Auteur du texte (9)
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Résultats : 9 texte(s)
1
p. 41-44
EPITRE A M. D.
Début :
TU quittes donc ces lieux, & l'amitié plaintive [...]
Mots clefs :
Fortune, Soins, Noeud, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. D.
EPITRE à M. D.
Uquittes donc ces lieux , & l'amitié plaintive
Ne ſçauroit plus te retenir ;
On ne te verra plus ſur cette aimable rive
Detes chants nous entretenir.
De la tendreſſe la plus vive
Tu vas perdre le ſouvenir.
Déja tabergére craintive
Ne peut àce pen er dérober un foupir
Quarrache ſa douleur naive.
Sur ces arbres fleuris on voyoit les oiſeaux
42 MERCURE DE FRANCE.
Suſpendre leurs chants les plus beaux
Pour prêter à tes fonsune oreille attentive :
A travers le gazon on voyoit les ruiſſeaux ,
Malgré leur onde fugitive ,
Suſpendre le cours deleurs eaux.
Plutus te promet ſes richeſſes ,
Et tu marches ſous ſes drapeaux ,
Mais ce n'est que par des travaux
D qu'on obtient ſes largeffes .
..
Rarement de ſes dons le ſage eſt revêtu ;
Plutus ne fuit que fon caprice:
Il accorde ſouvent au vice
Ce qu'il refuſe à la vertu,
La fortune eſt une traîtreffe
Qui peut à toute heure changer :
En ſe livrant à la triſteſſe ,
Quand elle vient nous déranger ,
Onn'évite point le danger ;
Onne montre que ſa foibleſſe.
Lavie eſt une mer; tout agite ſeseaux :
11 nous faut combattre ſans ceffe
Pour furmonter les flots.
Lalâche oifiveté; l'indolente pareſſe
Ne peuvent faireles Héros.
Cen'eſtquedans le ſein de l'aimable ſageſſe
Que l'on peut trouver le repos .
Jene condamne point un travail ſalutaire
Dont le fuccès fait nos plaiſirs ;
Je ne blâme que des defirs
AOUST. 43 1745.
Querienne sçauroit ſatisfaire ,
Et dont la criminelle ardeur
Neproduit que notre mifere
Loin de faire notre bonheur.
,
Non , la fortune , ami , n'est pas unechimére
Indigne de nos foins :
Qui ne ſçait qu'elle est néceſſaire
Pour fubvenirà nos beſoins ?
Dieu veut que nos talens, nos foins , notre in
duſtrie ,
De la ſocieté forment le doux lien ,
Etqu'en ſe procurant le bonheur de la vie
Le publicy trouve le ſien.
C'eſt ainſi que la Providence,
Quidiſpenſe aux mortels & le bien & le mal ,
D'un noeud particulier fait un noeud géneral
Par une ſecrette influence.
Ainſi tous ces ruiſſeaux qui du ſein des deuxmers
Percent les cîternes profondes ,
En reſſortent bientôt par cent canaux divers ,
Et le brulant Soleil en élevant leurs ondes
Forme ces riviéres fécondes
Qui circulentdans l'Univers.
Sans chercher une vaine gloire ,
Qui fait des actes de vertu ,
Fait même après ſa mort reſpecter ſa mémoire ,
Et prouve au moins qu'il a véçu.
44 MERCURE DE FRANCE !
Nos jours ne font qu'un court eſpace :
Les plaiſirs , la grandeur , ne font que vanité :
Quelle eſt notre imbécillité !
Nous faiſons preſque tout pour ce monde qui paſſe
Preſque rien pour l'éternité.
AGeneve ce 30 Mars 1745. par Jean - Baptifte
TOLLOZ,
Uquittes donc ces lieux , & l'amitié plaintive
Ne ſçauroit plus te retenir ;
On ne te verra plus ſur cette aimable rive
Detes chants nous entretenir.
De la tendreſſe la plus vive
Tu vas perdre le ſouvenir.
Déja tabergére craintive
Ne peut àce pen er dérober un foupir
Quarrache ſa douleur naive.
Sur ces arbres fleuris on voyoit les oiſeaux
42 MERCURE DE FRANCE.
Suſpendre leurs chants les plus beaux
Pour prêter à tes fonsune oreille attentive :
A travers le gazon on voyoit les ruiſſeaux ,
Malgré leur onde fugitive ,
Suſpendre le cours deleurs eaux.
Plutus te promet ſes richeſſes ,
Et tu marches ſous ſes drapeaux ,
Mais ce n'est que par des travaux
D qu'on obtient ſes largeffes .
..
Rarement de ſes dons le ſage eſt revêtu ;
Plutus ne fuit que fon caprice:
Il accorde ſouvent au vice
Ce qu'il refuſe à la vertu,
La fortune eſt une traîtreffe
Qui peut à toute heure changer :
En ſe livrant à la triſteſſe ,
Quand elle vient nous déranger ,
Onn'évite point le danger ;
Onne montre que ſa foibleſſe.
Lavie eſt une mer; tout agite ſeseaux :
11 nous faut combattre ſans ceffe
Pour furmonter les flots.
Lalâche oifiveté; l'indolente pareſſe
Ne peuvent faireles Héros.
Cen'eſtquedans le ſein de l'aimable ſageſſe
Que l'on peut trouver le repos .
Jene condamne point un travail ſalutaire
Dont le fuccès fait nos plaiſirs ;
Je ne blâme que des defirs
AOUST. 43 1745.
Querienne sçauroit ſatisfaire ,
Et dont la criminelle ardeur
Neproduit que notre mifere
Loin de faire notre bonheur.
,
Non , la fortune , ami , n'est pas unechimére
Indigne de nos foins :
Qui ne ſçait qu'elle est néceſſaire
Pour fubvenirà nos beſoins ?
Dieu veut que nos talens, nos foins , notre in
duſtrie ,
De la ſocieté forment le doux lien ,
Etqu'en ſe procurant le bonheur de la vie
Le publicy trouve le ſien.
C'eſt ainſi que la Providence,
Quidiſpenſe aux mortels & le bien & le mal ,
D'un noeud particulier fait un noeud géneral
Par une ſecrette influence.
Ainſi tous ces ruiſſeaux qui du ſein des deuxmers
Percent les cîternes profondes ,
En reſſortent bientôt par cent canaux divers ,
Et le brulant Soleil en élevant leurs ondes
Forme ces riviéres fécondes
Qui circulentdans l'Univers.
Sans chercher une vaine gloire ,
Qui fait des actes de vertu ,
Fait même après ſa mort reſpecter ſa mémoire ,
Et prouve au moins qu'il a véçu.
44 MERCURE DE FRANCE !
Nos jours ne font qu'un court eſpace :
Les plaiſirs , la grandeur , ne font que vanité :
Quelle eſt notre imbécillité !
Nous faiſons preſque tout pour ce monde qui paſſe
Preſque rien pour l'éternité.
AGeneve ce 30 Mars 1745. par Jean - Baptifte
TOLLOZ,
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2
p. 44-45
CH[A]NSON.
Début :
Dans cette retraite [...]
Mots clefs :
Amour, Berger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CH[A]NSON.
CHNSON.
Ans cette retraite
L'aimable Nanette
Ecoute mes voeux ;
Lesris& les jeux
Sont de cette fête ,
Etl'amour s'aprête
A me rendre heureux ,
Chers amis , comme eux
Chantez ma conquête ,
Célebrez mes feux.
Pour vous mieux entendre
Je vois ces ruiffeaux
Qui ſemblent ſuſpendre
Le bruitde Murs eaux.
Mille& mille oiſeaux
Tâchent de répandro
AOUST.
1745,
Pes accens fi beaux :
Pour les mieux apprendre
Liſe fait attendre
Deſſous ces ormeaux
Son berger Alcandre
Qui pour la ſurprendre ,
D'un air vif& tendre
Enfle ſes pipeaux,
Déja moins cruelle
Je vois cette belle
,
Aux plaiſirs nouveaux
Où l'amour l'apelle
Etre moins rébelle
Etde fon ardeur
?
Lavive étincelle
Comble le bonheur
Duberger fidéle.
!
Par le même.
Ans cette retraite
L'aimable Nanette
Ecoute mes voeux ;
Lesris& les jeux
Sont de cette fête ,
Etl'amour s'aprête
A me rendre heureux ,
Chers amis , comme eux
Chantez ma conquête ,
Célebrez mes feux.
Pour vous mieux entendre
Je vois ces ruiffeaux
Qui ſemblent ſuſpendre
Le bruitde Murs eaux.
Mille& mille oiſeaux
Tâchent de répandro
AOUST.
1745,
Pes accens fi beaux :
Pour les mieux apprendre
Liſe fait attendre
Deſſous ces ormeaux
Son berger Alcandre
Qui pour la ſurprendre ,
D'un air vif& tendre
Enfle ſes pipeaux,
Déja moins cruelle
Je vois cette belle
,
Aux plaiſirs nouveaux
Où l'amour l'apelle
Etre moins rébelle
Etde fon ardeur
?
Lavive étincelle
Comble le bonheur
Duberger fidéle.
!
Par le même.
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3
p. 13-17
EPITRE sur deux Rimes contre la Poësie.
Début :
Vous voulez des Vers cher Valere, [...]
Mots clefs :
Vers, Rime, Écrire, Étude, Prose
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE sur deux Rimes contre la Poësie.
EPITRE fur deux Rimes contre la Poësie.
Vous voulez des Vers cher Valere ,
Et j'en fais mon amuſement ;
Ainfi fans tarder un moment
Je vais tâcher de vous complaire,
Mais on dit fans déguiſement
Que les Vers font une chimére
Dont l'état fe paffe aifément ,
Et que l'oifiveté fait faire.
Voilà quel eft le fentiment
Et des fages & du vulgaire.
Pourquoi chercher tant de myffére ,
Et parler je ne fçais comment ?
La Rime eft-elle néceffaire ?
Ne peut-on écrire autrement ?
Le vrai ne sçauroit- il nous plaire
S'il n'a pour affaiſonnement
Une cadence finguliére ?
14 MERCURE DE FRANCE.
Quelle erreur , quel avenglement
De captiver l'entendement
Sous une régle fi févere !
Sans befoin , fans difcernement
Ce qui n'eft qu'un délaffement
9
On en fait une étude amére :
Je le confeffe ingénûment ,
La meſure me défefpére ,
Et la Rime fait mon tourment ;
La verve eft un emportement
Au goût, à la raiſon contraire.
Pour vouloir être véhément
On tombe dans l'égarement ,
Et l'on femble entrer en colére ;
Déformais j'en fais le ferment ,
Je ne prendrai pour truchement
Qu'une Profe coulante & claire ,
Qui s'exprime tout uniment ;
Je l'ai juré , je fuis fincére ,
Priéres ni commandement ,
Rien d'un fi fage engagement ,
Non , rien ne fçauroit me diftraire :
Plus d'espoir d'accommodement ,
Sans balancer mon oeil préfere
Un grand Fleuve dont rien n'altére
Le majestueux mouvement
Au cours d'une étroite riviere ,
Don le fougueux débordement
JUIN 1746. 19.
Ne refpecte aucune barriere .
On penfe , on écrit baſſement ,
Et l'on veut d'un vol téméraire
S'élever jufqu'au Firmament.
Pour compofer utilement
Ilfaut fuivre fon caractére.
Laiffons le fublime Voltaire
Marcher fans affoupiffement
Sous les pas du divin Homére ;
Pour nous , à parler franchement ,
Le plus court feroit de nous taire ;
Les Vers ne peuvent fatisfaire
Un lecteur plein de jugement ,
Qui veut qu'un écrivain l'éclaire :
Lorfqu'on choifit cette carriere
L'on n'inftruit que biên rarement ,
Et l'on répand peu de lumiere .
D'un tableau , d'un événement
L'on trace une image groffiére
Sans en montrer l'enchainement.
Vous vouliez la figure entiere
"Et l'on vous en donne un fragment,
Que Tircis auprès de Glycére
Soupire un air fur la fougére
Qu'Amour a dicté tendrement
Pour fléchir l'aimable bergére,
Cela n'a rien que de charmant :
D'un jeune , d'un fidéle amant
MERCURE DE FRANCE
C'est là le langage ordinaire :
La critique la plus auftére
Y donne fon confentement
Elle fourit de l'agrément
D'une peinture fi légere.
Mais quel eft notre étonnement
Quand on implore follement
Des neuf Muſes le miniftere ,
Pourfredonner un compliment !
Quelle fangue , quelle maniére !
Un récit , un raiſonnement
Ont-ils befoin de l'ornement
Dont le blond Phébus eft le
pere !
Pour écrire plus noblement
Faudroit - il rimer Defpautére ,
Et cadencer un Argument
La Rime eft un foible inftrument
Avec lequel l'efprit oper e ,
Mais plus ou moins heureuſement.
Pafcal , Boffuet , la Bruiere
S'en font paffés facilement.
L'étude à l'homme eft falutaire ,
Mais occupons-nous dignement ;
La Mufe n'eft qu'une étrangère
Qu'il faut voir fans attachement ,
Et dont le charme eft arbitraire;
N'en attendons pour tout falaire
Qu'un frivole applaudiffement ,
JUIN 1746 . 17
Et n'en foyons point tributaire.
L'Ame fe plaît à la lumiére ;
Elle eft comme fon aliment ;
Mais elle a de l'éloignement
Pour une beauté paffagére
Dont le fard fait l'ajustement
Des mots le vain arrangement.
Un éclat , faute imaginaire
Qui féduit par enchantement ,
Pourroit -il fournir la matiére
D'un folide contentement ?
A Geneve, J. B. Tollot.
Vous voulez des Vers cher Valere ,
Et j'en fais mon amuſement ;
Ainfi fans tarder un moment
Je vais tâcher de vous complaire,
Mais on dit fans déguiſement
Que les Vers font une chimére
Dont l'état fe paffe aifément ,
Et que l'oifiveté fait faire.
Voilà quel eft le fentiment
Et des fages & du vulgaire.
Pourquoi chercher tant de myffére ,
Et parler je ne fçais comment ?
La Rime eft-elle néceffaire ?
Ne peut-on écrire autrement ?
Le vrai ne sçauroit- il nous plaire
S'il n'a pour affaiſonnement
Une cadence finguliére ?
14 MERCURE DE FRANCE.
Quelle erreur , quel avenglement
De captiver l'entendement
Sous une régle fi févere !
Sans befoin , fans difcernement
Ce qui n'eft qu'un délaffement
9
On en fait une étude amére :
Je le confeffe ingénûment ,
La meſure me défefpére ,
Et la Rime fait mon tourment ;
La verve eft un emportement
Au goût, à la raiſon contraire.
Pour vouloir être véhément
On tombe dans l'égarement ,
Et l'on femble entrer en colére ;
Déformais j'en fais le ferment ,
Je ne prendrai pour truchement
Qu'une Profe coulante & claire ,
Qui s'exprime tout uniment ;
Je l'ai juré , je fuis fincére ,
Priéres ni commandement ,
Rien d'un fi fage engagement ,
Non , rien ne fçauroit me diftraire :
Plus d'espoir d'accommodement ,
Sans balancer mon oeil préfere
Un grand Fleuve dont rien n'altére
Le majestueux mouvement
Au cours d'une étroite riviere ,
Don le fougueux débordement
JUIN 1746. 19.
Ne refpecte aucune barriere .
On penfe , on écrit baſſement ,
Et l'on veut d'un vol téméraire
S'élever jufqu'au Firmament.
Pour compofer utilement
Ilfaut fuivre fon caractére.
Laiffons le fublime Voltaire
Marcher fans affoupiffement
Sous les pas du divin Homére ;
Pour nous , à parler franchement ,
Le plus court feroit de nous taire ;
Les Vers ne peuvent fatisfaire
Un lecteur plein de jugement ,
Qui veut qu'un écrivain l'éclaire :
Lorfqu'on choifit cette carriere
L'on n'inftruit que biên rarement ,
Et l'on répand peu de lumiere .
D'un tableau , d'un événement
L'on trace une image groffiére
Sans en montrer l'enchainement.
Vous vouliez la figure entiere
"Et l'on vous en donne un fragment,
Que Tircis auprès de Glycére
Soupire un air fur la fougére
Qu'Amour a dicté tendrement
Pour fléchir l'aimable bergére,
Cela n'a rien que de charmant :
D'un jeune , d'un fidéle amant
MERCURE DE FRANCE
C'est là le langage ordinaire :
La critique la plus auftére
Y donne fon confentement
Elle fourit de l'agrément
D'une peinture fi légere.
Mais quel eft notre étonnement
Quand on implore follement
Des neuf Muſes le miniftere ,
Pourfredonner un compliment !
Quelle fangue , quelle maniére !
Un récit , un raiſonnement
Ont-ils befoin de l'ornement
Dont le blond Phébus eft le
pere !
Pour écrire plus noblement
Faudroit - il rimer Defpautére ,
Et cadencer un Argument
La Rime eft un foible inftrument
Avec lequel l'efprit oper e ,
Mais plus ou moins heureuſement.
Pafcal , Boffuet , la Bruiere
S'en font paffés facilement.
L'étude à l'homme eft falutaire ,
Mais occupons-nous dignement ;
La Mufe n'eft qu'une étrangère
Qu'il faut voir fans attachement ,
Et dont le charme eft arbitraire;
N'en attendons pour tout falaire
Qu'un frivole applaudiffement ,
JUIN 1746 . 17
Et n'en foyons point tributaire.
L'Ame fe plaît à la lumiére ;
Elle eft comme fon aliment ;
Mais elle a de l'éloignement
Pour une beauté paffagére
Dont le fard fait l'ajustement
Des mots le vain arrangement.
Un éclat , faute imaginaire
Qui féduit par enchantement ,
Pourroit -il fournir la matiére
D'un folide contentement ?
A Geneve, J. B. Tollot.
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4
p. 55-58
VERS addressés à M. Prevost, Regent de Premiere, à Geneve.
Début :
D'un des favoris d'Apollon [...]
Mots clefs :
Coeur, Fleurs, Savoir, Écoliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS addressés à M. Prevost, Regent de Premiere, à Geneve.
VERS addreffes à M. Prevost , Regent de
Premiere , à Geneve .
D'un des favoris d'Apollon
Célébrons aujourd'hui la fête ;
Chers amis , que chacun s'aprête
A chanter fur le plus haut ton
Son goût , fon fçavoir & fon nom.
Mais quel obftacle nous arrête ?
De fleurs pour couronner ſa tête
On ne trouve en cette ſaiſon ,
Pas le moindre petit bouton ,
Et même le fougueux chardon
N'ofe montrer fa pointe encore ;
La campagne gémit fous le noir Aquilon :
Son fouffle impetueux dévo e
L'émail qui couvroit le gazon,
Et l'on ne voit plus Celadon
Célébrant les beautés de la naiffante Aurore ,
Faire aux échos des bois repeter ſa chanſon .
Chacun préfere le tifon
Aux doux accens de Therpficore ,
Soleil , fi défiré , c'eft en vain qu'on t'implore :
Ta feconde chaleur quand fera - t- elle éclore
La Tubereufe & le Melon ?
Ci
16 MERCURE DE FRANCE.
Quand verra-t-on briller les dons charmans de
Flore ,
Enfevelis fous le glaçon ?
Zéphir qui voltigeoit fans ceffe ,
Pour lui témoigner ſa tendreſſe ,
Et lui dérober des faveurs ,
Laiffe cette Reine des fleurs
En proye à toute fa trifteffe.
Phebus même plein de langueurs
Eft tranfi fur la double cime :
Rien ne l'émeut , rien ne l'anime ,
Et nous ferions fans protecteur
Prevoft , fi vous n'étiez le notre :
Mais ayant un tel Directeur
Avons nous befoin de quelque autre
Vós foins foutenant notre ardeurr ;
De nos foibles progrès diffipent la lenteur ;
Vos lumieres , votre prudence ,
En formant notre goût nous menent au bonheur,
Et nous ouvrent l'intelligence.
Vous nous infpirez de l'horreur
Pour la par effe & la licence ;
Un coeur volage , ou fans vigueur
Demeure toujours dans l'enfance ,
La raifon a peu d'influence
Lorfque l'on en fuit la lueur.
Banniffons loin de nous une froide indolence ,
Trifte compagne de l'erreur ;
JUIN
57 1746.
Vous faites voir que la grandeur
Que l'orgueil a placé dans l'aveugle naiſſance ,
Ou dans une vaine opulence ,
Ne fçauroit fe trouver que dans la connoiffance;
Ou dans le fentier de l'honneur ,
Vos leçons , votre expérience ,
Des pieges du monde enchanteur
Garantiffent notre innocence
Prenant en main notre défenſe .
Vous déchirez le voile féducteur
Qui de la volupté nous cachoit la laideur :
Vous découvrez le vuide immenfe
Quelle laiffe dans notre coeur.
De l'ordre & du devoir nous montrant l'excela
lence" ;
Vous en moderez la rigueur :
L'étude du plaifir prend l'aimable apparence ,
Et devient une recompenfe ;
Vouspréferez un modefte filence
An clinquant d'un Déclamateur ;
Dont la fophiftique éloquence
N'eſt qu'un étalage trompeur ,
Qui déguile fon ignorance :
Oui , la vérité , l'évidence ,
Doivent fcules faire l'effence
Des recherches de l'Orateur.
Indulgent pour l'âge où nous fommes
Par des preceptes familiers ,
CY
18 MERCURE DE FRANCE.
Vous travaillez à nous faire des hommes ;
Vous nous guidez dans les fentiers
Où vous repandez la lumiere :
Du fçavoir à nos yeux vous ouvrez la carriere
Et vous en écartez les préjugés groffiers .
Heureux fi nos efforts pouvoient vous fatisfaire !
Votre eftime eft pour nous un plus digne falaire
Qu'une couronne de lauriers .
Lorfqu'un maître a le don de plaire ,
Il est cheri des écoliers ,
Agréez les accens que notre zéle exprime ,
Tribut de refpect & d'eftime
Que vous rend l'aimable candeur.
L'hommage le plus légitime
Eft celui que dicte le coeur.
ParJ. B. Tellot à Genève ce 1 Janvier,
Premiere , à Geneve .
D'un des favoris d'Apollon
Célébrons aujourd'hui la fête ;
Chers amis , que chacun s'aprête
A chanter fur le plus haut ton
Son goût , fon fçavoir & fon nom.
Mais quel obftacle nous arrête ?
De fleurs pour couronner ſa tête
On ne trouve en cette ſaiſon ,
Pas le moindre petit bouton ,
Et même le fougueux chardon
N'ofe montrer fa pointe encore ;
La campagne gémit fous le noir Aquilon :
Son fouffle impetueux dévo e
L'émail qui couvroit le gazon,
Et l'on ne voit plus Celadon
Célébrant les beautés de la naiffante Aurore ,
Faire aux échos des bois repeter ſa chanſon .
Chacun préfere le tifon
Aux doux accens de Therpficore ,
Soleil , fi défiré , c'eft en vain qu'on t'implore :
Ta feconde chaleur quand fera - t- elle éclore
La Tubereufe & le Melon ?
Ci
16 MERCURE DE FRANCE.
Quand verra-t-on briller les dons charmans de
Flore ,
Enfevelis fous le glaçon ?
Zéphir qui voltigeoit fans ceffe ,
Pour lui témoigner ſa tendreſſe ,
Et lui dérober des faveurs ,
Laiffe cette Reine des fleurs
En proye à toute fa trifteffe.
Phebus même plein de langueurs
Eft tranfi fur la double cime :
Rien ne l'émeut , rien ne l'anime ,
Et nous ferions fans protecteur
Prevoft , fi vous n'étiez le notre :
Mais ayant un tel Directeur
Avons nous befoin de quelque autre
Vós foins foutenant notre ardeurr ;
De nos foibles progrès diffipent la lenteur ;
Vos lumieres , votre prudence ,
En formant notre goût nous menent au bonheur,
Et nous ouvrent l'intelligence.
Vous nous infpirez de l'horreur
Pour la par effe & la licence ;
Un coeur volage , ou fans vigueur
Demeure toujours dans l'enfance ,
La raifon a peu d'influence
Lorfque l'on en fuit la lueur.
Banniffons loin de nous une froide indolence ,
Trifte compagne de l'erreur ;
JUIN
57 1746.
Vous faites voir que la grandeur
Que l'orgueil a placé dans l'aveugle naiſſance ,
Ou dans une vaine opulence ,
Ne fçauroit fe trouver que dans la connoiffance;
Ou dans le fentier de l'honneur ,
Vos leçons , votre expérience ,
Des pieges du monde enchanteur
Garantiffent notre innocence
Prenant en main notre défenſe .
Vous déchirez le voile féducteur
Qui de la volupté nous cachoit la laideur :
Vous découvrez le vuide immenfe
Quelle laiffe dans notre coeur.
De l'ordre & du devoir nous montrant l'excela
lence" ;
Vous en moderez la rigueur :
L'étude du plaifir prend l'aimable apparence ,
Et devient une recompenfe ;
Vouspréferez un modefte filence
An clinquant d'un Déclamateur ;
Dont la fophiftique éloquence
N'eſt qu'un étalage trompeur ,
Qui déguile fon ignorance :
Oui , la vérité , l'évidence ,
Doivent fcules faire l'effence
Des recherches de l'Orateur.
Indulgent pour l'âge où nous fommes
Par des preceptes familiers ,
CY
18 MERCURE DE FRANCE.
Vous travaillez à nous faire des hommes ;
Vous nous guidez dans les fentiers
Où vous repandez la lumiere :
Du fçavoir à nos yeux vous ouvrez la carriere
Et vous en écartez les préjugés groffiers .
Heureux fi nos efforts pouvoient vous fatisfaire !
Votre eftime eft pour nous un plus digne falaire
Qu'une couronne de lauriers .
Lorfqu'un maître a le don de plaire ,
Il est cheri des écoliers ,
Agréez les accens que notre zéle exprime ,
Tribut de refpect & d'eftime
Que vous rend l'aimable candeur.
L'hommage le plus légitime
Eft celui que dicte le coeur.
ParJ. B. Tellot à Genève ce 1 Janvier,
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5
p. 82-84
PUISSANCE DE L'AMOUR.
Début :
DE ses dons Flore se couronne ; [...]
Mots clefs :
Amour, Dons, Ciel, Vénus, Traits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PUISSANCE DE L'AMOUR.
PUISSANCE DE L'AMOUR.
DE fes dons Flore fe courorine ;
Elle orne la Terre de fleurs :
L'éclat de leurs vives couleurs
Annonce les fruits de Pomone..
Tircis foupire fes ardeurs ,
Dans les bois fa flûte réfonne
Et l'amour verfe dans les coeurs :
Ces plaifirs , ces douces langueurs-
Dont le charme nous empoifonne.
Le fripon rit de nos douleurs .
Ciel ! qu'elle foule l'environne !
Que de zélés adorateurs !
Quoi ! le fage lui-même donne
Dans les piégés de l'impofteur?
Dans fes liens il emprifonne,
Et la fageffe & la grandeur ,
Salomon à lui s'abandonner
obtenir fes faveurs
Et pour
Marc-Antoine
perd fa couronne
,
Selon qu'il veut il nous façonne
..
Il change
notre goût , nos moeurs,
C'eft en vain que l'eſprit
raiſonne
Près & loin par tout il moiffonne
.
JUIN
83
1746.
Tout éprouve fes traits vainqueurs ,
Le tems qui fuit & nous talonne
Ne défend point de ſes chaleurs.
Le vieillard lui-même s'étonne
D'éprouver encor fes fureurs ,
Dans un âge où le coeur friffonnet
Pour moi , fous ces ombrages frais ,
Quoiqu affés près de mon automne
Si je voyois une pouponne
Qui de Venus eut tous les traits ,
Je croirois , Dieu me le pardonne ,
Qu'en ma faveur l'Amour exprès
A formé l'aimable perfonne ;
Et que pour combler mes ſouhaits
Il l'amadoue & la mitonne.
Pour la contempler de plus près
J'irois juſques à Babilone ;
Mais bon, je la vois fans Matrone ;
Ciel , que d'écla® , & que d'attraits !
Elle à le port d'un Amazôné´:
Venus de fes dons la couronne.
Et pour affûrer les fuccès ,,
L'Amour la comble de bienfaits.
Les graces , fans qu'elle l'ordonne ,
De fa beauté font les aprêts.
Ah ! que je crains que la friponne
Ne me caufe bien
}
des
regrets !
Je vois fous ces myrtes épais
Un petit maître qui fredonne.
84 MERCURE DE FRANCE,
Plumet , épée à la dragonne ,
Suffit pour avoir quelque accès .
Pour enchanter une mignonne
L'habit fait fouvent tous les frais .
J. B. Tellet.
DE fes dons Flore fe courorine ;
Elle orne la Terre de fleurs :
L'éclat de leurs vives couleurs
Annonce les fruits de Pomone..
Tircis foupire fes ardeurs ,
Dans les bois fa flûte réfonne
Et l'amour verfe dans les coeurs :
Ces plaifirs , ces douces langueurs-
Dont le charme nous empoifonne.
Le fripon rit de nos douleurs .
Ciel ! qu'elle foule l'environne !
Que de zélés adorateurs !
Quoi ! le fage lui-même donne
Dans les piégés de l'impofteur?
Dans fes liens il emprifonne,
Et la fageffe & la grandeur ,
Salomon à lui s'abandonner
obtenir fes faveurs
Et pour
Marc-Antoine
perd fa couronne
,
Selon qu'il veut il nous façonne
..
Il change
notre goût , nos moeurs,
C'eft en vain que l'eſprit
raiſonne
Près & loin par tout il moiffonne
.
JUIN
83
1746.
Tout éprouve fes traits vainqueurs ,
Le tems qui fuit & nous talonne
Ne défend point de ſes chaleurs.
Le vieillard lui-même s'étonne
D'éprouver encor fes fureurs ,
Dans un âge où le coeur friffonnet
Pour moi , fous ces ombrages frais ,
Quoiqu affés près de mon automne
Si je voyois une pouponne
Qui de Venus eut tous les traits ,
Je croirois , Dieu me le pardonne ,
Qu'en ma faveur l'Amour exprès
A formé l'aimable perfonne ;
Et que pour combler mes ſouhaits
Il l'amadoue & la mitonne.
Pour la contempler de plus près
J'irois juſques à Babilone ;
Mais bon, je la vois fans Matrone ;
Ciel , que d'écla® , & que d'attraits !
Elle à le port d'un Amazôné´:
Venus de fes dons la couronne.
Et pour affûrer les fuccès ,,
L'Amour la comble de bienfaits.
Les graces , fans qu'elle l'ordonne ,
De fa beauté font les aprêts.
Ah ! que je crains que la friponne
Ne me caufe bien
}
des
regrets !
Je vois fous ces myrtes épais
Un petit maître qui fredonne.
84 MERCURE DE FRANCE,
Plumet , épée à la dragonne ,
Suffit pour avoir quelque accès .
Pour enchanter une mignonne
L'habit fait fouvent tous les frais .
J. B. Tellet.
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6
p. 129
MADRIGAL.
Début :
POUR peindre l'amitié sçais-tu ce qu'il faut faire ? [...]
Mots clefs :
Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGA L.
POUR peindre l'amitié fçais-tu ce qu'il faut faire?
Il faut chercher l'original ,
Car fans lui tu la peindrois mal ,
Du tu ne tracerois , ami , qu'une chimere.
Mais pour t'épargner la longueur
D'une recherche difficile ,
Je vais t'enſeigner ſon azile ,
Tu le trouveras dans mon coeur .
Geneve
XES
J. B. Tollot.
POUR peindre l'amitié fçais-tu ce qu'il faut faire?
Il faut chercher l'original ,
Car fans lui tu la peindrois mal ,
Du tu ne tracerois , ami , qu'une chimere.
Mais pour t'épargner la longueur
D'une recherche difficile ,
Je vais t'enſeigner ſon azile ,
Tu le trouveras dans mon coeur .
Geneve
XES
J. B. Tollot.
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7
p. 92
EPIGRAMME.
Début :
Soit que je fasse bien, soit que je fasse mal, [...]
Mots clefs :
Arpin, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME.
EPIGRAMME.
Soit que je faffe bien , foit que je faſſe mal ;
Arpin , d'un ftyle trivial
Contre moi fans ceffe murmure ;
Tout eft fujet à fa cenfure ,
Et foumis à fon tribunal .
Les plaifirs innocens que fournit la nature ;
Les fleurs , les oifeaux , la lecture ,
Si l'on en croit Arpin , c'eſt un plaifir fatal ,
Que répand d'une main impure
Le démon , ce monftre infernal .
Enfin ce franc original
Adauber les humains prend un plaifir extrême ;
Le riche , l'indigent , pour lui tout eft egal,
Mais pour n'être point partial ,
Que ne fe fronde -t'il lui- même ?
Tollet'
Soit que je faffe bien , foit que je faſſe mal ;
Arpin , d'un ftyle trivial
Contre moi fans ceffe murmure ;
Tout eft fujet à fa cenfure ,
Et foumis à fon tribunal .
Les plaifirs innocens que fournit la nature ;
Les fleurs , les oifeaux , la lecture ,
Si l'on en croit Arpin , c'eſt un plaifir fatal ,
Que répand d'une main impure
Le démon , ce monftre infernal .
Enfin ce franc original
Adauber les humains prend un plaifir extrême ;
Le riche , l'indigent , pour lui tout eft egal,
Mais pour n'être point partial ,
Que ne fe fronde -t'il lui- même ?
Tollet'
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8
p. 93-96
EPITRE A M. d'Arnaud.
Début :
Charmant d'Arnaud, de ta muse légere [...]
Mots clefs :
Nature, Lieux, Biens, Ombre, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. d'Arnaud.
EPITRE
A M. d'Arnaud .
CHarmant d'Arnaud, de ta muſe léger■
Que ne puis-je imiter les aimables accens !
Et que ne puis-je inſtruire & plaire ,
Comme tu le fais dans tes chants !
Faut-t'il gagner une bergere
Quels airs plus vifs & plus touchans !
Oui , dans tes accords raviffans
On trouve de quoi fatisfaire
La raison , l'oreille & les fens .
Sur des tons & nobles & grands
Tu montes, quand il faut, ta lyre ,
Mais de cette affreufe peinture ,
Cher d'Arnaud , détournons les yeux,
Et fixons-les fur la Nature ,
Qui paroît fi belle en ces lieux.
Déformais de mon fort je ferai feul le maître ,
Et felon mes befoins étendant mes défirs ,
Amai ,dans ce féjour champêtre ,
Au gré de mes fouhaits je fçaurai faire naître
De vrais & d'innocens plaifirs.
94 MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là que mon efprit tranquille ,
Loin du bruit des Cités , va choifir un azile ,
Fuyant des paffions le joug impérieux.
C'est là qu'une lecture utile ,
La culture des fleurs , rendent mon domicile
Digne de devenir la demeure des Dieux.
Le monde offre à nos yeux une belle peinture ;
Les objets ont un fard qui couvre leurs défauts.
Partiſan des beautés de la fimple Nature ,
Je préfère les bois , les prés & les ruiffeaux ,
A ces lieux trop peuplés, où l'art & l'impoſture ,
Sous des biens apparens , nous cachent de vrais
Ah,
A
maux.
que cette aimable retraite
pour moi de charmes fecrets !
Que j'aime l'ombre des forêts !
Que j'aime à célebrer au fon de ma mufette
La Nature & tous les attraits !
Ici notre ame fatisfaite
Jouit de cette douce paix ,
Qui pour le mondain n'eft pas faite ,
Dont le riche en vain à grands frais
Voudroit bien faire emplette ,
Et que le crime enfin , déchiré de regrets ,
Même au fein des plaifirs ne peut trouver jamais.
A l'ombre d'un Tilleul , au bord d'une fontaine,
Je ris des vains amuſemens
DECEMBRE. 1748.
95
De ces foibles mortels que l'on voit fur la fcéne
Etaler tous les ſentimens
Qu'excitent tour à tour & l'amour & la haine; }
Des coeurs paffionnés honteux égaremens.
L'orgueil eft ici détefté ;
Du fouffle empoiſonné du vice
Ce hameau n'eft point infecté ;
Fidéle aux loix de la fimple équité ,
L'habitant vit fans artifice ,
Au milieu d'une douce & fage égalité,
Jamais l'ambition ni l'aveugle injuftice
N'ont fouillé de fes moeurs l'aimable pureté.
Mille petits oifeaux , animant leur ramage ,
De leurs tendres chanfons font retentir les airs .
Zéphir , leur répondant à travers le feuillage ,
Mêle fon fouffle à leurs concerts ,
Tout préſente en ces lieux une riante image,
Que j'aime à voir de ces ruiffeaux
Couler les ondes fugitives ,
Et les fleurs qui font fur leurs rives
Se multiplier dans les eaux !
96 MERCURE DE FRANCE.
Ici , quand la naiſſante aurore
Invite le Soleil à reprendre fon cours ,
J'efpere que le jour qui commence d'éclore ,
Sera le plus beau de mes jours,
Ah ! des douceurs de l'eſpérance
Si l'homme connoiffcit le prix ,]
Il n'auroit plus que du mépris
Pour cette courte & foible jouiſſance
Des biens dont fon coeur eſt épris.
Qui, l'efpoir des vrais biens, dont l'ame eft alterés
Semble préfager fa durée ,
Et juſques dans l'éternité
Etendre la félicité .
Par le même.
A Geneve , le 26 Septembre 1748.
A M. d'Arnaud .
CHarmant d'Arnaud, de ta muſe léger■
Que ne puis-je imiter les aimables accens !
Et que ne puis-je inſtruire & plaire ,
Comme tu le fais dans tes chants !
Faut-t'il gagner une bergere
Quels airs plus vifs & plus touchans !
Oui , dans tes accords raviffans
On trouve de quoi fatisfaire
La raison , l'oreille & les fens .
Sur des tons & nobles & grands
Tu montes, quand il faut, ta lyre ,
Mais de cette affreufe peinture ,
Cher d'Arnaud , détournons les yeux,
Et fixons-les fur la Nature ,
Qui paroît fi belle en ces lieux.
Déformais de mon fort je ferai feul le maître ,
Et felon mes befoins étendant mes défirs ,
Amai ,dans ce féjour champêtre ,
Au gré de mes fouhaits je fçaurai faire naître
De vrais & d'innocens plaifirs.
94 MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là que mon efprit tranquille ,
Loin du bruit des Cités , va choifir un azile ,
Fuyant des paffions le joug impérieux.
C'est là qu'une lecture utile ,
La culture des fleurs , rendent mon domicile
Digne de devenir la demeure des Dieux.
Le monde offre à nos yeux une belle peinture ;
Les objets ont un fard qui couvre leurs défauts.
Partiſan des beautés de la fimple Nature ,
Je préfère les bois , les prés & les ruiffeaux ,
A ces lieux trop peuplés, où l'art & l'impoſture ,
Sous des biens apparens , nous cachent de vrais
Ah,
A
maux.
que cette aimable retraite
pour moi de charmes fecrets !
Que j'aime l'ombre des forêts !
Que j'aime à célebrer au fon de ma mufette
La Nature & tous les attraits !
Ici notre ame fatisfaite
Jouit de cette douce paix ,
Qui pour le mondain n'eft pas faite ,
Dont le riche en vain à grands frais
Voudroit bien faire emplette ,
Et que le crime enfin , déchiré de regrets ,
Même au fein des plaifirs ne peut trouver jamais.
A l'ombre d'un Tilleul , au bord d'une fontaine,
Je ris des vains amuſemens
DECEMBRE. 1748.
95
De ces foibles mortels que l'on voit fur la fcéne
Etaler tous les ſentimens
Qu'excitent tour à tour & l'amour & la haine; }
Des coeurs paffionnés honteux égaremens.
L'orgueil eft ici détefté ;
Du fouffle empoiſonné du vice
Ce hameau n'eft point infecté ;
Fidéle aux loix de la fimple équité ,
L'habitant vit fans artifice ,
Au milieu d'une douce & fage égalité,
Jamais l'ambition ni l'aveugle injuftice
N'ont fouillé de fes moeurs l'aimable pureté.
Mille petits oifeaux , animant leur ramage ,
De leurs tendres chanfons font retentir les airs .
Zéphir , leur répondant à travers le feuillage ,
Mêle fon fouffle à leurs concerts ,
Tout préſente en ces lieux une riante image,
Que j'aime à voir de ces ruiffeaux
Couler les ondes fugitives ,
Et les fleurs qui font fur leurs rives
Se multiplier dans les eaux !
96 MERCURE DE FRANCE.
Ici , quand la naiſſante aurore
Invite le Soleil à reprendre fon cours ,
J'efpere que le jour qui commence d'éclore ,
Sera le plus beau de mes jours,
Ah ! des douceurs de l'eſpérance
Si l'homme connoiffcit le prix ,]
Il n'auroit plus que du mépris
Pour cette courte & foible jouiſſance
Des biens dont fon coeur eſt épris.
Qui, l'efpoir des vrais biens, dont l'ame eft alterés
Semble préfager fa durée ,
Et juſques dans l'éternité
Etendre la félicité .
Par le même.
A Geneve , le 26 Septembre 1748.
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9
p. 30-33
EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
Début :
D'Arnaud, vous le sçavez, on doit au Dieu des vers [...]
Mots clefs :
Art, Vers, Muses, Univers, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
EPITRE
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
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