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1
p. 135-137
« L'Avanture est fort récente, & vous connoissez la Dame qui [...] »
Début :
L'Avanture est fort récente, & vous connoissez la Dame qui [...]
Mots clefs :
Dame, Vers, Mr Boyer, Pièce
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texteReconnaissance textuelle : « L'Avanture est fort récente, & vous connoissez la Dame qui [...] »
&vous connoiſſez la. Dame qui s'eſt ſi adroitement tiréede tant
d'embarras : C'eſt celle que vous rencontrâtes ily a deux ans chez
Madame la Comteſſe de *** qui atantde grace à dire des Vers,
&qui en dit alors quelques-uns deM' Boyer fur les Conqueftes duRoy , dont vous, luy deman- dâtes une copie. Vous vous fou- viendrez qu'elle ne vous la put donner , parce qu'elle n'en ſça- voit que des endroits détachez.
J'ay enfin recouvré la Piece en- tiere , qui pourin'eſtre pas toute nouvelle , n'en merite pas moins la curiofité que vous avez déja euëde la voir. Elle fut faite apres la mort de Ruyter , & la Défaite dela Flote Eſpagnoledevant Pa-
86 LE MERCVRE
ferme. MeBoyer fait toûjours de tres-beaux Vers , iln'y a perſon- nequin'en convienne , mais j'en ay peu veu de luy qui ſoient mieux tournez & plus également foûtenus queceux-cy. Jevous en laiſſe jugervous-mefme.
d'embarras : C'eſt celle que vous rencontrâtes ily a deux ans chez
Madame la Comteſſe de *** qui atantde grace à dire des Vers,
&qui en dit alors quelques-uns deM' Boyer fur les Conqueftes duRoy , dont vous, luy deman- dâtes une copie. Vous vous fou- viendrez qu'elle ne vous la put donner , parce qu'elle n'en ſça- voit que des endroits détachez.
J'ay enfin recouvré la Piece en- tiere , qui pourin'eſtre pas toute nouvelle , n'en merite pas moins la curiofité que vous avez déja euëde la voir. Elle fut faite apres la mort de Ruyter , & la Défaite dela Flote Eſpagnoledevant Pa-
86 LE MERCVRE
ferme. MeBoyer fait toûjours de tres-beaux Vers , iln'y a perſon- nequin'en convienne , mais j'en ay peu veu de luy qui ſoient mieux tournez & plus également foûtenus queceux-cy. Jevous en laiſſe jugervous-mefme.
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Résumé : « L'Avanture est fort récente, & vous connoissez la Dame qui [...] »
Deux ans plus tôt, une dame rencontrée chez Madame la Comtesse de *** avait récité des vers de M. Boyer sur les conquêtes du roi. L'œuvre complète, écrite après la mort de Ruyter et la défaite espagnole devant Pampelune, a été retrouvée. M. Boyer est loué pour ses beaux vers et cette pièce est particulièrement harmonieuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 22-34
EPITRE CHAGRINE DE MADAME DES HOULIERES A MADEMOISELLE ***
Début :
Les disputes où le brillant de l'esprit se fait paroistre, / Quel espoir vous séduit ? Quelle gloire vous tente ? [...]
Mots clefs :
Bel esprit, Ouvrages, Cabinet, Lire, Auteur, Pièce, Renommée, Cour, Science, Savoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE CHAGRINE DE MADAME DES HOULIERES A MADEMOISELLE ***
t qu'ils eftoient du bon
Party.
Les difputes où le brillant
de l'efprit fe fait paroiftre,
font toûjours fort agreables;
cepédant fi nous en croyons
une Illuftre de vostre fexe,
il n'y a rien qui foit plus à
craindre , que de s'acquérir
le nom de bel Efprit. Madame des Houlieres , dont
tous les Ouvrages font fi
eftimez , a traité cette matiere avec un agrément qui
vous charmera. C'eft affez
GALANT 23
que de vous l'avoir nommée,
pour vous faire attendre de
la lecture de ce dernier, tout
le plaifir que vous ont donné
les autres.
25522-52S2S32 23SS
EPITRE CHAGRINE
DE MADAME DES HOULIERES
AMADEMOISELLE ***
Velefpoir vous feduit? Quelle
Ordegloire voustente?
Quelcaprice! àquoypensez vous?
Voulez- vous devenirfçavante?
Hélas ! dubel Efpritfçavez vous les
dégoufts?
Cenomjadisfibeau,firevcréde tous,
24 MERCURE
N'a plus rien, aimable Amarante,
Ny d'honorable ny de doux.
22.
Si-toftqueparla voix commune
De ce titre odieux onſetrouve charge,
De toutes les vertus n'en manquaft- il
pas-une,
Suffit qu'en bel Esprit on vous ait:
érigé,
Pour ne pouvoirprétendre à la moindre Fortune.
$2
Jefeay bien quele Ciel afçû vous departir
Cequifoûtient l'éclat d'uneilluftre
naiſſance,
Quefans espoirde récompenſe
Vous ne travaillerez quepourvous
divertir.
C'est un malheurde moins, mais il en
eftiani d'autres,
Dont
GALANT 25
Donton nepeutfe garantir,
Queje vous verrayrepentir
D'avoirmoins écouté mes raisons que
les veftres.
S&
Pourrez- vous toûjours voir voſtre
Cabinetplein
Etde Pédans & de Poëtes,
Qui vousfatigueront avec unfront
ferein
Desfottifes qu'ils aurontfaites?
Pourrez- vousfupporter qu'un Fat de
qualité,
Quifçait à peine lire , &qu'un caprice guide,
De tous vos Ouvrages décide?
Vnefpr t demalignité
Dansle mondea fçûfe répandre.
On achete un bon Livre , afin de s'en
moquer,
Novembre 1684. C
26 MERCURE
C'eft des pluslongs travaux lefruit
qu'ilfautattendre;
Perfonne nelit pour apprendre,
On nelit quepour critiquer.
Vousricz ! vous croyez mafrayeur
chimérique.
L'amourpropre vous dit tout bas
Queje vousfais grand tort, que vous
ne devez pas
Du plus rude Cenfeur redouter la critique.
Eb- bien confiderez que dans chaque
Maifon
Où vous aura conduit un importun
ufage,
Dés qu'un Laquais aura prononcé
voftre nom,
C'eft unbel Efprit, dira- t- on,
Changeons de voix & de langage.
•
GALANT. 27.
$2
Alorsfur unprécieuxton,
Des plus grands mots faiſant un
affemblage,
On ne vous parlera que d'Ouvrages
nouveaux,
On vous demandera ce qu'il faut
qu'on enpenfe,
Enfaceon vous dira que les voftres
font beaux,
Et l'on pouffera l'imprudence
Infques àvouspreffer d'en dire des
morceaux.
S2
Si tout voflre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout bas , C'eſt- là ce bel
Efprit!
Tout commeune autre elle s'explique,
On entend tout ce qu'elle dit.
Cij
28 MERCURE
Se
Irez- vous voirjouer une Piece nouvelle,
Ilfaudrapourl' Autheur eftre pleine
d'égards;
Il expliquera tout , mines , geftes,
regards;
Etfifa Piéce n'est pas belle,
Il vous imputera tout ce qu'on dira
d'elle,
Et defa colere immortelle
Il vous faudra courir tous les bazards.
Sa
Mais , me répondrez vous , fortez
d'inquiétude,
Neprenez point pour moy d'inu ,
tiles frayeurs;
Je me déroberayfans peine à ces
malheurs,
Enévitant la folle multitude.
GALANT. 29
$2
Ileft vray ; mais commentpourrezvous éviter
Les chagrins qu'à la Cour un bel
Esprit attire?
Vous ne voulez pas la quiters
Cependantl'air qu'on y respire
Eft mortelpourles Gens quife mêlent
d'écrire.
A réver dans un coin onfe trouve
réduit;
Cen'estpointun contepour rire.
Dés que la Renomée aurafemé le bruit
Que vousfçavez toucher la Lyre,
Hommes , Femmes , tout vous
craindra,
Hommes, Femmes,tout vousfuira,
Parce qu'ils nesçauront en mille ans
que vous dire.
C iij
30 MERCURE
$2
Ils ont là- defusdes travers
Quinepeuventfouffrir d'excuses;
Ilspenfent, quandon a commerce avec
les Mufes,
Qu'on nefçaitfaire que des Vers.
$2
Ce que prêtela Fable à lahaute Eloquence,
Ce que l'Hiftoire a consacré,
Ne vautjamais rien à leur grés
Ce qu'onfait plus qu'eux les
offenfe.
S&
On dirait àles voir, de l'airprésomptueux
Dont ils s'empreffent pour entědre
Des Vers qu'on ne lit pointpour
eux,
Qu'à déciderdetout ils ont droit de
prétendre.
GALANT 31
Surce dehors trompeur onne doitpoint
compter;
Bienfouventfans les écouter,
Plusfouventfansyrien coprendre,
On les voit les blâmer, on les voitles
défendre.
Quelquesfauxbrilläs bien placez
Toute la Piéce eft admirable;
Unmotleur déplaift, c'eft affez,
Toute la Piéce eft déteftable.
S&
Dans ladébanche & dans lejeu
nourris,
Onles voit avec m'fme audace
Parler&d'Homere & d'Horace,
Comparerleurs divins Ecrits,
Confondreleurs beautez, leurtour,
leurs caracteres
Siconnus&fidiférens,
Fraiter des Ouvrages fi grands
Debadinages, de chimeres,
Cüiij
32 MERCURE
Et cruels ennemis des Langues Etran
geres,
Eftre orgueilleux d'eftre ignorans.
S2
Quelques Seigneurs reftez d'une
Cour plus galante,
Etmoins dure aux Autheurs
d'aujourd'huy,
que celle
Sontencore, il est vray, legenéreux
appuy
Dela Science étonnée &mourante;
Maispourcombien detemps aurezvousleurfecours?
Hélas !j'enpâlis, j'enfriſſonne.
Les trois fitales Sœurs qui n'épargnentperfonne,
Sontpreftes à couper la trame deleurs
jours.
$2
Queferez- vous alors ? Vous rougirez
fansdoute
GALANT. 33
Detout l'efpritque vous aurcz.
Amarante, vous chanterez,
Sans queperfonne vous écoute.
Plus d'un exemple vous répond
Desmalheurs dont icy je vous ay menacée.
Lefçavoir nuit à tout, la mode en est
paffée;
Oncroit qu'unbel Efprit nefçauroit
eftre bon.
S2
Detant de veritez confervezla mémoire;
Qu'ellesfervent à vaincre un aveugle défir,
Necherchez plus unefrivolegloire
Quicaufe tant depeine, &fipeude
plaifir.
Fe la connois, &vous m'en pouvez
croire.
Jamais dinsHipocréne on nem'auroit
và boires
34 MERCURE
Si le Cielm'custlaiffée enpouvoirde
choifir;
Mais hélas! defonfortperfonnen'est
le Maistre,
Lepanchant denos cœurs est toûjours
violent.
J'ayfçufaire des Vers, avant quede
connoiftre
Les chagrins attachez à ce maudit
talent.
Vous que le Cicl n'a point fait
naiftre
Avecce talent queje hais,
Croyez- en mesconfeils, ne l'acqucrez
jamais.
Party.
Les difputes où le brillant
de l'efprit fe fait paroiftre,
font toûjours fort agreables;
cepédant fi nous en croyons
une Illuftre de vostre fexe,
il n'y a rien qui foit plus à
craindre , que de s'acquérir
le nom de bel Efprit. Madame des Houlieres , dont
tous les Ouvrages font fi
eftimez , a traité cette matiere avec un agrément qui
vous charmera. C'eft affez
GALANT 23
que de vous l'avoir nommée,
pour vous faire attendre de
la lecture de ce dernier, tout
le plaifir que vous ont donné
les autres.
25522-52S2S32 23SS
EPITRE CHAGRINE
DE MADAME DES HOULIERES
AMADEMOISELLE ***
Velefpoir vous feduit? Quelle
Ordegloire voustente?
Quelcaprice! àquoypensez vous?
Voulez- vous devenirfçavante?
Hélas ! dubel Efpritfçavez vous les
dégoufts?
Cenomjadisfibeau,firevcréde tous,
24 MERCURE
N'a plus rien, aimable Amarante,
Ny d'honorable ny de doux.
22.
Si-toftqueparla voix commune
De ce titre odieux onſetrouve charge,
De toutes les vertus n'en manquaft- il
pas-une,
Suffit qu'en bel Esprit on vous ait:
érigé,
Pour ne pouvoirprétendre à la moindre Fortune.
$2
Jefeay bien quele Ciel afçû vous departir
Cequifoûtient l'éclat d'uneilluftre
naiſſance,
Quefans espoirde récompenſe
Vous ne travaillerez quepourvous
divertir.
C'est un malheurde moins, mais il en
eftiani d'autres,
Dont
GALANT 25
Donton nepeutfe garantir,
Queje vous verrayrepentir
D'avoirmoins écouté mes raisons que
les veftres.
S&
Pourrez- vous toûjours voir voſtre
Cabinetplein
Etde Pédans & de Poëtes,
Qui vousfatigueront avec unfront
ferein
Desfottifes qu'ils aurontfaites?
Pourrez- vousfupporter qu'un Fat de
qualité,
Quifçait à peine lire , &qu'un caprice guide,
De tous vos Ouvrages décide?
Vnefpr t demalignité
Dansle mondea fçûfe répandre.
On achete un bon Livre , afin de s'en
moquer,
Novembre 1684. C
26 MERCURE
C'eft des pluslongs travaux lefruit
qu'ilfautattendre;
Perfonne nelit pour apprendre,
On nelit quepour critiquer.
Vousricz ! vous croyez mafrayeur
chimérique.
L'amourpropre vous dit tout bas
Queje vousfais grand tort, que vous
ne devez pas
Du plus rude Cenfeur redouter la critique.
Eb- bien confiderez que dans chaque
Maifon
Où vous aura conduit un importun
ufage,
Dés qu'un Laquais aura prononcé
voftre nom,
C'eft unbel Efprit, dira- t- on,
Changeons de voix & de langage.
•
GALANT. 27.
$2
Alorsfur unprécieuxton,
Des plus grands mots faiſant un
affemblage,
On ne vous parlera que d'Ouvrages
nouveaux,
On vous demandera ce qu'il faut
qu'on enpenfe,
Enfaceon vous dira que les voftres
font beaux,
Et l'on pouffera l'imprudence
Infques àvouspreffer d'en dire des
morceaux.
S2
Si tout voflre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout bas , C'eſt- là ce bel
Efprit!
Tout commeune autre elle s'explique,
On entend tout ce qu'elle dit.
Cij
28 MERCURE
Se
Irez- vous voirjouer une Piece nouvelle,
Ilfaudrapourl' Autheur eftre pleine
d'égards;
Il expliquera tout , mines , geftes,
regards;
Etfifa Piéce n'est pas belle,
Il vous imputera tout ce qu'on dira
d'elle,
Et defa colere immortelle
Il vous faudra courir tous les bazards.
Sa
Mais , me répondrez vous , fortez
d'inquiétude,
Neprenez point pour moy d'inu ,
tiles frayeurs;
Je me déroberayfans peine à ces
malheurs,
Enévitant la folle multitude.
GALANT. 29
$2
Ileft vray ; mais commentpourrezvous éviter
Les chagrins qu'à la Cour un bel
Esprit attire?
Vous ne voulez pas la quiters
Cependantl'air qu'on y respire
Eft mortelpourles Gens quife mêlent
d'écrire.
A réver dans un coin onfe trouve
réduit;
Cen'estpointun contepour rire.
Dés que la Renomée aurafemé le bruit
Que vousfçavez toucher la Lyre,
Hommes , Femmes , tout vous
craindra,
Hommes, Femmes,tout vousfuira,
Parce qu'ils nesçauront en mille ans
que vous dire.
C iij
30 MERCURE
$2
Ils ont là- defusdes travers
Quinepeuventfouffrir d'excuses;
Ilspenfent, quandon a commerce avec
les Mufes,
Qu'on nefçaitfaire que des Vers.
$2
Ce que prêtela Fable à lahaute Eloquence,
Ce que l'Hiftoire a consacré,
Ne vautjamais rien à leur grés
Ce qu'onfait plus qu'eux les
offenfe.
S&
On dirait àles voir, de l'airprésomptueux
Dont ils s'empreffent pour entědre
Des Vers qu'on ne lit pointpour
eux,
Qu'à déciderdetout ils ont droit de
prétendre.
GALANT 31
Surce dehors trompeur onne doitpoint
compter;
Bienfouventfans les écouter,
Plusfouventfansyrien coprendre,
On les voit les blâmer, on les voitles
défendre.
Quelquesfauxbrilläs bien placez
Toute la Piéce eft admirable;
Unmotleur déplaift, c'eft affez,
Toute la Piéce eft déteftable.
S&
Dans ladébanche & dans lejeu
nourris,
Onles voit avec m'fme audace
Parler&d'Homere & d'Horace,
Comparerleurs divins Ecrits,
Confondreleurs beautez, leurtour,
leurs caracteres
Siconnus&fidiférens,
Fraiter des Ouvrages fi grands
Debadinages, de chimeres,
Cüiij
32 MERCURE
Et cruels ennemis des Langues Etran
geres,
Eftre orgueilleux d'eftre ignorans.
S2
Quelques Seigneurs reftez d'une
Cour plus galante,
Etmoins dure aux Autheurs
d'aujourd'huy,
que celle
Sontencore, il est vray, legenéreux
appuy
Dela Science étonnée &mourante;
Maispourcombien detemps aurezvousleurfecours?
Hélas !j'enpâlis, j'enfriſſonne.
Les trois fitales Sœurs qui n'épargnentperfonne,
Sontpreftes à couper la trame deleurs
jours.
$2
Queferez- vous alors ? Vous rougirez
fansdoute
GALANT. 33
Detout l'efpritque vous aurcz.
Amarante, vous chanterez,
Sans queperfonne vous écoute.
Plus d'un exemple vous répond
Desmalheurs dont icy je vous ay menacée.
Lefçavoir nuit à tout, la mode en est
paffée;
Oncroit qu'unbel Efprit nefçauroit
eftre bon.
S2
Detant de veritez confervezla mémoire;
Qu'ellesfervent à vaincre un aveugle défir,
Necherchez plus unefrivolegloire
Quicaufe tant depeine, &fipeude
plaifir.
Fe la connois, &vous m'en pouvez
croire.
Jamais dinsHipocréne on nem'auroit
và boires
34 MERCURE
Si le Cielm'custlaiffée enpouvoirde
choifir;
Mais hélas! defonfortperfonnen'est
le Maistre,
Lepanchant denos cœurs est toûjours
violent.
J'ayfçufaire des Vers, avant quede
connoiftre
Les chagrins attachez à ce maudit
talent.
Vous que le Cicl n'a point fait
naiftre
Avecce talent queje hais,
Croyez- en mesconfeils, ne l'acqucrez
jamais.
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Résumé : EPITRE CHAGRINE DE MADAME DES HOULIERES A MADEMOISELLE ***
Le texte aborde les dangers et les inconvénients liés à l'obtention du titre de 'bel esprit'. Madame des Houlières, dont les œuvres sont très appréciées, met en garde contre les disputes où l'esprit peut briller, mais qui peuvent s'avérer redoutables. Être considéré comme un bel esprit peut entraîner des critiques et des malheurs. Les personnes ainsi étiquetées sont souvent perçues comme manquant de vertus et ne peuvent prétendre à aucune fortune. Le texte décrit les désagréments de la vie d'un bel esprit, notamment les critiques constantes, les pédants et les poètes qui les fatiguent, et les décisions arbitraires des ignorants sur leurs œuvres. Il souligne également les difficultés rencontrées à la cour et les travers des gens qui se mêlent d'écrire. Madame des Houlières conseille de ne pas chercher cette gloire frivole, car elle cause beaucoup de peine et peu de plaisir. Elle regrette d'avoir elle-même acquis ce talent et met en garde contre les chagrins qu'il engendre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 275-279
Ce qui s'est passé à la Comedie Françoise le premier jour que les Ambassadeurs y ont esté. [titre d'après la table]
Début :
Ayant vû jouer la Comedie du Bourgeois Gentilhomme, il comprit [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Pièce, Bourgeois gentilhomme, La Grange, Comédie, Compliment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à la Comedie Françoise le premier jour que les Ambassadeurs y ont esté. [titre d'après la table]
Ayant vu jouer
la Comedie du Bourgeois
Gentilhomme , il comprit
tout le ſujet de la Piece
fur ce qu'on luy en expli
276 Voyagedes Amb.
qua , & dit à la fin qu'il
auroit fouhaité qu'il y euſt
eu dans le dénoüement
de certaines chofes qu'il
marqua. Mª de la Grange
dit dans ſon Compliment,
- Qu'ils avoient estéſouvent
honorez de la presence de
pluſieurs Ambaſſadeurs ,
qui pouſſez par leur curiofité
estoient venus admirer
leurs Spectacles, mais qu'ils
n'avoient jamais eu l'avantage
de voir chez eux
des Perſonnes,dont la qua
deSiam.
277
lité de l'Ambassade dans
toutesses circonstances eust
plus attiré d'admiration ,
& que c'estoit ce qui leur
arrivoit ce jour-làpar leur
prefence; que toute la France
estoit pleinement informée
de l'eſtime particuliere
que nostre Auguste Monarque
faisoit de leur merite
, &qu'außi s'empresfoit-
on àleur rendre de toutes
parts leshonneurs dûs à
leur Caractere , chacun allant
au devant de ce qui
278 Voyage des Amb.
afin
leur pouvoit estre agreables
qu'il auroit estéà souhaiter
pour la Troupe , qu'un peu
d'habitude de la Langue
Françoise leur euſt rendu
la Piece intelligible ,
qu'ils en euſſent på ſentir
la beauté, ce qui leur auroit
fait mieux comprendre le
zele aveclequel ils s'estoient
portez à leur donner quelque
plaisir ; qu'ils prioient
leurs Interpretes de le leur
faire entendre , außi- bien
que le defir qu'ils auroient
de Siam.
279
de contribuer encore à leur
divertiſſementpendant leur
Sejour à Paris.Ce difcours
receut beaucoup d'aplaudiffemens
, & l'Ambaffadeur
ayant rencontré M.
de la Grange lors qu'il
fortoit de la Comedie ,
luy dit en François,Je vous
remercie , M' le Marquis,
parce qu'il avoit joué le
rôle du Marquis dans la
Piece.
la Comedie du Bourgeois
Gentilhomme , il comprit
tout le ſujet de la Piece
fur ce qu'on luy en expli
276 Voyagedes Amb.
qua , & dit à la fin qu'il
auroit fouhaité qu'il y euſt
eu dans le dénoüement
de certaines chofes qu'il
marqua. Mª de la Grange
dit dans ſon Compliment,
- Qu'ils avoient estéſouvent
honorez de la presence de
pluſieurs Ambaſſadeurs ,
qui pouſſez par leur curiofité
estoient venus admirer
leurs Spectacles, mais qu'ils
n'avoient jamais eu l'avantage
de voir chez eux
des Perſonnes,dont la qua
deSiam.
277
lité de l'Ambassade dans
toutesses circonstances eust
plus attiré d'admiration ,
& que c'estoit ce qui leur
arrivoit ce jour-làpar leur
prefence; que toute la France
estoit pleinement informée
de l'eſtime particuliere
que nostre Auguste Monarque
faisoit de leur merite
, &qu'außi s'empresfoit-
on àleur rendre de toutes
parts leshonneurs dûs à
leur Caractere , chacun allant
au devant de ce qui
278 Voyage des Amb.
afin
leur pouvoit estre agreables
qu'il auroit estéà souhaiter
pour la Troupe , qu'un peu
d'habitude de la Langue
Françoise leur euſt rendu
la Piece intelligible ,
qu'ils en euſſent på ſentir
la beauté, ce qui leur auroit
fait mieux comprendre le
zele aveclequel ils s'estoient
portez à leur donner quelque
plaisir ; qu'ils prioient
leurs Interpretes de le leur
faire entendre , außi- bien
que le defir qu'ils auroient
de Siam.
279
de contribuer encore à leur
divertiſſementpendant leur
Sejour à Paris.Ce difcours
receut beaucoup d'aplaudiffemens
, & l'Ambaffadeur
ayant rencontré M.
de la Grange lors qu'il
fortoit de la Comedie ,
luy dit en François,Je vous
remercie , M' le Marquis,
parce qu'il avoit joué le
rôle du Marquis dans la
Piece.
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé à la Comedie Françoise le premier jour que les Ambassadeurs y ont esté. [titre d'après la table]
Le texte décrit la visite d'ambassadeurs siamois à une représentation de la comédie 'Le Bourgeois Gentilhomme'. Un des ambassadeurs comprit le sujet de la pièce grâce aux explications fournies et proposa des suggestions pour le dénouement. Madame de la Grange, dans son compliment, souligna que les ambassadeurs étaient les premiers de leur qualité à assister à leurs spectacles. Elle mentionna l'estime particulière du monarque français pour leur mérite et les honneurs qui leur étaient rendus. Elle regretta que la troupe ne maîtrisât pas la langue française, ce qui aurait rendu la pièce plus intelligible. Les ambassadeurs exprimèrent leur désir de mieux comprendre la pièce et leur volonté de contribuer au divertissement pendant leur séjour à Paris. Le discours de Madame de la Grange fut applaudi. En sortant, un ambassadeur remercia Monsieur de la Grange en français pour son rôle dans la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 51-106
Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que la Liste que je vous ay envoyée le mois passé [...]
Mots clefs :
Présents, Siam, Pièce, Argent, Or, Taille-douce, Vert, Cristal, Reliefs, Canon, Fusil, Roche, Pièces, Ponceau, Garni, Enrichi, Rouge, Broche, Pistolets, Diamants, Couleur, Étui, Boîte, Montre, Fleurs, Dessins, France, Glace, Représenter, Gravures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Quoy que la Lifte que je
vous ay envoyée le mois pafré
des Presens qui sont partis
pour Siam,vous ait paru rres-
~pelle, tres ample, & trescurieuse,
j'ay encore beaucoup
dechoses nouvelles à.
vous apprendre sur le mefne
articl
nearticlee.. Il sfaauutt de ggrraannddss
oins, & d'exactes recherches
iour être pleinement instuit
t un détail pareil à celu y-là,
: sur tout, quand on veut
on seulement estre informe
du nombre des pieces, mais
donner aussi une descriprion
particuliere dechacune.C'est
ce que je vay raire a l'égard
decelles dont jene vousay
parlé que legerement. Je ne
vous diray plus rien des autres
,
& passeray mesme par
dessus sans vous les nommer
une seconde fois, àcause que
je vous les ay amplement décrites
, maisaussi i'en aiouteray
un tres-grand nombre,
dont ie ne vous ay encore
rien dit, & vous décriray susJ
qu'aux étofes ,sans quoy il
feroit impossible d'en
bien
faire voir la richesse, & dq
connoistre en quoy consiste
la magnificence de ces P!c:
:cns. le commenceray par
ceux que Sa Majesté a envoyez.
Une Couronne d'or à fleuons,
enrichie de Diamans,
le Rubis, d'Emeraudes, &
le Perles.
Un grand Panache d'or,
ouvert desmeimes Perles.
Un grand Miroir de cris-
'a) garny d'or, la bordure
enrichie de Diamans, le der-
~icre aussid'or à fleurs dereief,
& émaillées.
UneSelle de ch eval avec
a Housse
,
les Fourreaux de
~?i.ioiets & les Harnois en
Broderie de relief
, & les
Etriers de vermeil le tout
enrichy de Pierreries.
Quatre Vestes de velours,
deux noires & deux rouges,
une de chaque couleur avec
des manches, & une sans
manches, en broderie de
fleurs de soye liserées d'or,
enric hies de Perles; les noires
avec un galon rouge, & les
rouges avec un galon vert,
brodées &enrichies de.mef-J
me, suivantlesmodelles ap.j
portez de Siam.
Deux Baudriers enbro
derie d'or
,
passée avec les
garnitures d'or émaillées.
:> UnBufle tout bordé d'or
de relief avec les manches,
e Ceinturon, les crochets &
es agraffes de vermeil, doré
deux fois.
Un grand Vase d'Ambre
gravé de bas reliefs, avecla
garniture d'or.
Un grand Cabinet de crital
deroche, les garnitures
ravaillées à fleurs de vermeil
loré.
Une paiie d'A rmes de fer
àl'épreuve du pistolet moitié
coul eur d'eau & moitié
gravées de plusieurs ornemens
dorez, complettesà
l'exception des jambes, le
tout doublé de satinbleu,&
galonné d'or.
Deux grands Fusils à la
Siamoise, enrichis de beaucoup
de reliefs, la garniture
d'argent aussi en relief, les
canons enrichis d'or & d'argent,
& les bois avec des
ornemens tres-riches, chacun
dans ion étuy de maroquin
rouge doré au feu.
Quatre pieces de drap d'or,
& de brocard d'or & d'argent,
de la ~Manufacture dc^
M.Charlierà S. Maur, lur
des desseins de France ; sçavoir,
Une piece de drap d'or
rayé, à fond d'argent broché
d'or & d'argent,nue de
plusieurs couleurs.
! Vnepiece deBrocard d'or
à fond couleur de feu
,
broehé
d'or & d'argent, liseré
de vert
Une piece de Brocard d'or
à fond vert broché d'or 6c d argent retors,liseré de couleur
de feu.
Vne piece de Brocardd'or
à fond*brorché-
d'or & d'argent,liseré
Six piecesd'étofes àfleurs
nuées,listrées d'or sur des
desseins de Siam ; sçavoir,
Vne pieceà fond d'or nue
glacé.
Vne autre piece à fond
ponceau à fleurs lilsrées d'or.
Vnepiece à fond pastel. :
Vne autre à fond bleu.
EEttuunnceaauuttrrecààffoonnddgDris
c 1 air. *
Huit picccs de drap & de
brocard or & argent tres-riches,
(ur des desseins de 11
France ; sçavoir,
Vne pièce de brocard tres- ,
1
richeà-fond d'or broché &
à fleurs ciselées d'or rebrodé
de toutes couleurs.
Vne piece ponceau or&
argent passé d'or tors à travers,
& rebrodé d'argent
tors. Vne pièce - or & argent nué
à fond noir rebrochéd'or
-, - , glace&d'or tors avec feyc,
ponceau brodé.
orVnepieced'étoffevert&:
passé d'or à travers, & rebroché
d'or tors.
-
Vne pièce ponceau & or
brochéd'orglacé,&rebrodé,
d'or tors au petitmestier.
Vne piece cramoisy & or
broché d'or lissé avec ortors,
& rebroché d'argentfrisé.
Vne. piece bleue or & argent,
le fond d'or broché
& tors avec argent tors.
Vne piece bleue & or paffé ed'or glacé à travers.
Huit tables de marbre avec
les chassis
..)t.' piedsue Sculpture
tous dorez.
PRESENS DE MONSEIGÑEVK;
au Roy de Sium.
Vne grande Pendule à quatrecristeaux
de loche,&qua*;
tre colomnes surmontées de
quatre Fleurs de Lys,& soûtenuës
de quatreboules, le
tout decristal deroche, les
Portiques garnis d'or, enrichisdepierreries,&
le Do-
De d'acier bruny
,
enrichy
le feüillages d'or, terminé
parune Fleur de Lys
Deux Baudriers en broder
ie d'or, avec les garnitures
l'or émaillecs.
Deux Fusils à la Siamoise,
enrichis de reliefs gravez en
aille douce, la garniture
l'argent, le canon damait
quiné d'or, & le bois enrichy
d'argent de rapport,
chacun dans son étuy de
maroquin rouge, doré au
feu.
Vne piece d'unquarré long doré deux fois, - contenant
un tiroir& une boëte
couverte, sur laquelleil y a
une Ecritoire ornée de reliefs,
& de graveures enrichies
d'or & de festons d'émail
, avec trente-neuf Diamans.
Vne Montre à boëte d'or
àdeux cristaux, dontle jonc
est gravé de bas-reliefs, marquant
le lever &le coucher
du Soleil, faisant voir le
mouvement annuel, & le
iurne, avec le mouvement
e la Lune, suivant la maiere
de compter à la Sialoise.
Cette Montre a son
tuy fleuronnéd'or.
Deux pieces de drap or
& argent, de Mr Charlier,
ut des desseins de France;
çavoir,
Une piece de drap d'or
ayé, à fond d'or & d'argent
tors avec des comparti
mens couleur de feu.
Vne piece de Brocard d'or
fond bleu, broché d'or&
'argent retors: liseré de
couleur de feu.
Deux autres pieces de Broscardçor&
aarvgento,tresi-rirch,es
Une piece ponteau & or,
broché d'or, à fond glacé
d'or à filigrane.
Vne autre piece vert &or
& argent, à fond d'or ciselé,
broché d'or tors, avec
filigrane d'or tors.
Cinq pieces d'étoffes d'or
& d'argent, nuées & liserées
d'or sur des desseins de Siam
sçavoir
I
Vne piece à fond d'ar
gent glacé,nue.
Vuepièce à fond ama.
ante nue.
Une pièce à iondlfàbcllc.
Vue pièceà-tond vert.
Et une à fond ce la don
Vn tres beau Cabinet dc
riftal de roche, garny de
fermeil doré
Quatre 1 ables de marbra
vec leurs chailis, & pieds
le sculpture dorez.
PRESENSDE ¡'/J/:/DAlvlE'
t - !la 'DaUphine pour la Princjje
de Sidm
,
nomméela
!
f)rincefJe Rryne.
Quatre grandes roses dq
Diamans.
Vne autre plus grande aussi
de Diamans. -
Vne grande Rose de bellcsj
& fortes Emeraudes& de
Diamans. :
Vn Miroir de criftaldero^
che garny d'or la bordure
& le derriere à feüillages cin
zelez
,
enrichie de Diamant
& de Rubis.i Vn petit Coffre d'or gar-j
ny de vases en forme dj
cave aussi d'or, le tout gran
ve & garny de Diamans.
Deux boëtes d'or couj
Vertes en pointes émaillées a
fleurs de neuf pouces, j
Deux autres boëtes aussi
d'or de mesme grandeur de
le mesme figure.
Deux grandestasses ci'or"
:-malll-ées
- Vn grand miroir d'or couert
en forme de boëtetout
maill-é à deux glaces,
Vn grand Cabinet d'ambrea
bas reliefs & à graveues
le dessus port nt pluleurs
Figures de Personna- es&arbres-
Vntres-beau & grand Cainet
de cristal de roche gary
de vermeil. t)
Vne Montre à boëte d'or
à deux cristaux, plus grande;
que les autres, qui montra
l'âge de la Lune à la maniére
Siamoise
, avec son estuy
garny de fleurons ayant la
boëtc cizelée & Cadrans;
d'or. 1
Vne autre Montre émaillée
devert à taille d'épargne.
Cinq pieces de Drap ôc\
brocard or & argent tres-riches
sur les desseins de France;
sçivoir,
Vne piece à fond d'argent
nue au petit messier de [OU
tes couleurs &, rebroché
d'ortots. -'
Vne picce vert & or &argent
, rebroché d'or cors avec
des brodenes d'argent.
Vue piece ponceau à fleurs
d'or rebrochées d'un peu.
d'argent avec or cors.
; Vne piece bleue or & argent
passée d'or en filigrane,&
broché d'argent.
Vnepicce de Damas à fond
amarante, les fleurs brochées.
d'or avec des nompareilles
de satinvert.
Une grande Cassette de
marqueccerie & de bois de
raport des plus precieuxavec
son pied toutes les aar,
nitures dorées & d'un trèsbeau
travail.
PRESENS DU ROI
aM. Constance.
- Une grande Boete à Portrait
decDSa Majeste avec l'attache,
le tout garny deDiamans.
Un Sabre tout d'or avec
un revers de quatre pouces
de large à la Siamoise
, tout
le fourreau garnyde pierreri
es.
VueMontre d'or émaillée
derouge à taille d'Epargne
avec son-estuy, ouvragede
M. Turet.
Une autre Montre d'or, le
donc cizelé avec son estuy t
garny de feüillages d'or.
- Une autre Montre d'or émaillée
de vert à taille d'Epargne
or & blanc,avecl'éuy
à doux fleuronnez d'or-
VnFusilenrichy de relief
canon damasquiné d or
ort riche, & canelé de deux
nanieres ,avec son estuy de
Maroquin rouge doré au
1" i c
eu.
Un autre Fusil enrichy de
reliefs
,
le canon canelé à
goutieres
,
enrichy d'or de
rapport, le boisorné d'argent.
de raport la garniture avec
des bas reliefs & d'or de raporr
aussi avec son estuy.
Vn autre Fusil enrichy de
graveure, le canon & laeu-
Uffc damasquinez d'or, avec
son étuy.
Vn autre Fusil, laplatine
unie, le canon ayant un
marque derelief, aussi avec
ion étuy.
Vne paire de Pistolets enrichis
de rel efs, garnis d'or
de rapport,avec leurs étuis
de maroqu n rouge doré au
,feu.Vne autre paire de Piftolers
lets enrichis de graveurescn
taille douce, le canon damasquiné
d'or, le bois orné
d'argent de rapport, avec
son étuy de maroquin.
Vne autre paire montez
d'yvoire avec des testes de
lion, l'ouvrage du canon
gravé de taille douce.
Deux très -
beauxLustres
de cristal à branches de fonte
dorées,enrichies defeftons,
de boules & de fleurs
de cristal de roche.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, representant
l'histoire de Diane,
Un Coffret d'ambre travaillé
à bas reliefs & giavez.
Une manière de Chapelle
aussi d'ambre avec un Crucifix,
le tout ayant de tresbeaux
ornemens.
Six pieces d'étoffe de foye
or & argent sur des desseins
de France ; sçavoir,
Vne pièce à fond vert tresriche.
Vne piece Incarnat or &
argent.
gVnee pniecetble.uë or & ar- Vne autre bleue or & ponceau.
Vne piece de Cramoily
toutor.
Et une piece de ponceau &
raye.
Septpieces de drap tresfin
d'écarlatte,vert, violet,
bleu, gris de perle,& de canelle
contenant 106. aunes,
Vne piece de Camelotcoueur
de feu à pur poil de 28.
aunes un quart.
Deux Selles magnifiques
de l'Ecurie de Sa Majeste avec
leurs housses, le touten
broderie d'or avec tous les
harnois dorez, l'une brodée
sur un velours rouge,l'enharnachement
& testiere dorée
& fourreaux de pistolets; fy.
l'autre brodée sur un velours
vert, tout l'enharnachement
doré, &les fourreaux de pistolets,
PRESENS DU ROY
pour le premier Ambassadeur.
Vne boëte à Portrait de Sa
Majesté avec l'attache toute
garnie de Diamans
Vn Sabre d'or à la Turque,
la garde & le fourreau
tous garnis de grossesTurquoises
de vieille roche, $
deRubis.
-
Vn tres-beau Lustre de
Cristal de roche à dix branches
de fonte dorée enrichies
le consoles de cristaux qui
Suportent un vasegarny de
leurs, jettant des cristauxaucour
,
le dessous garny d'une
campane de boules de cristaux
avec une grossepiece
taillée dans le milieu.
Vnetenturede Tapisserie
de Flandre a Personnages &
verdures, rep resentant les
Muses &autresparties de la
Metamorphose.
VnFusilenrichy de reliefs,
la garniture & porte-viz
relevez d'or: le canon orné
d'or & d'argent de raport.
Vn Fusil à deux coups?
ayant le canon damasquiné
d'or.
Vn autre Fusil enrichy de
graveures en taille-douce.
: Vn autre Fusil enrichy ausside
graveures, ayant quelques
filets d'argent autour de
la visiere de couche.
Vne paire de pistolets enrichis
de reliefs? le canon en- !
richy d'or & d'argent de
raport,
& la garniture de inefme
travail.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
taille-douce, le canon damasquiné
d'or en couleur
d'eau.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
tulle-douce, le porte-viz
de reliefs &: un masque sur
les culotes.
Vnegrande Pendule quarrée
allant quinze jours,tonnant
les heures & les demyheures,
& la Boete de marqueterie
avec des colomnes,
bazes & chapiteaux corintheà
fonds d'écaille de Tortue
, & son étuy garny de
cuir.
Vne petite Pendule d'or
de poche, la boëte enrichie
de graveure avec son étuy
garny de clouds d'or à feuillages.
Vne Montre d'or d'émail
en mignature, le dessous de
la- boëte representant Mars
avec Venus & l'Amour
,
le
jonc &le dedans de Paysages
avec personnages.
Huit pieces d'étosses de
soye or & argent sur les desseins
de France;sçavoir, 1
1
Vne piece de brocard violet
tout or ? en broderie d'or
glacé&tors. -
Vne piece bleuë or & ar- -
gent à fond de Damas en
broderie d'or, reciselé d'argent
tors.
Vnepiece ponceau & or
1- glacée & rebroché d'or tors.
Vne piece bleue or & argent
pararabesqiued'or glacé,
& rebroché d'argent tors.
Vne piece amarante vert &
or, avec rayes de satin broché
d'or lissé & tors. -
Vne piece ponceau tout
argent par ehamarures d'argent
lissé & broché d'argent
tors.
Vne piece blanc & or nue
en Damas avec soye ponceau
& broché d'or.
Et une piece vert & or en
gros de naples par chamarures.
Quinzepieces de Draps
tres-fins d'écarlatte vert,violet
bleu gris de perles contenant
deux cens quarante
cinq aunes.
Deux pieces de Camelot
couleur de feu contenant
cinquante-cinq aunes & demie
PRESENS DV ROY
pour le fecond Ambassadeur.
VnLustre de cristaux de
roche à dix branches de fonte
dorée, ayant une Couronne
enrichie de plusieurs
cristaux de roche & de Milan,
le dessous garny de campanes
de boules & pieces de
cristaux de Milan, avec une
grosse poire taillée en coste
au milieu.
Vnependule allant quinze
jours, sonnant les heures &
les demyheures,la boëteen
forme de cartouche sur un
I
fond de cuivre doré, les ornemens
aussi dorez d'or
moulu.
Vnegrande Montre d'or
couverte d'email en mignature
,
le dessous de la boëte
repreientantl'enlevement
dEurope, & le dessus representant
une Venus & des
Amoursavec dcs Tritonssur
un Dauphin,& le dedans de
paysages & personnages.
Vne Montre quarrée à
feuillages d'or,ciselez,avec
un cristal de roche.
Vne tenture de Tapisserie
de Flandre,representant
des jeux d'enfans
Vn Fusil enrichy de reliefs
relevez d'or, le canon
de reliefs, le fond d'or, &:
le bouton d'or de rapport.
Vn autre Fusil enrichy
d'une garniture d'argent gravée
entaille douce,
&d'argent
de rapport autour de
lavisiere de couche.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil le gravé canon de plusieurs ornemens
en taille douce avec du relief
sur la visiere de couche.
.-- Vne paire de Pistolets
enrichis de refiefs,lagarniture
&les cartonsderapport.
Vne autre paite de Pistolets
enrichis de graveure en
taille douce & d'argent de
rapport sur le bois.
Vne autre paire de Pistolets
de graveure en taille
douce? les canons canelez,
& le bois ornéd'argoent de rapport.
Huit pleces d'etofes d'or
& d'argent sur des, desseins
de France,scavoir,
Vne piece pourpre or {SÇ
argent, par chamarures d'or
glacé
,
rebrodé d'ortors à
<
iligranes d'argent,
Vne piècede Brocard d'or
& d'argent, ponceau par
chamarures d'or luisant, &:
proché d'or.
Vne piece, couleur de Caf- é argent, &: nuéaupetit
nétier, rebroché de deux
rgents avec descouleurs.
Vnepiece,amarante&arrent
changeant)broché d'arent.
| Vnepiece, vert, or&argent
,fond de Naples avec
iligrane de soye
| Vnepièce, ponceau,vert
r argent en gros deNaples
changeant par bandes no'u;
velles.
Vne piece cramoisi & or, à
fond de satin brodé de-foy gloire. j
Et une piece bleue, or &j
argent par tissu en chaisne, J
Quinzepieces de draps
tres-fins
,
d'écarlate, vert
violet, bleu, gris de Perle &
de canelle
, contenant deu
cens trente-trois aunf-s.troi
quarts. ]
Vne piece de camelot d^
vingt-neufaunes lX. demie,
i
fPRESENS DU ROY
1 pour letroisiéme Ambassadeur
Vne Pendule allant quinze
jours,sonnant les heures
& les demies, la boëte de
fond d'écaille,de Tortue, de
marqueterie, faite en dome,
des pilastres, des chapiteaux
& bases d'ordre Ionique, les
ornemensdorez d'or moulu.
:.. Vne Montre d'orémaillée
de peintures en mignature;
le dessous representant deux
Amans avec l'Amour,&au
dessus les mesmes Amans
sans l'Amour, le dedans de
paysages & personnages.
Vne autre Montre d'or,
émaillée de vert de taille
d'épargne.
Vn Fusil enrichy de reliefs,
le canon damasquiné
d'or & émaillé.
Vn autre Fusil enrichy de
beaucoup d'ornemens gravez
en taille douce.
Vn autre Fusil aussi de
graveuresen taille
f
douce le
canon damasquiné.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil ayant les
mesmes ornemens
Vne paire de Pistolets enrichis
de graveures en taille
douce, le canon damasquiné
d'or & en couleur d'eau, le
bois enrichy de feuillages
d'argent de rapport.
Vne autre paire de Pistolets
de graveures en taille
douce,avec quelques reliefs.
Vne autre paire gravée
aussi en taille douce, les
porte-viz de reliefs.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, de verdure avec
de petits personnages & animaux.
Deux grandes Girandoles
à six branches de fonte d
rée, chacune enrichie de pl
sieurs étoiles de cristaux
roche taillez, & plusieur
autres pieces aussi de cr
taux.
Sept pieces d'étofe de so
or &argent, sur les dessei
de France; scavoir,
Vne piece, bleu &: or tre
riche, avec or glacé & bre
ché d'or.
Vne piece de Caffé & a
gent nué, riche & brodé
deux argents de couleur a
Mosaïque.
vne piece, ponceau, or
argent , par galons d'or &
d'argent brochez.
Vnepiece couleur de
chaireargents à fond gros
de Naples nué de soye verte
Vnepiece,bleu&: or avec
ponceau,à fond gros de Naples
en tissu
Vne piece amarante & or,
: gros de Naples &satin en
tissu
Et une piece rouge & vert, changeant en chaisne.
- Sept pieces de draps trèssins,
d'écarlate, vert, violet,
bleu & gris de Perle
, contetenant
quatre - vingts cinq
aunes trois quarts. -
TRESENS
De Monsieur le Duc du Maine
à cJïïl. Confiance.
Vntres-grand Lustre, tout
de cristal de loche à douze
branches de fonte dorée
ayant une couronne enrichie
de plusieurs boules de
rirtaux de roche, garny
d'une tres-belle campane de
ristaux , ayant une gresse
boule de cristal de roche
taillée dans le milieu.
Deux pieces d'étose or &
argent tres-riches, sur des
desseins de France.
Vne tres-belle Pendule,
onnant les heures & les deny-
heures, & allant huit
ours.
Deux Coupes,deux Veres
? une Souscoupe,une Aiguiere
,deux Bouteilles, un
Baril,&un:Tasse de cristal
le roche ciselé avec une
cassette aussi de cristal,
emplie d'Eventails de mignature
, &de ceintures or
& argent, avec un Portrait
en mignature de Monsieur
e Duc du Mayne.
,
Vngrand Livre repreentant
les Conquestes du
Roy, en mignature, avec
les Personnages &: les Places
o
au naturel, &le plan des
Places, le tout sur du velin,
avec une description historique.
Ce Livre est couvert
de chagrin avec des garnitures
&es
tures & desppllaaqquueess dc'o?r dd>'uunn
ouvrage ciselé. Les Armes
du Roy sont au milieu? &
il yades Chiffres aux
coins.
Je vous avois déja dit une
partie des choses qui sont
contenues dans cet article;
mais je ne vous avois pas
mandé le nom du Prince
qui faisoit ce Present. I
PRE-
- '1
Presens De M. le Marquis de
l, Louvois à M. Constance.
Six grandes Tables de marbre
jaspé ovales.
ri Vntres-riche Tapis de U
Savonnerie.
Presens de M. le Marquis de
il Croissy à VJ1. Constance.
t Vn grand Miroir avec
sa bordure de glace à fond
de lapis, lesornemens aussi
de lapis, & le chapiteau d'un
pareil travail.
Douze Corbeilles de cristal
taillé.
Deux grands Bassinsd'argentdore
en ovale, relevez
au fond en bosse ronde de
plusieurs figures representant
lhistoiredeScipion,deMarc-
Antoine, & de Cleopatre.
Vn grand Bassin, où sont
rapportéesplusieurs plaques
d'argent doré, au fond duquel
relevé en demy bosse,est
vn Neptune dans vnchar tiré
par quatre chevaux Marins.
Vntres beau Vase en forme
de fontaine, ayant deux
Bassins en coquille d'argentdoré,
l'un soutenu d'un
Atlas monté sur un chat
d~'anrg$e~nt doré;l'autre élevéau soutenud'uneVenus
d'argent, accompagnee d'un
Cygne aussi d'argent sur une
coquille dor,& au sommet du
>
Vaseest un Mercure d'argent.
Toutes ces Figuresjettent artificiellement
de l'eau.
~, Vngrand Crucifix d'ambre
tres-curieux. 1
Vnegrande Cassette de
cristal taillé & enchassé, entrelassé
de roses de Diamans
avec des feüillages d'or trait,
d'une belle fimetrie
, dans
laquelle Cassette il y a,
: Douze paires de Gands
glacez.
{ Vn Eventail de peau de
senteur, où est peint en mignature
le Carrousel dernier
fait en France, les bastons enrichis
d'or parsemez de Perles
& deDiamans sins,tenant
ensemble par une viz d'or.
Septautres Eventails de
differentes couleurs & representations,
ornez de rubans
or ez argent.
VneCassettede cristal,avec
sa bordureaussi de cristal
tortillé, dans 1 aquelle il y a
Vne paire deBracelets deCorail
taillé, avec une boucle
dVenDeiMamoannstrfeins àchacun.
d'or avec f»
boëte émaillée, garnie de
Diamans fins, la clef enrichie
de Diamans, VneTabatiered'or émaillée,
garnie de Rubis, avec
un plus gros Rubis pour la
fermer.
VnbeauChapelet de corail.
Vn autre de corail uny.
Vn Chapelet d'ambre trèsprecieux.
t' Vntres-beau Cordon de
corail.
Vne Cave couverte de fatin
vert, ornée de galons&
de clous d'argent, contenant
douze flacons de cristal
couverts d'argent, remplis
d'essences & de diffeter
bonnes odeurs.
Vingt- quatre paires de
Gands d'Espagne, garnis de
rubans dediverses couleurs.
Deux grandes peaux d'Espagne>
d'une senteur merveilleuse.
Vne tres-belle Coupe d'émail
avec sacouverture, sur
laquelle sont representées.
diverses Batailles,& un étuy
de satin rouge galonné d'or
Vn Verre de cristal de roche
couvert, figuré, avec
son pied d'argent, & Lon.
étuy de satin rouge.
Vn grand Verre en coupe
aussi decristal de roche, figuré
,avec sa couverture &
son étuy de satin rouge galonné
d'argent.
Vne Cave de satin rouge,
contenant six grands Gobelets
de cristal grav é.
Vne autre Cave ausside
satin rouge, contenant cinq
grands Gobelets de cristal
'figuré,o
Prbesens de M. le Marquis de
Seignelay àM. Constance.
Deux grands Miroirs de
figure octogone,
ngure o ogone avec leurs
?
bordures toutes de cristal. 1
Vn Benitier de cristal de
roche, garny d'argent.
Quatre grandesTables de
marbre, avec leurs chassis &
pieds de sculpture tous dorez.
Vne tenture de Tapisserie
à fond vert.
,
Vne grande Figure de
marbre
,
representant deux
enfans qui tiernent un pied
de Vase.
Cinquante Portraits des
principales personnes de la
Cour, avec leurs bordures
dorées. a
,
Vn grand Fusil de marqueterie
fait en Canada, d'un
ouvrage exquis , avec [on
étuy de maroquin rouge 3 fleurdelisé d'or. -
Vne paire de Pistolets
montez d'yvoire,tirant chacun
- deux coups, avec
quelquesgraveures en taille
douce
Trois grandes Caisses remplies
de differens ouvrages
decristaux d'Allemagne.
Vn grand Verre avec fom
pied de vermeil doré.
Vne grande Sous-coupe
aussi de cristalavec son
y
pied de vermeil doré.
Vn grand Globe de verre,
representant le Labirinthe
de Versailles. 1
Vn tres-beau Cabinet
d'Optique
>
representant plusieurs
belles veuës.
VnTableau representant
Versailles, avec son quadre
doré.
Deux Tableaux de Rocailles
, avec leurs quadres
aussi dorez.
vous ay envoyée le mois pafré
des Presens qui sont partis
pour Siam,vous ait paru rres-
~pelle, tres ample, & trescurieuse,
j'ay encore beaucoup
dechoses nouvelles à.
vous apprendre sur le mefne
articl
nearticlee.. Il sfaauutt de ggrraannddss
oins, & d'exactes recherches
iour être pleinement instuit
t un détail pareil à celu y-là,
: sur tout, quand on veut
on seulement estre informe
du nombre des pieces, mais
donner aussi une descriprion
particuliere dechacune.C'est
ce que je vay raire a l'égard
decelles dont jene vousay
parlé que legerement. Je ne
vous diray plus rien des autres
,
& passeray mesme par
dessus sans vous les nommer
une seconde fois, àcause que
je vous les ay amplement décrites
, maisaussi i'en aiouteray
un tres-grand nombre,
dont ie ne vous ay encore
rien dit, & vous décriray susJ
qu'aux étofes ,sans quoy il
feroit impossible d'en
bien
faire voir la richesse, & dq
connoistre en quoy consiste
la magnificence de ces P!c:
:cns. le commenceray par
ceux que Sa Majesté a envoyez.
Une Couronne d'or à fleuons,
enrichie de Diamans,
le Rubis, d'Emeraudes, &
le Perles.
Un grand Panache d'or,
ouvert desmeimes Perles.
Un grand Miroir de cris-
'a) garny d'or, la bordure
enrichie de Diamans, le der-
~icre aussid'or à fleurs dereief,
& émaillées.
UneSelle de ch eval avec
a Housse
,
les Fourreaux de
~?i.ioiets & les Harnois en
Broderie de relief
, & les
Etriers de vermeil le tout
enrichy de Pierreries.
Quatre Vestes de velours,
deux noires & deux rouges,
une de chaque couleur avec
des manches, & une sans
manches, en broderie de
fleurs de soye liserées d'or,
enric hies de Perles; les noires
avec un galon rouge, & les
rouges avec un galon vert,
brodées &enrichies de.mef-J
me, suivantlesmodelles ap.j
portez de Siam.
Deux Baudriers enbro
derie d'or
,
passée avec les
garnitures d'or émaillées.
:> UnBufle tout bordé d'or
de relief avec les manches,
e Ceinturon, les crochets &
es agraffes de vermeil, doré
deux fois.
Un grand Vase d'Ambre
gravé de bas reliefs, avecla
garniture d'or.
Un grand Cabinet de crital
deroche, les garnitures
ravaillées à fleurs de vermeil
loré.
Une paiie d'A rmes de fer
àl'épreuve du pistolet moitié
coul eur d'eau & moitié
gravées de plusieurs ornemens
dorez, complettesà
l'exception des jambes, le
tout doublé de satinbleu,&
galonné d'or.
Deux grands Fusils à la
Siamoise, enrichis de beaucoup
de reliefs, la garniture
d'argent aussi en relief, les
canons enrichis d'or & d'argent,
& les bois avec des
ornemens tres-riches, chacun
dans ion étuy de maroquin
rouge doré au feu.
Quatre pieces de drap d'or,
& de brocard d'or & d'argent,
de la ~Manufacture dc^
M.Charlierà S. Maur, lur
des desseins de France ; sçavoir,
Une piece de drap d'or
rayé, à fond d'argent broché
d'or & d'argent,nue de
plusieurs couleurs.
! Vnepiece deBrocard d'or
à fond couleur de feu
,
broehé
d'or & d'argent, liseré
de vert
Une piece de Brocard d'or
à fond vert broché d'or 6c d argent retors,liseré de couleur
de feu.
Vne piece de Brocardd'or
à fond*brorché-
d'or & d'argent,liseré
Six piecesd'étofes àfleurs
nuées,listrées d'or sur des
desseins de Siam ; sçavoir,
Vne pieceà fond d'or nue
glacé.
Vne autre piece à fond
ponceau à fleurs lilsrées d'or.
Vnepiece à fond pastel. :
Vne autre à fond bleu.
EEttuunnceaauuttrrecààffoonnddgDris
c 1 air. *
Huit picccs de drap & de
brocard or & argent tres-riches,
(ur des desseins de 11
France ; sçavoir,
Vne pièce de brocard tres- ,
1
richeà-fond d'or broché &
à fleurs ciselées d'or rebrodé
de toutes couleurs.
Vne piece ponceau or&
argent passé d'or tors à travers,
& rebrodé d'argent
tors. Vne pièce - or & argent nué
à fond noir rebrochéd'or
-, - , glace&d'or tors avec feyc,
ponceau brodé.
orVnepieced'étoffevert&:
passé d'or à travers, & rebroché
d'or tors.
-
Vne pièce ponceau & or
brochéd'orglacé,&rebrodé,
d'or tors au petitmestier.
Vne piece cramoisy & or
broché d'or lissé avec ortors,
& rebroché d'argentfrisé.
Vne. piece bleue or & argent,
le fond d'or broché
& tors avec argent tors.
Vne piece bleue & or paffé ed'or glacé à travers.
Huit tables de marbre avec
les chassis
..)t.' piedsue Sculpture
tous dorez.
PRESENS DE MONSEIGÑEVK;
au Roy de Sium.
Vne grande Pendule à quatrecristeaux
de loche,&qua*;
tre colomnes surmontées de
quatre Fleurs de Lys,& soûtenuës
de quatreboules, le
tout decristal deroche, les
Portiques garnis d'or, enrichisdepierreries,&
le Do-
De d'acier bruny
,
enrichy
le feüillages d'or, terminé
parune Fleur de Lys
Deux Baudriers en broder
ie d'or, avec les garnitures
l'or émaillecs.
Deux Fusils à la Siamoise,
enrichis de reliefs gravez en
aille douce, la garniture
l'argent, le canon damait
quiné d'or, & le bois enrichy
d'argent de rapport,
chacun dans son étuy de
maroquin rouge, doré au
feu.
Vne piece d'unquarré long doré deux fois, - contenant
un tiroir& une boëte
couverte, sur laquelleil y a
une Ecritoire ornée de reliefs,
& de graveures enrichies
d'or & de festons d'émail
, avec trente-neuf Diamans.
Vne Montre à boëte d'or
àdeux cristaux, dontle jonc
est gravé de bas-reliefs, marquant
le lever &le coucher
du Soleil, faisant voir le
mouvement annuel, & le
iurne, avec le mouvement
e la Lune, suivant la maiere
de compter à la Sialoise.
Cette Montre a son
tuy fleuronnéd'or.
Deux pieces de drap or
& argent, de Mr Charlier,
ut des desseins de France;
çavoir,
Une piece de drap d'or
ayé, à fond d'or & d'argent
tors avec des comparti
mens couleur de feu.
Vne piece de Brocard d'or
fond bleu, broché d'or&
'argent retors: liseré de
couleur de feu.
Deux autres pieces de Broscardçor&
aarvgento,tresi-rirch,es
Une piece ponteau & or,
broché d'or, à fond glacé
d'or à filigrane.
Vne autre piece vert &or
& argent, à fond d'or ciselé,
broché d'or tors, avec
filigrane d'or tors.
Cinq pieces d'étoffes d'or
& d'argent, nuées & liserées
d'or sur des desseins de Siam
sçavoir
I
Vne piece à fond d'ar
gent glacé,nue.
Vuepièce à fond ama.
ante nue.
Une pièce à iondlfàbcllc.
Vue pièceà-tond vert.
Et une à fond ce la don
Vn tres beau Cabinet dc
riftal de roche, garny de
fermeil doré
Quatre 1 ables de marbra
vec leurs chailis, & pieds
le sculpture dorez.
PRESENSDE ¡'/J/:/DAlvlE'
t - !la 'DaUphine pour la Princjje
de Sidm
,
nomméela
!
f)rincefJe Rryne.
Quatre grandes roses dq
Diamans.
Vne autre plus grande aussi
de Diamans. -
Vne grande Rose de bellcsj
& fortes Emeraudes& de
Diamans. :
Vn Miroir de criftaldero^
che garny d'or la bordure
& le derriere à feüillages cin
zelez
,
enrichie de Diamant
& de Rubis.i Vn petit Coffre d'or gar-j
ny de vases en forme dj
cave aussi d'or, le tout gran
ve & garny de Diamans.
Deux boëtes d'or couj
Vertes en pointes émaillées a
fleurs de neuf pouces, j
Deux autres boëtes aussi
d'or de mesme grandeur de
le mesme figure.
Deux grandestasses ci'or"
:-malll-ées
- Vn grand miroir d'or couert
en forme de boëtetout
maill-é à deux glaces,
Vn grand Cabinet d'ambrea
bas reliefs & à graveues
le dessus port nt pluleurs
Figures de Personna- es&arbres-
Vntres-beau & grand Cainet
de cristal de roche gary
de vermeil. t)
Vne Montre à boëte d'or
à deux cristaux, plus grande;
que les autres, qui montra
l'âge de la Lune à la maniére
Siamoise
, avec son estuy
garny de fleurons ayant la
boëtc cizelée & Cadrans;
d'or. 1
Vne autre Montre émaillée
devert à taille d'épargne.
Cinq pieces de Drap ôc\
brocard or & argent tres-riches
sur les desseins de France;
sçivoir,
Vne piece à fond d'argent
nue au petit messier de [OU
tes couleurs &, rebroché
d'ortots. -'
Vne picce vert & or &argent
, rebroché d'or cors avec
des brodenes d'argent.
Vue piece ponceau à fleurs
d'or rebrochées d'un peu.
d'argent avec or cors.
; Vne piece bleue or & argent
passée d'or en filigrane,&
broché d'argent.
Vnepicce de Damas à fond
amarante, les fleurs brochées.
d'or avec des nompareilles
de satinvert.
Une grande Cassette de
marqueccerie & de bois de
raport des plus precieuxavec
son pied toutes les aar,
nitures dorées & d'un trèsbeau
travail.
PRESENS DU ROI
aM. Constance.
- Une grande Boete à Portrait
decDSa Majeste avec l'attache,
le tout garny deDiamans.
Un Sabre tout d'or avec
un revers de quatre pouces
de large à la Siamoise
, tout
le fourreau garnyde pierreri
es.
VueMontre d'or émaillée
derouge à taille d'Epargne
avec son-estuy, ouvragede
M. Turet.
Une autre Montre d'or, le
donc cizelé avec son estuy t
garny de feüillages d'or.
- Une autre Montre d'or émaillée
de vert à taille d'Epargne
or & blanc,avecl'éuy
à doux fleuronnez d'or-
VnFusilenrichy de relief
canon damasquiné d or
ort riche, & canelé de deux
nanieres ,avec son estuy de
Maroquin rouge doré au
1" i c
eu.
Un autre Fusil enrichy de
reliefs
,
le canon canelé à
goutieres
,
enrichy d'or de
rapport, le boisorné d'argent.
de raport la garniture avec
des bas reliefs & d'or de raporr
aussi avec son estuy.
Vn autre Fusil enrichy de
graveure, le canon & laeu-
Uffc damasquinez d'or, avec
son étuy.
Vn autre Fusil, laplatine
unie, le canon ayant un
marque derelief, aussi avec
ion étuy.
Vne paire de Pistolets enrichis
de rel efs, garnis d'or
de rapport,avec leurs étuis
de maroqu n rouge doré au
,feu.Vne autre paire de Piftolers
lets enrichis de graveurescn
taille douce, le canon damasquiné
d'or, le bois orné
d'argent de rapport, avec
son étuy de maroquin.
Vne autre paire montez
d'yvoire avec des testes de
lion, l'ouvrage du canon
gravé de taille douce.
Deux très -
beauxLustres
de cristal à branches de fonte
dorées,enrichies defeftons,
de boules & de fleurs
de cristal de roche.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, representant
l'histoire de Diane,
Un Coffret d'ambre travaillé
à bas reliefs & giavez.
Une manière de Chapelle
aussi d'ambre avec un Crucifix,
le tout ayant de tresbeaux
ornemens.
Six pieces d'étoffe de foye
or & argent sur des desseins
de France ; sçavoir,
Vne pièce à fond vert tresriche.
Vne piece Incarnat or &
argent.
gVnee pniecetble.uë or & ar- Vne autre bleue or & ponceau.
Vne piece de Cramoily
toutor.
Et une piece de ponceau &
raye.
Septpieces de drap tresfin
d'écarlatte,vert, violet,
bleu, gris de perle,& de canelle
contenant 106. aunes,
Vne piece de Camelotcoueur
de feu à pur poil de 28.
aunes un quart.
Deux Selles magnifiques
de l'Ecurie de Sa Majeste avec
leurs housses, le touten
broderie d'or avec tous les
harnois dorez, l'une brodée
sur un velours rouge,l'enharnachement
& testiere dorée
& fourreaux de pistolets; fy.
l'autre brodée sur un velours
vert, tout l'enharnachement
doré, &les fourreaux de pistolets,
PRESENS DU ROY
pour le premier Ambassadeur.
Vne boëte à Portrait de Sa
Majesté avec l'attache toute
garnie de Diamans
Vn Sabre d'or à la Turque,
la garde & le fourreau
tous garnis de grossesTurquoises
de vieille roche, $
deRubis.
-
Vn tres-beau Lustre de
Cristal de roche à dix branches
de fonte dorée enrichies
le consoles de cristaux qui
Suportent un vasegarny de
leurs, jettant des cristauxaucour
,
le dessous garny d'une
campane de boules de cristaux
avec une grossepiece
taillée dans le milieu.
Vnetenturede Tapisserie
de Flandre a Personnages &
verdures, rep resentant les
Muses &autresparties de la
Metamorphose.
VnFusilenrichy de reliefs,
la garniture & porte-viz
relevez d'or: le canon orné
d'or & d'argent de raport.
Vn Fusil à deux coups?
ayant le canon damasquiné
d'or.
Vn autre Fusil enrichy de
graveures en taille-douce.
: Vn autre Fusil enrichy ausside
graveures, ayant quelques
filets d'argent autour de
la visiere de couche.
Vne paire de pistolets enrichis
de reliefs? le canon en- !
richy d'or & d'argent de
raport,
& la garniture de inefme
travail.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
taille-douce, le canon damasquiné
d'or en couleur
d'eau.
Vne autre paire de Pistolets
enrichis de graveures en
tulle-douce, le porte-viz
de reliefs &: un masque sur
les culotes.
Vnegrande Pendule quarrée
allant quinze jours,tonnant
les heures & les demyheures,
& la Boete de marqueterie
avec des colomnes,
bazes & chapiteaux corintheà
fonds d'écaille de Tortue
, & son étuy garny de
cuir.
Vne petite Pendule d'or
de poche, la boëte enrichie
de graveure avec son étuy
garny de clouds d'or à feuillages.
Vne Montre d'or d'émail
en mignature, le dessous de
la- boëte representant Mars
avec Venus & l'Amour
,
le
jonc &le dedans de Paysages
avec personnages.
Huit pieces d'étosses de
soye or & argent sur les desseins
de France;sçavoir, 1
1
Vne piece de brocard violet
tout or ? en broderie d'or
glacé&tors. -
Vne piece bleuë or & ar- -
gent à fond de Damas en
broderie d'or, reciselé d'argent
tors.
Vnepiece ponceau & or
1- glacée & rebroché d'or tors.
Vne piece bleue or & argent
pararabesqiued'or glacé,
& rebroché d'argent tors.
Vne piece amarante vert &
or, avec rayes de satin broché
d'or lissé & tors. -
Vne piece ponceau tout
argent par ehamarures d'argent
lissé & broché d'argent
tors.
Vne piece blanc & or nue
en Damas avec soye ponceau
& broché d'or.
Et une piece vert & or en
gros de naples par chamarures.
Quinzepieces de Draps
tres-fins d'écarlatte vert,violet
bleu gris de perles contenant
deux cens quarante
cinq aunes.
Deux pieces de Camelot
couleur de feu contenant
cinquante-cinq aunes & demie
PRESENS DV ROY
pour le fecond Ambassadeur.
VnLustre de cristaux de
roche à dix branches de fonte
dorée, ayant une Couronne
enrichie de plusieurs
cristaux de roche & de Milan,
le dessous garny de campanes
de boules & pieces de
cristaux de Milan, avec une
grosse poire taillée en coste
au milieu.
Vnependule allant quinze
jours, sonnant les heures &
les demyheures,la boëteen
forme de cartouche sur un
I
fond de cuivre doré, les ornemens
aussi dorez d'or
moulu.
Vnegrande Montre d'or
couverte d'email en mignature
,
le dessous de la boëte
repreientantl'enlevement
dEurope, & le dessus representant
une Venus & des
Amoursavec dcs Tritonssur
un Dauphin,& le dedans de
paysages & personnages.
Vne Montre quarrée à
feuillages d'or,ciselez,avec
un cristal de roche.
Vne tenture de Tapisserie
de Flandre,representant
des jeux d'enfans
Vn Fusil enrichy de reliefs
relevez d'or, le canon
de reliefs, le fond d'or, &:
le bouton d'or de rapport.
Vn autre Fusil enrichy
d'une garniture d'argent gravée
entaille douce,
&d'argent
de rapport autour de
lavisiere de couche.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil le gravé canon de plusieurs ornemens
en taille douce avec du relief
sur la visiere de couche.
.-- Vne paire de Pistolets
enrichis de refiefs,lagarniture
&les cartonsderapport.
Vne autre paite de Pistolets
enrichis de graveure en
taille douce & d'argent de
rapport sur le bois.
Vne autre paire de Pistolets
de graveure en taille
douce? les canons canelez,
& le bois ornéd'argoent de rapport.
Huit pleces d'etofes d'or
& d'argent sur des, desseins
de France,scavoir,
Vne piece pourpre or {SÇ
argent, par chamarures d'or
glacé
,
rebrodé d'ortors à
<
iligranes d'argent,
Vne piècede Brocard d'or
& d'argent, ponceau par
chamarures d'or luisant, &:
proché d'or.
Vne piece, couleur de Caf- é argent, &: nuéaupetit
nétier, rebroché de deux
rgents avec descouleurs.
Vnepiece,amarante&arrent
changeant)broché d'arent.
| Vnepiece, vert, or&argent
,fond de Naples avec
iligrane de soye
| Vnepièce, ponceau,vert
r argent en gros deNaples
changeant par bandes no'u;
velles.
Vne piece cramoisi & or, à
fond de satin brodé de-foy gloire. j
Et une piece bleue, or &j
argent par tissu en chaisne, J
Quinzepieces de draps
tres-fins
,
d'écarlate, vert
violet, bleu, gris de Perle &
de canelle
, contenant deu
cens trente-trois aunf-s.troi
quarts. ]
Vne piece de camelot d^
vingt-neufaunes lX. demie,
i
fPRESENS DU ROY
1 pour letroisiéme Ambassadeur
Vne Pendule allant quinze
jours,sonnant les heures
& les demies, la boëte de
fond d'écaille,de Tortue, de
marqueterie, faite en dome,
des pilastres, des chapiteaux
& bases d'ordre Ionique, les
ornemensdorez d'or moulu.
:.. Vne Montre d'orémaillée
de peintures en mignature;
le dessous representant deux
Amans avec l'Amour,&au
dessus les mesmes Amans
sans l'Amour, le dedans de
paysages & personnages.
Vne autre Montre d'or,
émaillée de vert de taille
d'épargne.
Vn Fusil enrichy de reliefs,
le canon damasquiné
d'or & émaillé.
Vn autre Fusil enrichy de
beaucoup d'ornemens gravez
en taille douce.
Vn autre Fusil aussi de
graveuresen taille
f
douce le
canon damasquiné.
Vn autre Fusil orné de
graveures en taille douce.
Vn autre Fusil ayant les
mesmes ornemens
Vne paire de Pistolets enrichis
de graveures en taille
douce, le canon damasquiné
d'or & en couleur d'eau, le
bois enrichy de feuillages
d'argent de rapport.
Vne autre paire de Pistolets
de graveures en taille
douce,avec quelques reliefs.
Vne autre paire gravée
aussi en taille douce, les
porte-viz de reliefs.
Vne tenture deTapisserie
de Flandre, de verdure avec
de petits personnages & animaux.
Deux grandes Girandoles
à six branches de fonte d
rée, chacune enrichie de pl
sieurs étoiles de cristaux
roche taillez, & plusieur
autres pieces aussi de cr
taux.
Sept pieces d'étofe de so
or &argent, sur les dessei
de France; scavoir,
Vne piece, bleu &: or tre
riche, avec or glacé & bre
ché d'or.
Vne piece de Caffé & a
gent nué, riche & brodé
deux argents de couleur a
Mosaïque.
vne piece, ponceau, or
argent , par galons d'or &
d'argent brochez.
Vnepiece couleur de
chaireargents à fond gros
de Naples nué de soye verte
Vnepiece,bleu&: or avec
ponceau,à fond gros de Naples
en tissu
Vne piece amarante & or,
: gros de Naples &satin en
tissu
Et une piece rouge & vert, changeant en chaisne.
- Sept pieces de draps trèssins,
d'écarlate, vert, violet,
bleu & gris de Perle
, contetenant
quatre - vingts cinq
aunes trois quarts. -
TRESENS
De Monsieur le Duc du Maine
à cJïïl. Confiance.
Vntres-grand Lustre, tout
de cristal de loche à douze
branches de fonte dorée
ayant une couronne enrichie
de plusieurs boules de
rirtaux de roche, garny
d'une tres-belle campane de
ristaux , ayant une gresse
boule de cristal de roche
taillée dans le milieu.
Deux pieces d'étose or &
argent tres-riches, sur des
desseins de France.
Vne tres-belle Pendule,
onnant les heures & les deny-
heures, & allant huit
ours.
Deux Coupes,deux Veres
? une Souscoupe,une Aiguiere
,deux Bouteilles, un
Baril,&un:Tasse de cristal
le roche ciselé avec une
cassette aussi de cristal,
emplie d'Eventails de mignature
, &de ceintures or
& argent, avec un Portrait
en mignature de Monsieur
e Duc du Mayne.
,
Vngrand Livre repreentant
les Conquestes du
Roy, en mignature, avec
les Personnages &: les Places
o
au naturel, &le plan des
Places, le tout sur du velin,
avec une description historique.
Ce Livre est couvert
de chagrin avec des garnitures
&es
tures & desppllaaqquueess dc'o?r dd>'uunn
ouvrage ciselé. Les Armes
du Roy sont au milieu? &
il yades Chiffres aux
coins.
Je vous avois déja dit une
partie des choses qui sont
contenues dans cet article;
mais je ne vous avois pas
mandé le nom du Prince
qui faisoit ce Present. I
PRE-
- '1
Presens De M. le Marquis de
l, Louvois à M. Constance.
Six grandes Tables de marbre
jaspé ovales.
ri Vntres-riche Tapis de U
Savonnerie.
Presens de M. le Marquis de
il Croissy à VJ1. Constance.
t Vn grand Miroir avec
sa bordure de glace à fond
de lapis, lesornemens aussi
de lapis, & le chapiteau d'un
pareil travail.
Douze Corbeilles de cristal
taillé.
Deux grands Bassinsd'argentdore
en ovale, relevez
au fond en bosse ronde de
plusieurs figures representant
lhistoiredeScipion,deMarc-
Antoine, & de Cleopatre.
Vn grand Bassin, où sont
rapportéesplusieurs plaques
d'argent doré, au fond duquel
relevé en demy bosse,est
vn Neptune dans vnchar tiré
par quatre chevaux Marins.
Vntres beau Vase en forme
de fontaine, ayant deux
Bassins en coquille d'argentdoré,
l'un soutenu d'un
Atlas monté sur un chat
d~'anrg$e~nt doré;l'autre élevéau soutenud'uneVenus
d'argent, accompagnee d'un
Cygne aussi d'argent sur une
coquille dor,& au sommet du
>
Vaseest un Mercure d'argent.
Toutes ces Figuresjettent artificiellement
de l'eau.
~, Vngrand Crucifix d'ambre
tres-curieux. 1
Vnegrande Cassette de
cristal taillé & enchassé, entrelassé
de roses de Diamans
avec des feüillages d'or trait,
d'une belle fimetrie
, dans
laquelle Cassette il y a,
: Douze paires de Gands
glacez.
{ Vn Eventail de peau de
senteur, où est peint en mignature
le Carrousel dernier
fait en France, les bastons enrichis
d'or parsemez de Perles
& deDiamans sins,tenant
ensemble par une viz d'or.
Septautres Eventails de
differentes couleurs & representations,
ornez de rubans
or ez argent.
VneCassettede cristal,avec
sa bordureaussi de cristal
tortillé, dans 1 aquelle il y a
Vne paire deBracelets deCorail
taillé, avec une boucle
dVenDeiMamoannstrfeins àchacun.
d'or avec f»
boëte émaillée, garnie de
Diamans fins, la clef enrichie
de Diamans, VneTabatiered'or émaillée,
garnie de Rubis, avec
un plus gros Rubis pour la
fermer.
VnbeauChapelet de corail.
Vn autre de corail uny.
Vn Chapelet d'ambre trèsprecieux.
t' Vntres-beau Cordon de
corail.
Vne Cave couverte de fatin
vert, ornée de galons&
de clous d'argent, contenant
douze flacons de cristal
couverts d'argent, remplis
d'essences & de diffeter
bonnes odeurs.
Vingt- quatre paires de
Gands d'Espagne, garnis de
rubans dediverses couleurs.
Deux grandes peaux d'Espagne>
d'une senteur merveilleuse.
Vne tres-belle Coupe d'émail
avec sacouverture, sur
laquelle sont representées.
diverses Batailles,& un étuy
de satin rouge galonné d'or
Vn Verre de cristal de roche
couvert, figuré, avec
son pied d'argent, & Lon.
étuy de satin rouge.
Vn grand Verre en coupe
aussi decristal de roche, figuré
,avec sa couverture &
son étuy de satin rouge galonné
d'argent.
Vne Cave de satin rouge,
contenant six grands Gobelets
de cristal grav é.
Vne autre Cave ausside
satin rouge, contenant cinq
grands Gobelets de cristal
'figuré,o
Prbesens de M. le Marquis de
Seignelay àM. Constance.
Deux grands Miroirs de
figure octogone,
ngure o ogone avec leurs
?
bordures toutes de cristal. 1
Vn Benitier de cristal de
roche, garny d'argent.
Quatre grandesTables de
marbre, avec leurs chassis &
pieds de sculpture tous dorez.
Vne tenture de Tapisserie
à fond vert.
,
Vne grande Figure de
marbre
,
representant deux
enfans qui tiernent un pied
de Vase.
Cinquante Portraits des
principales personnes de la
Cour, avec leurs bordures
dorées. a
,
Vn grand Fusil de marqueterie
fait en Canada, d'un
ouvrage exquis , avec [on
étuy de maroquin rouge 3 fleurdelisé d'or. -
Vne paire de Pistolets
montez d'yvoire,tirant chacun
- deux coups, avec
quelquesgraveures en taille
douce
Trois grandes Caisses remplies
de differens ouvrages
decristaux d'Allemagne.
Vn grand Verre avec fom
pied de vermeil doré.
Vne grande Sous-coupe
aussi de cristalavec son
y
pied de vermeil doré.
Vn grand Globe de verre,
representant le Labirinthe
de Versailles. 1
Vn tres-beau Cabinet
d'Optique
>
representant plusieurs
belles veuës.
VnTableau representant
Versailles, avec son quadre
doré.
Deux Tableaux de Rocailles
, avec leurs quadres
aussi dorez.
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Résumé : Nouvelle Liste des Presens envoyez à Siam. [titre d'après la table]
Le texte décrit une liste détaillée de présents envoyés à Siam, incluant divers objets précieux et artistiques. L'auteur mentionne avoir déjà envoyé une liste précédente, mais il dispose de nombreuses nouvelles informations à partager. Il souligne la nécessité de recherches approfondies pour décrire précisément chaque pièce, tant en termes de quantité que de description particulière. Les présents sont destinés au roi de Siam, à la princesse de Sima, à M. Constance, et aux ambassadeurs. Ils incluent des objets d'art et de luxe tels qu'une couronne d'or enrichie de diamants, rubis, émeraudes et perles, un grand miroir de cristal garni d'or, une selle de cheval avec housse et harnais brodés, des vestes de velours brodées, des baudriers en broderie d'or, un vase d'ambre gravé, et plusieurs pièces d'étoffes précieuses. Les descriptions détaillées incluent des pendules, des montres, des fusils richement décorés, des lustres de cristal, des tapisseries de Flandre, des coffrets d'ambre, et diverses pièces d'étoffes en soie, brocart et drap d'or. Chaque objet est décrit avec précision, mettant en avant les matériaux précieux et les techniques de décoration utilisées. Pour le second ambassadeur, les présents incluent un lustre de cristal de roche, une pendule, plusieurs montres d'or ornées, des fusils et pistolets enrichis, des étoffes précieuses, et une tenture de tapisserie. Pour le troisième ambassadeur, les présents comprennent une pendule, une montre, des fusils, des pistolets, des girandoles, et des étoffes. Monsieur le Duc du Maine offre un grand lustre, des étoffes, une pendule, des objets en cristal, et un livre illustré des conquêtes du roi. M. le Marquis de Louvois offre des tables de marbre et un tapis de Savonnerie. M. le Marquis de Croissy offre un miroir, des corbeilles de cristal, des bassins d'argent, un vase en forme de fontaine, un crucifix d'ambre, des éventails, des bracelets, des tabatières, des chapelets, des flacons d'essences, des gants, des peaux d'Espagne, des coupes d'émail, des verres de cristal, et des goblets. M. le Marquis de Seignelay offre des miroirs, un bénitier, des tables de marbre, une tenture de tapisserie, des portraits, un fusil, des pistolets, des caisses de cristaux, des verres, une sous-coupe, un globe, un cabinet d'optique, et des tableaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 93-94
« Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...] »
Début :
Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...]
Mots clefs :
Altesses, Mariage, Pièce, Présentation , Gracieusement, Épître, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...] »
Cette pièce sur presentéeà
Leurs Altesses Serenissimes
vtgr le Duc & ~r la Duchesè)
Ie lendemain de la celeration
de leur mariage,qui
la reçûrent tre's- gracieusement
des mains de celui qui l'acomposée. Elle est dela
façon de la même personne
qui presenta à feu Mgr le
Duc deBourgogne,lorsqu'
il revenoit de sa conquête,
de Brisac,l'Epitre qui plut
si fort aux connoisseurs. Cet
Epitalame a eu trop de resist
site, pour caire le nom de
l'auteur, qui est M. Martineau,
Seigneur de Solleyne
en Bourgogne, fils de M.
Marrineau, President à Auxerre.
Leurs Altesses Serenissimes
vtgr le Duc & ~r la Duchesè)
Ie lendemain de la celeration
de leur mariage,qui
la reçûrent tre's- gracieusement
des mains de celui qui l'acomposée. Elle est dela
façon de la même personne
qui presenta à feu Mgr le
Duc deBourgogne,lorsqu'
il revenoit de sa conquête,
de Brisac,l'Epitre qui plut
si fort aux connoisseurs. Cet
Epitalame a eu trop de resist
site, pour caire le nom de
l'auteur, qui est M. Martineau,
Seigneur de Solleyne
en Bourgogne, fils de M.
Marrineau, President à Auxerre.
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Résumé : « Cette piece fut presentée à Leurs Altesses Serenissimes Mgr le [...] »
Le lendemain de leur mariage, le Duc et la Duchesse ont reçu avec grâce une pièce composée par M. Martineau, Seigneur de Solleyne. Ce dernier avait déjà présenté une épître au Duc de Bourgogne. L'épithalame, genre poétique célébrant les noces, a longtemps gardé son auteur anonyme en raison de résistances.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 143-144
« Madame la Comtesse d'Entragues, que l'on connoissoit auparavant [...] »
Début :
Madame la Comtesse d'Entragues, que l'on connoissoit auparavant [...]
Mots clefs :
Comtesse d'Entragues, Public, Pièce, Régaler , Dames, Mérite, Nouveauté, Madame de Pringy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Madame la Comtesse d'Entragues, que l'on connoissoit auparavant [...] »
Madame la Comtesse
'Entragues, que l'on conoissoitauparavant
{ot<<
nom de Madame de
Pringy, vient de regaler
public d'une petite piece
touteenjoüée cy trés-dilerttftante
,
{oH4 le titre de
la Loterie,Feste galance.
Touslesautresouwages
de cette Damefont
affezj comprendrepar l'approbation
qu'ils ont eue,
que cette Piece ne peut
manquer d'être bien reçûë..
Il feroit à souhaiter
que les Dames d'un tell
mericc, &C qu'on annonce
avec tant de plaisir,
envoyassent quelque
nouveauté de leur
façon, pour rendre l'annonce
de leurs ouvrages
plus agreableau public.
'Entragues, que l'on conoissoitauparavant
{ot<<
nom de Madame de
Pringy, vient de regaler
public d'une petite piece
touteenjoüée cy trés-dilerttftante
,
{oH4 le titre de
la Loterie,Feste galance.
Touslesautresouwages
de cette Damefont
affezj comprendrepar l'approbation
qu'ils ont eue,
que cette Piece ne peut
manquer d'être bien reçûë..
Il feroit à souhaiter
que les Dames d'un tell
mericc, &C qu'on annonce
avec tant de plaisir,
envoyassent quelque
nouveauté de leur
façon, pour rendre l'annonce
de leurs ouvrages
plus agreableau public.
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Résumé : « Madame la Comtesse d'Entragues, que l'on connoissoit auparavant [...] »
Madame la Comtesse d'Entragues, ancienne Madame de Pringy, a présenté la pièce 'La Loterie, ou la Fête galante'. Cette œuvre a été bien accueillie pour son caractère divertissant. Ses précédents ouvrages ont également été appréciés, suggérant un succès continu. D'autres dames talentueuses sont encouragées à proposer des nouveautés littéraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 90-106
Lettre critique de M. l'Abbé de Pons à M. Dufresny sur sa Comedie du Lot-supposé. [titre d'après la table]
Début :
Je vous rends grace, Monsieur, du succez de vôtre piece [...]
Mots clefs :
Baron, Pièce, Auteur, Scène, Critique, Défauts, Titre, Art, Contrat, Conduite, Coquette, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre critique de M. l'Abbé de Pons à M. Dufresny sur sa Comedie du Lot-supposé. [titre d'après la table]
Je vous rends grace , Monfieur
, du fuccez de vôtre piece
, elle a ſauvé l'honneur de
mon jugement , j'ay partagé
GALANT. 91
en quelque forte vôtre peril ,
mais fans prendre rien de vôtre
crainte. La meſute du bon
que je fentois dans cette Comedie
me la mettoit à couvert
d'inſulte , &il n'eſtoit queſtion
chez moyque d'un acceüil plus
ou moins favorable ; c'eſt ſur
le plus ou lemoins dependant
des hazards de l'action theatrale
, qu'il ne faut jamais porter
de jugements prophetiques.
On doit, ce me ſemble,
auxAuteurs l'aveu naïf des ſentiments
qu'on a éprouvez à la
lecture de leurs pieces ; il eſt
vrai que la pluſpart ne veulent
Hij
92 MERCURE
د
il
de leurs aus que des applaudiffements&
ſçavent fortmauvais
gré à qui a le courage de
leur avoüer ſes degoûts
n'importe , diſons toûjours ce
que nous ſentons , j'aime
mieux recevoir une injustice
d'un ami, que d'en commettre
unea fon égard Mais de mê .
me que jeveuxqu'on ait lecou
rage de blâmer unmauvais ouvrage
au perilde s'aliener l'Auteur
qui nous confulte
voudrois qu'on oſat loüer
hautement une piece dont on
a été bien affecté , je voudrois
qu'on n'hezitapas à ſe mettre
je
८
GALANT9
pour ainſi dire de moitié de
peril avec elle , en un mot , il
me ſemble que lors qu'un ou
vrage livré à nôtre cenſure
nousa ſemblé bon , nous devons
à l'Auteur l'hommage
publicdu jugement que nous
en avons porté. Mais peu de
gens veulent courir le peril de
voir leur propre goût dementi
par la voix publique , voilà
pourquoi vôtre piece avoit fi
peu d'Apologiſtes aprés plufieurs
lectures que vous en
aviez faites à Paris &àla Cour,
il falloit qu'elle réüſſit auTheatre
pour affranchir du miſtere
94 MERCURE
quelques amis diſcrets , qui , de
peur de ſe commettre , n'avoient
ofé ſe declarer hautement
pour elle. Je ne me ſçais
pas mauvais gré de n'eſtre pas
fi Politique , je ne ſuis point
effrayé d'un danger qui nait
du devoir , & aprés tout quel
eſt le danger ? Quand il me ſeroit
arrivé de trouver bon un
ouvrage que le public auroit
jugé mauvais , il n'y auroit pas
grand mal à cela , &j'ofe affeurer
, que je ferois en ce cas
moins mécontent de moi, que,
fi diffimulant lâchement mon
eſtime , je m'eſtois épargné
GALANT. 95
cette eſpece d'humiliation.
Iln'y a point de piece abſolument
irreprochable au
Theâtre , & je n'eſpere pas ce
miracle de la main des hommes
; la meilleure de toutes
nos pieces fera celle , dont les
bautez racheteront plus liberalement
les defauts . C'eſt l'équitable
appreciation de ces
beautez & de ces defauts , qui
eſtl'objet de la bonne critique.
La pluſpart des gens croïent
avoir donné une haute idée de
leur goût lorſqu'ils ont reproché
durement à un Auteur
quelques fautes ſenſibles de
" MERCURE
fon ouvrage , voilà les bornes
de leur examen , ils ne forti
ront point de la. Vous ne les
verrez jamais citer un endroit
heureux , ils ne releveront ja
mais une grace delicate , cela
n'eſt pas également aiſé à fen
tir. Mais le merite d'un excel
lent critique ne ſe borne pas à
fentir ſucceſſivement & les
beautez & les défauts d'un ou
vrage , il lui faut encore un
coup d'oeil qui embraſſe le
tout enſemble , & qui force
fon jugementà prononcer fur
l'air general & dominant de
l'ouvrage. Onvous reprochera
د
GALANT. 97
ra,Monfieur, quelques fautes,
&vous ſçaurez mettre tout à
profit ; mais en avoüant à vôtre
ordinaire les critiques que
vous jugerez judicieuſes , renvoyez
les cenſeurs à l'air general
de bonté devant quices
petits reproches ne peuvent
tenir.
On vous reproched'abord ,
&je ſuis icirelateur complice ,
on vous reproche , disje , de
n'avoir pas fatisfait à l'idée du
titre de la piece , dans le caractere
de vôtre Coquette. Le
titre de Coquette de Village
-ſembloit annoncer laCoquet-
Juin 1715 .
:
I
98 MERCURE
terie agillante au gré de la
fimple nature, par un manege
de pur inſtinct; mais vôtreCoquette
n'eſt rien moins que
cela , vous ſuppoſez qu'elle a
été inſtruite par la Veuve Parifienne
, de toutes les ruſes
perfides que l'art fournit aux
Coquettes conſommées. Enforte
qu'elle est moins, la Coquette
de Village , que la Coquette
au Village. Mais il n'y
a pas grand mal à cela : ſi le
titre de Coquette de Village
nous bleſſe,qualifions la
ce par, le Lotfuppofé.
pic-
Ona trouvé vôtre denoüeGALANT
.
و و
ment trop precipité , on voudroit
que vous cuffiez foûtenu
plus long temps Lucas
dans ſon infolente yvreſſe , &
que vous l'euffiez detrompé
moins bruſquement. Quand
une Scene nous a fait plaifir
à certain degré , nous avons
Souvent l'ingratitude de reprocher
à l'Auteur de ne l'avoir
pas fait affez durer , nous n'examinons
pas toûjours s'il étoit
aifé de l'étendre au delà de certaines
bornes,ſans la faire tomber
dans la langueur.
J'ay eſté mal affecté dans
lepremier Acte de la Scene en-
LIOTHEQUE
DE
=
LYON
BIB
*
1803 *
100 MERCURE
tre le Baron & Lifette , voicy
ce qui m'y a bleflé:: on aa dit
que le Baron épris de la Coquette
, avoit déja parlé de mariage
, & qu'il y avoit même
eû des articles dreſſez , il n ne les
a point encore ſignez ces articles
; mais l'on ſe propoſe d'épier
un inſtant de foibleffe ,
pour luy faire faire la fotiſe 3
tout cela ſuppoſé , lorſqu'on
fera paroiſtre le Baron avec
Liſette, il faut que je m'apperçoive
de l'extrême paffion qu'il
a pour elle , & s'il n'a parlé
d'articles & de contrat , que
pour gagner du temps , &
A
GALANT. 101
tromper Lucas & fa fille , il
doit , dans l'état de la Scene
en queſtion , redoubler d'artifices
, & perfuader plus que jamais
à Liſette , qu'il a fincerement
deſſein de l'épouſer.
Mais rien de cela. C'eſt tout
le contraire , il luy dit durement
qu'il avoit perdu l'eſprit,
le jour qu'il fit dreſſer le contrat.
) Ce jour- là ma foibleſſe
Penſa bien l'emporterfur toute
ma raiſon.
Enſuite il la rappelle à l'efperance
, en luy diſant :
Vous aurez un contrat , il
I ii
102 MERCURE
estsigné déja.
Fayfait lepremier pas ,figner eft
lefecond.
Et le ſecond pas , quand
le fora til ? lorſqu'il ſera plus
vieux .... en verité voſtre Co
quette n'a pas grand merite à
deviner que le Baron ſe mo
que d'elle , quand le piege cût
eſté un peu moins groffier , je
la connois , croyez moy , elle
n'en cût pas eſté la dupe.
Cette Scene vous doit être
plus preſente qu'à moy , fi
vous eſtes de mon avis , le remede
eſt facile , quelques Vers
adoucis retabliront tout cela .
GALANT. 103
Il ne m'eſt revenu aucune
Critique particuliere qui attaqua
la conduite & la marche
generale de la piece , mais aufli
detous ceux queje connoisqui
en ont eſté le mieux affectez ,
il y en a peu qui ayent ofé
prendre fur eux de la loüer de
ce coſté,je ne ſçais ſi , à tout
prendre , vous ne devez pas
être content .Le prejugé ne fait
pas toûjours ſi bonne compofition
; quelques gens font
prevenus que l'art deconduire
n'eſt pas voſtre fort . Le fondement
de cette prevention ,
c'eſt que vous avez fort negligé
1
I iiij
104 MERCURE
cette partie dans, les travaux
d'un autre âge. Une ſeule
piece heureuſement conduite
ne fuffitpasaux gens prévenus
pour leur faire retracter cojugement
, il leurfaut plus d'une
preuve, ils ont tropd'intereſt à
la chofel, cette retractationeſt
peut être pour eux une affaire
dihonneurum πολ
Voſtre Comedie de l'Eſprit
de contradiction eſt de l'aveu
de tout le monde irreprochablement
menée, mais c'eſt unc
pieced'un ſeul Acte , & elle ne
paffera pas pour un grand effortde
conduite; celle ci eft de
GALANTI 105
trois Actes , & prouveroit un
peu plus : C'eſt pourquoy l'on
ne doit pas eſtre fi facile à l'aadopten,
cela viendra avec le
temps ... mais tout cela ne
fuffit point encore , il vous
faut une piece de cinq Actes
dont l'intrigue foit fimple &
eingenieuſe, dont
la marchefoit
aifée & naturelle, enlun
mot, il vous faut furmonter
plus d'une fois les plusgrandos
difficultez de l'art , pour terraffer
la prevention qui vous obfede
? courage , Monfieur , le
plaiſir du public eft un objet
digne de voſtre émulation ,
106 MERCURE
puiſſiez vous faire long-temps
ſes delices. Je ſuis , avec une
finguliere eſtime , Monfieur ,
Voſtre tres -humble & tres-
• obéillant Serviteur ,
l'Abbé de Pons.
, du fuccez de vôtre piece
, elle a ſauvé l'honneur de
mon jugement , j'ay partagé
GALANT. 91
en quelque forte vôtre peril ,
mais fans prendre rien de vôtre
crainte. La meſute du bon
que je fentois dans cette Comedie
me la mettoit à couvert
d'inſulte , &il n'eſtoit queſtion
chez moyque d'un acceüil plus
ou moins favorable ; c'eſt ſur
le plus ou lemoins dependant
des hazards de l'action theatrale
, qu'il ne faut jamais porter
de jugements prophetiques.
On doit, ce me ſemble,
auxAuteurs l'aveu naïf des ſentiments
qu'on a éprouvez à la
lecture de leurs pieces ; il eſt
vrai que la pluſpart ne veulent
Hij
92 MERCURE
د
il
de leurs aus que des applaudiffements&
ſçavent fortmauvais
gré à qui a le courage de
leur avoüer ſes degoûts
n'importe , diſons toûjours ce
que nous ſentons , j'aime
mieux recevoir une injustice
d'un ami, que d'en commettre
unea fon égard Mais de mê .
me que jeveuxqu'on ait lecou
rage de blâmer unmauvais ouvrage
au perilde s'aliener l'Auteur
qui nous confulte
voudrois qu'on oſat loüer
hautement une piece dont on
a été bien affecté , je voudrois
qu'on n'hezitapas à ſe mettre
je
८
GALANT9
pour ainſi dire de moitié de
peril avec elle , en un mot , il
me ſemble que lors qu'un ou
vrage livré à nôtre cenſure
nousa ſemblé bon , nous devons
à l'Auteur l'hommage
publicdu jugement que nous
en avons porté. Mais peu de
gens veulent courir le peril de
voir leur propre goût dementi
par la voix publique , voilà
pourquoi vôtre piece avoit fi
peu d'Apologiſtes aprés plufieurs
lectures que vous en
aviez faites à Paris &àla Cour,
il falloit qu'elle réüſſit auTheatre
pour affranchir du miſtere
94 MERCURE
quelques amis diſcrets , qui , de
peur de ſe commettre , n'avoient
ofé ſe declarer hautement
pour elle. Je ne me ſçais
pas mauvais gré de n'eſtre pas
fi Politique , je ne ſuis point
effrayé d'un danger qui nait
du devoir , & aprés tout quel
eſt le danger ? Quand il me ſeroit
arrivé de trouver bon un
ouvrage que le public auroit
jugé mauvais , il n'y auroit pas
grand mal à cela , &j'ofe affeurer
, que je ferois en ce cas
moins mécontent de moi, que,
fi diffimulant lâchement mon
eſtime , je m'eſtois épargné
GALANT. 95
cette eſpece d'humiliation.
Iln'y a point de piece abſolument
irreprochable au
Theâtre , & je n'eſpere pas ce
miracle de la main des hommes
; la meilleure de toutes
nos pieces fera celle , dont les
bautez racheteront plus liberalement
les defauts . C'eſt l'équitable
appreciation de ces
beautez & de ces defauts , qui
eſtl'objet de la bonne critique.
La pluſpart des gens croïent
avoir donné une haute idée de
leur goût lorſqu'ils ont reproché
durement à un Auteur
quelques fautes ſenſibles de
" MERCURE
fon ouvrage , voilà les bornes
de leur examen , ils ne forti
ront point de la. Vous ne les
verrez jamais citer un endroit
heureux , ils ne releveront ja
mais une grace delicate , cela
n'eſt pas également aiſé à fen
tir. Mais le merite d'un excel
lent critique ne ſe borne pas à
fentir ſucceſſivement & les
beautez & les défauts d'un ou
vrage , il lui faut encore un
coup d'oeil qui embraſſe le
tout enſemble , & qui force
fon jugementà prononcer fur
l'air general & dominant de
l'ouvrage. Onvous reprochera
د
GALANT. 97
ra,Monfieur, quelques fautes,
&vous ſçaurez mettre tout à
profit ; mais en avoüant à vôtre
ordinaire les critiques que
vous jugerez judicieuſes , renvoyez
les cenſeurs à l'air general
de bonté devant quices
petits reproches ne peuvent
tenir.
On vous reproched'abord ,
&je ſuis icirelateur complice ,
on vous reproche , disje , de
n'avoir pas fatisfait à l'idée du
titre de la piece , dans le caractere
de vôtre Coquette. Le
titre de Coquette de Village
-ſembloit annoncer laCoquet-
Juin 1715 .
:
I
98 MERCURE
terie agillante au gré de la
fimple nature, par un manege
de pur inſtinct; mais vôtreCoquette
n'eſt rien moins que
cela , vous ſuppoſez qu'elle a
été inſtruite par la Veuve Parifienne
, de toutes les ruſes
perfides que l'art fournit aux
Coquettes conſommées. Enforte
qu'elle est moins, la Coquette
de Village , que la Coquette
au Village. Mais il n'y
a pas grand mal à cela : ſi le
titre de Coquette de Village
nous bleſſe,qualifions la
ce par, le Lotfuppofé.
pic-
Ona trouvé vôtre denoüeGALANT
.
و و
ment trop precipité , on voudroit
que vous cuffiez foûtenu
plus long temps Lucas
dans ſon infolente yvreſſe , &
que vous l'euffiez detrompé
moins bruſquement. Quand
une Scene nous a fait plaifir
à certain degré , nous avons
Souvent l'ingratitude de reprocher
à l'Auteur de ne l'avoir
pas fait affez durer , nous n'examinons
pas toûjours s'il étoit
aifé de l'étendre au delà de certaines
bornes,ſans la faire tomber
dans la langueur.
J'ay eſté mal affecté dans
lepremier Acte de la Scene en-
LIOTHEQUE
DE
=
LYON
BIB
*
1803 *
100 MERCURE
tre le Baron & Lifette , voicy
ce qui m'y a bleflé:: on aa dit
que le Baron épris de la Coquette
, avoit déja parlé de mariage
, & qu'il y avoit même
eû des articles dreſſez , il n ne les
a point encore ſignez ces articles
; mais l'on ſe propoſe d'épier
un inſtant de foibleffe ,
pour luy faire faire la fotiſe 3
tout cela ſuppoſé , lorſqu'on
fera paroiſtre le Baron avec
Liſette, il faut que je m'apperçoive
de l'extrême paffion qu'il
a pour elle , & s'il n'a parlé
d'articles & de contrat , que
pour gagner du temps , &
A
GALANT. 101
tromper Lucas & fa fille , il
doit , dans l'état de la Scene
en queſtion , redoubler d'artifices
, & perfuader plus que jamais
à Liſette , qu'il a fincerement
deſſein de l'épouſer.
Mais rien de cela. C'eſt tout
le contraire , il luy dit durement
qu'il avoit perdu l'eſprit,
le jour qu'il fit dreſſer le contrat.
) Ce jour- là ma foibleſſe
Penſa bien l'emporterfur toute
ma raiſon.
Enſuite il la rappelle à l'efperance
, en luy diſant :
Vous aurez un contrat , il
I ii
102 MERCURE
estsigné déja.
Fayfait lepremier pas ,figner eft
lefecond.
Et le ſecond pas , quand
le fora til ? lorſqu'il ſera plus
vieux .... en verité voſtre Co
quette n'a pas grand merite à
deviner que le Baron ſe mo
que d'elle , quand le piege cût
eſté un peu moins groffier , je
la connois , croyez moy , elle
n'en cût pas eſté la dupe.
Cette Scene vous doit être
plus preſente qu'à moy , fi
vous eſtes de mon avis , le remede
eſt facile , quelques Vers
adoucis retabliront tout cela .
GALANT. 103
Il ne m'eſt revenu aucune
Critique particuliere qui attaqua
la conduite & la marche
generale de la piece , mais aufli
detous ceux queje connoisqui
en ont eſté le mieux affectez ,
il y en a peu qui ayent ofé
prendre fur eux de la loüer de
ce coſté,je ne ſçais ſi , à tout
prendre , vous ne devez pas
être content .Le prejugé ne fait
pas toûjours ſi bonne compofition
; quelques gens font
prevenus que l'art deconduire
n'eſt pas voſtre fort . Le fondement
de cette prevention ,
c'eſt que vous avez fort negligé
1
I iiij
104 MERCURE
cette partie dans, les travaux
d'un autre âge. Une ſeule
piece heureuſement conduite
ne fuffitpasaux gens prévenus
pour leur faire retracter cojugement
, il leurfaut plus d'une
preuve, ils ont tropd'intereſt à
la chofel, cette retractationeſt
peut être pour eux une affaire
dihonneurum πολ
Voſtre Comedie de l'Eſprit
de contradiction eſt de l'aveu
de tout le monde irreprochablement
menée, mais c'eſt unc
pieced'un ſeul Acte , & elle ne
paffera pas pour un grand effortde
conduite; celle ci eft de
GALANTI 105
trois Actes , & prouveroit un
peu plus : C'eſt pourquoy l'on
ne doit pas eſtre fi facile à l'aadopten,
cela viendra avec le
temps ... mais tout cela ne
fuffit point encore , il vous
faut une piece de cinq Actes
dont l'intrigue foit fimple &
eingenieuſe, dont
la marchefoit
aifée & naturelle, enlun
mot, il vous faut furmonter
plus d'une fois les plusgrandos
difficultez de l'art , pour terraffer
la prevention qui vous obfede
? courage , Monfieur , le
plaiſir du public eft un objet
digne de voſtre émulation ,
106 MERCURE
puiſſiez vous faire long-temps
ſes delices. Je ſuis , avec une
finguliere eſtime , Monfieur ,
Voſtre tres -humble & tres-
• obéillant Serviteur ,
l'Abbé de Pons.
Fermer
8
p. 98-123
Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
Début :
La Comedie intitulée la Vie est un Songe, a été si favorablement reçûë [...]
Mots clefs :
Prince, Acte, Arlequin, Songe, Père, Pièce, Coeur, Théâtre, Discours, Prédictions, Parole, Illusion, Sceptre, Impression, Voix, Troupes, Vertus, Vengeance, Outrage, Conseils
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texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
La Comedie intitulée la Vie eft
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
Fermer
9
p. 136-140
Jugement porté sur la piéce de Sanson. [titre d'après la table]
Début :
Ayant promis dans le Mercure de Mars de parler de [...]
Mots clefs :
Tragicomédie, Samson, Pièce, Théâtre, Providence, Comique, Arlequin, Philistins, Comédiens-Italiens, Spectateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Jugement porté sur la piéce de Sanson. [titre d'après la table]
Ayant promis dans le Mercure
de Mars de parler de SANSO N
Tragi- Comedie , il eft de mon
devoir d'acquiter ma parole .
Comme cette Piéce eft entre les
mains de tout le Monde , & que
d'ailleurs , felon l'Editeur même ,
c'eft un de ces Monftres dont le
D'AVRIL 137
Théatre d'Italie fut fi fertil pendant
le dernier Siécle , je crois que
ce feroit abufer de la patience du
Lecteur , que de lui en donner un
Extrait complet. Il fuffira de dire
que le fujet de cette Tragi- Comedie
n'eft autre que la délivrance
des Hebreux & la ruïne des Philiftins
; c'est là ce qui produit l'action
principale ; tout le reste n'étant
que les divers moïens employez
par la Providence pour y.parvenir,
& dans lefquels on a fuivi l'Ecriture
à la Lettre.
Qu'on ne s'attende pas d'y trouver
ni régularité , ni vray -femblance
, l'Autheur ne s'est point affujetti
aux Régles d'Ariftote , il a fuivi
un certain merveilleux , fans
s'embarraffer de la durée du tems ,
de l'unité du Lieu &c. On n'y trou
véra cependant aucun fentiment qui
démente le caractere de Sanfon ,
& qui ne lui convienne : Ce qui
a.parû de plus extraordinaire pour
les François , c'eft de voir Arlequin
efclave d'Acab , qui voulant
138 LE MERCURE
imiter Sanfon dans toutes les actions
de force qu'il lui voit operer,
repand un Comique fi bouffon dans
l'effai qu'il en fait , que les moins
fcrupuleux s'enfont formalifez . Je
n'en raporterai que deux exemples.
Aprés que la perfide DALILA
a coupé les cheveux de Sanfon endormi
, dans lefquels réfidoit le
principe furnaturel de cette force
qui auoit été fi fatalle aux Philiftins
; Arlequin s'imagine qu'en s'en
fervant en guife de Cadenettes ,
il alloit être un autre Sanfon lui.
même alors fe jettant avec con.
fiance fur la Baluftrade
pour
racher ; Aprés quelques efforts
inutils , il fe faifit d'une Lettre
qu'il déchire av c fureur . Enfuite
de cette épreuve de force ,
il, en tente une autre , il attrape
un Poulet qu'il veut mettre en quartiers
par imitation au Lyon déchiré
par Sanfon Comme il eft prêc
de le faire , le Poalet crie ; alors
touché de compaffion , il lui donne
généreufement la vie , bien enten-
:
l'ar.
D'AVRIL 139
:
du que, comme un gourmand qu'il
ett,il le deſtine pour fon fouper. Il
femble qu'aprés un compofe fibizarre
du Prophane avec le Sacré ,
on devroit trouver encoreplus étran
ge que l'on fuivît avec empreffement
une Piéce fi oppofée aux
Loix du Théatre François Voilà
précisément ce qui fait l'éloge des
Comediens Italiens , & de LELIO
en particulier ; puifque malgré
toutes ces difparates , ce dernier
Acteur faifit avec tant d'ame la
dignité de fon fujet, qu'il s'empare
de la bienveillance du fpectateur,
& lui impofe tellement par la verité
de fon jeu , que fouvent il s'attire
des applaudiffemens dans des endroits
qui feroient fiffler tout autre
Comedien. Si le Theatre Italien
a fon LELIO , la Scene Françoiſe
a Mile Defmarts par excellence ,
à qui on doit la même juftice dans
SEMIRAMIS.
Qu'il me foit permis d'hazarder
ici une Réflexion. Les Comédiens
Italiens ont mérité par la fûreté de
140 LE MERCURE
leurs talens, &par la vivacité de leur
émulation, tous les fuffrages dunt le
public a honoré leur Théatre . Le
mérite des Acteurs , a beaucoup
contribué à faire illufion à la multitude
en faveur de leurs Piéces . Les
Auteurs François font d'autant moins
tentez de critiquer ceThéatre,qu'ils
fentent mieux combien les Comedies
Italiennes font informes , comparées
aux Comedies Françoifes.
Cette distance leur eft fi évidente ,
qu'elle les fauve de toute jaloufie.
Mais je crains fort que ces abfurditez
, qui font fortune dans les Piéces
Italiennes , ne s'introduifent
enfin peu à peu dans les nôtres . Je
crois voir le Public difpofé à fe relâcher
de cette févérité infléxible
à qui nous devons la perfection de
nôtre Théatre.
de Mars de parler de SANSO N
Tragi- Comedie , il eft de mon
devoir d'acquiter ma parole .
Comme cette Piéce eft entre les
mains de tout le Monde , & que
d'ailleurs , felon l'Editeur même ,
c'eft un de ces Monftres dont le
D'AVRIL 137
Théatre d'Italie fut fi fertil pendant
le dernier Siécle , je crois que
ce feroit abufer de la patience du
Lecteur , que de lui en donner un
Extrait complet. Il fuffira de dire
que le fujet de cette Tragi- Comedie
n'eft autre que la délivrance
des Hebreux & la ruïne des Philiftins
; c'est là ce qui produit l'action
principale ; tout le reste n'étant
que les divers moïens employez
par la Providence pour y.parvenir,
& dans lefquels on a fuivi l'Ecriture
à la Lettre.
Qu'on ne s'attende pas d'y trouver
ni régularité , ni vray -femblance
, l'Autheur ne s'est point affujetti
aux Régles d'Ariftote , il a fuivi
un certain merveilleux , fans
s'embarraffer de la durée du tems ,
de l'unité du Lieu &c. On n'y trou
véra cependant aucun fentiment qui
démente le caractere de Sanfon ,
& qui ne lui convienne : Ce qui
a.parû de plus extraordinaire pour
les François , c'eft de voir Arlequin
efclave d'Acab , qui voulant
138 LE MERCURE
imiter Sanfon dans toutes les actions
de force qu'il lui voit operer,
repand un Comique fi bouffon dans
l'effai qu'il en fait , que les moins
fcrupuleux s'enfont formalifez . Je
n'en raporterai que deux exemples.
Aprés que la perfide DALILA
a coupé les cheveux de Sanfon endormi
, dans lefquels réfidoit le
principe furnaturel de cette force
qui auoit été fi fatalle aux Philiftins
; Arlequin s'imagine qu'en s'en
fervant en guife de Cadenettes ,
il alloit être un autre Sanfon lui.
même alors fe jettant avec con.
fiance fur la Baluftrade
pour
racher ; Aprés quelques efforts
inutils , il fe faifit d'une Lettre
qu'il déchire av c fureur . Enfuite
de cette épreuve de force ,
il, en tente une autre , il attrape
un Poulet qu'il veut mettre en quartiers
par imitation au Lyon déchiré
par Sanfon Comme il eft prêc
de le faire , le Poalet crie ; alors
touché de compaffion , il lui donne
généreufement la vie , bien enten-
:
l'ar.
D'AVRIL 139
:
du que, comme un gourmand qu'il
ett,il le deſtine pour fon fouper. Il
femble qu'aprés un compofe fibizarre
du Prophane avec le Sacré ,
on devroit trouver encoreplus étran
ge que l'on fuivît avec empreffement
une Piéce fi oppofée aux
Loix du Théatre François Voilà
précisément ce qui fait l'éloge des
Comediens Italiens , & de LELIO
en particulier ; puifque malgré
toutes ces difparates , ce dernier
Acteur faifit avec tant d'ame la
dignité de fon fujet, qu'il s'empare
de la bienveillance du fpectateur,
& lui impofe tellement par la verité
de fon jeu , que fouvent il s'attire
des applaudiffemens dans des endroits
qui feroient fiffler tout autre
Comedien. Si le Theatre Italien
a fon LELIO , la Scene Françoiſe
a Mile Defmarts par excellence ,
à qui on doit la même juftice dans
SEMIRAMIS.
Qu'il me foit permis d'hazarder
ici une Réflexion. Les Comédiens
Italiens ont mérité par la fûreté de
140 LE MERCURE
leurs talens, &par la vivacité de leur
émulation, tous les fuffrages dunt le
public a honoré leur Théatre . Le
mérite des Acteurs , a beaucoup
contribué à faire illufion à la multitude
en faveur de leurs Piéces . Les
Auteurs François font d'autant moins
tentez de critiquer ceThéatre,qu'ils
fentent mieux combien les Comedies
Italiennes font informes , comparées
aux Comedies Françoifes.
Cette distance leur eft fi évidente ,
qu'elle les fauve de toute jaloufie.
Mais je crains fort que ces abfurditez
, qui font fortune dans les Piéces
Italiennes , ne s'introduifent
enfin peu à peu dans les nôtres . Je
crois voir le Public difpofé à fe relâcher
de cette févérité infléxible
à qui nous devons la perfection de
nôtre Théatre.
Fermer
10
p. 185-216
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Nous nous contentâmes le mois dernier d'annoncer la mort de M. Santerre. / Jean Baptiste Santerre naquit d'honêtes Parens à Magni, près de Pontoise, [...]
Mots clefs :
Conseil, Finances, Régent, M. Santerre, Décès, Prince, Nature, Peinture, Ennemis, Ouvrages, Parlement, Cardinal, Princesse, Empereur, Duchesse, Abbé, Charges, Invention , Ordonnance, Dons du roi, Négociations, Assassinat, Comédiens, Fable, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
Nous nous contentames le mois dernier
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
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11
p. 120-122
« Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...] »
Début :
Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...]
Mots clefs :
Théâtre, Pièce, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...] »
LE 7. de ce mois les Comedien*
François ont remis au Theatre la
Tragedie' de Ntthetisàe M. Danchet, de'
l'Académie Françoise , dont nous donnâ
mes un Extrait, lorsqu'elle parut l'an
née passée. L'Auteur y a fait quelques
changemens qui ont contribué à la faire
encore plus goûter da Public. La distribu-~
tion des rôles a été la même, à là'réíèrve
de celui de Nithetis , que la DUe Lecouvreur
n'a pas été en état de joiïer d'abord,
& que' la D'i« Labat a rempli au gré des.
Spectateurs. Cette jeune personne pro
met beaucoup , l'intelligence, les graces^
la Noblesse, & beaucoup de décence en
trent également dans son jeu. Le Publie
l'a encouragée par ses applaudissémens.
Le 8.. la D1 e la Chaise , qui avoit déja
été de la Troupe des Comediens Fran
çois , reparut comme postulante , & joua
les rôles de Suivante dans Democrite , Se
dans les Folies amoureuses , ainíi que
dans Tartuffe , Se la Serenade.
Le 19. de ce mois les Comediens Ita
liens donneront une Piece nouvelle d'un"
Acte en prose avec des Vaudevilles &c
des.
JANVIER 1724- m
des Chants , intitulée : Le mariage d'Ar
lequin avec Silvia , ou Thetis & Pelée
déguise.
Cette piece ne fut point goûtée du
Public, qui trouva cependant à íè dé
dommager à la Double Inconstance qu'on
repreíenta d'abord ; c'est une des meil
leures Comedies de M. de Marivaux.
Le 2 2. il parut un autre Actrice au
Theatre François , dans le rcfle de la
íuivante des Folies amoureusès de feu M.
Renard. La Due Nefmond qui donne lieu
à cet article â est une jeune personne qui
n'a jamais joiié la Comedie.
Le 26. on donna fur le même Theatre
la premiere repreíentation de l'Impatient,
Comedie en cinq Actes ^ & en vers avec
un Prologue t par M. de Boissi , Auteur.
de la Rivale d'elle.même , qui fut joiiée
avec succès il y a trois ans. La premiere
repreíentation de cette Piece a été fort
applaudie. Nous en parlerons plus au
long , & nous endonnerons un .Extrait*.
On apprend de Venise que le 2 6. de
Pautre mois tous les Theatres furent
rouverts , Si. l'on representa fur celui
de S. Chriíòstome , un Opera nouveau
intitulé le plus fideU des Amis.
Le de ce mois on representa íur
F v celui
ï2i MERCURE DE FRAtfCE;
celui de S. Moyse , un nouvel Opera ^
qui a pour titre : les Effets de l'Amour dr
di l'Ai.b'non*
François ont remis au Theatre la
Tragedie' de Ntthetisàe M. Danchet, de'
l'Académie Françoise , dont nous donnâ
mes un Extrait, lorsqu'elle parut l'an
née passée. L'Auteur y a fait quelques
changemens qui ont contribué à la faire
encore plus goûter da Public. La distribu-~
tion des rôles a été la même, à là'réíèrve
de celui de Nithetis , que la DUe Lecouvreur
n'a pas été en état de joiïer d'abord,
& que' la D'i« Labat a rempli au gré des.
Spectateurs. Cette jeune personne pro
met beaucoup , l'intelligence, les graces^
la Noblesse, & beaucoup de décence en
trent également dans son jeu. Le Publie
l'a encouragée par ses applaudissémens.
Le 8.. la D1 e la Chaise , qui avoit déja
été de la Troupe des Comediens Fran
çois , reparut comme postulante , & joua
les rôles de Suivante dans Democrite , Se
dans les Folies amoureuses , ainíi que
dans Tartuffe , Se la Serenade.
Le 19. de ce mois les Comediens Ita
liens donneront une Piece nouvelle d'un"
Acte en prose avec des Vaudevilles &c
des.
JANVIER 1724- m
des Chants , intitulée : Le mariage d'Ar
lequin avec Silvia , ou Thetis & Pelée
déguise.
Cette piece ne fut point goûtée du
Public, qui trouva cependant à íè dé
dommager à la Double Inconstance qu'on
repreíenta d'abord ; c'est une des meil
leures Comedies de M. de Marivaux.
Le 2 2. il parut un autre Actrice au
Theatre François , dans le rcfle de la
íuivante des Folies amoureusès de feu M.
Renard. La Due Nefmond qui donne lieu
à cet article â est une jeune personne qui
n'a jamais joiié la Comedie.
Le 26. on donna fur le même Theatre
la premiere repreíentation de l'Impatient,
Comedie en cinq Actes ^ & en vers avec
un Prologue t par M. de Boissi , Auteur.
de la Rivale d'elle.même , qui fut joiiée
avec succès il y a trois ans. La premiere
repreíentation de cette Piece a été fort
applaudie. Nous en parlerons plus au
long , & nous endonnerons un .Extrait*.
On apprend de Venise que le 2 6. de
Pautre mois tous les Theatres furent
rouverts , Si. l'on representa fur celui
de S. Chriíòstome , un Opera nouveau
intitulé le plus fideU des Amis.
Le de ce mois on representa íur
F v celui
ï2i MERCURE DE FRAtfCE;
celui de S. Moyse , un nouvel Opera ^
qui a pour titre : les Effets de l'Amour dr
di l'Ai.b'non*
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Résumé : « Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...] »
En janvier 1724, les Comédiens Français ont présenté la tragédie 'Nitétis' de M. Danchet, avec des modifications appréciées. La Duè Labat a remplacé la Duè Lecouvreur dans le rôle principal et a été bien accueillie pour son intelligence et ses grâces. Le 8 janvier, la Duè La Chaise est revenue dans la troupe et a joué dans 'Démocrite', 'Les Folies amoureuses' et 'Tartuffe'. Le 19 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté 'Le Mariage d'Arlequin avec Silvia, ou Thétis & Pelée déguisé', mais le public a préféré 'La Double Inconstance' de Marivaux. Le 22 janvier, la Duè Nefmond a fait ses débuts dans 'Les Folies amoureuses'. Le 26 janvier, la première représentation de 'L'Impatient', une comédie en cinq actes de M. de Boissy, a été applaudie. À Venise, les théâtres ont rouvert le 26 décembre précédent, avec des opéras nouveaux au théâtre de San Cristoforo et au théâtre de San Moisè.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 992
AVIS de l'Auteur des Reflexions à l'occasion du Brutus, &c. inserées dans le dernier Mercure.
Début :
Les Reflexions que l'on a promises dans le Mercure d'Avril, sur la Tragedie de [...]
Mots clefs :
Avis, Réflexions, Brutus , Voltaire, Pièce, Corrections, Perfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS de l'Auteur des Reflexions à l'occasion du Brutus, &c. inserées dans le dernier Mercure.
AVIS de PAuteur des Reflexions
à Poccasion du Brutus , & c. inserées
dans le dernier Mercure.
>
Es Reflexions que l'on a promises dans
le Mercure d'Avril, sur la Tragedie de
Brutus , sont toutes prêtes. L'Auteur alloit
les donner , lorsqu'il a appris que M. de
Voltaire retouchoit à sa Piece. Comme
M.de Voltaire a toûjours bien réüssi aux
corrections quil a faites à ses differens
Ouvrages , et que l'Auteur des Reflexions
ne critique pas pour le plaisir de critiquer,
il attendra la nouvelle Edition du Brutus,
Si , comme il y a apparence , M. de
Voltaire a reparé les principales fautes
de sa Tragedie , on renfermera sans peine
des
Reflexions qui n'avoient pour princiep
que le desir de voir un bon Ouvrage
devenir meilleur. Si les corrections
ne répondent pas aux Reflexions , quant
aux Vers , et sur tout quant à la conduite
de la Piece , on les donnera toûjours dans
le même motif de
contribuer à la perfec
sion de cet
Ouvrage.
à Poccasion du Brutus , & c. inserées
dans le dernier Mercure.
>
Es Reflexions que l'on a promises dans
le Mercure d'Avril, sur la Tragedie de
Brutus , sont toutes prêtes. L'Auteur alloit
les donner , lorsqu'il a appris que M. de
Voltaire retouchoit à sa Piece. Comme
M.de Voltaire a toûjours bien réüssi aux
corrections quil a faites à ses differens
Ouvrages , et que l'Auteur des Reflexions
ne critique pas pour le plaisir de critiquer,
il attendra la nouvelle Edition du Brutus,
Si , comme il y a apparence , M. de
Voltaire a reparé les principales fautes
de sa Tragedie , on renfermera sans peine
des
Reflexions qui n'avoient pour princiep
que le desir de voir un bon Ouvrage
devenir meilleur. Si les corrections
ne répondent pas aux Reflexions , quant
aux Vers , et sur tout quant à la conduite
de la Piece , on les donnera toûjours dans
le même motif de
contribuer à la perfec
sion de cet
Ouvrage.
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Résumé : AVIS de l'Auteur des Reflexions à l'occasion du Brutus, &c. inserées dans le dernier Mercure.
L'auteur des Réflexions sur la tragédie de Brutus attend la nouvelle édition de la pièce de Voltaire. Si les corrections sont satisfaisantes, les Réflexions ne seront pas publiées. Sinon, elles le seront pour améliorer l'ouvrage, notamment les vers et la conduite de la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 2598-2599
Le je ne fçai quoi, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le JOURNALISTE AMUSANT, ou le Monde sérieux et comique. A Paris, [...]
Mots clefs :
Critique, Comédie italienne, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le je ne fçai quoi, &c. [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , & C.
C
E JOURNALISTE AMUSANT , ou le
Monde sérieux et comique. A Paris,
au Palais, chez Greg. Ant. Dupuis , 1731 .
in 12. de 399. pages , sans l'Avertissement.
in
LE JE NE SÇAY Quoy , Comedie de M.
de Boissy , représentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens , le 10.
Septembre 1731. A Paris , Quay de Gevres
, chez P. Prault , 1731. in 8.
Cette Piece est fort bien imprimée ;
elle soutient dans la lecture les applaudissemens
qu'elle a eus sur le Theatre.
L'Extrait qu'on en peut life dans le Mercure
de Septembre , nous dispense d'entrer
dans aucun détail . La petite Estampe
qui est à la tête de cette Comédie , "merite
NOVEMBRE. 1731. 1599.
rite d'être remarquée ; c'est une heureuse
production du Pinceau et du Burin de
Mrs. Lancret et Cars. On y voit les Portraits
en pied des deux plus excellens Sujets
de la Comédie Italienne ; la Dlle.
Silvia et Arlequin , fort ressemblans ;
quoique ce dernier soit sous le Masque
on reconnoit très - bien le Sr. Thomassin .
On lit ces quatre Vers au bas.
Ces aimables Acteurs sont un Portrait vivant
De ce Je ne sçay quoy, que l'Art ne peut atteindre.
Qui pourroit rendre aux yeux leur jeu plein d'agrément
,
Seroit sûr de le peindre .
IDE'E GENERALE du Gouvernement et
de la Morale des Chinois ; et Réponse à
trois Critiques. A Paris , ruë Galande
chez G. F, Quillau , 1731. in 12. Prix
30. sols.
>
VOYAGES EN ANGLOIS ET EN FRANÇOIS ,
Par D. A de la Motraye , en diverses
Provinces et Places de la Prusse Ducale et
Royale de la Russie , de la Pologne .
&c. Tome troisiéme , imprimé à la Haye,
chez Adrien Moetjens , et se vend à Pa- .
ris , chez Antoine de Henqueville , Rue
Gillecoeur.
DES BEAUX ARTS , & C.
C
E JOURNALISTE AMUSANT , ou le
Monde sérieux et comique. A Paris,
au Palais, chez Greg. Ant. Dupuis , 1731 .
in 12. de 399. pages , sans l'Avertissement.
in
LE JE NE SÇAY Quoy , Comedie de M.
de Boissy , représentée pour la premiere
fois par les Comédiens Italiens , le 10.
Septembre 1731. A Paris , Quay de Gevres
, chez P. Prault , 1731. in 8.
Cette Piece est fort bien imprimée ;
elle soutient dans la lecture les applaudissemens
qu'elle a eus sur le Theatre.
L'Extrait qu'on en peut life dans le Mercure
de Septembre , nous dispense d'entrer
dans aucun détail . La petite Estampe
qui est à la tête de cette Comédie , "merite
NOVEMBRE. 1731. 1599.
rite d'être remarquée ; c'est une heureuse
production du Pinceau et du Burin de
Mrs. Lancret et Cars. On y voit les Portraits
en pied des deux plus excellens Sujets
de la Comédie Italienne ; la Dlle.
Silvia et Arlequin , fort ressemblans ;
quoique ce dernier soit sous le Masque
on reconnoit très - bien le Sr. Thomassin .
On lit ces quatre Vers au bas.
Ces aimables Acteurs sont un Portrait vivant
De ce Je ne sçay quoy, que l'Art ne peut atteindre.
Qui pourroit rendre aux yeux leur jeu plein d'agrément
,
Seroit sûr de le peindre .
IDE'E GENERALE du Gouvernement et
de la Morale des Chinois ; et Réponse à
trois Critiques. A Paris , ruë Galande
chez G. F, Quillau , 1731. in 12. Prix
30. sols.
>
VOYAGES EN ANGLOIS ET EN FRANÇOIS ,
Par D. A de la Motraye , en diverses
Provinces et Places de la Prusse Ducale et
Royale de la Russie , de la Pologne .
&c. Tome troisiéme , imprimé à la Haye,
chez Adrien Moetjens , et se vend à Pa- .
ris , chez Antoine de Henqueville , Rue
Gillecoeur.
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Résumé : Le je ne fçai quoi, &c. [titre d'après la table]
En 1731, plusieurs publications littéraires et artistiques marquantes ont vu le jour. Parmi elles, 'Le Journaliste Amusant, ou le Monde sérieux et comique', publié à Paris par Greg. Ant. Dupuis, compte 399 pages sans avertissement. La comédie 'Le Je ne sçay Quoy' de M. de Boissy a été jouée pour la première fois par les Comédiens Italiens le 10 septembre 1731. Imprimée chez P. Prault à Paris, cette pièce a été bien reçue et son impression qualifiée de bonne. Une estampe réalisée par Lancret et Cars illustre la comédie, représentant les acteurs Silvia et Arlequin, ce dernier interprété par le Sr. Thomassin. Par ailleurs, l'ouvrage 'Idée Générale du Gouvernement et de la Morale des Chinois; et Réponse à trois Critiques' a été publié chez G. F. Quillau à Paris. Enfin, un livre de voyages en anglais et en français de D. A de la Motraye, couvrant diverses provinces de la Prusse, de la Russie et de la Pologne, a été imprimé à la Haye et vendu à Paris chez Antoine de Henqueville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 373-380
L'Opera Comique. La Comédie sans hommes, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 3., l'Opera Comique ouvrit son Théatre, qui est [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Pièce, Théâtre, Acteurs, Rôles, Symphonie, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Opera Comique. La Comédie sans hommes, &c. [titre d'après la table]
Le 3 , l'Opera Comique ouvrit son
Théatre , qui est toujours dans la ruë de
Bussi , partrois petites Pieces nouvelles ,
d'unActe chacune, et des Divertissemens,
Hv in-
374 MERCURE DE FRANCE
intitulées : Momus à Paris , le Nouveliste
"Dupé , et la Comédie sans hommes.
Le 13 , on donna une autre Piéce nouvelle , d'un Acte , qui a pour titre : le Pot
Pourri , Pantomime , précedé d'un Prologue. Cette Piece , dont l'idée est neuve et
fort plaisante, est joiiée en Scenes muettes,
et sur les paroles de differens Vaudevilles les plus connus ; la Simphonie en jouë
les Airs , et les Acteurs font entendre par
leurs gestes le sens et les paroles des Vaudevilles. Voicy le sujet du Prologue.
La Scene se passe sur le Théatre de
l'Opera Comique , où les Acteurs et les
Actrices se sont assemblés pour recevoir
une petite Piece d'un Acte , qu'un Auteur de Bordeaux doit leur présenter.
Cet Auteur , qui s'appelle M. de Consi
gnac , arrive un moment après et entre
d'un air familier ; il chante sur l'air : Le
Fameux Diogene.
Si dans votre Assemblée ,
Messieurs , j'entre d'emblée ,
N'en soyez point surpris
Je suis d'une Patrie ,
Où la ceremonie ?
N'est pas d'un fort grand prix
Un Acteur lui dit , que quand on vient
sous
FEVRIER 17320 375
sous les auspices des Muses , on est partout bien reçû. Cousignac chante sur
l'air: J'ai de l'excellent Elixir.
Amis , embrassez aujourd'hui ,
De vos Jeux le plus ferme appui
Je vous apporte avec ma Piece
L'antidote de la tristesse ;
Oui , mes enfans pour la guérir }
J'ai de l'admirable ,
J'ai de l'agréable ,
J'ai de l'excellent Elixir.
On lui dit qu'il ne faut point tant se
Hatter , que bien des Auteurs qui ont eû
une pareille confiance en ont été trèssouvent les dupes. Cousignac répond
qu'il est sûr de son Acte , et chante sur
Fair : Detous les Capucins du monde.
Lafaçon dont j'ai sçû l'écrire à
Est au-dessus de la Satire ,
Rien ne le sçauroit attaquer.
Ceci n'est point une hyperbole ,
Je défierois de critiquer ,
Dans tout l'Ouvrage une parole.
On lui demande s'il veut faire la lec
ture de sa Piece ; Cousignac répond qu'il
faut auparavant faire ses conventions
H vj
3-6 MERCURE DE FRANCE
1 °. Je veux , dit-il , que ma Piece soit
apprise , repetée et représentée aujourd'hui ,
sans cela rien defait. Tous les Acteurs lui
représentent que la chose est impossible
en si peu de temps , &c. Cousignac leur
dit que ce petit Morceau ne fatiguera ni
leur mémoire ni leur poitrine , qu'il est
fort simple, naturel et très- court. Il tire en
même-temps de sa poche un petit quarré
de papier qui contient , dit-il , toutes les
paroles de sa Piece. Il montre ensuite un
gros paquet qui renferme toute la Musique de son Acte nouveau. Les Acteurs
croyent qu'il veut plaisanter , mais Cousignac les rassure et leur dit que rien pe
doit les embarrasser , il chante sur l'air:
L'Amour est un voleur.
Il suffit pour cela ,
D'un peu d'intelligence ;
Sans gosier ni cadence ,
On l'executera.
Il ne faut qu'être preste,
A ce que l'Orchestre joueras
Et zeste , zeste , zeste ,
Chacun de vous l'exprimera ,
Avec le geste.
Nous allons , dit un des Acteurs , eri
risquer l'épreuve. Cousignac fait distribuer
FEVRIER. 1732. 377
buer les Rôles pour la Simphonie , et dit
à tous les Acteurs de le suivre pour les
mettre en état de jouer sur le champ et
pour leur en donner l'intelligence ; je
veux , dit-il , y faire un personnage. Il
finit par ce Couplet qu'il chante sur l'air :
Vivons pour ces fillettes.
Les bons impromptus , Cadedis , biso
Sont tous enfans de mon Pays.
Cà , que chacun entonne ,
Vivat , vivat , la Garonne :
Vivat et vivat , la Garonne.
Voici le sujet à peu près de la Piece
Pantomime pour l'intelligence des Scenes muettes, joüées par l'Orchestre et par les Acteurs.
Un Amant vient se plaindre pendant
la nuit sous le Balcon de sa Maîtresse ,
on joie l'air : Reveillez- vous , &c. elle
devient sensible à l'amour du Cavalier
et descend pour l'entretenir et pour lui
parler de plus près ; ils se déclarent réciproquement leur passion , toûjours avec
les gestes convenables aux paroles dont
la Simphonie joue les Airs.
La Suivante de la Mere', survient un
moment après pour annoncer à ces deux
Amans son arrivée ; cette Mere les surprend
378 MERCURE DE FRANCE
prend ensemble , querelle sa fille et l'emmene sans être touchée des plaintes de
son Amant. Le Valet du Cavalier trouve
son Maître désesperé de ce qui vient d'arriver ; celui- cy ordonne à son Valet de
chercher quelque expédient pour favoriser ses amours , &c.
La Mere , la Fille et la Suivante reviennent , la Fille fait de nouveaux efforts
pour engager sa Mere à accepter pour
Gendre l'Amant qu'elle aime ; elle est
infléxible et annonce à sa fille un autre
Epoux qu'elle lui a destiné. C'est un Campagnard, grand nigaud , à peu près comme M. Vivien de la Chaponardiere , qui
arrive sur ces entrefaites , accompagné
de son Valet , qui est aussi niais que son
Maître. L'Amant idiot fait une déclaration à sa Maîtresse , d'une maniere comique ; elle la reçoit avec mépris , ce qui
oblige la Mere de prendre le parti du
Campagnard et de l'emmener dans sa
Maison avec sa fille et la Suivante , pour
y conclure le mariage.
L'Amant aimé revient , et un moment
après son Rival sort de chez sa Maîtresse;
le premier veut obliger l'autre à mettre
l'épée à la main ; le Campagnard pense
mourir de frayeur ; la Suivante accourt
au bruit et empêche l'autre de pousser
plus
FEVRIER. 1732. -379
plus in la querelle , et se retire ; mais
il revient bien- tôt accompagné de la
Mere , qui est toûjours bien résoluë de
lui donner sa fille . Elle a fait venir même un Notaire. Dans le temps qu'on est
prêt à signer le Contrat , et que le Campagnard s'applaudit du bonheur dont il
croit bien-tôt jouir , l'Amant aimé vient
faire encore une tentative auprès de la
Mere , et lui fait voir une Lettre ( qui
a été supposée ) par laquelle on lui mande le gain d'un Procès qui le rend maître
de biens considerables , il la supplie de
lui accorder sa fille en mariage ; celle- cy
se joint aux instances de l'Amant aimé,
son Valet et la Soubrette se jettent aussi
aux pieds de la Mere , qui se rend enfin
à leurs prieres , le Campagnard se retire
peu content de son voyage. Les Valets
de l'Amant aimé et de l'autre se disputent ensuite la conquête de la Suivante ,
elle les met d'accord tous les deux sur le
champ , en leur déclarant qu'elle ne veut
ni l'un ni l'autre , et la Piece finit par un
très-joli Divertissement, dont la Musique
est toujours de M. Gillier.
Ces deux petites Pieces qui ont été reçûës très-favorablement du Public , sont
de la composition de M. Panard , Auteur
de celle des Petits Comediens , qui a cû
Un
380 MERCURE DE FRANCE
un si grand succès à la derniere Foire
S. Laurent , et qu'on a redemandée cette
année à la Foire S. Germain.
Théatre , qui est toujours dans la ruë de
Bussi , partrois petites Pieces nouvelles ,
d'unActe chacune, et des Divertissemens,
Hv in-
374 MERCURE DE FRANCE
intitulées : Momus à Paris , le Nouveliste
"Dupé , et la Comédie sans hommes.
Le 13 , on donna une autre Piéce nouvelle , d'un Acte , qui a pour titre : le Pot
Pourri , Pantomime , précedé d'un Prologue. Cette Piece , dont l'idée est neuve et
fort plaisante, est joiiée en Scenes muettes,
et sur les paroles de differens Vaudevilles les plus connus ; la Simphonie en jouë
les Airs , et les Acteurs font entendre par
leurs gestes le sens et les paroles des Vaudevilles. Voicy le sujet du Prologue.
La Scene se passe sur le Théatre de
l'Opera Comique , où les Acteurs et les
Actrices se sont assemblés pour recevoir
une petite Piece d'un Acte , qu'un Auteur de Bordeaux doit leur présenter.
Cet Auteur , qui s'appelle M. de Consi
gnac , arrive un moment après et entre
d'un air familier ; il chante sur l'air : Le
Fameux Diogene.
Si dans votre Assemblée ,
Messieurs , j'entre d'emblée ,
N'en soyez point surpris
Je suis d'une Patrie ,
Où la ceremonie ?
N'est pas d'un fort grand prix
Un Acteur lui dit , que quand on vient
sous
FEVRIER 17320 375
sous les auspices des Muses , on est partout bien reçû. Cousignac chante sur
l'air: J'ai de l'excellent Elixir.
Amis , embrassez aujourd'hui ,
De vos Jeux le plus ferme appui
Je vous apporte avec ma Piece
L'antidote de la tristesse ;
Oui , mes enfans pour la guérir }
J'ai de l'admirable ,
J'ai de l'agréable ,
J'ai de l'excellent Elixir.
On lui dit qu'il ne faut point tant se
Hatter , que bien des Auteurs qui ont eû
une pareille confiance en ont été trèssouvent les dupes. Cousignac répond
qu'il est sûr de son Acte , et chante sur
Fair : Detous les Capucins du monde.
Lafaçon dont j'ai sçû l'écrire à
Est au-dessus de la Satire ,
Rien ne le sçauroit attaquer.
Ceci n'est point une hyperbole ,
Je défierois de critiquer ,
Dans tout l'Ouvrage une parole.
On lui demande s'il veut faire la lec
ture de sa Piece ; Cousignac répond qu'il
faut auparavant faire ses conventions
H vj
3-6 MERCURE DE FRANCE
1 °. Je veux , dit-il , que ma Piece soit
apprise , repetée et représentée aujourd'hui ,
sans cela rien defait. Tous les Acteurs lui
représentent que la chose est impossible
en si peu de temps , &c. Cousignac leur
dit que ce petit Morceau ne fatiguera ni
leur mémoire ni leur poitrine , qu'il est
fort simple, naturel et très- court. Il tire en
même-temps de sa poche un petit quarré
de papier qui contient , dit-il , toutes les
paroles de sa Piece. Il montre ensuite un
gros paquet qui renferme toute la Musique de son Acte nouveau. Les Acteurs
croyent qu'il veut plaisanter , mais Cousignac les rassure et leur dit que rien pe
doit les embarrasser , il chante sur l'air:
L'Amour est un voleur.
Il suffit pour cela ,
D'un peu d'intelligence ;
Sans gosier ni cadence ,
On l'executera.
Il ne faut qu'être preste,
A ce que l'Orchestre joueras
Et zeste , zeste , zeste ,
Chacun de vous l'exprimera ,
Avec le geste.
Nous allons , dit un des Acteurs , eri
risquer l'épreuve. Cousignac fait distribuer
FEVRIER. 1732. 377
buer les Rôles pour la Simphonie , et dit
à tous les Acteurs de le suivre pour les
mettre en état de jouer sur le champ et
pour leur en donner l'intelligence ; je
veux , dit-il , y faire un personnage. Il
finit par ce Couplet qu'il chante sur l'air :
Vivons pour ces fillettes.
Les bons impromptus , Cadedis , biso
Sont tous enfans de mon Pays.
Cà , que chacun entonne ,
Vivat , vivat , la Garonne :
Vivat et vivat , la Garonne.
Voici le sujet à peu près de la Piece
Pantomime pour l'intelligence des Scenes muettes, joüées par l'Orchestre et par les Acteurs.
Un Amant vient se plaindre pendant
la nuit sous le Balcon de sa Maîtresse ,
on joie l'air : Reveillez- vous , &c. elle
devient sensible à l'amour du Cavalier
et descend pour l'entretenir et pour lui
parler de plus près ; ils se déclarent réciproquement leur passion , toûjours avec
les gestes convenables aux paroles dont
la Simphonie joue les Airs.
La Suivante de la Mere', survient un
moment après pour annoncer à ces deux
Amans son arrivée ; cette Mere les surprend
378 MERCURE DE FRANCE
prend ensemble , querelle sa fille et l'emmene sans être touchée des plaintes de
son Amant. Le Valet du Cavalier trouve
son Maître désesperé de ce qui vient d'arriver ; celui- cy ordonne à son Valet de
chercher quelque expédient pour favoriser ses amours , &c.
La Mere , la Fille et la Suivante reviennent , la Fille fait de nouveaux efforts
pour engager sa Mere à accepter pour
Gendre l'Amant qu'elle aime ; elle est
infléxible et annonce à sa fille un autre
Epoux qu'elle lui a destiné. C'est un Campagnard, grand nigaud , à peu près comme M. Vivien de la Chaponardiere , qui
arrive sur ces entrefaites , accompagné
de son Valet , qui est aussi niais que son
Maître. L'Amant idiot fait une déclaration à sa Maîtresse , d'une maniere comique ; elle la reçoit avec mépris , ce qui
oblige la Mere de prendre le parti du
Campagnard et de l'emmener dans sa
Maison avec sa fille et la Suivante , pour
y conclure le mariage.
L'Amant aimé revient , et un moment
après son Rival sort de chez sa Maîtresse;
le premier veut obliger l'autre à mettre
l'épée à la main ; le Campagnard pense
mourir de frayeur ; la Suivante accourt
au bruit et empêche l'autre de pousser
plus
FEVRIER. 1732. -379
plus in la querelle , et se retire ; mais
il revient bien- tôt accompagné de la
Mere , qui est toûjours bien résoluë de
lui donner sa fille . Elle a fait venir même un Notaire. Dans le temps qu'on est
prêt à signer le Contrat , et que le Campagnard s'applaudit du bonheur dont il
croit bien-tôt jouir , l'Amant aimé vient
faire encore une tentative auprès de la
Mere , et lui fait voir une Lettre ( qui
a été supposée ) par laquelle on lui mande le gain d'un Procès qui le rend maître
de biens considerables , il la supplie de
lui accorder sa fille en mariage ; celle- cy
se joint aux instances de l'Amant aimé,
son Valet et la Soubrette se jettent aussi
aux pieds de la Mere , qui se rend enfin
à leurs prieres , le Campagnard se retire
peu content de son voyage. Les Valets
de l'Amant aimé et de l'autre se disputent ensuite la conquête de la Suivante ,
elle les met d'accord tous les deux sur le
champ , en leur déclarant qu'elle ne veut
ni l'un ni l'autre , et la Piece finit par un
très-joli Divertissement, dont la Musique
est toujours de M. Gillier.
Ces deux petites Pieces qui ont été reçûës très-favorablement du Public , sont
de la composition de M. Panard , Auteur
de celle des Petits Comediens , qui a cû
Un
380 MERCURE DE FRANCE
un si grand succès à la derniere Foire
S. Laurent , et qu'on a redemandée cette
année à la Foire S. Germain.
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Résumé : L'Opera Comique. La Comédie sans hommes, &c. [titre d'après la table]
En février 1732, l'Opéra Comique a ouvert son théâtre rue de Bussi avec trois pièces nouvelles d'un acte chacune : 'Momus à Paris', 'Le Nouveliste Dupé' et 'La Comédie sans hommes'. Le 13 février, une autre pièce intitulée 'Le Pot Pourri' a été présentée. Cette pantomime, précédée d'un prologue, se distingue par son originalité et son humour. Elle est jouée en scènes muettes, accompagnées de vaudevilles connus, et les acteurs expriment les paroles par des gestes. Le prologue se déroule sur la scène de l'Opéra Comique, où les acteurs attendent la présentation d'une pièce par un auteur de Bordeaux, M. de Cousignac. Ce dernier arrive et chante des airs connus pour expliquer son enthousiasme et sa confiance en sa pièce. Les acteurs, sceptiques, lui demandent de lire sa pièce, mais Cousignac insiste pour qu'elle soit apprise et représentée le jour même. Il distribue les rôles et assure que la pièce est simple et courte. La pièce 'Le Pot Pourri' raconte l'histoire d'un amant qui se plaint sous le balcon de sa maîtresse. Ils se déclarent leur passion, mais la mère de la jeune femme les surprend et emmène sa fille. Un campagnard niais arrive ensuite, destiné à épouser la fille. L'amant véritable revient et tente de convaincre la mère, qui finit par accepter après avoir reçu une lettre annonçant une fortune pour l'amant. La pièce se termine par un divertissement musical. Les pièces ont été bien accueillies par le public et sont de la composition de M. Panard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 2573
« La Piece qui suit est sur un sujet des plus interessants pour la Religion et [...] »
Début :
La Piece qui suit est sur un sujet des plus interessants pour la Religion et [...]
Mots clefs :
Pièce, Sujet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Piece qui suit est sur un sujet des plus interessants pour la Religion et [...] »
Piece qui suit est sur un sujet des
Lplus interessants pour la Religion ec
le plus convenable au temps où nous
sommes. Elle est du R. P. de Belmont ,
Jesuite , Recteur de l'Université et du
College de Pau , déja connu par divers
Poëmes Latins et François , imprimez à
Pau, et goûtez des Connoisseurs.
Lplus interessants pour la Religion ec
le plus convenable au temps où nous
sommes. Elle est du R. P. de Belmont ,
Jesuite , Recteur de l'Université et du
College de Pau , déja connu par divers
Poëmes Latins et François , imprimez à
Pau, et goûtez des Connoisseurs.
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16
p. 2868-2883
Les Enfans Trouvez, Parodie, [titre d'après la table]
Début :
Le 9. Décembre, les Comédiens Italiens donnerent la première Représentation [...]
Mots clefs :
Enfants trouvés, Romagnesi, Riccoboni, Comédiens-Italiens, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Enfans Trouvez, Parodie, [titre d'après la table]
PECTACLE S.
LEE 9. Décembre , les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation des Enfans Trouvez , ou le Sultan poli par l'Amour , dont les Sieurs Dominique , Romagnesy et Riccoboni, sont.
les Auteurs. Cette Piece fut reçue peu favorablement du Public à la premiere Représentation , et on prétend qu'une assemblée tumultueuse mêlée de quelques
personnes mal intentionnées , en fut la
cause. La Piéce fut écoutée beaucoup plus
tranquillement à la seconde Représentation , et elle a toujours été de plus en
plus goûtée et applaudie. Nous allons tâcher de mettre le Lecteur en état d'en
juger.
ACTEURS..
Themire,
Fatime ,
la Dlle Sylvia.
la Dlle la Lande.
Diaphane , Roi de Tripoli , le sieur RoAlcidor , Pere de Themire , le sieur Domagnesy
minique.
Ale 11.
Cara
Volcan
DECEMBR E. 1732. 2869
Carabin , frere de Themire , le sicur RicOrosmin , Visir ,
Un Esclave ,
coboni.
Arlequin.
le sieur Sticotti.
Fatime ouvre la Scene , et paroît surprise de voirThemire plus gaye et plus contente qu'à l'ordinaire ; elle lui en demande la raison , et dit :
Quoi ! vous ne tournés plus les yeux vers les climats ,
Qu ce vaillant François devoit guider nos pas ?
Vous ne me parlés plus des plaisirs que la
France
Permet à notre Sexe avec tant de licence ,
Vous ne l'ignorés pás ; c'est là que les maris
Vivent d'intelligence avec les Favoris ;
Que la femme y bravant la contrainte fa- tale ,
Est prude avec renom dale.
" coquette sans scan◄
Themire lui répond que le Serrail fait
aujourd'hui tout son bonheur , et ajoûte :
Chez les Mahometans dès l'enfance enfermée ,
A leur façon d'agir ils m'ont accoûtumée.
II. Vol. Tout
2870 MERCURE DE FRANCE
Tout le monde en convient , le Roi de Tri
poli ,
Est malgré sa moustache , un Seigneur trèspoli.
Fatime représente à Themire que ce
jeune Officier qui est parti , et qui va revenir pour briser leurs fers , se donnera
de la peine en vain. Themire répond que
cet Officier est Gascon , &c. et découvre
en même tems à sa Confidente l'amour
qu'elle a pour le Sultan , et lui apprend
qu'il doit l'épouser dans la journée , Fati
me l'en félicite , et lui dit :
Mais ce cœur qui se livre à de si doux trans
* ports
En épousant un Turc , n'a-t'il point de re mords ?
Carabin vous a dit cent fois par la fenêtre ,
Que le sang d'un François vous avoit donné l'être ,
Que vous et vos parens dans un combat faq tal ,
Aviez subi le joug d'un Corsaire brutal.
Ne vous souvient - il plus que dans une Gag lere....
Themire.
Ma foi , s'il m'en souvient , il ne m'en souvient
guére.
II. Vol. Themi
DECEMBRE. 1732. 2877
Themire continuë , et fait le Portrait
du Sultan.
Oui , si le Ciel aux fers eut condamné sa
vie ,
Si l'Affrique à mes loix se voyoit asservie ,
Ou mon amour me trompe , ou Themire au
jourd'ui ,
Pour l'élever à soi descendroit jusqu'à lui.
Fatime.
r le faut avouer , cette pensée est belle ,
Mais convenés aussi qu'elle n'est pas nou
velle,
Diaphane arrive , et dit à Themire qu'il
pourroit lui faire un long discours ,lui
parler de ses Ayeux et des malheurs des
Sultans , ses Confreres.
Au sein des voluptez bien loin que je m'endorme ,
Si je tiens un Serrail > ce n'est que pour la
forme ;
Les loix que dès long-tems suivent les Mahomets ,
Nous deffendent le vin , moi je me le per
mets,
Tout usage ancien céde à ma politique,
Et je suisun Sultan de nouvelle fabrique,
Parlons seulement de l'amour que j'ai
II.Vel pour
2872 MERCURE DE FRANCE
pour vous poursuit-il . ) Je jure de vous
prendre pour Maîtresse et pour Femme
est-ce assez ? Oui, répond Themire, je ne
veux rien de plus , &c.
Orosmin vient annoncer au Sultan le retour de Carabin.
Pourquoi n'entre- t'il pas , dit le Sultan,
Orosmin.
Vous sçavez que toujours votre porte est fer mée.
Le Sultan.
Oui , c'étoit autrefois la régle accoûtumée ,
Mais , il faut que d'entrer , on ait permis- sion ,
Si tu veux qu'au Sérrail se passe l'action.
Carabin dit au Sultan qu'il apporte de
France de l'argent comptant , et continue :
Grace au Ciel , c'en est fait , et la somme est
complette ;
Commence par lâcher la fille et la soubrete ,
Nous choisirons après dix autres prisoniers.
Quant à moi je demeure , étant court de de niers ;
Qu'ils partent sur le champ , je resterai pour
gage,
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732 2873
Le Sultan.
N'en rachete que neuf, et met - toi du voya
ge.....
Embarque cent Captifs , si tu veux , dit
le Sultan , mais pour Themire , ne croy
pas que tout l'or du monde puisse m'engager à re la rendre. Carabin est fort surpris que le Sultan veuille manquer à sa
parole , à quoi le Sultan répond :
Lorsque je te promis d'accorder ta demande ,
Ce n'étoit qu'un Enfant , à présent elle est
grande....
Du moins ,, dit ' le Gascon , ne me refuse
pas ce malheureux Vieillard , puisqu'il n'a
peut-être pas une heure à vivre. Le Sultan
consent de le rendre pourvû qu'il meure
auparavant , &c.
Themire reste avec Carabin , et lui dit
qu'elle est fâchée de ne pouvoir partir
avec lui , mais qu'il peut compter qu'elle
aura toujours beaucoup de déference pour
tous les François , &c.
Alcidor , ce venerable Vieillard , arrive ;
il est soutenu par deux François , sa vue
est si troublée , et son corps est si foible
qu'à peine il peut se soûtenir ; il deman
de où il est , et à qui il doit le bonheur
de revoir la lumiere, Themire répond
II. Vol. que
2874 MERCURE DE FRANCE
que c'est à ce Cavalier ( en montrant
Carabin. )
Alcidor.
Des Chevaliers Gascons je reconnois l'ardeur ,
S'ils n'ont pas de grands biens , ils ont tous de l'honneur.
Themire demande au Gascón com nent
Il a pû faire pour trouver une somme si considérable. Il répond :
Echapé de mes fers , chose impossible à croire ,
Arrivant au pays je me fis Grenadier,
On ne s'enrichit point à ce noble métier ;
Je me remis sur Mer , et l'ingrate fortune ,
Ne me traita pas mieux dans le sein de Neptune,
Je fus repris , Madame , et par un grand bon heur ,
Je vous vis au Serrail malgré le Grand Sei
gneur ;
Eunuques blancs et noirs , Bostangis , Jannis- saires ,
Ne m'empêcherent point de vous parler d'af
faires;
Le trait est surprenant , mais passons là - dessus.
Or , comme en mon Pays on craint peu les refus ,
Fallai voir le Sultan , lequel sur ma parole ,
Me laissa repartir pour un projet frivole,
II.Vol. Avec
DECEMBRE 1732 2875
Avec lui cependant , je m'étois engagé ,
De revenir bien-tôt payer votre congé.
> De retour dans la France une veuve fring
gante ,
Me prit en mariage aux bords de la Cha- rante.
Elle mourut bien-tôt , une autre succeda ,
Et cette autre en trois mois à son tour déceda.
Je convolai bien- tôt avec une troisiéme ,
Qui mourut en Avril , je ne sçais le quan tiéme ?
Heritier de leurs biens , et plus content qu'un
Roi ,
J'ai vendu trois Châteaux qui n'étoient moi.
pas à
Alcidor leur demande s'ils ne pourroient
leur donner des nouvelles de deux de
ses Enfans , et dit :
pas
Mon fils fut fait esclave , et sa sœur plus petite ,
Au Serrail avec lui , par des Turcs fut con.
duite.
Il m'arriva reprend le Gascon ) même chose
jadis.
A l'âge de quatre ans par les Turcs je fus
pris ,
Mené dans le Serrail avec cette personne ,
Et d'être tant soit peu ma sœur,
çonne.
je la soup
II. Vol. G. Themire
2876 MERCURE DE FRANCE
Themire.
Qu'entends-je !
Alcidor étonné.
Ce minois , cet air vif et coquet ,
De ma défunte femme est le vivant por trait ,
Même à ce que je crois , ce Gascon me res
semble.
Dans quel tems , s'il vous plaît , fûtes-vous pris
ensemble ?
Je ne prétens ici rien décider en l'air :
Surtout en fait d'enfans , on ne peut trop vois clair.
Carabin.
Je fus , il m'en souvient , pris en mil sept cent
seize.
Alcidor.
Epoque trop heureuse , et qui me comble d'aise ,
Et quel âge avez-vous à présent ?
Carabin.
J'ai vingt ans.
Alcidor.
Et vous ?
Themire.
J'en ai dix-huit.
Alcidor.
Baisez-moi, mes Enfans.
II.Vol. La
DECEMBRE. 1732 2877 La reconnoissance se fait d'une maniere très-comique , le pere embrasse ses enfans , et poursuit :
Quand je songe en quels lieux je la vois retea nuë ,
Je n'ose sur ma fille ensor jetter la vuë ,
Ojour qui me la rens , comment me la renstu ?
Tu pleures , je t'entends..... tu n'as plus de
vertu !
Themire avoue ingénument àson pere
que le Sultan l'adore et doit bien tôt l'épouser. Alcidor lui fait de sanglans reproches , et se retire outré de désespoir.
1
Themire reste avec Carabin , qui l'engage à le suivre , après lui avoir représenté son crime.
Themire y consent après
avoir combattu quelque tems , et dit à
son frere :
Mais du moins tu devrois aller voir notre
Pere
Nous le laissons mourir d'une étrange mad
niere.
Bon , répond Carabin , je le compte
pour mort ; il fait promettre en mêmetems à sa sœur de se tenir prête pour fuïr
avec lui,et se retire. Themire reste seule,
s'éxamine et se demande à elle- même , si
II. Vol. Gij elle
2878 MERCURE DE FRANCE
elle est Turque ou Françoise , et ne pouvant pas bien se définir , elle termine son
Monologue par ces Vers qu'elle adresse au
Sultan.
Ah ! puisque ta devois m'épouser dès ce soir ,
Pourquoi m'apprenoit-on aujourd'hui mon de
voir ?
Frere trop rigoureux , du moins pour me l'apa
prendre ,
Jusqu'à demain matin tu pouvois bien at
tendre.
Le Sultan arrive à la fin du Monologue pour conduire avec lui Themire à la
Mosquée : venez , lui dit- il ,
Themire l'appercevant,
Où me cacher !
Le Sultan.
Que dites-vous ?
Themire.
Je n'ose,
Le Sultan.
Vous n'osez ?
Themire,
Non, Seigneur.
Le Sultan.
Et pourquoi donc ?
II. Vol Themire
DECEMBRE. 1732. 2875
Themire:
Le Sultan.
Pour cause.
Ah ! je vois ce que c'est , sans doute la pu deur....
Themire.
Non, ce n'est point cela ; vous vous trompez ;
Seigneur..
Elle prie le Sultan de vouloir bien dif
ferer cet Hymen , le Sultan s'emporte et
dit , lorsque Themire se retire :
Je n'y comprens plus rien pourquoi partir si-tôt ?
Dites-moi vos raisons...
Themire en s'en allant.
Je les dirai tantôt.
Le Sultan reste avec le Vizir ; il commence àsoupçonnerThemire d'inconstance , et Carabin d'être son Rival , le Vizir lui dit :
Prenez- vous ce Garçon , Seigneur , pour une bête ,
Vous les avez laissés ensemble tête à tête.
Le Sultan.
Je ne le ferai plus.
II. Vol. G iij Le
2330 MERCURE DE FRANCE
Le Vizir.
Vous aurez bien raison ,
Ah ! que la prévoyance est ici de saison !
tain. ...
Themire revient , le Sultan lui fait encore des reproches , et lui dit qu'il ne la
reverra jamais. Quoi , Seigneur , répond
Themire , est-il bien assûré que vous ne
m'aimez plus ? Non , rien n'est plus cerque j'aimai... que je hais. . . .
Themire éclate de rire,le Sultan lui dit avec
transport,Themire vous riez...elle répond:
Eh !qui pourroit s'empêcher de rire de
toutes vos extravagances et de mon incertitude ? le Sultan toujours plus amoureux,
ne pouvant pas se contraindre , lui avoüe
qu'il l'aime plus que jamais , et que tout
ce qu'il lui a dit , n'étoit que pour rire.
Themire prie le Sultan de lui accorder du
moins une grace. Et de quoi s'agit-il a
répond le Sultan.
Themire.
Permettés que je sorte;
་
Le Sultan.
Quoi toujours me quitter , et de la mêms sorte !..
Themire lui dit en sortant, quedemain
II. Vol. tous
DECEMBRE. 1732. 2881
tous ses secrets lui seront revelez. Le Sultan reste avec le Vizir ; un Esclave lui apporte une Lettre adressée à Themire , par
laquelle Carabin lui marque de se rendre
vers la Mosquée par un sentier obscur."
Le Sultan se livre à toute sa fureur , et
ordonne au Vizir d'aller poignarder l'infidelle, puis le retient, en disant :
Je prétends lui parler , qu'on le fasse venir.
Le Vizir.
Encor un entretien , Seigneur !
Le Sultan.
C'est pour finit.
Finissez sans cela , répond le Visir. ...
mais il me vient une bonne idée , faites
remettre cette Lettre entre les mains de
Themire , et qu'elle ne sache point que
vous l'avez ouverte. Le Sultan approuve
fort le conseil du Vizir , qui promet de
recacheter la Lettre et de la faire rendre
à Themire. Le Sultan resté seul, dit :
Le Vizir a raison , et de cette maniere ,
La conduite sera beaucoup plus réguliere;
Car si je la voyois , il faudroit lui prouver
Qu'elle m'est infidelle , et cherche à se sau- ver. I
, .II. Vol. Ginij Mais
2882 MERCURE DE FRANCE
Mais je n'en ferai rien , et n'osant lui répon➡ dre ,
J'oublirois les moyens que j'ai de la confon- dre ;
Je connois ma foiblesse , et sans les employer
On me verroit sans fruit encor la renvoyer.
Le Vizir arrive avec empressement ; il
'dit au Sultan qu'il a fait rendre la Lettre
à Themire, qui a promis de venir bien- tôt
aurendez-vous trouver Carabin.Themire
y arrive, conduite par Fatime; on entend
quelque bruit ; elle dit est-ce vous Carabin ? lequel répond , êtes-vous là , ma
sœur ? Le Sultan qui s'étoit avancé à l'arrivée de Themire pour la poignarder, s'écrie avec étonnement :
Ma sœur ah ! j'allois faire une belle so- tise !
Cet éclaircissement m'épargne une méprise.
Themire.
Que vois-je , le Sultan !
Carabin.
Nous sommes découverts,
Ah ! Sandis , nous allons retomber dans les
fers.
Le Sultan à Carabin.
Est- elle bien ta sœur ?
II. Vol. Carabin
DECEMBRE. 1732 288 3
Carabin.
Alcidor est son pere.
Je suis fils d'Alcidor , ergo , je suis son frere.
Le Sultan fait encore des reproches à
Themire, et dit ensuite qu'il est trop délicat pour la garder ; qu'elle peut partir ,
&c. le Vizir ajoûte:
C'est fort bien fait , Seigneur , renvoyés la Ma toise ;
Qu'elle fasse à Paris l'amour à la Françoise.
Le Sultan dit ensuite que puisquil faut
necessairement que quelqu'un meure , il
va se tuer, mais Carabin l'arrête , en lui
disant :
Ah ! ne vous tuez pas avant notre voyage ;
Car si vous expirez on nous remet en cage ,
Que de la mort au moins nous soyons ga rantis.
Le Sultan,
Hé bien ! je metuerai quand vous serés partis.
LEE 9. Décembre , les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation des Enfans Trouvez , ou le Sultan poli par l'Amour , dont les Sieurs Dominique , Romagnesy et Riccoboni, sont.
les Auteurs. Cette Piece fut reçue peu favorablement du Public à la premiere Représentation , et on prétend qu'une assemblée tumultueuse mêlée de quelques
personnes mal intentionnées , en fut la
cause. La Piéce fut écoutée beaucoup plus
tranquillement à la seconde Représentation , et elle a toujours été de plus en
plus goûtée et applaudie. Nous allons tâcher de mettre le Lecteur en état d'en
juger.
ACTEURS..
Themire,
Fatime ,
la Dlle Sylvia.
la Dlle la Lande.
Diaphane , Roi de Tripoli , le sieur RoAlcidor , Pere de Themire , le sieur Domagnesy
minique.
Ale 11.
Cara
Volcan
DECEMBR E. 1732. 2869
Carabin , frere de Themire , le sicur RicOrosmin , Visir ,
Un Esclave ,
coboni.
Arlequin.
le sieur Sticotti.
Fatime ouvre la Scene , et paroît surprise de voirThemire plus gaye et plus contente qu'à l'ordinaire ; elle lui en demande la raison , et dit :
Quoi ! vous ne tournés plus les yeux vers les climats ,
Qu ce vaillant François devoit guider nos pas ?
Vous ne me parlés plus des plaisirs que la
France
Permet à notre Sexe avec tant de licence ,
Vous ne l'ignorés pás ; c'est là que les maris
Vivent d'intelligence avec les Favoris ;
Que la femme y bravant la contrainte fa- tale ,
Est prude avec renom dale.
" coquette sans scan◄
Themire lui répond que le Serrail fait
aujourd'hui tout son bonheur , et ajoûte :
Chez les Mahometans dès l'enfance enfermée ,
A leur façon d'agir ils m'ont accoûtumée.
II. Vol. Tout
2870 MERCURE DE FRANCE
Tout le monde en convient , le Roi de Tri
poli ,
Est malgré sa moustache , un Seigneur trèspoli.
Fatime représente à Themire que ce
jeune Officier qui est parti , et qui va revenir pour briser leurs fers , se donnera
de la peine en vain. Themire répond que
cet Officier est Gascon , &c. et découvre
en même tems à sa Confidente l'amour
qu'elle a pour le Sultan , et lui apprend
qu'il doit l'épouser dans la journée , Fati
me l'en félicite , et lui dit :
Mais ce cœur qui se livre à de si doux trans
* ports
En épousant un Turc , n'a-t'il point de re mords ?
Carabin vous a dit cent fois par la fenêtre ,
Que le sang d'un François vous avoit donné l'être ,
Que vous et vos parens dans un combat faq tal ,
Aviez subi le joug d'un Corsaire brutal.
Ne vous souvient - il plus que dans une Gag lere....
Themire.
Ma foi , s'il m'en souvient , il ne m'en souvient
guére.
II. Vol. Themi
DECEMBRE. 1732. 2877
Themire continuë , et fait le Portrait
du Sultan.
Oui , si le Ciel aux fers eut condamné sa
vie ,
Si l'Affrique à mes loix se voyoit asservie ,
Ou mon amour me trompe , ou Themire au
jourd'ui ,
Pour l'élever à soi descendroit jusqu'à lui.
Fatime.
r le faut avouer , cette pensée est belle ,
Mais convenés aussi qu'elle n'est pas nou
velle,
Diaphane arrive , et dit à Themire qu'il
pourroit lui faire un long discours ,lui
parler de ses Ayeux et des malheurs des
Sultans , ses Confreres.
Au sein des voluptez bien loin que je m'endorme ,
Si je tiens un Serrail > ce n'est que pour la
forme ;
Les loix que dès long-tems suivent les Mahomets ,
Nous deffendent le vin , moi je me le per
mets,
Tout usage ancien céde à ma politique,
Et je suisun Sultan de nouvelle fabrique,
Parlons seulement de l'amour que j'ai
II.Vel pour
2872 MERCURE DE FRANCE
pour vous poursuit-il . ) Je jure de vous
prendre pour Maîtresse et pour Femme
est-ce assez ? Oui, répond Themire, je ne
veux rien de plus , &c.
Orosmin vient annoncer au Sultan le retour de Carabin.
Pourquoi n'entre- t'il pas , dit le Sultan,
Orosmin.
Vous sçavez que toujours votre porte est fer mée.
Le Sultan.
Oui , c'étoit autrefois la régle accoûtumée ,
Mais , il faut que d'entrer , on ait permis- sion ,
Si tu veux qu'au Sérrail se passe l'action.
Carabin dit au Sultan qu'il apporte de
France de l'argent comptant , et continue :
Grace au Ciel , c'en est fait , et la somme est
complette ;
Commence par lâcher la fille et la soubrete ,
Nous choisirons après dix autres prisoniers.
Quant à moi je demeure , étant court de de niers ;
Qu'ils partent sur le champ , je resterai pour
gage,
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1732 2873
Le Sultan.
N'en rachete que neuf, et met - toi du voya
ge.....
Embarque cent Captifs , si tu veux , dit
le Sultan , mais pour Themire , ne croy
pas que tout l'or du monde puisse m'engager à re la rendre. Carabin est fort surpris que le Sultan veuille manquer à sa
parole , à quoi le Sultan répond :
Lorsque je te promis d'accorder ta demande ,
Ce n'étoit qu'un Enfant , à présent elle est
grande....
Du moins ,, dit ' le Gascon , ne me refuse
pas ce malheureux Vieillard , puisqu'il n'a
peut-être pas une heure à vivre. Le Sultan
consent de le rendre pourvû qu'il meure
auparavant , &c.
Themire reste avec Carabin , et lui dit
qu'elle est fâchée de ne pouvoir partir
avec lui , mais qu'il peut compter qu'elle
aura toujours beaucoup de déference pour
tous les François , &c.
Alcidor , ce venerable Vieillard , arrive ;
il est soutenu par deux François , sa vue
est si troublée , et son corps est si foible
qu'à peine il peut se soûtenir ; il deman
de où il est , et à qui il doit le bonheur
de revoir la lumiere, Themire répond
II. Vol. que
2874 MERCURE DE FRANCE
que c'est à ce Cavalier ( en montrant
Carabin. )
Alcidor.
Des Chevaliers Gascons je reconnois l'ardeur ,
S'ils n'ont pas de grands biens , ils ont tous de l'honneur.
Themire demande au Gascón com nent
Il a pû faire pour trouver une somme si considérable. Il répond :
Echapé de mes fers , chose impossible à croire ,
Arrivant au pays je me fis Grenadier,
On ne s'enrichit point à ce noble métier ;
Je me remis sur Mer , et l'ingrate fortune ,
Ne me traita pas mieux dans le sein de Neptune,
Je fus repris , Madame , et par un grand bon heur ,
Je vous vis au Serrail malgré le Grand Sei
gneur ;
Eunuques blancs et noirs , Bostangis , Jannis- saires ,
Ne m'empêcherent point de vous parler d'af
faires;
Le trait est surprenant , mais passons là - dessus.
Or , comme en mon Pays on craint peu les refus ,
Fallai voir le Sultan , lequel sur ma parole ,
Me laissa repartir pour un projet frivole,
II.Vol. Avec
DECEMBRE 1732 2875
Avec lui cependant , je m'étois engagé ,
De revenir bien-tôt payer votre congé.
> De retour dans la France une veuve fring
gante ,
Me prit en mariage aux bords de la Cha- rante.
Elle mourut bien-tôt , une autre succeda ,
Et cette autre en trois mois à son tour déceda.
Je convolai bien- tôt avec une troisiéme ,
Qui mourut en Avril , je ne sçais le quan tiéme ?
Heritier de leurs biens , et plus content qu'un
Roi ,
J'ai vendu trois Châteaux qui n'étoient moi.
pas à
Alcidor leur demande s'ils ne pourroient
leur donner des nouvelles de deux de
ses Enfans , et dit :
pas
Mon fils fut fait esclave , et sa sœur plus petite ,
Au Serrail avec lui , par des Turcs fut con.
duite.
Il m'arriva reprend le Gascon ) même chose
jadis.
A l'âge de quatre ans par les Turcs je fus
pris ,
Mené dans le Serrail avec cette personne ,
Et d'être tant soit peu ma sœur,
çonne.
je la soup
II. Vol. G. Themire
2876 MERCURE DE FRANCE
Themire.
Qu'entends-je !
Alcidor étonné.
Ce minois , cet air vif et coquet ,
De ma défunte femme est le vivant por trait ,
Même à ce que je crois , ce Gascon me res
semble.
Dans quel tems , s'il vous plaît , fûtes-vous pris
ensemble ?
Je ne prétens ici rien décider en l'air :
Surtout en fait d'enfans , on ne peut trop vois clair.
Carabin.
Je fus , il m'en souvient , pris en mil sept cent
seize.
Alcidor.
Epoque trop heureuse , et qui me comble d'aise ,
Et quel âge avez-vous à présent ?
Carabin.
J'ai vingt ans.
Alcidor.
Et vous ?
Themire.
J'en ai dix-huit.
Alcidor.
Baisez-moi, mes Enfans.
II.Vol. La
DECEMBRE. 1732 2877 La reconnoissance se fait d'une maniere très-comique , le pere embrasse ses enfans , et poursuit :
Quand je songe en quels lieux je la vois retea nuë ,
Je n'ose sur ma fille ensor jetter la vuë ,
Ojour qui me la rens , comment me la renstu ?
Tu pleures , je t'entends..... tu n'as plus de
vertu !
Themire avoue ingénument àson pere
que le Sultan l'adore et doit bien tôt l'épouser. Alcidor lui fait de sanglans reproches , et se retire outré de désespoir.
1
Themire reste avec Carabin , qui l'engage à le suivre , après lui avoir représenté son crime.
Themire y consent après
avoir combattu quelque tems , et dit à
son frere :
Mais du moins tu devrois aller voir notre
Pere
Nous le laissons mourir d'une étrange mad
niere.
Bon , répond Carabin , je le compte
pour mort ; il fait promettre en mêmetems à sa sœur de se tenir prête pour fuïr
avec lui,et se retire. Themire reste seule,
s'éxamine et se demande à elle- même , si
II. Vol. Gij elle
2878 MERCURE DE FRANCE
elle est Turque ou Françoise , et ne pouvant pas bien se définir , elle termine son
Monologue par ces Vers qu'elle adresse au
Sultan.
Ah ! puisque ta devois m'épouser dès ce soir ,
Pourquoi m'apprenoit-on aujourd'hui mon de
voir ?
Frere trop rigoureux , du moins pour me l'apa
prendre ,
Jusqu'à demain matin tu pouvois bien at
tendre.
Le Sultan arrive à la fin du Monologue pour conduire avec lui Themire à la
Mosquée : venez , lui dit- il ,
Themire l'appercevant,
Où me cacher !
Le Sultan.
Que dites-vous ?
Themire.
Je n'ose,
Le Sultan.
Vous n'osez ?
Themire,
Non, Seigneur.
Le Sultan.
Et pourquoi donc ?
II. Vol Themire
DECEMBRE. 1732. 2875
Themire:
Le Sultan.
Pour cause.
Ah ! je vois ce que c'est , sans doute la pu deur....
Themire.
Non, ce n'est point cela ; vous vous trompez ;
Seigneur..
Elle prie le Sultan de vouloir bien dif
ferer cet Hymen , le Sultan s'emporte et
dit , lorsque Themire se retire :
Je n'y comprens plus rien pourquoi partir si-tôt ?
Dites-moi vos raisons...
Themire en s'en allant.
Je les dirai tantôt.
Le Sultan reste avec le Vizir ; il commence àsoupçonnerThemire d'inconstance , et Carabin d'être son Rival , le Vizir lui dit :
Prenez- vous ce Garçon , Seigneur , pour une bête ,
Vous les avez laissés ensemble tête à tête.
Le Sultan.
Je ne le ferai plus.
II. Vol. G iij Le
2330 MERCURE DE FRANCE
Le Vizir.
Vous aurez bien raison ,
Ah ! que la prévoyance est ici de saison !
tain. ...
Themire revient , le Sultan lui fait encore des reproches , et lui dit qu'il ne la
reverra jamais. Quoi , Seigneur , répond
Themire , est-il bien assûré que vous ne
m'aimez plus ? Non , rien n'est plus cerque j'aimai... que je hais. . . .
Themire éclate de rire,le Sultan lui dit avec
transport,Themire vous riez...elle répond:
Eh !qui pourroit s'empêcher de rire de
toutes vos extravagances et de mon incertitude ? le Sultan toujours plus amoureux,
ne pouvant pas se contraindre , lui avoüe
qu'il l'aime plus que jamais , et que tout
ce qu'il lui a dit , n'étoit que pour rire.
Themire prie le Sultan de lui accorder du
moins une grace. Et de quoi s'agit-il a
répond le Sultan.
Themire.
Permettés que je sorte;
་
Le Sultan.
Quoi toujours me quitter , et de la mêms sorte !..
Themire lui dit en sortant, quedemain
II. Vol. tous
DECEMBRE. 1732. 2881
tous ses secrets lui seront revelez. Le Sultan reste avec le Vizir ; un Esclave lui apporte une Lettre adressée à Themire , par
laquelle Carabin lui marque de se rendre
vers la Mosquée par un sentier obscur."
Le Sultan se livre à toute sa fureur , et
ordonne au Vizir d'aller poignarder l'infidelle, puis le retient, en disant :
Je prétends lui parler , qu'on le fasse venir.
Le Vizir.
Encor un entretien , Seigneur !
Le Sultan.
C'est pour finit.
Finissez sans cela , répond le Visir. ...
mais il me vient une bonne idée , faites
remettre cette Lettre entre les mains de
Themire , et qu'elle ne sache point que
vous l'avez ouverte. Le Sultan approuve
fort le conseil du Vizir , qui promet de
recacheter la Lettre et de la faire rendre
à Themire. Le Sultan resté seul, dit :
Le Vizir a raison , et de cette maniere ,
La conduite sera beaucoup plus réguliere;
Car si je la voyois , il faudroit lui prouver
Qu'elle m'est infidelle , et cherche à se sau- ver. I
, .II. Vol. Ginij Mais
2882 MERCURE DE FRANCE
Mais je n'en ferai rien , et n'osant lui répon➡ dre ,
J'oublirois les moyens que j'ai de la confon- dre ;
Je connois ma foiblesse , et sans les employer
On me verroit sans fruit encor la renvoyer.
Le Vizir arrive avec empressement ; il
'dit au Sultan qu'il a fait rendre la Lettre
à Themire, qui a promis de venir bien- tôt
aurendez-vous trouver Carabin.Themire
y arrive, conduite par Fatime; on entend
quelque bruit ; elle dit est-ce vous Carabin ? lequel répond , êtes-vous là , ma
sœur ? Le Sultan qui s'étoit avancé à l'arrivée de Themire pour la poignarder, s'écrie avec étonnement :
Ma sœur ah ! j'allois faire une belle so- tise !
Cet éclaircissement m'épargne une méprise.
Themire.
Que vois-je , le Sultan !
Carabin.
Nous sommes découverts,
Ah ! Sandis , nous allons retomber dans les
fers.
Le Sultan à Carabin.
Est- elle bien ta sœur ?
II. Vol. Carabin
DECEMBRE. 1732 288 3
Carabin.
Alcidor est son pere.
Je suis fils d'Alcidor , ergo , je suis son frere.
Le Sultan fait encore des reproches à
Themire, et dit ensuite qu'il est trop délicat pour la garder ; qu'elle peut partir ,
&c. le Vizir ajoûte:
C'est fort bien fait , Seigneur , renvoyés la Ma toise ;
Qu'elle fasse à Paris l'amour à la Françoise.
Le Sultan dit ensuite que puisquil faut
necessairement que quelqu'un meure , il
va se tuer, mais Carabin l'arrête , en lui
disant :
Ah ! ne vous tuez pas avant notre voyage ;
Car si vous expirez on nous remet en cage ,
Que de la mort au moins nous soyons ga rantis.
Le Sultan,
Hé bien ! je metuerai quand vous serés partis.
Fermer
Résumé : Les Enfans Trouvez, Parodie, [titre d'après la table]
Le 9 décembre, les Comédiens Italiens ont présenté pour la première fois la pièce 'Les Enfants Trouvés, ou le Sultan poli par l'Amour', écrite par les sieurs Dominique, Romagnesy et Riccoboni. La réception initiale fut tumultueuse, mais la pièce a gagné en popularité par la suite. La pièce met en scène plusieurs personnages, dont Themire, Fatime, Diaphane (roi de Tripoli), Alcidor (père de Themire), Carabin (frère de Themire), et Orosmin (visir). Themire, retenue dans le sérail, exprime son bonheur malgré les circonstances. Fatime évoque un officier français qui pourrait les libérer, mais Themire avoue son amour pour le sultan et son intention de l'épouser. Le sultan Diaphane, respectueux des lois mahométanes mais indulgent et politique, déclare son amour à Themire et lui promet de l'épouser. Carabin arrive avec de l'argent pour racheter des captifs, mais le sultan refuse de rendre Themire. Alcidor, le père de Themire, apparaît ensuite, faible et aveugle. Carabin raconte comment il a amassé une fortune en France pour racheter Themire. Alcidor reconnaît Themire et Carabin comme ses enfants, enlevés par des Turcs lorsqu'ils étaient jeunes. Themire avoue à son père son amour pour le sultan et son intention de l'épouser. Alcidor, outré, se retire. Themire décide ensuite de suivre Carabin pour fuir le sérail. Le sultan, soupçonnant une infidélité, ordonne au vizir de poignarder Themire, mais change d'avis après avoir intercepté une lettre de Carabin. Le sultan découvre que Carabin est le frère de Themire, évitant ainsi une tragédie. La pièce se termine par cet éclaircissement, révélant les liens familiaux et les intentions sincères des personnages. Le sultan exprime des reproches à Themire et lui permet de partir. Le vizir approuve cette décision et suggère que Themire puisse vivre à Paris. Le sultan annonce son intention de se tuer, mais Carabin l'en dissuade, arguant qu'ils seraient remis en cage s'il se tuait avant leur départ. Le sultan accepte alors de reporter son geste jusqu'après leur départ.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 651-656
LETTRE de M. L... à M. l'Abbé S.... en lui renvoyant la Lettre de M. Rousseau, sur la Zaïre de M. de Voltaire.
Début :
Estes-vous, Monsieur, du sentiment de M. Rousseau, sur la Zaïre de [...]
Mots clefs :
Zaïre, Voltaire, Pièce, Rousseau, Orosmane, Polyeucte, Raison, Critique, Dieu, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. L... à M. l'Abbé S.... en lui renvoyant la Lettre de M. Rousseau, sur la Zaïre de M. de Voltaire.
LETTRE de M. L... à M. l'Abbé
S .... en lui renvoyant la Lettre de
M. Rousseau , sur la Zaïre de M. de
Voltaire.
Stes -vous , Monsieur , du sentiment
M. de Voltaire ? 11 me semble qué sa Critique
est un peu chargée . Il prétend , que
tout le sentiment qui regne dans cette Piece
tend seulement à faire voir que tous les
efforts de la grace n'ont aucun pouvoir sur
les passions.
Il est pourtant impossible de n'y point
appercevoir une espece de triomphe que
la misericorde divine remporte sur la
foiblesse humaine . Dès le second Acte
Zaïre ne répond- elle pas à son pere , qui
la presse de se déclarer Chrétienne ...
Oui ... Seigneur ...je le suis . Au troisiéme
Acte, elle le dit avec un peu plus
de fermeté. Dans le quatrième et le cinquiéme
, son sacrifice est encore plus
avancé , elle va jusqu'au pied de l'Autel.
Enfin elle implore en expirant le Dieu
qu'elle vouloit connoître. Je me meurs ,
↑ mon Dieu!.
B v A
652 MERCURE DE FRANCE
A ces traits , M.M. on reconnoît que la
Grace n'a pas été absolument impuissante
sur cette ame. Ce n'est point un dogme,
impie, comme le dit M.Rousseau , qui fait
le fondement de la Piece ; c'est un dogme,
qui ne montre à la verité , que le premier
trait de la puissance divine , et les premieres
étincelles de la Foy. La moralité qui résulte
de cette Tragédie , tend à prouver
que l'on ne peut être trop en garde
contre l'emportement des passions , si
l'on ne veut s'exposer aux chutes et aux
excès les plus honteux. En effet dans
quels précipices la passion de Zaïre ne
la conduit- elle point ? Son Amant est
son Dieu , il fait sa Religion avant qu'u
ne lueur de Foy brille pour elle. Eh ! qui
peut ne pas mettre à profit pour soimême
un si funeste exemple ?
Selon la Critique , Zaïre perd deux
Occasions qui se présentent de déclarer
au Soudan qu'elle est Chrétienne , en
s'enfuyant sans aucune raison ; mais estil
bien vrai qu'elle fuit , comme il le
dit ? S'il veut parler des deux momens
où elle paroît devant Orosmane , et où
elle le prie de la laisser à elle- même dévorer
ses amertumes , on ne sçauroit dire
qu'alors elle fuit ; elle se retire pour ne
pas réveler un secret dont dépend la li
berté ,
AVRIL. 1733. 953
berté , peut- être la vie de son frere et
des autres Chrétiens. On ne peut pas dire
non- plus qu'elle fuit sans raison , quand
elle entreprend de sortir du Serrail ,
puisque c'est pour aller au rendez - vous
que son frere lui a marqué , et où elle
ne va que dans la résolution d'obéïr.
Vous allez croire , M. en me voyant
repousser ces traits de la Critique , que
je suis aveugle adorateur de Zaïre , et
que peut- être je place cette Piece au même
rang que Poliencte et Athalie ; non
en verité , je ne pense point ainsi ; mais
enfin il y a des places honorables à côté
ou même un peu au - dessous des Césars ;
et si j'écrivois ce que je pense de cette
Piece , en l'attaquant par les mêmes en--
droits que M. Rousseau a choisis , je hazarderois
de dire qu'elle n'est que le revers
de Polieucte .
"
Corneille nous a donné de la Religion
une image majestueuse , pleine de force
et de dignité , qui ne peut que toucher:
et saisir ceux qui s'arrêtent à la contempler
, et afin que la Grace agît dans toute
l'étendue de sa puissance , Polieucte
reçoit le Baptême dès le commencement
de la Piece ; M. de Voltaire , au contraire
, n'a fait que l'ébauche d'une grace ,
qui n'est qu'à son aurore , ébauche , par
B.vj. cec
654 MERCURE DE FRANCE
cet endroit même, infiniment inferieure à
la noblesse du premier tableau ,et afin qu'il
eût un prétexte de soutenir jusqu'à la
fin cette foible imagination , il ne fait
point recevoir à Zaïre l'Eau salutaire qui
fortifie le Chrétien . Si Polieucte est irrésolu
, s'il balance , s'il differe , cet étaz
ne dure qu'un instant ; cet instant passé,
quelle foi vive ! quelle admirable fermeté
! mais comme il ne peut être accusé
d'impieté pour avoir chancell ' quelques
momens ; de même Zair ( qui vraisemblablement
a été imaginée sur les deux
premieres Scenes de Polieucte ) ne doit
point être regardée comme impie , quoi
que son irrésolution et son combat du
rent plus long temps.
Mais il fut convenir avec M. Rous
seau , que M. de Voltaire , maître comme
il l'étoit de sa Fable , a manqué dans le
choix qu'il en a fur et dans celui des
situations ausquelles il s'est restraint ;
pour avoi trop écouté son imagination ,
il n'a pû voir qu'il donnoit à sa Piece un
fondement trop foible du côté de la Religion
, qui doit toujours triompher pleinement
quand elle agit.Que n'a-t'il écarté
la premiére illusion dont il a été frappé;
Lusignan et Nerestan font preuve qu'il
pouvoit donner de la Foi , un systême
plus
AVRIL. 1733 655
plus fort et plus juste qu'il n'a fait.
Ce seroit sur ce Plan , M. que j'examinerois
le fonds de la Fable de Zaïre ,
et passant aux deffauts que j'ai remarquez
dans l'execution , jobserverois que l'Art
Y laisse. peu ou point de place au vrai ,
je parle de celui que l'on veut trouver
dans les Romans et de l'Art même , le Poëte
en a employé les détours et la finesse ,
plutôt que la justesse et la précision.
L'action de son Poëme , s'il y en a une ,
est peu digne de la majesté de la Tragé
die. Le caractere d'Orosmane est hors du
vrai ; car en supposant même que la Nature
puisse former un Soudan aussi peu
attaché que l'est Orosmane aux moeurs ,
aux usages de sa Patrie , aussi convaincu
de la fidelité de son Amante , qu'il veüille
bien lui épargner la contrainte des surveillants
; pourquoi ce beau Portrait se
termine- t'il en un Monstre ? Pourquoi
ce coeur si noble est- il si promptement
défiguré ? En vain M. de Voltaire a tâché
d'insinuer que son Héros porte tout
à l'excès , que son coeur est né violent
et qu'il est blessé ; il ne pourra justifier
ni dans la Nature ni dans la vrai semblance
, li contrarieté de ce caractere. La
catastrophe sous un air de ressemblance
avec celle de l'Opera d'Athys , est plus
dure
656 MERCURE DE FRANCE
dure que celle- cy ; Athys tuë Sangaride ,
sans volonté de commettre ce meurtre ;
il agit aveuglé par la jalouse Cybele , qui
déguise à ses yeux l'objet qu'il immole.
Orosmane poignarde , assassine l'Amante
qu'il adoroit un instant auparavant, poussé
à faire ce meurtre par une folle jalousie
qui n'a que des prétextes chimériques
et mal appuyez ; il se tuë ensuite
de sens froid et sans sçavoir pourquoi.
Mon dessein n'est pas de m'engager
dans une plus longue décision ; il me
suffit de vous avoir prouvé que j'ai vû
Zaïre sans me laisser ébloüir , et qu'en
même temps j'ai raison de remarquer
que quelques- unes des. Observations de
M. Rousseau ne sont pas tout- à- fait
exactes. Au reste , tout ce qui sort de
sa Plume est bien digne d'être lû ; je
vous suis très obligé de m'avoir envoyé
sa Lettre , si elle n'est pas en tout
exactement judicieuse , c'est que , selon
toutes les apparences , il n'avoit fait qu'u
ne lecture rapide de Zaïre quand il en
a porté son jugement. Je suis , Monsieur
, & c.
·
A Paris , ce 8. de Mars 1733 .
S .... en lui renvoyant la Lettre de
M. Rousseau , sur la Zaïre de M. de
Voltaire.
Stes -vous , Monsieur , du sentiment
M. de Voltaire ? 11 me semble qué sa Critique
est un peu chargée . Il prétend , que
tout le sentiment qui regne dans cette Piece
tend seulement à faire voir que tous les
efforts de la grace n'ont aucun pouvoir sur
les passions.
Il est pourtant impossible de n'y point
appercevoir une espece de triomphe que
la misericorde divine remporte sur la
foiblesse humaine . Dès le second Acte
Zaïre ne répond- elle pas à son pere , qui
la presse de se déclarer Chrétienne ...
Oui ... Seigneur ...je le suis . Au troisiéme
Acte, elle le dit avec un peu plus
de fermeté. Dans le quatrième et le cinquiéme
, son sacrifice est encore plus
avancé , elle va jusqu'au pied de l'Autel.
Enfin elle implore en expirant le Dieu
qu'elle vouloit connoître. Je me meurs ,
↑ mon Dieu!.
B v A
652 MERCURE DE FRANCE
A ces traits , M.M. on reconnoît que la
Grace n'a pas été absolument impuissante
sur cette ame. Ce n'est point un dogme,
impie, comme le dit M.Rousseau , qui fait
le fondement de la Piece ; c'est un dogme,
qui ne montre à la verité , que le premier
trait de la puissance divine , et les premieres
étincelles de la Foy. La moralité qui résulte
de cette Tragédie , tend à prouver
que l'on ne peut être trop en garde
contre l'emportement des passions , si
l'on ne veut s'exposer aux chutes et aux
excès les plus honteux. En effet dans
quels précipices la passion de Zaïre ne
la conduit- elle point ? Son Amant est
son Dieu , il fait sa Religion avant qu'u
ne lueur de Foy brille pour elle. Eh ! qui
peut ne pas mettre à profit pour soimême
un si funeste exemple ?
Selon la Critique , Zaïre perd deux
Occasions qui se présentent de déclarer
au Soudan qu'elle est Chrétienne , en
s'enfuyant sans aucune raison ; mais estil
bien vrai qu'elle fuit , comme il le
dit ? S'il veut parler des deux momens
où elle paroît devant Orosmane , et où
elle le prie de la laisser à elle- même dévorer
ses amertumes , on ne sçauroit dire
qu'alors elle fuit ; elle se retire pour ne
pas réveler un secret dont dépend la li
berté ,
AVRIL. 1733. 953
berté , peut- être la vie de son frere et
des autres Chrétiens. On ne peut pas dire
non- plus qu'elle fuit sans raison , quand
elle entreprend de sortir du Serrail ,
puisque c'est pour aller au rendez - vous
que son frere lui a marqué , et où elle
ne va que dans la résolution d'obéïr.
Vous allez croire , M. en me voyant
repousser ces traits de la Critique , que
je suis aveugle adorateur de Zaïre , et
que peut- être je place cette Piece au même
rang que Poliencte et Athalie ; non
en verité , je ne pense point ainsi ; mais
enfin il y a des places honorables à côté
ou même un peu au - dessous des Césars ;
et si j'écrivois ce que je pense de cette
Piece , en l'attaquant par les mêmes en--
droits que M. Rousseau a choisis , je hazarderois
de dire qu'elle n'est que le revers
de Polieucte .
"
Corneille nous a donné de la Religion
une image majestueuse , pleine de force
et de dignité , qui ne peut que toucher:
et saisir ceux qui s'arrêtent à la contempler
, et afin que la Grace agît dans toute
l'étendue de sa puissance , Polieucte
reçoit le Baptême dès le commencement
de la Piece ; M. de Voltaire , au contraire
, n'a fait que l'ébauche d'une grace ,
qui n'est qu'à son aurore , ébauche , par
B.vj. cec
654 MERCURE DE FRANCE
cet endroit même, infiniment inferieure à
la noblesse du premier tableau ,et afin qu'il
eût un prétexte de soutenir jusqu'à la
fin cette foible imagination , il ne fait
point recevoir à Zaïre l'Eau salutaire qui
fortifie le Chrétien . Si Polieucte est irrésolu
, s'il balance , s'il differe , cet étaz
ne dure qu'un instant ; cet instant passé,
quelle foi vive ! quelle admirable fermeté
! mais comme il ne peut être accusé
d'impieté pour avoir chancell ' quelques
momens ; de même Zair ( qui vraisemblablement
a été imaginée sur les deux
premieres Scenes de Polieucte ) ne doit
point être regardée comme impie , quoi
que son irrésolution et son combat du
rent plus long temps.
Mais il fut convenir avec M. Rous
seau , que M. de Voltaire , maître comme
il l'étoit de sa Fable , a manqué dans le
choix qu'il en a fur et dans celui des
situations ausquelles il s'est restraint ;
pour avoi trop écouté son imagination ,
il n'a pû voir qu'il donnoit à sa Piece un
fondement trop foible du côté de la Religion
, qui doit toujours triompher pleinement
quand elle agit.Que n'a-t'il écarté
la premiére illusion dont il a été frappé;
Lusignan et Nerestan font preuve qu'il
pouvoit donner de la Foi , un systême
plus
AVRIL. 1733 655
plus fort et plus juste qu'il n'a fait.
Ce seroit sur ce Plan , M. que j'examinerois
le fonds de la Fable de Zaïre ,
et passant aux deffauts que j'ai remarquez
dans l'execution , jobserverois que l'Art
Y laisse. peu ou point de place au vrai ,
je parle de celui que l'on veut trouver
dans les Romans et de l'Art même , le Poëte
en a employé les détours et la finesse ,
plutôt que la justesse et la précision.
L'action de son Poëme , s'il y en a une ,
est peu digne de la majesté de la Tragé
die. Le caractere d'Orosmane est hors du
vrai ; car en supposant même que la Nature
puisse former un Soudan aussi peu
attaché que l'est Orosmane aux moeurs ,
aux usages de sa Patrie , aussi convaincu
de la fidelité de son Amante , qu'il veüille
bien lui épargner la contrainte des surveillants
; pourquoi ce beau Portrait se
termine- t'il en un Monstre ? Pourquoi
ce coeur si noble est- il si promptement
défiguré ? En vain M. de Voltaire a tâché
d'insinuer que son Héros porte tout
à l'excès , que son coeur est né violent
et qu'il est blessé ; il ne pourra justifier
ni dans la Nature ni dans la vrai semblance
, li contrarieté de ce caractere. La
catastrophe sous un air de ressemblance
avec celle de l'Opera d'Athys , est plus
dure
656 MERCURE DE FRANCE
dure que celle- cy ; Athys tuë Sangaride ,
sans volonté de commettre ce meurtre ;
il agit aveuglé par la jalouse Cybele , qui
déguise à ses yeux l'objet qu'il immole.
Orosmane poignarde , assassine l'Amante
qu'il adoroit un instant auparavant, poussé
à faire ce meurtre par une folle jalousie
qui n'a que des prétextes chimériques
et mal appuyez ; il se tuë ensuite
de sens froid et sans sçavoir pourquoi.
Mon dessein n'est pas de m'engager
dans une plus longue décision ; il me
suffit de vous avoir prouvé que j'ai vû
Zaïre sans me laisser ébloüir , et qu'en
même temps j'ai raison de remarquer
que quelques- unes des. Observations de
M. Rousseau ne sont pas tout- à- fait
exactes. Au reste , tout ce qui sort de
sa Plume est bien digne d'être lû ; je
vous suis très obligé de m'avoir envoyé
sa Lettre , si elle n'est pas en tout
exactement judicieuse , c'est que , selon
toutes les apparences , il n'avoit fait qu'u
ne lecture rapide de Zaïre quand il en
a porté son jugement. Je suis , Monsieur
, & c.
·
A Paris , ce 8. de Mars 1733 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. L... à M. l'Abbé S.... en lui renvoyant la Lettre de M. Rousseau, sur la Zaïre de M. de Voltaire.
Dans sa lettre à l'abbé S..., M. L... répond aux critiques de Jean-Jacques Rousseau sur la pièce 'Zaïre' de Voltaire. Il défend l'œuvre en soulignant que la grâce divine y triomphe des passions, notamment à travers la foi chrétienne croissante de Zaïre, qui avoue sa foi à son père et prie avant de mourir. La moralité de la tragédie, selon lui, met en garde contre les dangers des passions débridées, illustrés par le parcours de Zaïre. M. L... réfute l'accusation de Rousseau selon laquelle Zaïre manque deux occasions de révéler sa foi au sultan Orosmane, expliquant que ses silences sont motivés par la nécessité de protéger des secrets importants. Bien qu'il reconnaisse que 'Zaïre' n'atteint pas la grandeur de 'Polyeucte' de Corneille, il estime que la pièce possède des qualités notables. La lettre critique ensuite la progression de la foi de Zaïre, jugée moins marquée que celle de Polyeucte, et souligne des incohérences dans le caractère d'Orosmane, qui passe brutalement d'un noble à un monstre sans justification suffisante. M. L... trouve également la catastrophe de la pièce plus dure que celle de l'opéra 'Athys'. Il compare les tragédies d'Athys et d'Orosmane, toutes deux impliquant des meurtres commis sous l'influence de la jalousie. Dans 'Athys', le meurtre est involontaire et manipulé, tandis que dans 'Zaïre', Orosmane tue par jalousie et se suicide sans comprendre ses motivations. M. L... affirme avoir lu 'Zaïre' sans parti pris et note que certaines observations de Rousseau ne sont pas entièrement exactes, bien qu'il reconnaisse la valeur des écrits de Rousseau. La lettre se conclut par une formule de politesse datée du 8 mars 1733.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 780-789
LE COMPLAISANT, Comédie en cinq Actes, représentée sur le Théatre François en Janvier 1732.
Début :
ACTEURS. M. Orgon, mari de Me Orgon, le sieur Duchemin. [...]
Mots clefs :
Orgon, Damis, Angélique, Caractère, Complaisance, Pièce, Théâtre, Cléante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE COMPLAISANT, Comédie en cinq Actes, représentée sur le Théatre François en Janvier 1732.
LE COMPLAISANT , Comédie en
cing Actes , représentée sur le Théatre
François en Fanvier 1732 .
ACTEURS.
M. Orgon , mari de Me Orgon , le sieur
Duchemin.
Me Orgon , femme de M. Orgon , la
Dlle Quinault.
Angélique , fille de M. et de Me Orgon ,
la Dlle Gaussin,
Cléante, frere de M. Orgon , M. du Brežil.
Argant , cousin de M. Orgon , le sieur
1 Damis
Eraste ..
Peisson.
Amans d'Angélique , les sieurs
Montmesnil et Grandval.
Le Marquis , ami de Damis , le sieur
Dufresne.
Lisette , Suivante d'Angélique , la Dile
Dangeville.
La Scene eft dans la maison de M. Orgon ,
L'élégance qui régne dans toute cette
Piéce , fait un honneur infini à la plume
de l'Auteur anonyme , qui , à ce
qu'on
л VRT L. 1733. 781
qu'on a dit d'abord , en a voulu faire présent
au Théatre François. On assûre que
c'est son premier Ouvrage , auquel cas
il est à souhaitter que ce ne soit pas son
dernier. Comme l'ingénieux inconnu à
qui nous devons cet admirable coup d'essai
, ne s'est attaché qu'à bien traiter tous
ses Caracteres , et surtout celui qui donne
le titre à sa Piéce ; il a négligé ce
qu'on appelle intrigue ; on pourra juger
par ce court argument de ce qui constitue
l'action théatrale.
M. Orgon a un procès à faire juger , et
une fille à marier ; Mad. Orgon , sa femme
, se met très peu en peine du procès
de son mari , et ne s'occupe que du choix
d'un Gendre dont l'humeur convienne à
la sienne ; Damis lui paroît tel , parce
qu'il est le plus complaisant de tous les
hommes ; M. Orgon s'accorde pour la
premiere fois avec elle , et panche du
côté de Damis , grace à cette même complaisance
qui a gagné le coeur de sa femme.
Eraste , dont le Caractere est noble
et sincere , s'est acquis l'estime d'Angélique
c'est le nom de la Fille que M. et
Me Orgon conviennent qu'il faut donher
à Damis, ) mais cette estime n'empê
che pas qu'elle ne préfére l'agrément exterieur
de l'un de ses deux Amans au mérite
782 MERCURE DE FRANCE
rite solide de l'autre. Cette préférence
n'est pourtant pas si déclarée , qu'elle
ôte aux Spectateurs l'espérance de voir
revenir Angélique de l'agrément au solide
, et c'est là tout ce qui constituë le
noeud de la Piéce ; en voici le dénoiiment :
le vice est puni , et la vertu est récompensée
; la complaisance outrée de Damis
fait qu'il manque de parole à Orgon , à
que ce manque de parole lui fait perdre
le procès ; elle irrite Mad. Argante , parce
que Damis , pour complaire à son
mari , a congedié des Musiciens qu'elle
avoit mandés pour un Divertissement de
sa façon ; elle le détruit enfin dans le
coeur d'Angélique , par une espéce d'infidelité
qu'elle lui a fait commettre envers
elle. Pour achever le dénouement ,
Eraste qui s'étoit déja emparé de l'estime
d'Angélique par la noblesse de ses procédés
, lui inspire une tendre reconnoissance
par la generosité avec laquelle il
paye secretement cinquante mille écus
somme à laquelle M. Orgon vient d'être
condamné par corps en perdant son
procès.
On voit par ce petit argument que la
Piéce , quoiqu'elle soit en cinq Actes ,
n'est pas beaucoup chargée d'action , mais
en récompense le Caractere dominant y
est
AVRIL. 1733 78;
est soutenu du commencement à la fin.
On auroit souhaité que ce Caractere fût
un peu plus mis en oeuvre , et qu'il se
développât plutôt par des actions que
par des conversations ; ce défaut n'est.
que trop commun dans les Piéces modernes
; on y parle beaucoup plus qu'on n'y
agit , comme si l'on ignoroit que l'action
est l'ame de la Comédie et de la Tragédie.
On auroit voulu surtout qu'immédiatement
après que Damis a promis
à M. Orgon de faire différer le jugement
de son procès , ce même Damis eut été
prié par Mad. Orgon de le faire avancer,
et qu'il eut manqué à sa parole par complaisance
, ou, pour mieux dire , il auroit
encore mieux valu que l'Auteur lui eut
sauvé une perfidie , qui fait un crime de
ce qui ne devoit être qu'un ridicule .
A ce Caractere dominant , on en joint
d'autres purement accessoires , où l'Auteur
a fait voir qu'il est excellent Peintre,
tant qu'il ne faut employer d'autre pinceau
que sa plume ; on lui reproche même
comme un défaut, une éloquence dont
bien d'autres tireroient vanité ; il a tant
d'esprit qu'il ne peut s'empêcher d'en
donner à tous ses personnages . Voilà ce
qu'on a presque generalement observé
dans la Comédie du Complaisant ; il ne
nous
484 MERCURE DE FRANCE.
nous reste plus , pour la satisfaction de
nos Lecteurs , qu'à donner quelques traits
de la maniere d'écrire de l'Auteur , qui
pourroit servir de modele aux Orateurs
les plus élégans , et qui n'a que le malheur
de n'être pas bien en sa place.
Nous ne citerons que ce qui concerne
le caractere dominant. Voici comment
Cléante , frere de M. Orgon , le'définit dans
le premier Acte. Damis rassemble les qualitez
les plus contraires , il en a du moins
les apparences. Sans caractere , sans humeur
, il se livre aux impressions étrangeres ;
il prend chez les autres sa tristesse et sa
joye ; elles s'emparent de son visage sans
passer dans son coeur; toutes les opinions ,
sous les sistêmes lui plaisent également ; il
les adopte , il les abandonne , il les réfute
il les soutient ; la vrai-semblance qui le
séduit , Paide encore à tromper les autres.
tout paroît probable à ses yeux , tout devient
probable dans sa bouche . Il ne pense point ;
il ne sent point , tout son talent est d'exprimer
avec facilité des sentimens et des
pensées. Son esprit , chargé des idées d'antrui
, ne sçauroit en produire aucune ; si
quelquefois il a le courage de juger par luimême
, la plus foible contradiction le rebute
et l'effraye bien- tôt il assujettit ce
qu'il pense au désir de plaire ; bien- tôt même
AVRI L. 1733. 781
ne il oublie ce qu'il a pensé. Sa conduite
n'est pas moins inégale ; son gout , son inclination
, ses moeurs , sont soumis aux caprices
de ceux qui l'environnent. Esclave de
La Societé, le même excès de complaisance qui
dicte ses paroles , dirige aussi ses démarches.
Voici comme Damis se définit lui- même
, parlant à Cléante , qui veut lui faire
sentir les inconvéniens qui peuvent naître
d'un excès de complaisance.
Mon Sistême , puisqu'enfin vous m'ordonnez
d'en avoir un , n'est pas de m'assujettir
à ces regles arbitraires qu'on n'ose
jamais perdre de vie , à ces loix importunes
et rigoureuses qu'on impose souvent
sans necessité , et que vous appellez des
principes. Leur effet ordinaire est de contrarier
les idées d'autrui , sans rectifier les nôtres.
Pour vivre avec tout le monde , il faut
se persuader, si l'on peut, que tout le monde
a raison ; à force de le souhaiter on s'accous
tume à le croire.
de mau-
Et comme Cléante le soupçonne de
mauvaise foi , il ajoûte : Ne cherchez point
à m'allarmer par un odieux soupçon
vaise foi; on n'est point faux , quand on
ne veut point l'être. Peu jaloux de ce que
je pense peu attaché à ce que je veux
ma facilité naturelle me fait entrer avecplai
sir dans les mouvemens qu'on veut m'inspirer
786 MERCURE DE FRANCE
pirer; une prévention toujours favorable
et toujours sincere , me peint les objets sous
les couleurs les plus heureuses. Je voi les
hommes tels qu'ils veulent me paroître ; je
ne m'attacke point à sonder les replis de leurs
coeurs ; indulgent pour leurs travers , admirateur
de leurs bonnes qualitez , je cherche
moins à démêler leurs vices , qu'à profiter
de leurs vertus .
Cléante lui faisant un dernier reproche
sur son caractere , qui du moins ,
dit-il , le fait tomber dans la flatterie ,
deffaut dont tout le monde doit rougir,
il lui répond : deffaut dont personne ne doit
m'accuser. Un flatteur est sans cesse occupé
de vues interessées , et la honte d'une adulation
servile le touche beaucoup moins que
les avantages personnels qu'il en tire. Pour
moi , sans former de projets , sans exiger de
reconnoissance , j'apporte dans la Societé des
dispositions d'autant plus commodes , que
chacun y peut trouver son compte , sans qu'il
m'en coûte rien . En un mot , voici toute ma
Philosophie , et je me sçais bon gré d'en être
redevable à la Nature plutôt qu'à la refle
xion; j'écoute volentiers , j'approuve aisé
ment , je ne contredis jamais , et pour peu
que la conversation durât , je pourrois bien
prendre votre avis contre moi-même ; peutétre
l'aurois -je déjafait , si vous m'aviez atraqué
moins vivement. Le
A VRL I. 1733. 787
Le Lecteur doit convenir qu'il faut avoir
bien de l'éloquence pour soutenir si bien
une si mauvaise cause. Au reste l'Auteur
n'est pas moins élegant qu'éloquent ; on
peut même dire qu'il est un peu trop exact
dans le choix des termes , et qu'il n'est
pas dans la nature que des conversations
ordinaires ressemblent à des discours étudiez
avec un art aussi continu que cellescy
le paroissent ; aussi tout le monde est-il
convenu que l'Auteur de cette Comédie
est encore plus Orateur qu'Auteur ; il
faut pourtant lui rendre justice sur cette
derniere qualité. Sa Piece , quoiqu'un peu
vuide d'action, ne laisse pas d'être ornée de
ce qu'on appelle jeu de Théatre ; il y en
a- un entre autres dans le quatrième Acte
, qui soutenu de la vivacité du sieur
et de la Dile Quinault , a fait un plaisir
infini , on peut même dire que c'est quelque
chose de plus qu'un jeu de Théatre :
puisqu'il produit un coup de Théatre ;
Voici de quoi il s'agit . M. Orgon ayant
annoncé à Damis la perte de son Procès
, ce dernier en est si penetré , qu'on
croiroit que c'est lui - même qui vient d'ê
tre condamné par corps à payer les cinquante
mille écus dont il s'agit. M. Or
gon va chercher son frere pour le convaincre
de la sensibilité de son gendre
H futur
788 MERCURE DE FRANCE
futur, Mad. Orgon arrive bien- tôt après,
et fait part à Damis d'un Divertissement
qu'elle a fait. Damis s'y prête si bien.
par complaisance , qu'il chante et danse
avec elle , aussi gayement , qu'il vient
de s'affliger tristement avec M. Orgon,
Ce dernier survient avec son frere , et
trouve son Héraclite métamorphosé en
Démocrite . Damis se tire d'affaire comme
il peut , et lui dit que de peur de
succomber à sa douleur , il cherche à
s'égayer.
Il s'en faut bien que le cinquiéme Acte
ait répondu au quatrième. De tous les
motifs qui font punir le Complaisant ,
il n'y en a qu'un de vrai , et qui va jusqu'à
la trahison ; c'est d'avoir , par complaisance
pour Mad. Orgon , acceleré le
jugement d'un procès qu'il avoit promis
à M. Orgon de faire differer. L'infidelité
prétendue dont Angelique l'assure , ne
mérite aucune punition , non-plus que le
soin qu'il a pris de renvoyer les Musiciens
de Mad. Orgon : or tout ce qui
autorise le dénoûment , c'est la generosité
d'Eraste qui a payé les cinquante mille
mille écus ausquels M. Orgon étoit condamné
par corps ; ainsi c'est plutôt la
vertu recompensée , que le vice puni ,
qui termine cette Piece.
Le
AVRIL
1733. 789
Elle paroît très - bien imprimée chez le
Breton, Quay des Augustins , et a un fort
grand debit.
cing Actes , représentée sur le Théatre
François en Fanvier 1732 .
ACTEURS.
M. Orgon , mari de Me Orgon , le sieur
Duchemin.
Me Orgon , femme de M. Orgon , la
Dlle Quinault.
Angélique , fille de M. et de Me Orgon ,
la Dlle Gaussin,
Cléante, frere de M. Orgon , M. du Brežil.
Argant , cousin de M. Orgon , le sieur
1 Damis
Eraste ..
Peisson.
Amans d'Angélique , les sieurs
Montmesnil et Grandval.
Le Marquis , ami de Damis , le sieur
Dufresne.
Lisette , Suivante d'Angélique , la Dile
Dangeville.
La Scene eft dans la maison de M. Orgon ,
L'élégance qui régne dans toute cette
Piéce , fait un honneur infini à la plume
de l'Auteur anonyme , qui , à ce
qu'on
л VRT L. 1733. 781
qu'on a dit d'abord , en a voulu faire présent
au Théatre François. On assûre que
c'est son premier Ouvrage , auquel cas
il est à souhaitter que ce ne soit pas son
dernier. Comme l'ingénieux inconnu à
qui nous devons cet admirable coup d'essai
, ne s'est attaché qu'à bien traiter tous
ses Caracteres , et surtout celui qui donne
le titre à sa Piéce ; il a négligé ce
qu'on appelle intrigue ; on pourra juger
par ce court argument de ce qui constitue
l'action théatrale.
M. Orgon a un procès à faire juger , et
une fille à marier ; Mad. Orgon , sa femme
, se met très peu en peine du procès
de son mari , et ne s'occupe que du choix
d'un Gendre dont l'humeur convienne à
la sienne ; Damis lui paroît tel , parce
qu'il est le plus complaisant de tous les
hommes ; M. Orgon s'accorde pour la
premiere fois avec elle , et panche du
côté de Damis , grace à cette même complaisance
qui a gagné le coeur de sa femme.
Eraste , dont le Caractere est noble
et sincere , s'est acquis l'estime d'Angélique
c'est le nom de la Fille que M. et
Me Orgon conviennent qu'il faut donher
à Damis, ) mais cette estime n'empê
che pas qu'elle ne préfére l'agrément exterieur
de l'un de ses deux Amans au mérite
782 MERCURE DE FRANCE
rite solide de l'autre. Cette préférence
n'est pourtant pas si déclarée , qu'elle
ôte aux Spectateurs l'espérance de voir
revenir Angélique de l'agrément au solide
, et c'est là tout ce qui constituë le
noeud de la Piéce ; en voici le dénoiiment :
le vice est puni , et la vertu est récompensée
; la complaisance outrée de Damis
fait qu'il manque de parole à Orgon , à
que ce manque de parole lui fait perdre
le procès ; elle irrite Mad. Argante , parce
que Damis , pour complaire à son
mari , a congedié des Musiciens qu'elle
avoit mandés pour un Divertissement de
sa façon ; elle le détruit enfin dans le
coeur d'Angélique , par une espéce d'infidelité
qu'elle lui a fait commettre envers
elle. Pour achever le dénouement ,
Eraste qui s'étoit déja emparé de l'estime
d'Angélique par la noblesse de ses procédés
, lui inspire une tendre reconnoissance
par la generosité avec laquelle il
paye secretement cinquante mille écus
somme à laquelle M. Orgon vient d'être
condamné par corps en perdant son
procès.
On voit par ce petit argument que la
Piéce , quoiqu'elle soit en cinq Actes ,
n'est pas beaucoup chargée d'action , mais
en récompense le Caractere dominant y
est
AVRIL. 1733 78;
est soutenu du commencement à la fin.
On auroit souhaité que ce Caractere fût
un peu plus mis en oeuvre , et qu'il se
développât plutôt par des actions que
par des conversations ; ce défaut n'est.
que trop commun dans les Piéces modernes
; on y parle beaucoup plus qu'on n'y
agit , comme si l'on ignoroit que l'action
est l'ame de la Comédie et de la Tragédie.
On auroit voulu surtout qu'immédiatement
après que Damis a promis
à M. Orgon de faire différer le jugement
de son procès , ce même Damis eut été
prié par Mad. Orgon de le faire avancer,
et qu'il eut manqué à sa parole par complaisance
, ou, pour mieux dire , il auroit
encore mieux valu que l'Auteur lui eut
sauvé une perfidie , qui fait un crime de
ce qui ne devoit être qu'un ridicule .
A ce Caractere dominant , on en joint
d'autres purement accessoires , où l'Auteur
a fait voir qu'il est excellent Peintre,
tant qu'il ne faut employer d'autre pinceau
que sa plume ; on lui reproche même
comme un défaut, une éloquence dont
bien d'autres tireroient vanité ; il a tant
d'esprit qu'il ne peut s'empêcher d'en
donner à tous ses personnages . Voilà ce
qu'on a presque generalement observé
dans la Comédie du Complaisant ; il ne
nous
484 MERCURE DE FRANCE.
nous reste plus , pour la satisfaction de
nos Lecteurs , qu'à donner quelques traits
de la maniere d'écrire de l'Auteur , qui
pourroit servir de modele aux Orateurs
les plus élégans , et qui n'a que le malheur
de n'être pas bien en sa place.
Nous ne citerons que ce qui concerne
le caractere dominant. Voici comment
Cléante , frere de M. Orgon , le'définit dans
le premier Acte. Damis rassemble les qualitez
les plus contraires , il en a du moins
les apparences. Sans caractere , sans humeur
, il se livre aux impressions étrangeres ;
il prend chez les autres sa tristesse et sa
joye ; elles s'emparent de son visage sans
passer dans son coeur; toutes les opinions ,
sous les sistêmes lui plaisent également ; il
les adopte , il les abandonne , il les réfute
il les soutient ; la vrai-semblance qui le
séduit , Paide encore à tromper les autres.
tout paroît probable à ses yeux , tout devient
probable dans sa bouche . Il ne pense point ;
il ne sent point , tout son talent est d'exprimer
avec facilité des sentimens et des
pensées. Son esprit , chargé des idées d'antrui
, ne sçauroit en produire aucune ; si
quelquefois il a le courage de juger par luimême
, la plus foible contradiction le rebute
et l'effraye bien- tôt il assujettit ce
qu'il pense au désir de plaire ; bien- tôt même
AVRI L. 1733. 781
ne il oublie ce qu'il a pensé. Sa conduite
n'est pas moins inégale ; son gout , son inclination
, ses moeurs , sont soumis aux caprices
de ceux qui l'environnent. Esclave de
La Societé, le même excès de complaisance qui
dicte ses paroles , dirige aussi ses démarches.
Voici comme Damis se définit lui- même
, parlant à Cléante , qui veut lui faire
sentir les inconvéniens qui peuvent naître
d'un excès de complaisance.
Mon Sistême , puisqu'enfin vous m'ordonnez
d'en avoir un , n'est pas de m'assujettir
à ces regles arbitraires qu'on n'ose
jamais perdre de vie , à ces loix importunes
et rigoureuses qu'on impose souvent
sans necessité , et que vous appellez des
principes. Leur effet ordinaire est de contrarier
les idées d'autrui , sans rectifier les nôtres.
Pour vivre avec tout le monde , il faut
se persuader, si l'on peut, que tout le monde
a raison ; à force de le souhaiter on s'accous
tume à le croire.
de mau-
Et comme Cléante le soupçonne de
mauvaise foi , il ajoûte : Ne cherchez point
à m'allarmer par un odieux soupçon
vaise foi; on n'est point faux , quand on
ne veut point l'être. Peu jaloux de ce que
je pense peu attaché à ce que je veux
ma facilité naturelle me fait entrer avecplai
sir dans les mouvemens qu'on veut m'inspirer
786 MERCURE DE FRANCE
pirer; une prévention toujours favorable
et toujours sincere , me peint les objets sous
les couleurs les plus heureuses. Je voi les
hommes tels qu'ils veulent me paroître ; je
ne m'attacke point à sonder les replis de leurs
coeurs ; indulgent pour leurs travers , admirateur
de leurs bonnes qualitez , je cherche
moins à démêler leurs vices , qu'à profiter
de leurs vertus .
Cléante lui faisant un dernier reproche
sur son caractere , qui du moins ,
dit-il , le fait tomber dans la flatterie ,
deffaut dont tout le monde doit rougir,
il lui répond : deffaut dont personne ne doit
m'accuser. Un flatteur est sans cesse occupé
de vues interessées , et la honte d'une adulation
servile le touche beaucoup moins que
les avantages personnels qu'il en tire. Pour
moi , sans former de projets , sans exiger de
reconnoissance , j'apporte dans la Societé des
dispositions d'autant plus commodes , que
chacun y peut trouver son compte , sans qu'il
m'en coûte rien . En un mot , voici toute ma
Philosophie , et je me sçais bon gré d'en être
redevable à la Nature plutôt qu'à la refle
xion; j'écoute volentiers , j'approuve aisé
ment , je ne contredis jamais , et pour peu
que la conversation durât , je pourrois bien
prendre votre avis contre moi-même ; peutétre
l'aurois -je déjafait , si vous m'aviez atraqué
moins vivement. Le
A VRL I. 1733. 787
Le Lecteur doit convenir qu'il faut avoir
bien de l'éloquence pour soutenir si bien
une si mauvaise cause. Au reste l'Auteur
n'est pas moins élegant qu'éloquent ; on
peut même dire qu'il est un peu trop exact
dans le choix des termes , et qu'il n'est
pas dans la nature que des conversations
ordinaires ressemblent à des discours étudiez
avec un art aussi continu que cellescy
le paroissent ; aussi tout le monde est-il
convenu que l'Auteur de cette Comédie
est encore plus Orateur qu'Auteur ; il
faut pourtant lui rendre justice sur cette
derniere qualité. Sa Piece , quoiqu'un peu
vuide d'action, ne laisse pas d'être ornée de
ce qu'on appelle jeu de Théatre ; il y en
a- un entre autres dans le quatrième Acte
, qui soutenu de la vivacité du sieur
et de la Dile Quinault , a fait un plaisir
infini , on peut même dire que c'est quelque
chose de plus qu'un jeu de Théatre :
puisqu'il produit un coup de Théatre ;
Voici de quoi il s'agit . M. Orgon ayant
annoncé à Damis la perte de son Procès
, ce dernier en est si penetré , qu'on
croiroit que c'est lui - même qui vient d'ê
tre condamné par corps à payer les cinquante
mille écus dont il s'agit. M. Or
gon va chercher son frere pour le convaincre
de la sensibilité de son gendre
H futur
788 MERCURE DE FRANCE
futur, Mad. Orgon arrive bien- tôt après,
et fait part à Damis d'un Divertissement
qu'elle a fait. Damis s'y prête si bien.
par complaisance , qu'il chante et danse
avec elle , aussi gayement , qu'il vient
de s'affliger tristement avec M. Orgon,
Ce dernier survient avec son frere , et
trouve son Héraclite métamorphosé en
Démocrite . Damis se tire d'affaire comme
il peut , et lui dit que de peur de
succomber à sa douleur , il cherche à
s'égayer.
Il s'en faut bien que le cinquiéme Acte
ait répondu au quatrième. De tous les
motifs qui font punir le Complaisant ,
il n'y en a qu'un de vrai , et qui va jusqu'à
la trahison ; c'est d'avoir , par complaisance
pour Mad. Orgon , acceleré le
jugement d'un procès qu'il avoit promis
à M. Orgon de faire differer. L'infidelité
prétendue dont Angelique l'assure , ne
mérite aucune punition , non-plus que le
soin qu'il a pris de renvoyer les Musiciens
de Mad. Orgon : or tout ce qui
autorise le dénoûment , c'est la generosité
d'Eraste qui a payé les cinquante mille
mille écus ausquels M. Orgon étoit condamné
par corps ; ainsi c'est plutôt la
vertu recompensée , que le vice puni ,
qui termine cette Piece.
Le
AVRIL
1733. 789
Elle paroît très - bien imprimée chez le
Breton, Quay des Augustins , et a un fort
grand debit.
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Résumé : LE COMPLAISANT, Comédie en cinq Actes, représentée sur le Théatre François en Janvier 1732.
La pièce 'Le Complaisant' est une comédie en cinq actes représentée au Théâtre François en janvier 1732. L'intrigue se déroule dans la maison de M. Orgon, qui doit juger un procès et marier sa fille, Angélique. Mme Orgon, l'épouse de M. Orgon, favorise Damis, le cousin de M. Orgon, comme gendre en raison de sa complaisance. Eraste, amoureux d'Angélique, est apprécié par elle mais ne parvient pas à la convaincre de choisir son mérite plutôt que l'apparence d'un autre prétendant. Le nœud de la pièce repose sur l'espoir des spectateurs de voir Angélique préférer le mérite à l'apparence. Le dénouement voit la punition du vice et la récompense de la vertu. La complaisance excessive de Damis le conduit à manquer à sa parole envers Orgon, ce qui lui fait perdre son procès. De plus, Damis irrite Mme Argante en renvoyant des musiciens qu'elle avait convoqués et commet une infidélité envers Angélique. Eraste, par sa générosité, paie secrètement la somme à laquelle M. Orgon est condamné, gagnant ainsi l'estime et la reconnaissance d'Angélique. La pièce est notée pour son élégance et la qualité de ses dialogues, bien que l'action soit limitée. Le caractère de Damis est bien développé, mais aurait pu être mieux mis en œuvre par des actions plutôt que par des conversations. L'auteur est loué pour son éloquence et son esprit, mais critiqué pour la faiblesse de l'intrigue et l'absence de véritable action théâtrale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 1428-1441
L'heureux Stratagême, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Heureux Stratageme, Comédie nouvelle en Prose, en trois Actes, de M. de [...]
Mots clefs :
Marivaux, Théâtre-Italien, Comtesse, Marquise , Dorante, Amour, Chevalier, Coeur, Feinte, Pièce, Valet, Mariage, Infidélité, Surprise, Maîtresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'heureux Stratagême, Extrait, [titre d'après la table]
L'Heureux Stratageme , Comédie nou
velle en Prose , en trois Actes , de M. de
Marivaux , représentée au Théatre Ita
lien , le 6 Juin 1733 .
ACTEURS.
La Comtesse ,
Dorante , Amante de la
Comtesse
La Marquise ,
Le Chevalier Damis ,
Gascon , Amant de la
› Marquise
Comtesse ,
La Dile Silvia:
Le S Romagnesy.
La Dile Thomassi
Lisette , Suivante de la
Arlequin, Valet de Dorante
,
Frontin , Valet du Che-
Le St Lélio.
La Dule Lélio.
valier , Le S Dominique.
JUIN.
1429 1733
Blaise , Jardinier de la
Comtesse , Le S' Mario.
La Scene est chez la Comtesse.
Les beautez qui sont répanduës dans
cette Piéce ne sont peut- être pas à la portée
de tout le monde ; mais ceux qui accusent
l'Autheur d'avoir trop d'esprit ,
ne laissent pas de convenir qu'il a une
parfaite connoissance du coeur humain ,
et que peu de gens font une plus exacte
Analise de ce qui se passe dans celui des
femmes . L'Héroïne de cette Comédie est
une Comtesse, qui traite d'abord la Fidelité
de chimere , parce qu'elle regarde
cette vertu comme un obstacle à la passion
si naturelle au beau sexe , qui est de
faire valoir ses droits sur tous.les coeurs ;
prévenue en faveur de ses attraits , elle
ne croit rien hazarder en volant de conquête
en conquête ; elle aime Dorante ,
mais elle n'est pas fâchée d'être aimée du
Chevalier Damis , et trouve fort mauvais
que son premier adorateur s'en formalise
; la maniere dont elle s'explique avec
Dorante , sur les reproches qu'il ose lui
faire de son nouvel engagement , acheve
de le désesperer. Il se croit véritablement
effacé du coeur de sa Maîtresse , quoiqu'il
ne soit que sacrifié à sa vanité ; une Mar
1 Vol. Hiiij quise
1430 MERCURE DE FRANCE
quise à qui la Comtesse a enlevé un Aman:
dont la perte ne lui tient pas , à beau
coup près , tant au coeur , que Dorante
est sensible à celle qu'il croit avoit faite
à l'amour de la Comtesse , lui vient ou
vrir les yeux ; je connois mon sexe , lui
dit- elle , la Comtesse n'est infidelle qu'en
apparence ; l'envie de faire une nouvell
conquête flatte son amour propre , mais
la crainte d'en perdre une , qu'elle a déja
faite , allarmera ce même amour propre ,
et vous le rendra pius tendre que jamais ;
ce sage conseil est suivi de la proposi
tion qu'elle lui fait de feindre un nouvel
amour dont elle veut bien paroître l'ob
jet ; la proposition rêvolte d'abord , mais
elle est enfin acceptée. La Comtesse ne
daigne pas même donner la moindre
croyance aux nouveaux engagemens
qu'on lui annonce que Dorante vient
de prendre ; elle ne croit pas la chose sérieuse
, parce qu'elle la croit impossible ;
elle croiroit dégrader ses attraits , si elle
s'abbaissoit jusqu'à la crainte ; elle fait
plus , elle découvre le piége qu'on lui
tend , mais elle ne laisse pas d'y donner
dans la suite ; en effet , elle pense juste ,
quand elle dit que Dorante feint d'aimer
la Comtesse pour la rendre jalouse , et
cependant elle va par dégrez , jusqu'à
I I. Vol. craindre
JUIN 1733
1431
craindre que cette feinte ne soit une vérité
, et de la crainte elle passe jusqu'à
la conviction.
se ,
A ce fond de Piece est joint un Episo
de , qui , peut être , a donné lieu de dire
que c'est une nouvelle surprise de l'Amour.
Le voici : Blaise, Jardinier de la Comtesdoit
marier Lisette , sa fille , avec Arlequin
, valet de Dorante ; il vient prier
Dorante de vouloir bien porter la Comtesse
à donner une centaine de livres à sa
fille , pour les frais de la nôce , et pour
l'aider à se mettre en ménage . Dorante
qui commence à se douter de l'infidelité
de la Comtesse, lui répond qu'il ne croit
plus avoir de crédit sur son esprit , parce
qu'il n'en a plus sur son coeur. Toute la
suite de cet Episode a beaucoup de conformité
avec celui de la premiere surprise
de l'amour ; mais cette ressemblance
d'Episodes n'empêche pas que le fond
ne soit tres différent. Finissons cette digression
, et reprenons le fil de la Piece.
Dorante, par le conseil de la Marquise ,
ordonne à Arlequin de ne plus voir Lisette
;la raison qui l'oblige à lui faire cette
deffense , c'est , dit- il , que la Comtesse
pourroit croire qu'il continue à voir la
Suivante , pour épier la Maîtresse . Arlequin
ne peut se résoudre à se priver de
II. Vol. . Hv
la
1432 MERCURE DE FRANCE
la vûë et de la conversation de sa chere
Lisette ; mais la promesse que son Maître
lui fait , de la lui rendre plus tendre
que jamais , le détermine à lui obéïr.
Voici ce que cette heureuse deffense produit
: Blaise se plaint à la Comtesse des
obstacles. que Madame la Marquise apporte
à l'établissement de sa fille ; en effet,
la Marquise a bien voulu prendre cela sur
son compte à la priere de Dorante, qui né
veut point que la Comtesse lui en fasse
un crime , ou du moins ne l'accuse d'impolitesse
, attendu que c'est elle- même
qui a arrangé le mariage du Valet , dans
le temps qu'elle vouloit épouser le Maître.
La Comtesse veut avoir un éclaircissement
avec Dorante; sur cet affront,qu'elle
fait servir de prétexte au désir secret qu'el
le a de rentrer dans les droits que sa beauté
lui a donnés sur son coeur , elle lui en
parle d'un ton de Maîtresse , et lui dit
qu'elle veut absolument que le mariage
qu'elle a projetté entre Arlequin et Lisette
, s'acheve. Dorante lui répond qu'il en
parlera à la Marquise; la Comtesse lui die
avec fierté , qu'elle n'a que faire du consentement
de la personne même qui l'offense
, et que c'est à lui à la vanger . Dorante
lui déclare que ses ordres pouvoient
tout sur lui autrefois , mais que
11. Vol. les
JUIN. 1733.
1433
les temps sont changez , puisqu'elle l'a
bien voulu , et qu'elle lui a montré un
exemple d'infidélité , dont il a cru devoir
profiter ; la Comtesse ne peut soûtenir
cette humiliation , et lui dit une seconde
fois , quoique d'un top un peu moins
ferme , qu'elle veut être obéie. Dorante
se retire sans lui rien promettre.
La Comtesse sent plus que jamais.combien
un exemple d'infidélité est dangereux
. Elle commence à croire que celle
de Dorante n'est pas une feinte , et s'en
plaint à Lisette.
Damis vient et la presse de le rendre
heureux; cette derniere conquête n'a plus
rien qui la flatte ; un coeur qu'elle a gagné
, n'a rien qui la dédommage de celur.
qu'elle a perdu elle n'en fait pourtant
fien connoître à Damis; elle feint au contraire
de plaindre Dorante , et dit au
Chevalier qu'il faut ménager sa douleur
en differant leur hymen . Damis a beau
la presser de l'achever , rien ne peut lui
faire changer une résolution que la pitié
lui inspire , bien moins que l'amour.
Dorante persuadé qu'il est aimé de fa
Comtesse , voudroit se jetter à ses pieds
pour lui demander pardon de sa feinte et
pour se reconcilier avec elle , mais la
Marquise lui fait entendre qu'il n'en est
11. Vol. H.vi pas
1434 MERCURE DE FRANCE
pas encore temps , et que si la Comtesse
s'apperçoit si-tôt de l'empire que sa beauté
lui donne sur lui , elle en abusera
d'une maniere à le rendre plus malheureux
que jamais. Elle lui conseille de
pousser la feinte aussi -loin qu'il se pourra
,et d'achever le stratagéme dont ils sont
convenus ensemble.
On va bien-tôt voir l'effet que produit
cette innocente supercherie. Dorante et
la Marquise font courir le bruit de leur
prochain mariage ; et ce qui picque plus
la Comtesse , c'est que c'est chez elle même
que le Contrat doit être signé ; elle
fait dire à Dorante qu'elle veut lui parler.
Dorante la fait prier de l'en dispen
ser , attendu qu'elle craint que la Marquise
ne le trouve mauvais et n'en prenne
de l'ombrage. Ce menagement acheve
de porter le desespoir dans le coeur de la
Comtesse. Dorante vient enfin avec là
Marquise; ils la prient tous deux de vouloir
bien leur permettre de se marier chez
elle : la présence de Damis ne peut empê
cher la Comtesse de se livrer à sa douleur
: elle dit à Damis qu'elle ne l'a jamais
aimé , et à Dorante , qu'elle lui a
toujours été fidelle ; Dorante ne tiendroit
pas contre un aveu si charmant , si la
Marquise ne l'encourageoit par sa présen-
II. Vol. ce
JUIN. 1733.
1435
à soutenir jusqu'au bout , une feinte
i lui a été si utile ; la Comtesse s'abisse
jusqu'à redemander à Dorante un
eur qu'il semble lui avoir ôté ; la Maruise
répond pour Dorante , qu'il n'en
st plus temps , puisque le Contrat est
ressé ; enfin le Notaire arrive , le Conat
à la main ; la Marquise prie la Comesse
de leur faire l'honneur d'y signer ;
Dorante lui fait la même priere , quoique
d'une voix tremblante ; la Comtesse
bar un dernier effort de fierté , prend la
olume , mais à peine a t- elle signé qu'elle
combe en défaillance entre les bras de
Lisette . Dorante ne pouvant plus tenir
contre cette marque d'amour , se jette à
ses pieds elle paroît agréablement surprise
de le trouver dans cette situation ;
Dorante lui dit que c'est son Hymen
avec lui - même qu'elle vient de signer ,
et la prie de vouloir bien le confirmer .
La Comtesse embrasse la Marquise et lui
Lend graces d'une tromperie qui lui rend
un si fidele Amant. Ce dénouement a
paru un des plus interressans qu'on ait
vûs au Théatre .
La Piéce ayant été imprimée 15 jours
après que nous en eûmes fait cet Extrait
d'après les premieres représentations
nous avons crû qu'il étoit à propos d'y
$
II. Vol.
ajou1436
MERCURE DE FRANCE
ajouter quelques fragmens , pour donne
une plus juste idée de la maniere dont
Sujet est traité. Voici une Scene entre
Comtesse et la Marquise ; c'est la troi
siéme du second Acte.
La Comtesse.
Je viens vous trouver moi même , Marquise ;
Comme vous me demandez un entretien parti
culier , il s'agit apparemment de quelque chos
de conséquence.
La Marquise.
Je n'ai pourtant qu'une question à vous faire
; et , comme vous êtes naturellement vraie ,
que vous êtes la franchise , la sincerité même ,
nous aurons bien- tôt terminé.
La Comtesse.
Je vous entends : Vous ne me croyez pas trop
sincere , mais votre éloge m'exhorte à l'être
N'est- ce pas ?-
La Marquise.
A cela près , le serez - vous?
La Comtesse.
Pour commencer à l'être , je vous dirai que je
n'en sçais rien .
La Marquise.
Si je vous demandois , le Chevalier vous aime
t-il ? Me diriez-vous ce qui en est ?
La Comtesse.
Non , Marquise , je ne veux pas me brouiller
11. Vol. avec
JUIN. 1733. 1437
ec vous ; et vous me haïriez , si je vous disois
vérité.
La
Marquise.
Je vous donne ma parole que non.
La Comtesse.
Vous ne pourriez pas me la tenir , je vous en
ispenserai moi - même ; il
y a des mouvemens
qui sont plus forts que nous.
La Marquise.
Mais pourquoi vous haïrois- je ?
La Comtesse.
N'a-t-on pas prétendu que le Chevalier vous
aimoit ?
La Marquise.
On a eu raison de le prétendre.
La Comtesse.
Nous y voilà , et peut - être l'avez - vous pensé
"yous-même.
Je l'avouë.
La Marquise.
La Comtesse.
Et après cela , je vous irois dire qu'il m'aime !
Vous ne me le conseilleriez pas.
* La Marquise.
N'est-ce que cela ? Eh ! je voudrois déja l'avoir
perdu , je souhaite de tout mon coeur qu'il vous
aime.
La Comtesse .
Oh ! sur ce pié- là , vous n'avez donc qu'à ren-
II. Vol. dre
1438 MERCURE DE FRANC
dre gracet au Ciel ; vos souhaits ne sçauro
être plus exaucez qu'ils le sont.
La Marquise.
Je vous certifie que j'en suis charmée.
La Comtesse.
Vous me rassurez.Ce n'est pas qu'il n'ait to:
Vous êtes si aimable qu'il ne devoit plus av
d'yeux pour personne, mais peut - être vous éton
il moins attaché qu'on n'a cru.
La Marquise.
Non , il me l'étoit beaucoup , mais je l'excus
quand je serois aimable , vous l'êtes encore pl
que moi, et vous sçavez l'être plus qu'une auir
La Comtesse.
+
Plus qu'une autre ! Ah ! vous n
n'êtes pas si cha
mée , Marquise ; je vous disois bien que vou
me manquerież de paroles ; vos éloges baissent
je m'accommode pourtant de celui - cy : j'y sen
une petite pointe de dépit , qui a son mérite
c'est la Jalousie qui me louë .
La Marquise.
Moi , de la jalousie ?
La Comtesse.
A votre avis , un compliment qui finiroit par
m'appeller Coquette , ne viendroit pas d'elle? Oh !
que si , Marquise , on le reconnoît.
La Marquise.
Je ne songeois pas à vous appeller Coquette;
La Comtesse.
Ce sont de ces choses qui se trouvent avant
qu'on y ait rêvé.
JUIN. 1733. 1439
La Marquise.
Mais , de bonne foy,ne l'êtes-vous pas un peu ?
La Comtesse.
*
Oui - dà , mais ce n'est pas assez qu'un peu
ne vous refusez pas le plaisir de me dire que je le
suis beaucoup , cela n'empêchera pas que vous ne
le soyez autant que moi.
La Marquise.
Je n'en donne pas tout - à -fait les mêmes
preuves.
La Comtesse.
C'est qu'on ne prouve que quand on réussit
le manque de succès met bien des coqueteries à
couvert , on se retire sans bruit , un peu humiliée
, mais inconnuë , c'est l'avantage qu'on a.
La Marquise.
Je réussirai , quand je voudrai , Comtesse;
vous le verrez , cela n'est pas difficile , et le Chevalier
ne vous seroit peut - être pas resté , sans le
peu de cas que j'ai fait de son coeur.
La Comtesse.
Je ne chicanerai pas ce dédain -là , mais ,
quand l'amour propre se sauve ,
voilà comme il
parle :
La Marquise.
Voulez-vous gager que cette avanture n'hu¬
miliera pas le mien , si je veux 2
La Comtesse.
Esperez- vous regagner le Chevalier ? Si vous le
pouvez , je vous le donne,
II.Vol
La
1440 MERCURE DE FRANCE
La Marquise.
Vous l'aimés , sans doute
La Comtesse.
Pas mal , mais je vais l'aimer davantage , afia
qu'il vous resiste mieux ; on a besoin de toutes
ses forces avec vous.
La Marquise.
Oh ! ne craignez rien , je vous le laisse ;
Adieu.
La Comtesse.
Eh ! pourquoi disputons-nous sa conquête ?
Mais pardonnez à celle qui l'emportera. Je ne
combat qu'à cette condition , afin que vous
n'ayez rien à me dire.
La Marquise.
Rien à vous dire ! Vous comptez
porter ?
La Comtesse .
donc l'em-
Ecoutez , je jouërois à plus beau jeu que vous.
La Marquise.
J'avois aussi- beau jeu que vous , quand vous
me l'avez ôté , je pourrois donc vous l'enlever
de même.
La Comtesse.
Tentez donc d'avoir votre revanche.
La Marquise.
Non , j'ai quelque chose de mieux à faire.
La Comtesse.
Peut- on vous demander ce que c'est ?
II.Vol. La
JUIN. 1733 1441
La Marquise.
Dorante vaut son prix , Comtesse : Adieu.
On voit par cette Scene avec quelle légéreté
et avec quelle finesse M. de Marivaux dialogue.
La Comtesse , effrayée de la sécurité de la Marquise
, commence à craindre qu'on ne lui enleve
Dorante , quoique son amour propre la flatte
que cela ne sera pas si facile que la Marquise paroît
se l'imaginer ; cette crainte se change enfin
en certitude, et lui arrache ces regrets : Elle parle
à sa suivante.
Je l'aime , et tu m'accables ! tu me penetres de
douleur ! Je l'ai maltraité , j'en conviens , j'ai tort ,
un tort affreux , un tort que je ne me pardonnerai
jamais, et qui ne merite pas que l'on l'oublie ; que
veux-tu que je te dise de plus ? Je me condamne ;
je me suis mal conduite , il est vrai , misérable
amour propre de femme ! misérable vanité d'être
aimée ! voilà ce que vous me coûtez ; j'ai voulu
plaire au Chevalier , comme s'il en avoit valu la
peine , j'ai voulu me donner cette preuve de mon
mêrite ; il manquoit cette honneur à mes charmes ;
les voilà bien glorieux ! J'ai fait la conquête us
Chevalier et j'ai perdu Dorante.
Nous aurions bien d'autres morceaux à citer ,
mais nous passerions les bornes prescrites à nos
Extraits , si nous insérions dans celui- ci tout ce
qui est digne de l'attention de nos Lecteurs
velle en Prose , en trois Actes , de M. de
Marivaux , représentée au Théatre Ita
lien , le 6 Juin 1733 .
ACTEURS.
La Comtesse ,
Dorante , Amante de la
Comtesse
La Marquise ,
Le Chevalier Damis ,
Gascon , Amant de la
› Marquise
Comtesse ,
La Dile Silvia:
Le S Romagnesy.
La Dile Thomassi
Lisette , Suivante de la
Arlequin, Valet de Dorante
,
Frontin , Valet du Che-
Le St Lélio.
La Dule Lélio.
valier , Le S Dominique.
JUIN.
1429 1733
Blaise , Jardinier de la
Comtesse , Le S' Mario.
La Scene est chez la Comtesse.
Les beautez qui sont répanduës dans
cette Piéce ne sont peut- être pas à la portée
de tout le monde ; mais ceux qui accusent
l'Autheur d'avoir trop d'esprit ,
ne laissent pas de convenir qu'il a une
parfaite connoissance du coeur humain ,
et que peu de gens font une plus exacte
Analise de ce qui se passe dans celui des
femmes . L'Héroïne de cette Comédie est
une Comtesse, qui traite d'abord la Fidelité
de chimere , parce qu'elle regarde
cette vertu comme un obstacle à la passion
si naturelle au beau sexe , qui est de
faire valoir ses droits sur tous.les coeurs ;
prévenue en faveur de ses attraits , elle
ne croit rien hazarder en volant de conquête
en conquête ; elle aime Dorante ,
mais elle n'est pas fâchée d'être aimée du
Chevalier Damis , et trouve fort mauvais
que son premier adorateur s'en formalise
; la maniere dont elle s'explique avec
Dorante , sur les reproches qu'il ose lui
faire de son nouvel engagement , acheve
de le désesperer. Il se croit véritablement
effacé du coeur de sa Maîtresse , quoiqu'il
ne soit que sacrifié à sa vanité ; une Mar
1 Vol. Hiiij quise
1430 MERCURE DE FRANCE
quise à qui la Comtesse a enlevé un Aman:
dont la perte ne lui tient pas , à beau
coup près , tant au coeur , que Dorante
est sensible à celle qu'il croit avoit faite
à l'amour de la Comtesse , lui vient ou
vrir les yeux ; je connois mon sexe , lui
dit- elle , la Comtesse n'est infidelle qu'en
apparence ; l'envie de faire une nouvell
conquête flatte son amour propre , mais
la crainte d'en perdre une , qu'elle a déja
faite , allarmera ce même amour propre ,
et vous le rendra pius tendre que jamais ;
ce sage conseil est suivi de la proposi
tion qu'elle lui fait de feindre un nouvel
amour dont elle veut bien paroître l'ob
jet ; la proposition rêvolte d'abord , mais
elle est enfin acceptée. La Comtesse ne
daigne pas même donner la moindre
croyance aux nouveaux engagemens
qu'on lui annonce que Dorante vient
de prendre ; elle ne croit pas la chose sérieuse
, parce qu'elle la croit impossible ;
elle croiroit dégrader ses attraits , si elle
s'abbaissoit jusqu'à la crainte ; elle fait
plus , elle découvre le piége qu'on lui
tend , mais elle ne laisse pas d'y donner
dans la suite ; en effet , elle pense juste ,
quand elle dit que Dorante feint d'aimer
la Comtesse pour la rendre jalouse , et
cependant elle va par dégrez , jusqu'à
I I. Vol. craindre
JUIN 1733
1431
craindre que cette feinte ne soit une vérité
, et de la crainte elle passe jusqu'à
la conviction.
se ,
A ce fond de Piece est joint un Episo
de , qui , peut être , a donné lieu de dire
que c'est une nouvelle surprise de l'Amour.
Le voici : Blaise, Jardinier de la Comtesdoit
marier Lisette , sa fille , avec Arlequin
, valet de Dorante ; il vient prier
Dorante de vouloir bien porter la Comtesse
à donner une centaine de livres à sa
fille , pour les frais de la nôce , et pour
l'aider à se mettre en ménage . Dorante
qui commence à se douter de l'infidelité
de la Comtesse, lui répond qu'il ne croit
plus avoir de crédit sur son esprit , parce
qu'il n'en a plus sur son coeur. Toute la
suite de cet Episode a beaucoup de conformité
avec celui de la premiere surprise
de l'amour ; mais cette ressemblance
d'Episodes n'empêche pas que le fond
ne soit tres différent. Finissons cette digression
, et reprenons le fil de la Piece.
Dorante, par le conseil de la Marquise ,
ordonne à Arlequin de ne plus voir Lisette
;la raison qui l'oblige à lui faire cette
deffense , c'est , dit- il , que la Comtesse
pourroit croire qu'il continue à voir la
Suivante , pour épier la Maîtresse . Arlequin
ne peut se résoudre à se priver de
II. Vol. . Hv
la
1432 MERCURE DE FRANCE
la vûë et de la conversation de sa chere
Lisette ; mais la promesse que son Maître
lui fait , de la lui rendre plus tendre
que jamais , le détermine à lui obéïr.
Voici ce que cette heureuse deffense produit
: Blaise se plaint à la Comtesse des
obstacles. que Madame la Marquise apporte
à l'établissement de sa fille ; en effet,
la Marquise a bien voulu prendre cela sur
son compte à la priere de Dorante, qui né
veut point que la Comtesse lui en fasse
un crime , ou du moins ne l'accuse d'impolitesse
, attendu que c'est elle- même
qui a arrangé le mariage du Valet , dans
le temps qu'elle vouloit épouser le Maître.
La Comtesse veut avoir un éclaircissement
avec Dorante; sur cet affront,qu'elle
fait servir de prétexte au désir secret qu'el
le a de rentrer dans les droits que sa beauté
lui a donnés sur son coeur , elle lui en
parle d'un ton de Maîtresse , et lui dit
qu'elle veut absolument que le mariage
qu'elle a projetté entre Arlequin et Lisette
, s'acheve. Dorante lui répond qu'il en
parlera à la Marquise; la Comtesse lui die
avec fierté , qu'elle n'a que faire du consentement
de la personne même qui l'offense
, et que c'est à lui à la vanger . Dorante
lui déclare que ses ordres pouvoient
tout sur lui autrefois , mais que
11. Vol. les
JUIN. 1733.
1433
les temps sont changez , puisqu'elle l'a
bien voulu , et qu'elle lui a montré un
exemple d'infidélité , dont il a cru devoir
profiter ; la Comtesse ne peut soûtenir
cette humiliation , et lui dit une seconde
fois , quoique d'un top un peu moins
ferme , qu'elle veut être obéie. Dorante
se retire sans lui rien promettre.
La Comtesse sent plus que jamais.combien
un exemple d'infidélité est dangereux
. Elle commence à croire que celle
de Dorante n'est pas une feinte , et s'en
plaint à Lisette.
Damis vient et la presse de le rendre
heureux; cette derniere conquête n'a plus
rien qui la flatte ; un coeur qu'elle a gagné
, n'a rien qui la dédommage de celur.
qu'elle a perdu elle n'en fait pourtant
fien connoître à Damis; elle feint au contraire
de plaindre Dorante , et dit au
Chevalier qu'il faut ménager sa douleur
en differant leur hymen . Damis a beau
la presser de l'achever , rien ne peut lui
faire changer une résolution que la pitié
lui inspire , bien moins que l'amour.
Dorante persuadé qu'il est aimé de fa
Comtesse , voudroit se jetter à ses pieds
pour lui demander pardon de sa feinte et
pour se reconcilier avec elle , mais la
Marquise lui fait entendre qu'il n'en est
11. Vol. H.vi pas
1434 MERCURE DE FRANCE
pas encore temps , et que si la Comtesse
s'apperçoit si-tôt de l'empire que sa beauté
lui donne sur lui , elle en abusera
d'une maniere à le rendre plus malheureux
que jamais. Elle lui conseille de
pousser la feinte aussi -loin qu'il se pourra
,et d'achever le stratagéme dont ils sont
convenus ensemble.
On va bien-tôt voir l'effet que produit
cette innocente supercherie. Dorante et
la Marquise font courir le bruit de leur
prochain mariage ; et ce qui picque plus
la Comtesse , c'est que c'est chez elle même
que le Contrat doit être signé ; elle
fait dire à Dorante qu'elle veut lui parler.
Dorante la fait prier de l'en dispen
ser , attendu qu'elle craint que la Marquise
ne le trouve mauvais et n'en prenne
de l'ombrage. Ce menagement acheve
de porter le desespoir dans le coeur de la
Comtesse. Dorante vient enfin avec là
Marquise; ils la prient tous deux de vouloir
bien leur permettre de se marier chez
elle : la présence de Damis ne peut empê
cher la Comtesse de se livrer à sa douleur
: elle dit à Damis qu'elle ne l'a jamais
aimé , et à Dorante , qu'elle lui a
toujours été fidelle ; Dorante ne tiendroit
pas contre un aveu si charmant , si la
Marquise ne l'encourageoit par sa présen-
II. Vol. ce
JUIN. 1733.
1435
à soutenir jusqu'au bout , une feinte
i lui a été si utile ; la Comtesse s'abisse
jusqu'à redemander à Dorante un
eur qu'il semble lui avoir ôté ; la Maruise
répond pour Dorante , qu'il n'en
st plus temps , puisque le Contrat est
ressé ; enfin le Notaire arrive , le Conat
à la main ; la Marquise prie la Comesse
de leur faire l'honneur d'y signer ;
Dorante lui fait la même priere , quoique
d'une voix tremblante ; la Comtesse
bar un dernier effort de fierté , prend la
olume , mais à peine a t- elle signé qu'elle
combe en défaillance entre les bras de
Lisette . Dorante ne pouvant plus tenir
contre cette marque d'amour , se jette à
ses pieds elle paroît agréablement surprise
de le trouver dans cette situation ;
Dorante lui dit que c'est son Hymen
avec lui - même qu'elle vient de signer ,
et la prie de vouloir bien le confirmer .
La Comtesse embrasse la Marquise et lui
Lend graces d'une tromperie qui lui rend
un si fidele Amant. Ce dénouement a
paru un des plus interressans qu'on ait
vûs au Théatre .
La Piéce ayant été imprimée 15 jours
après que nous en eûmes fait cet Extrait
d'après les premieres représentations
nous avons crû qu'il étoit à propos d'y
$
II. Vol.
ajou1436
MERCURE DE FRANCE
ajouter quelques fragmens , pour donne
une plus juste idée de la maniere dont
Sujet est traité. Voici une Scene entre
Comtesse et la Marquise ; c'est la troi
siéme du second Acte.
La Comtesse.
Je viens vous trouver moi même , Marquise ;
Comme vous me demandez un entretien parti
culier , il s'agit apparemment de quelque chos
de conséquence.
La Marquise.
Je n'ai pourtant qu'une question à vous faire
; et , comme vous êtes naturellement vraie ,
que vous êtes la franchise , la sincerité même ,
nous aurons bien- tôt terminé.
La Comtesse.
Je vous entends : Vous ne me croyez pas trop
sincere , mais votre éloge m'exhorte à l'être
N'est- ce pas ?-
La Marquise.
A cela près , le serez - vous?
La Comtesse.
Pour commencer à l'être , je vous dirai que je
n'en sçais rien .
La Marquise.
Si je vous demandois , le Chevalier vous aime
t-il ? Me diriez-vous ce qui en est ?
La Comtesse.
Non , Marquise , je ne veux pas me brouiller
11. Vol. avec
JUIN. 1733. 1437
ec vous ; et vous me haïriez , si je vous disois
vérité.
La
Marquise.
Je vous donne ma parole que non.
La Comtesse.
Vous ne pourriez pas me la tenir , je vous en
ispenserai moi - même ; il
y a des mouvemens
qui sont plus forts que nous.
La Marquise.
Mais pourquoi vous haïrois- je ?
La Comtesse.
N'a-t-on pas prétendu que le Chevalier vous
aimoit ?
La Marquise.
On a eu raison de le prétendre.
La Comtesse.
Nous y voilà , et peut - être l'avez - vous pensé
"yous-même.
Je l'avouë.
La Marquise.
La Comtesse.
Et après cela , je vous irois dire qu'il m'aime !
Vous ne me le conseilleriez pas.
* La Marquise.
N'est-ce que cela ? Eh ! je voudrois déja l'avoir
perdu , je souhaite de tout mon coeur qu'il vous
aime.
La Comtesse .
Oh ! sur ce pié- là , vous n'avez donc qu'à ren-
II. Vol. dre
1438 MERCURE DE FRANC
dre gracet au Ciel ; vos souhaits ne sçauro
être plus exaucez qu'ils le sont.
La Marquise.
Je vous certifie que j'en suis charmée.
La Comtesse.
Vous me rassurez.Ce n'est pas qu'il n'ait to:
Vous êtes si aimable qu'il ne devoit plus av
d'yeux pour personne, mais peut - être vous éton
il moins attaché qu'on n'a cru.
La Marquise.
Non , il me l'étoit beaucoup , mais je l'excus
quand je serois aimable , vous l'êtes encore pl
que moi, et vous sçavez l'être plus qu'une auir
La Comtesse.
+
Plus qu'une autre ! Ah ! vous n
n'êtes pas si cha
mée , Marquise ; je vous disois bien que vou
me manquerież de paroles ; vos éloges baissent
je m'accommode pourtant de celui - cy : j'y sen
une petite pointe de dépit , qui a son mérite
c'est la Jalousie qui me louë .
La Marquise.
Moi , de la jalousie ?
La Comtesse.
A votre avis , un compliment qui finiroit par
m'appeller Coquette , ne viendroit pas d'elle? Oh !
que si , Marquise , on le reconnoît.
La Marquise.
Je ne songeois pas à vous appeller Coquette;
La Comtesse.
Ce sont de ces choses qui se trouvent avant
qu'on y ait rêvé.
JUIN. 1733. 1439
La Marquise.
Mais , de bonne foy,ne l'êtes-vous pas un peu ?
La Comtesse.
*
Oui - dà , mais ce n'est pas assez qu'un peu
ne vous refusez pas le plaisir de me dire que je le
suis beaucoup , cela n'empêchera pas que vous ne
le soyez autant que moi.
La Marquise.
Je n'en donne pas tout - à -fait les mêmes
preuves.
La Comtesse.
C'est qu'on ne prouve que quand on réussit
le manque de succès met bien des coqueteries à
couvert , on se retire sans bruit , un peu humiliée
, mais inconnuë , c'est l'avantage qu'on a.
La Marquise.
Je réussirai , quand je voudrai , Comtesse;
vous le verrez , cela n'est pas difficile , et le Chevalier
ne vous seroit peut - être pas resté , sans le
peu de cas que j'ai fait de son coeur.
La Comtesse.
Je ne chicanerai pas ce dédain -là , mais ,
quand l'amour propre se sauve ,
voilà comme il
parle :
La Marquise.
Voulez-vous gager que cette avanture n'hu¬
miliera pas le mien , si je veux 2
La Comtesse.
Esperez- vous regagner le Chevalier ? Si vous le
pouvez , je vous le donne,
II.Vol
La
1440 MERCURE DE FRANCE
La Marquise.
Vous l'aimés , sans doute
La Comtesse.
Pas mal , mais je vais l'aimer davantage , afia
qu'il vous resiste mieux ; on a besoin de toutes
ses forces avec vous.
La Marquise.
Oh ! ne craignez rien , je vous le laisse ;
Adieu.
La Comtesse.
Eh ! pourquoi disputons-nous sa conquête ?
Mais pardonnez à celle qui l'emportera. Je ne
combat qu'à cette condition , afin que vous
n'ayez rien à me dire.
La Marquise.
Rien à vous dire ! Vous comptez
porter ?
La Comtesse .
donc l'em-
Ecoutez , je jouërois à plus beau jeu que vous.
La Marquise.
J'avois aussi- beau jeu que vous , quand vous
me l'avez ôté , je pourrois donc vous l'enlever
de même.
La Comtesse.
Tentez donc d'avoir votre revanche.
La Marquise.
Non , j'ai quelque chose de mieux à faire.
La Comtesse.
Peut- on vous demander ce que c'est ?
II.Vol. La
JUIN. 1733 1441
La Marquise.
Dorante vaut son prix , Comtesse : Adieu.
On voit par cette Scene avec quelle légéreté
et avec quelle finesse M. de Marivaux dialogue.
La Comtesse , effrayée de la sécurité de la Marquise
, commence à craindre qu'on ne lui enleve
Dorante , quoique son amour propre la flatte
que cela ne sera pas si facile que la Marquise paroît
se l'imaginer ; cette crainte se change enfin
en certitude, et lui arrache ces regrets : Elle parle
à sa suivante.
Je l'aime , et tu m'accables ! tu me penetres de
douleur ! Je l'ai maltraité , j'en conviens , j'ai tort ,
un tort affreux , un tort que je ne me pardonnerai
jamais, et qui ne merite pas que l'on l'oublie ; que
veux-tu que je te dise de plus ? Je me condamne ;
je me suis mal conduite , il est vrai , misérable
amour propre de femme ! misérable vanité d'être
aimée ! voilà ce que vous me coûtez ; j'ai voulu
plaire au Chevalier , comme s'il en avoit valu la
peine , j'ai voulu me donner cette preuve de mon
mêrite ; il manquoit cette honneur à mes charmes ;
les voilà bien glorieux ! J'ai fait la conquête us
Chevalier et j'ai perdu Dorante.
Nous aurions bien d'autres morceaux à citer ,
mais nous passerions les bornes prescrites à nos
Extraits , si nous insérions dans celui- ci tout ce
qui est digne de l'attention de nos Lecteurs
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Résumé : L'heureux Stratagême, Extrait, [titre d'après la table]
'L'Heureux Stratagème' est une comédie en prose de Marivaux, représentée pour la première fois au Théâtre Italien le 6 juin 1733. L'intrigue se déroule chez la Comtesse, qui est amoureuse de Dorante mais se laisse séduire par le Chevalier Damis. La Marquise, jalouse, conseille à Dorante de feindre un nouvel amour pour rendre la Comtesse jalouse. La Comtesse, d'abord sceptique, finit par croire à la feinte de Dorante et en souffre. La Marquise et Dorante font circuler la rumeur de leur prochain mariage, ce qui désespère la Comtesse. Lors de la signature du contrat de mariage, la Comtesse s'évanouit et Dorante lui révèle que le contrat est en réalité pour leur mariage. La pièce se conclut par la réconciliation des amants, avec la Comtesse reconnaissante envers la Marquise pour sa ruse. La pièce met également en scène une conversation entre la Marquise et la Comtesse au sujet de Dorante. La Marquise affirme qu'elle laissera Dorante à la Comtesse, mais cette dernière exprime sa crainte de le perdre malgré son amour-propre. La Comtesse avoue ensuite à sa suivante qu'elle regrette d'avoir maltraité Dorante par orgueil et vanité, reconnaissant ainsi son erreur. Elle exprime sa douleur et sa culpabilité pour avoir préféré plaire au Chevalier plutôt que de conserver l'amour de Dorante. La pièce est appréciée pour son analyse fine des sentiments humains, notamment ceux des femmes. Le dialogue de Marivaux est caractérisé par sa légèreté et sa finesse, illustrant les conflits internes et les regrets de la Comtesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 366-368
« Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...] »
Début :
Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Comédiens-Français, Comédie, Pièce, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...] »
Les Comédiens François représenterent
à la Cour , le 4 de ce mois , la Comédie
du Menteur , et celle du double Veuvage.
Le 9 , la Tragédie de Bajazet , et le
Retour imprévu . La Dlle Grandval joüa le
Rôle d'Atalide , dans la premiere Piéce ,
avec beaucoup de succès . Cette nouvelle
Actrice joua quelques jours après à Paris,
le Rôle de la Duchesse , dans la Tragédie
,
FEVRIER: 1734: 367
die du Comte d'Essex , et elle y fut fort
applaudie.
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre le 27 de ce mois, la Fausse Antipatie
, Comédie en Vers , en trois Actes ,
avec un Prologue , de M. de la Chaussée.
C'est un Ouvrage generalement goûté
des connoisseurs , et aussi ingénieux et
bien écrit , que plein d'esprit , de délicatesse
et de moeurs . On avoit déja donné
quelques Représentations de cette Piece
PAutomne dernier , avant le Voyage de
Fontainebleau , et le Public lui avoit fait
un accueil tres - favorable et tel qu'elle le
merite. Nous en parlerons plus au long.
Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour , la Comédie du
Faucon ou les Oyes de Bocace , et la Verité
Fabuliste.
Le 10 , les mêmes Comédiens donnerent
sur leur Théatre, la premiere Représentation
d'une Comédie en Vers et en
trois -Actes , avec un Divertissement de
chants et de danses , intitulée : La Surprise
de la Haine. Cette Piece a été reçuë
tres-favorablement du public . Elle attire
de nombreuses assemblées à l'Hôtel de
Bourgogne. On en parlera plus au long,
Hij
Le
368 MERCURE DE FRANCE .
Le 3 Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant
Général de Police en la maniere accoutumée.
Le 27 , l'Opéra Comique fit l'ouverture
d'un nouveau Théatre , qu'on a construit
dans la rue de Bussy , et on y representa
le même jour deux Pieces nouvelles
, d'un Acte chacune , avec des Divertissements
, intitulés : le Palais enchanté
, et l'Heureux Déguisement. Ces deux
Comédies sont précédées d'un Prologue ,
qui a pour titre Le Retour de l'Opera
Comique au Fauxbourg S. Germain , dont
on parlera plus au long.
à la Cour , le 4 de ce mois , la Comédie
du Menteur , et celle du double Veuvage.
Le 9 , la Tragédie de Bajazet , et le
Retour imprévu . La Dlle Grandval joüa le
Rôle d'Atalide , dans la premiere Piéce ,
avec beaucoup de succès . Cette nouvelle
Actrice joua quelques jours après à Paris,
le Rôle de la Duchesse , dans la Tragédie
,
FEVRIER: 1734: 367
die du Comte d'Essex , et elle y fut fort
applaudie.
Les mêmes Comédiens ont remis au
Théatre le 27 de ce mois, la Fausse Antipatie
, Comédie en Vers , en trois Actes ,
avec un Prologue , de M. de la Chaussée.
C'est un Ouvrage generalement goûté
des connoisseurs , et aussi ingénieux et
bien écrit , que plein d'esprit , de délicatesse
et de moeurs . On avoit déja donné
quelques Représentations de cette Piece
PAutomne dernier , avant le Voyage de
Fontainebleau , et le Public lui avoit fait
un accueil tres - favorable et tel qu'elle le
merite. Nous en parlerons plus au long.
Le 6 de ce mois, les Comédiens Italiens
représenterent à la Cour , la Comédie du
Faucon ou les Oyes de Bocace , et la Verité
Fabuliste.
Le 10 , les mêmes Comédiens donnerent
sur leur Théatre, la premiere Représentation
d'une Comédie en Vers et en
trois -Actes , avec un Divertissement de
chants et de danses , intitulée : La Surprise
de la Haine. Cette Piece a été reçuë
tres-favorablement du public . Elle attire
de nombreuses assemblées à l'Hôtel de
Bourgogne. On en parlera plus au long,
Hij
Le
368 MERCURE DE FRANCE .
Le 3 Février , l'ouverture de la Foire
S. Germain fut faite par le Lieutenant
Général de Police en la maniere accoutumée.
Le 27 , l'Opéra Comique fit l'ouverture
d'un nouveau Théatre , qu'on a construit
dans la rue de Bussy , et on y representa
le même jour deux Pieces nouvelles
, d'un Acte chacune , avec des Divertissements
, intitulés : le Palais enchanté
, et l'Heureux Déguisement. Ces deux
Comédies sont précédées d'un Prologue ,
qui a pour titre Le Retour de l'Opera
Comique au Fauxbourg S. Germain , dont
on parlera plus au long.
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Résumé : « Les Comédiens François représenterent à la Cour, le 4 de ce mois, la Comédie [...] »
En février 1734, plusieurs événements culturels marquèrent la Cour et Paris. Les Comédiens Français présentèrent 'Le Menteur' et 'Le Double Veuvage' le 4 février, puis 'Bajazet' et 'Le Retour imprévu' le 9 février. Mademoiselle Grandval interpréta Atalide dans 'Bajazet' et joua la Duchesse dans 'La Tragédie du Comte d'Essex' à Paris, où elle fut acclamée. Le 27 février, les Comédiens Français reprirent 'La Fausse Antipathie'. Les Comédiens Italiens jouèrent 'Le Faucon ou les Oyes de Bocace' et 'La Vérité Fabuliste' le 6 février à la Cour, et 'La Surprise de la Haine' le 10 février à l'Hôtel de Bourgogne, avec un grand succès. La Foire Saint-Germain ouvrit le 3 février sous la supervision du Lieutenant Général de Police. Le 27 février, l'Opéra Comique inaugura un nouveau théâtre rue de Bussy avec deux pièces nouvelles, 'Le Palais enchanté' et 'L'Heureux Déguisement', précédées d'un prologue intitulé 'Le Retour de l'Opéra Comique au Faubourg Saint-Germain'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 384-388
LETTRE d'un Officier de l'Armée d'Italie, écrite de Côme le 27 Janvier.
Début :
Nous sommes ici M. entourez de Montagnes fort hautes, et sur le bord d'un Lac, où [...]
Mots clefs :
Grandeur, Loges, Théâtre, Dames, Paris, Temps, Pièce, Orchestre, Pittoresque, Chant
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Officier de l'Armée d'Italie, écrite de Côme le 27 Janvier.
LETTRE d'un Officier de l'Armée
d'Italie écrite de Come le 27 Janvier.
Ous sommes ici M.entourez de Montagnes
N'fort hautes ,et sur le boru d'un Lac , où
nous ressentons un froid très - vif , mais nous
faisons grand feu : car nous ne manquons pas
de bois; nous mangeons des brochets monstru ux
de même que des Carpes et des Truites ; les
Agons qui sont des especes de Sardines valent
encore mieux , de même que les Bartavelles ,
autre espece de poisson très délicat. Nous ne
faisons pas grand cas des Faisans ; ils sentent
le
FEVRIER. 1734. 385
>
le sapin , toute sorte de viande de boucherie est
excellente ; il est seulement facheux que tous
ces vivres soient si chers , les Vins du Pays
sont très mauvais. Nous sommes au reste
très- bien logez, et nous avons une petite assemblée
composée de plusieurs Dames très raisonnables.
Pour des filles nous n'en voyons point ;
celles qui sont dans les Couvents ont eu ordre
de fermer leurs grilles. M. l'Evêque est impitoyable
et n'entend point raillerie sur ce
point. Les Italiennes , au reste , sont moins sauvages
et moins gardées qu'autrefois ,
voyons tous les jours qu'elles n'ont aucun
éloignement pour se familiariser avec les François
.
nous
•
J'ai vû à Milan des assemblées dont l'éclat
m'a frappé ; la beauté et la richesse des Appartemens
, très bien éclairez , leur grandeur
la quantité de Tableaux , et la profusion de
toute sorte de Liqueurs distribuées à toute sorte
de personnes , le rombre des Dames , des Cavaliers
, la magnificence de leurs parures , et de
leurs équipages aussi galants que les nôtres , fout
cela à dequoi plaire aux gens les plus difficiles .
On dit cependant que l'intérieur du ménage
ne répond pas à ce grand extérieur , on m'a
assuré pourtant qu'on donne parfaitement bien
à manger dans plusieurs bonnes Maisons de la
Ville. Milan est bien plus grand que le tiers de
Paris , mais moindre que sa moitié.
>
A l'égard de l'Opéra , il faut vous dire qu'on
y va le soir pour n'en revenir que le matin
c'est- à- dire , qu'il commence à sept heures et
qu'il ne finit qu'après minuit. Un Prologue
trois Actes , et trois Intermedes ou entr'Actes ,
remplissent tout ce tems , Caton d'Utique , est
>
la
386 MERCURE DE FRANCE
La Piéce qu'ou représentoit le jour que j'y fus ,
la Salle est à peu près de la grandeur de celles du
Château des Thuileries, il y a cinq rangs de Loges,
et29 Loges dans le pourtour , elles sont un peu
moins larges que les nôtres , mais si profondes
que leur enfoncement fait paroître une chambre
d'une grandeur raisonnable ; elles sont ornées de
Tapisseries , de sieges très propres et de girandoles.
Les Dames de distinction louent à l'année
deux Loges contigues qui forment un petit Appartement,
où elles reçoivent leur compagnie comme
chez elles ; pendant certain tems de la représentation
, l'on y joue ou on y fait la conversation
( c'est le terme du Pays ) on y sert toute sorte
de rafraichissemens.
Il n'y a point d'Amphiteatre , le Parquet est
le terrain renfermé dans le centre des Loges et
de l'Orchestre , on y est assis commodement
sur des Sieges , des Formes et des Banquetes.
Le Theatre est d'une grandeur proportionnée à
ce que je viens de dire. Un Corridor de 18 pieds
de large tegne derriere les Loges.
Il y a deux changemens de Décorations pour
un seul Acte et quelquefois plus suivant le sujet
de la Piéce. Il n'y a aucune sorte de Machine
, le coup de sifflet donné pour les changemens
de Theatre n'opere pas son effet si vivement
qu'à Paris les Décorations sont plus belles
pour le pictoresque, la perspective et par la richesse
des ornemens. C'est cette noblesse , cette grandeur
et ces belles formes dont notre Ami Servandoni
nous a donné la connoissance en France,
sur des Plans avantageux , singuliers et variez, le
pictoresque exclut une régularité trop affectée ,
car les deux côtez des Coulisses ne font point
ordinairement sur le fond deux Angles pareils.
FEVRIER. 1734. 387
L'Orchestre qui est une fois plus grand que
fe nôtre, et le nombre d'Instruments exquis m'a
ravi d'étonnement ; le seul Clavecin par un
accord appuyé de grande force , marque la mesure
, il y en a deux , deux Contrebasses , et
deux Theorbes ; je ne croyois pas possible que
tant d'Instruments à la fois fissent un ensemble
aussi parfait ; il semble qu'un seul esprit les anime
tous.
Tout se passe en récits et en ariettes ; Pun
succede régulierement à l'autre depuis le commencement
jusqu'à la fin . Par bonheur ces récits
s'expédient assez promptement , et les ariettes.
sont repetées si souvent qu'elles consomment au
moins les trois quarts du tems. Ces récits sont
accablans , ils sont nottez , ce n'est pourtant
point proprement un Chant ; ils ressemblent fort
à une pure Déclamation Latine telle qu'on entend
aux Tragédies des Colléges , à cela près ,
qu'à certaines chûtes ou infléxions de voix
POrchestre frappe un accord fort plein , et d'un
seul coup d'archet ; ils n'ont point de Flutes ,
parce , disent-ils , qu'elles sont toujours fausses,
ils reviendroient aisément de cette erreur s'ils
avoient entendu le fameux Blavet , ils ont deux
Hautbois seulement et autant de Bassons . Quant
aux Violons , ils sont excellens , et je n'en con
nois guere en France qui soient bien dignes d'entrer
dans cet Orchestre . Ils sont ici de deux tons
plus élevez qu'à Paris : il est sûr que l'Instrument
en est beaucoup plus brillant ; ils n'ont
point de Choeurs , et ils ont grand tort en cela ,
quatre ou cinq hommes dont un seul n'est
point eunuque, et quatre ou cinq femmes jouent
la Piéce travestis en Princes et Princesses.
Voilà tout ce qu'on voit sur le Theatre, joignez
>
›
388 MERCURE DE FRANCE
,
à cela plusieurs petits polissons vêtus en Pages
qui portent les queues des Actrices , et qui
pour se désennuyer cassent des Noisettes et font
tous les mouvemens qu'ils voyent faire à leurs
Princesses , et sont toujours exactement placez
derriere elles . Les Acteurs et Actrices des Ballets
en petit nombre sont habillez très simplement ;
ils sont la plupart François ; tout m'a paru
médiocre à cet égard . Cependant les habits qui
servent aux principaux Acteurs dans le Tragique
, sont assez beaux . Il y a un viel Eunuque
d'une grosseur extraordinaire dont le chant ,
quoiqu'usé , est beau et bon dans son genre ,
mais je ne sçaurois me prêter à cette sorte de
chant , toutes leurs finales sont des Arbitrii
comme sur les Instrumens ; et je haïs cela souverainement.
D'ailleurs ce vieil Eunuque est
un grand Acteur et Maître du Theatre.; je n'ai
vû de ma vie un maintien plus beau ni plus naturel.
Voilà ce que je me représente à moi même
de notre Opéra Milanois , je vous dis naturellement
ce qui m'est venu dans l'esprit et dans
la mémoire , j'espere d'y retourner au Carnaval ,
peut -être vous en parlerai - je avec plus d'ordre
et avec d'autres circonstances qui peuvent m'être
échapées . Je suis &c .
d'Italie écrite de Come le 27 Janvier.
Ous sommes ici M.entourez de Montagnes
N'fort hautes ,et sur le boru d'un Lac , où
nous ressentons un froid très - vif , mais nous
faisons grand feu : car nous ne manquons pas
de bois; nous mangeons des brochets monstru ux
de même que des Carpes et des Truites ; les
Agons qui sont des especes de Sardines valent
encore mieux , de même que les Bartavelles ,
autre espece de poisson très délicat. Nous ne
faisons pas grand cas des Faisans ; ils sentent
le
FEVRIER. 1734. 385
>
le sapin , toute sorte de viande de boucherie est
excellente ; il est seulement facheux que tous
ces vivres soient si chers , les Vins du Pays
sont très mauvais. Nous sommes au reste
très- bien logez, et nous avons une petite assemblée
composée de plusieurs Dames très raisonnables.
Pour des filles nous n'en voyons point ;
celles qui sont dans les Couvents ont eu ordre
de fermer leurs grilles. M. l'Evêque est impitoyable
et n'entend point raillerie sur ce
point. Les Italiennes , au reste , sont moins sauvages
et moins gardées qu'autrefois ,
voyons tous les jours qu'elles n'ont aucun
éloignement pour se familiariser avec les François
.
nous
•
J'ai vû à Milan des assemblées dont l'éclat
m'a frappé ; la beauté et la richesse des Appartemens
, très bien éclairez , leur grandeur
la quantité de Tableaux , et la profusion de
toute sorte de Liqueurs distribuées à toute sorte
de personnes , le rombre des Dames , des Cavaliers
, la magnificence de leurs parures , et de
leurs équipages aussi galants que les nôtres , fout
cela à dequoi plaire aux gens les plus difficiles .
On dit cependant que l'intérieur du ménage
ne répond pas à ce grand extérieur , on m'a
assuré pourtant qu'on donne parfaitement bien
à manger dans plusieurs bonnes Maisons de la
Ville. Milan est bien plus grand que le tiers de
Paris , mais moindre que sa moitié.
>
A l'égard de l'Opéra , il faut vous dire qu'on
y va le soir pour n'en revenir que le matin
c'est- à- dire , qu'il commence à sept heures et
qu'il ne finit qu'après minuit. Un Prologue
trois Actes , et trois Intermedes ou entr'Actes ,
remplissent tout ce tems , Caton d'Utique , est
>
la
386 MERCURE DE FRANCE
La Piéce qu'ou représentoit le jour que j'y fus ,
la Salle est à peu près de la grandeur de celles du
Château des Thuileries, il y a cinq rangs de Loges,
et29 Loges dans le pourtour , elles sont un peu
moins larges que les nôtres , mais si profondes
que leur enfoncement fait paroître une chambre
d'une grandeur raisonnable ; elles sont ornées de
Tapisseries , de sieges très propres et de girandoles.
Les Dames de distinction louent à l'année
deux Loges contigues qui forment un petit Appartement,
où elles reçoivent leur compagnie comme
chez elles ; pendant certain tems de la représentation
, l'on y joue ou on y fait la conversation
( c'est le terme du Pays ) on y sert toute sorte
de rafraichissemens.
Il n'y a point d'Amphiteatre , le Parquet est
le terrain renfermé dans le centre des Loges et
de l'Orchestre , on y est assis commodement
sur des Sieges , des Formes et des Banquetes.
Le Theatre est d'une grandeur proportionnée à
ce que je viens de dire. Un Corridor de 18 pieds
de large tegne derriere les Loges.
Il y a deux changemens de Décorations pour
un seul Acte et quelquefois plus suivant le sujet
de la Piéce. Il n'y a aucune sorte de Machine
, le coup de sifflet donné pour les changemens
de Theatre n'opere pas son effet si vivement
qu'à Paris les Décorations sont plus belles
pour le pictoresque, la perspective et par la richesse
des ornemens. C'est cette noblesse , cette grandeur
et ces belles formes dont notre Ami Servandoni
nous a donné la connoissance en France,
sur des Plans avantageux , singuliers et variez, le
pictoresque exclut une régularité trop affectée ,
car les deux côtez des Coulisses ne font point
ordinairement sur le fond deux Angles pareils.
FEVRIER. 1734. 387
L'Orchestre qui est une fois plus grand que
fe nôtre, et le nombre d'Instruments exquis m'a
ravi d'étonnement ; le seul Clavecin par un
accord appuyé de grande force , marque la mesure
, il y en a deux , deux Contrebasses , et
deux Theorbes ; je ne croyois pas possible que
tant d'Instruments à la fois fissent un ensemble
aussi parfait ; il semble qu'un seul esprit les anime
tous.
Tout se passe en récits et en ariettes ; Pun
succede régulierement à l'autre depuis le commencement
jusqu'à la fin . Par bonheur ces récits
s'expédient assez promptement , et les ariettes.
sont repetées si souvent qu'elles consomment au
moins les trois quarts du tems. Ces récits sont
accablans , ils sont nottez , ce n'est pourtant
point proprement un Chant ; ils ressemblent fort
à une pure Déclamation Latine telle qu'on entend
aux Tragédies des Colléges , à cela près ,
qu'à certaines chûtes ou infléxions de voix
POrchestre frappe un accord fort plein , et d'un
seul coup d'archet ; ils n'ont point de Flutes ,
parce , disent-ils , qu'elles sont toujours fausses,
ils reviendroient aisément de cette erreur s'ils
avoient entendu le fameux Blavet , ils ont deux
Hautbois seulement et autant de Bassons . Quant
aux Violons , ils sont excellens , et je n'en con
nois guere en France qui soient bien dignes d'entrer
dans cet Orchestre . Ils sont ici de deux tons
plus élevez qu'à Paris : il est sûr que l'Instrument
en est beaucoup plus brillant ; ils n'ont
point de Choeurs , et ils ont grand tort en cela ,
quatre ou cinq hommes dont un seul n'est
point eunuque, et quatre ou cinq femmes jouent
la Piéce travestis en Princes et Princesses.
Voilà tout ce qu'on voit sur le Theatre, joignez
>
›
388 MERCURE DE FRANCE
,
à cela plusieurs petits polissons vêtus en Pages
qui portent les queues des Actrices , et qui
pour se désennuyer cassent des Noisettes et font
tous les mouvemens qu'ils voyent faire à leurs
Princesses , et sont toujours exactement placez
derriere elles . Les Acteurs et Actrices des Ballets
en petit nombre sont habillez très simplement ;
ils sont la plupart François ; tout m'a paru
médiocre à cet égard . Cependant les habits qui
servent aux principaux Acteurs dans le Tragique
, sont assez beaux . Il y a un viel Eunuque
d'une grosseur extraordinaire dont le chant ,
quoiqu'usé , est beau et bon dans son genre ,
mais je ne sçaurois me prêter à cette sorte de
chant , toutes leurs finales sont des Arbitrii
comme sur les Instrumens ; et je haïs cela souverainement.
D'ailleurs ce vieil Eunuque est
un grand Acteur et Maître du Theatre.; je n'ai
vû de ma vie un maintien plus beau ni plus naturel.
Voilà ce que je me représente à moi même
de notre Opéra Milanois , je vous dis naturellement
ce qui m'est venu dans l'esprit et dans
la mémoire , j'espere d'y retourner au Carnaval ,
peut -être vous en parlerai - je avec plus d'ordre
et avec d'autres circonstances qui peuvent m'être
échapées . Je suis &c .
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Résumé : LETTRE d'un Officier de l'Armée d'Italie, écrite de Côme le 27 Janvier.
La lettre d'un officier de l'armée d'Italie, datée du 27 janvier, décrit la situation des soldats à Côme, une ville entourée de montagnes et bordée par un lac. Malgré un froid intense, les soldats disposent de bois pour se chauffer et de nourriture abondante, bien que coûteuse. Les poissons locaux, tels que les brochets et les agons, sont particulièrement appréciés. La viande de boucherie est de bonne qualité, mais les vins locaux sont jugés de mauvaise qualité. Les soldats sont bien logés et côtoient des dames raisonnables, tandis que les religieuses sont confinées dans leurs couvents sur ordre de l'évêque. L'officier mentionne également la beauté et la richesse des assemblées à Milan, où les Italiens se familiarisent avec les Français. Milan est décrite comme une grande ville, plus vaste qu'un tiers de Paris mais moindre que sa moitié. L'Opéra de Milan attire par son éclat et sa durée, commençant à sept heures du soir et se terminant après minuit. La salle de l'Opéra est comparée à celles du Château des Tuileries, avec des loges profondes et ornées. Les représentations incluent des prologues, des actes et des intermèdes, avec des décors changeants et une musique orchestrale riche. Cependant, les récits sont jugés longs et les ariettes répétitives. Les acteurs et actrices sont souvent français, et les costumes sont simples pour les ballets mais beaux pour les rôles tragiques. L'officier critique certains aspects de la représentation mais admire le maintien naturel d'un vieil eunuque, grand acteur et maître du théâtre.
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22
p. 564-576
LA FAUSSE ANTIPATIE, Comedie Nouvelle. Extrait.
Début :
ACTEURS DU PROLOGUE. Le Génie de la Comédie, Le Sr [...]
Mots clefs :
Antipathie, Léonore, Damon, Orphise, Comédie, Nérine, Géronte, Génie, Frontin, Maître, Public, Pièce, Époux, Bon sens, Mort, Départ, Comédie-Française
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texteReconnaissance textuelle : LA FAUSSE ANTIPATIE, Comedie Nouvelle. Extrait.
LA FAUSSE ANTIPATIE , Comedie
Nouvelle. Extrait.
ACTEURS DU PROLOGUE.
Le Génie de la
Le Sr Granval.
Comédie ,
La Folie , La Dlle Quinaut.
Le Bon sens ,
Le Sr de Montménil.
Un
MARS 1734 565
Un Bourgeois , une Précieuse , un Admirateur
, un Critique , un Petit- Maître
un Homme sensé .
Les Sieurs Duchemin , Dlle du Breuil ,
Dangeville , Armand, Dufresne , Dubreuil.
La Dlle du Bocage .
Thalie ,
La Scene est sur le Théatre de la Comédie
Françoise.
C'est M. de la Chaussée qui a enrichi le
Théatre François de cette Comédie . Le
Public lui rend tous les jours la justice
que mérite son coup d'essay , pour l'inviter
à continuer une carriere qu'il vient
de commencer avec tant d'éclat. Il fait
l'éloge de ce véritable Fublic dans un
Prologue , qui marque la noble hardies-.
se de son Auteur. Voici de quoi il s'agit :
Le Génie de la Comédie Françoise vient,
demander au Public , par où il pourra
avoir le bonheur de lui plaire ; ce Public
est composé des Personnages qu'on vient
de nommer ; le Bon Sens est de la partie ,
mais il est assez maltraité , sur tout par la
Folie , qui natureilement ne doit jamais
s'accorder avec lui ; les sentimens de cette
assemblée , dont chaque membre usurpe
le respectable nom de Public , se trouvent
si opposez, que le Génie ne sçait de
quel
366 MERCURE DE FRANCE
quel côté pancher ; l'un blâme tout ;
Fautre approuve tout ; le Bourgeois don
ne dans la Farce ; la Précieuse dans la Métaphisique
; le Petit - Maître ne se soucie
que de voir et de se montrer : Voici
comment s'explique ce dernier , qui n'a
que trop d'imitateurs.
Ma décision roule alternativement ,
Sur ces deux mots , divin , ou détestable ;
Et souvent le dernier est le plus véritable .
Enfin les Spectacles que j'aime ,
Sont ceux où la presse est extrême..
Les nouveautez sont toujours belles ;
Sans vous embarrasser du choix ;
Ne nous donnez jamais que des Piéces nouvelles
Affichez-les d'abord pour la derniere fois ;
Prenez double , rendez vos plaisirs impayables;
Exceptez le Parterre ; ilpourroit au surplus ,
Vous envoyer à tous les Diables ;
C'est à quoi je conclus.
Toute l'Assemblée qui compose ce Public
, que le Génie a voulu consulter sur
le choix des pièces , disparoit insensiblement
; le Génie reste , accompagné du
Bon Sens , er d'un homme sensé ; ce dernier
s'explique avec tant de réserve , que
le Bon Sens après son départ , dit au Génie
que c'est là ce véritable Public qu'il
lui
MARS 1734. 567
lui a d'abord annoncé ; Thalie vient enfin
apporter une Comédie; le Génie l'adopte
à tout hazard , et finit le Prologue en
disant à Thalie.
Donnez , donnez toujours ; les temps sont mal
heureux .
Argument de la Comédie.
Damon et Leonore , qui sont les Héros
de la Piéce , ont été mariez malgré eux ,
ce qui a produit dans leurs coeurs une
antipathie réciproque ; leurs véritables
noms sont Sainflore et Sylvie, et ils n'en
ont changé que parce que leur interêt l'a
demandé. Sainflore en sortant de l'Eglise,
a été attaqué par un de ses Rivaux , que
son prochain bonheur a mis au désespoir ;
l'agresseur a été tué , et Sainflore a pris la
fuite , pour se dérober à la poursuite des
Parens de son ennemi ; c'est pour plus de
sureté qu'il a pris le nom de Damon ;)
Sylvie voyant disparoître Sainflore , se
jette dans un Convent , où elle se cache
sa mere et à tous ses parens , sous le
nom de Léonore. Un bruit , que son
Epoux fait courir lui- même , et la mort
de sa mere , la déterminent à sortir de
son azyle . Un oncle officieux vient l'en
tirer ; mais elle ne reprend pas encore
son
568 MERCURE DE FRANCE
son premier nom , parce que l'état de ses
affaires l'exige . Sortie du Convent où
elle a été cachée pendant dix ou douze
ans , elle va à une Maison de Campagne
de Géronte , son oncle . C'est - là que Sainflore
la voit pour la premiere fois , il en
devient amoureux , il s'en fait aimer
sous le nom de Damon ; ils ne se reconnoissent
pas , parce qu'ils ne se sont jamais
vûs ; l'aversion qu'ils avoient l'un
pour l'autre , pour des noeuds qu'on formoit
malgré eux , les a empêchés de se
regarder en face , quand ils ont prononcé
leur Arrêt ; ils se trouvent aussi aimables
qu'ils se sont crus haïssables ; cette
simpathie naissante , trouve pourtant des
obstacles à surmonter , comme on le verra
dans la Piéce ; mais ces mêmes obstacles
venant à être levez , ils éprouvent
heureusement que leur antipathie étoit
fausse.
Nérine , Suivante de Leonore , ouvre la
premiere Scene avec Frontin , valet de
Damon ; ils exposent le sujet et apprenent
aux Spectateurs que Léonore a été
mariée autrefois et qu'elle se trouva
presque veuve un moment après son mariage
, par l'accident que nous avons dit ;
ils font entendre que douze ans se sont
passez depuis ce prétendu veuvage ; que
,
LéoMARS
1734: 569
Léonore croyant son mari mort , fut tirée
d'un Convent qu'elle avoit choisi pour
azyle , par les soins de Géronte , son oncle
, et que la mere de Léonore étoit
morte de regret d'avoir marié sa fille
malgré elle.
On apprend encore dans cette premiere
Scene que Damon et Léonore paroissent
s'aimer , sans oser se le dire.
Frontin se retire à l'approche de Léonóre.
Nérine tire avec adresse le secret.
de sa Maîtrese ; Léonore lui avouë que
Damon ne lui est pas indifferent ; mais
elle doute qu'il l'aime à son tour.
Orphise , femme de Géronte , vient
prier Léonore d'empêcher le départ de
Damon , qui est prêt à les quitter ; elle
lui dit en confidence , qu'elle voudroit
bien en faire sonGendre et le marier avec
sa fille , qu'elle a euë d'un premier lit ;
Léonore n'a garde d'accepter une commission
si fatale à son amour ; elle s'en
défend autant qu'elle peut . Orphise la
quitte , en se promettant qu'elle ne lui
refusera pas ce bon office. Léonore ne
sçait ce qu'elle doit faire dans une conjoncture
si embarrassante , elle veut laisser
partir Damon sans le voir.
Damon vient , il prend congé de Léonore
; elle lui dit , qu'elle consent à son
départ
570 MERCURE DE FRANCE
départ , puisqu'apparemment il a des raisons
pour partir; Damon , croyant qu'elle
le soupçonne de quelque engagement secret
, ne peut plus résister à l'interêt secret
qu'il a de la dérromper ; il lui parle
ainsi :
Moi, des raisons ! Je voy vos injustes soupçons ;
Vous croyez que je vole où mon amour m'appelle
!
Si vous sçaviez combien votre erreur m'est
cruelle ? .
Puisque vous m'y forcez , apprenez mon état ;
Si j'aimois , mon amour éviteroit l'éclat ;
Je dis plus; mon amour deviendroit un outrage,
Qui déshonoreroit l'objet de mon hommage ;
Mon vainqueur n'oseroit répondre à mon amours
Eh ! que lui serviroit le plus tendre retour ?
Il feroit le malheur de cette infortunée ;
Je gémis dans les fers d'un cruel Hyménée.
Ce dernier Vers est un coup mortel
pour la tendre Léonore; elle est trop vertueuse
pour retenir Damon après cet
aveu. Il sort en lui disant que son malheur
n'est pas sans remede . Léonore mortellement
affligée d'aimer un homme qui
ne peut être à elle , se retire dans son appartement
, où elle ne veut voir personne.
Frontin
MARS. 1734 571
Frontin arrive , tenant une Lettre; Nerine
le veut étrangler pour lui avoir caché
que son Maître est marié ; Frontin .
lui proteste qu'il l'ignore , et que si Damon
a pris femme , ce n'est pas de son
bail. Nérine se rappellant ce que Damon
a dit , que son malheur n'est pas sans remede
, demande à Frontin , s'il ne sçait
rien de ce qui doit être dans cette Lettre
qu'il va porter à son Maître. Frontin lui
répond qu'il ne sçauroit le deviner à
moins que d'être sorcier ; il lui dit seulement
qu'un Avocat qui est en vacance
dans le voisinage , la lui a remise , en lui
disant : Voilà votre Maître en repos. Nérine
conçoit quelque esperance et finit l'Acte
par ce Vers:
Je ne sçais pas pourquoi j'ose encore esperer.
Orphise et Léonore commencent le second
Acte ; Léonore est tres - surprise des remercimens
que lui fait Orphise au sujet
de Damon ; ce dernier ne part point , et'
Orphise croit que c'est Léonore qui lui a
rendu ce bon office . Léonore lui assure
qu'elle n'y a point de part. Orphise
croyant que sa Fille ne doit ce bonheur
qu'à ses attraits , et picquée de ce que
Léonore n'a pas daigné y contribuer, par$
72 MERCURE DE FRANCE
•
ce qu'elle auroit voulu ménager le coeur
de Damon pour elle- même , lui en fait
un reproche plein d'aigreur , qui lui attire
cette réponse :
Oui , je sçais qu'une femme aime un peu trop à
plaire ;
C'est de l'âge où je suis la foiblesse ordinaire :
Dans l'arriere saison on ne fait qu'en changer ;
Du monde qui nous quitte, on cherche à se vanger
, & c.
On se croit vertueuse , en voulant le paroître ;
Tandis qu'au fond du coeur on néglige de l'être,
Qu'au contraire on se fait un plaisir inhumain
De nourrir son orgueil aux dépens du prochain,
& c.
Elle lui apprend que Damon est marié ;
Orphise lui demande malignement si
c'est avec elle , et la quitte en lui faisant
entendre qu'elle n'en doute point. Léonore
vivement picquée de ce qu'Orphise
lui a reproché , se détermine à ne plus
voir Damon, et sort pour lui aller écrire.
Nérine la suit.
Damon vient et témoigne la joye qu'il
ressent d'une heureuse nouvelle qu'il a
reçue ; il fait entendre que celle qu'il a
épousée malgré lui et malgré elle- même,
consent à la rupture d'un mariage , si fumeste
à tous les deux . Il ajoûte :
Celle
MARS 573 1734.
Se porte
Celle à qui mon malheur avoit uni ma vie ,
à dénouer la chaîne qui nous lie.
Cette maniere positive de s'exprimer a
produit quelque sorte d'obscurité ; on n'a
pas bien pû comprendre comment cette
même Leonore, qui doit redevenir Sylvie
à la fin de la Piéce, a pû donner les mains
à une rupture si opposée à son caractere ;
il est vrai que l'Auteur ajoute ensuite: Da
moins on s'en fait fort ; mais les deux
miers Vers ayant déja fait leur impression
, on n'a pas assez refléchi sur le troisieme;
et d'ailleurs, dans un autre endroit
de la Comédie, Damon dit à Léonore, en
parlant de Sylvie :
Une heureuse rupture ,
pre-
Nous dégage tous deux d'une Chaine trop dure
& c.
Reprenons le fil de la Piéce. Damon '
par une adresse tres - neuve , engage Nérine
à porter à sa Maîtresse un Billet qu'il
va écrire ; il le rapporte dans le même
temps que Léonore vient remettre le sien
entre les mains de Nérine pour le donner
à Damon. Léonore veut se retirer ; Damon
la retient et lui apprend que celle
qu'il a épousée consent à faire dissoudre
leur Hymen ; Léonore a assez de verta
FOUT
574 MERCURE DE FRANCE
-
pour refuser son consentement à cette
rupture , qu'elle croit forcée de la part
de l'Epouse ; elle laisse pourtant échapper
quelques mots , qui témoignent le regret
qu'elle a de ne pouvoir être à Da
mon ; il se jerte à ses pieds pour l'en remercier
: Orphise le surprend dans cette
attitude ; il se sauve. Orphise dit des paroles
insultantes à Léonore , qui l'obligent
à avouer qu'elle aime Damon et
qu'elle le peut , puisque son mariage est
rompu . Orphise lui dit que si Damon
est libre, elle ne l'est pas , et que Géronte
vient de lui apprendre que son Epoux
n'est pas mort ; c'est un coup de foudre
pour Orphise , qui se retire dans la noble
résolution d'aller retrouver son
Epoux , malgré son antipathie , qu'ellé
se fatte de surmonter .
Pour abréger le dernier Acte , nous
passons les premieres Scenes : Orphise
presse en vain Géronte de porter Léonore
à exécuter le projet qu'elle a noblement
formé d'aller se livrer à Sain
flore son Epoux , et de reprendre son
nom de Sylvie. Géronte n'y veut pas
consentir . Damon vient , il se plaint de
la trop austere vertu de Léonore , qui ne
veut pas donner les mains à une rupture
que sonEpoux a demandée.Léonore vient
à
MARS 1734. 575
ル
à son tour et demeure ferme, dans le dessein
que sa vertu lui a fait prendre ; sa
conversation avec Damon est aussi vertueuse
que tendre ; enfin Damon ouvre
les yeux par le portrait que Géronte fait
de l'Epoux , à qui Léonore veut se rejoindre
: Le voici.
Si c'étoit un Epoux , tel qu'eût été Damon
Passe ; mais c'en est un qui n'en a que le nom
Un jeune écervelé qui laisse sa compagne ,
Et pour libertiner , va battre la campagne ,
Que je ne connois point , car ma soeur , Dieu
merci ,
Ne consultoit
personne en tout comme en ceci ;
Un homme qui n'agit que par des Emissaires ,
Et n'ose se montrer que par ses gens d'affaires ,
Qui lorsqu'on le croit mort, revient après douze
ans ,
Pour se démarier . ...
Damon ne peut plus se méconnoître
à ces traits , il se jette aux pieds de Léonore
pour lui demander si elle n'est pas
Sylvie , comme il est Sainflore ; cela
produit
une reconnoissance des plus interessantes
, et finit la Piéce de la maniere la
plus satisfaisante et la plus heureuse.
L'art ingénieux avec lequel cette Comédie
est conduite , la maniere élegante,
simple
576 MERCURE DE FRANCE
>
sans
simple et naturelle dont elle est écrite
et sur tout les moeurs admirables
être austeres , d'après lesquelles chaque
caractere est peint de main de Maître ,
font grand plaisir aux honnêtes gens ,
qui sont agréablement amusez, interessez
attendris et même édifiez.
Au reste cette Piece est parfaitement
représentée par les sieurs Dufresne , Duchemin
et Armand , et par les Dlles Gaussin
, la Motte et Quinault.
Nouvelle. Extrait.
ACTEURS DU PROLOGUE.
Le Génie de la
Le Sr Granval.
Comédie ,
La Folie , La Dlle Quinaut.
Le Bon sens ,
Le Sr de Montménil.
Un
MARS 1734 565
Un Bourgeois , une Précieuse , un Admirateur
, un Critique , un Petit- Maître
un Homme sensé .
Les Sieurs Duchemin , Dlle du Breuil ,
Dangeville , Armand, Dufresne , Dubreuil.
La Dlle du Bocage .
Thalie ,
La Scene est sur le Théatre de la Comédie
Françoise.
C'est M. de la Chaussée qui a enrichi le
Théatre François de cette Comédie . Le
Public lui rend tous les jours la justice
que mérite son coup d'essay , pour l'inviter
à continuer une carriere qu'il vient
de commencer avec tant d'éclat. Il fait
l'éloge de ce véritable Fublic dans un
Prologue , qui marque la noble hardies-.
se de son Auteur. Voici de quoi il s'agit :
Le Génie de la Comédie Françoise vient,
demander au Public , par où il pourra
avoir le bonheur de lui plaire ; ce Public
est composé des Personnages qu'on vient
de nommer ; le Bon Sens est de la partie ,
mais il est assez maltraité , sur tout par la
Folie , qui natureilement ne doit jamais
s'accorder avec lui ; les sentimens de cette
assemblée , dont chaque membre usurpe
le respectable nom de Public , se trouvent
si opposez, que le Génie ne sçait de
quel
366 MERCURE DE FRANCE
quel côté pancher ; l'un blâme tout ;
Fautre approuve tout ; le Bourgeois don
ne dans la Farce ; la Précieuse dans la Métaphisique
; le Petit - Maître ne se soucie
que de voir et de se montrer : Voici
comment s'explique ce dernier , qui n'a
que trop d'imitateurs.
Ma décision roule alternativement ,
Sur ces deux mots , divin , ou détestable ;
Et souvent le dernier est le plus véritable .
Enfin les Spectacles que j'aime ,
Sont ceux où la presse est extrême..
Les nouveautez sont toujours belles ;
Sans vous embarrasser du choix ;
Ne nous donnez jamais que des Piéces nouvelles
Affichez-les d'abord pour la derniere fois ;
Prenez double , rendez vos plaisirs impayables;
Exceptez le Parterre ; ilpourroit au surplus ,
Vous envoyer à tous les Diables ;
C'est à quoi je conclus.
Toute l'Assemblée qui compose ce Public
, que le Génie a voulu consulter sur
le choix des pièces , disparoit insensiblement
; le Génie reste , accompagné du
Bon Sens , er d'un homme sensé ; ce dernier
s'explique avec tant de réserve , que
le Bon Sens après son départ , dit au Génie
que c'est là ce véritable Public qu'il
lui
MARS 1734. 567
lui a d'abord annoncé ; Thalie vient enfin
apporter une Comédie; le Génie l'adopte
à tout hazard , et finit le Prologue en
disant à Thalie.
Donnez , donnez toujours ; les temps sont mal
heureux .
Argument de la Comédie.
Damon et Leonore , qui sont les Héros
de la Piéce , ont été mariez malgré eux ,
ce qui a produit dans leurs coeurs une
antipathie réciproque ; leurs véritables
noms sont Sainflore et Sylvie, et ils n'en
ont changé que parce que leur interêt l'a
demandé. Sainflore en sortant de l'Eglise,
a été attaqué par un de ses Rivaux , que
son prochain bonheur a mis au désespoir ;
l'agresseur a été tué , et Sainflore a pris la
fuite , pour se dérober à la poursuite des
Parens de son ennemi ; c'est pour plus de
sureté qu'il a pris le nom de Damon ;)
Sylvie voyant disparoître Sainflore , se
jette dans un Convent , où elle se cache
sa mere et à tous ses parens , sous le
nom de Léonore. Un bruit , que son
Epoux fait courir lui- même , et la mort
de sa mere , la déterminent à sortir de
son azyle . Un oncle officieux vient l'en
tirer ; mais elle ne reprend pas encore
son
568 MERCURE DE FRANCE
son premier nom , parce que l'état de ses
affaires l'exige . Sortie du Convent où
elle a été cachée pendant dix ou douze
ans , elle va à une Maison de Campagne
de Géronte , son oncle . C'est - là que Sainflore
la voit pour la premiere fois , il en
devient amoureux , il s'en fait aimer
sous le nom de Damon ; ils ne se reconnoissent
pas , parce qu'ils ne se sont jamais
vûs ; l'aversion qu'ils avoient l'un
pour l'autre , pour des noeuds qu'on formoit
malgré eux , les a empêchés de se
regarder en face , quand ils ont prononcé
leur Arrêt ; ils se trouvent aussi aimables
qu'ils se sont crus haïssables ; cette
simpathie naissante , trouve pourtant des
obstacles à surmonter , comme on le verra
dans la Piéce ; mais ces mêmes obstacles
venant à être levez , ils éprouvent
heureusement que leur antipathie étoit
fausse.
Nérine , Suivante de Leonore , ouvre la
premiere Scene avec Frontin , valet de
Damon ; ils exposent le sujet et apprenent
aux Spectateurs que Léonore a été
mariée autrefois et qu'elle se trouva
presque veuve un moment après son mariage
, par l'accident que nous avons dit ;
ils font entendre que douze ans se sont
passez depuis ce prétendu veuvage ; que
,
LéoMARS
1734: 569
Léonore croyant son mari mort , fut tirée
d'un Convent qu'elle avoit choisi pour
azyle , par les soins de Géronte , son oncle
, et que la mere de Léonore étoit
morte de regret d'avoir marié sa fille
malgré elle.
On apprend encore dans cette premiere
Scene que Damon et Léonore paroissent
s'aimer , sans oser se le dire.
Frontin se retire à l'approche de Léonóre.
Nérine tire avec adresse le secret.
de sa Maîtrese ; Léonore lui avouë que
Damon ne lui est pas indifferent ; mais
elle doute qu'il l'aime à son tour.
Orphise , femme de Géronte , vient
prier Léonore d'empêcher le départ de
Damon , qui est prêt à les quitter ; elle
lui dit en confidence , qu'elle voudroit
bien en faire sonGendre et le marier avec
sa fille , qu'elle a euë d'un premier lit ;
Léonore n'a garde d'accepter une commission
si fatale à son amour ; elle s'en
défend autant qu'elle peut . Orphise la
quitte , en se promettant qu'elle ne lui
refusera pas ce bon office. Léonore ne
sçait ce qu'elle doit faire dans une conjoncture
si embarrassante , elle veut laisser
partir Damon sans le voir.
Damon vient , il prend congé de Léonore
; elle lui dit , qu'elle consent à son
départ
570 MERCURE DE FRANCE
départ , puisqu'apparemment il a des raisons
pour partir; Damon , croyant qu'elle
le soupçonne de quelque engagement secret
, ne peut plus résister à l'interêt secret
qu'il a de la dérromper ; il lui parle
ainsi :
Moi, des raisons ! Je voy vos injustes soupçons ;
Vous croyez que je vole où mon amour m'appelle
!
Si vous sçaviez combien votre erreur m'est
cruelle ? .
Puisque vous m'y forcez , apprenez mon état ;
Si j'aimois , mon amour éviteroit l'éclat ;
Je dis plus; mon amour deviendroit un outrage,
Qui déshonoreroit l'objet de mon hommage ;
Mon vainqueur n'oseroit répondre à mon amours
Eh ! que lui serviroit le plus tendre retour ?
Il feroit le malheur de cette infortunée ;
Je gémis dans les fers d'un cruel Hyménée.
Ce dernier Vers est un coup mortel
pour la tendre Léonore; elle est trop vertueuse
pour retenir Damon après cet
aveu. Il sort en lui disant que son malheur
n'est pas sans remede . Léonore mortellement
affligée d'aimer un homme qui
ne peut être à elle , se retire dans son appartement
, où elle ne veut voir personne.
Frontin
MARS. 1734 571
Frontin arrive , tenant une Lettre; Nerine
le veut étrangler pour lui avoir caché
que son Maître est marié ; Frontin .
lui proteste qu'il l'ignore , et que si Damon
a pris femme , ce n'est pas de son
bail. Nérine se rappellant ce que Damon
a dit , que son malheur n'est pas sans remede
, demande à Frontin , s'il ne sçait
rien de ce qui doit être dans cette Lettre
qu'il va porter à son Maître. Frontin lui
répond qu'il ne sçauroit le deviner à
moins que d'être sorcier ; il lui dit seulement
qu'un Avocat qui est en vacance
dans le voisinage , la lui a remise , en lui
disant : Voilà votre Maître en repos. Nérine
conçoit quelque esperance et finit l'Acte
par ce Vers:
Je ne sçais pas pourquoi j'ose encore esperer.
Orphise et Léonore commencent le second
Acte ; Léonore est tres - surprise des remercimens
que lui fait Orphise au sujet
de Damon ; ce dernier ne part point , et'
Orphise croit que c'est Léonore qui lui a
rendu ce bon office . Léonore lui assure
qu'elle n'y a point de part. Orphise
croyant que sa Fille ne doit ce bonheur
qu'à ses attraits , et picquée de ce que
Léonore n'a pas daigné y contribuer, par$
72 MERCURE DE FRANCE
•
ce qu'elle auroit voulu ménager le coeur
de Damon pour elle- même , lui en fait
un reproche plein d'aigreur , qui lui attire
cette réponse :
Oui , je sçais qu'une femme aime un peu trop à
plaire ;
C'est de l'âge où je suis la foiblesse ordinaire :
Dans l'arriere saison on ne fait qu'en changer ;
Du monde qui nous quitte, on cherche à se vanger
, & c.
On se croit vertueuse , en voulant le paroître ;
Tandis qu'au fond du coeur on néglige de l'être,
Qu'au contraire on se fait un plaisir inhumain
De nourrir son orgueil aux dépens du prochain,
& c.
Elle lui apprend que Damon est marié ;
Orphise lui demande malignement si
c'est avec elle , et la quitte en lui faisant
entendre qu'elle n'en doute point. Léonore
vivement picquée de ce qu'Orphise
lui a reproché , se détermine à ne plus
voir Damon, et sort pour lui aller écrire.
Nérine la suit.
Damon vient et témoigne la joye qu'il
ressent d'une heureuse nouvelle qu'il a
reçue ; il fait entendre que celle qu'il a
épousée malgré lui et malgré elle- même,
consent à la rupture d'un mariage , si fumeste
à tous les deux . Il ajoûte :
Celle
MARS 573 1734.
Se porte
Celle à qui mon malheur avoit uni ma vie ,
à dénouer la chaîne qui nous lie.
Cette maniere positive de s'exprimer a
produit quelque sorte d'obscurité ; on n'a
pas bien pû comprendre comment cette
même Leonore, qui doit redevenir Sylvie
à la fin de la Piéce, a pû donner les mains
à une rupture si opposée à son caractere ;
il est vrai que l'Auteur ajoute ensuite: Da
moins on s'en fait fort ; mais les deux
miers Vers ayant déja fait leur impression
, on n'a pas assez refléchi sur le troisieme;
et d'ailleurs, dans un autre endroit
de la Comédie, Damon dit à Léonore, en
parlant de Sylvie :
Une heureuse rupture ,
pre-
Nous dégage tous deux d'une Chaine trop dure
& c.
Reprenons le fil de la Piéce. Damon '
par une adresse tres - neuve , engage Nérine
à porter à sa Maîtresse un Billet qu'il
va écrire ; il le rapporte dans le même
temps que Léonore vient remettre le sien
entre les mains de Nérine pour le donner
à Damon. Léonore veut se retirer ; Damon
la retient et lui apprend que celle
qu'il a épousée consent à faire dissoudre
leur Hymen ; Léonore a assez de verta
FOUT
574 MERCURE DE FRANCE
-
pour refuser son consentement à cette
rupture , qu'elle croit forcée de la part
de l'Epouse ; elle laisse pourtant échapper
quelques mots , qui témoignent le regret
qu'elle a de ne pouvoir être à Da
mon ; il se jerte à ses pieds pour l'en remercier
: Orphise le surprend dans cette
attitude ; il se sauve. Orphise dit des paroles
insultantes à Léonore , qui l'obligent
à avouer qu'elle aime Damon et
qu'elle le peut , puisque son mariage est
rompu . Orphise lui dit que si Damon
est libre, elle ne l'est pas , et que Géronte
vient de lui apprendre que son Epoux
n'est pas mort ; c'est un coup de foudre
pour Orphise , qui se retire dans la noble
résolution d'aller retrouver son
Epoux , malgré son antipathie , qu'ellé
se fatte de surmonter .
Pour abréger le dernier Acte , nous
passons les premieres Scenes : Orphise
presse en vain Géronte de porter Léonore
à exécuter le projet qu'elle a noblement
formé d'aller se livrer à Sain
flore son Epoux , et de reprendre son
nom de Sylvie. Géronte n'y veut pas
consentir . Damon vient , il se plaint de
la trop austere vertu de Léonore , qui ne
veut pas donner les mains à une rupture
que sonEpoux a demandée.Léonore vient
à
MARS 1734. 575
ル
à son tour et demeure ferme, dans le dessein
que sa vertu lui a fait prendre ; sa
conversation avec Damon est aussi vertueuse
que tendre ; enfin Damon ouvre
les yeux par le portrait que Géronte fait
de l'Epoux , à qui Léonore veut se rejoindre
: Le voici.
Si c'étoit un Epoux , tel qu'eût été Damon
Passe ; mais c'en est un qui n'en a que le nom
Un jeune écervelé qui laisse sa compagne ,
Et pour libertiner , va battre la campagne ,
Que je ne connois point , car ma soeur , Dieu
merci ,
Ne consultoit
personne en tout comme en ceci ;
Un homme qui n'agit que par des Emissaires ,
Et n'ose se montrer que par ses gens d'affaires ,
Qui lorsqu'on le croit mort, revient après douze
ans ,
Pour se démarier . ...
Damon ne peut plus se méconnoître
à ces traits , il se jette aux pieds de Léonore
pour lui demander si elle n'est pas
Sylvie , comme il est Sainflore ; cela
produit
une reconnoissance des plus interessantes
, et finit la Piéce de la maniere la
plus satisfaisante et la plus heureuse.
L'art ingénieux avec lequel cette Comédie
est conduite , la maniere élegante,
simple
576 MERCURE DE FRANCE
>
sans
simple et naturelle dont elle est écrite
et sur tout les moeurs admirables
être austeres , d'après lesquelles chaque
caractere est peint de main de Maître ,
font grand plaisir aux honnêtes gens ,
qui sont agréablement amusez, interessez
attendris et même édifiez.
Au reste cette Piece est parfaitement
représentée par les sieurs Dufresne , Duchemin
et Armand , et par les Dlles Gaussin
, la Motte et Quinault.
Fermer
Résumé : LA FAUSSE ANTIPATIE, Comedie Nouvelle. Extrait.
La pièce 'La Fausse Antipathie' est une comédie écrite par M. de la Chaussée, représentée pour la première fois en mars 1734 au Théâtre de la Comédie Française. Le prologue introduit divers personnages représentant le public, tels qu'un Bourgeois, une Précieuse, un Admirateur, un Critique, un Petit-Maître, et un Homme sensé. Le Génie de la Comédie Française consulte ce public pour savoir comment lui plaire, mais les avis divergent, rendant la tâche difficile. Finalement, le Bon Sens et un homme sensé guident le Génie vers une comédie appropriée. L'intrigue principale suit Damon et Léonore, initialement mariés contre leur gré et développant une antipathie réciproque. Leurs vrais noms sont Sainflore et Sylvie, qu'ils ont changés pour des raisons de sécurité. Sainflore, après un incident, prend la fuite et change d'identité. Sylvie, croyant Sainflore mort, se retire dans un couvent. Des années plus tard, ils se rencontrent sans se reconnaître et tombent amoureux sous leurs nouvelles identités. La pièce explore les obstacles à leur amour naissant et leur reconnaissance mutuelle. Les personnages secondaires, comme Nérine et Frontin, valets de Léonore et Damon, ainsi qu'Orphise, femme de Géronte, jouent des rôles cruciaux dans le développement de l'intrigue. La pièce se conclut par la reconnaissance des héros et la dissolution de leur fausse antipathie, offrant une fin heureuse et satisfaisante. La comédie est louée pour son art ingénieux, son écriture élégante et naturelle, et ses mœurs austères, plaisant ainsi aux honnêtes gens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 580-581
« Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...] »
Début :
Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...]
Mots clefs :
Musique, Théâtre, Opéra, Pièce, Académie royale de musique, Pompeo Aldrovandi, Théâtre de la paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...] »
Le 11. Mars , l'Académie Royale de
Musique remit au Théatre l'Opera' de
Pirithens , dont le Poëme est de M. de
la Serre , et la Musique de M. Mouret.
Cette Piece , qui a été reçûë favorablement
du Public , avoit été donnée dans
sa nouveauté en Janvier 1723. Les principaux
Kôles sont très- bien tendus par
les Dlles Antier et le Maure , et par les
sieurs Tribou , Chassé et Dun ; les Ballets
toujours de la composition du sieur Blondi,
sont très bien caracterisez ; la Dlle Camargo
, et les sieurs Dupré , Dumoulin
Javilliers , y soutiennent très - bien leur
réputation . Nous n'entrerons dans aucun
détail au sujet de cette Piece , en
ayant donné un Extrait fort au long
dans le Mercure de Fevrier 1723. pa
ge 321.
Il paroît une seconde Edition de la
Musique de cet Opera , imprimée chez
Balard , avec des changemens et des augmentations
considerables .
On apprend d'Italie , que M. Aldovrandi
, Gouverneur de Rome , y a fait
publier une nouvelle Ordonnance pour
faire observer une exacte Police dans les
Spectacles ; que le 7. du mois dernier ,
ony fit l'ouverture du Théatre de la Paix
par
"
MARS. 1734 5.81
le
par la Représentation d'une Piece nouvelle
, intitulée L'ERODISHE , et que
16. il y eut un Opera pour la premiere
fois de cette année sur le Théatre de .
Tordinone.
Musique remit au Théatre l'Opera' de
Pirithens , dont le Poëme est de M. de
la Serre , et la Musique de M. Mouret.
Cette Piece , qui a été reçûë favorablement
du Public , avoit été donnée dans
sa nouveauté en Janvier 1723. Les principaux
Kôles sont très- bien tendus par
les Dlles Antier et le Maure , et par les
sieurs Tribou , Chassé et Dun ; les Ballets
toujours de la composition du sieur Blondi,
sont très bien caracterisez ; la Dlle Camargo
, et les sieurs Dupré , Dumoulin
Javilliers , y soutiennent très - bien leur
réputation . Nous n'entrerons dans aucun
détail au sujet de cette Piece , en
ayant donné un Extrait fort au long
dans le Mercure de Fevrier 1723. pa
ge 321.
Il paroît une seconde Edition de la
Musique de cet Opera , imprimée chez
Balard , avec des changemens et des augmentations
considerables .
On apprend d'Italie , que M. Aldovrandi
, Gouverneur de Rome , y a fait
publier une nouvelle Ordonnance pour
faire observer une exacte Police dans les
Spectacles ; que le 7. du mois dernier ,
ony fit l'ouverture du Théatre de la Paix
par
"
MARS. 1734 5.81
le
par la Représentation d'une Piece nouvelle
, intitulée L'ERODISHE , et que
16. il y eut un Opera pour la premiere
fois de cette année sur le Théatre de .
Tordinone.
Fermer
Résumé : « Le 11. Mars, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera de [...] »
Le 11 mars, l'Académie Royale de Musique a présenté l'opéra 'Pirithoüs' au Théâtre de l'Opéra, avec un poème de M. de la Serre et une musique de M. Mouret. Cet opéra, déjà acclamé lors de sa première représentation en janvier 1723, met en vedette les demoiselles Antier et le Maure, ainsi que les sieurs Tribou, Chassé et Dun. Les ballets, chorégraphiés par le sieur Blondi, sont bien exécutés par la demoiselle Camargo et les sieurs Dupré, Dumoulin et Javilliers. Une seconde édition de la musique, imprimée chez Balard, inclut des modifications et des ajouts significatifs. En Italie, M. Aldovrandi, Gouverneur de Rome, a publié une nouvelle ordonnance pour renforcer la sécurité dans les spectacles. Le Théâtre de la Paix a ouvert le 7 du mois précédent avec 'L'Erodishe', et le 16, un opéra a été présenté pour la première fois de l'année au Théâtre Tordinone.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 1407-1415
MARIE STUART, Reine d'Ecosse, Tragédie de M. ***.
Début :
Voicy l'Extrait que nous avons promis de cette Piece, représentée depuis [...]
Mots clefs :
Marie Stuart, Reine Élisabeth, Duc de Norfolk, Palais, Amant, Entendre, Ministre, Coeur, Juges, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIE STUART, Reine d'Ecosse, Tragédie de M. ***.
MARIE STUART , Reine d'Ecosse ,
Tragédie de M. * * * .
VoOicy l'Extrait que nous avons promis
de cette Piece , représentée depuis
peu au Théatre François.
ACTERS.
Elisabeth, Reine d'Angleterre. La Dlle de
Balicourt.
Marie Stuatd , Reine d'Ecosse , La Dlle
11. Vol.
du Fresne.
Le
1408 MERCURE DE FRANCE
Le Duc de Norfolck ,
Dudley , Comte
le Sr Dufresne.
le Sr Grandval.
Lle S.Sarrazin
de
Leycestre,
d'Elisabeth' Ministres
S
Cecil ,
Heliton , l'un des Principaux Officiers
du Palais , ami du Duc de Norfolck
le Sr le Grand
Monros , Ami d'Helton , le Sr Dubreuil.
Chelsey, Confidente d'Elizabeth, la Dlle
Fouvenot.
Un Officier des Gardes d'Elizabeth , le Sr
Un Garde ,
de la 7 horilliere.
le Sr d'Angeville , jeune.
La Scene est à Londres dans une Sale
'du Palais d'Elizabeth.
>
Quoique cette Tragédie dont l'Auteur
ne s'est pas encore fait connoître , n'ait
pas eu beaucoup de succès , on n'a pas
laissé de rendre justice à la plume dont
elle est sortie. On en a trouvé la versification
noble soutenue et élegante.
On n'a pas été , à beaucoup près , aussi
content de l'action Theatrale , non plus
que des caractéres ; celui d'Elizabeth a
été mieux rendu que tous les autres . Au
reste , comme les Représentations n'en
ont pas été assez nombreuses , nous
n'avons pû retenir l'ordre de la Piéce
Scene par Scene : ainsi nous esperons que
II. Vol. le
JUIN 1734. 1409
le Public voudra bien nous excuser , si
nous ne faisons pas un détail assez exact
de ce Poëme .
Il commence par une Scene déliberative
entre Elizabeth et ses deux Ministres ,
et Cecil. La Reine expose les raisons qui
la portent à les consulter. Il s'agit de faire
périr Marie Stuard , son ennemie et sa
prisonniere , ou de la renvoyer à son
Royaume d'Ecosse. Dudley amoureux de
cette Reine opprimée , opine pour son
rétablissement sur le Trône , et Cecil fait
entendre qu'il importe à la Reine d'Angleterre
de perdre une si redoutable Rivale
; Elizabeth se rend en apparence au
Conseil de Dudley , et lui ordonne d'aller
délivrer Marie Stuard. A peine ce Ministre
est-il sorti pour aller exécuter sa
commission , que Cecil , pour se vanger
de ce qu'il l'a emporté sur lui , ou pour
d'autres interêts qu'il n'explique pas ,
fait entendre à Elizabeth que Dudley a
moins parlé en Ministre, qu'en Amant de
Marie Stuard , quand il a pris si hautement
şon parti. Elizabeth qui aime secretement
Dudley , et qui a trop de fierté
pour ne s'en croire pas aimée , est mortellement
frappée de la double infidelité
qu'on lui fait ; elle se détermine dans un
monologue à approfondir cette fatale dé-
G.Y Avant couverte.
1410 MERCURE DE FRANCE
que
Avant Marie Stuard eut été mise
en liberré , il y a apparence que le Duc
de Norfolck , son Partisan et son Amant
déclaré , avoit conspiré pour la tirer de
prison à force ouverte. Il est introduit
secretement par Helton son ami , et l'un
des principaux Officiers du Palais dans
un Appartement des moins fréquentez.
Marie Stuard est agréablement surprise
de le trouver au sortir de sa prison , mais,
à ce premier mouvement de joye succede
un sentiment de vertu , quand elle apprend
que le Duc ne parle pas moins
que de déthrôner Elizabeth et de la faire
périr. Norfolck ne peut s'empêcher d'admirer
la noblesse du coeur d'une si illustre
Amante ; il lui promet de ne s'attacher
uniquement qu'à la rendre à ses sujets
et à la rétablir sur le Trône paternel ; il
la quitte pour aller mettre la derniere
main à un projet si glorieux.
Dudley instruit de la conjuration de
Norfolck par un perfide Ami à qui ce
Duc s'est inprudemment confié , veut
tirer parti de ce secret , pour s'insinuer
dans les bonnes graces de Marie Stuard
qu'il aime , comme nous l'avons déja fait
remarquer il lui fait valoir les services
qu'il lui a déja rendus et ceux qu'il peut
encore lui rendre. Marie Stuard qui le
11 Vol
Croir
JUIN. 1734. 1411
que,
croit dans les interêts d'Elizabeth , dont
il est Ministre , se défie de lui ; Dudley
lui proteste qu'il est entierement à elle ,
quoique Ministre de sa Rivale ; Marie
Stuard toujours plus défiante, lui dit
soit qu'il trahisse Elizabeth , soit qu'il
vueille la tromper elle - même, il est ég lement
coupable : Dudley lui répond qu'il ne
peut mieux prouver son innocence que
par l'aveu d'un crime qu'elle a ignoré
jusqu'à ce jour , et ce crime s'explique
par une déclaration d'amour ; M Stuard
prend cette déclaration pour un dernier
pige qu'il lui tend par l'ordre d'Eli
Zabeth ; par malheur Elizabeth atrive
dans ce premier mouvement de colere
et de défiance . M. Stuard lui fait entendre
qu'elle a découvert son artifice et
qu'elle ne doute point que Dudley , qui
a porté l'audace jusqu'à lui parlerd'amour,
ne l'ait fait, pour la faire expliquer avec
plus d'ouverture de coeur.
M. Stuard s'étant retirée avec assez de
hauteur ; Elizabeth éclate contre Dudley
dont elle s'est toujours crûe aimée ; Dudley
a recours à l'artifice , et répond à
Elizabeth que c'est uniquement pour
mieux sonder le coeur de M. Stuard qu'il
lui a parlé d'amour ; Elizabeth le congédie
sans lui faire l'honneur de le croire..
IL Vol.
Gvj Elle:
1412 MERCURE DE FRANCE
Elle est plus indignée contre Dudley
comme sujet perfide , que comme Amant
infidele ; son coeur se tourne tout entier
du côté de l'ambition et paroît craindre
beaucoup plus de perdre le Trône, qu'un
coeur si peu digne d'elle.
Dans l'Acte suivant , Dudley fait une
seconde tentative auprès de M. Stuard ;
il est plus précisement instruit des démarches
du Duc de Norfolck , par le
même traître qui s'est déja ouvert à lui
il dit à M. Stuard qu'il ne tient
qu'à lui de perdre son Rival qu'il
ne tient qu'à elle de se sauver elle même,
en acceptant ses services ; M. Stuard
emportée par son amour,lui répond, que
la premiere loi qu'elle lui impose c'est de
sauver Norfolck ; Dudley frémit à cette
proposition et se retire , la menace à la
bouche ; il ne tarde pas à consommer sa
trahison ; Elizabeth ne le reconnoît que
trop à l'arrivée de Cecil : Ce Ministre
dont on a parlé dans la premiere Scene ,
Jui fait entendre qu'on vient de lui dire
que le Duc de Norfolck a de l'intelligence
dans le Palais et qu'il va en instruire Elizabeth.
M. Stuard l'arrête , et croit ne
pouvoir mieux sauver son Amant qu'en
s'accusant elle- même. Cecil , au comble
de ses voeux , va tout dire à Elizabeth ;
II. Vola M.
JUIN. 1734- 1413
M. Stuard en est dans la consternation .
Pour surcroît de malheur elle voit approcher
le Duc ; elle frémit du peril où
il est exposé : elle lui apprend qu'on sçait
tout ; et qu'il a été trahi par quelqu'un
des conjurez ; elle lui ordonne de sortir
du Palais ; Norfolck vent perir avec elle;
mais elle l'oblige enfin de sortir , après lui
avoir dit que sa qualité de Reine met sa
vie en seureté .
Voilà le noeud de la Piéce arrivé à son
plus haut point , tout ce qui suit s'achemine
à grand pas à un dénouement des
plus funestes pour l'un et pour l'autre.
Amant.
Chelsey Confidente d'Elizabeth , ouvre
la Scene du quatrième Acte avec Marie
Stuard elle lui fait entendre que la
Reine sa maîtresse est toute disposée à
la recevoir entre ses bras , poutvû qu'elle.
vucille bien s'y jetter ; elle ajoute que
c'est le seul azile qui lui reste contre ses
juges, qui vont s'assembler pour lui faire.
son Procès ; au nom de Juge, M. Stuard
ne peut se contenir ; elle ne reconnoît
point de Tribunal qui puisse interroger
une Reine , encore moins la condamner;
elle consent cependant à voir Elizabeth :
cette derniere vient , et après un préam
bule d'indulgence et mênie de tendresse ;
11. Vol.
elle
1414 MERCURE DE FRANCE
elle fait un détail de tous les crimes dont
elle prétend que M. Stuard s'est noircie.
On a trouvé cette Scene très - belle , à la
longueur près ; M. Stuard ,sans répondre
d'une maniere détaillée à chaque chef
d'accusation , nie tout et parle avec tant
d'aigreur à Elizabeth , qu'elle l'oblige à
lui répondre sur le même ton et à se retirer
dans le dessein de lui faire subir le
honteux interrogatoire dont on l'a déja
menacée. Cecil vient l'avertir qu'il est
tems qu'elle paroisse devant ses Juges ;
il veut même lui donner des conseils ;
elle lui ferme la bouche et lui dit en sortant
que ses indignes Juges ne soutiendront
pas un seul de ses regards.
Marie Stuard ayant comparu devant le
Tribunal qu'elle a meprisé , et en ayant
été renvoyée par Cecil , qui a craint que
sa présence n'imposât à ses Juges, apprend
par des avis confus que le Duc de Norfolck
a déja subi l'arrêt de mort qui a
été prononcé contre lui ; elle ne songe
plus qu'à le suivre au tombeau . Monros
ami d'Helton , dont on a déja parlé
comme entierement attaché aux interêts
de Norfolck , vient lui donner une fausse
joye ; il lui dir que le Duc suivi d'une
nombreuse et vaillante escorte ,
vers le Palais d'une maniere à faire trem-
11. Vol. bier
JUIN. 1734. 1419
à se
bler et ses Juges et la Reine même ;
M. Stuard en rend graces au Ciel et se
livre à la douceur de l'espérance ; mais
Helton qui arrive un moment après , la
replonge dans le désespoir , par le funeste
récit qu'il lui fait de la mort de
Norfolck , qui s'est percé le sein sur la
fausse nouvelle qu'on lui a donnée que
sa chereReine venoit de perdre la vie sur
un échafaut : on vient avertir M. Stuard
qu'il est tems d'exécuter l'arrêt de sa
condamnation . Elle ne balance pas
résoudre à la mort pour ne pas survivreà
son Amant. Au reste dans les deux
premieres Représentations on fiitoit reparoître
Elizabeth , résolue en apparen
ce à révoquer Parrêt prononcé contre
M. Stuard , qu'elle traite de soeur dans
tout le cours de la Piéce ; mais cette fin
de Tragédie ayant paru trop ressemblanteaux
dernieres Scenes du Comte d'Essex ,
on a jugé à propos de retrancher une
imitation qui avoit indisposé la plupart
des Spectateurs.
Tragédie de M. * * * .
VoOicy l'Extrait que nous avons promis
de cette Piece , représentée depuis
peu au Théatre François.
ACTERS.
Elisabeth, Reine d'Angleterre. La Dlle de
Balicourt.
Marie Stuatd , Reine d'Ecosse , La Dlle
11. Vol.
du Fresne.
Le
1408 MERCURE DE FRANCE
Le Duc de Norfolck ,
Dudley , Comte
le Sr Dufresne.
le Sr Grandval.
Lle S.Sarrazin
de
Leycestre,
d'Elisabeth' Ministres
S
Cecil ,
Heliton , l'un des Principaux Officiers
du Palais , ami du Duc de Norfolck
le Sr le Grand
Monros , Ami d'Helton , le Sr Dubreuil.
Chelsey, Confidente d'Elizabeth, la Dlle
Fouvenot.
Un Officier des Gardes d'Elizabeth , le Sr
Un Garde ,
de la 7 horilliere.
le Sr d'Angeville , jeune.
La Scene est à Londres dans une Sale
'du Palais d'Elizabeth.
>
Quoique cette Tragédie dont l'Auteur
ne s'est pas encore fait connoître , n'ait
pas eu beaucoup de succès , on n'a pas
laissé de rendre justice à la plume dont
elle est sortie. On en a trouvé la versification
noble soutenue et élegante.
On n'a pas été , à beaucoup près , aussi
content de l'action Theatrale , non plus
que des caractéres ; celui d'Elizabeth a
été mieux rendu que tous les autres . Au
reste , comme les Représentations n'en
ont pas été assez nombreuses , nous
n'avons pû retenir l'ordre de la Piéce
Scene par Scene : ainsi nous esperons que
II. Vol. le
JUIN 1734. 1409
le Public voudra bien nous excuser , si
nous ne faisons pas un détail assez exact
de ce Poëme .
Il commence par une Scene déliberative
entre Elizabeth et ses deux Ministres ,
et Cecil. La Reine expose les raisons qui
la portent à les consulter. Il s'agit de faire
périr Marie Stuard , son ennemie et sa
prisonniere , ou de la renvoyer à son
Royaume d'Ecosse. Dudley amoureux de
cette Reine opprimée , opine pour son
rétablissement sur le Trône , et Cecil fait
entendre qu'il importe à la Reine d'Angleterre
de perdre une si redoutable Rivale
; Elizabeth se rend en apparence au
Conseil de Dudley , et lui ordonne d'aller
délivrer Marie Stuard. A peine ce Ministre
est-il sorti pour aller exécuter sa
commission , que Cecil , pour se vanger
de ce qu'il l'a emporté sur lui , ou pour
d'autres interêts qu'il n'explique pas ,
fait entendre à Elizabeth que Dudley a
moins parlé en Ministre, qu'en Amant de
Marie Stuard , quand il a pris si hautement
şon parti. Elizabeth qui aime secretement
Dudley , et qui a trop de fierté
pour ne s'en croire pas aimée , est mortellement
frappée de la double infidelité
qu'on lui fait ; elle se détermine dans un
monologue à approfondir cette fatale dé-
G.Y Avant couverte.
1410 MERCURE DE FRANCE
que
Avant Marie Stuard eut été mise
en liberré , il y a apparence que le Duc
de Norfolck , son Partisan et son Amant
déclaré , avoit conspiré pour la tirer de
prison à force ouverte. Il est introduit
secretement par Helton son ami , et l'un
des principaux Officiers du Palais dans
un Appartement des moins fréquentez.
Marie Stuard est agréablement surprise
de le trouver au sortir de sa prison , mais,
à ce premier mouvement de joye succede
un sentiment de vertu , quand elle apprend
que le Duc ne parle pas moins
que de déthrôner Elizabeth et de la faire
périr. Norfolck ne peut s'empêcher d'admirer
la noblesse du coeur d'une si illustre
Amante ; il lui promet de ne s'attacher
uniquement qu'à la rendre à ses sujets
et à la rétablir sur le Trône paternel ; il
la quitte pour aller mettre la derniere
main à un projet si glorieux.
Dudley instruit de la conjuration de
Norfolck par un perfide Ami à qui ce
Duc s'est inprudemment confié , veut
tirer parti de ce secret , pour s'insinuer
dans les bonnes graces de Marie Stuard
qu'il aime , comme nous l'avons déja fait
remarquer il lui fait valoir les services
qu'il lui a déja rendus et ceux qu'il peut
encore lui rendre. Marie Stuard qui le
11 Vol
Croir
JUIN. 1734. 1411
que,
croit dans les interêts d'Elizabeth , dont
il est Ministre , se défie de lui ; Dudley
lui proteste qu'il est entierement à elle ,
quoique Ministre de sa Rivale ; Marie
Stuard toujours plus défiante, lui dit
soit qu'il trahisse Elizabeth , soit qu'il
vueille la tromper elle - même, il est ég lement
coupable : Dudley lui répond qu'il ne
peut mieux prouver son innocence que
par l'aveu d'un crime qu'elle a ignoré
jusqu'à ce jour , et ce crime s'explique
par une déclaration d'amour ; M Stuard
prend cette déclaration pour un dernier
pige qu'il lui tend par l'ordre d'Eli
Zabeth ; par malheur Elizabeth atrive
dans ce premier mouvement de colere
et de défiance . M. Stuard lui fait entendre
qu'elle a découvert son artifice et
qu'elle ne doute point que Dudley , qui
a porté l'audace jusqu'à lui parlerd'amour,
ne l'ait fait, pour la faire expliquer avec
plus d'ouverture de coeur.
M. Stuard s'étant retirée avec assez de
hauteur ; Elizabeth éclate contre Dudley
dont elle s'est toujours crûe aimée ; Dudley
a recours à l'artifice , et répond à
Elizabeth que c'est uniquement pour
mieux sonder le coeur de M. Stuard qu'il
lui a parlé d'amour ; Elizabeth le congédie
sans lui faire l'honneur de le croire..
IL Vol.
Gvj Elle:
1412 MERCURE DE FRANCE
Elle est plus indignée contre Dudley
comme sujet perfide , que comme Amant
infidele ; son coeur se tourne tout entier
du côté de l'ambition et paroît craindre
beaucoup plus de perdre le Trône, qu'un
coeur si peu digne d'elle.
Dans l'Acte suivant , Dudley fait une
seconde tentative auprès de M. Stuard ;
il est plus précisement instruit des démarches
du Duc de Norfolck , par le
même traître qui s'est déja ouvert à lui
il dit à M. Stuard qu'il ne tient
qu'à lui de perdre son Rival qu'il
ne tient qu'à elle de se sauver elle même,
en acceptant ses services ; M. Stuard
emportée par son amour,lui répond, que
la premiere loi qu'elle lui impose c'est de
sauver Norfolck ; Dudley frémit à cette
proposition et se retire , la menace à la
bouche ; il ne tarde pas à consommer sa
trahison ; Elizabeth ne le reconnoît que
trop à l'arrivée de Cecil : Ce Ministre
dont on a parlé dans la premiere Scene ,
Jui fait entendre qu'on vient de lui dire
que le Duc de Norfolck a de l'intelligence
dans le Palais et qu'il va en instruire Elizabeth.
M. Stuard l'arrête , et croit ne
pouvoir mieux sauver son Amant qu'en
s'accusant elle- même. Cecil , au comble
de ses voeux , va tout dire à Elizabeth ;
II. Vola M.
JUIN. 1734- 1413
M. Stuard en est dans la consternation .
Pour surcroît de malheur elle voit approcher
le Duc ; elle frémit du peril où
il est exposé : elle lui apprend qu'on sçait
tout ; et qu'il a été trahi par quelqu'un
des conjurez ; elle lui ordonne de sortir
du Palais ; Norfolck vent perir avec elle;
mais elle l'oblige enfin de sortir , après lui
avoir dit que sa qualité de Reine met sa
vie en seureté .
Voilà le noeud de la Piéce arrivé à son
plus haut point , tout ce qui suit s'achemine
à grand pas à un dénouement des
plus funestes pour l'un et pour l'autre.
Amant.
Chelsey Confidente d'Elizabeth , ouvre
la Scene du quatrième Acte avec Marie
Stuard elle lui fait entendre que la
Reine sa maîtresse est toute disposée à
la recevoir entre ses bras , poutvû qu'elle.
vucille bien s'y jetter ; elle ajoute que
c'est le seul azile qui lui reste contre ses
juges, qui vont s'assembler pour lui faire.
son Procès ; au nom de Juge, M. Stuard
ne peut se contenir ; elle ne reconnoît
point de Tribunal qui puisse interroger
une Reine , encore moins la condamner;
elle consent cependant à voir Elizabeth :
cette derniere vient , et après un préam
bule d'indulgence et mênie de tendresse ;
11. Vol.
elle
1414 MERCURE DE FRANCE
elle fait un détail de tous les crimes dont
elle prétend que M. Stuard s'est noircie.
On a trouvé cette Scene très - belle , à la
longueur près ; M. Stuard ,sans répondre
d'une maniere détaillée à chaque chef
d'accusation , nie tout et parle avec tant
d'aigreur à Elizabeth , qu'elle l'oblige à
lui répondre sur le même ton et à se retirer
dans le dessein de lui faire subir le
honteux interrogatoire dont on l'a déja
menacée. Cecil vient l'avertir qu'il est
tems qu'elle paroisse devant ses Juges ;
il veut même lui donner des conseils ;
elle lui ferme la bouche et lui dit en sortant
que ses indignes Juges ne soutiendront
pas un seul de ses regards.
Marie Stuard ayant comparu devant le
Tribunal qu'elle a meprisé , et en ayant
été renvoyée par Cecil , qui a craint que
sa présence n'imposât à ses Juges, apprend
par des avis confus que le Duc de Norfolck
a déja subi l'arrêt de mort qui a
été prononcé contre lui ; elle ne songe
plus qu'à le suivre au tombeau . Monros
ami d'Helton , dont on a déja parlé
comme entierement attaché aux interêts
de Norfolck , vient lui donner une fausse
joye ; il lui dir que le Duc suivi d'une
nombreuse et vaillante escorte ,
vers le Palais d'une maniere à faire trem-
11. Vol. bier
JUIN. 1734. 1419
à se
bler et ses Juges et la Reine même ;
M. Stuard en rend graces au Ciel et se
livre à la douceur de l'espérance ; mais
Helton qui arrive un moment après , la
replonge dans le désespoir , par le funeste
récit qu'il lui fait de la mort de
Norfolck , qui s'est percé le sein sur la
fausse nouvelle qu'on lui a donnée que
sa chereReine venoit de perdre la vie sur
un échafaut : on vient avertir M. Stuard
qu'il est tems d'exécuter l'arrêt de sa
condamnation . Elle ne balance pas
résoudre à la mort pour ne pas survivreà
son Amant. Au reste dans les deux
premieres Représentations on fiitoit reparoître
Elizabeth , résolue en apparen
ce à révoquer Parrêt prononcé contre
M. Stuard , qu'elle traite de soeur dans
tout le cours de la Piéce ; mais cette fin
de Tragédie ayant paru trop ressemblanteaux
dernieres Scenes du Comte d'Essex ,
on a jugé à propos de retrancher une
imitation qui avoit indisposé la plupart
des Spectateurs.
Fermer
Résumé : MARIE STUART, Reine d'Ecosse, Tragédie de M. ***.
La pièce 'Marie Stuart, Reine d'Écosse' est une tragédie jouée au Théâtre Français. Elle met en scène Élisabeth, Reine d'Angleterre, et Marie Stuart, Reine d'Écosse, détenue par Élisabeth. Les personnages clés incluent Dudley, Comte de Leicester, Cecil, et le Duc de Norfolk, tous impliqués dans des intrigues politiques et amoureuses. L'intrigue commence par une délibération entre Élisabeth et ses ministres sur le sort de Marie Stuart. Dudley, amoureux de Marie Stuart, plaide pour sa libération, tandis que Cecil suggère son élimination. Élisabeth ordonne initialement la libération de Marie Stuart, mais Cecil la convainc que Dudley agit par amour pour Marie Stuart. Jalouse, Élisabeth décide d'enquêter sur cette trahison. Le Duc de Norfolk, partisan de Marie Stuart, conspire pour la libérer. Dudley, informé de cette conjuration, tente de gagner la confiance de Marie Stuart en lui offrant ses services, mais elle rejette ses avances. Élisabeth, découvrant la déclaration d'amour de Dudley à Marie Stuart, le congédie. Dans les actes suivants, Dudley trahit Norfolk en révélant sa conjuration à Élisabeth. Marie Stuart, pour protéger Norfolk, s'accuse elle-même. Norfolk est exécuté après avoir appris la fausse nouvelle de la mort de Marie Stuart. Marie Stuart, condamnée à mort, refuse de survivre à son amant et accepte son exécution. La pièce se termine par l'exécution de Marie Stuart, sans la réapparition d'Élisabeth, contrairement aux premières représentations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 2-41
AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
Début :
L'Ouvrage périodique auquel vous avez dessein de travailler, Monsieur, peut [...]
Mots clefs :
Philosophie, Histoire, Comédie, Tragédie, Poésie, Littérature, Anecdotes littéraires, Langues, Style, Journaliste, Pièces, Public, Goût, Ouvrages, Auteurs, Français, Art, Monde, Hommes, Lettres, Esprit, Théâtre, Roi, Pièce, Auteur, Journal, Livres, Gens, Sujet, Molière, Mérite, Jean Racine, Ouvrage, Pays, Beau, Pierre Corneille, Lecteurs, Europe, Nation, Idées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
AVIS à un Journaliste , 10 Mai 1737.
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deſſein de travailler , Monfieur , peut
très-bien réüflir , quoiqu'il y en ait déja de
cette eſpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaiſe à notre Siecle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots ; ſoyez impartial.
Vous avez la ſcience & le goût , ſi avec
cela vous êtes juſte , je vous prédis un ſuccès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Litterature , depuis les Mathématiques
juſqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie , qui ſoutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre eſpece de
Journal , juſqu'à une Chanſon qui ſera bien
faite. Rien n'eſt à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacreon & Ciceron ne
fait point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE ..
Vous ſçavez affés de Géométrie & de
Phyſique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE. 1744. ॐ
Leurs épines ſans les charger de fleurs qui ne
Jeur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une eſpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propoſe , ou des
vérités qu'on établit. Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaſſendi l'a rendu plus vraifemblable
, expoſez lesdegrés infinisde probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par ſes raiſonnemens , par ſes obfervations
& par ſes calculs..
S'agit- il d'un Ouvrage ſur la Nature de
l'Air ? il est bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péſanteur , mais non ſon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins ſçavoir l'Hiſtoire des Sciences ,
les gens du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raifon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
ſujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le
peſa , ainſi qu'on peſe un poids dans une
balance , comment on connut ſon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eſt preſque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ,
inconnuës juſqu'à nos jours.
Paroît- il un Livre hériſſé de Calculs & de
Problêmes ſur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de ſon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en uſage , quoiqu'en ſe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
juſqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , auſquelles l'eſprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveauMonde, înais qui laiſſent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage ſur la
Gravitation des Aſtres , fur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , ſi vous rendez
l'Hiſtoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui oſa l'annoncer comme par
inftinct , juſqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle peſe ſur le Soleil ,
&le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage ſoit un ReNOVEMBRE.
1744. 5
giſtre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, ſurtout en expoſant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieuſes qui irritent un Auteur &
ſouvent toute une Nation , ſans éclairer
perſonne. Point d'animoſité, point d'ironie.
Que diriez - vous d'un Avocat Général , qui
en réſumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eſt pas fi reſpectable
, mais fon devoir eſt à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra-t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut-être
le mieux à traiter , ce ſont les Morceaux
d'Hiſtoire , c'eſt là ce qui eſt le plus à la por .
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eſt pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de ſçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
fonttranſmis ſous le nom d'Hiſtoire , qu'on
MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importentgueres.
Si vous rendez compte de l'Hiſtoire ancienne
, proſcrivez , je vous en conjure ,
toutes cesdéclamations contre certains Conquérans.
Laiſſez Juvenal & Boileau, donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euſſent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Alexandre inſenſé. Vous Philoſophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , ſemblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger ſon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
:ne le faites pas voir ſeulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs , & portant fes Conquêtes juſqu'à
l'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréſentez le donnant des Loix
au milieude la Guerre , formant des Colonies
, établiſſant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujourd'hui
le centre du Négoce : c'eſt par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois , &
c'eſt ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes&des Ports que Céſar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé,&c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
NOVEMBRE. 1744 . 7
Inſpirez ſurtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiſtoire des tems récents , qui
eſt pour nous de néceſſité , que pour l'ancienne
, qui n'est que de curioſité ; qu'ils
fongentque la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par celanmême qu'elle eſt moderne.
Je voudrois ſurtout que vous recommandaffiez
de commencer ſérieuſement l'étude
de l'Histoire , an fiécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X , François
Premier. C'eſt- là qu'il ſe fait dans l'efprit
humain dans notre Monde une révolutionqui
a tout changé. Conftantinople eſt
priſe , & la puiſſance des Tures eſt établie
enEurope ; l'Amérique est découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des tréſors du
Nouveau Monde.Veniſe, qui faisoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne-Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean . La Chine , Siam , deviennent
des Alliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerſelle .
Une nouvelle Religion diviſe le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiſſent , brillent
en Italie ,& répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'E
pagne ;les Langages de l'Europe& les moeurs
ſe poliffent. Enfin c'eſt un nouveau cahos
qui ſe débroüille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eſt aujourd'hui.
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que LéonX , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier ,
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiſtoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'eſ
faye de faire voir le progrès de l'eſprit humain-&
de tous les Arts , ſous Louis XIV.
Puiſſai-je avant que de mourir laiſſfer ce Мо-
nument à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires ſur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , ſur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniſtre de la Guerre , né pour être le
Miniſtre d'un Conquérant , ſur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeſtique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'oſe parler des faures
inſéparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui diſoit à l'Ambaſſadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE. 1744. ,
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts ! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à ſa fin ce
grandOuvrage.
,
Je vous prierai de bien faire fentir que fi
nos Hiſtoires modernes , écrites par des
Contemporains , ſont plus certaines & plus
générales que toutes les Hiſtoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteuſes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion;
le Guerrier , le Magiſtrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eſt le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'eſprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage.Nousn'avons gueres
d'Hiſtoriens anciens qui ayent écrit les
unscontre lesautres ſur lemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticiſme ſur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteſtables , quelque peu vrai-femblables
qu'elles foient , &que nous reſpectons pour
deux raiſons , parce qu'elles ſont anciennes,
&parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Hiſtoriens Contemporains ,
nous ſommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même choſe qu'aux
Puiſſances qui ſont en guerre. Chaque Parti
t
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſondeſon coté.
Voyez que de contradictions ſur Marie
Stuard, ſur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
ſur les Troubles de Hongrie , ſur l'établiſſement
de la Religion Proteftante ; ſur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation aubout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit ſur le même Evenement&
fur la même perſonne. J'en ai été
témoin au ſujetdu feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a effuyer
ſur l'Hiſtoire de Charles XII ? J'ai
écrit ſa Vie finguliere ſur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans ſon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; ſur celles deM.de
Villelongue ,long-tems Colonel à fon fervice;
fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiſſy , Ambaſſadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préſent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiſtoire de ſon Regne;
je ſuis sûrque leChapelain aura ſouvent
vû les mêmes choſes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaſſadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champdans les choſes où ce nouvel Hiftorien
aura évidemment raiſon , & de laifſer
les autres au jugement des Lecteurs défintéreſſes.
Que ſuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. Is
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'eſt indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun ſujet de les flater ni
d'enmédire ; je les traiterai avec le refpe&
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le reſpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourrajamais.
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles-Lettres ,qui ferontun
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eſt d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eſt plus épuré parmi
nous , & qu'il eſt devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , ſans doute , de
ſuivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiſſer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le ſoûtien. Il eſt
juſte de donner la préférence à Moliere, fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les ſages Italiens ,qui placent Raphaël
au premier rang , mais qui admirens
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , &c .
Moliere eſt le premier , mais il ſeroit injuſte
& ridicule de ne pas mettre le foncur
à côté de ſes meilleures Piéces. Refufer
ſon eſtime aux Menechmes , ne pas s'amuſer
beaucoup au Légataire univerſel, ſeroit d'un
homme ſans juſtice & fas goût , & qui ne
ſe plaît pas à Renard , n'eſt pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Pieces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Eſprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , &c. font
au- deſſus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au-deſſus pour la fineſſedes
Caractéres , pour l'eſprit dont la plupart
font affaiſonnées ,& même pour la bonne
plaiſanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détailde tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; maisje dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François ſeront affés heureux,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez-vous bien de vouloir rabaiffer leur
ſuccès , ſous prétexte que ce ne ſont pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement, qui ne prend ſa
ſource que dans l'envie ; ne cherchez point
à proſcrire les Scénes attendriſſantes , qui ſe
trouvent dans cesOuvrages , car lorſqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eſt propre
, a encore celui d'intéreſſer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe facher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'oſe dire que ſi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peuplus intéreſſantes,on
veroit plus de monde à leurs repréſentations.
LeMiſantrope ſeroit auſſi ſuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoiſe. L'Art d'étendre ſes
limites ſans les confondre avec celles de la
Tragédie , eſt un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager,&honteux de vouloir détruire
; c'en est un que ſçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai toîû
jours reconnu l'eſprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piece nouvelle
qu'ils venoient d'entendre,&j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eſt
vrai qu'au fond l'eſprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles-Lettres font les
mêmes.
Expoſer en termes clairs & élégants un
ſujet , qui quelquefois eft embroiüillé , &
fans s'atracher à la diviſion des Actes,éclaircir
l'intrigue & le dénoiement , les raconter
comme une Hiſtoire intéreſſante , peindre
d'un trait les Caractéres ,dire enſuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-ſemblable ,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux ,bien ſaiſir le mérite ou le vice général
du ſtyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eſt fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eſt plus facile à certains efprits
de ſuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous ſçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeſſus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande ſeulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenſe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaiſir de les préferer contre votre
ſentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de ſes moins bonnes , vous avouâtes
que c'étoitune choſe impoſſible. Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prusias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere& Maridans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne ſoyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eſt ni Mari ni Pere ,
Il regarde ſon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez .
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de ſi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleſſe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fonOncle, que fi le Proverbe : Cela est beau
comme le Cid , paſſa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus cauſer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eſt Corneille lui-même qui
le détruiſit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur ſera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreſſe pas ?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoiſe , mais ne découragez
pas leurs fucceſſeurs , en affûrant que
la carriere eſt remplie , & qu'il n'y a plus
deplace. Corneille n'eſt pas aſſés intéref-
Lant; ſouvent Racine n'eſt pas affés tragiNOVEMBRE.
1744 . 17
que.L'Auteur de Vinceſlas, celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particulieres
, qui manquent à ces deux grands
Hommes ,& il eſt à préſumer que ces trois
Pieces reſteront toûjours ſur le Théatre
François , puiſqu'elles s'y ſont ſoûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amaſis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compoſé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eſt que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eſt excellente , ou
elle eſt mauvaiſe , ou tel Acte eſt impertinent
, ou tel rôle eſt pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiſſez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
ſoyez für que l'Arrêt ſera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez ſans preuve,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eſt pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eſt le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées ſur le
même ſujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiecte paffé ; loſqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
P'Original Eſpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je ſuppoſe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il ſeroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloiſe , dont elle eſt tirée.
Paroît- il quelque Ouvrage inſtructif ſur
les Piéces de l'illuſtre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eſt que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le ſujet de Phédre
ſur leur Theatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédrede Smith eſt une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajizet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir ſous
leurs yeux la comparaiſon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe &de l'Angloiſe. C'eſt ainſi ,
à mon gré , que la ſage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vraye Critique avons-nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle ilmanque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE .
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal, ſi vousl'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
aubon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux font remplis.On a desVersduCom
teAntoineHamilton,né en France,qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ſtyle Epiſtolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duflé , de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , ſuffiſoient autrefois à faire la réputation
des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle;
ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il eſt plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaiſir aux Lecteurs délicats.
NosChanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
20 MERCURE DE FRANCE.
• nacreon , & le nombre en eſt étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal ſérieux
; ce ſeroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal. S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poësie, qui faſſent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les eſprits , & fur
leſquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eſt alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , ſans le paroître ,& le conduifant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés ſans emphafe, & les défauts
ſans aigreur ; c'eſt alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on déteſte & qu'on mépriſe
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
ſeconde , où tous nosAuteurs font inſultés,
l'examen ſuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la juſteſſe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744 . 21
Tout Inſtitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eſt un foible Problême ,
Et , quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que ſa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais ébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Et préférer le moindre au plus parfait.
:
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Institut , tout Art ,
toute Police , ſemble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police ſemble n'avoir aucun rapport
au goût dont il eſt queſtion. De plus ,
le terme de Police doit- il entrer dans des
Vers ? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Proſe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée ,ſeroit ridicule , quand
:
By
1
22 MERCURE DE FRANCE.
:
même le terme feroit élégant , & ſemble
infupportable , puiſque ce terme eſt une
expreffion plus convenable àdes affaires ,
qu'à la Poësie. La Diſſemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
desgoûts est un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François. A le bien prendre
, paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il ſemble qu'un Problê
me n'eſt ni foible ni fort , il peut être aiſe
ou difficile , & ſa ſolution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée .
Et quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëſie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille ſechereſſe , mais la raiſon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eſt ſubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deuxgoûts.
Arriver au goût pas-à-pas , eſt encore , je
crois, une façon de parler peu convenable
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent
Est- ce la bonté du Public ; eſt- ce la bonté
du goût ?
L'ennui dubeau nous fait aimer le laid ,
Enpréférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. 23
I1 °. Le beau & le laid , font des exprefhons
réſervées au bas Comique. 2° . Si on
aime le laid , ce n'eſt pas la peine de dire
enſuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'est pas oppoſé Grammaticalement
au plus parfait. 4". Le moindre eſt un
mot qui n'entre jamais dans la Poësie. C'eſt
ainſi que ce Critique faifoir fentir fans amertume
, toute la foibleſſe de ces Epitres. II
n'y avoit pas trente Vers qui échapafflent à
ſajuſte cenfure ,& pour mieux inſtruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autreOuvrage du même Auteur ſur un fujet
de Littérature à peu près ſemblable. Il rapportoit
les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Deſpreaux , & cet objet de comparaifon
achevoit de perfuader mieux que les
diſcuſſions les plus folides & les plus fubtiles.
De l'expoſé de tous ces Vers diſſillabes ,
ilprenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds.
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ſtyle,qu'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme &dans un
Conte , comme les figures de Calor ne doivent
paroître que dans des Groteſques
mais quand il faut mettre la Raifon enVers ,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monstrueux de la Langue
Bvj
24 MERCURE DE FRANCE.
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la 、
Langue de nos jours , eſt l'abus le plus condamnable
qui fe foit gliffé dans la Poefie.
Marot parloit ſa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eſt auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit PArchitecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez ſouvent occafion
dedétruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ſtyle , parce qu'il eſt malheureuſement
facile.
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenſeur ſolide& falutaire,
Que la Raiſon conduiſe & le ſçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr, d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut ſe
cacher.
Mais il eſt bien difficile , & est- il bien
élégant de dire ?
Donc, fi Phoebus ſes échets vous adjuge ,
Pour bien joüer , confultez tout bon Juge.
Pour bien joüer , hantez les bons Joüeurs ,
Sur tout , craignez le poiſon des Loüeurs;
Acoſtez - vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE. 1744. 25
Vers familiers dans ces Piéces de Poësie , au
contraire , ils y font néceſſaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
:
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eſt , modo triſti ,ſepè jocoso
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poeta ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &&
groteſque n'est pas de la fimplicité , c'eſt de
la grofiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdoctes Littéraires.
Je raſſemble ici ſous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiſſent ſi ſouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiſſe ſe vanter d'un fi
grand nombre d'aufli jolis Ouvrages de Bekles-
Lettres. Il eſt vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une, foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en uſe avee
1
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous ſes Contemporains
; on choiſit quelques amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothéque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres ,
dans lesquels on trouve ſouvent des chofes
agréables , amuſent ſucceſſivement les honnêtes-
gens , délaſſent l'homme férieux dans
l'intervalle de ſes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'eſprit , & cette
délicateſſe, qui fait fon caractere.
Ne condamnez point avec dureté tout
cequi ne ſera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Conſpiration de Veniſe de l'Abbé de
S. Real , auſſi plaiſant & auffi original que
la converſation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaiſante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne ſera pas aufli naturel
, auſſi fin , auffi guai que le Voyage ,
quoiqu'un peu inégal,de Bachaumont &de
Chapelle.
د
Non fi primores Moconius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces :
Steficorique graves camana
NOVEMBRE. 1744. 27
Necfi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor ,
Vivuntque commiffi calores
Æolis fidibus puella.
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs,&répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette ſévérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eſt énervée,
que le bon goût eſt perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne ſeroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fur
écrit du ſtyle de Bourdaloiie. Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
?Veulent-ils que Jacob ,dans lePayfan
parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages. Une penſée trop fine
feroit une tache dans le Diſcours fur l'Hiftoire
Univerſelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Ouvrage d'agrément , dansun
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineſſe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas ? Les Livres ſont la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près ſemblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penſées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enſemble ( & c'eſt
en quoi le goût conſiſte ) c'eſt exciter les
Auteurs à dire , s'il ſe peut , des chofes nouvelles
; c'eſt entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles ſi expreſſives
: ce que Deſpreaux a rendu d'une
maniere ſi correcte , ce que Driden & Rocheſter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eſt de ces paralleles comme de
l'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eſt par là que vous ferez voir
fouvent , non-feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur leſquelles il eſt toujours bon d'inſtruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eſt de feuM. Deſallengre , & d'un illuſtre
Mathématicien , conſommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'eſprit à
Férudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanſon
avec beaucoup de Remarques. Mais ſi on
ajoute à cette plaiſanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vontdans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles- Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monstrueux .
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plusde cent Vers de ce Poëte.admi
rable. J'en ai vû une intitulée , S. Jean-
Baptiste , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne preſque entiere de Berenice, Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne fenSo
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de lajaloufie eſt ſouvent abfurde.
En deffendant lesAuteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribuë à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres,
auſquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétenduë Paix univerſelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne ſe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'endiſent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems. Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors ,
& voyez ſi un Prince auſſi ſage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande)
le Livre fameux , connu ſous le nom du
Teſtament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
cegrand Miniſtre en ſoit l'Auteur . 1º. Parceque
jamais le Manuſcrit n'a été vû , ni connu
chés ſes héritiers , ni chés les Miniſtres
qui lui fuccederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après ſa mort , ſans avoir
NOVEMBRE.
1744. 31
été annoncé auparavant. 3 °. Parce que l'Editeur
n'oſe pas ſeulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eſt devenu , en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il eſt
d'un ſtyle très-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait ſigner ſon nom d'une façon dont il
ne ſe ſervoit pas. 6° . Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreſſions & d'idées
, peu convenables à un Grand Miniftre
, qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auſſi poli que
le Cardinal de Richelieu , eur appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Eſt- il vrai -femblable que le Miniſtre d'un
Roi de quarante ans , lui faſſe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le ſecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propoſition, que la Raifon doit être
la règle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniſtre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eſt-il vraiſemblable , qu'il eut rapporté au
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teſtament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
(dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appelle au Conſeil ,il promit au Roi
d'abaiſſer ſes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit- on pas
ſe ſouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Conſeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le ſecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'aſcendant ſur l'eſprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
8 °. On prétend ( dans le ſecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenſa pour la Guerre 60 mil
lions par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans cefſer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté ,
dans le Chapitre 9 , ſeconde Partie , il eſt
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente-cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
:
9. Est- il d'un Miniſtre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , às pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 , au
deniers ? Ledenier cinq eſt vingt pour cent;
& le denier vingt eſt cinq pour cent ; ce
ſont des choſes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eſt- il vraiſemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propoſe , Chap.
໑ , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eſt- il vraiſemblable
qu'il ait propoſé de ſupprimer lesGa
belles ; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oiſif, plutôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12°. Enfin ne
voit- on pas combien il eſt incroyable qu'un
Miniſtre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jusqu'à la Paix ?
Voilà bien des raiſons de douter , que cet
illuſtre Miniſtre ſoit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inſtruit ,
que le Teftament Politique étoit de l'Abbé
de Bourſeis , l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'il eſt plus aiſé de ſçavoir
de qui ce Liyre n'eſt pas , que de connoître
ſon Auteur ; & en rendant ainſi juftice
à tout le monde , en péſant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnie.
34 MERCURE DE FRANCE.
(
4
Parlez avec courage contre ces injuftices
, & faites ſentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte ſcache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
legénie n'eſt preſque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceſſaires à un François. Les
Italiens ſont les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufquesdans
les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop conſeiller l'étude de leur Langue.
Il eſt triſte que leGrec ſoit négligé en
France , mais il n'eſt pas permis à un Journaliſte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mors François
,dont il n'aura jamais qu'une idée confuſe
: car depuis l'Arithmétique juſqu'à
l'Aſtronomie , quel eſt le terme d' Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable ?A
peine y a-t'il un muscle , une veie , un ligament
dans notre corps , une maladie , ut.
reméde, dont le nom ne ſoitGrec ; donnez
NOVEMBRE. 1744. 35
moi deux jeunesgens , dont l'un ſçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eſt malade , d'une péripneumonie ,
celui qui ſçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots ſont compoſés ; l'autre ne
comprendra abſolument rien.
Pluſieurs mauvais Journaliſtes ont ofé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere . Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il eufſent
vû que la Traduction eſt plus au-defſous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeſſous
de Virgile.
Un Journaliſte , verſé dans la LangueGrecque
, pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthene , quelques foibleſſes au milieu
de ſes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous demande,
Meſſieurs les Athéniens, avez- vous la
Paix?Non, de parJupiter , répondez - vous ,
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , ſur cet expoſé , pourroit croirequeDemofthene
plaiſante à contre-tems ;
que ces termes familiers ,& réſervés pour le
bas Comique : Meſſieurs les Athéniens depar
Jupiter , répondent à de pareilles expref
1
36 MERCURE DE FRANCE.
1
,
Lions Grecques. Il n'en est pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obſerver , pourvû qu'en même- tems
il remarque encore plus les beautés.
Il feroitàſouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales ,nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eſt de l'Hiſtoire de la plus grande
parrie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inſtruits de la Religion de
Zoroastre , dont les Sectateurs ſubſiſtent en
core , quoique ſans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés ſuperftitieuſes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ;on connoîtroit les reſtes de
L'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faſtueux d'Hiſtoire
Univerſelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu ſous ſa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde.
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37
guer étrangeres ne vous faſſe pas mépriſer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne ſoyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
faitdire :
Ales phaſiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quæritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après ſa mort , aucun
Poëte François.
و en fait Je voudrois , encore une fois
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du ſien. J'appliquerai à ce
ſujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eſt par l'étude que nous ſommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eſt peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eſt le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eſt le ſeul Compilateur
qui ait du goût; cependant dans ſon
I. Vol. C
38 MERCURE DE FRANCE.
ſtyle , toûjours clair & naturel , il y a top
de négligence , trop d'oubli des bienféancess
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converſation avec ſon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleſſe de ſtyle , & aux expreſſions
triviales d'une converſation trop ſimple ,
& en cela il rebute ſouvent l'homme de
gofût .
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eſt l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il, s'amufoit
plus a tâtonner & à baiſer ſon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eſt trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef- d'oeuvre, par vous écrit juſqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceſſaire , intelligible , & fonore. Des
idées nouvelles , furtouten Phyſique , exigent
des expreſſions nouvelles, mais ſubſtituer
à un mot d'uſage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eſt
pas enrichir la Langue , c'eſt la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce reſpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage,que celui qui a fait lagloire de
ces belles années .
Songez ſurtout que ce n'eſt point avec la
familiarité du ſtyle Epiſtolaire,mais que c'eſt
avec ladignitédu ſtyledeCiceron,qu'ondoit
traiter la Philoſophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauſſi ſolidement, qu'il
a expoſé ſes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans ſa Langue avec netreté&
avec grace ; ſon ſtyle eft charmant ,
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre-tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les ſuivez pas ſervilement : O imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliſſez -vous d'idées profondes & juttes;
alors les mots viennent aisément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penſe , ſont auſſi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt ſe
corrompre, cette altération viendra de deux
ſources; l'une eſt le ſtyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre eſt
ને
Cij
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réſident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux ſont infectés continuellement
d'expreſſions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire .
Par exemple , rien n'eſt plus commun
dans les Gazettes que cette phrase , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
zeljourbattu en breche ; on ditque les deux
armées ſeſeroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſeſont approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conſtruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ſtyle qu'on a malheureuſement
conſervédans le Barreau ,& dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce ſtyle gothique des Edits
&des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs. On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui ſont faites
pour être entenduës aisément ; on de
NOVEMBRE.
1744. 41
vroit imiter l'élégance des Inſtituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ſtyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les choſes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où ſe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre eſpece de barbarie , qui vient du
Langage desMarchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préſente, au lieude cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreſſions. Le ſeul expoſé de pareilles fautes
doit ſuffire pour corriger les Auteurs .
L'OUVRAGE périodique auquel vous
avez deſſein de travailler , Monfieur , peut
très-bien réüflir , quoiqu'il y en ait déja de
cette eſpéce. Vous me demandez comment
il faut s'y prendre , pour qu'un tel Journal
plaiſe à notre Siecle & à la Posterité. Je
vous répondrai en deux mots ; ſoyez impartial.
Vous avez la ſcience & le goût , ſi avec
cela vous êtes juſte , je vous prédis un ſuccès
durable. Notre Nation aime tous les genres
de Litterature , depuis les Mathématiques
juſqu'à l'Epigramme. Aucun des Journaux
ne parle communément de la partie la
plus brillante des Belles-Lettres , qui font
les piéces de Théatre , n'y de tant de jolis
Ouvrages de Poësie , qui ſoutiennent tous
les jours le caractere aimable de notre Nation.
Tout peut entrer dans votre eſpece de
Journal , juſqu'à une Chanſon qui ſera bien
faite. Rien n'eſt à dédaigner. La Gréce qui
fe vante d'avoir fait naître Platon , fe glorifie
encore d'Anacreon & Ciceron ne
fait point oublier Catulle.
SUR LA PHILOSOPHIE ..
Vous ſçavez affés de Géométrie & de
Phyſique , pour rendre un compte exact des
Livres de ce genre , & vous avez affez d'efprit
pour en parler avec cet art qui leur ôte
NOVEMBRE. 1744. ॐ
Leurs épines ſans les charger de fleurs qui ne
Jeur conviennent pas .
Je vous confeillerois fur tout , quand vous
ferez des extraits de Philofophie , d'expofer
d'abord au Lecteur une eſpéce d'abregé Hiftorique
des opinions qu'on propoſe , ou des
vérités qu'on établit. Par exemple , s'agit- il
de l'opinion du vuide ? Dites en deux mots
comment Epicure croyoit le prouver , montrez
comment Gaſſendi l'a rendu plus vraifemblable
, expoſez lesdegrés infinisde probabilité
que Neuton a ajoutés enfin à cette
opinion par ſes raiſonnemens , par ſes obfervations
& par ſes calculs..
S'agit- il d'un Ouvrage ſur la Nature de
l'Air ? il est bon de montrer d'abord qu'Ariftote
& tous les Philofophes ont connu fa
péſanteur , mais non ſon degré de péfanreur.
Beaucoup d'ignorans qui voudroient
au moins ſçavoir l'Hiſtoire des Sciences ,
les gens du Monde , les jeunes Etudians
verront avec avidité par quelle raifon &
par quelles expériences , le grand Galilée
combattit le premier l'erreur d'Ariftote , au
ſujet de l'Air ; avec quel art Torricelli le
peſa , ainſi qu'on peſe un poids dans une
balance , comment on connut ſon reffort ,
comment enfin les admirables expériences
de M. Hales & de Boheraave , ont découvert
les effets de l'Air , qu'on eſt preſque forcé
4 MERCURE DE FRANCE.
d'attribuer à des propriétés de la matiere ,
inconnuës juſqu'à nos jours.
Paroît- il un Livre hériſſé de Calculs & de
Problêmes ſur la Lumiere ? quel plaifir ne
faites-vous pas au Public de lui montrer les
foibles idées que l'éloquente & ignorante
Gréce avoit de la réfraction & ce qu'en dit
l'Arabe Alhazen , le feul Géométre de ſon
tems : ce que devine Antonio de Dominis ;
ce que Deſcartes met habilement & Géométriquement
en uſage , quoiqu'en ſe trompant
; ce que découvre ce Grimaldi , qui a
trop peu vécu , enfin ce que Neuton pouffe
juſqu'aux vérités les plus déliées & les plus
hardies , auſquelles l'eſprit humain puiffe
atteindre , vérités qui nous font voir un
nouveauMonde, înais qui laiſſent un nuage
derriere elles ?
Compofera- t'on quelque Ouvrage ſur la
Gravitation des Aſtres , fur cette admirable
partie des démonstrations de Neuton ? ne
vous aura-t'on pas obligation , ſi vous rendez
l'Hiſtoire de cette Gravitation des Aftres
, depuis Copernic qui l'entrevit , depuis
Repler qui oſa l'annoncer comme par
inftinct , juſqu'à Neuton qui a démontré à
la terre étonnée , qu'elle peſe ſur le Soleil ,
&le Soleil fur elle ? Nommez dans l'occafion
les Inventeurs de toutes les découvertes
nouvelles ; que votre Ouvrage ſoit un ReNOVEMBRE.
1744. 5
giſtre fidéle de la gloire des Grands Hommes
, ſurtout en expoſant des opinions , en
les appuyant , en les combattant , évitez les
paroles injurieuſes qui irritent un Auteur &
ſouvent toute une Nation , ſans éclairer
perſonne. Point d'animoſité, point d'ironie.
Que diriez - vous d'un Avocat Général , qui
en réſumant tout un Procès , outrageroit par
des mots piquans la Partie qu'il condamne ?
Le rolle d'un Journaliſte n'eſt pas fi reſpectable
, mais fon devoir eſt à peu près le même.
Vous ne croyez point l'Harmonie préétablie
, faudra-t'il pour cela décrier Leibnits
?
SUR L'HISTOIRE.
Ce que les Journaliſtes aiment peut-être
le mieux à traiter , ce ſont les Morceaux
d'Hiſtoire , c'eſt là ce qui eſt le plus à la por .
tée de tous les hommes & le plus de leur
goût. Ce n'eſt pas que dans le fond on ne
foit auffi curieux pour le moins de connoître
la Nature , que de ſçavoir ce qu'a fait Sefoftris
ou Bachus , mais il en coure de l'application
pour examiner : par exemple, par quelle
Machine on pourroit fournir beaucoup d'eau
à la Ville de Paris , ce qui nous importe
pourtant affés , & on n'a qu'à ouvrir les
yeux pour lire les anciens Contes , qui nous
fonttranſmis ſous le nom d'Hiſtoire , qu'on
MERCURE DE FRANCE.
nous répéte tous les jours & qui ne nous
importentgueres.
Si vous rendez compte de l'Hiſtoire ancienne
, proſcrivez , je vous en conjure ,
toutes cesdéclamations contre certains Conquérans.
Laiſſez Juvenal & Boileau, donner
du fond de leur Cabinet , des ridicules à
Alexandre , qu'ils euſſent fatigué d'encens
s'ils euffent vêcu fous lui , qu'ils appellent
Alexandre inſenſé. Vous Philoſophe impartial
, regardez dans Alexandre ce Capitaine
Général de la Gréce , ſemblable à peu près à
un Scanderberg , à un Huniade , chargé
comme eux de venger ſon Pays , mais plus
heureux , plus grand , plus poli & plus magnifique
:ne le faites pas voir ſeulement
fubjuguant tout l'Empire de l'ennemi deş
Grecs , & portant fes Conquêtes juſqu'à
l'Inde , où s'étendoit la domination de Darius
, mais repréſentez le donnant des Loix
au milieude la Guerre , formant des Colonies
, établiſſant le Commerce , fondant
Alexandrie & Scanderon , qui font aujourd'hui
le centre du Négoce : c'eſt par là furtout
qu'il faut confiderer les Rois , &
c'eſt ce qu'on néglige. Quel bon Citoyen
n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des
Villes&des Ports que Céſar a bâris , du Calendrier
qu'il a réformé,&c.que des hommes
qu'ila fait égorger ?
NOVEMBRE. 1744 . 7
Inſpirez ſurtout aux jeunes gens plus de
goût pour l'Hiſtoire des tems récents , qui
eſt pour nous de néceſſité , que pour l'ancienne
, qui n'est que de curioſité ; qu'ils
fongentque la moderne a l'avantage d'être
plus certaine , par celanmême qu'elle eſt moderne.
Je voudrois ſurtout que vous recommandaffiez
de commencer ſérieuſement l'étude
de l'Histoire , an fiécle qui précede immédiatement
Charles-Quint, Léon X , François
Premier. C'eſt- là qu'il ſe fait dans l'efprit
humain dans notre Monde une révolutionqui
a tout changé. Conftantinople eſt
priſe , & la puiſſance des Tures eſt établie
enEurope ; l'Amérique est découverte &
conquife. L'Europe s'enrichit des tréſors du
Nouveau Monde.Veniſe, qui faisoit tout le
commerce , perd cet avantage. Les Portugais
paffent le Cap de Bonne-Efpérance ,
établiffent le Commerce des grandes Indes
par l'Ocean . La Chine , Siam , deviennent
des Alliés des Rois Europeans. Une nouvelle
politique , qui fait la balance de l'Europe,
éleve une barriere infurmontable à l'ambition
de la Monarchie univerſelle .
Une nouvelle Religion diviſe le Monde
Chrétien de créance & d'intérêt. Les Let
tres , tous les Beaux- Arts , renaiſſent , brillent
en Italie ,& répandent quelque foible
8 MERCURE DE FRANCE.
Aurore fur la France , l'Angleterre & l'E
pagne ;les Langages de l'Europe& les moeurs
ſe poliffent. Enfin c'eſt un nouveau cahos
qui ſe débroüille , & d'où naît le Monde
Chrétien , tel qu'il eſt aujourd'hui.
Le beau fiécle de Louis XIV acheve de
perfectionner ce que LéonX , tous les Médicis
, Charles Quint , François Premier ,
avoient commencé. Je travaille depuis longtems
à l'Hiſtoire de ce dernier fiécle , qui .
doit être l'exemple des fiécles à venir ; j'eſ
faye de faire voir le progrès de l'eſprit humain-&
de tous les Arts , ſous Louis XIV.
Puiſſai-je avant que de mourir laiſſfer ce Мо-
nument à lagloire de ma Nation ! J'ai bien
des matériaux pour élever cet Edifice, je ne
manque point de Mémoires ſur les avantages
que le grand Colbert a procurés & vouloit
faire à la Nation & au Monde , ſur la
vigilance infatigable , fur la prévoyance
d'un Miniſtre de la Guerre , né pour être le
Miniſtre d'un Conquérant , ſur des révolutions
arrivées dans l'Europe , fur la vie privée
de Louis XIV , qui a été dans ſon Domeſtique
, l'exemple des hommes , comme
il a été celui des Rois. J'oſe parler des faures
inſéparables de l'humanité , parce qu'elles
font valoir les vertus, & j'applique à ***
ce beau mot de Henri IV, qui diſoit à l'Ambaſſadeur
de Don Pedre : quoi donc , votre
NOVEMBRE. 1744. ,
Maître n'a-t'il pas affés de vertu pour avoir
des défauts ! mais j'ai bien peur de n'avoir
ni le tems ni la force de conduire à ſa fin ce
grandOuvrage.
,
Je vous prierai de bien faire fentir que fi
nos Hiſtoires modernes , écrites par des
Contemporains , ſont plus certaines & plus
générales que toutes les Hiſtoires anciennes,
elles font quelquefois plus douteuſes dans
les détails. Je m'explique, les hommes different
entre eux d'état, de parti , de Religion;
le Guerrier , le Magiſtrat , le ** , le ***
ne voyent point les mêmes faits avec les
mêmes yeux , c'eſt le vice de tous les tems,
Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres
Puniques dans l'eſprit d'un Romain , &
il eût reproché à Rome la mauvaiſe foi dont
Rome accufoit Carthage.Nousn'avons gueres
d'Hiſtoriens anciens qui ayent écrit les
unscontre lesautres ſur lemêmeEvénement,
ils auroient répandu le Scepticiſme ſur des
chofes que nous prenons aujourd'hui pour
inconteſtables , quelque peu vrai-femblables
qu'elles foient , &que nous reſpectons pour
deux raiſons , parce qu'elles ſont anciennes,
&parce qu'elles n'ont pas été contredites.
Nous autres Hiſtoriens Contemporains ,
nous ſommes dans un cas bien different ; il
nous arrive ſouvent la même choſe qu'aux
Puiſſances qui ſont en guerre. Chaque Parti
t
10 MERCURE DE FRANCE.
chante victoire , chacun a raiſondeſon coté.
Voyez que de contradictions ſur Marie
Stuard, ſur les Guerres Civiles d'Angleterre ,
ſur les Troubles de Hongrie , ſur l'établiſſement
de la Religion Proteftante ; ſur le
Concile de Trente. Que dis-je ? La même
Nation aubout de vingt ans , n'a plus les
mêmes idées qu'elle avoit ſur le même Evenement&
fur la même perſonne. J'en ai été
témoin au ſujetdu feu Roi Louis XIV ; mais
quelles contradictions n'aurai-je pas a effuyer
ſur l'Hiſtoire de Charles XII ? J'ai
écrit ſa Vie finguliere ſur les Mémoires de
M.de Fabrice, qui a été huit ans ſon Favori ;
fur les Lettres de M. de Fierville , Envoyé
de France auprès de lui ; ſur celles deM.de
Villelongue ,long-tems Colonel à fon fervice;
fur celles de M. de Poniatousky. J'ai
confulté M. de Croiſſy , Ambaſſadeur de
France auprès de ce Prince , & j'apprends
à préſent que M. Norberg , Chapelain de
Charles XII , écrit une Hiſtoire de ſon Regne;
je ſuis sûrque leChapelain aura ſouvent
vû les mêmes choſes avec d'autres yeux que
le Favori , & l'Ambaſſadeur. Quel parti
prendre en ce cas ? celui de me corriger fur
le champdans les choſes où ce nouvel Hiftorien
aura évidemment raiſon , & de laifſer
les autres au jugement des Lecteurs défintéreſſes.
Que ſuis-je en tout cela ? Je ne
NOVEMBRE. 1744. Is
fuis qu'un Peintre , qui cherche à repréſenter
d'un pinceau foible , mais vrai , les hommes
tels qu'ils ont été. Tout m'eſt indifferent
de Charles XII & de Pierre-le-Grand,
excepté le bien que ce dernier a pû faire aux
hommes , je n'ai aucun ſujet de les flater ni
d'enmédire ; je les traiterai avec le refpe&
qu'on doit aux Têtes couronnées, qui viennent
de mourir , & avec le reſpect qu'on
doir à la vérité , qui ne mourrajamais.
SUR LA COMEDIE.
Venons aux Belles-Lettres ,qui ferontun
des principaux articles de votre Journal ;
vous comptez parler beaucoup des Piéces de
Théatre ; ce Projet eſt d'autant plus raifonnable
, que le Théatre eſt plus épuré parmi
nous , & qu'il eſt devenu une Ecole de
moeurs.
Vous vous garderez bien , ſans doute , de
ſuivre l'exemple de quelques Ecrivains, qui
cherchent à rabaiſſer tous leurs Contemporains
, & à décourager les Arts , dont un
bon Journaliſte doit être le ſoûtien. Il eſt
juſte de donner la préférence à Moliere, fur
les Comiques de tous les tems & de tous
les Pays, mais ne donnez point d'excluſion ;
imitez les ſages Italiens ,qui placent Raphaël
au premier rang , mais qui admirens
12 MERCURE DE FRANCE.
les Paul Veroneſe , les Carache , les Correge
, les Dominiquin , &c .
Moliere eſt le premier , mais il ſeroit injuſte
& ridicule de ne pas mettre le foncur
à côté de ſes meilleures Piéces. Refufer
ſon eſtime aux Menechmes , ne pas s'amuſer
beaucoup au Légataire univerſel, ſeroit d'un
homme ſans juſtice & fas goût , & qui ne
ſe plaît pas à Renard , n'eſt pas digne d'admirer
Moliere .
Ofez avouer avec courage, que beaucoup
de nos petites Pieces , comme le Grondeur ,
le Galant Jardinier , la Pupille , le double
Veuvage , l'Eſprit de contradiction , la Coquette
de Village , le Florentin , &c. font
au- deſſus de la plupart des petites Piéces de
Moliere. Je dis au-deſſus pour la fineſſedes
Caractéres , pour l'eſprit dont la plupart
font affaiſonnées ,& même pour la bonne
plaiſanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le
détailde tant de Piéces nouvelles , ni déplaire
à beaucoup de monde par des loiianges
données à peu d'Ecrivains, qui peut-être
n'en feroient pas fatisfaits ; maisje dirai hardiment
que quand on donnera des Ouvrages
pleins de moeurs , & où l'on trouve de
l'intérêt, comme le Préjugé à la mode, quand
les François ſeront affés heureux,pour qu'on
leur donne une Piéce telle que le Glorieux ,
gardezNOVEMBRE.
1744. 13
gardez-vous bien de vouloir rabaiffer leur
ſuccès , ſous prétexte que ce ne ſont pas des
Comédies dans le goût de Moliere ; évitez
ce malheureux entêtement, qui ne prend ſa
ſource que dans l'envie ; ne cherchez point
à proſcrire les Scénes attendriſſantes , qui ſe
trouvent dans cesOuvrages , car lorſqu'une
Comédie , outre le mérite qui lui eſt propre
, a encore celui d'intéreſſer , il faut
être de bien mauvaiſe humeur , pour ſe facher
qu'on donne au Public un plaifir de
plus.
J'oſe dire que ſi les Piéces excellentes de
Moliere étoient un peuplus intéreſſantes,on
veroit plus de monde à leurs repréſentations.
LeMiſantrope ſeroit auſſi ſuivi qu'il eſt eſtimé;
il ne faut pas que la Comédie dégénére
en Tragédie Bourgeoiſe. L'Art d'étendre ſes
limites ſans les confondre avec celles de la
Tragédie , eſt un grand Art qu'il feroit beau
d'encourager,&honteux de vouloir détruire
; c'en est un que ſçavoir bien rendre
compte, d'une Piéce de Théatre. J'ai toîû
jours reconnu l'eſprit des jeunes gens , au
détail qu'ils faifoient d'une Piece nouvelle
qu'ils venoient d'entendre,&j'ai remarqué
que tous ceux qui s'en acquittoient le mieux,
ont été ceux qui depuis ont acquis le plus
de réputation dans leurs Emplois , tant il eſt
vrai qu'au fond l'eſprit des affaires & le
1. Vol. B
14 MERCURE DE FRANCE.
véritable eſprit des Belles-Lettres font les
mêmes.
Expoſer en termes clairs & élégants un
ſujet , qui quelquefois eft embroiüillé , &
fans s'atracher à la diviſion des Actes,éclaircir
l'intrigue & le dénoiement , les raconter
comme une Hiſtoire intéreſſante , peindre
d'un trait les Caractéres ,dire enſuite ce
qui a paru plus ou moins vrai-ſemblable ,
bien ou mal préparé,retenir les Vers les plus
heureux ,bien ſaiſir le mérite ou le vice général
du ſtyle , c'eſt ce que j'ai vû faire
quelquefois , mais ce qui eſt fort rare chés
les Gens de Lettres même , qui s'en font
une étude , car il eſt plus facile à certains efprits
de ſuivre leurs propres idées , que de
rendre compte de celles des autres.
DE LA TRAGEDIE .
Je dirai à peu près de la Tragédie , ce que
j'ai dit de la Comédie. Vous ſçavez quel
honneur ce bel Art a fait à la France , Art
d'autant plus difficile & d'autant plus audeſſus
de la Comédie , qu'il faut être vraiment
Poëte pour faire une belle Tragédie ,
au lieu que la Comédie demande ſeulement
quelque talent pour les Vers.
Vous , Monfieur , qui entendez fi bien
Sophocle & Euripide , ne cherchez point
NOVEMBRE. 1744.
une vaine récompenſe du travail qu'il vous
en a coûté pour les entendre , dans le malheureux
plaiſir de les préferer contre votre
ſentiment à nos grands Auteurs François.
Souvenez-vous que quand je vous ai défié
de me montrer dans les Tragiques de l'Antiquité
, des morceaux comparables à certains
traits des Piéces de P. Corneille , je
dis de ſes moins bonnes , vous avouâtes
que c'étoitune choſe impoſſible. Ces traits,
dont je parle , étoient , par exemple , ces
Vers de la Tragédie de Nicomede.
Je veux , dit Prusias ,
Ecouter à la fois l'Amour & la Nature ;
Etre Pere& Maridans cette conjoncture.
Nicomede.
Seigneur , voulez-vous bien vous en fier à moi ?
Ne ſoyez l'un ni l'autre .
Prufias.
Eh que dois-je être!
Nicomede.
Roi ;
Reprenez hautement ce noble Caractére ;
Un véritable Roi n'eſt ni Mari ni Pere ,
Il regarde ſon Trône & rien de plus ; regnez ;
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez .
Bij
16 MERCURE DE FRANCE.
Vous n'infererez point que les dernieres
Piéces de ce Pere du Théatre , foient bonnes,
parce qu'il s'y trouve de ſi beaux éclairs.
Avoüez leur extrême foibleſſe avec tout le
Public.
Agefilas & Surena ne peuvent rien diminuer
de l'honneur que Cinna & Polieucte
font à la France . M. de Fontenelle , neveu
du grand Corneille , dit dans la Vie de
fonOncle, que fi le Proverbe : Cela est beau
comme le Cid , paſſa trop tôt , il faut s'en
prendre aux Auteurs , qui avoient intérêt
à l'abolir. Non , les Auteurs ne pouvoient
pas plus cauſer la chute du Proverbe , que
celle du Cid. C'eſt Corneille lui-même qui
le détruiſit , c'eſt à Cinna qu'il faut s'en
prendre,
Ne dites point avec l'Abbé de S. Pierre ,
que dans cinquante ans , on ne joiiera plus
les Piéces de Racine ; je plains nos enfans ,
s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'oeuvres d'élégance.
Comment leur coeur ſera-t'il donc
fait , fi Racine ne les intéreſſe pas ?
Il y a apparence que les bons Auteurs du
fiécle de Louis XIV , dureront autant que
la Langue Françoiſe , mais ne découragez
pas leurs fucceſſeurs , en affûrant que
la carriere eſt remplie , & qu'il n'y a plus
deplace. Corneille n'eſt pas aſſés intéref-
Lant; ſouvent Racine n'eſt pas affés tragiNOVEMBRE.
1744 . 17
que.L'Auteur de Vinceſlas, celui de Rhadamiſte
& d'Electre , ont des beautés particulieres
, qui manquent à ces deux grands
Hommes ,& il eſt à préſumer que ces trois
Pieces reſteront toûjours ſur le Théatre
François , puiſqu'elles s'y ſont ſoûtenuës
avec des Acteurs differens, car c'eſt la vraye
épreuve d'une Tragédie. Que dirai-je de
Manlius , Piéce digne de Corneille , & du
beau rôle d'Arianne , & du grand intérêt
qui regne dans Amaſis ? Je ne vous parlerai
point des Piéces Tragiques , faites depuis
vingt années ; comme j'en ai compoſé quelques-
unes , il ne m'appartient pas d'ofer apprécier
le mérite des Contemporains , qui
valent mieux que moi , & à l'égard de mes
Ouvrages de Théatre , tout ce que je peux
vous en dire , & vous prier d'en dire aux
Lecteurs , c'eſt que je les corrige tous les
jours.
Mais quand il paroîtra une Piéce nouvelle,
ne dites jamais la Piéce eſt excellente , ou
elle eſt mauvaiſe , ou tel Acte eſt impertinent
, ou tel rôle eſt pitoyable ; prouvez
folidement ce que vous en penfez , & laiſſez
au Public le foin de prononcer l'Arrêt ;
ſoyez für que l'Arrêt ſera contre vous, toutes
les fois que vous déciderez ſans preuve,
quand même vous auriez raiſon , car ce
n'eſt pas votre Jugement qu'on demande ,
B iij
18 MERCURE DE FRANCE .
mais le rapport du Procès , que le Public
doit juger.
Ce qui rendra furtout votre Journal précieux
, c'eſt le foin que vous aurez de comparer
les Piéces nouvelles avec celles des
Pays Etrangers , qui feront fondées ſur le
même ſujet. Voilà à quoi l'on manqua dans
le fiecte paffé ; loſqu'on fit l'examen du
Cid , on ne rapporta que quelques Vers de
P'Original Eſpagnol ; il falloit comparer les
fituations. Je ſuppoſe qu'on nous donne
aujourd'hui Manlius , de la Foffe , pour la
premiere fois , il ſeroit très- agréable de
mettre fous les yeux du Lecteur la Tragédie
Angloiſe , dont elle eſt tirée.
Paroît- il quelque Ouvrage inſtructif ſur
les Piéces de l'illuſtre Racine ? détrompez
le Public de l'idée où l'on eſt que jamais les
Anglois n'ont pû admettre le ſujet de Phédre
ſur leur Theatre ; apprenez aux Lecteurs
que laPhédrede Smith eſt une des plus
belles Piéces qu'on ait à Londres ; apprenez
leur que l'Auteur a imité tout de Racine ,
juſqu'à l'amour d'Hippolite ; qu'on a joint
enfemble l'intrigue de Phédre & celle de
Bajizet , & que cependant l'Auteur ſe vante
d'avoir tiré tout d'Euripide. Je crois que
le Lecteurs feroient charmés de voir ſous
leurs yeux la comparaiſon de quelques Scénes
de la Phédre Grecque , de la Latine ,
NOVEMBRE. 1744. 19
de la Françoiſe &de l'Angloiſe. C'eſt ainſi ,
à mon gré , que la ſage & faine Critique
perfectionneroit encore le goût des François
, & peut-être de l'Europe. Mais quelle
vraye Critique avons-nous depuis celle que
l'Académie Françoiſe fit du Cid , & à la
quelle ilmanque encore autant de choſes
qu'au Cid même ?
DES PIECES DE POESIE .
Vous répandrez beaucoup d'agrément
fur votre Journal, ſi vousl'ornez de tems en
tems de ces petites Piéces Fugitives , marquées
aubon coin,dont les Porte feüilles des
Curieux font remplis.On a desVersduCom
teAntoineHamilton,né en France,qui refpirent
tantôt le feu poëtique, tantôt la douce
facilité du ſtyle Epiſtolaire. On a mille pe
tits Ouvrages charmans de Mrs Duflé , de
S. Aulaire, Ferrand, de la Faye , de Fieubet,
de M. le P. Henaut , & de tant d'autres.
Ces fortes de petits Ouvrages, dont je vous
parle , ſuffiſoient autrefois à faire la réputation
des Voiture , des Sarrafin , des Chapelle;
ce mérite étoit rare alors. Aujourd'hui
qu'il eſt plus répandu , il donne peutêtre
moins de réputation , mais il ne fait
pas moins de plaiſir aux Lecteurs délicats.
NosChanfons valent mieux que celles d'A
B iiij
20 MERCURE DE FRANCE.
• nacreon , & le nombre en eſt étonnant ; on
en trouve même qui joignent la morale
avec la gayeté , & qui annoncées avec art ,
n'aviliroient point du tout un Journal ſérieux
; ce ſeroit perfectionner le goût , fans
nuire aux moeurs.
Comme vous n'aurez pas tous les jours
des Livres nouveaux , qui méritent votre
examen , ces petits morceaux de Littérature
rempliront très-bien les vuides de votre
Journal. S'il y a quelques Ouvrages de Profe
ou de Poësie, qui faſſent beaucoup de bruit
dans Paris , qui partagent les eſprits , & fur
leſquels on fouhaite une Critique éclairée ,
c'eſt alors qu'il faut ofer fervir de Maître
au Public , ſans le paroître ,& le conduifant
comme par la main, lui faire remarquer
les beautés ſans emphafe, & les défauts
ſans aigreur ; c'eſt alors qu'on aime en vous
cette Critique , qu'on déteſte & qu'on mépriſe
dans d'autres.
Un de mes amis, examinant trois Epitres
en Vers diffilabes , qui exciterent beaucoup
de murmure il y a quelque tems , fit de la
ſeconde , où tous nosAuteurs font inſultés,
l'examen ſuivant , dont voici un échantillon
, qui paroît dicté par la juſteſſe & la
modération.
Voici le commencement de la Piéce qu'il
examinoir.
NOVEMBRE. 1744 . 21
Tout Inſtitut , tout Art , toute Police ,
Subordonnée au pouvoir du caprice ;
Doit être auffi conféquemment pour tous ,
Subordonnée à nos differens goûts .
Mais de ces goûts la diſſemblance extrême ,
A le bien prendre , eſt un foible Problême ,
Et , quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais
Par des talens que le travail cultive ,
A ce premier , pas pas , on arrive ,
Et le Public , que ſa bonté prévient ,
Pour quelque tems , s'y fixe & s'y maintient.
Mais ébloüis enfin par l'étincelle
De quelque mode inconnue & nouvelle ,
L'ennui du beau nous fait aimer le laid ,
Et préférer le moindre au plus parfait.
:
Voici l'Examen.
Ce premier Vers , tout Institut , tout Art ,
toute Police , ſemble avoir le défaut , je ne
dis pas d'être Profaïque , car toutes ces Epitres
le font , mais d'être une Profe un peu
trop foible & dépourvûë d'élégance & de
clarté. La Police ſemble n'avoir aucun rapport
au goût dont il eſt queſtion. De plus ,
le terme de Police doit- il entrer dans des
Vers ? conféquemment , doit à peine être admis
dans la Proſe noble. Cette répetition
du mot Subordonnée ,ſeroit ridicule , quand
:
By
1
22 MERCURE DE FRANCE.
:
même le terme feroit élégant , & ſemble
infupportable , puiſque ce terme eſt une
expreffion plus convenable àdes affaires ,
qu'à la Poësie. La Diſſemblance ne paroît
pas le mot propre ; dire que la diffemblance
desgoûts est un foible Problême , je ne crois
pas que cela foit François. A le bien prendre
, paroît une expreffion trop inutile &
trop baffe. Enfin , il ſemble qu'un Problê
me n'eſt ni foible ni fort , il peut être aiſe
ou difficile , & ſa ſolution peut être fauffe ,
équivoque , erronnée .
Et quoiqu'on diſe , on n'en ſçauroit jamais
Compter que deux , l'un bon , l'autre mauvais.
Non-feulement la Poëſie aimable s'accommode
peu de cet air de dilemme &
d'une pareille ſechereſſe , mais la raiſon
femble peu s'accommoder de voir en huit
Vers , que tout Art eſt ſubordonné à nos
differens goûts , & que cependant il n'y a
que deuxgoûts.
Arriver au goût pas-à-pas , eſt encore , je
crois, une façon de parler peu convenable
même en Profe.
Et le Public , que la bonté previent
Est- ce la bonté du Public ; eſt- ce la bonté
du goût ?
L'ennui dubeau nous fait aimer le laid ,
Enpréférer le moindre au plus plus parfait..
NOVEMBRE. 1744. 23
I1 °. Le beau & le laid , font des exprefhons
réſervées au bas Comique. 2° . Si on
aime le laid , ce n'eſt pas la peine de dire
enſuite qu'on préfére le moins parfait. 3 °.
Le moindre n'est pas oppoſé Grammaticalement
au plus parfait. 4". Le moindre eſt un
mot qui n'entre jamais dans la Poësie. C'eſt
ainſi que ce Critique faifoir fentir fans amertume
, toute la foibleſſe de ces Epitres. II
n'y avoit pas trente Vers qui échapafflent à
ſajuſte cenfure ,& pour mieux inſtruire les
jeunes gens , il comparoît à cet Ouvrage un
autreOuvrage du même Auteur ſur un fujet
de Littérature à peu près ſemblable. Il rapportoit
les Vers de l'Epitre aux Mufes , imités
de Deſpreaux , & cet objet de comparaifon
achevoit de perfuader mieux que les
diſcuſſions les plus folides & les plus fubtiles.
De l'expoſé de tous ces Vers diſſillabes ,
ilprenoit occafion de faire voir qu'il ne
faut jamais confondre les Vers de cinq pieds.
avec les Vers Marotiques. Il prouvoit que
le ſtyle,qu'on appelle de Marot,ne doit être
admis que dans une Epigramme &dans un
Conte , comme les figures de Calor ne doivent
paroître que dans des Groteſques
mais quand il faut mettre la Raifon enVers ,
peindre , émouvoir , écrire élégamment ,
alors ce mêlange monstrueux de la Langue
Bvj
24 MERCURE DE FRANCE.
qu'on parloit il y a 200 ans , & de la 、
Langue de nos jours , eſt l'abus le plus condamnable
qui fe foit gliffé dans la Poefie.
Marot parloit ſa Langue ; il faut que nous
parlions la nôtre. Cette bigarure eſt auffi
révoltante pour les hommes judicieux , que
le feroit PArchitecture Gothique mêlée avec
la Moderne : vous aurez ſouvent occafion
dedétruire ce faux goût. Les jeunes gens
s'adonnent à ce ſtyle , parce qu'il eſt malheureuſement
facile.
Il en a couté peut-être à Defpreaux pour
dire élégamment :
Faites choix d'un Cenſeur ſolide& falutaire,
Que la Raiſon conduiſe & le ſçavoir éclaire ,
Et dont le crayon sûr, d'abord aille chercher
L'endroit que l'on fent foible , & qu'on veut ſe
cacher.
Mais il eſt bien difficile , & est- il bien
élégant de dire ?
Donc, fi Phoebus ſes échets vous adjuge ,
Pour bien joüer , confultez tout bon Juge.
Pour bien joüer , hantez les bons Joüeurs ,
Sur tout , craignez le poiſon des Loüeurs;
Acoſtez - vous de fidéles Critiques.
Ce n'est pas qu'il faille condamner des
NOVEMBRE. 1744. 25
Vers familiers dans ces Piéces de Poësie , au
contraire , ils y font néceſſaires , comme les
jointures dans le corps humain , ou plutôt
:
comme des repos dans un Voyage.
Nam Sermone opus eſt , modo triſti ,ſepè jocoso
Deffendente vices modo Rhetoris atque Poeta ,
Interdum urbani parcentis viribus , atque
Extenuantis eas confulto.
Tout ne doit pas être orné , mais rien ne
doit être rebutant. Un langage obfcur &&
groteſque n'est pas de la fimplicité , c'eſt de
la grofiereté recherchée .
DES MELANGES DE LITTERATURE ,
Et des Anecdoctes Littéraires.
Je raſſemble ici ſous le nom de Mêlanges
de Littérature , tous les Morceaux dé
tachés d'Hiftoire , d'Eloquence , de Morale
, de Critique , & ces petits Romans qui
paroiſſent ſi ſouvent. Nous avons des Chefsd'oeuvres
en tous ces genres ; je ne crois pas
qu'aucune Nation puiſſe ſe vanter d'un fi
grand nombre d'aufli jolis Ouvrages de Bekles-
Lettres. Il eſt vrai qu'aujourd'hui , ce
genre facile produit une, foule d'Auteurs.
On en compteroit quatre ou cinq mille depuis
cent ans. Mais un Lecteur en uſe avee
1
26 MERCURE DE FRANCE.
les Livres , comme un Citoyen avec les
hommes. On ne vit pas avec tous ſes Contemporains
; on choiſit quelques amis. Il ne
faut pas plus s'effaroucher de voir cent cinquante
mille Volumes à la Bibliothéque du
Roi , que de ce qu'il y a cent cinquante
mille hommes dans Paris. Tous ces Livres ,
dans lesquels on trouve ſouvent des chofes
agréables , amuſent ſucceſſivement les honnêtes-
gens , délaſſent l'homme férieux dans
l'intervalle de ſes travaux , & entretiennent
dans la Nation cette fleur d'eſprit , & cette
délicateſſe, qui fait fon caractere.
Ne condamnez point avec dureté tout
cequi ne ſera pas la Rochefoucaut ou la
Fayette ; tout ce qui ne fera pas auffi parfait
que la Conſpiration de Veniſe de l'Abbé de
S. Real , auſſi plaiſant & auffi original que
la converſation du Pere Canaye & du Maréchal
d'Hocquincourt , écrite par Charleval
& à laquelle S. Evremont a ajouté
une fin moins plaiſante , & qui languit un
peu ; enfin , tout ce qui ne ſera pas aufli naturel
, auſſi fin , auffi guai que le Voyage ,
quoiqu'un peu inégal,de Bachaumont &de
Chapelle.
د
Non fi primores Moconius tenet
Sedes Homerus , Pindarica latent,
Caique Alcaique minaces :
Steficorique graves camana
NOVEMBRE. 1744. 27
Necfi quid olim lufit Anacreon ,
Delevit atas , Spirat adhuc amor ,
Vivuntque commiffi calores
Æolis fidibus puella.
Dans l'expofition que vous ferez de ces
Ouvrages ingénieux , badinant à leur exemple
avec vos Lecteurs,&répandant les fleurs
avec ces Auteurs dont vous parlerez , vous
ne tomberez pas dans cette ſévérité de quelques
Critiques , qui veulent que tout foit
écrit dans le goût de Ciceron ou de Quintilien.
Ils crient que l'éloquence eſt énervée,
que le bon goût eſt perdu , parce qu'on aura
prononcé dans une Académie un Difcours
brillant , qui ne ſeroit pas convenable
au Barreau. Ils voudroient qu'un Conte fur
écrit du ſtyle de Bourdaloiie. Ne diftingueront-
ils jamais le tems , les lieux & les perfonnes
?Veulent-ils que Jacob ,dans lePayfan
parvenu , s'exprime comme Péliffon ou
Patru ? Une éloquence mâle , noble , ennemie
des petits ornemens , convient à tous
les grands Ouvrages. Une penſée trop fine
feroit une tache dans le Diſcours fur l'Hiftoire
Univerſelle de l'éloquent Boffuet.
Mais dans un Ouvrage d'agrément , dansun
Compliment , dans une Plaifanterie , toutes
les graces légeres , la naiveté ou la fineſſe
, les plus petits ornemens , trouvent
leur place. Examinons-nous nous-mêmes.
28 MERCURE DE FRANCE.
Parlons -nous d'affaires , du ton des entretiens
d'un repas ? Les Livres ſont la peinture
de la vie humaine ; il en faut de folides
, & on en doit permettre d'agréables .
N'oubliez jamais , en rapportant les traits
ingénieux de tous ces Livres , de marquer
ceux qui font à peu près ſemblables chés les
autres peuples, ou dans nos anciens Auteurs.
On nous donne peu de penſées , que l'on ne
trouve dans Sénéque , dans Gratien , dans
Montagne , dans Bacon , dans le Spectateur
Anglois. Les comparer enſemble ( & c'eſt
en quoi le goût conſiſte ) c'eſt exciter les
Auteurs à dire , s'il ſe peut , des chofes nouvelles
; c'eſt entretenir l'émulation , qui eft
la mere des Arts : quelle fatisfaction pour
un Lecteur délicat , de voir d'un coup d'oeil
ces idées qu'Horace a exprimées dans des
Vers négligés , mais avec des paroles ſi expreſſives
: ce que Deſpreaux a rendu d'une
maniere ſi correcte , ce que Driden & Rocheſter
ont renouvellé avec le feu de leur
génie ! Il en eſt de ces paralleles comme de
l'Anatomie comparée , qui fait connoître la
Nature : c'eſt par là que vous ferez voir
fouvent , non-feulement ce qu'un Auteur a
dit , mais ce qu'il auroit pû dire , car fi vous
ne faires que le répéter , à quoi bon faire un
Journal ?
Il y a fur tout des Anecdotes Littéraires ,
NOVEMBRE. 1744. 29
fur leſquelles il eſt toujours bon d'inſtruire
le Public , afin de rendre à chacun ce qui lui
appartient.
Apprenez par exemple au Public , que le
Chef-d'oeuvre d'un inconnu , ou Matanafius
eſt de feuM. Deſallengre , & d'un illuſtre
Mathématicien , conſommé dans tout
genre de Littérature , & qui joint l'eſprit à
Férudition ; enfin , de tous ceux qui travailloient
à la Haye au Journal Littéraire , &
que M. de S. Hyacinte fournit la Chanſon
avec beaucoup de Remarques. Mais ſi on
ajoute à cette plaiſanterie une infame Brochure
digne de la plus vile canaille , & faite
fans doute par un de ces mauvais François
qui vontdans les Pays Etrangers deshonorer
les Belles- Lettres & leur Patrie , faites
fentir l'horreur & le ridicule de cet affemblage
monstrueux .
Faites- vous toujours un mérite de venger
les bons Ecrivains des Zoïles obfcurs qui
les attaquent. Démêlez les artifices de l'envie
: publiez par exemple que les ennemis
de notre illuftre Racine firent réimprimer
quelques vieilles Piéces oubliées , où ils inférerent
plusde cent Vers de ce Poëte.admi
rable. J'en ai vû une intitulée , S. Jean-
Baptiste , dans laquelle on retrouvoit une
Scéne preſque entiere de Berenice, Ces malheureux
, aveuglés par leur paffion , ne fenSo
MERCURE DE FRANCE.
toient pas même la difference des ſtyles , &
croyoient qu'on s'y méprendroit , tant la
fureur de lajaloufie eſt ſouvent abfurde.
En deffendant lesAuteurs contre l'ignorance
& l'envie qui leur imputent de mauvais
Ouvrages , ne permettez pas non plus
qu'on attribuë à de grands hommes des Livres
, peut-être bons en eux mêmes , mais
qu'on veut accréditer par des noms illuftres,
auſquels ils n'appartiennent point.
Le projet de la prétenduë Paix univerſelle,
attribué à Henri IV par les Sécretaires de
Maximilien de Sully , qui rédigerent fes
Mémoires , ne ſe trouve en aucun autre endroit.
Les Mémoires de Villeroy n'endiſent
mot ; on n'en voit aucune trace dans aucun
Livre du tems. Joignez à ce filence la confideration
de l'état ou l'Europe étoit alors ,
& voyez ſi un Prince auſſi ſage que Henrile-
Grand a pû concevoir un projet d'une
exécution impoffible.
Si on réimprime ( comme on me le mande)
le Livre fameux , connu ſous le nom du
Teſtament Politique du Cardinal de Richelieu
, montrez combien on doit douter que
cegrand Miniſtre en ſoit l'Auteur . 1º. Parceque
jamais le Manuſcrit n'a été vû , ni connu
chés ſes héritiers , ni chés les Miniſtres
qui lui fuccederent. 2°. Parce qu'il fut imprimé
trente ans après ſa mort , ſans avoir
NOVEMBRE.
1744. 31
été annoncé auparavant. 3 °. Parce que l'Editeur
n'oſe pas ſeulement dire de qui il
tient le Manufcrit , ce qu'il eſt devenu , en
quelle main il l'a déposé. 4°. Parce qu'il eſt
d'un ſtyle très-different des autres Ouvrages
du Cardinal de Richelieu. 5°. Parce qu'on
lui fait ſigner ſon nom d'une façon dont il
ne ſe ſervoit pas. 6° . Parce que dans l'Ouvrage
il y a beaucoup d'expreſſions & d'idées
, peu convenables à un Grand Miniftre
, qui parle à un Grand Roi. Il n'y a pas
d'apparence qu'un homme auſſi poli que
le Cardinal de Richelieu , eur appellé la
Dame d'Honneur de la Reine La Dufargis,
comme s'il eut parlé d'une femme publique.
Eſt- il vrai -femblable que le Miniſtre d'un
Roi de quarante ans , lui faſſe des leçons ,
plus propres à un jeune Dauphin qu'on
éléve , qu'à un Monarque âgé , de qui l'on
dépend ?
Dans le ſecond Chapitre , il avance cette
nouvelle propoſition, que la Raifon doit être
la règle de la conduite. Dans un autre , il dit
que l'Eſpagne , en donnant un million par
an aux Proteftans , rendoit les Indes qui
fourniffoient cet argent , tributaires de l'Enfer.
Expreffion plus digne d'un mauvais
Orateur , que d'un Miniſtre éloquent , tel
que ce Cardinal. Dans un autre , il appelle
le Duc de Mantouë , ce pauvre Prince. Enfin
32 MERCURE DE FRANCE.
eſt-il vraiſemblable , qu'il eut rapporté au
Roi des bons mots de Bautru , & cent minuties
pareilles dans un Teſtament Politique
?
7°. Comment celui qui a fait parler le
Cardinal de Richelieu , peut-il faire dire
(dans les premieres pages ) que dès qu'il
fut appelle au Conſeil ,il promit au Roi
d'abaiſſer ſes ennemis , les Huguenots , &
les Grands du Royaume ? Ne devoit- on pas
ſe ſouvenir , que le Cardinal de Richelieu ,
remis dans le Conſeil par les bontés de la
Reine-Mere , n'y fut que le ſecond pendant
plus d'un an , & qu'il étoit alors bien loin
d'avoir de l'aſcendant ſur l'eſprit du Roi , &
d'être premier Miniſtre ?
8 °. On prétend ( dans le ſecond Chapitre
Livre premier ) que pendant cinq
ans le Roi dépenſa pour la Guerre 60 mil
lions par an , qui en valent environ fixvingt
de notre monnoye , & cela , fans cefſer
de payer les Charges de l'Etat & fans
moyens extraordinaires ; & d'un autre côté ,
dans le Chapitre 9 , ſeconde Partie , il eſt
dit qu'en tems de Paix , il entroit à l'épargne
environ par an trente-cinq millions ,
dont il falloit encore rabattre beaucoup . Ne
paroît-il pas entre ces deux calculs une contradiction
évidente ?
:
9. Est- il d'un Miniſtre d'appeller à tout
NOVEMBRE. 1744. 33
moment les Rentes à 8 , à 6 , às pour cent,
des Rentes au denier 8 , au denier 6 , au
deniers ? Ledenier cinq eſt vingt pour cent;
& le denier vingt eſt cinq pour cent ; ce
ſont des choſes qu'un apprentif ne confondroit
pas.
10º. Eſt- il vraiſemblable que le Cardinal
de Richelieu ait appellé les Parlemens ,
Cours Souveraines , & qu'il propoſe , Chap.
໑ , Part, 2 , de faire payer la Taille à ces
Cours Souveraines ? 11º. Eſt- il vraiſemblable
qu'il ait propoſé de ſupprimer lesGa
belles ; & ce projet n'a-t'il pas été fait par
un Politique oiſif, plutôt que par un homme
nourri dans les affaires ? 12°. Enfin ne
voit- on pas combien il eſt incroyable qu'un
Miniſtre , au milieu de la Guerre la plus
vive , ait intitulé un Chapitre : Succinte narration
des Actions du Roi , jusqu'à la Paix ?
Voilà bien des raiſons de douter , que cet
illuſtre Miniſtre ſoit l'Auteur de ce Livre.
Je me souviens d'avoir entendu dire dans
mon enfance à un Vieillard très-inſtruit ,
que le Teftament Politique étoit de l'Abbé
de Bourſeis , l'un des premiers Académiciens.
Mais je crois qu'il eſt plus aiſé de ſçavoir
de qui ce Liyre n'eſt pas , que de connoître
ſon Auteur ; & en rendant ainſi juftice
à tout le monde , en péſant tout dans
une balance exacte , élevez-vous fur tout
contre la calomnie.
34 MERCURE DE FRANCE.
(
4
Parlez avec courage contre ces injuftices
, & faites ſentir à tous les Auteurs
de ces infamies , que le mépris & l'horreur
du Public feront éternellement leur partage.
SUR LES LANGUES.
Il faut qu'un bon Journaliſte ſcache au
moins l'Anglois & l'Italien , car il y a beaucoup
d'Ouvrages de génie dans ces Langues,&
legénie n'eſt preſque jamais traduit.
Ce font , je crois , les deux Langues de l'Europe
les plus néceſſaires à un François. Les
Italiens ſont les premiers qui ayent retiré
les Arts de la Barbarie , & il y a tant de
grandeur , tant de force d'imagination , jufquesdans
les fautes des Anglois , qu'on ne
peut trop conſeiller l'étude de leur Langue.
Il eſt triſte que leGrec ſoit négligé en
France , mais il n'eſt pas permis à un Journaliſte
de l'ignorer. Sans cette connoiſſance
, il y a un grand nombre de mors François
,dont il n'aura jamais qu'une idée confuſe
: car depuis l'Arithmétique juſqu'à
l'Aſtronomie , quel eſt le terme d' Art , qui
ne dérive de cette Langue admirable ?A
peine y a-t'il un muscle , une veie , un ligament
dans notre corps , une maladie , ut.
reméde, dont le nom ne ſoitGrec ; donnez
NOVEMBRE. 1744. 35
moi deux jeunesgens , dont l'un ſçaura cette
Langue & dont l'autre l'ignorera , que ni
l'un ni l'autre n'ait la moindre teinture
d'Anatomie , qu'ils entendent dire qu'un
homme eſt malade , d'une péripneumonie ,
celui qui ſçait le Grec entendra tout d'un
coup dequoi il s'agit , parce qu'il voit dequoi
ces mots ſont compoſés ; l'autre ne
comprendra abſolument rien.
Pluſieurs mauvais Journaliſtes ont ofé
donner la préférence à l'Iliade de la Motte
fur l'Iliade d'Homere . Certainement s'ils
avoient lû Homere en leur Langue , il eufſent
vû que la Traduction eſt plus au-defſous
de l'Original , que Segrais n'eſt audeſſous
de Virgile.
Un Journaliſte , verſé dans la LangueGrecque
, pourra-t'il s'empêcher de remarquer
dans les Traductions que Toureils a fait de
Demofthene , quelques foibleſſes au milieu
de ſes beautés ?
Si quelqu'un ( dit le Traducteur ) vous demande,
Meſſieurs les Athéniens, avez- vous la
Paix?Non, de parJupiter , répondez - vous ,
nous avons la Guerre avec Philippe.
Le Lecteur , ſur cet expoſé , pourroit croirequeDemofthene
plaiſante à contre-tems ;
que ces termes familiers ,& réſervés pour le
bas Comique : Meſſieurs les Athéniens depar
Jupiter , répondent à de pareilles expref
1
36 MERCURE DE FRANCE.
1
,
Lions Grecques. Il n'en est pourtant rien , &
cette faute appartient toute entiere au Traducteur.
Ce font mille petites inadvertences
pareilles , qu'un Journaliſte éclairé peut
faire obſerver , pourvû qu'en même- tems
il remarque encore plus les beautés.
Il feroitàſouhaiter que les Sçavans dans
les Langues Orientales ,nous euffent donné
des Journaux des Livres de l'Orient. Le
Public ne feroit pas dans la profonde ignorance
où il eſt de l'Hiſtoire de la plus grande
parrie de notre Globe ; nous nous accoutumerions
à réformer notre Chronologie ;
nous ferions plus inſtruits de la Religion de
Zoroastre , dont les Sectateurs ſubſiſtent en
core , quoique ſans Patrie , à peu près com
me les Juifs , & quelques autres Sociétés ſuperftitieuſes
, répandues de tems immémo
rial dans l'Afie ;on connoîtroit les reſtes de
L'ancienne Philofophie Indienne ; on ne
donneroit plus le nom faſtueux d'Hiſtoire
Univerſelle à des Recueils de quelques Fables
d'Egypte , des Révolutions d'un Pays ,
grand comme la Champagne , nommé la
Gréce , & du Peuple Romain , qui tout
grand qu'il a été , n'a jamais eu ſous ſa domination
tant d'Etats que le peuple de Mahomet
, & qui n'a jamais conquis la dixiéme
partie du monde.
Mais auffi que votre amour pour les Langues
NOVEMBRE. 1744. 37
guer étrangeres ne vous faſſe pas mépriſer
ce qui s'écrit dans votre Patrie ; ne ſoyez
point comme ce faux délicat , à qui Pétrone
faitdire :
Ales phaſiacis petita colchis ,
Atque afra volucres placent palato ,
Quid quid quæritur optimum videtur.
On ne trouva dans la Bibliothéque de
l'Abbé de Longuerue , après ſa mort , aucun
Poëte François.
و en fait Je voudrois , encore une fois
de Belles-Lettres , qu'on fût de tous les
Pays , & furtout du ſien. J'appliquerai à ce
ſujet , des Vers de M. de la Motte , car
il en a fait d'excellens.
C'eſt par l'étude que nous ſommes
Contemporains de tous les hommes ,
Et Citoyens de tous les Lieux.
DU STYLE D'UN JOURNALISTE.
Quant au ſtyle d'un Journaliſte , Bayle
eſt peut-être le premier modéle , s'il vous
en faut un; c'eſt le plus profondDialecticien
qui ait jamais écrit ; c'eſt le ſeul Compilateur
qui ait du goût; cependant dans ſon
I. Vol. C
38 MERCURE DE FRANCE.
ſtyle , toûjours clair & naturel , il y a top
de négligence , trop d'oubli des bienféancess
, trop d'incorrection. Il eſt diffus ; il
fait , à la vérité , converſation avec ſon
Lecteur , comme Montagne , & en cela il
charme tout le monde , mais il s'abandonne
à une molleſſe de ſtyle , & aux expreſſions
triviales d'une converſation trop ſimple ,
& en cela il rebute ſouvent l'homme de
gofût .
En voici un exemple , qui me tombe fous
la main , c'eſt l'article d'Abaillard , dans
fon Dictionnaire . Abaillard , dit- il, s'amufoit
plus a tâtonner & à baiſer ſon Ecoliere ,
qu'à lui expliquer un Auteur. Un tel défaut
lui eſt trop familier ; ne l'imitez pas.
Nul chef- d'oeuvre, par vous écrit juſqu'aujourd'hui,
Ne vous donne le droit de faillir comme à lui .
N'employez jamais un mot nouveau , à
moins qu'il n'ait ces trois qualités , d'être
néceſſaire , intelligible , & fonore. Des
idées nouvelles , furtouten Phyſique , exigent
des expreſſions nouvelles, mais ſubſtituer
à un mot d'uſage un autre mot , qui
n'a que le mérite de la nouveauté , ce n'eſt
pas enrichir la Langue , c'eſt la gâter. Le
fiécle de Louis XIV. mérite ce reſpect des
François , que jamais ils ne parlent un auNOVEMBRE.
1744. 39
tre Langage,que celui qui a fait lagloire de
ces belles années .
Songez ſurtout que ce n'eſt point avec la
familiarité du ſtyle Epiſtolaire,mais que c'eſt
avec ladignitédu ſtyledeCiceron,qu'ondoit
traiter la Philoſophie. Mallebranche, moins
pur que Ciceron , mais plus fort & plus
rempli d'images , me paroît un grand modéle
dans ce genre , & plût à Dieu qu'il
eût établi des vérit ésauſſi ſolidement, qu'il
a expoſé ſes opinions avec éloquence !
Loke , moins élevé que Mallebranche ,
peut-être trop diffus , mais plus élégant ,
s'exprime toûjours dans ſa Langue avec netreté&
avec grace ; ſon ſtyle eft charmant ,
puroque fimillimus amni. Vous ne trouvez
dans ces Auteurs aucune envie de briller à
contre-tems , aucune pointe , aucun artifice.
Ne les ſuivez pas ſervilement : O imitatores
fervum pecus ! mais à leur exemple ,
rempliſſez -vous d'idées profondes & juttes;
alors les mots viennent aisément , Rem verba
fequuntur. Remarquez que les hommes
qui ont le mieux penſe , ſont auſſi ceux qui
ont le mieux écrit.
Si la Langue Françoiſe doit bien-tôt ſe
corrompre, cette altération viendra de deux
ſources; l'une eſt le ſtyle affecté de quelques
Auteurs qui ont vêcu en France; l'autre eſt
ને
Cij
40 MERCURE DE FRANCE.
la négligence des Ecrivains qui réſident
dans les Pays Etrangers ; les Papiers publics
& les Journaux ſont infectés continuellement
d'expreſſions impropres , aufquelles
le Public s'accoûtume , à force de
les relire .
Par exemple , rien n'eſt plus commun
dans les Gazettes que cette phrase , nous
apprenons que les affiégeans auroient un
zeljourbattu en breche ; on ditque les deux
armées ſeſeroient approchées ; au lieu de , les
deux armées ſeſont approchées ; les affiégeans
ont battu en breche , &c.
Cette conſtruction , très-vicieuſe , eſt
imitée du ſtyle qu'on a malheureuſement
conſervédans le Barreau ,& dans quelques
Edits; on fait dans ces Piéces parler au Souverain
un Langage gothique. Il dit, on nous
auroit remontré , au lieu de , on nous a remontré
; Lettres Royaux , au lieu de Lettres
Royales ; voulons & nous plaît , au lieu de
toute autre phrafe plus méthodique & plus
grammaticale ; ce ſtyle gothique des Edits
&des Loix, eft comme une cérémonie dans
laquelle on porte des habits antiques , mais
il ne faut point les porter ailleurs. On feroit
même beaucoup mieux de faire parler
le Langage ordinaire aux Loix qui ſont faites
pour être entenduës aisément ; on de
NOVEMBRE.
1744. 41
vroit imiter l'élégance des Inſtituts de Juftinien.
Les Ecrivains doivent éviter cet abus ,
dans lequel donnent tous les Gazetiers
Etrangers ; il faut imiter le ſtyle de la
Gazette qui s'imprime à Paris ; elle dit
correctement les choſes qu'elle doit dire .
La plupart des Gens de Lettres , qui travaillent
en Hollande , où ſe fait le plus
grand commerce de Livres , s'infectent d'une
autre eſpece de barbarie , qui vient du
Langage desMarchands ; ils commencent à
écrire par contre , pour au contraire ; cette
préſente, au lieude cette Lettre ; le change ,
au lieu de changement. J'ai vû des Traductions
d'excellents Livres , remplies de ces
expreſſions. Le ſeul expoſé de pareilles fautes
doit ſuffire pour corriger les Auteurs .
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Résumé : AVIS à un Journaliste, 10 Mai 1737.
Dans une lettre datée du 10 mai 1737, l'auteur donne des conseils à un journaliste pour la création d'un journal périodique. Il insiste sur l'impartialité et la diversité des genres littéraires à inclure, tels que les mathématiques, la poésie, les pièces de théâtre et les œuvres poétiques. Pour les articles philosophiques, il suggère de résumer les opinions et les vérités historiques, en illustrant les évolutions des idées à travers les contributions de philosophes et scientifiques comme Épicure, Newton, Aristote et Galilée. En histoire, il recommande de traiter les sujets avec soin, en évitant les critiques excessives, et met en avant l'importance de l'histoire récente, marquée par des événements comme la prise de Constantinople et la découverte de l'Amérique. L'auteur exprime également son désir de rédiger l'histoire du siècle de Louis XIV. Concernant les œuvres théâtrales, il préconise une critique équilibrée, reconnaissant la valeur des œuvres modernes tout en respectant les classiques. Il critique ceux qui refusent de reconnaître la valeur des œuvres contemporaines et souligne l'importance de l'intérêt et de la moralité dans les pièces de théâtre. Pour la tragédie, il reconnaît la difficulté et la supériorité de cet art, mentionnant des auteurs comme Corneille et Racine. Il encourage à comparer les œuvres françaises avec celles des pays étrangers pour enrichir la critique. Le texte met également en lumière la littérature théâtrale française, en particulier les comédies et tragédies. L'auteur admire les œuvres modernes comme 'Le Préjugé à la mode' et 'Le Glorieux', tout en reconnaissant la valeur des pièces de Molière. Il valorise la diversité des œuvres littéraires et encourage à apprécier les livres pour leur capacité à divertir et à enrichir l'esprit. Il insiste sur l'importance de comparer les idées des auteurs pour encourager l'innovation et l'émulation. L'auteur critique l'ignorance générale concernant l'histoire mondiale et encourage la maîtrise de plusieurs langues pour accéder à des œuvres non traduites. Il prône un style journalistique digne et élégant, comparable à celui de Cicéron, Malebranche et Locke, et met en garde contre les abus linguistiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 156-161
« M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...] »
Début :
M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...]
Mots clefs :
Narcisse, Public, Pièce, Force, Vertu, Peuples, Écrits, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...] »
M. Rousseau de Geneve vient de faire:
imprimer chez Pissot,Narcisse ou l'Amant
de Luimême,Comédie qu'il fit jouer par
les Comédiens François, le 18Décembre'
de l'annéederniere. Il a mis à la tête de
sa piéce une Préface , dans laquelle il rappelle
avec la force, le courage & la véhémence
qu'on lui connoir
,
les principes ÔC
les conséquences de son sistême. Illa finit
ainn.
» Mais quand ce peuple est une fois cor-
» rompu à un certain point, soit que les;
» sciencesyayent contribuéounon, faut-
« il les bannir ou l'en préserver pour le
» rendre meilleur ou l'empêcher de cftve-
» nir pire? C'est une autre question, dans;
» laquelle je me fuis positivement déclaré
» pour la négative. Car, premierement.,
»puisqu'un Peuplevicieux ne revient j.
» maisà la vertu, il ne s'agir pas derendre
»»
bons ceux qui ne le sont plus, mais de
» conserver tels ceux qui ont le bonheur
» de l'être. En second licu, les mêmes eau..
» ses qui ont corrompu les Peuples servent
quelquefois à prévenir une plus grande
»corruption ;c'estainsique celui qui s'est
»> gâté k. tempéramment par un usage in,
» discret de la medecine,eÍl' forcé de re-
»courir encore aux- Médecins pour secon-
»server 1& vie; & c'est ainsique les Arts,
)J'8cles Sciences, aprèsavoir fait éclore
»les viceS', font nécessaires pour lesempê-
» cher de se tourner au ÇJ.ime;,eUes les
» couvrent au moins d'un vernis qui ne
«permet pasau poison de s'exhaler aussi
» librement;elles détruisent la vertu,mais
..fIles en laissent le simulacre' public qui
ss est toujours une belle chose. Elles intro-
» dussent à saplace la politesse & les bien-
» séances
, & la crainte de paroître mé-
» chant: elles substituent celles de paroîm
tre riclieute.
»Mon avisest donc, & je l'ai déja dit
»plus d'une fois, de laisser subsister
,
85
«•même d'entretenir avec soin les Acadé-
» mies, les Collèges
,
les Universités, les
»Bibliothèques,lesSpectacles & tous les
»autres amusemens qui peuventfaire
» quelque diversion àlaméchanceté des
« hommes,& lesempêcher d'occuper leur
» oisiveté à des choses plus dangereuses.
» Car dans une contrée oùil ne seroit plus
»question d'honnêtes gens ni de bonnes-
»moeurs,il vaudroit encore mieux vivre-
".avec des fripons qu'avec des brigands.
»Je demande maintenant où est la conê*
U-adiftion de cultiver moi-même des»
goûts dont j'approuve le progrès? Il ne
»s'agit plus
de
porter les Peuples à bien
» faire, il faut feulement les distraire de
» faire mal; il faut les occuper à des niai-
» series pour les détourner des mauvaises
» actions il faut les amuser au lieu de les
71 prêcher. Si mes écrits ont édifié le petit
» nombre des bons, je leur ai fait tour le-
» bien qui dépendoit de moi, & c'est peur-
Ȑtre les servir utilement encore que d'os-
» frir aux autres des objets de distraction
» qui lesempêchent de songer à eux. Je
»m'estimerois trop heureux d'avoir tous
« les jours une piéce à faire lissier, si je
Ji pouvois contenir pendant deux heures
,à les mauvais desseins d'un seul des Speéb-
» teurs, & sauver l'honneur de la fille ou-
» de la femme de (on ami
à
le secret de fort
» consident, ou la fortune de son créan-
Il cier. Lorsqu'il n'y a plus de moeurs,it'
» ne faut songer qu'à la police; & l'on
« sçait assezque la musique & les specta-
« des en sont un des plus importans objets.
- » S'il reste quelque difficulté à ma jufti-
, fication,j'ose le dire hardiment,ce n'est
» vis-à-vis, ni du public ni de mes adver-
»saires;c'estvis à vis de moi seul : car
9* ce n'est qu'en m'observant moi-même-
»q,ne je puis juger si je dois me complus
dans iepem nombre,& £mttt*
name est en état de soutenir le faix des
» exercices littéraires. J'en ai sentiplus
« d'une fois le danger; plus d'une fois js
»les ai abandonnés dans le dessein de ne
» les plus reprendre,& renonçant à leur
»charme séductur, j'ai sacrifié à la paix
» de mon coeur les seuls plaisirs qui pou-
» voientencore le flatter. Si dans les lan-
» gueurs qui m'accablent
,
si sur la fin d'u-
« ne carriere pénible & douloureuse, j'ai
93
osé les reprendre encore quelques mo-
)J mens pour charmer mes maux, je crois
» au moins n'y avoirmis ni assez d'intérêt
o ni assez de prétentions pour mériter à
*>cet égard les justes reproches que j'ai
» faits aux gens de lettres.
JJ11 me lalloit une épreuve pour ache-
» ver la connoissance de moimême,& jo
>3 l'ai faite sans balancer. Après avoir re-
»connu la situation de mon ame dans les
*i succès littéraires
,
il me restoit à l'exami-
3)nitr dans les revers. Je sçais maintenant
» qu'enpenser,&je puis mettre le public
» au
pire.
Ma piece aeule sortqu'elle mérltol
t& que j'avois prévu; nmis à l'en-
« nui près qu'elle m'acausé je :Srti de
«la representation bien plus emitenr de
,l');'.()i,& à plusjuste titte que si elle eú
» étii-si.
i,*?Je confdllc doaçà. ceux qui fan: Ë.
J)ardcns à chercher des reprocherà me
» faire,deVouloir mieuxétudier mes prin-
J* cipes
, & mieux observer IDa: conduite,
» avant que de m'y taxer de coutradiction
,,& d'inconséquence. S'ils s'apperçoivenc
jamais que je commence àbriguer les
» suffrages du public, ou que je tire va-
» nité d'avoir fait de jolieschansons
, ou
» que je rougisse d'avoir écrit de mauvaise
ses Comédicy, ou que je cherche à nui-
»re à la gloire de mes Concurrens, on
Jt' que j'assecte de mal parler des grands
» hommes de mon siécle
, pour tâcher de
» m'élever à leur ni veau, en les tabaissant
» au mien, ou que j'aspire à des placeS".
» d'Académie,ou que j'aille fairema cour
» aux femmes qui donnent le ton ou que
a j'encense la sottise des Grands, ou que
» ceffane de vouloir vivre dutravail de
» mes mains, je tienne à ignominie le mé-
» tier que je me fuis choisi,& fasse des
» pas vers la fonune; s'ils remarquent en
« un mot que l'amour de la réputation me
» fasse oublier celui de la vertu,je les prie
» de m'erravenir & même publiquement.
» 8c j^l^tiporomets de jetter à l'infianraw
» feu mês écrits- & mes livru, & de conn
venir de toutes les erreurs qu'il leur
» plaira de me reprocher. ; *En attendant, j'écrirai des livre?j#
* ferai des vers &a de la musique> sij'en
: ai le talent, le tems, la force ôe la vôw
a lonté;jecontinuerai de dire rrès- fran-
*chement tout le mal qJJe je pensedes
»Lettres & de ceux qui les cultivent, &
i croirai n'en valoir pas moins pour cela.
» Il est vrai qu'on pourra dire quelque
ojour: cet ennemi si déclaré des Sciences
p & des AnS", fît pourtant & publia des
» Piecesde Théâtre;& ce discours fera
,.
* je l'avoue,une Satyre, non de moi,
D mais de mon siécle,
imprimer chez Pissot,Narcisse ou l'Amant
de Luimême,Comédie qu'il fit jouer par
les Comédiens François, le 18Décembre'
de l'annéederniere. Il a mis à la tête de
sa piéce une Préface , dans laquelle il rappelle
avec la force, le courage & la véhémence
qu'on lui connoir
,
les principes ÔC
les conséquences de son sistême. Illa finit
ainn.
» Mais quand ce peuple est une fois cor-
» rompu à un certain point, soit que les;
» sciencesyayent contribuéounon, faut-
« il les bannir ou l'en préserver pour le
» rendre meilleur ou l'empêcher de cftve-
» nir pire? C'est une autre question, dans;
» laquelle je me fuis positivement déclaré
» pour la négative. Car, premierement.,
»puisqu'un Peuplevicieux ne revient j.
» maisà la vertu, il ne s'agir pas derendre
»»
bons ceux qui ne le sont plus, mais de
» conserver tels ceux qui ont le bonheur
» de l'être. En second licu, les mêmes eau..
» ses qui ont corrompu les Peuples servent
quelquefois à prévenir une plus grande
»corruption ;c'estainsique celui qui s'est
»> gâté k. tempéramment par un usage in,
» discret de la medecine,eÍl' forcé de re-
»courir encore aux- Médecins pour secon-
»server 1& vie; & c'est ainsique les Arts,
)J'8cles Sciences, aprèsavoir fait éclore
»les viceS', font nécessaires pour lesempê-
» cher de se tourner au ÇJ.ime;,eUes les
» couvrent au moins d'un vernis qui ne
«permet pasau poison de s'exhaler aussi
» librement;elles détruisent la vertu,mais
..fIles en laissent le simulacre' public qui
ss est toujours une belle chose. Elles intro-
» dussent à saplace la politesse & les bien-
» séances
, & la crainte de paroître mé-
» chant: elles substituent celles de paroîm
tre riclieute.
»Mon avisest donc, & je l'ai déja dit
»plus d'une fois, de laisser subsister
,
85
«•même d'entretenir avec soin les Acadé-
» mies, les Collèges
,
les Universités, les
»Bibliothèques,lesSpectacles & tous les
»autres amusemens qui peuventfaire
» quelque diversion àlaméchanceté des
« hommes,& lesempêcher d'occuper leur
» oisiveté à des choses plus dangereuses.
» Car dans une contrée oùil ne seroit plus
»question d'honnêtes gens ni de bonnes-
»moeurs,il vaudroit encore mieux vivre-
".avec des fripons qu'avec des brigands.
»Je demande maintenant où est la conê*
U-adiftion de cultiver moi-même des»
goûts dont j'approuve le progrès? Il ne
»s'agit plus
de
porter les Peuples à bien
» faire, il faut feulement les distraire de
» faire mal; il faut les occuper à des niai-
» series pour les détourner des mauvaises
» actions il faut les amuser au lieu de les
71 prêcher. Si mes écrits ont édifié le petit
» nombre des bons, je leur ai fait tour le-
» bien qui dépendoit de moi, & c'est peur-
Ȑtre les servir utilement encore que d'os-
» frir aux autres des objets de distraction
» qui lesempêchent de songer à eux. Je
»m'estimerois trop heureux d'avoir tous
« les jours une piéce à faire lissier, si je
Ji pouvois contenir pendant deux heures
,à les mauvais desseins d'un seul des Speéb-
» teurs, & sauver l'honneur de la fille ou-
» de la femme de (on ami
à
le secret de fort
» consident, ou la fortune de son créan-
Il cier. Lorsqu'il n'y a plus de moeurs,it'
» ne faut songer qu'à la police; & l'on
« sçait assezque la musique & les specta-
« des en sont un des plus importans objets.
- » S'il reste quelque difficulté à ma jufti-
, fication,j'ose le dire hardiment,ce n'est
» vis-à-vis, ni du public ni de mes adver-
»saires;c'estvis à vis de moi seul : car
9* ce n'est qu'en m'observant moi-même-
»q,ne je puis juger si je dois me complus
dans iepem nombre,& £mttt*
name est en état de soutenir le faix des
» exercices littéraires. J'en ai sentiplus
« d'une fois le danger; plus d'une fois js
»les ai abandonnés dans le dessein de ne
» les plus reprendre,& renonçant à leur
»charme séductur, j'ai sacrifié à la paix
» de mon coeur les seuls plaisirs qui pou-
» voientencore le flatter. Si dans les lan-
» gueurs qui m'accablent
,
si sur la fin d'u-
« ne carriere pénible & douloureuse, j'ai
93
osé les reprendre encore quelques mo-
)J mens pour charmer mes maux, je crois
» au moins n'y avoirmis ni assez d'intérêt
o ni assez de prétentions pour mériter à
*>cet égard les justes reproches que j'ai
» faits aux gens de lettres.
JJ11 me lalloit une épreuve pour ache-
» ver la connoissance de moimême,& jo
>3 l'ai faite sans balancer. Après avoir re-
»connu la situation de mon ame dans les
*i succès littéraires
,
il me restoit à l'exami-
3)nitr dans les revers. Je sçais maintenant
» qu'enpenser,&je puis mettre le public
» au
pire.
Ma piece aeule sortqu'elle mérltol
t& que j'avois prévu; nmis à l'en-
« nui près qu'elle m'acausé je :Srti de
«la representation bien plus emitenr de
,l');'.()i,& à plusjuste titte que si elle eú
» étii-si.
i,*?Je confdllc doaçà. ceux qui fan: Ë.
J)ardcns à chercher des reprocherà me
» faire,deVouloir mieuxétudier mes prin-
J* cipes
, & mieux observer IDa: conduite,
» avant que de m'y taxer de coutradiction
,,& d'inconséquence. S'ils s'apperçoivenc
jamais que je commence àbriguer les
» suffrages du public, ou que je tire va-
» nité d'avoir fait de jolieschansons
, ou
» que je rougisse d'avoir écrit de mauvaise
ses Comédicy, ou que je cherche à nui-
»re à la gloire de mes Concurrens, on
Jt' que j'assecte de mal parler des grands
» hommes de mon siécle
, pour tâcher de
» m'élever à leur ni veau, en les tabaissant
» au mien, ou que j'aspire à des placeS".
» d'Académie,ou que j'aille fairema cour
» aux femmes qui donnent le ton ou que
a j'encense la sottise des Grands, ou que
» ceffane de vouloir vivre dutravail de
» mes mains, je tienne à ignominie le mé-
» tier que je me fuis choisi,& fasse des
» pas vers la fonune; s'ils remarquent en
« un mot que l'amour de la réputation me
» fasse oublier celui de la vertu,je les prie
» de m'erravenir & même publiquement.
» 8c j^l^tiporomets de jetter à l'infianraw
» feu mês écrits- & mes livru, & de conn
venir de toutes les erreurs qu'il leur
» plaira de me reprocher. ; *En attendant, j'écrirai des livre?j#
* ferai des vers &a de la musique> sij'en
: ai le talent, le tems, la force ôe la vôw
a lonté;jecontinuerai de dire rrès- fran-
*chement tout le mal qJJe je pensedes
»Lettres & de ceux qui les cultivent, &
i croirai n'en valoir pas moins pour cela.
» Il est vrai qu'on pourra dire quelque
ojour: cet ennemi si déclaré des Sciences
p & des AnS", fît pourtant & publia des
» Piecesde Théâtre;& ce discours fera
,.
* je l'avoue,une Satyre, non de moi,
D mais de mon siécle,
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Résumé : « M. Rousseau de Geneve vient de faire imprimer chez Pissot, Narcisse ou l'Amant [...] »
Jean-Jacques Rousseau, également connu sous le nom de M. Rousseau de Genève, a publié la comédie 'Narcisse ou l'Amant de lui-même' chez l'imprimeur Pissot. Cette œuvre a été jouée par les Comédiens Français le 18 décembre précédent. Dans la préface, Rousseau aborde la question des sciences et des arts, affirmant qu'ils ne peuvent pas réformer un peuple vicieux mais peuvent aider à préserver la vertu dans une société corrompue. Il les compare à des remèdes nécessaires pour éviter une corruption plus profonde. Rousseau suggère de maintenir les académies, collèges, universités, bibliothèques et spectacles afin de détourner les hommes de leurs méchancetés. Il préfère vivre parmi des fripons plutôt que des brigands. Il justifie ses écrits comme des moyens de distraire les gens de leurs mauvaises intentions plutôt que de les moraliser. Rousseau exprime des doutes sur sa capacité à poursuivre ses activités littéraires en raison des risques et des sacrifices requis pour préserver sa tranquillité d'esprit. Il se déclare prêt à affronter les critiques et à défendre ses principes et sa conduite. Il invite ses lecteurs à signaler toute erreur dans ses œuvres et promet de les corriger. Rousseau affirme qu'il continuera à critiquer les lettres et ceux qui les cultivent. Il anticipe les critiques concernant sa propre production théâtrale malgré son opposition aux sciences et aux arts, reconnaissant que cela pourrait être vu comme une satire de son époque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 92-129
SUITE de l'extrait de la Lettre de M. Rousseau de Geneve à M. d'Alembert, sur les Spectacles.
Début :
On a vu comment M. Rousseau s'y est pris pour nous prouver que la Tragédie [...]
Mots clefs :
Molière, Comédie, Jean-Jacques Rousseau, Homme, Misanthrope, Vertu, Théâtre, Gens, Vice, Vices, Ridicule, Caractère, Moeurs, Monde, Honnête, Comique, Fripons, Pièce, Nature, Hommes, Mépris, Vicieux, Personnage, École, Société, Vérité, Avare, Enfants, Traits, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'extrait de la Lettre de M. Rousseau de Geneve à M. d'Alembert, sur les Spectacles.
SUITE de l'extrait de la Lettre de M.
Rouffean de Geneve à M. d'Alembert ,
fur les Spectacles.
ONNa vu comment M. Rouffeau s'y eſt
pris pour nous prouver que la Tragédie
allume en nous les mêmes paffions dont
elle prétend infpirer la crainte , & qu'elle
nous conduit aux crimes dont elle veut
nous éloigner.
DECEMBRE . 1758 .
93
Les moeurs de la Comédie lui femblent
encore plus dangereufes , en ce qu'elles
ont avec les nôtres un rapport plus immédiat.
« Tout en eft mauvais & pernicieux ,
» tout tire à conféquence pour les fpecta-
» teurs ; & le plaifir même du comique
étant fondé fur un vice du coeur hu-
» main , c'eſt une fuite de ce principe , que
plus la Comédie eft agréable & parfaite ,
plus fon effet eft funefte aux moeurs . »
199
و د
"
Pour fe concilier avec M. Rouſſeau , il
ne fuffit donc pas d'avouer que le théâtre ,
quoique purgé de fon ancienne indécence,
n'eft pas encore affez châtié ; que Dancourt
, Montfleuri & leurs femblables ,
devroient en être à jamais bannis ; qu'en
un mot le feul comique honnête & moral
doit être donné en fpectacle. Si M. Rouffeau
n'eût dit que cela , il eût penſé comme
tous les honnêtes gens ; mais ce n'étoit
pas affez pour lui tout comique fans
diftinction eft , s'il faut l'en croire , une
école du vice : il n'en connoît point d'innocent.
Il n'eft donc pas queftion d'examiner
s'il y a des Comédies repréhensibles
du côté des moeurs ; mais s'il y a des Comédies
dont les moeurs foient bonnes , &
les leçons utiles .
M. R.
commence par vouloir prouver
l'inutilité de la Comédie. " Imaginez la
94 MERCURE
DE FRANCE .
" Comédie auffi parfaite qu'il vous plaira
( & ceci eft commun aux deux théâtres ) ,
» où eft celui qui , s'y rendant pour la premiere
fois , n'y va pas déja convaincu de
» ce qu'on y prouve ? »
Celui qui n'en eft pas convaincu , eft ,
lui dirai-je , un orgon aveuglément prévenu
pour un tartufe , un jaloux qui ne
voit de fûreté pour fon honneur que dans
une tyrannie odieufe , un avare qui croit
trouver l'équivalent de tous les biens dans
un tréfor qui fera fon fupplice , un mari
livré à une feconde femme qui lui fait
haïr fes premiers enfans , & qui le flatte
pour le dépouiller. Voilà les gens qui vont
au fpectacle le bandeau fur les yeux , &
qui en reviennent capables de réflexions
falutaires , à moins de les fuppofer imbécilles
. De ce que la Comédie fe rapproche
du ton du monde , M. R. conclut qu'elle
ne corrige point les moeurs. « Un laid vifage
ne paroît point laid à celui qui le
» porte. Que fi l'on veut corriger les
» moeurs par leur charge , on quitte la vraifemblance
& la nature , & le tableau ne
» fait plus d'effet . C'eft attaquer la Comédie
dans fon effence ; & fi cette propofition
, légérement jettée , étoit vraie dans
fes deux points , l'inutilité de la Comédie
àl'égard des moeurs , feroit démontrée.
"
DECEMBRE. 1758. 95
Un laid vifage ne paroît point laid à celui
qui le porte. Quand cela feroit comme cela
n'eft pas , de bonne foi cette comparaiſon
peut-elle être pofée en principe ? La laideur
& la beauté font arbitraires jufqu'à un cer
tain point ; il y a du préjugé , de la fantaifie
, du caprice même dans l'opinion
qu'on en peut avoir. Mais en eft- il ainfi
des vices & furtout des vices auxquels le
Public attache le ridicule & le mépris ? Si
le vicieux fe méconnoît au théâtre , il fe
méconnoît encore plus dans un difcours
de morale , & dès-lors toute instruction
générale devient inutile , ce que M. R. n'a
certainement pas prétendu. A l'égard du
théâtre , rappellons- nous ce qui s'eft paffé
dans la nouveauté du tartufe . Croira- t'on
que les faux dévots avoient du plaifir à s'y
voir peints ? croira- t'on que l'ufurier fe
complaife dans le miroir de l'avare ? Voilà
les vicieux bien à leur aife , s'ils aiment
à fe voir tels qu'ils font ! Mais du moins
n'aiment- ils pas à être vus dans cette nudité
humiliante . Leur raifon a beau être
corrompue au point de les juftifier à euxmêmes
, ils fçavent , comme l'avare d'Horace,
qu'ils font la fable & la rifée du peuple
, & ils fe cachent pour s'applaudir,
D'où il réfulte deux fortes de bien , l'un
qu'au défaut de la vertu , le defir de
96 MERCURE DE FRANCE.
f'eftime publique , la crainte du blâme &
du mépris tiennent le vice comme à la
gêne ; l'autre , que l'exemple en eft moins
contagieux ; car l'attrait du vice a pour
contrepoids la peine de l'humiliation , à laquelle
l'orgueil répugne , Eft -ce là , me direz
- vous , faire à la vertu des amis défintéreffés
Hé non , Monfieur , nous n'en
fommes pas là. Peu de gens aiment la vertu
pour elle- même. Il faudroit , s'il eft permis
de le dire , prendre la fleur de l'efpece humaine
pour en former une république, qui
feroit peu nombreuſe encore .
La Comédie prend les hommes tels
qu'ils font partout , & à Geneve comme
ici , c'est- à- dire fenfibles à l'eftime & au
mépris de la fociété , n'aimant point du
tout à fe donner en dérifion , & allez malins
pour fe plaire à voir répandre fur autrui
le ridicule qu'ils évitent. Si les moeurs
font fidélement peintes fur le théâtre comique
; fi les vices & les trayers en font
les méprifables jouets , la Comédie peut
donc avoir fon utilité morale , comme la
cenfure des femmes de Geneve . Que l'on
médife fur le théâtre on dans un cercle ,
c'est toujours la malignité humaine qui
fert d'épouventail au vice , avec cette différence
qu'au théâtre, on peint les vicieux,
& que dans un cercle , on les nomme.
J'avoue
DECEMBRE. 1758.
97
J'avoue que fans ce fonds de maligne
complaifance
, qui fait qu'on s'amufe
des ridi
cules d'autrui , la Comédie
feroit
infipide
& par conféquent
infructucafe
: auffi ne
feroit-elle pas foufferte
dans une fociété
toute
compofée
de vrais amis. Mais tant
que les femmes
fe plairont
à médire
de
leurs maris & de leurs égales , tant que
les hommes
fe plairont
à voir dans leurs
femblables
des travers
qu'ils n'ont pas euxmêmes
, tant qu'il y aura dans le monde
un amour-propre
envieux
& malin
, la
Comédie
aura
l'avantage
de démafquer
,
d'humilier
les vices , & de les livrer ent
plein
théâtre à l'infulte des
fpectateurs
.
·
Mais « fi on veut les corriger par leurs
charges , on quitte la vraifemblance &
la nature , & le tableau ne fait plus
» d'effet. »
30
La peinture du théâtre eft une imitation
exagérée ; mais voici comment. Moliere
veut peindre l'Avare , chacun des traits
doit reffembler , c'eft- à- dire que l'avare ne
doit agir & penſer fur la fcene que comme
il penfe & agit dans la fociété. Mais l'action
théâtrale ne dure que deux heures , &
l'art de l'intrigue confifte à réunir , fans
affectation , dans ce court efpace de temps ,
un affez grand nombre de fituations pour
engager naturellement le caractere de
ES
C.
98 MERCURE DE FRANCE.
· 56 ,
l'avare à fe développer en deux heures ,
comme dans la fociété il fe développeroit
en fix mois. Ce n'eft la que rapprocher les
traits qui doivent former fon image . De
plus , comme la Comédie n'eft pas une
fatyre perfonnelle , & que non feulement
un vicieux , mais tous les vicieux de la
même effece, doivent le reconnoître dans
le tableau , le Peintre y réunit les traits
les plus forts du même vice , répandus dans
la fociété , mais tous copiés d'après nature,
Qu'importe la vérité de l'imitation
» dit M. Rouffeau ,
› pourvu que l'illufion
» y foit » L'illufion n'y feroit pas fil'imitation
n'étoit pas vraie. Quand eſt- ce en
effet que ceffe l'illufion ? Dès qu'il échappe
au Poëte ou à l'Acteur quelque trait qui
n'eft pas dans la nature , c'eft-à- dire , quelque
trait qui contredit ou qui force le caractere,
Et comment nous appercevonsnous
que le caractere eft forcé. Lorsqu'il va
au delà de l'idée collective que chacun de
nous s'en eft fait d'après ce qu'il en a vu
lui même ou entendu dire . Auffi écoutez
le Parterre , quand le perfonnage qu'on
lui préfente s'éloigne de la vérité . Cela eſt
trop fort , dit- il , cela ne reffemble à rien .
L'exagération du Théâtre fe borne donc
à multiplier les traits qui caractériſent ou
le vice ou le ridicule ; & c'eft la vérité , l'enfemble
de ces traits rapprochés & réunis ,
DECEMBRE. 1758. 99
qui nous perfuadent, à la repréſentation des
pieces de Moliere que nous avons vues, tout
ce qu'il nous peint ; l'homme vicieux feroit
donc le feul à y méconnoître fon image.
Or s'il y a quelque Cynique affez impudent
pour s'applaudir au milieu des huées ,
s'il y a quelque original affez hébêté
pour rire lui-même à fes dépens , ni l'un
ni l'autre exemple n'eft affez commun pour
paffer en regle, & l'utilité de la bonne Comédie
n'en eft pas moins fondée fur le mépris
qu'elle attache au vice , & fur la répugnance
qu'a le vicieux à fe voir en butte
au mépris. Si le bien eft nul , comme le conclut
M. Rouffeau , ce n'est donc point
pour les raifons qu'il en a données . Voyons
à préfent fi le comique remplit fon objet ,
& d'abord , avec M. Rouffeau , prenons
pour exemple Moliere. « Qui peut difcon-
» venir que ce Moliere même , des talens.
duquel je fuis plus l'admirateur que perfonne
, ne foit une école de vices & de
» mauvaiſes moeurs , plus dangereufe que
» les livres même où l'on fait profeffion de
≫les enfeigner."
99
"2
Il faut avouer que M. Rouſſeau ne nous
ménage guere , & je ne crois pas qu'on
puiffe , en termes plus énergiques , faire le
procès à notre police & à notre gouvernement.
Ce n'eft donc pas contre un babilphi
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
lofophique , mais contre une imputation
très- grave que je m'éleve. Il s'agit de faire
voir que depuis cent ans les peres & les
meres ne font pas affez imbécilles ou affez
pervers , & dans la capitale & dans toutes
les villes du Royaume , & dans toutes cel
les de l'Europe , où cet excellent comique
eft joué , pour mener leurs enfans à
la plus pernicieufe école du vice.
Expofons d'abord l'imputation dans
toute fa force ; je ferai diffus , je le prévois
; mais le fujet en lui-même eft affez
amufant ; la maniere dont M. Rouffeau
le traite eft affez curieufe pour rendre intéreffans
les détails inévitables où j'entrerai
pour lui répondre.
" Son plus grand foin, dit M. Rouffeau ,
» en parlant de Moliere , eft de tourner la
» bonté & la fimplicité en ridicule , & de
» mettre la rufe & le menfonge du parti
» pour lequel on prend intérêt . Ses honnê-
» tes gens ne font que des gens qui parlent;
» fes vicieux font des gens qui agiffent
99 & que les plus brillans fuccès favorifent
» le plus fouvent . Enfin l'honneur des apé
plaudiffemens , rarement pour le plus
eftimable , eft prefque toujours pour l
plus adroit.
59
و د
le
Examinez le conrique de cet Auteur ,
» yous trouverez que les vices de caractere
» en font l'inſtrument & les défauts natu
DECEMBRE . 1758. 104
» rels , le fujet ; que , la malice de l'un pu-
» nit la fimplicité de l'autre , & que les
» fots font les victimes des méchans : ce
و ر
و
qui , pour n'être que trop vrai dans le
» monde , n'en vaut pas mieux à mettre au
Théâtre , avec un air d'approbation com-
» me pour exciter les ames perfides à punir,
» fous le nom de fottife , la candeur des
» honnêtes
gens :
Dat veniam corvis , vexat cenfura columbas.
" voilà l'efprit général de Moliere , & de
» fes imitateurs. »
page
Cette
d'accufation exigeroit pour
réponſe un volume : attachons, nous aux
principaux griefs .
Il y a deux fortes de vices dans les hommes
; les uns , vices des fripons , & les autres
, vices des dupes. Quand les premiers
attentent gravement à la fociété , ils font
edieux & terribles ; le ridicule fait place à
l'infamie , & la Tragédie s'en empare :
quand ils ne portent au bien public & particulier
que de légeres atteintes , la Comédie
, qui ne doit pas être plus févete
que les Loix , fe contente de les châtier. A
l'égard des vices des dupes , ils font humiliés
au Théâtre , mais ils n'y font jamais
Alétris cette diftinction appliquée aux
exemples , va , je crois , devenir fenfible ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
elle contient toute la Philofophie de Moliere
, & ma réponſe à M. Rouffeau .
que
Le but de Moliere a donc été de démafquer
les fripons , & de corriger les dupes ;
& c'est l'objet le plus utile qu'il pût jamais
fe propofer. En effet , fuppofons qu'il n'eût
mis au Théâtre que des gens de bien , voilà
tous les fripons en paix ; au moins n'ontils
plus à craindre le fléau de la cenfure
publique qu'il n'eût mis au Théâtre
des fripons ; dès - lors la fcene comique
n'eft plus qu'une académie de fourberies :
qu'il eût mis au Theâtre des gens de bien
& des fripons , mais ceux- ci moins actifs ,
moins habiles , moins induftrieux que les
gens de bien ; la fcene comique n'auroit
eu ni vérité , ni, utilité morale , ou l'on
n'auroit pas ajouré foi à ces exemples , ou
l'honnêteté fimple & crédule eût pris pour
elle - même une confiance trompeufe :
Moliere enfin eût fait tromper que par des
fripons d'honnêtes gens éclairés , vigilans
& fages ; c'étoit donner au vice , fur la
vertu , un avantage qu'il n'a pas. Quel feroit
le fruit de ces leçons ? Que la probité
en vain fur fes gardes contre la malice &
la fauffeté , n'en peut être, quoi qu'elle falſe,
que le jouet ou la victime . C'eft alors que
le Théâtre comique feroit une école pernicieufe
par le découragement & le dégoût
DECEMBRE. 1758. 103
qu'il infpireroit pour la vertu . De toutes les
combinaiſons poffibles dans le mêlange &
le conftrate des moeurs , Moliere s'eft donc
attaché à la feule qui foit utile ; il a pris des
gens de bien, foibles , crédules , entêtés , confians
ou foupçonneux à l'excès , imprudens
même dans leurs précautions , & toujours
punis, non pas de leur bonté, mais de leurs
travers ou de leurs foibleffes : tels font le
Bourgeois- Gentilhomme , George - Dandin ,
le Malade imaginaire , les Tuteurs jaloux
de l'Ecole des Femmes & de l'Ecole des
Maris. Que l'on me cite un feul exemple où
l'honnêteté pure & fimple foit tournée en
ridicule , & je condamne la piece au feu .
Mais voyez fi l'on rit aux dépens deCléante,
dans leTartufe; aux dépens deChrifale,dans
les Femmes favantes ; aux dépens d'Angélique
dans leMalade imaginaire; aux dépens
d'Arifte dans l'Ecole des Maris ; aux dépens
même de Madame Jourdain dans le Bourgeois
- Gentilhomme Qu'eft ce donc que
Moliere a joué dans les honnêtes gens , ou
plutôt dans les bonnes gens dont on fe moque
à ces fpectacles ? L'aveugle prévention
d'Orgon & de fa mere pour un fcélérat hypocrite
; la manie de l'érudition & du bel
efprit dans une fociété d'honnêtes femmes
à qui des pédans ont tourné la tête ; le foible
d'un homme pufillanifme pour une ma-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
râtre qu'il a donnée à fes enfans , & qui
n'attend que fon dernier foupir pour s'enrichir
de leur dépouille ; l'imbécille prétention
de deux jaloux à fe faire aimer de leurs
pupiles en les tenant dans la captivité ; la
fotte ambition d'un Bourgeois de paffer
pour Gentilhomme en imitant les gens de
Cour ; voilà fur quoi tombe le ridicule de
ces Comédies. Eft - ce là jouer la vertu , la
fimplicité , la bonté ? Je le demande au
Public qui fait bien de quoi il s'amuſe , je
le demande à M. R. lui- même qui peut
avoir ces tableaux auffi préfens que moi .
Tous les vices que je viens de parcourir
font , comme l'on voit , ceux des dupes ; il
n'eft donc pas étonnant que Moliere oppoſe.
à ces perfonnages des fripons adroits , &
fouvent heureux; c'eft ce qui rend ces leçons
utiles . Mais ces fripons eux-mêmes ont- ils
jamais l'eftime des Spectateurs ? Je m'en
tiens à l'exemple que M. Rouffeau a choiſi ::
c'eft le Gentilhomme qui dupe M. Jourdain
: ce perfonnage , dit M. Rouffeau , eft
l'honnête homme de la piece .
Si tout ceci n'étoit qu'une plaifanterie ,
je pafferois à M.Rouffeau la légèreté de ces
affertions ; mais lorfqu'il s'agit de prouver
à une nation entiere qu'elle eft , depuis
cent ans , fans s'en appercevoir , à la plus
dangeureufe école du vice , un Philofophe
DECEMBRE. 1758. 105
8
doit y réfléhir . Un homme donné fans ménagement
par Moliere pour un fourbe
pour un efcroc , pour un flatteur , pour un
vil complaifant , & pour quelque chofe de
pis encore , c'eft l'honnête homme de la
piece ! Eft- ce dans l'opinion de Moliere ? Il
eft évident que non . Eft- ce dans l'opinion
des Spectateurs ? En eft- il un feul qui ne
conçoive le plus profond mépris pour cet
infâme caractere ? Eft ce dans l'opinion de
M. Rouffeau lui-même ? Je ne révoque pas
en doute fa fincérité ; je ne me plains que
de fa mémoire ; mais il eût été bon , je
crois , d'avoir Moliere fous les yeux en
faifant le procès à ces pieces , afin de ne
pas altérer la vérité dans un objet de toute
autre conféquence que le Sonnet du Mifanthrope
.Quel eft donc le perfonnage honnête
de la Comédie du Bourgeois- Gentilhomme
? Madame Jourdain , une mere
de famille qui , avec le bon efprit & les
bonnes moeurs de fon état , gémit des tra-,
vers que fon mari fe donne , & lui reproche
fes extravagances. Or que M. Rouffeau
fe rappelle s'il a jamais vu rire aux dé--
pens de Madame Jourdain .
"
<<
"
Quel eft, ajoute M. Rouffeau , quel eft le
plus criminel d'un payfan affez fou pour
époufer une Demoiselle , ou d'une femme
» qui cherche àdeshonnoret fon époux ? Que
23
Ev
106 MERCURE
DE FRANCE
.
t
و د
ه د
penfer d'une Piece où le Parterre applaudir
à l'infidélité, au menfonge,à l'impudence
» de celle- ci , & rit de la bêtife du manant
99
29
puni ? Que penfer de cette Piece ? Que c'eft
»le plus terrible coup de fouet qu'on ait ja- mais donné à la vanité des méfalliances
. "
Ce n'est point à l'intention
de Moliere que
je m'attache , car l'intention
pourroit être
bonne, & la Piece mauvaife ; je m'en rappor
te à l'impreffion
qu'elle fait. De quoi s'agitil
dans George- Dandin ? De faire fentir les
conféquences
de la fottife de ce villageois ;
Moliere a donc peint fes perfonages
d'après
nature. Mais en expofant à nos yeux le vice
l'a-t-il rendu intéreffant
? a- t'il donné un
coup de pinceau pour l'adoucir & le colorer,
lui , qui fçavoit fi bien nuancer les caracteres?
a- t'il feulement pris foin de rendre cette
coquette féduifante
& fon complice intéreffant
Rien n'étoit plus facile fans doute ;
mais s'il eût affoibli le mépris qu'il devoit
répandre fur le vice , il fe fût contredit luimême
; il eût oublié fon deffein : c'est donc
pour rendre fa piece morale qu'il a peint de
mauvaiſes
moeurs ; & ceux qui lui en ont
fait un reproche , ont confondu la décence
avec le fonds des moeurs théâtrales . La
bienséance
eft violée dans la Comédie de
George Dandin , comme dans la Tragédie
de Théodore ; mais ni l'une , ni l'autre
DECEMBRE. 1758 . 107
piece n'eft une leçon de mauvaiſes moeurs.
Si quelqu'un nous attache dans cette
piece , c'eft George - Dandin lui-même , &
on le plaint comme un bon homme , quoiqu'on
en rie comme d'un fot. J'avoue que
la pitié n'eft pas bien vive , quand elle permet
de rire ; mais auffi fa fituation n'eft-·
elle pas affez cruelle dans notre opinion ,
pour nous affliger fenfiblement ; & nous
fçavons qu'il eft des fituations humiliantes
dont les bonnes gens fe confolent.
Ce qui a fait , je crois , que M. R. s'eft
mépris fur l'impreffion de ces Comédies ,
ce font les applaudiffemens. Mais il nous
ſuppoſe bien vicieux nous-mêmes, s'il nous
accufe d'approuver tout ce que nous applaudiffons.
Il a entendu applaudir à ces
mots d'Atrée : « Reconnois- tu ce fang ? »
Et à ce vers de Cléopâtre :
Puiffe naître de vous un fils qui me reffemble.
Les fpectateurs , à fon avis , adherent ils
dans ce moment aux moeurs de Cléopâtre
ou d'Atrée : C'eſt le génie , c'eft l'art du
Poëte qu'on admire & qu'on applaudir
dans la peinture du crime comme dans
celle de la vertu . Que l'artifice d'un fourbe
, que l'habileté d'un méchant , que toute
fituation qui met la fottife & la friponnerie
en évidence , foit applaudie au théâtre ;
E vj
10S MERCURE DE FRANCE.
ce n'eft pas qu'on aime les fripons , mais
c'eft qu'on aime à les connoître : ce n'eft
pas qu'on mépriſe la bonté , l'honnêteté
dans les dupes , mais feulement les travers
ou les foibleffes qui les font donner dans
le piege , & dont on eftfoi- même exempt.
La preuve en eft que, fi le perfonnage dont
on fe joue eſt eſtimable , & que le tort
qu'on lui fait devienne férieux , la plaiſan--
terie ceffe & l'indignation lui fuccede . On
en voit l'exemple dans le cinquieme acte
du Tartufe , ce chef- d'oeuvre du théâtre
comique dont M. R. ne dit pas un mot.
Il eft vrai que les fripons , c'eft- à - dire
furtout les valets , font communément du
côté des perfonnages auxquels on s'intéreffe
, & qu'alors on fçait bon gré au fripon
de ce qu'il fait pour les fervir. Mais
obfervons que c'est toujours par intérêt.
pour d'honnêtes gens , & dans le cas unique
où la friponnerie ne va point au grave.
Il y a cependant nombre de Comédies
dont les moeurs font repréhenfibles à cet.
égard , & quelques-unes des pieces de Mo
liere peuvent être mifes dans cette claffe ;
mais ce n'eft ni le Tartufe , ni le Mifanthrope
, ni les Femmes fçavantes , ni aucune
de fes bonnes Comédies , & l'on ne doit
pas juger Moliere fur les fourberies de
Scapin. Il feroit d'autant moins jufte ,
DECEMBRE. 1758. 100
33
» c'eft M. R. qui parle , d'imputer à Mo
" liere les erreurs de fes modeles & de fon
fiecle , qu'il s'en eft corrigé lui -même. »›
Mais venons au plus férieux , & voyons
comment les vices de caractere font l'inftru
ment de fon comique , & les défauts naturels ,
le fujet. Dans le Tartufe , le fujet du comi→
que eft la confiance obftinée d'un honnête
homme pour un fcélérat. Cette confiance
eft- elle un défaut naturel ? Dans l'Ecole des
femmes & dans l'Ecole des maris , le fujet
da comique eft la prétention d'un Tuteur
jaloux à s'affurer du coeur de fa pupile , pare
la gêne & la vigilance. Cet abus de l'autorité
confiée eft-il un défaut naturel ? En
eft- ce un dans l'Avare que la manie de fe
priver foi- même & fes enfans , des befoins
d'une vie honnête , pour accumuler & en--
fouir des tréfors ? En eft-ce un dans les
Précieufes & dans les Femmes fçavantes
que la folie du bel- efprit & la négligence >
des chofes utiles ? en eft- ce un que l'aveugle
prévention du Malade imaginaire pour
fa femme & fon médecin , que la fotte
vanité de George- Dandin & du Bourgeois
Gentilhomme , que le foible du Mifanthrope
pour une coquette qui le trompe ?
& fi la bonté , la fimplicité naturelle de
quelques - uns de ces perfonnages eft las
caufe du ridicule qu'ils fe donnent , eft.co
10 MERCURE DE FRANCE.
{
à la caufe que Moliere l'attache ? la-t'i
confondue avec l'effet ?, M. Rouffeau peut
me répondre que le Public ne fait pas ces
diftinctions philofophiques , & que le mépris
attaché à l'effet rejaillit infailliblement
fur la caufe. C'eft de quoi je ne conviens
point. Que l'on mette au théâtre un homme
vertueux & fimple fans aucun de ces
vices de dupe dont j'ai parlé , & que l'Auteur
s'avife de le rendre le jouet de la fcene,
on verra fi le parterre n'en fera pas indigné
. Qu'un valet fe joue du vieil Euphémon
ou du pere du Glorieux , je paffe
condamnation , s'il fait rire. Le comique
de Moliere n'attaque donc pas des défauts
naturels ; mais des vices de caractere , la
vanité , la crédulité , la foibleffe , les prétentions
déplacées , & rien de tout cela
n'eft incorrigible.
L'examen de l'Avare & du Mifanthrope
vont rendre plus fenfible encore mon opinion
fur les moeurs du théâtre de Moliere.
« C'eft un grand vice , dit M. Rouffeau,
» d'être avare & de prêter à ufure ; mais
» n'en est - ce pas un plus grand encore à
» un fils de voler fon pere , de lui man-
» quer de refpect , de lui faire mille infultans
reproches , & quand ce pere irrité
» lui donne fa malédiction , de répondre
? d'un air goguenard qu'il n'a que faire de
DECEMBRE . 1758. 111
-
» fes dons ? Si la plaifanterie eft excellente ,
" en eft elle moins puniffable , & la
piece où l'on fait aimer le fils infolent
qui l'a faite , en eft- elle moins une école
» de mauvaiſes moeurs ? »
»
">
Suppofons que dans un fermon l'Orateur
dît à l'avare : Vos enfans font vertueux
, fenfibles , reconnoiffans , nés pour
être votre confolation ; en leur refufant
tout , en vous défiant d'eux , en les faifant
rougir du vice honteux qui vous domine ,
fçavez- vous ce que vous faites votre inflexible
dureté laffe & rebute leur tendreffe.
Ils ont beau fe fouvenir que vous
êtes leur pere , fi vous oubliez qu'ils font
vos enfans , le vice l'emportera fur la vertu
, & le mépris dont vous vous chargez
étouffera le refpect qu'ils vous doivent.
Réduits à l'alternative , ou de manquer de
tout , ou d'anticiper fur votre héritage
par des reffources ruineufes , ils diffiperont
en ufure ce qu'en ufure vous accumulez
; leurs valets fe ligueront pour dérober
à votre avarice les fecours que vos
enfans n'ont pu obtenir de votre amour.
La diffipation & le larcin feront les fruits
de vos épargnes , & vos enfans devenus vicieux
par votre faute & pour votre fupplice
, feront encore intéreffans pour le
Public que vous révoltez.
FIT MERCURE DE FRANCE.
Je demande à M. Rouffeau fi cette leçon
feroit fcandaleufe : hé bien , ce qu'annonceroit
l'Orateur , le Poëte n'a fait que le
peindre , & la Comédie de Moliere n'eft
autre chofe que cette morale en action .
Ni l'Orateur, ni le Poëte ne veulent encourager
par - là les enfans à manquer à ce
qu'ils doivent à leur pere ; mais tous les
deux veulent apprendre aux peres à ne pas
mettre à cette cruelle épreuve la vertu de
leurs enfans . Paffons aux moeurs du Mifanthrope
, que M. Rouffeau a choifies par
préférence comme le chef- d'oeuvre de
Moliere.
و و ن
"
95
« Je trouve , dit - il , que cette piece
» nous découvre mieux qu'aucune autre la
véritable vue dans laquelle Moliere a
compofé fon théâtre, & nous peut mieux
faire juger de fes vrais effets . Ayant à
plaire au Public , il a confulté le goût le
plus général de ceux qui le compofent .
» Sur ce goût il s'eft formé un modèle , &
fur ce modele un tableau des défauts
» contraires dans lequel il a pris fes carac-
» teres comiques , & dont il a diftribué les
divers traits dans fes pieces.
Arrêtons-nous un moment à cette théo
rie générale. Moliere , en confultant fon
fiecle , a donc vu qu'un ufage honnête de
fes biens étoit du goût général , & il a
DECEMBRE. 1758. 113
・
t
A
Il:
attaqué l'avarice ; qu'on aimoit à voir
chacun fe tenir dans fon état , & il a joué
le Bourgeois Gentilhomme ; qu'une femme
occupée modeftement de fes devoirs
étoit une femme eftimée , & il a jetté du
mépris fur les Précieufes & les Sçavantes ;
qu'une piété fimple & fincere infpiroit le
refpect , & il a démafqué le Tartufe ; que
la gêne & la violence dans le choix d'un
époux étoit une tyrannie odieufe , & ila
fait de deux tuteurs les jouets de deux
amants. Que M. Rouffeau me dife où est
le mal , & en quoi le goût du fiecle a nui
aux moeurs du théâtre de Moliere ? "
» n'a donc point prétendu , pourfuit- il ,
»former un honnête homme , mais un
» homme du monde ; par conféquent ik
»n'a point voulu corriger les vices , mais
» les ridicules ; & comme je l'ai déja dit ,
» il a trouvé dans le vice même un inftru-
» ment très-propre à y réuffir. " Si dans.
ces exemples que je viens de citer , & dans:
tous ceux qu'on peut tirer des bonnes
pieces de Moliere , excepté l'Amphitrion
qui n'eft point une Comédie , l'objet du
ridicule eſt une chofe honnête & louable ,
j'avoue que la prévention m'aveugle. Je
fens bien que tous les ridicules dont Moliere
s'eft joué , ne font pas ce que j'ai entendu
par les vices des fripons. Mais il eſt
4
114 MERCURE DE FRANCE.
des vices qui ne nuifent qu'à nous , & que
j'appelle les vices des dupes. C'eft de cette
derniere efpece de vices queMoliere a voulu
nous corriger, en faisant voir qu'ils nous
rendoient les jouets des fourbes. Il fçavoit
bien , ce Philofophe , qu'on ne corrigeoit
pas un fripon , & que ce n'étoit qu'en le
dénonçant qu'on pouvoit le déconcerter.
Allez perfuader à un Charlatan de ne pas
tromper le peuple , vous y perdrez votre
éloquence. C'eft au peuple qu'il faut apprendre
à fe défier du Charlatan . Voilà ,
felon moi , tout l'art de Moliere , & je ne
conçois rien de plus utile aux moeurs.
« Mais , reprend M. R , voulant expofer à
» la rifée publique tous les défauts oppofés
» aux qualités de l'homme aimable , de
l'homme de fociété ; après avoir joué tant
» d'autres ridicules , il lui reftoit à jouer
celui que le monde pardonine le moins , le
» ridicule de la vertu . C'est ce qu'il a fait
»dans le Mifanthrope .Vous ne fçauriez me
» nier deux chofes , ajoute le Cenfeur du
»
théâtre : l'ane, qu'Alcefte dans cette piece
>> eſt un homme droit , fincere , eſtimable ,
» un véritable homme de bien ; l'autre, que
» l'Auteur lui donne un perfonnage ridicu-
»le.»Vous ne fçauriez menier deux chofes ,
dirai-je à mon tour à M. Rouffeau ; l'une ,
qu'Alcefte eft un homme paffionné , vio
DECEMBRE . 1758. 115
lent , infociable ; l'autre, que dans la vertu
Moliere n'a repris que l'excès . Vous donnez
à Moliere le projet d'un fcélérat , &
je trouve dans fon Ouvrage le deffein du
plus honnête homme. Il feroit malheureux
pour vous que la raifon fût de mon
côté.
Imaginons pour un momentqu'an Auteur
dans un feul Ouvrage ait voulu attaquer
tous les vices de fon fiecle , & mettre le
fléau de la fatyre dans la main de l'un de fes
Acteurs. Quel perſonnage a t'il dû choisir ?
Un fage accompli ? Non : le fage eſt indulgent
& modéré. L'étude qu'il a faite de
lui- même l'a rendu modefte & compâtiffant.
I hait le crime , déplore l'erreur ,
aime la bonté , refpecte la vertu , & regarde
les vices répandus dans la fociété ,
comme un poifon qui circule dans le fein
de la nature humaine . S'il y applique
quelque remede , ce n'eft ni le fer , ni le
feu. Il fçait que le malade eft foible , inquiet
, difficile , & qu'il faut gagner fa
confiance pour obtenir fa docilité. Il parle
aux hommes comme un pere , & non com .
me un juge fon éloquence eft dans fes
entrailles , la douceur fe peint dans fes
yeux , la perfuafion coule de fes levres ;
mais le plaifir délicat de l'entendre n'étoit
pas un attrait pour la multitude. Le fage
116 MERCURE DE FRANCE .
au théâtre eût paru froid & n'eût point
attiré la foule. Un homme vertueux , plus
févere & plus véhément , fans aucun travers
, fans aucune foibleffe , eût indifpofé
tous les efprits. On n'amufe point ceux
qu'on humilie . Le Mifanthrope exempt de
ridicule , feroit tombé : M. Rouffeau l'avouera
lui-même. Il a donc fallu avoir
égard au vice le plus commun , je ne dis
pas de fon fiecle & de fon pays ; mais de
tous les lieux & de tous les temps , c'eſt àdire
à la malignité qui prend fa fource
dans l'amour-propre , & rendre le Cenfeur
ridicule par quelque endroit, pour confoler
à fes dépens ceux qu'humilieroit la cenfure.
Mais ce ridicule , en amufant le peuple
, ne devoit pas affoiblir l'autorité de
la vertu ; & le comble de l'art étoit de
compofer un caractere à la fois refpectable
& rifible , qualités qui femblent s'exclure
& que Moliere a fçu concilier. Tel a été
fon deffein en compofant ce bel Ouvrage ;
je ne crains pas de l'affurer. Ceci n'eft pas
une fubtilité vaine , c'eft l'effet que tout le
monde éprouve . On adore le fonds du
caractere du Mifanthrope : fa droiture , fa
candeur , fa fenfibilité infpirent la vénération
. Ah , Moliere que n'ai- je le bonheur
de reffembler à cet honnête homme ,
s'écrioit M. le Duc de Montaufier. Moliere
DECEMBRE. 1758 . 117 1
1
auroit donc bien manqué fon coup , s'il
eût voulu rendre la vertu ridicule ? Mais
cette même probité s'irrite , paffe les bornes
& tombe dans l'excès. Le Mifanthrope
déraifonne & devient ridicule , non pas
dans fa vertu , mais dans l'excès où elle
donne . Quoi ! lui dit- on ,
Vous voulez un grand mal à la nature humaine ?
Oui , j'ai conçu pour elle une effroyable haine...
Tous les pauvres mortels, fans nulle exception ,
Seront enveloppés dans cette averfion ?
Encoren eft-il bien dans le fiecle où nous ſommes...
Non , elle eft générale , & je hais tous les hommes.
C'eft de cet emportement que l'on rit ;
le Mifanthrope a beau le motiver , ce ne
peut être qu'un accès d'humeur : car au
fonds la haine qu'il a conçue pour les méchans
n'eft fondée que fur fon amour pour
les gens de bien , & fur la fuppofition qu'il
en refte encore. « S'il n'y avoit ni fripons ,
» ni flatteurs , dit M. Rouffeau , le Mifanthrope
aimeroit tout le monde ; mais
s'il n'y avoit pas de gens de bien, de gens
défintéreffés, il n'auroit plus aucun fajet
» de hair ni les flatteurs , ni les fripons.
»
33
On vient de lui lire des vers qu'il atrouvé
mauvais ; il le fait entendre avec ménagement
; il le dit enfin avec pleine franchife
; ſes amis lui reprochent ſa fincérité ;
118 MERCURE DE FRANCE.
c'eft alors qu'il devient extrême :
Je lui foutiendrai moi , que ſes vers font mauvais,
Et qu'un homme eft pendable après les avoir faits.
Comme on ne s'attend pas à ces traits, &
qu'ils confolent la vanité humiliée , on en
rit d'un plaifir malin caufé par la furpriſe ,
mais fans que le mépris s'en mêle ; & l'on
fembledire au Mifanthrope : Hé bien , Cenfeur
impitoyable , vous vous paſſionnez donc
auffi , vous déraisonn: z comme un autre ? M.
Routeau fe trompe fur les circonftances
qui , dans la premiere fcene , peuvent rendre
naturel l'emportement du Miſanthrope
; mais il me fuffit qu'il avance que cer
emportement fait dire auMifanthrope plus
qu'il ne penfe de fang froid ; c'eſt de cette
colere exaltée , de cette humeur qui déborde
, de cette impatience pouffée à bout
par le calme de Philinte, que Moliere a plaifanté
. Ce n'eft donc pas le ridicule de la
vertu qu'il a voulu jouer' ; mais un ridicule
qui accompagne quelquefois la vertu , &
qui naît de la même fource , une fougue
qui l'emporte au - delà de fes limites , une
âpreté qui la rend infociable, une extrême
févérité qui nous fait des crimes de tout ,
un zele inflammable que la contradiction &
les obitacles font dégénérer en fureur; voi-
Là ce que Moliere attaque dans le MifanDECEMBRE.
1758. 119
thrope; & pour le ramener aux fentimens de
T'humanité compâtilfante , il lui fait voir
qu'il eft homme lui - même , & qu'il peut
être , comme nous, le jouet de fes paffions,
Mais pour juftifier le deffein de Moliere ,
j'ai un témoignage auquel M. Rouſſeau ne
peut fe refufer : voici ce que je viens de lire.
Dans toutes les autres pieces de Moliere le
perfonnage ridicule eft toujours haïffable
ou méprifable ; dans celle- ci , quoique Alcefte
ait des défauts réels,dont on n'a pas tort
de rire , on fent pourtant au fond du coeur
un refpect pour lui , dont on ne peut fe dé- ·
fendre ... Moliere étoit perfonnellement
honnête homme , & jamais le pinceau d'un
honnête homme ne fçut couvrir de couleurs
odieufes les traits de la droiture & de
la probité. Il y a plus , Moliere a mis dans
la bouche d'Alceſte un fi grand nombre de
fes propres maximes , que plufieurs ont
cru qu'il s'étoit voulu peindre lui- même.»
Confrontons ce témoignage avec le fen-'
timent de M. Rouffeau . « Ayant à plaire
au Public , Moliere a confulté le goûr
» le plus général .... après avoir joué tant
» d'autres ridicules , il lui reftoit à jouer
>> celui que le monde pardonne le moins ,
» le ridicule de la Vertu : c'est ce qu'il a
» fait dans le Mifanthrope. » Il est évident
que l'une de ces deux opinions eft fauffe ; .
120 MERCURE DE FRANCE.
*
car fi Moliere , pour plaire à ſon ſiècle , a
voulu tourner la vertu en ridicule , un fi
lâche adulateur du vice n'étoit rien moins
qu'un honnête homme ; s'il a voulu fe
peindre lui-même dans Alcefte , il n'a pas
prétendu s'expofer à la rifée du public ;
s'il fait aimer & refpecter ce caractere fans
le vouloir , & en dépit de fon art , le
ridicule de la vertu n'eft donc pas celui
que le monde pardonne le moins. Que
M. Rouffeau accorde , s'il le peut , fon
opinion , avec l'autorité que je lui ai oppofée
; fon contradicteur , c'eft lui -même.
Le deffein de Moliere a donc été , en
compofant le caractere du Mifanthrope , de
fe fervir de fa vertu comme d'un exemple ,
& de fon humeur comme d'un fléau. Voilà
le vrai , tout le monde le fent .
Il lui a donné pour ami , non pas un de
ces honnêtes gens du grand monde , dont
les maximes reffemblent beaucoup à celles
des fripons , non pas un de ces gens fi
doux , fi modérés , qui trouvent toujours
que tout va bien , parce qu'ils ont intérêt
que rien n'aille mieux ; mais un de ces gens
qui , aimant le bien , & condamnant le
mal , fe contentent de pratiquer l'un , &
d'éviter l'autre , qui ne fe croyent ni affez
de vertus , ni affez d'autorité pour s'ériger
en cenfeurs publics , & faire le procès à la
nature
DECEMBRE . 1758. 121
8
nature humaine ; qui , fans être complices
ni partifans des vices deftructeurs de l'ordre
, tolerent les défauts , ménagent les
foibleffes , flattent les vaines prétentions ,
paffent légérement fur les épines de la fociété,
& s'épargnent les chagrins & les dégoûts
d'un déchaînement inutile . Un honnête
homme eft celui qui remplit fidele
ment les devoirs de fon état , & ce n'eft le
devoir d'aucun particulier d'exercer la police
du monde. Il eft vrai que Philinte , foit
manque de goût, foit excès de politeffe loue
des vers qui ne valent rien ; mais tout
menfonge n'eft pas un crime ; c'eft l'impor
tance du mal qui en fait la gravité. Je ne fais
même fi , dans la morale la plus auftere , il
ne vaut pas mieux flatter un homme fur
une bagatelle , que de s'expofer , par une
fincérité qui l'offenſe , à fe couper la gorge
avec lui. Du refte fi Moliere eût fait un vicieux
du Miſanthrope , il lui eût donné
pour contrafte un modele de vertu ; mais
comme il n'en fait qu'un homme infociable
, c'eft un modele de complaifance &
d'égards qu'il a dû lui oppofer. Philinte
n'eft donc pas le fage de la piece , mais ſeulement
l'homme du monde : fon fang froid
donne du relief à la fougue du Mifanthrope
; & quoique l'un de ces contraftes falle
rire aux dépens de l'autre , l'avantage &
F
1
122 MERCURE DE FRANCE.
l'afcendant que Moliere donne à Alcefte fur
Philinte , prouve bien qu'il lui deftinoit la
premiere place dans l'eftime des Spectateurs .
« Le tort de Moliere n'eft pas , felon M.
» Rouſſeau , d'avoir fait du Miſanthrope
» un homme colere & bilieux , mais de lui
» avoir donné des fureurs puériles fur des
fujets qui ne doivent pas l'émouvoir . Le
» caractere du Miſanthrope n'eft pas en la
difpofition du Poëte ; il eft déterminé
" par la nature de fa paffion dominante :
» cette paffion eft une violente haine du
» vice , née d'un amour ardent pour la vertu
, & aigrie par le fpectacle continuel
3, de la méchanceté des hommes ; il n'y
» a donc qu'une ame grande & noble qui
en foit fufceptible ... Cette contemplation
continuelle des défordres de la Société
le détache de lui - même pour fixer
» fon attention fur le genre humain
» Ce n'eft pas que l'homme ne foit toujours
» homme , que la paffion ne le rende fou-
» vent foible , injufte , déraisonnable , qu'il
» n'épie peut être les motifs cachés des ac-
» tions des autres avec un fecret plaifir d'y
voir la corruption de leurs coeurs , qu'un
petit mal ne lui donne fouvent une grande
» colere ... Voilà de quel côté le caractere
» du Mifanthrope doit porter fes défauts ; &
voilà de quoi Moliere fait un ufage admi-
و د
DECEMBRE . 1758 . 123
rable dans toutes les fcenes d'Alcefte avec
»fon ami... Qu'il s'emporte fur tous les
» défordres dont il n'eft que le témoin ...
"
"
mais qu'il foit froid fur celui qui ne s'a-
» dreffe qu'à lui ; qu'une femme fauffe le
» trahiffe , que d'indignes amis le deshon-
» norent , que de foibles amis l'abandon--
» nent , il doit le fouffrir fans en mur-
>> murer ; il connoît les hommes. Si ces
» diftinctions font juftes , Moliere a mal
» fait le Mifanthrope . Penfe- t'on que ce
»foit par erreur? non fans doute : mais voilà
» par où le defir de faire rire aux dépens
» du perfonnage l'a forcé de le dégrader
» contre la vérité du caractere. »
Si M. Rouffeau parle d'une vérité métaphyfique
, je ne lui difpute rien ; chacun
fe fait des idées comme il lui plaît. Le
Mifanthrope métaphyfique eft donc , fi
l'on veut , un être furnaturel qui aime
tous les hommes , excepté lui feul , qui
prend feu fur les injuftices qu'ils éprouvent
, & qui eft de glace pour celles qu'il
effuye lui-même, qui combat tous les vices,
hormis ceux qui lui nuifent ; auquel un
petit mal qui lui eft étranger, peut donner
une très-grande colere , & qui n'eft point
ému d'un très- grand mal qui lui eft perfonnel.
Mais Moliere n'a pas voulu peindre un
perfonnage idéal. Le Mifanthrope, tel qu'il
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
l'a vu dans la nature,fe comprend au moins
dans le nombre des hommes qu'il aime ; il
ne donne pas dans l'abfurde inconféquence
de regarder comme des inclinations baffes le
foin de fon honneur , de fa renommée, de fon
repos , de fa fortune , en un mot de ces mêmes
biens auxquels il ne peut fouffrir que
l'on porte atteinte dans fes femblables ; il
n'a point une ame fenfible pour eux , &
une ame impaffible pour lui ; & cette
trempe de caractere , qui reçoit de fi vives
impreffions des plaies faites à l'humanité ,
n'eft pas impénétrable aux traits qui font
lancés contre lui - même. Je crois bien que
le courage & la force étouffent fes plaintes
quelquefois ; mais enfin l'homme est toujours
homme. Moliere a donc trés- bien pris , je
ne dis pas le caractere idéal , mais le caractere
réel du Mifanthrope , tel qu'il le
voyoit dans le monde , & qu'il vouloit le
corriger.
Du refte j'avoue que je ne conçois pas le
Mifanthrope de M. Rouffeau . Si la connoiffance
qu'il a des hommes , doit l'avoir
préparé aux trahifons de fa maîtreffe , aux
outrages & à l'abandon de fes amis , à l'iniquité
de fes Juges , il doit donc être férieufement
convaincu que tous les hommes
font perfides & méchans , & cela pofé , il
doit n'aimer perfonne. Comment eft- il
DECEMBRE. 1758 . 125:
donc fi touché des défordres d'un monde
où il n'aime rien ? Il hait le vice , il aime
la vertu ; mais le vice & la vertu ne font
rien de réel que relativement aux hommes.
Que lui importe la guerre des vautours ,
fi la fociété n'a plus de colombes ?
:
Dira-t'on que le Mifanthrope aime les
hommes quels qu'ils foient , & ne hait en
eux que le vice ? C'eſt le caractere du fage
tel que je l'ai peint ; mais ce n'eft pas le
caractere du Mifanthrope. Celui- ci enveloppe
dans fa haine , & le vice, & le vicieux ;
il détefte dans les méchans les ennemis des
gens de bien mais s'il eft perfuadé qu'il
y a des gens de bien dans le monde , il eft
naturel qu'il ait cette opinion de fes juges ,
de fes amis , de fa maîtreffe , & lorf
que l'iniquité , la perfidie , la trahifon
qu'il en éprouve , le tire de cette douce erreur
, il doit en être d'autant plus affecté
que ces coups rompent les derniers liens qui
l'attachoient à fes femblables.
Le Mifanthrope, que rien de perfonnel
ne touche , & qui fe paffionne fur tout ce
qui lui eft étranger , eft donc , felon moi ,
in être fantastique , & Moliere , pour rendre
le fien d'après nature , a dû le peindre
comme il a fait.
M. Rouffeau ne doute pas que , fuivant
fon deffein , le caractere d'Alcefte n'eût fair
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
incomparablement plus d'impreffion ; mais
le Parterre alors n'auroit pû rire , dit- il ,
qu'aux dépens de l'homme du monde , &
l'intention de l'Auteur étoit qu'on rît aux
dépens du Mifanthrope. Mais que l'on fe
rappelle la pofition de ce perfonnage ; il
accable fon ami de reproches , humilie
Oronte , apoftrophe les Marquis , & leur
impofe filence , confond & refufe Célimene,
domine d'un bout de la piece à l'autre ,
efface tout , n'eft jamais effacé , & fort du
Théâtre , ennemi de la nature entiere , autant
admiré qu'applaudi . Voilà donc le.
perfonnage que Moliere a voulu humilier
pour flatter le goût de fon fiecle . Si Moliere
a prétendu faire briller Philinte aux.
dépens d'Alcefte , jamais Auteur , j'oſe le
dire , n'a été plus mal adroit.
Philinte a loué la chûte du Sonnet d'Oronte
, le Mifanthrope indigné , lui dit :
La pefte de ta chûte , empoiſonneur au diable ,
En euffe-tu fait une à te caffer le nez.
jeu
M. Rouffeau défapprouve avec raiſon ce
de mots, & il s'écrie : Et voilà comme on
avilit la vertu ! Je n'ai qu'à citer du même
rôle cinq cens des plus beaux vers & des plus
applaudis qu'on ait jamais faits , & à m'écrier
à mon tour , Et voilà comme on honore la verm
! Eft- il poſſible que d'un frivole jeu de
DECEMBRE. 1758. 127
mots qui , dans la vivacité , peut échapper
à tout le monde , on tire une conféquence
deshonorante pour la mémoire d'un homme
qu'on fait profeffion d'admirer ? M.
Rouffeau d'après fon idée trouve que Moliere
a affoibli les traits qui caractérisent
le Mifanthrope , & voici la preuve qu'il en
donne.
« On voit Alcefte tergiverfer & ufer dè
détour pour dire fon avis à Oronte . Ce
n'eft point là le Mifanthrope , c'eft un honnête
homme du monde qui fe fait peine de
tromper celui qui le confulte. La force du
caractere vouloit qu'il lui dît brufquement :
Votre Sonnet ne vaut rien , jettez - le au
feu ; mais cela auroit ôté le comique qui
naît de l'embarras du Mifanthrope , & de
fes je ne dis pas cela répétés , qui pourtant
ne font au fonds que des menfonges. » Les
je ne dis pas cela font très- plaifans ; mais
ce n'eft point aux dépens du Mifanthrope
qu'ils font rire : du refte il ne faut que favoir
diftinguer la groffiéreté de la franchife
pour juftifier cette réticence. Le Mifanthrope
de Moliere a vécu trente ans
dans le monde ; il ne feroit. pas vraifemblable
qu'on l'y eût fouffert , s'il ne favoit
pas marquer , en héfitant de dire une vérité
fâcheufe , qu'il lui en coûte de déplaire à
celui qui l'a confulté, Je ne dis pas cela ,
Fiv.
128 MERCURE DE FRANCE:
n'eft rien moins qu'un menfonge , c'eft la
vérité même préfentée avec ménagement ,
& j'en appelle à tous ceux qui l'entendent ;
Oronte ne s'y méprend point . Or , M.
Rouffeau fçait bien que le menfonge n'eft
pas dans les mots ; & il me feroit aifé de lui
prouver , par fon propre exemple , que ,
fans déguifer la vérité , on peut la couvrir
d'un voile modefte. Le Mifanthrope répéte
à Oronte , je ne dis pas cela ; fi Philinte
lui demandoit: Hé que dis tu donc , traître ?
la réponſe feroit facile : Je ne fuis point
traître , je me fais entendre , je dis ce qu'exige
l'honnételé , & ce que permet la bienféance.
M. Rouffeau demande jufqu'où peuvent
aller les ménagemens d'un homme
vrai ; je lui réponds , exclufivementjufqu'à
l'équivoque. Suivant fes principes
le Mifanthrope doit n'ufer d'aucun détours
, & dire crument tout ce qu'il penſe.
Si Moliere eût voulu mettre un tel perfonnage
fur la fcene , il l'eût pris au fond
des forêts.
Mais il eft inutile de donner au Théâtre
des leçons d'une morale outrée , qu'il ne
feroit ni poffible ni honnête de pratiquer
dans le monde , où l'on peut très bien ,
quoi qu'en dife M. Rouffeau , n'être ni
fourbe ni brutal. Moliere n'a donc pas
-
DECEMBRE. 1758. 129
prétendu , ni pu prétendre dégrader la vérité
& la vertu, en les faifant un peu moins
farouches que M. Rouffeau ne l'exige ; &
franchement il n'y a qu'un Philofophe qui
regrette le temps où l'homme marchoit à
quatre pattes , qui puiffe trouver le Mifanthrope
de Moliere trop doux & trop civilife.
M. R. dit lui- même de ce perfonnage :
* l'intérêt de l'Auteur eft bien de le rendre
ridicule, mais non pas fou ; & c'eft ce qu'il
paroîtroit aux yeux du Public , s'il étoit
tout- à-fait fage. » Après l'efquiffe que
j'ai tracée du caractere du fage , tel que je
le conçois , il eft inutile d'ajouter que le
Mifanthrope de M. Rouffeau n'eft pas digne
à mes yeux de ce titre : il eft plus inutile
encore de réfuter fa conclufion contre
la morale du Mifanthrope & de tout le
Théâtre de Moliere . Si les principes font
détruits , la conféquence tombe d'elle- même.
Lafuite au Mercure prochain.
Rouffean de Geneve à M. d'Alembert ,
fur les Spectacles.
ONNa vu comment M. Rouffeau s'y eſt
pris pour nous prouver que la Tragédie
allume en nous les mêmes paffions dont
elle prétend infpirer la crainte , & qu'elle
nous conduit aux crimes dont elle veut
nous éloigner.
DECEMBRE . 1758 .
93
Les moeurs de la Comédie lui femblent
encore plus dangereufes , en ce qu'elles
ont avec les nôtres un rapport plus immédiat.
« Tout en eft mauvais & pernicieux ,
» tout tire à conféquence pour les fpecta-
» teurs ; & le plaifir même du comique
étant fondé fur un vice du coeur hu-
» main , c'eſt une fuite de ce principe , que
plus la Comédie eft agréable & parfaite ,
plus fon effet eft funefte aux moeurs . »
199
و د
"
Pour fe concilier avec M. Rouſſeau , il
ne fuffit donc pas d'avouer que le théâtre ,
quoique purgé de fon ancienne indécence,
n'eft pas encore affez châtié ; que Dancourt
, Montfleuri & leurs femblables ,
devroient en être à jamais bannis ; qu'en
un mot le feul comique honnête & moral
doit être donné en fpectacle. Si M. Rouffeau
n'eût dit que cela , il eût penſé comme
tous les honnêtes gens ; mais ce n'étoit
pas affez pour lui tout comique fans
diftinction eft , s'il faut l'en croire , une
école du vice : il n'en connoît point d'innocent.
Il n'eft donc pas queftion d'examiner
s'il y a des Comédies repréhensibles
du côté des moeurs ; mais s'il y a des Comédies
dont les moeurs foient bonnes , &
les leçons utiles .
M. R.
commence par vouloir prouver
l'inutilité de la Comédie. " Imaginez la
94 MERCURE
DE FRANCE .
" Comédie auffi parfaite qu'il vous plaira
( & ceci eft commun aux deux théâtres ) ,
» où eft celui qui , s'y rendant pour la premiere
fois , n'y va pas déja convaincu de
» ce qu'on y prouve ? »
Celui qui n'en eft pas convaincu , eft ,
lui dirai-je , un orgon aveuglément prévenu
pour un tartufe , un jaloux qui ne
voit de fûreté pour fon honneur que dans
une tyrannie odieufe , un avare qui croit
trouver l'équivalent de tous les biens dans
un tréfor qui fera fon fupplice , un mari
livré à une feconde femme qui lui fait
haïr fes premiers enfans , & qui le flatte
pour le dépouiller. Voilà les gens qui vont
au fpectacle le bandeau fur les yeux , &
qui en reviennent capables de réflexions
falutaires , à moins de les fuppofer imbécilles
. De ce que la Comédie fe rapproche
du ton du monde , M. R. conclut qu'elle
ne corrige point les moeurs. « Un laid vifage
ne paroît point laid à celui qui le
» porte. Que fi l'on veut corriger les
» moeurs par leur charge , on quitte la vraifemblance
& la nature , & le tableau ne
» fait plus d'effet . C'eft attaquer la Comédie
dans fon effence ; & fi cette propofition
, légérement jettée , étoit vraie dans
fes deux points , l'inutilité de la Comédie
àl'égard des moeurs , feroit démontrée.
"
DECEMBRE. 1758. 95
Un laid vifage ne paroît point laid à celui
qui le porte. Quand cela feroit comme cela
n'eft pas , de bonne foi cette comparaiſon
peut-elle être pofée en principe ? La laideur
& la beauté font arbitraires jufqu'à un cer
tain point ; il y a du préjugé , de la fantaifie
, du caprice même dans l'opinion
qu'on en peut avoir. Mais en eft- il ainfi
des vices & furtout des vices auxquels le
Public attache le ridicule & le mépris ? Si
le vicieux fe méconnoît au théâtre , il fe
méconnoît encore plus dans un difcours
de morale , & dès-lors toute instruction
générale devient inutile , ce que M. R. n'a
certainement pas prétendu. A l'égard du
théâtre , rappellons- nous ce qui s'eft paffé
dans la nouveauté du tartufe . Croira- t'on
que les faux dévots avoient du plaifir à s'y
voir peints ? croira- t'on que l'ufurier fe
complaife dans le miroir de l'avare ? Voilà
les vicieux bien à leur aife , s'ils aiment
à fe voir tels qu'ils font ! Mais du moins
n'aiment- ils pas à être vus dans cette nudité
humiliante . Leur raifon a beau être
corrompue au point de les juftifier à euxmêmes
, ils fçavent , comme l'avare d'Horace,
qu'ils font la fable & la rifée du peuple
, & ils fe cachent pour s'applaudir,
D'où il réfulte deux fortes de bien , l'un
qu'au défaut de la vertu , le defir de
96 MERCURE DE FRANCE.
f'eftime publique , la crainte du blâme &
du mépris tiennent le vice comme à la
gêne ; l'autre , que l'exemple en eft moins
contagieux ; car l'attrait du vice a pour
contrepoids la peine de l'humiliation , à laquelle
l'orgueil répugne , Eft -ce là , me direz
- vous , faire à la vertu des amis défintéreffés
Hé non , Monfieur , nous n'en
fommes pas là. Peu de gens aiment la vertu
pour elle- même. Il faudroit , s'il eft permis
de le dire , prendre la fleur de l'efpece humaine
pour en former une république, qui
feroit peu nombreuſe encore .
La Comédie prend les hommes tels
qu'ils font partout , & à Geneve comme
ici , c'est- à- dire fenfibles à l'eftime & au
mépris de la fociété , n'aimant point du
tout à fe donner en dérifion , & allez malins
pour fe plaire à voir répandre fur autrui
le ridicule qu'ils évitent. Si les moeurs
font fidélement peintes fur le théâtre comique
; fi les vices & les trayers en font
les méprifables jouets , la Comédie peut
donc avoir fon utilité morale , comme la
cenfure des femmes de Geneve . Que l'on
médife fur le théâtre on dans un cercle ,
c'est toujours la malignité humaine qui
fert d'épouventail au vice , avec cette différence
qu'au théâtre, on peint les vicieux,
& que dans un cercle , on les nomme.
J'avoue
DECEMBRE. 1758.
97
J'avoue que fans ce fonds de maligne
complaifance
, qui fait qu'on s'amufe
des ridi
cules d'autrui , la Comédie
feroit
infipide
& par conféquent
infructucafe
: auffi ne
feroit-elle pas foufferte
dans une fociété
toute
compofée
de vrais amis. Mais tant
que les femmes
fe plairont
à médire
de
leurs maris & de leurs égales , tant que
les hommes
fe plairont
à voir dans leurs
femblables
des travers
qu'ils n'ont pas euxmêmes
, tant qu'il y aura dans le monde
un amour-propre
envieux
& malin
, la
Comédie
aura
l'avantage
de démafquer
,
d'humilier
les vices , & de les livrer ent
plein
théâtre à l'infulte des
fpectateurs
.
·
Mais « fi on veut les corriger par leurs
charges , on quitte la vraifemblance &
la nature , & le tableau ne fait plus
» d'effet. »
30
La peinture du théâtre eft une imitation
exagérée ; mais voici comment. Moliere
veut peindre l'Avare , chacun des traits
doit reffembler , c'eft- à- dire que l'avare ne
doit agir & penſer fur la fcene que comme
il penfe & agit dans la fociété. Mais l'action
théâtrale ne dure que deux heures , &
l'art de l'intrigue confifte à réunir , fans
affectation , dans ce court efpace de temps ,
un affez grand nombre de fituations pour
engager naturellement le caractere de
ES
C.
98 MERCURE DE FRANCE.
· 56 ,
l'avare à fe développer en deux heures ,
comme dans la fociété il fe développeroit
en fix mois. Ce n'eft la que rapprocher les
traits qui doivent former fon image . De
plus , comme la Comédie n'eft pas une
fatyre perfonnelle , & que non feulement
un vicieux , mais tous les vicieux de la
même effece, doivent le reconnoître dans
le tableau , le Peintre y réunit les traits
les plus forts du même vice , répandus dans
la fociété , mais tous copiés d'après nature,
Qu'importe la vérité de l'imitation
» dit M. Rouffeau ,
› pourvu que l'illufion
» y foit » L'illufion n'y feroit pas fil'imitation
n'étoit pas vraie. Quand eſt- ce en
effet que ceffe l'illufion ? Dès qu'il échappe
au Poëte ou à l'Acteur quelque trait qui
n'eft pas dans la nature , c'eft-à- dire , quelque
trait qui contredit ou qui force le caractere,
Et comment nous appercevonsnous
que le caractere eft forcé. Lorsqu'il va
au delà de l'idée collective que chacun de
nous s'en eft fait d'après ce qu'il en a vu
lui même ou entendu dire . Auffi écoutez
le Parterre , quand le perfonnage qu'on
lui préfente s'éloigne de la vérité . Cela eſt
trop fort , dit- il , cela ne reffemble à rien .
L'exagération du Théâtre fe borne donc
à multiplier les traits qui caractériſent ou
le vice ou le ridicule ; & c'eft la vérité , l'enfemble
de ces traits rapprochés & réunis ,
DECEMBRE. 1758. 99
qui nous perfuadent, à la repréſentation des
pieces de Moliere que nous avons vues, tout
ce qu'il nous peint ; l'homme vicieux feroit
donc le feul à y méconnoître fon image.
Or s'il y a quelque Cynique affez impudent
pour s'applaudir au milieu des huées ,
s'il y a quelque original affez hébêté
pour rire lui-même à fes dépens , ni l'un
ni l'autre exemple n'eft affez commun pour
paffer en regle, & l'utilité de la bonne Comédie
n'en eft pas moins fondée fur le mépris
qu'elle attache au vice , & fur la répugnance
qu'a le vicieux à fe voir en butte
au mépris. Si le bien eft nul , comme le conclut
M. Rouffeau , ce n'est donc point
pour les raifons qu'il en a données . Voyons
à préfent fi le comique remplit fon objet ,
& d'abord , avec M. Rouffeau , prenons
pour exemple Moliere. « Qui peut difcon-
» venir que ce Moliere même , des talens.
duquel je fuis plus l'admirateur que perfonne
, ne foit une école de vices & de
» mauvaiſes moeurs , plus dangereufe que
» les livres même où l'on fait profeffion de
≫les enfeigner."
99
"2
Il faut avouer que M. Rouſſeau ne nous
ménage guere , & je ne crois pas qu'on
puiffe , en termes plus énergiques , faire le
procès à notre police & à notre gouvernement.
Ce n'eft donc pas contre un babilphi
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
lofophique , mais contre une imputation
très- grave que je m'éleve. Il s'agit de faire
voir que depuis cent ans les peres & les
meres ne font pas affez imbécilles ou affez
pervers , & dans la capitale & dans toutes
les villes du Royaume , & dans toutes cel
les de l'Europe , où cet excellent comique
eft joué , pour mener leurs enfans à
la plus pernicieufe école du vice.
Expofons d'abord l'imputation dans
toute fa force ; je ferai diffus , je le prévois
; mais le fujet en lui-même eft affez
amufant ; la maniere dont M. Rouffeau
le traite eft affez curieufe pour rendre intéreffans
les détails inévitables où j'entrerai
pour lui répondre.
" Son plus grand foin, dit M. Rouffeau ,
» en parlant de Moliere , eft de tourner la
» bonté & la fimplicité en ridicule , & de
» mettre la rufe & le menfonge du parti
» pour lequel on prend intérêt . Ses honnê-
» tes gens ne font que des gens qui parlent;
» fes vicieux font des gens qui agiffent
99 & que les plus brillans fuccès favorifent
» le plus fouvent . Enfin l'honneur des apé
plaudiffemens , rarement pour le plus
eftimable , eft prefque toujours pour l
plus adroit.
59
و د
le
Examinez le conrique de cet Auteur ,
» yous trouverez que les vices de caractere
» en font l'inſtrument & les défauts natu
DECEMBRE . 1758. 104
» rels , le fujet ; que , la malice de l'un pu-
» nit la fimplicité de l'autre , & que les
» fots font les victimes des méchans : ce
و ر
و
qui , pour n'être que trop vrai dans le
» monde , n'en vaut pas mieux à mettre au
Théâtre , avec un air d'approbation com-
» me pour exciter les ames perfides à punir,
» fous le nom de fottife , la candeur des
» honnêtes
gens :
Dat veniam corvis , vexat cenfura columbas.
" voilà l'efprit général de Moliere , & de
» fes imitateurs. »
page
Cette
d'accufation exigeroit pour
réponſe un volume : attachons, nous aux
principaux griefs .
Il y a deux fortes de vices dans les hommes
; les uns , vices des fripons , & les autres
, vices des dupes. Quand les premiers
attentent gravement à la fociété , ils font
edieux & terribles ; le ridicule fait place à
l'infamie , & la Tragédie s'en empare :
quand ils ne portent au bien public & particulier
que de légeres atteintes , la Comédie
, qui ne doit pas être plus févete
que les Loix , fe contente de les châtier. A
l'égard des vices des dupes , ils font humiliés
au Théâtre , mais ils n'y font jamais
Alétris cette diftinction appliquée aux
exemples , va , je crois , devenir fenfible ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
elle contient toute la Philofophie de Moliere
, & ma réponſe à M. Rouffeau .
que
Le but de Moliere a donc été de démafquer
les fripons , & de corriger les dupes ;
& c'est l'objet le plus utile qu'il pût jamais
fe propofer. En effet , fuppofons qu'il n'eût
mis au Théâtre que des gens de bien , voilà
tous les fripons en paix ; au moins n'ontils
plus à craindre le fléau de la cenfure
publique qu'il n'eût mis au Théâtre
des fripons ; dès - lors la fcene comique
n'eft plus qu'une académie de fourberies :
qu'il eût mis au Theâtre des gens de bien
& des fripons , mais ceux- ci moins actifs ,
moins habiles , moins induftrieux que les
gens de bien ; la fcene comique n'auroit
eu ni vérité , ni, utilité morale , ou l'on
n'auroit pas ajouré foi à ces exemples , ou
l'honnêteté fimple & crédule eût pris pour
elle - même une confiance trompeufe :
Moliere enfin eût fait tromper que par des
fripons d'honnêtes gens éclairés , vigilans
& fages ; c'étoit donner au vice , fur la
vertu , un avantage qu'il n'a pas. Quel feroit
le fruit de ces leçons ? Que la probité
en vain fur fes gardes contre la malice &
la fauffeté , n'en peut être, quoi qu'elle falſe,
que le jouet ou la victime . C'eft alors que
le Théâtre comique feroit une école pernicieufe
par le découragement & le dégoût
DECEMBRE. 1758. 103
qu'il infpireroit pour la vertu . De toutes les
combinaiſons poffibles dans le mêlange &
le conftrate des moeurs , Moliere s'eft donc
attaché à la feule qui foit utile ; il a pris des
gens de bien, foibles , crédules , entêtés , confians
ou foupçonneux à l'excès , imprudens
même dans leurs précautions , & toujours
punis, non pas de leur bonté, mais de leurs
travers ou de leurs foibleffes : tels font le
Bourgeois- Gentilhomme , George - Dandin ,
le Malade imaginaire , les Tuteurs jaloux
de l'Ecole des Femmes & de l'Ecole des
Maris. Que l'on me cite un feul exemple où
l'honnêteté pure & fimple foit tournée en
ridicule , & je condamne la piece au feu .
Mais voyez fi l'on rit aux dépens deCléante,
dans leTartufe; aux dépens deChrifale,dans
les Femmes favantes ; aux dépens d'Angélique
dans leMalade imaginaire; aux dépens
d'Arifte dans l'Ecole des Maris ; aux dépens
même de Madame Jourdain dans le Bourgeois
- Gentilhomme Qu'eft ce donc que
Moliere a joué dans les honnêtes gens , ou
plutôt dans les bonnes gens dont on fe moque
à ces fpectacles ? L'aveugle prévention
d'Orgon & de fa mere pour un fcélérat hypocrite
; la manie de l'érudition & du bel
efprit dans une fociété d'honnêtes femmes
à qui des pédans ont tourné la tête ; le foible
d'un homme pufillanifme pour une ma-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
râtre qu'il a donnée à fes enfans , & qui
n'attend que fon dernier foupir pour s'enrichir
de leur dépouille ; l'imbécille prétention
de deux jaloux à fe faire aimer de leurs
pupiles en les tenant dans la captivité ; la
fotte ambition d'un Bourgeois de paffer
pour Gentilhomme en imitant les gens de
Cour ; voilà fur quoi tombe le ridicule de
ces Comédies. Eft - ce là jouer la vertu , la
fimplicité , la bonté ? Je le demande au
Public qui fait bien de quoi il s'amuſe , je
le demande à M. R. lui- même qui peut
avoir ces tableaux auffi préfens que moi .
Tous les vices que je viens de parcourir
font , comme l'on voit , ceux des dupes ; il
n'eft donc pas étonnant que Moliere oppoſe.
à ces perfonnages des fripons adroits , &
fouvent heureux; c'eft ce qui rend ces leçons
utiles . Mais ces fripons eux-mêmes ont- ils
jamais l'eftime des Spectateurs ? Je m'en
tiens à l'exemple que M. Rouffeau a choiſi ::
c'eft le Gentilhomme qui dupe M. Jourdain
: ce perfonnage , dit M. Rouffeau , eft
l'honnête homme de la piece .
Si tout ceci n'étoit qu'une plaifanterie ,
je pafferois à M.Rouffeau la légèreté de ces
affertions ; mais lorfqu'il s'agit de prouver
à une nation entiere qu'elle eft , depuis
cent ans , fans s'en appercevoir , à la plus
dangeureufe école du vice , un Philofophe
DECEMBRE. 1758. 105
8
doit y réfléhir . Un homme donné fans ménagement
par Moliere pour un fourbe
pour un efcroc , pour un flatteur , pour un
vil complaifant , & pour quelque chofe de
pis encore , c'eft l'honnête homme de la
piece ! Eft- ce dans l'opinion de Moliere ? Il
eft évident que non . Eft- ce dans l'opinion
des Spectateurs ? En eft- il un feul qui ne
conçoive le plus profond mépris pour cet
infâme caractere ? Eft ce dans l'opinion de
M. Rouffeau lui-même ? Je ne révoque pas
en doute fa fincérité ; je ne me plains que
de fa mémoire ; mais il eût été bon , je
crois , d'avoir Moliere fous les yeux en
faifant le procès à ces pieces , afin de ne
pas altérer la vérité dans un objet de toute
autre conféquence que le Sonnet du Mifanthrope
.Quel eft donc le perfonnage honnête
de la Comédie du Bourgeois- Gentilhomme
? Madame Jourdain , une mere
de famille qui , avec le bon efprit & les
bonnes moeurs de fon état , gémit des tra-,
vers que fon mari fe donne , & lui reproche
fes extravagances. Or que M. Rouffeau
fe rappelle s'il a jamais vu rire aux dé--
pens de Madame Jourdain .
"
<<
"
Quel eft, ajoute M. Rouffeau , quel eft le
plus criminel d'un payfan affez fou pour
époufer une Demoiselle , ou d'une femme
» qui cherche àdeshonnoret fon époux ? Que
23
Ev
106 MERCURE
DE FRANCE
.
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penfer d'une Piece où le Parterre applaudir
à l'infidélité, au menfonge,à l'impudence
» de celle- ci , & rit de la bêtife du manant
99
29
puni ? Que penfer de cette Piece ? Que c'eft
»le plus terrible coup de fouet qu'on ait ja- mais donné à la vanité des méfalliances
. "
Ce n'est point à l'intention
de Moliere que
je m'attache , car l'intention
pourroit être
bonne, & la Piece mauvaife ; je m'en rappor
te à l'impreffion
qu'elle fait. De quoi s'agitil
dans George- Dandin ? De faire fentir les
conféquences
de la fottife de ce villageois ;
Moliere a donc peint fes perfonages
d'après
nature. Mais en expofant à nos yeux le vice
l'a-t-il rendu intéreffant
? a- t'il donné un
coup de pinceau pour l'adoucir & le colorer,
lui , qui fçavoit fi bien nuancer les caracteres?
a- t'il feulement pris foin de rendre cette
coquette féduifante
& fon complice intéreffant
Rien n'étoit plus facile fans doute ;
mais s'il eût affoibli le mépris qu'il devoit
répandre fur le vice , il fe fût contredit luimême
; il eût oublié fon deffein : c'est donc
pour rendre fa piece morale qu'il a peint de
mauvaiſes
moeurs ; & ceux qui lui en ont
fait un reproche , ont confondu la décence
avec le fonds des moeurs théâtrales . La
bienséance
eft violée dans la Comédie de
George Dandin , comme dans la Tragédie
de Théodore ; mais ni l'une , ni l'autre
DECEMBRE. 1758 . 107
piece n'eft une leçon de mauvaiſes moeurs.
Si quelqu'un nous attache dans cette
piece , c'eft George - Dandin lui-même , &
on le plaint comme un bon homme , quoiqu'on
en rie comme d'un fot. J'avoue que
la pitié n'eft pas bien vive , quand elle permet
de rire ; mais auffi fa fituation n'eft-·
elle pas affez cruelle dans notre opinion ,
pour nous affliger fenfiblement ; & nous
fçavons qu'il eft des fituations humiliantes
dont les bonnes gens fe confolent.
Ce qui a fait , je crois , que M. R. s'eft
mépris fur l'impreffion de ces Comédies ,
ce font les applaudiffemens. Mais il nous
ſuppoſe bien vicieux nous-mêmes, s'il nous
accufe d'approuver tout ce que nous applaudiffons.
Il a entendu applaudir à ces
mots d'Atrée : « Reconnois- tu ce fang ? »
Et à ce vers de Cléopâtre :
Puiffe naître de vous un fils qui me reffemble.
Les fpectateurs , à fon avis , adherent ils
dans ce moment aux moeurs de Cléopâtre
ou d'Atrée : C'eſt le génie , c'eft l'art du
Poëte qu'on admire & qu'on applaudir
dans la peinture du crime comme dans
celle de la vertu . Que l'artifice d'un fourbe
, que l'habileté d'un méchant , que toute
fituation qui met la fottife & la friponnerie
en évidence , foit applaudie au théâtre ;
E vj
10S MERCURE DE FRANCE.
ce n'eft pas qu'on aime les fripons , mais
c'eft qu'on aime à les connoître : ce n'eft
pas qu'on mépriſe la bonté , l'honnêteté
dans les dupes , mais feulement les travers
ou les foibleffes qui les font donner dans
le piege , & dont on eftfoi- même exempt.
La preuve en eft que, fi le perfonnage dont
on fe joue eſt eſtimable , & que le tort
qu'on lui fait devienne férieux , la plaiſan--
terie ceffe & l'indignation lui fuccede . On
en voit l'exemple dans le cinquieme acte
du Tartufe , ce chef- d'oeuvre du théâtre
comique dont M. R. ne dit pas un mot.
Il eft vrai que les fripons , c'eft- à - dire
furtout les valets , font communément du
côté des perfonnages auxquels on s'intéreffe
, & qu'alors on fçait bon gré au fripon
de ce qu'il fait pour les fervir. Mais
obfervons que c'est toujours par intérêt.
pour d'honnêtes gens , & dans le cas unique
où la friponnerie ne va point au grave.
Il y a cependant nombre de Comédies
dont les moeurs font repréhenfibles à cet.
égard , & quelques-unes des pieces de Mo
liere peuvent être mifes dans cette claffe ;
mais ce n'eft ni le Tartufe , ni le Mifanthrope
, ni les Femmes fçavantes , ni aucune
de fes bonnes Comédies , & l'on ne doit
pas juger Moliere fur les fourberies de
Scapin. Il feroit d'autant moins jufte ,
DECEMBRE. 1758. 100
33
» c'eft M. R. qui parle , d'imputer à Mo
" liere les erreurs de fes modeles & de fon
fiecle , qu'il s'en eft corrigé lui -même. »›
Mais venons au plus férieux , & voyons
comment les vices de caractere font l'inftru
ment de fon comique , & les défauts naturels ,
le fujet. Dans le Tartufe , le fujet du comi→
que eft la confiance obftinée d'un honnête
homme pour un fcélérat. Cette confiance
eft- elle un défaut naturel ? Dans l'Ecole des
femmes & dans l'Ecole des maris , le fujet
da comique eft la prétention d'un Tuteur
jaloux à s'affurer du coeur de fa pupile , pare
la gêne & la vigilance. Cet abus de l'autorité
confiée eft-il un défaut naturel ? En
eft- ce un dans l'Avare que la manie de fe
priver foi- même & fes enfans , des befoins
d'une vie honnête , pour accumuler & en--
fouir des tréfors ? En eft-ce un dans les
Précieufes & dans les Femmes fçavantes
que la folie du bel- efprit & la négligence >
des chofes utiles ? en eft- ce un que l'aveugle
prévention du Malade imaginaire pour
fa femme & fon médecin , que la fotte
vanité de George- Dandin & du Bourgeois
Gentilhomme , que le foible du Mifanthrope
pour une coquette qui le trompe ?
& fi la bonté , la fimplicité naturelle de
quelques - uns de ces perfonnages eft las
caufe du ridicule qu'ils fe donnent , eft.co
10 MERCURE DE FRANCE.
{
à la caufe que Moliere l'attache ? la-t'i
confondue avec l'effet ?, M. Rouffeau peut
me répondre que le Public ne fait pas ces
diftinctions philofophiques , & que le mépris
attaché à l'effet rejaillit infailliblement
fur la caufe. C'eft de quoi je ne conviens
point. Que l'on mette au théâtre un homme
vertueux & fimple fans aucun de ces
vices de dupe dont j'ai parlé , & que l'Auteur
s'avife de le rendre le jouet de la fcene,
on verra fi le parterre n'en fera pas indigné
. Qu'un valet fe joue du vieil Euphémon
ou du pere du Glorieux , je paffe
condamnation , s'il fait rire. Le comique
de Moliere n'attaque donc pas des défauts
naturels ; mais des vices de caractere , la
vanité , la crédulité , la foibleffe , les prétentions
déplacées , & rien de tout cela
n'eft incorrigible.
L'examen de l'Avare & du Mifanthrope
vont rendre plus fenfible encore mon opinion
fur les moeurs du théâtre de Moliere.
« C'eft un grand vice , dit M. Rouffeau,
» d'être avare & de prêter à ufure ; mais
» n'en est - ce pas un plus grand encore à
» un fils de voler fon pere , de lui man-
» quer de refpect , de lui faire mille infultans
reproches , & quand ce pere irrité
» lui donne fa malédiction , de répondre
? d'un air goguenard qu'il n'a que faire de
DECEMBRE . 1758. 111
-
» fes dons ? Si la plaifanterie eft excellente ,
" en eft elle moins puniffable , & la
piece où l'on fait aimer le fils infolent
qui l'a faite , en eft- elle moins une école
» de mauvaiſes moeurs ? »
»
">
Suppofons que dans un fermon l'Orateur
dît à l'avare : Vos enfans font vertueux
, fenfibles , reconnoiffans , nés pour
être votre confolation ; en leur refufant
tout , en vous défiant d'eux , en les faifant
rougir du vice honteux qui vous domine ,
fçavez- vous ce que vous faites votre inflexible
dureté laffe & rebute leur tendreffe.
Ils ont beau fe fouvenir que vous
êtes leur pere , fi vous oubliez qu'ils font
vos enfans , le vice l'emportera fur la vertu
, & le mépris dont vous vous chargez
étouffera le refpect qu'ils vous doivent.
Réduits à l'alternative , ou de manquer de
tout , ou d'anticiper fur votre héritage
par des reffources ruineufes , ils diffiperont
en ufure ce qu'en ufure vous accumulez
; leurs valets fe ligueront pour dérober
à votre avarice les fecours que vos
enfans n'ont pu obtenir de votre amour.
La diffipation & le larcin feront les fruits
de vos épargnes , & vos enfans devenus vicieux
par votre faute & pour votre fupplice
, feront encore intéreffans pour le
Public que vous révoltez.
FIT MERCURE DE FRANCE.
Je demande à M. Rouffeau fi cette leçon
feroit fcandaleufe : hé bien , ce qu'annonceroit
l'Orateur , le Poëte n'a fait que le
peindre , & la Comédie de Moliere n'eft
autre chofe que cette morale en action .
Ni l'Orateur, ni le Poëte ne veulent encourager
par - là les enfans à manquer à ce
qu'ils doivent à leur pere ; mais tous les
deux veulent apprendre aux peres à ne pas
mettre à cette cruelle épreuve la vertu de
leurs enfans . Paffons aux moeurs du Mifanthrope
, que M. Rouffeau a choifies par
préférence comme le chef- d'oeuvre de
Moliere.
و و ن
"
95
« Je trouve , dit - il , que cette piece
» nous découvre mieux qu'aucune autre la
véritable vue dans laquelle Moliere a
compofé fon théâtre, & nous peut mieux
faire juger de fes vrais effets . Ayant à
plaire au Public , il a confulté le goût le
plus général de ceux qui le compofent .
» Sur ce goût il s'eft formé un modèle , &
fur ce modele un tableau des défauts
» contraires dans lequel il a pris fes carac-
» teres comiques , & dont il a diftribué les
divers traits dans fes pieces.
Arrêtons-nous un moment à cette théo
rie générale. Moliere , en confultant fon
fiecle , a donc vu qu'un ufage honnête de
fes biens étoit du goût général , & il a
DECEMBRE. 1758. 113
・
t
A
Il:
attaqué l'avarice ; qu'on aimoit à voir
chacun fe tenir dans fon état , & il a joué
le Bourgeois Gentilhomme ; qu'une femme
occupée modeftement de fes devoirs
étoit une femme eftimée , & il a jetté du
mépris fur les Précieufes & les Sçavantes ;
qu'une piété fimple & fincere infpiroit le
refpect , & il a démafqué le Tartufe ; que
la gêne & la violence dans le choix d'un
époux étoit une tyrannie odieufe , & ila
fait de deux tuteurs les jouets de deux
amants. Que M. Rouffeau me dife où est
le mal , & en quoi le goût du fiecle a nui
aux moeurs du théâtre de Moliere ? "
» n'a donc point prétendu , pourfuit- il ,
»former un honnête homme , mais un
» homme du monde ; par conféquent ik
»n'a point voulu corriger les vices , mais
» les ridicules ; & comme je l'ai déja dit ,
» il a trouvé dans le vice même un inftru-
» ment très-propre à y réuffir. " Si dans.
ces exemples que je viens de citer , & dans:
tous ceux qu'on peut tirer des bonnes
pieces de Moliere , excepté l'Amphitrion
qui n'eft point une Comédie , l'objet du
ridicule eſt une chofe honnête & louable ,
j'avoue que la prévention m'aveugle. Je
fens bien que tous les ridicules dont Moliere
s'eft joué , ne font pas ce que j'ai entendu
par les vices des fripons. Mais il eſt
4
114 MERCURE DE FRANCE.
des vices qui ne nuifent qu'à nous , & que
j'appelle les vices des dupes. C'eft de cette
derniere efpece de vices queMoliere a voulu
nous corriger, en faisant voir qu'ils nous
rendoient les jouets des fourbes. Il fçavoit
bien , ce Philofophe , qu'on ne corrigeoit
pas un fripon , & que ce n'étoit qu'en le
dénonçant qu'on pouvoit le déconcerter.
Allez perfuader à un Charlatan de ne pas
tromper le peuple , vous y perdrez votre
éloquence. C'eft au peuple qu'il faut apprendre
à fe défier du Charlatan . Voilà ,
felon moi , tout l'art de Moliere , & je ne
conçois rien de plus utile aux moeurs.
« Mais , reprend M. R , voulant expofer à
» la rifée publique tous les défauts oppofés
» aux qualités de l'homme aimable , de
l'homme de fociété ; après avoir joué tant
» d'autres ridicules , il lui reftoit à jouer
celui que le monde pardonine le moins , le
» ridicule de la vertu . C'est ce qu'il a fait
»dans le Mifanthrope .Vous ne fçauriez me
» nier deux chofes , ajoute le Cenfeur du
»
théâtre : l'ane, qu'Alcefte dans cette piece
>> eſt un homme droit , fincere , eſtimable ,
» un véritable homme de bien ; l'autre, que
» l'Auteur lui donne un perfonnage ridicu-
»le.»Vous ne fçauriez menier deux chofes ,
dirai-je à mon tour à M. Rouffeau ; l'une ,
qu'Alcefte eft un homme paffionné , vio
DECEMBRE . 1758. 115
lent , infociable ; l'autre, que dans la vertu
Moliere n'a repris que l'excès . Vous donnez
à Moliere le projet d'un fcélérat , &
je trouve dans fon Ouvrage le deffein du
plus honnête homme. Il feroit malheureux
pour vous que la raifon fût de mon
côté.
Imaginons pour un momentqu'an Auteur
dans un feul Ouvrage ait voulu attaquer
tous les vices de fon fiecle , & mettre le
fléau de la fatyre dans la main de l'un de fes
Acteurs. Quel perſonnage a t'il dû choisir ?
Un fage accompli ? Non : le fage eſt indulgent
& modéré. L'étude qu'il a faite de
lui- même l'a rendu modefte & compâtiffant.
I hait le crime , déplore l'erreur ,
aime la bonté , refpecte la vertu , & regarde
les vices répandus dans la fociété ,
comme un poifon qui circule dans le fein
de la nature humaine . S'il y applique
quelque remede , ce n'eft ni le fer , ni le
feu. Il fçait que le malade eft foible , inquiet
, difficile , & qu'il faut gagner fa
confiance pour obtenir fa docilité. Il parle
aux hommes comme un pere , & non com .
me un juge fon éloquence eft dans fes
entrailles , la douceur fe peint dans fes
yeux , la perfuafion coule de fes levres ;
mais le plaifir délicat de l'entendre n'étoit
pas un attrait pour la multitude. Le fage
116 MERCURE DE FRANCE .
au théâtre eût paru froid & n'eût point
attiré la foule. Un homme vertueux , plus
févere & plus véhément , fans aucun travers
, fans aucune foibleffe , eût indifpofé
tous les efprits. On n'amufe point ceux
qu'on humilie . Le Mifanthrope exempt de
ridicule , feroit tombé : M. Rouffeau l'avouera
lui-même. Il a donc fallu avoir
égard au vice le plus commun , je ne dis
pas de fon fiecle & de fon pays ; mais de
tous les lieux & de tous les temps , c'eſt àdire
à la malignité qui prend fa fource
dans l'amour-propre , & rendre le Cenfeur
ridicule par quelque endroit, pour confoler
à fes dépens ceux qu'humilieroit la cenfure.
Mais ce ridicule , en amufant le peuple
, ne devoit pas affoiblir l'autorité de
la vertu ; & le comble de l'art étoit de
compofer un caractere à la fois refpectable
& rifible , qualités qui femblent s'exclure
& que Moliere a fçu concilier. Tel a été
fon deffein en compofant ce bel Ouvrage ;
je ne crains pas de l'affurer. Ceci n'eft pas
une fubtilité vaine , c'eft l'effet que tout le
monde éprouve . On adore le fonds du
caractere du Mifanthrope : fa droiture , fa
candeur , fa fenfibilité infpirent la vénération
. Ah , Moliere que n'ai- je le bonheur
de reffembler à cet honnête homme ,
s'écrioit M. le Duc de Montaufier. Moliere
DECEMBRE. 1758 . 117 1
1
auroit donc bien manqué fon coup , s'il
eût voulu rendre la vertu ridicule ? Mais
cette même probité s'irrite , paffe les bornes
& tombe dans l'excès. Le Mifanthrope
déraifonne & devient ridicule , non pas
dans fa vertu , mais dans l'excès où elle
donne . Quoi ! lui dit- on ,
Vous voulez un grand mal à la nature humaine ?
Oui , j'ai conçu pour elle une effroyable haine...
Tous les pauvres mortels, fans nulle exception ,
Seront enveloppés dans cette averfion ?
Encoren eft-il bien dans le fiecle où nous ſommes...
Non , elle eft générale , & je hais tous les hommes.
C'eft de cet emportement que l'on rit ;
le Mifanthrope a beau le motiver , ce ne
peut être qu'un accès d'humeur : car au
fonds la haine qu'il a conçue pour les méchans
n'eft fondée que fur fon amour pour
les gens de bien , & fur la fuppofition qu'il
en refte encore. « S'il n'y avoit ni fripons ,
» ni flatteurs , dit M. Rouffeau , le Mifanthrope
aimeroit tout le monde ; mais
s'il n'y avoit pas de gens de bien, de gens
défintéreffés, il n'auroit plus aucun fajet
» de hair ni les flatteurs , ni les fripons.
»
33
On vient de lui lire des vers qu'il atrouvé
mauvais ; il le fait entendre avec ménagement
; il le dit enfin avec pleine franchife
; ſes amis lui reprochent ſa fincérité ;
118 MERCURE DE FRANCE.
c'eft alors qu'il devient extrême :
Je lui foutiendrai moi , que ſes vers font mauvais,
Et qu'un homme eft pendable après les avoir faits.
Comme on ne s'attend pas à ces traits, &
qu'ils confolent la vanité humiliée , on en
rit d'un plaifir malin caufé par la furpriſe ,
mais fans que le mépris s'en mêle ; & l'on
fembledire au Mifanthrope : Hé bien , Cenfeur
impitoyable , vous vous paſſionnez donc
auffi , vous déraisonn: z comme un autre ? M.
Routeau fe trompe fur les circonftances
qui , dans la premiere fcene , peuvent rendre
naturel l'emportement du Miſanthrope
; mais il me fuffit qu'il avance que cer
emportement fait dire auMifanthrope plus
qu'il ne penfe de fang froid ; c'eſt de cette
colere exaltée , de cette humeur qui déborde
, de cette impatience pouffée à bout
par le calme de Philinte, que Moliere a plaifanté
. Ce n'eft donc pas le ridicule de la
vertu qu'il a voulu jouer' ; mais un ridicule
qui accompagne quelquefois la vertu , &
qui naît de la même fource , une fougue
qui l'emporte au - delà de fes limites , une
âpreté qui la rend infociable, une extrême
févérité qui nous fait des crimes de tout ,
un zele inflammable que la contradiction &
les obitacles font dégénérer en fureur; voi-
Là ce que Moliere attaque dans le MifanDECEMBRE.
1758. 119
thrope; & pour le ramener aux fentimens de
T'humanité compâtilfante , il lui fait voir
qu'il eft homme lui - même , & qu'il peut
être , comme nous, le jouet de fes paffions,
Mais pour juftifier le deffein de Moliere ,
j'ai un témoignage auquel M. Rouſſeau ne
peut fe refufer : voici ce que je viens de lire.
Dans toutes les autres pieces de Moliere le
perfonnage ridicule eft toujours haïffable
ou méprifable ; dans celle- ci , quoique Alcefte
ait des défauts réels,dont on n'a pas tort
de rire , on fent pourtant au fond du coeur
un refpect pour lui , dont on ne peut fe dé- ·
fendre ... Moliere étoit perfonnellement
honnête homme , & jamais le pinceau d'un
honnête homme ne fçut couvrir de couleurs
odieufes les traits de la droiture & de
la probité. Il y a plus , Moliere a mis dans
la bouche d'Alceſte un fi grand nombre de
fes propres maximes , que plufieurs ont
cru qu'il s'étoit voulu peindre lui- même.»
Confrontons ce témoignage avec le fen-'
timent de M. Rouffeau . « Ayant à plaire
au Public , Moliere a confulté le goûr
» le plus général .... après avoir joué tant
» d'autres ridicules , il lui reftoit à jouer
>> celui que le monde pardonne le moins ,
» le ridicule de la Vertu : c'est ce qu'il a
» fait dans le Mifanthrope. » Il est évident
que l'une de ces deux opinions eft fauffe ; .
120 MERCURE DE FRANCE.
*
car fi Moliere , pour plaire à ſon ſiècle , a
voulu tourner la vertu en ridicule , un fi
lâche adulateur du vice n'étoit rien moins
qu'un honnête homme ; s'il a voulu fe
peindre lui-même dans Alcefte , il n'a pas
prétendu s'expofer à la rifée du public ;
s'il fait aimer & refpecter ce caractere fans
le vouloir , & en dépit de fon art , le
ridicule de la vertu n'eft donc pas celui
que le monde pardonne le moins. Que
M. Rouffeau accorde , s'il le peut , fon
opinion , avec l'autorité que je lui ai oppofée
; fon contradicteur , c'eft lui -même.
Le deffein de Moliere a donc été , en
compofant le caractere du Mifanthrope , de
fe fervir de fa vertu comme d'un exemple ,
& de fon humeur comme d'un fléau. Voilà
le vrai , tout le monde le fent .
Il lui a donné pour ami , non pas un de
ces honnêtes gens du grand monde , dont
les maximes reffemblent beaucoup à celles
des fripons , non pas un de ces gens fi
doux , fi modérés , qui trouvent toujours
que tout va bien , parce qu'ils ont intérêt
que rien n'aille mieux ; mais un de ces gens
qui , aimant le bien , & condamnant le
mal , fe contentent de pratiquer l'un , &
d'éviter l'autre , qui ne fe croyent ni affez
de vertus , ni affez d'autorité pour s'ériger
en cenfeurs publics , & faire le procès à la
nature
DECEMBRE . 1758. 121
8
nature humaine ; qui , fans être complices
ni partifans des vices deftructeurs de l'ordre
, tolerent les défauts , ménagent les
foibleffes , flattent les vaines prétentions ,
paffent légérement fur les épines de la fociété,
& s'épargnent les chagrins & les dégoûts
d'un déchaînement inutile . Un honnête
homme eft celui qui remplit fidele
ment les devoirs de fon état , & ce n'eft le
devoir d'aucun particulier d'exercer la police
du monde. Il eft vrai que Philinte , foit
manque de goût, foit excès de politeffe loue
des vers qui ne valent rien ; mais tout
menfonge n'eft pas un crime ; c'eft l'impor
tance du mal qui en fait la gravité. Je ne fais
même fi , dans la morale la plus auftere , il
ne vaut pas mieux flatter un homme fur
une bagatelle , que de s'expofer , par une
fincérité qui l'offenſe , à fe couper la gorge
avec lui. Du refte fi Moliere eût fait un vicieux
du Miſanthrope , il lui eût donné
pour contrafte un modele de vertu ; mais
comme il n'en fait qu'un homme infociable
, c'eft un modele de complaifance &
d'égards qu'il a dû lui oppofer. Philinte
n'eft donc pas le fage de la piece , mais ſeulement
l'homme du monde : fon fang froid
donne du relief à la fougue du Mifanthrope
; & quoique l'un de ces contraftes falle
rire aux dépens de l'autre , l'avantage &
F
1
122 MERCURE DE FRANCE.
l'afcendant que Moliere donne à Alcefte fur
Philinte , prouve bien qu'il lui deftinoit la
premiere place dans l'eftime des Spectateurs .
« Le tort de Moliere n'eft pas , felon M.
» Rouſſeau , d'avoir fait du Miſanthrope
» un homme colere & bilieux , mais de lui
» avoir donné des fureurs puériles fur des
fujets qui ne doivent pas l'émouvoir . Le
» caractere du Miſanthrope n'eft pas en la
difpofition du Poëte ; il eft déterminé
" par la nature de fa paffion dominante :
» cette paffion eft une violente haine du
» vice , née d'un amour ardent pour la vertu
, & aigrie par le fpectacle continuel
3, de la méchanceté des hommes ; il n'y
» a donc qu'une ame grande & noble qui
en foit fufceptible ... Cette contemplation
continuelle des défordres de la Société
le détache de lui - même pour fixer
» fon attention fur le genre humain
» Ce n'eft pas que l'homme ne foit toujours
» homme , que la paffion ne le rende fou-
» vent foible , injufte , déraisonnable , qu'il
» n'épie peut être les motifs cachés des ac-
» tions des autres avec un fecret plaifir d'y
voir la corruption de leurs coeurs , qu'un
petit mal ne lui donne fouvent une grande
» colere ... Voilà de quel côté le caractere
» du Mifanthrope doit porter fes défauts ; &
voilà de quoi Moliere fait un ufage admi-
و د
DECEMBRE . 1758 . 123
rable dans toutes les fcenes d'Alcefte avec
»fon ami... Qu'il s'emporte fur tous les
» défordres dont il n'eft que le témoin ...
"
"
mais qu'il foit froid fur celui qui ne s'a-
» dreffe qu'à lui ; qu'une femme fauffe le
» trahiffe , que d'indignes amis le deshon-
» norent , que de foibles amis l'abandon--
» nent , il doit le fouffrir fans en mur-
>> murer ; il connoît les hommes. Si ces
» diftinctions font juftes , Moliere a mal
» fait le Mifanthrope . Penfe- t'on que ce
»foit par erreur? non fans doute : mais voilà
» par où le defir de faire rire aux dépens
» du perfonnage l'a forcé de le dégrader
» contre la vérité du caractere. »
Si M. Rouffeau parle d'une vérité métaphyfique
, je ne lui difpute rien ; chacun
fe fait des idées comme il lui plaît. Le
Mifanthrope métaphyfique eft donc , fi
l'on veut , un être furnaturel qui aime
tous les hommes , excepté lui feul , qui
prend feu fur les injuftices qu'ils éprouvent
, & qui eft de glace pour celles qu'il
effuye lui-même, qui combat tous les vices,
hormis ceux qui lui nuifent ; auquel un
petit mal qui lui eft étranger, peut donner
une très-grande colere , & qui n'eft point
ému d'un très- grand mal qui lui eft perfonnel.
Mais Moliere n'a pas voulu peindre un
perfonnage idéal. Le Mifanthrope, tel qu'il
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
l'a vu dans la nature,fe comprend au moins
dans le nombre des hommes qu'il aime ; il
ne donne pas dans l'abfurde inconféquence
de regarder comme des inclinations baffes le
foin de fon honneur , de fa renommée, de fon
repos , de fa fortune , en un mot de ces mêmes
biens auxquels il ne peut fouffrir que
l'on porte atteinte dans fes femblables ; il
n'a point une ame fenfible pour eux , &
une ame impaffible pour lui ; & cette
trempe de caractere , qui reçoit de fi vives
impreffions des plaies faites à l'humanité ,
n'eft pas impénétrable aux traits qui font
lancés contre lui - même. Je crois bien que
le courage & la force étouffent fes plaintes
quelquefois ; mais enfin l'homme est toujours
homme. Moliere a donc trés- bien pris , je
ne dis pas le caractere idéal , mais le caractere
réel du Mifanthrope , tel qu'il le
voyoit dans le monde , & qu'il vouloit le
corriger.
Du refte j'avoue que je ne conçois pas le
Mifanthrope de M. Rouffeau . Si la connoiffance
qu'il a des hommes , doit l'avoir
préparé aux trahifons de fa maîtreffe , aux
outrages & à l'abandon de fes amis , à l'iniquité
de fes Juges , il doit donc être férieufement
convaincu que tous les hommes
font perfides & méchans , & cela pofé , il
doit n'aimer perfonne. Comment eft- il
DECEMBRE. 1758 . 125:
donc fi touché des défordres d'un monde
où il n'aime rien ? Il hait le vice , il aime
la vertu ; mais le vice & la vertu ne font
rien de réel que relativement aux hommes.
Que lui importe la guerre des vautours ,
fi la fociété n'a plus de colombes ?
:
Dira-t'on que le Mifanthrope aime les
hommes quels qu'ils foient , & ne hait en
eux que le vice ? C'eſt le caractere du fage
tel que je l'ai peint ; mais ce n'eft pas le
caractere du Mifanthrope. Celui- ci enveloppe
dans fa haine , & le vice, & le vicieux ;
il détefte dans les méchans les ennemis des
gens de bien mais s'il eft perfuadé qu'il
y a des gens de bien dans le monde , il eft
naturel qu'il ait cette opinion de fes juges ,
de fes amis , de fa maîtreffe , & lorf
que l'iniquité , la perfidie , la trahifon
qu'il en éprouve , le tire de cette douce erreur
, il doit en être d'autant plus affecté
que ces coups rompent les derniers liens qui
l'attachoient à fes femblables.
Le Mifanthrope, que rien de perfonnel
ne touche , & qui fe paffionne fur tout ce
qui lui eft étranger , eft donc , felon moi ,
in être fantastique , & Moliere , pour rendre
le fien d'après nature , a dû le peindre
comme il a fait.
M. Rouffeau ne doute pas que , fuivant
fon deffein , le caractere d'Alcefte n'eût fair
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
incomparablement plus d'impreffion ; mais
le Parterre alors n'auroit pû rire , dit- il ,
qu'aux dépens de l'homme du monde , &
l'intention de l'Auteur étoit qu'on rît aux
dépens du Mifanthrope. Mais que l'on fe
rappelle la pofition de ce perfonnage ; il
accable fon ami de reproches , humilie
Oronte , apoftrophe les Marquis , & leur
impofe filence , confond & refufe Célimene,
domine d'un bout de la piece à l'autre ,
efface tout , n'eft jamais effacé , & fort du
Théâtre , ennemi de la nature entiere , autant
admiré qu'applaudi . Voilà donc le.
perfonnage que Moliere a voulu humilier
pour flatter le goût de fon fiecle . Si Moliere
a prétendu faire briller Philinte aux.
dépens d'Alcefte , jamais Auteur , j'oſe le
dire , n'a été plus mal adroit.
Philinte a loué la chûte du Sonnet d'Oronte
, le Mifanthrope indigné , lui dit :
La pefte de ta chûte , empoiſonneur au diable ,
En euffe-tu fait une à te caffer le nez.
jeu
M. Rouffeau défapprouve avec raiſon ce
de mots, & il s'écrie : Et voilà comme on
avilit la vertu ! Je n'ai qu'à citer du même
rôle cinq cens des plus beaux vers & des plus
applaudis qu'on ait jamais faits , & à m'écrier
à mon tour , Et voilà comme on honore la verm
! Eft- il poſſible que d'un frivole jeu de
DECEMBRE. 1758. 127
mots qui , dans la vivacité , peut échapper
à tout le monde , on tire une conféquence
deshonorante pour la mémoire d'un homme
qu'on fait profeffion d'admirer ? M.
Rouffeau d'après fon idée trouve que Moliere
a affoibli les traits qui caractérisent
le Mifanthrope , & voici la preuve qu'il en
donne.
« On voit Alcefte tergiverfer & ufer dè
détour pour dire fon avis à Oronte . Ce
n'eft point là le Mifanthrope , c'eft un honnête
homme du monde qui fe fait peine de
tromper celui qui le confulte. La force du
caractere vouloit qu'il lui dît brufquement :
Votre Sonnet ne vaut rien , jettez - le au
feu ; mais cela auroit ôté le comique qui
naît de l'embarras du Mifanthrope , & de
fes je ne dis pas cela répétés , qui pourtant
ne font au fonds que des menfonges. » Les
je ne dis pas cela font très- plaifans ; mais
ce n'eft point aux dépens du Mifanthrope
qu'ils font rire : du refte il ne faut que favoir
diftinguer la groffiéreté de la franchife
pour juftifier cette réticence. Le Mifanthrope
de Moliere a vécu trente ans
dans le monde ; il ne feroit. pas vraifemblable
qu'on l'y eût fouffert , s'il ne favoit
pas marquer , en héfitant de dire une vérité
fâcheufe , qu'il lui en coûte de déplaire à
celui qui l'a confulté, Je ne dis pas cela ,
Fiv.
128 MERCURE DE FRANCE:
n'eft rien moins qu'un menfonge , c'eft la
vérité même préfentée avec ménagement ,
& j'en appelle à tous ceux qui l'entendent ;
Oronte ne s'y méprend point . Or , M.
Rouffeau fçait bien que le menfonge n'eft
pas dans les mots ; & il me feroit aifé de lui
prouver , par fon propre exemple , que ,
fans déguifer la vérité , on peut la couvrir
d'un voile modefte. Le Mifanthrope répéte
à Oronte , je ne dis pas cela ; fi Philinte
lui demandoit: Hé que dis tu donc , traître ?
la réponſe feroit facile : Je ne fuis point
traître , je me fais entendre , je dis ce qu'exige
l'honnételé , & ce que permet la bienféance.
M. Rouffeau demande jufqu'où peuvent
aller les ménagemens d'un homme
vrai ; je lui réponds , exclufivementjufqu'à
l'équivoque. Suivant fes principes
le Mifanthrope doit n'ufer d'aucun détours
, & dire crument tout ce qu'il penſe.
Si Moliere eût voulu mettre un tel perfonnage
fur la fcene , il l'eût pris au fond
des forêts.
Mais il eft inutile de donner au Théâtre
des leçons d'une morale outrée , qu'il ne
feroit ni poffible ni honnête de pratiquer
dans le monde , où l'on peut très bien ,
quoi qu'en dife M. Rouffeau , n'être ni
fourbe ni brutal. Moliere n'a donc pas
-
DECEMBRE. 1758. 129
prétendu , ni pu prétendre dégrader la vérité
& la vertu, en les faifant un peu moins
farouches que M. Rouffeau ne l'exige ; &
franchement il n'y a qu'un Philofophe qui
regrette le temps où l'homme marchoit à
quatre pattes , qui puiffe trouver le Mifanthrope
de Moliere trop doux & trop civilife.
M. R. dit lui- même de ce perfonnage :
* l'intérêt de l'Auteur eft bien de le rendre
ridicule, mais non pas fou ; & c'eft ce qu'il
paroîtroit aux yeux du Public , s'il étoit
tout- à-fait fage. » Après l'efquiffe que
j'ai tracée du caractere du fage , tel que je
le conçois , il eft inutile d'ajouter que le
Mifanthrope de M. Rouffeau n'eft pas digne
à mes yeux de ce titre : il eft plus inutile
encore de réfuter fa conclufion contre
la morale du Mifanthrope & de tout le
Théâtre de Moliere . Si les principes font
détruits , la conféquence tombe d'elle- même.
Lafuite au Mercure prochain.
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Résumé : SUITE de l'extrait de la Lettre de M. Rousseau de Geneve à M. d'Alembert, sur les Spectacles.
Dans une lettre à M. d'Alembert, M. Rouffeau critique les spectacles, notamment la tragédie et la comédie. Il estime que la tragédie suscite les passions qu'elle prétend condamner et que la comédie, en reflétant les mœurs contemporaines, est encore plus dangereuse. Rouffeau considère la comédie comme pernicieuse, même lorsque le plaisir comique repose sur un vice humain. Il admet que le théâtre, bien que purgé de son ancienne indécence, n'est pas encore suffisamment moralisé et propose de bannir certains auteurs, ne permettant que des comédies honnêtes et morales. L'auteur de la lettre conteste cette vision en soulignant que les individus vicieux se reconnaissent encore moins dans un discours de morale. Il rappelle que les faux dévots et les usuriers n'appréciaient pas se voir représentés dans des œuvres comme 'Le Tartuffe' de Molière. Il conclut que la comédie peut avoir une utilité morale en peignant fidèlement les mœurs et en rendant les vices ridicules. Le texte discute de la fonction et de l'impact de la comédie, en particulier celle de Molière. La comédie permet de dénoncer et d'humilier les vices en les exposant sur scène, mais elle doit rester vraisemblable et naturelle pour être efficace. Molière exagère les traits des personnages pour les rendre reconnaissables sans les déformer. La comédie vise une satire collective, réunissant les traits les plus marquants d'un vice donné. L'illusion théâtrale repose sur la vérité de l'imitation, et toute divergence avec la nature rompt cette illusion. Le texte critique l'idée que Molière serait une 'école de vices', affirmant que ses pièces montrent plutôt les conséquences négatives des vices et des mauvaises actions. Molière choisit de représenter des personnes honnêtes mais faibles ou crédules, punies non pour leur bonté, mais pour leurs travers ou faiblesses. Les exemples incluent 'Le Bourgeois Gentilhomme', 'George Dandin', 'Le Malade imaginaire', et 'Les Tuteurs jaloux'. Molière ne ridiculise pas l'honnêteté pure et simple, mais plutôt les défauts des personnages honnêtes. Le texte critique l'interprétation de M. Rousseau, affirmant que Molière n'a jamais eu l'intention de glorifier les fripons. Les pièces de Molière visent à corriger les vices et à encourager la vertu, en montrant les conséquences des erreurs des personnages honnêtes mais imprudents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 214-215
TANCREDE, TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, PAR M. DE VOLTAIRE. Représentée, pour la premiere fois, par les Comédiens François ordinaires du Roi, le 3 Septembre 1760. AVIS AU PUBLIC.
Début :
Cette Piéce, actuellement sous presse avec la Préface, les corrections, additions [...]
Mots clefs :
Pièce, Voltaire, Estampes, Édition, Auteur, Impression
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TANCREDE, TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, PAR M. DE VOLTAIRE. Représentée, pour la premiere fois, par les Comédiens François ordinaires du Roi, le 3 Septembre 1760. AVIS AU PUBLIC.
TANCREDE ,
TRAGEDIE EN CINQ ACTES.
Par M. DE VOLTAIRE.
Repréfentée , pour la premiere fois , par les Comédiens
François ordinaires du Roi , te 3
Septembre 1760.
AVIS AU PUBLIC.
Cette Piéce , actuellement fous preſſe avec la
Préface , les corrections , additions & changemens
de M. de Voltaire , va paroître incellamment
; elle fera ornée du Portrait de l'Auteur , &
d'Estampes repréfentant les fituations les plus intéreffantes
de cette Tragédie . Le prix fera le
même que celui ordinaire des Piéces de Théâtre.
On croit devoir avertir le Public de fe donner de
garde d'acheter aucune édition de cette Piéce imprimée
furtivement , & conféquemment pleine de
fautes. On reconnoîtra la bonne édition à ces
mêmes corrections , additions & gravûres , qui
eft la feule avouée de l'Auteur : Elle le vendra
à Paris chez Prault , petit-fils , Libraire , Quái
des Auguftins , la deuxième boutique au - deflus
de la rue Gît-le -coeur , à l'immortalité . Avec
Permiflion.
OCTOBRE. 1760. 215
Madame Helvetius eft accouchée le de
de mois , d'une fille qui a été baptifée à S. Roch.
Elle a eu pour Parrain M. le Duc de Choifeul ,
& pour Marraine , Madame la Duchelle de Grammont
, & a été nommée Béatrix -Henriette .
TRAGEDIE EN CINQ ACTES.
Par M. DE VOLTAIRE.
Repréfentée , pour la premiere fois , par les Comédiens
François ordinaires du Roi , te 3
Septembre 1760.
AVIS AU PUBLIC.
Cette Piéce , actuellement fous preſſe avec la
Préface , les corrections , additions & changemens
de M. de Voltaire , va paroître incellamment
; elle fera ornée du Portrait de l'Auteur , &
d'Estampes repréfentant les fituations les plus intéreffantes
de cette Tragédie . Le prix fera le
même que celui ordinaire des Piéces de Théâtre.
On croit devoir avertir le Public de fe donner de
garde d'acheter aucune édition de cette Piéce imprimée
furtivement , & conféquemment pleine de
fautes. On reconnoîtra la bonne édition à ces
mêmes corrections , additions & gravûres , qui
eft la feule avouée de l'Auteur : Elle le vendra
à Paris chez Prault , petit-fils , Libraire , Quái
des Auguftins , la deuxième boutique au - deflus
de la rue Gît-le -coeur , à l'immortalité . Avec
Permiflion.
OCTOBRE. 1760. 215
Madame Helvetius eft accouchée le de
de mois , d'une fille qui a été baptifée à S. Roch.
Elle a eu pour Parrain M. le Duc de Choifeul ,
& pour Marraine , Madame la Duchelle de Grammont
, & a été nommée Béatrix -Henriette .
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Résumé : TANCREDE, TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, PAR M. DE VOLTAIRE. Représentée, pour la premiere fois, par les Comédiens François ordinaires du Roi, le 3 Septembre 1760. AVIS AU PUBLIC.
Le texte annonce la pièce de théâtre 'Tancrede' de Voltaire, une tragédie en cinq actes représentée pour la première fois par les Comédiens Français le 3 septembre 1760. La pièce est actuellement en cours d'impression avec des corrections, des additions et des changements apportés par Voltaire. L'édition officielle inclura le portrait de l'auteur et des gravures des scènes les plus marquantes. Le prix sera identique à celui des pièces de théâtre ordinaires. Le public est mis en garde contre les éditions pirates, qui contiennent des fautes. La bonne édition se distinguera par ses corrections, additions et gravures et sera disponible à Paris chez Prault, petit-fils, libraire au quai des Augustins. Par ailleurs, Madame Helvetius a accouché le 20 octobre 1760 d'une fille, Béatrix-Henriette, baptisée à Saint-Roch. Les parrain et marraine sont respectivement le Duc de Choiseul et la Duchesse de Grammont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 176-177
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE 17 Janvier on représenta pour la premiere fois DUPUIS & DESRONAIS, [...]
Mots clefs :
Comédie, Succès, Pièce, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE,
LE 17 Janvier on repréſenta pour la
premiere fois DUPUIS & DESRONAIS,
Comédie nouvelle en trois Actes & en vers
libres , tirée des illuftres Françoifes.
Le fuccès de cette Piéce fut décidé
FEVRIER . 1763. 177
fans aucune contrariété & par les plus
grands applaudiffemens , dès cette première
repréſentation . Ce fuccès tout
brillant qu'il étoit alors l'eft devenu encore
davantage à chaque repréſentation
fubféquente ; le concours des fpectateurs
qui a toujours augmenté , & qui
paroît devoir fe foutenir encore longtemps
, le confirme de la manière la
moins équivoque & la plus flatteufe
pour l'Auteur. Elle ne l'eft pas moins
pour les Acteurs de cette Piéce , dont
le jeu admiré dès le premier jour , s'eſt
toujours perfectionné , & ne laiffe rien
à defirer. Nous avons eu rarement , .depuis
quelque temps , des fuccès auffi célébres
& auffi mérités à annoncer à nos
Lecteurs. C'eft avec beaucoup de regret
que nous fommes obligés de remettre
au prochain Mercure l'Extrait
de cette Comédie ; mais nous avons
craint qu'une analyſe précipitée , telle
que nous aurions pu la donner actuellement
, n'eût pas fatisfait fur ce qu'on
eft en droit d'attendre , à l'égard d'un
Ouvrage dont tous nos Lecteurs doivent
avec raiſon avoir la plus ayantageufe
prévention . ( a )
( a ) V. ce que nous avons dit plus haut de cet
se Piéce à l'Art . des Spectacles de la Cour.
FRANÇOISE,
LE 17 Janvier on repréſenta pour la
premiere fois DUPUIS & DESRONAIS,
Comédie nouvelle en trois Actes & en vers
libres , tirée des illuftres Françoifes.
Le fuccès de cette Piéce fut décidé
FEVRIER . 1763. 177
fans aucune contrariété & par les plus
grands applaudiffemens , dès cette première
repréſentation . Ce fuccès tout
brillant qu'il étoit alors l'eft devenu encore
davantage à chaque repréſentation
fubféquente ; le concours des fpectateurs
qui a toujours augmenté , & qui
paroît devoir fe foutenir encore longtemps
, le confirme de la manière la
moins équivoque & la plus flatteufe
pour l'Auteur. Elle ne l'eft pas moins
pour les Acteurs de cette Piéce , dont
le jeu admiré dès le premier jour , s'eſt
toujours perfectionné , & ne laiffe rien
à defirer. Nous avons eu rarement , .depuis
quelque temps , des fuccès auffi célébres
& auffi mérités à annoncer à nos
Lecteurs. C'eft avec beaucoup de regret
que nous fommes obligés de remettre
au prochain Mercure l'Extrait
de cette Comédie ; mais nous avons
craint qu'une analyſe précipitée , telle
que nous aurions pu la donner actuellement
, n'eût pas fatisfait fur ce qu'on
eft en droit d'attendre , à l'égard d'un
Ouvrage dont tous nos Lecteurs doivent
avec raiſon avoir la plus ayantageufe
prévention . ( a )
( a ) V. ce que nous avons dit plus haut de cet
se Piéce à l'Art . des Spectacles de la Cour.
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Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le 17 janvier, la comédie 'Françoise' de Dupuis et Desronais a été jouée pour la première fois. Cette pièce en trois actes et en vers libres, adaptée des illustres Françaises, a rencontré un succès immédiat et unanime dès sa première représentation, marquée par de grands applaudissements. Ce succès s'est accru à chaque nouvelle représentation, attirant un public de plus en plus nombreux. Les acteurs ont été félicités pour leur interprétation, appréciée dès le premier jour et continuellement améliorée. Le texte souligne que de tels succès sont rares et mérités. Cependant, l'extrait de la comédie est reporté au prochain Mercure pour éviter une analyse hâtive qui ne satisferait pas les attentes des lecteurs concernant cette œuvre appréciée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 167-178
SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
Début :
LE Jeudi 17 Février, les Comédiens François représenterent Inès de Castro, [...]
Mots clefs :
Comédie, Rôle, Pièce, Théâtre, Représentation, Comédiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
SUITE DES SPECTACLES DE LA
COUR A VERSAILLES .
L E Jeudi 17 Février , les Comédiens
François repréfenterent Inès de Caftro ,
Tragédie du feu fieur LA MOTTE ( a ) ,
& pour feconde Piéce l'Ecole amoureu--
fe , Comédie en un A&te & en vers du
fieur BRET ( b ).
Dans la Tragédie , le rôle d'Inès fut
( a) Première repréſentation d'Inès en 1720 ;
32 repréſent. de fuite.
(b) L'Ecole amoureuse en 1747. & repréſent.
168 MERCURE DE FRANCE .
joué par la Dlle GAUSSIN , celui de la
Reine par la Dile DUBOIS , & celui de
Conftance par la Dlle Huss. Le fieur
BELCOUR joua le rôle de Rodrigue , le
fieur MOLÉ , celui de D. Pedre , le fieur
BRIZART ,Alphonfe , le fieur DUBOIS,
l'Ambassadeur de Caftille , & le fieur
DAUBERVAL , le rôle de Henrique.
Le fieur MOLÉ , les Dlles Huss
PRÉVILLE , BELCOUR & LE Kain,
jouerent dans la Comédie.
Le Mardi 22 Fevrier , les mêmes Comédiens
repréſenterent les Femmes fçavantes
, ( c ) Comédie en vers , en cinq
Actes , de MOLIERE , Cette excellente
Piéce fut très-bien rendue ; elle fit fur
les Amateurs du vrai genre comique ,
l'effet qu'on doit toujours attendre des
Ouvrages de l'inimitable génie qui a
créé & en même temps . perfectionné
le Théâtre François , lorfqu'on apportera
, en remettant ces chefs-d'oeuvres ,
toutes les attentions qu'ils méritent .
La Dlle DUMESNIL jouoit le rôle
de Philaminte. Les Dlles PRÉVILLE &
Huss , ceux des deux filles. Belife
étoit jouée par la Dlle DROUIN , & la
Dlle BELCOUR jouoit le rôle de la
Servante Martine . Chrifalde & Arifte ,
( c ) Première repréſentation en 1651 .
par
AVRIL . 1763 . 169
2
par les fieurs BONNEVAL & DAUBERVAL.
Le rôle de Clitandre étoit joué
par le fieur BELCOUR ; ceux de Trillotin
& Vadius , par les fieurs DANGEVILLE
& ARMAND ; & celui de Julien,
par le fieur BOURET.
Cette Piéce fut fuivie de la Famille
extravagante ( d ) Comédie en un Acte
& en Vers du feu fieur LEGRAND.
Plufieurs des mêmes A&teurs & Actrices
de la grande Piéce repréfentoient
dans celle-ci , excepté le rôle de Cléon
Amant d'Elife , joué par le Sr MOLÉ ,
celui d'Elife par la Dlle DESPINAY , &
le rôle de Soubrette par la Dlle LE
KAIN. Le lendemain on repréſenta
pour la feconde fois Vertumne & Pomone
, Ballet extrait des Elémens, dont
nous avons parlé dans le Mercure de
Mars. Cette repréſentation d'Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne intitulée
le Diable boiteux , jouée par les
Acteurs de ce Théâtre.
Le 2 Mars on donna un Ballet en
un Acte intitulé la Vue , extrait du
Ballet des Sens; Poëme du fieur ROI
Mufique du feu fieur MOURet.
La Dlle LE MIERRE , ( époufe du
fieur LARRIVÉE , ) chanta le rôle de
( d ) Première repréſentation en 1709.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
T
l'Amour , la Dlle VILLETTE , du
Théâtre des Italiens , ( époufe du feur
LA RUETTE ) chanta le rôle de Zé
phire. La Dile DUBOIS , l'ainée , celui
d'Iris , & le fieur LARRIVÉE celui
d'Aquilon. Une indifpofition accidentelle
dans la voix de la Dlle LE MIERRE
mit l'éxécution de ce Baliet en rifque de
n'être pas achevée , & nuifit à fon fuccès.
La Dlle LANI & le fieur GARDEL
danferent des Pas feuls ; le fieur LAVAL,
la Dile VESTRIS , les fieurs LANI
DAUBERVAL , les Dlles ALLARD &
PESLIN danfoient différens Pas
toutes les principales Entrées.
la
La repréſentation de cet Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne
nouvelle , en un A&te , intitulée Arlequin
cru mort , par le fieur GOLDONI .
Cette Comédie fit plaifir ; & l'on rendit ,
par des fuffrages très -honorables
même juftice aux talens de ce célébre
Etranger , que l'on avoit déjà rendue à
la repréfentation de l'Amour Paternel.
Le lendemain Jeudi 3 Mars
".
Comédiens François repréfenterent les
Déhors trompeurs ou l'Homme dujour,(e)
( e ) Premiere repréſentation en 1740. 17
repréſentations,
,
les
AVRIL 1763. 171
Comédie en cinq Actes & en Vers
du feu fieur DE BOISSY . Le Baron
étoit joué par le fieur BELCOUR ; le
Marquis , par le fieur MOLÉ ; M. de
Forlis , par le fieur BONNEVAL ; &
Champagne , par le fieur PREVILLE ;
le rôle de la Comteffe , par la Dlle DANGEVILLE
; ceux de Lucile & de Céliante,
par les Diles HUSS & PREVILLE;
celui de Lifette , par la Dlle BELCOUR .
La feconde Piéce étoit l'Ile déferte ,
Comédie en un A&te & en Vers , du
fieur COLLET. Le fieur MOLE y jonoit
le rôle de Ferdinand, le fieur BELCOUR,
celui de Timante ; & le fieur PRÉVILLE,
le Matelot ; les rôles de Conftance & de
Silvie , furent joués par les Diles PRÉ-
VILLE & HUSS.
Le Mardi , 8Mars , par les mêmes Comédiens,
le Dépit amoureux , Comédie
de MOLIERE en 5 Actes en Vers. (f)
Erafte étoit joué par le fieur BELCOUR
, & Gros- René , fon valet , par
le fieur ARMAND ; Valére , par le fieur
MOLÉ & Mafcarille ,, par le fieur
BOURET ; les deux Vieillards , par les
fieurs BONNEVAL & BLAINVILLE ;
le Pédant , par le fieur DANGEVILLE ;
Lucile, par la Dlle GAUSSIN , fa Sui-
(f) En 1658.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vante , Marinette , par la Dlle DANGEVILLE
, Afcagne , par la Dlle DUBOIS ,
& fa Suivante Frofine , par la Dlle LE
ΚΑΙΝ,
Pour feconde Piéce,on donna Annette
& Lubin , Comédie en un Acté , mêlée
d'Ariettes , de la Dlle FAVART & du
fieur L ***, Cette Piéce fut repréſen
tée par les Comédiens du Théâtre Italien
, ainfi qu'elle l'eft à Paris & par
les mêmes Acteurs.
Le lendemain , Mercredi , 9 Mars ,
après la repréſentation du Barbier paralitique
, Comédie Italienne , on éxécuta
le Devin du Village , ( g ) intermède ,
Paroles & Mufique du fieur ROUSSEau.
Le rôle de Colin , étoit parfaitement
rempli par le fieur GÉLIOTE, qui ne doit
rien du plaifir extrême que font fa voix &
fes talens à la difficulté d'en jouir depuis
fa retraite ; la Dlle VILLETTE
( époufe du fieur LARUETTE , ) a joué
& chanté très- agréablement le rôle de
Colette , dans lequel elle avoit déjà eu
du fuccès fur le Théâtre de l'Opéra ,
avant de paffer à celui de la Comédie
Italienne. Le fieur CAILLOT , Acteur
de ce dernier Théâtre , & des talens duquel
nous avons fi fouvent occafion de
( g ) Première repréſent . à l'Opéra en 1753•
AVRIL 1763. 173
parler avec de nouveaux éloges , a fort
bien chanté auffi le rôle du Devin dans
cet Interméde. On a pû reconnoître
quoique dans une petite étendue d'action
, ce que prête d'avantage au jeu
d'un chanteur l'habitude & l'art de la
Comédie . On parlera ci-après du Divertiffement
de la fin de cet Intermé-.
de , à l'Article de la feconde repriſe.
Le jour fuivant , 10 Mars , les Comédiens
François repréfenterent Brutus,
(h) Tragédie du Sr VOLTAIRE. Brutus
& Valérius , par les fieurs BRISART &
BLAINVILLE ; Arons , par le fieur
DUBOIS ; Titus , Fils de Brutus , par
le fieur LE KAIN ; Meffala , par le fieur
PAULIN ; Proculus , par le fieur DAUBERVAL
; Tullie , par la Dlle Huss , &
Algine , par la Dile DESPINAY.
Pour petite Piéce , l'Esprit de contradition,
Comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur DUFRESNI ( i ) . Le fieur
MOLE y jouoit le rôle de Valére ; le
fieur PAULIN , celui de Lucas ; le fieur
BONNEVAL , Oronte ; le fieur DANGEVILLE
, Tibaudois ; la Dlle DROUIN ,
Mde Oronte; & la Dlle Huss, Angélique.
(h ) Première Repréſentation en 1730.
35 repréfentations.
(i ) Première repréfent. en 1700. 16 repréf.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
f
Le Mardi 15 , les Comédiens François
donnerent Mélanide , ( k ) Comédie en
Vers en cinq Actes , du feu fieur DE
LA CHAUSSÉE . Lefieur BRISART repréfentoit
le Marquis d'Orvigny ; le
fieur DUBOIS , Théodon ; le fieur BELCOUR
, Darviane , la Dlle GAUSSIN
Melanide ; la Dlle DROUIN , Dorifées
& la Dlle Huss , Rofalie.
A la fuite de cette Piéce les Acteurs
de la Comédie Italienne éxécuterent le
Bucheron , Comédie mêlée d'Ariettes.
Mufique du fieur PHILIDOR , Paroles
du fieur GUICHARD & du fieur C***
Cette efpèce d'Interméde comique ,
très-ſuivi à Paris & duquel nous parlerons
plus en détail ci- après , parut agréable
à la Cour ; ceux. mêmes qui n'approuvent
pas l'application des tours &
de l'accent de la Mufique Italienne aux
Paroles Françoiſes rendirent juftice aux
grands talens du fieur PHILIDOR : & le
fieur CAILLOT , qui a l'art de rendre
aimable tout ce qu'il éxécute , en adouciffant
cet accent mufical étranger à l'expreffion
de notre langue , réunit les
fuffrages des Amateurs de l'un & de
l'autre genre. On donnera connoiffance
de cet Ouvrage dans l'Article des
Spectacles de Paris.
( k) Première repréſent . en 1741. 16 repræl
AVRIL. 1763. 175
>
Le lendemain , 16 Mars , a été , pour
afnfi dire , un jour de fête diftinguée fur
le Théâtre de la Cour , par la réunion
des deux plus agréables Ouvrages en
Mufique & en Paroles dans différens
genres ,
éxécutés par les plus rares ta
lens propres à ce Spectacle. La troifiéme
repriſe de Vertumne & Pomone ,
Ballet , & la deuxième du Devin
du Village occupérent entiérement fa
Scène. Les Acteurs , dont on a parlé cideffus
parurent dans l'un & l'autre
Ballet s'être furpaffés. Le Divertiffement
de Vertumne & Pomone , compofé comme
tous ceux des autresSpectacles qu'on
avoit donnés , de plufieurs morceaux
choifis dans divers Opéra ou autres
Ouvrages , étoit particuliérement ajusté
pour donner beaucoup d'airs de différens
genres au fieur GÉLIOTE , qui
les chanta tous avec la même voix
qu'on a tant admirée & avec un
naturel dans les tours de fon chant &
des graces que peut- être , fans illufion ,
on pourroit regarder comme nouvellement
acquifes & ajoûtées encore à tout
ce qu'on lui connoiffoit de fupériorité
dans ce talent.
Le Divertiffement dans le Devin du
Village , fubftitué à celui de cet Inter-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
méde , étoit charmant par la variété &
par la gaîté des morceaux dont il étoit
compofé. Le fieur CAILLOT y chantoit
une Ariette compofée pour cet objet
par le fieur PHILIDOR : mais ce qu'il
y avoit de plus faillant & d'unique en
fon genre , étoit un Pas de quatre Villageois
& Villageoifes
, éxécuté par le
fieur LANI , la Dlle ALLARD , le fieur
DAUBERVAL
& la Dlle PESLIN . Ces
quatre Sujets dont l'affortiment
du genre
, des tailles & des talens , feroit impoffible
à raffembler
dans toute l'Europe
, éxécutoient
ce Pas avec une double
préciſion de jufteffe & de graces co miques, qui méritoient
toute l'admiration
dont ils furent honorés & qui comblerent
le plaifir que faifoit l'enſemble
de ce Spectacle.
Ces divertiffemens étoient arrangés
ainfi que tous les précédens , par le fieur
REBEL , Surintendant de la Mufique
du Roi , de fémeftre depuis le premier
Janvier. Le goût du choix & la plus délicate
analogie dans les rapports de genre
avec les Ouvrages auxquels ces Divertiffemens
étoient adaptés , ont reçu
& mérité de très-juftes éloges .
Le Jeudi , 17 Mars , on donna Zaïre , (1)
(4) Prem. Repréfent, en 1732. 30 Repréfent.
AVRIL 1763. 177
1.
Tragédie du fieur de VOLTAIRE
Orofmane , repréfenté par le fieur LE
KAIN ;Lufignan, par le fieur BRISART;
Néreftan & Chatillon , par les fieurs
MOLE & DUBOIS ; Zaïre , par la Dlle
GAUSSIN ; Fatime , par la Dlle PRÉ-
VILLE .
Ce même jour , qui étoit , felon l'ufage
, celui de la clôture des Spectacles
à la Cour , fut auffi marqué par une repréfentation
très- intéreffante fçavoir
celle de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en un Acte , en Vers libres , du fieur
FAVART , à l'occafion de la Paix , repréfentée,
à Paris pour la premiere fois ,
le Lundi précédent , on diroit avec le
plus grand fuccès , fi celui qu'elle a eu à
la Cour n'avoit été en quelque forte encore
plus éclatant. Nous parlerons
dans l'Article de Paris , de cette Piéce
nouvelle dont l'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté au Roi .
P
N. B. On a éxactement nommé , dans
cettefin du Journal des Spectacles de la
Cour , tous les Acteurs qui ont repréſen
té dans chaque Piéce du Théâtre François
, afin de conftater en même temps
les Sujets éxiftans à ce Théatre pendant
cette derniere année & le fervice qu'ils
Ну
178 MERCURE DE FRANCE .
ont eu l'honneur de remplir en préfence
de leurs Majeftés.
COUR A VERSAILLES .
L E Jeudi 17 Février , les Comédiens
François repréfenterent Inès de Caftro ,
Tragédie du feu fieur LA MOTTE ( a ) ,
& pour feconde Piéce l'Ecole amoureu--
fe , Comédie en un A&te & en vers du
fieur BRET ( b ).
Dans la Tragédie , le rôle d'Inès fut
( a) Première repréſentation d'Inès en 1720 ;
32 repréſent. de fuite.
(b) L'Ecole amoureuse en 1747. & repréſent.
168 MERCURE DE FRANCE .
joué par la Dlle GAUSSIN , celui de la
Reine par la Dile DUBOIS , & celui de
Conftance par la Dlle Huss. Le fieur
BELCOUR joua le rôle de Rodrigue , le
fieur MOLÉ , celui de D. Pedre , le fieur
BRIZART ,Alphonfe , le fieur DUBOIS,
l'Ambassadeur de Caftille , & le fieur
DAUBERVAL , le rôle de Henrique.
Le fieur MOLÉ , les Dlles Huss
PRÉVILLE , BELCOUR & LE Kain,
jouerent dans la Comédie.
Le Mardi 22 Fevrier , les mêmes Comédiens
repréſenterent les Femmes fçavantes
, ( c ) Comédie en vers , en cinq
Actes , de MOLIERE , Cette excellente
Piéce fut très-bien rendue ; elle fit fur
les Amateurs du vrai genre comique ,
l'effet qu'on doit toujours attendre des
Ouvrages de l'inimitable génie qui a
créé & en même temps . perfectionné
le Théâtre François , lorfqu'on apportera
, en remettant ces chefs-d'oeuvres ,
toutes les attentions qu'ils méritent .
La Dlle DUMESNIL jouoit le rôle
de Philaminte. Les Dlles PRÉVILLE &
Huss , ceux des deux filles. Belife
étoit jouée par la Dlle DROUIN , & la
Dlle BELCOUR jouoit le rôle de la
Servante Martine . Chrifalde & Arifte ,
( c ) Première repréſentation en 1651 .
par
AVRIL . 1763 . 169
2
par les fieurs BONNEVAL & DAUBERVAL.
Le rôle de Clitandre étoit joué
par le fieur BELCOUR ; ceux de Trillotin
& Vadius , par les fieurs DANGEVILLE
& ARMAND ; & celui de Julien,
par le fieur BOURET.
Cette Piéce fut fuivie de la Famille
extravagante ( d ) Comédie en un Acte
& en Vers du feu fieur LEGRAND.
Plufieurs des mêmes A&teurs & Actrices
de la grande Piéce repréfentoient
dans celle-ci , excepté le rôle de Cléon
Amant d'Elife , joué par le Sr MOLÉ ,
celui d'Elife par la Dlle DESPINAY , &
le rôle de Soubrette par la Dlle LE
KAIN. Le lendemain on repréſenta
pour la feconde fois Vertumne & Pomone
, Ballet extrait des Elémens, dont
nous avons parlé dans le Mercure de
Mars. Cette repréſentation d'Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne intitulée
le Diable boiteux , jouée par les
Acteurs de ce Théâtre.
Le 2 Mars on donna un Ballet en
un Acte intitulé la Vue , extrait du
Ballet des Sens; Poëme du fieur ROI
Mufique du feu fieur MOURet.
La Dlle LE MIERRE , ( époufe du
fieur LARRIVÉE , ) chanta le rôle de
( d ) Première repréſentation en 1709.
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
T
l'Amour , la Dlle VILLETTE , du
Théâtre des Italiens , ( époufe du feur
LA RUETTE ) chanta le rôle de Zé
phire. La Dile DUBOIS , l'ainée , celui
d'Iris , & le fieur LARRIVÉE celui
d'Aquilon. Une indifpofition accidentelle
dans la voix de la Dlle LE MIERRE
mit l'éxécution de ce Baliet en rifque de
n'être pas achevée , & nuifit à fon fuccès.
La Dlle LANI & le fieur GARDEL
danferent des Pas feuls ; le fieur LAVAL,
la Dile VESTRIS , les fieurs LANI
DAUBERVAL , les Dlles ALLARD &
PESLIN danfoient différens Pas
toutes les principales Entrées.
la
La repréſentation de cet Opéra fut
précédée d'une Comédie Italienne
nouvelle , en un A&te , intitulée Arlequin
cru mort , par le fieur GOLDONI .
Cette Comédie fit plaifir ; & l'on rendit ,
par des fuffrages très -honorables
même juftice aux talens de ce célébre
Etranger , que l'on avoit déjà rendue à
la repréfentation de l'Amour Paternel.
Le lendemain Jeudi 3 Mars
".
Comédiens François repréfenterent les
Déhors trompeurs ou l'Homme dujour,(e)
( e ) Premiere repréſentation en 1740. 17
repréſentations,
,
les
AVRIL 1763. 171
Comédie en cinq Actes & en Vers
du feu fieur DE BOISSY . Le Baron
étoit joué par le fieur BELCOUR ; le
Marquis , par le fieur MOLÉ ; M. de
Forlis , par le fieur BONNEVAL ; &
Champagne , par le fieur PREVILLE ;
le rôle de la Comteffe , par la Dlle DANGEVILLE
; ceux de Lucile & de Céliante,
par les Diles HUSS & PREVILLE;
celui de Lifette , par la Dlle BELCOUR .
La feconde Piéce étoit l'Ile déferte ,
Comédie en un A&te & en Vers , du
fieur COLLET. Le fieur MOLE y jonoit
le rôle de Ferdinand, le fieur BELCOUR,
celui de Timante ; & le fieur PRÉVILLE,
le Matelot ; les rôles de Conftance & de
Silvie , furent joués par les Diles PRÉ-
VILLE & HUSS.
Le Mardi , 8Mars , par les mêmes Comédiens,
le Dépit amoureux , Comédie
de MOLIERE en 5 Actes en Vers. (f)
Erafte étoit joué par le fieur BELCOUR
, & Gros- René , fon valet , par
le fieur ARMAND ; Valére , par le fieur
MOLÉ & Mafcarille ,, par le fieur
BOURET ; les deux Vieillards , par les
fieurs BONNEVAL & BLAINVILLE ;
le Pédant , par le fieur DANGEVILLE ;
Lucile, par la Dlle GAUSSIN , fa Sui-
(f) En 1658.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
vante , Marinette , par la Dlle DANGEVILLE
, Afcagne , par la Dlle DUBOIS ,
& fa Suivante Frofine , par la Dlle LE
ΚΑΙΝ,
Pour feconde Piéce,on donna Annette
& Lubin , Comédie en un Acté , mêlée
d'Ariettes , de la Dlle FAVART & du
fieur L ***, Cette Piéce fut repréſen
tée par les Comédiens du Théâtre Italien
, ainfi qu'elle l'eft à Paris & par
les mêmes Acteurs.
Le lendemain , Mercredi , 9 Mars ,
après la repréſentation du Barbier paralitique
, Comédie Italienne , on éxécuta
le Devin du Village , ( g ) intermède ,
Paroles & Mufique du fieur ROUSSEau.
Le rôle de Colin , étoit parfaitement
rempli par le fieur GÉLIOTE, qui ne doit
rien du plaifir extrême que font fa voix &
fes talens à la difficulté d'en jouir depuis
fa retraite ; la Dlle VILLETTE
( époufe du fieur LARUETTE , ) a joué
& chanté très- agréablement le rôle de
Colette , dans lequel elle avoit déjà eu
du fuccès fur le Théâtre de l'Opéra ,
avant de paffer à celui de la Comédie
Italienne. Le fieur CAILLOT , Acteur
de ce dernier Théâtre , & des talens duquel
nous avons fi fouvent occafion de
( g ) Première repréſent . à l'Opéra en 1753•
AVRIL 1763. 173
parler avec de nouveaux éloges , a fort
bien chanté auffi le rôle du Devin dans
cet Interméde. On a pû reconnoître
quoique dans une petite étendue d'action
, ce que prête d'avantage au jeu
d'un chanteur l'habitude & l'art de la
Comédie . On parlera ci-après du Divertiffement
de la fin de cet Intermé-.
de , à l'Article de la feconde repriſe.
Le jour fuivant , 10 Mars , les Comédiens
François repréfenterent Brutus,
(h) Tragédie du Sr VOLTAIRE. Brutus
& Valérius , par les fieurs BRISART &
BLAINVILLE ; Arons , par le fieur
DUBOIS ; Titus , Fils de Brutus , par
le fieur LE KAIN ; Meffala , par le fieur
PAULIN ; Proculus , par le fieur DAUBERVAL
; Tullie , par la Dlle Huss , &
Algine , par la Dile DESPINAY.
Pour petite Piéce , l'Esprit de contradition,
Comédie en un Acte & en Profe,
du feu fieur DUFRESNI ( i ) . Le fieur
MOLE y jouoit le rôle de Valére ; le
fieur PAULIN , celui de Lucas ; le fieur
BONNEVAL , Oronte ; le fieur DANGEVILLE
, Tibaudois ; la Dlle DROUIN ,
Mde Oronte; & la Dlle Huss, Angélique.
(h ) Première Repréſentation en 1730.
35 repréfentations.
(i ) Première repréfent. en 1700. 16 repréf.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
f
Le Mardi 15 , les Comédiens François
donnerent Mélanide , ( k ) Comédie en
Vers en cinq Actes , du feu fieur DE
LA CHAUSSÉE . Lefieur BRISART repréfentoit
le Marquis d'Orvigny ; le
fieur DUBOIS , Théodon ; le fieur BELCOUR
, Darviane , la Dlle GAUSSIN
Melanide ; la Dlle DROUIN , Dorifées
& la Dlle Huss , Rofalie.
A la fuite de cette Piéce les Acteurs
de la Comédie Italienne éxécuterent le
Bucheron , Comédie mêlée d'Ariettes.
Mufique du fieur PHILIDOR , Paroles
du fieur GUICHARD & du fieur C***
Cette efpèce d'Interméde comique ,
très-ſuivi à Paris & duquel nous parlerons
plus en détail ci- après , parut agréable
à la Cour ; ceux. mêmes qui n'approuvent
pas l'application des tours &
de l'accent de la Mufique Italienne aux
Paroles Françoiſes rendirent juftice aux
grands talens du fieur PHILIDOR : & le
fieur CAILLOT , qui a l'art de rendre
aimable tout ce qu'il éxécute , en adouciffant
cet accent mufical étranger à l'expreffion
de notre langue , réunit les
fuffrages des Amateurs de l'un & de
l'autre genre. On donnera connoiffance
de cet Ouvrage dans l'Article des
Spectacles de Paris.
( k) Première repréſent . en 1741. 16 repræl
AVRIL. 1763. 175
>
Le lendemain , 16 Mars , a été , pour
afnfi dire , un jour de fête diftinguée fur
le Théâtre de la Cour , par la réunion
des deux plus agréables Ouvrages en
Mufique & en Paroles dans différens
genres ,
éxécutés par les plus rares ta
lens propres à ce Spectacle. La troifiéme
repriſe de Vertumne & Pomone ,
Ballet , & la deuxième du Devin
du Village occupérent entiérement fa
Scène. Les Acteurs , dont on a parlé cideffus
parurent dans l'un & l'autre
Ballet s'être furpaffés. Le Divertiffement
de Vertumne & Pomone , compofé comme
tous ceux des autresSpectacles qu'on
avoit donnés , de plufieurs morceaux
choifis dans divers Opéra ou autres
Ouvrages , étoit particuliérement ajusté
pour donner beaucoup d'airs de différens
genres au fieur GÉLIOTE , qui
les chanta tous avec la même voix
qu'on a tant admirée & avec un
naturel dans les tours de fon chant &
des graces que peut- être , fans illufion ,
on pourroit regarder comme nouvellement
acquifes & ajoûtées encore à tout
ce qu'on lui connoiffoit de fupériorité
dans ce talent.
Le Divertiffement dans le Devin du
Village , fubftitué à celui de cet Inter-
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
méde , étoit charmant par la variété &
par la gaîté des morceaux dont il étoit
compofé. Le fieur CAILLOT y chantoit
une Ariette compofée pour cet objet
par le fieur PHILIDOR : mais ce qu'il
y avoit de plus faillant & d'unique en
fon genre , étoit un Pas de quatre Villageois
& Villageoifes
, éxécuté par le
fieur LANI , la Dlle ALLARD , le fieur
DAUBERVAL
& la Dlle PESLIN . Ces
quatre Sujets dont l'affortiment
du genre
, des tailles & des talens , feroit impoffible
à raffembler
dans toute l'Europe
, éxécutoient
ce Pas avec une double
préciſion de jufteffe & de graces co miques, qui méritoient
toute l'admiration
dont ils furent honorés & qui comblerent
le plaifir que faifoit l'enſemble
de ce Spectacle.
Ces divertiffemens étoient arrangés
ainfi que tous les précédens , par le fieur
REBEL , Surintendant de la Mufique
du Roi , de fémeftre depuis le premier
Janvier. Le goût du choix & la plus délicate
analogie dans les rapports de genre
avec les Ouvrages auxquels ces Divertiffemens
étoient adaptés , ont reçu
& mérité de très-juftes éloges .
Le Jeudi , 17 Mars , on donna Zaïre , (1)
(4) Prem. Repréfent, en 1732. 30 Repréfent.
AVRIL 1763. 177
1.
Tragédie du fieur de VOLTAIRE
Orofmane , repréfenté par le fieur LE
KAIN ;Lufignan, par le fieur BRISART;
Néreftan & Chatillon , par les fieurs
MOLE & DUBOIS ; Zaïre , par la Dlle
GAUSSIN ; Fatime , par la Dlle PRÉ-
VILLE .
Ce même jour , qui étoit , felon l'ufage
, celui de la clôture des Spectacles
à la Cour , fut auffi marqué par une repréfentation
très- intéreffante fçavoir
celle de l'Anglois à Bordeaux , Comédie
en un Acte , en Vers libres , du fieur
FAVART , à l'occafion de la Paix , repréfentée,
à Paris pour la premiere fois ,
le Lundi précédent , on diroit avec le
plus grand fuccès , fi celui qu'elle a eu à
la Cour n'avoit été en quelque forte encore
plus éclatant. Nous parlerons
dans l'Article de Paris , de cette Piéce
nouvelle dont l'Auteur a eu l'honneur
d'être préſenté au Roi .
P
N. B. On a éxactement nommé , dans
cettefin du Journal des Spectacles de la
Cour , tous les Acteurs qui ont repréſen
té dans chaque Piéce du Théâtre François
, afin de conftater en même temps
les Sujets éxiftans à ce Théatre pendant
cette derniere année & le fervice qu'ils
Ну
178 MERCURE DE FRANCE .
ont eu l'honneur de remplir en préfence
de leurs Majeftés.
Fermer
Résumé : SUITE DES SPECTACLES DE LA COUR A VERSAILLES.
Du 17 février au 9 mars 1763, la cour de Versailles a accueilli plusieurs spectacles présentés par les Comédiens Français. Parmi les pièces jouées figurent 'Inès de Castro' de La Motte, 'Les Femmes savantes' et 'Le Dépit amoureux' de Molière, ainsi que 'Les Déhors trompeurs' de De Boissy. Le 3 mars, une représentation du ballet 'La Vue' a été interrompue en raison d'une indisposition. Le 9 mars, après une comédie italienne, 'Le Devin du Village' de Rousseau a été interprété par Géliote et la Dlle Villette. En avril 1763, les représentations ont continué. Le 10 mars, les Comédiens Français ont joué 'Brutus' de Voltaire et 'L'Esprit de contradiction' de Dufresny. Le 15 mars, ils ont présenté 'Mélanide' de La Chaussée, suivie de 'Le Bucheron' par les acteurs de la Comédie Italienne. Le 16 mars, des reprises de 'Vertumne et Pomone' et du 'Devin du Village' ont été données. Le 17 mars, 'Zaïre' de Voltaire et 'L'Anglais à Bordeaux' de Favart ont été joués. Un document officiel, probablement publié dans le 'Mercure de France', a reconnu les sujets ayant servi au théâtre durant l'année précédente. Il a confirmé les individus présents sur scène et les rôles qu'ils ont honorablement remplis devant leurs Majestés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
31
p. 180-192
COMÉDIE FRANÇOISE.
Début :
LE Mercredi, 2 Mars, on donna la premiere représentation de Théagêne & [...]
Mots clefs :
Théâtre, Public, Auteur, Pièce, Représentation, Talents, Comédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE FRANÇOISE.
COMÉDIE
FRANÇOISE.
L E Mercredi , 2 Mars , on donna la
premiere repréſentation de Théagêne &
Cariclée , Tragédie nouvelle. Le pre- .
mier Acte de cette Tragédie fut applaudi
, de même que plufieurs endroits
dans les autres Actes ; mais le Public.
'ayant pas paru approuver la conduite
de ce Poëme , il a été retiré après cette
repréfentation. Cet événement ne doit
ni préjudicier à l'opinion avantageufe
qu'on avoit des talens de l'Autenr , nî
AVRIL. 1763.
181
à l'encouragement qu'ils méritent.
Quand on applaudit à la touche & au
coloris d'un Peintre , il peut fe tromper
fur l'effet de la difpofition dans un tableau
, fans perdre du côté de la gloire
de fon art , & fans que les Amateurs
attendent moins de fes autres productions
dans la fuite ...
Il y avoit , pour la repréſentation de
cette Tragédie , une décoration d'un
effet très-pittorefque. Les ruines qu'elle
repréfentoit , interrompoient cette ouverture
uniforme que l'on laiffe toujours
au milieu de nos Théâtres. Ce genre de
décorer , lorfque les fites de la Scène
y prêtent , devroit être regardé par nos
Décorateurs comme un effai propre à
les éclairer fur les moyens de varier plus
fçavament leurs ouvrages.
Les Comédiens François ont remis
au Théâtre le 28 Février le Somnam
bule , (a) Comédie en profe en un A&te.
Cette Piéce ( Auteur Anonyme ) que
l'on croît être l'ouvrage d'une Société
de gens du monde & de beaucoup d'efprit
, a eu plus de fucès à cette repriſe
que dans fa nouveauté. Elle a été jouée
très agréablement. M. BELCOUR repréfentoit
le Somnambule de la manière la
plus vraie & la plus amufante. Mlle
fa) Premiere Bépréfent. le 19 Janvier 1739.
182 MERCURE DE FRANCE.
DROUIN , qui jouoit un rôle de carac
tère , a mis auffi un comique d'intelligence
que la Piéce éxige & qui contribuoit
à fon agrément. La vivacité de M.
MOLÉ & les graces comiques de M.
PRÉVILLE , complétoient l'effet heureux
des repréſentations de cette Comédie
qui a été fuivie avec fuccès.
Une autre remife de Piéce fur laquelle
nous nous permettons fans fcrupule de
répéter les éloges que méritent les Comédiens
François , eft celle des Femmes
Sçavantes , de MOLIERE , repriſe
le même jour ( 28 Février. ) Nous en
avons parlé ci- devant dans l'Article des
Spectacles de la Cour. Nous annonçons
avec plaifir qu'il reft encore parmi nous,
une portion de Spectateurs ( ce n'eft pas
à la vérité la plus nombreufe , ) qu'un
goût de préférence attache à ces beanrés
, malgré leur ancienneté & malgré la
mode de certaines gentilleffes dramatiques
fardées des graces volatiles de la
Mufique nouvelle .
Les repréſentations des Femmes Sçavantes
ont été fort applaudies ; & ces
applaudiffemens n'avoient certainement
pas leur fource dans la frivolité du goût
dominant.
La Débutante pour l'emploi des caAVRIL.
1763. 183
+
ractéres qui a paru dans quelques rôles
de ce genre eft Mlle DORVILLE , foeur
de. Mlle RIVIERE ( ci-devant Mlle
CATINON , ) de Mlle CARELIN & de
Mlle BOGNIOLI . Le Public a reconnu
dans cette Débutante , qu'elle avoit part
à l'efpèce de patrimoine de cette famlle
pour les talens du Théâtre. Les fuccès
dans ce genre , où l'on ne paroît jamais
dans l'age qui féduit & intéreffe ne
peuvent être auffi brillans que dans d'autres
; mais Mlle DORVILLE a eu la
fatisfaction de montrer à des Spectateurs
éclairés une connoiffance raifonnée de
fon talent & une pratique du Théâtre
qui peut la rendre très - utile à tous ceux
pour lefquels elle fera employée.
›
Le Lundi 14 Mars on a donné la
première repréfentation de l'Anglois
à Bordeaux Comédie nouvelle en
vers libres & en un Acte , fuivie d'un
Divertiffement au fujet de la Paix, Le
plus grand fuccès , le plus unanime &
le moins fufpe & a couronné cet ouvra
ge . Le Public impatient de n'en pas voir
paroître l'Auteur, que fa modeftie avoit
fait fortir du Spectacle longtemps avant
la fin , après l'avoir inutilement deman
dé près d'un quart d'heure , ne permit
pas que l'on commençât le Divertiffe
V
184 MERCURE DE FRANCE .
W
ment , qu'au moins on n'eût publiquement
déclaré fon nom ; & lorfqu'un des
Acteurs eut nommé M. FAVART ( a ) ,
on applaudit pendant longtemps avec
une vivacité univerfelle. Cet Auteur a
été obligé à la feconde repréfentation
de céder à un empreffement auffi flat-
(a) Nous faififfons avec empreffement l'occa→
fion de rendre à cet égard un témoignage pur
blic à la vérité , & un témoignage que des circonftances
particulières nous ont mis en état
d'affirmer par ferment , s'il en étoit befoin . Nous
atteftons ici que M. FAVART eft feul l'Auteur de
cette Piéce. L'envie fecrette du Lecteur ou du
Spectateur qui cherche à fe venger pour ain
dire de ce qu'elle eft forcée d'admirer , le penchant
à croire autre chofe que ce que l'on nous
préfente ; la fauffe vanité de paroître inftruit de
certains fecrets de la Société toutes ces petites
caufes réunies , avoient concouru à accréditer une
efpéce de propos courant à la mode pour enlever
très-injuftement à M. FAVART l'honneur de
les talens , déja connus & eftimés , & fur le
loris defquels les Gens de Lettres , ( Juges natarels
en cette partié ) ne pourront jamais ſe méprendre
que volontairement. Au refte cet Auteur
, quoique dans un genre moins élevé , peut
Te flatter du même honneur qu'on a fait longtemps
à un grand homme , ( par la ridicule Fable
du Chartreux ) petit ftratagême de l'Envie
publique qui fe renouvellera fouvent contre bien
des Auteurs , tant qu'il y aura des Méchaas intéreffés
à femer un faux bruit , des Etourdis pour
Le débiter & des Sots pour le croire.
CoAVRIL
1763. 185
teur de la part du Public , & a reçu en
perfonne les témoignages éclatans de
fon fuffrage.
La morale la plus philofophique, embellie
des grâces & de toutes les fleurs
d'un ftyle où l'efprit & l'élégance brillent
toujours ; une délicateffe adroite à
peindre avec vérité deux Nations plus
rivales qu'ennemies ; des éloges fans flaterie
pour l'une & pour l'autre ; des critiques
fines & vives fans amertume fur
les caractères , les ufages & les moeurs
des François & des Anglois ; pardeffus,
tout , un fentiment vrai & touchant des
vertus de l'humanité ; voilà le précis de
l'ouvrage dont nous différons avec le
plus grand regret de donner un Extrait
détaillé : mais le peu d'efpace que l'abondance
des autres matières laiffe à
notre Article des Spectacles,nous oblige
à le remettre au Vol. du 15 de ce mois.
Cette Piéce a été jouée parfaitement;
& M. PREVILLE dans le rôle de Sudmner
a fait un plaifir tout nouveau .
Nous n'ofons prèfqu'ici rendre à Mlle,
DANGEVILLE le tribut d'éloges trop
mérités en cette occafion. Si ce tribut,
eft le dernier que nous devions payer
à cette inimitable Actrice , c'est renouveller
des regrets trop bien fondés.
186 MERCURE DE FRANCE.
AVIS SUR L'ÉDITION DE
L'ANGLOIS A BORDEAUX.
N. B. On apprend que plufieurs per
fonnes fefont affociées pour copier cette
Piéce aux repréfentations , afin d'envoyer
ces Copies à des Chefs de Troupes
de Province. On ne doute pas qu'il n'y
ait quelqu'Edition faite fur ces copies
& fans doute très-informe: On avertit
le Public que la véritable Edition fefait
chez DUCHESNE , rue S. Jacques ;
qu'elle fera facile à reconnoître par le
Divertiffement dont la Mufiquefera imprimée
à la fin , & par le Paraphe de
Auteur qui fera fur le titre.
9 Le Samedi , 19 Mars on donna
pour la clôture de ce Théâtre la quatriéme
repréſentation de cette même
Piéce ( l'Anglois à Bordeaux. ) Le concours
des Spectateurs y étoit auffi confidérable
qu'il puiffe être , les applau
diffemens perpétuels. Cette foirée ainfi
que toutes celles où cette Piéce avoit
été repréſentée , l'extérieur de l'Hôtel
des Comédiens a été illuminé.
L'Anglois à Bordeaux fut précédé
d'une repréſentation de Tancréde , dans
!
AVRIL. 1763. 187
laquelle Mlle DUBOIS , repréfentant à
la place de Mlle CLAIRON , eut un
fuccès très-agréable , & d'autant plus
flateur qu'il lui fut confirmé en fortant
du Théâtre , par le fuffrage de l'admirable
A&trice qu'elle avoit doublée &
qui avoit affifté à la repréſentation . ( b )
Mlle DUBOIS avoit déjà joué avec fuc
cès dans la repréfentation de Théagéne
& Cariclée , & dans celle de l'Orphelin
de la Chine . Paroître dans des rôles
que le Public eft accoutumé à voir ren
dre par Mlle CLAIRON & n'y être
que foufferte fans dèfagrément , feroit
pour une Actrice un titre de talent ; y
faire plaifir en beaucoup de parties , y
être applaudie de bonne foi , & ne paroître
dèfagréablement en aucun en
droit , c'eft , à ce qu'il femble , décider
Mlle DUBOIS , l'efpérance de ce Théâtre
pour le tragique . La conduite de
ce jeune Sujet dans l'étude de fon art ,
confirmera ou détruira cette efpérance.
Le même jour M. DAUBERVAL ,
Acteur du Théatre François , prononça
le Difcours fuivant.
(b ) La fanté de Mlle CLAIRON , quoiqu'extrémement
altérée , laiſſe eſpérer avec les fecours du
repos & du temps , un rétabliffement qui la ren
dra aux yeux du Public.
188 MERCURE DE FRANCE.
MESSIEURS ,
» Chargé de vous préfenter l'homma❤
» ge de notre reconnoiffance , il m'eft
» doux de penfer que cet emploi pré-,
> cieux à mon coeur appartient à celui
» fur lequel votre indulgence a le plus
» éclaté.
» Il eſt de ces momens où la Nature
» pour ainfi dire épuifée paroît rallen-
» tie dans fes productions,où les grands
» Modéles qui ont précédé , femblent
» avoir été formés aux dépens de leurs
Succeffeurs. Alors les difpofitions les.
» plus communes paroiffent avoir acquis
» quelques droits à votre bienveil-
» lance.
.
» Oui , Meffieurs , vous voulez bien
» avoir égard aux circonftances , & ne
pas nous juger toujours à la rigueur.
» Vous avez daigné jetter un regard
» favorable fur nos efforts , dans un
» temps où la retraite de M. GRAND-
" VAL vous laiffoit à regretter un Ac-
» teur inimitable , qui au talent le plus
» vrai joignoit l'art de rendre le Ridicule
fans rien faire perdre à fes rô-
" les dans leur nobleffe ; vous applau-
» diffiez en lui ce mérite fi rare d'être
AVRIL. 1763. 189
" le Peintre de fon Siécle , & de paroî-
» tre fur la Scène moins Acteur qu'-
» homme du monde ; l'homme même ;
» du jour qu'il repréfentoit.
כ
» Vous avez été frappés depuis , Mef-
» fieurs , d'une perte plus grande encore
: ce Spectacle vous la retracera
dans tous les temps. L'Auteur d'A-
» trée , de Rhadamifte , d'Electre, dont
le génie avoit porté tant de fois la
» terreur dans votre âme , l'Efchyle
François n'eft plus ; mais fes fublimes
» productions vous reftent , & fa gloi-
» re perfonnelle devient aujourd'hui
> celle de toute la Nation.
"
» Qu'il me foit permis , Meffieurs
» de guider vos regards vers ce Mau-
» folée que fait élever à ce grand Hom-
» me un Roi dont la tendreffe pater-
» nelle
pour fes Sujets perçe les ombres
?> de la mort.
» Nous ne vous envierons plus , Na-
» tions voiſines ! ces témoignages publics
de vénération pour les talens fu-
» blimes. Le marbre va vous exprimer
» cette grande vérité que le Père des
» Peuples eft auffi celui des Arts.
» Mais cet honneur rendu aux mâ-
» nes de CRÉBILLON eft encore atten-
» du de ceux du Grand CORNEILLE ,
190 MERCURE DE FRANCE .
» de RACINE , de MOLIERE ; oferaije
le dire , Meffieurs , ces mânes il-
» luftres l'attendent de vous.
»
» Héritiers de cette grandeur qui furt
" l'âme du fiécle dernier , tout ce qui
» lui eft échappé d'actions glorieuſes
» vous appartient . Ce lieu même vous
» rappelle encore à ces fentimens géné-
» reux qui ont arraché à l'infortune la
» petite fille du Grand CORNEILLE.
» Ce que vous avez fait pour le fang de
» ce grand homme marque ce qui vous
» refte à faire pour fa mémoire .
·
» Qu'il fera beau de voir un Monar-
» que & un Peuple rivaux fe difputer
» la gloire utile d'honorer les talens !
» quoi de plus propre à les encourager
» que ces témoignages éternels de votre
» admiration ? que ne devez - vous point
» attendre , Meffieurs , des Auteurs dra-
» matiques , lorfqu'ils pourront ſe flat-
» ter que les fuffrages dont vous les
» avez honorés feront perpétués fur le
» marbre ? oui , Meffieurs , les talens
» vous doivent tout leur éclat. Ils s'éteignent
loin du charme des applau
» diffemens & du flambeau de la criti-
» que . Que n'ont-ils de même leur four-
» ce dans le fentiment vrai du befoin de
> votre indulgence ! J'aurois en vous
AVRIL. 1763. 191
ม» la demandant , Meffieurs , l'efpoir fatisfaisant
de mériter un jour vos bon
» tés.
Ce Difcours fut généralement applaudi.
Le principal objet ( feu M. CRÉ-
BILLON , auquel pour la dernière fois
nous ajoutons - le Monfieur ) étoit récemment
renouvellé dans la mémoire
des Spectateurs , par un très -beau Portrait
de ce grand Poëte , que les Comédiens
venoient de faire placer depuis
quelques jours , au rang des illuftres
foutiens du Théâtre François. Ce Portrait
, admirable par la vérité de la reffemblance
& par toutes les grandes parties
de la Peinture , eft-l'ouvrage de M.
DOYEN , Peintre du ROI .
ne ,
Quoique la retraite de Mlle Dan-
GEVILLE ne paroiffe que trop certainous
remettons à donner les anecdotes
que nous fommes dans l'ufage
d'inférer dans nos Journaux fur les Sujets
de ce Théâtre en ces fortes d'occafions
: mais nous communiquerons un
des hommages que la Poëfie , qu'elle
a fi bien fervie , rend à cette excellente
Actrice.
#92 MERCURE DE FRANCE.
VERS à l'occafion de la retraite de
Mlle DAN GEVILLE.
Tout Paris l'adoroit , tout Paris la regrette ;
Du Théâtre François elle étoit l'ornement.
On ne perdra jamais d'Actrice plus parfaite :
Jamais on ne verra plus modeſte talent.
Chacun peut en juger par ce trait furprenant
Elle force l'envie à pleurer ſa retraite.
FRANÇOISE.
L E Mercredi , 2 Mars , on donna la
premiere repréſentation de Théagêne &
Cariclée , Tragédie nouvelle. Le pre- .
mier Acte de cette Tragédie fut applaudi
, de même que plufieurs endroits
dans les autres Actes ; mais le Public.
'ayant pas paru approuver la conduite
de ce Poëme , il a été retiré après cette
repréfentation. Cet événement ne doit
ni préjudicier à l'opinion avantageufe
qu'on avoit des talens de l'Autenr , nî
AVRIL. 1763.
181
à l'encouragement qu'ils méritent.
Quand on applaudit à la touche & au
coloris d'un Peintre , il peut fe tromper
fur l'effet de la difpofition dans un tableau
, fans perdre du côté de la gloire
de fon art , & fans que les Amateurs
attendent moins de fes autres productions
dans la fuite ...
Il y avoit , pour la repréſentation de
cette Tragédie , une décoration d'un
effet très-pittorefque. Les ruines qu'elle
repréfentoit , interrompoient cette ouverture
uniforme que l'on laiffe toujours
au milieu de nos Théâtres. Ce genre de
décorer , lorfque les fites de la Scène
y prêtent , devroit être regardé par nos
Décorateurs comme un effai propre à
les éclairer fur les moyens de varier plus
fçavament leurs ouvrages.
Les Comédiens François ont remis
au Théâtre le 28 Février le Somnam
bule , (a) Comédie en profe en un A&te.
Cette Piéce ( Auteur Anonyme ) que
l'on croît être l'ouvrage d'une Société
de gens du monde & de beaucoup d'efprit
, a eu plus de fucès à cette repriſe
que dans fa nouveauté. Elle a été jouée
très agréablement. M. BELCOUR repréfentoit
le Somnambule de la manière la
plus vraie & la plus amufante. Mlle
fa) Premiere Bépréfent. le 19 Janvier 1739.
182 MERCURE DE FRANCE.
DROUIN , qui jouoit un rôle de carac
tère , a mis auffi un comique d'intelligence
que la Piéce éxige & qui contribuoit
à fon agrément. La vivacité de M.
MOLÉ & les graces comiques de M.
PRÉVILLE , complétoient l'effet heureux
des repréſentations de cette Comédie
qui a été fuivie avec fuccès.
Une autre remife de Piéce fur laquelle
nous nous permettons fans fcrupule de
répéter les éloges que méritent les Comédiens
François , eft celle des Femmes
Sçavantes , de MOLIERE , repriſe
le même jour ( 28 Février. ) Nous en
avons parlé ci- devant dans l'Article des
Spectacles de la Cour. Nous annonçons
avec plaifir qu'il reft encore parmi nous,
une portion de Spectateurs ( ce n'eft pas
à la vérité la plus nombreufe , ) qu'un
goût de préférence attache à ces beanrés
, malgré leur ancienneté & malgré la
mode de certaines gentilleffes dramatiques
fardées des graces volatiles de la
Mufique nouvelle .
Les repréſentations des Femmes Sçavantes
ont été fort applaudies ; & ces
applaudiffemens n'avoient certainement
pas leur fource dans la frivolité du goût
dominant.
La Débutante pour l'emploi des caAVRIL.
1763. 183
+
ractéres qui a paru dans quelques rôles
de ce genre eft Mlle DORVILLE , foeur
de. Mlle RIVIERE ( ci-devant Mlle
CATINON , ) de Mlle CARELIN & de
Mlle BOGNIOLI . Le Public a reconnu
dans cette Débutante , qu'elle avoit part
à l'efpèce de patrimoine de cette famlle
pour les talens du Théâtre. Les fuccès
dans ce genre , où l'on ne paroît jamais
dans l'age qui féduit & intéreffe ne
peuvent être auffi brillans que dans d'autres
; mais Mlle DORVILLE a eu la
fatisfaction de montrer à des Spectateurs
éclairés une connoiffance raifonnée de
fon talent & une pratique du Théâtre
qui peut la rendre très - utile à tous ceux
pour lefquels elle fera employée.
›
Le Lundi 14 Mars on a donné la
première repréfentation de l'Anglois
à Bordeaux Comédie nouvelle en
vers libres & en un Acte , fuivie d'un
Divertiffement au fujet de la Paix, Le
plus grand fuccès , le plus unanime &
le moins fufpe & a couronné cet ouvra
ge . Le Public impatient de n'en pas voir
paroître l'Auteur, que fa modeftie avoit
fait fortir du Spectacle longtemps avant
la fin , après l'avoir inutilement deman
dé près d'un quart d'heure , ne permit
pas que l'on commençât le Divertiffe
V
184 MERCURE DE FRANCE .
W
ment , qu'au moins on n'eût publiquement
déclaré fon nom ; & lorfqu'un des
Acteurs eut nommé M. FAVART ( a ) ,
on applaudit pendant longtemps avec
une vivacité univerfelle. Cet Auteur a
été obligé à la feconde repréfentation
de céder à un empreffement auffi flat-
(a) Nous faififfons avec empreffement l'occa→
fion de rendre à cet égard un témoignage pur
blic à la vérité , & un témoignage que des circonftances
particulières nous ont mis en état
d'affirmer par ferment , s'il en étoit befoin . Nous
atteftons ici que M. FAVART eft feul l'Auteur de
cette Piéce. L'envie fecrette du Lecteur ou du
Spectateur qui cherche à fe venger pour ain
dire de ce qu'elle eft forcée d'admirer , le penchant
à croire autre chofe que ce que l'on nous
préfente ; la fauffe vanité de paroître inftruit de
certains fecrets de la Société toutes ces petites
caufes réunies , avoient concouru à accréditer une
efpéce de propos courant à la mode pour enlever
très-injuftement à M. FAVART l'honneur de
les talens , déja connus & eftimés , & fur le
loris defquels les Gens de Lettres , ( Juges natarels
en cette partié ) ne pourront jamais ſe méprendre
que volontairement. Au refte cet Auteur
, quoique dans un genre moins élevé , peut
Te flatter du même honneur qu'on a fait longtemps
à un grand homme , ( par la ridicule Fable
du Chartreux ) petit ftratagême de l'Envie
publique qui fe renouvellera fouvent contre bien
des Auteurs , tant qu'il y aura des Méchaas intéreffés
à femer un faux bruit , des Etourdis pour
Le débiter & des Sots pour le croire.
CoAVRIL
1763. 185
teur de la part du Public , & a reçu en
perfonne les témoignages éclatans de
fon fuffrage.
La morale la plus philofophique, embellie
des grâces & de toutes les fleurs
d'un ftyle où l'efprit & l'élégance brillent
toujours ; une délicateffe adroite à
peindre avec vérité deux Nations plus
rivales qu'ennemies ; des éloges fans flaterie
pour l'une & pour l'autre ; des critiques
fines & vives fans amertume fur
les caractères , les ufages & les moeurs
des François & des Anglois ; pardeffus,
tout , un fentiment vrai & touchant des
vertus de l'humanité ; voilà le précis de
l'ouvrage dont nous différons avec le
plus grand regret de donner un Extrait
détaillé : mais le peu d'efpace que l'abondance
des autres matières laiffe à
notre Article des Spectacles,nous oblige
à le remettre au Vol. du 15 de ce mois.
Cette Piéce a été jouée parfaitement;
& M. PREVILLE dans le rôle de Sudmner
a fait un plaifir tout nouveau .
Nous n'ofons prèfqu'ici rendre à Mlle,
DANGEVILLE le tribut d'éloges trop
mérités en cette occafion. Si ce tribut,
eft le dernier que nous devions payer
à cette inimitable Actrice , c'est renouveller
des regrets trop bien fondés.
186 MERCURE DE FRANCE.
AVIS SUR L'ÉDITION DE
L'ANGLOIS A BORDEAUX.
N. B. On apprend que plufieurs per
fonnes fefont affociées pour copier cette
Piéce aux repréfentations , afin d'envoyer
ces Copies à des Chefs de Troupes
de Province. On ne doute pas qu'il n'y
ait quelqu'Edition faite fur ces copies
& fans doute très-informe: On avertit
le Public que la véritable Edition fefait
chez DUCHESNE , rue S. Jacques ;
qu'elle fera facile à reconnoître par le
Divertiffement dont la Mufiquefera imprimée
à la fin , & par le Paraphe de
Auteur qui fera fur le titre.
9 Le Samedi , 19 Mars on donna
pour la clôture de ce Théâtre la quatriéme
repréſentation de cette même
Piéce ( l'Anglois à Bordeaux. ) Le concours
des Spectateurs y étoit auffi confidérable
qu'il puiffe être , les applau
diffemens perpétuels. Cette foirée ainfi
que toutes celles où cette Piéce avoit
été repréſentée , l'extérieur de l'Hôtel
des Comédiens a été illuminé.
L'Anglois à Bordeaux fut précédé
d'une repréſentation de Tancréde , dans
!
AVRIL. 1763. 187
laquelle Mlle DUBOIS , repréfentant à
la place de Mlle CLAIRON , eut un
fuccès très-agréable , & d'autant plus
flateur qu'il lui fut confirmé en fortant
du Théâtre , par le fuffrage de l'admirable
A&trice qu'elle avoit doublée &
qui avoit affifté à la repréſentation . ( b )
Mlle DUBOIS avoit déjà joué avec fuc
cès dans la repréfentation de Théagéne
& Cariclée , & dans celle de l'Orphelin
de la Chine . Paroître dans des rôles
que le Public eft accoutumé à voir ren
dre par Mlle CLAIRON & n'y être
que foufferte fans dèfagrément , feroit
pour une Actrice un titre de talent ; y
faire plaifir en beaucoup de parties , y
être applaudie de bonne foi , & ne paroître
dèfagréablement en aucun en
droit , c'eft , à ce qu'il femble , décider
Mlle DUBOIS , l'efpérance de ce Théâtre
pour le tragique . La conduite de
ce jeune Sujet dans l'étude de fon art ,
confirmera ou détruira cette efpérance.
Le même jour M. DAUBERVAL ,
Acteur du Théatre François , prononça
le Difcours fuivant.
(b ) La fanté de Mlle CLAIRON , quoiqu'extrémement
altérée , laiſſe eſpérer avec les fecours du
repos & du temps , un rétabliffement qui la ren
dra aux yeux du Public.
188 MERCURE DE FRANCE.
MESSIEURS ,
» Chargé de vous préfenter l'homma❤
» ge de notre reconnoiffance , il m'eft
» doux de penfer que cet emploi pré-,
> cieux à mon coeur appartient à celui
» fur lequel votre indulgence a le plus
» éclaté.
» Il eſt de ces momens où la Nature
» pour ainfi dire épuifée paroît rallen-
» tie dans fes productions,où les grands
» Modéles qui ont précédé , femblent
» avoir été formés aux dépens de leurs
Succeffeurs. Alors les difpofitions les.
» plus communes paroiffent avoir acquis
» quelques droits à votre bienveil-
» lance.
.
» Oui , Meffieurs , vous voulez bien
» avoir égard aux circonftances , & ne
pas nous juger toujours à la rigueur.
» Vous avez daigné jetter un regard
» favorable fur nos efforts , dans un
» temps où la retraite de M. GRAND-
" VAL vous laiffoit à regretter un Ac-
» teur inimitable , qui au talent le plus
» vrai joignoit l'art de rendre le Ridicule
fans rien faire perdre à fes rô-
" les dans leur nobleffe ; vous applau-
» diffiez en lui ce mérite fi rare d'être
AVRIL. 1763. 189
" le Peintre de fon Siécle , & de paroî-
» tre fur la Scène moins Acteur qu'-
» homme du monde ; l'homme même ;
» du jour qu'il repréfentoit.
כ
» Vous avez été frappés depuis , Mef-
» fieurs , d'une perte plus grande encore
: ce Spectacle vous la retracera
dans tous les temps. L'Auteur d'A-
» trée , de Rhadamifte , d'Electre, dont
le génie avoit porté tant de fois la
» terreur dans votre âme , l'Efchyle
François n'eft plus ; mais fes fublimes
» productions vous reftent , & fa gloi-
» re perfonnelle devient aujourd'hui
> celle de toute la Nation.
"
» Qu'il me foit permis , Meffieurs
» de guider vos regards vers ce Mau-
» folée que fait élever à ce grand Hom-
» me un Roi dont la tendreffe pater-
» nelle
pour fes Sujets perçe les ombres
?> de la mort.
» Nous ne vous envierons plus , Na-
» tions voiſines ! ces témoignages publics
de vénération pour les talens fu-
» blimes. Le marbre va vous exprimer
» cette grande vérité que le Père des
» Peuples eft auffi celui des Arts.
» Mais cet honneur rendu aux mâ-
» nes de CRÉBILLON eft encore atten-
» du de ceux du Grand CORNEILLE ,
190 MERCURE DE FRANCE .
» de RACINE , de MOLIERE ; oferaije
le dire , Meffieurs , ces mânes il-
» luftres l'attendent de vous.
»
» Héritiers de cette grandeur qui furt
" l'âme du fiécle dernier , tout ce qui
» lui eft échappé d'actions glorieuſes
» vous appartient . Ce lieu même vous
» rappelle encore à ces fentimens géné-
» reux qui ont arraché à l'infortune la
» petite fille du Grand CORNEILLE.
» Ce que vous avez fait pour le fang de
» ce grand homme marque ce qui vous
» refte à faire pour fa mémoire .
·
» Qu'il fera beau de voir un Monar-
» que & un Peuple rivaux fe difputer
» la gloire utile d'honorer les talens !
» quoi de plus propre à les encourager
» que ces témoignages éternels de votre
» admiration ? que ne devez - vous point
» attendre , Meffieurs , des Auteurs dra-
» matiques , lorfqu'ils pourront ſe flat-
» ter que les fuffrages dont vous les
» avez honorés feront perpétués fur le
» marbre ? oui , Meffieurs , les talens
» vous doivent tout leur éclat. Ils s'éteignent
loin du charme des applau
» diffemens & du flambeau de la criti-
» que . Que n'ont-ils de même leur four-
» ce dans le fentiment vrai du befoin de
> votre indulgence ! J'aurois en vous
AVRIL. 1763. 191
ม» la demandant , Meffieurs , l'efpoir fatisfaisant
de mériter un jour vos bon
» tés.
Ce Difcours fut généralement applaudi.
Le principal objet ( feu M. CRÉ-
BILLON , auquel pour la dernière fois
nous ajoutons - le Monfieur ) étoit récemment
renouvellé dans la mémoire
des Spectateurs , par un très -beau Portrait
de ce grand Poëte , que les Comédiens
venoient de faire placer depuis
quelques jours , au rang des illuftres
foutiens du Théâtre François. Ce Portrait
, admirable par la vérité de la reffemblance
& par toutes les grandes parties
de la Peinture , eft-l'ouvrage de M.
DOYEN , Peintre du ROI .
ne ,
Quoique la retraite de Mlle Dan-
GEVILLE ne paroiffe que trop certainous
remettons à donner les anecdotes
que nous fommes dans l'ufage
d'inférer dans nos Journaux fur les Sujets
de ce Théâtre en ces fortes d'occafions
: mais nous communiquerons un
des hommages que la Poëfie , qu'elle
a fi bien fervie , rend à cette excellente
Actrice.
#92 MERCURE DE FRANCE.
VERS à l'occafion de la retraite de
Mlle DAN GEVILLE.
Tout Paris l'adoroit , tout Paris la regrette ;
Du Théâtre François elle étoit l'ornement.
On ne perdra jamais d'Actrice plus parfaite :
Jamais on ne verra plus modeſte talent.
Chacun peut en juger par ce trait furprenant
Elle force l'envie à pleurer ſa retraite.
Fermer
Résumé : COMÉDIE FRANÇOISE.
Le 2 mars 1763, la tragédie 'Théagène et Cariclée' a été représentée pour la première fois. Bien que certains passages aient été applaudis, la pièce a été retirée après cette unique représentation en raison de l'absence d'approbation du public concernant la conduite du poème. Cet événement n'a pas affecté la réputation de l'auteur, dont les talents sont reconnus. Le 28 février, les Comédiens Français ont repris la comédie en prose 'Le Somnambule' en un acte, attribuée à une société de gens du monde. Cette représentation a connu un succès supérieur à la première, avec des performances remarquées de M. Belcour, M. Drouin, M. Molé et M. Préville. Le même jour, les 'Femmes savantes' de Molière ont été rejouées, acclamées par une partie du public appréciant les classiques malgré la mode des nouvelles pièces. Mlle Dorville a fait ses débuts dans des rôles de caractère, recevant des éloges pour son talent et sa connaissance du théâtre. Le 14 mars, la comédie en vers libres 'L'Anglais à Bordeaux' a été présentée, remportant un grand succès. L'auteur, M. Favart, a été acclamé par le public. La pièce a été jouée à plusieurs reprises, avec des représentations notables de M. Préville et Mlle Dangeville. Le 19 mars, pour la clôture du théâtre, 'L'Anglais à Bordeaux' a été représenté une dernière fois, avec un grand concours de spectateurs et des illuminations. Mlle Dubois a également été remarquée pour ses performances dans plusieurs rôles. M. Dauberval a prononcé un discours rendant hommage aux talents des acteurs et aux grands dramaturges français, soulignant l'importance du soutien du public pour encourager les auteurs dramatiques. Le texte annonce également la retraite de Mlle Dangeville, une actrice célèbre, et exprime la tristesse de Paris à cette occasion. Elle est décrite comme l'ornement du Théâtre Français et comme une actrice parfaite et modeste. Son talent était exceptionnel, au point de forcer même l'envie à pleurer sa retraite. Des hommages poétiques seront rendus à cette actrice en raison de son service remarquable à la poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
32
p. 192-202
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON trouve chez Duchesne à Paris un Extrait imprimé de l'Amour paternel, [...]
Mots clefs :
Comédie, Musique, Théâtre, Succès, Pièce, Créanciers, Mérite, Ariette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
ONN trouve chez Duchefne à Paris un
Extrait imprimé de l'Amour paternel ,
Comédie Italienne dont nous avons parlé
dans nos précédens Mercures. Cer
Extrait , ainfi que les Lettres du Traducteur
, fuffit pour faire connoître à
ceux qui n'auroient pas lu les OEuvres
de M. GOLDONI , combien cet Auteur
mérite la célébrité qu'il s'eft acquife.
L'habitude où nous fommes de ne nous
plaire , de ne rire & de ne prêter quelqu'attention
qu'aux fcènes où paroiffent
ce qu'on appelle les Mafques ; d'ailleurs,
les grands talens des Acteurs qui les portent
actuellement , entr'autres l'Arlequin
& le Pantalon , tout cela n'a pas
permis à M. GOLDONI de les bannir
ici
AVRIL 1763. 193
,
ici comme il a fait de fon Théâtre patriotique
. Malgré cette efpéce de fervitude
, qui affujettit au comique un peu
chargé , il n'en a pas mis moins d'intrigue
, moins de conduite & d'enchaî →
nement dans la plupart des Scènes
moins d'ordre , & d'éloquence naturelle
dans le ftyle . Comme de nouvelles difficultés
font ordinairement créer de nouveaux
moyens aux véritables génies ,
celui - ci a tourné en plufieurs endroi's
de fes nouvelles Piéces , le Lazi au
profit du Sentiment ; c'eft particuliérement
ce qu'on ne peut conteſter dans
une Scène de l'Amour paternel , où
l'art confommé de M. CARRELIN eft
admirablement fecondé par l'heureux
naturel de Mlle CAMILLE . On peut
dire la même chofe de plufieurs parties
des rôles de Pantalon dans cette Comédie
& dans celles qui l'ont fuivie ,
-éxécutées avec un pathétique admirable
dans le genre par M. COLALTO , Acteur
Italien de ce Théâtre .
Dans, la Comédie Italienne en un
A&te , intitulée Arlequin cru mort ,
M. GOLDONI s'eft prêté encore
plus aux Spectateurs François en mettant
les fcènes plus étendues entre l'Ar-
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
lequin & le Scapin , qui font dans l'ufage
de parler François dans les Comédies
Italiennes . On fent , malgré cette
conformité avec les farces fur Canevas,
combien l'efprit de l'Auteur & fon génie
pour le vrai comique ajoutent d'agrément
à cette nouvelle fcène, par l'ordre
des idées & par l'efprit qui orne
les plaifanteries , conditions fans lefquelles
il n'y a nulle- part de plaifanterie
que pour ceux qu'il eft quelquefois
humiliant d'amufer. Cette Piéce donnée
pour la premiere fois le 25 Février , a
donc eu un fuccès plus étendu dans
tous les ordres des Spectateurs , même
parmi ceux qui ne peuvent plus s'amufer
que de l'Opéra- Comique : Avantage
fans doute fort au -deffous des talens
de l'Auteur & du mérite de fes Ouvrages
, mais qui doit être auffi précieux
pour lui que l'étoit autrefois pour Mo-
LIERE , l'honneur d'introduire la Comédie
, en la mafquant quelquefois des
livrées de la farce . Ceci doit s'appliquer
auffi à une Comédie en cinq Actes du
même Auteur , intitulée Arlequin Valet
de deux Maîtres , repréfentée pour la
rrefois le 4 Mars.Cette Piéce contient un
Imbroglio foutenu avec un Génié fin-
.:
AVRIL. 1763. 195
gulier & qui produit des Scènes fort comiques
. Elle a été fuivie & a paru réuffir
généralement.
n'a
Le 28 Février , on a donné pour la
première fois le Bucheron ou les trois
Souhaits , Comédie en Vers & en un
Acte , mêlée d'Ariettes ; elle fut unaniment
applaudie. Ce fuccès tres - mérité
tant par la Mufique que par la conftitution
agréable & riante du Poëme ,
fait qu'augmenter. Le Public l'a toujours
revue , jufqu'à la clôture de ce Théâtre ,
avec un nouveau plaifir ; nous en aurions
nous-mêmes à nous étendre davantage
fur cette Nouveauté , fi nous n'en
avions déja parlé dans les Spectacles de
la Cour. ( a ) Elle est tirée d'un Conte
de PERRAULT , imprimé à la tête de
la Piéce. Nous croyons que nos Lecteurs
en verront l'Analyfe avec plaifir.
EXTRAIT DU BUCHERON.
, fort d'une BLAISE le Bucheron
foret , un fagot & une cognée fur
l'épaule , une bouteille d'ofier à la
main. Il fe repofe ; tandis qu'il déplore
les peines de fon état , il en
( a ) Voyez ci-deffus l'Article des Spectacles de
la Cour.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
ra ,
tend gronder le tonnerre , il tremble ;
MERCURE paroît fur un nuage : ah !
Seigneur , lui dit BLAISE , que je
fouffre toujours pourvu que je vive !
MERCURE , après l'avoir raffuré , lui
annonce qu'il aura trois Souhaits à former
qui feront accomplis , & lui recominande
en partant , de profiter de la
bonté de JUPITER . BLAISE exprime
d'abord fon étonnement , il fe livre
à la joie , il rêve à ce qu'il fouhaiteil
est bien embaraffé , tout ce qu'il
fe propoſe , il le rejette. Il avale le
refte de fa bouteille , comptant que cela
lui ouvrira l'efprit. MARGOT , fa femme,
le furprend , elle le gronde fur fon
oifiveté , lui reproche fon peu d'amour
pour elle pour fes enfans lui dit
qu'il ne fonge point à établir SUZETTE
, leur fille , que SIMON , riche Fermier
la demande en mariage ; à ce
nom BLAISE , hauffe les épaules ,
MARGOT , queftionne , & on la met
affez difficilement au fait de l'heureufe
avanture qui fait méprifer SIMON. Elle
fe radoucit,flatte fonMari autant qu'elle
l'a querellé ; il fort pour confulter le
BAILLI & appaifer fes Créanciers .
MARGOT , feule , fe fait un portrait
extravagant de fa grandeur future , &
,
AVRIL. 1763. 197
faute de joie ; SIMON vient s'informer
quand il époufera SUZETTE ?pour toute
réponse on lui rit au nez . Arrivent un
CABARETIER & une MEUNIERE ,
qui font les Créanciers ; on les reçoit
de même ; au mot de tréfor que lâche
MARGOT , ils ceffent leurs menaces ,
lui font les offres les plus obligeantes
& fe retirent perfuadés qu'elle a trouvé
un tréfor. SIMON eft auffi dans cette
erreur , SUZETTE la confirme en venant
parler gaîment de la richeffe prochaine
de fon père , MARGOT lui impofe
filence , & lui enjoint de ne plus
penfer à SIMON : elle avoue ingénument
qu'elle n'y a jamais penfé ; & fur
ce que la mère dit qu'elle lui réferve
quelqu'un qui fera mieux fon fait , la
jeune fille , qui a paru dans la première
Scène avec COLIN, fon amant , croyant
qué c'eft de lui qu'il eft queftion , le
nomme ; MARGOT s'emporte. SIMON
qui triomphe de la voir traverfée , rit ,
& SUZETTE s'obſtine à vouloir Co-
LIN. L'abfence de BLAISE inquiette
l'ambitieufe MARGOT , elle fort pour
l'aller rejoindre , en ordonnant à fa fille
de refter avec SIMOM , homme d'àge,
qu'elle ne craint pas comme le jeune
COLIN . Empreffemens & fleurettes de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la part de SIMON , éloges contraftés de
COLIN , cet amant furvient ; le bon
Fermier touché de leurs amours naïfs,
fait un retour fur lui-même & promet
de les feconder auprès de BLAISE.
>
BLAISE améne le BAILI , homme
qui vante beaucoup fes confeils &
qui ne fait que boire & manger en
préfcrivant toujours la modération. Le
BUCHERON rempli de fes idées de
fortune , entend avec peine une propofition
de mariage qui retarde l'accompliffement
de fes trois Souhaits , il fe
débarraffe de SUZETTE & de COLIN
par des promeffes vagues , & retient
SIMON qui le complimente. MARGOT
revient on fe met à table , chacun
donne un avis conforme à fon goût ,
on mange quelques petits poiffons ,
BLAISE excite fes convives & furtout
le BAILLI ; " encore , s'écrie- t-il , que
» n'avons je à la place , car je fçai que
» vous les aimez …….. là .... une belle
» anguille ! il en paroît une dans le plat
toute accommodée . BLAISE fe dépite
, MARGOT l'invective , le BAILLI
& SIMON mangent & boivent. La colère
& le déluge de propos de la femmé
réduifent le mari qui ne peut l'adoucir
parles deux fouhaits qu'il dit avoir encore
AV- RIL. 1763.. 199
à former , à fouhaiter fans y fonger .
qu'elle devienne muette ; elle veut continuer
fes injures , mais en vain ; de
rage elle renverfe les bancs & fort défefpérée
. Le BAILLI Confeille , BLAISE
fe défole & SIMON plaifante. SUZETTE
arrive tout en pleurant , elle fe plaint
que fa mère l'a battue , elle fe confole
dans l'efperance qu'on la mariera avec
COLIN , & s'afflige après l'explication
des deux malheurs , fçavoir l'anguille
& la perte de la parole. COLIN vient
demander fi MARGOT confent enfin à
l'accepter pour gendre , on le renvoye
à BLAISE , qui gémit de n'avoir plus
qu'un fouhait . MARGOT reparoît amenée
par une Commère qui lui fert d'interpréte
; Blaife propofe à fa femme de
la faire Reine , par fon dernier fouhait,
Reine & ne point parler , dit le
BAILLI , non , non. Cela met dans une
grande perplexité le mari , il s'attendrit ;
il maudit fon indifcrétion . Tout le monde
fe joint pour l'engager à rendre la
parole à la pauvre MARGOT ; il héfite
longtemps ; il céde , elle ne tient plus
en place , ce font des remercîmens , &
un caquet infinis . SIMON rit à gorge
déployée ; le BAILLI , dont la manie
eft de fe montrer le maître dit à
I iv
2.00 MERCURE DE FRANCE.
BLAISE que le fouvenir de fes dettes
tourmente , qu'il arrangera cette affaire
& obtiendra du temps des Créanciers.
Tout fe pacifie , le Bucheron reprend fa
cognée en chantant l'amour du travail
& des biens naturels , on fe difpofe à
unir COLIN & SUZETTE. La Piéce eft
terminée par un Vaudeville qui en dérive
, & dont le refrain eft : Trop de pe
tulance gâte tout.
REMARQUES.
On trouve dans ce petit Drame , une conduîte
fage , un ftyle proportionné au Sujet , des plaifanteries
unes , une gaité franche , des traits
même de Morale , mais jettés fans prétention }
les Ariettes y font adroitement enchâllées , & la
Mufique , qui eft de M. Philidor , eft de la plus
grande beauté. Les plaintes du Bucheron fur fa
mifére , le plaifir enfuite d'avoir trois fouhaits à
former , bonheur qui lui paroît un fonge , le
Quatuor des Créanciers , &c. le Trio des Confultations
, le Septuor de la fin , Morceau détaillé
fans la moindre confuſion & les airs de Sur
zette & de Colin tout cet enfemble faifit &
frappe par la vérité des caractères de chaque Interlocuteur
établis dans cette Mufique pittoresque.
>
›
Il n'y a que les Exemplaires pour la Cour
qui portent le nom de M. Guichard ; mais il
nous a écrit qu'il étoit fâché de le voir nommer
feul dans une Piéce faite cnnjointement avec M.
C***, qui lui en a infpiré l'idée d'après le Conte' ;
que même leur intention à tous deux étoit de
AVRIL 1763 .
201
garder l'Anonyme , fentant bien que le fuccès
des Comédies à Ariettes appartient plus de droit
aux Muficiens qu'aux Poëtes. Nous ne pouvons
qu'applaudir à la modeftie de l'un & de l'autre
& à l'équité de M. Guichard.
La Mufique de cette Piéce fait d'autant plus
d'honneur à M. PHILIDOR , déja fi connu par
fes précédens ouvrages ; qu'à la fcience de l'harmonie
, fur laquelle il a reçu des éloges fans
contradiction , il a joint en cette occafion l'ufage
du goût qui affortit le genre muſical_aux détails
des paroles. Sans ceffer d'être auſſi Harmonifte
, iikl a tourné fon génie à cette mélodie
agréable & phragée que notre Langue exige , &
à laquelle on reviendra toujours , malgré même
quelques fuccès dans un genre qui dénature en
même temps l'efprit de la Langue & celui dela
Mufique qu'on y veut adapter.
Tous les Acteurs ont joué dans cette Piéce
avec beaucoup de feu & d'intelligence . M.CAILLOT
, M. DE LA RUETTE , M. CHAMPVILLE &
M. CLAIRVAL , Miles LA RUETTE , BERAUD &
DESGLANDS en exécutoient les rôles,
>
Un Acteur nouveau , dans les rôles
de chant , a débuté für ce Théâtre
le 1 Mars par celui du Prince dans
Nintete à la Cour & par celui du Mπ-
ficien dans le Magafin des Modernes ,
avec beaucoup de fuccès ; le Public
a confirmé ce 1er fuffrage dans tous
les rôles par lefquels il a continué fon
début jufqu'à la clôture , qui ne s'aſt
pas faite comme celle de l'Opéra
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
& du Théâre François , le dernier
jour avant la Semaine de la Paffion ,
mais le Samedi veille du Dimanche
des Rameaux. Pendant cette dernière
Semaine depuis le Dimanche , vingt ,
jufqu'au vingt- fix Mars , inclufivement ,
excepté le jour de la Fête de l'Annonciation
, on a éxécuté le Bucheron ,
dont on vient de parler & plufieurs
autres Spectacles mêlés de Mufique ,
du Répertoire de ce Théâtre & de celui
de l'Opéra - Comique , lefquels ont
été alors tous intitulés fur les Affiches ,
Piéces mêlées d'Arriettes.
On a donné le jour de la clôture
la quartorziéme repréfentation du Bucheron
, précédé du Roi & le Fermier.
On ne peut avoir un plus grand
concours de Spectateurs qu'en a eu
ce Spectacle , auquel la foule a toujours
été incroyable pendant cet hyver.
ONN trouve chez Duchefne à Paris un
Extrait imprimé de l'Amour paternel ,
Comédie Italienne dont nous avons parlé
dans nos précédens Mercures. Cer
Extrait , ainfi que les Lettres du Traducteur
, fuffit pour faire connoître à
ceux qui n'auroient pas lu les OEuvres
de M. GOLDONI , combien cet Auteur
mérite la célébrité qu'il s'eft acquife.
L'habitude où nous fommes de ne nous
plaire , de ne rire & de ne prêter quelqu'attention
qu'aux fcènes où paroiffent
ce qu'on appelle les Mafques ; d'ailleurs,
les grands talens des Acteurs qui les portent
actuellement , entr'autres l'Arlequin
& le Pantalon , tout cela n'a pas
permis à M. GOLDONI de les bannir
ici
AVRIL 1763. 193
,
ici comme il a fait de fon Théâtre patriotique
. Malgré cette efpéce de fervitude
, qui affujettit au comique un peu
chargé , il n'en a pas mis moins d'intrigue
, moins de conduite & d'enchaî →
nement dans la plupart des Scènes
moins d'ordre , & d'éloquence naturelle
dans le ftyle . Comme de nouvelles difficultés
font ordinairement créer de nouveaux
moyens aux véritables génies ,
celui - ci a tourné en plufieurs endroi's
de fes nouvelles Piéces , le Lazi au
profit du Sentiment ; c'eft particuliérement
ce qu'on ne peut conteſter dans
une Scène de l'Amour paternel , où
l'art confommé de M. CARRELIN eft
admirablement fecondé par l'heureux
naturel de Mlle CAMILLE . On peut
dire la même chofe de plufieurs parties
des rôles de Pantalon dans cette Comédie
& dans celles qui l'ont fuivie ,
-éxécutées avec un pathétique admirable
dans le genre par M. COLALTO , Acteur
Italien de ce Théâtre .
Dans, la Comédie Italienne en un
A&te , intitulée Arlequin cru mort ,
M. GOLDONI s'eft prêté encore
plus aux Spectateurs François en mettant
les fcènes plus étendues entre l'Ar-
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
lequin & le Scapin , qui font dans l'ufage
de parler François dans les Comédies
Italiennes . On fent , malgré cette
conformité avec les farces fur Canevas,
combien l'efprit de l'Auteur & fon génie
pour le vrai comique ajoutent d'agrément
à cette nouvelle fcène, par l'ordre
des idées & par l'efprit qui orne
les plaifanteries , conditions fans lefquelles
il n'y a nulle- part de plaifanterie
que pour ceux qu'il eft quelquefois
humiliant d'amufer. Cette Piéce donnée
pour la premiere fois le 25 Février , a
donc eu un fuccès plus étendu dans
tous les ordres des Spectateurs , même
parmi ceux qui ne peuvent plus s'amufer
que de l'Opéra- Comique : Avantage
fans doute fort au -deffous des talens
de l'Auteur & du mérite de fes Ouvrages
, mais qui doit être auffi précieux
pour lui que l'étoit autrefois pour Mo-
LIERE , l'honneur d'introduire la Comédie
, en la mafquant quelquefois des
livrées de la farce . Ceci doit s'appliquer
auffi à une Comédie en cinq Actes du
même Auteur , intitulée Arlequin Valet
de deux Maîtres , repréfentée pour la
rrefois le 4 Mars.Cette Piéce contient un
Imbroglio foutenu avec un Génié fin-
.:
AVRIL. 1763. 195
gulier & qui produit des Scènes fort comiques
. Elle a été fuivie & a paru réuffir
généralement.
n'a
Le 28 Février , on a donné pour la
première fois le Bucheron ou les trois
Souhaits , Comédie en Vers & en un
Acte , mêlée d'Ariettes ; elle fut unaniment
applaudie. Ce fuccès tres - mérité
tant par la Mufique que par la conftitution
agréable & riante du Poëme ,
fait qu'augmenter. Le Public l'a toujours
revue , jufqu'à la clôture de ce Théâtre ,
avec un nouveau plaifir ; nous en aurions
nous-mêmes à nous étendre davantage
fur cette Nouveauté , fi nous n'en
avions déja parlé dans les Spectacles de
la Cour. ( a ) Elle est tirée d'un Conte
de PERRAULT , imprimé à la tête de
la Piéce. Nous croyons que nos Lecteurs
en verront l'Analyfe avec plaifir.
EXTRAIT DU BUCHERON.
, fort d'une BLAISE le Bucheron
foret , un fagot & une cognée fur
l'épaule , une bouteille d'ofier à la
main. Il fe repofe ; tandis qu'il déplore
les peines de fon état , il en
( a ) Voyez ci-deffus l'Article des Spectacles de
la Cour.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
ra ,
tend gronder le tonnerre , il tremble ;
MERCURE paroît fur un nuage : ah !
Seigneur , lui dit BLAISE , que je
fouffre toujours pourvu que je vive !
MERCURE , après l'avoir raffuré , lui
annonce qu'il aura trois Souhaits à former
qui feront accomplis , & lui recominande
en partant , de profiter de la
bonté de JUPITER . BLAISE exprime
d'abord fon étonnement , il fe livre
à la joie , il rêve à ce qu'il fouhaiteil
est bien embaraffé , tout ce qu'il
fe propoſe , il le rejette. Il avale le
refte de fa bouteille , comptant que cela
lui ouvrira l'efprit. MARGOT , fa femme,
le furprend , elle le gronde fur fon
oifiveté , lui reproche fon peu d'amour
pour elle pour fes enfans lui dit
qu'il ne fonge point à établir SUZETTE
, leur fille , que SIMON , riche Fermier
la demande en mariage ; à ce
nom BLAISE , hauffe les épaules ,
MARGOT , queftionne , & on la met
affez difficilement au fait de l'heureufe
avanture qui fait méprifer SIMON. Elle
fe radoucit,flatte fonMari autant qu'elle
l'a querellé ; il fort pour confulter le
BAILLI & appaifer fes Créanciers .
MARGOT , feule , fe fait un portrait
extravagant de fa grandeur future , &
,
AVRIL. 1763. 197
faute de joie ; SIMON vient s'informer
quand il époufera SUZETTE ?pour toute
réponse on lui rit au nez . Arrivent un
CABARETIER & une MEUNIERE ,
qui font les Créanciers ; on les reçoit
de même ; au mot de tréfor que lâche
MARGOT , ils ceffent leurs menaces ,
lui font les offres les plus obligeantes
& fe retirent perfuadés qu'elle a trouvé
un tréfor. SIMON eft auffi dans cette
erreur , SUZETTE la confirme en venant
parler gaîment de la richeffe prochaine
de fon père , MARGOT lui impofe
filence , & lui enjoint de ne plus
penfer à SIMON : elle avoue ingénument
qu'elle n'y a jamais penfé ; & fur
ce que la mère dit qu'elle lui réferve
quelqu'un qui fera mieux fon fait , la
jeune fille , qui a paru dans la première
Scène avec COLIN, fon amant , croyant
qué c'eft de lui qu'il eft queftion , le
nomme ; MARGOT s'emporte. SIMON
qui triomphe de la voir traverfée , rit ,
& SUZETTE s'obſtine à vouloir Co-
LIN. L'abfence de BLAISE inquiette
l'ambitieufe MARGOT , elle fort pour
l'aller rejoindre , en ordonnant à fa fille
de refter avec SIMOM , homme d'àge,
qu'elle ne craint pas comme le jeune
COLIN . Empreffemens & fleurettes de
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
la part de SIMON , éloges contraftés de
COLIN , cet amant furvient ; le bon
Fermier touché de leurs amours naïfs,
fait un retour fur lui-même & promet
de les feconder auprès de BLAISE.
>
BLAISE améne le BAILI , homme
qui vante beaucoup fes confeils &
qui ne fait que boire & manger en
préfcrivant toujours la modération. Le
BUCHERON rempli de fes idées de
fortune , entend avec peine une propofition
de mariage qui retarde l'accompliffement
de fes trois Souhaits , il fe
débarraffe de SUZETTE & de COLIN
par des promeffes vagues , & retient
SIMON qui le complimente. MARGOT
revient on fe met à table , chacun
donne un avis conforme à fon goût ,
on mange quelques petits poiffons ,
BLAISE excite fes convives & furtout
le BAILLI ; " encore , s'écrie- t-il , que
» n'avons je à la place , car je fçai que
» vous les aimez …….. là .... une belle
» anguille ! il en paroît une dans le plat
toute accommodée . BLAISE fe dépite
, MARGOT l'invective , le BAILLI
& SIMON mangent & boivent. La colère
& le déluge de propos de la femmé
réduifent le mari qui ne peut l'adoucir
parles deux fouhaits qu'il dit avoir encore
AV- RIL. 1763.. 199
à former , à fouhaiter fans y fonger .
qu'elle devienne muette ; elle veut continuer
fes injures , mais en vain ; de
rage elle renverfe les bancs & fort défefpérée
. Le BAILLI Confeille , BLAISE
fe défole & SIMON plaifante. SUZETTE
arrive tout en pleurant , elle fe plaint
que fa mère l'a battue , elle fe confole
dans l'efperance qu'on la mariera avec
COLIN , & s'afflige après l'explication
des deux malheurs , fçavoir l'anguille
& la perte de la parole. COLIN vient
demander fi MARGOT confent enfin à
l'accepter pour gendre , on le renvoye
à BLAISE , qui gémit de n'avoir plus
qu'un fouhait . MARGOT reparoît amenée
par une Commère qui lui fert d'interpréte
; Blaife propofe à fa femme de
la faire Reine , par fon dernier fouhait,
Reine & ne point parler , dit le
BAILLI , non , non. Cela met dans une
grande perplexité le mari , il s'attendrit ;
il maudit fon indifcrétion . Tout le monde
fe joint pour l'engager à rendre la
parole à la pauvre MARGOT ; il héfite
longtemps ; il céde , elle ne tient plus
en place , ce font des remercîmens , &
un caquet infinis . SIMON rit à gorge
déployée ; le BAILLI , dont la manie
eft de fe montrer le maître dit à
I iv
2.00 MERCURE DE FRANCE.
BLAISE que le fouvenir de fes dettes
tourmente , qu'il arrangera cette affaire
& obtiendra du temps des Créanciers.
Tout fe pacifie , le Bucheron reprend fa
cognée en chantant l'amour du travail
& des biens naturels , on fe difpofe à
unir COLIN & SUZETTE. La Piéce eft
terminée par un Vaudeville qui en dérive
, & dont le refrain eft : Trop de pe
tulance gâte tout.
REMARQUES.
On trouve dans ce petit Drame , une conduîte
fage , un ftyle proportionné au Sujet , des plaifanteries
unes , une gaité franche , des traits
même de Morale , mais jettés fans prétention }
les Ariettes y font adroitement enchâllées , & la
Mufique , qui eft de M. Philidor , eft de la plus
grande beauté. Les plaintes du Bucheron fur fa
mifére , le plaifir enfuite d'avoir trois fouhaits à
former , bonheur qui lui paroît un fonge , le
Quatuor des Créanciers , &c. le Trio des Confultations
, le Septuor de la fin , Morceau détaillé
fans la moindre confuſion & les airs de Sur
zette & de Colin tout cet enfemble faifit &
frappe par la vérité des caractères de chaque Interlocuteur
établis dans cette Mufique pittoresque.
>
›
Il n'y a que les Exemplaires pour la Cour
qui portent le nom de M. Guichard ; mais il
nous a écrit qu'il étoit fâché de le voir nommer
feul dans une Piéce faite cnnjointement avec M.
C***, qui lui en a infpiré l'idée d'après le Conte' ;
que même leur intention à tous deux étoit de
AVRIL 1763 .
201
garder l'Anonyme , fentant bien que le fuccès
des Comédies à Ariettes appartient plus de droit
aux Muficiens qu'aux Poëtes. Nous ne pouvons
qu'applaudir à la modeftie de l'un & de l'autre
& à l'équité de M. Guichard.
La Mufique de cette Piéce fait d'autant plus
d'honneur à M. PHILIDOR , déja fi connu par
fes précédens ouvrages ; qu'à la fcience de l'harmonie
, fur laquelle il a reçu des éloges fans
contradiction , il a joint en cette occafion l'ufage
du goût qui affortit le genre muſical_aux détails
des paroles. Sans ceffer d'être auſſi Harmonifte
, iikl a tourné fon génie à cette mélodie
agréable & phragée que notre Langue exige , &
à laquelle on reviendra toujours , malgré même
quelques fuccès dans un genre qui dénature en
même temps l'efprit de la Langue & celui dela
Mufique qu'on y veut adapter.
Tous les Acteurs ont joué dans cette Piéce
avec beaucoup de feu & d'intelligence . M.CAILLOT
, M. DE LA RUETTE , M. CHAMPVILLE &
M. CLAIRVAL , Miles LA RUETTE , BERAUD &
DESGLANDS en exécutoient les rôles,
>
Un Acteur nouveau , dans les rôles
de chant , a débuté für ce Théâtre
le 1 Mars par celui du Prince dans
Nintete à la Cour & par celui du Mπ-
ficien dans le Magafin des Modernes ,
avec beaucoup de fuccès ; le Public
a confirmé ce 1er fuffrage dans tous
les rôles par lefquels il a continué fon
début jufqu'à la clôture , qui ne s'aſt
pas faite comme celle de l'Opéra
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
& du Théâre François , le dernier
jour avant la Semaine de la Paffion ,
mais le Samedi veille du Dimanche
des Rameaux. Pendant cette dernière
Semaine depuis le Dimanche , vingt ,
jufqu'au vingt- fix Mars , inclufivement ,
excepté le jour de la Fête de l'Annonciation
, on a éxécuté le Bucheron ,
dont on vient de parler & plufieurs
autres Spectacles mêlés de Mufique ,
du Répertoire de ce Théâtre & de celui
de l'Opéra - Comique , lefquels ont
été alors tous intitulés fur les Affiches ,
Piéces mêlées d'Arriettes.
On a donné le jour de la clôture
la quartorziéme repréfentation du Bucheron
, précédé du Roi & le Fermier.
On ne peut avoir un plus grand
concours de Spectateurs qu'en a eu
ce Spectacle , auquel la foule a toujours
été incroyable pendant cet hyver.
Fermer
Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le texte met en lumière plusieurs pièces de théâtre italiennes et françaises, en se concentrant particulièrement sur les œuvres de Carlo Goldoni. Un extrait imprimé de 'L'Amour paternel' de Goldoni, disponible chez Duchefne à Paris, témoigne de la renommée de cet auteur. Goldoni parvient à intégrer intrigue, conduite et éloquence naturelle dans ses scènes, malgré la préférence du public pour les masques traditionnels comme Arlequin et Pantalon. Dans 'Arlequin cru mort', Goldoni adapte les scènes pour plaire au public français tout en conservant l'esprit comique et l'ordre des idées. Cette pièce, représentée pour la première fois le 25 février 1763, a connu un succès notable. Le 28 février, la comédie en vers et en un acte 'Le Bucheron ou les trois Souhaits', mêlée d'ariettes, a été applaudie à l'unanimité. Tirée d'un conte de Perrault, cette pièce a été acclamée pour sa musique et son poème agréable. L'intrigue de 'Le Bucheron' raconte comment Blaise, un bûcheron, reçoit trois souhaits de Mercure et les utilise de manière comique et moralisante. La pièce se termine par un vaudeville et des remarques sur la conduite sage, le style proportionné au sujet, et les plaisanteries fines. Les auteurs Guichard et C*** montrent une grande modestie concernant la paternité de la pièce. La musique de Philidor est louée pour son harmonie et son adaptation au langage français. Les acteurs ont joué avec beaucoup de feu et d'intelligence, et un nouvel acteur a débuté avec succès le 1 mars. La saison s'est terminée le samedi avant le Dimanche des Rameaux, avec un grand concours de spectateurs pour 'Le Bucheron'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 200-207
PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Début :
La première est Ninus second, Tragédie. Cette production qui est aussi la [...]
Mots clefs :
Auteur, Comédie, Pièce, Philosophes, Œuvres, Genres, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
PIECES de Théâtre de M. PALISSOT
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
DE MONTENOY , & c , contenues
dans le Recueil de ses oeuvres
d'une partie desquelles nous avons
rendu compte plus haut.
,
La première eſt Ninus fecond , Tragédie
. Cette prodution qui eſt auſſi la
première de l'Auteur, âgé pour lors de 19
ans , fut repréſentée le3 Juin 1-51 ; mais
elle n'est point offerte aux Lecteurs telle
qu'elle étoit échappée à la jeuneſſe de M.
Paliſſot. Il avertit dans unAvant-propos,
qu'il a mis plus de temps à la corriger ,
qu'il n'en avoit employé à la compofer.
Quelques réfléxions judicieuſes ſur l'étendue
que doit avoir un Drame tragique,
meſurée fur la nature du Sujet ,méritent
d'être lues dans ce même Avantpropos.
Les idées de l'Auteur , ſelon ce qu'il
nous dit lui-même , ayant changé avee
l'âge , il n'a pas cru indifférent de choifir
ou non,un Sujet fondé dans l'Hiſtoire
; il a cru que le Prince qui régna à
JUIN. 1763 : 201
Ninive après la première révolution de
l'Empire d'Affyrie s'étant appellé Ninus
le jeune , il devoit lui conſerver ſon
nom ; quant à celui de Sardanapal , l'un
des principaux perſonnages de cette Piéce
, onlaiſſe à ceux qui en feroient bleffés
, le choix de pluſieurs autres noms
que l'Histoire donne à ce même Roi
d'Affyrie.
Sans faſte dans les expreſſions , fans
affectation de brillant dans les détails , la
verſification de cette Tragédie eſt noble&
convenable au genre ; elle ne manque
pas même de cette énergie qui ſouvent
caractériſe le ſtyle de l'Auteur dans
ſes autres ouvrages.
On trouve enfuite les Tuteurs , Comédie
en vers , repréſentée pour la première
fois le 5 Août 1754 , & remife
au Théâtre dans la même année. Cette
Piéce eut beaucoup de ſuccès ; ainſi les
Journaux de ce temps enayant donné
connoiffance , nous ne nous arrêterons
point à en faire l'extrait. Le Public parut
y reconnoître le véritable ton de la Comédie
; & l'Auteur parut appellé par
ces fuffrages avantageux à ſuivre la carrière
du comique. Les Lecteurs font
avertis,par un avis de l'Editeur,que cette
: Iv
202 MERCURE DE FRANCE .
Piéce a été revue par l'Auteur avec tout
le foin poffible. Elle ſe trouve augmentée
d'un Acte que fourniſſoit le Sujet ,
&de nouvelles Scènes ajoutées aux deux
rôles qui firent le plus d'effet , ſçavoir
celui de Mlle Dangeville , à qui l'on eſt
redevable encore de la véritable idée
d'un genre dont on regrette que ſes rares
talens n'ayent pas plus longteinps
retardé la perte , & l'autre celui de Valet,
premier rôle nouveau dans lequel débuta
l'inimitable M. Préville.
Nous exhortons à lire un Diſcours
préliminaire , qui ſe trouve à la tête de
cette Piéce , adreſſé à Madame la Comteſſe
de la Marck. Ce Discours contient
d'excellentes obſervations ſur les différens
genres de Comédie.L'Auteur, après
avoir parcouru les divers abus introduits
fur la Scène comique , diftingue ce que
nous avons ajouté aux grands fonds des
anciens. Il fait un éloge très-délicat de
quelques Ouvrages, tels que l'Oracle ,
les Graces , & c , qui tiennent , dit-il
le même rang parmi les riches productions
du genre dramatique , que les tableaux
de l'Albane & du Guide , parmi
les chefs-d'oeuvres de la Peinture. Il ne
veut pas non plus , comme certainsDéclamateurs
, éxagérer les abus attrib ué
,
JUIN. 1763 . 203
,
à certains genres. Quiconque , ſelon lui ,
méconnoîtra les beautés du Glorieux ,
de la Métromanie , du Méchant , &c ,
n'eſt pas digne d'admirer Molière. Mais
avec tous ces avantages , il conclut par
convenir que le véritable genre paroît
menacé d'un décadence prochaine.
Après en avoir obſervé diverſes cauſes
après avoir donné une idée éxacte &
bien vue des genres de Comédie qui
méritent éminemment la préférence , il
remarque que nos meilleurs Poëtes ont
hazardé de donner de très-bons Ouvrages
qui n'ont point aujourd'hui ces
ſuccès brillans , qu'ufurpent quelques
Opéra bouffons , quelques Parades indécentes
, que ſouvent on joue fix mois
de ſuite. Jamais , ajoute M. Paliffot ,
Athalie , jamais le Misantrope ne ſe ſont
foutenus auffi longtemps ſur nos Theatres.
Nous ſommes obligés de convenir
que ce Difcours préliminaire , fans
paroître avoir la prétention d'inſtruire
fur un art auffi difficile que celui dont
il traite , eſt cependant plus folide &
plus inftructif que ces Verbeux Ecrits
dont la plupart n'apprennent au Lecteur
que la vanité de l'Ecrivain qui
a compilé des préceptes communs , &
I vj
04 MERCURE DE FRANCE .
ue ſouvent il obſcurcit par le faſte dé-
Placé d'un ſtyle trop ambitieux .
On trouve dans ce même Recueil
une Bagatelle intitulée leBarbier deBagdad
, Facétie en un Acte qui n'a point
été repréſentée ; l'Auteur s'eſt permis
de l'imprimer ſur la foi de l'amusement
qu'elle avoit procuré dans une Société
dont le goût étoit reſpectable. Le Sujet
eſt tiré d'une des meilleures Hiſtoires
des Mille & une nuit. Il a fait paſſer dans
cet eſſai de drame , les meilleures plaifanteries
du genre de celles qu'on lit
avec plaifir dans les contes d'où il l'a emprunté.
Autant on a lieu de s'élever
contre certains petits Ouvrages de Treteaux
qu'on aime & que l'on applaudit
de nos jours , quoiqu'ils n'ayent pour
ſel que l'indécence & pour guides que
le défordre d'une imagination vuide &
ſtérile , autant doit-on encourager des
plaifanteries qui prêtent à la vraie & faine
gaîté , peut-être trop abandonnée
fur la Scène. Telles font les réflexions
que nous croyons qu'inſpirera la lecture
de cette Facétie.
La dernière Piéce du 1 volume eſt les
Mépriſes ou le Rival par reſſemblance ,
Comédie en vers de Diffyllabes , revue
par l'Auteur..
JUI N. 1763 . 205
Un avis de l'Editeur nous apprend
que cette Comédie, la dernière que l'Auteur
ait donnée , n'eſt pas dans ſon rang ,
parce que le ſecond volume eſt employé
en entier à la Comédie des Philofophes ,
&à tout ce qui eſt relatif à cette Piéce.
و
du
Nous avons parlé des Mépriſes dans
le 1 volume de Juillet 1762. Nous en
avons tranfcrit deux Scènes ; elle a été
depuis imprimée ſéparément avec des
remarques ; l'Editeur de ſes OEuvres en
rapporte une fur le tumulte avec lequel
cette Comédie fut reçue à la première
repréſentation qui obligea l'Auteur de
laretirer. Après la journée des Philofophes
, dit l'Editeur dans l'Edition de
1762 , l'Auteur fentoit tout le danger
de reparoître dans la carrière
moins fi promptement. Nous n'appellerons
jamais des jugemens du Public
aſſemblé , quelque ſuſpectes que foient
même les circonstances qui les font prononcer.
C'eſt dans cet eſprit que nous
avons rendu compte de la Comédie des
Méprises. Nous nejugeons point le droit
qu'a pu avoir l'Auteur de reclamer contre
ce prétendu jugement; mais nous
ne pouvons refuſer à la vérité,de confirmer
ce qui eſt dit dans l'avis qui précéde
cetre Piece , fur ce tumalte affecté de la
206 MERCURE DE FRANCE.
repréſentation qui empêcha de l'entendre
, encore moins ſur le plaifir que
nous croyons qu'en doivent faire plufieurs
détails à la lecture .
,
Nous ſommes ſuffisamment difpenfés
de rendre compte de la Comédie
des Philofophes. Cette Piéce eſt auffi
connue par ſon ſuccès , que par des diffenfions,
trop fameuſes ( nous ofons le
dire ) pour l'honneur de la Littérature ,
& dont il feroit à defirer que l'on n'eût
jamais à charger ſes faſtes. L'Auteur apparemment
pénétré , comme on doit
l'être , de cette vérité , a cru convenable
de ſe juſtifier ſur les traits de ſa Piéce
regardés comme ſatyriques , &
dont il défavoue les applications injurieuſes
qu'on en avoit faites ; c'eſt ce
qui fait la matière de l'Examen qui ſuit
immédiatement cette célébre Comédie.
L'Auteur employe pour terminer fon
apologie , un Ouvrage de M. de la
Marche - Courmont , intitulé , Réponse
aux différens Ecrits pour & contre la
Comédie des Philofophes , & qui avoit
paru imprimé dans le temps que le Public
étoit accablé du nombre de ces
Ecrits.
Nous avons donné plus haut,une notice
des autres morceaux qui rempliffent
JUIN. 1763 . 207
ce ſecond volume. Le reſte a rapport
à ce quia précédé & fuivi la Comédie
des Philofophes ; nous ne devons pas
douter que ces Ecrits n'intéreſſent la curiofité
; ce n'eſt point à nous , mais aux
Lecteurs judicieux & non- prévenus ,
qu'appartient le droit de juger des
moyens dont l'Auteur fait ufage pour fa
juſtification.
Il nous reſte à remarquer en général
ſur les Piéces de Théâtre de M. Paliffot ,
une grande connoiſſance des vrais principes
de l'art , l'uſage du ſtyle propre à
la bonne Comédie , & une variété de
genres , qui doit faire honneur à fon
génie. Pour ne rien laiſſer échaper de
ce qui peut fervir à l'émulation dans le
grand art du Théâtre , nous faiſons
part au Public de la Lettre écrite parM.
Paliffot aux Comédiens François en
leur envoyant le Recueil de fes OEuvres ,
& de leur réponſe à cet Auteur.
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Résumé : PIÉCES de Théâtre de M. PALISSOT DE MONTENOY, &c, contenues dans le Recueil de ses Œuvres, d'une partie desquelles nous avons rendu compte plus haut.
Le texte présente un recueil des œuvres théâtrales de Charles Palissot. La première pièce mentionnée est 'Ninus fécond', une tragédie écrite à l'âge de 19 ans et représentée le 3 juin 1751, caractérisée par une versification noble et énergique. Le recueil comprend également 'Les Tuteurs', une comédie en vers représentée le 5 août 1754 et révisée la même année, ainsi que 'Le Barbier de Bagdad', une facétie inspirée des 'Mille et une nuits'. Une autre œuvre notable est 'Les Méprises ou le Rival par ressemblance', une comédie en vers. Le second volume est consacré à 'La Comédie des Philosophes', qui a connu un grand succès mais aussi des controverses. La pièce 'Les Méprises' a provoqué un tumulte lors de sa première représentation, entraînant son retrait. Palissot a reconnu les risques de revenir trop rapidement sur scène après ce succès. 'La Comédie des Philosophes' est célèbre pour ses traits satiriques, que l'auteur a défendus en utilisant un ouvrage de M. de la Marche-Courmont. Le recueil illustre la maîtrise de Palissot des principes de l'art théâtral et la diversité des genres abordés. Il inclut également une lettre de Palissot adressée aux Comédiens Français et leur réponse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 84-111
THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
Début :
LE Théâtre de M. Favart, si piquant par sa singularité, par la variété des compositions [...]
Mots clefs :
Opéra, Parodie, Pièce, Théâtre, Comique, Vaudevilles, Succès, Couplets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
THEATRE de M. FAVART , Ou
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Fermer
35
p. 101-102
LES DEUX TALENS, Comédie en deux Actes, mêlée d'Ariettes, par M. de Bastide, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 11 Août 1763, le prix est de 24 s. avec les airs. A Paris, chez Jean-Baptiste Bauche, Libraire, quai & auprès des Augustins, à Ste Geneviéve & à S. Jean dans le désert. Avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-12.
Début :
CETTE Piéce que l'on doit jouer encore, & dont nous parlerons plus amplement [...]
Mots clefs :
Pièce, Talents, Couplets, Scènes, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DEUX TALENS, Comédie en deux Actes, mêlée d'Ariettes, par M. de Bastide, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 11 Août 1763, le prix est de 24 s. avec les airs. A Paris, chez Jean-Baptiste Bauche, Libraire, quai & auprès des Augustins, à Ste Geneviéve & à S. Jean dans le désert. Avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-12.
LES DEUX TALENS , Comédie en deux
Actes , mêlée d'Ariettes , par M. de
Baftide,repréfentée pour la premièrefois
par les Comédiens Ítaliens Ordinaires
du Roi , le 11 Août 1763 , le prix eft
de 24 f. avec les airs. A Paris , chez
Jean-Baptifte Bauche , Libraire , quai
& auprès des Auguftins , à Ste Geneviéve
& à S. Jean dans le défert . Avec
Approbation & Permiſſion. 1763.
Brochure in- 12 .
CETTE Piéce que l'on doitjouer en-
>
core, & dont nous parle ons plus amplement
, dans un des Mercures fuivans , à
l'Article desSpectacles , vient d'être imprimée
avec cet avis quelques couplets
» perdus dans le Mercure , & quelques
» momens que j'avois à perdre , m'en-
" gagerent à travailler à cette Comédie.
» Je la lus à des perfonnes de goût
» qui m'affurerent que quelques fcènes
ne leur déplaifoient pas. Il y a en
effet dans cette Piéce , des fcènes ingénieufes
qui fe font lire avec plaifir ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
même fans la Mufique , qui eft de M.
le Chevalier d'Herbain.
Actes , mêlée d'Ariettes , par M. de
Baftide,repréfentée pour la premièrefois
par les Comédiens Ítaliens Ordinaires
du Roi , le 11 Août 1763 , le prix eft
de 24 f. avec les airs. A Paris , chez
Jean-Baptifte Bauche , Libraire , quai
& auprès des Auguftins , à Ste Geneviéve
& à S. Jean dans le défert . Avec
Approbation & Permiſſion. 1763.
Brochure in- 12 .
CETTE Piéce que l'on doitjouer en-
>
core, & dont nous parle ons plus amplement
, dans un des Mercures fuivans , à
l'Article desSpectacles , vient d'être imprimée
avec cet avis quelques couplets
» perdus dans le Mercure , & quelques
» momens que j'avois à perdre , m'en-
" gagerent à travailler à cette Comédie.
» Je la lus à des perfonnes de goût
» qui m'affurerent que quelques fcènes
ne leur déplaifoient pas. Il y a en
effet dans cette Piéce , des fcènes ingénieufes
qui fe font lire avec plaifir ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
même fans la Mufique , qui eft de M.
le Chevalier d'Herbain.
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35
LES DEUX TALENS, Comédie en deux Actes, mêlée d'Ariettes, par M. de Bastide, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 11 Août 1763, le prix est de 24 s. avec les airs. A Paris, chez Jean-Baptiste Bauche, Libraire, quai & auprès des Augustins, à Ste Geneviéve & à S. Jean dans le désert. Avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-12.
36
p. 198-200
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
ON a repris quelques représentations des Deux Talens : Piéce dont nous avions [...]
Mots clefs :
Pièce, Public, Drame, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
O
Na repris quelques repréfentations
des Deux Talens : Piéce dont nous avions
annoncé la nouveauté dans le précédent
Volume. On dit qu'elle a été imprimée
, ainfi le Public étant en état de
juger du mérite du Drame , nous fommes
difpenfés d'en parler. A l'égard de
la Mufique , l'accueil que le Public lui
a fait , & fur-tout le jugement des Connoiffeurs
, font très - propres à encoura
ger l'Amateur qui l'a compofée , & qui
avoit déja donné des preuves agréables
de fon goût & de fes connoiffances dans
cet Art.
Le 17 Août dernier , le Sr Jourdan
avoit débuté par le rôle de Pandolfe dans
la Servante Maîtreffe. Il a joué depuis
celui de Lucas dans les Troqueurs , &
s'eft retiré .
Le 31 du même mois , Mlle Dugué
avoit débuté par le rôle de la Femme
Savetiere dans Blaife. Elle n'a pas reparu
depuis ce premier début .
Le fept Septembre Mlle Beaupré ,
jeune Actrice de la Troupe qui repréfentoit
à Compiegne pendant le
oyage de Cour, a paru pour la première
OCTOBRE . 1763. 199
fois fur le Théâtre Italien à Paris . Les
Rôles de ce début ont été Ninette , la
Servante Maîtreffe ; Life dans le Maître
en Droit , & Annette dans la Piéce de ce
nom . Le début de ce jeune Sujet a été
très-brillant par les applaudiffemens & par
la foule des Spectateurs . Le Public a trouvé
qu'elle promettoit beaucoup , & les
Connoiffeurs ont applaudi dans ce qu'ils
voyoient , ce qu'ils efpéroient voir dans
la fuite , de la part de cette A&trice.
Elle paroît avoir de la fineffe , un peu
d'excès dans l'action femble être en elle
un effet de vivacité & de fentiment:
défaut pour lequel le Spectateur a toujours
de l'indulgence , en faveur de la
caufe qu'il foupçonne. Elle a peu de
voix , mais elle la conduit avec adreffe ;
ce qui mérite en elle beaucoup d'éloges ,
& ce qui fupplée à la foibleffe de l'organe
, eft une grande netteté & une
grande précifion dans l'articulation . On
efpére revoir Mlle Beaupré fur ce même
Théâtre à Pâques prochain , lorf
qu'elle aura rempli un engagement qui
la retient actuellement à ROUEN.
Le 27 Septembre on a donné la premiere
repréfentation d'une Piéce nouvelle
en Italien , intitulée les Amours
d'Arlequin & de Camille , qui a eu le
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
4 4
plus grand fuccès , & qui ne pouvoit en
avoir jamais autant qu'elle en mérite.
Ce Drame charmant eft du célébre M.
GOLDONI. ,
On ne fçauroit croire combien , dans
un Sujet fi fimple , il y a de beautés du
vrai genre de la Comédie. Rien n'eft
afi riche d'incidens & chacun fort naturellement
, & prefque néceffairement de
celui qui le précéde.
Dans tout le Drame , le Pathétique
de la nature & le Comique le plus plaifant
font tellement affortis & mêlés
enfemble , qu'ils ne font jamais difparate
& produisent chacun leur effet fans fe
détruire. Cette Piéce eft très- bien jouée ,
elle donne lieu fur-tout à développer les
admirables talens de l'Acteur qui porte
la mafque de Pantalon ; & ceux que
l'on connoît àMile CAMILLE pour l'Art
d'exprimer & d'émouvoir par les infléxions
du récit , comme par le jeu du
vifage . M. CARRELIN , fous le mafque
d'Arlequin , & M. CIAVARELLI dans le
rôle de Scapin , n'y font pas moins diſtingués
, chacun dans le Jeu que l'Auteur
feur a ingénieufement diftribué.
O
Na repris quelques repréfentations
des Deux Talens : Piéce dont nous avions
annoncé la nouveauté dans le précédent
Volume. On dit qu'elle a été imprimée
, ainfi le Public étant en état de
juger du mérite du Drame , nous fommes
difpenfés d'en parler. A l'égard de
la Mufique , l'accueil que le Public lui
a fait , & fur-tout le jugement des Connoiffeurs
, font très - propres à encoura
ger l'Amateur qui l'a compofée , & qui
avoit déja donné des preuves agréables
de fon goût & de fes connoiffances dans
cet Art.
Le 17 Août dernier , le Sr Jourdan
avoit débuté par le rôle de Pandolfe dans
la Servante Maîtreffe. Il a joué depuis
celui de Lucas dans les Troqueurs , &
s'eft retiré .
Le 31 du même mois , Mlle Dugué
avoit débuté par le rôle de la Femme
Savetiere dans Blaife. Elle n'a pas reparu
depuis ce premier début .
Le fept Septembre Mlle Beaupré ,
jeune Actrice de la Troupe qui repréfentoit
à Compiegne pendant le
oyage de Cour, a paru pour la première
OCTOBRE . 1763. 199
fois fur le Théâtre Italien à Paris . Les
Rôles de ce début ont été Ninette , la
Servante Maîtreffe ; Life dans le Maître
en Droit , & Annette dans la Piéce de ce
nom . Le début de ce jeune Sujet a été
très-brillant par les applaudiffemens & par
la foule des Spectateurs . Le Public a trouvé
qu'elle promettoit beaucoup , & les
Connoiffeurs ont applaudi dans ce qu'ils
voyoient , ce qu'ils efpéroient voir dans
la fuite , de la part de cette A&trice.
Elle paroît avoir de la fineffe , un peu
d'excès dans l'action femble être en elle
un effet de vivacité & de fentiment:
défaut pour lequel le Spectateur a toujours
de l'indulgence , en faveur de la
caufe qu'il foupçonne. Elle a peu de
voix , mais elle la conduit avec adreffe ;
ce qui mérite en elle beaucoup d'éloges ,
& ce qui fupplée à la foibleffe de l'organe
, eft une grande netteté & une
grande précifion dans l'articulation . On
efpére revoir Mlle Beaupré fur ce même
Théâtre à Pâques prochain , lorf
qu'elle aura rempli un engagement qui
la retient actuellement à ROUEN.
Le 27 Septembre on a donné la premiere
repréfentation d'une Piéce nouvelle
en Italien , intitulée les Amours
d'Arlequin & de Camille , qui a eu le
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
4 4
plus grand fuccès , & qui ne pouvoit en
avoir jamais autant qu'elle en mérite.
Ce Drame charmant eft du célébre M.
GOLDONI. ,
On ne fçauroit croire combien , dans
un Sujet fi fimple , il y a de beautés du
vrai genre de la Comédie. Rien n'eft
afi riche d'incidens & chacun fort naturellement
, & prefque néceffairement de
celui qui le précéde.
Dans tout le Drame , le Pathétique
de la nature & le Comique le plus plaifant
font tellement affortis & mêlés
enfemble , qu'ils ne font jamais difparate
& produisent chacun leur effet fans fe
détruire. Cette Piéce eft très- bien jouée ,
elle donne lieu fur-tout à développer les
admirables talens de l'Acteur qui porte
la mafque de Pantalon ; & ceux que
l'on connoît àMile CAMILLE pour l'Art
d'exprimer & d'émouvoir par les infléxions
du récit , comme par le jeu du
vifage . M. CARRELIN , fous le mafque
d'Arlequin , & M. CIAVARELLI dans le
rôle de Scapin , n'y font pas moins diſtingués
, chacun dans le Jeu que l'Auteur
feur a ingénieufement diftribué.
Fermer
37
p. 148-151
« LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...] »
Début :
LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...]
Mots clefs :
Comédie, Pièce, Rôle, Comédiens, Tragédie, Actes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE 22 Novembre, les Comédiens François représenterent sur le Théâtre [...] »
A VERSAILLES.
LE 22 Novembre, les Comédiens
François représenterent fur le Théâtre
du Roi , le Menteur , Comédie en cinq
Actes , en vers, de Pierre Corneille, don-
née la premiere fois en 1641.
Pour feconde Piéce , on repréſenta
Heureufement , Comédie en un Acte ,
en profe de M. ROCHON DE CHA-
BANNES, qui a paru, dans fa nouveauté,
avec fuccès
1762.
,
au mois de Novembre
Le Mercredi 23 , par les Comédiens
Italiens , le Retour d' Arlequin , Comé-
die Italienne , fuivie du Roi & le Fer-
mier , Comédie mêlée d'Ariettes,
Le Jeudi 24 , par les Comédiens Fran-
çois, Didon,Tragédie de M. LE FRANC,
donnée la première fois en 1734 .
Le rôle de Didon a été joué par la
Plle CLAIRON. Celui d'Enée› par le
,
JANVIER. 1764.
149
fieur LE KAIN ; Jarbe , par le fieur BEL-
COUR ; Achate , par le fieur BRIZARD .
Ce même jour , pour feconde Piéce ,
le Deuil , Comédie en un Acte , en vers,
de feu M. HAUTEROCHE
de 1662.
>
dans la-
quelle les Dlles DOLIGNY & LUZY
;
jouerent l'une le rôle de Babet , & l'au-
tre celui de Perette. Cette Comédie eft
Le Mardi 29 , les mêmes Comédiens
repréfenterent l'Ecole des Maris , Co-
médie de MOLIERE , en trois Actes &
en Vers. Cette Piéce eft de 1662 ; elle
fut fuivie du Sage Etourdi , Comédie
de feu M. DE BOISSY
dans laquelle
le fieur MOLÉ a joué le rôle de Léandre ;
le fieur BELCOUR celui d'Erafte , & la
Dlle PRÉVILLE le rôle d'Eliante , & c.
Le Jeudi , premier Décembre , on re-
préfenta pour la premiere fois ( à la
Cour ) la nouvelle Tragédie intitulée
le Comte de Warvik de M. DE LA
HARPE. Cette Piéce y fit fur les Spec-
tateurs la même impreffion qu'elle
avoit faite à Paris ,& par conféquent eut
un fuccès général. Nous en avons déja
parlé dans le précédent Mercure ; nous
ajouterons ci-après , dans l'Article de
Paris de ce vol. quelques obfervations
fur cette Tragédie.
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
La Tragédie fut fuivie de la Pupille ,
Comédie en 1 Acte en Profe de feur
M. FAGAN. La jeune Dlle DOLIGNI
>
qui dans fon début avoit , pour ainfi
dire , renouvellé le fuccès qu'eut cette
Piéce dans fa nouveauté en 1734 , a
joué le rôle de la Pupille à la Cour, où
elle a fait le plus grand plaifir.
La nouvelle de la mort de l'Archidu-
cheffe a interrompu les Spectacles de
la Cour pendant plufieurs jours ; ils ont
été repris le Mardi 13 , par le Joueur
>
Comédie en cinq Actes , en vers , de feu
M. REGNARD , donnée en 1698. Le
rôle de Valere a été joué par le fieur
BELCOUR , celui d'Hector , par le fieur
ARMAND , & c.
Pour feconde Piéce , le même jour ,
la Famille extravagante , Comédie en
un Acte , en vers , du feu fieur LE
GRAND , de 1709.
Le 14 , par les Comédiens Italiens , les
Amours d'Arlequin & de Camille , de
M. GOLDONI , Piéce Italienne conte-
nant les trois premiers Actes d'un Su-
jet diftribué en
autres. Ouvrage Dra
matique , dont nous avons déja parlé &
dont on ne parlera jamais avec autant
d'éloges qu'il en mérite.
Pour feconde Piéce, Ninette à la Cour,
Opéra- Comique.
JANVIER. 1764.
Le lendemain , 15 , par les Comédiens
François , Mérope , Tragédie de M. de
VOLTAIRE , fuivie de Zénéïde. Le
fieur GRANGER , jeune Acteur dont
nous allons avoir occafion de parler à
l'Article de Paris , y débuta avec beau-
, y
coup de fuccès par le rôle d'Egifte ,
dans la premiere Piéce ; & par celui
d'Olinde , dans la feconde .
La fuite au Mercure prochain.
LE 22 Novembre, les Comédiens
François représenterent fur le Théâtre
du Roi , le Menteur , Comédie en cinq
Actes , en vers, de Pierre Corneille, don-
née la premiere fois en 1641.
Pour feconde Piéce , on repréſenta
Heureufement , Comédie en un Acte ,
en profe de M. ROCHON DE CHA-
BANNES, qui a paru, dans fa nouveauté,
avec fuccès
1762.
,
au mois de Novembre
Le Mercredi 23 , par les Comédiens
Italiens , le Retour d' Arlequin , Comé-
die Italienne , fuivie du Roi & le Fer-
mier , Comédie mêlée d'Ariettes,
Le Jeudi 24 , par les Comédiens Fran-
çois, Didon,Tragédie de M. LE FRANC,
donnée la première fois en 1734 .
Le rôle de Didon a été joué par la
Plle CLAIRON. Celui d'Enée› par le
,
JANVIER. 1764.
149
fieur LE KAIN ; Jarbe , par le fieur BEL-
COUR ; Achate , par le fieur BRIZARD .
Ce même jour , pour feconde Piéce ,
le Deuil , Comédie en un Acte , en vers,
de feu M. HAUTEROCHE
de 1662.
>
dans la-
quelle les Dlles DOLIGNY & LUZY
;
jouerent l'une le rôle de Babet , & l'au-
tre celui de Perette. Cette Comédie eft
Le Mardi 29 , les mêmes Comédiens
repréfenterent l'Ecole des Maris , Co-
médie de MOLIERE , en trois Actes &
en Vers. Cette Piéce eft de 1662 ; elle
fut fuivie du Sage Etourdi , Comédie
de feu M. DE BOISSY
dans laquelle
le fieur MOLÉ a joué le rôle de Léandre ;
le fieur BELCOUR celui d'Erafte , & la
Dlle PRÉVILLE le rôle d'Eliante , & c.
Le Jeudi , premier Décembre , on re-
préfenta pour la premiere fois ( à la
Cour ) la nouvelle Tragédie intitulée
le Comte de Warvik de M. DE LA
HARPE. Cette Piéce y fit fur les Spec-
tateurs la même impreffion qu'elle
avoit faite à Paris ,& par conféquent eut
un fuccès général. Nous en avons déja
parlé dans le précédent Mercure ; nous
ajouterons ci-après , dans l'Article de
Paris de ce vol. quelques obfervations
fur cette Tragédie.
G iij
50 MERCURE DE FRANCE.
La Tragédie fut fuivie de la Pupille ,
Comédie en 1 Acte en Profe de feur
M. FAGAN. La jeune Dlle DOLIGNI
>
qui dans fon début avoit , pour ainfi
dire , renouvellé le fuccès qu'eut cette
Piéce dans fa nouveauté en 1734 , a
joué le rôle de la Pupille à la Cour, où
elle a fait le plus grand plaifir.
La nouvelle de la mort de l'Archidu-
cheffe a interrompu les Spectacles de
la Cour pendant plufieurs jours ; ils ont
été repris le Mardi 13 , par le Joueur
>
Comédie en cinq Actes , en vers , de feu
M. REGNARD , donnée en 1698. Le
rôle de Valere a été joué par le fieur
BELCOUR , celui d'Hector , par le fieur
ARMAND , & c.
Pour feconde Piéce , le même jour ,
la Famille extravagante , Comédie en
un Acte , en vers , du feu fieur LE
GRAND , de 1709.
Le 14 , par les Comédiens Italiens , les
Amours d'Arlequin & de Camille , de
M. GOLDONI , Piéce Italienne conte-
nant les trois premiers Actes d'un Su-
jet diftribué en
autres. Ouvrage Dra
matique , dont nous avons déja parlé &
dont on ne parlera jamais avec autant
d'éloges qu'il en mérite.
Pour feconde Piéce, Ninette à la Cour,
Opéra- Comique.
JANVIER. 1764.
Le lendemain , 15 , par les Comédiens
François , Mérope , Tragédie de M. de
VOLTAIRE , fuivie de Zénéïde. Le
fieur GRANGER , jeune Acteur dont
nous allons avoir occafion de parler à
l'Article de Paris , y débuta avec beau-
, y
coup de fuccès par le rôle d'Egifte ,
dans la premiere Piéce ; & par celui
d'Olinde , dans la feconde .
La fuite au Mercure prochain.
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38
p. 13
RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU.
Début :
J'AI reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 2 de [...]
Mots clefs :
Pièce, Lettre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU.
RÉPONSE de M. J. J. ROUSSEAU .
J'AI ' A 1 reçu , Monfieur , la lettre que vous
m'avez fait l'honneur
de m'écrire le 2 de
ce mois , & par laquelle vous défavouez
la piéce intitulée
Sentimens des Citoyens.
J'ai écrit à Paris pour que l'on y fupprimât
l'édition que j'y ai fait faire de cette pièce.
Si je puis contribuer
en quelqu'autre
manière
à conftater votre défaveu , vous n'avez
qu'à ordonner. Je vous falue , Monfieur
, très-humblement
.
J. J. ROUSSEAU.
A Motiers , le 4 Février 1765.
J'AI ' A 1 reçu , Monfieur , la lettre que vous
m'avez fait l'honneur
de m'écrire le 2 de
ce mois , & par laquelle vous défavouez
la piéce intitulée
Sentimens des Citoyens.
J'ai écrit à Paris pour que l'on y fupprimât
l'édition que j'y ai fait faire de cette pièce.
Si je puis contribuer
en quelqu'autre
manière
à conftater votre défaveu , vous n'avez
qu'à ordonner. Je vous falue , Monfieur
, très-humblement
.
J. J. ROUSSEAU.
A Motiers , le 4 Février 1765.
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40
p. 53-54
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
Depuis qu'on a vu autrefois Dancourt, après lui le Grand, ensuite Boissy & plusieurs [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Pièce, Départ des matelots
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE..
DEPUIS qu'on a vu autrefois Dancourt ,
après lui le Grand , enfuite Boiffy & plufieurs
autres , s'emparer avec avidité des petits
événemens de leur temps , des chofes de
mode , des Anecdotes courantes , & même
des Vaudevilles nouveaux , pour en faire des
Piéces de théâtre , on ne doit pas être furpris
de voir nos Auteurs modernes faifir aujourd'hui
des circonftances pareilles pour en faire
le même ufage ; mais ce n'eft pas toujours
avec le même bonheur.
On a donné , le Lundi 23 Novembre , à la
Comédie Italienne , un de ces Ouvrages du
C iij
54
MERCURE
moment , intitulé le Départ des Matelots.
Cn connoit la belle action de Jean Bouffard ,
dit le brave homme , & la récompenſe hono- ,
rable qui lui a été accordée par un Miniftre
aufli éclairé que bienfaifant. C'eft fur cet
événement qu'eft fondée l'intrigue de la
Piéce. Le Matelot a un fils amoureux de la
fille d'un Bailli. Celui -ci , pénétré d'admiration
pour le courage & les vertus du père ,
confent à l'union des jeunes gens. Nous
n'entrerons pas dans de plus grands détails.
Le ftyle a été jugé de mauvais goût , & trop
chargé de figures relatives au métier des perfonnages.
La mufique , applaudie en quelques
endroits, a partagé le fort de la Pièce ,
qui n'a pas reparu.
Les rôles ont été remplis par MM. Suin ,
Trial , Mefnier , Michu , & par Madame
Trial.
On prépare l'Amant Jaloux , Comédie de
M. d'Hell , Auteur de Midas.
DEPUIS qu'on a vu autrefois Dancourt ,
après lui le Grand , enfuite Boiffy & plufieurs
autres , s'emparer avec avidité des petits
événemens de leur temps , des chofes de
mode , des Anecdotes courantes , & même
des Vaudevilles nouveaux , pour en faire des
Piéces de théâtre , on ne doit pas être furpris
de voir nos Auteurs modernes faifir aujourd'hui
des circonftances pareilles pour en faire
le même ufage ; mais ce n'eft pas toujours
avec le même bonheur.
On a donné , le Lundi 23 Novembre , à la
Comédie Italienne , un de ces Ouvrages du
C iij
54
MERCURE
moment , intitulé le Départ des Matelots.
Cn connoit la belle action de Jean Bouffard ,
dit le brave homme , & la récompenſe hono- ,
rable qui lui a été accordée par un Miniftre
aufli éclairé que bienfaifant. C'eft fur cet
événement qu'eft fondée l'intrigue de la
Piéce. Le Matelot a un fils amoureux de la
fille d'un Bailli. Celui -ci , pénétré d'admiration
pour le courage & les vertus du père ,
confent à l'union des jeunes gens. Nous
n'entrerons pas dans de plus grands détails.
Le ftyle a été jugé de mauvais goût , & trop
chargé de figures relatives au métier des perfonnages.
La mufique , applaudie en quelques
endroits, a partagé le fort de la Pièce ,
qui n'a pas reparu.
Les rôles ont été remplis par MM. Suin ,
Trial , Mefnier , Michu , & par Madame
Trial.
On prépare l'Amant Jaloux , Comédie de
M. d'Hell , Auteur de Midas.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le texte évoque la tradition des auteurs de comédie italienne, qui s'inspirent des événements contemporains et des anecdotes pour leurs pièces. Cette pratique perdure avec les auteurs modernes, mais sans toujours le même succès. Le 23 novembre, la Comédie Italienne a présenté 'Le Départ des Matelots', inspirée par l'action héroïque de Jean Bouffard, un matelot récompensé par un ministre. La pièce raconte l'histoire du fils de Bouffard, amoureux de la fille d'un bailli, qui finit par accepter leur union après avoir admiré le courage du père. La pièce a été critiquée pour son mauvais goût et ses nombreuses références au métier des personnages. La musique a reçu des applaudissements, mais la pièce n'a pas été rejouée. Les rôles étaient interprétés par MM. Suin, Trial, Mesnier, Michu, et Madame Trial. Une autre comédie, 'L'Amant Jaloux' de M. d'Hell, est en préparation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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