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1
p. 1376-1392
Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
Début :
Il vient de paroître un nouvel Ouvrage, en 3 vol. in 12. que nous avons [...]
Mots clefs :
Roger, Philippe Auguste, Cour, Roi, Anecdotes, Raoul, Amour, Roman, Coucy, Gloire, Coeur, Père, Alix de Rosoit, Champagne, Adélaïde, Nature, Sentiments
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texteReconnaissance textuelle : Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
L vient de paroître un nouvel Ouvrage
, en 3 vol. in 12, que nous avons
déja annoncé sous ce Titre : Anecdotes de
la Cour de Philippe - Auguste. Il se vend
à Paris , chez la veuve Pissot , au bout du
Pont-NeufQuai de Conti , à la Croix d'or.
Le prix est de 6 liv . broché.
Dans le temps que nous nous dispo-
II. Vol. sions
JUI N. 1733 .
1377
sions à donner un Extrait de cet Ouvrage
, nous avons reçû d'un Anonyme ,
celui que nous inserons icy .
Si l'accueil favorable que l'on fait à un
Ouvrage dès qu'il paroît , si le débit le
plus rapide étoient les Titres assurés de
son mérite , il seroit tres- inutile de parler
des Anecdotes de la Cour de Philippe-
Auguste; ce Livre joüit pleinement dès sa
naissance de ce double avantage.
Mais il arrive assez souvent que la
nouveauté éblouisse , sur tout dans un
genre d'écrire inconnu , et original ;
et que la curiosité , honteuse en quelque
façon , d'avoir d'abord été seduite
pour s'être trop livrée , se refroidisse
bien- tôt , si même elle ne dégenere
ou en mépris , ou en satire.
Icy , les applaudissemens universels de
la Cour , de la Ville , des Gens de Let
tres , des Judicieux Critiques , se son
réunis en faveur de ce dernier Ouvrage
de Mademoiselle de Lussan; et cette voix
ou plutôt cette clameur unanime con
tient les Personnes même de mauvaise
humeur , qui font toujours les difficiles ,
et qui peut- être ne soutiennent l'idée
qu'elles veulent donner de leur discer
nement et de leur bon goût , qu'en refusant
aux meilleures choses , d'un ton
11. Vol.
Fija sé1378
MERCURE DE FRANCE
severe, ou qu'en leur disputant, au moins
avec un scrupule affecté , les justes et
sinceres éloges , dont elles sont veritablement
dignes.
C'est beaucoup hazarder que d'oser
faire la planche d'un nouveau genre d'écrire
!L'autheur s'est ouvert des routes
peu connues , en liant à un fond d'Histoire
bien choisi , et tres convenable
des Episodes , qui sans sortir du vrai ton
historique , servent à rendre son sujet ét
plus interressant et plus instructif. Le
vrai et le vrai semblable se perdent dans
un mélange imperceptible ; et à la faveur
de cette liberté du Théatre Tragique ,
l'Autheur retranche d'un côté les longueurs
, les froideurs , les mauvais exemples
qui tiennent souvent à une histoire
exacte ; et de l'autre , il se ménage mille
beautez amenées , avec un art infini ,bien
jointes , par tout soutenuës ; elles naissent
les unes des autres , sans qu'on apperçoive
la chaîne ; et cela , par l'attention
qu'a euë l'Autheur de jetter à propos
les fonds éloignez des évenemens que
l'on voit se développer et éclore avec un
ordre admirable , et chacuns dans leurs
places naturelles. Aussi peut on dire
que la structure du corps de l'Ouvrage
est parfaite en son genre ; qu'elle ne pou-
-
II. Vol. voit
JUIN. 1379 1733.
voit être mieux proportionnée au dessein
, et qu'elle passera toujours pour un
modele.
Le sujet est pris dans les premieres années
du Regne de Philippe - Auguste ,
aussi surnommé le Conquerant. L'on sçait
ce que la France a dû à ce Monarque ; il
monta sur le Thrône à quinze ans , et dèslors
il entra avec tant de maturité dans
le Gouvernement , que les Historiens disent
de lui : Qu'il ne fut jamais jeune , et
que la sagesse l'avoit fait aller audevant
de Pexperience.
Les Grands Rois font les grands Hommes.
La Cour de Philippe en fut une
preuve : C'est dans les secrets et dans les
Evenemens de cette Cour si distinguée ,
que l'Autheur entre pour en faire connoître
la délicatesse et l'élevation . L'on
y voit des Héros qui ont réelement existé
; on les voit partagez entre la Gloire et
l'Amour ; mais dans le vrai, sans que rien
se ressente ni du Roman , ni de ses avantures.
Comme les interêts sont et multipliez
et variez , et relatifs tout ensemble
, le Titre d'Anecdoctes d'une Cour , où
l'Autheur puise ses sujets pour en former
un tout semble un Titre tiré du
fond même de ce qu'il traite. Il est bien
vrai que les plus grands jours viennent
>
II. Vol. Fiij fcap1380
MERCURE DE FRANCE
frapper Roger de Champagne , Comte
de Réthel , mais il s'en faut bien qu'il ne
les absorbe tous ; ils sont distribuez sur
beaucoup d'illustres sujets qui composoient
la Cour de Philippe : On les y voit
placez à des points de vûë tres- interessans
; et ils y représentent , avec un éclat
marqué , sur tout Raoul , Sire de Couci ,
marche de pair , d'un bout à l'autre avec
Roger de Champagne ; l'addresse de
l'Auteur à unir ces deux jeunes Héros par
les liens d'une amitié de l'ordre de celles
que les Anciens ont consacrées , et par
les prochains rapports des inclinations
propres des grands Hommes, fait paroître
Roger et Raoul comme ne faisant ensemble
qu'un coeur ,qu'une ame et qu'une
même vertu. Aussi sont - ils toujours
peints des mêmes couleurs , sans être
confondus ; et si Roger a quelques nuances
de plus , ce plus est presque insensible.
Alberic du Mez , Maréchal de France,
fils de Robert Clement , Gouverneur du
Roy et premier Ministre , le Comte des
Barres , connu sous le nom de Rochefort,
Grand Sénéchal , suivent de près les deux
premiers ; ils courent en tout genre les
mêmes Carrieres , et l'Autheur entrelasse
tellement tous leurs interêts , que
11. Vol. le
JUIN. 1733. 1381
le Lecteur toujours en attente , est sans
cesse dans l'impatience de voir les Eve
nemens qu'il ne peut deviner , mais qui
l'étonnent et le satisfont enfin par tout.
Si l'on voit en Hommes ce que la
Cour de Philippe avoit de plus considerable
, l'on y voit en Femmes ce qu'elle
avoit de plus distingué ; et ce qu'on vit
peut-être jamais de plus surprenant . Alix
de Rosoi , sa mere , la Comtesse de Rosoi
, Adelaide de Couci , fille d'Enguerrand
, surnommé le Grand , et soeur de
Raoul , Sire de Couci , Mademoiselle du
Mez , fille de Robert Clement , soeur
d'Alberic du Mez , tous deux Maréchaux
de France , dans un temps où cette Dignité
étoit unique ; toutes ces Personnes,
dont la beauté faisoit le moindre ornement,
jettent dans l'Ouvrage un inte
rêt infini:Elles étoient les premiers Partis
du Royaume , et les noeuds des plus belles
Alliances , où l'on pouvoit aspirer ;
mais les coeurs ne se commandent pas , et
leurs penchants ou leurs répugnances ,
que l'Autheur connoît à fond et sçait
manier d'une main de maître , lui ouvrent
un champ où il épuise les douceurs
, et les maux , les esperances et les
desespoirs de l'amour , sans avoir jamais à
rougird'en avoir flatté ses foiblesses.Quels
II. Vol.
Fiiij mor1382
MERCURE DE FRANCE
morceaux , quelles situations , quels coups
de Theatre ne pourroit- on pas rapporter,
si l'Analise de cet Ouvrage précis, et par
tout d'une chaleur égale , étoit possible !
mais il faut taire tout , ou tout rapporter
; ou plutôt il faut tout lire : Bien des
personnes relisent plus d'une fois , et se
rendent propre cet Ouvrage , après ne
Pavoir qu'emprunté pour l'essaier .
que
Tout le monde publie qu'on ne peut
mieux peindre les actions , elles sont dans
le naturel , et l'on diroit l'Autheur
en écrivant , coppie sur la nature même .
L'on vante sur tout ses carracteres , leur
variété , leur opposition , leur vérité , et
plus que tout le reste , leur consistance ;
ils ne se démentent pas . Qui a jamais
ressemblé à l'indomptable Enguerrand de
Couci , pere de Raoul , et d'Adelaide ?
L'on voit dans lui un vieux Seigneur
plein d'une ancienne probité , qui le rend
infléxible dans ses devoirs , immuable
dans sa parole , absolu dans sa famille
et incapable de pardonner une faute ; on
le craint , on l'estime , on le respecte , on
l'aime peut-être. Thibault de Champagne
, pere de Roger , ne ressemble ‘ en
rien à Enguerrand , et il est aussi Seigneur
, aussi droit , aussi maître , aussi
pere que lui ; on l'adore , mais par de
›
II. Vol. difJUIN.
1733. 1384
1
différens principes. Henry , oncle de Ro
ger , son Maître et son premier Conducteur
à la Guerre , placé vis - à - vis d'Enguerrand
, paroît son contraste , et l'Autheur
fait douter lequel l'emporte pour
le fond du mérite et de la vertu . Peut on
omettre le Portrait que le Vicomte de
Melun, Ambassadeur auprès de Fréderic,
fait à cet Empereur , du Maréchal du
Mez , Gouverneur de Philippe ? C'est l'éloge
du Vicomte d'avoir été l'ami du-
Maréchal ; mais que celui du Maréchal
est bien placé dans la bouche d'un homme
vertueux , qui l'avoit connu et péné
tré ! Le recit que fait le Vicomte de Melun
, et du caractere , et des maximes du
Maréchal , est l'abrégé le plus parfait des
grandes qualitez , comme des
sages Leçons
d'un vrai Gouverneur de Roy. Il
n'en faut pas davantage pour faire et un
grand Homme d'Etat , et un grand Monarque.
On comprend à peine comment
Autheur a pû resserrer ainsi toute l'éducation
Royale , et active et passive ;
mais Philippe a bien justifié que les impressions
qu'il avoit reçuës du Maréchal ,
toutes contenues dans ce petit Tableau
suffisoient pour rendre complette et la
gloire d'une telle instruction , et la gloire
d'une telle éducation ,
"
II. Vol. La Fy
384 MERCURE DE FRANCE
pre-
La même diversité de caracteres conserve
une égale beauté dans les Femmes.
Alix de Rosoi , et Adelaide de Couci
sont ce que leur sexe a de plus rare , de
plus accompli , de plus charmant ; la
miere plonge , par sa mort , Roger de
Champagne , dans le dernier excès de
douleurs ; eh ! comment n'y succombet-
il pas ? Quelques années après , la seconde
le captive au même point; elles ont
été toutes deux les seules qui ont successivement
trouvé la route de son coeur
elles y ont toutes deux regné souverainement
toutes deux , également vertueuses
, forment deux caracteres diamétralement
opposez . La Comtesse de
Rosoi , mere d'Alix , devenuë rivale de
sa fille , donne un spectacle étonnant.
L'on apperçoit dans elle le fond d'un riche
caractere , mais l'on ne s'attend pas
jusques à quel point son injuste passion
va le développer ou plutôt le défigurer !
Elle ne pousse pas le crime si loin qu'une
Phédre , mais elle la passe en addresse ,
en détours , en embuches , pour parvenir
à ses fins ; à quelles indignitez ne
descend- t- elle pas pour écarter à jamais
sa fille de Roger , et pour le raprocher
d'elle ? Après tant d'efforts , elle échouë ;
ses regrets , son desespoir , creusent son
II. Vol.
TomJUIN.
17336 1385
-
Tombeau ; elle meurt. Par quel art l'Au
theur fait il encore pleurer une mort
de cette nature ? C'est l'effet d'un repens
tir que l'on a rendu aussi touchant qu'il
est , et bien imaginé , et bien placé. Madame
de Rosoi expie , en mourant , les
cruels artifices du délire de son amour
et elle meurt vertueuse , parce qu'elle
meurt repentante ; sa vertu rachettée à
ce prix , ne la laissant plus voir que fort
à plaindre , elle emporte la compassion ,
qui efface tout autre sentiment.
و
Au milieu des agitations que l'amour
excite dans cette Cour aimable, Philippe
toujours égal à lui- même , toujours maî
tre des mouvemens de son coeur et de
son esprit , est attentif ou à parer les funestes
effets de cette dangereuse passion ,
ou à maintenir avec dignité le bon ordre,
en se prêtant aux grandes alliances qui
l'interessent, ou comme un Roy , ou comme
un Pere , ou même comme un ami
reconnoissant. Il sçait tout , mais il ne
paroît sçavoir que ce que son rang et sa
vertu lui permettent de regler par luimême.
Tel est le principe de ses bontez
pour Roger de Champagne , pour Adċlaide
de Couci , dont le mérite, la sages
se et la fermeté le touchent , pour Albe
ric du Mez , pour sa soeur, tous deux en
AI. Vol
Fvi fans
1386 MERCURE DE FRANCE
fans d'un Gouverneur , dont le souvenír
lui est si précieux ; il entre dans les établissemens
convenables , ausquels leurs
penchants semblent les disposer. Mais il
paroît toujours et par tout ignorer les
sentimens réciproques de Raoul de Couci
, et de Madame de Fajel , qu'un devoir
austere ne sçauroit approuver.
Ces attentions domestiques de Philip
pe , ne lui font rien perdre de celles qu'il
doit au bien de l'Etat et à sa gloire. Il esɛ
présent par d'autres lui - même, au Camp
que Hugues , Duc de Bourgogne , a assemblé
sous les Murs de Dijon ; il pénétre
ses projets au travers de cette Fête
Militaire , d'une simple ostentation exterieure
; il mesure ses forces. Si la Guerre
l'appelle , alors ceux que l'amour avoit
occuppez dans la Paix , n'écoutent plus
que la gloire. Philippe marche à leur
tête, tantôt contre le Comte de Flandres,
son oncle, son parrain et son tuteur,dont
il humilie l'orgueil , il réprime l'abus
qu'il avoit fait de toute sa confiance s
tantôt en Berri, contre Henry , Roy d'Angleterre
, et Richard , son fils ; il les divise,
il en triomphe; tantôt dans le Maine
et la Touraine , contre les mêmes Ennemis.
Si Philippe donne par hazard dans
une Ambuscade dangereuse , l'on trouve
II. Vela dans
JUIN. 1733. 1387
D
dans ce Roy un Soldat qui paye de sa
personne , et qui au péril de sa vie , seconde
le grand Senechal , à qui il venoit
de la devoir. S'il passe en Palestine , on le
voit le premier à l'assaut de la Ville d'Acre
, et il se signale sur ses Ramparts
comme le Vainqueur de Tyr , sar ceux
de cette Place de résistance. Enfin , l'Autheur
represente par tout Philippe , justifiant
des ses commencemens , les grandes
esperances qu'il remplit, en se rendant
de plus en plus digne des surnoms d'Auguste
et de Conquerant , qu'il sçut roujours
soutenir et au dedans , et au dehors.
Roger le suit de près ; c'est un de ceux
dont la prudence , et la valeur fondent
la confiance du Roy dans ses grands
projets. L'on voit Roger sous Henry de
Champagne , son oncle , faire l'apprentissage
de la guerre aux dépens du Com
te de Flandre. Quel maître , et quel disciple
! il conduit , et jette lui - même des
Troupes dans une Ville assiégée par le
Comte ; action inutilement tentée par
ses égaux. Il suit le Roy dans les guerres
du Berri er du Maine ; il se distingue par
tout , et peu s'en faut qu'il ne paye de sa
vie la gloire dont il se couvre à la prise
de Tours , où il est dangereusement bles-
II. Vol.
sé.
7388 MERCURE DE FRANCE
sé. Il passe avec Philippe en Palestine ;
lai et Raoul couvrent de leurs corps la
personne du Roy sur les murs de la Vild'Acre
, et si dans un péril commun
Raoul reçoit le coup mortel , qu'un Sarazin
portoit au Roy, Roger y étoit aussi
exposé que Raoul , et le hazard seul en
décide ; mais la séparation de ces deux
amis est le plus parfait triomphe de l'amitié;
qu'elle est touchante! Rien n'est au
dessus que les sentimens de Raoul, et l'étrange
présent dont il couronne son amour
pour l'infortunée Madame de Fajel.
Aucun Capitaine ne fait ombrage à
Roger du côté de la gloire des Armes ;
mais il est des personnes qui du côté de
l'amour ne lui trouvent pas assés de délicatesse
ces personnes d'un entêtement
chimerique en faveur des avantures romanesques
, voudroient voir Roger éteindre
de son sang la belle flame qu'Alix de
Rosoi avoit si bien allumée dans son coeur ;
elles ne peuvent voir mourir Alix et Ro
ger vivre encore ; elles ne lui pardonnent
pas son passage à un autre objet , quelque
charmant qu'il puisse être;mais l'Autheur
, dont les idées sont bien éloignées.
de tout ce qui ressent le Roman , n'écou
te et ne suit que les Loix de la nature.
Roger livré à toute l'horreur de sa perte
11. Vol. dans
JUIN. 1733. 1389
dans Alix, n'a plus rien qui l'attache à la
vie. Mais un Pere ; et quel Pere encore !
Un Pere dont il fait l'unique esperance ,
le conjure de vivre pour lui. Roger qui
ne peut ni vivre ni mourir , porte par
tout le trait dont il a été blessé ; et insuportable
à lui-même , il quitte à l'insçû
de tout le monde sa Patrie , alors trop pacifique,
pour aller chercher dans des Terres
Étrangeres des périls qui ne l'épargneront
pas. Il passe en inconnu , et sous
un nom emprunté , au service de Frédéric
, alors en guerre avec tous ses voisins;
mais les périls qu'il cherche ne sont pour
lui qu'une source de gloire . Sa valeur et
sa prudence se font jour , et font soupçonner
dans lui une naissance plus relevéc
que celle qu'il se donne ; il est découvert
, son Roy le reclame , son Pere
l'appelle ; Roger revient , et malgré la
dissipation d'un service tres agité pendant
plus de deux ans , Alix n'est pas effacée
de son coeur. Il semble que l'amour
veuille la lui rendre dans Adelaide de
Couci , dont les traits , la taille et le port
majestueux lui représentent en tout sa
chere Alix : Il s'y accoutume d'abord ,
sous le prétexte de cette parfaite ressemblance
; des difficultez insurmontables et
-pressantes viennent encore irriter l'amour
JI. Vol.
nais1390
MERCURE DE FRANCE
naissant de Roger ; il aime enfin , et il est
aimé. Que la folie du Roman condamne,
puisqu'il lui plaît, une telle conduite , li
sagesse de la nature l'approuvera toujours
et l'expérience de tous les hommes , de
tous les temps la justifiera , elle est dans
l'ordre du coeur humain .
Cet Ouvrage honore infiniment son
Autheur , et poussé au dégré de perfec
tion où on le voit , il doit l'honorer doublement
en faveur de son sexe. Que Madamoiselle
de Lussan rende , comme elle
a fait dans la vie de Madame de Gondés ,
la fidelle image du commerce des honnê
tes gens d'aujourd'hui , et cela sur le ton
de la bonne compagnie , c'est ce qu'on
pouvoit attendre de son esprit et d'un
long usage du monde. Que pour diver
tir són imagination avant que de divertir
celle des autres , elle lui ait donné
carriere dans ses Veillées de Thessalie, pour
instruire les jeunes personnes en les amu
sant ; c'est un utile et élégant badinage ,
digne d'occuper ses loisirs ; mais un Ŏuvrage
de la force de celui dont il s'agit
icy , monté sur le vrai ton héroïque , et
sur celui de la Cour , soutenu par un langage
digne de la noblesse des sentimens
qui y regne , il faut dans elle un grand
courage pour l'avoir entrepris , il faut
11. Vol.
qu'el
JUIN. 1733 . 1391
qu'elle soit bien supérieure à son sexe
pour l'avoir conduit et exécuté comme
elle l'a fait. De se former un systême nouveau
où l'Histoire, le Dramme, l'Epopée
se marient ensemble, et font un tout à la
faveur d'un langage propre de ces trois
genres. Langage vrai , tendre , disert¸
vigoureux, militaire , s'il le faut , et toujours
proportionné à l'objet present , c'est
quelque chose de tres - singulier. Le stile
en est élevé sans emphase , choisi sans recherche
et sans avoir rien de précieux ;
il plaira toujours tandis que bien d'au
tres Ecrits où l'on court après l'esprit ,
qu'on veut captiver dans des mots imaginez
pour lui , passeront peut- être .Quoique
l'Ouvrage soit plein d'esprit , il se
trouve tellement mêlé avec le sentiment,
qu'on croiroit qu'il n'a sa source que dans
le coeur. Les Dialogues y sont licz , leurs
passages si doux , si mesurez à la hauteur
de ceux qui parlent, que l'on diroit qu'ils
n'ont rien coûté à l'autheurs et que la
simple nature en a fait sans effort et sans
étude tous les frais , sur tout dans les endroits
qui tirent à conséquence , et qui
semblent décisifs : en vérité l'on voit des
Scenes dignes du grand Théatre , elles
sont si vivement écrites et renduës avec
tant de dignité et d'énergie , que la lettre
II. Vol. sup1392
MERCURE DE FRANCE
supplé à la représentation, et que le Lecteur
conçoit tout ce qui frapperoit un
Spectateur. Ceux qui ont crû que la Tragédie
en p ose pourroit avoir autant d'effet
qu'en Vers , trouveront dans les bel
les e frequentes Scenes de cet Ouvrage
qui semblent toutes appeller la Poësie ,
des raisons pour appuyer leurs sentimens.
Ainsi les Historiens , les Poetes , et Dramatiques
et Epiques , pourront y trouver
leur compte ; mais l'avantage général
qu'en peuvent tirer les Lecteurs de tout
Sexe et de tous Etats , capable de bien lire
et de bien entendre , regarde et l'esprit ,
et le coeur et les moeurs , également instruits
par cet Ouvrage , rempli des plus
grands principes en tout genre.
, en 3 vol. in 12, que nous avons
déja annoncé sous ce Titre : Anecdotes de
la Cour de Philippe - Auguste. Il se vend
à Paris , chez la veuve Pissot , au bout du
Pont-NeufQuai de Conti , à la Croix d'or.
Le prix est de 6 liv . broché.
Dans le temps que nous nous dispo-
II. Vol. sions
JUI N. 1733 .
1377
sions à donner un Extrait de cet Ouvrage
, nous avons reçû d'un Anonyme ,
celui que nous inserons icy .
Si l'accueil favorable que l'on fait à un
Ouvrage dès qu'il paroît , si le débit le
plus rapide étoient les Titres assurés de
son mérite , il seroit tres- inutile de parler
des Anecdotes de la Cour de Philippe-
Auguste; ce Livre joüit pleinement dès sa
naissance de ce double avantage.
Mais il arrive assez souvent que la
nouveauté éblouisse , sur tout dans un
genre d'écrire inconnu , et original ;
et que la curiosité , honteuse en quelque
façon , d'avoir d'abord été seduite
pour s'être trop livrée , se refroidisse
bien- tôt , si même elle ne dégenere
ou en mépris , ou en satire.
Icy , les applaudissemens universels de
la Cour , de la Ville , des Gens de Let
tres , des Judicieux Critiques , se son
réunis en faveur de ce dernier Ouvrage
de Mademoiselle de Lussan; et cette voix
ou plutôt cette clameur unanime con
tient les Personnes même de mauvaise
humeur , qui font toujours les difficiles ,
et qui peut- être ne soutiennent l'idée
qu'elles veulent donner de leur discer
nement et de leur bon goût , qu'en refusant
aux meilleures choses , d'un ton
11. Vol.
Fija sé1378
MERCURE DE FRANCE
severe, ou qu'en leur disputant, au moins
avec un scrupule affecté , les justes et
sinceres éloges , dont elles sont veritablement
dignes.
C'est beaucoup hazarder que d'oser
faire la planche d'un nouveau genre d'écrire
!L'autheur s'est ouvert des routes
peu connues , en liant à un fond d'Histoire
bien choisi , et tres convenable
des Episodes , qui sans sortir du vrai ton
historique , servent à rendre son sujet ét
plus interressant et plus instructif. Le
vrai et le vrai semblable se perdent dans
un mélange imperceptible ; et à la faveur
de cette liberté du Théatre Tragique ,
l'Autheur retranche d'un côté les longueurs
, les froideurs , les mauvais exemples
qui tiennent souvent à une histoire
exacte ; et de l'autre , il se ménage mille
beautez amenées , avec un art infini ,bien
jointes , par tout soutenuës ; elles naissent
les unes des autres , sans qu'on apperçoive
la chaîne ; et cela , par l'attention
qu'a euë l'Autheur de jetter à propos
les fonds éloignez des évenemens que
l'on voit se développer et éclore avec un
ordre admirable , et chacuns dans leurs
places naturelles. Aussi peut on dire
que la structure du corps de l'Ouvrage
est parfaite en son genre ; qu'elle ne pou-
-
II. Vol. voit
JUIN. 1379 1733.
voit être mieux proportionnée au dessein
, et qu'elle passera toujours pour un
modele.
Le sujet est pris dans les premieres années
du Regne de Philippe - Auguste ,
aussi surnommé le Conquerant. L'on sçait
ce que la France a dû à ce Monarque ; il
monta sur le Thrône à quinze ans , et dèslors
il entra avec tant de maturité dans
le Gouvernement , que les Historiens disent
de lui : Qu'il ne fut jamais jeune , et
que la sagesse l'avoit fait aller audevant
de Pexperience.
Les Grands Rois font les grands Hommes.
La Cour de Philippe en fut une
preuve : C'est dans les secrets et dans les
Evenemens de cette Cour si distinguée ,
que l'Autheur entre pour en faire connoître
la délicatesse et l'élevation . L'on
y voit des Héros qui ont réelement existé
; on les voit partagez entre la Gloire et
l'Amour ; mais dans le vrai, sans que rien
se ressente ni du Roman , ni de ses avantures.
Comme les interêts sont et multipliez
et variez , et relatifs tout ensemble
, le Titre d'Anecdoctes d'une Cour , où
l'Autheur puise ses sujets pour en former
un tout semble un Titre tiré du
fond même de ce qu'il traite. Il est bien
vrai que les plus grands jours viennent
>
II. Vol. Fiij fcap1380
MERCURE DE FRANCE
frapper Roger de Champagne , Comte
de Réthel , mais il s'en faut bien qu'il ne
les absorbe tous ; ils sont distribuez sur
beaucoup d'illustres sujets qui composoient
la Cour de Philippe : On les y voit
placez à des points de vûë tres- interessans
; et ils y représentent , avec un éclat
marqué , sur tout Raoul , Sire de Couci ,
marche de pair , d'un bout à l'autre avec
Roger de Champagne ; l'addresse de
l'Auteur à unir ces deux jeunes Héros par
les liens d'une amitié de l'ordre de celles
que les Anciens ont consacrées , et par
les prochains rapports des inclinations
propres des grands Hommes, fait paroître
Roger et Raoul comme ne faisant ensemble
qu'un coeur ,qu'une ame et qu'une
même vertu. Aussi sont - ils toujours
peints des mêmes couleurs , sans être
confondus ; et si Roger a quelques nuances
de plus , ce plus est presque insensible.
Alberic du Mez , Maréchal de France,
fils de Robert Clement , Gouverneur du
Roy et premier Ministre , le Comte des
Barres , connu sous le nom de Rochefort,
Grand Sénéchal , suivent de près les deux
premiers ; ils courent en tout genre les
mêmes Carrieres , et l'Autheur entrelasse
tellement tous leurs interêts , que
11. Vol. le
JUIN. 1733. 1381
le Lecteur toujours en attente , est sans
cesse dans l'impatience de voir les Eve
nemens qu'il ne peut deviner , mais qui
l'étonnent et le satisfont enfin par tout.
Si l'on voit en Hommes ce que la
Cour de Philippe avoit de plus considerable
, l'on y voit en Femmes ce qu'elle
avoit de plus distingué ; et ce qu'on vit
peut-être jamais de plus surprenant . Alix
de Rosoi , sa mere , la Comtesse de Rosoi
, Adelaide de Couci , fille d'Enguerrand
, surnommé le Grand , et soeur de
Raoul , Sire de Couci , Mademoiselle du
Mez , fille de Robert Clement , soeur
d'Alberic du Mez , tous deux Maréchaux
de France , dans un temps où cette Dignité
étoit unique ; toutes ces Personnes,
dont la beauté faisoit le moindre ornement,
jettent dans l'Ouvrage un inte
rêt infini:Elles étoient les premiers Partis
du Royaume , et les noeuds des plus belles
Alliances , où l'on pouvoit aspirer ;
mais les coeurs ne se commandent pas , et
leurs penchants ou leurs répugnances ,
que l'Autheur connoît à fond et sçait
manier d'une main de maître , lui ouvrent
un champ où il épuise les douceurs
, et les maux , les esperances et les
desespoirs de l'amour , sans avoir jamais à
rougird'en avoir flatté ses foiblesses.Quels
II. Vol.
Fiiij mor1382
MERCURE DE FRANCE
morceaux , quelles situations , quels coups
de Theatre ne pourroit- on pas rapporter,
si l'Analise de cet Ouvrage précis, et par
tout d'une chaleur égale , étoit possible !
mais il faut taire tout , ou tout rapporter
; ou plutôt il faut tout lire : Bien des
personnes relisent plus d'une fois , et se
rendent propre cet Ouvrage , après ne
Pavoir qu'emprunté pour l'essaier .
que
Tout le monde publie qu'on ne peut
mieux peindre les actions , elles sont dans
le naturel , et l'on diroit l'Autheur
en écrivant , coppie sur la nature même .
L'on vante sur tout ses carracteres , leur
variété , leur opposition , leur vérité , et
plus que tout le reste , leur consistance ;
ils ne se démentent pas . Qui a jamais
ressemblé à l'indomptable Enguerrand de
Couci , pere de Raoul , et d'Adelaide ?
L'on voit dans lui un vieux Seigneur
plein d'une ancienne probité , qui le rend
infléxible dans ses devoirs , immuable
dans sa parole , absolu dans sa famille
et incapable de pardonner une faute ; on
le craint , on l'estime , on le respecte , on
l'aime peut-être. Thibault de Champagne
, pere de Roger , ne ressemble ‘ en
rien à Enguerrand , et il est aussi Seigneur
, aussi droit , aussi maître , aussi
pere que lui ; on l'adore , mais par de
›
II. Vol. difJUIN.
1733. 1384
1
différens principes. Henry , oncle de Ro
ger , son Maître et son premier Conducteur
à la Guerre , placé vis - à - vis d'Enguerrand
, paroît son contraste , et l'Autheur
fait douter lequel l'emporte pour
le fond du mérite et de la vertu . Peut on
omettre le Portrait que le Vicomte de
Melun, Ambassadeur auprès de Fréderic,
fait à cet Empereur , du Maréchal du
Mez , Gouverneur de Philippe ? C'est l'éloge
du Vicomte d'avoir été l'ami du-
Maréchal ; mais que celui du Maréchal
est bien placé dans la bouche d'un homme
vertueux , qui l'avoit connu et péné
tré ! Le recit que fait le Vicomte de Melun
, et du caractere , et des maximes du
Maréchal , est l'abrégé le plus parfait des
grandes qualitez , comme des
sages Leçons
d'un vrai Gouverneur de Roy. Il
n'en faut pas davantage pour faire et un
grand Homme d'Etat , et un grand Monarque.
On comprend à peine comment
Autheur a pû resserrer ainsi toute l'éducation
Royale , et active et passive ;
mais Philippe a bien justifié que les impressions
qu'il avoit reçuës du Maréchal ,
toutes contenues dans ce petit Tableau
suffisoient pour rendre complette et la
gloire d'une telle instruction , et la gloire
d'une telle éducation ,
"
II. Vol. La Fy
384 MERCURE DE FRANCE
pre-
La même diversité de caracteres conserve
une égale beauté dans les Femmes.
Alix de Rosoi , et Adelaide de Couci
sont ce que leur sexe a de plus rare , de
plus accompli , de plus charmant ; la
miere plonge , par sa mort , Roger de
Champagne , dans le dernier excès de
douleurs ; eh ! comment n'y succombet-
il pas ? Quelques années après , la seconde
le captive au même point; elles ont
été toutes deux les seules qui ont successivement
trouvé la route de son coeur
elles y ont toutes deux regné souverainement
toutes deux , également vertueuses
, forment deux caracteres diamétralement
opposez . La Comtesse de
Rosoi , mere d'Alix , devenuë rivale de
sa fille , donne un spectacle étonnant.
L'on apperçoit dans elle le fond d'un riche
caractere , mais l'on ne s'attend pas
jusques à quel point son injuste passion
va le développer ou plutôt le défigurer !
Elle ne pousse pas le crime si loin qu'une
Phédre , mais elle la passe en addresse ,
en détours , en embuches , pour parvenir
à ses fins ; à quelles indignitez ne
descend- t- elle pas pour écarter à jamais
sa fille de Roger , et pour le raprocher
d'elle ? Après tant d'efforts , elle échouë ;
ses regrets , son desespoir , creusent son
II. Vol.
TomJUIN.
17336 1385
-
Tombeau ; elle meurt. Par quel art l'Au
theur fait il encore pleurer une mort
de cette nature ? C'est l'effet d'un repens
tir que l'on a rendu aussi touchant qu'il
est , et bien imaginé , et bien placé. Madame
de Rosoi expie , en mourant , les
cruels artifices du délire de son amour
et elle meurt vertueuse , parce qu'elle
meurt repentante ; sa vertu rachettée à
ce prix , ne la laissant plus voir que fort
à plaindre , elle emporte la compassion ,
qui efface tout autre sentiment.
و
Au milieu des agitations que l'amour
excite dans cette Cour aimable, Philippe
toujours égal à lui- même , toujours maî
tre des mouvemens de son coeur et de
son esprit , est attentif ou à parer les funestes
effets de cette dangereuse passion ,
ou à maintenir avec dignité le bon ordre,
en se prêtant aux grandes alliances qui
l'interessent, ou comme un Roy , ou comme
un Pere , ou même comme un ami
reconnoissant. Il sçait tout , mais il ne
paroît sçavoir que ce que son rang et sa
vertu lui permettent de regler par luimême.
Tel est le principe de ses bontez
pour Roger de Champagne , pour Adċlaide
de Couci , dont le mérite, la sages
se et la fermeté le touchent , pour Albe
ric du Mez , pour sa soeur, tous deux en
AI. Vol
Fvi fans
1386 MERCURE DE FRANCE
fans d'un Gouverneur , dont le souvenír
lui est si précieux ; il entre dans les établissemens
convenables , ausquels leurs
penchants semblent les disposer. Mais il
paroît toujours et par tout ignorer les
sentimens réciproques de Raoul de Couci
, et de Madame de Fajel , qu'un devoir
austere ne sçauroit approuver.
Ces attentions domestiques de Philip
pe , ne lui font rien perdre de celles qu'il
doit au bien de l'Etat et à sa gloire. Il esɛ
présent par d'autres lui - même, au Camp
que Hugues , Duc de Bourgogne , a assemblé
sous les Murs de Dijon ; il pénétre
ses projets au travers de cette Fête
Militaire , d'une simple ostentation exterieure
; il mesure ses forces. Si la Guerre
l'appelle , alors ceux que l'amour avoit
occuppez dans la Paix , n'écoutent plus
que la gloire. Philippe marche à leur
tête, tantôt contre le Comte de Flandres,
son oncle, son parrain et son tuteur,dont
il humilie l'orgueil , il réprime l'abus
qu'il avoit fait de toute sa confiance s
tantôt en Berri, contre Henry , Roy d'Angleterre
, et Richard , son fils ; il les divise,
il en triomphe; tantôt dans le Maine
et la Touraine , contre les mêmes Ennemis.
Si Philippe donne par hazard dans
une Ambuscade dangereuse , l'on trouve
II. Vela dans
JUIN. 1733. 1387
D
dans ce Roy un Soldat qui paye de sa
personne , et qui au péril de sa vie , seconde
le grand Senechal , à qui il venoit
de la devoir. S'il passe en Palestine , on le
voit le premier à l'assaut de la Ville d'Acre
, et il se signale sur ses Ramparts
comme le Vainqueur de Tyr , sar ceux
de cette Place de résistance. Enfin , l'Autheur
represente par tout Philippe , justifiant
des ses commencemens , les grandes
esperances qu'il remplit, en se rendant
de plus en plus digne des surnoms d'Auguste
et de Conquerant , qu'il sçut roujours
soutenir et au dedans , et au dehors.
Roger le suit de près ; c'est un de ceux
dont la prudence , et la valeur fondent
la confiance du Roy dans ses grands
projets. L'on voit Roger sous Henry de
Champagne , son oncle , faire l'apprentissage
de la guerre aux dépens du Com
te de Flandre. Quel maître , et quel disciple
! il conduit , et jette lui - même des
Troupes dans une Ville assiégée par le
Comte ; action inutilement tentée par
ses égaux. Il suit le Roy dans les guerres
du Berri er du Maine ; il se distingue par
tout , et peu s'en faut qu'il ne paye de sa
vie la gloire dont il se couvre à la prise
de Tours , où il est dangereusement bles-
II. Vol.
sé.
7388 MERCURE DE FRANCE
sé. Il passe avec Philippe en Palestine ;
lai et Raoul couvrent de leurs corps la
personne du Roy sur les murs de la Vild'Acre
, et si dans un péril commun
Raoul reçoit le coup mortel , qu'un Sarazin
portoit au Roy, Roger y étoit aussi
exposé que Raoul , et le hazard seul en
décide ; mais la séparation de ces deux
amis est le plus parfait triomphe de l'amitié;
qu'elle est touchante! Rien n'est au
dessus que les sentimens de Raoul, et l'étrange
présent dont il couronne son amour
pour l'infortunée Madame de Fajel.
Aucun Capitaine ne fait ombrage à
Roger du côté de la gloire des Armes ;
mais il est des personnes qui du côté de
l'amour ne lui trouvent pas assés de délicatesse
ces personnes d'un entêtement
chimerique en faveur des avantures romanesques
, voudroient voir Roger éteindre
de son sang la belle flame qu'Alix de
Rosoi avoit si bien allumée dans son coeur ;
elles ne peuvent voir mourir Alix et Ro
ger vivre encore ; elles ne lui pardonnent
pas son passage à un autre objet , quelque
charmant qu'il puisse être;mais l'Autheur
, dont les idées sont bien éloignées.
de tout ce qui ressent le Roman , n'écou
te et ne suit que les Loix de la nature.
Roger livré à toute l'horreur de sa perte
11. Vol. dans
JUIN. 1733. 1389
dans Alix, n'a plus rien qui l'attache à la
vie. Mais un Pere ; et quel Pere encore !
Un Pere dont il fait l'unique esperance ,
le conjure de vivre pour lui. Roger qui
ne peut ni vivre ni mourir , porte par
tout le trait dont il a été blessé ; et insuportable
à lui-même , il quitte à l'insçû
de tout le monde sa Patrie , alors trop pacifique,
pour aller chercher dans des Terres
Étrangeres des périls qui ne l'épargneront
pas. Il passe en inconnu , et sous
un nom emprunté , au service de Frédéric
, alors en guerre avec tous ses voisins;
mais les périls qu'il cherche ne sont pour
lui qu'une source de gloire . Sa valeur et
sa prudence se font jour , et font soupçonner
dans lui une naissance plus relevéc
que celle qu'il se donne ; il est découvert
, son Roy le reclame , son Pere
l'appelle ; Roger revient , et malgré la
dissipation d'un service tres agité pendant
plus de deux ans , Alix n'est pas effacée
de son coeur. Il semble que l'amour
veuille la lui rendre dans Adelaide de
Couci , dont les traits , la taille et le port
majestueux lui représentent en tout sa
chere Alix : Il s'y accoutume d'abord ,
sous le prétexte de cette parfaite ressemblance
; des difficultez insurmontables et
-pressantes viennent encore irriter l'amour
JI. Vol.
nais1390
MERCURE DE FRANCE
naissant de Roger ; il aime enfin , et il est
aimé. Que la folie du Roman condamne,
puisqu'il lui plaît, une telle conduite , li
sagesse de la nature l'approuvera toujours
et l'expérience de tous les hommes , de
tous les temps la justifiera , elle est dans
l'ordre du coeur humain .
Cet Ouvrage honore infiniment son
Autheur , et poussé au dégré de perfec
tion où on le voit , il doit l'honorer doublement
en faveur de son sexe. Que Madamoiselle
de Lussan rende , comme elle
a fait dans la vie de Madame de Gondés ,
la fidelle image du commerce des honnê
tes gens d'aujourd'hui , et cela sur le ton
de la bonne compagnie , c'est ce qu'on
pouvoit attendre de son esprit et d'un
long usage du monde. Que pour diver
tir són imagination avant que de divertir
celle des autres , elle lui ait donné
carriere dans ses Veillées de Thessalie, pour
instruire les jeunes personnes en les amu
sant ; c'est un utile et élégant badinage ,
digne d'occuper ses loisirs ; mais un Ŏuvrage
de la force de celui dont il s'agit
icy , monté sur le vrai ton héroïque , et
sur celui de la Cour , soutenu par un langage
digne de la noblesse des sentimens
qui y regne , il faut dans elle un grand
courage pour l'avoir entrepris , il faut
11. Vol.
qu'el
JUIN. 1733 . 1391
qu'elle soit bien supérieure à son sexe
pour l'avoir conduit et exécuté comme
elle l'a fait. De se former un systême nouveau
où l'Histoire, le Dramme, l'Epopée
se marient ensemble, et font un tout à la
faveur d'un langage propre de ces trois
genres. Langage vrai , tendre , disert¸
vigoureux, militaire , s'il le faut , et toujours
proportionné à l'objet present , c'est
quelque chose de tres - singulier. Le stile
en est élevé sans emphase , choisi sans recherche
et sans avoir rien de précieux ;
il plaira toujours tandis que bien d'au
tres Ecrits où l'on court après l'esprit ,
qu'on veut captiver dans des mots imaginez
pour lui , passeront peut- être .Quoique
l'Ouvrage soit plein d'esprit , il se
trouve tellement mêlé avec le sentiment,
qu'on croiroit qu'il n'a sa source que dans
le coeur. Les Dialogues y sont licz , leurs
passages si doux , si mesurez à la hauteur
de ceux qui parlent, que l'on diroit qu'ils
n'ont rien coûté à l'autheurs et que la
simple nature en a fait sans effort et sans
étude tous les frais , sur tout dans les endroits
qui tirent à conséquence , et qui
semblent décisifs : en vérité l'on voit des
Scenes dignes du grand Théatre , elles
sont si vivement écrites et renduës avec
tant de dignité et d'énergie , que la lettre
II. Vol. sup1392
MERCURE DE FRANCE
supplé à la représentation, et que le Lecteur
conçoit tout ce qui frapperoit un
Spectateur. Ceux qui ont crû que la Tragédie
en p ose pourroit avoir autant d'effet
qu'en Vers , trouveront dans les bel
les e frequentes Scenes de cet Ouvrage
qui semblent toutes appeller la Poësie ,
des raisons pour appuyer leurs sentimens.
Ainsi les Historiens , les Poetes , et Dramatiques
et Epiques , pourront y trouver
leur compte ; mais l'avantage général
qu'en peuvent tirer les Lecteurs de tout
Sexe et de tous Etats , capable de bien lire
et de bien entendre , regarde et l'esprit ,
et le coeur et les moeurs , également instruits
par cet Ouvrage , rempli des plus
grands principes en tout genre.
Fermer
Résumé : Anecdotes de la Cour de Philippe Auguste, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Anecdotes de la Cour de Philippe-Auguste' a été publié en trois volumes in-12 et est disponible à Paris chez la veuve Pissot. L'auteur, Mademoiselle de Lussan, a reçu des éloges de la cour, de la ville, des gens de lettres et des critiques pour son innovation de mêler histoire et épisodes fictifs. Le récit se déroule durant les premières années du règne de Philippe-Auguste, surnommé le Conquérant, qui monta sur le trône à quinze ans et montra une grande maturité dans le gouvernement. L'ouvrage explore les secrets et événements de la cour de Philippe-Auguste, mettant en scène des héros réels partagés entre gloire et amour. Les personnages principaux incluent Roger de Champagne, Comte de Réthel, et Raoul, Sire de Couci, dont l'amitié est mise en avant. D'autres figures notables comme Alberic du Mez, Maréchal de France, et le Comte des Barres sont également présents. Les intrigues amoureuses et les alliances politiques sont détaillées avec précision, sans tomber dans le romanesque. Les femmes de la cour, telles qu'Alix de Rosoi et Adelaide de Couci, ajoutent un intérêt supplémentaire avec leurs beautés et leurs intrigues. Philippe-Auguste lui-même est dépeint comme un souverain maître de ses émotions, attentif aux affaires de l'État et à sa gloire. Il mène des campagnes militaires contre divers ennemis, comme le Comte de Flandres et le Roi d'Angleterre, et se distingue par son courage et sa stratégie. L'auteur a su créer des personnages variés et consistants, chacun avec des traits distincts et des oppositions marquées. Le récit est structuré de manière à maintenir l'intérêt du lecteur, avec des événements imprévus et des développements logiques. L'ouvrage est salué pour sa fidélité à la nature et la vérité de ses descriptions. Le texte relate également les exploits et les amours de Roger, connu pour sa prudence et sa valeur, qui sert fidèlement le roi et se distingue dans diverses batailles. Son amitié avec Raoul est soulignée, ainsi que son amour pour Alix de Rosoi. Après la mort d'Alix, Roger trouve un nouvel amour en la personne d'Adélaïde de Couci. L'ouvrage est loué pour son style élevé et son langage approprié aux sentiments nobles, combinant esprit et sentiment de manière naturelle et efficace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 154-165
Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Charles le Simple. 899 & 906. Les Religieux de S. Leufroi au Diocèse [...]
Mots clefs :
Souverains, Ville de Paris, Roi, Charles le Simple, Raoul, Louis IV d'Outremer, Lothaire, Louis V, Hugues Capet, Robert II
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Suite de l'abrégé historique de la ville de
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
L
SOUVERAINS.
Charles le Simple.
899 & 906.
Es Religieux de S. Leufroi au Diocèle
d'Evreux , viennent fe réfugier avec
leurs reliques dans l'abbaye S. Germain
des Prez , pour éviter la fureur des Normans
( a) . Ils s'uniffent aux Religieux de
cette abbaye , & ne font qu'un même corps.
Le Roi Charles le fimple , confirme cette
union par une chartre datée de Compiegne
: cependant après la paix , les Moines de
S. Leufroi retournerent dans leur monaftere
, & remporterent les corps de S. Ouen
& de S. Agofroi , frere de S. Leufroi , qu'ils
avoient mis en dépôt dans l'églife de l'abbaye
S. Germain des Prez , & laifferent à
cette abbaye les reliques de S. Leufroi &
de S. Thuriau , en reconnoiffance de la
retraite qu'on leur avoit accordée .
(a) Sec. 3. Bened. part. 1. p. 593.
NOVEMBRE. 1755 155
Le Comte Robert , abbé de S. Germain
des Prez & de S. Denis , fut le premier qui
joignit ces deux qualités fi oppofées d'abbé
& d'homme marié ( b ) . Il fit confirmer
par Charles le fimple le partage des biens
de la premiere abbaye entre l'abbé & les
religieux .
907 & 908.
Réunion de l'abbaye de Rebais , anciennement
nommée Jérufalem , à l'évêché de
Paris , le 22 Mai 907 ( c ) . Elle en a été
féparée à la fin du dixieme fiecle.
909.
Charles le fimple confirme la donation
du grand Pont ( d ) , ( c'eft aujourd'hui le
Pont au Change, ) & des moulins contigus ,
faite aux Chanoines de Notre- Dame par
Charles le chauve .
910.
Rollon , un des plus fameux chefs des
Normans , remonte la feine ; faccage les
environs de Paris , & en fait trois fois le
fiege avec toutes fes forces , mais il ne peut
(b) Mab, ann. Bened . 1. 41. n . 18. (c) Hift. Eccl.
Parif, to . 1. p. 116. (d) Traité des Ecoles. p . 205-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
réuffit à s'en rendre le maître ( e ) . Il leve
le fiege , paffe en Angleterre , & après fon
expédition , il revient pour la quatrieme
fois afliéger Paris.
911.
Il accorde une treve de trois mois aux
Parifiens , mais à peine cft - elle expirée que
ces derniers recommencent eux-mêmes la
guerre à la follicitation de Richard , Duc
de Bourgogne , & d'Eble Comte de Poitiers
. Rollon de fon côté , continue fes
ravages & défole les environs ; enfin les
Parifiens demandent une feconde treve
pendant laquelle Charles le fimple ayant
eu une entrevue avec Rollon à S. Clair fur
Epte , il conclut la paix avec lui , & fit ce
faineux traité (f) par lequel , en lui cédant
une partie de la Neuftrie en fief de la
couronne de France , il lui donna fa fille
Gizelle en mariage .
912 & 917.
Rollon embraffe la Religion chrétienne
avec un nombre confidérable de fes fujets.
Il eft baptifé à Paris par l'archevêque François
, tenu fur les fonts par Robert , comte
(e ) Dudo. de Act. Norm. (f) Anfelme , Hift.
des grands Offic, de la couronne.
NOVEMBRE. 1755. 157
de Paris , & appellé Robert ; il eft connu
depuis fous le nom de Robert , Comte ou
Duc de Normandie.
918
.
Gerard , feigneur de Brogne , vient à
Paris en qualité d'envoié du comte de Namur
auprès du comte Robert (g) . Il paffe à
S. Denis. Edifié de la vie des Religieux.
Il forme le deffein d'en prendre l'habit , ce
qu'il exécute peu de tems après .
919-20 & 21.
Le roi donne Surefne & plufieurs autres
héritages à l'abbaye S. Germain des Prez.
923 & incluf. 935 .
d'autorité
Charles le fimple donne trop
à Haganon fon favori . Les feigneurs de fa
cour en font jaloux & fe révoltent contre
leur Prince . Charles fe fauve en Allemagne
& de-là chez Herbert , Comte de Vermandois
, qui l'enferme au château de
Péronne , où il mourut quelques années
après . L'an 929 , Raoul , Duc de Bourgogne
, eft élu roi à la place . Epoque de
l'établiffement des fiéfs.
(8 ) Sec. 5. Bened. p . 248 .
158 MERCURE DE FRANCE.
Raoul.
La femme de Charles le fimple fe fauve
en Angleterre & y mene fon fils Louis qui
a été furnommé d'Outremer .
936-37 & incluf. 942 .
Raoul décede fans enfans le 15 Janvier
936 (b) , & Hugues le grand , Comte de
Paris , fils de Robert ( i ) , de concert avec
les autres feigneurs du royaume , rappelle
Louis d'Outremer , le fait facrer à Laon
& couronner à Reims ; il le conduit enfuite
à Paris.
Louis d'Outremer.
Hugues a toute l'autorité. Le Roi Louis
lui donne plufieurs villes avec le titre de
Duc de France.
pour
Le comté de Paris eft rendu héréditaire,
Hugues nomme Grimaldus être Viz
comte de cette ville ( k ) , titre jufqu'alors
inconnu. Fin des Vicomtes de Paris en
1032. Salco fut le dernier qui eut cette
qualité , celle de Comte avoit fini quelque
tems auparavant.
Le Prevôt de Paris occupe aujourd'hui
(b) Chro. Frod. (i) Item, Hift . Rem, L. 4. c. 26,
(k) Tr. de la Pol. te ….1 . p. 99%
NOVEMBRE 1755. 159
fous ce nom les deux places , & en fait
toutes les fonctions.
943 .
Louis d'Outremer féjourne à Paris , & il
y eft malade pendant tout l'Eté.
944.
Un orage des plus furieux ravage toute
la campagne , & notamment le mont Martre
(1) , où l'églife avec une maifon fort
ancienne furent renverfées.
945 & 953.
Il y eut cette année une mortalité confidérable
dans Paris & aux environs ; c'étoit
un feu qui prenoit & qui confumoit le
malade avec des douleurs très - aigues. On
remarqua que ceux qui furent atteints de
ce mal , & qui purent aller à Notre - Dame,
furent guéris (m) Hugues le grand donna
dans cette occafion une preuve non équivoque
de fa charité , en entretenant à fes
dépens un nombre conſidérable de pauvres.
954 & 955 .
Lothaire.
Louis d'Outremer meurt à Reims d'une
( 1) Chron. frod. ( m) Ibidy
• 1
160 MERCURE DE FRANCE.
chute de cheval , le 10 Septembre 954
Lothaire fon fils lui fuccede & vient incontinent
fe montrer à Paris avec la reine
Gerberge fa mere. Le Comte Hugues à qui
leRoi venoit de donner les duchés deBourgogne
& d'Aquitaine , leur fic une réception
des plus magnifiques . Le Roi paffa les
fêtes de Pâques dans cette ville , & partit
enfuite avec Hugues pour l'Aquitaine .
956 & 64.
Hugues le Grand meurt , & eft enterré
à S. Denis dans le tombeau des Rois (n ). Il
laiffe trois fils , Othon , Hugues , & Henri.
Hugues , dit Capet , eft fait Comte de
Paris , & Duc de France.
965 & .977.
Salvator , Evêque d'Aleth , qu'on nomme
aujourd'hui S. Malo , plufieurs Moines
des Evêchés de Dal , de Bayeux & de
Léon , près de Dinan , effrayés par les
Normans appellés en France par le Duc
de Normandie , fe refugient dans Paris
avec les Reliques de S. Magloire , S. Samfon
, S. Malo , S. Senateur ou Sinier , de
S. Leonard , de S. Levier , & autres , au
nombre de dix- neuf. Ces faintes Reliques
( a ) Ord. Vital. aim, &c. /
NOVEMBRE. 1755. 161
furent reçues par les Parifiens avec beaucoup
de refpect , & dépofées du confente
ment de Hugues , dans l'Eglife de S. Barthelemi
dans la Cité , où ce Comte porta
lui - même le Corps de S. Magloire fur fes
épaules. Cette céremonie fut faite avec
beaucoup d'appareil le 16 Octobre .
Après la paix , ces Religieux voulurent
retourner dans leur monaftere . Hugues le
leur permit , mais il retint le corps de S.
Magloire avec une portion des Reliques de
S. Samfon , S. Malo , S. Sinier & autres.
Hugues fait rebâtir l'églife de S. Barthelemi
, & la dedie à faint Barthelemi &
à Saint Magloire , l'érige en Abbaye , & y
établit une Communauté de Religieux de
l'Ordre de S. Benoît , lui donne de grands
biens , & fait confirmer la donation ( o )
le Roi Lothaire.
par
La Chapelle S. George , autrefois donnée
aux Chanoines de S. Barthelemi ( p ),
eft unie à l'Abbaye . Elle étoit fituée du côté
de S. Laurent , dans l'endroit où eft à
préfent le Couvent de S. Magloire , dit des
Filles Pénitentes , rue S. Denis , dans lequel
les Religieux Bénedictins , trop refferrés
dans la Maifon de S. Magloire &
S. Barthelemi dans la Cité , furent loger
( 0 ) Opp. ann. bened . to. 3. n. 63. p. 719.
( P ) Martenne , aned. to. I , P. 344 , 37I¿
162 MERCURE DE FRANCE.
en 1138 , & y apporterent le corps de S.
Magloire.
A l'occafion de ce changement , l'églife
de S. Barthelemi reprit fon ancien nom ,
& devint paroiffiale. Il y demeura feulement
un Moine , avec le titre de Prieur ,
fous la dépendance de faint Magloire. La
maifon qu'il occupoit fert encore de logement
aux Soeurs de la Charité de cette paroiffe.
Le Comte Hugues qui jouiffoit des Abbayes
( q ) de S. Denis & de S. Germain des
Prez , comme d'un bien héreditaire dans
fa famille , les abandonna aux Religieux
qui les remirent dans la regle ordinaire ,
c'est- à- dire qu'ils choifirent entr'eux des
Abbés reguliers. ( r ) Galon fut le premier
Abbé de S. Germain que nous connoiffons.
Il rétablit la difcipline dans ce Monaftere,
qui étoit dans un état déplorable.
978 & 79.
Hugues Capet ( s ) , fucceffeur de fon
oncle dans la dignité de Comte de Paris ,
eut occafion de marcher fur fes traces , en
défendant les Parifiens affiegés dans leur
ville par l'Empereur Othon II.
( q ) Concil. to. 9. p . 520. ( r ) De Bouillard ,
hift. de S. Germ. p. 69-70. ( 1 ) Duch, to. 7. p .
626. Babder Lambert , & c.
NOVEMBRE. 1755. 163
Louis V.
980 & 86 .
Mort de Lothaire , âgé de quarantecinq
ans , après trente- un de regne . Le
Roi Louis V , couronné de fon vivant , lui
fuccede , & meurt quinze mois après lui ,
le 22 Juin 987 , fans enfans. Hugues Capet
, Comte de Paris , fils de Hugues le
Grand , eft élu Roi de France , au préjudice
de Charles Duc de Lorraine , frere
puîné de Lothaire & oncle de Louis V.
En lui commença la troifieme race de nos
Rois , dont les defcendans occupent les
deux plus puiffans trônes de l'Europe , la
France & l'Espagne.
Hugues Capet.
988 & 994.
Guillaume Abbé , de S. Germain des
Prez , y rétablit la regle ( 1 ) degenerée en
une vanité toute mondaine , & obtient du
Roi l'exemption de certaines charges fort
onereufes , aufquelles on vouloit affujertir
la plupart des terres de l'Abbaye.
(+ ) D. Bouill. hift. S. Germ. p. 73 , &c . Du Bois,
to, I. p. 628 .
1
164 MERCURE DE FRANCE.
995.
Les Religieux de Marmontier viennent
s'établir à Paris dans le Prieuré de Notre
Dame des Champs ( ) , occupé aujourd'hui
par les Religieufes Carmelites
de la reforme de Ste Therefe. Ils y demeurent
jufques en 1604 , tems auquel
leur ordre a été éteint . L'hiftoire nous apprend
que l'églife qui fubfifte , eft trèsancienne
, & eft du moins du tems de
Robert fils d'Hugues Capet. Charles Patin
, Ecrivain moderne , prétend qu'une
figure placée au haut du pignon de cette
églife eft celle de Cerès , qui étoit honorée
dans ce lieu , mais il eft dans l'erreur ,
puifqu'il eft certain que la figure ( x ) dont
il eft queftion , eft un S. Michel qui peſe
les ames dans une balance .
996 & 97.
Mort de Hugues Capet , après neuf années
de regne , le 23 Octobre 997. Robert
fon fils qu'il avoit déja fait couronner
, lui fuccede.
Robert
998 & 1003 .
Robert ( y ) fait fa refidence ordinaire
(x) Ann. Bened. 1. 50. n . 92. ( x ) Moreau de
Mautour, Obfervations. ( y ) Dipl. p. 578.
NOVEMBRE. 1755. 165
à Paris , & confirme les donations faites
par fon pere au couvent de S. Magloire ,
par une lettre donnée à Paris , le 19 Avril
998.
Il fait auffi augmenter le palais où le
Parlement tient fes feances , appellé alors
le Palais royal , & y fait conftruire une
chapelle fous l'invocation de S. Nicolas .
1008 & 1031 .
Le Roi Robert confirme la donation de
quelques terres faite par Anfold & Reitrude
à l'églife de S. Denis de la Chartre
dont ils étoient fondateurs . Il donna auffi
à cette églife une prébende dans la cathédrale
de Notre Dame , comme il paroit
par une chartre d'Estienne , Evêque de Paris
, de l'an 1133 , par laquelle on voit
auffi que S. Denis de la Chartre tomba
d'abord dans les mains des laïques , delà
dans celles du Roi , & enfin fut donné à
S. Martin des Champs.
1031 & 32 .
Mort du Roi Robert le 20 Juillet 1031 ,
âgé de foixante ans , Henri I fon fils couronné
quatre ans auparavant , lui fuccede.
La fuite au prochain Mercure,
Les embelliffemens de la ville de Paris en
'deux volumes in- 12 du même auteur parośront
incessamment
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
L
SOUVERAINS.
Charles le Simple.
899 & 906.
Es Religieux de S. Leufroi au Diocèle
d'Evreux , viennent fe réfugier avec
leurs reliques dans l'abbaye S. Germain
des Prez , pour éviter la fureur des Normans
( a) . Ils s'uniffent aux Religieux de
cette abbaye , & ne font qu'un même corps.
Le Roi Charles le fimple , confirme cette
union par une chartre datée de Compiegne
: cependant après la paix , les Moines de
S. Leufroi retournerent dans leur monaftere
, & remporterent les corps de S. Ouen
& de S. Agofroi , frere de S. Leufroi , qu'ils
avoient mis en dépôt dans l'églife de l'abbaye
S. Germain des Prez , & laifferent à
cette abbaye les reliques de S. Leufroi &
de S. Thuriau , en reconnoiffance de la
retraite qu'on leur avoit accordée .
(a) Sec. 3. Bened. part. 1. p. 593.
NOVEMBRE. 1755 155
Le Comte Robert , abbé de S. Germain
des Prez & de S. Denis , fut le premier qui
joignit ces deux qualités fi oppofées d'abbé
& d'homme marié ( b ) . Il fit confirmer
par Charles le fimple le partage des biens
de la premiere abbaye entre l'abbé & les
religieux .
907 & 908.
Réunion de l'abbaye de Rebais , anciennement
nommée Jérufalem , à l'évêché de
Paris , le 22 Mai 907 ( c ) . Elle en a été
féparée à la fin du dixieme fiecle.
909.
Charles le fimple confirme la donation
du grand Pont ( d ) , ( c'eft aujourd'hui le
Pont au Change, ) & des moulins contigus ,
faite aux Chanoines de Notre- Dame par
Charles le chauve .
910.
Rollon , un des plus fameux chefs des
Normans , remonte la feine ; faccage les
environs de Paris , & en fait trois fois le
fiege avec toutes fes forces , mais il ne peut
(b) Mab, ann. Bened . 1. 41. n . 18. (c) Hift. Eccl.
Parif, to . 1. p. 116. (d) Traité des Ecoles. p . 205-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
réuffit à s'en rendre le maître ( e ) . Il leve
le fiege , paffe en Angleterre , & après fon
expédition , il revient pour la quatrieme
fois afliéger Paris.
911.
Il accorde une treve de trois mois aux
Parifiens , mais à peine cft - elle expirée que
ces derniers recommencent eux-mêmes la
guerre à la follicitation de Richard , Duc
de Bourgogne , & d'Eble Comte de Poitiers
. Rollon de fon côté , continue fes
ravages & défole les environs ; enfin les
Parifiens demandent une feconde treve
pendant laquelle Charles le fimple ayant
eu une entrevue avec Rollon à S. Clair fur
Epte , il conclut la paix avec lui , & fit ce
faineux traité (f) par lequel , en lui cédant
une partie de la Neuftrie en fief de la
couronne de France , il lui donna fa fille
Gizelle en mariage .
912 & 917.
Rollon embraffe la Religion chrétienne
avec un nombre confidérable de fes fujets.
Il eft baptifé à Paris par l'archevêque François
, tenu fur les fonts par Robert , comte
(e ) Dudo. de Act. Norm. (f) Anfelme , Hift.
des grands Offic, de la couronne.
NOVEMBRE. 1755. 157
de Paris , & appellé Robert ; il eft connu
depuis fous le nom de Robert , Comte ou
Duc de Normandie.
918
.
Gerard , feigneur de Brogne , vient à
Paris en qualité d'envoié du comte de Namur
auprès du comte Robert (g) . Il paffe à
S. Denis. Edifié de la vie des Religieux.
Il forme le deffein d'en prendre l'habit , ce
qu'il exécute peu de tems après .
919-20 & 21.
Le roi donne Surefne & plufieurs autres
héritages à l'abbaye S. Germain des Prez.
923 & incluf. 935 .
d'autorité
Charles le fimple donne trop
à Haganon fon favori . Les feigneurs de fa
cour en font jaloux & fe révoltent contre
leur Prince . Charles fe fauve en Allemagne
& de-là chez Herbert , Comte de Vermandois
, qui l'enferme au château de
Péronne , où il mourut quelques années
après . L'an 929 , Raoul , Duc de Bourgogne
, eft élu roi à la place . Epoque de
l'établiffement des fiéfs.
(8 ) Sec. 5. Bened. p . 248 .
158 MERCURE DE FRANCE.
Raoul.
La femme de Charles le fimple fe fauve
en Angleterre & y mene fon fils Louis qui
a été furnommé d'Outremer .
936-37 & incluf. 942 .
Raoul décede fans enfans le 15 Janvier
936 (b) , & Hugues le grand , Comte de
Paris , fils de Robert ( i ) , de concert avec
les autres feigneurs du royaume , rappelle
Louis d'Outremer , le fait facrer à Laon
& couronner à Reims ; il le conduit enfuite
à Paris.
Louis d'Outremer.
Hugues a toute l'autorité. Le Roi Louis
lui donne plufieurs villes avec le titre de
Duc de France.
pour
Le comté de Paris eft rendu héréditaire,
Hugues nomme Grimaldus être Viz
comte de cette ville ( k ) , titre jufqu'alors
inconnu. Fin des Vicomtes de Paris en
1032. Salco fut le dernier qui eut cette
qualité , celle de Comte avoit fini quelque
tems auparavant.
Le Prevôt de Paris occupe aujourd'hui
(b) Chro. Frod. (i) Item, Hift . Rem, L. 4. c. 26,
(k) Tr. de la Pol. te ….1 . p. 99%
NOVEMBRE 1755. 159
fous ce nom les deux places , & en fait
toutes les fonctions.
943 .
Louis d'Outremer féjourne à Paris , & il
y eft malade pendant tout l'Eté.
944.
Un orage des plus furieux ravage toute
la campagne , & notamment le mont Martre
(1) , où l'églife avec une maifon fort
ancienne furent renverfées.
945 & 953.
Il y eut cette année une mortalité confidérable
dans Paris & aux environs ; c'étoit
un feu qui prenoit & qui confumoit le
malade avec des douleurs très - aigues. On
remarqua que ceux qui furent atteints de
ce mal , & qui purent aller à Notre - Dame,
furent guéris (m) Hugues le grand donna
dans cette occafion une preuve non équivoque
de fa charité , en entretenant à fes
dépens un nombre conſidérable de pauvres.
954 & 955 .
Lothaire.
Louis d'Outremer meurt à Reims d'une
( 1) Chron. frod. ( m) Ibidy
• 1
160 MERCURE DE FRANCE.
chute de cheval , le 10 Septembre 954
Lothaire fon fils lui fuccede & vient incontinent
fe montrer à Paris avec la reine
Gerberge fa mere. Le Comte Hugues à qui
leRoi venoit de donner les duchés deBourgogne
& d'Aquitaine , leur fic une réception
des plus magnifiques . Le Roi paffa les
fêtes de Pâques dans cette ville , & partit
enfuite avec Hugues pour l'Aquitaine .
956 & 64.
Hugues le Grand meurt , & eft enterré
à S. Denis dans le tombeau des Rois (n ). Il
laiffe trois fils , Othon , Hugues , & Henri.
Hugues , dit Capet , eft fait Comte de
Paris , & Duc de France.
965 & .977.
Salvator , Evêque d'Aleth , qu'on nomme
aujourd'hui S. Malo , plufieurs Moines
des Evêchés de Dal , de Bayeux & de
Léon , près de Dinan , effrayés par les
Normans appellés en France par le Duc
de Normandie , fe refugient dans Paris
avec les Reliques de S. Magloire , S. Samfon
, S. Malo , S. Senateur ou Sinier , de
S. Leonard , de S. Levier , & autres , au
nombre de dix- neuf. Ces faintes Reliques
( a ) Ord. Vital. aim, &c. /
NOVEMBRE. 1755. 161
furent reçues par les Parifiens avec beaucoup
de refpect , & dépofées du confente
ment de Hugues , dans l'Eglife de S. Barthelemi
dans la Cité , où ce Comte porta
lui - même le Corps de S. Magloire fur fes
épaules. Cette céremonie fut faite avec
beaucoup d'appareil le 16 Octobre .
Après la paix , ces Religieux voulurent
retourner dans leur monaftere . Hugues le
leur permit , mais il retint le corps de S.
Magloire avec une portion des Reliques de
S. Samfon , S. Malo , S. Sinier & autres.
Hugues fait rebâtir l'églife de S. Barthelemi
, & la dedie à faint Barthelemi &
à Saint Magloire , l'érige en Abbaye , & y
établit une Communauté de Religieux de
l'Ordre de S. Benoît , lui donne de grands
biens , & fait confirmer la donation ( o )
le Roi Lothaire.
par
La Chapelle S. George , autrefois donnée
aux Chanoines de S. Barthelemi ( p ),
eft unie à l'Abbaye . Elle étoit fituée du côté
de S. Laurent , dans l'endroit où eft à
préfent le Couvent de S. Magloire , dit des
Filles Pénitentes , rue S. Denis , dans lequel
les Religieux Bénedictins , trop refferrés
dans la Maifon de S. Magloire &
S. Barthelemi dans la Cité , furent loger
( 0 ) Opp. ann. bened . to. 3. n. 63. p. 719.
( P ) Martenne , aned. to. I , P. 344 , 37I¿
162 MERCURE DE FRANCE.
en 1138 , & y apporterent le corps de S.
Magloire.
A l'occafion de ce changement , l'églife
de S. Barthelemi reprit fon ancien nom ,
& devint paroiffiale. Il y demeura feulement
un Moine , avec le titre de Prieur ,
fous la dépendance de faint Magloire. La
maifon qu'il occupoit fert encore de logement
aux Soeurs de la Charité de cette paroiffe.
Le Comte Hugues qui jouiffoit des Abbayes
( q ) de S. Denis & de S. Germain des
Prez , comme d'un bien héreditaire dans
fa famille , les abandonna aux Religieux
qui les remirent dans la regle ordinaire ,
c'est- à- dire qu'ils choifirent entr'eux des
Abbés reguliers. ( r ) Galon fut le premier
Abbé de S. Germain que nous connoiffons.
Il rétablit la difcipline dans ce Monaftere,
qui étoit dans un état déplorable.
978 & 79.
Hugues Capet ( s ) , fucceffeur de fon
oncle dans la dignité de Comte de Paris ,
eut occafion de marcher fur fes traces , en
défendant les Parifiens affiegés dans leur
ville par l'Empereur Othon II.
( q ) Concil. to. 9. p . 520. ( r ) De Bouillard ,
hift. de S. Germ. p. 69-70. ( 1 ) Duch, to. 7. p .
626. Babder Lambert , & c.
NOVEMBRE. 1755. 163
Louis V.
980 & 86 .
Mort de Lothaire , âgé de quarantecinq
ans , après trente- un de regne . Le
Roi Louis V , couronné de fon vivant , lui
fuccede , & meurt quinze mois après lui ,
le 22 Juin 987 , fans enfans. Hugues Capet
, Comte de Paris , fils de Hugues le
Grand , eft élu Roi de France , au préjudice
de Charles Duc de Lorraine , frere
puîné de Lothaire & oncle de Louis V.
En lui commença la troifieme race de nos
Rois , dont les defcendans occupent les
deux plus puiffans trônes de l'Europe , la
France & l'Espagne.
Hugues Capet.
988 & 994.
Guillaume Abbé , de S. Germain des
Prez , y rétablit la regle ( 1 ) degenerée en
une vanité toute mondaine , & obtient du
Roi l'exemption de certaines charges fort
onereufes , aufquelles on vouloit affujertir
la plupart des terres de l'Abbaye.
(+ ) D. Bouill. hift. S. Germ. p. 73 , &c . Du Bois,
to, I. p. 628 .
1
164 MERCURE DE FRANCE.
995.
Les Religieux de Marmontier viennent
s'établir à Paris dans le Prieuré de Notre
Dame des Champs ( ) , occupé aujourd'hui
par les Religieufes Carmelites
de la reforme de Ste Therefe. Ils y demeurent
jufques en 1604 , tems auquel
leur ordre a été éteint . L'hiftoire nous apprend
que l'églife qui fubfifte , eft trèsancienne
, & eft du moins du tems de
Robert fils d'Hugues Capet. Charles Patin
, Ecrivain moderne , prétend qu'une
figure placée au haut du pignon de cette
églife eft celle de Cerès , qui étoit honorée
dans ce lieu , mais il eft dans l'erreur ,
puifqu'il eft certain que la figure ( x ) dont
il eft queftion , eft un S. Michel qui peſe
les ames dans une balance .
996 & 97.
Mort de Hugues Capet , après neuf années
de regne , le 23 Octobre 997. Robert
fon fils qu'il avoit déja fait couronner
, lui fuccede.
Robert
998 & 1003 .
Robert ( y ) fait fa refidence ordinaire
(x) Ann. Bened. 1. 50. n . 92. ( x ) Moreau de
Mautour, Obfervations. ( y ) Dipl. p. 578.
NOVEMBRE. 1755. 165
à Paris , & confirme les donations faites
par fon pere au couvent de S. Magloire ,
par une lettre donnée à Paris , le 19 Avril
998.
Il fait auffi augmenter le palais où le
Parlement tient fes feances , appellé alors
le Palais royal , & y fait conftruire une
chapelle fous l'invocation de S. Nicolas .
1008 & 1031 .
Le Roi Robert confirme la donation de
quelques terres faite par Anfold & Reitrude
à l'églife de S. Denis de la Chartre
dont ils étoient fondateurs . Il donna auffi
à cette églife une prébende dans la cathédrale
de Notre Dame , comme il paroit
par une chartre d'Estienne , Evêque de Paris
, de l'an 1133 , par laquelle on voit
auffi que S. Denis de la Chartre tomba
d'abord dans les mains des laïques , delà
dans celles du Roi , & enfin fut donné à
S. Martin des Champs.
1031 & 32 .
Mort du Roi Robert le 20 Juillet 1031 ,
âgé de foixante ans , Henri I fon fils couronné
quatre ans auparavant , lui fuccede.
La fuite au prochain Mercure,
Les embelliffemens de la ville de Paris en
'deux volumes in- 12 du même auteur parośront
incessamment
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Résumé : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Entre 899 et 1032, plusieurs événements marquants se déroulent à Paris sous divers souverains. Sous Charles le Simple (899-906), des religieux de l'abbaye de Saint-Leufroi à Évreux se réfugient à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés pour échapper aux Normands. Charles le Simple confirme leur union avec les moines de Saint-Germain-des-Prés, mais après la paix, les moines de Saint-Leufroi retournent dans leur monastère, emportant certaines reliques. Le comte Robert, abbé de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Denis, est le premier à cumuler les fonctions d'abbé et d'homme marié. Il fait confirmer par Charles le Simple le partage des biens de l'abbaye entre l'abbé et les religieux. En 907, l'abbaye de Rebais est réunie à l'évêché de Paris. En 909, Charles le Simple confirme la donation du grand Pont et des moulins contigus aux chanoines de Notre-Dame. Rollon, chef normand, assiège Paris entre 910 et 911. Après une trêve et des négociations, Charles le Simple conclut la paix avec Rollon en lui cédant une partie de la Neustrie et en lui donnant sa fille Gisèle en mariage. En 912, Rollon et ses sujets se convertissent au christianisme. Rollon est baptisé à Paris et devient connu sous le nom de Robert, comte ou duc de Normandie. En 918, Gérard, seigneur de Brogne, se rend à Paris et décide de devenir moine à Saint-Denis. En 919-920, le roi donne plusieurs héritages à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. Charles le Simple est déposé en 923 et meurt en captivité en 929. Raoul, duc de Bourgogne, lui succède. En 936, Raoul meurt sans héritier, et Hugues le Grand, comte de Paris, rappelle Louis d'Outremer, fils de Charles le Simple, pour le couronner roi. Louis d'Outremer règne de 936 à 954, mais Hugues le Grand détient réellement le pouvoir. En 943, Louis d'Outremer est malade à Paris. En 944, un orage dévaste le mont Martre. En 945-953, une épidémie frappe Paris, et Hugues le Grand montre sa charité en aidant les pauvres. Lothaire succède à Louis d'Outremer en 954 et meurt en 986. Hugues Capet, comte de Paris, est élu roi en 987, marquant le début de la troisième race des rois de France. Sous le règne de Hugues Capet (987-996), des religieux de Marmontier s'installent à Paris dans le prieuré de Notre-Dame-des-Champs. Hugues Capet meurt en 997, et son fils Robert lui succède. Robert règne de 998 à 1031 et confirme plusieurs donations aux églises de Paris. Il meurt en 1031, et son fils Henri Ier lui succède.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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