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1
p. 53-54
PLACET AU ROY.
Début :
Plaise au Roy ne plus oublier [...]
Mots clefs :
Bénéfice, Père, Roi
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texteReconnaissance textuelle : PLACET AU ROY.
PEdifie au Roy ne plus oublier
Q u jl m a deptiic quatre ans pro *
mis un Bénéfice,
E t qu'il avoit charqe le feu Pere
Ferri er
D e choifir un moment propice,
Qui put me donner lieu de l'en remercier.
L e Pere eft mort, mais j'ofie croire
Que f i toujours Sa M ajeflé ,
<Avoit pour moy me [me bonté,
E îij
54 LE MERCURE
E t leferoit mieux Convenir
Qu'un Grand Roy ne -promet que
ce qu'il veut tenir
Q u jl m a deptiic quatre ans pro *
mis un Bénéfice,
E t qu'il avoit charqe le feu Pere
Ferri er
D e choifir un moment propice,
Qui put me donner lieu de l'en remercier.
L e Pere eft mort, mais j'ofie croire
Que f i toujours Sa M ajeflé ,
<Avoit pour moy me [me bonté,
E îij
54 LE MERCURE
E t leferoit mieux Convenir
Qu'un Grand Roy ne -promet que
ce qu'il veut tenir
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p. 33-71
Histoire du Solitaire. [titre d'après la table]
Début :
Ces choses sont belles à dire, mais l'execution en est [...]
Mots clefs :
Courtisane, Naufrage, Mariage, Charmes, Fils, Père, Insensible, Aimer, Femmes, Solitaire, Livre, Bateliers, Rencontrer, Eau
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texteReconnaissance textuelle : Histoire du Solitaire. [titre d'après la table]
Ces choſes fontbelles àdire,mais l'execution en eſt diffi- cile, & la plupart de ceux qui font ces fortes d'Ouvrages ,
fongent bien moins àquiter le monde , qu'à faire paroiſtre leur eſprit. Beaucoup deGens parlent avantageuſementde la Solitude , & en dépeignent la tranquillité , & cependant on voit peu de Solitaires. Quoy que le nombre en ſoit petit ,
j'en ay découvert un depuis quelques jours , dont l'Hiſtoi- remerite bien de vous eſtre racontée. Il eſt Fils unique &
ſeul Heritier d'un Homme qui peut paſſer pour grand Sei- gneur dans ſa Province. Il le fit étudier avec beaucoup de foin &de dépenſe , luy fit faire ſes Exercices àParis , &le rap- pella aupres de luy dés qu'ils
Tome VI. C
2.6 LE MERCVRE
furent achevées , de crainte
qu'il ne priſt le parti de l'Epée,
&que le defirde la gloire qui excite preſque tous lesjeunes Gens , ne l'engageat à fuivre l'exemple de la plupart de fes Camarades qu'il voyoit aller à
l'Armée , en fortant de l'Aca
demie: CeFils dont l'humeur
eſtoit douce , qui n'aimoit que le repos , & qui ſe faifoit une joye extréme d'obeïr à fon Pe- re , ſe rendit aupres deluydans le temps marqué , & voulut répondre par fa diligence à
l'empreſſement que ce bon Homme avoit de le revoir.
Dés qu'il fut de retour , il luy propoſa une Charge de Con- feillerdans le Parlement de ***
pour l'attacher plus fortement auprés de luy. Cet offre fut accepté avec joye , & la Char-
GALANT. 27
ge ayant eſté achetée , il y fut reçeu avec applaudiſſement ;
il l'a exercée pendant dix ans avec une integrité dont nous avons peu veu d'exemples. Il ne faut pas s'en étonner , il eſtoit indifferent , & la Province n'avoit point de Beautez capables de le toucher. Ce n'eſt pas qu'il euſt de mépris pour aucune , & que fon in- difference aprochat de celle
de beaucoup de jeunes Gens qui ont fi bonne opinion d'eux-meſmes , qu'ils croyent
la plupart des Femmes indi gnesde leursfoins. Noſtre
litaire n'avoit point
&s'il avoit de l'indifference,
la cauſe n'endevoit eſtre attribuée qu'à ſon temperament.
Sa froideur pour le Sexe eſtoit accompagnée d'une civilité
cedeflwy
Cij
28 LE MERCVRE
qui gagnoit tous les coœurs , &
jamais Inſenſible ne l'a fi peu paru. Siquelques Belles qui ne le haïffoient pas , & qui au- roient volontiers fait lamoitié
des avances , cachoient le cha- grin qu'elles avoient de luy voir un cœur fi peu capable d'aimer , fon Pere faiſoit ſans
ceffe paroiſtre le ſien. Il le preſſoit tous les jours deſema- rier , & luy témoignoit avec une ardeur inconcevable le
defir qu'il avoit de voir des Succeſſeurs qui pûffent em- peſcher ſon nom de mourir.
Ces difcours fatiguoient nô- tre Solitaire, il ne fongeoit qu'à ſes Livres , il n'aimoit que fon Cabinet , il y paſſoit des jours entiers, & ne voyoit les Dames que lors qu'il ne pouvoit civi-- lement s'endéfendre, & que le
1
GALANT. 29
4
hazard les faifoit trouver dans
des lieux où il ne les cherchoit
pas : demanierequ'on peutdi- re qu'au milieu d'une des plus GalantesVilles de France , &
dans un Parlement celebre , il
vivoit comme s'il eût efté dans
une Solitude. Le calme d'eſprit &les douceurs qu'il trouvoit dans cette vie tranquile , fu- rentmêlées de quelques cha- grins. Les empreſſemens que fon Pere avoit de le marier,
luy firent de la peine : il vou- lut tâcher à ſe vaincre pour luy obeïr, il combatit les defirs qu'il avoit de conferver ſa li- berté, il ſe dit des raiſons pour fe faire vouloir ce qu'il ap- préhendoit le plus , mais cefut toûjours inutilement; de forte
que ſe voyant dans la neceffi- te d'entendre tous les jours les
Ciij
30 LE MERCVRE
plaintes de ſon Pere , ou de prendre une Femme, il refolut de vendre ſa Charge de Con- • ſeiller, &de ſe retirer dans une
Maiſon de Campagne ſur les bords d'une agreable Riviere.
Il pratiqua fecretement des Genspourcela,conclut prom- ptement ſon marché , &partit auffi - toſt aprés. La Maiſon eſtoit à luy , elle eſtoit toute meublée , il y alloit ſouvent,
&n'ayant beſoin de faire au- cuns appreſts pour ce Voyage,
il fit facilement croire qu'il n'alloit que s'y promener, quoy qu'il euſt deſſein de s'y établir tout-à-fait. A peine y est - il arrivé , qu'il s'adonne entie- rement à la lecture des plus
beaux Livres , aux Oeuvres de Pieté , & à la culture de fon Jardin. Le Pere au deſeſpoir,
GALANT. 31 &qui ſouhaitoit toujours d'a- voir des Succeſſeurs , confulte
ſes Amis pour ſçavoir de quel- le maniere il en uſera pour faire retourner ſon Fils dans
le monde. On y trouva de la difficulté , pluſieurs expédiens ſont propoſez, on ſe quite fans ſe determiner à rien. On fe
raffemble : & le bon Homme
conclut enfin qu'il parlera à
quelques Bateliers , & qu'il priera une Fille publique in-- connuë à ſon Fils , & la plus belle qu'il pourra trouver , de ſe mettre dans leur Bateau , &
qu'ils iront aupresdu Jardinde fon Fils , où ils feindront de
faire naufrage. Son argent luy fait trouver tout ce qu'il fou- haite. On luy promet tout, on execute tout , mais fi à propos &avec tant d'aparence de ve
32 LE MERCVRE rité , que noſtre Solitaire en eſt touché de compaffion. Il eſtoit appuyé fur le bordd'une Terraffe qui regardoit la Ri- viere, & tenoit un Livre remplyde Traitez contre l'Amour.
Il le liſoit avec plaifir , s'ap- plaudiffſoit de la dureté de fon cœur , &s'affermiſſoit dans la
refolution qu'il faifoit tous les jours de ne ſe laiſſer jamais ébloüir par aucune Beauté ,
quelques charmes qu'elle pût avoir , lors que les cris des Ba- teliers, &d'une jeune fille qui fembloit perir, luy firent aban- donner la lecture pour courir au bord de l'eau. Il vit une
Femme qui en fortoit , il luy preſente la main , &la preffa d'entrer chez luy pour chan- ger de hardes , & pour pren-- dre du repos. Il la plaignie
GALANT. 33
LYC
pendant le chemin avec une
honneſteté qui luy eft natu- relle ,&luy dit des choſes qui l'auroient empeſchée de croi- re qu'il eſtoit inſenſible, fi elle n'en avoit eſté bien avertie.
Elle ſe contentade luy repartir qu'elle ſe trouvoit bien- heureuſe dans fon infortune de rencontrer une Perſonn
auſſi obligeate que luy. Quand elle fut arrivée dans ſon L
gis , elle demanda du Feu &
du Linge pour en changer ,
parce que le ſien eſtoit tout moüillé. Noftre Solitaire en
fut luy-mefme chercher, & il
auroit fait l'impoſſible pour fa belle Hoſteſſe, ſans en ſçavoir la raiſon. Il eſtoit fi troublé &
fi interdit qu'il ne ſçavoit ce qu'il faiſoit. Il la regardoit fans parler , & parloit ſans ſçavoir
34 LE MERCURE ny ce qu'il diſoit , ny ce qu'il luy vouloit dire. Il luy alluma luy - meſine du feu avec un empreſſement extraordinaire ,
&envoya tous ſes Gens avec ordre de ne rien épargner pour ſauver ſes Hardesqui flotoient fur l'eau. Pendant qu'il eſtoit occupé àfaire du feu, la Belle ſe deshabilloit peu à peu , &
laiſſoit entrevoir de temps en
temps une partie des beautez qui avoienteſté admirées d'un
grand nombre de Cavaliers.
Elle ſe coucha en fuite. Nôtre Solitaire s'approcha de fon Lit , & voulut l'entretenir ;
mais elle luy dit qu'elle estoit fort fatiguée,&le pria avec un air modefte & remply d'une certaine pudeur qui arrache les cœurs, de ſe retirer & de
la laiſſfer en repos. Il eſt vray
GALANT. 35 qu'elle estoit laffe , & le feint Naufrage l'avoit prêque autāt tourmentée qu'auroit fait un veritable péril.Elle dormit fort tranquillement pendant toute la nuit. Son Hoſte n'en fit pas
de meſme , il reſvaal'Avantu+
re qui luy eſtoit arrivée , &
fon imagination ne ceſſa point de luy reprefenter la Belle qui n'eſtoit fortie de l'eau , que pourluy ravir le repos dont il joüiffoit. Son inſenſibilité l'em- peſchoit de croire qu'il aimât
veritablement ; &quand il au- roit eſté bien perfuadé de ſa paffion , il n'oſoit ſe l'avoüer à
luy--mefme ; &la manieredont il avoit veſcu luy faifoit voir tant de foibleſſe dans un fi
prompt changement , qu'il ne Içavoit à quoy ſe déterminer.
Il ſe leva avec ces cruelles irré-
36 LE MERCURE
:
ſolutions. Il fut à peine habil- lé , qu'il envoya ſçavoir de quelle maniere ſa belle Ho- ſteſſe avoit paffé la nuit. Ilap- prit qu'elle estoit éveillée , &
qu'elle ſe portoitbien. Il enté- moigna de la joye , & luy en- voya demander la permiffion dela voir. Il l'obtint ; mais à
peine fut - il entré dans ſa Chambre , qu'il fentit unba- tement de cœur qui luy pré- ſagea ce quiluy eſt arrivé dé- puis. Il luy trouva de nou- veaux charmes ; &luy fit des complimens ſi embarraffez ,
que la Belle connut bien que ces appas commençoient à fai- re l'effet que le Pere de noſtre Inſenſible s'eſtoit propoſé. El- le le pria de luy donner quel- qu'un pour envoyer querir une Litiere dans la Ville Capitale
GALANT. 37 pitalede la Province , quin'é- toitpas éloignéedulieuoù ils eſtoient , & luy dit qu'elle eſtoit obligée d'y aller incef- ſamment pour porter des Pa piers de conſequence àſaMe- re , qui estoit fur le pointd'y voirjugerungrandProcés. Il
luy promit toutdans le deſſein dene luyrientenir,&fit venir fur l'heure un de ſes Gens à
qui il commanda d'executer ponctuellement tout ce qu'el- leluydiroit; puis il luydefen- ditenparticulierde ſuivre au- cunsdeſes ordres ,&le fit cacher afin qu'il ne paruſt plus devant elle. Ilmittout enufage pour empefcher qu'elle ne s'ennuyât. Les Repas furent galans &magnifiques ,&tout parladefon amouravantqu'il en dit rien &qu'il en fut luy Tome VI. D
38 LE MERCVRE mefmebien perfuadé. Cepen- dant ſa paffion qui avoit eſté violentedés ſa naiſſance, l'o- bligeade s'informer avec foin des raiſons qui avoient penſé faire périr une ſi aimable Per- ſonne. Illuydemandad'où elle eftoit partie , & pourquoy efle s'eſtoit fiée à des Bateliers fi
imprudens. Elle luy rendit rai- fon , detout , & luy dit que fa Mere ne youloit pas quelle confiât à perſonneles Papiers,
dont elle luy venoit de parler ,
& qu'ayant appris qu'un teau devpit pafler aupres de la Terre d'où elle les venoit de querir , elle s'eſtoit mife,de- dans , &avoit envoyé tous fes Gens par terre. Elle adjouta a
toutes ces chofes,qu'elle def- cendoit d'une Illuftre Maiſon
Bar
3
qu'elle luy nomma, mais que
α
GALANT. 39 les Debtes que fes Anceſtres
avoient laiſſees ,à caufe des
-dépenſes exceſſives auſquelles le ſervice de leur Prince les
avoit engagées , eſtoient cauſe qu'elle ne paroiſſoit pasdansle
monde avec tout l'éclat que devoit faire une Perſonne de
fa naiffance. CeRécitacheva
-de charmer noſtre Solitaire : &
fa belleHoſteffe qui ne devoit demeurer chez luy que pen- dant quelques jours , s'eſtant apperçeuë qu'il reſſentoit un veritable amour , voulut voir
juſquesoùleschofes pouroient aller. Leurs converſations devinrent longues &frequentes,
les yeux del'Amant parlerent fouvent, ſes ſoins confirme- rent tout ce qu'ils dirent , &
fes Billets tendres en apprirent encor davantage. Ce n'eftoit
Dij
40 LE MERCVRE toutefois pas affez , il falloit une declaration de vive voix
&dans les formes. Noftre Solitaire la fit , mais en Amant
bien reſolu d'aimer toûjours.
Il dit àcette adroite perſonne (qui n'avoit rien oublié de tout ce qu'elle avoit crû ne- ceffaire pour l'enflamer ) qu'il netiendroit qu'àelle de le ren- dre heureux le reſte de fes
jours, en partageant avec luy le peu debien que la Fortune luy avoit donné , & qu'il ne demandoit pour reconnoiffan- ceque ſes bonnesgraces &fon cœur. Il luy propoſa en ſuite de l'époufer le lendemain.Elle fit d'abord de grandesdifficul- tez, puis elle ſe rendit en luy demandanthuit jours pour en conferer avec ſa Mere. Il ne
voulut point confentir à ce re
GALANT. 41 tardement. Elle en témoigna autant de chagrin qu'elle en avoit de joye , & le laiſſa en fuite le maiſtre dela choſe. Il
fit tout préparerpourle lende- main,& le Mariageſe fit dans PEglife du lieu , en preſence detous les Paroiffiens. Cepen- dant le Pere de noftre NouveauMariéqu'on n'avoitaver- ty de rien, fentit redoubler la curioſité qu'ilavoit de ſçavoir -commentſon ſtratagême avoit réuffy. Il vint voir fon'Fils',
qu'il trouva d'abord plus gay qu'àl'ordinaire.Il en eutbeau- coup dejoye, &luy en deman- dala caufe. L'Amour a fait ce
changement, luy répondit- il.
J'en fuis ravy , lity repartit le bon Homme en l'embraffant
les larmes auxyeux, &je croy que pus qu'une Fehime a pu Dij
142 LE MERCURE
vous toucher , vous pourez devenir inſenſible aux charmes de quelque autre. LeFils l'affura du contraire , &luy dit qu'il aimeroit eternellement celle à qui il avoit donné fon cœur. Vous avez beau jurer ,
luyrepartit le Pere , je ne croi-- rayplus rien d'impoffible , puis que vous vous eſtes laiſſé tour cher. Ilest vray que je me fuis,
laiffé toucher, &meſme plus:
quevous ne penſez , luyrepli qua ceFils , puis que voir,ai mer&épouſer,n'ont eſté qu'u ne meſme choſe en moy. Ju- gez apres cela , poursuivit- il ,
fi yous avez raifon d'aſſurer que je deviendrayfenfible aux charmes d'une autre Femme ?
Ces paroles rendirent le Pere immobile , &le ſaiſirent telle
ment qu'il demeura quelque
GALANT.
43 temps fans pouvoir parler. Le Fils qui crût que la joye pro- duiſoit cet effet dans le cœur
de ſon Pere , adjoûta qu'il ne le preſſcroit plus de luydon- ner des Succeſſeurs , qu'il en auroit bien toſt,&qu'il croyoit que ſa Femme eſtoit groffe.
Quoy, luy ditle bon Homme d'une voix tremblante , vous
avez épouſe la Perſonne que vous avez retirée du Naufrage!OüymonPere , luy répon- dit-il , le Ciel me l'a envovée pourm'empeſcher d'eſtre plus long-temps rebelle à vos vo- lontez. Ah ! qu'avez-vousfait,
mon Fils qu'avez - vous fait ?
s'écria le Vieillard. Ce que vous avez fi ſouvent ſouhaité
demoy , repartit noſtre Nou- veauMarić. Dites plûtoft, in- terrompit le Pere avec des
44 LE MERCVRE yeux pleins de fureur, tout ce que je devois craindre , & ce qui vous couvrira d'une infa- mie eternelle , & vous rendra
Popprobre de tout le monde.
Je vous pardonne toutefois ,
poursuivit-il , àcauſe devoftre ignorance,mais il faut quiter voſtre Femme, if la faut fuir
&ne jamais fonger àla revoir.
De la maniere que vous par- -łez, répondit le Fils , il falloit que j'euſſe une Sœur qui ne m'eſtoit pas connuë, &je l'au- ray fans doute épousée , puis qu'il n'y a qu'une avanture ſemblable qui me puiffe obli- gerd'abandonner une Femme àquij'ay fi publiquementdon- né ma foy. Tu luy en peux manquer , reprit le Pere , &
tonMariage le peut rompre , quoy qu'elle ne foit point ta
GALANT. 45 Sœur. Il luy raconta enſuite,
toute l'Hiſtoire du feint Naufrage , & luy dit qu'il avoit pretendu que les charmes &
les manieres engageantes de laPerſonne qui avoit ordre de ſe retirer chez luy aprés ſon malheur apparent , &de luy demander les ſecours qu'illuy avoit offert de luy- meſme,
pourroient peu à peu faire di- minuer fon averſion pour les Dames;que c'étoit tout cequ'il avoit ſouhaité , dans la pensée que ſon cœur eftant devenu
moins farouche , ſe pourroit attendrir pour une plus hon- neſtePerſonne , & qu'il ſe ſe- roit alors fi adroitement fervyde l'occaſion , qu'il l'auroit fait conſentir à luy donner la main ; mais que puis qu'il avoit épousé une Courtiſane,
46 LE MERCURE il devoit par toutes fortes de raiſons demander la rupture de fon Mariage. Je n'ay point leu dans ſes yeux ce qu'elle eſtoit , edit alors ce Fils avec un
ton auffi triſte que touchant :
Ils m'ont paru doux , je n'ay rien veu que d'aimable dans toutefa Perſonne , &j'ay trou- védes charmesdans ſon eſprit -qui auroient pû engager des cœurs plus inſenſibles que le mien. Tout ce que vous dites peut excufer voſtre Mariage ,
repartit le Pere avec beaucoup de douceur , fanspouvoir vous
fervir de pretexte pour vous -empeſcher de le rompre,mais preſentement , pourſuivit-il ,
que vous connoiſſez voſtre er- reur, la raifon... La raiſon , s'éeria le Fils , je vous ay dit mille &mille fois pendantque vous
GALANT. 47
4.
me preffiez d'engager mon cœur , qu'elle estoit incompa-,
tible avec l'amour , & que de
peur de la perdre je voulois eſtre toûjours inſenſible. Vous ſouhaitiez alors de me voir
moins raiſonnable ,&vous me
le repetiez tous les jours : ce- pendant vous voulez aujour- d'huyqu'avec une paffionvio-- lente,je conſerve toute larai- fonque pourroit avoir l'Hom- me du monde le plus infenfi- ble. Il en faut avoir quand 'honneur le veut , repliqua le Pere, & tu ne romps ton
Mariage , je te declare que je
te desheriteray. Je ne voy past dequoy vous pouvez vous plaindre, luy répondit leFils,
je n'ay pas eſté chercher la Perſonne que j'ay épousée , &,
vous demeurez vous - meſme,
d'accord que vous me l'avez
48 LE MERCURE
envoyée. Dés que j'ay ſenty que je commençois à l'aimer,
je me ſuis ſouvenu de vous,
&de la joye que vous auriez en apprenant que je ceffois d'eſtre inſenſible. Le deſir de
vous plaire s'eſt mis de la par- tie,il m'a empeſchederefifter
fortement aux premiers mou- vemens demon amour ,&je me ſuis laiſſe vaincre quand j'ayſerieuſement fait reflexion fur la manieredont la Perſonne que j'ay épousée eſtoit ve- nuëchez moy. J'ay crû qu'ily
avoitde ladeſtinée dans cette
Avanture , que nous eſtions nez l'un pour l'autre , & que je ſerois criminel ſi j'étois plus long-temps rebelle à vos vo- lontez ,&que les Succeſſeurs quevous ſouhaitiez avec tant d'empreſſement,eſtoient peut
GALANT. 49
eſtre deſtinez pour eſtre un jour de grands Hommes , &
que le Public en pouvoit recevoir des avantages confide- rables. Ayant examiné toutes ces chofes , j'aurois crû faire un crime de ne pas ſuivre les mouvemens qui m'étoient in- fpirez aprés une Avanture fi extraordinaire , & dans un
temps où j'y penſois le moins.
Toutes ces raiſons ne fatisfirent pas le Pere, il preffa en- cor ſon fils de conſentir à ſe
démarier. Ce dernier s'en eft
faitun ſcrupule de confcien- ce , &le Pere s'eſt pourvû en Juſtice pour faire caſſer leMa- riage. Je les trouve tous deux à plaindre , & je ſerois bien embaraffé ſi j'avois à pronon- cer là-deſſus. Les raiſons de
Fun & de l'autre me paroif
Tome VI. E
50 LE MERCVRE
کو
foient bonnes , &je ne trouve que l'Amourde condamnable,
mais il ne reconnoît point de
Juges, & ne fait jamais que ce qu'il luy plaît
fongent bien moins àquiter le monde , qu'à faire paroiſtre leur eſprit. Beaucoup deGens parlent avantageuſementde la Solitude , & en dépeignent la tranquillité , & cependant on voit peu de Solitaires. Quoy que le nombre en ſoit petit ,
j'en ay découvert un depuis quelques jours , dont l'Hiſtoi- remerite bien de vous eſtre racontée. Il eſt Fils unique &
ſeul Heritier d'un Homme qui peut paſſer pour grand Sei- gneur dans ſa Province. Il le fit étudier avec beaucoup de foin &de dépenſe , luy fit faire ſes Exercices àParis , &le rap- pella aupres de luy dés qu'ils
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2.6 LE MERCVRE
furent achevées , de crainte
qu'il ne priſt le parti de l'Epée,
&que le defirde la gloire qui excite preſque tous lesjeunes Gens , ne l'engageat à fuivre l'exemple de la plupart de fes Camarades qu'il voyoit aller à
l'Armée , en fortant de l'Aca
demie: CeFils dont l'humeur
eſtoit douce , qui n'aimoit que le repos , & qui ſe faifoit une joye extréme d'obeïr à fon Pe- re , ſe rendit aupres deluydans le temps marqué , & voulut répondre par fa diligence à
l'empreſſement que ce bon Homme avoit de le revoir.
Dés qu'il fut de retour , il luy propoſa une Charge de Con- feillerdans le Parlement de ***
pour l'attacher plus fortement auprés de luy. Cet offre fut accepté avec joye , & la Char-
GALANT. 27
ge ayant eſté achetée , il y fut reçeu avec applaudiſſement ;
il l'a exercée pendant dix ans avec une integrité dont nous avons peu veu d'exemples. Il ne faut pas s'en étonner , il eſtoit indifferent , & la Province n'avoit point de Beautez capables de le toucher. Ce n'eſt pas qu'il euſt de mépris pour aucune , & que fon in- difference aprochat de celle
de beaucoup de jeunes Gens qui ont fi bonne opinion d'eux-meſmes , qu'ils croyent
la plupart des Femmes indi gnesde leursfoins. Noſtre
litaire n'avoit point
&s'il avoit de l'indifference,
la cauſe n'endevoit eſtre attribuée qu'à ſon temperament.
Sa froideur pour le Sexe eſtoit accompagnée d'une civilité
cedeflwy
Cij
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qui gagnoit tous les coœurs , &
jamais Inſenſible ne l'a fi peu paru. Siquelques Belles qui ne le haïffoient pas , & qui au- roient volontiers fait lamoitié
des avances , cachoient le cha- grin qu'elles avoient de luy voir un cœur fi peu capable d'aimer , fon Pere faiſoit ſans
ceffe paroiſtre le ſien. Il le preſſoit tous les jours deſema- rier , & luy témoignoit avec une ardeur inconcevable le
defir qu'il avoit de voir des Succeſſeurs qui pûffent em- peſcher ſon nom de mourir.
Ces difcours fatiguoient nô- tre Solitaire, il ne fongeoit qu'à ſes Livres , il n'aimoit que fon Cabinet , il y paſſoit des jours entiers, & ne voyoit les Dames que lors qu'il ne pouvoit civi-- lement s'endéfendre, & que le
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hazard les faifoit trouver dans
des lieux où il ne les cherchoit
pas : demanierequ'on peutdi- re qu'au milieu d'une des plus GalantesVilles de France , &
dans un Parlement celebre , il
vivoit comme s'il eût efté dans
une Solitude. Le calme d'eſprit &les douceurs qu'il trouvoit dans cette vie tranquile , fu- rentmêlées de quelques cha- grins. Les empreſſemens que fon Pere avoit de le marier,
luy firent de la peine : il vou- lut tâcher à ſe vaincre pour luy obeïr, il combatit les defirs qu'il avoit de conferver ſa li- berté, il ſe dit des raiſons pour fe faire vouloir ce qu'il ap- préhendoit le plus , mais cefut toûjours inutilement; de forte
que ſe voyant dans la neceffi- te d'entendre tous les jours les
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plaintes de ſon Pere , ou de prendre une Femme, il refolut de vendre ſa Charge de Con- • ſeiller, &de ſe retirer dans une
Maiſon de Campagne ſur les bords d'une agreable Riviere.
Il pratiqua fecretement des Genspourcela,conclut prom- ptement ſon marché , &partit auffi - toſt aprés. La Maiſon eſtoit à luy , elle eſtoit toute meublée , il y alloit ſouvent,
&n'ayant beſoin de faire au- cuns appreſts pour ce Voyage,
il fit facilement croire qu'il n'alloit que s'y promener, quoy qu'il euſt deſſein de s'y établir tout-à-fait. A peine y est - il arrivé , qu'il s'adonne entie- rement à la lecture des plus
beaux Livres , aux Oeuvres de Pieté , & à la culture de fon Jardin. Le Pere au deſeſpoir,
GALANT. 31 &qui ſouhaitoit toujours d'a- voir des Succeſſeurs , confulte
ſes Amis pour ſçavoir de quel- le maniere il en uſera pour faire retourner ſon Fils dans
le monde. On y trouva de la difficulté , pluſieurs expédiens ſont propoſez, on ſe quite fans ſe determiner à rien. On fe
raffemble : & le bon Homme
conclut enfin qu'il parlera à
quelques Bateliers , & qu'il priera une Fille publique in-- connuë à ſon Fils , & la plus belle qu'il pourra trouver , de ſe mettre dans leur Bateau , &
qu'ils iront aupresdu Jardinde fon Fils , où ils feindront de
faire naufrage. Son argent luy fait trouver tout ce qu'il fou- haite. On luy promet tout, on execute tout , mais fi à propos &avec tant d'aparence de ve
32 LE MERCVRE rité , que noſtre Solitaire en eſt touché de compaffion. Il eſtoit appuyé fur le bordd'une Terraffe qui regardoit la Ri- viere, & tenoit un Livre remplyde Traitez contre l'Amour.
Il le liſoit avec plaifir , s'ap- plaudiffſoit de la dureté de fon cœur , &s'affermiſſoit dans la
refolution qu'il faifoit tous les jours de ne ſe laiſſer jamais ébloüir par aucune Beauté ,
quelques charmes qu'elle pût avoir , lors que les cris des Ba- teliers, &d'une jeune fille qui fembloit perir, luy firent aban- donner la lecture pour courir au bord de l'eau. Il vit une
Femme qui en fortoit , il luy preſente la main , &la preffa d'entrer chez luy pour chan- ger de hardes , & pour pren-- dre du repos. Il la plaignie
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pendant le chemin avec une
honneſteté qui luy eft natu- relle ,&luy dit des choſes qui l'auroient empeſchée de croi- re qu'il eſtoit inſenſible, fi elle n'en avoit eſté bien avertie.
Elle ſe contentade luy repartir qu'elle ſe trouvoit bien- heureuſe dans fon infortune de rencontrer une Perſonn
auſſi obligeate que luy. Quand elle fut arrivée dans ſon L
gis , elle demanda du Feu &
du Linge pour en changer ,
parce que le ſien eſtoit tout moüillé. Noftre Solitaire en
fut luy-mefme chercher, & il
auroit fait l'impoſſible pour fa belle Hoſteſſe, ſans en ſçavoir la raiſon. Il eſtoit fi troublé &
fi interdit qu'il ne ſçavoit ce qu'il faiſoit. Il la regardoit fans parler , & parloit ſans ſçavoir
34 LE MERCURE ny ce qu'il diſoit , ny ce qu'il luy vouloit dire. Il luy alluma luy - meſine du feu avec un empreſſement extraordinaire ,
&envoya tous ſes Gens avec ordre de ne rien épargner pour ſauver ſes Hardesqui flotoient fur l'eau. Pendant qu'il eſtoit occupé àfaire du feu, la Belle ſe deshabilloit peu à peu , &
laiſſoit entrevoir de temps en
temps une partie des beautez qui avoienteſté admirées d'un
grand nombre de Cavaliers.
Elle ſe coucha en fuite. Nôtre Solitaire s'approcha de fon Lit , & voulut l'entretenir ;
mais elle luy dit qu'elle estoit fort fatiguée,&le pria avec un air modefte & remply d'une certaine pudeur qui arrache les cœurs, de ſe retirer & de
la laiſſfer en repos. Il eſt vray
GALANT. 35 qu'elle estoit laffe , & le feint Naufrage l'avoit prêque autāt tourmentée qu'auroit fait un veritable péril.Elle dormit fort tranquillement pendant toute la nuit. Son Hoſte n'en fit pas
de meſme , il reſvaal'Avantu+
re qui luy eſtoit arrivée , &
fon imagination ne ceſſa point de luy reprefenter la Belle qui n'eſtoit fortie de l'eau , que pourluy ravir le repos dont il joüiffoit. Son inſenſibilité l'em- peſchoit de croire qu'il aimât
veritablement ; &quand il au- roit eſté bien perfuadé de ſa paffion , il n'oſoit ſe l'avoüer à
luy--mefme ; &la manieredont il avoit veſcu luy faifoit voir tant de foibleſſe dans un fi
prompt changement , qu'il ne Içavoit à quoy ſe déterminer.
Il ſe leva avec ces cruelles irré-
36 LE MERCURE
:
ſolutions. Il fut à peine habil- lé , qu'il envoya ſçavoir de quelle maniere ſa belle Ho- ſteſſe avoit paffé la nuit. Ilap- prit qu'elle estoit éveillée , &
qu'elle ſe portoitbien. Il enté- moigna de la joye , & luy en- voya demander la permiffion dela voir. Il l'obtint ; mais à
peine fut - il entré dans ſa Chambre , qu'il fentit unba- tement de cœur qui luy pré- ſagea ce quiluy eſt arrivé dé- puis. Il luy trouva de nou- veaux charmes ; &luy fit des complimens ſi embarraffez ,
que la Belle connut bien que ces appas commençoient à fai- re l'effet que le Pere de noſtre Inſenſible s'eſtoit propoſé. El- le le pria de luy donner quel- qu'un pour envoyer querir une Litiere dans la Ville Capitale
GALANT. 37 pitalede la Province , quin'é- toitpas éloignéedulieuoù ils eſtoient , & luy dit qu'elle eſtoit obligée d'y aller incef- ſamment pour porter des Pa piers de conſequence àſaMe- re , qui estoit fur le pointd'y voirjugerungrandProcés. Il
luy promit toutdans le deſſein dene luyrientenir,&fit venir fur l'heure un de ſes Gens à
qui il commanda d'executer ponctuellement tout ce qu'el- leluydiroit; puis il luydefen- ditenparticulierde ſuivre au- cunsdeſes ordres ,&le fit cacher afin qu'il ne paruſt plus devant elle. Ilmittout enufage pour empefcher qu'elle ne s'ennuyât. Les Repas furent galans &magnifiques ,&tout parladefon amouravantqu'il en dit rien &qu'il en fut luy Tome VI. D
38 LE MERCVRE mefmebien perfuadé. Cepen- dant ſa paffion qui avoit eſté violentedés ſa naiſſance, l'o- bligeade s'informer avec foin des raiſons qui avoient penſé faire périr une ſi aimable Per- ſonne. Illuydemandad'où elle eftoit partie , & pourquoy efle s'eſtoit fiée à des Bateliers fi
imprudens. Elle luy rendit rai- fon , detout , & luy dit que fa Mere ne youloit pas quelle confiât à perſonneles Papiers,
dont elle luy venoit de parler ,
& qu'ayant appris qu'un teau devpit pafler aupres de la Terre d'où elle les venoit de querir , elle s'eſtoit mife,de- dans , &avoit envoyé tous fes Gens par terre. Elle adjouta a
toutes ces chofes,qu'elle def- cendoit d'une Illuftre Maiſon
Bar
3
qu'elle luy nomma, mais que
α
GALANT. 39 les Debtes que fes Anceſtres
avoient laiſſees ,à caufe des
-dépenſes exceſſives auſquelles le ſervice de leur Prince les
avoit engagées , eſtoient cauſe qu'elle ne paroiſſoit pasdansle
monde avec tout l'éclat que devoit faire une Perſonne de
fa naiffance. CeRécitacheva
-de charmer noſtre Solitaire : &
fa belleHoſteffe qui ne devoit demeurer chez luy que pen- dant quelques jours , s'eſtant apperçeuë qu'il reſſentoit un veritable amour , voulut voir
juſquesoùleschofes pouroient aller. Leurs converſations devinrent longues &frequentes,
les yeux del'Amant parlerent fouvent, ſes ſoins confirme- rent tout ce qu'ils dirent , &
fes Billets tendres en apprirent encor davantage. Ce n'eftoit
Dij
40 LE MERCVRE toutefois pas affez , il falloit une declaration de vive voix
&dans les formes. Noftre Solitaire la fit , mais en Amant
bien reſolu d'aimer toûjours.
Il dit àcette adroite perſonne (qui n'avoit rien oublié de tout ce qu'elle avoit crû ne- ceffaire pour l'enflamer ) qu'il netiendroit qu'àelle de le ren- dre heureux le reſte de fes
jours, en partageant avec luy le peu debien que la Fortune luy avoit donné , & qu'il ne demandoit pour reconnoiffan- ceque ſes bonnesgraces &fon cœur. Il luy propoſa en ſuite de l'époufer le lendemain.Elle fit d'abord de grandesdifficul- tez, puis elle ſe rendit en luy demandanthuit jours pour en conferer avec ſa Mere. Il ne
voulut point confentir à ce re
GALANT. 41 tardement. Elle en témoigna autant de chagrin qu'elle en avoit de joye , & le laiſſa en fuite le maiſtre dela choſe. Il
fit tout préparerpourle lende- main,& le Mariageſe fit dans PEglife du lieu , en preſence detous les Paroiffiens. Cepen- dant le Pere de noftre NouveauMariéqu'on n'avoitaver- ty de rien, fentit redoubler la curioſité qu'ilavoit de ſçavoir -commentſon ſtratagême avoit réuffy. Il vint voir fon'Fils',
qu'il trouva d'abord plus gay qu'àl'ordinaire.Il en eutbeau- coup dejoye, &luy en deman- dala caufe. L'Amour a fait ce
changement, luy répondit- il.
J'en fuis ravy , lity repartit le bon Homme en l'embraffant
les larmes auxyeux, &je croy que pus qu'une Fehime a pu Dij
142 LE MERCURE
vous toucher , vous pourez devenir inſenſible aux charmes de quelque autre. LeFils l'affura du contraire , &luy dit qu'il aimeroit eternellement celle à qui il avoit donné fon cœur. Vous avez beau jurer ,
luyrepartit le Pere , je ne croi-- rayplus rien d'impoffible , puis que vous vous eſtes laiſſé tour cher. Ilest vray que je me fuis,
laiffé toucher, &meſme plus:
quevous ne penſez , luyrepli qua ceFils , puis que voir,ai mer&épouſer,n'ont eſté qu'u ne meſme choſe en moy. Ju- gez apres cela , poursuivit- il ,
fi yous avez raifon d'aſſurer que je deviendrayfenfible aux charmes d'une autre Femme ?
Ces paroles rendirent le Pere immobile , &le ſaiſirent telle
ment qu'il demeura quelque
GALANT.
43 temps fans pouvoir parler. Le Fils qui crût que la joye pro- duiſoit cet effet dans le cœur
de ſon Pere , adjoûta qu'il ne le preſſcroit plus de luydon- ner des Succeſſeurs , qu'il en auroit bien toſt,&qu'il croyoit que ſa Femme eſtoit groffe.
Quoy, luy ditle bon Homme d'une voix tremblante , vous
avez épouſe la Perſonne que vous avez retirée du Naufrage!OüymonPere , luy répon- dit-il , le Ciel me l'a envovée pourm'empeſcher d'eſtre plus long-temps rebelle à vos vo- lontez. Ah ! qu'avez-vousfait,
mon Fils qu'avez - vous fait ?
s'écria le Vieillard. Ce que vous avez fi ſouvent ſouhaité
demoy , repartit noſtre Nou- veauMarić. Dites plûtoft, in- terrompit le Pere avec des
44 LE MERCVRE yeux pleins de fureur, tout ce que je devois craindre , & ce qui vous couvrira d'une infa- mie eternelle , & vous rendra
Popprobre de tout le monde.
Je vous pardonne toutefois ,
poursuivit-il , àcauſe devoftre ignorance,mais il faut quiter voſtre Femme, if la faut fuir
&ne jamais fonger àla revoir.
De la maniere que vous par- -łez, répondit le Fils , il falloit que j'euſſe une Sœur qui ne m'eſtoit pas connuë, &je l'au- ray fans doute épousée , puis qu'il n'y a qu'une avanture ſemblable qui me puiffe obli- gerd'abandonner une Femme àquij'ay fi publiquementdon- né ma foy. Tu luy en peux manquer , reprit le Pere , &
tonMariage le peut rompre , quoy qu'elle ne foit point ta
GALANT. 45 Sœur. Il luy raconta enſuite,
toute l'Hiſtoire du feint Naufrage , & luy dit qu'il avoit pretendu que les charmes &
les manieres engageantes de laPerſonne qui avoit ordre de ſe retirer chez luy aprés ſon malheur apparent , &de luy demander les ſecours qu'illuy avoit offert de luy- meſme,
pourroient peu à peu faire di- minuer fon averſion pour les Dames;que c'étoit tout cequ'il avoit ſouhaité , dans la pensée que ſon cœur eftant devenu
moins farouche , ſe pourroit attendrir pour une plus hon- neſtePerſonne , & qu'il ſe ſe- roit alors fi adroitement fervyde l'occaſion , qu'il l'auroit fait conſentir à luy donner la main ; mais que puis qu'il avoit épousé une Courtiſane,
46 LE MERCURE il devoit par toutes fortes de raiſons demander la rupture de fon Mariage. Je n'ay point leu dans ſes yeux ce qu'elle eſtoit , edit alors ce Fils avec un
ton auffi triſte que touchant :
Ils m'ont paru doux , je n'ay rien veu que d'aimable dans toutefa Perſonne , &j'ay trou- védes charmesdans ſon eſprit -qui auroient pû engager des cœurs plus inſenſibles que le mien. Tout ce que vous dites peut excufer voſtre Mariage ,
repartit le Pere avec beaucoup de douceur , fanspouvoir vous
fervir de pretexte pour vous -empeſcher de le rompre,mais preſentement , pourſuivit-il ,
que vous connoiſſez voſtre er- reur, la raifon... La raiſon , s'éeria le Fils , je vous ay dit mille &mille fois pendantque vous
GALANT. 47
4.
me preffiez d'engager mon cœur , qu'elle estoit incompa-,
tible avec l'amour , & que de
peur de la perdre je voulois eſtre toûjours inſenſible. Vous ſouhaitiez alors de me voir
moins raiſonnable ,&vous me
le repetiez tous les jours : ce- pendant vous voulez aujour- d'huyqu'avec une paffionvio-- lente,je conſerve toute larai- fonque pourroit avoir l'Hom- me du monde le plus infenfi- ble. Il en faut avoir quand 'honneur le veut , repliqua le Pere, & tu ne romps ton
Mariage , je te declare que je
te desheriteray. Je ne voy past dequoy vous pouvez vous plaindre, luy répondit leFils,
je n'ay pas eſté chercher la Perſonne que j'ay épousée , &,
vous demeurez vous - meſme,
d'accord que vous me l'avez
48 LE MERCURE
envoyée. Dés que j'ay ſenty que je commençois à l'aimer,
je me ſuis ſouvenu de vous,
&de la joye que vous auriez en apprenant que je ceffois d'eſtre inſenſible. Le deſir de
vous plaire s'eſt mis de la par- tie,il m'a empeſchederefifter
fortement aux premiers mou- vemens demon amour ,&je me ſuis laiſſe vaincre quand j'ayſerieuſement fait reflexion fur la manieredont la Perſonne que j'ay épousée eſtoit ve- nuëchez moy. J'ay crû qu'ily
avoitde ladeſtinée dans cette
Avanture , que nous eſtions nez l'un pour l'autre , & que je ſerois criminel ſi j'étois plus long-temps rebelle à vos vo- lontez ,&que les Succeſſeurs quevous ſouhaitiez avec tant d'empreſſement,eſtoient peut
GALANT. 49
eſtre deſtinez pour eſtre un jour de grands Hommes , &
que le Public en pouvoit recevoir des avantages confide- rables. Ayant examiné toutes ces chofes , j'aurois crû faire un crime de ne pas ſuivre les mouvemens qui m'étoient in- fpirez aprés une Avanture fi extraordinaire , & dans un
temps où j'y penſois le moins.
Toutes ces raiſons ne fatisfirent pas le Pere, il preffa en- cor ſon fils de conſentir à ſe
démarier. Ce dernier s'en eft
faitun ſcrupule de confcien- ce , &le Pere s'eſt pourvû en Juſtice pour faire caſſer leMa- riage. Je les trouve tous deux à plaindre , & je ſerois bien embaraffé ſi j'avois à pronon- cer là-deſſus. Les raiſons de
Fun & de l'autre me paroif
Tome VI. E
50 LE MERCVRE
کو
foient bonnes , &je ne trouve que l'Amourde condamnable,
mais il ne reconnoît point de
Juges, & ne fait jamais que ce qu'il luy plaît
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Résumé : Histoire du Solitaire. [titre d'après la table]
Le texte narre l'histoire d'un jeune homme, fils unique d'un grand seigneur, qui mène une existence solitaire et studieuse malgré les pressions de son père pour qu'il se marie. Après avoir exercé une charge de conseiller au Parlement pendant dix ans avec intégrité, il décide de vendre sa charge et de se retirer dans une maison de campagne pour échapper aux sollicitations de son père. Ce dernier, désespéré de ne pas avoir de petits-enfants, organise un stratagème en faisant semblant de naufrage avec une jeune femme près de la maison de son fils. Touché par la compassion, le jeune homme accueille la jeune femme et finit par tomber amoureux d'elle. Après plusieurs jours de conversations et de déclarations, il l'épouse. Cependant, la situation se complique lorsque le père révèle que le naufrage était feint et que la femme était une courtisane envoyée pour adoucir le cœur rebelle du fils. Furieux, le père exige que le fils rompe ce mariage, menaçant de le déshériter sinon. Le fils, amoureux, argue que les circonstances et ses sentiments l'ont poussé à épouser cette femme, croyant voir une destinée dans cette rencontre. Le père, insistant sur la raison et l'honneur, refuse de céder. Le fils, respectueux des scrupules de conscience, ne veut pas divorcer. Le père, de son côté, se tourne vers la justice pour faire annuler le mariage. Le narrateur trouve les deux parties dignes de pitié, reconnaissant la validité des arguments des deux côtés, mais condamnant l'amour pour son irrationalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 208-231
Avanture de Musique. [titre d'après la table]
Début :
Quoy qu'il semble que ce stile soit trop simple [...]
Mots clefs :
Aventure, Musique, Fille, Divertissement public, Opéra, Voix, Cavalier, Père, Rival, Lambert, Hélas, Air, Accident, Amour, Vers, Billet, Sonnet, Orgue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avanture de Musique. [titre d'après la table]
Quoyqu'il ſemble que ce ſtile foit trop fimple pour eftre pro- pre aux grandes matieres, il ne laiſſe pasd'avoir de lagrace le voudrois en avoir autantà vous
conter dansle mien,une Avanturede Muſiquequi a cauſe de- puis peu de grands embarras à
biendeGens. Un Homme confiderable &par fon bien & par l'employ qu'il a dans la Robe ,
eſtant demeuré veuf depuis quelque temps , avec une Fille unique, n'avoit point de plus fortepaffion que celle de lama- rier. La garde luy en ſembloit dangereuſe , & il croyoit ne pouvoir s'en défaire jamais af- ſez toſt. Ce n'eſt pas qu'elle n'euſt beaucoup de vertu , &
qu'ayant eſté toûjours élevée dans une fort grande modeſtie,
elle ne fuft incapable de man-
GALANT. 139
(
quer à rien de cequ'elle ſe de- voitàelle-meſme; mais une Fille qui a vingt ans , de l'efprit &
de la beauté , n'eſt point faite pour eftre cachée, il y adesme- furesdebien- feance à garder, &
un Pere que les Affairesdu Pu- blic occupent continuellement,
ne sçauroit mieux faire que de remettre en d'autres mains ce
qui court toûjours quelque pé- ril entre les ſiennes. Tant de
vertuqu'il vous plaira,unejeu- ne Perſonneaun cœur, ce cœur peuteſtre ſenſible , &on a d'au- tantplus à craindre qu'il ne le devienne , que l'Eſprit ſe joi- gnant à la Beauté , attire toû- jours force Adorateurs. La De- moiſelle dont jevous parle étoit faite d'une maniere àn'en pas manquer ſi les ſcrupules duPe- ren'yeuſſent mis ordre. Onla
:
140 LE MERCVRE voyoit , on l'admiroit dans les Lieux de devotion où il ne luy pouvoit eftredefendu de ſe mõtrer, mais elle ne recevoit chez
elleaucuneViſite, fi vous exceprezcellesde cinq ou fix Paren- tes ouVoifinesqui luy tenoient cõpagnie avec affez d'affiduité.
Celqu'elle regrettoit le plus des divertiſfemens publics,dont elle ne joüifſoit que par le rapport d'autruy, c'eſtoit Opera. Elle a- -voit la voix fort belle , ſçavoit parfaitement la muſique,&n'ai- -moitrientantqued'entédre bié chanter. Deux ou trois de ſesAmies avoient le méme talent&
la méme inclination , & la plus grande partie du temps qu'elles ſeplaifoient à paffer enſemble,
eſtoit employé à de petits Con- certsde leur façon. L'une d'elles avoit un Frere grandMuficien,
GALANT. 141 &c'eſtoit ſur ſes Leçons qu'el- les apprenoit aux autres ce qu'il yavoit de plus agreable &de plus touchant dans les Opéra.
La Belle brûloit d'envie de le
mettre de leurs Concerts,on luy diſoit mille biés de luy,&il n'en entendoit pas moins dire d'elle à
ſa Scœur. Ainfi ils furent preve- nus d'eſtime l'un pour l'autre avant qu'il leur fut permis deſe connoiſtre, & ladifficulté qu'ils y trouverent leur en augmenta le defir. Onparla au Pere,qui ſe montra plus traitable qu'on ne l'eſperoit.Le pretextede la mufi- que fut le ſeul dont on ſe fervit pourobtenir lapermiſſion qu'on luydemadoit.Il ne voulut point envier à ſa Fille l'unique plaifir qu'il ſçavoit eſtre capablede la toucher ; & le Cavalier ne luy paroiſſant point d'une Fortune
142 LE MERCVRE
àformer des pretétions d'allian- ce, il confentit à la priere que fa Sœur luy avoit faite, de trouver bon qu'elle l'amenaft.Ils ſe virét donc, ils ſe parlerent,ils chante- rent , &fans s'eſtre apperceus qu'ils euffent commencéà s'ay- mer, ils ſentirenten peu de téps qu'ils s'aymoient. Iln'yavoitrien quede tendre dans les Airs que
le Cavalier venoit apprendre àla Belle ; il les chantoit tendrement , & à force de les luy faire chanter de meſme , il mit
dans ſon ame des diſpoſitions favorables à bien recevoir la
declaration qu'ilſe hazarda enfin à luy faire. Ses regards a- voient parlé avant luy , & ils avoient eſté entendus fans que les Amiesde la Belle en euffent
penetré le ſecret. Elles impu- toient au feul deſſein d'animer
GALANT. 143 les parolesqu'il chantoit, ce qui eſtoit une explication paffion- née des ſentimens de ſon cœur,
Il trouva enfin l'occaſion d'un
teſte- à- tefte. Il ne la laiſſa pas échaper, & il employa des ter- mes ſi touchans , àfaire connoî tre toute la force de ſon amour
à la charmante Perſonne qui le cauſoit , qu'elle ne pût ſe défendre de luy dire qu'il re marqueroit par la promptitude de fon obeïſſance , l'eſtime par- ticuliere qu'elle avoit pour luy,
s'il pouvoit trouver moyen de luy faire ordonner par fon Pere de le regarder comme unHom- me qu'il luy vouloit donner pour Mary. Que de joye pour le Cavalier ! Il avoit des Alliances fort confiderables , &
ménageoit une Perſonne d'au- torité pour l'engager à venir
144 LE MERCVRE
faire la propoſition pour luy ,
quand il apprend de la Belle que ſon Pere la marioit à un Gentilhome fort richequ'il luy avoit déja amené; que les Arti- cles eſtoient arreftez , & qu'il s'en eſtoit expliqué avec elle d'une maniere ſi impérieuſe ,
qu'elle ne voyoit pas de jour à
ſe pouvoir diſpenſer de luy obeïr. Sa douleur eſt auſſi gran- de que ſa ſurpriſe. Il la conjure d'apporter à ſon malheur tous les retardemens qu'elle pour- roit , tandis que de fon coſté il mettroit tout en uſage pour l'empeſeher. Les témoignages
qu'ils ſe donnent de leurdéplai- fir font interrompus par l'arri- vée de l'Amant choify. Comme il eſtoit naturellement jaloux il obſerve le Cavalier , & trouve
dansſonchagrinje ne ſçayquoy
de
GALANT. 1451 de ſuſpect qui l'oblige àſe faire l'Eſpion de ſa Maiſtreſſe. Il la fuit par tout , & fe rend chez
elle tous les jours de fi bonne .
heure , que le Cavalier aimé ne peut plus trouver moyen de l'entretenir. Il cacheledeſeſpoir
où cet embarras le met, & la Muſique eſtant le pretexte de ſes vifites , il tâche d'éblouir ſon
Rival, encontinuant à luy faire chanter à elle & à ſes Amies,
tous les endroitsqu'elles ſçavent
desOpéra Quelquesjours apres ne pouvant venir à bout de trouver un momentde teſte- àteſte pourſçavoir ſes ſentimens,
il eſſaye un ſtratagême pareil à
celuy de l'Amant du Malade Imaginaire. Il feint que le fa- meux Lambert a fait unAir à
deuxParties que peu de PerſonG
כִּי
146 LE MERCVRE.
nés ont encor veu , &parle fur tout d'un Helas qui a quelque choſe de fort touchant quand la Baffe & le Deſſus ſont meflez enſemble. L'Air&les Paro- les estoient de luy,&le tour ſe
rapportoit àl'eftat preſent de ſa fortune. La Belle qui comme je vous ay deja dit avoit une par- faite connoiffance de la Mufique , demande à voir cet Air fi
touchant, & s'offre en meſine
temps à le chanter avec luy. II.
eſtoit fait furces Paroles.
Ievousd'aydit centfois,belle Iris , je vousaime ;
Comme voftre beauté , mon amour est
extréme 1
Maisje crains un Rival charmé devos
appast emp suis bi Vous pâliffez,Iris; l'aimeriez- vous?
GALANT. 147LI T
de
L'AmantMuficien avoit trouvé
des cheutes fi heureuſes dans la
répétition de cet Helas, que la Belle qui avoit commencé à
chanter ſans s'appercevoir du
miſtere , comprit bientoſt à la maniere tendre &languiſſante dont il attachoit ſes regards ſur elle,qu'il la conjuroitde luy ap- prendre ce qu'elle luy permet- toit d'eſperer. La douleur ſe voir contrainte de ſacrifier
fon amour àfon devoir ,la ſaiſit
tout-à-coup fi fortement,qu'elle perd la voix , tombe évanoüye,
&luy fait connoiſtre par cet ac- cident que fon malheur ne luy eſt pas moins ſenſible qu'àbuy.
C'eſt alors qu'il ne peut plus garder de mefures. L'envie de fecourir ſa belle Maiſtreſſe , le fait agir en Amant paffionné. IF Gij
148 LE MERCVRE
:
court , il va , revient , ſe met à
genoux devant elle , la prie de l'entendre , &ſemble mourir de T'apprehenfion qu'il a de ſa mort. SonRivalqui ne peut plus douter de fon amour , en eſt ja- louxdans l'excés , & le devient
encordavantage , quandla Bel- le commençant à ouvrir les yeux , prononce fon nom , &
demande triſtement s'il eſt par- ty. Il ſe plaint au Pere , en ob- tientle banniſſement du Muficien, le fait ſignifier à ſa Mai- ſtreffe ,&croit le triompheaf- ſurépourluy; mais le Pere em- ploye inutilement ſon autorité.
La Fille ſe révolte , prend pour outrage les défiances de l'A- mant qu'elle veut qu'il épouſe,
&ſous pretexte de luy laiſſer plus de temps à examiner ſa
GALANT 149 conduite, elle recule ſon Mariaged'un mois entier , pendant le- quel elle veutqu'il la voye vivre avec celuy qui luy fait ombra- ge, afin qu'il ſe gueriſſe de ſes injuftes ſoupçons , ouqu'il rom- pe avec elle , s'il la croit inca- pable de le rendre heureux.
-Ainſi les viſites continuent; &
*comme les deux Amans ne
cherchent qu'à dégoûter l'En- nemy de leur bonheur, ils ne ménagent plus ſa jaloufie , &
ſe vangentde l'inquietude qu'il leur donne par les méchantes heures qu'ilsluy font paſſer. Le hazard contribuë à leur en
fournir les occafions. Le Muſicienqui venoittoûjours chan- ter avec la Belle , luy avoit re-- cité des Vers aſſez agreables.
Elle en demande une copie.
Giij
SSO LE MERCVRE L'Amour eft induſtrieux , il ſe fait apporter de quoy écrire,
changeles Vers enbonneProfe bien fignificative, luy explique de la manieredu mondela plus touchante ce que ſa paſſion luy fait fouffrir , luy met ce qu'il a
écrit entre les mains , &la con- jure de luy dire fans déguiſe- ment fi ce quiaeu quelquegra- cedans ſa bouche , luy en pa- roift conferver fur le papier.
Elle lit, foûrit , montre de la
joye , & ne peut affez exagerer les nouvelles beautez que la
lecture luy a fait découvrirdans cet ouvrage. L'Amant jaloux ,
qui estoit veritablement amou-
-reux &gardien perpetuel de fa Maiſtreſſe , ne s'accommode
point de cette écriture. Il de- mandeà lire les Vers , on le re2
i
GALANT. 151 fuſe. Il y ſoupçonne du miftere,
&ce qui le convaincqu'il y en a, c'eſt que ſon Rival s'eſtant ſervy le lendemain du meſme artifice , & n'ayant à donner que la copie d'un Sonnet , il luy voit écrire plus de vingt lignes,
&remarque qu'elles font tou- tes continuées , au lieu que les Versſont ouplus courts ouplus longs ſelon le nombre des let- tres qui entrent dans les mots qui les compoſent. Il acheve de perdre patience en voyant prendre la plume à ſa Maiſtref- ſe. Elle écrit un aſſez longBil- let , le cachete , le donne à fon
Rival , commedevanteſtre ren- du à quelqu'une de ſes Amies,
&le prie de luy en apporter la réponſe le lendemain. Jugez de la joyede l'un , & du deſeſpoir
152 LE MERCVRE de l'autre. L'Amant aimé qui nedoute pas que la Belle n'ait répondupar ceBillet à fon Son- net metamorphofé , brûle d'im- patiencede le lire. Il fort. Son Rivalfortdans le meſmetemps,
le fuit , &l'ayantjoint dans une Ruë où il paſſoit fort peu de monde, il luy demande fiere- ment à voir le Biller. Ces gages de l'amour d'une Maiſtreſſe ne
s'abandonnent jamais qu'avec la vie. Ils mettent l'Epée à la main. La fureur qui anime le Jaloux , ne luy permet point de ſeménager. Il tombe d'une lar- ge bleſſure qu'il reçoit. On la tient mortelle , & cet accident
oblige ſon Rival à ſe cacher.
Voila , Madame, l'état où ſont
àpreſent les choſes. Le Pere fulmine, la Fille proteſte qu'elle
GALANT. 153 ne forcera point ſon inclination pourépouſer un Jaloux qui ne peut que la rendre malheureu- -ſe; & ce queje trouve de fa- cheux dans cette Avanture ,
c'eſt que je ne voy perſonne qui ait lieu d'en eſt
conter dansle mien,une Avanturede Muſiquequi a cauſe de- puis peu de grands embarras à
biendeGens. Un Homme confiderable &par fon bien & par l'employ qu'il a dans la Robe ,
eſtant demeuré veuf depuis quelque temps , avec une Fille unique, n'avoit point de plus fortepaffion que celle de lama- rier. La garde luy en ſembloit dangereuſe , & il croyoit ne pouvoir s'en défaire jamais af- ſez toſt. Ce n'eſt pas qu'elle n'euſt beaucoup de vertu , &
qu'ayant eſté toûjours élevée dans une fort grande modeſtie,
elle ne fuft incapable de man-
GALANT. 139
(
quer à rien de cequ'elle ſe de- voitàelle-meſme; mais une Fille qui a vingt ans , de l'efprit &
de la beauté , n'eſt point faite pour eftre cachée, il y adesme- furesdebien- feance à garder, &
un Pere que les Affairesdu Pu- blic occupent continuellement,
ne sçauroit mieux faire que de remettre en d'autres mains ce
qui court toûjours quelque pé- ril entre les ſiennes. Tant de
vertuqu'il vous plaira,unejeu- ne Perſonneaun cœur, ce cœur peuteſtre ſenſible , &on a d'au- tantplus à craindre qu'il ne le devienne , que l'Eſprit ſe joi- gnant à la Beauté , attire toû- jours force Adorateurs. La De- moiſelle dont jevous parle étoit faite d'une maniere àn'en pas manquer ſi les ſcrupules duPe- ren'yeuſſent mis ordre. Onla
:
140 LE MERCVRE voyoit , on l'admiroit dans les Lieux de devotion où il ne luy pouvoit eftredefendu de ſe mõtrer, mais elle ne recevoit chez
elleaucuneViſite, fi vous exceprezcellesde cinq ou fix Paren- tes ouVoifinesqui luy tenoient cõpagnie avec affez d'affiduité.
Celqu'elle regrettoit le plus des divertiſfemens publics,dont elle ne joüifſoit que par le rapport d'autruy, c'eſtoit Opera. Elle a- -voit la voix fort belle , ſçavoit parfaitement la muſique,&n'ai- -moitrientantqued'entédre bié chanter. Deux ou trois de ſesAmies avoient le méme talent&
la méme inclination , & la plus grande partie du temps qu'elles ſeplaifoient à paffer enſemble,
eſtoit employé à de petits Con- certsde leur façon. L'une d'elles avoit un Frere grandMuficien,
GALANT. 141 &c'eſtoit ſur ſes Leçons qu'el- les apprenoit aux autres ce qu'il yavoit de plus agreable &de plus touchant dans les Opéra.
La Belle brûloit d'envie de le
mettre de leurs Concerts,on luy diſoit mille biés de luy,&il n'en entendoit pas moins dire d'elle à
ſa Scœur. Ainfi ils furent preve- nus d'eſtime l'un pour l'autre avant qu'il leur fut permis deſe connoiſtre, & ladifficulté qu'ils y trouverent leur en augmenta le defir. Onparla au Pere,qui ſe montra plus traitable qu'on ne l'eſperoit.Le pretextede la mufi- que fut le ſeul dont on ſe fervit pourobtenir lapermiſſion qu'on luydemadoit.Il ne voulut point envier à ſa Fille l'unique plaifir qu'il ſçavoit eſtre capablede la toucher ; & le Cavalier ne luy paroiſſant point d'une Fortune
142 LE MERCVRE
àformer des pretétions d'allian- ce, il confentit à la priere que fa Sœur luy avoit faite, de trouver bon qu'elle l'amenaft.Ils ſe virét donc, ils ſe parlerent,ils chante- rent , &fans s'eſtre apperceus qu'ils euffent commencéà s'ay- mer, ils ſentirenten peu de téps qu'ils s'aymoient. Iln'yavoitrien quede tendre dans les Airs que
le Cavalier venoit apprendre àla Belle ; il les chantoit tendrement , & à force de les luy faire chanter de meſme , il mit
dans ſon ame des diſpoſitions favorables à bien recevoir la
declaration qu'ilſe hazarda enfin à luy faire. Ses regards a- voient parlé avant luy , & ils avoient eſté entendus fans que les Amiesde la Belle en euffent
penetré le ſecret. Elles impu- toient au feul deſſein d'animer
GALANT. 143 les parolesqu'il chantoit, ce qui eſtoit une explication paffion- née des ſentimens de ſon cœur,
Il trouva enfin l'occaſion d'un
teſte- à- tefte. Il ne la laiſſa pas échaper, & il employa des ter- mes ſi touchans , àfaire connoî tre toute la force de ſon amour
à la charmante Perſonne qui le cauſoit , qu'elle ne pût ſe défendre de luy dire qu'il re marqueroit par la promptitude de fon obeïſſance , l'eſtime par- ticuliere qu'elle avoit pour luy,
s'il pouvoit trouver moyen de luy faire ordonner par fon Pere de le regarder comme unHom- me qu'il luy vouloit donner pour Mary. Que de joye pour le Cavalier ! Il avoit des Alliances fort confiderables , &
ménageoit une Perſonne d'au- torité pour l'engager à venir
144 LE MERCVRE
faire la propoſition pour luy ,
quand il apprend de la Belle que ſon Pere la marioit à un Gentilhome fort richequ'il luy avoit déja amené; que les Arti- cles eſtoient arreftez , & qu'il s'en eſtoit expliqué avec elle d'une maniere ſi impérieuſe ,
qu'elle ne voyoit pas de jour à
ſe pouvoir diſpenſer de luy obeïr. Sa douleur eſt auſſi gran- de que ſa ſurpriſe. Il la conjure d'apporter à ſon malheur tous les retardemens qu'elle pour- roit , tandis que de fon coſté il mettroit tout en uſage pour l'empeſeher. Les témoignages
qu'ils ſe donnent de leurdéplai- fir font interrompus par l'arri- vée de l'Amant choify. Comme il eſtoit naturellement jaloux il obſerve le Cavalier , & trouve
dansſonchagrinje ne ſçayquoy
de
GALANT. 1451 de ſuſpect qui l'oblige àſe faire l'Eſpion de ſa Maiſtreſſe. Il la fuit par tout , & fe rend chez
elle tous les jours de fi bonne .
heure , que le Cavalier aimé ne peut plus trouver moyen de l'entretenir. Il cacheledeſeſpoir
où cet embarras le met, & la Muſique eſtant le pretexte de ſes vifites , il tâche d'éblouir ſon
Rival, encontinuant à luy faire chanter à elle & à ſes Amies,
tous les endroitsqu'elles ſçavent
desOpéra Quelquesjours apres ne pouvant venir à bout de trouver un momentde teſte- àteſte pourſçavoir ſes ſentimens,
il eſſaye un ſtratagême pareil à
celuy de l'Amant du Malade Imaginaire. Il feint que le fa- meux Lambert a fait unAir à
deuxParties que peu de PerſonG
כִּי
146 LE MERCVRE.
nés ont encor veu , &parle fur tout d'un Helas qui a quelque choſe de fort touchant quand la Baffe & le Deſſus ſont meflez enſemble. L'Air&les Paro- les estoient de luy,&le tour ſe
rapportoit àl'eftat preſent de ſa fortune. La Belle qui comme je vous ay deja dit avoit une par- faite connoiffance de la Mufique , demande à voir cet Air fi
touchant, & s'offre en meſine
temps à le chanter avec luy. II.
eſtoit fait furces Paroles.
Ievousd'aydit centfois,belle Iris , je vousaime ;
Comme voftre beauté , mon amour est
extréme 1
Maisje crains un Rival charmé devos
appast emp suis bi Vous pâliffez,Iris; l'aimeriez- vous?
GALANT. 147LI T
de
L'AmantMuficien avoit trouvé
des cheutes fi heureuſes dans la
répétition de cet Helas, que la Belle qui avoit commencé à
chanter ſans s'appercevoir du
miſtere , comprit bientoſt à la maniere tendre &languiſſante dont il attachoit ſes regards ſur elle,qu'il la conjuroitde luy ap- prendre ce qu'elle luy permet- toit d'eſperer. La douleur ſe voir contrainte de ſacrifier
fon amour àfon devoir ,la ſaiſit
tout-à-coup fi fortement,qu'elle perd la voix , tombe évanoüye,
&luy fait connoiſtre par cet ac- cident que fon malheur ne luy eſt pas moins ſenſible qu'àbuy.
C'eſt alors qu'il ne peut plus garder de mefures. L'envie de fecourir ſa belle Maiſtreſſe , le fait agir en Amant paffionné. IF Gij
148 LE MERCVRE
:
court , il va , revient , ſe met à
genoux devant elle , la prie de l'entendre , &ſemble mourir de T'apprehenfion qu'il a de ſa mort. SonRivalqui ne peut plus douter de fon amour , en eſt ja- louxdans l'excés , & le devient
encordavantage , quandla Bel- le commençant à ouvrir les yeux , prononce fon nom , &
demande triſtement s'il eſt par- ty. Il ſe plaint au Pere , en ob- tientle banniſſement du Muficien, le fait ſignifier à ſa Mai- ſtreffe ,&croit le triompheaf- ſurépourluy; mais le Pere em- ploye inutilement ſon autorité.
La Fille ſe révolte , prend pour outrage les défiances de l'A- mant qu'elle veut qu'il épouſe,
&ſous pretexte de luy laiſſer plus de temps à examiner ſa
GALANT 149 conduite, elle recule ſon Mariaged'un mois entier , pendant le- quel elle veutqu'il la voye vivre avec celuy qui luy fait ombra- ge, afin qu'il ſe gueriſſe de ſes injuftes ſoupçons , ouqu'il rom- pe avec elle , s'il la croit inca- pable de le rendre heureux.
-Ainſi les viſites continuent; &
*comme les deux Amans ne
cherchent qu'à dégoûter l'En- nemy de leur bonheur, ils ne ménagent plus ſa jaloufie , &
ſe vangentde l'inquietude qu'il leur donne par les méchantes heures qu'ilsluy font paſſer. Le hazard contribuë à leur en
fournir les occafions. Le Muſicienqui venoittoûjours chan- ter avec la Belle , luy avoit re-- cité des Vers aſſez agreables.
Elle en demande une copie.
Giij
SSO LE MERCVRE L'Amour eft induſtrieux , il ſe fait apporter de quoy écrire,
changeles Vers enbonneProfe bien fignificative, luy explique de la manieredu mondela plus touchante ce que ſa paſſion luy fait fouffrir , luy met ce qu'il a
écrit entre les mains , &la con- jure de luy dire fans déguiſe- ment fi ce quiaeu quelquegra- cedans ſa bouche , luy en pa- roift conferver fur le papier.
Elle lit, foûrit , montre de la
joye , & ne peut affez exagerer les nouvelles beautez que la
lecture luy a fait découvrirdans cet ouvrage. L'Amant jaloux ,
qui estoit veritablement amou-
-reux &gardien perpetuel de fa Maiſtreſſe , ne s'accommode
point de cette écriture. Il de- mandeà lire les Vers , on le re2
i
GALANT. 151 fuſe. Il y ſoupçonne du miftere,
&ce qui le convaincqu'il y en a, c'eſt que ſon Rival s'eſtant ſervy le lendemain du meſme artifice , & n'ayant à donner que la copie d'un Sonnet , il luy voit écrire plus de vingt lignes,
&remarque qu'elles font tou- tes continuées , au lieu que les Versſont ouplus courts ouplus longs ſelon le nombre des let- tres qui entrent dans les mots qui les compoſent. Il acheve de perdre patience en voyant prendre la plume à ſa Maiſtref- ſe. Elle écrit un aſſez longBil- let , le cachete , le donne à fon
Rival , commedevanteſtre ren- du à quelqu'une de ſes Amies,
&le prie de luy en apporter la réponſe le lendemain. Jugez de la joyede l'un , & du deſeſpoir
152 LE MERCVRE de l'autre. L'Amant aimé qui nedoute pas que la Belle n'ait répondupar ceBillet à fon Son- net metamorphofé , brûle d'im- patiencede le lire. Il fort. Son Rivalfortdans le meſmetemps,
le fuit , &l'ayantjoint dans une Ruë où il paſſoit fort peu de monde, il luy demande fiere- ment à voir le Biller. Ces gages de l'amour d'une Maiſtreſſe ne
s'abandonnent jamais qu'avec la vie. Ils mettent l'Epée à la main. La fureur qui anime le Jaloux , ne luy permet point de ſeménager. Il tombe d'une lar- ge bleſſure qu'il reçoit. On la tient mortelle , & cet accident
oblige ſon Rival à ſe cacher.
Voila , Madame, l'état où ſont
àpreſent les choſes. Le Pere fulmine, la Fille proteſte qu'elle
GALANT. 153 ne forcera point ſon inclination pourépouſer un Jaloux qui ne peut que la rendre malheureu- -ſe; & ce queje trouve de fa- cheux dans cette Avanture ,
c'eſt que je ne voy perſonne qui ait lieu d'en eſt
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Résumé : Avanture de Musique. [titre d'après la table]
Le texte relate une aventure musicale impliquant un homme respectable et sa fille unique, âgée de vingt ans, vertueuse et belle. Le père, occupé par ses affaires publiques, souhaite la marier mais craint les dangers de la garde de sa fille. Elle est admirée dans les lieux de dévotion mais ne reçoit que des visites de parents ou voisins fidèles. Sa passion secrète est l'opéra et la musique, qu'elle pratique avec quelques amies. L'une de ces amies a un frère musicien qui donne des leçons aux jeunes filles. La fille du narrateur et le musicien développent une estime mutuelle avant même de se rencontrer. Le père, après avoir été sollicité, accepte que le musicien vienne donner des leçons à sa fille. Ils tombent amoureux lors de ces rencontres musicales. Le musicien déclare son amour à la jeune fille, qui accepte de l'épouser à condition qu'il obtienne l'accord de son père. Cependant, le père annonce à sa fille qu'il la marie à un gentilhomme riche. Le musicien, désespéré, tente de retarder l'événement. Le nouveau fiancé, jaloux, surveille la jeune fille et interdit les visites du musicien. Ce dernier utilise un stratagème pour déclarer son amour à la jeune fille en composant un air musical avec des paroles explicites. La jeune fille, émue, s'évanouit. Le père, informé de la situation, bannit le musicien. La fille, révoltée, refuse d'épouser le gentilhomme jaloux et décide de vivre avec le musicien pour prouver son innocence. Les deux amants continuent de se voir, exacerbant la jalousie du gentilhomme. Un duel s'ensuit, lors duquel le gentilhomme est gravement blessé. Le musicien doit se cacher, laissant la situation en suspens.
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4
p. 6-7
ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
Début :
Le premier des Louis estois trop debonnaire ; [...]
Mots clefs :
Louis, Coeur, Fils, Père, Ciel
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texteReconnaissance textuelle : ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
ETRENNE
DE QUATORZE LOUIS
A
LOUIS LE GRAND .
L
SONNE T.
E premier des LOVIS eftois
trop debonnaire ;
Le Second le Troifiéme , & Louis
d'Outremer ,
Ne firent rien de propre à fe faire
eftimer ;
Le Cinquième eft marqué pour n'avoir
fçû rien faire.
Louis le Gros en Fils fut plus heureux
qu'en Pere ;
Le Ieune fe croifant , vit les Chrê–
tiens armer
,
GALAN T.
Lion par fon grand coeur fe fit ainfe
nommers
Et fon Fils Saint Louis à Dieu feul
voulut plaire.
On ne vit que quatre ans regner
Louis Hutin ;
Louis Onziémefut, & trop , & trop
peu fin ;
Et le Pere du Peuple eut unfort plus
angufte.
Ces douze effaisfinis, du Héros qu'on
attend
L'heure arrive ; & le Ciel , apres
Louis le Iufte ,
Acheva le Chef - d'oeuvre , & fit
LOUIS LE GRAND .
DE QUATORZE LOUIS
A
LOUIS LE GRAND .
L
SONNE T.
E premier des LOVIS eftois
trop debonnaire ;
Le Second le Troifiéme , & Louis
d'Outremer ,
Ne firent rien de propre à fe faire
eftimer ;
Le Cinquième eft marqué pour n'avoir
fçû rien faire.
Louis le Gros en Fils fut plus heureux
qu'en Pere ;
Le Ieune fe croifant , vit les Chrê–
tiens armer
,
GALAN T.
Lion par fon grand coeur fe fit ainfe
nommers
Et fon Fils Saint Louis à Dieu feul
voulut plaire.
On ne vit que quatre ans regner
Louis Hutin ;
Louis Onziémefut, & trop , & trop
peu fin ;
Et le Pere du Peuple eut unfort plus
angufte.
Ces douze effaisfinis, du Héros qu'on
attend
L'heure arrive ; & le Ciel , apres
Louis le Iufte ,
Acheva le Chef - d'oeuvre , & fit
LOUIS LE GRAND .
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Résumé : ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
Le poème énumère les rois de France nommés Louis. Louis Ier est trop bon. Louis II, III, IV et d'Outremer n'ont rien accompli. Louis V est inactif. Louis VI est plus chanceux en tant que fils. Louis IX participe à la croisade. Philippe Auguste, le Lion, est courageux. Son fils, Saint Louis, est dévot. Louis X règne quatre ans. Louis XI est rusé mais peu fin. Henri IV a une fin tragique. Le texte attend Louis XIV, le Grand.
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5
p. 173-174
« Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Début :
Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...]
Mots clefs :
Grâce, Père, Religion prétendue réformée, Conversion, Erreur, Combat, Abjuration, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Il ne faut fouvent qu'un moment
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
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Résumé : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Le Père Hilarion de Mortagne a converti une femme calviniste lors d'un trajet en bateau. Elle a abjuré peu après, témoin par les habitants de La Bouille. Mademoiselle d'Uré, fille du gentilhomme de La Rochelle, a également abjuré et épousé Monsieur de Valion, lieutenant au Régiment de Navarre.
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6
p. 32-33
AUX PRETENDUS REFORMEZ.
Début :
Le Sonnet qui suit ces Vers, est de / Pensez-vous en loüant le plus sage des Roys, [...]
Mots clefs :
Louanges, Roi, Foi, Père, Bonté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX PRETENDUS REFORMEZ.
Le Sonnet qui fuit ces Vers,
eft de M' Texier , Preftre de
Saumur.
AUX PRETENDUS
REFORME Z.
P Enfez-vous en loüant le plus
des Roys,
Pouvoir de fon efprit ébranler la
conſtance?
Apprenez quefa Foy ,fon zéle &fa
prudence,
Ferontpar tout regner l'équité defes
Loix.
$2
Sans ceffe il vous exhorte àfaire
digne choix;
Ne vous oppofezpas à tant de com-
•plaisance;
GALANT. 33
Ses tendreffes, fesfoins,fes bienfaits,
fa clémence,
Doiventgagner vos coeurs , qu'il combat
tant de fois.
$2
D'un Enfant quiſe bleſſe on éloigne
les armes,
La tendreffe d'un Pere en reçoit trop
d'alarmes,
Pourfoufrir qu'à fes yeux il s'en perce
lefein.
Sa
Ainfi LOVIS qui voit voftre erreur
volontaire,
S'oppose à vostreperte, &par cegrand
deffein
Surpaffe la fageffe & la bonté d'un
Perc.
eft de M' Texier , Preftre de
Saumur.
AUX PRETENDUS
REFORME Z.
P Enfez-vous en loüant le plus
des Roys,
Pouvoir de fon efprit ébranler la
conſtance?
Apprenez quefa Foy ,fon zéle &fa
prudence,
Ferontpar tout regner l'équité defes
Loix.
$2
Sans ceffe il vous exhorte àfaire
digne choix;
Ne vous oppofezpas à tant de com-
•plaisance;
GALANT. 33
Ses tendreffes, fesfoins,fes bienfaits,
fa clémence,
Doiventgagner vos coeurs , qu'il combat
tant de fois.
$2
D'un Enfant quiſe bleſſe on éloigne
les armes,
La tendreffe d'un Pere en reçoit trop
d'alarmes,
Pourfoufrir qu'à fes yeux il s'en perce
lefein.
Sa
Ainfi LOVIS qui voit voftre erreur
volontaire,
S'oppose à vostreperte, &par cegrand
deffein
Surpaffe la fageffe & la bonté d'un
Perc.
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Résumé : AUX PRETENDUS REFORMEZ.
Le sonnet de M. Texier, prêtre de Saumur, exhorte les réformés à louer le roi et à ne pas ébranler sa constance. Il met en avant la foi, le zèle et la prudence du roi, qui feront régner l'équité des lois. Le texte encourage les réformés à faire un choix digne et à ne pas s'opposer à la complaisance royale. Le roi, comparé à un père, éloigne les armes pour éviter de les alarmer et surpasse la sagesse et la bonté par un grand dessein.
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7
p. 72-76
Lettre en Vers, [titre d'après la table]
Début :
L'autre Lettre a esté écrite par l'Autheur à un de ses Amis, / Mon cher Lisis, j'ay receu le Billet [...]
Mots clefs :
Naissance, Mardi gras, Coeur, Joie, Père, Fils, Enfant, Honneur, Festin, Réjouissances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre en Vers, [titre d'après la table]
L'autre Lettre a efté écrite.
par l'Autheur à un de fes
Amis,
GALANT. 73
Amis , de qui la Femme accoucha
d'un Garçon le jour
du Mardy Gras.
On cher Lifis , j'ay receu le
Billet
Mo
Que m'aporta ton verdoyant Valet;
Et quoy qu'ennuy de tous coffez m'aboye,
Moncoeur pourtant a treffailly de joye,
Pour avoirfçu que ta chere Moitié,
Apres douleurs qui font moult grand
pitié,
Enfin t'avoit de rechefrendu Père.
l'heureux Fils ! ©fortune profpere!
o Cielbenin , que de contentement
Vous promettez à ce nouvel Enfant!
Un Mardy- Gras éclairefa naiſſances
Les Ieux, les ris, les Feftins, & la
Dance,
Semblent par tout venirfaire la cour
Mars 1685. G
74 MERCURE
Au bel Enfant qui par toy voit lejour.
O qu'ilfera grand amateur d'Epices!
Langues de Boeuf, Saucissons & San
ciffes,
Iambonsfumez, gros & courts Cervelas
Feront unjour l'honneur de fes Repas?
Goute de vin ne lairra dans fa Couppe,
Agrosmonceaux mettra lefel en Soupe,
Et neferajamais dansfon Tonneau,
Pour le remplir,y répandre de l'eau.
Plante, croy-moy , pour cet Enfant infigne
Le meilleurplan de la meilleure Vigne
O quel transport ! O quel plaifant
foulas,
Quand ii verra courber les Echalas
Sous le fardeau de mainte & mainte
Grappe,
Etgros Flacons arangezfur la Nappe!
Mais garde- toy que celle qui nourrit
GALANT. 75
Cet Enfançon à qui Mardy- Grasrit,
Faffe Carefme, & mange de Molüe.
Prens les Chapons les plus gras de la
Müe,
Iarret de Veau, longe, éclanche &
roignon,
Fais fairefauce, ou d'Ail , ou - bien
d'Oignon,
Et
Et fois certain que cette nourriture
Aide beaucoup à la bonne nature,
que l'Enfant qui fucce de ce lait ,
Un temps viendraferamaître Poulet,
Etneferapar amour d'abftinence,
Affront aujour qui luy donna naif-
Sance.
Mais j'en dis trop pour un Homme
chagrin,
Quipourrimer n'eft pas en trop bon
train.
Un malde dents, douleur des plus
cruelle,
Gij
76 MERCURE
Quejour, que nuit me devore & bou
relle .
Atends ; adicu. Si j'obtiens guériſon,
I'iray te voir en ta belle Maifon,
M'yfaluft - il courre à beaupiedfans
Lance;
Onquesje n'eus tant de réjouissance,
Quej'en auray de prendre entre mes
... bras
Ce bel Enfant, ce Fils du Mardy-
Gras.
par l'Autheur à un de fes
Amis,
GALANT. 73
Amis , de qui la Femme accoucha
d'un Garçon le jour
du Mardy Gras.
On cher Lifis , j'ay receu le
Billet
Mo
Que m'aporta ton verdoyant Valet;
Et quoy qu'ennuy de tous coffez m'aboye,
Moncoeur pourtant a treffailly de joye,
Pour avoirfçu que ta chere Moitié,
Apres douleurs qui font moult grand
pitié,
Enfin t'avoit de rechefrendu Père.
l'heureux Fils ! ©fortune profpere!
o Cielbenin , que de contentement
Vous promettez à ce nouvel Enfant!
Un Mardy- Gras éclairefa naiſſances
Les Ieux, les ris, les Feftins, & la
Dance,
Semblent par tout venirfaire la cour
Mars 1685. G
74 MERCURE
Au bel Enfant qui par toy voit lejour.
O qu'ilfera grand amateur d'Epices!
Langues de Boeuf, Saucissons & San
ciffes,
Iambonsfumez, gros & courts Cervelas
Feront unjour l'honneur de fes Repas?
Goute de vin ne lairra dans fa Couppe,
Agrosmonceaux mettra lefel en Soupe,
Et neferajamais dansfon Tonneau,
Pour le remplir,y répandre de l'eau.
Plante, croy-moy , pour cet Enfant infigne
Le meilleurplan de la meilleure Vigne
O quel transport ! O quel plaifant
foulas,
Quand ii verra courber les Echalas
Sous le fardeau de mainte & mainte
Grappe,
Etgros Flacons arangezfur la Nappe!
Mais garde- toy que celle qui nourrit
GALANT. 75
Cet Enfançon à qui Mardy- Grasrit,
Faffe Carefme, & mange de Molüe.
Prens les Chapons les plus gras de la
Müe,
Iarret de Veau, longe, éclanche &
roignon,
Fais fairefauce, ou d'Ail , ou - bien
d'Oignon,
Et
Et fois certain que cette nourriture
Aide beaucoup à la bonne nature,
que l'Enfant qui fucce de ce lait ,
Un temps viendraferamaître Poulet,
Etneferapar amour d'abftinence,
Affront aujour qui luy donna naif-
Sance.
Mais j'en dis trop pour un Homme
chagrin,
Quipourrimer n'eft pas en trop bon
train.
Un malde dents, douleur des plus
cruelle,
Gij
76 MERCURE
Quejour, que nuit me devore & bou
relle .
Atends ; adicu. Si j'obtiens guériſon,
I'iray te voir en ta belle Maifon,
M'yfaluft - il courre à beaupiedfans
Lance;
Onquesje n'eus tant de réjouissance,
Quej'en auray de prendre entre mes
... bras
Ce bel Enfant, ce Fils du Mardy-
Gras.
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Résumé : Lettre en Vers, [titre d'après la table]
Dans une lettre adressée à un ami, l'auteur célèbre la naissance d'un garçon le jour du Mardi Gras. Malgré son ennui et ses soucis, il exprime une grande joie. Il imagine un avenir prospère pour l'enfant, le voyant devenir un grand amateur de mets délicats et de vin. L'auteur recommande à son ami de bien nourrir l'enfant pour qu'il devienne robuste et évite les privations. Cependant, il mentionne souffrir d'une douleur dentaire intense qui le tourmente continuellement. Il conclut en exprimant son désir de rendre visite à son ami et de voir l'enfant dès qu'il sera guéri.
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8
p. 194-196
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Messire Paul Phelipeaux Seigneur de Pontchartrain Président en la Chambre [...]
Mots clefs :
Paul Phelipeaux, Seigneur, Père, Fils, Dame, Veuve, Marquis, Duchesse, Conseiller du Roy, Médailles
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texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Meffire Paul Phelipeaux
Seigneur de Pontchartrain ,
Préfident en la Chambre des
GALANT. 195
Comptes , mourut icy le der
nier de l'autre mois âgé de
72. ans. Il eftoit Fils de Mr
de Pontchartrain
Secretaire
d'Etat , & Pere de M' de
Pontchartrain
, aujourd'huy
Premier Préfident au Parlement
de Bretagne .
Cette mort fut fuivie le lendemain
, premier de ce mois
de celle de Dame Françoiſe de
Sesmaiſons , veuve de Meffifre
Guy de Laval , Marquis de
da Pleffe , & Mere de Madaine
la Ducheffe de Roquelaure.
Peu de jours aprés mourut
Rij
196 MERCURE
auffi Meſſire Jean Godefroy,
Confeiller duRoy en fes Confeils
, & Maiftre ordinaire en
fa Chambre des Comptes de
Paris. C'eftoit un Homme
fort curieux en Médailles .
Seigneur de Pontchartrain ,
Préfident en la Chambre des
GALANT. 195
Comptes , mourut icy le der
nier de l'autre mois âgé de
72. ans. Il eftoit Fils de Mr
de Pontchartrain
Secretaire
d'Etat , & Pere de M' de
Pontchartrain
, aujourd'huy
Premier Préfident au Parlement
de Bretagne .
Cette mort fut fuivie le lendemain
, premier de ce mois
de celle de Dame Françoiſe de
Sesmaiſons , veuve de Meffifre
Guy de Laval , Marquis de
da Pleffe , & Mere de Madaine
la Ducheffe de Roquelaure.
Peu de jours aprés mourut
Rij
196 MERCURE
auffi Meſſire Jean Godefroy,
Confeiller duRoy en fes Confeils
, & Maiftre ordinaire en
fa Chambre des Comptes de
Paris. C'eftoit un Homme
fort curieux en Médailles .
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Récemment, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Meffire Paul Phelipeaux, Seigneur de Pontchartrain, Président à la Chambre des Comptes, est décédé à 72 ans. Il était fils de Monsieur de Pontchartrain, Secrétaire d'État, et père de Monsieur de Pontchartrain, Premier Président au Parlement de Bretagne. Dame Françoise de Sesmaisons, veuve de Meffire Guy de Laval, Marquis de la Plesse, et mère de Madame la Duchesse de Roquelaure, est morte le lendemain. Messire Jean Godefroy, Conseiller du Roi et Maître en la Chambre des Comptes de Paris, est décédé quelques jours plus tard.
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9
p. 153-163
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Tant de grands Articles remplirent ma Lettre du dernier mois, [...]
Mots clefs :
Décès, Religieux, Éloge, Lettres, Congrégation, Manuscrits, Père, Processions, Capitaine, Fièvre, Maladie, Sacrements
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texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Tant de grands Articles
remplirent ma Lettre du der
njer mois , que je ne pus vous
parler de la mort de Dom
Luc d'Acheri , Religieux &
Bibliothequaire de l'Abbaye
de Saint Germain , quia mis
au jour un fi grand nombre
de Traitez d'Autheurs con :
nus ou inconnus , enfevelis.
154 MERCURE
3
juſque là dans l'obſcurité des
Manufcrits. Il mourut le 29 :
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe
à d'autres à faire l'éloge de fa
vertu , & le dénombrement
de fes Livres . Il me fuffit
d'obſerver que fon fameux
Spicilegium , qu'il commença
à donner en 1655. contient
treize Tomes . Pendant quafante
ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres , ik
à eſté uny d'amitié avec la
plufpart des Sçavans , tant du
Royaume que des Pays
Etrangers , dont il a receu , &
à qui il a donné reciproques
i
GALANT. 155
ment du fecours dans ce qui
regarde les Sciences. Ce qui
donne quelque confolation
dans la perte qu'on a faite,
c'est qu'il vit encore en la
Perfonne des Religieux dé
fa Congregation qu'il a in
ftruits , & qui fervent fi uti
lement l'Eglife par leurs étu
des , & principalement par
leur nouvelle Edition de Saint
Auguſtin , qui ſera bien - toft
fuivie de celle de Saint Am₁
broife , dont les Ouvrages.
ont grand befoin d'eftre rez
veus fur les Manufcrits , &
quelquefois éclaircis de No
156 MERCURE
tes. Il y a déja quatre où cinq
Tomes de Saint Auguſtin
donnez au Public. Il en paroiftra
dans deux mois un
nouveau où eft la Cité de
Dieu , & on donnera peu de
temps aprés le premier Tome
de Saint Ambroife.
Le 21. du dernier mois ,
Dom Anfelme Centurion,
Religieux de l'Ordre de Saint
Benoit , Congregation du
Mont Caffin , Patrice de Genes
, mourut icy en l'Hoſtel
du Doge , qu'il avoit accompagné
en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Mai
GALANT. 157
I
fon du Doge affista à fon
Enterrement avec des Flambeaux.
Il fut inhumé à Saint
Sulpice , & on luy rendit tous
les honneurs qui estoient
deus à une Perfonne de fon
L
caractere.
Le 28. du mefme mois , le
Revérendiffime Pere en
•
Dieu , Pierre Mercier , Genéral
de tout l'Ordre de la Trinité
& Rédemption des Captifs
, & Miniftre Particulier
du Convent de Paris , dit Ma
thurins , mourut âgé de 72 .
ans . Comme fon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il
158 MERCURE
poffedoit , on ne fait point de
pareilles pertes fans qu'elles
caufent un regret ſenſible .
Cette mort fur fuivie trois
ou quatre jours aprés de celle
de Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville,
Cogné, Fourmelé , &c . Maître
des Comptes à Paris.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lors qu'on a
vefcu long- temps , & qu'un
grand nombre d'années a fait
enviſager ferieufement lindifpenfable
neceffité qu'il y
a de quitter bien toft là vie ;
mais il eft rare dans un âge
GALANT. 159
peu avancé, & dans de certaines
Profeffions , de fe preparer
à ces terrible paffage
adiune maniere auffi fainte
squ'a fait depuis peu de temps
M' de Marcheville Capitaine
au Regiment des Fuzeliers
du Roy, du premier Bataillon,
Il eftoit party de Dreux , &
alloit rejoindre fon Regiment
campé prés de Galardon, pour
les Travaux que Sa Majeſté
fait faire le long de la Riviere
d'Evre, lors qu'en paſſant par
Nogent-le - Roy il y fut furpris
d'une Fiévre violente ,
qui jointe à une Pleuréfie,
44
160 MERCURE
Faccabla fi fort , qu'il fut emporté
le cinquième jour. Il
ne parut point épouvanté de
la nouvelle qu'on luy porta
du danger où il eftoit. Il dit
feulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente - fix ans il auroit une
dangereufe maladie , dont il
luy feroit difficile de ſe tirer ,
qu'il eftoit arrivé à cet âge- là ,
& que puis qu'il plaifoit à
Dieu qu'il ne vefcût pas aufli
long temps qu'avoit fait fon
Pere qui eftoit mort fort âge,
il le beniffoit de qu'il auroit
à luy rendre compte de
ce
GALANT. 161
1
moins de pechez . Il receut
fes Sacremens avec une réfignation
admirable , & comme
il avoit tres- bien étudié , if
paraphrafoit d'une maniere:
pieule & toute Chrétienne les
divers paffages qu'on luy al-
I leguoit. Peu de temps avant
fa mort voyant auprés de fon
Ilic quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard a
voit amenez , il parla avec um
zele quiles furprit tous , contre
le libertinage & l'aven
glement de plufieurs Offisiers
d'Armée , qui parce
qu'ils portent l'épée , sima
Juin 1685..
162 MERCURE
ginent qu'il leur eft permis
d'oublier Dieu , & de renoncer
à la grande affaire du fa
lut . Il dit encore qu'il regar
doit comme une grace tres
particuliere que luy avoit fait
la Bonté Divine , de ce qu'il
eftoit venu mourir hors de
Dreux , où pendant ſa maladie
il auroit efté accablé de
viſites de Capitaines , de Lieu
tenans d'autres Officiers
d'Armée , & de Dames de la
Ville , au lieu que mourant à
Nogent où il eftoit inconnu,
il ſe pouvoit donner tout entier
à Dieu , & penſer fans
GALANT. 163
aucune diffipation d'efprit à
l'importante affaire de l'Eternité.
Il eftoit Seigneur de
Canchy prés d'Abbeville , &
d'une des anciennes Maiſons
de Nobleffe du
Paysand
remplirent ma Lettre du der
njer mois , que je ne pus vous
parler de la mort de Dom
Luc d'Acheri , Religieux &
Bibliothequaire de l'Abbaye
de Saint Germain , quia mis
au jour un fi grand nombre
de Traitez d'Autheurs con :
nus ou inconnus , enfevelis.
154 MERCURE
3
juſque là dans l'obſcurité des
Manufcrits. Il mourut le 29 :
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe
à d'autres à faire l'éloge de fa
vertu , & le dénombrement
de fes Livres . Il me fuffit
d'obſerver que fon fameux
Spicilegium , qu'il commença
à donner en 1655. contient
treize Tomes . Pendant quafante
ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres , ik
à eſté uny d'amitié avec la
plufpart des Sçavans , tant du
Royaume que des Pays
Etrangers , dont il a receu , &
à qui il a donné reciproques
i
GALANT. 155
ment du fecours dans ce qui
regarde les Sciences. Ce qui
donne quelque confolation
dans la perte qu'on a faite,
c'est qu'il vit encore en la
Perfonne des Religieux dé
fa Congregation qu'il a in
ftruits , & qui fervent fi uti
lement l'Eglife par leurs étu
des , & principalement par
leur nouvelle Edition de Saint
Auguſtin , qui ſera bien - toft
fuivie de celle de Saint Am₁
broife , dont les Ouvrages.
ont grand befoin d'eftre rez
veus fur les Manufcrits , &
quelquefois éclaircis de No
156 MERCURE
tes. Il y a déja quatre où cinq
Tomes de Saint Auguſtin
donnez au Public. Il en paroiftra
dans deux mois un
nouveau où eft la Cité de
Dieu , & on donnera peu de
temps aprés le premier Tome
de Saint Ambroife.
Le 21. du dernier mois ,
Dom Anfelme Centurion,
Religieux de l'Ordre de Saint
Benoit , Congregation du
Mont Caffin , Patrice de Genes
, mourut icy en l'Hoſtel
du Doge , qu'il avoit accompagné
en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Mai
GALANT. 157
I
fon du Doge affista à fon
Enterrement avec des Flambeaux.
Il fut inhumé à Saint
Sulpice , & on luy rendit tous
les honneurs qui estoient
deus à une Perfonne de fon
L
caractere.
Le 28. du mefme mois , le
Revérendiffime Pere en
•
Dieu , Pierre Mercier , Genéral
de tout l'Ordre de la Trinité
& Rédemption des Captifs
, & Miniftre Particulier
du Convent de Paris , dit Ma
thurins , mourut âgé de 72 .
ans . Comme fon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il
158 MERCURE
poffedoit , on ne fait point de
pareilles pertes fans qu'elles
caufent un regret ſenſible .
Cette mort fur fuivie trois
ou quatre jours aprés de celle
de Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville,
Cogné, Fourmelé , &c . Maître
des Comptes à Paris.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lors qu'on a
vefcu long- temps , & qu'un
grand nombre d'années a fait
enviſager ferieufement lindifpenfable
neceffité qu'il y
a de quitter bien toft là vie ;
mais il eft rare dans un âge
GALANT. 159
peu avancé, & dans de certaines
Profeffions , de fe preparer
à ces terrible paffage
adiune maniere auffi fainte
squ'a fait depuis peu de temps
M' de Marcheville Capitaine
au Regiment des Fuzeliers
du Roy, du premier Bataillon,
Il eftoit party de Dreux , &
alloit rejoindre fon Regiment
campé prés de Galardon, pour
les Travaux que Sa Majeſté
fait faire le long de la Riviere
d'Evre, lors qu'en paſſant par
Nogent-le - Roy il y fut furpris
d'une Fiévre violente ,
qui jointe à une Pleuréfie,
44
160 MERCURE
Faccabla fi fort , qu'il fut emporté
le cinquième jour. Il
ne parut point épouvanté de
la nouvelle qu'on luy porta
du danger où il eftoit. Il dit
feulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente - fix ans il auroit une
dangereufe maladie , dont il
luy feroit difficile de ſe tirer ,
qu'il eftoit arrivé à cet âge- là ,
& que puis qu'il plaifoit à
Dieu qu'il ne vefcût pas aufli
long temps qu'avoit fait fon
Pere qui eftoit mort fort âge,
il le beniffoit de qu'il auroit
à luy rendre compte de
ce
GALANT. 161
1
moins de pechez . Il receut
fes Sacremens avec une réfignation
admirable , & comme
il avoit tres- bien étudié , if
paraphrafoit d'une maniere:
pieule & toute Chrétienne les
divers paffages qu'on luy al-
I leguoit. Peu de temps avant
fa mort voyant auprés de fon
Ilic quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard a
voit amenez , il parla avec um
zele quiles furprit tous , contre
le libertinage & l'aven
glement de plufieurs Offisiers
d'Armée , qui parce
qu'ils portent l'épée , sima
Juin 1685..
162 MERCURE
ginent qu'il leur eft permis
d'oublier Dieu , & de renoncer
à la grande affaire du fa
lut . Il dit encore qu'il regar
doit comme une grace tres
particuliere que luy avoit fait
la Bonté Divine , de ce qu'il
eftoit venu mourir hors de
Dreux , où pendant ſa maladie
il auroit efté accablé de
viſites de Capitaines , de Lieu
tenans d'autres Officiers
d'Armée , & de Dames de la
Ville , au lieu que mourant à
Nogent où il eftoit inconnu,
il ſe pouvoit donner tout entier
à Dieu , & penſer fans
GALANT. 163
aucune diffipation d'efprit à
l'importante affaire de l'Eternité.
Il eftoit Seigneur de
Canchy prés d'Abbeville , &
d'une des anciennes Maiſons
de Nobleffe du
Paysand
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte rapporte plusieurs décès notables. Dom Luc d'Acheri, religieux et bibliothécaire de l'Abbaye de Saint-Germain, est décédé le 29 avril à l'âge de 76 ans. Il est reconnu pour avoir publié de nombreux traités d'auteurs connus ou inconnus, dont le Spicilegium, commencé en 1655 et comprenant treize tomes. Dom Luc d'Acheri entretenait des relations avec de nombreux savants et collaborait avec eux sur divers projets scientifiques. Sa congrégation poursuit son œuvre, notamment par une nouvelle édition des œuvres de Saint Augustin et une future édition des œuvres de Saint Ambroise. Le 21 du mois précédent, Dom Anselme Centurion, religieux bénédictin et aumônier du Doge de Gênes, est mort à Paris. Il a reçu des honneurs funéraires appropriés à son rang. Le 28 avril, le Père Pierre Mercier, général de l'Ordre de la Trinité et Rédemption des Captifs, est décédé à l'âge de 72 ans. Sa mort a été suivie de celle de Pierre Roger, Seigneur de Dollé, Maître des Comptes à Paris. Le texte mentionne également le décès de M. de Marcheville, capitaine au régiment des fusiliers du Roi, survenu à l'âge de 36 ans après une fièvre violente et une pleurésie. Il a affronté sa mort avec résignation et a encouragé ses collègues à ne pas oublier Dieu malgré leur profession militaire.
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10
p. 49-50
Chapitre general des Capucins, tenu à Rome. [titre d'après la table]
Début :
On a eu avis de Rome, que les Capucins y tinrent leur [...]
Mots clefs :
Rome, Capucins, Père, Procureur, Chapitre, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre general des Capucins, tenu à Rome. [titre d'après la table]
On a eu avis de Rome, que
les Capucins y tinrent leur
Chapitre general le 8. du
dernier mois . Le Pere Char
les Marie de Macerate , Ita-
Juillet 1685.
E
5 MERCURE
lien , & le Pere Bonaventure
de Recanati y furent éleus ;
le premier , General de l'Ordre
, & le fecond, Procureur
general ; & le Pere Louis de
Jully , Provincial des Capucins
de la Province de Paris ,
fut choify une feconde fois
pour eftre Definiteur general
. Son grand merite , qui
le fait toujours diſtinguer
par tout , & dont je vous ay
parlé plufieurs fois, attira en
mefme temps les yeux & les
fuffrages de tous ceux qui
compofoient l'Aſſemblée .
les Capucins y tinrent leur
Chapitre general le 8. du
dernier mois . Le Pere Char
les Marie de Macerate , Ita-
Juillet 1685.
E
5 MERCURE
lien , & le Pere Bonaventure
de Recanati y furent éleus ;
le premier , General de l'Ordre
, & le fecond, Procureur
general ; & le Pere Louis de
Jully , Provincial des Capucins
de la Province de Paris ,
fut choify une feconde fois
pour eftre Definiteur general
. Son grand merite , qui
le fait toujours diſtinguer
par tout , & dont je vous ay
parlé plufieurs fois, attira en
mefme temps les yeux & les
fuffrages de tous ceux qui
compofoient l'Aſſemblée .
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Résumé : Chapitre general des Capucins, tenu à Rome. [titre d'après la table]
En juillet 1685, le chapitre général des Capucins à Rome a élu le Père Charles-Marie de Macerate comme Général de l'Ordre et le Père Bonaventure de Recanati comme Procureur général. Le Père Louis de Jully a été réélu Définiteur général, reconnu pour son mérite exceptionnel.
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11
p. 1-48
LIVRES NOUVEAUX qui se trouvent à Lyon chez le Sieur AMAULRY ; depuis l'année 1678. jusqu'a present.
Début :
Pratique de Pieté, ou les conduites pour tous les jours de [...]
Mots clefs :
Catalogue, Histoire, Nouvelle, Livre, Père, Traité, Nouvelles, Figures, Paris, Abbé
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texteReconnaissance textuelle : LIVRES NOUVEAUX qui se trouvent à Lyon chez le Sieur AMAULRY ; depuis l'année 1678. jusqu'a present.
LIVRES NOUVEAUX
qui fe trouveront à Lyon chez le Sieur
A MAUL RY ; depuis l'année 1678 .
jufqu'a prefent.
P
RATIQUE de Pieté , ou les confuites
pour tous les jours de
'anné fuivant les Maximes de
l'Evangile par le R. Pere le
Maître de la Compagnie de
Iesus , 2 2. vol . 30. fols.
L'art poëtique du Pere Lamy, 12.30. fols .
Les Nobles de Provinces , Comedie de
Monfieur de Haute Roche , 10. fols .
Le Comte d'Ulfeld , 12. 10 fols.
Memoire du Marquis d'Almachu , 12. 2.
vol . 2c. fols.
Les Livres de S. Auguftin de la maniere
d'enſeigner les principes de la Religion , 12 .
livres. 2.
Remarque fur un Ecrit dicté à Doüay , 12.
30. fols.
La Princeffe de Cleves. 12. 4. vol . 5. liv .
Idem la Critique , 12. 30. fols .
Idem la Contre- Critique 4o. f.
Nouvelles Amoureuſes & Galantes, indouze .
30. fols.
Heures en Vers de l'incomparable Sieur de
Corneille l'aîné , indouze. fig. 3. liv.
Architecture Navale , in 4. 6. liv.
CHEQUE
BRLA
LYON
*1995
VILLE
A
2 Catalogue.
De Lazarille de Tornes , Traduction nouvelle
, indouze , 2. vol . 4o. fols.
Ieu Royal de la Langue Latine avec les
Cartes , 8. 40. fuls,
Nouveau jeu de Carte du Blazon , 30. f.
Hiftoire de la Chancellerie
Teffereau , fol . 15. liv.
par Monfieur
Capitularia Regum Francorum Auctoris
Steph. Baluz, fol . 2. vol. 30. livr.
Phedre & Hippolite , Tragedie, ind . 15.f.
Origine des François , ind. 2. vol. 3. liv.
Hiftoire du Schifme d'Angleterre , in 12 .
Confeil de la Sageffe, ind. 2. vol. 3. liv.
Converfions des Pecheurs , ind. a . 1.
Methode de la Penitence, ind. 2. livr.
Maldonat, de Sacramentis , fol.9 . liv.
L'Art de Parler ,
ind. 30. fols.
L'Avocat des Pauvres de Monfieur Thiers,
indouze , 2. livr.
Recherches de la Verité, ind. 3. vol. 6, 1,
Nouveau Recueil de Comedies , ind. zo. f.
Theodori de Poenit. 4. 2. vol . 10. liv.
Medecin à la Cenfure, ind. 30, fols.
Recueil de l'Academie , indouze , 7. vo'.
10. livr , 10. fols .
Correction fraternelle , indouze, 2. liv.
Idée de la Morale Chrétienne, indouze, 2 .
vol 3. livres.
Prince de Perfe , Nouvelle Hiſtorique, indouze
, 10. fols .
La Rivale, Nouvelle Hiftorique , indouze,
10, fols.
Oeuvres de Monfieur d'Andilly , fol.3 . vol.
45. liv.
Catalogue. 3
La Vie de Sainte Gertrude, 8. 4. liv.
Expofition du S.Sacrement par M. Thiers ,
indouze , z . vol . 4.livr.
Défence de l'ancienne Tradition des Egli
fes de France, indouze , 40. fols .
Aftrée , indoze , Nouvelle Traduction.
Methodus Hiftoriarum Anatomico Medicarum
, indouze , 30. (ols.
Heroine Moufquetaire , indouze,
4. vol . 40. fols.
Iolande de Cicile , indouze,
2. vol. 10. fols.
Voyage de Fontainebleau ,
10. fols.
2
Ambitieufe Grenadine , indouze
, 10. fals.
Comte d'Effex , indouze, 2.
vol. 20, fols.
"
J
De M. de
Prefchac.
Les Preceptes Galands de M. Ferrier , indouze
, 20, fols.
Nouvelles & faciles inftructions pour réïnir
les Eglifes Pretenduës Reformées , 12.30.f
Reflexion Chreftienne fur les Principes de
la Morale , indouze , 30. fols.
Confolateur Chrêtien , ou Recueil de Lettre,
indouze, 30. fols.
Vie de S. Ambroiſe par M. Herman , inquarto
, 8. livr .
Nouvelles de Miguel de Cervantes , indouze
, 2. vol . 3. live.
Hift. des Amazones , 12. 2 , vol . 20 fols.
Les Promenades de Livri , 12. 2. vol. 20.f
Meroüé fils de France , 12 , 10.fols.
Alfrede Reyne d'Angleterre , 12. 10. fois ,
A &
1
4 Catalogue.
De l'Origine des Romans de Monfieur
Huer , indouze , 30 fols.
D. Iuan d'Autriche, indouze, 30.fols.
- Memoire d'Hollande , indouze , 30. fols :
La veritable forme du Sacrement de l'Euhariftie
, de M,Arnaut, 8.30.fols .
L'Academie des Sciences & des Arts pour
raiſonner de toutes chofes , 12.3 . V. 4. 1. 1o. f.
Critique du Voyage de Grece de M. Spon
Medecin & Antiquaire , indouze , avec une
Carte en taille douce , 30. fols .
Le Pilote de Londe- Vive , ou les Secrets ,
du Flux & Reflux de la Mer , contenant XXI.
Mouvemens & du Point fixe d'un Voyage
abregé des Indes , & de la Quadrature du
Cercle , compofez fur les Principes de la Nature
, nouvellement découvertes , & mis en
lumiere par Mathurin Eyquem , Sieur du
Martineau ; Outre que ce Livre montre par
des Syftemes nouveaux faciles & dont on
n'a jamais parlé , ces points qu'il eft fçavant.
curieux , & plaifant à lire. Les Doctes co
chofes naturelles croyent qu'il montre la
Medecine Univerfelle fous des figures &
des principes familiers , qui luy donne de
la reputation , ce Livre eft indouze , imprimé
à Paris , & fe vend 30. fols .
>
Defcription de tout le monde par d'Aviti .
fol. 6. vol. 60. livres.
Theologie affective de M. Bail infolio ,
12. livres.
Oeuvre fpiriruelle de Berulle fol . 8. liv.
Memoires de la Reyne Marguerite , indouce.
20. fols .
Devoir militaire des Officiers d'InfanteCatalogue
3
rie par le S. de la Fontaine , indouze 45.
fols.
Idem de Cavalerie , indouze , zo . fols.
-Idem d'Artillerie , indouze . 20 , fols.
LIVRES
L
NOUVEAUX
de l'Année 1679.
A Noble Venitienne , & le nouveau Ieu
de la baffere, par M. de Prechac. 11. 10. f.
Nouvelles Galantes du temps, contenant la
Ialoufe Flamande & le Mary heureux
Amant , de Monfieur de Prefchac , 12. 10. fols.
"
>
Les Exilez de Madame de Ville-Dieu , tour
rechangé & augmenté de deux Volumes in-
12.6.v. impreffion de Paris , 6.1 .
Idem impreffion de Lyon , bien impri
mé , les 6. vol. reliez en 3. 45. fols .
Les 5 & 6. Tom. feparez S fe vend, 20. fols.
Hift . du Serrail , auffi nouvelle Edition , augmenté
d'un tiers , 12.6 vol. 6. 1 .
Differtationes Philofophicæ in 12. 20. f.
Nouvelle Ameriquaine , Hiftoire verita
ble , indouze z vol, 20. fols.
Le nouveau jeu de l'Ombre , 12, 10. fols
La Princeffe de Montpenfier , indouze , de
Autheur de la Princeffe de Cleves , avec
des vers à la fin fur la Paix , par M. de Corneille
l'Aifné , ¡ 2.fols .
Les Oeuvres Chreftiennes & Spirituelles
de M. l'Abbé de S.Cyran, 12. 4. vol.6.liv.
Le 4. Tome fe fepare , indouze , 30. fols.
La Iournal des Saints du R. P. Grofez de
A
3
6
Catalogue.
la C. de Iefus reveu , corrigé ( & augmenté,
nouvelle Edition , indouze , 3. vol. 5o . fols.
Le vray Devot confidere à l'égard du Mariage
; & des peines qui s'y rencontrent indouze
, zo. fols.
1
>
Traité des Superftitions felon l'Ecriture
fainte. Les Decrets des Conciles , & les fentimens
des Saints Peres & des Theologiens
par M. Thiers indouze , 40 fols .
Hiftoire de Theodofe le Grand ,
2.3 . livres.
Voyage de la Terre Sainte, avec des remar
ques pour l'intelligence de la fainte Ecritu
indouze , 3. livr. re
Nouveaux Elemens des Sections Coniques
,lieux Geometriques , & c. par l'Acade
mie Royale des Sciences , indouze . so.fols.
Le Courrier d'Amour , indouze ,
10. f
L'Education des Filles , 12. 40. fols.
Cafimir Roy de Pologne , Hiftoire veritable
& nouvelle , indouze , 2. vol. 24. f.
Le Triomphe de l'amitié , par Monfieur
de Prechac , 12. 10 fols.
>
Voyage de Monfieur Pitard de Laval aux
Indes Orientales , Maldives , Moluques , &
au Brefil , & les divers accidens qui luy font
arrivez , inquarto , 6. livres.
Hift. Sainte de Gautruche , 12. 4 vol. 6. I.
Caffiodori opera , fol. 2. vol . 15. 1.
Réponfèà la Critique publiée par Monfieur
Guillet , für le voyage de Grece de lacob
Spon , avec quatre Lettres fur le même ſujet,
Le Journal d'Angleterre du Sieur Vernon , &
Ja Lifte des Erreurs commifes par M. Guiller
dans fon Athenes Ancienne & Nouvelle ,in
douze , zo fols.
Catalogue. 7
Regles de la Difcipline Ecclefiaftique , recueillie
des Conciles des Synodes de France
, & des Saints Peres indouze , 30. fols . ·
Inftruction Chreftiennes fur le Mariage
& fur l'éducation des Enfans , 12. 30. fols.
La vie de S. Ignace , par le P. Behoar lefuit.
La Foy des derniers fiecles , du Pere Ras
pin, indouze.
La Hardie Meffinoife , 12. 12. fols.
Dom Sebastien Roy de Portugal , 12. 15. f.
. Relation curieufe de l'état prefent de la
Ruffie indouze , 40.fols .
Arithmetique de le Gendre , inquarto, nouvelle
edition augmentée, 3. 1. ro fols .
Amours des grands hommes , de Made
moifeile de Ville- Dieu , 12.6. vol. reliez en
trois , 45 fols.
L'Hiltoire d'un Efclave qui a elté quatre
années prifonnier , to fols.
Origine du Biazon du Pere Menestrier , indouze
, 2. vol . 4. livres ..
Memoire de l'Empire Ottoman , indouze ,
2.vol . 26. fols .
Lettres Portugaifes , avec les réponſes , in
douze . 2. vol. 20.
Hiftoire de la Reünion de Portugal , ins
douze , 2. vol. 4. livres.
Les nouvelles de la Reyne d'Angleterre
indouze , vol. 2o.f.
La Ville & Republique de Venife , in 12 ...
Ce n'eſt pas l'Hiftoire de Veniſe de Nani ,
c'est l'Hiftoire de la ville & Republique de
- Venife , tres bien écrite , 40. to's.
La Devotion envers nôtre Seigneur Jesus
CHRIST , pour fervir de lecture à l'Homme.
8 Catalogue.
par
d'Oraiſon pendant tout le cours de l'année
le Reverend Pere Noüet , 4. 3. vol . 16. l .
Recueil de diverfes Retraites , premiere
fur la qualité d'enfant de Dieu ; La feconde
, fur l'Habitude de la prefence de Dieu ,
La troifieme , fur le dépouillement du vieil
Homme , indouze , 30.Tols.
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1680.
A veritable devotion envers la Sainte
Vierge , établie & défendue par le Pere
Craffet lefuite , inquarto , 5. livres.
La Devinereffe ou le faux Enchantement ,
par l'Autheur du Mercure Galant , indouze,
avecneuffigures , 30. fols.
Le Chretien , qui veut eftre fauvé,24.20..
L'Illuftre Parifienne de Monfieur de Pref
shac , indbuze , z . vol 10 fols.
Hiftoire de la Conquefte d'Espagne par les
Marces , indouze , 2 , vol.
Des obligations des Ecclefiaftiques , tirées
de l'Ecriture fainte & des Saints Peres de l'Eglife
& de S. Chrifoftome, 12.40.
Le Iournal Amoureux par Madame de Vil
le-Dieu , indouze , 6. vol. relié en trois , 45. f.
Federic Prince de Sicile , 12.3 . vol . 30. f.
Lettre d'un Ecclefiaftique à un Miniftro
de la Religion Pretendue Reformée pour
fervir de reponfe à diverfes Queſtions qui
buy ont efté faites par ce miniftre dans lef
quelles il traite & prouve plufieurs Points
Catalogue. 9
importans de la Religion par la doctrine de
S. Cyprien , avec une Differtation du méme
Ecclefiaftique , & d'un des principaux du
Confiftoire de Charanton & une litte trescurieufe
des Evéques de Rhodes & de Va
bres , indouze 12. fols .
Adelaïde de Champagne , 12 , 4 vol. 40. f.
Le Comte Genevois , indouze 10.fols.
Cleon ou le parfait confident. 12. 10. f.
La valife ouverte , in 12. Prêchac , 10. f.
Le voïage du Royaume de Congo, 12. 20.f.
Reflexions fur la Mifericorde de Dieu de
Madame la Valiere .
#
Les Madrigaux de M. la Sabliere , 12. f. *
Les Peintures Sacrées de la Bible indou
ze . 3 , vol . 4. livres. 10. fols figures.
>
Le Gridelia , dedié à Madame la Dau- }
phine , de Prechac , indouze , 10 fols .
Memoires touchant la Religion par Monfieur
du Pieffis Praflin Evefque de Tournay ,
indouze , 2.vol.30.fols.
Le Voyage de la Reyne d'Espagne , indouze
, .vol . Prechac. 20.f.
Converfations fur divers fujets par Mademoiſelle
Scudery , indouze , 2. vol 5o.f, de
Lyon, & 6. livres de Paris.
-Projet de Conference fur diverſes matieres
de Controverfe , 12. 30. fols.
Les Nouvelles de Dona Maria de Zayas
traduit de l'Espagnol en François , 12.5 . V. 6. 1 .
La Vie & Actions de Monfieur l'Evefque de
Munſter , indouze , 20. fols .
Les Penfées pieufes , troifiéme Edition , s.f.
Le Quinte- Curce de Vaugelas de Monfieur
d'Ablancourt , Nouvelle Edition , indouze ,
10
Catologue
2. vol . groffe letre , 4. livres.
Eclairciffement Apologetique de la morale
Chreftienne , touchant le choix des Opinions
avec des Reflexions fur des Remarques
du Sieur I. Remonde , compofé pat l'ordre
de M. l'Evefque de Grenoble , 12. 3. 1.
Le nouveau Praticien François , inquarto
, 4. livres.
Les Devifes du R, P. Meneftrier , in 8. 2. v.
5. livres.
Les Dominicales de Texier , in 8. 2. vol 6. 1 .
fdem les Panegyriques, oct. 2. vol.6.1.
Horlogiographie du Pere Peüillant de la
Magdelaine , nouvelle Ediction , octavo ,
sa fols.
Le Comte de Richemont , Hiftoire Galante,
indouze ; 12 fols.
Les Memoires Galans ou les Amours d'u
ne perfonne de qualité , 12. 12. fol.
Defcription de la France de du Val 12 , 10, f.
Revolution de l'Eftat populaire en Mo.
narchie , par le Different de Ĉefar & de Pompée
par Monfieur de Martignac , 12. 20. fols.
Antonij Dadini Altafferra , Notæ & Ob
fervationes in Anaftafium de vitis Romanorum
Pontificum , in 4. 50. f.
>
"
Le Voyage d'Italie nouveau avec deux
Liftes des Sçavans , & Curieux de route l'ltapar
Monfieur Spon , Docteur en Medecine
de Lyon , indouze vingt fols.
lie
Lettres Chrêtiennes & Spirituelles de M.
Vater Grand Vicaire de feu Monfieur de Con.
dren Archevêque de Sens , in 12. 3. vol. 6. liv.
Traité de la Grandeur en general , qui
comprend l'Arithmetique , l'Algebre , l'Ana
Catalogue.
TI
lyfe , & les principes de toutes les Sciences
qui ont la grandeur pour objet par le P. Lami
de l'Oratoire , indouze ; 40. fols .
Dictionarium novum Latinum & Gallicum
, par Monfieur l'Abbé d'Aner pour Monfeigneur
le Dauphin , augmenté d'un tiers à
cette nouvelle Edition, & mit le tout par
ordre Alphabetique inquarto , 6. liv.
Origine des Noms par Monfieur la Rocque
, indouze , 30.fols.
Hiftoires de Venife de Nani , traduit par
Monfieur l'Abbé Tallement,indouze 4. vol . 9.
livres.
Semaine Sainte de la bonne Traduction
de toutes grandeurs.
Inftruction Spirituelles pour la guerifon
& la confolation des Malades par le Pere
Craffer , indouze , 2. 3. liv.
Eloges des perfonnes llluftres de S. Benoît
in 4. 2. vol, fuitte de l'année benedictine ,
livres. 12.
Regles de S. Benoist , 15. 30. fols .
Efay de l'Hiftoire Monaftique d'Orient
par un Religieux de S. Maur , 4. 4. livres.
72
Catalague
.
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1681.
L
Es Satyres de Iuvenal , in 12. 2. vol. Tra.
duction nouvelle , par M. l'Abbé de la
Valtrie , Paris , 5. livres & de Lyon, so . fols.
Le Grand Solliman , Tragedie , 12 15. fols,
L'Eglife Romaine reconnue toûjours des
Lutheriens , pour vraye Eglife de Jesus , iaoctavo
, 40. fols.
La Comete , Comedie . 15. fols.
Inftructions Chreftienne fur les Myfteres de
Noftre Seigneur Jefus Chrift Nouvelle Edition
, augmentée & corrigée en beaucoup
d'endroits in 8. 5. vol . Paris 18. liv.'de Lion 9 .
Moyens de fe guerir de l'Amour , Conver
fation galante , indouze , 15. fols.
Traité du droit de Chaffe , 12. 20 fols,
Zaïde , Tragedie par Monfieur l'Abbé la
Chapelle , 12.15 . fols.
De Marca Opufcula , in octavo 3 liv,
Cofmographic , aifée contenant la Sphere
l'ufage du Globe Terreftre , & la Geographie
en faveur de la Nobleffe , 12. 30. fols.
La Vie du Pere Charles Spinola , de la
Compagie de Jefus , indouze , 25. fols.
La Science & Pratique du Chrêtien par
Monfieur Boudon indouze 10 fols.
La Philofophe des Gens de Cour, 12.
Difcours fur l'Hiftoire Univerfelle , par M.
Bouffuet , Evefque de Condom , in 12 .
Les Carroffes d'Orleans Comedie , par
Monfieu
Catalogue. #3
Monfieur l'Abbé la Chapelle, 12 15.fols.
Philoſophia Vetus & Nova ad ufum Schola
accommodata , par M. l'Abbé Colbert, augmenté
d'untiers en cette nou. Edit.in 4.10.liv .
Les Lettres de Monfieur de Bongars , Latin
François , Nouvelle Edition , 12. 2. vol . 3. liv.
Hiftoire d'Henry I V. 12. Nouvelle Edition
, 40fols.
Methode pour lire Chrétiennement les
Poëtes fuivant l'Ecriture Sainte & les Peres
du Pere Tomaffin , 8. 3. vol . 10, livres . 10.fols.
Poëfies & Penfées Chrétiennes , par мonfieur
l'Abbe Gouffaut , 12.30. fols.
fols.
Difcours prononcé par Monfieur de Lau
nay, Advocat en Cour , indouze , 15.fols .
La vie du Duc de Guife , in 12. 30.
Ammiani Marcellini Opera , fol . 12 , livres.
Un nouvel Horace , de M. Acier , avec des
Remarques indouze , vol. 11.live. 5. fols.
L'Homere , Traduction nouvelle par
l'Abbé de la Valterie , 4. vol. 12. 10. l .
Difcours du Chevalier Digbi de fa Gueri
fon des Playes par la Poudre de Sympathie f
nouvelle Edition , indouze , 30. fols.
M.
Cicute Aquaticæ Hiftoria , & Nova Commentario
illuftratæ à Jacobo V Vephero , Med.
Doct.Scaphufiano , inquarto , 2. liv.
La Princeffe de Fez , 2. vol . 12. 1. livre.
Le beau Polonnois , par Monfieur de Prefchac
, 12.10. fols.
Remedes Charitables de Madame Fouquet ,
augmentez d'un tiers en cette nouvelle Edition,
20. fols . 1
Les Caprices de l'Amour , par Mademoifelle
de Ville- Dieu, a.vol.zo.f.
B
14
Catologue.
1
Artifices des Heretiques, 12.2.livres .
La Comparaison de Thucydide & de Tite-
Live , du P.Rapin , 12.30. fols . "
Memoires du Chevalier de Terlon, 2. v . 3. l.
Mariage du Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal , par l'Autheur du Mercure Ga
lant , 12. 20.fol .
Les entretiens Galans , 2. vol. 12. 30. fols. ›
Reprefentations en Mufique , du P. мeneftrier
12.30. fol.
Traité de la Clofture des Religieufos , de
Monfieur Thiers indouze , 40, fols.
Ecclefiæ Greca Monumenta , Tomus fel
cundus , Studio atqueOpera Ioannis Baptiſte
Cotelerij , inquato, 6. l."
La Circé de Jean- Baptifte Gelly , traduit
en François , indouze , 30. fols.
La Methode Latine de ces Meffieurs , nou
velle Edition augmentée, 8.4.liv.
La Beauté de l'Efprit ,comparée à celle du
Corps , Traduction nouvelle , 20.
Le Meflager Celefte , Extraordinaire de
M. de Blegny , 30. fols.
La Ducheffe de Milan , de Monfieur de
Prechac , indouze, 10.fols.
Des Ballets anciens & modernes felon les
Regles du Theatre , du P. Meneftrier , 12. 30.
fols.
Les Lettres Familieres de Monfieur Conrard
à Monfieur Felibien , r2 30. fols.
Le Prudent Voyageur , 12. 3. vol. 4. 1. 10.f.
Les Preuves de Nobleffe du R. P. Mene
Arier , indouze 2. vol. 4. livr.
Crifpin bel Efprit , Comedie , 12, 15. fols.
Catalogue. 35.
Les fragmens de Moliere, 12. 15. fols.
Theophili Antecefforis Inftitutionum ;
Libri quatuor , Auctore Doujacio , indouze , z .
V.4.1.
Marie d'Anjou Reyne de Majorque , du
Sieur S. Bremont Auteur du double Cocu , 12.
4. Vol. 40. fol.
Lettres de Monfieur le Chevalier de Méré ,
indouze, 2. vol.4.1 .
La Comteffe de Salisbury , Nouvelle d'Angletterre
, 2. vol. 12. 20 fols.
Voyageur de l'Europe , indouze 7. v. 12. L.
Jugement Canonique des Evefques , 4. 6. I.
Entretiens du S. Sacrement du Pere l'Alleman
, 12.25.
Hiftoire de Procope indouze 3. vol. 4, liv.
10. fols.
-Idem de Polibe , 12. 3. vol.4. liv. ro , l .
Idem de Tacite d'Ablancourt . in 12.
3. vol. 4. liv. 10. fols.
Les Lettres de S. Hicôme in octavo, 4.
livres.
Sentimens d'amour de Corbenilli
vol . 3. liv.
12. 2 .
Chimie de le Fevre, 12 2. vol 4. liv.
-Albertus Magnus de fecret , mulier , indouze ,
jo.fols.
Memoires du Suede par Monfieur Chanur,
indouze 3. vol . 6. liv.
-Bail de Triplici Examine , in octavo Paris ,
3. livres.
Officiers de Bouche , 12. 30,fols.
B 26
16
Catalogue
.
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1682.
Es poëfies d'Anacreon & de Sapho , Traduites
de Grec en François • avec des
Remarques , par Mademoiselle , le Fevre indouze
, Gree & François , 45. fols.
Poëme du Quinquina , de Monfieur de la
Fontaine , 12.45 . fols .
Perefius fuper Inftitut.12.45.fols.
La Cleopatre , Tragedie de Mr. de la Cha
pelle , 12. 15. fols.
Le Grand Hercule , Tragedie , 12.15.f.
Novelle explication de la Grangrene , pro
pofée & demandée par Meffieurs de l'Accade.
mie de Paris , inoctavo , 20. f.
Hiftoire de Mahomet , fecond Empereur
des Turcs , par Monfieur Guillet , indouze
2. vol 4 liv .
Nouvelle Methode Grecque , nouvelle
Ediction , inoctayo , 4. livr .
La connoiffance certaine , & la prompte &
facille guerifon des fievres , avec les particu
laritez , & utile fur le Remede Anglois , gar
Monfieur de Blegny , 12. 30. fols.
Biblia Maxima, Fol. 19. vol .
mes.
Idem Poliglotta folio fix volu
Le Commerce Galant , ou Lettre tendre &
Galante de la jeune Iris & de Timandre , indouze
, 3. liv.
Catalogue.
17
L'Hiftoire de Mahomet V. treiziéme Fmpereur
des Tures , traduit de l'Anglois du
fieur Ricaut , par le fieur de Rozemont , in
douze, 4.vol . 8. liv.
Hiftoire des Ufcoques , indouze , 40. f.
Reflexions fur le Portrait du Roy , par M.
Maréchal Avocat en Parlement , indouze , 12
fols.
La Ducheffe d'Eftramene , indouze , 2. vol .
25.fols.
Hiftoire de la Ville & de l'Eftar de Geneve
,par Mr. Spon , indouze , 2. vol. revû, corrigé
& augmenté, nouvelle Edition, avec plu
fieurs figutes en tailles douces, so . fols.
Le fameux Voyageur de Monfieur de Prefchac
, indouze, 10.8.
Epiftolarum innocentij II. Romani Pontificis
libri undecim , accedunt Geſta ejufdem Innocentij ,
primacollectio Decretalium compofita à Rainerio
Diacono,& Pompafiano,aut. Stephanum Balufius.
fol. 2.vol. 24. liv.
Les Saints des Mois qui fervent aux Congregations
par billets par le R. Pere Grofez
de la Compagnie de Jefus , 45.f, la main,
Academie Galante, indouze , 2.vol. 3. liv.
Recueil des Edits , Declarations & Arreſts ,
ont efté donnez fur diverses occurrences
concernant la juftice , depuis le premier Ianvier
1678.jufques au dernier de Mars . 1681 .
Traité de l'Euchariftie , ou Réponse à l'E
crit de Monfieur Claude Miniftre de Charanton
, fur la prefence Réelle , indouze , 10. f.
Les Voyages de Iean Struys , en Moſcovie ,
en Tartarie, en Perfe , aux Indes , & ca plufeurs
autres Païs Etrangers , accompagnez
B3
18
Catalogue.
de Remarques particulieres fur la Qualité , la
Religion , le Gouvernement , les Coûtumes.
& le Negoce, & c. Avec la Relation d'un naufrage
, dont les fuites ont produits des effets
extraordinaires , en 3. vol. indouze , avec 29.
figures en tailles douce , 4. liv .
Relation de la Riviere des Amazones , tra
duite par Mr. de Gomberville, de l'Academie
Françoife, avec uné Diflertation fur la même
Riviere , pour fervir de Preface , indouze , 4.
vol. 4. 1.
Zelohide Princeffe de Sparte, Tragedie';
indouze , zo, f.
La Raë S. Denis. , Comedie , indouze, 15.f.
L'Hiftoire de Dom Quichot de la Manche
, traduction nouvelles , avec 18. fig. ch
tailles douces , 6.1.
Traité de la Communion fous les deux
Efpeces , par Meffite Benigne Boffuet Evêque
de Meaux , indouze , 45. f.
Trois Traitez de Controverfes , par M,
Maimbourg , indouze , 45. f.
:
Abregé de la nouvelle Methode Grecque ,,
par ces Meffieurs , indouze , 30.1.
De l'Ame des Plantes , de leur naiffance , de
leur nourriture , & de leurs progrez , Ellay
de Phyfique , par M. de Du , Docteur en Medecine
de Montpellier, indouze , 15. fols.
Le nouveau Praticien François , de Mr. de
Ferriere , 4. s . liv ,
•
Les Inftituts de luftinian , par Mr. de Eerriere
, indouze , deux vol. 4. liv.
:
Hiftoire des Mazares de l'Abbaye Royale:
de l'Ile- Barbe les Lyon, par Mr.le Laboureat,
4. deux vol . 6, liv...
Catalague. 19.
Theatre de la Turquie , où font reprefensées
les chofes les plus remarquables qui s'y
paffent aujourd'huy , touchant les Moeurs , le
Gouvernement , les Coûtumes & la Religion
des Turcs , 4, 6. liv.
€
Nouvelle Methode pour dreffer les Che
vaux fuivant la Nature , & même la per
fectionnant par la fubtilité de l'Art , par Mr.
Soleifel, 44. liv.
Ceremonie des luifs , nouvelle Edition
Jugmenté de plus de la moitié , indouze , 40
fols:
La querelle des Dieux , fur la Groffeffe de
Madame la Dauphine , indouze , 20. f.
Vie des Saints , 4. de Meffieurs du Port
Royal , 5. I.
Voyage d'Italie , par Laffel , indouze , deux
vol. augmenté , 3. 1 .
Les oeuvres de Meffieurs de Corneille , indouze,
9.vol.nouvelle Edition , 18. liv .
Le Chrêtien en folitude , par le Pere Craf
fet , indouze , 40.f.
Art de Preſcher à un Abbé , 5. f.
Le Predicateur Evangelique, indouze , 7.vol.
#2. liv.
Ecclairciſſemens ſur le Diſcours de Zachée:
4. C. indouze , 20 , f.
Caractere de l'Homme fans paffions felon
les fentimens de Seneque , indouze , 30 , 1.
Des. Offices de Iudicature en general , indouze
, 30. f..
Poëfies nouvelles , indouze, r.l.
- Hift.de Baviere, par Mrale Blanc, indouze,
vol. 6.liv..
20
Catalogue.
Lettre fur la neceflité de la Retraite, écrite
à diverfes perfonnes , par le Pere le Valois,
Iefuite, indouze, deux vol . 45. f.
L'Optique , divifée en trois Livres , où l'on
demontre d'une maniere aiſée tout ce qui regarde
premierement la Propagation & les
proprietez de la lumiere. 2, La Viſion. 3. La
figure & la difpofition des verres qui fervent
à la perfectionner , par le Pere Hugo lefuite ,
indouze , 30. fols.
Heures nouvelles imprimées par ordre de
Madame la Dauphine , fans renvoy , feconde
Edition , augmenté, 40. f.
La Vie de fainte Geneviefve , par le Pere
L'Allemant , indouze , 1. live,
Hiftoire des Guerres Civiles de Grenade ,
indouze , 3. vol . 4. livr.
".
4.
Les Conferences de Caffien 8. dear
vol. liv.
3.
Les Hommes Illuftres avec plufieurs de figu
res, & tailles douces , 12.2 . vol . 4. liv.
Traité fingulier du Blafon des Familiers de
France par M. l'Abbé la Rocque, indonze , 30,
fols .
Hiftoire des grands Vifirs , in 12. 3. vol .
4. liv. 10. fols .
Introduction à l'Hiftoire , par Rocolle indouze
, 2. vol. 4. liv.
L
Le livre des Eleus du Pere S. Iure octavo ,
3livr
Oeuvres tragiques de M. de Pradon , 12-
so. fols.
Pleaume du Pere Mege , in- octavo , 4
Livr..
Catalogue.
212
Panegyrique des Saints de Planchet , 8. 2
vol. 3. liv.
Oeuvres de S. François de Sales , fol , & indouze
& toutes les oeuvres feparées en petits
volumes.j
Traité de la Valeur , 12. 2. livr.
Hiftoire de la Laponie, inquato avec plufieurs
figures , 5. livr .
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1683 .
Iftoire du Triumvirat , indouze , 3. vol.
H4.1.10 . f.
Memoire de M. de Cirot , in 12. 2. vol. = 3 liv.:
Summa Chriftiana feu Ortodoxa Morum
Difciplina opera & ftudió boni Merbefij Prædicat.
Doct, Sorb . fol. 2. vol . 24. livr.
Vie reglée dans le monde , indouze, 2. liv.
Traité de l'organe de l'ouye, avec plufieurs
planches de Mr. Duvernay, indouze, 3.livг.10 .
fols,
La vie de Madame Helyot , femme d'an
Confeiller au Parlement de Paris , qui eft
morte à l'âge de 37. ans en odeur de fainteté,
8. 2.liv . 10.fols.
Les Recherches curieufes d'Antiquitez ,
contenues en plufieurs Differtations fur des
Medailles , Bas- reliefs , Statues Mofaïques ,
& Infcriptions antiques , enrichies de plufieurs
figures en taille douce , par Monfieur
Spon , 4. 6. livr .
22
Catalogue.
•
Oeuvres de M. Boileau , augmentées d'un
quart, indouze , 3.liv .
La Theologie Morale de M. de Genet , 6.
vol, indouze, augmentée d'un quart, » .l.Les 5 .
& 6. vol . fe vendent dans la même Boutique ;
3. liv.
-Preuves & préjugez pour la Religion Catholique,
de Mr. Diroys , 4. fl.
Dépouille des Curez ,par M. Thiers , 12. 2 .
liv.
Le Theologien dans la Converfation avec
les Sages & les Grands du monde , par l'Auteur
du Confeil de la Sageffe , 4. 6. liv.
•
La Politique des Amans , indouze, 2. v.3.l.
Artaxerce, Tragedie, indouze, 15. f.
L'Inftitution des Novices par S, Bonaventu
Le , & où les perfonnes du monde pourront
trouver des folides inftructions , indouze , z.v
liv.
Lettres diverfes de l'Auteur du Dialogue
des Morts, indouze , 1. l . 10.f.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire ,
avec des fcrupules fur le ftile , indouze , 30. f.
Mademoiſelle Dalençon, Nouvelle Galante,
par Madame de Villedieu , indouze, 15. f.
Telephonte Tragedie , par M. l'Abbé de
la Chapelle , 1. 1 .
1
•
Sonnet en Bout-rimez à la loüange du Roy
indouze ,{25. f,
Harangue faite en plein Sinode , par des
Miniftres convertis , indouze , 1. l.
Traité Chimique de la veritable connoiffance
des fiévres , pourpres peftilentes, indouze
par Mr. de Moreaux , 25. fols.
Catalogue. 23
La Comedie fans Titre , indouze , 1. 1 .
Confideration de Craffet , indouze , 3. v.6.
liv.
Petiti Philofophia , 8. 2. 1 .
Affociation en faveur des Ames du Purgatoire,
par le Pere Froment , indouze , 12. f.
Reflexions nouvelles fur l'Alcide & l'Alcali,
indouze,de Mr.Bertrand, Docteur en Mede
cine , aggregé au College de Medecine de
Marſeille, indouze , 20. f.
La Vie Monaftique , par Meffieurs de la¹
Trappe, indouze , 2. v. 5. l . 10. f.
Remarques fur le Livre du Miniftre Claude
, intitulé , Confiderations fur les Lettres
Circulaires de l'Affemblée du Clergé de Fran
ce , de l'année 1682. avec un examen de trois
endroits importans , du Livre de Mr. Burner
Proteftant Anglois ,fur le même ſujet , indouze ,
30. fols.
Hiftoire des Edits de Pacification , Tome
deuxième , contenant l'explication de l'Edir
de Nantes , de Mr. Bernard , avec des nouvelles
obfervations : & les nouveaux Edits , Declarations
& Arrefts donnez jufqu'à prefent ,
touchant la Religion Pretenduë Reformée ,
par Mr. Soulier Prêtre, 8. 3. livr.
"
"
Les nouveaux Dialogues des Morts , in
douze , deux volumes , Paris 3. 1. & de Lyon
30. f. le deuxième volume fe vend feparé.
Hiftoire d'Allemagne , ancienne & nouvelle
, de Monfieur de Prade, indouze ,2.vol. avec
plufieurs figures en Taille douce, 4. 1 .
La Chimie de l'Emeri , inoctavo , cinquié
me Edition , 3. 1.
I
24 Catalogue.
Oraifon Funebre de la Reine , par les Reverends
Pere Brenier & Grozez , de la Compagnie
de Jesus , octavo , s . 1. pieces .
Hiftoire Genealogique & Chronologique
des Dauphins de Viennois , par le Sieur Gaya,
12. 30. fols.
Relation fidelle & veritable du Siege de
Vienne , & la levée dudit Siege , avec une
grande Carte , indouze , 12. f.
Le Guide des Pecheurs , traduir par Mr Gi .
rard,inoctavo,nouvelle Ediction, tres- bien imprimée,
40. f.
Hiftoire de la Bible , par le fieur du Royaumont
, indouze , auffi tres bien imprimé , 30 .
fols.
Pratiques de Pieté ou les Veritables Devotions
, par le R. P. le Maiftre , de la Compagnie
de Iesus , indouze, quatriéme Edition, 15.
livr.
La Vie Chretienne par le R. P. le maître ,
de la Compagnie de Iefus , troifiéme Edi
tion , augmenté , 7.fols.
Hiftoire des Empereurs d'Occident , par
Mr. Coufin , indouze , 2. vol . 4. l. 10 , f.
Abregé Chronologique de l'Hiftoire Vniverfelle
, du R. P. Petau , traduit en François
par Monfieur Maucrois Chanoine de Reims ,
indouze , 2. vol . 4. I.
Les Commentaires de S. Auguftin, ſur le
Sermon de Nótre Seigneur fur la Montagne,
qui contiennet toutes les Regles de la morale
Chrétienne traduits en François , 12. 30.
fols.
Liber Pfalmorum cum Argumentis , Paraphiafi
Catalogue. 25
phrafi & Annotationibus , Auctore Ferandi. 4.
8. livres.
La Galante Hermaphroidite , Nouvelle
Amoureuse, par le fieur de Chavigni , 12.10. f.
Les Memoires de M. de la Croix , Secretaire
de l'Ambaſſade de m . de Nointel à la porte ,
indouze , 2. v. 3. livr.
Les Meditations de Dupont . 3. vol. 4. traduction
nouvelle , 18. liv .
Les Elemens de Geometrie , de ces Meffieurs
du Port Royal, nouvelle Edition , 4. 6. I.
De l'Adoration de l'Euchariftie, pour répondre
aux faux raifonnemens de Meffieurs de
la R. P. R. dans leur prefervatif contre le
changement de Religion , 12. 12.f.
Oraifon Funebre de la Reine , par M. de
***. inquarto , 15. f.
Les Decorations Funebres du P. Menestrier ,
8.2.1 . 10 fols.
La Chimie du Duncan , 8. 2. liv.
Anatomie de Bourdon , 12 30. f.
Anatomie de Malphigius , 12. 30. f.
Hippocrate de la Circulation du Sang , 11.
20.f
Medecine pretenduë , 12. 20. f.
Hift. des Ufcoques , 12. 40. fols.
La vie du R. Pere Beauvan de la Compagnie
de lɛsus , 12. 30. fols
Hiftoire de Sallufte traduite par M. l'Abbé
Caflagne , 12.4 5. fols.
Villis Traité des Urines , 12. 20.fols.
Critique de l'Hiftoire de France de lourdan ,
12.30. fols.
Millionnaire Apoftolique in octavo , 13. vol.
32. livres.
C
26
Catalogue.
Hiftoire des Guerres d'Italie , indouze 2.
vol. 3. livr.
Le Jardin des Racines Grecques , indouze ,
2. livr
Secret des Eaux de Vichi , indouze
fols.
20. ,
LIVRES
L
NOUVEAUX
de l'Année 1684 .
E Plutus & les Nuées d'Ariftophane , Comedies
Crecques , traduites en François
avec des Remarques & un Examen de chaque
Piece , felon les regles du Theatre , par Mademoiſelle
le Febvre , indouze , so .fols.
Les nouvelles Oeuvres de M. de Moliere ,
augmentées de 2. vol . indouze , 9. vol. avec
des tailles douces , 15. livг.
Dialogue de la Santé , indouze , 30. fols,
La Sainte Bible en François , fo!. Paris , 8.
livres.
Le Caractere de l'honnefte Homme › par
Monfieur l'Abbé de Gerard , indouze , 40. fols .
Triple Couronne de la Vierge , par l'Autheur
de l'année Benedictine , 4. 2.vol . 12.liv .
Hiftoire des Siecles , du P. Lenfant , indouze
, 6. vol. 8. livres .
Anatomic du Corps Humain . 8. tout rem
pli de Figures en taille douce , 4. liv . 10. fols
Oeuvres de Monfieur Poiffon , avec la Comedie
fans Titre , indouze , 2. vol . 3. livr.
Oeuvres de Monfieur Sarrafin , indouze , 2,
vol. 3. 1.
Catalogue.
27
De la Pureté d'Intention ? par Monfieur
l'Abbé de la Trappe , Autheur de la Vie Monaftique
, indouze , 30. fols.
Nova collectio Concilior. Balus . fol . 15. 1 .
Dogmata Theologica Thomafini fol . 15. 1 .
Carefme du Pere le Febvre Recolet , in 8.
2. vol. 5. livres.
Vérures de Religieux , in 8. 2. vol . 5. livr.
Traitté de l'Vfage du Lait , par M. Martin ,
indouze , 15. fols.
Pharmacopeé de Charras , 8 , 2. vol. augmentée
d'un tiers , 6. livr.
Nouvelle & facile Methode Italienne dans
fa derniere perfection , augmentée de la moi-,
tié , par Monfieur l'Enfredini , indouze , 30.
fols.
Advertiffemens de Vincent de Lerins , touchant
l'antiquité de la Foy Catholique , contre
les nouveautez profanes de tous les heretiques ,
indouze , 2. livr.
Methode facile pour apprendre l'Hiſtoire ,
indouze , 10. fols.
Oeuvres nouvelles de la Sufe , indouze , 4.
vol. 4. liv.
Le nouveau Ieu du Monde, avec douze Figures
en taille douce , indouze , 30. fols .
Ordonnance des Gens de Guerre , indouze ,
s . vol. 13. livr.
Le Prince Machiavel , traduit par Monfieur
Amelot de la Houffaye , indouze , 30. f,
Le nouveau Traité de Paix , 4 . 7. livr.
L'Oraifon du Coeur , ou la maniere de faire
l'Oraifon parmy les diftractions les plus
crucifiantes de l'efprit , par le R. P. Piny , indouze
, 25.fols
C &
28
Catalogue.
Exercices que le Roy a reglé pour toute fon
Infanterie , tant Françoife qu'Etrangere , &
pour les Compagnies des Moufquetaires , &
celles des Gentilhommes qui font à ſa folde ,
10. f.
lugement de Pluton fur les deux parties du
Dialogue des Morts , 12. 30. fols.
Sommaire de l'Histoire de France , par M.
Prade y compris l'Hiftoire de Louis XIV.
avec des Figures en taille douce , s . vol . 12. l.
Entretiens hiftoriques , moraux & politiques
, indouze , 40. fols.
Summa Conciliorum de Monfieur Bail fol.2 .
vol. 24. livr.
Oeuvres mflcées de S. Euremont , 12. 6.
vol. 9. livr..
La Retraite des Dames , par le R, P. Guil
liore , 12. 30. f.
"
Lettres fur la neceffité de la Retraite , par le
Pere Valois , Tome ſecond indouze , 30.
fols , le premier fe trouvera auffi pour 20. f.
l'Ecole de Chirurgie , 12. 20. f.
4
Obfervations fur les Fievres & les Febrifuges
de M. Spon , 11. 20.f.
Traité des Rapports en Chirurgie , fuivant
les nouvelles Ordonnances , par M. de Blegny,
indouze , 15. fols.
La Vie de Madame de Montmorency , Superieure
de la Vifitation de Sainte Marie de
Moulin , 8 , 2. liv . 10. f.
Réponse à M. Boffatran Miniftre , fur la Conferance
tenue à Niort , par M. l'Abbé de Chalucet
, 12. 30. f.
Hiftoire dela Ligue , de м, Maimbourg inCatalogue
.
29
douze , 2. vol . fur de tres beau papier fin . 3 .
livr.
Idem le Calvinifme , fur de tres- beau
papier , indouze , 2. v . 3.1..
Idem le même , 4. 6.1.
Ordonnance de Eaux & forefts , augmentées
d'un tiers avec les Edits & Declarations
jufque à 1684. indouze, 40. f.
Traité de Chevalerie , du R. P. Menetrier,.
indouze , 40. f.
Pontificale Romanum 12. Parifiis , 3. livr.
Tableau de la Penitence de Godeau , indouze
nouvelle edition , 3. livr.
Les Fables d'Efope nouvelle edition avec
plufieurs Figures en taille douce , indouze , 2.
vol . 3. livr.
Billets galants indouze , 20. f.
Academie Galante 12. tome fecond , 30, f.
le premier tomefe trouve pour le méme prix
dans la méme boutique.
Hiftoire du Siege de Luxembourg par
l'Autheur du Mercure Galant , indonze >
fols.
29.
Les amours du dernier grand Vifir Hiſtoire
galante par Monfieur de Prefchac , indouze 30 .
fols.
L'art des Emblémes , du R. Pere Menestrier
in octavo so, fols.
Hiftoire de la Loüifiane avec une figure en
taille douce , indouze , 40. fols.
Oratoire du Coeur indouze , 10. fols.
Traité de Chevalerie du R. Pere Meneftrier .
indouze 40. fols .
Oraifon Funebre de Mademoiſelle de Bouil
loninquarto 20, fols.
€ 3
30
Catalogue.
Virginie tragedie , 1. 15. fols.
Nouveau Dictionaire François Latin par
Monfieur l'Abbé d'Anet, 4.8 . livres .
Oeuvres fpirituelles du R. Pere Guilloré ,
infolio. 12. livr.
Iliftoire du vieux & nouveau Teftament
par Monfieur Lebret in octavo , 3. livres.
Inftruction d'un ieune Seigneur , indouze ,
2. vol. 2. livr.
12. 20,f. Idem d'une jeune Princeffe
Gonference avec Mr. de Meaux par le Miniftre
Claude in octavo , 3. livr.
La Cour Dialogue par Mr. de Prefchac , in
douze 12. fols.
Obfervations fur les maladies veneriennes
& fur un Remede qui les guerit feurement &
facilement par le Sieur Thuillier , Docteur en
Medecine in octavo 25. fols.
"
Hiftoire de l'Empire , contenant fon Origine,
fon Progrez , fes Revolutions la forme de fon
Gouvernement , fa Politique fes Alliances
, fes Negociations , & les nouveaux Reglemens
qui ont efté faits par les Traitez
de Vveftphalie ; Par le Sieur Heiff. Efcuyer ,
Confeiller , & Secretaire , intérprete du Roy en
Langue Allemande in 4. deux volumes , 11 , li-
Converfatidns nouvelles fur divers Sujets ,
par Mademoiſelle Scudery , indouze , 2. volames
, 6. liv .
L'Homme de Cour traduit de l'Espagnol
de Baltafar Gracien par le Sieur Amelot de la
Houffaye avec des notes , indouze 40. fols.
Relation Hiftorique de tout ce qui a été fait
devant Genes par l'Armée Navale de Sa Majeſté
Catalogue. 31
Tres-Chrétienne , avec une grande Figure en
taille douce , indouze , 20. fols .
Petit Abregé de l'Hiftoire Romaine , par Demandes
& Réponfes , indouze , 25. fols .
Traité de l'Infailibilité & du Pouvoir de
F'Eglife , dedié au Roy, indouze , 15. föls.
Les Eloges des Hommes Sçavans , tirez de
l'Hiftoire de Monfieur de Thou , avec des
Additions contenant l'Abregé de leur vie , le
lugement & le Catalogue de leurs Oavrages ;
Par le sieur Teiffier , Advocat au Prefidial
de Nifmes indouze deux volumes , 4:
liv.
>. >
Vie du Pere Iean Chrifoftome , Religieux
Penitent , inoctavo , 2. l . 10. lols ,
Oracles des Sibilles , augmenté d'une reponce
à la Critique par le P. Craffet , indouze
30. fols.
Traité du Nivelement , par M. Picard , de
l'Academie Royale des Sciences , indouze 30..
fols.
"
La Geometrie Pratique , par Monfieur Ozarian
Profeffeur en Mathematique , indouze ,.
30. fols.
Hiftoria Civilis & Ecclefiaftica , Authore
Perro Iofepho Cantelio , è Societatis Iesus ,
in 4. 5. liv.
Quatre dialogues fur l'Immortalité , par
Monfieur l'Abbé d'Engeau. , & Monfieur l'Abbé'
de Choifit in 12. 30, f.
L'Ecclefiaftique traduit en Francois , avec
une explication tirée des Saints Peres & des
Autheurs Ecclefiaftiques , par ces Meffieurs , in
octavo. 4. liv.
Traité de la volonté de fes principalesactions
32 Catalogue.
de fes Paffions & de fes Egaremens , divifé em
cinq Parties , indouze 30. fols .
Abregé de l'Hiftoire Bizantine , de S. Nice
phore Patriarche d'Alexandrie de Conftanti
nople traduite du Grec ; par le fieur Moret avec
des Remarques Hiftoriques , indouze 30.
fols.
des
Hiftoire Chronologique des Papes ,
Empereurs & des Rois qui ont regné en
Europe , depuis la Naiffance de I ES u s-
CHRIST , jufqu'à preſent , indouze 30.
fols.
La Doctrine des Maurs , qui Reprefente en
cent Tableaux en taille douces , la difference
des Paffions. Et enfeigne la maniere de parvenir
à la fageffe univerfelle ; par Monfieur de Gom
berville de l'Academie Françoife , indouze so.
fols.
Hiftoire des Hommes Illuftres de Monfieur
l'Abbé Tallemant avec plufieurs figures en:
taille douce , ou font leur Portrait ; Nouvelles
Edition , augmentée & recorrigée , indouze , 8 .
vol . 14. liv. papier fin & 12. liv. papier ordi
naire.
•
La vie des Saints , traduction de ces Meffeurs
y compris la vie des Patriarches , Nou
velle Edition , in octavo 5. vol . 7. liv...
Les Pretendus Reformez convaincus de
Schifme , pour fervir de réponſe à un écrit
intitulé confideration fur les Lettres circulaires
de l'Affemblée du Clergé de France , de:
l'Année 1682 par Monfieur Nicole , Autheur..
des Ellais de Morale, indouze 45. f.
Traitté de la Pratique des billets & du Preft
d'Argent entre les Negocians, par un Docteur.
Catalogue. 33
en Theologie , in- douze 3o . fols.
Difcours de Clement Alexandria , pour
exhorter les Payens à embraffer la religion
Chrétienne traduit par Monfieur Coufia , indouze
, 30, fols.
Dom Henrique de Caftro ou la Conquéte des
Indes indouze , 2. vol. 40. f.
De la Nature & de la caufe des Fiévres , indouze
, is. fols.
Methode pour bien prononcer un Difcours
& pour le bien ADimer , ouvrage tres - utile à
tous ceux qui parlent au Public & particuliere-
= ment aux Predicateurs & aux Advocats , par
Monfieur Bary indouze , 20. fols.
Paralleles Hiftorique , indouze , 40. f.
S. Fulgentij opera , inquarto 9. liv .
LIVRES
TR
NOUVEAUX
de l'Année 1685.
Raitté des Fortifications , contenant la
Demonſtration & l'Examen de tout ce qui
regarde l'Art de Fortifier les Places , tant regu
liéres qu'irreguliéres , fuivant ce qui fe pratique
aujourd'huy ? le tout d'une maniere abre
gée , & fort aifée pour l'Inftruction de la Ieuneffe
, par Monfieur Gautier de Nifmes ,
avec 23. Figures en taille douce , indouze , 25 .
fols.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement & des
Prérogatives de l'Eglife de Rome , & de fes
Evefques , par Monfieur Maimbourg, indouze ,
2. liv. 10. f.
34 Catologue.
Les diférens Caracteres de l'Amour , par un
Academicien François , in 12. 30. fols .
L'Hiftoire du Grand Seras- Kier Baffa , ou
la fuite de Hiftoire du Grand Vifir , contenant
toute la Relation de la levée du Siege de
Bude , & fes Amours , indouze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les jours du
Caresme , contenant fix Difcours differens
pour chaque jour , & des fentences choifies
de la Sainte Ecriture & des Peres de l'Egli
fe pour chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudition ,
& neceffaire à toutes fortes de Perfonnes ,
in cctavo 3. Volumes , 12. livres.
Extraordinaire des Mercures Galant indouze,
30. fols. & les Mercure 20. f.
Agiatis ; Reyne de Sparte , ou les Guerres
Civiles des Lacedemoniens , fous les Rois
Agis & Leonidas indouze , 2. Volumes , 2 .
livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle Edi .
tion , 40 fols.
Efais de Phyfique , indouze , z . Volumes ,
3. livres.
Mademoiſelle de larnac , Hiftoire du temps.
de la Princeffe de Cleves , in 12. trois vol . 3 .
liv . 10. fols .
Le Grand Sophi , nouvelle Allegorique , indouze
, te. fols.
Les Travaux de Mars , ou l'Art de la Guer
re , augmenté d'un quart nouvellement , par
Monfieur Mallet , inoctavo 3. volumes , 15. liv .
Les Dames Galantes , ou la Confidence reciproque
, en deux Tomes indouze , 2. livres,
10.fols .
Catalogue. 35
C
Relation d'un Voyage des Indes Orientales ,
par . M. Dellon, Docteur en Medecine , indouze,
2 . vol. 3. livres.
Armenius , Tragedie , indouze , 20. fols.
Illuftre Genoife , indouze , 20. fols.
Le Cocher Comedien , de M. de Hauteroche,
indouze 15. fols.
Relation du Royaume de Siam , indouze , 15.
fols.
Journal du Palais , complet , 10. vol. 60. liv.
Les Nombres & le d'Euteronome traduit en
François avec l'explication du fens Litteral &
du fens Spirituel , tirée des SS . Peres & des Autheurs
Ecclefiaftiques en 2. vol . in- octavo 5.
livr, & en 1. vol . 4. livr . 10 , fols .
Les Conferences Ecclefiaftiques du Diocefe
de M. de Luçon en 5. vol . indouze impref
fion de Paris 10. liv. & impreffion de Lyon ,
6. liv . & 5. fols l'on feparera les 4. & 5. vol . à
ceux qui auront les premiers pour le méme
prix.
Fables nouvelle en vers , in 12. 20. fols.
Traité de la vocation Chrétienne des Enfans,
in 12, 30. fols .
Hiftoire du Gouvernement de Venife
par M.
Amelot de la Houſſaye , nouvelle Edition augmenté
& corrigé de beaucoup , in 8. 5. liv.
Tibere difcours Politique fur Tacitepar M.
Amelot de la Houffaye , nouvelle Edition , in
octavo , 4. liv.
Veritable conduite de Confeffion & communion
de S. François de Sales , par M. Gam
bare Prêtre , in 18. 15. f. Impreffion de Paris.
Entretien fur le Carême du Pere Crailer ,
ndouze , 2. vol. 3. liv.
H.i
36
Catalogue
.
Caractere de la fauffe & veritable Pieté , 12 .
30. fols.
Defcription de l'Hôtel des Invalides avec
plufieurs figures en tailles douces tant les veuës
qu'autrement , fol . 15. liv.
Le Plan dudit Hôtel en deux feüilles , 2. liv.
10. fols.
Converfations Morales fur les Ieux & les divertiffemens
, indouze , 2. liv .
La feconde Philippique de Ciceron traduction
nouvelle , indoaze , 15. fols.
Nouveau voyage de M. Thevenot contenant
la Relation de l'Indoftan , des Nouveaux Mogols
& des autres Peuples & Païs des Indes ,
inquarto , 5. livr .
Inftructions Morales & de Controverfe par
demandes & par réponces , pour l'inftruction
des Catholiques & des Calviniftes nouvellement
convertis a divifées , en deux parties ,
dont la premiere contient la Doctrine de l'Eglife
Catholique , fur les Points conteftez ,
& non conteftez , la feconde contient des Ecclairciflemens
fur les Points de la Doctrine de
P'Eglife Catholique conteftez entre les Catholiques
& les Calviniftes , indouze
fols.
> 20.
Table des Sinus nouvelle Edition , avec la
Trigonometrie qui eft un Traitté nouveau ,
pour l'intelligence des Tables & facile pour les
Ecoliers , in- octavo , 2. livres .
Les Ocuvres du Poëte Lucrece , qui traitte
de la Nature des chofes avec des Remarques
fur les endroits les plus difficiles de la traduction
du Baron des Coutures un des plus beaux
Ouvrages qui ait paru depuis longtemps
tans
Catalogue. 37
C
tant pour la beauré du Stile , que pour les
Remarques , in 12. 2. vol. 4. liv . io, fols , >
Andronic Tragedie par M. Capiftron 20. f.
La Dame Invifibles , Comedie de M. de
Haute . Roche , indouze , 20. fols.
-Aphorifme d'Hippocrate traduit en François
en deux vol . 3. liv .
Meditations fur le Pater nofter , & fur le
Pleaume soloMiferere mei Deus , tirées des
oeuvres de terôme Savovarole , & traduit en
François , 20, fols.
Heures Chrétiennes tirées de l'Ecriture
Sainte & des faints Peres , traduction du Paras
difus . Anima Chriftianæ , 12. 3. liv. 10. f.
?
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1685 . .3
Hiftoire
Iftoire de la Conquefte de Flaride par les
Espagnols, fous Ferdinand de Soto, écrite
en Portugais par un Gentilhomme de la ville
d'Elvas , m 1. 30.fols.
Le Genie de la langue Françoife, 12.2.v.3.l.
Reponse à l'Apologie pour la reforma
tion , pour les Reformateurs & pour les Re-
1formez , où l'on traite de l'etat Monaſtique ,
des Veuves &rant Seculieres que Religieufes ,
des fecondes , troifiéme , quatrième , & autres
Nopces , des qualitez d'un veritable Mar
tir , des Ceremonies Ecclefiaftiques de la
Sainte Ecriture des Extafes & Difcours du
Celibat des Ecclefiaftiques, & quelques autres
vil.8 bab
D
38
Catalogue.
matiere de Religion , par Monfieur , Ferrand
12.40.fols.
Traité de l'Eglife contre les Heretiques
principalement contre les Calvinistes , par
Monfieur Ferrand . 12. 30. fols .
Theriaque d'Andromacus , traduction nouvelle
par Monfieur Charras, 12. 30.fols.
Comedie fans titre par Monfieur Poiſſon , indouze
, nouvelle édition, 15. fols.
Les Oeuvres de Barreme contenant fept
volumes & fe vendent feparé fçavoir L'arif
metique de foy- même . 5o. f. le Livre des
contes fait so. f. La Geometrie so. fols. Li
vre neceffaire , so . f. Le Livre des Aydes Domaine
de France , 45. f. Les Tarifs & contes
fait,3 . liv. to.f. & le feptiéme , le Grand Bar
quier , in octavo, 4.1.10.f.
Traduction nouvelles des Satires des Epi
tres & l'Art Poëtique d'Horace ,in 12. 45.f.
Les Ouvrages de Profej & de Poëfie des ficurs
de Maucroy & de la Fontaine , indouze , 1.
vol . 4. tiv. 1.3.0
Memoires contenant ce qui s'eft " paffé en
France de plus confiderables depuis l'année
1608. jufqu'en 1536. tirées des êcrits de
Monfieur le feu Duc d'Orleans , indouze ,
- 40. ር
Le Portrait de Foibleffes Humaines , par
Madame de Villedieu , 12. Paris 30. fols/ & de
Lyon 15, fan oneftium , esbrop.lion
Les Defordres de l'Amour de Madame de
Ville dieu, 12. 4. vol. relié en deux 30. fols.
Geographie de Robbé Nouvelle Edition ,
avec plufieurs Figures en taille douce , 12. 2.
Vol . 6.div. Idem Enluminés 8. liv .
Catalogue. 39
Ordonnances Synodales de Luçon , 10. f..
L'Art de chanter , ou methode facile pour
apprendre en fort peu de tems les vrays prin--
cipes du Plain Chant & de la Mufique par M.
Lancelot , inquarto´, 25. f.
Elemens de Geometrie , ou de la meſure du
corps , par le Pere l'Amy , in octavo , 45. f.
Voyage de Tartarie , 12. 15.
fols.
Vie deGonzague , 11. 25. fols.
Traité des Cadrans de Monfieur Ozanan
avec plufieurs figures en taille douce , 12, 30 ,
fols.
Corps & compilation de tous les Com
mentateurs Anciens & Modernes fur la Coutume
de Paris , enrichie de nouvelles obfer .
vations & de plufieurs queftions décidées
par les Arters des Cours Souveraines , avec
les Conferences des autres coûtumes , par
Monfieur Claude de Ferriere , Avocat an
Parlement en trois volumes , infolio , 35.
liv.
Oeuvres Diverfes de Monfieur Boileau ,
nouvelle Edition revûe & augmenté de beaucoup
avec les figures, indouze, 3. liv.
69 Eclairciffement de Monfieur Queras Grand
Vicaire de feu Monfeigneur l'Archevêque de
Sens, inoctavo , 4. liv.
Iournal Amoureux d'Espagne, par Madame
de Villedieu , indouze quatre volume , relié
en deux , 30, fols.
La vie de S. Philippe Nery Fondateur de
l'Ordre de l'Oratoire inoctavo 3. liv.
Theologie Morale de S. Auguftia , où le
precepte de l'amour de Dieu est traité à fond,
& les autres maximes de l'Evangile fe trou-
D3
40:
Catalogue
.
vent expliquées & demontrée indouze , 45. f.
La Morale d'Epicure avec des reflexions
par Monfieur le Baron des Coutures Aureur
de la traduction de Lucrece, indouze 40. fols.
La vie du Pere lean Rigoleng de la compa
gnie de lefus indouze , 30. fols.
12
La vie du Pape Sixte V. nouvéllé édition ,
indouze deux volumes 2. liv.
L'hiftoire du Royaume de Chypre par Mon.
heur le Pelletier Auteur de la vie de Sixte V.
indouze , 2. vol . 2. liv.
Actes de l'Affemblée generale du Clergé
de France concernant la Religion inquarto ,
20. fols. bet
Idem indouze avec le Catalogue des livres
deffendu , 30. fols .
Avis pour la fainte Communion , 7. fols.
La Relation du Caroffel de 1685. & 1686.
20. f. }
Ariofte Ancienne & Moderne on Roland
le furieux traduction nouvelle indouze, 4.vol .
3. liv.
L'ordinaire de lafainte Mefferavec l'explication
des principales ceremonies qui fi obfervent
augmenté des Vefpres & Complies en
Latin & en François & de plufieurs exercices
de picté Imprimé par l'ordre de Monteigneur
Evefque de la Rochelle , infeize is. f.
Hiftoire de la confpiration d'Angleterre
du Duc de Mont Mout , indouze 20. f.
Hiftoire des troubles de Hongrie & des defordres
arrivez dans ce Royaume , & les
progrés de la confpiration des quatres com
tes qui ont été executez , leur revolte y eft
amplement traittée avec trois cartes indouze,
4. vol. 6. liv.
Catalogue.
41
Lettre de S. Auguftin fur la Conformité de
la conduite de l'Eglife de France pour ramener
les proteftans avec celle de l'Eglife d'Affrique
pour ramener les Donatiftes indouze
jo. f.
La conduite du Roy à l'égard des Proteftans
femblables à la conduite de l'Empereur Honorius
& de S. Auguftin à l'égard des Dona
tiſtes avec un Abregé des memes Donatiftes
& l'explication des loix qu'Honorius publia
contr'eux-indouze , 19. f.
Traité de la Providence fur le miracle des
fept Pains tiré de l'Ecriture fainte & des Peres
indouze , 20. f.
Paraphrafe des Pfeaumes de David en vers
François par Monfieur Godeau & mis en
chant,nouvelle édition ,indouze 40. f.
Hiftoire d'Augufte contenant fes actions
avant & apres le trianvir jufqu'à ſa mot
avec les particularitez dela vie de Iule Ce
far par le même autheur du triumvirat indouze
deux volume , 2. 1.
Hiftoire du Pontificat de faint Gregoire le
Grand par Monfieur Mainbourg , inquarto
2. 1. indouze deux volumes , 3. 1. & de Lion.
2. liv.
Lutrigot ou la Critique contre Monfieus
Boileau indouze 15. f.
Les confeflions coupée , Impreffion de Paris
indouze 25. f.
Harangue de Monfeigneur le Coadjuteur
de Rouen au Roy inquarto . 7. L.
Harangue de Monfeigneur l'Evefque de
Valence au Roy inquarto 7. f.
·
D
3
42 Catalogne.
Hiftoire de Charies neuviéme
, in 12. 3.vol. 3.liv . 10.î.
De François premier , in 12 .
De Monfieur
vol . 6.1 . & in 4. 2.vol . 12.) . Įde Varillas.
Education de Charlequint ,
12. 2. v. 3.1.
Des Herefies , 12.7.1 . & in 4.12.1.J
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1685 .
Iftoire de Guftave dit le Grand & de
Charles Guftave Comte Palatin , Roy
de Suede & de tout ce qui s'eft paffé en Allemagne
, depuis la mort du Grand Guitave j
par le fieur de Prade , indouze , 40. £
Charanton où l'Herefie détruite , inquarto
30. fols.
Catechifine pour les nouveaux Convertis
de Canifius, 12. 15. f.
La Morale de JESUS - CHRIST par le Pere Do
zeme de la Compagnie de Lesus , in 4, s . 1 .
Entretien fur la Pluralitez des Mondes, pat
FAutheur du Dialogue des Morts, 12. 30.fols.
Nouvelle Bibliotheque des Autheurs Ecclefiaftiques
contenant l'Hiftoire de leur vie ,
le Catalogue , là Critique & la Chronologie
de leurs Ouvrages , le fommaire de ce qu'ils
contienent unJugement fur leur ftile & ſur leur
doctrine & ce dénombrement des differentes
éditions de leurs Ouvrages, des Autheurs des
Trois premiers Siecles de l'Eglife , avec une
differtation préluminaire fur les Autheurs des.
Catalogue 143
Livres de la Bible , par M. L.Du Pin , Docteur
de la Maiſon de Paris , 8. 4. l.
Eftat de la France , où l'on voit tous les
Princes , Ducs & Pairs , Marechaux de Fran.
ce, & autres Officiers de la Couronne , des
Evêques , les Cours qui lugent en dernier Refort
, les Gouverneurs des Provinces , les Chevaliers
des Ordres & enfemble les noms de
tous les Offices de la maifon du Roy , & mai
fon des Princes jufqu'en 1686. indouze, 2.vol.
3. liv. 10, fols.
La fcience parfaite des Notaires , ou le
moyen de faire un parfait Notaire , contenant
les Ordonnances , Arreſt , & Reglement rendus
touchant la fonction des Notaires , par
Mé Claude de la Ferriève , feconde édition , &
augmenté d'un tiers , seliv..
L'Elprit de l'Ecriture Sainte , avec des Refle
xions , par Monfieur le Baron des Coutures ,,
1.2.2. V. 3.1.10 . f.
Reflexions ou Sentences & maximes Morales
, par Monfieur la Roche- Foucaut , aqgmentée
de plus de cent nouvelles maximes ,
12.30. £..
Les devoirs de la vie Civile , nouvelle édition
, revue , corrigée , augmentée , 12. 2. vol ..
3. liv...
La liberté des Dames , 12. 20. f..
Alcibiade Tragedie , par Monfieur Capi
fron , 12. 25 , ſols.
L'Homme à bonne fortune ,
Monfieur Baron , 25.fkt
I
Comedie par
A
La fcience & l'Att des Devifesy dreffez fur
-de nouvelles regles , avec fix cent devifés fur
les principaux evenemens de la vie du Roy &
44 Catalogue.
•
quatre cens devifes Sacrées , dont tous les
mots font tirez de l'Ecriture Sainte , par le
R. P. Meneftrier , inoctavo , 2. 1,
Petit Flambeau de la Mer , in 4. 3. l .
La Liturgie Sacrée où l'Antiquité , les Mifteres
& les ceremonies de la fainte Meſſe ,
12. 3. V. 4.l. 10.f.
Les delices de l'Efprit , par Monfieur Defmarêts
, nouvelle édition, avec plufieurs figu
res en taille douce , 12. 2. v. 3. l.
Inftruction Paftorales & Pratique pour la
conduite d'un jeune Curé , en forme d'entre
tien , 12. 30. f.
Traité des jeux & des divertiffemens qui
peuvent être permis , ou qui doivent étre défendus
aux Chrêtiens felon les Regles de l'Eglife
, & le fentimens des Perés , par Me
Jean Baptifte Thiers , Docteur en Theologie ,
12. 2. l. f. f.
Les deux derniers livres des Roys, 8.4.1.10.f.
Nouveau Recueil de tout ce qui s'est fait
pour & contre les Proteftans particulierement
en France , où l'on voit l'Eſtabliffement , le
Progrez , la Décadence & l'Extinction de la
R. P. R. dans ce Royaume par Me. lacques le
Febvre Docteur en Theologie , 4. 9.1.
Recueil de ce qui s'eft fait depuis la Revo
cation de l'Edit de Nantes , 4. 30. £.
Oeuvres Tragiques de Monfieur Capiſtron,
12. 4. liv.
Idem de la Tuillerie , 12. 3.l..
-Idem de la Chapelle , 12. 3. I ..
Idem de Pradon , 12. 50..f.
Su Hiftoire des Avanturiers qui fe font fignalez
. dans les Indes , contennant ce qu'ils ont
Gatalogue. 45
fait de plus remarquables depuis 20. Années ,
avec la vie , les moeurs , les coûtumes des habitans
de S. Dominique & de la Tortue &
une defcription exacte de ces lieux où l'on
voit l'établiffement d'une Chambre des Conees
dans les Indes & un état tiré de cette
Ghambre des Offices , tant Ecclefiaftiques"
que Seculiers , ou le Roy d'Espagne pourvoit
les revenus qu'il tire de l'Amerique, & ce que
les plus grands Princes de l'Europe y poffe.
dent , le touto enrichi de Cartes Geographi
ques & de plufieurs figures en taille douce ,
indouze , 2. vol. 4. 1 .
Apologie pour l'Eglife Catholique où l'on`
juftific fa croyance , fon culte & fon gouver
nement par les Principes même des Proteftans
par le fieur Vigne , cy- devant Miniftre à Gre
noble , 12. 30. f.
Entretiens affectifs de l'ame avec Dieu fur
les Pfeaumes de la Penitence , pour les nouveaux
Convertis , 12. 20. f.
Journal du Palais , inquarto , to.v. 60.liv.
le dixiême tome & les autres fe fepare pour
6. liv. auffi chaque volume. :
Pratique de Pieté ou Entretiens pour tous
les jours de l'Année , par le Pere le Maître de
la Compagnie de Iefus , augmenté en cette
toifiéme Edition , des Evangiles & de plu
fieurs points de Meditation , toutes tevûes &
recorrigée , 12. 4. vol . 5o . f. & relié en deux
2. liv .
C La Morale du Monde ou Converfations par
Mademoiſelle d: Scuderi , 12. 2. vol . 6. liv.
Les Amours du Comte Tekely , nouvelle
Historique , 12. 1. f
46
Catalogue
.
Relation de l'Amballade de Monfieur le
Chevalier de Chaumont à la Cour du Roy de
Siam avec ce qui s'eft paffé de plus remarquable
durant fon Voyage avec plufieurs fi
gures en tailles douce , 12.2. liv ..
Entretiens affectifs de l'Ame avec Dieu
pendant les huit jours des Exercices Spirituels
par Menfeigneur l'Evêque d'Alby , 12.
30. fols.
Le Rendez-vous des Thuilleries ou le Co
quet trompé Comedie , par Monfieur le Baron
, 12, 20.f.
Inftruction pour les nouveaux Catholiques:
ou tous les Points principaux de la Religion
font familierement expliquez par BEcriture,
les Conciles & les Peres , par Monseigneur
l'Evêque de Châlop , 12 , 40, Lov
2
J
7
Nouveau Sisteme des bains & eaux Minera-l
les de Vichy, fondé für plufieurs belies experiences
& fur la Doctrine de l'Acide & de
l'Alcali , par Monfieur Fouet , Docteur ca
Medecine 12.39. fam
Jugement des Sçavans fur les principaux
Ouvrages de ce temps , & fur les Poëtes depuis
Moïfe jufqu'à prefent , indouze , neuf
vollumes 18, livres , les cinq dernier vollume
fe vendent feparé pour 10. liv.:
La vie de faint François de Sales , par l'Au
theur de la vie de Madame de Montmorency ,
4. 5. liv. Dior 2 1 loa Mari§
Conference Ecclefiaftique du Dioceſe.de
Luçon feconde Edition , très- bien imprimé ,
12. 5. vol. 6.liv. 5. f.
Les fix & fepriéme tome fura la Penitence,
l'ordre & le mariage s'imprime¸
Gatalogue. 47
Vies des Saints , nouvelle Edition , fol. 2 .
vol. Paris grand papier 16. liv .
Idem de papier ordinaire, 11. liv. auſſi
de Paris, fol . z. vol.
Hiftoire de la Morée avec so , figures en
tailles douce de toutes les Villes que les Venitiens
ont emportées fur les Turcs , 8.4.liv .
L'Efpion du Grand Seigneur & fes Relations
fecrettes envoyées au Divan de Conſtantinople
découvertes à Paris , pendant le Regne
de Louis le Grand , contenant les évenemens
les plus confiderables de la Chrêtienté & de
la France depuis 1637. indouze , 4. vol . 6. liv .
les trois derniers vollumes fe vendent feparé
"pour 4.liv. of
.1
Hiftoire des Oracles par Monfieur de Fontenelle
, Autheur du Dialogue des Morts ,
$12.30.1.20
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France
, contenant lareception qui leur a efté faite
dans les Villes où ils ont paffé , leur entré à
Paris , les ceremonies oblervées dans l'Audiance
qu'ils ont eu du Roy & de la Maiſon
Royale , les complimens qu'ils ont faits , la
defcription des lieux où ils ont eſté , & c¢
qu'ils on dit de remarquablefur tout ce qu'ils
ont vu jufqu'à la fin de l'année 1686.12.2.vol .
49.folsle deuxième tome fe vend feparé pour
- 20.fols.
Iournal des Saints pour les Congregations,
qui fert de billets des Saints de mois en Latin
Ja main 45.1.& en François aufli 45.
L'Homme inftruit par fa raifon & par fa
Religion , Dialogue Moral & Chrêtien , 8.2.1 .
Le nouveau Negotiant , contenant les re48
Catalogue
.
C
ductions toutes faites des mesures , Poids &
Monnoyes de France , reduite aux meſmes
Poids & Monnoyes de diverfes Villes & Païs
concernant le Negoce , par le feur Ricard de
Bordeaux , inquarto , so. f.
L'Efprit de la Religion , ou l'abregé du Livre
de la Science univerfelle des faintes Ecri-
-tures , 12. 20. f. af.
Almanach de Milan 1587. 12. 20. fols ,
De Liege pour 1587. 15. f.-
Connoiffance des temps pour 1687. 20.1,
Hiftoire du Siege de Bude avec toutes les
particularitez fidelement écrite & circonftantié
le tout jour par jour , avec une grande fi
gure en taille douce , par l'Autheur du Mercufe
Galant , 12; 20. fo '
broM ob 23
Livres que l'on Imprime & que l'on don
nera inceffamment.
Les Grands Voyages de Monfieur Chardin ,
de la Perfe & des Indes Orientalles avec dixhuit
grandes figures en taille douce , 12. 2 .
gros vollumes.
Le bon ufage du Thé , du Caffé & du Chocholat
par M. de Blegny avec plufieurs figures
én taifle douce.
La Nouvelle Methode accomplie du Blafon
du.Pere Meneftrier , indouze, Le Pontificat de
S. Leon , de M. Maimbour , L'Hiftoire de
Louis douziéme de Varillas & la fuite des
Herefies auffi de M. Varillas , les Annales de
la Grece de Madame de Villedieu, & pluſieurs
autres dont je vous donneray Avis.
THE LA VILLE
FIN
qui fe trouveront à Lyon chez le Sieur
A MAUL RY ; depuis l'année 1678 .
jufqu'a prefent.
P
RATIQUE de Pieté , ou les confuites
pour tous les jours de
'anné fuivant les Maximes de
l'Evangile par le R. Pere le
Maître de la Compagnie de
Iesus , 2 2. vol . 30. fols.
L'art poëtique du Pere Lamy, 12.30. fols .
Les Nobles de Provinces , Comedie de
Monfieur de Haute Roche , 10. fols .
Le Comte d'Ulfeld , 12. 10 fols.
Memoire du Marquis d'Almachu , 12. 2.
vol . 2c. fols.
Les Livres de S. Auguftin de la maniere
d'enſeigner les principes de la Religion , 12 .
livres. 2.
Remarque fur un Ecrit dicté à Doüay , 12.
30. fols.
La Princeffe de Cleves. 12. 4. vol . 5. liv .
Idem la Critique , 12. 30. fols .
Idem la Contre- Critique 4o. f.
Nouvelles Amoureuſes & Galantes, indouze .
30. fols.
Heures en Vers de l'incomparable Sieur de
Corneille l'aîné , indouze. fig. 3. liv.
Architecture Navale , in 4. 6. liv.
CHEQUE
BRLA
LYON
*1995
VILLE
A
2 Catalogue.
De Lazarille de Tornes , Traduction nouvelle
, indouze , 2. vol . 4o. fols.
Ieu Royal de la Langue Latine avec les
Cartes , 8. 40. fuls,
Nouveau jeu de Carte du Blazon , 30. f.
Hiftoire de la Chancellerie
Teffereau , fol . 15. liv.
par Monfieur
Capitularia Regum Francorum Auctoris
Steph. Baluz, fol . 2. vol. 30. livr.
Phedre & Hippolite , Tragedie, ind . 15.f.
Origine des François , ind. 2. vol. 3. liv.
Hiftoire du Schifme d'Angleterre , in 12 .
Confeil de la Sageffe, ind. 2. vol. 3. liv.
Converfions des Pecheurs , ind. a . 1.
Methode de la Penitence, ind. 2. livr.
Maldonat, de Sacramentis , fol.9 . liv.
L'Art de Parler ,
ind. 30. fols.
L'Avocat des Pauvres de Monfieur Thiers,
indouze , 2. livr.
Recherches de la Verité, ind. 3. vol. 6, 1,
Nouveau Recueil de Comedies , ind. zo. f.
Theodori de Poenit. 4. 2. vol . 10. liv.
Medecin à la Cenfure, ind. 30, fols.
Recueil de l'Academie , indouze , 7. vo'.
10. livr , 10. fols .
Correction fraternelle , indouze, 2. liv.
Idée de la Morale Chrétienne, indouze, 2 .
vol 3. livres.
Prince de Perfe , Nouvelle Hiſtorique, indouze
, 10. fols .
La Rivale, Nouvelle Hiftorique , indouze,
10, fols.
Oeuvres de Monfieur d'Andilly , fol.3 . vol.
45. liv.
Catalogue. 3
La Vie de Sainte Gertrude, 8. 4. liv.
Expofition du S.Sacrement par M. Thiers ,
indouze , z . vol . 4.livr.
Défence de l'ancienne Tradition des Egli
fes de France, indouze , 40. fols .
Aftrée , indoze , Nouvelle Traduction.
Methodus Hiftoriarum Anatomico Medicarum
, indouze , 30. (ols.
Heroine Moufquetaire , indouze,
4. vol . 40. fols.
Iolande de Cicile , indouze,
2. vol. 10. fols.
Voyage de Fontainebleau ,
10. fols.
2
Ambitieufe Grenadine , indouze
, 10. fals.
Comte d'Effex , indouze, 2.
vol. 20, fols.
"
J
De M. de
Prefchac.
Les Preceptes Galands de M. Ferrier , indouze
, 20, fols.
Nouvelles & faciles inftructions pour réïnir
les Eglifes Pretenduës Reformées , 12.30.f
Reflexion Chreftienne fur les Principes de
la Morale , indouze , 30. fols.
Confolateur Chrêtien , ou Recueil de Lettre,
indouze, 30. fols.
Vie de S. Ambroiſe par M. Herman , inquarto
, 8. livr .
Nouvelles de Miguel de Cervantes , indouze
, 2. vol . 3. live.
Hift. des Amazones , 12. 2 , vol . 20 fols.
Les Promenades de Livri , 12. 2. vol. 20.f
Meroüé fils de France , 12 , 10.fols.
Alfrede Reyne d'Angleterre , 12. 10. fois ,
A &
1
4 Catalogue.
De l'Origine des Romans de Monfieur
Huer , indouze , 30 fols.
D. Iuan d'Autriche, indouze, 30.fols.
- Memoire d'Hollande , indouze , 30. fols :
La veritable forme du Sacrement de l'Euhariftie
, de M,Arnaut, 8.30.fols .
L'Academie des Sciences & des Arts pour
raiſonner de toutes chofes , 12.3 . V. 4. 1. 1o. f.
Critique du Voyage de Grece de M. Spon
Medecin & Antiquaire , indouze , avec une
Carte en taille douce , 30. fols .
Le Pilote de Londe- Vive , ou les Secrets ,
du Flux & Reflux de la Mer , contenant XXI.
Mouvemens & du Point fixe d'un Voyage
abregé des Indes , & de la Quadrature du
Cercle , compofez fur les Principes de la Nature
, nouvellement découvertes , & mis en
lumiere par Mathurin Eyquem , Sieur du
Martineau ; Outre que ce Livre montre par
des Syftemes nouveaux faciles & dont on
n'a jamais parlé , ces points qu'il eft fçavant.
curieux , & plaifant à lire. Les Doctes co
chofes naturelles croyent qu'il montre la
Medecine Univerfelle fous des figures &
des principes familiers , qui luy donne de
la reputation , ce Livre eft indouze , imprimé
à Paris , & fe vend 30. fols .
>
Defcription de tout le monde par d'Aviti .
fol. 6. vol. 60. livres.
Theologie affective de M. Bail infolio ,
12. livres.
Oeuvre fpiriruelle de Berulle fol . 8. liv.
Memoires de la Reyne Marguerite , indouce.
20. fols .
Devoir militaire des Officiers d'InfanteCatalogue
3
rie par le S. de la Fontaine , indouze 45.
fols.
Idem de Cavalerie , indouze , zo . fols.
-Idem d'Artillerie , indouze . 20 , fols.
LIVRES
L
NOUVEAUX
de l'Année 1679.
A Noble Venitienne , & le nouveau Ieu
de la baffere, par M. de Prechac. 11. 10. f.
Nouvelles Galantes du temps, contenant la
Ialoufe Flamande & le Mary heureux
Amant , de Monfieur de Prefchac , 12. 10. fols.
"
>
Les Exilez de Madame de Ville-Dieu , tour
rechangé & augmenté de deux Volumes in-
12.6.v. impreffion de Paris , 6.1 .
Idem impreffion de Lyon , bien impri
mé , les 6. vol. reliez en 3. 45. fols .
Les 5 & 6. Tom. feparez S fe vend, 20. fols.
Hift . du Serrail , auffi nouvelle Edition , augmenté
d'un tiers , 12.6 vol. 6. 1 .
Differtationes Philofophicæ in 12. 20. f.
Nouvelle Ameriquaine , Hiftoire verita
ble , indouze z vol, 20. fols.
Le nouveau jeu de l'Ombre , 12, 10. fols
La Princeffe de Montpenfier , indouze , de
Autheur de la Princeffe de Cleves , avec
des vers à la fin fur la Paix , par M. de Corneille
l'Aifné , ¡ 2.fols .
Les Oeuvres Chreftiennes & Spirituelles
de M. l'Abbé de S.Cyran, 12. 4. vol.6.liv.
Le 4. Tome fe fepare , indouze , 30. fols.
La Iournal des Saints du R. P. Grofez de
A
3
6
Catalogue.
la C. de Iefus reveu , corrigé ( & augmenté,
nouvelle Edition , indouze , 3. vol. 5o . fols.
Le vray Devot confidere à l'égard du Mariage
; & des peines qui s'y rencontrent indouze
, zo. fols.
1
>
Traité des Superftitions felon l'Ecriture
fainte. Les Decrets des Conciles , & les fentimens
des Saints Peres & des Theologiens
par M. Thiers indouze , 40 fols .
Hiftoire de Theodofe le Grand ,
2.3 . livres.
Voyage de la Terre Sainte, avec des remar
ques pour l'intelligence de la fainte Ecritu
indouze , 3. livr. re
Nouveaux Elemens des Sections Coniques
,lieux Geometriques , & c. par l'Acade
mie Royale des Sciences , indouze . so.fols.
Le Courrier d'Amour , indouze ,
10. f
L'Education des Filles , 12. 40. fols.
Cafimir Roy de Pologne , Hiftoire veritable
& nouvelle , indouze , 2. vol. 24. f.
Le Triomphe de l'amitié , par Monfieur
de Prechac , 12. 10 fols.
>
Voyage de Monfieur Pitard de Laval aux
Indes Orientales , Maldives , Moluques , &
au Brefil , & les divers accidens qui luy font
arrivez , inquarto , 6. livres.
Hift. Sainte de Gautruche , 12. 4 vol. 6. I.
Caffiodori opera , fol. 2. vol . 15. 1.
Réponfèà la Critique publiée par Monfieur
Guillet , für le voyage de Grece de lacob
Spon , avec quatre Lettres fur le même ſujet,
Le Journal d'Angleterre du Sieur Vernon , &
Ja Lifte des Erreurs commifes par M. Guiller
dans fon Athenes Ancienne & Nouvelle ,in
douze , zo fols.
Catalogue. 7
Regles de la Difcipline Ecclefiaftique , recueillie
des Conciles des Synodes de France
, & des Saints Peres indouze , 30. fols . ·
Inftruction Chreftiennes fur le Mariage
& fur l'éducation des Enfans , 12. 30. fols.
La vie de S. Ignace , par le P. Behoar lefuit.
La Foy des derniers fiecles , du Pere Ras
pin, indouze.
La Hardie Meffinoife , 12. 12. fols.
Dom Sebastien Roy de Portugal , 12. 15. f.
. Relation curieufe de l'état prefent de la
Ruffie indouze , 40.fols .
Arithmetique de le Gendre , inquarto, nouvelle
edition augmentée, 3. 1. ro fols .
Amours des grands hommes , de Made
moifeile de Ville- Dieu , 12.6. vol. reliez en
trois , 45 fols.
L'Hiltoire d'un Efclave qui a elté quatre
années prifonnier , to fols.
Origine du Biazon du Pere Menestrier , indouze
, 2. vol . 4. livres ..
Memoire de l'Empire Ottoman , indouze ,
2.vol . 26. fols .
Lettres Portugaifes , avec les réponſes , in
douze . 2. vol. 20.
Hiftoire de la Reünion de Portugal , ins
douze , 2. vol. 4. livres.
Les nouvelles de la Reyne d'Angleterre
indouze , vol. 2o.f.
La Ville & Republique de Venife , in 12 ...
Ce n'eſt pas l'Hiftoire de Veniſe de Nani ,
c'est l'Hiftoire de la ville & Republique de
- Venife , tres bien écrite , 40. to's.
La Devotion envers nôtre Seigneur Jesus
CHRIST , pour fervir de lecture à l'Homme.
8 Catalogue.
par
d'Oraiſon pendant tout le cours de l'année
le Reverend Pere Noüet , 4. 3. vol . 16. l .
Recueil de diverfes Retraites , premiere
fur la qualité d'enfant de Dieu ; La feconde
, fur l'Habitude de la prefence de Dieu ,
La troifieme , fur le dépouillement du vieil
Homme , indouze , 30.Tols.
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1680.
A veritable devotion envers la Sainte
Vierge , établie & défendue par le Pere
Craffet lefuite , inquarto , 5. livres.
La Devinereffe ou le faux Enchantement ,
par l'Autheur du Mercure Galant , indouze,
avecneuffigures , 30. fols.
Le Chretien , qui veut eftre fauvé,24.20..
L'Illuftre Parifienne de Monfieur de Pref
shac , indbuze , z . vol 10 fols.
Hiftoire de la Conquefte d'Espagne par les
Marces , indouze , 2 , vol.
Des obligations des Ecclefiaftiques , tirées
de l'Ecriture fainte & des Saints Peres de l'Eglife
& de S. Chrifoftome, 12.40.
Le Iournal Amoureux par Madame de Vil
le-Dieu , indouze , 6. vol. relié en trois , 45. f.
Federic Prince de Sicile , 12.3 . vol . 30. f.
Lettre d'un Ecclefiaftique à un Miniftro
de la Religion Pretendue Reformée pour
fervir de reponfe à diverfes Queſtions qui
buy ont efté faites par ce miniftre dans lef
quelles il traite & prouve plufieurs Points
Catalogue. 9
importans de la Religion par la doctrine de
S. Cyprien , avec une Differtation du méme
Ecclefiaftique , & d'un des principaux du
Confiftoire de Charanton & une litte trescurieufe
des Evéques de Rhodes & de Va
bres , indouze 12. fols .
Adelaïde de Champagne , 12 , 4 vol. 40. f.
Le Comte Genevois , indouze 10.fols.
Cleon ou le parfait confident. 12. 10. f.
La valife ouverte , in 12. Prêchac , 10. f.
Le voïage du Royaume de Congo, 12. 20.f.
Reflexions fur la Mifericorde de Dieu de
Madame la Valiere .
#
Les Madrigaux de M. la Sabliere , 12. f. *
Les Peintures Sacrées de la Bible indou
ze . 3 , vol . 4. livres. 10. fols figures.
>
Le Gridelia , dedié à Madame la Dau- }
phine , de Prechac , indouze , 10 fols .
Memoires touchant la Religion par Monfieur
du Pieffis Praflin Evefque de Tournay ,
indouze , 2.vol.30.fols.
Le Voyage de la Reyne d'Espagne , indouze
, .vol . Prechac. 20.f.
Converfations fur divers fujets par Mademoiſelle
Scudery , indouze , 2. vol 5o.f, de
Lyon, & 6. livres de Paris.
-Projet de Conference fur diverſes matieres
de Controverfe , 12. 30. fols.
Les Nouvelles de Dona Maria de Zayas
traduit de l'Espagnol en François , 12.5 . V. 6. 1 .
La Vie & Actions de Monfieur l'Evefque de
Munſter , indouze , 20. fols .
Les Penfées pieufes , troifiéme Edition , s.f.
Le Quinte- Curce de Vaugelas de Monfieur
d'Ablancourt , Nouvelle Edition , indouze ,
10
Catologue
2. vol . groffe letre , 4. livres.
Eclairciffement Apologetique de la morale
Chreftienne , touchant le choix des Opinions
avec des Reflexions fur des Remarques
du Sieur I. Remonde , compofé pat l'ordre
de M. l'Evefque de Grenoble , 12. 3. 1.
Le nouveau Praticien François , inquarto
, 4. livres.
Les Devifes du R, P. Meneftrier , in 8. 2. v.
5. livres.
Les Dominicales de Texier , in 8. 2. vol 6. 1 .
fdem les Panegyriques, oct. 2. vol.6.1.
Horlogiographie du Pere Peüillant de la
Magdelaine , nouvelle Ediction , octavo ,
sa fols.
Le Comte de Richemont , Hiftoire Galante,
indouze ; 12 fols.
Les Memoires Galans ou les Amours d'u
ne perfonne de qualité , 12. 12. fol.
Defcription de la France de du Val 12 , 10, f.
Revolution de l'Eftat populaire en Mo.
narchie , par le Different de Ĉefar & de Pompée
par Monfieur de Martignac , 12. 20. fols.
Antonij Dadini Altafferra , Notæ & Ob
fervationes in Anaftafium de vitis Romanorum
Pontificum , in 4. 50. f.
>
"
Le Voyage d'Italie nouveau avec deux
Liftes des Sçavans , & Curieux de route l'ltapar
Monfieur Spon , Docteur en Medecine
de Lyon , indouze vingt fols.
lie
Lettres Chrêtiennes & Spirituelles de M.
Vater Grand Vicaire de feu Monfieur de Con.
dren Archevêque de Sens , in 12. 3. vol. 6. liv.
Traité de la Grandeur en general , qui
comprend l'Arithmetique , l'Algebre , l'Ana
Catalogue.
TI
lyfe , & les principes de toutes les Sciences
qui ont la grandeur pour objet par le P. Lami
de l'Oratoire , indouze ; 40. fols .
Dictionarium novum Latinum & Gallicum
, par Monfieur l'Abbé d'Aner pour Monfeigneur
le Dauphin , augmenté d'un tiers à
cette nouvelle Edition, & mit le tout par
ordre Alphabetique inquarto , 6. liv.
Origine des Noms par Monfieur la Rocque
, indouze , 30.fols.
Hiftoires de Venife de Nani , traduit par
Monfieur l'Abbé Tallement,indouze 4. vol . 9.
livres.
Semaine Sainte de la bonne Traduction
de toutes grandeurs.
Inftruction Spirituelles pour la guerifon
& la confolation des Malades par le Pere
Craffer , indouze , 2. 3. liv.
Eloges des perfonnes llluftres de S. Benoît
in 4. 2. vol, fuitte de l'année benedictine ,
livres. 12.
Regles de S. Benoist , 15. 30. fols .
Efay de l'Hiftoire Monaftique d'Orient
par un Religieux de S. Maur , 4. 4. livres.
72
Catalague
.
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1681.
L
Es Satyres de Iuvenal , in 12. 2. vol. Tra.
duction nouvelle , par M. l'Abbé de la
Valtrie , Paris , 5. livres & de Lyon, so . fols.
Le Grand Solliman , Tragedie , 12 15. fols,
L'Eglife Romaine reconnue toûjours des
Lutheriens , pour vraye Eglife de Jesus , iaoctavo
, 40. fols.
La Comete , Comedie . 15. fols.
Inftructions Chreftienne fur les Myfteres de
Noftre Seigneur Jefus Chrift Nouvelle Edition
, augmentée & corrigée en beaucoup
d'endroits in 8. 5. vol . Paris 18. liv.'de Lion 9 .
Moyens de fe guerir de l'Amour , Conver
fation galante , indouze , 15. fols.
Traité du droit de Chaffe , 12. 20 fols,
Zaïde , Tragedie par Monfieur l'Abbé la
Chapelle , 12.15 . fols.
De Marca Opufcula , in octavo 3 liv,
Cofmographic , aifée contenant la Sphere
l'ufage du Globe Terreftre , & la Geographie
en faveur de la Nobleffe , 12. 30. fols.
La Vie du Pere Charles Spinola , de la
Compagie de Jefus , indouze , 25. fols.
La Science & Pratique du Chrêtien par
Monfieur Boudon indouze 10 fols.
La Philofophe des Gens de Cour, 12.
Difcours fur l'Hiftoire Univerfelle , par M.
Bouffuet , Evefque de Condom , in 12 .
Les Carroffes d'Orleans Comedie , par
Monfieu
Catalogue. #3
Monfieur l'Abbé la Chapelle, 12 15.fols.
Philoſophia Vetus & Nova ad ufum Schola
accommodata , par M. l'Abbé Colbert, augmenté
d'untiers en cette nou. Edit.in 4.10.liv .
Les Lettres de Monfieur de Bongars , Latin
François , Nouvelle Edition , 12. 2. vol . 3. liv.
Hiftoire d'Henry I V. 12. Nouvelle Edition
, 40fols.
Methode pour lire Chrétiennement les
Poëtes fuivant l'Ecriture Sainte & les Peres
du Pere Tomaffin , 8. 3. vol . 10, livres . 10.fols.
Poëfies & Penfées Chrétiennes , par мonfieur
l'Abbe Gouffaut , 12.30. fols.
fols.
Difcours prononcé par Monfieur de Lau
nay, Advocat en Cour , indouze , 15.fols .
La vie du Duc de Guife , in 12. 30.
Ammiani Marcellini Opera , fol . 12 , livres.
Un nouvel Horace , de M. Acier , avec des
Remarques indouze , vol. 11.live. 5. fols.
L'Homere , Traduction nouvelle par
l'Abbé de la Valterie , 4. vol. 12. 10. l .
Difcours du Chevalier Digbi de fa Gueri
fon des Playes par la Poudre de Sympathie f
nouvelle Edition , indouze , 30. fols.
M.
Cicute Aquaticæ Hiftoria , & Nova Commentario
illuftratæ à Jacobo V Vephero , Med.
Doct.Scaphufiano , inquarto , 2. liv.
La Princeffe de Fez , 2. vol . 12. 1. livre.
Le beau Polonnois , par Monfieur de Prefchac
, 12.10. fols.
Remedes Charitables de Madame Fouquet ,
augmentez d'un tiers en cette nouvelle Edition,
20. fols . 1
Les Caprices de l'Amour , par Mademoifelle
de Ville- Dieu, a.vol.zo.f.
B
14
Catologue.
1
Artifices des Heretiques, 12.2.livres .
La Comparaison de Thucydide & de Tite-
Live , du P.Rapin , 12.30. fols . "
Memoires du Chevalier de Terlon, 2. v . 3. l.
Mariage du Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal , par l'Autheur du Mercure Ga
lant , 12. 20.fol .
Les entretiens Galans , 2. vol. 12. 30. fols. ›
Reprefentations en Mufique , du P. мeneftrier
12.30. fol.
Traité de la Clofture des Religieufos , de
Monfieur Thiers indouze , 40, fols.
Ecclefiæ Greca Monumenta , Tomus fel
cundus , Studio atqueOpera Ioannis Baptiſte
Cotelerij , inquato, 6. l."
La Circé de Jean- Baptifte Gelly , traduit
en François , indouze , 30. fols.
La Methode Latine de ces Meffieurs , nou
velle Edition augmentée, 8.4.liv.
La Beauté de l'Efprit ,comparée à celle du
Corps , Traduction nouvelle , 20.
Le Meflager Celefte , Extraordinaire de
M. de Blegny , 30. fols.
La Ducheffe de Milan , de Monfieur de
Prechac , indouze, 10.fols.
Des Ballets anciens & modernes felon les
Regles du Theatre , du P. Meneftrier , 12. 30.
fols.
Les Lettres Familieres de Monfieur Conrard
à Monfieur Felibien , r2 30. fols.
Le Prudent Voyageur , 12. 3. vol. 4. 1. 10.f.
Les Preuves de Nobleffe du R. P. Mene
Arier , indouze 2. vol. 4. livr.
Crifpin bel Efprit , Comedie , 12, 15. fols.
Catalogue. 35.
Les fragmens de Moliere, 12. 15. fols.
Theophili Antecefforis Inftitutionum ;
Libri quatuor , Auctore Doujacio , indouze , z .
V.4.1.
Marie d'Anjou Reyne de Majorque , du
Sieur S. Bremont Auteur du double Cocu , 12.
4. Vol. 40. fol.
Lettres de Monfieur le Chevalier de Méré ,
indouze, 2. vol.4.1 .
La Comteffe de Salisbury , Nouvelle d'Angletterre
, 2. vol. 12. 20 fols.
Voyageur de l'Europe , indouze 7. v. 12. L.
Jugement Canonique des Evefques , 4. 6. I.
Entretiens du S. Sacrement du Pere l'Alleman
, 12.25.
Hiftoire de Procope indouze 3. vol. 4, liv.
10. fols.
-Idem de Polibe , 12. 3. vol.4. liv. ro , l .
Idem de Tacite d'Ablancourt . in 12.
3. vol. 4. liv. 10. fols.
Les Lettres de S. Hicôme in octavo, 4.
livres.
Sentimens d'amour de Corbenilli
vol . 3. liv.
12. 2 .
Chimie de le Fevre, 12 2. vol 4. liv.
-Albertus Magnus de fecret , mulier , indouze ,
jo.fols.
Memoires du Suede par Monfieur Chanur,
indouze 3. vol . 6. liv.
-Bail de Triplici Examine , in octavo Paris ,
3. livres.
Officiers de Bouche , 12. 30,fols.
B 26
16
Catalogue
.
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1682.
Es poëfies d'Anacreon & de Sapho , Traduites
de Grec en François • avec des
Remarques , par Mademoiselle , le Fevre indouze
, Gree & François , 45. fols.
Poëme du Quinquina , de Monfieur de la
Fontaine , 12.45 . fols .
Perefius fuper Inftitut.12.45.fols.
La Cleopatre , Tragedie de Mr. de la Cha
pelle , 12. 15. fols.
Le Grand Hercule , Tragedie , 12.15.f.
Novelle explication de la Grangrene , pro
pofée & demandée par Meffieurs de l'Accade.
mie de Paris , inoctavo , 20. f.
Hiftoire de Mahomet , fecond Empereur
des Turcs , par Monfieur Guillet , indouze
2. vol 4 liv .
Nouvelle Methode Grecque , nouvelle
Ediction , inoctayo , 4. livr .
La connoiffance certaine , & la prompte &
facille guerifon des fievres , avec les particu
laritez , & utile fur le Remede Anglois , gar
Monfieur de Blegny , 12. 30. fols.
Biblia Maxima, Fol. 19. vol .
mes.
Idem Poliglotta folio fix volu
Le Commerce Galant , ou Lettre tendre &
Galante de la jeune Iris & de Timandre , indouze
, 3. liv.
Catalogue.
17
L'Hiftoire de Mahomet V. treiziéme Fmpereur
des Tures , traduit de l'Anglois du
fieur Ricaut , par le fieur de Rozemont , in
douze, 4.vol . 8. liv.
Hiftoire des Ufcoques , indouze , 40. f.
Reflexions fur le Portrait du Roy , par M.
Maréchal Avocat en Parlement , indouze , 12
fols.
La Ducheffe d'Eftramene , indouze , 2. vol .
25.fols.
Hiftoire de la Ville & de l'Eftar de Geneve
,par Mr. Spon , indouze , 2. vol. revû, corrigé
& augmenté, nouvelle Edition, avec plu
fieurs figutes en tailles douces, so . fols.
Le fameux Voyageur de Monfieur de Prefchac
, indouze, 10.8.
Epiftolarum innocentij II. Romani Pontificis
libri undecim , accedunt Geſta ejufdem Innocentij ,
primacollectio Decretalium compofita à Rainerio
Diacono,& Pompafiano,aut. Stephanum Balufius.
fol. 2.vol. 24. liv.
Les Saints des Mois qui fervent aux Congregations
par billets par le R. Pere Grofez
de la Compagnie de Jefus , 45.f, la main,
Academie Galante, indouze , 2.vol. 3. liv.
Recueil des Edits , Declarations & Arreſts ,
ont efté donnez fur diverses occurrences
concernant la juftice , depuis le premier Ianvier
1678.jufques au dernier de Mars . 1681 .
Traité de l'Euchariftie , ou Réponse à l'E
crit de Monfieur Claude Miniftre de Charanton
, fur la prefence Réelle , indouze , 10. f.
Les Voyages de Iean Struys , en Moſcovie ,
en Tartarie, en Perfe , aux Indes , & ca plufeurs
autres Païs Etrangers , accompagnez
B3
18
Catalogue.
de Remarques particulieres fur la Qualité , la
Religion , le Gouvernement , les Coûtumes.
& le Negoce, & c. Avec la Relation d'un naufrage
, dont les fuites ont produits des effets
extraordinaires , en 3. vol. indouze , avec 29.
figures en tailles douce , 4. liv .
Relation de la Riviere des Amazones , tra
duite par Mr. de Gomberville, de l'Academie
Françoife, avec uné Diflertation fur la même
Riviere , pour fervir de Preface , indouze , 4.
vol. 4. 1.
Zelohide Princeffe de Sparte, Tragedie';
indouze , zo, f.
La Raë S. Denis. , Comedie , indouze, 15.f.
L'Hiftoire de Dom Quichot de la Manche
, traduction nouvelles , avec 18. fig. ch
tailles douces , 6.1.
Traité de la Communion fous les deux
Efpeces , par Meffite Benigne Boffuet Evêque
de Meaux , indouze , 45. f.
Trois Traitez de Controverfes , par M,
Maimbourg , indouze , 45. f.
:
Abregé de la nouvelle Methode Grecque ,,
par ces Meffieurs , indouze , 30.1.
De l'Ame des Plantes , de leur naiffance , de
leur nourriture , & de leurs progrez , Ellay
de Phyfique , par M. de Du , Docteur en Medecine
de Montpellier, indouze , 15. fols.
Le nouveau Praticien François , de Mr. de
Ferriere , 4. s . liv ,
•
Les Inftituts de luftinian , par Mr. de Eerriere
, indouze , deux vol. 4. liv.
:
Hiftoire des Mazares de l'Abbaye Royale:
de l'Ile- Barbe les Lyon, par Mr.le Laboureat,
4. deux vol . 6, liv...
Catalague. 19.
Theatre de la Turquie , où font reprefensées
les chofes les plus remarquables qui s'y
paffent aujourd'huy , touchant les Moeurs , le
Gouvernement , les Coûtumes & la Religion
des Turcs , 4, 6. liv.
€
Nouvelle Methode pour dreffer les Che
vaux fuivant la Nature , & même la per
fectionnant par la fubtilité de l'Art , par Mr.
Soleifel, 44. liv.
Ceremonie des luifs , nouvelle Edition
Jugmenté de plus de la moitié , indouze , 40
fols:
La querelle des Dieux , fur la Groffeffe de
Madame la Dauphine , indouze , 20. f.
Vie des Saints , 4. de Meffieurs du Port
Royal , 5. I.
Voyage d'Italie , par Laffel , indouze , deux
vol. augmenté , 3. 1 .
Les oeuvres de Meffieurs de Corneille , indouze,
9.vol.nouvelle Edition , 18. liv .
Le Chrêtien en folitude , par le Pere Craf
fet , indouze , 40.f.
Art de Preſcher à un Abbé , 5. f.
Le Predicateur Evangelique, indouze , 7.vol.
#2. liv.
Ecclairciſſemens ſur le Diſcours de Zachée:
4. C. indouze , 20 , f.
Caractere de l'Homme fans paffions felon
les fentimens de Seneque , indouze , 30 , 1.
Des. Offices de Iudicature en general , indouze
, 30. f..
Poëfies nouvelles , indouze, r.l.
- Hift.de Baviere, par Mrale Blanc, indouze,
vol. 6.liv..
20
Catalogue.
Lettre fur la neceflité de la Retraite, écrite
à diverfes perfonnes , par le Pere le Valois,
Iefuite, indouze, deux vol . 45. f.
L'Optique , divifée en trois Livres , où l'on
demontre d'une maniere aiſée tout ce qui regarde
premierement la Propagation & les
proprietez de la lumiere. 2, La Viſion. 3. La
figure & la difpofition des verres qui fervent
à la perfectionner , par le Pere Hugo lefuite ,
indouze , 30. fols.
Heures nouvelles imprimées par ordre de
Madame la Dauphine , fans renvoy , feconde
Edition , augmenté, 40. f.
La Vie de fainte Geneviefve , par le Pere
L'Allemant , indouze , 1. live,
Hiftoire des Guerres Civiles de Grenade ,
indouze , 3. vol . 4. livr.
".
4.
Les Conferences de Caffien 8. dear
vol. liv.
3.
Les Hommes Illuftres avec plufieurs de figu
res, & tailles douces , 12.2 . vol . 4. liv.
Traité fingulier du Blafon des Familiers de
France par M. l'Abbé la Rocque, indonze , 30,
fols .
Hiftoire des grands Vifirs , in 12. 3. vol .
4. liv. 10. fols .
Introduction à l'Hiftoire , par Rocolle indouze
, 2. vol. 4. liv.
L
Le livre des Eleus du Pere S. Iure octavo ,
3livr
Oeuvres tragiques de M. de Pradon , 12-
so. fols.
Pleaume du Pere Mege , in- octavo , 4
Livr..
Catalogue.
212
Panegyrique des Saints de Planchet , 8. 2
vol. 3. liv.
Oeuvres de S. François de Sales , fol , & indouze
& toutes les oeuvres feparées en petits
volumes.j
Traité de la Valeur , 12. 2. livr.
Hiftoire de la Laponie, inquato avec plufieurs
figures , 5. livr .
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1683 .
Iftoire du Triumvirat , indouze , 3. vol.
H4.1.10 . f.
Memoire de M. de Cirot , in 12. 2. vol. = 3 liv.:
Summa Chriftiana feu Ortodoxa Morum
Difciplina opera & ftudió boni Merbefij Prædicat.
Doct, Sorb . fol. 2. vol . 24. livr.
Vie reglée dans le monde , indouze, 2. liv.
Traité de l'organe de l'ouye, avec plufieurs
planches de Mr. Duvernay, indouze, 3.livг.10 .
fols,
La vie de Madame Helyot , femme d'an
Confeiller au Parlement de Paris , qui eft
morte à l'âge de 37. ans en odeur de fainteté,
8. 2.liv . 10.fols.
Les Recherches curieufes d'Antiquitez ,
contenues en plufieurs Differtations fur des
Medailles , Bas- reliefs , Statues Mofaïques ,
& Infcriptions antiques , enrichies de plufieurs
figures en taille douce , par Monfieur
Spon , 4. 6. livr .
22
Catalogue.
•
Oeuvres de M. Boileau , augmentées d'un
quart, indouze , 3.liv .
La Theologie Morale de M. de Genet , 6.
vol, indouze, augmentée d'un quart, » .l.Les 5 .
& 6. vol . fe vendent dans la même Boutique ;
3. liv.
-Preuves & préjugez pour la Religion Catholique,
de Mr. Diroys , 4. fl.
Dépouille des Curez ,par M. Thiers , 12. 2 .
liv.
Le Theologien dans la Converfation avec
les Sages & les Grands du monde , par l'Auteur
du Confeil de la Sageffe , 4. 6. liv.
•
La Politique des Amans , indouze, 2. v.3.l.
Artaxerce, Tragedie, indouze, 15. f.
L'Inftitution des Novices par S, Bonaventu
Le , & où les perfonnes du monde pourront
trouver des folides inftructions , indouze , z.v
liv.
Lettres diverfes de l'Auteur du Dialogue
des Morts, indouze , 1. l . 10.f.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire ,
avec des fcrupules fur le ftile , indouze , 30. f.
Mademoiſelle Dalençon, Nouvelle Galante,
par Madame de Villedieu , indouze, 15. f.
Telephonte Tragedie , par M. l'Abbé de
la Chapelle , 1. 1 .
1
•
Sonnet en Bout-rimez à la loüange du Roy
indouze ,{25. f,
Harangue faite en plein Sinode , par des
Miniftres convertis , indouze , 1. l.
Traité Chimique de la veritable connoiffance
des fiévres , pourpres peftilentes, indouze
par Mr. de Moreaux , 25. fols.
Catalogue. 23
La Comedie fans Titre , indouze , 1. 1 .
Confideration de Craffet , indouze , 3. v.6.
liv.
Petiti Philofophia , 8. 2. 1 .
Affociation en faveur des Ames du Purgatoire,
par le Pere Froment , indouze , 12. f.
Reflexions nouvelles fur l'Alcide & l'Alcali,
indouze,de Mr.Bertrand, Docteur en Mede
cine , aggregé au College de Medecine de
Marſeille, indouze , 20. f.
La Vie Monaftique , par Meffieurs de la¹
Trappe, indouze , 2. v. 5. l . 10. f.
Remarques fur le Livre du Miniftre Claude
, intitulé , Confiderations fur les Lettres
Circulaires de l'Affemblée du Clergé de Fran
ce , de l'année 1682. avec un examen de trois
endroits importans , du Livre de Mr. Burner
Proteftant Anglois ,fur le même ſujet , indouze ,
30. fols.
Hiftoire des Edits de Pacification , Tome
deuxième , contenant l'explication de l'Edir
de Nantes , de Mr. Bernard , avec des nouvelles
obfervations : & les nouveaux Edits , Declarations
& Arrefts donnez jufqu'à prefent ,
touchant la Religion Pretenduë Reformée ,
par Mr. Soulier Prêtre, 8. 3. livr.
"
"
Les nouveaux Dialogues des Morts , in
douze , deux volumes , Paris 3. 1. & de Lyon
30. f. le deuxième volume fe vend feparé.
Hiftoire d'Allemagne , ancienne & nouvelle
, de Monfieur de Prade, indouze ,2.vol. avec
plufieurs figures en Taille douce, 4. 1 .
La Chimie de l'Emeri , inoctavo , cinquié
me Edition , 3. 1.
I
24 Catalogue.
Oraifon Funebre de la Reine , par les Reverends
Pere Brenier & Grozez , de la Compagnie
de Jesus , octavo , s . 1. pieces .
Hiftoire Genealogique & Chronologique
des Dauphins de Viennois , par le Sieur Gaya,
12. 30. fols.
Relation fidelle & veritable du Siege de
Vienne , & la levée dudit Siege , avec une
grande Carte , indouze , 12. f.
Le Guide des Pecheurs , traduir par Mr Gi .
rard,inoctavo,nouvelle Ediction, tres- bien imprimée,
40. f.
Hiftoire de la Bible , par le fieur du Royaumont
, indouze , auffi tres bien imprimé , 30 .
fols.
Pratiques de Pieté ou les Veritables Devotions
, par le R. P. le Maiftre , de la Compagnie
de Iesus , indouze, quatriéme Edition, 15.
livr.
La Vie Chretienne par le R. P. le maître ,
de la Compagnie de Iefus , troifiéme Edi
tion , augmenté , 7.fols.
Hiftoire des Empereurs d'Occident , par
Mr. Coufin , indouze , 2. vol . 4. l. 10 , f.
Abregé Chronologique de l'Hiftoire Vniverfelle
, du R. P. Petau , traduit en François
par Monfieur Maucrois Chanoine de Reims ,
indouze , 2. vol . 4. I.
Les Commentaires de S. Auguftin, ſur le
Sermon de Nótre Seigneur fur la Montagne,
qui contiennet toutes les Regles de la morale
Chrétienne traduits en François , 12. 30.
fols.
Liber Pfalmorum cum Argumentis , Paraphiafi
Catalogue. 25
phrafi & Annotationibus , Auctore Ferandi. 4.
8. livres.
La Galante Hermaphroidite , Nouvelle
Amoureuse, par le fieur de Chavigni , 12.10. f.
Les Memoires de M. de la Croix , Secretaire
de l'Ambaſſade de m . de Nointel à la porte ,
indouze , 2. v. 3. livr.
Les Meditations de Dupont . 3. vol. 4. traduction
nouvelle , 18. liv .
Les Elemens de Geometrie , de ces Meffieurs
du Port Royal, nouvelle Edition , 4. 6. I.
De l'Adoration de l'Euchariftie, pour répondre
aux faux raifonnemens de Meffieurs de
la R. P. R. dans leur prefervatif contre le
changement de Religion , 12. 12.f.
Oraifon Funebre de la Reine , par M. de
***. inquarto , 15. f.
Les Decorations Funebres du P. Menestrier ,
8.2.1 . 10 fols.
La Chimie du Duncan , 8. 2. liv.
Anatomie de Bourdon , 12 30. f.
Anatomie de Malphigius , 12. 30. f.
Hippocrate de la Circulation du Sang , 11.
20.f
Medecine pretenduë , 12. 20. f.
Hift. des Ufcoques , 12. 40. fols.
La vie du R. Pere Beauvan de la Compagnie
de lɛsus , 12. 30. fols
Hiftoire de Sallufte traduite par M. l'Abbé
Caflagne , 12.4 5. fols.
Villis Traité des Urines , 12. 20.fols.
Critique de l'Hiftoire de France de lourdan ,
12.30. fols.
Millionnaire Apoftolique in octavo , 13. vol.
32. livres.
C
26
Catalogue.
Hiftoire des Guerres d'Italie , indouze 2.
vol. 3. livr.
Le Jardin des Racines Grecques , indouze ,
2. livr
Secret des Eaux de Vichi , indouze
fols.
20. ,
LIVRES
L
NOUVEAUX
de l'Année 1684 .
E Plutus & les Nuées d'Ariftophane , Comedies
Crecques , traduites en François
avec des Remarques & un Examen de chaque
Piece , felon les regles du Theatre , par Mademoiſelle
le Febvre , indouze , so .fols.
Les nouvelles Oeuvres de M. de Moliere ,
augmentées de 2. vol . indouze , 9. vol. avec
des tailles douces , 15. livг.
Dialogue de la Santé , indouze , 30. fols,
La Sainte Bible en François , fo!. Paris , 8.
livres.
Le Caractere de l'honnefte Homme › par
Monfieur l'Abbé de Gerard , indouze , 40. fols .
Triple Couronne de la Vierge , par l'Autheur
de l'année Benedictine , 4. 2.vol . 12.liv .
Hiftoire des Siecles , du P. Lenfant , indouze
, 6. vol. 8. livres .
Anatomic du Corps Humain . 8. tout rem
pli de Figures en taille douce , 4. liv . 10. fols
Oeuvres de Monfieur Poiffon , avec la Comedie
fans Titre , indouze , 2. vol . 3. livr.
Oeuvres de Monfieur Sarrafin , indouze , 2,
vol. 3. 1.
Catalogue.
27
De la Pureté d'Intention ? par Monfieur
l'Abbé de la Trappe , Autheur de la Vie Monaftique
, indouze , 30. fols.
Nova collectio Concilior. Balus . fol . 15. 1 .
Dogmata Theologica Thomafini fol . 15. 1 .
Carefme du Pere le Febvre Recolet , in 8.
2. vol. 5. livres.
Vérures de Religieux , in 8. 2. vol . 5. livr.
Traitté de l'Vfage du Lait , par M. Martin ,
indouze , 15. fols.
Pharmacopeé de Charras , 8 , 2. vol. augmentée
d'un tiers , 6. livr.
Nouvelle & facile Methode Italienne dans
fa derniere perfection , augmentée de la moi-,
tié , par Monfieur l'Enfredini , indouze , 30.
fols.
Advertiffemens de Vincent de Lerins , touchant
l'antiquité de la Foy Catholique , contre
les nouveautez profanes de tous les heretiques ,
indouze , 2. livr.
Methode facile pour apprendre l'Hiſtoire ,
indouze , 10. fols.
Oeuvres nouvelles de la Sufe , indouze , 4.
vol. 4. liv.
Le nouveau Ieu du Monde, avec douze Figures
en taille douce , indouze , 30. fols .
Ordonnance des Gens de Guerre , indouze ,
s . vol. 13. livr.
Le Prince Machiavel , traduit par Monfieur
Amelot de la Houffaye , indouze , 30. f,
Le nouveau Traité de Paix , 4 . 7. livr.
L'Oraifon du Coeur , ou la maniere de faire
l'Oraifon parmy les diftractions les plus
crucifiantes de l'efprit , par le R. P. Piny , indouze
, 25.fols
C &
28
Catalogue.
Exercices que le Roy a reglé pour toute fon
Infanterie , tant Françoife qu'Etrangere , &
pour les Compagnies des Moufquetaires , &
celles des Gentilhommes qui font à ſa folde ,
10. f.
lugement de Pluton fur les deux parties du
Dialogue des Morts , 12. 30. fols.
Sommaire de l'Histoire de France , par M.
Prade y compris l'Hiftoire de Louis XIV.
avec des Figures en taille douce , s . vol . 12. l.
Entretiens hiftoriques , moraux & politiques
, indouze , 40. fols.
Summa Conciliorum de Monfieur Bail fol.2 .
vol. 24. livr.
Oeuvres mflcées de S. Euremont , 12. 6.
vol. 9. livr..
La Retraite des Dames , par le R, P. Guil
liore , 12. 30. f.
"
Lettres fur la neceffité de la Retraite , par le
Pere Valois , Tome ſecond indouze , 30.
fols , le premier fe trouvera auffi pour 20. f.
l'Ecole de Chirurgie , 12. 20. f.
4
Obfervations fur les Fievres & les Febrifuges
de M. Spon , 11. 20.f.
Traité des Rapports en Chirurgie , fuivant
les nouvelles Ordonnances , par M. de Blegny,
indouze , 15. fols.
La Vie de Madame de Montmorency , Superieure
de la Vifitation de Sainte Marie de
Moulin , 8 , 2. liv . 10. f.
Réponse à M. Boffatran Miniftre , fur la Conferance
tenue à Niort , par M. l'Abbé de Chalucet
, 12. 30. f.
Hiftoire dela Ligue , de м, Maimbourg inCatalogue
.
29
douze , 2. vol . fur de tres beau papier fin . 3 .
livr.
Idem le Calvinifme , fur de tres- beau
papier , indouze , 2. v . 3.1..
Idem le même , 4. 6.1.
Ordonnance de Eaux & forefts , augmentées
d'un tiers avec les Edits & Declarations
jufque à 1684. indouze, 40. f.
Traité de Chevalerie , du R. P. Menetrier,.
indouze , 40. f.
Pontificale Romanum 12. Parifiis , 3. livr.
Tableau de la Penitence de Godeau , indouze
nouvelle edition , 3. livr.
Les Fables d'Efope nouvelle edition avec
plufieurs Figures en taille douce , indouze , 2.
vol . 3. livr.
Billets galants indouze , 20. f.
Academie Galante 12. tome fecond , 30, f.
le premier tomefe trouve pour le méme prix
dans la méme boutique.
Hiftoire du Siege de Luxembourg par
l'Autheur du Mercure Galant , indonze >
fols.
29.
Les amours du dernier grand Vifir Hiſtoire
galante par Monfieur de Prefchac , indouze 30 .
fols.
L'art des Emblémes , du R. Pere Menestrier
in octavo so, fols.
Hiftoire de la Loüifiane avec une figure en
taille douce , indouze , 40. fols.
Oratoire du Coeur indouze , 10. fols.
Traité de Chevalerie du R. Pere Meneftrier .
indouze 40. fols .
Oraifon Funebre de Mademoiſelle de Bouil
loninquarto 20, fols.
€ 3
30
Catalogue.
Virginie tragedie , 1. 15. fols.
Nouveau Dictionaire François Latin par
Monfieur l'Abbé d'Anet, 4.8 . livres .
Oeuvres fpirituelles du R. Pere Guilloré ,
infolio. 12. livr.
Iliftoire du vieux & nouveau Teftament
par Monfieur Lebret in octavo , 3. livres.
Inftruction d'un ieune Seigneur , indouze ,
2. vol. 2. livr.
12. 20,f. Idem d'une jeune Princeffe
Gonference avec Mr. de Meaux par le Miniftre
Claude in octavo , 3. livr.
La Cour Dialogue par Mr. de Prefchac , in
douze 12. fols.
Obfervations fur les maladies veneriennes
& fur un Remede qui les guerit feurement &
facilement par le Sieur Thuillier , Docteur en
Medecine in octavo 25. fols.
"
Hiftoire de l'Empire , contenant fon Origine,
fon Progrez , fes Revolutions la forme de fon
Gouvernement , fa Politique fes Alliances
, fes Negociations , & les nouveaux Reglemens
qui ont efté faits par les Traitez
de Vveftphalie ; Par le Sieur Heiff. Efcuyer ,
Confeiller , & Secretaire , intérprete du Roy en
Langue Allemande in 4. deux volumes , 11 , li-
Converfatidns nouvelles fur divers Sujets ,
par Mademoiſelle Scudery , indouze , 2. volames
, 6. liv .
L'Homme de Cour traduit de l'Espagnol
de Baltafar Gracien par le Sieur Amelot de la
Houffaye avec des notes , indouze 40. fols.
Relation Hiftorique de tout ce qui a été fait
devant Genes par l'Armée Navale de Sa Majeſté
Catalogue. 31
Tres-Chrétienne , avec une grande Figure en
taille douce , indouze , 20. fols .
Petit Abregé de l'Hiftoire Romaine , par Demandes
& Réponfes , indouze , 25. fols .
Traité de l'Infailibilité & du Pouvoir de
F'Eglife , dedié au Roy, indouze , 15. föls.
Les Eloges des Hommes Sçavans , tirez de
l'Hiftoire de Monfieur de Thou , avec des
Additions contenant l'Abregé de leur vie , le
lugement & le Catalogue de leurs Oavrages ;
Par le sieur Teiffier , Advocat au Prefidial
de Nifmes indouze deux volumes , 4:
liv.
>. >
Vie du Pere Iean Chrifoftome , Religieux
Penitent , inoctavo , 2. l . 10. lols ,
Oracles des Sibilles , augmenté d'une reponce
à la Critique par le P. Craffet , indouze
30. fols.
Traité du Nivelement , par M. Picard , de
l'Academie Royale des Sciences , indouze 30..
fols.
"
La Geometrie Pratique , par Monfieur Ozarian
Profeffeur en Mathematique , indouze ,.
30. fols.
Hiftoria Civilis & Ecclefiaftica , Authore
Perro Iofepho Cantelio , è Societatis Iesus ,
in 4. 5. liv.
Quatre dialogues fur l'Immortalité , par
Monfieur l'Abbé d'Engeau. , & Monfieur l'Abbé'
de Choifit in 12. 30, f.
L'Ecclefiaftique traduit en Francois , avec
une explication tirée des Saints Peres & des
Autheurs Ecclefiaftiques , par ces Meffieurs , in
octavo. 4. liv.
Traité de la volonté de fes principalesactions
32 Catalogue.
de fes Paffions & de fes Egaremens , divifé em
cinq Parties , indouze 30. fols .
Abregé de l'Hiftoire Bizantine , de S. Nice
phore Patriarche d'Alexandrie de Conftanti
nople traduite du Grec ; par le fieur Moret avec
des Remarques Hiftoriques , indouze 30.
fols.
des
Hiftoire Chronologique des Papes ,
Empereurs & des Rois qui ont regné en
Europe , depuis la Naiffance de I ES u s-
CHRIST , jufqu'à preſent , indouze 30.
fols.
La Doctrine des Maurs , qui Reprefente en
cent Tableaux en taille douces , la difference
des Paffions. Et enfeigne la maniere de parvenir
à la fageffe univerfelle ; par Monfieur de Gom
berville de l'Academie Françoife , indouze so.
fols.
Hiftoire des Hommes Illuftres de Monfieur
l'Abbé Tallemant avec plufieurs figures en:
taille douce , ou font leur Portrait ; Nouvelles
Edition , augmentée & recorrigée , indouze , 8 .
vol . 14. liv. papier fin & 12. liv. papier ordi
naire.
•
La vie des Saints , traduction de ces Meffeurs
y compris la vie des Patriarches , Nou
velle Edition , in octavo 5. vol . 7. liv...
Les Pretendus Reformez convaincus de
Schifme , pour fervir de réponſe à un écrit
intitulé confideration fur les Lettres circulaires
de l'Affemblée du Clergé de France , de:
l'Année 1682 par Monfieur Nicole , Autheur..
des Ellais de Morale, indouze 45. f.
Traitté de la Pratique des billets & du Preft
d'Argent entre les Negocians, par un Docteur.
Catalogue. 33
en Theologie , in- douze 3o . fols.
Difcours de Clement Alexandria , pour
exhorter les Payens à embraffer la religion
Chrétienne traduit par Monfieur Coufia , indouze
, 30, fols.
Dom Henrique de Caftro ou la Conquéte des
Indes indouze , 2. vol. 40. f.
De la Nature & de la caufe des Fiévres , indouze
, is. fols.
Methode pour bien prononcer un Difcours
& pour le bien ADimer , ouvrage tres - utile à
tous ceux qui parlent au Public & particuliere-
= ment aux Predicateurs & aux Advocats , par
Monfieur Bary indouze , 20. fols.
Paralleles Hiftorique , indouze , 40. f.
S. Fulgentij opera , inquarto 9. liv .
LIVRES
TR
NOUVEAUX
de l'Année 1685.
Raitté des Fortifications , contenant la
Demonſtration & l'Examen de tout ce qui
regarde l'Art de Fortifier les Places , tant regu
liéres qu'irreguliéres , fuivant ce qui fe pratique
aujourd'huy ? le tout d'une maniere abre
gée , & fort aifée pour l'Inftruction de la Ieuneffe
, par Monfieur Gautier de Nifmes ,
avec 23. Figures en taille douce , indouze , 25 .
fols.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement & des
Prérogatives de l'Eglife de Rome , & de fes
Evefques , par Monfieur Maimbourg, indouze ,
2. liv. 10. f.
34 Catologue.
Les diférens Caracteres de l'Amour , par un
Academicien François , in 12. 30. fols .
L'Hiftoire du Grand Seras- Kier Baffa , ou
la fuite de Hiftoire du Grand Vifir , contenant
toute la Relation de la levée du Siege de
Bude , & fes Amours , indouze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les jours du
Caresme , contenant fix Difcours differens
pour chaque jour , & des fentences choifies
de la Sainte Ecriture & des Peres de l'Egli
fe pour chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudition ,
& neceffaire à toutes fortes de Perfonnes ,
in cctavo 3. Volumes , 12. livres.
Extraordinaire des Mercures Galant indouze,
30. fols. & les Mercure 20. f.
Agiatis ; Reyne de Sparte , ou les Guerres
Civiles des Lacedemoniens , fous les Rois
Agis & Leonidas indouze , 2. Volumes , 2 .
livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle Edi .
tion , 40 fols.
Efais de Phyfique , indouze , z . Volumes ,
3. livres.
Mademoiſelle de larnac , Hiftoire du temps.
de la Princeffe de Cleves , in 12. trois vol . 3 .
liv . 10. fols .
Le Grand Sophi , nouvelle Allegorique , indouze
, te. fols.
Les Travaux de Mars , ou l'Art de la Guer
re , augmenté d'un quart nouvellement , par
Monfieur Mallet , inoctavo 3. volumes , 15. liv .
Les Dames Galantes , ou la Confidence reciproque
, en deux Tomes indouze , 2. livres,
10.fols .
Catalogue. 35
C
Relation d'un Voyage des Indes Orientales ,
par . M. Dellon, Docteur en Medecine , indouze,
2 . vol. 3. livres.
Armenius , Tragedie , indouze , 20. fols.
Illuftre Genoife , indouze , 20. fols.
Le Cocher Comedien , de M. de Hauteroche,
indouze 15. fols.
Relation du Royaume de Siam , indouze , 15.
fols.
Journal du Palais , complet , 10. vol. 60. liv.
Les Nombres & le d'Euteronome traduit en
François avec l'explication du fens Litteral &
du fens Spirituel , tirée des SS . Peres & des Autheurs
Ecclefiaftiques en 2. vol . in- octavo 5.
livr, & en 1. vol . 4. livr . 10 , fols .
Les Conferences Ecclefiaftiques du Diocefe
de M. de Luçon en 5. vol . indouze impref
fion de Paris 10. liv. & impreffion de Lyon ,
6. liv . & 5. fols l'on feparera les 4. & 5. vol . à
ceux qui auront les premiers pour le méme
prix.
Fables nouvelle en vers , in 12. 20. fols.
Traité de la vocation Chrétienne des Enfans,
in 12, 30. fols .
Hiftoire du Gouvernement de Venife
par M.
Amelot de la Houſſaye , nouvelle Edition augmenté
& corrigé de beaucoup , in 8. 5. liv.
Tibere difcours Politique fur Tacitepar M.
Amelot de la Houffaye , nouvelle Edition , in
octavo , 4. liv.
Veritable conduite de Confeffion & communion
de S. François de Sales , par M. Gam
bare Prêtre , in 18. 15. f. Impreffion de Paris.
Entretien fur le Carême du Pere Crailer ,
ndouze , 2. vol. 3. liv.
H.i
36
Catalogue
.
Caractere de la fauffe & veritable Pieté , 12 .
30. fols.
Defcription de l'Hôtel des Invalides avec
plufieurs figures en tailles douces tant les veuës
qu'autrement , fol . 15. liv.
Le Plan dudit Hôtel en deux feüilles , 2. liv.
10. fols.
Converfations Morales fur les Ieux & les divertiffemens
, indouze , 2. liv .
La feconde Philippique de Ciceron traduction
nouvelle , indoaze , 15. fols.
Nouveau voyage de M. Thevenot contenant
la Relation de l'Indoftan , des Nouveaux Mogols
& des autres Peuples & Païs des Indes ,
inquarto , 5. livr .
Inftructions Morales & de Controverfe par
demandes & par réponces , pour l'inftruction
des Catholiques & des Calviniftes nouvellement
convertis a divifées , en deux parties ,
dont la premiere contient la Doctrine de l'Eglife
Catholique , fur les Points conteftez ,
& non conteftez , la feconde contient des Ecclairciflemens
fur les Points de la Doctrine de
P'Eglife Catholique conteftez entre les Catholiques
& les Calviniftes , indouze
fols.
> 20.
Table des Sinus nouvelle Edition , avec la
Trigonometrie qui eft un Traitté nouveau ,
pour l'intelligence des Tables & facile pour les
Ecoliers , in- octavo , 2. livres .
Les Ocuvres du Poëte Lucrece , qui traitte
de la Nature des chofes avec des Remarques
fur les endroits les plus difficiles de la traduction
du Baron des Coutures un des plus beaux
Ouvrages qui ait paru depuis longtemps
tans
Catalogue. 37
C
tant pour la beauré du Stile , que pour les
Remarques , in 12. 2. vol. 4. liv . io, fols , >
Andronic Tragedie par M. Capiftron 20. f.
La Dame Invifibles , Comedie de M. de
Haute . Roche , indouze , 20. fols.
-Aphorifme d'Hippocrate traduit en François
en deux vol . 3. liv .
Meditations fur le Pater nofter , & fur le
Pleaume soloMiferere mei Deus , tirées des
oeuvres de terôme Savovarole , & traduit en
François , 20, fols.
Heures Chrétiennes tirées de l'Ecriture
Sainte & des faints Peres , traduction du Paras
difus . Anima Chriftianæ , 12. 3. liv. 10. f.
?
LIVRES NOUVEAUX
de l'année 1685 . .3
Hiftoire
Iftoire de la Conquefte de Flaride par les
Espagnols, fous Ferdinand de Soto, écrite
en Portugais par un Gentilhomme de la ville
d'Elvas , m 1. 30.fols.
Le Genie de la langue Françoife, 12.2.v.3.l.
Reponse à l'Apologie pour la reforma
tion , pour les Reformateurs & pour les Re-
1formez , où l'on traite de l'etat Monaſtique ,
des Veuves &rant Seculieres que Religieufes ,
des fecondes , troifiéme , quatrième , & autres
Nopces , des qualitez d'un veritable Mar
tir , des Ceremonies Ecclefiaftiques de la
Sainte Ecriture des Extafes & Difcours du
Celibat des Ecclefiaftiques, & quelques autres
vil.8 bab
D
38
Catalogue.
matiere de Religion , par Monfieur , Ferrand
12.40.fols.
Traité de l'Eglife contre les Heretiques
principalement contre les Calvinistes , par
Monfieur Ferrand . 12. 30. fols .
Theriaque d'Andromacus , traduction nouvelle
par Monfieur Charras, 12. 30.fols.
Comedie fans titre par Monfieur Poiſſon , indouze
, nouvelle édition, 15. fols.
Les Oeuvres de Barreme contenant fept
volumes & fe vendent feparé fçavoir L'arif
metique de foy- même . 5o. f. le Livre des
contes fait so. f. La Geometrie so. fols. Li
vre neceffaire , so . f. Le Livre des Aydes Domaine
de France , 45. f. Les Tarifs & contes
fait,3 . liv. to.f. & le feptiéme , le Grand Bar
quier , in octavo, 4.1.10.f.
Traduction nouvelles des Satires des Epi
tres & l'Art Poëtique d'Horace ,in 12. 45.f.
Les Ouvrages de Profej & de Poëfie des ficurs
de Maucroy & de la Fontaine , indouze , 1.
vol . 4. tiv. 1.3.0
Memoires contenant ce qui s'eft " paffé en
France de plus confiderables depuis l'année
1608. jufqu'en 1536. tirées des êcrits de
Monfieur le feu Duc d'Orleans , indouze ,
- 40. ር
Le Portrait de Foibleffes Humaines , par
Madame de Villedieu , 12. Paris 30. fols/ & de
Lyon 15, fan oneftium , esbrop.lion
Les Defordres de l'Amour de Madame de
Ville dieu, 12. 4. vol. relié en deux 30. fols.
Geographie de Robbé Nouvelle Edition ,
avec plufieurs Figures en taille douce , 12. 2.
Vol . 6.div. Idem Enluminés 8. liv .
Catalogue. 39
Ordonnances Synodales de Luçon , 10. f..
L'Art de chanter , ou methode facile pour
apprendre en fort peu de tems les vrays prin--
cipes du Plain Chant & de la Mufique par M.
Lancelot , inquarto´, 25. f.
Elemens de Geometrie , ou de la meſure du
corps , par le Pere l'Amy , in octavo , 45. f.
Voyage de Tartarie , 12. 15.
fols.
Vie deGonzague , 11. 25. fols.
Traité des Cadrans de Monfieur Ozanan
avec plufieurs figures en taille douce , 12, 30 ,
fols.
Corps & compilation de tous les Com
mentateurs Anciens & Modernes fur la Coutume
de Paris , enrichie de nouvelles obfer .
vations & de plufieurs queftions décidées
par les Arters des Cours Souveraines , avec
les Conferences des autres coûtumes , par
Monfieur Claude de Ferriere , Avocat an
Parlement en trois volumes , infolio , 35.
liv.
Oeuvres Diverfes de Monfieur Boileau ,
nouvelle Edition revûe & augmenté de beaucoup
avec les figures, indouze, 3. liv.
69 Eclairciffement de Monfieur Queras Grand
Vicaire de feu Monfeigneur l'Archevêque de
Sens, inoctavo , 4. liv.
Iournal Amoureux d'Espagne, par Madame
de Villedieu , indouze quatre volume , relié
en deux , 30, fols.
La vie de S. Philippe Nery Fondateur de
l'Ordre de l'Oratoire inoctavo 3. liv.
Theologie Morale de S. Auguftia , où le
precepte de l'amour de Dieu est traité à fond,
& les autres maximes de l'Evangile fe trou-
D3
40:
Catalogue
.
vent expliquées & demontrée indouze , 45. f.
La Morale d'Epicure avec des reflexions
par Monfieur le Baron des Coutures Aureur
de la traduction de Lucrece, indouze 40. fols.
La vie du Pere lean Rigoleng de la compa
gnie de lefus indouze , 30. fols.
12
La vie du Pape Sixte V. nouvéllé édition ,
indouze deux volumes 2. liv.
L'hiftoire du Royaume de Chypre par Mon.
heur le Pelletier Auteur de la vie de Sixte V.
indouze , 2. vol . 2. liv.
Actes de l'Affemblée generale du Clergé
de France concernant la Religion inquarto ,
20. fols. bet
Idem indouze avec le Catalogue des livres
deffendu , 30. fols .
Avis pour la fainte Communion , 7. fols.
La Relation du Caroffel de 1685. & 1686.
20. f. }
Ariofte Ancienne & Moderne on Roland
le furieux traduction nouvelle indouze, 4.vol .
3. liv.
L'ordinaire de lafainte Mefferavec l'explication
des principales ceremonies qui fi obfervent
augmenté des Vefpres & Complies en
Latin & en François & de plufieurs exercices
de picté Imprimé par l'ordre de Monteigneur
Evefque de la Rochelle , infeize is. f.
Hiftoire de la confpiration d'Angleterre
du Duc de Mont Mout , indouze 20. f.
Hiftoire des troubles de Hongrie & des defordres
arrivez dans ce Royaume , & les
progrés de la confpiration des quatres com
tes qui ont été executez , leur revolte y eft
amplement traittée avec trois cartes indouze,
4. vol. 6. liv.
Catalogue.
41
Lettre de S. Auguftin fur la Conformité de
la conduite de l'Eglife de France pour ramener
les proteftans avec celle de l'Eglife d'Affrique
pour ramener les Donatiftes indouze
jo. f.
La conduite du Roy à l'égard des Proteftans
femblables à la conduite de l'Empereur Honorius
& de S. Auguftin à l'égard des Dona
tiſtes avec un Abregé des memes Donatiftes
& l'explication des loix qu'Honorius publia
contr'eux-indouze , 19. f.
Traité de la Providence fur le miracle des
fept Pains tiré de l'Ecriture fainte & des Peres
indouze , 20. f.
Paraphrafe des Pfeaumes de David en vers
François par Monfieur Godeau & mis en
chant,nouvelle édition ,indouze 40. f.
Hiftoire d'Augufte contenant fes actions
avant & apres le trianvir jufqu'à ſa mot
avec les particularitez dela vie de Iule Ce
far par le même autheur du triumvirat indouze
deux volume , 2. 1.
Hiftoire du Pontificat de faint Gregoire le
Grand par Monfieur Mainbourg , inquarto
2. 1. indouze deux volumes , 3. 1. & de Lion.
2. liv.
Lutrigot ou la Critique contre Monfieus
Boileau indouze 15. f.
Les confeflions coupée , Impreffion de Paris
indouze 25. f.
Harangue de Monfeigneur le Coadjuteur
de Rouen au Roy inquarto . 7. L.
Harangue de Monfeigneur l'Evefque de
Valence au Roy inquarto 7. f.
·
D
3
42 Catalogne.
Hiftoire de Charies neuviéme
, in 12. 3.vol. 3.liv . 10.î.
De François premier , in 12 .
De Monfieur
vol . 6.1 . & in 4. 2.vol . 12.) . Įde Varillas.
Education de Charlequint ,
12. 2. v. 3.1.
Des Herefies , 12.7.1 . & in 4.12.1.J
LIVRES NOUVEAUX
de l'Année 1685 .
Iftoire de Guftave dit le Grand & de
Charles Guftave Comte Palatin , Roy
de Suede & de tout ce qui s'eft paffé en Allemagne
, depuis la mort du Grand Guitave j
par le fieur de Prade , indouze , 40. £
Charanton où l'Herefie détruite , inquarto
30. fols.
Catechifine pour les nouveaux Convertis
de Canifius, 12. 15. f.
La Morale de JESUS - CHRIST par le Pere Do
zeme de la Compagnie de Lesus , in 4, s . 1 .
Entretien fur la Pluralitez des Mondes, pat
FAutheur du Dialogue des Morts, 12. 30.fols.
Nouvelle Bibliotheque des Autheurs Ecclefiaftiques
contenant l'Hiftoire de leur vie ,
le Catalogue , là Critique & la Chronologie
de leurs Ouvrages , le fommaire de ce qu'ils
contienent unJugement fur leur ftile & ſur leur
doctrine & ce dénombrement des differentes
éditions de leurs Ouvrages, des Autheurs des
Trois premiers Siecles de l'Eglife , avec une
differtation préluminaire fur les Autheurs des.
Catalogue 143
Livres de la Bible , par M. L.Du Pin , Docteur
de la Maiſon de Paris , 8. 4. l.
Eftat de la France , où l'on voit tous les
Princes , Ducs & Pairs , Marechaux de Fran.
ce, & autres Officiers de la Couronne , des
Evêques , les Cours qui lugent en dernier Refort
, les Gouverneurs des Provinces , les Chevaliers
des Ordres & enfemble les noms de
tous les Offices de la maifon du Roy , & mai
fon des Princes jufqu'en 1686. indouze, 2.vol.
3. liv. 10, fols.
La fcience parfaite des Notaires , ou le
moyen de faire un parfait Notaire , contenant
les Ordonnances , Arreſt , & Reglement rendus
touchant la fonction des Notaires , par
Mé Claude de la Ferriève , feconde édition , &
augmenté d'un tiers , seliv..
L'Elprit de l'Ecriture Sainte , avec des Refle
xions , par Monfieur le Baron des Coutures ,,
1.2.2. V. 3.1.10 . f.
Reflexions ou Sentences & maximes Morales
, par Monfieur la Roche- Foucaut , aqgmentée
de plus de cent nouvelles maximes ,
12.30. £..
Les devoirs de la vie Civile , nouvelle édition
, revue , corrigée , augmentée , 12. 2. vol ..
3. liv...
La liberté des Dames , 12. 20. f..
Alcibiade Tragedie , par Monfieur Capi
fron , 12. 25 , ſols.
L'Homme à bonne fortune ,
Monfieur Baron , 25.fkt
I
Comedie par
A
La fcience & l'Att des Devifesy dreffez fur
-de nouvelles regles , avec fix cent devifés fur
les principaux evenemens de la vie du Roy &
44 Catalogue.
•
quatre cens devifes Sacrées , dont tous les
mots font tirez de l'Ecriture Sainte , par le
R. P. Meneftrier , inoctavo , 2. 1,
Petit Flambeau de la Mer , in 4. 3. l .
La Liturgie Sacrée où l'Antiquité , les Mifteres
& les ceremonies de la fainte Meſſe ,
12. 3. V. 4.l. 10.f.
Les delices de l'Efprit , par Monfieur Defmarêts
, nouvelle édition, avec plufieurs figu
res en taille douce , 12. 2. v. 3. l.
Inftruction Paftorales & Pratique pour la
conduite d'un jeune Curé , en forme d'entre
tien , 12. 30. f.
Traité des jeux & des divertiffemens qui
peuvent être permis , ou qui doivent étre défendus
aux Chrêtiens felon les Regles de l'Eglife
, & le fentimens des Perés , par Me
Jean Baptifte Thiers , Docteur en Theologie ,
12. 2. l. f. f.
Les deux derniers livres des Roys, 8.4.1.10.f.
Nouveau Recueil de tout ce qui s'est fait
pour & contre les Proteftans particulierement
en France , où l'on voit l'Eſtabliffement , le
Progrez , la Décadence & l'Extinction de la
R. P. R. dans ce Royaume par Me. lacques le
Febvre Docteur en Theologie , 4. 9.1.
Recueil de ce qui s'eft fait depuis la Revo
cation de l'Edit de Nantes , 4. 30. £.
Oeuvres Tragiques de Monfieur Capiſtron,
12. 4. liv.
Idem de la Tuillerie , 12. 3.l..
-Idem de la Chapelle , 12. 3. I ..
Idem de Pradon , 12. 50..f.
Su Hiftoire des Avanturiers qui fe font fignalez
. dans les Indes , contennant ce qu'ils ont
Gatalogue. 45
fait de plus remarquables depuis 20. Années ,
avec la vie , les moeurs , les coûtumes des habitans
de S. Dominique & de la Tortue &
une defcription exacte de ces lieux où l'on
voit l'établiffement d'une Chambre des Conees
dans les Indes & un état tiré de cette
Ghambre des Offices , tant Ecclefiaftiques"
que Seculiers , ou le Roy d'Espagne pourvoit
les revenus qu'il tire de l'Amerique, & ce que
les plus grands Princes de l'Europe y poffe.
dent , le touto enrichi de Cartes Geographi
ques & de plufieurs figures en taille douce ,
indouze , 2. vol. 4. 1 .
Apologie pour l'Eglife Catholique où l'on`
juftific fa croyance , fon culte & fon gouver
nement par les Principes même des Proteftans
par le fieur Vigne , cy- devant Miniftre à Gre
noble , 12. 30. f.
Entretiens affectifs de l'ame avec Dieu fur
les Pfeaumes de la Penitence , pour les nouveaux
Convertis , 12. 20. f.
Journal du Palais , inquarto , to.v. 60.liv.
le dixiême tome & les autres fe fepare pour
6. liv. auffi chaque volume. :
Pratique de Pieté ou Entretiens pour tous
les jours de l'Année , par le Pere le Maître de
la Compagnie de Iefus , augmenté en cette
toifiéme Edition , des Evangiles & de plu
fieurs points de Meditation , toutes tevûes &
recorrigée , 12. 4. vol . 5o . f. & relié en deux
2. liv .
C La Morale du Monde ou Converfations par
Mademoiſelle d: Scuderi , 12. 2. vol . 6. liv.
Les Amours du Comte Tekely , nouvelle
Historique , 12. 1. f
46
Catalogue
.
Relation de l'Amballade de Monfieur le
Chevalier de Chaumont à la Cour du Roy de
Siam avec ce qui s'eft paffé de plus remarquable
durant fon Voyage avec plufieurs fi
gures en tailles douce , 12.2. liv ..
Entretiens affectifs de l'Ame avec Dieu
pendant les huit jours des Exercices Spirituels
par Menfeigneur l'Evêque d'Alby , 12.
30. fols.
Le Rendez-vous des Thuilleries ou le Co
quet trompé Comedie , par Monfieur le Baron
, 12, 20.f.
Inftruction pour les nouveaux Catholiques:
ou tous les Points principaux de la Religion
font familierement expliquez par BEcriture,
les Conciles & les Peres , par Monseigneur
l'Evêque de Châlop , 12 , 40, Lov
2
J
7
Nouveau Sisteme des bains & eaux Minera-l
les de Vichy, fondé für plufieurs belies experiences
& fur la Doctrine de l'Acide & de
l'Alcali , par Monfieur Fouet , Docteur ca
Medecine 12.39. fam
Jugement des Sçavans fur les principaux
Ouvrages de ce temps , & fur les Poëtes depuis
Moïfe jufqu'à prefent , indouze , neuf
vollumes 18, livres , les cinq dernier vollume
fe vendent feparé pour 10. liv.:
La vie de faint François de Sales , par l'Au
theur de la vie de Madame de Montmorency ,
4. 5. liv. Dior 2 1 loa Mari§
Conference Ecclefiaftique du Dioceſe.de
Luçon feconde Edition , très- bien imprimé ,
12. 5. vol. 6.liv. 5. f.
Les fix & fepriéme tome fura la Penitence,
l'ordre & le mariage s'imprime¸
Gatalogue. 47
Vies des Saints , nouvelle Edition , fol. 2 .
vol. Paris grand papier 16. liv .
Idem de papier ordinaire, 11. liv. auſſi
de Paris, fol . z. vol.
Hiftoire de la Morée avec so , figures en
tailles douce de toutes les Villes que les Venitiens
ont emportées fur les Turcs , 8.4.liv .
L'Efpion du Grand Seigneur & fes Relations
fecrettes envoyées au Divan de Conſtantinople
découvertes à Paris , pendant le Regne
de Louis le Grand , contenant les évenemens
les plus confiderables de la Chrêtienté & de
la France depuis 1637. indouze , 4. vol . 6. liv .
les trois derniers vollumes fe vendent feparé
"pour 4.liv. of
.1
Hiftoire des Oracles par Monfieur de Fontenelle
, Autheur du Dialogue des Morts ,
$12.30.1.20
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en France
, contenant lareception qui leur a efté faite
dans les Villes où ils ont paffé , leur entré à
Paris , les ceremonies oblervées dans l'Audiance
qu'ils ont eu du Roy & de la Maiſon
Royale , les complimens qu'ils ont faits , la
defcription des lieux où ils ont eſté , & c¢
qu'ils on dit de remarquablefur tout ce qu'ils
ont vu jufqu'à la fin de l'année 1686.12.2.vol .
49.folsle deuxième tome fe vend feparé pour
- 20.fols.
Iournal des Saints pour les Congregations,
qui fert de billets des Saints de mois en Latin
Ja main 45.1.& en François aufli 45.
L'Homme inftruit par fa raifon & par fa
Religion , Dialogue Moral & Chrêtien , 8.2.1 .
Le nouveau Negotiant , contenant les re48
Catalogue
.
C
ductions toutes faites des mesures , Poids &
Monnoyes de France , reduite aux meſmes
Poids & Monnoyes de diverfes Villes & Païs
concernant le Negoce , par le feur Ricard de
Bordeaux , inquarto , so. f.
L'Efprit de la Religion , ou l'abregé du Livre
de la Science univerfelle des faintes Ecri-
-tures , 12. 20. f. af.
Almanach de Milan 1587. 12. 20. fols ,
De Liege pour 1587. 15. f.-
Connoiffance des temps pour 1687. 20.1,
Hiftoire du Siege de Bude avec toutes les
particularitez fidelement écrite & circonftantié
le tout jour par jour , avec une grande fi
gure en taille douce , par l'Autheur du Mercufe
Galant , 12; 20. fo '
broM ob 23
Livres que l'on Imprime & que l'on don
nera inceffamment.
Les Grands Voyages de Monfieur Chardin ,
de la Perfe & des Indes Orientalles avec dixhuit
grandes figures en taille douce , 12. 2 .
gros vollumes.
Le bon ufage du Thé , du Caffé & du Chocholat
par M. de Blegny avec plufieurs figures
én taifle douce.
La Nouvelle Methode accomplie du Blafon
du.Pere Meneftrier , indouze, Le Pontificat de
S. Leon , de M. Maimbour , L'Hiftoire de
Louis douziéme de Varillas & la fuite des
Herefies auffi de M. Varillas , les Annales de
la Grece de Madame de Villedieu, & pluſieurs
autres dont je vous donneray Avis.
THE LA VILLE
FIN
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Résumé : LIVRES NOUVEAUX qui se trouvent à Lyon chez le Sieur AMAULRY ; depuis l'année 1678. jusqu'a present.
Le document présente un catalogue de livres disponibles à Lyon chez le Sieur A Maul Ry, depuis l'année 1678 jusqu'à la date de publication. Les ouvrages couvrent divers genres et sujets, incluant la piété, la poésie, le théâtre, l'histoire, la religion, la médecine, et les sciences. Parmi les titres notables, on trouve 'La Pratique de Piété' du Père Le Maître, 'L'Art poétique' du Père Lamy, 'La Princesse de Clèves', et des œuvres de Corneille. Le catalogue mentionne également des traductions, des mémoires, des traités théologiques, et des récits historiques. Les prix et les formats des livres (in-douze, in-quarto, in-folio) sont spécifiés, ainsi que les éditions récentes ou augmentées de certains ouvrages. Le document se conclut par une liste de livres nouveaux pour les années 1679 et 1680, incluant des œuvres sur la dévotion, la morale, et des récits de voyages. Le document présente également un catalogue de livres nouveaux des années 1681, 1682 et 1683. Les ouvrages couvrent divers genres et sujets, allant de la littérature religieuse à la poésie, en passant par l'histoire, la philosophie et les sciences. Parmi les titres notables, on trouve des œuvres de spiritualité comme les 'Instruction Spirituelles pour la guérison et la consolation des Malades' et les 'Éloges des personnes illustres de S. Benoît'. Des traductions de classiques anciens, telles que les 'Satires de Juvénal' et l''Homère', sont également mentionnées. Le catalogue inclut des tragédies comme 'Le Grand Solliman' et 'Zaïde', ainsi que des comédies telles que 'Les Carrosses d'Orléans' et 'La Raë S. Denis'. Des traités sur des sujets variés, comme le droit, la médecine et la géographie, sont également listés. Des ouvrages historiques, tels que 'Histoire d'Henry IV' et 'Histoire des Uscques', ainsi que des recueils de lettres et des mémoires, complètent la liste. Le document présente un catalogue de livres et d'ouvrages publiés en 1684. Il inclut divers genres tels que des tragédies, des nouvelles galantes, des traités médicaux, des ouvrages historiques, des recueils de lettres, et des textes religieux. Parmi les auteurs mentionnés figurent Madame de Villedieu, l'Abbé de la Chapelle, Monsieur de Moreaux, et le Père Froment. Les sujets abordés vont des instructions pour les novices à des réflexions sur l'histoire et la littérature, en passant par des traités sur la chimie et la médecine. Le catalogue comprend également des œuvres traduites, des biographies, et des ouvrages sur la théologie et la morale chrétienne. Les formats des livres varient, allant du in-douze au in-folio, avec des prix indiqués pour chaque ouvrage. Le document présente un catalogue de livres publiés en 1685. Parmi les ouvrages listés, on trouve des traductions de textes religieux et historiques, tels que 'La vie des Saints' et 'La vie des Patriarches'. Des traités théologiques et moraux sont également mentionnés, comme 'Traité de la Pratique des billets & du Prêt d'Argent entre les Negocians' et 'Methode pour bien prononcer un Discours & pour le bien ADmirer'. Le catalogue inclut des œuvres littéraires et dramatiques, telles que 'Dom Henrique de Castro' et 'Armenius, Tragedie'. Des ouvrages sur l'histoire et la politique sont également présents, comme 'Traité Hiftorique de l'Etablissement & des Prérogatives de l'Eglife de Rome' et 'Hiftoire du Gouvernement de Venife'. Des textes scientifiques et techniques sont également listés, tels que 'Raitté des Fortifications' et 'Table des Sinus'. Le catalogue comprend également des œuvres de fiction et des mémoires, comme 'Les Dames Galantes' et 'Memoires contenant ce qui s'eft paffé en France'. Enfin, des ouvrages sur la musique et la géographie sont mentionnés, tels que 'L'Art de chanter' et 'Geographie de Robbé'. Le texte présente un catalogue de divers ouvrages et documents historiques. Parmi les œuvres mentionnées, on trouve des traités théologiques et moraux, tels que 'La Morale de JESUS-CHRIST' par le Père Dozème de la Compagnie de Jésus et 'Les devoirs de la vie Civile'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 235-249
Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs s'estant fait faire des habits noirs pour [...]
Mots clefs :
Monsieur le Prince, Louis II de Bourbon-Condé, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Roi de Siam, Mort, Deuil, Visite, Rois, Témoigner, Vérité, Père, Entretenir, Joie, Tristesse, Perte, France, Chantilly, Mauvais chemins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Ces Ambaſſadeurs s'eſtant
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
fait faire des habits noirs
pour ſe mettre en deüil , à
cauſe de la mort de Monfieur
le Prince , quoyque l'ufage
de leur Païs ne foit pas
de porter de ces fortes d'habirs,
crûrent devoir aller faire
leurs complimens de condoleance
à Monfieur le Duc,
à preſent Monfieur le Prince.
Vij
236 IV. P. du Voyage
fonAlteffe Sereniffime leur
donna ladroite .On leur avoit
préparé trois fauteüils, où ils
s'affirent. Ils dirent , qu'ils
avoient toujours conçu, que toutes
les foisqu'ils pourroient avoir
Phonneur de voir ce Prince, ce
feroitpour eux un tres-grandfujet
de joye , & que cependant
ta viſite qu'ils luy rendoient
toit une viſite de tristeſſe , puisqu'ils
venoient particulierement
pourluy témoigner la part qu'ils
avoient prife à la perte qu'il
avoitfaite. Monfieur le Prince
répondit , qu'il leur estoit exef
trêmement obligé de lapart qu'ils
desAmb. de Siam. 237
prenoient à fon affliction ; que
quoyque feu Monsieur le Prince
SonPere ne les eust pas vûs, cependant
il les estimoit beaucoup
par tout ce qu'on luy avoit rapporté
qu'ils avoient dit ,
qu'ils avoient fait depuis qu'ils
eſtoient arrivez en France ,qu'il
fçavoitqu'il ſouhaitoit de les recevoir
à Chantilly , & de leur
témoigner par la maniere dont
il les auroit traitez, la confideration
qu'il avoit pour eux, &
fon estime pour le Roy, leur
Maistre. Les Ambaſſadeurs
répondirent , qu'ils pouvoient
L'affeurer de la douleur qu'au
238 IV. P. du Voyage
roit le Roy de Siam , quand
il sçauroit la mort de Monfieur
le Prince ; que c'estoit , non
Seulement une perte pour la
France , mais aussi pour tous les
Rois , amis de la France ,
même pour le monde entier, qui
perdoit un deses plus grands ornemens
; qu'ils n'estoient pas
feulement certains de la douleur
qu'auroit le Roy de Siam , à
cauſe de l'amitiéqu'il avoit pour
le Roy,&pour toute la Famille
Roiale; mais qu'ils appuyoient
eette certitude , fur ce qu'il y a
déja quelques années, qu'un faux
bruit s'estant répandu jusqu'à
des Amb, de Siam. 239
Siam , de la mort de Monfieur
le Prince , ils avoient vû que
le Roy de Siam y avoit effé extrémement
ſenſible ,& que ne
s'eſtant pas trouvé en ce tempslà
dans l'occaſion d'envoyer une
Ambaſſade en France , il avoit
ordonné àfon premier Miniftre
d'écrire aux Ministres du Roy,
pour témoigner à Sa Majesté
combien il avoit esté touché de
la perte que Sa Majesté &toute
la France avoit faite à la
mort d'un ſi grand Prince ; Que
lors que Mr le Chevalier de
Chaument estoit arrivé à Siam,
le Roy leur Maître avoit recen
240 IV. P. diu Voyage
beaucoup de jove d'apprendre que
cette nouvelle estoit fauffe. II
ajoûta , qu'ils s'est moient malheureux
d'eſtre obligez de porter
avec trop de verité une fi triste
nouvelle à Siam. Monfieur le
Prince répondit , qu'il estoit
trés -fenſible à l'honneur que le
Roy de Siam luy faisoit, en prenant
tant depart à ce qui regar
doit feu Monfieur fon Pere ; que
Monsieur le Prince avoit toute
forte d'estime pour le Roy de
Siam, & qu'il se feroit fait un
plaifir trés-particulier de les entretenir
à fond, & en détail des
grandes qualitez de ce Monar
ques
des Amb. de Siam. 241
que ; que l'idée qu'il en avoit
luy avoit fait souhaiter d'apprendre
de plus en plus ce qui le
regardoit , & qu'il avoit eſté
prevenu par la mort. LesAmbaſſadeurs
repliquerent , que
cette mort fi precipitée leur avoit
d'autant plus causé de tristeſſe,
que divers accidens imprevûs
avoient rompu pluſieurs fois les
meſures qu'ils avoient piſes pour
luy rendre leurs devoirs : Que
le jour même qu'ils devoient ar
river à Chantilly , ils avoient
appris que Monfieur le Prince en
estoit party pourse rendre àFon
cainebleau, à cause de la mala
242 IV P du Voyage
die de Madame la Ducheffe de
Bourbon ; Que voulant aller à
Fontainebleau, on leur avoit dit
qu'ilferoit plus agreable àMonfieur
le Prince qu'ils attendiffent
àfon retour ; &qu'enfin la mort
de ce grand Prince arrivée les
mettoit pour jamais hors d'estat
d'avoir cet honneur. Monfieur
le Prince, aprés leur avoir dit
que Monfieur ſon Pere auroit
eu auſſi beaucoup de
joye de les voir, leur demanda
comment ils eſtoient contens
du Voyage qu'ils ve
noient de faire. Il ajoûta
qu'il craignoit que les mau-
1
des Amb de Siam. 243
vais temps , les mauvais chemins
& le froid même , ne
leur cuffent causé beaucoup
d'incommodité , & que cela
n'euſt empéché qu'ils n'eufſent
eu la fatisfaction qu'ils
pouvoient attendre , de ce
qu'on leur avoit fait voir. Ils
répondirent , qu'il y avoit eu
àla verité quelques mauvais
chemins ; mais que pour lefroid
il avoit esté fort moderé; cequ'ils
attribuoient au grand me.
rite du Roy , er à la puiſſance
de la bonté particuliere dont fon
Alteſſe les honoroit ; que d'ail
Leurs , les grandes & belles
Xij
244 IV. P. du Voyage
chofes qu'ils avoient vûes enfi
grand nombre , ne leur avoient
presque laiſſé le temps de penfer
qu'à ce qu'ils voyoient ,
qu'enfin les bons ordres que
le Roy avoitfait donner le
Join qu'on avoit pris d'eux ,leur
avoient rendu ce Voyage trésagreable
& nullement incommode.
Monfieur le Prince leur
demanda ce qui leur avoit plû
davantage Ils répondirent ,
qu'ils avoient admiré le prodigieux
nombre de Places & de
ddee FFoorrttiiffiiccaattiioonnss,, &le bon or
dre qu'on y obfervoit , & qu'entre
lis VillesDunkerque &Lif-
L
desAmb. de Siam 245
les avoient frapez davantage .
Monfieur le Prince leur demanda
encore, ſi c'eſtoit de
cette maniere qu'on fortifioit
Ies Places de Siam. Ils dirent
qu'il y avoit quelque chose de
Semblable, &qu'ily avoit auf-
Si quelque chose de different ;
qu'ily avoit plusieurs endroits
que les Rivieres & les grandes
Eaux fortifioientbeaucoup par
elles mesmes, & d'autres , comme
Banco , Porcelouc , & quelques
autres Villes qui estoient
affezfortifiéesſelon les manieres
d'Europe , quoyqu'il n'y euft
pas un fi grand nombre de For-
X jij
246 IV. P. du Voyage
tifications, mais qu'en ces matie
res, on do't avoir beaucoup d'égard
à la maniere dont lesEnnemis
peuvent attaquer ,
que c'eſt ſur cela qu'on employe
icy beaucoup de Fortifications
qui ne paroiffent pas si necef
faires à Siam. Monfieur le
Prince leur dit, que paſſant
àlaVille de Condé, ils avoient
donné un mot qui marquoit l'eftime
qu'ilsfaisoientdeMonfieur
Son Pere, &que luy ayantluy
mefme rapporté ce mot, il l'avoit
eu pour fort agreable. Ce
Prince ajoûta , qu'ayant connu
leurmerite qui feroitſouhai-
:
desAmb. de Siam. 247
ter de les voir ſouvent ,
d'entretenir commerce avec eux,
ily avoit lieu de s'affliger de
ce que la distance des lieux ne
laiſſoitpas mesme l'efperance de
les pouvoir revoir. Ils répartirent
, qu'à la verité l'éloignement
estoit grand , mais que
l'amitié qui estoit entre les deux
Rois , prenant de jour en jour
de nouveaux accroiffemens , il
n'estoit pas à desesperer que le
Roy leurMaître ne les honor
encore quelque jour de ses commandemens
de fes ordres.
Monfieur le Prince leur dit
encore , qu'il auroit bien fou
X iiij
248 IV.P. du Voyage
haité de leur marquer la confi
deration qu'il avoit pour eux ,
en leur rendant quelqueſervice,
à quoy l'Ambaſſadeur répondit,
que la bonté qu'il leur
avoit témoignée, auroit fait que
s'ils en cuffent eu beſoin, ils auroient
pris la liberté de recourir
àluy ; mais que le Roy avoit
prévenu tous leurs defirs ; qu'ils
ne laiſſoient pas d'avoir pour
luy toute la reconnoiſſance poffible,
& qu'ils le prioient de
contribuer toûjours dans lafuite,
àà entretenir l'union entre les
deux Rois, & de leur conferver
fa bienveillance. Aprés cela,
or
desAmb. de Siam. 249
ils ſe leverent , & Monfieur
le Prince les accompagna
juſqu'à l'entrée de fon appartement.
Ils alterent de là
rendre viſite à Madame la
Princeſſe , à laquelle ils témoignerent
leur douleur fur
la mort de Monfieur le
Prince.
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Résumé : Ils vont faire compliment à Monsieur le Prince, sur la mort de feu Monsieur le Prince. Détail de toute la conversation qu'ils ont eue avec son Altesse Serenissime. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, vêtus de noir en signe de deuil pour la mort de Monsieur le Prince, rendirent visite à son fils, désormais Monsieur le Prince. Ils exprimèrent leur tristesse et leur soutien, malgré les coutumes de leur pays qui ne prévoyaient pas de tels habits. Monsieur le Prince les remercia et souligna l'estime qu'il avait pour eux, bien qu'il n'ait pas connu leur père. Les ambassadeurs assurèrent que le roi de Siam serait profondément affecté par cette perte, rappelant un précédent épisode où un faux bruit de la mort du prince avait suscité une grande émotion à Siam. Ils regrettèrent de ne pas avoir pu rendre hommage au prince défunt en raison de divers imprévus. Monsieur le Prince exprima son désir de mieux connaître le roi de Siam et ses qualités. Les ambassadeurs discutèrent également des fortifications en France et à Siam, notant des similitudes et des différences. Ils admirèrent particulièrement les places fortifiées de Dunkerque et Lille. La visite se conclut par des échanges sur les relations diplomatiques et l'amitié entre les deux royaumes, avec des promesses de maintenir et renforcer cette union. Les ambassadeurs se rendirent ensuite chez Madame la Princesse pour lui témoigner leur douleur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 9-51
LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
Début :
Un Pere avare, qui ne pensoit qu'à marier richement [...]
Mots clefs :
Fille, Père, Mariage, Homme, Marquis, Amour, Ami, Conseiller, Enchère, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
LE MARIAGE
PAR INTEREST,
ou
LA FILLE
A L'ENCHERE. UN Pereavare, qui
ne penloit qu'à
marier richement sa
fille, avoit déja rompu
plusieurs affaires, cro-
* yant toûjours trouver
un- nouveau Gendre
plus riche que lespremiers;
il retiroit fà"pàrole.
aussi facilement
qûTI l'avoit donnée,&
ce caractère luy avoit
attiré un ridicule,que
quelquesvoisines,jaloules
de la vertu desa
fille, faisoient retoixw
ber malignement sur
elle; elles l'appelloient
la Fille à revehere; Ce
Pere ridicule disoitluimême
: Ma fille est à
cent mil francs, elle ne
sortira pas de chez moy
à moins, mais je préférerai
celui qui en aura
cent cinquante. Il le
fit comme il le disoit,
car tout prêt à concl ure
avec un jeune Marquis
dont sa Fille étoit aimée
& qu'elle aimoit,
un Gentilhomme plus
riche vint mettre enchere
; & te pere luy
ad jugea la fille, ce qui
fit imaginer au Marquis
desesperé - un
moyen de retarder au
moins ce dernier mariage.
Persuadé qu'il ne
s'agissort que de faire
paroistreun nouvel en*
chenfïèur, il alla trouver
un de ses intimes
amis
, cet ami s'appelloit
Damon, il étoit
très riche, & on le
comoi(Toit- pour tel; le
Marquis le pria d'aller
faire des offresau pere
pour l'amuser & gagnerdutemps.
Damon
rebuta d'abord son ami,
cette feinte ne lui convenoit
point,c'étoit un
des plushonnêtes hommes
du monde: mais
l'autre étoit un des plus
vifs ,& des plus deraisonnables
Marquis de
la Ville : il presse, il
conjure,ilsedesespere.
Non,lui dit Damon
,
non, rien ne peut mengager
à faire une telle
démarche; cependant
s'il ne s'agissoit que de
faire connoissance avec
ta maistresse, on ditque
c'est une des plus aimables
personnesdu
monde, en luy disant
que je la trouve telle,
jenecommettroispoint
ma sincerité:en un mot
si le pere peut concevoir
quelque esperance
surmon assiduité auprés
de sa fille, je laverrai,
à cela ne tienne,que
je ne terende service:
mais je t'avertis que si
l'on me veut faire expliquer,
je parlerai sincerement.
Tout ce que
je puis faire pour toy,
c'est d'éviter l'explication.
Le Marquis se
contenta de ce qu'il
pouvoit exiger, & dés
le même jour Damon
fit connoissanceavecla
fille, & la vit ensuite
pédant quelques jours.
-
Lucie
,
c'étoit le
nom de cette charmante
persnne,Lucie étoit
dune delicaresse scrupuleuse
sur tous ses devoirs,
& quoyqu'elle
eust de l'inclination
pour le Marquis, elle
obéissoit aveuglement
à son pere ;cependant
elle avoit conçu
une aversioneffroyable
pour le Gentilhomme,
a quielle étoit promise
en dernier lieu: elle
eust beaucoup mieux
aimé Damon,si elleeust
pû
,
pû aimer quelqu'autre
que le Marquis
J.
&
Damon de soncôtéla
trouva si belle, si vertueuse
& si affligée,
qu'il sentit bientost
pourelleunepitié fort
tendre, & cette ten-
:
dresse augmentant de
jour en jour,il s'apper-
£ut enfinqu'il étoit le
rival de son amy. Je
croirois bien que malgré
sa probité, il ne
s'aperçut de cetamour
que le plustard qu'il
put: mais enfin se trouvant
à peu prés dans la
situation où l'auteur
de Don Quixote met
l'ami du Curieux Impertinent,
& ne pouvant
plus se cacher son
amour à uy-meme, il
crut ne devoir pas le
cacher à son ami. Je ne
veux plus voir Lucie,
lui dit-il un jour, je
fuis trop honnête homme
pour vouloirmen
faire aimera je n'ai pas lecouragedeservirson
amour en lavoyant. Le
Marquis, quoyqu'un
peu extravagant d'ailleurs,
ne [ç fut pas assez
pour exiger deson ami
unservice sidangèl'eux.
Damon cessa de
voir Lucie,& le pere
quiavoit déjà ses vues
sur lui, futallarmé de
ne le plus voir: mais
la destinée de ce pere
.avare vouloirqu'il luy
vînt coup sur coup des
offres toutes plus avantageuses
les unes que
les autres:Voicy un
nouvel encherisseur
plusriche que les precedens
,
c'étoitun Conseiller
de Province,qui
étoit devenu passionnement
amoureux de
Lucie, chez une parente
où ill'avoitvûë
plusieurs fois. Abregeons
le recit des poursuitesde
cet amant,&
des chagrins qu'en eut
Lucie ;le peresedétermina
absolument pour
celui-ci : voila les articles
dressez,& le Conseillerafifuré
qu'il possedera
bientôt la fille
du monde la plus aimable
, &C la plus sage
Icyetf ce qui letouchoit
davantage car il étoit
naturellement fort jaloux.
«
""1'11--', est bon de faire
ici attention surla
sagesse de Lucie, 6C
sur la jalousie du Conseiller,
pour mieux ccm.,
prendre la surprise où
fut ce jaloux en trouvant
sur la table de sa
maitresseune lettredécachetée:
cette lettre qu'-
il crut avoir déja droit
de lire luy parut être
: d'unCavalier fort amoureux
de Lucie, &:
qui lui écrivoit d'un
stile d'amant ajlné.Ah,
WÀ chere Lucie, disoit
la lettre
,
faut-ilquun
triste devoirnous separe!
Que jesuis à plaindrey
& que <voui Î, es aplaindre
vous-même d'être
sacrifiée par un pire injujle
à un homme que
- VOl« ne pourrez, jamais
aimer,à un incotïjmode,
,- à un fâcheux. en un
mot le Conseiller voit
qu'on parle de luicomme
s'il étoitdéja mari
»
&C qu'aparemment Lucie
estdemoitiédumér
pris que ce rival témoii
gne pour lui;imaginezvous
l'effet d'une pareille
avanrure sur un
jaloux.Ce n'est pas tout
la lettre marquait ques
le Cavalier ne manqueroit
pasde se trouver
onze heures du foir*
chez Lucie pour la.
consoler, & qu'il y seroit
reçupar la porte
d'un jardin, par où la
maison tenoit à une petite
rue écartée. Enfin
tout
tout étoit si bien circonstancié
dans la lettre,
que le Conseiller resolut
d'atendre l'heurede
ce rendezvous pousséclaircir
, avant que de
prend re la dessus un parti
violent digne d'un
homme tres - vindicatif
, Se qui n'avoit
d'autre merite que celuy
d'être riche & amoureux
d'une personne
qui meritoit d'être
aimée.
Après avoir attendu
l'heure du rendez vous
avec impudence, nôA -
tre jaloux se trouve dãs
la petite ruë, par où
devoit arriver le Marquis,
carc'étoirluyqui
avoit écrit la Lettre;
que vous diraije, l'heure
sonne, le Marquis
vient, on lui ouvre une
petite porte, on la referme,
& le ja loux restant
au guet ju hlu'an
matin, eut tout le loisir
de se convaincre que le
galandn'étoit pas entré
chez Lucie pour une
conversation passagere,
ce fut pendant ces heures
si cruelles à passer,
qu'ilmédira contre Lucie
une vengeance inoüie,
voicy comment
il s'y prit. irmn
,il On devoit signer le
contrat le lendemain
au soir, il fit préparer
un souper magnifique,
cC prit foin pendant le
jour de rassembler toute
la famille de Lucie,
qui étoit nombreuse;
il y joignit quantitéde
femmes qu'il choisir exprés
les plus médisantes
qu'il pût, sans compter
les hommes, qui
sont encore plus dangereux
que les femmes,
parce qu'on les croit
moins médifans.
Le soir venu le Conseiller
fit remettre la
signature du Contrat
a près le sou per,& les
deux concradas furent
placez solemnellement
au bout de la table, le
repas fut fort serieux,
parce qu'on voyoit les
époux futurs fort taciturnes,&
enfin quand
on fut prest à forcir de
table, le Conseiller addressa
la paroleau Pere.
Monsieur, luy dit-il,
enélevant lavoix,afin
que toute l'assemblée
pût l'entendre: Je n'ai
jamais manqné, de paro
l e a personne, c'efb
pourquay j'ay -voulu
avoir icy grand nom- bretémoins des justes
raisons qui m'en
sontmanquer pour la
premiere fois,
Ce debut parue singulier
à toute l'assemblée,
on fut curieux
d'entendre ce qu'alloit
prononcer ce grave Juge
de Province, tout le
monde scaitcoiità-luat-
il, que vous avez
manqué de parole à
trois ou quatre Gendres
de suite, vous m'en
manqueriez aussi sans
doute s' il s'en pre sentoit
un plus riche que
fmiloOyY>)vvoouussmmeenmlceppri1i--
feriez, ainsi je fuis en
droit demépriservôtre
fille"1puisque j'en trouve
une plus sage qu'-
elle.
A ce discours on crut
d'abord que le vin de
la Noce avoit troublé
le cerveau du Conseiller,
le profond si lence
où l'on étoit, lui donna
le laillr de lire aux
convives la Lettre du
Marquis, & de cjrcon..
stancier il bien le rendez-
vous nocturne
qu'alors on ne l'accusa
plus que d'avoirpoulsé
trop loin sa vengeance,
tous les parens de
cette fille de s- honorée
baissent les yeux ou
s'entre-regardent sans
oser ouvrir la bouche,
les uns s'affligent de
bonne 'foy;"les autres
n'osentrireencore de
ce qui réjouit leur malignité
, ceux-cy feignent
de douter, afin
qu'on-leur en aprenne
encor davantage, quelques-
uns excusent, la
plûpartblâment,mais
presque tous ont les
yeux sur Lucie, qui
devenue immobile, pâh?
& défaite estpreste
à tomber en foiblesse.
Cependant le Conseiller
est dé-ja bien
loin, il avoir médité
son départ pour la Province,
une Chaise de
poste l'attendoit, & il
étoit sorti de la Sale
sans que pcrfonne eut
eu le courage de le retenir.
On alloit se separer,
& quelques-uns commençoient
àdéfilerlors
qu'un nouveau su jet
d'attention les rassembla
tous: C'était le jeune
Marquis, aut heur
de la Lettre, il avoit
vu partirsonrival, &C
seroit sans doute entré
triomphant, del'avoir
fait fuir par un coup de
sa rêre
,
mais a y ant a ppris
l'éclat quecebrutalvenoit
de faire,il
accouroit pour reparer
l'honneur de sa Maîtresse,
pendant que l'assemblée
étoit encore-ntière
; il dit d'abord
pour justifier Lucie ce
qui étoit vray, c'est
que la connoissant trop
scrupuleuse pour entier
d^o-ns- foa projet il
savoit gagné sa femme
de chac3mbre pour luy
aider à donner tie violens
soupçons au Conseiller
jaloux; en un
mot la Femme de
chambre à l'insçû de sa
-
maistresseavoit joüé le
stratagême de la lettre,
& se doutant bien que
le Conseiller voudroit .- approfondir la circonstance
du rendezvous,
avoit introduit le Marquis
par la petite porte
du jardin, mais il en
étoic sorti à l'instant
par la grande.
Aprés cette explication
le jeune Marquis
t pour se justifierluymême,
s'écria, pardonnez,
belle Lucie, à 1amour,&
audesespoir,je
sçavois bien continuat-
il, que mon rival estoit
allez jaloux pour
rompre l'affaire: mais
jene lecroyoispasassez
vindicatifpour la rompre
a," c tclat.
Pendant tout cedifcours
Lucieavoir pa- ruagitée hors d'ellemême,&
sacolere fut
prête - d'éclater contre
ce Marquis extravagant,
quil'avoit sicruelI.
ment offensée : mais
tout à coup on la vit
redevenir tranquile
comme une personne
qui a pris son parry ;
les femmes seules sont
ca pa bles de prend re à
l'instant le bon pary
quand ellesont i'elpriC
bon ;celles qui prenent
de mauvais partis les
prennent avec la même
vivacité, & c'est
,.
encore un avantage
qu'elles ont surnous;
car leurs fautes estant
moins reflec hies que
celles des hommes,elles
font plus excusables.
Le Marquis après
avoir parlé à toute l'assemblée,
se jetta aux
pieds deLucie,bien
feur d'obtenir pardon
d'une personne qui luy
avoitavoüé qu'elle l'aimoit
; il lui representa
que la justification la
plus authentique qu'une
fille put desirer,C"étoit
toit que celui qui avoit
fait soupçonner sa ver- tuprouvât en épousant
qu'ilcroyoit cette vertu
horsdesoupçon.
• Un murmure d'approbation
qui s'éleva
dans toute l'assemblée ,marqua qu on jugeoit
ce mariage necessaire;
la familleàl'instant
exigea du pere qu'il y
consentit, & la joye
qu'il avoit de voir sa
fille justifiée, le rendit
en ce moment moins
avare qu'iln'avoit jamais
elté; il se tourna
vers safille, & luy dit
qu'illui laissoit le choix
de sadessinée.
Puisque vous avez
la bontéarépondit modestement
Lucie, de
remettre à mon choix
la maniere de me justifier,
je veux estre justifiée
le plusparfaitement
qu'il se pourra;
il est clair que le MarKjuisme
justifie en quelque
façon par ses offres;
car il est rare qu'un
homme épQufe volontiers
celle qu'il auroit
deshonorée : mais il cO:
encore plus rarequ'une
fille refuse de pareilles
offres de celui pour
qui elle auroit eu quelque
foiblesse, ainsi je
me crois plus parfaitement
justifïée en declarant
que je n'épouserasjamais
un homme
qui a esté capable de
sacrifîer ma réputation
à son caprice.
Le Marquis futconfondu
par la fermeté de
cette resolution, tout
le monde, & le pere
même la trouvant sensée,
approuvoic le parti
que Lucie venoit de
prendre, lorsqu'on vit
paroistre Damon, qui
avoit suivi le Marquis
pour voir comment sa
justification feroit receuë,
indigné de l'imprudence
de cet amy, voici comment il parla:
Puisque mon amy,
dit-il à Lucie, a perdu
par sa faute les droits
qu'il avoitsur vostre
coeur, je crois ne devoir
plus avoir d'égards
que pour vostre justifïcation,
vous avezdéclaré
que vous choisiriez la
plus parfaite de toutes,
daignez donc comparer
aux deux autres
celle que je vais vous
proposer.
Il est rare, comme
vous l'avez dit, qu'on
fasse des offres telles
qu'en a fait le Marquis;
il est rare aussiqu'en pareil
cas une fille à marier
refuse de pareilles
offres: mais il est sans
doute encore plus rare
qu'après l'éclat que
vient de faire ce Conseiller
, un homme
aussiriche que moy3
qui passe pour homme
sensé, & quise pique
de delicatesse sur l'honneur
,prouve en offrant
de vous époufer qu'il
est assez feur de vostre
vertu pour croire rneme
que vous oublierez
entièrement le Marquis.
Tout le monde fut
attentif à cette derniere
justification on attendoit
la decision de
Lucie, oui, Monsieur,
dit- elle à Damon
, me
croirecapable d'oublîer
par estime pour vous,
un homme que j'ai eu
la foiblesse d'aimer c'est
meriter mon coeur aussi-
bien que mon estime.
Aprés avoir ainsî
parlé, Lucie tourna les
yeux vers son pere qui
n'avoit garde d'oublier
en cette occasion que
Damon étoit le plus
riche de tous ceux qui
Scs'étoient
presenté, exceptéleConseiller
5,
one joyeunanimedécida
pour Damon, &C
les plaintes du Marquis
se perdirent parmi les
applaudissemens de
toute l'assemblée.
Ceux qui soupçonneront
cettehistoriette
d'avoir esté imaginée,
diront que l'amour en
devoit faire le dénoument,
on pourroit leur
répondre qu'undénoument
fait par la raison,
est encore plus beau
felon les moeurs ,d'autant
plus que le Marquis
a méritéd'estre
puni; il est vnry qu'il
peut rester à Lucie
quelque tendresse pour
luy : mais celle qui a
fçû sacrifiercette tendresse,
à l'estimesolide
qu'elle a pour Damon , sçaurabien acheverce
qu'elle a commencé;
en tout cas c'est l'affaire
de Lucie, si l'histoire
est veritable, & si
elle est feinte, c'est l'affaire
de l'auteur, de répondre
à la critique
qu'on pourroit faire de
ton dénoûment.
PAR INTEREST,
ou
LA FILLE
A L'ENCHERE. UN Pereavare, qui
ne penloit qu'à
marier richement sa
fille, avoit déja rompu
plusieurs affaires, cro-
* yant toûjours trouver
un- nouveau Gendre
plus riche que lespremiers;
il retiroit fà"pàrole.
aussi facilement
qûTI l'avoit donnée,&
ce caractère luy avoit
attiré un ridicule,que
quelquesvoisines,jaloules
de la vertu desa
fille, faisoient retoixw
ber malignement sur
elle; elles l'appelloient
la Fille à revehere; Ce
Pere ridicule disoitluimême
: Ma fille est à
cent mil francs, elle ne
sortira pas de chez moy
à moins, mais je préférerai
celui qui en aura
cent cinquante. Il le
fit comme il le disoit,
car tout prêt à concl ure
avec un jeune Marquis
dont sa Fille étoit aimée
& qu'elle aimoit,
un Gentilhomme plus
riche vint mettre enchere
; & te pere luy
ad jugea la fille, ce qui
fit imaginer au Marquis
desesperé - un
moyen de retarder au
moins ce dernier mariage.
Persuadé qu'il ne
s'agissort que de faire
paroistreun nouvel en*
chenfïèur, il alla trouver
un de ses intimes
amis
, cet ami s'appelloit
Damon, il étoit
très riche, & on le
comoi(Toit- pour tel; le
Marquis le pria d'aller
faire des offresau pere
pour l'amuser & gagnerdutemps.
Damon
rebuta d'abord son ami,
cette feinte ne lui convenoit
point,c'étoit un
des plushonnêtes hommes
du monde: mais
l'autre étoit un des plus
vifs ,& des plus deraisonnables
Marquis de
la Ville : il presse, il
conjure,ilsedesespere.
Non,lui dit Damon
,
non, rien ne peut mengager
à faire une telle
démarche; cependant
s'il ne s'agissoit que de
faire connoissance avec
ta maistresse, on ditque
c'est une des plus aimables
personnesdu
monde, en luy disant
que je la trouve telle,
jenecommettroispoint
ma sincerité:en un mot
si le pere peut concevoir
quelque esperance
surmon assiduité auprés
de sa fille, je laverrai,
à cela ne tienne,que
je ne terende service:
mais je t'avertis que si
l'on me veut faire expliquer,
je parlerai sincerement.
Tout ce que
je puis faire pour toy,
c'est d'éviter l'explication.
Le Marquis se
contenta de ce qu'il
pouvoit exiger, & dés
le même jour Damon
fit connoissanceavecla
fille, & la vit ensuite
pédant quelques jours.
-
Lucie
,
c'étoit le
nom de cette charmante
persnne,Lucie étoit
dune delicaresse scrupuleuse
sur tous ses devoirs,
& quoyqu'elle
eust de l'inclination
pour le Marquis, elle
obéissoit aveuglement
à son pere ;cependant
elle avoit conçu
une aversioneffroyable
pour le Gentilhomme,
a quielle étoit promise
en dernier lieu: elle
eust beaucoup mieux
aimé Damon,si elleeust
pû
,
pû aimer quelqu'autre
que le Marquis
J.
&
Damon de soncôtéla
trouva si belle, si vertueuse
& si affligée,
qu'il sentit bientost
pourelleunepitié fort
tendre, & cette ten-
:
dresse augmentant de
jour en jour,il s'apper-
£ut enfinqu'il étoit le
rival de son amy. Je
croirois bien que malgré
sa probité, il ne
s'aperçut de cetamour
que le plustard qu'il
put: mais enfin se trouvant
à peu prés dans la
situation où l'auteur
de Don Quixote met
l'ami du Curieux Impertinent,
& ne pouvant
plus se cacher son
amour à uy-meme, il
crut ne devoir pas le
cacher à son ami. Je ne
veux plus voir Lucie,
lui dit-il un jour, je
fuis trop honnête homme
pour vouloirmen
faire aimera je n'ai pas lecouragedeservirson
amour en lavoyant. Le
Marquis, quoyqu'un
peu extravagant d'ailleurs,
ne [ç fut pas assez
pour exiger deson ami
unservice sidangèl'eux.
Damon cessa de
voir Lucie,& le pere
quiavoit déjà ses vues
sur lui, futallarmé de
ne le plus voir: mais
la destinée de ce pere
.avare vouloirqu'il luy
vînt coup sur coup des
offres toutes plus avantageuses
les unes que
les autres:Voicy un
nouvel encherisseur
plusriche que les precedens
,
c'étoitun Conseiller
de Province,qui
étoit devenu passionnement
amoureux de
Lucie, chez une parente
où ill'avoitvûë
plusieurs fois. Abregeons
le recit des poursuitesde
cet amant,&
des chagrins qu'en eut
Lucie ;le peresedétermina
absolument pour
celui-ci : voila les articles
dressez,& le Conseillerafifuré
qu'il possedera
bientôt la fille
du monde la plus aimable
, &C la plus sage
Icyetf ce qui letouchoit
davantage car il étoit
naturellement fort jaloux.
«
""1'11--', est bon de faire
ici attention surla
sagesse de Lucie, 6C
sur la jalousie du Conseiller,
pour mieux ccm.,
prendre la surprise où
fut ce jaloux en trouvant
sur la table de sa
maitresseune lettredécachetée:
cette lettre qu'-
il crut avoir déja droit
de lire luy parut être
: d'unCavalier fort amoureux
de Lucie, &:
qui lui écrivoit d'un
stile d'amant ajlné.Ah,
WÀ chere Lucie, disoit
la lettre
,
faut-ilquun
triste devoirnous separe!
Que jesuis à plaindrey
& que <voui Î, es aplaindre
vous-même d'être
sacrifiée par un pire injujle
à un homme que
- VOl« ne pourrez, jamais
aimer,à un incotïjmode,
,- à un fâcheux. en un
mot le Conseiller voit
qu'on parle de luicomme
s'il étoitdéja mari
»
&C qu'aparemment Lucie
estdemoitiédumér
pris que ce rival témoii
gne pour lui;imaginezvous
l'effet d'une pareille
avanrure sur un
jaloux.Ce n'est pas tout
la lettre marquait ques
le Cavalier ne manqueroit
pasde se trouver
onze heures du foir*
chez Lucie pour la.
consoler, & qu'il y seroit
reçupar la porte
d'un jardin, par où la
maison tenoit à une petite
rue écartée. Enfin
tout
tout étoit si bien circonstancié
dans la lettre,
que le Conseiller resolut
d'atendre l'heurede
ce rendezvous pousséclaircir
, avant que de
prend re la dessus un parti
violent digne d'un
homme tres - vindicatif
, Se qui n'avoit
d'autre merite que celuy
d'être riche & amoureux
d'une personne
qui meritoit d'être
aimée.
Après avoir attendu
l'heure du rendez vous
avec impudence, nôA -
tre jaloux se trouve dãs
la petite ruë, par où
devoit arriver le Marquis,
carc'étoirluyqui
avoit écrit la Lettre;
que vous diraije, l'heure
sonne, le Marquis
vient, on lui ouvre une
petite porte, on la referme,
& le ja loux restant
au guet ju hlu'an
matin, eut tout le loisir
de se convaincre que le
galandn'étoit pas entré
chez Lucie pour une
conversation passagere,
ce fut pendant ces heures
si cruelles à passer,
qu'ilmédira contre Lucie
une vengeance inoüie,
voicy comment
il s'y prit. irmn
,il On devoit signer le
contrat le lendemain
au soir, il fit préparer
un souper magnifique,
cC prit foin pendant le
jour de rassembler toute
la famille de Lucie,
qui étoit nombreuse;
il y joignit quantitéde
femmes qu'il choisir exprés
les plus médisantes
qu'il pût, sans compter
les hommes, qui
sont encore plus dangereux
que les femmes,
parce qu'on les croit
moins médifans.
Le soir venu le Conseiller
fit remettre la
signature du Contrat
a près le sou per,& les
deux concradas furent
placez solemnellement
au bout de la table, le
repas fut fort serieux,
parce qu'on voyoit les
époux futurs fort taciturnes,&
enfin quand
on fut prest à forcir de
table, le Conseiller addressa
la paroleau Pere.
Monsieur, luy dit-il,
enélevant lavoix,afin
que toute l'assemblée
pût l'entendre: Je n'ai
jamais manqné, de paro
l e a personne, c'efb
pourquay j'ay -voulu
avoir icy grand nom- bretémoins des justes
raisons qui m'en
sontmanquer pour la
premiere fois,
Ce debut parue singulier
à toute l'assemblée,
on fut curieux
d'entendre ce qu'alloit
prononcer ce grave Juge
de Province, tout le
monde scaitcoiità-luat-
il, que vous avez
manqué de parole à
trois ou quatre Gendres
de suite, vous m'en
manqueriez aussi sans
doute s' il s'en pre sentoit
un plus riche que
fmiloOyY>)vvoouussmmeenmlceppri1i--
feriez, ainsi je fuis en
droit demépriservôtre
fille"1puisque j'en trouve
une plus sage qu'-
elle.
A ce discours on crut
d'abord que le vin de
la Noce avoit troublé
le cerveau du Conseiller,
le profond si lence
où l'on étoit, lui donna
le laillr de lire aux
convives la Lettre du
Marquis, & de cjrcon..
stancier il bien le rendez-
vous nocturne
qu'alors on ne l'accusa
plus que d'avoirpoulsé
trop loin sa vengeance,
tous les parens de
cette fille de s- honorée
baissent les yeux ou
s'entre-regardent sans
oser ouvrir la bouche,
les uns s'affligent de
bonne 'foy;"les autres
n'osentrireencore de
ce qui réjouit leur malignité
, ceux-cy feignent
de douter, afin
qu'on-leur en aprenne
encor davantage, quelques-
uns excusent, la
plûpartblâment,mais
presque tous ont les
yeux sur Lucie, qui
devenue immobile, pâh?
& défaite estpreste
à tomber en foiblesse.
Cependant le Conseiller
est dé-ja bien
loin, il avoir médité
son départ pour la Province,
une Chaise de
poste l'attendoit, & il
étoit sorti de la Sale
sans que pcrfonne eut
eu le courage de le retenir.
On alloit se separer,
& quelques-uns commençoient
àdéfilerlors
qu'un nouveau su jet
d'attention les rassembla
tous: C'était le jeune
Marquis, aut heur
de la Lettre, il avoit
vu partirsonrival, &C
seroit sans doute entré
triomphant, del'avoir
fait fuir par un coup de
sa rêre
,
mais a y ant a ppris
l'éclat quecebrutalvenoit
de faire,il
accouroit pour reparer
l'honneur de sa Maîtresse,
pendant que l'assemblée
étoit encore-ntière
; il dit d'abord
pour justifier Lucie ce
qui étoit vray, c'est
que la connoissant trop
scrupuleuse pour entier
d^o-ns- foa projet il
savoit gagné sa femme
de chac3mbre pour luy
aider à donner tie violens
soupçons au Conseiller
jaloux; en un
mot la Femme de
chambre à l'insçû de sa
-
maistresseavoit joüé le
stratagême de la lettre,
& se doutant bien que
le Conseiller voudroit .- approfondir la circonstance
du rendezvous,
avoit introduit le Marquis
par la petite porte
du jardin, mais il en
étoic sorti à l'instant
par la grande.
Aprés cette explication
le jeune Marquis
t pour se justifierluymême,
s'écria, pardonnez,
belle Lucie, à 1amour,&
audesespoir,je
sçavois bien continuat-
il, que mon rival estoit
allez jaloux pour
rompre l'affaire: mais
jene lecroyoispasassez
vindicatifpour la rompre
a," c tclat.
Pendant tout cedifcours
Lucieavoir pa- ruagitée hors d'ellemême,&
sacolere fut
prête - d'éclater contre
ce Marquis extravagant,
quil'avoit sicruelI.
ment offensée : mais
tout à coup on la vit
redevenir tranquile
comme une personne
qui a pris son parry ;
les femmes seules sont
ca pa bles de prend re à
l'instant le bon pary
quand ellesont i'elpriC
bon ;celles qui prenent
de mauvais partis les
prennent avec la même
vivacité, & c'est
,.
encore un avantage
qu'elles ont surnous;
car leurs fautes estant
moins reflec hies que
celles des hommes,elles
font plus excusables.
Le Marquis après
avoir parlé à toute l'assemblée,
se jetta aux
pieds deLucie,bien
feur d'obtenir pardon
d'une personne qui luy
avoitavoüé qu'elle l'aimoit
; il lui representa
que la justification la
plus authentique qu'une
fille put desirer,C"étoit
toit que celui qui avoit
fait soupçonner sa ver- tuprouvât en épousant
qu'ilcroyoit cette vertu
horsdesoupçon.
• Un murmure d'approbation
qui s'éleva
dans toute l'assemblée ,marqua qu on jugeoit
ce mariage necessaire;
la familleàl'instant
exigea du pere qu'il y
consentit, & la joye
qu'il avoit de voir sa
fille justifiée, le rendit
en ce moment moins
avare qu'iln'avoit jamais
elté; il se tourna
vers safille, & luy dit
qu'illui laissoit le choix
de sadessinée.
Puisque vous avez
la bontéarépondit modestement
Lucie, de
remettre à mon choix
la maniere de me justifier,
je veux estre justifiée
le plusparfaitement
qu'il se pourra;
il est clair que le MarKjuisme
justifie en quelque
façon par ses offres;
car il est rare qu'un
homme épQufe volontiers
celle qu'il auroit
deshonorée : mais il cO:
encore plus rarequ'une
fille refuse de pareilles
offres de celui pour
qui elle auroit eu quelque
foiblesse, ainsi je
me crois plus parfaitement
justifïée en declarant
que je n'épouserasjamais
un homme
qui a esté capable de
sacrifîer ma réputation
à son caprice.
Le Marquis futconfondu
par la fermeté de
cette resolution, tout
le monde, & le pere
même la trouvant sensée,
approuvoic le parti
que Lucie venoit de
prendre, lorsqu'on vit
paroistre Damon, qui
avoit suivi le Marquis
pour voir comment sa
justification feroit receuë,
indigné de l'imprudence
de cet amy, voici comment il parla:
Puisque mon amy,
dit-il à Lucie, a perdu
par sa faute les droits
qu'il avoitsur vostre
coeur, je crois ne devoir
plus avoir d'égards
que pour vostre justifïcation,
vous avezdéclaré
que vous choisiriez la
plus parfaite de toutes,
daignez donc comparer
aux deux autres
celle que je vais vous
proposer.
Il est rare, comme
vous l'avez dit, qu'on
fasse des offres telles
qu'en a fait le Marquis;
il est rare aussiqu'en pareil
cas une fille à marier
refuse de pareilles
offres: mais il est sans
doute encore plus rare
qu'après l'éclat que
vient de faire ce Conseiller
, un homme
aussiriche que moy3
qui passe pour homme
sensé, & quise pique
de delicatesse sur l'honneur
,prouve en offrant
de vous époufer qu'il
est assez feur de vostre
vertu pour croire rneme
que vous oublierez
entièrement le Marquis.
Tout le monde fut
attentif à cette derniere
justification on attendoit
la decision de
Lucie, oui, Monsieur,
dit- elle à Damon
, me
croirecapable d'oublîer
par estime pour vous,
un homme que j'ai eu
la foiblesse d'aimer c'est
meriter mon coeur aussi-
bien que mon estime.
Aprés avoir ainsî
parlé, Lucie tourna les
yeux vers son pere qui
n'avoit garde d'oublier
en cette occasion que
Damon étoit le plus
riche de tous ceux qui
Scs'étoient
presenté, exceptéleConseiller
5,
one joyeunanimedécida
pour Damon, &C
les plaintes du Marquis
se perdirent parmi les
applaudissemens de
toute l'assemblée.
Ceux qui soupçonneront
cettehistoriette
d'avoir esté imaginée,
diront que l'amour en
devoit faire le dénoument,
on pourroit leur
répondre qu'undénoument
fait par la raison,
est encore plus beau
felon les moeurs ,d'autant
plus que le Marquis
a méritéd'estre
puni; il est vnry qu'il
peut rester à Lucie
quelque tendresse pour
luy : mais celle qui a
fçû sacrifiercette tendresse,
à l'estimesolide
qu'elle a pour Damon , sçaurabien acheverce
qu'elle a commencé;
en tout cas c'est l'affaire
de Lucie, si l'histoire
est veritable, & si
elle est feinte, c'est l'affaire
de l'auteur, de répondre
à la critique
qu'on pourroit faire de
ton dénoûment.
Fermer
Résumé : LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
Le texte relate l'histoire d'un père avare déterminé à marier sa fille Lucie au plus offrant. Plusieurs fiançailles sont rompues, attirant ainsi le ridicule et des rumeurs malveillantes sur Lucie. Un jeune Marquis, amoureux de Lucie, voit sa demande rejetée au profit d'un gentilhomme plus riche. Désespéré, le Marquis demande à son ami Damon, un homme riche et honnête, de faire une offre pour gagner du temps. Damon accepte à contrecœur et rencontre Lucie, qu'il trouve charmante et vertueuse. Il finit par tomber amoureux d'elle, mais décide de ne plus la voir pour éviter de trahir son ami. Lucie est ensuite promise à un Conseiller de Province, mais elle est horrifiée par cette perspective. Le Conseiller, jaloux, découvre une lettre d'amour prétendument écrite par un autre homme, ce qui le pousse à quitter Lucie. Le Marquis révèle alors que la lettre était un stratagème pour éloigner le Conseiller. Lucie, offensée par l'imprudence du Marquis, refuse de l'épouser. Damon, présent lors de cette révélation, propose alors de l'épouser pour la justifier pleinement. Lucie accepte, impressionnée par la délicatesse et l'estime de Damon. Le père, voyant l'unanimité en faveur de Damon, consent au mariage. Le texte se termine par l'approbation générale de cette union, soulignant la sagesse et la raison qui ont guidé la décision de Lucie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 52-70
MARIAGES.
Début :
Le Prince Emanuel de Nassaw, Prince du S. Empire, [...]
Mots clefs :
Prince, Marquis, Noces, Maréchal, Duc, Empire, Fille, Père, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Le PrinceEmanuel de
Nassaw, Prince du S. Empire,
premier Lieutenant
des Gardes du CorpsWallons
du Roy d'Espagne,
fils du feu Prince François
Desiré de Nalîau-,
Prince du Saint Empire,
Prince Souverain de Sieghen
,
Doyen des Chevaliers
de la Toison d'or.
Et de N. Comtesse du
Pujet de la Ferre,Comtesïe
du St Empire,épousale
13. May Charlote de
MaillydeNesle,fille de
feu Mr le Marquis de
Nesle, & de Marie Comtesse
deColigny.
Mr le Marquis de Nef,,
le estoit Maréchal des
Camps & des Armées
du Roy, il sur au siége
de Philisbourg. Les
MaisonsdeNassau, de Mailly & de Coligny,
dont ces nouveaux Epoux
defcendenc
,
font si anciennes
,si illustres & si
connuës dans l'Europe,
qu'on se contentera de
rapporrer icy le temps ou
se forma la branche de
Sieghen - Dillembourg,
dont est ce Prince de Nassau.
Le Prince Guillaume
le Belgique est descendu
de l'Empereur Adolphe
de Nassau esleu canoniquement
par le suffrage
des Electeurs le jour de
la saint Jean Baptiste 1292.
& a continué jusques à
Guillaume troisiémePrince
d'Orange mort en Angleterre
en 1702. dernier
malle de la premiere
branche de cette Maison.
Sa mort a fait passer le
droit d'aisnesse à la branche
du Prince Emmanuel,
dont nous- parlons.
Pour ne laisser aucun doute
de cette verité il ne
faut que remarquer que
le Prince Guillaume né à
Dillembourg le 10. Avril
1489.deson mariage avec
Julienne fille de Otho
Comte Destolbourg, eut
Guillaume qui fut le premier
Prince d'Orange de
la Maison de Nassau
,
&
le Prince Jean de Nassau,
le premiera fait la branche
des Princes d'Orange,
qui a fini par la mort
du Prince d'Orange: &
le dernier a fait la branche
de Nassau Sieghem
Dillembougdontle Prince
Emmanuel descend.I
Le Prince Jean Comte
de Nassau dit le Vieux,
épousa en premieres nôces
Elisabeth fille deGeorge
Landgrave de Leuchtemberg
:en secondes nôces
Cunegondefille de
Frideric troisiéme Electeur
Palatin, & en troisiémes
Jeanne fille de Louis
Comte de Vitgenstein; il
laissa en mourant huit
Princes Ôc onze Princesses,
le Prince Jean son filsaisné
qui fut appelle le
Moux
,
continua la posterite,
ilépousa en premieres
nôces Magdelainefille
de Samuel Comre de
Valdeck, & en secondes
nôces Marguerite fille de
Jean Duc de Holstein
Sunderbourg. Il eut pour
fils du premierlit Jean dit
le Jeune, qui épousaen
1618. ErnestinePrincesse
de Ligne Comtesse d'Aremberg.
De ce mariage
est venu le Prince Jean-
François-Desiré de Nasfau
pere duPrince Emmanuel
donc nous parlons.
Cette Famille compte
onze Ducs de Gueldres.
Quatre Electeurs Archevesquesde
Mayence.
Un Evesque de Liege
en 1230. qui fut assassiné
par Theodoric du Prat &
laissa soixante & cinq Ensans
pour successeurs.
-. Un Archevesque de
Cologne, en 1136. & un
Empereur.
LesMaisonsdeMailly
&deColigny dont Madame
laPrincesse de Nasau
est fille, ne sont pas
moins anciennes en noblesse
,
ni moins relevées
en grandes alliances, depuis
l'an 1000. qu'Anselme
de Mailly qui fut tué
au siege de Lille en Flandres
en 1070. jusques à
aujourd'huy que Mr. le
Marquis de Mailly de
Nelle frere de Madame
la Princesse,deNassau :,
Commandant la Gend'armerie
de France, soustient
avec éclat le nom de Mailly.
Il y avoir desjaplusieurs
alliances des Maisons
de Mailly & de Coligny
avec celle de Nassau.
Celles des Princes de Bergues
dont Adrien de Mailly
avoit épousé lafille;
celle de Bourbon, Marguerite
de Mailly ayant
épousé leComtede Roye
&deRoucy. SafilleEleonor
fut mariéeà Loüis de
Bourbon premier Prince
de Condé, Charlorte (a
fille épousa Guillaume de
Nassau, la mere de Marguerite
de Mailly estoit
Loüise de Montmorancy
qui épousa en secondes
noces Gaipard de ColignYCesar
de Beaudean
Comte de Parabere, & de
Pardailhan Baron du Petit
Chasteau lez Rouvans,
Seigneur de la Rousseliere
en Poitou,&c.Brigadier
desArmées du Roy, &
fils d'Alexandre de Beaudean
,vivant,Comte de
Pardailhan
, & Marquis
de la Motte S. Heraye, ÔC
de Jeanne Therese de
Maijand , épousa le huit
de Juin Marie Magdelaine
de la Vieuville,fille
de René François, Marquis
dela Vieuville,Chevalier
d'honeur de la feuë
Reine, Gouverneur &
Lieutenant General pour
le Royen Poitou &c. Et
de Marie Louise de la
Chauffée d'Arrets Dame
d'Atour de Madame la
Duchesse de Berry, fille
deN de la Chauffée Seigneur
d'Arets en Normandie.
La Naissance de ces
deux nouveaux mariés
estantassez connue
,
je
vous diray seulement que
la Maison de Beaudean
de Parabereest une des
anciennes du Pays de Bigorre
,
où elle possedoit
avant l'an 1400. les terres
de Baudéan, de Coursean,
&de Parabere
,
& les Baronies
d'Aux, & de Clermont
en Pordéac.
Jean de BeaudeanComte
de Parabere Marquis
de la Mothe saint Heraye
Lieutenant General des
Armées du Roy & nommé
à l'Ordre du fainr Esprit,
& designé par Bre-
> ver pour estre Mareschal
de France, mourut dans
un âge fort avancésous
le regne de Louis treize.
Il fut marié avec Loiiife
de Gilliers veuve de Francois
de sainte Maure pere
de Charles de sainte Maure
Duc de Montauzier
Gouverneur de feu Monseigneur
le Dauphin;&
il eut de ce Mariage Henry
de Bau dean
,
Comte
de Parabere, Gouverneur
dePoitou,& Comandeur
des
des Ordres du Roy, &C.
- grand pere du Comte de
Parabere d'aujourd'huy.
Et Charles de Beaudean
Seigneur de Neüilhan ,3c
Gouverneur de Niort ,
pere de Suzanne de Beaudean
, 3c d'Angelique de
Beaudean
,
mariée au
Comte de Froulay Suzanne
de Beaudean Dame
d'Honneur de la seuë Reine
,
fut mariéeau Duc de
Navailles Maréchal de
France, duquel mariage
sont issus Françoise de
Montault de Benac mariée
à Charles de Lorraine
Duc d'Elbeuf duquel
mariage elle a eu feue
Madame la Duchesse de
Mantouë.N. de Montault
de Benac mariéeà
Mr le Marquis de Rorelin
, dont est venu Mr le
Marquis de Rotelin. N..
deMontaultdeBenac mariée
à Mr le Marquis de
Pompadour, & de Laurieres
dont est issue Madame
la Marquise de
Courcillon Dame du Palais
de Me laDauphine.
Mademoiselle de la
Vieuville
,
aujourd'huy
Comtesse de Parabere est
petite fille de Charles
Duc dela Vieuville Gouverneur
de Poitou,Chevalier
d'Honneur de la
Reine, Maréchal des
Camps,& Armées du Roy
qui estoit fils de Charles
Duc de la Vieuville Ministred'Etat,&
Sur-Intendant
des Finances, qui
eut pour fille Lucréce
Françoise de laVieuville,
femme d'Ambroisé , François Duc de Bournonville
,
Pere deMadame
laMaréchalle Duchesse
de Noailles.
Le Marquis dela Vieuville
d'aujourd'huy a pour
frere Mr le Comte de
Viennecy-devant Mestre
de Camp du régiment du
Roy Cavallerie ,& Mrle
Bailly de la Vieuville
Grand Croix de lvÍalche;
Mr le Comte de Vienne
est marié avec N. Mitte
de Chevriere
,
fille &
heritiere de Henry Mitte
de Chevriére Comte de
S.Chaumont, dont il a eu
Mr leMarquis de S. Chaumont,
Colonel d'un Regiment
de Dragons.
-'
La ceremonie du Mariage
fut faite par M.rAbbé
de la Vieuville Grand
Vicaire d'Agen frere de
la mariée.
Lors qu'on demanda
au Roy l'agrément de ce
mariage
,
Sa Majesté y
donna son approbation
dans des termes qui font
beaucoup d'honneur aux
deux Maisons des mariés,
& qui marquent qu'ilest
tres satisfait de la manière
dont Mr le Comtede
Parabere l'a servy
, il a
toujours esté en Espagne
depuis le commencement
de cette Guerre, où il s'est
distingueen plusieursoccassons
,
& entr'autres à
la bataille d'Almanzaimmédiatement
aprés laquelle
il fut fait Brigadier
seul par diftindion.
Le PrinceEmanuel de
Nassaw, Prince du S. Empire,
premier Lieutenant
des Gardes du CorpsWallons
du Roy d'Espagne,
fils du feu Prince François
Desiré de Nalîau-,
Prince du Saint Empire,
Prince Souverain de Sieghen
,
Doyen des Chevaliers
de la Toison d'or.
Et de N. Comtesse du
Pujet de la Ferre,Comtesïe
du St Empire,épousale
13. May Charlote de
MaillydeNesle,fille de
feu Mr le Marquis de
Nesle, & de Marie Comtesse
deColigny.
Mr le Marquis de Nef,,
le estoit Maréchal des
Camps & des Armées
du Roy, il sur au siége
de Philisbourg. Les
MaisonsdeNassau, de Mailly & de Coligny,
dont ces nouveaux Epoux
defcendenc
,
font si anciennes
,si illustres & si
connuës dans l'Europe,
qu'on se contentera de
rapporrer icy le temps ou
se forma la branche de
Sieghen - Dillembourg,
dont est ce Prince de Nassau.
Le Prince Guillaume
le Belgique est descendu
de l'Empereur Adolphe
de Nassau esleu canoniquement
par le suffrage
des Electeurs le jour de
la saint Jean Baptiste 1292.
& a continué jusques à
Guillaume troisiémePrince
d'Orange mort en Angleterre
en 1702. dernier
malle de la premiere
branche de cette Maison.
Sa mort a fait passer le
droit d'aisnesse à la branche
du Prince Emmanuel,
dont nous- parlons.
Pour ne laisser aucun doute
de cette verité il ne
faut que remarquer que
le Prince Guillaume né à
Dillembourg le 10. Avril
1489.deson mariage avec
Julienne fille de Otho
Comte Destolbourg, eut
Guillaume qui fut le premier
Prince d'Orange de
la Maison de Nassau
,
&
le Prince Jean de Nassau,
le premiera fait la branche
des Princes d'Orange,
qui a fini par la mort
du Prince d'Orange: &
le dernier a fait la branche
de Nassau Sieghem
Dillembougdontle Prince
Emmanuel descend.I
Le Prince Jean Comte
de Nassau dit le Vieux,
épousa en premieres nôces
Elisabeth fille deGeorge
Landgrave de Leuchtemberg
:en secondes nôces
Cunegondefille de
Frideric troisiéme Electeur
Palatin, & en troisiémes
Jeanne fille de Louis
Comte de Vitgenstein; il
laissa en mourant huit
Princes Ôc onze Princesses,
le Prince Jean son filsaisné
qui fut appelle le
Moux
,
continua la posterite,
ilépousa en premieres
nôces Magdelainefille
de Samuel Comre de
Valdeck, & en secondes
nôces Marguerite fille de
Jean Duc de Holstein
Sunderbourg. Il eut pour
fils du premierlit Jean dit
le Jeune, qui épousaen
1618. ErnestinePrincesse
de Ligne Comtesse d'Aremberg.
De ce mariage
est venu le Prince Jean-
François-Desiré de Nasfau
pere duPrince Emmanuel
donc nous parlons.
Cette Famille compte
onze Ducs de Gueldres.
Quatre Electeurs Archevesquesde
Mayence.
Un Evesque de Liege
en 1230. qui fut assassiné
par Theodoric du Prat &
laissa soixante & cinq Ensans
pour successeurs.
-. Un Archevesque de
Cologne, en 1136. & un
Empereur.
LesMaisonsdeMailly
&deColigny dont Madame
laPrincesse de Nasau
est fille, ne sont pas
moins anciennes en noblesse
,
ni moins relevées
en grandes alliances, depuis
l'an 1000. qu'Anselme
de Mailly qui fut tué
au siege de Lille en Flandres
en 1070. jusques à
aujourd'huy que Mr. le
Marquis de Mailly de
Nelle frere de Madame
la Princesse,deNassau :,
Commandant la Gend'armerie
de France, soustient
avec éclat le nom de Mailly.
Il y avoir desjaplusieurs
alliances des Maisons
de Mailly & de Coligny
avec celle de Nassau.
Celles des Princes de Bergues
dont Adrien de Mailly
avoit épousé lafille;
celle de Bourbon, Marguerite
de Mailly ayant
épousé leComtede Roye
&deRoucy. SafilleEleonor
fut mariéeà Loüis de
Bourbon premier Prince
de Condé, Charlorte (a
fille épousa Guillaume de
Nassau, la mere de Marguerite
de Mailly estoit
Loüise de Montmorancy
qui épousa en secondes
noces Gaipard de ColignYCesar
de Beaudean
Comte de Parabere, & de
Pardailhan Baron du Petit
Chasteau lez Rouvans,
Seigneur de la Rousseliere
en Poitou,&c.Brigadier
desArmées du Roy, &
fils d'Alexandre de Beaudean
,vivant,Comte de
Pardailhan
, & Marquis
de la Motte S. Heraye, ÔC
de Jeanne Therese de
Maijand , épousa le huit
de Juin Marie Magdelaine
de la Vieuville,fille
de René François, Marquis
dela Vieuville,Chevalier
d'honeur de la feuë
Reine, Gouverneur &
Lieutenant General pour
le Royen Poitou &c. Et
de Marie Louise de la
Chauffée d'Arrets Dame
d'Atour de Madame la
Duchesse de Berry, fille
deN de la Chauffée Seigneur
d'Arets en Normandie.
La Naissance de ces
deux nouveaux mariés
estantassez connue
,
je
vous diray seulement que
la Maison de Beaudean
de Parabereest une des
anciennes du Pays de Bigorre
,
où elle possedoit
avant l'an 1400. les terres
de Baudéan, de Coursean,
&de Parabere
,
& les Baronies
d'Aux, & de Clermont
en Pordéac.
Jean de BeaudeanComte
de Parabere Marquis
de la Mothe saint Heraye
Lieutenant General des
Armées du Roy & nommé
à l'Ordre du fainr Esprit,
& designé par Bre-
> ver pour estre Mareschal
de France, mourut dans
un âge fort avancésous
le regne de Louis treize.
Il fut marié avec Loiiife
de Gilliers veuve de Francois
de sainte Maure pere
de Charles de sainte Maure
Duc de Montauzier
Gouverneur de feu Monseigneur
le Dauphin;&
il eut de ce Mariage Henry
de Bau dean
,
Comte
de Parabere, Gouverneur
dePoitou,& Comandeur
des
des Ordres du Roy, &C.
- grand pere du Comte de
Parabere d'aujourd'huy.
Et Charles de Beaudean
Seigneur de Neüilhan ,3c
Gouverneur de Niort ,
pere de Suzanne de Beaudean
, 3c d'Angelique de
Beaudean
,
mariée au
Comte de Froulay Suzanne
de Beaudean Dame
d'Honneur de la seuë Reine
,
fut mariéeau Duc de
Navailles Maréchal de
France, duquel mariage
sont issus Françoise de
Montault de Benac mariée
à Charles de Lorraine
Duc d'Elbeuf duquel
mariage elle a eu feue
Madame la Duchesse de
Mantouë.N. de Montault
de Benac mariéeà
Mr le Marquis de Rorelin
, dont est venu Mr le
Marquis de Rotelin. N..
deMontaultdeBenac mariée
à Mr le Marquis de
Pompadour, & de Laurieres
dont est issue Madame
la Marquise de
Courcillon Dame du Palais
de Me laDauphine.
Mademoiselle de la
Vieuville
,
aujourd'huy
Comtesse de Parabere est
petite fille de Charles
Duc dela Vieuville Gouverneur
de Poitou,Chevalier
d'Honneur de la
Reine, Maréchal des
Camps,& Armées du Roy
qui estoit fils de Charles
Duc de la Vieuville Ministred'Etat,&
Sur-Intendant
des Finances, qui
eut pour fille Lucréce
Françoise de laVieuville,
femme d'Ambroisé , François Duc de Bournonville
,
Pere deMadame
laMaréchalle Duchesse
de Noailles.
Le Marquis dela Vieuville
d'aujourd'huy a pour
frere Mr le Comte de
Viennecy-devant Mestre
de Camp du régiment du
Roy Cavallerie ,& Mrle
Bailly de la Vieuville
Grand Croix de lvÍalche;
Mr le Comte de Vienne
est marié avec N. Mitte
de Chevriere
,
fille &
heritiere de Henry Mitte
de Chevriére Comte de
S.Chaumont, dont il a eu
Mr leMarquis de S. Chaumont,
Colonel d'un Regiment
de Dragons.
-'
La ceremonie du Mariage
fut faite par M.rAbbé
de la Vieuville Grand
Vicaire d'Agen frere de
la mariée.
Lors qu'on demanda
au Roy l'agrément de ce
mariage
,
Sa Majesté y
donna son approbation
dans des termes qui font
beaucoup d'honneur aux
deux Maisons des mariés,
& qui marquent qu'ilest
tres satisfait de la manière
dont Mr le Comtede
Parabere l'a servy
, il a
toujours esté en Espagne
depuis le commencement
de cette Guerre, où il s'est
distingueen plusieursoccassons
,
& entr'autres à
la bataille d'Almanzaimmédiatement
aprés laquelle
il fut fait Brigadier
seul par diftindion.
Fermer
Résumé : MARIAGES.
Le texte relate le mariage entre le Prince Emmanuel de Nassau et Charlotte de Mailly de Nesle. Le Prince Emmanuel est le fils du Prince François Désiré de Nassau et de la Comtesse du Puget de la Ferre. Charlotte de Mailly de Nesle est la fille du Marquis de Nesle et de Marie Comtesse de Coligny. Les maisons de Nassau, de Mailly et de Coligny sont anciennes et illustres en Europe. La branche de Siegen-Dillembourg, dont descend le Prince Emmanuel, remonte à l'Empereur Adolphe de Nassau, élu en 1292. Le Prince Guillaume de Nassau, né en 1489, a fondé la branche des Princes d'Orange. Après la mort de Guillaume III en 1702, le droit d'aînesse est passé à la branche du Prince Emmanuel. Le Prince Jean de Nassau, dit le Vieux, a épousé plusieurs femmes et a eu de nombreux enfants. Son fils aîné, Jean, a continué la lignée et a épousé Ernestine de Ligne. De ce mariage est issu Jean-François-Désiré de Nassau, père du Prince Emmanuel. Les maisons de Mailly et de Coligny sont également nobles et ont des alliances prestigieuses. La famille de Mailly remonte à Anselme de Mailly, tué au siège de Lille en 1070. Le Marquis de Mailly de Nesle, frère de la Princesse de Nassau, commande la Gendarmerie de France. La cérémonie du mariage a été approuvée par le Roi, qui a souligné les services distingués du Comte de Parabere, présent en Espagne depuis le début de la guerre et promu Brigadier après la bataille d'Almanza.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 1-74
Historiette Espagnole.
Début :
Dans le temps que l'Espagne estoit divisée en plusieurs [...]
Mots clefs :
Prince, Amour, Coeur, Joie, Bonheur, Mariage, Princesse, Amant, Liberté, Duc, Combat, Époux, Choix, Rival, Espagne, Andalousie, Mort, Malheur, Vertu, Générosité, Père, Sensible, Aveu, Discours, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historiette Espagnole.
Historiette Espagnole.
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
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Résumé : Historiette Espagnole.
En Espagne, divisée en plusieurs pays souverains, le Duc d'Andalousie se distinguait par l'étendue de ses États et sa sagesse gouvernante. Il était respecté et vénéré, attirant les jeunes princes qui admiraient son modèle de souveraineté. Sa fille, la princesse Léonore, était célèbre pour sa beauté, son esprit et son cœur excellent, attirant l'admiration des princes à la cour. Dom Juan, fils du Duc de Grenade, osa déclarer son amour à Léonore, mais elle répondit avec modération, révélant une indifférence qui irrita Dom Juan. Malgré cela, Dom Juan pressa le mariage, espérant que Léonore aimerait son époux par défaut. Léonore, cependant, aimait secrètement le Prince de Murcie, qui arriva à Séville et fut désolé d'apprendre le mariage imminent. Le Prince de Murcie, désespéré, avoua son amour à Léonore, qui lui répondit avec générosité, confessant son amour réciproque. Ils partagèrent un moment tendre mais craignirent d'être découverts. Le Prince de Murcie rencontra Dom Juan dans les jardins, dissimulant sa colère. Léonore informa le Prince que son père insistait sur le mariage, ce qui le désespéra. Le Prince de Murcie voulut défier Dom Juan, mais Léonore le supplia de ne pas risquer sa vie. Dom Juan, soupçonnant leur amour, les surprit ensemble et confronta le Prince de Murcie. Leur secret fut révélé, mettant en danger leur amour et leur vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 1-64
SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Début :
LEONORE arriva bien-tost dans l'Isle de Gade sans [...]
Mots clefs :
Prince, Grenade, Amour, Temps, Seigneur, Fortune, Père, Sujets, Amant, Douleur, Vaisseau, Princesse, Inconnue, Pouvoir, Andalousie, Malheur, Coeur, Ciel, Bonheur, Homme, Mort, Vertu, Souverain, Soeur, Duc, Usurpateur, Mariage, Doute, Perfidie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
AM~USE-ME~NS. SUITE
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
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Résumé : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Le texte relate les aventures de Léonore et du Prince de Murcie, séparés par des circonstances tragiques. Léonore arrive sur l'île de Gade, où elle est accablée par l'absence du Prince et les discours moralisateurs de sa tante, sœur du Duc d'Andalousie. Elle y rencontre Elvire, une jeune femme également triste, qui lui raconte son histoire : promise à un prince, elle dut épouser Dom Garcie après la mort de son père. Elvire parvint à s'échapper et se retrouva sur l'île de Gade. Pendant ce temps, le Prince de Murcie, désespéré par l'absence de Léonore, décide de se rendre en Andalousie malgré les dangers. Sur le rivage, il rencontre Dom Pedre, le frère d'Elvire, qui lui révèle que le Duc de Grenade est mort et que Dom Garcie, un traître, s'apprête à usurper le trône de Dom Juan. Ils s'allient pour chasser Dom Garcie et restaurer Dom Juan sur le trône de Grenade. Dom Pedre rallie les habitants contre Dom Garcie, qui s'enfuit. Dom Juan, informé de la mort de son père, rencontre Dom Garcie, qui le persuade que le Prince de Murcie a usurpé ses États. Dom Juan décide de se venger et se rend chez le Duc d'Andalousie, un allié. En mer, une tempête éclate et Dom Juan sauve Léonore, qui est troublée par les révélations sur la perfidie du Prince de Murcie. Le Duc d'Andalousie décide de marier Léonore à Dom Juan, malgré la tristesse de la jeune femme. Léonore, obligée d'obéir à son père, se prépare à épouser Dom Juan. Le Prince de Murcie, après avoir assuré la tranquillité du Duché de Grenade, est dominé par sa passion pour Léonore. Il se retrouve sur l'île de Gade et apprend de manière fortuite que Léonore a épousé Dom Juan huit jours plus tôt. À cette nouvelle, il s'évanouit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 1-38
LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
Début :
L'Esté dernier un riche Bourgeois de Paris alla faire [...]
Mots clefs :
Médecin, Amant, Amour, Dame, Mariage, Mari, Fille, Maladie, Malade, Désespoir, Enceinte, Rupture, Femme grosse, Colère, Rouen, Paris, Père
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texteReconnaissance textuelle : LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
ieJnt7iue1rnetMçoiéiimsdoainreslseuyrumnoeavanture,
je vrJudroü
pour l'amour du Lecteur,
quellefût-inotos verita-
,
ble (f'plw jolie ,elle MOIriteroit
mieux le nom
d'Historiette que jeiluy
donné feulefnent parcs
quon en <veu\ une chaque,
mois ,
pardonnez, U
négligence du style,,, les
lm'oissontbien cours pour Autheur du ivercore.
LE BON MEDECIN,
HISTORIETTE. L £ftc dernierunriche
Bourgeois de
Paris alla faire un voyage
à Rouen, & laissa
chez lui sa fille, pour
avoirsoin de son ménage,
elle prit tant de plaisirà
le gouverner, que
cela luy donna envie
d'en avoir un à elle; un
jolivoisin qu'elle voyoit
quelquefois fortisioit
beaucoup cette envie,
elle l'aimoit,elle en étoit
aimée, en un mot ils se
* convenoient, c'étoit un
mariage fait, il n'y manquoitque
le consentement
dupere, &ils ne
doutoient point del'obtenir
àson retour : il$
se repaissoient un jour
ensemblede cette douce
efpprance, lorsque la
fillereçût une lettre de
ce pere absent,; elle ouvre
la lettre,la lit, fait
,
un cri, & la laisse tomber
: l'amant la ramasse,
jette les yeux dessus, Be
.faitun autre cri.CrueLlesurprisepour
ces deux
tendres amans!pendant
qquueecectettetfei4l..1lte se marioic
de san côté, le pere l'avoit
mariée du fien, &c
luy écrivoit quelle se
préparât à recevoir un
mary qu'illuy amenoit
de Roüen.
Quoiqu'il vienne de
t bons maris de ce pays- là, elle aimoit mieux
celui de Paris. La voila
desolée
,
son ainant se
desespere] après les
pleurs & les plaintes on
songe au remede
,
la
fille n'en voit point
d'autre pour prévenir
un si cruel mariage qua
de mourir de douleur
avant que son pere arrive.
Le jeune amant
imagina quelque chofç
de mieux, maisil n'osa
dé-1 couvrir s{'on ddesrs("ein et
sa maîtress.Non,difoitil
en luy-même, elle
n 'approuvera jamais un
projet si hardi, mais
quand j'aurai réiïfli, elle
me pardonnera la hardiesse
de l'entreprise, les
Dames pardonnent fouvent
ce qu'elles n'auroient
jamais permis.
Notreamantlaconjura
de seindre une maladie
subite pour favoriser un
dessein qu'il ayoit, &
sans s'expliquer davantage
il courut à l'expedient
qui nétoit pas
pas trop bien concerté:
Le jeune homme étoit
vif, amoureux & étourdi,
a cela près très raisonnable
:mais les
amans les plus raisonnables
ne sont pas ceux
qui réussissent le mieux.
s: Célui-ci s'étoit souvenu
a propos qu'un
Medecin de Rouen ctoic
arrive chez un ,a~utre Medecin son frere, qui
logeoit chez un de ses
amis; il s'imagina !que
celMédecin de Rôiléh
pourroit bien être Ton.
rival, il prit ses mesures
là-dessus.
'*.Tl. etoit
-
allez beau
garçonpour avoir couru
plusiéurs fois'le bal
en habit de fille.A ce
déguisement,Soutenu
d'une voixunpeu fe^
minine,il ajouta un corset
garni d'ouatre à peu
pré^jufeju^ala grosseur
Convenable à une fille
enceinte de sept àdlUic
mois:ainsidéguisé dans
une chaise à porteur,
sur la brune il va mysserieusement
chez le
Medecin, se. dourantf
bien que le secret qu'it
alloit luiconfier fcroiei
bientôt revelé à Fautro
Medecinson frere ; La
choseluyrétissit mieux!
encore, car le Medecin
de Paris n'étoit point
chez luy
3
n'y devoit
rentrer que fort tard, &
le Médecin de Rouën
étoit arrivé ce jour-là ,
&C se trouvant dans la
salle se crut obligé de
recevoir cette Dame 1
qui avoitl'aird'unepratique
im portance pour
son frère. Ilengageala
conversation avec la
fausse fille, qui ne luy
laissoit voir son visage
qu'à travers une cocfFer
Elle luy tint des discours
propres à exciter
la curiosité, & paroissoit
prend re confiance
aux fiens à mesure qu'il
étaloit son éloquence
provinciale pour luy
paraître le plus habile
ce le plus discret Medecin
du monde. Dés qu'-
elle eut reconnu son
homme pour être celuy
qui la dévoie épouser,;
c'est-à-dire qui dévoie
épouser sa maîtresse dont il vouloit faire , ici
le personnage
)
il tirât
son mouchoir, se migt
à pleurer & sanglotter
fous ses coësses, & après
quelqu'une de ces ceremonies
de pudeur que
l'usage a presquautant
abrégées que les autres
ceremonies du vieux
temps; il parla au Me"
decin en ces termes.
Monsieur ,vous me
paroissez si habile M si
galant homme, que ne
connoissant pas Monsieur
vôtre frere plus
.) que vous,jaime encof
rree mieux me ccoonn-fsieir %àa
vous qu'a luy: esuite
la considence se fit presque
sans parler, la jeune
personneredoubla
¡
les pleurs, Se entr'ouvrant
son écharpe pour
faire voir la tailled'une
femmegrosse,elle dit,
Vous voyez, la plus malheureusefille
dumonde.
LeMedecin des plus
habiles, connut, sans
luy tâter le poulx, de
quelle maladie elle vou- loitguérir,il luy dit,
pour la consoler, qu'il
couroit beaucoup de ces
maladies-là cette année
6C qu'apparemment on
luy avoit promis ma*.
riage,helas !oüi, repliqua-
t-elle, mais le
malheureuxqui m'a séduiten'a
ni parole,ni
honneur.
Aprés plusieurs invectivescontre
le se..
tduâxur .& contre ellemême
,elleconjura Ile
: Medecin de luy donner
quelqu'unde cesremedes
innocens,qui précipitent
le dénouëment
del'avanture,parce
«
qu'elle attendoit dans
vpeuiunn Mcarey d.e Pro-
Quoique leMedecin
nes'imaginapasd'abord
qu'il put être ce Mary
de Province qu'on attendoit,
il ne laissa pas
d'avoir plus de curiosité
qu'il n'enavoit eu
jusques-là, & pour s'attirer
Uconfidence entiere
,
il redoubla ses:
protestations de zele ÔC
dediscretion, Enfin
aprés
aprés toutes les simagréesnecessaires
nôtre
jeune homme déguisé
luy dit : Je fuis la fille
d'un tel, qui m'a écrit
de Rouën, qu'il m'avoit
destinée un honnê-
, te homme, mais tel qu'il
soit, on est trop heureuse
de trouver un Mary
a prés avoir ététrompée
par un amant. Vous
comprenez bien quel
fut l'effet d'une telle
confidence sur le Medecin,
qui crut voir sa
future épouse enceinte
par avance, il demeura
immobile, pendant que
luy embrasant les genoux,
elle le conjuroit
de conduire la chose de
sa çon, queni sonPere,
ni le Mary qu'elle attendoit,
ne pût jamais
soupçonner sa sagesse.
Le Medecin prit ladessus
le parti de la difcretion,
& sans témoigner
qu'il fût l'honnête
homme, que l'on vouloit
charger de l'iniquité
d'autrui, il offrit son
secours, mais on ne l'accepta
qu'à condition
qu-il ne la verroit point
chez son Pere, on fupposoit
quele Medecin
feroit assez delicat pour
rompre un tel mariage,
& assezhonnête homme
pournepoint dire
la cause de la rupture.
Le Medecinallachez
Je Pere dés qu'il le fçut
arrivé, ce Pere luy dit
avec douleur qu'il avoit
trouvé - en arrivant sa
fille tres malade,& ce#*
lui-ci, qui croyoitbien
sçavoir quelle étoit sa
maladie, inventa plusieurs
pretextes de rupture,
mais le Pere esperant
que la beauté de
sa fille pourroitrenouër
cette affaire qu'il souhaittoit
fort, mena nôtre
homme voir la malade
comme Medecin, J
i&C elle le reçût comme
tel, ne se doutant point
qu'ilfût celuiqu'on lui
vouloit donner pour
mary, son Pere n'avoit
encor eu là-dessus aucun
éclaircissemetavec elle,
tla voyant trop mal pour
luiparler si-tôt de mariage
;le Medecin, qu'il
[pria d'examiner la ma- ladie de sa fille, parla
avec toute la circonspey<
5tion d'un homme, qui
ne vouloit rien approfondir;
il demanda du*
temps pour ne point
agir imprudemment,
cette discretion plût
beaucoupà la malade,
elle crût que
connoissant
bien qu'elle fei-1
gnoit cette maladie, &:Il
qu'elle avoit quelque
raison importante pour
feindre, il vouloit lui
rendre service; dans
cette idée elle le gracieusa
fort, il répondit
à ses gracieusetez en
Medecin qui sçavoit le
monde, en forte que cette
consultation devint
insensiblement uneconversation
galante, cc&
assez la methode de nos
Consultans modernes,
&C elle vaut bien,pour
les Dames, celle des anciens
Sectateurs d'Hipocrates.
Letouragreable
que prit cette entrevue
,donna de la gayeté
au Pere, qui dit en badinant,
que comme Perc
discret illaissoit sa fille
consulter en liberté son
Medecin,& les quitta,
croyant s'appercevoir
qu'ils ne se déplaifoient
pas l'un à l'autre.
Voila donc le Medecin
& la malade en liberté
, leur tête-à-tête
commença par le silence,
la fille avoit remarqué
dans ce Medecîn
tous les sentimens d'un
galant homme, mais
elle hesitoit pourtant
encor
encore à lui con fier
son secret. Lui de son
côténecomprenoic pas
bien pourquoy elle hesitost
tant; si l'on fc
souvient icy de l'entrevue
du Medecin & de
l'amant déguisé en fille
enceinte, on comprendra
qu'une si grande
refcrvc dans cette fille
tquil croyoit la racine,
devoit le surprendre;
cependant il y a des
filles si vertueuses,qu'-
un secondaveu leur
coûte presque autant
que le premier. Nôtre
Medecintâchade rIapa
peller en celle-cy cette
confiance dontil croyoit
avoir été déja honoré.
Cela produisit une
conversation équivoque,
qu'on peut aisément
imaginer, la fille
lui parloit d'une maladie
qu'elle vouloit feindre
pour éloigner un '¡
mariage, & le Medecin
d'une autre maladie
plus réelle, dont il croyoit
avoir été déja le
confident. Quoyqu'il
touchât cette corde tres
delicatement, la fille en
fremit de surprise &
d'horreur
,
elle pâlit,
elle rougit,elle se trouble,
tous ces symptomes
étoient encor équivoques
pour le Medecin,
la honte jointe au
repentir fait à peu prés
le même effet, il se fer
pour la rassurer des lieux
communs les plus confolans
) vous n'êtes pas
la feule à Paris, lui dits
il, ce malheur arrive
quelquefois aux plus
honnêtes filles,les meilleurs
coeurs font les
plus credules, il faut esperer
qu'il vous épousera.
On juge bien que Pcclairciffement
suivit de
, prés de pareils discours,
mais on ne sçauroit imaginer,
la
-
surpriseoùils
furent tous deux quand
la chose fut mireau net,
le Pere arriva assez tôt
pour avoir part à eclairciffement
& à la
surprise, ils se regardoient
tous trois sans de-
(Sviner de quelle part venoit
une si horrible calomnie
, la fille même
n'étoit pas encor au fait
lorsque son amant arriva
de la maniere que
vous allez voir.
Pendant que cecy se
passoit, l'amant inquiet
vint s'informer de la
fille de Chambre sur le
mariage qu'il craignoit
tant; elle avoit entendu
quelque chose de la rupture,
elle l'en instruisit,
& il fut d'abord
transporté de joye :
mais ayant appris enfuite
que le Medecin
venoit d'avoir un grand
éclaircissement avec Je
Perc &; la fille,il perdit
la tramontanne & courut
comme unfolà la
chambre de sa Maîtresse,
& la transporté de
desespoir il lui demanda
permission de se percer
le coeur avec son
épée, il n'osa faire sans
permission cette seconde
sottise qu'elle n'auroit
pas plus approuvéeque
la premiere; il entra
donc, & se jetta la face
contre terre entre le
Pere, lafille & leMedecin,
qui le regardoiêïq
toustrois sans dirernOt
lafille parla la pretnÍre,
comme de raison, <
& son amour s'étant
changé en colère,cilen
ne parla que pour fini- j
droyer le pauvre jeune
homme,elle commença
par lui défendre de i
la voir jamais, 1-e Pere j
aussioutré qu'e lle
,
le
fît sortit de sa Maiion,
S£ la fille aussi-tôt
offrir la main au Me*
edecin pour se vengerde
ITofFenfè qu'elle avoit
reçûë du jeune homme, .f
Ile Medecin convint
qu'il meritoit punition,
S8c dit qu'il alloit luymêmelefaire
avertir
b,qu"il1 n'avoit plus rien. à _1 prétendre , , ainsi après
que le pere & la fille eurent
donne leur paroleau
Medecin, il promit - de revenir le lendema in
[pour terminer le maria-
JSeLe
Pere& lafillepaf-j
ferent le reste du jour àj
parler contre Fimprudent
jeune homme ;
laj
fille ne pouvoit s'en laf-j
fer,& son Pere en laj
quittant lui conseilla de
dormir un peu pour appasser
sa colere, lui
faisant comprendre qu'-
un amant capable d'une
telle action ne meritoit
que du mépris. La nuit
calma la violence de ses
transports,maisaulieu
Bu mépris qu'elle atten-
Boit, elle ne sentit sucseder
à sa colere que de
l'amour,^lle fit tant pourcent
reflexions sur
te rifqueou l'avoitmise
zc jeune homme d'être
'c.[ujet d'un Vaudevil-
4e, maiselle ne put trouver
dans cette action
f"que de l'imprudence 8c
tle l'amour, & le plus
blâmable des deux
rnieelseerrttqquu'aà pprorouuvveerr
l'excez de l'autre, en.~
sorte qu'avant le jour
elle se repentitd'avoir
donné sa parole, & fut
bientôt après au desespoir
de ce qu'il n'y avoit
plus moyen de la retirer.
Quand le Medecin revint
il trouva son épou"f1
se fort triste, je me doutois
bien,dit-il au Pere
en presence de sa fille,,
qu'elle n'oublierait pas
b-rôt) ni l'offence
,
ni
l'offenceur
,
elle pour
roit s'en souvenir encor
après son mariage, son
amant n'est pas prest
non plus d'oublier son
amour, je viens de le
rvoir
,
j'ai voulu le puinir,
en lui laissantcroire
[pendant vingt-quatre
heures qu'il feroit malheureux
par son imprudence,
il en est assez puni,
car il a pensé mourir
cette nuit, je m'apperçois
aussique vôtre
fille est fort mal, voila
de ces maladies que fça-j
vent guerir les bons Medecins
: mariez-les tous
deux,voila mon Ordon.
nance. ]
Le jeune amant étoit
riche, la fille eût été
au desespoir; le pere
rut raisonnable, le mariage
se fit. le même
jour par l'entremise du
bon Medecin.
je vrJudroü
pour l'amour du Lecteur,
quellefût-inotos verita-
,
ble (f'plw jolie ,elle MOIriteroit
mieux le nom
d'Historiette que jeiluy
donné feulefnent parcs
quon en <veu\ une chaque,
mois ,
pardonnez, U
négligence du style,,, les
lm'oissontbien cours pour Autheur du ivercore.
LE BON MEDECIN,
HISTORIETTE. L £ftc dernierunriche
Bourgeois de
Paris alla faire un voyage
à Rouen, & laissa
chez lui sa fille, pour
avoirsoin de son ménage,
elle prit tant de plaisirà
le gouverner, que
cela luy donna envie
d'en avoir un à elle; un
jolivoisin qu'elle voyoit
quelquefois fortisioit
beaucoup cette envie,
elle l'aimoit,elle en étoit
aimée, en un mot ils se
* convenoient, c'étoit un
mariage fait, il n'y manquoitque
le consentement
dupere, &ils ne
doutoient point del'obtenir
àson retour : il$
se repaissoient un jour
ensemblede cette douce
efpprance, lorsque la
fillereçût une lettre de
ce pere absent,; elle ouvre
la lettre,la lit, fait
,
un cri, & la laisse tomber
: l'amant la ramasse,
jette les yeux dessus, Be
.faitun autre cri.CrueLlesurprisepour
ces deux
tendres amans!pendant
qquueecectettetfei4l..1lte se marioic
de san côté, le pere l'avoit
mariée du fien, &c
luy écrivoit quelle se
préparât à recevoir un
mary qu'illuy amenoit
de Roüen.
Quoiqu'il vienne de
t bons maris de ce pays- là, elle aimoit mieux
celui de Paris. La voila
desolée
,
son ainant se
desespere] après les
pleurs & les plaintes on
songe au remede
,
la
fille n'en voit point
d'autre pour prévenir
un si cruel mariage qua
de mourir de douleur
avant que son pere arrive.
Le jeune amant
imagina quelque chofç
de mieux, maisil n'osa
dé-1 couvrir s{'on ddesrs("ein et
sa maîtress.Non,difoitil
en luy-même, elle
n 'approuvera jamais un
projet si hardi, mais
quand j'aurai réiïfli, elle
me pardonnera la hardiesse
de l'entreprise, les
Dames pardonnent fouvent
ce qu'elles n'auroient
jamais permis.
Notreamantlaconjura
de seindre une maladie
subite pour favoriser un
dessein qu'il ayoit, &
sans s'expliquer davantage
il courut à l'expedient
qui nétoit pas
pas trop bien concerté:
Le jeune homme étoit
vif, amoureux & étourdi,
a cela près très raisonnable
:mais les
amans les plus raisonnables
ne sont pas ceux
qui réussissent le mieux.
s: Célui-ci s'étoit souvenu
a propos qu'un
Medecin de Rouen ctoic
arrive chez un ,a~utre Medecin son frere, qui
logeoit chez un de ses
amis; il s'imagina !que
celMédecin de Rôiléh
pourroit bien être Ton.
rival, il prit ses mesures
là-dessus.
'*.Tl. etoit
-
allez beau
garçonpour avoir couru
plusiéurs fois'le bal
en habit de fille.A ce
déguisement,Soutenu
d'une voixunpeu fe^
minine,il ajouta un corset
garni d'ouatre à peu
pré^jufeju^ala grosseur
Convenable à une fille
enceinte de sept àdlUic
mois:ainsidéguisé dans
une chaise à porteur,
sur la brune il va mysserieusement
chez le
Medecin, se. dourantf
bien que le secret qu'it
alloit luiconfier fcroiei
bientôt revelé à Fautro
Medecinson frere ; La
choseluyrétissit mieux!
encore, car le Medecin
de Paris n'étoit point
chez luy
3
n'y devoit
rentrer que fort tard, &
le Médecin de Rouën
étoit arrivé ce jour-là ,
&C se trouvant dans la
salle se crut obligé de
recevoir cette Dame 1
qui avoitl'aird'unepratique
im portance pour
son frère. Ilengageala
conversation avec la
fausse fille, qui ne luy
laissoit voir son visage
qu'à travers une cocfFer
Elle luy tint des discours
propres à exciter
la curiosité, & paroissoit
prend re confiance
aux fiens à mesure qu'il
étaloit son éloquence
provinciale pour luy
paraître le plus habile
ce le plus discret Medecin
du monde. Dés qu'-
elle eut reconnu son
homme pour être celuy
qui la dévoie épouser,;
c'est-à-dire qui dévoie
épouser sa maîtresse dont il vouloit faire , ici
le personnage
)
il tirât
son mouchoir, se migt
à pleurer & sanglotter
fous ses coësses, & après
quelqu'une de ces ceremonies
de pudeur que
l'usage a presquautant
abrégées que les autres
ceremonies du vieux
temps; il parla au Me"
decin en ces termes.
Monsieur ,vous me
paroissez si habile M si
galant homme, que ne
connoissant pas Monsieur
vôtre frere plus
.) que vous,jaime encof
rree mieux me ccoonn-fsieir %àa
vous qu'a luy: esuite
la considence se fit presque
sans parler, la jeune
personneredoubla
¡
les pleurs, Se entr'ouvrant
son écharpe pour
faire voir la tailled'une
femmegrosse,elle dit,
Vous voyez, la plus malheureusefille
dumonde.
LeMedecin des plus
habiles, connut, sans
luy tâter le poulx, de
quelle maladie elle vou- loitguérir,il luy dit,
pour la consoler, qu'il
couroit beaucoup de ces
maladies-là cette année
6C qu'apparemment on
luy avoit promis ma*.
riage,helas !oüi, repliqua-
t-elle, mais le
malheureuxqui m'a séduiten'a
ni parole,ni
honneur.
Aprés plusieurs invectivescontre
le se..
tduâxur .& contre ellemême
,elleconjura Ile
: Medecin de luy donner
quelqu'unde cesremedes
innocens,qui précipitent
le dénouëment
del'avanture,parce
«
qu'elle attendoit dans
vpeuiunn Mcarey d.e Pro-
Quoique leMedecin
nes'imaginapasd'abord
qu'il put être ce Mary
de Province qu'on attendoit,
il ne laissa pas
d'avoir plus de curiosité
qu'il n'enavoit eu
jusques-là, & pour s'attirer
Uconfidence entiere
,
il redoubla ses:
protestations de zele ÔC
dediscretion, Enfin
aprés
aprés toutes les simagréesnecessaires
nôtre
jeune homme déguisé
luy dit : Je fuis la fille
d'un tel, qui m'a écrit
de Rouën, qu'il m'avoit
destinée un honnê-
, te homme, mais tel qu'il
soit, on est trop heureuse
de trouver un Mary
a prés avoir ététrompée
par un amant. Vous
comprenez bien quel
fut l'effet d'une telle
confidence sur le Medecin,
qui crut voir sa
future épouse enceinte
par avance, il demeura
immobile, pendant que
luy embrasant les genoux,
elle le conjuroit
de conduire la chose de
sa çon, queni sonPere,
ni le Mary qu'elle attendoit,
ne pût jamais
soupçonner sa sagesse.
Le Medecin prit ladessus
le parti de la difcretion,
& sans témoigner
qu'il fût l'honnête
homme, que l'on vouloit
charger de l'iniquité
d'autrui, il offrit son
secours, mais on ne l'accepta
qu'à condition
qu-il ne la verroit point
chez son Pere, on fupposoit
quele Medecin
feroit assez delicat pour
rompre un tel mariage,
& assezhonnête homme
pournepoint dire
la cause de la rupture.
Le Medecinallachez
Je Pere dés qu'il le fçut
arrivé, ce Pere luy dit
avec douleur qu'il avoit
trouvé - en arrivant sa
fille tres malade,& ce#*
lui-ci, qui croyoitbien
sçavoir quelle étoit sa
maladie, inventa plusieurs
pretextes de rupture,
mais le Pere esperant
que la beauté de
sa fille pourroitrenouër
cette affaire qu'il souhaittoit
fort, mena nôtre
homme voir la malade
comme Medecin, J
i&C elle le reçût comme
tel, ne se doutant point
qu'ilfût celuiqu'on lui
vouloit donner pour
mary, son Pere n'avoit
encor eu là-dessus aucun
éclaircissemetavec elle,
tla voyant trop mal pour
luiparler si-tôt de mariage
;le Medecin, qu'il
[pria d'examiner la ma- ladie de sa fille, parla
avec toute la circonspey<
5tion d'un homme, qui
ne vouloit rien approfondir;
il demanda du*
temps pour ne point
agir imprudemment,
cette discretion plût
beaucoupà la malade,
elle crût que
connoissant
bien qu'elle fei-1
gnoit cette maladie, &:Il
qu'elle avoit quelque
raison importante pour
feindre, il vouloit lui
rendre service; dans
cette idée elle le gracieusa
fort, il répondit
à ses gracieusetez en
Medecin qui sçavoit le
monde, en forte que cette
consultation devint
insensiblement uneconversation
galante, cc&
assez la methode de nos
Consultans modernes,
&C elle vaut bien,pour
les Dames, celle des anciens
Sectateurs d'Hipocrates.
Letouragreable
que prit cette entrevue
,donna de la gayeté
au Pere, qui dit en badinant,
que comme Perc
discret illaissoit sa fille
consulter en liberté son
Medecin,& les quitta,
croyant s'appercevoir
qu'ils ne se déplaifoient
pas l'un à l'autre.
Voila donc le Medecin
& la malade en liberté
, leur tête-à-tête
commença par le silence,
la fille avoit remarqué
dans ce Medecîn
tous les sentimens d'un
galant homme, mais
elle hesitoit pourtant
encor
encore à lui con fier
son secret. Lui de son
côténecomprenoic pas
bien pourquoy elle hesitost
tant; si l'on fc
souvient icy de l'entrevue
du Medecin & de
l'amant déguisé en fille
enceinte, on comprendra
qu'une si grande
refcrvc dans cette fille
tquil croyoit la racine,
devoit le surprendre;
cependant il y a des
filles si vertueuses,qu'-
un secondaveu leur
coûte presque autant
que le premier. Nôtre
Medecintâchade rIapa
peller en celle-cy cette
confiance dontil croyoit
avoir été déja honoré.
Cela produisit une
conversation équivoque,
qu'on peut aisément
imaginer, la fille
lui parloit d'une maladie
qu'elle vouloit feindre
pour éloigner un '¡
mariage, & le Medecin
d'une autre maladie
plus réelle, dont il croyoit
avoir été déja le
confident. Quoyqu'il
touchât cette corde tres
delicatement, la fille en
fremit de surprise &
d'horreur
,
elle pâlit,
elle rougit,elle se trouble,
tous ces symptomes
étoient encor équivoques
pour le Medecin,
la honte jointe au
repentir fait à peu prés
le même effet, il se fer
pour la rassurer des lieux
communs les plus confolans
) vous n'êtes pas
la feule à Paris, lui dits
il, ce malheur arrive
quelquefois aux plus
honnêtes filles,les meilleurs
coeurs font les
plus credules, il faut esperer
qu'il vous épousera.
On juge bien que Pcclairciffement
suivit de
, prés de pareils discours,
mais on ne sçauroit imaginer,
la
-
surpriseoùils
furent tous deux quand
la chose fut mireau net,
le Pere arriva assez tôt
pour avoir part à eclairciffement
& à la
surprise, ils se regardoient
tous trois sans de-
(Sviner de quelle part venoit
une si horrible calomnie
, la fille même
n'étoit pas encor au fait
lorsque son amant arriva
de la maniere que
vous allez voir.
Pendant que cecy se
passoit, l'amant inquiet
vint s'informer de la
fille de Chambre sur le
mariage qu'il craignoit
tant; elle avoit entendu
quelque chose de la rupture,
elle l'en instruisit,
& il fut d'abord
transporté de joye :
mais ayant appris enfuite
que le Medecin
venoit d'avoir un grand
éclaircissement avec Je
Perc &; la fille,il perdit
la tramontanne & courut
comme unfolà la
chambre de sa Maîtresse,
& la transporté de
desespoir il lui demanda
permission de se percer
le coeur avec son
épée, il n'osa faire sans
permission cette seconde
sottise qu'elle n'auroit
pas plus approuvéeque
la premiere; il entra
donc, & se jetta la face
contre terre entre le
Pere, lafille & leMedecin,
qui le regardoiêïq
toustrois sans dirernOt
lafille parla la pretnÍre,
comme de raison, <
& son amour s'étant
changé en colère,cilen
ne parla que pour fini- j
droyer le pauvre jeune
homme,elle commença
par lui défendre de i
la voir jamais, 1-e Pere j
aussioutré qu'e lle
,
le
fît sortit de sa Maiion,
S£ la fille aussi-tôt
offrir la main au Me*
edecin pour se vengerde
ITofFenfè qu'elle avoit
reçûë du jeune homme, .f
Ile Medecin convint
qu'il meritoit punition,
S8c dit qu'il alloit luymêmelefaire
avertir
b,qu"il1 n'avoit plus rien. à _1 prétendre , , ainsi après
que le pere & la fille eurent
donne leur paroleau
Medecin, il promit - de revenir le lendema in
[pour terminer le maria-
JSeLe
Pere& lafillepaf-j
ferent le reste du jour àj
parler contre Fimprudent
jeune homme ;
laj
fille ne pouvoit s'en laf-j
fer,& son Pere en laj
quittant lui conseilla de
dormir un peu pour appasser
sa colere, lui
faisant comprendre qu'-
un amant capable d'une
telle action ne meritoit
que du mépris. La nuit
calma la violence de ses
transports,maisaulieu
Bu mépris qu'elle atten-
Boit, elle ne sentit sucseder
à sa colere que de
l'amour,^lle fit tant pourcent
reflexions sur
te rifqueou l'avoitmise
zc jeune homme d'être
'c.[ujet d'un Vaudevil-
4e, maiselle ne put trouver
dans cette action
f"que de l'imprudence 8c
tle l'amour, & le plus
blâmable des deux
rnieelseerrttqquu'aà pprorouuvveerr
l'excez de l'autre, en.~
sorte qu'avant le jour
elle se repentitd'avoir
donné sa parole, & fut
bientôt après au desespoir
de ce qu'il n'y avoit
plus moyen de la retirer.
Quand le Medecin revint
il trouva son épou"f1
se fort triste, je me doutois
bien,dit-il au Pere
en presence de sa fille,,
qu'elle n'oublierait pas
b-rôt) ni l'offence
,
ni
l'offenceur
,
elle pour
roit s'en souvenir encor
après son mariage, son
amant n'est pas prest
non plus d'oublier son
amour, je viens de le
rvoir
,
j'ai voulu le puinir,
en lui laissantcroire
[pendant vingt-quatre
heures qu'il feroit malheureux
par son imprudence,
il en est assez puni,
car il a pensé mourir
cette nuit, je m'apperçois
aussique vôtre
fille est fort mal, voila
de ces maladies que fça-j
vent guerir les bons Medecins
: mariez-les tous
deux,voila mon Ordon.
nance. ]
Le jeune amant étoit
riche, la fille eût été
au desespoir; le pere
rut raisonnable, le mariage
se fit. le même
jour par l'entremise du
bon Medecin.
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Résumé : LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
Le texte relate l'histoire d'une jeune fille parisienne dont le père, un riche bourgeois, part en voyage à Rouen. Pendant son absence, la fille, qui apprécie de gérer le ménage, développe des sentiments pour un voisin. Ils s'aiment et envisagent de se marier, espérant obtenir le consentement du père à son retour. Cependant, la fille reçoit une lettre de son père annonçant qu'il lui a trouvé un mari à Rouen. Désespérée, elle envisage de mourir pour éviter ce mariage. Son amant, plus raisonnable, imagine un plan. Il se déguise en femme enceinte et se rend chez un médecin de Rouen, frère d'un médecin parisien, pour obtenir son aide. Le médecin, croyant que la 'fille' est enceinte d'un autre homme, accepte de l'aider à éviter le mariage. Le père, de retour, trouve sa fille malade et accepte la rupture du mariage arrangé. Le médecin et la fille ont une conversation équivoque, révélant finalement la vérité. Le père, l'amant et le médecin sont tous surpris. L'amant, désespéré, veut se suicider, mais la fille le chasse. Le médecin, comprenant la situation, propose de marier les deux jeunes gens. Le père accepte, et le médecin prescrit ce mariage comme remède à leur malheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 101-120
AVANTURE de deux Officers.
Début :
Un riche bourgeois de Boulogne, bon homme, mais un peu foible [...]
Mots clefs :
Boulogne, Mariage, Capitaine, Père, Fille, Bal, Officiers, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE de deux Officers.
AVANTVRE
de deux Officiers.
Lettre de Boulogne en
France. MONSIEVR,
Nouslisonsfortrégulièrement vostre Mercure en cette
Ville
J
mais ce que les Dames
Boulonoisesy aiment le mieux
ce
sont les bistoriettes; & commevous ne nous en avezpoint
donné les deux derniers rnoiJ)
nous avons creu que peut-estre
lessajets vous manquoient,voi-
cy une avanture qui vous pourra servir de canevas.
Un riche bourgeois de^
Boulogne, bon homme,
mais un peu foible d'elprit
& fort timide, avoit une
tresjolie filleà marier. Un
Capitaine de nostre garniton qui estoit son hoste,
prit un tel afeendant sur
le bon homme
,
quil ne
put luy refuser sa fille"en
mariage. Cette fille
,
qui
d'ailleurs n'avoit point
d'autreaffaire en teste.consentit par obeïssance à l'épouser, le mariage fut re-
solu. Cependant le pere
nevoulutle conclure qu'aprés qu'il auroic fait un petit voyage à Diepe pour
quelques affaires qu'il falloit y
terminer avant que
de marier sa fille. Il l'emmena avec luy, & promit
au Capitaine qu'il feroit de
retour dans quinze jours
au plus tard.
Cette aimable fille estant arrivée à Diepe avec
son pere, trouva dès le mesme foir, dans l'auberge où
ils descendirent, un jeune
Officier qui devint passion-
nément amoureux d'elle
& s'en fit aimer en peu de
temps. Son pere quis'en
apperceut
,
luy deffendit
de voir le Cavalier. Mais
il n'avoit pas assez de fermeté pour deffendre au Cavalier de lavoir illa vit
en sa presence, & se fit
mesme si bien connoistre
pour homme de famille
noble & riche, que le bon
homme l'eustpréféré au
Capitaines'il eust osé Pour
achever de le déterminer
nostre Cavaliercreut avoir
besoin de luy prouver la
naissance & les richesses.
Il avoit une Terre à dix
lieues de Diepe,oùilfit
un petit voyage de deux
jours feulement pour en
rapporter ses titres & autres preuves convainquantes de ce qu'il estoit.Mais
ce voyage luy cousta cher;
car des qu'il fut party, le
pere ayant terminéses affaires plustost qu'il ne croyoit, & se remettant dans
ridée un Capitaine fier,
emporté, & mesme un peu
brutal., à qui il avoit promis, & qu'il retrouveroit
dans sa maison, sa timidité
le reprit,&il remmena en
diligence sa fille à Boulo
gne, pourconclure avant
que ce nouvel Amant peust
les rejoindre. Le Capitaine
qui attendoit avec impatience le retour de sa maistresse
,
pressa le mariage,
mais elle faisois naistre des
sujets de retardement de
jourenjour. Efin le pere
n'ayant plus la force de resiller à l'empressement du
Capitaine, prépara les noces pour le lendemain.
Cependant l'Officier a-
moureux estant de retour
à Diepe avoit ésté surpris,
comme vous pouvez croire,
de n'y plusretrouver sa
Maistresse.Il cherchoit une
voiture pour Boulogne
,
lorsqu'un Pilote luy promit de l'y mener par mer
en fort peu de temps. Il
accepta le party & s'embarqua. Lesvoilâ en mer
avec un ventsi favorable
qu'ils croyoient desja toucher sa rade de Boulogne
}{)rfqu"'ils apperçûrent un
petit Vaisseau qui venoit
sureux; c'estoit un Capre
Hollandois. Il yavoit avec
cet Officier plusieurs Soldats ramaffcz qui alloient
aussî à Boulogne. L'Officier remarquant que. le
Capre estoit sans canon
,
exhorta les Soldatsà se bien
deffendre
y:
mais les Hollandois
,en nombre fort
superieur,vinrent à l'abordage. Enfin l'Officierfut
fait prisonnier, & ceux qui
le prirent, le voyant magnifiquement vestu,se flaterent d'une forre rançon,
&mirent le Cap versFlessingues. Imaginez-vous le.
desespoir de nostreAmant.
Les Corsaires qui l'avoient
pris n'entendoient point
sa langue: mais par bonheur pour luy un des Equipes du Capre parloit un
peu François
,
& luy servant d'interprete
,
il luy
menagea un accommodement On convint qu'il
leur donneroit en nandissement quelques uns des papiers qu'il avoit sur luy, &
sa parole d'honneur, que
les Corsaires accepterent
sur sa bonne mine, moyennant quoy on le relaschaà
Boulogne feulement pour
vingt
- quatre heures de
temps qu'il leur demanda.
Dés que l'Officier fut
dansla Villeil courut chez
sa Maistresse où le Pere
fut fort surpris de le voir
arriver. Le Pere, la Fille.
&l'Amant, eurent ensemble un éclaircissement, apréslequelJe bon homme,
felon sa foiblessè ordinaire )
témoigna à l'Officier
qu'il eust voulu de bon
coeur luy accorder sa Fille:
mais qu'il craignoit ce Ca-
-
pitaine à qui il avoit donné
sa parole.
L'Officier, sans rien tesmoigner d'un déssein qu'il
avoir sceut adroitement
le nom & la demeure de
ce Capitaine dans Boulogne, & dit au pere qu'il
alloit chercher quelque
moyen d'accommodement à cette affaire. Il
entra dans l'Auberge où
mangeoit ce Capitaine,
dans le moment qu'on alloit Couper. Dès qu'ille
vit entrer il le regardasixement
,
il fut de son
costé
,
surpris en arafii-
geant ce Capitaine, & leur
surprise mutuelle venoit de
ce qu'ils se trouverent un
certain air de ressemblance l'un à l'autre qui les
frappa réciproquement en
mesme temps.
Le dessein de l'Officier,
en allant chercher son rival, estoit de trouver occasion de querelle pour (c
battre contre luy. Mais
cette ressemblance, qui
frappa aussi ceux qui cc..
toient presents
,
fut occasion pour eux d'obliger les
deux Sosiesà boire enfemble.
ble. L'Officier ne put se
dispenser de se mettre à
table avec eux. Il fut triste
ôc réveur pendant tour le
souper: mais le vin qu'on y
butayantmis le Capitaine
en gayeté
,
illuy vint une
imagination gaillardequi
donna lieuànostreOfficier
d'imaginer de son costé ce
que vous verrez dans la
fuite.
Il y
avoit un Bal d'esté
pour une noce chez un
Bourgeois considerable.
Le Capitaine proposa à
l'Officier pour toute mas-
carade de troquer d'habit
avec luy, ce qui fut execu- téeUs allèrent au bal ensemble. Jen'ay point sceu
ce qui s'y passa
,
mais ces
deux honlmes)l'ris apparemment l'un pour fautre,
donneraient sujet à ceux
qui voudroient faire une
Historietre de cette Avanture de s'estendre agréablement sur les méprises
quecela putcauser.
Sur les quatre heures du
matirr leBalfinir,& l'Ofsicier changea le dessein
qu'ilavoit de se battre con-
tre son rival, imaginant un
moyen plus doux pour s'en
défaire, il luy proposa de.
luy donner un déjeuner
mariti)se disant Capitaine
duVaisseau qui l'attendoit.
où illuy promit de donner
mesme s'il vouloit une feste
marine à sa maistresse
,
le
beautemps invita le Capitaine à voir leverl'aurore
ftrr la mer,il accepta le déjeûner,&l'Officierluy demanda seulement un quart
d'heure pour une petite affaire, & le livra à son valet
à qui il avoit doiiiiè le mot
pour le mener tousjours
devant au vaisseau qui attendoit à la rade son prisonnier. CeCapitainefortant du bal n'avoit point
encore change d'habit, ôc
marchoir vers la rade suivy du valet, qui luy dit
comme par une reflexion
soudaine qui luy venoit;je
prévois une plaisante chose,
Monsieur; c'est
que tous lesgens
du Jfaijjcdu de mon Maistre
HJQUS vont prendre pour luy ;
Ce Capiraine prit goust à
la plaisanterie, & dit qu'il
falloit voir s'ils s'y
nié-
prendroient. Ilfaut remarquer que ce valct avoir prévenu ces gensla que ion
Maistre reviendroit; mais
qu'il avoit bu toute lanuit,
& qu'ils ne prissent pas
garde à
ses folies, le Capitaine qui avoit en effet
du vin dans la teste, aborda le vaisseau en criant,
enfans prenez les Armes,
voilà vostre Capitaine qui
revient? en ce moment le
valet leur fit figne qu'ils
le receussent
,
& se sauva sans rien dire pendant
qu'ils faisoienc les hon-
neurs du vaisseau
,
à
celuy
qu'ils croyoient leur prisonnier, trompez par l'habit & la ressemblance.
1
Quand cette ceremonie
eut duréun certain temps,
les Hollandois s'en lasserent, & ayant prrs le large,
le traiterent comme feur
prilonnier qu'ilsemmenerentà Flessingue.
Le Capitaine estant étourdy dcvm & de surprise, & les Hollandais n'entendant pas sa langue, on
juge bien que ie^liirciflfement futimpossible
,
om
l'emmenade force,& il fue
quelquesjoursFlessingue
sans pouvoir retourner à
Boulogne
,
où le Pere
-
timide se mit fous la protection de son gendre,sur la
valeur duquel il se rassura
contre le retour du Capitaine
,
trouvant rautre un
meilleur party pour sa fille
,
le mariage fut conclu avant que le Capitaine
fust revenu de Flessingue,
ils se battirent quelque
temps aprés, leCapitaine
futblessé, tz on les accommoda ensuite de façon
qu'ils sont à present les
meilleurs amis du monde.
de deux Officiers.
Lettre de Boulogne en
France. MONSIEVR,
Nouslisonsfortrégulièrement vostre Mercure en cette
Ville
J
mais ce que les Dames
Boulonoisesy aiment le mieux
ce
sont les bistoriettes; & commevous ne nous en avezpoint
donné les deux derniers rnoiJ)
nous avons creu que peut-estre
lessajets vous manquoient,voi-
cy une avanture qui vous pourra servir de canevas.
Un riche bourgeois de^
Boulogne, bon homme,
mais un peu foible d'elprit
& fort timide, avoit une
tresjolie filleà marier. Un
Capitaine de nostre garniton qui estoit son hoste,
prit un tel afeendant sur
le bon homme
,
quil ne
put luy refuser sa fille"en
mariage. Cette fille
,
qui
d'ailleurs n'avoit point
d'autreaffaire en teste.consentit par obeïssance à l'épouser, le mariage fut re-
solu. Cependant le pere
nevoulutle conclure qu'aprés qu'il auroic fait un petit voyage à Diepe pour
quelques affaires qu'il falloit y
terminer avant que
de marier sa fille. Il l'emmena avec luy, & promit
au Capitaine qu'il feroit de
retour dans quinze jours
au plus tard.
Cette aimable fille estant arrivée à Diepe avec
son pere, trouva dès le mesme foir, dans l'auberge où
ils descendirent, un jeune
Officier qui devint passion-
nément amoureux d'elle
& s'en fit aimer en peu de
temps. Son pere quis'en
apperceut
,
luy deffendit
de voir le Cavalier. Mais
il n'avoit pas assez de fermeté pour deffendre au Cavalier de lavoir illa vit
en sa presence, & se fit
mesme si bien connoistre
pour homme de famille
noble & riche, que le bon
homme l'eustpréféré au
Capitaines'il eust osé Pour
achever de le déterminer
nostre Cavaliercreut avoir
besoin de luy prouver la
naissance & les richesses.
Il avoit une Terre à dix
lieues de Diepe,oùilfit
un petit voyage de deux
jours feulement pour en
rapporter ses titres & autres preuves convainquantes de ce qu'il estoit.Mais
ce voyage luy cousta cher;
car des qu'il fut party, le
pere ayant terminéses affaires plustost qu'il ne croyoit, & se remettant dans
ridée un Capitaine fier,
emporté, & mesme un peu
brutal., à qui il avoit promis, & qu'il retrouveroit
dans sa maison, sa timidité
le reprit,&il remmena en
diligence sa fille à Boulo
gne, pourconclure avant
que ce nouvel Amant peust
les rejoindre. Le Capitaine
qui attendoit avec impatience le retour de sa maistresse
,
pressa le mariage,
mais elle faisois naistre des
sujets de retardement de
jourenjour. Efin le pere
n'ayant plus la force de resiller à l'empressement du
Capitaine, prépara les noces pour le lendemain.
Cependant l'Officier a-
moureux estant de retour
à Diepe avoit ésté surpris,
comme vous pouvez croire,
de n'y plusretrouver sa
Maistresse.Il cherchoit une
voiture pour Boulogne
,
lorsqu'un Pilote luy promit de l'y mener par mer
en fort peu de temps. Il
accepta le party & s'embarqua. Lesvoilâ en mer
avec un ventsi favorable
qu'ils croyoient desja toucher sa rade de Boulogne
}{)rfqu"'ils apperçûrent un
petit Vaisseau qui venoit
sureux; c'estoit un Capre
Hollandois. Il yavoit avec
cet Officier plusieurs Soldats ramaffcz qui alloient
aussî à Boulogne. L'Officier remarquant que. le
Capre estoit sans canon
,
exhorta les Soldatsà se bien
deffendre
y:
mais les Hollandois
,en nombre fort
superieur,vinrent à l'abordage. Enfin l'Officierfut
fait prisonnier, & ceux qui
le prirent, le voyant magnifiquement vestu,se flaterent d'une forre rançon,
&mirent le Cap versFlessingues. Imaginez-vous le.
desespoir de nostreAmant.
Les Corsaires qui l'avoient
pris n'entendoient point
sa langue: mais par bonheur pour luy un des Equipes du Capre parloit un
peu François
,
& luy servant d'interprete
,
il luy
menagea un accommodement On convint qu'il
leur donneroit en nandissement quelques uns des papiers qu'il avoit sur luy, &
sa parole d'honneur, que
les Corsaires accepterent
sur sa bonne mine, moyennant quoy on le relaschaà
Boulogne feulement pour
vingt
- quatre heures de
temps qu'il leur demanda.
Dés que l'Officier fut
dansla Villeil courut chez
sa Maistresse où le Pere
fut fort surpris de le voir
arriver. Le Pere, la Fille.
&l'Amant, eurent ensemble un éclaircissement, apréslequelJe bon homme,
felon sa foiblessè ordinaire )
témoigna à l'Officier
qu'il eust voulu de bon
coeur luy accorder sa Fille:
mais qu'il craignoit ce Ca-
-
pitaine à qui il avoit donné
sa parole.
L'Officier, sans rien tesmoigner d'un déssein qu'il
avoir sceut adroitement
le nom & la demeure de
ce Capitaine dans Boulogne, & dit au pere qu'il
alloit chercher quelque
moyen d'accommodement à cette affaire. Il
entra dans l'Auberge où
mangeoit ce Capitaine,
dans le moment qu'on alloit Couper. Dès qu'ille
vit entrer il le regardasixement
,
il fut de son
costé
,
surpris en arafii-
geant ce Capitaine, & leur
surprise mutuelle venoit de
ce qu'ils se trouverent un
certain air de ressemblance l'un à l'autre qui les
frappa réciproquement en
mesme temps.
Le dessein de l'Officier,
en allant chercher son rival, estoit de trouver occasion de querelle pour (c
battre contre luy. Mais
cette ressemblance, qui
frappa aussi ceux qui cc..
toient presents
,
fut occasion pour eux d'obliger les
deux Sosiesà boire enfemble.
ble. L'Officier ne put se
dispenser de se mettre à
table avec eux. Il fut triste
ôc réveur pendant tour le
souper: mais le vin qu'on y
butayantmis le Capitaine
en gayeté
,
illuy vint une
imagination gaillardequi
donna lieuànostreOfficier
d'imaginer de son costé ce
que vous verrez dans la
fuite.
Il y
avoit un Bal d'esté
pour une noce chez un
Bourgeois considerable.
Le Capitaine proposa à
l'Officier pour toute mas-
carade de troquer d'habit
avec luy, ce qui fut execu- téeUs allèrent au bal ensemble. Jen'ay point sceu
ce qui s'y passa
,
mais ces
deux honlmes)l'ris apparemment l'un pour fautre,
donneraient sujet à ceux
qui voudroient faire une
Historietre de cette Avanture de s'estendre agréablement sur les méprises
quecela putcauser.
Sur les quatre heures du
matirr leBalfinir,& l'Ofsicier changea le dessein
qu'ilavoit de se battre con-
tre son rival, imaginant un
moyen plus doux pour s'en
défaire, il luy proposa de.
luy donner un déjeuner
mariti)se disant Capitaine
duVaisseau qui l'attendoit.
où illuy promit de donner
mesme s'il vouloit une feste
marine à sa maistresse
,
le
beautemps invita le Capitaine à voir leverl'aurore
ftrr la mer,il accepta le déjeûner,&l'Officierluy demanda seulement un quart
d'heure pour une petite affaire, & le livra à son valet
à qui il avoit doiiiiè le mot
pour le mener tousjours
devant au vaisseau qui attendoit à la rade son prisonnier. CeCapitainefortant du bal n'avoit point
encore change d'habit, ôc
marchoir vers la rade suivy du valet, qui luy dit
comme par une reflexion
soudaine qui luy venoit;je
prévois une plaisante chose,
Monsieur; c'est
que tous lesgens
du Jfaijjcdu de mon Maistre
HJQUS vont prendre pour luy ;
Ce Capiraine prit goust à
la plaisanterie, & dit qu'il
falloit voir s'ils s'y
nié-
prendroient. Ilfaut remarquer que ce valct avoir prévenu ces gensla que ion
Maistre reviendroit; mais
qu'il avoit bu toute lanuit,
& qu'ils ne prissent pas
garde à
ses folies, le Capitaine qui avoit en effet
du vin dans la teste, aborda le vaisseau en criant,
enfans prenez les Armes,
voilà vostre Capitaine qui
revient? en ce moment le
valet leur fit figne qu'ils
le receussent
,
& se sauva sans rien dire pendant
qu'ils faisoienc les hon-
neurs du vaisseau
,
à
celuy
qu'ils croyoient leur prisonnier, trompez par l'habit & la ressemblance.
1
Quand cette ceremonie
eut duréun certain temps,
les Hollandois s'en lasserent, & ayant prrs le large,
le traiterent comme feur
prilonnier qu'ilsemmenerentà Flessingue.
Le Capitaine estant étourdy dcvm & de surprise, & les Hollandais n'entendant pas sa langue, on
juge bien que ie^liirciflfement futimpossible
,
om
l'emmenade force,& il fue
quelquesjoursFlessingue
sans pouvoir retourner à
Boulogne
,
où le Pere
-
timide se mit fous la protection de son gendre,sur la
valeur duquel il se rassura
contre le retour du Capitaine
,
trouvant rautre un
meilleur party pour sa fille
,
le mariage fut conclu avant que le Capitaine
fust revenu de Flessingue,
ils se battirent quelque
temps aprés, leCapitaine
futblessé, tz on les accommoda ensuite de façon
qu'ils sont à present les
meilleurs amis du monde.
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Résumé : AVANTURE de deux Officers.
Le texte narre une aventure impliquant un riche bourgeois de Boulogne, sa fille, un capitaine et un officier. Le bourgeois, timide et faible d'esprit, accepte de marier sa fille à un capitaine logé chez lui. Lors d'un voyage à Dieppe, la fille rencontre un officier qui tombe amoureux d'elle et réciproquement. Malgré l'interdiction de son père, la fille continue de voir l'officier. Pour prouver sa noblesse et sa richesse, l'officier part en voyage mais est capturé par des corsaires hollandais. Il est libéré à condition de revenir à Boulogne pour payer une rançon. À son retour, il découvre que la fille doit épouser le capitaine le lendemain. Pour résoudre la situation, l'officier invite le capitaine à bord d'un vaisseau, où ce dernier est capturé à son tour par les Hollandais. Rassuré par l'absence du capitaine, le père conclut le mariage entre sa fille et l'officier. Plus tard, le capitaine, blessé et libéré de Flessingue, se réconcilie avec l'officier, et ils deviennent amis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 3-40
LA HAINE SURMONTE'E par l'amour.
Début :
Deux chefs de famille qui avoient l'un contre l'autre un procés [...]
Mots clefs :
Père, Veuve, Haine, Amour, Mariage, Argent, Amie, Accommodement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA HAINE SURMONTE'E par l'amour.
MERCURE
galant.
LAHAINE SURMONTE'E
par l'amour,
Eux chefs de famillequi
avoient
l'un contre l'autre
un procès sur des affaires
de point d'honneur,
parvinrent enfin à
se haïr à tel point, que
l'un qui avoit une fille
dont le fils de l'autre étoit
amoureux, ne voulut
jamais entendre parler
de ce mariage, quoy
qu'il lui fût trés-avanrageux.
Le pere de l'amant
mourut dans cette conjoncture,&
comme le
fils n'avoit jamais eu aucune
part aux procedez
du pere, il crut ne plus
trouverd'obstacle, & il
alla supplier le perede
sa maîtresse qu'il l'acceptât
pour gendre: mais
ce pere lui répondit que
sa haine pour le défunt
iroit jusqu'à la quatriéme
generation, & qu'il
ne pensât plus à sa fille.
En effet, pour l'empêcher
d'avoir aucune relation
avec son amant,
il l'enferma dans un
Convent. L'amant desesperé
prit le parti d'aller
faire un voyage, tz
trouva le moyen de jurer
à sa maîtresse une
constance inviolable,
qui lui fut promisereciproquement,
& ils se
tinrent parole. C'est ce
qu'il y a de plus singulier
dans cette histoire.
-
Sitôt qu'il fut parti,
le pere songea à marier
sa fille: mais il ne put
jamais la faire obeïr, &
lui representa pendant
trois ou quatre ans que
dura sa desobeïssance,
que rien n'étoit plus
honteux que la foiblesse
de l'amour, & que lui
qui étoit veuf depuis
dix ans, & qui n'avoit
encore que soixante ans,
croiroit être deshonoré
si l'amour lui donnoit
envie de se marier. La
fille se contenta de loüer
la force d'esprit de son
pere, & ne voulut point
faire usage de la sienne.
Elle declara que puis
qu'elle ne pouvoit point
avoircelui qu'elle aimoit,
du moins elle n'en
auroit jamais d'autre. Le
pere étoit homme déraisonnable
, entêté, ÔC
d'ailleurs cherchoit une
occasion de se disculper
dans sa familled'avoir
ruiné sa fille par un procés
qui duroit encore. Il
prit cette occasion pour
ne rien donner à sa fille
; illa desherita dés ce
moment, & l'enferma
dans un Convent.
Quelque temps aprés
une veuve trés-belle vint
se retirer dans ce même
Convent ,li,aYaIlt pas
assez de bien pour vivre
dans le monde. Elle devint
amie de Dorotée,
(c'estainsi que se nommoit
la fille confiante
dont la veuve devint intime
amie) & cette amitié
devint si parfaite,
qu'elles se firent mutuellement
confidence de
leurs secrets les plus cachez.
La veuve avoüa à Dorotée
qu'une nouvelle
avanture qu'elle avoit
euë lui donnoit envie de
se remarier,fariefipoeS)
lui dit-elle,avecun homme
aimable comme celui
dont l'absence t'afflige depuis
si long-temps: celui a
qui j'aidonné de ïamour
eji un vieillard, qui me
vit l'autre jour
cheZ
une
Dame àe[es amies, où
jemetrouvaiparhazard.
Je nai pu encore sçavoir
le nom de cet amant mysterieux
s il ne m'a declaré
d'abord queses richesses,
& nia aifltré qu'il ctOlt
homme de condition.
m'a donné quinze jours
pour me déterminer, &
ses richesses me determineront,
non pas que je les
Aime:mais je hais naturellement
la pauvreté, (t) )aime à rendre service à
mes amis. Qtiel plaisir
aurois-je, parexemple,
si je pouvoir te fournir
l'argent dont tu aurois
besoin pour (oûtcnir- le proces
injuste que ton pere
te fait pour usurper les
biens de ta mere ! Dorotée
remercia son amie de
ses offres genereuses, u
lui declara qu'elle aimeroit
mieux tout perdre
que de plaider contre
son pere Cette conversation
fut inrerrompuë
par une Touriere
,
qui
vint apporter un billet
à la veuve. Ce billet étoit
du vieux amant inconnu,
qui lui donnoit
rendez-vous chez une -
per sonne où ils se trouvoient
tous les jours; &
cette personne gardoit
si exactement le secret
au vieillard,que la veuve
n'avoir pû sçavoir encore
qui ilétoit. Ce vieillard
ne vouloit point declarer
son nom, qu'il ne
fût sûr que la veuve
l'accepteroit pour mari.
Il avoit, disoit-il,ses
raisons pour le cacher,
outre la fausse honte
d'être àson âge amoureux
,
&C refusé. La veuve
de son côté ne vouloit
rien promettre qu'-
elle nesçût le nom du
vieillard, pour pouvoir
s'informer s'il étoit aussi
riche qu'il se le disoit.
Ils en étoient là,quand
ils sevirent au rendezvous
aà l'heure marquée
-
cure marquee
par le billet. La veuve
le pressa à son ordinaire
de lui dire son nom.
Je vois bien,lui répondit
le vieillard, que vous
ruouleZJ vous informer de
moy avant que de me
promettre; vous craignez^
sans doute que je ne fois
ppaasiaauu§sisrit'rcichheequqeuqe;ovo,,u,ess
lesouhaiteriez: mais pour
vous donner d&s preuves
de ma richefie, & en même
temps de ma generofilé,
voila une bourse de
cent louis d'or que je vous
donne pour commencer à
arrangervos affaires;car
jesçai que vous avez, dei
procès. Dans quelques
jours vous me direz, si
vous commencer4 vous
confierassez à moy pour
vouloir qu'on faÇe dresser
un contrat ; car vous ne
sçaurez, qui je fuis qu'en
le signant. La veuve, qui
n'eût jamais accepté les
cent louis pour elle,les
prit dans d'autres vûës;
te aprés qu'elle fut convenue
d'un autre rendezvous
vous avec son vieux amant
, elle retourna au
Convent
,
M offrit les
cent loüisàDorotée
pour son procés contre
son pere: & voyant qu'-
elle les refusoit obstinément
,
elle ne lapressa
pas davantage: mais elle
alla trouver un bon parent
J
qui soutenoit le
procés de Dorotée malgré
elle contre son injuste
pere,&qui 1eue1
laissé perdre faute d'argent,
sans ce renfort de
cent loüis que la veuve
lui donna, en le priant
de n'en rien dire à Dorotée.
Quelque temps
aprés ce parent dit à la
veuve qu'il avoit besoin
dela signature de Dorotée,
&C quellel'amenât
chez lui, pour tâcher de
la faite consentir à retirer
du moins son bien
des mains d'un pere dont
elle ne pouvoit jamais
rien esperer. Dorotée
consentit d'y aller, sans
sçavoir ce qu'on vouloit
exiger d'elle. Un moment
après qu'elles y
furent arrivées, le parent
de Dorotée la laissa
dans la chambre, &C passa
dans son cabinet avec la
veuve, pour lui parler
en particulier. Il lui dit
qu'un jeune hommetrésriche
lui étoit venu demander
son entremise
pour lui faire époufer
Dorotée, & qu'il deoit
revenir ce mesme
jour pour lui parler
plus amplement. Pendant
qu'ils parloicnt de
cette affaire, l'impatience
d'attendre &lacuriosité
sirententrer Dorotée
dans le cabinet. Elle
entendit la proposition
que faisoit son parent,
& l'interrompit avec
dépit,lui protestant qu'-
elle ne vouloit jamais
entendre parler de mariage.
Son amie lui remontra
qu'aprés avoir
été confiante pendant
six ans pour un homme
absent, &: mesme qu'-
elle pouvoit croire mort,
ou infidele, puis qu'elle
n'avoit point eu de ses
nouvelles, il faloit enfin
se determiner à saisir une
occasion si avantageuse.
Dorotée ne daigna pas
feulement répondre à
son amie, & pour ne
pas l'écouter davantage,
retourna dans la chambre
d'où elle sortoit. Elle
n'y fut pas plutôt entrée
,
qu'elle fit un cri
qui fit accourir la veuve
& le parent, qui voyant
entrer le jeune homme
qui lui avoit demandé
Dorotée, se tourna aussirôt
vers elle,quiétoit
restée muette & immobile
: Quoy, lui dit-il,
avez-vousdeviné que
c'étoit Monsieur que je
vousproposois pourépoux?
fI) votre confiance pour un
absent vous a-t-elle donné
si subitementdel'aversion
pour un Cavaliersi
aimable ? La veuve pendant
cela les examinoit
tous deux;& quoy qu'-
ellen'eust jamais veu le
Cavalier, elle reconnut
l'amant. En effet la furprise
,
le trouble & le
plaisir faisoient un tel esset
sur Dorotée & sur
lui, que le parent fut
bientost au fait, & reconnut
que l'amant ab..-
sent & celui qui luiavoit
demandé Dorotée
étoient le mesme. Il y
eut alors entre eux quatre
une longue explication.
L'amant se justifia
de n'avoir pu faire sçavoir
de ses nouvelles à
Dorotée.Ilarrivoitd'un
long voyage. Dorotée
lui pardonna, SC la veuve
conclut que pour ne
pas exposerl'amant à
faire par desespoir un
fecond voyage, il faloit
4r
les
les mariersecretement,
en attendant qu'on pue
faire consentir le pere de
Dororée. Le Cavalier
étoit en effet trés-riche
en fond de terre: mais
il avoit emprunté pour
ses voyages, & il avoit
aussi peu d'argent comptant
queDorotée. Le
parent n'enavoit pas
plus qu'eux:il en faloit
pourtant si l'on vouloit
les mariersecretement;
carle Cavalier, qui étoit
en tutelle, avoit
quelques parens interessez
à gagner, outre qu'il
faloit acheter le ministere
de quelqu'un qui
voulût bien les marier
sans peres ni meres. En
un mot illeur faloitde
l'argent pour plusieurs
raisons. La veuve leur
ditqu'elle en emprunteroit
à son vieillard, avec
qui elle avoit encore rendez
vous ce jour-là.
Je crois qu'il est temps
d'avertir ici le lecteur
que ce vieillard mysterieux
étoit le pere de
Dorotée, qui avoit
déjafourni à la veuve
de l'argent pour plaider
contre lui -même.
Il lui en prêta encore
pour marier sa fille à
son ennemi; &; la veuve
lui demanda deux
cent loüis d'or, lui promettant
que, persuadée
par là de sa richesse &:
de sa generosité, elle se
declarcroit avant quil
fiiffc huit jours. Les deux
cent loüis d'or furent
donnez par l'amoureux
vieillard, qui n'oublia
pas de se plaindre en general
qu'il lui en avoit
salu dépenser beaucoup
depuisquelques jours
pour un procés qu'il avoit
cru gagner, 6c
qu'on avo t renouvellé
fortement contre lui.
Aprés ces p l aintes géneral
es, qui ne mirent
point encore la veuve
au fait, il lui donna rendez-
vous à huitaine; k
tUe courut bien joyeuse
porter aux amans l'argent
qu'il leur faloit
pour se marier malgré le
pere de Dorotée. Le mariage
sefit secretement;
$£ le parent ayant mis
aveccenouvel argent le
procés en état de faire
craindre au pere de le
perdre, ils efperoient que
par un accommodement
ils l'obligeroient à donner
aprés coup son consentement
à un mariage
déja fait, plutôt que
de faire un éclat dont
on l'auroit pû blâmer
dans le monde ; car il
étoit trés-delicat sur le
point d'honneur, comme
on ladéja dit dans
le commencement de
cette histoire.
Le mariage étant fait, r SC le procés poursuivi
vivement, le parent fit
dire au pere que s'il vouloit
venir chez lui, il lui
propoferoit un moyen
d'accommoder l'affaire.
Le pere ne manqua pas
de s'y trouver, &leparent
fit cacher les nouveaux
mariez dans une
chambre à côté de celle
où il devoit conferer avec
le pere pour l'accommodement.
Le parent
, homme d'esprit,
fit d'abord sentir à ce
vieillard obstiné leperil
oOùÙiillééroioititddeepp~errddrr~efsooun
procés contre sa fille,&
qu'ildevoit en homme
fage se faire auprés d'elle
un merite de sabonté,
&C lui accorder de bonne
grace ce qu'ilperdroit
conrrelle malgré lui.
Enfuire il disposa insensiblement
son esprit à
consentir de bonne grace
à un mariage qu'il
ne pouvoirplus empêcher,
&r le menaça même
de ne faire aucun accommodementavec
lui
sur le procés, qu'il n'eust
confirmé ce mariage.
Levieillard parutmalgré
lui traitab le sur tous
les articl es, & même sur
le mariage de sa fille,
jusqu'à ce qu'on lui eut
nommé le fils de feu son
ennemi: mais à ce nom
il rompit tout. Sa fille
& son gendre entrerent
à cet instant, & se jettant
à ses pieds, tâcherent
de le fléchir: mais
ce fut inutilement, &
la vue du fils de son ennemi
redou bla son obstination
& son emportement.
Il jura qu'il feroit
casser le mariage, & sortit
comme un furieux,
sans vouloir rien écouter,
laissant les deux amans
consternez, & le
parent indigné, qui lui
dit qu'il avoit trouvé
unesource d'argent qui
ne lui manqueroit point
pour le plaider,& pour
le punir de son obstination
& de son injustice.
Pendant que tout ceci
se passoit, la veuve
vint chez le parent, pour
sçavoir comment le feroit
passée l'entreveuë
de la fille & du pere,
qu'elle ne soupçonnoit
point encored'être le
vieillard anonime qu'-
elleétoitprête d'époufer.
Dans le moment qu'-
elleentroitdans la chambre
du parent, il en fortoit,
& fut aussi surpris
d'y trouver sa belle veuve,
qu'elle le fut del'y
voir,Héquevenez-vous
faireii,Monsieur, lui
dit-elle ? Qny vtnez*-
<vow f.iire vous-même,
reprit le vieillard agité?
vus me voyez transportl
d'unejuste colerecontre
une fillequi scg mariée
avec un homme que je
hais,&que je veux IJtltr-,
parce que son pere etoit un
maraut. Et là-dessus il
continua d évaporer - sa
bele par un recit quisit
connoître a la veuve
qu'il étoit celui à qui
elle avoit emprunté de
l'argent pour s'en servir -
contre lui-mesme. Elle
demeura toute interdite,
pendant que le vieillard
la trouvant plus
charmante que jamais,
passoitinsensiblementde
la colere a l'amour. Nos
amans & le parent qui
i obsérvoient, furent
fort étonnez de le voir
engagé dans une conversation
tendre avec
leur amie. Ils s'approcherent
doucement. Dés
qu'illes revit, sa colere
se ralluma: mais la veuve
revenant àelle, déclara
au pere irrité que
sa fille étoit sa meilleure
amie, & que s'il n'en
usoit bien avecelle, il
faloit qu'il renonçât à
son amour. Mais> continua-
t-elle
, en faisant
une reflexion fubice, je
ne vois point d'accommodement
à tout ceci ; car je
ne me resoudraijamais à
faire à mon amie le tort
d'epouser un pere dont elle
lerite.
Dorotée se jetta à l'infiant
aux pieds de son r
pere, pour le conjurer de
donner tout son bien à
celle qui meritoit tout
son amour; & ensuite
em brassant cette amie,
la conjura de l'accepter.
Ce ne fut plus qu'un
combat de generosité entre
les deux amies & l'amant.
Pendant cette dispute
le pere fut fort agité
entre son amour pour
la veuve,& sa haine contre
son gendre:mais enfin
l'amourl'emporta;les
deux mariages sesirent,
& les biens devinrent
communs entr'eux tous;
car parbonheur le vieillard
n'étoitplus en âgede
donner des coheritiers à
sa fille.
galant.
LAHAINE SURMONTE'E
par l'amour,
Eux chefs de famillequi
avoient
l'un contre l'autre
un procès sur des affaires
de point d'honneur,
parvinrent enfin à
se haïr à tel point, que
l'un qui avoit une fille
dont le fils de l'autre étoit
amoureux, ne voulut
jamais entendre parler
de ce mariage, quoy
qu'il lui fût trés-avanrageux.
Le pere de l'amant
mourut dans cette conjoncture,&
comme le
fils n'avoit jamais eu aucune
part aux procedez
du pere, il crut ne plus
trouverd'obstacle, & il
alla supplier le perede
sa maîtresse qu'il l'acceptât
pour gendre: mais
ce pere lui répondit que
sa haine pour le défunt
iroit jusqu'à la quatriéme
generation, & qu'il
ne pensât plus à sa fille.
En effet, pour l'empêcher
d'avoir aucune relation
avec son amant,
il l'enferma dans un
Convent. L'amant desesperé
prit le parti d'aller
faire un voyage, tz
trouva le moyen de jurer
à sa maîtresse une
constance inviolable,
qui lui fut promisereciproquement,
& ils se
tinrent parole. C'est ce
qu'il y a de plus singulier
dans cette histoire.
-
Sitôt qu'il fut parti,
le pere songea à marier
sa fille: mais il ne put
jamais la faire obeïr, &
lui representa pendant
trois ou quatre ans que
dura sa desobeïssance,
que rien n'étoit plus
honteux que la foiblesse
de l'amour, & que lui
qui étoit veuf depuis
dix ans, & qui n'avoit
encore que soixante ans,
croiroit être deshonoré
si l'amour lui donnoit
envie de se marier. La
fille se contenta de loüer
la force d'esprit de son
pere, & ne voulut point
faire usage de la sienne.
Elle declara que puis
qu'elle ne pouvoit point
avoircelui qu'elle aimoit,
du moins elle n'en
auroit jamais d'autre. Le
pere étoit homme déraisonnable
, entêté, ÔC
d'ailleurs cherchoit une
occasion de se disculper
dans sa familled'avoir
ruiné sa fille par un procés
qui duroit encore. Il
prit cette occasion pour
ne rien donner à sa fille
; illa desherita dés ce
moment, & l'enferma
dans un Convent.
Quelque temps aprés
une veuve trés-belle vint
se retirer dans ce même
Convent ,li,aYaIlt pas
assez de bien pour vivre
dans le monde. Elle devint
amie de Dorotée,
(c'estainsi que se nommoit
la fille confiante
dont la veuve devint intime
amie) & cette amitié
devint si parfaite,
qu'elles se firent mutuellement
confidence de
leurs secrets les plus cachez.
La veuve avoüa à Dorotée
qu'une nouvelle
avanture qu'elle avoit
euë lui donnoit envie de
se remarier,fariefipoeS)
lui dit-elle,avecun homme
aimable comme celui
dont l'absence t'afflige depuis
si long-temps: celui a
qui j'aidonné de ïamour
eji un vieillard, qui me
vit l'autre jour
cheZ
une
Dame àe[es amies, où
jemetrouvaiparhazard.
Je nai pu encore sçavoir
le nom de cet amant mysterieux
s il ne m'a declaré
d'abord queses richesses,
& nia aifltré qu'il ctOlt
homme de condition.
m'a donné quinze jours
pour me déterminer, &
ses richesses me determineront,
non pas que je les
Aime:mais je hais naturellement
la pauvreté, (t) )aime à rendre service à
mes amis. Qtiel plaisir
aurois-je, parexemple,
si je pouvoir te fournir
l'argent dont tu aurois
besoin pour (oûtcnir- le proces
injuste que ton pere
te fait pour usurper les
biens de ta mere ! Dorotée
remercia son amie de
ses offres genereuses, u
lui declara qu'elle aimeroit
mieux tout perdre
que de plaider contre
son pere Cette conversation
fut inrerrompuë
par une Touriere
,
qui
vint apporter un billet
à la veuve. Ce billet étoit
du vieux amant inconnu,
qui lui donnoit
rendez-vous chez une -
per sonne où ils se trouvoient
tous les jours; &
cette personne gardoit
si exactement le secret
au vieillard,que la veuve
n'avoir pû sçavoir encore
qui ilétoit. Ce vieillard
ne vouloit point declarer
son nom, qu'il ne
fût sûr que la veuve
l'accepteroit pour mari.
Il avoit, disoit-il,ses
raisons pour le cacher,
outre la fausse honte
d'être àson âge amoureux
,
&C refusé. La veuve
de son côté ne vouloit
rien promettre qu'-
elle nesçût le nom du
vieillard, pour pouvoir
s'informer s'il étoit aussi
riche qu'il se le disoit.
Ils en étoient là,quand
ils sevirent au rendezvous
aà l'heure marquée
-
cure marquee
par le billet. La veuve
le pressa à son ordinaire
de lui dire son nom.
Je vois bien,lui répondit
le vieillard, que vous
ruouleZJ vous informer de
moy avant que de me
promettre; vous craignez^
sans doute que je ne fois
ppaasiaauu§sisrit'rcichheequqeuqe;ovo,,u,ess
lesouhaiteriez: mais pour
vous donner d&s preuves
de ma richefie, & en même
temps de ma generofilé,
voila une bourse de
cent louis d'or que je vous
donne pour commencer à
arrangervos affaires;car
jesçai que vous avez, dei
procès. Dans quelques
jours vous me direz, si
vous commencer4 vous
confierassez à moy pour
vouloir qu'on faÇe dresser
un contrat ; car vous ne
sçaurez, qui je fuis qu'en
le signant. La veuve, qui
n'eût jamais accepté les
cent louis pour elle,les
prit dans d'autres vûës;
te aprés qu'elle fut convenue
d'un autre rendezvous
vous avec son vieux amant
, elle retourna au
Convent
,
M offrit les
cent loüisàDorotée
pour son procés contre
son pere: & voyant qu'-
elle les refusoit obstinément
,
elle ne lapressa
pas davantage: mais elle
alla trouver un bon parent
J
qui soutenoit le
procés de Dorotée malgré
elle contre son injuste
pere,&qui 1eue1
laissé perdre faute d'argent,
sans ce renfort de
cent loüis que la veuve
lui donna, en le priant
de n'en rien dire à Dorotée.
Quelque temps
aprés ce parent dit à la
veuve qu'il avoit besoin
dela signature de Dorotée,
&C quellel'amenât
chez lui, pour tâcher de
la faite consentir à retirer
du moins son bien
des mains d'un pere dont
elle ne pouvoit jamais
rien esperer. Dorotée
consentit d'y aller, sans
sçavoir ce qu'on vouloit
exiger d'elle. Un moment
après qu'elles y
furent arrivées, le parent
de Dorotée la laissa
dans la chambre, &C passa
dans son cabinet avec la
veuve, pour lui parler
en particulier. Il lui dit
qu'un jeune hommetrésriche
lui étoit venu demander
son entremise
pour lui faire époufer
Dorotée, & qu'il deoit
revenir ce mesme
jour pour lui parler
plus amplement. Pendant
qu'ils parloicnt de
cette affaire, l'impatience
d'attendre &lacuriosité
sirententrer Dorotée
dans le cabinet. Elle
entendit la proposition
que faisoit son parent,
& l'interrompit avec
dépit,lui protestant qu'-
elle ne vouloit jamais
entendre parler de mariage.
Son amie lui remontra
qu'aprés avoir
été confiante pendant
six ans pour un homme
absent, &: mesme qu'-
elle pouvoit croire mort,
ou infidele, puis qu'elle
n'avoit point eu de ses
nouvelles, il faloit enfin
se determiner à saisir une
occasion si avantageuse.
Dorotée ne daigna pas
feulement répondre à
son amie, & pour ne
pas l'écouter davantage,
retourna dans la chambre
d'où elle sortoit. Elle
n'y fut pas plutôt entrée
,
qu'elle fit un cri
qui fit accourir la veuve
& le parent, qui voyant
entrer le jeune homme
qui lui avoit demandé
Dorotée, se tourna aussirôt
vers elle,quiétoit
restée muette & immobile
: Quoy, lui dit-il,
avez-vousdeviné que
c'étoit Monsieur que je
vousproposois pourépoux?
fI) votre confiance pour un
absent vous a-t-elle donné
si subitementdel'aversion
pour un Cavaliersi
aimable ? La veuve pendant
cela les examinoit
tous deux;& quoy qu'-
ellen'eust jamais veu le
Cavalier, elle reconnut
l'amant. En effet la furprise
,
le trouble & le
plaisir faisoient un tel esset
sur Dorotée & sur
lui, que le parent fut
bientost au fait, & reconnut
que l'amant ab..-
sent & celui qui luiavoit
demandé Dorotée
étoient le mesme. Il y
eut alors entre eux quatre
une longue explication.
L'amant se justifia
de n'avoir pu faire sçavoir
de ses nouvelles à
Dorotée.Ilarrivoitd'un
long voyage. Dorotée
lui pardonna, SC la veuve
conclut que pour ne
pas exposerl'amant à
faire par desespoir un
fecond voyage, il faloit
4r
les
les mariersecretement,
en attendant qu'on pue
faire consentir le pere de
Dororée. Le Cavalier
étoit en effet trés-riche
en fond de terre: mais
il avoit emprunté pour
ses voyages, & il avoit
aussi peu d'argent comptant
queDorotée. Le
parent n'enavoit pas
plus qu'eux:il en faloit
pourtant si l'on vouloit
les mariersecretement;
carle Cavalier, qui étoit
en tutelle, avoit
quelques parens interessez
à gagner, outre qu'il
faloit acheter le ministere
de quelqu'un qui
voulût bien les marier
sans peres ni meres. En
un mot illeur faloitde
l'argent pour plusieurs
raisons. La veuve leur
ditqu'elle en emprunteroit
à son vieillard, avec
qui elle avoit encore rendez
vous ce jour-là.
Je crois qu'il est temps
d'avertir ici le lecteur
que ce vieillard mysterieux
étoit le pere de
Dorotée, qui avoit
déjafourni à la veuve
de l'argent pour plaider
contre lui -même.
Il lui en prêta encore
pour marier sa fille à
son ennemi; &; la veuve
lui demanda deux
cent loüis d'or, lui promettant
que, persuadée
par là de sa richesse &:
de sa generosité, elle se
declarcroit avant quil
fiiffc huit jours. Les deux
cent loüis d'or furent
donnez par l'amoureux
vieillard, qui n'oublia
pas de se plaindre en general
qu'il lui en avoit
salu dépenser beaucoup
depuisquelques jours
pour un procés qu'il avoit
cru gagner, 6c
qu'on avo t renouvellé
fortement contre lui.
Aprés ces p l aintes géneral
es, qui ne mirent
point encore la veuve
au fait, il lui donna rendez-
vous à huitaine; k
tUe courut bien joyeuse
porter aux amans l'argent
qu'il leur faloit
pour se marier malgré le
pere de Dorotée. Le mariage
sefit secretement;
$£ le parent ayant mis
aveccenouvel argent le
procés en état de faire
craindre au pere de le
perdre, ils efperoient que
par un accommodement
ils l'obligeroient à donner
aprés coup son consentement
à un mariage
déja fait, plutôt que
de faire un éclat dont
on l'auroit pû blâmer
dans le monde ; car il
étoit trés-delicat sur le
point d'honneur, comme
on ladéja dit dans
le commencement de
cette histoire.
Le mariage étant fait, r SC le procés poursuivi
vivement, le parent fit
dire au pere que s'il vouloit
venir chez lui, il lui
propoferoit un moyen
d'accommoder l'affaire.
Le pere ne manqua pas
de s'y trouver, &leparent
fit cacher les nouveaux
mariez dans une
chambre à côté de celle
où il devoit conferer avec
le pere pour l'accommodement.
Le parent
, homme d'esprit,
fit d'abord sentir à ce
vieillard obstiné leperil
oOùÙiillééroioititddeepp~errddrr~efsooun
procés contre sa fille,&
qu'ildevoit en homme
fage se faire auprés d'elle
un merite de sabonté,
&C lui accorder de bonne
grace ce qu'ilperdroit
conrrelle malgré lui.
Enfuire il disposa insensiblement
son esprit à
consentir de bonne grace
à un mariage qu'il
ne pouvoirplus empêcher,
&r le menaça même
de ne faire aucun accommodementavec
lui
sur le procés, qu'il n'eust
confirmé ce mariage.
Levieillard parutmalgré
lui traitab le sur tous
les articl es, & même sur
le mariage de sa fille,
jusqu'à ce qu'on lui eut
nommé le fils de feu son
ennemi: mais à ce nom
il rompit tout. Sa fille
& son gendre entrerent
à cet instant, & se jettant
à ses pieds, tâcherent
de le fléchir: mais
ce fut inutilement, &
la vue du fils de son ennemi
redou bla son obstination
& son emportement.
Il jura qu'il feroit
casser le mariage, & sortit
comme un furieux,
sans vouloir rien écouter,
laissant les deux amans
consternez, & le
parent indigné, qui lui
dit qu'il avoit trouvé
unesource d'argent qui
ne lui manqueroit point
pour le plaider,& pour
le punir de son obstination
& de son injustice.
Pendant que tout ceci
se passoit, la veuve
vint chez le parent, pour
sçavoir comment le feroit
passée l'entreveuë
de la fille & du pere,
qu'elle ne soupçonnoit
point encored'être le
vieillard anonime qu'-
elleétoitprête d'époufer.
Dans le moment qu'-
elleentroitdans la chambre
du parent, il en fortoit,
& fut aussi surpris
d'y trouver sa belle veuve,
qu'elle le fut del'y
voir,Héquevenez-vous
faireii,Monsieur, lui
dit-elle ? Qny vtnez*-
<vow f.iire vous-même,
reprit le vieillard agité?
vus me voyez transportl
d'unejuste colerecontre
une fillequi scg mariée
avec un homme que je
hais,&que je veux IJtltr-,
parce que son pere etoit un
maraut. Et là-dessus il
continua d évaporer - sa
bele par un recit quisit
connoître a la veuve
qu'il étoit celui à qui
elle avoit emprunté de
l'argent pour s'en servir -
contre lui-mesme. Elle
demeura toute interdite,
pendant que le vieillard
la trouvant plus
charmante que jamais,
passoitinsensiblementde
la colere a l'amour. Nos
amans & le parent qui
i obsérvoient, furent
fort étonnez de le voir
engagé dans une conversation
tendre avec
leur amie. Ils s'approcherent
doucement. Dés
qu'illes revit, sa colere
se ralluma: mais la veuve
revenant àelle, déclara
au pere irrité que
sa fille étoit sa meilleure
amie, & que s'il n'en
usoit bien avecelle, il
faloit qu'il renonçât à
son amour. Mais> continua-
t-elle
, en faisant
une reflexion fubice, je
ne vois point d'accommodement
à tout ceci ; car je
ne me resoudraijamais à
faire à mon amie le tort
d'epouser un pere dont elle
lerite.
Dorotée se jetta à l'infiant
aux pieds de son r
pere, pour le conjurer de
donner tout son bien à
celle qui meritoit tout
son amour; & ensuite
em brassant cette amie,
la conjura de l'accepter.
Ce ne fut plus qu'un
combat de generosité entre
les deux amies & l'amant.
Pendant cette dispute
le pere fut fort agité
entre son amour pour
la veuve,& sa haine contre
son gendre:mais enfin
l'amourl'emporta;les
deux mariages sesirent,
& les biens devinrent
communs entr'eux tous;
car parbonheur le vieillard
n'étoitplus en âgede
donner des coheritiers à
sa fille.
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Résumé : LA HAINE SURMONTE'E par l'amour.
Le texte relate l'histoire de deux familles ennemies dont les chefs se détestent au point de refuser un mariage avantageux entre leurs enfants. Dorotée, la jeune fille, est enfermée dans un couvent par son père pour l'empêcher de voir son amant. Désespéré, l'amant part en voyage et jure une constance réciproque avec Dorotée. Malgré les tentatives du père de Dorotée de la marier de force, elle refuse obstinément. En conséquence, il la déshérite et l'enferme dans un couvent. Dans ce couvent, Dorotée se lie d'amitié avec une veuve belle et riche. La veuve révèle à Dorotée qu'un vieillard mystérieux et riche souhaite l'épouser. Ce vieillard, en réalité le père de Dorotée déguisé, lui offre de l'argent pour l'aider dans son procès contre lui. La veuve utilise cet argent pour faciliter un mariage secret entre Dorotée et son amant. Le père de Dorotée, ignorant la véritable identité du vieillard, finit par accepter le mariage après des menaces de poursuites judiciaires. Cependant, il refuse toujours de donner son consentement. La veuve, découvrant la vérité, accepte d'épouser le père de Dorotée. Les deux couples se marient et les biens sont partagés équitablement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 3-54
NOUVELLE GALANTE. LA JALOUSIE GUERIE par la jalousie. Par M. le Chevalier de P**.
Début :
Un Gentilhomme fort riche, & qui n'avoit qu'un fils [...]
Mots clefs :
Jalousie, Amour, Mariage, Père, Fils, Marquise , Rivaux, Méfiance , Confidence
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texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE GALANTE. LA JALOUSIE GUERIE par la jalousie. Par M. le Chevalier de P**.
NOUVELLE GALANTE.
LA JALOUSIE GUERIE
par la jalousie.
Par M. le Chtvalitr de P * *. N Gentilhomme
fort riche, & qui
n'avoit qu'un fils
,
avoit
depuis long -temps envie
de le marier: mais
eommeil remarqua dans
ce fils unique une grande
disposition à la jalousie,
il craignit de le rendre
malheureux en le
mariant ; il prévoyoit
que son humeur inquiete
k soupçonneuse pourroit
chagriner une semme,
& que les chagrins
d'une femme retomberoient
sur lui: car il susfit
en mariage que l'un
des deux soit de mauvasse
humeur, l'autre le
devient bientôt par contagion.
Ce pere étoit
homme sencé, penetrant
;il connoissoit dans
son fils un fond de raison
& de vertu, qui lui
faisoit esperer que dans
un âge plus avancé il
deviendroit plus capable
de surmonter ses passions;
& celle de la jalousie
dont il le croyoit
susceptible, n'étoit
pas
de ces jalousies noires
qui partent d'un mauvais
coeur:ce n'etoit qu'-
une jalousie soupçonneu
se, qu'il condamnoit
lui-mêsme, pour peu
qu'il fît reflexion sur
l'injustice de ses soupçons.
Ainsi par lesconscils
de son pere il ne se
pressoit point de se marier
, 6c son pere trouva
à propos de Iaisser épuiser
la jalousie de son fils
sur quelques maîtresses,
en attendant qu'il fût
assez raisonnable pour
rendre une femme heureuse.
Cependant l'amour,
sans consulter la
prudence du pere, s'empara
du fils. Celle qu'-
il aima étoit belle &
d'une naissance distinguée
: mais il voulut étouffer
son amour dés
qu'il s'apperçut qu'il avoit
beaucoup de rivaux.
C'étoit une trop
rude épreuve pour lui.
Issut quelques jours sans
aller chez la Marquifc
de P. (Cetoit ainsi
que s'appelloit cette jeune
personne, veuve d'un
Marquis tué à la guerre
,
qui n'avoit été son
mari que pendant un hiver,
&quil'avoitlaissée
avec très peu de bien.)
Cette Marquise commençoit
à aimer nôtre
jeune jaloux, & s'etoit
déja apperçûë de son
foible. Elle fit ses efforts
pour l'oublier, quoique
ce fût un parti qui lui
faisoit sa fortune; car
elle craignoit de s'engageravec
un jaloux. Elle
tâcha donc de se consoler
- de son absence avec
ses rivaux, &: resolut
fermement de choisir entr'eux
un époux qui pût
la tirer de son indigence
: mais ce fut en vain
qu'elle voulut s'attacher
a d'autres qu'à l'amant
jaloux, c'étoit le seul défaut
qu'elle lui trouvoit
sa passion pour lui augmentoitde
jour en jour:
en un mot elle prit son
parti pour le faire revenir
chez elle, & trouva
plusieurs pretextes pour
congédier tous ceux qui
la recherchoient en mariage.
Cependant l'amour du
Cavalier avoit encore
augmenté par la violence
qu'il s'étoit faire pour
ne point voir la Marquise
; &, son pere, qui
le voyoit accablé de chagrin,
avoir exigé de lui
une entiere confidence.
Ils vivoient ensemble
comme deux veritables
amis;ce pere de bon sens
s'étoitplus attaché à se
faire aimer de son fils,
qu'à s'en faire craindre,
& avoit enfin acquis sur
lui, à force de bons procédez,
cette confiance
que les enfans ont si rarement
en leurs peres.
Celui-cis'informa d'abord
à fond du caractère
de la Marquise
,
& sitôt
qu'il fut bien persuadé
de sa vertu &,- de son
bonesprit, ilne fut point
rebuté par sapauvreté;
il con seil la à son fils de
s'attacher à elle, ô£ d'examiner
exactement si
la jalousie qu'il avoit
conçûë étoit bien fondée.
On s'informa, on
examina, & l'amant jaloux
ayant appris que
tous ses rivaux étoient
écartez, se flata qu'il
pouvoit avoir quelque
part à ce changement. Il
retourna chez elle, &
dés ce jour-là ils furent
si contens l'un de l'autre
,
qu'en moins d'un
mois leur mariage fut
resolu, & le pere, qui se
liad'amitié avec la Marquise,
y donna son consentement
avec plaisir,
Cependant il dit en particulier
à son fils qu'il
luiconseilloitdesuspendre
encore le contrat
pendant quelques mois;
&que quoi qu'il blâmât
ordinairement son foible
sur la jalousie, il
croyoit qu'en cette occasion
la prudence vouloit
qu'il observât pendant
quelque temps la
conduite d'une personne
qui avoit reçû tant de
déclarations d'amour;
qu'illa croyoit trés-vertueuse
: mais que si elle
l'étoit, elle le fcroit encore
dans six mois; qu'en
un mot on nerisqueroit
rien à differer. Le fils
donna de bon coeur dans
son foible. En effetils
trouvèrent d'honnêtes
pretextes pour differer
de jour en jour un mariage
que la Marquise
envifageoit comme le
plus grand bonheur qui
lui pût arri ver. Le Cavalier
amoureux passoit
les jours entiers chez
elle, lors qu'il survint
une affairequil'obligea
d'accompagner son pere
dans un petit voyage de
huit jours. La separation
des amans fut tendre
& la Marquise passa fort
tristement le temps de
cette petite absencemais
la joye du retour la dédommagea,&
son amant
revint sipassionné, qu'à
leur entrevuë il resta une
heure entiere sans pouvoir
parler, ses regards
fixez sur ce qu'il aimoit.
Après
Aprés les premiers transports,
il jetta les yeux
sur un miroir magnifique,
& fut fort surpris
dé voir ce nouveau meuble
à la Marquise, qui
n'étoit pas assez riche
pour s'en donner de pareils.
Pendant qu'il le regardoit
fixement,la Marquise
sourioit, en lui
ferrant tendrement les
mains. lVlonfIler époux,
lui dirait-elle, fere'{:
110ut aussigalant après le
contrat, que vous l'avez,
été pendant vôtre absence
? Cette corbeille de dentelles,
quim'estvenueavec
ce miroir &ces autres bijoux
,choisisd'ungoût ex- quis.Moy un miroir,
interrompit brusquement
le jaloux tout étourdi
! moy des dentelles!
moy des bijoux! Ah
Ciel qu'entens-je ! Cette
surprise qu'il témoigna
en causa une si grande à
la Marquise, qu'elle resta
muette &immobile;
car ceux qui avoient apporté
ces presens chez
elle avoient affecté un
air mysterieux, & elle
n'avoit point douté que
ce ne fust une galanterie
de son amant: mais il
prit la chose sur un ton
qui la détrompa dans le
moment. Ellese troubla
ensuite sur quelques petits
reproches que lui fit
ce tendre amant, qui
pour cette fois ne put
avoir pourtant aucun
soupçon que la Marquise
n',y eusIlt. pas éItlé trompé0e
elle-même. Elle jura qu'-
elletâcheroit de découvrir
de quelle part lui
venoient ces presens, &
qu'elle les renverroit au
plutôt.
Nôtre amant ne laissa
pas d'être fort inquiet
sur l'avanture, dont il
fitconsidence à son pere
,
qui le rassura, étant
persuadé de la vertu de
la Marquise. Elle crut
avoir trouve occasion dés
le lendemain de s'éclaircir
sur la galanterie qu'-
on lui avoit faite.
Un Huissier vint chez
elle de la part de quelques
marchands d'étofses
à qui elle devoit deux
millefrancs,&; cet Huisfier,
sans respecter sa
qualité ni sa beauté, lui
demanda permissiond'exccuter
ses meubles, 8c
sans vouloir lui donner
une heure de répit, en
commença l'inventaire.
On ne sçauroit exprimer
la consternation de la
Marquise:elleétoit prêoA
te à tomber évanüieau
milieu de ses gens, qui
étoient aussi accablez
qu'elle de la vision des
Sergens, lorsque l'Huie.
sier considerant le miroir
, & examinant les
bijoux qui étoient sur la
table, s'écria: Ah quailois-
je faire, Madame?
je reconnois ces nipes, &
j'ai mêmeaidéà les acheterauCentilhomme
leplus
généreux&le plusamoureux
qui foit en France;
homme à quij'aimême
obligation de ma fortune.
ztu,gy c'étoit donc à vous,
Madame, à quiillesdestinoit?
Ah que je vais
bien faire ma cour à cet
amant, nonseulement en
ne saisissantpoint ces marques
de (on amour, mais
ensacrifiantà l'adorable
personne qu'il aime les
memoires & procedures
dontje suisporteur. Tenez,
Madame, tene&>
continua-t-il
, en montrant
à la Marquise les
mémoires arrestez & les
Sentences obtenuës,voilacomment
jesçaiservir
mes amis amoureux, &
sur-tout quand ils le sont
d'une personneaussi charmante
que vous l'êtes.
Aprésun discoursdéjà
trop galant pour un
HuisHuissier,
il acheva de
prouver qu'il ne l'étoit
pas, en déchirant tous
les mémoires de la Marquise,&
lui disant qu'à
coup sûr l'amant qui avoit
fait present du reste
seroit ravi d'acquitter
ces mémoires pour elle.
Jugez de rétonnement
où fut la Marquise du
procedé de ce faux Huissier,
& du tour que l'amant
genereux avoit
pris pour lui faire prcsent
de deux cent pisto
les. Dés qu'elle eut repris
ses esprits, & qu'-
elle se fut remisede l'effroy
quelle avoit euen
voyant executera meub!
cS)Ct)e ne songea plus
qu'à s'informerdu nom
de cet amant: mais
l'Huissiercontinua d'en
faire <mytferc,ÔC dit
seulementcertains mots
é1quivoques , , où la
Marquisecrut âtre seure
quecetoit son amant
époux lui-même qui
lui avoir joué ce second
tour. Il arriva chez
elle un peu aprés que
l'Huissier en fut sorti ;
Se l'éclaircissement qu'-
ils eurent ensemble fut
tel, que l'amant en fut
penetré de jalousie,& la
Marquise accablée de
douleur. Cependant la
bonne foy de cette amante
étoit visible ; car elle
avoit appris elle-même
l'avanture à son amant.
C'est à quoy son pere lui
fit faire attention; car il
couroit à lui dés qu'il avoit
quelque sujet de
plainte contre la Marquise:&
ce pere aussi
froid, aussi tranquile que
son filsétoit bouillant&
agité
,
lui representoit
que les apparences les
plus vrai-semblables éroient
souventtrompeuses>
que tout mari sensé
devaits'accoûtumer à
ne rien croirede tout ce
qui pouvoit lui donner
de l'ombrage; qu'il faloit
d'abord approfondir
de fang froid, feulement
pour connoître la verité,
Se non pour s'en fâcher
; qu'il y a de la folie
à se chagriner d'avance
; &qu'en cas même
que les soupçons d'un
mari se trouvaient bien
fondez, il faloit en prévenir
les suites, sans se
chagriner du passé, où
l'on ne peut plus remedier.
Mais
,
lui repliquoit
vivement son fils
à de pareils discours ,
mail,'}'jon p,re)il est encore
temps de rompre les
engagemens que nous anjons
avec la Alarqtfi/e;
ainftic n'ai pets tort d'être
jaloux. On a toûjours
tortd'etre jaloux, luidisoit
le pere: mais on n'a
pas tort d'être prudent;
ainsîapprofondissez la
conduite de la Marquise,
jenem'yoppose pas:
mais apprenez pour vôtre
repos à douter des
choses qui vous paroisfent
les plus certaines;
car je fuis persuade que
la Marquise est innocente
des galanteriesqu'on
lui fait; & vous devez
croire que c'est quelque
amant qu'ellea maltraite)
Se qui veut s'en vangeren
vous donnant de
la jalousie. Continuez
donc de voir une personne
si aimable, & de
concert avec elletâchez
dedécouvrir quelestramant
qui commerce à
niper vôtre épouse, Se
à payer ses dettes.
Avec de pareils discours
le pere remettoit
le calme dans l'esprit du
fils, qui avoit par bonheur
encore plus de raison
que de disposition à
la jalousie. Il continua
de voir assidûment la
Marquise,à qui le rival
inconnu fit encore d'autrès
tours aussi singuliers
que les precedens. Un
jour la Marquise pria le
pere & le fils à souper à
une maison de campagne
qu'elle avoitproche
deParis ; elle leur dit
d'y mener quelqu'un de
leurs amîs, & qu elle y
meneroit quelque amie
intime, pour pouvoir
rassembler sept ou huit
personnes, nombre desirable
pour se bien réjouir,
S>C qu'on ne doit
jaimaisexceder quand on
hait la cohue. Le pere
pronit d'y aller, à condition
que la Marquise
ne ILli donneroit qu'un
petit sou per propre & de
bon goût, parce qu'il
naimoit point les cadeaux.
Elle lui promit ce
qu'il exigea d'elle, & resolut
de lui tenir parole:
mais elle fut bien furprise
le foir en arrivant
chez elle avec sa compagnie,
d'y trouver un
souper superbe, voluptueux
& galant. Elle demande
au concierge raifonde
ce qu'elle yeyoit.
Il lui die bas à l'oreille :
Metdame on ma recommandé
lesteres ; mais
jecrois que ctji celui que
uom devez, épuuser qui
mous fait cette galanterie,
Ne - dites mot;car ilprepare
encore dàns la maison
11nifine une mafrarade
où il se dégmjera,
& je votié le montrerai
alors, afin que vous ayiez*
le plaisir de le reconnoître.
La Marquise persuadée
Je ce que lui disoit
son concierge, prit
Un air de gayete &d'enjoûment,
qui joint à la
magnisicence du souper,
sie grand plaisità la compagnie.
Tout le monde
se réjoüissoità table, excepté
le jeune jaloux,
qui ne pouvoit s'imaginer
que la Marquise eust
disposé & fait les frais
d'un pareil repas sans l'aide
de quelqu'un. Ilétoit
trop rebattu des galanteries
de l'amant inconnu,
pour ne pas croire
qu'il eust encore part à
celle-ci. Cependant la
gayeté de la Marquise
lui ôtoit tout soupçon ;
car il l'avoit veuë inquiète
& chagrine à l'occasson
des galanteries
precedentes; il ne Sçavoit
que penser de celle-
ci. Il entra dans une
rêverie profonde, & ne
mangea point de tout le
repas. Sitôt que la Marquise
s'en apperçut,elle
cessa de croire qu'il fust
l'ordonnateur de la setes
ce qui la rendit aussi chagrine
que lui. Le repas
finit par une serenade,
où l'on mêla une Cantate
sur les amans heureux
& les maris jaloux.
Ces deux sujets firent
une alternative de mufique
douce, tendre &
galante
,
dans le goût
François,&demusique
Italienne propre à exprimer
la bigearrerie des
jaloux : auili fit-elle son
effet;nôtre amantépoux
pensa éclater au milieu
de lassemblée. On vit
entrer ensuite dans le
jardin, qu'on avoit éclairé
par des illumitiétions,
une troupe de gens masquez.
Le concierge les
voyant entrer, courut
dire à la Marquise que si
elle vouloit il alloit lui
faire voir celui qui donnoit
cette seste galante.
La Marquise troublée,
hors d'elle-mesme, hazarda
tout pour connoître
celui qui lui enfonsoie
le poignard dans le
fein : elle suivitbrusquement
son concierge
dans une allée moins éclairée
que les autres , & dans le moment un
des masques se détacha,
cha, &c vint joindre la
Marquise. Onn'apoint
sçu ce qui fut dit dans
cette entrevuë. Quelqu'un
prit le moment
pour la faire remarquer
au fils jaloux. Il la fit
remarquer aussitôt à son
pere, qui commençant
à donner le tort à la Marquise
, fut emmené par
son fils. Ils sortirent tous
deux sans parler à cette
infidclle, & resolurent
de ne la voir jamais. Ce
qui pensa la faire mourir
de douleur; car le galant
masqué ne lui donna
aucun éclaircissement
: & après l'avoir
amusee autant qu'il saloit
pour la faire soupçonner,&
lorsquepoussée
à bout, elle voulut,
aidée de son concierge
&d'unefemmedechambre,
contraindre le galant
à se faire connoître,
elle trouva fous le
masque une femme, qui
lui rit au nez, & s'enfuit,
en lui laissant dans
la main un billet qui
contenoit ces vers.
Allez dormir iranquilc*
ment,
Vous connoîtrez demain
celui qui vous tourmente
D'une maniérésigalante:
Troyez qu'il neveut pPooiinntt
vous êter vOIre
amanty
Il voudroit le guérir contre
la jalousie ; D'un vieux mauvais
plaisantc'eji unefantllifie,
Qui peut êtresage en un
sens.
MArquifl) reprènetvos
senii
A present ilest vrai>
votre amant vous
soupçonne:
Maitsilessoupçons qiton
lui donne
Le rendent sans retour
o.. réellement jaloux,
Vous ne devez, jamais
l'accepterpour époux.
Ces vers enigmatiques
embaraffercnt fort
la Marquise, au lieu de
la tranquiliser. Elle pafsa
la nuit à samaison de
campagne : mais dés le
lendemain matin elle retourna
à Paris, dans la
Teto!ution de se justifier
auprès de son amant. Ille le conjura par un
billet de la venir voir,
& son pere y copsentit,
pourveu qu'il n'y allât
que sur le foir ; car, lui
dit-il, il vouloit estre
present à cette entrevue.
On écrivit à la Marquise
qu'on iroit dans la
journée, & dans le moment
le pere reçut en
presence du fils un billet,
qu'illut sans vouloir
le montrer à son
fils. Cependant voyant
que ce mystere lui donnoit
trop d'inquietude, illuiavoua que c'était
un avis que lui donnoic
la femme de chambre
de la Marquise, qu'il
avoit gagnée à forcechargent;
& cette femme de
chambre lui mandoit
que l'amant inconnu devoit
venir le foir à neuf
heures voir samaîtresse.
Le pere ensuite dit qu'-
après un pareil avis,
qu'il croyoittrès-certain
, il ne faloit point
aller chez la Marquise.
Celadit, il laissa son fils
dans un chagrin mortel,
êciortit pour aller souper
en ville. Le fils outré
de jalousie resolut,
sans le dire à son pere,
d'aller secretement chez
la Marquise. Il y alla
avant l'heure du rendezvous
; & donnant encore
trente pistoles à la
femme de chambre, il
la pria de le mettre en
lieu où il pût surprendre
celui
celui que la Marquise
attendoit. La femme de
chambre lui fit promettre
qu'il ne feroit aucun
éclat, du moins dans la
maison de la Marquise;
ce qu'il luipromit.
Peu de temps aprés, à
la lueur d'une bougie
que la femme de chambre
tenoit en sa main, il
entrevit un homme envelopé
dans un man- -
teau, qui montoit chez
la Marquise, & qui se
cacha dans un petit passage
, dés qu'il s'apperçut
qu'on l'avoit vû.
Nôtre jaloux transporté
de fureur courut à l'homme
à manteau, à qui il
dit tout ce que la rage
peut faire dire à un homme
sage ; &: il finit par
lui dire que s'il avoit du
coeur il devoit se faire
connoîtreàlui,afin que
dans la rencontre il pût
tirer raison d'un rival
qui le ménageoit si peu.
L'autre lui répondit à
voix basse & de fang
froid qu'il ne faloit pas
soupçonner legerement
une femme aussivertueuse
que la Marquise >
qu'il s'offroit à la justifier
dans son esprit ; &
qu'en lui faisant voir
que les apparences les
plus vraisemblables peuvent
estre sans fondement,
il lui rendroit du
moins le service de le
corriger pour le reste de
sa vie de la facilité qu'il
avoit à se chagriner sans
sujet. Nôtreamantpensa
perdre patiencequand
il entendit mora liserson
rival, qui dans l'instant
appella la femme de
cham bre
,
disant qu'il
vouloit pourtant se faire
connoître, & qu'il ne
refusoit point de se battre
contre un rival offensé.
Lalumiere parut:
quel fut l'étonnement du
fils, en reconnoissant son
pere! C'étoit ce pere qui,
de concert avec le concierge
& la femme de
chambre de la Marquise,
avoit crû lui rendre
service
, en poussant à
bout la jalousie d'un fils,
si galant homme d'ailleurs.
Ilcontinua de lui
faire des remontrances
si touchantes, qu'il lui
fit prendre la sage resolution
de ne rien croire
mesme detout ce qu'on
peut voir; c'est à dire,
quand on s'est une fois
pour tout assuré de la
vertud'une femmeavant
que de l'épouser, en seroit
imprudent de la
prendie sans l'examiner
: mais sitôt qu'onl'a
épousée, plus d'examen,
ou du moins il la faut
croire fidelle tout le plus
long-temps qu'on peut.
LA JALOUSIE GUERIE
par la jalousie.
Par M. le Chtvalitr de P * *. N Gentilhomme
fort riche, & qui
n'avoit qu'un fils
,
avoit
depuis long -temps envie
de le marier: mais
eommeil remarqua dans
ce fils unique une grande
disposition à la jalousie,
il craignit de le rendre
malheureux en le
mariant ; il prévoyoit
que son humeur inquiete
k soupçonneuse pourroit
chagriner une semme,
& que les chagrins
d'une femme retomberoient
sur lui: car il susfit
en mariage que l'un
des deux soit de mauvasse
humeur, l'autre le
devient bientôt par contagion.
Ce pere étoit
homme sencé, penetrant
;il connoissoit dans
son fils un fond de raison
& de vertu, qui lui
faisoit esperer que dans
un âge plus avancé il
deviendroit plus capable
de surmonter ses passions;
& celle de la jalousie
dont il le croyoit
susceptible, n'étoit
pas
de ces jalousies noires
qui partent d'un mauvais
coeur:ce n'etoit qu'-
une jalousie soupçonneu
se, qu'il condamnoit
lui-mêsme, pour peu
qu'il fît reflexion sur
l'injustice de ses soupçons.
Ainsi par lesconscils
de son pere il ne se
pressoit point de se marier
, 6c son pere trouva
à propos de Iaisser épuiser
la jalousie de son fils
sur quelques maîtresses,
en attendant qu'il fût
assez raisonnable pour
rendre une femme heureuse.
Cependant l'amour,
sans consulter la
prudence du pere, s'empara
du fils. Celle qu'-
il aima étoit belle &
d'une naissance distinguée
: mais il voulut étouffer
son amour dés
qu'il s'apperçut qu'il avoit
beaucoup de rivaux.
C'étoit une trop
rude épreuve pour lui.
Issut quelques jours sans
aller chez la Marquifc
de P. (Cetoit ainsi
que s'appelloit cette jeune
personne, veuve d'un
Marquis tué à la guerre
,
qui n'avoit été son
mari que pendant un hiver,
&quil'avoitlaissée
avec très peu de bien.)
Cette Marquise commençoit
à aimer nôtre
jeune jaloux, & s'etoit
déja apperçûë de son
foible. Elle fit ses efforts
pour l'oublier, quoique
ce fût un parti qui lui
faisoit sa fortune; car
elle craignoit de s'engageravec
un jaloux. Elle
tâcha donc de se consoler
- de son absence avec
ses rivaux, &: resolut
fermement de choisir entr'eux
un époux qui pût
la tirer de son indigence
: mais ce fut en vain
qu'elle voulut s'attacher
a d'autres qu'à l'amant
jaloux, c'étoit le seul défaut
qu'elle lui trouvoit
sa passion pour lui augmentoitde
jour en jour:
en un mot elle prit son
parti pour le faire revenir
chez elle, & trouva
plusieurs pretextes pour
congédier tous ceux qui
la recherchoient en mariage.
Cependant l'amour du
Cavalier avoit encore
augmenté par la violence
qu'il s'étoit faire pour
ne point voir la Marquise
; &, son pere, qui
le voyoit accablé de chagrin,
avoir exigé de lui
une entiere confidence.
Ils vivoient ensemble
comme deux veritables
amis;ce pere de bon sens
s'étoitplus attaché à se
faire aimer de son fils,
qu'à s'en faire craindre,
& avoit enfin acquis sur
lui, à force de bons procédez,
cette confiance
que les enfans ont si rarement
en leurs peres.
Celui-cis'informa d'abord
à fond du caractère
de la Marquise
,
& sitôt
qu'il fut bien persuadé
de sa vertu &,- de son
bonesprit, ilne fut point
rebuté par sapauvreté;
il con seil la à son fils de
s'attacher à elle, ô£ d'examiner
exactement si
la jalousie qu'il avoit
conçûë étoit bien fondée.
On s'informa, on
examina, & l'amant jaloux
ayant appris que
tous ses rivaux étoient
écartez, se flata qu'il
pouvoit avoir quelque
part à ce changement. Il
retourna chez elle, &
dés ce jour-là ils furent
si contens l'un de l'autre
,
qu'en moins d'un
mois leur mariage fut
resolu, & le pere, qui se
liad'amitié avec la Marquise,
y donna son consentement
avec plaisir,
Cependant il dit en particulier
à son fils qu'il
luiconseilloitdesuspendre
encore le contrat
pendant quelques mois;
&que quoi qu'il blâmât
ordinairement son foible
sur la jalousie, il
croyoit qu'en cette occasion
la prudence vouloit
qu'il observât pendant
quelque temps la
conduite d'une personne
qui avoit reçû tant de
déclarations d'amour;
qu'illa croyoit trés-vertueuse
: mais que si elle
l'étoit, elle le fcroit encore
dans six mois; qu'en
un mot on nerisqueroit
rien à differer. Le fils
donna de bon coeur dans
son foible. En effetils
trouvèrent d'honnêtes
pretextes pour differer
de jour en jour un mariage
que la Marquise
envifageoit comme le
plus grand bonheur qui
lui pût arri ver. Le Cavalier
amoureux passoit
les jours entiers chez
elle, lors qu'il survint
une affairequil'obligea
d'accompagner son pere
dans un petit voyage de
huit jours. La separation
des amans fut tendre
& la Marquise passa fort
tristement le temps de
cette petite absencemais
la joye du retour la dédommagea,&
son amant
revint sipassionné, qu'à
leur entrevuë il resta une
heure entiere sans pouvoir
parler, ses regards
fixez sur ce qu'il aimoit.
Après
Aprés les premiers transports,
il jetta les yeux
sur un miroir magnifique,
& fut fort surpris
dé voir ce nouveau meuble
à la Marquise, qui
n'étoit pas assez riche
pour s'en donner de pareils.
Pendant qu'il le regardoit
fixement,la Marquise
sourioit, en lui
ferrant tendrement les
mains. lVlonfIler époux,
lui dirait-elle, fere'{:
110ut aussigalant après le
contrat, que vous l'avez,
été pendant vôtre absence
? Cette corbeille de dentelles,
quim'estvenueavec
ce miroir &ces autres bijoux
,choisisd'ungoût ex- quis.Moy un miroir,
interrompit brusquement
le jaloux tout étourdi
! moy des dentelles!
moy des bijoux! Ah
Ciel qu'entens-je ! Cette
surprise qu'il témoigna
en causa une si grande à
la Marquise, qu'elle resta
muette &immobile;
car ceux qui avoient apporté
ces presens chez
elle avoient affecté un
air mysterieux, & elle
n'avoit point douté que
ce ne fust une galanterie
de son amant: mais il
prit la chose sur un ton
qui la détrompa dans le
moment. Ellese troubla
ensuite sur quelques petits
reproches que lui fit
ce tendre amant, qui
pour cette fois ne put
avoir pourtant aucun
soupçon que la Marquise
n',y eusIlt. pas éItlé trompé0e
elle-même. Elle jura qu'-
elletâcheroit de découvrir
de quelle part lui
venoient ces presens, &
qu'elle les renverroit au
plutôt.
Nôtre amant ne laissa
pas d'être fort inquiet
sur l'avanture, dont il
fitconsidence à son pere
,
qui le rassura, étant
persuadé de la vertu de
la Marquise. Elle crut
avoir trouve occasion dés
le lendemain de s'éclaircir
sur la galanterie qu'-
on lui avoit faite.
Un Huissier vint chez
elle de la part de quelques
marchands d'étofses
à qui elle devoit deux
millefrancs,&; cet Huisfier,
sans respecter sa
qualité ni sa beauté, lui
demanda permissiond'exccuter
ses meubles, 8c
sans vouloir lui donner
une heure de répit, en
commença l'inventaire.
On ne sçauroit exprimer
la consternation de la
Marquise:elleétoit prêoA
te à tomber évanüieau
milieu de ses gens, qui
étoient aussi accablez
qu'elle de la vision des
Sergens, lorsque l'Huie.
sier considerant le miroir
, & examinant les
bijoux qui étoient sur la
table, s'écria: Ah quailois-
je faire, Madame?
je reconnois ces nipes, &
j'ai mêmeaidéà les acheterauCentilhomme
leplus
généreux&le plusamoureux
qui foit en France;
homme à quij'aimême
obligation de ma fortune.
ztu,gy c'étoit donc à vous,
Madame, à quiillesdestinoit?
Ah que je vais
bien faire ma cour à cet
amant, nonseulement en
ne saisissantpoint ces marques
de (on amour, mais
ensacrifiantà l'adorable
personne qu'il aime les
memoires & procedures
dontje suisporteur. Tenez,
Madame, tene&>
continua-t-il
, en montrant
à la Marquise les
mémoires arrestez & les
Sentences obtenuës,voilacomment
jesçaiservir
mes amis amoureux, &
sur-tout quand ils le sont
d'une personneaussi charmante
que vous l'êtes.
Aprésun discoursdéjà
trop galant pour un
HuisHuissier,
il acheva de
prouver qu'il ne l'étoit
pas, en déchirant tous
les mémoires de la Marquise,&
lui disant qu'à
coup sûr l'amant qui avoit
fait present du reste
seroit ravi d'acquitter
ces mémoires pour elle.
Jugez de rétonnement
où fut la Marquise du
procedé de ce faux Huissier,
& du tour que l'amant
genereux avoit
pris pour lui faire prcsent
de deux cent pisto
les. Dés qu'elle eut repris
ses esprits, & qu'-
elle se fut remisede l'effroy
quelle avoit euen
voyant executera meub!
cS)Ct)e ne songea plus
qu'à s'informerdu nom
de cet amant: mais
l'Huissiercontinua d'en
faire <mytferc,ÔC dit
seulementcertains mots
é1quivoques , , où la
Marquisecrut âtre seure
quecetoit son amant
époux lui-même qui
lui avoir joué ce second
tour. Il arriva chez
elle un peu aprés que
l'Huissier en fut sorti ;
Se l'éclaircissement qu'-
ils eurent ensemble fut
tel, que l'amant en fut
penetré de jalousie,& la
Marquise accablée de
douleur. Cependant la
bonne foy de cette amante
étoit visible ; car elle
avoit appris elle-même
l'avanture à son amant.
C'est à quoy son pere lui
fit faire attention; car il
couroit à lui dés qu'il avoit
quelque sujet de
plainte contre la Marquise:&
ce pere aussi
froid, aussi tranquile que
son filsétoit bouillant&
agité
,
lui representoit
que les apparences les
plus vrai-semblables éroient
souventtrompeuses>
que tout mari sensé
devaits'accoûtumer à
ne rien croirede tout ce
qui pouvoit lui donner
de l'ombrage; qu'il faloit
d'abord approfondir
de fang froid, feulement
pour connoître la verité,
Se non pour s'en fâcher
; qu'il y a de la folie
à se chagriner d'avance
; &qu'en cas même
que les soupçons d'un
mari se trouvaient bien
fondez, il faloit en prévenir
les suites, sans se
chagriner du passé, où
l'on ne peut plus remedier.
Mais
,
lui repliquoit
vivement son fils
à de pareils discours ,
mail,'}'jon p,re)il est encore
temps de rompre les
engagemens que nous anjons
avec la Alarqtfi/e;
ainftic n'ai pets tort d'être
jaloux. On a toûjours
tortd'etre jaloux, luidisoit
le pere: mais on n'a
pas tort d'être prudent;
ainsîapprofondissez la
conduite de la Marquise,
jenem'yoppose pas:
mais apprenez pour vôtre
repos à douter des
choses qui vous paroisfent
les plus certaines;
car je fuis persuade que
la Marquise est innocente
des galanteriesqu'on
lui fait; & vous devez
croire que c'est quelque
amant qu'ellea maltraite)
Se qui veut s'en vangeren
vous donnant de
la jalousie. Continuez
donc de voir une personne
si aimable, & de
concert avec elletâchez
dedécouvrir quelestramant
qui commerce à
niper vôtre épouse, Se
à payer ses dettes.
Avec de pareils discours
le pere remettoit
le calme dans l'esprit du
fils, qui avoit par bonheur
encore plus de raison
que de disposition à
la jalousie. Il continua
de voir assidûment la
Marquise,à qui le rival
inconnu fit encore d'autrès
tours aussi singuliers
que les precedens. Un
jour la Marquise pria le
pere & le fils à souper à
une maison de campagne
qu'elle avoitproche
deParis ; elle leur dit
d'y mener quelqu'un de
leurs amîs, & qu elle y
meneroit quelque amie
intime, pour pouvoir
rassembler sept ou huit
personnes, nombre desirable
pour se bien réjouir,
S>C qu'on ne doit
jaimaisexceder quand on
hait la cohue. Le pere
pronit d'y aller, à condition
que la Marquise
ne ILli donneroit qu'un
petit sou per propre & de
bon goût, parce qu'il
naimoit point les cadeaux.
Elle lui promit ce
qu'il exigea d'elle, & resolut
de lui tenir parole:
mais elle fut bien furprise
le foir en arrivant
chez elle avec sa compagnie,
d'y trouver un
souper superbe, voluptueux
& galant. Elle demande
au concierge raifonde
ce qu'elle yeyoit.
Il lui die bas à l'oreille :
Metdame on ma recommandé
lesteres ; mais
jecrois que ctji celui que
uom devez, épuuser qui
mous fait cette galanterie,
Ne - dites mot;car ilprepare
encore dàns la maison
11nifine une mafrarade
où il se dégmjera,
& je votié le montrerai
alors, afin que vous ayiez*
le plaisir de le reconnoître.
La Marquise persuadée
Je ce que lui disoit
son concierge, prit
Un air de gayete &d'enjoûment,
qui joint à la
magnisicence du souper,
sie grand plaisità la compagnie.
Tout le monde
se réjoüissoità table, excepté
le jeune jaloux,
qui ne pouvoit s'imaginer
que la Marquise eust
disposé & fait les frais
d'un pareil repas sans l'aide
de quelqu'un. Ilétoit
trop rebattu des galanteries
de l'amant inconnu,
pour ne pas croire
qu'il eust encore part à
celle-ci. Cependant la
gayeté de la Marquise
lui ôtoit tout soupçon ;
car il l'avoit veuë inquiète
& chagrine à l'occasson
des galanteries
precedentes; il ne Sçavoit
que penser de celle-
ci. Il entra dans une
rêverie profonde, & ne
mangea point de tout le
repas. Sitôt que la Marquise
s'en apperçut,elle
cessa de croire qu'il fust
l'ordonnateur de la setes
ce qui la rendit aussi chagrine
que lui. Le repas
finit par une serenade,
où l'on mêla une Cantate
sur les amans heureux
& les maris jaloux.
Ces deux sujets firent
une alternative de mufique
douce, tendre &
galante
,
dans le goût
François,&demusique
Italienne propre à exprimer
la bigearrerie des
jaloux : auili fit-elle son
effet;nôtre amantépoux
pensa éclater au milieu
de lassemblée. On vit
entrer ensuite dans le
jardin, qu'on avoit éclairé
par des illumitiétions,
une troupe de gens masquez.
Le concierge les
voyant entrer, courut
dire à la Marquise que si
elle vouloit il alloit lui
faire voir celui qui donnoit
cette seste galante.
La Marquise troublée,
hors d'elle-mesme, hazarda
tout pour connoître
celui qui lui enfonsoie
le poignard dans le
fein : elle suivitbrusquement
son concierge
dans une allée moins éclairée
que les autres , & dans le moment un
des masques se détacha,
cha, &c vint joindre la
Marquise. Onn'apoint
sçu ce qui fut dit dans
cette entrevuë. Quelqu'un
prit le moment
pour la faire remarquer
au fils jaloux. Il la fit
remarquer aussitôt à son
pere, qui commençant
à donner le tort à la Marquise
, fut emmené par
son fils. Ils sortirent tous
deux sans parler à cette
infidclle, & resolurent
de ne la voir jamais. Ce
qui pensa la faire mourir
de douleur; car le galant
masqué ne lui donna
aucun éclaircissement
: & après l'avoir
amusee autant qu'il saloit
pour la faire soupçonner,&
lorsquepoussée
à bout, elle voulut,
aidée de son concierge
&d'unefemmedechambre,
contraindre le galant
à se faire connoître,
elle trouva fous le
masque une femme, qui
lui rit au nez, & s'enfuit,
en lui laissant dans
la main un billet qui
contenoit ces vers.
Allez dormir iranquilc*
ment,
Vous connoîtrez demain
celui qui vous tourmente
D'une maniérésigalante:
Troyez qu'il neveut pPooiinntt
vous êter vOIre
amanty
Il voudroit le guérir contre
la jalousie ; D'un vieux mauvais
plaisantc'eji unefantllifie,
Qui peut êtresage en un
sens.
MArquifl) reprènetvos
senii
A present ilest vrai>
votre amant vous
soupçonne:
Maitsilessoupçons qiton
lui donne
Le rendent sans retour
o.. réellement jaloux,
Vous ne devez, jamais
l'accepterpour époux.
Ces vers enigmatiques
embaraffercnt fort
la Marquise, au lieu de
la tranquiliser. Elle pafsa
la nuit à samaison de
campagne : mais dés le
lendemain matin elle retourna
à Paris, dans la
Teto!ution de se justifier
auprès de son amant. Ille le conjura par un
billet de la venir voir,
& son pere y copsentit,
pourveu qu'il n'y allât
que sur le foir ; car, lui
dit-il, il vouloit estre
present à cette entrevue.
On écrivit à la Marquise
qu'on iroit dans la
journée, & dans le moment
le pere reçut en
presence du fils un billet,
qu'illut sans vouloir
le montrer à son
fils. Cependant voyant
que ce mystere lui donnoit
trop d'inquietude, illuiavoua que c'était
un avis que lui donnoic
la femme de chambre
de la Marquise, qu'il
avoit gagnée à forcechargent;
& cette femme de
chambre lui mandoit
que l'amant inconnu devoit
venir le foir à neuf
heures voir samaîtresse.
Le pere ensuite dit qu'-
après un pareil avis,
qu'il croyoittrès-certain
, il ne faloit point
aller chez la Marquise.
Celadit, il laissa son fils
dans un chagrin mortel,
êciortit pour aller souper
en ville. Le fils outré
de jalousie resolut,
sans le dire à son pere,
d'aller secretement chez
la Marquise. Il y alla
avant l'heure du rendezvous
; & donnant encore
trente pistoles à la
femme de chambre, il
la pria de le mettre en
lieu où il pût surprendre
celui
celui que la Marquise
attendoit. La femme de
chambre lui fit promettre
qu'il ne feroit aucun
éclat, du moins dans la
maison de la Marquise;
ce qu'il luipromit.
Peu de temps aprés, à
la lueur d'une bougie
que la femme de chambre
tenoit en sa main, il
entrevit un homme envelopé
dans un man- -
teau, qui montoit chez
la Marquise, & qui se
cacha dans un petit passage
, dés qu'il s'apperçut
qu'on l'avoit vû.
Nôtre jaloux transporté
de fureur courut à l'homme
à manteau, à qui il
dit tout ce que la rage
peut faire dire à un homme
sage ; &: il finit par
lui dire que s'il avoit du
coeur il devoit se faire
connoîtreàlui,afin que
dans la rencontre il pût
tirer raison d'un rival
qui le ménageoit si peu.
L'autre lui répondit à
voix basse & de fang
froid qu'il ne faloit pas
soupçonner legerement
une femme aussivertueuse
que la Marquise >
qu'il s'offroit à la justifier
dans son esprit ; &
qu'en lui faisant voir
que les apparences les
plus vraisemblables peuvent
estre sans fondement,
il lui rendroit du
moins le service de le
corriger pour le reste de
sa vie de la facilité qu'il
avoit à se chagriner sans
sujet. Nôtreamantpensa
perdre patiencequand
il entendit mora liserson
rival, qui dans l'instant
appella la femme de
cham bre
,
disant qu'il
vouloit pourtant se faire
connoître, & qu'il ne
refusoit point de se battre
contre un rival offensé.
Lalumiere parut:
quel fut l'étonnement du
fils, en reconnoissant son
pere! C'étoit ce pere qui,
de concert avec le concierge
& la femme de
chambre de la Marquise,
avoit crû lui rendre
service
, en poussant à
bout la jalousie d'un fils,
si galant homme d'ailleurs.
Ilcontinua de lui
faire des remontrances
si touchantes, qu'il lui
fit prendre la sage resolution
de ne rien croire
mesme detout ce qu'on
peut voir; c'est à dire,
quand on s'est une fois
pour tout assuré de la
vertud'une femmeavant
que de l'épouser, en seroit
imprudent de la
prendie sans l'examiner
: mais sitôt qu'onl'a
épousée, plus d'examen,
ou du moins il la faut
croire fidelle tout le plus
long-temps qu'on peut.
Fermer
Résumé : NOUVELLE GALANTE. LA JALOUSIE GUERIE par la jalousie. Par M. le Chevalier de P**.
Le texte 'La Jalousie guérie par la jalousie' narre l'histoire d'un gentilhomme riche et sage qui redoute de marier son fils unique en raison de sa forte tendance à la jalousie. Le père, conscient des vertus et de la raison de son fils, décide de laisser sa jalousie s'épuiser sur quelques maîtresses avant de se marier. Cependant, le fils tombe amoureux d'une marquise belle et de naissance distinguée, mais il étouffe son amour en découvrant qu'elle a de nombreux rivaux. La marquise, bien qu'elle commence à aimer le jeune homme, craint de s'engager avec un jaloux et tente de se consoler avec d'autres rivaux. Cependant, son amour pour lui grandit, et elle trouve des prétextes pour congédier ses autres prétendants. Le père du jeune homme, voyant son fils accablé de chagrin, lui conseille d'examiner la conduite de la marquise. Ils découvrent que tous les rivaux ont été écartés, et le jeune homme retourne auprès de la marquise. Le père conseille à son fils de suspendre le contrat de mariage pendant quelques mois pour observer la conduite de la marquise. Pendant une séparation temporaire, la marquise reçoit des cadeaux mystérieux, ce qui provoque la jalousie du jeune homme. La marquise, troublée, jure de découvrir l'origine des cadeaux. Il s'avère que ces cadeaux proviennent d'un amant inconnu qui cherche à se venger de la marquise en provoquant la jalousie du jeune homme. Le père rassure son fils et lui conseille de ne pas se chagriner à l'avance et d'approfondir les choses avec sang-froid. Le jeune homme continue de voir la marquise, et l'amant inconnu fait d'autres tours singuliers. Lors d'un souper à une maison de campagne, la marquise et le jeune homme découvrent que l'amant inconnu a organisé une soirée somptueuse. La marquise, aidée par son concierge, découvre finalement l'identité de l'amant inconnu et met fin à ses manœuvres. Après une dispute, le père et le fils décident de ne plus voir la marquise, qui est tourmentée par un galant masqué. Ce dernier, après l'avoir trompée, se révèle être une femme qui laisse un billet énigmatique à la marquise. Cette dernière, troublée, retourne à Paris pour se justifier auprès de son amant. Le père, informé par la femme de chambre de la marquise, décide de ne pas laisser son fils se rendre chez elle. Fou de jalousie, le fils se rend malgré tout chez la marquise et surprend un homme masqué. Ce dernier, après une altercation, se révèle être le père du fils. Le père, ayant orchestré cette mise en scène avec le concierge et la femme de chambre, fait des remontrances à son fils, lui conseillant de ne plus douter de la fidélité de sa femme une fois marié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 218-264
HISTOIRE du Bacha de Damas.
Début :
Si l'on remarque quelque difference considerable / Il est difficile de sçavoir positivement ce qui se [...]
Mots clefs :
Pacha , Damas, Sultan, Père, Femme, Sérail, Seigneur, Femme, Vizir, Mort, Yeux, Amour, Troupes, Empire, Esclaves, Maison, Armée, Juifs, Époux, Honneur, Hommes, Douleur, Audace, Mer, Larmes, Gloire, Vie
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du Bacha de Damas.
HISTOIRE
du Bacha de Damas.
IL eſt ſi difficile de ſçavoir
poſitivement ce qui ſe
paffe dans cet Empire,qu'on
n'y demeſle ſouvent la veri.
té d'un fait , quelque éclatant
qu'il foit , que longtemps
aprés qu'il eſt arrivé.
Les nouvelles de l'Afie , &
celles de l'Europe entrent
confufément à Conftantinople
, où chacun les débite
1
A
GALANT . 219
au gré de ſes intereſts , le
Courier qui en eft chargé
les donne au grand Viſir ,le
grand Viſir au Sultan , & le
Sultanles enſevelit dans ſon
ſérail. Ainfije n'oſe encore
vous aſſeurer que les dernieres
circonstances de l'hiſtoire
que je vais vous écrire ,
foient telles qu'on les raconte
icy; mais je vous promets
que je ſeray exact à
vous detromper , ſi le temps
ou le haſard me detrompent.
Il y a quatrejours que me
promenant avec quelques
Tij
210 MFRCURE
qui
eſtrangers dans ma çaique,
fur le canal de la Mer noire,
un fameux Armenien ,
a fait toute la vie un grand
commerce d'eſclaves , me
conta à peu prés en ces
termes l'hiſtoire de Halil
Acor Bacha de Damas .
J'étois , me dit- il, un jour,
( & bien jeune alors ) à Baghlar
qui eſt un Port de
cette Mer , environ à so
lieuës d'icy lorſqu'un
* Sheieke de mes amis y arriva.
Je le priay de venir
* Predicateur Turc,
GALANT 227
loger dans le meſme * Caravanfarai
que moy. La Maifon
eſtoir alors pleine
d'hommes & de chevaux.
Le Sultan Mahomet IV. dont
le regne étoit plus tranqui
le qu'il n'avoit encore eſté,
&qu'il ne l'a eſté depuis ,
preſtoit dans ce temps au
Kan della Krimée dix
mille hommes de ſes troupes
pour les joindre à douze
mille Tartares de Budziack
& de Bialogrod , qu'il
deftinoit à quelque grande
entrepriſe. Les Janifſſaires ,
* Auberge Turque.
Tiij
222 MERCURE
3
1
les Spahis , & les Afiati
ques que le Grand Seigneur
envoyoit au Kan paffoient
alors par Baghlar où nous
eſtions . Un de ces Janiffai
res entr'autres natif de
* Chaplar en Bulgarie voulut
profiter de l'occaſion
de cette route pour mener
plus ſeurement chez luy
une belle fille qu'il avoit
epousée depuis un an à
Midia de Romanie, Nous:
la trouvâmes avec fon
mary dans le Caravanfarai
que nous avions choiſi
Ville maritime de la Mer noire.
GALANT. 223
২
lorſque nous yarrivame s .
Le hazard nous plaça auprés
d'eux , le Janiſſaire
m'en parut content , il aimoit
mieux voir à côté de
ſa femme , un Venerable
Sheieke qu'aucun de ſes camarades.
Nous ſoupâmes
cependant & nous nous
endormimes ſur la paille.
Une heure avant le jour
nous entendimes des cris
aigus qui nous réveillérent
comme tous les hoftes de
la maiſon ; la femme du
Janiſſaire que fon.Mary
n'avoit pas crue ſi proche
T iiij
224 MERCURE
de ſon terme venoit de
mettre un enfant au monde
, à coſté de mon Sheie
xe , qui ſe trouva fort ſcandaliſé
de cet accouchement.
Il ſe leva plein de
couroux , en diſant que ſes
habits étoient foülliés du
déſordre & des accidents
de cette avanture , néanmoins
la mortification &
l'embarras du Janiſſaire ,
les douleurs de ſa femme
& mes difcours l'addoucirent
; je luy perſuaday ( &
il le ſçavoit bien , ) qu'il
feroit lavé de cette tache
GALANT. 225
en lavant ſa robe & fa per
ſonne avant la premiere
priere. Je le menay au bain
qui eſtoit dans le Caravan
farai où il ſe fit toutes les
cerémonies de l'ablution
desTurcs.
Cependant je retournay
auprés du trifte Janiſſaire ,
&de ſa femme qui gemiſſoit
encore des reſtes ou du fouvenir
de fa douleur ; je lui
donnay tous les ſecours
que je pûs imaginer , on
attendant le retour de mon
Sheieke.
f
L'étoile la plus favorable
226 MERCURE
qui puiſſe veiller fur nos
jours , ne flatte pas les Mufulmans
d'une plus heureuſe
deſtinée qu'un Sheike,
ou un Emir * lorſqu'ils préfident
à la naiſſance de
leurs enfants. Celuy- cy revint
enfinà nous, prés d'une
heure après le lever du Soleil.
Et aprés avoir enviſagé
le Janiſſaire , ſa femme
& fon fils , d'un air tranſ
porté de l'excellence des
avantages qu'il avoit à leur
promettre , il leur prédit
ces choſes.
Prêtre Ture.
GALAND. 227
Letrés puiſſant trés mi
fericordieux Alla a jettéfur
vous & fur vostre fils des regards
bienfaisants le faim
Prophete efto fon meffager.
Il'a pitié de vous , & Sultan
Mahomet qui est agréable au
trés mifericordieux que le
faint Prophete oberit vous élevera
aux premiers honneurs de
fon Empire. Alla * ha Alla.
Tousoles affiftans felici
terent auffi toſt le Janiſſaire
fur la prédiction du Sheieke.
Cette nouvelle paſſa juf
qu'à fon Aga qui luy donna
d'abord de grandes mara
* Dieu. Dieu eſt Dicu.
228 MERCURE
4
ques de distinction. Enfin
le jour du départ des troupes
qui estoient à Bagblar
eſtant venu , il nous quitta
aprés nous avoir juré qu'il
n'oublieroitja mais les obli
gations qu'il nous avoit. N
nousa tenu parole , & c'eſt
de luy-meſme que j'ay appris
avec la ſuite de fa for
tune, une partiede l'hiſtoire
de ſon fils , que vous allez
entendre.
Dés que Zeinal ( c'eſt le
nom de ce Janiſſaire ) cut
remis ſa femme à Chaplar
entre les mains de fa mere,
GALANT. 229
il ne fongea plus qu'à verifier
l'oracle du Sheiere H
fitdans la Krimée des actions
éclatantes que ſon Aga fit
valoir autant qu'elles lemeritoient
aux yeux du Grand
Viſir Cuprogli , qui l'avança
en ſi peu de temps , qu'en
moins de fix ans il le fir
nommer par ſa Hauteffe
Bacha d'Albanie. Il remplit
cette grande place avec
beaucoup d'honneur pen.
dant pluſieurs années , enfin
aprés la dépoſition du
malheureux Sultan Mahomet
IV. Sitoſt que ſon frere
230 MERCURE
Sultan Soliman III . fut mon
té ſur le thrône, il voulut
à l'exemple de tous les au.
tres Bachas profiter desdefordres
de l'Empire pour
augmenter fon credit ; mais
il ſe broüilla malheureuſement
avec le fameux & redoutable
Osman Yeghen
dont le courage , la politi
que & l'audace firent trembler
Solyman juſques dans
fon ferail.
Zeinal s'étoit oppoſé aux
contributions qu'Yeghen *
Serafier de l'armée d'Hon-
* General des Armées du Grand Seigneur.
GALANT 238
grie , avoit tirez de la Ro
melie , & aux impoſitions
qu'il avoit miſes ſur tous les
Juifs & les Chrétiens qui
eſtoient à Theſſalonique ,
& qu'il avoit taxez à deux
Piaſtres par teſte. Il avoit
meſme envoyé un gros party
de Cavalerie qui avoit
taillé en piece les gens
qu'Yeghen avoit chargez de
lever ces impoſitions.
Le Grand Viſir Ismael
trembloit alors de peur
que le Serafkier ne vint à
Conſtantinople avec fon
armée , & qu'il ne le fit dé
232 MERCURE
pofer bien toſt , comme il
avoit déja fait déposer le
Grand Vifir Solyman fon
predeceſſeur. Yeghen qui
reconnut l'avantage qu'il
avoit fur ce foible Viſir ,
luy demanda la teſte de
Zeinal. Ifmael qui de fon
coſté cherchoit à l'ébloüir
par de fauſſes apparences ,
fut ravi de luy pouvoir faire
un ſacrifice dont il n'avoit
rien à apprehender ,
puiſqu'il ne le rendoit pas
plus fort , ainſi quoyque
Zeinalne fût coupable d'au .
cun crime , il le fit décapi-
: ter
GALAN 2338
ter publiquement , dans la
Cour du Serail devant la
porte du Divan.?
Cependant ſon fils Halil
Acor faiſoit alors les fonctions
de Capigibachi en Afie,
où il n'apprit la mort de
ſon pere que long - temps
aprés qu'elle fut arrivée.
Il y avoit affez d'affaires
en Hongrie pour exercer
ſon courage ; mais l'amour
produifit luy ſeul tous les
motifs de fon éloignement.
Il avoit vû par, hazard
dans le Serail de ſon pere
une belle fille de l'iſle de
Juin 1714.
V
234 MERCURE
Chypre que Zeinal deftinoir
au grand Seigneur , il en
devint éperduëment amoureux
, il mit dans ſes interêts
deux femmes qui la fervoient
, il ſéduifit deuxEu
nuques à force de preſents,
il profita de l'abſence de
ſon pere pour s'introduire
toutes les nuits dans ſon
Sérail , & enfin il engagea
cette belle fille à luy donner
les dernieres & les plus
fortes preuves de fa tendreſſe.
Plus flatée de l'efpoir
de poffeder le coeur
d'Halil que de la gloire
GALANT. 2:5
chimérique dont on repait
la vanité de celles qu'on
deſtine aux plaiſirs du
Grand Seigneur , elle avoit
conſenti que ſon Amant
l'enleva avec ſes deux femmes
& ſes deux Eunuques ,
elle estoit déja meſme affez
loin du Serail de Zeinal ,
lorſque ce Bacha revint
chez luy la nuit meſme
qu'on avoit priſe pour cet
enlevement. Maisheureu-
- ſement pour ces Amantsi!
n'entra que le lendemain
matin dans le quartier des
Femmes , où il apprit avec
Vij
236 MERCURE
tous les tranſports de la
plus violente fureur le defordre
de la nuit préceden
te. Il monta auffi - toſt à
Cheval , & de tous les côtez
il fit courir aprés fon
fils ; mais ſes ſoins & ſa diligence
furent inutiles. Halil
qui n'eſtoit pas ſi loin
qu'il le cherchoit , avoit eu
la précaution de s'affeurer
d'une Maiſon qu'un Me
decin Juif qui n'eſtoit pas
des amis de fon pere avoit
dans les montagnes. Il falloit
traverſer plus de deux
lieuës de defert avant d'y
/
GALANT. 237
arriver, & jamais Zeinal n'y
ſes amis , ny fes eſclaves
ne s'eſtoient aperceus que
fon fils connuſt ce Juif.
Halil auroit pû longtemps
profiter de la ſeureté
de cet azile , ſi les troubles
dont l'Empire eſtoit
agité , & fon courage ne
l'avoient pas preffé bien
toſt de facrifier ſon amour
à ſa gloire. Les larmes de
ſa femme , ny les prieres du
Juif qui luy promit enfin
d'en avoir foin juſqu'à la
mort , ne purent l'arreſter
davantage. Il ſe rendit à
138 MERCURE
Conſtantinople , où il fur
reconnu d'abord par un
des amis de fon Pere qui
le recommanda particulierement
au Grand Vifir Som
lyman , qui , en confideration
de l'audace , de l'efprit
, de la bonne mine de
ce Jeune homme , & du
mérite de Zeinal , luy donna
ſur le champune Com
pagnie de Spahis. Il cut ordre
d'aller ſervir en Afie ,
où en peu de temps ſa valeur
le fit parvenir à la
Charge de Capigibachi
qu'il exerça avec honneur
அ
1
GALANT. 239
juſqu'à la mort de ſon Pere .
Le Vifir Ismaël qui avoit
eu la lacheté de faire exé
cuter l'injuſte & cruel ar
reft qu'il avoit prononcé
contre Zeinal , futbien-toft
aprés la victime de fa for
bleſſe. Yeghen revint àConf
tantinople , aprés en avoir
fait chaffer honteuſement
ce Viſir , qui ne pût racheter
ſa vie qu'aux dépens de
toutes les richeſſes que fon
avarice infatiable luy avoit
fait amaſſer pendant fon
indigne miniftere. Halil y
fut rappellé en meſme
240 MERCURE
temps qu'Yeghen , avec les
troupes qui ſervoient en
Afie. Il fut auffi toft à la
maiſon de ce General àqui
il dit qu'il ne luy rendoit
cette viſite , que pour luy
demander raiſon du fang
de ſon pere qu'il avoit fait
repandre , Yeghen conſentit
àluy donner cette fatisface
tion dans une des plus fecrettes
chambres de fon
Serail , où aprés un com
bat aſſez long , Ils ſe blef
férent tous deux : cependant
Yeghen eut l'avantage;
mais il n'en abuſa pas , au
contraire
GALANT. 241
contraire , loin de fonger
à ſe défaire d'un ennemi
auſſi redoutable qu'Halil ,
Je love , luy dit- il , ton coursge
&j'approuve ton reffentiment
: il n'a tenu qu'à ton Pere
d'eftre toûjours mon amy , mais
il a voulu me perdre & je
l'ay perdu. Tu as Satisfait à
ton honneur , en eſſayant de le
vanger : Vois , & dis moy
maintenant ce que tu veux , &
ce que je puis pour toy. Halil
eftonné de la generoſité de
ce grand homme , luy répondit
, Yeghen je ne veux
maintenant,que m'efforcer d'ê-
Juin1714. X
242 MERCURE
tre auffi genereux que toy. Si tu
veux m'imiter , reprit- il ,facrifie
ta vangeance à mon amitié
que je t'offre , je vais ordonner
qu'on nous penſe de nos bleſſu
res , je prétends que tu ne
gueriffe des tiennes que dans
mon Serail. Il appelle auffitoſt
ſes Eſclaves qui menerent
fur le champ Halil
dans une chambre où ily
avoit deux lits qui n'étoient
ſeparez l'un de l'autre que
par un grand rideau de taffetas
couleur de feu qui
eſtoit directement au milieu
de la chambre dont les
GALANT 243
Croiſez qui estoient aux
deux extremitez avoient
vûë de chaque coſté ſur
les Jardins où ſe promenoient
tous les jours les
femmes & les enfants
d'Yeghen.
Dés qu'on eut arreſté
ſon ſang , & qu'il ſe fut
mis au lit , il vit entrer
dans ſa chambre le Medecin
Juif à qui il avoit confié
la belle Eſclave qu'il
avoit épousée dans ſa maifon
, aprés l'avoir enlevée
du Serail de ſon Pere. A
drianou , luy dit il auſſi toſt ,
X ij
244 MERCURE
moncher Adrianou que faítes
-vous icy ? Pourquoy
eftes vous maintenant à
Conftantinople , & dans
quel eſtat eſt ma femme ?
Je vous ay promis , reprit
le Juif , en ſoûpirant , d'avoir
ſoin de la malheureuſe
Adrabista juſqu'à ma mort.
Toutes mes précautions
n'ont pû prévenir les effets
de ſon déſeſpoir , elle eſt
à jamais perduë pour vous ,
& je ne ſuis point fâché
dans mon infortune que
les remedes que je viens
Fameuſe par les grandes avantures qu'elle
2euës depuis àRome , & que je conterayune
autre fois.
GALANT . 245
vous offrir par hazard me
preſentent à vos yeux , où
je ſuis prêt d'expier dans les
fupplices , le crime de ma
négligence où de mon
malheur. Contez moy donc
cette funeſte hiſtoire, lui dit
avec bonté , l'affligé Halil ,
& n'en épargnez aucune
circonstance à madouleur.
Il vous fouvient , reprit le
Juif, des efforts que fit Adra.
biſta , & des larmes qu'elle
répandit pour vous retenir
auprés d'elle ; vous n'avez
pas non plus oublié les
pleurs & les prieres que je
Xij
246 MERCURE
mis en uſage pour flechir
voſtre courage inhumain.
Une vertu cruelle & plus
forte que l'amour vous ravit
enfin ànosyeux.
Crois - tu , dés que vous
fuſtes parti , me dit Adrabista
, que les larmes & les
gemiſſements ſoient main
tenant les armes dont je
veux me ſervir pour mevenger
de la fureur ou de l'infidelité
de mon barbare époux
Non , Adrianou ,non.
je veux le ſuivre malgré luy
& malgré toy : ma taille
avantageuſe&mon audace
GALANT. 247
m'aideront ſuffisamment à
cacher ma foibleſſe & mon
ſexe; enfin jeveux courir les
meſmes haſards que luy,par
tout où l'entraiſnera cette
impitoyable gloire qui l'arrache
àmon amour. Je vou
lus d'abord flatter ſa dou
leur; mais malgré mes foins,
ma complaiſance criminel.
le,& mon aveuglement l'ont
précipitée dans le plus
grand des malheurs. Je luy
permis d'eſſayer le turban ,
& de mettre un fabre à ſon
coſté. Elle ſe plaiſoit quelquefois
dans cet équipage
X iiij
248 MERCURE
de guerre , d'autrefois jer
tant fon fabre & ſon turban
par terre , elle affectoit de
mépriſer ces inſtruments
qu'elle deſtinoit à ſa perte.
Enfin elle feignit de paroiftre
devantmoy conſolée de
voſtre abſence , & pendant
plusde fix ſemaines elle ne
me parla pas plus de vous ,
que ſi elle ne vous euſt jamais
connu. Cette indiffe
rence m'inquietta pour
yous , & je luy dis unjour ,
eſtes - vous Adrabista , cette
heroine qui deviez fi glo.
rieuſement ſignaler voſtre
GALANT. 249
du
tendreffe , en courant jufqu'au
fond de l'Afic aprés
un époux ſi digne de voſtre
amour. Non , Adrianou , me
dit elle , je ne ſuis plus cette
Adrabista que vous avez veue
capable des plus extravagants
emportements
monde.J'aime tousjoursHa
lil comme mon ſeigneur &
mon époux ; je ſens toutes
les rigueursde ſon abfence ;
mais le temps & mes reflexions
ont rendu ma douleur
plus modeſte;& il n'est point
de fi miferable coin fur la
terre , où je n'aime mieux
250 MERCURE
attendre ſes ordres , que
m'expoſer en le cherchant
auhafard de le deshonorer
enme deshonorant moymeſme.
Je creus qu'elle me par
loit de bonne foy , & dans
cette confiance je luy donnay
plus de liberté & d'authorité
dans ma maifon que
je n'y en avois moy-mefme.
Enfin il vint un jour un
exprés que le gouverneur de
la Valone m'envoya pour me
preſſer d'aller porter des re
medes à fon fils qui estoit à
l'extremité. Je fis auffi- toſt
GALANT. 251
part de la neceffité de ce
voyage à Adrabista , je la
priayde chercher à ſe defen
nuyer pendant mon abfence
, & je partis avec mon
guide. Mais jugez de ma
conſternation lorſqu'à mon
retour dans ma maiſon , on
me fit part des funeſtes nouvelles
que vous allez entendre.
Le lendemain de mon
départ Adrabista fit ſeller
trois chevaux qui reſtoient
dans mon écurie. Elle s'équippa
du ſabre & du turban
qu'elle avoit tant de
fois mépriſez en ma preſen;
252 MERCURE
cé, elle fit monter avec elle
ſes deux eunuques à cheval ,
elle dit à fes femmes qu'elle
alloit ſe promener dans les
vallées qui font au pied des
montagnes de la Locrida ,
elley fut en effet , mais elle
alla plus loin encore , elle
pouſſa juſqu'à Elbaffan , où
un party des troupes de
l'Empereur des Chreftiens
Farreſta . Elle demanda à
parler au General de l'armée
qui eftoit alors à Du
razzo où elle fut conduire,
&de qui elle fut receue avec
tous les égards deus à fon
GALANT . 253
fexe & à la beauté. Je yous
apprends maintenant d'épouventables
nouvelles
Halil ; mais vous ne ſçavez
pas encore le plus grand
de vos malheurs. J'ay appris
depuis quelque temps qu'elle
s'eſtoit faite Chreftienne .
C'en eſt aſſez , luy dit
Halil , fortez & ne vous repreſentez
jamais à mes
yeux, je ne ſçay ſi mavertu
ſuffiroit pour vous derober
à ma fureur.
Yeghen qui s'eſtoitjetté ſur
le lit qui eſtoit à l'autre ex.
tremite de la chambre,aprés
254 MERCURE
avoir entendu ce recit , ſe
fit approcher de l'inconfolable
Halil, à qui il dit tout
ce qu'il creut capable d'apporter
quelque foulagement
à ſa douleur. Enfin
aprés pluſieurs de ces dif
cours qui ne perfuadent
gueres les malheureux , amy,
luydit- il, jettez les yeux
fur mon jardin , & voyez fi
dans le grand nombre de
beautez qui s'y promenent ,
il n'y en aura pas une qui
puiſſe vous conſoler de la
perte de l'infidelle Adrabiſta.
Jevousdonnecellequevous
GALANT. 255
préfererez aux autres , quelque
chere qu'elle me puiſſe
eſtre. Je veux , luy répondit
Halil, à qui une propofition
fi flateuſe fit preſque oublier
toute ſon infortune
eſtre auſſi genereux que
vous , & n'écouter l'offre
magnifique que vous me
faites , que pour vous en remercier
: non , non, reprit
Yeghen, il n'en ſera que ce
qu'il me plaira ,&nous verrons
dés que vous ferez gueri
, ſi vous affecterez encore
d'eſtre , ou ſi vous ferez fincerement
auffi genereux
quemoy.
256 MERCURE
Au bout de quatre ou cinq
jours ils furent gueris tous
deux.Alors Veghenplus charmé
encore des vertus d'Halil,
lemenadans un cabiner
de ſon jardin , où à travers
une jalouſie il vit paſſertoutes
les femmes qui estoient
dans le ſérail de ce Bacha,
qui ne s'occupa pendant
cette reveuë qu'à examiner
la contenance d'Halil , &
qu'à luy demander ce qu'il
penſoit de chaque beauté
qui paſſoit au pied de la ba
luſtrade où ils eftoient.
Enfin aprés avoir longtemps
GALANT 25
1
temps confideré aſſez tranquillement
tout ce que l'Europe
& l'Afie avoient peuteſtre
de plus beau , il vitune
grande perſonne dont les
habits eſtoient couverts des
plus riches pierreries de l'O
rient , negligemment appuyée
fur deux eſclaves , &
dont les charmes divins of
Froient aux yeux un majel
tueux étalage des plusrates
merveilles du monde. Auffitoſt
il marqua d'un ſonpir le
prompt effet du pouvoir iné.
vitable de ſes attraits vainqueurs.
Qu'avez-vous , luy
Juin 1714. Y
258 MERCURE
dit àl'inſtant Yeghen , amy,
vous ſoupirez ?Ah,ſeigneur,
je me meurs , reprit Halil ,
qu'onm'ouvre àl'heuremeſ
me les portes de voſtre ſé.
rail,&ne m'expoſez pas davantage
aux traits d'unegenorofité
fi cruelle. Je vous
entends , reprit Yeghen ,
mais je ne veux pas conſentir
à vous laiſſer fortir
de mon Serail , que vous
n'ayez épousé celle de
toutes ces perſonnes qui
vous plaiſt davantage. Elles
font toutes mes femmes ,
àl'exception de la derniere
GALANT 259
qui eſt ma fille , recevez- là
de ma main mon fils , &
aimez moy toûjours.
Halil fe jetra fur le
champ aux pieds du Bacha
qui le releva dans le
moment , pour le conduire
à l'appartement de ſa fille ,
dont le même jour , il le
rendit l'heureux Epoux ; Il
prit enſuite uniquement
ſoin de ſa fortune , juſqu'à
ſa mort , qui arriva juſtement
, un mois aprés avoir
engagé le Sultan Solyman
à donner à ſon gendre le
Bachalik de Damas.
Yij
260 MERCURE
Halil a vécu depuis plus
de vingt ans avec tout l'é
clat & tous les honneurs.
dont puiſſent joüir les plus
Grands Seigneurs de l'Empire
Othoman . Mais il n'eſt
rien de fi fragile que le
bonheur des hommes , la
moindre jaloufic ou la
,
moindre eſperanceles
étourdit au milieu de leur
felicité , & il ſuffit qu'ils
ayent eſté tousjours heureux
, pour croire n'avoir
jamais d'infortune à redouter
: enyvré de leur gran
deur , leur Maiſtre ne de
GALANT . 261
vient à leurs yeux qu'un
mortel comme eux , fouvent
meſme ils prétendent
s'attirer & meriter plus
d'honneurs que leur Mail
tre
Le trés haut Sultan Achmet
àpréſent regnant , ſur la
nouvelle de la revolte du
Bacha de Bagdad , a fur le
champ envoyé aux Bachas
de Damas & d'Alep un
ordre exprés de marcher
avec toutes leurs troupes
contre ce rebelle ſujet. Sitoſt
que leur armée a eſté
en estat d'entrer en cam262
MERCURE
pagne , ils ont rencontre
attaqué &battu ce Bacha.
Le Sultan juſques-là a efté
fervi à merveille ; mais on
ajouſte qu'ébloüis appar
ramment de quelques projets
ambitieux dont on ne
ſçait encore ny le fond
ny les détails , & flattez
ſans doute de l'eſpoir
d'un ſuccez favorable , ces
deux Bachas ont entretenu
une intelligence criminelle
avec celuy de Bagdad.
Que le Bacha de
Damas a eſté convaincu de
ce crimepar des lettres qui
GALANT . 263
onteſté interceptées ,& qui
fot tombées entre les mains
du Grand Seigneur , qui a
dépeſché auſſi toſt l'ordre
ſuprême qui vient de coufter
la vie à cet infortuné
Bacha. Je ne ſçay pas encore
, files muets l'ont étranglé,
s'il a efté afſaſſiné , ou
ſi on luy a tranché la teſte ;
mais je ſçay bien que le
Sultan a prononcé l'arreſt
dont il eſt mort .
Dés que l'Armenien cuft
fini ſon recit , je le remerciay
de m'avoir appris tant
de particularitez de la vic
C
264 MERCURE
des trois Bachas Halil
Yeghen & Zeinal , & je le
priay de m'informer de
toutes les nouveautez qu'il
pourroit apprendre encore.
Il ne ſe paſſera rien dans
ce pays- cy qui vaille la peine
de vous eftre mandé
dont je ne vous faſſe pare
avec plaifir.
Je ſuis Mr. &c.
du Bacha de Damas.
IL eſt ſi difficile de ſçavoir
poſitivement ce qui ſe
paffe dans cet Empire,qu'on
n'y demeſle ſouvent la veri.
té d'un fait , quelque éclatant
qu'il foit , que longtemps
aprés qu'il eſt arrivé.
Les nouvelles de l'Afie , &
celles de l'Europe entrent
confufément à Conftantinople
, où chacun les débite
1
A
GALANT . 219
au gré de ſes intereſts , le
Courier qui en eft chargé
les donne au grand Viſir ,le
grand Viſir au Sultan , & le
Sultanles enſevelit dans ſon
ſérail. Ainfije n'oſe encore
vous aſſeurer que les dernieres
circonstances de l'hiſtoire
que je vais vous écrire ,
foient telles qu'on les raconte
icy; mais je vous promets
que je ſeray exact à
vous detromper , ſi le temps
ou le haſard me detrompent.
Il y a quatrejours que me
promenant avec quelques
Tij
210 MFRCURE
qui
eſtrangers dans ma çaique,
fur le canal de la Mer noire,
un fameux Armenien ,
a fait toute la vie un grand
commerce d'eſclaves , me
conta à peu prés en ces
termes l'hiſtoire de Halil
Acor Bacha de Damas .
J'étois , me dit- il, un jour,
( & bien jeune alors ) à Baghlar
qui eſt un Port de
cette Mer , environ à so
lieuës d'icy lorſqu'un
* Sheieke de mes amis y arriva.
Je le priay de venir
* Predicateur Turc,
GALANT 227
loger dans le meſme * Caravanfarai
que moy. La Maifon
eſtoir alors pleine
d'hommes & de chevaux.
Le Sultan Mahomet IV. dont
le regne étoit plus tranqui
le qu'il n'avoit encore eſté,
&qu'il ne l'a eſté depuis ,
preſtoit dans ce temps au
Kan della Krimée dix
mille hommes de ſes troupes
pour les joindre à douze
mille Tartares de Budziack
& de Bialogrod , qu'il
deftinoit à quelque grande
entrepriſe. Les Janifſſaires ,
* Auberge Turque.
Tiij
222 MERCURE
3
1
les Spahis , & les Afiati
ques que le Grand Seigneur
envoyoit au Kan paffoient
alors par Baghlar où nous
eſtions . Un de ces Janiffai
res entr'autres natif de
* Chaplar en Bulgarie voulut
profiter de l'occaſion
de cette route pour mener
plus ſeurement chez luy
une belle fille qu'il avoit
epousée depuis un an à
Midia de Romanie, Nous:
la trouvâmes avec fon
mary dans le Caravanfarai
que nous avions choiſi
Ville maritime de la Mer noire.
GALANT. 223
২
lorſque nous yarrivame s .
Le hazard nous plaça auprés
d'eux , le Janiſſaire
m'en parut content , il aimoit
mieux voir à côté de
ſa femme , un Venerable
Sheieke qu'aucun de ſes camarades.
Nous ſoupâmes
cependant & nous nous
endormimes ſur la paille.
Une heure avant le jour
nous entendimes des cris
aigus qui nous réveillérent
comme tous les hoftes de
la maiſon ; la femme du
Janiſſaire que fon.Mary
n'avoit pas crue ſi proche
T iiij
224 MERCURE
de ſon terme venoit de
mettre un enfant au monde
, à coſté de mon Sheie
xe , qui ſe trouva fort ſcandaliſé
de cet accouchement.
Il ſe leva plein de
couroux , en diſant que ſes
habits étoient foülliés du
déſordre & des accidents
de cette avanture , néanmoins
la mortification &
l'embarras du Janiſſaire ,
les douleurs de ſa femme
& mes difcours l'addoucirent
; je luy perſuaday ( &
il le ſçavoit bien , ) qu'il
feroit lavé de cette tache
GALANT. 225
en lavant ſa robe & fa per
ſonne avant la premiere
priere. Je le menay au bain
qui eſtoit dans le Caravan
farai où il ſe fit toutes les
cerémonies de l'ablution
desTurcs.
Cependant je retournay
auprés du trifte Janiſſaire ,
&de ſa femme qui gemiſſoit
encore des reſtes ou du fouvenir
de fa douleur ; je lui
donnay tous les ſecours
que je pûs imaginer , on
attendant le retour de mon
Sheieke.
f
L'étoile la plus favorable
226 MERCURE
qui puiſſe veiller fur nos
jours , ne flatte pas les Mufulmans
d'une plus heureuſe
deſtinée qu'un Sheike,
ou un Emir * lorſqu'ils préfident
à la naiſſance de
leurs enfants. Celuy- cy revint
enfinà nous, prés d'une
heure après le lever du Soleil.
Et aprés avoir enviſagé
le Janiſſaire , ſa femme
& fon fils , d'un air tranſ
porté de l'excellence des
avantages qu'il avoit à leur
promettre , il leur prédit
ces choſes.
Prêtre Ture.
GALAND. 227
Letrés puiſſant trés mi
fericordieux Alla a jettéfur
vous & fur vostre fils des regards
bienfaisants le faim
Prophete efto fon meffager.
Il'a pitié de vous , & Sultan
Mahomet qui est agréable au
trés mifericordieux que le
faint Prophete oberit vous élevera
aux premiers honneurs de
fon Empire. Alla * ha Alla.
Tousoles affiftans felici
terent auffi toſt le Janiſſaire
fur la prédiction du Sheieke.
Cette nouvelle paſſa juf
qu'à fon Aga qui luy donna
d'abord de grandes mara
* Dieu. Dieu eſt Dicu.
228 MERCURE
4
ques de distinction. Enfin
le jour du départ des troupes
qui estoient à Bagblar
eſtant venu , il nous quitta
aprés nous avoir juré qu'il
n'oublieroitja mais les obli
gations qu'il nous avoit. N
nousa tenu parole , & c'eſt
de luy-meſme que j'ay appris
avec la ſuite de fa for
tune, une partiede l'hiſtoire
de ſon fils , que vous allez
entendre.
Dés que Zeinal ( c'eſt le
nom de ce Janiſſaire ) cut
remis ſa femme à Chaplar
entre les mains de fa mere,
GALANT. 229
il ne fongea plus qu'à verifier
l'oracle du Sheiere H
fitdans la Krimée des actions
éclatantes que ſon Aga fit
valoir autant qu'elles lemeritoient
aux yeux du Grand
Viſir Cuprogli , qui l'avança
en ſi peu de temps , qu'en
moins de fix ans il le fir
nommer par ſa Hauteffe
Bacha d'Albanie. Il remplit
cette grande place avec
beaucoup d'honneur pen.
dant pluſieurs années , enfin
aprés la dépoſition du
malheureux Sultan Mahomet
IV. Sitoſt que ſon frere
230 MERCURE
Sultan Soliman III . fut mon
té ſur le thrône, il voulut
à l'exemple de tous les au.
tres Bachas profiter desdefordres
de l'Empire pour
augmenter fon credit ; mais
il ſe broüilla malheureuſement
avec le fameux & redoutable
Osman Yeghen
dont le courage , la politi
que & l'audace firent trembler
Solyman juſques dans
fon ferail.
Zeinal s'étoit oppoſé aux
contributions qu'Yeghen *
Serafier de l'armée d'Hon-
* General des Armées du Grand Seigneur.
GALANT 238
grie , avoit tirez de la Ro
melie , & aux impoſitions
qu'il avoit miſes ſur tous les
Juifs & les Chrétiens qui
eſtoient à Theſſalonique ,
& qu'il avoit taxez à deux
Piaſtres par teſte. Il avoit
meſme envoyé un gros party
de Cavalerie qui avoit
taillé en piece les gens
qu'Yeghen avoit chargez de
lever ces impoſitions.
Le Grand Viſir Ismael
trembloit alors de peur
que le Serafkier ne vint à
Conſtantinople avec fon
armée , & qu'il ne le fit dé
232 MERCURE
pofer bien toſt , comme il
avoit déja fait déposer le
Grand Vifir Solyman fon
predeceſſeur. Yeghen qui
reconnut l'avantage qu'il
avoit fur ce foible Viſir ,
luy demanda la teſte de
Zeinal. Ifmael qui de fon
coſté cherchoit à l'ébloüir
par de fauſſes apparences ,
fut ravi de luy pouvoir faire
un ſacrifice dont il n'avoit
rien à apprehender ,
puiſqu'il ne le rendoit pas
plus fort , ainſi quoyque
Zeinalne fût coupable d'au .
cun crime , il le fit décapi-
: ter
GALAN 2338
ter publiquement , dans la
Cour du Serail devant la
porte du Divan.?
Cependant ſon fils Halil
Acor faiſoit alors les fonctions
de Capigibachi en Afie,
où il n'apprit la mort de
ſon pere que long - temps
aprés qu'elle fut arrivée.
Il y avoit affez d'affaires
en Hongrie pour exercer
ſon courage ; mais l'amour
produifit luy ſeul tous les
motifs de fon éloignement.
Il avoit vû par, hazard
dans le Serail de ſon pere
une belle fille de l'iſle de
Juin 1714.
V
234 MERCURE
Chypre que Zeinal deftinoir
au grand Seigneur , il en
devint éperduëment amoureux
, il mit dans ſes interêts
deux femmes qui la fervoient
, il ſéduifit deuxEu
nuques à force de preſents,
il profita de l'abſence de
ſon pere pour s'introduire
toutes les nuits dans ſon
Sérail , & enfin il engagea
cette belle fille à luy donner
les dernieres & les plus
fortes preuves de fa tendreſſe.
Plus flatée de l'efpoir
de poffeder le coeur
d'Halil que de la gloire
GALANT. 2:5
chimérique dont on repait
la vanité de celles qu'on
deſtine aux plaiſirs du
Grand Seigneur , elle avoit
conſenti que ſon Amant
l'enleva avec ſes deux femmes
& ſes deux Eunuques ,
elle estoit déja meſme affez
loin du Serail de Zeinal ,
lorſque ce Bacha revint
chez luy la nuit meſme
qu'on avoit priſe pour cet
enlevement. Maisheureu-
- ſement pour ces Amantsi!
n'entra que le lendemain
matin dans le quartier des
Femmes , où il apprit avec
Vij
236 MERCURE
tous les tranſports de la
plus violente fureur le defordre
de la nuit préceden
te. Il monta auffi - toſt à
Cheval , & de tous les côtez
il fit courir aprés fon
fils ; mais ſes ſoins & ſa diligence
furent inutiles. Halil
qui n'eſtoit pas ſi loin
qu'il le cherchoit , avoit eu
la précaution de s'affeurer
d'une Maiſon qu'un Me
decin Juif qui n'eſtoit pas
des amis de fon pere avoit
dans les montagnes. Il falloit
traverſer plus de deux
lieuës de defert avant d'y
/
GALANT. 237
arriver, & jamais Zeinal n'y
ſes amis , ny fes eſclaves
ne s'eſtoient aperceus que
fon fils connuſt ce Juif.
Halil auroit pû longtemps
profiter de la ſeureté
de cet azile , ſi les troubles
dont l'Empire eſtoit
agité , & fon courage ne
l'avoient pas preffé bien
toſt de facrifier ſon amour
à ſa gloire. Les larmes de
ſa femme , ny les prieres du
Juif qui luy promit enfin
d'en avoir foin juſqu'à la
mort , ne purent l'arreſter
davantage. Il ſe rendit à
138 MERCURE
Conſtantinople , où il fur
reconnu d'abord par un
des amis de fon Pere qui
le recommanda particulierement
au Grand Vifir Som
lyman , qui , en confideration
de l'audace , de l'efprit
, de la bonne mine de
ce Jeune homme , & du
mérite de Zeinal , luy donna
ſur le champune Com
pagnie de Spahis. Il cut ordre
d'aller ſervir en Afie ,
où en peu de temps ſa valeur
le fit parvenir à la
Charge de Capigibachi
qu'il exerça avec honneur
அ
1
GALANT. 239
juſqu'à la mort de ſon Pere .
Le Vifir Ismaël qui avoit
eu la lacheté de faire exé
cuter l'injuſte & cruel ar
reft qu'il avoit prononcé
contre Zeinal , futbien-toft
aprés la victime de fa for
bleſſe. Yeghen revint àConf
tantinople , aprés en avoir
fait chaffer honteuſement
ce Viſir , qui ne pût racheter
ſa vie qu'aux dépens de
toutes les richeſſes que fon
avarice infatiable luy avoit
fait amaſſer pendant fon
indigne miniftere. Halil y
fut rappellé en meſme
240 MERCURE
temps qu'Yeghen , avec les
troupes qui ſervoient en
Afie. Il fut auffi toft à la
maiſon de ce General àqui
il dit qu'il ne luy rendoit
cette viſite , que pour luy
demander raiſon du fang
de ſon pere qu'il avoit fait
repandre , Yeghen conſentit
àluy donner cette fatisface
tion dans une des plus fecrettes
chambres de fon
Serail , où aprés un com
bat aſſez long , Ils ſe blef
férent tous deux : cependant
Yeghen eut l'avantage;
mais il n'en abuſa pas , au
contraire
GALANT. 241
contraire , loin de fonger
à ſe défaire d'un ennemi
auſſi redoutable qu'Halil ,
Je love , luy dit- il , ton coursge
&j'approuve ton reffentiment
: il n'a tenu qu'à ton Pere
d'eftre toûjours mon amy , mais
il a voulu me perdre & je
l'ay perdu. Tu as Satisfait à
ton honneur , en eſſayant de le
vanger : Vois , & dis moy
maintenant ce que tu veux , &
ce que je puis pour toy. Halil
eftonné de la generoſité de
ce grand homme , luy répondit
, Yeghen je ne veux
maintenant,que m'efforcer d'ê-
Juin1714. X
242 MERCURE
tre auffi genereux que toy. Si tu
veux m'imiter , reprit- il ,facrifie
ta vangeance à mon amitié
que je t'offre , je vais ordonner
qu'on nous penſe de nos bleſſu
res , je prétends que tu ne
gueriffe des tiennes que dans
mon Serail. Il appelle auffitoſt
ſes Eſclaves qui menerent
fur le champ Halil
dans une chambre où ily
avoit deux lits qui n'étoient
ſeparez l'un de l'autre que
par un grand rideau de taffetas
couleur de feu qui
eſtoit directement au milieu
de la chambre dont les
GALANT 243
Croiſez qui estoient aux
deux extremitez avoient
vûë de chaque coſté ſur
les Jardins où ſe promenoient
tous les jours les
femmes & les enfants
d'Yeghen.
Dés qu'on eut arreſté
ſon ſang , & qu'il ſe fut
mis au lit , il vit entrer
dans ſa chambre le Medecin
Juif à qui il avoit confié
la belle Eſclave qu'il
avoit épousée dans ſa maifon
, aprés l'avoir enlevée
du Serail de ſon Pere. A
drianou , luy dit il auſſi toſt ,
X ij
244 MERCURE
moncher Adrianou que faítes
-vous icy ? Pourquoy
eftes vous maintenant à
Conftantinople , & dans
quel eſtat eſt ma femme ?
Je vous ay promis , reprit
le Juif , en ſoûpirant , d'avoir
ſoin de la malheureuſe
Adrabista juſqu'à ma mort.
Toutes mes précautions
n'ont pû prévenir les effets
de ſon déſeſpoir , elle eſt
à jamais perduë pour vous ,
& je ne ſuis point fâché
dans mon infortune que
les remedes que je viens
Fameuſe par les grandes avantures qu'elle
2euës depuis àRome , & que je conterayune
autre fois.
GALANT . 245
vous offrir par hazard me
preſentent à vos yeux , où
je ſuis prêt d'expier dans les
fupplices , le crime de ma
négligence où de mon
malheur. Contez moy donc
cette funeſte hiſtoire, lui dit
avec bonté , l'affligé Halil ,
& n'en épargnez aucune
circonstance à madouleur.
Il vous fouvient , reprit le
Juif, des efforts que fit Adra.
biſta , & des larmes qu'elle
répandit pour vous retenir
auprés d'elle ; vous n'avez
pas non plus oublié les
pleurs & les prieres que je
Xij
246 MERCURE
mis en uſage pour flechir
voſtre courage inhumain.
Une vertu cruelle & plus
forte que l'amour vous ravit
enfin ànosyeux.
Crois - tu , dés que vous
fuſtes parti , me dit Adrabista
, que les larmes & les
gemiſſements ſoient main
tenant les armes dont je
veux me ſervir pour mevenger
de la fureur ou de l'infidelité
de mon barbare époux
Non , Adrianou ,non.
je veux le ſuivre malgré luy
& malgré toy : ma taille
avantageuſe&mon audace
GALANT. 247
m'aideront ſuffisamment à
cacher ma foibleſſe & mon
ſexe; enfin jeveux courir les
meſmes haſards que luy,par
tout où l'entraiſnera cette
impitoyable gloire qui l'arrache
àmon amour. Je vou
lus d'abord flatter ſa dou
leur; mais malgré mes foins,
ma complaiſance criminel.
le,& mon aveuglement l'ont
précipitée dans le plus
grand des malheurs. Je luy
permis d'eſſayer le turban ,
& de mettre un fabre à ſon
coſté. Elle ſe plaiſoit quelquefois
dans cet équipage
X iiij
248 MERCURE
de guerre , d'autrefois jer
tant fon fabre & ſon turban
par terre , elle affectoit de
mépriſer ces inſtruments
qu'elle deſtinoit à ſa perte.
Enfin elle feignit de paroiftre
devantmoy conſolée de
voſtre abſence , & pendant
plusde fix ſemaines elle ne
me parla pas plus de vous ,
que ſi elle ne vous euſt jamais
connu. Cette indiffe
rence m'inquietta pour
yous , & je luy dis unjour ,
eſtes - vous Adrabista , cette
heroine qui deviez fi glo.
rieuſement ſignaler voſtre
GALANT. 249
du
tendreffe , en courant jufqu'au
fond de l'Afic aprés
un époux ſi digne de voſtre
amour. Non , Adrianou , me
dit elle , je ne ſuis plus cette
Adrabista que vous avez veue
capable des plus extravagants
emportements
monde.J'aime tousjoursHa
lil comme mon ſeigneur &
mon époux ; je ſens toutes
les rigueursde ſon abfence ;
mais le temps & mes reflexions
ont rendu ma douleur
plus modeſte;& il n'est point
de fi miferable coin fur la
terre , où je n'aime mieux
250 MERCURE
attendre ſes ordres , que
m'expoſer en le cherchant
auhafard de le deshonorer
enme deshonorant moymeſme.
Je creus qu'elle me par
loit de bonne foy , & dans
cette confiance je luy donnay
plus de liberté & d'authorité
dans ma maifon que
je n'y en avois moy-mefme.
Enfin il vint un jour un
exprés que le gouverneur de
la Valone m'envoya pour me
preſſer d'aller porter des re
medes à fon fils qui estoit à
l'extremité. Je fis auffi- toſt
GALANT. 251
part de la neceffité de ce
voyage à Adrabista , je la
priayde chercher à ſe defen
nuyer pendant mon abfence
, & je partis avec mon
guide. Mais jugez de ma
conſternation lorſqu'à mon
retour dans ma maiſon , on
me fit part des funeſtes nouvelles
que vous allez entendre.
Le lendemain de mon
départ Adrabista fit ſeller
trois chevaux qui reſtoient
dans mon écurie. Elle s'équippa
du ſabre & du turban
qu'elle avoit tant de
fois mépriſez en ma preſen;
252 MERCURE
cé, elle fit monter avec elle
ſes deux eunuques à cheval ,
elle dit à fes femmes qu'elle
alloit ſe promener dans les
vallées qui font au pied des
montagnes de la Locrida ,
elley fut en effet , mais elle
alla plus loin encore , elle
pouſſa juſqu'à Elbaffan , où
un party des troupes de
l'Empereur des Chreftiens
Farreſta . Elle demanda à
parler au General de l'armée
qui eftoit alors à Du
razzo où elle fut conduire,
&de qui elle fut receue avec
tous les égards deus à fon
GALANT . 253
fexe & à la beauté. Je yous
apprends maintenant d'épouventables
nouvelles
Halil ; mais vous ne ſçavez
pas encore le plus grand
de vos malheurs. J'ay appris
depuis quelque temps qu'elle
s'eſtoit faite Chreftienne .
C'en eſt aſſez , luy dit
Halil , fortez & ne vous repreſentez
jamais à mes
yeux, je ne ſçay ſi mavertu
ſuffiroit pour vous derober
à ma fureur.
Yeghen qui s'eſtoitjetté ſur
le lit qui eſtoit à l'autre ex.
tremite de la chambre,aprés
254 MERCURE
avoir entendu ce recit , ſe
fit approcher de l'inconfolable
Halil, à qui il dit tout
ce qu'il creut capable d'apporter
quelque foulagement
à ſa douleur. Enfin
aprés pluſieurs de ces dif
cours qui ne perfuadent
gueres les malheureux , amy,
luydit- il, jettez les yeux
fur mon jardin , & voyez fi
dans le grand nombre de
beautez qui s'y promenent ,
il n'y en aura pas une qui
puiſſe vous conſoler de la
perte de l'infidelle Adrabiſta.
Jevousdonnecellequevous
GALANT. 255
préfererez aux autres , quelque
chere qu'elle me puiſſe
eſtre. Je veux , luy répondit
Halil, à qui une propofition
fi flateuſe fit preſque oublier
toute ſon infortune
eſtre auſſi genereux que
vous , & n'écouter l'offre
magnifique que vous me
faites , que pour vous en remercier
: non , non, reprit
Yeghen, il n'en ſera que ce
qu'il me plaira ,&nous verrons
dés que vous ferez gueri
, ſi vous affecterez encore
d'eſtre , ou ſi vous ferez fincerement
auffi genereux
quemoy.
256 MERCURE
Au bout de quatre ou cinq
jours ils furent gueris tous
deux.Alors Veghenplus charmé
encore des vertus d'Halil,
lemenadans un cabiner
de ſon jardin , où à travers
une jalouſie il vit paſſertoutes
les femmes qui estoient
dans le ſérail de ce Bacha,
qui ne s'occupa pendant
cette reveuë qu'à examiner
la contenance d'Halil , &
qu'à luy demander ce qu'il
penſoit de chaque beauté
qui paſſoit au pied de la ba
luſtrade où ils eftoient.
Enfin aprés avoir longtemps
GALANT 25
1
temps confideré aſſez tranquillement
tout ce que l'Europe
& l'Afie avoient peuteſtre
de plus beau , il vitune
grande perſonne dont les
habits eſtoient couverts des
plus riches pierreries de l'O
rient , negligemment appuyée
fur deux eſclaves , &
dont les charmes divins of
Froient aux yeux un majel
tueux étalage des plusrates
merveilles du monde. Auffitoſt
il marqua d'un ſonpir le
prompt effet du pouvoir iné.
vitable de ſes attraits vainqueurs.
Qu'avez-vous , luy
Juin 1714. Y
258 MERCURE
dit àl'inſtant Yeghen , amy,
vous ſoupirez ?Ah,ſeigneur,
je me meurs , reprit Halil ,
qu'onm'ouvre àl'heuremeſ
me les portes de voſtre ſé.
rail,&ne m'expoſez pas davantage
aux traits d'unegenorofité
fi cruelle. Je vous
entends , reprit Yeghen ,
mais je ne veux pas conſentir
à vous laiſſer fortir
de mon Serail , que vous
n'ayez épousé celle de
toutes ces perſonnes qui
vous plaiſt davantage. Elles
font toutes mes femmes ,
àl'exception de la derniere
GALANT 259
qui eſt ma fille , recevez- là
de ma main mon fils , &
aimez moy toûjours.
Halil fe jetra fur le
champ aux pieds du Bacha
qui le releva dans le
moment , pour le conduire
à l'appartement de ſa fille ,
dont le même jour , il le
rendit l'heureux Epoux ; Il
prit enſuite uniquement
ſoin de ſa fortune , juſqu'à
ſa mort , qui arriva juſtement
, un mois aprés avoir
engagé le Sultan Solyman
à donner à ſon gendre le
Bachalik de Damas.
Yij
260 MERCURE
Halil a vécu depuis plus
de vingt ans avec tout l'é
clat & tous les honneurs.
dont puiſſent joüir les plus
Grands Seigneurs de l'Empire
Othoman . Mais il n'eſt
rien de fi fragile que le
bonheur des hommes , la
moindre jaloufic ou la
,
moindre eſperanceles
étourdit au milieu de leur
felicité , & il ſuffit qu'ils
ayent eſté tousjours heureux
, pour croire n'avoir
jamais d'infortune à redouter
: enyvré de leur gran
deur , leur Maiſtre ne de
GALANT . 261
vient à leurs yeux qu'un
mortel comme eux , fouvent
meſme ils prétendent
s'attirer & meriter plus
d'honneurs que leur Mail
tre
Le trés haut Sultan Achmet
àpréſent regnant , ſur la
nouvelle de la revolte du
Bacha de Bagdad , a fur le
champ envoyé aux Bachas
de Damas & d'Alep un
ordre exprés de marcher
avec toutes leurs troupes
contre ce rebelle ſujet. Sitoſt
que leur armée a eſté
en estat d'entrer en cam262
MERCURE
pagne , ils ont rencontre
attaqué &battu ce Bacha.
Le Sultan juſques-là a efté
fervi à merveille ; mais on
ajouſte qu'ébloüis appar
ramment de quelques projets
ambitieux dont on ne
ſçait encore ny le fond
ny les détails , & flattez
ſans doute de l'eſpoir
d'un ſuccez favorable , ces
deux Bachas ont entretenu
une intelligence criminelle
avec celuy de Bagdad.
Que le Bacha de
Damas a eſté convaincu de
ce crimepar des lettres qui
GALANT . 263
onteſté interceptées ,& qui
fot tombées entre les mains
du Grand Seigneur , qui a
dépeſché auſſi toſt l'ordre
ſuprême qui vient de coufter
la vie à cet infortuné
Bacha. Je ne ſçay pas encore
, files muets l'ont étranglé,
s'il a efté afſaſſiné , ou
ſi on luy a tranché la teſte ;
mais je ſçay bien que le
Sultan a prononcé l'arreſt
dont il eſt mort .
Dés que l'Armenien cuft
fini ſon recit , je le remerciay
de m'avoir appris tant
de particularitez de la vic
C
264 MERCURE
des trois Bachas Halil
Yeghen & Zeinal , & je le
priay de m'informer de
toutes les nouveautez qu'il
pourroit apprendre encore.
Il ne ſe paſſera rien dans
ce pays- cy qui vaille la peine
de vous eftre mandé
dont je ne vous faſſe pare
avec plaifir.
Je ſuis Mr. &c.
Fermer
Résumé : HISTOIRE du Bacha de Damas.
Le texte narre l'histoire de Halil Acor Bacha de Damas, relatée par un Arménien ayant été impliqué dans le commerce d'esclaves. L'histoire commence à Baghlar, un port de la mer Noire, où un Janissaire nommé Zeinal, originaire de Bulgarie, réside avec sa femme enceinte. Un Sheik et l'Arménien les assistent lors de l'accouchement. Le Sheik prédit un avenir glorieux pour l'enfant, qui se réalise lorsque Zeinal devient Bacha d'Albanie. Cependant, Zeinal est exécuté sur ordre du Grand Visir Ismael, à la demande du général Osman Yeghen. Le fils de Zeinal, Halil, alors Capigibachi en Asie, apprend la mort de son père longtemps après. Halil, épris d'une esclave destinée au Sultan, l'enlève et se réfugie chez un médecin juif. Forcé de quitter sa cachette, Halil se rend à Constantinople où il est reconnu et rejoint les Spahis. Après la mort de son père, Halil affronte Yeghen en duel, mais est blessé. Yeghen, impressionné par le courage de Halil, lui offre son amitié. Halil apprend ensuite la mort de sa femme, Adrabista, des mains du médecin juif Adrianou. Le texte relate également l'histoire d'Adrabista, une femme juive et épouse de Halil. Désespérée par le départ de Halil, elle décide de le suivre déguisée en homme pour affronter les dangers qu'il rencontre. Elle cache sa douleur et son désir de le rejoindre, mais finit par révéler ses intentions à Adrianou, un confident. Malgré ses efforts pour la dissuader, Adrabista s'enfuit et rejoint les troupes chrétiennes, où elle se convertit au christianisme. De son côté, Halil, informé de la trahison d'Adrabista, est dévasté. Yeghen, un ami de Halil, tente de le consoler en lui offrant une de ses femmes. Halil, après une période de réflexion, choisit la fille de Yeghen et l'épouse. Il mène ensuite une vie prospère et honorable jusqu'à sa mort. Le texte se termine par la nouvelle de la rébellion du Bacha de Bagdad et de la trahison des Bachas de Damas et d'Alep, qui sont accusés de complicité. Le Bacha de Damas, Halil, est exécuté sur ordre du Sultan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 217-241
Extrait curieux d'un Procès qui a esté depuis peu plaidé au grand Conseil, [titre d'après la table]
Début :
Je suis fort redevable à Mr L. V. du present qu'on [...]
Mots clefs :
Enfant, Mariage, Père, Époux, Épouse, Naissance, Province, Gendre, Procès, Chagrin, Mari
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait curieux d'un Procès qui a esté depuis peu plaidé au grand Conseil, [titre d'après la table]
Je fuis fort redevable à
Mr L. V. du present qu'on
vient de me faire de sa part,
& je ne doute point que
tout le monde ne luy fçaJ
che autant de gré que moy
; de la peine qu'il a prise de
décacher tous les Articles
; principaux d'un procez extraordinaire
qui vient d'cc.
trejugéà un des premiers
tribunaux de Paris, pouren
composer(sans s'écarter de
la vérité) l'histoire qui suit
sur les pieces originales qui
en font la matiere.
Mademoiselle Nassulvaved
estnée dans une des
plus considerables provinces
du Royaume; ses parens
qui y tenoient les premiers
rangs dans la robe, & qui
possedoient de grands
biens, luy donnerent une
éducation conforme à sa
naissance, leurs foins ne furent
pas infructueux. Elle
eut a peine quinze ansquelle
fut l'admiration de toute
sa province, les plus honnestes
gens luy rendirent
des soins; sa beauté, sa ieunesse,
& son esprit au dessus
de son âgeluy attirerent
bien-tost une grosse cour. De tous ceux qui s'empresserent
à la servir, le
seul Emselad son parent fut
celuy qui trouva le secret de
la rendre sensible
,
le libre
accez qu'il avoit dans la
maison de son pere ,
luy
fit faire en peu de temps
un progrez considerable
sur son coeur. Les premierres
inclinations sont viol
lentes, on oublie facilement
le devoir pour ne suivre
que les mouvements
d'unepassion agreable.
La pauvre Demoiselle fen*
tit bien-tost avec douleur;
ce que Forcez de sa complaisance
alloit lyy couster;
lacrainte que sa hontene;
le:, decouvrist, l'accabla
d'horreur & de tristiesse,
elle pressa, mais inutilement
,Emcelad à la demander
en mariage, des raisons
de famille luy servirent de
prpérétetexxttee ppoouurr ll''eesnlooii~gnneerr de
cette proposition. Lnnnuii
autre parti se presenta, ce
fut Lezariu magistrat illustre,
riche &connu, particulierement
du pere de
Nassulvaved, quifutécoute
ir- favorablement.Le pere
sans consulter sa fille regle
avec luy, & les conditions
Ôc le temps du mariage.
Quel coup de foudre pour
cette tendre amante ! de
quels mouvements ne futelle
pointagitée quand elle
,~
apprit cette fatale resolution.
Il falloit renoncer
pour cousjours à la feule
r personne qui luy estoirchere,
s'engager avec une àurre
qu'elle ne pouvoit souffris,
& plus que cela, s'exporer
à l'accablante confusion de
voir découvrir parun
les fuites d'un commerce
qu'elle auroit fouhairé pouvoir
se cacker à elle-mesme.
Quellesituation 1 daps le
fort de sa douleur, elle chercha
de la consolation dans
les conseils de ses alTIies.,
elles luy proposerent ( entre
autres une Religieuse )
de se jetter aux pieds de son
pere, & deluy avoüer l'estac
où elle estoit
, pour ledé-
-
tourner du dessein qu'il
avoit formé, enÍÙite de ne
pas s'éloigner, au cas que Lezariu
fit quelques démarches
pour obtenir des
1. faveurs,& enfin de prendre
desremedes qu'elle s'offrit
de luy faire avoir pour
| empescher raccroiflement,
, ou plustost pour étouffer le
fruit de son premier amour;
; mais s'estanttrouvédes ob
tfaclesinfurmontablesàcecexpedient,
ktrifte Nassulvaved
se determinaà envo-
: yer chercher Emcelad,elle
,
l'informa de ce qui se pas-
> soit,Iuy peignitsontion
avec les traits les plus
vifs)le conjura de rompre l'engagement que l'on avoit
projetté, & quiestoit sur le
point de se conclure. Ses
prieres& ses larmes furent
sans effet,cet amant lasche,
infidele
, ou degousté, demeura
dans l'inaction, la
victime fut menée à l'aucel,
& le mariage célébré avec
Lezariu, sans qu'Emcelad
fit le moindre mouvement
pours'y opposer.
Les premiers jours de ce
mariage qui paroissoit si
convenable,& qui l'estoit
si peu, se passerent en apparence
asseztranquillement
; mais ce calme dura
peu, l'époux s'a pperceut du
malheur de son épouse
,
il
s'abandonna aux fureurs de
la plus noire jalousîe,& de
la plus violente colere, il la
força de luy avouër son crime,
luy fit nommer son seducteur,&
Tengageaàfaire
le mesme aveu devant son
pere, qu'il avoit fait venir
chez luy pour cela. Le pere
au desespoir porta son resfentimeot
jusqu'à vouloir
faire enfermer sa fille; mais
le mary qui prévit l'éclat
que cela feroit dans lemonde,
& que la honte en réjailliroit
sur luy, prit le par.
ty que tous les hommes sages
devroient prendre en
pareille occasion
;
il opposa
la puissance maritale à la
paternelle,pria son beaupere
d'écouffer son chagrin,
& exigea feulement de luy
que l'enfant qui naistroit
de son épouse ne sust point
confideré comme le sien;
on prit sur cela des temperaments,
oti convint quimmediatement
après la naissance
de l'enfant, il feroit
secretement exposé
, &
qu'on feroit ensorte qu'il
ignorast toujours son origine.
-
Le mary cependant qui
portoit tousjours dans le
coeur le trait de la jalousie
dont il avoit esté blessé
n'eut depuis , pour son epouse
qu'un extrêmeéloignement.
Il ne la voulut plus
voir pendant plus de six
mois, il fit plusieurs voyages
,
fut prendre les eaux,
trop heureux s'il eust peu
trouver celles de l'oubli.
Dans le septiéme mois du
mariage, sonépouse accoucha
d'une fille à une maison
de campagne de son
mary; l'enfant fut misaussitost
dans un panier, &por.
téàdix lieuësde là par un
laquais chez une nourrice
qui s'en chargea, &le fit
baptiser le lendemain fous
lenom de Catherine ccinime
un enfant trouvé; il ne
fut point parlé du nom hy
du pere ny de la mere , on
tut mesmejusqu'à celuy du
parain & de la maraine, ce
furent deux enfans de paysans
quien servirent.
Le pere de l'épouse, qui
par un principe de charité
n'avoit pu le déterminerà
faire exposer l'enfant,voulutCependant
rassurer Tépouxsur
la creance qu'il auroit
eue,s'ilavoit seeu qu'on
lefit secretement élever,il
luy écrivit le mesme jour des
couches qu'ilpouvoir se
tranquiliser
, que l'enfant
estoit mort en naissant.Cela
luy fut confirmé à son retour
par tous les domestiques,
& toutes les personnes
Iqui pouvoient avoir con-
»rçoifTance des couches; le
mary qui
,
le croyoit fince-
'; rement n'enparla plus depuis,
il fut trois ans sans s'en
»
informer.
Le beaupere cependant
qui vouloit empescher quon
ne sceut quel estoit l'ensant,
le fit pendant ces trois
annéespromenerde province
en province, de village
en village, & enfin il
le fit revenir dans le lieu de
sa naissance. Tout cela se
fit tousjours avec un exrréme
mystere ,& ce ne fut
qu'à des personnes de la lie
du peuple,&en dernier lieu
à des femmes de mauvâise
vie que son éducation fut
confiée.
L'épouse qui ne voyoit
point de retour sincere pour
elle dans son époux,avait
paffé tout ce temps dans
une langueur qui ne luy laisfoit
qu'une santé fort imparfaite,
le temps ne diminuoit
rien de la violence de
son chagrin, il sembloit au
contraire l'augmenter: elle
en fut si accablée qu'elle
tomba malade,& mourut
sans avoir lainea sonmary
aucun autre enfant de son
mariage
Elle estoit une des plus riches
heritieres de la province.
Lemary qui par cette
mort estoit obligé de restituer
une dote considerable
qu'il avoit touchée:, & qui
d'un autre cofté se voyoit
privé de l'esperance des successions
opulentes de son
beaupere ou de sa bellemere,
marqua un extrême chagrin
de n'avoir point d'enfants.
Quelques uns desesamis
à qui il en parla, s'eftonnerent
du motifqu'il donnoit
a son chagrin, luy dirent
qu'il avoit un enfant, luy
indiquèrent le lieu oùil estoit.
Transporté de joye, il
«
le
le fut prendre, &le remit
dans la maison paternelle,
oùilademeuré tranquillement
pendant plusieurs-années.
•-Le beaupere devoit à l'époux
une rente pour le restant
de la dote de son épouse
qu'il navoit pas payé, il
en estoit esheu quelques
années d'arrerages, l'époux
.-les luy demanda, & faute
de payement le-fît ensuite
ussigner pourestrecondarn
aie à les luy payer*^ :
Uninterest aussi leger Ici
broüilla ensemble;le beaupere
que loin de
riendevoir à son gendre,
c'estoit son gendre qui luy
devoir, que la mort de sa
femme sans enfants le met.
toit dans l'obligation de restituer
sa doc.
< - Cela fit une contestation
entre eux, qui fut portée
dans un tribunal de la province.
Le gendre surpris de
la prétention de son beaupere,
soustint qu'elle n'estoit
pas légitime, il dit fay
un enfant,il le representa
ce fut , celuy dont nous
avons parlé.) il futquestion
:en premier lieu de sçavoir
si cet enfant representé eC:
toit celuy dont l'épouse estoit
accouchée,& duquel on
avoit si fort enveloppé la
naissance dans les trois premieres
années de sa vie;
mais ce systeme ayant été
abandonné par le beaupere.
il se retrancha ensuite à dire
que l'enfant n'estoit pas legiume,
parce qu'il avoit
esle conceu d'un autre que
de l'époux deux mois avant
son mariage. Cela donna
lieu à des enquestesqui furentfaites
de part &d autre,
plusieurs tesmoins y déposerent,
les uns qu'avant le
mariage la femme leur avoit
confié les chagrins qus-t
elle avoit au sujet de sa grossesse,
quelle leur en avoit
nommél'auteur
,
qu'elle
leur avoit dit que c'estoit
Emcelad son parentqui restoit
; d'autres dirent luy
avoir ouy dire ce qui s'estoit
passéà ce sujet immédiatement
après son mariage entre
son pere, son époux &
elle, & d'autres enfin expliquèrent
ce qui est arrive
dans le temps & depuis les
couches. Dit ces differentes
depositions on prétendoit
tirer la consequence que
¡ l'enfant n'estoitpaslegitime.
L'époux n'avoit pour
asseurer l'estat de l'enfant
que sa naissance dans le septiéme
mois du mariage, &
la possession où elle estoit
de sonestat dans la maison
;apanternnelleédepeuisspl.usieurs
Les premiers Juges ne
trouvèrent pas que ce fust
assez pour l'époux de justi-
1.
fier que l'enfant estoit né
dans le septiéme mois du
mariage, ils luy ordonnerent
de faire preuve qu'il
estoit conceu dumariage &
pendant le mariage
,
c'esta
dire de luy & depuis son
mariage.
Une pareille preuve n'estoit
pas facile,elle ne pouvoit
estre ny demandée ny
ordonnée;l'époux a interjette
appel de ce jugement.
Le tribunal auguste où cet
appel a esté porté,est composé
de Magistrarstrès-éclairez,
& justes dispensateurs
de la justice. En vain
on y a renouvelle fous le
nom de tierces personnes le
systemedesupposicion qu'-
onavoiraban donné devanr
les premiers Juges, inutilement
on a voulu employer
le testament du beaupere
,
& un écrit qu'il avoit fait
avant sa mort pour prouver
riitegicimice de l'enfant,
pour faire voir qu'il la tousjours
regardé comme tel,
qu'il la privé de sa succes-
, sion; on ya employé avec
aussipeu de succez les paroles
foudroyantes addressées
par le beaupere au gendre
un moment avant sa mort à
l'occasion de la renonciation
qu'on vouloir quise fit
entre eux: Je vous fAfidonne
en dieu, luy dit-il, mais je
ne vous pardonne point leton
que vous faites a ma famille
,
je vous adjourne devant Dieu,
il nous jugera jal/és.jè riay
,plus rien a vous dire. L'éloquence
& l'art des orateurs
,na pu faire d'impression sur
cesesprits su blimes,unique-.
mentattachez à l'observance
des loix
,
ils ontjudicieusement
separé tout ce qui
contre le droit public& la
saintetédu mariage , pouvoit
voit aller à faire douter de
lalegitimité de l'enfant; &
par un Arrest celebre ils ont
aÍfeuré l'estat de l'enfant,en
le déclarant légitimé.
Tout Paris, toute la pro-.
vince, attentifs à cette decision,
luy ont donné toutes
les loüanges qu'elle merireJ
& cette jeune, &belle
fille qui a prés de quatorze
ans, va estre un des riches
Mr L. V. du present qu'on
vient de me faire de sa part,
& je ne doute point que
tout le monde ne luy fçaJ
che autant de gré que moy
; de la peine qu'il a prise de
décacher tous les Articles
; principaux d'un procez extraordinaire
qui vient d'cc.
trejugéà un des premiers
tribunaux de Paris, pouren
composer(sans s'écarter de
la vérité) l'histoire qui suit
sur les pieces originales qui
en font la matiere.
Mademoiselle Nassulvaved
estnée dans une des
plus considerables provinces
du Royaume; ses parens
qui y tenoient les premiers
rangs dans la robe, & qui
possedoient de grands
biens, luy donnerent une
éducation conforme à sa
naissance, leurs foins ne furent
pas infructueux. Elle
eut a peine quinze ansquelle
fut l'admiration de toute
sa province, les plus honnestes
gens luy rendirent
des soins; sa beauté, sa ieunesse,
& son esprit au dessus
de son âgeluy attirerent
bien-tost une grosse cour. De tous ceux qui s'empresserent
à la servir, le
seul Emselad son parent fut
celuy qui trouva le secret de
la rendre sensible
,
le libre
accez qu'il avoit dans la
maison de son pere ,
luy
fit faire en peu de temps
un progrez considerable
sur son coeur. Les premierres
inclinations sont viol
lentes, on oublie facilement
le devoir pour ne suivre
que les mouvements
d'unepassion agreable.
La pauvre Demoiselle fen*
tit bien-tost avec douleur;
ce que Forcez de sa complaisance
alloit lyy couster;
lacrainte que sa hontene;
le:, decouvrist, l'accabla
d'horreur & de tristiesse,
elle pressa, mais inutilement
,Emcelad à la demander
en mariage, des raisons
de famille luy servirent de
prpérétetexxttee ppoouurr ll''eesnlooii~gnneerr de
cette proposition. Lnnnuii
autre parti se presenta, ce
fut Lezariu magistrat illustre,
riche &connu, particulierement
du pere de
Nassulvaved, quifutécoute
ir- favorablement.Le pere
sans consulter sa fille regle
avec luy, & les conditions
Ôc le temps du mariage.
Quel coup de foudre pour
cette tendre amante ! de
quels mouvements ne futelle
pointagitée quand elle
,~
apprit cette fatale resolution.
Il falloit renoncer
pour cousjours à la feule
r personne qui luy estoirchere,
s'engager avec une àurre
qu'elle ne pouvoit souffris,
& plus que cela, s'exporer
à l'accablante confusion de
voir découvrir parun
les fuites d'un commerce
qu'elle auroit fouhairé pouvoir
se cacker à elle-mesme.
Quellesituation 1 daps le
fort de sa douleur, elle chercha
de la consolation dans
les conseils de ses alTIies.,
elles luy proposerent ( entre
autres une Religieuse )
de se jetter aux pieds de son
pere, & deluy avoüer l'estac
où elle estoit
, pour ledé-
-
tourner du dessein qu'il
avoit formé, enÍÙite de ne
pas s'éloigner, au cas que Lezariu
fit quelques démarches
pour obtenir des
1. faveurs,& enfin de prendre
desremedes qu'elle s'offrit
de luy faire avoir pour
| empescher raccroiflement,
, ou plustost pour étouffer le
fruit de son premier amour;
; mais s'estanttrouvédes ob
tfaclesinfurmontablesàcecexpedient,
ktrifte Nassulvaved
se determinaà envo-
: yer chercher Emcelad,elle
,
l'informa de ce qui se pas-
> soit,Iuy peignitsontion
avec les traits les plus
vifs)le conjura de rompre l'engagement que l'on avoit
projetté, & quiestoit sur le
point de se conclure. Ses
prieres& ses larmes furent
sans effet,cet amant lasche,
infidele
, ou degousté, demeura
dans l'inaction, la
victime fut menée à l'aucel,
& le mariage célébré avec
Lezariu, sans qu'Emcelad
fit le moindre mouvement
pours'y opposer.
Les premiers jours de ce
mariage qui paroissoit si
convenable,& qui l'estoit
si peu, se passerent en apparence
asseztranquillement
; mais ce calme dura
peu, l'époux s'a pperceut du
malheur de son épouse
,
il
s'abandonna aux fureurs de
la plus noire jalousîe,& de
la plus violente colere, il la
força de luy avouër son crime,
luy fit nommer son seducteur,&
Tengageaàfaire
le mesme aveu devant son
pere, qu'il avoit fait venir
chez luy pour cela. Le pere
au desespoir porta son resfentimeot
jusqu'à vouloir
faire enfermer sa fille; mais
le mary qui prévit l'éclat
que cela feroit dans lemonde,
& que la honte en réjailliroit
sur luy, prit le par.
ty que tous les hommes sages
devroient prendre en
pareille occasion
;
il opposa
la puissance maritale à la
paternelle,pria son beaupere
d'écouffer son chagrin,
& exigea feulement de luy
que l'enfant qui naistroit
de son épouse ne sust point
confideré comme le sien;
on prit sur cela des temperaments,
oti convint quimmediatement
après la naissance
de l'enfant, il feroit
secretement exposé
, &
qu'on feroit ensorte qu'il
ignorast toujours son origine.
-
Le mary cependant qui
portoit tousjours dans le
coeur le trait de la jalousie
dont il avoit esté blessé
n'eut depuis , pour son epouse
qu'un extrêmeéloignement.
Il ne la voulut plus
voir pendant plus de six
mois, il fit plusieurs voyages
,
fut prendre les eaux,
trop heureux s'il eust peu
trouver celles de l'oubli.
Dans le septiéme mois du
mariage, sonépouse accoucha
d'une fille à une maison
de campagne de son
mary; l'enfant fut misaussitost
dans un panier, &por.
téàdix lieuësde là par un
laquais chez une nourrice
qui s'en chargea, &le fit
baptiser le lendemain fous
lenom de Catherine ccinime
un enfant trouvé; il ne
fut point parlé du nom hy
du pere ny de la mere , on
tut mesmejusqu'à celuy du
parain & de la maraine, ce
furent deux enfans de paysans
quien servirent.
Le pere de l'épouse, qui
par un principe de charité
n'avoit pu le déterminerà
faire exposer l'enfant,voulutCependant
rassurer Tépouxsur
la creance qu'il auroit
eue,s'ilavoit seeu qu'on
lefit secretement élever,il
luy écrivit le mesme jour des
couches qu'ilpouvoir se
tranquiliser
, que l'enfant
estoit mort en naissant.Cela
luy fut confirmé à son retour
par tous les domestiques,
& toutes les personnes
Iqui pouvoient avoir con-
»rçoifTance des couches; le
mary qui
,
le croyoit fince-
'; rement n'enparla plus depuis,
il fut trois ans sans s'en
»
informer.
Le beaupere cependant
qui vouloit empescher quon
ne sceut quel estoit l'ensant,
le fit pendant ces trois
annéespromenerde province
en province, de village
en village, & enfin il
le fit revenir dans le lieu de
sa naissance. Tout cela se
fit tousjours avec un exrréme
mystere ,& ce ne fut
qu'à des personnes de la lie
du peuple,&en dernier lieu
à des femmes de mauvâise
vie que son éducation fut
confiée.
L'épouse qui ne voyoit
point de retour sincere pour
elle dans son époux,avait
paffé tout ce temps dans
une langueur qui ne luy laisfoit
qu'une santé fort imparfaite,
le temps ne diminuoit
rien de la violence de
son chagrin, il sembloit au
contraire l'augmenter: elle
en fut si accablée qu'elle
tomba malade,& mourut
sans avoir lainea sonmary
aucun autre enfant de son
mariage
Elle estoit une des plus riches
heritieres de la province.
Lemary qui par cette
mort estoit obligé de restituer
une dote considerable
qu'il avoit touchée:, & qui
d'un autre cofté se voyoit
privé de l'esperance des successions
opulentes de son
beaupere ou de sa bellemere,
marqua un extrême chagrin
de n'avoir point d'enfants.
Quelques uns desesamis
à qui il en parla, s'eftonnerent
du motifqu'il donnoit
a son chagrin, luy dirent
qu'il avoit un enfant, luy
indiquèrent le lieu oùil estoit.
Transporté de joye, il
«
le
le fut prendre, &le remit
dans la maison paternelle,
oùilademeuré tranquillement
pendant plusieurs-années.
•-Le beaupere devoit à l'époux
une rente pour le restant
de la dote de son épouse
qu'il navoit pas payé, il
en estoit esheu quelques
années d'arrerages, l'époux
.-les luy demanda, & faute
de payement le-fît ensuite
ussigner pourestrecondarn
aie à les luy payer*^ :
Uninterest aussi leger Ici
broüilla ensemble;le beaupere
que loin de
riendevoir à son gendre,
c'estoit son gendre qui luy
devoir, que la mort de sa
femme sans enfants le met.
toit dans l'obligation de restituer
sa doc.
< - Cela fit une contestation
entre eux, qui fut portée
dans un tribunal de la province.
Le gendre surpris de
la prétention de son beaupere,
soustint qu'elle n'estoit
pas légitime, il dit fay
un enfant,il le representa
ce fut , celuy dont nous
avons parlé.) il futquestion
:en premier lieu de sçavoir
si cet enfant representé eC:
toit celuy dont l'épouse estoit
accouchée,& duquel on
avoit si fort enveloppé la
naissance dans les trois premieres
années de sa vie;
mais ce systeme ayant été
abandonné par le beaupere.
il se retrancha ensuite à dire
que l'enfant n'estoit pas legiume,
parce qu'il avoit
esle conceu d'un autre que
de l'époux deux mois avant
son mariage. Cela donna
lieu à des enquestesqui furentfaites
de part &d autre,
plusieurs tesmoins y déposerent,
les uns qu'avant le
mariage la femme leur avoit
confié les chagrins qus-t
elle avoit au sujet de sa grossesse,
quelle leur en avoit
nommél'auteur
,
qu'elle
leur avoit dit que c'estoit
Emcelad son parentqui restoit
; d'autres dirent luy
avoir ouy dire ce qui s'estoit
passéà ce sujet immédiatement
après son mariage entre
son pere, son époux &
elle, & d'autres enfin expliquèrent
ce qui est arrive
dans le temps & depuis les
couches. Dit ces differentes
depositions on prétendoit
tirer la consequence que
¡ l'enfant n'estoitpaslegitime.
L'époux n'avoit pour
asseurer l'estat de l'enfant
que sa naissance dans le septiéme
mois du mariage, &
la possession où elle estoit
de sonestat dans la maison
;apanternnelleédepeuisspl.usieurs
Les premiers Juges ne
trouvèrent pas que ce fust
assez pour l'époux de justi-
1.
fier que l'enfant estoit né
dans le septiéme mois du
mariage, ils luy ordonnerent
de faire preuve qu'il
estoit conceu dumariage &
pendant le mariage
,
c'esta
dire de luy & depuis son
mariage.
Une pareille preuve n'estoit
pas facile,elle ne pouvoit
estre ny demandée ny
ordonnée;l'époux a interjette
appel de ce jugement.
Le tribunal auguste où cet
appel a esté porté,est composé
de Magistrarstrès-éclairez,
& justes dispensateurs
de la justice. En vain
on y a renouvelle fous le
nom de tierces personnes le
systemedesupposicion qu'-
onavoiraban donné devanr
les premiers Juges, inutilement
on a voulu employer
le testament du beaupere
,
& un écrit qu'il avoit fait
avant sa mort pour prouver
riitegicimice de l'enfant,
pour faire voir qu'il la tousjours
regardé comme tel,
qu'il la privé de sa succes-
, sion; on ya employé avec
aussipeu de succez les paroles
foudroyantes addressées
par le beaupere au gendre
un moment avant sa mort à
l'occasion de la renonciation
qu'on vouloir quise fit
entre eux: Je vous fAfidonne
en dieu, luy dit-il, mais je
ne vous pardonne point leton
que vous faites a ma famille
,
je vous adjourne devant Dieu,
il nous jugera jal/és.jè riay
,plus rien a vous dire. L'éloquence
& l'art des orateurs
,na pu faire d'impression sur
cesesprits su blimes,unique-.
mentattachez à l'observance
des loix
,
ils ontjudicieusement
separé tout ce qui
contre le droit public& la
saintetédu mariage , pouvoit
voit aller à faire douter de
lalegitimité de l'enfant; &
par un Arrest celebre ils ont
aÍfeuré l'estat de l'enfant,en
le déclarant légitimé.
Tout Paris, toute la pro-.
vince, attentifs à cette decision,
luy ont donné toutes
les loüanges qu'elle merireJ
& cette jeune, &belle
fille qui a prés de quatorze
ans, va estre un des riches
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Résumé : Extrait curieux d'un Procès qui a esté depuis peu plaidé au grand Conseil, [titre d'après la table]
Le texte relate une histoire judiciaire complexe impliquant trois personnages principaux : Mademoiselle Nassulvaved, Emcelad, et Lezariu. Nassulvaved, issue d'une famille influente et riche d'une province du Royaume, attire l'attention de nombreux prétendants à l'âge de quinze ans. Emcelad, son parent, parvient à gagner son affection, mais elle se retrouve forcée d'épouser Lezariu, un magistrat riche et connu, à la demande de son père. Nassulvaved, désespérée, tente en vain de convaincre Emcelad de l'épouser. Après le mariage, Lezariu découvre la grossesse de Nassulvaved et, dans un accès de jalousie, la force à avouer sa relation avec Emcelad. Lezariu exige que l'enfant soit exposé et élevé secrètement. L'enfant, une fille nommée Catherine, est confiée à une nourrice et élevée dans le secret. Nassulvaved meurt quelques années plus tard sans avoir eu d'autres enfants. Lezariu, ignorant la survie de l'enfant, la récupère après avoir été informé de son existence. Une dispute éclate entre Lezariu et le père de Nassulvaved concernant la légitimité de l'enfant et la restitution de la dot. Le tribunal, après avoir examiné les témoignages et les preuves, déclare l'enfant légitime, confirmant ainsi son statut dans la famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 14-49
GRIMACE. CONTE.
Début :
J'avois resolu de vous donner à l'entrée de ce volume / Il y avoit une fois un Roy si beau, si beau, qu'il [...]
Mots clefs :
Grimace, Roi, Laideur, Amour, Princesse, Cabinet, Fées, Cour, Beauté, Palais, Esprit, Père, Fontaine, Yeux, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRIMACE. CONTE.
J'avois resolu de vous
donner à l'entrée de ce volume
une Histoire Angloise
: mais je viens de recevoir,
avec une lettre qui
me détermine, un Conte
des Fées qui me paroît aCsez
joliment écrit, & plein
d'une (i bonne morale, que
je change de resolution en
faveurdela nouveauté.
G K I MAC E.
CONTE. I Ly avoir une fois un
Roy si beau,sibeau, qu'il
n'y avoit rien de plus beau
xjue la Reine sonépouse. Il
voit étécoquet dans sa
jeunesse, & s'étaitjetté à
co ps perdu dans les bonnes
fortunes. C'etoit alors
le regne des Fées, regne
fameux parmi les gens de
facile' croyance. Elles se
servoient de leur pouvoir,
les unes bien, les autres
mal Ces capricieuses chimeres
avoient le coeur sensible.
Des Féessensibles!
cela paroîtra nouveau, &
ce n'est pas ainsi que les dé.
peint Madame la Comtesse
d'Aulnoy, qui les connoissoit
à fonds: mais que ne
risque point un conteur
pour
pvouer daonnuer rdaens 'la.n?ou- :Deux* des plus consido-
Fables d'entr'elles, nommées
Bonne & Maligne,
sentirentla puissance des
cchhaarmesduRRooyy ff~aanlsls*; ppaaiirr..
Dan$ IcsmgJcs de la galanterie
ordinaire les hommes
sontles premieres démarches
;.
il n'enest pas de
•flijcttifc parmi lés Fées, elles
font les avances. Bonne fut
plus vive ou plus heureuse
queMaligne
;
elle parla la
çrcttiiere, ôç fut bien reçûë.
Maligne au contraire fut
éconduite. Ce n'est pas que
Beau sans pair ne pût fournir
à.deux passions
,
il avoir
le coeur grand: mais Maligne
lui déplut, & comme
elle n'avoir point fait de
façons pour lui ,dire;quJelle
l'aimoit, iln'en fit point
aussipour lui répondre qu'il
ne l'aimoir pas, & qu'ilne
l'aimerait jamais. Cette réponse
mit Maligne en fureur,
elle lui promit de se
vanger, & lui tint parole.
Quelque remps après le
Roy se maria, & au bout
d'une année la Reine accoucha
d'une fille. Bonne,
& Maligne assisterent à sa
naissance. Bonne dit: Je. la
douë de beauté pour toûjours
;Maligne dit: Et moy
de mauvaise humeur. Un
an après la Reine accoucha
encore d'une fille; Maligne
arriva la premierc, & dit:
Je la douë de laideur, & je
la nomme Grimace. Bonne
survint qui dit: Et ffivy je
la douë dadrefle & de douceur
pour toûjours.
Tel futle partage de ces
deux Princesses
; elles devinrent
grandes, l'ai iee effacoit
toutes les beaucez de
la Cour du Roy son pere:
mais elle étoit si fiere & si
bizarre
,
qu'elle revoltoit
tout le monde. Elle épousa
un Prince de son caractere,
en sorte qu'ilsn'eurent pas
peu à souffrir de leur caprice.
réciproque. Nous les
laisserons se chagriner l'un
& l'autre, & n'en dirons
pas davanrage.
La cadette étoit laide,
ôc d'une laideur si choquante
d'abord
,
qu'on avoit
de la peine à la regarder.
Elle ne pouvoir ni rire
ni parler, qu'elle ne fît la»
grimace; ce quifutcause
qu'on lui en donna le noira
Cependant elle étoit si douce
& si spirituelle
,
qu'on
s'accoûtumoit à sa laideur,
& qu'elle avoir plus de partisans
que la Princesse si
soeur.
Dans ce temps- là il vint
un étranger dans la Cour
de Beau sans pair. C'étoit
un Marchand de bijoux. Il
avoir entr'autres choses des
miroirs dont on avoir trouvé
depuis peu l'invention
dans son pays. Il en vendit
un au Roy, à la Reine, aux
Princesses Se à toutes les
Dames, qui étaient charmées
de s'y voir, & de les
trouver aussî flateurs que
leurs amans. Que devint
Grimace, lors qu'elle se regarda?
Le miroir lui tomba
des mains, & se brisa
encent morceaux. Quand
on n'est laide qu'à un certain
point, on te flate, on
se console: mais quand on
l'est à l'exçés, on tombe
dans le desespoir. On a dit
tant de fois qu'une femme
se pardonne tout hors l'extreme
laideur, que je n'ose *
encore le dire ici.
Grimace se retira dans
sa chambre, & semità
pleurer amerement.Sa gouvernanteeutbeau
lui dire,
qu'à la verité elle n'écoit
pas sibelle que la Princesse
sa soeur, mais qu'elleavoit
d'ailleurs tant d'esprit &
des maniérés si graciéuses,
qu'elle n'étoit pas la plus
mal partagée, Grimace ino
consolable ne lui répondit
rien, & forma le dessein
deseretirer de la Cour, &
d'aller mourir dans quelque
desert.
",', Beau sans pair donna
une fête le lendemain. On
n'avoit point alors l'usage
dumasque, il faloit paroîtreàvisage
découvert. Grimace
eûtbien voulu nele
pointtrouver à l'aflcmblccx
cependant leRoy ayant souhaité
qu'elle y fût,elle feignit
de se rendre à sa votoncéy
& souffrit qu'onl'habillât
magnifiquement. La
fête fut galante,& chacun
étoit si occu pé de ses plaillrs.,
que Grimace eut le
temps des'esquiver,sans
qu'on s'apperçûtdesa fuites,
du
du moins on ne s'en apperçut
que bien avant dans la
nuit. Aussitôt on la fit chef-*
cher de tous côtez ; mais
elle se cacha si bien, qu'on
ne put la trouver; ou plûtôtBonnela
renditinvisible
à tousceux qui passerent
auprès d'elle. La Fée
avoit desdesseins sur Grimace
, qu'elle ne pouvoit
rxecucerque lors qu'elle ne
seroit plus dans le Palais du
Royson pere.
m Elle avoir emporté quelques
bonsbons dans un pe- titpanier,où il yavoitaussi
des aiguilles, des soyes de
toutes couleurs, & de petits
morceaux d'étoffes d'or
& d'argent.
Ellemarcha quelques
jours sans s'arrêter, & fit
autant de chemin que sa
delicatesse & son peu de
forces lui permirent d'en
faire. Elle le nourrissoit de
ses bonsbons qui ne diminuoient
point. Enfin elle
trouva un endroit si agreable,
qu'elle resolut d'y rcL
ter. C'étoit un petit cabinet
de myrrhes, où l'art sembloit
avoir fecondé la nature
3 tant il étoit rangé5.
Une fontaine enrourëed'un
gazon semé de fleurs, cc
loit autour de ce cabinet;
des oiseaux de toutes especes
venoient s y garantir
des rayons dusoleil, & s'y
desalterer. Ils étaient si familiers,
qu'ils se laissoient
prendre, & Grimace donnoit
à les caresser le temps
qu'elle ne donnoit point à
son travail. Quelques mois
se passerent de la sorte,
pendant lesquels elle fit une
boëte d'un travail si merveilleux,
qu'on n'avait jaoais
rien vu de semblable.
Mais Maligne fut jalouse
dC repos dont elle jouissoit
dans sa solitude, & elle eue
la cruauté de le troubler.
Deux rustres qui avoient
chassé tout le jour aux environs
de sa retraite, vinrent
sur le soir se rafraîchir
à la fontaine; ils y trouverent
Grimace, dont l'aspect
leur fit peur: mais frapez
de la magnificence & dela
richesse de ses habits,ils
resolurent de s'enemparer.
Cela ne leur fut pas difficile,
Grimace sedépouilla
sans murmurer. Il est vrajj,
leur dit elle, qu'ils sont [r.
beaux pour une infortunée
; je vousles donne de
bon coeur: mais du moins
laissez- moy, je vous prie,
mes soyes & mes aiguilles,
c'est peu de chose pour
vous, & c'est toute ma consolation.
Ils ne l'écouterent
point, ils lui prirent tout,
& la laisserent fondante en
larmes. Helas! disoit
-
elle
d'une voix qui eût attendri
les rochers, que vais je devenir?
de quoy vivrai-je }
à quoym'occuperai -je7
CruelleMaligne,c'est vous
qui me suscitez ce nouveau
malheur. Mourons,continua-
t-elle; la mort est le
seul parti qui me reste
,
mes maux sont sans exemple
& sans remede. Lorsque
Psyché se vit en butte
à la haine de Venus, l'Amour
l'aimoit; elle étoit
belle, quelle différence entr'elle
& moy ?
Nous avons dans le coeur
un certain amour pour la
vie, que les malheurs affoiblissent,
mais qu'ils n'éteignent
jamais tout à fait. Insensiblement
Grimace fo
consola ;
elle trouva
des
fruits, dont elle se nourrit,
& ses chers oiseaux lui tinrent
une fidclle compagnie.
-1
Les voleurs verdirent
ses habits; ils eneurent
tant d'argent, qu'ils ic virent
en état de faire belle
figure.L'un d'eux mourut
quelque temps aprés) &
l'autre se retira dans un
Royaumeétranger. Le premier
avoit un fils qui n'avoit
rien de rustre que la
naissance, & qui prometcoit
beaucoup. Quand ilse
viit riche, il eut l'ambition se produire à la Cour.
La boëte lui étoit restée;
il crut qu'elle meritoit d'ër
tre offerte au Roy, & lui en
fit present. Dés que le Roy
l' eut en sa possession il en
fut si charmé
,
qu'il devint
passionnément amoureux
de celle qui l'avoir faite. Il
demanda au jeune homme
de qui il voit eu cette boëte,
& de qui il la tenait.
Celui-ci ignorant la passion
du Roy, & menteur comme
le sont la plûpart des
courtisans, lui dit, que son
pere, peu de tempsavant
sa mort, l'avoit achetée d'une
fille qui passoit par leur
village,qui leur avoit dit
qu'elle étoit de sa façon, &
que tout ce qu'il sçavoit de
cette fille, qu'il n'avoit jamais
vûe depuis, cest qu'-
elle étoit horriblement laide
, & qu'elle faisait la grimace
à tout moment. Ce
recit déplut fort au. Roy,
qui se laissa néanmoins entraîner
à son penchant. Il
n'est pas le premier qui ait
aimé sans scavoir pour,
quoy, & même sans cotY.
noître & (ans avoir vu ce qu'ilaimoit.
L'amour est enfant du caprice,
Rien ne regle ses mouvemens;
Sans cette raison-là,Clarice
Trouveroit elle des amans?
Quoy qu'il en (oit, le
Roy ayant entendu dire
que son inconnuë faisoit la
grimace, il en donna le
nom à la boëte qu'elleavoir
faite, & voulut qu'on ap.
pellât ainsi toutes celles
qu'on feroit sur son modele
Sa volonté fut suivie, & ce
nom a passé jusqu'à nous,
& selon toutes les apparences,
il passera jusqu'aux
siecles les plus reculez. Il
s'en servit à serrer sa bourse,
ses bijoux; son cacher,
& tout ce qu'il avoit de
plus precieux.
Bonne qui sembloit avoir
oublié Grimace, vint la
voir, & lui apprit toutes
ces choses. Elle eut de la
peine à les croire: Quoy
disoitelle, laide , comme je
fuis, je ferois aimée par un"
grand Roy? Non, non, je
ne suis propre qu'à inspirer
de l'horreur. Cependant un
rayon d'esperance s'éleva
dans son coeur; & la Fée,
qui ne pouvoit rester avec
elle que quelques momens,
la quitta, persuadée quelle
ne seroit pas toûjours si
malheureuse.
Cependant l'amoureux
Saphirin, c'est ainsi que se
nommoit le Roy, ne dormoit
ninuit,ni jour; l'idée
de sa chere inconnue lui
revenoit sans cesse. Ingenieuxà
letromper
,
il se la
representoit moins laide:
Elle peut, disoit. il, avoir
quelque chose de disgracieux
dans le visage ;tmais
elle a peut-être de belles
dents,de beaux yeux, une
belle main: & promenant
son imagination surtout ce
qui pouvoit le flater, il et
peroit lui trouver le corps
d'une Venus qui le consoleroit
de la difformité du
rçfte.
Sa passion se fortifîa^de
.jour en jour, & le peu d'esperancede
fc rendre heureux
lechangea si fort, qu'il
devint mêconnoissable. Ses
courtisans s'apperçurent Ôc
se sentirent desamauvaise
humeur
- on ne faisoit rien àsafantaisie ; quelque
prompts que fussent ses domestiques
à executer ses
commandemens, ils ne le
servoient jamais ni assez
vîte, ni à son gré; il n'avoit
plus de plaisir que celui
d'être seul
;
il s'échapoit
souvent de son Palais,pour
aller rêverenliberté dans
quelque lieu solitaire.
Un jour il se livra si fort
à sa rêverie, qu'il ne s'apperçue
pas qu'il s'écartoit
trop ; ilse trouva dans un
bois percé de huit ou dix
venuë.Incertain du choix,
il prit justement celle qu'il
ne devoit point prendre:la
nuit vint, il fut obligé de
coucher au pied d'un arbre.
Quelles furent ses pensées
& ses réflexions ? Je ne
lesçai pas precisément:mais
jem'imagineque l'amour
& Grimace y eurent bonne
part. Le lendemain il marcha
encore jusqu'au soir
sans - trouver d'issuë.
Cela commençoit à Finquierer.
Il fit le même ma- nege que la veille; & dés
que l'aurore parut, il monta
à cheval, & continua de
marcher si long -temps,
qu'accablé de chaleur & de
lassitude, il fut contraint
de se reposer auprès d'une
fontaine qui s'offrit à sa
veuë. C'étoit celle où Grimace
avoit paffé prés de
deux ans. fclle étoit dans le
~caomet de myrthes,do
elle entrelassoit les branch
, & en composoit les
chiffres. Elle chantoit ces
paroles. Grir
Grimace infortunée,
A des maux éternels le;
Dieux t'ont condamnée.
Ah ! vous m'avez promis
qu'ils finiroient un
jour,
Vous qui me-faisiez voir
une amitié si tendre;
Que je fuis lasse de l'attendre
Ce moment marqué par
- l'amour.
Envain les échos d'alentour
Font retentir ma peine,
Mon esperance est vaine.
Rien ne paroît dans ce sejour.
Grimace inforcunée,
A des maux éternels les
Dieux t'ont condamnée.
Cela fut chanté d'un air
si touchant, que Saphirin
en fut êmû. Helas! s'écriat-
il tout transporté,queje
ferois heureux si c'étoit la
voix de mon inconnuë !
mon coeur n'en doute point,
c'estelle. Aussitôtilseleve,
& court precipitamment
au cabinet de myrthes.
Grimace sentit à son a.
bord ce qu'elle n'avoitja
mais senti
;
l'amour lui di
que c'était son libérateur
elle le crut. L'amour ne
trouve jamais d'incredule.
Elle avança quelques pas
au. devant du Roy: mais
lors qu'elle alloit lui parler,
elle remarqua tant de
trouble & de surprise dans
ses yeux, que se retraçant
toute sa laideur, elle courut
se cacher. Où fuyezvous,
Madame, lui dit le
passionné Saphirin ? Pardonnez
à l'erreur de mes
sens; mon coeur n'est point
coupable de leur injustice.
Il lui dit encore tant de
choses rendres, que Grimace
s'apprivoisa, & souffrit
qu'il lui baisât la main.
On conçoit aisément que
la conversation fut vive &
spirituelle. Grimace grimaça
mille jolies choses sur
sa laideur, & le Roy fit de
son mieux pour la lui faire
oublier.
Le Roy la fit consentir
à quitter son defert & à le
suivre illa mit en croupe.
L'amour qui l'avoir égaré
luifit retrouver son Palais.
Quelque respect qu'oncLiC
pour lui, Grimace [Cj V!t
l'objet de la raillerie de tous
les courdians. On sefforçoit
àl'envi de lui découvrir
quelque trait de laideur,
6c on n'avoit pas de
peine. Saphirin , malgré
leurs murmures, fitfaire
de magnifiques préparatifs
: pour laceremoniede ses
noces. Il avoit sçû par Grimace
qu'elle étoit fille de
Eeau sans pair; il la lui envoya
demander, en maria-
> ge: Beau sans pair lui accorda
de bonne grace, 6c
vint luimême au mariage.
Le jour venu ,
Lejourvenu, Saphirin menaça
de son indignation
tous ceux qui ne se trouveroient
pas à la fête. Grimace
parut encore plus
laide dans la parure superbe
où elle étoit. Enfin elle arriva
au Temple, au milieu
d'une foule de peuple, attiré
par sa laideur autant
que par la beauté du spectacle.
Déja la coupe sacrée
étoit entre les mains du
Roy, qui aprés en avoir
bû,l'offrit à la Princesse. A
peine l'approcha-t-elle de
les levres, que tout d'un
coup elle parut d'une beau
té ravissante. Quelle agreable
surprise pour son époux
& pour son pere!quel sujet
d'admiration ôc d'applaudissemens
pour toute l'assemblée!
Grimace elle-même
ne voulut point en croire
ses yeux, & si Bonne ne
fût venuë lui confirmer ion
bonheur) elle en eût douté
long-temps.
Lorsque Maligne l'avoit
doüée de laideur, elle n'avoit
point dit par bonheur
que ce feroit pour toûjours,
ôc Bonne avoit trouve Ire moyen de l'adoucir, &de
faire la paix de Grimace.
Ainsi Saphirin, qui avoit
preferél'esprit à la beauté,
trouva son épouseaussi accomplie
par les charmes
du corps que par les quali-
~tez de l'elprit»
Un amour rendre & genereux
Trouve toujours sa recompense
;
La beauté peut nous rendre
heureux,
Je sçai jusqu'où va sa puis
sance: Mais
Mais un bonheur durable
-
&sans retour,
L'esprit & la
-
douceur peu-r)
vent seuls le produire;
La beautés'efface en un
jour, i:
L'esprit est éternel, & ne,
peut se détruire.
donner à l'entrée de ce volume
une Histoire Angloise
: mais je viens de recevoir,
avec une lettre qui
me détermine, un Conte
des Fées qui me paroît aCsez
joliment écrit, & plein
d'une (i bonne morale, que
je change de resolution en
faveurdela nouveauté.
G K I MAC E.
CONTE. I Ly avoir une fois un
Roy si beau,sibeau, qu'il
n'y avoit rien de plus beau
xjue la Reine sonépouse. Il
voit étécoquet dans sa
jeunesse, & s'étaitjetté à
co ps perdu dans les bonnes
fortunes. C'etoit alors
le regne des Fées, regne
fameux parmi les gens de
facile' croyance. Elles se
servoient de leur pouvoir,
les unes bien, les autres
mal Ces capricieuses chimeres
avoient le coeur sensible.
Des Féessensibles!
cela paroîtra nouveau, &
ce n'est pas ainsi que les dé.
peint Madame la Comtesse
d'Aulnoy, qui les connoissoit
à fonds: mais que ne
risque point un conteur
pour
pvouer daonnuer rdaens 'la.n?ou- :Deux* des plus consido-
Fables d'entr'elles, nommées
Bonne & Maligne,
sentirentla puissance des
cchhaarmesduRRooyy ff~aanlsls*; ppaaiirr..
Dan$ IcsmgJcs de la galanterie
ordinaire les hommes
sontles premieres démarches
;.
il n'enest pas de
•flijcttifc parmi lés Fées, elles
font les avances. Bonne fut
plus vive ou plus heureuse
queMaligne
;
elle parla la
çrcttiiere, ôç fut bien reçûë.
Maligne au contraire fut
éconduite. Ce n'est pas que
Beau sans pair ne pût fournir
à.deux passions
,
il avoir
le coeur grand: mais Maligne
lui déplut, & comme
elle n'avoir point fait de
façons pour lui ,dire;quJelle
l'aimoit, iln'en fit point
aussipour lui répondre qu'il
ne l'aimoir pas, & qu'ilne
l'aimerait jamais. Cette réponse
mit Maligne en fureur,
elle lui promit de se
vanger, & lui tint parole.
Quelque remps après le
Roy se maria, & au bout
d'une année la Reine accoucha
d'une fille. Bonne,
& Maligne assisterent à sa
naissance. Bonne dit: Je. la
douë de beauté pour toûjours
;Maligne dit: Et moy
de mauvaise humeur. Un
an après la Reine accoucha
encore d'une fille; Maligne
arriva la premierc, & dit:
Je la douë de laideur, & je
la nomme Grimace. Bonne
survint qui dit: Et ffivy je
la douë dadrefle & de douceur
pour toûjours.
Tel futle partage de ces
deux Princesses
; elles devinrent
grandes, l'ai iee effacoit
toutes les beaucez de
la Cour du Roy son pere:
mais elle étoit si fiere & si
bizarre
,
qu'elle revoltoit
tout le monde. Elle épousa
un Prince de son caractere,
en sorte qu'ilsn'eurent pas
peu à souffrir de leur caprice.
réciproque. Nous les
laisserons se chagriner l'un
& l'autre, & n'en dirons
pas davanrage.
La cadette étoit laide,
ôc d'une laideur si choquante
d'abord
,
qu'on avoit
de la peine à la regarder.
Elle ne pouvoir ni rire
ni parler, qu'elle ne fît la»
grimace; ce quifutcause
qu'on lui en donna le noira
Cependant elle étoit si douce
& si spirituelle
,
qu'on
s'accoûtumoit à sa laideur,
& qu'elle avoir plus de partisans
que la Princesse si
soeur.
Dans ce temps- là il vint
un étranger dans la Cour
de Beau sans pair. C'étoit
un Marchand de bijoux. Il
avoir entr'autres choses des
miroirs dont on avoir trouvé
depuis peu l'invention
dans son pays. Il en vendit
un au Roy, à la Reine, aux
Princesses Se à toutes les
Dames, qui étaient charmées
de s'y voir, & de les
trouver aussî flateurs que
leurs amans. Que devint
Grimace, lors qu'elle se regarda?
Le miroir lui tomba
des mains, & se brisa
encent morceaux. Quand
on n'est laide qu'à un certain
point, on te flate, on
se console: mais quand on
l'est à l'exçés, on tombe
dans le desespoir. On a dit
tant de fois qu'une femme
se pardonne tout hors l'extreme
laideur, que je n'ose *
encore le dire ici.
Grimace se retira dans
sa chambre, & semità
pleurer amerement.Sa gouvernanteeutbeau
lui dire,
qu'à la verité elle n'écoit
pas sibelle que la Princesse
sa soeur, mais qu'elleavoit
d'ailleurs tant d'esprit &
des maniérés si graciéuses,
qu'elle n'étoit pas la plus
mal partagée, Grimace ino
consolable ne lui répondit
rien, & forma le dessein
deseretirer de la Cour, &
d'aller mourir dans quelque
desert.
",', Beau sans pair donna
une fête le lendemain. On
n'avoit point alors l'usage
dumasque, il faloit paroîtreàvisage
découvert. Grimace
eûtbien voulu nele
pointtrouver à l'aflcmblccx
cependant leRoy ayant souhaité
qu'elle y fût,elle feignit
de se rendre à sa votoncéy
& souffrit qu'onl'habillât
magnifiquement. La
fête fut galante,& chacun
étoit si occu pé de ses plaillrs.,
que Grimace eut le
temps des'esquiver,sans
qu'on s'apperçûtdesa fuites,
du
du moins on ne s'en apperçut
que bien avant dans la
nuit. Aussitôt on la fit chef-*
cher de tous côtez ; mais
elle se cacha si bien, qu'on
ne put la trouver; ou plûtôtBonnela
renditinvisible
à tousceux qui passerent
auprès d'elle. La Fée
avoit desdesseins sur Grimace
, qu'elle ne pouvoit
rxecucerque lors qu'elle ne
seroit plus dans le Palais du
Royson pere.
m Elle avoir emporté quelques
bonsbons dans un pe- titpanier,où il yavoitaussi
des aiguilles, des soyes de
toutes couleurs, & de petits
morceaux d'étoffes d'or
& d'argent.
Ellemarcha quelques
jours sans s'arrêter, & fit
autant de chemin que sa
delicatesse & son peu de
forces lui permirent d'en
faire. Elle le nourrissoit de
ses bonsbons qui ne diminuoient
point. Enfin elle
trouva un endroit si agreable,
qu'elle resolut d'y rcL
ter. C'étoit un petit cabinet
de myrrhes, où l'art sembloit
avoir fecondé la nature
3 tant il étoit rangé5.
Une fontaine enrourëed'un
gazon semé de fleurs, cc
loit autour de ce cabinet;
des oiseaux de toutes especes
venoient s y garantir
des rayons dusoleil, & s'y
desalterer. Ils étaient si familiers,
qu'ils se laissoient
prendre, & Grimace donnoit
à les caresser le temps
qu'elle ne donnoit point à
son travail. Quelques mois
se passerent de la sorte,
pendant lesquels elle fit une
boëte d'un travail si merveilleux,
qu'on n'avait jaoais
rien vu de semblable.
Mais Maligne fut jalouse
dC repos dont elle jouissoit
dans sa solitude, & elle eue
la cruauté de le troubler.
Deux rustres qui avoient
chassé tout le jour aux environs
de sa retraite, vinrent
sur le soir se rafraîchir
à la fontaine; ils y trouverent
Grimace, dont l'aspect
leur fit peur: mais frapez
de la magnificence & dela
richesse de ses habits,ils
resolurent de s'enemparer.
Cela ne leur fut pas difficile,
Grimace sedépouilla
sans murmurer. Il est vrajj,
leur dit elle, qu'ils sont [r.
beaux pour une infortunée
; je vousles donne de
bon coeur: mais du moins
laissez- moy, je vous prie,
mes soyes & mes aiguilles,
c'est peu de chose pour
vous, & c'est toute ma consolation.
Ils ne l'écouterent
point, ils lui prirent tout,
& la laisserent fondante en
larmes. Helas! disoit
-
elle
d'une voix qui eût attendri
les rochers, que vais je devenir?
de quoy vivrai-je }
à quoym'occuperai -je7
CruelleMaligne,c'est vous
qui me suscitez ce nouveau
malheur. Mourons,continua-
t-elle; la mort est le
seul parti qui me reste
,
mes maux sont sans exemple
& sans remede. Lorsque
Psyché se vit en butte
à la haine de Venus, l'Amour
l'aimoit; elle étoit
belle, quelle différence entr'elle
& moy ?
Nous avons dans le coeur
un certain amour pour la
vie, que les malheurs affoiblissent,
mais qu'ils n'éteignent
jamais tout à fait. Insensiblement
Grimace fo
consola ;
elle trouva
des
fruits, dont elle se nourrit,
& ses chers oiseaux lui tinrent
une fidclle compagnie.
-1
Les voleurs verdirent
ses habits; ils eneurent
tant d'argent, qu'ils ic virent
en état de faire belle
figure.L'un d'eux mourut
quelque temps aprés) &
l'autre se retira dans un
Royaumeétranger. Le premier
avoit un fils qui n'avoit
rien de rustre que la
naissance, & qui prometcoit
beaucoup. Quand ilse
viit riche, il eut l'ambition se produire à la Cour.
La boëte lui étoit restée;
il crut qu'elle meritoit d'ër
tre offerte au Roy, & lui en
fit present. Dés que le Roy
l' eut en sa possession il en
fut si charmé
,
qu'il devint
passionnément amoureux
de celle qui l'avoir faite. Il
demanda au jeune homme
de qui il voit eu cette boëte,
& de qui il la tenait.
Celui-ci ignorant la passion
du Roy, & menteur comme
le sont la plûpart des
courtisans, lui dit, que son
pere, peu de tempsavant
sa mort, l'avoit achetée d'une
fille qui passoit par leur
village,qui leur avoit dit
qu'elle étoit de sa façon, &
que tout ce qu'il sçavoit de
cette fille, qu'il n'avoit jamais
vûe depuis, cest qu'-
elle étoit horriblement laide
, & qu'elle faisait la grimace
à tout moment. Ce
recit déplut fort au. Roy,
qui se laissa néanmoins entraîner
à son penchant. Il
n'est pas le premier qui ait
aimé sans scavoir pour,
quoy, & même sans cotY.
noître & (ans avoir vu ce qu'ilaimoit.
L'amour est enfant du caprice,
Rien ne regle ses mouvemens;
Sans cette raison-là,Clarice
Trouveroit elle des amans?
Quoy qu'il en (oit, le
Roy ayant entendu dire
que son inconnuë faisoit la
grimace, il en donna le
nom à la boëte qu'elleavoir
faite, & voulut qu'on ap.
pellât ainsi toutes celles
qu'on feroit sur son modele
Sa volonté fut suivie, & ce
nom a passé jusqu'à nous,
& selon toutes les apparences,
il passera jusqu'aux
siecles les plus reculez. Il
s'en servit à serrer sa bourse,
ses bijoux; son cacher,
& tout ce qu'il avoit de
plus precieux.
Bonne qui sembloit avoir
oublié Grimace, vint la
voir, & lui apprit toutes
ces choses. Elle eut de la
peine à les croire: Quoy
disoitelle, laide , comme je
fuis, je ferois aimée par un"
grand Roy? Non, non, je
ne suis propre qu'à inspirer
de l'horreur. Cependant un
rayon d'esperance s'éleva
dans son coeur; & la Fée,
qui ne pouvoit rester avec
elle que quelques momens,
la quitta, persuadée quelle
ne seroit pas toûjours si
malheureuse.
Cependant l'amoureux
Saphirin, c'est ainsi que se
nommoit le Roy, ne dormoit
ninuit,ni jour; l'idée
de sa chere inconnue lui
revenoit sans cesse. Ingenieuxà
letromper
,
il se la
representoit moins laide:
Elle peut, disoit. il, avoir
quelque chose de disgracieux
dans le visage ;tmais
elle a peut-être de belles
dents,de beaux yeux, une
belle main: & promenant
son imagination surtout ce
qui pouvoit le flater, il et
peroit lui trouver le corps
d'une Venus qui le consoleroit
de la difformité du
rçfte.
Sa passion se fortifîa^de
.jour en jour, & le peu d'esperancede
fc rendre heureux
lechangea si fort, qu'il
devint mêconnoissable. Ses
courtisans s'apperçurent Ôc
se sentirent desamauvaise
humeur
- on ne faisoit rien àsafantaisie ; quelque
prompts que fussent ses domestiques
à executer ses
commandemens, ils ne le
servoient jamais ni assez
vîte, ni à son gré; il n'avoit
plus de plaisir que celui
d'être seul
;
il s'échapoit
souvent de son Palais,pour
aller rêverenliberté dans
quelque lieu solitaire.
Un jour il se livra si fort
à sa rêverie, qu'il ne s'apperçue
pas qu'il s'écartoit
trop ; ilse trouva dans un
bois percé de huit ou dix
venuë.Incertain du choix,
il prit justement celle qu'il
ne devoit point prendre:la
nuit vint, il fut obligé de
coucher au pied d'un arbre.
Quelles furent ses pensées
& ses réflexions ? Je ne
lesçai pas precisément:mais
jem'imagineque l'amour
& Grimace y eurent bonne
part. Le lendemain il marcha
encore jusqu'au soir
sans - trouver d'issuë.
Cela commençoit à Finquierer.
Il fit le même ma- nege que la veille; & dés
que l'aurore parut, il monta
à cheval, & continua de
marcher si long -temps,
qu'accablé de chaleur & de
lassitude, il fut contraint
de se reposer auprès d'une
fontaine qui s'offrit à sa
veuë. C'étoit celle où Grimace
avoit paffé prés de
deux ans. fclle étoit dans le
~caomet de myrthes,do
elle entrelassoit les branch
, & en composoit les
chiffres. Elle chantoit ces
paroles. Grir
Grimace infortunée,
A des maux éternels le;
Dieux t'ont condamnée.
Ah ! vous m'avez promis
qu'ils finiroient un
jour,
Vous qui me-faisiez voir
une amitié si tendre;
Que je fuis lasse de l'attendre
Ce moment marqué par
- l'amour.
Envain les échos d'alentour
Font retentir ma peine,
Mon esperance est vaine.
Rien ne paroît dans ce sejour.
Grimace inforcunée,
A des maux éternels les
Dieux t'ont condamnée.
Cela fut chanté d'un air
si touchant, que Saphirin
en fut êmû. Helas! s'écriat-
il tout transporté,queje
ferois heureux si c'étoit la
voix de mon inconnuë !
mon coeur n'en doute point,
c'estelle. Aussitôtilseleve,
& court precipitamment
au cabinet de myrthes.
Grimace sentit à son a.
bord ce qu'elle n'avoitja
mais senti
;
l'amour lui di
que c'était son libérateur
elle le crut. L'amour ne
trouve jamais d'incredule.
Elle avança quelques pas
au. devant du Roy: mais
lors qu'elle alloit lui parler,
elle remarqua tant de
trouble & de surprise dans
ses yeux, que se retraçant
toute sa laideur, elle courut
se cacher. Où fuyezvous,
Madame, lui dit le
passionné Saphirin ? Pardonnez
à l'erreur de mes
sens; mon coeur n'est point
coupable de leur injustice.
Il lui dit encore tant de
choses rendres, que Grimace
s'apprivoisa, & souffrit
qu'il lui baisât la main.
On conçoit aisément que
la conversation fut vive &
spirituelle. Grimace grimaça
mille jolies choses sur
sa laideur, & le Roy fit de
son mieux pour la lui faire
oublier.
Le Roy la fit consentir
à quitter son defert & à le
suivre illa mit en croupe.
L'amour qui l'avoir égaré
luifit retrouver son Palais.
Quelque respect qu'oncLiC
pour lui, Grimace [Cj V!t
l'objet de la raillerie de tous
les courdians. On sefforçoit
àl'envi de lui découvrir
quelque trait de laideur,
6c on n'avoit pas de
peine. Saphirin , malgré
leurs murmures, fitfaire
de magnifiques préparatifs
: pour laceremoniede ses
noces. Il avoit sçû par Grimace
qu'elle étoit fille de
Eeau sans pair; il la lui envoya
demander, en maria-
> ge: Beau sans pair lui accorda
de bonne grace, 6c
vint luimême au mariage.
Le jour venu ,
Lejourvenu, Saphirin menaça
de son indignation
tous ceux qui ne se trouveroient
pas à la fête. Grimace
parut encore plus
laide dans la parure superbe
où elle étoit. Enfin elle arriva
au Temple, au milieu
d'une foule de peuple, attiré
par sa laideur autant
que par la beauté du spectacle.
Déja la coupe sacrée
étoit entre les mains du
Roy, qui aprés en avoir
bû,l'offrit à la Princesse. A
peine l'approcha-t-elle de
les levres, que tout d'un
coup elle parut d'une beau
té ravissante. Quelle agreable
surprise pour son époux
& pour son pere!quel sujet
d'admiration ôc d'applaudissemens
pour toute l'assemblée!
Grimace elle-même
ne voulut point en croire
ses yeux, & si Bonne ne
fût venuë lui confirmer ion
bonheur) elle en eût douté
long-temps.
Lorsque Maligne l'avoit
doüée de laideur, elle n'avoit
point dit par bonheur
que ce feroit pour toûjours,
ôc Bonne avoit trouve Ire moyen de l'adoucir, &de
faire la paix de Grimace.
Ainsi Saphirin, qui avoit
preferél'esprit à la beauté,
trouva son épouseaussi accomplie
par les charmes
du corps que par les quali-
~tez de l'elprit»
Un amour rendre & genereux
Trouve toujours sa recompense
;
La beauté peut nous rendre
heureux,
Je sçai jusqu'où va sa puis
sance: Mais
Mais un bonheur durable
-
&sans retour,
L'esprit & la
-
douceur peu-r)
vent seuls le produire;
La beautés'efface en un
jour, i:
L'esprit est éternel, & ne,
peut se détruire.
Fermer
Résumé : GRIMACE. CONTE.
L'auteur avait initialement prévu de narrer une histoire anglaise, mais modifia son projet après avoir reçu un conte de fées bien rédigé et moralisateur. Ce conte relate l'histoire du roi Beau sans pair et de sa reine, tous deux extrêmement beaux. Deux fées, Bonne et Maligne, s'éprirent du roi. Bonne fut bien accueillie, tandis que Maligne, rejetée, promit de se venger. La reine mit au monde deux filles : Aimée, à qui Bonne offrit la beauté éternelle et Maligne une mauvaise humeur, et Grimace, à qui Maligne attribua la laideur et Bonne la douceur et le reflet. Aimée, malgré sa beauté, était orgueilleuse, alors que Grimace, bien que laide, était douce et spirituelle. Un jour, Grimace, désespérée par sa laideur, se retira dans un désert après avoir vu son reflet dans un miroir. Avec l'aide de la fée Bonne, elle s'échappa lors d'une fête et emporta des objets précieux. Dans le désert, elle créa une boîte magnifique. Maligne, jalouse, incita deux voleurs à dérober ses biens. Grimace trouva du réconfort dans la nature. Les voleurs connurent des sorts différents : l'un mourut, l'autre devint riche et offrit la boîte au roi. Le roi, charmé, tomba amoureux de la créatrice imaginaire de la boîte et la nomma 'Grimance'. Plus tard, le roi Saphirin découvrit Grimance près d'une fontaine et tomba amoureux d'elle malgré sa laideur. Ils se marièrent, et lors de la cérémonie, Grimance se transforma en une femme ravissante. Il fut révélé que la fée Bonne avait adouci la malédiction de Maligne, permettant à Grimance de retrouver sa beauté. Ainsi, Saphirin obtint une épouse belle et spirituelle. Le conte souligne que l'amour véritable et généreux trouve toujours sa récompense, et que l'esprit et la douceur sont essentiels pour un bonheur durable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 60-127
PARALELLE de deux Tragedies nouvelles, dont la mort de Caton est le sujet ; l'une est Angloise de Monsieur Addison ; l'autre Françoise de Monsieur Deschamps. LETTRE à Mylord ***
Début :
Je vous promis le mois passé un examen de la Tragedie / Vous vous plaignez, Mylord, fort vivement, que M. [...]
Mots clefs :
Tragédie, César, Amour, Rome, Théâtre, Vertu, Coeur, Troupes, Liberté, Auteur, Scènes, Paix, Pompée, Poème, Poètes, Romains, Dieux, Sentiments, Public, Corneille, Reine, Parallèle, Mépris, Homme, Ambition, Hymen, Aristote, Père, Frère, Princesse, Théâtre anglais, Théâtre français, Parthes, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PARALELLE de deux Tragedies nouvelles, dont la mort de Caton est le sujet ; l'une est Angloise de Monsieur Addison ; l'autre Françoise de Monsieur Deschamps. LETTRE à Mylord ***
Je vous promis le mois paffé
un examen de la Tragedie
de Caton , j'avois déja même
fait fur cette piece prefque autant
de remarques qu'il en fal
GALANT. 64
loit pour vous apprendre ce
que le public en penfe ; &
j'étois enfin déterminé à les
faire imprimer , lorſque j'ay
receu la Differtation ſuivante.
Quoyque j'aye ſenti des differences
affez confiderables entre
mes ſentimens & ceux
qu'on vient de m'envoyer ,
j'aime cependant mieux vous
faire part des raiſonnements
des autres que des miens. Sauf
neanmoins à vous , Meffieurs,
àm'ordonner de vous entretenir
à ma mode , quand il
vous plaira m'obliger à le faire .
Vouspourrez en attendant re
62 MERCURE
cevoir comme vous lejugerez
à propos , le Paralelle que je
vous preſente.
PARALELLE
de deux Tragedies nouvelles ,
dont la mort de Caton est le
Sujet : l'une est Angloise de
Monsieur Addison ; l'autre
Françoise de Monfieur Defchamps
.
r
LETTRE
à Mylord * * *
Vous vous plaignez , Mylord,
fort vivement , que M.
GALANNTT.. 63
Dacier ait decidé qu'il ne faut
pas attendre des Anglois une
bonne Tragedie ; & qu'il les ait
crû incapables d'obſerver les
regles d'Ariftote : comme les
jugemens de M. Dacier ne
ſont pas ſouverains , qu'on en
peut appeller ,& qu'on en appelle
ſouvent ; touché de vos
plaintes , Mylord , j'ay examinécette
déciſion, elle m'a paru
auſſi fauſſequ'elle eſt injuricuſe
à la Nation Angloiſe. Les
Anglois ſçavent la plupart
affez de François pour profiter
des remarques de M. Dacier
fur la Poëtique d'Ariftote.
64 MERCURE
Ceux à qui la connoiſſance diu
François manqueroit ou qui
feroient détournez de ſe ſervir
de cesſçavantesremarques par
la diſgrace du pauvre de Trie,
ont le Commentaire Latin de
Goulſton , un de leurscompatriotes
, qui peut aſſurement
leur tenir lieu de celuy du
Grammairien François.
Vous ne ſçavez pas peuteſtre
ce qu'il en coûta à de
Trie pour s'eſtre rempli de
l'eſprit de M. Dacier : fitoft
que ſa Poëtique parut , de
Trie quitta tout autre Livre, il
conçût d'abord ungrand mépris
GALANT. 65
pris pour Corneille , ilmepriſa
Racine un peu moins ; mais il
mépriſa extrêmement la France,
qui les avoit admirez tous
deux.Le Diſciple de M. Dacier
diſoit des François ce que ſon
Maître a ditdes Anglois ; nous
manquions à ce qu'il afſuroit
d'une bonne Tragedie , & par
pitiépour ſa Nation il voulut
luy en donner une parfaite ;
il choiſit pour ce ſujet les Heraclides
: tout fat reglé , compaſſe
ſur les remarques de M.
Dacier , la piece fut joüéc ;
mais elle ne fut joüée qu'une
fois,& le public gâté parCor-
Mars 1718. F
66 MERCURE
neille n'eût mall z d'érudition
pour goûter la nouvelleTragedie
, ni affez de patiencepour
la ſouffiir. De Trie ſe plaignic
de ſon guide , il ne ſe plaignoit
pas d'Ariftote , Corneil
le l'avoit lû ; mais Corneille
n'avoit point lû M. Dacier
&de Trie l'avoit trop lû.
Vos Poëtes , Mylord, évite
ront un pareil malheur , ils
fontchoquez du mépris que le
Grammairien François a fait
deleur Nation ,& ils ont raifon
d'en eſtre choquez ; appartient
il à un homme fans
gouft pour le Theatre ,fans
GALANT. 67
connoiffance du Theatre Anglois
deprononcer qu'il nefaut
pas attendre des Anglois une bonne
Tragedie ; s'il avoit penetré
legenieAnglois , il ſeroit convaincu
qu'il eſt tout tragique ,
&qu'il n'y a pas peut eſtre de
Nation plus capable de donner
aux pieces de Theatre , le
terrible des pieces Grecques ;
d'ailleurs la Langue Angloiſea
une force ,une abondance ,
une liberté qui convient au
Theatre; il faudra, je l'avouë ,
queles Anglois captivent un
peu leur imagination fougueude
ſous le joug des regles ,
Rij
68 MERCURE
qu'ils ne ſe permettent plus
de Metaphores outrées , qu'ils
prennent garde de tomber
dans certaines baffeffes que les
Poëtes Grecs n'ont pas affez
évitées ; qu'ils ſe défaſſent des
idées romaneſques , s'ils parviennent
àſe corriger de ces
défauts ,&ils y parviendront:
le Theatre Anglois égalera le
Theâtre François , il ne l'a pas
encore égalé , ſouffrez que je
lediſe , ſouffrez même que je
le prouve par un Paralelle du
Caton Anglois de M. Addiſon
*&du.Caton de M.Deschamps.
Le Caton François a cité favor
-
GALANT. 6,
rablement receudu public, jamais
piece n'a eu en Angleterreun
fuccés pareil à celuy du
Caton Anglois.
Je ne puis done mieux établir
la ſuperiorité du Theâtre
François fur le Theatre Anglois
qu'en montrant que M.
Addiſondoit ceder à M. Defchamps.
Je ſuis ſi perfuadé de
la bonté de la cauſe que je
deffens & de voſtre équité
Mylord , que je ne veux point
d'autre Juge que vous.
Caton eſt un nom fameux ,
ce grand homme adonné des
exemples fi éclatants de l'a
د
70 MERCURE
mourde la patrie&de la liberté
, qu'on fouff oit avec peine
qu'il n'eût point encore paru
fur aucunTheatre . M. l'Abbé
Abeille a choiſi ſa mort pour
le ſujetd'uneTragedie:tous les
connoiffeurs qui l'ont luë , ou
entendu lire en parlentaveode
grands éloges ; mais l'Auteur
s'obſtine à la refufer au public.
M. Addiſion & M. Defchamps
ont formé en même
temps le deffein de travailler
fur ce beau fujet , & d'abord
ils en ont apperceu la ſecherefſe
Caton enfermé dans les
murs d'Utique ſe tua pour ne
GALANT. 71
,&
pas tomber entre les mains de
Cefar . L'Histoire ne fournit
rien de plus ,& pour remplir
l'étendue d'une Tragedie , il
faut de la fiction& des épiſodes:
nos deux Poëtes ont feinc
en effet ; mais avec cette difference
avantageuſe pour le
François que les épiſodes tiennent
au ſujet , qu'ils en font le
noeud , & qu'ils en produiſent
le dénoüement. Les Epiſodes
du PoëreAnglois ſont abſolu
ment détachez de l'action prin
cipale , ils la cachent,il la
fontdiſparoiſtre affez ſouvent,
en unmot ils ne fervent qu'à
72 MERCURE
fournir des Scenes qui rempliffent
les vuides de la Tra
gedie.
UnecourteAnalyſe desdeux
pieces fera voir ſenſiblement
de défaut dans le Poëme Anglois
, cette beauté dans le
Poëme François.
:
Dans le PoëmeAnglois,Ca
ton eſt renfermé dans Utique
avec peu de Romains &quelque
Cavalerie Numide , qui as
☐ſuivi le jeune Juba. Cefar envoye
propoſer la Paix on la
refufe : il fait marcher ſcs
,
troupes. Caton ſe voyant hors
d'état de refifter,ſe tue.Voilà
coute
GALANT. 73
toute l'oeconomie de l'action .
Voicy les Epiſodes.
Portius & Marcus fils de
Caton aiment Lucie fille d'un
Senateur Romain : Portius
confident de ſon frere qui ne
le connoiſt pas pour fon rival
ſe comporte en homme genereux
fans vaincre ſon amour
&fans trahir ſon frere. Marcus
eſt tué , Portius épouſe
Lucie.
Autre Epiſode également
détaché du ſujet & du premier
Epiſode.
Le jeune Juba aime Marcie
fille de Caton, que Sempronius
Mars 1715 . G
74 MERCURE
Romain aime aufli . Sempronius
eſt un perfide qui veur
trahir Caton. Syphax , Numide,
conſpire avec luy ; ils font
foulever les Romains : Caton
les appaiſe. Syphax propoſe à
Sempronius d'enlever Marcie,
& de prendre les Habits
Royaux de Juba pour executer
ce crime avec moins d'obſtacle,
Juba ſurvient , il tuë
Sempronius , Syphax s'enfuir.
Le Poëme Anglois , comne
on le voit , n'a plus d'unité;
ce font trois Tragedies l'une
dans l'autre , & l'Auteur a fenGALANT.
75
ti luy-même que l'action principale
luy échappoit ; illa rappelle
de tems en tems par les
reflexions que font les Amans
qu'ils auroient autre choſe à
faire que l'amour ,&que dans
un ſi grand peril ils ont tort
de s'amuſer à des converſa
tions galantes..
Le Poëte François a micux
imaginé ſa fable ; il l'a diſpofée
plus habilement.
Caton eſt dans Utique ca
état de ſe deffendre, fi un accident
imprevû ne rompoit
fes meſures ,& par- là ſa fermeté
n'eſt plus un deſeſpoir 1
Gij
76 MERCURE
1
comme dans le Poëme Anglois
; il peur , il doit même
refuſer la Paix. Caton a dans
le Port d'Utique les Vaifleaux
du Roy de Pont ; il a ſesTroucampées
avec les fiennes
pprroocchhee llee Port. Ce n'eſt pas
dans Utique que ſe paſſe l'action
, c'eſt dans un Palais des
Rois deNumidie aſſez éloigné
des murs , pour que Cefar y
puiffe venir en ſeureté fur la
parole de Caton ; l'entrepriſe
de mettre Cefar & Caton en
ſemble ſur la Scene a été une
entrepriſe hardie ; elle a réüli
à M. Deſchamps. Cefar y paGALANT.
77
reſt auſſi grand que le peint
l'Histoire ; incapable d'obéïr ,
digne de commander même
aux Romains Maiſtres de l'Univers;
affez brave , affez ſage,
affez heureux pour les foumettre
par les Armes , affez politique
pour vouloir les foumertre
fans combat; intrepide ennemy
, vainqueur genereux ,
vertueux autant que l'ambition
le permet , ſenſible àl'amour
, mais plus ſenſible à la
grandeur qu'à l'amour.Caton
l'efface un peu , il doit l'effacer
; la vertu doit briller plus
que le vice ,& l'infortune ſou-
Giij
78 MERCURE
tenue avec courage, donneun
nouveau luſtre à la vertu.Phar
nace ce fils de Mithridate fi fa
meuxpar ſes crimes, étoit propre
à ſervir d'ombre à Cefar ,
&à Caton. Le choix de ces
trois caracteres ſibien contraf
tez eſt d'un grand art , l'en
chaînement de la fable mar
queencoremieux l'habileté du
Poëte. Pharnace chaſſe de ſes
Etats par Cefar vient joindre
les reſtesdu party de Pompée.
Arfene crûe Reine des Parthes
attachée au même party par
les engagements qu'avoit pris
fon pere , y vient auffi pour
GALANT. 79
rompre fon mariage projetté
avec Pharnace , & pouffée par
un ſecres instinct qui la porte
vers Caton; c'eſt par leur entreveue
quela piece commence..
La prétendueë Reine des
Parthes est bientoſt reconnuë
pour Portie fille de Caton .
Quand l'Auteur, auroit
hazardé cette fiction fansluy
donnerune exacte vray - femblance,
elle produitde fi beaux
effets,qu'on nepourroit la condamner
; mais l'imagination
de M. Deschamps eſt toûjours
reglée parun jugement ſolide:
tout ce qu'il ſuppoſe pofe convient convi
Giiij
80 MERCURE
à ce que les Hiltonens nous
apprennent : il feint que la
femme de Crafſus avoit emmené
avec elle Portie ſa niéce
encore enfant , que dans la
déroute de Craſſus , Portie devenuë
Eſclave , fut preſentée
au Roy des Parthes ; le rapport
des traits de ſon viſage
avec ceuxde la Princeſſe ſa fille,
ſeul enfant quiluy reſtoit ,luy
inſpire pour Portie une tendreffe
preſque paternelle : la
Princeſſe meurt & le Roy auquel
il étoit important de ne
pas paroiſtre manquer d'heri.
tiers , fait paffer Portie pour ſa
GALANT. 881
fille. Cefar à qui il n'eſtoit pas.
moins important de s'affurer
du Roy des Parthes , vient àla
Cour de ceMonarque , ſans ſe
faire connoiſtre , pour le détourner
d'embraſſer le parti de
Pompée , il ne réüffit pas : mais
il voit la Princeſſe , il l'aime
fans la connoiſtre pour Portie ,
elle l'aime fans le connoiſtre
pour Cefar : on arrête leMariage
de la fauſſe Princeſſe des
Parthes avec Pharnace,le coeur
de Portie n'y peut conſentir :
les crimes de Pharnace & fur
tout l'affaffinat de Pacorus
Princedes Parthes ſon frere ,
82 MERCURE
;
de
dont elle découvre qu'il eſt
auteur,luy ſerventde pretexte
pour rompre : elle a beſoin
L'aveu des chefs du parti de
Pompée , elle vient l'obtenir ,
&elle retrouve ſon pere dans
Caton , & fon amant dans
Cefar. Son Mariage rompu
détermine Pharnace à faire
affaffiner Caton: il le faitpropofer
à Cefar ,l'illustre Romaina
horreur de la perfidic,
du fils de Mithridate,& il avertit
Caton :Pharnace au defefpoir
veut perdre Caton &
Cefar , ſe rendre maître du
lieu dela conference de Por- C.
GALANT. 83
tie & d'Utique. Le peril de
Cefar fait accourir ſes troupes,
Pharnace eft chaſſé : mais les
Romainsqui ſuivoient Caton
ſe teiniffent aux troupes de
Cefar , & Caton n'a plus de
parti à prendre que celuy de
fléchir devant l'ufurpateur
oudeſe tuer :Caton ne poùvoitdans
ces circonstances , en
prendre un autre que celuyde
llaamort.
2
Il faut remarquer , que la
liaiſon des évenemens eft fi
bien menagée , que tout fe
réünit à l'action principale ; fi
l'arrivée de la Reine des Par84
MERCURE
thes ,eſt la cauſe des entrepri
ſes de Pharnace , qui mettent
Caton dans la neceffité de fe
tuër ; c'eſt encore la Reine des
Parthes qui attire Gefar dans
le lieu de la Conference , &
qui l'engage dans le peril. Co
peril , comme onl'avû , attire
dans Ucique les Troupes de
Cefar, & ôre toute refſſource à
Caton; il n'y a pas un évenement
qui n'amene le denoücment
, tousles pas des Acteurs
y tendent , ſi j'oſe m'exprimerainfi.
M. Deschamps l'emporte
donc pour la juſteſſe des EpiGALANT.
85
fodes, il l'emporte encore par
le bel effet qu'ils produiſent ;
le mépris que fait Caton d'un
des premiers Trônes du monde
, Thorreur avec laquelle il
Voit une Couronne dans ſa famille,
font des traits bienpropres
à faire connoître cette
grande Ame : l'amour de Ce
far &de Portie , de la fille de
Caton& du Tyran de Rome ,
intereſſe autrement que la froide
galanterie de Portius & de
Lucie , de Sempronius & de
Marcie ; Caton obligé de la
vie à Cefar , Cefar combattant
pour Caton, font des fi
86 MERCURE
tuations , s'il ſe peut , encore
plus intereſſantes que l'amour
de Cefar &de Portie.
Vous en conviendrez ,Mylord
, la conſtitution de la Fabledans
laTragedie Françoiſe
eſt reguliere , merveilleuſe ,
vray-femblable, intereſſante ,
grande ; a-t- elle ces perfections
dansle Poëme Anglois ?
>Comparons maintenant
nos deux Poëtes par la maniere
dont ils ont ſoûtenu le
caractere de Caton , & ceux
des autres Acteurs ; nous les
comparerons enſuite par les ſituations&
par les ſentiments,
GALANT. 87
car pour l'expreſſion , je ſuis
aſſez équitable pour ne pas juger
de celle de M.Addiſon ſur
une Traduction en profe.
M. Addiſſon & M. Defchamps
ont peint tous deux
Catonau naturel. Dans la piece
Angloiſe l'admiration de
Juba pour Caton, les cenfures
que Sempronius & Syphax
font de l'auſterité de ſa vertu ,
en donnent une grande idée ;
il la ſoûtient par la fermeté au
milieu de la revolte de ſes
Troupes ;par la maniere dont
il parle de ſon fils mort pour
la patrie , par ſa mort ; mais
88 MERCURE
l'oppofition de Cefar neceffaire
pour rehauſſer ſon éclar ,
luy manque dans la Tragedie
Angloiſe , & il y paroît trop
peu ſur la Scene. On ne le
perd point de vûë dans la
Tragedie Françoiſe. Tout ce
qu'il dit porte ſon caractere ,
& tout ce qu'on dit de luy releve
l'idée qu'on s'en eſt formé
dés la premiere Scene. Le
Trône des Parthes mepriſé , la
Paix offerte en vain parCefar ,
Caton abandonné& envelop.
pé des Troupes de Cefar, font
des occaſions où toute ſa vertu
doit paroître , & où elle paroît.
Achevons
GALANT. 89
Achevons le paralelle des
deux Tragedies par la compa.
raiſon des ſituations&des ſentimens.
Commençons par
mettre dans tout leur jour les
beaux endroits de la piece Angloiſe.
Le premier ſe trouve
au commencement de la cin
quiéme Scene du troiſieme
Acte: on arrive juſques là par
des Scenes galantes, inutiles au
ſujet , par des converſations
morales de Portius & de Marcus
, fils deCaton , de Juba&
de Syphax ; par une froideDeliberation
du Senat ; mais il
faut avoüer qu'on eft. frappé
Mars 1715. H
9. MERCURE
de voir le Theatre plein des
Chefs revoltez par Sempronius
, rendus immobiles, atterez
, deſarmez par la preſence
intrepide & le ſage difcours
deCaton.
CATON.
Où ſont ces intrepides fils de
Mars, qui avec tantde bravoure
tournent ledosà l'ennemi ,
qui avec tant d'audaceſe revoltent
contre leur General
SEMPRONIUS à part.
Que le Ciel confondeces ames
laches ! comme ils font étonnez
éperdus!
GALANT 21
CATON.
Perfides ! est- ce ainsi , que
vous voulezflécrir vos lauriers
ternir vostre reputation ? rene
connoiffez vous donc que ce
toit ny zele pour la Patrie, ny
l'amour de la liberté , ny le defir
de la gloire ; mais feulement l'avidité
du butin & l'esperance
de partager les dépoüilles des Villes
,&des Provinces conquifes
qui vous ont conduits ici? Animez
de tels motifs , vous faites
bion de vous joindre aux ennemis
de Caton,&de vous ran
gerſous les Etendars de Cefar.
Pourquoy aije échappé àla mor
Hij
92 MERCURE
fure fatale de l'afpic , & aux
mortelles atteintes des monstres de
l'Afrique pour voir ceque je vois
aujourd'huy ? pourquoy Caton
n'est- il pas mortſans que vous
fuffiez criminels ? voilà ingrats ,
voilàmonfeinpreſtà recevoir vos
coups: que celuy àquij'ayfaitinjustice
frappe le premier. Parlez
.. quel de vous croit avoirſujet
de ſe plaindre , ou s'imagine qu'il
Souffre plus que Caton ? ya t-il
quelque distinction entre vous
moy; sice n'estdans les travaux,
dans les soins dans les veilles ,
dont j'ay la plus grande part?
n'estce pas là toute lafuperiorité
GALANT. 93
que j'ay ſur vous ?
SEMPRONIUS à parr.
Le coeur leur manque : maudits
foient ces traitres ! tout eft
perdu.
CATON.
fr
Avez vous oublié les deferts
brûlans de la Lybie,ſes rochers
Steriles ,ſes montagnes de fable ,
Son air infecté &ſes diverſes
efpeces de ferpens ? qui a été le
premier à frayer un chemin lorfque
la mortſe preſentoit àchaque
pas dans une route inconnie ? ou
qui est-ce quidans une longue&
penible marche étoit le dernier de
L'Arméeàétancherſaſoif, lors94
MERCURE
que ſur les bords d'un ruisseau
que la fortune nous avoir fair "
rencontrer , vous tarifſſiez le conrant
, en beuvant à longs traits.
SEMPRONIUS.
Sipar hazard on trouvoit quelque
petite ſource , & que vous
offriffiez à Caton l'eau vive,
dontàpeine vous aviezpû remplir
un casque , ne la repandoit il
pasfansy toucher ? n'a- t-ilpas
marchéàvoſtre teſte pendant les
plus ardentes chaleurs du jour,
&à travers les müages de pouf-
•fiere ?fon front a-t- il efté moins
exposé que le vostre aux traits du
foleil&àlafueur.
:
GALANT. 25
CATON.
Loin d'ici infames , loin dici .
Allez vous plaindre à Cefar ,
que vous ne pouviezpasfoutenir
les travaux er les fatigues que
vostre General effuye... T
On conviendra que cette
Scene feroit belle,fi Sempronius
n'y jettoit pas un Comique
qui en bannit le ſerieux&
legrandicen'eſtpas ſeulement
en cetendroit que le Poëtes'abaiffe
, la converſation de Juba
& de Syphax , & la mafearade
de Sempronius fentent
un peu la farce. Cette mafcarade
amene une ſituation fort
1
MERCURE
,
,
touchante ; Marcie voyant
Sempronius reveltu desHabits
Royaux étendu mort , le
prend pour Juba ; ce Prince
qui ſurvient eſt témoin de la
douleur de fa maîtreffe , &
par là il apprend qu'il eſt aimé
; mais il ne le connoît qu'a .
prés s'eſtre trompé quelques
moments , & avoir crû que
Sempronius faifoit couler les
larmesde Marcie. Tout ce jeu
de Theatre eſt conduit avec
art , les ſentimens font vifs ,
&l'expreſſiondans laTraduc
tion même paroît ſerrée , animée
&touchante. :
T
GALANT. 97
La Scene douziéme du quatriéme
Acte preſente encore
une belle ſituation : On apporte
à Caton le corps de
Marcus ſon fils, mort pour la
Patric; Caton le plaint , mais
enCaton.
CATON rencontrant le corps
Mort
Te voilà mort, mon fils , mais
zel que je t'embraße ! arrestezmes
amis : placez le devant moy , afin
que mesyeux se repaiffentde ce
Sangtant objet , &que je compte
•Ses bleßures. Quela mort eſt belle,
lorſque la vertu l'accompa-
- gne? qui est ce qui ne voudroitpas
Mars 1715 . I
98 MERCURE
estre à la place de ce jeune homme
? Ab! que ne peut on mourir
plus d'unefois pourſapatrie?mais
pourquoy vous afftigez vous,
mes amis ? je rougirois de hontefi
la maison de Caton eftait tranquille
&floriſſante pendant les
horreurs d'une Guerre Civile..
Portius regarde ton frere, &fouviens-
toy que ta vie n'est pas à
toy , lorſque Rome la demande.
JUBA àpart
Jamais moriel a- t- il fait paroître
tant de fermeté
CATON ば
Helas ! mes amis , pourquoy
pleurez vous une pente particu-
HEQUE DE
-
LYON
ے ہ
GALANT.
liere .C'eft Rome qui deman
larmes : Rome! la Maiſtreſe de
l'Univers; Rome ! Mere feconde
des Heros , & les delices des
Dieux; Romequi humilioit l'orguëildes
Tyrans de la Terre,&
qui briſoit lesfers des Nations ..
Helas! Rome n'est plus .. O liberte
!O vertu !O Patric!
JUBA à part. Il pleure.
Dieux ! quelle integrité! quel
amour de la Patrie ! il a veu
d'un oeil ſec un fils couchédans
les bras dela mort,&ilfonden
larmes pour Rome.
٢٠٠ CATON. 1
Toutceque la vertu Romaine
I ij
100 MERCURE
a dompté , tout ce que le Soleil
éclaire , tout est à Cefar. C'est
pourluyque les Decius fe font
devoüez ; c'est pour luy que les
Fabiusfont morts les armes à la
main; c'est pour luy que legrand
Scipion a fait des conquestes ;
que Pompée même a combattu.
Helas, mes amis ! qu'est devenu
le travaille des Deſtinées ? qu'est
devenu l'ouvrage de tant de
fiecles ?où est l'Empire Romain ?
funeste ambition ! tout est éva
noi, tout estabsorbé dans Cefar !
nos illuftres Ancestres ne luy
avoient rien laiſſé à vaincre que
faPatric!
GALANT. For
L'Auteur Anglois a diſpoſé
fort habilement ſon cinquiéme
Acte :laſeule mort deCa.
ton le semplit , il la fufpend
avec beaucoup d'art ; le commencement
de cet Acte eft
magnifique.
CATONfeul , affis &reveur,
tenant enſamain le Livre
dePlaton de l'Immortalité
de l'Ame , une épée nuëfur la
table.
Cela ne peut être autrement...
Platon tu raiſonnesjuſte! .. Car
enfind'où nous vient cetteflatteufe
esperance , cet ardent defir de
I iij
102 MERCURE
l'immortalité d'où nous vient
cette craintefecrete& cette horreur
interieure du néant ? d'où
vient que l'ameſe revolte contre
cette pensée ? c'eſtlaDivinitéqui
agit en nous ; c'est le Ciel même
qui nous fait entrevoirun avenir
une Eternité. Une Eternité!
idée agreable , og terrible en même
temps ! dans quels mondes divers
& inconnus devons-nous
paffer? quels changemens devonsnous
fubir dans ce vaste infini ?
ce grand objet , cet espace fans
bornes , eft dervant moy : mais des
ombres , des nuages , &des te
nebres le cachent àma venë....
GALANT. 103
de
Jem'en tiens à cecy : s'ily aune
Puißance au deffus de nous ( eg
les merveilles que les ouvrages
lanature étalent à nos yeux ne
nous permettentpas d'en douter )
il faut que cette Puißance aime
la vertu , & ce qui est l'objet de
fon amour ne sçauroit manquer
d'être heureux : mais quand ?
comment?ce monde a étéfaitpour
Cefar!...Jeſuis las de mes incertitudes
: ceci les finira , (mettant
la main fur l'épée ) me
voilà doublement armé ; la mors
&la vie , le poison & Antidotefonten
mes mains : l'un dans
un inſtant tranche le fil de mes
Liiij
104 MERCURE
jours ; l'autre m'apprend que je
fuis immortel. L'ame feure de
fon existence , mepriſe te poignard
brave la mort. Les Aftres perdront
leur fplendeur , la brillante
lumiere du Soleil s'éreindra avec
le tems ; toute la naturefuccomberaſous
le poids des années;mais
mon ame joüira d'une jeunesse
éternelle , & elle ne reffentira
cune atteinte , parmi le furieux
chocdes Elemens , le naufrage de
aula
matiere , &la diſſolution de
l'Univers.
Oppoſons maintenant les
beaux endroits de la piece
Françoiſe aux beaux endroits
ALANT. τος
de la piece Angloiſe. Je vous
avoie que le choix de ces
beaux endroits m'a embarraf
ſe , & que j'en omets beaucoup
qui m'ont charmé , &
qui plairont auxLecteurs peutêtre
autant que ceux que j'oppoſe
aux beautez de la piece
Anglorſe.
Je vous ay fait regarder le
mépris de Caton pour la Couronne
des Parthes , comme
unedes belles ſituations de la
piece Françoiſe. Ecoutez Caton
l'exprimer.
نم
Quoymonfang offre encore un
objet àma haine ?
106 MERCURE
Quoy l'ennemi des Rois eft pere
d'une Reine ?
Dieux !justifi z- vous les crimes
de Cefar?
Voulez-vous attacher les Romains
àfon char?
Mafille par vos foins ne m'estelle
renduë
Que pour marque de haine ,
pour bleßer ma vue ?
Si je ſens du plaisir à rappeller
fes traits,
Son deftin le détruit
en regrets.
le change
Comment me plairoit- elle avee
une Couronne?
Rome me le défend ,fi lefang
GALANT. 107
me l'ordonne.
La nature feroit en ce moment
cruct
D'un pere trop fenſible un Romain
criminel.
Que ma fille renonce à la gran.
1. deurSuprême !
Hatons- nous de fouleraux pieds.
fon Dradéme.
Le reste de la Scene eſt de
même force : le commencement
de la feconde Scene du
fecond Acte ſuffiroit pour faire
connoiſtre Caron.
CATON
Eh bien , Domitius , qu'avezvous
àme dire ?
108 MERCURE
DOMITIUS .
Cefar m'a commandé , Seigneur,
de vous inftruire ....
CATON.
L
Quoy Cefar vous commande?
vous obéiffez!
}
DOMITIUS.
Oüy , Seigneur.
CATONI
Vil esclave , arrêtez , c'ef
affez
C'est trop deshonorer vos glatieux
Ancêtres
Qui n'avoient comme moy ,
qu'eux & les Dieux pour
Maistres.
GALANT. 109 .
Deux vers de la premiere
Scene du troifiéme Acte donnent
la veritable idée de Cefar
Amant.
:
L'amour n'enchaîne pas les
Herosàfon char ,
EtCefar en aimant n'en estpas
moins Cefar.
La Scene ſeconde du troifiéme
Acte , où Portie reconnoît
ſon Amant dans Cefar ,
met l'un & l'autre dans une
fituation touchante . La conference
de Cefar & de Caton
qui ſuit , étoit un endroit perilleux
pour l'Auteur. La conference
deSertorius&dePomHO
MERCURE
2
pée eſt un modele qu'il eſt
preſque impoſſible d'égaler ;
il eſt même plus difficile de
faire parler Cefar & Caton ,
que de faire parler Sertorius
& Pompée : la conference de
Caton & de Cefar a plû cependant
, & plû fi generalement
, que les Critiques les
plus impitoyables n'ont ofé y
toucher : je ne la tranfcriray
pas, vous l'aurez lûë, Mylord,
plus d'une fois , &mille gens
la ſçavent par coeur. 1
Quand on ſe plaint que
M. Deſchamps n'a pas faitCcfar
affez grand , fait- on refleGALANT.
xion à ces fix vers que dit Caton
dans la premiere Scene du
quatrieme Acte.
: S'il nous étoit permis de nous
choifir un Maistre ,
Peut-être Cesar ſeul meriteroit
de l'être;
د
Mais il veut s'éleverſur le débrisdes
Loix.
Afferuir des Heros qui détrânent
lesRois,
Et cette ambition , ce penchant
detestable
Du plus grand des Mortels en
faitleplus coupable.
Quelles fituations que cel
les des deux Scenes fuivantes!
J
112 MERCURE
4
Portie reconnoît qu'elle eft
fine de Caton. Caton reconnoît
que fa fille aime Cefar.
Cefar reconnoît que ſa Maîtreſſe
eſt fille de ſon plus grand
ennemy; que leurs ſentimens
ſont conformes à leur caractere.
Ecoutons- les.
PORTIΑ .
Il est vray , ma naißance &
droit de te ſurprendre ,
Jel'ignoray toûjours , &je viens
de l'apprendre ;
Voy, Cefar , à quel point mon
deftin est affreux ,
Tu m'aimois &mon coeur répondoitàtes
voeux.
Fe
GALANT 13
Je dois en fremißant rougir de
ma victoire,
Etje trouve ma honte où je met-
1
tois ma gloire.
Ah ! devois -je éprouver en ce
funestejour ,
Que l'innocence est peu d'accord
avec l'amour ?
२
CESAR.
MOTAS
Et pourquoy regarder noſtre
amour comme un crime ?
De la haine pourquoy le rendre
la victime ?
C'est unpreſentdu Ciel qui veut
nous reunir.
Mars 1715. K
14 MERCURE
à Portia.
Loinde le mépriſer ,ilfaut l'enà
Caton.
tretenir.
71
Pourquoy nous séparer quandle
Ciel nous affemble ?
àl'un &àl'autre.
Que la paix & Phymen nous
uniffent enſemble.
CATON.
Jedonnerois plutoſt en Sacrifi
ce aux Dieux
Etlefang de ma fille&le mien
àtesyeux.
Cefar ,par cet hymen ne croy
-pas mefurprendre
GALANT5
DinfortuvePompée en devenant
Nepútſegarantir des traits de ta
fureur
Et ce lien facré commenga fon
Mais quandà cet hymen Caton
pourroit foufcrire
Ton coeur infatiable affamé de
N'enferoit pas moins fier , ny
moins ambitieux
Etje me chargerois d'un forfais
Το Πο Daodieux.
La nouvelle de la perfidie
de Pharnace qui veut s'emparet
du licu de la conference
Kij
16 MERCURE
finit ecete belle Scene. Cefar
court s'y oppofer , ce qu'il dit
peint au naturel ſon intrepide
generofité.
CESAR Portia
Ne vous allarmez pas du fors
qui nous menace ,
Fay puni Prolomée&puniray
Pharnace
LeCielferoit en vain des mortels
S'il ne
genereux
les rendoit pas
pas quelquefois
malheureux
Le cinquiéme Acte eſt affûrement
le plus beau de la
piece ; l'action y eft vive ,&
comme Horace le preferit,
GALANT. 117
elle va rapidementà la fin.Ceffaarrrreevviieennttaapprrèéssaavvoir
repouffé
Pharnace : Portic le recoit en
luy demandant : 09
Cefar, est- ce un Romain qui
paroist en ces lieux,
Ou n'est-ce qu'un Tiran qui ſe
montre à mes yeux ?
thaToure cette Scene eft.comparable
aux plus belles Scenes
des Tragedies les plus eftimécs.
Portic offre à Cefar de
l'épouſer , pourvû qu'il laiſſe
Rome libre: Cefar a de la peine
à facrifier ſon ambition à
fon amour. Portie s'en irrite ;
fon tranſport n'est pas fort
18 MERCURE
inferieur àla fureur deCamille
dans l'Horace de Corneille,&
il eſt mieux placé.
PORTIA pul
C'en esttrop , il est remps que
mon courroux éclate ,
Moy- même je rougis de l'espoir
qui te flatte :
S
N'attend pas que t'hymen d'un
que voy
Soüille lapuretédufang qui con
le en moy
Mon coeur defonamour ne triom
phoir qu'à peine
Mais tes cruels refus me livrentà
la barneol
Si ton bras deftructeur met my
GALANT9
jougl'Univers, ١٠
Par uneprompte mortje previendray
tes fers.
Tu ne commanderas qu'àces ames
1
ferviles
Qui t'ont prêté leurs bras dans
lesGuerres Civiles.
Aces perfecuteurs des vertus de
Aces ingrats Romains , quin'en
ontque lenom.
Puißent tes Succeffeurs pour
monteràl'Empire
Chercher avidemment l'un l'autre
àse détruire',
Dufer& du poison emprunter
120 MERCURE
D'un pere vieilliſſant precipiter
les jours ;
Exercerdans lapaix les fureurs
de la guerre ;
Faire un bucher de Rome , un
८
defert de la terre ;
Unir étroitement par un crime
nouveau
Les vivans & les morts dans
le même tombeau ; ८
Par un hymen prophane &des
Liens impies
Epouvanterles Cieux,
lesfuries
&
Et pour voir àplaifir laſource
deteurSang
D'une mere immolée ouvrir le
srifte
GALANT. 121
trifte flanc!
Puiffent tous leurs forfaits eftre
peints dans l'Histoire !
Puiſſeàjamais le monde abhorrer
ta memoire !
Puisse-t- il indigné contre tant
de fureurs
N'accuſerque toyſeul de toutes
ces horreurs !
Cependant les Troupes de
Cefar qui croïent qu'on a
manqué à la parole donnée à
leurGeneral ,& qui imputent
àCaton la perfidie de Pharnace
, fondent fur le peu de
Troupes qui reſtoient àcet illuſtre
Romain ; prêt de tom-
Mars 171,5.
L
122 MERCURE
ber entre les mains des ennemis
il ſedonne la mort. Cefar
arrive trop tard pour l'empê
cher; on apporteCatonmourant
fur le Theatre , ſes dernieres
paroles ſont dignes de
luy ; on les comparera fans
doute avec ceque dit Mithridate
mourant , & Racine
peut-être ne l'emportera pas
fur M. Deschamps de toutes
les voix.
PORTIA.
Ab mon pere ..
CATON
Etouffezd'inutiles douleurs ;
Romeſeuleen cejour doit exciter
GALANT. 123
vos pleurs
Rome preste à perir , noftre chere
Patric
Qui d'un cruel Tiran éprouve la
furic.
PleurezRome ... pour moy mon
destin est trop beau ,
La liberté me ſuit dans la nuit
du tombeau :
Le trépas de Gaton est un choix
volontaire
Le Ciel n'en a pas fait un malheur
neceßaine.
Au milieu des horreurs du plus
cruel destin ,
Fay vêcu glorieux , &j'expire
enRomain.
Lij
124 MERCURE
Souvenez-vous toûjours de qui
vous êtes née.
PORTIA .
Amourir avec vous je mesuis
condamnée.
Vivez.
t
CATON.
PORTIA .
Quoy dans les fers je traînerois
monfort ?
Queje vous doive tout
la mort ?
CATON.
Tous estes libre encor د
nex Utique ,
la vie
abandon
achezde foutenir la liberté publique:
GALANT. 125
Vivez pour fervir Rome ,
que vos pas errans
Cherchent tous les climats ennemis
des Tirans.
L'Espagne maintenant doit eftre
: voſtre azile.
Ereignezàjamais uneflamefervile.
AuSalut del Esatdévoñezvosre
caur,
Que Rome en vostre Epoux trouveun
Liberateur.
Que je revive en vous , que ma
haine implacable
Soit toujours par vos foins aux
Tirans formidable.
Mafille ,approchez vous : dans
Liij
126 MERCURE
८ cet embraſſement
Si nouveau pour mon coeur , fi
doux &ficharmant ,
D'un pere qui des Cieux va quitterlalumiere
د
Mafille, recevez la veriu toute
L entiere.
Leprocés eſt inſtruit , prononcez
Mylord ; je l'ay dit ,
& je ne m'en répens pas , je
confens d'être jugé même par
un Anglois. Au reſte , je n'ay
point eu d'autre intention que
d'exciter entre M. Addiſſon ,
& M. Defchamps , une émulation
qui anime le dernier à
marcher ſur les pas de Cor
GALANT. 127
neille , & qui pouffe le premier
à donner un Corneille à
l'Angleterre.
un examen de la Tragedie
de Caton , j'avois déja même
fait fur cette piece prefque autant
de remarques qu'il en fal
GALANT. 64
loit pour vous apprendre ce
que le public en penfe ; &
j'étois enfin déterminé à les
faire imprimer , lorſque j'ay
receu la Differtation ſuivante.
Quoyque j'aye ſenti des differences
affez confiderables entre
mes ſentimens & ceux
qu'on vient de m'envoyer ,
j'aime cependant mieux vous
faire part des raiſonnements
des autres que des miens. Sauf
neanmoins à vous , Meffieurs,
àm'ordonner de vous entretenir
à ma mode , quand il
vous plaira m'obliger à le faire .
Vouspourrez en attendant re
62 MERCURE
cevoir comme vous lejugerez
à propos , le Paralelle que je
vous preſente.
PARALELLE
de deux Tragedies nouvelles ,
dont la mort de Caton est le
Sujet : l'une est Angloise de
Monsieur Addison ; l'autre
Françoise de Monfieur Defchamps
.
r
LETTRE
à Mylord * * *
Vous vous plaignez , Mylord,
fort vivement , que M.
GALANNTT.. 63
Dacier ait decidé qu'il ne faut
pas attendre des Anglois une
bonne Tragedie ; & qu'il les ait
crû incapables d'obſerver les
regles d'Ariftote : comme les
jugemens de M. Dacier ne
ſont pas ſouverains , qu'on en
peut appeller ,& qu'on en appelle
ſouvent ; touché de vos
plaintes , Mylord , j'ay examinécette
déciſion, elle m'a paru
auſſi fauſſequ'elle eſt injuricuſe
à la Nation Angloiſe. Les
Anglois ſçavent la plupart
affez de François pour profiter
des remarques de M. Dacier
fur la Poëtique d'Ariftote.
64 MERCURE
Ceux à qui la connoiſſance diu
François manqueroit ou qui
feroient détournez de ſe ſervir
de cesſçavantesremarques par
la diſgrace du pauvre de Trie,
ont le Commentaire Latin de
Goulſton , un de leurscompatriotes
, qui peut aſſurement
leur tenir lieu de celuy du
Grammairien François.
Vous ne ſçavez pas peuteſtre
ce qu'il en coûta à de
Trie pour s'eſtre rempli de
l'eſprit de M. Dacier : fitoft
que ſa Poëtique parut , de
Trie quitta tout autre Livre, il
conçût d'abord ungrand mépris
GALANT. 65
pris pour Corneille , ilmepriſa
Racine un peu moins ; mais il
mépriſa extrêmement la France,
qui les avoit admirez tous
deux.Le Diſciple de M. Dacier
diſoit des François ce que ſon
Maître a ditdes Anglois ; nous
manquions à ce qu'il afſuroit
d'une bonne Tragedie , & par
pitiépour ſa Nation il voulut
luy en donner une parfaite ;
il choiſit pour ce ſujet les Heraclides
: tout fat reglé , compaſſe
ſur les remarques de M.
Dacier , la piece fut joüéc ;
mais elle ne fut joüée qu'une
fois,& le public gâté parCor-
Mars 1718. F
66 MERCURE
neille n'eût mall z d'érudition
pour goûter la nouvelleTragedie
, ni affez de patiencepour
la ſouffiir. De Trie ſe plaignic
de ſon guide , il ne ſe plaignoit
pas d'Ariftote , Corneil
le l'avoit lû ; mais Corneille
n'avoit point lû M. Dacier
&de Trie l'avoit trop lû.
Vos Poëtes , Mylord, évite
ront un pareil malheur , ils
fontchoquez du mépris que le
Grammairien François a fait
deleur Nation ,& ils ont raifon
d'en eſtre choquez ; appartient
il à un homme fans
gouft pour le Theatre ,fans
GALANT. 67
connoiffance du Theatre Anglois
deprononcer qu'il nefaut
pas attendre des Anglois une bonne
Tragedie ; s'il avoit penetré
legenieAnglois , il ſeroit convaincu
qu'il eſt tout tragique ,
&qu'il n'y a pas peut eſtre de
Nation plus capable de donner
aux pieces de Theatre , le
terrible des pieces Grecques ;
d'ailleurs la Langue Angloiſea
une force ,une abondance ,
une liberté qui convient au
Theatre; il faudra, je l'avouë ,
queles Anglois captivent un
peu leur imagination fougueude
ſous le joug des regles ,
Rij
68 MERCURE
qu'ils ne ſe permettent plus
de Metaphores outrées , qu'ils
prennent garde de tomber
dans certaines baffeffes que les
Poëtes Grecs n'ont pas affez
évitées ; qu'ils ſe défaſſent des
idées romaneſques , s'ils parviennent
àſe corriger de ces
défauts ,&ils y parviendront:
le Theatre Anglois égalera le
Theâtre François , il ne l'a pas
encore égalé , ſouffrez que je
lediſe , ſouffrez même que je
le prouve par un Paralelle du
Caton Anglois de M. Addiſon
*&du.Caton de M.Deschamps.
Le Caton François a cité favor
-
GALANT. 6,
rablement receudu public, jamais
piece n'a eu en Angleterreun
fuccés pareil à celuy du
Caton Anglois.
Je ne puis done mieux établir
la ſuperiorité du Theâtre
François fur le Theatre Anglois
qu'en montrant que M.
Addiſondoit ceder à M. Defchamps.
Je ſuis ſi perfuadé de
la bonté de la cauſe que je
deffens & de voſtre équité
Mylord , que je ne veux point
d'autre Juge que vous.
Caton eſt un nom fameux ,
ce grand homme adonné des
exemples fi éclatants de l'a
د
70 MERCURE
mourde la patrie&de la liberté
, qu'on fouff oit avec peine
qu'il n'eût point encore paru
fur aucunTheatre . M. l'Abbé
Abeille a choiſi ſa mort pour
le ſujetd'uneTragedie:tous les
connoiffeurs qui l'ont luë , ou
entendu lire en parlentaveode
grands éloges ; mais l'Auteur
s'obſtine à la refufer au public.
M. Addiſion & M. Defchamps
ont formé en même
temps le deffein de travailler
fur ce beau fujet , & d'abord
ils en ont apperceu la ſecherefſe
Caton enfermé dans les
murs d'Utique ſe tua pour ne
GALANT. 71
,&
pas tomber entre les mains de
Cefar . L'Histoire ne fournit
rien de plus ,& pour remplir
l'étendue d'une Tragedie , il
faut de la fiction& des épiſodes:
nos deux Poëtes ont feinc
en effet ; mais avec cette difference
avantageuſe pour le
François que les épiſodes tiennent
au ſujet , qu'ils en font le
noeud , & qu'ils en produiſent
le dénoüement. Les Epiſodes
du PoëreAnglois ſont abſolu
ment détachez de l'action prin
cipale , ils la cachent,il la
fontdiſparoiſtre affez ſouvent,
en unmot ils ne fervent qu'à
72 MERCURE
fournir des Scenes qui rempliffent
les vuides de la Tra
gedie.
UnecourteAnalyſe desdeux
pieces fera voir ſenſiblement
de défaut dans le Poëme Anglois
, cette beauté dans le
Poëme François.
:
Dans le PoëmeAnglois,Ca
ton eſt renfermé dans Utique
avec peu de Romains &quelque
Cavalerie Numide , qui as
☐ſuivi le jeune Juba. Cefar envoye
propoſer la Paix on la
refufe : il fait marcher ſcs
,
troupes. Caton ſe voyant hors
d'état de refifter,ſe tue.Voilà
coute
GALANT. 73
toute l'oeconomie de l'action .
Voicy les Epiſodes.
Portius & Marcus fils de
Caton aiment Lucie fille d'un
Senateur Romain : Portius
confident de ſon frere qui ne
le connoiſt pas pour fon rival
ſe comporte en homme genereux
fans vaincre ſon amour
&fans trahir ſon frere. Marcus
eſt tué , Portius épouſe
Lucie.
Autre Epiſode également
détaché du ſujet & du premier
Epiſode.
Le jeune Juba aime Marcie
fille de Caton, que Sempronius
Mars 1715 . G
74 MERCURE
Romain aime aufli . Sempronius
eſt un perfide qui veur
trahir Caton. Syphax , Numide,
conſpire avec luy ; ils font
foulever les Romains : Caton
les appaiſe. Syphax propoſe à
Sempronius d'enlever Marcie,
& de prendre les Habits
Royaux de Juba pour executer
ce crime avec moins d'obſtacle,
Juba ſurvient , il tuë
Sempronius , Syphax s'enfuir.
Le Poëme Anglois , comne
on le voit , n'a plus d'unité;
ce font trois Tragedies l'une
dans l'autre , & l'Auteur a fenGALANT.
75
ti luy-même que l'action principale
luy échappoit ; illa rappelle
de tems en tems par les
reflexions que font les Amans
qu'ils auroient autre choſe à
faire que l'amour ,&que dans
un ſi grand peril ils ont tort
de s'amuſer à des converſa
tions galantes..
Le Poëte François a micux
imaginé ſa fable ; il l'a diſpofée
plus habilement.
Caton eſt dans Utique ca
état de ſe deffendre, fi un accident
imprevû ne rompoit
fes meſures ,& par- là ſa fermeté
n'eſt plus un deſeſpoir 1
Gij
76 MERCURE
1
comme dans le Poëme Anglois
; il peur , il doit même
refuſer la Paix. Caton a dans
le Port d'Utique les Vaifleaux
du Roy de Pont ; il a ſesTroucampées
avec les fiennes
pprroocchhee llee Port. Ce n'eſt pas
dans Utique que ſe paſſe l'action
, c'eſt dans un Palais des
Rois deNumidie aſſez éloigné
des murs , pour que Cefar y
puiffe venir en ſeureté fur la
parole de Caton ; l'entrepriſe
de mettre Cefar & Caton en
ſemble ſur la Scene a été une
entrepriſe hardie ; elle a réüli
à M. Deſchamps. Cefar y paGALANT.
77
reſt auſſi grand que le peint
l'Histoire ; incapable d'obéïr ,
digne de commander même
aux Romains Maiſtres de l'Univers;
affez brave , affez ſage,
affez heureux pour les foumettre
par les Armes , affez politique
pour vouloir les foumertre
fans combat; intrepide ennemy
, vainqueur genereux ,
vertueux autant que l'ambition
le permet , ſenſible àl'amour
, mais plus ſenſible à la
grandeur qu'à l'amour.Caton
l'efface un peu , il doit l'effacer
; la vertu doit briller plus
que le vice ,& l'infortune ſou-
Giij
78 MERCURE
tenue avec courage, donneun
nouveau luſtre à la vertu.Phar
nace ce fils de Mithridate fi fa
meuxpar ſes crimes, étoit propre
à ſervir d'ombre à Cefar ,
&à Caton. Le choix de ces
trois caracteres ſibien contraf
tez eſt d'un grand art , l'en
chaînement de la fable mar
queencoremieux l'habileté du
Poëte. Pharnace chaſſe de ſes
Etats par Cefar vient joindre
les reſtesdu party de Pompée.
Arfene crûe Reine des Parthes
attachée au même party par
les engagements qu'avoit pris
fon pere , y vient auffi pour
GALANT. 79
rompre fon mariage projetté
avec Pharnace , & pouffée par
un ſecres instinct qui la porte
vers Caton; c'eſt par leur entreveue
quela piece commence..
La prétendueë Reine des
Parthes est bientoſt reconnuë
pour Portie fille de Caton .
Quand l'Auteur, auroit
hazardé cette fiction fansluy
donnerune exacte vray - femblance,
elle produitde fi beaux
effets,qu'on nepourroit la condamner
; mais l'imagination
de M. Deschamps eſt toûjours
reglée parun jugement ſolide:
tout ce qu'il ſuppoſe pofe convient convi
Giiij
80 MERCURE
à ce que les Hiltonens nous
apprennent : il feint que la
femme de Crafſus avoit emmené
avec elle Portie ſa niéce
encore enfant , que dans la
déroute de Craſſus , Portie devenuë
Eſclave , fut preſentée
au Roy des Parthes ; le rapport
des traits de ſon viſage
avec ceuxde la Princeſſe ſa fille,
ſeul enfant quiluy reſtoit ,luy
inſpire pour Portie une tendreffe
preſque paternelle : la
Princeſſe meurt & le Roy auquel
il étoit important de ne
pas paroiſtre manquer d'heri.
tiers , fait paffer Portie pour ſa
GALANT. 881
fille. Cefar à qui il n'eſtoit pas.
moins important de s'affurer
du Roy des Parthes , vient àla
Cour de ceMonarque , ſans ſe
faire connoiſtre , pour le détourner
d'embraſſer le parti de
Pompée , il ne réüffit pas : mais
il voit la Princeſſe , il l'aime
fans la connoiſtre pour Portie ,
elle l'aime fans le connoiſtre
pour Cefar : on arrête leMariage
de la fauſſe Princeſſe des
Parthes avec Pharnace,le coeur
de Portie n'y peut conſentir :
les crimes de Pharnace & fur
tout l'affaffinat de Pacorus
Princedes Parthes ſon frere ,
82 MERCURE
;
de
dont elle découvre qu'il eſt
auteur,luy ſerventde pretexte
pour rompre : elle a beſoin
L'aveu des chefs du parti de
Pompée , elle vient l'obtenir ,
&elle retrouve ſon pere dans
Caton , & fon amant dans
Cefar. Son Mariage rompu
détermine Pharnace à faire
affaffiner Caton: il le faitpropofer
à Cefar ,l'illustre Romaina
horreur de la perfidic,
du fils de Mithridate,& il avertit
Caton :Pharnace au defefpoir
veut perdre Caton &
Cefar , ſe rendre maître du
lieu dela conference de Por- C.
GALANT. 83
tie & d'Utique. Le peril de
Cefar fait accourir ſes troupes,
Pharnace eft chaſſé : mais les
Romainsqui ſuivoient Caton
ſe teiniffent aux troupes de
Cefar , & Caton n'a plus de
parti à prendre que celuy de
fléchir devant l'ufurpateur
oudeſe tuer :Caton ne poùvoitdans
ces circonstances , en
prendre un autre que celuyde
llaamort.
2
Il faut remarquer , que la
liaiſon des évenemens eft fi
bien menagée , que tout fe
réünit à l'action principale ; fi
l'arrivée de la Reine des Par84
MERCURE
thes ,eſt la cauſe des entrepri
ſes de Pharnace , qui mettent
Caton dans la neceffité de fe
tuër ; c'eſt encore la Reine des
Parthes qui attire Gefar dans
le lieu de la Conference , &
qui l'engage dans le peril. Co
peril , comme onl'avû , attire
dans Ucique les Troupes de
Cefar, & ôre toute refſſource à
Caton; il n'y a pas un évenement
qui n'amene le denoücment
, tousles pas des Acteurs
y tendent , ſi j'oſe m'exprimerainfi.
M. Deschamps l'emporte
donc pour la juſteſſe des EpiGALANT.
85
fodes, il l'emporte encore par
le bel effet qu'ils produiſent ;
le mépris que fait Caton d'un
des premiers Trônes du monde
, Thorreur avec laquelle il
Voit une Couronne dans ſa famille,
font des traits bienpropres
à faire connoître cette
grande Ame : l'amour de Ce
far &de Portie , de la fille de
Caton& du Tyran de Rome ,
intereſſe autrement que la froide
galanterie de Portius & de
Lucie , de Sempronius & de
Marcie ; Caton obligé de la
vie à Cefar , Cefar combattant
pour Caton, font des fi
86 MERCURE
tuations , s'il ſe peut , encore
plus intereſſantes que l'amour
de Cefar &de Portie.
Vous en conviendrez ,Mylord
, la conſtitution de la Fabledans
laTragedie Françoiſe
eſt reguliere , merveilleuſe ,
vray-femblable, intereſſante ,
grande ; a-t- elle ces perfections
dansle Poëme Anglois ?
>Comparons maintenant
nos deux Poëtes par la maniere
dont ils ont ſoûtenu le
caractere de Caton , & ceux
des autres Acteurs ; nous les
comparerons enſuite par les ſituations&
par les ſentiments,
GALANT. 87
car pour l'expreſſion , je ſuis
aſſez équitable pour ne pas juger
de celle de M.Addiſon ſur
une Traduction en profe.
M. Addiſſon & M. Defchamps
ont peint tous deux
Catonau naturel. Dans la piece
Angloiſe l'admiration de
Juba pour Caton, les cenfures
que Sempronius & Syphax
font de l'auſterité de ſa vertu ,
en donnent une grande idée ;
il la ſoûtient par la fermeté au
milieu de la revolte de ſes
Troupes ;par la maniere dont
il parle de ſon fils mort pour
la patrie , par ſa mort ; mais
88 MERCURE
l'oppofition de Cefar neceffaire
pour rehauſſer ſon éclar ,
luy manque dans la Tragedie
Angloiſe , & il y paroît trop
peu ſur la Scene. On ne le
perd point de vûë dans la
Tragedie Françoiſe. Tout ce
qu'il dit porte ſon caractere ,
& tout ce qu'on dit de luy releve
l'idée qu'on s'en eſt formé
dés la premiere Scene. Le
Trône des Parthes mepriſé , la
Paix offerte en vain parCefar ,
Caton abandonné& envelop.
pé des Troupes de Cefar, font
des occaſions où toute ſa vertu
doit paroître , & où elle paroît.
Achevons
GALANT. 89
Achevons le paralelle des
deux Tragedies par la compa.
raiſon des ſituations&des ſentimens.
Commençons par
mettre dans tout leur jour les
beaux endroits de la piece Angloiſe.
Le premier ſe trouve
au commencement de la cin
quiéme Scene du troiſieme
Acte: on arrive juſques là par
des Scenes galantes, inutiles au
ſujet , par des converſations
morales de Portius & de Marcus
, fils deCaton , de Juba&
de Syphax ; par une froideDeliberation
du Senat ; mais il
faut avoüer qu'on eft. frappé
Mars 1715. H
9. MERCURE
de voir le Theatre plein des
Chefs revoltez par Sempronius
, rendus immobiles, atterez
, deſarmez par la preſence
intrepide & le ſage difcours
deCaton.
CATON.
Où ſont ces intrepides fils de
Mars, qui avec tantde bravoure
tournent ledosà l'ennemi ,
qui avec tant d'audaceſe revoltent
contre leur General
SEMPRONIUS à part.
Que le Ciel confondeces ames
laches ! comme ils font étonnez
éperdus!
GALANT 21
CATON.
Perfides ! est- ce ainsi , que
vous voulezflécrir vos lauriers
ternir vostre reputation ? rene
connoiffez vous donc que ce
toit ny zele pour la Patrie, ny
l'amour de la liberté , ny le defir
de la gloire ; mais feulement l'avidité
du butin & l'esperance
de partager les dépoüilles des Villes
,&des Provinces conquifes
qui vous ont conduits ici? Animez
de tels motifs , vous faites
bion de vous joindre aux ennemis
de Caton,&de vous ran
gerſous les Etendars de Cefar.
Pourquoy aije échappé àla mor
Hij
92 MERCURE
fure fatale de l'afpic , & aux
mortelles atteintes des monstres de
l'Afrique pour voir ceque je vois
aujourd'huy ? pourquoy Caton
n'est- il pas mortſans que vous
fuffiez criminels ? voilà ingrats ,
voilàmonfeinpreſtà recevoir vos
coups: que celuy àquij'ayfaitinjustice
frappe le premier. Parlez
.. quel de vous croit avoirſujet
de ſe plaindre , ou s'imagine qu'il
Souffre plus que Caton ? ya t-il
quelque distinction entre vous
moy; sice n'estdans les travaux,
dans les soins dans les veilles ,
dont j'ay la plus grande part?
n'estce pas là toute lafuperiorité
GALANT. 93
que j'ay ſur vous ?
SEMPRONIUS à parr.
Le coeur leur manque : maudits
foient ces traitres ! tout eft
perdu.
CATON.
fr
Avez vous oublié les deferts
brûlans de la Lybie,ſes rochers
Steriles ,ſes montagnes de fable ,
Son air infecté &ſes diverſes
efpeces de ferpens ? qui a été le
premier à frayer un chemin lorfque
la mortſe preſentoit àchaque
pas dans une route inconnie ? ou
qui est-ce quidans une longue&
penible marche étoit le dernier de
L'Arméeàétancherſaſoif, lors94
MERCURE
que ſur les bords d'un ruisseau
que la fortune nous avoir fair "
rencontrer , vous tarifſſiez le conrant
, en beuvant à longs traits.
SEMPRONIUS.
Sipar hazard on trouvoit quelque
petite ſource , & que vous
offriffiez à Caton l'eau vive,
dontàpeine vous aviezpû remplir
un casque , ne la repandoit il
pasfansy toucher ? n'a- t-ilpas
marchéàvoſtre teſte pendant les
plus ardentes chaleurs du jour,
&à travers les müages de pouf-
•fiere ?fon front a-t- il efté moins
exposé que le vostre aux traits du
foleil&àlafueur.
:
GALANT. 25
CATON.
Loin d'ici infames , loin dici .
Allez vous plaindre à Cefar ,
que vous ne pouviezpasfoutenir
les travaux er les fatigues que
vostre General effuye... T
On conviendra que cette
Scene feroit belle,fi Sempronius
n'y jettoit pas un Comique
qui en bannit le ſerieux&
legrandicen'eſtpas ſeulement
en cetendroit que le Poëtes'abaiffe
, la converſation de Juba
& de Syphax , & la mafearade
de Sempronius fentent
un peu la farce. Cette mafcarade
amene une ſituation fort
1
MERCURE
,
,
touchante ; Marcie voyant
Sempronius reveltu desHabits
Royaux étendu mort , le
prend pour Juba ; ce Prince
qui ſurvient eſt témoin de la
douleur de fa maîtreffe , &
par là il apprend qu'il eſt aimé
; mais il ne le connoît qu'a .
prés s'eſtre trompé quelques
moments , & avoir crû que
Sempronius faifoit couler les
larmesde Marcie. Tout ce jeu
de Theatre eſt conduit avec
art , les ſentimens font vifs ,
&l'expreſſiondans laTraduc
tion même paroît ſerrée , animée
&touchante. :
T
GALANT. 97
La Scene douziéme du quatriéme
Acte preſente encore
une belle ſituation : On apporte
à Caton le corps de
Marcus ſon fils, mort pour la
Patric; Caton le plaint , mais
enCaton.
CATON rencontrant le corps
Mort
Te voilà mort, mon fils , mais
zel que je t'embraße ! arrestezmes
amis : placez le devant moy , afin
que mesyeux se repaiffentde ce
Sangtant objet , &que je compte
•Ses bleßures. Quela mort eſt belle,
lorſque la vertu l'accompa-
- gne? qui est ce qui ne voudroitpas
Mars 1715 . I
98 MERCURE
estre à la place de ce jeune homme
? Ab! que ne peut on mourir
plus d'unefois pourſapatrie?mais
pourquoy vous afftigez vous,
mes amis ? je rougirois de hontefi
la maison de Caton eftait tranquille
&floriſſante pendant les
horreurs d'une Guerre Civile..
Portius regarde ton frere, &fouviens-
toy que ta vie n'est pas à
toy , lorſque Rome la demande.
JUBA àpart
Jamais moriel a- t- il fait paroître
tant de fermeté
CATON ば
Helas ! mes amis , pourquoy
pleurez vous une pente particu-
HEQUE DE
-
LYON
ے ہ
GALANT.
liere .C'eft Rome qui deman
larmes : Rome! la Maiſtreſe de
l'Univers; Rome ! Mere feconde
des Heros , & les delices des
Dieux; Romequi humilioit l'orguëildes
Tyrans de la Terre,&
qui briſoit lesfers des Nations ..
Helas! Rome n'est plus .. O liberte
!O vertu !O Patric!
JUBA à part. Il pleure.
Dieux ! quelle integrité! quel
amour de la Patrie ! il a veu
d'un oeil ſec un fils couchédans
les bras dela mort,&ilfonden
larmes pour Rome.
٢٠٠ CATON. 1
Toutceque la vertu Romaine
I ij
100 MERCURE
a dompté , tout ce que le Soleil
éclaire , tout est à Cefar. C'est
pourluyque les Decius fe font
devoüez ; c'est pour luy que les
Fabiusfont morts les armes à la
main; c'est pour luy que legrand
Scipion a fait des conquestes ;
que Pompée même a combattu.
Helas, mes amis ! qu'est devenu
le travaille des Deſtinées ? qu'est
devenu l'ouvrage de tant de
fiecles ?où est l'Empire Romain ?
funeste ambition ! tout est éva
noi, tout estabsorbé dans Cefar !
nos illuftres Ancestres ne luy
avoient rien laiſſé à vaincre que
faPatric!
GALANT. For
L'Auteur Anglois a diſpoſé
fort habilement ſon cinquiéme
Acte :laſeule mort deCa.
ton le semplit , il la fufpend
avec beaucoup d'art ; le commencement
de cet Acte eft
magnifique.
CATONfeul , affis &reveur,
tenant enſamain le Livre
dePlaton de l'Immortalité
de l'Ame , une épée nuëfur la
table.
Cela ne peut être autrement...
Platon tu raiſonnesjuſte! .. Car
enfind'où nous vient cetteflatteufe
esperance , cet ardent defir de
I iij
102 MERCURE
l'immortalité d'où nous vient
cette craintefecrete& cette horreur
interieure du néant ? d'où
vient que l'ameſe revolte contre
cette pensée ? c'eſtlaDivinitéqui
agit en nous ; c'est le Ciel même
qui nous fait entrevoirun avenir
une Eternité. Une Eternité!
idée agreable , og terrible en même
temps ! dans quels mondes divers
& inconnus devons-nous
paffer? quels changemens devonsnous
fubir dans ce vaste infini ?
ce grand objet , cet espace fans
bornes , eft dervant moy : mais des
ombres , des nuages , &des te
nebres le cachent àma venë....
GALANT. 103
de
Jem'en tiens à cecy : s'ily aune
Puißance au deffus de nous ( eg
les merveilles que les ouvrages
lanature étalent à nos yeux ne
nous permettentpas d'en douter )
il faut que cette Puißance aime
la vertu , & ce qui est l'objet de
fon amour ne sçauroit manquer
d'être heureux : mais quand ?
comment?ce monde a étéfaitpour
Cefar!...Jeſuis las de mes incertitudes
: ceci les finira , (mettant
la main fur l'épée ) me
voilà doublement armé ; la mors
&la vie , le poison & Antidotefonten
mes mains : l'un dans
un inſtant tranche le fil de mes
Liiij
104 MERCURE
jours ; l'autre m'apprend que je
fuis immortel. L'ame feure de
fon existence , mepriſe te poignard
brave la mort. Les Aftres perdront
leur fplendeur , la brillante
lumiere du Soleil s'éreindra avec
le tems ; toute la naturefuccomberaſous
le poids des années;mais
mon ame joüira d'une jeunesse
éternelle , & elle ne reffentira
cune atteinte , parmi le furieux
chocdes Elemens , le naufrage de
aula
matiere , &la diſſolution de
l'Univers.
Oppoſons maintenant les
beaux endroits de la piece
Françoiſe aux beaux endroits
ALANT. τος
de la piece Angloiſe. Je vous
avoie que le choix de ces
beaux endroits m'a embarraf
ſe , & que j'en omets beaucoup
qui m'ont charmé , &
qui plairont auxLecteurs peutêtre
autant que ceux que j'oppoſe
aux beautez de la piece
Anglorſe.
Je vous ay fait regarder le
mépris de Caton pour la Couronne
des Parthes , comme
unedes belles ſituations de la
piece Françoiſe. Ecoutez Caton
l'exprimer.
نم
Quoymonfang offre encore un
objet àma haine ?
106 MERCURE
Quoy l'ennemi des Rois eft pere
d'une Reine ?
Dieux !justifi z- vous les crimes
de Cefar?
Voulez-vous attacher les Romains
àfon char?
Mafille par vos foins ne m'estelle
renduë
Que pour marque de haine ,
pour bleßer ma vue ?
Si je ſens du plaisir à rappeller
fes traits,
Son deftin le détruit
en regrets.
le change
Comment me plairoit- elle avee
une Couronne?
Rome me le défend ,fi lefang
GALANT. 107
me l'ordonne.
La nature feroit en ce moment
cruct
D'un pere trop fenſible un Romain
criminel.
Que ma fille renonce à la gran.
1. deurSuprême !
Hatons- nous de fouleraux pieds.
fon Dradéme.
Le reste de la Scene eſt de
même force : le commencement
de la feconde Scene du
fecond Acte ſuffiroit pour faire
connoiſtre Caron.
CATON
Eh bien , Domitius , qu'avezvous
àme dire ?
108 MERCURE
DOMITIUS .
Cefar m'a commandé , Seigneur,
de vous inftruire ....
CATON.
L
Quoy Cefar vous commande?
vous obéiffez!
}
DOMITIUS.
Oüy , Seigneur.
CATONI
Vil esclave , arrêtez , c'ef
affez
C'est trop deshonorer vos glatieux
Ancêtres
Qui n'avoient comme moy ,
qu'eux & les Dieux pour
Maistres.
GALANT. 109 .
Deux vers de la premiere
Scene du troifiéme Acte donnent
la veritable idée de Cefar
Amant.
:
L'amour n'enchaîne pas les
Herosàfon char ,
EtCefar en aimant n'en estpas
moins Cefar.
La Scene ſeconde du troifiéme
Acte , où Portie reconnoît
ſon Amant dans Cefar ,
met l'un & l'autre dans une
fituation touchante . La conference
de Cefar & de Caton
qui ſuit , étoit un endroit perilleux
pour l'Auteur. La conference
deSertorius&dePomHO
MERCURE
2
pée eſt un modele qu'il eſt
preſque impoſſible d'égaler ;
il eſt même plus difficile de
faire parler Cefar & Caton ,
que de faire parler Sertorius
& Pompée : la conference de
Caton & de Cefar a plû cependant
, & plû fi generalement
, que les Critiques les
plus impitoyables n'ont ofé y
toucher : je ne la tranfcriray
pas, vous l'aurez lûë, Mylord,
plus d'une fois , &mille gens
la ſçavent par coeur. 1
Quand on ſe plaint que
M. Deſchamps n'a pas faitCcfar
affez grand , fait- on refleGALANT.
xion à ces fix vers que dit Caton
dans la premiere Scene du
quatrieme Acte.
: S'il nous étoit permis de nous
choifir un Maistre ,
Peut-être Cesar ſeul meriteroit
de l'être;
د
Mais il veut s'éleverſur le débrisdes
Loix.
Afferuir des Heros qui détrânent
lesRois,
Et cette ambition , ce penchant
detestable
Du plus grand des Mortels en
faitleplus coupable.
Quelles fituations que cel
les des deux Scenes fuivantes!
J
112 MERCURE
4
Portie reconnoît qu'elle eft
fine de Caton. Caton reconnoît
que fa fille aime Cefar.
Cefar reconnoît que ſa Maîtreſſe
eſt fille de ſon plus grand
ennemy; que leurs ſentimens
ſont conformes à leur caractere.
Ecoutons- les.
PORTIΑ .
Il est vray , ma naißance &
droit de te ſurprendre ,
Jel'ignoray toûjours , &je viens
de l'apprendre ;
Voy, Cefar , à quel point mon
deftin est affreux ,
Tu m'aimois &mon coeur répondoitàtes
voeux.
Fe
GALANT 13
Je dois en fremißant rougir de
ma victoire,
Etje trouve ma honte où je met-
1
tois ma gloire.
Ah ! devois -je éprouver en ce
funestejour ,
Que l'innocence est peu d'accord
avec l'amour ?
२
CESAR.
MOTAS
Et pourquoy regarder noſtre
amour comme un crime ?
De la haine pourquoy le rendre
la victime ?
C'est unpreſentdu Ciel qui veut
nous reunir.
Mars 1715. K
14 MERCURE
à Portia.
Loinde le mépriſer ,ilfaut l'enà
Caton.
tretenir.
71
Pourquoy nous séparer quandle
Ciel nous affemble ?
àl'un &àl'autre.
Que la paix & Phymen nous
uniffent enſemble.
CATON.
Jedonnerois plutoſt en Sacrifi
ce aux Dieux
Etlefang de ma fille&le mien
àtesyeux.
Cefar ,par cet hymen ne croy
-pas mefurprendre
GALANT5
DinfortuvePompée en devenant
Nepútſegarantir des traits de ta
fureur
Et ce lien facré commenga fon
Mais quandà cet hymen Caton
pourroit foufcrire
Ton coeur infatiable affamé de
N'enferoit pas moins fier , ny
moins ambitieux
Etje me chargerois d'un forfais
Το Πο Daodieux.
La nouvelle de la perfidie
de Pharnace qui veut s'emparet
du licu de la conference
Kij
16 MERCURE
finit ecete belle Scene. Cefar
court s'y oppofer , ce qu'il dit
peint au naturel ſon intrepide
generofité.
CESAR Portia
Ne vous allarmez pas du fors
qui nous menace ,
Fay puni Prolomée&puniray
Pharnace
LeCielferoit en vain des mortels
S'il ne
genereux
les rendoit pas
pas quelquefois
malheureux
Le cinquiéme Acte eſt affûrement
le plus beau de la
piece ; l'action y eft vive ,&
comme Horace le preferit,
GALANT. 117
elle va rapidementà la fin.Ceffaarrrreevviieennttaapprrèéssaavvoir
repouffé
Pharnace : Portic le recoit en
luy demandant : 09
Cefar, est- ce un Romain qui
paroist en ces lieux,
Ou n'est-ce qu'un Tiran qui ſe
montre à mes yeux ?
thaToure cette Scene eft.comparable
aux plus belles Scenes
des Tragedies les plus eftimécs.
Portic offre à Cefar de
l'épouſer , pourvû qu'il laiſſe
Rome libre: Cefar a de la peine
à facrifier ſon ambition à
fon amour. Portie s'en irrite ;
fon tranſport n'est pas fort
18 MERCURE
inferieur àla fureur deCamille
dans l'Horace de Corneille,&
il eſt mieux placé.
PORTIA pul
C'en esttrop , il est remps que
mon courroux éclate ,
Moy- même je rougis de l'espoir
qui te flatte :
S
N'attend pas que t'hymen d'un
que voy
Soüille lapuretédufang qui con
le en moy
Mon coeur defonamour ne triom
phoir qu'à peine
Mais tes cruels refus me livrentà
la barneol
Si ton bras deftructeur met my
GALANT9
jougl'Univers, ١٠
Par uneprompte mortje previendray
tes fers.
Tu ne commanderas qu'àces ames
1
ferviles
Qui t'ont prêté leurs bras dans
lesGuerres Civiles.
Aces perfecuteurs des vertus de
Aces ingrats Romains , quin'en
ontque lenom.
Puißent tes Succeffeurs pour
monteràl'Empire
Chercher avidemment l'un l'autre
àse détruire',
Dufer& du poison emprunter
120 MERCURE
D'un pere vieilliſſant precipiter
les jours ;
Exercerdans lapaix les fureurs
de la guerre ;
Faire un bucher de Rome , un
८
defert de la terre ;
Unir étroitement par un crime
nouveau
Les vivans & les morts dans
le même tombeau ; ८
Par un hymen prophane &des
Liens impies
Epouvanterles Cieux,
lesfuries
&
Et pour voir àplaifir laſource
deteurSang
D'une mere immolée ouvrir le
srifte
GALANT. 121
trifte flanc!
Puiffent tous leurs forfaits eftre
peints dans l'Histoire !
Puiſſeàjamais le monde abhorrer
ta memoire !
Puisse-t- il indigné contre tant
de fureurs
N'accuſerque toyſeul de toutes
ces horreurs !
Cependant les Troupes de
Cefar qui croïent qu'on a
manqué à la parole donnée à
leurGeneral ,& qui imputent
àCaton la perfidie de Pharnace
, fondent fur le peu de
Troupes qui reſtoient àcet illuſtre
Romain ; prêt de tom-
Mars 171,5.
L
122 MERCURE
ber entre les mains des ennemis
il ſedonne la mort. Cefar
arrive trop tard pour l'empê
cher; on apporteCatonmourant
fur le Theatre , ſes dernieres
paroles ſont dignes de
luy ; on les comparera fans
doute avec ceque dit Mithridate
mourant , & Racine
peut-être ne l'emportera pas
fur M. Deschamps de toutes
les voix.
PORTIA.
Ab mon pere ..
CATON
Etouffezd'inutiles douleurs ;
Romeſeuleen cejour doit exciter
GALANT. 123
vos pleurs
Rome preste à perir , noftre chere
Patric
Qui d'un cruel Tiran éprouve la
furic.
PleurezRome ... pour moy mon
destin est trop beau ,
La liberté me ſuit dans la nuit
du tombeau :
Le trépas de Gaton est un choix
volontaire
Le Ciel n'en a pas fait un malheur
neceßaine.
Au milieu des horreurs du plus
cruel destin ,
Fay vêcu glorieux , &j'expire
enRomain.
Lij
124 MERCURE
Souvenez-vous toûjours de qui
vous êtes née.
PORTIA .
Amourir avec vous je mesuis
condamnée.
Vivez.
t
CATON.
PORTIA .
Quoy dans les fers je traînerois
monfort ?
Queje vous doive tout
la mort ?
CATON.
Tous estes libre encor د
nex Utique ,
la vie
abandon
achezde foutenir la liberté publique:
GALANT. 125
Vivez pour fervir Rome ,
que vos pas errans
Cherchent tous les climats ennemis
des Tirans.
L'Espagne maintenant doit eftre
: voſtre azile.
Ereignezàjamais uneflamefervile.
AuSalut del Esatdévoñezvosre
caur,
Que Rome en vostre Epoux trouveun
Liberateur.
Que je revive en vous , que ma
haine implacable
Soit toujours par vos foins aux
Tirans formidable.
Mafille ,approchez vous : dans
Liij
126 MERCURE
८ cet embraſſement
Si nouveau pour mon coeur , fi
doux &ficharmant ,
D'un pere qui des Cieux va quitterlalumiere
د
Mafille, recevez la veriu toute
L entiere.
Leprocés eſt inſtruit , prononcez
Mylord ; je l'ay dit ,
& je ne m'en répens pas , je
confens d'être jugé même par
un Anglois. Au reſte , je n'ay
point eu d'autre intention que
d'exciter entre M. Addiſſon ,
& M. Defchamps , une émulation
qui anime le dernier à
marcher ſur les pas de Cor
GALANT. 127
neille , & qui pouffe le premier
à donner un Corneille à
l'Angleterre.
Fermer
25
p. 141-189
DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Début :
Ne me perdez pas de veuë, Madame, un de mes amis / IRIS. Hola, Mercure, hola je desesperois presque de ce [...]
Mots clefs :
Mercure, Dieux, Iris, Modernes, Poète, Poème, Aristote, Iliade, Diane, Jupiter, Vérité, Anciens, Junon, Mains, Esprit, Père, Règles, Divinité, Combat, Divin, Académicien, Saturne, Oreille, Achille, Héros, Homme, Invention , Homère, Poème épique, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE entre Iris, Mercure & un Moderne.
Ne me perdez pas deveuë ,
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
Madame , un de mes amis
veut me faire parler , tant
micux pourvous& pour tous
ceux qui me liront. Vous
allez entendre du fublime
qu'il me preſte. Je vais dialoguer
d'importance avec Iris ,
& vous dire des chofes que
vous allez regarder , comme
JeChef- d'oeuvre de mon élo.
quence. Cette promeffe , entre
nous , ne doit pas vous
étonner puiſque c'eſt àmoy
r
142 MERCURE
fivous vous en rapportez à
cequ'en ont dit eesvieux foux
de Poëtes qui m'ont divinizé ,
que l'on doit le grand are de
raiſonner . Jugez par vos propres
lumieres , s'il ont eûtort
ouraiſon de me difpenfer les
qualitez que j'ay receus d'eux
DIALOGUE
Mentre IrityMercure un
Moderne
IRIS.
د Hola ,Mercure hola je
defefperois preſque de arre
sencontrer dans ce Pays- cy;
1
GALANT. 145
je n'en puis plus zoom znov
Ate chercher me voila hors d'ha-
Voyezl'Ingrat , s'il s'en metfort
en peine, dooλο
Quen'ay-je cependant pas
fait pour te découvrir , il n'y
a pointderecoins dans laGrece&
dans le Pays Latin que je
n'aye parcouru , point de
Monts ſur lesquels je n'aye
grimpé , non pas même le
Mont Parnaffe , &malgré les
arrêts du deſtin , comme dit
Homere , toute immortelle
que l'on me croye , je ſcrois
expiréede ſoif &de laffitude ,
* 44 MERCURE
fi je ne m'eſtois rafraîchie de
l'eau Poëtique de la Fontaine
Aganipide. O la bonne liqueur
, Mercure.
4
MERCURE.
Pour du Nectar j'en bois ;
mais fi de la meilleure eau du
monde. De quoy s'agit -il
charmante Iris , cependant
de peur de l'oublier , que je
t'embraffe ma chere enfant ,
aprés quoi je t'écouterai dema
bonne oreille.
IRIS.
Treves de ces fortes de libertez
badines , je te prie, elles
eſtoient permiſes parmi nous C
B.P
autres.
GALAND 145
autres Divinitez du Regne de
Saturne d'heureuſe memoire ,
& encore plus fous celui de Jupiter
fon fils, mais depuis quelque
tems ,il faut eſtre un peu
plus engarde contre les ſaillies
dutemperament , car en cer
tain réduit du monde , il y a un
tas de Modernes au ris moqueur
qui nemanqueroient pas
doonous chanſonner ſur la
moindre privauté.ροι τους εότη
MERCURE sano
O la plaiſante défaite , comme
fi les Dieux devoient crain -
dre les couplets . A propos
eſt-ce que les Immortels font
Juin 1715. N
146 MERCURE
affez oiſifs là haut pour donner
la moindre attention à toutes
les ſotiſes qui ſe difent & fe
font ici bas ; s'entretiennentt-
ils par exemple de la nouvelle
guerre que quelques efprits
inquiets ont declaré aux
Partiſans du divin Homere .
RIRIS.OM
: Fils de Maïapeux- tu me
faire une telle demande, contme
s'il étoit permis que tu pufſes
ignorer l'importance &les
confequences de cetre fameuſe
querelle , & c'eſt la unique
ment le ſujetde mes depêches,
& pour lequel je t'ai cherché
GALANT. 147
avec tant d'inquietude&d'empreſſement
, afin que nous concertaffions
enſemble les
moyens de detourner cet oragequi
menace toute la Cour
celefte.... Comment ſi cette
affaire eft de conſequence. Oüi
ſans doute , elle intereſſe plus
que tu ne peux te l'imaginer ,
tout le Conſiſtoire des Dieux ;
nosConfreres avoientd'abord
regardé les preliminaires de
l'inſulte faite à leur Poëte ,
comme un jeu fait pour les
amuſer. Momus , mauvais railleur
, les comparoit à des Pigmées
qui voudroient entre
Nij
148 MERCURE
prendre d'eſcalader leCiel, en
s'élevant ſur des échaſſes pour
y atteindre. Comus le Farccur
a d'autres Nains , qui , plantez
fur les épaules d'un Geant , ſe
perfuadent follement qu'ils
ſont greffez ſur ſa tefte , comme
ſur un grand Sauvageon ,
s'en eſtimant la partie princi
pale, tandis qu'ils ne paroiffent
pas plus qu'une fourmi fur le
bonnet d'unAncien ,& tous les
Dicux de rire. Mais la Scene
eſt bien changée , depuis fur
tout que Jupiter a conſulté le
Grimoire des Deſtinées , il paroît
inquiet , rêveur , d'une huGALANT.
149
-
meur inſupportable , juſques à
faire perdre patience àlabelle
Junon à laquelle il cache tout
ce qu'elle voudroit ſçavoir.
Je te dirai même àl'oreille que
cette Déeſſe pouffée à bour,
lui a adreſſe ces Vers d'Homere.
*OJupiter fâcheux, plein de rudeffe
Quand ai-je eftéfi fole & indfcrete,
Tâchant sçavoir quelque chose
fecrete.
Mais toy malin concluds & deli.
beres
Salel, 1. Liv. de l'Iliade.
Niij
150 MERCURE
۱
Toûjoursfans moytes plus privez
affaires.
Aquoi leDieu répondit, Felone!
Impoſſible est que jamais rienj'or.
donne,
Que ton faulx coeur plein defufpition
,
N'entende à plein la miene intention
;
Mais d'autant plus que m'en
cuydes distraire ,
D'autant ou plus ,jefais tout le
contraire
,
Tant ſeulement pour mieux te
molester,
En te voyant à mon vuëil contester
:
GALANTISI
Or va t'affeoir , que je n'oye parolewa
2
Doreſnavant fi temeraire &
35
folle:
Donc quelquefois tranſporté de
Jump courroux ,
De mes deux mains je te baille
tels coups
Que tous les Dieux qui font en
Caffiſtence
Nepuiffent rien pour ton aide
dffenfe.
Il ne ſçait en verité à qui
s'en prendre , il vit en Tyran ,
tousjours défiant,& tremblant
que cette guerre ne lui ſoit
plus funeſte que celle que les
>
Niiij
152 MERCURE
Aloides lui declarerent jadis.
Ne t'en ſouvient-il pas .
MERCURE.
Mafoy s'il m'ensouvient , il ne
m'ensouvient gueres...
Je me rappelle cependant
quelque évenement ſemblable
que j'ai lû dans les Poëfies
d'Homere ; mais par la barbe
de Jupiter , il n'eſt plus icy
queſtion des perils paſſez , en
voilàde preſents bien réels qui
attaquent noſtre divinité ; je
connois le fils de Saturne , il
n'eſt point Dieu à s'allarmer
dedangers imaginaires ; cependant
qu'auroit - il à craindre
GALANT. 153
de ces Novateurs , à moins
qu'ils ne foient conduits par
quelque divinité inconnuëjufqu'à
preſent parmi nous autres
immortels.
IRIS.
Que tu as la judiciaire excellente
, comment as tu pû
rencontrer ſijaſte; & c'est ce
que j'avois de plus effentiel
àte communiquer , pardonne
à mon trouble ; il n'eſt que
tropcertain qu'ils ont actuellement
àleur tête une maîtreſſe
Deeſſe , les Modernes la nomment
la Raison , ils l'ont proclaméc
Reine , & le croyent
*54 MERCURE
invincibles ſous ſes étendarts.
Appuyezd'elle ,ces eſprits inquiets
font affez fiers pour
s'imaginer qu'en fuivant ſes
conſeils ,ils nous priveront
du droit d'immortalitémalgré
la priſe de poffuſion que nous
en adonnéHomere il y a trois
mille ans. Se peut il Mercure
que tu ignores des circonſtances
auſſiimportantes , puifque
tu te trouves porté dans la
Capitale où s'eſt tramée cette
étrange conjuration.
MERCURE........
Tu n'en dois point eſtre
furpris. Parmi mes differens
GALANT. Iss
"*
emplois tu ſçais que je ſuis revêtu
d'un qui m'occupe ſeul
beaucoup plusque les autres ,
c'eſt unmaître Dieu que mon
pere , a-t- il fait un figne de
tête , plus prompt que l'éclair ,
il veut eſtre obéi.
Il faudra cependant qu'il
s'enpaffe pour cette fois cy ,
car j'ay trouvé la Nymphe
plus impenetrable que Danać
àla pluye d'or , foit dit entre
nous , c'eſt la premiere qui ait
refifté à ce charmant appas..
Je reprenddone mesTalonieres
& nous retournerons au
Ciel de compagnie pour ren156
MERCURE
drecompte àmon pere de ma
commiſſion dont il ne ſerapas
content.
IRIS.
Non pas , Mercure , j'ay
ordre de te fairechanger d'oc
cupation; il faut que comme
Dieud'éloquence,tu employes
tes talens à pacifier les eſprits ;
fitu t'en trouvois même une
afez ample proviſion pour
débaucher quelques- uns des
chefs de noſtre ennemie la
Raiſon , quel fervice ſignalé ne
rendrois tu pas à toute la Cour
celeste. En mon particulier tu
ne trouveras pas une ingrate ,
GALANT. $ 57
envoilà les Arhes par avance ,
es tu content..
MERCURE.
Laiſſemoy faire aimable fille
de Thaumas , ils ſont confondus
, je les amene pieds &
mains liez faire amende honorable
devant le Tribunal de
Jupiter , en preſence du divin
Poëte ,& là à voix haute &
claire , declarer que mécham.
ment ,traitreuſement & fédicieusement
, ils ont preferé
les armes de la Raifon , pour
s'en ſervir contre le pere de la
Poëſic à qui nous fommes
redevables de tous les hon158
MERCURE
neurs dont nous joüiffons
dans l'Olimpe... Mais j'apperçois
quelqu'un marchant à
noſtre rencontre , ſeroit- cc
point par hazard un de ces
ſéditieux Modernes qui vient
mediter icy quelqueconſpiration
contre la vicille Iliade.
Avant qu'il ſoit plus prés , il
me vient un deſſein que tu
ne dois pas deſapprouver , je
vais me transformer en Aca.
demicien de l'ancienne Ecole ,
&toy tu te donneras pour
une femme ſcavante ; comme
tu poſſedes parfaitement les
AntiquitezGreques &Romai
GALANT. 159
nes , tu me fourniras des citations
au beſoin.
MIRIS.
En verité tu es un admirable
Comedien,voyons toutefois,
commetu joüeras ce nouveau
tolle& fi tu me tiendras
parole, jetejure foy deDéeſſe
deluy adreſſer des injuresqui
ne lecederontpoint enharmonicàcelleque
Junon dit de fi
boncoeur àJupiter lorſqu'elle
a ſes vapeurstondlaparoift
chercherquelque chose qu'il a
égaré, fers toydecet àpropos
pour l'aborder & luy offrir
tes ſervices,je te fuis de prés.
160 MERCURE
MERCURE.
Chut, nedis mot... Monſieur
ſans trop de liberté ne
pourrois - je pas vous eſtre bon
à la recherche que vous faites,
j'ay aumoins de bons yeux.
LEMODERNE. tv .
Lachoſe M. ne merite pas
que vous partagiez ce ſoin
avecmoy j'en ſuis même par
avance confolé , ce n'eſt qu'un
tome d'une Traduction d'Homere
en proſe avec des remarques
qui par conſequent ne
m'ennuiront pas d'avantage.
Je crois que je me conſolerois
auſſi aiſement, ſi j'avois perdu
un
GALANT. 16г
un autre gros billot que voilà
quieſt le pendant d'oreille de
l'original.
MERCUR MERCURE Académicien.
Ace peu de paroles , il n'eſt
pas difficile de deviner que
vous n'avez pas des ſentimens
bien favorables pour tout ce
qui s'appelleHomere,les miens
font bien oppoſez aux voftres ,
il a au contraire pour moi des
beautez furnaturelles , & il me
ſeroit facile d'en faire l'apologie
; à ce dégoût ſi marqué , je
ne crois pas vous offenſer ſi je
vous eltime unAnti- Homerif.
te du premier rang
Juin 1715. Ο
162 MERCURE
:
LE MODERNE.
Le nom ne fait rien à la
queſtion preſente, mais jedoute
M. qu'un homme d'eſprit
oſe jamais deffendre une ſi
mauvaiſe cauſe ; on aura beau
faire , & chercher , jamais on
n'y decouvrira ce qui n'y a jamais
eſté ; je veux dire un defſein
frappant que l'eſprit n'ait
pas de peine à demêler , des
Dieux qui ſoutiennent digne.
ment le caractere reſpectable
de la Divinité , des Heros qui
ne ſoient point ſuperbes , infolents
, groffiers , pleurants
comme des enfans ,& fepaGALANT.
4 163
rants indifferemment du vice
comme de la vertu. Quelle
honte pour le ſiecle, ou pour le
geniede voſtre divin Homere,
de faire adreſſer des diſcoursà
des chevaux ,& d'entendre ces
mêmes chevaux répondre pertinemment;
appellez-vous cela
du merveilleux , n'eft-ce pas
pluſtoſt pour les perſonnes
ſenſées, du puerile , de l'extra
vagant...
IRIS interrompant bruſquem
Ah! le traître, il me fuffoque,
je n'y puis reſiſter Mercure...
pardonne, je ne ſçais ce que je
dis.....quoydoncunAriftote,
O ij
164 MERCURE
un Ciceron , un Denis d'Ha-
,
licarnaffe , un Longin , un
Plutarque un Euftathe &
tant d'illuſtres morts auront
employé toute leur vie àadmirer
ces chefs - d'oeuvres de
l'art , & vous , M. vous qui
vivez encore , ne rougiffez pas
des blafphemes que vous ve
nez de prononcer contre cet
pomme inſpiré d'Apollon :
roloutable fils de Saturne
peter, tu te voir attaquer impunanent
dans ton Poëte
favori, fans punir dans le moment
le coupable.
GALANT. 165
LE MODERNE.
Pour une illuftre Greque
vous eſtes bienvive , Madame,
il vous manque un peu de
Aegme Philofophique. Par ce
petit eſſay d'emportement , je
jugeque , fi pour rendre une
cauſe victoricuſe , il ne falloit
que des injures & des noms
anciens , tout l'avantage de
la diſpute vous reſteroit
mais il faut des raiſons , Madame.
M. nous en fournira
peut-eftre.
MERCURE Academicien.
Permettez , Madame , que
j'acheve cette perillcuſe avan166
MERCURE
ture ,vous l'avez ſi judicieuſement
entamée que j'eſpere la
mettre à une heureuſe fin.
Vous , M. qui vous piquez
de raiſonnement , avez- vous
étudié la Logique de l'incomparable
Ariftote : c'eſt avec
fon fecours que j'entreprends
de vous redreſſer l'eſprit&de
vous reduire , ad metam non
loqui.
Premierement je vais vous
prouver ſans replique que l'on
n'imaginera jamais un Poëme
ſemblable à celuy d'Homere ,
fuivez-moy.
Un Poëme Epique n'eſt pari.
GALANT. 167
fait qu'autant qu'il eſt conforme
à celuy d'Homere.
-Or rien ne ſera jamais plus
ſemblableàHomere, qu'Homeremême.
Donconn'inventera jamais
un Poëme Epique auſſi parfait
que celuy d Homere.
Ceſeulraiſonnement general
devroit ſuffire pour convaincre
un homme diſpoſé à
ſentir la verité ; mais je veux
bien pour l'honneur de l'ancienne
Ecole aller encore plus
avant.
Ne convenez - vous pas ,
quc , ſi je vous fais voir plus
( 1
168 MERCURE
:
clair que le jour que le Poëte
par excellence devoit ſe ſervir
de l'entremiſe des Dieux dans
fon Poëme ,& qu'ils n'y font
pas un mauvais rôle , vous ſerez
forcé de chanter la Palinodic
, en voila la preuve.
:
UnHiſtorien fidele & exact
doit rapporter les veritables
cauſes de tous les évenemens
qu'il décrit.
Or les Dieux font la cauſe
veritablede tout ce qui arrive
ici bas.
Donc Homere comme infpiré
, a dû rapporter les penfées
& les converſations des
Dicux
GALANT. 169
Dieux au ſujet de la guerre de
Troyc.
Je finis enfin par un 3 .
Syllogiſme par lequel je me
fais fort de démontrer que les
Heros d'Homere font parfaits
,& confequemmentdoivent
l'eſtre beaucoup plus que
les no
N
chant
ce l'a
plus mechants que nosAyeux,
donc
plu
mes parfaits-
Or Homere a peintdes He-
Juin 1715 .
170 MERCURE
ros qui vivoient il y a trois
mille ans.
Les Acteurs de ſon Poëme
font donc tres- parfaits , & neceſſairement
plus parfaits que
les noſtres . En tenez vous ?
LE MODERNE.
Voila ce que l'on appelle
raiſonner informa , & fçavoir
remettre en honneur la reputation
dubon Homere; neanmoins
je ne ſuis pas encore
tout- à- fait rendu , touchant la
préeminence des Anciens , &
particulierement touchant celled'Homere
ſur les Modernes.
GALANT. 171
!
MERCURE Academicien.
Il eſt juſte de vous fatisfaire,
je ſuivrai pour cet effet la methode
des Geometres , toute
ſeche qu'elle peut eſtre , elle
convainc mieux l'eſprit que
lesdiſcours les plus recherchez;
je ſuppoſe néanmoins que vous
n'y prenez pas garde de fi prés .
Pour cet effet je n'aurai beſoin
que de quatre axiomes
qui ne me peuvent eſtre conieſtez...
AXIOME L
Les Anciens ont inventé &
dit tout ce qu'il y avoit à dire
fur toutes fortes de matiere.
Pij
172 MERCURE
Les Modernes n'ont fait que
copier les Anciens. *
T
Homere eſt inventeur du
Poëme Epique&de ſes regles.
IV.
Tout homme qui ne ſçait
pas fi bien les regles d'un art
qu'un autre , ne peut pas fi
bien réüffir que luy.
I. THEOREME.
Les Anciens l'emportent in
• finiment ſur les Modernes.
Ceux qui ont la gloire de l'invention
, l'emportent infiniment
fur ceux qui n'ont fait
GALANT. 173
L
quecopier ; or les Anciens ont
la gloire de l'invention , par le
premier axiome; les Modernes
par le ſecond axiome n'ont fait
que les copier ,par conſequent
les Anciens l'emportent infiniment
ſur les Modernes .
C. Q_F. D.
COROLLAIRE.
٧٤٠
Il s'enfuit de-là, 1. Que
plusun Auteur eſt ancien , &
plus il eſt cenfé avoir de merite.
2. Qu'Homere eſtant
le plus ancien Poëte Epique ,
ſon Poëme l'emportera fur
Piij
174 MERCURE
tous les autres. 3. Que la
nouvelle Iliade eſtant le Poëme
le plus moderne , doit eſtre le
plus mauvais , plus mauvais
que leMoyſe ſauvé, que la Pucelle
, que le Poëme de la
Magdelaine.
II . THEOREME.
Il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait que
celuy d'Homere. ک
On ne ſçait jamais ſi bien
les regles d'un art que celuy
quiles a inventées , or par le
troifiéme Axiome , Homere
a inventé les regles du Poëme
Epique , donc perſonne ne
GALANT. 175
peut les ſçavoir auſſi bien
que luy ; maispar le quatriéme
Axiome tout Auteur qui ne
ſçait pas ſi bien les regles d'un
art qu'un autre , ne peut réüffir
comme luy , par confequent
il eſt impoſſible de faire un
Poëme Epique auffi parfait
que celuy d'Homere.
C. Q. F. D.
Qu'avez vous à repliquer
àl'évidence de ces propofitions
miſes dans un point de
vûë Geometrique. Rendez
hommage , M.à la verité , ne
ſentez- vous pas qu'elle vous
illumine l'eſprit ,& qu'elle ſe
Piiij
176 MERCURE
fait paffage à travers vos prejugez
que je ferois content ,
fi elle avoit affez de forces pour
vous faire abjurer les nouvelles
erreurs des Anti- Homeriftes.
LE MODERNE.
Qui peut tenir contre des
raiſonnements purementGeometriques
, ſur tout lorſqu'ils
font de la force , & de l'évidence
de ceux que vous venez
d'employer : il faudroit eſtre
bien obſtiné pour n'eſtre pas
forcé de vous rendre la Juſtice
qui vous eſt dûë , vous eſtes
en verité unhomme admiraGALANT.
177
}
ble, vous me le paroîtriez encore
bien davantage , fi vous
pouviez me fournir des raiſons
dumême poids , pour excuſer
le divin Poete , de la manoeuvre
ridicule qu'il fait faire àſes
Dieuxdans le 21. Livre de l'Iliade.
Car que peut- onde plus
indecent , & de plus injurieux
s àla Divinité , que de les avilir ,
comme il fait , en les mettant
aux mains les uns contre les autres
, peut-on tenir ſon ſerieux
d'entendre des Déeſſes ſe reprocher
leurs défauts , & enſuite
ſe gourmer comme des
_harangeres , ſouffrez que je
ร
.
1
178 MERCURE
vous rappelle cet endroit, il eſt
en verité curieux.
Les Troyens poursuivis par
Achille ſe ſeparerent en deux ;
unepartie ſeſauve vers laVille,
l'autre se precipite dans le
Xante ; le Heros du jour s'élance
aprés eux dans le Fleuve qu'il
rougit de leurfang ; là il fait pri
fonniers douzejeunes Troyens des
principales familles , pour les immoler
ſur le bucher de Patrocle.
LeXante irrité s'oppose àsa fulepoursuit
reur , le couvre
plaſieurs foisdeſes ondes. Achille
prêt àperir s'adreſſe àJupiter ;
Neptune ,&Pallas viennent
1
GALANT. 179
1
$
le fortifier ; le Xante appelle le
Simois àſon ſecours. Nouveau
combat d'Achille Junon qui craint
pour luy , envoye Vulcain qu'elle
appelle fon fils le boiteux , pour
combattre contre leXante ; leDieu
met le Fleuve enfeu auſſi aifément
que s'il estoit d'huile ; leur
combatfini ,les autres Dieux recommencent
àſe charger. Voici le
beau. Mars a la lâcheté d'attaquer
Minerve la lance à lamain.
LaDéfſeſe retire quelques pas ;
&levant une pierre énorme que
les Siecles paffez avoient mis pour
bornes à un champ , elle l'a jette
contre Mars avec tant deforce ,
180 MERCURE
qu'elle lerenverſe. 7. arpensfont
converts defon vaſte corps ,Pallas
ſemet arire , & le traite d'infensé,
Jenje, &c. La belle Venus effrayée
de voir Mars en cet eftat , s'approche
de luy , & le prenant par
la main, elle tâche de le relever:
fa respiration estoit fi embarraffée
qu'il ne pouffſoit que quelquesfoupirs
entre- coupez. La Déeffe Junon
s'eftant apperceuë de cette démarche
de Venus , enavertit Pallas
; Minerve ravie de punir une
action fi honteuse , se jette fur
Venus , & avec la main, elle luy
donne unfi grand coup fur l'eftomac
, qu'elle luy ofte la refpiraGALANT.
181
tion , &la force ; Venus tombe
prés de Mars , & ils demeurent
tous deux étendusfur la pouffiere.
Neptune veut enfuitese battre
-contre Apollon qui refuſe le combat
: Diane lui reproche ſon peu
de courage ,Junon offenſée de cette
audace ,&nepouvant retenir ſa
colere, s'emporte contre cetteDéeffe
avecles termes les plus injurieux.
Elle dit , & en même tems luy
prend les deux mains de la main
gauche, lui enlevantde la droite
Jon carquois de deßus les épaules,
elle lui en donne ſur les deux
jouës , enfouriant lafait tourner
de coſté , & d'autre , lalaiſſe
182 MERCURE
1
enfin. Toutessesfléches tombentà
Sespieds,Dianeſeſauve avecla
rapidité d'une colombe dans lePalais
de Jupiter, s'aſſiedſur lesgenoux
defon pere , &fond en larmes
; Jupiter l'embraſſant avec
tendreffe, luy demande : Machere
fille, qui est celui des Immortels
qui vous a miſefi injustement en
cet état, comme si on vous avoit
Surpriſe en quelque faute ; la belle
Diane lui répond, c'estJunon qui
m'afimaltraitée,n'est- cepas d'elle
que naißent tous les debats ,
toutes les querelles qui arrivens
entre les Dieux.
Par ce recit fidele , &bien
moins chargé de ſotiſes , que
GALANT. 183
dans l'original comment
peut- on ſauver du mépris la
Majeſté des Dieux ; j'attends
fur cela des raiſons fatisfaiſantes
, autrement je vous déclare
que je reſte dans le parti
des Modernes , comme étant
le plus raiſonnable.
IRIS.
Il faut être doüé d'un grand
fond de moderation pour ſupporter
patiemment toute la
malignité de vôtre cenſure ,
contrel'amides Dieux ,lequel,
ſelon Strabon , a été le ſeul
qui les ait vû , ou fait voir
tels qu'ils font. Les ſages fo
font un merite de pene184
MERCURE
↓
trer ces mifteres , & d'en découvrir
le ſens caché ; mais le
Peuple Moderne plus groffier
que les païfans de laGrecequi
reſpectoient ces ſçavantes
tenebres , croit franchement
qu'en voyant dans ce
Poëme les ligues , les playes ,
les fupplices , les larmes , & les
emprisonnements des Dieux ,
tous ces objets ſont autant de
ſujets de critique pour lui : aveugle
qu'il eſt il ne s'apperçoit
pas que , dés qu'il prend ridiculement
ces choſes à la lettre ,
il eſt atteint, & convaincu d'ignorance
par les Antiquaires ;
qu'il
GALANT. 185
1
qu'il m'en coutera peu à vous
ouvrir les yeux , en vous dévoilant
le grand ſecret des Allegories
: ſivousaviez lû ce celebre
Poëte avec la docilité
d'un ſçavant qui a vieilly dans
la lecture de ces precicux Poëmes
, vous n'euſſiez pas été fi
temeraire que de traiter de
contes de peau d'âne tout ce
qu'il y a préciſement de plus
q'humaindanscetAuteur.Sçachez
que toutes ces fictions
prétenduës font tiréesdu fond
mêmede la verité : je pretends
donc qu'il n'a rien dit des
Dieux qui ne ſoit bon , qui ne
Juin1715.
186 MERCURE
convienne , &qui ne ſoit mê.
me conforme à la maniere
dont la plus ſaineTheologie en
a parlé. Pour vous en convaincre
, je ne me ſervirai de la clef
du merveilleux Allegorique ,
que dans le combat de Junon
avec Diane ; avec cette clef
miſterieuſe, non ſeulement on
ſauvera tout ce qui paroît de
plus outré dans l'Iliade ; mais
ondemélera avec plaifir tout
ceque cegrand Poëte avoit enfermé
ſous ces admirables Emblêmes
, que veut donc faire
entendre le Pere de la Poëfic
par ce combat de Junon avec
L GALANT. 187
1
e
1
Diane. * Il a voulu décrire
Theologiquement cetteEclypſe
de Lune qui n'eſt cauſée ,
quepar l'ombrede la terre , la
même queJunon : Junontient
les deux mains de Diane liées ,
c'est-à-dire qu'elle lie toutes
ſes facultez ; elle luy enleve ſon
carquois de deſſus ſon épaule ,
parcequ'elle empêche les raïons
du ſoleil. Elle luy en donne
fur les deux joües , parce que
cette obfcurité cache la face
entiere de la lune quand l'éclypſe
eſt totale ;& elle fait que
*Voyez les remarques de Me Dacier fur
Je 21. L. de l'Iliade. 1.
Qij
188 MERCURE
*
;
toutes les fléches tombent àſes
pieds , parce que tous les raions
demeurent arrêtez, & fufpendus
ſous elle; pourquoi Latone
ramaſſe - t'elle les fléches de
Diane , parce que c'eſt la nuit
qui rend àDiane ſes raïons.
Apprenez Meſſicurs lesModernes
par cette explication
toute naturelle , à ne pas jetter
imprudemment un comique
viſible dans ce qu'il y a de plus
ſerieux& de plus reſpectable
dans ce Poëme ; la methode
preſque Geometrique dont je
viens de vous donner le ſecret
doit vous ſervir dorénavantà
GALANT. 189
débroüüller le chaos de laTheologie
ancienne. Ce fera un fil
avec lequel vous vous échapperez
fans peine de ce labyrinthe ,
&j'eſpere qu'à la premiereentrevûë
j'aurai la confolation
de vous trouver auſſi ardent
- Partiſan de l'ancienne Iliade ,
que vous l'étiez de la nouvelle;
adieu , & reconnoiſſez par ce
changement ſubit que ce ſont
des Dieux à la façon d'Home-
: re , qui ont bien voulu vous
- inſtruire , & vous préter des
armes contre la raiſon.
Fermer
26
p. 24-82
HISTOIRE.
Début :
Ces admirables Heroïnes dont les Romans nous font de si [...]
Mots clefs :
Amour, Madame, Champ, Amant, Ami, Temps, Dames, Concierge, Main, Lettre, Fille, Main, Cheval, Mademoiselle , Rivale, Nuit, Chambre, Père, Famille, Hymen, Paris, Amitié, Honneur, Liberté, Curiosité, Repos, Femme, Mère, Village, Bois
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE
Ces admirables Heroïnes
dont les Romaris nous font
de fi brillants portraits ,étoient
autrefois dans l'uſage commode
de courir le monde dans
des chars, ou fous des palefrois.
Un Chevalier amoureux , un
Ecuyer fidele , une aimable
Compagne , ou du moins
unc
GALANT. 25
une Suivante difcrete , les
accompagnoient dans tous les
hazards où les expoſoit à cha
que inſtant leur excellente
beauté. Un monſtre , un bart
bare , ungeant , un lache
raviffeur ,& ſouvent un rival
infortuné , les rencontroient
dans un defilé , au fonds d'une
forêt, au piedd'une montagne,
ou au paſſage d'un fleuve. La
il étoit fans doute queſtion de
faire preuvede valeur. Le ſang
couloit de toutes parts , & la
Princeſſe alloit eſtre la proye
d'un perfide ennemi , ou d'un
tigre affamé , file Ciel n'eût
Octobre 1715 . C
26 MERCURE
H
envoyé l'intrepide Chevalier
aux Armes noires. Alors le
combat changebien de face ,
le monstre eſt ſur le champ
immolé à ſa juſte fureur , l'int
fame raviſſeur a déja mordu
la pouffiere , ou le geant eft
exterminé. Le Heros quitte
à l'inſtant les étriers ,deſcend
precipitamment de cheval ,&
d'un air extafié de labeauté de
la divine perſonne qu'il vient
d'arracher à ſes cruels ennemis,
il va ſe proſterner à ſes pieds ,
&la remercier tres- humblement
de la gloire qu'il a en ce
jour d'être ſon liberateur.
GALANT. 27
C'eſt aux voeux qu'elle a faits
pour luy , qu'eſt dû l'éclat de
ſa victoire. De son côté la
Dame le felicite,&aprés maint
&maint complimens , il la
mene dans un ſuperbe Palais
qui eſt environ à un mille du
champ de bataille. Là ils ſe
contentpar interpretes les differentes
avantures de leurs
vies , & bientoſt par bricole
tous les liens du ſang & de
l'amitié les uniſſent à jamais.
Ona ,grace au temps qui
détruit tout , &àdes reflexions
fortfages , bien abregé main
tonant toutes ces façons. Au-
Cij
28 MERCURE
jourd'huy les belles coutent
le monde fans tant de ceremo
nies ,&ferencontrent heureufement
ſur les grandes routes ,
comme des Pelerins, En voicy
un exemple recent entre mille.
Entre Morfontaine & Bertrandfoſſe
deux Villages fruez
environ à neuf ou dix lieuës de
Paris , un beau jour du mois
d'Aouſtvers les quatre heures
du matin ,une jeune & belle
fille fut rencontrée par un Part
ſan , au milieu d'un champ.
Elle étoit vêtue d'un habit de
tafetas rayé , fon juppon étoit
detafetas couleur de rofe, avec
GALANT. 29
un point d'Eſpagne d'argent ,
pourpla coëffureelleavoit une
garniture àdentelles negligée,
elle avoit une jambe chauffée
dunbas de ſoye verte& l'autrehat
telle portoir ſes ſouliersen
pantoufle , & fc promendit
triſtement ſur un tendbergazom
si ab his
Dés que le Paysan l'eût apperceu,
ſa curiofité le conduifit
vers elle hé mon Dicu ! luy
dit-il , Mademoifelle , que faites
vousfichaatin fur cette per
louze ,il y a une demie heure
que je vous examine de loin ,
vous devriez être bientôt laſſe
:
Ciij
30 MERCURE
de vous promener. Il eſt way,
mon amy, luy dit elle ,quiby
adéjalongtenis que jemepro
mene ,& j'ay envie de me pros
mener encore. Je n'aurois pas
pris la liberté de vous parler ,
luyrépondit-il, ſije vous avois
creu habitante de ces lieux .
mais je ſuis de la maiſon de
M. de H** qui eft Seigneur
de Morfontaine,&dont vous
voyez le Château; une perfon
ne miſe comme vous , ne peut
ici demeurer que chez luy , &
vous n'y demeurez pas. Celá
eſt encore vray, reprit labelle;
mais M. de H ** ne sçauroit
GALANT. 31
trouver mauvais qu'on ſe promene
fur ces terres : paſſez vô
tre chemin ,mon amy , & me
laiſſez en repos. Le Payſan qui
alloit à ſa Ferme quitte ſa route,
au lieu d'aller à ſon travail
&retourne fur fes pas pour
annoncer cette avanture à fon
Village: en chemin il rencon
tre un Garde chaſſe de ſon
Mailtre ,&le mene à l'endroit
où il avoit laiſſé cette belle in
connue. Le Garde-chaffe luy
fait le même compliment que
lePayfanluy avoit fair. En verité
, luy dit elle , les gens de
ee Pais cy ſont étrangement
Ciiij
32 MERCURE
curieux, je me promene ,yous
dis- je & n'ay rien davantage
à vous dire. Mais , Mademoifelle
reprend l'autre , vous
vous tuez à force de vous promener
; & que vous importe ,
luy ditzelle bruſquement, font
gelà vos affaires ,& n'eſt il pas
permis de chercher de filence
& le repos au mitica d'un
champ, en un mot vous n'a
vez rien à voir à ce que je fais
ici , & votre curiofité eſt une
curioſité extravagante. C'eſt
voſtreinterêt ,luy répondit il,
qui me porte à vous faire ces
queſtions , le Soleil eſt déja
GALANT 35
haut ,jecrains que la chaleus
ne vous ſoit nuiſible ,& vous
me feriez un vray plaifir de
vouloir bien accepter, unaſyle
dans ma maiſon. A la bonne
heure,Monfieur ,luy dit-elle,
vous pouvez m'y mener. Elle
ſe laiſſa conduire au Château
deMorfontaine ,dont le pere
de ce Garde - chaſſe étoit le
Concierge. Il l'introduit dans
une grande chambre , où d'abord,
aprés l'en avoit mis de
hors ,& enavoir ferméla por
te , elle ſe jette ſur un lit , où
elle s'endort tranquillement.
Pendant ſon, ſommeil la
1
3144. MERCURE
Concierge entre , s'approche
dulit fans bruit , & va de prés
examiner les traits de cetre
jeune perſonne. Tant de gra
ces&tant de charmes l'éton
nent ſi agréablement ,qu'elle
attend ſon revcil en l'admi
rant. Au moment qu'elle luy
voit ouvrir les yeux , vous venez
, lui dit- elle , Mademoiſelle
, de dormir d'un ſommeil
affez doux , n'auriez vous pas
maintenant beſoin de manger.
Ouy , Madame , lui répond
cette aimable inconnue , je
mangeray volontiers , & tour
ce que vous voudrez bien me
د
GALANT. 35
donner me fera plaiſir , parce
qu'il y a déja longtems que je
n'ai pris de nourriture. On lui
fert auffitoſt tout ce qui peut
fatisfaire ſon goût & ſon appetit.
A la fin de ce repas , la
Concierge la queſtionne , que
faiſicz-vous , luy dit-elle, àune
heure auffi induë , dans le
champ où l'on vous a trouvée.
Je me promenois , Madame
lui répond-elle àſon ordinaire.
Mais qui vous astconduit en
ces lieux ? mon étoile. Y connoiſſez
vous quelqu'un ? perfonne.
Etes vous des environs
de ce Village ? non, D'où eres
36 MERCURE
vous dond ? de loin. A qui apa
partenez- vous ? à ma Famille.
Ou demeurent vos parents ?
chez eux. Eſt cela tout ce que
vous me voulez dire ? ouy. La
Concierge rebutée de ces mot
noſyllabes va trouver Madame
de H ** qui faifoit alors
une reprise d'ombre avec des
Dames de les amics qu'elle
avoit invité à venir paffer les
beaux jours à la campagne. La
nouveauté des choses qu'elle
entend la détermine à quitter
fur le champ ſon jeu ,pour at
Her voit l'extraordinaire pet
fonne dont on vient de lu
GALANT. 37
faireun fibizarre recit.Les Dames
avec qui elle étoit , auſſi
curicuſes qu'elle , la ſuivent
auffitoft , & elles entrent enſemble
dans la chambre ou
l'on avoit mis l'inconnuë . La
belle à qui il manquoit un bas ,
& qui s'étoit apparemment attendue
à une pareille viſite
avoit profitéde l'absence de la
Concierge pour ſe mettre entre
deux draps.
Lelit eft aujourd'hui , com
ةيبرعلا
me iill a,je penſe,toûjours été,
le vrai champ des Dames ; il
ur fert de cabinet de toilet-
L
ZUST
re, de falle d'audience , de bu
38 MERCURE
reau de nouvelles , comme de
theâtre à la galanterie.Celle-ci
qui n'étoit aſſeurement pas
une bête , s'étoit prudemment
emparée de celuy de la Concierge
pour y joüer le rôlle
qu'on va lui voir repreſenter.
Dés qu'elle vit Madame de
H ** & les Dames qui l'accompagnoient
, elle leur fit
donner des ſieges par les Domeſtiques
qui les avoient fuivies
, elle les pria fort civilement
de s'affeoir , & aprés
C
quelques compliments generaux
, elle adreſſa particulierement
la parole à la Maiſtreſſe
GALANT. 39
de la maison. Madame , luy
dit elle oſcrois-je vous de
mander quel eſt préciſement le
motif de la viſite que vous me
faites l'honneur de me rendre,
on vous a dit ſans doute des
choſes ſi ſingulieres de moy ,
que vous n'avez pû vous refufer
à la curiofité d'examiner
vous-même l'objet de ces nouveautez.
Heureuſe encore fi
on ne m'a pas fait paſſfer dans
voſtre eſprit pour une folle.
Mon avanture eſt rare , mais
elle eſt naturelle ; & tous les
évenemens que l'amour fait
naître quelque yernisode
40 MERCURE
dereglement qu'ils puiſſent
répandre fut notre conduite ,
font, ſelon moy ,juftificz toûjours
par l'amour. Je croy
Mademoiselle ,luy dit Madamede
H... que dans toutes
les actions de la vie , chacun a
lamême indulgence pour foy,
& qu'on ne manque jamais
d'être ingenieux àſe diſculper
d'avance de tout ce qu'on
appellefaute , à Dicune plaiſe
neanmoins que je veüille dire
par-là ,que vous ayez beſoin
avecnous de l'art avec lequel
tout le mondes'efforce d'autorifer
fa conduite. Nous ne
concevons ,
GALANT. 41
;
concevons ,ny ces Dames , ny
moysaucun prejugé qui vous
foit defavantageux ,& nous
ſommes perfuadées que vôtre
jeuneffe , voſtreeſprit,&voſtre
beauté (quoyque ces avantages
ſojent ſouvent funeſtes à
eclles qui en jouiffent ) ne font
aucuntortàvoſtre ſageſſe. Jo
ne vous parle quede ce que je
voydecharmanten vous ,Mademoiselle,
de grace appreneznous
maintenant ce que nous
ne foavons pas & que nous
ſouhaitons apprendre.
Quelque extraordinaire
Octobre 1715 . D
L
42 MERCURE
reprit elle , que foit le détail
des choſes que vous me de
mandez , je n'ay garde de
vous/ refuſer de vous conter
une hiſtoire dont le recit
&voſtre indulgence addouciront
ſans doute mes peines.
Ecoutez moy & foyez per ſuadées
de la veritédetout ce que
vous allez entendrenq novin
J'ay reçu le jour à Dijon , *
mes parents y font diftinguez
dans la robe , ils y poffedent de
grands biens , &mon pere eſt
*Elle les nomma , & leurs noms&
leurs qualitez farent connus de toute la
Compagnie.
GALANT. 43
シー
leChefde toute nôtre famille.
J'ay un frere de qui je ſuis
l'aînés& je n'ay pas encore
dix-huit ans. A neuf on me
mit au Couvent de ** où
jay reſté juſqu'à ma quinzić
me année , que l'on m'en retira
pour me donner en mariageàunjeuneGentilhomme
dont lepere étoit ami du mien.
Avant de nous marier on vou.
lutexaminer ſi nos inclinations
ſympathifoient enſemble , &
s'il y avoit lieu d'efperer de
nôtre union , toutes les ſuites
d'un bon ménage. Mon
prétendus ypritapparemment
Dij
44 MERCURE
1
fort mal , ou je ne me trouvay
point de diſpoſition à l'aimer
, auffi ne l'aimay-je ja
mais. Enfin il m'ennuya , me
rebuta , & me dégoûta tellement
de ſa perſonne pendant
une année entiere , que je
ſuppliay mon pere de me remener
au Convent. Le jour
que je luy fis cette priere
j'eſſuïay de luy & de ma meto
un orage d'injures . 127
Les peres veulent êtreobéis,
ils veulent forcer impunément
les inclinations de leurs enfans,
c'eſt leur manic , & ce fera
peut eſtre la nôtre , lorſque
GALANT. 45
nous aurons des enfans commecux.
con ob fol
Mon pere eſt violent; mais
bon , & ma mere eſt toûjours
d'une humeur intraitable : elle
n'a que trente-cinq ans ,& il
y a long-temps que je m'apperçois
que je ſuis l'objet du
monde le plus chagrinant
pour elle. Mon hymen avec
le Gentilhomme dont je viens
de vous parler la délivroit du
déplaifir de me voir luy ravir
tous les jours fans deffein , des
hommages qu'elle avoit la
bonté de croire meriter
mieux que moy. Je ne voulois
46 MERCURE
abſolument pas entendre par.
ler du parti qu'elle me propo
foit. Une mere jeune ne par
donne jamais ces deſobéiflances
:
Pendant tout le temps que
mon prétendu m'avoit importuné
de la fadeur de ſes ſoupirs
, un jeune Cavalier qui
venoit affiduement au logis,&
pourqui ma mere avoit toute
la conſideration imaginable ,
avoit trouvé le cheminde mon
coeur. L'intelligence parfaite
que par ſon efprit & fa difcretion
il entretenoit avec moy,
au milieu de l'affreuſe con
CALANT. 47
८
trainte où nous vivions , m'avoit
fait concevoir une ſitendre
eftime de ſon merite, que
je ſongeois éternellement à
luy. Dés le premier jour que
nous nous vimes , l'époux
qu'on me deſtinoit fut la
victime des fentimens qu'il
m'inſpira Luy faifois-je aucun
tort ? j'imitois en ce ſeul point
l'exemple que me donnoitma
Ce ne fut en un mot qu'à
la confideration de ce nouvel
amant que j'eus la patienced'écoûter
fi long temps les foupirs
d'un autre. Je crûs que
48 MERCURE
fonrival ſe rebuteroitdesmau
vais traitemens qu'il recevoir
de moy ,& qu'à la fin il ſelat
feroit de m'importuner ; mais
le contraire arriva ,&fon opil
niatreté fit avorter toutes nos
ofperances.
Je fus ainſi , aprés bien d'i
nutiles instances , remenée au
Convent où j'avois paffé les
premieres années de ma vie.
MonAmant fut quelque tems
inconfolable de mon abfence,
il ceffa de voir ma mere qui en
penſa mourirde douleur ;mais
la raiſon & l'amour ſe réünif
fanr, il fongea à tous les ex
pedients
GALANT. 49
pedients qui pouvoient lerapprocher
de moy , & le raffeurer
contre les perils auſquels
pouvoit m'expoſer l'éclat de
1
Que les précautions desAmants
font vaines ! aprés bien
des reflexions & des meſures
qu'ils croyent bien juſtes , ils
ne ſedonnent ſouvent la main
que pour ſe precipiter enſemble!
Cleante ( fouffrez , Mefdames
, que je nomme ainſi ce
cher objet de mon amour ,
Cleante , dis je , m'écrivit une
Lettre qui me fut tenduë par
Octobre 1715 . E
so MERCURE
une Tourriere , qu'une femme
ingenieuſe & ardente à nous
ſervir , avoit adroitement mis
dans nos intereſts .
Voicyles propres termes de
ſa Lettre.
Ilfaut, ma chereJulie , que je
vous voye ou que je meure. S'il
vous reſte quelque envie defauver
mes jours du malheur qui les
menace, approuvez toutes les mefures
queje vaisprendre pourm'af
feurer du bonheur de vous revoir.
Fay le Carnaval dernier effſayé
pluſieurs fois vos habits , ils
m'alloientfibien (vous lesçavez)
qu'aw Bal , tout le monde me prit
GALANT. SI
pour vous. Fay esté en poste à
Paris oùj'en ayfaitfaire qui me
vont à merveille; avec leſecours
&par le moyen de Dorinne , je
wais me mettre en penſion dans
voſtre Convent. Ne vous revoltez
point contre cette propoſition ?
ne craignez rien ? ma difcretion
vous est connuë; je ne vous demande
que de l'amour & du
courage.
Je fremis de crainte à la
lecture de cette étonnante
Lettre ,j'enviſageai en unmoment
toute l'horreur des périlsoù
ſe precipitoit mon malheureux
amant , &je fus vingt
E ij
52 MERCURE
fois fut le point de luy répóndre
d'une maniere capable de
le dégouter de la temerité de
fon entrepriſe , & peut être
même de l'amour dont il brûloit
pour moy ; mais ce même
amour en mon ame
luy les dangers preſque éviGALANT.
53
:
amour. Enfin je luy écrivis
ces mots .
ene
Soit foibleſſe , amour , ou fermeté
, je ne balance plus , cruel ,à
vous accorder le conſentement que
vous éxigez de moy , ma tendreße
pour vous vous le refuse , voſtre
amour me l'arrache erje ne me
rends que parce qu'une amante
éprise ne peut rien commmee moy د
que ceder aux volontez d'un
amant tel que vous.
Je vous laiſſe à penſer ſicerte
Lettre flatta ſes defirs im
petueux. Elle fit un ſi prompt
effer , que le même jour Dorine
qui étoit noſtre confidente
1.
E iij
54 MERCURE
le vint preſenter ſous le nom
de ſa niece à la Superieure du
Convent pour la recevoir en
qualité de Penſionnaire , qui
avoit , à ce qu'elle diſoit, beau .
coup de vocation. La Superieure
leur fit le plus obligeant
accueil du monde , & la nouvelle
Penſionnaire qui avoit
pris le nom de Mademoiselle
de Sainte Claire , mangea le
même ſoir au Refectoire avec
nous. La fraîcheur , la blancheur
de fon teint, ſa modeſtie,
ſa douceur , ſes graces la firent
bien toſt paſſer entre nous
pour une fille parfaite , nous
GALANT. SS
reſtâmes ainſi quelques jours
enſemble ,fans nous marquer
aucun attachement particulier,
ravie cependant au fonds
du coeur de joüir de la preſence
de mon Amant.
La ſympathie qui étoit entre
nous deux nous rapprocha
bientoft , Mademoiselle de
Sainte Claire s'attacha àmoy ,
&je m'attachai à elle comme
à la plus aimable Penſionnaire
du Convent. Deux mois s'é
coulerent ainſi dans les plaiſirs
de la plus charmante union du
monde , & nous joüirions
peut être encore de la même
E iiij
36 MERCURE
maniere,&dans la mêmeMaifon
, de la douceur d'être enſemble
, fi une de nos Compagnes
, plus claire voyante
que les autres , n'avoit pas demêlé
malheureuſement que
Mademoiselle de Sainte Claire
n'étoit fien moins qu'une fille.
Cette funeſte découvertesila
rendit amoureuſe de mon Amant
, elle devint ma rivale ,
elle cût même la cruauté de me
faire ſa confidente , bienafleu
rée que je ne trahirois jamais
"fon fecret. Je declarai auffitoft
à Cleante les frayeurs mortels
des dont m'agitoit la crainte
GALANT 57
que ce terrible déguiſement
n'allât juſqu'à la Superieure ,
& je le déterminai à ſe ſauver
au plus tard dans deux jours
par unedemie brèche quiétoit
alors aux murailles du Jardin.
Je conſens , me dit il , à tout
ce que vous voulez ; mais je
veux qu'à voſtre tour , vous
conſentiez à ce que j'exige de
vous. Si je me fauve de ces
lieux , il faut abfolument que
vous m'accompagniez dans ma
fuite. Que deviendriez vous
ici , ſi je vous ylaiſſois ? quelles
perfecutionsn'auriez vous pas
à effuïer de vos Compagnes ,
58 MERCURE
des Religieuſes , & de voſtre
Famille ? je vais faire avertir
Dorine de tout ce qui ſe paffe ,
elle ne demeure pas loin de ce
Convent , pour eſtre plus à
portée de nous ſervir , je vais
luy écrire de venir inceſſamment
ici , & je conviendrai
avec elle au Parloir ,de tout ce
qu'il faudra qu'elle faffe pour
noſtre delivrance.
Le même jour Dorine arri
va , il lui conta tous les malheurs
dont nous étions menacez
,& lui ordonna d'envoïer
le ſurlendemain à onze heures
du ſoir derriere les murs du
১
GALANT.
4
Jardindu Convent , fonValet
de chambre& ſon Laquais
avec deux chevaux de main ,
pour luy& pour moy, &deux
autres pour eux. Cependant il
fit bonne mine à ma rivale.
Dés que l'heure deſtinée
pour noſtre fuite , fut arrivée,
je deſcendis dans le Jardin ,&
àla faveur des tenebres je me
rendis en tremblantau lieu où
Cleante m'attendoit ; mais au
lieu del'yrencontrer, j'y trouvai
cette cruelle ennemie de
noſtre repos.Elle me prit par
la main, m'embrafla & me dit
en pleurant : Non , belle Julie ,
60 MERCURE
vous ne vous fauverez pas fans
moy. J'ay examiné toutes vos
demarches , j'ay deviné voſtre
complot Je vais mourir ſi
vousm'abandonnez ; mais non
je ne vous perdrai pas , vous ne
me quitterez point , & vous ne
me laiſſferez pas ici la ſeule&
malheureuſe victime de mon
funeſte amour, ou ſi vous avez
formé ce cruel deſſein , mes
cris vont attirer tant de monde
en ce lieu , qu'il vous fera
impoſſible de vous dérober à
ma vengeance. Sur ces entrefaites
Cleante arriva. Sa prefence
nous raffeura toutes
4
GALANT. 61
deux ,& il lui promit de l'emmener
avec nous Nous efcaladâmes
enfin la muraille, non
fans beaucoup de peur & de
peine : dés que nous fûmes de
l'autre coſté , nous montâmes
à cheval , Cleante me mit en
croupe derriere lui,& nous arrivâmesainſi
àun Village éloigné
de deux lieuës du Convent.
Cleante y avoit du bien,
une bonne femme qui étoit la
Fermiere d'une terre qui luy
appartenoit , nous y receut le
mieux qu'il luy fut poſſible.
Nous y demeurâmes cachez
toute la Journée , & la nuit
62 MERCURE
ſuivante nous continuâmes
nôtre route avec un chevalde
plus. Le troiſième jour nous
arrivâmes à Auxerre. Cleante
me dit qu'il y avoit un amy ,
qui , aſſeurement , nous aideroit
à nous défaire de mon importune
rivale; mais en verité
peut- on fairele moindre compte
, & établir aucun fondement
ſur la foydes amis d'aujourd'huy.
Acaſte , c'eſt le nom que
vous me permettrez , s'il vous
plaît , de donner à ce perfide
amy. Acaſte , dis - je , nem'eût
pas pluſtoſt vûë , qu'il fit, àl'é
GALANT. 63
+
gard deCleante , ce que marivale
faifoit au mien. En un
mot il m'aima ,&bien loin de
fervir ſon amy , comme il le
lui avoit promis , il fit tout le
contraire. Pour vous défaire ,
lui dit-il , de cette perſonne ,
dont la tendreffe vous gêne ,
abſentez-vous d'ici pour quel
ques jours , allez vous informer
des bruits qu'on répand
contre les trois Penſionnaires
qui ſe ſont ſauvez duConvent
de ... Les ſoupçons ne tomberont
certainement pas fur
vous , qu'on a crû à Paris pendant
tout le temps qu'on ne
64 MERCURE
vousa pas vû àDijon. Voyez
voſtre famille,mettez quelque
ordre à vos affaires que voſtre
amour& voſtre negligenceont
fans doute fortodérangées
rendez même quelque viſite
aux parens de Julie ,& fçachez
d'eux juſqu'où les portesleut
reffentiment contre elle. Enfin
determinez- vous, par toutes
les raiſonsque je viens de vous
dire , à faire ce voyage ; mon
amitié pour vous , le loin de
vos intereſts &celuy de voſtre
amour , font les motifs qui
doivent vous y refoudre.
Je fus témoin de cette converſation
GALANT. 65
verſation qui me parut fort
raisonnable , & j'encourageai
moy- mêmeCleante à me quir
ter , dans l'eſperance de le revoir
bien- toft. Il fut enfin
réſolu à l'heure même , qu'il
partiroit le lendemain matin :
& cela fut executé avec toures
les circonstances douloureuſes
qui accompagnent la
ſeparation de deux amants.
Le même jour Acaſte pour
n'avoir point de témoins de la
perfidie qu'il refervoit à fon
amy, fit monter bongré malgré
, ma rivale à cheval , &la
fit inhumainement conduire
Octobre 1718. F
66 MERCURE
chez une tante qu'elle avoit
àdeux lieuës d'Auxerre , ſans
que fes cris , ſes prieres & fes
larmes puffent le détourner
del'execution d'un deſſein qui
la menaçoit,à ce qu'elle diſoit ,
du plus grand malheur du
monde. J'eûs beau luy reprefenter
qu'il facrifioit noſtre
fecret à l'indifcretion , à la
douleur & à la vengeance de
cette malheureuſe fille , il ne
tint compte dema remontran
ce &fes gens l'emmenerent où
illeur ordonna de la conduire.
Je n'ay depuis appris aucune
de ſes nouvelles. Aprés cebel
GALANT. 67
exploit , il vint me proteſter
qu'il n'avoit envisagé que
mon intereſt& monrepos, en
me défaiſant d'une compagne
ſidangereuſe, il me dit adroitement
qu'il avoit remarqué
qu'elle n'étoit pas auſſi indifferente
à Cleante , que je le
croyois. Qu'au reſte , s'il
m'importoit que mon amant
aimât ma rivale , il ne ſeroit
pas difficile de les réünir : que
pourluy , il luy étoit impoffiblede
faire à coſté de moy un
fi aveugle choix. Il m'avoüa
enfin qu'il m'avoit aimé dés
lepremier inſtant qu'il m'avoit
Fij
68 MERCURE
vûë , & qu'il me conſacroit
lereſte de ſa vie. Je fremis à
cette épouvantable declaration
,tous mes ſens furent ſaiſis
d'un ſi grand étonnement que
je ne pus m'empêcher de luy
dire toutes les injures que la colere&
le defefpoir me mirent à
labouche.Je le traitaid'homme
fans foy , fans honneur
de perfide ami. Arrêtez ,ditil
, belle Julie , & ne croyez
pas que j'aye fait de gayeté
de coeur une infidelité à mon
ami , en vous aimant. Ce n'eft
pas ma faute fi vous eſtes infiniment
aimable , & la raifon
د
GALANT. 69
qui merendamoureux ne doit
pas me faire un crime de mon
amour. Ce beau nom d'amitié
que vous atteſtez tant de fois ,
eſt un foible titre contre une
paffionplus forte. J'eûffe fait
plus aprés vous avoir vue ,
je vous aurois facrifié juſqu'à
ma Maîtreffe , ſi j'en avois cu
une , lorſque le fortvous con .
duifit icy. J'y ay un credit qui
nevous fera pas inutile. Profitez
, fi vous m'en croyez , de
l'occaſion , acceptez l'offre que
je vous fais de ma fortune
&de ma main. Noſtre hymen
ne dépend que de vous 2
70 MERCURE
ſi vous conſentez àm'épouſer.
Vous ne répondez rien: Non
lâche , luy dis- je , ſi je te répondois
, je te dirois que je gemis
de me voir expoſée comme
je le ſuis aux fureurs du
plus indigne de tousles hommes
. Allez , reprit- il , belle
Jolie,avec une douceur cruelle,
quelque jours appaiferont ce
grand courroux; mais puiſque
Cleante devoit vous mener à
Paris , je vais en ſa place prendre
ce ſoin , diſpoſez-vous à
faire demain ce voyage avec
moy , voilà pour aujourd'huy
tout cequi me reſte àvous dire.
GALANT. 71
Il alla ſur le champ donner
ſes ordres à ſes domeſtiques ,
pendant que je fondois en
larmes dans la chambre où il
m'avoit laiſſée. Le lendemain
à la pointe du jour , il me fit
éveiller par une femme qui
m'aida à m'habiller , &qui me
conduiſit juſques dans la cour,
où je trouvay une chaiſe attelée
& preſte à partir. Acafte
:
vint me forcer d'y monter , &
ymonta luy même aprés moy.
Un valet à cheval & un poftillon
compoſoient tout nôtre
équipage. Il y a quatre jours
aujourd huy que nous ſommes
72 MERCURE
en route , & c'eſt l'avanture
qui nous eſt arrivée hier au
foir que je ſuis redevable de
Phoſpitalité genereuſe que
vous m'accordez fi obligeament.
Hier vers les cinq heures du
foir quatre voleurs deguifez en
Payſans,nous ont arreſté ſur le
grandchemin,ils ont detourné
nôtre chaiſe , & l'ont menée
dans un bois qui eſt environ
à trois lieuës d'icy ; le valet qui
étoit à cheval & qu'ils avoient
ſaiſi le premier a eſté lié à un
arbre , Acaſte & le poftillon à
deux autres ; pour moy ils
meditoient
GALANT. 73
→
:
meditoient de m'emmener
avec eux lorſque des coups de
fiflets qu'ils ne connoiffoient
pas , & qu'ils ont pris , autant
que j'ay pû le comprendre ,
pour des ſignaux d'Archers ,
les ont fait changer de deſſein.
Ils ont pris ſur le champ le
partide regagner le grand chemin
, & m'ont laiſſe en liberté
au milieu du bois , aprés nous
avoir néanmoins pris tout ce
qu'ils ont pû nous prendre. Je
les ay à peine perdu de vûë,que
j'ay été voir file perfide Acaſte
& ſes domeſtiques étoient
liez d'une maniere à ne pou-
Octobre 1715 . G
74 MERCURE
voir ſe détacher ſans le ſecours
des gens que leur bonne ou
mauvaiſe étoile conduiroit
dans cebois, je luy ay fait tous
les reproches que meritoit ſon
infidelité , & ma harangue finie,
je me fuis courageuſement
derobée à ſa vûë , par un petit
ſentier que j'ay ſuivi , juſqu'
ee que j'aye trouvée la campa
gne. J'ay marché encore au
moins une bonne heure à travers
les champs , tant j'appre.
hendois de me retrouver fur
les grandes routes , & même
d'entrer dans aucun Village.
La nuit enfin a rallenti mon
GALANT. 75
ardeur. Je me fuis arrêtée accablée
de foif & de laffitude
à une petite maiſon au
milieu de la Campagne environ
à un quart de licuë
d'icy; une bonne femme qui
en étoit la Maitreffe m'y a
reçûé avec toute l'humanité
poffible , j'y ay paſſe la nuit
aſſez tranquillement , quoique
fort mal à mon aife , & ce matin
à la pointe du jour,j'en fuis
fortic pour me promener ſur
le gazon où vos gens m'ont
rencontré. Pour le bas qui me
manque , je l'ay cherché en
m'habillant , je ne l'ay pas
L'
Gij
96
MERCURE
trouvé & je m'en fuis paffée.
Voilà , Madame , continuat-
elle , en adreflant la parole à
la Maîtreffe du Chaſteau , ce
qui m'eſt arrivé de plus confi
derable en ma vie. Je ne vous
ay pas dit un mot qui ne foit
veritable , la bonnefemme qui
m'a recueilly hier au foir,vous
certifiera qu'elle m'a cette nuit
donné un aſyle chez elle , & fi
l'on envoyoit dans le bois , il
feroit peut eſtre encore temps
de delivrer l'infidele Acaſte.
Mais , Madame , je vous prie
de n'en rien faire , à moins que
vous ne deffendiez abſolument
GALANT. 77
aux gens à qui vous pourriez
donner cette commiffion , de
luy parler de moy. Du reſte
n'imputez qu'à l'amour , tout
ce que vous pouvez trouver de
blamable dans ma conduite ,
trop heureuſe ſi mon hymen
avec Cleante , peut un jour en
jultifier les fautes. Non, belle
Juhe , luy dit Madame de H..
Necraignez pas que nous vous
faffions icy des remontrances
qui vous affiligent , pour moy
je veux vous ſervir , d'une
maniere qui ne vous laiſſe rien
à fouhaiter Ecrivez une, letfreràCleante
, mandez luy , la
Giij 1
78 MERCURE
perfidie d'Acaſte , & deffendez
luy expreffément de ſervanger
d'un crime dont la fortune á
pris foin de le punir. Preffezle
de ſe rendre icy le plû toft
qu'il pourra, afin que vôtre
réunion hâte vôtre Hymen.
Pour moyje vais écrire à quel
ques amis puiſſants que j'ay
en Bourgogne , & les prier de
mettre tout en uſage pour ob
tenir inceſſamment le confentement
de vos parents pour
vôtre mariage. En attendant,
vous vivrez icy comme nous ,
vivrez icy
& vous nous trouverez toῦ .
jours diſpoſées àvous donner
GALANT . 79
des marques de l'amitié que
nous avons pour vous. Julie
charmée des honneſtetez &
des careſſes dont ces Dames la
combloient , les remercia de
cet excés de generoſité , avec
tout l'eſprit & toute la politeſſe
imaginable. Elles fortirent
enſuite de ſa chambre ,
pour luy laiſſer la liberté d'écrire
àCleante; ſa lettre finie
elle l'envoya toute ouverte à
Madame de H... qui la fir
mettre à la poſte avec la ſienne.
Et au bout de huit jours le
trop heureux Cleante arriva à
Morfontaine avec la confen-
:
Ginij
80 MERCURE
tement du pere de Julic, une
lettre de ſa main pour ſa fille,
&une autre de remerciement
pour Madame de H .. qui ne
voulut pas permettre que la
nôce de ces Amants ſe fit ailleurs
que chez elle. Elle invita
dans fa maifon ungrand nombred'honneſtes
gens qui affil
terentàcette fête,dont l'abondance,
la delicateſſe&la magni.
ficence firent les honneurs
comme elle ...
C'eſt de deux des convives
même que j'ay appris cette
Hiſtoire , les évenemens n'en
paroîtroient pas nouveaux
GALANNTT.. 81
dans un Roman fait à plaifir ;
mais il eſt certainement agréa
ble de trouver de veritables
avantures de Roman , dans un
récit où la fiction n'a nulle
part. Et tous ceux qui me feront
l'honneur de penſer
comme moy , ne feront pas
fâchez de voir une jeune fille
fortir du Convent avec tant
d'eſprit, ſacrifier l'époux qu'on
luy deſtine à un Amant qu'elle
choiſit , retourner au Convent
pour ſe dérober à la perſecution
de ſes Parens , attirer &
cacher ſonAmant au milieu de
trente filles comme elle, eſcala82
MERCURE
der des murs , ſe faire enlever,
traverſer des Campagnes , per.
dre ſon Amant , devenir la
proye d'un amy perfide, tom
ber entre lesmains des voleurs,
s'en échaper , vie& bague ſauves
, marcher ſeule la nuit au
milieu d'un bois , arriver le
lendemain dans un beau Châ
teau ,yeftre reçûë à merveille,
&y épouſer à la fin l'objet de
fon amour. Pour moy , je
trouve tout cela fort joli ,
néanmoins je ne conſeille à
aucune Demoiſelle d'imiter
celle-cy.
Ces admirables Heroïnes
dont les Romaris nous font
de fi brillants portraits ,étoient
autrefois dans l'uſage commode
de courir le monde dans
des chars, ou fous des palefrois.
Un Chevalier amoureux , un
Ecuyer fidele , une aimable
Compagne , ou du moins
unc
GALANT. 25
une Suivante difcrete , les
accompagnoient dans tous les
hazards où les expoſoit à cha
que inſtant leur excellente
beauté. Un monſtre , un bart
bare , ungeant , un lache
raviffeur ,& ſouvent un rival
infortuné , les rencontroient
dans un defilé , au fonds d'une
forêt, au piedd'une montagne,
ou au paſſage d'un fleuve. La
il étoit fans doute queſtion de
faire preuvede valeur. Le ſang
couloit de toutes parts , & la
Princeſſe alloit eſtre la proye
d'un perfide ennemi , ou d'un
tigre affamé , file Ciel n'eût
Octobre 1715 . C
26 MERCURE
H
envoyé l'intrepide Chevalier
aux Armes noires. Alors le
combat changebien de face ,
le monstre eſt ſur le champ
immolé à ſa juſte fureur , l'int
fame raviſſeur a déja mordu
la pouffiere , ou le geant eft
exterminé. Le Heros quitte
à l'inſtant les étriers ,deſcend
precipitamment de cheval ,&
d'un air extafié de labeauté de
la divine perſonne qu'il vient
d'arracher à ſes cruels ennemis,
il va ſe proſterner à ſes pieds ,
&la remercier tres- humblement
de la gloire qu'il a en ce
jour d'être ſon liberateur.
GALANT. 27
C'eſt aux voeux qu'elle a faits
pour luy , qu'eſt dû l'éclat de
ſa victoire. De son côté la
Dame le felicite,&aprés maint
&maint complimens , il la
mene dans un ſuperbe Palais
qui eſt environ à un mille du
champ de bataille. Là ils ſe
contentpar interpretes les differentes
avantures de leurs
vies , & bientoſt par bricole
tous les liens du ſang & de
l'amitié les uniſſent à jamais.
Ona ,grace au temps qui
détruit tout , &àdes reflexions
fortfages , bien abregé main
tonant toutes ces façons. Au-
Cij
28 MERCURE
jourd'huy les belles coutent
le monde fans tant de ceremo
nies ,&ferencontrent heureufement
ſur les grandes routes ,
comme des Pelerins, En voicy
un exemple recent entre mille.
Entre Morfontaine & Bertrandfoſſe
deux Villages fruez
environ à neuf ou dix lieuës de
Paris , un beau jour du mois
d'Aouſtvers les quatre heures
du matin ,une jeune & belle
fille fut rencontrée par un Part
ſan , au milieu d'un champ.
Elle étoit vêtue d'un habit de
tafetas rayé , fon juppon étoit
detafetas couleur de rofe, avec
GALANT. 29
un point d'Eſpagne d'argent ,
pourpla coëffureelleavoit une
garniture àdentelles negligée,
elle avoit une jambe chauffée
dunbas de ſoye verte& l'autrehat
telle portoir ſes ſouliersen
pantoufle , & fc promendit
triſtement ſur un tendbergazom
si ab his
Dés que le Paysan l'eût apperceu,
ſa curiofité le conduifit
vers elle hé mon Dicu ! luy
dit-il , Mademoifelle , que faites
vousfichaatin fur cette per
louze ,il y a une demie heure
que je vous examine de loin ,
vous devriez être bientôt laſſe
:
Ciij
30 MERCURE
de vous promener. Il eſt way,
mon amy, luy dit elle ,quiby
adéjalongtenis que jemepro
mene ,& j'ay envie de me pros
mener encore. Je n'aurois pas
pris la liberté de vous parler ,
luyrépondit-il, ſije vous avois
creu habitante de ces lieux .
mais je ſuis de la maiſon de
M. de H** qui eft Seigneur
de Morfontaine,&dont vous
voyez le Château; une perfon
ne miſe comme vous , ne peut
ici demeurer que chez luy , &
vous n'y demeurez pas. Celá
eſt encore vray, reprit labelle;
mais M. de H ** ne sçauroit
GALANT. 31
trouver mauvais qu'on ſe promene
fur ces terres : paſſez vô
tre chemin ,mon amy , & me
laiſſez en repos. Le Payſan qui
alloit à ſa Ferme quitte ſa route,
au lieu d'aller à ſon travail
&retourne fur fes pas pour
annoncer cette avanture à fon
Village: en chemin il rencon
tre un Garde chaſſe de ſon
Mailtre ,&le mene à l'endroit
où il avoit laiſſé cette belle in
connue. Le Garde-chaffe luy
fait le même compliment que
lePayfanluy avoit fair. En verité
, luy dit elle , les gens de
ee Pais cy ſont étrangement
Ciiij
32 MERCURE
curieux, je me promene ,yous
dis- je & n'ay rien davantage
à vous dire. Mais , Mademoifelle
reprend l'autre , vous
vous tuez à force de vous promener
; & que vous importe ,
luy ditzelle bruſquement, font
gelà vos affaires ,& n'eſt il pas
permis de chercher de filence
& le repos au mitica d'un
champ, en un mot vous n'a
vez rien à voir à ce que je fais
ici , & votre curiofité eſt une
curioſité extravagante. C'eſt
voſtreinterêt ,luy répondit il,
qui me porte à vous faire ces
queſtions , le Soleil eſt déja
GALANT 35
haut ,jecrains que la chaleus
ne vous ſoit nuiſible ,& vous
me feriez un vray plaifir de
vouloir bien accepter, unaſyle
dans ma maiſon. A la bonne
heure,Monfieur ,luy dit-elle,
vous pouvez m'y mener. Elle
ſe laiſſa conduire au Château
deMorfontaine ,dont le pere
de ce Garde - chaſſe étoit le
Concierge. Il l'introduit dans
une grande chambre , où d'abord,
aprés l'en avoit mis de
hors ,& enavoir ferméla por
te , elle ſe jette ſur un lit , où
elle s'endort tranquillement.
Pendant ſon, ſommeil la
1
3144. MERCURE
Concierge entre , s'approche
dulit fans bruit , & va de prés
examiner les traits de cetre
jeune perſonne. Tant de gra
ces&tant de charmes l'éton
nent ſi agréablement ,qu'elle
attend ſon revcil en l'admi
rant. Au moment qu'elle luy
voit ouvrir les yeux , vous venez
, lui dit- elle , Mademoiſelle
, de dormir d'un ſommeil
affez doux , n'auriez vous pas
maintenant beſoin de manger.
Ouy , Madame , lui répond
cette aimable inconnue , je
mangeray volontiers , & tour
ce que vous voudrez bien me
د
GALANT. 35
donner me fera plaiſir , parce
qu'il y a déja longtems que je
n'ai pris de nourriture. On lui
fert auffitoſt tout ce qui peut
fatisfaire ſon goût & ſon appetit.
A la fin de ce repas , la
Concierge la queſtionne , que
faiſicz-vous , luy dit-elle, àune
heure auffi induë , dans le
champ où l'on vous a trouvée.
Je me promenois , Madame
lui répond-elle àſon ordinaire.
Mais qui vous astconduit en
ces lieux ? mon étoile. Y connoiſſez
vous quelqu'un ? perfonne.
Etes vous des environs
de ce Village ? non, D'où eres
36 MERCURE
vous dond ? de loin. A qui apa
partenez- vous ? à ma Famille.
Ou demeurent vos parents ?
chez eux. Eſt cela tout ce que
vous me voulez dire ? ouy. La
Concierge rebutée de ces mot
noſyllabes va trouver Madame
de H ** qui faifoit alors
une reprise d'ombre avec des
Dames de les amics qu'elle
avoit invité à venir paffer les
beaux jours à la campagne. La
nouveauté des choses qu'elle
entend la détermine à quitter
fur le champ ſon jeu ,pour at
Her voit l'extraordinaire pet
fonne dont on vient de lu
GALANT. 37
faireun fibizarre recit.Les Dames
avec qui elle étoit , auſſi
curicuſes qu'elle , la ſuivent
auffitoft , & elles entrent enſemble
dans la chambre ou
l'on avoit mis l'inconnuë . La
belle à qui il manquoit un bas ,
& qui s'étoit apparemment attendue
à une pareille viſite
avoit profitéde l'absence de la
Concierge pour ſe mettre entre
deux draps.
Lelit eft aujourd'hui , com
ةيبرعلا
me iill a,je penſe,toûjours été,
le vrai champ des Dames ; il
ur fert de cabinet de toilet-
L
ZUST
re, de falle d'audience , de bu
38 MERCURE
reau de nouvelles , comme de
theâtre à la galanterie.Celle-ci
qui n'étoit aſſeurement pas
une bête , s'étoit prudemment
emparée de celuy de la Concierge
pour y joüer le rôlle
qu'on va lui voir repreſenter.
Dés qu'elle vit Madame de
H ** & les Dames qui l'accompagnoient
, elle leur fit
donner des ſieges par les Domeſtiques
qui les avoient fuivies
, elle les pria fort civilement
de s'affeoir , & aprés
C
quelques compliments generaux
, elle adreſſa particulierement
la parole à la Maiſtreſſe
GALANT. 39
de la maison. Madame , luy
dit elle oſcrois-je vous de
mander quel eſt préciſement le
motif de la viſite que vous me
faites l'honneur de me rendre,
on vous a dit ſans doute des
choſes ſi ſingulieres de moy ,
que vous n'avez pû vous refufer
à la curiofité d'examiner
vous-même l'objet de ces nouveautez.
Heureuſe encore fi
on ne m'a pas fait paſſfer dans
voſtre eſprit pour une folle.
Mon avanture eſt rare , mais
elle eſt naturelle ; & tous les
évenemens que l'amour fait
naître quelque yernisode
40 MERCURE
dereglement qu'ils puiſſent
répandre fut notre conduite ,
font, ſelon moy ,juftificz toûjours
par l'amour. Je croy
Mademoiselle ,luy dit Madamede
H... que dans toutes
les actions de la vie , chacun a
lamême indulgence pour foy,
& qu'on ne manque jamais
d'être ingenieux àſe diſculper
d'avance de tout ce qu'on
appellefaute , à Dicune plaiſe
neanmoins que je veüille dire
par-là ,que vous ayez beſoin
avecnous de l'art avec lequel
tout le mondes'efforce d'autorifer
fa conduite. Nous ne
concevons ,
GALANT. 41
;
concevons ,ny ces Dames , ny
moysaucun prejugé qui vous
foit defavantageux ,& nous
ſommes perfuadées que vôtre
jeuneffe , voſtreeſprit,&voſtre
beauté (quoyque ces avantages
ſojent ſouvent funeſtes à
eclles qui en jouiffent ) ne font
aucuntortàvoſtre ſageſſe. Jo
ne vous parle quede ce que je
voydecharmanten vous ,Mademoiselle,
de grace appreneznous
maintenant ce que nous
ne foavons pas & que nous
ſouhaitons apprendre.
Quelque extraordinaire
Octobre 1715 . D
L
42 MERCURE
reprit elle , que foit le détail
des choſes que vous me de
mandez , je n'ay garde de
vous/ refuſer de vous conter
une hiſtoire dont le recit
&voſtre indulgence addouciront
ſans doute mes peines.
Ecoutez moy & foyez per ſuadées
de la veritédetout ce que
vous allez entendrenq novin
J'ay reçu le jour à Dijon , *
mes parents y font diftinguez
dans la robe , ils y poffedent de
grands biens , &mon pere eſt
*Elle les nomma , & leurs noms&
leurs qualitez farent connus de toute la
Compagnie.
GALANT. 43
シー
leChefde toute nôtre famille.
J'ay un frere de qui je ſuis
l'aînés& je n'ay pas encore
dix-huit ans. A neuf on me
mit au Couvent de ** où
jay reſté juſqu'à ma quinzić
me année , que l'on m'en retira
pour me donner en mariageàunjeuneGentilhomme
dont lepere étoit ami du mien.
Avant de nous marier on vou.
lutexaminer ſi nos inclinations
ſympathifoient enſemble , &
s'il y avoit lieu d'efperer de
nôtre union , toutes les ſuites
d'un bon ménage. Mon
prétendus ypritapparemment
Dij
44 MERCURE
1
fort mal , ou je ne me trouvay
point de diſpoſition à l'aimer
, auffi ne l'aimay-je ja
mais. Enfin il m'ennuya , me
rebuta , & me dégoûta tellement
de ſa perſonne pendant
une année entiere , que je
ſuppliay mon pere de me remener
au Convent. Le jour
que je luy fis cette priere
j'eſſuïay de luy & de ma meto
un orage d'injures . 127
Les peres veulent êtreobéis,
ils veulent forcer impunément
les inclinations de leurs enfans,
c'eſt leur manic , & ce fera
peut eſtre la nôtre , lorſque
GALANT. 45
nous aurons des enfans commecux.
con ob fol
Mon pere eſt violent; mais
bon , & ma mere eſt toûjours
d'une humeur intraitable : elle
n'a que trente-cinq ans ,& il
y a long-temps que je m'apperçois
que je ſuis l'objet du
monde le plus chagrinant
pour elle. Mon hymen avec
le Gentilhomme dont je viens
de vous parler la délivroit du
déplaifir de me voir luy ravir
tous les jours fans deffein , des
hommages qu'elle avoit la
bonté de croire meriter
mieux que moy. Je ne voulois
46 MERCURE
abſolument pas entendre par.
ler du parti qu'elle me propo
foit. Une mere jeune ne par
donne jamais ces deſobéiflances
:
Pendant tout le temps que
mon prétendu m'avoit importuné
de la fadeur de ſes ſoupirs
, un jeune Cavalier qui
venoit affiduement au logis,&
pourqui ma mere avoit toute
la conſideration imaginable ,
avoit trouvé le cheminde mon
coeur. L'intelligence parfaite
que par ſon efprit & fa difcretion
il entretenoit avec moy,
au milieu de l'affreuſe con
CALANT. 47
८
trainte où nous vivions , m'avoit
fait concevoir une ſitendre
eftime de ſon merite, que
je ſongeois éternellement à
luy. Dés le premier jour que
nous nous vimes , l'époux
qu'on me deſtinoit fut la
victime des fentimens qu'il
m'inſpira Luy faifois-je aucun
tort ? j'imitois en ce ſeul point
l'exemple que me donnoitma
Ce ne fut en un mot qu'à
la confideration de ce nouvel
amant que j'eus la patienced'écoûter
fi long temps les foupirs
d'un autre. Je crûs que
48 MERCURE
fonrival ſe rebuteroitdesmau
vais traitemens qu'il recevoir
de moy ,& qu'à la fin il ſelat
feroit de m'importuner ; mais
le contraire arriva ,&fon opil
niatreté fit avorter toutes nos
ofperances.
Je fus ainſi , aprés bien d'i
nutiles instances , remenée au
Convent où j'avois paffé les
premieres années de ma vie.
MonAmant fut quelque tems
inconfolable de mon abfence,
il ceffa de voir ma mere qui en
penſa mourirde douleur ;mais
la raiſon & l'amour ſe réünif
fanr, il fongea à tous les ex
pedients
GALANT. 49
pedients qui pouvoient lerapprocher
de moy , & le raffeurer
contre les perils auſquels
pouvoit m'expoſer l'éclat de
1
Que les précautions desAmants
font vaines ! aprés bien
des reflexions & des meſures
qu'ils croyent bien juſtes , ils
ne ſedonnent ſouvent la main
que pour ſe precipiter enſemble!
Cleante ( fouffrez , Mefdames
, que je nomme ainſi ce
cher objet de mon amour ,
Cleante , dis je , m'écrivit une
Lettre qui me fut tenduë par
Octobre 1715 . E
so MERCURE
une Tourriere , qu'une femme
ingenieuſe & ardente à nous
ſervir , avoit adroitement mis
dans nos intereſts .
Voicyles propres termes de
ſa Lettre.
Ilfaut, ma chereJulie , que je
vous voye ou que je meure. S'il
vous reſte quelque envie defauver
mes jours du malheur qui les
menace, approuvez toutes les mefures
queje vaisprendre pourm'af
feurer du bonheur de vous revoir.
Fay le Carnaval dernier effſayé
pluſieurs fois vos habits , ils
m'alloientfibien (vous lesçavez)
qu'aw Bal , tout le monde me prit
GALANT. SI
pour vous. Fay esté en poste à
Paris oùj'en ayfaitfaire qui me
vont à merveille; avec leſecours
&par le moyen de Dorinne , je
wais me mettre en penſion dans
voſtre Convent. Ne vous revoltez
point contre cette propoſition ?
ne craignez rien ? ma difcretion
vous est connuë; je ne vous demande
que de l'amour & du
courage.
Je fremis de crainte à la
lecture de cette étonnante
Lettre ,j'enviſageai en unmoment
toute l'horreur des périlsoù
ſe precipitoit mon malheureux
amant , &je fus vingt
E ij
52 MERCURE
fois fut le point de luy répóndre
d'une maniere capable de
le dégouter de la temerité de
fon entrepriſe , & peut être
même de l'amour dont il brûloit
pour moy ; mais ce même
amour en mon ame
luy les dangers preſque éviGALANT.
53
:
amour. Enfin je luy écrivis
ces mots .
ene
Soit foibleſſe , amour , ou fermeté
, je ne balance plus , cruel ,à
vous accorder le conſentement que
vous éxigez de moy , ma tendreße
pour vous vous le refuse , voſtre
amour me l'arrache erje ne me
rends que parce qu'une amante
éprise ne peut rien commmee moy د
que ceder aux volontez d'un
amant tel que vous.
Je vous laiſſe à penſer ſicerte
Lettre flatta ſes defirs im
petueux. Elle fit un ſi prompt
effer , que le même jour Dorine
qui étoit noſtre confidente
1.
E iij
54 MERCURE
le vint preſenter ſous le nom
de ſa niece à la Superieure du
Convent pour la recevoir en
qualité de Penſionnaire , qui
avoit , à ce qu'elle diſoit, beau .
coup de vocation. La Superieure
leur fit le plus obligeant
accueil du monde , & la nouvelle
Penſionnaire qui avoit
pris le nom de Mademoiselle
de Sainte Claire , mangea le
même ſoir au Refectoire avec
nous. La fraîcheur , la blancheur
de fon teint, ſa modeſtie,
ſa douceur , ſes graces la firent
bien toſt paſſer entre nous
pour une fille parfaite , nous
GALANT. SS
reſtâmes ainſi quelques jours
enſemble ,fans nous marquer
aucun attachement particulier,
ravie cependant au fonds
du coeur de joüir de la preſence
de mon Amant.
La ſympathie qui étoit entre
nous deux nous rapprocha
bientoft , Mademoiselle de
Sainte Claire s'attacha àmoy ,
&je m'attachai à elle comme
à la plus aimable Penſionnaire
du Convent. Deux mois s'é
coulerent ainſi dans les plaiſirs
de la plus charmante union du
monde , & nous joüirions
peut être encore de la même
E iiij
36 MERCURE
maniere,&dans la mêmeMaifon
, de la douceur d'être enſemble
, fi une de nos Compagnes
, plus claire voyante
que les autres , n'avoit pas demêlé
malheureuſement que
Mademoiselle de Sainte Claire
n'étoit fien moins qu'une fille.
Cette funeſte découvertesila
rendit amoureuſe de mon Amant
, elle devint ma rivale ,
elle cût même la cruauté de me
faire ſa confidente , bienafleu
rée que je ne trahirois jamais
"fon fecret. Je declarai auffitoft
à Cleante les frayeurs mortels
des dont m'agitoit la crainte
GALANT 57
que ce terrible déguiſement
n'allât juſqu'à la Superieure ,
& je le déterminai à ſe ſauver
au plus tard dans deux jours
par unedemie brèche quiétoit
alors aux murailles du Jardin.
Je conſens , me dit il , à tout
ce que vous voulez ; mais je
veux qu'à voſtre tour , vous
conſentiez à ce que j'exige de
vous. Si je me fauve de ces
lieux , il faut abfolument que
vous m'accompagniez dans ma
fuite. Que deviendriez vous
ici , ſi je vous ylaiſſois ? quelles
perfecutionsn'auriez vous pas
à effuïer de vos Compagnes ,
58 MERCURE
des Religieuſes , & de voſtre
Famille ? je vais faire avertir
Dorine de tout ce qui ſe paffe ,
elle ne demeure pas loin de ce
Convent , pour eſtre plus à
portée de nous ſervir , je vais
luy écrire de venir inceſſamment
ici , & je conviendrai
avec elle au Parloir ,de tout ce
qu'il faudra qu'elle faffe pour
noſtre delivrance.
Le même jour Dorine arri
va , il lui conta tous les malheurs
dont nous étions menacez
,& lui ordonna d'envoïer
le ſurlendemain à onze heures
du ſoir derriere les murs du
১
GALANT.
4
Jardindu Convent , fonValet
de chambre& ſon Laquais
avec deux chevaux de main ,
pour luy& pour moy, &deux
autres pour eux. Cependant il
fit bonne mine à ma rivale.
Dés que l'heure deſtinée
pour noſtre fuite , fut arrivée,
je deſcendis dans le Jardin ,&
àla faveur des tenebres je me
rendis en tremblantau lieu où
Cleante m'attendoit ; mais au
lieu del'yrencontrer, j'y trouvai
cette cruelle ennemie de
noſtre repos.Elle me prit par
la main, m'embrafla & me dit
en pleurant : Non , belle Julie ,
60 MERCURE
vous ne vous fauverez pas fans
moy. J'ay examiné toutes vos
demarches , j'ay deviné voſtre
complot Je vais mourir ſi
vousm'abandonnez ; mais non
je ne vous perdrai pas , vous ne
me quitterez point , & vous ne
me laiſſferez pas ici la ſeule&
malheureuſe victime de mon
funeſte amour, ou ſi vous avez
formé ce cruel deſſein , mes
cris vont attirer tant de monde
en ce lieu , qu'il vous fera
impoſſible de vous dérober à
ma vengeance. Sur ces entrefaites
Cleante arriva. Sa prefence
nous raffeura toutes
4
GALANT. 61
deux ,& il lui promit de l'emmener
avec nous Nous efcaladâmes
enfin la muraille, non
fans beaucoup de peur & de
peine : dés que nous fûmes de
l'autre coſté , nous montâmes
à cheval , Cleante me mit en
croupe derriere lui,& nous arrivâmesainſi
àun Village éloigné
de deux lieuës du Convent.
Cleante y avoit du bien,
une bonne femme qui étoit la
Fermiere d'une terre qui luy
appartenoit , nous y receut le
mieux qu'il luy fut poſſible.
Nous y demeurâmes cachez
toute la Journée , & la nuit
62 MERCURE
ſuivante nous continuâmes
nôtre route avec un chevalde
plus. Le troiſième jour nous
arrivâmes à Auxerre. Cleante
me dit qu'il y avoit un amy ,
qui , aſſeurement , nous aideroit
à nous défaire de mon importune
rivale; mais en verité
peut- on fairele moindre compte
, & établir aucun fondement
ſur la foydes amis d'aujourd'huy.
Acaſte , c'eſt le nom que
vous me permettrez , s'il vous
plaît , de donner à ce perfide
amy. Acaſte , dis - je , nem'eût
pas pluſtoſt vûë , qu'il fit, àl'é
GALANT. 63
+
gard deCleante , ce que marivale
faifoit au mien. En un
mot il m'aima ,&bien loin de
fervir ſon amy , comme il le
lui avoit promis , il fit tout le
contraire. Pour vous défaire ,
lui dit-il , de cette perſonne ,
dont la tendreffe vous gêne ,
abſentez-vous d'ici pour quel
ques jours , allez vous informer
des bruits qu'on répand
contre les trois Penſionnaires
qui ſe ſont ſauvez duConvent
de ... Les ſoupçons ne tomberont
certainement pas fur
vous , qu'on a crû à Paris pendant
tout le temps qu'on ne
64 MERCURE
vousa pas vû àDijon. Voyez
voſtre famille,mettez quelque
ordre à vos affaires que voſtre
amour& voſtre negligenceont
fans doute fortodérangées
rendez même quelque viſite
aux parens de Julie ,& fçachez
d'eux juſqu'où les portesleut
reffentiment contre elle. Enfin
determinez- vous, par toutes
les raiſonsque je viens de vous
dire , à faire ce voyage ; mon
amitié pour vous , le loin de
vos intereſts &celuy de voſtre
amour , font les motifs qui
doivent vous y refoudre.
Je fus témoin de cette converſation
GALANT. 65
verſation qui me parut fort
raisonnable , & j'encourageai
moy- mêmeCleante à me quir
ter , dans l'eſperance de le revoir
bien- toft. Il fut enfin
réſolu à l'heure même , qu'il
partiroit le lendemain matin :
& cela fut executé avec toures
les circonstances douloureuſes
qui accompagnent la
ſeparation de deux amants.
Le même jour Acaſte pour
n'avoir point de témoins de la
perfidie qu'il refervoit à fon
amy, fit monter bongré malgré
, ma rivale à cheval , &la
fit inhumainement conduire
Octobre 1718. F
66 MERCURE
chez une tante qu'elle avoit
àdeux lieuës d'Auxerre , ſans
que fes cris , ſes prieres & fes
larmes puffent le détourner
del'execution d'un deſſein qui
la menaçoit,à ce qu'elle diſoit ,
du plus grand malheur du
monde. J'eûs beau luy reprefenter
qu'il facrifioit noſtre
fecret à l'indifcretion , à la
douleur & à la vengeance de
cette malheureuſe fille , il ne
tint compte dema remontran
ce &fes gens l'emmenerent où
illeur ordonna de la conduire.
Je n'ay depuis appris aucune
de ſes nouvelles. Aprés cebel
GALANT. 67
exploit , il vint me proteſter
qu'il n'avoit envisagé que
mon intereſt& monrepos, en
me défaiſant d'une compagne
ſidangereuſe, il me dit adroitement
qu'il avoit remarqué
qu'elle n'étoit pas auſſi indifferente
à Cleante , que je le
croyois. Qu'au reſte , s'il
m'importoit que mon amant
aimât ma rivale , il ne ſeroit
pas difficile de les réünir : que
pourluy , il luy étoit impoffiblede
faire à coſté de moy un
fi aveugle choix. Il m'avoüa
enfin qu'il m'avoit aimé dés
lepremier inſtant qu'il m'avoit
Fij
68 MERCURE
vûë , & qu'il me conſacroit
lereſte de ſa vie. Je fremis à
cette épouvantable declaration
,tous mes ſens furent ſaiſis
d'un ſi grand étonnement que
je ne pus m'empêcher de luy
dire toutes les injures que la colere&
le defefpoir me mirent à
labouche.Je le traitaid'homme
fans foy , fans honneur
de perfide ami. Arrêtez ,ditil
, belle Julie , & ne croyez
pas que j'aye fait de gayeté
de coeur une infidelité à mon
ami , en vous aimant. Ce n'eft
pas ma faute fi vous eſtes infiniment
aimable , & la raifon
د
GALANT. 69
qui merendamoureux ne doit
pas me faire un crime de mon
amour. Ce beau nom d'amitié
que vous atteſtez tant de fois ,
eſt un foible titre contre une
paffionplus forte. J'eûffe fait
plus aprés vous avoir vue ,
je vous aurois facrifié juſqu'à
ma Maîtreffe , ſi j'en avois cu
une , lorſque le fortvous con .
duifit icy. J'y ay un credit qui
nevous fera pas inutile. Profitez
, fi vous m'en croyez , de
l'occaſion , acceptez l'offre que
je vous fais de ma fortune
&de ma main. Noſtre hymen
ne dépend que de vous 2
70 MERCURE
ſi vous conſentez àm'épouſer.
Vous ne répondez rien: Non
lâche , luy dis- je , ſi je te répondois
, je te dirois que je gemis
de me voir expoſée comme
je le ſuis aux fureurs du
plus indigne de tousles hommes
. Allez , reprit- il , belle
Jolie,avec une douceur cruelle,
quelque jours appaiferont ce
grand courroux; mais puiſque
Cleante devoit vous mener à
Paris , je vais en ſa place prendre
ce ſoin , diſpoſez-vous à
faire demain ce voyage avec
moy , voilà pour aujourd'huy
tout cequi me reſte àvous dire.
GALANT. 71
Il alla ſur le champ donner
ſes ordres à ſes domeſtiques ,
pendant que je fondois en
larmes dans la chambre où il
m'avoit laiſſée. Le lendemain
à la pointe du jour , il me fit
éveiller par une femme qui
m'aida à m'habiller , &qui me
conduiſit juſques dans la cour,
où je trouvay une chaiſe attelée
& preſte à partir. Acafte
:
vint me forcer d'y monter , &
ymonta luy même aprés moy.
Un valet à cheval & un poftillon
compoſoient tout nôtre
équipage. Il y a quatre jours
aujourd huy que nous ſommes
72 MERCURE
en route , & c'eſt l'avanture
qui nous eſt arrivée hier au
foir que je ſuis redevable de
Phoſpitalité genereuſe que
vous m'accordez fi obligeament.
Hier vers les cinq heures du
foir quatre voleurs deguifez en
Payſans,nous ont arreſté ſur le
grandchemin,ils ont detourné
nôtre chaiſe , & l'ont menée
dans un bois qui eſt environ
à trois lieuës d'icy ; le valet qui
étoit à cheval & qu'ils avoient
ſaiſi le premier a eſté lié à un
arbre , Acaſte & le poftillon à
deux autres ; pour moy ils
meditoient
GALANT. 73
→
:
meditoient de m'emmener
avec eux lorſque des coups de
fiflets qu'ils ne connoiffoient
pas , & qu'ils ont pris , autant
que j'ay pû le comprendre ,
pour des ſignaux d'Archers ,
les ont fait changer de deſſein.
Ils ont pris ſur le champ le
partide regagner le grand chemin
, & m'ont laiſſe en liberté
au milieu du bois , aprés nous
avoir néanmoins pris tout ce
qu'ils ont pû nous prendre. Je
les ay à peine perdu de vûë,que
j'ay été voir file perfide Acaſte
& ſes domeſtiques étoient
liez d'une maniere à ne pou-
Octobre 1715 . G
74 MERCURE
voir ſe détacher ſans le ſecours
des gens que leur bonne ou
mauvaiſe étoile conduiroit
dans cebois, je luy ay fait tous
les reproches que meritoit ſon
infidelité , & ma harangue finie,
je me fuis courageuſement
derobée à ſa vûë , par un petit
ſentier que j'ay ſuivi , juſqu'
ee que j'aye trouvée la campa
gne. J'ay marché encore au
moins une bonne heure à travers
les champs , tant j'appre.
hendois de me retrouver fur
les grandes routes , & même
d'entrer dans aucun Village.
La nuit enfin a rallenti mon
GALANT. 75
ardeur. Je me fuis arrêtée accablée
de foif & de laffitude
à une petite maiſon au
milieu de la Campagne environ
à un quart de licuë
d'icy; une bonne femme qui
en étoit la Maitreffe m'y a
reçûé avec toute l'humanité
poffible , j'y ay paſſe la nuit
aſſez tranquillement , quoique
fort mal à mon aife , & ce matin
à la pointe du jour,j'en fuis
fortic pour me promener ſur
le gazon où vos gens m'ont
rencontré. Pour le bas qui me
manque , je l'ay cherché en
m'habillant , je ne l'ay pas
L'
Gij
96
MERCURE
trouvé & je m'en fuis paffée.
Voilà , Madame , continuat-
elle , en adreflant la parole à
la Maîtreffe du Chaſteau , ce
qui m'eſt arrivé de plus confi
derable en ma vie. Je ne vous
ay pas dit un mot qui ne foit
veritable , la bonnefemme qui
m'a recueilly hier au foir,vous
certifiera qu'elle m'a cette nuit
donné un aſyle chez elle , & fi
l'on envoyoit dans le bois , il
feroit peut eſtre encore temps
de delivrer l'infidele Acaſte.
Mais , Madame , je vous prie
de n'en rien faire , à moins que
vous ne deffendiez abſolument
GALANT. 77
aux gens à qui vous pourriez
donner cette commiffion , de
luy parler de moy. Du reſte
n'imputez qu'à l'amour , tout
ce que vous pouvez trouver de
blamable dans ma conduite ,
trop heureuſe ſi mon hymen
avec Cleante , peut un jour en
jultifier les fautes. Non, belle
Juhe , luy dit Madame de H..
Necraignez pas que nous vous
faffions icy des remontrances
qui vous affiligent , pour moy
je veux vous ſervir , d'une
maniere qui ne vous laiſſe rien
à fouhaiter Ecrivez une, letfreràCleante
, mandez luy , la
Giij 1
78 MERCURE
perfidie d'Acaſte , & deffendez
luy expreffément de ſervanger
d'un crime dont la fortune á
pris foin de le punir. Preffezle
de ſe rendre icy le plû toft
qu'il pourra, afin que vôtre
réunion hâte vôtre Hymen.
Pour moyje vais écrire à quel
ques amis puiſſants que j'ay
en Bourgogne , & les prier de
mettre tout en uſage pour ob
tenir inceſſamment le confentement
de vos parents pour
vôtre mariage. En attendant,
vous vivrez icy comme nous ,
vivrez icy
& vous nous trouverez toῦ .
jours diſpoſées àvous donner
GALANT . 79
des marques de l'amitié que
nous avons pour vous. Julie
charmée des honneſtetez &
des careſſes dont ces Dames la
combloient , les remercia de
cet excés de generoſité , avec
tout l'eſprit & toute la politeſſe
imaginable. Elles fortirent
enſuite de ſa chambre ,
pour luy laiſſer la liberté d'écrire
àCleante; ſa lettre finie
elle l'envoya toute ouverte à
Madame de H... qui la fir
mettre à la poſte avec la ſienne.
Et au bout de huit jours le
trop heureux Cleante arriva à
Morfontaine avec la confen-
:
Ginij
80 MERCURE
tement du pere de Julic, une
lettre de ſa main pour ſa fille,
&une autre de remerciement
pour Madame de H .. qui ne
voulut pas permettre que la
nôce de ces Amants ſe fit ailleurs
que chez elle. Elle invita
dans fa maifon ungrand nombred'honneſtes
gens qui affil
terentàcette fête,dont l'abondance,
la delicateſſe&la magni.
ficence firent les honneurs
comme elle ...
C'eſt de deux des convives
même que j'ay appris cette
Hiſtoire , les évenemens n'en
paroîtroient pas nouveaux
GALANNTT.. 81
dans un Roman fait à plaifir ;
mais il eſt certainement agréa
ble de trouver de veritables
avantures de Roman , dans un
récit où la fiction n'a nulle
part. Et tous ceux qui me feront
l'honneur de penſer
comme moy , ne feront pas
fâchez de voir une jeune fille
fortir du Convent avec tant
d'eſprit, ſacrifier l'époux qu'on
luy deſtine à un Amant qu'elle
choiſit , retourner au Convent
pour ſe dérober à la perſecution
de ſes Parens , attirer &
cacher ſonAmant au milieu de
trente filles comme elle, eſcala82
MERCURE
der des murs , ſe faire enlever,
traverſer des Campagnes , per.
dre ſon Amant , devenir la
proye d'un amy perfide, tom
ber entre lesmains des voleurs,
s'en échaper , vie& bague ſauves
, marcher ſeule la nuit au
milieu d'un bois , arriver le
lendemain dans un beau Châ
teau ,yeftre reçûë à merveille,
&y épouſer à la fin l'objet de
fon amour. Pour moy , je
trouve tout cela fort joli ,
néanmoins je ne conſeille à
aucune Demoiſelle d'imiter
celle-cy.
Fermer
27
p. 155-158
Nouvelle galante. [titre d'après la table]
Début :
Mademoiselle Yma, jeune, belle, grande & bienfaite, receut il y [...]
Mots clefs :
Père, Fille
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle galante. [titre d'après la table]
Mademoiselle Yma , jeune ,
belle, grande& bienfaite , receut
il ya quelques années ,
quelques années
de ſon pere le commandement
de confiderer , d'eſtimer
&de regarder M. de ** comme
un homme qu'il luy deſti .
noit pour eſtre un jour fon
époux . M. de..a du merite,
Mademoiselle Yma fit tout ce
qu'il plût à ſon pere , & même
au-delà. Les affaires de ſon
amant avoient paru en affez
bon état lorſqu'on luy avoit
fait le commandement de l'aimer
; mais depuis il a paru que
le temps les avoitdélabrées. Le
156 MERCURE
pere de la Demoiselle n'a plus
voulu entendre parler de M.
de..enun mot il luy a deffendu
ſa maifon. Toutes ces précautions
font bonnes ; mais
८
l'amour ne va pas comme
la tête des peres. Les deux
amants ſe ſont aimez dans la
contrainte , mille fois plus que
lorſqu'ils joüiffoient d'une
pleine liberté. Quoy donc ,
ont ils dit , un pere forme les
noeuds qui doivent nous unir ,
il les reſſere même pendant plu
fieurs années , & au premier
caprice qui luy prend , il s'aviſede
vouloir les rompre ,ilen
GALANT. 157
aura parbleu le démenti , & il
n'y a que la mort qui puiffe
nous léparer.Alors viſites clan,
deſtines ,& billets reciproques
font les moyens qu'ils employent
pour entretenir leur
amour ; enfin ils en viennent
au point de ſe jurer ſous la
cheminée & en prefence
d'un Preſtre , une éternelle foy.
Ils joüiſſent alors , & en toute
ſeureté de confcience , autant
que l'occaſion peut s'en preſenter
, des droits de leur hymen.
Cependant une partie de
l'intrigue eſt découverte. Le
pere fulmine contre ſa fille ,
158 MERCURE
&la menace de l'enfermer ſi
elle revoit jamais M. de .. elle
informe auffitoſt ſon cher
époux des malheurs dont elle
eſt menacée ,& le lendemain
( qui étoit le premier ou le
ſecond jour du preſent mois
d'Octobre ) elle s'éclypſe. On
la demande à tout le monde ,
onlacherche par tout , on viſite
la maiſon de M. de..on
informe contre luy ; & l'on
n'en peut apprendre aucune
nouvelle. On propoſe à ce
ſujet les trente Loüis cy- deſſus
à gagner ; mais ſi on la trouve,
jene fuis pas garant qu'on les
paye.
belle, grande& bienfaite , receut
il ya quelques années ,
quelques années
de ſon pere le commandement
de confiderer , d'eſtimer
&de regarder M. de ** comme
un homme qu'il luy deſti .
noit pour eſtre un jour fon
époux . M. de..a du merite,
Mademoiselle Yma fit tout ce
qu'il plût à ſon pere , & même
au-delà. Les affaires de ſon
amant avoient paru en affez
bon état lorſqu'on luy avoit
fait le commandement de l'aimer
; mais depuis il a paru que
le temps les avoitdélabrées. Le
156 MERCURE
pere de la Demoiselle n'a plus
voulu entendre parler de M.
de..enun mot il luy a deffendu
ſa maifon. Toutes ces précautions
font bonnes ; mais
८
l'amour ne va pas comme
la tête des peres. Les deux
amants ſe ſont aimez dans la
contrainte , mille fois plus que
lorſqu'ils joüiffoient d'une
pleine liberté. Quoy donc ,
ont ils dit , un pere forme les
noeuds qui doivent nous unir ,
il les reſſere même pendant plu
fieurs années , & au premier
caprice qui luy prend , il s'aviſede
vouloir les rompre ,ilen
GALANT. 157
aura parbleu le démenti , & il
n'y a que la mort qui puiffe
nous léparer.Alors viſites clan,
deſtines ,& billets reciproques
font les moyens qu'ils employent
pour entretenir leur
amour ; enfin ils en viennent
au point de ſe jurer ſous la
cheminée & en prefence
d'un Preſtre , une éternelle foy.
Ils joüiſſent alors , & en toute
ſeureté de confcience , autant
que l'occaſion peut s'en preſenter
, des droits de leur hymen.
Cependant une partie de
l'intrigue eſt découverte. Le
pere fulmine contre ſa fille ,
158 MERCURE
&la menace de l'enfermer ſi
elle revoit jamais M. de .. elle
informe auffitoſt ſon cher
époux des malheurs dont elle
eſt menacée ,& le lendemain
( qui étoit le premier ou le
ſecond jour du preſent mois
d'Octobre ) elle s'éclypſe. On
la demande à tout le monde ,
onlacherche par tout , on viſite
la maiſon de M. de..on
informe contre luy ; & l'on
n'en peut apprendre aucune
nouvelle. On propoſe à ce
ſujet les trente Loüis cy- deſſus
à gagner ; mais ſi on la trouve,
jene fuis pas garant qu'on les
paye.
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28
p. 204-220
Article des Morts. [titre d'après la table]
Début :
Il est au moins bien juste de dire, maintenant quelque [...]
Mots clefs :
Seigneur, Parlement, Fille, Dame, Roi, Président, Conseiller au Parlement, Fils, Père, Frère
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texteReconnaissance textuelle : Article des Morts. [titre d'après la table]
Ileſt au moins bien juſte
GALANT. 205
de dire , maintenant quelque
choſe des morts
t Dans l'article du mois paffé
qui concerne la Maiſon de
Longüeil ,j'ay oublié de vous
dire que κείς ότι Π
M. Jacques de Longüeil
Chevalier Seigneur de Sevres ,
Maiſons,Lavaudoire& Cerny,
fut en grande eftime auprés du
Roy Henry III qui le fit ſon
premier Maiſtre d'Hôtel en
1575. Chevalier del'Ordre en
1577. &Maistredes Comptes
dés la même année. Il époufa
Catherine deMontmirail , fille
de Thierry de Montmirail &
206 MERCURE
deDeniſe de Harlay , de laquelle
il cût un fils unique &
deux filles. L'aînée deſquelles ,
Deniſe de Longüeil épouſa
Lazare de Selve Baron de la
Ferté Alais & de Cromier ,
Preſident és refforts de Mets ,
Toul & Verdun , Chancelier
de Catherine deBourbon Ducheffe
deBar, foeur d'Henri IV.
La cadete Angelique de Longüeil
épouſa Nicolas de Quelain
, Conſeiller au Parlement.
Charles LongüeilChevalier
Seigneur de Sevres la Vaudoite
&Cerny , Lieutenant General
des Armées du Roy , épouſa
GALANT. 207
1
Loüife Seguier fille de Pierre
Seguler Seigneur de S. Cyr ,
Confeiller au Parlement , coufine
germaine dePierreSeguier,
Chancelier de France .
د
Ladite Catherine de Montmirail
avoit quatre foeurs
deſquelles Marie- Loüife épou
ſa Michel de Champrond ,
Preſident aux Enqueſtes dont
eſt iſſue Magdelaine de Champrond
épouſe de Meſſire
Philippes de la Tremoüille ,
Marquis de Royan Comte
d'Olonne, Senechal de Poitou,
Anne,épouſede M. de Mauric
Conſeiller d'Etat , donteſt
ali
208 MERCURE
iffuë Loüiſe de Mauric, épouse
deMeffire de Carbonel Marquis
de Canizi ; Loüife de
Montmirail épouſe de Meffire
René de Lhopital Comte de
SainteMeme ; & Anne épouſe
du Marquis de Frenoy , dont
eſt iſſu le Grand Prieur de
Champagne dernier mort-
Nicolas de Longüeil fils de
Charles , Chevalier Seigneur
de Sevres , Grand Prevoſt &
General de Champagne & de
Brie , lequel époufa Deniſe de
la Robertiere fille de Gillesde
laRobertiere Secretaire duRoi,
&de Denife Papillon, dont eſt
iffu
GALANT. 109
-
i
iſfu Charles de Longueil Capi
taineau Regiment dePiemont,
tué en Hollande au paſſage du
Rhin, Macé de Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres, Villaumay
& de la Graffardiere ,
lequel a commandé unBatail
londu Regiment de Piémont ,
& a fervi Sa Majesté des l'âge
de dix- sept ans ,&s'eſt trouvé
dans toutes les occafions ,
tant en Flandre qu'en Allemagne
, ayant efté bleſſé en
: pluſieurs occafions , notamment
au Siege de Limbourg &
de Luxembourg , lequel a
épousé Anne le Braconier de
Octobre 1715 . S
210 MERCURE
laTour fille de Loüis le Braco.
nier Seigneur d'Ancy les Soignes
, prés Metz , fans enfants.
Et Nicolas de Longüeil Seigneur
de Sevres ,Capitaine au
même Regiment de Piemont
lequel n'eſtpoint marié,
e Mefire Pierre Bouchu Che
valjer Seigneur de Pluniers ,
Fontangy , &c. premier Prefident
au Parlement de Dijon ,
mourut lei Aoust 1715 .
fans poſterité , âgé de 72. ans.
Il rempliſſoit cette place avec
beaucoup d'integrité & de
merite depuis 1692. ayant
rempli celle de premierPreGALANT.
211
fident de la Chambre des
Comptes de la même Ville :
il étoit fils de Meflire Jean
Bouchu mort premier Prefi
dent du même Parlement,&
frere de M. de Montholon
Bouchu, ſicur de Leffart Inten.
dant de ladite Ville , pendant
plus de 20 années , pere de
Meffire Eſtienne Bouchu Sicur
de Leffart Conſeiller d'Etat
cy-devant Intendant de Dau-
5 phiné & des Armées d'Italie
pendant un eſpace de temps
pareil àceluyde M. fon pere
& frere de Dom Pierre Bouchu
Abbé deClairvaux, qui quoy:
1
Sij
212 MERCURE
que dans un âge tres avancé
fait exercer la Regle de faint
Bernard à ſes Religieux , &
leur eſt , comme ce Saint ,un
exemple vivant de picté d'o,
boiffance & d'humilité. 313ট
+ Meffire Pierre Louis le Filleul
de la Chapelle ,Archidiacre
de Mande , Deputé l'Afſemblée
du Clergé , pour la
Province d'Albi , mourut le
25 Septembre : il étoit frere
de M.l'Evêque de Vabres.
Dame Louiſe Sandrier, femme
de Meffire Philippes Langlois
, Seigneur dePommerſe,
grand Audiancier de France ,
GALANT. 213
2
!
mourut le 3 , de ce mois. M.
Langlois fon mari eſt frere de
M. Langlois Preſident de la
Chambre des Comptes , dont
je vous parlay dans mon dernier
Journal , à l'occaſion du
mariage de Mademoiselle fa
fille , avec M. de Fourcy Confeiller
au Parlement.
Dame Arine le Goux de la
Berchere , Veuve de Meffire
EmmanueldePellevé,Marquis
du Bourg , tué au paſſage du
Rhin en 1672. mourut le 4.
de ce mois , elle étoit fille de
Pierre le Goux , Seigneur de la
Berchere , P. Prefident du Par
214 MERCURE
lement de Grenoble , & de
Dame Louiſe Jolly de Blaify,
& petite fille de Jean Baptifte
le Goux, Seigneur de la Berchere
, P. Prefident du Parle
ment deBourgogne ,&de Dame
Marguerite Brulart,&elle
étoit fæoeur de Meffire CharlesleGoux
de la Berchere , Archevêque
de Narbonne, &de
MeffireUrbain Pierre le Goux
de la Berchere , Maître des
Requêtes , pere de M. de la
Berchere Chancelier de feu
Monſeigneur le Duc deBerry,
qui a épousé une des filles de
M. Voifin Chancelier de FranGALANC.
215
ce;pour laMaiſon de Pellevé,
de laquelle étoit ſon mari , elle
eſt originaire de Normandie ;
elle n'eſt pas moins confiderable
par ſon anciennetéque par
fes alliances , & elle ſubſiſte
encore dans la perſonne deM
leComte de Flers.
Dame Magdelaine deGrouchy
, veuve de Meffire Louis
Chauvelin , Avocat General
au Parlement , Commandeur
&Grand Treſorier des Or
dres du Roy , dont je vous
appris la mortdans monJournal
du mois d'Aouſt dernier ,
mourutles. de ce mois , laif
216 MERCURE
fant un fils & une fille ; elle
étoit fille de Jean Baptifte René
de Grouchy , Secretaire du
Roy, & de SuzanneHeron .
Meffire Jean André Bouret
Confeiller Clerc au Parlement
où il avoit été reçû le 2. Juin
1706.mourut le9 de ce mois:
il étoit fils d'André Bouret ,
Secretaire du Roy & Payeur
des gages de la Chancellerie.
Meffire Conftantin Heudebert
ſieur du Buiffon , Maître
des Requêteshonoraire, &cidevant
Intendant des Finances
, mourut le onze de ce
mois fans enfans , laiſſant de
Ma- grands biens .
GALANT . 217
i
Mademoiselle Choüart fi
connuë & fi diftinguée dans le
monde par ſon merite & par
l'élevation de fon genie , mourut
le onze de ce mois,elle étoit
d'une trés ancienne nobleſſe .
M. Choüart ſon frere étoit
Capitaine de Galeres , M.
Choüart de Vivier fon coufin
germain étoit Chef d'Eſca
dre, M.Choüart Surintendant
de la Reine Thereſe d'Autri
che , & pere de Madame Dalou
, ci devant Premiere Prefi
dente du Parlement de Bordeaux
, & de M. Buſanval qui
fert dans la Gendarmerie
Octobre 1715 . T
218 MERCURE
étoient de la même Maiſon.
M. des Broffes Choüart étoit
pere de Madame Boiffeleau
femme du Capitaine aux Gardes
, qui fut Gouverneur de
Charleroy. La grand mere de
Mademoiselle Choüart étoit
fille du Preſident Miron , ce
qui lui donne des alliances
avec les Maupcoux , les le Picard
, & preſque toute la Robe.
Mademoiselle Choüart ne
laiſſe qu'un neveu , nommé
M. de S. Gilles , ci devant Lieutenant
aux Gardes , & une niéce
, qui eſt Madame la Comteſſe
d'Hautefort , ci- devant
GALANT. 219
=
!
コ
Madame la Comteſſe de Verthillac.
Mademoiselle Choüart
quidonne lieu à cet article , eſt
morte univerſellement confi
derée®rettée de tous ceux
qui l'ont connue.
Dame Marie Marguerite
Leſtoré, femme deMeffire Armand
Charles de Bonnigalle ,
Maîtredes Comptes , mourut
le 15. Octobre 1715. laiſſant
des enfans.
Dame Helene Catherine de
Gaumont, veuve de Jacques
Jannart , Conſeiller au Grand
Conſeil , mourut le 16. de ce
mois : elle étoit fille d'André
Tij
220 MERCURE
/
de Gaumont , Seigneur da
Sauſſay & de Vaurichard ,
Conſeiller d'Erat , & foeur de
Jean de Gaumont Maître des
Requêtes , & de Marie de
Gaumont femme de Pierre de
Bragelone , Preſident aux Enquêtes
du Parlement de Bretagne.
Le R. P. Nicolas de Male
branche, Prêtre de l'Oratoire,
de l'Académie des Sciences ,
connu par legrand nombre &
par le meritede ſes Ouvrages ,
mourut le 13. de ce mois , age
de foixante dix- huit ans .
GALANT. 205
de dire , maintenant quelque
choſe des morts
t Dans l'article du mois paffé
qui concerne la Maiſon de
Longüeil ,j'ay oublié de vous
dire que κείς ότι Π
M. Jacques de Longüeil
Chevalier Seigneur de Sevres ,
Maiſons,Lavaudoire& Cerny,
fut en grande eftime auprés du
Roy Henry III qui le fit ſon
premier Maiſtre d'Hôtel en
1575. Chevalier del'Ordre en
1577. &Maistredes Comptes
dés la même année. Il époufa
Catherine deMontmirail , fille
de Thierry de Montmirail &
206 MERCURE
deDeniſe de Harlay , de laquelle
il cût un fils unique &
deux filles. L'aînée deſquelles ,
Deniſe de Longüeil épouſa
Lazare de Selve Baron de la
Ferté Alais & de Cromier ,
Preſident és refforts de Mets ,
Toul & Verdun , Chancelier
de Catherine deBourbon Ducheffe
deBar, foeur d'Henri IV.
La cadete Angelique de Longüeil
épouſa Nicolas de Quelain
, Conſeiller au Parlement.
Charles LongüeilChevalier
Seigneur de Sevres la Vaudoite
&Cerny , Lieutenant General
des Armées du Roy , épouſa
GALANT. 207
1
Loüife Seguier fille de Pierre
Seguler Seigneur de S. Cyr ,
Confeiller au Parlement , coufine
germaine dePierreSeguier,
Chancelier de France .
د
Ladite Catherine de Montmirail
avoit quatre foeurs
deſquelles Marie- Loüife épou
ſa Michel de Champrond ,
Preſident aux Enqueſtes dont
eſt iſſue Magdelaine de Champrond
épouſe de Meſſire
Philippes de la Tremoüille ,
Marquis de Royan Comte
d'Olonne, Senechal de Poitou,
Anne,épouſede M. de Mauric
Conſeiller d'Etat , donteſt
ali
208 MERCURE
iffuë Loüiſe de Mauric, épouse
deMeffire de Carbonel Marquis
de Canizi ; Loüife de
Montmirail épouſe de Meffire
René de Lhopital Comte de
SainteMeme ; & Anne épouſe
du Marquis de Frenoy , dont
eſt iſſu le Grand Prieur de
Champagne dernier mort-
Nicolas de Longüeil fils de
Charles , Chevalier Seigneur
de Sevres , Grand Prevoſt &
General de Champagne & de
Brie , lequel époufa Deniſe de
la Robertiere fille de Gillesde
laRobertiere Secretaire duRoi,
&de Denife Papillon, dont eſt
iffu
GALANT. 109
-
i
iſfu Charles de Longueil Capi
taineau Regiment dePiemont,
tué en Hollande au paſſage du
Rhin, Macé de Longüeil Chevalier
Seigneur de Sevres, Villaumay
& de la Graffardiere ,
lequel a commandé unBatail
londu Regiment de Piémont ,
& a fervi Sa Majesté des l'âge
de dix- sept ans ,&s'eſt trouvé
dans toutes les occafions ,
tant en Flandre qu'en Allemagne
, ayant efté bleſſé en
: pluſieurs occafions , notamment
au Siege de Limbourg &
de Luxembourg , lequel a
épousé Anne le Braconier de
Octobre 1715 . S
210 MERCURE
laTour fille de Loüis le Braco.
nier Seigneur d'Ancy les Soignes
, prés Metz , fans enfants.
Et Nicolas de Longüeil Seigneur
de Sevres ,Capitaine au
même Regiment de Piemont
lequel n'eſtpoint marié,
e Mefire Pierre Bouchu Che
valjer Seigneur de Pluniers ,
Fontangy , &c. premier Prefident
au Parlement de Dijon ,
mourut lei Aoust 1715 .
fans poſterité , âgé de 72. ans.
Il rempliſſoit cette place avec
beaucoup d'integrité & de
merite depuis 1692. ayant
rempli celle de premierPreGALANT.
211
fident de la Chambre des
Comptes de la même Ville :
il étoit fils de Meflire Jean
Bouchu mort premier Prefi
dent du même Parlement,&
frere de M. de Montholon
Bouchu, ſicur de Leffart Inten.
dant de ladite Ville , pendant
plus de 20 années , pere de
Meffire Eſtienne Bouchu Sicur
de Leffart Conſeiller d'Etat
cy-devant Intendant de Dau-
5 phiné & des Armées d'Italie
pendant un eſpace de temps
pareil àceluyde M. fon pere
& frere de Dom Pierre Bouchu
Abbé deClairvaux, qui quoy:
1
Sij
212 MERCURE
que dans un âge tres avancé
fait exercer la Regle de faint
Bernard à ſes Religieux , &
leur eſt , comme ce Saint ,un
exemple vivant de picté d'o,
boiffance & d'humilité. 313ট
+ Meffire Pierre Louis le Filleul
de la Chapelle ,Archidiacre
de Mande , Deputé l'Afſemblée
du Clergé , pour la
Province d'Albi , mourut le
25 Septembre : il étoit frere
de M.l'Evêque de Vabres.
Dame Louiſe Sandrier, femme
de Meffire Philippes Langlois
, Seigneur dePommerſe,
grand Audiancier de France ,
GALANT. 213
2
!
mourut le 3 , de ce mois. M.
Langlois fon mari eſt frere de
M. Langlois Preſident de la
Chambre des Comptes , dont
je vous parlay dans mon dernier
Journal , à l'occaſion du
mariage de Mademoiselle fa
fille , avec M. de Fourcy Confeiller
au Parlement.
Dame Arine le Goux de la
Berchere , Veuve de Meffire
EmmanueldePellevé,Marquis
du Bourg , tué au paſſage du
Rhin en 1672. mourut le 4.
de ce mois , elle étoit fille de
Pierre le Goux , Seigneur de la
Berchere , P. Prefident du Par
214 MERCURE
lement de Grenoble , & de
Dame Louiſe Jolly de Blaify,
& petite fille de Jean Baptifte
le Goux, Seigneur de la Berchere
, P. Prefident du Parle
ment deBourgogne ,&de Dame
Marguerite Brulart,&elle
étoit fæoeur de Meffire CharlesleGoux
de la Berchere , Archevêque
de Narbonne, &de
MeffireUrbain Pierre le Goux
de la Berchere , Maître des
Requêtes , pere de M. de la
Berchere Chancelier de feu
Monſeigneur le Duc deBerry,
qui a épousé une des filles de
M. Voifin Chancelier de FranGALANC.
215
ce;pour laMaiſon de Pellevé,
de laquelle étoit ſon mari , elle
eſt originaire de Normandie ;
elle n'eſt pas moins confiderable
par ſon anciennetéque par
fes alliances , & elle ſubſiſte
encore dans la perſonne deM
leComte de Flers.
Dame Magdelaine deGrouchy
, veuve de Meffire Louis
Chauvelin , Avocat General
au Parlement , Commandeur
&Grand Treſorier des Or
dres du Roy , dont je vous
appris la mortdans monJournal
du mois d'Aouſt dernier ,
mourutles. de ce mois , laif
216 MERCURE
fant un fils & une fille ; elle
étoit fille de Jean Baptifte René
de Grouchy , Secretaire du
Roy, & de SuzanneHeron .
Meffire Jean André Bouret
Confeiller Clerc au Parlement
où il avoit été reçû le 2. Juin
1706.mourut le9 de ce mois:
il étoit fils d'André Bouret ,
Secretaire du Roy & Payeur
des gages de la Chancellerie.
Meffire Conftantin Heudebert
ſieur du Buiffon , Maître
des Requêteshonoraire, &cidevant
Intendant des Finances
, mourut le onze de ce
mois fans enfans , laiſſant de
Ma- grands biens .
GALANT . 217
i
Mademoiselle Choüart fi
connuë & fi diftinguée dans le
monde par ſon merite & par
l'élevation de fon genie , mourut
le onze de ce mois,elle étoit
d'une trés ancienne nobleſſe .
M. Choüart ſon frere étoit
Capitaine de Galeres , M.
Choüart de Vivier fon coufin
germain étoit Chef d'Eſca
dre, M.Choüart Surintendant
de la Reine Thereſe d'Autri
che , & pere de Madame Dalou
, ci devant Premiere Prefi
dente du Parlement de Bordeaux
, & de M. Buſanval qui
fert dans la Gendarmerie
Octobre 1715 . T
218 MERCURE
étoient de la même Maiſon.
M. des Broffes Choüart étoit
pere de Madame Boiffeleau
femme du Capitaine aux Gardes
, qui fut Gouverneur de
Charleroy. La grand mere de
Mademoiselle Choüart étoit
fille du Preſident Miron , ce
qui lui donne des alliances
avec les Maupcoux , les le Picard
, & preſque toute la Robe.
Mademoiselle Choüart ne
laiſſe qu'un neveu , nommé
M. de S. Gilles , ci devant Lieutenant
aux Gardes , & une niéce
, qui eſt Madame la Comteſſe
d'Hautefort , ci- devant
GALANT. 219
=
!
コ
Madame la Comteſſe de Verthillac.
Mademoiselle Choüart
quidonne lieu à cet article , eſt
morte univerſellement confi
derée®rettée de tous ceux
qui l'ont connue.
Dame Marie Marguerite
Leſtoré, femme deMeffire Armand
Charles de Bonnigalle ,
Maîtredes Comptes , mourut
le 15. Octobre 1715. laiſſant
des enfans.
Dame Helene Catherine de
Gaumont, veuve de Jacques
Jannart , Conſeiller au Grand
Conſeil , mourut le 16. de ce
mois : elle étoit fille d'André
Tij
220 MERCURE
/
de Gaumont , Seigneur da
Sauſſay & de Vaurichard ,
Conſeiller d'Erat , & foeur de
Jean de Gaumont Maître des
Requêtes , & de Marie de
Gaumont femme de Pierre de
Bragelone , Preſident aux Enquêtes
du Parlement de Bretagne.
Le R. P. Nicolas de Male
branche, Prêtre de l'Oratoire,
de l'Académie des Sciences ,
connu par legrand nombre &
par le meritede ſes Ouvrages ,
mourut le 13. de ce mois , age
de foixante dix- huit ans .
Fermer
29
p. 25-64
Extrait de l'Oraison funébre du Roy, que le R. Pere Porée a pronconé le 12. de camons dans le College des Jesuites. [titre d'après la table]
Début :
Le 12. de ce mois les Jesuites du College de Loüis le [...]
Mots clefs :
Roi, Orateur, Oraison funèbre, Collège des Jésuites, Soleil, Prince, Religion, Paix, Guerre, Corps, Succès, Vertus, Mort, Gloire, Ennemis, Père, Public, Deuil, Éloge, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de l'Oraison funébre du Roy, que le R. Pere Porée a pronconé le 12. de camons dans le College des Jesuites. [titre d'après la table]
Le 12. de ce mois les Jefuites
du College de Lours le
Grandrendirent les devoirs funebres
au feu Roy , avecitout
l'appareil & toute la magnificence
,qu'on avoit droit d'atrendre
de leur reconnoiffance
envers la facrée Perfonne de
leur Fondateur.
La Ceremonie commença le
matin par un Service folemnel.
Outre plufieurs perfonnes de
confideration qui compofoient
l'Affemblée , on avoit
fait choix de cent Penfionnai
res d'une qualité diſtinguée ,
qui tous en grand deüil rem-
Novembre 1715. C
26 MERCURE
pliffoient la Nefde la Chapelle,
ayant à leur tefte le Chevalier
-d'Orleans , qui menoir le deuil .
Le reste au nombre de trois
cens farent obligez de demeui.
terb dans les Tribunes , parce
que le Cataphalque occupoit
une grande partie du terrain.
Le foir le P. Porrée , l'un
des Profeffeurs de la Rherorique
, prononça l'Eloge funebre
du feu Roy avec l'applau
diffement general de la plus
nombreuſe & de la plus au
gufteraſſemblée qui ſe ſoir vûë
depuis long- temps dans leur
College : Les Cardinaux de
GALANT . 27
Polignac & de Biffy , trente
Prélats tant Archevêques
qu'Evêques , plufieurs Abbez
de diftinction , des Confillers
d'Etat , Meffieurs les Avo
cats generaux , plufieurs Préfidens
& Confeillers du Parle
ment , & des autres Cours Superieures
honorerent de leur
prefence la Cérémonie.qnɔar
Pri Lorfque tous ces Meffieurs
curent pris chacun leurs places ,
le Pere Porrée prononça en La
tin l'Oraifon funebre du Roy.
Le nom de Orateur fait
F'Eloge de fa piece , & la réputation
pouvoit feule répondre
diq chim Gijimas
28
MERCURE
du fuccés. On n'a pas oublié
celle qu'il fit il y a quelques
années à la mort de Monfeigneur
le Dauphin. On y admira
dés lors , ces rares talens
pour l'Eloquence qui le font
regarder comme un des premiers
Orateurs de noftre fiecle.
C'est peu de dire qu'on
reconnoift le même Auteur
dans la picce dont nous parlons
icy. Il a fallu qu'il fe furpaffar
luy- même, pour remplir toute
l'idée que des vertus heroïques
& lesplus beau de tous les
Regnes avoient fait concevoir
du Prince qu'il avoir à reprefenter.
Rien de plus heureux
GALANT. 29
& de plus noble que le deffein
que fourniffoit naturellement
le furnom de Grand que toutes
les Nations n'ont pû refuſer
aux éminentes qualitez de
Louis XIV. L'Orateur s'y atta
chant , a montré dans les trois
parties de fon difcours que ce
Prince a merité un furnom fi
glorieux , parce qu'il a efté
Grand dans la guerre , plus
grand dans la Paix , & tres
grand par tout ce qu'il a fait
en faveur de la Religion.
Dans la premiere partie
l'Orateur commence par re-
* Divifion .
C iij
30 MERCURE
connoiftre trois fources de
grandeur pour les Princes obligez
de faire la guerre , foit
qu'on la faffe avec fuccés fous
leurs aufpices , foit qu'on la
faffe fous leurs aufpices & par
leur confeil , foit enfin qu'ils
contribuent perfonnellement
au fuccés de la guerre qui fe
fait par leur confeil & fous
leur conduite . Enfuite , paffant
fous filence routes les entreprifes
glorieufes à la France
fous les aufpices de fon Roy
encore jeune , l'Orateur vient
tout d'un coup à celles que de
Prince a fait reüffir par fes con--
"
GALANT 31
feils ou par la valeur . Là il dépeine
tout ce qui peut rendre
un Roy grand dans l'art militaire
, à fçavoir de grandes
guerres 3 de grandes vertus
de grandes actions , de grands
évenemens
, & il conclut que
toutes ces chofes qu'on voit
féparement dans les autres .
regnes fe trouvant réunies
enſemble dans celuy du feu
Roy, ont juftifié le furnom de
grand qu'il a porté.5
An conçoit aifément quel
vafte champ s'ouvre icy à l'Orateur
; un feul mot qu'il ditfournit
plufieurs pensées à
C iiij
32 MERCURE
l'Auditeur . Quelques momens
d'attention qu'on luy donne
ne laiffent rien ignorer des
exploits belliqueux d'un regner
auffi fertile en évenemens qu'il
eft fingulier dans fa longue
durée; l'énergie de l'expreflion
fupplée à la précifion du ftile
pour ne rien omettre de confi,
derable , prefqu'au même inf¬1
tant on fe trouve tranſportés
à la fuite de fon heros en Flan
dre,en Espagne, en Savoye , en
Italie , en Allemagne , en Aftique
, en Amerique fur Mery
& fur Terre pour y admirer
des prodiges de fageffe dans
GALANT. 33.
C
les confeils & de valeur dans
l'execution ; & l'on eft furpris
d'appercevoir fous le même
point de vûë ,batailles gagnées ,
fieges de Villes prifes , armees
nombreuſes mifes en déroute,
Provinces conquifes , guerres
domestiques , étrangères , heu
reuſement terminées cent
peuples jaloux humilicz , au
rant de Nations ennemies cont
traintes dimplorer la clemence
our der folliciter l'alliance d'un
Roy prefque toûjours victo
rieux , & mille autres faits merveilleux
que l'antiquité fabu
leafe n'ofarmême inventer
34 MERCURE
en faveur de fes Heros , tanti
elle les crût éloignez du vrayfemblable
, mais que la verité
de l'histoire fçaura dépeindre
dans la vie de Louis le Grand,
fans craindre le foupçon der
farterie oued infideléssivos
Tant de faits memorables
réunis enſemble nelaiffent plus :
aucun doute que Louis XIV.
n'ait eftergrand dans la guerre ; ”
mais où trouver quelque cho
fe de plus heroïque, pour mon
trer qu'il a efté encore plus .
grand dans la Paix tout autre ?
Orateur auroit peut etre té
choüé à cette ſeconde propol
GALANT 35
fition;le Pere Porréé l'a prouvé
invinciblement dans fa fecon.
de partie , en faifant voir qu'il
cft plus glorieux à un Prince
de réparer ou d'augmenter les
forces de fon Empire que d'en
étendre bien loin les limites !
de reformer par de fages loix
les abus qui fe font gliffez par
mi les peuples , que d'impofer
la loy aux étrangers ; de faire
fleurir les beaux Arts dans le
fein du Royaume , que de
porter audehors la terreur de
fon nom & d'étonner l'Univers
par le nombre & la rapidité
de fes conqueftes ; ce que Louis
*
36 MERCURE
le Grand a cu le bonheur de
faire pendant la Paix , que le
bien de l'Etat & l'amour de
fes fujets luy ont fait quelquefois
rechercher aux dépens
même de fa propre gloire , &
plus fouvent accorder à fes
ennemis auffi charmez de, fa
moderation au milieu de fes
triomphes , qu'ils avoient été
effrayez de la puiffance durant
tout le cours de les victoires.F
L'Orateur parcoure enfuire
les fruits précieux de la Paix
que la fageffe & laa vigilance
de Lous le Grand ont fait
goûter à fes fujets , la facilité
GALANT. 37
du commerce & Fabondance
établies dans le Royaume par
tous les moyens imaginables ,
la fureur des Duels reprimée ,
moins par de fanglantes exécutions
, que par la feule crainte
de déplaire au Prince qui s'engage
par ferment à punir les
coupables , les frequentes divifions
de la nobleffe & dù¹peuple
affoupies , en adouciffint
d'un cofte la fiere domination ,
& en humiliant de l'autre l'infolente
revolte ; la faveur ou
Pavarice qui s'étoient gliffez
dans quelques Tribunaux ,
bannies les foins du Prince
par
38 MERGURE
& par les confeils de cet auguſte
Senat , où l'on trouve
la Juftice toûjours voilée ,
& tou ours prête à employer
fon autorité à la défenfe de
la vertu , pu fes vives lumieres
à prononcer d'équitables
Arrefts qui peuvent fervir
de regles à tous les Juges de
la terre ; les fçavans & les letcheris
, favorifez des regards
bien - faifants de la Majefté
Royale ; les beaux arts
mis en honneur & portez dans
la France à leur derniere perfection
, par les frequentes.
largeffes que le Prince répand
tres
GALANT (39
avec profufion: fur tous ceux
quiy excellent ; ce font autant
de monumensi.confacrezo à
l'immortalité
pour éternifer
-le fouvenir d'un Roy encore
plus grand dans la Paix que
dans la guerregautanelde rémoignages
incontestables qui
fervent de preuve à cette fe
sconde Partie.god a: lavor-ob
¿ Que ne puis - je au moins
emprunter de l'Orateur des
grands traits & les nobles expreffions
qu'il a fçû y mettre
en oeuvre pour faire un parfait
caractere du Prince que les
droits de fon fang , les befoins
40 MERCURE
preffans del Etat, la fuperiorité
du merito perfonnel , tous les
voeux des grands & du peuple
appelloient également au Gou
vernement de la France ; ce fé-
Toit en faifant de ce Prince le
plus betsEloge qu'on puiffe
imaginer, le dépeindre tel qu'il
eft dans l'efprit & dans le coeur
de tous les bons François , &
& en même temps procurer à
l'Orateur toutes les louanges
qu'il merite
Refte til encore quelque
chofe de plus confiderable
pour faire voir que Louis
XIV. grand dans la guerre ,
i djang
plus
GALANT
plus grand dans la paix , a efté
tres grand par ce qu'il a fait en
faveur de la Religion ? oüy ,
lOrateur le montre dans fa
troifiéme partie en difant d'a- .
bord que la Paix & la Guerre
partageants fucceffivement
la vie des Princes , leur laiffent
moins le loifir de faire de gran- 1
des chofes dans l'un ou dans
l'autre au licu que la Reli
gion qui releve les actions dess
Princes , & qui doit les accom
pagner par tout jusqu'au tom - 1
beau , les met en état d'entreprendre
& d'executer pour
elle de tres grandes chofts
Novembre 1715ach Dawab
44 MERCURE
durant tout le cours de leur:
vie ; il fait aprés cela l'applica
tion de ce principe à ſon ſujet,
en avançant que Louis XIV.
a executé de tres grandes chofes
pendant tout le temps de
fa vie en faveur de la Religion ,
foit en la vangeant par fes
Edits des infultes qu'elle a re
ceu de fes ennemis ; foit en
contribuant , de fes bienfaits
à l'amplifier & à l'établir dans
toutes les parties du monde¹¹
foit en l'honorant & la faifant !
refpecter de les fujets par l'édification
de fes exemples.
L'impieté & l'herefie font
deux ennemis puiffants qui le
GALANT . 43
*
font élévez de tout temps contre
la Religion ; l'Orateur nous
fait remarquer quela pieré d'un
Roy tres - cheftien , qui portoit
avec juftice le titre glorieux
de fils aîné de l'Eglife , confa
cra le premier de fes Edits à la
deftruction des blafphêmes .
que des langues impies ofoient
proferer contre la Divinité.
L'Orateur nous fait voir enfuite
les foins du Roy à extirper
le Calvinifme , le Fantenime
& le Quictifme, que le zele de
ce Prince , le plus religieux qui
fot jamais , combattit en dif
ferents temps.
molinique
Dij
44 MERCURE
Je palle fous filence tant
de Temples fuperbes érigez
au Seigneur fur les ruines
de l'herefie détruite tant
d'afyles de la charité ou fon,
dez avec une magnificence
Royale , ou plus amplement
pourvûs pour fournir aux be
foins differens des miferes pur
bliques & particulières ; rant
de Miffions Etrangeres foûrenuës
de fa protection & de fes,
bienfaits chez les Nations infideles
, qui n'ont fouvent per
mis la Prédication de l'Evan
gile , ou reçû favorablement
Its Miniftres de la fainte Pa
GALANT 45
role , qu'à la recommandation
de ce grand Monarque dont
elles avoient conçu une fi haute
idée.
11010
?
Elt il aucune partie du mon
de , ajoûte Orateur , où
par ordre du Prince religieux
dont nous pleurons la pette
les intencfs de la`Religión
n'ayent pas roûjours cfté preferezà
ceux du Prince même2
Mais je ne puis omettre en,
finiflanc se que Orateur rap
porte des grands exemples de
vertus Chrêtiennes qui ont
fajt honneur à la Religion &
qui rendent ſi précieuſe devant i
2
46 - MERCURE
Dieu & devant les hommes la *
memoire du Prince qui les a
donnez pendant ſa vie & juſ
qu'à fa mort . Exemples de reconnoiffance
& de réfpect,
pour Dieu dans le temps de
la profperité ; exemples de fermeté
& de pemtence dans
l'adverfice , qui met ſouvent
les plus grands Heros au nîveau
des autres hommes"
cxemples de fidélité & de fóûmillion
aux ordres de la Pho
vidence dans l'éclypfe de la
victoire ou dans la perte de fes
chfans; exemplesde tranquillis ?
té d'efprit & de détachement?
GALANT: 47
du monde aux approches du
dernier moment qui nous ravic
un Prince digne de l'immortalité
fur la terre , fi fes vertus
morales & chrétiennes ne luy!
en avoient merité une plus
glorieufe dans le Ciel .
L'Orateur, fait voir en cet
endroit que chez luy le coeur
parle encore plus éloquemment
que l'efprit . Rien de plus
beau que les fentimens chre
tiens qu'il a cû foin de recueillir
de la bouche du Roy mourant
, qui s'attendriffant fur les
larmes qu'il voit couler autour
de lay , confole luy même les
48 MERCURE
Princes de fon fang de la mort
prochaine d'un fi bon pere ,,
& les Grands de fa Cour les fidelles
fujets , de la perte irreparable
d'un fi grand Roy
rien de plus touchant que les,
vox ardens que l'Orateur
adreffe au Cichen faveur du
jeune Roy , feul refte , mais,
refte précieux d'une Famille
augufte , fi nombreuſe il y a
quelques années , & maintenant
prefque toute, enleve teenfevelie
dans la pouffiere du tombeau ;
enfin rien de plus achevé que
l'éloge que l'Orateur fait encore
icy de Monfeigneur le
Regent ,
GALANT. 49
Regent , en qui il dit que le
jeune Roy retrouvera les
grands exemples de fon Pere ,
la tendreffe de fon Aycul , &
les fages inftructions qu'un
grand genie & une longue
experience pouvoient luy faire
attendre de fon Bifayeul .
Il n'eft pas étonnant aprés
cela que l'Orateur ait réüni en
fa faveur tous les fuffrages d'une
illuftre & nombreufe affemblée
composée de Cardinaux ,
de Prelats , & de plufieurs perfonnes
diftinguées dans la robe
& dans l'épée . Il me pardonnera
fi je n'ay pas donné icy
Novembre 1715.. E
50 MERCURE
•
une idée affez avantageufe de
fa piece. J'avoue de bonne
foy que je n'ay pû exprimer
toutes les beautez que j'y ay
remarqué ; mais peut eltre
auray je au moins excité la
curiofité du public qui s'empreffera
de la lire fi toft qu'elle
paroiftra , & cela feul me fait
efperer que l'Orateur & le
public me fçauront bon gré
demes bonnes intentions.
On diftribua un grand
nombre de pieces de Vers
Latins & François à la loüange
du feu Roy , meflez des plus
juftes regrets, qui ne peuvent
GALANT si
eftre adoucis que par les efperances
que donne le jeune Monarque
fous la conduite du
Prince , qui , pour le bonheur
de la France , eft chargé de ſon
éducation & du gouvernement
du Royaume pendant
la minorité.
Le lieu où fur prononcé le
difcours étoit auffi fuperbement
décoré que le peu d'efpace
qu'il renferme , & la trifteffe
du fujet le pouvoient permettre.
L'obscurité generale caufée
par la tenture de deuil étoit
relevée par trois lez de velours
femez de fleurs de lys d'or &
E ij
52 MERCURE
de larmes d'argent , au deffus
defquels regnoit un contour
de feftons formez par des toilles
herminées , qui faifoient un
bel effet.
Sur une corniche élevée de
huit pieds de terre étoient pofées
huit grandes pyramides
decorées de riches Ecuffons de
France & de Navarre , dont
l'extrêmité portoit jufqu'au
plafond. Les entre deux de ces
pyramides étoient occupez de
magnifiques cartouches où la
vie de Louis le Grand étoit reprefentée
fous des fymboles
heroïques qui compofoient
GALANT. 53
autant de Deviles ; qui toutes
avoient pour corps le Soleil
que le feu Roy avoit adopté
pour fon fymbole.
La premiere Devife reprefentoit
fa Naiffance , d'autant
plus admirable, qu'elle fut plus
longtemps attendue & plus ardemment
defirée . Le corps
de la Devife
étoit
un Soleil
qui
commence
à paroître
fur l'ho- rizon
, avec
ces paroles
Italien- nes
: MARABIL
' . SUBITOQUE
NASCE
; Dés
fa naiſſance
il a de
quoy
charmer
.
La feconde marquoit les
commencements
heureux de
E iij
$ 4 MERCURE
la
fon Regne , fignalez par
force & la fagefle avec laquelle
il diffipa les troubles & les diffenfions
domeftiques , & furmonta
les efforts des Ennemis
Etrangers. Cette Deviſe avoit
pour corps le Soleil , qui paroît
entier fur l'horizon , & qui
écarte les nuages formez par
les vapeurs de la nuit ; ces deux
mots Latins: OBSTANTIA VIN
CIT , luy fervoient d'Ame ,qui
fignifient : Rien ne s'oppose à luy
dont il ne vienne à bout.
La troifiéme exprimoit les
premieres Conqueftes du Roy
Grapides & fi impreveuës qu'-
GALANT. SS
elles jetterent dans toute l'Europe
la crainte & l'épouvante.
Le Soleil au milieu des nuages ,
dont il forme les éclairs & la
foudre,failoit le corps de cette
Devife , qui avoit pour Ame
C ces paroles : INCERTUM CUI
TELA PARET , Qui fçait où porteront
fes traits ?
y
es
La quatriéme defignoit lat
triple Alliance contre la France
, & qui tourna à la gloire du
Roy par le fuccés avec lequel
il fçût confondre certe Ligue
formidable . On avoit peint des
Vents , qui par leuts fouffles
impetueux s'efforcent d'obf
E iiij
56
MERCURE
curcir le Soleil , avec cette Infcription
: NEQUIT VIS CONJURATA
NOCERE ; Tous leurs
efforts unis n'ont pû nuire à fa
gloire.
La cinquième fignifioit l'élevation
de la Maifon de Bourbon
à la Monarchie d'Espagne
dans la perfonne de Philippes
de France Duc d'Anjou , qui
fut accordé par Louis le Grand
aux voeux empreffèz de toute
la Nation. C'est l'Aftre de las
nuit dans fon plein , qui reçoit
du Soleil la lumiere , dont il
brille , avec ces paroles pour
Ame : QUOD REGNAT , REGALANT.
57
GNAT AB ILLO , S'il regne c'est
à luy qu'il en eft redevable
La fixiéme marquoit ce qu'il
y a de plus grand & de plus
fingulier dans la vie du feu
Roy,qui n'a fait fervir toute
fa puiffance & toute la gloire
que pour faire briller la Religion
avec plus d'éclat Le corps
de cette Devife eft une riche &
haute Montagne, fymbole naturel
de la Religion , comme
le marquent les Saintes Lettres ,
& qui paroit d'autant plus
éclairée , que leSoleil approche
de plus prés de fon Midy L'Ame
de cette Devife étoient ces:
58 MERCURE
paroles Italiennes : Piùs'INALZA
, PIÙ M'ILLUSTRA ; Plus il
s'élever plus je brille.
ᏃᎪ
La feptiéme faifoit voir que
le Roy avoit efté un modele
parfait de pieté qu'on pouvoir
fuivre fans crainte d'être trompé.
C'eftoit le Soleil , & plufieurs
fortes de Cadrans &
d'Horloges , dont tous les
mouvements pour être justes
doivent être reglez par ceux
du Soleil . Ces paroles que Vir,!
gile a dites du Soleil même fervoient
d'Ame à cette Devife :
QUIS DICERE FALSUM AUDEAT
? Oferoit- on le condamner
de faux ?
GALANT . 19
La huitième étoit faite fur
la derniere maladie du Roy ,
que toute la France a fi vivement
reffentic . Elle reprefentoit
le Soleil échpfé & des fleurs
penchées & fermées ; ces paroles
fervoient d'ame à ces
Q corps UNIUS LANGOR IN
OMNES , La foibleffe d'un feul
fe fait fentir à tous.
La neuviéme exprimoit la
mort du Roy, dont la Religion
& la Pieté donnent de
juftes affeurances , qu'il n'eft
forti de ce monde que pour
aller briller dans un autre.
C'eft le Soleil dans fon couGO
MERCURE
chant accompagné de ces
paroles : NON UNi debitus
ORBI ; Il fe devoit à plus d'un
monde.
La derniere fignifioit , que
la Memoire du Roy vivra dans
tous les Siecles : c'est ce que
vouloir dire le Soleil couché ,
des ardeurs duquel l'horifon
paroift encore embrazé avec
ces paroles pour ame : NON
TOTUS PERIIT ; Il n'eft pas
peri tout entier.
Monfieur le Duc d'Orleans
a trop de rapport avec la perfonne
du feu Roy , par les
lumieres & la fagelle qu'il fait
GALANT.
GI
paroistre dans le Gouvernement
du Royaume , & avec
celle du jeune Prince qu'il
inftruit par ſes exemples à
regner un jour avec fuccés ,
pour n'avoir pas de place dans
les Devifes qui reprefentent la
vie de Louis le Grand. Le
Symbole dont on a fait choix
pour exprimer ce double rapport
a paru fi heureux , qu'on
a déja une partie du public
pour garant qu'il ne déplaira
pas . C'eft le Phofphore qui
brille entre le Soleil , qui s'éleve
d'un cofté de l'Hemifphere
, & qui fe couche de l'autre.
62 MERGURE
Les paroles qui fervent d'ame
à cette Devife fe font mieux
entendre en latin , qu'elles ne
peuvent eftre rendues en
noftre langue. Les voicy :
SURGENTEM INTER MEDIUS
QUE CADENTEM . Elles veulent
dire ; Il tient fa place entre celui
qui s'éleve & celui qui difparoît.
Dans le fond de la falle étoit
un trophée composé de tous
les inftrumens des Sciences &
des Arts , dans la bafe duquel
on hifoit certe Infcription
:
LUDOVICO MAGNO
ARTIUM NOSTRARUM
PATRONO .
GALANT. 63
Les Jefuites ont voulu exprimer
par là qu'ils regardoient
leur College comme
un bien fait qu'ils tenoient de
la main Royale de Louis le
Grand , & par le nom glorieux
dont il a honoré cette Maifon,
& par les bien faits qu'ils en
ont reçûs.
Tout l'appareil de cette décoration
étoit éclairé d'un trésgrand
nombre de lumieres ,
qui augmentoient la Pompe &
la magnificence.
On donnera bien- toft au
public la Harangue larine ,
pour dédommager ceux qui
64 MERCURE
n'ont pas eu le plaifir de Pentendre
prononcer
.
du College de Lours le
Grandrendirent les devoirs funebres
au feu Roy , avecitout
l'appareil & toute la magnificence
,qu'on avoit droit d'atrendre
de leur reconnoiffance
envers la facrée Perfonne de
leur Fondateur.
La Ceremonie commença le
matin par un Service folemnel.
Outre plufieurs perfonnes de
confideration qui compofoient
l'Affemblée , on avoit
fait choix de cent Penfionnai
res d'une qualité diſtinguée ,
qui tous en grand deüil rem-
Novembre 1715. C
26 MERCURE
pliffoient la Nefde la Chapelle,
ayant à leur tefte le Chevalier
-d'Orleans , qui menoir le deuil .
Le reste au nombre de trois
cens farent obligez de demeui.
terb dans les Tribunes , parce
que le Cataphalque occupoit
une grande partie du terrain.
Le foir le P. Porrée , l'un
des Profeffeurs de la Rherorique
, prononça l'Eloge funebre
du feu Roy avec l'applau
diffement general de la plus
nombreuſe & de la plus au
gufteraſſemblée qui ſe ſoir vûë
depuis long- temps dans leur
College : Les Cardinaux de
GALANT . 27
Polignac & de Biffy , trente
Prélats tant Archevêques
qu'Evêques , plufieurs Abbez
de diftinction , des Confillers
d'Etat , Meffieurs les Avo
cats generaux , plufieurs Préfidens
& Confeillers du Parle
ment , & des autres Cours Superieures
honorerent de leur
prefence la Cérémonie.qnɔar
Pri Lorfque tous ces Meffieurs
curent pris chacun leurs places ,
le Pere Porrée prononça en La
tin l'Oraifon funebre du Roy.
Le nom de Orateur fait
F'Eloge de fa piece , & la réputation
pouvoit feule répondre
diq chim Gijimas
28
MERCURE
du fuccés. On n'a pas oublié
celle qu'il fit il y a quelques
années à la mort de Monfeigneur
le Dauphin. On y admira
dés lors , ces rares talens
pour l'Eloquence qui le font
regarder comme un des premiers
Orateurs de noftre fiecle.
C'est peu de dire qu'on
reconnoift le même Auteur
dans la picce dont nous parlons
icy. Il a fallu qu'il fe furpaffar
luy- même, pour remplir toute
l'idée que des vertus heroïques
& lesplus beau de tous les
Regnes avoient fait concevoir
du Prince qu'il avoir à reprefenter.
Rien de plus heureux
GALANT. 29
& de plus noble que le deffein
que fourniffoit naturellement
le furnom de Grand que toutes
les Nations n'ont pû refuſer
aux éminentes qualitez de
Louis XIV. L'Orateur s'y atta
chant , a montré dans les trois
parties de fon difcours que ce
Prince a merité un furnom fi
glorieux , parce qu'il a efté
Grand dans la guerre , plus
grand dans la Paix , & tres
grand par tout ce qu'il a fait
en faveur de la Religion.
Dans la premiere partie
l'Orateur commence par re-
* Divifion .
C iij
30 MERCURE
connoiftre trois fources de
grandeur pour les Princes obligez
de faire la guerre , foit
qu'on la faffe avec fuccés fous
leurs aufpices , foit qu'on la
faffe fous leurs aufpices & par
leur confeil , foit enfin qu'ils
contribuent perfonnellement
au fuccés de la guerre qui fe
fait par leur confeil & fous
leur conduite . Enfuite , paffant
fous filence routes les entreprifes
glorieufes à la France
fous les aufpices de fon Roy
encore jeune , l'Orateur vient
tout d'un coup à celles que de
Prince a fait reüffir par fes con--
"
GALANT 31
feils ou par la valeur . Là il dépeine
tout ce qui peut rendre
un Roy grand dans l'art militaire
, à fçavoir de grandes
guerres 3 de grandes vertus
de grandes actions , de grands
évenemens
, & il conclut que
toutes ces chofes qu'on voit
féparement dans les autres .
regnes fe trouvant réunies
enſemble dans celuy du feu
Roy, ont juftifié le furnom de
grand qu'il a porté.5
An conçoit aifément quel
vafte champ s'ouvre icy à l'Orateur
; un feul mot qu'il ditfournit
plufieurs pensées à
C iiij
32 MERCURE
l'Auditeur . Quelques momens
d'attention qu'on luy donne
ne laiffent rien ignorer des
exploits belliqueux d'un regner
auffi fertile en évenemens qu'il
eft fingulier dans fa longue
durée; l'énergie de l'expreflion
fupplée à la précifion du ftile
pour ne rien omettre de confi,
derable , prefqu'au même inf¬1
tant on fe trouve tranſportés
à la fuite de fon heros en Flan
dre,en Espagne, en Savoye , en
Italie , en Allemagne , en Aftique
, en Amerique fur Mery
& fur Terre pour y admirer
des prodiges de fageffe dans
GALANT. 33.
C
les confeils & de valeur dans
l'execution ; & l'on eft furpris
d'appercevoir fous le même
point de vûë ,batailles gagnées ,
fieges de Villes prifes , armees
nombreuſes mifes en déroute,
Provinces conquifes , guerres
domestiques , étrangères , heu
reuſement terminées cent
peuples jaloux humilicz , au
rant de Nations ennemies cont
traintes dimplorer la clemence
our der folliciter l'alliance d'un
Roy prefque toûjours victo
rieux , & mille autres faits merveilleux
que l'antiquité fabu
leafe n'ofarmême inventer
34 MERCURE
en faveur de fes Heros , tanti
elle les crût éloignez du vrayfemblable
, mais que la verité
de l'histoire fçaura dépeindre
dans la vie de Louis le Grand,
fans craindre le foupçon der
farterie oued infideléssivos
Tant de faits memorables
réunis enſemble nelaiffent plus :
aucun doute que Louis XIV.
n'ait eftergrand dans la guerre ; ”
mais où trouver quelque cho
fe de plus heroïque, pour mon
trer qu'il a efté encore plus .
grand dans la Paix tout autre ?
Orateur auroit peut etre té
choüé à cette ſeconde propol
GALANT 35
fition;le Pere Porréé l'a prouvé
invinciblement dans fa fecon.
de partie , en faifant voir qu'il
cft plus glorieux à un Prince
de réparer ou d'augmenter les
forces de fon Empire que d'en
étendre bien loin les limites !
de reformer par de fages loix
les abus qui fe font gliffez par
mi les peuples , que d'impofer
la loy aux étrangers ; de faire
fleurir les beaux Arts dans le
fein du Royaume , que de
porter audehors la terreur de
fon nom & d'étonner l'Univers
par le nombre & la rapidité
de fes conqueftes ; ce que Louis
*
36 MERCURE
le Grand a cu le bonheur de
faire pendant la Paix , que le
bien de l'Etat & l'amour de
fes fujets luy ont fait quelquefois
rechercher aux dépens
même de fa propre gloire , &
plus fouvent accorder à fes
ennemis auffi charmez de, fa
moderation au milieu de fes
triomphes , qu'ils avoient été
effrayez de la puiffance durant
tout le cours de les victoires.F
L'Orateur parcoure enfuire
les fruits précieux de la Paix
que la fageffe & laa vigilance
de Lous le Grand ont fait
goûter à fes fujets , la facilité
GALANT. 37
du commerce & Fabondance
établies dans le Royaume par
tous les moyens imaginables ,
la fureur des Duels reprimée ,
moins par de fanglantes exécutions
, que par la feule crainte
de déplaire au Prince qui s'engage
par ferment à punir les
coupables , les frequentes divifions
de la nobleffe & dù¹peuple
affoupies , en adouciffint
d'un cofte la fiere domination ,
& en humiliant de l'autre l'infolente
revolte ; la faveur ou
Pavarice qui s'étoient gliffez
dans quelques Tribunaux ,
bannies les foins du Prince
par
38 MERGURE
& par les confeils de cet auguſte
Senat , où l'on trouve
la Juftice toûjours voilée ,
& tou ours prête à employer
fon autorité à la défenfe de
la vertu , pu fes vives lumieres
à prononcer d'équitables
Arrefts qui peuvent fervir
de regles à tous les Juges de
la terre ; les fçavans & les letcheris
, favorifez des regards
bien - faifants de la Majefté
Royale ; les beaux arts
mis en honneur & portez dans
la France à leur derniere perfection
, par les frequentes.
largeffes que le Prince répand
tres
GALANT (39
avec profufion: fur tous ceux
quiy excellent ; ce font autant
de monumensi.confacrezo à
l'immortalité
pour éternifer
-le fouvenir d'un Roy encore
plus grand dans la Paix que
dans la guerregautanelde rémoignages
incontestables qui
fervent de preuve à cette fe
sconde Partie.god a: lavor-ob
¿ Que ne puis - je au moins
emprunter de l'Orateur des
grands traits & les nobles expreffions
qu'il a fçû y mettre
en oeuvre pour faire un parfait
caractere du Prince que les
droits de fon fang , les befoins
40 MERCURE
preffans del Etat, la fuperiorité
du merito perfonnel , tous les
voeux des grands & du peuple
appelloient également au Gou
vernement de la France ; ce fé-
Toit en faifant de ce Prince le
plus betsEloge qu'on puiffe
imaginer, le dépeindre tel qu'il
eft dans l'efprit & dans le coeur
de tous les bons François , &
& en même temps procurer à
l'Orateur toutes les louanges
qu'il merite
Refte til encore quelque
chofe de plus confiderable
pour faire voir que Louis
XIV. grand dans la guerre ,
i djang
plus
GALANT
plus grand dans la paix , a efté
tres grand par ce qu'il a fait en
faveur de la Religion ? oüy ,
lOrateur le montre dans fa
troifiéme partie en difant d'a- .
bord que la Paix & la Guerre
partageants fucceffivement
la vie des Princes , leur laiffent
moins le loifir de faire de gran- 1
des chofes dans l'un ou dans
l'autre au licu que la Reli
gion qui releve les actions dess
Princes , & qui doit les accom
pagner par tout jusqu'au tom - 1
beau , les met en état d'entreprendre
& d'executer pour
elle de tres grandes chofts
Novembre 1715ach Dawab
44 MERCURE
durant tout le cours de leur:
vie ; il fait aprés cela l'applica
tion de ce principe à ſon ſujet,
en avançant que Louis XIV.
a executé de tres grandes chofes
pendant tout le temps de
fa vie en faveur de la Religion ,
foit en la vangeant par fes
Edits des infultes qu'elle a re
ceu de fes ennemis ; foit en
contribuant , de fes bienfaits
à l'amplifier & à l'établir dans
toutes les parties du monde¹¹
foit en l'honorant & la faifant !
refpecter de les fujets par l'édification
de fes exemples.
L'impieté & l'herefie font
deux ennemis puiffants qui le
GALANT . 43
*
font élévez de tout temps contre
la Religion ; l'Orateur nous
fait remarquer quela pieré d'un
Roy tres - cheftien , qui portoit
avec juftice le titre glorieux
de fils aîné de l'Eglife , confa
cra le premier de fes Edits à la
deftruction des blafphêmes .
que des langues impies ofoient
proferer contre la Divinité.
L'Orateur nous fait voir enfuite
les foins du Roy à extirper
le Calvinifme , le Fantenime
& le Quictifme, que le zele de
ce Prince , le plus religieux qui
fot jamais , combattit en dif
ferents temps.
molinique
Dij
44 MERCURE
Je palle fous filence tant
de Temples fuperbes érigez
au Seigneur fur les ruines
de l'herefie détruite tant
d'afyles de la charité ou fon,
dez avec une magnificence
Royale , ou plus amplement
pourvûs pour fournir aux be
foins differens des miferes pur
bliques & particulières ; rant
de Miffions Etrangeres foûrenuës
de fa protection & de fes,
bienfaits chez les Nations infideles
, qui n'ont fouvent per
mis la Prédication de l'Evan
gile , ou reçû favorablement
Its Miniftres de la fainte Pa
GALANT 45
role , qu'à la recommandation
de ce grand Monarque dont
elles avoient conçu une fi haute
idée.
11010
?
Elt il aucune partie du mon
de , ajoûte Orateur , où
par ordre du Prince religieux
dont nous pleurons la pette
les intencfs de la`Religión
n'ayent pas roûjours cfté preferezà
ceux du Prince même2
Mais je ne puis omettre en,
finiflanc se que Orateur rap
porte des grands exemples de
vertus Chrêtiennes qui ont
fajt honneur à la Religion &
qui rendent ſi précieuſe devant i
2
46 - MERCURE
Dieu & devant les hommes la *
memoire du Prince qui les a
donnez pendant ſa vie & juſ
qu'à fa mort . Exemples de reconnoiffance
& de réfpect,
pour Dieu dans le temps de
la profperité ; exemples de fermeté
& de pemtence dans
l'adverfice , qui met ſouvent
les plus grands Heros au nîveau
des autres hommes"
cxemples de fidélité & de fóûmillion
aux ordres de la Pho
vidence dans l'éclypfe de la
victoire ou dans la perte de fes
chfans; exemplesde tranquillis ?
té d'efprit & de détachement?
GALANT: 47
du monde aux approches du
dernier moment qui nous ravic
un Prince digne de l'immortalité
fur la terre , fi fes vertus
morales & chrétiennes ne luy!
en avoient merité une plus
glorieufe dans le Ciel .
L'Orateur, fait voir en cet
endroit que chez luy le coeur
parle encore plus éloquemment
que l'efprit . Rien de plus
beau que les fentimens chre
tiens qu'il a cû foin de recueillir
de la bouche du Roy mourant
, qui s'attendriffant fur les
larmes qu'il voit couler autour
de lay , confole luy même les
48 MERCURE
Princes de fon fang de la mort
prochaine d'un fi bon pere ,,
& les Grands de fa Cour les fidelles
fujets , de la perte irreparable
d'un fi grand Roy
rien de plus touchant que les,
vox ardens que l'Orateur
adreffe au Cichen faveur du
jeune Roy , feul refte , mais,
refte précieux d'une Famille
augufte , fi nombreuſe il y a
quelques années , & maintenant
prefque toute, enleve teenfevelie
dans la pouffiere du tombeau ;
enfin rien de plus achevé que
l'éloge que l'Orateur fait encore
icy de Monfeigneur le
Regent ,
GALANT. 49
Regent , en qui il dit que le
jeune Roy retrouvera les
grands exemples de fon Pere ,
la tendreffe de fon Aycul , &
les fages inftructions qu'un
grand genie & une longue
experience pouvoient luy faire
attendre de fon Bifayeul .
Il n'eft pas étonnant aprés
cela que l'Orateur ait réüni en
fa faveur tous les fuffrages d'une
illuftre & nombreufe affemblée
composée de Cardinaux ,
de Prelats , & de plufieurs perfonnes
diftinguées dans la robe
& dans l'épée . Il me pardonnera
fi je n'ay pas donné icy
Novembre 1715.. E
50 MERCURE
•
une idée affez avantageufe de
fa piece. J'avoue de bonne
foy que je n'ay pû exprimer
toutes les beautez que j'y ay
remarqué ; mais peut eltre
auray je au moins excité la
curiofité du public qui s'empreffera
de la lire fi toft qu'elle
paroiftra , & cela feul me fait
efperer que l'Orateur & le
public me fçauront bon gré
demes bonnes intentions.
On diftribua un grand
nombre de pieces de Vers
Latins & François à la loüange
du feu Roy , meflez des plus
juftes regrets, qui ne peuvent
GALANT si
eftre adoucis que par les efperances
que donne le jeune Monarque
fous la conduite du
Prince , qui , pour le bonheur
de la France , eft chargé de ſon
éducation & du gouvernement
du Royaume pendant
la minorité.
Le lieu où fur prononcé le
difcours étoit auffi fuperbement
décoré que le peu d'efpace
qu'il renferme , & la trifteffe
du fujet le pouvoient permettre.
L'obscurité generale caufée
par la tenture de deuil étoit
relevée par trois lez de velours
femez de fleurs de lys d'or &
E ij
52 MERCURE
de larmes d'argent , au deffus
defquels regnoit un contour
de feftons formez par des toilles
herminées , qui faifoient un
bel effet.
Sur une corniche élevée de
huit pieds de terre étoient pofées
huit grandes pyramides
decorées de riches Ecuffons de
France & de Navarre , dont
l'extrêmité portoit jufqu'au
plafond. Les entre deux de ces
pyramides étoient occupez de
magnifiques cartouches où la
vie de Louis le Grand étoit reprefentée
fous des fymboles
heroïques qui compofoient
GALANT. 53
autant de Deviles ; qui toutes
avoient pour corps le Soleil
que le feu Roy avoit adopté
pour fon fymbole.
La premiere Devife reprefentoit
fa Naiffance , d'autant
plus admirable, qu'elle fut plus
longtemps attendue & plus ardemment
defirée . Le corps
de la Devife
étoit
un Soleil
qui
commence
à paroître
fur l'ho- rizon
, avec
ces paroles
Italien- nes
: MARABIL
' . SUBITOQUE
NASCE
; Dés
fa naiſſance
il a de
quoy
charmer
.
La feconde marquoit les
commencements
heureux de
E iij
$ 4 MERCURE
la
fon Regne , fignalez par
force & la fagefle avec laquelle
il diffipa les troubles & les diffenfions
domeftiques , & furmonta
les efforts des Ennemis
Etrangers. Cette Deviſe avoit
pour corps le Soleil , qui paroît
entier fur l'horizon , & qui
écarte les nuages formez par
les vapeurs de la nuit ; ces deux
mots Latins: OBSTANTIA VIN
CIT , luy fervoient d'Ame ,qui
fignifient : Rien ne s'oppose à luy
dont il ne vienne à bout.
La troifiéme exprimoit les
premieres Conqueftes du Roy
Grapides & fi impreveuës qu'-
GALANT. SS
elles jetterent dans toute l'Europe
la crainte & l'épouvante.
Le Soleil au milieu des nuages ,
dont il forme les éclairs & la
foudre,failoit le corps de cette
Devife , qui avoit pour Ame
C ces paroles : INCERTUM CUI
TELA PARET , Qui fçait où porteront
fes traits ?
y
es
La quatriéme defignoit lat
triple Alliance contre la France
, & qui tourna à la gloire du
Roy par le fuccés avec lequel
il fçût confondre certe Ligue
formidable . On avoit peint des
Vents , qui par leuts fouffles
impetueux s'efforcent d'obf
E iiij
56
MERCURE
curcir le Soleil , avec cette Infcription
: NEQUIT VIS CONJURATA
NOCERE ; Tous leurs
efforts unis n'ont pû nuire à fa
gloire.
La cinquième fignifioit l'élevation
de la Maifon de Bourbon
à la Monarchie d'Espagne
dans la perfonne de Philippes
de France Duc d'Anjou , qui
fut accordé par Louis le Grand
aux voeux empreffèz de toute
la Nation. C'est l'Aftre de las
nuit dans fon plein , qui reçoit
du Soleil la lumiere , dont il
brille , avec ces paroles pour
Ame : QUOD REGNAT , REGALANT.
57
GNAT AB ILLO , S'il regne c'est
à luy qu'il en eft redevable
La fixiéme marquoit ce qu'il
y a de plus grand & de plus
fingulier dans la vie du feu
Roy,qui n'a fait fervir toute
fa puiffance & toute la gloire
que pour faire briller la Religion
avec plus d'éclat Le corps
de cette Devife eft une riche &
haute Montagne, fymbole naturel
de la Religion , comme
le marquent les Saintes Lettres ,
& qui paroit d'autant plus
éclairée , que leSoleil approche
de plus prés de fon Midy L'Ame
de cette Devife étoient ces:
58 MERCURE
paroles Italiennes : Piùs'INALZA
, PIÙ M'ILLUSTRA ; Plus il
s'élever plus je brille.
ᏃᎪ
La feptiéme faifoit voir que
le Roy avoit efté un modele
parfait de pieté qu'on pouvoir
fuivre fans crainte d'être trompé.
C'eftoit le Soleil , & plufieurs
fortes de Cadrans &
d'Horloges , dont tous les
mouvements pour être justes
doivent être reglez par ceux
du Soleil . Ces paroles que Vir,!
gile a dites du Soleil même fervoient
d'Ame à cette Devife :
QUIS DICERE FALSUM AUDEAT
? Oferoit- on le condamner
de faux ?
GALANT . 19
La huitième étoit faite fur
la derniere maladie du Roy ,
que toute la France a fi vivement
reffentic . Elle reprefentoit
le Soleil échpfé & des fleurs
penchées & fermées ; ces paroles
fervoient d'ame à ces
Q corps UNIUS LANGOR IN
OMNES , La foibleffe d'un feul
fe fait fentir à tous.
La neuviéme exprimoit la
mort du Roy, dont la Religion
& la Pieté donnent de
juftes affeurances , qu'il n'eft
forti de ce monde que pour
aller briller dans un autre.
C'eft le Soleil dans fon couGO
MERCURE
chant accompagné de ces
paroles : NON UNi debitus
ORBI ; Il fe devoit à plus d'un
monde.
La derniere fignifioit , que
la Memoire du Roy vivra dans
tous les Siecles : c'est ce que
vouloir dire le Soleil couché ,
des ardeurs duquel l'horifon
paroift encore embrazé avec
ces paroles pour ame : NON
TOTUS PERIIT ; Il n'eft pas
peri tout entier.
Monfieur le Duc d'Orleans
a trop de rapport avec la perfonne
du feu Roy , par les
lumieres & la fagelle qu'il fait
GALANT.
GI
paroistre dans le Gouvernement
du Royaume , & avec
celle du jeune Prince qu'il
inftruit par ſes exemples à
regner un jour avec fuccés ,
pour n'avoir pas de place dans
les Devifes qui reprefentent la
vie de Louis le Grand. Le
Symbole dont on a fait choix
pour exprimer ce double rapport
a paru fi heureux , qu'on
a déja une partie du public
pour garant qu'il ne déplaira
pas . C'eft le Phofphore qui
brille entre le Soleil , qui s'éleve
d'un cofté de l'Hemifphere
, & qui fe couche de l'autre.
62 MERGURE
Les paroles qui fervent d'ame
à cette Devife fe font mieux
entendre en latin , qu'elles ne
peuvent eftre rendues en
noftre langue. Les voicy :
SURGENTEM INTER MEDIUS
QUE CADENTEM . Elles veulent
dire ; Il tient fa place entre celui
qui s'éleve & celui qui difparoît.
Dans le fond de la falle étoit
un trophée composé de tous
les inftrumens des Sciences &
des Arts , dans la bafe duquel
on hifoit certe Infcription
:
LUDOVICO MAGNO
ARTIUM NOSTRARUM
PATRONO .
GALANT. 63
Les Jefuites ont voulu exprimer
par là qu'ils regardoient
leur College comme
un bien fait qu'ils tenoient de
la main Royale de Louis le
Grand , & par le nom glorieux
dont il a honoré cette Maifon,
& par les bien faits qu'ils en
ont reçûs.
Tout l'appareil de cette décoration
étoit éclairé d'un trésgrand
nombre de lumieres ,
qui augmentoient la Pompe &
la magnificence.
On donnera bien- toft au
public la Harangue larine ,
pour dédommager ceux qui
64 MERCURE
n'ont pas eu le plaifir de Pentendre
prononcer
.
Fermer
30
p. 209-297
Extrait de la Tragedie nouvelle, intitulée Marius.
Début :
La Tragedie de Marius qu'on represente encore avec / Le 15. de ce mois on joua pour la première fois la Tragedie [...]
Mots clefs :
Roi, Père, Scène, Fils, Seigneur, Marius, Sylla, Princesse, Romains, Péril, Sénat, Mort, Force, Demande, Pouvoir, Fuite , Devoir, Honte, Douleur, Vengeance, Tragédie, Théâtre, Mains, Yeux, Horreur, Crime, Extrait, Auteur, Protection, Conseils, Ennemi, Assassin, Malheur, Protection, Patrie, Vertu, Tribun, Sang, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Tragedie nouvelle, intitulée Marius.
La Tragedie de Marius
qu'on reprefente encore avec
fuccés , verroit fon extrait &
fa critique trop tard , fi je
m'expofois à attendre qu'on
ne la jouâr plus pour en parler..
Extrait de la Tragedie nouvelle ,
intitulée Marius. '
Le
15. de ce mois on joua
pour la premiere fois la Tragedie
de Marius.
Ce Poëme s'eft montré au
Theâtre, fier d'une reputation
illuftre qu'il s'étoit déja faite.
Novembre 1715. S
210
MERCURE
dans plufieurs affemblées fçavantes
, il n'a pas mal foûtenu
fes titres , & le public luy donne
enfin une place honorable
entre nos pieces modernes.
Je fouhaiterois pouvoir faire
à cette Tragedie toute la
juftice qu'elle merite en l'annonçant
icy dans un extrait fidele
qui en retraçât l'idée à
ceux qui luy ont applaudie , &
qui la fic defirer à ceux qui ne
l'ont point encore vûë ; mais
comme elle n'est pas
' mée , & qu'elle ne m'eft connuë
que par la repreſentation ,
je rendray compte feulement
impriGALANT.
FI
*
pû
de ce que ma memoire en a
recueillir . Je rapporteray dan's
cet extrait tous les vers que je
pourray me rappeller pour en
faire honneur à l'Auteur , je
les melleray confufément avec
la Profe que je fupplée pour
rendre au moins le fens du
dialogue Aprés avoir donné
de cette piece l'idée la plus
vraye qu'il me fera poſſible ,
J'en hazarderay la critique , je
rendray compte de mes jugcmens
, avec tous les égards
dûs à un Auteur qui a merité
Teftime publique. Une criti
que moderée eft fouvent
Sij
212 MERCURE
moins nuifible à un bon ouvrage
qu'une exceffive apologie
; le public fe revolte con.
tre un examen trop indulgent,
& fa malignité ne manque jamais
de fe dedommager avec
excésdes droits legitimes qu'on
Juy refuſe . Monfieur de Caux
n'a pas befoin qu'on luy faffe
grace , je compte même que
fije luy decelois par hazard
quelques fautes échapées à fes
recherches , il m'en fçauroit
quelque gré, d'autant plus qu'il
fent que fa piece eft dans le
cas de ces beautez fingulieres
qui , fûres de tous les coeurs ,
GALANT. 213
foutiennent fans honte le reproche
de quelques défauts
rachetez par des graces fupericures
.
SUJET.
Marius chaffe de Rome par
la faction de Sylla , fe retira en
Afrique , fon fils qui l'accom
pagnoir, tomba entre les mains
d'Hiempfal Roy de Numidie,
qui le retint prifonnier ; une
des femmes de ce Roy, amoureule
du jeune Marius , eût la
generofité de luy procurer des
moyens de fortir de fa prifon,
quoyque par fon évafion elle
le perdit pour jamais.
214 MERCURE
Monfieur de Fontenelles a
tiré de ce trait d'hiftoire le fu
jet d'une Epître heroïque , qui
a pour titre , Arbe au jeune
Marius , it fuppole qu'Arifbe
écrit à Marius aprés qu'elle luy
a rendu la liberté , & qu'il a
rejoint fon pere.
Le même trait hiftorique
qui a donné occafion à cette
magnifique Epire , eft le germe
, pour ainfi dire , de notre
Tragedie : voyons comment
ce germe fe develope dans la
marche de l'ouvrage .
GALANT. 215
ACTEURS.
Hiempfal , Roy de Numidic .
Arfbe , deftinée à l'hymen
du Roy , Amante du jeune
Marius .
Le jeune Marius , Prifonnier
à la Cour d'Hiempfal
.
Le pere de Marius , fous le
faux nom d'Envoyé de Sylla .
Nerbal, Confident duRoy.
Phoenice , Confidente de la
Princeffe.
Cethegus , Confident du
jeune Matius.
Numerius
Marius , pere.
Confident de
La Scene eft dans une Salle du
Palais
d'Hiempfal.
216 MERCURE
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE.
Le jeune Marius , Cethegus.
Cethegus ouvre le Dialogue
par ces Vers.
Qui peut vous retenir, Seigneur ,
fur cette rive ,
UnRomain doit rougir d'une douleur
oifive ,
Perfecuté du fort , fans en être
abattu ,
Il faut
que fa difgrace
ajoute
à fa vertu.
Pourriez-vous. oublier le
Heros illuftre que les deftins
poursuivent,
GALANT.
217
"
pourfuivent ,fericz vous fourd
à la voix d'un Pere infortuné
qui vous appelle à fon fecours ;
il a cfté un temps où privé de
refſources
, vous ne pouviez
donner que des pleurs à la difgrace
mais aujourd'huy vous
éprouvez une heureuſe révolution
; le Roy vous offre ſa
protection verifiez la promeffe
des Dieux qui ont annoncé
qu'un Roy de Numidie vangeroit
deux Romains opprimez
par leurs Concitoyens
.
Marius s'enflame
à ces genereux
confeils ; mais il demande
comment
il pourra fe-
Novembre
1715 . T
218 MERCURE
courir ce pere malheureux ,
puifqu'il ignore en quel climat
il s'eft réfugié.
A cela Cethegus répond .
Non , non , quelques deferts qui
Le puißm cacher,
C'est à Rome , Seigneur , qu'il
vous le faut chercher.
Affemblez y una Armée en
fon nom , lorfqu'il ſe verra
un party puiffant , il ofera ſc
montrer à fon ingrate Patrie ,
le peuple impatient du joug
de Sylla , n'attend que ces infrant
pour prendre les armes .
Il finit fon exhortation par
ces mots .
GALANT. 219
Faut-il qu'on delibere ,
Quand on va fecourirfa Patrie
&fon Pere ,
Le Roy jufqu'à ce jour paroiſſoit
incertain ,
Mais enfin il vous met les armes.
à la main
Dans nos communs malheurs
Arifbe s'intereße.
Marius fe rend aux confeils
de Cethegus ; mais aprés avoir
pris fon parti , il le fouvient
d'Aufbe & ces mots luy échapent.
Princeffe infortunée
Que je te vais couter de foupirs
de pleurs.
Tij
220 MERCURE
Cethegus demande à Marius
pourquoy il plaint le fort de
la Princelle.
Elle vange un Romain , un Roy
puiſſant l'adore ,
Que luy refteroit il à fouhaiter
encore ,
Déja pourfon hymen tout femble
preparé.
Marius répond
.
Helas ? que ne peut il être encor
thedifferé.
Cethegus penetre alors le
myftere , il s'efforce de faire
fentir à Marius tout le peril de
fa paffion pour Arifbe.
Ouvrez les yeux , voyez que de
GALANT.
221
malheurs enfemble ,
Que de crimes , Seigneur , un tel
projet raẞemble ;
Ce Roy , dont les bontez ont confervé
vos jours ,
Ce Roy , qui vous peutfeul af
feurer du fecours ,
C'eft luy que vous bravez.
Mais , d'ailleurs , quel espoir peut
vous avoirflatté?
Penfez- vous , qu'expofant &fa
gloire &&fa vie
Au fort d'un fugitif la Princeße
fe lie ?
Ah, croyez moy , Seigneur, vous
prenez pour amour
Tiij
222 MERCURE
La pitié, que pour vous elle montre
en ce jour.
Marius apprend à Cethegus
qu'il eft en effet tendrement
aimé de la Princeffe .
Cethegus luy reprefente
combien il eft honteux à un
Romain d'aimer une Numide.
Marius fe deffend de ce reproche
en traçant le caractere
de la Princeffe , dont la vertu a
fçû commander à ſa paffion
au point qu'elle a la force de
hafter fon départ.
Quoy donc répond Cethegus
, une Aftiquaine vous
dicte voſtre devoir ? eh bien ,
GALANT. 223
Seigneur , fuivez les genereux
confeils , & lors que vous aurez
mis la Mer entre elle &
vous , je n'hefiteray plus à la
croire digne de Marius.
Marius infifte , & demande
où il pourra trouver du fecours
:
Cethegus répond d'abord
que les Dieux feront pour Marius
, qu'il eft cheri des Afriquains
, qu'il tirera de grands
fecours en Lybie & en Mauritanic
, enfuite il luy trace fa
route . Nous nous embarquerons
fur le Ruber , quand nos
Vaiffeaux feront arrivez à la
Tij
224 MERCURE
Mer , nous pourrons en deux
jours aborder à Terracine &
bientoft aprés au Port de Te-`
lamon. C'est là que Cinna
profcrit par l'ennemy communs'eſt
réfugié. Vous attendrez-
là une armée que je ne
tarderay pas à vous conduire ,
vous inftruirez par des avis fecrets
nos amis découragez
qui partiront de Rome pour
fe raffembler à Telamon. Ce
beau deffein ainfi détaillé , la
Princeffe arrive. Cethegus fe
retire en difant ces mots.
La Princeffe vient, à vos devoirs
fidele
GALANT. 225
1
34
Seigneur , fongez toujours qu'un
pere vous appelle.
SCENE II.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius aborde. Anfbe , &
aprés luy avoir annoncé qu'il
va fe féparer d'elle , il s'interrompt
pour luy demander la
caufe de l'extrême douleur
qu'il remarque fur fon vifage .
Arisbe luy répond qu'elle
va luy annoncer un grand malheur.
Marius demand file Roy auroit
changé de fentiments à
fon égard. Preparez - vous ,
226 MERCURE
luy dit elle , à une plus funefte
nouvelle. Alors Marius n'hefite
pas à foupçonner qu'on
luy vá annoncer la mort de
fon
pere.
Arisbe confirme fon foupçon
, & luy apprend qu'en effet
un Tribun ayant commiffion
du Senat a affaffiné
fon pere®,
que cet affaffin eft à la Cour
d'Hiempfal' , qu'il a prefenté
au Roy l'ordre du Senat par
lequel il exige qu'on livre le
jeune Marius à la vengeance
de Sylla.
Matius faifi d'horreur fc.
livre aux tranſports les plus
GALANT. 227
violents , & jure la perte de
l'execrable meurtrier de fon
pere.
*
Arisbe calme les tranfports,
de Marius, en luy apprenant
qu'il a affaire à un ennemy redoutable
, qu'elle a envisagé
cet infamne affffin , & que
malgré l'horreur dont fon
crime l'avoit prevenuë , elle
avoit cfté frappée de veneration
à la vûë des vertus dont
il portoit l'image fur fon front;
elle ajoûte que le Roy n'a point
encore expliqué fes intentions,
& qu'elle va employer fes bons
offices en faveur de Márius
228
MERCURE
•
Marius quitte la Scene en
difant ces paroles .
De vôtre main j'attends tout mon
Secours.
SCENE III.
Arifbe , Phænice.
Arisbe dit à fa Confidente .
qu'elle va folliciter le Roy ,
pour fon Amant.
Phoenice luy confeille de
diff rer , de peur que fon trou ;
diffrer
,
ble ne revele fa paffion à
Hiempfal.
Arisbe perfifte par la confideration
du peril eminent , &
fort en difant :
GALANT. 229
L'amour doit tout ofer , quand
il a tout à craindre.
Fin du premier Acte .
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE.
Marius le pere ... .Numerius.
Numerius ayant appris aux
extrêmitez de l'Italic les dernieres
revolutions de la Repu
blique , la défaite de Marius
& fa fuite en Afrique , fuivit
fon amy & tomba dans la
Courd Hiempfal ; là il apprend
la détention du jeune Marius
, il y refte dans la vûë d'art
230 MERCURE
racher ce Heros à la paffion
qui luy fait oublier ce qu'il
doit à fon pere ... au commencement
du fecond Acte
Numerius rencontre à la Cour
Marius le pere qui l'inftruic
des motifs iniques de fa profcription
, il luy apprend que
le Senat l'ayant honoré du
Commandement de l'armée
contre Mithridate , Sylla , loin
de luy remettre, fuivant le decret
du Senat , les troupes qu'il
commandoit , l'eftoit venu
charger avec ces mêmes troupes
, qu'aprés la défaite entiere
par Sylla il avoit cfté forcé
GALANT . ` 231
de chercher fon falut dans la
fuite , & que fa deſtinée l'avoit
enfin conduit à la Cour
d Hiempfal... Numerius lui apprend
qu'il ett en extrême pe
il chez ce Roy barbare, qu'un
Tribun chargé des ordres
de Sylla y vient exiger qu'on
luy livre le jeune Marius ...
Marius le raffeure en lui difant
qu'il attend fon falut de cet
Envoyé même de Sylla ..
Numerius demande , quel eft
donc ce Tribun infidele à Sylla ...
Marius répond. Moy ... Numerius
furpris , infifte & dit ,
comment ? Sylla voſtre Emule
232 MERCURE
Vous charge d'un ordre contre
voltre propre fils ... alors Marius
dévelope ainfi l'énigme .
Sylla depuis ma defaite força
le Senat à profcrire ma tefte ,
un Tribun chargé de ce décret
me vint affaillit à Minturne
avec des forces fuperieures ,
mon génie m'arrachi à ce pefil
, je tuay ce Tribun même
qui avoit ofé promettre ma
refte à Sylla , je m'emparay du
Sceau du Senat dont il effort
porteur , je trouvay dans fes
dépefches un ordre de Sylla à
Hempfal de livrer le jeune
Marius refugié chez lay. Je
compris
GALANT. 233
compris que cette commiffion
pouvoit eſtre dans mes mains.
un moïen fûr de tirer mon
fils de cette Cour dangereuſe
où il eft retenu par un fol
amour.
Fay fçû que trop fenſible à de
funeftes charmes
Mon fils à mes malheurs n'accor
doit
que
des larmes.
J'ay befoin de ce fils pour
encourager mes amis & leur.
faire embraffer avec confiance
de vaftes projets que mon
grand âge femble ne pouvoir
Loûtenir. Je me fais annoncer
icy fous le nom de l'affaffin
Novembre 1715. V
234 MERCURE
même de Marius , & j'éxige
au nom du Senat qu'il me
livre l'autre victime ; peuteftre
que mon fils qui s'eft cru
libre icy , y eftoit captif en
effet ; le Roy , fous de feintes
carreffes a peut - cftre caché à
mon fils fa fervitude ; mais il
n'importe , il faut que fes vûës
perfides cedent à la terreur que
luy va imprimer le nom de
Sylla ; j'ay honte , Numerius ,
de me voir forcé de paroiftre
icy fous une autorité auffi
Fontcufe , que dis je , je feray
contraint de louer le lâche ,
l'ingrat Sylla ? Il faudra le
GALANT. 239
peindre au Roy avec les traits
de la vertu & de la veritable
grandeur ? Le Roy arrive pour
donner audiance à l'Envoyé
de Rome , Numerius ſe retire .
དང་ ཚུ་༦༩
SCENE II.
Marius le Pere , fous le faux
nom d'Envoyé de Sylla ,
le Roy , Nerbal.
L'Envoyé de Sylla expofe
fa Commiffion au Roy, & le
fomme de livrer le jeune Ma
fius aux voeux du Senat.
Le Roy répond , qu'il eft
furpris que l'affaffin d'un homme
dont la valeur fauva tant
V ij
236 MERGURE
de fois les Romains , vienne
demander au nom de ces Romains
même , qu'on livre encore
le fils à leur ingrate fureur.
Vous ofez dans nos murs nous
traiter de barbares ,
Vous l'êtes plus que nous , jamais
nos mains avares
Secondant les fureurs d'un injufte
Senat,
N'ont encore à prix d'or vendu
l'affaffinat.
Ne vous imaginez donc
pas , continue-t il , que je fois
jamais tenté d'entrer dans aucune
Confederation avec l'un
GALANT. 237
ou l'autre Emule.
Marius & Sylla tout eſt égal
pour moy ,
Et mon coeur entr'eux deux eft
maître de fafoy.
Il eft vray que mes Ayeux
s'acquirent autrefois la protection
des Romains par une perfidie
pareille à celle que vous
exigez de moy mais je détefte
leur politique..
Je renonce à leur gloire & la tiens
pour honteuse ,
Je garde dans ma Cour le jeune
31
Marius ,
Et Rome peut de vous apprendre
mes refus
238 MERCURE
Marius veut intimider le
Roy , en luy exagerant la puiffance
des Romains que fon refus
armera contre luy.
Rome commande aux Rois ,
Et la terre en tremblant fe foumet
àfes loix.pu
Le Roy répond
ces faftueufes
menaces qu'il n'a point
encore receu la loy des Romains
& qu'il regne auffi bien
que Mithridate , enfuite il luy
declare que fon refus ne part
pas de fon affection pour Ma
rius , depuis qu'il s'eft refugié
chez moy , pourſuit- il , j'ay
compté fur une victime que le
GALANT. 239
fort m'envoyoit , j'ay penſé
que la détention d'un Romain
délivroit Univers d'un ennemy
dangereux , je fais fuivre
en fecret les pas , & à force de
bons traitemens je luy ay caché
fa captivité , plût aux
Dieux que le pere eût accompagné
fon fils en ma Cour.
Et croyez que mes voeux auroient
été remplis
,
Si lepere en ma Cour avoitfuivi
le fils,
Lejeune Marius arrive .
240 MERGURE
SCENE III.
Marius le pere , le Roy , le jeune
Marius , Nerbal.
Le jeune Marius fçachant
qu'Hiemplal donne Audiance
à l'Envoyé de Rome , vient
pour le poignarder à la vûë du
Roy même.
Je vais le poignarder entre les
bras du Roy.
En approchant Hiempfal ,
il luy reproche avec menaces
l'audiance dont il honore le
meurtrier de fon pere..
Vous ofez le voir, & luy
__parler ?
Enfuite
GALANT. 241
Enfuite fans attendre la réponſe
du Roy , il fond fur l'ennemy
& reconnoiſt ſon
pere ,
dans le moment qu'il eſt preſt
à frapper... A cette vûë il demeure
immobile & fon faififfement
lay ofte la parole.
Marius pere , maistre de
fon trouble , prendfon parti ,
& dit avec infulte à fon fils :
Ton immobilité vient de ta
furprife , tu reconnois dans le
meurtrier de ton pere ſon ami
le plus tendre ; mais apprends
qu'il n'y a rien de facré pour
un vrai Romain , lorfqu'il s'agit
du falut de la Patrie .
Novembre
1715.
• X
242 MERCURE
Le jeune Marius ne revient
point de fon trouble , & ne
peut feconder l'artifice de fon
pere , qui , pour fauver le peril
d'un plus long filence , reprend
la parole en infultant de nouveau
à fon fils , & fe retire en
avertiffant le Roy qu'il doit
avoir pour fufpecte la protection
qu'Arifbe accorde
Marius.
SCENE IV .
Le jeune Marius , le Roy ,
Nerbal.
Le Roy fait éclater fon indignation
contre l'Envoyé de
GALANT. 243
Rome , & promet la protection
à Marius.
Quoy? montrer à mes yeux une
telle infolence ?
•
N'en craignez rien , Seigneur,
je prends vôtre dffence
Mon bras pour le punir
Ces dernieres paroles du
Roy font trembler Marius ,
Hiempfal qui remarque fon
trouble ,lui en demande la caufe
; Marius répond que la mort
de fon pere , prefente à ſon
fouvenir, le fait fremir.
Le Roy le renvoye par ces
paroles.
Je vous réponds de tout , laiſſez-
Xij
244 MERCURE
nous un moment ,
Seigneur , foyez tranquille.
Le Roy demeure fur la
Scene avec Nerbal.
SCENE V.
Le Roy , Nerbal.
Le Roy revele à fon Confident
les confeils de fa politique.
Enfin je deviens maistre
De deux grands ennemis que
Tibre a vû naiſtre ,
le
Ce Miniftre infolent quife livre
en nos mains ,
Ne rendra pas fi tôt fa réponse
aux Romains ;
GALANT . 245
Que ne puis-je , Nerbal , au défaut
du tonnerre ,
De Rome , dans ma Cour vanger
toute la terre.
Nerbal infinue au Roy qu'il
y a grand peril à violer ainfi
le droit des gens , que les Romains
ne manqueront pas de
venir les armes à la main tirer
vengeance de cette infulte.
Le Roy répond :
Je ne crains point Sylla , les troubles
d'Italie
Ont dequoy l'occuper le reste de
Sa vie.
Enfuite il decouvre à Nerbal
les foupçons jaloux , qui
-
X jij
246 MERCURE
s'élevent dans fon ame , il fe
fouvient de l'avis que l'Envoyé
de Sylla luy a donné dans la
troifiéme Scene .
Arifbe a pris pitié de cet infortuné
,
Elle croit que , fans elle , il étoit
condamné ;
Je voulois luy donner , pour preu
ve de mon zele ,
C
que
mon interêt m'avoit dicté
fans elle ;
Mais au fonds de mon coeur s'éleve
un noir foupçon .
Nerbal dir au Roy , que
puifque Marius lui eft fufpect ,
il ne doit pas s'obſtiner à le
GALANT 247
retenir dans la Cour ; le Roy
ſe refuſe à cette confideration,
il infiſte ſur l'interêt qu'il a à
verifier ou démentir les foupçons
.
Allons trouver l'ingrate ,
Arrachons fon fecret par l'espoir
qui la flatte ,
Et,fi de cet amourj'ay des avis
certains
,
Malheur à qui m'outrage , &
malheur aux Romains.
Fin du fecond Acte.
Xiiij
248 MERCURE
ACTE TROISIEME.
SCENE PREMIERE.
Marius;père,feul.
Marius n'a point vû ſon
fils depuis le fecond Acte , il
reflêchit au peril de
trevue,
dont Hiempfal a efté témoin ,
il excufe le filence & l'immobilité
de fon fils par le trouble
qu'il a reffenti lui même , &
par la violence qu'il s'eft faite
pour le furmonter. Son fils
arrive.
GALANT. 249
Rઉલ્યુ છે
SCENE II.
Marius , fon Fils.
li- Lejeune Marius arrive fur
la Scene , fon pere vole à fa
rencontre ils s'embraffent
avec les demonſtrations
Iles
plus tendres le pere demande .
au fils , file Roy n'a rien foupa
çonné de leur embarras commun.
Le fils répond que non
que le Roy detefte dans Ma-l
Fius , d'aflaffino de Marius mê
me Aprés cet éclairciflement
,
Matius reproche avec bonté à
fon fi's fa paffion pour! Arisbe,
paffion qui l'a jufqu'ici foaf
250 MERCURE
trait à fon devoir.
Fe fçais que vostre coeur répond
àfa tendreffe.
•
Un coeur Romain peut-il
fans honte recevoir les loix
d'une Numide ?
Le coupable s'excufe ici , à
peu prés , comme il s'eft excafé
du même reproche dans
la premiere Scene du premier
Acte , c'eſt à dire , qu'il offre
les vertus éminentes d'Arisbe
en compenſation de ſa naif
fance.
Marius pere répond. C'eſt
donc à la Princeffe à juft fier
par unc action d'éclat la pâſGALANT
250
fion qu'elle vous a infpirée à
exigez d'elle , mon fils , qu'elle
facilite vôtre évafion , qu'elle
vous ménage des moyens feurs
d'échaper la nuit prochaine à
Hiempfal ; faites lui craindre
que le Roy déferant à des vûës
vraïement politiques , ne fente
enfin le peril de refufer aux
Romains la victime qu'ils exienfin
que le même
gent ,
amour
qui faifoit
voftre
hon.
te , devienne
l'inftrument
de
vôtre gloire & de ma vengeance
. Après
avoir dicté à fon fils
fon devoir
, il fe retire , en lui
recommandant
de cacher
font
252 MERCURE
déguiſement a la Princeffe.
SCENE III.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius declare à Arisbe
qu'il ne compte point fur la
foi des promeffes d'Hiempfal,
que les menaces du Senat lui .
feront rétracter fes premiers ;
fentiments lorfqu'il aura medité
mûrement fur fon peril ,
qu'il ne voit qu'un moïen d'échaper
au fort qui le menace ,
ce moien , c'eft que la Princeffe
facilite fon évafion la nuit prochains,
o
Arisbe rejette la propofi- :
GALANT. 253
tion de Marius ; lors que vostre
pere vivoit encore , vous vous
deviez entier à ſa vengeance
je hâtois voſtre fuite fans me
laiffer ébranler à la vûë de ma
perte & de vôtre propre peril ;
aujourd'huy que vôtre fort a
changé de face , ma conduite
doit s'accommoder à fa révo .
lution , vôtre pere eft mort
avec luy tombent toutes vos
efperances , avec luy tombe
le courage des amis que fa dif
grace n'avoir pu luy enlever ,
la vengeance de Sylla n'eft
point encore affouvie , il demande
vôtre fang. Tout PU254
MERCURE
,
nivers femble avoir confpiré
vôtre perte , cette Cour eft le
feut alyle qui raffeure Arisbe
allarmée , cile y veille au foin
de vos jours ... Ce foin vous
importune , cruel voilà le
peril auquel vous voulez échaper...
à ce reproche tendre
Marius répond qu'il ne fe fent
pas la force de voir fon hymenée
qui doit fe celebrer le lendemain
avec le Roy.Arisbe lui
reproche fon injuſtice
croyez vous donc , ingrat , que
je fois capable de donner ma
foy à Hiempfal , non , Marius,
que cette crainte n'entre pour
•
GALANT . 255
rien dans vos deflcins .
Marius eft forcé de ramener
la Princefle au peril que le
Roy n'cxauce enfia l'Envoyé
de Sylla.
Arisbe répond , ne crains
rien , Marius , de cet execrable
affaflin , j'ay pourvû à fon
fupplice il fera égorgé par
mon ordre la nuit prochaine,
Marius fremit du peril de
fon pere , il rappelle les efprits
& s'efforce de détourner la
Princeffe de ce meurtre. Arisbe
furpriſe , confuſe , impure
à lâcheté les fentiments
de Marius , je voulois , luy
256 MERCURE
dit - elle prendre fur mon
compte ton propre devoir ,
je voulois te cacher mon projet
& te donner la joye de la
furpriſe , lors qu'il auroit eſté
confommé , tu m'as forcé de
te confier mon , deflein & au
lieu d'en envier la gloire , tis
l'envifages avec horreur ; mais
n'importe , je fuppleray à ta
foibleffe &je n'écoute plus tes
répugnances.
Qui doit ne te plus voir , n'arien
a minager! To
Marius fe trouve alors forcé
pour fauver fon pere de réveler
à la Princeffe le fecret qui
luy
GALANT. 257
luy avoit efté impoſé à la ſeconde
Scene de cet Acte. Le
Roy paroift au fonds du Theâtre.
SCENE IV.
Le Roy , Arifbe , Marius .
Le Roy arrive pour éclaircir
fes foupçons jaloux avec la
Princeffe. Il prie Marius de fer
retirer & refte feul avec Arisbe.
SCENE V.
Le Roy , Arifbe.
Hiempfal dit à la Princeffe
qu'il commence à fentir que la
protection qu'il accorde à Ma-
Novembre 1715. Y
258 MERCURE
rius luy peut devenit fatale
il luy demande enfuite ce que
penfe Marius dans ces triftes ,
conjonctures .
La
Princeffe répond que
Marius fent toute la rigueur
de la deſtinée ; mais que la generofité
du Royle raffûre contre
la perfecution de Sylla icy
il luy échape quelques pleurs.
Le Roy marquant ces
pleurs , lui dit .
Vous partagez les maux
qu'auroit- il à craindre ,
eb
Quelque foitfon malheur , je ne
faurois le plaindre ,
Madame , & quand on peut être
GALANT. 259
écouté de
vous ,
Prêt à perdre la vie on fait mille
jaloux :
Ah ! dans lefort affreux qui caufe
mes allarmes
Ponvoit- il être plaint par de plus
belles larmes ;
Vous vous troublez ?
Anfbe répond:
Qui , moy , Seigneur , quoy vous
pensez ...
Le Roy:
Oui vous l'aimez , perfide , &
vous me trahiffez.
Non , Seigneur , reprend
Arifbe , vous n'eftes point trahi
, je fais gloire d'avoir efté
Y ij
260 MERCURE'
fenfible aux malheurs d'unHeros
digne d'un autre fort , our ,
la haine ingrate des Romains
liguez contre lui , m'irrite , j'aimois
en lui l'illuftre ennemy de
ces tirans abhorrez de tout l'U
nivers ...mais les Dieux l'ont
condamné ; puiſqu'il vous de
vient fufpect ,je l'abandonne à
toute l'horreur de fa difgrace ,
ouï , Seigneur , qu'il foit la
victime de ma gloire & de
voftre repos , livrez Marius
la fureur de Sylla.
Le Roy hefite à croire
qu'Anbe parle icy fincerement
, mais elle appuye fur le
GALANT . 261
confeil de livrer Marius , &
declare qu'elle va annoncer à
l'Envoyé de Sylla que le Royluy
abandonne fa victime.
Le Roy adopte ce confeil .
C'eft affez , y confens , qu'en
partant de ces lieux ,
Il emporte avec luy des foupçons
odieux.
Arisbe fort pour s'acquitter
de la commiffion dont elle
vient de fe charger , le Roy
refte feul fur la Scene.
SCENE V.
Le Roy feul.
Hiempfal dans un mono262
MERCURE
M..
logue d'environ vingt vers fe
juſtifie de fon mieux du crime
de manquer de foy à Marius.
Rome à fon gré de fes
enfans difpofe,
Ah!
que
N'allons point reveiller fafureur
qui repofe
Laiſſons-là s'afforblir & tomber
par fes coups ,
Je me vangeray d'elle en fervant
fon courroux.
Nerbal arrive.
SCENE VI.
Le Roy , Nerbal.
Nerbal en arrivant dit avec
émotion :
GALANT . 263
Ah Seigneur croirez vous ce que
je viens vous dire ,
Le Roy... quoy donc ?
Neibal ... Marius n'eft point
mort.
Le Roy , il refpire ? ....
mais comment pouvoir douter
de la mort de Marius , elle
m'eft atteſtée par fon affaffin
niême ... Seigneur , répond
Netbal , défiez vous de l'Envoyé
de Sylla .
Tout ce qu'il vous a dit n'eft
qu'un vain stratagême ,
Cet affaffin ....
Le Roy. Eh bien !
T
Netbal. C'eftMarius lui - même.
264 MERCURE
Le Roy. Mais cet Envoïe
de Sylla , que tu prétends être
Marius lui même , m'a remis
la Lettre de Sylla avec le Sceau
du Senat ?
Nerbal ... Seigneur , je fuis
certain que cet Envoïé n'eft
autre que Marius , il a été reconnu
ici par un Soldat , qui l'a
connu dans le temps qu'il
commandoit lesRomains contre
Jugurtha ; le témoignage
de ce Soldat ne m'eft point fufpect
, il a vû durant plufieurs
Campagnes ce Romain dans
nos contrées , & d'ailleurs Marius
eft un de ces hommes dont
les
GALANT 265
les traits font trop marquez
pour pouvoir être confondus..
Ses traits font trop marquez pour
pouvoir s'y méprendre.
Le Roy aprés cet avis renvoie
Nerbal.
C'en eft affez , Nerbal , dans
Labs cette obſcurité
• Firay jusqu'à son coeur chercher
la verité.
7
Fin du troifiéme Acte.
ACTE QUATRIÈME,
།
SCENE PREMIERE.
Arifbe , le jeune Marius.
Arisbe apprend à Marius
Novembre 1715. Z
266 MERCURE
qu'il va enfin eftre livré à fon
pere ,que le Roy par un fen
timent jaloux l'abandonne à
la vengeance de Sylla.
Ilfauve la vertu par le motif
du crime.
Marius fe refufe à la joye
& fe donne entier à la douleur
de perdre Arisbe , il ofe enfuite
lui propofer de fuir avec
lui. Arisbe detefte ce confeil.
Je reffens , lui dit elle , toute
l'horreur de la perte que je
fais en te fauvant ; mais ma
douleur toute profonde qu'
elle eft , ne me fera rien faire
indigne & de Marius
quic
& d'Arisbe.
GALANT. 269
·
Marius lui demande comment
elle pourra échaper au
devoir qui la condamne à
époufer le Roy... laiſſez moy,
réponder elle , laiſſez moy le
foin d'accorder ma gloire &
mon repos , je fçauray me
dérober à cet hymenée fans
intereffer ma vertu.
Marius comprend que la
Princeffe medite de fe donner
la mort aprés lui avoir accordé
fa liberté, il fe livre à la douleur
la plus defefperée.
Arisbe lehenappelle à des
fentiments plus conformes à
fes deftinées prefentes , elle lui
Zij
$68 MERCURE
mot
retraces les devoirs qui llaftachent
à la fortune de fon perez
elle allume dans fon coeur tou
te la fureur de la vengeance }
& quitte enfin Marius à qui
elle dit pour adieux :
Je vous aime je fuis, vous m'aiz
mez frieze mosdərba
Tandis queda Princeffe fort
par un côté dy Theatre , Maius
percentre par l'autrening
Sbrocas nove tulebyr 100
SCENE +
Marius , fon Filsaq ul
Marius qntnetidnodlom fils
du grand fpectacle que fa ventgeance
va donner à l'Univers
GALANT 269
il luy montre à la fuite de fes
itriomphes la dignité de Conful
que les Dieux lui promertent
pour la feptième fois ,
jouit par avance du fang de
Sylla & de fes Confederez ; ces
images n'enflament point le
jeune Heros, il n'eft occupé que
do crime de s'armer contre fa
fon
propre
Patrie
, pere com
bat fon fcrupule
par la- maxime
fuivante
, a bea
Quand on voitfur le Trône un
injuste pouvoir ,
La revolte eftpermifé & devient
un devoir.
-Le jeune Marius, amuſé en-
Z iij
270 MERCURE
fuite fon pere des interefts
d'Arisbe , le pere aprés lui
avoir fait honte de fa foibleffe
lui donne fes derniers ordres
par ces paroles.
Songe à Rome , au Tyran qui luy
donne la loy.
Le Roy paroiſt au fonds du
Theâtre , Marius renvoïe fon
fils.
Sors , nous fommes perdus , le
Roy nous trouve enfemble.
SCENE III.
Le Roy , Marius , Envoyé de
Sylla
Le Roy trouvant icy l'EnGALANT.
271
voyé de Sylla en bonne intelligence
avec Marius , a raiſon
d'ajoûter quelque foy à l'avis
que Nerbal luy a donné à la
fin de l'Acte precedent , il
veut donc penetrer ce mystere;
voicy comme il s'y prend .
Le Roy ... De voſtre cruauté,
Seigneur , je fuis furpris ,
Teint du fang paternal s'offrir
aux yeux du fils ?
Marius répond que chargé
par le Senat de conduire le
profcrit à Rome , ils doivent
s'accoûtumer à la vûe l'un de
l'autre.
Le Roy...Il ne vous verraplus,
Z iiij
272 MERCURE
Seigneur , & dés demain or
Vous ne fortez d'icy que fa tefte
à la main, i
Marius . Que dites - vous
*Seigneurs
Le Roy .. D'où vient cette
furpriſe !
Lorfque dans vos deßeins ma
main vous favorife,
Les Romains, continue til,
exigent que je leur livre Marius
, ils ont juré la mortelle
leur coûteroit un cime , je
prends fur moy la honte de
ce crime .
Venez donc , Suivez may , Sei
gneur,foyez témoin i
CALANT * 73
Que je fais quelquefois fervir
Rome au besoins sula
Le Roy remarque le trou
ble de Mariusiu tave diom
Vous fremißez ? quelle terreux
fondaine portal
Peut faire en moins d'un jouk
chanceler votre haine.
Marius reprend toute fa
dignité , & die au Roy qu'il
ne penetre pas fes vrais fentimens
, qu'il eft bien éloigné
de compatir au fort d'un Romain
qui a merité la haine de
La Patrie , mais qu'il eft indigné
qu'an Roy ofe penſer à
vanger Rome . Sçachez qu'elle
174 MERGURE
eft jalouſe de ſes decrets , fçachez
qu'un Romain.condamné
par la Patric doit être immolé
avec pompe dans fon
propre fein , & que la victime
illustre reçoit le tribut confolant
de fes pleurs.
Elle en reffent une douleur
profonde ,
Et la mort d'un Romain doit un
exemple au monde.
Le Roy .. vous trahiffez ,
Seigneur , les intentions de Sylla
, il a fait choix en vous d'un
Miniftre infidele ; pour moy ,
je fçaurai le fervir au gré de
fes fouhaits.
GALANT 275
Etpar un Envoyéplusfidele que
evousy .
L'inftruite que mon bras afervi
fon courroux.
Marius Ah , Seigneur ,
arrêtez ?
Le Roy ... C'est trop longtemps
attendre.
Marius .. Je perirai moi - même ,
ou fçaurai le deffendre.
Le Roy.. Seigneur , j'ouvre les
yeux je fuis aff-z inftruit ,
Et par un bruit trompeur on ne
m'a pas féduit.
Le jeune Marius vous eftcher.
Marius ...Moy je l'aime.
Le Roy...Vous deffende um
fils ?
176 MERCURE
Marius ...Moyfun pere?
Le Roy... Quy vous - même.
Su Marius vorant que tour cft
découvert , & que la feinte devient
inutile , die au Roys
Oly , je fuis Marius
Et mon nom eſt trop beaupour le
difavoiter.
Voyodes fimires dans lèlt.
quelles j'ai refferrentes Etats
autrefois fi vaftes , effaic ton
pouvoir fur deux hommes illuftres
qui tiennent ferme çontre
l'Univers armé ,
Mais crains encor le fort daiFugurtha
, pubi A
Aprés ces courageufesind
CADANI 177
naces , Marius quitte la Scene
le Roy,ordonne à fes Gardes
dele livro. A such ran2
Gardes , fuinez fes pas , quel orto
gubil & quelle andace
Arrefté dans mes fers , l'infolent
51 lí , abimpe menace uplo
Il mounequal sub 12 6 sivil
CONA SCENE IV, 10.V
LaRyYoul
alle Le Roy obvie me gjht
Marius lui a donné à la troifiéme
Scene du fecond Acte
des foupçons contre Arisbe.
Le perfide ? il ofoit accufer ce que
J'aime
278 MERGURE
Ab !je vois les détours de fon
vain ftratagême ,
Sans doute il fperoit que més
Joupçons aigris
Dans fes bras à l'inftant alloient
livrerfonfils.
Quelques vers aprés , il fe
livre à un autre foupçon.
Mais quel auire foupçon
Vient jetter dans mon ame un
funefte poison ,
Dufort de Marius Arisbe eft-elle
As inftruite ?
Cherchoit elle du fils , ou la mort,
adar ou lafuite ? A
Ah !
fanstrop
éclaircir
unodieux
GALANT. 279
mysteres
Faifons couler le fang & dufils
du pere ,
Pourquoi chercher entr'çux tant
de prétextes vains
Tous deux font criminels , tous
deux ils font Romains .
Point de pitié , fuivons le tranf
port qui m'anime , an
Et nous verrons aprés fi c'eftjuf
tice , ou crimejmong a li
2017 M xush est
Fin du quatriémo Actenos
* MERCURE
ACTE CINQUIEME
SCENE PREMIERE,
2023 202 Arisbe feule,
28 Dans l'entre -temps du quatriems
Acte au cinquième
Arisbea santé la foy d'Amin
tas , Capitaine des Gardes du
Roy.ll's'aft livré à fes deffeins ,
il a promis de faciliter l'évaſion
des deux Marius , il a déja
comfileursgardes deslol.
dats fur lefquels if croit pouvoir
compter.
Arisbe troublée s'occupe
icy du grand évenement.
qu'elle
GALANT. 281
qu'elle vient de preparer .
Amintas me fera il fidele
aurat ille courage de fauver
au Roy , le crime qu'il médite ;
il a peut eftre , le perfide , il a
peut - eftre déja trahi mon fecret
. mais , non on ne me
trahit point , Amintas m'eſt
filele , il fauve Marius ch
quel coeur grands Dieux ,
feroit affez baibare pour lui
manquer de foy …… . Phoenice
arrive. M
•
25 SCENE IL
Arisbe , Phoenice.
Phoenice vient dire à la Prin-
Novembre 1715.
A a
282 MERCURE
ceffe , que la Barque eft fur le
rivage , en état de recevoir les
deux Romains ... Cethegus
paroift.
SCENE III.
Arisbe,Phanice , Cethegus.
Cethegus apprend à la Princeffe
qu'Amintas a rétracté les
engagements , que la réflexion
la ramené à fon devoir envers
le Roy , qu'il vient de changer
la garde des deux Marius &
qu'ils font tres étroitement
refferrez.
Le remords s'eftfaifi de cette ame
vulgaire ,
GALANT . 283
Il a changé la garde , & du fils
du pere ,
Taus ceux qu'auprés de nous vos
foins avoient placez
Parfon ordre cruel viennent d'être
chaſſez.
Céthégus fe retire aprés
avoir annoncé cette funefte
nouvelle , Arisbe de fofperée
renvoye Phoenice pour obſerver
tout ce qui fe paffe , &
luy en venir rendre compte.
Le jeune Marius arrive fur la
Scene.
A a ij
284 MERGURE
SCENE
IV
a 'I
13
Arifbe , le jeune Marius. T
Ces malheureux Amans s'entretiennent
douloureufement
de leur peril commun . Marius
qui voit la mort certaine ,
fupplie Arisbe de luy fauver la
honte de perit par les mains
d'Hiempfal , il exige avec inftance
qu'elle luy donne fon
poignard ... d'abord Arisbe
a horreur du deffein de Marius
; mais comme il infifte en
juftifiant fon defefpoir , elle
code , mais animée du même
courage,ouï, dit - elle , infultons
GALANT 288
au fort qui nous menace , tu
recevras ce poignard de la
main d'Arisbe , mais teint de
fon fang ... le pere de Marius
qui arrive fur lay Scene fuivi
de Céthégus fufpend le defef.
poir des Amans.
IV SXB2
SCENE V.
Arifbe , Marius , fon Fili.
Marius vient annoncer à
fon fils qu'enfin tout est prest e .
pour le départ Qu'Amyntas
n'eft rien moins qu'infidele ,
qu'il avoit change la premiere
garde pour en fubftituer une
d'une fidelité plus, éprouvét ,
286 MERCURE
Céthégus prefente une épée
au jeune Marius qui demeure
immobile les yeux fixez fur
Arisbe. Marius pere foûtenu
des genereux confeils d'Arisbe
même emmene enfin fon fils.
SCENE VI.
Arifbe feule.
Arisbe dans une Monologue
Elegiaque , fe livre aux
mouvemens variez de ſa douleur
... Phoenice arrive.
SCENE VII.
Arifbe ,Phænice.
Phoenice vient dire à la PrinGALANT
287
"1
•
ceffe que le Roy inftruit de la
fuite des Romains les fait pour
fuivro, à peine a t'elle dit cette
nouvelle que le Roy paroift
au fonds du Theâtre donnant
cet ordre à Nerbal.min
Ils mourroient glorieux en mourant
fous les armes ,
Qu'on deffende leurs jours de tout
fanglant effort ,
Soldats , je veux leur honte encor
leur mort.
plus
que
Le Roy
aprés
avoir
donné
cet ordre avance fur le devant
du Theâtre.
188 MERCURE
SCENE
VIII
$1150 Le Roy , Arifbeit
Le Roy ... Quoy , Madame, en çes
* lieux vous devancez kaurores
Qui pourra m'expliquer des proz
-Lois ta jets, que j'ignorewho medi
Que cherchez vous icy , dans
20h l'instant précieux voy
Où le fommeil encor devroit ferwasto
mer vos yeux;
I
Vous ne répondez rien ? on me
danobutrabit cruelle.
- Atisbé répond au Roy qu'ch .
le fe juftifiera mieux qu'il ne
voudra luy même des foupçons
qu'il a conçû contre elle.
-Je
GALANT . 289
Je me juftifieray mieux que vous
ne voudrez .
Le Roy .. Ah je vous aime encor,
tâchez d'eftre innocente ,
Madame ……….
Nerbal arrive.
SCENE IX.
Le Roy , Arifbe , Nerbal.
Nerbal vient apprendre au
Roy , que les deux Romains à
force de courage, ont échapez
aux affaillans , qu'aprés en avoir
fait un grand carnage , ils ont
paffez le Ruber à la nage , &
ont laiffez les troupes du Roy
fpectatrices de leur fuite.
Novembre
1715 . Bb
290 MERCURE
Le Roy entre en fureur &
s'adteffant à Nerbal , dit ...
Tu te plais à vanter les efforts
de leur bras ,
C'eft toy qui m'a trahi , perfide
tu mourras.
Arisbe alors revele au Roy,
que c'est elle qui a fauvé l'un
& l'autre Marius , de fes mains
barbares ; que le feul Amintas
eft entré dans fa confpiration.
Elle avoue fa paffion pour le
jeune Martus . Voila tous mes
forfaits , dit - elle , & fe frappant
d'un poignard, ajoûte : Et voila
ta victime.
GALANT. 291
Le Roy. Ah , Madame ; elle expire',
belas ! Dieux inhumains
Faut- il payer fi cher le falut des
Romains.
Fin du cinquiéme & dernier
dAcc. dam.b
L'Auteur de l'extrait a fouhaité
, que je transferaffe au
mois prochain l'impreffion de
fon examen critique. Il m'a dit
pour raifon , que , quoy que
Les remarques ne doivent entrer
en aucune confideration
dans le fort de la Piece , il luy
fembloit du devoir étroit d'un
galant homme , de ne les faire
Bb ij
292 MERCURE
paroiftre , que quand l'Auteur
aura recueilli tous fes droits.
Cette Tragedie, en lui fuppofant
même le plus grand fuccés
, fera dévolue aux Comediens
le mois prochain , & fera
imprimée , alors la critique
aura d'autant meilleure grace
à le montrer , qu'elle fera contradictoire
avec la Piece , com
Pendant que nous fommes
fur le chapitre de la Comedie ,
il eft à propos de dire en paffant
un mot des Comediens , non
pas que je croye le Lecteur fort
intereffé à lire ce qui les reGALANT
293
garde ; mais parce qu'érant
membres d'une Troupe publique,
& expofée tous les jours à
la vue de tout le monde, il peut
fe trouver des gens curieux
d'apprendre de leurs nouvelles
& c'est justement pour ceuxlà
que je dis que Meffieurs Poif
fons pere fils font rentrez à
la Comedie , qu'ils y ont joücz
avec fuccés , & reçû mille applaudiffements
; mais que malgré
cette juftice dont le Public
les honore, les Spectateurs font
rebutez de fe les entendre annoncer
& de voir tous les
jours les affiches ornées du fafte
Bb iij
194 MERCURE
de leur nom .. @ matt
C'eft en leur faveur qu'on
a été obligé de faire une reforme
,Maadame la Ducheffe de
Berry ne voulant point , par
ún excés d'indulgence , charger
la Troupe d'un nombre
furnumeraire d'Acteurs . Le
fieur Moligny a eu le malheur
d'être compris dans cette reforme
, fans que fa difgrace aie
été une fuite de fa negligence
ou de fon incapacité ; mais feulement
parce que le fieur Dumirail
qui faifoit les mêmes
rolles que luy , a eu fur luy l'avantage
d'eftre propre aux BalGALANT
295
ces
lets & autres divertiffements
qui ont lieu dans plufieurs picla
Comedie n'ayant pas
d'ailleurs la liberté de prendre
hors de fa Troupe , des Acteurs
pour fervir à l'execution
de ces divertiffements . Voila
le motif de fon exclufion ; mais
un grand nombre de fuffrages
illuftres luy donne lieu d'efperer
la rentrée à la Comedie.
J'ajoûte à cet article que les
Comediens nous menacent
, ou
plûtôt qu'ils ont refolu de mettre
les places de leur Amphitheâtre
à trois livres douze
fols. Si on les laiffe les Maîtres
Bb iiij
296 MERCURE
de cette vexation , à qui en appeller
de leur tyrannie ? c'eſt
auPublic luy même , à s'en venger
, & il eft trop fage , pour
daigner honorer de fa prefence
, les Tyrans de fes plaifirs.
On continuë a joüer Marius
,M. Ponteüil y fait le rôle
d'Hiempfal & M. Beaubours
celui de Marius le Pere , &
quoyque l'Auteur juge , que
le rôle de Marius eft le rôle
fuperieur, M Ponteüil a trouvé
le fecret de faire primer le
fien. Pour le rôle du jeune
Marius , reprefenté par M.
Quinaut , les fpectateurs ont
GALANT. 297
eûlieu d'en eftre fort contents.
Le rôle d'Arisbe a efté parfaitement
rempli , Mademoifelle
Duclos en étoit chargé,
qu'on reprefente encore avec
fuccés , verroit fon extrait &
fa critique trop tard , fi je
m'expofois à attendre qu'on
ne la jouâr plus pour en parler..
Extrait de la Tragedie nouvelle ,
intitulée Marius. '
Le
15. de ce mois on joua
pour la premiere fois la Tragedie
de Marius.
Ce Poëme s'eft montré au
Theâtre, fier d'une reputation
illuftre qu'il s'étoit déja faite.
Novembre 1715. S
210
MERCURE
dans plufieurs affemblées fçavantes
, il n'a pas mal foûtenu
fes titres , & le public luy donne
enfin une place honorable
entre nos pieces modernes.
Je fouhaiterois pouvoir faire
à cette Tragedie toute la
juftice qu'elle merite en l'annonçant
icy dans un extrait fidele
qui en retraçât l'idée à
ceux qui luy ont applaudie , &
qui la fic defirer à ceux qui ne
l'ont point encore vûë ; mais
comme elle n'est pas
' mée , & qu'elle ne m'eft connuë
que par la repreſentation ,
je rendray compte feulement
impriGALANT.
FI
*
pû
de ce que ma memoire en a
recueillir . Je rapporteray dan's
cet extrait tous les vers que je
pourray me rappeller pour en
faire honneur à l'Auteur , je
les melleray confufément avec
la Profe que je fupplée pour
rendre au moins le fens du
dialogue Aprés avoir donné
de cette piece l'idée la plus
vraye qu'il me fera poſſible ,
J'en hazarderay la critique , je
rendray compte de mes jugcmens
, avec tous les égards
dûs à un Auteur qui a merité
Teftime publique. Une criti
que moderée eft fouvent
Sij
212 MERCURE
moins nuifible à un bon ouvrage
qu'une exceffive apologie
; le public fe revolte con.
tre un examen trop indulgent,
& fa malignité ne manque jamais
de fe dedommager avec
excésdes droits legitimes qu'on
Juy refuſe . Monfieur de Caux
n'a pas befoin qu'on luy faffe
grace , je compte même que
fije luy decelois par hazard
quelques fautes échapées à fes
recherches , il m'en fçauroit
quelque gré, d'autant plus qu'il
fent que fa piece eft dans le
cas de ces beautez fingulieres
qui , fûres de tous les coeurs ,
GALANT. 213
foutiennent fans honte le reproche
de quelques défauts
rachetez par des graces fupericures
.
SUJET.
Marius chaffe de Rome par
la faction de Sylla , fe retira en
Afrique , fon fils qui l'accom
pagnoir, tomba entre les mains
d'Hiempfal Roy de Numidie,
qui le retint prifonnier ; une
des femmes de ce Roy, amoureule
du jeune Marius , eût la
generofité de luy procurer des
moyens de fortir de fa prifon,
quoyque par fon évafion elle
le perdit pour jamais.
214 MERCURE
Monfieur de Fontenelles a
tiré de ce trait d'hiftoire le fu
jet d'une Epître heroïque , qui
a pour titre , Arbe au jeune
Marius , it fuppole qu'Arifbe
écrit à Marius aprés qu'elle luy
a rendu la liberté , & qu'il a
rejoint fon pere.
Le même trait hiftorique
qui a donné occafion à cette
magnifique Epire , eft le germe
, pour ainfi dire , de notre
Tragedie : voyons comment
ce germe fe develope dans la
marche de l'ouvrage .
GALANT. 215
ACTEURS.
Hiempfal , Roy de Numidic .
Arfbe , deftinée à l'hymen
du Roy , Amante du jeune
Marius .
Le jeune Marius , Prifonnier
à la Cour d'Hiempfal
.
Le pere de Marius , fous le
faux nom d'Envoyé de Sylla .
Nerbal, Confident duRoy.
Phoenice , Confidente de la
Princeffe.
Cethegus , Confident du
jeune Matius.
Numerius
Marius , pere.
Confident de
La Scene eft dans une Salle du
Palais
d'Hiempfal.
216 MERCURE
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIERE.
Le jeune Marius , Cethegus.
Cethegus ouvre le Dialogue
par ces Vers.
Qui peut vous retenir, Seigneur ,
fur cette rive ,
UnRomain doit rougir d'une douleur
oifive ,
Perfecuté du fort , fans en être
abattu ,
Il faut
que fa difgrace
ajoute
à fa vertu.
Pourriez-vous. oublier le
Heros illuftre que les deftins
poursuivent,
GALANT.
217
"
pourfuivent ,fericz vous fourd
à la voix d'un Pere infortuné
qui vous appelle à fon fecours ;
il a cfté un temps où privé de
refſources
, vous ne pouviez
donner que des pleurs à la difgrace
mais aujourd'huy vous
éprouvez une heureuſe révolution
; le Roy vous offre ſa
protection verifiez la promeffe
des Dieux qui ont annoncé
qu'un Roy de Numidie vangeroit
deux Romains opprimez
par leurs Concitoyens
.
Marius s'enflame
à ces genereux
confeils ; mais il demande
comment
il pourra fe-
Novembre
1715 . T
218 MERCURE
courir ce pere malheureux ,
puifqu'il ignore en quel climat
il s'eft réfugié.
A cela Cethegus répond .
Non , non , quelques deferts qui
Le puißm cacher,
C'est à Rome , Seigneur , qu'il
vous le faut chercher.
Affemblez y una Armée en
fon nom , lorfqu'il ſe verra
un party puiffant , il ofera ſc
montrer à fon ingrate Patrie ,
le peuple impatient du joug
de Sylla , n'attend que ces infrant
pour prendre les armes .
Il finit fon exhortation par
ces mots .
GALANT. 219
Faut-il qu'on delibere ,
Quand on va fecourirfa Patrie
&fon Pere ,
Le Roy jufqu'à ce jour paroiſſoit
incertain ,
Mais enfin il vous met les armes.
à la main
Dans nos communs malheurs
Arifbe s'intereße.
Marius fe rend aux confeils
de Cethegus ; mais aprés avoir
pris fon parti , il le fouvient
d'Aufbe & ces mots luy échapent.
Princeffe infortunée
Que je te vais couter de foupirs
de pleurs.
Tij
220 MERCURE
Cethegus demande à Marius
pourquoy il plaint le fort de
la Princelle.
Elle vange un Romain , un Roy
puiſſant l'adore ,
Que luy refteroit il à fouhaiter
encore ,
Déja pourfon hymen tout femble
preparé.
Marius répond
.
Helas ? que ne peut il être encor
thedifferé.
Cethegus penetre alors le
myftere , il s'efforce de faire
fentir à Marius tout le peril de
fa paffion pour Arifbe.
Ouvrez les yeux , voyez que de
GALANT.
221
malheurs enfemble ,
Que de crimes , Seigneur , un tel
projet raẞemble ;
Ce Roy , dont les bontez ont confervé
vos jours ,
Ce Roy , qui vous peutfeul af
feurer du fecours ,
C'eft luy que vous bravez.
Mais , d'ailleurs , quel espoir peut
vous avoirflatté?
Penfez- vous , qu'expofant &fa
gloire &&fa vie
Au fort d'un fugitif la Princeße
fe lie ?
Ah, croyez moy , Seigneur, vous
prenez pour amour
Tiij
222 MERCURE
La pitié, que pour vous elle montre
en ce jour.
Marius apprend à Cethegus
qu'il eft en effet tendrement
aimé de la Princeffe .
Cethegus luy reprefente
combien il eft honteux à un
Romain d'aimer une Numide.
Marius fe deffend de ce reproche
en traçant le caractere
de la Princeffe , dont la vertu a
fçû commander à ſa paffion
au point qu'elle a la force de
hafter fon départ.
Quoy donc répond Cethegus
, une Aftiquaine vous
dicte voſtre devoir ? eh bien ,
GALANT. 223
Seigneur , fuivez les genereux
confeils , & lors que vous aurez
mis la Mer entre elle &
vous , je n'hefiteray plus à la
croire digne de Marius.
Marius infifte , & demande
où il pourra trouver du fecours
:
Cethegus répond d'abord
que les Dieux feront pour Marius
, qu'il eft cheri des Afriquains
, qu'il tirera de grands
fecours en Lybie & en Mauritanic
, enfuite il luy trace fa
route . Nous nous embarquerons
fur le Ruber , quand nos
Vaiffeaux feront arrivez à la
Tij
224 MERCURE
Mer , nous pourrons en deux
jours aborder à Terracine &
bientoft aprés au Port de Te-`
lamon. C'est là que Cinna
profcrit par l'ennemy communs'eſt
réfugié. Vous attendrez-
là une armée que je ne
tarderay pas à vous conduire ,
vous inftruirez par des avis fecrets
nos amis découragez
qui partiront de Rome pour
fe raffembler à Telamon. Ce
beau deffein ainfi détaillé , la
Princeffe arrive. Cethegus fe
retire en difant ces mots.
La Princeffe vient, à vos devoirs
fidele
GALANT. 225
1
34
Seigneur , fongez toujours qu'un
pere vous appelle.
SCENE II.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius aborde. Anfbe , &
aprés luy avoir annoncé qu'il
va fe féparer d'elle , il s'interrompt
pour luy demander la
caufe de l'extrême douleur
qu'il remarque fur fon vifage .
Arisbe luy répond qu'elle
va luy annoncer un grand malheur.
Marius demand file Roy auroit
changé de fentiments à
fon égard. Preparez - vous ,
226 MERCURE
luy dit elle , à une plus funefte
nouvelle. Alors Marius n'hefite
pas à foupçonner qu'on
luy vá annoncer la mort de
fon
pere.
Arisbe confirme fon foupçon
, & luy apprend qu'en effet
un Tribun ayant commiffion
du Senat a affaffiné
fon pere®,
que cet affaffin eft à la Cour
d'Hiempfal' , qu'il a prefenté
au Roy l'ordre du Senat par
lequel il exige qu'on livre le
jeune Marius à la vengeance
de Sylla.
Matius faifi d'horreur fc.
livre aux tranſports les plus
GALANT. 227
violents , & jure la perte de
l'execrable meurtrier de fon
pere.
*
Arisbe calme les tranfports,
de Marius, en luy apprenant
qu'il a affaire à un ennemy redoutable
, qu'elle a envisagé
cet infamne affffin , & que
malgré l'horreur dont fon
crime l'avoit prevenuë , elle
avoit cfté frappée de veneration
à la vûë des vertus dont
il portoit l'image fur fon front;
elle ajoûte que le Roy n'a point
encore expliqué fes intentions,
& qu'elle va employer fes bons
offices en faveur de Márius
228
MERCURE
•
Marius quitte la Scene en
difant ces paroles .
De vôtre main j'attends tout mon
Secours.
SCENE III.
Arifbe , Phænice.
Arisbe dit à fa Confidente .
qu'elle va folliciter le Roy ,
pour fon Amant.
Phoenice luy confeille de
diff rer , de peur que fon trou ;
diffrer
,
ble ne revele fa paffion à
Hiempfal.
Arisbe perfifte par la confideration
du peril eminent , &
fort en difant :
GALANT. 229
L'amour doit tout ofer , quand
il a tout à craindre.
Fin du premier Acte .
ACTE SECOND.
SCENE PREMIERE.
Marius le pere ... .Numerius.
Numerius ayant appris aux
extrêmitez de l'Italic les dernieres
revolutions de la Repu
blique , la défaite de Marius
& fa fuite en Afrique , fuivit
fon amy & tomba dans la
Courd Hiempfal ; là il apprend
la détention du jeune Marius
, il y refte dans la vûë d'art
230 MERCURE
racher ce Heros à la paffion
qui luy fait oublier ce qu'il
doit à fon pere ... au commencement
du fecond Acte
Numerius rencontre à la Cour
Marius le pere qui l'inftruic
des motifs iniques de fa profcription
, il luy apprend que
le Senat l'ayant honoré du
Commandement de l'armée
contre Mithridate , Sylla , loin
de luy remettre, fuivant le decret
du Senat , les troupes qu'il
commandoit , l'eftoit venu
charger avec ces mêmes troupes
, qu'aprés la défaite entiere
par Sylla il avoit cfté forcé
GALANT . ` 231
de chercher fon falut dans la
fuite , & que fa deſtinée l'avoit
enfin conduit à la Cour
d Hiempfal... Numerius lui apprend
qu'il ett en extrême pe
il chez ce Roy barbare, qu'un
Tribun chargé des ordres
de Sylla y vient exiger qu'on
luy livre le jeune Marius ...
Marius le raffeure en lui difant
qu'il attend fon falut de cet
Envoyé même de Sylla ..
Numerius demande , quel eft
donc ce Tribun infidele à Sylla ...
Marius répond. Moy ... Numerius
furpris , infifte & dit ,
comment ? Sylla voſtre Emule
232 MERCURE
Vous charge d'un ordre contre
voltre propre fils ... alors Marius
dévelope ainfi l'énigme .
Sylla depuis ma defaite força
le Senat à profcrire ma tefte ,
un Tribun chargé de ce décret
me vint affaillit à Minturne
avec des forces fuperieures ,
mon génie m'arrachi à ce pefil
, je tuay ce Tribun même
qui avoit ofé promettre ma
refte à Sylla , je m'emparay du
Sceau du Senat dont il effort
porteur , je trouvay dans fes
dépefches un ordre de Sylla à
Hempfal de livrer le jeune
Marius refugié chez lay. Je
compris
GALANT. 233
compris que cette commiffion
pouvoit eſtre dans mes mains.
un moïen fûr de tirer mon
fils de cette Cour dangereuſe
où il eft retenu par un fol
amour.
Fay fçû que trop fenſible à de
funeftes charmes
Mon fils à mes malheurs n'accor
doit
que
des larmes.
J'ay befoin de ce fils pour
encourager mes amis & leur.
faire embraffer avec confiance
de vaftes projets que mon
grand âge femble ne pouvoir
Loûtenir. Je me fais annoncer
icy fous le nom de l'affaffin
Novembre 1715. V
234 MERCURE
même de Marius , & j'éxige
au nom du Senat qu'il me
livre l'autre victime ; peuteftre
que mon fils qui s'eft cru
libre icy , y eftoit captif en
effet ; le Roy , fous de feintes
carreffes a peut - cftre caché à
mon fils fa fervitude ; mais il
n'importe , il faut que fes vûës
perfides cedent à la terreur que
luy va imprimer le nom de
Sylla ; j'ay honte , Numerius ,
de me voir forcé de paroiftre
icy fous une autorité auffi
Fontcufe , que dis je , je feray
contraint de louer le lâche ,
l'ingrat Sylla ? Il faudra le
GALANT. 239
peindre au Roy avec les traits
de la vertu & de la veritable
grandeur ? Le Roy arrive pour
donner audiance à l'Envoyé
de Rome , Numerius ſe retire .
དང་ ཚུ་༦༩
SCENE II.
Marius le Pere , fous le faux
nom d'Envoyé de Sylla ,
le Roy , Nerbal.
L'Envoyé de Sylla expofe
fa Commiffion au Roy, & le
fomme de livrer le jeune Ma
fius aux voeux du Senat.
Le Roy répond , qu'il eft
furpris que l'affaffin d'un homme
dont la valeur fauva tant
V ij
236 MERGURE
de fois les Romains , vienne
demander au nom de ces Romains
même , qu'on livre encore
le fils à leur ingrate fureur.
Vous ofez dans nos murs nous
traiter de barbares ,
Vous l'êtes plus que nous , jamais
nos mains avares
Secondant les fureurs d'un injufte
Senat,
N'ont encore à prix d'or vendu
l'affaffinat.
Ne vous imaginez donc
pas , continue-t il , que je fois
jamais tenté d'entrer dans aucune
Confederation avec l'un
GALANT. 237
ou l'autre Emule.
Marius & Sylla tout eſt égal
pour moy ,
Et mon coeur entr'eux deux eft
maître de fafoy.
Il eft vray que mes Ayeux
s'acquirent autrefois la protection
des Romains par une perfidie
pareille à celle que vous
exigez de moy mais je détefte
leur politique..
Je renonce à leur gloire & la tiens
pour honteuse ,
Je garde dans ma Cour le jeune
31
Marius ,
Et Rome peut de vous apprendre
mes refus
238 MERCURE
Marius veut intimider le
Roy , en luy exagerant la puiffance
des Romains que fon refus
armera contre luy.
Rome commande aux Rois ,
Et la terre en tremblant fe foumet
àfes loix.pu
Le Roy répond
ces faftueufes
menaces qu'il n'a point
encore receu la loy des Romains
& qu'il regne auffi bien
que Mithridate , enfuite il luy
declare que fon refus ne part
pas de fon affection pour Ma
rius , depuis qu'il s'eft refugié
chez moy , pourſuit- il , j'ay
compté fur une victime que le
GALANT. 239
fort m'envoyoit , j'ay penſé
que la détention d'un Romain
délivroit Univers d'un ennemy
dangereux , je fais fuivre
en fecret les pas , & à force de
bons traitemens je luy ay caché
fa captivité , plût aux
Dieux que le pere eût accompagné
fon fils en ma Cour.
Et croyez que mes voeux auroient
été remplis
,
Si lepere en ma Cour avoitfuivi
le fils,
Lejeune Marius arrive .
240 MERGURE
SCENE III.
Marius le pere , le Roy , le jeune
Marius , Nerbal.
Le jeune Marius fçachant
qu'Hiemplal donne Audiance
à l'Envoyé de Rome , vient
pour le poignarder à la vûë du
Roy même.
Je vais le poignarder entre les
bras du Roy.
En approchant Hiempfal ,
il luy reproche avec menaces
l'audiance dont il honore le
meurtrier de fon pere..
Vous ofez le voir, & luy
__parler ?
Enfuite
GALANT. 241
Enfuite fans attendre la réponſe
du Roy , il fond fur l'ennemy
& reconnoiſt ſon
pere ,
dans le moment qu'il eſt preſt
à frapper... A cette vûë il demeure
immobile & fon faififfement
lay ofte la parole.
Marius pere , maistre de
fon trouble , prendfon parti ,
& dit avec infulte à fon fils :
Ton immobilité vient de ta
furprife , tu reconnois dans le
meurtrier de ton pere ſon ami
le plus tendre ; mais apprends
qu'il n'y a rien de facré pour
un vrai Romain , lorfqu'il s'agit
du falut de la Patrie .
Novembre
1715.
• X
242 MERCURE
Le jeune Marius ne revient
point de fon trouble , & ne
peut feconder l'artifice de fon
pere , qui , pour fauver le peril
d'un plus long filence , reprend
la parole en infultant de nouveau
à fon fils , & fe retire en
avertiffant le Roy qu'il doit
avoir pour fufpecte la protection
qu'Arifbe accorde
Marius.
SCENE IV .
Le jeune Marius , le Roy ,
Nerbal.
Le Roy fait éclater fon indignation
contre l'Envoyé de
GALANT. 243
Rome , & promet la protection
à Marius.
Quoy? montrer à mes yeux une
telle infolence ?
•
N'en craignez rien , Seigneur,
je prends vôtre dffence
Mon bras pour le punir
Ces dernieres paroles du
Roy font trembler Marius ,
Hiempfal qui remarque fon
trouble ,lui en demande la caufe
; Marius répond que la mort
de fon pere , prefente à ſon
fouvenir, le fait fremir.
Le Roy le renvoye par ces
paroles.
Je vous réponds de tout , laiſſez-
Xij
244 MERCURE
nous un moment ,
Seigneur , foyez tranquille.
Le Roy demeure fur la
Scene avec Nerbal.
SCENE V.
Le Roy , Nerbal.
Le Roy revele à fon Confident
les confeils de fa politique.
Enfin je deviens maistre
De deux grands ennemis que
Tibre a vû naiſtre ,
le
Ce Miniftre infolent quife livre
en nos mains ,
Ne rendra pas fi tôt fa réponse
aux Romains ;
GALANT . 245
Que ne puis-je , Nerbal , au défaut
du tonnerre ,
De Rome , dans ma Cour vanger
toute la terre.
Nerbal infinue au Roy qu'il
y a grand peril à violer ainfi
le droit des gens , que les Romains
ne manqueront pas de
venir les armes à la main tirer
vengeance de cette infulte.
Le Roy répond :
Je ne crains point Sylla , les troubles
d'Italie
Ont dequoy l'occuper le reste de
Sa vie.
Enfuite il decouvre à Nerbal
les foupçons jaloux , qui
-
X jij
246 MERCURE
s'élevent dans fon ame , il fe
fouvient de l'avis que l'Envoyé
de Sylla luy a donné dans la
troifiéme Scene .
Arifbe a pris pitié de cet infortuné
,
Elle croit que , fans elle , il étoit
condamné ;
Je voulois luy donner , pour preu
ve de mon zele ,
C
que
mon interêt m'avoit dicté
fans elle ;
Mais au fonds de mon coeur s'éleve
un noir foupçon .
Nerbal dir au Roy , que
puifque Marius lui eft fufpect ,
il ne doit pas s'obſtiner à le
GALANT 247
retenir dans la Cour ; le Roy
ſe refuſe à cette confideration,
il infiſte ſur l'interêt qu'il a à
verifier ou démentir les foupçons
.
Allons trouver l'ingrate ,
Arrachons fon fecret par l'espoir
qui la flatte ,
Et,fi de cet amourj'ay des avis
certains
,
Malheur à qui m'outrage , &
malheur aux Romains.
Fin du fecond Acte.
Xiiij
248 MERCURE
ACTE TROISIEME.
SCENE PREMIERE.
Marius;père,feul.
Marius n'a point vû ſon
fils depuis le fecond Acte , il
reflêchit au peril de
trevue,
dont Hiempfal a efté témoin ,
il excufe le filence & l'immobilité
de fon fils par le trouble
qu'il a reffenti lui même , &
par la violence qu'il s'eft faite
pour le furmonter. Son fils
arrive.
GALANT. 249
Rઉલ્યુ છે
SCENE II.
Marius , fon Fils.
li- Lejeune Marius arrive fur
la Scene , fon pere vole à fa
rencontre ils s'embraffent
avec les demonſtrations
Iles
plus tendres le pere demande .
au fils , file Roy n'a rien foupa
çonné de leur embarras commun.
Le fils répond que non
que le Roy detefte dans Ma-l
Fius , d'aflaffino de Marius mê
me Aprés cet éclairciflement
,
Matius reproche avec bonté à
fon fi's fa paffion pour! Arisbe,
paffion qui l'a jufqu'ici foaf
250 MERCURE
trait à fon devoir.
Fe fçais que vostre coeur répond
àfa tendreffe.
•
Un coeur Romain peut-il
fans honte recevoir les loix
d'une Numide ?
Le coupable s'excufe ici , à
peu prés , comme il s'eft excafé
du même reproche dans
la premiere Scene du premier
Acte , c'eſt à dire , qu'il offre
les vertus éminentes d'Arisbe
en compenſation de ſa naif
fance.
Marius pere répond. C'eſt
donc à la Princeffe à juft fier
par unc action d'éclat la pâſGALANT
250
fion qu'elle vous a infpirée à
exigez d'elle , mon fils , qu'elle
facilite vôtre évafion , qu'elle
vous ménage des moyens feurs
d'échaper la nuit prochaine à
Hiempfal ; faites lui craindre
que le Roy déferant à des vûës
vraïement politiques , ne fente
enfin le peril de refufer aux
Romains la victime qu'ils exienfin
que le même
gent ,
amour
qui faifoit
voftre
hon.
te , devienne
l'inftrument
de
vôtre gloire & de ma vengeance
. Après
avoir dicté à fon fils
fon devoir
, il fe retire , en lui
recommandant
de cacher
font
252 MERCURE
déguiſement a la Princeffe.
SCENE III.
Le jeune Marius , Arifbe.
Marius declare à Arisbe
qu'il ne compte point fur la
foi des promeffes d'Hiempfal,
que les menaces du Senat lui .
feront rétracter fes premiers ;
fentiments lorfqu'il aura medité
mûrement fur fon peril ,
qu'il ne voit qu'un moïen d'échaper
au fort qui le menace ,
ce moien , c'eft que la Princeffe
facilite fon évafion la nuit prochains,
o
Arisbe rejette la propofi- :
GALANT. 253
tion de Marius ; lors que vostre
pere vivoit encore , vous vous
deviez entier à ſa vengeance
je hâtois voſtre fuite fans me
laiffer ébranler à la vûë de ma
perte & de vôtre propre peril ;
aujourd'huy que vôtre fort a
changé de face , ma conduite
doit s'accommoder à fa révo .
lution , vôtre pere eft mort
avec luy tombent toutes vos
efperances , avec luy tombe
le courage des amis que fa dif
grace n'avoir pu luy enlever ,
la vengeance de Sylla n'eft
point encore affouvie , il demande
vôtre fang. Tout PU254
MERCURE
,
nivers femble avoir confpiré
vôtre perte , cette Cour eft le
feut alyle qui raffeure Arisbe
allarmée , cile y veille au foin
de vos jours ... Ce foin vous
importune , cruel voilà le
peril auquel vous voulez échaper...
à ce reproche tendre
Marius répond qu'il ne fe fent
pas la force de voir fon hymenée
qui doit fe celebrer le lendemain
avec le Roy.Arisbe lui
reproche fon injuſtice
croyez vous donc , ingrat , que
je fois capable de donner ma
foy à Hiempfal , non , Marius,
que cette crainte n'entre pour
•
GALANT . 255
rien dans vos deflcins .
Marius eft forcé de ramener
la Princefle au peril que le
Roy n'cxauce enfia l'Envoyé
de Sylla.
Arisbe répond , ne crains
rien , Marius , de cet execrable
affaflin , j'ay pourvû à fon
fupplice il fera égorgé par
mon ordre la nuit prochaine,
Marius fremit du peril de
fon pere , il rappelle les efprits
& s'efforce de détourner la
Princeffe de ce meurtre. Arisbe
furpriſe , confuſe , impure
à lâcheté les fentiments
de Marius , je voulois , luy
256 MERCURE
dit - elle prendre fur mon
compte ton propre devoir ,
je voulois te cacher mon projet
& te donner la joye de la
furpriſe , lors qu'il auroit eſté
confommé , tu m'as forcé de
te confier mon , deflein & au
lieu d'en envier la gloire , tis
l'envifages avec horreur ; mais
n'importe , je fuppleray à ta
foibleffe &je n'écoute plus tes
répugnances.
Qui doit ne te plus voir , n'arien
a minager! To
Marius fe trouve alors forcé
pour fauver fon pere de réveler
à la Princeffe le fecret qui
luy
GALANT. 257
luy avoit efté impoſé à la ſeconde
Scene de cet Acte. Le
Roy paroift au fonds du Theâtre.
SCENE IV.
Le Roy , Arifbe , Marius .
Le Roy arrive pour éclaircir
fes foupçons jaloux avec la
Princeffe. Il prie Marius de fer
retirer & refte feul avec Arisbe.
SCENE V.
Le Roy , Arifbe.
Hiempfal dit à la Princeffe
qu'il commence à fentir que la
protection qu'il accorde à Ma-
Novembre 1715. Y
258 MERCURE
rius luy peut devenit fatale
il luy demande enfuite ce que
penfe Marius dans ces triftes ,
conjonctures .
La
Princeffe répond que
Marius fent toute la rigueur
de la deſtinée ; mais que la generofité
du Royle raffûre contre
la perfecution de Sylla icy
il luy échape quelques pleurs.
Le Roy marquant ces
pleurs , lui dit .
Vous partagez les maux
qu'auroit- il à craindre ,
eb
Quelque foitfon malheur , je ne
faurois le plaindre ,
Madame , & quand on peut être
GALANT. 259
écouté de
vous ,
Prêt à perdre la vie on fait mille
jaloux :
Ah ! dans lefort affreux qui caufe
mes allarmes
Ponvoit- il être plaint par de plus
belles larmes ;
Vous vous troublez ?
Anfbe répond:
Qui , moy , Seigneur , quoy vous
pensez ...
Le Roy:
Oui vous l'aimez , perfide , &
vous me trahiffez.
Non , Seigneur , reprend
Arifbe , vous n'eftes point trahi
, je fais gloire d'avoir efté
Y ij
260 MERCURE'
fenfible aux malheurs d'unHeros
digne d'un autre fort , our ,
la haine ingrate des Romains
liguez contre lui , m'irrite , j'aimois
en lui l'illuftre ennemy de
ces tirans abhorrez de tout l'U
nivers ...mais les Dieux l'ont
condamné ; puiſqu'il vous de
vient fufpect ,je l'abandonne à
toute l'horreur de fa difgrace ,
ouï , Seigneur , qu'il foit la
victime de ma gloire & de
voftre repos , livrez Marius
la fureur de Sylla.
Le Roy hefite à croire
qu'Anbe parle icy fincerement
, mais elle appuye fur le
GALANT . 261
confeil de livrer Marius , &
declare qu'elle va annoncer à
l'Envoyé de Sylla que le Royluy
abandonne fa victime.
Le Roy adopte ce confeil .
C'eft affez , y confens , qu'en
partant de ces lieux ,
Il emporte avec luy des foupçons
odieux.
Arisbe fort pour s'acquitter
de la commiffion dont elle
vient de fe charger , le Roy
refte feul fur la Scene.
SCENE V.
Le Roy feul.
Hiempfal dans un mono262
MERCURE
M..
logue d'environ vingt vers fe
juſtifie de fon mieux du crime
de manquer de foy à Marius.
Rome à fon gré de fes
enfans difpofe,
Ah!
que
N'allons point reveiller fafureur
qui repofe
Laiſſons-là s'afforblir & tomber
par fes coups ,
Je me vangeray d'elle en fervant
fon courroux.
Nerbal arrive.
SCENE VI.
Le Roy , Nerbal.
Nerbal en arrivant dit avec
émotion :
GALANT . 263
Ah Seigneur croirez vous ce que
je viens vous dire ,
Le Roy... quoy donc ?
Neibal ... Marius n'eft point
mort.
Le Roy , il refpire ? ....
mais comment pouvoir douter
de la mort de Marius , elle
m'eft atteſtée par fon affaffin
niême ... Seigneur , répond
Netbal , défiez vous de l'Envoyé
de Sylla .
Tout ce qu'il vous a dit n'eft
qu'un vain stratagême ,
Cet affaffin ....
Le Roy. Eh bien !
T
Netbal. C'eftMarius lui - même.
264 MERCURE
Le Roy. Mais cet Envoïe
de Sylla , que tu prétends être
Marius lui même , m'a remis
la Lettre de Sylla avec le Sceau
du Senat ?
Nerbal ... Seigneur , je fuis
certain que cet Envoïé n'eft
autre que Marius , il a été reconnu
ici par un Soldat , qui l'a
connu dans le temps qu'il
commandoit lesRomains contre
Jugurtha ; le témoignage
de ce Soldat ne m'eft point fufpect
, il a vû durant plufieurs
Campagnes ce Romain dans
nos contrées , & d'ailleurs Marius
eft un de ces hommes dont
les
GALANT 265
les traits font trop marquez
pour pouvoir être confondus..
Ses traits font trop marquez pour
pouvoir s'y méprendre.
Le Roy aprés cet avis renvoie
Nerbal.
C'en eft affez , Nerbal , dans
Labs cette obſcurité
• Firay jusqu'à son coeur chercher
la verité.
7
Fin du troifiéme Acte.
ACTE QUATRIÈME,
།
SCENE PREMIERE.
Arifbe , le jeune Marius.
Arisbe apprend à Marius
Novembre 1715. Z
266 MERCURE
qu'il va enfin eftre livré à fon
pere ,que le Roy par un fen
timent jaloux l'abandonne à
la vengeance de Sylla.
Ilfauve la vertu par le motif
du crime.
Marius fe refufe à la joye
& fe donne entier à la douleur
de perdre Arisbe , il ofe enfuite
lui propofer de fuir avec
lui. Arisbe detefte ce confeil.
Je reffens , lui dit elle , toute
l'horreur de la perte que je
fais en te fauvant ; mais ma
douleur toute profonde qu'
elle eft , ne me fera rien faire
indigne & de Marius
quic
& d'Arisbe.
GALANT. 269
·
Marius lui demande comment
elle pourra échaper au
devoir qui la condamne à
époufer le Roy... laiſſez moy,
réponder elle , laiſſez moy le
foin d'accorder ma gloire &
mon repos , je fçauray me
dérober à cet hymenée fans
intereffer ma vertu.
Marius comprend que la
Princeffe medite de fe donner
la mort aprés lui avoir accordé
fa liberté, il fe livre à la douleur
la plus defefperée.
Arisbe lehenappelle à des
fentiments plus conformes à
fes deftinées prefentes , elle lui
Zij
$68 MERCURE
mot
retraces les devoirs qui llaftachent
à la fortune de fon perez
elle allume dans fon coeur tou
te la fureur de la vengeance }
& quitte enfin Marius à qui
elle dit pour adieux :
Je vous aime je fuis, vous m'aiz
mez frieze mosdərba
Tandis queda Princeffe fort
par un côté dy Theatre , Maius
percentre par l'autrening
Sbrocas nove tulebyr 100
SCENE +
Marius , fon Filsaq ul
Marius qntnetidnodlom fils
du grand fpectacle que fa ventgeance
va donner à l'Univers
GALANT 269
il luy montre à la fuite de fes
itriomphes la dignité de Conful
que les Dieux lui promertent
pour la feptième fois ,
jouit par avance du fang de
Sylla & de fes Confederez ; ces
images n'enflament point le
jeune Heros, il n'eft occupé que
do crime de s'armer contre fa
fon
propre
Patrie
, pere com
bat fon fcrupule
par la- maxime
fuivante
, a bea
Quand on voitfur le Trône un
injuste pouvoir ,
La revolte eftpermifé & devient
un devoir.
-Le jeune Marius, amuſé en-
Z iij
270 MERCURE
fuite fon pere des interefts
d'Arisbe , le pere aprés lui
avoir fait honte de fa foibleffe
lui donne fes derniers ordres
par ces paroles.
Songe à Rome , au Tyran qui luy
donne la loy.
Le Roy paroiſt au fonds du
Theâtre , Marius renvoïe fon
fils.
Sors , nous fommes perdus , le
Roy nous trouve enfemble.
SCENE III.
Le Roy , Marius , Envoyé de
Sylla
Le Roy trouvant icy l'EnGALANT.
271
voyé de Sylla en bonne intelligence
avec Marius , a raiſon
d'ajoûter quelque foy à l'avis
que Nerbal luy a donné à la
fin de l'Acte precedent , il
veut donc penetrer ce mystere;
voicy comme il s'y prend .
Le Roy ... De voſtre cruauté,
Seigneur , je fuis furpris ,
Teint du fang paternal s'offrir
aux yeux du fils ?
Marius répond que chargé
par le Senat de conduire le
profcrit à Rome , ils doivent
s'accoûtumer à la vûe l'un de
l'autre.
Le Roy...Il ne vous verraplus,
Z iiij
272 MERCURE
Seigneur , & dés demain or
Vous ne fortez d'icy que fa tefte
à la main, i
Marius . Que dites - vous
*Seigneurs
Le Roy .. D'où vient cette
furpriſe !
Lorfque dans vos deßeins ma
main vous favorife,
Les Romains, continue til,
exigent que je leur livre Marius
, ils ont juré la mortelle
leur coûteroit un cime , je
prends fur moy la honte de
ce crime .
Venez donc , Suivez may , Sei
gneur,foyez témoin i
CALANT * 73
Que je fais quelquefois fervir
Rome au besoins sula
Le Roy remarque le trou
ble de Mariusiu tave diom
Vous fremißez ? quelle terreux
fondaine portal
Peut faire en moins d'un jouk
chanceler votre haine.
Marius reprend toute fa
dignité , & die au Roy qu'il
ne penetre pas fes vrais fentimens
, qu'il eft bien éloigné
de compatir au fort d'un Romain
qui a merité la haine de
La Patrie , mais qu'il eft indigné
qu'an Roy ofe penſer à
vanger Rome . Sçachez qu'elle
174 MERGURE
eft jalouſe de ſes decrets , fçachez
qu'un Romain.condamné
par la Patric doit être immolé
avec pompe dans fon
propre fein , & que la victime
illustre reçoit le tribut confolant
de fes pleurs.
Elle en reffent une douleur
profonde ,
Et la mort d'un Romain doit un
exemple au monde.
Le Roy .. vous trahiffez ,
Seigneur , les intentions de Sylla
, il a fait choix en vous d'un
Miniftre infidele ; pour moy ,
je fçaurai le fervir au gré de
fes fouhaits.
GALANT 275
Etpar un Envoyéplusfidele que
evousy .
L'inftruite que mon bras afervi
fon courroux.
Marius Ah , Seigneur ,
arrêtez ?
Le Roy ... C'est trop longtemps
attendre.
Marius .. Je perirai moi - même ,
ou fçaurai le deffendre.
Le Roy.. Seigneur , j'ouvre les
yeux je fuis aff-z inftruit ,
Et par un bruit trompeur on ne
m'a pas féduit.
Le jeune Marius vous eftcher.
Marius ...Moy je l'aime.
Le Roy...Vous deffende um
fils ?
176 MERCURE
Marius ...Moyfun pere?
Le Roy... Quy vous - même.
Su Marius vorant que tour cft
découvert , & que la feinte devient
inutile , die au Roys
Oly , je fuis Marius
Et mon nom eſt trop beaupour le
difavoiter.
Voyodes fimires dans lèlt.
quelles j'ai refferrentes Etats
autrefois fi vaftes , effaic ton
pouvoir fur deux hommes illuftres
qui tiennent ferme çontre
l'Univers armé ,
Mais crains encor le fort daiFugurtha
, pubi A
Aprés ces courageufesind
CADANI 177
naces , Marius quitte la Scene
le Roy,ordonne à fes Gardes
dele livro. A such ran2
Gardes , fuinez fes pas , quel orto
gubil & quelle andace
Arrefté dans mes fers , l'infolent
51 lí , abimpe menace uplo
Il mounequal sub 12 6 sivil
CONA SCENE IV, 10.V
LaRyYoul
alle Le Roy obvie me gjht
Marius lui a donné à la troifiéme
Scene du fecond Acte
des foupçons contre Arisbe.
Le perfide ? il ofoit accufer ce que
J'aime
278 MERGURE
Ab !je vois les détours de fon
vain ftratagême ,
Sans doute il fperoit que més
Joupçons aigris
Dans fes bras à l'inftant alloient
livrerfonfils.
Quelques vers aprés , il fe
livre à un autre foupçon.
Mais quel auire foupçon
Vient jetter dans mon ame un
funefte poison ,
Dufort de Marius Arisbe eft-elle
As inftruite ?
Cherchoit elle du fils , ou la mort,
adar ou lafuite ? A
Ah !
fanstrop
éclaircir
unodieux
GALANT. 279
mysteres
Faifons couler le fang & dufils
du pere ,
Pourquoi chercher entr'çux tant
de prétextes vains
Tous deux font criminels , tous
deux ils font Romains .
Point de pitié , fuivons le tranf
port qui m'anime , an
Et nous verrons aprés fi c'eftjuf
tice , ou crimejmong a li
2017 M xush est
Fin du quatriémo Actenos
* MERCURE
ACTE CINQUIEME
SCENE PREMIERE,
2023 202 Arisbe feule,
28 Dans l'entre -temps du quatriems
Acte au cinquième
Arisbea santé la foy d'Amin
tas , Capitaine des Gardes du
Roy.ll's'aft livré à fes deffeins ,
il a promis de faciliter l'évaſion
des deux Marius , il a déja
comfileursgardes deslol.
dats fur lefquels if croit pouvoir
compter.
Arisbe troublée s'occupe
icy du grand évenement.
qu'elle
GALANT. 281
qu'elle vient de preparer .
Amintas me fera il fidele
aurat ille courage de fauver
au Roy , le crime qu'il médite ;
il a peut eftre , le perfide , il a
peut - eftre déja trahi mon fecret
. mais , non on ne me
trahit point , Amintas m'eſt
filele , il fauve Marius ch
quel coeur grands Dieux ,
feroit affez baibare pour lui
manquer de foy …… . Phoenice
arrive. M
•
25 SCENE IL
Arisbe , Phoenice.
Phoenice vient dire à la Prin-
Novembre 1715.
A a
282 MERCURE
ceffe , que la Barque eft fur le
rivage , en état de recevoir les
deux Romains ... Cethegus
paroift.
SCENE III.
Arisbe,Phanice , Cethegus.
Cethegus apprend à la Princeffe
qu'Amintas a rétracté les
engagements , que la réflexion
la ramené à fon devoir envers
le Roy , qu'il vient de changer
la garde des deux Marius &
qu'ils font tres étroitement
refferrez.
Le remords s'eftfaifi de cette ame
vulgaire ,
GALANT . 283
Il a changé la garde , & du fils
du pere ,
Taus ceux qu'auprés de nous vos
foins avoient placez
Parfon ordre cruel viennent d'être
chaſſez.
Céthégus fe retire aprés
avoir annoncé cette funefte
nouvelle , Arisbe de fofperée
renvoye Phoenice pour obſerver
tout ce qui fe paffe , &
luy en venir rendre compte.
Le jeune Marius arrive fur la
Scene.
A a ij
284 MERGURE
SCENE
IV
a 'I
13
Arifbe , le jeune Marius. T
Ces malheureux Amans s'entretiennent
douloureufement
de leur peril commun . Marius
qui voit la mort certaine ,
fupplie Arisbe de luy fauver la
honte de perit par les mains
d'Hiempfal , il exige avec inftance
qu'elle luy donne fon
poignard ... d'abord Arisbe
a horreur du deffein de Marius
; mais comme il infifte en
juftifiant fon defefpoir , elle
code , mais animée du même
courage,ouï, dit - elle , infultons
GALANT 288
au fort qui nous menace , tu
recevras ce poignard de la
main d'Arisbe , mais teint de
fon fang ... le pere de Marius
qui arrive fur lay Scene fuivi
de Céthégus fufpend le defef.
poir des Amans.
IV SXB2
SCENE V.
Arifbe , Marius , fon Fili.
Marius vient annoncer à
fon fils qu'enfin tout est prest e .
pour le départ Qu'Amyntas
n'eft rien moins qu'infidele ,
qu'il avoit change la premiere
garde pour en fubftituer une
d'une fidelité plus, éprouvét ,
286 MERCURE
Céthégus prefente une épée
au jeune Marius qui demeure
immobile les yeux fixez fur
Arisbe. Marius pere foûtenu
des genereux confeils d'Arisbe
même emmene enfin fon fils.
SCENE VI.
Arifbe feule.
Arisbe dans une Monologue
Elegiaque , fe livre aux
mouvemens variez de ſa douleur
... Phoenice arrive.
SCENE VII.
Arifbe ,Phænice.
Phoenice vient dire à la PrinGALANT
287
"1
•
ceffe que le Roy inftruit de la
fuite des Romains les fait pour
fuivro, à peine a t'elle dit cette
nouvelle que le Roy paroift
au fonds du Theâtre donnant
cet ordre à Nerbal.min
Ils mourroient glorieux en mourant
fous les armes ,
Qu'on deffende leurs jours de tout
fanglant effort ,
Soldats , je veux leur honte encor
leur mort.
plus
que
Le Roy
aprés
avoir
donné
cet ordre avance fur le devant
du Theâtre.
188 MERCURE
SCENE
VIII
$1150 Le Roy , Arifbeit
Le Roy ... Quoy , Madame, en çes
* lieux vous devancez kaurores
Qui pourra m'expliquer des proz
-Lois ta jets, que j'ignorewho medi
Que cherchez vous icy , dans
20h l'instant précieux voy
Où le fommeil encor devroit ferwasto
mer vos yeux;
I
Vous ne répondez rien ? on me
danobutrabit cruelle.
- Atisbé répond au Roy qu'ch .
le fe juftifiera mieux qu'il ne
voudra luy même des foupçons
qu'il a conçû contre elle.
-Je
GALANT . 289
Je me juftifieray mieux que vous
ne voudrez .
Le Roy .. Ah je vous aime encor,
tâchez d'eftre innocente ,
Madame ……….
Nerbal arrive.
SCENE IX.
Le Roy , Arifbe , Nerbal.
Nerbal vient apprendre au
Roy , que les deux Romains à
force de courage, ont échapez
aux affaillans , qu'aprés en avoir
fait un grand carnage , ils ont
paffez le Ruber à la nage , &
ont laiffez les troupes du Roy
fpectatrices de leur fuite.
Novembre
1715 . Bb
290 MERCURE
Le Roy entre en fureur &
s'adteffant à Nerbal , dit ...
Tu te plais à vanter les efforts
de leur bras ,
C'eft toy qui m'a trahi , perfide
tu mourras.
Arisbe alors revele au Roy,
que c'est elle qui a fauvé l'un
& l'autre Marius , de fes mains
barbares ; que le feul Amintas
eft entré dans fa confpiration.
Elle avoue fa paffion pour le
jeune Martus . Voila tous mes
forfaits , dit - elle , & fe frappant
d'un poignard, ajoûte : Et voila
ta victime.
GALANT. 291
Le Roy. Ah , Madame ; elle expire',
belas ! Dieux inhumains
Faut- il payer fi cher le falut des
Romains.
Fin du cinquiéme & dernier
dAcc. dam.b
L'Auteur de l'extrait a fouhaité
, que je transferaffe au
mois prochain l'impreffion de
fon examen critique. Il m'a dit
pour raifon , que , quoy que
Les remarques ne doivent entrer
en aucune confideration
dans le fort de la Piece , il luy
fembloit du devoir étroit d'un
galant homme , de ne les faire
Bb ij
292 MERCURE
paroiftre , que quand l'Auteur
aura recueilli tous fes droits.
Cette Tragedie, en lui fuppofant
même le plus grand fuccés
, fera dévolue aux Comediens
le mois prochain , & fera
imprimée , alors la critique
aura d'autant meilleure grace
à le montrer , qu'elle fera contradictoire
avec la Piece , com
Pendant que nous fommes
fur le chapitre de la Comedie ,
il eft à propos de dire en paffant
un mot des Comediens , non
pas que je croye le Lecteur fort
intereffé à lire ce qui les reGALANT
293
garde ; mais parce qu'érant
membres d'une Troupe publique,
& expofée tous les jours à
la vue de tout le monde, il peut
fe trouver des gens curieux
d'apprendre de leurs nouvelles
& c'est justement pour ceuxlà
que je dis que Meffieurs Poif
fons pere fils font rentrez à
la Comedie , qu'ils y ont joücz
avec fuccés , & reçû mille applaudiffements
; mais que malgré
cette juftice dont le Public
les honore, les Spectateurs font
rebutez de fe les entendre annoncer
& de voir tous les
jours les affiches ornées du fafte
Bb iij
194 MERCURE
de leur nom .. @ matt
C'eft en leur faveur qu'on
a été obligé de faire une reforme
,Maadame la Ducheffe de
Berry ne voulant point , par
ún excés d'indulgence , charger
la Troupe d'un nombre
furnumeraire d'Acteurs . Le
fieur Moligny a eu le malheur
d'être compris dans cette reforme
, fans que fa difgrace aie
été une fuite de fa negligence
ou de fon incapacité ; mais feulement
parce que le fieur Dumirail
qui faifoit les mêmes
rolles que luy , a eu fur luy l'avantage
d'eftre propre aux BalGALANT
295
ces
lets & autres divertiffements
qui ont lieu dans plufieurs picla
Comedie n'ayant pas
d'ailleurs la liberté de prendre
hors de fa Troupe , des Acteurs
pour fervir à l'execution
de ces divertiffements . Voila
le motif de fon exclufion ; mais
un grand nombre de fuffrages
illuftres luy donne lieu d'efperer
la rentrée à la Comedie.
J'ajoûte à cet article que les
Comediens nous menacent
, ou
plûtôt qu'ils ont refolu de mettre
les places de leur Amphitheâtre
à trois livres douze
fols. Si on les laiffe les Maîtres
Bb iiij
296 MERCURE
de cette vexation , à qui en appeller
de leur tyrannie ? c'eſt
auPublic luy même , à s'en venger
, & il eft trop fage , pour
daigner honorer de fa prefence
, les Tyrans de fes plaifirs.
On continuë a joüer Marius
,M. Ponteüil y fait le rôle
d'Hiempfal & M. Beaubours
celui de Marius le Pere , &
quoyque l'Auteur juge , que
le rôle de Marius eft le rôle
fuperieur, M Ponteüil a trouvé
le fecret de faire primer le
fien. Pour le rôle du jeune
Marius , reprefenté par M.
Quinaut , les fpectateurs ont
GALANT. 297
eûlieu d'en eftre fort contents.
Le rôle d'Arisbe a efté parfaitement
rempli , Mademoifelle
Duclos en étoit chargé,
Fermer
31
p. 290-302
Historique & burlesque origine du Tric trac par M. de M**. [titre d'après la table]
Début :
Item. Il me reste la plus plaisante Histoire du monde à vous donner [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Père, Peuple, Trictrac, Histoire, Cheval, Reine, Bois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Historique & burlesque origine du Tric trac par M. de M**. [titre d'après la table]
Item. Ilme reſte la plus plaiſanteHiſtoire
du monde à vous donCALA
NOC
91
griire.
jeu
nds
'eſt
de
ar
2
apun
UE
T.
eft
τέ
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1a-
IS,
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290 MERCURE
dert
fans
Tali
ram
Il y
celu
le [
LA
QU
A
cez
νου
fiv
le
I
&
qu
fer
qu
te
GALANT. 291
ner. L'Auteur du dernier Logogrife
l'eſt auſſi de ladite Hiſtoire.
Tous ceux qui connoiſſent le jeu
duTrictracytrouveront un fonds
d'imagination originale ,auſſi l'eſt
du côté du beau , du bon , & de
l'agréable , celle de ſon Auteur ,
qui a du merite , du goût, de l'appetit
, & de l'eſprit comme un
Diable. Voila ma Preface.
HISTORIQUE ET
BURLESQUE
ORIGINE DU
TRICTRACT.
Il eſtun Pays dont le terrain eſt
plat , enfoncé & noir , excepté
quelques langues de terre vertes
&blanches , fur leſquelles les habitans
bâtiſſent leurs Maiſons ,
ou Cafes : Les malheureux qui ne
Aa ij
292 MERCURE
peuvent pas les couvrir , y font expoſez
à eſtre battus des injures du
temps : ceux au contraire à qui la
fortune rit , les couvrent promptement
pour ſe mettre en fûreté,
& y font quelquefois de belles
Enfilades .
Cette Contrée eſt bordée de
hauteurs dont on ne peut faire le
tour qu'avec une grande peine , ou
un grand bonheur : on y trouve
de petits precipices qu'il faut ne
ceffairement combler les uns
áprés les autres. Les habitans ne
fongent qu'à gagner ces hauteurs
&à boucher ces trous pour s'établir
dans cette partie ſuperieure;
mais ils n'y peuvent parvenir,
qu'aprés, avoir fait le voyage de
la Vallée , & s'eſtre enrichi par
quelque gain: La Religion de ces
Peuples reſſemble aſſez à celledu
GALANT. 293
Royaume de Calicut. Leur Religion
eſt bizarre. Ils adorentjufqu'au
Diable auquel ils ont conſacré
deux Cafes qui portent ſon
nom.
Ce Pays appartient au Prince
Tric, qui a pour voiſine la Princeſſe
Trac; la proximité & le rapport
d'humeurs les fit ſonger
l'un & l'autre à une alliance , &
à réünir leurs Etats. Tric épouſa
tout d'un coup la Princeffe Trac,
fans aucune ceremonie , & fans
autres réjoüiſſances que celles
d'un concert de Cornets qui font
les ſeuls inſtrumens de Muſique
dont on ſe ſert en ce Pais -là.
SiTric fit grand bruit le jour &
la nuit de ſes nôces , on ne peut
pas dire de lui qu'il fit peu de befogne
; fon Epoufe en donna des
1
Bb iij
294 MERCURE
marques : aprés avoir mis tout-àbas
, elle accoucha au 9. mois
d'un Garçon que l'on nomma
petitJean.
A peine fut-il né qu'on fit prefent
au Roy ſon pere , d'un beau
berceau , & fa nourrice auſſi-tότ
mit dedans le petit Prince.
Tric qui vouloit que ſon fils fut
élevé ſimplement, l'envoya àl'Edole
, comme les autres enfans ,
mais quelque ſoin que l'on pric
pour lui rendre la parole nette &
aiſée , on ne pût jamais en venir
à bout , il aimoit ſes deffauts , il
les confervoit par obſtination ,&
il fut impoſſible de luy rompre la
bredoüille qui lui étoit naturelle.
Il eût un jour une dispute avec
fon Maître au ſujet d'un petit
Chien qu'ils trouverent ; ce Maître
qui étoit un Grec le voulut
GALANT. 295
nommer Quiness mais fean lui
donna le nom deRencontre.
- Apeine pût-il recevoir les premieres
impreſſions des Sciences ,
ques ſon goût le porta entierement
à l'Arithmetique , dont il
réduiſit lesnombresà ſix,qu'il fir
graver chacun en particulier fur
chaque, face d'un cube , dont il
trouvala duplication, & qu'il appalladzan
l'honneur du dez
d'unejeune Princeſſe qu'il cheriffoite
ob
2L'application qu'il avoit pour
fes études , & l'exercice qu'il faifoit,
lui donnoitun grand appetit,
on ne put jamais l'empêcher de
tenir deux tables , l'une en public
avecle Roy & la Reine , l'autre
enparticulier avec ſes amis , fur
laquelle on fervoit ſouvent une
αππου Aaning
296 MERCURE
poule, qu'il joüoit avec ſes camarades
, avant de la manger , pour
faire digestion il montoit à cheval
, ſamonture ordinaire étoit un
barbe entier qu'il nommoit auſſi
dez, ce cheval ne poſoit ſouvent
pasà terre ; il devint vicieux ,&
ſur lesplaintesqu'on lai en fit, il
dità fon Maréchal coup é dez .
Eſtant un peu avancé en âge ,
le Roy fon pere le fit voyager ,
il cut pluſieurs avantures , tantôt
heureux juſqu'à faire de grands
gains , ſans le remuer , && fans
bouger de fa place , tantoſt mal
heureux , quelquefois riche
quelquefois pauvre : l'Histoire
même rapporte qu'il fut un jour
réduit à Abattre du Bois ; il eſt
vray qu'il ne le portoit pas tou
jours luy même , mais qu'il char
geoit ſouvent le Baudet dont ilne
GALANT 297
ſe trouvoit pourtant pas mieux.
D'abord qu'il avoit abattu du
bois il prenoit son coin pour le
fendre , il prenoit auſſi le coin de
fon voiſin par force & par puis-
Jance , fans ſe foucier de cequ'on
en pouvoit dire. Il le battoit
d'une terrible maniere pour le
mieux enfoncer ; lorſque le bois
eftoir trop dur , on ne luy a ja
mais pardonné la foibleſſe qu'il
avoit pour fon coin , il luya donné
droit de Bourgeoifie , lorſqu'il
eſt parvenu à la Couronne , & a
vouluqu'on le nomma Coin Bour.
geois, par la même raiſon que
Caligula fit ſon cheval Conful
Romain.
*Sa miſere ne dura pas longtemps
, fon pere luy fit tenir des
doublons , ou Doublets , monnoye
du Pays , qui vaut la moitié en
298 MERCURE
هو
fus,plus que lespieces ordinaires,
il vit les Dames par ce moyen , &
les aima toute ſa vie , il eût d'a
bord pour Maîtreſſe une jeune
Princeffe , pour laquelle il avoir
beaucoupde reſpect , illa baifoit
ſeulement ſur la joüe , en entrant
&en fortant , & ne pût jamais
obtenir aucune autre -favour
d'elle ; mais pour les autres Dan
mes il en faifoit ce qu'il vouloits
& il ſuffifoit qu'il cûc dịc un cor,
tain mot miſterieux j'adouble , en
les touchant, pour qu'on ofa pas
y trouver à redire , on ne laiſſa
pas cependant de l'appellerJean
de trois coups pour avoir pouffe
unpeuvivement ſixDames àtrois
repriſes ſa vigueur ne dura pas
longtemps , la ſeule vuë de Margot
la fenduë lui caufaune eſpece
de paralyfie , les jeunes Seigneurs
GALANT. 299
s'enmoquoient , & diſoient tout
haut , Jean qui estoit toûjours en
mouvement avec les Dames , eft
à preſent ,Jean qui ne peut feulement
pas approcher de celles
qui lui donnent beau , & qui font
à moitié découvertes , il guerit
dans la fuite de cette maladie ,
aprés laquelle il devint grand
tout d'un coup , & prit le nomde
GrandJean. Ce fut alors que fes
occupations devintent plus ſerieuſes
, & qu'il tâcha de remplir
les devoirs de ſon état : Il alla à
la guerre , il battit &fut battu ,
il aſſiegea des Villes , en prit
quelqu'unes , & leva le fiege devant
d'autres ; fon courage éclatoit
dans toutes les occafions . II
eût un jour une querelle à ce ſujetavec
un brave qu'il appella en
duel; pour champ de bataille il
300 MERCURE
prit le coin d'une ancienne maifon
où il crût eſtre en repos , le
combat ne dura pas longtemps,
ſon ennemi lui porta une quarte,
ce fut un coup faux , il la para ,
& luy poufla la botte fecrete ,
dont il fut enfilé ; mais s'il étoit
ferme dans l'occaſion , il marquoitbeaucoup
de legereté dans
le cabinet , on l'entendoit dire en
plein Confeil & avant qu'une
affaire fut entierement decidée,
(jem'en vais ) & il paffoit ſouvent
d'un avis à un autre , ſans en ſçavoir
la raifon : ce caractere luy
attira de grands chagrins , il fe
dégoutadu métier de la guerre ;
&réſolut de retourner auprés de
ſes parens pour mener une vie
douce & tranquille .
A fon arrivée il alla ſaluër le
Roy ſon pere , qui ne le reconnut
GALANT. 301
pas d'abord , parce que ſes lunettes
eſtoient ternes , la Reine ſa
mere courut au -devant de luy , &
dit , ah te voilà mon fils , Jean
de retour : on expire de joye comme
de douleur : lebon Roy & la
bonne Reine eûrent tant de plaifir
de revoir leur fils , qu'ils en
moururent , on les mit dans deux
cercuëils , on fit deux enterremens
, où il fut beaucoupfonné,
& les peuples en porterent double
deüil.
Le Prince perdit tout en perdant
fonpere & fa mere , leur decés
lui attira une infinité de malheurs
dont l'Hiſtoire ne fait aucun
détail; on ſçait ſeulement par
tradition qu'il rompit avec ſes
meilleurs amis , qu'il ne put pas
tenir contre ſes ennemis , qu'il
mourut en langueur & qu'il fut
- 302 MERCURE
exhorté à la mort par un Carme
qu'il avoit amené lui-même à la
Cour ; ſes peuples lui érigerent
une pyramide qu'on appella La
pile des malheurs : quelques recherches
qu'on ait fait pour en
-fçavoir d'autres particularitez ,
on a pû en venir à bout , c'eſt la
raiſon pour laquelle on ne peut
rien dire davantage de ce malheureux
Prince , à moins qu'on
ne recommence .
du monde à vous donCALA
NOC
91
griire.
jeu
nds
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ar
2
apun
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290 MERCURE
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A
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νου
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I
&
qu
fer
qu
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GALANT. 291
ner. L'Auteur du dernier Logogrife
l'eſt auſſi de ladite Hiſtoire.
Tous ceux qui connoiſſent le jeu
duTrictracytrouveront un fonds
d'imagination originale ,auſſi l'eſt
du côté du beau , du bon , & de
l'agréable , celle de ſon Auteur ,
qui a du merite , du goût, de l'appetit
, & de l'eſprit comme un
Diable. Voila ma Preface.
HISTORIQUE ET
BURLESQUE
ORIGINE DU
TRICTRACT.
Il eſtun Pays dont le terrain eſt
plat , enfoncé & noir , excepté
quelques langues de terre vertes
&blanches , fur leſquelles les habitans
bâtiſſent leurs Maiſons ,
ou Cafes : Les malheureux qui ne
Aa ij
292 MERCURE
peuvent pas les couvrir , y font expoſez
à eſtre battus des injures du
temps : ceux au contraire à qui la
fortune rit , les couvrent promptement
pour ſe mettre en fûreté,
& y font quelquefois de belles
Enfilades .
Cette Contrée eſt bordée de
hauteurs dont on ne peut faire le
tour qu'avec une grande peine , ou
un grand bonheur : on y trouve
de petits precipices qu'il faut ne
ceffairement combler les uns
áprés les autres. Les habitans ne
fongent qu'à gagner ces hauteurs
&à boucher ces trous pour s'établir
dans cette partie ſuperieure;
mais ils n'y peuvent parvenir,
qu'aprés, avoir fait le voyage de
la Vallée , & s'eſtre enrichi par
quelque gain: La Religion de ces
Peuples reſſemble aſſez à celledu
GALANT. 293
Royaume de Calicut. Leur Religion
eſt bizarre. Ils adorentjufqu'au
Diable auquel ils ont conſacré
deux Cafes qui portent ſon
nom.
Ce Pays appartient au Prince
Tric, qui a pour voiſine la Princeſſe
Trac; la proximité & le rapport
d'humeurs les fit ſonger
l'un & l'autre à une alliance , &
à réünir leurs Etats. Tric épouſa
tout d'un coup la Princeffe Trac,
fans aucune ceremonie , & fans
autres réjoüiſſances que celles
d'un concert de Cornets qui font
les ſeuls inſtrumens de Muſique
dont on ſe ſert en ce Pais -là.
SiTric fit grand bruit le jour &
la nuit de ſes nôces , on ne peut
pas dire de lui qu'il fit peu de befogne
; fon Epoufe en donna des
1
Bb iij
294 MERCURE
marques : aprés avoir mis tout-àbas
, elle accoucha au 9. mois
d'un Garçon que l'on nomma
petitJean.
A peine fut-il né qu'on fit prefent
au Roy ſon pere , d'un beau
berceau , & fa nourrice auſſi-tότ
mit dedans le petit Prince.
Tric qui vouloit que ſon fils fut
élevé ſimplement, l'envoya àl'Edole
, comme les autres enfans ,
mais quelque ſoin que l'on pric
pour lui rendre la parole nette &
aiſée , on ne pût jamais en venir
à bout , il aimoit ſes deffauts , il
les confervoit par obſtination ,&
il fut impoſſible de luy rompre la
bredoüille qui lui étoit naturelle.
Il eût un jour une dispute avec
fon Maître au ſujet d'un petit
Chien qu'ils trouverent ; ce Maître
qui étoit un Grec le voulut
GALANT. 295
nommer Quiness mais fean lui
donna le nom deRencontre.
- Apeine pût-il recevoir les premieres
impreſſions des Sciences ,
ques ſon goût le porta entierement
à l'Arithmetique , dont il
réduiſit lesnombresà ſix,qu'il fir
graver chacun en particulier fur
chaque, face d'un cube , dont il
trouvala duplication, & qu'il appalladzan
l'honneur du dez
d'unejeune Princeſſe qu'il cheriffoite
ob
2L'application qu'il avoit pour
fes études , & l'exercice qu'il faifoit,
lui donnoitun grand appetit,
on ne put jamais l'empêcher de
tenir deux tables , l'une en public
avecle Roy & la Reine , l'autre
enparticulier avec ſes amis , fur
laquelle on fervoit ſouvent une
αππου Aaning
296 MERCURE
poule, qu'il joüoit avec ſes camarades
, avant de la manger , pour
faire digestion il montoit à cheval
, ſamonture ordinaire étoit un
barbe entier qu'il nommoit auſſi
dez, ce cheval ne poſoit ſouvent
pasà terre ; il devint vicieux ,&
ſur lesplaintesqu'on lai en fit, il
dità fon Maréchal coup é dez .
Eſtant un peu avancé en âge ,
le Roy fon pere le fit voyager ,
il cut pluſieurs avantures , tantôt
heureux juſqu'à faire de grands
gains , ſans le remuer , && fans
bouger de fa place , tantoſt mal
heureux , quelquefois riche
quelquefois pauvre : l'Histoire
même rapporte qu'il fut un jour
réduit à Abattre du Bois ; il eſt
vray qu'il ne le portoit pas tou
jours luy même , mais qu'il char
geoit ſouvent le Baudet dont ilne
GALANT 297
ſe trouvoit pourtant pas mieux.
D'abord qu'il avoit abattu du
bois il prenoit son coin pour le
fendre , il prenoit auſſi le coin de
fon voiſin par force & par puis-
Jance , fans ſe foucier de cequ'on
en pouvoit dire. Il le battoit
d'une terrible maniere pour le
mieux enfoncer ; lorſque le bois
eftoir trop dur , on ne luy a ja
mais pardonné la foibleſſe qu'il
avoit pour fon coin , il luya donné
droit de Bourgeoifie , lorſqu'il
eſt parvenu à la Couronne , & a
vouluqu'on le nomma Coin Bour.
geois, par la même raiſon que
Caligula fit ſon cheval Conful
Romain.
*Sa miſere ne dura pas longtemps
, fon pere luy fit tenir des
doublons , ou Doublets , monnoye
du Pays , qui vaut la moitié en
298 MERCURE
هو
fus,plus que lespieces ordinaires,
il vit les Dames par ce moyen , &
les aima toute ſa vie , il eût d'a
bord pour Maîtreſſe une jeune
Princeffe , pour laquelle il avoir
beaucoupde reſpect , illa baifoit
ſeulement ſur la joüe , en entrant
&en fortant , & ne pût jamais
obtenir aucune autre -favour
d'elle ; mais pour les autres Dan
mes il en faifoit ce qu'il vouloits
& il ſuffifoit qu'il cûc dịc un cor,
tain mot miſterieux j'adouble , en
les touchant, pour qu'on ofa pas
y trouver à redire , on ne laiſſa
pas cependant de l'appellerJean
de trois coups pour avoir pouffe
unpeuvivement ſixDames àtrois
repriſes ſa vigueur ne dura pas
longtemps , la ſeule vuë de Margot
la fenduë lui caufaune eſpece
de paralyfie , les jeunes Seigneurs
GALANT. 299
s'enmoquoient , & diſoient tout
haut , Jean qui estoit toûjours en
mouvement avec les Dames , eft
à preſent ,Jean qui ne peut feulement
pas approcher de celles
qui lui donnent beau , & qui font
à moitié découvertes , il guerit
dans la fuite de cette maladie ,
aprés laquelle il devint grand
tout d'un coup , & prit le nomde
GrandJean. Ce fut alors que fes
occupations devintent plus ſerieuſes
, & qu'il tâcha de remplir
les devoirs de ſon état : Il alla à
la guerre , il battit &fut battu ,
il aſſiegea des Villes , en prit
quelqu'unes , & leva le fiege devant
d'autres ; fon courage éclatoit
dans toutes les occafions . II
eût un jour une querelle à ce ſujetavec
un brave qu'il appella en
duel; pour champ de bataille il
300 MERCURE
prit le coin d'une ancienne maifon
où il crût eſtre en repos , le
combat ne dura pas longtemps,
ſon ennemi lui porta une quarte,
ce fut un coup faux , il la para ,
& luy poufla la botte fecrete ,
dont il fut enfilé ; mais s'il étoit
ferme dans l'occaſion , il marquoitbeaucoup
de legereté dans
le cabinet , on l'entendoit dire en
plein Confeil & avant qu'une
affaire fut entierement decidée,
(jem'en vais ) & il paffoit ſouvent
d'un avis à un autre , ſans en ſçavoir
la raifon : ce caractere luy
attira de grands chagrins , il fe
dégoutadu métier de la guerre ;
&réſolut de retourner auprés de
ſes parens pour mener une vie
douce & tranquille .
A fon arrivée il alla ſaluër le
Roy ſon pere , qui ne le reconnut
GALANT. 301
pas d'abord , parce que ſes lunettes
eſtoient ternes , la Reine ſa
mere courut au -devant de luy , &
dit , ah te voilà mon fils , Jean
de retour : on expire de joye comme
de douleur : lebon Roy & la
bonne Reine eûrent tant de plaifir
de revoir leur fils , qu'ils en
moururent , on les mit dans deux
cercuëils , on fit deux enterremens
, où il fut beaucoupfonné,
& les peuples en porterent double
deüil.
Le Prince perdit tout en perdant
fonpere & fa mere , leur decés
lui attira une infinité de malheurs
dont l'Hiſtoire ne fait aucun
détail; on ſçait ſeulement par
tradition qu'il rompit avec ſes
meilleurs amis , qu'il ne put pas
tenir contre ſes ennemis , qu'il
mourut en langueur & qu'il fut
- 302 MERCURE
exhorté à la mort par un Carme
qu'il avoit amené lui-même à la
Cour ; ſes peuples lui érigerent
une pyramide qu'on appella La
pile des malheurs : quelques recherches
qu'on ait fait pour en
-fçavoir d'autres particularitez ,
on a pû en venir à bout , c'eſt la
raiſon pour laquelle on ne peut
rien dire davantage de ce malheureux
Prince , à moins qu'on
ne recommence .
Fermer
32
p. 98-123
Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
Début :
La Comedie intitulée la Vie est un Songe, a été si favorablement reçûë [...]
Mots clefs :
Prince, Acte, Arlequin, Songe, Père, Pièce, Coeur, Théâtre, Discours, Prédictions, Parole, Illusion, Sceptre, Impression, Voix, Troupes, Vertus, Vengeance, Outrage, Conseils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait de la Comedie intitulée la vie est un songe [titre d'après la table]
La Comedie intitulée la Vie eft
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
un Songe , a été fi favorablement reçûë
du Public , que je mériterois fa
cenfure ; fi je ne lui en communiquois
pas un extrait fidel.
Fraguement
d'une Lettre.
La Piéce Italienne intitulée , la Vie
eft un Songe , eft en quelque façon
une traduction de la Tragi- Comedie
Efpagnole de Don Pedro Calderen
,intitulée ,la Vida es Sueno . Cet-'
te traduction eft cependant differente
de celle qui a été imprimée fous
Je nom du Cigognini ; quoiqu'elle
ne foit pas de lui. Celle - cy eft bien
plus raifonnablement
écrite , &t
quoique le ftile fe fente en quelques
endroits de l'enflure de fon Original,
& qu'il ait confervé un certain goût
MERCURE.
99
de Terroir , dont les Traductions ne
peuvent être tout - à - fait exemptes;
on a adouci ou corigé dans cellecy
, la plufpart des traits qui carac
térifent les Ouvrages du Cigognini
Ecrivain , qui avoit raffemblé dans
fon ftile , prefque tous les défauts
que l'on réprochoit aux Auteurs
Italiens du dernier fiècle : mais venons
à la Piéce en elle - même.
Bafilio Roy de Pologne , naturellement
foupçonneux & crédule ,
eut de fa femme Clotilene un fils ,
qu'il nomma Sigifmond. Sa mere
mourut en couche , les prodiges
qui accompagnerent cette naiffance ,
les fonges qui troublerent le repos
de Clotilene & du Roy Bafilio effrayerent
ce Prince fuperftitieux.
Il chercha dans l'art de l'Aftrologie
de quoi calmer fes craintes. Les
Aftrologues lui prédirent que fon fils
feroit un Prince cruel & emporté , qui
violant les droits les plus facrés de
la Nature , & de la Royauté , le
chafferoit un jour du Trone. Bafilio
Prince d'un efprit foible , crût de-
I ij
830098
100 LE NOUVEAU
>
voir regler fa conduite fur ces prédictions.
Il répandit le bruit que fon
fils étoit mort , & le fit élever dans
une terre au milieu d'un défert fous
la conduite de Crotalde , Seigneur
de fa Cour , auquel il avoit confié
fon fecret. Des Gardes pofées aux
avenues de la Tour en deffendoient
l'aproche aux Paffans. Le Prince
Sigifmond à qui l'on avoit fait un
miftere de fa naiffance , étoit retenu
dans fa Tour par une chaîne
qui lui permettoit à peine de s'en
éloigner de quelques pas ; la lecture
, & la converfation de Crotalde
faifoient toute fon occupation , &
il n'avoit jamais vû d'autres hommes
que fon Gouverneur , ou fi
vous voulez fon Geollier & fes
Gardes,jufqu'à l'âge de dix -huit ans.
C'est dans ce temps que commence
la Piéce. Le Théâtre reprefente
un bois , & au fonds une Tour dont
les portes font fermées .
MERCURE . ΤΟΙ
ACTE PREMIER.
Arlequin entre en roulant fur
le Théâtre , il eft fuivi par un Cavalier
inconnu ; tous deux fe plaignent
de l'accident qui les a précipirez
avec leurs chevaux dans le
fonds de ce Vallon. On entend un
bruit de chaînes qui les effraye.
Les portes de la prifon s'ouvrent ,
& l'on aperçoit à la fombre lüeur
d'une lampe , le Prince Sigifmond
apuyé fur une table avec des Livres
auprés de lui. Il fort de fa Tour
pour s'avancer au milieu du Théâtre ;
Arlequin & fon Maître fe cachent,
Sigifmond paroît à demi nud , couvert
d'une espéce de cafaque de
peau de Tygre , & coëffé d'unbonet
pittorefque de même étoffe ; il
eft ceint par le milieu du corps d'une
chaîne qui va s'attacher au fonds
de la Tour dont il eft forti . Difpenfés
moy M¹ , je vous prie , de vous
dépeindre la Nobleffe , & la grace
que Lelio avoit fçû répandre ſur
Iiij
102 LE NOUVEAU
cet habillement , en conſervant toute
la férocité , & la rudeffe du caractére
de Sigifmond qu'il repréfentoit .
Vous connoiffés le jeu de cer Acteur
, auquel le Public ne ceffe
point de rendre juſtice ; Qu'il vous
fuffife donc qu'il étoit encore infiniment
au deffus de tout ce que
vous en avez vû. Ses geftes , & fes
attitudes de corps & de vifage,formoient
autant de Tableaux parfaits,
au jugement même des plus grands
Maîtres, & ces Tableaux étoient variés
à chaque repréſentation , par des
attitudes toujours nouvelles , parce
qu'elles n'étoient point aprifes , &
qu'elles étoient l'effet d'une imagination
vivement pénétrée du caractére
general de Sigifmond & des
fituations particulieres dans lefquelles
il fe trouve pendant le cours de
la Piéce. Après que Sigifmond a
déclamé pendant quelque tems contre
l'injuſtice du fort qui le fait gémir
dans une fi dure captivité , fans
l'avoir mérité par aucun crime , il
aperçoit Arlequin & fon Maître.
MERCURE.: 103
La fureur le tranfporte , il fe jette
fur eux , & les veut mettre en piéces
, pour les empêcher d'aller faire
ailleurs le recit de fes malheurs.
La bonne mine du maître d'Arlequin
attendrit Sigifmond . Sa vûë
excite dans fon coeur des mouvements
d'une tendreffe qu'il n'avoir
jamais reffentie . Il le releve , & l'interroge
fur l'accident qui l'a pût
conduire en ce lieu . Dans ce moment
, Crotalde entre à la tête des
Gardes du Prince , & veut faire tuer
cet étranger qu'il voit en converfation
avec Sigifmond . Celui-ci fe
met au devant , & menace Crotalde
fur lequel il fe veut jetter pour l'empêcher
de maltraiter cet inconnu,
dont la vûë a fait tant d'impreffion
fur lui. Crotalde , à l'aide de fes
Gardes , fe rend maître du Prince ,
& malgré fes emportements , l'entraine
dans fa Tour , où il le
renferme. Cette fituation , ainfi
que
celle du moment , auquel le Prince
fe jette fur l'Inconnu , forme
un de ces tableaux , dont je vous
104 LE NOUVEAU
ai parlé , & qui font en grand nom
bre dans la Piéce. Lorfque le Prince
eft renfermé dans fa Tour ,
l'Inconnu fe met aux pieds de Crotalde
, & lui donne fon Epée.
Crotalde furpris , en jettant les
yeux deffus, demande à l'Inconnu
d'où il la tient ? Qui il eft ? Quelle
eft fa Famille ? De quel Païs il
vient ? Celui-ci répond , qu'il eſt
Mofcovite : Qu'il n'a jamais connu .
fon pere : Qu'il vient en Pologne,
pour le venger d'un affront : Que
cette Epée lui a été donnée par
une femme , dont il refufe de dire
le nom , & qu'en la lui donnant
elle lui a dit d'aller à la Cour de
Pologne , & qu'un Cavalier de cette
Cour l'affiiteroit de fon crédit ,
s'il lui voyoit cette même Epée ;
ainfi il le prie de la faire garder
foigneufement. Crotalde , qui a
témoigné pendant ce difcours , combien
il y prenoit de part , s'éloigne ,
lorfqu'il eft fini , & dit à Parte ,
qu'il ne lui eft plus permis de méconnoître
fon fils ; que cette Epée
>
MERCURE. 104
eft celle qu'il donna en partant de
Mofcovie , à une femme qu'il avoit
époufée fecrettement ; qu'en la quit
tant , il l'avoit laiffée groffe , &
qu'il lui avoit promis de reconnoître
pour fon fils , celui qu'elle lui
enverroit avec cette Epée. Il eft
donc perfuadé , que cet Inconnu
eft fon fils.
Après quelques moments d'irrefolution
fur la conduite qu'il doit
tenir ; il fe détermine à le conduire
à la Cour , & à découvrir fa
naiffance au Roy , s'il n'y a point
d'autre moyen d'empêcher qu'on
ne lui ôte la vie , pour fatisfaire à
la Loy , qui condamne à la mort
ceux qui verront le Prince Sigif
mond. Il fait donc emmener cet
Etranger avec Arlequin ; & c'eſt
par où finit le premier Acte.
ACTE SECOND.
Le fecond Acte reprefente une
Salle du Palais de Bafilio . Attolphe
Duc de Mofcovie , vaffal & neveu
106 LE NOUVEAU
du Roy de Pologne , y entre avec-
Stella fa coufine , & niéce du même
Roi Leur converfation eft interrompue
par l'arrivée de Bafilio
& de fes confidents. Ce Prince
touché de l'état auquel il a réduit
fon fils , découvre à fon neveu
Aftolphe , & à fa niéce Stella ,
tout ce qu'il a fait à ce fujer
& il leur déclare , qu'avant de
les marier enfemble , & de les
défigner fes fucceffeurs , il veut reconnoître
, quel eft au vray le caractére
du Prince Sigifmond fon
fils , & le faire apporter endormi
, dans fon Palais , afin d'éprouver
par la maniere , dont il fe conduira
, fi les prédictions de l'Aftrologie
ne l'ont point abufé . Tous
applaudiffent à cette réſolution.
Dans ce tems , Crotalde arrive
avec l'Inconnu , & Arlequin. Tous
les autres fe retirent. Le Roy accorde
la grace de l'Inconnu , fans
même que Crotalde lui découvre
fa naiffance ; il n'a pas la même
facilité pour Arlequin , & il ordonne
MERCURE. 107
qu'on le pende. Arlequin , qui ne
peut gouter cette destination , viole
plus d'une fois le cérémonial .
Enfin voyant qu'il ne peut rien obtenir
, & entendant répéter , que
la parole des Rois eft irrévocable ,
il fe jette aux pieds du Roy , &
lui demande une grace. Le Roy
lui promet de lui tout accorder,
hors la vie. Arlequin demande ,
que le Roy foit lui -même l'exécuteur
de cet Arrêt. Bafilio qui s'eſt
prété pendant quelques moments
à la frayeur de ce valet bouffon ,
lui accorde fa grace , & Arlequin
fe livre aux tranfports d'une joye,
qui n'eft gueres plus refpectueufe ,
que fa douleur l'avoit été. Les Zelateurs
fcrupuleux des bienféances
auroient pû être bleffés de certains
endroits de cette Scene , fi les graces
naïves qu'Arlequin répand
dans fes moindres actions , & la
joye que fa préfence infpire aux
Spectateurs , leurs permettoient
de faire attention à des Critiques
, même bien fondées . Le
108 LE NOUVEAU
Roy fe retire , en ordonnant
Crotalde de venir lui parler dan
fon cabinet , & celui -ci rette feul
avec l'Inconnu , lui rend fon Epée ,
& lui demande le nom de fon Ennemy.
Il nomme Aftolphe , Duc
de Mofcovie ; mais reprend Crotalde
, ne m'avez - vous pas dis que
vous étiez fon Sujer. Vous ne pouvez
avoir reçû de votre Souverain
une injure , dont l'honneur vous
oblige de pourfuivre la vengeance.
Avez - vous une foeur
› une femme
, qu'il ait outragé
? Non , répond
l'Inconnu
, qui paroît fe trou- bler à la vûë de Crotalde
. Il ajoute
qu'il doit lui fuffire
, que l'habit
qu'il porte , elt un déguiſement
, qui cache
ce qu'il eft . Crotalde
le preffe de nouveau
; Enfin l'Inconnu
avoüë , après s'être deffendu
quelque
tems , qu'il eft femme
, & qu'Aftolphe
eft fon Ennemi
.
7ú fei Donna
: dit Crotalde
, fi è
Aftolpho
. é il mio nemico
, répond l'Inconnu
, faifant
affés connoître
par ces deux mots , de quelle nature
MERCURE.
1
tare peut être l'offenfe , qu'il veut
venger. il faudroit tranfcrire ici
toute cette Scene , pour vous en
donner une jufte idée ; car elle est
dialoguée , avec une préciſion &
une vivacité , qui ne laiffent rien
à défirer ; elle finit le fecond
Acte.
ACTE TROISIEME.
Le troifiéme Acte reprefente
le même endroit du Palais ; Crotalde
y vient aprendre au Roy ,
fes Ordres font exécutés, que le
que
Prince a été conduit à la Cour, après
avoir été endormi par un breuvage,
& qu'il eft dans un Apartement du
Palais . Le Roy ordonne de lui
découvrir fon rang, & de paroître
auprès de lui en qualité de Gouverneur.
Après qu'ils fe font retirés , le
fonds du Theâtre s'ouvre : On voit
le Prince Sigifmond couché fur un
lit magnifique , & proprement habillé.
Une Symphonie douce amufe
les fpectateurs , tandis que Sigif
Mars 1717. K
ITO LE NOUVEAU
mond s'éveille , & témoigne par
tous fes geftes , la furpriſe où le jette
le fpectacle qui l'environne ; it prend
enfin la parole , ne fçait , fi ce qu'il
voit , eft un fonge ou une vérité ;
on achève de l'habiller , c'est - à- dire ,
qu'on lui donne un chapeau , des
gants & une épée . Vous me difpenferés
de vous décrire cette Scene
en détail , parce qu'elle eft compofée
de plufieures Actions , dont le
mérite confifte dans le jeu même..
Enfin Crotalde furvient , & fe met
aux pieds de Sigifmond. Le Prince
eft fort étonné de ce changement
dans la façon d'agir de fon Gouverneur.
Crotalde lui découvre qu'il
eft né pour régner ; Mais que la
crainte d'une maligne influence , eft
la caufe de la maniere , dont on
l'a élevé jufques alors . Ce difcours
allume la fureur de Sigifmond
, qui reproche à Crotalde
la barbarie avec laquelle il l'a reténu
fi long-tems dans une affieufe
captivité , éloigné du rang qui
lui apartenoit. Grotalde ne peut
MERCURE. 11
répondre à ces reproches ; fon filence
perfuadant Sigifmond de la
juftice de fes plaintes. Il s'abandonne
à fa fureur , & tire fon Epée
pour le tuer. On s'opofe à cet
emportement. Crotalde fe fauve , &
Sigifmond menaçant ceux qui l'ont
retenu , jure que le premier , qui
s'opofera à fa volonté , il le jettera
par la fenêtre . Dans ce moment,
Aftolphe Duc de Mofcovie entre
pour le faluer , le Prince le reçoit
avec beaucoup de fierté , & trouve
mauvais , qu'il ofe fe couvrir devant
lui , tandis que le refte des
Sujets de fon pere ne le fair pas.
9
Pantalon qui a commencé à précher
Sigifmond , veut encore lui donner
cn cette occafion des Leçons
de civilité . Stella entre dans le
même tems , le Prince va à elle
avec précipitation , la faluë , la regarde
, paroît charmé de fa beauté
, lui dit des douceurs & veut
même lui baifer la main. Aftolphe
qui aime Stella , fouffre impatiemment
ces témoignages , & ces pro-
,
Kij
112 LE NOUVEAU
1
reftations d'amour. Pantalon qui s'en
aperçoit , tire Sigifmond d'auprès de
Stella , & lui repréſente qu'elle
eft deftinée pour époufer Aftolphe.
Sigifmond reçoit aflés mal cette remontrance
, & Pantalon s'obftinant
à le fatiguer de fes confeils , il le
menace d'exécuter le ferment qu'il
vient de faire .. Pantalon dit qu'il ne
peut en venir à cette violence , contre
un homme dé fa condition ; eh
bien , nous allons le voir , dit Sigifmond.
En le faififfant avec fureur ,
il l'entraîne vers la fenêtre , & l'enlevant
malgré fa réſiſtance le
précipite ; Aftolphe & Stella fe
retirent en déteftant fa barbarie .
Dans ce moment Bafilio entre & demarde
à sigifmond , quelle est la
caufe de ce tuinutte ; ce n'eft rien ,
C'est un homme que j'ai fait voler
par la fenêtre , répond tranquillement
le Prince ; Arlequin l'avertit
avec tous les ménagemens que l'avauture
récente de Pantalon peuvent
infpirer , que c'eft à fon pere qu'il
parle ; il eft peu émû de cette nou-
,
MERCURE. 113
velle. Vous jugez , Monfieur , que
la voix de la Nature ne doit être
guéres forte, lotfqu'elle n'eft pas accompagnée
de cette impreffion , que
l'éducation & le fouvenir des foins
paternels , forment dans nos coeurs.
Bafilio fe retire affés mécontent de
Sigifmond , & ce Prince refte feul
avec Arlequin. C'est alors que ce
dernier devient fenfible au malheur
de Pantalon , dont il avoit regardé
le faut avec affés de gayeté , Sigif
mond , lui demande qui il eft . Ar
lequin après avoir hélité quelque
tems , répond qu'il eft Gentilhuomo
da Trattenimento , & que fon emploi
eft de faire rire ; eh bien , faitesmoi
rire , dit Sigifmond , en le regardant
avec un vifage & des yeux ,
près defquels Heraclite auroit paru
enjoué. Depuis que je fuis né , je
n'ai jamais éprouvé ce que c'eft que
le rire :je veux que tu me l'aprénes :
finon , tu fçais comme j'ai traité un
homme dont les difcours me fatiguojent.
Arlequin employe tout ce
qu'il croit de plus propre à égayer
Kiij
114
LE NOUVEAU
l'efprit du Prince ; mais les efforts
même qu'il fait pour y réüffir , ne
fervans qu'à l'irriter contre lui , il
court rifque d'aller tenir compagnie
à Pantalon ; lorfqu'une femme entre
dans fon Apartement : C'eſt la
fille de Crotalde qui avoit paru
d'abord en habit d'homme ; & que
fon pere a mife auprès de la Princeffe
Stella,fous le nom d'ASTREA , après
lui avoir fait prendre des habits convenables
à fon fexe . Sigifmond
frapé de cette vûë , va à elle avec
empreffement , la retient malgré fa
réfiftance, & lui parlant de fon amour
avec la vivacité d'un homme qui
ne connoît de Loix que fes defirs ,
il paroît peu difpofé à s'alfujettir aux
longueurs du Cérémonial que le refpect
à introduit auprès des Dames,
chez les Nations policées. Crotalde,
qui a toujours efté écouté , & qui
craint les fuites de cette avanture
pour fa fille , fe montre dans ce mo .
ment , il l'arrache 'des mains du
Prince , & faifit fon épée , afin de
mettre obſtacle à fa fureur. Après
MERCURE.
une lutte de quelques moments ,
qui eft accompagnée de toute la
nobleffe , & de toute la vérité poffible.
Sigifmond renverfe Crotalde ,
& fans Aftolphe qui eft attiré par
le bruit , il lui alloir ôter la vie .
Bafilio que la même caufe améne ,
interrompt le combat des deux Princes
, & reproche à Sigifmond fa ferocité
& fes emportemens, Celui- ci
prend la parole , & fait de violens
reproches à fon pere fur la conduite
qu'il a tenue jufqu'alors à fon égard ,
& fe retire en lui faifant des menaces
, qui donnent lieu au Roy de
craindre , que la prédiction des Aftres
ne s'accompliffe. Ainfi étant
demeuré feul avec Crotalde , il lui
ordonne de chercher le moyen de
rendormir Sigifmond , & de le faire
remporter dans fa Tour fous fes premiers
habits. Ce qui finit le troifiéme
Acte.
ACTE QUATRIEME.
Quelque envie que j'aye d'être
116 LE NOUVEAU
› court & quelque attention que
j'aporte à fuprimer tout ce qui
n'eft pas néceffaire , pour l'intelligence
des Scenes , je m'aperçois
que je vous entretiens depuis longrems
;ainfi vous me pardonnerez ,
fi je fuprime des Scenes entieres ,
& fi j'en étrangle quelques autres .
Sigifmond eft donc reporté dans
fa Tour , on le voit endormi fur
une Natte , dans fon premier ha--
bit. Bafilio fon pere , qui eft venu
avec Crotalde , eft attendri de
cette vûë ; mais bientôt , ce fentiment
eft effacé par les difcours du
Prince , qui tout endormi qu'il eſt ,
menace les jours de Crotalde , &
le Sceptre de fon pere. Le Roy
fe retire pour n'être point aper
çû de Sigifmond , dont le fommeil
commence à fe diffiper. Crotalde
acheve de l'éveiller : Sigifmond
eft dans la ſurpriſe que vous pouvez
vous imaginer. Il croit que
ce qu'il voit , eft un fonge : Envain
Crotalde l'affûre qu'il veille , &
qu'il ne doit point en douter , puifMERCURE.
117
qu'il entend fa voix. Ce que j'ay
vû , n'étoit donc qu'un fonge , dit
le Prince ; mais fi c'étoit un fonge ,
comment étoit -il poffible que je
vous viffe & que je vous entendiffe
alors , avec la même réalité ,
que je le fais dans cet inftant ?
comment pourrois - je m'affûrer
que ce qui m'arrive dans ce moment
, n'eft pas un fonge Crotalde
lui demande compte de fon
prétendu réve ; Sigifmond en fair
le recit , & Crotalde prend de là
occafion de lui faire des réproches
fur le peu d'effort qu'il fait , pour
réfifter à fes paffions , & reprimer
fes emportemens : Il lui dit , qu'il
a fait un pareil fonge ; parceque,
pendant la veille il s'eft rempli
l'efprit d'une grandeur chimérique
, & lui débite les principes
d'une morale , que l'on n'acufera
pas de rélachement , puifqu'il veut
lui perfuader , que les actions qu'il
fait en dormant , peuvent être criminclles
, ou vertueufes , à caufe
qu'elles partent de la difpofition
·
118 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcours
qui ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper, & qu'à notre réveil ,
il ne nous restera plus , que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4° , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquiéme Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez.
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE.
119
>
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un Etranger . Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être ſe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fe jette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime. Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour recevoir
la mort que Sigifmond femble
120 LE NOUVEAU
*
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui eft arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
ni fatisfaction ni vengeance. Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni- comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 721
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à ſes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre Bafilio avance en lui difant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverfer à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eſt lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abufé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717.
L
113 LE NOUVEAU
habituelle de fon coeur. A l'occa
fion des grandeurs , dont Sigifmond
croit avoir vu une image
dans fon fonge ; il tient des difcoursqui
ne démentent pas les principes
de fa morale , & lui dit , que
les grandeurs de cette vie , n'ont
aucune réalité , que cette vie même
n'eft qu'un fonge , toujours prêt
à fe diffiper , & qu'à notre réveil ,
il ne nous reftera plus, que le fou
venir amer d'un bien dont nous avons
abufés. Le Prince frapé de
cette morale , réve un moment ,
promet de fe régler toujours fur
ces principes , & rentre dans fa
Tour. Ce qui finit l'Acte 4º , dont
je vous ai fuprimé , comme vous
voyez , la plus grande partie .
ACTE CINQUIEME.
Le cinquième Acte commence
par l'arrivée de Scaramouche ,
à la tête d'une bande de Revoltez .
Les Peuples de Pologne inftruits de
la naiffance du Prince Sigifmond ,
MERCURE. 119
viennent forcer fa prifon pour le
mertre fur le Trône , afin d'empêcher
que le Sceptre ne paffe entre
les mains d'un
Etranger. Sigifmond
les rebute d'abord , & prend
tout ce qu'il voit , pour l'illufion
d'un nouveau fonge. Il fe rend enfin
à leurs inftances , & fouffre que
l'on brife fa chaîne , il prend une
maffue dont
Scaramouche eit armé,
en difant qu'il va peut - être fe réveiller
, & fe retrouver dans les fers.
Dans ce moment Crotalde entre
& fe croyant perdu , il fejette aux
pieds de Sigifmond , qui le releve
avec bonté , & le prie de vouloir
bien l'aflifter de fes Confeils & de
fa prudence dans la guerre qu'il va
entreprendre. Crotalde lui repréfente
que c'eft contre fon pere , & contre
fon Roy qu'il va combatre , &
qu'il perira plûtôt que de fe rendre
complice de ce crime . Sigifmond
dont le coeur n'eft pas tout- à - fait
vertueux , s'emporte contre Crotal..
de , qui fe met à fes pieds pour rece
voir la mort que Sigifmond ſemble
12 LE NOUVEAU
prêt à lui donner , tenant même fa
Maffue élevée fur fa tête : mais une
reflexion fur ce qui lui est arrivé,
le rameine à la clémence ; il ordonne
à Crotalde de fe relever , d'aller
trouver le Roy , & fe dit àluimême
qu'il ne fçait , fi tout ce qu'il
voit , n'eft pas un fonge , dont l'illufion
eft prête à fe difliper à tous les
moments. Crotalde fe retire donc,
& dans le tens que Sigifmond ordonne
à fes Troupes de marcher.
Rofaura fa fille entre , & dit à Sigifmond
qu'elle implore fon fecours
contre Aftolphe , de qui elle a recû
un outrage dont elle ne peut efperer
nifatisfaction ni vengeance . Sigifmond
furpris de la vue de cette
femme , ne peut concevoir qu'-
un fonge ait tant de raport avec la
verité ; ni comment il révoit , étant
éveillé , cette même perfonne dont
la vue avoit fait tant d'impreffion
fur fon coeur dans fon dernier fonge
; & comme il fe craint lui même
& qu'il fent ce que cet objet
peut fur fon coeur , il lui répond
fans
MERCURE. 121
fans ofer la regarder , qu'il la vangera
, & fort pour aller fe mettre
à la tête de fes Troupes. Bafilio
vient fur le Théâtre , aprés que Sigifmond
en eft forty , & quelque
tems aprés , on entend la voix de Sigifmond
qui ordonne à fes Soldats
de pourfuivre & d'arrêter le Roy.
Il entre ; Bafilio avance en lui dífant
d'achever de remplir fadeftinée,
de le renverser à fes pieds , & de
fe baigner dans fon fang. Sigifmond
prend la parole , reproche à Bafilio
que c'eft lui feul qui a caufé tous
fes malheurs , & cela par les mêmes
moyens qu'il avoit choifi pour
en détourner le cours. Si ces vaines
prédictions qui vous ont abuſé ,
lui dit - il , avoient parlé de moi ,
comme d'un fils vertueux & foumis ,
comme d'un Prince moderé ; n'auriez
vous pas crû corrompre mon
naturel ? n'auriez vous pas crû Vous
oppofer à l'effet des influences , en
me donnant une éducation capable
de m'infpirer de la férocité ? Ñ'auriez
vous pas craint les reffentimens
Mars 1717. L
122 LE NOUVEA U
'un fils qui n'auroit dû vous con
fiderer que comme fon Tiran , &
non , comme fon Pere. Puifque pour
fatisfaire une crainte chimerique ,
vous l'auriez condamné à une captivité
affreufe . Sigifmond ajoûte à
ce diſcours , que fi l'âge & l'expérience
de Bafilio , ne lui ont point
apris à prévenir l'effet de ces prédictions
; c'eft à lui de faire voir
fa facilité ; en même tems il jette
fa Maffuë, & fe profternant aux pieds
de fon pere , il lui dit d'affûrer fes
jours & fon Sceptre , en lui ôtant la
vie; Bafilio attendri par ce fpectacle,
le réleve , l'embraffe , & veut lui remettre
fa Couronne . Le Prince la
refufe , en difant que ce feroit accomplir
ces Oracles impofteurs, que
de lui ôter le Sceptre il confent enfin
à partager le Thrône avec luy .
La premiére action d'autorité qu'il
fait , eft de forcer Aftolphe de réparer
l'honneur deRoſaura ; en l'époufant,
Crotalde déclare qu'elle eft
fa fille. Sigifmond donne la main
Stella , qui repete en differentes
MERCURE.
123
occafions qu'il craint à tous moments
, que ce qu'il voit , ne foit
qu'une vaine illufion , & que fe
réveillant , il ne fe trouve dans les
fers & dans la prifon ; & qu'il n'oubliera
jamais que toute notre vie n'eſt
qu'un fonge .
Voilà , Monfieur, ce que c'eſt
que la Piéce de la Vida és un Sueno ;
Si je ne vous croyois encore plus las
de lire , que je ne le fuis, d'écrire , je
vous parlerois du Sanfon , Piéce
d'un genre tout - à - fait nouveau ,
que les Italiens repréſentent avec un
fuccés prodigieux : mais je remets
cela à la premiére occafion .
Fermer
33
p. 53
AUTRE
Début :
De Traits, ni, d'Air, ni de Maniére, [...]
Mots clefs :
Manières, Père, Ressemblance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE
AUTRE
DE Traits , ni , d'Air , ni de Mas
niére,
Lesfils de Madame du Bout
Nese reffemblent point du tout :
Chacun d'eux roffemble à fon Pere.
DE Traits , ni , d'Air , ni de Mas
niére,
Lesfils de Madame du Bout
Nese reffemblent point du tout :
Chacun d'eux roffemble à fon Pere.
Fermer
34
p. 2925-2935
Tragedie de Brutus, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
La Tragédie nouvelle de Brutus, de M. de Voltaire, fut représentée à la [...]
Mots clefs :
Voltaire, Théâtre, Brutus , Titus, Vol, Homme, Père, Fille, Fils, Passion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragedie de Brutus, Extrait, [titre d'après la table]
A Tragédie nouvelle de Brutus , de
M. de Voltaire , fut repréſentée à la
Cour le Samedi 30. de ce mois , avec un
très-grand fuccès ; on la donna le lendemain
fur le Théatre François pour la neu
viéme fois , & toujours avec beaucoup
d'applaudiffemens.
La Scene de cette Piéce dont nous
avons promis de parler , fe paffe dans le
Capitole. Les principaux perfonnages font
Brutus , Conful , Titus , fon fils , & Tullie,
fille de Tarquin. Les S Sarrazin , Du
Freſne , & la Dile Du Frefne rempliffent
ces trois Rôles . Ceux de Valerius Publicola
, deuxième Conful , de Proculus , de
Meffala , Romain , conjuré dans le parti
de Tarquin , d'Aruns , Ambaffadeur du
Roi d'Etrurie , d'Albin , fon Confident,
& d'Argine , Confidente de Tullie , font
remplis par les Srs Grandval , Dubreuil ,
Montmenil , Le Grand , Berci , & la De
Jouvenot , fans parler des fix Senateurs .
, ,
La Piéce commence par une Affemblée
du Senat , où l'on introduit un Ambaffadeur
de Porfenna & de Tarquin . Ce Miniftre
remontre tout ce qu'un Royalite
II. Vol.
zelé
2926 MERCURE DE FRANCE
zelé peut dire en faveur des droits des
Souverains. Le Conful Brutus répond
tout ce qu'un Republicain rigide doit
dire pour le Peuple Romain. Il s'exprime
ainfi :
Nous avons fait , Aruns , en lui rendant hommage
,
Serment d'obéiffance , & non pas d'efclavage ,
Et puifqu'il vous fouvient d'avoir vu dans ces
lieux ,
Le Senat à fes pieds faifant pour lui des voeux ,
Songez qu'en ces lieux même , à cet Autel augufte
,
Devant ces mêmes Dieux il jura d'être juſte ;
De fon peuple & de lui tel étoit le lien.
Il nous rend nos fermens quand il trahit le fien
Et dès qu'aux loix de Rome il ofe être infidele
Rome n'eſt plus fujette , & lui ſeul eft rebelle.
Aruns.
Ah ! quand il feroit vrai que l'abfolu pouvoir
Eut entraîné Tarquin par delà fon devoir ,
Qu'il en eut trop ſuivi l'amorce enchantereffe ,
Quel homme eft fans erreur , & quel Roi fans
foibleffe ?
Eft- ce à vous de prétendre au droit de le punir ?
Vous nés tous fes Sujets , vous faits pour obéir?
Un fils ne s'arme point contre un coupable pere
Il détourne les yeux , le plaint & le revere.
II. Vol.
Les
DECEMBRE. 1730. 2927
Les droits des Souverains font - ils moins précieux
?
Nous fommes leurs enfans , leurs Jages font les
Dieux ;
Si le Ciel quelquefois les donne en fa coleré ,
N'allez pas mériter un préfent plus fevere ,
Trahir toutes les loix en voulant les vanger ,
Et renverser l'Etat au lieu de le changer .
Inftruit par le malheur
l'homme ,
› ce grand Maitre de
Tarquin fera plus jufte & plus digne de Rome ;
Vous pouvez
raffermir par un accord heureux
Des Peuples & des Rois les legitimes noeuds ,
Et faire encor fleurir la liberté publique
Sous l'ombrage facré du pouvoir Monarchique.
Brutus plein de fes fentimens refuſe la
paix au nom du Sénat , quoiqu'affiegé
par deux Rois . Le Sénat jure fur l'Autel
de Mars de ne jamais admettre les Tarquins
dans Rome ; l'Ambaffadeut jure
fur le même Autel une guerre éternelle
aux Romains. Cependant ce Miniftre demande
fierement qu'on lui remette Tullie,
fille de Tarquin , jeune Princeffe qui n'avoit
pû fe fauver de Rome dans le commencement
de la Guerre civile , & que
le Sénat faifoit élever chez la femme de
Brutus le Sénat ordonne qu'on rende à
Tarquin fa fille & tous fes biens ; & Bru-
II. Vol.
tus
2928 MERCURE DE FRANCE
tus , l'organe du Sénat , dit à ce Miniftre:
Qu'à Tarquin déformais rien ne refte en ces
lieux
Que la haine de Rome & le couroux des Dieux ;
Pour emporter au Camp l'or qu'il faut y conduire
Rome vous donne un jour , ce tems doit vous
fuffire .
Ma Maiſon cependant eſt votre fûreté &c.
Ce Miniftre ayant donc la liberté de
refter un jour dans Rome veut employer
ce tems à ruiner la liberté des Romains ;
il avoit depuis long- tems une fecrete cor
refpondance avec un Citoyen nommé
Meffala , homme adroit & intrépide ,
qui defefperant de faire fa fortune fous
le gouvernement fevere d'une Républi
que , vouloit s'élever en rappelant les Tirans.
C'eft un vrai confpirateur.
Maître de fon fecret , & maître de lui-même ,
Impenetrable & calme en fa fureur extrême ;
Il a déja gagné quelques amis ; mais ,
dit- il , à l'Ambaffadeur :
Ne prétendez pas
Qu'en aveugles Sujets ils fervent des ingrats ;
Ils ne fe piquent point du devoir fanatique
De fervir de victime au pouvoir defpotique ,
II. Vol.
Ni
DECEMBRE. 1730. 2929.
Ni du zele inſenſé de courir au trépas
Pour venger un Tiran qui ne les connoît pas.
Tarquin promet beaucoup ; mais devenu leur
maître ,
Il les oublira tous , ou les craindra peut -être :
Je connois trop les Grands dans le malheur
amis ,
;
Ingrats dans la fortune , & bientôt ennemis..
Nous fommes de leur gloire un inftrument fervile
Rejetté par dédain dès qu'il eft inutile ,
Et brifé fans pitié s'il devient dangereux.
Meffala avoit befoin d'un Chef digne
de pareils conjurés , affez illuftre par fa
naiffance pour le faire obéir , affez.courageux
pour faire réuffir l'entreprife ,
affez hardi même pour forcer le Roi ,
Même après le fuccés à leur tenir la foi.
Titus , fils du Conful Brutus , jeune
homme impétueux dans fes défirs , qui
venoit de triompher des deux Rois , mais
qui n'avoit pû obtenir le Confulat , pa-'
roit à ces deux conjurés un homme propre
à mettre à la tête de leur parti . Titus,
à la verité , aime tendrement Rome &
fon
pere ; il eft le plus grand ennemi des
Rois , il adore la liberté , mais il eft piqué
contre le Sénat ; & Meffala a découvert
qu'il a depuis long- tems une paſſion fu-
II. Vol.
rieufe
29 30 MERCURE DE FRANCE
rieule
pour la fille de Tarquin : Titus a
été jufqu'à préfent le maître de fa paffion ;
mais il y peut fuccomber. Meffala ajoute :
Dans le champ de la gloire il ne fait que d'en
trer ,
Il y marche en aveugle , on l'y peut égarer ;
La bouillante Jeuneffe eft facile à féduire .
Cependant Tullie , cette fille de Tarquin
, nourriffoit depuis long- tems une
inclination fecrette pour le jeune Titus ;
elle vouloit haïr l'ennemi de fon pere &
le fils de Brutus ; mais elle l'aimoit d'autant
plus , qu'il ne fouffroit plus qu'il pa-.
rut en fa préfence depuis que la Guerre
étoit déclarée . Ainfi Titus & Tullie s'adorant
l'un l'autre , & n'ofant fe voir
combattoient en fecret leur paffion . Enfin
le moment arrive qui doit les féparer
pour jamais ; alors Titus entraîné malgré
lui vers Tullie , vient pour lui dire un
éternel adieu , & l'aveu de fon amour lui
échape .
Ce feu que jufqu'alors il avoit fçû contraindre
S'irrite en s'échapant , & ne peut plus s'éteindre
L'adroit Ambaffadeur qui fçait bientôt
à quelles agitations Titus eft livré , faifit
ces momens pour tenter fa fidelité ; il
oppofe tous les artifices à la hauteur im
II. Vol. pétueufe
DECEMBRE. 1730. 2931
pétueufe de Titus ; il lui repréfente la
trifte feverité d'une République & tous
les charmes d'une Cour , il effaye de
l'attendrir pour Tarquin ; enfin il lui dit
que Tarquin avoit autrefois le deffein de
lui donner fa fille Tullie en mariage.
L'Ambaffadeur en lui parlant ainfi , obferve
attentivement l'émotion involontaire
du jeune Romain. Meffala , ce Chef
de conjurés , vient encore envenimer la
bleffure de Titus. L'Ambaffadeur fait plus,
il a découvert la paffion de Tullie , & il
veut s'en fervir pour fes deffeins. Oui ,
dit il ,
N'attendons des humains rien que par leur foibleffe.
Il ne perd point de tems , il envoye
un homme fûr au Camp de Tarquin ; ce
Courrier rapporte une Lettre du Roi ;
l'Ambaffadeur donne la Lettre à la Princeffe
: elle lit , elle voit avec furpriſe que
fon pere lui permet
de refufer le Roi de
Ligurie qu'elle devoit époufer , & que
c'eft à Titus qu'il la deftine ; qu'en un
mot il ne tient qu'à Titus de rappeler
Tarquin , de regner avec lui & d'époufer
Tullie. Cette Princeffe à la lecture de
cette Lettre eft partagée entre le trouble
& la joye , entre la défiance & l'efpoir ;
l'Ambafladeur la raffure & l'encourage ;
ĮI. Ful
1
2932 MERCURE DE FRANCE
il lui dit que Titus eft déja ébranlé , qu'il
eft prêt à relever le Trône de Tarquin
qu'un mot de la bouche va tout achever.
La jeune Princeffe pleine de l'efperance
de rétablir fon pere & d'être unie avec
fon Amant , envoye chercher Titus , lui
fait lire cette Lettre ; mais quelle furprife
& quelle douleur pour elle ! Titus
eft penetré d'horreur à l'afpect de ce billet
de Tarquin , par lequel on lui propoſe de
trahir Brutus & Rome. Son Amante s'écrie
:
Infpirez -lui , grands Dieux , le parti qu'il doit
prendre.
Mon choix eft fait.
Titus.
Tullie.
Eh bien ! crains -tu de me l'apprendre ♣
Parle , ofe mériter ta grace ou mon courroux ;
Quel fera ton deftin ?
Titus.
D'être digne de vous ,
Digne encor de moi-même , à Rome encor fidele
,
Brulant
d'amour
pour
vous , de
combattre
pour
elle ,
D'adorer vos vertus , mais de les imiter ,
De vous perdre , Madame , & de yous mériter &c.
II. Vol
Ац
DECEMBRE. 1730. 2933-
Au milieu de cette conteftation douloureuſe
, Brutus arrive , & dit à Tullie
qu'il faut partir ; déja même il l'emmene.
Titus defefperé arrête un moment l'Ambaffadeur
qui feint de vouloir partir , &
qui jouir tranquilement du trouble affreux
de cet Amant ; Titus lui demande
un moment d'entretien , & le prie de
retarder le départ d'une heure. C'eſt pendant
ce court efpace de tems que Meffala
fe découvre enfin à Titus , c'eft alors qu'il
lui apprend que Tiberinus , fon propre
frere
,
eft de la conjuration . Titus fe
trouve réduit à être le délateur ou le
complice de fon frere. Dans ce moment
même l'Ambaffadeur lui fait dire que
Tullie l'attend ; il parle à Tullie pour la
derniere fois , & c'est là que cedant à fa
paffion , penetré d'amour , d'horreur &
de remords , & fe trouvant dans le cas
de dire : Video meliora proboque , deteriora
fequor , il dit à Tullie :
› Eh hien , cruelle , il faut vous fatisfaire ;
Le crime en eft affreux ; mais j'y cours pour vous
plaire ;
D
t plus malheureux que dans ma paffion ;
Mon coeur n'a pour excufe aucune illufion ,
Que je ne goute point dans ce défordre extrême
Le trifte & vain plaifir de me tromper moimême
,
11. Vol, Que
2934 MERCURE DE FRANCE
Que l'amour aux forfaits me force de voler ,
Que vous m'avez vaincu fans pouvoir m'aveugler
,
Et qu'encor indigné de l'ardeur qui m'anime ,
Je chéris la vertu , mais j'embraffe le crime .
Haiffez-moi , fuyez , quittez un malheureux
Qui meurt d'amour pour vous , & detefte ſes
feux & c .
A peine Titus emporté par tant de paſfions
a -t'il promis de trahir Rome , que
Brutus inftruit qu'on doit donner un affaut
la nuit même,vient remettre le commandement
de la Ville de la part du
Sénat entre les mains de Titus même ; le
defeſpoir de Titus augmente à cette marque
de confiance ; une cruelle irréfolution
l'agite ; fon pere en eft étonné ; mais
dans le moment même le fecond Conful
annonce à Brutus que l'on confpire . On
n'a encore que des foupçons , & ces foupçons
ne tombent point fur les fils de Brutus.
On affemble le Sénat ; l'Ambaffadeur
y vient rendre compte de fa conduite
; Brutus le renvoye avec mépris &
avec horreur. On renouvelle les fermens
de punir fans remiffion quiconque auroit
confpiré en faveur des Rois ; Brutus qui
fait ce ferment eft bien éloigné de croire
fes Enfans coupables ; il apprend au milieu
du Sénat même que Tiberinus eft un
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1730. 2935
des conjurés ; l'inftant d'après il apprend
que fon cher fils Titus , le Deffenfeur de
Rome , eft le Chef de la Confpiration .
Tiberinus eft tué en fe deffendant , avec
quelques complices . Titus qui avoit horreur
d'un crime qu'il n'avoit pas même
confommé , & dont il n'avoit été coupable
qu'un inftant , vient s'accuſer devant
fon Pere ; Brutus qui l'aime tendrement
le condamne à la mort en pleurant , &
Titus reçoit fon Arrêt en grand Homme.
Tullie defefperée ſe tuë . Ainfi finit cette
Piéce que l'on regarde dans Paris comme
l'Ouvrage Dramatique que M. de Voltaire
ait le mieux écrit , mais qui exige
une grande execution , extrêmement difficile
& neceffaire , pour avoir un long
fuccès au Théatre.
M. de Voltaire , fut repréſentée à la
Cour le Samedi 30. de ce mois , avec un
très-grand fuccès ; on la donna le lendemain
fur le Théatre François pour la neu
viéme fois , & toujours avec beaucoup
d'applaudiffemens.
La Scene de cette Piéce dont nous
avons promis de parler , fe paffe dans le
Capitole. Les principaux perfonnages font
Brutus , Conful , Titus , fon fils , & Tullie,
fille de Tarquin. Les S Sarrazin , Du
Freſne , & la Dile Du Frefne rempliffent
ces trois Rôles . Ceux de Valerius Publicola
, deuxième Conful , de Proculus , de
Meffala , Romain , conjuré dans le parti
de Tarquin , d'Aruns , Ambaffadeur du
Roi d'Etrurie , d'Albin , fon Confident,
& d'Argine , Confidente de Tullie , font
remplis par les Srs Grandval , Dubreuil ,
Montmenil , Le Grand , Berci , & la De
Jouvenot , fans parler des fix Senateurs .
, ,
La Piéce commence par une Affemblée
du Senat , où l'on introduit un Ambaffadeur
de Porfenna & de Tarquin . Ce Miniftre
remontre tout ce qu'un Royalite
II. Vol.
zelé
2926 MERCURE DE FRANCE
zelé peut dire en faveur des droits des
Souverains. Le Conful Brutus répond
tout ce qu'un Republicain rigide doit
dire pour le Peuple Romain. Il s'exprime
ainfi :
Nous avons fait , Aruns , en lui rendant hommage
,
Serment d'obéiffance , & non pas d'efclavage ,
Et puifqu'il vous fouvient d'avoir vu dans ces
lieux ,
Le Senat à fes pieds faifant pour lui des voeux ,
Songez qu'en ces lieux même , à cet Autel augufte
,
Devant ces mêmes Dieux il jura d'être juſte ;
De fon peuple & de lui tel étoit le lien.
Il nous rend nos fermens quand il trahit le fien
Et dès qu'aux loix de Rome il ofe être infidele
Rome n'eſt plus fujette , & lui ſeul eft rebelle.
Aruns.
Ah ! quand il feroit vrai que l'abfolu pouvoir
Eut entraîné Tarquin par delà fon devoir ,
Qu'il en eut trop ſuivi l'amorce enchantereffe ,
Quel homme eft fans erreur , & quel Roi fans
foibleffe ?
Eft- ce à vous de prétendre au droit de le punir ?
Vous nés tous fes Sujets , vous faits pour obéir?
Un fils ne s'arme point contre un coupable pere
Il détourne les yeux , le plaint & le revere.
II. Vol.
Les
DECEMBRE. 1730. 2927
Les droits des Souverains font - ils moins précieux
?
Nous fommes leurs enfans , leurs Jages font les
Dieux ;
Si le Ciel quelquefois les donne en fa coleré ,
N'allez pas mériter un préfent plus fevere ,
Trahir toutes les loix en voulant les vanger ,
Et renverser l'Etat au lieu de le changer .
Inftruit par le malheur
l'homme ,
› ce grand Maitre de
Tarquin fera plus jufte & plus digne de Rome ;
Vous pouvez
raffermir par un accord heureux
Des Peuples & des Rois les legitimes noeuds ,
Et faire encor fleurir la liberté publique
Sous l'ombrage facré du pouvoir Monarchique.
Brutus plein de fes fentimens refuſe la
paix au nom du Sénat , quoiqu'affiegé
par deux Rois . Le Sénat jure fur l'Autel
de Mars de ne jamais admettre les Tarquins
dans Rome ; l'Ambaffadeut jure
fur le même Autel une guerre éternelle
aux Romains. Cependant ce Miniftre demande
fierement qu'on lui remette Tullie,
fille de Tarquin , jeune Princeffe qui n'avoit
pû fe fauver de Rome dans le commencement
de la Guerre civile , & que
le Sénat faifoit élever chez la femme de
Brutus le Sénat ordonne qu'on rende à
Tarquin fa fille & tous fes biens ; & Bru-
II. Vol.
tus
2928 MERCURE DE FRANCE
tus , l'organe du Sénat , dit à ce Miniftre:
Qu'à Tarquin déformais rien ne refte en ces
lieux
Que la haine de Rome & le couroux des Dieux ;
Pour emporter au Camp l'or qu'il faut y conduire
Rome vous donne un jour , ce tems doit vous
fuffire .
Ma Maiſon cependant eſt votre fûreté &c.
Ce Miniftre ayant donc la liberté de
refter un jour dans Rome veut employer
ce tems à ruiner la liberté des Romains ;
il avoit depuis long- tems une fecrete cor
refpondance avec un Citoyen nommé
Meffala , homme adroit & intrépide ,
qui defefperant de faire fa fortune fous
le gouvernement fevere d'une Républi
que , vouloit s'élever en rappelant les Tirans.
C'eft un vrai confpirateur.
Maître de fon fecret , & maître de lui-même ,
Impenetrable & calme en fa fureur extrême ;
Il a déja gagné quelques amis ; mais ,
dit- il , à l'Ambaffadeur :
Ne prétendez pas
Qu'en aveugles Sujets ils fervent des ingrats ;
Ils ne fe piquent point du devoir fanatique
De fervir de victime au pouvoir defpotique ,
II. Vol.
Ni
DECEMBRE. 1730. 2929.
Ni du zele inſenſé de courir au trépas
Pour venger un Tiran qui ne les connoît pas.
Tarquin promet beaucoup ; mais devenu leur
maître ,
Il les oublira tous , ou les craindra peut -être :
Je connois trop les Grands dans le malheur
amis ,
;
Ingrats dans la fortune , & bientôt ennemis..
Nous fommes de leur gloire un inftrument fervile
Rejetté par dédain dès qu'il eft inutile ,
Et brifé fans pitié s'il devient dangereux.
Meffala avoit befoin d'un Chef digne
de pareils conjurés , affez illuftre par fa
naiffance pour le faire obéir , affez.courageux
pour faire réuffir l'entreprife ,
affez hardi même pour forcer le Roi ,
Même après le fuccés à leur tenir la foi.
Titus , fils du Conful Brutus , jeune
homme impétueux dans fes défirs , qui
venoit de triompher des deux Rois , mais
qui n'avoit pû obtenir le Confulat , pa-'
roit à ces deux conjurés un homme propre
à mettre à la tête de leur parti . Titus,
à la verité , aime tendrement Rome &
fon
pere ; il eft le plus grand ennemi des
Rois , il adore la liberté , mais il eft piqué
contre le Sénat ; & Meffala a découvert
qu'il a depuis long- tems une paſſion fu-
II. Vol.
rieufe
29 30 MERCURE DE FRANCE
rieule
pour la fille de Tarquin : Titus a
été jufqu'à préfent le maître de fa paffion ;
mais il y peut fuccomber. Meffala ajoute :
Dans le champ de la gloire il ne fait que d'en
trer ,
Il y marche en aveugle , on l'y peut égarer ;
La bouillante Jeuneffe eft facile à féduire .
Cependant Tullie , cette fille de Tarquin
, nourriffoit depuis long- tems une
inclination fecrette pour le jeune Titus ;
elle vouloit haïr l'ennemi de fon pere &
le fils de Brutus ; mais elle l'aimoit d'autant
plus , qu'il ne fouffroit plus qu'il pa-.
rut en fa préfence depuis que la Guerre
étoit déclarée . Ainfi Titus & Tullie s'adorant
l'un l'autre , & n'ofant fe voir
combattoient en fecret leur paffion . Enfin
le moment arrive qui doit les féparer
pour jamais ; alors Titus entraîné malgré
lui vers Tullie , vient pour lui dire un
éternel adieu , & l'aveu de fon amour lui
échape .
Ce feu que jufqu'alors il avoit fçû contraindre
S'irrite en s'échapant , & ne peut plus s'éteindre
L'adroit Ambaffadeur qui fçait bientôt
à quelles agitations Titus eft livré , faifit
ces momens pour tenter fa fidelité ; il
oppofe tous les artifices à la hauteur im
II. Vol. pétueufe
DECEMBRE. 1730. 2931
pétueufe de Titus ; il lui repréfente la
trifte feverité d'une République & tous
les charmes d'une Cour , il effaye de
l'attendrir pour Tarquin ; enfin il lui dit
que Tarquin avoit autrefois le deffein de
lui donner fa fille Tullie en mariage.
L'Ambaffadeur en lui parlant ainfi , obferve
attentivement l'émotion involontaire
du jeune Romain. Meffala , ce Chef
de conjurés , vient encore envenimer la
bleffure de Titus. L'Ambaffadeur fait plus,
il a découvert la paffion de Tullie , & il
veut s'en fervir pour fes deffeins. Oui ,
dit il ,
N'attendons des humains rien que par leur foibleffe.
Il ne perd point de tems , il envoye
un homme fûr au Camp de Tarquin ; ce
Courrier rapporte une Lettre du Roi ;
l'Ambaffadeur donne la Lettre à la Princeffe
: elle lit , elle voit avec furpriſe que
fon pere lui permet
de refufer le Roi de
Ligurie qu'elle devoit époufer , & que
c'eft à Titus qu'il la deftine ; qu'en un
mot il ne tient qu'à Titus de rappeler
Tarquin , de regner avec lui & d'époufer
Tullie. Cette Princeffe à la lecture de
cette Lettre eft partagée entre le trouble
& la joye , entre la défiance & l'efpoir ;
l'Ambafladeur la raffure & l'encourage ;
ĮI. Ful
1
2932 MERCURE DE FRANCE
il lui dit que Titus eft déja ébranlé , qu'il
eft prêt à relever le Trône de Tarquin
qu'un mot de la bouche va tout achever.
La jeune Princeffe pleine de l'efperance
de rétablir fon pere & d'être unie avec
fon Amant , envoye chercher Titus , lui
fait lire cette Lettre ; mais quelle furprife
& quelle douleur pour elle ! Titus
eft penetré d'horreur à l'afpect de ce billet
de Tarquin , par lequel on lui propoſe de
trahir Brutus & Rome. Son Amante s'écrie
:
Infpirez -lui , grands Dieux , le parti qu'il doit
prendre.
Mon choix eft fait.
Titus.
Tullie.
Eh bien ! crains -tu de me l'apprendre ♣
Parle , ofe mériter ta grace ou mon courroux ;
Quel fera ton deftin ?
Titus.
D'être digne de vous ,
Digne encor de moi-même , à Rome encor fidele
,
Brulant
d'amour
pour
vous , de
combattre
pour
elle ,
D'adorer vos vertus , mais de les imiter ,
De vous perdre , Madame , & de yous mériter &c.
II. Vol
Ац
DECEMBRE. 1730. 2933-
Au milieu de cette conteftation douloureuſe
, Brutus arrive , & dit à Tullie
qu'il faut partir ; déja même il l'emmene.
Titus defefperé arrête un moment l'Ambaffadeur
qui feint de vouloir partir , &
qui jouir tranquilement du trouble affreux
de cet Amant ; Titus lui demande
un moment d'entretien , & le prie de
retarder le départ d'une heure. C'eſt pendant
ce court efpace de tems que Meffala
fe découvre enfin à Titus , c'eft alors qu'il
lui apprend que Tiberinus , fon propre
frere
,
eft de la conjuration . Titus fe
trouve réduit à être le délateur ou le
complice de fon frere. Dans ce moment
même l'Ambaffadeur lui fait dire que
Tullie l'attend ; il parle à Tullie pour la
derniere fois , & c'est là que cedant à fa
paffion , penetré d'amour , d'horreur &
de remords , & fe trouvant dans le cas
de dire : Video meliora proboque , deteriora
fequor , il dit à Tullie :
› Eh hien , cruelle , il faut vous fatisfaire ;
Le crime en eft affreux ; mais j'y cours pour vous
plaire ;
D
t plus malheureux que dans ma paffion ;
Mon coeur n'a pour excufe aucune illufion ,
Que je ne goute point dans ce défordre extrême
Le trifte & vain plaifir de me tromper moimême
,
11. Vol, Que
2934 MERCURE DE FRANCE
Que l'amour aux forfaits me force de voler ,
Que vous m'avez vaincu fans pouvoir m'aveugler
,
Et qu'encor indigné de l'ardeur qui m'anime ,
Je chéris la vertu , mais j'embraffe le crime .
Haiffez-moi , fuyez , quittez un malheureux
Qui meurt d'amour pour vous , & detefte ſes
feux & c .
A peine Titus emporté par tant de paſfions
a -t'il promis de trahir Rome , que
Brutus inftruit qu'on doit donner un affaut
la nuit même,vient remettre le commandement
de la Ville de la part du
Sénat entre les mains de Titus même ; le
defeſpoir de Titus augmente à cette marque
de confiance ; une cruelle irréfolution
l'agite ; fon pere en eft étonné ; mais
dans le moment même le fecond Conful
annonce à Brutus que l'on confpire . On
n'a encore que des foupçons , & ces foupçons
ne tombent point fur les fils de Brutus.
On affemble le Sénat ; l'Ambaffadeur
y vient rendre compte de fa conduite
; Brutus le renvoye avec mépris &
avec horreur. On renouvelle les fermens
de punir fans remiffion quiconque auroit
confpiré en faveur des Rois ; Brutus qui
fait ce ferment eft bien éloigné de croire
fes Enfans coupables ; il apprend au milieu
du Sénat même que Tiberinus eft un
II. Vol.
des
DECEMBRE . 1730. 2935
des conjurés ; l'inftant d'après il apprend
que fon cher fils Titus , le Deffenfeur de
Rome , eft le Chef de la Confpiration .
Tiberinus eft tué en fe deffendant , avec
quelques complices . Titus qui avoit horreur
d'un crime qu'il n'avoit pas même
confommé , & dont il n'avoit été coupable
qu'un inftant , vient s'accuſer devant
fon Pere ; Brutus qui l'aime tendrement
le condamne à la mort en pleurant , &
Titus reçoit fon Arrêt en grand Homme.
Tullie defefperée ſe tuë . Ainfi finit cette
Piéce que l'on regarde dans Paris comme
l'Ouvrage Dramatique que M. de Voltaire
ait le mieux écrit , mais qui exige
une grande execution , extrêmement difficile
& neceffaire , pour avoir un long
fuccès au Théatre.
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Résumé : Tragedie de Brutus, Extrait, [titre d'après la table]
La pièce 'Brutus' de Voltaire a été représentée à la Cour le 30 décembre avec un grand succès, puis au Théâtre Français le lendemain pour la neuvième fois, toujours avec beaucoup d'applaudissements. L'action se déroule au Capitole de Rome et met en scène Brutus, consul, Titus, son fils, et Tullie, fille de Tarquin. Les rôles principaux sont interprétés par les acteurs Sarrazin, Du Fresne, et la Dile Du Fresne. La pièce commence par une assemblée du Sénat où un ambassadeur de Porfenna et de Tarquin défend les droits des souverains. Brutus répond en faveur du peuple romain, affirmant que le serment d'obéissance ne signifie pas esclavage. L'ambassadeur argue que les droits des souverains sont précieux et que les Romains doivent obéir. Brutus refuse la paix au nom du Sénat et jure de ne jamais admettre les Tarquins à Rome. L'ambassadeur demande la remise de Tullie, et le Sénat accepte de la rendre ainsi que ses biens. Meffala, un citoyen romain, correspond secrètement avec l'ambassadeur pour ruiner la liberté des Romains. Il cherche un chef pour sa conjuration et choisit Titus, fils de Brutus, qui est impétueux et jaloux du Sénat. Titus aime Tullie, et est tenté par l'ambassadeur et Meffala de trahir Rome. Tullie, de son côté, aime Titus malgré elle. L'ambassadeur tente de séduire Titus en lui offrant le trône de Tarquin et la main de Tullie. Après une lutte intérieure, Titus décide de rester fidèle à Rome. Brutus, informé d'une conjuration, découvre que Titus et son frère Tiberinus en font partie. Tiberinus est tué en se défendant, et Titus, après avoir avoué son crime, est condamné à mort par son père. Tullie, désespérée, se suicide. La pièce est considérée comme l'œuvre dramatique la plus réussie de Voltaire, mais elle nécessite une grande maîtrise pour être bien interprétée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 265-274
ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
Début :
Ce n'est point en ces Vers, cher Lecteur, que j'aspire [...]
Mots clefs :
Vers, Pleurs, Père, Mort, Tombe, Douleur
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
ODE
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
A M. des Landes , Contrôleur General
de la Marine, à Brest , et de l'Academie
Royale des Sciences. Par Mlle. de Mal
crais dela Vigne,surla Mort de son Pere,
Maire Doyen de la Ville du Croisic en
Bretagne.
E n'est point en ces Vers , cher Lecteur , que Cj'aspire
Aux applaudissemens ;
J'en veux à ta pitié , plains avec moi , soûpire
L'excès de mes tourmens,
Que du Scythe inhumain la fierté s'adoucisse ,
En entendant ines cris.
Rendons , comme autrefois fit l'Epoux d'Euridice ;
Les Rochers attendris.
Sortez , sanglots, enfans de ma pieuse flamme ;
Parlez , vives douleurs ;
Et laissez à mes yeux pour soulager mon ame
La liberté des pleurs.
Coulez
266 MERCURE DE FRANCE
Coulez, larmes , soyez desormais mon breuvage ,
Soupirs , soyez mon pain ;
Conduis moi, desespoir , en quelque Antre sauvage ,
Ou je trouve ma fin.
MonPere est mort ! ô jour ! ô déplorable Aurore
D'un Soleil malheureux !
Il est mort... sort barbare ! et je respire encore
Après ce coup affreux !
Approche, ô fier trépas ! répands sur ma pauz
piere ,
Tes pavots éternels ;
Et bornant pour toûjours ma fatale carrière ,
Finis mes maux cruels.
Frappe , ô Mort ! qu'attends- tu ? quoi ? ton bras
s'intimide ,
Et recule aujourd'hui !
Je ne puis provoquer ta rigueur parricide ,
A me rejoindre à lui !
Mais où vais- je ! où m'emporte , en forçant tout
obstacle ,
Un vol prodigieux e
Qu'ap-
FEVRIER 1132. 267
Qu'apperçois-je ! ou fuirai-je ! un terrible spec- tacle ,
રે
Se dévoile à mes yeux.
諾
J'erre à pas chancelans dans une Forêt sombre
Tout m'y glace d'effroi ;
Des Spectres mutilez,des fantômes sans nombre,
Marchent autour de moi.
Le terrain n'y produit que de nuisibles Plantes ,
Que de tristes Ciprès ;
De pleurs mêlez de sang ,
tantes ,
les branches degouPoussent de longs regrets.
Des flambeaux attachez à ces arbres funebres ,
Font le jour qui me luit ;
Flambeaux dont la vapeur épaissit les tenebres,
Jour plus noir que la nuit.
來
Un Fleuve empoisonné roule ses eaux plaintives ,
Sur de froids ossemens.
Des Corbeaux affamez font retentir les Rives ,
De leurs croassemens.
Que d'objets effrayans ! desDragons à trois têtes !
Des
268 MERCURE DE FRANCE
Des Lions en fureur !
Accourez , hâtez - vous , vos dents sont - elles
prêtes ,
A déchirer mon cœur ?
來
Faites , Monstres cruels , d'horribles funerailles
A mon corps par morceaux.
Que vos ongles tranchans cherchent dans mes
entrailles ,
La source de mes maux.
Qu'ai-je dit ? ô douleur ! ô plainte criminelle
O transport furieux !
Coupable desespoir , ma volonté tend- elle
A résister aux Dieux ?
Un sort magique a-t'il dans mon ame affligée ,}
Distilé du poison ?
Daignez, Dieux, qui l'avez dans la douleur plongée ,
La rendre à la raison.
Tout Mortel pour franchir les écueils de ce
monde,
Doit passer par la mort.
De-
FEVRIER. 1732. 269
Devrois-je donc gémir , qu'ici bas vagabonde ,
Sa Barque fut au Port ?
Admis dans ces Palais d'éternelle structure
Au nombre des Elus ,
Il voit avec dédain des pleurs que la Nature ;
A pour lui répandus.
M
Chere Ombre , excuse-moi , mes pleurs, s'ils sont
des crimes ,
Sont dignes de pitié.
Ouvre-toi toute entiere aux tributs légitimęs
De ma pure amitié.
Peut-on bannir si-tôt de sa perte subite
Le souvenir cuisant ?
Je le voi , je lui parle , et son rare mérite
Nuit et jour m'est present.
諾
Sçavant, ingenieux , l'agrément et la gloire
De la Societé ,
Il citoit à propos , et la Fable et l'Histoire
Avec fruit écouté.
Il possedoit des Loix , la connoissance utile ;
D Mais
270 MERCURE DE FRANCE
Mais desinteressé ,
C'étoit pour secourir la Veuve et le Pupile ,
Et le pauvre oppressé.
諾
Aux devoirs d'honnête homme il fut toujours
fidelle ,
Excellent Citoyen ,
Il aima sa Patrie , et prodigua pour elle,
Et son temps et son bien.
Il laisse à treize enfans , quatre sœurs et neuf
frcres ,
De petits revenus.
Heureux ! s'ils heritoient des talens non vule
gaires ,
Qu'ils ont en lui connus.
來
La plupart de ses fils sont en butte à Neptune
Sur les flots en courroux ,
Sans être encore instruits de la dure infortune
Qui nous accable tous.
Combien à leur retour tu paroîtras deserte ,
Maison de nos Ayeux !
Quel déluge de pleurs , apprenant notreperte,
Va sortir de leurs yeux.
Je
FEVRIER. 1732. 271
Je les voi , les voilà .... quel abord ... quel silence ....
A l'aspect de ce deüil !
Quels regards ? quels baisers ? mon Pere ! ah leur
presence ,
Nous rouvre ton Cercueil.
Mais quel autre accident de vos larmes ameres, "
Fait grossir le Torrent ?
Je languis , prononcez , ah mes sœurs ! ah mes freres !
Tout mon cœur le pressent.
Qu'ai-je entendu ! monfrere aux Côtes Libiennes
A trouvé le trépas.
Faut-il malheur fatal que jamais tu ne viennes ,
Sans un autre ici bas ?
Il voloit sur les eaux aux pénibles richesses ,
Projet flatteur et vain !
La fortune et la mort, ces aveugles Déesses ;
Se tenoient par la main.
讚
De la Mort en fureur , rentre , terrible épée ,
* Il étoit Capitaine en second sur la Frégate ,
Entreprenante de Bayonne.
Dij Dans
272 MERCURE DE FRANCE
Dans ton sanglant fourreau ;
D'un sang cheri ta lame étoit assez trempée ,
Sans ce meurtre nouveau.
Hâte-toi , Dieu puissant , ma Mere est fou
droyée ,
Si bien-tôt tu n'accours ,
Elle use en soupirant , dans ses larmes noyée ,
Et les nuits et les jours.
M
Son seizième Printemps sous le joug d'Himenée;
Vit son cœur captivé.
Duplus fidele Epoux , sa cinquantiéme année
L'a pour toujours privé.
*
Son amour maternel détacha sa jeunesse
Des differens plaisirs ;
Notre éducation anima sa tendresse ;
Et borna ses desirs,
Depuis elle a vécu dévote et séparée ,
Des terrestres Mortels ,
Où dans son domestique humblement retirée
Ou priant aux Autels,
Mort, veux-tu la ravir ? tout notre espoir suce combe,
FEVRIER 1732 273
Sous tes coups triomphans.
Enferme donc encore en une même tombe,
La Mere et les Enfans.
Non , mes cris ont percé l'étincelante voute
Ou s'assied le Seigneur.
D'un regard pitoyable il me voit , il écoute,
Ma sincere douleur.
Des jours par le Très- Haut , sont promis à ma
Mere ,
Longs , tranquiles , heureux.
l' sçait , lui qui sçait tout , combien sa vie est chere ,
A ses enfans nombreux.
Ses Brebis répondront autour d'elle amassées,"
A son tendre travail ;
Et, le Pasteur frappé , loin d'être dispersées j´
Resteront au Bércail.
M
Deslandes, je t'appris le sujet de mes larmes ,
Tu
sus les partager ;
Et le poids accablant de mes fortes allarmes;
M'en parut plus leger.
D iij Ton
274 MERCURE DE FRANCE
Ton esprit délicat , poli , docte , sublime ;
A ton nom fait honneur ;
Mais sur tout , cher ami , je cultive et j'estime
La bonté de ton cœur.
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Résumé : ODE A M. des Landes, Contrôleur General de la Marine, à Brest, et de l'Academie Royale des Sciences. Par Mlle. de Malcrais de la Vigne, sur la Mort de son Pere, Maire Doyen de la Ville du Croisic en Bretagne.
L'ode est un poème écrit par Mlle de Malcrais de la Vigne en mémoire de son père, le maire doyen de la ville du Croisic en Bretagne. Le texte exprime la douleur intense de la poétesse face à la perte de son père, qu'elle décrit comme un homme savant, ingénieux et dévoué à sa famille et à sa patrie. Elle évoque son désespoir et son désir de rejoindre son père dans la mort, tout en étant terrassée par des visions effrayantes. Le poème détaille également les qualités de son père, son engagement envers les lois et les nécessiteux, ainsi que son amour pour sa patrie. La poétesse mentionne que son père laisse derrière lui treize enfants, quatre sœurs et neuf frères, dont plusieurs sont en mer et ignorent encore la tragédie. Elle apprend également la mort de son frère, capitaine sur une frégate, victime de la fureur de la mort. Elle implore Dieu de protéger sa mère, veuve depuis peu, et de lui accorder une longue vie heureuse. Enfin, elle adresse ses remerciements à M. des Landes, Contrôleur Général de la Marine et membre de l'Académie Royale des Sciences, pour son soutien et sa compassion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 899-902
HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
Début :
Filles cruellement fidelles, [...]
Mots clefs :
Époux, Père, Danaüs, Danaïdes, Hymen
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texteReconnaissance textuelle : HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
HIPERMNESTRE..
CANTATE.
Par Mile DE MALCRAIS DE LA VIGNE
du Croisic en Bretagne.
UNa de multis face nuptiali ,
Digna perjurum fuit in Parentem,
Splendide mendax , et in omne Virgo ,
Nobilis ovum.
Hor. liv. 3. Od. II.
Filles cruellement fidelles ,
A leur Pere , aveuglé d'un perfide couroux...
Les Danaïdes criminelles ,
Dans les bras du sommeil , immoloient leurs
Epoux.
La seule Amante de Lincée ,
Ecoutoit son amour , et consultoit sa foy ,'
Mais Danaus , Vengeur , s'offrant à sa pensée ,
En excitant son bras , la remplissoit d'effroi.
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar rare ,
Hymen , allumas- tu tes feux ? .
Qu'a
338173
900 MERCURE DE FRANCE
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare
Qui mérite un trépas affreux ?-
Soleil , demeure au sein de l'Onde ;
Frémis d'éclairer nos forfaits ;
Epargne ce spectable au monde ;
Eteins tes rayons pour jamais..
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar♣
tare ,
Hymen, allumas- tu tes feux ?.
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare,
Qui mérite un trépas affreux ?
Sa main pour le percer , trois fois est suspen duë ;
Trois fois ne sçachant où frapper ,
Sa main d'elle- même abbattuë ,
Laisse le Poignard s'échapper.
Pâle , tremblante , irrésoluë ,
Retombant sur son lit , qu'elle arrose de pleurs
Elle addresse ces mots à l'objet qui la tuë,
Auprès d'elle endormi , sans prévoir ses mal- heurs.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie
Quelle:
MA Y. 1732. 901
Quelle est la rigueur de mon sort ?
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort..
Ah ! plutôt , infléxible Pere ,
De cent coups , ouvre moi le flanc ;;
Que seule au moins je dégénere
De ta fureur, à t'abreuver de
>
sang.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie ,
Quelle est la rigueur de mon sort è;
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort.
Mais ôtransport , dit-elle , & discours inutile
Que je tarde à délibérer !
Ouvre les yeux , fuis , cours ,
quelque azyle ,
cherche au loin
Profite de la nuit tranquille ;
Nous nous perdons tous deux à différer ,
Devançant le retour de la rapide Aurore ,
Mon Pere furieux et mes parjures sœurs ,
Viendront des crimes que j'abhorre ;
Consommer dans ton sang les infames noir ceurs. 1
Qu'attens, tu , cher Epoux adieu , reçois en core
Cet
902 MERCURE DE FRANCE
Ces avides baisers. , ces trop courtes douceurs.››
Pars donc , et pour faveur derniere ,
Pour prix de t'avoir conservé ,
Souviens- toi d'une Epouse à toy seul toute end tiere ,
Qui s'expose au péril dont elle t'a sauvé.
Hymen , combien ta puissance
Produit de nobles effets ;
Quand l'Amour d'intelligence ,.,
Serre les noeuds que tu fais !
Mais quand dans tes nœuds coupa bles ,
Le cœur ne suit pas la main ,
A quels crimes effroiables
N'ouvres-tu pas le chemin !
Hymen , combien ta puissance ,
Produit de nobles effets ?
Quand l'Amour d'intelligence.
Serre les noeuds que tu fais
CANTATE.
Par Mile DE MALCRAIS DE LA VIGNE
du Croisic en Bretagne.
UNa de multis face nuptiali ,
Digna perjurum fuit in Parentem,
Splendide mendax , et in omne Virgo ,
Nobilis ovum.
Hor. liv. 3. Od. II.
Filles cruellement fidelles ,
A leur Pere , aveuglé d'un perfide couroux...
Les Danaïdes criminelles ,
Dans les bras du sommeil , immoloient leurs
Epoux.
La seule Amante de Lincée ,
Ecoutoit son amour , et consultoit sa foy ,'
Mais Danaus , Vengeur , s'offrant à sa pensée ,
En excitant son bras , la remplissoit d'effroi.
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar rare ,
Hymen , allumas- tu tes feux ? .
Qu'a
338173
900 MERCURE DE FRANCE
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare
Qui mérite un trépas affreux ?-
Soleil , demeure au sein de l'Onde ;
Frémis d'éclairer nos forfaits ;
Epargne ce spectable au monde ;
Eteins tes rayons pour jamais..
Pour moi , pour mes sœurs , au Tar♣
tare ,
Hymen, allumas- tu tes feux ?.
Qu'a fait mon Epoux , sort barbare,
Qui mérite un trépas affreux ?
Sa main pour le percer , trois fois est suspen duë ;
Trois fois ne sçachant où frapper ,
Sa main d'elle- même abbattuë ,
Laisse le Poignard s'échapper.
Pâle , tremblante , irrésoluë ,
Retombant sur son lit , qu'elle arrose de pleurs
Elle addresse ces mots à l'objet qui la tuë,
Auprès d'elle endormi , sans prévoir ses mal- heurs.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie
Quelle:
MA Y. 1732. 901
Quelle est la rigueur de mon sort ?
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort..
Ah ! plutôt , infléxible Pere ,
De cent coups , ouvre moi le flanc ;;
Que seule au moins je dégénere
De ta fureur, à t'abreuver de
>
sang.
Tendre Epoux ? moitié trop chérie ,
Quelle est la rigueur de mon sort è;
Je meurs , si j'épargne ta vie ,
Où je mourrai du regret de ta mort.
Mais ôtransport , dit-elle , & discours inutile
Que je tarde à délibérer !
Ouvre les yeux , fuis , cours ,
quelque azyle ,
cherche au loin
Profite de la nuit tranquille ;
Nous nous perdons tous deux à différer ,
Devançant le retour de la rapide Aurore ,
Mon Pere furieux et mes parjures sœurs ,
Viendront des crimes que j'abhorre ;
Consommer dans ton sang les infames noir ceurs. 1
Qu'attens, tu , cher Epoux adieu , reçois en core
Cet
902 MERCURE DE FRANCE
Ces avides baisers. , ces trop courtes douceurs.››
Pars donc , et pour faveur derniere ,
Pour prix de t'avoir conservé ,
Souviens- toi d'une Epouse à toy seul toute end tiere ,
Qui s'expose au péril dont elle t'a sauvé.
Hymen , combien ta puissance
Produit de nobles effets ;
Quand l'Amour d'intelligence ,.,
Serre les noeuds que tu fais !
Mais quand dans tes nœuds coupa bles ,
Le cœur ne suit pas la main ,
A quels crimes effroiables
N'ouvres-tu pas le chemin !
Hymen , combien ta puissance ,
Produit de nobles effets ?
Quand l'Amour d'intelligence.
Serre les noeuds que tu fais
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Résumé : HIPERMNESTRE. CANTATE. Par Mlle DE MALCRAIS DE LA VIGNE, du Croisic en Bretagne.
La cantate 'HIPERMNESTRE' de Mile de Malcrais de La Vigne raconte l'histoire d'Hypermnestre, une Danaïde qui épargne son époux Lyncée contrairement à ses sœurs. Hypermnestre est confrontée à un dilemme : obéir à son père Danaus, qui ordonne de tuer son mari, ou suivre son cœur. Elle lutte entre son amour pour Lyncée et sa peur du père vengeur. Après réflexion, elle décide de sauver Lyncée et l'incite à fuir pour éviter la vengeance de Danaus et de ses sœurs. La cantate met en lumière la puissance de l'Hymen et de l'Amour, soulignant leurs effets nobles lorsqu'ils sont en harmonie et les crimes effroyables lorsqu'ils sont absents.
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37
p. 1471-1481
LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
Début :
Comme je me suis apperçû depuis que j'ai l'honneur [...]
Mots clefs :
Nouveau Saint, Église, Auxerre, Père, Autel, Culte, Évêque, Recueils de Bollandus
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
LETTRE de M. le B. Sous Chantre
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
Fermer
Résumé : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
La lettre de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, adressée au R. P. Du Sollier, Jésuite d'Anvers, traite de Nicolas Appleine, un chanoine du diocèse de Nevers. L'auteur note que le R. P. Du Sollier inclut dans ses 'Acta Sanctorum' tous les personnages honorés comme saints ou bienheureux, à condition que les marques de culte soient extérieures. Il observe que les cloîtres et les déserts ont produit plus de saints que les villes et que, depuis la fin des persécutions, les saints sont principalement des anachorètes, des vierges et quelques évêques. Nicolas Appleine, chanoine de l'église de Saint-Marcel à Premery, est décédé le 11 août 1466 sous le règne de Louis XI. Plusieurs miracles lui ont été attribués, et des marques de culte lui ont été rendues. Pierre de Fontenay, évêque de Nevers, et Louis XI ont contribué à l'établissement de son culte, notamment par l'érection d'un autel et la création d'une confrérie en son honneur. Des documents et des témoignages, tels qu'une lettre de Louis XI et des actes épiscopaux, attestent de la sainteté de Nicolas Appleine. L'auteur espère que cette notice permettra d'inclure Nicolas Appleine dans le recueil des saints, même en l'absence de détails sur sa vie, en raison des miracles posthumes qui confirment sa sainteté. Il conclut en exprimant son admiration pour la manière dont le R. P. Du Sollier et le R. P. Pierre Vandenbosch ont honoré saint Germain, évêque d'Auxerre, dans leur dernier tome de juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 2454-2467
LA FAUSSE INCONSTANCE. Comédie en trois Actes. Extrait.
Début :
Bien des Juges sans prévention ont cru que cette Piéce méritoit un meilleur [...]
Mots clefs :
La Fausse Inconstance, Extrait, Comédiens, Spectacle, Ouvrages de théâtre, Père, Fortune, Fille, Famille, Épouser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FAUSSE INCONSTANCE. Comédie en trois Actes. Extrait.
LA FAUSSE INCONTANCE
Comédie en trois Actes. Extrait.
B
Ien des Juges sans prévention ont
cru que cette Piéce méritoit un meilleur sort , et qu'elle auroit pû réüssir si elle cut été donnée dans un temps.
plus favorable aux Spectacles. L'absence
de la Cour , des Officiers, des Bourgeois ,
et des meilleurs Comédiens nuiroit aux
meilleurs Ouvrages de Théatre; d'ailleurs
le peu qui reste d'amateurs de Spectacles,
s'attendent plutôt à des pieces ornées de
danses et de chants , qu'à un genre de
Comique , qui ne rit qu'à l'esprit et à la
raison ; celle dont il s'agit a peut être dégénéré en froideur par trop d'exactitude.
Le Lecteur en va juger.
Un Pere défiant , et d'ailleurs peu favori-
NOVEMBRE. 1732. 2455
vorisé de la Fortune , est chargé d'une
Fille qu'il voudroit pourvoir.CePere s'appelle Géronte , et Angelique est le nom de
sa Fille; un Frere beaucoup plus indigent
que lui , est allé faire ressource dans la
nouvelle France , et lui a laissé un Fils et
une Fille;le Fils se nomme Valere et la fille
s'appelle Mariane. Araminte , sœur de Géronte , s'est chargée de Mariane, et Valere
est échu en partage à Géronte. Voilà l'état
de la famille dont Géronte et Araminte
sont les chefs ; ils logent tous dans la même maison , mais en deux différens corps
de logis. Léandre , Fils de Lisimon , riche
Président , aime Mariane ; mais il feint
d'aimer Angelique , pour la conserver à
Valere qui en est éperdûment amoureux ,
jusqu'au retour de Chrysante son Pere ;
ce dernier est ce Frere de Géronte , qui est
allé dans la nouvelle France , et dont on
n'a point de nouvelles.
Géronte , dans le premier Acte, annonce à sa sœur Araminte que Léandre , Fils
de Lisimon , doit épouser sa Fille Angé
lique. Cette sœur , dont l'humeur toujours riante , contraste parfaitement avec
l'humeur triste de son Frere , et qui d'ailleurs est au fait des véritables sentimens
des Amans qui doivent jouer les principaux Rôles dans la Piéce , dit à son Frere
Gij qu'elle
2456 MERCURE DE FRANCE
qu'elle ne donnera point son consentement à l'Hymen proposé, si l'amour n'en
forme les nœuds ; Lisimon qu'on attend
pour achever ce projet de mariage, annonce à Géronte que l'Hymen est plus éloigné qu'ils n'avoient pensé , et que son
Fils Léandre vient de lui déclarer qu'il
croit qu'Angélique ne l'aime point , et
qu'il est trop galant homme pour la contraindre. Lisimon se retire voïant approcherAngélique.Géronte prie brusquement
Araminte de rentrer dans son apparte.
ment. Elle ne se retire qu'après avoir dit
à Angelique enl'embrassant :
Tien bon , ma chere Enfant , si tu n'és pas contente
Laisse gronder le Pere, et viens trouver la Tante.
Géronte dissimule sa colere aux yeux
de sa Fille Angelique; il lui dit qu'il ne
tient qu'à elle d'être heureuse , et que
Léandre la demande en mariage. Angelique toute interdite , ne sçait comment
parer le coup fatal qu'on veut lui porter.
Nérine , sa suivante , feint hardiment
qu'Angelique lui a avoué qu'elle aime
Léandre , et dit à Géronte qu'elle lui répond du consentement de sa Fille , qui
n'est timideque par pudeur, Géronte court
annoncer cette heureuse nouvelle à Lisimon. La
NOVEMBRE. 1732 2457
La Scene qui se passe entre Angelique
et Nérine est très- vive de la part de cette
derniere. Angélique lui dit qu'elle l'a perdue, en disant à son Pere qu'elle aime
Léandre. O Ciel ! lui répond Nérine en
colere, vous m'auriez donc trompée ! Angelique n'oublie rien pour l'appaiser
et s'excuse de la tromperie qu'elle lui a
faite , sur la défiance que lui donnoit son
attachement à son Pere. Nérine paroît in
fléxible , et lui dit avec beaucoup de vivacité.
Quel emploi près de vous est- ce donc que le inien ?
Vous donnez votre cœur sans que j'en sçache rien !
Quedis-je ? un faux Amant me fait prendre le
change !
Ah ! de l'un et de l'autre il faut que je me vange ;
Léandre à me tromper , conspiroit avec vous ;
Pour vous punir tous deux , il sera votre Epoux
Elle lui reproche sur tout de lui avoir
préféré Araminte pour confidente , et lur
dit que c'est à cette Tante si chere à la
tirer d'un si mauvais pas ; elle s'exprime
ainsi :
De quoi s'avise-t- elle ?
Paris est un Théatre , où l'on voit aujourd'hui ,
G iij Chaque
2458 MERCURE DE FRANCE
Chaque Acteur ne jouer que le Rôle d'autrui.
On n'y paroit jamais tel que l'on doit paroître ;
Le jeune Magistrat s'érige en petit Maître ;
Le petit Maître fronde et tranche du Docteur
Le Pié plat enrichi prend des airs de hauteur.
La Bourgeoise superbe , en Or , en Pierreries ,
Efface la Duchesse au Cours , aux Tuilleries.
Tout est si dérangé qu'on ne se connoît plus ,
Voyez à quel excès on a porté l'abus ;
Dans un projet d'amour, on confie à des Tantes
Des emplois jusqu'icy , remplis par des Sui vantes.
2
Nérine s'appaise enfin et promet à Angélique de la servir dans son Amour.
Valere vient , il garde d'abord le silence; mais ayant appris d'Angelique que
Nérine a tout découvert , et qu'elle veut
s'interresser pour eux ; il lui promet des
effets de sa reconnoissance.
Ce premier Acte finit par l'arrivée de
Lepine , Valet de Chrysante. Valere lut
demande des nouvelles de son Pere ; Lepine lui dit qu'il est riche autant qu'il étoit gueux.
Ne m'a- t-il point écrit ? lui dit Valere
charmé : Oui , lui répond Lepine , en faisant semblant de chercher la lettre qu'il
n'a pas ; il le prie de lui permettre auparavant de lui faire un récit de toutes ses
avan-
NOVEMBRE. 1732. 2459
avantures , droit de Voyageur , dont il
ne veut point démordre. Valere consent
à tout. Ce récit est des plus comiques , et
n'aboutit qu'à lui faire entendre quedes
Flibustiers qui ont pris le Vaisseau sur
lequel il étoit , lui ont tout volé , jusqu'à
son Portefeuille. Valere lui demandant
sa Lettre , il lui répond :
Pour lapouvoir donner, il la faudroit avoir.
Le sort du Porte-feuille a dû vous faire entendre
Qu'à moins qu'un Flibustier , exprès pour vous- la rendre ,
Ne traverse les Flots-au gré de vos souhaits ,
Votre Lettre en vos mains ne parviendra jamais.
Valére court annoncer à son oncle
l'heureuse nouvelle que Lepine vient de
Jui apporter breh ar an I
Valere et Léandre commencent le second Acte. Valere apprend à son ami
Léandre que son oncle se défie de Lepine et de lui , que cette Lettre prise par
des Flibustiers , lui est si suspecte , qu'il
va presser l'Hymen projetté. Araminte
Suivie d'Angelique , de Mariane et de
Nérine , vient les rassurer , et leur dit
en entrant :
Ca , ferme, mes Enfans ; laissons gronder l'o- Frage ;
G iiij C'est
2460 MERCURE DE FRANCE
C'est dans les grands périls qu'éclatte un grand
courage ;
{
Mon Frere vainement croit traverser vos vœux
Je prétends malgré lui vous rendre tous heu- reux &c. >
Valere prie sa sœur Mariane de l'acquiter envers son cher Léandre ; il lui
demande toute sa tendresse pour lui;
Mariane lui répond que son cœur est
déja donné. Valere et Léandre sont également étonnés d'une réponse àlaquelle
ils ne s'étoient pas attendus ; mais Angelique les tire d'erreur par ces Vers qu'elle
adresse à Léandre.
Quoique mon frere ait sur moi de puis- sance ,
Mon cœur n'est pas un don de la reconnois
› sance ;
Je devois à vos feux un plus juste retour ;
Vous ne l'avez reçû que des mains de l'A- nour
A ces mots , Léandre se jette à ses
pieds Geronte arrive et le surprend en
cet état ; Nerine l'ayant apperçû a recours
à l'artifice , et dit à Araminte de la seconder ; voici comme elle parle.
Vous êtes fou , Léandre , Angelique vous aime ;
Près
NOVEMBRE. 1732 2461
:
Près d'elle , croyez- moi , n'employez que vous même , &c.
à Geronte.
Ah! Monsieur , vous voilà !
J'épuise vainement toute ma Rethorique ;
Léandre doute encor de l'amour d'Angelique ,.
Et ce timide Amant implore notre appui
Pour un heureux Hymen qu'il ne devra qu'à
Il
lui...
presse Mariane , Araminte , moi- même ,
De daigner le servir auprès de ce qu'il aime 3.
Il se jette à nos pieds , &c.
Geronte soupçonne Nerine d'artifices
Araminte se retire avec tous ces Amans
qu'elle a pris sous sa protection.
Nerine n'oublie rien pour sejustifierdans
l'esprit de Geronte ; il ne veut s'y fier
que de la bonne sorte ; il lui dit d'aller
faire venir Valère , sans lui faire part dü
stratagême qu'il vient d'imaginer ; elle
obéit à regret ; voici l'artifice dont cet
Oncle défiant se sert pour tromper son
Neveu.
Il lui représente le mauvais état de sa
fortune ; il lui demande des preuves dè
sa reconnoissance pour les soins qu'il a
pris de son enfance , et le prie d'em
ployer le pouvoir qu'il a sur l'esprit d'Angelique pour la porter à accepter Léan
Gv dre
2462 MERCURE DE FRANCE
dre pour époux. Valere est frappé d'une commission si fatale à son amour ; il
promet pourtant à son Oncle de lui obéïr ;
mais ce qui acheve de l'accabler , c'est
que Geronte veut entendre , d'un endroit
où il sera caché,la conversation qu'il aura
avec sa chere Angelique ; voici ce que
son Oncle lui dit.
Caché dans cet endroit , et sans qu'elle s'en doute
Invisible et présent , il faut que je l'écoute :
C'est peu de l'écouter , j'observerai ses yeux ,
Ses gestes. , . &c... et , pour faire enco mieux 2
J'observerai les tiens , ton amitié fidelle ,
Te porteroit toi- même à te trahir pour elle..
Geronte va envoyer Angelique à Valere , dont la situation est des plus tristes
il se flatte pourtant de désabuser Angelique dès qu'il la revera. Cette Scene a
parû très-bien dialoguée. Angelique picquée du conseil que Valere lui donne.
d'épouser Léandre , s'y résout par dépit
et dit à Gerante qui revient de l'endroit
où il étoit caché , qu'elle est prête à donner la main à Léandre; à peine s'est- elle
retirée , que Geronte remercie Valere du
bon office qu'il vient de lui rendre , et lui die
NOVEMBRE. 1732. 2463
dit qu'il veut que cet Hymen s'acheve dès
le jour même l'embarras de Valere redoublant sa défiance , il ajoute que puisque , malgré lui , il a sçû se faire aimer
d'Angeliqué , il est à propos qu'il la dispose par quelques jours d'absence à n'aimer que Léandre ; et comme Valere se
plaint de la dureté d'un Oncle qui lui est
si cher , il lui répond ironiquement.
Oui , mon très- cher neveu , ni Lepine , ni vous ,
Jusques après P'Hymen n'entrerez point chez
nous ,
Taurai soin de la porte.
que
Geronte s'applaudit du prochain succès de sa supercherie ; il en agit de même
auprès de Mariane ; il lui fait entendre
Léandre dont elle se croit aimée , n'a
jamais aimé qu'Angelique qu'il va épouser , et que c'est Valere qui a fait cet heureux mariage ; il ajoûte qu'elle n'a qu'à
interroger Angelique , pour n'avoir plus à douter de cette verité ! il sort pour aller dresser le Contrat. Léandre vient
Mariane le croyant infidele le fuit après
lui avoir fait entendre qu'elle ne l'a jamais aimé. Léandre la suit , pour être
mieux éclairci d'un aveu qui le déses
pere.
Gvj Léan
2464 MERCURE DE FRANCE
Léandre et Nerinc commencent le trofsiéme Acte ; Nerine lui dit que Mariane
lui a donné ordre de lui fermer tout accès auprès d'elle.
Angelique vient , et confirme à Léan
dre un Hymen qu'il a peine à comprendre ; elle le surprend encore plus en lui
apprenant que cet Hymen est l'ouvrage
de Valere , elle s'exprime ainsi : こ
Oui , tantôt dans ces lieux , seul à seul aves moi ,
L'ingrat m'a conseillé de vous donner ma foi.[
Léandre n'ose encore soupçonner son
ami Valere de cette trahison quoique
tout semble l'en convaincre. Nerine attribue le changement de Valere à la nouvelle fortune de Chrysante , son pere's
elle veut tirer parti de cette infidelité en
mariant Angelique avec Léandre ; elle
leur conseille de s'épouser par dépit, si ce
n'est par amour ; ils semblent vouloir s'y
résoudre, ce qui fait une petite Scene assez plaisante entr'eux , tandis que Nerine
court à la porte , où elle a entendu du
bruit ; elle revient avec une Lettre de VaTere , par laquelle il se justifie , en apprenant à Angelique , que lorsqu'il lui conseilloit d'épouser Leandre , Geronte les
écou
NOVEMBRE. 1732 2455
écoutoit et observoit jusqu'au moindre
regard et au moindre geste ; . Valere est
rappellé par sa chere Angelique. Léandre
seul se croit malheureux ; il se plaint à
son ami de l'infidelité de sa sœur Mariane. Nerine prend sa défense , et s'explique ainsi.
En amour , que vous êtes novice !
Pour la sincerité vous prenez l'artifice !
Il est de certains cas ; où la feinte est vertu.
Devoit- on à vos yeux , d'un air triste , aba
batu ,
Lorsque d'un autre Hymen on sentoit les ap
proches ,
S'exhaler en regrets ? éclater en reproches ?
Vous appeller ingrat ? vous dire tendrement :
Je t'aimerai toujours malgré ton change
ment ;
Tu vois mes yeux en pleurs , er d'autres bali
vernes ,
Lieux communs d'Opéras, tant anciens, que mo
dernés ?
Vraiment , c'est bien ainsi qu'on doit traiter
l'Amour ;
Tu me quittes et bien je te quitte à mon
tour ;
Tu vas te marier et moi , je te déclare ,
Qu'une perte pareille aisément se répare ;
Que de peur d'en avoir un jour le démenti
2465 MERCURE DE FRANCE
De ne point aimer j'avois pris le parti.
C'est ainsi qu'à présent on bourre un infi dele ;
Mariane l'a fait , et j'aurois fait pis qu'elle..
Les Amans raccommodez , il ne rester
à Nerine qu'à détourner , ou du moins
à différer le mariage de Léandre et d'An
gelique, voici l'artifice qu'elle imagine :
c'est un feint enlevement ; elle dit à Valere , à Angelique et à Léandre de s'aller
enfermer chez Araminte à peine sontils sortis , qu'elle fait de grands cris ;
Geronte arrive ; elle lui dit que Valere:
vient d'enlever Angelique ; Araminte accourt aux cris de Geronte , et favorise le
stratagême avec sa gayeté ordinaire ;
Geronte sort pour aller faire courir après
le prétendu ravisseur. Lepine vient et de
mande à parler à Valere ; il fait entendre.
par un à parte qu'il vient lui apprendre
que Chrisante son pere est de retour.
Geronte revient ; il demande à Lépine ce
qu'il a fait d'Angelique ; Lépine lui répond qu'il n'est pas chargé du soin de
toute la famille , et que tout ce qu'il peut
faire , c'est de lui rendre son frere. Ge
ronte est frappé de ce surcroît de mal---
heur , il demande à Lepine s'il lui a dit
yrai quand il lui a annoncé que son frere
NOVEMBRE. 1732. 2467
re étoit riche ; Lepine , pour le punir de
son avarice et de sa défiance lui avoue qu'il
a menti ; ce dernier mensonge produit
une Scene très- comique entre les deux
freres ; Géronte reçoit Chrysante avecune froideur qui le surprend Chrysantelui en demandant la raison , il lui dit que
Valere vient d'enlever Angelique ; à ces.
mots , Chrysante indigné contre son fils ,
jure de le desheriter et de donner à Mariane cent mille écus , qu'il avoit apportez pour marier Valere avec Angelique.
Araminte qui survient , rit de cet enlevement prétendu , et dit à Chrysante que
son Neveu et sa Niéce n'ont bougé de
chez elle ; Nerine les va chercher par son
ordre ; Lisimon instruit de l'enlevement
d'Angelique vient retirer sa parole; Chrysante propose le mariage de sa fille avec
Léandre ; ce dernier y consent , et demande pardon à son pere , qui le lui accorde , après en avoir appris le motif; il
finit le Piéce par ces deux Vers :
Ah ! que de son bon cœur une preuve m'es chere !
Que ne fera-t'il pas quelque jour pour son
pere!
Comédie en trois Actes. Extrait.
B
Ien des Juges sans prévention ont
cru que cette Piéce méritoit un meilleur sort , et qu'elle auroit pû réüssir si elle cut été donnée dans un temps.
plus favorable aux Spectacles. L'absence
de la Cour , des Officiers, des Bourgeois ,
et des meilleurs Comédiens nuiroit aux
meilleurs Ouvrages de Théatre; d'ailleurs
le peu qui reste d'amateurs de Spectacles,
s'attendent plutôt à des pieces ornées de
danses et de chants , qu'à un genre de
Comique , qui ne rit qu'à l'esprit et à la
raison ; celle dont il s'agit a peut être dégénéré en froideur par trop d'exactitude.
Le Lecteur en va juger.
Un Pere défiant , et d'ailleurs peu favori-
NOVEMBRE. 1732. 2455
vorisé de la Fortune , est chargé d'une
Fille qu'il voudroit pourvoir.CePere s'appelle Géronte , et Angelique est le nom de
sa Fille; un Frere beaucoup plus indigent
que lui , est allé faire ressource dans la
nouvelle France , et lui a laissé un Fils et
une Fille;le Fils se nomme Valere et la fille
s'appelle Mariane. Araminte , sœur de Géronte , s'est chargée de Mariane, et Valere
est échu en partage à Géronte. Voilà l'état
de la famille dont Géronte et Araminte
sont les chefs ; ils logent tous dans la même maison , mais en deux différens corps
de logis. Léandre , Fils de Lisimon , riche
Président , aime Mariane ; mais il feint
d'aimer Angelique , pour la conserver à
Valere qui en est éperdûment amoureux ,
jusqu'au retour de Chrysante son Pere ;
ce dernier est ce Frere de Géronte , qui est
allé dans la nouvelle France , et dont on
n'a point de nouvelles.
Géronte , dans le premier Acte, annonce à sa sœur Araminte que Léandre , Fils
de Lisimon , doit épouser sa Fille Angé
lique. Cette sœur , dont l'humeur toujours riante , contraste parfaitement avec
l'humeur triste de son Frere , et qui d'ailleurs est au fait des véritables sentimens
des Amans qui doivent jouer les principaux Rôles dans la Piéce , dit à son Frere
Gij qu'elle
2456 MERCURE DE FRANCE
qu'elle ne donnera point son consentement à l'Hymen proposé, si l'amour n'en
forme les nœuds ; Lisimon qu'on attend
pour achever ce projet de mariage, annonce à Géronte que l'Hymen est plus éloigné qu'ils n'avoient pensé , et que son
Fils Léandre vient de lui déclarer qu'il
croit qu'Angélique ne l'aime point , et
qu'il est trop galant homme pour la contraindre. Lisimon se retire voïant approcherAngélique.Géronte prie brusquement
Araminte de rentrer dans son apparte.
ment. Elle ne se retire qu'après avoir dit
à Angelique enl'embrassant :
Tien bon , ma chere Enfant , si tu n'és pas contente
Laisse gronder le Pere, et viens trouver la Tante.
Géronte dissimule sa colere aux yeux
de sa Fille Angelique; il lui dit qu'il ne
tient qu'à elle d'être heureuse , et que
Léandre la demande en mariage. Angelique toute interdite , ne sçait comment
parer le coup fatal qu'on veut lui porter.
Nérine , sa suivante , feint hardiment
qu'Angelique lui a avoué qu'elle aime
Léandre , et dit à Géronte qu'elle lui répond du consentement de sa Fille , qui
n'est timideque par pudeur, Géronte court
annoncer cette heureuse nouvelle à Lisimon. La
NOVEMBRE. 1732 2457
La Scene qui se passe entre Angelique
et Nérine est très- vive de la part de cette
derniere. Angélique lui dit qu'elle l'a perdue, en disant à son Pere qu'elle aime
Léandre. O Ciel ! lui répond Nérine en
colere, vous m'auriez donc trompée ! Angelique n'oublie rien pour l'appaiser
et s'excuse de la tromperie qu'elle lui a
faite , sur la défiance que lui donnoit son
attachement à son Pere. Nérine paroît in
fléxible , et lui dit avec beaucoup de vivacité.
Quel emploi près de vous est- ce donc que le inien ?
Vous donnez votre cœur sans que j'en sçache rien !
Quedis-je ? un faux Amant me fait prendre le
change !
Ah ! de l'un et de l'autre il faut que je me vange ;
Léandre à me tromper , conspiroit avec vous ;
Pour vous punir tous deux , il sera votre Epoux
Elle lui reproche sur tout de lui avoir
préféré Araminte pour confidente , et lur
dit que c'est à cette Tante si chere à la
tirer d'un si mauvais pas ; elle s'exprime
ainsi :
De quoi s'avise-t- elle ?
Paris est un Théatre , où l'on voit aujourd'hui ,
G iij Chaque
2458 MERCURE DE FRANCE
Chaque Acteur ne jouer que le Rôle d'autrui.
On n'y paroit jamais tel que l'on doit paroître ;
Le jeune Magistrat s'érige en petit Maître ;
Le petit Maître fronde et tranche du Docteur
Le Pié plat enrichi prend des airs de hauteur.
La Bourgeoise superbe , en Or , en Pierreries ,
Efface la Duchesse au Cours , aux Tuilleries.
Tout est si dérangé qu'on ne se connoît plus ,
Voyez à quel excès on a porté l'abus ;
Dans un projet d'amour, on confie à des Tantes
Des emplois jusqu'icy , remplis par des Sui vantes.
2
Nérine s'appaise enfin et promet à Angélique de la servir dans son Amour.
Valere vient , il garde d'abord le silence; mais ayant appris d'Angelique que
Nérine a tout découvert , et qu'elle veut
s'interresser pour eux ; il lui promet des
effets de sa reconnoissance.
Ce premier Acte finit par l'arrivée de
Lepine , Valet de Chrysante. Valere lut
demande des nouvelles de son Pere ; Lepine lui dit qu'il est riche autant qu'il étoit gueux.
Ne m'a- t-il point écrit ? lui dit Valere
charmé : Oui , lui répond Lepine , en faisant semblant de chercher la lettre qu'il
n'a pas ; il le prie de lui permettre auparavant de lui faire un récit de toutes ses
avan-
NOVEMBRE. 1732. 2459
avantures , droit de Voyageur , dont il
ne veut point démordre. Valere consent
à tout. Ce récit est des plus comiques , et
n'aboutit qu'à lui faire entendre quedes
Flibustiers qui ont pris le Vaisseau sur
lequel il étoit , lui ont tout volé , jusqu'à
son Portefeuille. Valere lui demandant
sa Lettre , il lui répond :
Pour lapouvoir donner, il la faudroit avoir.
Le sort du Porte-feuille a dû vous faire entendre
Qu'à moins qu'un Flibustier , exprès pour vous- la rendre ,
Ne traverse les Flots-au gré de vos souhaits ,
Votre Lettre en vos mains ne parviendra jamais.
Valére court annoncer à son oncle
l'heureuse nouvelle que Lepine vient de
Jui apporter breh ar an I
Valere et Léandre commencent le second Acte. Valere apprend à son ami
Léandre que son oncle se défie de Lepine et de lui , que cette Lettre prise par
des Flibustiers , lui est si suspecte , qu'il
va presser l'Hymen projetté. Araminte
Suivie d'Angelique , de Mariane et de
Nérine , vient les rassurer , et leur dit
en entrant :
Ca , ferme, mes Enfans ; laissons gronder l'o- Frage ;
G iiij C'est
2460 MERCURE DE FRANCE
C'est dans les grands périls qu'éclatte un grand
courage ;
{
Mon Frere vainement croit traverser vos vœux
Je prétends malgré lui vous rendre tous heu- reux &c. >
Valere prie sa sœur Mariane de l'acquiter envers son cher Léandre ; il lui
demande toute sa tendresse pour lui;
Mariane lui répond que son cœur est
déja donné. Valere et Léandre sont également étonnés d'une réponse àlaquelle
ils ne s'étoient pas attendus ; mais Angelique les tire d'erreur par ces Vers qu'elle
adresse à Léandre.
Quoique mon frere ait sur moi de puis- sance ,
Mon cœur n'est pas un don de la reconnois
› sance ;
Je devois à vos feux un plus juste retour ;
Vous ne l'avez reçû que des mains de l'A- nour
A ces mots , Léandre se jette à ses
pieds Geronte arrive et le surprend en
cet état ; Nerine l'ayant apperçû a recours
à l'artifice , et dit à Araminte de la seconder ; voici comme elle parle.
Vous êtes fou , Léandre , Angelique vous aime ;
Près
NOVEMBRE. 1732 2461
:
Près d'elle , croyez- moi , n'employez que vous même , &c.
à Geronte.
Ah! Monsieur , vous voilà !
J'épuise vainement toute ma Rethorique ;
Léandre doute encor de l'amour d'Angelique ,.
Et ce timide Amant implore notre appui
Pour un heureux Hymen qu'il ne devra qu'à
Il
lui...
presse Mariane , Araminte , moi- même ,
De daigner le servir auprès de ce qu'il aime 3.
Il se jette à nos pieds , &c.
Geronte soupçonne Nerine d'artifices
Araminte se retire avec tous ces Amans
qu'elle a pris sous sa protection.
Nerine n'oublie rien pour sejustifierdans
l'esprit de Geronte ; il ne veut s'y fier
que de la bonne sorte ; il lui dit d'aller
faire venir Valère , sans lui faire part dü
stratagême qu'il vient d'imaginer ; elle
obéit à regret ; voici l'artifice dont cet
Oncle défiant se sert pour tromper son
Neveu.
Il lui représente le mauvais état de sa
fortune ; il lui demande des preuves dè
sa reconnoissance pour les soins qu'il a
pris de son enfance , et le prie d'em
ployer le pouvoir qu'il a sur l'esprit d'Angelique pour la porter à accepter Léan
Gv dre
2462 MERCURE DE FRANCE
dre pour époux. Valere est frappé d'une commission si fatale à son amour ; il
promet pourtant à son Oncle de lui obéïr ;
mais ce qui acheve de l'accabler , c'est
que Geronte veut entendre , d'un endroit
où il sera caché,la conversation qu'il aura
avec sa chere Angelique ; voici ce que
son Oncle lui dit.
Caché dans cet endroit , et sans qu'elle s'en doute
Invisible et présent , il faut que je l'écoute :
C'est peu de l'écouter , j'observerai ses yeux ,
Ses gestes. , . &c... et , pour faire enco mieux 2
J'observerai les tiens , ton amitié fidelle ,
Te porteroit toi- même à te trahir pour elle..
Geronte va envoyer Angelique à Valere , dont la situation est des plus tristes
il se flatte pourtant de désabuser Angelique dès qu'il la revera. Cette Scene a
parû très-bien dialoguée. Angelique picquée du conseil que Valere lui donne.
d'épouser Léandre , s'y résout par dépit
et dit à Gerante qui revient de l'endroit
où il étoit caché , qu'elle est prête à donner la main à Léandre; à peine s'est- elle
retirée , que Geronte remercie Valere du
bon office qu'il vient de lui rendre , et lui die
NOVEMBRE. 1732. 2463
dit qu'il veut que cet Hymen s'acheve dès
le jour même l'embarras de Valere redoublant sa défiance , il ajoute que puisque , malgré lui , il a sçû se faire aimer
d'Angeliqué , il est à propos qu'il la dispose par quelques jours d'absence à n'aimer que Léandre ; et comme Valere se
plaint de la dureté d'un Oncle qui lui est
si cher , il lui répond ironiquement.
Oui , mon très- cher neveu , ni Lepine , ni vous ,
Jusques après P'Hymen n'entrerez point chez
nous ,
Taurai soin de la porte.
que
Geronte s'applaudit du prochain succès de sa supercherie ; il en agit de même
auprès de Mariane ; il lui fait entendre
Léandre dont elle se croit aimée , n'a
jamais aimé qu'Angelique qu'il va épouser , et que c'est Valere qui a fait cet heureux mariage ; il ajoûte qu'elle n'a qu'à
interroger Angelique , pour n'avoir plus à douter de cette verité ! il sort pour aller dresser le Contrat. Léandre vient
Mariane le croyant infidele le fuit après
lui avoir fait entendre qu'elle ne l'a jamais aimé. Léandre la suit , pour être
mieux éclairci d'un aveu qui le déses
pere.
Gvj Léan
2464 MERCURE DE FRANCE
Léandre et Nerinc commencent le trofsiéme Acte ; Nerine lui dit que Mariane
lui a donné ordre de lui fermer tout accès auprès d'elle.
Angelique vient , et confirme à Léan
dre un Hymen qu'il a peine à comprendre ; elle le surprend encore plus en lui
apprenant que cet Hymen est l'ouvrage
de Valere , elle s'exprime ainsi : こ
Oui , tantôt dans ces lieux , seul à seul aves moi ,
L'ingrat m'a conseillé de vous donner ma foi.[
Léandre n'ose encore soupçonner son
ami Valere de cette trahison quoique
tout semble l'en convaincre. Nerine attribue le changement de Valere à la nouvelle fortune de Chrysante , son pere's
elle veut tirer parti de cette infidelité en
mariant Angelique avec Léandre ; elle
leur conseille de s'épouser par dépit, si ce
n'est par amour ; ils semblent vouloir s'y
résoudre, ce qui fait une petite Scene assez plaisante entr'eux , tandis que Nerine
court à la porte , où elle a entendu du
bruit ; elle revient avec une Lettre de VaTere , par laquelle il se justifie , en apprenant à Angelique , que lorsqu'il lui conseilloit d'épouser Leandre , Geronte les
écou
NOVEMBRE. 1732 2455
écoutoit et observoit jusqu'au moindre
regard et au moindre geste ; . Valere est
rappellé par sa chere Angelique. Léandre
seul se croit malheureux ; il se plaint à
son ami de l'infidelité de sa sœur Mariane. Nerine prend sa défense , et s'explique ainsi.
En amour , que vous êtes novice !
Pour la sincerité vous prenez l'artifice !
Il est de certains cas ; où la feinte est vertu.
Devoit- on à vos yeux , d'un air triste , aba
batu ,
Lorsque d'un autre Hymen on sentoit les ap
proches ,
S'exhaler en regrets ? éclater en reproches ?
Vous appeller ingrat ? vous dire tendrement :
Je t'aimerai toujours malgré ton change
ment ;
Tu vois mes yeux en pleurs , er d'autres bali
vernes ,
Lieux communs d'Opéras, tant anciens, que mo
dernés ?
Vraiment , c'est bien ainsi qu'on doit traiter
l'Amour ;
Tu me quittes et bien je te quitte à mon
tour ;
Tu vas te marier et moi , je te déclare ,
Qu'une perte pareille aisément se répare ;
Que de peur d'en avoir un jour le démenti
2465 MERCURE DE FRANCE
De ne point aimer j'avois pris le parti.
C'est ainsi qu'à présent on bourre un infi dele ;
Mariane l'a fait , et j'aurois fait pis qu'elle..
Les Amans raccommodez , il ne rester
à Nerine qu'à détourner , ou du moins
à différer le mariage de Léandre et d'An
gelique, voici l'artifice qu'elle imagine :
c'est un feint enlevement ; elle dit à Valere , à Angelique et à Léandre de s'aller
enfermer chez Araminte à peine sontils sortis , qu'elle fait de grands cris ;
Geronte arrive ; elle lui dit que Valere:
vient d'enlever Angelique ; Araminte accourt aux cris de Geronte , et favorise le
stratagême avec sa gayeté ordinaire ;
Geronte sort pour aller faire courir après
le prétendu ravisseur. Lepine vient et de
mande à parler à Valere ; il fait entendre.
par un à parte qu'il vient lui apprendre
que Chrisante son pere est de retour.
Geronte revient ; il demande à Lépine ce
qu'il a fait d'Angelique ; Lépine lui répond qu'il n'est pas chargé du soin de
toute la famille , et que tout ce qu'il peut
faire , c'est de lui rendre son frere. Ge
ronte est frappé de ce surcroît de mal---
heur , il demande à Lepine s'il lui a dit
yrai quand il lui a annoncé que son frere
NOVEMBRE. 1732. 2467
re étoit riche ; Lepine , pour le punir de
son avarice et de sa défiance lui avoue qu'il
a menti ; ce dernier mensonge produit
une Scene très- comique entre les deux
freres ; Géronte reçoit Chrysante avecune froideur qui le surprend Chrysantelui en demandant la raison , il lui dit que
Valere vient d'enlever Angelique ; à ces.
mots , Chrysante indigné contre son fils ,
jure de le desheriter et de donner à Mariane cent mille écus , qu'il avoit apportez pour marier Valere avec Angelique.
Araminte qui survient , rit de cet enlevement prétendu , et dit à Chrysante que
son Neveu et sa Niéce n'ont bougé de
chez elle ; Nerine les va chercher par son
ordre ; Lisimon instruit de l'enlevement
d'Angelique vient retirer sa parole; Chrysante propose le mariage de sa fille avec
Léandre ; ce dernier y consent , et demande pardon à son pere , qui le lui accorde , après en avoir appris le motif; il
finit le Piéce par ces deux Vers :
Ah ! que de son bon cœur une preuve m'es chere !
Que ne fera-t'il pas quelque jour pour son
pere!
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Résumé : LA FAUSSE INCONSTANCE. Comédie en trois Actes. Extrait.
La pièce 'La Fausse Inconstance' est une comédie en trois actes qui relate l'histoire de Géronte, un père défiant et peu fortuné, souhaitant marier sa fille Angelique. Géronte est également responsable de Valere, le fils de son frère Chrysante parti en Nouvelle-France. Valere est amoureux d'Angelique, mais Léandre, fils de Lisimon, feint d'aimer Angelique pour la conserver à Valere. Dans le premier acte, Géronte annonce à sa sœur Araminte que Léandre doit épouser Angelique. Araminte refuse son consentement si l'amour ne forme pas les nœuds du mariage. Lisimon informe Géronte que Léandre croit qu'Angelique ne l'aime pas et ne veut pas la contraindre. Nérine, la suivante d'Angelique, feint que cette dernière aime Léandre, permettant à Géronte d'annoncer cette 'bonne nouvelle' à Lisimon. Angelique est interdite et Nérine la réconforte en lui promettant son aide. Valere apprend que son père Chrysante est riche, mais sa lettre a été volée par des flibustiers. Dans le second acte, Valere et Léandre discutent de leurs amours. Araminte révèle que Mariane, la sœur de Valere, est également amoureuse de Léandre. Angelique avoue son amour pour Léandre, surprenant Géronte. Nérine et Araminte utilisent des artifices pour convaincre Géronte de l'amour d'Angelique pour Léandre. Géronte teste Valere en lui demandant de convaincre Angelique d'épouser Léandre. Valere, accablé, promet d'obéir. Angelique, piquée par le conseil de Valere, accepte d'épouser Léandre par dépit. Géronte se réjouit de sa supercherie et informe Mariane de l'infidélité supposée de Léandre. Mariane, croyant Léandre infidèle, le fuit. Dans le troisième acte, Nérine informe Léandre que Mariane lui a fermé l'accès. Angelique confirme à Léandre leur mariage imminent, attribuant ce tournant à Valere. Nérine explique que Valere a agi ainsi parce que Géronte les écoutait. Valere revient et se justifie. Léandre, seul, se plaint de l'infidélité de Mariane. Nérine défend Mariane, expliquant que sa feinte était une vertu en amour. Les amants se réconcilient. Nérine organise un faux enlèvement d'Angelique par Valère. Valère, Angelique et Léandre se cachent chez Araminte, qui soutient le plan. Géronte, alerté par les cris de Nérine, part à la recherche du prétendu ravisseur. Pendant ce temps, Lépine informe Valère du retour de son père, Chrysante. Géronte apprend de Lépine que son frère n'est pas riche, provoquant une scène comique. Chrysante, furieux contre Valère pour l'enlèvement supposé, jure de déshériter son fils et de donner cent mille écus à Mariane. Araminte révèle ensuite que l'enlèvement était feint et que les jeunes sont chez elle. Lisimon, informé de l'enlèvement, retire sa parole. Chrysante propose alors le mariage de sa fille avec Léandre, qui accepte et demande pardon à son père. La pièce se conclut par une preuve de l'attachement filial de Léandre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
39
p. 1376-1392
Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
Début :
Il vient de paroître un nouvel Ouvrage, en 3 vol. in 12. que nous avons [...]
Mots clefs :
Roger, Philippe Auguste, Cour, Roi, Anecdotes, Raoul, Amour, Roman, Coucy, Gloire, Coeur, Père, Alix de Rosoit, Champagne, Adélaïde, Nature, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
L vient de paroître un nouvel Ouvrage
, en 3 vol. in 12, que nous avons
déja annoncé sous ce Titre : Anecdotes de
la Cour de Philippe - Auguste. Il se vend
à Paris , chez la veuve Pissot , au bout du
Pont-NeufQuai de Conti , à la Croix d'or.
Le prix est de 6 liv . broché.
Dans le temps que nous nous dispo-
II. Vol. sions
JUI N. 1733 .
1377
sions à donner un Extrait de cet Ouvrage
, nous avons reçû d'un Anonyme ,
celui que nous inserons icy .
Si l'accueil favorable que l'on fait à un
Ouvrage dès qu'il paroît , si le débit le
plus rapide étoient les Titres assurés de
son mérite , il seroit tres- inutile de parler
des Anecdotes de la Cour de Philippe-
Auguste; ce Livre joüit pleinement dès sa
naissance de ce double avantage.
Mais il arrive assez souvent que la
nouveauté éblouisse , sur tout dans un
genre d'écrire inconnu , et original ;
et que la curiosité , honteuse en quelque
façon , d'avoir d'abord été seduite
pour s'être trop livrée , se refroidisse
bien- tôt , si même elle ne dégenere
ou en mépris , ou en satire.
Icy , les applaudissemens universels de
la Cour , de la Ville , des Gens de Let
tres , des Judicieux Critiques , se son
réunis en faveur de ce dernier Ouvrage
de Mademoiselle de Lussan; et cette voix
ou plutôt cette clameur unanime con
tient les Personnes même de mauvaise
humeur , qui font toujours les difficiles ,
et qui peut- être ne soutiennent l'idée
qu'elles veulent donner de leur discer
nement et de leur bon goût , qu'en refusant
aux meilleures choses , d'un ton
11. Vol.
Fija sé1378
MERCURE DE FRANCE
severe, ou qu'en leur disputant, au moins
avec un scrupule affecté , les justes et
sinceres éloges , dont elles sont veritablement
dignes.
C'est beaucoup hazarder que d'oser
faire la planche d'un nouveau genre d'écrire
!L'autheur s'est ouvert des routes
peu connues , en liant à un fond d'Histoire
bien choisi , et tres convenable
des Episodes , qui sans sortir du vrai ton
historique , servent à rendre son sujet ét
plus interressant et plus instructif. Le
vrai et le vrai semblable se perdent dans
un mélange imperceptible ; et à la faveur
de cette liberté du Théatre Tragique ,
l'Autheur retranche d'un côté les longueurs
, les froideurs , les mauvais exemples
qui tiennent souvent à une histoire
exacte ; et de l'autre , il se ménage mille
beautez amenées , avec un art infini ,bien
jointes , par tout soutenuës ; elles naissent
les unes des autres , sans qu'on apperçoive
la chaîne ; et cela , par l'attention
qu'a euë l'Autheur de jetter à propos
les fonds éloignez des évenemens que
l'on voit se développer et éclore avec un
ordre admirable , et chacuns dans leurs
places naturelles. Aussi peut on dire
que la structure du corps de l'Ouvrage
est parfaite en son genre ; qu'elle ne pou-
-
II. Vol. voit
JUIN. 1379 1733.
voit être mieux proportionnée au dessein
, et qu'elle passera toujours pour un
modele.
Le sujet est pris dans les premieres années
du Regne de Philippe - Auguste ,
aussi surnommé le Conquerant. L'on sçait
ce que la France a dû à ce Monarque ; il
monta sur le Thrône à quinze ans , et dèslors
il entra avec tant de maturité dans
le Gouvernement , que les Historiens disent
de lui : Qu'il ne fut jamais jeune , et
que la sagesse l'avoit fait aller audevant
de Pexperience.
Les Grands Rois font les grands Hommes.
La Cour de Philippe en fut une
preuve : C'est dans les secrets et dans les
Evenemens de cette Cour si distinguée ,
que l'Autheur entre pour en faire connoître
la délicatesse et l'élevation . L'on
y voit des Héros qui ont réelement existé
; on les voit partagez entre la Gloire et
l'Amour ; mais dans le vrai, sans que rien
se ressente ni du Roman , ni de ses avantures.
Comme les interêts sont et multipliez
et variez , et relatifs tout ensemble
, le Titre d'Anecdoctes d'une Cour , où
l'Autheur puise ses sujets pour en former
un tout semble un Titre tiré du
fond même de ce qu'il traite. Il est bien
vrai que les plus grands jours viennent
>
II. Vol. Fiij fcap1380
MERCURE DE FRANCE
frapper Roger de Champagne , Comte
de Réthel , mais il s'en faut bien qu'il ne
les absorbe tous ; ils sont distribuez sur
beaucoup d'illustres sujets qui composoient
la Cour de Philippe : On les y voit
placez à des points de vûë tres- interessans
; et ils y représentent , avec un éclat
marqué , sur tout Raoul , Sire de Couci ,
marche de pair , d'un bout à l'autre avec
Roger de Champagne ; l'addresse de
l'Auteur à unir ces deux jeunes Héros par
les liens d'une amitié de l'ordre de celles
que les Anciens ont consacrées , et par
les prochains rapports des inclinations
propres des grands Hommes, fait paroître
Roger et Raoul comme ne faisant ensemble
qu'un coeur ,qu'une ame et qu'une
même vertu. Aussi sont - ils toujours
peints des mêmes couleurs , sans être
confondus ; et si Roger a quelques nuances
de plus , ce plus est presque insensible.
Alberic du Mez , Maréchal de France,
fils de Robert Clement , Gouverneur du
Roy et premier Ministre , le Comte des
Barres , connu sous le nom de Rochefort,
Grand Sénéchal , suivent de près les deux
premiers ; ils courent en tout genre les
mêmes Carrieres , et l'Autheur entrelasse
tellement tous leurs interêts , que
11. Vol. le
JUIN. 1733. 1381
le Lecteur toujours en attente , est sans
cesse dans l'impatience de voir les Eve
nemens qu'il ne peut deviner , mais qui
l'étonnent et le satisfont enfin par tout.
Si l'on voit en Hommes ce que la
Cour de Philippe avoit de plus considerable
, l'on y voit en Femmes ce qu'elle
avoit de plus distingué ; et ce qu'on vit
peut-être jamais de plus surprenant . Alix
de Rosoi , sa mere , la Comtesse de Rosoi
, Adelaide de Couci , fille d'Enguerrand
, surnommé le Grand , et soeur de
Raoul , Sire de Couci , Mademoiselle du
Mez , fille de Robert Clement , soeur
d'Alberic du Mez , tous deux Maréchaux
de France , dans un temps où cette Dignité
étoit unique ; toutes ces Personnes,
dont la beauté faisoit le moindre ornement,
jettent dans l'Ouvrage un inte
rêt infini:Elles étoient les premiers Partis
du Royaume , et les noeuds des plus belles
Alliances , où l'on pouvoit aspirer ;
mais les coeurs ne se commandent pas , et
leurs penchants ou leurs répugnances ,
que l'Autheur connoît à fond et sçait
manier d'une main de maître , lui ouvrent
un champ où il épuise les douceurs
, et les maux , les esperances et les
desespoirs de l'amour , sans avoir jamais à
rougird'en avoir flatté ses foiblesses.Quels
II. Vol.
Fiiij mor1382
MERCURE DE FRANCE
morceaux , quelles situations , quels coups
de Theatre ne pourroit- on pas rapporter,
si l'Analise de cet Ouvrage précis, et par
tout d'une chaleur égale , étoit possible !
mais il faut taire tout , ou tout rapporter
; ou plutôt il faut tout lire : Bien des
personnes relisent plus d'une fois , et se
rendent propre cet Ouvrage , après ne
Pavoir qu'emprunté pour l'essaier .
que
Tout le monde publie qu'on ne peut
mieux peindre les actions , elles sont dans
le naturel , et l'on diroit l'Autheur
en écrivant , coppie sur la nature même .
L'on vante sur tout ses carracteres , leur
variété , leur opposition , leur vérité , et
plus que tout le reste , leur consistance ;
ils ne se démentent pas . Qui a jamais
ressemblé à l'indomptable Enguerrand de
Couci , pere de Raoul , et d'Adelaide ?
L'on voit dans lui un vieux Seigneur
plein d'une ancienne probité , qui le rend
infléxible dans ses devoirs , immuable
dans sa parole , absolu dans sa famille
et incapable de pardonner une faute ; on
le craint , on l'estime , on le respecte , on
l'aime peut-être. Thibault de Champagne
, pere de Roger , ne ressemble ‘ en
rien à Enguerrand , et il est aussi Seigneur
, aussi droit , aussi maître , aussi
pere que lui ; on l'adore , mais par de
›
II. Vol. difJUIN.
1733. 1384
1
différens principes. Henry , oncle de Ro
ger , son Maître et son premier Conducteur
à la Guerre , placé vis - à - vis d'Enguerrand
, paroît son contraste , et l'Autheur
fait douter lequel l'emporte pour
le fond du mérite et de la vertu . Peut on
omettre le Portrait que le Vicomte de
Melun, Ambassadeur auprès de Fréderic,
fait à cet Empereur , du Maréchal du
Mez , Gouverneur de Philippe ? C'est l'éloge
du Vicomte d'avoir été l'ami du-
Maréchal ; mais que celui du Maréchal
est bien placé dans la bouche d'un homme
vertueux , qui l'avoit connu et péné
tré ! Le recit que fait le Vicomte de Melun
, et du caractere , et des maximes du
Maréchal , est l'abrégé le plus parfait des
grandes qualitez , comme des
sages Leçons
d'un vrai Gouverneur de Roy. Il
n'en faut pas davantage pour faire et un
grand Homme d'Etat , et un grand Monarque.
On comprend à peine comment
Autheur a pû resserrer ainsi toute l'éducation
Royale , et active et passive ;
mais Philippe a bien justifié que les impressions
qu'il avoit reçuës du Maréchal ,
toutes contenues dans ce petit Tableau
suffisoient pour rendre complette et la
gloire d'une telle instruction , et la gloire
d'une telle éducation ,
"
II. Vol. La Fy
384 MERCURE DE FRANCE
pre-
La même diversité de caracteres conserve
une égale beauté dans les Femmes.
Alix de Rosoi , et Adelaide de Couci
sont ce que leur sexe a de plus rare , de
plus accompli , de plus charmant ; la
miere plonge , par sa mort , Roger de
Champagne , dans le dernier excès de
douleurs ; eh ! comment n'y succombet-
il pas ? Quelques années après , la seconde
le captive au même point; elles ont
été toutes deux les seules qui ont successivement
trouvé la route de son coeur
elles y ont toutes deux regné souverainement
toutes deux , également vertueuses
, forment deux caracteres diamétralement
opposez . La Comtesse de
Rosoi , mere d'Alix , devenuë rivale de
sa fille , donne un spectacle étonnant.
L'on apperçoit dans elle le fond d'un riche
caractere , mais l'on ne s'attend pas
jusques à quel point son injuste passion
va le développer ou plutôt le défigurer !
Elle ne pousse pas le crime si loin qu'une
Phédre , mais elle la passe en addresse ,
en détours , en embuches , pour parvenir
à ses fins ; à quelles indignitez ne
descend- t- elle pas pour écarter à jamais
sa fille de Roger , et pour le raprocher
d'elle ? Après tant d'efforts , elle échouë ;
ses regrets , son desespoir , creusent son
II. Vol.
TomJUIN.
17336 1385
-
Tombeau ; elle meurt. Par quel art l'Au
theur fait il encore pleurer une mort
de cette nature ? C'est l'effet d'un repens
tir que l'on a rendu aussi touchant qu'il
est , et bien imaginé , et bien placé. Madame
de Rosoi expie , en mourant , les
cruels artifices du délire de son amour
et elle meurt vertueuse , parce qu'elle
meurt repentante ; sa vertu rachettée à
ce prix , ne la laissant plus voir que fort
à plaindre , elle emporte la compassion ,
qui efface tout autre sentiment.
و
Au milieu des agitations que l'amour
excite dans cette Cour aimable, Philippe
toujours égal à lui- même , toujours maî
tre des mouvemens de son coeur et de
son esprit , est attentif ou à parer les funestes
effets de cette dangereuse passion ,
ou à maintenir avec dignité le bon ordre,
en se prêtant aux grandes alliances qui
l'interessent, ou comme un Roy , ou comme
un Pere , ou même comme un ami
reconnoissant. Il sçait tout , mais il ne
paroît sçavoir que ce que son rang et sa
vertu lui permettent de regler par luimême.
Tel est le principe de ses bontez
pour Roger de Champagne , pour Adċlaide
de Couci , dont le mérite, la sages
se et la fermeté le touchent , pour Albe
ric du Mez , pour sa soeur, tous deux en
AI. Vol
Fvi fans
1386 MERCURE DE FRANCE
fans d'un Gouverneur , dont le souvenír
lui est si précieux ; il entre dans les établissemens
convenables , ausquels leurs
penchants semblent les disposer. Mais il
paroît toujours et par tout ignorer les
sentimens réciproques de Raoul de Couci
, et de Madame de Fajel , qu'un devoir
austere ne sçauroit approuver.
Ces attentions domestiques de Philip
pe , ne lui font rien perdre de celles qu'il
doit au bien de l'Etat et à sa gloire. Il esɛ
présent par d'autres lui - même, au Camp
que Hugues , Duc de Bourgogne , a assemblé
sous les Murs de Dijon ; il pénétre
ses projets au travers de cette Fête
Militaire , d'une simple ostentation exterieure
; il mesure ses forces. Si la Guerre
l'appelle , alors ceux que l'amour avoit
occuppez dans la Paix , n'écoutent plus
que la gloire. Philippe marche à leur
tête, tantôt contre le Comte de Flandres,
son oncle, son parrain et son tuteur,dont
il humilie l'orgueil , il réprime l'abus
qu'il avoit fait de toute sa confiance s
tantôt en Berri, contre Henry , Roy d'Angleterre
, et Richard , son fils ; il les divise,
il en triomphe; tantôt dans le Maine
et la Touraine , contre les mêmes Ennemis.
Si Philippe donne par hazard dans
une Ambuscade dangereuse , l'on trouve
II. Vela dans
JUIN. 1733. 1387
D
dans ce Roy un Soldat qui paye de sa
personne , et qui au péril de sa vie , seconde
le grand Senechal , à qui il venoit
de la devoir. S'il passe en Palestine , on le
voit le premier à l'assaut de la Ville d'Acre
, et il se signale sur ses Ramparts
comme le Vainqueur de Tyr , sar ceux
de cette Place de résistance. Enfin , l'Autheur
represente par tout Philippe , justifiant
des ses commencemens , les grandes
esperances qu'il remplit, en se rendant
de plus en plus digne des surnoms d'Auguste
et de Conquerant , qu'il sçut roujours
soutenir et au dedans , et au dehors.
Roger le suit de près ; c'est un de ceux
dont la prudence , et la valeur fondent
la confiance du Roy dans ses grands
projets. L'on voit Roger sous Henry de
Champagne , son oncle , faire l'apprentissage
de la guerre aux dépens du Com
te de Flandre. Quel maître , et quel disciple
! il conduit , et jette lui - même des
Troupes dans une Ville assiégée par le
Comte ; action inutilement tentée par
ses égaux. Il suit le Roy dans les guerres
du Berri er du Maine ; il se distingue par
tout , et peu s'en faut qu'il ne paye de sa
vie la gloire dont il se couvre à la prise
de Tours , où il est dangereusement bles-
II. Vol.
sé.
7388 MERCURE DE FRANCE
sé. Il passe avec Philippe en Palestine ;
lai et Raoul couvrent de leurs corps la
personne du Roy sur les murs de la Vild'Acre
, et si dans un péril commun
Raoul reçoit le coup mortel , qu'un Sarazin
portoit au Roy, Roger y étoit aussi
exposé que Raoul , et le hazard seul en
décide ; mais la séparation de ces deux
amis est le plus parfait triomphe de l'amitié;
qu'elle est touchante! Rien n'est au
dessus que les sentimens de Raoul, et l'étrange
présent dont il couronne son amour
pour l'infortunée Madame de Fajel.
Aucun Capitaine ne fait ombrage à
Roger du côté de la gloire des Armes ;
mais il est des personnes qui du côté de
l'amour ne lui trouvent pas assés de délicatesse
ces personnes d'un entêtement
chimerique en faveur des avantures romanesques
, voudroient voir Roger éteindre
de son sang la belle flame qu'Alix de
Rosoi avoit si bien allumée dans son coeur ;
elles ne peuvent voir mourir Alix et Ro
ger vivre encore ; elles ne lui pardonnent
pas son passage à un autre objet , quelque
charmant qu'il puisse être;mais l'Autheur
, dont les idées sont bien éloignées.
de tout ce qui ressent le Roman , n'écou
te et ne suit que les Loix de la nature.
Roger livré à toute l'horreur de sa perte
11. Vol. dans
JUIN. 1733. 1389
dans Alix, n'a plus rien qui l'attache à la
vie. Mais un Pere ; et quel Pere encore !
Un Pere dont il fait l'unique esperance ,
le conjure de vivre pour lui. Roger qui
ne peut ni vivre ni mourir , porte par
tout le trait dont il a été blessé ; et insuportable
à lui-même , il quitte à l'insçû
de tout le monde sa Patrie , alors trop pacifique,
pour aller chercher dans des Terres
Étrangeres des périls qui ne l'épargneront
pas. Il passe en inconnu , et sous
un nom emprunté , au service de Frédéric
, alors en guerre avec tous ses voisins;
mais les périls qu'il cherche ne sont pour
lui qu'une source de gloire . Sa valeur et
sa prudence se font jour , et font soupçonner
dans lui une naissance plus relevéc
que celle qu'il se donne ; il est découvert
, son Roy le reclame , son Pere
l'appelle ; Roger revient , et malgré la
dissipation d'un service tres agité pendant
plus de deux ans , Alix n'est pas effacée
de son coeur. Il semble que l'amour
veuille la lui rendre dans Adelaide de
Couci , dont les traits , la taille et le port
majestueux lui représentent en tout sa
chere Alix : Il s'y accoutume d'abord ,
sous le prétexte de cette parfaite ressemblance
; des difficultez insurmontables et
-pressantes viennent encore irriter l'amour
JI. Vol.
nais1390
MERCURE DE FRANCE
naissant de Roger ; il aime enfin , et il est
aimé. Que la folie du Roman condamne,
puisqu'il lui plaît, une telle conduite , li
sagesse de la nature l'approuvera toujours
et l'expérience de tous les hommes , de
tous les temps la justifiera , elle est dans
l'ordre du coeur humain .
Cet Ouvrage honore infiniment son
Autheur , et poussé au dégré de perfec
tion où on le voit , il doit l'honorer doublement
en faveur de son sexe. Que Madamoiselle
de Lussan rende , comme elle
a fait dans la vie de Madame de Gondés ,
la fidelle image du commerce des honnê
tes gens d'aujourd'hui , et cela sur le ton
de la bonne compagnie , c'est ce qu'on
pouvoit attendre de son esprit et d'un
long usage du monde. Que pour diver
tir són imagination avant que de divertir
celle des autres , elle lui ait donné
carriere dans ses Veillées de Thessalie, pour
instruire les jeunes personnes en les amu
sant ; c'est un utile et élégant badinage ,
digne d'occuper ses loisirs ; mais un Ŏuvrage
de la force de celui dont il s'agit
icy , monté sur le vrai ton héroïque , et
sur celui de la Cour , soutenu par un langage
digne de la noblesse des sentimens
qui y regne , il faut dans elle un grand
courage pour l'avoir entrepris , il faut
11. Vol.
qu'el
JUIN. 1733 . 1391
qu'elle soit bien supérieure à son sexe
pour l'avoir conduit et exécuté comme
elle l'a fait. De se former un systême nouveau
où l'Histoire, le Dramme, l'Epopée
se marient ensemble, et font un tout à la
faveur d'un langage propre de ces trois
genres. Langage vrai , tendre , disert¸
vigoureux, militaire , s'il le faut , et toujours
proportionné à l'objet present , c'est
quelque chose de tres - singulier. Le stile
en est élevé sans emphase , choisi sans recherche
et sans avoir rien de précieux ;
il plaira toujours tandis que bien d'au
tres Ecrits où l'on court après l'esprit ,
qu'on veut captiver dans des mots imaginez
pour lui , passeront peut- être .Quoique
l'Ouvrage soit plein d'esprit , il se
trouve tellement mêlé avec le sentiment,
qu'on croiroit qu'il n'a sa source que dans
le coeur. Les Dialogues y sont licz , leurs
passages si doux , si mesurez à la hauteur
de ceux qui parlent, que l'on diroit qu'ils
n'ont rien coûté à l'autheurs et que la
simple nature en a fait sans effort et sans
étude tous les frais , sur tout dans les endroits
qui tirent à conséquence , et qui
semblent décisifs : en vérité l'on voit des
Scenes dignes du grand Théatre , elles
sont si vivement écrites et renduës avec
tant de dignité et d'énergie , que la lettre
II. Vol. sup1392
MERCURE DE FRANCE
supplé à la représentation, et que le Lecteur
conçoit tout ce qui frapperoit un
Spectateur. Ceux qui ont crû que la Tragédie
en p ose pourroit avoir autant d'effet
qu'en Vers , trouveront dans les bel
les e frequentes Scenes de cet Ouvrage
qui semblent toutes appeller la Poësie ,
des raisons pour appuyer leurs sentimens.
Ainsi les Historiens , les Poetes , et Dramatiques
et Epiques , pourront y trouver
leur compte ; mais l'avantage général
qu'en peuvent tirer les Lecteurs de tout
Sexe et de tous Etats , capable de bien lire
et de bien entendre , regarde et l'esprit ,
et le coeur et les moeurs , également instruits
par cet Ouvrage , rempli des plus
grands principes en tout genre.
, en 3 vol. in 12, que nous avons
déja annoncé sous ce Titre : Anecdotes de
la Cour de Philippe - Auguste. Il se vend
à Paris , chez la veuve Pissot , au bout du
Pont-NeufQuai de Conti , à la Croix d'or.
Le prix est de 6 liv . broché.
Dans le temps que nous nous dispo-
II. Vol. sions
JUI N. 1733 .
1377
sions à donner un Extrait de cet Ouvrage
, nous avons reçû d'un Anonyme ,
celui que nous inserons icy .
Si l'accueil favorable que l'on fait à un
Ouvrage dès qu'il paroît , si le débit le
plus rapide étoient les Titres assurés de
son mérite , il seroit tres- inutile de parler
des Anecdotes de la Cour de Philippe-
Auguste; ce Livre joüit pleinement dès sa
naissance de ce double avantage.
Mais il arrive assez souvent que la
nouveauté éblouisse , sur tout dans un
genre d'écrire inconnu , et original ;
et que la curiosité , honteuse en quelque
façon , d'avoir d'abord été seduite
pour s'être trop livrée , se refroidisse
bien- tôt , si même elle ne dégenere
ou en mépris , ou en satire.
Icy , les applaudissemens universels de
la Cour , de la Ville , des Gens de Let
tres , des Judicieux Critiques , se son
réunis en faveur de ce dernier Ouvrage
de Mademoiselle de Lussan; et cette voix
ou plutôt cette clameur unanime con
tient les Personnes même de mauvaise
humeur , qui font toujours les difficiles ,
et qui peut- être ne soutiennent l'idée
qu'elles veulent donner de leur discer
nement et de leur bon goût , qu'en refusant
aux meilleures choses , d'un ton
11. Vol.
Fija sé1378
MERCURE DE FRANCE
severe, ou qu'en leur disputant, au moins
avec un scrupule affecté , les justes et
sinceres éloges , dont elles sont veritablement
dignes.
C'est beaucoup hazarder que d'oser
faire la planche d'un nouveau genre d'écrire
!L'autheur s'est ouvert des routes
peu connues , en liant à un fond d'Histoire
bien choisi , et tres convenable
des Episodes , qui sans sortir du vrai ton
historique , servent à rendre son sujet ét
plus interressant et plus instructif. Le
vrai et le vrai semblable se perdent dans
un mélange imperceptible ; et à la faveur
de cette liberté du Théatre Tragique ,
l'Autheur retranche d'un côté les longueurs
, les froideurs , les mauvais exemples
qui tiennent souvent à une histoire
exacte ; et de l'autre , il se ménage mille
beautez amenées , avec un art infini ,bien
jointes , par tout soutenuës ; elles naissent
les unes des autres , sans qu'on apperçoive
la chaîne ; et cela , par l'attention
qu'a euë l'Autheur de jetter à propos
les fonds éloignez des évenemens que
l'on voit se développer et éclore avec un
ordre admirable , et chacuns dans leurs
places naturelles. Aussi peut on dire
que la structure du corps de l'Ouvrage
est parfaite en son genre ; qu'elle ne pou-
-
II. Vol. voit
JUIN. 1379 1733.
voit être mieux proportionnée au dessein
, et qu'elle passera toujours pour un
modele.
Le sujet est pris dans les premieres années
du Regne de Philippe - Auguste ,
aussi surnommé le Conquerant. L'on sçait
ce que la France a dû à ce Monarque ; il
monta sur le Thrône à quinze ans , et dèslors
il entra avec tant de maturité dans
le Gouvernement , que les Historiens disent
de lui : Qu'il ne fut jamais jeune , et
que la sagesse l'avoit fait aller audevant
de Pexperience.
Les Grands Rois font les grands Hommes.
La Cour de Philippe en fut une
preuve : C'est dans les secrets et dans les
Evenemens de cette Cour si distinguée ,
que l'Autheur entre pour en faire connoître
la délicatesse et l'élevation . L'on
y voit des Héros qui ont réelement existé
; on les voit partagez entre la Gloire et
l'Amour ; mais dans le vrai, sans que rien
se ressente ni du Roman , ni de ses avantures.
Comme les interêts sont et multipliez
et variez , et relatifs tout ensemble
, le Titre d'Anecdoctes d'une Cour , où
l'Autheur puise ses sujets pour en former
un tout semble un Titre tiré du
fond même de ce qu'il traite. Il est bien
vrai que les plus grands jours viennent
>
II. Vol. Fiij fcap1380
MERCURE DE FRANCE
frapper Roger de Champagne , Comte
de Réthel , mais il s'en faut bien qu'il ne
les absorbe tous ; ils sont distribuez sur
beaucoup d'illustres sujets qui composoient
la Cour de Philippe : On les y voit
placez à des points de vûë tres- interessans
; et ils y représentent , avec un éclat
marqué , sur tout Raoul , Sire de Couci ,
marche de pair , d'un bout à l'autre avec
Roger de Champagne ; l'addresse de
l'Auteur à unir ces deux jeunes Héros par
les liens d'une amitié de l'ordre de celles
que les Anciens ont consacrées , et par
les prochains rapports des inclinations
propres des grands Hommes, fait paroître
Roger et Raoul comme ne faisant ensemble
qu'un coeur ,qu'une ame et qu'une
même vertu. Aussi sont - ils toujours
peints des mêmes couleurs , sans être
confondus ; et si Roger a quelques nuances
de plus , ce plus est presque insensible.
Alberic du Mez , Maréchal de France,
fils de Robert Clement , Gouverneur du
Roy et premier Ministre , le Comte des
Barres , connu sous le nom de Rochefort,
Grand Sénéchal , suivent de près les deux
premiers ; ils courent en tout genre les
mêmes Carrieres , et l'Autheur entrelasse
tellement tous leurs interêts , que
11. Vol. le
JUIN. 1733. 1381
le Lecteur toujours en attente , est sans
cesse dans l'impatience de voir les Eve
nemens qu'il ne peut deviner , mais qui
l'étonnent et le satisfont enfin par tout.
Si l'on voit en Hommes ce que la
Cour de Philippe avoit de plus considerable
, l'on y voit en Femmes ce qu'elle
avoit de plus distingué ; et ce qu'on vit
peut-être jamais de plus surprenant . Alix
de Rosoi , sa mere , la Comtesse de Rosoi
, Adelaide de Couci , fille d'Enguerrand
, surnommé le Grand , et soeur de
Raoul , Sire de Couci , Mademoiselle du
Mez , fille de Robert Clement , soeur
d'Alberic du Mez , tous deux Maréchaux
de France , dans un temps où cette Dignité
étoit unique ; toutes ces Personnes,
dont la beauté faisoit le moindre ornement,
jettent dans l'Ouvrage un inte
rêt infini:Elles étoient les premiers Partis
du Royaume , et les noeuds des plus belles
Alliances , où l'on pouvoit aspirer ;
mais les coeurs ne se commandent pas , et
leurs penchants ou leurs répugnances ,
que l'Autheur connoît à fond et sçait
manier d'une main de maître , lui ouvrent
un champ où il épuise les douceurs
, et les maux , les esperances et les
desespoirs de l'amour , sans avoir jamais à
rougird'en avoir flatté ses foiblesses.Quels
II. Vol.
Fiiij mor1382
MERCURE DE FRANCE
morceaux , quelles situations , quels coups
de Theatre ne pourroit- on pas rapporter,
si l'Analise de cet Ouvrage précis, et par
tout d'une chaleur égale , étoit possible !
mais il faut taire tout , ou tout rapporter
; ou plutôt il faut tout lire : Bien des
personnes relisent plus d'une fois , et se
rendent propre cet Ouvrage , après ne
Pavoir qu'emprunté pour l'essaier .
que
Tout le monde publie qu'on ne peut
mieux peindre les actions , elles sont dans
le naturel , et l'on diroit l'Autheur
en écrivant , coppie sur la nature même .
L'on vante sur tout ses carracteres , leur
variété , leur opposition , leur vérité , et
plus que tout le reste , leur consistance ;
ils ne se démentent pas . Qui a jamais
ressemblé à l'indomptable Enguerrand de
Couci , pere de Raoul , et d'Adelaide ?
L'on voit dans lui un vieux Seigneur
plein d'une ancienne probité , qui le rend
infléxible dans ses devoirs , immuable
dans sa parole , absolu dans sa famille
et incapable de pardonner une faute ; on
le craint , on l'estime , on le respecte , on
l'aime peut-être. Thibault de Champagne
, pere de Roger , ne ressemble ‘ en
rien à Enguerrand , et il est aussi Seigneur
, aussi droit , aussi maître , aussi
pere que lui ; on l'adore , mais par de
›
II. Vol. difJUIN.
1733. 1384
1
différens principes. Henry , oncle de Ro
ger , son Maître et son premier Conducteur
à la Guerre , placé vis - à - vis d'Enguerrand
, paroît son contraste , et l'Autheur
fait douter lequel l'emporte pour
le fond du mérite et de la vertu . Peut on
omettre le Portrait que le Vicomte de
Melun, Ambassadeur auprès de Fréderic,
fait à cet Empereur , du Maréchal du
Mez , Gouverneur de Philippe ? C'est l'éloge
du Vicomte d'avoir été l'ami du-
Maréchal ; mais que celui du Maréchal
est bien placé dans la bouche d'un homme
vertueux , qui l'avoit connu et péné
tré ! Le recit que fait le Vicomte de Melun
, et du caractere , et des maximes du
Maréchal , est l'abrégé le plus parfait des
grandes qualitez , comme des
sages Leçons
d'un vrai Gouverneur de Roy. Il
n'en faut pas davantage pour faire et un
grand Homme d'Etat , et un grand Monarque.
On comprend à peine comment
Autheur a pû resserrer ainsi toute l'éducation
Royale , et active et passive ;
mais Philippe a bien justifié que les impressions
qu'il avoit reçuës du Maréchal ,
toutes contenues dans ce petit Tableau
suffisoient pour rendre complette et la
gloire d'une telle instruction , et la gloire
d'une telle éducation ,
"
II. Vol. La Fy
384 MERCURE DE FRANCE
pre-
La même diversité de caracteres conserve
une égale beauté dans les Femmes.
Alix de Rosoi , et Adelaide de Couci
sont ce que leur sexe a de plus rare , de
plus accompli , de plus charmant ; la
miere plonge , par sa mort , Roger de
Champagne , dans le dernier excès de
douleurs ; eh ! comment n'y succombet-
il pas ? Quelques années après , la seconde
le captive au même point; elles ont
été toutes deux les seules qui ont successivement
trouvé la route de son coeur
elles y ont toutes deux regné souverainement
toutes deux , également vertueuses
, forment deux caracteres diamétralement
opposez . La Comtesse de
Rosoi , mere d'Alix , devenuë rivale de
sa fille , donne un spectacle étonnant.
L'on apperçoit dans elle le fond d'un riche
caractere , mais l'on ne s'attend pas
jusques à quel point son injuste passion
va le développer ou plutôt le défigurer !
Elle ne pousse pas le crime si loin qu'une
Phédre , mais elle la passe en addresse ,
en détours , en embuches , pour parvenir
à ses fins ; à quelles indignitez ne
descend- t- elle pas pour écarter à jamais
sa fille de Roger , et pour le raprocher
d'elle ? Après tant d'efforts , elle échouë ;
ses regrets , son desespoir , creusent son
II. Vol.
TomJUIN.
17336 1385
-
Tombeau ; elle meurt. Par quel art l'Au
theur fait il encore pleurer une mort
de cette nature ? C'est l'effet d'un repens
tir que l'on a rendu aussi touchant qu'il
est , et bien imaginé , et bien placé. Madame
de Rosoi expie , en mourant , les
cruels artifices du délire de son amour
et elle meurt vertueuse , parce qu'elle
meurt repentante ; sa vertu rachettée à
ce prix , ne la laissant plus voir que fort
à plaindre , elle emporte la compassion ,
qui efface tout autre sentiment.
و
Au milieu des agitations que l'amour
excite dans cette Cour aimable, Philippe
toujours égal à lui- même , toujours maî
tre des mouvemens de son coeur et de
son esprit , est attentif ou à parer les funestes
effets de cette dangereuse passion ,
ou à maintenir avec dignité le bon ordre,
en se prêtant aux grandes alliances qui
l'interessent, ou comme un Roy , ou comme
un Pere , ou même comme un ami
reconnoissant. Il sçait tout , mais il ne
paroît sçavoir que ce que son rang et sa
vertu lui permettent de regler par luimême.
Tel est le principe de ses bontez
pour Roger de Champagne , pour Adċlaide
de Couci , dont le mérite, la sages
se et la fermeté le touchent , pour Albe
ric du Mez , pour sa soeur, tous deux en
AI. Vol
Fvi fans
1386 MERCURE DE FRANCE
fans d'un Gouverneur , dont le souvenír
lui est si précieux ; il entre dans les établissemens
convenables , ausquels leurs
penchants semblent les disposer. Mais il
paroît toujours et par tout ignorer les
sentimens réciproques de Raoul de Couci
, et de Madame de Fajel , qu'un devoir
austere ne sçauroit approuver.
Ces attentions domestiques de Philip
pe , ne lui font rien perdre de celles qu'il
doit au bien de l'Etat et à sa gloire. Il esɛ
présent par d'autres lui - même, au Camp
que Hugues , Duc de Bourgogne , a assemblé
sous les Murs de Dijon ; il pénétre
ses projets au travers de cette Fête
Militaire , d'une simple ostentation exterieure
; il mesure ses forces. Si la Guerre
l'appelle , alors ceux que l'amour avoit
occuppez dans la Paix , n'écoutent plus
que la gloire. Philippe marche à leur
tête, tantôt contre le Comte de Flandres,
son oncle, son parrain et son tuteur,dont
il humilie l'orgueil , il réprime l'abus
qu'il avoit fait de toute sa confiance s
tantôt en Berri, contre Henry , Roy d'Angleterre
, et Richard , son fils ; il les divise,
il en triomphe; tantôt dans le Maine
et la Touraine , contre les mêmes Ennemis.
Si Philippe donne par hazard dans
une Ambuscade dangereuse , l'on trouve
II. Vela dans
JUIN. 1733. 1387
D
dans ce Roy un Soldat qui paye de sa
personne , et qui au péril de sa vie , seconde
le grand Senechal , à qui il venoit
de la devoir. S'il passe en Palestine , on le
voit le premier à l'assaut de la Ville d'Acre
, et il se signale sur ses Ramparts
comme le Vainqueur de Tyr , sar ceux
de cette Place de résistance. Enfin , l'Autheur
represente par tout Philippe , justifiant
des ses commencemens , les grandes
esperances qu'il remplit, en se rendant
de plus en plus digne des surnoms d'Auguste
et de Conquerant , qu'il sçut roujours
soutenir et au dedans , et au dehors.
Roger le suit de près ; c'est un de ceux
dont la prudence , et la valeur fondent
la confiance du Roy dans ses grands
projets. L'on voit Roger sous Henry de
Champagne , son oncle , faire l'apprentissage
de la guerre aux dépens du Com
te de Flandre. Quel maître , et quel disciple
! il conduit , et jette lui - même des
Troupes dans une Ville assiégée par le
Comte ; action inutilement tentée par
ses égaux. Il suit le Roy dans les guerres
du Berri er du Maine ; il se distingue par
tout , et peu s'en faut qu'il ne paye de sa
vie la gloire dont il se couvre à la prise
de Tours , où il est dangereusement bles-
II. Vol.
sé.
7388 MERCURE DE FRANCE
sé. Il passe avec Philippe en Palestine ;
lai et Raoul couvrent de leurs corps la
personne du Roy sur les murs de la Vild'Acre
, et si dans un péril commun
Raoul reçoit le coup mortel , qu'un Sarazin
portoit au Roy, Roger y étoit aussi
exposé que Raoul , et le hazard seul en
décide ; mais la séparation de ces deux
amis est le plus parfait triomphe de l'amitié;
qu'elle est touchante! Rien n'est au
dessus que les sentimens de Raoul, et l'étrange
présent dont il couronne son amour
pour l'infortunée Madame de Fajel.
Aucun Capitaine ne fait ombrage à
Roger du côté de la gloire des Armes ;
mais il est des personnes qui du côté de
l'amour ne lui trouvent pas assés de délicatesse
ces personnes d'un entêtement
chimerique en faveur des avantures romanesques
, voudroient voir Roger éteindre
de son sang la belle flame qu'Alix de
Rosoi avoit si bien allumée dans son coeur ;
elles ne peuvent voir mourir Alix et Ro
ger vivre encore ; elles ne lui pardonnent
pas son passage à un autre objet , quelque
charmant qu'il puisse être;mais l'Autheur
, dont les idées sont bien éloignées.
de tout ce qui ressent le Roman , n'écou
te et ne suit que les Loix de la nature.
Roger livré à toute l'horreur de sa perte
11. Vol. dans
JUIN. 1733. 1389
dans Alix, n'a plus rien qui l'attache à la
vie. Mais un Pere ; et quel Pere encore !
Un Pere dont il fait l'unique esperance ,
le conjure de vivre pour lui. Roger qui
ne peut ni vivre ni mourir , porte par
tout le trait dont il a été blessé ; et insuportable
à lui-même , il quitte à l'insçû
de tout le monde sa Patrie , alors trop pacifique,
pour aller chercher dans des Terres
Étrangeres des périls qui ne l'épargneront
pas. Il passe en inconnu , et sous
un nom emprunté , au service de Frédéric
, alors en guerre avec tous ses voisins;
mais les périls qu'il cherche ne sont pour
lui qu'une source de gloire . Sa valeur et
sa prudence se font jour , et font soupçonner
dans lui une naissance plus relevéc
que celle qu'il se donne ; il est découvert
, son Roy le reclame , son Pere
l'appelle ; Roger revient , et malgré la
dissipation d'un service tres agité pendant
plus de deux ans , Alix n'est pas effacée
de son coeur. Il semble que l'amour
veuille la lui rendre dans Adelaide de
Couci , dont les traits , la taille et le port
majestueux lui représentent en tout sa
chere Alix : Il s'y accoutume d'abord ,
sous le prétexte de cette parfaite ressemblance
; des difficultez insurmontables et
-pressantes viennent encore irriter l'amour
JI. Vol.
nais1390
MERCURE DE FRANCE
naissant de Roger ; il aime enfin , et il est
aimé. Que la folie du Roman condamne,
puisqu'il lui plaît, une telle conduite , li
sagesse de la nature l'approuvera toujours
et l'expérience de tous les hommes , de
tous les temps la justifiera , elle est dans
l'ordre du coeur humain .
Cet Ouvrage honore infiniment son
Autheur , et poussé au dégré de perfec
tion où on le voit , il doit l'honorer doublement
en faveur de son sexe. Que Madamoiselle
de Lussan rende , comme elle
a fait dans la vie de Madame de Gondés ,
la fidelle image du commerce des honnê
tes gens d'aujourd'hui , et cela sur le ton
de la bonne compagnie , c'est ce qu'on
pouvoit attendre de son esprit et d'un
long usage du monde. Que pour diver
tir són imagination avant que de divertir
celle des autres , elle lui ait donné
carriere dans ses Veillées de Thessalie, pour
instruire les jeunes personnes en les amu
sant ; c'est un utile et élégant badinage ,
digne d'occuper ses loisirs ; mais un Ŏuvrage
de la force de celui dont il s'agit
icy , monté sur le vrai ton héroïque , et
sur celui de la Cour , soutenu par un langage
digne de la noblesse des sentimens
qui y regne , il faut dans elle un grand
courage pour l'avoir entrepris , il faut
11. Vol.
qu'el
JUIN. 1733 . 1391
qu'elle soit bien supérieure à son sexe
pour l'avoir conduit et exécuté comme
elle l'a fait. De se former un systême nouveau
où l'Histoire, le Dramme, l'Epopée
se marient ensemble, et font un tout à la
faveur d'un langage propre de ces trois
genres. Langage vrai , tendre , disert¸
vigoureux, militaire , s'il le faut , et toujours
proportionné à l'objet present , c'est
quelque chose de tres - singulier. Le stile
en est élevé sans emphase , choisi sans recherche
et sans avoir rien de précieux ;
il plaira toujours tandis que bien d'au
tres Ecrits où l'on court après l'esprit ,
qu'on veut captiver dans des mots imaginez
pour lui , passeront peut- être .Quoique
l'Ouvrage soit plein d'esprit , il se
trouve tellement mêlé avec le sentiment,
qu'on croiroit qu'il n'a sa source que dans
le coeur. Les Dialogues y sont licz , leurs
passages si doux , si mesurez à la hauteur
de ceux qui parlent, que l'on diroit qu'ils
n'ont rien coûté à l'autheurs et que la
simple nature en a fait sans effort et sans
étude tous les frais , sur tout dans les endroits
qui tirent à conséquence , et qui
semblent décisifs : en vérité l'on voit des
Scenes dignes du grand Théatre , elles
sont si vivement écrites et renduës avec
tant de dignité et d'énergie , que la lettre
II. Vol. sup1392
MERCURE DE FRANCE
supplé à la représentation, et que le Lecteur
conçoit tout ce qui frapperoit un
Spectateur. Ceux qui ont crû que la Tragédie
en p ose pourroit avoir autant d'effet
qu'en Vers , trouveront dans les bel
les e frequentes Scenes de cet Ouvrage
qui semblent toutes appeller la Poësie ,
des raisons pour appuyer leurs sentimens.
Ainsi les Historiens , les Poetes , et Dramatiques
et Epiques , pourront y trouver
leur compte ; mais l'avantage général
qu'en peuvent tirer les Lecteurs de tout
Sexe et de tous Etats , capable de bien lire
et de bien entendre , regarde et l'esprit ,
et le coeur et les moeurs , également instruits
par cet Ouvrage , rempli des plus
grands principes en tout genre.
Fermer
Résumé : Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Anecdotes de la Cour de Philippe-Auguste' a été publié en trois volumes in-12 et est disponible à Paris chez la veuve Pissot. L'auteur, Mademoiselle de Lussan, a reçu des éloges de la cour, de la ville, des gens de lettres et des critiques pour son innovation de mêler histoire et épisodes fictifs. Le récit se déroule durant les premières années du règne de Philippe-Auguste, surnommé le Conquérant, qui monta sur le trône à quinze ans et montra une grande maturité dans le gouvernement. L'ouvrage explore les secrets et événements de la cour de Philippe-Auguste, mettant en scène des héros réels partagés entre gloire et amour. Les personnages principaux incluent Roger de Champagne, Comte de Réthel, et Raoul, Sire de Couci, dont l'amitié est mise en avant. D'autres figures notables comme Alberic du Mez, Maréchal de France, et le Comte des Barres sont également présents. Les intrigues amoureuses et les alliances politiques sont détaillées avec précision, sans tomber dans le romanesque. Les femmes de la cour, telles qu'Alix de Rosoi et Adelaide de Couci, ajoutent un intérêt supplémentaire avec leurs beautés et leurs intrigues. Philippe-Auguste lui-même est dépeint comme un souverain maître de ses émotions, attentif aux affaires de l'État et à sa gloire. Il mène des campagnes militaires contre divers ennemis, comme le Comte de Flandres et le Roi d'Angleterre, et se distingue par son courage et sa stratégie. L'auteur a su créer des personnages variés et consistants, chacun avec des traits distincts et des oppositions marquées. Le récit est structuré de manière à maintenir l'intérêt du lecteur, avec des événements imprévus et des développements logiques. L'ouvrage est salué pour sa fidélité à la nature et la vérité de ses descriptions. Le texte relate également les exploits et les amours de Roger, connu pour sa prudence et sa valeur, qui sert fidèlement le roi et se distingue dans diverses batailles. Son amitié avec Raoul est soulignée, ainsi que son amour pour Alix de Rosoi. Après la mort d'Alix, Roger trouve un nouvel amour en la personne d'Adélaïde de Couci. L'ouvrage est loué pour son style élevé et son langage approprié aux sentiments nobles, combinant esprit et sentiment de manière naturelle et efficace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
40
p. 1638-1651
Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Début :
Le 18 Juillet, les Comédiens François représenterent pour la premiere fois, la Tragedie de [...]
Mots clefs :
Pélopée, Comédie-Française, Thyeste, Atrée, Sostrate, Égisthe, Vers, Amour, Mort, Dieux, Fils, Eurymédon, Hymen, Père, Secours, Yeux, Vengeance, Secret, Coeur, Spectateurs, Billet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Le 18 Juillet , les Comédiens François représenterent
pour la premiere fois , la Tragedie de
Pélopée. Cette Piece , dont M. le Chevalier Pellegrin
est l'Autheur , fut reçue avec un applaudissement
général , et fit esperer un grand succès
malAJUILLET.
1733.
1733. 1539
malgré Pincommodité de la saison ; nous
Croions que nós Lecteurs en verront l'Extrait
avec plaisir.
Le sujet de ce Poëme se trouve dans Servius
dans Lactance , et dans Hygin . Ce dernier en raconte
les Evenemens de deux manieres. Il dit au
chap. 87. avec la plus part des Autheurs , que
Pinceste de Thyeste fut volontaire , attendu qu'uff
Oracle lui avoit prédit qu'un fils qui naîtroit dé
så fille et de lui , le vangeroit d'Atrée , son frete.
Mais dans le Chapitre suivant le même Hygia
met un correctif à une action si horrible , et dit
que Thyeste viola sa fille Pélopée sans la connoître.
L'Auteur a pris ce dernier parti , et y a
ajouté un nouveau correctif pour la décence da
Theatre.
Au premier Acte, Sostrate, Gouverneur d'Agyste
cherchant par tout ce Prince , qui trompant sa
vigilance , s'est échappé de la. Forêt où il a été
nourri par une Chévre , comme le porte L'étimologie
de son nom , arrive dans le Camp d'Atrée,
et s'entretient à la faveur de la nuit avec Arcas
son ancien ami ; il s'informe d'abord de la situation
de Thyeste , frere d'Atrée , son premier et
véritable Maître. Arcas lui apprend que Thyeste
secouru par Tyndare , Roy de Sparthe , avoit
remporté de grands et de nombreux avantages
snr . Atrée, mais qu'un jeune inconnu étant venu
offrir le secours de son bras à ce dernier , avoit
ramené la victoire sous ses étendarts ; il ajoute
que Thyeste réduit au désespoir et craignant
d'être trop long- temps à charge à son Protecteur
, venoit de défier ce jeune conquerant à un
combat singulier. Sostrate lui demande le nom
de cet inconnu ; il lui répond , qu'il s'appelle
Ægysth:. A et nom , Sostrate frémit d'horreur
a
Hiiij
il
1640 MERCURE DE FRANCE
il reconnoit que le fils va combatre le pere ; il no
s'explique point avec Arcas sur un secret qu'il a
juré de garder ; mais il lui dit , que s'il est aussi
fidele à Thyeste qu'il le lui a pare autrefois , il
faut qu'il lui porte un Billet, et lui parle ainsi
Tu ne peux pour Thyeste , être assez empressé,
Mais il faut qu'un billet par moi-même tracé ,
Me rende dans son coeur ma premiere innocence ,
Ab si ces lieux encor n'exigeoient ma présence ¿
Combienje t'envierois le soin de le porter!
Qu'avec joie à ses yeux j'irois me présenter !
ኑ
Il fait connoître par- là aux Spectateurs qu'il
veut parler à Ægysthe,s'il en peut trouver l'occasion.
L'arrivée d'Atrée fait retirer Sostrate et Arcas,
et la Scene finit par ce Vers que Sostrate dit:
Vien ;pressons ton départ ; Dieux, daignez le conduire.
1
Atrée fait la seconde exposition du Sujet , pour ,
préparer le Spectateur à un caractere aussi nois
que celui qu'il va voir sur la Scene ,
l'Auteur.
met ces Vers dans la bouche même de son Acteur
, dont l'origine remonte jusqu'à Jupiter.
De mon coeur irrité les transports furieux ,
Plus que mon Throne encor me rapprochent des
Dieux.
ILST
Qu'il est beau qu'un mortel puisse tout mettre en
poudre
Chaque fois qu'il se vange, il croit lancer lafoudre."
C'est peu d'être au dessus des Rois les plus puissans
Montrons à l'Univers de quel Dieu je descends ;
Son
JUILLET. 1733. 1641
Son Empire comprend et le Ciel et la Terre ;
Au gré de sa vangeance , il lance le tonnerre ,
Et moi j'aime àporter de si terribles coups ,
Que Jupiter lui-même en puisse être jaloux !
Atrée fait entendre à Eurimedon, son confident
que cette Pélopée qui passe pour sa fille , est fille
de Thyeste , par ces deux Vers :
Mais mafille au tombeaus m'ayant étéravie ,
La sienne en même temps prit sa place et son nom.
Eurimedon est frappé de ce qu'Atrée lui apprend,
attendu qu'il avoit consenti autrefois que Thyeste
l'épousa. Quoi ? lui dit - il , vous pouviez lui
faire un si funeste don ?
Atrée après avoir fair connoître comment la
fille de Thyeste qui passe pour sa propre fille
avoit été misee
entre ses mains , et par ce même
Eurimedon , à qui il parle actuellement , lui dit :
Apprends quel fruit heureux j'attendois de mon
crime.:
Il lui fait connoître que par cet Hymen il esperoit
détacher Tyndare du parti de Thyeste,attendu
que ce dernier ne lui avoit prêté som secours
pour le faire remonter au Thrône d'Argos
que son frere avoit usurpé sur lui , qu'à condition
qu'il y placeroit Clytemnestre sa fille , il fi
nit Pétalage de sa politique par ces Vers :
La vangeance toujours a de quoi satisfaire ;
Mais c'étoit peu pour moi , j'en voulois un salaire
Et dans l'artde regner c'est être vertueux,
Que n'entreprendre rien qui soit infructurux.
Hv
On
1642 MERCURE DE FRANCE
On expose encore dans cette Scene le défi dont '
on a parlé, dans lapremiere,et l'amour d'Ægysthe
pour Pelopée; amour dont Atrée veut se prévaloir
pour le mieux engager à donner la mort
à Thyeste.
Eurylas , Capitaine des gardes d'Atrée , vient
lui apporter un billet qu'on a intercepté , c'est le
même dont on a parlé dans la premiere Scen
en voici le contenu •
Choisissez mieux vos ennemis.
Vouspréservent les Dieux d'un combat si funeste
Fremissez, malheureux Thyeste ,
Egyssthe est votre Fils.
Sostrate.
M
67
Afrée triomphe par avance du parricide qu'
gysthe va commettre, il ordonne à Eurylas d'aller
faire venir ce Prince qui ne se connoit pas
core lui même. Il dit à Eurimedon de ne rien oublier
pour découvrir Sostrate et pour s'en as--
surer.
en
Ægysthe vient; il se refuse au combat où Atrée
l'invite,et fonde ce refus sur le respect qu'il garde
pour les Rois , et sur tout pour un sang aussi
précieux que celui qu'il veut lui faire répandre ;
Atrée le pressant toujours plus vivement, Egys
the dit :
Ciel ! contre ma vertu que d'ennemis ensemble !
Et les Dieux et les Rois contre moi tout s'assemble.
Les Dieux , si l'on m'afait unfile rapport,
Aux crimes les plus noirs ont enchaîné mon sort ,
J'ose pourtant lutter contre leur Loy suprême , &c.
Ægysthe
JUILLET. 1733 1643
•
gysthe dans cet endroit fait connoître quelle
a été son éducation ; mais il ne peut rien dire
de sa naissance qu'on lui a laissé ignorery Atrée
ne pouvant le porter à remplir sa vengeance
employe enfin le plus puissant motif qui est celui
de l'amour donr Egysthe brule pour Pélopée
voici par où il finit cette Scene :[/
"
Ilaudroit pour placer son coeur en si haut rang,
qui monter à la source où l'on puisa son sang, gibot
Dais faites de ma fille une juste conquête t
the our le prix de sa main , je ne veux qu'unt tête,
" Vous m'entendez , adieu , je vous laisse y penser
Et je n'attends qu'un mot pour vous récompenser.
.<
2
gysthe frémit du projet d'Atrée, il voudroit
sy refuser,, mais son amour pour Pelopée l'emporte
sur sa répugnance ; on expose dans cette
Scene comment ce Prince a vu Pelòpée pour la
premiere fois , on y parle des leçons qu'il a re
çues de Sostrate.dans les Forêts où il a été élevés
l'Amour lui fait tout oublier ; il finit l'Acte par
ces Vers :
25.00
Et je renoncerois au prix de ma victoire
Quand l'amour
gloire
mais que dis-je ? il y va de ma
On m'appelle au combat, sij'avois reculé,
Thyeste hautement diroit que j'ai tremble , I
Car enfin , au Combat c'est lui qui me défie ;
Qui peut me condamner quand il me justifie ?
N'en déliberons plus ; allons , cherchons le Roi ,
Et qu'au gré de sa haine il dispose de moi.
H vj Nous
164 MERCURE DE FRANCE
€
Nous avons été obligez de nous étendre dans
Set Acte , dont les deux tiers se passent en expo
Sitions nécessaires.
2
11 ct af 3 20
Pelopée ouvre la Scene du second Acte avec
Phoenice , sa Confidente ; elle
qu'elle a fait avertir ; elle fait
attend Ægystho
connotre l'inte
rêt qu'elle prend dans le péril qui menace Thyes
te ; elle déclare son hymen secret avec lui ; elle
parle d'un fils qu'elle cut de cet hymen , elle ra
conte un songe terrible qu'elle fit au sujet de ce
fils. Le voicist
A peine la lumiere
rauke hang of tw.I
03
De cefils malheureux vint frapper la paupiere
Que l'éclat de la foudre , au milieu des éclairs
D'un vaste embrasement menaça l'Univers.
Jour affreux jour suivi d'une nuit plus terri blet
De Spectres entassés un assemblage horrible ,
Dans un songe funeste effrayant mes regards:
Pret a fondre sur moi , vole de coutes parts.
Je vois une Furie et mon Ayeul Tantale
Qu'elle force à sortir de la nuit infernale ;
La barbare sur lui versant son noir poison
Lui fait un autre enfer de sa propre maison .
Cette ombre infortunée après soi traîne encore,
Et la faim et la soifdont l'ardeur la dévore :
Elle approche . Le fruit de mon malheureux flanc
La nourrit de carnage et l'abbreuve de sang ;
Phénice à cet aspect le sommeil m'abandonne,
5
Mais
JUILLET. 1733. 1645
Mais non la juste horreur , dont encor je fuissonne:
!
-Relopée apprend à Phoenice que ce songe terrible
l'obligea à consulter l'Oracle d'Apollon ;
que ce Dicu lui annonça que son Fils étoit
menacé d'inceste et de parricide ; elle ajoûte
qu'elle confia ce malheureux enfant à Sostrate ,
qui l'enleva à l'insçu de Thyeste son pere , avec
Ordre de ne le jamais instruire de son sort.
Dans la Scene suivante , Pelopée détourne Egysthe
du Combat qu'il va entreprendre contre
Thyeste. Elle lui parle d'une maniere si pathetique
, qu'il lui jure que sa main ne se trempera
jamais dans le sang de Thyeste ; elle finit la
Scene par ces Vers :
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ;
Malgré le tendre am amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos Vertus un assez digne prix .
Egysthe explique cès Vers en faveur de son
amour , &c. Il prie Atrée de le dispenser d'un
Combat qui fétriroit sa gloire Atrée impute
se changement de résolution à Pelopée ; il veut
lui même aller combattre Thyeste . Pélopée éperdue
prie Egysthe de détourner un Combat si
funeste Egysthe la jette dans de nouvelles al
larmes , en lui disant qu'il va chercher Thyeste
il fait pourtant connoître aux Spectateurs quel
est son dessein par ces Vers équivoques.
Je sçaurai dans cejour
Prendre soin de magloire et ser vir mon amour.
3 Pelopée
1646 MERCURE DE FRANCE
.
Pelopée au désespoir veut suivre Agysthe
Atrée la retient et lui reproche'sa désobéissance ;
Pelopée lui dit que Thyeste lui est plus cher qu'il
ne sçauroit croire. Elle se retire , Attée ordohne
à sa Garde de la suivre.
Ce que Pelopée vient de lui dire lui fait soupe
çonner qu'elle pourroit bien avoir épousé Thyes
te ; il ordonne à Eurimedon de ne rien oublier
pour trouver Sostrate , qui peut seul éclaircir ces
soupçons. 11 finit ce second Acte par ces Vers
37 C
D
Ne descends pas encor dans l'éternelle nuit
Thyeste , de ta mort je perdrois tout le fruit ;
Nefût-ce qu'un moment , jouis de la lumiere
Pour sçavoir quels forfaits terminent ta carriere ;
Pour la premiere fois je fais pour toi des voeux
Tremble , c'est pour te rendre encor plus malheu
* reux .
Thyeste prisonnier , commence le troisiéme
Acte par ces Vers :: ~
1
I
Fortune , contre moi des long-tems conjurée ,
Triomphe , me voici dans les prisons d'Atrée
Dieux cruels , dont le bras appesanti sur moi
Afait à votre honte un Esclave d'un Roieng
Dieux injustes , en vain ma chûre est votre ou
vrage ,
Vous n'avezpas encore abbaissé mon courage, &L.
Il instruit les Spectateurs de ce qui s'est passé
dans son Combat contre gysthe, qu'il croit ne
l'avoir épargné que pour réserver au barbare
Atrés le plaisir de lui donner la mort. Il expose
Ge
JUILLET. 1733 . 1647.
ce que les Dieux lui ont annoncé autrefois quand
il les a consultez sur le moyen de se vanger d'A-l
trée , voici l'Oracle :
Argos rentrera sous ta loy
Far un Fils qui naîtra de ta fille et de toi.
Il dit à Arbate que ce fût pour éviter cet abominable
inceste qu'il le chargea lui- même du
soin d'égorger sa Fille dans l'âge le plus tendre,
&c. Pelopée vient apprendre à Thyeste qu'Atrée
, qu'elle croit son Pere , est prês à faire la
paix avec lui , pourvû qu'il l'épouse ; elle lui dit ,
qu'il n'a qu'à lul déclarer son Hymen. Thyeste
lai deffend de reveler un secret , qui faisant voir
à Tyndare qu'il l'a trompé , le deshonoreroit à
ses yeux , et obligeroit ce Prince de l'abandon-,
ner à toute la fureur d'Atrée, qui n'a point d'autre
dessein que de le priver de tout secours ; il
parle de la mort de ce fils malheureux , que Sostrate
lui a enlevé , et il ne doute pas qu'Atrée në
l'ait fait égorger.
Ægysthe vient annoncer à Thyeste que tout
menace sa vie , et qu'Atrée plus furieux que ja
mais , viendra le chercher même dans sa Tente ;
il ajoute qu'il deffendra ses jours , ou qu'il
mourra avec lui. La Nature qui parle dans le
coeur du Pere et du Fils , excite entr'eux de tendres
transports , qui tiennent lieu de reconnoissance
anticipée. Atrée arrive , Egysthe prie
Thyeste de rentrer dans sa Tente , de peur que
sa vuë ne redouble encore la fureur d'un frere si
dénaturé.
Atrée demande à Egysthe d'où vient qu'il lui
cache si long - tems sa victime la première moisié
de ce Dialogue est fiere de part et d'autre ;
Egysthe
1648 MERCURE DE FRANCE
Egysthe a enfin recours à la priere, Atrée prend
le parti de la dissimulation ; ll feint de se rendre,
mais il dit auparavant à Ægysthe qu'il lui en
coûtera plus qu'il ne pense ; Egysthe lui répond
qu'il ne sçauroit trop payer le sacrifice qu'il
veut bien lut faire de son inimitié. Atrée lui dir
qu'il consent à la paix , à condition que Thyeste
réparera l'affront dont il l'a fait rougir trop
long-tems : qu'il vous épouse , dit- il à Pelopée ;::
Egysthe et Petopée sont également frappés de
cette proposition , quoique par differens motifs..
Atrée jouissant de leur trouble , dit à Ægyste ,
d'un ton presque insultant :
> J'entends vous gémissez du coup que je vous
porte ;
Mais l'union des coeurs plus que tout vous importe;
Vous demandez la Paix , je la donne à ce prix,
Prenez à votre tour un conseil que j'ai pris ;
Faites-vous violence ; on a bien moins de peine :
A vaincre son amour , qu'à surmonter sa haine.
Atrée porte enfin le dernier coup à Ægisthe
par cet hemistiche , en parlant de Thyeste :
Il aime , autant qu'il est aimé.
Egysthe devient furieux ; Arrée lui dit que ce
n'est que de ce jour qu'il a penetré un secret si
fatal et le quitte,en lu disant :
Si vous êtes trahi ; je n'en suis point complice ;
Et je laisse en vos mains la grace , ou le supplice.
Egysthe reproche à Pelopée son manque de
foy
JUILLET. 1732... 1649
foy ; elle lui dit qu'elle ne lui a rien promis ; elle
s'explique ainsi :
Quel serment ! quel reproche ! est - ce trahir ma foi ;
Que mettre vos veriùs à plus haut prix que moi ?
Ce dernier Vers se rapporte à
Acte ou Pelopée lui a dit :
ceux du second
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ,
Malgré le tendre amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos vertus un assez digne prix.
Elle ajoûte encore :
Votre amour est allé plus loin que ma pensée ,
Et j'étois dans l'erreur assez interessée ;
Pour ne la pas détruire , et pour m'en prévaloir.
La tromperie qu'elle lui a faite , et sur tout la
préférence qu'elle donne à son Rival , l'empêchent
d'écouter sa justification ; tout ce qu'elle
lui dit jette le désespoir dans son coeur ; son
aveugle fureur s'exhale en murmures contre les
Dieux , et lui met ces Vers dans la bouche ,
Vous serez satisfaits, Dieux , qui dès ma naissance
Avez tous conspiré contre mon innocence ;‹ "
J'adopte vos decrets et mes transportsjaloux ,
Pour les justifier iront plus loin que vous.
Il la quitte transporté de rage ; elle le suit , e
finit l'Acte par ces Vers :
Allons ; suivons ses pas ,
1650 MERCURE DE FRANCE
Et ne pouvant sauver un Epoux que j'adore ,
Offrons à ses Bourreaux une victime encore.
Atrée commence par ces Vers le quatriémo
Acte.
Enfin voici le jour où le crime et l'horreur ,
Vont regner en ces lieux au gré de ma fureur.
Ce n'est pas ton secours qu'ici ma haine implore ,
Soleil , si tu le veux , pális , recule encore ;
Cefunesie chemin par moi-même tracé, “
De répandre tes feux , t'a déja dispensé ;
Va , fui , pour exercer mes noires barbaries
J'ai besoin seulement du flambeau de Furies.
Ce qu'il dit dans la suite expose le plan de la
vengeance qu'il médite , il ne s'agit pas moins
que de faire périr tous ses Ennemis les uns par les
autres , il finit cette terrible Scene par ce regres
digne de sa foreur.
D
ev l'avouerai qué ma joye eût été plus entiere ,
Si Thieste , touchant à son heure derniere,
Par moi-même eût appris que pour trancher se
jours ,
De la main de sonfils j'empruntai le secours ;
Mais je crains qu'à leurs yeux ce grand secret n'éclatte
;
Un moment`auprès d'eux peut conduire Sostrate ;
Ce moment me perdroit ; il faut le prévenir ;
Craignons , pour trop vouloir , de ne rien obtenir :
Tyndare n'est pas loin et déja l'on murmure ;
JUILLET. 1733 1651
1733..
#
Laplus prompte vengeance enfin est la plus sûre ;
Oui de mes ennemis prêcipitons la mort .
Qu'importe, en expirant qu'ils ignorent leur sort
Bien- tôt dans le séjour des Ombres criminelles .
On va leur dévoiler des horreurs éternelles ;
Aussi-tôt quefermez , leurs yeux seront ouverts ;
Ils se reconnoîtront tous trois dans les Enfers.
Il a déja fait entendre à Eurimédon, qu'il retient
Pélopée dans sa Tente , de peur qu'elle n'attendrisse
gisthe ; et voyant approcher cet
Amant jaloux , il se détermine à continuer une
dissimulation qui vient de lui être si utile dans
P'Acte précedent ; il feint d'être désarmé par les
pleurs de Pélopée , et prie Agysthe de consentir..
à l'hymen de cette Princesse avec Thyeste, cette
priere rend Egysthe encore plus furieux . Atrée
Payant mis dans la disposition où il le souhaite,
lui dit enfin en le quittant ;
Plus que vous à vous servir fidelle ,
Je veux bien hazarder cette épreuve nouvelle ;
J'abandonne Thyeste à tout votre courroux ;
Mais prêt à lefrapper , répondez bien de vous ;
C'est à vous désormais que je le sacrifie ,
Et si votre tendresse encor le justifie ‚
J'explique cet Arrêt en faveur de ses feux ;
Je renonce à ma haine , et je lè rends heureux.
Ægysthe s'abandonne tout entier à sa jalouse
rage ; Antenor vient et lui demande s'il est vrai
qu'on va immoler Thyeste ; Agysthe le rassure
on
1652 MERCURE DE FRANCE
en apparence en lui ordonnant de lui faire rendre
ses armes . Antenor transporté de joye , lui
témoigne combien Sostrate , son sage Gouverneur
, sera charmé de voir cet heureux fruit
de ses leçons. Au nom de Sostrate , Ægysthe est
frappé. Quel nom , lui dit -il , prononces - tu ?
Antenor lui répond , qu'il croit l'avoir vû s'avançant
vers sa Tente ; mais qu'ayant apperçu des
Soldats , il s'est retiré de peur d'être reconnu.
On doit sçavoir gré à l'Auteur d'avoir rappellé
aux Spectateurs le souvenir de ce même Sostrate
qu'il n'a vu que dans la premiere Scene. Je vous
entends , grands Dieux , dit Egysthe dans un à
parte. Il ordonne à Antenor de ne point perdre
de temps pour remettre Thyeste en liberté, avant
que Sostrate se presente à ses yeux , & c. Egyste
se détermine à presser sa vengeance.
Thyeste vient , pénetré de reconnoissance pour
Egysthe; mais sajoye est de peu de durée . Egys
the lui apprend qu'il est devenu son mortel ennemi
, depuis qu'il a appris qu'il est son Rival ; il
lui dit que des que la nuit pourra cacher sa fuite,
il le fera conduire dans le Camp de Tyndare , et
qu'il s'y rendra lui - même pour lui redemanderce
sang qu'il a pú répandre : cette Scene est une
des plus touchantes de la Piece ; chaque mot ne
sert qu'à irriter Egysthe de plus en plus . Ils par
tent enfin , l'un pour donner la mort , l'autre pour
la recevoir , sans se deffendre , lorsque ce Sostrate
qui vient d'être annoncé avec tant d'art , les
arrête et leur apprend leur sort . Cette recon- ¿
noissance a tiré des larmes aux plus insensibles ;
Egysthe apprenant que Pelopée est sa mere
change son amour en tendresse filiale. Sostrate
lui apprend qu'Atrée lui donnera la mort s'il
met le pied dans sa Tente , et que ce cruel a sur-
?
pris
JUILLET. 1733. 1653
pris un Billet de sa main , qui l'a instruit de sa
naissance. Egyste furieux veut aller donner la
mort â ce barbare ; mais Thyeste retient cette
impétuosité. On finit ce bel Acte par la résolution
qu'on prend de répandre le bruit de la mort
de Thyeste , er de tromper Pelopée même par
ce bruit , afin que l'excès de sa douleur fasse
mieux passer la feinte pour une verite , cependant
Egysthe ordonne à Sostrate de partir pour
le Camp de Tyndare , avec les instructions né
cessaires.
Cet Extrait n'étant déja que trop long, nous ne
dirons qu'un mot du cinquiéme Acte ; Atrée le
commence , il doute de la mort de Thyeste ,
malgré le soin qu'on a pris d'en répandre le
bruit ; d'ailleurs le Pere vivant encore dans un
fils plus terrible , il n'a pas lieu d'être tranquille ,
il apprend à Eurimedon ce que Sostrate a dit
dans l'Acte précedent ; sçavoir , qu'il a donné ordre
de faire périr Ægysthe , s'il entre dans sa
Tente. Pelopée vient. Atrée pour commencer à
goûter les fruits de sa vengeance , lui annonce la
mort de Thyeste ; elle ne croit plus avoir de ménagement
à garder , elle apprend à Atrée que 3
Thyeste étoit son Epoux , ce qui le met au com,
ble de la joye ; il lui dit en la quittant :
Egysthe.... à ce seul nom, tremble ; dès aujourd'hui,
Par des noeuds éternels je veux t'unir à lui.
Pelopée au désespoir , se resout à souffrir plu
tôt mille morts , qu'à consentir à l'hymen qu'Atrée
vient de lui annoncer sous des termes dont'
les Spectateurs ont bien senti l'équivoque , &c.
Egysthe arrive ; il veut se retirer à la vue de sa
Mere ; elle l'arrête et lui donne les noms les plus
execrables ,
1651 MERCURE DE FRANCE
།
execrables ; il ne peut plus les soutenir ; il lui
apprend que Thyeste est sauvé, et que dans le
temps qu'il alloit le combattre , il a appris que
son Rival étoit son Pere. Cette derniere reconnoissance
n'a pas moins attendri que la premiere.
Sostrate annonce à Egysthe que le secours de
Tyndare est arrivé ; Ægysthe va se mettre à la
tête des Soldats et ordonne à Sostrate de garder
sa Mere ; on vient annoncer à Pelopée la mort
d'Atrée ; cet irréconciliable ennemi de Thyeste
vient expirer sur le Théatre, mais c'est pour por
ter le dernier coup ¿ son frere ; il lui apprend que
Pelopée est sa fille et en apporte pour preuve le
témoignage d'Eurimedon et d'Arbaste , qui se
trouvent présens sur la Scene ; pour confirma
tion de preuve , Thyeste lui dit :
Va , j'en croisplus encor les Oracles des Dieux.
pour la premiere fois , la Tragedie de
Pélopée. Cette Piece , dont M. le Chevalier Pellegrin
est l'Autheur , fut reçue avec un applaudissement
général , et fit esperer un grand succès
malAJUILLET.
1733.
1733. 1539
malgré Pincommodité de la saison ; nous
Croions que nós Lecteurs en verront l'Extrait
avec plaisir.
Le sujet de ce Poëme se trouve dans Servius
dans Lactance , et dans Hygin . Ce dernier en raconte
les Evenemens de deux manieres. Il dit au
chap. 87. avec la plus part des Autheurs , que
Pinceste de Thyeste fut volontaire , attendu qu'uff
Oracle lui avoit prédit qu'un fils qui naîtroit dé
så fille et de lui , le vangeroit d'Atrée , son frete.
Mais dans le Chapitre suivant le même Hygia
met un correctif à une action si horrible , et dit
que Thyeste viola sa fille Pélopée sans la connoître.
L'Auteur a pris ce dernier parti , et y a
ajouté un nouveau correctif pour la décence da
Theatre.
Au premier Acte, Sostrate, Gouverneur d'Agyste
cherchant par tout ce Prince , qui trompant sa
vigilance , s'est échappé de la. Forêt où il a été
nourri par une Chévre , comme le porte L'étimologie
de son nom , arrive dans le Camp d'Atrée,
et s'entretient à la faveur de la nuit avec Arcas
son ancien ami ; il s'informe d'abord de la situation
de Thyeste , frere d'Atrée , son premier et
véritable Maître. Arcas lui apprend que Thyeste
secouru par Tyndare , Roy de Sparthe , avoit
remporté de grands et de nombreux avantages
snr . Atrée, mais qu'un jeune inconnu étant venu
offrir le secours de son bras à ce dernier , avoit
ramené la victoire sous ses étendarts ; il ajoute
que Thyeste réduit au désespoir et craignant
d'être trop long- temps à charge à son Protecteur
, venoit de défier ce jeune conquerant à un
combat singulier. Sostrate lui demande le nom
de cet inconnu ; il lui répond , qu'il s'appelle
Ægysth:. A et nom , Sostrate frémit d'horreur
a
Hiiij
il
1640 MERCURE DE FRANCE
il reconnoit que le fils va combatre le pere ; il no
s'explique point avec Arcas sur un secret qu'il a
juré de garder ; mais il lui dit , que s'il est aussi
fidele à Thyeste qu'il le lui a pare autrefois , il
faut qu'il lui porte un Billet, et lui parle ainsi
Tu ne peux pour Thyeste , être assez empressé,
Mais il faut qu'un billet par moi-même tracé ,
Me rende dans son coeur ma premiere innocence ,
Ab si ces lieux encor n'exigeoient ma présence ¿
Combienje t'envierois le soin de le porter!
Qu'avec joie à ses yeux j'irois me présenter !
ኑ
Il fait connoître par- là aux Spectateurs qu'il
veut parler à Ægysthe,s'il en peut trouver l'occasion.
L'arrivée d'Atrée fait retirer Sostrate et Arcas,
et la Scene finit par ce Vers que Sostrate dit:
Vien ;pressons ton départ ; Dieux, daignez le conduire.
1
Atrée fait la seconde exposition du Sujet , pour ,
préparer le Spectateur à un caractere aussi nois
que celui qu'il va voir sur la Scene ,
l'Auteur.
met ces Vers dans la bouche même de son Acteur
, dont l'origine remonte jusqu'à Jupiter.
De mon coeur irrité les transports furieux ,
Plus que mon Throne encor me rapprochent des
Dieux.
ILST
Qu'il est beau qu'un mortel puisse tout mettre en
poudre
Chaque fois qu'il se vange, il croit lancer lafoudre."
C'est peu d'être au dessus des Rois les plus puissans
Montrons à l'Univers de quel Dieu je descends ;
Son
JUILLET. 1733. 1641
Son Empire comprend et le Ciel et la Terre ;
Au gré de sa vangeance , il lance le tonnerre ,
Et moi j'aime àporter de si terribles coups ,
Que Jupiter lui-même en puisse être jaloux !
Atrée fait entendre à Eurimedon, son confident
que cette Pélopée qui passe pour sa fille , est fille
de Thyeste , par ces deux Vers :
Mais mafille au tombeaus m'ayant étéravie ,
La sienne en même temps prit sa place et son nom.
Eurimedon est frappé de ce qu'Atrée lui apprend,
attendu qu'il avoit consenti autrefois que Thyeste
l'épousa. Quoi ? lui dit - il , vous pouviez lui
faire un si funeste don ?
Atrée après avoir fair connoître comment la
fille de Thyeste qui passe pour sa propre fille
avoit été misee
entre ses mains , et par ce même
Eurimedon , à qui il parle actuellement , lui dit :
Apprends quel fruit heureux j'attendois de mon
crime.:
Il lui fait connoître que par cet Hymen il esperoit
détacher Tyndare du parti de Thyeste,attendu
que ce dernier ne lui avoit prêté som secours
pour le faire remonter au Thrône d'Argos
que son frere avoit usurpé sur lui , qu'à condition
qu'il y placeroit Clytemnestre sa fille , il fi
nit Pétalage de sa politique par ces Vers :
La vangeance toujours a de quoi satisfaire ;
Mais c'étoit peu pour moi , j'en voulois un salaire
Et dans l'artde regner c'est être vertueux,
Que n'entreprendre rien qui soit infructurux.
Hv
On
1642 MERCURE DE FRANCE
On expose encore dans cette Scene le défi dont '
on a parlé, dans lapremiere,et l'amour d'Ægysthe
pour Pelopée; amour dont Atrée veut se prévaloir
pour le mieux engager à donner la mort
à Thyeste.
Eurylas , Capitaine des gardes d'Atrée , vient
lui apporter un billet qu'on a intercepté , c'est le
même dont on a parlé dans la premiere Scen
en voici le contenu •
Choisissez mieux vos ennemis.
Vouspréservent les Dieux d'un combat si funeste
Fremissez, malheureux Thyeste ,
Egyssthe est votre Fils.
Sostrate.
M
67
Afrée triomphe par avance du parricide qu'
gysthe va commettre, il ordonne à Eurylas d'aller
faire venir ce Prince qui ne se connoit pas
core lui même. Il dit à Eurimedon de ne rien oublier
pour découvrir Sostrate et pour s'en as--
surer.
en
Ægysthe vient; il se refuse au combat où Atrée
l'invite,et fonde ce refus sur le respect qu'il garde
pour les Rois , et sur tout pour un sang aussi
précieux que celui qu'il veut lui faire répandre ;
Atrée le pressant toujours plus vivement, Egys
the dit :
Ciel ! contre ma vertu que d'ennemis ensemble !
Et les Dieux et les Rois contre moi tout s'assemble.
Les Dieux , si l'on m'afait unfile rapport,
Aux crimes les plus noirs ont enchaîné mon sort ,
J'ose pourtant lutter contre leur Loy suprême , &c.
Ægysthe
JUILLET. 1733 1643
•
gysthe dans cet endroit fait connoître quelle
a été son éducation ; mais il ne peut rien dire
de sa naissance qu'on lui a laissé ignorery Atrée
ne pouvant le porter à remplir sa vengeance
employe enfin le plus puissant motif qui est celui
de l'amour donr Egysthe brule pour Pélopée
voici par où il finit cette Scene :[/
"
Ilaudroit pour placer son coeur en si haut rang,
qui monter à la source où l'on puisa son sang, gibot
Dais faites de ma fille une juste conquête t
the our le prix de sa main , je ne veux qu'unt tête,
" Vous m'entendez , adieu , je vous laisse y penser
Et je n'attends qu'un mot pour vous récompenser.
.<
2
gysthe frémit du projet d'Atrée, il voudroit
sy refuser,, mais son amour pour Pelopée l'emporte
sur sa répugnance ; on expose dans cette
Scene comment ce Prince a vu Pelòpée pour la
premiere fois , on y parle des leçons qu'il a re
çues de Sostrate.dans les Forêts où il a été élevés
l'Amour lui fait tout oublier ; il finit l'Acte par
ces Vers :
25.00
Et je renoncerois au prix de ma victoire
Quand l'amour
gloire
mais que dis-je ? il y va de ma
On m'appelle au combat, sij'avois reculé,
Thyeste hautement diroit que j'ai tremble , I
Car enfin , au Combat c'est lui qui me défie ;
Qui peut me condamner quand il me justifie ?
N'en déliberons plus ; allons , cherchons le Roi ,
Et qu'au gré de sa haine il dispose de moi.
H vj Nous
164 MERCURE DE FRANCE
€
Nous avons été obligez de nous étendre dans
Set Acte , dont les deux tiers se passent en expo
Sitions nécessaires.
2
11 ct af 3 20
Pelopée ouvre la Scene du second Acte avec
Phoenice , sa Confidente ; elle
qu'elle a fait avertir ; elle fait
attend Ægystho
connotre l'inte
rêt qu'elle prend dans le péril qui menace Thyes
te ; elle déclare son hymen secret avec lui ; elle
parle d'un fils qu'elle cut de cet hymen , elle ra
conte un songe terrible qu'elle fit au sujet de ce
fils. Le voicist
A peine la lumiere
rauke hang of tw.I
03
De cefils malheureux vint frapper la paupiere
Que l'éclat de la foudre , au milieu des éclairs
D'un vaste embrasement menaça l'Univers.
Jour affreux jour suivi d'une nuit plus terri blet
De Spectres entassés un assemblage horrible ,
Dans un songe funeste effrayant mes regards:
Pret a fondre sur moi , vole de coutes parts.
Je vois une Furie et mon Ayeul Tantale
Qu'elle force à sortir de la nuit infernale ;
La barbare sur lui versant son noir poison
Lui fait un autre enfer de sa propre maison .
Cette ombre infortunée après soi traîne encore,
Et la faim et la soifdont l'ardeur la dévore :
Elle approche . Le fruit de mon malheureux flanc
La nourrit de carnage et l'abbreuve de sang ;
Phénice à cet aspect le sommeil m'abandonne,
5
Mais
JUILLET. 1733. 1645
Mais non la juste horreur , dont encor je fuissonne:
!
-Relopée apprend à Phoenice que ce songe terrible
l'obligea à consulter l'Oracle d'Apollon ;
que ce Dicu lui annonça que son Fils étoit
menacé d'inceste et de parricide ; elle ajoûte
qu'elle confia ce malheureux enfant à Sostrate ,
qui l'enleva à l'insçu de Thyeste son pere , avec
Ordre de ne le jamais instruire de son sort.
Dans la Scene suivante , Pelopée détourne Egysthe
du Combat qu'il va entreprendre contre
Thyeste. Elle lui parle d'une maniere si pathetique
, qu'il lui jure que sa main ne se trempera
jamais dans le sang de Thyeste ; elle finit la
Scene par ces Vers :
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ;
Malgré le tendre am amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos Vertus un assez digne prix .
Egysthe explique cès Vers en faveur de son
amour , &c. Il prie Atrée de le dispenser d'un
Combat qui fétriroit sa gloire Atrée impute
se changement de résolution à Pelopée ; il veut
lui même aller combattre Thyeste . Pélopée éperdue
prie Egysthe de détourner un Combat si
funeste Egysthe la jette dans de nouvelles al
larmes , en lui disant qu'il va chercher Thyeste
il fait pourtant connoître aux Spectateurs quel
est son dessein par ces Vers équivoques.
Je sçaurai dans cejour
Prendre soin de magloire et ser vir mon amour.
3 Pelopée
1646 MERCURE DE FRANCE
.
Pelopée au désespoir veut suivre Agysthe
Atrée la retient et lui reproche'sa désobéissance ;
Pelopée lui dit que Thyeste lui est plus cher qu'il
ne sçauroit croire. Elle se retire , Attée ordohne
à sa Garde de la suivre.
Ce que Pelopée vient de lui dire lui fait soupe
çonner qu'elle pourroit bien avoir épousé Thyes
te ; il ordonne à Eurimedon de ne rien oublier
pour trouver Sostrate , qui peut seul éclaircir ces
soupçons. 11 finit ce second Acte par ces Vers
37 C
D
Ne descends pas encor dans l'éternelle nuit
Thyeste , de ta mort je perdrois tout le fruit ;
Nefût-ce qu'un moment , jouis de la lumiere
Pour sçavoir quels forfaits terminent ta carriere ;
Pour la premiere fois je fais pour toi des voeux
Tremble , c'est pour te rendre encor plus malheu
* reux .
Thyeste prisonnier , commence le troisiéme
Acte par ces Vers :: ~
1
I
Fortune , contre moi des long-tems conjurée ,
Triomphe , me voici dans les prisons d'Atrée
Dieux cruels , dont le bras appesanti sur moi
Afait à votre honte un Esclave d'un Roieng
Dieux injustes , en vain ma chûre est votre ou
vrage ,
Vous n'avezpas encore abbaissé mon courage, &L.
Il instruit les Spectateurs de ce qui s'est passé
dans son Combat contre gysthe, qu'il croit ne
l'avoir épargné que pour réserver au barbare
Atrés le plaisir de lui donner la mort. Il expose
Ge
JUILLET. 1733 . 1647.
ce que les Dieux lui ont annoncé autrefois quand
il les a consultez sur le moyen de se vanger d'A-l
trée , voici l'Oracle :
Argos rentrera sous ta loy
Far un Fils qui naîtra de ta fille et de toi.
Il dit à Arbate que ce fût pour éviter cet abominable
inceste qu'il le chargea lui- même du
soin d'égorger sa Fille dans l'âge le plus tendre,
&c. Pelopée vient apprendre à Thyeste qu'Atrée
, qu'elle croit son Pere , est prês à faire la
paix avec lui , pourvû qu'il l'épouse ; elle lui dit ,
qu'il n'a qu'à lul déclarer son Hymen. Thyeste
lai deffend de reveler un secret , qui faisant voir
à Tyndare qu'il l'a trompé , le deshonoreroit à
ses yeux , et obligeroit ce Prince de l'abandon-,
ner à toute la fureur d'Atrée, qui n'a point d'autre
dessein que de le priver de tout secours ; il
parle de la mort de ce fils malheureux , que Sostrate
lui a enlevé , et il ne doute pas qu'Atrée në
l'ait fait égorger.
Ægysthe vient annoncer à Thyeste que tout
menace sa vie , et qu'Atrée plus furieux que ja
mais , viendra le chercher même dans sa Tente ;
il ajoute qu'il deffendra ses jours , ou qu'il
mourra avec lui. La Nature qui parle dans le
coeur du Pere et du Fils , excite entr'eux de tendres
transports , qui tiennent lieu de reconnoissance
anticipée. Atrée arrive , Egysthe prie
Thyeste de rentrer dans sa Tente , de peur que
sa vuë ne redouble encore la fureur d'un frere si
dénaturé.
Atrée demande à Egysthe d'où vient qu'il lui
cache si long - tems sa victime la première moisié
de ce Dialogue est fiere de part et d'autre ;
Egysthe
1648 MERCURE DE FRANCE
Egysthe a enfin recours à la priere, Atrée prend
le parti de la dissimulation ; ll feint de se rendre,
mais il dit auparavant à Ægysthe qu'il lui en
coûtera plus qu'il ne pense ; Egysthe lui répond
qu'il ne sçauroit trop payer le sacrifice qu'il
veut bien lut faire de son inimitié. Atrée lui dir
qu'il consent à la paix , à condition que Thyeste
réparera l'affront dont il l'a fait rougir trop
long-tems : qu'il vous épouse , dit- il à Pelopée ;::
Egysthe et Petopée sont également frappés de
cette proposition , quoique par differens motifs..
Atrée jouissant de leur trouble , dit à Ægyste ,
d'un ton presque insultant :
> J'entends vous gémissez du coup que je vous
porte ;
Mais l'union des coeurs plus que tout vous importe;
Vous demandez la Paix , je la donne à ce prix,
Prenez à votre tour un conseil que j'ai pris ;
Faites-vous violence ; on a bien moins de peine :
A vaincre son amour , qu'à surmonter sa haine.
Atrée porte enfin le dernier coup à Ægisthe
par cet hemistiche , en parlant de Thyeste :
Il aime , autant qu'il est aimé.
Egysthe devient furieux ; Arrée lui dit que ce
n'est que de ce jour qu'il a penetré un secret si
fatal et le quitte,en lu disant :
Si vous êtes trahi ; je n'en suis point complice ;
Et je laisse en vos mains la grace , ou le supplice.
Egysthe reproche à Pelopée son manque de
foy
JUILLET. 1732... 1649
foy ; elle lui dit qu'elle ne lui a rien promis ; elle
s'explique ainsi :
Quel serment ! quel reproche ! est - ce trahir ma foi ;
Que mettre vos veriùs à plus haut prix que moi ?
Ce dernier Vers se rapporte à
Acte ou Pelopée lui a dit :
ceux du second
Ah ! Seigneur , croyez que Pelopée ,
Malgré le tendre amour dont vous êtes épris ,
N'est pas de vos vertus un assez digne prix.
Elle ajoûte encore :
Votre amour est allé plus loin que ma pensée ,
Et j'étois dans l'erreur assez interessée ;
Pour ne la pas détruire , et pour m'en prévaloir.
La tromperie qu'elle lui a faite , et sur tout la
préférence qu'elle donne à son Rival , l'empêchent
d'écouter sa justification ; tout ce qu'elle
lui dit jette le désespoir dans son coeur ; son
aveugle fureur s'exhale en murmures contre les
Dieux , et lui met ces Vers dans la bouche ,
Vous serez satisfaits, Dieux , qui dès ma naissance
Avez tous conspiré contre mon innocence ;‹ "
J'adopte vos decrets et mes transportsjaloux ,
Pour les justifier iront plus loin que vous.
Il la quitte transporté de rage ; elle le suit , e
finit l'Acte par ces Vers :
Allons ; suivons ses pas ,
1650 MERCURE DE FRANCE
Et ne pouvant sauver un Epoux que j'adore ,
Offrons à ses Bourreaux une victime encore.
Atrée commence par ces Vers le quatriémo
Acte.
Enfin voici le jour où le crime et l'horreur ,
Vont regner en ces lieux au gré de ma fureur.
Ce n'est pas ton secours qu'ici ma haine implore ,
Soleil , si tu le veux , pális , recule encore ;
Cefunesie chemin par moi-même tracé, “
De répandre tes feux , t'a déja dispensé ;
Va , fui , pour exercer mes noires barbaries
J'ai besoin seulement du flambeau de Furies.
Ce qu'il dit dans la suite expose le plan de la
vengeance qu'il médite , il ne s'agit pas moins
que de faire périr tous ses Ennemis les uns par les
autres , il finit cette terrible Scene par ce regres
digne de sa foreur.
D
ev l'avouerai qué ma joye eût été plus entiere ,
Si Thieste , touchant à son heure derniere,
Par moi-même eût appris que pour trancher se
jours ,
De la main de sonfils j'empruntai le secours ;
Mais je crains qu'à leurs yeux ce grand secret n'éclatte
;
Un moment`auprès d'eux peut conduire Sostrate ;
Ce moment me perdroit ; il faut le prévenir ;
Craignons , pour trop vouloir , de ne rien obtenir :
Tyndare n'est pas loin et déja l'on murmure ;
JUILLET. 1733 1651
1733..
#
Laplus prompte vengeance enfin est la plus sûre ;
Oui de mes ennemis prêcipitons la mort .
Qu'importe, en expirant qu'ils ignorent leur sort
Bien- tôt dans le séjour des Ombres criminelles .
On va leur dévoiler des horreurs éternelles ;
Aussi-tôt quefermez , leurs yeux seront ouverts ;
Ils se reconnoîtront tous trois dans les Enfers.
Il a déja fait entendre à Eurimédon, qu'il retient
Pélopée dans sa Tente , de peur qu'elle n'attendrisse
gisthe ; et voyant approcher cet
Amant jaloux , il se détermine à continuer une
dissimulation qui vient de lui être si utile dans
P'Acte précedent ; il feint d'être désarmé par les
pleurs de Pélopée , et prie Agysthe de consentir..
à l'hymen de cette Princesse avec Thyeste, cette
priere rend Egysthe encore plus furieux . Atrée
Payant mis dans la disposition où il le souhaite,
lui dit enfin en le quittant ;
Plus que vous à vous servir fidelle ,
Je veux bien hazarder cette épreuve nouvelle ;
J'abandonne Thyeste à tout votre courroux ;
Mais prêt à lefrapper , répondez bien de vous ;
C'est à vous désormais que je le sacrifie ,
Et si votre tendresse encor le justifie ‚
J'explique cet Arrêt en faveur de ses feux ;
Je renonce à ma haine , et je lè rends heureux.
Ægysthe s'abandonne tout entier à sa jalouse
rage ; Antenor vient et lui demande s'il est vrai
qu'on va immoler Thyeste ; Agysthe le rassure
on
1652 MERCURE DE FRANCE
en apparence en lui ordonnant de lui faire rendre
ses armes . Antenor transporté de joye , lui
témoigne combien Sostrate , son sage Gouverneur
, sera charmé de voir cet heureux fruit
de ses leçons. Au nom de Sostrate , Ægysthe est
frappé. Quel nom , lui dit -il , prononces - tu ?
Antenor lui répond , qu'il croit l'avoir vû s'avançant
vers sa Tente ; mais qu'ayant apperçu des
Soldats , il s'est retiré de peur d'être reconnu.
On doit sçavoir gré à l'Auteur d'avoir rappellé
aux Spectateurs le souvenir de ce même Sostrate
qu'il n'a vu que dans la premiere Scene. Je vous
entends , grands Dieux , dit Egysthe dans un à
parte. Il ordonne à Antenor de ne point perdre
de temps pour remettre Thyeste en liberté, avant
que Sostrate se presente à ses yeux , & c. Egyste
se détermine à presser sa vengeance.
Thyeste vient , pénetré de reconnoissance pour
Egysthe; mais sajoye est de peu de durée . Egys
the lui apprend qu'il est devenu son mortel ennemi
, depuis qu'il a appris qu'il est son Rival ; il
lui dit que des que la nuit pourra cacher sa fuite,
il le fera conduire dans le Camp de Tyndare , et
qu'il s'y rendra lui - même pour lui redemanderce
sang qu'il a pú répandre : cette Scene est une
des plus touchantes de la Piece ; chaque mot ne
sert qu'à irriter Egysthe de plus en plus . Ils par
tent enfin , l'un pour donner la mort , l'autre pour
la recevoir , sans se deffendre , lorsque ce Sostrate
qui vient d'être annoncé avec tant d'art , les
arrête et leur apprend leur sort . Cette recon- ¿
noissance a tiré des larmes aux plus insensibles ;
Egysthe apprenant que Pelopée est sa mere
change son amour en tendresse filiale. Sostrate
lui apprend qu'Atrée lui donnera la mort s'il
met le pied dans sa Tente , et que ce cruel a sur-
?
pris
JUILLET. 1733. 1653
pris un Billet de sa main , qui l'a instruit de sa
naissance. Egyste furieux veut aller donner la
mort â ce barbare ; mais Thyeste retient cette
impétuosité. On finit ce bel Acte par la résolution
qu'on prend de répandre le bruit de la mort
de Thyeste , er de tromper Pelopée même par
ce bruit , afin que l'excès de sa douleur fasse
mieux passer la feinte pour une verite , cependant
Egysthe ordonne à Sostrate de partir pour
le Camp de Tyndare , avec les instructions né
cessaires.
Cet Extrait n'étant déja que trop long, nous ne
dirons qu'un mot du cinquiéme Acte ; Atrée le
commence , il doute de la mort de Thyeste ,
malgré le soin qu'on a pris d'en répandre le
bruit ; d'ailleurs le Pere vivant encore dans un
fils plus terrible , il n'a pas lieu d'être tranquille ,
il apprend à Eurimedon ce que Sostrate a dit
dans l'Acte précedent ; sçavoir , qu'il a donné ordre
de faire périr Ægysthe , s'il entre dans sa
Tente. Pelopée vient. Atrée pour commencer à
goûter les fruits de sa vengeance , lui annonce la
mort de Thyeste ; elle ne croit plus avoir de ménagement
à garder , elle apprend à Atrée que 3
Thyeste étoit son Epoux , ce qui le met au com,
ble de la joye ; il lui dit en la quittant :
Egysthe.... à ce seul nom, tremble ; dès aujourd'hui,
Par des noeuds éternels je veux t'unir à lui.
Pelopée au désespoir , se resout à souffrir plu
tôt mille morts , qu'à consentir à l'hymen qu'Atrée
vient de lui annoncer sous des termes dont'
les Spectateurs ont bien senti l'équivoque , &c.
Egysthe arrive ; il veut se retirer à la vue de sa
Mere ; elle l'arrête et lui donne les noms les plus
execrables ,
1651 MERCURE DE FRANCE
།
execrables ; il ne peut plus les soutenir ; il lui
apprend que Thyeste est sauvé, et que dans le
temps qu'il alloit le combattre , il a appris que
son Rival étoit son Pere. Cette derniere reconnoissance
n'a pas moins attendri que la premiere.
Sostrate annonce à Egysthe que le secours de
Tyndare est arrivé ; Ægysthe va se mettre à la
tête des Soldats et ordonne à Sostrate de garder
sa Mere ; on vient annoncer à Pelopée la mort
d'Atrée ; cet irréconciliable ennemi de Thyeste
vient expirer sur le Théatre, mais c'est pour por
ter le dernier coup ¿ son frere ; il lui apprend que
Pelopée est sa fille et en apporte pour preuve le
témoignage d'Eurimedon et d'Arbaste , qui se
trouvent présens sur la Scene ; pour confirma
tion de preuve , Thyeste lui dit :
Va , j'en croisplus encor les Oracles des Dieux.
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Résumé : Pelopée, Tragédie nouvelle[.] Extrait. [titre d'après la table]
Le 18 juillet 1733, les Comédiens Français présentèrent pour la première fois la tragédie 'Pélopée', écrite par le Chevalier Pellegrin. La pièce, tirée des récits de Servius, Lactance et Hygin, fut accueillie avec enthousiasme. Hygin relate deux versions des événements : dans la première, Pinceste commet l'inceste volontairement après une prédiction oraculaire ; dans la seconde, Thyeste viole sa fille Pélopée sans la reconnaître. La pièce adopte cette dernière version et y ajoute des correctifs pour la décence théâtrale. Au premier acte, Sostrate, gouverneur d'Agyste, recherche le prince Ægysthe, échappé de la forêt où il a été élevé par une chèvre. Il rencontre Arcas, qui lui apprend que Thyeste, frère d'Atrée, a remporté des victoires grâce à Tyndare, roi de Sparte. Cependant, un jeune inconnu, Ægysthe, a récemment ramené la victoire à Atrée. Thyeste, désespéré, a défié ce jeune homme à un combat singulier. Sostrate reconnaît en Ægysthe son fils et cherche à l'avertir sans révéler son secret. Atrée révèle à Eurimedon que Pélopée, qu'il considère comme sa fille, est en réalité la fille de Thyeste. Il espère que le mariage de Pélopée avec Ægysthe détournera Tyndare du parti de Thyeste. Dans le second acte, Pélopée, accompagnée de Phoenice, sa confidente, attend Ægysthe. Elle révèle son mariage secret avec Thyeste et un songe prémonitoire où elle voit son fils menacé d'inceste et de parricide. Elle confie cet enfant à Sostrate, qui l'élève sans lui révéler son origine. Pélopée convainc Ægysthe de ne pas combattre Thyeste, mais Atrée, soupçonnant la vérité, ordonne à sa garde de la suivre. Au troisième acte, Thyeste, prisonnier, apprend qu'Atrée veut le tuer. Il révèle à Arbate qu'il a ordonné l'exécution de sa fille pour éviter l'inceste prédit par l'oracle. Pélopée informe Thyeste qu'Atrée propose la paix en échange de son mariage. Thyeste refuse, craignant de déshonorer Tyndare. Ægysthe, venu annoncer les menaces contre Thyeste, promet de le défendre. Atrée arrive et exige des explications d'Ægysthe, qui finit par le supplier. Dans le quatrième acte, Atrée expose son plan de vengeance, visant à faire périr ses ennemis les uns par les autres. Il feint de consentir à l'union de Pélopée et Thyeste pour manipuler Ægysthe. Ægysthe, après avoir appris que Sostrate retient Pélopée, libère Thyeste et lui révèle qu'il est son rival. Sostrate intervient alors pour révéler la vérité : Pélopée est la mère d'Ægysthe, et Atrée prévoit de tuer Ægysthe. Dans le cinquième acte, Atrée annonce à Pélopée la mort de Thyeste, mais elle révèle ensuite à Atrée que Thyeste était son époux. Ægysthe apprend alors que Thyeste est son père et que Pélopée est sa mère. Sostrate informe Ægysthe de l'arrivée des renforts de Tyndare. Finalement, Atrée, mourant, révèle à Thyeste que Pélopée est sa fille, confirmant ainsi les prédictions divines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 1694-1709
LETTRE de M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen, sur le Droit de Viduité, le Doüaire, le Don mobile, et les autres avantages des gens mariez en Normandie.
Début :
Vous voulez absolument, Monsieur, que je vous explique ce que [...]
Mots clefs :
Lois, Droit, Loi, Parents, Enfant, Époux, Droits, Filles, Partie, Épouse, Père, Succession, Alleuds, Portion, Héritage, Terres, Normandie, Possession, Mariage, Viduité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen, sur le Droit de Viduité, le Doüaire, le Don mobile, et les autres avantages des gens mariez en Normandie.
LETTRE de M. Clerot, Avocat au Par
lement de Rollen , sur le Droit de Viduité
le Donaire , le Don mobile , et les autres
avantages des gens mariez en Nor
mandie.
V
-
7 :6 7
Ous voulez absolument Monsieur
, que je vous explique ce que
c'est que notre Droit de Viduité , et vous
souhaitez qu'en même temps je vous
donne quelque idée des autres Droits des
Gens mariez en notre Province ; vous allez
être satisfait : Voici sur cela mes Observations.
Selon l'article 382. de notre
Coutume : Homme ayant eu un enfant , né
vif de sa femme , jouit par usufruit , tant
qu'il se tient en viduité , de tout le revenu
appartenant à saditte femme , lors de son
décès , encore que l'enfant soit mort avant la
dissolution du mariage.
Les Auteurs sont partagez sur l'origine
, l'essence , et les effets de ce Droit.
1. Les Anglois prétendent qu'il a pris
naissance chez eux : Litleton assurant
même qu'il étoit appellé Curtesie d'Angleterre
, parce que l'on n'en use en aucun
autre réalme , fors que tant seulement en Engleterre.
Nos Normands au contraire,sur le
texte
AOUST. 1733- 1695
que Texte de l'ancien Coutumier , disent
nous l'avons porté chez les Anglois . Consuetudo
est enim in Normannia ex antiquitate
approbata ; et plusieurs Auteurs François
croient le voir dans les Capitulaires de
nos premiers Rois ; ce qui fait dire à l'un
d'eux contre Cowel, Smith , et Litleton ,
Illa est verè nationis nostra -humanitas.
que
2°. Quelques-uns ont avancé que pour
acquerir par le mari cet avantage , il
suffisoit l'enfant eut été conçû , et que
la mere eût témoigné l'avoir senti remuer
dans ses flancs. Quelques autres ,
au contraire , ont dit que l'enfant devoit
être absolument sorti des entrailles de sa
mere, et que des gens dignes de foy l'eussent
vû vif; plusieurs se sont persuadé
qu'il ne suffisoit pas que l'enfant eut été
vû remuer,mais qu'il falloit encore qu'on
l'eut entendu pleurer ou crier.
3. Il y en a qui pensent que cet usufruit
est acquis par la volonté seule de la
Loy : Beneficio Legis ; d'autres , au contraire
, soutiennent que c'est une possession
à droit successif : Fure hæreditario ;
mais d'une espece particuliere; et plusieurs
représentent ce droit comme une espece
de legs , que la Loy fait faire par la fem- ·
me ,jure nuptiali , à celui qui l'a renduë
féconde. Voici , Monsieur , de quoi vous
Ay Can
1696 MERCURE DE FRANCE
convaincre là dessus. 1 ° .Ce droit, comme
ce qui forme toute notre ancienne Coûtume
, ( je n'en excepte pas même la clameur
de Haro ) vient des Loix des premiers
Rois de France , que nos premiers
Ducs ont adoptées , en y faisant quelques
changemens , et Guillaume le Conquerant
l'a porté en Angleterre , d'où il est
même passé en Ecosse. 2° . A prendre ce
droit dans le sens où il a été introduit , il
ne peut être acquis au mari que quand
l'enfant a été vû remuer , et qu'il a été
entendu crier. 3 ° . Ce même droit dans
son origine étoit une espéce de succession
, il a été ensuite une véritable donation
, et à présent ce n'est ni succession ,
ni donation , mais un avantage de la loy
qui tient de l'une et de l'autre.
Pour faire cette démonstration
par or
dre , et pour vous donner les éclaircissemens
que vous demandés , je vais vous
exposer ici quelles ont été les differentes
espéces de possessions dans les principales
Epoques de la Monarchie.
PREMIER TEMPS.
Les Bourguignons , les Francs , les Saxons
et autres Peuples venus du fond de
l'Allemagne , s'étant emparés de différentes
A OU SI. 1733. 1697
rentes Provinces de la Gaule , leurs Capi- .
caines , et leurs Soldats partagerent nonseulement
les Terres qu'ils venoient de
conquerir , mais encore les dépouilles des
Peuples qu'ils venoient de subjuguer , ce
qu'ils appelloient pour chaque particulier,
sertem , ou ce qui est la même chose,
Allodium , du mot Allemand All , qui
signifie tout , et de Lods , los ou lot , qui
signifie part , portion , ou Partage ; d'où
vient que dans la suite ils ont indistinctement
appelić Allodium tout ce qu'ils
ont possedé comme proprietaires. Je ne
vous citerai sur cela qu'une Lettre du
Pape Jean VIII . où l'on trouve : Proprietates
Bosonis et Engeltrudis quas vos
Alladium dicitis , filiabus eorum hæredibus
restituatis.
Il y avoit une autre sorte de possession
, mais que l'on ne tenoit que de la
grace du Roi, ou de l'élection du peuple ,
ou de la faveur des premiers Officiers de
la Couronne ; c'étoient les D chés pour
léver , conduire et commander les Troupes
de toute une Province . Les Comtés
pour éxécuter les ordres des Ducs , de
ménager les revenus roïaux , et de rendre
la justice dans certains Parlemens , les
Marquisats pour veiller sur les Frontieres
, les Chastellenies pour recevoir nos
A vj
Pria1698
MERCURE DE FRANCE
Princes dans leurs fréquens Voyages , et
cent autres places pareilles qui produisoient
un certain revenu , mais qui ne
passoient point aux héritiers , si ce n'est
dans le cas de ce que nous appellons aujourd'hui
survivance .
La facilité qu'il y eut dans la suite à
avoir de ces Benefices pour les Descendans
, les fit regarder comme des especes
d'héritages ; on en obtint même plusieurs
in Allodium , selon l'interêt ou la bonté
de nos premiers Reis ; et enfin dans de
certaines Révolutions de l'Etat , il en fur
abandonné des plus considérables. Ainsi ,
Monsieur , cette partie de la Neustrie
que nous occupons aujourd'hui , fut- elle
laissée à notre premier Duc Raoul , pour
en jouir comme de son propre bien. Ab
Epia fluviole usque ad mare ut teneat ipse
et successores ejus infundum sempiternum.
>
Jusqu'ici , la maniere de posseder ne
changea point ; on compta toujours les
meubles , les immeubles , les droits et
les actions , dans un seul corps de -possession
, sous le nom d'Aleu. Vous verrez
cela dans plusieurs Titres , et partis
culierement dans celui que je vous al
quelquefois fait voir sur cette matiere
où on lit cette formule : Asserens perjuramentum
suum , res , jura , dominia , et
›
usagia
AOUST. 1733. 1699
usagia inferius annotata ab aliquo non tenere
, sed eadem in Francum purum et libe».
rum Allodium se habere. Examinons maintenant
comment nos premiers François.
divisoient cette possession.
D'abord les Esclaves , les Pierreries , les
Meubles , les Hardes ; ensemble les
Droits , les Actions , et quelquefois même
les Maisons des Villes , faisoient la
premiere partie , sous cette dénomination
Mancipia. Je ne vous citerai point
d'éxemples sur cette portion des Aleuds,
Yous sçavez que dans nos anciennes loix
La maison dans la Ville est souvent mar
quée sous cette dénomination Mancipiata
Casa.
Ensuite les Chevaux , les Boeufs et Va
ches , les Moutons , et generalement tou
tes les bêtes domestiques ; ensemble les
Harnois , les Fourages , les Grains , et
tout ce qui convenoit à ces choses , faisoient
la seconde partie que l'on désignoit
sous ce nom Pecunia. Vous sçavez,
Monsieur , qu'en quelque maniere cela
étoit encore d'usage sous le Regne de notre
Guillaume le Conquerant , puisque
ce Prince deffendant dans le Chap. 9. de
ses Loix , la vente ou l'achapt des bêtes
vives ailleurs que dans les Villes , se sert
de cette expression : Interdicimus ut nulla
peci
1700 MERCURE DE FRANCE
pecunia viva vendatur aut ematur , nisi intra
civitates.
Enfin , les Maisons de Campagne , les
Terres , les Forêts , les Eaux , les Droits
de Chasse et de Parc , formoient la troisiéme
partie que l'on appelloit chez les
Francs Terra Salica sive Francica , parce
qu'en general c'étoit le propre de la valeur
Françoise , et chez les Ripuariens ,
Terra Aviatica , parce qu'ils la tenoient,
non à droit de Conquête , mais au droit
de leurs Ayeux , ausquels les Romains
l'avoient donnée. Voyons présentement
l'ordre de succeder , et à cet égard une
nouvelle division des Aleuds . "
Nos premieres Loix sous le nom hareditas
, font pas er tout en general aux
plus proches parens , mâles , ou femelles
; mais ces mêmes loix portent une
exception pour la Terre : Aviatica , aut
Salica sive Francica , car elles ne veulent
pas que les femmes y ayent aucune
part , et c'est la distinction qu'il ne faut
pas omettre.
>
Ainsi , l'héritage d'une personne , ses
Aleuds , son Patrimoine , forment deux
successions différentes : la premiere , où
l'on comprend tout ce qui est meuble
tout ce qui est héritage de Ville , tout
ce qui est acquêts : la seconde , où sont
renAOUST.
1733. 1708
y renfermées les Terres de Campagnes
ayant fait souche et passé des peres ou
meres aux enfans . Examinez bien , Monsieur
, nos premieres Loix , vous verrez
que cette derniere succession , ou seule
ou jointe à son tout , est appellée hareditatem
paternam aut maternam , et que la
premiere est appellée simplement heredi
tatem. Je passe aux preuves .
La Loy des Ripuariens , au titre de
Alodibus,fait passer en general les Aleuds
aux pere , mere , freres et soeurs , oncles
et tantes , et deinceps usque ad quintumgeniculum
qui proximus fuerit in hæreditatem
succedat. Mais pour cette portion qui est
appeliée Terra Aviatica , tant qu'il y a
des mâles , les filles n'y peuvent rien prétendre.
Sed dum virilis sexus extiterit ,femina
in hæreditatem Aviaticam non suecedat.
Dans les Loix Saliques , au même titre
, nous voyons en general les . Aleuds
passer de même aux pere et mere , freres
et soeurs , oncles et tantes. Si autem nulli
borumfuerint quicumque proximiores fuerint
de paterna generatione ipsi in hæreditatem
succedant. Mais pour cette portion , qui
est appellée Terra Salica , les filles en
sont absolument excluës : De terra verè
Salica nulla portio hæreditatis mulieri veniat,
sed
1702 MERCURE DE FRANCE
•
sed ad virilem sexum tota terra hereditas
perveniat.
ブ
Enfin , Monsieur , dans les Loix de la
Thuringe , ce Païs qui , selon Gregoire
de Tours , avoit été long- tems le séjour
des François , nous trouvons au même
titre de Alodibus , notre distinction d'héritage
, et notre exception en faveur des
mâles clairement établie ; que l'héritage
d'un deffunt , dit cette Loi , soit appréhendé
par le fils , et non par
et non par la fille : si
le deffunt n'a point de fils , que la fille
aye les esclaves , les maisons de Ville , les
troupeaux , l'argent , en un mot ,
cipia et pecunia ; mais que les terres , les
maisons de campagne , les droits de
chasse , en un mot , ce que l'on désigne
sous ce mot terra passe aux plus proches
parens paternels. Hareditatem defuncti filius
, non filia , suscipiat : Si filium non
habuit qui defunctus est , ad filiam pecunia,
et mancipia , terra verò ad proximum paterne
generationis consanguineum pertineat.
man-
C'est dans cette Loy qu'on observe que
quiconque a la Terre , a aussi les équipages
, les droits de la Guerre , et la contribution
dûë par les Vassaux : Ad quemcumque
hæreditas terra pervenerit , ad illum
vestis Bellica , id est Lorica , ultio proximi
et salutio debet pertinere.
C'est
A O UST. 1733. 1703
C'est dans cette Loy qu'on trouve enfin
quel étoit le sort des filles , lorsqu'elles
avoient des freres ; elles n'avoient que
quelques ornemens que leur laissoient
leurs meres , et qui consistoient en Chainettes
, Tresses ou Noeuds , Coliers , Pendans
d'Oreilles , &c. Mater moriens filio
terram , mancipia et pecuniam dimittat , filia
verò spolia colli , id est Murenas , Muscas
, Monilia , Inaures , vestes, Armillas ",
vel quidquid ornamenti proprii videbatur
babuisse.
> Les femmes , comme vous le voyés ;
Monsieur , étoient alors peu avantagées,
car dans ces premiers tems les enfans des
Concubines étant indistinctement appellés
aux successions , avec les enfans des
femmes légitimes , il arrivoit peu que les
successions manquassent de mâles ; cependant
il y avoit des cas où , comme dit
cette Loy , l'héritage passoit de l'Epée à
la Quenouille. Post quintam generationem
filia ex toto, sive de patris , sive matris parte
in hæreditatem succedat ; et tunc demum
hareditas adfusum à lancea transeat.
La liberté que les François , fixés dans
les Gaules par la valeur de Clovis , eurent
de régler le partage de leurs biens
selon les Loix de la Nation , ou les Loix
Romaines , rendit enfin la condition des
fem
1704 MERCURE DE FRANCE
femmes plus avantageuse. On s'accoutu
ma peu à peu aux impressions que les Ecclesiastiques
, qui suivoient le Code de
Théodose , donnoient contre les Loix Saliques
; on poussa même les choses jusqu'à
l'excès , soit en regardant ces Loix comme
détestables , soit en ne mettant aucunes
bornes à la liberté de tester , pour
se soustraire à leurs dispositions.
En effet, nous voïons dans la douzième
Formule de Marculphe , qu'un Pere appelle
l'exclusion des filles en la Terre,
Salique , une Coutume impie : Diuturna
sed impia inter nos consuetudo tenetur , ut de
terrâ paterna sorores cum fratribus portionem
non habeant. Que ce Pere pour cela ordonne
le partage de sa succession entre
ses fils et filles également , sed ego bane
impietatem , &c.
Une femme sous la puissance de son
mari , au point que dans la dix- septiéme
des mêmes Formules , elle l'appelle son
Seigneur et son Maître. Ege ancilla tua
Domine et Jugalis meus , a cependant le
pouvoir de disposer des biens et d'appeller
ses filles à sa succession ; ce qui diminue
encore les avantages que les Loix de
la Nation accordent aux mâles.
-
Enfin dans ce même temps , les Loix
Ecclesiastiques
favorisent encore les femmes
;
AOUST. 1739 : 1705
mes , car elles ordonnent la nécessité de
·les doter ; deffendant même dans le Concile
d'Arles , tenu l'an 524. qu'il ne se
celebre aucun mariage sans dot : Nullum
sine dote fiat conjugium ; décidant ailleurs,
qu'il n'y aura point de dot , où il n'y
aura point de mariage : Ubi nullum omninò
matrimonium ibi nulla dos ; quia opportet
quod constitutio dotis sit facta publicè
et cum solemnitate ad ostium Ecclesia .Voions
présentement les avantages respectifs entre
les mariez.
Lorsqu'il étoit question de contracter ,
on s'assembloit de part et d'autre , en famille
, amis et voisins. D'abord les parens
de l'époux promettoient à la future épouse
une dot qui consistoit alors en quelques
Esclaves , quelques Bestiaux , quelques
meubles et certaine somme d'argent
; ensuite cette convention des parens
se faisoit , comme parlent les Loix
Ripuaires : Per tabularum seu chartarum
instrumenta ; et elle consistoit non-seule
ment en Esclaves , Bestiaux , argent, & c.
mais encore en terres et en richesses considérables
, même des Autels , des Eglises
et des Dixmes.
Le jour des nôces venu , jour qui dans
les premiers- temps arrivoit quelquefois
des années entieres après les fiançailles, er
qui
1706 MERCURE DE FRANCE
;
qui se passoit souvent sans autre cérémo
nie que la conduite de la fiancée chez le
fiancé les parens de l'épouse faisoient
leur présent à l'époux, qui consistoit d'abord
en quelques Flêches , quelque Bou
clier , quelque Cheval , quelque Equipa- ,
ge de Chasse , & c. mais qui dans la suite
a été la possession , ut custos , de tout le
bien de l'Epouse , appellé en ce cas Maritagium
, et la donation d'une partie de
ce même bien , en ce qui consistoit en
meubles ; d'où est venu ce que nous appellons
présentement Don Mobile. Chez
les premiers Saxons , ce qu'on a appellé
depuis Maritagium , étoit nommé Faderfium
, et la portion dont les parens de l'épousée
faisoient présent au mari , et qui
a été appellée Don Mobile, étoit nommée.
dans les premiers temps , Methium, Melphium
ou Mephium.
Lors de la solemnité du mariage ; ad
estium Ecclesia , l'époux donnoit à l'é
pouse la Charte de la dot , arrêtée entre
les deux familles , et ainsi il lui assuroit
en cas de prédécès , ce que l'on a appellé
d'abord Dos , ensuite Dotalitium , enfin
Dotarium , et Doarium , d'où nous avons
fait le mot Donaire , mais qui est bien
different de ce qu'il étoit dans les premiers
temps , puisqu'alors c'étoit réellement
AOUST. 1733
1707
lement la Dot de l'Epouse , donnée par
l'Epoux, selon l'usage , rapporté par Tacite
: Dotem non uxor marito , sed maritus
uxori offert.
Le lendemain, dès le matin , les parens
venans présenter leurs voeux aux nouveaux
mariez , l'Epoux faisoir à l'Epouse,
un présent , appellé d'abord Morgangeba
ou Morgengab en Allemand , et en,
Latin Matutinale donum , enfin osculagium.
aut osculum ; il consistoit en quelques
pierreries , ornemens et hardes. Il est ce
que chez plusieurs on appelle Augment ;
ce que chez d'autres on nomme Onelages;
et ce qu'en Normandie on désigne
Sous le titre de Chambrée , Bagues , et
Joyaux.
"
Les Loix Ripuaires dans le tit. 59.poussent
icy l'attention en faveur de l'Epouse,
jusqu'à fixerà sosols d'or ce qui doit fai
re sa dot , s'il ne lui en a pas été promis ;
elles lui permettent outre cela de retenir
le Morgangeba , et elles luioaccordent
la
tierce partie de ce qui aura été aquis
dans son mariage ; ce qui peut être en
quelque maniere le commencement du
Droit de conquêts, qui , à l'exception de
quelques susages locaux est fixé chez
nous au tiers et tertiam partem de omni res
0
quam
1708 MERCURE DE FRANCE
quam simul conglobaverint sibi studeat vindicare
, vel quicquid ei in Morgangeba tra
ditum fuerat similiterfaciat.
Vous ne voyez encore icy , Monsieur .
que peu de chose en faveur de l'Epoux.
Le Capitulaire de Dagobert , de l'an 630.
ou la Loy des Allemands , tit . 92. va lui
fournir un avantage considérable, en décidant
que si la femme décéde en couche,
et que l'enfant lui survive quelque tems,
la succession maternelle appartiendra au
pere : Siqua Mulier que hæreditatem paternam
habet , post nuptum pragnans peperit
puerum , et in ipsa hori mortua fuerit ,
et infans vivus remanserit aliquanto spatio ,
vel unius hora , ut possit aperire oculos et
videre culmen Domus et quatuor parietes
et posteà defunctus fuerit , hæreditas materna
ad patrem ejus pertineat. Examinez deprès
cette Loy , Monsieur , et vous serez
convaincu qu'elle est la véritable source
de notre Droit de Viduité.
*
Elle ne se contente pas de vouloir que
PEnfant demeure vif une espace ou une
heure de temps ; et infans vivus remanserit
aliquanto spatio vel unius hora ; mais
elle veut que cela soit de telle sorte qu'il
puisse ouvrir les yeux , voir le toît de la
maison , et se tourner vers les quatre
mu
AO
UST.
1733-
1709
murailles ; ut possit aperire oculos et videre
culmen domûs et quatuor parietes. Ce n'est «
pas assez ; la même Loy nous assûre que
ce n'est que quand le pere a des témoins
de toutes ces choses , qu'il peut conserver
son droit. Et tamen si testes habet pater
ejus quod vidissent, illum infantem oculos
aperire et potuisset culmen domus videre et
quatuor parietes , tunc pater ejus habeat li- "
centiam cum lege ipsas res deffendere. Enfin
la Loy ajoute que s'il en est
autrement
celui auquel
appartient la propriété doit
l'emporter Si autem aliter cujus est proprietas
ipse
conquirat. Voilà
expressément ,
Monsieur,les
dispositions que nous trouvons
dans les Loix du Droit de Viduité
en
Angleterre , en Ecosse , en France , en
Normandie , et ailleurs.
La suitepour le Mercure prochain.
lement de Rollen , sur le Droit de Viduité
le Donaire , le Don mobile , et les autres
avantages des gens mariez en Nor
mandie.
V
-
7 :6 7
Ous voulez absolument Monsieur
, que je vous explique ce que
c'est que notre Droit de Viduité , et vous
souhaitez qu'en même temps je vous
donne quelque idée des autres Droits des
Gens mariez en notre Province ; vous allez
être satisfait : Voici sur cela mes Observations.
Selon l'article 382. de notre
Coutume : Homme ayant eu un enfant , né
vif de sa femme , jouit par usufruit , tant
qu'il se tient en viduité , de tout le revenu
appartenant à saditte femme , lors de son
décès , encore que l'enfant soit mort avant la
dissolution du mariage.
Les Auteurs sont partagez sur l'origine
, l'essence , et les effets de ce Droit.
1. Les Anglois prétendent qu'il a pris
naissance chez eux : Litleton assurant
même qu'il étoit appellé Curtesie d'Angleterre
, parce que l'on n'en use en aucun
autre réalme , fors que tant seulement en Engleterre.
Nos Normands au contraire,sur le
texte
AOUST. 1733- 1695
que Texte de l'ancien Coutumier , disent
nous l'avons porté chez les Anglois . Consuetudo
est enim in Normannia ex antiquitate
approbata ; et plusieurs Auteurs François
croient le voir dans les Capitulaires de
nos premiers Rois ; ce qui fait dire à l'un
d'eux contre Cowel, Smith , et Litleton ,
Illa est verè nationis nostra -humanitas.
que
2°. Quelques-uns ont avancé que pour
acquerir par le mari cet avantage , il
suffisoit l'enfant eut été conçû , et que
la mere eût témoigné l'avoir senti remuer
dans ses flancs. Quelques autres ,
au contraire , ont dit que l'enfant devoit
être absolument sorti des entrailles de sa
mere, et que des gens dignes de foy l'eussent
vû vif; plusieurs se sont persuadé
qu'il ne suffisoit pas que l'enfant eut été
vû remuer,mais qu'il falloit encore qu'on
l'eut entendu pleurer ou crier.
3. Il y en a qui pensent que cet usufruit
est acquis par la volonté seule de la
Loy : Beneficio Legis ; d'autres , au contraire
, soutiennent que c'est une possession
à droit successif : Fure hæreditario ;
mais d'une espece particuliere; et plusieurs
représentent ce droit comme une espece
de legs , que la Loy fait faire par la fem- ·
me ,jure nuptiali , à celui qui l'a renduë
féconde. Voici , Monsieur , de quoi vous
Ay Can
1696 MERCURE DE FRANCE
convaincre là dessus. 1 ° .Ce droit, comme
ce qui forme toute notre ancienne Coûtume
, ( je n'en excepte pas même la clameur
de Haro ) vient des Loix des premiers
Rois de France , que nos premiers
Ducs ont adoptées , en y faisant quelques
changemens , et Guillaume le Conquerant
l'a porté en Angleterre , d'où il est
même passé en Ecosse. 2° . A prendre ce
droit dans le sens où il a été introduit , il
ne peut être acquis au mari que quand
l'enfant a été vû remuer , et qu'il a été
entendu crier. 3 ° . Ce même droit dans
son origine étoit une espéce de succession
, il a été ensuite une véritable donation
, et à présent ce n'est ni succession ,
ni donation , mais un avantage de la loy
qui tient de l'une et de l'autre.
Pour faire cette démonstration
par or
dre , et pour vous donner les éclaircissemens
que vous demandés , je vais vous
exposer ici quelles ont été les differentes
espéces de possessions dans les principales
Epoques de la Monarchie.
PREMIER TEMPS.
Les Bourguignons , les Francs , les Saxons
et autres Peuples venus du fond de
l'Allemagne , s'étant emparés de différentes
A OU SI. 1733. 1697
rentes Provinces de la Gaule , leurs Capi- .
caines , et leurs Soldats partagerent nonseulement
les Terres qu'ils venoient de
conquerir , mais encore les dépouilles des
Peuples qu'ils venoient de subjuguer , ce
qu'ils appelloient pour chaque particulier,
sertem , ou ce qui est la même chose,
Allodium , du mot Allemand All , qui
signifie tout , et de Lods , los ou lot , qui
signifie part , portion , ou Partage ; d'où
vient que dans la suite ils ont indistinctement
appelić Allodium tout ce qu'ils
ont possedé comme proprietaires. Je ne
vous citerai sur cela qu'une Lettre du
Pape Jean VIII . où l'on trouve : Proprietates
Bosonis et Engeltrudis quas vos
Alladium dicitis , filiabus eorum hæredibus
restituatis.
Il y avoit une autre sorte de possession
, mais que l'on ne tenoit que de la
grace du Roi, ou de l'élection du peuple ,
ou de la faveur des premiers Officiers de
la Couronne ; c'étoient les D chés pour
léver , conduire et commander les Troupes
de toute une Province . Les Comtés
pour éxécuter les ordres des Ducs , de
ménager les revenus roïaux , et de rendre
la justice dans certains Parlemens , les
Marquisats pour veiller sur les Frontieres
, les Chastellenies pour recevoir nos
A vj
Pria1698
MERCURE DE FRANCE
Princes dans leurs fréquens Voyages , et
cent autres places pareilles qui produisoient
un certain revenu , mais qui ne
passoient point aux héritiers , si ce n'est
dans le cas de ce que nous appellons aujourd'hui
survivance .
La facilité qu'il y eut dans la suite à
avoir de ces Benefices pour les Descendans
, les fit regarder comme des especes
d'héritages ; on en obtint même plusieurs
in Allodium , selon l'interêt ou la bonté
de nos premiers Reis ; et enfin dans de
certaines Révolutions de l'Etat , il en fur
abandonné des plus considérables. Ainsi ,
Monsieur , cette partie de la Neustrie
que nous occupons aujourd'hui , fut- elle
laissée à notre premier Duc Raoul , pour
en jouir comme de son propre bien. Ab
Epia fluviole usque ad mare ut teneat ipse
et successores ejus infundum sempiternum.
>
Jusqu'ici , la maniere de posseder ne
changea point ; on compta toujours les
meubles , les immeubles , les droits et
les actions , dans un seul corps de -possession
, sous le nom d'Aleu. Vous verrez
cela dans plusieurs Titres , et partis
culierement dans celui que je vous al
quelquefois fait voir sur cette matiere
où on lit cette formule : Asserens perjuramentum
suum , res , jura , dominia , et
›
usagia
AOUST. 1733. 1699
usagia inferius annotata ab aliquo non tenere
, sed eadem in Francum purum et libe».
rum Allodium se habere. Examinons maintenant
comment nos premiers François.
divisoient cette possession.
D'abord les Esclaves , les Pierreries , les
Meubles , les Hardes ; ensemble les
Droits , les Actions , et quelquefois même
les Maisons des Villes , faisoient la
premiere partie , sous cette dénomination
Mancipia. Je ne vous citerai point
d'éxemples sur cette portion des Aleuds,
Yous sçavez que dans nos anciennes loix
La maison dans la Ville est souvent mar
quée sous cette dénomination Mancipiata
Casa.
Ensuite les Chevaux , les Boeufs et Va
ches , les Moutons , et generalement tou
tes les bêtes domestiques ; ensemble les
Harnois , les Fourages , les Grains , et
tout ce qui convenoit à ces choses , faisoient
la seconde partie que l'on désignoit
sous ce nom Pecunia. Vous sçavez,
Monsieur , qu'en quelque maniere cela
étoit encore d'usage sous le Regne de notre
Guillaume le Conquerant , puisque
ce Prince deffendant dans le Chap. 9. de
ses Loix , la vente ou l'achapt des bêtes
vives ailleurs que dans les Villes , se sert
de cette expression : Interdicimus ut nulla
peci
1700 MERCURE DE FRANCE
pecunia viva vendatur aut ematur , nisi intra
civitates.
Enfin , les Maisons de Campagne , les
Terres , les Forêts , les Eaux , les Droits
de Chasse et de Parc , formoient la troisiéme
partie que l'on appelloit chez les
Francs Terra Salica sive Francica , parce
qu'en general c'étoit le propre de la valeur
Françoise , et chez les Ripuariens ,
Terra Aviatica , parce qu'ils la tenoient,
non à droit de Conquête , mais au droit
de leurs Ayeux , ausquels les Romains
l'avoient donnée. Voyons présentement
l'ordre de succeder , et à cet égard une
nouvelle division des Aleuds . "
Nos premieres Loix sous le nom hareditas
, font pas er tout en general aux
plus proches parens , mâles , ou femelles
; mais ces mêmes loix portent une
exception pour la Terre : Aviatica , aut
Salica sive Francica , car elles ne veulent
pas que les femmes y ayent aucune
part , et c'est la distinction qu'il ne faut
pas omettre.
>
Ainsi , l'héritage d'une personne , ses
Aleuds , son Patrimoine , forment deux
successions différentes : la premiere , où
l'on comprend tout ce qui est meuble
tout ce qui est héritage de Ville , tout
ce qui est acquêts : la seconde , où sont
renAOUST.
1733. 1708
y renfermées les Terres de Campagnes
ayant fait souche et passé des peres ou
meres aux enfans . Examinez bien , Monsieur
, nos premieres Loix , vous verrez
que cette derniere succession , ou seule
ou jointe à son tout , est appellée hareditatem
paternam aut maternam , et que la
premiere est appellée simplement heredi
tatem. Je passe aux preuves .
La Loy des Ripuariens , au titre de
Alodibus,fait passer en general les Aleuds
aux pere , mere , freres et soeurs , oncles
et tantes , et deinceps usque ad quintumgeniculum
qui proximus fuerit in hæreditatem
succedat. Mais pour cette portion qui est
appeliée Terra Aviatica , tant qu'il y a
des mâles , les filles n'y peuvent rien prétendre.
Sed dum virilis sexus extiterit ,femina
in hæreditatem Aviaticam non suecedat.
Dans les Loix Saliques , au même titre
, nous voyons en general les . Aleuds
passer de même aux pere et mere , freres
et soeurs , oncles et tantes. Si autem nulli
borumfuerint quicumque proximiores fuerint
de paterna generatione ipsi in hæreditatem
succedant. Mais pour cette portion , qui
est appellée Terra Salica , les filles en
sont absolument excluës : De terra verè
Salica nulla portio hæreditatis mulieri veniat,
sed
1702 MERCURE DE FRANCE
•
sed ad virilem sexum tota terra hereditas
perveniat.
ブ
Enfin , Monsieur , dans les Loix de la
Thuringe , ce Païs qui , selon Gregoire
de Tours , avoit été long- tems le séjour
des François , nous trouvons au même
titre de Alodibus , notre distinction d'héritage
, et notre exception en faveur des
mâles clairement établie ; que l'héritage
d'un deffunt , dit cette Loi , soit appréhendé
par le fils , et non par
et non par la fille : si
le deffunt n'a point de fils , que la fille
aye les esclaves , les maisons de Ville , les
troupeaux , l'argent , en un mot ,
cipia et pecunia ; mais que les terres , les
maisons de campagne , les droits de
chasse , en un mot , ce que l'on désigne
sous ce mot terra passe aux plus proches
parens paternels. Hareditatem defuncti filius
, non filia , suscipiat : Si filium non
habuit qui defunctus est , ad filiam pecunia,
et mancipia , terra verò ad proximum paterne
generationis consanguineum pertineat.
man-
C'est dans cette Loy qu'on observe que
quiconque a la Terre , a aussi les équipages
, les droits de la Guerre , et la contribution
dûë par les Vassaux : Ad quemcumque
hæreditas terra pervenerit , ad illum
vestis Bellica , id est Lorica , ultio proximi
et salutio debet pertinere.
C'est
A O UST. 1733. 1703
C'est dans cette Loy qu'on trouve enfin
quel étoit le sort des filles , lorsqu'elles
avoient des freres ; elles n'avoient que
quelques ornemens que leur laissoient
leurs meres , et qui consistoient en Chainettes
, Tresses ou Noeuds , Coliers , Pendans
d'Oreilles , &c. Mater moriens filio
terram , mancipia et pecuniam dimittat , filia
verò spolia colli , id est Murenas , Muscas
, Monilia , Inaures , vestes, Armillas ",
vel quidquid ornamenti proprii videbatur
babuisse.
> Les femmes , comme vous le voyés ;
Monsieur , étoient alors peu avantagées,
car dans ces premiers tems les enfans des
Concubines étant indistinctement appellés
aux successions , avec les enfans des
femmes légitimes , il arrivoit peu que les
successions manquassent de mâles ; cependant
il y avoit des cas où , comme dit
cette Loy , l'héritage passoit de l'Epée à
la Quenouille. Post quintam generationem
filia ex toto, sive de patris , sive matris parte
in hæreditatem succedat ; et tunc demum
hareditas adfusum à lancea transeat.
La liberté que les François , fixés dans
les Gaules par la valeur de Clovis , eurent
de régler le partage de leurs biens
selon les Loix de la Nation , ou les Loix
Romaines , rendit enfin la condition des
fem
1704 MERCURE DE FRANCE
femmes plus avantageuse. On s'accoutu
ma peu à peu aux impressions que les Ecclesiastiques
, qui suivoient le Code de
Théodose , donnoient contre les Loix Saliques
; on poussa même les choses jusqu'à
l'excès , soit en regardant ces Loix comme
détestables , soit en ne mettant aucunes
bornes à la liberté de tester , pour
se soustraire à leurs dispositions.
En effet, nous voïons dans la douzième
Formule de Marculphe , qu'un Pere appelle
l'exclusion des filles en la Terre,
Salique , une Coutume impie : Diuturna
sed impia inter nos consuetudo tenetur , ut de
terrâ paterna sorores cum fratribus portionem
non habeant. Que ce Pere pour cela ordonne
le partage de sa succession entre
ses fils et filles également , sed ego bane
impietatem , &c.
Une femme sous la puissance de son
mari , au point que dans la dix- septiéme
des mêmes Formules , elle l'appelle son
Seigneur et son Maître. Ege ancilla tua
Domine et Jugalis meus , a cependant le
pouvoir de disposer des biens et d'appeller
ses filles à sa succession ; ce qui diminue
encore les avantages que les Loix de
la Nation accordent aux mâles.
-
Enfin dans ce même temps , les Loix
Ecclesiastiques
favorisent encore les femmes
;
AOUST. 1739 : 1705
mes , car elles ordonnent la nécessité de
·les doter ; deffendant même dans le Concile
d'Arles , tenu l'an 524. qu'il ne se
celebre aucun mariage sans dot : Nullum
sine dote fiat conjugium ; décidant ailleurs,
qu'il n'y aura point de dot , où il n'y
aura point de mariage : Ubi nullum omninò
matrimonium ibi nulla dos ; quia opportet
quod constitutio dotis sit facta publicè
et cum solemnitate ad ostium Ecclesia .Voions
présentement les avantages respectifs entre
les mariez.
Lorsqu'il étoit question de contracter ,
on s'assembloit de part et d'autre , en famille
, amis et voisins. D'abord les parens
de l'époux promettoient à la future épouse
une dot qui consistoit alors en quelques
Esclaves , quelques Bestiaux , quelques
meubles et certaine somme d'argent
; ensuite cette convention des parens
se faisoit , comme parlent les Loix
Ripuaires : Per tabularum seu chartarum
instrumenta ; et elle consistoit non-seule
ment en Esclaves , Bestiaux , argent, & c.
mais encore en terres et en richesses considérables
, même des Autels , des Eglises
et des Dixmes.
Le jour des nôces venu , jour qui dans
les premiers- temps arrivoit quelquefois
des années entieres après les fiançailles, er
qui
1706 MERCURE DE FRANCE
;
qui se passoit souvent sans autre cérémo
nie que la conduite de la fiancée chez le
fiancé les parens de l'épouse faisoient
leur présent à l'époux, qui consistoit d'abord
en quelques Flêches , quelque Bou
clier , quelque Cheval , quelque Equipa- ,
ge de Chasse , & c. mais qui dans la suite
a été la possession , ut custos , de tout le
bien de l'Epouse , appellé en ce cas Maritagium
, et la donation d'une partie de
ce même bien , en ce qui consistoit en
meubles ; d'où est venu ce que nous appellons
présentement Don Mobile. Chez
les premiers Saxons , ce qu'on a appellé
depuis Maritagium , étoit nommé Faderfium
, et la portion dont les parens de l'épousée
faisoient présent au mari , et qui
a été appellée Don Mobile, étoit nommée.
dans les premiers temps , Methium, Melphium
ou Mephium.
Lors de la solemnité du mariage ; ad
estium Ecclesia , l'époux donnoit à l'é
pouse la Charte de la dot , arrêtée entre
les deux familles , et ainsi il lui assuroit
en cas de prédécès , ce que l'on a appellé
d'abord Dos , ensuite Dotalitium , enfin
Dotarium , et Doarium , d'où nous avons
fait le mot Donaire , mais qui est bien
different de ce qu'il étoit dans les premiers
temps , puisqu'alors c'étoit réellement
AOUST. 1733
1707
lement la Dot de l'Epouse , donnée par
l'Epoux, selon l'usage , rapporté par Tacite
: Dotem non uxor marito , sed maritus
uxori offert.
Le lendemain, dès le matin , les parens
venans présenter leurs voeux aux nouveaux
mariez , l'Epoux faisoir à l'Epouse,
un présent , appellé d'abord Morgangeba
ou Morgengab en Allemand , et en,
Latin Matutinale donum , enfin osculagium.
aut osculum ; il consistoit en quelques
pierreries , ornemens et hardes. Il est ce
que chez plusieurs on appelle Augment ;
ce que chez d'autres on nomme Onelages;
et ce qu'en Normandie on désigne
Sous le titre de Chambrée , Bagues , et
Joyaux.
"
Les Loix Ripuaires dans le tit. 59.poussent
icy l'attention en faveur de l'Epouse,
jusqu'à fixerà sosols d'or ce qui doit fai
re sa dot , s'il ne lui en a pas été promis ;
elles lui permettent outre cela de retenir
le Morgangeba , et elles luioaccordent
la
tierce partie de ce qui aura été aquis
dans son mariage ; ce qui peut être en
quelque maniere le commencement du
Droit de conquêts, qui , à l'exception de
quelques susages locaux est fixé chez
nous au tiers et tertiam partem de omni res
0
quam
1708 MERCURE DE FRANCE
quam simul conglobaverint sibi studeat vindicare
, vel quicquid ei in Morgangeba tra
ditum fuerat similiterfaciat.
Vous ne voyez encore icy , Monsieur .
que peu de chose en faveur de l'Epoux.
Le Capitulaire de Dagobert , de l'an 630.
ou la Loy des Allemands , tit . 92. va lui
fournir un avantage considérable, en décidant
que si la femme décéde en couche,
et que l'enfant lui survive quelque tems,
la succession maternelle appartiendra au
pere : Siqua Mulier que hæreditatem paternam
habet , post nuptum pragnans peperit
puerum , et in ipsa hori mortua fuerit ,
et infans vivus remanserit aliquanto spatio ,
vel unius hora , ut possit aperire oculos et
videre culmen Domus et quatuor parietes
et posteà defunctus fuerit , hæreditas materna
ad patrem ejus pertineat. Examinez deprès
cette Loy , Monsieur , et vous serez
convaincu qu'elle est la véritable source
de notre Droit de Viduité.
*
Elle ne se contente pas de vouloir que
PEnfant demeure vif une espace ou une
heure de temps ; et infans vivus remanserit
aliquanto spatio vel unius hora ; mais
elle veut que cela soit de telle sorte qu'il
puisse ouvrir les yeux , voir le toît de la
maison , et se tourner vers les quatre
mu
AO
UST.
1733-
1709
murailles ; ut possit aperire oculos et videre
culmen domûs et quatuor parietes. Ce n'est «
pas assez ; la même Loy nous assûre que
ce n'est que quand le pere a des témoins
de toutes ces choses , qu'il peut conserver
son droit. Et tamen si testes habet pater
ejus quod vidissent, illum infantem oculos
aperire et potuisset culmen domus videre et
quatuor parietes , tunc pater ejus habeat li- "
centiam cum lege ipsas res deffendere. Enfin
la Loy ajoute que s'il en est
autrement
celui auquel
appartient la propriété doit
l'emporter Si autem aliter cujus est proprietas
ipse
conquirat. Voilà
expressément ,
Monsieur,les
dispositions que nous trouvons
dans les Loix du Droit de Viduité
en
Angleterre , en Ecosse , en France , en
Normandie , et ailleurs.
La suitepour le Mercure prochain.
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Résumé : LETTRE de M. Clerot, Avocat au Parlement de Roüen, sur le Droit de Viduité, le Doüaire, le Don mobile, et les autres avantages des gens mariez en Normandie.
La lettre de M. Clerot, avocat au Parlement de Rouen, expose le droit de viduité en Normandie et divers droits des époux dans cette province. Selon l'article 382 de la coutume normande, un homme ayant eu un enfant né vivant de sa femme jouit par usufruit des revenus de la femme décédée, même si l'enfant meurt avant la dissolution du mariage. Les origines et les effets de ce droit sont débattus : les Anglais le revendiquent comme leur, tandis que les Normands affirment l'avoir apporté en Angleterre. Les auteurs divergent également sur les conditions d'acquisition de ce droit, notamment la nécessité que l'enfant soit vu remuer ou entendu crier. Le droit de viduité est perçu différemment selon les auteurs : certains le voient comme une succession, d'autres comme une donation ou un legs fait par la loi. Historiquement, ce droit provient des lois des premiers rois de France, adoptées par les ducs de Normandie et portées en Angleterre par Guillaume le Conquerant. Il a évolué au fil du temps, passant d'une succession à une donation, puis à un avantage légal mixte. Le texte détaille également les différentes formes de possession et de succession dans les principales époques de la monarchie française. Les peuples germaniques, comme les Bourguignons et les Francs, partageaient les terres conquises et les dépouilles des peuples soumis, appelées allodium. Il existait aussi des bénéfices tenus de la grâce du roi ou de l'élection du peuple, qui ne passaient pas aux héritiers sauf en cas de survivance. Ces bénéfices furent progressivement regardés comme des héritages et parfois transformés en allodium. Les possessions étaient divisées en trois parties : les mancipia (esclaves, meubles, droits), la pecunia (bêtes domestiques, harnois, grains), et la terra (terres, forêts, droits de chasse). Les lois saliques et ripuariennes excluaient les femmes de la succession des terres, réservant ces biens aux mâles. Les femmes avaient cependant accès aux meubles et aux biens acquis. Cette distinction entre héritage meuble et héritage foncier est fondamentale dans les lois franques. Les lois ecclésiastiques, telles que celles du Concile d'Arles en 524, imposaient la nécessité d'une dot pour les femmes, stipulant que tout mariage devait inclure une dot. Lors des fiançailles, les parents de l'époux promettaient une dot à la future épouse, composée de biens divers comme des esclaves, du bétail, des meubles et de l'argent. Cette convention était formalisée par des documents légaux. Le jour du mariage, les parents de l'épouse offraient des présents à l'époux, qui pouvaient inclure des armes, des chevaux ou des biens mobiliers. Ces présents évoluèrent pour devenir la possession de l'épouse, appelée Maritagium. L'époux, à son tour, donnait à l'épouse une charte de la dot, lui assurant des biens en cas de prédécès. Les Lois Ripuaires accordaient des protections spécifiques à l'épouse, fixant la valeur de la dot et permettant à l'épouse de conserver certains biens comme le Morgangeba, un présent offert le lendemain du mariage. Elles lui accordaient également un tiers des biens acquis pendant le mariage, précurseur du droit de conquêts. Le Capitulaire de Dagobert, en 630, établissait que si une femme décédait en couches et que l'enfant survivait, la succession maternelle revenait au père. Cette loi est considérée comme la source du droit de viduité, adopté dans plusieurs pays européens, y compris l'Angleterre, l'Écosse, la France et la Normandie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 2233-2249
Hypolite et Aricie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie Royale de Musique donna le premier Octobre la premiere [...]
Mots clefs :
Hippolyte, Thésée, Diane, Phèdre, Aricie, Amour, Père, Enfers, Mort, Monstre, Fils, Dieux, Vers, Théâtre, Destin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hypolite et Aricie, Extrait, [titre d'après la table]
' Académie Royale de Musique donna
le premier Octobre la premiere
Représentation de la Tragédie nouvelle ,
intitulée : Hippolyte et Aricie. Le Poëme
est de M.le Chevalier Pellegrin , et la Musique
de M. Rameau. Le premier est déja
connu par plusieurs Ouvrages applaudis ;
et le second vient de faire voir par son
coup d'essai , dans ce genre de Musique,
qu'il peut égaler les plus grands Maîtres.
L'accueil favorable que le public a fait à
cet Opéra en fait esperer de nombreuses
Représentations : En voici l'Extrait.
L'Auteur du Poëme déclare dans sa Préface
que c'est
pour
authoriser
le caractere
qu'il
donne
à Diane
dans
la Piéce
, qu'il
a
fait
son
Prologue
. Hygin
lui en a fourni
la Fable
. Le Théatre
représente
la Forêt
d'Erymanthe
, si fameuse
par
un des trayaux
d'Hercule
. Diane
le fait
connoître
F par
1234 MERCURE DE FRANCE
par ces Vers , qu'elle addresse à ses Nym
phes et aux habitans des Bois.
Vous êtes dans ces mêmes lieux ,
Où sur un monstre furieux ,
Vn fils de Jupiter , remporta la victoire ;
Mais un monstre plus fier le soumit à son tour g
Du plus grand des Héros vous surpassez l
gloire ,
Quand vous triomphez de l'Amour.
L'Amour ne peut souffrir que Diane
le bannisse de ses Forêts ; il vient lui demander
raison de cet outrage ; Diane invoque
Jupiter son Pere,et le prie de con-
Armer le don qu'il lui a fait de l'Empire
des Forêts ; Jupiter descend au bruit du
tonnerre,et annonce à Diane que le Destin
ordonne que l'Amour regne par tout,
avec cette restriction , qu'il n'exercera sa
puissance sur les sujets de Diane qu'un
seul jour de l'année ; il ajoute que ce jour
doit être éclairé par le flambeau de l'Hymen.
Diane obéit aux Loix du Destin ;
elle ne veut pas pourtant être témoin
d'une Fête si favorable à l'Amour ; elle
annonce le sujet de la Tragédie , par ces
Vers :
Hippolyte , Aricie , exposés à périr ,
Ne fondent que sur moi leur derniere esperances
conOCTOBRE.
1733. 2235
Contre une injuste violence ,
C'est à moi de les secourir.
L'Amour entreprend de consoler les
sujets de Diane de l'absence de leur Souveraine
, par les plus doux plaisirs. Il ap
pelle par ces Vers ,les Jeux et les Amours.
Regnez , aimables jeux , regnez dans ces Forêts,
Qu'à mes voeux empressez votre zêle réponde :
Si vous, tendres Amours , faites voler ces traits ,
D'où dépend le bonheur du monde.
Cet ordre produit une Fête aussi affec
tueuse que brillante : Le Prologue finit
par ces quatre Vers , conformes aux vofontez
suprêmes du Destin; c'est l'Amour
qui parle
Par de nouveaux plaisirs , couronnons ce grand
jour ,
Au Temple de l'Hymen il faut que je vous guide
,
Qu'à cette heureuse Fête , avec lui je préside;
Que son flambeau s'allume aux flammes de l'A }
mour.
Le Théatre représente au premier Acte
de la Tragédie , un Temple consacré à
Diane.
Aricie,Princesse du Sang des Pallantides ,
expose sa situation par ce Monologue.
Fij Tem2236
MERCURE DE FRANCE
> Temple sacré , séjour tranquille
Où Diane aujourd'hui doit recevoir mes voeux
A mon coeur agité daigne servir d'azile ,
Contre un amour trop malheureux ¿
Et toi , dont malgré moi , je rappelle l'image ,
Sher Prince , si mes voeux ne te sont pas offerts;
Du moins j'en apporte l'hommage
A la Déesse que tu sers,
Temple sacré , & c,
Hyppolite vient assûrer Aricie de l'in
dignation que lui inspire la violence que
Phédre lui fait par l'ordre que Thesée son
Pere lui en a donné à son départ de Tréséne
; il déplore son sort d'une maniere
qui le fait soupçonner d'être Amant ;
Voici comment il le fait connoître.
Dans un Pere irrité , confondez -vous son Fils
Et comptez- vous mon coeur entre vos ennemis
& c.
Je pourrois vous hair quelle injustice extreme
!
Je sens pour vous une pitié ,
Aussi tendre que l'amour même."
: Cette déclaration a paru bien ménagée
de part et d'autre.
Les Prêtresses de Diane forment la Fêe
de ce premier Acte,
Phodre
OCTOBRE.´´ 1733.´´ £ 237ì
Phedre vient ensuite féliciter Aricie
sur la gloire qu'elle va acquerir en s'unissant
aux Immortels , par les voeux
qu'elle doit offrir à Diane. Aricie fait entendre
que ces voeux n'étant pas libres
ils ne sont pas dignes des Dieux ; les Prêtresses
de Diane se rangent de son parti,
Phédre fait sonner la Trompette pour
punir leur désobéïssance ; les Prêtresses
invoquent les Dieux pour la punir ellemême
de la violence qu'elle veut leur
faire. Diane descend au bruit du Tonnerre
, comme fille de Jupiter ; ce qu'elle
fait connoître par ces Vers , addressez à
ses Prêtresses :
售
Vous voyez Jupiter se déclarer mon Pere;
Sa foudre vole devant moy.
La Déesse après avoir rassuré ses Prêtresses
, menace Phedre de la vangeance
des Dieux , et prend Hippolyte et Aricie
sous sa protection . Elle remonte dans le
ciel. Les Prêtresses rentrent dans le Temple
; Hippolyte emmene Aricie. Phédre
abandonne à ses transports jaloux, qu'el¬
le fait connoître par ces Vers :
Que voi -je ? contre moi tous les Dieux soat
armez !
Ma Rivale me brave! Elle suit Hippolyte !
Fiij
Ah !
2238 MERCURE DE FRANCE
Ah ! plus je voi leurs coeurs, l'un pour l'aptres
enflammez *
Plus mon jaloux transport s'irrite ,
Que rien n'échappe à ma fureur , &c.
Arcas vient annoncer que Thésée es
descendu dans les Enfers : Il s'exprime
ainsi :
La terre sous ses pas ouverte .'
A favorisé ses efforts ;
Et d'affreux heurlemens , sortis des sombre
bords ,
Du plus grand des Mortels , m'ont confirmé la
perte
J
Anone fait entendre à Phédre qu'elle
peut aimer sans crime , et concevoir de
l'espérance, en offrant son Thrône à Hippolyte,
Phédre se livre à un espoir si flatteur.
Au II Acte, le Théatre représente l'entrée
des Enfers. Thésée tourmenté par
une Furie , expose ce qui s'est passé par
çes Vers :
Dieux! n'est- ce pas assez des maux que j'ai souf
ferts ?
J'ai vuPirythous déchiré par Cerbere ;
J'ai vu ce Monstre affreux , trancher des jours
si chers ,
Sans daigner dans mon sang, assouvir sa coferes
J'enOCTOBRE
17388 · 1239
J'attendois la mort sans effroi ,
Et la mort fuyoit loin de moi.
La Furie conduit Thésée au pied du
Thrône de Pluton : Thésée dit à ce Me
narque des Enfers :
Inéxorable Roy de l'Empire infernal ',
Digne Frere , et digne Rival ,
Du Dieu qui lance le tonnerre ,
Est-ce donc pour vanger tant de Monstres di
vers ,
Dont ce bras a purgé la Terre ,
Que l'on me livre en proye aux Monstres des
Enfers
Pluton
Si tes Exploits sont grands , voy quelle en est la
gloire ,
Ton nom sur les trépas remporte la victoire ;
Comme nous il est immortel ;
Mais , d'une égale main , puisqu'il faut qu'on
dispense ,
Et la peine et la récompense ;´
J'attends plus de Pluton qu'un tourment érernel.
Pluton reproche à Thésée le coupable
projet qu'il a formé avec Pirythoüs d'enlever
Proserpine. Thésée se justifie autant
qu'il lui est possible . Pluton le renvoie au
Tribunal des trois Juges des Enfers.Cette
Filij Scene
246 MERCURE DE FRANCE
Scene est sans contredit la plus belle de
la Tragédie , tant du côté du Poëte que
de celui du Musicien.
Pluton invite toutes les Divinitez infer
nales à le vanger. Thésée revient , suivi
de la Furie vangeresse ; ne pouvant revoir
que par le secours de la mort. Il
l'implore ; les Parques lui parlent ainsi ;
son ami
Du Destin le vouloir suprême ,
Amis entre nos mains la trame de tes jours ;
Mais le fatal Ciseau n'en peut trancher le cours
Qu'au redoutable instant , qu'il a marqué lui
même.
i..
Thésée ne pouvant obtenir la mort ,
implore Neptune son Pere , et lui deman
de l'exécution du serment qu'il a fait de
l'exaucer trois fois : Neptune lui ayant
ouvert la route des Enfers , il le prie de
l'en retirer. Mercure vient de la part du
Dieu des Mers ; il obtient le retour de
Thésée sur la terre , mais avant qu'il´en
sorte , il ordonne aux Parques de lui réveler
le sort que l'avenir lui garde. Ces
trois Déesses lui parlent ainsi .
Quelle soudaine horreur ton destin nous ins
pire !
Où cours-tu, malheureux Tremble, frémi d'ef
froi ;
Tu sors de l'infernal empire ,
Pou
OCTOBRE . 1733. 2241
Pour trouver les Enfers chez toi.
Ce Oracle remplit Thésée d'effroi au
Sujet de Phédre et d'Hippolyte ; qui sono
ce qu'il a de plus cher chez lui. Mercure
lui ouvre le chemin , pour remonter sur
la terre. Thésée dit en partant :
Ciel ! cachons mon retour, et trompons tous les
yeux.
Ce projet de se cacher à tout le mon
de, prépare le coup de Théatre qu'on doit
voir dans l'Acte suivant.
Le Théatre représente au III.Acte, une
partie du Palais de Thésée , sur le rivage
de la Mer.
Phedre prie Venus de lui être favorable.
Enone vient lui dire qu'Hippolyte
qu'elle a mandé , va se rendre auprès
d'elle . 漏
Hippolyte dit à Ph'dre que ce n'est
que pour obéir à ses ordres qu'il vient lui
montrer encore un objet odieux . Phédre
lui fait entendre qu'elle ne l'a jamais haï
qu'en apparence : Hippolyte se flatte de
ne l'avoir plus pour ennemie , et lui pro
met en récompense de tenir lieu de Pere à
son fils : Phédre trompée par le sens équivoque
de cette promesse , lui dit tendrement
&
Fv Hip
$ 242 MERCURE DE FRANCE
Vous pouviez jusques - là vous attendrir poun
y moi !
C'en est trop , et le Thrône , et le Fils er
Mere ,
Je range tout sous votre Loy.
Hippolyte lui répond qu'il borne toute
son ambition à regner sur le coeur d'Aricie.
Phédre détrompée par ces mots , ne
peut plus se contenir ; elle jure la mòrt
de sa Rivale. Au nom de Rivale, Hippolyte
saisi d'horreur s'écrie :
Terribles Ennemis des perfides humains ;
Dieux , si promts autrefois à les réduire en po
dre ,
Qu'attendez- vous ? Lancez la foudre
Qui la retient entre vos mains ?
Phédre au désespoir , lui dit :
Ah ! cesse par tes voeux d'allumer le tonnerre ;
Eclatte ; éveille-toi ; sors d'un honteux repos §
Rends toi digne Fils d'un Héros ,
Qui de Monstres sans nombre, a délivré la terres
El n'en est échappé qu'un seul à sa fureur ;
Frappe ; ce Monstre est dans mon coeur.
Phédre ne pouvant obtenir la mort
qu'elle demande à Hippolyte, se jette sur
son Epée , Hippolyte la lui arrache,Thé
séc
OCTOBRE. 1733. 2243
sée arrive et trouve son Fils l'Epée à la
main contre sa femme; il se rappelle aussi-
tôt la prédiction des Parques , ce qu'il
fait connoître par ces mots :
O'trop fatal oracle !
Je trouve les malheurs que m'a prédits l'Enfer.
Il interroge Phédre, qui le quitte après
lui avoir dit :
L'Amour est outrage ;
Que l'Amour soit vange
Hippolyte interrogé à son tour , n'ose
lui révéler sa honte , et lui demande un
exil éternel. Thésée ordonne à Enone de
ne lui rien cacher. Enone pour sauver
les jours et la gloire de la Reine , parle
ainsi à Thésée :
Un désespoir affreux ; ..... pouvez - vous l'ígnorer
Vous n'en avez été qu'un témoin trop fidelle
Je n'ose accuser votre Fils ...
Mais la Reine ... Seigneur , ce fer armé contre
elle ;
Ne vous en a que trop appris , &c.-
Un amour funeste , &c,-
Thésée n'en veut pas sçavoir davanta
ge ; livré à son désespoir , il invoque
B vj
Neptu
2244 MERCURE DE FRANCE
Neptune et lui demande la mort d'Hippolyte
; une Troupe de Matelots qui
viennent rendre graces à Neptune du retour
de leur Roy , obligent Thésée de se
retirer, et forment le Divertissement qui
finit ce troisiéme Acte.
Au IV Acte le Théatre représente un
Bois consacré à Diane.
,
Hippolyte expose dans un Monologue
ce qui s'est passé dans l'entr'Acte , c'està-
dire , l'exil où son Pere l'a condamné.
Aricie vient se plaindre à Hippolyte
du sort qui va les separer ; Hippolyte ,
pour excuser Thésée , lui dit qu'il a demandé
lui- même cet exil , qu'elle impute
à la rigueur de son Pere. Aricie lui
répond :
Votre exil me donne la mort ,
Et c'est vous seul , ingrat , qu'il faut que j'es
accuse !
Quel soupçon ? ... Dieux puissans , faites que
je m'abuse.
Hippolyte pour se justifier de l'incons
tance dont elle l'accuse , lui fait entendre
qu'une raison secrette lui a fait demander
cet exil dont elle se plaint ; il la prie
de ne lui en pas demander davantage ; cependant
quelques mots qui lui échappent
, quoique ménagez avec art , lui em
disent
OCTOBR E. 1733. 2245*
disent assez pour lui faire pénétrer cet
odieux mystere ; il l'invite à le suivre
dans son exil en qualité d'Epouse ; elle
consent à lui donner sa foy ; ils prient
Diane de vouloir bien former leur nouvelle
chaîne. Un bruit de Cors leur annonce
l'arrivée d'une Troupe de Chasseurs
et de Chasseresses ; ils conviennent
ensemble de les prendre pour témoins
de leurs sacrez sermens ; cependant ils ne
veulent point troubler des jeux qui sont
chers à Diane leur Protectrice : Ces Chasseurs
forment une Fête qui a paru des
plus brillantes. La Fête est interrompue
par une tempête; la Mer en courroux jette
sur le rivage un Monstre furieux. Hippolyte
va le combattre ; le Monstre blessé
vomit du feu et de la fumée , & c. Tout
étant dissipé , Arice éperduë de ne voir
plus ni Hippolyte ni le Monstre tombe
évanouie ; les Chasseurs trompés par la
disparition d'Hippolyte le croient mort
ils déplorent son sort. Phedre appellée
par leurs cris , arrive ; elle leur demande
la cause de leurs plaintes ; ils lui annoncent
la mort d'Hippolyte , par ces deux
Vers :
pa
Un Monstre furieux , sorti du sein des Flots ;
: Vient de nous ravir ce Héros.
Phedre
2246 MERCURE DE FRANCE
Phédre s'accuse elle-même d'une mort
qu'elle impute à son imposture ; agitéo
de remords , elle croit entendre le tonnerre
, voir trembler la terre , et les Enfers
s'ouvrir sous ses pas ; elle finit l’Acte
par ces Vres :
›
>
"
Dieux cruels , vangeurs implacables
Suspendez un courroux qui me glace d'effroi ş
Ah ! si vous êtes équitables ,
Ne tonnez pas encor sur moi ;
La gloire d'un Héros que l'imposture opprime &
Vous demande un juste secours ;
Laissez-moi révéler à l'Auteur de ses jours ,
Et son innocence , er mon crime.
Au VeActe , le Théatre ne change qu'à
la troisiéme Scene. Les deux premieres
Scenes sont employées à apprendre aux
Spectateurs que Phédre est morte aux
yeux de Thesée , après avoir justifié Hippolyte
, comme elle l'a promis à la fin de
PActe précédent. Ce malheureux Pere
veut se précipiter dans la Mer : Neptune
Pen empêche et lui apprend que son Fils
a été sauvé par Diane. Il lui annonce que
le Destin dans le temps qu'il alloit servir
son aveugle colere , à daigné l'affranchir
de son serment. Il ajoute que ce Maître
des Dieux a ordonné en même temps
qu'un
1
1
OCTOBRE 1733. 2247
qu'un Pere si injuste soit privé pour jas
mais de la vuë d'un Fils si vertueux.
1
On a retranché ces deux premieres
Scenes qui produisoient quelque irrégula
rité contre l'unité de lieu , par le chan
gement de Scene dans le même Acte.
L'Auteur avoit prévenu l'objection dans
sa Préface; mais le Public ne s'y étant pas
prêté , il n'a pas balancé à le satisfaire.
L'Acte commence présentement par
le changement de Lieuson voit un nuage
transporter Aricie dans la Forêt qui porte
son nom ; comme elle croit avoir vû
périr Hippolyte , elle se livre toute entiere
à sa douleur , qu'elle fait éclater par
un Monologue des plus touchans , tandis
qu'elle est ensevelie dans une profon
de tristesse ; une Troupe de Bergers et de
Bergeres invitent Diane à descendre des
Cieux. Au nom de Diane , Aricie , malgré
sa douleur mortelle, sent ranimer son
zele pour la Divinité , à qui elle s'est dévouée
dès sa plus tendre enfance.
La Déesse promet un nouveau Maître
aux Peuples , pour prix de leur zele ; elle
leur ordonne d'aller préparer les plus
beaux Jeux pour le recevoir ; elle arrête
Aricie prête à se retirer. Ala voix de
Diane , les Zéphirs amenent Hyppolyte
qu'elle leur a confié , après l'avoir sauvé
du
E248 MERCURE DE FRANCE
du Monstre ; ces tendres Amans passent
tout d'un coup de la plus mortelle dou
leur à la joye la plus vive. Diane leur
rend compte de tout ce qui s'est passé au
sujet de Thesée et de Phédre . Voici comme
elle s'explique :
Neptune alloit servir une aveugle vangeance ;
Quand le Destin , dont la puissance ,
Fait trembler les Enfers, et la Terre et les Cieux,
A daigné l'affranchir d'un serment odieux ;
Qui faisoit périr l'innocence .
Phédre , aux yeux de Thésée a terminé son sort,
Et t'a rendu ta gloire en se donnant la mort.
Les Peuples d'Aricie viennent célébrer
la fête du couronnement d'Hippolyte et
d'Aricie , par leurs Chants et par leurs
Danses.
On à trouvé la Musique de cet Opéra
un peu difficile à exécuter , mais par l'habileté
des Simphonistes et des autres Musicions
, la dificulté n'en a pas empêché
l'exécution . Les Principaux Acteurs , tant
chantans , que dansans ,s'y sont surpassez.
La DellePetitpas s'y est distinguée par un
ramage de Rossignol qu'on n'a jamais
porté si loin . Le Poëte n'a pas démenti ·
ses Ouvrages précedens ; et le Musicien a
forcé les plus séveres critiques à convenir
que
C
OCTOBRE. 1733. 2249
que dans son premier Ouvrage Lyrique .
li a donné une Musique mâle et harmonieuse
; d'un caractere neuf; nous
voudrions en rouvoir donner un Extrait,
comme nous faisons du Poëme , et faire
sentir ce qu'elle a de sçavant pour l'ex-.
pression dans les Airs caracterisez , les
Tableaux , les intentions heureuses et
soutenues, comme le Choeur et la Chasse
du 4 Acte ; l'Entrée des Amours au Prologue
; le Choeur et la Simphonie du To
nerre; la Gavotte parodiée que chante la
Delle Petitpas au ier Acte ; les Enfers du
2e Acte , l'Image effrayante de la Furie
avec Thesée et le Choeur,&c. Au 3me Ac
te , le Monologue de Thesée , son invocation
à Neptune , le Frémissement des
= Flots. Le Monologue de Phedre dâns
l'Acte suivant. Celui d'Aricie , dans le S
la Bergerie , & c.
le premier Octobre la premiere
Représentation de la Tragédie nouvelle ,
intitulée : Hippolyte et Aricie. Le Poëme
est de M.le Chevalier Pellegrin , et la Musique
de M. Rameau. Le premier est déja
connu par plusieurs Ouvrages applaudis ;
et le second vient de faire voir par son
coup d'essai , dans ce genre de Musique,
qu'il peut égaler les plus grands Maîtres.
L'accueil favorable que le public a fait à
cet Opéra en fait esperer de nombreuses
Représentations : En voici l'Extrait.
L'Auteur du Poëme déclare dans sa Préface
que c'est
pour
authoriser
le caractere
qu'il
donne
à Diane
dans
la Piéce
, qu'il
a
fait
son
Prologue
. Hygin
lui en a fourni
la Fable
. Le Théatre
représente
la Forêt
d'Erymanthe
, si fameuse
par
un des trayaux
d'Hercule
. Diane
le fait
connoître
F par
1234 MERCURE DE FRANCE
par ces Vers , qu'elle addresse à ses Nym
phes et aux habitans des Bois.
Vous êtes dans ces mêmes lieux ,
Où sur un monstre furieux ,
Vn fils de Jupiter , remporta la victoire ;
Mais un monstre plus fier le soumit à son tour g
Du plus grand des Héros vous surpassez l
gloire ,
Quand vous triomphez de l'Amour.
L'Amour ne peut souffrir que Diane
le bannisse de ses Forêts ; il vient lui demander
raison de cet outrage ; Diane invoque
Jupiter son Pere,et le prie de con-
Armer le don qu'il lui a fait de l'Empire
des Forêts ; Jupiter descend au bruit du
tonnerre,et annonce à Diane que le Destin
ordonne que l'Amour regne par tout,
avec cette restriction , qu'il n'exercera sa
puissance sur les sujets de Diane qu'un
seul jour de l'année ; il ajoute que ce jour
doit être éclairé par le flambeau de l'Hymen.
Diane obéit aux Loix du Destin ;
elle ne veut pas pourtant être témoin
d'une Fête si favorable à l'Amour ; elle
annonce le sujet de la Tragédie , par ces
Vers :
Hippolyte , Aricie , exposés à périr ,
Ne fondent que sur moi leur derniere esperances
conOCTOBRE.
1733. 2235
Contre une injuste violence ,
C'est à moi de les secourir.
L'Amour entreprend de consoler les
sujets de Diane de l'absence de leur Souveraine
, par les plus doux plaisirs. Il ap
pelle par ces Vers ,les Jeux et les Amours.
Regnez , aimables jeux , regnez dans ces Forêts,
Qu'à mes voeux empressez votre zêle réponde :
Si vous, tendres Amours , faites voler ces traits ,
D'où dépend le bonheur du monde.
Cet ordre produit une Fête aussi affec
tueuse que brillante : Le Prologue finit
par ces quatre Vers , conformes aux vofontez
suprêmes du Destin; c'est l'Amour
qui parle
Par de nouveaux plaisirs , couronnons ce grand
jour ,
Au Temple de l'Hymen il faut que je vous guide
,
Qu'à cette heureuse Fête , avec lui je préside;
Que son flambeau s'allume aux flammes de l'A }
mour.
Le Théatre représente au premier Acte
de la Tragédie , un Temple consacré à
Diane.
Aricie,Princesse du Sang des Pallantides ,
expose sa situation par ce Monologue.
Fij Tem2236
MERCURE DE FRANCE
> Temple sacré , séjour tranquille
Où Diane aujourd'hui doit recevoir mes voeux
A mon coeur agité daigne servir d'azile ,
Contre un amour trop malheureux ¿
Et toi , dont malgré moi , je rappelle l'image ,
Sher Prince , si mes voeux ne te sont pas offerts;
Du moins j'en apporte l'hommage
A la Déesse que tu sers,
Temple sacré , & c,
Hyppolite vient assûrer Aricie de l'in
dignation que lui inspire la violence que
Phédre lui fait par l'ordre que Thesée son
Pere lui en a donné à son départ de Tréséne
; il déplore son sort d'une maniere
qui le fait soupçonner d'être Amant ;
Voici comment il le fait connoître.
Dans un Pere irrité , confondez -vous son Fils
Et comptez- vous mon coeur entre vos ennemis
& c.
Je pourrois vous hair quelle injustice extreme
!
Je sens pour vous une pitié ,
Aussi tendre que l'amour même."
: Cette déclaration a paru bien ménagée
de part et d'autre.
Les Prêtresses de Diane forment la Fêe
de ce premier Acte,
Phodre
OCTOBRE.´´ 1733.´´ £ 237ì
Phedre vient ensuite féliciter Aricie
sur la gloire qu'elle va acquerir en s'unissant
aux Immortels , par les voeux
qu'elle doit offrir à Diane. Aricie fait entendre
que ces voeux n'étant pas libres
ils ne sont pas dignes des Dieux ; les Prêtresses
de Diane se rangent de son parti,
Phédre fait sonner la Trompette pour
punir leur désobéïssance ; les Prêtresses
invoquent les Dieux pour la punir ellemême
de la violence qu'elle veut leur
faire. Diane descend au bruit du Tonnerre
, comme fille de Jupiter ; ce qu'elle
fait connoître par ces Vers , addressez à
ses Prêtresses :
售
Vous voyez Jupiter se déclarer mon Pere;
Sa foudre vole devant moy.
La Déesse après avoir rassuré ses Prêtresses
, menace Phedre de la vangeance
des Dieux , et prend Hippolyte et Aricie
sous sa protection . Elle remonte dans le
ciel. Les Prêtresses rentrent dans le Temple
; Hippolyte emmene Aricie. Phédre
abandonne à ses transports jaloux, qu'el¬
le fait connoître par ces Vers :
Que voi -je ? contre moi tous les Dieux soat
armez !
Ma Rivale me brave! Elle suit Hippolyte !
Fiij
Ah !
2238 MERCURE DE FRANCE
Ah ! plus je voi leurs coeurs, l'un pour l'aptres
enflammez *
Plus mon jaloux transport s'irrite ,
Que rien n'échappe à ma fureur , &c.
Arcas vient annoncer que Thésée es
descendu dans les Enfers : Il s'exprime
ainsi :
La terre sous ses pas ouverte .'
A favorisé ses efforts ;
Et d'affreux heurlemens , sortis des sombre
bords ,
Du plus grand des Mortels , m'ont confirmé la
perte
J
Anone fait entendre à Phédre qu'elle
peut aimer sans crime , et concevoir de
l'espérance, en offrant son Thrône à Hippolyte,
Phédre se livre à un espoir si flatteur.
Au II Acte, le Théatre représente l'entrée
des Enfers. Thésée tourmenté par
une Furie , expose ce qui s'est passé par
çes Vers :
Dieux! n'est- ce pas assez des maux que j'ai souf
ferts ?
J'ai vuPirythous déchiré par Cerbere ;
J'ai vu ce Monstre affreux , trancher des jours
si chers ,
Sans daigner dans mon sang, assouvir sa coferes
J'enOCTOBRE
17388 · 1239
J'attendois la mort sans effroi ,
Et la mort fuyoit loin de moi.
La Furie conduit Thésée au pied du
Thrône de Pluton : Thésée dit à ce Me
narque des Enfers :
Inéxorable Roy de l'Empire infernal ',
Digne Frere , et digne Rival ,
Du Dieu qui lance le tonnerre ,
Est-ce donc pour vanger tant de Monstres di
vers ,
Dont ce bras a purgé la Terre ,
Que l'on me livre en proye aux Monstres des
Enfers
Pluton
Si tes Exploits sont grands , voy quelle en est la
gloire ,
Ton nom sur les trépas remporte la victoire ;
Comme nous il est immortel ;
Mais , d'une égale main , puisqu'il faut qu'on
dispense ,
Et la peine et la récompense ;´
J'attends plus de Pluton qu'un tourment érernel.
Pluton reproche à Thésée le coupable
projet qu'il a formé avec Pirythoüs d'enlever
Proserpine. Thésée se justifie autant
qu'il lui est possible . Pluton le renvoie au
Tribunal des trois Juges des Enfers.Cette
Filij Scene
246 MERCURE DE FRANCE
Scene est sans contredit la plus belle de
la Tragédie , tant du côté du Poëte que
de celui du Musicien.
Pluton invite toutes les Divinitez infer
nales à le vanger. Thésée revient , suivi
de la Furie vangeresse ; ne pouvant revoir
que par le secours de la mort. Il
l'implore ; les Parques lui parlent ainsi ;
son ami
Du Destin le vouloir suprême ,
Amis entre nos mains la trame de tes jours ;
Mais le fatal Ciseau n'en peut trancher le cours
Qu'au redoutable instant , qu'il a marqué lui
même.
i..
Thésée ne pouvant obtenir la mort ,
implore Neptune son Pere , et lui deman
de l'exécution du serment qu'il a fait de
l'exaucer trois fois : Neptune lui ayant
ouvert la route des Enfers , il le prie de
l'en retirer. Mercure vient de la part du
Dieu des Mers ; il obtient le retour de
Thésée sur la terre , mais avant qu'il´en
sorte , il ordonne aux Parques de lui réveler
le sort que l'avenir lui garde. Ces
trois Déesses lui parlent ainsi .
Quelle soudaine horreur ton destin nous ins
pire !
Où cours-tu, malheureux Tremble, frémi d'ef
froi ;
Tu sors de l'infernal empire ,
Pou
OCTOBRE . 1733. 2241
Pour trouver les Enfers chez toi.
Ce Oracle remplit Thésée d'effroi au
Sujet de Phédre et d'Hippolyte ; qui sono
ce qu'il a de plus cher chez lui. Mercure
lui ouvre le chemin , pour remonter sur
la terre. Thésée dit en partant :
Ciel ! cachons mon retour, et trompons tous les
yeux.
Ce projet de se cacher à tout le mon
de, prépare le coup de Théatre qu'on doit
voir dans l'Acte suivant.
Le Théatre représente au III.Acte, une
partie du Palais de Thésée , sur le rivage
de la Mer.
Phedre prie Venus de lui être favorable.
Enone vient lui dire qu'Hippolyte
qu'elle a mandé , va se rendre auprès
d'elle . 漏
Hippolyte dit à Ph'dre que ce n'est
que pour obéir à ses ordres qu'il vient lui
montrer encore un objet odieux . Phédre
lui fait entendre qu'elle ne l'a jamais haï
qu'en apparence : Hippolyte se flatte de
ne l'avoir plus pour ennemie , et lui pro
met en récompense de tenir lieu de Pere à
son fils : Phédre trompée par le sens équivoque
de cette promesse , lui dit tendrement
&
Fv Hip
$ 242 MERCURE DE FRANCE
Vous pouviez jusques - là vous attendrir poun
y moi !
C'en est trop , et le Thrône , et le Fils er
Mere ,
Je range tout sous votre Loy.
Hippolyte lui répond qu'il borne toute
son ambition à regner sur le coeur d'Aricie.
Phédre détrompée par ces mots , ne
peut plus se contenir ; elle jure la mòrt
de sa Rivale. Au nom de Rivale, Hippolyte
saisi d'horreur s'écrie :
Terribles Ennemis des perfides humains ;
Dieux , si promts autrefois à les réduire en po
dre ,
Qu'attendez- vous ? Lancez la foudre
Qui la retient entre vos mains ?
Phédre au désespoir , lui dit :
Ah ! cesse par tes voeux d'allumer le tonnerre ;
Eclatte ; éveille-toi ; sors d'un honteux repos §
Rends toi digne Fils d'un Héros ,
Qui de Monstres sans nombre, a délivré la terres
El n'en est échappé qu'un seul à sa fureur ;
Frappe ; ce Monstre est dans mon coeur.
Phédre ne pouvant obtenir la mort
qu'elle demande à Hippolyte, se jette sur
son Epée , Hippolyte la lui arrache,Thé
séc
OCTOBRE. 1733. 2243
sée arrive et trouve son Fils l'Epée à la
main contre sa femme; il se rappelle aussi-
tôt la prédiction des Parques , ce qu'il
fait connoître par ces mots :
O'trop fatal oracle !
Je trouve les malheurs que m'a prédits l'Enfer.
Il interroge Phédre, qui le quitte après
lui avoir dit :
L'Amour est outrage ;
Que l'Amour soit vange
Hippolyte interrogé à son tour , n'ose
lui révéler sa honte , et lui demande un
exil éternel. Thésée ordonne à Enone de
ne lui rien cacher. Enone pour sauver
les jours et la gloire de la Reine , parle
ainsi à Thésée :
Un désespoir affreux ; ..... pouvez - vous l'ígnorer
Vous n'en avez été qu'un témoin trop fidelle
Je n'ose accuser votre Fils ...
Mais la Reine ... Seigneur , ce fer armé contre
elle ;
Ne vous en a que trop appris , &c.-
Un amour funeste , &c,-
Thésée n'en veut pas sçavoir davanta
ge ; livré à son désespoir , il invoque
B vj
Neptu
2244 MERCURE DE FRANCE
Neptune et lui demande la mort d'Hippolyte
; une Troupe de Matelots qui
viennent rendre graces à Neptune du retour
de leur Roy , obligent Thésée de se
retirer, et forment le Divertissement qui
finit ce troisiéme Acte.
Au IV Acte le Théatre représente un
Bois consacré à Diane.
,
Hippolyte expose dans un Monologue
ce qui s'est passé dans l'entr'Acte , c'està-
dire , l'exil où son Pere l'a condamné.
Aricie vient se plaindre à Hippolyte
du sort qui va les separer ; Hippolyte ,
pour excuser Thésée , lui dit qu'il a demandé
lui- même cet exil , qu'elle impute
à la rigueur de son Pere. Aricie lui
répond :
Votre exil me donne la mort ,
Et c'est vous seul , ingrat , qu'il faut que j'es
accuse !
Quel soupçon ? ... Dieux puissans , faites que
je m'abuse.
Hippolyte pour se justifier de l'incons
tance dont elle l'accuse , lui fait entendre
qu'une raison secrette lui a fait demander
cet exil dont elle se plaint ; il la prie
de ne lui en pas demander davantage ; cependant
quelques mots qui lui échappent
, quoique ménagez avec art , lui em
disent
OCTOBR E. 1733. 2245*
disent assez pour lui faire pénétrer cet
odieux mystere ; il l'invite à le suivre
dans son exil en qualité d'Epouse ; elle
consent à lui donner sa foy ; ils prient
Diane de vouloir bien former leur nouvelle
chaîne. Un bruit de Cors leur annonce
l'arrivée d'une Troupe de Chasseurs
et de Chasseresses ; ils conviennent
ensemble de les prendre pour témoins
de leurs sacrez sermens ; cependant ils ne
veulent point troubler des jeux qui sont
chers à Diane leur Protectrice : Ces Chasseurs
forment une Fête qui a paru des
plus brillantes. La Fête est interrompue
par une tempête; la Mer en courroux jette
sur le rivage un Monstre furieux. Hippolyte
va le combattre ; le Monstre blessé
vomit du feu et de la fumée , & c. Tout
étant dissipé , Arice éperduë de ne voir
plus ni Hippolyte ni le Monstre tombe
évanouie ; les Chasseurs trompés par la
disparition d'Hippolyte le croient mort
ils déplorent son sort. Phedre appellée
par leurs cris , arrive ; elle leur demande
la cause de leurs plaintes ; ils lui annoncent
la mort d'Hippolyte , par ces deux
Vers :
pa
Un Monstre furieux , sorti du sein des Flots ;
: Vient de nous ravir ce Héros.
Phedre
2246 MERCURE DE FRANCE
Phédre s'accuse elle-même d'une mort
qu'elle impute à son imposture ; agitéo
de remords , elle croit entendre le tonnerre
, voir trembler la terre , et les Enfers
s'ouvrir sous ses pas ; elle finit l’Acte
par ces Vres :
›
>
"
Dieux cruels , vangeurs implacables
Suspendez un courroux qui me glace d'effroi ş
Ah ! si vous êtes équitables ,
Ne tonnez pas encor sur moi ;
La gloire d'un Héros que l'imposture opprime &
Vous demande un juste secours ;
Laissez-moi révéler à l'Auteur de ses jours ,
Et son innocence , er mon crime.
Au VeActe , le Théatre ne change qu'à
la troisiéme Scene. Les deux premieres
Scenes sont employées à apprendre aux
Spectateurs que Phédre est morte aux
yeux de Thesée , après avoir justifié Hippolyte
, comme elle l'a promis à la fin de
PActe précédent. Ce malheureux Pere
veut se précipiter dans la Mer : Neptune
Pen empêche et lui apprend que son Fils
a été sauvé par Diane. Il lui annonce que
le Destin dans le temps qu'il alloit servir
son aveugle colere , à daigné l'affranchir
de son serment. Il ajoute que ce Maître
des Dieux a ordonné en même temps
qu'un
1
1
OCTOBRE 1733. 2247
qu'un Pere si injuste soit privé pour jas
mais de la vuë d'un Fils si vertueux.
1
On a retranché ces deux premieres
Scenes qui produisoient quelque irrégula
rité contre l'unité de lieu , par le chan
gement de Scene dans le même Acte.
L'Auteur avoit prévenu l'objection dans
sa Préface; mais le Public ne s'y étant pas
prêté , il n'a pas balancé à le satisfaire.
L'Acte commence présentement par
le changement de Lieuson voit un nuage
transporter Aricie dans la Forêt qui porte
son nom ; comme elle croit avoir vû
périr Hippolyte , elle se livre toute entiere
à sa douleur , qu'elle fait éclater par
un Monologue des plus touchans , tandis
qu'elle est ensevelie dans une profon
de tristesse ; une Troupe de Bergers et de
Bergeres invitent Diane à descendre des
Cieux. Au nom de Diane , Aricie , malgré
sa douleur mortelle, sent ranimer son
zele pour la Divinité , à qui elle s'est dévouée
dès sa plus tendre enfance.
La Déesse promet un nouveau Maître
aux Peuples , pour prix de leur zele ; elle
leur ordonne d'aller préparer les plus
beaux Jeux pour le recevoir ; elle arrête
Aricie prête à se retirer. Ala voix de
Diane , les Zéphirs amenent Hyppolyte
qu'elle leur a confié , après l'avoir sauvé
du
E248 MERCURE DE FRANCE
du Monstre ; ces tendres Amans passent
tout d'un coup de la plus mortelle dou
leur à la joye la plus vive. Diane leur
rend compte de tout ce qui s'est passé au
sujet de Thesée et de Phédre . Voici comme
elle s'explique :
Neptune alloit servir une aveugle vangeance ;
Quand le Destin , dont la puissance ,
Fait trembler les Enfers, et la Terre et les Cieux,
A daigné l'affranchir d'un serment odieux ;
Qui faisoit périr l'innocence .
Phédre , aux yeux de Thésée a terminé son sort,
Et t'a rendu ta gloire en se donnant la mort.
Les Peuples d'Aricie viennent célébrer
la fête du couronnement d'Hippolyte et
d'Aricie , par leurs Chants et par leurs
Danses.
On à trouvé la Musique de cet Opéra
un peu difficile à exécuter , mais par l'habileté
des Simphonistes et des autres Musicions
, la dificulté n'en a pas empêché
l'exécution . Les Principaux Acteurs , tant
chantans , que dansans ,s'y sont surpassez.
La DellePetitpas s'y est distinguée par un
ramage de Rossignol qu'on n'a jamais
porté si loin . Le Poëte n'a pas démenti ·
ses Ouvrages précedens ; et le Musicien a
forcé les plus séveres critiques à convenir
que
C
OCTOBRE. 1733. 2249
que dans son premier Ouvrage Lyrique .
li a donné une Musique mâle et harmonieuse
; d'un caractere neuf; nous
voudrions en rouvoir donner un Extrait,
comme nous faisons du Poëme , et faire
sentir ce qu'elle a de sçavant pour l'ex-.
pression dans les Airs caracterisez , les
Tableaux , les intentions heureuses et
soutenues, comme le Choeur et la Chasse
du 4 Acte ; l'Entrée des Amours au Prologue
; le Choeur et la Simphonie du To
nerre; la Gavotte parodiée que chante la
Delle Petitpas au ier Acte ; les Enfers du
2e Acte , l'Image effrayante de la Furie
avec Thesée et le Choeur,&c. Au 3me Ac
te , le Monologue de Thesée , son invocation
à Neptune , le Frémissement des
= Flots. Le Monologue de Phedre dâns
l'Acte suivant. Celui d'Aricie , dans le S
la Bergerie , & c.
Fermer
Résumé : Hypolite et Aricie, Extrait, [titre d'après la table]
Le 1er octobre, l'Académie Royale de Musique a présenté la première représentation de la tragédie en musique 'Hippolyte et Aricie'. Le poème est de M. le Chevalier Pellegrin et la musique de M. Rameau. Le public a accueilli favorablement cet opéra, laissant espérer de nombreuses représentations. Le prologue, inspiré par Hygin, se déroule dans la forêt d'Érymanthe. Diane y évoque la victoire d'Hercule sur un monstre et l'invincibilité de l'amour. Jupiter descend et annonce que l'amour régnera partout, sauf un jour par an, éclairé par le flambeau de l'Hymen. Diane, obéissant au destin, quitte la scène. Dans la tragédie, Aricie, princesse des Pallantides, expose sa situation dans un monologue. Hippolyte assure Aricie de son indignation face à la violence de Phèdre, ordonnée par Thésée. Phèdre félicite Aricie sur sa future gloire, mais Aricie refuse ces vœux forcés. Diane descend et menace Phèdre, protégeant Hippolyte et Aricie. Phèdre, jalouse, se livre à ses transports. Arcas annonce que Thésée est descendu aux Enfers. Thésée, tourmenté par une Furie, expose ses malheurs à Pluton, qui le renvoie devant les juges des Enfers. Thésée implore Neptune, qui lui permet de revenir sur terre. Les Parques révèlent à Thésée que les Enfers l'attendent chez lui. Au troisième acte, Phèdre prie Vénus. Hippolyte, venu sur ordre de Phèdre, refuse ses avances. Phèdre, déçue, jure la mort d'Aricie. Thésée arrive et, rappelant la prédiction des Parques, ordonne à Enone de révéler la vérité. Enone accuse Phèdre d'amour funeste. Thésée, désespéré, invoque Neptune pour la mort d'Hippolyte. Au quatrième acte, Hippolyte, en exil, expose sa situation à Aricie. Ils décident de se marier et prient Diane. Une tempête apporte un monstre marin. Hippolyte combat le monstre, mais disparaît. Aricie, évanouie, est secourue par Phèdre, informée de la mort d'Hippolyte. Dans le cinquième acte, il est révélé que Phèdre est morte après avoir innocenté Hippolyte devant Thésée, son père. Thésée, désespéré, tente de se suicider mais est arrêté par Neptune, qui lui annonce qu'Hippolyte a été sauvé par Diane et que Thésée est puni pour son injustice. La scène change ensuite pour montrer Aricie, qui pleure la perte d'Hippolyte. Diane apparaît, ramène Hippolyte à la vie et les unit avec Aricie. La musique de l'opéra est décrite comme difficile mais bien exécutée, avec des performances remarquables des acteurs et musiciens. Le poète et le musicien sont loués pour leur travail, notamment pour les airs caractéristiques, les tableaux et les chœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 142-147
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Début :
La Scene de cette Piece est dans le Château d'un Comte ; Lucas, Jardinier [...]
Mots clefs :
Isabelle, Lisette, Comte, Éraste, Château, Père, Frontin, Comédie, Jardinier, Valet, Mariage, Campagne, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne,
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
ou l'Amant déguisé . Petite Comédie
nouvelle de M. Poisson l'aîné.
Loh
A Scene de cette Piece est dans le
Château d'un Comte ; Lucas , Jardinier
de cette Terre , et Lisette , Suivante
d'Isabelle , fille unique du Seigneur , ouvrent
la Scene ; Lisette veut sçavoir de
lui , s'il n'a point découvert quel peut
être un jeune Cavalier , qu'on a vû roder
autour du Château ; Lucas lui apprend
que le Valet de ce Cavalier lui a paru
apartenir à bonMaître , parce qu'il l'a bien
fait boire sans exiger de retour. Lisette
l'a traité d'animal. Ils se retirent tous
deux , parce qu'ils entendent du bruit.
Eraste qui est le Cavalier , dont le Jardinier
vient de parler à Lisette , et Frontin
, son valet , commencent la seconde
Scene ; c'est par leur entretien qu'on apprend
qu'Eraste est un fils de famille, lequel
n'ayant pas voulu consentir à un
mariage que son pere avoit conclu sans
lui , s'est enfui de la maison paternelle ,
après avoir volé trois cent Louis à ce même
Pere , qui vouloit l'engager dans le
mariage. Son valet lui fait entendre sagement
qu'avant que ses finances fussent
tout- à - fait épuisées , il feroit bien de retour
JANVIER. 1734. 143
tourner à Paris , où son pere voudroit
bien encore le recevoir , malgré le vol
qu'il lui fit en partant. Eraste rejette ce
conseil, et lui dit qu'il est trop amoureux
d'une aimable personne qu'il croit habiter
ce Château ; il lui demande s'il n'a
point appris du Jardinier de ce Château
quel en est le Maître ; Frontin lui répond
que c'est un Comte d'une humeur assez
particuliere, qui passe sa vie avec sa femme
et sa fille , à faire des Concerts et à
jouer des Comédies ; Eraste est charmé
de ce que son valet lui apprend et se flate
de s'introduire dans ce Château , sous
le nom de Comédien de Campagne ;
Frontin ne se prête pas d'abord à un
stratagéme ? qui lui paroît un peu dangereux;
mais il consent enfin à jouer à son
tour lé Rôle de Comédien ; il ne laisse
pas de faire entendre à son Maître , qu'il
ne convient pas trop à un homme de condition
comme lui , de jouer la Comédie;
ce qui donne lieu à l'Auteur qui l'a joüée
autrefois, de faire l'apologie de cette profession
par ccs Vers :
La Comédie est belle ,
Et je ne trouve rien de condamnable en elle ;.
Elle est du ridicule , un si parfait miroir ,
Qu'on peut devenir sage , à force de s'y voir ;
Elle
144 MERCURE DE FRANCE
Elle forme les moeurs et donne à la jeunesse ,
L'ornement de l'esprit , le goût , la politesse ;
Tel même qui la fait avec habileté ,
Peut , quoiqu'on puisse dire , en tirer vanité ;
La Comédie enfin , par d'heureux artifices ,
Fait aimer les vertus , et détester les vices ,
Dans les ames excite un noble sentiment ,
Corrige les défauts , instruit en amusant ,
En morale agréable , en mille endroits abonde ;
Et pour dire le vrai , c'est l'éxile du monde.
Ils se retirent tous deux pour aller concerter
une Scene, dont ils veulent regaler
à leur tour le Comte.
Isabelle er Lisette font une Scene qui a
paru tres- fine ; la Suivante se doute que
sa Maîtresse ne hait pas le Cavalier qu'on
a vû roder autour du Château , elle sonde
Isabelle ; mais voyant qu'elle dissimu
le , elle prend le parti de feindre à son
tour , et c'est en blâmant le Cavalier en
faveur duquel il la croit secretement prévenue
; cette maniere d'arracher un secret
n'est pas nouvelle au Théatre ; mais
le tour que l'Auteur a mis dans sa Scène
ne laisse pas d'avoir quelque chose de
neuf, sur tout dans les Vers par où elle
fini. Les voici ;
LiJANVIER.
1734- 145
Lisette.
Mais il a l'air commun ; l'air d'un homme ordinaire
.
Isabelle.
Tu t'es trompée , il a l'air tres- noble au contraire.
Lisette.
J'ai cependant bien vâ , sa figure au grand jour ;
A est vouté , je croi ,
Isabelle.
Que dis- tu Fait au tour.
Lisette.
Fort- bien , je ne suis pas contre lui prévenuë ,
Mais je le vis sur vous , tenir long- tems la vue ;
Ses yeux ne disent rien du tout.
Isabelle,
·
Ah ! quelle erreur !
Il les a vifs , perçans , ils vont jusques au coeur.
Lisette.
Ah ! vous l'avoüez donc , &c.
Lisette ayant tiré le secret d'Isabelle ,
l'afflige en lui apprenant qu'elle croit
qu'on veut la marier. Elles se retirent
toutes deux à l'approche du Comte et
de la Comtesse. La
146 MERCURE DE FRANCE
La Scene entre ce vieux Seigneur , et sa
femme , n'a n'a pas paru la plus amusante ;
elle est interrompue par l'arrivée d'Isabelle
et de Lisette ; et bien- tôt après par
celle des prétendus Comédiens de Campagne.
La Scene qu'ils jouent devant le
Comte et toute sa fimille , convient à la
situation présente de nos Amants ; la Pićce
est intitulée : l'Amant déguisé.
r
Le Comte est tres satisfait de cette
Scene , et prie Eraste et Frontin de rester
quelques jours dans son Château pour
le divertir.
Eraste qui ne demande pas mieux,trouve
le secret d'avoir un entretien avec Isabelle
; il lui déclare son amour , et cette
déclaration est reçue au gré de ses souhaits
, sur tout lorsqu'il a fait connoître .
à Isabelle qu'il est d'une condition à pouvoir
aspirer à son Hymen ; mais le Jar
dinier vient troubler leur joïe , il leur
apprend qu'il vient d'arriver un M² qui
a parlé de mariage à M. le Comte ; Isabelle
tremble d'être arrachée à sonAmant ;
Eraste la rassures et se jettant à ses pieds ,
il est surpris dans cette situation , par le
Comte qui ne sçait ce que cela veut dire .
Frontin lui fait entendre que c'est une
Scene d'Amphitrion , qu'Erate montre à
Isabelle.
Enfin
JANVIER. 7134 147
Enfin le Monsieur dont le Jardinier a
parlé , vient faire le dénouement ; c'est le
Pere d'Eraste ; le Pere et le Fils sont également
surpris; le Comte ni la Comtesse
n'y comprennent rien ; Frontin dit en
plaisantant ; que c'est une Scene de reconnoissance
entre un Pere et son Fils ; le
Pere fait connoître que c'est une réalité
et consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle
, que ces deux vieux amis avoient
résolu depuis long - temps pour se lier
d'un noeud plus fort.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de l'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé. Petite Comédie nouvelle de M. Poisson l'aîné.
L'Impromptu de Campagne, ou l'Amant déguisé, est une pièce de théâtre dont l'action se déroule dans le château d'un comte. Lucas, le jardinier, et Lisette, la suivante d'Isabelle, la fille unique du comte, discutent d'un jeune cavalier rôdant autour du château. Lucas révèle que le valet de ce cavalier a montré une grande générosité. Lisette traite ce valet d'animal. Ils se retirent en entendant du bruit. Eraste, le cavalier en question, et son valet Frontin apparaissent ensuite. Eraste est un fils de famille qui s'est enfui de chez lui après avoir volé trois cents louis à son père pour éviter un mariage arrangé. Frontin conseille à Eraste de retourner à Paris, où son père est prêt à le pardonner. Eraste refuse, car il est amoureux d'une personne qu'il croit habiter le château. Il souhaite se faire passer pour un comédien de campagne pour s'introduire dans le château. Frontin accepte finalement de jouer le rôle de comédien, malgré ses réserves. Ils discutent de la comédie, que Frontin défend comme une forme d'art éducative et moralisatrice. Isabelle et Lisette discutent ensuite du cavalier. Lisette devine qu'Isabelle est amoureuse de lui et utilise une ruse pour le découvrir. Isabelle finit par avouer son attirance pour le cavalier. Elles sont interrompues par l'arrivée du comte et de la comtesse. Eraste et Frontin jouent une scène de comédie devant le comte et sa famille, intitulée 'l'Amant déguisé'. Le comte est satisfait et les invite à rester quelques jours. Eraste profite de l'occasion pour déclarer son amour à Isabelle, qui accepte après qu'il lui révèle sa condition sociale. Leur joie est interrompue par le jardinier, qui annonce l'arrivée d'un homme parlant de mariage. Isabelle craint d'être séparée de son amant, mais Eraste la rassure. Le dénouement révèle que l'homme en question est le père d'Eraste. Père et fils sont surpris de se retrouver. Le père consent au mariage d'Eraste et d'Isabelle, un projet qu'il avait déjà envisagé avec le comte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 512-524
Artaxare, Tragédie, [titre d'après la table]
Début :
On vient d'imprimer une Tragédie, intitulée ARTAXARE. L'Auteur nous apprend [...]
Mots clefs :
Pharnabaze, Sapor, Roi, Arsace, Artaxare, Fils, Aspasie, Père, Mort, Tragédie, Mère, Prince, Amour, Fille, Conspiration , Reine, Sauver, Conjuration
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texteReconnaissance textuelle : Artaxare, Tragédie, [titre d'après la table]
On vient d'imprimer une Tragédie , intitulée
ARTAXARE. L'Auteur nous apprend
dans un Avertissement que cette
Piéce fut representée pour la premiere
fois , le 3 Mai , de l'année 1718 , qu'elle
fut interrompue , lorsqu'on commençoit
à la gouter, par la maladie du sieur Ponteuil;
que le succès qu'elle promettoit ,
enMAR
S. 1734. 513
engagea les Comédiens François à le prier
de ne la point faire imprimer , attendu
qu'ils vouloient la reprendre l'hyver d'après
; mais que
la mort du même Acteur
en avoit fait remettre la reprise à un autre
temps . Il ajoute qu'on en auroit renvoyé
l'impression plus loin , si des raisons
tres interessantes ne l'eussent déterminé
à l'exposer aux yeux du Public, telle
qu'on l'avoit vue dans sa naissance.
La lecture de cette Tragédie ,à ce qu'on
prétend , fait voir quelles sont les rai
sons que l'Auteur n'explique pas ; la ressemblance
qui se trouve entre le cinquiéme
Acte d'Adelaïde , et celui d'Artaxare
, a , dit- on , frappé tout le monde ;
on n'accuse pas l'Auteur d'Adelaïde d'avoir
imité un dénouement qui a produit
un si grand interêt dans les Représentations
de l'une et de l'autre Tragédie ; le
hazard forme des combinaisons plus
frappantes ; mais comme la malignité de
la censure pourroit faire pancher du côté
le plus défavorable , l'Auteur d'Artaxare
a cru qu'il ne pouvoit mieux se justifier
de tout soupçon , qu'en faisant voir que
sa Tragédie existoit seize ans avant celle
d'Adelaïde . Voici un Extrait de ce Poë-.-
me.
Artaxare ayant déthrôné le dernier des
Ev Arsa
514 MERCURE DE FRANCE
#
Arsacides , réunit les - Parthes et les Persans
sous le même Empire ; Vardanes ,
l'aîné de ses Fils , ayant conspiré contre
lui , il lui fit donner la mort , et fit emprisonner
Arsinoé sa femme et mere de
ce Prince rebelle. Sapor , son second Fils,
craignant que sa Mere n'éprouvât le sort
de son aîné , la tira de sa prison et la mit
en lieu de sureté près d'Ecatompile, en attendant
qu'il pût la faire transporter en
Armenie. C'est icy que l'action théatrale
commence.
Sapor s'applaudit dans le premier Acte
d'avoir sauvé sa mere ; Arsace , le dernier
des Arsacides , lui dit qu'il n'a rien fait
s'il n'acheve pas ; que sa mere peut être
découverte , étant si près d'Ecatompile ;
il l'enhardit à monter au Thrône ; Sapor
frémit à cette proposition ; Arsace ne
pouvant le surmonter par l'ambition , le
tente du côté de l'amour , en lui appre
nant qu'Artaxare lui demande Arpasie
sa fille , pour Pharnabaze son favori ;
Sapor s'irrite, mais il n'ose aller plus loin
et quitte Arsace de peur de succomber
& c.
Arsace fait entendre à Arbate , son con
fident , qu'il a formé une conspiration
sous le nom de Sapor , mais à l'insçu de
ce Prince , trop fidelle à son Pere ; il
prend
MARS 1.734.
SIS
prend le parti d'offrir le Thrône à Phar
nabaze , afin qu'il y place sa fille.
Pharnabaze , déja instruit de la conspiration
, sans en connoître l'Auteur , est
surpris de trouver Arsace si agité ; Arsace
lui apprend que sa fille n'est pas insensible
à son amour, et qu'il ne lui manque
qu'une Couronne pour la résoudre
à lui donner la main ; il n'en dit que
trop pour faire entendre à Pharnabaze
qu'il est le chef de la conspiration ; sa fidelité
pour son Roy l'emporte sur son
amour pour sa Maîtresse Il s'exprime
ainsi .
Si d'un juste courroux , je suivois le transport ,
Je ne vous répondrois qu'en vous donnant la
mort ;
Mais je respecte en vous le Pere d'Aspasie, &c . ,
Il lui apprend encore qu'Artane , l'un
des conjurez , est prêt de découvrir le
complot au Roy , et qu'il va le présenter
lui- même à Artaxare .
Aspasie paroît; Arsace lui dit que Pharnabaze
va le perdre , malgré tout l'amour
qu'il a pour elle. Aspasie n'oublie rien
pour fléchir Pharnabaze en faveur de son
Pere ; Pharnabaze lui promet d'obtenir
la grace d'Arsace , et lui fait entendre
qu'il sera le plus heureux des Mortels, s'il
E vj peut
116 MERCURE DE FRANCE
peut par là mériter le prix dont son Pere
vient de le flatter.
Aspasie réfléchit tristement sur les dernieres
paroles de Pharnabaze , et finit ce
premier Acte , par ces quatre Vers :
Quel parti prendre, hélas ! quand tout me désespere
!
Quoiqu'il puisse arriver , Grands Dieux, sauvez
mon Pere ;
Au plus affreux trépas dûssay- je recourir ;
Qu'il vive seulement , et je sçaurai mourir.
Artaxare commence le second Acte
avec Pharnabaze ; le Roy n'est encore in
formé que de la fuite de la Reine ; il ordonne
à Pharnabaze de courir après elle ;
ce Ministre fidelle s'en excuse sur le peril
qui menace les jours du Roy , péril qui
exige sa présence ; il apprend à Artaxare,
qu'on conspire contre lui , et le prie de
faire grace au chef de la coujuration ; le
Roy soupçonne d'abord son Fils , mais
Pharnabaze l'ayant rassuré de ce côté-là
obtient la grace d'Arsace avant qu'il le
lui nomme ; il ordonne qu'on fasse entrer
Artane. Celui - ci se jette aux pieds du
Roy , et se justifie de la conjuration , en
lui disant qu'il n'y est entré que pour la
réveler ; il nomme Sapor pour Chef. Artaxare
frémit de colere au nom de son
Fils ; il congédie Artane.
MARS. 1734 317
Le Roy se plaint à Pharnabaze de lui
avoir caché le veritable Chef. Pharnabaze
lui répond qu'il a été trompé tout le premier
; après une conversation , où la vertu
de Pharnabaze se déploye tout entiere.
Le Roy lui ordonne d'interroger Sapor,
et de le faire arrêter , s'il est criminel.
La Scene entre Sapor et Phirnabaze est
une des plus belles de la Piéce. Pharnabaze
croyant que Sapor n'est que trop convaincu
par son propre aveu , dont les termes
ambigus lui font prendre le change ,
ordonne qu'on l'arrête. Cela est exécuté.
Pharnabaze craignant pour sa glaire ,
s'exprime ainsi dans un Monologue.
Où vas- tu , Pharnabaze ? fremis.
Cruel ! tu vas armer un Pere contre un Fils?
Barbare ! quelle rage auprès de lui te guide
Tu Pas fait Roy ; tu vas en faire un parricide
!
Dans la mort de son Fils , prends - tu quelque
intérêt ?
Lâche l'Amour jaloux va
l'Arrêt ?
- · il dicter
Ah ! plutôt , s'il se peut , cours obtenir sa
grace ;
Non , Sapor ne doit pas t'être moins cher
qu'Arsace.
Arsace vient Pharnabaze lui dit d'aller
rea18
MERCURE DE FRANCE
rendre graces au Roy du pardon qu'il
vient d'obtenir pour lui , quoiqu'il soit
plus coupable que Sapor , pour qui il va
implorer la clémence du Roy.
Arsace , irrité des reproches de Pharnabaze
, renonce au dessein qu'il avoit
formé de lui donner sa fille ; il tourne
toutes ses vûës du côté de Sapor ; il se
flatte que ce Prince indigné de son emprisonnement
l'avouera de tout , et se
déclarera chef d'une entreprise qui doit
le venger. Il ordonne à Arbate d'aller
faire venir la Reine , de lui apprendre le
péril qui menace son fils , afin qu'il renonce
à une soumission qui lui couteroit
le Trône et la vie.
Au troisiéme Acte , Aspasie allarmée
de l'emprisonnement de Sapor , demande
à Cleone des nouvelles de ce qui se
passe à la Cour ; Cleone lui en fait une
image qui redouble son effroi . Arsace
vient dire à sa fille ce qui s'est passé entre
le Roy et lui ; voici ce que le Roy
lui a dit .
Par vos soumissions méritez vôtre grace ;
J'ai tout à redouter d'un sujet tel qu'Arsace
Pharnabaze peut seul me répondre de vous
Je veux que d'Aspasie il devienne l'Epoux .
Aspasie est mortellement affligée de
cet
MARS . 1734
519
cet ordre du Roy ; Arsace lui répond
qu'il faut tout promettre , pour ne rien.
tenir ; Arpasie lui dit qu'elle ne veut
point tromper un homme tel que Pharnabase
, et que si elle doit résoudre Sapor
à la céder à un autre , ce ne sera pas
pour lui manquer de foy & c. -
Aspasie annonce à Sapor qu'elle ne
peut le sauver qu'en épousant son Rival;
Sapor l'accuse d'infidelité , elle lui reproche
tendrement son injustice , et lui fait
entendre qu'après l'avoir sauvé par un
Hymen si affreux pour elle , elle sçaura
bien s'affranchir, en se donnant la mort,
d'un malheur qui dureroit autant que sa
vie. &c. Pharnabaze vient , Sapor lui
parle ainsi :
Prens garde à la Princesse ,
Pharnabaze ; entraîné par l'ardeur qui te presse,
Tn la suis à l'Autel , tremble , apprend son dessein
Elle y va se plonger un poignard dans le sein..
Pharnabaze étant surpris d'un tel pro
jet , Sapor poursuit.
C'est à toi de m'en croire
On n'en impose point , quand on aime la gloire,
Adieu , si sur ton coeur la vertu regne encor
Songe à justifier l'estime de Sapor.
2
Cette
20 MERCURE DE FRANCE
Cette estime réciproque entre deux
Rivaux interesse également pour l'un
et pour l'autre. Pharnabaze se plaint à
Aspasie de ce qu'elle préfere la mort à
son Hymen ; Aspasie lui avoüc tout & c.
Voici comme elle lui parle ;
J'allois sur les Autels vous tenir ma promesse;
Mais , trompant un Epoux digne de ma tendresse
,
Ma main contre mes jours n'étoit prête à s'armer,
Que pour punir mon coeur de ne pouvoir l'aimer.
Pharnabaze ne voulant point lui céder
en genérosité , lui promet de ne rien
oublier pour sauver Sapor , et de ne lui
faire aucune violence sur l'Hymen que le
Roy exige d'elle ; cependant pour la sureté
de son Maître , il ordonne qu'on arrête
Arsace dont il promet aussi de prendre
la deffense. & c.
Pharnabase instruit que Sapor n'a point
de part à la conjuration , obtient du Roy
qu'il ne sera point condamné , qu'il ne
soit convaincu & c.
,
La fierté de la Reine s'irrite par la
présence de Pharnabaze qu'elle haït et
qu'elle croit aspirer à la Couronne ; les
menaces qu'elle fait à ce favori en le
quicMARS.
17340 - 521
quittant , augmentent les soupçons du
Roy ; mais Pharnabaze appaise son couroux
, et lui fait promettre d'écouter la
Reine , que la présence d'un Ministre
trop aimé de son Roy , a fait parler avec
trop d'aigreur.
,
,
Artaxare parlant à Arsinoë accuse Sapor
dans le quatrième Acte d'avoir
conspiré contre ses jours ; Arsinoë frémit
d'une imposture si affreuse ; elle convient
que Vardanes son premier fils s'étoit révolté
contre lui , mais que ce n'étoit que
pour perdre Pharnabaze ; ce dernier arrive
Arsinoe s'emporte contre lui ;
Artaxare lui dit que ce fidele Ministre
vient par son ordre exprès et va lui dicter
ses souveraines loix.
Arsinoe lui parle avec hauteur ; Pharnabaze
lui dit qu'il veut sauver Sapor ;
mais qu'il ne le peut tant que le Roy le
croira coupable ; il la prie de le porter
à faire éclater son innocence et sur
›
›
tout à désavoüer Arsace qui le fait
chef de la conspiration . Arsinoë se rend
enfin au conseil de Pharnabaze : elle le
prie de faire venir son fils ; Pharnabaze
y court , et ordonne aux Gardes &c.
Arbate profite de ce moment
Reine n'est point observée
rendre ce billet d'Arsace :
›
, où la
pour lui
Vo522
MERCURE DE FRANCE
Votre fils touche au rang suprême ;
C'est à son insçu qu'on le sert ;
S'il nous désavoüe , il nous perd :
Ou plutôt il se perd lui-même .
Ses nouveaux suje¹s périront
Plutôt que de souffrir
que son sang se répande
;
Mais s'il les abandonne
, ils l'abandonneront
;
Et c'est , pour l'immoler , ce que le Roy de
mande.
A la lecture de ce fatal billet, Arsinoë
ne doute point que Pharnabaze ne lui
ait tendu un piége , pour ôter à son fils
le fruit d'une conjuration qui n'a d'autre
objet que de le sauver. Sapor vient,
elle lui donne le billet ; mais à peine ce
Prince a-t- il lû le premier vers , qui lui
annonce qu'il touche au rang sa priere ,
qu'il n'en veut pas lire davantage ; les
prieres et les larmes d'une Mere éperduë,
ne peuvent ébranler sa vertu ; Arsinoë
se retire , voyant approcher le Roy ,
Sapor se contente de dire à son Pere
qu'il n'a point trempé dans la conspiration
; mais Artaxare exigeant de lui ,
qu'il désavole Arsace , il ne veut pas
consentir à cette confrontation , qui le
rendroit coupable de la mort du pere
d'Arsinoë.
Pharnabaze vient annoncer au Roy
que ..
MARS 1734- 523
que les mutins ont brisé les fers d'Arsace
, qu'ils viennent de le proclamer , et
que la Flotte des Armeniens approche ?
Artaxate accable Sapor de reproches et
de noms si injurieux qu'il ne peut plus
les soutenir et se retire. Artaxare est prêt
à prononcer l'Arrêt de sa mort ; Pharnabaze
en frémit , il feint cependant d'y
consentir , et se charge de l'exécution
pendant la nuit pour la rendre plus
sûre.
•
On abrege ce qui reste à dire du dernier
Acte , il a paru si interressant par
la seule action , qu'il n'a pas besoin des
ornemens du détail pour faire juger du
succès qu'il a eu aux Représentations.
Aspasie sort de son Appartement toute
éperdue d'un songe qu'elle a fait . Arbase
vient lui annoncer la mort de Sapor
par un récit des plus effrayans ,
l'Auteur a si bien menagé les termes
équivoques pour inspirer la terreur
qu'on ne peut prévoir que Sapor a été
sauvé , que parce qu'on le souhaite. Artaxate
vient ; Aspasie le charge de reproches
, qui ne sont interrompus que par
l'arrivée de son Pere expirant . Arsace
apprend au Roy que son fils est mort
innocent. Artaxare croit qu'il ne justifie
Sapor , que pour lui laisser un plus
grand
524 MERCURE DE FRANCE
grand regret ; Arsinoë ignorant le sört
de son fils , vient le justifier par la lettre
qu'Arsace lui a écrite dans l'Acte précédent,
Ce malheureux pere lui apprend
en gémissant qu'il n'est plus tems de sauver
la vie à son fils ; Pharnabaze arrive.
Artaxare lui demande un coup mortel
comme une grace ; Pharnabaze voyant
que Sapor est pleinement justifié , lui dit
qu'il l'a sauvé. On fait venir ce Prince ;
Pharnabaze , ne se contentant pas d'avoir
conservé ses jours , lui céde si chere Aspasie.
Cette Tragédie se vend chez la veuve
Pissot Quay de Conty.
ARTAXARE. L'Auteur nous apprend
dans un Avertissement que cette
Piéce fut representée pour la premiere
fois , le 3 Mai , de l'année 1718 , qu'elle
fut interrompue , lorsqu'on commençoit
à la gouter, par la maladie du sieur Ponteuil;
que le succès qu'elle promettoit ,
enMAR
S. 1734. 513
engagea les Comédiens François à le prier
de ne la point faire imprimer , attendu
qu'ils vouloient la reprendre l'hyver d'après
; mais que
la mort du même Acteur
en avoit fait remettre la reprise à un autre
temps . Il ajoute qu'on en auroit renvoyé
l'impression plus loin , si des raisons
tres interessantes ne l'eussent déterminé
à l'exposer aux yeux du Public, telle
qu'on l'avoit vue dans sa naissance.
La lecture de cette Tragédie ,à ce qu'on
prétend , fait voir quelles sont les rai
sons que l'Auteur n'explique pas ; la ressemblance
qui se trouve entre le cinquiéme
Acte d'Adelaïde , et celui d'Artaxare
, a , dit- on , frappé tout le monde ;
on n'accuse pas l'Auteur d'Adelaïde d'avoir
imité un dénouement qui a produit
un si grand interêt dans les Représentations
de l'une et de l'autre Tragédie ; le
hazard forme des combinaisons plus
frappantes ; mais comme la malignité de
la censure pourroit faire pancher du côté
le plus défavorable , l'Auteur d'Artaxare
a cru qu'il ne pouvoit mieux se justifier
de tout soupçon , qu'en faisant voir que
sa Tragédie existoit seize ans avant celle
d'Adelaïde . Voici un Extrait de ce Poë-.-
me.
Artaxare ayant déthrôné le dernier des
Ev Arsa
514 MERCURE DE FRANCE
#
Arsacides , réunit les - Parthes et les Persans
sous le même Empire ; Vardanes ,
l'aîné de ses Fils , ayant conspiré contre
lui , il lui fit donner la mort , et fit emprisonner
Arsinoé sa femme et mere de
ce Prince rebelle. Sapor , son second Fils,
craignant que sa Mere n'éprouvât le sort
de son aîné , la tira de sa prison et la mit
en lieu de sureté près d'Ecatompile, en attendant
qu'il pût la faire transporter en
Armenie. C'est icy que l'action théatrale
commence.
Sapor s'applaudit dans le premier Acte
d'avoir sauvé sa mere ; Arsace , le dernier
des Arsacides , lui dit qu'il n'a rien fait
s'il n'acheve pas ; que sa mere peut être
découverte , étant si près d'Ecatompile ;
il l'enhardit à monter au Thrône ; Sapor
frémit à cette proposition ; Arsace ne
pouvant le surmonter par l'ambition , le
tente du côté de l'amour , en lui appre
nant qu'Artaxare lui demande Arpasie
sa fille , pour Pharnabaze son favori ;
Sapor s'irrite, mais il n'ose aller plus loin
et quitte Arsace de peur de succomber
& c.
Arsace fait entendre à Arbate , son con
fident , qu'il a formé une conspiration
sous le nom de Sapor , mais à l'insçu de
ce Prince , trop fidelle à son Pere ; il
prend
MARS 1.734.
SIS
prend le parti d'offrir le Thrône à Phar
nabaze , afin qu'il y place sa fille.
Pharnabaze , déja instruit de la conspiration
, sans en connoître l'Auteur , est
surpris de trouver Arsace si agité ; Arsace
lui apprend que sa fille n'est pas insensible
à son amour, et qu'il ne lui manque
qu'une Couronne pour la résoudre
à lui donner la main ; il n'en dit que
trop pour faire entendre à Pharnabaze
qu'il est le chef de la conspiration ; sa fidelité
pour son Roy l'emporte sur son
amour pour sa Maîtresse Il s'exprime
ainsi .
Si d'un juste courroux , je suivois le transport ,
Je ne vous répondrois qu'en vous donnant la
mort ;
Mais je respecte en vous le Pere d'Aspasie, &c . ,
Il lui apprend encore qu'Artane , l'un
des conjurez , est prêt de découvrir le
complot au Roy , et qu'il va le présenter
lui- même à Artaxare .
Aspasie paroît; Arsace lui dit que Pharnabaze
va le perdre , malgré tout l'amour
qu'il a pour elle. Aspasie n'oublie rien
pour fléchir Pharnabaze en faveur de son
Pere ; Pharnabaze lui promet d'obtenir
la grace d'Arsace , et lui fait entendre
qu'il sera le plus heureux des Mortels, s'il
E vj peut
116 MERCURE DE FRANCE
peut par là mériter le prix dont son Pere
vient de le flatter.
Aspasie réfléchit tristement sur les dernieres
paroles de Pharnabaze , et finit ce
premier Acte , par ces quatre Vers :
Quel parti prendre, hélas ! quand tout me désespere
!
Quoiqu'il puisse arriver , Grands Dieux, sauvez
mon Pere ;
Au plus affreux trépas dûssay- je recourir ;
Qu'il vive seulement , et je sçaurai mourir.
Artaxare commence le second Acte
avec Pharnabaze ; le Roy n'est encore in
formé que de la fuite de la Reine ; il ordonne
à Pharnabaze de courir après elle ;
ce Ministre fidelle s'en excuse sur le peril
qui menace les jours du Roy , péril qui
exige sa présence ; il apprend à Artaxare,
qu'on conspire contre lui , et le prie de
faire grace au chef de la coujuration ; le
Roy soupçonne d'abord son Fils , mais
Pharnabaze l'ayant rassuré de ce côté-là
obtient la grace d'Arsace avant qu'il le
lui nomme ; il ordonne qu'on fasse entrer
Artane. Celui - ci se jette aux pieds du
Roy , et se justifie de la conjuration , en
lui disant qu'il n'y est entré que pour la
réveler ; il nomme Sapor pour Chef. Artaxare
frémit de colere au nom de son
Fils ; il congédie Artane.
MARS. 1734 317
Le Roy se plaint à Pharnabaze de lui
avoir caché le veritable Chef. Pharnabaze
lui répond qu'il a été trompé tout le premier
; après une conversation , où la vertu
de Pharnabaze se déploye tout entiere.
Le Roy lui ordonne d'interroger Sapor,
et de le faire arrêter , s'il est criminel.
La Scene entre Sapor et Phirnabaze est
une des plus belles de la Piéce. Pharnabaze
croyant que Sapor n'est que trop convaincu
par son propre aveu , dont les termes
ambigus lui font prendre le change ,
ordonne qu'on l'arrête. Cela est exécuté.
Pharnabaze craignant pour sa glaire ,
s'exprime ainsi dans un Monologue.
Où vas- tu , Pharnabaze ? fremis.
Cruel ! tu vas armer un Pere contre un Fils?
Barbare ! quelle rage auprès de lui te guide
Tu Pas fait Roy ; tu vas en faire un parricide
!
Dans la mort de son Fils , prends - tu quelque
intérêt ?
Lâche l'Amour jaloux va
l'Arrêt ?
- · il dicter
Ah ! plutôt , s'il se peut , cours obtenir sa
grace ;
Non , Sapor ne doit pas t'être moins cher
qu'Arsace.
Arsace vient Pharnabaze lui dit d'aller
rea18
MERCURE DE FRANCE
rendre graces au Roy du pardon qu'il
vient d'obtenir pour lui , quoiqu'il soit
plus coupable que Sapor , pour qui il va
implorer la clémence du Roy.
Arsace , irrité des reproches de Pharnabaze
, renonce au dessein qu'il avoit
formé de lui donner sa fille ; il tourne
toutes ses vûës du côté de Sapor ; il se
flatte que ce Prince indigné de son emprisonnement
l'avouera de tout , et se
déclarera chef d'une entreprise qui doit
le venger. Il ordonne à Arbate d'aller
faire venir la Reine , de lui apprendre le
péril qui menace son fils , afin qu'il renonce
à une soumission qui lui couteroit
le Trône et la vie.
Au troisiéme Acte , Aspasie allarmée
de l'emprisonnement de Sapor , demande
à Cleone des nouvelles de ce qui se
passe à la Cour ; Cleone lui en fait une
image qui redouble son effroi . Arsace
vient dire à sa fille ce qui s'est passé entre
le Roy et lui ; voici ce que le Roy
lui a dit .
Par vos soumissions méritez vôtre grace ;
J'ai tout à redouter d'un sujet tel qu'Arsace
Pharnabaze peut seul me répondre de vous
Je veux que d'Aspasie il devienne l'Epoux .
Aspasie est mortellement affligée de
cet
MARS . 1734
519
cet ordre du Roy ; Arsace lui répond
qu'il faut tout promettre , pour ne rien.
tenir ; Arpasie lui dit qu'elle ne veut
point tromper un homme tel que Pharnabase
, et que si elle doit résoudre Sapor
à la céder à un autre , ce ne sera pas
pour lui manquer de foy & c. -
Aspasie annonce à Sapor qu'elle ne
peut le sauver qu'en épousant son Rival;
Sapor l'accuse d'infidelité , elle lui reproche
tendrement son injustice , et lui fait
entendre qu'après l'avoir sauvé par un
Hymen si affreux pour elle , elle sçaura
bien s'affranchir, en se donnant la mort,
d'un malheur qui dureroit autant que sa
vie. &c. Pharnabaze vient , Sapor lui
parle ainsi :
Prens garde à la Princesse ,
Pharnabaze ; entraîné par l'ardeur qui te presse,
Tn la suis à l'Autel , tremble , apprend son dessein
Elle y va se plonger un poignard dans le sein..
Pharnabaze étant surpris d'un tel pro
jet , Sapor poursuit.
C'est à toi de m'en croire
On n'en impose point , quand on aime la gloire,
Adieu , si sur ton coeur la vertu regne encor
Songe à justifier l'estime de Sapor.
2
Cette
20 MERCURE DE FRANCE
Cette estime réciproque entre deux
Rivaux interesse également pour l'un
et pour l'autre. Pharnabaze se plaint à
Aspasie de ce qu'elle préfere la mort à
son Hymen ; Aspasie lui avoüc tout & c.
Voici comme elle lui parle ;
J'allois sur les Autels vous tenir ma promesse;
Mais , trompant un Epoux digne de ma tendresse
,
Ma main contre mes jours n'étoit prête à s'armer,
Que pour punir mon coeur de ne pouvoir l'aimer.
Pharnabaze ne voulant point lui céder
en genérosité , lui promet de ne rien
oublier pour sauver Sapor , et de ne lui
faire aucune violence sur l'Hymen que le
Roy exige d'elle ; cependant pour la sureté
de son Maître , il ordonne qu'on arrête
Arsace dont il promet aussi de prendre
la deffense. & c.
Pharnabase instruit que Sapor n'a point
de part à la conjuration , obtient du Roy
qu'il ne sera point condamné , qu'il ne
soit convaincu & c.
,
La fierté de la Reine s'irrite par la
présence de Pharnabaze qu'elle haït et
qu'elle croit aspirer à la Couronne ; les
menaces qu'elle fait à ce favori en le
quicMARS.
17340 - 521
quittant , augmentent les soupçons du
Roy ; mais Pharnabaze appaise son couroux
, et lui fait promettre d'écouter la
Reine , que la présence d'un Ministre
trop aimé de son Roy , a fait parler avec
trop d'aigreur.
,
,
Artaxare parlant à Arsinoë accuse Sapor
dans le quatrième Acte d'avoir
conspiré contre ses jours ; Arsinoë frémit
d'une imposture si affreuse ; elle convient
que Vardanes son premier fils s'étoit révolté
contre lui , mais que ce n'étoit que
pour perdre Pharnabaze ; ce dernier arrive
Arsinoe s'emporte contre lui ;
Artaxare lui dit que ce fidele Ministre
vient par son ordre exprès et va lui dicter
ses souveraines loix.
Arsinoe lui parle avec hauteur ; Pharnabaze
lui dit qu'il veut sauver Sapor ;
mais qu'il ne le peut tant que le Roy le
croira coupable ; il la prie de le porter
à faire éclater son innocence et sur
›
›
tout à désavoüer Arsace qui le fait
chef de la conspiration . Arsinoë se rend
enfin au conseil de Pharnabaze : elle le
prie de faire venir son fils ; Pharnabaze
y court , et ordonne aux Gardes &c.
Arbate profite de ce moment
Reine n'est point observée
rendre ce billet d'Arsace :
›
, où la
pour lui
Vo522
MERCURE DE FRANCE
Votre fils touche au rang suprême ;
C'est à son insçu qu'on le sert ;
S'il nous désavoüe , il nous perd :
Ou plutôt il se perd lui-même .
Ses nouveaux suje¹s périront
Plutôt que de souffrir
que son sang se répande
;
Mais s'il les abandonne
, ils l'abandonneront
;
Et c'est , pour l'immoler , ce que le Roy de
mande.
A la lecture de ce fatal billet, Arsinoë
ne doute point que Pharnabaze ne lui
ait tendu un piége , pour ôter à son fils
le fruit d'une conjuration qui n'a d'autre
objet que de le sauver. Sapor vient,
elle lui donne le billet ; mais à peine ce
Prince a-t- il lû le premier vers , qui lui
annonce qu'il touche au rang sa priere ,
qu'il n'en veut pas lire davantage ; les
prieres et les larmes d'une Mere éperduë,
ne peuvent ébranler sa vertu ; Arsinoë
se retire , voyant approcher le Roy ,
Sapor se contente de dire à son Pere
qu'il n'a point trempé dans la conspiration
; mais Artaxare exigeant de lui ,
qu'il désavole Arsace , il ne veut pas
consentir à cette confrontation , qui le
rendroit coupable de la mort du pere
d'Arsinoë.
Pharnabaze vient annoncer au Roy
que ..
MARS 1734- 523
que les mutins ont brisé les fers d'Arsace
, qu'ils viennent de le proclamer , et
que la Flotte des Armeniens approche ?
Artaxate accable Sapor de reproches et
de noms si injurieux qu'il ne peut plus
les soutenir et se retire. Artaxare est prêt
à prononcer l'Arrêt de sa mort ; Pharnabaze
en frémit , il feint cependant d'y
consentir , et se charge de l'exécution
pendant la nuit pour la rendre plus
sûre.
•
On abrege ce qui reste à dire du dernier
Acte , il a paru si interressant par
la seule action , qu'il n'a pas besoin des
ornemens du détail pour faire juger du
succès qu'il a eu aux Représentations.
Aspasie sort de son Appartement toute
éperdue d'un songe qu'elle a fait . Arbase
vient lui annoncer la mort de Sapor
par un récit des plus effrayans ,
l'Auteur a si bien menagé les termes
équivoques pour inspirer la terreur
qu'on ne peut prévoir que Sapor a été
sauvé , que parce qu'on le souhaite. Artaxate
vient ; Aspasie le charge de reproches
, qui ne sont interrompus que par
l'arrivée de son Pere expirant . Arsace
apprend au Roy que son fils est mort
innocent. Artaxare croit qu'il ne justifie
Sapor , que pour lui laisser un plus
grand
524 MERCURE DE FRANCE
grand regret ; Arsinoë ignorant le sört
de son fils , vient le justifier par la lettre
qu'Arsace lui a écrite dans l'Acte précédent,
Ce malheureux pere lui apprend
en gémissant qu'il n'est plus tems de sauver
la vie à son fils ; Pharnabaze arrive.
Artaxare lui demande un coup mortel
comme une grace ; Pharnabaze voyant
que Sapor est pleinement justifié , lui dit
qu'il l'a sauvé. On fait venir ce Prince ;
Pharnabaze , ne se contentant pas d'avoir
conservé ses jours , lui céde si chere Aspasie.
Cette Tragédie se vend chez la veuve
Pissot Quay de Conty.
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Résumé : Artaxare, Tragédie, [titre d'après la table]
La tragédie 'Artaxare' a été récemment imprimée. La pièce a été représentée pour la première fois le 3 mai 1718, mais la représentation a été interrompue en raison de la maladie de l'acteur Ponteuil. Les Comédiens Français ont demandé à l'auteur de ne pas faire imprimer la pièce, souhaitant la reprendre l'hiver suivant. Cependant, la mort de Ponteuil a retardé cette reprise, et l'auteur a finalement décidé de publier la pièce telle qu'elle a été présentée initialement. La lecture de 'Artaxare' révèle une ressemblance notable entre le cinquième acte de cette tragédie et celui d'une autre pièce, 'Adelaïde'. Pour éviter toute accusation de plagiat, l'auteur d''Artaxare' souligne que sa pièce existe depuis seize ans avant celle d''Adelaïde'. L'intrigue d''Artaxare' commence après qu'Artaxare a détrôné le dernier des Arsacides et uni les Parthes et les Persans sous son empire. Vardanes, son fils aîné, a conspiré contre lui et a été exécuté. Arsinoé, la mère de Vardanes, a été emprisonnée. Sapor, le second fils d'Artaxare, craint pour la vie de sa mère et la sauve en la plaçant en sécurité près d'Ecatompile. Arsace, le dernier des Arsacides, encourage Sapor à monter sur le trône. La pièce explore les conspirations et les intrigues au sein de la cour, impliquant notamment Pharnabaze, un favori d'Artaxare, et Aspasie, la fille de Pharnabaze. Les principaux personnages incluent Artaxare, Sapor, Arsace, Arsinoé, Pharnabaze, et Aspasie. Les conflits et les alliances entre ces personnages sont au cœur de l'action dramatique, avec des thèmes de loyauté, de trahison et de pouvoir. La pièce se conclut par des révélations sur les véritables conspirations et les sacrifices personnels des personnages. Dans une scène tragique, un père, désespéré, exprime son impuissance à sauver la vie de son fils. Pharnabaze arrive et, après avoir constaté que Sapor est pleinement justifié, lui annonce qu'il l'a sauvé. Pharnabaze offre également Aspasie à Sapor. La pièce est disponible à l'achat chez la veuve Pissot, située Quai de Conty.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 2051-2065
SÉSOSTRIS Tragédie, représentée au Collége des Jésuites, pour la distribution des Prix fondés par le Roi, le 5 Août 1744.
Début :
L'Auteur est le R. P. du Baudory, Professeur de Rhétorique au Collége de [...]
Mots clefs :
Nature, Art, Rhamniticus, Amasis, Ozimas, Beautés, Père, Trône, Merveilles, Défauts, Peuples, Couronne, Ballet, Parricide
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉSOSTRIS Tragédie, représentée au Collége des Jésuites, pour la distribution des Prix fondés par le Roi, le 5 Août 1744.
SE'SOSTRIS Tragédie , repréſentée au
College des féfuites , pour la diftribution des
Prix fondés par le Roi , le 5 Août 1744.
'Auteur eft le R. P. du Baudory , Pro-
Lfeffeur de Rhétorique au Collège de
LOUIS LE GRAND , déja connu dans la belle
Littérature par deux Harangues Latines, que
le Public a honorées d'un favorable accueil.
Cette Piéce n'eft point inférieure, en fon
genre, à tout ce qui a parû jufqu'ici du même
Auteur. Outre l'Elégance de l'expreffion ,
la force du Vers , la nobleffe & l'élevation
des pensées , on y remarque une tendreffe
de fentimens , qui a contribué , plus que
toute autre chofe, au fuccès qu'elle a cû. On
accufe l'Auteur d'un peu de profufion à cet
égard ; un peu d'oeconomie n'eût peut-être
pas moins plû , mais ce défaut, fuppoſé même
qu'il foit bien réel , eft fi rare dans une
Piéce de cette efpece , où le Poëte fe trouve
refferré fur ce point dans des bornes fi étroites
, qu'il peut paffer , en quelque forte ,
pour une beauté , & que bien loin d'être
une occafion de reproche pour l'Auteur , on
Fij
doit
2052 MERCURE DE FRANCE.
doit au contraire prendre une grande idée
de fon goût pour le Théatre , & de fon talent
pour la Poëfie Dramatique.
Le Plan & la conduite de la Piéce , l'ordre
& la liaiſon des Scénes, ce fil impercep
tible , qui lie entre elles toutes les parties
du Poëme , & qui en fait un tout bien afforti
, eft un autre genre de beauté , qu'il eft
réfervé aux feuls Connoiffeurs de bien diftinguer
, ce qui ne manque point à celle- ci.
Le Jeu des Acteurs a mérité auffi le fuffrage
du Public. M, de Palacia , qui foutenoit
le rôle de Sefoftris , a répondu à la dignité
de fon caractére & à fa réputation. M. du
Peron s'eft fait beaucoup d'honneur par la
maniere tendre , délicate & variée, avec la¬
quelle il eft entré dans toutes les fineffes
d'un rôle , fort difficile à exécuter. M. de
Kerfallo n'a pas moins plû . M. Patri s'eſt fait
écouter avec plaifir. Quelle ame dans M. de
Fargés l'étendue de fa voix répondoit à la
vivacité de fon action , M. Seguy a également
réülli dans le Prologue de la Piéce & dans
le rôle d'Apriés , dont il étoit chargé.
SUIET Analyse de la Piéce.
Séfoftris , vainqueur de l'Europe & de
l'Afie , prend la réfolution de s'affocier au
Trône fon fils Rhamniticus. Quelques bruits,
injurieux à la fidelité du jeune Prince,l'obligent
SEPTEMBRE. 1744. 2053
gent à fufpendre l'exécution de ce projet.
Réfolu d'éclaircir lui-même fes foupçons ,
& de mettre l'innocence de fon fils à la
plus rigoureufe épreuve , il rentre fecrettement
dans fa Capitale , découvre fon deffein
à Ozimas , concerte avec lui toute l'intrigue
, & lui déclare que , fous le nom emprunté
d'Aribas , il veut être témoin du fuccès
qu'il ofe s'en promettre. Il lui ordonne
de faire courir dans la Ville le bruit de fon
arrivée prochaine , & de lui ménager une
entrevûe avec Rhamniticus , qui n'étant encore
qu'au berceau,lorfqu'il quitta l'Egypte,
ne fera pas en état de le reconnoître. Ozimas
exécute les ordres de Séſoftris.Sur le bruit qui
vient de fe répandre tout-à- coup que Séfoftris
, chargé de gloire & de lauriers , fe prépare
à rentrer en triomphe dans la Capitale,
Rhamniticus fe livre aux tranfports de la
joye la plus vive ; fon cher Amafis vient
partager avec lui fon bonheur , mais cette
idée- là même , lui rappellant le fouvenir
d'un Pere , qu'il croit avoir perdu dans fon
enfance , rouvre une playe que le tems n'avoit
pû bien fermer ; il ne peut refuſer des
larmes à fon malheur . Séfoftris faifit ce moment
pour apprendre à Ozimas , qu'Amafis ,
qui pleure depuis long-tems un Pere qu'il
n'a jamais connû , eft fon propre fils , que
des raifons d'Etat l'avoient obligé de le te-
Fij nir
2054 MERCURE DE FRANCE.
nit éloigné de la Cour , & à lui cacher à luimême
la propre grandeur.
A la vue d'Aribas ( Séfoftris ) Rhamniticus
fent au fond de fon coeur une agitation
fecrette , dont il n'a garde de développer le
principe ; apprenant qu'il eft cet Officier dépêché
par Séfoftris , dont lui a parlé Ozimas,
il lui demande avec empreffément des nouvelles
de fon Pere. Ah ! Prince , s'écrie Aribas
, qu'allez -vous entendre ! & que fuis- je
obligé de vous annoncer ! Séfoftris n'eft plus;
ce Héros magnanime , qui mit à la chaîne
tant de Peuples & de Nations , qui conquit
tant de Provinces & de Royaumes , qui brifa
tant de Sceptres & de Couronnes , n'a pû
dérobet fa tête au coup meurtrier d'une main
parricide & inconnue; percé d'un trait mortel
dans la Forêt voifine , il vient d'expirer
à nos yeux. Rhamniticus éperdu ... furieux
& hors de lui-même , jure par l'Ombre fanglante
de fon Pere , de venger fa mort par
celle du coupable ; on lui préfente le trait
fatal qui vient de le priver du meilleur de
tous les Peres ; il le faifit avec fureur , mais
quelle eft fa furprife , lorfqu'il reconnoît
que c'eft celui-là même dont il a fait préſent
à Amafis , comme un gage de fon amitié ;
pénétré de la plus amere douleur , il éprou
ve les cruelles alternatives de l'amour filial
& de l'amitié la plus tendre. Séfoftris , témoin
1
SEPTEMBRE. 1744. 2015
moin des allarmes de fon fils , foupçonne
que Rameffés pourroit bien être l'Auteur des
bruits qui l'ont allarmé lui -même. Rameffés
eft un jeune Seigneur , iffu d'un Sang illuftre
, qui regna autrefois dans Memphis , &
donna des Loix à l'Egypte . Séfoftris , pour
le fonder , fait briller en quelque forte la
Couronne à fes yeux ; il lui repréfente combien
il lui feroit facile de remonter fur un
Trône,que fes Ancêtres ont occupé autrefois
avec gloire. L'occafion eft belle, lui dit- il' ;
déclarez -vous ; je m'offre à vous feconder.
Rameffés , ébloui par les offres d'Aribas , lui
ouvre fon coeur, & lui déclare que l'abſence
de Séfoftris lui a fouvent fait naître l'efpérance
de reprendre une Place à laquelle fa
naiffance l'appelloit ; que fa mort inopinée
femble lui applanir toutes les voyes , & qu'il
eft enfin réfolu à remettre fur fa tête une
Couronne ,qu'il croit lui appartenir.Cet aveu
fait faire des refléxions à Séſoftris , aux yeux
duquel l'innocence de fon fils ſe dévoile de
plus en plus.
Rhamniticus , toujours partagé entre fon
Pere & fon Ami , chancelant & irréfolu
ne fçait à quoi fe déterminer. Tantôt il
veut condamner Amafis ; fon coeur s'y oppofe;
l'Arrêt expire fur fes levres ; tantôt
il veut l'abfoudre ; la Nature fe fait entendre
, & réclame ſes droits. Dans ce moment
F iiij d'irré2056
MERCURE DE FRANCE .
d'irréfolution ,il croit voir l'Ombre plaintive
de fon Pere , qui lui reproche fa lâcheté ;
faifi tout-à-coup d'une généreufe indignation
contre lui-même , il mande Amafis. A
la vûë de ce cher objet , toute fa tendreffe
fe réveille. Amafis demande quel eft fon crime.
Rhamniticus lui préſente le trait fatal, encore
teint du fang de Séfoftris ; Amafis s'écrie
qu'il eft un parricide ; Rhamniticus veut
le percer ; Ozimas s'y oppofe. Séfoftris , qui
veut pouffer l'épreuve jufqu'où elle peut aller
, fait remettre à Rhamniticus un Ecrit,
qu'il dit avoir reçû de la main de fon Pere
mourant ; le Prince lit , & jettant les yeux
fur Amafis , s'écrie : Ah ! mon frere . .Amafis
, effrayé , veut fe percer lui-même ; dans
ce moment de trouble & d'effroi , on annonce
que le perfide Rameffés a levé le mafque,
& qu'il s'avance en armes vers le Palais ; les
deux freres veulent courir pour le repouffer;
Ozimas les retient. Rhamniticus reparoît
plus agité qu'auparavant ; Aribas l'aborde ;
Rhamniticus , qui le croit du nombre des
conjurés , lui fait les plus fanglants reproches
, & dans le tranfport de fa fureur, leve
fur lui un bras parricide ; faifi tout-à- coup
d'une horreur fecrette , il s'arrête ; la Nature
s'explique affes pour fufpendre fon bras ,
trop peu pour lui deffiller les yeux ; fon
trouble recommence ; la vue d'Amafis , qui
paroît
SEPTEMBRE. 1744. 2057
paroît chargé de chaînes , l'augmente ; Ozimas
y met le comble ; il feint d'exécuter un
ordre de fon Maître expirant, & fait apporter
fur la Scéne le Trône de Séfoftris même.
Rhamniticus , qui croit que ce Trône eft
préparé pour Rameffés , reproche à Ozimas
fa perfidie. Rameffés paroît dans ce moment,
fuivi d'une troupe de factieux ; il accable
d'injures les deux freres , les traite d'ufurpateurs
, & pour affermir de plus en plus
un Trône , dont il fe croit déja le maître, il
ordonne qu'on immole l'un & l'autre à ſes
yeux .
>
Un bruit effrayant de Trompettes Guerrieres
, qui fe fait entendre tout-à- coup
fufpend l'exécution ; Séfoftris , la Couronne
en tête , paroît environné d'une nombreuſe
troupe de Gardes & d'Officiers ; à la vûe
du Héros , Rameffés glacé d'effroi , n'a
pas même le courage de fuir ; Séfoftris l'envoye
au fupplice, embraffe fes Enfans , couronne
l'aîné , & fait rentrer Amafis dans
tous les droits , que fa naiffance & ſa vertu
lui ont fi légitimement mérités.
Le Ballet , fuivant l'ufage ordinaire , fervit
d'Interméde à la Piéce Latine ; il eft intitulé
les Merveilles de l'Art ; en voici le
plan & la diviſion , telle le Profeffeur
l'expofe dans fon Programme.
que
La Danfe eft elle-même une des Merveilles
F V
de
2058 MERCURE DE FRANCE.
de l'Art ; c'est à lui qu'elle eft redevable de
cette richeffe de cette varieté de Peintures
mouvantes, qu'elle préfente aux yeux ; pourroitelle
refufer àfa gloire des talens qu'elle a reçûs
de lui ? C'est donc pour s'acquitter d'un devoir
de reconnoiffance , qu'elle prend pour objet de
fes figures l'Art & fes Merveilles , mais comme
il eft impoffible à l'Art lui-même, de raffembler
dans un Portrait tout ce qu'il a de merveilleux
, on s'eft borné à ces quatre objets differens
, qui ont fait les quatre Parties du
Ballet.
1°. L'Art imite les beautés de la Nature.
2 ° . L'Art corrige les défauts de la Nature.
3°. L'Artforce les obftacles de la Nature.
4. L'Artfurpaffe les efforts de la Nature.
OUVERTURE.
Des hommes , nouvellement fortis des
mains dePromethée, apperçoivent avec étonnement
ce vafte Univers , qu'ils viennent
habiter. La Nature , arrive fur un Trône de
Gazon , & environnée de Divinités Champêtres
, elle s'offre d'abord à leurs regards, &
fixe leur admiration ; l'Art vient à ſon tour
difputer à fa rivale l'hommage des Mortels ,
& c'eft par le Spectacle pompeux de fes
Merveilles qu'il prétend s'affûrer la victoire.
PRE+
1744. 2059 SEPTEMBRE.
PREMIERE PARTIE.
L'Art imite les beautés de la Nature.
PREMIERE ENTRE' E.
Sémiramis raffemble fur la cime de fes
Palais les beautés naïves du Printems. Les
preftiges de l'Art font paroître tout-à-coup
des Prairies émaillées. L'Hyver & fes frimats
viennent détruire les fleurs naiffantes ,
mais on fe fert de ces fleurs pour les enchaî
ner eux-mêmes , & l'Hyver eft tout furpris
de ſe voir métamorphofé en Printems.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art imite les beautés terribles & majestueuses.
Salmonée fait briller aux yeux de fes Courtifans
des feux , avant-coureurs d'un nouveau
foudre. L'Elide retentit des éclats
d'un Tonnerre artificiel ; l'orage creve ; la
flâme ferpente au milieu des Airs , & attire
au nouveau Jupiter les refpects & l'admiration
des Peuples.
TROISIEME ENTRE' E.
L'Art imite les beautés nobles & gracienfes.
La Peinture , pour donner une idée des
beautés gracienfes , repréſente par l'affortiment
de fes couleurs MoNSEIGNEUR LE
F vj DAU2060
MERCURE DE FRANCE.
DAUPHIN ; la Sculpture , pour exprimer les
beautés nobles , fait naître fous le cifeau les
traits de notre AUGUSTE MONARQUE ; la
Renommée fe charge de faire voir à toute
l'Europe ces deux Chefsd'oeuvre de l'Art.
SECONDE PARTIE,
L'Art corrige les défauts de la Nature.
PREMIERE ENTRE'E.
L'Art déguife les défauts de la Nature.
Des Vieillards , à qui l'âge a dépouillé la
tête & affoibli la vûe , fe trouvent exposés
aux infultes d'une Jeuneffe folâtre . Des
Merciers viennent à propos préfenter aux
Vieillards outragés , des yeux artificiels , qui
en leur épurant la vûë , font difparoître les
rieurs. Pour achever de les rajeunir , l'Art
leur fournit encore des chevelures étrangéres
, & des Miroirs pour contempler leurs
graces renaiffantes.
SECONDE . ENTRE' E.
L'Art corrige les défauts de la Nature.
Efchyle & Ariftophane tranſportent fur
la Scéne les Paffions & les Ridicules des
hommes . Efchyle évoque des Enfers les Ombres
ennemies d'Eteocle & de Polinice,
& peint les attentats de la haine & de la
vengeance,
SEPTEMBRE. 1744. 2061¹
vengeance . Ariftophane introduit des Pantomimes
, qui font rire les Spectateurs aux
dépens de leurs propres défauts.
TROISIEME ENTREE .
L'Art guérit les défauts de la Nature.
Des Malades paroiffent en tremblant , &
expriment par la difference de leurs attitudes
, celle de leurs maux ; ils invoquent la
Mort ; les Parques fe préfentent ; Efculape
& fa fuite arrivent fur la Scéne , forcent la
troupe Infernale d'abandonner fa proye , &
appliquent aux Malades raffûrés , la vertu
toute puiffante de leur Art.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Art force les obftacles de la Nature,
PREMIERE ENTREE.
L'Art enchaîne la Mer.
Jafon , à la tête de fes Braves , part pour
la Conquête de la Toifon d'Or , Neptune ,
les Tritons & les Vents , obligent les Argonautes
de céder pour un tems à l'effort de la
tempête. L'Art des Matelots vient au fecours
des Guerriers ; ils enchaînent Neptu
ne & les Tritons ; ils emprifonnent les
Vents , & les forcent de concourir eux-mêmêmes
à l'Expédition .
Se2062
MERCURE DE FRANCE.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art ouvre le fein de la Terre.
Cérès & fes Laboureurs , Bacchus & fes
Vendangeurs forcent la Terre à leur livrer
les tréfors que la Nature avare avoit enfermés
dans fon fein. Plutus paroît à fon tour,
& fait briller le précieux Métail qu'il vient
d'arracher aux entrailles de la Terre . Les
Vignerons & les Laboureurs , charmés de
fon éclat, offrent en échange leurs richelles;
on s'accorde de part & d'autre , & Bacchus
fournit le Vin du marché.
TROISIEME ENTREE.
L'Art efcalade le Ciel.
Dédale conſtruit le fameux Labyrinthe ,
l'un des Chefsd'oeuvre de l'Art ; on lui
donne pour prifon l'Edifice merveilleux ,
fon propre ouvrage ; fon Art l'y accompagne
, & lui trace , pour s'enfuir , une route
encore plus merveilleufe ; pendant qu'on
infulte à fa diſgrace , il s'éleve tout-à- coup ,
fuit au milieu des Airs , & difparoît.
QUAL
SEPTEMBRE. 1744. 2063
QUARTIE'ME PARTIE.
L'Artfurpaffe les efforts de la Nature.
PREMIERE ENTREE.
L'Art enchérit fur les Ouvrages de la Nature.
Des Peuples , déja défendus par la fituation
des Lieux , ajoûtent les Ouvrages de l'Art à
ceux de la Nature ; les Baſtions s'élevent, &
préfentent aux Affigeans une barriere infurmontable
, mais ceux-ci oppofent l'Art à luimême
; on ouvre la tranchée , on fait les approches
, on emporte fucceffivement les dehors
de la Place , qui fe voit enfin réduite
à battre la chamade.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art enchérit fur les fecrets de la Nature.
La Nature avoit enfeigné aux hommes
l'admirable fecret de fe communiquer leurs
penſées par le fon de la voix ; l'Art va plus
loin ; il ordonne à Vulcain de fondre des
Caractéres parlans , qui tranfmettent aux
fiécles futurs les noms & les actions des Hétos;
pour donner un effai & un Chefd'oeuvre
tout à la fois , il trace en Caractéres ineffaçables
l'Augufte nom de notre GRAND
MONARQUE. Des Peuples de toutes les
Nations viennent partager leur admiration
entre
2064 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Invention merveilleufe, & le Héros
qu'elle immortalife.
TROISIEME ENTRE'E.
L'Art enchérit fur les Jeux de la Nature .
De jeunes gens , n'ayant que la Nature
pour guide , expriment par des Danfes naïves
mais irrégulieres , les tranfports d'une
joye vive & folâtre ; des Maîtres habiles ,
viennent polir ce que la Nature n'avoit fait
qu'ébaucher ; ils forment leurs Eleves aux
differens Caractéres de la Danfe , communiquent
à tous leurs mouvemens de la grace
& de la régularité , & leur donnent ces
graces naturelles qui doivent d'autant plus
à l'Art , qu'elles paroiffent plus tenir de la
Nature.
BALLET GE'NE'RA L.
Charmés des merveilles que l'Art vient
d'étaler à leurs yeux , des hommes s'empreffent
à lui rendre l'hommage de leur admiration.
Quelques-uns font d'avis qu'on enchaîne
à fon Char de Triomphe la Nature;
les plus moderés opinent à unir enſemble
P'un & l'autre , & fe promettent les plus
heureux fruits d'une fi belle union.
L'ordre & l'exécution du Ballet ; la juftelle
& la promptitude des évolutions , ont
fait
SEPTEMBRE. 1744. 2065
fait honneur au Profeffeur , & lui ont mérité
de la part d'une nombreuſe troupe de
Spectateurs , des éloges , aufquels il eft tems
qu'il commence à s'accoûtumer .
Les Danfes font de la compofition de M.
Malter , l'aîné , dont on connoît le talent
pour ces fortes d'Exercices.
College des féfuites , pour la diftribution des
Prix fondés par le Roi , le 5 Août 1744.
'Auteur eft le R. P. du Baudory , Pro-
Lfeffeur de Rhétorique au Collège de
LOUIS LE GRAND , déja connu dans la belle
Littérature par deux Harangues Latines, que
le Public a honorées d'un favorable accueil.
Cette Piéce n'eft point inférieure, en fon
genre, à tout ce qui a parû jufqu'ici du même
Auteur. Outre l'Elégance de l'expreffion ,
la force du Vers , la nobleffe & l'élevation
des pensées , on y remarque une tendreffe
de fentimens , qui a contribué , plus que
toute autre chofe, au fuccès qu'elle a cû. On
accufe l'Auteur d'un peu de profufion à cet
égard ; un peu d'oeconomie n'eût peut-être
pas moins plû , mais ce défaut, fuppoſé même
qu'il foit bien réel , eft fi rare dans une
Piéce de cette efpece , où le Poëte fe trouve
refferré fur ce point dans des bornes fi étroites
, qu'il peut paffer , en quelque forte ,
pour une beauté , & que bien loin d'être
une occafion de reproche pour l'Auteur , on
Fij
doit
2052 MERCURE DE FRANCE.
doit au contraire prendre une grande idée
de fon goût pour le Théatre , & de fon talent
pour la Poëfie Dramatique.
Le Plan & la conduite de la Piéce , l'ordre
& la liaiſon des Scénes, ce fil impercep
tible , qui lie entre elles toutes les parties
du Poëme , & qui en fait un tout bien afforti
, eft un autre genre de beauté , qu'il eft
réfervé aux feuls Connoiffeurs de bien diftinguer
, ce qui ne manque point à celle- ci.
Le Jeu des Acteurs a mérité auffi le fuffrage
du Public. M, de Palacia , qui foutenoit
le rôle de Sefoftris , a répondu à la dignité
de fon caractére & à fa réputation. M. du
Peron s'eft fait beaucoup d'honneur par la
maniere tendre , délicate & variée, avec la¬
quelle il eft entré dans toutes les fineffes
d'un rôle , fort difficile à exécuter. M. de
Kerfallo n'a pas moins plû . M. Patri s'eſt fait
écouter avec plaifir. Quelle ame dans M. de
Fargés l'étendue de fa voix répondoit à la
vivacité de fon action , M. Seguy a également
réülli dans le Prologue de la Piéce & dans
le rôle d'Apriés , dont il étoit chargé.
SUIET Analyse de la Piéce.
Séfoftris , vainqueur de l'Europe & de
l'Afie , prend la réfolution de s'affocier au
Trône fon fils Rhamniticus. Quelques bruits,
injurieux à la fidelité du jeune Prince,l'obligent
SEPTEMBRE. 1744. 2053
gent à fufpendre l'exécution de ce projet.
Réfolu d'éclaircir lui-même fes foupçons ,
& de mettre l'innocence de fon fils à la
plus rigoureufe épreuve , il rentre fecrettement
dans fa Capitale , découvre fon deffein
à Ozimas , concerte avec lui toute l'intrigue
, & lui déclare que , fous le nom emprunté
d'Aribas , il veut être témoin du fuccès
qu'il ofe s'en promettre. Il lui ordonne
de faire courir dans la Ville le bruit de fon
arrivée prochaine , & de lui ménager une
entrevûe avec Rhamniticus , qui n'étant encore
qu'au berceau,lorfqu'il quitta l'Egypte,
ne fera pas en état de le reconnoître. Ozimas
exécute les ordres de Séſoftris.Sur le bruit qui
vient de fe répandre tout-à- coup que Séfoftris
, chargé de gloire & de lauriers , fe prépare
à rentrer en triomphe dans la Capitale,
Rhamniticus fe livre aux tranfports de la
joye la plus vive ; fon cher Amafis vient
partager avec lui fon bonheur , mais cette
idée- là même , lui rappellant le fouvenir
d'un Pere , qu'il croit avoir perdu dans fon
enfance , rouvre une playe que le tems n'avoit
pû bien fermer ; il ne peut refuſer des
larmes à fon malheur . Séfoftris faifit ce moment
pour apprendre à Ozimas , qu'Amafis ,
qui pleure depuis long-tems un Pere qu'il
n'a jamais connû , eft fon propre fils , que
des raifons d'Etat l'avoient obligé de le te-
Fij nir
2054 MERCURE DE FRANCE.
nit éloigné de la Cour , & à lui cacher à luimême
la propre grandeur.
A la vue d'Aribas ( Séfoftris ) Rhamniticus
fent au fond de fon coeur une agitation
fecrette , dont il n'a garde de développer le
principe ; apprenant qu'il eft cet Officier dépêché
par Séfoftris , dont lui a parlé Ozimas,
il lui demande avec empreffément des nouvelles
de fon Pere. Ah ! Prince , s'écrie Aribas
, qu'allez -vous entendre ! & que fuis- je
obligé de vous annoncer ! Séfoftris n'eft plus;
ce Héros magnanime , qui mit à la chaîne
tant de Peuples & de Nations , qui conquit
tant de Provinces & de Royaumes , qui brifa
tant de Sceptres & de Couronnes , n'a pû
dérobet fa tête au coup meurtrier d'une main
parricide & inconnue; percé d'un trait mortel
dans la Forêt voifine , il vient d'expirer
à nos yeux. Rhamniticus éperdu ... furieux
& hors de lui-même , jure par l'Ombre fanglante
de fon Pere , de venger fa mort par
celle du coupable ; on lui préfente le trait
fatal qui vient de le priver du meilleur de
tous les Peres ; il le faifit avec fureur , mais
quelle eft fa furprife , lorfqu'il reconnoît
que c'eft celui-là même dont il a fait préſent
à Amafis , comme un gage de fon amitié ;
pénétré de la plus amere douleur , il éprou
ve les cruelles alternatives de l'amour filial
& de l'amitié la plus tendre. Séfoftris , témoin
1
SEPTEMBRE. 1744. 2015
moin des allarmes de fon fils , foupçonne
que Rameffés pourroit bien être l'Auteur des
bruits qui l'ont allarmé lui -même. Rameffés
eft un jeune Seigneur , iffu d'un Sang illuftre
, qui regna autrefois dans Memphis , &
donna des Loix à l'Egypte . Séfoftris , pour
le fonder , fait briller en quelque forte la
Couronne à fes yeux ; il lui repréfente combien
il lui feroit facile de remonter fur un
Trône,que fes Ancêtres ont occupé autrefois
avec gloire. L'occafion eft belle, lui dit- il' ;
déclarez -vous ; je m'offre à vous feconder.
Rameffés , ébloui par les offres d'Aribas , lui
ouvre fon coeur, & lui déclare que l'abſence
de Séfoftris lui a fouvent fait naître l'efpérance
de reprendre une Place à laquelle fa
naiffance l'appelloit ; que fa mort inopinée
femble lui applanir toutes les voyes , & qu'il
eft enfin réfolu à remettre fur fa tête une
Couronne ,qu'il croit lui appartenir.Cet aveu
fait faire des refléxions à Séſoftris , aux yeux
duquel l'innocence de fon fils ſe dévoile de
plus en plus.
Rhamniticus , toujours partagé entre fon
Pere & fon Ami , chancelant & irréfolu
ne fçait à quoi fe déterminer. Tantôt il
veut condamner Amafis ; fon coeur s'y oppofe;
l'Arrêt expire fur fes levres ; tantôt
il veut l'abfoudre ; la Nature fe fait entendre
, & réclame ſes droits. Dans ce moment
F iiij d'irré2056
MERCURE DE FRANCE .
d'irréfolution ,il croit voir l'Ombre plaintive
de fon Pere , qui lui reproche fa lâcheté ;
faifi tout-à-coup d'une généreufe indignation
contre lui-même , il mande Amafis. A
la vûë de ce cher objet , toute fa tendreffe
fe réveille. Amafis demande quel eft fon crime.
Rhamniticus lui préſente le trait fatal, encore
teint du fang de Séfoftris ; Amafis s'écrie
qu'il eft un parricide ; Rhamniticus veut
le percer ; Ozimas s'y oppofe. Séfoftris , qui
veut pouffer l'épreuve jufqu'où elle peut aller
, fait remettre à Rhamniticus un Ecrit,
qu'il dit avoir reçû de la main de fon Pere
mourant ; le Prince lit , & jettant les yeux
fur Amafis , s'écrie : Ah ! mon frere . .Amafis
, effrayé , veut fe percer lui-même ; dans
ce moment de trouble & d'effroi , on annonce
que le perfide Rameffés a levé le mafque,
& qu'il s'avance en armes vers le Palais ; les
deux freres veulent courir pour le repouffer;
Ozimas les retient. Rhamniticus reparoît
plus agité qu'auparavant ; Aribas l'aborde ;
Rhamniticus , qui le croit du nombre des
conjurés , lui fait les plus fanglants reproches
, & dans le tranfport de fa fureur, leve
fur lui un bras parricide ; faifi tout-à- coup
d'une horreur fecrette , il s'arrête ; la Nature
s'explique affes pour fufpendre fon bras ,
trop peu pour lui deffiller les yeux ; fon
trouble recommence ; la vue d'Amafis , qui
paroît
SEPTEMBRE. 1744. 2057
paroît chargé de chaînes , l'augmente ; Ozimas
y met le comble ; il feint d'exécuter un
ordre de fon Maître expirant, & fait apporter
fur la Scéne le Trône de Séfoftris même.
Rhamniticus , qui croit que ce Trône eft
préparé pour Rameffés , reproche à Ozimas
fa perfidie. Rameffés paroît dans ce moment,
fuivi d'une troupe de factieux ; il accable
d'injures les deux freres , les traite d'ufurpateurs
, & pour affermir de plus en plus
un Trône , dont il fe croit déja le maître, il
ordonne qu'on immole l'un & l'autre à ſes
yeux .
>
Un bruit effrayant de Trompettes Guerrieres
, qui fe fait entendre tout-à- coup
fufpend l'exécution ; Séfoftris , la Couronne
en tête , paroît environné d'une nombreuſe
troupe de Gardes & d'Officiers ; à la vûe
du Héros , Rameffés glacé d'effroi , n'a
pas même le courage de fuir ; Séfoftris l'envoye
au fupplice, embraffe fes Enfans , couronne
l'aîné , & fait rentrer Amafis dans
tous les droits , que fa naiffance & ſa vertu
lui ont fi légitimement mérités.
Le Ballet , fuivant l'ufage ordinaire , fervit
d'Interméde à la Piéce Latine ; il eft intitulé
les Merveilles de l'Art ; en voici le
plan & la diviſion , telle le Profeffeur
l'expofe dans fon Programme.
que
La Danfe eft elle-même une des Merveilles
F V
de
2058 MERCURE DE FRANCE.
de l'Art ; c'est à lui qu'elle eft redevable de
cette richeffe de cette varieté de Peintures
mouvantes, qu'elle préfente aux yeux ; pourroitelle
refufer àfa gloire des talens qu'elle a reçûs
de lui ? C'est donc pour s'acquitter d'un devoir
de reconnoiffance , qu'elle prend pour objet de
fes figures l'Art & fes Merveilles , mais comme
il eft impoffible à l'Art lui-même, de raffembler
dans un Portrait tout ce qu'il a de merveilleux
, on s'eft borné à ces quatre objets differens
, qui ont fait les quatre Parties du
Ballet.
1°. L'Art imite les beautés de la Nature.
2 ° . L'Art corrige les défauts de la Nature.
3°. L'Artforce les obftacles de la Nature.
4. L'Artfurpaffe les efforts de la Nature.
OUVERTURE.
Des hommes , nouvellement fortis des
mains dePromethée, apperçoivent avec étonnement
ce vafte Univers , qu'ils viennent
habiter. La Nature , arrive fur un Trône de
Gazon , & environnée de Divinités Champêtres
, elle s'offre d'abord à leurs regards, &
fixe leur admiration ; l'Art vient à ſon tour
difputer à fa rivale l'hommage des Mortels ,
& c'eft par le Spectacle pompeux de fes
Merveilles qu'il prétend s'affûrer la victoire.
PRE+
1744. 2059 SEPTEMBRE.
PREMIERE PARTIE.
L'Art imite les beautés de la Nature.
PREMIERE ENTRE' E.
Sémiramis raffemble fur la cime de fes
Palais les beautés naïves du Printems. Les
preftiges de l'Art font paroître tout-à-coup
des Prairies émaillées. L'Hyver & fes frimats
viennent détruire les fleurs naiffantes ,
mais on fe fert de ces fleurs pour les enchaî
ner eux-mêmes , & l'Hyver eft tout furpris
de ſe voir métamorphofé en Printems.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art imite les beautés terribles & majestueuses.
Salmonée fait briller aux yeux de fes Courtifans
des feux , avant-coureurs d'un nouveau
foudre. L'Elide retentit des éclats
d'un Tonnerre artificiel ; l'orage creve ; la
flâme ferpente au milieu des Airs , & attire
au nouveau Jupiter les refpects & l'admiration
des Peuples.
TROISIEME ENTRE' E.
L'Art imite les beautés nobles & gracienfes.
La Peinture , pour donner une idée des
beautés gracienfes , repréſente par l'affortiment
de fes couleurs MoNSEIGNEUR LE
F vj DAU2060
MERCURE DE FRANCE.
DAUPHIN ; la Sculpture , pour exprimer les
beautés nobles , fait naître fous le cifeau les
traits de notre AUGUSTE MONARQUE ; la
Renommée fe charge de faire voir à toute
l'Europe ces deux Chefsd'oeuvre de l'Art.
SECONDE PARTIE,
L'Art corrige les défauts de la Nature.
PREMIERE ENTRE'E.
L'Art déguife les défauts de la Nature.
Des Vieillards , à qui l'âge a dépouillé la
tête & affoibli la vûe , fe trouvent exposés
aux infultes d'une Jeuneffe folâtre . Des
Merciers viennent à propos préfenter aux
Vieillards outragés , des yeux artificiels , qui
en leur épurant la vûë , font difparoître les
rieurs. Pour achever de les rajeunir , l'Art
leur fournit encore des chevelures étrangéres
, & des Miroirs pour contempler leurs
graces renaiffantes.
SECONDE . ENTRE' E.
L'Art corrige les défauts de la Nature.
Efchyle & Ariftophane tranſportent fur
la Scéne les Paffions & les Ridicules des
hommes . Efchyle évoque des Enfers les Ombres
ennemies d'Eteocle & de Polinice,
& peint les attentats de la haine & de la
vengeance,
SEPTEMBRE. 1744. 2061¹
vengeance . Ariftophane introduit des Pantomimes
, qui font rire les Spectateurs aux
dépens de leurs propres défauts.
TROISIEME ENTREE .
L'Art guérit les défauts de la Nature.
Des Malades paroiffent en tremblant , &
expriment par la difference de leurs attitudes
, celle de leurs maux ; ils invoquent la
Mort ; les Parques fe préfentent ; Efculape
& fa fuite arrivent fur la Scéne , forcent la
troupe Infernale d'abandonner fa proye , &
appliquent aux Malades raffûrés , la vertu
toute puiffante de leur Art.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Art force les obftacles de la Nature,
PREMIERE ENTREE.
L'Art enchaîne la Mer.
Jafon , à la tête de fes Braves , part pour
la Conquête de la Toifon d'Or , Neptune ,
les Tritons & les Vents , obligent les Argonautes
de céder pour un tems à l'effort de la
tempête. L'Art des Matelots vient au fecours
des Guerriers ; ils enchaînent Neptu
ne & les Tritons ; ils emprifonnent les
Vents , & les forcent de concourir eux-mêmêmes
à l'Expédition .
Se2062
MERCURE DE FRANCE.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art ouvre le fein de la Terre.
Cérès & fes Laboureurs , Bacchus & fes
Vendangeurs forcent la Terre à leur livrer
les tréfors que la Nature avare avoit enfermés
dans fon fein. Plutus paroît à fon tour,
& fait briller le précieux Métail qu'il vient
d'arracher aux entrailles de la Terre . Les
Vignerons & les Laboureurs , charmés de
fon éclat, offrent en échange leurs richelles;
on s'accorde de part & d'autre , & Bacchus
fournit le Vin du marché.
TROISIEME ENTREE.
L'Art efcalade le Ciel.
Dédale conſtruit le fameux Labyrinthe ,
l'un des Chefsd'oeuvre de l'Art ; on lui
donne pour prifon l'Edifice merveilleux ,
fon propre ouvrage ; fon Art l'y accompagne
, & lui trace , pour s'enfuir , une route
encore plus merveilleufe ; pendant qu'on
infulte à fa diſgrace , il s'éleve tout-à- coup ,
fuit au milieu des Airs , & difparoît.
QUAL
SEPTEMBRE. 1744. 2063
QUARTIE'ME PARTIE.
L'Artfurpaffe les efforts de la Nature.
PREMIERE ENTREE.
L'Art enchérit fur les Ouvrages de la Nature.
Des Peuples , déja défendus par la fituation
des Lieux , ajoûtent les Ouvrages de l'Art à
ceux de la Nature ; les Baſtions s'élevent, &
préfentent aux Affigeans une barriere infurmontable
, mais ceux-ci oppofent l'Art à luimême
; on ouvre la tranchée , on fait les approches
, on emporte fucceffivement les dehors
de la Place , qui fe voit enfin réduite
à battre la chamade.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art enchérit fur les fecrets de la Nature.
La Nature avoit enfeigné aux hommes
l'admirable fecret de fe communiquer leurs
penſées par le fon de la voix ; l'Art va plus
loin ; il ordonne à Vulcain de fondre des
Caractéres parlans , qui tranfmettent aux
fiécles futurs les noms & les actions des Hétos;
pour donner un effai & un Chefd'oeuvre
tout à la fois , il trace en Caractéres ineffaçables
l'Augufte nom de notre GRAND
MONARQUE. Des Peuples de toutes les
Nations viennent partager leur admiration
entre
2064 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Invention merveilleufe, & le Héros
qu'elle immortalife.
TROISIEME ENTRE'E.
L'Art enchérit fur les Jeux de la Nature .
De jeunes gens , n'ayant que la Nature
pour guide , expriment par des Danfes naïves
mais irrégulieres , les tranfports d'une
joye vive & folâtre ; des Maîtres habiles ,
viennent polir ce que la Nature n'avoit fait
qu'ébaucher ; ils forment leurs Eleves aux
differens Caractéres de la Danfe , communiquent
à tous leurs mouvemens de la grace
& de la régularité , & leur donnent ces
graces naturelles qui doivent d'autant plus
à l'Art , qu'elles paroiffent plus tenir de la
Nature.
BALLET GE'NE'RA L.
Charmés des merveilles que l'Art vient
d'étaler à leurs yeux , des hommes s'empreffent
à lui rendre l'hommage de leur admiration.
Quelques-uns font d'avis qu'on enchaîne
à fon Char de Triomphe la Nature;
les plus moderés opinent à unir enſemble
P'un & l'autre , & fe promettent les plus
heureux fruits d'une fi belle union.
L'ordre & l'exécution du Ballet ; la juftelle
& la promptitude des évolutions , ont
fait
SEPTEMBRE. 1744. 2065
fait honneur au Profeffeur , & lui ont mérité
de la part d'une nombreuſe troupe de
Spectateurs , des éloges , aufquels il eft tems
qu'il commence à s'accoûtumer .
Les Danfes font de la compofition de M.
Malter , l'aîné , dont on connoît le talent
pour ces fortes d'Exercices.
Fermer
46
p. 85-113
MANUSCRIT traduit de l'Arabe, par M. Jacques, Marchand Eventailliste à Paris, ruë Mouffetar.
Début :
ON sçait assés que la coûtume du Calife Haroün Araschild étoit de sortir [...]
Mots clefs :
Parelin, Père, Mère, Amour, Aimer, Amant, Temps, Sylphe, Calife, Malheurs, Époux, Château, Yeux, Vie, Coeur, Pirate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANUSCRIT traduit de l'Arabe, par M. Jacques, Marchand Eventailliste à Paris, ruë Mouffetar.
MANUSCRIT traduit de l'Arabe ,
par M. Jacques, Marchand Eventailliste à
Paris,ruë Mouffetar.
Nſçait affés que la coûtume du Calife
Haroün Araſchild étoit de fortir
les nuits déguiſé , avec ſon Grand Viſir
Giafar , & Mefrour , Chef des Eunuques ,
pour obſerver ce qui ſe paſſoit dans Bagdad
, & veiller à la Police de cette grande
Ville.
Il faifoit une de ces tournées nocturnes ,
lorſqu'il entendit un grand bruit : il approcha,&
connut que le bruit partoit d'un Caravanſerail
; une multitude de voix qui s'élévoient
confufément , paroiſſoit foûtenir
une conteftation fort vive , & fort animée.
Le Calife ordonna à Giafar de frapper
à la porte ; dès qu'on eût appris que le
Souverain Commandeur desCroyans alloit
paroître , le tumulte s'appaifa , & chacun
attendit en filence ce que ce Prince ordonneroit.
Pour lui , il promenoit ſes yeux de tous
côtés , & cherchoit à découvrir par lui-même
la cauſe dudéſordre.
86 MERCURE DE FRANCE.
,
Un homme qu'à fon habillement on
reconnoiffoit pour un Marin , étoit l'auteur
du trouble. On l'auroit jugé à ſon air
agité & ménaçant , quand l'action des autres
Etrangers qui l'entouroient n'en eût
pas ſuffisamment averti. Au fond de la
Chambre , quelques femmes ſécouroient
une jeune perfonne , belle comme le
jour. Elle étoit évanoiiie , mais la pâleur ,
que cet accident répandoit ſur ſon teint ,
lui donnoit l'air plus intéreſſant , ſans lui
faire perdre aucunede ſes graces. Le Calife
la conſidéroit avec autant de plaifir que
d'attention , lorſque le Marin s'avançant
vers lui lui ditd'un ton fier & audacieux
Seigneur , puifque vous êtes le Calife , vous
devez faire justice ; ordonnez donc que cette
femme ſoit remife entre mes mains : elle
eſt monépouſe ; ne fouffrez pas qu'on me
faſſe perdre dans vos Etats un droit ſi légiti
me. Tandis que le Marin parloit , cette
femme évanouie reprenoit l'uſage de ſes
fens , & commençoit à rouvrir les yeux.
Dès qu'elle l'entendit , elle s'écria , lui mon
époux ! Lui , juſte Dieu ! Il n'est que mon
Boureau ; ah ! Seigneur , pourſuivit-elle ,
en ſe jettant aux pieds du Calife , ayez pitié
d'une infortunće , qui n'a déja que trop
eſſuyé de malheurs, & ne mettez point , en
me livrant à ce Barbare , le comble à toutes
NOVEMBRE. 1744. 37
د
leshorreurs dont j'ai déja été la victime .
La belle affligée n'avoit pas beſoin d'une
grande éloquence pour faire condamner
Ton adverfaire. Le Calife avoit jugé dès le
premier regard qu'il avoit porté fur elle,
& il étoit difficile de faire autrement. El
le joignoit à cette. beauté éclatante qui
éblouit ces traits intéreſſans qui ſéduifent
: on fentoit en la regardant ce plaifir
& ce trouble que l'on éprouve à la naiſſance
d'une paſſion : ce n'étoit ni cette admiration
, qu'excite la beauté , quand elle eſt
feule , ni ces déſirs momentanés , que fait
naître le caprice à la vûë d'une figure qui
plaît ; c'étoit un ſentiment plus tendre ,
plus délicieux que le premier , plus déſintéreſſé
que le ſecond , & qu'il eſt plus aiſé
d'éprouver , que de définir.
:
1
Le Calife avoit ordonné à Mefrour ,
avant que d'entrer dans le Caravanſerail ,
de faire venir ſes Gardes : ils arrivoient
dans le moment. Le Prince leur ordonna de
garder le Marin à vûë , mais ſans lui faire
de violence , car il ne vouloit pas paroître
le condamner fans l'entendre ; & il paffa
avec la belle infortunée , Giafar , & Mefrour
dans une Chambre du Caravanferail
plus rétirée. Il étoit fort impatient d'être
inftruit du fort decette belle inconnue , &
lui demandoit le récit de ſes avantures avec
7
$8 MERCURE DE FRANCE.'
:
les égards les plus tendres , & l'empreffement
le plus vif. Elle avoit quelque répugnance
à fatisfaire le Calife ; la Majesté
d'un ſi Grand Prince l'intimidoit. Enfin
laſſe de réſiſter à des ſollicitations , qu'elle
n'eſpéroit pas pouvoir faire finir autrement,
elle prit ainſi la parole.
Histoire d'Eritzine , & de Parelin.
,
,
Souverain Commandeur des Croyans ;
vous me voyez dans un état ſi médiocre
que peut- être aurez-vous peine à me croire
, quandje vous dirai que je ſuis née Princeffe.
Mon Pere ſe nommoit Eritzin , & étoit
Souverain de l'ifle de Ceilan. Vous avez
entendu parler fans doute de la fameuſe
Révolution qui le renverſa du Trône . Je
n'étois pas encore née dans ces tems funef
tes ; mon Pere déſeſpérant de chaſſer l'Ufurpateur
autrement que par une guerre
longue & cruelle , ſe ſacrifia lui-même au
bien de ſes Sujets , & aima mieux abandonner
un parti conſidérable , & de folides
efpérances qui lui reſtoient encore , que
d'éternifer la guerre Civile , & d'attiſer le
feu qui confumoit ſa Patrie. Il fit répandre
le bruit de ſa mort , & ſe retira dans les
Etats du Roi de Borneo , qui de tout tems
NOVEMBRE. 1744. 89
avoit été ſon Allié. Il n'accepta de tous les
dons que ce Prince généreux lui offroit ,
qu'une petite Terre ſur le bord de la Mer ,
alfés agréablement bâtie , mais peu proportionnée
à l'état d'un grand Roi ,même dans
l'infortune.
Ce fut là que mon Pere ſe retira. Ma
Mere , qui aimoit beaucoup la Cour &
l'intrigue , murmura d'être obligée de s'enſevelir
ainſi dans une folitude , mais il fallut
qu'elle obéit. Je nâquis la ſeconde année
de la retraite de mon Pere : il étoit
déja conſolé de ſes malheurs . Livré à l'étude
de la Cabale & de l'Aftrologie , cesſpéculations
ſublimes rempliſſoient toute fon
ame.
On me cacha long-tems l'éclat de me
naiſſance : je paſſois ma vie dans le Château
de mon Pere. Je n'y voyois d'autre compagnie
qu'un Vieillard , & ſa femme , qui
habitoient une Terre voiſine de la nôtre ,
&qui venoient ſouvent voir ma Mere. Ils
avoient un fils à peu près de mon âge ,
qu'ils nommoient Parelin. C'étoit toute ma
fociété , & toute ma confolation : nous fûmes
élévés enſemble dès l'âge le plus tendre
dans l'enfance , &même dans la jeuneſſe
les gens plus âgés nous paroiffent ,
pour ainſi dire , des hommes d'une autre
eſpéce ; ainſi je ne voyois que Parelin
90 MERCURE DE FRANCE.
:
avec qui je pûffe lier ce commerce intime ,
qui fait ſeul les délices de la vie. C'étoit à
lui que je communiquois les plus fécrettes
penſéesde mon ame , j'étois la dépofitaire
de ſes petits fécrets ; nous étions fi contens
quandnous étions enfemble , que bien-tôt
il nous fut impoſſible de l'être , quand nous
étions ſéparés. Mon Pere , qui s'apperçut
de la force de cette inclination naillante ,
confulta ſes Livres , & voici quel fut le réfultatde
ſes recherches.
Je n'avois encore que quatorze ans , lorfqu'il
me fit venir dans ſon cabinet. Après
m'avoir tenu les difcours les plus tendres
fur l'intérêt vif& inquiet qu'il prenoit à
ce qui me regardoit , il me parla de Parelin;
il m'avertit de ce qu'il avoit remarqué
en nous , &m'apprit que nous étions amoureux
, car je ne ſçavois pas encore ce que
c'étoit que l'Amour : je me livrois ingenument
à mon coeur qui me conduiſoit. Le
peu que mon Pere me dit ſur ce ſujet , fut
un trait de lumiere qui éclaira les replis
les plus cachés de mon ame. Mon Pere en
m'apprenant l'état de mon coeur , m'inſtruifit
auffi de ma naiſſance , & me fit connoître
que je ne pouvois abſolument defcendre
juſqu'à Parelin en l'époufant. Cette nouvelle
fut un coup de foudre pour moi : la
fille du Roi de Ceilan ne pouvoit s'abbaif
NOVEMBRE. 1744. 91
fer juſqu'àun particulier , dont la naiſſance
n'étoit pas même noble , & quoique mon
Pere ne fût connu de perſonne pour ce
qu'il étoit , il lui reſtoit le ſouvenir de fa
premiere grandeur , qui l'auroit trop humilié
à ſes propres yeux s'il eut confenti à
cette Alliance .
Tout commerce me fut interdit avec
Parelin ; il lui fut défendu de venir au Château.
Pour moi , je paſſois les nuits à pleurer
,& les jours à me promener aux Lieux
où j'avois le plus ſouvent vû Parelin. Que
je ſuis malheureuſe , me diſois-je à moimême
! Je ſuis la premiere , peut-être , qui
adéſiré de n'être pas née ce que je ſuis; je
n'ai aucun des avantages , que procure un
rang éclatant , & je n'en éprouve que le
déſagrément & la contrainte. Mes réflé
xions finiſfoient toujours par conclure , que
je ne pouvois vivre fans aimer , fans voir
Parelin , mais comment faire ? Je n'oſois
en parler à mon Pere , que mes follicitations
auroient offenfé ; j'ofois encore
moins luidéſobéir en écrivant à Parelin . Le
hazard me fervit.
Je me promenois ſouvent dans les Bois ,
errante à l'avanture , & occupée de mon
amour. Je vis paroître un jour celui qui
faifoit l'objet de mes rêveries ; il s'étoit
égaré à la chaſſe ; il accourut à moi dès
92 MERCURE DE FRANCE.
qu'il m'apperçut. J'eus affés de force fur
moi-même pour fuir ; hélas ! Dès qu'il vit
que je voulois m'éloigner , arrêtez , s'écria-
t- il , je ne veux pas vous pourſuivre ,
& fi vous avez deſſein de m'éviter , je vais
m'éloigner promptement. Il s'étoit arrêté
endiſant ces mots ; je m'étois arrêtée aufli
pour l'écouter ; qu'on eſt foible quand on
aime ! De ce moment , il me fut impoffible
de faire un pas , pour m'éloigner de lui , je
ne pouvois détourner mes yeux , qui ſe ftxoient
malgré moi ſur les fiens , il pleuroit ,
jepleurois auſſi : nous ne reſtâmes pas longtems
dans cette fituation : nous nous approchâmes
l'unde l'autre avec le même frémifſement
, que si nous avions avancé vers un
précipice , mais , malgré cette crainte , je
ſentois que j'étois entraînée par un pouvoir
invincible. Il ſe jetta à mes pieds dès
qu'il fut près de moi , je fus prête à me
mettre aux fiens au lieu de fonger à le relever
, car il me ſembloit dans ce moment
que j'avois eû tort avec lui.
:
:
Parelin , lui dis- je , ne m'accuſez point ,
vousn'avez jamais eu de ſujet de vous plaindre
de moi , vous n'en n'aurez jamais , ne
vous plaignez que de mes Parens , dont les
ordres nous ſéparent. Hélas ! dit-il , qui
peut leur fuggérer de nous traiter fi cruellement
? On craint , lui répondis-je , que
NOVEMBRE. 1744. 95
nous ne nous aimions trop. Je me trompois
doncbien , s'écria-t-il , car je craignois de
ne vous pas aimer affés, mais que craignentils
? Et quel mal en peut-il arriver ? Je ne
pus me réfuſer la douceur d'un éclairciſſe.
ment , qui s'offroit ſi naturellement , & me
paroiſſoit ſi néceſſaire. J'inſtruiſis Parelin
de mes ſentimens : je ne lui cachai rien de
ce que mon Pere m'avoit appris fur ma naif
fance. Hélas ! me dit-il , ſi j'avois été fils du
Roi de Ceilan , & vous fille de mon Pere ,
la différence des Rangs n'auroitpas été un
obſtacle. Je ſentis à ce reproche mon coeur
ſe ſerrer ; mes yeux ſe remplirent de larmes
; ſa générosité ſembloit m'accufer , &
quoiqu'il me fut aiſé de me juſtifier , à peine
me trouvois-je moi-même innocente à
mes yeux. Que vous dirai-je ? Je promis à
mon Amant de n'être jamais qu'à lui , quoiqu'il
pût arriver ; je lui répétai mille fois
les fermens de l'aimer toujours ; je craignois
d'en faire trop peu pour le raſſurer. La nuit
vint , il fallut nous ſéparer , mais ce ne fur
pas fans nous promettre de nous retrouver
tous les jours au même endroit du Bois. Je
retournai au Château foulagée des inquiétudes
que me donnoient auparavant les
combats de l'Amour. Je m'étois déterminée
àne plus réſiſter ; c'étoit m'être délivrée
un grand fardeau , & l'éclairciſſement
94 MERCURE DE FRANCE.
que je venois d'avoir avec mon Amant, me
paroiſſoit alors un arrangement ſolide que
rien ne pouvoit déconcerter.
:
:
Mon Pere fut fort triſte pendant le fouper.
Je m'apperçus même , qu'en me regardant
, ſes yeux ſe rempliffoient de larmes :
j'eſſayai de diffiper ſon chagrin par mille
tendres careſſes , mais je ne faifois que l'attendrir
davantage. Il voulut que ma Mere
ſe retirat , & lorſque nous fûmes ſeuls , ma
fille , me dit- il , je veux vous apprendre le
ſujet de ma triſteſſe. Je dois mourir bientôt
, je ſerois peu digne de vivre , ſi c'étoit
là le ſujet de mon inquiétude , c'eſt vous
ſeule , ma fille , vous ſeule , qui excitez mes
craintes ; toutes mes allarmes ſe réuniſſent
fur vous , ainſi que toute ma tendreſſe ; votre
fort eſt lié trop intimément au mien
pour que mes recherches ſur l'un ne m'ayent
pas inſtruit de l'autre. Apprenez , ma fille ,
que ſi vous perſiſtez à aimer Parelin , cet
te paſſion doit vous attirer les malheurs les
plus cruels ; elle lui fera fatale à lui-même.
Pour peu qu'on céde à l'Amour , il nousentraîne
; ſi vous n'étouffez pas le vôtre , il
vous maîtriſera ; vous épouſerez Parelin , &
par cette alliance honteuſe vous mériterez
les revers les plus funeſtes , dont cet Hymen
indigne vous rendra la victime . Je ne
vous parle point de l'orgueil de votre naif-
,
NOVEMBRE.
1744 95
lance , qu'une paſſion aveugle & impérieuſe
vous a fait aiſement oublier , mais par pitić
pour vous , par pitié pour votre Amant luimême
, ne courez pas au-devant des malheurs
qui vous menacent. J'ajouterai une
choſe , qui vous touchera peu ,& qui feroit
une forte impreſſion ſur une ame moins
prévenuë. Les Aſtres vous deſtinent à épouſerun
Prince qui me vengera , &qui vous
fera remonter ſur leTrône de vos Ancêtres,
occupé par l'Ufurpareur. Je ne vous dirai
rien de plus ; réfléchiſſez vous-même à vos
dévoirs , à vos intérêts ; je ne veux point,
exigerde vous des paroles que vous ne me
réfuſeriez pas dans ces derniers momens ,&
que vous oublieriez peut être après. J'aurois
ſouhaité pouvoir vous en apprendre davan-
-tage fur votre fort , mais je n'ai pû voir tout
celaque fort confufément,&fans aucun détail.
Peu de jours après cette triſte converſation,
il expira dans mes bras,ſans qu'il parut
aucune altération dans ſa ſanté ; il ſembloit
qu'il s'endormit d'un ſommeil tranquille.
Je fus long-tems occupée de mes regrets;
je ne pouvois me laſſer de pleurer un
Pere ſi tendre. Parelin reſpectoit ma douleur,&
je n'entendois point parler de lui :ma
Mere après avoir donné quelque tems à fon
deuil , me dit enfin , que nous avions grand
tortde renoncer à toute ſociété , qu'il fal
96 MERCURE DE FRANCE.
loit revoir nos voiſins , & faire revenir Pa
relin ; elle me laiſſa même entendre qu'elle
ne s'éloigneroit pas de me le donner pour
époux. Ce diſcours , qui peu de tems auparavant
auroit comblé les voeux les plus
chers de mon coeur , me fit alors friffonner,
Les dernieres paroles de mon Pere m'étoient
toujours préfentes ; je croyois l'enrendre
encore , qui me diſoir , que j'expoferois
mon Amant à d'affreux dangers , en
répondant à fon amour.Je confiai mes allarmes
à ma Mere , qui les traita de viſions ,
&de puerilités ; elle m'aimoit , parce qu'il
eſt impoffible de ne pas aimer ſes enfans ,
mais du reſte ſes ſentimens pour moi étoient
fubordonnés àtoutes fes fantaiſies,& à parler
juſte , elle n'aimoit qu'elles elle s'ennuyoit
dans notre folitude. Je connoiffois
àfond fon caractére , toute jeune que j'étois
, ainſi je ne fus point ſurpriſe de voir
arriver au Château les Parens de Parelin
& Parelin lui-même. Sa vûë me caufa une
émotion que je ne puis bien exprimer . Je ne
ſçavois ſi je devois me livrer au plaiſir ou
à la crainte : je voyois dans ſes regards un
amour ſi vif, il me paroiſſoit ſi contentde
me revoir , que je croyois déja l'Oracle de
mon Pere prêt à s'accomplir. Il s'avança
vers moi ; jamais il n'avoit été ſi empreffé&
fi féduisant ; je n'ofois lui répondre ,
je
د
NOVEMBRE. 1744. 97
Jene pouvois me taire; le combat étoit d'autant
plus cruel , que c'étoit l'amour même
qui combattoit contre l'amour ; étrange
fituation ! Je frémiſſois de voir mon amant
fitendre,moi qui ferois expirée du regret de
le voir indifférent. Eh quoi ! me dit-il ,
n'avez-vous plus rien à me dire , lorſqu'il
nous eſt permis de nous parler ? Avez- vous
hérité de la haine de votre Pere ? Parelin ,
répondis je, vous ſeriez plus content de moi
ſi je vous aimois moins. Je lui appris enſuite
ce que mon Pere m'avoit prédit ſur mon
fort & ſur le ſien ; je lui peignis avec des
expreſſions fi fortes les dangers qui devoient
réſulter de notre malheureuſe pafſion
, je lui promis avec tant de ſermens
de n'être jamais à un autre , puiſque je ne
pouvois être à lui , qu'il me ſembloit qu'il
ne pouvoit réfuſer de reſſentir mes allarmes
, & d'adopter le projet de nous ſéparer ,
mais il ſe jetta à mes genoux , tranſporté de
joie; fi c'eſt-là , dit-il , le ſujet de votre trifreſte
, je ſuis le plus heureux des hommes ;
j'avois craint votre indifférence , mais puifque
vous m'aimez toujours , il n'eſt pas
poſſible que vous vous arrêtiez àdes craintes
auſſi vainesque celles qui vous troublent
aujourd'hui.
Je voulois répliquer , mais Parelin impatient
de diffiper tous mes doutes ne me
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
laiſſoit pas le tems de lui répondre ; il eſt
biendifficile de ne pas écouter un amant
qu'on aime ; il eſt impoſſible qu'il ne perſuade
pas dès qu'on l'écoute : j'avois un ſi
grand intérêt à le croire , que toutes ſes rai-
Lons me paroiſſoient convainquantes. Que
nous ſommes aveugles ! me diſoit-il ; on
nous ménace des plus grands malheurs fi
nous nous aimons , mais le plus grand de
tous n'eſt-il pas de ne nous point aimer ?
Pour moi , je ne connois de plaiſir ni de
douleur que par vous ; rien ne peut m'intéreſſer
dans l'Univers que vous ſeule ;dites
que vous m'aimez , je joüis de tous les
biens ; tous les Trônes du Monde ne me
rendroient pas heureux , ſi vous ne m'aimiez
plus. Croyez , ma Princeſſe, croyez que
votre Pere s'eſt trompé ou peut-être vous en
a impofé , pour vous donner de nouveaux
motifs de foutenir l'orgueil de votre naiſ
fance. Je trouvois trop bien dans mon coeur
tous les ſentimens qu'il m'exprimoit , pour
ne pas tirer les mêmes conféquences que
lui ; il fallut finir par céder à ſes inſtances ,
nous convînmes d'agir l'un & l'autre auprès
de nos Parens , & nous nous quittâmes
remplis des eſpérances les plus flateuſes. Je
m'étois perfuadée que la prédiction étoit
un piége que mon Perem'avoit tendu pour
s'affûrer de moi; il y avoit cependant des
NOVEMBRE. 1744.99
chomens où mes inquiétudes renaiſſoient
encore pour mon amant , mais un ſeulde
ſes regards diſſipoit tous les nuages , &
mettoit le calme dans mon ame. Tel étoit
alors l'état de nos coeurs , mais tout changeabien-
tôt de face , ma viedepuis ce tems
n'a plus été qu'une ſuite d'infortunes &de
mifères.
را
- Parelin fut huit jours ſans venir au Château
; ma Mere pendant ce tems étoit de
fort mauvaiſe humeur , ſur-tout contre
moi , & même elle me maltraitoit ſouvent.
Je rêvois un ſoir dans mon lit à tout ce qui
ſe paſſoit , &ij'en cherchois la cauſe , lorf
que j'entendis qu'on parloit dans la Chambre
de ma Mere qui étoit à côté de la mienne.
N'en doutez point , diſoit une voix qui
m'étoit inconnue , il y a quelque choſe
dans cet événement qui paſſe la ſcience
d'Abdelee ( c'étoit le nom du Perede Parer
lin ) les philtres amoureux n'operent
point fut Parelin ;ceux de haine , que l'on
yous adonnés pour faire prendre à Eritzine
font aufli impuiſſans ; il faut que quelque
cauſe ſécrette les mette tous deux à l'abri de
ces charmes. Parelin ſouffre avec une conftance
inébranlable le traitement le plus rigoureux
Abdélec l'a fait enfermer dans un
Cachot obfcur , où il ne vit que de pain &
-d'eau ,mais il perfiſte à dire qu'il ne vous
Eij
too MERCUREDE FRANCE .
époufera jamais , & qu'il mourra mille fois
plûtôt que de trahir la foi qu'il a jurée à
Eritzine. Ma Mere ſoupiroit , & murmuroit
, en apprenant ces nouvelles ſi triſtes
pour fon amour ,& moi je ne pouvois revenir
de ma ſurpriſe. Le reſte de la conver
ſation ſe rint ſi bas que je ne pus en entendre
un mot. Le lendemain , je trouvai ma
Mere de meilleure humeur ; ſon air étoit
riant & plus ouvert , elle m'accabloit de careſſes
qui me confondoient , quand je les
comparois à ce que j'avois entendu la veil
le ; j'étois auſſi embarraſſée avec elle que ſi
j'euſſe été coupable , & j'étois déconcertée
autant qu'elle auroit dû l'être : mais furtout
je m'abſtins religieuſement de rien
boire de ce qu'elle me préſentoit. Le ſouvenir
des philtres me faiſoit trembler ;
j'allois après le repas chercher de l'eau
moi-même à une Fontaine qui n'étoit pas
éloignée du Château, 2.14
: Cependant Parelin ne paroiſſoit pas je
n'avois aucune de ſes nouvelles , & la joie
de ma Mere commençoit à m'inquiéter : je
craignois quelque piége caché , & j'étois
dans une ſituation où tout étoit un ſujet
d'allarmes.
1
J'étois livrée depuis quelques jours à ces
inquiétudes ,lorſqu'il arriva fur notreRivageunepetite
Eſcadre qui étoit comman
1 NOVEMBRE. 1744 101
dée par l'homme contre lequel , Seigneur ,
dit Eritzine en s'adreſſant au Calife , vous
venez de me défendre ſi généreuſement :
cet homme piratoit ordinairement ſur ces
Mers , mais comme il recevoit alors une efpécę
de ſubſide du Roi de Borneo,il ne defcendoit
à terre que comme ami,& nous n'avions
rien à craindre de lui . Il vint pluſieurs
fois au Château ; ma Mere le reçût
fort bien ; pour moi , toujours occupée du
ſouvenir de Parelin , je m'apperçus à peine
de l'arrivée du Pirate ,& je fis encore moins
d'attention aux fréquens entretiens qu'il
avoit avec ma Mere.
Sideni , c'eſt le nom du Pirate , voulut à
fon tour nous traiter , & nous conduifit à
fon bord , où une Fête magnifique nous
étoit préparée ; à la fin du repas , un hom
me qui paroiſſoit avoir quelque autorité ſur
les autres ,&pour lequel Sideni lui-même
avoit de grands égards , j'ai ſçu depuis que
c'étoit un Faquir , mais il ne portoit pas
alors l'habit ordinaire de ceux de ſon eſpéce
; cet homme , dis-je , ſe leva , & alla
chercher une grande coupe d'or , qu'il remplit
de vin de Chiras ; ma Mere à qui la
coupe fut d'abord préſentée but , & me la
rendit , je ſuivis ſon exemple , & je remis
la coupe au Pirate , qui la ſaiſit avec empreſſement.
Pendant que eela ſe paſfoit le
1
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Faquir qui avoit été chercher la coupe ,
marmotoit entre ſes dents quelques paroles
en une Langue que je n'entendois pas.
Mais quelle fut ma ſurpriſe quand ma
Mere ſe tournant vers moi , m'exhorta d'un
air grave & auſtére à aimer toute ma vie
l'époux que je venois de choiſir ! Tout mon
fang ſe glaça , & je crus que je mourrois
de mon faiſiffement. Le Faquir , qui prétendoit
m'avoir mariée , m'apprit que je
venois d'époufer Sideni.
• Quoique je compriſſe aisémentque je ne
pouvois avoir contracté un engagement où
la volonté n'avoit aucune part , je ſentis
toute l'horreur de la ſituationoù je me trouvois
; je regardois ma Mere , qui , route
préparée qu'elle étoit à cette ſcéne , étoit
fort déconcertée ; elle pria le Pirate de la
faire reconduire chés elle , elle fut obéie fur
Ie champ , & au retour de la Chaloupe Sideni
mit à la voile. Bien-tôt nous fumes en
pleine Mer ; j'eſſayai pluſieurs fois de me
précipiter dans les eaux , mais on veilloit
fur moi avec trop d'attention , & toutes
mes tentatives furent inutiles. Je regardois
fans ceſſe le Ciel ; j'aurois voulu y décou
vrir les ſignes prochains d'une tempête , &
la mort me paroiſſoit le feul reméde à més
maux. Sideni n'ofoit encore paroître devant
moi ,mais àſa place le Faquir ne m'as
NOVEMBRE. 1744. 103
1
bandonnoit pas , & ne ceſſoit de me perfécuter
pour me ramener à ce qu'il appelloit
la raiſon. Je le laiſſois parler ſans l'écouter
ni lui répondre ; mon ame toute abſorbée
par le ſentimentde ſes maux étoit dans un
engourdiſſement ſtupide. La préſence de Sideni
me retira de cet abbatement , mais
pour me faire foutenir des affauts plus
cruels.
Ce Pirate impatient , & las d'attendre
le ſuccès des exhortations de ſon Faquir ,
avoit pris le parti de négliger tous ces ménagemens.
Un criminel pâlit moins à l'afpect
de ſon Juge , que je ne fis en le voyant
paroître. Je crus lire ma perte dans ſes
gards farouches .
re-
Puiſque vous ne voulez pas me rendre
justice , dit-il , d'un air terrible , je ſçaurai
me la faire moi-même. A ces mots il avança
pour me ſaiſir ; le Faquir étoit à côté de
moi , je me jettai à ſes pieds , & le priai
d'obtenir du Pirate du moins un délai de
quelques jours . Le délai fut accordé avec
peine , & Sideni ſortit en ménaçant d'employer
les dernieres violences , ſi dans huit
jours je ne me rendois à ſes défirs .
Mon intention étoit de chercher la mort
pendantces huit jours , & d'échapper ainſi
à la brutalité de ce Barbare , maisj'étois fi
bien gardée que j'aurois été ſa victime , fi
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
leCiel ne m'eut envoyé le ſecours ineſperé
que vous allez entendre.
Mon Pere m'avoit remis en mourant
des Tablettes d'Email , qu'il m'avoit recommandé
de garder ſoigneuſement . Je les
avois , mais dans le trouble où j'érois je
n'avois pas fongé à les regarder , & je n'avois
pas imaginé qu'elles puſſent m'être
d'aucune reſſource : je les trouvai par hazard
fous ma main,& je fus fort étonnée d'y
voir tracés des Caractéres que je n'y avois
pas encore apperçus ; je lûs ,&je vis qu'on
m'exhortoit à lire & à prononcer touthaut
les paroles qui étoient écrites aubas de la
page.
J'obéis : je prononçai ces mots myſtérieux
que je ne comprenois pas , & à l'inſtant je
vit paroître un jeune homme de la figure
la plus aimable , qui me demanda ce que je
déſirois : tirez-moi promptement d'ici , lui
dis-je : j'eus à peine achevé qu'il me prit
dans ſes bras , &je me trouvai ſur le bord
de la Mer.
Aimable Génie , dis-je alors à mon Li..
bérateur , je vous dois plus que la vie ,
mais vous n'avez rien fait pour moi , ſi vous
ne me conduiſez où eſt Parelin. Le Silphe ,
car c'en étoit un , me prit encore dans ſes
bras , & je me trouvai ſous une voute obfcure
, où la lumiere du jour n'avoit jamais
1
NOVEMBRE. 1744. 105
I
!
pénétré. Je treſſaillis , & je craignis que le
Génie ne m'eut trompée , cependant j'avançois
au hazard & j'appellois Parelin d'une
voix tremblante ; on ne me répondoit
point , & j'étois déja en proie aux plus vives
allarmes ; enfin , au bout de quelque
tems j'entendis un ſoupir , & je crus reconnoître
la voix de mon amant : je volai vers
l'endroit d'où le bruit partoit : eſt- ce vous ,
Parelin , m'écriai-je , eſtce vous cher amant ?
Qui m'appelle , répondit - il d'une voix foible
& mourante ? J'approchai , je ſentis
qu'il étoit couché à terre , je m'y jettai auffi :
je n'ai plus qu'un moment à vivre , dit- il ,
laiffez-moi du moins expirer en paix. Parelin
, repris-je, qu'oſfez- vous me dire ? Quoi !
ne reconnoiffez-vous pas la voix d'Eritzine
, ou ne l'aimez- vous plus ? Il n'oſoit
croire ce qu'il entendoit. Je me hâtai de
l'inſtruire de tout ce qui m'étoit arrivé , &
de l'avanture finguliere par laquelle je me
trouvois auprès de lui. J'allois mourir , me
dit-il , de la douleur de vous avoir perduë ,
jemourraide la joie de vous retrouver.Hélas
! En quel tems en quel état revoyezvous
votre malheureux amant ? Il me dit
toutesles perfécutions qu'il avoit effuyées ,
toutes les inſtances de ſes Parens pour le
déterminer à épouſer ma Mere , ils ont
cru ,diſoit-il , me contraindre à changer à
د
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
force de mauvais traitemens , ils ne ſçavoient
pas qu'étant ſéparé de vous , je ne
pouvois fentir que la douleur de vous avoir
perduë. Ma Mere venoit ſouvent le viſiter
dans ſa Prifon , & c'eſt ce qui avoit caufé
ſon erreur quand je l'avois appellé ; elle
l'avoit inſtruit de mon mariage avec le Pirate
Sideni , & le malheureux défefperé
de ce triſte événément avoit pris le parti
de ſe laiſſer mourir de faim. Il y avoit déja
cinq jours qu'il n'avoit pris de nourriture
on lui apportoit tous les jours du pain
qu'il laiſſoit à terre : j'en ramaſſai un morceau
, il le reçut de ma main , & le mangea
avec tranſport ; nous partageâmes déformais
le pain & l'eau , qu'on lui apportoit ,
&ce partage nous les rendoir préférables
aux mêts les plus délicats. Enfermés dans
une Caverne obfcure, réduits à n'avoir d'autre
aliment que de mauvais pain , d'autre
lit que la terre , nous étions contens
parce que nous étions enſemble , nous nous
trouvions heureux parce que nous avions
été ſéparés. L'obſcurité me mettoit hors
d'état de confulter les Tablettes d'Email ,
mais je ne regrettois pas le ſecours que j'en
aurois pû tirer. Mon amant me fuffifoit,
il ne défitoit rien depuis que j'étois près
de lui , & nous aurions confenti volontiers
paffer notre vie dans cette eſpéce de Tombeau..
NOVEMBRE. 1744. 107
Cependant en marchant dans la Caverne
, je ſentis ſous mes pieds un anneau de
fer , j'y portai la main , & je m'apperçûs
que l'anneau teroit à une eſpéce de trappe
, qui réſiſtoic au peu de forces quej'employois
pour ia lever , mais qui me paroiffoit
devoir céder à un plus grand effort :
Parelin commençoit à reprendre ſes forces ,
Je l'engageai à les eſſayer ſur cet anneau
il leva la trappe & nous vîmes qu'elle bouchoit
l'entrée d'un affés petit dégré que:
nous defcendîmes ſans balancer. Parelin me
dit qu'il ne doutoit pas que ce ne fut là un
de ces foûterrains que dans le tems des
Guerres Civiles on avoit préparésdans tous:
les Châteaux pour ſe ſauver en cas de malheur
, & que ſuivant les apparences celui-ci
nous conduiroit dans la Campagne..
Nous marchâmes affés long-tems fans
que les conjectures de Parelin ſe vérifiaf
fent; j'étois preſque morte de laſſitude , enfin
nous apperçûmes une lumiere , foible
encore , mais qui nous annonçoit du moins
que nous n'étions pas loin de l'iſſuë du fouterrain
; nous la vîmes bien-tôt en effet :dès
que j'apperçus la lumiere, mon premier foin
fut d'employer les Tablettes d'Email' , &
d'appeller le Silphe qui m'avoit déja fr bient
fervie. Il parut , &me demanda mes ordres
Génie , lui dis-je ,conduiſez-nous quelque
Evj
108 MERCUREDE FRANCE.
part .... bien loin d'ici. Nous fümes auffitôt
tranſportés dans une Campagne qui me
parut très - agréable : je commandai au Silphe
de nous y bâtir une Halitation , je fus
obéie dans le moment ; nous vîmes paroître
une Maiſon fans magnificence , mais élégamment
ornée & très - commodement diftribuée
; pluſieurs Efclaves attendoient nos
ordres , rien ne nous manquoit de tout ce
qui contribuë à la douceur de la vie ; nous
nous aimions , nous étions enſemble , &
nous prîmes ailément le parti de reſter toujours
dans ce lieu , & d'y oublier tout l'Univers.
Le ſoir venu , nous ſongeames à nous
coucher. Parelin me parut fort triſte quand
je lui parlai de nous ſéparer. Croyez - vous ,
me dit-il , que je puiffe déſormais vivre un
moment éloigné de vous ? Ne fuis-je pas
votre époux , puifque vous m'aimez ? De
plus , vous voulez toujours reſter ici , mais
n'y ferons-nous pas toujours dans la même
fituation ? Aurons-nous jamais plus de fecours
pour donner à notre mariage une
forme plus authentique ? Que voulez- vous
de plus pour rendre notre union ſacrée que
l'amour qui en a ferré les noeuds ? Il me perfuadoit
, ou plûtôt il m'entraînoit. Cependant
je ne ſçais quel fentiment ſecret me
retenoit ; une voix qui s'élevoit au fond de
NOVEMBRE. 1744. 109
mon coeur me dioit de réſiſter , mais quand
Parelin parloi , je n'entendois que lui. Si
vous voulezabſolument pouſuivit- il , vous
aſſujétir à des formes qui au fond font inutiles
, appellons le Silphe votre ami , qu'il
foit le témoin & le dépoſitaire de nos fermens.
J'héſitois encore , mais il pritles Tablettes
, & appella lui-même le Silphe qui
parut à l'inftant.
Génie , lui dit- il , daignez faire notre
bonheur , & recevez les fermens des deux
époux les plus tendres. Me l'ordonnezvous
? dit le Silphe en s'adreſſant à moi ,
je répondis , en rougiſſant que c'étoit auffi
mon intention ; il s'éleva alors un Autel au
milien de la Chambre ; le Silphe y brûla
quelques parfums , & nous fit prononcer
après le ſerment de nous aimer toujours ; il
eut l'air fort triſte pendant toute la cérémo-,
nie , mais j'étois ſi remplie de mes propres
idées que je n'y fis aucune attention ,& je
n'y fongeai qu'après la funeſte révolution
qui détruifir notre bonheur ; hélas ! A peine
commençoit- il , qu'il diſparut comme
un fonge.
Le lendemain , en ouvrant les yeux , je
ne vis au lieu de la Chambre où je croyois
avoir couché qu'un défert horrible. Je
pouffai un cri perçant , qui reveilla Pare--
lin qui dormoit à mes côtés. Sa furpriſe fut
110 MERCURE DEFRANCE.
2
égale à la mienne. Je voulus appeller le Sifphe
, mais les Caracteres traces ſur les Tar
blettes étoient abfolument effacés. Je compris
alors la faute que j'avois fhite de défobéir
à mon Pere en épouſant Patelin . Parelin
qui étoit en quelque façon la cauſe de
ce malheur ne pouvoit ſe le pardoaner ,
&ſa douleur étoit le plus cruel de mes chagrins.
Nous nous défeſpérions tous les deux
lorſque le Silphe parut. N'attendez plus
rien de moi , dit-il, Princeſſe infortunée
votre Pere m'avoit mis à votre ſervice , &
je vous aurois toujours obei , mais vous
vous êtes privée de mon fecours en n'obfervant
aucune des chofes qu'il vous avoit
preſcrites ; vous avez continué d'aimer Parelin
, vous avez été juſqu'à l'époufer , c'en
eſt fait , n'attendez plus que l'affreufe ſuite
des malheurs qui vous ont été prédits ; c'eſt
à regret que j'exécute des ordres ſi rigoureux
, mais auffi-tôt que vous avez rendu
Parelin votre époux , j'ai été forcé d'enlever
la demeure que je vous avois préparée ;
adieu , malheureux Amans , je ne puis plus
rien pour vous.
Le Silphe diſparut ,& nous laiſſa dans la
glus grande confternation ; nous n'avions
point vû difparoître le Château ; uniquement
occupés de nous-mêmes dans ces mo
NOVEMBRE. 1744. T
mens ſi chers & fi funeſtes , tout ce qui
fe paſſoit autour de nous ne nous frappoit
point , & c'étoit au milieu d'un déſert horrible
que nous avions paffé la nuit , ſans
nous en appercevoir .
Les malheurs que le Silphe nous avoit
annoncés , nous effrayoient encore plus que
les objets épouvantables dont nous étions
environnés ; nous ne ſçavions de quel côté
tourner nos pas ; nous craignions de rencontrer
par tout les dangers qui nous
avoient été prédits.
Ne nous quittons jamais , me diſfoit Parelin;
la ſéparation eſt la peine la plus cruelle
que nous puiſſions éprouver , & fi
nous nous mettons à couvert de cet acci
dent , nous trouverons aisément de la fermeté
contre tous les malheurs dont le Sil
phe nous a ménacés..
Nous reſtâmes long-tems errants dans ce
déſert , n'ofans nous écarter , & vivans des
fruits fauvages que nous rencontrions ; il
y avoit un an que nous ménions cette vie
qui n'eut pas été bien triſte , fi chacun de
nous n'eut reffenti que ſes peines , lorſque
je donnai le jour à un fils. Sans fecours , reduite
à accoucher au milieu d'une Forêt ſau
vage , je vis avec douleur que mes peines
alloient augmenter en s'étendant ſur le malheureux
que je faifois naître , & cette fa
112 MERCURE DE FRANCE.
veur des Dieux , qui fait la conſolation des
Epoux heureux , fut dans ces premiers momens
un furcroît de deſeſpoir pour Parelin&
pour moi.
د
Cependant la vûë de mon fils, le charme
dela nature , ſans ditſiper mes triſtes refléxions
, en adoucirent en peu de jours
l'amertume. Les peines des coeurs tendres
ontune volupté ſecrette ; le fort de cet enfant
infortuné me cauſoit les plus vives
allarmes , mais comme ilm'affligeoit
parce que je l'aimois , ce ſentiment portoit
avec lui une eſpece de dédommagenient;
mon coeur ne feferroit plus en pleurant
fur lui , il s'ouvroit & s'épanoüiffoit
comme dans la joye la plus vive , & l'excès
de ma tendrelle étoit plus fort que le fentimentde
mes peines.On ne connoît point les
reffources du coeur ; je croyois que lemien
épuiſé à aimer Parelin , n'étoit plus capable
d'aimer auque choſe , mais je vis naître
alors en moi un nouveau fentiment prefque
autli vifque le premier ,& qui loin de
rallentir la vivacité de mon amour , en ranimoit
encore l'ardeur. Mon fils faifoit
mon occupation unique , parce que mon
époux s'en occupoit uniquement.
Nous paflions une partie du jour à l'accabler
de careffes ,& l'autre à pleurer le fort
malheureux qui lui étoit deſtiné ; je compa
NOVEMBRE. 1744.
roisſouvent fes traits enfantins à ceux de fon.
pere ; j'aurois voulu alors pouvoir me multiplier
, pour leur prodiguer à tous deux en
même-tems les ſentimens les plus vifs & les
careſſes les plus tendres .
Cette foible conſolation de nos peines
nous fut bien-tôt enlevée ; c'eſt ici que commencent
les vrais malheurs de ma vie . Je
croyois être au comble de l'infortune, mais
j'ignorois que j'étois deſtinée à éprouver
des revers plus affreux .
On donnera la suite dans le Volumeſuivanti
par M. Jacques, Marchand Eventailliste à
Paris,ruë Mouffetar.
Nſçait affés que la coûtume du Calife
Haroün Araſchild étoit de fortir
les nuits déguiſé , avec ſon Grand Viſir
Giafar , & Mefrour , Chef des Eunuques ,
pour obſerver ce qui ſe paſſoit dans Bagdad
, & veiller à la Police de cette grande
Ville.
Il faifoit une de ces tournées nocturnes ,
lorſqu'il entendit un grand bruit : il approcha,&
connut que le bruit partoit d'un Caravanſerail
; une multitude de voix qui s'élévoient
confufément , paroiſſoit foûtenir
une conteftation fort vive , & fort animée.
Le Calife ordonna à Giafar de frapper
à la porte ; dès qu'on eût appris que le
Souverain Commandeur desCroyans alloit
paroître , le tumulte s'appaifa , & chacun
attendit en filence ce que ce Prince ordonneroit.
Pour lui , il promenoit ſes yeux de tous
côtés , & cherchoit à découvrir par lui-même
la cauſe dudéſordre.
86 MERCURE DE FRANCE.
,
Un homme qu'à fon habillement on
reconnoiffoit pour un Marin , étoit l'auteur
du trouble. On l'auroit jugé à ſon air
agité & ménaçant , quand l'action des autres
Etrangers qui l'entouroient n'en eût
pas ſuffisamment averti. Au fond de la
Chambre , quelques femmes ſécouroient
une jeune perfonne , belle comme le
jour. Elle étoit évanoiiie , mais la pâleur ,
que cet accident répandoit ſur ſon teint ,
lui donnoit l'air plus intéreſſant , ſans lui
faire perdre aucunede ſes graces. Le Calife
la conſidéroit avec autant de plaifir que
d'attention , lorſque le Marin s'avançant
vers lui lui ditd'un ton fier & audacieux
Seigneur , puifque vous êtes le Calife , vous
devez faire justice ; ordonnez donc que cette
femme ſoit remife entre mes mains : elle
eſt monépouſe ; ne fouffrez pas qu'on me
faſſe perdre dans vos Etats un droit ſi légiti
me. Tandis que le Marin parloit , cette
femme évanouie reprenoit l'uſage de ſes
fens , & commençoit à rouvrir les yeux.
Dès qu'elle l'entendit , elle s'écria , lui mon
époux ! Lui , juſte Dieu ! Il n'est que mon
Boureau ; ah ! Seigneur , pourſuivit-elle ,
en ſe jettant aux pieds du Calife , ayez pitié
d'une infortunće , qui n'a déja que trop
eſſuyé de malheurs, & ne mettez point , en
me livrant à ce Barbare , le comble à toutes
NOVEMBRE. 1744. 37
د
leshorreurs dont j'ai déja été la victime .
La belle affligée n'avoit pas beſoin d'une
grande éloquence pour faire condamner
Ton adverfaire. Le Calife avoit jugé dès le
premier regard qu'il avoit porté fur elle,
& il étoit difficile de faire autrement. El
le joignoit à cette. beauté éclatante qui
éblouit ces traits intéreſſans qui ſéduifent
: on fentoit en la regardant ce plaifir
& ce trouble que l'on éprouve à la naiſſance
d'une paſſion : ce n'étoit ni cette admiration
, qu'excite la beauté , quand elle eſt
feule , ni ces déſirs momentanés , que fait
naître le caprice à la vûë d'une figure qui
plaît ; c'étoit un ſentiment plus tendre ,
plus délicieux que le premier , plus déſintéreſſé
que le ſecond , & qu'il eſt plus aiſé
d'éprouver , que de définir.
:
1
Le Calife avoit ordonné à Mefrour ,
avant que d'entrer dans le Caravanſerail ,
de faire venir ſes Gardes : ils arrivoient
dans le moment. Le Prince leur ordonna de
garder le Marin à vûë , mais ſans lui faire
de violence , car il ne vouloit pas paroître
le condamner fans l'entendre ; & il paffa
avec la belle infortunée , Giafar , & Mefrour
dans une Chambre du Caravanferail
plus rétirée. Il étoit fort impatient d'être
inftruit du fort decette belle inconnue , &
lui demandoit le récit de ſes avantures avec
7
$8 MERCURE DE FRANCE.'
:
les égards les plus tendres , & l'empreffement
le plus vif. Elle avoit quelque répugnance
à fatisfaire le Calife ; la Majesté
d'un ſi Grand Prince l'intimidoit. Enfin
laſſe de réſiſter à des ſollicitations , qu'elle
n'eſpéroit pas pouvoir faire finir autrement,
elle prit ainſi la parole.
Histoire d'Eritzine , & de Parelin.
,
,
Souverain Commandeur des Croyans ;
vous me voyez dans un état ſi médiocre
que peut- être aurez-vous peine à me croire
, quandje vous dirai que je ſuis née Princeffe.
Mon Pere ſe nommoit Eritzin , & étoit
Souverain de l'ifle de Ceilan. Vous avez
entendu parler fans doute de la fameuſe
Révolution qui le renverſa du Trône . Je
n'étois pas encore née dans ces tems funef
tes ; mon Pere déſeſpérant de chaſſer l'Ufurpateur
autrement que par une guerre
longue & cruelle , ſe ſacrifia lui-même au
bien de ſes Sujets , & aima mieux abandonner
un parti conſidérable , & de folides
efpérances qui lui reſtoient encore , que
d'éternifer la guerre Civile , & d'attiſer le
feu qui confumoit ſa Patrie. Il fit répandre
le bruit de ſa mort , & ſe retira dans les
Etats du Roi de Borneo , qui de tout tems
NOVEMBRE. 1744. 89
avoit été ſon Allié. Il n'accepta de tous les
dons que ce Prince généreux lui offroit ,
qu'une petite Terre ſur le bord de la Mer ,
alfés agréablement bâtie , mais peu proportionnée
à l'état d'un grand Roi ,même dans
l'infortune.
Ce fut là que mon Pere ſe retira. Ma
Mere , qui aimoit beaucoup la Cour &
l'intrigue , murmura d'être obligée de s'enſevelir
ainſi dans une folitude , mais il fallut
qu'elle obéit. Je nâquis la ſeconde année
de la retraite de mon Pere : il étoit
déja conſolé de ſes malheurs . Livré à l'étude
de la Cabale & de l'Aftrologie , cesſpéculations
ſublimes rempliſſoient toute fon
ame.
On me cacha long-tems l'éclat de me
naiſſance : je paſſois ma vie dans le Château
de mon Pere. Je n'y voyois d'autre compagnie
qu'un Vieillard , & ſa femme , qui
habitoient une Terre voiſine de la nôtre ,
&qui venoient ſouvent voir ma Mere. Ils
avoient un fils à peu près de mon âge ,
qu'ils nommoient Parelin. C'étoit toute ma
fociété , & toute ma confolation : nous fûmes
élévés enſemble dès l'âge le plus tendre
dans l'enfance , &même dans la jeuneſſe
les gens plus âgés nous paroiffent ,
pour ainſi dire , des hommes d'une autre
eſpéce ; ainſi je ne voyois que Parelin
90 MERCURE DE FRANCE.
:
avec qui je pûffe lier ce commerce intime ,
qui fait ſeul les délices de la vie. C'étoit à
lui que je communiquois les plus fécrettes
penſéesde mon ame , j'étois la dépofitaire
de ſes petits fécrets ; nous étions fi contens
quandnous étions enfemble , que bien-tôt
il nous fut impoſſible de l'être , quand nous
étions ſéparés. Mon Pere , qui s'apperçut
de la force de cette inclination naillante ,
confulta ſes Livres , & voici quel fut le réfultatde
ſes recherches.
Je n'avois encore que quatorze ans , lorfqu'il
me fit venir dans ſon cabinet. Après
m'avoir tenu les difcours les plus tendres
fur l'intérêt vif& inquiet qu'il prenoit à
ce qui me regardoit , il me parla de Parelin;
il m'avertit de ce qu'il avoit remarqué
en nous , &m'apprit que nous étions amoureux
, car je ne ſçavois pas encore ce que
c'étoit que l'Amour : je me livrois ingenument
à mon coeur qui me conduiſoit. Le
peu que mon Pere me dit ſur ce ſujet , fut
un trait de lumiere qui éclaira les replis
les plus cachés de mon ame. Mon Pere en
m'apprenant l'état de mon coeur , m'inſtruifit
auffi de ma naiſſance , & me fit connoître
que je ne pouvois abſolument defcendre
juſqu'à Parelin en l'époufant. Cette nouvelle
fut un coup de foudre pour moi : la
fille du Roi de Ceilan ne pouvoit s'abbaif
NOVEMBRE. 1744. 91
fer juſqu'àun particulier , dont la naiſſance
n'étoit pas même noble , & quoique mon
Pere ne fût connu de perſonne pour ce
qu'il étoit , il lui reſtoit le ſouvenir de fa
premiere grandeur , qui l'auroit trop humilié
à ſes propres yeux s'il eut confenti à
cette Alliance .
Tout commerce me fut interdit avec
Parelin ; il lui fut défendu de venir au Château.
Pour moi , je paſſois les nuits à pleurer
,& les jours à me promener aux Lieux
où j'avois le plus ſouvent vû Parelin. Que
je ſuis malheureuſe , me diſois-je à moimême
! Je ſuis la premiere , peut-être , qui
adéſiré de n'être pas née ce que je ſuis; je
n'ai aucun des avantages , que procure un
rang éclatant , & je n'en éprouve que le
déſagrément & la contrainte. Mes réflé
xions finiſfoient toujours par conclure , que
je ne pouvois vivre fans aimer , fans voir
Parelin , mais comment faire ? Je n'oſois
en parler à mon Pere , que mes follicitations
auroient offenfé ; j'ofois encore
moins luidéſobéir en écrivant à Parelin . Le
hazard me fervit.
Je me promenois ſouvent dans les Bois ,
errante à l'avanture , & occupée de mon
amour. Je vis paroître un jour celui qui
faifoit l'objet de mes rêveries ; il s'étoit
égaré à la chaſſe ; il accourut à moi dès
92 MERCURE DE FRANCE.
qu'il m'apperçut. J'eus affés de force fur
moi-même pour fuir ; hélas ! Dès qu'il vit
que je voulois m'éloigner , arrêtez , s'écria-
t- il , je ne veux pas vous pourſuivre ,
& fi vous avez deſſein de m'éviter , je vais
m'éloigner promptement. Il s'étoit arrêté
endiſant ces mots ; je m'étois arrêtée aufli
pour l'écouter ; qu'on eſt foible quand on
aime ! De ce moment , il me fut impoffible
de faire un pas , pour m'éloigner de lui , je
ne pouvois détourner mes yeux , qui ſe ftxoient
malgré moi ſur les fiens , il pleuroit ,
jepleurois auſſi : nous ne reſtâmes pas longtems
dans cette fituation : nous nous approchâmes
l'unde l'autre avec le même frémifſement
, que si nous avions avancé vers un
précipice , mais , malgré cette crainte , je
ſentois que j'étois entraînée par un pouvoir
invincible. Il ſe jetta à mes pieds dès
qu'il fut près de moi , je fus prête à me
mettre aux fiens au lieu de fonger à le relever
, car il me ſembloit dans ce moment
que j'avois eû tort avec lui.
:
:
Parelin , lui dis- je , ne m'accuſez point ,
vousn'avez jamais eu de ſujet de vous plaindre
de moi , vous n'en n'aurez jamais , ne
vous plaignez que de mes Parens , dont les
ordres nous ſéparent. Hélas ! dit-il , qui
peut leur fuggérer de nous traiter fi cruellement
? On craint , lui répondis-je , que
NOVEMBRE. 1744. 95
nous ne nous aimions trop. Je me trompois
doncbien , s'écria-t-il , car je craignois de
ne vous pas aimer affés, mais que craignentils
? Et quel mal en peut-il arriver ? Je ne
pus me réfuſer la douceur d'un éclairciſſe.
ment , qui s'offroit ſi naturellement , & me
paroiſſoit ſi néceſſaire. J'inſtruiſis Parelin
de mes ſentimens : je ne lui cachai rien de
ce que mon Pere m'avoit appris fur ma naif
fance. Hélas ! me dit-il , ſi j'avois été fils du
Roi de Ceilan , & vous fille de mon Pere ,
la différence des Rangs n'auroitpas été un
obſtacle. Je ſentis à ce reproche mon coeur
ſe ſerrer ; mes yeux ſe remplirent de larmes
; ſa générosité ſembloit m'accufer , &
quoiqu'il me fut aiſé de me juſtifier , à peine
me trouvois-je moi-même innocente à
mes yeux. Que vous dirai-je ? Je promis à
mon Amant de n'être jamais qu'à lui , quoiqu'il
pût arriver ; je lui répétai mille fois
les fermens de l'aimer toujours ; je craignois
d'en faire trop peu pour le raſſurer. La nuit
vint , il fallut nous ſéparer , mais ce ne fur
pas fans nous promettre de nous retrouver
tous les jours au même endroit du Bois. Je
retournai au Château foulagée des inquiétudes
que me donnoient auparavant les
combats de l'Amour. Je m'étois déterminée
àne plus réſiſter ; c'étoit m'être délivrée
un grand fardeau , & l'éclairciſſement
94 MERCURE DE FRANCE.
que je venois d'avoir avec mon Amant, me
paroiſſoit alors un arrangement ſolide que
rien ne pouvoit déconcerter.
:
:
Mon Pere fut fort triſte pendant le fouper.
Je m'apperçus même , qu'en me regardant
, ſes yeux ſe rempliffoient de larmes :
j'eſſayai de diffiper ſon chagrin par mille
tendres careſſes , mais je ne faifois que l'attendrir
davantage. Il voulut que ma Mere
ſe retirat , & lorſque nous fûmes ſeuls , ma
fille , me dit- il , je veux vous apprendre le
ſujet de ma triſteſſe. Je dois mourir bientôt
, je ſerois peu digne de vivre , ſi c'étoit
là le ſujet de mon inquiétude , c'eſt vous
ſeule , ma fille , vous ſeule , qui excitez mes
craintes ; toutes mes allarmes ſe réuniſſent
fur vous , ainſi que toute ma tendreſſe ; votre
fort eſt lié trop intimément au mien
pour que mes recherches ſur l'un ne m'ayent
pas inſtruit de l'autre. Apprenez , ma fille ,
que ſi vous perſiſtez à aimer Parelin , cet
te paſſion doit vous attirer les malheurs les
plus cruels ; elle lui fera fatale à lui-même.
Pour peu qu'on céde à l'Amour , il nousentraîne
; ſi vous n'étouffez pas le vôtre , il
vous maîtriſera ; vous épouſerez Parelin , &
par cette alliance honteuſe vous mériterez
les revers les plus funeſtes , dont cet Hymen
indigne vous rendra la victime . Je ne
vous parle point de l'orgueil de votre naif-
,
NOVEMBRE.
1744 95
lance , qu'une paſſion aveugle & impérieuſe
vous a fait aiſement oublier , mais par pitić
pour vous , par pitié pour votre Amant luimême
, ne courez pas au-devant des malheurs
qui vous menacent. J'ajouterai une
choſe , qui vous touchera peu ,& qui feroit
une forte impreſſion ſur une ame moins
prévenuë. Les Aſtres vous deſtinent à épouſerun
Prince qui me vengera , &qui vous
fera remonter ſur leTrône de vos Ancêtres,
occupé par l'Ufurpareur. Je ne vous dirai
rien de plus ; réfléchiſſez vous-même à vos
dévoirs , à vos intérêts ; je ne veux point,
exigerde vous des paroles que vous ne me
réfuſeriez pas dans ces derniers momens ,&
que vous oublieriez peut être après. J'aurois
ſouhaité pouvoir vous en apprendre davan-
-tage fur votre fort , mais je n'ai pû voir tout
celaque fort confufément,&fans aucun détail.
Peu de jours après cette triſte converſation,
il expira dans mes bras,ſans qu'il parut
aucune altération dans ſa ſanté ; il ſembloit
qu'il s'endormit d'un ſommeil tranquille.
Je fus long-tems occupée de mes regrets;
je ne pouvois me laſſer de pleurer un
Pere ſi tendre. Parelin reſpectoit ma douleur,&
je n'entendois point parler de lui :ma
Mere après avoir donné quelque tems à fon
deuil , me dit enfin , que nous avions grand
tortde renoncer à toute ſociété , qu'il fal
96 MERCURE DE FRANCE.
loit revoir nos voiſins , & faire revenir Pa
relin ; elle me laiſſa même entendre qu'elle
ne s'éloigneroit pas de me le donner pour
époux. Ce diſcours , qui peu de tems auparavant
auroit comblé les voeux les plus
chers de mon coeur , me fit alors friffonner,
Les dernieres paroles de mon Pere m'étoient
toujours préfentes ; je croyois l'enrendre
encore , qui me diſoir , que j'expoferois
mon Amant à d'affreux dangers , en
répondant à fon amour.Je confiai mes allarmes
à ma Mere , qui les traita de viſions ,
&de puerilités ; elle m'aimoit , parce qu'il
eſt impoffible de ne pas aimer ſes enfans ,
mais du reſte ſes ſentimens pour moi étoient
fubordonnés àtoutes fes fantaiſies,& à parler
juſte , elle n'aimoit qu'elles elle s'ennuyoit
dans notre folitude. Je connoiffois
àfond fon caractére , toute jeune que j'étois
, ainſi je ne fus point ſurpriſe de voir
arriver au Château les Parens de Parelin
& Parelin lui-même. Sa vûë me caufa une
émotion que je ne puis bien exprimer . Je ne
ſçavois ſi je devois me livrer au plaiſir ou
à la crainte : je voyois dans ſes regards un
amour ſi vif, il me paroiſſoit ſi contentde
me revoir , que je croyois déja l'Oracle de
mon Pere prêt à s'accomplir. Il s'avança
vers moi ; jamais il n'avoit été ſi empreffé&
fi féduisant ; je n'ofois lui répondre ,
je
د
NOVEMBRE. 1744. 97
Jene pouvois me taire; le combat étoit d'autant
plus cruel , que c'étoit l'amour même
qui combattoit contre l'amour ; étrange
fituation ! Je frémiſſois de voir mon amant
fitendre,moi qui ferois expirée du regret de
le voir indifférent. Eh quoi ! me dit-il ,
n'avez-vous plus rien à me dire , lorſqu'il
nous eſt permis de nous parler ? Avez- vous
hérité de la haine de votre Pere ? Parelin ,
répondis je, vous ſeriez plus content de moi
ſi je vous aimois moins. Je lui appris enſuite
ce que mon Pere m'avoit prédit ſur mon
fort & ſur le ſien ; je lui peignis avec des
expreſſions fi fortes les dangers qui devoient
réſulter de notre malheureuſe pafſion
, je lui promis avec tant de ſermens
de n'être jamais à un autre , puiſque je ne
pouvois être à lui , qu'il me ſembloit qu'il
ne pouvoit réfuſer de reſſentir mes allarmes
, & d'adopter le projet de nous ſéparer ,
mais il ſe jetta à mes genoux , tranſporté de
joie; fi c'eſt-là , dit-il , le ſujet de votre trifreſte
, je ſuis le plus heureux des hommes ;
j'avois craint votre indifférence , mais puifque
vous m'aimez toujours , il n'eſt pas
poſſible que vous vous arrêtiez àdes craintes
auſſi vainesque celles qui vous troublent
aujourd'hui.
Je voulois répliquer , mais Parelin impatient
de diffiper tous mes doutes ne me
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
laiſſoit pas le tems de lui répondre ; il eſt
biendifficile de ne pas écouter un amant
qu'on aime ; il eſt impoſſible qu'il ne perſuade
pas dès qu'on l'écoute : j'avois un ſi
grand intérêt à le croire , que toutes ſes rai-
Lons me paroiſſoient convainquantes. Que
nous ſommes aveugles ! me diſoit-il ; on
nous ménace des plus grands malheurs fi
nous nous aimons , mais le plus grand de
tous n'eſt-il pas de ne nous point aimer ?
Pour moi , je ne connois de plaiſir ni de
douleur que par vous ; rien ne peut m'intéreſſer
dans l'Univers que vous ſeule ;dites
que vous m'aimez , je joüis de tous les
biens ; tous les Trônes du Monde ne me
rendroient pas heureux , ſi vous ne m'aimiez
plus. Croyez , ma Princeſſe, croyez que
votre Pere s'eſt trompé ou peut-être vous en
a impofé , pour vous donner de nouveaux
motifs de foutenir l'orgueil de votre naiſ
fance. Je trouvois trop bien dans mon coeur
tous les ſentimens qu'il m'exprimoit , pour
ne pas tirer les mêmes conféquences que
lui ; il fallut finir par céder à ſes inſtances ,
nous convînmes d'agir l'un & l'autre auprès
de nos Parens , & nous nous quittâmes
remplis des eſpérances les plus flateuſes. Je
m'étois perfuadée que la prédiction étoit
un piége que mon Perem'avoit tendu pour
s'affûrer de moi; il y avoit cependant des
NOVEMBRE. 1744.99
chomens où mes inquiétudes renaiſſoient
encore pour mon amant , mais un ſeulde
ſes regards diſſipoit tous les nuages , &
mettoit le calme dans mon ame. Tel étoit
alors l'état de nos coeurs , mais tout changeabien-
tôt de face , ma viedepuis ce tems
n'a plus été qu'une ſuite d'infortunes &de
mifères.
را
- Parelin fut huit jours ſans venir au Château
; ma Mere pendant ce tems étoit de
fort mauvaiſe humeur , ſur-tout contre
moi , & même elle me maltraitoit ſouvent.
Je rêvois un ſoir dans mon lit à tout ce qui
ſe paſſoit , &ij'en cherchois la cauſe , lorf
que j'entendis qu'on parloit dans la Chambre
de ma Mere qui étoit à côté de la mienne.
N'en doutez point , diſoit une voix qui
m'étoit inconnue , il y a quelque choſe
dans cet événement qui paſſe la ſcience
d'Abdelee ( c'étoit le nom du Perede Parer
lin ) les philtres amoureux n'operent
point fut Parelin ;ceux de haine , que l'on
yous adonnés pour faire prendre à Eritzine
font aufli impuiſſans ; il faut que quelque
cauſe ſécrette les mette tous deux à l'abri de
ces charmes. Parelin ſouffre avec une conftance
inébranlable le traitement le plus rigoureux
Abdélec l'a fait enfermer dans un
Cachot obfcur , où il ne vit que de pain &
-d'eau ,mais il perfiſte à dire qu'il ne vous
Eij
too MERCUREDE FRANCE .
époufera jamais , & qu'il mourra mille fois
plûtôt que de trahir la foi qu'il a jurée à
Eritzine. Ma Mere ſoupiroit , & murmuroit
, en apprenant ces nouvelles ſi triſtes
pour fon amour ,& moi je ne pouvois revenir
de ma ſurpriſe. Le reſte de la conver
ſation ſe rint ſi bas que je ne pus en entendre
un mot. Le lendemain , je trouvai ma
Mere de meilleure humeur ; ſon air étoit
riant & plus ouvert , elle m'accabloit de careſſes
qui me confondoient , quand je les
comparois à ce que j'avois entendu la veil
le ; j'étois auſſi embarraſſée avec elle que ſi
j'euſſe été coupable , & j'étois déconcertée
autant qu'elle auroit dû l'être : mais furtout
je m'abſtins religieuſement de rien
boire de ce qu'elle me préſentoit. Le ſouvenir
des philtres me faiſoit trembler ;
j'allois après le repas chercher de l'eau
moi-même à une Fontaine qui n'étoit pas
éloignée du Château, 2.14
: Cependant Parelin ne paroiſſoit pas je
n'avois aucune de ſes nouvelles , & la joie
de ma Mere commençoit à m'inquiéter : je
craignois quelque piége caché , & j'étois
dans une ſituation où tout étoit un ſujet
d'allarmes.
1
J'étois livrée depuis quelques jours à ces
inquiétudes ,lorſqu'il arriva fur notreRivageunepetite
Eſcadre qui étoit comman
1 NOVEMBRE. 1744 101
dée par l'homme contre lequel , Seigneur ,
dit Eritzine en s'adreſſant au Calife , vous
venez de me défendre ſi généreuſement :
cet homme piratoit ordinairement ſur ces
Mers , mais comme il recevoit alors une efpécę
de ſubſide du Roi de Borneo,il ne defcendoit
à terre que comme ami,& nous n'avions
rien à craindre de lui . Il vint pluſieurs
fois au Château ; ma Mere le reçût
fort bien ; pour moi , toujours occupée du
ſouvenir de Parelin , je m'apperçus à peine
de l'arrivée du Pirate ,& je fis encore moins
d'attention aux fréquens entretiens qu'il
avoit avec ma Mere.
Sideni , c'eſt le nom du Pirate , voulut à
fon tour nous traiter , & nous conduifit à
fon bord , où une Fête magnifique nous
étoit préparée ; à la fin du repas , un hom
me qui paroiſſoit avoir quelque autorité ſur
les autres ,&pour lequel Sideni lui-même
avoit de grands égards , j'ai ſçu depuis que
c'étoit un Faquir , mais il ne portoit pas
alors l'habit ordinaire de ceux de ſon eſpéce
; cet homme , dis-je , ſe leva , & alla
chercher une grande coupe d'or , qu'il remplit
de vin de Chiras ; ma Mere à qui la
coupe fut d'abord préſentée but , & me la
rendit , je ſuivis ſon exemple , & je remis
la coupe au Pirate , qui la ſaiſit avec empreſſement.
Pendant que eela ſe paſfoit le
1
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Faquir qui avoit été chercher la coupe ,
marmotoit entre ſes dents quelques paroles
en une Langue que je n'entendois pas.
Mais quelle fut ma ſurpriſe quand ma
Mere ſe tournant vers moi , m'exhorta d'un
air grave & auſtére à aimer toute ma vie
l'époux que je venois de choiſir ! Tout mon
fang ſe glaça , & je crus que je mourrois
de mon faiſiffement. Le Faquir , qui prétendoit
m'avoir mariée , m'apprit que je
venois d'époufer Sideni.
• Quoique je compriſſe aisémentque je ne
pouvois avoir contracté un engagement où
la volonté n'avoit aucune part , je ſentis
toute l'horreur de la ſituationoù je me trouvois
; je regardois ma Mere , qui , route
préparée qu'elle étoit à cette ſcéne , étoit
fort déconcertée ; elle pria le Pirate de la
faire reconduire chés elle , elle fut obéie fur
Ie champ , & au retour de la Chaloupe Sideni
mit à la voile. Bien-tôt nous fumes en
pleine Mer ; j'eſſayai pluſieurs fois de me
précipiter dans les eaux , mais on veilloit
fur moi avec trop d'attention , & toutes
mes tentatives furent inutiles. Je regardois
fans ceſſe le Ciel ; j'aurois voulu y décou
vrir les ſignes prochains d'une tempête , &
la mort me paroiſſoit le feul reméde à més
maux. Sideni n'ofoit encore paroître devant
moi ,mais àſa place le Faquir ne m'as
NOVEMBRE. 1744. 103
1
bandonnoit pas , & ne ceſſoit de me perfécuter
pour me ramener à ce qu'il appelloit
la raiſon. Je le laiſſois parler ſans l'écouter
ni lui répondre ; mon ame toute abſorbée
par le ſentimentde ſes maux étoit dans un
engourdiſſement ſtupide. La préſence de Sideni
me retira de cet abbatement , mais
pour me faire foutenir des affauts plus
cruels.
Ce Pirate impatient , & las d'attendre
le ſuccès des exhortations de ſon Faquir ,
avoit pris le parti de négliger tous ces ménagemens.
Un criminel pâlit moins à l'afpect
de ſon Juge , que je ne fis en le voyant
paroître. Je crus lire ma perte dans ſes
gards farouches .
re-
Puiſque vous ne voulez pas me rendre
justice , dit-il , d'un air terrible , je ſçaurai
me la faire moi-même. A ces mots il avança
pour me ſaiſir ; le Faquir étoit à côté de
moi , je me jettai à ſes pieds , & le priai
d'obtenir du Pirate du moins un délai de
quelques jours . Le délai fut accordé avec
peine , & Sideni ſortit en ménaçant d'employer
les dernieres violences , ſi dans huit
jours je ne me rendois à ſes défirs .
Mon intention étoit de chercher la mort
pendantces huit jours , & d'échapper ainſi
à la brutalité de ce Barbare , maisj'étois fi
bien gardée que j'aurois été ſa victime , fi
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
leCiel ne m'eut envoyé le ſecours ineſperé
que vous allez entendre.
Mon Pere m'avoit remis en mourant
des Tablettes d'Email , qu'il m'avoit recommandé
de garder ſoigneuſement . Je les
avois , mais dans le trouble où j'érois je
n'avois pas fongé à les regarder , & je n'avois
pas imaginé qu'elles puſſent m'être
d'aucune reſſource : je les trouvai par hazard
fous ma main,& je fus fort étonnée d'y
voir tracés des Caractéres que je n'y avois
pas encore apperçus ; je lûs ,&je vis qu'on
m'exhortoit à lire & à prononcer touthaut
les paroles qui étoient écrites aubas de la
page.
J'obéis : je prononçai ces mots myſtérieux
que je ne comprenois pas , & à l'inſtant je
vit paroître un jeune homme de la figure
la plus aimable , qui me demanda ce que je
déſirois : tirez-moi promptement d'ici , lui
dis-je : j'eus à peine achevé qu'il me prit
dans ſes bras , &je me trouvai ſur le bord
de la Mer.
Aimable Génie , dis-je alors à mon Li..
bérateur , je vous dois plus que la vie ,
mais vous n'avez rien fait pour moi , ſi vous
ne me conduiſez où eſt Parelin. Le Silphe ,
car c'en étoit un , me prit encore dans ſes
bras , & je me trouvai ſous une voute obfcure
, où la lumiere du jour n'avoit jamais
1
NOVEMBRE. 1744. 105
I
!
pénétré. Je treſſaillis , & je craignis que le
Génie ne m'eut trompée , cependant j'avançois
au hazard & j'appellois Parelin d'une
voix tremblante ; on ne me répondoit
point , & j'étois déja en proie aux plus vives
allarmes ; enfin , au bout de quelque
tems j'entendis un ſoupir , & je crus reconnoître
la voix de mon amant : je volai vers
l'endroit d'où le bruit partoit : eſt- ce vous ,
Parelin , m'écriai-je , eſtce vous cher amant ?
Qui m'appelle , répondit - il d'une voix foible
& mourante ? J'approchai , je ſentis
qu'il étoit couché à terre , je m'y jettai auffi :
je n'ai plus qu'un moment à vivre , dit- il ,
laiffez-moi du moins expirer en paix. Parelin
, repris-je, qu'oſfez- vous me dire ? Quoi !
ne reconnoiffez-vous pas la voix d'Eritzine
, ou ne l'aimez- vous plus ? Il n'oſoit
croire ce qu'il entendoit. Je me hâtai de
l'inſtruire de tout ce qui m'étoit arrivé , &
de l'avanture finguliere par laquelle je me
trouvois auprès de lui. J'allois mourir , me
dit-il , de la douleur de vous avoir perduë ,
jemourraide la joie de vous retrouver.Hélas
! En quel tems en quel état revoyezvous
votre malheureux amant ? Il me dit
toutesles perfécutions qu'il avoit effuyées ,
toutes les inſtances de ſes Parens pour le
déterminer à épouſer ma Mere , ils ont
cru ,diſoit-il , me contraindre à changer à
د
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
force de mauvais traitemens , ils ne ſçavoient
pas qu'étant ſéparé de vous , je ne
pouvois fentir que la douleur de vous avoir
perduë. Ma Mere venoit ſouvent le viſiter
dans ſa Prifon , & c'eſt ce qui avoit caufé
ſon erreur quand je l'avois appellé ; elle
l'avoit inſtruit de mon mariage avec le Pirate
Sideni , & le malheureux défefperé
de ce triſte événément avoit pris le parti
de ſe laiſſer mourir de faim. Il y avoit déja
cinq jours qu'il n'avoit pris de nourriture
on lui apportoit tous les jours du pain
qu'il laiſſoit à terre : j'en ramaſſai un morceau
, il le reçut de ma main , & le mangea
avec tranſport ; nous partageâmes déformais
le pain & l'eau , qu'on lui apportoit ,
&ce partage nous les rendoir préférables
aux mêts les plus délicats. Enfermés dans
une Caverne obfcure, réduits à n'avoir d'autre
aliment que de mauvais pain , d'autre
lit que la terre , nous étions contens
parce que nous étions enſemble , nous nous
trouvions heureux parce que nous avions
été ſéparés. L'obſcurité me mettoit hors
d'état de confulter les Tablettes d'Email ,
mais je ne regrettois pas le ſecours que j'en
aurois pû tirer. Mon amant me fuffifoit,
il ne défitoit rien depuis que j'étois près
de lui , & nous aurions confenti volontiers
paffer notre vie dans cette eſpéce de Tombeau..
NOVEMBRE. 1744. 107
Cependant en marchant dans la Caverne
, je ſentis ſous mes pieds un anneau de
fer , j'y portai la main , & je m'apperçûs
que l'anneau teroit à une eſpéce de trappe
, qui réſiſtoic au peu de forces quej'employois
pour ia lever , mais qui me paroiffoit
devoir céder à un plus grand effort :
Parelin commençoit à reprendre ſes forces ,
Je l'engageai à les eſſayer ſur cet anneau
il leva la trappe & nous vîmes qu'elle bouchoit
l'entrée d'un affés petit dégré que:
nous defcendîmes ſans balancer. Parelin me
dit qu'il ne doutoit pas que ce ne fut là un
de ces foûterrains que dans le tems des
Guerres Civiles on avoit préparésdans tous:
les Châteaux pour ſe ſauver en cas de malheur
, & que ſuivant les apparences celui-ci
nous conduiroit dans la Campagne..
Nous marchâmes affés long-tems fans
que les conjectures de Parelin ſe vérifiaf
fent; j'étois preſque morte de laſſitude , enfin
nous apperçûmes une lumiere , foible
encore , mais qui nous annonçoit du moins
que nous n'étions pas loin de l'iſſuë du fouterrain
; nous la vîmes bien-tôt en effet :dès
que j'apperçus la lumiere, mon premier foin
fut d'employer les Tablettes d'Email' , &
d'appeller le Silphe qui m'avoit déja fr bient
fervie. Il parut , &me demanda mes ordres
Génie , lui dis-je ,conduiſez-nous quelque
Evj
108 MERCUREDE FRANCE.
part .... bien loin d'ici. Nous fümes auffitôt
tranſportés dans une Campagne qui me
parut très - agréable : je commandai au Silphe
de nous y bâtir une Halitation , je fus
obéie dans le moment ; nous vîmes paroître
une Maiſon fans magnificence , mais élégamment
ornée & très - commodement diftribuée
; pluſieurs Efclaves attendoient nos
ordres , rien ne nous manquoit de tout ce
qui contribuë à la douceur de la vie ; nous
nous aimions , nous étions enſemble , &
nous prîmes ailément le parti de reſter toujours
dans ce lieu , & d'y oublier tout l'Univers.
Le ſoir venu , nous ſongeames à nous
coucher. Parelin me parut fort triſte quand
je lui parlai de nous ſéparer. Croyez - vous ,
me dit-il , que je puiffe déſormais vivre un
moment éloigné de vous ? Ne fuis-je pas
votre époux , puifque vous m'aimez ? De
plus , vous voulez toujours reſter ici , mais
n'y ferons-nous pas toujours dans la même
fituation ? Aurons-nous jamais plus de fecours
pour donner à notre mariage une
forme plus authentique ? Que voulez- vous
de plus pour rendre notre union ſacrée que
l'amour qui en a ferré les noeuds ? Il me perfuadoit
, ou plûtôt il m'entraînoit. Cependant
je ne ſçais quel fentiment ſecret me
retenoit ; une voix qui s'élevoit au fond de
NOVEMBRE. 1744. 109
mon coeur me dioit de réſiſter , mais quand
Parelin parloi , je n'entendois que lui. Si
vous voulezabſolument pouſuivit- il , vous
aſſujétir à des formes qui au fond font inutiles
, appellons le Silphe votre ami , qu'il
foit le témoin & le dépoſitaire de nos fermens.
J'héſitois encore , mais il pritles Tablettes
, & appella lui-même le Silphe qui
parut à l'inftant.
Génie , lui dit- il , daignez faire notre
bonheur , & recevez les fermens des deux
époux les plus tendres. Me l'ordonnezvous
? dit le Silphe en s'adreſſant à moi ,
je répondis , en rougiſſant que c'étoit auffi
mon intention ; il s'éleva alors un Autel au
milien de la Chambre ; le Silphe y brûla
quelques parfums , & nous fit prononcer
après le ſerment de nous aimer toujours ; il
eut l'air fort triſte pendant toute la cérémo-,
nie , mais j'étois ſi remplie de mes propres
idées que je n'y fis aucune attention ,& je
n'y fongeai qu'après la funeſte révolution
qui détruifir notre bonheur ; hélas ! A peine
commençoit- il , qu'il diſparut comme
un fonge.
Le lendemain , en ouvrant les yeux , je
ne vis au lieu de la Chambre où je croyois
avoir couché qu'un défert horrible. Je
pouffai un cri perçant , qui reveilla Pare--
lin qui dormoit à mes côtés. Sa furpriſe fut
110 MERCURE DEFRANCE.
2
égale à la mienne. Je voulus appeller le Sifphe
, mais les Caracteres traces ſur les Tar
blettes étoient abfolument effacés. Je compris
alors la faute que j'avois fhite de défobéir
à mon Pere en épouſant Patelin . Parelin
qui étoit en quelque façon la cauſe de
ce malheur ne pouvoit ſe le pardoaner ,
&ſa douleur étoit le plus cruel de mes chagrins.
Nous nous défeſpérions tous les deux
lorſque le Silphe parut. N'attendez plus
rien de moi , dit-il, Princeſſe infortunée
votre Pere m'avoit mis à votre ſervice , &
je vous aurois toujours obei , mais vous
vous êtes privée de mon fecours en n'obfervant
aucune des chofes qu'il vous avoit
preſcrites ; vous avez continué d'aimer Parelin
, vous avez été juſqu'à l'époufer , c'en
eſt fait , n'attendez plus que l'affreufe ſuite
des malheurs qui vous ont été prédits ; c'eſt
à regret que j'exécute des ordres ſi rigoureux
, mais auffi-tôt que vous avez rendu
Parelin votre époux , j'ai été forcé d'enlever
la demeure que je vous avois préparée ;
adieu , malheureux Amans , je ne puis plus
rien pour vous.
Le Silphe diſparut ,& nous laiſſa dans la
glus grande confternation ; nous n'avions
point vû difparoître le Château ; uniquement
occupés de nous-mêmes dans ces mo
NOVEMBRE. 1744. T
mens ſi chers & fi funeſtes , tout ce qui
fe paſſoit autour de nous ne nous frappoit
point , & c'étoit au milieu d'un déſert horrible
que nous avions paffé la nuit , ſans
nous en appercevoir .
Les malheurs que le Silphe nous avoit
annoncés , nous effrayoient encore plus que
les objets épouvantables dont nous étions
environnés ; nous ne ſçavions de quel côté
tourner nos pas ; nous craignions de rencontrer
par tout les dangers qui nous
avoient été prédits.
Ne nous quittons jamais , me diſfoit Parelin;
la ſéparation eſt la peine la plus cruelle
que nous puiſſions éprouver , & fi
nous nous mettons à couvert de cet acci
dent , nous trouverons aisément de la fermeté
contre tous les malheurs dont le Sil
phe nous a ménacés..
Nous reſtâmes long-tems errants dans ce
déſert , n'ofans nous écarter , & vivans des
fruits fauvages que nous rencontrions ; il
y avoit un an que nous ménions cette vie
qui n'eut pas été bien triſte , fi chacun de
nous n'eut reffenti que ſes peines , lorſque
je donnai le jour à un fils. Sans fecours , reduite
à accoucher au milieu d'une Forêt ſau
vage , je vis avec douleur que mes peines
alloient augmenter en s'étendant ſur le malheureux
que je faifois naître , & cette fa
112 MERCURE DE FRANCE.
veur des Dieux , qui fait la conſolation des
Epoux heureux , fut dans ces premiers momens
un furcroît de deſeſpoir pour Parelin&
pour moi.
د
Cependant la vûë de mon fils, le charme
dela nature , ſans ditſiper mes triſtes refléxions
, en adoucirent en peu de jours
l'amertume. Les peines des coeurs tendres
ontune volupté ſecrette ; le fort de cet enfant
infortuné me cauſoit les plus vives
allarmes , mais comme ilm'affligeoit
parce que je l'aimois , ce ſentiment portoit
avec lui une eſpece de dédommagenient;
mon coeur ne feferroit plus en pleurant
fur lui , il s'ouvroit & s'épanoüiffoit
comme dans la joye la plus vive , & l'excès
de ma tendrelle étoit plus fort que le fentimentde
mes peines.On ne connoît point les
reffources du coeur ; je croyois que lemien
épuiſé à aimer Parelin , n'étoit plus capable
d'aimer auque choſe , mais je vis naître
alors en moi un nouveau fentiment prefque
autli vifque le premier ,& qui loin de
rallentir la vivacité de mon amour , en ranimoit
encore l'ardeur. Mon fils faifoit
mon occupation unique , parce que mon
époux s'en occupoit uniquement.
Nous paflions une partie du jour à l'accabler
de careffes ,& l'autre à pleurer le fort
malheureux qui lui étoit deſtiné ; je compa
NOVEMBRE. 1744.
roisſouvent fes traits enfantins à ceux de fon.
pere ; j'aurois voulu alors pouvoir me multiplier
, pour leur prodiguer à tous deux en
même-tems les ſentimens les plus vifs & les
careſſes les plus tendres .
Cette foible conſolation de nos peines
nous fut bien-tôt enlevée ; c'eſt ici que commencent
les vrais malheurs de ma vie . Je
croyois être au comble de l'infortune, mais
j'ignorois que j'étois deſtinée à éprouver
des revers plus affreux .
On donnera la suite dans le Volumeſuivanti
Fermer
47
p. 121-122
Voyages & Avantures du Comte de ** & de son fils, [titre d'après la table]
Début :
LES VOYAGES & Avantures du Comte de *** & de son Fils, en trois volumes, [...]
Mots clefs :
Fils, Père
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyages & Avantures du Comte de ** & de son fils, [titre d'après la table]
LES VOYAGES & Avantures du Comte
de *** & de ſon Fils , en trois volumes ,
imprimé en Hollande , à Amſterdam chés
Pierre Marteau , ſe vendent à Paris chés
Barrois , Quai des Auguftins.
On ne donnera point un Extrait de cet
Ouvrage , qui étant un tiſſu d'évenemens enchaînés
& relatifs les uns aux autres , perdroit
infiniment à être découfu. Je crois qu'il ſuffira
pour en donner une idée avantageuſe ,
dedéclarer le deſſein de l'Editeur, expliqué
dans ſa Préface , & pour ne le point alterer
nous nous fervons de ſes termes.
د
>> De tous les Livres que l'on préſente au
>> Public , aucuns ne paroiſſent être reçus avec
>> plus d'empreſſement, que ceux qui joignant
>> l'utile à l'agréable , peuvent inſtruire en
>> amuſant . Celui-ci dont j'ai fait une lecture
attentive , m'a paru être de ce nombre.
C'eſt un Pere qui ramaſſant ſur un Fils uni-
> que toute ſa tendreſſe , ne croit ſe devoir
>> repoſer que ſur lui ſeul du ſoin de ſon in-
20 ſtruction , & il y eſt déterminé par un éve-
„ nement qui lui fait comprendre que les
» ſoins du Gouverneur le plus habile & le
>> plus zelé , ne peuvent guéres ſuppléer à
F
1
122 MERCURE DE FRANCE.
>> ceux d'un Pere d'autant plus intereffé à
perfection d'un fils tendrement cheri ,
כ כ
סכ qu'il eſpere de revivre glorieuſement en
»lui.
On étale enſuite les inconveniens d'une
éducation étrangere ; on pourroit combattre
auſſi l'éducation paternelle , & prouver aufli
clairement que la jeuneſſe eſt quelquefois
plus mal élevée par ſes Parens que par les
Précepteurs. Notre Voyageur Philofophe n'ignore
pas ces difſtinctions , mais il eſt affranchi
des préjugés du ſang , & il gouverne fon
fils , gouverné lui-même par la raifon .
>>II lui donne des leçons dictées par l'hon-
>> neur , la Religion , la probité , &par la
>> vertu elle-même. Mais il y a encore une
>> autre forte d'inſtruction qu'il ne néglige
>> pas , & elle nous vient de la force de l'e-
>> xemple . Rien n'eſt plus capable de nous
סכ animer à la pratique de la ſageſſe , & de
>> nous détourner du vice , que la vue des
>> récompenfes ou des châtimens dont les
>> uns & les autres font ordinairement fuivis.
Il eſt témoin pendant ſon voyage d'un
>> grand nombre d'avantures , dont le dé-
>> nouement eſt ou le triomphe de la vertu
>> ou la punition du vice .
Le Lecteur jugera fi ce plan ſenſé eſt parfaitement
executé,
de *** & de ſon Fils , en trois volumes ,
imprimé en Hollande , à Amſterdam chés
Pierre Marteau , ſe vendent à Paris chés
Barrois , Quai des Auguftins.
On ne donnera point un Extrait de cet
Ouvrage , qui étant un tiſſu d'évenemens enchaînés
& relatifs les uns aux autres , perdroit
infiniment à être découfu. Je crois qu'il ſuffira
pour en donner une idée avantageuſe ,
dedéclarer le deſſein de l'Editeur, expliqué
dans ſa Préface , & pour ne le point alterer
nous nous fervons de ſes termes.
د
>> De tous les Livres que l'on préſente au
>> Public , aucuns ne paroiſſent être reçus avec
>> plus d'empreſſement, que ceux qui joignant
>> l'utile à l'agréable , peuvent inſtruire en
>> amuſant . Celui-ci dont j'ai fait une lecture
attentive , m'a paru être de ce nombre.
C'eſt un Pere qui ramaſſant ſur un Fils uni-
> que toute ſa tendreſſe , ne croit ſe devoir
>> repoſer que ſur lui ſeul du ſoin de ſon in-
20 ſtruction , & il y eſt déterminé par un éve-
„ nement qui lui fait comprendre que les
» ſoins du Gouverneur le plus habile & le
>> plus zelé , ne peuvent guéres ſuppléer à
F
1
122 MERCURE DE FRANCE.
>> ceux d'un Pere d'autant plus intereffé à
perfection d'un fils tendrement cheri ,
כ כ
סכ qu'il eſpere de revivre glorieuſement en
»lui.
On étale enſuite les inconveniens d'une
éducation étrangere ; on pourroit combattre
auſſi l'éducation paternelle , & prouver aufli
clairement que la jeuneſſe eſt quelquefois
plus mal élevée par ſes Parens que par les
Précepteurs. Notre Voyageur Philofophe n'ignore
pas ces difſtinctions , mais il eſt affranchi
des préjugés du ſang , & il gouverne fon
fils , gouverné lui-même par la raifon .
>>II lui donne des leçons dictées par l'hon-
>> neur , la Religion , la probité , &par la
>> vertu elle-même. Mais il y a encore une
>> autre forte d'inſtruction qu'il ne néglige
>> pas , & elle nous vient de la force de l'e-
>> xemple . Rien n'eſt plus capable de nous
סכ animer à la pratique de la ſageſſe , & de
>> nous détourner du vice , que la vue des
>> récompenfes ou des châtimens dont les
>> uns & les autres font ordinairement fuivis.
Il eſt témoin pendant ſon voyage d'un
>> grand nombre d'avantures , dont le dé-
>> nouement eſt ou le triomphe de la vertu
>> ou la punition du vice .
Le Lecteur jugera fi ce plan ſenſé eſt parfaitement
executé,
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48
p. 75-79
EXAMEN D'une question proposée dans le Mercure.
Début :
On propose dans le Mercure, premier volume du mois de Décembre [...]
Mots clefs :
Amour, Hippolyte, Père, Phèdre, Question, Intérêt, Personnages, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : EXAMEN D'une question proposée dans le Mercure.
EXAMEN
D'une question proposée dans le Mercure.
On propose dans le Mercure, premier
volume du mois de Décembre
1750, quel est le personnage intéressant
de Phédre, & quel genre d'intérêt il
mspire?
Si je ne consultois que ma raison, elle
me dicterou assez de ne pas prendre parti,
& d'abandonner cet amusement à des per-
Di
zed by Goo
76 MERCURE DE FRANCE.
sonnes, qui mieux que moi sentent ce
mérite des differens personnages qui com-
posent l'ensemble admirable de ce Poëme
dramatique; dut-t'il en coûter à mon
amour-propre, je veux essayer de satisfaire
à la question.
A la lecture de la piéce, quoique l'es-
prit charmé par les beautés variées, & con-
tinues qui s'y trouvent, semble irtésolu,
& flotte entre deux ou trois des princi-
paux personnages, le coeur, ce me semble,
fait pencher la balance.
Sans m'écarter de la question, je vais
tâcher de développer ce qui me rend le
personnage d'Hyppolite d'un intérêt sa-
périeur à tous autres.
Ce seroit peu de prendre à l'ouverture
de la Piéce, un préjugé favorable des qua-
lités de son cœeur: convenons que ses crain-
tes, ses appréhensions pour un pere, dont
la destinée est incertaine, annoncent son
amour, perfection infiniment à estimer,
aujourd'hui trop pen sentie des hommes.
Déja avantageusemant prévenu pour ce
jeune Prince: ma curiosités intéresse; j'aime
à le suivre. Je m'instruis qu'il brûle pour
Aricie, d'un feu secret qu'il cherche à
étouffet; une prevention judicieuse me
donne une haute idée de son inclination.
se le rencontre avec Aurie: qu'il a pour
JANVIER. 1752.
17
elle d'amour! que ses senrimens sont fins!
qu'ils sont délicats! j'en suis ému, tout
me semble puisé dans la nature. Je re-
connois que l'amour enchaîne dans tous
ces états, qu'il subjugue également, &
le héros, & l'homme ordinaire, mais qu'il
nexcite aux vices que ceux qui d'ailleurs
y sont disposés.
La bienséance, la retenue trop géné-
reuse, qu'Hyppolite conserve avec Phé-
dre, sa belle mere, a les droits les mieux
affermis sur nos éloges. Peut-on la trop
estimer ? L'infortunée Phédre, éprise éper-
duement pour son fils, lui fait déclara-
tion de toute la force de son amour; elle
excite en lui un sentiment d'horreur; ce-
pendant il. sçait assez se contraindre. Il
n'est point sufsisamment malheureux d'a-
voir a combattre dans sa belle mere une
passion infâme: la fourbe Enone l'accuse
d'un forfait, affreux; c'est mertre ce jeu-
ne Prince à de terribles épreuves, mais
les grandes ames ne brillent jamais mieux,
que dans ces occasions qui feroient le,
naufrage du reste des hommes. Muni des
résolutions les plus courageuses, il pré-
fere de s'exposer à toute la colere d'un-
pere fortement irritó, & d'entendre pro-
noncer contre lui la priere effrayante.
qu'il adresse aux Dieux dans les premites
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
mouvemens de son emportement, à fai-
re rougir le front, d'un pere qui lui est
cher, par l'aveu toujours humiliant des
passions criminelles qui rongent le coeur
de son épouse; aveu toutefois qui autoit.
dérourné l'orage, & eût lavé des imputa-
tions calommeuses de sa perside nourrice.
Quelle discrétion, qu'elle est noble! &
tout ensemble, quel respect pour l'Auteur
de ses jours!
Où trouve- t'on des personnages, dont
le mérite soit plus frappant, qui séduisent
davantage, & fassent de plus fortes im-
pressions à l'ame ? Sera-ce les fureuts de
Phédre, ou la passion involontaire qui la
domine I La délicatesse, ou les inquiétu-
des d'Aticie? les traverses, ou le passage
successif de la colére au repentit dans
Thesée? toutes ces agitations ne produi-
fent point des effets, ou de la nature de
ceux qui font naître dans Hyppolite les
fentimens désintéresses, & toujours con-
ciliés avec l'honneur & la décence pour
une amante aimable, la candeur & la mo-
destie vis à vis d'une belle-mere, qui
s'efforce de le seduire à dessein de satis-
farre ses penchans honteux, & entr'autres.
Pamour constant, la soumission respec-
tueuse pour un pere dont la trop facile
credulité, & la colête trop ptécipitée le
JANVIER. 1751.
79
fait périr du genre de mort le plus tou-
chant.
Qui, concluons qu'Hyppolite est celui
de tous, qui inspire se plus grand intérêt,
le plus tendre & le plus pressant, qu'il ne
cesse d'émouvoit notre coeur, qui se sent
porté à suivre avec avidité les incidem
malheureux de son Histoire.
Le Danois.
D'une question proposée dans le Mercure.
On propose dans le Mercure, premier
volume du mois de Décembre
1750, quel est le personnage intéressant
de Phédre, & quel genre d'intérêt il
mspire?
Si je ne consultois que ma raison, elle
me dicterou assez de ne pas prendre parti,
& d'abandonner cet amusement à des per-
Di
zed by Goo
76 MERCURE DE FRANCE.
sonnes, qui mieux que moi sentent ce
mérite des differens personnages qui com-
posent l'ensemble admirable de ce Poëme
dramatique; dut-t'il en coûter à mon
amour-propre, je veux essayer de satisfaire
à la question.
A la lecture de la piéce, quoique l'es-
prit charmé par les beautés variées, & con-
tinues qui s'y trouvent, semble irtésolu,
& flotte entre deux ou trois des princi-
paux personnages, le coeur, ce me semble,
fait pencher la balance.
Sans m'écarter de la question, je vais
tâcher de développer ce qui me rend le
personnage d'Hyppolite d'un intérêt sa-
périeur à tous autres.
Ce seroit peu de prendre à l'ouverture
de la Piéce, un préjugé favorable des qua-
lités de son cœeur: convenons que ses crain-
tes, ses appréhensions pour un pere, dont
la destinée est incertaine, annoncent son
amour, perfection infiniment à estimer,
aujourd'hui trop pen sentie des hommes.
Déja avantageusemant prévenu pour ce
jeune Prince: ma curiosités intéresse; j'aime
à le suivre. Je m'instruis qu'il brûle pour
Aricie, d'un feu secret qu'il cherche à
étouffet; une prevention judicieuse me
donne une haute idée de son inclination.
se le rencontre avec Aurie: qu'il a pour
JANVIER. 1752.
17
elle d'amour! que ses senrimens sont fins!
qu'ils sont délicats! j'en suis ému, tout
me semble puisé dans la nature. Je re-
connois que l'amour enchaîne dans tous
ces états, qu'il subjugue également, &
le héros, & l'homme ordinaire, mais qu'il
nexcite aux vices que ceux qui d'ailleurs
y sont disposés.
La bienséance, la retenue trop géné-
reuse, qu'Hyppolite conserve avec Phé-
dre, sa belle mere, a les droits les mieux
affermis sur nos éloges. Peut-on la trop
estimer ? L'infortunée Phédre, éprise éper-
duement pour son fils, lui fait déclara-
tion de toute la force de son amour; elle
excite en lui un sentiment d'horreur; ce-
pendant il. sçait assez se contraindre. Il
n'est point sufsisamment malheureux d'a-
voir a combattre dans sa belle mere une
passion infâme: la fourbe Enone l'accuse
d'un forfait, affreux; c'est mertre ce jeu-
ne Prince à de terribles épreuves, mais
les grandes ames ne brillent jamais mieux,
que dans ces occasions qui feroient le,
naufrage du reste des hommes. Muni des
résolutions les plus courageuses, il pré-
fere de s'exposer à toute la colere d'un-
pere fortement irritó, & d'entendre pro-
noncer contre lui la priere effrayante.
qu'il adresse aux Dieux dans les premites
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
mouvemens de son emportement, à fai-
re rougir le front, d'un pere qui lui est
cher, par l'aveu toujours humiliant des
passions criminelles qui rongent le coeur
de son épouse; aveu toutefois qui autoit.
dérourné l'orage, & eût lavé des imputa-
tions calommeuses de sa perside nourrice.
Quelle discrétion, qu'elle est noble! &
tout ensemble, quel respect pour l'Auteur
de ses jours!
Où trouve- t'on des personnages, dont
le mérite soit plus frappant, qui séduisent
davantage, & fassent de plus fortes im-
pressions à l'ame ? Sera-ce les fureuts de
Phédre, ou la passion involontaire qui la
domine I La délicatesse, ou les inquiétu-
des d'Aticie? les traverses, ou le passage
successif de la colére au repentit dans
Thesée? toutes ces agitations ne produi-
fent point des effets, ou de la nature de
ceux qui font naître dans Hyppolite les
fentimens désintéresses, & toujours con-
ciliés avec l'honneur & la décence pour
une amante aimable, la candeur & la mo-
destie vis à vis d'une belle-mere, qui
s'efforce de le seduire à dessein de satis-
farre ses penchans honteux, & entr'autres.
Pamour constant, la soumission respec-
tueuse pour un pere dont la trop facile
credulité, & la colête trop ptécipitée le
JANVIER. 1751.
79
fait périr du genre de mort le plus tou-
chant.
Qui, concluons qu'Hyppolite est celui
de tous, qui inspire se plus grand intérêt,
le plus tendre & le plus pressant, qu'il ne
cesse d'émouvoit notre coeur, qui se sent
porté à suivre avec avidité les incidem
malheureux de son Histoire.
Le Danois.
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49
p. 130-143
« ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...] »
Début :
ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...]
Mots clefs :
Abrégé chronologique, Paris, Dieu, Roi, Édit, Pape, Père, Assemblée, Clergé, Ecclésiastique, Innocent XII, M. Arnaud, Thèses, Évêque, Décret
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texteReconnaissance textuelle : « ABREGÉ Chronologique de l'Histoire Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des [...] »
ABREGÉ Chronologique de l'Histoire
Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des
Eglises d'Orient & d'Occident; les Con-
ciles généraux & particuliers; les Auteurs
Ecclésiastiques; les schismes, les hérésies,
les institutions des Ordres monastiques,
& c. depuis l'an 33 de l'Ere Chrétienne,
jusqu'à l'année 1700. Deux gros volumes
in 8°. A Paris, chez Jean-Thomas Heris-
sant, rue Saint Jacques, 1751.
Il n est pas possible de faire un extrait
de cet utile & commode ouvrage. Nous
avons voulu faire connoître dans le Mer-
cure de Décembre la maniere de disser-
ter de l'Auteur; pour mettre nos lec-
teurs à portée de juger de sa maniere de
narrer, nous choisirons les dix dernieres
années de son ouvrage, parceque les faits
ny sont pas en grand nombre. On verra
que l'Auteur n en présente que d'intéres-
sans, & qu'il en choisit très-bien les cir-
constances.
1690.
Alexandre VIII. proscrit par un déctet
du 14 Août, l'erreur du péché philoso-
phique; on appelleroit péché philosophi-
que, ou pé hé mora, une action qui of-
fenseroit la raison, sans offenser Dieu;
parce que celui qui la feroit, ou ignore-
tized
JANVIER. 1752.
131
roit Dieu absolument, ou ne penseroit.
point à Dieu dans le moment ou il le fe-
roit. C'est cette opinion que le Pape
proscrivit. Le Pere Meunier, Jesuite, Pro-
fesseur à Dijon, avoit fait soutenir en
1686 une Thése, qui paroissoit exprimer
cette erreur; elle étoit conçue en ces ter-
mes: Le péché philosophique commis sans
aucune connorssance de Dieu, ou sans aucune
aitention à lui, n'est point une offense de Dieu,
ni un péché mortel. Cette Thése méritoit
d'être reprise, cependant elle ne fut atta-
quée que trois ans après qu' elle fut soute-
nue, & le Jesuite, pour se justifier, dit qu'il
avoit roujours parlé du péché philosophi-
que, & de l'ignorance absolue de Dieu,
conditionnellement, & comme d'une
chose moralement impossible; plusieurs rai-
sonnemens qu on lui attribuoit, étoient
refutés dans ses cahiers.
1691.
Mort d'Alexandre VIII. le premier Fé-
vrier. Le Cardinal Antoine Pignatelli lui
succéde, le 12 Juillet, & prend le nom
d'Innocent XII.
Affaire du faux Arnaud. C'étoit un
stratagême imaginé, pour découvrir des
personnes qu'on soupçonnoit d'être atta-
che es aux sentimens de Jansénius. Un
FV
Mes
132 MERCURE DEFRANCE.
quidam prit le nom de M. Arnaud; &
sçachant que ce Docteur étoit en relation
avec les Docteurs de Douai, il saisit une
occasion qui se piésenta pour entrer avec
cux par Lettres, dans un commerce parti-
culier sur differens points de Théologie
& sur des Theses qu'il leur envoya à exa-
miner & à signer. Ces Théologiens,
croyant avoir à faire au véritable Arnaud,
lui écrivirent sur ces Théses qu'ils trou-
voient captieuses, & après bien des Let-
tres de part & d'autre, ils les signerent,
en y ajoutant des explications en forme
de jugement; mais se faux Arnaud ayant
souhaité avoir une signature pure & simple
de ses Théses, ils la lui envoyerent. Cette
intrigne étant venue à un certain point
de maturité, celui qui conduisoit la
manœuvre, fit paroître les Théses sans ex-
plication. L'affaire fit grand bruit. Ces
Docteurs furent bientôt connus, & ensui-
te exilés, comme convaincus d'avoir re-
nouvellé l'erreur des cinq propositions.
M. Arnaud s'inscrivit en faux, se plaignit
hautement de la supercherie, & ne me-
nagea pas l'Auteur, qui en effet étoit
re préhensible, d'avoir manqué si ouverte-
ment à la bonne foi.
Calinique, Patriarche de Constantino-
ple, approuve dans un Acte Synodal la
JANVIER. 1752.
133
Confession de Parthenius, & condamne
les écrits de Jean Carysophile Logotheve,
qui sous prétexte de former quelques diffi-
cultés sur le mot de Transsubstant:ation, sem-
bloit établir des erreurs conformes à cel-
les de Cyrille Lucar sur l'Eucharistie.
1692.
Les Jesuites de Pekin, Ville Capitale
de la Chine, obtinrent un Arrêt du Tri-
bunal des Rites, qui autorisoit la prédi-
cation de la Religion Chrétienne, dans
toute l'étendue de ce vaste Empire. La fa-
veur, dont ces Missionnaires jouissoient
à la Cour de l'Empereur, leut donna le
crédit d'obtenir cet Edit, dans un tems où
plusieurs Mandarins, Gouverneurs de Pro-
vinces, persécutoient ouvertement les
Chrétiens, en vertu des anciennes Loix
du Pays, qui défendoient l'exercice de la
Religion des Européens.
1693.
Le 26 Mars, Mandement de M. Mai.
grot, Prêtre du Seminaire des Missions
Etrangeres, Vicaire Apostolique dans la
Province de Fokien, à la Chine, & de-
puis Evêque de Conon, pour défendre
d'employer, en parlant de Dieu, d'autre
nom que celui de Tien-chu, au lieu de
SO
134 MERCUREDEFRANCE.
ceux de Tien & Chami, dont on se ser-
voit auparavant, & que les Missionnaires
Jesuites avoient adoptés. Ce Mande-
ment donna licu à un procès, qui a été
terminé par des Réglemens de Police &
de discipline. C'est tout ce que les souve-
rains Pontifes pouvoient faire; le fond
des articles contestés étant de nature à ne
pouvoit être jugé que sur les lieux, & par
des gens qui entendroient parfaitement la
Langue Chinoise.
Fin du differend d'entre la Cour de
Rome & celle de France. Le Roi s'étoit
relâché volontairement d'une partie des
droits des franchises, & le Pape donna
des Bulles aux Evêques nommés, après
que ceux d'entre eux qui avoient assisté
à l'assemblée de 1682, lui eurent écrit
une Lettre de soumission, & il ne contesta
plus avec le Roi pour le droit de Régale.
La Lettre que les Evêques nommés écrivi-
rent au Pape, a été regardée par les
Etrangers, comme une révocation de ce
qui s'étoit fait en 1682; & il est vrai, dit
le Pere d'Avrigny, que les termes dans les-
quels elle étoit conçue, poutroient le faire
croire, si on ne sçavoit d'ailleurs que le
Clergé en corps ne fit nulle démarche en
cette occasion, & que même les Evêques
nommés écrivirent separément à Innocent
JANVIER.
1752.
135
XII. quoique ce fût précisément dans les
mêmes termes. Le Parlement de Paris a
toufours aussi agi sur le fondement que les
quatre articles étoient si essenriels à nos
libertés qu'on ne pouvoit s'en écarter.
Enfin depuis ce tems-là, les quatre articles
ont été soûtenus en differentes occasions
& dans les Livres & daus les Théses, du
vivant de Louis XIV. preuve qu'il na pas
prétendu y renoncer.
1694.
Les disputes, touchant la signature du
Formulaire, se renouvellent en Flandres,
à l'occasion d'un décret d'Innocent XII.
en datte du 18 Janvier, par lequel Sa
Sainteté ordonne de signer le Formulaire
dans le sens qui vient à tout le mon-
de, & que les termes présentent d'eux-
mêmes à l'esprit: In snsu obvio quem ipsius
verba exhibent. Les Disciples de Jansénius
interprêterent en public ce décret à leur
avantage, de même que les deux Brefs que
le Pape fit expédier sur le même sujet, le 6
Février suivant; mais au fond ils en étoient
mal sarisfaits, c'est ce qu'ils témoignoient
dans les Lertres particulieres qu'ils s'écri-
voient réciproquement.
M. Arnauld, qui depuis la mort de
l'Abbé de Saint Cytan étoit regardé com-
jitized by Goc
136 MERCURE DEFRANCE.
me le chef des partisans de Jansénius,
meurt en Flandre le 8 Août; depuis lui
ce fut le Pere Quenel, son Disciple.
1695.
Edit célébre de Louis XIV. sur la Juris-
diction Ecelésiastique, donné au mois
d'Avril, & enregistré au Parlement de
Paris le 14 Mai suivant; tous les autres
Parlemens, excepté celui de Flandre, l'ont
vérifié dans la suite. M. le Chancelier
Boucherat, & M. le Premier Président de
Harlay avoient eu ordre du Roi, de tra-
vailler de concert à rédiger les articles de
cet Edit, qui a pour objet principal de
regler la Jurisdiction contentieuse des
gens d'Eglise; ce u est que par accident
qu'il parle de leur Jurisdiction gracieuse.
Il entre dans un grand détail sur tous les
points qui regardent la police & la disci-
pline Ecclésiastique, la correction des
mœeurs. Il établit la forme, dans laquelle
on peut faire l'instruction des procès aux
Clercs dans la Jurisdiction Seculiere &
Ecclésiastique. Il statue sur les droits,
prérogatives & honneurs dûs aux Supé-
tieurs Ecclésiastiques; enfin il prescrit des
régles sur la distinction des cas, dont les
Juges Laics & Ecclésiastiques ont droit de
drendre connoissance, chacun en particu-
JANVIER. 1752.
137
lier, ou en commun. Depuis l'établisse-
ment des appels comme d'abus dans tous
les Parlemens du Royaume, les Ecclésias-
tiques ne cessoient de faire des représen-
tations au Prince pour qu'il en arrêtât le
trop grand nombre, en décidant des cas
où ils pourroient être reçus. Il fut arrêté
dans l'assemblée de 1690, que l'on feroit
sur ce sujet de nouvelles représentations
au Roi; on le fit, & cet Edit en fut le
fruit. Voici comme l'assemblée générale
de cette année, tenue à Saint Germain-
en-Laye, en parle par la bouche de M.
de Harlay, Archevêque de Paris, & Pré-
sident de ladire assemblée, a que pour re-
„médier à la confusion qui s'étoit glissée
»depuis long. tems entre la Jurisdiction
»Séculiere & Ecclésiastique, le Clergé
»n'avoit rien négligé pour obtenir un
»Réglement qui le remît dans la jouis-
„sance de ses droits naturels & légitimes:
„qu'il avoit fait à Sa Majesté diverses re-
„montrances, sut lesquelles on avoit eu
» louvent des réponses favorables, mais
„qui faute d'enrégistrement étoient jus-
»qu'ici demeurées sans exécution :
»qu'enfin le Roi animé du zéle qu'il a
»pout l'Eglise, tout occupé qu'il étoit
ndes soins les plus pressans de son Etat,
»avoit bien voulu la veille de son départ
138 MERCURE DE FRANCE.
„pour Compiègne, examiner le projet
»de l'Edit, artiule par article, & juger
„par lui-même des raisons qu'all guoit le
» Clergé, & de celles qu on pouvoit lui
nopposer; qu'ayant fait dresser l'Edit
„dans la forme où il est, pour prévenit
„les demandes & les desirs au Clergé, Sa
»Majesté l'avoit fait publier, & enre-
»gistrer au Parlement de Paris, avant
»Pouverture de l'assemblée; que cet Edit
» étoit si favorable, qu'il y avoit lieu
„ d'en attendre des suites avantageuses
»pour le Clergé, qu'il le voit les difficul-
„tés qui arrêtoient si souvent les Evêques
»dans l'exercice de leur Jurisdiction, &
„leur ouvroit les moyens de rétablir le
»bon ordre & la discipline. Procès-ver-
bal ae l'assemblée generale au Clergé dle 1695,
du Jeudi 26 Mai.
Le Pape fait mettre à l'Index, par dé-
cret du 27 Septembre, le Livre de la de-
votion à la Sainte Vierge, & du culie qui
lui est du, par M. Baillet; & l'Année Chrè-
tienne de M. Le Tourneux. On reprochoit
à M. Baillet de s'expliquer dans son Livre
d'une maniere qui ne paroissoit pas assez
conforme aux sentimens reçus dans l'Egli-
se sur la dévotion de la Sainte Vierge,
& sur les tittes & les prérogatives qui
sont attribués à cette sainte mere de Dieu.
JANVIER. 1752. 139
1696.
Au contraire, le Pere Grasset, Reco-
let, crut rendre à la France un service im-
portant, en donniant une nouvelle Tra-
duction de la vie de la Sainte Vierge,
écrite en Espagnol par Marie de Jesus,
Abbesse du Couvent de l'Immaculée Con-
ception de la Ville d'Agreda; mais ce
Livre plein de fables & de reveries, qu'on
y débitoit comme autant de révélations,
parut plus propre à exposer la Religion
Chrétienne aux mépris des impies & des
hérétiques, qu'à faire honneur a la Sainte
Vierge; c'est le jugement que la Faculté
de Théologie de Paris en porta dans sa
Censure du 17 Septembre, & celle ci
ajosita une protestation d'honorer la Sain-
te Vierge comme mere de Dicu, de se
tenir au sentiment de ses Peres, touchant
la Conception immaculée, & de croire
son Assomption au Ciel en corps & en
ame.
1697.
Déclaration du Roi Très-Chrétien, le
11 Décembre, qui défend aux Protestans,
sous peine de la vie, d'aller s'établir dans
la Principauté d'Orange, qui venoit d'ê-
tre renduc au Roi Guillaume par la Paix
140 MERCUREDEFRANCE.
de Riswick; par une autre Déclaration
du 13 Décembre de l'année suivante,
Louis XIV. ordonna l'exécution de l'Edit
de révocation de celui de Nantes, & ôta
par-là aux Calvinistes toutes les esperan-
ces qu'ils avoient conçues à l'occasion de
la guerre que Sa Majesté avoit soutenue
contre la plus grande partie des Puissan-
ces de l'Europe.
1698.
Oa vit paroître vers la fin de cette an-
née, le fameux Problême Ecclésiastique,
qui portoit pour titre: Problême Ecclesiasti-
que propose aM. l'Abbè Boilean de l'Arcbe-
veché; à qui l'on doit croire, on à M. Loitis-
Anioine de Noailles, Evêque de Chalons en
1695, ou à M. Louis-Anioine de Noailles,
Arch: venque de Paris en 1695. M. de Noail-
les, n'étant encore qu'Evêque de Châlons
approuva par un Mandement du 13 Juin
1695, les Réflexions Morales sur le Nou-
veau Testament, que le Pere Quesnel lui
avoit dédiées. Ce Prélat transferé peu
après au Siège Archiepiscopal de Paris,
condamna l'Exposition de la Foi, touchant
la grace & la prédestination, par son Or-
donnance du 20 Août 1696, qui donna
lieu au Problême. L'Auteur y fait un pa-
tallele des réflexions morales & de l'expo-
JANVIER. 1752. 141
sition, & prétend qu'il n est pas possible
d'accorder ensemble l'Evêque & 1Arche-
vêque, parce que les deux ouvrages sont
si semblables, qu'on ne peut censurer ou
approuver l'un, que la censure ou l'ap-
probation ne torbe sur l'autre. Ce libelle
fut brulé le 15 Janvier 1699, en vertu
d'un Arrêt du Parlement de Paris, rendu
le 10, sur les Conclusions de M. Dagues-
seau, Avocat Général, depuis Procureur
Général, & ensuite Chancelier de France.
Le Problême ne fut pas plus heureux à
Rome; il y fut proscrit par un décret du
Saint Office le 2 Juillet 1700.
1699.
Une autre affaire d'éclat partageoit l'at-
tention du Public; c'étoit une dispute en-
tre M. Bossuet, Evêque de Meaux, & M.
de Fenelon, Archevêque de Cambrai,
au sujet de l'Explication des Maximes des
Sainis sur la vie intérieure, publiée par ce
dernier en 1697. M. Bossuet regardoit
cet ouvrage, comme un renouvellement
du Molinosisme; il le défera au Tribunal
du Public, par des Ecrits réitérés; & enfin
l'affaire ayant été portée jusqu'à Rome,
Innocent XII. prononça pat son décret.
du 12 Mars, sur le Livre en général & en
particulier, sur vingt- trois propositions
siues
142 MERCUREDE FRANCE.
qui paroissoient tendre pour la plupart,
à établir la réalité d'un état où l'on aime
Dieu ici-bas pour lui uniquement, qui
exclut les motifs de crainte & d'esperan-
ce, & le desir de la récompense & de la
béatitude. Le Roi ordonna aux Metropo-
litains d'assembler leurs Suffragans pour
l'acceptation du décret, & en consequen-
ce de tous ces Synodes, il donna le qua-
triême Août ses Letrres Patentes pour son
entiere exécution. Ainsi l'on peut dire que
le triomphe de M. Bossuet fut complet.
Mais si rien n est plus glorieux que de
triompher de soi même, celui de M. de
Fenelon le fut aussi. Car ce pieux & sça-
vant Prélat ne se contenta pas de se sou-
mettre au jugemeut du Saint Siége; il fut
le premier à conclure dans son propre
Synode, que le Roi seroit supplié d'or-
donner par ses Lettres Patentes, que ses
ouvrages faits pour défendre l'explication
des maximes des Saints seroient suppri-
més.
1700.
Mort d'Innocent XII. le 12 Juillet, le
Cardinal Jean François Albani lui succéde
le 23 Novembre, & prend le nom de Clé-
ment XI. Ce Pape a donné en 1713 la
Bulle Vnigenitus, qui condamne cent une
OO.
JANVIER. 1752.
143
proposition tirées du livre des Réfléxions
du Pere Quesnel.
Ecclésiastique, contenant l'Hlistoire des
Eglises d'Orient & d'Occident; les Con-
ciles généraux & particuliers; les Auteurs
Ecclésiastiques; les schismes, les hérésies,
les institutions des Ordres monastiques,
& c. depuis l'an 33 de l'Ere Chrétienne,
jusqu'à l'année 1700. Deux gros volumes
in 8°. A Paris, chez Jean-Thomas Heris-
sant, rue Saint Jacques, 1751.
Il n est pas possible de faire un extrait
de cet utile & commode ouvrage. Nous
avons voulu faire connoître dans le Mer-
cure de Décembre la maniere de disser-
ter de l'Auteur; pour mettre nos lec-
teurs à portée de juger de sa maniere de
narrer, nous choisirons les dix dernieres
années de son ouvrage, parceque les faits
ny sont pas en grand nombre. On verra
que l'Auteur n en présente que d'intéres-
sans, & qu'il en choisit très-bien les cir-
constances.
1690.
Alexandre VIII. proscrit par un déctet
du 14 Août, l'erreur du péché philoso-
phique; on appelleroit péché philosophi-
que, ou pé hé mora, une action qui of-
fenseroit la raison, sans offenser Dieu;
parce que celui qui la feroit, ou ignore-
tized
JANVIER. 1752.
131
roit Dieu absolument, ou ne penseroit.
point à Dieu dans le moment ou il le fe-
roit. C'est cette opinion que le Pape
proscrivit. Le Pere Meunier, Jesuite, Pro-
fesseur à Dijon, avoit fait soutenir en
1686 une Thése, qui paroissoit exprimer
cette erreur; elle étoit conçue en ces ter-
mes: Le péché philosophique commis sans
aucune connorssance de Dieu, ou sans aucune
aitention à lui, n'est point une offense de Dieu,
ni un péché mortel. Cette Thése méritoit
d'être reprise, cependant elle ne fut atta-
quée que trois ans après qu' elle fut soute-
nue, & le Jesuite, pour se justifier, dit qu'il
avoit roujours parlé du péché philosophi-
que, & de l'ignorance absolue de Dieu,
conditionnellement, & comme d'une
chose moralement impossible; plusieurs rai-
sonnemens qu on lui attribuoit, étoient
refutés dans ses cahiers.
1691.
Mort d'Alexandre VIII. le premier Fé-
vrier. Le Cardinal Antoine Pignatelli lui
succéde, le 12 Juillet, & prend le nom
d'Innocent XII.
Affaire du faux Arnaud. C'étoit un
stratagême imaginé, pour découvrir des
personnes qu'on soupçonnoit d'être atta-
che es aux sentimens de Jansénius. Un
FV
Mes
132 MERCURE DEFRANCE.
quidam prit le nom de M. Arnaud; &
sçachant que ce Docteur étoit en relation
avec les Docteurs de Douai, il saisit une
occasion qui se piésenta pour entrer avec
cux par Lettres, dans un commerce parti-
culier sur differens points de Théologie
& sur des Theses qu'il leur envoya à exa-
miner & à signer. Ces Théologiens,
croyant avoir à faire au véritable Arnaud,
lui écrivirent sur ces Théses qu'ils trou-
voient captieuses, & après bien des Let-
tres de part & d'autre, ils les signerent,
en y ajoutant des explications en forme
de jugement; mais se faux Arnaud ayant
souhaité avoir une signature pure & simple
de ses Théses, ils la lui envoyerent. Cette
intrigne étant venue à un certain point
de maturité, celui qui conduisoit la
manœuvre, fit paroître les Théses sans ex-
plication. L'affaire fit grand bruit. Ces
Docteurs furent bientôt connus, & ensui-
te exilés, comme convaincus d'avoir re-
nouvellé l'erreur des cinq propositions.
M. Arnaud s'inscrivit en faux, se plaignit
hautement de la supercherie, & ne me-
nagea pas l'Auteur, qui en effet étoit
re préhensible, d'avoir manqué si ouverte-
ment à la bonne foi.
Calinique, Patriarche de Constantino-
ple, approuve dans un Acte Synodal la
JANVIER. 1752.
133
Confession de Parthenius, & condamne
les écrits de Jean Carysophile Logotheve,
qui sous prétexte de former quelques diffi-
cultés sur le mot de Transsubstant:ation, sem-
bloit établir des erreurs conformes à cel-
les de Cyrille Lucar sur l'Eucharistie.
1692.
Les Jesuites de Pekin, Ville Capitale
de la Chine, obtinrent un Arrêt du Tri-
bunal des Rites, qui autorisoit la prédi-
cation de la Religion Chrétienne, dans
toute l'étendue de ce vaste Empire. La fa-
veur, dont ces Missionnaires jouissoient
à la Cour de l'Empereur, leut donna le
crédit d'obtenir cet Edit, dans un tems où
plusieurs Mandarins, Gouverneurs de Pro-
vinces, persécutoient ouvertement les
Chrétiens, en vertu des anciennes Loix
du Pays, qui défendoient l'exercice de la
Religion des Européens.
1693.
Le 26 Mars, Mandement de M. Mai.
grot, Prêtre du Seminaire des Missions
Etrangeres, Vicaire Apostolique dans la
Province de Fokien, à la Chine, & de-
puis Evêque de Conon, pour défendre
d'employer, en parlant de Dieu, d'autre
nom que celui de Tien-chu, au lieu de
SO
134 MERCUREDEFRANCE.
ceux de Tien & Chami, dont on se ser-
voit auparavant, & que les Missionnaires
Jesuites avoient adoptés. Ce Mande-
ment donna licu à un procès, qui a été
terminé par des Réglemens de Police &
de discipline. C'est tout ce que les souve-
rains Pontifes pouvoient faire; le fond
des articles contestés étant de nature à ne
pouvoit être jugé que sur les lieux, & par
des gens qui entendroient parfaitement la
Langue Chinoise.
Fin du differend d'entre la Cour de
Rome & celle de France. Le Roi s'étoit
relâché volontairement d'une partie des
droits des franchises, & le Pape donna
des Bulles aux Evêques nommés, après
que ceux d'entre eux qui avoient assisté
à l'assemblée de 1682, lui eurent écrit
une Lettre de soumission, & il ne contesta
plus avec le Roi pour le droit de Régale.
La Lettre que les Evêques nommés écrivi-
rent au Pape, a été regardée par les
Etrangers, comme une révocation de ce
qui s'étoit fait en 1682; & il est vrai, dit
le Pere d'Avrigny, que les termes dans les-
quels elle étoit conçue, poutroient le faire
croire, si on ne sçavoit d'ailleurs que le
Clergé en corps ne fit nulle démarche en
cette occasion, & que même les Evêques
nommés écrivirent separément à Innocent
JANVIER.
1752.
135
XII. quoique ce fût précisément dans les
mêmes termes. Le Parlement de Paris a
toufours aussi agi sur le fondement que les
quatre articles étoient si essenriels à nos
libertés qu'on ne pouvoit s'en écarter.
Enfin depuis ce tems-là, les quatre articles
ont été soûtenus en differentes occasions
& dans les Livres & daus les Théses, du
vivant de Louis XIV. preuve qu'il na pas
prétendu y renoncer.
1694.
Les disputes, touchant la signature du
Formulaire, se renouvellent en Flandres,
à l'occasion d'un décret d'Innocent XII.
en datte du 18 Janvier, par lequel Sa
Sainteté ordonne de signer le Formulaire
dans le sens qui vient à tout le mon-
de, & que les termes présentent d'eux-
mêmes à l'esprit: In snsu obvio quem ipsius
verba exhibent. Les Disciples de Jansénius
interprêterent en public ce décret à leur
avantage, de même que les deux Brefs que
le Pape fit expédier sur le même sujet, le 6
Février suivant; mais au fond ils en étoient
mal sarisfaits, c'est ce qu'ils témoignoient
dans les Lertres particulieres qu'ils s'écri-
voient réciproquement.
M. Arnauld, qui depuis la mort de
l'Abbé de Saint Cytan étoit regardé com-
jitized by Goc
136 MERCURE DEFRANCE.
me le chef des partisans de Jansénius,
meurt en Flandre le 8 Août; depuis lui
ce fut le Pere Quenel, son Disciple.
1695.
Edit célébre de Louis XIV. sur la Juris-
diction Ecelésiastique, donné au mois
d'Avril, & enregistré au Parlement de
Paris le 14 Mai suivant; tous les autres
Parlemens, excepté celui de Flandre, l'ont
vérifié dans la suite. M. le Chancelier
Boucherat, & M. le Premier Président de
Harlay avoient eu ordre du Roi, de tra-
vailler de concert à rédiger les articles de
cet Edit, qui a pour objet principal de
regler la Jurisdiction contentieuse des
gens d'Eglise; ce u est que par accident
qu'il parle de leur Jurisdiction gracieuse.
Il entre dans un grand détail sur tous les
points qui regardent la police & la disci-
pline Ecclésiastique, la correction des
mœeurs. Il établit la forme, dans laquelle
on peut faire l'instruction des procès aux
Clercs dans la Jurisdiction Seculiere &
Ecclésiastique. Il statue sur les droits,
prérogatives & honneurs dûs aux Supé-
tieurs Ecclésiastiques; enfin il prescrit des
régles sur la distinction des cas, dont les
Juges Laics & Ecclésiastiques ont droit de
drendre connoissance, chacun en particu-
JANVIER. 1752.
137
lier, ou en commun. Depuis l'établisse-
ment des appels comme d'abus dans tous
les Parlemens du Royaume, les Ecclésias-
tiques ne cessoient de faire des représen-
tations au Prince pour qu'il en arrêtât le
trop grand nombre, en décidant des cas
où ils pourroient être reçus. Il fut arrêté
dans l'assemblée de 1690, que l'on feroit
sur ce sujet de nouvelles représentations
au Roi; on le fit, & cet Edit en fut le
fruit. Voici comme l'assemblée générale
de cette année, tenue à Saint Germain-
en-Laye, en parle par la bouche de M.
de Harlay, Archevêque de Paris, & Pré-
sident de ladire assemblée, a que pour re-
„médier à la confusion qui s'étoit glissée
»depuis long. tems entre la Jurisdiction
»Séculiere & Ecclésiastique, le Clergé
»n'avoit rien négligé pour obtenir un
»Réglement qui le remît dans la jouis-
„sance de ses droits naturels & légitimes:
„qu'il avoit fait à Sa Majesté diverses re-
„montrances, sut lesquelles on avoit eu
» louvent des réponses favorables, mais
„qui faute d'enrégistrement étoient jus-
»qu'ici demeurées sans exécution :
»qu'enfin le Roi animé du zéle qu'il a
»pout l'Eglise, tout occupé qu'il étoit
ndes soins les plus pressans de son Etat,
»avoit bien voulu la veille de son départ
138 MERCURE DE FRANCE.
„pour Compiègne, examiner le projet
»de l'Edit, artiule par article, & juger
„par lui-même des raisons qu'all guoit le
» Clergé, & de celles qu on pouvoit lui
nopposer; qu'ayant fait dresser l'Edit
„dans la forme où il est, pour prévenit
„les demandes & les desirs au Clergé, Sa
»Majesté l'avoit fait publier, & enre-
»gistrer au Parlement de Paris, avant
»Pouverture de l'assemblée; que cet Edit
» étoit si favorable, qu'il y avoit lieu
„ d'en attendre des suites avantageuses
»pour le Clergé, qu'il le voit les difficul-
„tés qui arrêtoient si souvent les Evêques
»dans l'exercice de leur Jurisdiction, &
„leur ouvroit les moyens de rétablir le
»bon ordre & la discipline. Procès-ver-
bal ae l'assemblée generale au Clergé dle 1695,
du Jeudi 26 Mai.
Le Pape fait mettre à l'Index, par dé-
cret du 27 Septembre, le Livre de la de-
votion à la Sainte Vierge, & du culie qui
lui est du, par M. Baillet; & l'Année Chrè-
tienne de M. Le Tourneux. On reprochoit
à M. Baillet de s'expliquer dans son Livre
d'une maniere qui ne paroissoit pas assez
conforme aux sentimens reçus dans l'Egli-
se sur la dévotion de la Sainte Vierge,
& sur les tittes & les prérogatives qui
sont attribués à cette sainte mere de Dieu.
JANVIER. 1752. 139
1696.
Au contraire, le Pere Grasset, Reco-
let, crut rendre à la France un service im-
portant, en donniant une nouvelle Tra-
duction de la vie de la Sainte Vierge,
écrite en Espagnol par Marie de Jesus,
Abbesse du Couvent de l'Immaculée Con-
ception de la Ville d'Agreda; mais ce
Livre plein de fables & de reveries, qu'on
y débitoit comme autant de révélations,
parut plus propre à exposer la Religion
Chrétienne aux mépris des impies & des
hérétiques, qu'à faire honneur a la Sainte
Vierge; c'est le jugement que la Faculté
de Théologie de Paris en porta dans sa
Censure du 17 Septembre, & celle ci
ajosita une protestation d'honorer la Sain-
te Vierge comme mere de Dicu, de se
tenir au sentiment de ses Peres, touchant
la Conception immaculée, & de croire
son Assomption au Ciel en corps & en
ame.
1697.
Déclaration du Roi Très-Chrétien, le
11 Décembre, qui défend aux Protestans,
sous peine de la vie, d'aller s'établir dans
la Principauté d'Orange, qui venoit d'ê-
tre renduc au Roi Guillaume par la Paix
140 MERCUREDEFRANCE.
de Riswick; par une autre Déclaration
du 13 Décembre de l'année suivante,
Louis XIV. ordonna l'exécution de l'Edit
de révocation de celui de Nantes, & ôta
par-là aux Calvinistes toutes les esperan-
ces qu'ils avoient conçues à l'occasion de
la guerre que Sa Majesté avoit soutenue
contre la plus grande partie des Puissan-
ces de l'Europe.
1698.
Oa vit paroître vers la fin de cette an-
née, le fameux Problême Ecclésiastique,
qui portoit pour titre: Problême Ecclesiasti-
que propose aM. l'Abbè Boilean de l'Arcbe-
veché; à qui l'on doit croire, on à M. Loitis-
Anioine de Noailles, Evêque de Chalons en
1695, ou à M. Louis-Anioine de Noailles,
Arch: venque de Paris en 1695. M. de Noail-
les, n'étant encore qu'Evêque de Châlons
approuva par un Mandement du 13 Juin
1695, les Réflexions Morales sur le Nou-
veau Testament, que le Pere Quesnel lui
avoit dédiées. Ce Prélat transferé peu
après au Siège Archiepiscopal de Paris,
condamna l'Exposition de la Foi, touchant
la grace & la prédestination, par son Or-
donnance du 20 Août 1696, qui donna
lieu au Problême. L'Auteur y fait un pa-
tallele des réflexions morales & de l'expo-
JANVIER. 1752. 141
sition, & prétend qu'il n est pas possible
d'accorder ensemble l'Evêque & 1Arche-
vêque, parce que les deux ouvrages sont
si semblables, qu'on ne peut censurer ou
approuver l'un, que la censure ou l'ap-
probation ne torbe sur l'autre. Ce libelle
fut brulé le 15 Janvier 1699, en vertu
d'un Arrêt du Parlement de Paris, rendu
le 10, sur les Conclusions de M. Dagues-
seau, Avocat Général, depuis Procureur
Général, & ensuite Chancelier de France.
Le Problême ne fut pas plus heureux à
Rome; il y fut proscrit par un décret du
Saint Office le 2 Juillet 1700.
1699.
Une autre affaire d'éclat partageoit l'at-
tention du Public; c'étoit une dispute en-
tre M. Bossuet, Evêque de Meaux, & M.
de Fenelon, Archevêque de Cambrai,
au sujet de l'Explication des Maximes des
Sainis sur la vie intérieure, publiée par ce
dernier en 1697. M. Bossuet regardoit
cet ouvrage, comme un renouvellement
du Molinosisme; il le défera au Tribunal
du Public, par des Ecrits réitérés; & enfin
l'affaire ayant été portée jusqu'à Rome,
Innocent XII. prononça pat son décret.
du 12 Mars, sur le Livre en général & en
particulier, sur vingt- trois propositions
siues
142 MERCUREDE FRANCE.
qui paroissoient tendre pour la plupart,
à établir la réalité d'un état où l'on aime
Dieu ici-bas pour lui uniquement, qui
exclut les motifs de crainte & d'esperan-
ce, & le desir de la récompense & de la
béatitude. Le Roi ordonna aux Metropo-
litains d'assembler leurs Suffragans pour
l'acceptation du décret, & en consequen-
ce de tous ces Synodes, il donna le qua-
triême Août ses Letrres Patentes pour son
entiere exécution. Ainsi l'on peut dire que
le triomphe de M. Bossuet fut complet.
Mais si rien n est plus glorieux que de
triompher de soi même, celui de M. de
Fenelon le fut aussi. Car ce pieux & sça-
vant Prélat ne se contenta pas de se sou-
mettre au jugemeut du Saint Siége; il fut
le premier à conclure dans son propre
Synode, que le Roi seroit supplié d'or-
donner par ses Lettres Patentes, que ses
ouvrages faits pour défendre l'explication
des maximes des Saints seroient suppri-
més.
1700.
Mort d'Innocent XII. le 12 Juillet, le
Cardinal Jean François Albani lui succéde
le 23 Novembre, & prend le nom de Clé-
ment XI. Ce Pape a donné en 1713 la
Bulle Vnigenitus, qui condamne cent une
OO.
JANVIER. 1752.
143
proposition tirées du livre des Réfléxions
du Pere Quesnel.
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50
p. 10-64
HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
Début :
AVERTISSEMENT. Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit qui a / Qui de vous veut bon vers ouir [...]
Mots clefs :
Aucassin, Nicolette, Romance, Dieu, Père, Ami, Douce amie, Belle, Terre, Fils, Beau, Cheval, Roi, Conte, Sire, Chanter, Pays, Homme, Château, Vers, Amour, Doux, Chambre, Forêt, Mal, Fille, Yeux, Garins de Beaucaire, Mots, Vicomte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette, tirée d'un ancien Manuscrit.
HISTOIRE
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
itized by Goog
16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
jitized by Goog
FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
Ou Romance, d'Aucassin & de Nicolette,
tiree d'un ancien Manuscrit.
AVERTISSEMENT.
Cet Ouvrage se trouve dans un Manuscrit
qui a près de 500 ans d'ancien-
neté. Il fut composé veis le tems de S.
Louis pour être reciré & chanté dans les
Cours des Rois, des Princes & des
Scigneurs. Le Trouverre ou Jongleur qui
faisoit le premier rôle, récitoit à voix hau-
te & sonore l'histoire ou la fable en prose
qui est toujours précédée par ces mots,
On dit, on conte, on fabloye. Ce qui est en
vers, précedé des mots on chante, étoit mis
en musique, & se chantoit sans doute en
chœeur par la troupe des Chanteurs à qui le
chef donnoit le ton. Un nombre infini
d'instrumens de toutes espéces joués par
les Jongleurs & les Menestriers de la mê-
me bande, formoit l'accompagnement.
Tous les vers d'un même chant ou d'une
même suite rimoient ensemble, hormis le
dernier vers; mais les rimes n'en setoient
pas de mise aujourd'hui: outre que la pro-
nonciation étoit fort differente de la nôtre;
(car Aucassin rimoit à is, & se prononçoit
Aucassin ou Aucassis) nos Peres se conten-
toient des assonances, ou de la plus legere
ressemblance dans, la finale des mots.
FEVRIER.
1752.
11
L'attention de ne point faire rimer le
dernier vers de 'chaque reprise avec les
précédens, semble indiquer un dessein
formel d'avertir le Trouverre qu'il devoit
se préparer à commencer son récit en prose;
c'étoit une espéce de réclame pour le Dé-
clamateur qui avoit à reprendre son rôle
lorsque le chanteur alloit finir le sien.
Le Traducteur n a fait que mettre dans
un François intelligible le texte original
qui ne pourroit être entendu que d'un
petit nombre de personnes qui ont pris la
peine de se rendre celangage familier. Il
a rendu scrupuleusement dans la Prose la
simplicité & la naiveté du dialogue; mais à
l'égard de la versification, il n en a pas tou-
jours conservé aussi exactement la mesure
& les rimes.
On a long. tems délibéré s'il ne seroit
pas à propos de faire quelques retranche-
mens dans cet ouvrage, & si, par mena-
gement pour la délicatesse des Lecteurs, il
ne falloit pas supprimer l'épisode du Bou-
vier, & celle du Roi de Torelore; mais
enfin on s'est déterminé à conserver l'un &
l'autre. Il ne s'agit pas de donner un ou-
vrage sans défaut, celui ci en a beancoup
quon ne prétend pas dissimuler; il est
question de faire connoître au vrai nos an-
ciennes mœurs; & comme rien n est plus
AV
30
13 MERCUREDE FRANCE.
propre à les représenter au naturel que cet-
te composition, on a cru ne pouvoir con-
server avec trop de fidelité, dans la copie,
tous les traits de l'original.
Une autre raison, peut-être plus impor-
tante, s'est jointe à celle-là pour détermi-
ner le traducteur à prendre ce parti; il a
lû avec satisfaction dans le dix-septième
volume du recuoil de l'Académie des Bel-
les-Lettres, un Mémoire sur l'utilité de la
lecture des anciens Romans de Chevalerie
où l'Auteur prétend qu'il y a presque tou-
jours un but moral dans tous les ouvrages
de ce genre. Le Roman d'Aucassin & de
Nicolette vient à merveille à l'appui de
son sentiment; le traducteur croit y voit
d'un bout à l'autre une intention sensible
d'y repandre d'utiles moralités. L'Amour,
tant recommandé par tous nos anciens Au-
teurs, n est presque jamais presentè ici que
comme une passion, qui, renfermée dans
de justes bornes, peut être le principe des
plus éclatantes vertus & des plus grandes
actions; mais qui en même tems, peut être
aussi la source d'une infinité de désordres
& de calamités lorsqu'on s'y laisse telle-
ment alservir que l'on oublie tout ce qu'on
doit à sa naissance, à sa famille, à son état
& à sa Patrie. Le discours du Berger, qui
daigne à peine répondre au jeune Aucas-
sin, quoique son Damoiseau, c est à dire,
13
FEVRIER. 1752.
au fils de son Seigneur, parceque la divi-
sion du Pere & du fils les met l'un & l'au-
tre hors d'état de lui faire sentir leur auto-
rité, ce discours insolent n'a pas fait d'im-
pression sur Aucassin, toujours aveuglé par
son amour; le Bouvier revient à la charge.
Pouvoit-on encore rien imaginer de plus
touchant pour faire rentrer en lui même
ce fils dénaturé, que les tendres sentimens
de cet homme grossiet qui compte pour
peu tous ses maux, en comparaison de l'é-
tat où est réduite sa malheurense mere? La
valeur recommandée dans tout le roman,
est une leçon continuelle aux Seigneurs de
Fiefs pour leur apprendre qu'ils se doivent
à la défense de leurs Sujets, que se mon-
trer seulement à leur tête dans les Guer-
res qu'ils ont à soutenir, c'est en assurer
le succès, & qu'il n est pour eux d'autre
moyen de conserver leur bien, leur fief,
& leut honneur. L'épisode du Roi de To-
relore est une correction encore plus forte
pour les Princes & les Seigneurs de Fiess:
si elle se sent de la dureté du siécle, elle
sert à leur montrer tout l'opprobre attaché
à une vie molle & effeminée; elle les aver-
tit que dans le besoin il faut qu'ils se char-
gent du poids de la guerre, & que quand
ils l'ont entreprise une fois, il ne faut pas
y perdre du tems, mais la poursuivre à tou-
te outrance. Telle est la morale qu'on a
14 MERCUREDE FRANCE.
eru voir dans cette pièce, & qui a fait con-
server deux Episodes que, sans cela, il cût
été aisé de retrancher.
COMMENCEMENT DE LA ROMANCE;
C'est d'Aucassin & de Nicolette.
Qui de vous veut bon vers ouir
De vieux & d'antiques déduits
De deux enfans beaux & petits
C'est Nicolette & Aucassis:
Des grands peines qu'il souffrit
Et des provesses qu'il sit
Pour sa mie au teint de lis.
D'eux fut ce chant & ce recit
Qui courtois est & bien assis.
Nul homme n'est si esbahi
Tant dolant ni tant entreptis
De grand mal & malade au lit
Qui de l'ouir ne fut gueri
Et de joye regaillardi
Taur doux il est....
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloie.
Le Comte Bongars de Valens faisoit une
si cruelle guerre au Comte Garins de Beau-
caire qu'il ne passoit pas un jour sans être
aux portes, aux murs, & aux barrieres de
sa Ville avec cent Chevaliers & avec mille
Sergens, tant à pied qu'à cheval, brulant
sa terre, ravageant son Pays, & tuant ses
FEVRIER.
1752.
15
hommes. Garins vieux & foible avoit fait
son tems, & n'avoit pour héritier ni fils
ni fille, hormis un jeune enfant beau,
grand, bien fait, & en tout point propor-
tionné à merveille, ayant cheveux blonds,
& frisés en petites boucles, les yeux vairs
& rians, la physionomie ouverte & pré-
venante, & enfin si rempli d'excellentes
qualités & de perfections qu'en lui n'y
avoit rien à reprendre, sinon que tant
estoit épris d'amour, qui tout surmonte
qu'il ne vouloit point être chevalier, pren-
dre les ar mes, allor aux Tournois, ni faire
ce qui convenoit à sa naissance.
Son pere & sa mere lui disoient, cher
fils, prens tes armes, monte à cheval, dé-
fends ta terre & secoure tes hommes: s'ils
te voyent parmi eux, ils en deffendront
mieux leur vie, leurs biens, leurs terres,
& leurs murailles.
De quoi me parlez vous, mon pere, dit
Aucassin (c'étoit le nom de l'enfant) que
Dien ne maccorde jamais rien de ce que
je lui demande, si l'on me voit armer Che-
valiet, monter à cheval & me mêler dans
aucun Tournoi, ni combat où je fasse sen-
tir la vigueur de mes bras aux Chevaliers,
& où jeprouve la force des leurs, avant
que vous m'ayez donné Nicolette ma dou-
ce amie que tant j aime. Cher fils, dit le
itized by Goog
16 MERCUREDE FRANCE.
pere, cela ne se peut, laissez-là cette che-
tive créature; c'est une esclave tirée de
terre étrangere que le Vicomte de cette
ville acheta des Sarrazins, qu'il amena ici,
qu'il a élevée & baptisée, & dont il a fait
sa filleule: il lui donnera quelqu'un de
ces jours un jeune garçon qui gagnera sa
vie à labourer; la tienne est toute gagnée,
& si tu veux prendre femme, je te donne-
rai fille de Roi, ou de Comte; car il ny
a en France si riche Seigneur dont tu vou-
lusses avoir la fille, que tu ne l'ayes aussi-
tot pour femme.
Mon Pere, dit Aucassin, est-il au mon-
de tant belle Seigneurie qui ne fût bien
occupée, si Nicolette ma douce amie la pos-
sedoit. Ce seroit peu pour elle d'être Im-
pératrice de Constantinople ou d'Allema-
gne, ou Reine de France ou d'Angleterre,
tant elle est franche, courtoise, debon-
naire & de toutes vertus accomplie.
On chante.
Aucassin fut de Beaucaire
D'un Château de belle retraite,
Quoique son pere fasse
De Nicolette la bien faite
Il ne se peut qu'il le détache,
Et qu'épouser ne la lui laisse.
Sa mere ainsi le meuace
by Goc
1752.
FEVRIER.
Méchant que veux-tu faire:
Aucassin répond tout en rage
Ma Nicolette est gente & gaye.
Ta Nicole esclave à Carthage
Fut d'un Sarazin achetée,
Lui dit sa mere irritée:
Si tu veux semme épouser,
Prens femme de haut parage.
Mere; je n'y puis que faite,
Nicolette est debonnaire;
Son gentil corps, son visage,
Sa beauté ont surpris mon ame,
Il est juste que son amour j'aye.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Quand le Comte Garins de Beaucaire
vit qu'il ne pourroit détourner Aucassin
son fils de l'amour de Nicolette, il alla
trouver le Vicomte de la Ville son Vassal;
il l'appella, & lui dit, Seigneur Comte,
chassez Nicolette votre filleule; que mau-
dite soit la Terre d'où elle fut amenée en
ce Pays; par elle je perds Aucassin, il ne
veut point être chevalier, ni rien faire de
ce qu il doit faire; sçachez que si je puis
la tenir, je la ferai jetter au feu, & bruler,
& à vous-même je ferai du pis que je
pourrai. Sire, fait le Vicomte, je suis
bien fâché s'il va & vient la voir & lui
a
17
18 MERCURE DE FRANCE.
parler. Je l'avois achetée de mes deniers,
élevée, baptisée, & fait ma filleule. Je lui
aurois donné un jeune garçon qui auroit
gagné sa vie à labourer. Votre fils n'a que
faire de gagner la sienne; mais puisque
c'est votre plaisir & vorre volonte, j'en-
verrai Nicolette en telle Terre & en tel
Pays que jamais de ses yeux il ne la verra.
Prenez-y bien garde, fait le Comte Ga-
rins, grand mal pourroit vous en arriver.
Ils se separent.
Le Vicomte étoit très riche homme, &
avoit un riche Palais. Dans une chamère
vers le jardin il fit mettre Nicolette au plus
haut étage, & lui laissa une vieille pour
compagne, qui devoit la garder à vue. Il
leur donna pain, viande, vin, & tout ce
qu'il leur falloit, & fit la porte si bien mu-
rer qu'on ne pouvoit entrer ni sortir; Un
seul petit jour y venoit du jardin par une
étroite fenêtre.
Ici on chante.
Nicolette est en prison mise
En une chambre à voste grise
Bâtie par grand artisice
Peinte à la Mosaique;
A la fenestre marbrine
S'appuya la Mesquine.
Cherelute blonde & poupine
jitized by Goog
FEVRIER.
1752.
Elle avoit, & la rose au matiu
N'étoit si fraische que son teint.
Jamais plus belle on ne vit.
Elle regarde par la grille
Et voit la rose épanouie
Et les Oiseaux qui se dégoisent;
Lors se plaint ainsi l'orseline:
Helas, malheureuse que je suis
Et pourquoi suis-je en prison mise
Aucassin Damoiseau Sire,
Je suis votre fidele amie
Et de vous ne suis point haie;
Pour vous je suis en prison mise,
En cette chambre à vostte grise
Où je trainerai ma malheureuse vic
Sans que jamais mon cœur varie;
Car toujours serai-je sa mie.
Ici on dit, on conte & on fabloye.
Nicolette fut en prison dans la chambre
ainsi que vous l'avez oui. Le bruit se ré-
pandit dans toute la terre & par tout le
Pays que Nicolette étoit perdue. Les uns
disent qu'elle est en fuite, & d'autres, que
le Comte Garins de Beaucaire l'a fait tuer.
Qui qu'en put avoir joie, Aucassin n en
eut point; il alla au Vicomte de la Ville,
& l'appella: Sire Vicomte, demanda t-il,
qu'avez-vous fait de Nicolette ma très-
19
20 MERCURE DE FRANCE.
douce amie, la chose du monde que plus
j'aimois? me l'avez-vous ôtée & eulevée?
Sçachez que si j'en meure, la faute en re-
tombera sur vous, & vous en répondrez.
Pour le seur, ce sera vous qui de vos mains
m'aurez arraché la vie, puisque c'est vous
qui m'avez enlevé ce que dans tout le mon-
de j'aimois le plus. Beau Sire, fait le Vi-
Comte, laissez-là cette Nicolette, cette
Esclave que j'amenai de terre étrangere,
que j'achetai de mes deniers, des Sarra-
zins, que j'ai élevée, baptisée, fait ma
filleule; je l'ai nourrie, & je lui donnerai
l'un de ces jours un jeune garçon qui ga-
gnera son pain à labourer. Vous n avez que
faire de travailler; mais prenez la fille d'un
Roi, ou pour le moins d'un Comte. Que
croiriez- vous avoir gagné si vous en aviez
fait une Dame, & l'aviez mise dans votre
lict? vous seriez bien avancé. Aucassin eut
beau repliquer, jurer & tempester dans des
termes qu'il n'est pas permis de repeter
ici....
Cessez, fait le Vicomte, tout ce que
vous direz ne servira de rien, jamais vous
ne la reverrez; si vous en parlez davanta-
ge, & que votre pere le sçache, il nous
fera jetter dans le feu, & bruler elle &
moi; vous même devez vous attendre à
tout dans la fureur qui le transporte. J'en
21
FEVRIER.
1752.
suis au désespoir, dit Aucassin, en quittant
le Vicomte qui n'étoit guére moins affligé
que lui.
Ici en chante.
Aucassin s'en est retourné
De douleur absmé
Pour l'absence de sa mie
On ne peut le consoler
Et nu lle assistance lui donner;
Vers le Palais s'en est allés
Dont il monte les degrez;
Dans une chambre est entré
Et de pleurer a commencé
Grand'douleur a demenée
De sa mie s'est lamenté;
Nicolette ma toute belle,
Belle debout, assise encore plus belle,
Allant & venant toujours belle;
Belle à repondre & à parler,
Belle à rire & à jouer,
Belle à baiser & embrasser,
Pour vous je suis désolé
Et si cruellement mené
Que j'en suis près d'expiret
Ma soeur, ma douce amie.
Ici on dit, on conte & on fabloie,
Tandis qu'Aucassin étoit en la cham-
brę à regretter Nicolette sa mie, le Com-
30
22 MERCUREDEFRANCE.
te Bongars de Valence qui avoit sa guer-
re à terminer ne s'y oublia point. Il avoi
mandé ses hommes à pied & à cheval, &
s'étoit avancé vers le Château pour y don-
ner l'assaut. Aux bruits mêlés de cris qui
s'élevent partout aux environs, les Che-
valiers & les Ecuyers du Château pren-
nent les armes, & accoutent aux portes
& aux murs pour les defendre. Les Bour-
geois montent aux galeries & aux cré-
naux, d'où ils lancent dards & pieux ai-
guisés; tandis que l'assaut se donne de
toutes parts avec la derniere violence
le Comte Garins de Beaucaire vient dans
la chambre, où Aucassin se livroit à ses
regrets & à ses gémissemens pour Nico-
lette sa très-douce amie que tant aimoit.
Malheureux, que fais-tu la? dit-il, lâ-
che que tu es ! tu vois qu'on attaque ton
Château, le meilleur & se plus fort qui
soit: sache que si tu se perds, il ne te reste
plus rien dont tu ne sois dépouillé: prens
les armes, mon fils, monte à cheval
défens ta terre, & va joindre tes sujets
au combat. Quand tu n'y ferois rien, il
suffit de ta présence: qu'ils te voyent seu-
lement parmi eux, ils en défendront
mieux, & leurs biens & leurs vies, & la
terre & toi-même; grand & fort comme
tu es, tu le peux, & tu le dois.
uas hO
FEVRIER.
1752.
13
Mon pere, fait Aucassin, à quoi sert
de m'en parlet encore: que Dieu ne m'ac-
corde rien de ce que je lui demande, si
je deviens Chevalier, fi je monte à che-
val, & si je vais au combat donner ni
recevoir un seul coup, à moins que vous
ne me donniez Nicolette ma douce amie
que tant j'aime.
Cela ne se peut, mon fils, dit le pere,
je souffrirois pluntôt la perte de tous mes
biens que de consentir à la voir ta femme
& ton épouse: il le laisse en disant ces
mots.
Quand Aucassin vit son pere qui s'en
alloit, il le rapella: mon pere, dit Au-
cassin, revenez; je ferai un marché avec
vous: quel marché, beau-fils? Je prendrai
les armes, & j'irai au combat; mais je
mets dans mon marché, que si Dieu me
ramene sain & sauf, vous me laisserez
voir Nicolette ma douce amie que tant
j'aime; je ne vous demande que le temps
de lui dire deux ou trois paroles & de
la baiser une fois. Le pere accorde sa
demande, lui en donne sa foi, & Au-
cassin part aussi tôt.
Ici l'on chante.
Aucassin transporté du baiset
Qui l'attend au retoutuer
ized by Goo
24 MERCURE DE FRANCE.
Pour cent marcs d'or qu'il edt gagné
N'eut pas été aussi enchanté.
Belles armures d'acier
On lui a appareillées:
Il vestit un double aubert
Lace son heaume dans son chef:
Epée d'or met à son côté,
Et monte sur son destrier.
L'Ecu & la lance empoignée
Il se regarde à ses deux piedo
Si bien lui vont ses estriers
Et se trouve ainsi à merveilles.
De sa mie alors lui souvient
Il esperonne son destrier
Qui court moult volontiers
Tout droit à la porte il vient
A la Bataille.
Ici on dit & on conte.
Aucassin fut armé sur son cheval, com-
me vous avez oui & entendu. Dieu, que
l'Escu au col lui sied bien, le heaume au
chef, & l'épée sur la hanche gauche. Le
jeune homme étoit grand, fort, beau,
gentil, & bien conformé: son cheval le-
ger, ardent & impetueux, il le pousse
droit à la porte.
Ne croyez pas qu'il songe à prendre ni
bœeufs.
FEVRIER.
1752.
2
boeufs, ni vaches, ni chévres, & qu'il
porte aucun coup aux Chevaliers, ni qu'il
en reçoive: nenni; onques il ne s'en avisa,
mais tant resva à Nicolette sa douce amie
qu'il oublia de tenit ses resnes; il ne son-
geoit à rien moins qu'à ce qu'il devoit
taire.
Le cheval qui avoit senti l'éperon l'em-
porte dans la foule tout au milieu des en-
nemis qui l'envelopent de toutes parts. Ils
le prennent, se faisissent de son écu & de
sa lance, & l'emmenant prisonnier sans
résistance, parloient déja entr'eux de quel
genre de mort ils le feroient périr.
Ah Dieu! fait il, entendant ces mots,
où suis-je? mes ennemis m'enmenent
ainsi; ils vont donc me couper la tête; &
puis quand j'aurai la tête coupée, je ne
parlerai plus jamais à Nicolette ma douce
amie que tant j'aime. J'ay encore, dit-il,
uhe bonne épée, & je monte un bon des-
trier frais & sejourné, s'il ne me deffend
en ce jour, qu'à jamais soit- il maudit.
L'enfant étoit grand & fort, monté sut
un cheval, qui n'étoit pas moins souple &
agile, il met l'épée à la main, & le voilà
qui commence à frapper à droite & à gau-
che; il tranche, taille, fait voler têtes, bras
& jambes, & fait la place vuide ou san-
glante tout autour de sui, comme un San-
Mes
26 MERCUREDÉFRANCE.
glier que les chiens assaillent dans la fo-
rêt: dix Chevaliers ennemis resterent es-
tendus morts & 7 blessez: il se tire de la
messée & tevient au galop, toujours son
épée à la main.
Le Vicomte Bongars de Valence qui
avoit oui dite qu'on pendroit Aucassin son
ennemi, accouroit de ce côté. Aucassin le
reconnoissant, & levant aussi-tôt son épéc,
lui en porta sur le heaume un si furieux
coup, qu'il lui entâma la tênte, & le jetta
par terre tout étourdi. Aucassin tend la
main, le prend, & le tirant par le nés de
son heaume, le livre prisonnier à son pere.
Mon Pere, dit Aucassin, voici votre
ennemi qui tant vous a fait de maux & de
tourmens depuis dix ans que dure certe
guerre sans que personne ait pu en venir
à bout.
Beau fils, dit le Pere, ce sont là de ces
tours de jeunesse qui conviennent à vo-
tre âge sans songer davantage à vos folles
amours. N'allez vous pas encore me pres-
cher, mon Pere: dit Aueassin, songez
plustot à me tenir la parole que vous m'a-
vez donnée. Quelle parole, beau fils! Quoi,
mon pere, l'auriez vous deja oubliée? Par
mon chef l'oublieta qui voudra, pour
moi je ne la veux pas oubliet, mais je l'ai
fort à cœeur. Comment ne m'avez vous pas
3o
FEVRIER. 1752.
27
promis, quand je pris les armes & quand
j'allai au combat, que si Dieu me rame-
noit sain & sauf, vous me laisseriez voir
Nicolette ma douce amie, que j'aime tant,
tant voir que je pourrois lui dire deux ou
trois paroles, & la baiser une fois. Ainsi
me l'avez vous promis, & je veux que
vous la teniez.
Dieu me punisse, dit le Pere, si j'en fals
rien, & si elle étoit ici, je la brulerois
dans un feu, & vous même auriez tout à
craindre de moi. Est ce là tout, dit Aucas-
sin. Qui par Dicu, oui, fait le pere. Certes,
répond Aucassin, je suis faché de voir men-
tir un homme de votre âge. Puis, s'adres-
sant au Comte de Valence, n'estes vous
pas mon prisonnier, lui dit-il? oui certes,
fait le Comte. Donnez-moi donc votre
main, dit Aucassin. Très volontiets, fait
le Comte, en mettant sa main dans celle
d'Aucassin qui exige sa foi d'accomplir
tout ce qu'il lui dira de faire. Jurez moi,
dit Aucassin, que toutes les fois qu'il vous
prendra envie, ou que vous serez en pou-
voir de faire honte ou dommage à mon
pere, soit en sa personne, soit dans ses
biens, vous ne vous y épargnerez pas. Ces-
sez de vous mocquer de moi, Sire, dit-il,
imposez moi telle rançon qu'il vous plaira,
vous ne sçauriez me demander or; argent,
B1
a8 MERCUREDE FRANCE.
chevaux, palestois, fourures de vait ou
de gris, chiens & oiseaux, que je ne vous
les donne. Comment, fait Aucassin, ne
vous reconnoissez vous donc pas pour mon
prisonniet? Je l'avoue, fait le Comte Bon-
gars. Dieu me damne, fait Aucassin, vous me
donnerez votre foi, ou je vous fais sauter
la cervelle. Je vous jurerai par Dieu tout
ge qu'il vus plaita, repond-il, & lui en
donne sa parole. Aucassin alors le fait mon-
ter sur un cheval, en monte un autte, &
le conduit en lieu de sureté.
Ici l'on chante.
Quand se Comte Gatins
Voit que son enfant Aucassin
Il ne peut détacher pour rien
De Nicolette au joli minois
En prison il l'a mis
Dans un caveau soutertain
Fait de marbre gris.
Quand Aucassin s'y vit,
Jamais ne fut si marri
A lamenter alors se prit,
Comme ici vous pourrez l'ouit,
Nicolette fleur de lis
Douce amie au clait vis,
Plus êtes douce que raisis
Et que soupe en vin.
PEVRIER.
1752.
L'autre jour vis un Peleria
Natis de Limousin
Couché dedans son lit
Du mal de l'esvertin.
Fortement estoit entrepris
Du mal que je dis,
Tu passas devant son lit
Et tout aussi- tôt fut gueri
Plus que jamais le Pelerin.
Aussi sauta t-il de son lit,
S'en retourna dans son Pays
Tout fain & tout gueri.
Douce amie, Fleur de lis,
Belle à voir aller & venit,
Se jouer & se divertir
Converser & s'entretenir,
Belle à baiser & à semit
Nul ne vous pourroit hair;
En prison pour vous fuis mis
Dans ce caveau soutertain
Où je fais si triste fin
Qu'il m'y faudra moutit
Pour vous ma deuce amie.
Iei on dit, on conte, ou fabloie.
Aucassin fut mis en prison, comme vouo
avez oui & entendu, & d'autre part Ni-
colette étoit dans sa chambre étroitement
Biij
Te
2
30 MERCUREDE FRANCE.
gardée. Ce fut au tems d'Eté dans le mois
de Mai que les jours sont si clairs & si
longs, & les nuits si douces & si sereines.
Nicolette une nuit dans son lit couchée
apperceut à travers la fenestre la Lune qui
luisoit, & entendit au jardin le Rossignol
qui chantoit; si lui souvint d'Aucassin son
ami que tant aimoit. Lors commence
à penser au Comte Garins de Beaucaire
qui à mort la haissoit, & ne douta point
qu elle ne fust perdue du moment qu'elle
étoit accusée, & que Garius en estant ins-
truit, ne la fit aussi tôt mourir de mort
cruelle.
Elle entendit que la vieille qui la gar-
doit étoit alors endormie: à l'instant elle
se leve, met dans ses bras son manteau de
soye, tire les draps de son lit, les nouë
l'un à l'autre, & en fait une corde la plus
longue qu'elle peut, elle l'attache au pilier
de la fenestre, & la jette en dehors, puis
prenant sa robe à deux mains, l'une de-
vant, l'autre derriere, se laisse couler sur
la rosée dont le gazon estoit couvert, &
descendit ainsi dans le jardin.
Les cheveux elle avoit blonds, & en pe-
tites boucles frisés, ses yeux étoient vairs
& rians, son visage bien proportionné,
son nez droit & élevé, & ses petites lé-
vres plus vermeilles que n est cerise & rose
ted by Goc
FEVRIER. 1752.
31
en temps d'Esté, les dents blanches & pe-
tites, & ses dures pomelettes qui sa robe
foulevoient, surpassoient la blancheur de
deux noix nouvelles fraischement écossées.
Sa taille étoit si déliée qu'à deux mains
vous l'eussiez embrassée, & les fleurs des
marguerites qu'elle rompoit en les foul-
lant, & qui lui revenoient sur le col de
pied, paroissoient noires auprès de ses
jambes & de ses pieds, tant blanche étoit
la fillette.
A la porte elle arriva, l'ouvrit & sortit
dans les ruës de Beaucaite à l'ombre de la
Lune qui étoit claire alors, & brillante;
tant chemina qu'elle vint à la Tour où son
ami estoit. La Tour estoit fendue d'espace
en espace. Vers un des pilliers la pauvrette
se tapit, se serre dans son manteau, &
met sa teste contre la Tour qui étoit vieille
& antique; elle entend son Aucassin qui
pleuroit & faisoit grand deuil pour son
amie que tant aimoit, & que tant regret-
toit. Quand elle l'eut assez écouté, elle
commence à dire:
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clait
S'appuie à un pilier,
Elle entend Ancassin pleurer
It sa mie regretter.
B iiij
32 MERCUREDEFRANCE.
Or elle dit sa pensée:
Aucassin gentil Bachelier,
Franc Damoiseau honoré,
Que vous sert de lamenter
De vous plaindre & de pleurer
Quand point de moi ne jouirez;
Puisque votre pere me hait.
Et toute votre parenté
Pour vous je passerai les mers
J'irai en autre contrée.
De ses cheveux elle a couper
Là dedans les a jettea.
Aucassin le Bachelier
Les a pris & caressez,
Embrassez & baisez,
Et dans son sein les a cachez,
Si recommence à pleurer
Tout pour sa mie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Quand Aucassin à Nicolette entendit
dire qu elle s'en vouloit aller en lointaine
contrée, il se livre à son désespoir. Belle
douce amie, fait-il, non, vous ne vous
en irez point; aussi tont vous m'auriez don-
né la mort. Le premier venu qui vous ver-
toit, & qui le pourroit, vous prendroit sut
le champ, dans son lit il vous mettroit, &
de vous se satisferoit; & si-tost que vous
auriez couché en lit d'autre homme que le
Co
FEVRIER. 1752.
33
mien, n'imaginez pas que j'attendisse un
cousteau pour me le plonger dans le coeur
& me tuer, nenni vrayment, je ne l'atten-
drois point; mais de si loin que je vertois
une muraille on une pierre dure, je pren-
drois mon escousse pour m'élancer, & j'y-
rois si rudement me heurter la teste que
j'en ferois sortit les yeux & la cervelle.
Encore aimerois-je mieux une telle mort
que de sçavoir que vous eussiez couché dans
le lit d'un autre homme que moi.
Ah! fait-elle, je ne crois pas que vous
m'aimiez autant que vous dites; c'est moi
qui vous aime plus que vous ne m'aimez.
Non, belle douce amie, fait Aucassin, il
ne se peut pas que vous m'aimiez autant
que je vous aime. Nulle femme ne sçau-
roit aimer un homme autant qu'un homme
fçait l'aimer. L'amour de la femme n'est
que dans ses yeux, dans l'extrémité de son
sein, & au bout de ses pieds; mais l'amour
de l'homme est enfoncé au beau milieu de
son cœur, de façon que rien ne peut P'en-
arracher.
Tandis qu'Aucassin & Nicolette par-
loient ensemble, voici venit le long de la
rue les Soldats du Guet de la Ville qui
avoient seurs épées nues cachées sous leurs
capotes. Lè Comte Garins leur avoit bien
recommandé, s'ils pouvoient prendre Ni-
BV
ed by Go
34 MERCUREDEFRANCE.
colerte, de ne pas manquer à la tuer. Le
Sentinelle placé au haut de la Tour les vit
venit, & les entendit parler d'elle, disant
entre eux, qu'ils la mettroient à mort. Ha
Dieu! fait-il, quel dommage s'ils tuoient
une si gentille pucelle! Et que ce seroit
une belle charité si je pouvois, sans qu'ils
s'en apperçussent, l'avertir de prendre
garde à eux. Ils ne l'auront pas tuée, qu'Au-
cassin mon Damoiscau en mourra sans
fante, & ce seroit grand dommage.
lei l'on ehante.
Le Sentinelle fut vaillant
Preux, courtois & prudent.
Si a commencé un chant
Qui beau fut & avenant.
Pucelle avec un cœeur franc,
Un cors tu as gentil, plaisant,
Les cheveux blonds & avenans
Les yeux & vairs & rians
Bien voit- on à ton semblant
Que parlé tu as à ton Amant
Qui pour toi s'en va mourant.
Je te le dis, & tu m'entens;
Garde toi de ces Seldats méchans
Qui sous leurs capes vont cachans
Leurs glaives nuds & trenchans
Et qui te vont menaçant
FEVRIER. 1752.
35
D'un tour cruel & sanglant,
Si garde tu n'y prens.
Ici l'on dit. l'on conte & l'on sabloie.
Helas! fait Nicoletre, que F'ame de ton
pere & de ta mere soient en doux repos,
puisque si charitablement & si courtoise-
ment tu mas avertie. S'il plaît à Dieu je
me garderai bien d'eux. Que Dieu mo
soit en aide Elle se resserre dans son man-
teau à l'on bre du pillier jusqu'à ce qu'ils
fussent passez bien loin, & prend congé
d'Aucassin. Tant chemina qu'elle vint aux
murs du Chateau. Le mur estoit percé &
fendu: elle grimpa dessus & fit st bien,
qu elle arriva entre le mur & le fossé. Elle
regarde à ses pieds, & fremit de voir com-
bien il étoit profond & escarpé. Ah Dieu,
fait elle, doux Créateur, si je me laisse
tomber je me casserai le col; cepen-
dant si je reste ici, on me prendra, &
l'on me fera bruler dans un feu ardent: en-
core vaut il mieux mourir ici que d'estre
en spectacle à tout un peuple. Elle fait le
signe de la croix & se laisse couler au sonds
du fossé. Quand elle y fut descendue, ses
beaux petiis pieds, & ses belles mains qui
n'avoient appris à être blessés, furent tous
meurtris & escorchés, tant que le sang en
Bvj
36 MERCUREDEFRANCE.
ruisseloit en douze endroits, mais l'extrêm-
me frayeur qu' elle avoit fit qu'elle ne sen-
tit mi mal ni douleur.
Ce n'étoit pas tout que d'y être entrée,
il falloit en sortit, & sa peine redoubloit;
mais elle pensa qu'il ny faisoit pas bon
pour elle. De bonne fortune, elle trouva
un des pieux aiguisez que ceux du dedans
avoient jettez en deffendant le Château;
elle s'en aida pout y monter pied-à pied,
faisant un pas, puis un autre, non sans
grande peine, enfin elle en sit tant qu'elle
parvint jusqu en haut.
La Forest n'étoit éloignée que de deux
portées d'arbalestres elle avoit vingt une
lieues en long & en large, & elle étoit si
farcie de bestes feroces & de serpens de
toute espece, que Nicoletre tremble d'y en-
tret dans la crainte d'y perdre la vie, ou
d'estre remenée dans la Ville si on la ren-
controit, & d'y être brussée toute vive.
Ici l'on chante.
Nicolette au visage clair
Estant au haut du fossé
Se met à lamenter,
Et Jesus Dieu implorer,
Pere Roi de Majesté
Je ne sçai plus où allez;
S je vais an Bois feuillé,
FEVRIER.
1752.
Des vilains Lions & Sanglieri,
Dont il y a si grande quantité,
Je serai tantôt dévorée.
Si j'attens à la matinée,
Qu'ici je sois trouvée,
Le seu sera allumé
Dont je serai embraséo.
Mais par le Dieu de Majesté
Encore mieux j'aimerai.
Qu'affreux Lions & Sangliere
De moi soient rassasiés
Que de retourner à la Cité.
Non je n'irai jamais.
Ici. l'on dit, l'on conte & l'an fabloye.
Nicolette douloureuscment se lamen-
toit comme vous avez oui, & se recom-
mandoit à Dieu. Tant alla qu'elle vint à la-
forest; mais elle n'osa trop s'avancer dans
la frayeur qu'elle avoit des bestes féroces
& des serpens. Elle se tapit sous un buisson
épais, & à force d'accablement s'y eudor-
mit jusqu'au lendemain à la premiere heu-
re du jour lorsque les Pastres sortoient de
la Ville, & menoient leurs bestes aux
champs entre le bois & la riviere.
Les Pastoureaux se retirerent à l'écart au-
bord d'une claire fontaine qui couloit le
long de la forest. Là ils étenditent une de
yGoo
3
38 MERCURE DE FRANCE.
lurs cappes & y mirent leur pain Tandis
qu'ils étoient à manger, Nicolette s'étoit
éveillée au bruit des oiseaux & des Pastou-
reaux; elle s'approcha d'eux & leur dit,
Dieu vous assiste mes enfans. Dieu vous
benisse, répondit l'un d'eux qui avoit la
parole à la main plus que les autres. Beaux
enfans, dit-elle, connoissez vous Aucassin,
le fils du Comre Garins de Beaucaire ? Si
nous le connoissons, & par Dieu oui. .Eh
bien mes enfans, les pria t elle, ne man-
quez pas de l'avertir qu'il y a une Biche
dans la forest; qu'il vienne la chasser, &
que s'il la peur prendre, il n'y a pas un de
ses membres, dont il ne donnast pour l'a-
voir, cent, & cinq cens marcs d'or, &
même tout l'or & le bien du monde. A ces
mots ils jettent les yeux sur elle, & la vi-
rent si belle qu'ils en futent éblouis. Je n'y
manquerai pis, répondit en riant celui
qui avoit la parole le plus à la main, mau-
dit soit qui lui en parlera. Vous mocquez-
vous de nous charget d'une si sotte com-
mission. Il nya pas dans toute la forest
une beste si rare, ni cerf, ni lion, ni san-
glier dont le quartier vaille plus de deux
deniers ou trois au plus. Que nous contez-
vous donc? Maudit soit encore, vous dis-
je qui vous en croira, & qui lui en dira
rien: Allea, vous n'estes qu'une sorciere;
d by Goc
FEVRIER. 1752.
39
nous n'avons que faire de votre compa-
gnie, passez votte chemin. Ah! bel En-
fant, dit elle, je vous en prie La beste a
telle vertu qu'Aucassin en sera gueri de
son mal. Tenez voici cinque sols que j'ai dans
ma bourse, allez lui dire qu'il vienne la
chasset dans trois jours au plus, & que s'il
ne la trouve pas d'ici à ce temps-là, il peut
renoncer à jamais guerit de son mal. Par
ma foi, dit-il, les deniers sont toujours
bons à prendre. Qui, nous le lui dirons,
s'il vient; mais nous n'irons pas le cher-
cher pour çela. A la bonne heure, fait Ni-
colette; puis prenant congé des Pastou-
reaux, elle se retire.
.
Ici l'on chanto.
Nicolette au teint de lis
Des Pastoureaux se départit.
Son chemin aux Bois elle a pris
Par un vieux sentier antique
Jusqu'au lieu où deux chemins
Se partageoient par le pays.
Or à penser se mit
Qu'elle éptouveroit son ami
Et sçaura s'il l'aime autant qu'il dit.
Elle cueille des fleurs de lys
De l'herbe de Narcisse
Et des feuilles aussi.
(0
MERCUREDEFRANCE.
Une loge elle en sit
Plus gente que jamais ou n'en vit.
Jure Dieu qui point ne mentit
Que si par-là vint Aucossio
Et qu'il ne s'y reposat un petit.
Pour l'amout d'elle, poins ne sera son ami
Ni elle son amie.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Nicolette ayant fait sa loge, comme
vous aven oui & entendu, très-belle &
très-gentille, la garnit pat dehors & par
dedans de fleurs & de feuilles, puis s'é
carte sous un épais buisson pour observer
ce que feroit Aucassin.
Le bruit & les cris se répandirent dans
toute la terre & la contrée de la perte de
Nicolette. Les uns disoient qu'elle s'étoit
enfure, les autres, que le Comte Garins
l'avoit fait mourir. Qui qui en fur bien-
aise, Aucassin ne le fut point du tout. Le
Comte Garins son Pere (delivré de ses
craintes) se fit mettre hots de prison,
manda tous les Chevaliers de sa terre, &
les Damoiseaux. Il tint une feste somptueu-
se dans l'intention de consoler Aucassin
fon fils. Au moment ou la Cour étoit la
plus nombreuse, le triste Aucassin se tenoit
appuyé à un piliet, dolent, plongé dans
la douleux & dans la mélancolie; quel-
FEVRIER. 1752.
41
que fust la joie d'un chacun, il n'en étoit
nulle pour Aucassin, il n'y voyoit tien de
ce qu il aimoit.
Un Chevalier l'ayant confideré s'appro-
cha de lui, l'appella: Aucassin, fait- il, de
pareil mal que vous avez j'ai aussi été ma-
lade: aussi je vous donnetai un bon con-
seil si vous m'en voulez croire. Sire, grand
merci, dit Aucassin, de bon conseil j'au-
rois grand befoin. Montez à cheval, fait
le Chevalier, allez vous promener le long
de cette forest, vous verrez ces fleurs, &
ces herbages, vous entendrea ces oisillons
chanter; peut- estre entendrez vous choses
qui vous soulageront. Sire grand merci,
dit Aucassin. Aussi-tost se dérobant de la
salle, il descend les degrés, va dans l'écu-
rie où estoit son cheval, il le fait seller &
brider, met le pied à l'estrier, monte, &
le voilà parti du chasteau.
Tant chemina qu'il arriva dans la forest,
& tant il courut qu'il se trouva à la fontai-
ne où il rencontra les Pastoureaux sur le
midi qui avoient estendu leuis capotes sur
l'herbe, mangeoient leur pain, & deme-
noient grande joie.
Ici l'on chante.
Or les Pasteurs sout assemblea
Usmerez & Mattinea
42 MERCUREDE FRANCE
Fruelins & Johannès.
Lucas dit, compaznons guais
Dicu gatde Aucassinet:
Vraiment oui le gentil valet,
Ee la pucelle au corps bien fait
Qui chevelure blonde avoit,
Et nous donna de ses deniers
Dont gasteaux avons achetés.
Avec gu ines & coustelets.
Et fluttes & cornets
Pipeaux & petits maillets,
Dieu le garde.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloye.
Qiand Aucassin entendit les Pastoureaux,
il lui souvint de Nicolette sa très-douce
amie que tant aimoit, & il pensoit que
la elle avoit été; il piqua des deux, & sa-
vança vers les Pastoureaux.
Dieu vous soit en aide, beaux enfans,
leur dit- il; Dicu vous benisse, répond cę
lui qui avoit plus que les autres le talent de
parler. Beaux enfans, reprend Aucassin, par
grace, repetez-moi la chanson que vous ve-
nez de dire. Nous n'en ferons rien, répondit
celui qui parloit toujours pout les autres,
maudit soit qui vous chantera, beau Sire.
Ne me connoissez-vous pas, mes enfans, re-
pliqua Aucassin: vraiment oui, nous sçavons
bien que vous êtes Aucassin notre Damoi-
100
1ed0
FEVRIER.
1732.
45
seau. Nous ne sommes point à vous, mais
au Comte (votre pere). Accor dez moi ma
demande, Enfans, je vous en prie; Oui
parbleu, oui, & pourquoi chanterois je
pour vous s'il ne le me plaisoit pas. Il ny
a si riche homme dans le Pays à la verité
que le Comte Garins, mais que nous im-
porte? S'il crouvoit mes boeufs, mes va-
ches, mes berbis dans ses prez & dans ses
fromens, il ne seroit pas si hardi de les sai-
sir, & il noseroit les en chasser. A quoi
bon chanterois je pour vous s'il ne me plai-
soit pas de chanter. Pour l'amour de Dieu
bel enfant, vous ne me refuserez pas: te-
nez, voilà dix sols que j'ai dans ma bourse.
Pour les deniers, Sire, nous ne les refuse-
rons pas, mais je ne chanterai pas, car j'en ai
fait serment; je vous conterai si vous voulez.
Par Dieu, fait Aucassin, encore aime- je mieux
entendre conter que de ne rien sçavoir.
Sire, nous estions ici tantôt entre Pri-
me & None, à peu près comme vous nous
voyez à manger notre pain au bord de
cette sontaine, quand une Pucelle vint à
nous la plus belle du monde, tant que
nous croyions que ce fût une Fée, & que
tout le bois en tut éclairé. Elle nous donna
tant de ses deniers, que nous lui promis-
mes si vous veniez ici, de vous dire d'aller
chasser dans cette forest, & qu'il y avoit
d by Go
44 MERCURE DE FRANCE.
une beste telle que si vous pouviez la pren-
dre, vous n'en donneriez pas un quartier
pour 500 marcs d'argent, ni pour tout l'ot
du monde: car elle a une si merveilleuse
proprieté que si vous la pouviez prendre,
vous seriez gueri de votre mal; il faut que
dans trois jours vous l'ayez prise, sans ce-
la vous ne la reverrea jamais. Allez donc
la chasser si vous voulez, smon n'y allez
pas. Ma commission est faite. C'est assez
enfans, dit Aucassin, Dieu me la fasse ren-
contrer.
Ici l'on chante.
Aucassin ouit les mots
De son amie au gentil corps
Qui le percent jusqu'au coeut,
Il entre au fond du boic.
Le Destrier au trot
L'emporte & au galop:
Or il a dit ces ttois mots.
Nicolette au gentil cors,
Pour vous suis venu au bois,
Je ne chasse ni cerf ni porc,
Mais je suis sur vos talons
Pour vois vos yeux & votre cots.
Votre deux tire, vos doux mots
Ont mon coeut blessé à mort.
plaist à Dieu le Seigneut sort
100
FEVRIER.
1752.
4.
Je vous revertai encore,
Douce sour, m'amour.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin par la forest alla, son destrier
grand train l'emportoit. Ne vous imaginez
pas que les ronces & les espines l'espar-
gnassent, point du tout. Ses habits en fu-
rent tous déchirés, & il n'en restoit pas un
morceau à recoudre l'un par dessus l'autre.
Le sang lui coule des bras, des contés & des
jambes en vingt ou trente endroits, & s'on
auroit pu le suivre à la trace du sang, dont
n couvroit l'herbe où il passoit: mais de
Nicolette il étoit tant occupé, de Ni-
colette sa douce amie, qu'il ne sentoit ni
mal ni douleur. Il erra ainsi dans la forest
toute la journée sans en avoir aucune nou-
velle. Quand il vit la nuit approcher, il se
prit à pleurer de ce qu'il ne la rrouvoit
point.
Comme il suivoit une ancienne route
où l'herbe étoit haute, il voit dans le mi-
lieu un homme tel que je vais vous le des-
peindre. Il estoit grand, terrible, laid &
hideux; il avoit une face large, plus noire
qu'un chartbon, l'entre deux de ses yeux
avoit une pleine paume de travers: avec
cela il avoit des jouës d'une grandeu
énorme, le nez prodigieusement gros &
nad
46 MERCURE DE FRANCE.
écrasé, d'amples narines tout ouvertes,
de grosses levres plus rouges qu une escar-
boucle, de grandes dents jaunes & affren-
ses. Sa chaussure estoit des souliers de cuit
de bœeuf avec des bottes de bois de tilleul
qui lui montoient jusqu'au dessus du ge-
nouil. Il étoit vestu d'une capotte à deur
envers, & appuyoit son corps hideux sur
une grande massue.
Aucassin l'ayant rencontré fut saisi d'ef-
froy. Dieu t'assiste, beau frere, lui dit-il.
Dieu vous benisse, respondit le Monstre.
Que fais- tu ici, dit Aucassin: que vous
importe, fait l'autre? tien, dit Aucassin,
je ne vous le demande qu'à bonne inten-
tention. Qu'avez- vous à pleurer, dit
l'homme, & de quoi vous affligez-vous
tant? Certes, si j'estois aussi riche que vous
estes, tout le monde ne seroit capable de
me faire pleurer. Et comment me con-
noissez- vous si bien, fait Aucassin: Qui; je
sçais que vous estes Aucassin le fils du Com-
te, & si vous me dites pourquoi vous pleu-
rez, je vous dirai ce que je fais ici. Certes
fait Aucassin, je vous le ditai très-volon-
tiers. Je suis venu ce matin chasser dans
cette forest avec un levrier blanc le plus
beau du monde, j'ai eu le malheur de le
perdre, c'est le sujet de mes pleurs. Oui
vraiment, & l'on dit mesme que c'est
by Go
*- -
FEVRIER 1752.
47
pour un vilain chien puant que vous pleu-
rez ainsi. Mandit soit qui ne le mocquera
de vous, puisque votre pere est si grand
Seigneur, que s'il en demandoir dix, quin-
ze ou vingt autres, on se feroit un plaisit
de les lui donner. J'ai bien un autre sujet
de pleurer, & de m'affliger, quoi donc,
frere; Je vous le dirai, Sire.
Je fervois un riche Paysan, qui m'avoit
loué pour mener sa charrue, & me confia
quatre bœeufs; il y a trois jours que j'ai
perdu le meilleur Roger, le meilleur
bœeuf de ma charrue. Je vais par tout le
cherchant depuis trois jours sans boire ni
manger, & je n'ose rentrer dans le villa-
ge, de crainte qu'on ne me fourre en pri-
son, car je n'ai pas un sol pour le payer :
je n'ai vaillant dans le monde que ce que
vous voyez sur moi: ma pauvre mere n'a-
voit aussi qu'une meschante cotte, on la
lui a arrachée de dessus le dos, actuelle-
ment elle est sur la paille, & son estat
m'afflige encore plus que le mien. L'ar-
gent va & vient; si j'ai perdu cette fois-
ci, un autre jour je regagnerai, & je re-
couvrerai mon boeuf quand je pourrai.
Ce n'est pas pour cela que je pleurerois:
mais quoi, vous, c'est pour un chien que
vous pleurez depuis si long tems? maudit
soit qui de vous ne se mocqueroit, & qui
48 MERCUREDEFRANCE.
seroit assez sot pour vous plaindre. Beu
frere, Dieu vous benisse; que pouvoit va-
loit ton bœeuf? On en veut avoir ving
sols; & je n'en puis faire rabbatre unt
seule maille. Tiens, dit Aucassin, les vor
ci dans ma bourse, va payer ton boeuf
Grand merci, Seigneur: le bon Dieu vous
fasse trouver ce que vous cherchez. Le
Bouvier s'en va, & Aucassin continue de
marcher.
La nuit estoit belle & sercine, & tant il
chemina qu'il atriva à la feuillée de Ni-
colette si bien tapissée de fleurs, & par
dedans & par dehors, qu'on ne pouvoit
rien de plus beau. Aucassin en la voyant,
s'arresta tout court. Ah! Dieu, dir-il,
il faut que Nicolette ait surement été ici
c'est ma douce amie, ce ne peut estre une
autre, qui de ses belles mains a tissu cette
loge. Je veux pour l'amour d'elle descen-
dre ici, & y passer la nuit. Comme il
mettoit le pied hors de l'estrier pour des-
cendre du cheval qui étoit grand & haut,
il vint à penser à Nicolette sa très douce
amie, & se laissa tomber si rudement sur
une roche, qu'il se desmit l'espaule, Quoi-
qu'il se sentit bien blesse, il fit tant que de
l'autre main il attacha son cheval à un buis-
son d'espines du mieux qu'il put; ensuite
se destournant un peu, il entra en se bais-
sant
d by Goo
FEVRIER.
1752.
49
sant dans la loge. Il considera les estoiles
qui luisoient au Firmament
& dont une
brilloit sur toutes les autres: à l'instant il
commen ce à dire.
Ici l'on chante.
Estoile qu'ici j'apperçois,
Que la Lune tire après toi,
Ma Nicolette est avec toi;
Nicolette celle au blond poil.
(Lacune.)
Qu'à la distance où je te voi
La haut je fusse près de toi !
Ah! combien je te baiserois!
Quand je serois fils de Roi,
Tu serois trop bonne pour moi
Ma soeur, ma douce amie.
Quand Nicolette, qui n'estoit pas loin,
eut entendu Aucassin, elle courut à la lo-
ge les bras ouverts, se jetta à son col, le
baisa, & l'embrassa. Beau doux ami,
soyez le bien retrouvé; & vous, belle
douce amie, soyez la bien retrouvée; &
tout en disant ces mots, de se baiser & de
s'embrasser. Rien de si beau que de voir la
joye qu'ils se faisoient. Ah! douce amie,
fait Aucassin, tout à l'heure j'estois bien
blesse à l'espaule, je ne sens plus ni mal ni
50 MERCUREDEFRANCE.
douleur depuis que je vous tiens. Elle le
taste par tout, & trouve qu'il a l'espaule
déboctée. Elle le mania tant avec ses belles
mains, & fit tant, avec l'aide de Dieu,
qui assiste toujours les Amans, que l'es-
paule fut remise à sa place; puis prenant
des fleurs & de l'herbe fraiche, & des
feuilles vertes qu elle enveloppa, & atta-
cha avec un pan de sa chemise, elle le
guerit parfaitement. Aucassin, beau doux
ami, fait- elle alors, il faut songer mainte-
nant à ce que vous ferez. Si demain votre
pere fait visiter cette forest, & qu'on my
trouve, quoique de vous on fasse, il n'est
pas douteux que pour moi on me fera mou-
rit. Certes, belle douce amie, j'en serois
au desespoir; mais si je puis, ils ne vous
attraperont pas. Il monte sur son cheval,
prend sa mie devant lui en la baisant &
l'embrassant, & ils s'en vont à travers
champs.
Ici l'on chante.
Aucassin le beau, le blond,
Rempli de sa passion,
Sort du bois profond
Tenant dans ses bras ses amours
Devant lui sur son arçon.
Les yeux lui haise & le front,
La bouche & le menton.
FEVRIER.
1752.
Aucassin, mon ami doux
En quelle terre irons-nous
Dit la Belle; Aucassin respond,
Que m'importe où nous irons,
Puisqu'ensemble nous allons:
Tant vont pat vaux & par monts
Traversant les villes & les bourgs
Qu'à la mer ils arrivent au jour,
Et descendent sur sablon
Près du rivage.
Ici l'on dit, l'on conte & l'on fabloie.
Aucassin lui & sa mie au rivage sont des-
cendus, comme vous l'avez oùi & enten-
du; il tient son cheval par la bride, & sa
mie par la main: ils vont ainsi suivant le
rivage, tant qu'ils apperçoivent des Mar-
chands qui naviguoient. Aucassin leur fit
signe d'approcher, & la barque vint à lui,
il fit tant par ses prieres qu'ils l'y receu-
rent.
A peine avoient- ils gagné la haute mer,
qu'ils furent accueillis d'une horrible tem-
peste, qui, les jettant d'une coste en une
autre, les poussa enfin dans une terre
estrangere, & les mit dans le Port du
Chasteau de Torelore. Ils demanderent en
quelle terre ils estoient, & on leur re-
pondit que c'estoit la terre du Roi de Tore-
lore. Quel homme est-ce, demanda en-
Ci
OO
50
52 MERCUREDE FRANCE.
core Aucassin? Seroit il en guerre? vrai-
ment oui, respondit on, & très-cruelle.
A l'instant il prend congé des Marchands
qui le recommanderent à Dien: il monte
sur son cheval, l'espée sur le flanc, sa mie
devant lui, & tant chemina qu'il arriva
au Château. Où est le Roi, demanda-t- il ?
il est en conche, respondit on, & sa fem-
me à la guerre, elle y a mené tous les gens
du pays, respondit-on. Aucassin à ce pro-
pos fut dans le plus grand estonnement:
il vient au Palais, descend de cheval avec
sa mie qui tient son cheval, monte au Pa-
lais l'espée au costé, & traversant les ap-
partemens, arrive à la chambre où le Roy
estoit en couche.
Ici l'on chante.
Dans la chambre entre Aucassin,
Le courtois, le gentil.
Il est venu jusqu'au lit,
Au lit od le Roy gist.
Devant lui P'arreste surptis;
Or es coutez ce qu'il lui dit.
Faux Roy, que fais-tu ici :
Je suis en couche d'un fils,
Dit le Roy, quand jautai accompli
Mon terme, jo serai gueri,
Puis j'irai la messe ouir
It après contre mes ennemis
FEVRIER.
1752.
53
Pirai en guerre me divertit,
Je n'y manquerai pas.
Ici l'on conte l'on di-, & l'on fabloie.
Quand Aucassin entendit le Roy ainsi
parler, il prit toutes les couvertures qui
sur lui estoient, les éparpilla au milieu de la
chambre, & trouvant derriere le lit un bas-
ton, le prit, se retourna, & rossa le Roy
de façon à le laisser mort sur la place. Ah !
beau Sire, dit le Roy, que voulez vous
de moi? Avez-vous perdu l'esprit de ve-
nir me battre dans ma maison? Ce que je
veux, dit Aucassin! Je vous tuerai par-
bleu, mauvais fils de P. si vous ne me ju-
rez que jamais homme dans votre terre
ne sera plus en couche d'enfant. Quand le
Roy le lui eut promis; maintenant dit Au-
cassin, menez mot à l'armée où est votre
femme: volontiers, fait le Roy, qui mon-
te aussi-tost sur son cheval: Aucassin va sut
le fien avec lui, laissant Nicolette dans la
chambre de la Reyne. Tant cheminerent
le Roy & Aucassin, qu'ils arriverent où
la Reyne estoit, & la trouverent au fort
de la bataille qui se donnoit à coups de
pommes, d'oeuts frais, & de fromages:
Aucassin tegarde, & ne revient pas d'es;
tonnement.
Ciij
gines ud
34 MERCUREDE FRANCE.
Ici l'on chaute.
Ancassin tout court s'est arresté
Et commence à regarder
Ce fier combat en champ mortel
Entre ces braves guerriers.
Qui pommes, œufs & fromages frés
Aux champs avoient apportés.
Celui qui mieux trouble l'eau d'un gué
Est pour meilleur champion prisé.
Aucassin vaillant & altier
Commence à les regarder,
De rite se met à éclatet.
Ici l'on dit, k' on conte, & Pon fabloye.
Quand Aucassin vit cette merveille; il
vient au Roy, l'appelle, & lui dit, Sire,
sont-ce-là vos ennemis? oui vraiment, dit
le Roy. Voulez-vous que je vous vange
d'eux, ajousta Aucassin: je ne demande
pas mieux. Aussi- tôt Aucassin met l'espée
a la main, se jette à travers les rangs,
frappe à droite & à gauche, & en estend
plusieurs morts sur la place. Que faites-
vous donc là, lui crie le Roy, en sautant
à la bride de son cheval! Ah! beau Sire, ne
les tuez pas comme vous faites. Comment
donc voulez-vous que je vous vange d'eux,
demande Aucassin? vous, en faites trop,
dit le Roy, nous n'avons pas accoutumé
FEVRIER. 1752.
de nous tuer de la sorte, nous nous enten-
dons de nous mettre en fuite réciproque-
ment. Le Roy & Aucassin s en retourne-
rent au Chasteau de Torelore, où les gens
du pays dirent au Roy de chasser Aucassin
de sa terre, & de retenit Nicolette pour
son fils, car elle leur sembloit bien fille de
haut parage. Nicolette qui les entendit,
n'en fut point contente, & commença à
dire.
Ici l'on chante.
Sire, Roi de Torelore
Dit la Belle Nicole
Vos gens me tiennent pour folle
Quand mon doux ami me cajole.
Que toujours je sois à l'escole
D'Aucassin qui de moi raffole !
Ni bal, ni danse, ni carolle
Harpe, vielle, ni violle,
Ni le jeu de l'escarpole
Ne m'en arracheroient pas.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Aucassin fut au Château de To relore
avec Nicolette sa mie en grande joye,
en grand deduit, car avec lui estoit Ni-
colette sa douce awie que tant aimoit.
Tandis qu'ils estorent dans ces trans-
ports d'allégresse & de joye, voici venir
Cii
56 MERCUREDE FRANCE.
une escadre de Sarrazins qui fondent sur le
Château, l'attaquent de toutes parts, &
l'emportent de vive force; ils pillerent tout
ce qui se trouva, sirent tout prisonnier,
& prirent Nicolette & Aucassin. Ils lie-
rent Aucassin par les mains & par les
pieds, le jetterent dans une barque: Ni-
colette dans une autre fut aussi enlevée.
Une hotrible tourmente les surprit en
chemin. La barque qui portoit Aucassin,
après avoir long-tems vogué cà & là à tra-
vers les mers, fut enfin poussée contre le
Château de Baucaire. Tout le pays accoure
sur la rive, & reconnoit Aucassin. Les peu-
ples à la vue de leur Damoiseau furent
transportés de joye, car il avoit bien se-
journé trois ans au Château de Torelore.
Son pere & sa mere estorent morts pendant
tout ce tems là : c'est à qui le meneroit au
Château de Baucaire! Tous le reconnu-
rent pour leur maître, & il tint sa terre
en bonne paix.
Ici l'on chante.
Aucassin s'en est allé
A Beaucaite sa cité.
Le pays & la Comté
Gouverna par franche autorité,
Il jure le Dieu de majesté,
eO
FEVRIER. 1752.
37
Que beaucoup plus il est faché
De sa Nicolette au teint clair,
Que de toute sa parentée,
Si elle est de mort trépassée.
Douce amie au teint si clair
Je ne sçais où vous chercher ;
Il n'est pays de Dieu créé,
Que par terre & par marée
Tantost pour te retrouvet
Je ne parcourusse,
Ici l'en dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Nous laisserons là Aucassin, & nous
parlerons de Nicolette. La nef sur laquelle
on l'avoit enlevée, estoit celle la même que
montoit le Roi de Carthage, pays de Ni-
colette qu'i ne connoissoit point, & qui
avoit douze freres tous Rois ou Princes.
Quand ils virent Nicolette si belle, ils lui
porterent tous grand respect, lui firent
grande fête, & lui demanderent qui elle
estoit, car elle leur paroissoit bien très-
noble Dame, & de haut estat; elle ne sçut
que leur dire, sinon qu'elle avoit esté enle-
vée enfant en très bas âge. Tant navigerent
qu'ils arriverent dans la Cité de Carthage.
A la vue des murs du Château, & à la-
vue du pays, Nicolerte se reconnut, &
se ressouvint qu'elle y avoit été nourrie en-
CV
BENVO
58 MERCUREDEFRANCE.
fant, toute petite, & qu'elle y avoit esté
prise & en menée. Else sçavoit bien aussi
que fille au Roy de Carthage elle avoit
esté, & que nourrie dans la cité elle avoit
esté autrefois.
Ici l'on chante.
Nicolette la bonne, la sage
Est abordée au rivage,
Voit les murs & les estages,
Les Palais & les salles.
Elle fait de grands helas:
Fille au Roy de Carthage
Moi de si haut parentage,
Estre ainsi dans l'esclavage
Traisnée par gent sauvage:
Aucassin gentil & sage,
Frane Damoiseau & honorable
Votre amour m'encourage,
Et nuit & jour me travaille.
Qu'encore un coup je t'embrasse,
Et qu'un doux baiser il me fasse
A ma bouche & à mon visage
Le gentil sire Damoiseau.
Ici l'on dit, l'on conte, & l'on fabloye.
Quand le Roi de Carthage entendit Ni-
colette ainsi parler, & pleurer, ses deux
bras il lui jette au col. Qui estes vous,
FEVRIER.
1752.
59
dites-le moi, fait-il? belle douce amie,
n'ayez pas peur de moi: Sire, fait elle,
fille au Roy de Carthage je suis. Je fus
prise enfant, il y a bien quinze ans pas-
sés. Quand ils l'entendirent ainsi parler,
ils virent bien qu elle disoit vrai; ils l'ac-
cablerent de caresses, lui firent feste, & la
menerent au l'alais en grande cérémonie
comme fille de Roi qu'elle estoit. Ils vou-
lurent lui donner pour espoux le fils du
Roy d'une Nation payenne, mais d'estre
mariée el le n'avoit nul souci.
Après avoir passé trois ou quatre jours
dans ce lieu & dans cette situation, elle
pensa en elle mesme par quel moyen elle
pourroit aller cherchet Aucassin. Elle prit
un violon, apprit à en jouer, & voyant
qu on vouloit un jour la marier à un riche
Roy payen, elle se defroba la nuit, vint
à un port de mer, & se logea chez une
pauvre femme sur le rivage. Là, prenant
d'une herbe, elle s'en frotra la tête & le
visage, si bien qu'elle se rendit toute noi-
ie, ayant ensuite fait faire cotte, man-
reau, chemise, & brayes, elle s'ajusta en
guise de Jongleur, prit son violon, vint à
un Marinier, & le pria tant qu'il la mit
dans sa nef. Les voiles sont tendues; on
navigue tant pat haute mer, qu'on aborde
en terre de Provence. Nicolette débarque,
Cvj
60 MERCURE DEFRANCE.
prend son violon, & s'en va par le pays
en violonnant, tant qu'enfin elle arrive
au Château où Aucassin estoit.
Ici l'en chante.
A Baucaire sur la tour-
Estoit Aucassin un jour
Assis sur le perron
Environné de ses Batons.
Il voit les herbes & les flours,
Entend chanter les oisillons
Il lui souvient de ses amours
De Nicolette la donce;
Qu'il a aimé tant de jours.
Lots jette soupits & pleurs.
Voici que Nicole au perron
Tire du sac son violon,
Or parle & dit sa leçon.
Ecoutez-moi, Seigneurs Barons,
Ceux d'aval & d'amoat
Vous pla roit il ouir chauson
D'Aucassin le franc Baron,
Et de Nicolette sa bonne ?
Tant durerent leurs amours
Qu'il la chercha au bois profond,
A Torelore au donjon
Les prirent des Payens un jout.
D'Aucassin rien ne savons,
FEVRIER.
1752. 6h
Mais de Nicolette la bonne,
Elle est à Carthage au dosion.
Sou pere Roi du canton
Pour elle a le coeut si bon,
Qu'il lui veut faire don
D'un Roi, mais pryen & felon :
Elle lui en dit toujours non
Et ne veut d'autre Baton
Qu'un damoiseau, qui Aucassin a nom
Et mille fois la tueroit-on
Elle n'aura d'autre Baron.
Sinon ce tant joli garçon,
Son amoureux que tant desire.
Ici l'on dit, l'an conte, & l'on fabloy e,
Quand Aucassin entendit ainsi parler de
Nicolette, il fut joyeux tant que rien
plus; il se retira à l'écart, & lui demanda,
oeau doux ami, fait il, de cette Nicolette
ne scavea vous rien ? de cette Nicolette
dont vous avtz oui conter. Qui Sire, ce
que j'en fçais, c'est que c'est bien la plus
franche & la plus loyale créature, la plus
gentille & la plus sage qui oncques fut
née. C'est la fille au Roi de Carthage qui
la prit dans le mesme tems qu'Aucassin fut
enlevé, & qui l'amena dans la cité de
Carthage; quand il sceut que c'estoit sa
Vigisined hidO
62 MERCURE DE FRANCE
fille il en fit grande feste. A present il ne
cesse de la presset tous les jours d'accepter
pour mari un des plus hauts Roys de toute
l'Espagne; mais elle se laisseroit plutot bru-
ler toute vive que d'en prendre aucun,
tant riche fut il. Ha! beau doux ami,
fait le Comte Aucassin, si vous voulicz re-
tourner dans cette terre, & dire à Nico-
lette de venir me parler, je vous donne-
rois tant d'argent que vous oseriez m'en
demander & en prendre. Scachez que
pour l'amour d'elle je ne veux prendre
femme de tant haut parage que ce soit
mais je s'attend toujours, & je n'autai
point de femme si ce n'est elle. Si je sça-
vois où la trouver je ne serois pas à prè-
sent à la chercher. Sire, fait elle si vous
aviez réellement cette envie j'irois la cher-
cher pour vous, & pour elle que j'aime
tendrement; il l'en conjure & lui fait dé-
livrer 20 marcs d'argent. Elle part & le
laisse en pleurs, tout pour la douceur de
Nicolette: puis le voyant pleurer, Sire
fait elle, revenant sur ses pas, ne vous
de lesperez pas encore, dans peu je vous
l'aurai amenée dans cette ville, & je vous
la ferai voir. Aucassin à ces douces pro-
messes fut attendri & transporiè de joye;
elle le quitte & va à la ville dans la mai-
de la Vicomtesse, cat le Vicomte son
FEVRIER. 1752. 63
parrain estoit mort, elle logea chez elle,
eut avec elle quelques entretiens; enfin
lui declara ce qui l'y avoit amenée. La Vi-
comtesse la reconnut, scut que c'estoit
cette mesme Nicolette qu elle avoit élevée,
elle la fit baigner, laver, & reposer
huit jours durant. Nicolette prit une her-
be qu'on appelle esclaire, s'en frotta, &
redevint aussi belle qu elle avoit jamais été
dans aucun tems de sa vie. Elle s'affubla
de belles & riches étoffes de soie, dont la
Dame avoit profusion, puis s'estant assise
dans la chambre sur un lit de repos d'une
étoffe toute de soie; elle appella la Dame,
& la pria d'aller trouver Aucassin son ami,
ce qu'elle executa fur le champ.
La Vicomtesse étant arrivée au palais
trouva Aucassin pleurant & regrettant Ni-
colette sa mie, qui tant tardoit à venir.
La Dame l'appella, & lui dit Aucassin,
cessez de vous désoler davantage; venez-
vous en avec moi, & je vous montterai
la chose du moode que vous aimez le
mieux; c'est Nicolette votre douce anie,
qui des lointaines terres est venue vous
chercher. Aucassin en saute d'aise.
Ici Von chante,
Quand Aucassinet eut oui
Que Nicolette au teim de lys,
jitized by God
64 MERCUREDEFRANCE.
Estoit de retour au pays;
Jamais il ne fut si ravi.
Avec elle en chemin se mit
Jusqu'à l'hostel cesse ne sit.
Dedans la chambre se sont mis.
Aucassin, qui tous ses plaisirs
Avoit dans Nicolette assis
D'aise avoit son coeur tout saisi;
Elle qui tient son doux ami
Telle joye onques ne sentit.
Vers lui saute en pieds & bondit,
Et contemple son Aucassis.
Ses deux bras elle lui tendit
Et doucettement l'accueillit,
Les yeux lui baise & lui sourit.
La nuit les trouve encore ainsi,
Jusqu'au matin que le jour luit
Et qu'elle épouse son ami,
Qui de Baucaire Dame en sit.
Ainsi tous deux estant unis
Passerent des tems insinis
Daus les transports, & les plaisirs.
De son bien Aucassin jouit
Et du sien Nicolette aussi.
Ce joli chant & ce recit
Finissent en cet endtoit-ci:
Plus je ne sçais que vous eu dite.
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