
couleur obfcure avec des ferpens cachés ſous
les fleurs , les fraudes couvertes de rets de
chaſſe rompoient des veſſies en danſant , les
flateries étoient vétues en Singes , les intrigues
en pécheurs d'Ecreviſſes avec des lanternes
à la main & fur la tête ; on ne devine
pas aifément ces deux derniers habillemens
allégoriques. Les menſonges ridicules
étoient repréſentés par des gueux qui
contrefaifoient les eſtropiés avec des jambes
de bois. Le tems ayant chaffé l'apparence
avec tous ces menfonges , fait ouvrir le
nid ſur lequel l'apparence couvoit , on y
voitune grande horloge àſable d'où le tems
fait ſortir la vérité , & rappellant les heures
elles font avec elle le grand Ballet.
Les tableaux de ce Ballet ci ſont preſque
tous des baſſans groffiers , les graces de l'Albane
n'y paroiſſent pas , nous ne penſons
pas qu'on doive rejetter entierement les
images groteſques , mais nous croyons qu'elles
ne doivent pas occuper tout un Spectacle&
qu'elles doivent laiſſer de la place aux
objets gracieux.
Nos Lecteurs nous permettront-ils d'in
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
terrompre nos deſcriptions de fêtes danſan,
tes par une digreffion inſtructive , qui en
diviſe exactement les eſpeces ?
Metellus de natali Roma Ode 2. a fait le
caractere des Ballets & des actions en mu
fique en deux ſtrophes où il dit :
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Quidquidunquam vixit ibi refurgit ,
Infuper quæ nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Voilà trois fortes de ſujets. Les ſujets tirés
de la fable,
:
1
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Les ſujets empruntés de l'Hiſtoire.
Quidquid unquam vixit ibi refurgit ,
Les ſujets imaginés.
Infuper que nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Et voici la conduite de ces Pieces,
Inſtruit Scenas imitando geſta ,
Horrido perſona tremenda vultu ,
Afta verbis ,verbaque diſcit actis
Confimilare.
SEPTEMBRE 1745 . 147
Ces quatre vers établiſſent qu'il faut dans
les Ballets, décorations , imitation des actions
, maſques , habits , paroles , geſtes &
pantomimės.
La conduite du Ballet peut - être une
eſpecede Roman comme ceux des Amadis ,
du Chevalier du Soleil , d'Alcidiane & de Palmerin
. C'eſt ce qui fait que l'Arioſte a fourni
ungrand nombre de Ballets danſés en France
& en Italie depuis un fiécle. Parce que
le deſſein de ſon Poëme n'ayant point
l'unité d'action que demande la Poëfie narrative
, il s'eſt uniquement propoſé de décrire
tout ce qui peut fervir naturellement
de ſujet aux Ballets , Maſcarades , Carouſels
& autres divertiſſemens .
Le Donné , i Cavalier , l'arme , gli amori ,
Le cortefie , l'audaci impreſe cio canto.
Angélique , Renaud , Armide , Médor ,
Rodomont , Ferragus , ſont les ſujets qu'on
a tirés de ce Poëme pour les repréſenter
en différentes occaſions ſur différens Théatres.
On peut tirer les mêmes agrémens des
autres Poëmes. Enée & Didon de l'Eneide
de Virgile , & ſes perſonages épiſodique ,
Achille & les autres Héros de l'Iliade d'Homere
peuvent fournir de nobles ſujets de
Ballets, comme ils font depuis long-tems
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
!
ceux des tableaux & même des tapiſſeries,
On ne ſçauroit trop multiplier les exem
ples quand on veut inſtruire ; ils ont ordinairement
plus d'autorité que les principes
144 MERCURE DE FRANCE.
les mieux démontrés , cependant loin d'ar
buſer d'une propoſition aufli judicieuſe ,
nous nous contenterons d'une récidive , &
méme pour ne pas fatiguer les Lecteurs par
du ſérieux trop continu nous donnerons l'idée
d'un Ballet plus gai que celui de l'Autel de
Lyon consacré à Louis Auguste. La varieté des
Tableaux amuſe lesyeux &après lesbeautés
fieres de Michel Ange , on regarde avec
plaifir les graces naives de Vateau , quand on
n'a pas fait voeu de n'admirer que l'antique.
Entre les Ballets moraux il ne s'en eft gueres
imaginé de plus plaiſant que celui qui fut
exécuté à Turin en 1.634 , pour la naiſſance
du Cardinal de Savoie. Le ſujet de ce Ballet
étoit La verita nemica della apparensa , fol
Jenata dal tempo. La vérité ennemie des apparences
& foutenue du tems. Ce Ballet
commença par un choeur de faux bruits &
de ſoupçons qui précédent l'apparence &
les menſonges. Ils étoient repréſentés par
des perſonnes vetues en Cocqs & en Poules
qui chantojent un Dialogue moitié Italien
& moitié François mélé du chant des Cocqs
&des Poules. Après ce chant burleſque la
Scone s'étant ouverte on vit ſur un grand
nuage accompagné des vents , l'apparence
avec des ailes & une grande queue de
Paon , vetue d'une robe ſemée de miroirs
& couyant des oeufs d'où fortirent les menfonges
SEPTEMBRE 1745 . 145
fonges pernicieux , les tromperies & les fraudes
, les menſonges agréables , les flateries &
les intrigues , les menſonges bouffons , les
plaiſanteries & les contes.
Les tromperies portoient des habits d'une
couleur obfcure avec des ferpens cachés ſous
les fleurs , les fraudes couvertes de rets de
chaſſe rompoient des veſſies en danſant , les
flateries étoient vétues en Singes , les intrigues
en pécheurs d'Ecreviſſes avec des lanternes
à la main & fur la tête ; on ne devine
pas aifément ces deux derniers habillemens
allégoriques. Les menſonges ridicules
étoient repréſentés par des gueux qui
contrefaifoient les eſtropiés avec des jambes
de bois. Le tems ayant chaffé l'apparence
avec tous ces menfonges , fait ouvrir le
nid ſur lequel l'apparence couvoit , on y
voitune grande horloge àſable d'où le tems
fait ſortir la vérité , & rappellant les heures
elles font avec elle le grand Ballet.
Les tableaux de ce Ballet ci ſont preſque
tous des baſſans groffiers , les graces de l'Albane
n'y paroiſſent pas , nous ne penſons
pas qu'on doive rejetter entierement les
images groteſques , mais nous croyons qu'elles
ne doivent pas occuper tout un Spectacle&
qu'elles doivent laiſſer de la place aux
objets gracieux.
Nos Lecteurs nous permettront-ils d'in
G
146 MERCURE DE FRANCE ,
terrompre nos deſcriptions de fêtes danſan,
tes par une digreffion inſtructive , qui en
diviſe exactement les eſpeces ?
Metellus de natali Roma Ode 2. a fait le
caractere des Ballets & des actions en mu
fique en deux ſtrophes où il dit :
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Quidquidunquam vixit ibi refurgit ,
Infuper quæ nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Voilà trois fortes de ſujets. Les ſujets tirés
de la fable,
:
1
Fabulæ vivunt & agunt , loquuntur ,
Les ſujets empruntés de l'Hiſtoire.
Quidquid unquam vixit ibi refurgit ,
Les ſujets imaginés.
Infuper que nulla fuere fruftra cogunt vivere,
Et voici la conduite de ces Pieces,
Inſtruit Scenas imitando geſta ,
Horrido perſona tremenda vultu ,
Afta verbis ,verbaque diſcit actis
Confimilare.
SEPTEMBRE 1745 . 147
Ces quatre vers établiſſent qu'il faut dans
les Ballets, décorations , imitation des actions
, maſques , habits , paroles , geſtes &
pantomimės.
La conduite du Ballet peut - être une
eſpecede Roman comme ceux des Amadis ,
du Chevalier du Soleil , d'Alcidiane & de Palmerin
. C'eſt ce qui fait que l'Arioſte a fourni
ungrand nombre de Ballets danſés en France
& en Italie depuis un fiécle. Parce que
le deſſein de ſon Poëme n'ayant point
l'unité d'action que demande la Poëfie narrative
, il s'eſt uniquement propoſé de décrire
tout ce qui peut fervir naturellement
de ſujet aux Ballets , Maſcarades , Carouſels
& autres divertiſſemens .
Le Donné , i Cavalier , l'arme , gli amori ,
Le cortefie , l'audaci impreſe cio canto.
Angélique , Renaud , Armide , Médor ,
Rodomont , Ferragus , ſont les ſujets qu'on
a tirés de ce Poëme pour les repréſenter
en différentes occaſions ſur différens Théatres.
On peut tirer les mêmes agrémens des
autres Poëmes. Enée & Didon de l'Eneide
de Virgile , & ſes perſonages épiſodique ,
Achille & les autres Héros de l'Iliade d'Homere
peuvent fournir de nobles ſujets de
Ballets, comme ils font depuis long-tems
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
!
ceux des tableaux & même des tapiſſeries,
Fermer
6476
p. 25-29
EPITRE à M. de Villars Docteur en Médecine, de l'Académie Royale des Belles Lettres de La Rochelle.
Début :
Cher amis [sic] dont l'humeur cynique [...]
Mots clefs :
Âme, Sagesse, Simplicité, Philosophe éclairé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à M. de Villars Docteur en Médecine, de l'Académie Royale des Belles Lettres de La Rochelle.
EPITRE à M. de Villars Docteur en
Médecine , de l'Académie Royale des Belles
Lettres de la Rochelle,
CHer amis dont l'humeur cynique
Fronde le luxe de nos jours ;
26. MERCURE DE FRANCE.
Mortel fimple , modeste , unique ,
Qui fuis le faux éclat des fuperbes atours :
Toi qu'on ne vit jamais , d'une ardeur infenfée
Sacrifier la raiſon offenſée
Au caprice toujours nouveau
De la folie & de la mode ;
Qui couvert d'un large chapeau
Et d'un habit ample & commode ,
Teris du fot orgueil qui nous domine tous ?
Villars , j'admire ta Sageffe ,
Quand nous fommes defi grands foux.
Ta maniere de vivre eft la feule richeffe
Dont l'homme vertueux devroit être jaloux :
Mais qu'il en coûte , hélas ! pour fecouer l'uſage
Il exerce en tyran l'empire de nos coeurs .
Arifte , comme toi , feroit peut-être (age ,
S'il n'écoutoit de frivoles terreurs ;
Efclave de l'erreur profonde
Qui l'affervit au joug d'une ufage importun ,
On le railleroit dans le monde ,
Et voilà ce qu'il craint : cet abus eft commun.
C'est lui qui de Cliton tient l'ame enfevelie
Dans de honteux travers qu'il détefte en ſecret ;
Il a d'un efprit fort affiché la manie
Et quoiqu'il en ait du regret
Il n'ofe dévoiler ce qu'il penfe. En effet
Que diroit-on de lui s'il changecit de langage ?
Ainfi nous nous plaifons dans notre aveuglement ,
NOVEMBRE. 1745. 27
Et pour nous arracher aux fers de l'esclavage ,
L'aimable verité ne luit que foiblement ;
Ainfi de nos erreurs efclaves volontaires ,
La raifon ne nous fert de rien :
Elle a beau vouloir notre bien ,
Nous écartons fouvent fes avis falutaires ..
Mais pourquoi prens-je un ton moral !
Ce ton-là convient- il à ma badine Muſe ?
Villars , viens lui fervir d'excuſe ;
Le badinage fieroit mal ,
En traitant des vertus dont ton ame s'amufe.
Exemt des préjugés qui nous offufquent tous ,
Tu t'embaraffes peu de l'injuſte courroux
De ces fades humains qui n'ont d'autre mérite
Que d'étaler aux yeux un vain ajustement ;"
Ton exemple eft pour eux un reproche ſanglant į
Et c'eft-là ce qui les irrite ;
L'afpect du vertueux fait rougir le méchant.
Tu formes un parfait contrafte
Avec ces odieux mortels
Qui s'occupent fans ceffe à dreffer des Autels
Aux vices qu'entraine le faſte ;
1
Tu n'en éleves , toi , qu'à la fimplicité ;
Compagne des vertus & de la probité ,
Elle poffede , ami , ton ame toute entiere ,
Et ton coeur pour écueil n'a point la vanité.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
Philofophe éclairé ; tu cours dans la carriere
Où la plus brillante lumiere
Découvre à tes regards des merveilles fans fin
Quand les trefors de la Nature
T'offrent uu fi riche butin ,
Tu fçais en faire part à la race future ;
Quel plus agréable Deftin !
Du fçavant Reaumur le difciple & l'éleve ,
Tu ne donnes ni paix ni treve
A la fagacité de ton oeil curieux .
T'entretiendtai-je auffi de tes autres richeffes ?
Car feulement ambitieux
De réunir Auteurs de toutes les efpeces ,
"
Ton Cabinet eft un trefor ,
Quoique tout n'y foit pas de l'or ,
Mais dans le plus mauvais ouvrage
Tu fçais qu'il est toujours quelque chofe de bon :
Une reflexion fi fage
;
Te porte à rechercher juſqu'au mince Pradon .
Il n'eft point de bouquin qui ne puiffe prétendre
A l'honneur d'augmenter ta compilation ;
Auteurs Grecs & Romains , vous qu'on a mis en
cendre ,
Renaiffez pour finir cette collection.
Si le docte Villars défire l'opulence ,
Ce n'eft point pour dormir dans une molle ai
fance
NOVEMBRE 1745 . 29
Encor moins pour briller par de faftueux biens
Aux yeux des concitoyens ,
Mais pour faire amas de fcience ,
Et contenter fon goût univerfel .
Puiffedu Ciel l'équitable puiſſance
Combler toujours les voeux de ce digne mortel.
Par M... de la Rochelle.
Médecine , de l'Académie Royale des Belles
Lettres de la Rochelle,
CHer amis dont l'humeur cynique
Fronde le luxe de nos jours ;
26. MERCURE DE FRANCE.
Mortel fimple , modeste , unique ,
Qui fuis le faux éclat des fuperbes atours :
Toi qu'on ne vit jamais , d'une ardeur infenfée
Sacrifier la raiſon offenſée
Au caprice toujours nouveau
De la folie & de la mode ;
Qui couvert d'un large chapeau
Et d'un habit ample & commode ,
Teris du fot orgueil qui nous domine tous ?
Villars , j'admire ta Sageffe ,
Quand nous fommes defi grands foux.
Ta maniere de vivre eft la feule richeffe
Dont l'homme vertueux devroit être jaloux :
Mais qu'il en coûte , hélas ! pour fecouer l'uſage
Il exerce en tyran l'empire de nos coeurs .
Arifte , comme toi , feroit peut-être (age ,
S'il n'écoutoit de frivoles terreurs ;
Efclave de l'erreur profonde
Qui l'affervit au joug d'une ufage importun ,
On le railleroit dans le monde ,
Et voilà ce qu'il craint : cet abus eft commun.
C'est lui qui de Cliton tient l'ame enfevelie
Dans de honteux travers qu'il détefte en ſecret ;
Il a d'un efprit fort affiché la manie
Et quoiqu'il en ait du regret
Il n'ofe dévoiler ce qu'il penfe. En effet
Que diroit-on de lui s'il changecit de langage ?
Ainfi nous nous plaifons dans notre aveuglement ,
NOVEMBRE. 1745. 27
Et pour nous arracher aux fers de l'esclavage ,
L'aimable verité ne luit que foiblement ;
Ainfi de nos erreurs efclaves volontaires ,
La raifon ne nous fert de rien :
Elle a beau vouloir notre bien ,
Nous écartons fouvent fes avis falutaires ..
Mais pourquoi prens-je un ton moral !
Ce ton-là convient- il à ma badine Muſe ?
Villars , viens lui fervir d'excuſe ;
Le badinage fieroit mal ,
En traitant des vertus dont ton ame s'amufe.
Exemt des préjugés qui nous offufquent tous ,
Tu t'embaraffes peu de l'injuſte courroux
De ces fades humains qui n'ont d'autre mérite
Que d'étaler aux yeux un vain ajustement ;"
Ton exemple eft pour eux un reproche ſanglant į
Et c'eft-là ce qui les irrite ;
L'afpect du vertueux fait rougir le méchant.
Tu formes un parfait contrafte
Avec ces odieux mortels
Qui s'occupent fans ceffe à dreffer des Autels
Aux vices qu'entraine le faſte ;
1
Tu n'en éleves , toi , qu'à la fimplicité ;
Compagne des vertus & de la probité ,
Elle poffede , ami , ton ame toute entiere ,
Et ton coeur pour écueil n'a point la vanité.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
Philofophe éclairé ; tu cours dans la carriere
Où la plus brillante lumiere
Découvre à tes regards des merveilles fans fin
Quand les trefors de la Nature
T'offrent uu fi riche butin ,
Tu fçais en faire part à la race future ;
Quel plus agréable Deftin !
Du fçavant Reaumur le difciple & l'éleve ,
Tu ne donnes ni paix ni treve
A la fagacité de ton oeil curieux .
T'entretiendtai-je auffi de tes autres richeffes ?
Car feulement ambitieux
De réunir Auteurs de toutes les efpeces ,
"
Ton Cabinet eft un trefor ,
Quoique tout n'y foit pas de l'or ,
Mais dans le plus mauvais ouvrage
Tu fçais qu'il est toujours quelque chofe de bon :
Une reflexion fi fage
;
Te porte à rechercher juſqu'au mince Pradon .
Il n'eft point de bouquin qui ne puiffe prétendre
A l'honneur d'augmenter ta compilation ;
Auteurs Grecs & Romains , vous qu'on a mis en
cendre ,
Renaiffez pour finir cette collection.
Si le docte Villars défire l'opulence ,
Ce n'eft point pour dormir dans une molle ai
fance
NOVEMBRE 1745 . 29
Encor moins pour briller par de faftueux biens
Aux yeux des concitoyens ,
Mais pour faire amas de fcience ,
Et contenter fon goût univerfel .
Puiffedu Ciel l'équitable puiſſance
Combler toujours les voeux de ce digne mortel.
Par M... de la Rochelle.
Fermer
6477
p. 84-86
EPITRE de M. de la Soriniere à son Médecin.
Début :
Fils d'Hyppocrate & de Chiron[,] [...]
Mots clefs :
Vers, Vieux, Esprit, Guérir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE de M. de la Soriniere à son Médecin.
EPITRE de M. de la Soriniere à fon
Médecin.
F Ins d'Hyppocrate & de Chikose
Que redoute le vieux Caron ,
Fléau de la fatale barque ,
De Néméfis & de la Parque ,
Souffrez , ( ampliſſime Doctor )
Qu'au fond de fa fombre retraite
Un Reclus , un Anachorette
A fa verve donne l'effor ,
Pourvous fabrique r une Epitre.
Déja ma main fur mon pupitre
Griffonne , efface , ôte , remet ;
Etcepeu que j'ai mis au net
Eft le produit d'un long chapitre.
Mes vers paffés à l'alambic ,
Tout tombe en caput mortuum :
Mais hélas ! chacun a fon ticq
Qui nous conduit ad tumulum,
NOVEMBRE 1745. 85
Que mes vers efflanqués, fans force ,
Avec l'efprit faffent divorce ,
Ou plutôt avec la raiſon ;
Je fens en moi certaine amorce
Qui m'affaiſonne le poifon.
Plus je fais mal , plusje m'efforce ;
Et malgré mainte & mainte entorse
Je crois marcher à l'uniffon ,
Tant mon mal devient incurable.
Ah ! s'il eft parmi les humains
Un afcendant inévitable ;
C'eft furtout chés les Ecrivains
Que ce démon eft indomptable.
Vous qui trouvez en maint écrit
Le remede à cent maladies ,
Par quelques recettes choifies
Ne pourriez-vous guérir l'efprit ?
Je vous promets fans flaterie
Que Plutus avec tout fon or
Defcendroit dans votre tréfor
Pour prix d'une telle induftrie :
Mais fi vous trouvez ce grand Art ,
Commencez par moi , je vous prie.
Plût -à Dieu , que le vieux Ronfard
Eut pû guérir de ſa manie !
Nous n'aurions pas les mauvais vers
Ni les pitoyables travers
Dù s'abandonna ſon génie .
3
16 MERCURE DE FRANCE
Mais tous fecrets font fuperflus ,
Et je crains que mon Uranie
Qui me fait rimer tant & plus ,
N'ait auffi le cerveau perclus .
Mufes pourroient bien être folles :
Eh ! que fçait - on ? Dans leurs écoles
On voit tant de tymbres fêlés !
Et Phébus avec la neuvaine
Parmi tant de cris redoublés ,
Doit au moins avoir la migraine.
A la Soriniere en Anjou.
Médecin.
F Ins d'Hyppocrate & de Chikose
Que redoute le vieux Caron ,
Fléau de la fatale barque ,
De Néméfis & de la Parque ,
Souffrez , ( ampliſſime Doctor )
Qu'au fond de fa fombre retraite
Un Reclus , un Anachorette
A fa verve donne l'effor ,
Pourvous fabrique r une Epitre.
Déja ma main fur mon pupitre
Griffonne , efface , ôte , remet ;
Etcepeu que j'ai mis au net
Eft le produit d'un long chapitre.
Mes vers paffés à l'alambic ,
Tout tombe en caput mortuum :
Mais hélas ! chacun a fon ticq
Qui nous conduit ad tumulum,
NOVEMBRE 1745. 85
Que mes vers efflanqués, fans force ,
Avec l'efprit faffent divorce ,
Ou plutôt avec la raiſon ;
Je fens en moi certaine amorce
Qui m'affaiſonne le poifon.
Plus je fais mal , plusje m'efforce ;
Et malgré mainte & mainte entorse
Je crois marcher à l'uniffon ,
Tant mon mal devient incurable.
Ah ! s'il eft parmi les humains
Un afcendant inévitable ;
C'eft furtout chés les Ecrivains
Que ce démon eft indomptable.
Vous qui trouvez en maint écrit
Le remede à cent maladies ,
Par quelques recettes choifies
Ne pourriez-vous guérir l'efprit ?
Je vous promets fans flaterie
Que Plutus avec tout fon or
Defcendroit dans votre tréfor
Pour prix d'une telle induftrie :
Mais fi vous trouvez ce grand Art ,
Commencez par moi , je vous prie.
Plût -à Dieu , que le vieux Ronfard
Eut pû guérir de ſa manie !
Nous n'aurions pas les mauvais vers
Ni les pitoyables travers
Dù s'abandonna ſon génie .
3
16 MERCURE DE FRANCE
Mais tous fecrets font fuperflus ,
Et je crains que mon Uranie
Qui me fait rimer tant & plus ,
N'ait auffi le cerveau perclus .
Mufes pourroient bien être folles :
Eh ! que fçait - on ? Dans leurs écoles
On voit tant de tymbres fêlés !
Et Phébus avec la neuvaine
Parmi tant de cris redoublés ,
Doit au moins avoir la migraine.
A la Soriniere en Anjou.
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6478
p. 140-145
L'ACADEMIE des Sciences, des Belles Lettres & des Arts établie à Rouen, par Lettres Patentes du Roi données à Lille au mois de Juin 1744, tint sa premiere assemblée publique dans la salle de l'Hôtel de Ville le Mardi premier Juin 1745.
Début :
M. De Premagny Conseiller, Echevin & Secretaire pour les Belles Lettres, en [...]
Mots clefs :
Académie, Philosophes, Belles-lettres, Mémoire, Poètes, Sciences, Mythologie, Divinités
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ACADEMIE des Sciences, des Belles Lettres & des Arts établie à Rouen, par Lettres Patentes du Roi données à Lille au mois de Juin 1744, tint sa premiere assemblée publique dans la salle de l'Hôtel de Ville le Mardi premier Juin 1745.
L'ACADEMIE des Sciences, des Belles
Lettres & des Arts établie à Rouen , par
Lettres Patentes du Roi données à Lille
au mois de Juin 1744 , tint fa premiere af- ·
femblée publique dans la faile de l'Hôtel de
Ville le Mardi premier Juin 1745.
M. De Premagny Confeiller , Echevin
& Secretaire pour les Belles Lettres , en
fit l'ouverture par un difcours fur la néceffité
du travail , fur l'utilité de la critique
& fur l'établiffement de l'Académie où il fit
l'éloge hiftorique de M. l'Abbé le Gendre ,
Chanoine & Sous- Chantre de Notre Dame
de Paris bienfaiteur de l'Académie , connû
par plufieurs ouvrages , & principalement
par fon Hiftoire de France : il y fit enfuite
mention des trois Académiciens décedés pendant
le cours de cette premiere année ; fçavoir
M.Clerot Avocat, fort verfé dans l'étude
des Antiquités de cette Province ; M. de la
Houffaye de Fourmetot bon Phyficien &
qui s'étoit particulierement attaché à la Chymie
; M. de Bettencourt Avocat & Secretaire
de l'Académie pour les Belles Lettres ,
connu par nombre de Poefies ingénieufes ,
& entr'autres par une Ode adreffée à M. de
Fontenelle , au fujet de l'Académie de
Rouen ; ce difcours fut terminé par l'élo
NOVEMBRE 1745. 141
ge de M. le Duc de Luxembourg , Gouverneur
de la Province & Protecteur de
l'Académie , lequel vient de lui donner de
nouvelles preuves de fa bienveillance , en
fondant un prix annuel de la valeur de 300
liv. & alternatifpour les Sciences & les Belles
Lettres ; & enfin par celui du Roi quị
a accordé les Lettres Patentes pour l'établiſ
fement de l'Académie au milieu de fes conquêtes
de l'année derniere , dont l'heureuſe
convalefcence fut l'époque de fa fondation ,
& dont les nouveaux triomphes dans la prefente
Campagne ont été le fujet de fon premier
exercice public.
ANALYSE D'un Mémoire Jur
l'origine & le progrès de la Mythologie des
Anciens.
M. GUERIN Secretaire de l'Académie
pour les Sciences lût enfuite un Mémoire en
forme d'effai fur l'origine, le progrès & la décadence
de la Mythologie des anciens, dont
on ne donne ici que l'analyſe ; il fait voir d'abord
que l'homme ayant laiffé affoiblir l'im
preffion des verités qu'il tenoit de l'auteur
de fon être , furtout celles qui regardent la
nature de la Divinité & la création du mon
de , la Philofophie voulut fuppléer à cet
142 MERCURE DE FRANCE
que
le.
obfcurciffement , mais ne confultant
témoignage des fens , les Philofophes ne
reconnurent dans l'Univers que det x principes
, la matiere & la vertu active qu'ils lui
attribuoient ; ces deux principes donnerent
naiffance aux deux premieres Divinités de
J'Egypte , Iris & Oziris ; le nombre des
Dieux s'accrût à mefure que ce genre de Philofophie
fe dévelopa.
Les quatre élemens de la Phyfique ancienne
, le feu , l'air , l'eau & la terre ajoû,
terent quatre Divinités aux deux premieres,
Jupiter , Junon , Neptune & Pluton. Les
fubftances compofées de la combinaifon de
ces élemens en augmenterent encore le
nombre : fous un Ciel ferain où les impreffions
font vives & perpetuelles , dans un
S plein de force où les productions font
abondar tes & delicieufes , tout fut déifié par
des hon mes qui ne connoilloient prefque
point d'autre bonheur que celui des fens &
d'autre être capable d'agir fur eux que la
matiere.
C'est plus en confultant les moeurs & la
doctrine des premiers Philofophes fur les
princip es de la nature , que les Auteurs qui
ont écrit fur cette matiere , que M. Guerin
donne à la Mythologie cette origine ; on
en voit pourtant des traces , dit - il , dans
quelques anciens Mythologiftes , mais la
NOVEMBRE 1745 . 143
plus grande partie des autres ont formé
differens plans qu'on peut toujours foupçonner
d'être un peu plus arbitraires.
L'Auteur du Mémoire montre enfuite que
les Philofophes Grecs qui venoient d'Egypte
s'inftruire chés eux , prirent les erreurs
de ces derniers , & y en ajouterent de nouvelles
. La Métempficofe laquelle n'étoit
originairement chés les Philofophes Egyptiens
qu'une queftion de Phyfique qui expliquoit
les diferentes révolutions des parties
de la matiere, qui agitées par un mouvemen
inteftin & divifées en parcelles , forment
tantôt un corps , & en forment tantôt
un autre : cette Métempficofe Phyfique fervit
en Grece & en Italie aux Philofophes qui
fe méloient du Gouvernement des Etats , àકે
établir une Métempficofe des ames , fur laquelle
ils fondoient en partie la recompenſe
de la vertu & la punition du vice. Autre
exemple. Le refpect qu'on avoit pour les
Grands Hommes , les éloges qu'on en faifoit
en Egypte à leur mort donnerent lieu
à l'Apotheofe que les autres Nations firent
dans la fuite de leurs Héros ; l'abus fuivit de
près l'erreur , la flaterie déïfia des monftres
dont la mémoire auroit dú refter dans une.
éternelle exécration. Orphée qui porta dans
fon Pays le détail des cérémonies funébres
des Egyptiens , donna occafion , felon Diodore
de Sicile , à la Fable des Champs Eli
44 MERCURE DE FRANCE.
fées , & du Tartare . Chés les Egyptiens c'étoit
un ufage qui influoit dans les moeurs :
chés les Grecs c'étoit une croyance populaire
; pour nous , dit l'Auteur du Mémoire ,
nous y reconnoiffons les traces d'une ancienne
vérité.
M. Guerin montre enfuite que les Poëtes
qui étoient les Ecrivains des premiers
tems , conferverent dans leurs Ecrits ce plan
de Religion , & fervirent à perpetuer l'erreur
; ce défordre , remarque l'Auteur , ne
doit point être imputé à la Poëfie , & on ne
doit point en prendre occafion de décrier un
Art qui dans fon inftitution étoit confacré à
la Religion & à la Morale ; les Poëtes ont
parlé , comme tout autre Ecrivain l'auroit
fait, conformément aux préjugés de leur Pays
& de leur fiécle, ce n'eft point comme Poëtes
qu'ils nous ont donné de fauffes idées de la
Divinité , c'eft précisément comme Grecs &
comme Romains. On peut feulement les blâmer
d'avoir donné occafion à de nouvelles erreurs
par leurs expreffions trop figurées ; c'eft
le défaut qu'on reproche à la Poeſie d'Homere
, dont le fens qui fe prefente d'abord à
l'efprit , ne forme que des idées de Divinités
bizarres , injuftes , paffionnées .... mais il
ne peint que les actions des hommes allégorifées
par le Poëte , & non celles des Dieux
qui étoient pour lors l'objet du culte public.
L'Auteur
NOVEMBRE. 1745. 145
L'Auteur finit fon Mémoire , en diſant
que le peuple fut la trife victime de l'égarement
de l'efprit des Philofophes , de la
fauffe prudence des Politiques & de l'imagination
trop brillante des Poëtes. Telle étoit,
dit- il & plus défigurée encore , la Religion
Payenne à la naiffance du Chriftianifme.
Porphire & Jamblique , Philofophes Platoniciens
tenterent en vain de donner un
fens raisonnable à toutes ces fables , ils n'y
réuffirent pas, méme vis- à- vis des Payens de
leur tems , pour lefquels la Doctrine de ces
Philofophes étoit plutôt une nouvauté que
le renouvellement de l'ancienne Théologie
Payenne .
Lafaite dans le premier Mercure.
Lettres & des Arts établie à Rouen , par
Lettres Patentes du Roi données à Lille
au mois de Juin 1744 , tint fa premiere af- ·
femblée publique dans la faile de l'Hôtel de
Ville le Mardi premier Juin 1745.
M. De Premagny Confeiller , Echevin
& Secretaire pour les Belles Lettres , en
fit l'ouverture par un difcours fur la néceffité
du travail , fur l'utilité de la critique
& fur l'établiffement de l'Académie où il fit
l'éloge hiftorique de M. l'Abbé le Gendre ,
Chanoine & Sous- Chantre de Notre Dame
de Paris bienfaiteur de l'Académie , connû
par plufieurs ouvrages , & principalement
par fon Hiftoire de France : il y fit enfuite
mention des trois Académiciens décedés pendant
le cours de cette premiere année ; fçavoir
M.Clerot Avocat, fort verfé dans l'étude
des Antiquités de cette Province ; M. de la
Houffaye de Fourmetot bon Phyficien &
qui s'étoit particulierement attaché à la Chymie
; M. de Bettencourt Avocat & Secretaire
de l'Académie pour les Belles Lettres ,
connu par nombre de Poefies ingénieufes ,
& entr'autres par une Ode adreffée à M. de
Fontenelle , au fujet de l'Académie de
Rouen ; ce difcours fut terminé par l'élo
NOVEMBRE 1745. 141
ge de M. le Duc de Luxembourg , Gouverneur
de la Province & Protecteur de
l'Académie , lequel vient de lui donner de
nouvelles preuves de fa bienveillance , en
fondant un prix annuel de la valeur de 300
liv. & alternatifpour les Sciences & les Belles
Lettres ; & enfin par celui du Roi quị
a accordé les Lettres Patentes pour l'établiſ
fement de l'Académie au milieu de fes conquêtes
de l'année derniere , dont l'heureuſe
convalefcence fut l'époque de fa fondation ,
& dont les nouveaux triomphes dans la prefente
Campagne ont été le fujet de fon premier
exercice public.
ANALYSE D'un Mémoire Jur
l'origine & le progrès de la Mythologie des
Anciens.
M. GUERIN Secretaire de l'Académie
pour les Sciences lût enfuite un Mémoire en
forme d'effai fur l'origine, le progrès & la décadence
de la Mythologie des anciens, dont
on ne donne ici que l'analyſe ; il fait voir d'abord
que l'homme ayant laiffé affoiblir l'im
preffion des verités qu'il tenoit de l'auteur
de fon être , furtout celles qui regardent la
nature de la Divinité & la création du mon
de , la Philofophie voulut fuppléer à cet
142 MERCURE DE FRANCE
que
le.
obfcurciffement , mais ne confultant
témoignage des fens , les Philofophes ne
reconnurent dans l'Univers que det x principes
, la matiere & la vertu active qu'ils lui
attribuoient ; ces deux principes donnerent
naiffance aux deux premieres Divinités de
J'Egypte , Iris & Oziris ; le nombre des
Dieux s'accrût à mefure que ce genre de Philofophie
fe dévelopa.
Les quatre élemens de la Phyfique ancienne
, le feu , l'air , l'eau & la terre ajoû,
terent quatre Divinités aux deux premieres,
Jupiter , Junon , Neptune & Pluton. Les
fubftances compofées de la combinaifon de
ces élemens en augmenterent encore le
nombre : fous un Ciel ferain où les impreffions
font vives & perpetuelles , dans un
S plein de force où les productions font
abondar tes & delicieufes , tout fut déifié par
des hon mes qui ne connoilloient prefque
point d'autre bonheur que celui des fens &
d'autre être capable d'agir fur eux que la
matiere.
C'est plus en confultant les moeurs & la
doctrine des premiers Philofophes fur les
princip es de la nature , que les Auteurs qui
ont écrit fur cette matiere , que M. Guerin
donne à la Mythologie cette origine ; on
en voit pourtant des traces , dit - il , dans
quelques anciens Mythologiftes , mais la
NOVEMBRE 1745 . 143
plus grande partie des autres ont formé
differens plans qu'on peut toujours foupçonner
d'être un peu plus arbitraires.
L'Auteur du Mémoire montre enfuite que
les Philofophes Grecs qui venoient d'Egypte
s'inftruire chés eux , prirent les erreurs
de ces derniers , & y en ajouterent de nouvelles
. La Métempficofe laquelle n'étoit
originairement chés les Philofophes Egyptiens
qu'une queftion de Phyfique qui expliquoit
les diferentes révolutions des parties
de la matiere, qui agitées par un mouvemen
inteftin & divifées en parcelles , forment
tantôt un corps , & en forment tantôt
un autre : cette Métempficofe Phyfique fervit
en Grece & en Italie aux Philofophes qui
fe méloient du Gouvernement des Etats , àકે
établir une Métempficofe des ames , fur laquelle
ils fondoient en partie la recompenſe
de la vertu & la punition du vice. Autre
exemple. Le refpect qu'on avoit pour les
Grands Hommes , les éloges qu'on en faifoit
en Egypte à leur mort donnerent lieu
à l'Apotheofe que les autres Nations firent
dans la fuite de leurs Héros ; l'abus fuivit de
près l'erreur , la flaterie déïfia des monftres
dont la mémoire auroit dú refter dans une.
éternelle exécration. Orphée qui porta dans
fon Pays le détail des cérémonies funébres
des Egyptiens , donna occafion , felon Diodore
de Sicile , à la Fable des Champs Eli
44 MERCURE DE FRANCE.
fées , & du Tartare . Chés les Egyptiens c'étoit
un ufage qui influoit dans les moeurs :
chés les Grecs c'étoit une croyance populaire
; pour nous , dit l'Auteur du Mémoire ,
nous y reconnoiffons les traces d'une ancienne
vérité.
M. Guerin montre enfuite que les Poëtes
qui étoient les Ecrivains des premiers
tems , conferverent dans leurs Ecrits ce plan
de Religion , & fervirent à perpetuer l'erreur
; ce défordre , remarque l'Auteur , ne
doit point être imputé à la Poëfie , & on ne
doit point en prendre occafion de décrier un
Art qui dans fon inftitution étoit confacré à
la Religion & à la Morale ; les Poëtes ont
parlé , comme tout autre Ecrivain l'auroit
fait, conformément aux préjugés de leur Pays
& de leur fiécle, ce n'eft point comme Poëtes
qu'ils nous ont donné de fauffes idées de la
Divinité , c'eft précisément comme Grecs &
comme Romains. On peut feulement les blâmer
d'avoir donné occafion à de nouvelles erreurs
par leurs expreffions trop figurées ; c'eft
le défaut qu'on reproche à la Poeſie d'Homere
, dont le fens qui fe prefente d'abord à
l'efprit , ne forme que des idées de Divinités
bizarres , injuftes , paffionnées .... mais il
ne peint que les actions des hommes allégorifées
par le Poëte , & non celles des Dieux
qui étoient pour lors l'objet du culte public.
L'Auteur
NOVEMBRE. 1745. 145
L'Auteur finit fon Mémoire , en diſant
que le peuple fut la trife victime de l'égarement
de l'efprit des Philofophes , de la
fauffe prudence des Politiques & de l'imagination
trop brillante des Poëtes. Telle étoit,
dit- il & plus défigurée encore , la Religion
Payenne à la naiffance du Chriftianifme.
Porphire & Jamblique , Philofophes Platoniciens
tenterent en vain de donner un
fens raisonnable à toutes ces fables , ils n'y
réuffirent pas, méme vis- à- vis des Payens de
leur tems , pour lefquels la Doctrine de ces
Philofophes étoit plutôt une nouvauté que
le renouvellement de l'ancienne Théologie
Payenne .
Lafaite dans le premier Mercure.
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6479
p. 182-185
SEPTIÉME suite des reflexions sur les Ballets.
Début :
L'année 1628 les Pensionnaires du Collége de la Ville de Reims danserent un [...]
Mots clefs :
Géants, Tour noire, Lindamor, Épée, Cloridan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEPTIÉME suite des reflexions sur les Ballets.
SEPTIEME fuite des reflexions fur les
Ballets
L'année 1628 les Penfionnaires du Collége
de la Ville de Reims danferent un
Ballet en réjouiffance de la réduction de la
Ville de la Rochelle , dont le deſſein , en forme
de vieux Roman , étoit la conquête du
Char de la Gloire par legrand Théandre : en
voici l'argument.
Les Géans de la tour noire fe fiant à la
force de leurs charmes firent publier un cartel
dicté par l'Orgueil qui invitoit tout les
Chevaliers errans à la conquête du char ‘ de
la Gloire.
NOVEMBRE . 1745. 183
Lindamor defirant châtier l'infolence de
ces Sauvages , fait une partie avec trois de ſes
amis pour les aller combattre. La tour noire
étoit remplie de charmes , & il n'y avoit
nul moyen d : l'ouvrir qu'avec le fon d'un cor
enchante que les Géans avoient attaché à la
porte, Lindamor le fonne ; les Géans averti
de l'aventure qui fe prefente fortent fur lui
& fur fes compagnons. La partie n'étant pas
égale , Lindamor eft contraint de fe retirer
& de laiffer les compagnons de fa valeur
entre les mains des Géans qui les chargent
de fers & les lient à la porte de la tour pour
y fervir de trophée à leur orgueil. Quelques
Bergers de la contrée qui avoient vu le combat
de Lindamor & des Géans , perfuadent
Cafpis de s'employer en faveur des infortunés
Chevaliers abandonnés par la Victoire ;
ce Berger fupérieur dans la Magie fe prefente
aux Captifs & d'abord brife leurs fers
& leur procure la liberté. Lindamor fatisfait
de l'action généreuſe de Cafpis , concerte
avec lui les mefures néceffaires pour fe
venger des Géans de la tour noire. Il apprend
du Berger enchanteur que l'épée de
Cloridan doit feule achever cette entrepri
fe , & que pour poffeder cette fatale épée il
faut endormir le dragon à qui les Géans en
ont confié la garde . Cafpis fe charge de cette
opération & l'exécute heureuſement , mais
184 MERCURE DE FRANCE.
pour avoir l'épée de Cloridan il falloit quelque
chofe de plus que d'endormir le Dragon.
Le Berger magicien évoque l'ombre
de Cloridan pour fçavoir de lui -même ce
qu'il falloit faire pour fe fervir utilement de
cette épée; l'ombre évoquée leur apprend
que Theandre feul eft capable de s'en fervir.
Le bruit de cet Oracle s'étant répandu , Vulcain
ſecondé de fes Ciclopes prépare des armes
victorieufes pour Théandre , qui conduit
par la Renommée & fuivi de Lindamor
court où l'épée de Cloridan étoit gardée ,
fe faifit de cette épée après avoir enchainé
le Dragon , fe préfente à la parte de la tour
noire , la fait ouvrir au fon du cor , défait
les Géans , tire de la Tour le Char de la
Gloire , y attache les Géans vaincus &
triomphe enfin des armes & des enchantemens
de les ennemis.
Ce projet qui tient de la conduite des anciens
Romans , eft une allégorie de la prife
de la Rochelle. Théandre eft le Roi Louis
XIII. Le Berger enchanteur Cafpis, eft le
fameux Cardinal de Richelieu Premier &
principal Miniftre de ce Monarque.
Lindamor, le Roi HENRI III , qui n'étant
encore que Duc d'Anjou avoit en vain tenté
le fiége de cette Ville rebelle ; l'épée de
.Cloridan eft celle du GRAND CLOUIS ; la
tour noire repréſente la Rochelle , les enNOVEMBRE.
1745. 185.
chantemens figurent l'Héréfie & la révolte.
Ces deffeins allégoriques font les plus
ingénieux & les plus propres pour le Ballet,
pourvû qu'ils foient naturels & aifés à concevoir.
Ballets
L'année 1628 les Penfionnaires du Collége
de la Ville de Reims danferent un
Ballet en réjouiffance de la réduction de la
Ville de la Rochelle , dont le deſſein , en forme
de vieux Roman , étoit la conquête du
Char de la Gloire par legrand Théandre : en
voici l'argument.
Les Géans de la tour noire fe fiant à la
force de leurs charmes firent publier un cartel
dicté par l'Orgueil qui invitoit tout les
Chevaliers errans à la conquête du char ‘ de
la Gloire.
NOVEMBRE . 1745. 183
Lindamor defirant châtier l'infolence de
ces Sauvages , fait une partie avec trois de ſes
amis pour les aller combattre. La tour noire
étoit remplie de charmes , & il n'y avoit
nul moyen d : l'ouvrir qu'avec le fon d'un cor
enchante que les Géans avoient attaché à la
porte, Lindamor le fonne ; les Géans averti
de l'aventure qui fe prefente fortent fur lui
& fur fes compagnons. La partie n'étant pas
égale , Lindamor eft contraint de fe retirer
& de laiffer les compagnons de fa valeur
entre les mains des Géans qui les chargent
de fers & les lient à la porte de la tour pour
y fervir de trophée à leur orgueil. Quelques
Bergers de la contrée qui avoient vu le combat
de Lindamor & des Géans , perfuadent
Cafpis de s'employer en faveur des infortunés
Chevaliers abandonnés par la Victoire ;
ce Berger fupérieur dans la Magie fe prefente
aux Captifs & d'abord brife leurs fers
& leur procure la liberté. Lindamor fatisfait
de l'action généreuſe de Cafpis , concerte
avec lui les mefures néceffaires pour fe
venger des Géans de la tour noire. Il apprend
du Berger enchanteur que l'épée de
Cloridan doit feule achever cette entrepri
fe , & que pour poffeder cette fatale épée il
faut endormir le dragon à qui les Géans en
ont confié la garde . Cafpis fe charge de cette
opération & l'exécute heureuſement , mais
184 MERCURE DE FRANCE.
pour avoir l'épée de Cloridan il falloit quelque
chofe de plus que d'endormir le Dragon.
Le Berger magicien évoque l'ombre
de Cloridan pour fçavoir de lui -même ce
qu'il falloit faire pour fe fervir utilement de
cette épée; l'ombre évoquée leur apprend
que Theandre feul eft capable de s'en fervir.
Le bruit de cet Oracle s'étant répandu , Vulcain
ſecondé de fes Ciclopes prépare des armes
victorieufes pour Théandre , qui conduit
par la Renommée & fuivi de Lindamor
court où l'épée de Cloridan étoit gardée ,
fe faifit de cette épée après avoir enchainé
le Dragon , fe préfente à la parte de la tour
noire , la fait ouvrir au fon du cor , défait
les Géans , tire de la Tour le Char de la
Gloire , y attache les Géans vaincus &
triomphe enfin des armes & des enchantemens
de les ennemis.
Ce projet qui tient de la conduite des anciens
Romans , eft une allégorie de la prife
de la Rochelle. Théandre eft le Roi Louis
XIII. Le Berger enchanteur Cafpis, eft le
fameux Cardinal de Richelieu Premier &
principal Miniftre de ce Monarque.
Lindamor, le Roi HENRI III , qui n'étant
encore que Duc d'Anjou avoit en vain tenté
le fiége de cette Ville rebelle ; l'épée de
.Cloridan eft celle du GRAND CLOUIS ; la
tour noire repréſente la Rochelle , les enNOVEMBRE.
1745. 185.
chantemens figurent l'Héréfie & la révolte.
Ces deffeins allégoriques font les plus
ingénieux & les plus propres pour le Ballet,
pourvû qu'ils foient naturels & aifés à concevoir.
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6480
p. 62-81
SUITE de la Séance publique de l'Académie de Rouen. EXTRAIT du Mémoire sur l'Electricité.
Début :
Monsieur le Cat Vice-Directeur de l'Académie, Correspondant de celle [...]
Mots clefs :
Corps, Électrique, Électricité, Matière, Tube, Air, Claude-Nicolas Le Cat, Centre, Corde, Expériences, Atmosphère, Circonférence, Matière subtile, Émanation, Tourbillon, Matière, Phénomène, Corps légers, Étincelles, Lumière, Soie
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Séance publique de l'Académie de Rouen. EXTRAIT du Mémoire sur l'Electricité.
SUITE de la Séance publique de l'Aca
démie de Rouen.
EXTRAIT du Mémoire fur l'Electricité.
Onfieur le Cat Vice-Directeur de
Macadémie ,
Correfpondant de celle
des Sciences de Paris , Membre de la Société
Royale de Londres & de l'Académie
de Madrid , lut enfuite un Mémoire:
fur l'Electricité. M. le Cat avoit quelquesautres
Mémoires concernant la Phyfique du
corps humain qui fait fon obiet capital
mais l'Académie a préféré l'Electricité com
me un fujet plus propre à piquer la curio
fité d'une affemblée publique .
Les Anciens , dit M. le Cat , ont obfervé
que l'Ambre , lorſqu'il eft frotté , attire
la paille , le duvet & les autres corps
legers . ils appelloient l'Ambre Electrum ;
on a donc nommé Electricité cette proprieté
d'attirer les corps legers , qu'on
croyoit d'abord particuliere à l'Ambre , &
qu'on a reconnue depuis dans une infinité
d'autres efpeces de matieres , telles que la
cire d'Elpagae , la gomme copal , toutes les
refines , le verre , les pierres précieuſes , &
tous les corps tranfparens.
DECEMBRE 1745 .
63
M. le Cat fait enfaite une courte Hif
toire des découvertes de l'Electricité , & des
Sçavans qui s'y font diftingués.
ל כ
כ
5
38
ස
On feroit , ajoute-t - il , un fort gros vo--
fume des travaux de tous ces célébres Phyficiens
. Cette entrepriſe furpaffe de beaucoup
les bornes d'un Mémoire , où nous
ne pouvons que faire un choix de ce qu'il·
y a de plus intereffant fur cette matiere.
» Je me bornerai donc aux circonftances
capitales du phenoméne de l'Electricité. Je
choifirai parmi les expériences celles qui
font les plus propres à établir ces circonf-
» tances, & à dévoiler leurs cauſes. Enfin je tacheraidedévelopper
cette caufe . J'auroiscrû
» ne point remplir mes engagemens , fi je ne'
» vous avois montré des phenoménies curieux-
» que pour laiffer vos efprits dans une for-
» te de défefpoir' , & dans l'inquiétude hu-
» miliante de ne pouvoir les comprendre .
» Ces fortes de caufes , lors même qu'elles
» ne font que conjecturales,repréfentent plus
» fortement les phenoménes , dit M. de Fon-
» tenelle . D'ailleurs n'a- t- on pas acquis le
» droit de hazarder quelques pages de fyf--
» tême , quand on a amaffé des volumes
d'expériences ?
පා
ود
33
» Non feulement on s'eft affùré , continue:
» M.le Cat, qu'un grand nombre de matieres
» que les Anciens n'avoient pas ſoupçonnées›
* Hift. Acad. p. 3•
64 MERCURE DE FRANCE .
d'être électriques , comme l'Ambre , atti-
» roient cependant , comme lui , les corps
legers , mais encore on a découvert que
» toutes ces ſubſtances , après avoir attiré ces
corps legers , les repoufloient loin d'elles ;
ce qui établit déja dans le phenoméne de
l'Electricité deux effets oppofés, l'attraction
,, & la repulfion.
35
On s'elt avifé enfuite de frotter les fubftances
électriques dans l'obfcurité , & l'on
s'eft apperçu qu'elles jettoient des étincelles
de lumiere , & qu'ainfi le corps électrique
étoit une espece de phoſphore.
Enfin la curiofité à porté les Phyliciens
à examiner fi ces effets de l'Electricité ne
pouvoient pas fe communiquer à d'autres
corps qui ne fuffent pas naturellement électriques
, & ils ont trouvé que ces effets fe
communiquoient à tous les corps en général
fi l'on en excepte la flamme , & cela à des
diftances fort éloignées , & qu'il en étoit
prefque de l'Electricité , comme du fon &
de la lumiere .
Voilà les principaux effets qu'on a conftatés
jufqu'ici dans le phenoméne de l'Electricité
, fçavoir l'attraction , la repulſion , l'émanation
des étincelles , & la communication
ou propagation de tous ces effets. Ce
font eux qui font l'objet & la divifion de
ce Mémoire, M. Dufay s'étoit crû très-fondé
DECEMBRE.
1745. 85
à ajouter à ces circonftances unediftinction de
l'Electricité en deux efpeces, une particuliere
au verre & aux autres matieres vitrées , & une
autre propre à la cire d'Eſpagne & aux matieres
refineufes, mais pourfuitM.le Cat M.l'AbbéNolet,
dontla correſpondance m'a été trèsutile
dans les experiences fur l'Electricité ,
vient de m'avertir qu'il avoit des expériences
qui rendoient cette diftinction douteuſe ,
J'ai donc abandonné cette diftinction , ne
voulant raifonner ici que fur desfaits conftans.
M. le Cat fait autant d'articles qu'il vient
de diftinguer d'effets dans l'Electricité , &
chaque article a deux parties , dont la premiere
contient les expériences, & la feconde
l'explication . M. le Cat a non feulement
lu les procédés des expériences , mais
il les a encore exécutés dans cette même
affemblée publique , à l'exception de l'émanation
des étincelles qui demande un lieu
obfcur & des commodités trop difficiles
à fe procurer dans une fale immenfe , &
remplie à l'excès de fpectateurs.
Les effets capitaux de l'Electricité que les
expériences expofent , font très-connus , &
ils font fuffilamment défignés par l'énumération
précédente ; on nous diſpenſera donc
de les rapporter , pour nous attacher à ce
qu'il y a de neuf dans ce Mémoire , c'eſtà-
dire aux explications.
86 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Cat explique l'attraction
des corps legers produite par le
tube , on l'Electricité proprement prife.
Perfonne n'ignore que les pores de tous
les corps font remplis d'une matiere extrê
mement déliée qu'on appelle communément
matiere fubtile , & fous le genre de laquelle
on peut comprendre la matiere du feu ,
& celle de la lumiere . On fçait que les corps
tranſparens , comme le verre , donnent un
fibre paffage à la lumiere , & que les corps
refineux , comme le fouphre , la poix , la
cire d'Efpagne font très- inflammables , c'eftà-
dire qu'ils contiennent beaucoup de matiere
de feu & de fubftance propre à lui
fervir d'aliment .
Les matieres vitrées & refineufes font
donc parmi les corps folides ceux où réfide
une plus grande quantité de matiere fubtile ,
& c'eft cette proprieté qui les rend électriques
par eux-mêmes , car lorfqu'on frotte
avec la main des corps auffi fournis de matiere
fubtile , on les échauffe , on met dans
un violent mouvement cette matiere deliée
dont ils font imbus : on y introduit encore
de ce feu actif qui anime nos liqueurs. Cet
amas de matiere fubtile vivement agitée fe
rarefie, occupé plus d'efpace autour du corps
fotté , autour du tube ; elle en écarte l'air
& les autres efpeces de matiere moins fube
DECEMBRE 1745. 67
و ت
tile qu'elle ; enfin elle forme autour du tube
une atmoſphére d'une étendue plus ou moins
grande , felon la quantité de la matiere ſubtile
agitée , & le dégré de fon agitation
& cette atmofphére eft compofée de matiere
dont la plus fubtile & la plus agitée eft
au centre , & la plus groffiere ou la moins
agitée , à la circonférence.
Cette matiere plus fubtile du centre pé
netre librement les corps , elle paffe au
travers fans beaucoup d'oppofition , & ne
fait prefque aucune impreffion fur eux . Ce
centie de l'atmosphére électrique eft donc
pour les corps legers une espece de vuide ,
où ils trouvent très-peu de réfilance , au
lieu que le fluide de la circonférence plus
groffier a de la prife fur ces corps , & leur fait
éprouver toute l'impulfion , tout le choc du
mouvement inteftin de fes particules agitées .
Donc toutes les fois qu'on enveloppera un
corps leger dans cette atmosphére , ou
qu'on l'expofera entre le centre & la circonférence
du tourbillon électrique , ce corps
leger fera néceffairement pouffé par cette
circonférence plus réfiftante vers le centre
où il y a pour lui une efpece de vuide ,
& un vrai défaut de réfiftance .
On peut oppoſer à cette explication une
expérience qui démontre que l'Electricité a
lieu dans le vuide , ou dans le récipient de
68 MERCURE DE FRANCE .
la machine pneumatique dont on a pompé
l'air , mais cette machine ne peut jamais
pomper exactement tout l'air du récipient
& en le fuppofant gratuitement , il n'eft pas
néceffaire que la circonférence de l'atmofphére
électrique foit compofée d'air , pour
produire le méchaniſme qu'on vient d'expofer;
il fuffit qu'elle foit faite d'une ma-
- tiere moins fubtile que le feu & la lumiere ;
or tous les Phyficiens conviendront qu'entre
le feu & l'air il doit y avoir un grand
nombre d'efpeces de matieres plus groffieres
que le feu , & plus fubtiles que l'air : c'eſt
de ces efpeces fubalternes de matiere que
fera compofée la circonférence du tourbillon
électrique dans le vuide de la machine pneumatique.
Voici des expériences qui nous apprennent
que , fi l'air groffier ne concourt pas
au phenoméne de l'Electricité , comme caufe
efficiente , au moins il y a quelque part .
Si l'on remplit un tube d'air comprimé ,
ou fi on l'en vuide en entier , il ne deviendra
point électrique , quelque vivement
qu'on le frotte,
On devine aifément que dans ces deux
cas l'air comprime la furface du tube , &
fait obftacle à l'expenfion de l'atmoſphere ,
& à la liberté des mouvemens néceſſaire à
l'Electricité.
y
DECEMBRE 1745 . 69
C'eft par la même raiſon que l'humidité
,
en éteignant le mouvement de la matiere
électrique eft le plus grand obftacle à ce
phenomene : c'eft pourquoi nous avons recommandé
que le tube foit bien fec , & nous
ajoutons que pour réuflir à ces expériences il
faut choifir un tems & un lieu fort fec. Muskenbrok
( pag. 257. ) ayant remarqué que
les vapeurs feules de la refpiration & de la
tranfpiration d'une affemblée nombreuſe
rendoient fouvent l'air affés humide pour les
faire manquer
.
L'Electricité eft foible dans un tems chaud,
& forte dans un tems froid & fec , comme
dans une belle gelée , par la même raiſon
que le feu a peu d'activité dans l'Eté , &
beaucoup dans l'Hyver. Dans un tems chaud
la matiere ignée s'étend trop , & fe difperfe
dans un air qui ne lui refifte point elle
doit donc faire moins d'impreffion . Dans un
tems froid & fec l'air environnant plus denfe
, plus refiftant, refferre la matiere ignée, la
tient raffemblée dans un inoindre efpace , où
elle a par conféquent un effet plus violent.
M. le Cat , qui previent le public que
ces expériences manquent ordinairement
dans les grandes affemblées , n'a pas laiffe
de les faire avec aflés de fuccès dans cette
affemblée publique , qui étoit des plus nombreufes
, mais la peine qu'il a été obligé
MERCURE DE FRANCE.
de fe donner pour les faire réuffir , a juftifié
fa précaution..
L'article fecond traite de la répulfion .
L'Electricité , dit M. le Cat , eft peutêtre
le feul phenoméne en Phyfique , qui
renferme dans les mêmes circonftances deux
effers auffi contradictoires que l'attraction
& répullion . Qu'un des pôles de l'aimant
attire le fer , tandis que l'autre le repoufle
il femble que c'eft une fuite naturelle de
Poppofition de ces pôles , mais que la même
region d'un tube attire & repouffe alternativement
tant de fois de fuite qu'on voudra
c'est une une fingularité aufli neuve que
furprenante .
Cette alternative d'effets oppofés eft auffi
ce qu'il y de a plus embaraflant dans ce
phenoméne. Voici comment M. le Cat réfout
ce probleme, "
Quand le corps leger eft attiré par le
tube vers le centre de fon atmosphére , la
matiere fubtile & agitée de ce centre rarefie
néceffairement ce que le petit corps apporte
avec lui d'air ou d'autres matieres plus
fubtiles , & melée avec ces matieres elle forme
un petit ballon élaftique , une atmofphére
comme celle du tube , par la même
méchanique qu'en frottant le tube , & rarefiant
par-là fes fluides , on lui fait une atmofphére
électrique.
DECEMBRE
ཏཝཱ , 1745.
La matiere du centre du tourbillon électrique
du tube plus fubtile & plus agitée que
celle de la circonférence a en elle mene
plus de force & de puiffance que cette derniere
, non feulement parce qu'elle eſt faite
de parties plus folides , & plus agitées
mais encore parce qu'elles fe donnent au
centre un appui réciproque. Le corps leger
dénué d'atmosphére ne reffent pas cette
fupériorité du centre du tourbillon électrique
du tube , parce que fa matiere poreufe
eft trop ouverte à fon paffage , & n'y oppofe
prefque aucune réfiftance . Mais dès
que ce petit corps fe trouve auffi environ
né d'une atmosphére électrique , qui a ce
corps même pour centre de fon mouvement
, la matiere fubtile du tube a prife contre
la matiere électrique pareille du corps
leger , & les mouvemens contraires de ces
deux atmosphéres portant l'un contre l'autre,
ne peuvent manquer de féparer ces corps ,
& de les porter auffi loin l'un de l'autre
que cette puiffance a d'étendue , d'autant
mieux que la circonférence grofliere de l'atmoſphere
dn corps leger doit s'appuyer fur
le tube qu'elle ne peut pénétrer , & qu'ainfi
lorfqu'elle fe développe tout à coup contre
le tube , elle doit faire élancer le corps leger ."
de deffus , comme par exploſion , & puilque
la matiere fubtile du centre de l'ate
2 MERCURE DE FRANCE.
mofphére électrique du tube , a le pouvoir
décarter vers la circonférence tout le fluide
groffier ou fubalterne , par la même raiſon
elle doit achever de pouffer & foutenir à
cette circonférence la couche groffere
& extérieure de l'atmosphére du corps leger
qui eft de même nature que le fluide
de cette circonférence .
foible
Si le tube n'eft pas beaucoup frotté , ou
peu électrique , fon atmoſphere trop
ue rarefiera point les fluides qui accompa
gnent la feuille d'or ; elle ne lui formera
point une atmosphére électrique , & ainfi
ce corps leger ne fera point repouffé de
deffus le tube.
Quoique le tube foit bien frotté , & très- ,
électrique , fi la feuille d'or fe trouve couchée
à plat fur le tube , elle n'en fera pas
repouffée , parce que fon application intime
avec les parois du tube produit un furcroit
d'attraction ou d'adherence , dont M,
le Cat a donné le méchaniſme ( pag. 335. )
du Traité des Sens , & parce que la matiere
du tube fait peut-être quelque obftacle à la
libre formation de l'atmofphére électrique
de la feuille d'or,
Nous pafferons quelques applications de
ces principes à des phenoménes particuliers
de l'Electricité pour venir aux conféquences
que tire M. le Car de cette doctrine.
La
DECEMBRE 1745. 73
La conftance , dit - il , avec laquelle l'atmofphére
du tube repouffe & foucient en
l'air dans un même éloignement la petite
atmoſphere de la feuille d'or électrifée , eft
pour le moins une image de la méchanique
qui tient les tourbillons des Planettes &
des Satellites à un éloignement déterminé
du centre de leur tourbillon , moteur , &
de l'impoffibilité de la chute de ces Planettes
dans ce centre .
Réciproquement on peut conclure de la
même analogie que toutes les Planettes ,
fans exception , celles mêmes dont la rotation
eft douteuse , & qu'on a foupçonnées
par là de n'avoir point de tourbillon , en
ont néceffairement un , ou au moins une
atmosphére , puifque fans cet accompagnement
elles ne pourroient fe foutenir , comme
elles font , dans une couche déterminée.
de la Sphere du tourbillon folaire , & que
comme la feuille d'or dépouillée de fon
atmoſphere tombe fur le tube , ces Planettes
fans tourbillon tomberoient dans le Soleil.
Cette application eft une raifon de plus
pour l'exiftence des tourbillons , & contre
le vuide de Newton , car l'atmosphére électrique
eft inconteftable , elle le fait entendre
par un petillement , on la voit par les
étincelles , elle fe manifefte à l'odorat par
une odeur de fouphre , au toucher même
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE,
par une espece de piqûure , & par un frottement
leger femblable à celui d'une toile
d'araignée .
On ne peut éluder ces conféquences qu'en
traitant de frivole la comparaifon faite entre
les corps céleftes & les corps électriques
ou électrifés , mais les Anglois même conviennent
de la jufteffe de cette analogie,
M. Gray , que j'ai déja cité , ne feint pas
d'appeller les corps iegers électrifés , & repouflés
, comme on vient de le dire , de
petites Plancies , & ce Phyficien étoit fi
charmé de cette idée , que dans une expérience
où , fans y penfer , cette idée conduifoit
fa main , il a crû voir une image &
une preuve de la circulation d'Orient en
Occident des Planetes autour du Soleil,
Quoiqu'il n'y ait pas lieu d'efpérer que l'Electricité
nous conduife fi loin , il me femble
au moins qu'on peut affurer avec M,
Dufay , que .... la vertu électrique influe
beaucoup plus qu'on ne penfe dans le méchanisme
de l'Univers. L'énorme difference qui
fe trouve entre les maffes ne fait pas une
objection contre l'analogie des phenoménes ,
Il eft permis aux Phyficiens de remonter
de l'atome aux Spheres céleftes : c'eft même
le fruit le plus folide & le plus glorieux
de leurs travaux de pouvoir appliquer les
expériences de leur cabinet au fyftéme du
monde,
DECEMBRE. 1745 .
75
Sic parvis componere magna folebant .
Il s'agit dans le 3e. article de l'émanation
des étincelles des corps électriques ,
que tout Paris a vûe chés M. l'Abbé Nollet.
M. le Cat compofe le centre de l'atmofphére
électrique de la matiere du feu &
de celle de la lumiere , ainfi il attribue les
étincelles que produifent ces corps aux vibrations
violentes , & à la collifion de cette
matiere entr'elle , & avec les particules fulphureufes
de la main de celui qui fait les
expériences. Nous ne pouvons le fuivre dans
les détails de ces explications.
Le quatrième article traite de la propagation
de l'Electricité , ou de la communication
de cet effet. On fçait que l'Electricité
le porte le long d'une corde à plus de
1250 pieds , furtout fi la corde eft mouillée.
Il faut foutenir cette corde fur des fils
de foye bien fecs.
I eft démontré par ces expériences , dit
M. le Cat , que l'émanation corpufculaire
qui forme l'atmofphére électrique , & que
le frottement excite , fe communique de
proche en proche à tous les corps dans lefquels
elle ne trouve point d'obſtacle , & cela
à de très- grandes diftances.
Le fluide actif & ſubtil du centre du tour-
Dij
74- MERCURE DE FRANCE.
billon électrique repouffe & foutient les
fluides groffiers de la circonférence , mais
raproquement ceux - ci contiennent les
premiers , les refferrent , & font comme leur
enveloppe, enforte qu'on peut regarder cette
circonférence élargie par le fluide du centre
qu'elle comprime , comme les parois d'un
ballon diftendu par l'air qu'il renferme.
Si vous pouffez deux ballons l'an contre
l'autre , ils ne feront que fe comprimer
& s'arrêter réciproquement. De même , fi
vous préfentez au tube ou au globe un
corps électrique , comme de la foye , de la
réfine , les deux atmosphéres porteront l'une
contre l'autre , & s'arrêteront ; il n'y aura
point de communication .
Si au contraire vous préfentez au corps
électrique du fer, une corde de chanvre , ou
toute autre fubftance non électrique , c'eftà
dire , qui n'a point d'atmofphére de
certe espece , c'eft comme fi vous pouffiez
contre le ballon de l'exemple précédent
une barre de fer , un corps pointu , qui en
crevant le ballon feroit échaper l'air le long
du corps dur qui en auroit percé l'enveloppe :
c'eft ainfi que les corps non électriques ,
qui font des corps nuds & pointus , en comparaison
de Patinofphére du corps électrique
, rompent cette atmofphére , ouvrent
un libre paffage à la matiere fubtile qui y
DECEMBRE 1745. 17
-
-
eft comme emprisonnée , & qui ne manque
pas de couler le long du corps qui lui a
ouvert cette prifon. Voilà le principe de la
propagation de l'Electricité , mais la grande
diftance où elle fe porte me perfuade que
cette communication ne fe fait point en
entier par une émanation qui foit toute aux
dépens du tube électrique , & qu'il en eft
un peu de la propagation de l'Electricité ,
comme de celle du fon & de la lumiere
qui fe fait par une communication de vibration
dans un fluide qui eft déja placé
entre le corps fonore ou lumineux & nous.
Il n'eft pas croyable qu'un fi petit inftrument
que le tube puifle fournir une atmofphére
à une corde de 1256 pieds , comme
celle que M. Dufay a employée dans cette
expérience , fans compter ce qui s'en perd
fur la route.
Il eft plus vraisemblable qu'une fufée de
matiere électrique ou ignée du tube écha
pée avec une forte d'impétuofité de la couche
extérieure qui la renferme , fe coulant
le long de cette corde , met en mouvement
& embrale , pour ainfi dire , la matiere
fubtile de la corde & des environs ,
qui
de concert avec cette fufée forme l'atmof
phére électrique de la corde.
On fufpend la corde avec des cordons
de foye , parce que la foye , qui eft électri-
Diji
78 MERCURE DE FRANCE.
que
que par elle même , a déja en elle de la
matière électrique , dont elle eft prefque
faoulée , comme difent les Chymiftes . Ainfi
lorfqu'il le préfente une atmofphére électrique
agitée , elle force bien un peu celle
dont la foye eft imbue , & elle s'empare
d'une petite étendue de cette foye , mais
arrêtée , comme on a dit , par le fluide qui
loge dans le refte de la foye , elle arrête
elle même le torrent électrique qui le fuit ,
& qui eft obligé de prendre une autre route ,
c'eft-à-dire , de fuivre la corde.
Si vous mouillez cette foye , vous éteignez
l'atmosphére qui fait obftacle à l'émanation
; vous empliffez les pores de cette
foye d'une liqueur antagoniſte , fur laquele
la matiere électrique coulera , comme l'eau
coule fur la toile cirée ou fur le papier
huilé. L'Electricité paffera donc le long des
cordons de foye mouillée , elle ira fe perdre
fur les corps aufquels la foye eft attachée ,
& elle ceffera de fe communiquer le long
de la corde de chanvre .
Si au contraire la foye eft bien féche ,
elle réfiftera fortement à la diffipation de
TElectricité qui reftera prefque toute dans
la corde. Cette corde qui conduit l'Electricité
, n'eft pas naturellement électrique , fi
vous la comparez à la foye , mais elle l'eft
pourtant un peu ; elle a une foible atmofDECEMBRE
1745.
phere qui ne laiſſe pas d'embarraffer l'émanation
électrique & d'en diminuer l'effet ;
en mouillant la corde vous éteignez cette
legere atmoſphere , vous donnez une pleine
liberté à la fufée électrique du tube de gliffer
le long de la corde , & d'y mettre en mouvement
la matiere fubtile qu'elle y rencontre.
La communication de l'Electricité à une
vingtaine d'hommes placés fur des gâteaux
de retine s'explique de la même façon. Si
ces hommes étoient fur le plancher , l'émanation
électrique s'y répandroit , & fe perdroit
dans la chambre . La réfine fur la
quelle ils font eft électrique , ainfi fon atmofphére
fait obftacle à la diffipation de
l'émanation du tube ou du globe.
M. le Cat explique enfuite comment l'Electricité
fe conferve des mois , des années
même , en enveloppant le corps électrique
avec du papier , de la flanelle & c. & il
finit ainfi fon Mémoire.
Comme toutes les vérités qu'on vient
d'expofer fur la propagation & la confervation
de l'Electricité , font des faits inconteſtables
, on peut dire que cet article eft le
triomphe de la Philofophie corpufculaire.
Les phenoménes de la fympathie même révoqués
en doute par la plupart des Phyficiens
ne deviennent pas trop admirables, auprès de
la propagation de l'Electricité .
D iiij
8. MERCURE DE FRANCE.
•
En général toutes les expériences qu'on
a faites fur le phenoméne que je traite , &
dont je n'ai donné qu'un Extrait fort abregé ,
me paroiffent des preuves continuelles de
la Phyfique Carthéfienne. Il eft fort heureux
Four cette Secte que l'Electricité fe foitmife
in vogue dans le tems même que le Newtonianifme
s'efforce d'étendre fon empire ;
& plus heureux encore pour la fublime fcience
de la Nature , que toutes les Nations de
l'Europe concourent à approfondir une matiere
qui confirme d'anciennes vérités , &
qui ouvre aux nouvelles découvertes une
voye dont on n'apperçoit pas encore le
terme.
Nous exhortons les Lecteurs à comparer
le fyftême de M. le Cat avec celui de
M. l'Abbé Nollet , que nous avons expofé
en rendant compte au public de la Séance
publique de l'Académie des Sciences. L'Extrait
de ce Mémoire eft dans le Mercure
d'Octobre ; rien n'eft plus utile & plus agréable
en tout genre de Littérature que ces
comparaifons.
M
ONSIEUR de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres a terminé la
Séance par la lecture d'une piéce en vers,dont
DECEMBRE 1745. 81
le fujet étoit Vau pour la paix ; & par .
l'annonce du Prix que voici .
L'Académie des Sciences , des Belles Lettres ,
& des Arts de Rouen propofe pour le sujet du
Prix de l'année 1746.
La fondation même du Prix alternatif
pour les Sciences & les Belles Lettres , par
M. le Duc de Luxembourg Gouverneur de
la Province de Normandie, & Protecteur de
l'Académie.
4
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. qui fera donnée à une Ode , ou
à une pièce de cent vers , qui , au jugement de
l'Académie,aura le mieux traité le sujet propofé.
Les Pieces feront admifes au concours juf
qu'au dernier Janvier 1746 , & le vainqueur
fera proclamé à la rentrée publique le
Mardi d'après la Quasimodo. Les Académiciens
en font exclus.
Les Auteurs mettront à leur Mémoire une
marque distinctive , comme Sentence , Devise on
fignature, laquelle fera couverte,& nefera déve
loppée qu'en cas quelapiéce foit jugée la meilleure
Ils auront l'auention d'adreffer leur piéce
franche de port, à M. de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres au College du Pape.
Le Prix fera délivré ou à l'Auteur même ;
ou au porteur d'une procuration de fa part ;
P'une ou l'autre représentant la marque diftinctive
avec Poriginal de la piece.
démie de Rouen.
EXTRAIT du Mémoire fur l'Electricité.
Onfieur le Cat Vice-Directeur de
Macadémie ,
Correfpondant de celle
des Sciences de Paris , Membre de la Société
Royale de Londres & de l'Académie
de Madrid , lut enfuite un Mémoire:
fur l'Electricité. M. le Cat avoit quelquesautres
Mémoires concernant la Phyfique du
corps humain qui fait fon obiet capital
mais l'Académie a préféré l'Electricité com
me un fujet plus propre à piquer la curio
fité d'une affemblée publique .
Les Anciens , dit M. le Cat , ont obfervé
que l'Ambre , lorſqu'il eft frotté , attire
la paille , le duvet & les autres corps
legers . ils appelloient l'Ambre Electrum ;
on a donc nommé Electricité cette proprieté
d'attirer les corps legers , qu'on
croyoit d'abord particuliere à l'Ambre , &
qu'on a reconnue depuis dans une infinité
d'autres efpeces de matieres , telles que la
cire d'Elpagae , la gomme copal , toutes les
refines , le verre , les pierres précieuſes , &
tous les corps tranfparens.
DECEMBRE 1745 .
63
M. le Cat fait enfaite une courte Hif
toire des découvertes de l'Electricité , & des
Sçavans qui s'y font diftingués.
ל כ
כ
5
38
ස
On feroit , ajoute-t - il , un fort gros vo--
fume des travaux de tous ces célébres Phyficiens
. Cette entrepriſe furpaffe de beaucoup
les bornes d'un Mémoire , où nous
ne pouvons que faire un choix de ce qu'il·
y a de plus intereffant fur cette matiere.
» Je me bornerai donc aux circonftances
capitales du phenoméne de l'Electricité. Je
choifirai parmi les expériences celles qui
font les plus propres à établir ces circonf-
» tances, & à dévoiler leurs cauſes. Enfin je tacheraidedévelopper
cette caufe . J'auroiscrû
» ne point remplir mes engagemens , fi je ne'
» vous avois montré des phenoménies curieux-
» que pour laiffer vos efprits dans une for-
» te de défefpoir' , & dans l'inquiétude hu-
» miliante de ne pouvoir les comprendre .
» Ces fortes de caufes , lors même qu'elles
» ne font que conjecturales,repréfentent plus
» fortement les phenoménes , dit M. de Fon-
» tenelle . D'ailleurs n'a- t- on pas acquis le
» droit de hazarder quelques pages de fyf--
» tême , quand on a amaffé des volumes
d'expériences ?
පා
ود
33
» Non feulement on s'eft affùré , continue:
» M.le Cat, qu'un grand nombre de matieres
» que les Anciens n'avoient pas ſoupçonnées›
* Hift. Acad. p. 3•
64 MERCURE DE FRANCE .
d'être électriques , comme l'Ambre , atti-
» roient cependant , comme lui , les corps
legers , mais encore on a découvert que
» toutes ces ſubſtances , après avoir attiré ces
corps legers , les repoufloient loin d'elles ;
ce qui établit déja dans le phenoméne de
l'Electricité deux effets oppofés, l'attraction
,, & la repulfion.
35
On s'elt avifé enfuite de frotter les fubftances
électriques dans l'obfcurité , & l'on
s'eft apperçu qu'elles jettoient des étincelles
de lumiere , & qu'ainfi le corps électrique
étoit une espece de phoſphore.
Enfin la curiofité à porté les Phyliciens
à examiner fi ces effets de l'Electricité ne
pouvoient pas fe communiquer à d'autres
corps qui ne fuffent pas naturellement électriques
, & ils ont trouvé que ces effets fe
communiquoient à tous les corps en général
fi l'on en excepte la flamme , & cela à des
diftances fort éloignées , & qu'il en étoit
prefque de l'Electricité , comme du fon &
de la lumiere .
Voilà les principaux effets qu'on a conftatés
jufqu'ici dans le phenoméne de l'Electricité
, fçavoir l'attraction , la repulſion , l'émanation
des étincelles , & la communication
ou propagation de tous ces effets. Ce
font eux qui font l'objet & la divifion de
ce Mémoire, M. Dufay s'étoit crû très-fondé
DECEMBRE.
1745. 85
à ajouter à ces circonftances unediftinction de
l'Electricité en deux efpeces, une particuliere
au verre & aux autres matieres vitrées , & une
autre propre à la cire d'Eſpagne & aux matieres
refineufes, mais pourfuitM.le Cat M.l'AbbéNolet,
dontla correſpondance m'a été trèsutile
dans les experiences fur l'Electricité ,
vient de m'avertir qu'il avoit des expériences
qui rendoient cette diftinction douteuſe ,
J'ai donc abandonné cette diftinction , ne
voulant raifonner ici que fur desfaits conftans.
M. le Cat fait autant d'articles qu'il vient
de diftinguer d'effets dans l'Electricité , &
chaque article a deux parties , dont la premiere
contient les expériences, & la feconde
l'explication . M. le Cat a non feulement
lu les procédés des expériences , mais
il les a encore exécutés dans cette même
affemblée publique , à l'exception de l'émanation
des étincelles qui demande un lieu
obfcur & des commodités trop difficiles
à fe procurer dans une fale immenfe , &
remplie à l'excès de fpectateurs.
Les effets capitaux de l'Electricité que les
expériences expofent , font très-connus , &
ils font fuffilamment défignés par l'énumération
précédente ; on nous diſpenſera donc
de les rapporter , pour nous attacher à ce
qu'il y a de neuf dans ce Mémoire , c'eſtà-
dire aux explications.
86 MERCURE DE FRANCE.
Voici comme M. le Cat explique l'attraction
des corps legers produite par le
tube , on l'Electricité proprement prife.
Perfonne n'ignore que les pores de tous
les corps font remplis d'une matiere extrê
mement déliée qu'on appelle communément
matiere fubtile , & fous le genre de laquelle
on peut comprendre la matiere du feu ,
& celle de la lumiere . On fçait que les corps
tranſparens , comme le verre , donnent un
fibre paffage à la lumiere , & que les corps
refineux , comme le fouphre , la poix , la
cire d'Efpagne font très- inflammables , c'eftà-
dire qu'ils contiennent beaucoup de matiere
de feu & de fubftance propre à lui
fervir d'aliment .
Les matieres vitrées & refineufes font
donc parmi les corps folides ceux où réfide
une plus grande quantité de matiere fubtile ,
& c'eft cette proprieté qui les rend électriques
par eux-mêmes , car lorfqu'on frotte
avec la main des corps auffi fournis de matiere
fubtile , on les échauffe , on met dans
un violent mouvement cette matiere deliée
dont ils font imbus : on y introduit encore
de ce feu actif qui anime nos liqueurs. Cet
amas de matiere fubtile vivement agitée fe
rarefie, occupé plus d'efpace autour du corps
fotté , autour du tube ; elle en écarte l'air
& les autres efpeces de matiere moins fube
DECEMBRE 1745. 67
و ت
tile qu'elle ; enfin elle forme autour du tube
une atmoſphére d'une étendue plus ou moins
grande , felon la quantité de la matiere ſubtile
agitée , & le dégré de fon agitation
& cette atmofphére eft compofée de matiere
dont la plus fubtile & la plus agitée eft
au centre , & la plus groffiere ou la moins
agitée , à la circonférence.
Cette matiere plus fubtile du centre pé
netre librement les corps , elle paffe au
travers fans beaucoup d'oppofition , & ne
fait prefque aucune impreffion fur eux . Ce
centie de l'atmosphére électrique eft donc
pour les corps legers une espece de vuide ,
où ils trouvent très-peu de réfilance , au
lieu que le fluide de la circonférence plus
groffier a de la prife fur ces corps , & leur fait
éprouver toute l'impulfion , tout le choc du
mouvement inteftin de fes particules agitées .
Donc toutes les fois qu'on enveloppera un
corps leger dans cette atmosphére , ou
qu'on l'expofera entre le centre & la circonférence
du tourbillon électrique , ce corps
leger fera néceffairement pouffé par cette
circonférence plus réfiftante vers le centre
où il y a pour lui une efpece de vuide ,
& un vrai défaut de réfiftance .
On peut oppoſer à cette explication une
expérience qui démontre que l'Electricité a
lieu dans le vuide , ou dans le récipient de
68 MERCURE DE FRANCE .
la machine pneumatique dont on a pompé
l'air , mais cette machine ne peut jamais
pomper exactement tout l'air du récipient
& en le fuppofant gratuitement , il n'eft pas
néceffaire que la circonférence de l'atmofphére
électrique foit compofée d'air , pour
produire le méchaniſme qu'on vient d'expofer;
il fuffit qu'elle foit faite d'une ma-
- tiere moins fubtile que le feu & la lumiere ;
or tous les Phyficiens conviendront qu'entre
le feu & l'air il doit y avoir un grand
nombre d'efpeces de matieres plus groffieres
que le feu , & plus fubtiles que l'air : c'eſt
de ces efpeces fubalternes de matiere que
fera compofée la circonférence du tourbillon
électrique dans le vuide de la machine pneumatique.
Voici des expériences qui nous apprennent
que , fi l'air groffier ne concourt pas
au phenoméne de l'Electricité , comme caufe
efficiente , au moins il y a quelque part .
Si l'on remplit un tube d'air comprimé ,
ou fi on l'en vuide en entier , il ne deviendra
point électrique , quelque vivement
qu'on le frotte,
On devine aifément que dans ces deux
cas l'air comprime la furface du tube , &
fait obftacle à l'expenfion de l'atmoſphere ,
& à la liberté des mouvemens néceſſaire à
l'Electricité.
y
DECEMBRE 1745 . 69
C'eft par la même raiſon que l'humidité
,
en éteignant le mouvement de la matiere
électrique eft le plus grand obftacle à ce
phenomene : c'eft pourquoi nous avons recommandé
que le tube foit bien fec , & nous
ajoutons que pour réuflir à ces expériences il
faut choifir un tems & un lieu fort fec. Muskenbrok
( pag. 257. ) ayant remarqué que
les vapeurs feules de la refpiration & de la
tranfpiration d'une affemblée nombreuſe
rendoient fouvent l'air affés humide pour les
faire manquer
.
L'Electricité eft foible dans un tems chaud,
& forte dans un tems froid & fec , comme
dans une belle gelée , par la même raiſon
que le feu a peu d'activité dans l'Eté , &
beaucoup dans l'Hyver. Dans un tems chaud
la matiere ignée s'étend trop , & fe difperfe
dans un air qui ne lui refifte point elle
doit donc faire moins d'impreffion . Dans un
tems froid & fec l'air environnant plus denfe
, plus refiftant, refferre la matiere ignée, la
tient raffemblée dans un inoindre efpace , où
elle a par conféquent un effet plus violent.
M. le Cat , qui previent le public que
ces expériences manquent ordinairement
dans les grandes affemblées , n'a pas laiffe
de les faire avec aflés de fuccès dans cette
affemblée publique , qui étoit des plus nombreufes
, mais la peine qu'il a été obligé
MERCURE DE FRANCE.
de fe donner pour les faire réuffir , a juftifié
fa précaution..
L'article fecond traite de la répulfion .
L'Electricité , dit M. le Cat , eft peutêtre
le feul phenoméne en Phyfique , qui
renferme dans les mêmes circonftances deux
effers auffi contradictoires que l'attraction
& répullion . Qu'un des pôles de l'aimant
attire le fer , tandis que l'autre le repoufle
il femble que c'eft une fuite naturelle de
Poppofition de ces pôles , mais que la même
region d'un tube attire & repouffe alternativement
tant de fois de fuite qu'on voudra
c'est une une fingularité aufli neuve que
furprenante .
Cette alternative d'effets oppofés eft auffi
ce qu'il y de a plus embaraflant dans ce
phenoméne. Voici comment M. le Cat réfout
ce probleme, "
Quand le corps leger eft attiré par le
tube vers le centre de fon atmosphére , la
matiere fubtile & agitée de ce centre rarefie
néceffairement ce que le petit corps apporte
avec lui d'air ou d'autres matieres plus
fubtiles , & melée avec ces matieres elle forme
un petit ballon élaftique , une atmofphére
comme celle du tube , par la même
méchanique qu'en frottant le tube , & rarefiant
par-là fes fluides , on lui fait une atmofphére
électrique.
DECEMBRE
ཏཝཱ , 1745.
La matiere du centre du tourbillon électrique
du tube plus fubtile & plus agitée que
celle de la circonférence a en elle mene
plus de force & de puiffance que cette derniere
, non feulement parce qu'elle eſt faite
de parties plus folides , & plus agitées
mais encore parce qu'elles fe donnent au
centre un appui réciproque. Le corps leger
dénué d'atmosphére ne reffent pas cette
fupériorité du centre du tourbillon électrique
du tube , parce que fa matiere poreufe
eft trop ouverte à fon paffage , & n'y oppofe
prefque aucune réfiftance . Mais dès
que ce petit corps fe trouve auffi environ
né d'une atmosphére électrique , qui a ce
corps même pour centre de fon mouvement
, la matiere fubtile du tube a prife contre
la matiere électrique pareille du corps
leger , & les mouvemens contraires de ces
deux atmosphéres portant l'un contre l'autre,
ne peuvent manquer de féparer ces corps ,
& de les porter auffi loin l'un de l'autre
que cette puiffance a d'étendue , d'autant
mieux que la circonférence grofliere de l'atmoſphere
dn corps leger doit s'appuyer fur
le tube qu'elle ne peut pénétrer , & qu'ainfi
lorfqu'elle fe développe tout à coup contre
le tube , elle doit faire élancer le corps leger ."
de deffus , comme par exploſion , & puilque
la matiere fubtile du centre de l'ate
2 MERCURE DE FRANCE.
mofphére électrique du tube , a le pouvoir
décarter vers la circonférence tout le fluide
groffier ou fubalterne , par la même raiſon
elle doit achever de pouffer & foutenir à
cette circonférence la couche groffere
& extérieure de l'atmosphére du corps leger
qui eft de même nature que le fluide
de cette circonférence .
foible
Si le tube n'eft pas beaucoup frotté , ou
peu électrique , fon atmoſphere trop
ue rarefiera point les fluides qui accompa
gnent la feuille d'or ; elle ne lui formera
point une atmosphére électrique , & ainfi
ce corps leger ne fera point repouffé de
deffus le tube.
Quoique le tube foit bien frotté , & très- ,
électrique , fi la feuille d'or fe trouve couchée
à plat fur le tube , elle n'en fera pas
repouffée , parce que fon application intime
avec les parois du tube produit un furcroit
d'attraction ou d'adherence , dont M,
le Cat a donné le méchaniſme ( pag. 335. )
du Traité des Sens , & parce que la matiere
du tube fait peut-être quelque obftacle à la
libre formation de l'atmofphére électrique
de la feuille d'or,
Nous pafferons quelques applications de
ces principes à des phenoménes particuliers
de l'Electricité pour venir aux conféquences
que tire M. le Car de cette doctrine.
La
DECEMBRE 1745. 73
La conftance , dit - il , avec laquelle l'atmofphére
du tube repouffe & foucient en
l'air dans un même éloignement la petite
atmoſphere de la feuille d'or électrifée , eft
pour le moins une image de la méchanique
qui tient les tourbillons des Planettes &
des Satellites à un éloignement déterminé
du centre de leur tourbillon , moteur , &
de l'impoffibilité de la chute de ces Planettes
dans ce centre .
Réciproquement on peut conclure de la
même analogie que toutes les Planettes ,
fans exception , celles mêmes dont la rotation
eft douteuse , & qu'on a foupçonnées
par là de n'avoir point de tourbillon , en
ont néceffairement un , ou au moins une
atmosphére , puifque fans cet accompagnement
elles ne pourroient fe foutenir , comme
elles font , dans une couche déterminée.
de la Sphere du tourbillon folaire , & que
comme la feuille d'or dépouillée de fon
atmoſphere tombe fur le tube , ces Planettes
fans tourbillon tomberoient dans le Soleil.
Cette application eft une raifon de plus
pour l'exiftence des tourbillons , & contre
le vuide de Newton , car l'atmosphére électrique
eft inconteftable , elle le fait entendre
par un petillement , on la voit par les
étincelles , elle fe manifefte à l'odorat par
une odeur de fouphre , au toucher même
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE,
par une espece de piqûure , & par un frottement
leger femblable à celui d'une toile
d'araignée .
On ne peut éluder ces conféquences qu'en
traitant de frivole la comparaifon faite entre
les corps céleftes & les corps électriques
ou électrifés , mais les Anglois même conviennent
de la jufteffe de cette analogie,
M. Gray , que j'ai déja cité , ne feint pas
d'appeller les corps iegers électrifés , & repouflés
, comme on vient de le dire , de
petites Plancies , & ce Phyficien étoit fi
charmé de cette idée , que dans une expérience
où , fans y penfer , cette idée conduifoit
fa main , il a crû voir une image &
une preuve de la circulation d'Orient en
Occident des Planetes autour du Soleil,
Quoiqu'il n'y ait pas lieu d'efpérer que l'Electricité
nous conduife fi loin , il me femble
au moins qu'on peut affurer avec M,
Dufay , que .... la vertu électrique influe
beaucoup plus qu'on ne penfe dans le méchanisme
de l'Univers. L'énorme difference qui
fe trouve entre les maffes ne fait pas une
objection contre l'analogie des phenoménes ,
Il eft permis aux Phyficiens de remonter
de l'atome aux Spheres céleftes : c'eft même
le fruit le plus folide & le plus glorieux
de leurs travaux de pouvoir appliquer les
expériences de leur cabinet au fyftéme du
monde,
DECEMBRE. 1745 .
75
Sic parvis componere magna folebant .
Il s'agit dans le 3e. article de l'émanation
des étincelles des corps électriques ,
que tout Paris a vûe chés M. l'Abbé Nollet.
M. le Cat compofe le centre de l'atmofphére
électrique de la matiere du feu &
de celle de la lumiere , ainfi il attribue les
étincelles que produifent ces corps aux vibrations
violentes , & à la collifion de cette
matiere entr'elle , & avec les particules fulphureufes
de la main de celui qui fait les
expériences. Nous ne pouvons le fuivre dans
les détails de ces explications.
Le quatrième article traite de la propagation
de l'Electricité , ou de la communication
de cet effet. On fçait que l'Electricité
le porte le long d'une corde à plus de
1250 pieds , furtout fi la corde eft mouillée.
Il faut foutenir cette corde fur des fils
de foye bien fecs.
I eft démontré par ces expériences , dit
M. le Cat , que l'émanation corpufculaire
qui forme l'atmofphére électrique , & que
le frottement excite , fe communique de
proche en proche à tous les corps dans lefquels
elle ne trouve point d'obſtacle , & cela
à de très- grandes diftances.
Le fluide actif & ſubtil du centre du tour-
Dij
74- MERCURE DE FRANCE.
billon électrique repouffe & foutient les
fluides groffiers de la circonférence , mais
raproquement ceux - ci contiennent les
premiers , les refferrent , & font comme leur
enveloppe, enforte qu'on peut regarder cette
circonférence élargie par le fluide du centre
qu'elle comprime , comme les parois d'un
ballon diftendu par l'air qu'il renferme.
Si vous pouffez deux ballons l'an contre
l'autre , ils ne feront que fe comprimer
& s'arrêter réciproquement. De même , fi
vous préfentez au tube ou au globe un
corps électrique , comme de la foye , de la
réfine , les deux atmosphéres porteront l'une
contre l'autre , & s'arrêteront ; il n'y aura
point de communication .
Si au contraire vous préfentez au corps
électrique du fer, une corde de chanvre , ou
toute autre fubftance non électrique , c'eftà
dire , qui n'a point d'atmofphére de
certe espece , c'eft comme fi vous pouffiez
contre le ballon de l'exemple précédent
une barre de fer , un corps pointu , qui en
crevant le ballon feroit échaper l'air le long
du corps dur qui en auroit percé l'enveloppe :
c'eft ainfi que les corps non électriques ,
qui font des corps nuds & pointus , en comparaison
de Patinofphére du corps électrique
, rompent cette atmofphére , ouvrent
un libre paffage à la matiere fubtile qui y
DECEMBRE 1745. 17
-
-
eft comme emprisonnée , & qui ne manque
pas de couler le long du corps qui lui a
ouvert cette prifon. Voilà le principe de la
propagation de l'Electricité , mais la grande
diftance où elle fe porte me perfuade que
cette communication ne fe fait point en
entier par une émanation qui foit toute aux
dépens du tube électrique , & qu'il en eft
un peu de la propagation de l'Electricité ,
comme de celle du fon & de la lumiere
qui fe fait par une communication de vibration
dans un fluide qui eft déja placé
entre le corps fonore ou lumineux & nous.
Il n'eft pas croyable qu'un fi petit inftrument
que le tube puifle fournir une atmofphére
à une corde de 1256 pieds , comme
celle que M. Dufay a employée dans cette
expérience , fans compter ce qui s'en perd
fur la route.
Il eft plus vraisemblable qu'une fufée de
matiere électrique ou ignée du tube écha
pée avec une forte d'impétuofité de la couche
extérieure qui la renferme , fe coulant
le long de cette corde , met en mouvement
& embrale , pour ainfi dire , la matiere
fubtile de la corde & des environs ,
qui
de concert avec cette fufée forme l'atmof
phére électrique de la corde.
On fufpend la corde avec des cordons
de foye , parce que la foye , qui eft électri-
Diji
78 MERCURE DE FRANCE.
que
que par elle même , a déja en elle de la
matière électrique , dont elle eft prefque
faoulée , comme difent les Chymiftes . Ainfi
lorfqu'il le préfente une atmofphére électrique
agitée , elle force bien un peu celle
dont la foye eft imbue , & elle s'empare
d'une petite étendue de cette foye , mais
arrêtée , comme on a dit , par le fluide qui
loge dans le refte de la foye , elle arrête
elle même le torrent électrique qui le fuit ,
& qui eft obligé de prendre une autre route ,
c'eft-à-dire , de fuivre la corde.
Si vous mouillez cette foye , vous éteignez
l'atmosphére qui fait obftacle à l'émanation
; vous empliffez les pores de cette
foye d'une liqueur antagoniſte , fur laquele
la matiere électrique coulera , comme l'eau
coule fur la toile cirée ou fur le papier
huilé. L'Electricité paffera donc le long des
cordons de foye mouillée , elle ira fe perdre
fur les corps aufquels la foye eft attachée ,
& elle ceffera de fe communiquer le long
de la corde de chanvre .
Si au contraire la foye eft bien féche ,
elle réfiftera fortement à la diffipation de
TElectricité qui reftera prefque toute dans
la corde. Cette corde qui conduit l'Electricité
, n'eft pas naturellement électrique , fi
vous la comparez à la foye , mais elle l'eft
pourtant un peu ; elle a une foible atmofDECEMBRE
1745.
phere qui ne laiſſe pas d'embarraffer l'émanation
électrique & d'en diminuer l'effet ;
en mouillant la corde vous éteignez cette
legere atmoſphere , vous donnez une pleine
liberté à la fufée électrique du tube de gliffer
le long de la corde , & d'y mettre en mouvement
la matiere fubtile qu'elle y rencontre.
La communication de l'Electricité à une
vingtaine d'hommes placés fur des gâteaux
de retine s'explique de la même façon. Si
ces hommes étoient fur le plancher , l'émanation
électrique s'y répandroit , & fe perdroit
dans la chambre . La réfine fur la
quelle ils font eft électrique , ainfi fon atmofphére
fait obftacle à la diffipation de
l'émanation du tube ou du globe.
M. le Cat explique enfuite comment l'Electricité
fe conferve des mois , des années
même , en enveloppant le corps électrique
avec du papier , de la flanelle & c. & il
finit ainfi fon Mémoire.
Comme toutes les vérités qu'on vient
d'expofer fur la propagation & la confervation
de l'Electricité , font des faits inconteſtables
, on peut dire que cet article eft le
triomphe de la Philofophie corpufculaire.
Les phenoménes de la fympathie même révoqués
en doute par la plupart des Phyficiens
ne deviennent pas trop admirables, auprès de
la propagation de l'Electricité .
D iiij
8. MERCURE DE FRANCE.
•
En général toutes les expériences qu'on
a faites fur le phenoméne que je traite , &
dont je n'ai donné qu'un Extrait fort abregé ,
me paroiffent des preuves continuelles de
la Phyfique Carthéfienne. Il eft fort heureux
Four cette Secte que l'Electricité fe foitmife
in vogue dans le tems même que le Newtonianifme
s'efforce d'étendre fon empire ;
& plus heureux encore pour la fublime fcience
de la Nature , que toutes les Nations de
l'Europe concourent à approfondir une matiere
qui confirme d'anciennes vérités , &
qui ouvre aux nouvelles découvertes une
voye dont on n'apperçoit pas encore le
terme.
Nous exhortons les Lecteurs à comparer
le fyftême de M. le Cat avec celui de
M. l'Abbé Nollet , que nous avons expofé
en rendant compte au public de la Séance
publique de l'Académie des Sciences. L'Extrait
de ce Mémoire eft dans le Mercure
d'Octobre ; rien n'eft plus utile & plus agréable
en tout genre de Littérature que ces
comparaifons.
M
ONSIEUR de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres a terminé la
Séance par la lecture d'une piéce en vers,dont
DECEMBRE 1745. 81
le fujet étoit Vau pour la paix ; & par .
l'annonce du Prix que voici .
L'Académie des Sciences , des Belles Lettres ,
& des Arts de Rouen propofe pour le sujet du
Prix de l'année 1746.
La fondation même du Prix alternatif
pour les Sciences & les Belles Lettres , par
M. le Duc de Luxembourg Gouverneur de
la Province de Normandie, & Protecteur de
l'Académie.
4
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de 300 liv. qui fera donnée à une Ode , ou
à une pièce de cent vers , qui , au jugement de
l'Académie,aura le mieux traité le sujet propofé.
Les Pieces feront admifes au concours juf
qu'au dernier Janvier 1746 , & le vainqueur
fera proclamé à la rentrée publique le
Mardi d'après la Quasimodo. Les Académiciens
en font exclus.
Les Auteurs mettront à leur Mémoire une
marque distinctive , comme Sentence , Devise on
fignature, laquelle fera couverte,& nefera déve
loppée qu'en cas quelapiéce foit jugée la meilleure
Ils auront l'auention d'adreffer leur piéce
franche de port, à M. de Premagny Secretaire
pour les Belles Lettres au College du Pape.
Le Prix fera délivré ou à l'Auteur même ;
ou au porteur d'une procuration de fa part ;
P'une ou l'autre représentant la marque diftinctive
avec Poriginal de la piece.
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6481
p. 82-83
A. M. le Marquis de Gontaut Colonel du Régiment de Biron & Brigadier des armées du Roi, sur son retour des Eaux de Barrege.
Début :
IL revit ce Marquis, l'objet de nos douleurs, [...]
Mots clefs :
Marquis, Lauriers, Santé, Eaux de Barrège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. M. le Marquis de Gontaut Colonel du Régiment de Biron & Brigadier des armées du Roi, sur son retour des Eaux de Barrege.
A M. le Marquis de Gontaut Colonel du
Régiment de Biron & Brigadier des
armées du Roi , fur fon retour des Eaux
de Barrege.
IL revit ce Marquis , l'objet de nos douleurs ,
Pour illuftrer encor fa belle deftinée .
Mufes , dont les doux fons raviffent tous les coeurs
Célebrez avec nous cette heureuſe journée.
why
O toi qui fur le Mein toujours ferme en ton rang ,
Bravant tous les périls, n'écoutant que la gloire ,
Te couvris de lauriers teints de ton propre fang ,
Tes maux font à la fin fortis de ta mémoire .
Le fçavant Taranger t'a rendu la fanté ;
Tes jours font un préfent de fon Art falutaire ,
par lui de nouveau ton bras fi néceffaire
Va t'ouvrir un chemin à l'Immortalité .
Et
Echapé comme toi de la fureur des parques
Ton rince s'applaudit de te revoir encor ;
La mort a respecté le plus grand des Monarques ;
Fuiffes-tu comme lui vivre autant que Neftor !
* Chirurgien en Chef des Hepitaux de Tournay.
DECEMBRE 1745. 83
Gontaut , toi qui forti d'une illuftre origine ,
Fais revivre à nos yeux tant de fameux guerriers ,
Digne fils des Birons , la France te deftine
Et les mêmes emplois & les mêmes lauriers.
Le Chevalier de C ....
Régiment de Biron & Brigadier des
armées du Roi , fur fon retour des Eaux
de Barrege.
IL revit ce Marquis , l'objet de nos douleurs ,
Pour illuftrer encor fa belle deftinée .
Mufes , dont les doux fons raviffent tous les coeurs
Célebrez avec nous cette heureuſe journée.
why
O toi qui fur le Mein toujours ferme en ton rang ,
Bravant tous les périls, n'écoutant que la gloire ,
Te couvris de lauriers teints de ton propre fang ,
Tes maux font à la fin fortis de ta mémoire .
Le fçavant Taranger t'a rendu la fanté ;
Tes jours font un préfent de fon Art falutaire ,
par lui de nouveau ton bras fi néceffaire
Va t'ouvrir un chemin à l'Immortalité .
Et
Echapé comme toi de la fureur des parques
Ton rince s'applaudit de te revoir encor ;
La mort a respecté le plus grand des Monarques ;
Fuiffes-tu comme lui vivre autant que Neftor !
* Chirurgien en Chef des Hepitaux de Tournay.
DECEMBRE 1745. 83
Gontaut , toi qui forti d'une illuftre origine ,
Fais revivre à nos yeux tant de fameux guerriers ,
Digne fils des Birons , la France te deftine
Et les mêmes emplois & les mêmes lauriers.
Le Chevalier de C ....
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6482
p. 5-6
LETTRE DE M. D. G.
Début :
Faire cesser la douleur qui vous mine [...]
Mots clefs :
Vers, Santé, Écrire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. D. G.
LETTRE de M. D. G.
FAire ceffer la douleur qui vous mine
Aifé feroit à Meffer Apollon.
Carbien fçavez que docte en Médecine
Autant eft-il qu'expert en Violon ,
Mais ne croyez qu'il s'empreffe à le faire.
Si l'ignorez , tout le noeud de l'affaire
Vous débrouiller puis- je de point en point ,
Trop m'êtes cher pour vouloir vous rien taire.
Oyez ; le Dieu ne me dédira point .
Lorsque vous plaît , fans fueur & fans peine
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vers excellens coulent de votre veine ,
Mais ne vous plaît jamais , fors quand le mal
Au lit vous tient . Lors , certes , c'eft merveille
Comme imez ; copie , original
Egalement enchantent notre oreille ;
Mais une fois lå fanté de retour ,
Adieu Phoebus , ferviteur à la Lyre :
Le coeur , l'efprit , le corps , tout ne refpire
Que le plaifir , la pareffe , & l'amour .
Vous voilà pris . Trifte eft la conjoncture ,
Car n'espérez qu'il penfe à votre cure ,
Tant que de vous Vers exquis & nouveaux
Croira tirer ; de femblables morceaux .
Sçavez qu'il eft friand outre meſure ,
Partant ne fçais pour foulager vos maux
Remede aucun , fors que fuiviez , beau fire ,
Le mien confeil dont bien vous adviendra .
Changer vous faut votre façon d'écrire ,
Prendre la mienne , & bien puis vous prédire
Que la fanté foudain vous reviendra .
FAire ceffer la douleur qui vous mine
Aifé feroit à Meffer Apollon.
Carbien fçavez que docte en Médecine
Autant eft-il qu'expert en Violon ,
Mais ne croyez qu'il s'empreffe à le faire.
Si l'ignorez , tout le noeud de l'affaire
Vous débrouiller puis- je de point en point ,
Trop m'êtes cher pour vouloir vous rien taire.
Oyez ; le Dieu ne me dédira point .
Lorsque vous plaît , fans fueur & fans peine
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Vers excellens coulent de votre veine ,
Mais ne vous plaît jamais , fors quand le mal
Au lit vous tient . Lors , certes , c'eft merveille
Comme imez ; copie , original
Egalement enchantent notre oreille ;
Mais une fois lå fanté de retour ,
Adieu Phoebus , ferviteur à la Lyre :
Le coeur , l'efprit , le corps , tout ne refpire
Que le plaifir , la pareffe , & l'amour .
Vous voilà pris . Trifte eft la conjoncture ,
Car n'espérez qu'il penfe à votre cure ,
Tant que de vous Vers exquis & nouveaux
Croira tirer ; de femblables morceaux .
Sçavez qu'il eft friand outre meſure ,
Partant ne fçais pour foulager vos maux
Remede aucun , fors que fuiviez , beau fire ,
Le mien confeil dont bien vous adviendra .
Changer vous faut votre façon d'écrire ,
Prendre la mienne , & bien puis vous prédire
Que la fanté foudain vous reviendra .
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6483
p. 6-8
REPONSE à la Lettre précédente.
Début :
Bien avez l'art de galamment écrire, [...]
Mots clefs :
Écrire, Champ, Clément Marot, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE à la Lettre précédente.
REPONSE à la Lettre précédente.
Bien
Ien avez l'art de galamment écrire ,
Et tiens pour fûr que le Roi des rimeurs
DECEMBRE. 1745.
7
Le bon Marot , ce maître du bien dire ,
Tranſmis vous a la fouveraine Lyre ,
Dont à bon droit il charmoit tous les coeurs ;
Mais à louer par trop êtes facile ,
>
Et m'ébahis comme en champ ſi ſtérile
Puiffent par vous germer fi belles fleurs
Or voyez bien que ce champ infertile ,
C'eft moi chetif , que votre Mufe habile
Sçait accoutrer des plus riches couleurs ,
Si que chacun me voyant de la forte
Ne fonge plus que je ne vau de rien ,
Et que moi- même , ou le Diable m'emporte ,
En vous lifant à peine m'en fouvien.
Vous dites donc en vos cajoleries
Que de Phoebus je ne dois espérer
De voir jamais mes fouffrances guéries ,
Tant que le mal qu'il me faut endurer ‚
Source fera de tant d'oeuvres cheries
C'eft -là le los dont vous plait m'honorer ,
Mais entre nous font- ce point mocqueries ?
Me pourriez-vous de bon jeu célébrer
Sihautement ? oui ce font joncheries ;
Or pouvez voir qu'en fait de tromperies
Ne ferai court & vous les rendrai bien .
Novice encor ne fuis en cet ufage ;
Défiez vous à donc de mon langage ;
Je vous le dis ; ne me croyez en rien
Hors en un point qui ne fera frivole ,
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Et ce point là franc comme Paladin ,
C'est quand mon coeur vous donnera parole
De vous aimer fans mefure & fans fin .
Bien
Ien avez l'art de galamment écrire ,
Et tiens pour fûr que le Roi des rimeurs
DECEMBRE. 1745.
7
Le bon Marot , ce maître du bien dire ,
Tranſmis vous a la fouveraine Lyre ,
Dont à bon droit il charmoit tous les coeurs ;
Mais à louer par trop êtes facile ,
>
Et m'ébahis comme en champ ſi ſtérile
Puiffent par vous germer fi belles fleurs
Or voyez bien que ce champ infertile ,
C'eft moi chetif , que votre Mufe habile
Sçait accoutrer des plus riches couleurs ,
Si que chacun me voyant de la forte
Ne fonge plus que je ne vau de rien ,
Et que moi- même , ou le Diable m'emporte ,
En vous lifant à peine m'en fouvien.
Vous dites donc en vos cajoleries
Que de Phoebus je ne dois espérer
De voir jamais mes fouffrances guéries ,
Tant que le mal qu'il me faut endurer ‚
Source fera de tant d'oeuvres cheries
C'eft -là le los dont vous plait m'honorer ,
Mais entre nous font- ce point mocqueries ?
Me pourriez-vous de bon jeu célébrer
Sihautement ? oui ce font joncheries ;
Or pouvez voir qu'en fait de tromperies
Ne ferai court & vous les rendrai bien .
Novice encor ne fuis en cet ufage ;
Défiez vous à donc de mon langage ;
Je vous le dis ; ne me croyez en rien
Hors en un point qui ne fera frivole ,
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Et ce point là franc comme Paladin ,
C'est quand mon coeur vous donnera parole
De vous aimer fans mefure & fans fin .
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6484
p. 50-52
ODE.
Début :
Quel bruit frappe ici mon oreille ! [...]
Mots clefs :
Terre, Bruit, Univers, Monarque, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE.
O DE.
Uel bruit frappe ici mon oreille !
J'entens par tout de doux concerts ;
Quelle et donc la grande merveille
Qui s'opere dans l'Univers ?
Que notre Monarque s'empare
Des Villes d'un Roi qui s'égare ,
Pour moi je n'en fuis pas furpris ;
Il n'est point pour lui de barriere ;
De fa valeur la terre entiere
Ne feroit que le juſte prix.
François , en fuivant un tel guide ,
Vous ferez à jamais heureux ;
Minerve à fes Confeils préfide ;
DECEMBRE 1743
11 eft le favori des Dieux .
Mars n'eft plus le Dieu de la guerre,
LOUIS l'efface fur la terre ;
Son nom vele en tous les climats ;
Le bruit feul de fa renommée
Fait plus que l'innombrable armée
De tous les autres Potentâts .
Sur fon front , trône de la gloire ,
Sont gravés fes fameux exploits ;
Et de la main de lavictoire
Il eft feul couronné des Rois .
Tout l'Univers fçait que la Parque ,
Prête à frapper ce grand Monarque
Le reconnut pour immortel ;
Puifqu'elle a refpecté ſa vie ,
Il n'eft aucun trait de l'envie
Qui l'empêche d'être éternel.
Fut- il Héros plus redoutable ,
Plus magnanime fous les Cieux ?
Fut-il un vainqueur plus aimable ,
D'un coeur plus grand , plus généreux ?
Qu'il regne fur la terre & l'onde ;
Qu'il foit maître de tout le monde ;
Qu'il ait du Ciel mille faveurs !
Vive LOUIS plein de clémence ,
C ij
12 MERCURE DE FRANCE,
L'augufte foutien de la France ;
Vive le Roi de tous les coeurs !
Uel bruit frappe ici mon oreille !
J'entens par tout de doux concerts ;
Quelle et donc la grande merveille
Qui s'opere dans l'Univers ?
Que notre Monarque s'empare
Des Villes d'un Roi qui s'égare ,
Pour moi je n'en fuis pas furpris ;
Il n'est point pour lui de barriere ;
De fa valeur la terre entiere
Ne feroit que le juſte prix.
François , en fuivant un tel guide ,
Vous ferez à jamais heureux ;
Minerve à fes Confeils préfide ;
DECEMBRE 1743
11 eft le favori des Dieux .
Mars n'eft plus le Dieu de la guerre,
LOUIS l'efface fur la terre ;
Son nom vele en tous les climats ;
Le bruit feul de fa renommée
Fait plus que l'innombrable armée
De tous les autres Potentâts .
Sur fon front , trône de la gloire ,
Sont gravés fes fameux exploits ;
Et de la main de lavictoire
Il eft feul couronné des Rois .
Tout l'Univers fçait que la Parque ,
Prête à frapper ce grand Monarque
Le reconnut pour immortel ;
Puifqu'elle a refpecté ſa vie ,
Il n'eft aucun trait de l'envie
Qui l'empêche d'être éternel.
Fut- il Héros plus redoutable ,
Plus magnanime fous les Cieux ?
Fut-il un vainqueur plus aimable ,
D'un coeur plus grand , plus généreux ?
Qu'il regne fur la terre & l'onde ;
Qu'il foit maître de tout le monde ;
Qu'il ait du Ciel mille faveurs !
Vive LOUIS plein de clémence ,
C ij
12 MERCURE DE FRANCE,
L'augufte foutien de la France ;
Vive le Roi de tous les coeurs !
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6485
p. 71-74
LE QUARTIER D'HYVER. ODE.
Début :
Loin d'ici l'affreuse Bellonne ; [...]
Mots clefs :
Concerts, Bellone, Louis, Mars
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE QUARTIER D'HYVER. ODE.
LE QUARTIER D'HIVER.
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
Fermer
6486
p. 145-148
Huitiéme suite des Réflexions sur les Ballets.
Début :
Si l'Allegorie régne heureusement dans plusieurs de nos anciens Ballets, nous [...]
Mots clefs :
Ballet, Amour, Auteur, Entrée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Huitiéme suite des Réflexions sur les Ballets.
Huitièmeſuitedes Réflexions ſur les Ballets.
,
Si l'Allegorie régne heureuſement dans
pluſieurs de nos anciens Ballets nous
en avons un moderne où la Métaphyfique
tient dignement ſaplace. Il porte le titre
desAmours deguises, titre que fûrement l'Aureur
ne ſçavoit pas avoir été déja employé
dans la jeuneſle de Louis XIV. quand il crut
l'avoir inventé , cependant malgré la reſſemblance
du titre , voici une difference bien
effentielleentre ces deux ouvrages; dans l'ancien
Ballet , ce ſont lesAmours Personifi's ,
le.s Amours Dieux qui occupent le Théatre ,
dans le nouveau il eſt rempli par les ſentimens
déguiſés de l'Amour Paſſion; maſcarade
affés familiere dans le coeur feminin. Voici
comme l'Auteur des paroles s'en explique
dans ſon avertiſſement. Les déguisemens de
IAmour ſontſi ordinaires qu'il ne se montre
plus tel qu'il est ; bien des coeurs qui le reçoi
vent lorſqu'il s'introduit ſous le nom d'une
autre passion , le rejetteroient d'abord s'il se
présentoit ſous leſien : c'est ce qui l'engagefouvent
à ſe ſervir d'un artifice qui lui réuffit
toujours.
Dans la premiere entrée de ce Ballet
Phaetuſe fille du Soleil croit avoit de la haine
pour Diomede Prince Grec que les vents
G
145 MERCURE DE FRANCE.
:
ont arrêté dans ſon Iſle à ſon retour du
long & fameux ſfiége de Troye , & cette
haine quiparoît violente & implacable eſt
un véritable Amour déguiſé que le peril de
fon objet démaſque ſubitement.
Dans la ſeconde entrée none Nymphe
duMont Ida ſe figure n'avoir que de l'amitié
pour Paris Berger , fils du Roi Priam ,
ignorant ſa naiſſance. On trouve dans l'Eglogue
ingénieuſe du célébre M. de Fontenelle
le germe de cette entrée, & l'Iſmene
de l'Auteur enjoué & ſçavant de la Pluralité
des Mondes a toute la phiſionomie de
l'Enone du Ballet des Amours déguiſés .
Dans la troiſiéme entrée qui peint l'Amour
ſous le nom de l'Eſtime , la Princeſſe
Julie fille d'Auguſte dit à ſa confidente ;
L'Amour charmé de me ſurprendre,
Sous le nom de l'Eſtime a ſéduit ma fierté ;
En le reconnoiſſant j'ai voulu m'en défendre,
Mon coeur étoit déja dompté :
Si on nevoit pas dans ce ſujet - là un
Amour qui ſe déguiſe , on y voit du moins
unAmour qui ſe démaſque ; quand ce Ballet
parut , on accuſa cet Acte d'être trop
ſimple , ſans fituation &nullement confor-.
me au plan adapté , & ce reproche fut fait
par des Critiques impoſans , par des com-
G
4
JANVIER 1746. 147
noiffeurs écoutés & ſuivis: le ſuccès éclatant
les démentit hautement. L'Auteur leur
avoit déja répondu en ſe justifiant , avant la
premiere repréſentation, qu'un ſimple Che
valier Romain faiſant une déclaration galante
à la plus grande Princeſſe de l'Univers,
connu dans des termes délicats & dignes
de fixer l'attention des Auditeurs & d'intérefſer
leur curiofité , lui ſembloit une ſituation
affés piquante. Dans cette ſcéne
Ovide & Julie s'avouent réciproquement
leur tendreſſe , ſans ſe ſervir de toutes les
phrafes ufées ſur le Théatre en pareille occafion.
,
Onnefera peut-être pas fachéde trouver
ici un fait fingulier qui concene cet
Opéra , c'eſt que ſa premiere repréſentation
futhonorée de la préſence de la jeune Cour
de ce temps-là , compoſée du Roi d'Angleterre,
de S. A. R M. le Duc d'Orléans
de S. A. S. M. le Duc de Berry , de S. A.S.
Madame Ducheſſe de Berry , & de leur
brillante ſuite , qui ſouperent dans les loges
même du Spectacle : c'étoit nn ambigu qui
leur fut ſervi entre la ſeconde & la troiſiéme
entrée; l'Orcheſtrejouades ſymphonies pendant
ce repas , qui fut couronné par l'exécution
de l'acte d'Ovide & de Julie , qui
reçut des applaudiſſemens prodigieux. De
L'Opera cette Illuſtre compagnie ſe rene
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
dit à la Foire S. Laurent où après avoir
Parcouru ce qui pouvoit s'y voir , elle entra
à minuit dans la ſale de l'Opéra Comique
où elle fut amuſée par une piécede la
compofition de l'Auteur des paroles du Ballet
que venoit de repréſenter l'Académie
Royale de Muſique ; ainſi cet Auteur eut
l'avantage de divertir deux fois dans le méme
jour ſur deux Théatres tout à fait differens
la Cour la plus éclairée de l'Europe,
Anecdote rare , & ce qu'il y a de plus rarę
encore , c'eſt que la protection ne conduifit
point ce reſpectable auditoire aux Spec
tacles qu'il vilita.
,
Si l'Allegorie régne heureuſement dans
pluſieurs de nos anciens Ballets nous
en avons un moderne où la Métaphyfique
tient dignement ſaplace. Il porte le titre
desAmours deguises, titre que fûrement l'Aureur
ne ſçavoit pas avoir été déja employé
dans la jeuneſle de Louis XIV. quand il crut
l'avoir inventé , cependant malgré la reſſemblance
du titre , voici une difference bien
effentielleentre ces deux ouvrages; dans l'ancien
Ballet , ce ſont lesAmours Personifi's ,
le.s Amours Dieux qui occupent le Théatre ,
dans le nouveau il eſt rempli par les ſentimens
déguiſés de l'Amour Paſſion; maſcarade
affés familiere dans le coeur feminin. Voici
comme l'Auteur des paroles s'en explique
dans ſon avertiſſement. Les déguisemens de
IAmour ſontſi ordinaires qu'il ne se montre
plus tel qu'il est ; bien des coeurs qui le reçoi
vent lorſqu'il s'introduit ſous le nom d'une
autre passion , le rejetteroient d'abord s'il se
présentoit ſous leſien : c'est ce qui l'engagefouvent
à ſe ſervir d'un artifice qui lui réuffit
toujours.
Dans la premiere entrée de ce Ballet
Phaetuſe fille du Soleil croit avoit de la haine
pour Diomede Prince Grec que les vents
G
145 MERCURE DE FRANCE.
:
ont arrêté dans ſon Iſle à ſon retour du
long & fameux ſfiége de Troye , & cette
haine quiparoît violente & implacable eſt
un véritable Amour déguiſé que le peril de
fon objet démaſque ſubitement.
Dans la ſeconde entrée none Nymphe
duMont Ida ſe figure n'avoir que de l'amitié
pour Paris Berger , fils du Roi Priam ,
ignorant ſa naiſſance. On trouve dans l'Eglogue
ingénieuſe du célébre M. de Fontenelle
le germe de cette entrée, & l'Iſmene
de l'Auteur enjoué & ſçavant de la Pluralité
des Mondes a toute la phiſionomie de
l'Enone du Ballet des Amours déguiſés .
Dans la troiſiéme entrée qui peint l'Amour
ſous le nom de l'Eſtime , la Princeſſe
Julie fille d'Auguſte dit à ſa confidente ;
L'Amour charmé de me ſurprendre,
Sous le nom de l'Eſtime a ſéduit ma fierté ;
En le reconnoiſſant j'ai voulu m'en défendre,
Mon coeur étoit déja dompté :
Si on nevoit pas dans ce ſujet - là un
Amour qui ſe déguiſe , on y voit du moins
unAmour qui ſe démaſque ; quand ce Ballet
parut , on accuſa cet Acte d'être trop
ſimple , ſans fituation &nullement confor-.
me au plan adapté , & ce reproche fut fait
par des Critiques impoſans , par des com-
G
4
JANVIER 1746. 147
noiffeurs écoutés & ſuivis: le ſuccès éclatant
les démentit hautement. L'Auteur leur
avoit déja répondu en ſe justifiant , avant la
premiere repréſentation, qu'un ſimple Che
valier Romain faiſant une déclaration galante
à la plus grande Princeſſe de l'Univers,
connu dans des termes délicats & dignes
de fixer l'attention des Auditeurs & d'intérefſer
leur curiofité , lui ſembloit une ſituation
affés piquante. Dans cette ſcéne
Ovide & Julie s'avouent réciproquement
leur tendreſſe , ſans ſe ſervir de toutes les
phrafes ufées ſur le Théatre en pareille occafion.
,
Onnefera peut-être pas fachéde trouver
ici un fait fingulier qui concene cet
Opéra , c'eſt que ſa premiere repréſentation
futhonorée de la préſence de la jeune Cour
de ce temps-là , compoſée du Roi d'Angleterre,
de S. A. R M. le Duc d'Orléans
de S. A. S. M. le Duc de Berry , de S. A.S.
Madame Ducheſſe de Berry , & de leur
brillante ſuite , qui ſouperent dans les loges
même du Spectacle : c'étoit nn ambigu qui
leur fut ſervi entre la ſeconde & la troiſiéme
entrée; l'Orcheſtrejouades ſymphonies pendant
ce repas , qui fut couronné par l'exécution
de l'acte d'Ovide & de Julie , qui
reçut des applaudiſſemens prodigieux. De
L'Opera cette Illuſtre compagnie ſe rene
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
dit à la Foire S. Laurent où après avoir
Parcouru ce qui pouvoit s'y voir , elle entra
à minuit dans la ſale de l'Opéra Comique
où elle fut amuſée par une piécede la
compofition de l'Auteur des paroles du Ballet
que venoit de repréſenter l'Académie
Royale de Muſique ; ainſi cet Auteur eut
l'avantage de divertir deux fois dans le méme
jour ſur deux Théatres tout à fait differens
la Cour la plus éclairée de l'Europe,
Anecdote rare , & ce qu'il y a de plus rarę
encore , c'eſt que la protection ne conduifit
point ce reſpectable auditoire aux Spec
tacles qu'il vilita.
Fermer
6488
p. 142
TRADUCTION.
Début :
Dans mon propre travail, lecteur, je cesse d'être ; [...]
Mots clefs :
Bombyx
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION.
TRADUCTION,
Ans mon propre travail , lecteur , je ceſſe
d'être ;
Je creuſe mon tombeau , mais on me voit renaître ,
Et par l'étrange fort
De mon ame afſervie ,
Je n'occupe ma vie
Qu'à filerlentement la trame de ma mort.
Ans mon propre travail , lecteur , je ceſſe
d'être ;
Je creuſe mon tombeau , mais on me voit renaître ,
Et par l'étrange fort
De mon ame afſervie ,
Je n'occupe ma vie
Qu'à filerlentement la trame de ma mort.
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6490
p. 143
AENIGMA.
Début :
Natus in igne fui, periturus in igne vicissim : [...]
Mots clefs :
Carbo ligneus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AENIGMA.
ÆNIGMA,
Atus in igne fui , periturus in igne viciſſim ;
Sylvas assumpsi , dignus in igne mori,
Atus in igne fui , periturus in igne viciſſim ;
Sylvas assumpsi , dignus in igne mori,
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6491
p. 143-144
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis très-meutrier. Six pieds forment mon corps ; [...]
Mots clefs :
Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E ſuis très - meutrier. Sixpieds forment mon
corps ;
Combien d'ames par moi s'en vont aux fombres
bords!
Mon chef eſt une Ville au ſein de l'Arabie :
¥44 MERCURE DE FRANCE.
Eny joignant mon col , autre en la Natolie.
Ma queue eft utile au Baudet
Je porte dans mon fein un terme très-ſujet ,
Ami lecteur , à la rature ,
Un terme au jeu d'échets ; êtes vous curieux ?
Vous devinerez ma ſtructure ,
En entrant dans le champ du plus ſanglant des
Dieux.
Follet Musfacien de l'Eglise d' Angers.
E ſuis très - meutrier. Sixpieds forment mon
corps ;
Combien d'ames par moi s'en vont aux fombres
bords!
Mon chef eſt une Ville au ſein de l'Arabie :
¥44 MERCURE DE FRANCE.
Eny joignant mon col , autre en la Natolie.
Ma queue eft utile au Baudet
Je porte dans mon fein un terme très-ſujet ,
Ami lecteur , à la rature ,
Un terme au jeu d'échets ; êtes vous curieux ?
Vous devinerez ma ſtructure ,
En entrant dans le champ du plus ſanglant des
Dieux.
Follet Musfacien de l'Eglise d' Angers.
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6492
p. 144-145
AUTRE.
Début :
Je vais me présenter sous differens portraits ; [...]
Mots clefs :
Charpentier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E vais me préſenter ſous differens portraits ,
Lecteur , de tous examine les traits.
Mon métier eſt méchanique ;
En diviſant mon corps tu verras mille attraits .
Dans cinq lettres je t'offre Inſtrumentde Muſique ,
Bien annuel que chacun veut avoir ,
Et qu'un Solitaire mépriſe ;
Certain ornement de l'Egliſe
Qu'un Chantre fait toujours valoir.
Matiere qui pour ton uſage
Reçut du Créateur un ſecret avantage.
On me dorine au Potier ,
Il me forme , il me cuit : après un tel ouvrage
Dans ſept lettres j'en fors Inſtrumentdeménage.
Je
e;
:
:
145
ître.
cchus.
smon
Cieux;
erre
ables
FEVRIER 1746. 145
Je parois enſuite inftrument
Qui doit au tabac ſa naiſſance ,
Je ſuis même un Grand de France ;
Par un nouvel arrangement ,
En huit lettres , de l'aſſemblée
Des Chanoines je prends le nom :
J'en fors ,& pire que Prothée ,
Dans fix j'accable un voleur en priſon :
Lecteur pour mieux paroître ,
Raſſemble ta combinaiſon ,
Onze lettres en tout me vont faire connoître.
Par L. D. de Magny.
E vais me préſenter ſous differens portraits ,
Lecteur , de tous examine les traits.
Mon métier eſt méchanique ;
En diviſant mon corps tu verras mille attraits .
Dans cinq lettres je t'offre Inſtrumentde Muſique ,
Bien annuel que chacun veut avoir ,
Et qu'un Solitaire mépriſe ;
Certain ornement de l'Egliſe
Qu'un Chantre fait toujours valoir.
Matiere qui pour ton uſage
Reçut du Créateur un ſecret avantage.
On me dorine au Potier ,
Il me forme , il me cuit : après un tel ouvrage
Dans ſept lettres j'en fors Inſtrumentdeménage.
Je
e;
:
:
145
ître.
cchus.
smon
Cieux;
erre
ables
FEVRIER 1746. 145
Je parois enſuite inftrument
Qui doit au tabac ſa naiſſance ,
Je ſuis même un Grand de France ;
Par un nouvel arrangement ,
En huit lettres , de l'aſſemblée
Des Chanoines je prends le nom :
J'en fors ,& pire que Prothée ,
Dans fix j'accable un voleur en priſon :
Lecteur pour mieux paroître ,
Raſſemble ta combinaiſon ,
Onze lettres en tout me vont faire connoître.
Par L. D. de Magny.
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6493
p. 153-157
Neuviéme suite des Reflexions sur les Ballets.
Début :
Nous avons un Ballet plus récent du même Auteur, intitulé les Fêtes Grecques & [...]
Mots clefs :
Ballet, Apollon, Danse, Roi, Muse, Scène
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Neuviéme suite des Reflexions sur les Ballets.
Neuvième ſuite des Reflexions ſur les Ballets.
Nous avons un Ballet plus récent du même
Auteur intitulé les Fêtes Grecques
Romaines , dont le Prologne contient un
morceaude danſe pittoreſque qui a toujours
été fort applaudi & dans fa premiére répréſentation
& dans les repriſes nombreuſes
de ce Ballet Hiſtorique , qui a été mis
enMuſique par M. Collin de Blamont Sur-
Intendant de la Muſique de la Chambre du
Roi.
LaDécoration de ce Prologue repréſente
au fond le Temple de Mémoire orné de
Statues des Grands Hommes & d'Inſcriptions
à leur louange. On y arrive par une
grande & magnifique place décorrééee dans
le même goût.
Les Eleves d'EratoMuſe de la Muſique s'y
trouvent raſſemblés par l'ordre d'Apollon
pour ſeconder les deſſeins de la Mufede
Hiſtoire , qui s'explique ainſi.
CLIO.
vous qui conſacrez votre aimable génie
A la Muſe de l'Harmonie ,
Répondez à mes veux , ſecondez ſes efforts ;
Apollon vous raſſemble au Temple de Mémoire ;
Gy
$ 54 MERCURE DE FRANCE.
Pour les Héros ſignalés dans l'Hiſtoire
Je vous demande des accords ;
Des Guerriers fabuleux c'eſt trop chanter la
Gloire ;
Hatez vous d'éprouver de plus nebles tranſports.
Sur la fin de cette Scéne Apollon furvient.
Sa préſence réjouit les deux Muſes .
Ce Dieu qui connoit le goût de notre ſiécle
pour la danſe & qui n'a pas beſoin pour
cette connoiſlance d'être l'Oracle de Delphes
& de Delos , leur dit.
APOLLON.
Vous allez expoſer ſur la Lyrique Scéne
Des Heros, l'ornement & de Rome & d'Athéne ;
Non , ce n'est pas affés de vos charmans concertsi
Une Muſe vous manque encore ,
Croyez vous réunir les fuffrages divers ,
Sans le ſecours de Terpſicore ?
C'eſt en vain qu'aujourd'hui des chants mélodieux
Sur la Scéne appellent les Graces ;
Si la danſe n'amuſe & ne charme les yeux ,
L'ennui ſuit les plaiſirs& vole ſur leurs traces.
Terpficore paroît à la tête de tous ſes
éleves differemment habillés & caractériſés .
Une chacone gracieuſe & variée les amene ,
& leur aimable Divinité exprime differentes
FEVRIER 1746. 155
paſſions par ſes pas &ſes attitudes.Apollon&
Erato célebrent ſes talens par ces vers.
Qu'elle danſe vive & légere !
Les jeux , les ris vous ſuivent tous ,
Muſe brillante , auprès de vous
On voit plus d'Amours qu'à Cythere.
ر
Tous peignez ànosyeux les tranſports des amans ,
Les tendres ſoins , la flateuſe eſpérance ,
Le deſeſpoir jaloux , la cruelle vengeance
Tous vos pas ſont des ſentimens.
Zéphire vole fur vos traces
Plus vif que dans les plus beaux jours;
Vos pas enviés par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours .
:
Ce Ballet toujours applaudi depuis fa
naiffance fut preſque rejerté à la derniere
répétition qui s'en fit fur le Théatre de
l'Opéra , & Mlle. Prevőt qui en a établi le
ſuccès ſe rendoit à l'erreur de la critique .....
*Cet éloge donné à Terpsicore doit être une leç6o1n3
pour ses favoris , de qui la danse denuée d'ordre S
d'expreſſion n'est souvent qu'un tiſſu de pas inspirés par
le caprice , &fans aucune analogie avec le perſonnage
du danseur qui les exécute .
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
mais ſupprimons le détail d'un fait quí
n'honore pas le diſcernement des arbitres de
ce tems- là ; contentons nous de dire que
cet heureux Ballet a été depuis exécuté avec
un ſuffrage univerſel par Mile. Camargo , la
charmante Mlle. Barbarine & la jeune Mlle.
Cauchois; ces deux dernieres danſeuſes brillent
à préſent à la Cour de Pruſſe.
Il y a une anecdote qui concerne les Fêtes
Grecques & Romaines que nous allons
développer ici , c'eſt que cet ouvrage étoit
deſtiné pour le Théatre du Louvre; le Vainqueur
de Fontenoy devoity danſer ſous le
nom du Vainqueur d'Actium , & Louis XV.
auroit repréſenté Auguſte amené chés Mecéne
par la Fête des Saturnales , mais il
fut alors décidé , malheureuſement pour les
Auteurs de ce Ballet , mais très-heureuſement
pour le reſte de la France , que le
Roi ne s'occuperoit plus des amuſemens
frivoles , & qu'il commenceroit dès - lors
cette illuſtre carriere où il a ſemé depuis
tant de lauriers & tant de vertus. On ſçait
que la Fête des Saturnales confondoit chés
les Romains les Maîtres & les Eſclaves ;
pouvoit-on choiſir un divertiſſement plus
convenable pour mêler un Roi puiſſant avec
fes ſujets , &mieux introduire le Monarque
qui fait les délices de la France que ſous le
FEVRIER
1746. 154
nom de l'Empereur qui fonda la félicité de l'Empire de Rome ? Ce parallele admet
pourtant une difference conſidérable en ce que la vieilleſſe d'Auguſte , toute vertueuſe qu'elle fut , eſt effacée par la jeuneſſe de
Louis XV .
Nous avons un Ballet plus récent du même
Auteur intitulé les Fêtes Grecques
Romaines , dont le Prologne contient un
morceaude danſe pittoreſque qui a toujours
été fort applaudi & dans fa premiére répréſentation
& dans les repriſes nombreuſes
de ce Ballet Hiſtorique , qui a été mis
enMuſique par M. Collin de Blamont Sur-
Intendant de la Muſique de la Chambre du
Roi.
LaDécoration de ce Prologue repréſente
au fond le Temple de Mémoire orné de
Statues des Grands Hommes & d'Inſcriptions
à leur louange. On y arrive par une
grande & magnifique place décorrééee dans
le même goût.
Les Eleves d'EratoMuſe de la Muſique s'y
trouvent raſſemblés par l'ordre d'Apollon
pour ſeconder les deſſeins de la Mufede
Hiſtoire , qui s'explique ainſi.
CLIO.
vous qui conſacrez votre aimable génie
A la Muſe de l'Harmonie ,
Répondez à mes veux , ſecondez ſes efforts ;
Apollon vous raſſemble au Temple de Mémoire ;
Gy
$ 54 MERCURE DE FRANCE.
Pour les Héros ſignalés dans l'Hiſtoire
Je vous demande des accords ;
Des Guerriers fabuleux c'eſt trop chanter la
Gloire ;
Hatez vous d'éprouver de plus nebles tranſports.
Sur la fin de cette Scéne Apollon furvient.
Sa préſence réjouit les deux Muſes .
Ce Dieu qui connoit le goût de notre ſiécle
pour la danſe & qui n'a pas beſoin pour
cette connoiſlance d'être l'Oracle de Delphes
& de Delos , leur dit.
APOLLON.
Vous allez expoſer ſur la Lyrique Scéne
Des Heros, l'ornement & de Rome & d'Athéne ;
Non , ce n'est pas affés de vos charmans concertsi
Une Muſe vous manque encore ,
Croyez vous réunir les fuffrages divers ,
Sans le ſecours de Terpſicore ?
C'eſt en vain qu'aujourd'hui des chants mélodieux
Sur la Scéne appellent les Graces ;
Si la danſe n'amuſe & ne charme les yeux ,
L'ennui ſuit les plaiſirs& vole ſur leurs traces.
Terpficore paroît à la tête de tous ſes
éleves differemment habillés & caractériſés .
Une chacone gracieuſe & variée les amene ,
& leur aimable Divinité exprime differentes
FEVRIER 1746. 155
paſſions par ſes pas &ſes attitudes.Apollon&
Erato célebrent ſes talens par ces vers.
Qu'elle danſe vive & légere !
Les jeux , les ris vous ſuivent tous ,
Muſe brillante , auprès de vous
On voit plus d'Amours qu'à Cythere.
ر
Tous peignez ànosyeux les tranſports des amans ,
Les tendres ſoins , la flateuſe eſpérance ,
Le deſeſpoir jaloux , la cruelle vengeance
Tous vos pas ſont des ſentimens.
Zéphire vole fur vos traces
Plus vif que dans les plus beaux jours;
Vos pas enviés par les Graces ,
Sont applaudis par les Amours .
:
Ce Ballet toujours applaudi depuis fa
naiffance fut preſque rejerté à la derniere
répétition qui s'en fit fur le Théatre de
l'Opéra , & Mlle. Prevőt qui en a établi le
ſuccès ſe rendoit à l'erreur de la critique .....
*Cet éloge donné à Terpsicore doit être une leç6o1n3
pour ses favoris , de qui la danse denuée d'ordre S
d'expreſſion n'est souvent qu'un tiſſu de pas inspirés par
le caprice , &fans aucune analogie avec le perſonnage
du danseur qui les exécute .
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
mais ſupprimons le détail d'un fait quí
n'honore pas le diſcernement des arbitres de
ce tems- là ; contentons nous de dire que
cet heureux Ballet a été depuis exécuté avec
un ſuffrage univerſel par Mile. Camargo , la
charmante Mlle. Barbarine & la jeune Mlle.
Cauchois; ces deux dernieres danſeuſes brillent
à préſent à la Cour de Pruſſe.
Il y a une anecdote qui concerne les Fêtes
Grecques & Romaines que nous allons
développer ici , c'eſt que cet ouvrage étoit
deſtiné pour le Théatre du Louvre; le Vainqueur
de Fontenoy devoity danſer ſous le
nom du Vainqueur d'Actium , & Louis XV.
auroit repréſenté Auguſte amené chés Mecéne
par la Fête des Saturnales , mais il
fut alors décidé , malheureuſement pour les
Auteurs de ce Ballet , mais très-heureuſement
pour le reſte de la France , que le
Roi ne s'occuperoit plus des amuſemens
frivoles , & qu'il commenceroit dès - lors
cette illuſtre carriere où il a ſemé depuis
tant de lauriers & tant de vertus. On ſçait
que la Fête des Saturnales confondoit chés
les Romains les Maîtres & les Eſclaves ;
pouvoit-on choiſir un divertiſſement plus
convenable pour mêler un Roi puiſſant avec
fes ſujets , &mieux introduire le Monarque
qui fait les délices de la France que ſous le
FEVRIER
1746. 154
nom de l'Empereur qui fonda la félicité de l'Empire de Rome ? Ce parallele admet
pourtant une difference conſidérable en ce que la vieilleſſe d'Auguſte , toute vertueuſe qu'elle fut , eſt effacée par la jeuneſſe de
Louis XV .
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6494
p. 110-111
EPIGRAMME.
Début :
On nous a remis depuis peu l'Epigramme suivante qui s'étoit égarée dans les papiers / LA mort, aveugle dans sa rage, [...]
Mots clefs :
Roi, Rétablissement de la santé, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME.
On nous a remis depuis peu l'Epigramme
ſuivante qui s'étoit égarée dans les papiers
de feu M. le Chevalier de la Roque
MARS 1746. 111
ci- devantAuteur du Mercure ; quoique cette
petite piéce qui fut compoſée en 1744 à
l'occaſion du rétabliſſement de la ſanté du
Roi ne foit plus de faifon , nous n'avons pas
crû néanmoins devoir en priver le public.
LA
EPIGRAMME. *
A mort , aveugle dans ſa rage ,
Sans reſpecter du Roi la Couronne , ni l'âge ,
De ſes jours précieux alloit trancher le cours :
Surpriſe , elle s'arrête , en voyant le dommage
Que fa cruelle main doit caufer pour toujours.
Quoi ! dit-elle , un grand peuple accablé de trif
teffe
Va périr , ſi ſon Roi meurt du mal qui l'oppreffe !
Ce ſpectacle eſt pour moi ſurprenant& nouveau ;
Ne troublons point un regne& fi doux &fi beau .
Quoique j'aime le ſang , l'horreur , & le carnage ,
Je ferois un trop grand ravage ,
En mettant LOUIS au tombeau.
Par M. Cottereau Curé de Donnemarie.
* Cette Epigramme fut préſentée au Roi avec un
Sonnet du même Auteur inféré dans le Journal de
Verdun du mois de Décembre 1744 , par M. l'Abbé
de Saint Cyr , ci-devant sous - Precepteur de Mon-
Seigneur le Dauphin , mais elle n'a point encore élé
imprimée.
ſuivante qui s'étoit égarée dans les papiers
de feu M. le Chevalier de la Roque
MARS 1746. 111
ci- devantAuteur du Mercure ; quoique cette
petite piéce qui fut compoſée en 1744 à
l'occaſion du rétabliſſement de la ſanté du
Roi ne foit plus de faifon , nous n'avons pas
crû néanmoins devoir en priver le public.
LA
EPIGRAMME. *
A mort , aveugle dans ſa rage ,
Sans reſpecter du Roi la Couronne , ni l'âge ,
De ſes jours précieux alloit trancher le cours :
Surpriſe , elle s'arrête , en voyant le dommage
Que fa cruelle main doit caufer pour toujours.
Quoi ! dit-elle , un grand peuple accablé de trif
teffe
Va périr , ſi ſon Roi meurt du mal qui l'oppreffe !
Ce ſpectacle eſt pour moi ſurprenant& nouveau ;
Ne troublons point un regne& fi doux &fi beau .
Quoique j'aime le ſang , l'horreur , & le carnage ,
Je ferois un trop grand ravage ,
En mettant LOUIS au tombeau.
Par M. Cottereau Curé de Donnemarie.
* Cette Epigramme fut préſentée au Roi avec un
Sonnet du même Auteur inféré dans le Journal de
Verdun du mois de Décembre 1744 , par M. l'Abbé
de Saint Cyr , ci-devant sous - Precepteur de Mon-
Seigneur le Dauphin , mais elle n'a point encore élé
imprimée.
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6495
p. 145-146
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
Début :
Parmi les inventeurs de Loix [...]
Mots clefs :
Reconnaissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME EN LOGOGRYPHE.
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
Parmi les inventeurs de Loix
Il eſt parlé de moi dans plus d'un paragraphe.
Mais pour me deviner laiſſez le vieux Gaulois ,
Prenez ſoin de m'écrire en nouvelle ortographe,
IG
146 MERCURE DE FRANCE.
Alors j'ai treize pieds. J'attendriffois jadis
Dans les Romans & dans la Tragédie...
J'ai pris place à préſent dans le Pays des Ris
It je touche les coeurs même à la Comédie.
*
Avecun ſigne , une ligne , un paté ,
On peut faire chanter ma tête.
De moi ce chef étant ôté ,
Lecteur , alors je vous apprête
Un nom par qui vous connoîtrez
Tous les objets dont yous l'aurez.
?
:
詭
Ecartez de ce nom une filabe encore ,
Vos ayeux , comme vous ,m'ont pris ſans me ſcavoir.
Tout animal me donne à ce qu'il fait éclore ;
Le plus riche n'a rien avant que de m'avoir.
Mes quatre derniers pieds font choſe fort vul
gaire.
Choſe cependant néceſſaire ,
Surtout à la cuiſine , où fans moi quelquefois
Les plus habiles gens ſe bruleroient les doigts.
C'eſt vainement que d'un air fombre
Vous cherchez par ce mot à vous déterminer.
Retranchez de ce mot encor le premier nombre
Ce qui demeure alors vous reſte à deviner.
Parmi les inventeurs de Loix
Il eſt parlé de moi dans plus d'un paragraphe.
Mais pour me deviner laiſſez le vieux Gaulois ,
Prenez ſoin de m'écrire en nouvelle ortographe,
IG
146 MERCURE DE FRANCE.
Alors j'ai treize pieds. J'attendriffois jadis
Dans les Romans & dans la Tragédie...
J'ai pris place à préſent dans le Pays des Ris
It je touche les coeurs même à la Comédie.
*
Avecun ſigne , une ligne , un paté ,
On peut faire chanter ma tête.
De moi ce chef étant ôté ,
Lecteur , alors je vous apprête
Un nom par qui vous connoîtrez
Tous les objets dont yous l'aurez.
?
:
詭
Ecartez de ce nom une filabe encore ,
Vos ayeux , comme vous ,m'ont pris ſans me ſcavoir.
Tout animal me donne à ce qu'il fait éclore ;
Le plus riche n'a rien avant que de m'avoir.
Mes quatre derniers pieds font choſe fort vul
gaire.
Choſe cependant néceſſaire ,
Surtout à la cuiſine , où fans moi quelquefois
Les plus habiles gens ſe bruleroient les doigts.
C'eſt vainement que d'un air fombre
Vous cherchez par ce mot à vous déterminer.
Retranchez de ce mot encor le premier nombre
Ce qui demeure alors vous reſte à deviner.
Fermer
6496
p. 147
ENIGME.
Début :
Un trait de plus me rend l'ouvrage [...]
Mots clefs :
Mâcon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
N trait de plus me rend l'ouvrage
D'un traitde moins , mon cher lecteur ,
Par là j'ai le double avantage
D'être édifice & conſtructeur ;
Premier , je ſuis unique oudu moins je crois l'être ,
Dernier l'on me trouve par tout,
Par tout j'abbats , releve & donne un nouvel étre
Quoiqu'on me maudiſſe par tout .
,
Je pourrois dans mon ſein trouver des mots divers
Italiens , Latins , François; differens termes ,
Mais pourquoi fans raiſon faire de mauvais vers ,
Ilvaut mieux qu'en ceux- ci , lecteur , je me ren
ferme.
Par Mlle. Durand.
N trait de plus me rend l'ouvrage
D'un traitde moins , mon cher lecteur ,
Par là j'ai le double avantage
D'être édifice & conſtructeur ;
Premier , je ſuis unique oudu moins je crois l'être ,
Dernier l'on me trouve par tout,
Par tout j'abbats , releve & donne un nouvel étre
Quoiqu'on me maudiſſe par tout .
,
Je pourrois dans mon ſein trouver des mots divers
Italiens , Latins , François; differens termes ,
Mais pourquoi fans raiſon faire de mauvais vers ,
Ilvaut mieux qu'en ceux- ci , lecteur , je me ren
ferme.
Par Mlle. Durand.
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6497
p. 147-148
AUTRE.
Début :
Je brûle auprès d'une blanche femelle. [...]
Mots clefs :
Mèche d'une chandelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E brûle auprès d'une blanche femelle.
Elle expire pour moi quand je brûle pour elle :
Nos déſirs ſont égaux juſqu'à notre trépas ;
Elle entretient mon mal , & fon amour en pleure
د
Gij
#48 MERCURE DE FRANCE.
Si-tôt qu'elle n'eſt plus , mon fort veut que je
meure ;
Je ſurvis un inftant , mais qui ne dure pas.
E brûle auprès d'une blanche femelle.
Elle expire pour moi quand je brûle pour elle :
Nos déſirs ſont égaux juſqu'à notre trépas ;
Elle entretient mon mal , & fon amour en pleure
د
Gij
#48 MERCURE DE FRANCE.
Si-tôt qu'elle n'eſt plus , mon fort veut que je
meure ;
Je ſurvis un inftant , mais qui ne dure pas.
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6498
p. 148
LOGOGRYPHE.
Début :
Je parois en campagne un peu moins qu'à la Ville. [...]
Mots clefs :
Spadille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
JEparois en campagne un peu moins qu'à laVille,
Je fuis feul , & pourtant l'aîné de ma famille.
Lecteur , pour me bien deviner ,
J'ai huit pieds qu'il faut combiner.
D'abord j'offre une fleur fort eftimée en France ,
Mais qui ne faiſit point le fubtil odorat.
Le ragoût ſenſuel d'un Gaſcon delicat .
Un lieu commode pour la danſe ,
Et ce qui fait qu'un mur s'abbat .
Chés moi préſide encor une terre étrangere,
D'oùjaillit une eau ſalutaire.
Cequi fert auxOiſeaux pour parcourir les airs.
Ce qui contre d'affreux hyvers ,
Garantit l'indigent dans ſa triſte chaumiere.
Ceque le ſexe feminin
Ne cherche jamais à paroître .
Une amante du Dieu Jupin.
Bref, ce que dans un Camp tout Officier veut être
Auprès d'un Général pour faire ſon chemin.
JEparois en campagne un peu moins qu'à laVille,
Je fuis feul , & pourtant l'aîné de ma famille.
Lecteur , pour me bien deviner ,
J'ai huit pieds qu'il faut combiner.
D'abord j'offre une fleur fort eftimée en France ,
Mais qui ne faiſit point le fubtil odorat.
Le ragoût ſenſuel d'un Gaſcon delicat .
Un lieu commode pour la danſe ,
Et ce qui fait qu'un mur s'abbat .
Chés moi préſide encor une terre étrangere,
D'oùjaillit une eau ſalutaire.
Cequi fert auxOiſeaux pour parcourir les airs.
Ce qui contre d'affreux hyvers ,
Garantit l'indigent dans ſa triſte chaumiere.
Ceque le ſexe feminin
Ne cherche jamais à paroître .
Une amante du Dieu Jupin.
Bref, ce que dans un Camp tout Officier veut être
Auprès d'un Général pour faire ſon chemin.
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6499
p. 149
AUTRE.
Début :
Lecteur, je fais trembler qui contre moi s'escrime, [...]
Mots clefs :
Manille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
I Ecteur, je fais trembler qui contre moi s'ef
crime ,
Quand avec trois de mes enfans
Je deſcends dans l'arêne où leur vertu m'anime :
Souvent mon aggreſſeur devenu ma victime
Eft obligé de battre aux champs .
Avec ſept pieds diverſement j'exiſte :
Je ris aux uns , chés d'autres je ſuis trifte.
Quoi ! ce début allarme ta raifon?
Tu vas me démaſquer par la combinaiſon.
D'abordfois ſur qu'en moi F'on trouve
Ce qu'on ne connoit point , ce qu'on n'a jamais vu
Le fils aîné du tems qui conſtamment éprouve
Le fort de tout mortel , ſans en être abbatu .
Pourfuis ; on trouve encor ce dont tout ſecretaire
Ne pourra jamais ſe paſſer .
Un mot qui ſert à caractériſer
Un Prêtre de ſecte étrangère.
Ceque dans le danger ſouhaite un nautonier ,
Ce dont n'approchent point cocher ni palfrenier .
Un nombre enfin , efficace reſſource
De qui peut en Ducats le tenir dans ſa bourt.
I Ecteur, je fais trembler qui contre moi s'ef
crime ,
Quand avec trois de mes enfans
Je deſcends dans l'arêne où leur vertu m'anime :
Souvent mon aggreſſeur devenu ma victime
Eft obligé de battre aux champs .
Avec ſept pieds diverſement j'exiſte :
Je ris aux uns , chés d'autres je ſuis trifte.
Quoi ! ce début allarme ta raifon?
Tu vas me démaſquer par la combinaiſon.
D'abordfois ſur qu'en moi F'on trouve
Ce qu'on ne connoit point , ce qu'on n'a jamais vu
Le fils aîné du tems qui conſtamment éprouve
Le fort de tout mortel , ſans en être abbatu .
Pourfuis ; on trouve encor ce dont tout ſecretaire
Ne pourra jamais ſe paſſer .
Un mot qui ſert à caractériſer
Un Prêtre de ſecte étrangère.
Ceque dans le danger ſouhaite un nautonier ,
Ce dont n'approchent point cocher ni palfrenier .
Un nombre enfin , efficace reſſource
De qui peut en Ducats le tenir dans ſa bourt.
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6500
p. 150-151
AUTRE.
Début :
Huit lettres de mon nom vous donnent une idée ; [...]
Mots clefs :
Chapitre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Uit lettresde mon nom vous donnent une
idée;
Par differens ſujets ma nature eft guidée.
Je vais vous démontrer mon horrible produit ;
Les divers animaux dont mon corps eft conftruit.
Sans être cependant ce Dragon à ſept têtes ,
Je renferme en mon fein ſept differentes bêtes ,
Dont lemanége eſt dangereux.
Je vois d'abord ce monftre fabuleux
Qu'on nous repreſente vorace ,
Qu'on nous dépeint avec la feminine face ;
Le corps ſemblable à celui des Vautours ,
O la merveilleuſe effigie !
L'animal qui nous tend la patte de velours :
Lecteur , qu'en penſe tu? ma foi , fi je m'y fie.
Sa femelle eſt après auſſi fine que lui ,
Du peuple fourriquois le cruel ennemi ;
Race ſujette à la rapine ,
Qui d'ordinaire tient fon fort dans la cuiſin.e
Un habitant de l'air , ce ruſé rapineur,
Etde notre caquet fidéle imitateur .
Un terrible Marin ſujet au brigandage ,
Etdont on craint fort l'abordage.
0
三二三
:
MARS. 1746.15
-
En Latin l'animal juſte ſujet d'horreur ,
Et l'énorme habitant de l'obſcure Erimante ,
Qui jette partout l'épouvante
Et fait trembler le Laboureur.
C'eſtaffés meportraire, adieu ,mon cher lecteur.
Uit lettresde mon nom vous donnent une
idée;
Par differens ſujets ma nature eft guidée.
Je vais vous démontrer mon horrible produit ;
Les divers animaux dont mon corps eft conftruit.
Sans être cependant ce Dragon à ſept têtes ,
Je renferme en mon fein ſept differentes bêtes ,
Dont lemanége eſt dangereux.
Je vois d'abord ce monftre fabuleux
Qu'on nous repreſente vorace ,
Qu'on nous dépeint avec la feminine face ;
Le corps ſemblable à celui des Vautours ,
O la merveilleuſe effigie !
L'animal qui nous tend la patte de velours :
Lecteur , qu'en penſe tu? ma foi , fi je m'y fie.
Sa femelle eſt après auſſi fine que lui ,
Du peuple fourriquois le cruel ennemi ;
Race ſujette à la rapine ,
Qui d'ordinaire tient fon fort dans la cuiſin.e
Un habitant de l'air , ce ruſé rapineur,
Etde notre caquet fidéle imitateur .
Un terrible Marin ſujet au brigandage ,
Etdont on craint fort l'abordage.
0
三二三
:
MARS. 1746.15
-
En Latin l'animal juſte ſujet d'horreur ,
Et l'énorme habitant de l'obſcure Erimante ,
Qui jette partout l'épouvante
Et fait trembler le Laboureur.
C'eſtaffés meportraire, adieu ,mon cher lecteur.
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