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1
p. 14-33
Avanture de Monsieur le Vicomte de. [titre d'après la table]
Début :
je ne me hazarderois pas volontiers apres cela, à vous [...]
Mots clefs :
Dame, Humeur, Vers, Galant, Visite, Beauté, Faveurs, Affaires du coeur, Amour, Billet
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texteReconnaissance textuelle : Avanture de Monsieur le Vicomte de. [titre d'après la table]
je ne me hazarderois pas vo- lontiers apres cela, à vous con- ter familierement ce qui eſt
arrivé depuis peu à Male Vi- comte de *** Ie ne ſçay ſi vous le connoiſſez. Il eſt naturellement Galant , & il a peine à
voir une Femme aymable fans luydire des douceurs , mais il eſt délicat ſur l'engagement,&
pour le toucher ilne fuffit pas
B
#4 LE MERCVRE
toûjours d'eſtre Belle. Il y a
quelque temps que parmy des Dames de fa connoiſſance
qu'il rencontra aux Thuille- ries, il en vit une dontla beauté
le ſurprit. Il demandaqui elle eſtoit , entra en converfarion
avec elle, luy dit d'obligeantes folies , & luy rendit Viſite le lendemain. La Damele reçeut auſſi favorablementqu'elle l'a-- voit écouté aux Thuilleries.
LeVicomte fait figure dans le beau monde , &elle n'euſt pas eſtéfachéequ'on l'euſt crûde ſes Soûpirans. Il eut quelque affiduité pour elle,&il ne la vit pas longtemps ſans connoiſtre qu'il eſtoit aimé ; mais toute belle qu'elle eft,elle n'eûtpoint pour luy ce que je n'ay quoy
qui pique : Ses manieres luy
GALANT. 15 deplurent ; il luy trouva une fuffiſance inconfiderée , un efprit mal tourné , quoy qu'elle ne foit pas fans eſprit; &com- me il ceſſa de luy dire qu'il l'aimoit dés laquatrième Vifi- re, il eut abſolument ceffé de
la voir , ſans une jeune Parente qu'il rencõtra chez elle, & qui futtout-à-faitſelon fon cœur.
Elle n'eſtoit pas fi belleque la Dame,mais elle reparoit cede- faut par des agrémensquipour un Home de fon gouft étoient
bien plus touchas que la Beau- té. Elle ne diſoit rienqui ne fut juſte & fpirituel , c'eſtoit une maniere aiſee en toutes choſes , pointde contrainte , point d'affectation , Elle chantoit
comme un Ange, & toute fa Perſonne plût tellement au
B 2
16 LE MERCVRE
Vicomte , que ce ne fut que pour elle ſeule qu'il continua ſes affiduitez où il la voyoit.
Comme elle ne le pouvoit re- cevoir chez elle , il ſe mit affez
bien dans ſon eſpritpour ſça- voir quand elle devoit rendre Viſite à ſa Parente , & fi elle
n'y pouvoit venir de trois jours , il paffoit auffi trois jours ſans yvenir. Ce manque d'em-.
preſſement n'accommodoit point la Dame , qui s'eſtoit laiffée prendre tout debon au merite du Vicomte. Elle crût
quele tropde fierté qu'elle luy marquoit en eſtoit la cauſe ,&
refolut de s'humanifer pour le mettre avec elle dans une liaifondont il ne luy fuſt pas per- mis de ſe dédire. Elle commença par de petites avances
GALANT. 17
flateuſes qui jetterent le Vi- comtedans un nouvel embarras . Ce n'eſt pas qu'il ſoit in- fenfible aux faveurs des Belles , au contraire il n'y a rien qu'il ne faffe pour s'en rendre digne , mais il veut aimerpour cela , & à moins que cetaffai- ſonnement ne s'y trouve , les faveurs ne font rien pour luy.. Ainſi quand il avoit le malد
ſe rencontrerſeulavec EU
YO
1803
heurde la Dame, il ne manquoit
mais à luy parler de Cam bray ou de ſaint Omer
Elle avoit beau l'interrompre pour tournerlediſcours fur les
affaires du cœur , il revenoit
toûjours àquelque attaque de
Demy-lune; & fi la Dame ſe
montroir quelquefois un peu trop obligeante pour luy , il
:
B 3
18 LE MERCVRE
recevoit cela avec une modeſtie qui la chagrinoit encor plus que les Contes de Guerre qu'il luy faiſoit. Cependant la belle humeur où il ſe mettoit
ſi toſt qu'il voyoit entrer l'ai- mable Parente , cauſa un defordre auquel il n'y eut plus moyen de remedier. LaDame ouvrit le yeux , obſerva le Vicomte , connut une partie de ce qu'il avoitdans le cœur, &
entra un jour dans un fi fu- rieux tranſport de jaloufie contre ſa Parente , apres qu'il les eut quittées , qu'elle luy defendit ſa Maiſon. Le Vicomte qui n'en eſtoit point averty,
fut furpris de ne la point voir le lendemain au rendez-vous
qu'elle luy avoit donné ; il y
retourna inutilement les deux
jours ſuivans , & ne ſcachant
GALANT. 19
que s'imaginer de ce change- ment ,il chercha l'occaſionde
luyparler chez une Dame où il ſçeut qu'elle alloit affez fou- vent. Cefut là que cette aima- blePerſonneluy apprit l'inful- te qu'on luy avoit faite pour luy. Il en eut un chagrin in- concevable , & luy ayant juré qu'il ne reverroit jamais fapeu touchante Parente , il reſvoit
chez luy aux moyens qu'il devoit tenir pour la rupture ,
quand on luy en apporta un Billet. La Dame s'eſtoit aviſée
de ſe vouloir plaindre de ſa froideur ; mais comme elle
cherchoit toûjours plus à luy plairequ'àle facher , elle crût quepourne le pas effaroucher par ſes reproches , il falloit du moins les rendre agreables par leur maniere ; & s'imaginant
20 LE MERCVRE
que les Vers autorifoient ceux quiaiment à s'expliquer plus librement que la Profe , elle s'eſtoit addreſſée àun Homme
qui la voyoit quelquefois &
qui en faiſoit d'aſſez paflables.. Toutfut miſtere pour luy; Elle luy dit ſeulement les choſes dont on ſe plaignoit , & il fal- lut qu'il fiſt les Vers ſans ſca-- voirny à quiils devoienteſtre envoyez, ny quiestoit laDa- me qui avoitſujetde ſe plain- dre. Les voicy tels que leVi- comte les reçeut..
V
Ous m'avez dit que vous
maimez,
Et je vous l'ay d'abord ory dire
avecjoye
Mais que voulez-vous quej'en
croye,
Sivous neme le confirmez..?
GALANT. 21
YON
Lalangue est quelque chose,&de Son témoignage Lecharme est doux àqui l'attend;
Mais croyez- vous que pour
estre content ,
Il nefaille rien davantage?
Ce n'est pas tout dedire , ilfaut
estre empressé Aconvaincre les Gens de cequ'on
leur proteste ;
Etquandla langue acomencé
C'est au cœuràfaire le reste.
Il est centpetitsfoins qu'unEsprit complaifant
Trouve à faire valoir quand l'amour est extréme ;
Et c'eſt ſouvent enſe taiſant,
Qu'onditplusfortement qu'on
aime.
22 LE MERCVRE
Des regards enflamez, un foûrive
flateur ,
Font aux Amans entendre des
• merveilles ;
Et j'amcmieux ce quife ditau
cœur ,
Quece qu'onditpour les oreilles..
Tout doit tendre àdonner des
preuves defafoy;
Lereste ,puresbagatelles..
Lors que vous me voyez , le grand
ragoustpour moy ,
Quevousmecontiez des nouvelles!
Dites-moy mille fois que charmé demevoir,
Vous ne trouvezque moy d'aima- blefur laterre ;
Aquoybon meparler de combats
°uerre ,
GALANT. 23 Quandj'ay de vous autre chose à
Sçavoir?
Qu'on ait fait quelque exploit
d'une importance extréme ,
Vn autrepeut me l'expliquers
Mais un autre que vous, du moins
Sans me choquer ,
Nepeut me dire , je vous aime.
C'est par vous que ces motsfont pourmoypleins d'appas.
Cependant que faut-il de vous que je soupçonne ? 1
Sijevous tens lamain, vous ne la baiſezpas ,
Quoyque vous ne foyez obſervé depersonne.
Ilſemble que toûjours timide, circonfpect ,
Vous estantdit Amant , vous n'ofiez leparoiſtre ,
24 LE MERCVRE
Etque chez vous l'Amour,quipar
tout fait le Maistre ,
Soit enchaînépar le respect.
Non,non, vous n'aimezpoint, j'en
ay la certitude ,
Iay voulu meflater en vain jufqu'à ce jour ;
L'aveuque je reçeus d'abord de
voſtre amour ,
Fut unedouceur d'habitude.
C'eſtſans vous laiſſer enflamer ,
Que vostre cœur quand il vous
plaiftfoûpire;
Et vous nesçavez pas aimer ,
Voussçavezseulement le dire.
Ces Vers que le Vicomte auroit trouvez jolis ſur toute autre matiere , luy déplûrent fur celle- cy. Il eſtoit déja de méchante
GALANT. 25 méchante humeur. Ildit qu'il envoyeroit laRéponſe; &pour la rendrede la meſme maniere
qu'il avoit reçeu le Billet , il alla emprunterle ſecours d'un de ſes plus particuliers Amis.
Cequ'ilyeutde plaiſant , c'eſt que c'eſtoit celuy meſme qui avoit déja fait les Vers de la
Dame , & qui ayant appris toute fon Hiſtoire par le Vi- comte, fut ravy de trouver une occaſion ſi propre à ſe vanger de la fineſſe qu'elle luy avoit faite. Le Vicomte le pria de meſler quelque choſede mali- cieux dans cette Réponſe , &
de la faire aſſez piquante pour obliger la Dame àne fauhaiter jamais de le revoir. Il y con- ſentitd'autantplus volontiers,
que la Dame ſuy ayant caché,
C
26 LE MERCVRE
qu'elle euſt intereſt à l'affaire,
il ne devoit pas craindre de ſe broüiller avec elle,quandmef- me elle viendroit àdécouvrir
qu'il euſt fait les Vers. Il les ap- porta une heure apres au Vi- comte, qui les envoya dés le jour meſme. Ils eftoientunpeu cavaliers , comme vous l'allez
voir par leur lecture.
C
E n'est pas d'aujourd'huy qu'en Chevalier courtois
Ien conte aux Belles d'importance
Maisilfaitmalfeur quelquefois Mefaire une agreable avance
Surla trop credule esperance ,
Que desemblablespaffe-droits M'obligerontà la conſtance.
Moncœur às'engagerjamais ne Se résout,
GALANT. 27
Et des plus doux attraitsfut la Belle affortie Qui croit tenter mon humble
modestie ,
Quadma coplaisance est àbout,
I'aime mieux quitter lapartie,
Quede risquer àgagnertout.
Apparemment la Dame ſe le tint pourdit , du moins elle dût connoiſtre par là que le Vicomte n'avoit aucune eftimepour elle.Ils neſe ſont point veusdepuis ce temps-là; &je tiens les particularitez de l'Hi- ſtoire de celuy qui a fait les
Vers
arrivé depuis peu à Male Vi- comte de *** Ie ne ſçay ſi vous le connoiſſez. Il eſt naturellement Galant , & il a peine à
voir une Femme aymable fans luydire des douceurs , mais il eſt délicat ſur l'engagement,&
pour le toucher ilne fuffit pas
B
#4 LE MERCVRE
toûjours d'eſtre Belle. Il y a
quelque temps que parmy des Dames de fa connoiſſance
qu'il rencontra aux Thuille- ries, il en vit une dontla beauté
le ſurprit. Il demandaqui elle eſtoit , entra en converfarion
avec elle, luy dit d'obligeantes folies , & luy rendit Viſite le lendemain. La Damele reçeut auſſi favorablementqu'elle l'a-- voit écouté aux Thuilleries.
LeVicomte fait figure dans le beau monde , &elle n'euſt pas eſtéfachéequ'on l'euſt crûde ſes Soûpirans. Il eut quelque affiduité pour elle,&il ne la vit pas longtemps ſans connoiſtre qu'il eſtoit aimé ; mais toute belle qu'elle eft,elle n'eûtpoint pour luy ce que je n'ay quoy
qui pique : Ses manieres luy
GALANT. 15 deplurent ; il luy trouva une fuffiſance inconfiderée , un efprit mal tourné , quoy qu'elle ne foit pas fans eſprit; &com- me il ceſſa de luy dire qu'il l'aimoit dés laquatrième Vifi- re, il eut abſolument ceffé de
la voir , ſans une jeune Parente qu'il rencõtra chez elle, & qui futtout-à-faitſelon fon cœur.
Elle n'eſtoit pas fi belleque la Dame,mais elle reparoit cede- faut par des agrémensquipour un Home de fon gouft étoient
bien plus touchas que la Beau- té. Elle ne diſoit rienqui ne fut juſte & fpirituel , c'eſtoit une maniere aiſee en toutes choſes , pointde contrainte , point d'affectation , Elle chantoit
comme un Ange, & toute fa Perſonne plût tellement au
B 2
16 LE MERCVRE
Vicomte , que ce ne fut que pour elle ſeule qu'il continua ſes affiduitez où il la voyoit.
Comme elle ne le pouvoit re- cevoir chez elle , il ſe mit affez
bien dans ſon eſpritpour ſça- voir quand elle devoit rendre Viſite à ſa Parente , & fi elle
n'y pouvoit venir de trois jours , il paffoit auffi trois jours ſans yvenir. Ce manque d'em-.
preſſement n'accommodoit point la Dame , qui s'eſtoit laiffée prendre tout debon au merite du Vicomte. Elle crût
quele tropde fierté qu'elle luy marquoit en eſtoit la cauſe ,&
refolut de s'humanifer pour le mettre avec elle dans une liaifondont il ne luy fuſt pas per- mis de ſe dédire. Elle commença par de petites avances
GALANT. 17
flateuſes qui jetterent le Vi- comtedans un nouvel embarras . Ce n'eſt pas qu'il ſoit in- fenfible aux faveurs des Belles , au contraire il n'y a rien qu'il ne faffe pour s'en rendre digne , mais il veut aimerpour cela , & à moins que cetaffai- ſonnement ne s'y trouve , les faveurs ne font rien pour luy.. Ainſi quand il avoit le malد
ſe rencontrerſeulavec EU
YO
1803
heurde la Dame, il ne manquoit
mais à luy parler de Cam bray ou de ſaint Omer
Elle avoit beau l'interrompre pour tournerlediſcours fur les
affaires du cœur , il revenoit
toûjours àquelque attaque de
Demy-lune; & fi la Dame ſe
montroir quelquefois un peu trop obligeante pour luy , il
:
B 3
18 LE MERCVRE
recevoit cela avec une modeſtie qui la chagrinoit encor plus que les Contes de Guerre qu'il luy faiſoit. Cependant la belle humeur où il ſe mettoit
ſi toſt qu'il voyoit entrer l'ai- mable Parente , cauſa un defordre auquel il n'y eut plus moyen de remedier. LaDame ouvrit le yeux , obſerva le Vicomte , connut une partie de ce qu'il avoitdans le cœur, &
entra un jour dans un fi fu- rieux tranſport de jaloufie contre ſa Parente , apres qu'il les eut quittées , qu'elle luy defendit ſa Maiſon. Le Vicomte qui n'en eſtoit point averty,
fut furpris de ne la point voir le lendemain au rendez-vous
qu'elle luy avoit donné ; il y
retourna inutilement les deux
jours ſuivans , & ne ſcachant
GALANT. 19
que s'imaginer de ce change- ment ,il chercha l'occaſionde
luyparler chez une Dame où il ſçeut qu'elle alloit affez fou- vent. Cefut là que cette aima- blePerſonneluy apprit l'inful- te qu'on luy avoit faite pour luy. Il en eut un chagrin in- concevable , & luy ayant juré qu'il ne reverroit jamais fapeu touchante Parente , il reſvoit
chez luy aux moyens qu'il devoit tenir pour la rupture ,
quand on luy en apporta un Billet. La Dame s'eſtoit aviſée
de ſe vouloir plaindre de ſa froideur ; mais comme elle
cherchoit toûjours plus à luy plairequ'àle facher , elle crût quepourne le pas effaroucher par ſes reproches , il falloit du moins les rendre agreables par leur maniere ; & s'imaginant
20 LE MERCVRE
que les Vers autorifoient ceux quiaiment à s'expliquer plus librement que la Profe , elle s'eſtoit addreſſée àun Homme
qui la voyoit quelquefois &
qui en faiſoit d'aſſez paflables.. Toutfut miſtere pour luy; Elle luy dit ſeulement les choſes dont on ſe plaignoit , & il fal- lut qu'il fiſt les Vers ſans ſca-- voirny à quiils devoienteſtre envoyez, ny quiestoit laDa- me qui avoitſujetde ſe plain- dre. Les voicy tels que leVi- comte les reçeut..
V
Ous m'avez dit que vous
maimez,
Et je vous l'ay d'abord ory dire
avecjoye
Mais que voulez-vous quej'en
croye,
Sivous neme le confirmez..?
GALANT. 21
YON
Lalangue est quelque chose,&de Son témoignage Lecharme est doux àqui l'attend;
Mais croyez- vous que pour
estre content ,
Il nefaille rien davantage?
Ce n'est pas tout dedire , ilfaut
estre empressé Aconvaincre les Gens de cequ'on
leur proteste ;
Etquandla langue acomencé
C'est au cœuràfaire le reste.
Il est centpetitsfoins qu'unEsprit complaifant
Trouve à faire valoir quand l'amour est extréme ;
Et c'eſt ſouvent enſe taiſant,
Qu'onditplusfortement qu'on
aime.
22 LE MERCVRE
Des regards enflamez, un foûrive
flateur ,
Font aux Amans entendre des
• merveilles ;
Et j'amcmieux ce quife ditau
cœur ,
Quece qu'onditpour les oreilles..
Tout doit tendre àdonner des
preuves defafoy;
Lereste ,puresbagatelles..
Lors que vous me voyez , le grand
ragoustpour moy ,
Quevousmecontiez des nouvelles!
Dites-moy mille fois que charmé demevoir,
Vous ne trouvezque moy d'aima- blefur laterre ;
Aquoybon meparler de combats
°uerre ,
GALANT. 23 Quandj'ay de vous autre chose à
Sçavoir?
Qu'on ait fait quelque exploit
d'une importance extréme ,
Vn autrepeut me l'expliquers
Mais un autre que vous, du moins
Sans me choquer ,
Nepeut me dire , je vous aime.
C'est par vous que ces motsfont pourmoypleins d'appas.
Cependant que faut-il de vous que je soupçonne ? 1
Sijevous tens lamain, vous ne la baiſezpas ,
Quoyque vous ne foyez obſervé depersonne.
Ilſemble que toûjours timide, circonfpect ,
Vous estantdit Amant , vous n'ofiez leparoiſtre ,
24 LE MERCVRE
Etque chez vous l'Amour,quipar
tout fait le Maistre ,
Soit enchaînépar le respect.
Non,non, vous n'aimezpoint, j'en
ay la certitude ,
Iay voulu meflater en vain jufqu'à ce jour ;
L'aveuque je reçeus d'abord de
voſtre amour ,
Fut unedouceur d'habitude.
C'eſtſans vous laiſſer enflamer ,
Que vostre cœur quand il vous
plaiftfoûpire;
Et vous nesçavez pas aimer ,
Voussçavezseulement le dire.
Ces Vers que le Vicomte auroit trouvez jolis ſur toute autre matiere , luy déplûrent fur celle- cy. Il eſtoit déja de méchante
GALANT. 25 méchante humeur. Ildit qu'il envoyeroit laRéponſe; &pour la rendrede la meſme maniere
qu'il avoit reçeu le Billet , il alla emprunterle ſecours d'un de ſes plus particuliers Amis.
Cequ'ilyeutde plaiſant , c'eſt que c'eſtoit celuy meſme qui avoit déja fait les Vers de la
Dame , & qui ayant appris toute fon Hiſtoire par le Vi- comte, fut ravy de trouver une occaſion ſi propre à ſe vanger de la fineſſe qu'elle luy avoit faite. Le Vicomte le pria de meſler quelque choſede mali- cieux dans cette Réponſe , &
de la faire aſſez piquante pour obliger la Dame àne fauhaiter jamais de le revoir. Il y con- ſentitd'autantplus volontiers,
que la Dame ſuy ayant caché,
C
26 LE MERCVRE
qu'elle euſt intereſt à l'affaire,
il ne devoit pas craindre de ſe broüiller avec elle,quandmef- me elle viendroit àdécouvrir
qu'il euſt fait les Vers. Il les ap- porta une heure apres au Vi- comte, qui les envoya dés le jour meſme. Ils eftoientunpeu cavaliers , comme vous l'allez
voir par leur lecture.
C
E n'est pas d'aujourd'huy qu'en Chevalier courtois
Ien conte aux Belles d'importance
Maisilfaitmalfeur quelquefois Mefaire une agreable avance
Surla trop credule esperance ,
Que desemblablespaffe-droits M'obligerontà la conſtance.
Moncœur às'engagerjamais ne Se résout,
GALANT. 27
Et des plus doux attraitsfut la Belle affortie Qui croit tenter mon humble
modestie ,
Quadma coplaisance est àbout,
I'aime mieux quitter lapartie,
Quede risquer àgagnertout.
Apparemment la Dame ſe le tint pourdit , du moins elle dût connoiſtre par là que le Vicomte n'avoit aucune eftimepour elle.Ils neſe ſont point veusdepuis ce temps-là; &je tiens les particularitez de l'Hi- ſtoire de celuy qui a fait les
Vers
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Résumé : Avanture de Monsieur le Vicomte de. [titre d'après la table]
Le texte raconte l'histoire du vicomte de ***, un homme galant mais prudent en matière d'engagement amoureux. Lors d'une rencontre aux Tuileries, il entame une relation avec une dame, mais finit par être déçu par son comportement et son esprit. Cependant, il continue de lui rendre visite en raison de la présence d'une jeune parente de la dame, qui possède des qualités plus attrayantes pour lui. La dame, remarquant l'attitude distante du vicomte, tente de se rapprocher de lui par des avances flatteuses. Cependant, il reste indifférent, préférant discuter de sujets neutres plutôt que d'amour. La situation se complique lorsque la dame, jalouse de la parente, interdit à cette dernière de revenir chez elle. Le vicomte, ignorant la raison de ce changement, cherche à comprendre et apprend la vérité de la parente. La dame envoie ensuite des vers au vicomte pour se plaindre de sa froideur, mais ceux-ci déplaisent au vicomte. Il décide de répondre de manière piquante, avec l'aide d'un ami qui avait déjà écrit les vers pour la dame. La réponse du vicomte est suffisamment claire pour que la dame comprenne qu'il n'a aucune estime pour elle. Depuis cet échange, ils ne se sont plus revus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 61-64
AIR.
Début :
Comme vous aimez la Musique, je vous souhaitay fort dernierement / N'Estes-vous point resveuse & triste quelque fois ? [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Villeneuve, Chant, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR.
Comme vous aimez la Mu- ſique , je vous ſouhaitay fort dernierement dans une Aſſemblée où il y eut un tres-grand
Concert. I'y recouvray les Pa- roles du dernier Air que feu Monfieur le Camus a compoſé.
Vous me les avez demandées,
&je vous les envoye. La belle Mademoiſelle de Villeneuve
les chanta avec une juſteſſe à la- quelle on ne peutrien ajoûter ;
tout le monde en fut charmé,
&jamais il n'y eut tant de loüanges , ny ſi juſtement donnees.
42 LE MERCVRE
:
AIR.
N'Eſtes-quelquefois vous point ?reſvenſe & tria
De vos Rochers & de vos BoisN'allez- vous point chercher les plus Sombres demcures ,
Et dans ces Lieux charmans , ſenſible
àmon amour ,
Ne paſſez- vous point quelques henres ,
Commej'y paſſe tout le jour?
M. de Frontiniere a fait ces
Paroles. Elles font touchantes
d'elles-meſmes. Jugez ce qu'- elles me parurent dans la bou- che d'une Perſonne qui eſt ſi propre à toucher. A vous dire vray , Madame , il y a un peu de riſque à courir , & la beau- té de Mademoiselle de Villeneuve jointe à celle de ſa voix,
eft quelque choſe de ſi dange-
GALAN T. 43
reux , que pour le repos de bien des Gens , il ſeroit à fouhaiter qu'elle ne ſe laiſſaſt point voir quand elle chante.
Concert. I'y recouvray les Pa- roles du dernier Air que feu Monfieur le Camus a compoſé.
Vous me les avez demandées,
&je vous les envoye. La belle Mademoiſelle de Villeneuve
les chanta avec une juſteſſe à la- quelle on ne peutrien ajoûter ;
tout le monde en fut charmé,
&jamais il n'y eut tant de loüanges , ny ſi juſtement donnees.
42 LE MERCVRE
:
AIR.
N'Eſtes-quelquefois vous point ?reſvenſe & tria
De vos Rochers & de vos BoisN'allez- vous point chercher les plus Sombres demcures ,
Et dans ces Lieux charmans , ſenſible
àmon amour ,
Ne paſſez- vous point quelques henres ,
Commej'y paſſe tout le jour?
M. de Frontiniere a fait ces
Paroles. Elles font touchantes
d'elles-meſmes. Jugez ce qu'- elles me parurent dans la bou- che d'une Perſonne qui eſt ſi propre à toucher. A vous dire vray , Madame , il y a un peu de riſque à courir , & la beau- té de Mademoiselle de Villeneuve jointe à celle de ſa voix,
eft quelque choſe de ſi dange-
GALAN T. 43
reux , que pour le repos de bien des Gens , il ſeroit à fouhaiter qu'elle ne ſe laiſſaſt point voir quand elle chante.
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Résumé : AIR.
Le texte décrit une assemblée musicale à laquelle le destinataire a été convié en raison de son amour pour la musique. Lors de cet événement, les paroles du dernier air composé par le défunt Monsieur le Camus ont été récupérées et envoyées au destinataire sur sa demande. La demoiselle de Villeneuve a interprété cet air avec une grande justesse, suscitant l'admiration de tous les présents et recevant de nombreuses louanges. Les paroles, écrites par Monsieur de Frontinière, sont jugées touchantes. Leur impact est amplifié par l'interprétation de la demoiselle de Villeneuve, dont la beauté et la voix sont considérées comme dangereuses pour le repos de certains. Le texte souligne le risque et le danger potentiel que représente la combinaison de sa beauté et de son talent vocal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 121-131
ELEGIE.
Début :
Prendre ce party est une maniere fort honneste de dire [...]
Mots clefs :
Philis, Amour, Beauté, Vers, M. Ferrier, Ouvrage galant, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
Pren- dre ce party eſt une maniere fort honneſte de dire adieu au
Monde apres avoir expoſe ſa vie pour fon Prince , pendant un fort grand nombre d'années.
Des Adieux de cette forte ne
me paroiſtront jamais devoir eſtre retractez ; mais vous allez
voir, Madame, quej'avoisquel- que ſujetde n'en pas croire en- tierement celuy qui pretendoit l'avoir dit pour toûjours aux Muſes. Ses Amis n'ont pû ſoû- frir qu'il ſe dérobât plus long- temps lagloire qui luyeſt deuë.
Ils l'ont fait connoiſtre , & j'ay àvous apprendre qu'il s'appelle
GALANT. 81I
M.Ferrier. Les loüanges qu'il a
reçeuës ſur le tour aiſe qu'il donne à ſes Vers , l'ont engagé à faire un Ouvrage Galant qu'on croit déja ſous la Preffe.
On ne m'en a pû dire le Titre,
mais vous pouvez juger de quelle beauté il ſera par cette Elegie qui en doit faire le com- mencement. Elle donne lieu
de conjecturer que cet Ouvrage contiendra les manieres qui peuvent faire acquerir l'eftime du beau Sexe aux honneſtes
Gens , &on ne peut douter que cette matiere ne ſoit traitéedelicatement par un Homme qui penſe juſte , & qui écrit avec une fortgrande netteté.
Dv
82. LE MERCVRE
LIO THE
好好好好好好好好好好好好好好
1893 ELEGIE
.
Maistrefubtiles de tousflames les Dieux dont
Nebrûlentpoint les cœursfans éclairer
lesames ,
Amour, c'est àtoy ſeul que confacrant
mes Vers ,
Ievay de tes fecrets instruire l'Univers.
:
Ainsi, dans mes écrits revelant la Science ,
Detes droits ſur les cœurs j'étendray la puiſſance ,
Et ma Muse àton Temple appellant les Mortels,
Fera de toutes parts encenfer tes Au- tels ;
Ces Vers dontjetefais un heureuxfas
crifice ,
Am'en récompenser engagent ta ju- ffice.
Quoy,pourrois-tu me voir Esclave re- buté
GALANT. 83
D'une ingrate Maiſtreſſe effuyer la fierté ,
Moy, qui par desavis auſſi ſeurs que fidelles,
Montre l'art de toucher les Maiſtreſſes
cruelles?
Non,Amour, tu le vois, qu'ileſt de ton honneur A
D'employertous tesſoinsauſoin demon bonheur.
Ienedemandepas qu'à mes vœux fam vorable ,
Atoutes les Beauteztu me rendes ai- mable , T
Jen'étenspassiloin mes projets amou
reux ,
Etce n'est que Philis que demandent
mesvœux ,
Philis que j'aime envain , &dont l'indifference
Par de longues froideurs éprouve ma
constance.
Mais cette ame inſenſible auxpreuves
demafoy ,
Lefera-t-elle encorefi tu combatspour
moy ?
Dvj
84 LE MERCVRE Si i'obtiensfurſon cœurune entierevi- Etoire,
Lefruit que i'en auray t'en aſſure la gloire.
Pourtoy plus que pour moyfois ialoux de tesdroits ,
Aux cœurs indifferens fais réverer tes
Loix ,
Et foûmettant l'orgueil d'une Beauté rebelle ,
Fay luy sentirpourmoy ce que je sens pour elle.
Pendant que je pouffois ces regrets
amoureux ,
L'Amour vint me promettre un destin plusheureux.
•Toy qu'un zele fi fort attache à mon fervice,
Espere tous , dit-il , quand je te ſuis
propice :
Tum'as fait une offrande à n'oublier
jamais.
Et mesgracespourtoy préviendront tes Soubaits.
Des Dieuxpour les Mortel's la bonné Sans mesure,
D'unpeu d'encens brûlé les payeaves usures
GALANT. 85 Mais en est-il aucun de ces Dieux bienfaifans ,
Qui puiſſe parses dons égaler mes pre- Sens?
Helene,de Paris fut ledigne ſalaire
Désqu'on l'eut veu juger enfaveur de
ma Mere.
Iulie, aux yeuxde Rome , au milieude La Cour ,
D'Ovide ,par mes foins favoriſa l'amour.
Crois- tu que maintenant à tes veux
moins propice ,
Iemanque de puiſſance ,oumanquede justice,
Moy qui ſans borne juste,& puiſſant en tous lieux ,
Aurang de mes Sujets compte mesme les Dieux?
Ainsi,que ta Philis s'arme d'indiference ,
Elle doit sa tendreſſe à ta perſeverance.
Necrains rien , &fidelle aux yeux qui
t'ontcharmé,
Aime,le Dieud'Amour t'affure d'estre aimé. L
86 LE MERCVRE
Ah , Philis , vondrois-tudémentirfes
Oracles ,
Aux biens qu'il me promet oposer des obstacles?
Non,Sans doute, & ton cœur moinsrebelle àfes loix ,
Suivra l'avis d'un Dieu qui parle par
mavoix.
Si tu n'écoutes point fon fidelle Interprete,
Aumoins de ta raiſon entens la voix Secrete ,
Quitefollicitant de te laiſſer charmer ,
Te dit tout bas qu'un cœur n'est fait
quepouraimer.
Auxdouceurs de l'amourne fois donc
plus contraire ,
On ne peut en joüir qu'autant que l'on Sçait plaire ,
Etle Soleil,d'ailleursfijuſte dansfon
cours,
D'un plusrapide pas mesure nos beaux
jours.
LaNature,que regle une haute Prudence ,
En joignant de ſi prés la mort à ta naiſſance,
GALANT. 87 Semble nous avertir qu'il nous faut ménager
Iusqu'aumoindre moment d'un tempsſe paſſager.
Quelque courte en effet que paiſſe eſtre lavie,
Elle pourroit fuffire à remplir nostre envie ,
Sidonnant libre effor ànos jeunes defirs,
Désquel'onpeut lesprendre on prenoit les plaisirs.
Mais loin que la raison regte nos de ſtinées ,
Nous perdonsſans aimer nos plus bel- les années ,
Et lors que la vieilleffe efface nos
appas,
Nous cherchons les Amours &ne les
trouvonspas.
Ne croy point que des ans l'injurieux
• outrage Epargnepar respect les lis de ton vi- Sage.
Non, Philis , la beauté doit unjour te quitter.
Avant qu'elle te quitte il en fautpro five
Monde apres avoir expoſe ſa vie pour fon Prince , pendant un fort grand nombre d'années.
Des Adieux de cette forte ne
me paroiſtront jamais devoir eſtre retractez ; mais vous allez
voir, Madame, quej'avoisquel- que ſujetde n'en pas croire en- tierement celuy qui pretendoit l'avoir dit pour toûjours aux Muſes. Ses Amis n'ont pû ſoû- frir qu'il ſe dérobât plus long- temps lagloire qui luyeſt deuë.
Ils l'ont fait connoiſtre , & j'ay àvous apprendre qu'il s'appelle
GALANT. 81I
M.Ferrier. Les loüanges qu'il a
reçeuës ſur le tour aiſe qu'il donne à ſes Vers , l'ont engagé à faire un Ouvrage Galant qu'on croit déja ſous la Preffe.
On ne m'en a pû dire le Titre,
mais vous pouvez juger de quelle beauté il ſera par cette Elegie qui en doit faire le com- mencement. Elle donne lieu
de conjecturer que cet Ouvrage contiendra les manieres qui peuvent faire acquerir l'eftime du beau Sexe aux honneſtes
Gens , &on ne peut douter que cette matiere ne ſoit traitéedelicatement par un Homme qui penſe juſte , & qui écrit avec une fortgrande netteté.
Dv
82. LE MERCVRE
LIO THE
好好好好好好好好好好好好好好
1893 ELEGIE
.
Maistrefubtiles de tousflames les Dieux dont
Nebrûlentpoint les cœursfans éclairer
lesames ,
Amour, c'est àtoy ſeul que confacrant
mes Vers ,
Ievay de tes fecrets instruire l'Univers.
:
Ainsi, dans mes écrits revelant la Science ,
Detes droits ſur les cœurs j'étendray la puiſſance ,
Et ma Muse àton Temple appellant les Mortels,
Fera de toutes parts encenfer tes Au- tels ;
Ces Vers dontjetefais un heureuxfas
crifice ,
Am'en récompenser engagent ta ju- ffice.
Quoy,pourrois-tu me voir Esclave re- buté
GALANT. 83
D'une ingrate Maiſtreſſe effuyer la fierté ,
Moy, qui par desavis auſſi ſeurs que fidelles,
Montre l'art de toucher les Maiſtreſſes
cruelles?
Non,Amour, tu le vois, qu'ileſt de ton honneur A
D'employertous tesſoinsauſoin demon bonheur.
Ienedemandepas qu'à mes vœux fam vorable ,
Atoutes les Beauteztu me rendes ai- mable , T
Jen'étenspassiloin mes projets amou
reux ,
Etce n'est que Philis que demandent
mesvœux ,
Philis que j'aime envain , &dont l'indifference
Par de longues froideurs éprouve ma
constance.
Mais cette ame inſenſible auxpreuves
demafoy ,
Lefera-t-elle encorefi tu combatspour
moy ?
Dvj
84 LE MERCVRE Si i'obtiensfurſon cœurune entierevi- Etoire,
Lefruit que i'en auray t'en aſſure la gloire.
Pourtoy plus que pour moyfois ialoux de tesdroits ,
Aux cœurs indifferens fais réverer tes
Loix ,
Et foûmettant l'orgueil d'une Beauté rebelle ,
Fay luy sentirpourmoy ce que je sens pour elle.
Pendant que je pouffois ces regrets
amoureux ,
L'Amour vint me promettre un destin plusheureux.
•Toy qu'un zele fi fort attache à mon fervice,
Espere tous , dit-il , quand je te ſuis
propice :
Tum'as fait une offrande à n'oublier
jamais.
Et mesgracespourtoy préviendront tes Soubaits.
Des Dieuxpour les Mortel's la bonné Sans mesure,
D'unpeu d'encens brûlé les payeaves usures
GALANT. 85 Mais en est-il aucun de ces Dieux bienfaifans ,
Qui puiſſe parses dons égaler mes pre- Sens?
Helene,de Paris fut ledigne ſalaire
Désqu'on l'eut veu juger enfaveur de
ma Mere.
Iulie, aux yeuxde Rome , au milieude La Cour ,
D'Ovide ,par mes foins favoriſa l'amour.
Crois- tu que maintenant à tes veux
moins propice ,
Iemanque de puiſſance ,oumanquede justice,
Moy qui ſans borne juste,& puiſſant en tous lieux ,
Aurang de mes Sujets compte mesme les Dieux?
Ainsi,que ta Philis s'arme d'indiference ,
Elle doit sa tendreſſe à ta perſeverance.
Necrains rien , &fidelle aux yeux qui
t'ontcharmé,
Aime,le Dieud'Amour t'affure d'estre aimé. L
86 LE MERCVRE
Ah , Philis , vondrois-tudémentirfes
Oracles ,
Aux biens qu'il me promet oposer des obstacles?
Non,Sans doute, & ton cœur moinsrebelle àfes loix ,
Suivra l'avis d'un Dieu qui parle par
mavoix.
Si tu n'écoutes point fon fidelle Interprete,
Aumoins de ta raiſon entens la voix Secrete ,
Quitefollicitant de te laiſſer charmer ,
Te dit tout bas qu'un cœur n'est fait
quepouraimer.
Auxdouceurs de l'amourne fois donc
plus contraire ,
On ne peut en joüir qu'autant que l'on Sçait plaire ,
Etle Soleil,d'ailleursfijuſte dansfon
cours,
D'un plusrapide pas mesure nos beaux
jours.
LaNature,que regle une haute Prudence ,
En joignant de ſi prés la mort à ta naiſſance,
GALANT. 87 Semble nous avertir qu'il nous faut ménager
Iusqu'aumoindre moment d'un tempsſe paſſager.
Quelque courte en effet que paiſſe eſtre lavie,
Elle pourroit fuffire à remplir nostre envie ,
Sidonnant libre effor ànos jeunes defirs,
Désquel'onpeut lesprendre on prenoit les plaisirs.
Mais loin que la raison regte nos de ſtinées ,
Nous perdonsſans aimer nos plus bel- les années ,
Et lors que la vieilleffe efface nos
appas,
Nous cherchons les Amours &ne les
trouvonspas.
Ne croy point que des ans l'injurieux
• outrage Epargnepar respect les lis de ton vi- Sage.
Non, Philis , la beauté doit unjour te quitter.
Avant qu'elle te quitte il en fautpro five
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Résumé : ELEGIE.
Le texte relate l'adieu honorable à un individu nommé Galant, qui a dédié sa vie à son prince. Cet adieu, bien que définitif en apparence, cache le fait que Galant n'a pas réellement pris sa retraite. Ses amis ont veillé à ce qu'il ne se soustraie pas à la reconnaissance qui lui est due. Galant est particulièrement apprécié pour son talent poétique et s'apprête à publier un ouvrage sur les manières d'acquérir l'estime du beau sexe. Une élégie en début d'ouvrage suggère que Galant partagera les secrets de l'amour et étendra la puissance de l'amour sur les cœurs. Dans cette élégie, Galant s'adresse à l'Amour, affirmant qu'il ne peut être esclave d'une maîtresse ingrate et qu'il maîtrise l'art de toucher les maîtresses cruelles. Il exprime son amour pour Philis, malgré son indifférence, et espère que l'Amour l'aidera à conquérir son cœur. Galant cite des exemples mythologiques où l'amour a triomphé, comme Hélène pour Paris et Julie pour Ovide. Il encourage Philis à ne pas craindre et à aimer, car le dieu Amour assure qu'elle sera aimée en retour. Le texte se conclut par une réflexion sur la brièveté de la vie et l'importance de profiter des plaisirs amoureux avant que la beauté ne s'efface.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 364-365
ENIGME.
Début :
J'ay reçeu en mesme temps deux Enigmes, l'une du Berger / J'enchante si bien par mes charmes [...]
Mots clefs :
Beauté
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
J'ay reçeu en mefme temps
deux Enigmes , l'une du Berger
Fleurifte , & l'autre de la Bergere
Califte.
ENIGME.
' Enchante fi bien par mes charmes
Ceux qui m'adreßet leurs regards,
Que je leurfais rendre les armes,
Fuffent-ils plus braves que Mars.
Se
Lors qu'ils font defarmez , je les
charge de chaînes,
GALANT. 365
Etje les brûle àpetit feu;
Souvent j'aypitié de leurs peines,
Et fouventje les tourne enjeu.
deux Enigmes , l'une du Berger
Fleurifte , & l'autre de la Bergere
Califte.
ENIGME.
' Enchante fi bien par mes charmes
Ceux qui m'adreßet leurs regards,
Que je leurfais rendre les armes,
Fuffent-ils plus braves que Mars.
Se
Lors qu'ils font defarmez , je les
charge de chaînes,
GALANT. 365
Etje les brûle àpetit feu;
Souvent j'aypitié de leurs peines,
Et fouventje les tourne enjeu.
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5
p. 365
AUTRE ENIGME.
Début :
Je suis telle qu'il plaist à celuy qui m'adore, [...]
Mots clefs :
Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ÉNIGME.
E fuis telle qu'il plaift à celuy qui
m'adore,
Fereffemble à la Nuit, je reſſemble
à l'Aurore,
Fe reffemble à tout ce qu'on vents
Etpour mepoffeder, on s'empreſſe,
onfoûpire,
On pleure, on brúle, on foufre le
martire ,
Onfait enfin tout ce qu'on peut
E fuis telle qu'il plaift à celuy qui
m'adore,
Fereffemble à la Nuit, je reſſemble
à l'Aurore,
Fe reffemble à tout ce qu'on vents
Etpour mepoffeder, on s'empreſſe,
onfoûpire,
On pleure, on brúle, on foufre le
martire ,
Onfait enfin tout ce qu'on peut
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6
p. 90-91
II.
Début :
La Cerise est jeunette, & mesme délicate ; [...]
Mots clefs :
Cerise, Beauté, Couleur, Saison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
I I.
LA Cerife eftjeunette, & meſme dé- licate;
Elle eft d'une beauté qui la fait rechercher;:
Sa couleur eftfort vive, elle eft rouge, elle
éclate,
Et le noyau qu'elle a, c'eft fon coeur de
Rocher.
63
On fçait bien qu'elle prend fa beauté naturelle
,
Ou-bien fon vermillon, fur la fin du Prin
temps:
C'est dans cette Saiſon fi charmante & fi
belle,
duMercure Galant.
91
Qu'elle nous touche au coeur, & nous rend :
fi contens.
On nous l'offie aujourd'huy de la part de
Mercure,
C'est au mois de Janvier un affez rare
fruit;
Dans la rude Saifon jufqu'icy la Nature,,
Quelque pouvoirqu'elle ait, ne l'a jamais
produit.
On la voit en tout temps, quand on veut
la confire ,
Et fouvent on lafert à lafin du Repas ;
Ce doux déguisement, qui ne la rend pass
pire,
Fait auffi qu'à mon gouft j'enfais bien
plus de cas.
Le mefmer
LA Cerife eftjeunette, & meſme dé- licate;
Elle eft d'une beauté qui la fait rechercher;:
Sa couleur eftfort vive, elle eft rouge, elle
éclate,
Et le noyau qu'elle a, c'eft fon coeur de
Rocher.
63
On fçait bien qu'elle prend fa beauté naturelle
,
Ou-bien fon vermillon, fur la fin du Prin
temps:
C'est dans cette Saiſon fi charmante & fi
belle,
duMercure Galant.
91
Qu'elle nous touche au coeur, & nous rend :
fi contens.
On nous l'offie aujourd'huy de la part de
Mercure,
C'est au mois de Janvier un affez rare
fruit;
Dans la rude Saifon jufqu'icy la Nature,,
Quelque pouvoirqu'elle ait, ne l'a jamais
produit.
On la voit en tout temps, quand on veut
la confire ,
Et fouvent on lafert à lafin du Repas ;
Ce doux déguisement, qui ne la rend pass
pire,
Fait auffi qu'à mon gouft j'enfais bien
plus de cas.
Le mefmer
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Résumé : II.
La cerise est un fruit délicat et coloré, rouge vif, qui mûrit à la fin du printemps. Elle est très prisée durant cette période. Le Mercure Galant propose des cerises en janvier, ce qui est inhabituel. Conservée, elle reste savoureuse et est souvent servie à la fin des repas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 96
VI.
Début :
Mon Jardinier l'autre jour, [...]
Mots clefs :
Jardinier, Cour, Vigne vierge, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VI.
VI.
Mon
Jardinier l'autre jour,
Luy demandant avis pour embellir ma
Cour,
Medit, Monfieur, je vous confeille
De n'y mettrejamais de Treille,
Elle n'amafferoit que par trop de poifon:
Mais croyez-moy, dans lafaifon
Où tous les plans on renouvelle,
De Vigne Vierge la plus belle
Garniffez-la bien tout-autour,
Et mafoy vous aurez une fort belle Cour-
BRUNET de la Rue du Temple.
Mon
Jardinier l'autre jour,
Luy demandant avis pour embellir ma
Cour,
Medit, Monfieur, je vous confeille
De n'y mettrejamais de Treille,
Elle n'amafferoit que par trop de poifon:
Mais croyez-moy, dans lafaifon
Où tous les plans on renouvelle,
De Vigne Vierge la plus belle
Garniffez-la bien tout-autour,
Et mafoy vous aurez une fort belle Cour-
BRUNET de la Rue du Temple.
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8
p. 157-163
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Début :
Quelle fortune est la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont [...]
Mots clefs :
Sentiments, Fortune, Amant, Bonheur, Beauté, Martyre, Plaisirs, Larmes, Amour, Liberté, Voeux, Passion, Coeur, Agonie, Raison, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
PROPOSEES DANS LE DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour,
celle d'un Amant dont les foins
font receus d'abord agreablement
, & prefque auffi toft re.
compenfez , ou le bonheur de
celuy qui apres avoir aimé
quelque temps fans efpérance ,
trouve enfin le coeur de fa
Maiftreffe fenfible .
Lo
Ors que dans l'Amoureux Empire
Sans efpoir un Amant foûpire,
Et qu'enfin la Beauté qu'il aime tendrement
158
Extraordinaire
Paroiftfenfible à fon martyre,
Pour ce tendre & fidelle Amant
C'eft fans doute un plaifir charmant.
Cependant, ma chere Sylvie,
Ilne flatte point mon envies
Unplaifir en Amour trop long- temps
attendu
N'a pour moy que defoibles charmes ,
Je ne puis m'empêcher de fonger qu'il
m'eft dû
Apres de longs ennuis , des foûpirs, &.
des larmes.
Je commence à fentirpour vous
Tout ce qu'Amour a de plus doux,
Fen reffens en un mot toute la violence;
Si vous voulez de bonne intelligence
Me donner un plaifir divin,
C'eft de m'entémoigner voftre reconnoiffance
Aujourd'huyplûtoft que demain.
du Mercure Galant. 159
Si l'entiere liberté de le voir peut
long-temps entretenir l'Amour
dans toute fa force,
Quandje voyois Philis à toute heure
- Pour luy parlerde mon amour,
Rien ne s'oppofoit à ma flâme,
Je la voyoisfacilement,
Mais auffifentois-je en mon ame
Que c'eftoitfans empreſſement,
Et que l'amour que cette Belle
Avoitfçu m'inspirer pour elle,
Diminuoit fenfiblement.
Aujourd'huy c'est toute autre chofe,
Tout fait obftacle à mes plaifirs,
Et plus je reconnois qu'à mes voeux l'on
s'oppoſe,
Plus je fens croiftre mes defirs .
Un Amant eft bafty d'une certaine forte,
Qu'ilnepeut long-temps vivre enpaixi
Le trouble a pour luy tant d'attraits,
Qu'il rendfa paffion plusforte.
160 Extraordinaire
Il ne peut goufter la douceur
D'un bien qu'il poffe defans peine ;
Ilfaut qu'ilfoit traversé dans fa chaine,
Pour qu'il enfaffe fon bonheur.
Enfin je connois par moy-mefme,
Qu'un Amant dansfes fers vent eftre inquieté,
Et qu'il n'auroit jamais une conftance extréme
Parmy trop de tranquilité.
Si un honneſte Homme eft excufable
, d'eftre affez Efclave
de fa paffion pour continuer
d'aimér une Perfonne qui le
pouffe à faire une lâcheté.
J
Aime Philis de tout mon coeur,
Enfin autant qu'elle eſt aimable;
Mais malgré toute mon ardeur,
Je ne croiray jamais que jefuffe excufable,
Sipour tousfes appas je perdois mon bonneur.
Cetteperte eftindubitable
du Mercure Galant. 1611
Enfaifant une lâcheté,
Et qui plus eft, irréparable;
Ce n'eft pascomme une Beauté.
Je n'ay qu'un honneur en partage,
Des Maiftreffes, vingt ſi je veuxs :
Ainfi , lors que Philism'engage
A le perdre pourfesbeaux yeux,
Je ne puis, je croy , faire mieux,
Que de me titer d'esclavage.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un parce que fa préfence
l'afflige , & il fait demeurer
l'autre , par ce que
préfence le confole . On demande
lequel il aime davantage.
J E ſuppoſe eſtre à l'agonie,
Car, Dieu-mercy, je mefens pleinde
vie;
Si j'eftois dans un bon Repas,
Q. de Fanvier 1685,
fa
162 Extraordinaire-
1
Ou-bien auprés de ma Sylvie,
Sans doute Lapétit ne me manqueroit pass
Enfin je ne croy point aller fi- teft là- bas.
Selon l'ordre de la Nature
Je franchirois trop vite un fi dangereux
Pas;
Mais toutes ces raisons ne me font rien.
conclure.
Ilfaut que je pofe le cas
Que la Parque me tend les bras ,
(O Ciel, quelle horrible figure! )
Et que deux bons Amis , Damon, & Licidas,
Sont les triftes Témoins dù tourment quej'endure.
Dans une telle occafion ·
Faygrand befoin de confolation,
Et quipeut m'en donner, m'obliges
C'eft Damon Licidas m'afflige,.
;
Lors que je n'ay déja que trop d'affliction.
Ainfi dans cet étatfunefte
Je lefais retirer, & l'autre feul me refte,.
L'en aimay-je mieux pour cela?
La Queftion eft difficiles
du Mercure Galant: 163
Je ne lefais demeurer là,
Que parce qu'il me femble utile .
Mon coeur pour Licidas s'intéreſſe plus
fort,
Jefens une Amitiéplus belle & plus conftante;
Et lors que je veux qu'il s'abfente,
C'est quedu coup tout preft à me donner la
mort
Je crains trop qu'il neſe reſſente.
DIEREVILLE
SUR TOUTES LES QUESTIONS
PROPOSEES DANS LE DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour,
celle d'un Amant dont les foins
font receus d'abord agreablement
, & prefque auffi toft re.
compenfez , ou le bonheur de
celuy qui apres avoir aimé
quelque temps fans efpérance ,
trouve enfin le coeur de fa
Maiftreffe fenfible .
Lo
Ors que dans l'Amoureux Empire
Sans efpoir un Amant foûpire,
Et qu'enfin la Beauté qu'il aime tendrement
158
Extraordinaire
Paroiftfenfible à fon martyre,
Pour ce tendre & fidelle Amant
C'eft fans doute un plaifir charmant.
Cependant, ma chere Sylvie,
Ilne flatte point mon envies
Unplaifir en Amour trop long- temps
attendu
N'a pour moy que defoibles charmes ,
Je ne puis m'empêcher de fonger qu'il
m'eft dû
Apres de longs ennuis , des foûpirs, &.
des larmes.
Je commence à fentirpour vous
Tout ce qu'Amour a de plus doux,
Fen reffens en un mot toute la violence;
Si vous voulez de bonne intelligence
Me donner un plaifir divin,
C'eft de m'entémoigner voftre reconnoiffance
Aujourd'huyplûtoft que demain.
du Mercure Galant. 159
Si l'entiere liberté de le voir peut
long-temps entretenir l'Amour
dans toute fa force,
Quandje voyois Philis à toute heure
- Pour luy parlerde mon amour,
Rien ne s'oppofoit à ma flâme,
Je la voyoisfacilement,
Mais auffifentois-je en mon ame
Que c'eftoitfans empreſſement,
Et que l'amour que cette Belle
Avoitfçu m'inspirer pour elle,
Diminuoit fenfiblement.
Aujourd'huy c'est toute autre chofe,
Tout fait obftacle à mes plaifirs,
Et plus je reconnois qu'à mes voeux l'on
s'oppoſe,
Plus je fens croiftre mes defirs .
Un Amant eft bafty d'une certaine forte,
Qu'ilnepeut long-temps vivre enpaixi
Le trouble a pour luy tant d'attraits,
Qu'il rendfa paffion plusforte.
160 Extraordinaire
Il ne peut goufter la douceur
D'un bien qu'il poffe defans peine ;
Ilfaut qu'ilfoit traversé dans fa chaine,
Pour qu'il enfaffe fon bonheur.
Enfin je connois par moy-mefme,
Qu'un Amant dansfes fers vent eftre inquieté,
Et qu'il n'auroit jamais une conftance extréme
Parmy trop de tranquilité.
Si un honneſte Homme eft excufable
, d'eftre affez Efclave
de fa paffion pour continuer
d'aimér une Perfonne qui le
pouffe à faire une lâcheté.
J
Aime Philis de tout mon coeur,
Enfin autant qu'elle eſt aimable;
Mais malgré toute mon ardeur,
Je ne croiray jamais que jefuffe excufable,
Sipour tousfes appas je perdois mon bonneur.
Cetteperte eftindubitable
du Mercure Galant. 1611
Enfaifant une lâcheté,
Et qui plus eft, irréparable;
Ce n'eft pascomme une Beauté.
Je n'ay qu'un honneur en partage,
Des Maiftreffes, vingt ſi je veuxs :
Ainfi , lors que Philism'engage
A le perdre pourfesbeaux yeux,
Je ne puis, je croy , faire mieux,
Que de me titer d'esclavage.
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un parce que fa préfence
l'afflige , & il fait demeurer
l'autre , par ce que
préfence le confole . On demande
lequel il aime davantage.
J E ſuppoſe eſtre à l'agonie,
Car, Dieu-mercy, je mefens pleinde
vie;
Si j'eftois dans un bon Repas,
Q. de Fanvier 1685,
fa
162 Extraordinaire-
1
Ou-bien auprés de ma Sylvie,
Sans doute Lapétit ne me manqueroit pass
Enfin je ne croy point aller fi- teft là- bas.
Selon l'ordre de la Nature
Je franchirois trop vite un fi dangereux
Pas;
Mais toutes ces raisons ne me font rien.
conclure.
Ilfaut que je pofe le cas
Que la Parque me tend les bras ,
(O Ciel, quelle horrible figure! )
Et que deux bons Amis , Damon, & Licidas,
Sont les triftes Témoins dù tourment quej'endure.
Dans une telle occafion ·
Faygrand befoin de confolation,
Et quipeut m'en donner, m'obliges
C'eft Damon Licidas m'afflige,.
;
Lors que je n'ay déja que trop d'affliction.
Ainfi dans cet étatfunefte
Je lefais retirer, & l'autre feul me refte,.
L'en aimay-je mieux pour cela?
La Queftion eft difficiles
du Mercure Galant: 163
Je ne lefais demeurer là,
Que parce qu'il me femble utile .
Mon coeur pour Licidas s'intéreſſe plus
fort,
Jefens une Amitiéplus belle & plus conftante;
Et lors que je veux qu'il s'abfente,
C'est quedu coup tout preft à me donner la
mort
Je crains trop qu'il neſe reſſente.
DIEREVILLE
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS PROPOSEES DANS LE DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le texte, extrait du Mercure Galant de 1685, explore divers sentiments amoureux et dilemmes moraux. L'auteur compare deux types de bonheur en amour : celui d'un amant dont les désirs sont immédiatement satisfaits et celui qui, après avoir aimé sans espoir, voit finalement son amour réciproque. Il préfère le bonheur immédiat, trouvant peu d'attrait à un amour longuement attendu. L'auteur évoque ensuite sa relation avec Sylvie, exprimant son désir de voir sa reconnaissance sans délai. Il compare cette situation à son amour pour Philis, qu'il voyait librement mais sans empressement, contrairement à maintenant où les obstacles augmentent ses désirs. Il réfléchit sur la nature de l'amour, affirmant qu'un amant est troublé et que la passion est plus forte lorsqu'elle est contrariée. Il se demande si un homme est excusable de sacrifier son honneur pour l'amour, concluant qu'il ne le serait pas. Enfin, l'auteur utilise une métaphore de la mort pour illustrer la difficulté de choisir entre deux amis en fin de vie, soulignant que son cœur s'intéresse davantage à Licidas, malgré la présence de Damon. Il conclut que son choix est dicté par l'utilité et la crainte de blesser Licidas.
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9
p. 164-165
I.
Début :
Ce Reptile obligeant, qui plus tortu qu'un Cierge, [...]
Mots clefs :
Vigne vierge, Saison, Amour, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
I.
CE Reptile obligeant, qui plus tortu
qu'un Cierge,
S'éleve en ferpentant en cent & centfaçons,
Qui de virginité nous donne des leçons ,
N'eft autre à mon avis , que vous, ô Vigne
Vierge.
**
Vous nous donnez du frais, voftre beauté
nous cache
D'un Mur défectueux l'importune laideur;
Mais avec tout cela vous avez le malheur-
Quel'on vous soupçonne d'attache .
+3
Dans la rude Saifon quifaitfouflerBorée,
Et quides Aquilonsfait fentir la rigueur,
Vous féchez , vous mourez, mais dans
voftre langueur
De diverfes couleurs nous vous voyons
parée.
du Mercure Galant. 165
$3
Pour voftre Saur & vous nous avons de
l'amour,
Il n'en faut point douter : mais plus groffe
eftfa Cour,
Etplus d'Adorateurs luy confacrent leurs
larmes,
Fufque-là qu'on la fuit & révére partout,
Car les yeux feuls en vous rencontrent
quelques charmes,
Pendant qu'elle contente & les yeux & le
goust..
L. BOUCHET , Ancien Curés
de Nogent-le-Roy.
CE Reptile obligeant, qui plus tortu
qu'un Cierge,
S'éleve en ferpentant en cent & centfaçons,
Qui de virginité nous donne des leçons ,
N'eft autre à mon avis , que vous, ô Vigne
Vierge.
**
Vous nous donnez du frais, voftre beauté
nous cache
D'un Mur défectueux l'importune laideur;
Mais avec tout cela vous avez le malheur-
Quel'on vous soupçonne d'attache .
+3
Dans la rude Saifon quifaitfouflerBorée,
Et quides Aquilonsfait fentir la rigueur,
Vous féchez , vous mourez, mais dans
voftre langueur
De diverfes couleurs nous vous voyons
parée.
du Mercure Galant. 165
$3
Pour voftre Saur & vous nous avons de
l'amour,
Il n'en faut point douter : mais plus groffe
eftfa Cour,
Etplus d'Adorateurs luy confacrent leurs
larmes,
Fufque-là qu'on la fuit & révére partout,
Car les yeux feuls en vous rencontrent
quelques charmes,
Pendant qu'elle contente & les yeux & le
goust..
L. BOUCHET , Ancien Curés
de Nogent-le-Roy.
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Résumé : I.
Le poème de L. Bouchet, ancien curé de Nogent-le-Roy, extrait du Mercure Galant de 1655, célèbre la vigne comme un reptile obligeant et tortueux. La vigne offre des leçons de virginité et de fraîcheur, masquant la laideur des murs. Elle se pare de couleurs en automne. L'auteur exprime son amour pour la vigne et son saule, apprécié pour ses charmes visuels et gustatifs.
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10
p. 167-168
V.
Début :
Je suis jeunette & délicate, [...]
Mots clefs :
Beauté, Coeur, Printemps, Amour, Douceur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : V.
V...
of
Efuis jeunette & délicate,
Ma beauté mefait rechercher;
Et quoy que mon teint vif éclate,
Fay pourtant le coeur de Rocher .
03
Maispour ma beauté naturelle ·
Je n'affecte point le Printemps ;
Je fuis toujours aimable & belle,.
Je rends mille coeurs mé- contens .
**
Apres moy pourtant tout foûpire,
Et les plus grands me font la cour;..
divers Amansj'attire,
Je n'ay cependant point d'amours
Bien
que
Avecque ma douceur charmante,
Et toute contraire à mon coeur,
Fefuis extrémement galante,
Et toujours de tres-belle humeur.
સ
Que la Griote déguisée-
Couronne lafin du Repas ,
168 Extraordinaire
Elle eft quelquefois mépriſée ,
Maisde moy toûjours onfait cas .
Mademoiſelle de Grands- Prez,
on
La Belle Infenfible de la Cité..
of
Efuis jeunette & délicate,
Ma beauté mefait rechercher;
Et quoy que mon teint vif éclate,
Fay pourtant le coeur de Rocher .
03
Maispour ma beauté naturelle ·
Je n'affecte point le Printemps ;
Je fuis toujours aimable & belle,.
Je rends mille coeurs mé- contens .
**
Apres moy pourtant tout foûpire,
Et les plus grands me font la cour;..
divers Amansj'attire,
Je n'ay cependant point d'amours
Bien
que
Avecque ma douceur charmante,
Et toute contraire à mon coeur,
Fefuis extrémement galante,
Et toujours de tres-belle humeur.
સ
Que la Griote déguisée-
Couronne lafin du Repas ,
168 Extraordinaire
Elle eft quelquefois mépriſée ,
Maisde moy toûjours onfait cas .
Mademoiſelle de Grands- Prez,
on
La Belle Infenfible de la Cité..
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Résumé : V.
Le texte décrit une jeune femme délicate et belle, surnommée 'La Belle Infénissable de la Cité'. Son teint vif et sa douceur attirent de nombreuses avances, mais elle reste insensible et indépendante des saisons. Elle est comparée à une griotte, appréciée malgré le mépris initial. Son cœur est qualifié de 'Rocher', rendant 'mille cœurs mécontents'.
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11
p. 183-189
A CEPHISE, STANCES.
Début :
Que par tout on en devise, [...]
Mots clefs :
Céphise, Chien, Maître, Beauté, Parents, Poils, Tendresse, Basset, Amour, Infidélité, Imprudence , Honnêteté, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A CEPHISE, STANCES.
A
CEPHISE )
STANCES.
Qu'ons'enfalleun Entretien,
Ve par tout on en devise,
Souffrez, charmante Cephife,
Que je vous offre mon Chien.
3
Quelque doux quefoit un Maistre,
Ce Chien n'en fçauroitfouffrir;
Auffiquand je levis naiftre,
Je fisvændevous l'offrir.
184
Extraordinaire
**
Rare Beauté qu'on admire,
Avant qu'il vousfoit donné,
Vous voudrez entendre dire,
De quels Parens il est né.
*3
Trois Chiens d'un air tout aimable
Brûlérent des mefmesfeux,
Et la Mere affez traitable
Les rendit tous trois heureux .
*33
D'affurer quelfut le Pere,
Je furprendreis voftrefoy;
Daignez confulter la Mere,
Elle lefçait mieux que moy.
$ 3
Cette Mere eft defcenduë
D'une affez bonne Maiſon,
Etfa Race eft répanduë
Par tout dans cette Prifon.
03
Vouspouvez bien la connoiftre ,
Elle eft d'un poil blanc & noir,
Et mefme de la Fenestre
Souvent vous l'aurez pú voir.
da Mercure Galant. 185
Sij'avois de la mémoire,
Je pourrois vous repéter
Toutefa petite hiftoire,
Comme on me l'afçû conter.
3
Désfa plus tendre jeuneffe
Un Baffet remply d'ardeur
Luy déclarafa tendreffe,
Et fut fon Adorateur.
SE
Mais elle déja Coquette,
Apres l'avoirfçu charmer;
Se moquade fa fleurette,
Et ne voulut point l'aimer.
Elle auroit pú vivre heureuſe:
En gardantfaliberté,
Mais une atteinte amoureuſe
Troublafa tranquilité..
#3
Fier Amour, que tu difpofes
Souverainement de nous,
Et que nousfaifons de chofes
Quandnousreffentons tes coups!!
186 Extraordinaire
03
Un Epagneul teméraire,
Et des plus entreprenans,
Sçût fi bien l'art de luy plaire,,
Qu'il en remportales Ġans.
: 00
Comme il s'en rendit le maistre
Avecquefacilité,
D'abord il luy fit paroiftre
Beaucoup de legeretés mit A
$3
Unepente naturelle
Qu'il avoit au changement,,
D'une Maiftreffe nouvelle
Le fit devenir l'Amant.
Elle, d'un airtrifte & blêmes
Par des regrets fuperflus.
Témoignafon deuil extrême-
De ce qu'il ne l'aimoit plus.
Elle en eftoit attendrie,
Elle n'aimoit que luyſeul,
Et penfa perdre la vie,
De perdrefon Epagneul
du Mercure Galant . 187
Qu'une aimable résistance
Eft néceffaire aux plaiſirs,
Etque par la jouiffance
On voit ceffer de defirs!
Ony, dans lefiécle où noussommes,
Dés qu'onfinit leur tourment,
Les Chiens femblables auxHommesɔɔ
Changent plutoft que le vent..
M
Fe nefusjamais de mefme
Infidellé ny leger,
Etje nefçay, lors que j'aime, ‚`-
Ce quec'eft que de changer.
Depuis ce trait de Volage
Que luyfit ce petit Chien,
Ellefut trois mois fi fage,
Qu'on vitqu'elle n'aimoit riene.
Enfin ellefut féduite,
Et par des difcours flateurs
Elle manqua de conduite,
Et prodiguafesfaveurs..
188 Extraordinaire
Comme elle faifoit paroiftre
Publiquement fon ardeur,
On ceffade la connoiftre
Pour une Chienne d'honneur.
Peut- eftre qu'enfon bas âge:
Elle ne connoiffoit pas
Que d'un grand libertinage:
Ilfaut éviter le pas..
On luy fit des remontrances:
Dans cet abandonnement,
De perdre les apparences
Qu'ondoitgarder en aimant..
On luy dit qu'eftant aimées,
Il falloit entretenir
L'éclat defa renommée,
Etme jamais le ternir:
Que l'imprudente Feuneffe-
Le plus fouvent nefe perd
Qu'enfaisant voirfafoibleffe
Un peu trop à découvert..
du Mercure Galant. 189
СУЛ
Depuis cet avis honnefte
Qu'elle imprima dans fon coeur,
La pauvre petite Befte
N'accordaplus defaveur.
RA
A la fin d'elle nâquirent
Quatre Chiens quon admiras :
Les Curieux qui les virent
Inclinoient pour celuy- là..
Ainfi je vous le préſente;
Ileft charmant, il eft doux.
Que fa fortune eft charmantes,
S'il eft careffe de vous!
De vous, l'oferay-je-croire,
Qui n'aimâtes jamais rien?
Quelbonheur & quelle gloire!
Pourquoy ne fuis-je pas Chien?
CEPHISE )
STANCES.
Qu'ons'enfalleun Entretien,
Ve par tout on en devise,
Souffrez, charmante Cephife,
Que je vous offre mon Chien.
3
Quelque doux quefoit un Maistre,
Ce Chien n'en fçauroitfouffrir;
Auffiquand je levis naiftre,
Je fisvændevous l'offrir.
184
Extraordinaire
**
Rare Beauté qu'on admire,
Avant qu'il vousfoit donné,
Vous voudrez entendre dire,
De quels Parens il est né.
*3
Trois Chiens d'un air tout aimable
Brûlérent des mefmesfeux,
Et la Mere affez traitable
Les rendit tous trois heureux .
*33
D'affurer quelfut le Pere,
Je furprendreis voftrefoy;
Daignez confulter la Mere,
Elle lefçait mieux que moy.
$ 3
Cette Mere eft defcenduë
D'une affez bonne Maiſon,
Etfa Race eft répanduë
Par tout dans cette Prifon.
03
Vouspouvez bien la connoiftre ,
Elle eft d'un poil blanc & noir,
Et mefme de la Fenestre
Souvent vous l'aurez pú voir.
da Mercure Galant. 185
Sij'avois de la mémoire,
Je pourrois vous repéter
Toutefa petite hiftoire,
Comme on me l'afçû conter.
3
Désfa plus tendre jeuneffe
Un Baffet remply d'ardeur
Luy déclarafa tendreffe,
Et fut fon Adorateur.
SE
Mais elle déja Coquette,
Apres l'avoirfçu charmer;
Se moquade fa fleurette,
Et ne voulut point l'aimer.
Elle auroit pú vivre heureuſe:
En gardantfaliberté,
Mais une atteinte amoureuſe
Troublafa tranquilité..
#3
Fier Amour, que tu difpofes
Souverainement de nous,
Et que nousfaifons de chofes
Quandnousreffentons tes coups!!
186 Extraordinaire
03
Un Epagneul teméraire,
Et des plus entreprenans,
Sçût fi bien l'art de luy plaire,,
Qu'il en remportales Ġans.
: 00
Comme il s'en rendit le maistre
Avecquefacilité,
D'abord il luy fit paroiftre
Beaucoup de legeretés mit A
$3
Unepente naturelle
Qu'il avoit au changement,,
D'une Maiftreffe nouvelle
Le fit devenir l'Amant.
Elle, d'un airtrifte & blêmes
Par des regrets fuperflus.
Témoignafon deuil extrême-
De ce qu'il ne l'aimoit plus.
Elle en eftoit attendrie,
Elle n'aimoit que luyſeul,
Et penfa perdre la vie,
De perdrefon Epagneul
du Mercure Galant . 187
Qu'une aimable résistance
Eft néceffaire aux plaiſirs,
Etque par la jouiffance
On voit ceffer de defirs!
Ony, dans lefiécle où noussommes,
Dés qu'onfinit leur tourment,
Les Chiens femblables auxHommesɔɔ
Changent plutoft que le vent..
M
Fe nefusjamais de mefme
Infidellé ny leger,
Etje nefçay, lors que j'aime, ‚`-
Ce quec'eft que de changer.
Depuis ce trait de Volage
Que luyfit ce petit Chien,
Ellefut trois mois fi fage,
Qu'on vitqu'elle n'aimoit riene.
Enfin ellefut féduite,
Et par des difcours flateurs
Elle manqua de conduite,
Et prodiguafesfaveurs..
188 Extraordinaire
Comme elle faifoit paroiftre
Publiquement fon ardeur,
On ceffade la connoiftre
Pour une Chienne d'honneur.
Peut- eftre qu'enfon bas âge:
Elle ne connoiffoit pas
Que d'un grand libertinage:
Ilfaut éviter le pas..
On luy fit des remontrances:
Dans cet abandonnement,
De perdre les apparences
Qu'ondoitgarder en aimant..
On luy dit qu'eftant aimées,
Il falloit entretenir
L'éclat defa renommée,
Etme jamais le ternir:
Que l'imprudente Feuneffe-
Le plus fouvent nefe perd
Qu'enfaisant voirfafoibleffe
Un peu trop à découvert..
du Mercure Galant. 189
СУЛ
Depuis cet avis honnefte
Qu'elle imprima dans fon coeur,
La pauvre petite Befte
N'accordaplus defaveur.
RA
A la fin d'elle nâquirent
Quatre Chiens quon admiras :
Les Curieux qui les virent
Inclinoient pour celuy- là..
Ainfi je vous le préſente;
Ileft charmant, il eft doux.
Que fa fortune eft charmantes,
S'il eft careffe de vous!
De vous, l'oferay-je-croire,
Qui n'aimâtes jamais rien?
Quelbonheur & quelle gloire!
Pourquoy ne fuis-je pas Chien?
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Résumé : A CEPHISE, STANCES.
Le texte est une série de stances dédiées à Cephise, où le narrateur offre un chien à la jeune femme. Il décrit les origines du chien, issu de parents remarquables. La mère, un chien au poil blanc et noir, est connue dans la région. Le père est moins certain, mais le narrateur suggère de consulter la mère pour plus de détails. Le texte raconte ensuite une histoire d'amour entre une jeune chienne et un épagneul. La chienne, d'abord coquette, finit par tomber amoureuse de l'épagneul. Cependant, l'épagneul, volage, la quitte pour une nouvelle maîtresse, laissant la chienne désemparée. Elle finit par se lier avec un autre chien après une période de sagesse. Le narrateur conclut en soulignant l'importance de la résistance dans l'amour et la tendance des chiens, comme des hommes, à changer fréquemment d'affection. Il mentionne que la chienne, après un avis honnête, devient plus prudente et finit par avoir quatre chiots admirables. Le narrateur présente alors le chien offert à Cephise, espérant qu'il sera aimé par elle.
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12
p. 216-218
TRADUCTION DE L'ODE D'HORACE Qui commence par Audivere, Lyce, Dij mea vota.
Début :
Enfin mes oveux sont exaucez, [...]
Mots clefs :
Voeux, Vengeance, Cupidon, Merveilles, Beauté, Sylvie, Amour, Tendresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION DE L'ODE D'HORACE Qui commence par Audivere, Lyce, Dij mea vota.
TRADUCTION
DE L'ODE D'HORACE
Qui commence par
Audivere, Lyce, Dij mea vota..
Nfin mes voeux font exaucez,
E je fuis vancé de toy, Sylvie ;
Te voila vieille, enfin tes beaux joursfons
pallez,
Et cependant tu ris , & tufais la jolie.
En vain d'une tremblante voix
Tu
du Mercure Galant.
217
Tu tentes Cupidon , quifait la fourde
oreille:
Il a de plus charmans emplois
Auprés d'une jeune Merveille.
Ce petit Importun bait fort les vieilles
Gens,
Il apeur d'un vifage pâle,
Et ce petit Fripon détale
Dés qu'il voit tes cheveux, tes rides & tes
dents.
Le Rouge dont tu peins tous les jours ton
visage.
Tes beaux Habits, tes Bijoux, tes brillans,
Ne terendront pas le bel âge;
Ils nefçauroient rapeler ton Printemps.
Qu'eft devenu ce teint & cet air de jeuneſſe,
Et Sylvie autrefois plus belle que le jour,
Celle pourqui j'avois tant de tendreffe,
Cette Sylvie enfin qui refpiroit l'amour
Q. de Fanvier 1685. T
218 Extraordinaire
·
U
L'Amour a retiréfes traits &fon Flam
beau,
Et l'on verrafans trop attendre,
Ton vifage autrefoisfi charmant & fi bean
Toutcouvert de craffe & de cendre.
DE L'ODE D'HORACE
Qui commence par
Audivere, Lyce, Dij mea vota..
Nfin mes voeux font exaucez,
E je fuis vancé de toy, Sylvie ;
Te voila vieille, enfin tes beaux joursfons
pallez,
Et cependant tu ris , & tufais la jolie.
En vain d'une tremblante voix
Tu
du Mercure Galant.
217
Tu tentes Cupidon , quifait la fourde
oreille:
Il a de plus charmans emplois
Auprés d'une jeune Merveille.
Ce petit Importun bait fort les vieilles
Gens,
Il apeur d'un vifage pâle,
Et ce petit Fripon détale
Dés qu'il voit tes cheveux, tes rides & tes
dents.
Le Rouge dont tu peins tous les jours ton
visage.
Tes beaux Habits, tes Bijoux, tes brillans,
Ne terendront pas le bel âge;
Ils nefçauroient rapeler ton Printemps.
Qu'eft devenu ce teint & cet air de jeuneſſe,
Et Sylvie autrefois plus belle que le jour,
Celle pourqui j'avois tant de tendreffe,
Cette Sylvie enfin qui refpiroit l'amour
Q. de Fanvier 1685. T
218 Extraordinaire
·
U
L'Amour a retiréfes traits &fon Flam
beau,
Et l'on verrafans trop attendre,
Ton vifage autrefoisfi charmant & fi bean
Toutcouvert de craffe & de cendre.
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Résumé : TRADUCTION DE L'ODE D'HORACE Qui commence par Audivere, Lyce, Dij mea vota.
Le texte est une traduction d'une ode d'Horace, publiée dans le Mercure Galant en février 1685. Le poème exprime la déception du narrateur face au vieillissement de Sylvie, une femme autrefois belle et jeune. Il observe que ses vœux sont exaucés, mais que Sylvie a perdu sa jeunesse et sa beauté. Le narrateur note que Sylvie tente encore de séduire, mais que Cupidon, symbole de l'amour, fuit les signes de vieillesse comme les rides et les cheveux gris. Il souligne l'inutilité des artifices tels que le maquillage et les bijoux pour retrouver la jeunesse. Le poème se conclut par une réflexion sur la disparition de la beauté et de la fraîcheur de Sylvie, qui respirait autrefois l'amour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 229-231
PORTRAIT.
Début :
Croyez, sans craindre de faire Un Jugement teméraire, [...]
Mots clefs :
Jugement, Portrait, Agrément, Bel esprit, Politesse, Modèle, Galanterie, Éclat, Visage, Cheveux, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT.
PORTRAIT.
Royez ,fans craindre defaire
On
Un Jugement teméraire,
Queje ne vous diray que des chofes defait.
Pour donc de mon Portrait
Commencer l'image agreable,
Fay beaucoup d'enjoûment,
Et dans ce que je fais je mefle un agré
ment
Qui merendfort aimable.
&A
Fay l'efprit vif, brillant, joly,
Qui cependant n'ôte rien du folide;
Fay le langage fi poly,
Que je paffe déja pour modelle & pour
guide:
M'eftant fort appliquée à lire les Romans ,
230
Extraordinaire
Fay tiré par bonheur de ces bonnes lectures
L'Art d'inventer à tous momens
Mille Contes, mille Avantures.
VA
cherche à m'enfaire conter;
Mais toute magalanterie
Neva qu'à la badinerie,
Mon deffein n'eft que d'écouter.
Ainfi mon humeur eft coquette,
Et maconduite ne l'eft pas;
En aimant lafleurette,
J'enfçais éviter l'embarras.
&A
Chez moy lefard n'eft point d'usage,
Car, grace au Ciel,
L'éclat de mon visage
Eft un Vermeillon naturel.
Jay lefront gros, qui porte en guife de
Moutonne
Des cheveux blondsfrifezfans art,
Mon nez n'eft ny long, ny camard,
Mes yeuxfont affez vifs pour n'épargner
perfonne,
du Mercure Galant.
zzī
Etferoient beaux s'ils eftoient moins
petits;
Fay la bouchefort belle
Lors que je ne ris pas, fort grande quand
je ris,
Et je ris, par malheur pour elle,
D'un rien, & d'une bagatelle.
RA
Fay le teint vif, délicat, éclatant,
La gorge bien garnie, & la main porelée,
Ma taille eftfort petite, & j'enfuis confolée,
Elle eftfine, & le reste eft affez ragouftant.
Ceux qui liront cesVers,feront ravis peuteftre
De pouvoiraisément connoistre
Si je ne leur impoſe rien;
Qu'ils s'informent, je le veux bien,
Sij'ay ce prétendu mérite;
Et pourmarquer que j'aime ce party,
Qu'ils apprennent mon nom ; pour eftre
un peu petite,
On m'a donné celuy de RAT- GENTY.
Royez ,fans craindre defaire
On
Un Jugement teméraire,
Queje ne vous diray que des chofes defait.
Pour donc de mon Portrait
Commencer l'image agreable,
Fay beaucoup d'enjoûment,
Et dans ce que je fais je mefle un agré
ment
Qui merendfort aimable.
&A
Fay l'efprit vif, brillant, joly,
Qui cependant n'ôte rien du folide;
Fay le langage fi poly,
Que je paffe déja pour modelle & pour
guide:
M'eftant fort appliquée à lire les Romans ,
230
Extraordinaire
Fay tiré par bonheur de ces bonnes lectures
L'Art d'inventer à tous momens
Mille Contes, mille Avantures.
VA
cherche à m'enfaire conter;
Mais toute magalanterie
Neva qu'à la badinerie,
Mon deffein n'eft que d'écouter.
Ainfi mon humeur eft coquette,
Et maconduite ne l'eft pas;
En aimant lafleurette,
J'enfçais éviter l'embarras.
&A
Chez moy lefard n'eft point d'usage,
Car, grace au Ciel,
L'éclat de mon visage
Eft un Vermeillon naturel.
Jay lefront gros, qui porte en guife de
Moutonne
Des cheveux blondsfrifezfans art,
Mon nez n'eft ny long, ny camard,
Mes yeuxfont affez vifs pour n'épargner
perfonne,
du Mercure Galant.
zzī
Etferoient beaux s'ils eftoient moins
petits;
Fay la bouchefort belle
Lors que je ne ris pas, fort grande quand
je ris,
Et je ris, par malheur pour elle,
D'un rien, & d'une bagatelle.
RA
Fay le teint vif, délicat, éclatant,
La gorge bien garnie, & la main porelée,
Ma taille eftfort petite, & j'enfuis confolée,
Elle eftfine, & le reste eft affez ragouftant.
Ceux qui liront cesVers,feront ravis peuteftre
De pouvoiraisément connoistre
Si je ne leur impoſe rien;
Qu'ils s'informent, je le veux bien,
Sij'ay ce prétendu mérite;
Et pourmarquer que j'aime ce party,
Qu'ils apprennent mon nom ; pour eftre
un peu petite,
On m'a donné celuy de RAT- GENTY.
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Résumé : PORTRAIT.
Le texte décrit une personne au caractère agréable et aimable, dotée d'un esprit vif et brillant. Elle se distingue par un langage poli, influencé par la lecture de romans, ce qui lui permet d'inventer des contes et des aventures. Elle apprécie les histoires mais évite les compliments excessifs, préférant la badinerie. Son comportement est coquet, mais elle évite les embarras en aimant les flatteries légères. Physiquement, elle ne porte pas de fard, car son visage a un éclat naturel. Elle possède un front large avec des cheveux blonds frisés naturellement, un nez ni long ni camard, et des yeux vifs. Sa bouche est belle lorsqu'elle ne rit pas, mais devient grande lorsqu'elle rit facilement. Son teint est vif et délicat, sa gorge bien garnie, et sa main délicate. Sa taille est petite, mais elle est fine et le reste de sa personne est agréable. Le texte se conclut par une invitation à vérifier ses qualités, révélant que son nom est Rat-Genty.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 252
II.
Début :
Apprenez, belle Iris, qu'on consacre à l'Amour [...]
Mots clefs :
Beauté, Amour, Imprimerie
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texteReconnaissance textuelle : II.
11.
Apprenez, belle Iris, qu'on conſacre
l'Amour
Ce qu'on a de plus beau , deplus cher, de
plustendre.
Selon l'Imprimerie il n'eft point de beau
jour,
Que celuy qui nous enfait prendre.
LEGER DE LA VERBISSONNE.
Apprenez, belle Iris, qu'on conſacre
l'Amour
Ce qu'on a de plus beau , deplus cher, de
plustendre.
Selon l'Imprimerie il n'eft point de beau
jour,
Que celuy qui nous enfait prendre.
LEGER DE LA VERBISSONNE.
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15
p. 276-277
VII.
Début :
Qui ne vous connoistroit sous l'habit de Sofie ? / Les deux Enigmes ont esté aussi expliquées par Messieurs le Baron [...]
Mots clefs :
Lanterne, Amour, Dieux, Écriture, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : VII.
VII.
Vi ne vous connoiftroit fous l'habit
de Sofie?
Mercure, de nouveau le cherchez- vous
encor,
Pendant que Jupiter d'une amoureuſe
envie
Vachercherquelque Alcméne, ainſi qu'au
Siècle d'or,
De peur que ce Manant n'aille avec fa
Lanterne
Troubler lesjeux, les ris, & les contentemens
Que recherchent tous les Amans
Dans le temps qu' Amour les gouverne?
Mais fçachez qu'en ce jour vos foins font
Superflus.
Comme l'on ne voit plus d ' Alcméne,
Iln'est plus de Sofie ; ainſi donc c'eſt abus:
Devous déguifer avec peine.
Faites un peu réflexion
Que l'on nefait plus tant d'affaires
Afin de réüffir aux Amoureux miſteres,.
du Mercure Galant. 277
Comme l'on enfaifoit au temps d'Amphitrion
;
Quatre mots d'Ecriture enfinfont plus
d'avance,
Avec quelque Bijon nouveau,
Que d'un Mary la reffemblance,
Fuft-il mefme de tous estimé leplus beau .
LA PETITE ASSEMBLEE A.
du Havre.
Les deux Enigmes ont efféauffi expliquées
par Meffieurs le Baron de la
Glaciere d'Ecuelle ; Vermolet , de
Dourlens ; Ageron , Avocat au Parlement
de Dauphiné ; Sorbiere , Banquier
de la Rue des cinq Diamans i
& par Mefdemoiselles le Vaffeur,
Fille de M le Vaffeur , Avocat à
Amiens Angelique Mortier , &
l'Orpheline.
Vi ne vous connoiftroit fous l'habit
de Sofie?
Mercure, de nouveau le cherchez- vous
encor,
Pendant que Jupiter d'une amoureuſe
envie
Vachercherquelque Alcméne, ainſi qu'au
Siècle d'or,
De peur que ce Manant n'aille avec fa
Lanterne
Troubler lesjeux, les ris, & les contentemens
Que recherchent tous les Amans
Dans le temps qu' Amour les gouverne?
Mais fçachez qu'en ce jour vos foins font
Superflus.
Comme l'on ne voit plus d ' Alcméne,
Iln'est plus de Sofie ; ainſi donc c'eſt abus:
Devous déguifer avec peine.
Faites un peu réflexion
Que l'on nefait plus tant d'affaires
Afin de réüffir aux Amoureux miſteres,.
du Mercure Galant. 277
Comme l'on enfaifoit au temps d'Amphitrion
;
Quatre mots d'Ecriture enfinfont plus
d'avance,
Avec quelque Bijon nouveau,
Que d'un Mary la reffemblance,
Fuft-il mefme de tous estimé leplus beau .
LA PETITE ASSEMBLEE A.
du Havre.
Les deux Enigmes ont efféauffi expliquées
par Meffieurs le Baron de la
Glaciere d'Ecuelle ; Vermolet , de
Dourlens ; Ageron , Avocat au Parlement
de Dauphiné ; Sorbiere , Banquier
de la Rue des cinq Diamans i
& par Mefdemoiselles le Vaffeur,
Fille de M le Vaffeur , Avocat à
Amiens Angelique Mortier , &
l'Orpheline.
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Résumé : VII.
Le texte traite des transformations dans les pratiques amoureuses, soulignant la disparition des figures mythologiques telles qu'Alcméne et Sophie. Les déguisements et les efforts pour séduire sont désormais inutiles. Contrairement à l'époque d'Amphitryon, où les amants déployaient beaucoup d'efforts pour participer aux mystères amoureux, quelques mots écrits et un bijou nouveau suffisent aujourd'hui à faire progresser une relation, même plus qu'une ressemblance avec un célèbre acteur. Le texte mentionne également une assemblée au Havre où deux énigmes ont été résolues par plusieurs personnes, dont le Baron de la Glacière d'Ecuelle, Vermolet, Ageron, Sorbiere, la fille de M. le Vasseur, Angélique Mortier et l'Orpheline.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 307-310
PROBLEME : AMOUREUX DECIDÉ.
Début :
Loin de vous je languis & je resve toûjours ; [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Beauté, Amants, Languir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROBLEME : AMOUREUX DECIDÉ.
PROBLEMĘ SAMOURELUX
1
DECIDEllias
ENNY cik inot 2102 36 trat jmp THOI
Oin de pausje languis
&
Fe fuis bien par tout où vous etes
Auprés de vous, Iris, de mes plus triftes
jours
Jefais mes plaiſirs & mesfestess
Waftre taille, voftre air, le fon de vostre
voix,
Ont jo-ne-feay-quoy qui m'enchante:
Jefens naiſtre enmon coeur d'abord que je
carrulyvous vois,
Une tendreffe languiffante
Qui me réduit prefque aux aboier
Ah! pour peu que cela s'augmente,
Vous aimeray-je ? Je le cross
Jefçais qu'un Homme de mon ages
Qui prétend de toucheruncoeur,
Rarement de ce badinage.
Se peut tireravec honneur..
C.c.ij
308 Extraordinaire
Vous me verrez tendre & fidelle,
Languiffant, abatu , malheureux comme
un Chien,
Et cependant, jeune Rebelle,
***M*aimerez-vous ? Je n'en crois rien.
Hélas! anfortde ma tendreffe
Je verray mille Amans de vos appas épris,
Goguenarderfur ma vieilleffe,
Et railler de mes cheveux gris.
Peut- eftre encor, pour croistre monfup .
plice,
Leurferez- vous un facrifice
Des foins de mon amour, cruelle? Et tou
tefois
Ŝ
Malgré cette extréme injuſtice,'
Vous aimeray-je ? Je le crois.
Après mille dures épreuves,
Mille foupirs, mille langueurs ,
Enfin vous connoftrèz partant & tantde
preuves,
Que vous caufez tous mes malheurs,
Et que c'est pour vous queje meurs.
Tandis que ma douleur & fidelle & cachés
du Mercure Galant. 309
Fera mon plus cher entretien,
Senfible à la pitié, de tant de maux touchée,
M'aimerez-vous? Je n'en crois rien.
83
Quand on aime beaucoup une Beautéfevere,
Le plus dur des tourmens c'eft de voirun
Rival
Ecouté d'une autre maniere ;
Quipeut voircelafans colere,.
Sans eftre jaloux, aime mal .
Lors que je vous verray, pour augmenter
mapeine,
Au préjudice de mes droits,
De quelque jeune Amantfaire unindigne
choix,
Injufte, infenfible, inhumaine ,
Vous aimeray -je ? je le crois.
03
S'il arrivoit, pour me vanger.
De ce choix cruel & perfage,
Que cet Amant foible & leger
De fon coeur à quelque autre allaſt faire
un hommage,
LO
Extraordinaine
Cet amourinconftant , fi diférent du mien,
Feroit ilfaireau voftre un retour équi
JUTNEZ AJ Я02 323
Erimi voj autfidello ansantque miférable,
27 44'aimerez- vouse, Je m'en crois rieniup
, sados 3D vz15 ]
Maisde mon tristefort pourquoyfaireun
Probléme?
En vain j'en ferois alarme, I
Voftre coeur eft injufte , & le mien eft
-3 charme; alit acitflegetai
Tris, c'est bien affez pour decider vouseve
Drivemeſme,
Et conclurre que je vous aime
Sans espérance d'eftre aimé...
1
DECIDEllias
ENNY cik inot 2102 36 trat jmp THOI
Oin de pausje languis
&
Fe fuis bien par tout où vous etes
Auprés de vous, Iris, de mes plus triftes
jours
Jefais mes plaiſirs & mesfestess
Waftre taille, voftre air, le fon de vostre
voix,
Ont jo-ne-feay-quoy qui m'enchante:
Jefens naiſtre enmon coeur d'abord que je
carrulyvous vois,
Une tendreffe languiffante
Qui me réduit prefque aux aboier
Ah! pour peu que cela s'augmente,
Vous aimeray-je ? Je le cross
Jefçais qu'un Homme de mon ages
Qui prétend de toucheruncoeur,
Rarement de ce badinage.
Se peut tireravec honneur..
C.c.ij
308 Extraordinaire
Vous me verrez tendre & fidelle,
Languiffant, abatu , malheureux comme
un Chien,
Et cependant, jeune Rebelle,
***M*aimerez-vous ? Je n'en crois rien.
Hélas! anfortde ma tendreffe
Je verray mille Amans de vos appas épris,
Goguenarderfur ma vieilleffe,
Et railler de mes cheveux gris.
Peut- eftre encor, pour croistre monfup .
plice,
Leurferez- vous un facrifice
Des foins de mon amour, cruelle? Et tou
tefois
Ŝ
Malgré cette extréme injuſtice,'
Vous aimeray-je ? Je le crois.
Après mille dures épreuves,
Mille foupirs, mille langueurs ,
Enfin vous connoftrèz partant & tantde
preuves,
Que vous caufez tous mes malheurs,
Et que c'est pour vous queje meurs.
Tandis que ma douleur & fidelle & cachés
du Mercure Galant. 309
Fera mon plus cher entretien,
Senfible à la pitié, de tant de maux touchée,
M'aimerez-vous? Je n'en crois rien.
83
Quand on aime beaucoup une Beautéfevere,
Le plus dur des tourmens c'eft de voirun
Rival
Ecouté d'une autre maniere ;
Quipeut voircelafans colere,.
Sans eftre jaloux, aime mal .
Lors que je vous verray, pour augmenter
mapeine,
Au préjudice de mes droits,
De quelque jeune Amantfaire unindigne
choix,
Injufte, infenfible, inhumaine ,
Vous aimeray -je ? je le crois.
03
S'il arrivoit, pour me vanger.
De ce choix cruel & perfage,
Que cet Amant foible & leger
De fon coeur à quelque autre allaſt faire
un hommage,
LO
Extraordinaine
Cet amourinconftant , fi diférent du mien,
Feroit ilfaireau voftre un retour équi
JUTNEZ AJ Я02 323
Erimi voj autfidello ansantque miférable,
27 44'aimerez- vouse, Je m'en crois rieniup
, sados 3D vz15 ]
Maisde mon tristefort pourquoyfaireun
Probléme?
En vain j'en ferois alarme, I
Voftre coeur eft injufte , & le mien eft
-3 charme; alit acitflegetai
Tris, c'est bien affez pour decider vouseve
Drivemeſme,
Et conclurre que je vous aime
Sans espérance d'eftre aimé...
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Résumé : PROBLEME : AMOUREUX DECIDÉ.
Dans cette lettre poétique, un homme mûr exprime son admiration pour une femme nommée Iris, dont la beauté et la voix l'enchantent. Il ressent une tendresse languissante qui le tourmente dès qu'il la voit. Il doute de la réciprocité de ses sentiments, craignant que sa vieillesse et ses cheveux gris ne le rendent ridicule face à de jeunes rivaux. Malgré cette injustice, il affirme qu'il continuera à l'aimer, même après mille épreuves et souffrances. Il anticipe la douleur de la voir préférer un autre homme et se demande si elle pourrait un jour le récompenser de son amour. Il conclut en affirmant qu'il l'aime sans espérance d'être aimé en retour.
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17
p. 319-318
QUELLE FORTUNE EST la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont les soins sont receus d'abord agréablement, & presque aussi tost recompensez ; ou le bonheur de celuy, qui apres avoir aimé quelque temps sans espérance, trouve enfin le coeur de sa Maistresse sensible.
Début :
Quand on obtient facilement [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Vérité, Beauté, Mépris, Sensible, Raisonnement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUELLE FORTUNE EST la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont les soins sont receus d'abord agréablement, & presque aussi tost recompensez ; ou le bonheur de celuy, qui apres avoir aimé quelque temps sans espérance, trouve enfin le coeur de sa Maistresse sensible.
QUELLE FORTUNE EST
la plus fatisfaifante en Amour , celle
d'un Amant dont les foins font receus
d'abord agréablement , & prefque auffi
toft recompenfez ; ou le bonheur de
celuy, qui apres avoir aimé quelque
temps fans efpérance , trouve enfin le
coeur de fa Maiftreffe fenfible.
Q
Vand on obtient facilement
Une jeune Beauté qu'on aime,
L'amour d'abord fuft- il extréme,
Dans lafuite l'on eft fatisfait rarements
Maisplus, avant la récompenfe ,
Un Amant voit de réfiftance,
Et plus il a de peine à pouvoir obtenir
L'Objet qui caufefon martire,
a
Plus leplaifir eft grand quand il peut par-
Ventr
A lapoffeffion de celle qu'il defire.
Oronte & Licidas prouveront mieux que
moy
)
Ddij
316 Extraordinaire
.
Cette Verité que j'avance.
Le premier dés l'abord uit recevoirfafox
allAvec prompta reconnoiffance,
Et la jeune Cloris qu'il voulut rechercher
Fut bien-toft mife enfa puiffance;
On la vit enfin s'attacher :
A get Amant dont le mérite
Eftoit accompagné d'une fage conduire.
Leur Hymen s'accomplit ; & le moment
fatal
Quidevoit caufer leur divorce,
Se couvrant à leurs yeux d'une fubtile
amorce,
Voulutfairefon coup dés le jourNuptial.
Cloris dans le Feftin vit paroiftxe Nicandre
Qui la regardoit d'un oeil tendre,
Elle devintfenfible , & répondant des
yeux
Afon muet langage,
Elle devint bientoft volage ,
Etne fit que chercher le moment précieux
Afin depouvoir entendre
du Mercure Galant.
317
Une déclaration
Quefit l'amoureux Nicandre
Defafollepaffion .
Elle oublia bien- toft cette foy conjugate`
Qu'elle devoit garder meſme malgré la
mort,
Et d'une ame inconftante, infidelle, inégale,
Elle fit éprouverun effroyablefort
Afon Epoux le pauvre Oronte,
Quine la trouva plus qu'un objet defa
bonte.
La haine & la rigueur, l'opprobre & le
mépris,
'
Furent dorénavant les Prix
Dont il vitque certe Infidelle
Voulutrécompenferſon amour &fonzile.
Mais au contraire Licidas.
Que l'on vit millefoss invoquer le trépas,
Nepouvant rendre Iris fenfible
Aux tendres mouvemens qui partoient de
fon cours
318 Extraordinaire
C
Employant tout le foin poffible
Afinde luy caufer unepareille ardeur,
Apres avoirfouffert , pleuré, priéfans ceffe
Cecher objet de fa tendreffe,
byer
Arriva ce jour bienheureux
Qu'il vit récompenferfesvoeux. 70
Depuis ce temps leur amour mutuelles
Paroift auxyeux de tous devoir eftre éter
nelle.
"Ainfi donc je conclus de cé raiſonnement ."
Que d'un amour trop prompt il naift d'é
trangesfuites;
Où quand il n'eft formé qu'apres plufieurs
poursuites,
Rarement on n'en voit qu'un bon évenement;
Et qu'enfin pour avoir toûjours l'ame contente,
Laderniere Fortune eft plusfatisfaisante.
la plus fatisfaifante en Amour , celle
d'un Amant dont les foins font receus
d'abord agréablement , & prefque auffi
toft recompenfez ; ou le bonheur de
celuy, qui apres avoir aimé quelque
temps fans efpérance , trouve enfin le
coeur de fa Maiftreffe fenfible.
Q
Vand on obtient facilement
Une jeune Beauté qu'on aime,
L'amour d'abord fuft- il extréme,
Dans lafuite l'on eft fatisfait rarements
Maisplus, avant la récompenfe ,
Un Amant voit de réfiftance,
Et plus il a de peine à pouvoir obtenir
L'Objet qui caufefon martire,
a
Plus leplaifir eft grand quand il peut par-
Ventr
A lapoffeffion de celle qu'il defire.
Oronte & Licidas prouveront mieux que
moy
)
Ddij
316 Extraordinaire
.
Cette Verité que j'avance.
Le premier dés l'abord uit recevoirfafox
allAvec prompta reconnoiffance,
Et la jeune Cloris qu'il voulut rechercher
Fut bien-toft mife enfa puiffance;
On la vit enfin s'attacher :
A get Amant dont le mérite
Eftoit accompagné d'une fage conduire.
Leur Hymen s'accomplit ; & le moment
fatal
Quidevoit caufer leur divorce,
Se couvrant à leurs yeux d'une fubtile
amorce,
Voulutfairefon coup dés le jourNuptial.
Cloris dans le Feftin vit paroiftxe Nicandre
Qui la regardoit d'un oeil tendre,
Elle devintfenfible , & répondant des
yeux
Afon muet langage,
Elle devint bientoft volage ,
Etne fit que chercher le moment précieux
Afin depouvoir entendre
du Mercure Galant.
317
Une déclaration
Quefit l'amoureux Nicandre
Defafollepaffion .
Elle oublia bien- toft cette foy conjugate`
Qu'elle devoit garder meſme malgré la
mort,
Et d'une ame inconftante, infidelle, inégale,
Elle fit éprouverun effroyablefort
Afon Epoux le pauvre Oronte,
Quine la trouva plus qu'un objet defa
bonte.
La haine & la rigueur, l'opprobre & le
mépris,
'
Furent dorénavant les Prix
Dont il vitque certe Infidelle
Voulutrécompenferſon amour &fonzile.
Mais au contraire Licidas.
Que l'on vit millefoss invoquer le trépas,
Nepouvant rendre Iris fenfible
Aux tendres mouvemens qui partoient de
fon cours
318 Extraordinaire
C
Employant tout le foin poffible
Afinde luy caufer unepareille ardeur,
Apres avoirfouffert , pleuré, priéfans ceffe
Cecher objet de fa tendreffe,
byer
Arriva ce jour bienheureux
Qu'il vit récompenferfesvoeux. 70
Depuis ce temps leur amour mutuelles
Paroift auxyeux de tous devoir eftre éter
nelle.
"Ainfi donc je conclus de cé raiſonnement ."
Que d'un amour trop prompt il naift d'é
trangesfuites;
Où quand il n'eft formé qu'apres plufieurs
poursuites,
Rarement on n'en voit qu'un bon évenement;
Et qu'enfin pour avoir toûjours l'ame contente,
Laderniere Fortune eft plusfatisfaisante.
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Résumé : QUELLE FORTUNE EST la plus satisfaisante en Amour, celle d'un Amant dont les soins sont receus d'abord agréablement, & presque aussi tost recompensez ; ou le bonheur de celuy, qui apres avoir aimé quelque temps sans espérance, trouve enfin le coeur de sa Maistresse sensible.
Le texte examine deux types de fortunes en amour. La première concerne un amant dont les vœux sont rapidement exaucés. La seconde décrit un amant qui, après avoir aimé sans espoir, voit finalement sa maîtresse s'adoucir. Le texte affirme que l'amour facilement obtenu peut devenir extrême au début mais se raréfie ensuite. À l'inverse, un amour obtenu après résistance et peine procure un plaisir plus grand. L'exemple d'Oronte illustre la première fortune. Oronte reçoit promptement l'affection de Cloris, qu'il épouse. Cependant, Cloris devient infidèle dès le jour des noces, causant une grande souffrance à Oronte. Licidas incarne la seconde fortune. Après avoir souffert et prié sans cesse, Licidas voit enfin ses vœux récompensés. Son amour pour Iris, après de nombreuses poursuites, devient mutuel et éternel. Le texte conclut que la fortune la plus satisfaisante est celle où l'amour naît après plusieurs poursuites, plutôt qu'un amour trop prompt qui peut mener à des suites étranges.
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17
18
p. 76-86
EXTRAIT D'UNE LETTRE ECRITE DE ROCHEFORT.
Début :
Ma Lettre du mois de Mars vous a fait sçavoir / Madame la Princesse de Guemené est morte en son Chasteau [...]
Mots clefs :
Princesse de Guemené, Qualités, Faiblesses, Princes, Duc, Rochefort, Souverains, Beauté, Cour, Psaumes, Dieu, Anne de Rohan, Décès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE ECRITE DE ROCHEFORT.
Ma Lettre du mois de Mars
vous a fait ſçavoir la perte
que l'on a faite de Madame
GALANT. 77
la Princeſſe de Guemené. Je
ne vous dis rien alors de fes
grandes qualitez , comme ſi
j'avois preveu que je devois
recevoir l'éloge que vous allez
lire. Il a eſté fait par une
Perſonne qui la connoiſſoit
parfaitement,& c'eſtle moins
que l'on doive à cette Illuſtre
Défunte , que d'apprendre à
tout le monde , ce que tout
le monde dévroit tâcher d'imiter.
Güj
78 MERCURE
SSS2-2552525-22552,
EXTRAIT
D'UNE LETTRE
ECRITE DE ROCHEFORT.
5.00
M en
Adame la Princeſſe de
Guemené est morte enfon
Chafteau de Rochefort le 14. de
Mars âgée de 79. ans. Elle estoit
iffuë des anciens Souverains de
Bretagne,&des Rois de Navarre;
mais quelque grande qu'ellefust
par une fi illustre naiſſance , elle
l'estoit bien davantage par sa
vertu& parfon merite. Ils'est
GALANT. 79
weupeu de Perſonnes defon Sexe
& de ſon rang qui ayent poffedé
d'auffi grandes qualitez, e qui
les ayent portéesfiloin. Elleſceut
joindre enſemble désſaplus tendre
jeuneffe , une beauté parfaite
une modestie ſurprenante ,
joüir au milieu des troubles ,
des embarras de la Cour , d'une
quiétude , & d'une tranquillité
d'esprit que la plupartdesGrands
ne connoiffent point , &recherchent
encore moins. Ellefutgrande
fans orgueil , belle sans affe-
Station , majestueuse sans fierté,
ferme dans les plus grands malheursfans
vanité, bonnefansfoi
Giiij
80 MERCURE
bleſſe, & charitable envers lespauvresfans
oftentation. Sa dévotion
eſtoit tendre & ſolide. Dieu qui
l'avoit attirée de bonne heure,luy
avoit montré par quelle voye il
vouloit qu'elle vinſt à luy ; c'est
pourquoy elle le cherchoit dans la
fimplicité du coeur,&elle l'adoroit
en eſprit&en verité,s'offrant cotinuellement
à luy par le facrifice
qu'elle luy faisoit de toutce qu'el
le avoit de plus cher& de plus
ſenſible au monde. On fçait affez
de quelle maniere Dieu l'a
éprouvée , & combien il luy a
fait de graces , pour ſoûtenir un
chocfi terrible avec autantde geGALANT.
81
1
nérositéqu'elle l'a fait. Aussi une
vie ſi chrétienne &fi ſainte at'elle
esté couronnée par une plus
Sainte mort. Comme elle l'avoit
envisagéedés long- temps, qu'-
elle enfaisoit son étude dans ſes
fréquentes retraites à la Campagne
depuis pluſieurs années , elle
ne fut point effrayéedefon appro.
che. Au contraire , aprés s'eftre
humiliée profondement , &avoir
reconnu devant le Seigneurson
neant&sa baſſeſſe , elle adoroit
baifoit la main de celuy quila
frappoit; elle loüoitſes mifericordes
infinics ; elle conſoloit ceux qui
estoient touchez de la perte qu'ils
Le Seig
1
92 MERCURE
alloient faire ; elle infultoit,pour
ainſi dire , à la foibleſſe des autres,
qui n'écoutoient que leur dow
leur;elleſupportoit lesſiennes avec
une patience invincible, elle ne
Soûpiroitplusqu'aprés la Maiſon
de Dieu,onfafoy luyfaisoit voir
une grandeur bien plus folide que
celle dont elle avoit joüy icy bas..
Pendant toute maladie qui Ja
duré deux mois o demy , Dieu
luy a conſervé juſques au dernier
Soupir cejugement , cette préſen
ce , &cette vivacité d'efprit ad_
mirable , qu'on a reconnu en elle
pendant toutesa vie. Ilsemble
mesme que pour la récompenfer
GALANT. 83
د
de l'amour qu'elle avoit toûjours
eu pour l'Ecriture Sainte
principalement pour les Pfeaumes
, & pour le Saint Evangile
, Dieu luy augmenta la me
moire ,& qu'il la luy renditplus
vive & plus presente qu'elle
n'avoitjamais esté. Elle luy fourniffoit
fans peine les pafſſages qui
estoient les plus conformes àl'état
où elle se trouvoit , &lors que
Sa foibleſſe l'empeſchoit de lespro
noncer , elle se les faisoit reciter
par ceux qui avoient l'honneur
de l'affiſter dans ces derniers mo
mens. Elle leur avoña qu'elle
n'avoit jamais goûté de plaifu
84 MERCURE
plus ſenſible que lors qu'elle avoit
receu les Sacremens pendant ſa
maladie , &qu'elle se nourriſſoit
de la Parole de Dieu ; && ce fut
après avoir achevé ces paroles,
qu'elle adreſſoit au Crucifix,
„ mon Dieu que vous avez
,, ſouffert pour moy , & que
,, je ſouffre peu pour vous!
,, encore , mon Dieu , encore
; ce fut , dis- je , aprés avoir
prononcé cét Acte d'amour of de
pénitence , qu'elle tomba dans une
foibleſſe qui l'emporta une demiheure
aprés.
C'est ainsi qu'a vécu , &
qu'est morte Anne de Rohan,
GALANT. 85
!
Princeſſe de Guemené , fille unique
de Pierre de Rohan , Prince
de Guemené , & de Madeleine
de Rieux Chasteauneuf, ſa premiere
Femme. Elle avoitépousé
Loüis de Rohan ſon Cousin germain
, Fils d'Hercule de Rohan,
Duc de Montbazon , Pair &
grand Veneur de France , & de
Madeleine de Lenoncourſa premiere
Femme , & ainfi elleporta
par ce Mariage les grands
biens de labranche aînéeàlaCadette.
Elle a eu pour Fils Char
les de Rohan Duc de Montba
zon , Pere de M² le Prince de
Guemené d'aujourd'huy , de M
86 MERCURE
le Prince de Montauban , de
Meſdemoiselles de Guemené,de
Montbazon & de Montauban,
feu M² de Rohan grand Veneurde
France.
vous a fait ſçavoir la perte
que l'on a faite de Madame
GALANT. 77
la Princeſſe de Guemené. Je
ne vous dis rien alors de fes
grandes qualitez , comme ſi
j'avois preveu que je devois
recevoir l'éloge que vous allez
lire. Il a eſté fait par une
Perſonne qui la connoiſſoit
parfaitement,& c'eſtle moins
que l'on doive à cette Illuſtre
Défunte , que d'apprendre à
tout le monde , ce que tout
le monde dévroit tâcher d'imiter.
Güj
78 MERCURE
SSS2-2552525-22552,
EXTRAIT
D'UNE LETTRE
ECRITE DE ROCHEFORT.
5.00
M en
Adame la Princeſſe de
Guemené est morte enfon
Chafteau de Rochefort le 14. de
Mars âgée de 79. ans. Elle estoit
iffuë des anciens Souverains de
Bretagne,&des Rois de Navarre;
mais quelque grande qu'ellefust
par une fi illustre naiſſance , elle
l'estoit bien davantage par sa
vertu& parfon merite. Ils'est
GALANT. 79
weupeu de Perſonnes defon Sexe
& de ſon rang qui ayent poffedé
d'auffi grandes qualitez, e qui
les ayent portéesfiloin. Elleſceut
joindre enſemble désſaplus tendre
jeuneffe , une beauté parfaite
une modestie ſurprenante ,
joüir au milieu des troubles ,
des embarras de la Cour , d'une
quiétude , & d'une tranquillité
d'esprit que la plupartdesGrands
ne connoiffent point , &recherchent
encore moins. Ellefutgrande
fans orgueil , belle sans affe-
Station , majestueuse sans fierté,
ferme dans les plus grands malheursfans
vanité, bonnefansfoi
Giiij
80 MERCURE
bleſſe, & charitable envers lespauvresfans
oftentation. Sa dévotion
eſtoit tendre & ſolide. Dieu qui
l'avoit attirée de bonne heure,luy
avoit montré par quelle voye il
vouloit qu'elle vinſt à luy ; c'est
pourquoy elle le cherchoit dans la
fimplicité du coeur,&elle l'adoroit
en eſprit&en verité,s'offrant cotinuellement
à luy par le facrifice
qu'elle luy faisoit de toutce qu'el
le avoit de plus cher& de plus
ſenſible au monde. On fçait affez
de quelle maniere Dieu l'a
éprouvée , & combien il luy a
fait de graces , pour ſoûtenir un
chocfi terrible avec autantde geGALANT.
81
1
nérositéqu'elle l'a fait. Aussi une
vie ſi chrétienne &fi ſainte at'elle
esté couronnée par une plus
Sainte mort. Comme elle l'avoit
envisagéedés long- temps, qu'-
elle enfaisoit son étude dans ſes
fréquentes retraites à la Campagne
depuis pluſieurs années , elle
ne fut point effrayéedefon appro.
che. Au contraire , aprés s'eftre
humiliée profondement , &avoir
reconnu devant le Seigneurson
neant&sa baſſeſſe , elle adoroit
baifoit la main de celuy quila
frappoit; elle loüoitſes mifericordes
infinics ; elle conſoloit ceux qui
estoient touchez de la perte qu'ils
Le Seig
1
92 MERCURE
alloient faire ; elle infultoit,pour
ainſi dire , à la foibleſſe des autres,
qui n'écoutoient que leur dow
leur;elleſupportoit lesſiennes avec
une patience invincible, elle ne
Soûpiroitplusqu'aprés la Maiſon
de Dieu,onfafoy luyfaisoit voir
une grandeur bien plus folide que
celle dont elle avoit joüy icy bas..
Pendant toute maladie qui Ja
duré deux mois o demy , Dieu
luy a conſervé juſques au dernier
Soupir cejugement , cette préſen
ce , &cette vivacité d'efprit ad_
mirable , qu'on a reconnu en elle
pendant toutesa vie. Ilsemble
mesme que pour la récompenfer
GALANT. 83
د
de l'amour qu'elle avoit toûjours
eu pour l'Ecriture Sainte
principalement pour les Pfeaumes
, & pour le Saint Evangile
, Dieu luy augmenta la me
moire ,& qu'il la luy renditplus
vive & plus presente qu'elle
n'avoitjamais esté. Elle luy fourniffoit
fans peine les pafſſages qui
estoient les plus conformes àl'état
où elle se trouvoit , &lors que
Sa foibleſſe l'empeſchoit de lespro
noncer , elle se les faisoit reciter
par ceux qui avoient l'honneur
de l'affiſter dans ces derniers mo
mens. Elle leur avoña qu'elle
n'avoit jamais goûté de plaifu
84 MERCURE
plus ſenſible que lors qu'elle avoit
receu les Sacremens pendant ſa
maladie , &qu'elle se nourriſſoit
de la Parole de Dieu ; && ce fut
après avoir achevé ces paroles,
qu'elle adreſſoit au Crucifix,
„ mon Dieu que vous avez
,, ſouffert pour moy , & que
,, je ſouffre peu pour vous!
,, encore , mon Dieu , encore
; ce fut , dis- je , aprés avoir
prononcé cét Acte d'amour of de
pénitence , qu'elle tomba dans une
foibleſſe qui l'emporta une demiheure
aprés.
C'est ainsi qu'a vécu , &
qu'est morte Anne de Rohan,
GALANT. 85
!
Princeſſe de Guemené , fille unique
de Pierre de Rohan , Prince
de Guemené , & de Madeleine
de Rieux Chasteauneuf, ſa premiere
Femme. Elle avoitépousé
Loüis de Rohan ſon Cousin germain
, Fils d'Hercule de Rohan,
Duc de Montbazon , Pair &
grand Veneur de France , & de
Madeleine de Lenoncourſa premiere
Femme , & ainfi elleporta
par ce Mariage les grands
biens de labranche aînéeàlaCadette.
Elle a eu pour Fils Char
les de Rohan Duc de Montba
zon , Pere de M² le Prince de
Guemené d'aujourd'huy , de M
86 MERCURE
le Prince de Montauban , de
Meſdemoiselles de Guemené,de
Montbazon & de Montauban,
feu M² de Rohan grand Veneurde
France.
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Résumé : EXTRAIT D'UNE LETTRE ECRITE DE ROCHEFORT.
La lettre informe du décès de la Princesse de Guemené, survenu le 14 mars à l'âge de 79 ans au château de Rochefort. La princesse, issue des anciens souverains de Bretagne et des rois de Navarre, était reconnue pour ses grandes qualités morales et son mérite. Elle incarnait la jeunesse, la beauté, la modestie et la tranquillité d'esprit, même en période de troubles à la cour. Sa personnalité se distinguait par une absence d'orgueil malgré sa grandeur, de fierté malgré sa majesté, et d'ostentation malgré sa bonté. Sa dévotion était sincère et profonde, cherchant Dieu dans la simplicité du cœur. Sa maladie, ayant duré deux mois et demi, n'a pas altéré son jugement ni sa vivacité d'esprit. Elle trouvait du réconfort dans la réception des sacrements et se nourrissait de la Parole de Dieu. Elle est décédée après avoir prononcé un acte d'amour et de pénitence. La princesse était la fille unique de Pierre de Rohan et de Madeleine de Rieux Chasteauneuf, et avait épousé Louis de Rohan, son cousin germain. Elle eut plusieurs enfants, dont Charles de Rohan, Duc de Montbazon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 93-99
A DAMON. Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné en mourant d'aimer Celimene.
Début :
On croit quelquefois rire de la Mort quand elle est / Il est donc vray, Damon, vous aimez Celimene, [...]
Mots clefs :
Fièvre, Amies, Gentilhomme, Muses, Ardeur , Gloire, Amour, Empire, Charmes, Beauté, Iris, Mémoire, Coeur, Jeunesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A DAMON. Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné en mourant d'aimer Celimene.
On croit quelquefois rire
94 MERCURE
de la Mort quand elle eſtfore
proche. C'eſt ce qui eſt arrivé
à une jeune Perſonne, qui
n'ayant qu'un peu de Fievre ,
dit en badinant à un galant
Homme qui luy rendoit des
foins affidus , que quand elle.
feroitmorte, elle vouloit qu'il
donnaſt ſon coeur àune de ſos
Amies , qu'elle luy nomma.
SaFievre ayant augmenté,elle
mourut peu de jours aprés.
Un jeune Gentilhomme que
les affaires n'empêchét point
de ſonger de temps en temps
à faire ſa Cour aux Mufes,2
fait deſſus les Vers queje
vous envoye
GALANT S
5555 5552 55255522
A DAMON.
Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné
en mourant d'aimer Celimene,
I
Lest donc vray, Damon ,
mez Celimene,
,vousai-
Foſtre Iris en mourantfit naiſtre ceive
ardeur,
Lors que par Testament, pourferrer
cette chaîne,
Elle luy laiſſa voſtre coeur..
Se
IeSçayqu'il eſtoit defagloire
Deplacer en bor lieu vos voeux;
Maishonorez - vousſa mémoire?
Voussentez- vous bien amoureux?
S2
Plus vousferezſenſible à cetteAmor
nouvelle
96 MERCURE
Dontpourvous Iris afait choix ,
Etplus vous montrerez de zéle
Aremplirſes dernieres loix .
Se
Non, non, ne craignez rien , on n'en
Sçauroit médire,
Aimez en touteseureté;
Iris avantſa mort voulut bienySoufcrire.
Si vous tournez vos voeux vers un
autre coſté,
C'est la marque de ſon Empire,
Nonde vostre legereté.
S2
Malgréce changement d'hommage
Vostre coeur ne s'estpointmépris;
Mais croyez-moy, Damon,pourn'estre
pointvolage,
DansCelimene ilfaut que vous aimiez
Iris.
Lors
GALANT. 97
1
Se
Lors qu'àvoſtrejeune Maistreffe
Vous rendrez des soins à l'écart,
Plein d' Iris , conduisezfibien voftre
tendresse,
Qu'elle en ait la meilleure part.
52
L'Affaire eft affez délicate,
Gardez de vous tromper, gardez de la
trahir.
Pour un nouvel Objet quandvoſtre
amour éclate,
Nefaites-vous rien qu'obeïr?
Se
Onfçait qu'à prendrefeu vostre ame
est affez prompte,
Qu'un bel oeil peutbeaucoup fur
vous.
Celimene faitvoir cent charmes des
plusdoux,
Avril 1685. I
98 MERCURE
Ne l'aimeriez- vous point tout- à-fait
pourson compte?
८८
Les Vivans, ce dit- on,font oublierles
Morts.
Ces derniers n'ont rien que deſom
bre.
Me trompay-je, Damon?je croy qu'un
jolyCorps
Vous accommode mieux qu'une
Ombre?
52
Voulez- vousypenſerſouvent?
Dans Celimene, Iris doit eftre regardée.
Ce raport eft aisé ; mais ce n'estqu'une
idée,
Et l'amourveutplus que du vent.
22
Comme d'une viande legere
Levostre affezmalse nourrit,
i
GALANT. 99
Pour le mieuxfoûtenir, ilfaut que la
:
matiere
Accoure ausecours de l'esprit.
52
LuySeul ne rendroit pas uneflame
conftante;
Etquand celuy d' Iris est remonté là
baut,
Une belle &jeune Vivante
Estbeaucoup mieux ce qu'il vous
faut.
Se
Cepedant voulez -vous m'en croire,
Prendre leparty le meilleur?
Qu' Iris ait toute la mémoire,
Et Celimene tout le coeur.
Se
Vousy trouverez vostre affaire,
Et ce partagefaitainsi
Atoutes deux vous laiſſantfatisfaire,
Vous vousfatisferezauffi .
94 MERCURE
de la Mort quand elle eſtfore
proche. C'eſt ce qui eſt arrivé
à une jeune Perſonne, qui
n'ayant qu'un peu de Fievre ,
dit en badinant à un galant
Homme qui luy rendoit des
foins affidus , que quand elle.
feroitmorte, elle vouloit qu'il
donnaſt ſon coeur àune de ſos
Amies , qu'elle luy nomma.
SaFievre ayant augmenté,elle
mourut peu de jours aprés.
Un jeune Gentilhomme que
les affaires n'empêchét point
de ſonger de temps en temps
à faire ſa Cour aux Mufes,2
fait deſſus les Vers queje
vous envoye
GALANT S
5555 5552 55255522
A DAMON.
Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné
en mourant d'aimer Celimene,
I
Lest donc vray, Damon ,
mez Celimene,
,vousai-
Foſtre Iris en mourantfit naiſtre ceive
ardeur,
Lors que par Testament, pourferrer
cette chaîne,
Elle luy laiſſa voſtre coeur..
Se
IeSçayqu'il eſtoit defagloire
Deplacer en bor lieu vos voeux;
Maishonorez - vousſa mémoire?
Voussentez- vous bien amoureux?
S2
Plus vousferezſenſible à cetteAmor
nouvelle
96 MERCURE
Dontpourvous Iris afait choix ,
Etplus vous montrerez de zéle
Aremplirſes dernieres loix .
Se
Non, non, ne craignez rien , on n'en
Sçauroit médire,
Aimez en touteseureté;
Iris avantſa mort voulut bienySoufcrire.
Si vous tournez vos voeux vers un
autre coſté,
C'est la marque de ſon Empire,
Nonde vostre legereté.
S2
Malgréce changement d'hommage
Vostre coeur ne s'estpointmépris;
Mais croyez-moy, Damon,pourn'estre
pointvolage,
DansCelimene ilfaut que vous aimiez
Iris.
Lors
GALANT. 97
1
Se
Lors qu'àvoſtrejeune Maistreffe
Vous rendrez des soins à l'écart,
Plein d' Iris , conduisezfibien voftre
tendresse,
Qu'elle en ait la meilleure part.
52
L'Affaire eft affez délicate,
Gardez de vous tromper, gardez de la
trahir.
Pour un nouvel Objet quandvoſtre
amour éclate,
Nefaites-vous rien qu'obeïr?
Se
Onfçait qu'à prendrefeu vostre ame
est affez prompte,
Qu'un bel oeil peutbeaucoup fur
vous.
Celimene faitvoir cent charmes des
plusdoux,
Avril 1685. I
98 MERCURE
Ne l'aimeriez- vous point tout- à-fait
pourson compte?
८८
Les Vivans, ce dit- on,font oublierles
Morts.
Ces derniers n'ont rien que deſom
bre.
Me trompay-je, Damon?je croy qu'un
jolyCorps
Vous accommode mieux qu'une
Ombre?
52
Voulez- vousypenſerſouvent?
Dans Celimene, Iris doit eftre regardée.
Ce raport eft aisé ; mais ce n'estqu'une
idée,
Et l'amourveutplus que du vent.
22
Comme d'une viande legere
Levostre affezmalse nourrit,
i
GALANT. 99
Pour le mieuxfoûtenir, ilfaut que la
:
matiere
Accoure ausecours de l'esprit.
52
LuySeul ne rendroit pas uneflame
conftante;
Etquand celuy d' Iris est remonté là
baut,
Une belle &jeune Vivante
Estbeaucoup mieux ce qu'il vous
faut.
Se
Cepedant voulez -vous m'en croire,
Prendre leparty le meilleur?
Qu' Iris ait toute la mémoire,
Et Celimene tout le coeur.
Se
Vousy trouverez vostre affaire,
Et ce partagefaitainsi
Atoutes deux vous laiſſantfatisfaire,
Vous vousfatisferezauffi .
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Résumé : A DAMON. Sur ce qu'Iris luy avoit ordonné en mourant d'aimer Celimene.
Le texte présente deux récits distincts. Dans le premier, une jeune personne atteinte d'une légère fièvre plaisante avec un homme en lui demandant de donner son cœur à une amie après sa mort. Sa fièvre s'aggravant, elle décède peu après. Le second récit est une correspondance entre Damon et un Galant. Avant de mourir, Iris demande à Damon d'aimer Célimène. Le Galant conseille à Damon de respecter la volonté d'Iris tout en étant sincèrement amoureux de Célimène. Il souligne que les vivants peuvent effacer le souvenir des morts, qui ne sont que des ombres. Il suggère à Damon de voir Iris en Célimène, mais aussi de profiter de la présence vivante de Célimène. Il conclut en proposant que Damon accorde la mémoire à Iris et le cœur à Célimène, afin de satisfaire les deux.
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20
p. 182-187
LE COQ D'INDE DÉPLUMÉ. FABLE.
Début :
L'Envie est un grand defaut, & il n'y a rien de plus / Un jour les Oyseaux de nos Bois [...]
Mots clefs :
Envie, Défauts, Oiseaux, Voix, Chanter, Air, Rossignol, Victoire, Corbeau, Coq d'Inde, Prix, Coeur, Honneur, Beauté, Estime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE COQ D'INDE DÉPLUMÉ. FABLE.
L'Envie eſt un grand defaut
, & il n'y a rien de plus
dangereux que de l'écouter.
La Fable qui fuit nous le fait
aſſez connoiſtre .
GALANT. 183
25522-5252552-2555
LE COQ D'INDE
DEPLUME' .
FABLE.
Njourles Oyseauxdenos
Bois
Diſputerent entr'eux de la plus belle
voix.
Ils'agiffoit d'acquerir de l'eſtime ;
On déterminal' Airque l'on devoit
chanter.
C'estoit unAir grand &fublime ,
On vintde toutes parts àdeſſein d'écouter,
Etpourjugerde cette Affaire.
Un Chardonnet d'abordyparutfur
1
lesvangs,
(
184 MERCURE
Maissa voix estoitsi vulgaire,
Quenonobstantſes Partisans,
Ellen'eutpas ledonde plaire.
Un Reffignolfurvient, mais un des
plusfçavans,
Etd'une voix auffi douce quefortes
Ses tonsſemblentfi beaux,sijustes,
Sitouchans,
Que de cent Piques il l'emporte,
Etmesme de l'aveu des autres Prétendans
Chacun luy donne la victoire.
Ilest vray qu'un Corbeau voulutternirsa
gloire;
Mais malgré ses croaſſemens,
On rendit justice au mérite.
Luy, par une prudente & modefte
conduite,
Auffi-tostse casha, de peur des Complimens.
La Diſpute estoit doncfinie,
GALANT. 185
1
Lors qu'un vicux Poulet d'Inde, émû
dejalousie,
Ofa bien la recommencer....
Quelques Poulettesfes Voisines,
Sans eſprit,fansbon goust, inquiettes,..
chagrines,
A cela le vinrent pouffer...
Adisputer le Prix fortement il s'en
gages
CeChantre du dernier étage,
Qui n'avoit jamais dit que pi, pi,
pia,pia,
Du Vainqueur hardiment condamna
le ramages
LeRoffignolleſceut,&peu s'enfoucia..
Afon aise il luy laiſſa dire
Tout ce qu'il avoit fur le coear.
Le Coq d'Inde, au lien de lay nuive,
Nelayfit qu'un fort grand hon-.
neur. 33
CetOyseau népour la Cuisine
Avril 1685.
186 MERCURE
Nepouvoit, diſoit il,fouffrirces rou
lemens,
Ces fredons redoublez, & ces faux
agrémens
Qui nesefont que parroutine.
Ilaimoit dans le Chant cettefimpli
cité
Qui n'a rienqui ſoit affecté.
Ses plaintespar tout retentiſſent;
Ases raisons d'abord les Oyfons
applaudiſſent.
On fait donc affembler les Oyfeaux
d'alentour,
Pourjuger de la Voix charmante.
Ilvintdes Epreviers, avec quelque
Vautour,
Gensſujets àla paraquante. )
Mesme on invita des Coucous
Des Chauveſouris, des Hibous,
Pourrendre la Troupe nombreuse.
En leurpréſence enfin le Coqd' Inde
chanta,
GALANT. 187
Etfa voix leur parut fi rude &fi piteuse
Qu'en un moment chacun d'eux
secanta
Cependant noftre Chantre estoittout
horsd'haleine,..
1
Lors qu'un grandEprevierde couroux:
s'enflama,
Sautafur luy, le dépluma,
Pour luy faire payer la peine.
Ainsi l'on voit deſottes Gens ,
Enteſtez de leur propre eftime,.
Qui ,foiten Profe,foit en Rime,
Veulent qu'on rie à leurs dépens..
, & il n'y a rien de plus
dangereux que de l'écouter.
La Fable qui fuit nous le fait
aſſez connoiſtre .
GALANT. 183
25522-5252552-2555
LE COQ D'INDE
DEPLUME' .
FABLE.
Njourles Oyseauxdenos
Bois
Diſputerent entr'eux de la plus belle
voix.
Ils'agiffoit d'acquerir de l'eſtime ;
On déterminal' Airque l'on devoit
chanter.
C'estoit unAir grand &fublime ,
On vintde toutes parts àdeſſein d'écouter,
Etpourjugerde cette Affaire.
Un Chardonnet d'abordyparutfur
1
lesvangs,
(
184 MERCURE
Maissa voix estoitsi vulgaire,
Quenonobstantſes Partisans,
Ellen'eutpas ledonde plaire.
Un Reffignolfurvient, mais un des
plusfçavans,
Etd'une voix auffi douce quefortes
Ses tonsſemblentfi beaux,sijustes,
Sitouchans,
Que de cent Piques il l'emporte,
Etmesme de l'aveu des autres Prétendans
Chacun luy donne la victoire.
Ilest vray qu'un Corbeau voulutternirsa
gloire;
Mais malgré ses croaſſemens,
On rendit justice au mérite.
Luy, par une prudente & modefte
conduite,
Auffi-tostse casha, de peur des Complimens.
La Diſpute estoit doncfinie,
GALANT. 185
1
Lors qu'un vicux Poulet d'Inde, émû
dejalousie,
Ofa bien la recommencer....
Quelques Poulettesfes Voisines,
Sans eſprit,fansbon goust, inquiettes,..
chagrines,
A cela le vinrent pouffer...
Adisputer le Prix fortement il s'en
gages
CeChantre du dernier étage,
Qui n'avoit jamais dit que pi, pi,
pia,pia,
Du Vainqueur hardiment condamna
le ramages
LeRoffignolleſceut,&peu s'enfoucia..
Afon aise il luy laiſſa dire
Tout ce qu'il avoit fur le coear.
Le Coq d'Inde, au lien de lay nuive,
Nelayfit qu'un fort grand hon-.
neur. 33
CetOyseau népour la Cuisine
Avril 1685.
186 MERCURE
Nepouvoit, diſoit il,fouffrirces rou
lemens,
Ces fredons redoublez, & ces faux
agrémens
Qui nesefont que parroutine.
Ilaimoit dans le Chant cettefimpli
cité
Qui n'a rienqui ſoit affecté.
Ses plaintespar tout retentiſſent;
Ases raisons d'abord les Oyfons
applaudiſſent.
On fait donc affembler les Oyfeaux
d'alentour,
Pourjuger de la Voix charmante.
Ilvintdes Epreviers, avec quelque
Vautour,
Gensſujets àla paraquante. )
Mesme on invita des Coucous
Des Chauveſouris, des Hibous,
Pourrendre la Troupe nombreuse.
En leurpréſence enfin le Coqd' Inde
chanta,
GALANT. 187
Etfa voix leur parut fi rude &fi piteuse
Qu'en un moment chacun d'eux
secanta
Cependant noftre Chantre estoittout
horsd'haleine,..
1
Lors qu'un grandEprevierde couroux:
s'enflama,
Sautafur luy, le dépluma,
Pour luy faire payer la peine.
Ainsi l'on voit deſottes Gens ,
Enteſtez de leur propre eftime,.
Qui ,foiten Profe,foit en Rime,
Veulent qu'on rie à leurs dépens..
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Résumé : LE COQ D'INDE DÉPLUMÉ. FABLE.
La fable 'Le Coq d'Inde déplumé' relate une dispute entre les oiseaux des bois pour désigner celui ayant la plus belle voix. Initialement, le rossignol est acclamé pour son chant doux et juste. Un corbeau tente sans succès de contester cette décision. Un vieux coq d'Inde, jaloux, relance la compétition avec le soutien de quelques poules. Il critique le chant du rossignol, prônant la simplicité. Les oiseaux, y compris des oiseaux de proie et nocturnes, se réunissent pour juger la voix du coq d'Inde. Son chant est jugé rude et pitoyable, provoquant l'indignation générale. Un épervier, furieux, attaque et déplume le coq d'Inde. Cette fable met en garde contre les dangers de l'envie et de l'obstination à imposer ses goûts personnels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 296
AIR NOUVEAU.
Début :
Le second Air que je vous envoye est du / En vain tu peins nos Champs des plus vives couleurs, [...]
Mots clefs :
Champs, Couleurs, Peinture, Fleurs, Gazons, Saison, Beauté, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
Le ſecond Air que je vous
envoyed eſt du meſme M'
d'Ambruis , dont je vous ay
parlé amplement dans un des
articles de ma Lettre .
AIR NOUEVAU.
E
Nvaintu peinsnosChamps
desplus vives couleurs ,
• Printemps je ne voy point tes Gazons
ny tes Fleurs,
Jenesuis pointtouché d'une Saifon
fibelle,
Iris me permet de la voir
Deſaſeule beautémon coeurfent le
pouvoir,
Etjen'aydes yeux que pourelle.
envoyed eſt du meſme M'
d'Ambruis , dont je vous ay
parlé amplement dans un des
articles de ma Lettre .
AIR NOUEVAU.
E
Nvaintu peinsnosChamps
desplus vives couleurs ,
• Printemps je ne voy point tes Gazons
ny tes Fleurs,
Jenesuis pointtouché d'une Saifon
fibelle,
Iris me permet de la voir
Deſaſeule beautémon coeurfent le
pouvoir,
Etjen'aydes yeux que pourelle.
Fermer
22
p. 1-14
METAMORPHOSE DU BUTOR EN SABOT.
Début :
La Métamorphose par laquelle je commence cette XXX. Lettre Extraordinaire / Dans l'enceinte des Murs où la petite Canche [...]
Mots clefs :
Métamorphose, Morale, Peintre, Terroir, Oiseaux, Beauté, Fortune, Cieux, Récits, Bonheur, Affection, Amants, Jardin, Injustice, Téméraire, Punition, Cruauté, Mort, Divin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : METAMORPHOSE DU BUTOR EN SABOT.
6tia coutume d'inventer,
pourinstruirele Leffeurpar
quelque trait de Morale. UneAvantureauffi
plaijittJte que particulière, en
afourny lesujet, & ïAutheurs'est
diverty à la déguifer fous des noms
d'Oyséaux. Elle est écrired'unfiile
.fort naturel ,& veritable dans toutes
ses circonfiances. le ne nomme
point le lieu ou la chose est arrivée. Ilfùjjitquon la rapporte de la manitre
quetouts'estpassé, &isseroit
inutile de donnermoyen aux Curieux
de découvrir les Intéressez,.Quelque
avtrfionquon ait pour les Mtdisans
,surtoutpour ceux quisevantent
de faveurs receues des Belles,
J*bonnefieté veut qutonles épargne-,
quand ils ont*(ïé punis aussi rigoureusement
que le Cavalier qui a donné
Aim à ceque -v#waeezltre.
METAMORPHOSE
DU BU.TOR
EN SABOTDAm
ïençem'tdfrMfiria»Upetite.
Canche
SêmbUp4taf%GMtt>ûrsrltwrmr sur[el.
PM, V.don les brillm*C
"c'Issi. -,: ,,' -,,'\"¡N',
Sontandfjjfti de tart du Peintre &dele
Planche* - - Le Terroir abondant, les P-rez, les Boù,
les Eaux, ..; - 'A v"7 F"d- 'O.jfJ<'4Jotù.ei'<.V^n'.\j - "'r'tt '-04 \, l') ", Cefutlaque.fah4V*ntnh
Vn BHt" èblàmde ktivive, beauté
n'tuue Fauvette,&"desapropreté,
Fit un effortsursa nature. itantftnnid AHmilieu du grand,jour]
Pour luy conter Cexcèsdesen amour, Il sInhardlt & luy renditvisite;
Mais de/litué de conduite
Il neput s'arrester
jiu choix desa bonnefertune;
mtsans enfaire cas, il allafureter
DesNidsd'une Espêcecommune,
fOù pour certains égardsilfuttrès-bien
receu,
(Comme un nombre d'OJ[eAHX de difèrent
plumage, J)ontilnefuivitpasta règle&leménage
Son dessein avortantfitoflqu'issutconcen,
Bnforte qu'ilhauffkfon vol&sabrifte>
¡Cr,}"nt trouver par tout unevictoire •aisèe;• -• .:-
EtceBrutal audacieux
-, ':.
u CherchantdePlaceeilPldse,
Orporter bienprésdefCùux
-SApajfiQltr!Tr(Jn4IJd..
QuipourracroireyuHttBHtot
\Aitvoulu prendreun tel essars
Sachance luy sembloit trop bonne
Pour voirrien cféclatant qu'il»ettftosé
tenter,
Ce qui fémlet à visîterfAiglonne.
L'acneilqu'elle luyfitdevaitle contenter;
Mais par des récits teméraires
ZfEtourdyminal'état desesaffaires.-
Les Amansdaujourd'huysuivent cette,
leçon;
Moins ils ont defaveurs, plutilsenfont*
paroifire,
Et telsouventauroitpeine a connoiflrt
Celle qu'ilfaitfenfible afon ajfeflion.
Leur but ness plus la déférence,
Lefecret,oulaioüiffance.
Ilssefont de l'éclat un bonheursiparfait$,
Queces Extravagantpréfèrent laNou*
velle
Decequejamaisils nontfait
Ala peffejfionde la Causeréelle.
Maissans plus m'ilnefler à leur legèreté,
Et les abandonnant à leur peu de conduite
Contre qui la raison ç'irrite,
Revenons à noflrèEventé.
Jlfut a ptint introduitchez, l'Aiglonnet
QuJllnycontafesprêgrésgloriekx,
Etcrut gaigner une Couronne
JP<triadefcriptu'm des Lieux.
CetteReyne du Volatile,
CommennEspiontres-habile,
Feignit del'écouterpar admirâtion,
Pvkrinduire/onitifoletice
A plus grande narration,
Ëllepunirdtfonoffertse.
Ildit que la Fauvette estoit à petit prix,
Quesa ihtJe Alliance attiraitfin mépris;
Quedtttxautreune Effiece
étrangere
Sur elle nenchérifoientguém
-
Brefilosadansfinraport
Insulter a l'honneurd'uneagréable Pie,
Disant eju'illa mettoit au rang de la
charpie,
Pourefiresansdéfenseaupluspetit effort.
VAiglonneaimant la Pie, eut peineàse
contraindre,
ToutefoiseHecrut yuilfaloitencorfeindre,
Espérantvoir en pM de jours
Celles qu'ildédiireitparses lâches discours.
^Enfuit?ilrevitsesMaistresses,
Dont croyant obtenir quelques douces cth
refis,
Enruppoflmt un traitement bien doux,
Hfit uneféconde &femblakl* NouvelleJ
Mitpar unfauxrécit fAiglonne enfa*
rallele,
Excepté qu'ilparlade Jardin &deChoux.
Vn jour ellesse rencontrèrent
JPar un coup,du hasard danssonAparté"
ment,
Et comme elles cherchoientun éclirciffi.
ment,
Leurcommun intèreiffit<jmelless*acceptirent,
Et qu'un pareil motifleur échauffant le
caur,
Tout leurentretienfut du Calomniateur,
Dont l'utti blâmoit Ucaprice,
L'autre cenddrnnoit Cinjttjlice;
Et-defcs entretienstoutesfaifmt l'aveu^
T trouvaient beaucoup d'insolence,
Lors que l'Aiglonne entra, qui reconnutunfeu
Plusardent queceluy cjuinfpiroitsa pri.
fence.
J'ay, dit-elle en raillant. ce me semble,
observé
Sur vos visages quelques flames;
Vous devez bien ouvrir vos ames
A celle qui pour vous n'a rien de réservé.
Hélas! dit la Pie en colere,
Vous avez part à ce mistere;
Le Butor hautement devant moys'est
vanté
Qu'il faisoitdevous à sa guise.
Une autre interrompit, C'estce quilm'a
conté,
Et j'en demeuray sisurprise,
Que mon esprit en fut quelque temps
obscurcy.
Certes, dit la troisième, il mel'a dit aussi
11 vous l'a dit, reprit l'Aiglonne?
La Fauvetttaussi-tft tun accent tendre
ô- doux,
ÁJe}. répondit, Madame, jefrissonne
Quand je resve aux discoursqu'il avance
de vous..
Ah, l'Insolent,le Teméraire!
Je le feray ressouvenir,
Quoy qu'indigne de ma colere,
Des propos qu'il a sçû tenir;
Et pourvous obligerà suivre ma vangeance,
Apprenez que cetIndiscret,
Bien loin de garder le secret,
M'a fait sur vous pareille confidence,
O Justes Dieux! dirent elles alors,
Il faut luy mutiler le corps,
En prendre un châtiment qui lay-merrne
l'étonne,
Etle mette en état de donner de l'horreur.
N'allons passi loin, dit l'Aiglonne,
Il faut en toute chose avoir foin de l'honneur.
On doit mesme en Judicature
Agir avec proportion,
Etformer la punition
Sur le rang de celuy qui commet une
injure.
Plus il est élevé, plus le crime commis
Exige de peines cruelles;
Mais quand il part d'un Sex trop
soûmis,
Onle punit comme des bagatelles.
Ainsij'ordonne un châtiment
Digne d'un Butor insolent.
Etse retournantvtrs la Pie,
C'est à vous, m'a-t-on dit, seulement,
qu'ilsefie;
Par là nous pouvons profiter
De sa confiance crédule,
L'obligeant à vous visiter,
Demain seul dansvostre Cellule,
Oùjeferay portertrois ou quatre balais
Par mes plus robustes Valets.
Ce complot pris,onse retire
Dans le dejjein d'écorcherle bon Sire,
Qtûfuivantson tempérament,
Sa teflevuide & sans cervelle,
'^epouvant demeurer en repos us mo- -
mlnt
Vint Je brûler à la chandelle,
Ou-bien, si vous voulez., accomplitson ;v.dessin,
En rendant à la Pie un devoir clMUleflin.
Elle feinit deflreaffairée,
Et luy dit tendrement, Faites-moy le
plaisir
De me laisser toute cette soirée;
Demainnous nous verrons, seuls, &
plus à loisir.
Cet Idiotcroyantsafortune meilleure,
Dit,yyvierndray seul, ou je meure.-
Ilsortit, dormit peu, s'éveilla,se rendit
jiu lieuqu'ilpréfftmoit tint remply de
-* M". v-
Jugez*ejueltroublelesaisit, -
Voyanten tant de mains l'objet âtftsfu*
plices.
Il fçavùt que tout ses raports - Esitientfaux, ou peu ventables.
Aafft pour s'évaderfit-ildegrandsefforts,-
Mais il avoit a fai-eades lnéxorteblu,.
Quisansavoirégardasesfoibles raisons.
Crioient incessamment, Tuons, tuons,
tuons.
L'Aiglonnedit, Je sçay ce qu'on doit
auxImpies, la mort leur est. un châtiment trop
doux;
Mes deux Servantes, ou Harpies,
Luyferont rëssentirl'effet de moncouroux.
Allons vîte, qu'on le dépoüille,
Et que dans son fang on lemoüille.
Alors ces barbaresOyseaux,
Suivant leur naturelsauvage,
Imprimèrent auxreins de ceRoy desLou;
datifs
LesfangUns effets de leur rage,
Etpar des coups defouetfortementredoublez.
Lemirent en l'état qu'on peintles Fia-*
elle.
Ena-t-il assez,ditl'Aiglonne?
Non, répanditcetteTroupefélonne,
Il fautrecommencer, & ne se lasser pas
Montrez tout de nouveau la force de,
- vos bras.
Se levant cites empoignèrent
Les mtmbres quise préfentérettt.
L'une lesaisit par devant,
Celle-làparlespieds,celk-cy par les ailes,
rrandü que sanscesser deux Mègeres
cruelles
Le mirent en moins d'un infiant
Dansun étatsipitoyable,
IQue le récitsembleroit une Fable,
Le dépitles tenant tropfort
>
Tours'éteindre/queparsamort,
Quirieuftpasfaitsans douteunplus long
intervalle,
Sans le Dieu Mars, quiparcompàjfton
ClfllngeAtcflre de ce Bouffon
Dont il chérissoit la Caballe,
.En Itty donnant laformed'un Sabot*
JQttil ventfaut dépeindre en un mot.
Sans cesseildort, ou s'ils'éveille,
Ceflauseul bruit desapunition;
Nature en ce seul cas luy conferva lortitley
.:':. Comme umfurcfoifl à fin aJfUEHon*
* Sorte de Toupie sansferauboutd'en-bas,
dontles Enfans joüent, en la faisant tournât
avec un foüet de cuir.
Tant elle est rigmreufeÀpunir les tnfxmes
JQui disent lesfaveurs,ou le[cent des
Dames.
JUBEIRT, de laDoüanne
deLyon.
pourinstruirele Leffeurpar
quelque trait de Morale. UneAvantureauffi
plaijittJte que particulière, en
afourny lesujet, & ïAutheurs'est
diverty à la déguifer fous des noms
d'Oyséaux. Elle est écrired'unfiile
.fort naturel ,& veritable dans toutes
ses circonfiances. le ne nomme
point le lieu ou la chose est arrivée. Ilfùjjitquon la rapporte de la manitre
quetouts'estpassé, &isseroit
inutile de donnermoyen aux Curieux
de découvrir les Intéressez,.Quelque
avtrfionquon ait pour les Mtdisans
,surtoutpour ceux quisevantent
de faveurs receues des Belles,
J*bonnefieté veut qutonles épargne-,
quand ils ont*(ïé punis aussi rigoureusement
que le Cavalier qui a donné
Aim à ceque -v#waeezltre.
METAMORPHOSE
DU BU.TOR
EN SABOTDAm
ïençem'tdfrMfiria»Upetite.
Canche
SêmbUp4taf%GMtt>ûrsrltwrmr sur[el.
PM, V.don les brillm*C
"c'Issi. -,: ,,' -,,'\"¡N',
Sontandfjjfti de tart du Peintre &dele
Planche* - - Le Terroir abondant, les P-rez, les Boù,
les Eaux, ..; - 'A v"7 F"d- 'O.jfJ<'4Jotù.ei'<.V^n'.\j - "'r'tt '-04 \, l') ", Cefutlaque.fah4V*ntnh
Vn BHt" èblàmde ktivive, beauté
n'tuue Fauvette,&"desapropreté,
Fit un effortsursa nature. itantftnnid AHmilieu du grand,jour]
Pour luy conter Cexcèsdesen amour, Il sInhardlt & luy renditvisite;
Mais de/litué de conduite
Il neput s'arrester
jiu choix desa bonnefertune;
mtsans enfaire cas, il allafureter
DesNidsd'une Espêcecommune,
fOù pour certains égardsilfuttrès-bien
receu,
(Comme un nombre d'OJ[eAHX de difèrent
plumage, J)ontilnefuivitpasta règle&leménage
Son dessein avortantfitoflqu'issutconcen,
Bnforte qu'ilhauffkfon vol&sabrifte>
¡Cr,}"nt trouver par tout unevictoire •aisèe;• -• .:-
EtceBrutal audacieux
-, ':.
u CherchantdePlaceeilPldse,
Orporter bienprésdefCùux
-SApajfiQltr!Tr(Jn4IJd..
QuipourracroireyuHttBHtot
\Aitvoulu prendreun tel essars
Sachance luy sembloit trop bonne
Pour voirrien cféclatant qu'il»ettftosé
tenter,
Ce qui fémlet à visîterfAiglonne.
L'acneilqu'elle luyfitdevaitle contenter;
Mais par des récits teméraires
ZfEtourdyminal'état desesaffaires.-
Les Amansdaujourd'huysuivent cette,
leçon;
Moins ils ont defaveurs, plutilsenfont*
paroifire,
Et telsouventauroitpeine a connoiflrt
Celle qu'ilfaitfenfible afon ajfeflion.
Leur but ness plus la déférence,
Lefecret,oulaioüiffance.
Ilssefont de l'éclat un bonheursiparfait$,
Queces Extravagantpréfèrent laNou*
velle
Decequejamaisils nontfait
Ala peffejfionde la Causeréelle.
Maissans plus m'ilnefler à leur legèreté,
Et les abandonnant à leur peu de conduite
Contre qui la raison ç'irrite,
Revenons à noflrèEventé.
Jlfut a ptint introduitchez, l'Aiglonnet
QuJllnycontafesprêgrésgloriekx,
Etcrut gaigner une Couronne
JP<triadefcriptu'm des Lieux.
CetteReyne du Volatile,
CommennEspiontres-habile,
Feignit del'écouterpar admirâtion,
Pvkrinduire/onitifoletice
A plus grande narration,
Ëllepunirdtfonoffertse.
Ildit que la Fauvette estoit à petit prix,
Quesa ihtJe Alliance attiraitfin mépris;
Quedtttxautreune Effiece
étrangere
Sur elle nenchérifoientguém
-
Brefilosadansfinraport
Insulter a l'honneurd'uneagréable Pie,
Disant eju'illa mettoit au rang de la
charpie,
Pourefiresansdéfenseaupluspetit effort.
VAiglonneaimant la Pie, eut peineàse
contraindre,
ToutefoiseHecrut yuilfaloitencorfeindre,
Espérantvoir en pM de jours
Celles qu'ildédiireitparses lâches discours.
^Enfuit?ilrevitsesMaistresses,
Dont croyant obtenir quelques douces cth
refis,
Enruppoflmt un traitement bien doux,
Hfit uneféconde &femblakl* NouvelleJ
Mitpar unfauxrécit fAiglonne enfa*
rallele,
Excepté qu'ilparlade Jardin &deChoux.
Vn jour ellesse rencontrèrent
JPar un coup,du hasard danssonAparté"
ment,
Et comme elles cherchoientun éclirciffi.
ment,
Leurcommun intèreiffit<jmelless*acceptirent,
Et qu'un pareil motifleur échauffant le
caur,
Tout leurentretienfut du Calomniateur,
Dont l'utti blâmoit Ucaprice,
L'autre cenddrnnoit Cinjttjlice;
Et-defcs entretienstoutesfaifmt l'aveu^
T trouvaient beaucoup d'insolence,
Lors que l'Aiglonne entra, qui reconnutunfeu
Plusardent queceluy cjuinfpiroitsa pri.
fence.
J'ay, dit-elle en raillant. ce me semble,
observé
Sur vos visages quelques flames;
Vous devez bien ouvrir vos ames
A celle qui pour vous n'a rien de réservé.
Hélas! dit la Pie en colere,
Vous avez part à ce mistere;
Le Butor hautement devant moys'est
vanté
Qu'il faisoitdevous à sa guise.
Une autre interrompit, C'estce quilm'a
conté,
Et j'en demeuray sisurprise,
Que mon esprit en fut quelque temps
obscurcy.
Certes, dit la troisième, il mel'a dit aussi
11 vous l'a dit, reprit l'Aiglonne?
La Fauvetttaussi-tft tun accent tendre
ô- doux,
ÁJe}. répondit, Madame, jefrissonne
Quand je resve aux discoursqu'il avance
de vous..
Ah, l'Insolent,le Teméraire!
Je le feray ressouvenir,
Quoy qu'indigne de ma colere,
Des propos qu'il a sçû tenir;
Et pourvous obligerà suivre ma vangeance,
Apprenez que cetIndiscret,
Bien loin de garder le secret,
M'a fait sur vous pareille confidence,
O Justes Dieux! dirent elles alors,
Il faut luy mutiler le corps,
En prendre un châtiment qui lay-merrne
l'étonne,
Etle mette en état de donner de l'horreur.
N'allons passi loin, dit l'Aiglonne,
Il faut en toute chose avoir foin de l'honneur.
On doit mesme en Judicature
Agir avec proportion,
Etformer la punition
Sur le rang de celuy qui commet une
injure.
Plus il est élevé, plus le crime commis
Exige de peines cruelles;
Mais quand il part d'un Sex trop
soûmis,
Onle punit comme des bagatelles.
Ainsij'ordonne un châtiment
Digne d'un Butor insolent.
Etse retournantvtrs la Pie,
C'est à vous, m'a-t-on dit, seulement,
qu'ilsefie;
Par là nous pouvons profiter
De sa confiance crédule,
L'obligeant à vous visiter,
Demain seul dansvostre Cellule,
Oùjeferay portertrois ou quatre balais
Par mes plus robustes Valets.
Ce complot pris,onse retire
Dans le dejjein d'écorcherle bon Sire,
Qtûfuivantson tempérament,
Sa teflevuide & sans cervelle,
'^epouvant demeurer en repos us mo- -
mlnt
Vint Je brûler à la chandelle,
Ou-bien, si vous voulez., accomplitson ;v.dessin,
En rendant à la Pie un devoir clMUleflin.
Elle feinit deflreaffairée,
Et luy dit tendrement, Faites-moy le
plaisir
De me laisser toute cette soirée;
Demainnous nous verrons, seuls, &
plus à loisir.
Cet Idiotcroyantsafortune meilleure,
Dit,yyvierndray seul, ou je meure.-
Ilsortit, dormit peu, s'éveilla,se rendit
jiu lieuqu'ilpréfftmoit tint remply de
-* M". v-
Jugez*ejueltroublelesaisit, -
Voyanten tant de mains l'objet âtftsfu*
plices.
Il fçavùt que tout ses raports - Esitientfaux, ou peu ventables.
Aafft pour s'évaderfit-ildegrandsefforts,-
Mais il avoit a fai-eades lnéxorteblu,.
Quisansavoirégardasesfoibles raisons.
Crioient incessamment, Tuons, tuons,
tuons.
L'Aiglonnedit, Je sçay ce qu'on doit
auxImpies, la mort leur est. un châtiment trop
doux;
Mes deux Servantes, ou Harpies,
Luyferont rëssentirl'effet de moncouroux.
Allons vîte, qu'on le dépoüille,
Et que dans son fang on lemoüille.
Alors ces barbaresOyseaux,
Suivant leur naturelsauvage,
Imprimèrent auxreins de ceRoy desLou;
datifs
LesfangUns effets de leur rage,
Etpar des coups defouetfortementredoublez.
Lemirent en l'état qu'on peintles Fia-*
elle.
Ena-t-il assez,ditl'Aiglonne?
Non, répanditcetteTroupefélonne,
Il fautrecommencer, & ne se lasser pas
Montrez tout de nouveau la force de,
- vos bras.
Se levant cites empoignèrent
Les mtmbres quise préfentérettt.
L'une lesaisit par devant,
Celle-làparlespieds,celk-cy par les ailes,
rrandü que sanscesser deux Mègeres
cruelles
Le mirent en moins d'un infiant
Dansun étatsipitoyable,
IQue le récitsembleroit une Fable,
Le dépitles tenant tropfort
>
Tours'éteindre/queparsamort,
Quirieuftpasfaitsans douteunplus long
intervalle,
Sans le Dieu Mars, quiparcompàjfton
ClfllngeAtcflre de ce Bouffon
Dont il chérissoit la Caballe,
.En Itty donnant laformed'un Sabot*
JQttil ventfaut dépeindre en un mot.
Sans cesseildort, ou s'ils'éveille,
Ceflauseul bruit desapunition;
Nature en ce seul cas luy conferva lortitley
.:':. Comme umfurcfoifl à fin aJfUEHon*
* Sorte de Toupie sansferauboutd'en-bas,
dontles Enfans joüent, en la faisant tournât
avec un foüet de cuir.
Tant elle est rigmreufeÀpunir les tnfxmes
JQui disent lesfaveurs,ou le[cent des
Dames.
JUBEIRT, de laDoüanne
deLyon.
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Résumé : METAMORPHOSE DU BUTOR EN SABOT.
Le texte relate une fable moralisante où un bourdon, attiré par les faveurs d'une fauvette, se comporte de manière inappropriée en visitant les nids d'autres oiseaux. Cette conduite lui vaut une métamorphose en sabot d'Aimargues, une toupie utilisée par les enfants, symbolisant ainsi sa sottise. La morale de cette histoire est que les amants contemporains, comme le bourdon, privilégient l'apparence et les nouvelles conquêtes à la véritable affection et à la loyauté. Par ailleurs, le texte mentionne brièvement l'introduction d'un aiglonnet dont les exploits glorieux sont interrompus par la mort, accélérée par le dieu Mars.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 252-285
ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Début :
Il seroit difficile que l'Ouvrage qui suit ne vous plust pas, / Je voy bien, Monsieur, que vous m'écrivez, non seulement pour m'apprendre [...]
Mots clefs :
Grand, Corneille, Poète, Gloire, Horace, Roi, Ouvrage, Théâtre, Vieillesse, Pièces, Éclat, Louanges, Sentiments, Divertissements, Beauté, Esprit, Agréable, Mort, Excellence, Déclin, Éloge funèbre, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
isseroitdifficile que fOuvrage qui
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
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Résumé : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Pierre Corneille, dramaturge français, est renommé pour son génie et son mérite exceptionnel, même reconnu par des critiques rigoureux comme Nicolas Boileau. Contrairement à l'idée d'un déclin avec l'âge, ses œuvres tardives telles que 'Sertorius', 'Œdipe' et 'Rodogune' montrent une vigueur constante. Corneille aspirait à rester productif jusqu'à la fin de sa vie, redoutant surtout la perte de sa capacité créative. Il a profondément influencé le théâtre français en élevant le niveau de la comédie et en introduisant des règles et une moralité sur scène. Avant Richelieu et Corneille, le théâtre était grossier et dépourvu de règles. Corneille a su modérer les passions et allier l'utile à l'agréable dans ses œuvres, respectant les règles classiques tout en sachant s'en affranchir avec prudence. Ses pièces, comme 'Le Cid', ont toujours rencontré un succès populaire incontestable. Son style est décrit comme solide, durable, clair, noble, facile et gracieux, exempt d'affectation et de préciosité. La reconnaissance royale envers Corneille est comparée aux honneurs accordés à Homère, Virgile et autres grands poètes. Le théâtre, selon le texte, permet de représenter les vertus du prince et de montrer au prince sa propre image et celle de ses sujets. Corneille est ainsi considéré comme le seul digne de peindre Louis le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 285-2[89]
SENTIMENS SUR les trois premieres Questions proposées dans le XXIX Extraordinaire du Mercure Galant.
Début :
Si un Courtisan trompé dans ses esperances, est plus à plaindre [...]
Mots clefs :
Amant, Coeur, Amour, Courtisan, Tromperie, Passion, Héros, Chagrin, Maîtresse, Maux, Trahison, Beauté, Indiscrétion, Prodigalité, Avarice, Secourir, Misérables
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR les trois premieres Questions proposées dans le XXIX Extraordinaire du Mercure Galant.
SENTIMENS. s-V'll
les trois premières Zuelfions pro.
foféesdms le XXIX,Extraordi-
-
- naire du Mercure Gdant.
Si un Courtisan trompé dans ses
esperances,est plus à plaindre
qu'un Amant passionné
,
qui
ne peut toucher le coeur de la
Personne qu'il aime. IL n'eflcharmant lrüJCj(¡J,'lIn LOVIS
dans le monde;
Lors ejuun Courtisandanssa Cour.
Surquelqueesperancesefonde, 1
Et qu'il ne voit jamais le jour
Qttecefameux Héros a ses defirsrépondt;
Je le p'ains centfois plus qu'un Amant
dont l'amour
Nepeuttoucher lecoeur desa Bruneousa
Blonde.
C'estunmortelchagrin pour luy,
Qui luyfait d'autantplus âennuJ
Qitilnytrouvepoint deremede.
Vnefaveurdu Royferoittomfèsplaifirr;
LAnobleambition qui toujours lepossede
L'empe!êh! deformer ailleurs d'autres
desirs.
A{AU un Amantquipourune MattreJlè
Pleu-re.,languit, &roupireranscefe,
Sans quesesmaux puissent toucherfsll
coeur,
Ne peut-il pas avec une aute Belle
Qui ne luy fera point cruelle
Seconsolerde
@
sonmalheur?
Il eneP tant defavorables
Jldais je fais malma couravouât charmante
Iris,
£>ui pbaleros,ijfez. toujours des plut impitoya-
Et qui n'avez, pourmoy que de cruels mépris.
Changez d'humeur, beautésevère,
TrAirez-moy plm humainement,
Et pour lors ilse pourra faire
Qu'on me verra changer mt/fi de sentiment.
Si l'Infidélité d'une Maistresse
peutautoriserun Amant trahy àestreindiscret.
O
VandcCunetendre pafilon
'AlcandrepourPkiltsfentque[on Al ame efi prist,fènt queson est
JQuoy que cettebeauté lefuye&le mé- prise
Quelle teillee eennff~inn Ppoouurr ltuy jjvujfrqquu'aà lIao ttrraa--
hison,
Soninfidéliténar'en qui l'authorife
Afaire a cette Belleune indifèretion.
Lesecret en Amour doit e/lre inviolable, Et lui nesçauroit le garder,
Merite peu ce quunob, etaimable
Afou amour peut accorder.
Tourse vanger ll/tle infidelle,
Tout ce ejut peutfaire un Amant,
Ccfimitant cettecruelle
Defaire unautreengagement.
SilacharmanteIris dontmonameejf
ravie,
Voitloitdunefaveursoulagermonamour.
Et me trahir le mesme jour,
Je nenparlerait de ma vie.
Si la Prodigalité est moins condamnablequel'Avarice.
J E condamne fort rAVttricc,
Dans les Hommes cejlun grand
vice.
Tel vsrroit tout languirauprès deset
tresors,
Sans enmettre un tessondehors.
Poursecourirun Misérable,
Et
Et luy-mesme d'argent toujours infajjùtblej
Avec tout ce qu'il a de bien,
Manque de tout, plutofl que dese donner
rien.
Est-il rien de plut condamnable?
Mais dans la Prodigalité
Je ne voy rien digne de blâme;
C'est une genérosité
Quinesçauroitsortirque d'unegrandeur
d'ame.
Etsi r excez. enfaitdu mal,
Ce nest rien qu'à celuy dont le coeur libéral
.A moins pour luy quep4ur les aH/ru,
Oude qui les biensfont les nofires.
Maisou je ne pourray jamais la soûtenir,
C'efl dans le coeur d'une beauté cruelle
Dtnt mes Rivauxsçavent tout obtenir
Quandje ne puis rien avoird'elle.
DIEREVILLE,
les trois premières Zuelfions pro.
foféesdms le XXIX,Extraordi-
-
- naire du Mercure Gdant.
Si un Courtisan trompé dans ses
esperances,est plus à plaindre
qu'un Amant passionné
,
qui
ne peut toucher le coeur de la
Personne qu'il aime. IL n'eflcharmant lrüJCj(¡J,'lIn LOVIS
dans le monde;
Lors ejuun Courtisandanssa Cour.
Surquelqueesperancesefonde, 1
Et qu'il ne voit jamais le jour
Qttecefameux Héros a ses defirsrépondt;
Je le p'ains centfois plus qu'un Amant
dont l'amour
Nepeuttoucher lecoeur desa Bruneousa
Blonde.
C'estunmortelchagrin pour luy,
Qui luyfait d'autantplus âennuJ
Qitilnytrouvepoint deremede.
Vnefaveurdu Royferoittomfèsplaifirr;
LAnobleambition qui toujours lepossede
L'empe!êh! deformer ailleurs d'autres
desirs.
A{AU un Amantquipourune MattreJlè
Pleu-re.,languit, &roupireranscefe,
Sans quesesmaux puissent toucherfsll
coeur,
Ne peut-il pas avec une aute Belle
Qui ne luy fera point cruelle
Seconsolerde
@
sonmalheur?
Il eneP tant defavorables
Jldais je fais malma couravouât charmante
Iris,
£>ui pbaleros,ijfez. toujours des plut impitoya-
Et qui n'avez, pourmoy que de cruels mépris.
Changez d'humeur, beautésevère,
TrAirez-moy plm humainement,
Et pour lors ilse pourra faire
Qu'on me verra changer mt/fi de sentiment.
Si l'Infidélité d'une Maistresse
peutautoriserun Amant trahy àestreindiscret.
O
VandcCunetendre pafilon
'AlcandrepourPkiltsfentque[on Al ame efi prist,fènt queson est
JQuoy que cettebeauté lefuye&le mé- prise
Quelle teillee eennff~inn Ppoouurr ltuy jjvujfrqquu'aà lIao ttrraa--
hison,
Soninfidéliténar'en qui l'authorife
Afaire a cette Belleune indifèretion.
Lesecret en Amour doit e/lre inviolable, Et lui nesçauroit le garder,
Merite peu ce quunob, etaimable
Afou amour peut accorder.
Tourse vanger ll/tle infidelle,
Tout ce ejut peutfaire un Amant,
Ccfimitant cettecruelle
Defaire unautreengagement.
SilacharmanteIris dontmonameejf
ravie,
Voitloitdunefaveursoulagermonamour.
Et me trahir le mesme jour,
Je nenparlerait de ma vie.
Si la Prodigalité est moins condamnablequel'Avarice.
J E condamne fort rAVttricc,
Dans les Hommes cejlun grand
vice.
Tel vsrroit tout languirauprès deset
tresors,
Sans enmettre un tessondehors.
Poursecourirun Misérable,
Et
Et luy-mesme d'argent toujours infajjùtblej
Avec tout ce qu'il a de bien,
Manque de tout, plutofl que dese donner
rien.
Est-il rien de plut condamnable?
Mais dans la Prodigalité
Je ne voy rien digne de blâme;
C'est une genérosité
Quinesçauroitsortirque d'unegrandeur
d'ame.
Etsi r excez. enfaitdu mal,
Ce nest rien qu'à celuy dont le coeur libéral
.A moins pour luy quep4ur les aH/ru,
Oude qui les biensfont les nofires.
Maisou je ne pourray jamais la soûtenir,
C'efl dans le coeur d'une beauté cruelle
Dtnt mes Rivauxsçavent tout obtenir
Quandje ne puis rien avoird'elle.
DIEREVILLE,
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Résumé : SENTIMENS SUR les trois premieres Questions proposées dans le XXIX Extraordinaire du Mercure Galant.
Dans cet extrait du 'Mercure Galant', l'auteur compare la déception d'un courtisan à celle d'un amant passionné, jugeant le courtisan plus à plaindre car ses espoirs ne se réalisent jamais. Il exprime son chagrin face à l'indifférence de sa bien-aimée, Iris, qui le traite avec mépris. Le texte aborde ensuite l'infidélité en amour, justifiant l'indiscrétion de l'amant trahi tout en soulignant que les secrets amoureux doivent rester inviolables. L'auteur condamne l'avarice, qu'il considère comme un grand vice, décrivant l'avare comme quelqu'un qui accumule des trésors sans les partager, même pour aider les nécessiteux. À l'inverse, il voit la prodigalité comme une générosité née d'une grandeur d'âme, bien que les excès puissent être nuisibles. Enfin, il avoue son incapacité à soutenir cette prodigalité face à une beauté cruelle qui favorise ses rivaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. [302]-[303]
QUESTIONS A DECIDER.
Début :
I. D'où vient que plusieurs Maris qui ont de tres belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Questions, Maris, Femmes, Beauté, Laideur, Maîtresse, Amant, Orgues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS A DECIDER.
gVESTIONS A DECIDER.
D I. 'Où vient que plusieurs
Maris qui ont de tres-belles
Femmes, en aimentsouvent,
non feu1lemen.t de beaucoup moins belles, mais meime de treslaides.
ir.
Lequel donne plus de joye, de
se faire aimer d'une belle Fiere
qui semble n'avoir aucun panchant
pour l'amour, ou de regagner
le coeur d'une Maistressejustement
irritée, & dent la haine
pour nous paroistinvincible.
III.
Si un Amant peut voir continuellement
sa Maistresse sans s'ennuyer.
IV.
On demande quelle estrougir
ne des Orgues.
D I. 'Où vient que plusieurs
Maris qui ont de tres-belles
Femmes, en aimentsouvent,
non feu1lemen.t de beaucoup moins belles, mais meime de treslaides.
ir.
Lequel donne plus de joye, de
se faire aimer d'une belle Fiere
qui semble n'avoir aucun panchant
pour l'amour, ou de regagner
le coeur d'une Maistressejustement
irritée, & dent la haine
pour nous paroistinvincible.
III.
Si un Amant peut voir continuellement
sa Maistresse sans s'ennuyer.
IV.
On demande quelle estrougir
ne des Orgues.
Fermer
Résumé : QUESTIONS A DECIDER.
Le texte pose quatre questions sur les relations amoureuses. Il s'interroge sur les préférences masculines pour des femmes moins attrayantes, compare le plaisir d'être aimé par une belle femme indifférente à celui de reconquérir une maîtresse en colère, et demande si un amant peut voir continuellement sa maîtresse sans s'ennuyer. Il mentionne également la plus haute note des orgues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 23-27
Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
Début :
Si par ces Estampes on voit ce que le Roy a fait [...]
Mots clefs :
Agrandissement, Embellissement, Paris, Ouvrage, Description, Édifices, Beauté, Remparts, Éloges, Bonté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
Si par ces Eftampes on
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
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Résumé : Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Paris Ancien & Nouveau' publié chez le Sieur Girard décrit la fondation, les agrandissements et la population de Paris. Il est structuré en trois volumes et présente les églises, communautés, collèges, palais, hôtels, maisons particulières, rues et places notables de la ville. Le livre met en avant les nombreux travaux réalisés sous le règne du roi, tels que la reconstruction des portes de la ville, l'embellissement des remparts, l'élargissement des rues, la création de nouvelles fontaines, la construction de quais, et l'établissement d'hôpitaux pour les pauvres et les mendiants. Le souverain a également veillé au logement et à la subsistance des invalides. Les transformations urbaines illustrent la bienveillance et la grandeur du roi envers ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 289-373
Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Début :
Il y a des choses qui quoy qu'entierement éclatantes, [...]
Mots clefs :
Doge, Sénateurs, Gênes, Majesté, Audience, Carosse, Armes, Marquis, Sérénité, Duc, Gloire, Gentilhommes, Cour, Grandeur, Beauté, Galerie, Appartement, Officiers, Princes, Cérémonies, Versailles, Jardins, Visites, Mérite, Ornements, Couleurs, Discours, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
Il y a des chofes qui quoy
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
qu'entierement
éclatantes,
& mefme fi nouvelles , que
les Hiftoires n'en fournif
fent point de femblables ,
helaiffent pas d'eftre encore
accompagnées
dans
leur execution , de circon .
Atances qui ne méritent pas
moins d'eftré fceues que le
fait principal. L'affaire de
May 1685.
Bb
230 MERCURE
Genes eft de ce nombre.
2
ト
Vous fçavez les fujets de mécontentement
que le Roy en
a cus. Vous fçavez de quelle
maniere l'honneur de fon
rang, & la gloire de ſon Etat,
L'ont oblige de s'en repentir,
mais vous ignorez peut- eftre
ce que le Doge dit dans le
Senat , lors qu'il fut queftion
d'y réfoudre , fi la Républi
l'envoyeroit en France
avec quatre de fes Senateurs,
pour y faire les foumiflions
dont la modération du Roy
vouloit bien fe contenter.
Ce Doge y fit l'Eloge de Sa
que
GALANT 291
Majefté , & c'eft une circonftance
digne de remarque
, puis qu'en de femblables
occafions , il femble
qu'on fe plaint toûjours de
fon Vainqueur. En effer,
quelque jufte fujet qu'il ait
eu de nous attaquer , il eft
naturel aux Hommes de ne
demeurer jamais d'accord de
leurs fautes , fur tout aprés
qu'ils en ont efté punis. Ouere
que la gloire fouffre à fe
confeffer coupable , le dépit
anime contre le Vainqueur,
qui a pris de nous quelque
forte de vangeance ; mais ce
Bb
ij
292 MERCURE
qui arrive ordinairement
à
Tégard du commun des
Hommes , ne devoit pas
eftre une regle pour ceux qui
avoient a faire avec le Roy,
& c'elt par cette raifon qu'en
déliberant dans le Senat de
Genes,fur la fatisfaction qu'
exigeoit Sa Majefté , le Doge
fit l'cloge de ce Prince , &
dit qu'ilfalloit que la Républide
Genes le reconnuſt pour
un tres puiffant & victorieux
Monarque , & qu'elle ne devoit
point balancer à faire les mefmes
pas que plufieurs autresNations
avoient faits en divers
que
GALANT 293
2
temps. Il ne difoit rien que de
veritable . Si l'on examine
tout ce qui s'eſt paſſé à cét
égard , on verra que les Jaloux
de fa gloire , & fes im
puiffans Rivaux font venus
reconnoftre
fa grandeur , &
que les Nations les plus recu
lées ont traversé des Mers par
l'admiration qu'elles en ont
euë,pour luy venir demander
fon amitié. La République
de Genes en imitant les uns
& les autres , s'eft d'autant
plus acquis de gloire , qu'elle
s'eft égalée par là aux Puiffances
les plus redoutables .
B.b.iij
.
294 MERCURE
La juftice des prétentions du
Roy , la Majefté de fon Trône
, le merite de fa Perfonne,
& les Eloges éclatans que le
Dogeen fit , porterent le Se
nata fe réfoudre de fe priver
quelque temps de fon Chef
Souverain , pour l'envoyer en
France , avec quatre de ſes
principaux Sénateurs , & huit
Gentilshommes des plus
qualifiez ,avec le titre de Gentilshommes
Camarades . →
Le Doge fe nomme Fran
çois Marie Imperiale Lefca
ri , il eft d'une des plus illu
ftres Familles d'Italie . Lef
GALANT. 295
cari eft le nom d'un Fiefcon
fiderable où il fait battre
Monnoyed
and
Le premier des Senateurs
envoyez s'appelle Gianettinoi
Garibaldi, Il eft auff d'une
Maiſon tres illuftre .
Le fecond eft Marcello Durazzo.
Il y a eu des Cardinaux
dans cette Famille, qui a toûjours
efté honorée des plus
grands emplois.
Le troifiéme fe nomme
Auguftino Lomellini . Il eſt
eft d'une Famille fi ancienne
qu'il fuffit de la nommer pour
là faire connoiftre. thing
B.b. iiij ,
1 296 MERCURE
Le dernier qui s'appelle
Paris - Maria Salvago , a fait
en France la fonction d'Envoyé
pendant trois années.
Il eft d'une ancienne Noblef
fe , qui s'eft toûjours confervée
dans fa pureté.
Les huit Gentilhommes
Camarades qui furent aufli
nomméz , font M" les Marquis
de Salus , Durazzo , Ne.
grone , M ' le Comte d'Afte,
& Mrs les Marquis de Franzone
, Duras , Doria , & Centurione.
Tous ces Meffieurs
en choifirent phifieurs autres
qui ne furent point nommez
GALANT. 297
par la République , & qu'on
appelle Gentilshommes de
Suite . Ce choix ayant efté
fait , les ordres furent envoyez
à Paris pour travailler
à un équipage , qui puſt ré
pondre à la qualité de Doge,
& à l'éclat avec lequel elle
devoit eftre foûtenue dans la
premiere Cour de l'Europe,
Ils partirent quelque temps
apres, & paflerent par les
Etats de Monfieur le Duc de
Savoye , où ce Prince les fit
regaler , & reconnut le premier
le Doge de Génes pour
Chef fouverain de cette Re
298 MERCURE
publique. Ils arrivérent de là
à Lyon , où le Doge ne vou →
lut point efire reconnu pour
ce qu'il eftoit ; ce qui l'obli
gea
à fe mettre dans la Dili
gence, pour fe rendre à Paris .
Ily demeura plufieurs ſemaines
incognito , un auſſi grand
Equipage que celuy avec le
quel il devoit paroistre pour
mieux représenter toute la
Republique , & donner plus
d'éclat à la Soûmiſſion
qu'il
devoit faire, ne pouvant eftre
preften peu de temps. Vous
en jugerez par le travail des
Carroffes
, dont je vay vous
GALANT. 299
faire la defcription . Le premier
, qui eftoit fort grand ,
attiroit les yeux , non ſeulement
par la Peinture auff
brillante que miftérieuſe , mais
divers Ornemens
encore par
qui faifoient connoiftre qu'il
appartenoit à cinq Perfonnes
, entre lefquels Ornes
mens ceux du Doge domia
noient. Le dedans eftoit de
Velours cramoify à fonds
dor , & garny d'une Cam
pane d'or , formant les Chi
fres & les Armes de Sa Sere
nité. Le derniere eftoit eni
richy d'une magnifique Scub
3
300 MERCURE
-
pture toute dorée . Le grand
Paneau d'enhant repréfentoit
le Temple de Janus , que l'om
dit eftre Fondateur de Génes.
La Statuë de Janus paroiffoit
fur un Pied deftal auprés de la
Porte de ceTemple, qui eftoit
fermée . La Paix eftoit affife
auprés le Pied de ftal. Elle ac--
compagnoit le Dieu des Ri
cheffes , & plufieurs Amours
formoient un Groupe , &
brifoient des Armes : On
voyoit fur le devant des Trophées
de Paix , & dans le
lointain le Monftre de la
Guerre terraffé par la Force
GALANT. 201
&
par
la Valeur , & des Soldats
qui fuyoient voyant le
Temple fermé. Les Paneaux
d'en bas eftoient une fuite
du mefme fujet . Dans l'un
la France accompagnée
de
la Valeur , foûtenoit les Armes
du Doge , qui estoient'
foûtenues dans l'autre Paneau
par la Ligurie , & par
un Fleuve qui repréſentoit
la Mer Méditerranée . On
voyoit encore les Armes de
Sa Serenité dans les deux Paneaux
des Portieres . D'un
cofté de ces Armes dans l'un
de ces Paneaux , on remar
13
802 MERCURE
quoit une Femme qui re
préfentoit la Splendeur. Elle
eftoit veftuë de pourpre , tenant
un Flambeau & une
Maffe , & de l'autre cofté paroiffoit
une autre Femme qui
tenoit une Couronne de feuilles
de Chelne , & repréſentoit
le Gouvernement
de la
Republique . Aux coſtez des
melmes Armes de Sa Serenité
, qui eſtoient à l'autre
Paneau des Portiereson
diftinguoit la Magnanimité,
qui tenoit un Sceptre , & qui
avoit un Lion auprés d'elle ;
& la Magnificence
ayant une
GALANT. 303
Palme à la main , & derriere
elle des Bâtimens & des Pyramides.
Aux quatre petits coſtez
eftoient les Armes des Senateurs
, attachées à des Palmiers
, & à des Oliviers , ornez
d'Amours , & de tout ce
qui peut faire remarquer les
Arts liberaux .
Les quatre Montans qui
font aux coftez des Glaces,
eftoient remplis de tout ce
qui peut reprefenter les quatre
Elemens . La Peinture de
tous ces Paneaux eftoit tresbelle
, & tres- fine.
304 MERCURE
La Sculpture
du Train du
Carroffe
eftoit entierement
dorée , & l'Imperiale
cou
verte de Plaques
dorées , &
de cartouches
reprefentant
les Armes des quatre Sena
teurs , celles de Sa Serenité
dans le milieu.
Le fecond Caroffe eftoit
auffi fort grand. Le dedans
eltoit de Velours vert &
Blanc , avec les Armes du
Doge , & des quatre Senateurs
formées en divers endroits
de la Campane. La
Sculpture du derriere , eftoit
un peu moins riche que celle
GALANT: 305-
des
du premier , des Confoles en
beaucoup d'endroits y tenanc
la place des Figures . Il eftoit
entierement doré. Toutes
les Peintures de ce Caroffe
convenoient à la Terre & à
la Mer. On y voyoit des Sy
rénes , des Maſques de Diet
marin , des Fontaines
Coquilles , du Corail , des
Fruits , & des Fleurs qui entouroient
plufieurs petits Camayeux
verds rehauffez d'or,,
reprefentant tous le Temple
de Janus , ou des Nimphess
de la Terré & de la Mer, por
toient des Préfens. D'autres s
Ca
May 1685.
306 MERCURE
Habitans de la Terre & des ,
Eaux quittoient leurs armes,
& toutes les marques qui les
faifoient reconnoiftre pour fe
réjouir autour de ce Tem
ple. Un Dieu marin l'ornoit
de prefens ; une Nimphe , dei
guirlandes, & ainfi des autres.
Le Train eftoit tout de Scul
pture. Les Montans eftoient
quatre Dieux marins qui tenoient
les Armes des quatre
Senateurs , & des Grifons te ,
noient à l'entretoife les Ar
mes de Sa Serenité. L'Impe..
riale eftoit garnie de Plaques,
& de Bouquers dorez,
GALANT. 307
Le troifiéme Caroffe tout à
fond d'or , & fculpté , eftoit
un peu moins beau que le fe
cond , mais tous les orne
mens fe rapportoient au meſme
fujet. Le dedans eftoit do
Velours Cramoify auffi bien .
que les Caléches , & tout lo
Train doré & fculpté.
Les Armes du Doge font:
partagées en deux , la premiere
partie d'argent à l' Aigle
deployé, & couronné entre deux
bandos de Sable , l'autre partie
dargentà trois Faces de Gueule:
Elles font timbrées d'une
Couronne fermée à caufa
Gc jj
308 MERCURE
de la Souveraineté de Génès ,
& du Royaume de Corfe
foumis à la
Republique. La
Couronne eft fermée par une
petite Boule , au - deffus de la
quelle il y a une Croix .
Le premier Senateur porte
d'or , à l'Arbre de Sinople , es
un Lion naturel comme rampant
à cer Arbre. Le fecond porte
Face de gueule & d'argent, am
Chefd'azur chargé de trois Fleurs
de Lys d'or. Le troifiéme porte.
coupé d'or & de gueule ; & le
quatrième porte d'argent, an
Bouclier rond de fable remply
d'un Lion d'argenti emstunda
GALANT. 309
Les Livreés du Doge étoient
d'un Drap de Hollande écar
late , avec des Galons & des
Agrémens bleús , couleur
d'or , & cramoify. Rien n'es
toit mieux entendu . Elles
répondoient à la beauté des
Carroffes , qui ont efté faits
fur les deffeins qu'en a don
nez M' Bourdin , fort intelligent
en Peinture , & qui a
eu toute la conduite de cer
Equipage. Il a efté depuis
long- temps Ecuyer des Envoyez
de Génes en France ;
& il l'eftoit de M le Marquis
Marini avant l'arrivée du
310 MERCURE
Doge , qui dans cette occa
fion l'a choify pour fon Pres
mier Ecuyer.
Toutes chofes ayant efte
ainfi difpofées , & le Doge
eftant en état de fatisfaire à
l'empreffement
qu'il avoit de
voir le Roy, le jour fut mar
qué , & par un pur effet du
hazard , il ſe trouva qué c'é
toit le
If. de May , & qu'une
année auparavant les Génois
avoient appris dans un pareil
jour , combien il eſt dange
reux de choquer un Monar
que auffi redoutable que co
Prince. A fept heures de
GALANT. 31r
3
matin , Made Bonneuil
Introducteur des Ambaffadeurs
, fe rendit à l'Hofter
du Doge , avec les Carroffes
de Sa Majefté , & de Madame
la Dauphine . Le devant de
cet Hoſtel , & tous les environs
, eſtoient déja pleins
de Peuple. Le Doge ne s'és
tant montré qu'incognito , étoit
peu connu , & l'on fouhai
toit de le voir , moins pour
la magnificence de fon Equipage,
qui n'avoit pas dequoy
furprendre Paris , que par la
nouveauté d'y, voir un Doge
de Génes. Il entra dans le
•
312 MERCURE
Carroffe du Roy , avec les
quatre Senateurs & M de
Bonneüil. Sa Robe eftoit de
Velours cramoify , avec des
Ailerons ; fon Bonnet de
´mefme Etofe , & à quatre côtez
aboutiffans à une Houpe
de foye de mefme couleur,
avec une Corne audevant, qui,
fert à l'ôter. Il avoit une
Fraize fort petite . L'Habit :
des quatre Senateurs eftoir
noir , & leur Fraize égale ài
celle du Doge. Ces Habits
font ceux avec lesquels ils
vont au Senat , & qu'ils por
tent lors qu'ils affiftent aux
Cerémonies.
GALANT. 313.
Cérémonies. Ils en ont de
Damas pour l'Eté , mais quoy
qu'il fift affez chaud pour les
porter lors qu'ils allérent à
Verſailles , ils prirent leurs
Robes de Velours , parce
qu'elles ont quelque chofe
de plus venerable , & que
s'agilant de paroiſtre devant
le Roy , il falloit s'y montrer
avec tout ce qui pouvoit repréfenter
la Republique de
Génes dans fon plus auguſte
éclat.
rs
M' le Marquis de Marini ,
Envoyé de Génes , M' les
MarquisDurazzo,& de Salus,
Ddim
& May 1685.
314 MERCURE
& M' Giraut qui faifoit les
honneurs du Carroffe de Ma
dame la Dauphine , y prirent
place. Celles du premier Carroffe
de Sa Serenité ne furent
point accupées , & ſon ſei
cond fut remplynde Mle.
Marquis, Negrone , de M'le
Conite d'Alte , & de M les
Marquis Franzone Duras ,
Doria , & Centurione. Les
Gentilshomes de Suite mon
télent dans un troifiéme Car.
roffe du Doge , qui fut fuivy
d'une Caleche de Sa Serenité,
sulli remplie de fés Gentils.
hommes . Le Carroffe de
M'l'Envoyé , où eftoient les
GALANT. 315
Gentilshommes , marchoit
apres cette Caléche , & lé
Carrofle de Mi'de Bonneuil
apres celuy de Ml'Envoyél
I eftoit fuivy de huit autres,
dans lesquels eſtoient les print
dipaux Officiers du Doge ,
fçavoir , le Pere Serifola, Prêl
tre de l'Oratoirer, fon Cony
feffeurs, M de Quirraffe fon
Secretaire , M l'Abbé Dani
drea fon premier Aumônier,
M'Bourdin fon premier Ef
euyor , Mde Rochefort fe
cond Ecuyer , M' Imbert fon
Intendant , M'Cavagnar fon
Treforier , Mb de Pertuyg
baxueb, ilman, Ddij
316 MERCURE
t
Gouverneur des Pages , fes
Mailtres d'Hôtel , les Con
trolleurs, & plufieurs Gentils
hommes Génois qui eſtoient
depuis quelque temps en
France. On arriva à Versailles
fur les onze heures du matin,
Tout le chemin eftoit fi couvert
de monde , & toutes les
Courts du Château en étoient
fremplies , que les Gardes
de la porte eurent beaucoup
de peine à faire ranger le
Peuple. On vit d'abord entrer
douze Pages bien monmarchant
deux à deux;
tez ,
•
puis foixante & dix Vas
lers de pied , auffi deux à
GALANT. 317
deux , & veftus des Livrées
que j'ay décrites. Outre ces
Valets de pied , il y en avoit
encore de Mi le Marquis de
Marini , Envoyé de Génes .
Apres cela marchoient tous
les Carroffes , dans l'ordre
que je viens de vous mar
quer. On defcendit dans la
Salle des Ambaffadeurs
, appellée
Salle de Deſcente , parce
qu'en arrivant ils vont s'y
repofer quelque temps avant
que d'aller à l'Audience .
Apres que le Doge y eut
demeuré environ une heure
& demie , M' de Bonneuil
Dd iij
318 MERCURE
qui estoit allé prendre l'ordre
de Sa Majefté , le vint avertir
qu'Elle eftoit prefte à luy
donner audience L'Escalier
du grand Apartement du
Roy eftant vis - à - vis de la
Salle des Ambaffadeurs , il
faloit pour s'y rendre , tras
verfer la Court à pied ; &
elle eftoit tellement remplie
de monde , que les Gardes
de la Prevofté eurent bien de
la peine à tenir le paffage li
bre , en y faifant une Haye
des deux coftez . Les Cent
Suiffes bordoient le grand
Efcalier , & les Gardes du
GALANT. 319
100
Corps efloient en Haye , &
fous les armes , dans leur
Salle Les Valets de pied
marchérent les premiers
deux à deux , & reftérent
dans la premiere Sale , les
Pages marcherent en mefme
ordre. Ils avancerent un peu
davantage , & demeurerent
comme les Valets de Pied.
M' Giraut parut enfuite conduifant
les Gentilshommes
,
qui marchoient en ordre , &
felon leur rang. Is eftoient
fuivis des Gentilshommes
Camarades nommez par la
République , & dont je vous
Dd iiij
320 MERCURE
a
ay parlé . Le Doge paroiffoit
enfuite , ayant un Senateur à
fa droite , & à la gauche M
de Bonneuil. Les trois autres
Senateurs fuivoient fur une
mefmeligne. Aprés que l'on
eut monté le magnifique Elcalier
qui conduit au grand
Appartement de Sa Majefté,
on le traverfa en cét ordre.
Cét Appartement eſt de toute
la longueur d'une des aîles
de Verfailles. On entra dans
le Salon qui eft au bout , &
qui joint la Galerie , & de ce
Salon on tourna dans la Galerie
, au bout de laquelle
GALANT. 321
eftoit leRoy dans le Salon qui
fait face à celuy par lequel on
venoit de paffer. Deux cho
fes font à remarquer , l'une
que cét Appartement & cctte
Galerie eftoient magnifi
quement meublez , & qu'il
y avoit pour plufieurs millions
d'argenterie , l'autre que la
foule eftoit également grande
par tout,quoy que ces Appar
temes & cette Galerie enſem
ble puffent contenir autant
de monde que le plus vafte
Palais. Quelque ordre qu'on
cuft apporté pour laiffer un
paffage libre le long de la Ga322
MERCURE
lerie , le Doge cut beaucoup
de peine à la traverler. M ' le
Maréchal Duc de Duras Capitaine
des Gardes du Corps
en Quartier , qui l'avoit receu
à la porte de leur Sale , l'accompagna
jufqu'au pied du
Trône de Sa Majefté. Ileftoir
d'argent , & élevé ſeulement
de deux degrez . Monſeigneur
le Dauphin , & Monhieur
eftoient aux coffez du
Roy , & Sa Majesté eftoit environnée
de tous les Princes
du Sang , & de ceux de ſes
grands Officiers qui ont rang
proche de fa Perfonne en de
' GALANT. 323
T
pareilles
Ceremonies
. La fui
te du Doge eftant fort nom
breufe , comme je vous l'ay
marqué , la plus grande partie
ne le put fuivre jufqu'au Trô
ne , & remplit le vuide de la
Galerie , qu'on avoit tâché
de tenir libre pour le laiffer
paffer. Des que le Doge cur
apperceu
le Roy , & remar
qué qu'il en pouvoit eftre reconnu
, il fe découvrit
.
avança encore quelque
pas ,
& fit enfuites, & les Ser
nateurs
en mefme
temps
deux profondes
revérences
à
Sa Majesté. Le Roy fe le
Il
324 MERCURE
J
fon
va , & répondit à ces réve
rences en levant un peus
Chapeau , aprés quoy ce Mo
narque leur fe figne d'appro
cher , comme en les appels
lant de la main . Le Doge
monta alors fur le premier
degré du Trône où il fit une
troifiéme réverence ainfi
que les e les quatre Senateurs . Le
Roy & le Doge fe couvrirent
enfuite. Tous les Princes en
firent de mefme , & les qua
tre Senateurs : demeurerent
découverts. Voicy le Dif
cours du Doge en Italien,
dans les mefmes termes qu'il
a efté prononcé
.
GALANT. 325
1
SIRE
,
1
T
La mia Republica hà ſempre ha
vuto fra le maſſime piu radicate del
fuo Governo , quella principalmen
te , difegnelarfi nella fomma veneratione
a questagran Corona , che trafmessa
alla M. V. da ſuoi augufti Progenitori
, ha ella elevata ad un fi alto
grado di potenza & di gloria ,, con
imprefe tanto prodigiofe e inaudite,
che la famafolita in ogni altre foggetto
d'ingrandire , nonfara bafievole,
ancora con diminuile , a renderle cre
dibili alla pofterità. Prerogative cof
fublimi che obligano qualonqueftato
a rimirarle è amirarle con profondiffi
me offequio , hanno particolarmente
indotto la mia Republica a diftinguerfi
fopra d'ogniuno nelprofeſſaxle.
326 MERCURE
7
in modo che il mundo tutto doueffe
reftarne evidemente perfuafo ne vi
è accidente che le fia mai occorso di
apprendere ne pin funefto ne piu fatale
di quello che veramente poteffe
offendere M. V. Non poffo dunque
adeguatamente spiegare l'immenso
cordoglio cagionato alla Medefima,
d'haver havuto la minima cofa che
fia dispiaciuta alla M.V. Benche ella,
fi lusinghi effère cio arrivato per pu-,
na fua difgracia, vorrebbe nondimeno
che tuto quello che puo effere fuccedu
to di poca fodis-fattione della M. V.
foffe à qual fi voglia prezzo foan
cellato non folo dalla fua memoria,
ma da quella di tutti li huomini. V
C
Non è ella capace di follevarfi da
cofi immenfa afflittione , finche non
fi veda reintegrata nella pregiatiſfi
ma gratia di M. V. Per effere fatta
GALANT. 327
degna di confeguirla , accerta la M.
V che li sforzi delle fue piu intenfe
·applicationi , e delle fue piu anfiofe
follecitudini s'impiegheranno non folo
à procurarfene vua perpetua confervatione
, ma ad habilitarfi a mea
ritarne ogni maggione accrefcimento,
in ordine àchenon fodisfacendo fi di
qual fifia efpreffione piupropria e più
offequente , ba voluto valerfi di inu
fuate e fingolariffime forme , inviandole
ilfuo Duce con quefti quatro
Senatori , fperando che da tante fpe
ciali dimoftrationi , debba la M. V.
rimanere pienamente appagata dell
altiffima ftima che fa la mia Repu
blica della fua regiabenevolenza.
$
Quanto à me, Sire , riconofco per
mia grande fortunalbanore d'eſporle
questi viviffimi e devoiiffimi fentimenti
, ed al maggiorfegno mi preg
328 MERCURE
gio di comparire alla preſenza di un
figrande Monarcaa , che invittiffimo
per il fuo gran valore e viveritiffi
mo per lafua impareggiabile magnanimitàe
grandezza , come ha formontato
tutti li altri de paffatifecoli,
cofi afficura la medefimaforte alla fua
regia profapia. Con fi felice augurio
bo fomma fiducia che la M. V. per
fare fempre piu comprendere all' Vniverfo
la fingolarità dell' amimofue
generofiffimofi compiacerà diriguardare
quelle dimoftrationi tanto divote
e dovute , come parti non meno della
fincerità del mio cuore , che delli ani.
mi di queſti Signori Senatori e de
Cittadini della mia Republica , che
attendono con impatienza i contrafegni
che la M. V. fi degnerà voler le
dare delfuo benigno gradimento.
GALANT. 329
Quand vous n'entendriez
point l'Italien auffi parfaitement
que vous faites , je
vous aurois envoyé ce Dif
cours en cette Langue , parce
qu'il y a des temps où les .
chofes doivent eftre fecues
dans les termes qu'elles ont
efté prononcées , la tradu
ction ne s'en pouvant faire fi
fort à la Lettre , que le mot
François ne fignifie quelquefois
plus ou moins. Je ne laif
fe pas de vous envoyer cellequi
a efté faite de ce Dif
cours , & je prens ce foin en
faveur de vos Amies. Quand
Ee
+
May 1685.
330 MERCURE
+
y auroit quelques endroits.
aufquels on pourroit donner
un fens oppofé à celuy du
Doge , cela ne feroit d'aucu
ne confequence , puis qu'en
confrontant l'Italien , on connoiftroit
aifément qu'on n'y a
youlu augmenter ny dimi
nuer aucune chofe .
TRADUCTION DU DISCOURS
du Doge
.
SIRE.
Ma République a toûjours venu
pour une des maximes les plus fondamentales
de fon gouvernement,
GALANT. 33
2
celle de fe fignaler particulieremen
par le profond refpect qu'elle porte à
cettepuiffante Couronne , que V. M. a
-receu de fes auguftes Ancestres
qu'Elle a élevée à un fi haut degré
de puiffance & de gloire par des
actions inouies , &fi étonnantes, que
la Renommée , qui dans tout autre
Sujet exagere ordinairement les cho--
Ses , ne pourra pas , mefme en les diminuant
, les rendre croyables à la po--
fterité.
Ces prérogatives fi fublimes qui
obligent tous les Etats à les confide-.
rer , & à les admirer avec une fon..
miffion tres profonde , ont particulie
rement porté ma République à fe diftinguer
par deffus tous les autres , en
la témoignant de telle maniere, que tout s
le monde en doive demeurer évidemment
perfuadé ; & l'accident le pluss
E e ij
332 MERCURE
funefte & le plus fatal qu'elle ait jamais
appris, eft celuy d'avoirpû veri- *
tablement offencer Voftre Majesté...
Je ne puis donc affez bien exprimer
l'extréme douleur qu'elle a cue
d'avoir pû déplaire en quay que ce
foit à V, M. & bien qu'elle fe flatte
que c'est un pur effet de fon malheur,
elle voudroit neantmoins , que tout ce
qui s'est paffé , dont V. Majesté n'a
pas efté contente , fût à quelque prix
que ce foit effacé non feulement de fa
mémoire , mais encore de celle de tous
les Hommes , estant incapable de fe
confoler dans unefi grande affliction,
jufqu'à ce qu'elle fe voye rétablie dans
Lesbonnesgraces de V. M.
Pours'en rendre digne, elle affcure
V. M. qu'elle employers deformais
toute fon application & tous fesfoins,
& qu'elle fera tous fes efforts , non
GALANT. 333
tentant
pas
feulement pour fe les conferver éternellement
, mais encore pour fe rendre
-capable d'en mériter l'augmentation..
C'est dans cette veuë , que ne fe condes
expreffions les plus
propres & les plus refpectuenfes , elle
a voulufe fervir de manicres inufitées
& tres fingulieres , en luy envoyant
fon Doge avec quatre de fes Senateurs
efperant qu'aprés de telles démonftrations
V. M. fera pleinement
perfuadée de la tres haute eftime que
ma République fait de vostre Royale
bien- veillance.
Pource qui eft de moy , SIRE,
je m'estime tres heureux d'avoir
l'honneur d'exposer à V M. ces femtimens
tres - finceres & tres - refpebueux
; & tiens à une gloire tresparticuliere
de paroiftre devant un f
grand Manarque invincible parfon
334 MERCURE
courage , & tres- reveré par fa grandeur
, &parfa magnanimité incom
parable , & qui ayant furpaffe tous les ·
Roys des Siecles paffez , affeure te
mesme avantage à fa Race Royale.
Aprés cét heureux préfage , j'efpére
que V. M. pourfaire voir de plus en
plus à tout l'Univers la grandeur
finguliere de fa genérosité , daignera
regarder ces témoignages auffi juftes
que refpectueux , comme venant dela
fincerité de mon coeur , & de ceux de
ces Meffieurs les Senateurs , & de tous
les Peuples de ma Patrie , qui attendent
avec impatience les marques que
V. M. voudra bien leur donner du retour
de fabien - veillance.
A
Vous obferverez que toutes
les fois que le nom de Sa
Majefté fe trouva dans ce Dif
GALANT. 335
cours , le Doge fe découvrit,
que le Roy enfit de mefme, &
que tous les Princes fe décou
vrirent auffi, ce qui arriva plu
fieurs fois . LeRoy répondit
au Doge, Qu'il estoit content des
foumiffions que luy faifoit faire
la République de Genes ; que
comme il avoit efté fâché d'avoir
eu fujet de faire éclater fon ref
fentimentcontre elle , il eftoit bien
aife de voir leschofes au point où
elles eftoient , parce qu'il croyoit
qu'à l'avenir il y auroit une tres
bonne correspondance ; qu'il vouloit
fe la promettre de la bonne
conduite de la République tien
336 MERCURE
droit , & que l'eftimant beau
coup il luy donneroit dans toutes
Les occafions des marques du retour
de fabien- veillance. A l'égard
du Doge , Sa Majefté
parla de fon merite perſonnel
avec beaucoup de bonté, luy
faifant connoiftre qu'Elle luy
donneroit avec plaifir des té,
moignages de l'eftime parti,
culiere qu'Elle en faifoit.
Aprés cette réponſe du
Roy , les quatre Senateurs
Juy firent leurs Complimens
chacun felon fon rang , &
Sa Majesté répondit à chacun
en particulier à me
fure
*
GALANT 337
Sure qu'il acheva , parlant à
tousen termes tres - obligeans,
& principalement à M': Sal
vago , qui avoit demeuré plu
Lieurs années en France en
qualité d'Envoyé de Genes
L'Audience finie , le Royne .
faluantile Doge , baiffa fon
Chapeau plus qu'ibn'avoir fait
Jousique laGorenicé eftoit ár,
ivée. Le Dogefit trois profondes
réverences, en fe retiwant
Les Senateurs firent tous
la mefme chofe , & lors qu'il
fe creut affez éloigné du Roy
pour n'en cftre plus ven , il
Le couvrit & les Senateurs
May 1685.
Ff
338 MERCURE
auffi. Ils revinrent dans le
mefme ordre , & trouverent
par tout une auffi grande af
Aluence de Peuple , de forte
qu'ils eurent de la peine à
entrer dans les divers en
droits , où ils trouverent des
Tables preftes à fervir.onli
Alopeine l'Audience futelle
finie, que toute la Cour &
rout le Peuple qui rempliſſoit
Verſailles , apprirent que le
Roy eftoit tres fatisfait du
Doge , & que le Doge eftoit
charmé de tout ce qu'il avoit
remarqué d'auguſte & d'engageant
dans Sa Majesté.
27
GALANT. 339
On ne s'entretint d'aucune
autre choſe le reste du jour,
Le Roy mefme pendant fon
dîner parla avantageulement
du Doge , en prefence d'une
grande partie de la Cour. On
luy trouva un air civil & fpirituel
, une contenance qui
n'avoit rien d'embarraffé , de
la grandeur fans abaiffement,
& de labaiffement fans baffeffe.
Le Perfonnage qu'il
avoit à foûtenir n'eftoit pas
aile
;}& l'on peut dire que la
maniere dont il en eft forty,
merite tous les applaudiffemens
qu'il en a receus. Son
Ff ij
340 MERCURE
efprit s'eft fait remarquer en
ce qu'il n'a point paru chagrin
de lafonction qu'il avoit
à remplit. L'amertume en
eftoit adoucie par la gran
deur de celuy à qui il devoit
faire la fatisfaction & la
gloire de l'acquerir à la Rẻ
publique , & de meriter fon
eftime , banniffoit de fon ef
prit , tout ce qui auroit pu
laiffer du chagrin dans celuy
dun Homme moins fpiri
tuel , & moms clairvoyant.
Pendant que tout retentif
foit de fes louanges , on fervit,
& il fe mit à Table , aprés
GALANT. 345
avoir quitté la Robe de Cerémonie
à cause de l'excefli
ve chaleur , qui eftoit encore
augmentée par la quantité
du Peuple qui s'eftoit rendy
Verfailles. I parut vétu
d'un Habit violet , & s'affit
dans un Fauteuil qui luy
avoit efté préparé. Je ne par
leray point du Repas . Le
Roy le donnoit , & il eftoit
aprefté , & fervy par les Offi
ciers . Le Doge beut à lafanté
des Dames qui s'eftoient
empreffées à le voir dîner , &
leur prefenta au Deffert le
plus beau Fruit de la Table
Ff iij
342 MERCURE
Sur les trois heures , il fut
mené à l'Audience de Monſeigneur
le Dauphin , dansle
meime ordre qu'il avoit efté
conduit chez le Roy , & tout
s'y paffa de la meline forte.
Etant enfuite monté par le
fuperbe Elcalier qui répond
à celuy du grand Apparte
fment de Sa Majefté , & par
lequel on va chez Madame
la Dauphine , il fut conduit à
l'Appartement de cette Princefle
, qu'il trouva environnée
de Princeffes , de Du
cheffes , & genéralement de
tout ce que la Cour a de DáGALANT
343
commensit
mes plus qualifiées. Aprés
avoir fait trois profondes ré
verences , il porta fonabras
fur l'extrémité de fa tefte , ce
qu'il fit à deux ou trois di
verles reprifes
euſt voulu le couvrir , ce que
neantmoins il ne fit pas. IL
dit à Madame la Dauphine
en termes généraux , que ve
nant en France , il eftoit heus
reux de luy rendre fes tres
humbles refpects . Elle ré
pondit en François à ce Compliment
, & la converſation
s'eftant enfuite étendue fur la
beauté, & fur la magnificen
C
Ff iiij
344
MERCURE
ce de Paris , de Verfailles
& de la Cour, cette Princeffe
réponditlen kalien avec canv
d'agrément & d'efprit , que
le Doge témoignapublique
mens le plaifir qu'il recevoir
de fa conviertacion . Au fortir
de là , il fut conduit de la
mefie maniere chez Moni
feigneur le Duc de Bourgon
gner & chez Monfeigneur le
Duc d'Anjou, & enfuite chez
Monfieur par M Aubert
Introducteur des Amballas
deurs de ce Prince , où l'Audience
fer paffa comme elle
seftoit paffée chez le Roy,
2
GALANT 345
It alla chez Madame ou ib
fut conduit par le meſme Insi
troducteur. M' de Bonneuib
& M' . Giraut ne laifferent pas
de l'accompagner en omar-l
chant un peu devant. Or
paffa enfuite chez Monfieur
le Duc de Chartres où tous
les Senateurs fe couvrirent,
& aprés cela chez Mademois
felle, que le Doge baifa . Il fue
enfuire conduit chez Made
moiſelle d'Orleans, puis chez
Madame de Guife , où eftoit
Madame la Grande Duchef,
fe de Tofcane. Ces Princef
Les vinrent un peu au devant
346 MERCURE
de luy , & il les falua auffi en
les bailant. Au fortir de chezi
ces Princeffes , on le mena
chez Monfieur le Duc. Ce
Prince eftoit accompagné
de Monfieurle Duc de Bour-)
bon fon Fils , & le recent à la
porte de fon Antichambre.
Sa Serenité marcha au milieu
des deux Princes . Ils allerent
s'affeoir dans trois Fauteuils ,
dans la Chambre de Monfieur
le Duc, & les Senateurs
fur des Sieges pliants. Aprés
quelques Complimens , le
Doge & les Senateurs paffe.
rent chez Madame la Duf
GALANT. 347
cheffe. Cette Princeffe eftoit
dans fon lit , & Mademoiſel
le de Bourbon fa Fille les receut
à la porte , accompa
gnée de plufieurs Dames . Le
Doge les falua , s'affit dans
un Fauteuil , Mademoiſelle
de Bourbon fur le lit de Ma
dame la Ducheffe , & les Senateurs
fur des Sieges pliants.
L'Audience finie , ils furent
reconduits par Mademoiſelle
de Bourbon jufques où ils
avoient efté receus. Leurs
vifites fe terminerent par cel
le qu'ils rendirent à Madame
la Princeffe de Conty. Ma
1
348 MERCURE
dame la Comteffe de Bury,
fa Dame d'honneur , les receut
à la porte de la Chambre.
Cette Princeffe eftoit fur
fon lit , & tout le palla à cette
Audience , comme à celle de
Madame la Ducheffe, Com
me en rendant toutes ces vi→
fites , ils firent differens tours
dans Verfailles , le Doge ap
perceur une Dame dont léclat
& l'air majeftueux le fur
prirent. Il en demanda le
nom , & ayant appris que c'é
toit Madame de Louvois , il
s'avança quelques pas , & luy
fit un compliment , qui mar-
1
P
GALANT. 349
quafon bon gouft & la pre
fence d'efprit. Aprés toutes
ces Audiences , le Doge &
les Senateurs de repolerent,
& prirent quelques rafrai
chiffemens , aprés quoy ils
furentreconduits à Paris dans
le mefme ordre qu'on les
avoit amenez. Le lendemain
le Doge ne fortit point , &
dit qu'il eftoit fi remply des
bontez & de la grandeur du
Roy qu'il prenoit tout ce
jour là pour y penfer , & pour
,
en écrire à Genes.
Le 18. le Doge partit le
matin de Paris dans fes Car
850 MERCURE
roffes , avec les Senateurs , &
arriva à Versailles fur les dix
heures. M' de Bonneuil qui
les attendoit , les conduifit
aux Apartemens . La beauté
des Meubles , & la grande
quantité d'Argenterie , les
furprirent moins que la dé
licateffe du travail , à la
quelle il eft impoffible de
rien ajoûter. Ils furent furpris
du grand nombre de Ta
bleaux Originaux , & dirent
que le Roy poffedoit ſeul
prefque tout ce qui faifoit
avant fon Regne les plus
confidérables ornemens de
GALANT: 351
l'Italie. Ils furent furpris de.
l'extrao dinaire quantité de
Médailles qu'on leur montra
, fur tout de celles qui
ont efté frapées en France,
& par lefquelles ils virent en
peu de temps route l'Hiftoire
du Roy. Ils la virent encore
d'une autre maniere , & ne
pûrent fe laffer d'admirer les
Livres des Campagnes de Sa
Majefté , mais ce qui redou
bla leur étonnement , ce fut
le Cabinet des Bijoux , où le
travail du grand nombre de
Piéces curieufes qu'il renferme
, eft fi brillant & fi
1
352 MERCURE
beau , que quoy quoy que tout y
foit prelque couvert de Diamans
& d'autres Pierres pré
cieufes , il femble que c'eſt
ce qu'il y a de moins fur.
prenant dans cet abregé des
Richelles
du Monde. Tou
tes ces chofes leur furent
montrées
avec beaucoup
d'ordre , chaque Officier des
Apartemens étant à fon Pofte
pour leur faire voir ce qui
concernoit la Charge Mile
Marquis de Livry , Premier
Maiftre d'Hoftel, les condui
fit enfuite dans le Lieu que
fon avoit préparé pour le
GALANT. 3532
·
Diner. Il fut fervy un quart
d'heure apres . Ce fut un Repas
tres- magnifique en Poiffon.
Le Doge fe mit à la premiere
place ; il n'y cut point:
de rang pour les autres. Mile
Prince de Monaco mangea
avec eux , auffi bien que plu
fieurs autres Seigneurs de la
Cour. Au fortir de table , le
Doge alla au Dîner du Roy,
où il eut l'honneur de s'entretenir
avec Sa Majefté pref
que pendant tout le Repas.
Une heure apres , les Cale
ches du Roy , conduites par
an Ecuyer de Sa Majesté , le
May 1685.. Gg
354 MERCURE
&
vinrent prendre. Le Doge
monta dans la premiere , at
telée de huit Chevaux
toute la Suite dans les autres,
On traverfa le Parc pour fe
rendre à Trianon . Tous les
Officiers des Jardins l'accom
pagnérent à cheval . Le Doge
& la Suite, virent le dedans
de ce Lieu délicieux , dont
les Eaux joüérent pendant
tout ce temps . On remonta
en Carroffe , & l'on vint defcendre
auprés du grand Ca
nal , fur lequel toutes les
Galiotes & Gondoles eftoient
parées . Onentra dedans, on
7
GALANT: 355
fit le tour du Canal , & l'on
remonta dans les Caléches
pour entrer dans la Ména,
gerie , où l'on vit un grand
nombre d'Animaux fort rares
, & venus de toutes les
Parties du Monde . On monta
enfuite dans le Sallon , & l'on
beut toutes fortes d'Eaux
glacées. On fe remit apres
en Caléche , pour fe rendre
au Potager. On s'y promena
long - temps dans un Labir
rynthe de Jardins , & non
pas dans un Labirynthe fait
dans un Jardin. Tous ces
Jardins tres - bien entrete
.
Gg ij
356 MERCURE
nus , & remplis d'un nom
bre prodigieux d'Arbres fruis
tiers , ont tant d'agrémens
joints à leurs grandes beautez
, qu'on peut affeurer qu'il
eft impoffible de voir rien de
plus agréable , & de phis
Beau pour le Jardinage. Du
Potager on retourna au Châreaus
ou l'on trouva une
Collation de Fruits les plus
exquis , & les plus nouveaux,
Le Doge dit en parlant de
Verſailles , qu'il y avoir phos
dOuvriers & plus d'Officiers,
que d'affez puiffans Souverains
n'avoient de Sujets. Aprésectue
L
GALANT. 357
Colation , il monta én . Caroffe
pour s'en retourner à
Paris. Comme il avoir un
Caroffe neuf, & des Chevaux.
neufs , il verfa dans le che
min. Le Roy Vapprit peu de
temps aprés , & demanda
avec un
geant , & avec cet air de bonré
qui lay eft fi naturel s'il
neltoit point blefler Cette
cheute feroit affez inutile
dans une narration de certe
nature , elle ne fervoir à fai
revoir la continuation de
toutes les bontez du Roy
pour le Dogel á annobio
empreffement obli
土
358 MERCURE
4
Le 19. M Aubert Intro
ducteur des Ambaſſadeurs
prés de Monfieur le mena
avec les Senateurs , & toute
leur Suite à Saint Cloud, dans
la Maifon de fon Alteffe
Royale , dont il leur fit voir
d'abord tous les appartemens.
Monfieur fe trouva à
l'un des bouts de la Galerie
lors qu'ils y entrerent. Ce
Prince avança vers le milieu
soù ils luy firent compliment,
& aprés leur avoir témoi
gné qu'il eftoit bien aile de
leur faire voir fa Maiſon , il
ordonna à Mider Chova
3
GALANT. 359
L
lier de Chaſtillon , premier
Gentilhomme
de fa Cham
bre , de les accompagner par
tout. Ils trouverent les Calé
ches au bas du degré , mon.
terent dedans , & allerent
voir les Jardins , les Eaux
joüerent pendant tout le
temps de leur promenade.
Après avoir pris beaucoup de
plaifir à voir toutes les beautez
de cette délicieuſe Mai
fon , ils monterent dans leurs
Caroffes pour revenir à Paris.
Le 23. ils fe trouverent au
lever du Roy , & Sa Majefté
eur la bonté de parler plu
100
360 MERCURE
A
fieurs fois au Doge. Ils alle
rent enſuite voir la grande &
petite Ecurie qui par leur
grandeur , & la fingularité de
feur Architecture
, peuvent
difputer de beauté avec les
plus magnifiques Palais de
Europe. Ils furent furpris de
la beauté , & de la propreté
des Chevaux , dont tous les
Crins effoient bien peignez;
& retrouffez avecodes Ru
bans de Couleur de Fen, Is
furent enfinite traicezzà dîner,
& ilay europlufieurs Tables
magnifiquement fervios : L'al
-preſdîabs Mª de Borheüibles
conduifit
GALANT. 361
conduifit au Jardin , pour
voir les Eaux , parce que le
foir qu'ils eftoient allez à
Trianon & à la Ménagerie,
ils n'avoient veu que les Eaux
de dehors , c'est à dire celles
qui font dans les Allées , car
il y a un grand nombre de
lieux enfermez , remplis de
Statues , de Vafes , de Portiques
, & de quantité d'autres
ornemens , où l'Art fait faire
à l'Eau tout ce que la nature
ne luy donne pas . Tous ces
Heux ont chacun leur nom ,
comme la Renommée , le
Marais & le Theatre d'Eaux ,
May 1685. Hh
362 MERCURE
*
lestrois Fontaines , la Salle des
Feftins & duBal , l'Arc de des
Triomphe , & plufieurs au
tres. Tous les Officiers qui
commandent à tant d'en.
droits differens ſe trouve
rent chacun à leur pofte , afin
que le Doge & les Senateurs
puffent tout voir , & meſme
commodément. Aprés avoir
veu toutes ces Eaux ,ils furent
conduits dans, la Sale des
Ambaffadeurs , où il y avoit
quantité de rafraichiflemens
Préparez. Ils allerent le foir
au Bal , où ils furent placez
par l'ordre de Sa Majefté,
"
г
444
GALANT 363
dans un endroit fort avantageux
pour voir toute la Cour.
Elle eftoit extrêmement párée
, & la beauté des Dames
eftant relevée par tout ce qui
pouvoit la faire briller, on peut
dire qu'on ne fçauroit rien
voir de plus éclatant que l'é
toit cette Affemblée. Le Roy
fit l'honneur au Doge de luy
parler fort obligeamment
après le Bal , & la Serenité
comblée de tant de bontez,
retourna à Paris le foir mefme
[
avec les Senateurs M' l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suiterollaeb
Hh ij
364 MERCURE
Monfieur le Duc ac
+ Le
25.
"
compagné de Monfieur le
Duc de Bourbon que M ' de
Bonneuil avoit effé prendre
à l'Hoftel de Condé , vint fur
les trois heures aprés midy
chez le Doges, qui s'eſtoir
revétu de fa Robe de Cerémonic
, ainfi que les Senateurs.
Ils receurent fon Altef
fe Sereniffime à la porte de la
premiere Salle , & s'affirent
dans trois Fauteuils dans le
grand Cabinet du Doge , &
les Senateurs fur des Sieges
pliants. La vifite faire , ils reconduifirent
Monfieur le
1
GALANT. 365
Duc jufqu'à fon Caroffe . Unc
heure aprés , le Doge & les
Senateurs conduits par M' de
Bonneüil , monterent dansleur
Caroffe avec M l'Envoyé
de Genes , & toute leur
Suite , & allerent à l'Hoſtel
de Soiffons , Un Caroffe à fix
Chevaux où eftoient fes E
cuyers , paroiſſoit à la teſte!
Tous les Valets de Pied mar
choient enfuite , & le Caroffe
du Corps où eftoit fa Sereni
té , les Senateurs & Mode
Bonneuil , venoir aprés eux!
M. Giraut eftoit dans le fe
cond Caroffe, avec les Gen-
Hh iij.
366 MERCURE
tilshommes Camarades , &
deux autres Caroffes remplis
de Gentilshommes le fui
voient.Les Gentilhommes de
Madame la Princeffe de Carignan
les attendoient au bas
du degré , & Mademoiſelle de
Soiffons & Mademoiſelle de
Carignan les recourent à la
porte de la Chambre . Le Doge
les falua. Madame la Prin,
ceffe de Carignan eſtoit auprés
de fon lit. On s'affit dans
des Fauteuils & fur des Sieges
plians , comme on avoit fair
en pluſieurs autres Audiens
ces , & le Doge & les Sena
ju
GALANT. 367
teurs furent reconduits de la
mefme forte qu'ils avoient
efté receus. Le 26.le Doge eur
fon Audience de Congé , &
fut conduit à Versailles avec
les mefmes Ceremonies qu'il
l'avoir efté le jour de fa pre
miere Audience . Voicy ce
qu'il dit au Roy.
SIRE,
Sono ft abondanti e fingolari le
gratie che la M. V. s'è degnata di con
ferire nella mia Perfona , & di quefti
fignori Senatori alla mia Republica,
che fuperano di gran lunga le fperanze
che la Medefima ne haveva con--
cepito. La generoſità è la magnanimi--
Hh iiij 2
368 MERCURE
tà come tutte le altre virtù Eroicke
rifplendono nella M. V. accedono
val fegno la proportione dell' humana
capacità , che non è meraviglia che la
mia lingua non habbia maniera d'eſprimerne
la grandezza. Tutto quella
ch' io fapro raprefentarne alla mia
Republica , per quanto ftudio ch'io vi
vi ponga , non nefarà mai che una minimaparte.
Questa però faràpiu che
baftevole per obligarla perpetuamente
a fegnalarfi fratutti gli altri Prencipi
nella offervanza dovuta alla M
V. & ad effere intenta a conferva
re ilpegno pretiofiffimo dellafuagratia
che con tanta benignitàfi compiace
di darle e fe bene il poffeffo di tutto
cio che habbiamo al mondo di piu pretiofo
è fempre congiunto a qualché anfiofo
timore di perderle , la mia Repulo
contrario ficuriffima di blica
per
T
3
GALANT. 369
non dovco mai fau cofa alcuna da fe
che poffa attirarle una fi eftrema dif
gracia , altro non haurebbe da tamere,
fe non chele fuerette intentioni , e le
fue finceriffime operationi poteffero
per aventura comparire alla V. M.
ftante la lontananza , con faccia dis .
verfa da quella che portano in fe me .
defime , fe dall' altra parte non foffe
affidatache l'occhio perfpicaciffimo di
V. M. penetrando nel di lei cuores
diffiperà con i suoi viviſſimi raggi
tutte quelle ombre eftraniere che potef
fero inforgere per denigrarlo. Pieno
di quefta fiducia auguro aV. M. il.
poffeffo perpetuo della felicità e della
gloria che col corfo non mai interrotto.
delle fue meraviglioſe attioni ha cofi.
bene confeguito.
ika:
Ce complimenta efté ainſi
traduit.
370 MERCURE
STRE
Les graces qu'il a pleu à V. M.
de faire à ma République , tant en main
Perfonne qu'en celle de ces quatre Semateurs
, font fi abondantes , & fu
fingulieres , qu'elles furpaffent de
beaucoup les esperances qu'elle en
avoit conceuës. La genérofité & la
magnanimité › comme toutes les autres
vertus beroïques qui éclarent en
M. cftant an deffus de tout ce qui s'em
peut imaginer , ce n'est pas une chass
Kurprenante que je ne puiffe trouver
des termes pour en exprimer la gran.
deur. Tout ce que j'en pourray repre-
Jenter àma République , quelque effort.
quej'y employe , n'en fera qu'une tresfoible
partie. Elle fera cependant
plus que fuffifante pour l'obliger)per
GALANT. 371
petuellement à fe fignaler entre les
autres Princes dans le respect qui eft
deuà V. M. & às'appliqueravecfoin
à conferver l'avantage glorieux de
Les bonnes graces , qu' Elle a bien.
voulu luy accorder avec tant de marques
debonté, Quoy que la poffeffion.
de tout ce que nous avons au monde
de plus précieux ,foit toûjours méléc
de quelque inquiete crainte de le per .
dre , ma République , fe tenant fort
affeurée de ne rienfaire jamais qui
puiffe luy attirer une fi facheuſe dif
grace, elle n'auroit autre chofe à crains
drefinon que fes droites intentions, &
fesactions les plus finceres , ne paruſſent
autres par l'éloignement des lieux qu'r
olles ne font en elles mefmes,fielle n'éfreit
affeurée que l'oeil tres -perçant de
Y. M. diffipera avec fes vifs rayons
tautes les ombres étrangeres qui pour372
MERCURE
roient s'opposer à fa clarté. Sur cette
confiance j'augure à V. M. la poffeffion
du bonheur, & dela gloire qu' Elle
s'eft fi juftement acquife par le cours
continuel defes merveillenſes actions.
Sa Majefté marqua par les ter
mes les plus obligeans , qu'Elle
étoit contente du Doge, des Senateurs
, & de la République. Aprés
l'Audience, ils furent traitez com
me ils l'avoient eſté la premiere
fois , & tout fut regalé jufques aux.
Valers de Pied pour qui il y cut.
plufieurs Tables . On s'en retourna
à Paris dans le mefme ordre
qu'on eftoit venu .
Le 28. M ' de Bonneuil & Mr
Giraut , vinrent de la part du Roy
apporter au Doge un Portrait de
Sa Majefté tout garny de Dia
GALANT 373
mans , & deux tentures de Tapif
feric rehauffées d'or , dont l'une
reprefente les douze Signes & les
Maitons du Roy , & l'autre les
divertiffemens de Sa Majesté fui.
vant les Saifons. Les Senateurs
teurent auffi chacun un Portrait
enrichy de Diamans , & une tenture
de Tapifferie , le tout un peu
moins riche que ce qu'on avoit
donné au Doge.
Aprés une diefcription auffi exade
, les raifonnemens feroient
inutiles de ma part. C'eft à vous,
Madame , & à vos Amies à les
faire.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée du Doge jusqu'à son départ, [titre d'après la table]
En mai 1685, la République de Gênes envoya une délégation en France pour apaiser le roi Louis XIV, mécontent de Gênes. Cette délégation, dirigée par le Doge François-Marie Imperiale Lercari et composée des sénateurs Gianettino Garibaldi, Marcello Durazzo et Augusto Lomellini, traversa les États du duc de Savoie avant d'arriver à Lyon puis à Paris. À Paris, la délégation resta incognito pour préparer une entrée solennelle avec des carrosses somptueusement décorés. La visite officielle à Versailles eut lieu le 1er mai 1685. La délégation, accompagnée de nobles, fut accueillie par une foule immense. Le Doge et les sénateurs furent reçus dans la Salle des Ambassadeurs avant l'audience royale. Dans la salle du trône, ils firent des révérences au roi, qui répondit en levant légèrement son chapeau. Le Doge prononça un discours en italien, exprimant la vénération de la République de Gênes envers la couronne royale et souhaitant oublier un incident passé. Le discours fut traduit en français. Lors de l'audience diplomatique, le Doge exprima la loyauté de la République de Gênes et son désir de maintenir de bonnes relations. Le roi, satisfait, promit sa bienveillance et loua le mérite du Doge. Les sénateurs présentèrent également leurs compliments. Le Doge fut admiré pour son aisance et sa dignité, et reçut un dîner en son honneur. Il fut ensuite reçu par le Dauphin et la Dauphine. Au cours de leur visite, le Doge et sa suite admirèrent la beauté et la magnificence de Paris, de Versailles et de la cour. Ils participèrent à un dîner somptueux avec le roi et visitèrent divers lieux prestigieux, tels que Trianon, Saint-Cloud et les écuries royales. Le roi offrit des présents au Doge et aux sénateurs, soulignant la générosité de la cour française. Le Doge exprima sa gratitude et assura la fidélité éternelle de la République de Gênes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 128-153
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIEME.
Début :
Je vous envoye une suite des Dialogues, qui ont / Je souhaiterois aussi-bien que je souhaite Mr Pascal [...]
Mots clefs :
Moscovites, Souverain, Matière, Justice, Peuples, Beauté, Criminels, Prince, Juge, Inde, Asie, Religion, Philosophie, Russie, Coutumes
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIEME.
Je vous envoye une fuite
des Dialogues , qui ont fait
un article dans chacune de
mes trois dernieres Lettres .
La matiere en eft toûjours
également curieufe.
525252 ·52525-25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE QUATRIE' ME.
BELOROND , LAMBRET.
J
BELORO ND.
E fouhaiterois auffi- bien
que le fouhaite M Paſcal
dans fes Penfées que je viens
GALANT. 129 *
de quitter , avoir un Livre
Italien intitulé , Della-opinione
regima del mondo. Que j'aurois
de plaifir à eftudier ce Livre
fi fon deffein eft bien remply?
Je me contente de fuppléer à
fon défaut par mes reflexions
fur les differentes Coûtumes
des Hommes , qui ne m'ap- "
prennent autre chofe finon
que l'opinion difpofe de tout,
puis qu'elle difpofe de la Juftice,
de la Beauté, & du Bonheur,
qui eft le tour du monverité
que j'aurois eu de
de's
.
la peine à croire fi je n'en a--
vois les exemples que je vais
vous rapporter.
130 MERCURE
LAMBRET.
Puis
que
M' Paſcal vous a
donné matiere pour commencer
voftre entretien, vous
voulez bien que je me ferve
encore de fes judicieuſes meditatiós
pour cófirmer ce que
Vous venez de me dire. On
ne voit prefque rien de juſte
ou d'injuste , dit ce grand
Homme , qui ne change de
qualité en changeant de climat.
Trois degrez d'élevation
du Pole renverfent toute
la Jurifprudence. Plaifante
Juftice , qui eft bornée par
une Riviere ou une Monta
t
t
GALANT. 134
gne ! Verité au deça des Pyrenées
, Erreur au delà : Avoüez
que le Public a bien
perdu en perdant ce grand
Genie , qui avoit fait une fi
ferieufe eftude de l'Homme,
& qui auroit affurement bien
fuppleé au Livre dont il regrettoit
d'eftre privé . Confolons
- nous donc dans la
perte de l'un & de l'autre par
les reflexions que nous fourniront
les exemples que nous
trouverons dans les autres Li
vres. Je fuis preft à écouter
les voſtres , peut - eſtre y en
pourray -je ajoûter quelques-
}
132 MERCURE
unes qui ne vous déplairont
pas.
BELORO ND .
Il s'en prefente tant , & em
mefme temps de fi bizarres
& de fi difficiles à croire, que
je ne fçay par où commencer,
ou mefme fi je dois exe
cuter mon deffein. Cepen
dant puis que je vous l'ai promis
, & que je me fuis toujours
fait un honneur de tenir
ma parole , je vais vous
fatisfaire. Voicy ce que j'ay
à vous apprendre touchant la
Juftice. Tertullien dans le
Livre , De habit. Mul. C. 71
GALANT. 133
に
parlant de quelques Peuples
Barbares , dit que chez eux
plus on eftoit criminel , plus
on recevoit de richeffes. Auro
vinctos in ergaftulis habent , &
I divitijs malos onerant , tantò lecupletiores
, quanto nocentiores.
LAMBRET.
Apropos de criminel, vous
voulez bien que je vous interrompe,
pour vous dire que
t Marc Polo nous apprend que
le long de la cofte de Malabares
, le témoignage d'un
Homme qui navige , fur mer
neft jamais receu , à cauſe
qu'il paffe pour un defefperé.
134 MERCURE
On lit chez Diodore Sicilien,
qu'il n'eftoit permis en toute
la Germanie qu'aux feuls Prêtres
de lier & punir les criminels
; & Philippe Camerarius
affure en fes Meditations
hiftoriques , qu'en certaines
Villes de ce mefme Pays le
dernier receu au Confeil dé
capitoit autrefois les criminels.
Il ajoûte qu'en un Village
de la Franconie quand
on furprend un Larron fur le
fait , le dernier marié du lieu
luy met la corde au col, & le
pend à un vieil arbre deſtiné
de temps immemorial à cét
GALANT. 135
ufage. Mais pourfuivez je
vous prie.
BELORON D..
Vous avez oublié apparemment
de me dire en parlant
d'Executeur de la Jufti
ce , que chez les Mofcovites
la qualité de Boureau n'eft
pas odieufe.
LAMBRET.
Je ne l'ay pas oublié , puis
que je ne le fçavois pas. Vous
m'obligeriez fort fi vous me
vouliez entretenir de ces Peuples
. Quelque chofe `d'extraordinaire
que j'ay remar
qué dans les Mofcovites qui
-136 MERCURE
font venus rendre leurs devoirs
au Roy, m'a donné l'envie
de fçavoir au moins en
abregé ce qui regarde leur
Pays & leurs Couftumes.
BELOROND.
Je le feray volontiers en
peu de mots , aprés qué je
vous auray rapporté une partie
de ce que je vous ay promis
; le refte fera pour une
autre fois. Au Tunquin le
Roy donne des appointemens
à tous les Juges , fans
qu'ils prennent jamais rien
des Parties. Un parent ne
peut avoir procés contre fon
?
GALANT. 137
parent, & aucun Seigneur ne
peut eftre Gouverneur dans
la Province où il eft né. Less
Avocats de la Guinée nom- .
mez Troens au rapport
'der
Jarric, L. 5. C. 44. plaident let
vilage couvert devant le Prince
qui rend luy mefme la ju
4ftice à fes Sujets . Les Perfest
1 foüettoient la robe de leurs
enfans pour les punir , fans
toucher les perfonnes . Les
#Chinois puniffent le Precep
uteur des fautes de fon Difci-
།
;
- ple en fa prefence.
D
C'eft
tinius qui le dit , Dec. 1. L.
& 5. Prefque par tout les
4
.
Juin 1685.
Mi
138 MERCURE
Levant les Roys donnent:
leurs plus ordinaires Audiences
quand ils fe font faire la.
barbe . Le Socrate de la Chine,
le grand Confutius , foûtenoit
qu'il eft impoffible qu'un
Eftat foit bien gouverné fans
la muſique , c'eſt encore au
rapport de Martinius , Dec..
1. L. i. On punit de mort aux
Malabares celuy qui a rompu
un pot de terre fur la porte
de quelqu'un , Ram . Tomer.
Plaifante Juftice ! Pour ce quir
regarde la Beauté , à la Chine
les plus petits yeux font
les plus beaux. Chez les CaGALANT.
129
ribes & les Sigimiens le plus
grand , le plus haut & le plus
large front eft eftimé le mieuxfait.
Chez les Macrocephales
la plus longue tefte , la plus
chauve & la plus pelée, paffe :
pour la plus belle . Chez les
Miconiens & Japonois on'
prefere le vifage le plus fardé
& le plus plaftré , le mentor,
le nez & les jouës les plus
troüez & les plus cicatrifez.
Les grands ongles ne fe por
tent que par les Nobles aut
Royaume de Mangis, & chezlés
Negres de la cofte Malabare,
les Femmes Tartares &
.
Mij
140 MERCURE
Mofcovites les peignent de
noir. Beato Odorico affure
avoir veu des ongles du gros
doigt fi grands , qu'ils couvroient
toute la main. Diodore
Sicilien dit qu'Alexandre.
le Grand trouva, dans, l'Inde
des Peuples qui ne rognoient
jamais leurs ongles . En beau
coup de lieux de l'Inde Orientale
, & particulierement
en Sumatra les grandes panfes
& les bedaines extréme .
ment rebondies , font trouvées
fort agreables , au rapport
de Pietro Della Valle
Part. 4 Une Relation dit
GALANT. 141
C
qu'au pays du Mogol la blan.
cheur paffe pour une ladrerie .
Quant à ce qui regarde le
Bonheur ou le fouverain Bien,
iles fentimens fur cette matie
re ont efté fi extravagans
,,
qu'on ne peut affez s'éton
ner de la bizarrerie de l'ef
prit humain . Anacharfis mettoit
le fouverain Bien dans la
vangeance d'une injure faito
à tort ; Crates dans une heu,
reuſe navigation ; Simonide
dans l'amitié d'un chacun ;
Architas dans le gain d'une
Bataille , Gorgias à ouir des
chofes qui plaifent , Chryfip- .
142 MERCURE
pus à faire bâtir de ſuperbes
Edifices ; Epicure dans la volupté
; Antifthene dans une
celebre renommée aprés fas
mort ; Sophocle à avoir des
enfans pour heritiers ; Euripide
à avoir une belle fem--
me ; Palemon dans l'éloquence
; Themiftoclé
à def.
cendre de parens illuftres ;
Ariftide dans les biens temporels
; Heraclite dans les
un Auteur
grands trefors
.4
moderne dans la fatisfaction '
de l'efprit. Ce dernier fenti
ment me plairoit le plus fi la
Religion ne me donnoit pas
GALANT. 143
7
V
1
un autre fouverain Bien. Enfin
faint Auguſtin dit , que
Marc Varron à compté juf
ques à 288. opinions toutes
differentes fur ce qui concernoit
le fouverain Bien .
LAMBRET.
De Il y a affurément fujet de
s'étonner de ce que de fr
grands Homines fe font fr
lourdement trompez dans la
décifion d'une chofe fi effen .
tielle à l'Homme , & qui de
voit faire le fondement de
route leur Philofophie ; car
comme Ciceron l'a fort bien
remarqué, L. s. De Fin, lors
144 MERCURE
qu'on eft une fois tombé d'ac
cord dans la Philoſophie de
ce qui conftituë le fouverain
Bien , toutes
toutes chofes y font
faciles & ajustées . Summo bo→
no conftituto in Philofophia, con
ftituta funt omnia. Les Ana
charfis, les Crifippes , les Crates
, & tous les autres dont
vous venez de me rapporter
les opinions fur le fouverain
Bien , ont eu des fentimens
fi juftes fur d'autres matieres,
& paffent dans l'Hiftoire angienne
pour de fi grands
Hommes , queje regarderois
ces opinions comme des cho
fes
GALANT. 145
fes tres difficiles à croire , fi
elles n'eftoient rapportées par
des Hiſtoriens , pour lesquels
jay toûjours eu de la veneration.
C'eft dequoy je yous
ferois un détail en peu de paroles
, fi je n'attendois de
vous ce que vous m'avez
promis des Mofcovites. Ce
fera la matiere de noftre premier
entretien Je vous prie
de fatisfaire preſentement
ma
curiofité.
BELOROND.
La Mofcovie qu'on appelle
encore Ruffie Blanche à
caufe de fes neiges , eft un
Juin 1685
N
146 MERCURE
เค
des plus grands Etats de l'Eu
rope. On luy donne environ,
fix cens lieues de longueur,
& autant de largeur. Elle a
la Mer glaciale au Septen.
trion , la Pologne & la petite
Tartarie au Midy , le Volga
& la grande Tartarie à l'O
rient , la Suede , la Livonie,
la Finlandie & la Lappie à
Occident. Entre plufieurs
Rivieres qui l'arroſent, on en
remarque quatre confidera
bles , fçavoir le Nieper ou
Borifthene
, qui fe décharge
dans le Pont- Euxin ; la Dui
ne , qui ſe décharge dans la
GALANT. 147
1
€
Mer Baltique , le Volga , qui
Ava tomber dans la Mer Cafpienne
, & le Tanaïs , qui fe
perd dans les Palus Meotides .
La Capitale eft Moſcou . C'eſt
où réfide fon Prince , qui
prend le titre de grand Duc,
où Czar , pretendant defcendre
d'Augufte Cefar. Ses Armes
font une Aigle à deux
teftes , portant trois Couronnes.
Dans la partie la plus
Septentrionale , il fe paffe un
jour de trois mois , qui dure
pendant les mois de May,
Juin & Juillet , & une nuit
auffi de trois mois , qui dure
Nij
148 MERCURE
pendant ceux de Novembre,
Decembre & Janvier.
C'eft dans la Moſcovie que
fe trouve l'admirable Plante
de Boranets , ou Plante- Agneau,
qui fe nourrit de celles
qui font autour d'elle , & qui
fe feiche quand elle n'en trouve
plus . Elle eft devorée
par
le Loup , à cauſe qu'elle a la
figure d'un Agneau.
Les Mofcovites font Schif
matiques Grecs. Saint Nicolas
eft le Protecteur de leur
Nation . De toutes les Feftes
de l'année , ils ne celebrent
proprement que celle de
GALANT. 149
pal'Annonciation
de la Vierge,
Ils commencent
l'année par
le premier jour du mois de
Septembre , parce qu'ils ne
reçoivent
point d'autre Epoque
que celle de la creation
du monde , qu'ils croyent avoir
efté fait en Automne.
Ils font robuftes, aiment à
roiftre avec de gros ventres
& de longues barbes . Ils por
tent de grandes Robes , &
des manches fort étroites ,
des bonnets au lieu de chapeaux
, des bottines de cuir
rouge ou jaune . Les Femmes
font prefque habillées
com-
Niij
150 MERCURE
me les Hommes , exceptéh
que leurs Robes font plus
larges , & leurs manches de
chemifes de trois ou quatreaunes
de long , & fort plif
fées. Les Mofcovites font naturellement
méfians , traîtrés
, fainéans , inhoſpitaliers,
arrogans , fins , trompeurs,
ignorans , le contentant
de
fçavoir lire & écrire , & fi
cruels , que l'office de Bourreau
n'eſt pas infame chez
eux. Ils font auffi fi ſuperbes,
qu'un de leurs Princes fit attacher
avec un cloud le cha
peau à la tefte d'un Ambaſſa
GALANT. 151
deur Italien , qui s'eftoir cou
vert en fa preſence . Ils écri
vent fur des rouleaux de papier
coupez en bandés , &
collez enfemble de la lon
gueur de 25. ou 3d aulnes
Les Femmes Mofcovites
veulent eftre battues de leurs
maris , pour eftre perfuadées
qu'elles en font aimées. Ils
dorment tous aprés diſner ,
de forte que pendant ce
temps- là toutes les boutiques
font fermées , comme icy
pendant la nuit. Le Prince
prend tous les biens de ceux
qui meurent fans enfans. Ill
N iiij
152 MERCURE
eft défendu aux Mofcovites
de voyager dans la permiffion
du Prince , fur peine de la
vie. La Juftice s'adminiftre
en ce pays- là en fort peu de
temps. Les Parties plaident
chacune pour foy. Quand un
Debiteur ne peut pas payer
fes debtes ou trouver caution,
il devient efclave du Czar ou
de quelqu'autre , fi c'eſt la
volonté du Prince. Les pe
tits Tartares ont tellement
maltraité les Mofcovites
qu'autrefois outre un tribut
confiderable qu'ils en exi
geoient , le Duc de Mofcovie
GALANT. 153
1
t
J
;
eftoit obligé de mettre pied
à terre devant l'Ambaffadeur
Tartare , de luy offrir réte
nue un plat de Lait , & de lecher
ce qui fe répandoit par
hazard fur le crin du Che,
val.
des Dialogues , qui ont fait
un article dans chacune de
mes trois dernieres Lettres .
La matiere en eft toûjours
également curieufe.
525252 ·52525-25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE QUATRIE' ME.
BELOROND , LAMBRET.
J
BELORO ND.
E fouhaiterois auffi- bien
que le fouhaite M Paſcal
dans fes Penfées que je viens
GALANT. 129 *
de quitter , avoir un Livre
Italien intitulé , Della-opinione
regima del mondo. Que j'aurois
de plaifir à eftudier ce Livre
fi fon deffein eft bien remply?
Je me contente de fuppléer à
fon défaut par mes reflexions
fur les differentes Coûtumes
des Hommes , qui ne m'ap- "
prennent autre chofe finon
que l'opinion difpofe de tout,
puis qu'elle difpofe de la Juftice,
de la Beauté, & du Bonheur,
qui eft le tour du monverité
que j'aurois eu de
de's
.
la peine à croire fi je n'en a--
vois les exemples que je vais
vous rapporter.
130 MERCURE
LAMBRET.
Puis
que
M' Paſcal vous a
donné matiere pour commencer
voftre entretien, vous
voulez bien que je me ferve
encore de fes judicieuſes meditatiós
pour cófirmer ce que
Vous venez de me dire. On
ne voit prefque rien de juſte
ou d'injuste , dit ce grand
Homme , qui ne change de
qualité en changeant de climat.
Trois degrez d'élevation
du Pole renverfent toute
la Jurifprudence. Plaifante
Juftice , qui eft bornée par
une Riviere ou une Monta
t
t
GALANT. 134
gne ! Verité au deça des Pyrenées
, Erreur au delà : Avoüez
que le Public a bien
perdu en perdant ce grand
Genie , qui avoit fait une fi
ferieufe eftude de l'Homme,
& qui auroit affurement bien
fuppleé au Livre dont il regrettoit
d'eftre privé . Confolons
- nous donc dans la
perte de l'un & de l'autre par
les reflexions que nous fourniront
les exemples que nous
trouverons dans les autres Li
vres. Je fuis preft à écouter
les voſtres , peut - eſtre y en
pourray -je ajoûter quelques-
}
132 MERCURE
unes qui ne vous déplairont
pas.
BELORO ND .
Il s'en prefente tant , & em
mefme temps de fi bizarres
& de fi difficiles à croire, que
je ne fçay par où commencer,
ou mefme fi je dois exe
cuter mon deffein. Cepen
dant puis que je vous l'ai promis
, & que je me fuis toujours
fait un honneur de tenir
ma parole , je vais vous
fatisfaire. Voicy ce que j'ay
à vous apprendre touchant la
Juftice. Tertullien dans le
Livre , De habit. Mul. C. 71
GALANT. 133
に
parlant de quelques Peuples
Barbares , dit que chez eux
plus on eftoit criminel , plus
on recevoit de richeffes. Auro
vinctos in ergaftulis habent , &
I divitijs malos onerant , tantò lecupletiores
, quanto nocentiores.
LAMBRET.
Apropos de criminel, vous
voulez bien que je vous interrompe,
pour vous dire que
t Marc Polo nous apprend que
le long de la cofte de Malabares
, le témoignage d'un
Homme qui navige , fur mer
neft jamais receu , à cauſe
qu'il paffe pour un defefperé.
134 MERCURE
On lit chez Diodore Sicilien,
qu'il n'eftoit permis en toute
la Germanie qu'aux feuls Prêtres
de lier & punir les criminels
; & Philippe Camerarius
affure en fes Meditations
hiftoriques , qu'en certaines
Villes de ce mefme Pays le
dernier receu au Confeil dé
capitoit autrefois les criminels.
Il ajoûte qu'en un Village
de la Franconie quand
on furprend un Larron fur le
fait , le dernier marié du lieu
luy met la corde au col, & le
pend à un vieil arbre deſtiné
de temps immemorial à cét
GALANT. 135
ufage. Mais pourfuivez je
vous prie.
BELORON D..
Vous avez oublié apparemment
de me dire en parlant
d'Executeur de la Jufti
ce , que chez les Mofcovites
la qualité de Boureau n'eft
pas odieufe.
LAMBRET.
Je ne l'ay pas oublié , puis
que je ne le fçavois pas. Vous
m'obligeriez fort fi vous me
vouliez entretenir de ces Peuples
. Quelque chofe `d'extraordinaire
que j'ay remar
qué dans les Mofcovites qui
-136 MERCURE
font venus rendre leurs devoirs
au Roy, m'a donné l'envie
de fçavoir au moins en
abregé ce qui regarde leur
Pays & leurs Couftumes.
BELOROND.
Je le feray volontiers en
peu de mots , aprés qué je
vous auray rapporté une partie
de ce que je vous ay promis
; le refte fera pour une
autre fois. Au Tunquin le
Roy donne des appointemens
à tous les Juges , fans
qu'ils prennent jamais rien
des Parties. Un parent ne
peut avoir procés contre fon
?
GALANT. 137
parent, & aucun Seigneur ne
peut eftre Gouverneur dans
la Province où il eft né. Less
Avocats de la Guinée nom- .
mez Troens au rapport
'der
Jarric, L. 5. C. 44. plaident let
vilage couvert devant le Prince
qui rend luy mefme la ju
4ftice à fes Sujets . Les Perfest
1 foüettoient la robe de leurs
enfans pour les punir , fans
toucher les perfonnes . Les
#Chinois puniffent le Precep
uteur des fautes de fon Difci-
།
;
- ple en fa prefence.
D
C'eft
tinius qui le dit , Dec. 1. L.
& 5. Prefque par tout les
4
.
Juin 1685.
Mi
138 MERCURE
Levant les Roys donnent:
leurs plus ordinaires Audiences
quand ils fe font faire la.
barbe . Le Socrate de la Chine,
le grand Confutius , foûtenoit
qu'il eft impoffible qu'un
Eftat foit bien gouverné fans
la muſique , c'eſt encore au
rapport de Martinius , Dec..
1. L. i. On punit de mort aux
Malabares celuy qui a rompu
un pot de terre fur la porte
de quelqu'un , Ram . Tomer.
Plaifante Juftice ! Pour ce quir
regarde la Beauté , à la Chine
les plus petits yeux font
les plus beaux. Chez les CaGALANT.
129
ribes & les Sigimiens le plus
grand , le plus haut & le plus
large front eft eftimé le mieuxfait.
Chez les Macrocephales
la plus longue tefte , la plus
chauve & la plus pelée, paffe :
pour la plus belle . Chez les
Miconiens & Japonois on'
prefere le vifage le plus fardé
& le plus plaftré , le mentor,
le nez & les jouës les plus
troüez & les plus cicatrifez.
Les grands ongles ne fe por
tent que par les Nobles aut
Royaume de Mangis, & chezlés
Negres de la cofte Malabare,
les Femmes Tartares &
.
Mij
140 MERCURE
Mofcovites les peignent de
noir. Beato Odorico affure
avoir veu des ongles du gros
doigt fi grands , qu'ils couvroient
toute la main. Diodore
Sicilien dit qu'Alexandre.
le Grand trouva, dans, l'Inde
des Peuples qui ne rognoient
jamais leurs ongles . En beau
coup de lieux de l'Inde Orientale
, & particulierement
en Sumatra les grandes panfes
& les bedaines extréme .
ment rebondies , font trouvées
fort agreables , au rapport
de Pietro Della Valle
Part. 4 Une Relation dit
GALANT. 141
C
qu'au pays du Mogol la blan.
cheur paffe pour une ladrerie .
Quant à ce qui regarde le
Bonheur ou le fouverain Bien,
iles fentimens fur cette matie
re ont efté fi extravagans
,,
qu'on ne peut affez s'éton
ner de la bizarrerie de l'ef
prit humain . Anacharfis mettoit
le fouverain Bien dans la
vangeance d'une injure faito
à tort ; Crates dans une heu,
reuſe navigation ; Simonide
dans l'amitié d'un chacun ;
Architas dans le gain d'une
Bataille , Gorgias à ouir des
chofes qui plaifent , Chryfip- .
142 MERCURE
pus à faire bâtir de ſuperbes
Edifices ; Epicure dans la volupté
; Antifthene dans une
celebre renommée aprés fas
mort ; Sophocle à avoir des
enfans pour heritiers ; Euripide
à avoir une belle fem--
me ; Palemon dans l'éloquence
; Themiftoclé
à def.
cendre de parens illuftres ;
Ariftide dans les biens temporels
; Heraclite dans les
un Auteur
grands trefors
.4
moderne dans la fatisfaction '
de l'efprit. Ce dernier fenti
ment me plairoit le plus fi la
Religion ne me donnoit pas
GALANT. 143
7
V
1
un autre fouverain Bien. Enfin
faint Auguſtin dit , que
Marc Varron à compté juf
ques à 288. opinions toutes
differentes fur ce qui concernoit
le fouverain Bien .
LAMBRET.
De Il y a affurément fujet de
s'étonner de ce que de fr
grands Homines fe font fr
lourdement trompez dans la
décifion d'une chofe fi effen .
tielle à l'Homme , & qui de
voit faire le fondement de
route leur Philofophie ; car
comme Ciceron l'a fort bien
remarqué, L. s. De Fin, lors
144 MERCURE
qu'on eft une fois tombé d'ac
cord dans la Philoſophie de
ce qui conftituë le fouverain
Bien , toutes
toutes chofes y font
faciles & ajustées . Summo bo→
no conftituto in Philofophia, con
ftituta funt omnia. Les Ana
charfis, les Crifippes , les Crates
, & tous les autres dont
vous venez de me rapporter
les opinions fur le fouverain
Bien , ont eu des fentimens
fi juftes fur d'autres matieres,
& paffent dans l'Hiftoire angienne
pour de fi grands
Hommes , queje regarderois
ces opinions comme des cho
fes
GALANT. 145
fes tres difficiles à croire , fi
elles n'eftoient rapportées par
des Hiſtoriens , pour lesquels
jay toûjours eu de la veneration.
C'eft dequoy je yous
ferois un détail en peu de paroles
, fi je n'attendois de
vous ce que vous m'avez
promis des Mofcovites. Ce
fera la matiere de noftre premier
entretien Je vous prie
de fatisfaire preſentement
ma
curiofité.
BELOROND.
La Mofcovie qu'on appelle
encore Ruffie Blanche à
caufe de fes neiges , eft un
Juin 1685
N
146 MERCURE
เค
des plus grands Etats de l'Eu
rope. On luy donne environ,
fix cens lieues de longueur,
& autant de largeur. Elle a
la Mer glaciale au Septen.
trion , la Pologne & la petite
Tartarie au Midy , le Volga
& la grande Tartarie à l'O
rient , la Suede , la Livonie,
la Finlandie & la Lappie à
Occident. Entre plufieurs
Rivieres qui l'arroſent, on en
remarque quatre confidera
bles , fçavoir le Nieper ou
Borifthene
, qui fe décharge
dans le Pont- Euxin ; la Dui
ne , qui ſe décharge dans la
GALANT. 147
1
€
Mer Baltique , le Volga , qui
Ava tomber dans la Mer Cafpienne
, & le Tanaïs , qui fe
perd dans les Palus Meotides .
La Capitale eft Moſcou . C'eſt
où réfide fon Prince , qui
prend le titre de grand Duc,
où Czar , pretendant defcendre
d'Augufte Cefar. Ses Armes
font une Aigle à deux
teftes , portant trois Couronnes.
Dans la partie la plus
Septentrionale , il fe paffe un
jour de trois mois , qui dure
pendant les mois de May,
Juin & Juillet , & une nuit
auffi de trois mois , qui dure
Nij
148 MERCURE
pendant ceux de Novembre,
Decembre & Janvier.
C'eft dans la Moſcovie que
fe trouve l'admirable Plante
de Boranets , ou Plante- Agneau,
qui fe nourrit de celles
qui font autour d'elle , & qui
fe feiche quand elle n'en trouve
plus . Elle eft devorée
par
le Loup , à cauſe qu'elle a la
figure d'un Agneau.
Les Mofcovites font Schif
matiques Grecs. Saint Nicolas
eft le Protecteur de leur
Nation . De toutes les Feftes
de l'année , ils ne celebrent
proprement que celle de
GALANT. 149
pal'Annonciation
de la Vierge,
Ils commencent
l'année par
le premier jour du mois de
Septembre , parce qu'ils ne
reçoivent
point d'autre Epoque
que celle de la creation
du monde , qu'ils croyent avoir
efté fait en Automne.
Ils font robuftes, aiment à
roiftre avec de gros ventres
& de longues barbes . Ils por
tent de grandes Robes , &
des manches fort étroites ,
des bonnets au lieu de chapeaux
, des bottines de cuir
rouge ou jaune . Les Femmes
font prefque habillées
com-
Niij
150 MERCURE
me les Hommes , exceptéh
que leurs Robes font plus
larges , & leurs manches de
chemifes de trois ou quatreaunes
de long , & fort plif
fées. Les Mofcovites font naturellement
méfians , traîtrés
, fainéans , inhoſpitaliers,
arrogans , fins , trompeurs,
ignorans , le contentant
de
fçavoir lire & écrire , & fi
cruels , que l'office de Bourreau
n'eſt pas infame chez
eux. Ils font auffi fi ſuperbes,
qu'un de leurs Princes fit attacher
avec un cloud le cha
peau à la tefte d'un Ambaſſa
GALANT. 151
deur Italien , qui s'eftoir cou
vert en fa preſence . Ils écri
vent fur des rouleaux de papier
coupez en bandés , &
collez enfemble de la lon
gueur de 25. ou 3d aulnes
Les Femmes Mofcovites
veulent eftre battues de leurs
maris , pour eftre perfuadées
qu'elles en font aimées. Ils
dorment tous aprés diſner ,
de forte que pendant ce
temps- là toutes les boutiques
font fermées , comme icy
pendant la nuit. Le Prince
prend tous les biens de ceux
qui meurent fans enfans. Ill
N iiij
152 MERCURE
eft défendu aux Mofcovites
de voyager dans la permiffion
du Prince , fur peine de la
vie. La Juftice s'adminiftre
en ce pays- là en fort peu de
temps. Les Parties plaident
chacune pour foy. Quand un
Debiteur ne peut pas payer
fes debtes ou trouver caution,
il devient efclave du Czar ou
de quelqu'autre , fi c'eſt la
volonté du Prince. Les pe
tits Tartares ont tellement
maltraité les Mofcovites
qu'autrefois outre un tribut
confiderable qu'ils en exi
geoient , le Duc de Mofcovie
GALANT. 153
1
t
J
;
eftoit obligé de mettre pied
à terre devant l'Ambaffadeur
Tartare , de luy offrir réte
nue un plat de Lait , & de lecher
ce qui fe répandoit par
hazard fur le crin du Che,
val.
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIEME.
Le dialogue entre Belorond et Lambret examine les variations culturelles et les coutumes à travers le monde, en mettant l'accent sur les différences dans les systèmes judiciaires et les pratiques sociales. Belorond observe que les opinions influencent la justice, la beauté et le bonheur, et cite diverses pratiques judiciaires. Par exemple, chez certains peuples barbares, les criminels reçoivent des richesses. En Malabar, le témoignage d'un marin n'est pas recevable, tandis qu'en Germanie, seuls les prêtres peuvent punir les criminels. En Franconie, le dernier marié exécute les condamnés. Lambret ajoute que la notion de justice varie selon les climats et les cultures, illustrant cela par des exemples comme la jurisprudence changeante avec l'élévation du pôle. Belorond mentionne d'autres pratiques judiciaires inhabituelles : au Tonquin, les juges sont payés par l'État et les parents ne peuvent se poursuivre en justice. En Guinée, les avocats plaident devant le prince, et les Perses punissent les enfants sans toucher leurs personnes. En Chine, les précepteurs sont responsables des fautes de leurs élèves. Le texte explore également des pratiques corporelles et esthétiques variées, comme les ongles longs en Inde et les femmes aux grandes panses en Sumatra. Il aborde aussi les conceptions du souverain bien selon divers philosophes anciens, soulignant la diversité des opinions. La Moscovie est décrite comme un grand État européen avec des coutumes spécifiques. Les Moscovites sont présentés comme des schismatiques grecs, robustes, avec des coutumes vestimentaires particulières. Ils sont caractérisés comme méfiants, traîtres, fainéants, inhospitaliers, arrogants, fins, trompeurs, ignorants et cruels. Leur écriture se fait sur des rouleaux de papier collés ensemble. Les femmes moscovites croient être aimées si elles sont battues par leurs maris, et tout le monde dort après dîner.
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29
p. 327-331
Mariage de Mr le Comte de Médavy, & de Mademoiselle de Maulevrier Colbert. [titre d'après la table]
Début :
La nuit du Lundy 11. de ce mois au Mardy, M. le Comte de [...]
Mots clefs :
Comte de Médavy, Mademoiselle , Mariage, Cérémonie, Familles, Réjouissances, Beauté, Gouverneur, Gardes, Comtes, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mr le Comte de Médavy, & de Mademoiselle de Maulevrier Colbert. [titre d'après la table]
La nuit du Lundy 1. de ce
mois au Mardy , M. le Comte de
Médavy époula Mademoiſelle de
Maulevrier Colbert , dans l'Eglife
de Saint Eustache , où M. le
Coadjuteur de Rouen fit la Ceremonie
, en prefence d'un tresgrand
nombre de perfonnes des
plus diftinguées. Le Mardy 12 .
les Mariez allerent à Seaux aprés
difné , accompagnez de tous les
Paren's des deux Familles, à la referve
de Madame Colbert , qui
crut que cette réjoüiffance ne
s'accordoit pas avec la douleur
de fon Véuvage. M. le Marquis
"
328 MERCURE
de Seignelay qui les attendoit ,
leur donna un Soupé tres magnifique.
Cette Compagnie étoit de
prés de cinquante perfonnes, M.
le Comte de Medavy , qui a fait
connoiftre fon merite en toute
forte d'occafions , cft Fils de Meffire
Pierre Rouxel II. du nom
Comte de Grancey , & de Dame
Henriette de la Palu , Fille de M.
de Boulignieux , morre en 1672.
& petit Fils de feu Meffire Jac
ques Rouxel III. du nom, Comte
de Grancey & de Médavy, Chevalier
des Ordres du Roy , Maré,
chal de France , & Gouverneur
de Thionville. M. l'Archevefque
de Rouen eft fon grand Oncle.
Mademoiſelle de Maule vrier
Colbert eft une perfonne tresbien
faite , de fort belle taille , &
GALANT. 329
qui a beaucoup d'efprit . Elle eft
Fille de M. le Comte de Maulevrier
Colbett , Frere de feu M.
Colbert Miniftre d'Eftat , & de
M. Colbert de Croiffy , auffi Miniftre
d'Eftat. Je vous parlay amplement
de luy , lorfque Sa Majefté
luy donna le Gouvernement
de Tournay. Les Cicatrices dont
tout fon corps eft couvert , font
des marques glorieufes de la grandeur
de fon courage , & de la fidélité
qu'il a toûjours eue pour le
fervice du Roy. A l'âge de 16 à
17 ans , il fut Capitaine au Regi
mentde Navarre, quelque temps >
aprés Lieutenant dans le Regi
ment des Gardes , enfuite Capi
raine dans le mefme Regiment ,
d'où on le tira pour luy faire com
mander la feconde , Compagnie :
Juin 1685.
Ele
330 MERCURE
des Monfquetaires. Il paffa de là
à la Charge des Maréchal de
Camp, & enfin à celle de Lieute
nant General des Armées du Roy,
dans laquelle il eft le plus ancien,
Madame la Comteffe de Maule
vrier, Mere dela Mariée, eft Fille
de M. le Comte de Serrant , Fils
de M. de Bautru , qui afait affez
connoître fon nom , & par la beau
té de fon efprit , & par la gloirede
les Ambaffades. C'eft une Dame
d'une tres- grande vertu , & qui a
mille belles qualitez . M. le Marquis
de Maulevrier , Fils aifné de
M. le Comte de Maulevrier Col.
bert , quoy qu'il n'ait encore que
quatorze ans, a fait toutes fes études
, & a commencé fes Exerci
ces , où il fait voir avec beaucoup
d'avantago , que fon adreſſe eft
-
GALANT. 331
égale à fon efprit. Il est bien- fait,
fort civil, & à toutes les manieres
honneftes qui font eftimer ceux
de fa naiffance
mois au Mardy , M. le Comte de
Médavy époula Mademoiſelle de
Maulevrier Colbert , dans l'Eglife
de Saint Eustache , où M. le
Coadjuteur de Rouen fit la Ceremonie
, en prefence d'un tresgrand
nombre de perfonnes des
plus diftinguées. Le Mardy 12 .
les Mariez allerent à Seaux aprés
difné , accompagnez de tous les
Paren's des deux Familles, à la referve
de Madame Colbert , qui
crut que cette réjoüiffance ne
s'accordoit pas avec la douleur
de fon Véuvage. M. le Marquis
"
328 MERCURE
de Seignelay qui les attendoit ,
leur donna un Soupé tres magnifique.
Cette Compagnie étoit de
prés de cinquante perfonnes, M.
le Comte de Medavy , qui a fait
connoiftre fon merite en toute
forte d'occafions , cft Fils de Meffire
Pierre Rouxel II. du nom
Comte de Grancey , & de Dame
Henriette de la Palu , Fille de M.
de Boulignieux , morre en 1672.
& petit Fils de feu Meffire Jac
ques Rouxel III. du nom, Comte
de Grancey & de Médavy, Chevalier
des Ordres du Roy , Maré,
chal de France , & Gouverneur
de Thionville. M. l'Archevefque
de Rouen eft fon grand Oncle.
Mademoiſelle de Maule vrier
Colbert eft une perfonne tresbien
faite , de fort belle taille , &
GALANT. 329
qui a beaucoup d'efprit . Elle eft
Fille de M. le Comte de Maulevrier
Colbett , Frere de feu M.
Colbert Miniftre d'Eftat , & de
M. Colbert de Croiffy , auffi Miniftre
d'Eftat. Je vous parlay amplement
de luy , lorfque Sa Majefté
luy donna le Gouvernement
de Tournay. Les Cicatrices dont
tout fon corps eft couvert , font
des marques glorieufes de la grandeur
de fon courage , & de la fidélité
qu'il a toûjours eue pour le
fervice du Roy. A l'âge de 16 à
17 ans , il fut Capitaine au Regi
mentde Navarre, quelque temps >
aprés Lieutenant dans le Regi
ment des Gardes , enfuite Capi
raine dans le mefme Regiment ,
d'où on le tira pour luy faire com
mander la feconde , Compagnie :
Juin 1685.
Ele
330 MERCURE
des Monfquetaires. Il paffa de là
à la Charge des Maréchal de
Camp, & enfin à celle de Lieute
nant General des Armées du Roy,
dans laquelle il eft le plus ancien,
Madame la Comteffe de Maule
vrier, Mere dela Mariée, eft Fille
de M. le Comte de Serrant , Fils
de M. de Bautru , qui afait affez
connoître fon nom , & par la beau
té de fon efprit , & par la gloirede
les Ambaffades. C'eft une Dame
d'une tres- grande vertu , & qui a
mille belles qualitez . M. le Marquis
de Maulevrier , Fils aifné de
M. le Comte de Maulevrier Col.
bert , quoy qu'il n'ait encore que
quatorze ans, a fait toutes fes études
, & a commencé fes Exerci
ces , où il fait voir avec beaucoup
d'avantago , que fon adreſſe eft
-
GALANT. 331
égale à fon efprit. Il est bien- fait,
fort civil, & à toutes les manieres
honneftes qui font eftimer ceux
de fa naiffance
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Résumé : Mariage de Mr le Comte de Médavy, & de Mademoiselle de Maulevrier Colbert. [titre d'après la table]
Le 1er du mois, M. le Comte de Médavy a épousé Mademoiselle de Maulevrier Colbert à l'église de Saint Eustache. La cérémonie, dirigée par M. le Coadjuteur de Rouen, a réuni de nombreuses personnalités. Le 12, les mariés se sont rendus à Seaux avec les parents des deux familles, sauf Madame Colbert en raison de son deuil. Ils ont été accueillis par M. le Marquis de Seignelay, qui a offert un souper somptueux à une cinquantaine de personnes. M. le Comte de Médavy est reconnu pour son mérite et est le fils de Pierre Rouxel II, Comte de Grancey, et de Dame Henriette de la Palu. Il est aussi le petit-fils de Jacques Rouxel III, Comte de Grancey et de Médavy, Chevalier des Ordres du Roi, Maréchal de France et Gouverneur de Thionville. Son grand-oncle est l'Archevêque de Rouen. Mademoiselle de Maulevrier Colbert est décrite comme une personne bien faite, de belle taille et spirituelle. Elle est la fille de M. le Comte de Maulevrier Colbert, frère de l'ancien Ministre d'État Colbert, et de M. Colbert de Croissy, également Ministre d'État. Son père, marqué par des cicatrices, a servi avec courage et fidélité au Roi. À 16-17 ans, il fut capitaine au régiment de Navarre, puis lieutenant et capitaine dans le régiment des Gardes. En juin 1685, il commandait la seconde compagnie des Mousquetaires et devint Maréchal de Camp, puis Lieutenant Général des Armées du Roi.
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30
p. 331-334
« J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
Début :
J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...]
Mots clefs :
Peintre, Ouvrage, Portraits, Graveur, Mr Mignard, Hommes, Réputation, Tableaux, Beauté, Devises, Poésie, Estampes, Pinceau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
Pay à vous parler de trois Illus
ftres das un feul article . Un Peintre
fameux a fait le Portrait d'un ho
me tres-celebre par les Ouvrages,
& ce Portrait a efté gravé par
un tres- habile Graveur . Le Peint
tre eft M Mignard , fils de feu
M' Mignard d'Avignon , & Neveu
de M¹ Mignard , qui n'a be
foin que d'eftre nommé pour eftre :
connu. Jugezi celuy dont je
yous parle eftant digne fils & neveu
de deux hommes fi illuftres,
ne merite pas luy- même ce titre .
Feu M Mignard fon pere , quia a
peint de fi belles chofes dans le
Palais des Thuileries , pouvoit
Ee ij
332 MERCURE
difputer dans l'Art dont il fe mêloit
avec les plus fameux de fon
temps. Il ne faut pas s'étonners'il
a laiffé un fils qui luy faccede
dans fa reputation , & qui ne fe
fait pas moins eftimer par la force
que par la delicateffe de fon pin
ceau. Quand les Portraits qu'il
fait ne feroient pas auffi reffem.
blans qu'ils font , ils pourroient
paffer pour de bons Tableaux , &
le vendre fur ce pied là ce qui
eft affez rare , les Peintres qui tra
vaillent aux Portraits s'attachant
ordinairement beaucoup moinsà
la bonne Peinture qu'à la reffemblance
, qui eft ce que l'on cher
che le plus dans un Portrait. .
Quoy que j'en aye veu plufieurs
de M Mignard , & tous égale
ment beaux , je ne m'en fie ny à
GALANT 333:
·
mes yeux ny à mes lumieres , &
je parle fur la foy des plus habiles
connoiffeurs , & des perfonnes
dusmeilleur gouft . Le Portrait
que cét Illuftre a fait au naturel,
eft de M de Luffy. Ila efté gra
vé par M Rouler , Eleve de M
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier fous un fi grand Maiſtre ,
s'eft perfectionné pendant douze
ans en Italie . Les Devifes qui fervent
d'ornement à ce Portrait,
font de Mil'Abbé Tallemant le
jeune , dont les Ouvrages n'ont
point befoin d'éloges pour eftre.
eftimez. Comme la Poëfie con .
vient bien aux Peintres , parce
que les Peintres & les Poëtes doivent
fouvent travailler d'imagi
nation, M' Mignard ne s'eft pas
contenté de faire connoiftre M
334 MERCURE
de Luffy par fon pinceau , il a auffi
voulu le peindre dans les vers qui
font au bas de l'Estampe de fon
Portrait. Cette Eftampe fe vend
chez celuy qui l'a gravée , ruë
S. Honoré , proche les baftons
Royaux
ftres das un feul article . Un Peintre
fameux a fait le Portrait d'un ho
me tres-celebre par les Ouvrages,
& ce Portrait a efté gravé par
un tres- habile Graveur . Le Peint
tre eft M Mignard , fils de feu
M' Mignard d'Avignon , & Neveu
de M¹ Mignard , qui n'a be
foin que d'eftre nommé pour eftre :
connu. Jugezi celuy dont je
yous parle eftant digne fils & neveu
de deux hommes fi illuftres,
ne merite pas luy- même ce titre .
Feu M Mignard fon pere , quia a
peint de fi belles chofes dans le
Palais des Thuileries , pouvoit
Ee ij
332 MERCURE
difputer dans l'Art dont il fe mêloit
avec les plus fameux de fon
temps. Il ne faut pas s'étonners'il
a laiffé un fils qui luy faccede
dans fa reputation , & qui ne fe
fait pas moins eftimer par la force
que par la delicateffe de fon pin
ceau. Quand les Portraits qu'il
fait ne feroient pas auffi reffem.
blans qu'ils font , ils pourroient
paffer pour de bons Tableaux , &
le vendre fur ce pied là ce qui
eft affez rare , les Peintres qui tra
vaillent aux Portraits s'attachant
ordinairement beaucoup moinsà
la bonne Peinture qu'à la reffemblance
, qui eft ce que l'on cher
che le plus dans un Portrait. .
Quoy que j'en aye veu plufieurs
de M Mignard , & tous égale
ment beaux , je ne m'en fie ny à
GALANT 333:
·
mes yeux ny à mes lumieres , &
je parle fur la foy des plus habiles
connoiffeurs , & des perfonnes
dusmeilleur gouft . Le Portrait
que cét Illuftre a fait au naturel,
eft de M de Luffy. Ila efté gra
vé par M Rouler , Eleve de M
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier fous un fi grand Maiſtre ,
s'eft perfectionné pendant douze
ans en Italie . Les Devifes qui fervent
d'ornement à ce Portrait,
font de Mil'Abbé Tallemant le
jeune , dont les Ouvrages n'ont
point befoin d'éloges pour eftre.
eftimez. Comme la Poëfie con .
vient bien aux Peintres , parce
que les Peintres & les Poëtes doivent
fouvent travailler d'imagi
nation, M' Mignard ne s'eft pas
contenté de faire connoiftre M
334 MERCURE
de Luffy par fon pinceau , il a auffi
voulu le peindre dans les vers qui
font au bas de l'Estampe de fon
Portrait. Cette Eftampe fe vend
chez celuy qui l'a gravée , ruë
S. Honoré , proche les baftons
Royaux
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Résumé : « J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
L'article traite de Pierre Mignard, un peintre renommé, fils de Nicolas Mignard et neveu de Paul Mignard, tous deux peintres célèbres. Pierre Mignard est particulièrement connu pour ses portraits, dont celui de Monsieur de Lussy, gravé par Jean Rouer, élève de Pierre-Paul Poilly. Rouer a affiné son art en Italie durant douze ans. Les devises accompagnant le portrait ont été rédigées par l'Abbé Tallemant le Jeune. Mignard a également composé des vers pour décrire Monsieur de Lussy, illustrant ainsi la complémentarité entre la poésie et la peinture. L'estampe du portrait est disponible chez le graveur, situé rue Saint-Honoré, près des bastons Royaux.
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31
p. 71-73
Galanteries sur l'accouchement de Madame la Duchesse de Richelieu. [titre d'après la table]
Début :
La joye que vous me marquastes quand je vous appris / Chef-d'oeuvre des chastes Amours [...]
Mots clefs :
Joie, Accouchement, Duchesse, Duc de Richelieu, Enfant, Beauté, Amour, Berceau, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Galanteries sur l'accouchement de Madame la Duchesse de Richelieu. [titre d'après la table]
La joye que vous me marquaftes
quand je vous appris
leMariage de Mademoi
felle Dacigné , avec M. le
Duc deRichelieu , me perſuade
que vous n'en aurez pas
moins , quand vous fçaurez
que cette Ducheffe accoucha
d'une Fille le 22. du mois
72 MERCURE
paffé. Jamais Enfant n'a fait
voir tant de beauté & tant
de blancheur dés le premier
jour de fa naiffance . C'eft
ce qui a donné lieu à ce Madrigal
de M. Vignier , dont
vous connoiffez l'attachement
pour les interefts de
M. le Duc & de Madame la
Ducheffe de Richelieu.
Hef - d'oeuvre des chaftes AChef
mours
De noftre Duc & de noftre Ducheffe,
Que déja tu fais voir d'adreſſe
D'avoir pour te montrer choifi de fi
beauxjours!
Pour ta beauté qui paroiſt fans ſeconde,
Il
GALANT. 73
Il falloit un riche Berceau .
Les Graces en venant au monde
N'en trouverent pas unfibeàu.
quand je vous appris
leMariage de Mademoi
felle Dacigné , avec M. le
Duc deRichelieu , me perſuade
que vous n'en aurez pas
moins , quand vous fçaurez
que cette Ducheffe accoucha
d'une Fille le 22. du mois
72 MERCURE
paffé. Jamais Enfant n'a fait
voir tant de beauté & tant
de blancheur dés le premier
jour de fa naiffance . C'eft
ce qui a donné lieu à ce Madrigal
de M. Vignier , dont
vous connoiffez l'attachement
pour les interefts de
M. le Duc & de Madame la
Ducheffe de Richelieu.
Hef - d'oeuvre des chaftes AChef
mours
De noftre Duc & de noftre Ducheffe,
Que déja tu fais voir d'adreſſe
D'avoir pour te montrer choifi de fi
beauxjours!
Pour ta beauté qui paroiſt fans ſeconde,
Il
GALANT. 73
Il falloit un riche Berceau .
Les Graces en venant au monde
N'en trouverent pas unfibeàu.
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Résumé : Galanteries sur l'accouchement de Madame la Duchesse de Richelieu. [titre d'après la table]
Le 22 septembre 1772, une fille naît du mariage entre Mademoiselle d'Acigné et le Duc de Richelieu. Exceptionnellement belle et blanche, elle inspire un madrigal de M. Vignier. Ce poème compare sa naissance à celle des Grâces, soulignant sa beauté et sa grâce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 73
« Il a fait ces autres Vers pour M. le Duc & Madame / Comme on trouve chez vous les Graces & l'Amour, [...] »
Début :
Il a fait ces autres Vers pour M. le Duc & Madame / Comme on trouve chez vous les Graces & l'Amour, [...]
Mots clefs :
Grâces, Amours, Sang, Beauté, Phidias, Jupiter
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il a fait ces autres Vers pour M. le Duc & Madame / Comme on trouve chez vous les Graces & l'Amour, [...] »
Il a fait ces autres Vers
pour M. le Duc & Madame
la Ducheffe de Richelieu.
Omme on trouve chez vous les
Graces & l'Amour , Comm
Vous nesçauriez manquer d'eftre content
unjour,
Et de voir d'un beau Sang une race
feconde.
Aux plus fameux Ouvriers pareil eft
voftre fort.
Phidias ne fit pas d'abord
Son Jupiter,la merveille du monde.
pour M. le Duc & Madame
la Ducheffe de Richelieu.
Omme on trouve chez vous les
Graces & l'Amour , Comm
Vous nesçauriez manquer d'eftre content
unjour,
Et de voir d'un beau Sang une race
feconde.
Aux plus fameux Ouvriers pareil eft
voftre fort.
Phidias ne fit pas d'abord
Son Jupiter,la merveille du monde.
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33
p. 73-75
« Madame de Vignier qui avoit prédit par quelques Vers au / J'avois bien dit qu'un couple si charmant [...] »
Début :
Madame de Vignier qui avoit prédit par quelques Vers au / J'avois bien dit qu'un couple si charmant [...]
Mots clefs :
Grossesse, Duchesse de Richelieu, Couples, Oracles, Beauté, Charme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Madame de Vignier qui avoit prédit par quelques Vers au / J'avois bien dit qu'un couple si charmant [...] »
Madame Vignier qui
avoit prédit par quelques
G
74 MERCURE
Vers au commencement de
la Groffeffe de Madame la
Ducheffe de Richelieu , que
ce qu'elle mettroit au monde
auroit les charmes du
Pere & de la Mere , envoya
ce Madrigal auffi-toft qu'el
le eut appris fon Accouche-
?
ment.
J
Avois bien dit qu'un couple fi
charmant
Ne produiroitque des miracles ,
Iugez par ce commencement
Si l'on doit croire mes Oracles.
Qui pourroit en douter voyant voſtre
beauté
Qui paroift déja fans feconde,
Et qui n'avonera dans lemonde
Bacilly en a fait un
75
aiman'a
ja̸-
ble;
e est
ra plus
vous trouverez icy note
qui
a
ef
Vis que vous reffemblez à q
vous donna l'eftre, pvis
Vousferez de nosjours
Gij
74
Ver
cre
ce M
le
eu
men
commencement
doit croire mes Oracles .
pourroit en douter voyant voſtre
beauté
Qui paroift déja fans feconde,
Et qui n'avonera dans le monde
GALANT.
75
Que j'ay disune verité ?
Quoy que voussoyez toute aimable,
Et qu'on vous aime plus qu'on n'a ja
mais aimé,
Un Garçon feroit admirable;
Mais attendons un an , le terme eft
Supportable,
Et nous verrons duquel on fera plus.
charmé.
avoit prédit par quelques
G
74 MERCURE
Vers au commencement de
la Groffeffe de Madame la
Ducheffe de Richelieu , que
ce qu'elle mettroit au monde
auroit les charmes du
Pere & de la Mere , envoya
ce Madrigal auffi-toft qu'el
le eut appris fon Accouche-
?
ment.
J
Avois bien dit qu'un couple fi
charmant
Ne produiroitque des miracles ,
Iugez par ce commencement
Si l'on doit croire mes Oracles.
Qui pourroit en douter voyant voſtre
beauté
Qui paroift déja fans feconde,
Et qui n'avonera dans lemonde
Bacilly en a fait un
75
aiman'a
ja̸-
ble;
e est
ra plus
vous trouverez icy note
qui
a
ef
Vis que vous reffemblez à q
vous donna l'eftre, pvis
Vousferez de nosjours
Gij
74
Ver
cre
ce M
le
eu
men
commencement
doit croire mes Oracles .
pourroit en douter voyant voſtre
beauté
Qui paroift déja fans feconde,
Et qui n'avonera dans le monde
GALANT.
75
Que j'ay disune verité ?
Quoy que voussoyez toute aimable,
Et qu'on vous aime plus qu'on n'a ja
mais aimé,
Un Garçon feroit admirable;
Mais attendons un an , le terme eft
Supportable,
Et nous verrons duquel on fera plus.
charmé.
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Résumé : « Madame de Vignier qui avoit prédit par quelques Vers au / J'avois bien dit qu'un couple si charmant [...] »
Madame Vignier a prédit la naissance d'un enfant doté des charmes de ses parents. Cette prédiction a été partagée sous forme de madrigal après l'accouchement. Le madrigal met en avant la beauté de l'enfant, déjà perceptible malgré son jeune âge, et suggère qu'elle surpassera celle de tous les autres enfants. Le poète Bacilly a également écrit un poème sur ce sujet. Le texte inclut des extraits du madrigal, soulignant la beauté de l'enfant et la justesse de la prédiction. Il se termine en exprimant l'espoir de voir si l'enfant deviendra un garçon remarquable, tout en reconnaissant sa beauté actuelle et l'amour qu'il inspire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 319-321
Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Début :
Le 19 de ce mois, Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Condé, Duc, Chapelle, Prince, Parrains et marraines, Soeur, Veuve, Princesse, Cérémonie de baptême, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 19. de ce mois , Mademoiſelle
de Condé, troifiéme
Fille de M. le Duc , fut baptifée
par M. le Curé de
S. Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoftel de Condé. Monfieur
lePrince,grand- Pere de
cette Princeffe,fut le Parain,
& Madame la Ducheffe de
Brunfvvich , Soeur de Madame
la Ducheffe, & Veuve de
Jean Frideric Duc de Brunf
D d iiij
320 MERCURE
vvich Hanover , fut la Maraine
, & la nomma Loüife
Benedicte. Mefdames les
trois Princeffes de Hanover.
fes Filles,fe trouverent à cette
Ceremonie , & fe firent
admirer de tous ceux qui
les virent , tant par leur
beauté & leur bonne grace ,
que par un certain air modefte
& engageant qui accompagne
tout ce qu'elles font .:
C'eft un effet de la bonne
education que Madame la
Ducheffe de Brunfvvick.
prend foin de joindre aux
avantages de leur Naiffance..
GALANT. 321
Il fuffit qu'elles fe faſſent un
modelle de fes grandes qualitez
, pour acquerir tout ce
qui peut rendre des Princeffes
parfaitemet accomplies.
L'Aifnée , qui ne fait que de
fortir de fa quatorziéme année
, a une taille fine & aisée,
dont la beauté augmente de
jour en jour avec fon âge .
Elle a le teint vif, les yeux
bleus & doux, & tant de charmes
dans toute fa perfonne,
qu'on ne sçauroit fe laffer de
la tegarder
.
de Condé, troifiéme
Fille de M. le Duc , fut baptifée
par M. le Curé de
S. Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoftel de Condé. Monfieur
lePrince,grand- Pere de
cette Princeffe,fut le Parain,
& Madame la Ducheffe de
Brunfvvich , Soeur de Madame
la Ducheffe, & Veuve de
Jean Frideric Duc de Brunf
D d iiij
320 MERCURE
vvich Hanover , fut la Maraine
, & la nomma Loüife
Benedicte. Mefdames les
trois Princeffes de Hanover.
fes Filles,fe trouverent à cette
Ceremonie , & fe firent
admirer de tous ceux qui
les virent , tant par leur
beauté & leur bonne grace ,
que par un certain air modefte
& engageant qui accompagne
tout ce qu'elles font .:
C'eft un effet de la bonne
education que Madame la
Ducheffe de Brunfvvick.
prend foin de joindre aux
avantages de leur Naiffance..
GALANT. 321
Il fuffit qu'elles fe faſſent un
modelle de fes grandes qualitez
, pour acquerir tout ce
qui peut rendre des Princeffes
parfaitemet accomplies.
L'Aifnée , qui ne fait que de
fortir de fa quatorziéme année
, a une taille fine & aisée,
dont la beauté augmente de
jour en jour avec fon âge .
Elle a le teint vif, les yeux
bleus & doux, & tant de charmes
dans toute fa perfonne,
qu'on ne sçauroit fe laffer de
la tegarder
.
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Résumé : Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 19 du mois, Mademoiselle de Condé, troisième fille du Duc de Condé, a été baptisée par le curé de Saint-Sulpice dans la chapelle de l'Hôtel de Condé. Le prince de Condé, grand-père de la princesse, a été le parrain, et Madame la Duchesse de Brunswick, sœur de la Duchesse et veuve de Jean Frédéric Duc de Brunswick-Hanover, a été la marraine. La princesse a reçu le nom de Louise Bénédicte. Les trois princesses de Hanovre, filles de la Duchesse de Brunswick, ont assisté à la cérémonie. Elles ont été remarquées pour leur beauté, grâce et modestie, témoignant de l'excellente éducation reçue de leur mère. L'aînée, âgée de quatorze ans, se distinguait par sa taille élégante, son teint vif, ses yeux bleus et doux, ainsi que par l'ensemble de ses charmes personnels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 93-97
PORTRAIT D'UNE DAME de Qualité, fait par Mademoiselle B. D. R.
Début :
Quoy que je ne sois pas habile, [...]
Mots clefs :
Peinture, Portrait, Yeux, Éclat, Feux, Charme, Bouche, Amants, Plaisirs, Éloges, Déesse, Coeur, Iris, Beauté, Coeurs, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT D'UNE DAME de Qualité, fait par Mademoiselle B. D. R.
PORTRAIT D'UNE DAME
de Qualité,fait par Mademoiselle
B. D. R.
a.QVoy que je nefois pas habile,
Je peins Irist & veux la peindre
- - bien,
VOriginalefltelqu'ilferait difficile
Que le Portrait nen valnft rien. A
Si 11ècUt de ses yeux ne sçauroit se de
crire,
Au moinsils font connm par leur divin
pouvoir;
Leursfeuxfitnt si persans, que ce qu'il
enfant dire,
C'efl que s'ils regardaient, on ne les pourroit
voir.
Sa bouchecharme & plaijl
, quoy que
trop inhumaine,
Et qu'il n'enferterien quisiaste les de-
PrS
Sensourire aux Amans donne mille plaisirs,
Quandmesme elle rit de leur peine.
Diray-je que le teint d'Iris
Défait les Roses & les Lis?
A de foibles beautez. comme feroient les
nojfres
Ceséloges communs peuvent eflre tlàreffés:
Onena trop dit pourles autres,
Etpour elle on nepeut jamais en dire asîés.
Unegorge, des bras dignes d'une Deejje,
De l'agrément, de la dellcatejfe,
Ilefl pour eHe un eternel Printemps,
Elle paroist avoir quinze ouseize ans,
Peut-ef/re en a-1-elle bien trente,
Maissa beautécroist & croft*ai
Et quand elle en aura soixante,
Je nesçay qui s'ensauvera.
Son esprit est galant & tendre
Délicat, prmptIl concevoir,
Quand on la voit, on ne veut que la voit;
Quand on tentend, on ne veut que fentendre.
Soncoeur estfait pour l'amitié,
Four la rccennoijfance
, ou bien pour lA
pitié,
Car pour l'amour, Iris le hait & le redoute,
Son coeurest tranquille & content,
Heureux les Amans quelle entend,
Puis quiln'en estpoint qu'elleéepute.
Regarde1.t- en ces lieux, quand on voit
cette belle:
Quand elle en efi absente,yporte-t-onfes
ptU?
On ny voit rien quand on ne Lyvoit
pas;
Quand on ty voit,onny voit ql1elle.
Iris veut connoilfre à loisir,
De pénétrer les coeurs ellefaitson étude,
uiu choix deses amispins qua lamultitude
Elle
Ellea toujours mis son plaisir.
EDe choisit par gDUft, & non parsantasfie
;
On est en eflat de choisir
Quand entre mille on peut eflre chiste.
Que de mérité & <£agreemens,
Et que d'amourtous les jours ilsfontnaître!
On ej1 forcé de reconnotflre
Que la louer,cefl plaindre bien des gens.
de Qualité,fait par Mademoiselle
B. D. R.
a.QVoy que je nefois pas habile,
Je peins Irist & veux la peindre
- - bien,
VOriginalefltelqu'ilferait difficile
Que le Portrait nen valnft rien. A
Si 11ècUt de ses yeux ne sçauroit se de
crire,
Au moinsils font connm par leur divin
pouvoir;
Leursfeuxfitnt si persans, que ce qu'il
enfant dire,
C'efl que s'ils regardaient, on ne les pourroit
voir.
Sa bouchecharme & plaijl
, quoy que
trop inhumaine,
Et qu'il n'enferterien quisiaste les de-
PrS
Sensourire aux Amans donne mille plaisirs,
Quandmesme elle rit de leur peine.
Diray-je que le teint d'Iris
Défait les Roses & les Lis?
A de foibles beautez. comme feroient les
nojfres
Ceséloges communs peuvent eflre tlàreffés:
Onena trop dit pourles autres,
Etpour elle on nepeut jamais en dire asîés.
Unegorge, des bras dignes d'une Deejje,
De l'agrément, de la dellcatejfe,
Ilefl pour eHe un eternel Printemps,
Elle paroist avoir quinze ouseize ans,
Peut-ef/re en a-1-elle bien trente,
Maissa beautécroist & croft*ai
Et quand elle en aura soixante,
Je nesçay qui s'ensauvera.
Son esprit est galant & tendre
Délicat, prmptIl concevoir,
Quand on la voit, on ne veut que la voit;
Quand on tentend, on ne veut que fentendre.
Soncoeur estfait pour l'amitié,
Four la rccennoijfance
, ou bien pour lA
pitié,
Car pour l'amour, Iris le hait & le redoute,
Son coeurest tranquille & content,
Heureux les Amans quelle entend,
Puis quiln'en estpoint qu'elleéepute.
Regarde1.t- en ces lieux, quand on voit
cette belle:
Quand elle en efi absente,yporte-t-onfes
ptU?
On ny voit rien quand on ne Lyvoit
pas;
Quand on ty voit,onny voit ql1elle.
Iris veut connoilfre à loisir,
De pénétrer les coeurs ellefaitson étude,
uiu choix deses amispins qua lamultitude
Elle
Ellea toujours mis son plaisir.
EDe choisit par gDUft, & non parsantasfie
;
On est en eflat de choisir
Quand entre mille on peut eflre chiste.
Que de mérité & <£agreemens,
Et que d'amourtous les jours ilsfontnaître!
On ej1 forcé de reconnotflre
Que la louer,cefl plaindre bien des gens.
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Résumé : PORTRAIT D'UNE DAME de Qualité, fait par Mademoiselle B. D. R.
Le texte 'Portrait d'une Dame' présente Iris, une femme aux qualités exceptionnelles. Ses yeux possèdent un pouvoir divin, rendant leur regard presque invisible. Sa bouche, bien que parfois cruelle, offre des plaisirs à ses amants. Son teint est plus éclatant que les roses et les lis. Iris semble éternellement jeune, paraissant avoir quinze ou seize ans, alors qu'elle pourrait en avoir trente ou plus. Son esprit est galant, tendre et délicat, et son cœur est ouvert à l'amitié, la reconnaissance ou la pitié, mais elle évite l'amour. Sa présence éclaire les lieux, tandis que son absence les assombrit. Iris choisit ses amis avec soin, privilégiant la qualité à la quantité. Ses mérites et ses charmes suscitent admiration et amour au quotidien, forçant beaucoup à reconnaître ses qualités.
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36
p. 183-198
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Début :
D'où vient que plusieurs Maris, qui ont de tres-belles Femmes, [...]
Mots clefs :
Maris, Femmes, Laideur, Beauté, Aveuglement, Nature, Épouse, Enfer, Plaisir, Maîtresse, Volupté, Sincérité, Amour, Amant, Éternité, Orgues, Harmonie, Origine, Antiquité, Instruments, Enchantements, Fleurs, Saisons, Musique, Muse, Divinité, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
SÊNTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
SUR LES QUESTIONS
DU XXX.
EXTRAORDINAIRE.
D'oùvientque plusieurs Maris,
qui ont de tres -
belles Femmes
, en aiment souvent, non
feulement de beaucoup moins
belles, mais mesme de treslaides?
D'Où vient ce défaut£amitié?
D'm vient cette bijarrerie,
Depréferer une furie
Auxebarmes rawijfuns de sa chert Mtirtiê?
D'où vient qu'en ce temps IHnoUlfimes
On voitfouie, on voit nombre d'hommes
Quise IAffim injuflement
D'un bien honnefle & légitime
Que leur offre le Sacrement, *
Pour courir scandaleusement
Après la Uideur & le crime?
Ce déplorable aveuglement
A. qui le bon sensse dénie,
Vient d'un certain enteflement
Que l'on peut appeller manie,
- Fièvre de toutes les faisons
Que la Nature abhorre,
Que l'on ne peut filtffrir quaux petites
Maisons,
Et qu'ton ne peut guérir qu'avecque Hellebore.
Car outre que la Loy de Dieu,
Qui doit noue regler en tout lieu,
Défendce commence execrable,
Ûefi que quiconque en uze ainsi,
Se voit de honte tout noircy,
Et ne peut s"empefeber d'estre dértifonnable.
Ilfaut que ce lâche Mortel,
Accusé d'un desordretel,
Ait l'ame bien noire & brutale,
Tuifque pour flater fort defin
Ilse livre AU vilain plaiftr,
EtJe noyé dans de l'eau salle.
Ilpourrait éteindresesfeux
DAns lefein d'une cbafle Epouiei
Quifeule en vaut bien dix ou douze-
Et qui(Failleurs narien d'affreux;
Cependantl'injufle s'amuse
Par une tHufîon qu'inspire Lucifer"
A carresseruneMeduz^e
Qui ne mérité que tEnfer.
Est-ce un plalfiir,ejl-ce un honneur,
• D'aller prodiguer sa tenâreffe
Envers une indigne Maîflrefife
Quifait banqueroute a (honneury
Quin^Âquune conduiteinfame
Et d'odieuses qualités,
Quitraisne fori corps & Toname
1
Dans lafange des voluptez
,
Pendant qu'une Femme discrette,
Qui de bcautez a plus d'ungrain
> w DeVore en secret son chagrin,
Et garde unefainteretraite,
Employant envers Dieu tonsfes empreA
femens
Enfaveur deceluy quifait toussestouw.
mens.
er.i
Certes disons la verité
Parlons avecsïncerité,,
Pour faire une telle conqueste
Avec un choix si precieux
Ilfaut qu'un hommeaitmal aux yeux.'t.
Et plus mal encore a la tesse.
Nfent une extrême ailegreffe
!?!:!and on peut s'acquérir une fiereMat-- \*
tresse,
JQui regardaitCamour comme un frm'¡
défendu;
JMais bien plusfenfble efl la joye •
Quand on peut ratrapper sa proye, ,,
Etre\a<rner un coeur que lonavoitpcrdu*^
Si un Amant peut voircontinuellement
fà Maistresse sans 'en. nQuyer. Uelque belle quefoit une aimable
Personne,
Fufi-elle une Venu4
,
fuji-elle une Hermionne,
Ou celle à qui Parisfitsafunejiecour,
Si les yeux n'ont toujours à voir quejren
visage,
Enfin l'on sen dégOHtc, & l'on Je décourage
, Et lennuy prend-bien-tofi la place de l'a- -
mour.
Tour gâter un plaisîr3 il faut tfes-peu de
chose
Le changem3 ent nomplaifl, &'. nous IÍtnJf
lieu de don;
Ce qui d'abord paroissoit une roze
X>anslafuite du temps dégénéréen chafr'~
dom
Il n'en VA pas ainsi ds la cause premiere,
<.
Ce Soleil Eternel
, cette vive Lumiere,
DontCesprit & les sensreflerontenchan--
tez.
Sotteson Empire heureux, chacun rendra
les armes;
Voyant Dieu l'on verra mille & mille
beautez., ,
Sans que l'Eterniti suffi epuiser fei
charmes.
De l'Origine des Orgues. 1 L'Orlue efl une Machine antique,
Harmonieuse CT magniifque,
Qni par le mouvement des doigts.
JLt des pieds msfmequelquefois,
Entonne les justes lokanges
Dit Roy des Hommes & des Anges
Déterrons-en dans ce Traité
L'Origine. & CAntiquité,
.:Et rapportonsce que lHifloire
FtHt fournir à nostre memoire.
rn écrit que Tidal-Cam, Un des descendans de Cam,
Homme de coeur & de courAge,
Mit tout le premier en usage,
Corme en oeuvres a grandscoups de
main
QUO} , le Fer, la Bronze & l'Airain,
DontenfRite par tente terre
On fit des Infirumens de Guerre;
,7;,,ottes ,
Caj^ues,Bourguignottes, BBrraaSffâirrttss)
Hallecreti
,
Javelots, Cuijfarts,
Dards, Hallebardes, Bayonnettes,
SAbresJ Poigrardt, CllirafJèr, Brettes,
Flatnkerges de toutes saÇCMS,
Qui par des coupsd*EframasenJ
Derolent des fillis entiercs
Et piHplcnt , tant de Cimetières.
A ce Forgeron non taqun
DcJJom le grand nom de Vitlcain,
:>Mtèfotte & barbare
Par nn rvcuglement bicarré
, Comme a beaucoup d'autres izotels,
Offrit des ¡.roel!:C & des Autels.
Au reste, cet Homme heroiejue
Fllt l'Inventeur de la Musique,
Et des musicaux Inflrumens
Qui font let doux enchantemens,
Et les ravivantes merveilles
Des plus delïcatesoreillesi
Car des Motets bien inventez,
Bien conduits, bien executez t
Sur un Inflrument dharmonie,
Flattent doucement le génie,
Et s'attirent plus d'Auditeurs
Que le Printemps ne voit de fleurss
Quel'Automne ne voit de pommes,
Que l'air ne premene dUattomes
Que , tHyver ne voit de glaçons,
Que l'Esté ne voit demoissons.
Si la chose efl de cette forte
Comme on l'écrit, je men rapporte,
Dés le berceau de l'Univers
On parla Proze, on parla Vers,
Et l'on empUya des machines
A chanter les Grandeurs divines:
L'Orgue en efioit pareillement-
Selon mon petit fentiment*
Dt!vld, tornement des Prophètes,
L'honneur des RoisÔ" des Poètes,
Ce Chantre iiluflre & fortuné,
Ce couronné,
Ce Prince délite & de mise
Qui donne une Langue à ïEglife,
Qjii jo,,gnoit auson des
Hautbois
Ladouceur defit belle voix,
Dans Ion dernierPseaume conjure
Toute mortelle Creature
De rendre avec fidélité
Ses Voeuxà la Divinité,
Sans épargner la Castagnette,
L'Orgue,laHarpe, rEpinette,
Les Tymballes_&lesClairons,
BaJJes. de Yiaie & Violons,
Les Clavessins & rAngelique.
Et tout autre outil de Musique,
Car on ne peut trop eslimer
Celuy qu'on ne peut trop aimer.
Onécrit que l'Eglise Grecque,
Tlui Orthodoxe que la Meque,
FitAutrefois au grand Pepin,.
Slvant qu'ilfent.fl le lapin,
Et qu'il :;'dpprocha de la forguo Present , d'un riche buffet dOrgues,
En plujieurs membres départit
De mille tuyauxassorti,
Et fait d'une telle jlrutture
Quel'art y passant la Nature,
Rendoit par des traits inouis
Les fpeSlateurs tout ébl&uis.
Celle qui fit cette dépense
Ne manqua pas de récomptn/e;
Cette Histoire au refle an-iv%,
Nonfotu le regne de Nerva,
Maisfous celuy de Capronyme,
Prince qui vefeut sans esime
J Qui fouilla les Fonds lf"Aptifmaux,
>
PÓréfane infaillible des maux !2l(il firoit [s(oluuf!fF-iirr aà ¡' EE:g;,!>!ifree
Par (a rigueur ra (ot:ze : ù Par lajuoent les bons Erpr:ts
Quel Orguea bien descheveux gris.
0)
Platne le fameux Platine,
Hemtnc
Homme de profonde dotlrine,
Et de haute Irudition,
Faifant des Papes mention
Dit qu'un Pape , en vertm illuftre-,
Digne du Daiz. & du Balluftre,
Au Culte divin lattAchAnt,
Intreduifit l'Orgue & le Chant,
Relevantainsi la memoire
Du doiïe & zelé Saint Cregoire,
Qui se faisoit un doux plaisir
Dansjes beaux momens de loisir
D'apprendre quelquesaintCantique
A des Efleves de Musique.
Ce Pape efl Saint Vitalian,
Il me faudroit du moins un an
Pour bien portraire ce grand Homme
Quifut les delices de Rome,
Pour qui le Pais des Cesars
Eut de favorables égards.
On nom dépeint Sainte Cecile,
Qui portoittoujours CEvangile
Sur sson chaste & pudique ftin
Avec l'Orgue ou le CIAlItffi".
Joignant a sa belle harmonie
Vne agreablesymphonie;
Ce quifait croire avec.rai{on
Que COrgue estoit lors defaison.
Vn Orfani]Îe à grandfeuillage
Qui soutient bien son personnage,
Et qui réüJ!it dans son art
Par fcieuce & non par bazard
Efl digne , certes qu'on le lOlÛ,
Car sur une mesmeOrgue il joué,
Ce qui surprend les fptaateurs
Aussi-bien que les auditeurs,
La Yéelle, tEcho, la Mufttte,
La voix humaine, la Trompeltt.
Le Rossignol & le Cornet,
Le Cremorne & le Flageollet,
Sans que la baffe-continue
S'interrompe, discontinuë,
Etcesse pour un seul moment
De gronder agréablement;
Et cette aimable gronderie
Ne met point les gens en furie.
Au refle, ilfemblc en tant d'emploù
Qu'un homme ait vingt mains & cent
doigts.
Ajoutez.qu'en ce bel Ouvrage
Jamais le Souffleur ne partage
L'estime
,
lagloire & l'honneur,
Qm# ne font deus qu'au seulJoueur,
Comme eut la vanitédefaire
Un certain petit Necejptire,
Qu'autrement on nomme Laquais,
Spirituel à peu de frais.
Cet Avorton, ce Souffleur d'Orgue,
Digne que son orgueil on morgue,
AttribuAnt avec excez.
gue
De l'Orgue un fortuné succez,
Parlant un jour a [a Alaiflrejfe,
Et faisant valoir son adresse
Luy dit d'un , ton non enroüé:
Madame, a.t.on pas bien jiûé?
7e m'en rapporte à vosoreilles,
fc'Orgue a-t-elle
.@
PM.fait mervdlle
fItOC'Ï,styt . Pierrot,j'en reftay sans voix. mOJ, Madame, qui foufflois.
Ah Pierrot! ta fortune est faite
JI faut que le Begue en retraite.
Cherche a se cAch:r devant toyt
Ou qu'il renonce à fort employ.
Ah le [çItVAnt! ah l'habile homme!
Députa Lutece jufqua Rome
Voit-on rien de plus excellent
Que ton esprit & ton talent
Réponda ce vain Salmeaé*.
La Dame qui fait l'étonnée,
Voyant Pierrot se faire honneur
De la qualité de Soujfleur?
DesOrgues souvent l'on AhHft
Leur faisant dire
,
quelle rufe!
AH lieu d'Airs fierez. & divins,
Des Airs profanes & mondains,
Des Pont-retons, des Sarabandes,
Des Chacones, des Allemandes,
Des Gigues, & d'autres Chansons
Qu'onchantechez, les BrabAnçons,
Chez, les François, chez, les Druydesi
Chez, les Sarmates & Gepides,
Et chez, ceux qui d'un air ferAi"
Boivent la Moselle & le Rhin.
Certain Concile de Cologne,
.J..UDY que maint Organtfle en grogne par , tout Pays & Nations
Défend ces profanations.
En tffety de cette machine
Dont nous épluchons l'origine
e positif & le plein jeu :1 Ve doivent jouer , que pour Dieu,
semblables aux Troupes Celestes
lui nemployentleurs a tons modefies rendre dans l'Eternité
dommage a la Divinité.
eux qui nont pas l'oreille fine,
Prennent le son pour lafarine
a fable s pour la vérité,
1"oinbre pour la realité,
'our chants etEglise des Bourées • Adroitement élabourées,
"our des Pseaumes, des Menuetsy
uifont parler mille Muets,
ar les Tuyaux & les Pcdalle*
ue l'on na point sans Richedales,
appez d'un insensibleJon
'mblent parler , en leur façon.
ombre dEglises Calhedrltltl,
Fafiorales
,
Collégiales,
De grande réputation,
Se trouvent en possession
D'avoir des Orguesd'importance;
Mais dans un certain lieu de France,
Qui vaut bien plus d'un million,
C'efl dans l'Eglise de Lion,
Riche & superbe Basilique,
On est sans Orgue & sans Mus-ique,.
On se contente du Plain-chant
Melodieux, dévot, touchant,
Oui porte à Dieu sans artifice
Danscemagnifie/ne Edifice,
Les plus grands Princes d'icy-bas
Fontgloire d'y porter les draps.
- L. BOUCHET,
- ancien Curé deNogent le Roy
Je veut envoye quelques Explications
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Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU XXX. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux sujets principaux : les comportements humains et l'origine des orgues. Il commence par critiquer certains hommes qui préfèrent des femmes laides à des femmes belles et honnêtes, qualifiant ce comportement de 'déplorable aveuglement' causé par une 'manie' ou une 'fièvre'. Ces hommes sont accusés de désordre moral et de se livrer à des plaisirs honteux et criminels, contrairement aux femmes discrètes et vertueuses qui prient pour leur mari. Le texte aborde ensuite l'origine des orgues, un instrument antique et harmonieux. Tubal-Caïn, descendant de Cam, est crédité de l'invention des instruments de guerre et de la musique. Les orgues étaient utilisées pour chanter les grandeurs divines et accompagner les prières. L'Église grecque offrit un riche buffet d'orgues au roi Pépin, et l'historien Platine mentionna cet instrument dans ses écrits. Le texte relate également l'introduction de l'orgue dans le culte divin. Le Pape Saint Vitalian, connu pour sa piété et son érudition, introduisit l'orgue et le chant dans les cérémonies religieuses, suivant l'exemple de Saint Grégoire. Sainte Cécile est associée à l'orgue, symbolisant l'harmonie divine. Un organiste capable de reproduire divers sons et instruments avec une seule orgue est mentionné, ainsi qu'un souffleur d'orgue vaniteux s'attribuant injustement le mérite du succès musical. Le texte critique l'utilisation profane de l'orgue pour jouer des airs mondains, une pratique interdite par certains conciles. Il souligne que certaines églises prestigieuses possèdent des orgues importantes, tandis que l'église de Lyon, malgré sa richesse, n'en possède pas et se contente du plain-chant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 285-296
L'AMOUR AMANT. BALLET.
Début :
L'Amour averty d'une Feste qu'une Personne de qualité [...]
Mots clefs :
Amour, Fête, Céleste, Amants, Beauté, Poésie, Musique, Portrait, Olympe , Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR AMANT. BALLET.
L BALLET. Amour averty d'une Feste
qu'une Personne de qualité
donnée il y a quelques jours
dans une Maison de Campagne,
~orés d'une des plus considerables
Villes du Royaume, voulut h04ÏofJ
norer cette Feste de sa presence
Ce Dieu se doutoit bien que dans
le concours des Belles qui devoient
s'y rencontrer, il y en auroit
beaucoup de soûmises à se
Loix ; ayant eu tout le loisir dot
remarquer qu'elles préparoien
pour la Feste leurs ajustemens leso
plus magnifiques. Il Savoir PÛH
remarquer la mesme chose à l'é-à
gard des insensibles, à causequ'il
n'a aucun commerce avec elles:
mais comme il y en auroit pu avoir
de ce caractere, il pretendoit
en cas que cela fust, devenir l'Amant
de quelqu'une d'elles,& nerJ
vouloir point sortir de l'Assemblée,
qu'il n'y eust fait quelque
importante conqueste.*1
- I.ENTREE.
L'Amour vestu d'une maniefort
propre, &; sans avoir de
~andeau sur ses yeux, ny d'arc en
samain, danfoir avec de petits
Amours, afin de se servir deleurs
traits en cas de befoinr
L'AMOUR.
Du haut du celeste Lambris
Je viens vous imnoncer Beautez pleines
decharmes,
Qu'un Dieu de ces charmes éprù
jFcroit gloire aujourdhuy de vous rendre
les armes.
Ce Dieu, lecroirez.-vouiycejf le Maistre
des Dieux.
Ceftl'amourquiprétendse mettre en
efclaage.
u4 quelquune de vous, pour rendre son
hommage 12volfoudllin il estpartydes deux.
Mes Freresles Amours,surmoncoeurjé^
vous prie,
Soyez, prestsàtirer. S3ilvousprendquelque
envie
De vous bumanifer pour faire les yeux t
deux
Je vous promets qu'alors je tireray sur s
vous.
Une fois pour moy sens employons ma b
methode
D*adoucir là fierté, de la rendre com- -
mode.
Jefuis}sans meflater,
.Assez:.. bien fait pour en conter.
Et vousy Amans, quiminspirezl'en—
vie
D'ejlteAmantcommevom,tantjevota t
trouve heureux,
Sçachez"s'ils'iffreic] desBeautezames t
yeux, Dont l'Ame ne foit point a mes loix afservie,
Que vous verrez en ce Sejour
VAmoursefaire par l'Amour
Oln"
ûy,jeveuxgalamment débiterlafleurette,
Etfaire éclore une amourette.
II. ENTREE.
Pendant que l'Amour chernoit
dans toute l'Assemblée des
oeurs dontil pust triom pher ;la
poësie, accompagnée de toutes
s especes de Vers, venoit luy
frir son service.
LA Poësie.
Depuis que fay receu ma naissance en
la Grece, rCroissantplusieurs fois renouvelleson
; tour,
yfbiiéen veu du Pays, maisenfin je contailleurs
jenay point veu ce qu'on
voitencejour.
uvent plm d'un Amant & minvoque
& m'appelle,
Pour avoir de ma main le Portrait deA
Belle.
Dans le brillant concours des plm grAmtl
des beautez.,
Jamais en travaillant je n'enssi beaumew
lIe/le
-QZtUice cceeuuxx qquueejjee-ddééccoouuvvrreeenencecesslieliueuwmt1 écartez.,
Mon Pere eflle garand de tellesveritezx*
Lny quivoit tantsurla Terre
tOnde.
Pourrait avoueraujturd'hny
Quicy les plus beaux yeux du mon
N'ont pas un moindre éclat que luy.(
Leriche émail desfleurs dont la ttrree.
parée,
L'or des Epies,lapourpre des Rassis.
Le vert lambris des Chesnes& dk
Pins,
Etme[me touslesfeux de la Voute aZMSrte,
Ne font rien en comparaison
De ce brillant amas de charmes.
g L..Amosr luymefme « bien raifin «
LDc venir y rendre les armes. faisildoitestre undangereux Ornant, ilestpropre & joly dans sonajufle.
t ment!
jt Quel vif éclat sur son visage !
Comme j'ay fottvent Cavantage,
ïtQjiencwmpofant ilmtpreste sesfeux Et qu'talors je réûssis mieuxé
J'amtne en ce beatt jour de Tefie
De pltu d'une espece de Vers.
lWfi" de celebrer la pltu rare conauefle,
ïjuetonaitjamaisfaiteencevajteVnù*
m vers*
III. ENTREE.
La Musique,suivie de toutes ses
arties, s'offroit à mettre sur les
~irs les plus melodieux, les Vers
ue la Poësie la Soeur auroit pu
méditer pour l'Amour.
LA MUSIQUE. -
quitte avec plaisir le Séjour du Tan
nl"t. Bb ij
Oul'Olympese meut par mes divins An
cords.
Je trouve mille fois plus d'attraitssur As
terre
Qu'il rien est aux lieux d'oùjefors,A
lcy je vois brilleruneillnftreJeunesse
.A qui doit le Pays son plus bel ornCït
ment.
Heutense
,
si je puis causer de Fallet
grefe -
A ces rares Beautez, à ce concours chami
mant.
Mais tandis que j'appreste & mavoix db
ma Lyre •
fourformer en ces lieux de raviJfansComu
certs ;
Unconcert defoupirs alorsfrape les airn
fay de l'oreille, & jepuis dire 4
Que pour moy tous les coeurs paroijfemnî
flûpirer.
S'il en 1ft toutefois quiveuillent s'endèk
fendre;
A l'Amour je puis bien montreur
Sur quel ton il lefaudraprendrai
IV. ENTREE.
La Bonne-chere, qui n'est pas
joue, à faitinutile àl'A mour, vecoit
précédée de la Soif &. de'
AApp:nt) donner aux Conviez
me magnifique Collation.
LA BONNE-CHERE
* Amour.. dit-on, se repaift de fiûpirs
)',,'oeilladcJ, de transportS, defaveurs, de
dcfirs.
Cesî-lasafeule nourriture.
Je le veux,toutefois je jure
M languirait icy,si l'on negoûto'tpas'
,;¡C-)"es mets delicieux & desvintdélicat*
mua son ordre aujourdhuy (apporte en
abondance.
Minfî,cess feulement pour égayer tAmour
, 'eautez., qui ressentez. sa douce violence,
QuilVOUSfautboire &manger en et
jour.
V. ENTREE. 1?
L'Amourayant repris son prem
mier état,c'est à dire ayant loi
Bandeau sur les yeux,l'Arcenloi
main, & la Trousse sur le dos, venoit
apprendre à ses Freres les A-A.
mours, qu'il n'avoir point trouvov
de coeur infenfibledansl'Affem-n
blée. Ainsin'ayantpointdecon-n
quelte à remporter, il invitoit 1$1
Pocfie & la Musique à faire erm
tout temps pour les Belles qu'ils
avoit trouvées à la Feste, ce qu'_t,
elles s'eficient proposées touteis
deux de faire pour luy seul. :.;.
L'AMOUR.J
VA
Volant vers ces beaux Lieux] s
Si je riens point alors de Bandeaufunà
lesyeux,
V'e fut afin defAire une exatte reveué
N'ur ces rares Beautez, dont mon ame eji
tmeuë.
J'ay découvert les replis de leurscoeurs; \t leurs coeursniontfembîè reffintir mes
ardeurs.
7fufjît,laissons-la l'espoir d'un beau trophée
;
N'allons point fierement
Slltlirune Maijlrejfea[on fidelleAmant,
CD'un projetamoureux lachaleurétoufsa
"tWelaiffe dans monfein nulle ardeurfour
anchoix
7)Hr des coeurs rangez, fous mes Loix.
Ain[îdonc je reprens mon premier équi
page.
11.'aime mieux ejlrearmé de l'Arc & ail
Flambeau,
"SEndofiédu Carquoisaffable du Bandedu,
iïPour nemereserver que leseul avantage
M'admirer ensecret vos celefiesappas,
00 parfaites Beautez, Soleils de mon Em-:
pire!
Il vaut mieuxquandpar tout vous avez
droitdeluire,
Vous suivre comme une Ombre) & ne
l, m.échauffer pas. la Toéfie avec la Symphonie,
Venoient me consacrer leurs Chansons &
leurs Yers,
Et donner pour moy seul de plus charmant
concerts Q:: n'en peut faire entendre un Cigne
à l'atonie.
Tout presl à retourner dans le vapue
des airt, u
Je laisse ces deux Soeurs au service des
Bellies; se verront loüer par elles
Avec des tonsnonmoins me/odieux..
Que ceux dont en tout temps elles charment
les Cieux.
qu'une Personne de qualité
donnée il y a quelques jours
dans une Maison de Campagne,
~orés d'une des plus considerables
Villes du Royaume, voulut h04ÏofJ
norer cette Feste de sa presence
Ce Dieu se doutoit bien que dans
le concours des Belles qui devoient
s'y rencontrer, il y en auroit
beaucoup de soûmises à se
Loix ; ayant eu tout le loisir dot
remarquer qu'elles préparoien
pour la Feste leurs ajustemens leso
plus magnifiques. Il Savoir PÛH
remarquer la mesme chose à l'é-à
gard des insensibles, à causequ'il
n'a aucun commerce avec elles:
mais comme il y en auroit pu avoir
de ce caractere, il pretendoit
en cas que cela fust, devenir l'Amant
de quelqu'une d'elles,& nerJ
vouloir point sortir de l'Assemblée,
qu'il n'y eust fait quelque
importante conqueste.*1
- I.ENTREE.
L'Amour vestu d'une maniefort
propre, &; sans avoir de
~andeau sur ses yeux, ny d'arc en
samain, danfoir avec de petits
Amours, afin de se servir deleurs
traits en cas de befoinr
L'AMOUR.
Du haut du celeste Lambris
Je viens vous imnoncer Beautez pleines
decharmes,
Qu'un Dieu de ces charmes éprù
jFcroit gloire aujourdhuy de vous rendre
les armes.
Ce Dieu, lecroirez.-vouiycejf le Maistre
des Dieux.
Ceftl'amourquiprétendse mettre en
efclaage.
u4 quelquune de vous, pour rendre son
hommage 12volfoudllin il estpartydes deux.
Mes Freresles Amours,surmoncoeurjé^
vous prie,
Soyez, prestsàtirer. S3ilvousprendquelque
envie
De vous bumanifer pour faire les yeux t
deux
Je vous promets qu'alors je tireray sur s
vous.
Une fois pour moy sens employons ma b
methode
D*adoucir là fierté, de la rendre com- -
mode.
Jefuis}sans meflater,
.Assez:.. bien fait pour en conter.
Et vousy Amans, quiminspirezl'en—
vie
D'ejlteAmantcommevom,tantjevota t
trouve heureux,
Sçachez"s'ils'iffreic] desBeautezames t
yeux, Dont l'Ame ne foit point a mes loix afservie,
Que vous verrez en ce Sejour
VAmoursefaire par l'Amour
Oln"
ûy,jeveuxgalamment débiterlafleurette,
Etfaire éclore une amourette.
II. ENTREE.
Pendant que l'Amour chernoit
dans toute l'Assemblée des
oeurs dontil pust triom pher ;la
poësie, accompagnée de toutes
s especes de Vers, venoit luy
frir son service.
LA Poësie.
Depuis que fay receu ma naissance en
la Grece, rCroissantplusieurs fois renouvelleson
; tour,
yfbiiéen veu du Pays, maisenfin je contailleurs
jenay point veu ce qu'on
voitencejour.
uvent plm d'un Amant & minvoque
& m'appelle,
Pour avoir de ma main le Portrait deA
Belle.
Dans le brillant concours des plm grAmtl
des beautez.,
Jamais en travaillant je n'enssi beaumew
lIe/le
-QZtUice cceeuuxx qquueejjee-ddééccoouuvvrreeenencecesslieliueuwmt1 écartez.,
Mon Pere eflle garand de tellesveritezx*
Lny quivoit tantsurla Terre
tOnde.
Pourrait avoueraujturd'hny
Quicy les plus beaux yeux du mon
N'ont pas un moindre éclat que luy.(
Leriche émail desfleurs dont la ttrree.
parée,
L'or des Epies,lapourpre des Rassis.
Le vert lambris des Chesnes& dk
Pins,
Etme[me touslesfeux de la Voute aZMSrte,
Ne font rien en comparaison
De ce brillant amas de charmes.
g L..Amosr luymefme « bien raifin «
LDc venir y rendre les armes. faisildoitestre undangereux Ornant, ilestpropre & joly dans sonajufle.
t ment!
jt Quel vif éclat sur son visage !
Comme j'ay fottvent Cavantage,
ïtQjiencwmpofant ilmtpreste sesfeux Et qu'talors je réûssis mieuxé
J'amtne en ce beatt jour de Tefie
De pltu d'une espece de Vers.
lWfi" de celebrer la pltu rare conauefle,
ïjuetonaitjamaisfaiteencevajteVnù*
m vers*
III. ENTREE.
La Musique,suivie de toutes ses
arties, s'offroit à mettre sur les
~irs les plus melodieux, les Vers
ue la Poësie la Soeur auroit pu
méditer pour l'Amour.
LA MUSIQUE. -
quitte avec plaisir le Séjour du Tan
nl"t. Bb ij
Oul'Olympese meut par mes divins An
cords.
Je trouve mille fois plus d'attraitssur As
terre
Qu'il rien est aux lieux d'oùjefors,A
lcy je vois brilleruneillnftreJeunesse
.A qui doit le Pays son plus bel ornCït
ment.
Heutense
,
si je puis causer de Fallet
grefe -
A ces rares Beautez, à ce concours chami
mant.
Mais tandis que j'appreste & mavoix db
ma Lyre •
fourformer en ces lieux de raviJfansComu
certs ;
Unconcert defoupirs alorsfrape les airn
fay de l'oreille, & jepuis dire 4
Que pour moy tous les coeurs paroijfemnî
flûpirer.
S'il en 1ft toutefois quiveuillent s'endèk
fendre;
A l'Amour je puis bien montreur
Sur quel ton il lefaudraprendrai
IV. ENTREE.
La Bonne-chere, qui n'est pas
joue, à faitinutile àl'A mour, vecoit
précédée de la Soif &. de'
AApp:nt) donner aux Conviez
me magnifique Collation.
LA BONNE-CHERE
* Amour.. dit-on, se repaift de fiûpirs
)',,'oeilladcJ, de transportS, defaveurs, de
dcfirs.
Cesî-lasafeule nourriture.
Je le veux,toutefois je jure
M languirait icy,si l'on negoûto'tpas'
,;¡C-)"es mets delicieux & desvintdélicat*
mua son ordre aujourdhuy (apporte en
abondance.
Minfî,cess feulement pour égayer tAmour
, 'eautez., qui ressentez. sa douce violence,
QuilVOUSfautboire &manger en et
jour.
V. ENTREE. 1?
L'Amourayant repris son prem
mier état,c'est à dire ayant loi
Bandeau sur les yeux,l'Arcenloi
main, & la Trousse sur le dos, venoit
apprendre à ses Freres les A-A.
mours, qu'il n'avoir point trouvov
de coeur infenfibledansl'Affem-n
blée. Ainsin'ayantpointdecon-n
quelte à remporter, il invitoit 1$1
Pocfie & la Musique à faire erm
tout temps pour les Belles qu'ils
avoit trouvées à la Feste, ce qu'_t,
elles s'eficient proposées touteis
deux de faire pour luy seul. :.;.
L'AMOUR.J
VA
Volant vers ces beaux Lieux] s
Si je riens point alors de Bandeaufunà
lesyeux,
V'e fut afin defAire une exatte reveué
N'ur ces rares Beautez, dont mon ame eji
tmeuë.
J'ay découvert les replis de leurscoeurs; \t leurs coeursniontfembîè reffintir mes
ardeurs.
7fufjît,laissons-la l'espoir d'un beau trophée
;
N'allons point fierement
Slltlirune Maijlrejfea[on fidelleAmant,
CD'un projetamoureux lachaleurétoufsa
"tWelaiffe dans monfein nulle ardeurfour
anchoix
7)Hr des coeurs rangez, fous mes Loix.
Ain[îdonc je reprens mon premier équi
page.
11.'aime mieux ejlrearmé de l'Arc & ail
Flambeau,
"SEndofiédu Carquoisaffable du Bandedu,
iïPour nemereserver que leseul avantage
M'admirer ensecret vos celefiesappas,
00 parfaites Beautez, Soleils de mon Em-:
pire!
Il vaut mieuxquandpar tout vous avez
droitdeluire,
Vous suivre comme une Ombre) & ne
l, m.échauffer pas. la Toéfie avec la Symphonie,
Venoient me consacrer leurs Chansons &
leurs Yers,
Et donner pour moy seul de plus charmant
concerts Q:: n'en peut faire entendre un Cigne
à l'atonie.
Tout presl à retourner dans le vapue
des airt, u
Je laisse ces deux Soeurs au service des
Bellies; se verront loüer par elles
Avec des tonsnonmoins me/odieux..
Que ceux dont en tout temps elles charment
les Cieux.
Fermer
Résumé : L'AMOUR AMANT. BALLET.
Le texte décrit une fête organisée par une personne de qualité dans une maison de campagne proche d'une ville importante du royaume. L'Amour, souhaitant y participer, espère y rencontrer des femmes soumises à ses lois et prévoit de séduire l'une d'elles. Lors de la fête, L'Amour, vêtu simplement et accompagné de petits amours, annonce son intention de rendre hommage aux beautés présentes. La poésie, soutenue par divers vers, loue la beauté des femmes, affirmant que même les plus beaux éléments de la nature ne peuvent rivaliser avec leur éclat. La musique, attirée par la jeunesse et la beauté des participantes, offre ses mélodies pour accompagner les vers de la poésie. La bonne chère, précédée de la soif, propose des mets délicats pour sustenter les convives. L'Amour, revenu à son apparence habituelle avec un bandeau sur les yeux et un arc, conclut qu'il n'a trouvé aucun cœur insensible et invite la poésie et la musique à continuer de célébrer les beautés rencontrées. Le texte aborde également une réflexion sur les sentiments amoureux et la décision de l'auteur de renoncer à ses ardeurs. L'auteur exprime son désir de maîtriser ses passions et de ne pas se laisser emporter par un amour excessif. Il choisit de revenir à une attitude plus modérée et de se contenter d'admirer secrètement les beautés qui illuminent son cœur. Il préfère observer ces beautés de loin plutôt que de chercher à les approcher. Le texte mentionne des muses inspirantes, telles que la Toésie et la Symphonie, qui célèbrent ses sentiments. Enfin, l'auteur laisse les Muses au service des Belles, qui seront louées par elles avec des tons mélodieux, similaires à ceux qu'elles utilisent pour charmer les cieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 263-287
EPITHALAME POUR LES NOCES DE MONSIEUR LE DUC DE BOURBON, ET DE MADEMOISELLE DE NANTES.
Début :
L'Epithalame qui suit est de M. l'Abbé Genest, dont je viens / Voicy les momens desirez. [...]
Mots clefs :
Noces, Duc de Bourbon, Nymphes, Divinités, Hymen, Charmant, Immortelle, Époux, Épouse, Fête, Beauté, Douceur, Déesse, Coeur, Larmes, Douleur, Liberté, Sentiments, Destin, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME POUR LES NOCES DE MONSIEUR LE DUC DE BOURBON, ET DE MADEMOISELLE DE NANTES.
L'Epithalame
qui fuit eſt de M.
l'Abbé Geneft , dont je viens
de vous parler.Il a fait quantité
d'autres beauxOuvrages
,
dont les grands fuccez font
connus de tout le monde .
274 MERCURE
$25:52:55S :SSEESSSE
EPITHALAME
POUR LES NOPCES
DE MONSIEUR
LE DUC DE BOURBON,
ET DE
MADEMOISELLE DE NANTES.
DE
TROUPE DE DIVINITÉZ DE
VERSAILLES , TROUPE
JEUNES NYMPHES , TROUPE
DE JEUNES NYMPHES.
V
UN DIEU chante.
Oicy les momens defirez.
Venez , charmant Himen , venez , dose
Himenée ;
Allamez vos flambeaux facrez.
Heureux
GALANT. 275
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
CHOEUR .
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée ,
LE DIEU.
Couronne de fleurs immortelles
Triomphez avec les Amours ;
Amenez des plaifirs qui renaiffent toûjours
,
Des tendreffes toûjours nouvelles.
Chantez, Silvains , Nymphes , chantez ,
La jeune Epoufe & fes Beautez ,
Le jeune Epoux & fa Conquefte.
Famais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux.
LE CHOEUR .
Jamais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux..
Aouft 1685.
Ꮓ
276 MERCURE
LE DIEU & LE CHOEUR.
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
Quels doux plaifirs préparez - vous
A ces jeunes Epoux ?
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez, doux
Himenée .
LES DIVINITEZ DE VERSAILLES
danfent , & l'on chante ce Menuet.
Rien n'eft fi doux
Que l'Himen qui vous lie,
Rien n'eft fi doux
Pour deux jeunes Epoux.
O fort heureux ! ô douceur infinie
Pour deux coeurs l'un de l'autre charmez
!
O fort heureux ! ô douceur infinie
Quand ces Noeuds par l'Amourfont
formez.
UNE JEUNE NYMPHE
fe détache de fa Troupe , & chante.
Fefte que l'on trouve fi belle ·
GALANT. 277
Que tu nous fembles cruelle !
Tu viens ravir à nos jeux innocens
La Deeffe
De la Jeuneſſe.
Tu viens ravir à nos jeux innocens
Ses Attraits encore naifans.
EN
Verrons - nous fans verfer des larmes
Qu'on nous enleve fon coeur ?
Qu'on livre fi-toft fes charmes
Aux transports d'un jeune Vainqueur?
Quelle rigueur!
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelles !
LE CHOEUR.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UN JEUNE SILVAIN
fe détache auffi de fa Troupe, & chante.
Nymphes , fi l'éclat de fes yeux
Alloit embellir d'autres lieux,
Voftre douleur feroit plus juſte.
Mille Eftats , mille Rois
A
Zij
278 MERCURE
Auroient brigué l'honneur de vivre
fous fes loix ;
Mais LOUIS par un plus beau choix
Veut qu'elle orne fa Cour Augufte.
Ce Roy , l'Arbitre des Mortels ,
L'arrefte fur ces bords par des noeuds
eternels.
L'Amour le feconde,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'est le plus beau Sang du monde
Qui fe mefle & se reunit.
LE CHOEUR.
L'Amour le feconde ,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'eft le plus beau Sang du monde
Qui ſe meſe & ſe réunit.
UNE NYMPHE.
Comme eu la plaine_odorante
La Rofe Reine des fleurs ,
Eft vive & riante
Tant qu'une chaleur brûlante
N'offenfe point fes couleurs ;
De mefme une Beauté tendre
Conferve un éclat charmant ,
GALANT. 279
Tant qu'elle fçait fe defendre
Des ardeurs d'un jeune Amant.
UN SILVAIN.
Comme en ces lieux où la glace
Dure trop long- temps ,
Flore fans appas & fans grace
Languit au milieu du Printemps 5
Ainfi la Beauté la plus rare
Languit & ne peut charmer ,
Si l'Amour ne la pare ,
Et de fes feux ne la vient animer.
CHOEUR DES NYMPHES.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UNE NYMPHE .
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nouds où l'Himen engage.
Peut- on quitter l'avantage
D'une douce liberté ?
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nænds on l'Himen engage .
Penfe-t-on dans l'Esclavage
Trouver la felicité ?
Un jeune coeur doit eftre épouvanté
Z iij
280 MERCURE
Des nænds ou l'Himen engage.
UN SILVAIN.
Nymphes , vous aurez votre tour s
Quand par ces plaintes
Vous blamez l'Himen & l'Amour,
Ce font des feintes.
Le fort que vous déplorez ,
En fecret vous le defirez.
UN AUTRE SILVAIN .
Entre la crainte le defir ,
Une jeune Beauté curieufe & timide
Tremble au nom d'un Epoux qu'on parle
de cheifir ,
Mais elle écoute avec plaifir.
En attendant
que
le choix fe decide,
Son coeur laiffe échaper plus d'un fon
pir
Entre la crainte & le defir.
UNE NYMPHE .
Folle erreur!
SILVAIN.
Feintes vaines !
NYMPHE .
Trompeurs Jugemens !
GALANT. 281
SILVAIN.
Faux fentimens !
NYMPH E.
Redoutables chaines !
SILVAIN.
Noeuds charmans !
ENSEMBLE .
Noeuds cruels ! Redoutables chaines !
Nauds charmans ! Agreables chames!
LE DIEU qui a chanté le premier.
Cedez Nymphes , rendez- vous .
Uniffons tous nos voix , & chantez
Avec nous.
De ces jeunes Amans le parfait af
Semblage
Des Deftins & des Dieux eft l'immortel
ouvrage.
Celebrons ce neud glorieux ,
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux .
LES NYMPHES & LES SILVAINS.
Celebrons ce noeud glorieux ,
Z iiij
282 MERCURE
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux.
LES NYMPHES & LES SILVAINS
danſent .
LES NYMPHES.
Divins accords ! celeftes flames !
LES SILVAINS.
Heureux liens ! douces ardeurs !
LES NYMPHES.
Jamais des neuds plus beaux n'ont
attaché deux ames. '
LES SILVAINS.
Famais de plus beaux feux n'ont embraze
deux coeurs.
TOUS ENSEMBLE.
Famais des noeuds plus beaux n'ont
attaché deux ames ,
Famais de plus beaux feux n'ont embrazé
deux cours.`
UN SILVAIN , UNE NYMPHE.
Quelles fplendeurs les environnent !
Que de Ris & de Feux accompagnent ›
leurs pas !
1
Y
GALANT. 283
Que d'attraits,de charmes, d'appas !
De quels dons précieux les Graces les
couronnent !
UN SILVAIN & UNE NYMPHE .
A voir tant d'agremens
Nos yeux doutent toûjours ,
Si ce font deux Amans ,
Ou deux Amours .
UN SILVAIN & UNE NYMPHE.
Nos yeux doutent toûjours
A voir tant d'agremens,
Si ce font deux Amours ,
Ou deux Amans .
TOUS ENSEMBLE
Repetent ce couplet des deux façons ,
& l'on danfe dans les intervalles .
LE DIEU.
Nous qu'un fort immortelfixe fur ces
rivages ,
Songeons qu'en leurs Deferts inconnus
& fauvages
Nous eftions ensevelis.
Mais aujourd'huy l'Olimpe mefme
Pourroit-il furpaffer cette ſplendeur ſuprême
284 MERCURE
Dont nos bords font embellis ?
UNE NYMPHE.
Rendons grace au Heros , qui de ces
grands spectacles
Charme nos efprits & nos yeux.
UN SILVAIN.
Celebrons , beniffons le Regne glorieux
Où naiffent tant de Miracles.
UNE NYMPHE.
LOUIS eft le Maistre des Rois ,
Ilfoûmet tout à l'Empire François .
On le craint , on l'implore , on le revere,
on l'aime.
Sa Bontéfeule arrefte fes Exploits :
Plus grand par fes V'ertus que par fen
Diademe,
Vainqueur des Nations , & Vainqueur
de luy- mefme.
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UN SILVAIN.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maistre des Rois.
Tous les Dieux de la Terre
GALANT. 285
Obeiffent à fa voix ;
Ils viennent à genoux reconnoiſtre ſes
Loix.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UNE NYMPHE.
De cette Majefté fur fon front reverée,
La jeune Epouse a pris des traits ,
Et les Graces l'ont parée
De leurs divins Attraits.
UN SILVAIN.
Le jeune Epoux animé
D'un Sang par la gloire enflame ,
Plein des grands Noms de fa Race ,
Du choix de ce grand Roy, defes Bontez
charmé ,
Sent redoubler fa belle audace ,
Et meflera bien - toft au gré de tous
fes voeux
Les Lauriers de Bellonne aux Mir
thes amoureux.
CHOEUR .
Heureux Amans ! heureuſe deſtinée !
286 MERCURE
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
TOUT DANSE.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
chantent l'un après l'autre.
A quoy fert la resistance ;
A quoy fervent les rigueurs ,
L'Amour doit fous fa puiſſance
Toft ou tard ranger vos coeurs ,
Sans le craindre
Sans vous plaindre ,
Cedez , cedez à fes traits vainqueurs.
CHOEUR.
Heureux Amans ! heureufe deftinée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
Venez , jeunes Amans , que ces noeuds
pleins d'attraits
Qui commencent ſi - toſt ne finiſſent jamais
;
Que tous les jours les Deftins favora
} bles
Redoublent vos contentemens.
GALANT. 287
Vivez , vivez toûjours Amans ,
Tous les jours plus aimez , tous les jours
plus aimables ,
Que vos plaifirs foient auſſi durables
Qu'ils font charmans ;
Que les fiecles pour vous ne foient que
des
momens ,
Vivez , vivez heureux Amans.
LES TROIS CHOEURS.
Vivez , vivez , heureux Amans ,
Qu'uneflame fi belle
Soit immortelle ,
Que ces vives ardeurs
A jamais , à jamais triomphent dans
Vos coeurs.
qui fuit eſt de M.
l'Abbé Geneft , dont je viens
de vous parler.Il a fait quantité
d'autres beauxOuvrages
,
dont les grands fuccez font
connus de tout le monde .
274 MERCURE
$25:52:55S :SSEESSSE
EPITHALAME
POUR LES NOPCES
DE MONSIEUR
LE DUC DE BOURBON,
ET DE
MADEMOISELLE DE NANTES.
DE
TROUPE DE DIVINITÉZ DE
VERSAILLES , TROUPE
JEUNES NYMPHES , TROUPE
DE JEUNES NYMPHES.
V
UN DIEU chante.
Oicy les momens defirez.
Venez , charmant Himen , venez , dose
Himenée ;
Allamez vos flambeaux facrez.
Heureux
GALANT. 275
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
CHOEUR .
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée ,
LE DIEU.
Couronne de fleurs immortelles
Triomphez avec les Amours ;
Amenez des plaifirs qui renaiffent toûjours
,
Des tendreffes toûjours nouvelles.
Chantez, Silvains , Nymphes , chantez ,
La jeune Epoufe & fes Beautez ,
Le jeune Epoux & fa Conquefte.
Famais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux.
LE CHOEUR .
Jamais en de fi beaux lieux
Une fi belle Fefte
N'affembla les Dieux..
Aouft 1685.
Ꮓ
276 MERCURE
LE DIEU & LE CHOEUR.
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
Quels doux plaifirs préparez - vous
A ces jeunes Epoux ?
Heureux Amans ! Nuit fortunée !
Venez , charmant Himen , venez, doux
Himenée .
LES DIVINITEZ DE VERSAILLES
danfent , & l'on chante ce Menuet.
Rien n'eft fi doux
Que l'Himen qui vous lie,
Rien n'eft fi doux
Pour deux jeunes Epoux.
O fort heureux ! ô douceur infinie
Pour deux coeurs l'un de l'autre charmez
!
O fort heureux ! ô douceur infinie
Quand ces Noeuds par l'Amourfont
formez.
UNE JEUNE NYMPHE
fe détache de fa Troupe , & chante.
Fefte que l'on trouve fi belle ·
GALANT. 277
Que tu nous fembles cruelle !
Tu viens ravir à nos jeux innocens
La Deeffe
De la Jeuneſſe.
Tu viens ravir à nos jeux innocens
Ses Attraits encore naifans.
EN
Verrons - nous fans verfer des larmes
Qu'on nous enleve fon coeur ?
Qu'on livre fi-toft fes charmes
Aux transports d'un jeune Vainqueur?
Quelle rigueur!
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelles !
LE CHOEUR.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UN JEUNE SILVAIN
fe détache auffi de fa Troupe, & chante.
Nymphes , fi l'éclat de fes yeux
Alloit embellir d'autres lieux,
Voftre douleur feroit plus juſte.
Mille Eftats , mille Rois
A
Zij
278 MERCURE
Auroient brigué l'honneur de vivre
fous fes loix ;
Mais LOUIS par un plus beau choix
Veut qu'elle orne fa Cour Augufte.
Ce Roy , l'Arbitre des Mortels ,
L'arrefte fur ces bords par des noeuds
eternels.
L'Amour le feconde,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'est le plus beau Sang du monde
Qui fe mefle & se reunit.
LE CHOEUR.
L'Amour le feconde ,
L'Olimpe aplaudit ;
Et c'eft le plus beau Sang du monde
Qui ſe meſe & ſe réunit.
UNE NYMPHE.
Comme eu la plaine_odorante
La Rofe Reine des fleurs ,
Eft vive & riante
Tant qu'une chaleur brûlante
N'offenfe point fes couleurs ;
De mefme une Beauté tendre
Conferve un éclat charmant ,
GALANT. 279
Tant qu'elle fçait fe defendre
Des ardeurs d'un jeune Amant.
UN SILVAIN.
Comme en ces lieux où la glace
Dure trop long- temps ,
Flore fans appas & fans grace
Languit au milieu du Printemps 5
Ainfi la Beauté la plus rare
Languit & ne peut charmer ,
Si l'Amour ne la pare ,
Et de fes feux ne la vient animer.
CHOEUR DES NYMPHES.
Fefte que l'on trouve fi belle ,
Que tu nous fembles cruelle !
UNE NYMPHE .
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nouds où l'Himen engage.
Peut- on quitter l'avantage
D'une douce liberté ?
Un jeune coeur doit eftre épouvante
Des nænds on l'Himen engage .
Penfe-t-on dans l'Esclavage
Trouver la felicité ?
Un jeune coeur doit eftre épouvanté
Z iij
280 MERCURE
Des nænds ou l'Himen engage.
UN SILVAIN.
Nymphes , vous aurez votre tour s
Quand par ces plaintes
Vous blamez l'Himen & l'Amour,
Ce font des feintes.
Le fort que vous déplorez ,
En fecret vous le defirez.
UN AUTRE SILVAIN .
Entre la crainte le defir ,
Une jeune Beauté curieufe & timide
Tremble au nom d'un Epoux qu'on parle
de cheifir ,
Mais elle écoute avec plaifir.
En attendant
que
le choix fe decide,
Son coeur laiffe échaper plus d'un fon
pir
Entre la crainte & le defir.
UNE NYMPHE .
Folle erreur!
SILVAIN.
Feintes vaines !
NYMPHE .
Trompeurs Jugemens !
GALANT. 281
SILVAIN.
Faux fentimens !
NYMPH E.
Redoutables chaines !
SILVAIN.
Noeuds charmans !
ENSEMBLE .
Noeuds cruels ! Redoutables chaines !
Nauds charmans ! Agreables chames!
LE DIEU qui a chanté le premier.
Cedez Nymphes , rendez- vous .
Uniffons tous nos voix , & chantez
Avec nous.
De ces jeunes Amans le parfait af
Semblage
Des Deftins & des Dieux eft l'immortel
ouvrage.
Celebrons ce neud glorieux ,
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux .
LES NYMPHES & LES SILVAINS.
Celebrons ce noeud glorieux ,
Z iiij
282 MERCURE
C'est l'Ouvrage immortel des Deftins
& des Dieux.
LES NYMPHES & LES SILVAINS
danſent .
LES NYMPHES.
Divins accords ! celeftes flames !
LES SILVAINS.
Heureux liens ! douces ardeurs !
LES NYMPHES.
Jamais des neuds plus beaux n'ont
attaché deux ames. '
LES SILVAINS.
Famais de plus beaux feux n'ont embraze
deux coeurs.
TOUS ENSEMBLE.
Famais des noeuds plus beaux n'ont
attaché deux ames ,
Famais de plus beaux feux n'ont embrazé
deux cours.`
UN SILVAIN , UNE NYMPHE.
Quelles fplendeurs les environnent !
Que de Ris & de Feux accompagnent ›
leurs pas !
1
Y
GALANT. 283
Que d'attraits,de charmes, d'appas !
De quels dons précieux les Graces les
couronnent !
UN SILVAIN & UNE NYMPHE .
A voir tant d'agremens
Nos yeux doutent toûjours ,
Si ce font deux Amans ,
Ou deux Amours .
UN SILVAIN & UNE NYMPHE.
Nos yeux doutent toûjours
A voir tant d'agremens,
Si ce font deux Amours ,
Ou deux Amans .
TOUS ENSEMBLE
Repetent ce couplet des deux façons ,
& l'on danfe dans les intervalles .
LE DIEU.
Nous qu'un fort immortelfixe fur ces
rivages ,
Songeons qu'en leurs Deferts inconnus
& fauvages
Nous eftions ensevelis.
Mais aujourd'huy l'Olimpe mefme
Pourroit-il furpaffer cette ſplendeur ſuprême
284 MERCURE
Dont nos bords font embellis ?
UNE NYMPHE.
Rendons grace au Heros , qui de ces
grands spectacles
Charme nos efprits & nos yeux.
UN SILVAIN.
Celebrons , beniffons le Regne glorieux
Où naiffent tant de Miracles.
UNE NYMPHE.
LOUIS eft le Maistre des Rois ,
Ilfoûmet tout à l'Empire François .
On le craint , on l'implore , on le revere,
on l'aime.
Sa Bontéfeule arrefte fes Exploits :
Plus grand par fes V'ertus que par fen
Diademe,
Vainqueur des Nations , & Vainqueur
de luy- mefme.
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UN SILVAIN.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maistre des Rois.
Tous les Dieux de la Terre
GALANT. 285
Obeiffent à fa voix ;
Ils viennent à genoux reconnoiſtre ſes
Loix.
Semblable au Dieu qui lance le Tonnerre
,
LOUIS eft le Maiftre des Rois.
UNE NYMPHE.
De cette Majefté fur fon front reverée,
La jeune Epouse a pris des traits ,
Et les Graces l'ont parée
De leurs divins Attraits.
UN SILVAIN.
Le jeune Epoux animé
D'un Sang par la gloire enflame ,
Plein des grands Noms de fa Race ,
Du choix de ce grand Roy, defes Bontez
charmé ,
Sent redoubler fa belle audace ,
Et meflera bien - toft au gré de tous
fes voeux
Les Lauriers de Bellonne aux Mir
thes amoureux.
CHOEUR .
Heureux Amans ! heureuſe deſtinée !
286 MERCURE
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
TOUT DANSE.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
chantent l'un après l'autre.
A quoy fert la resistance ;
A quoy fervent les rigueurs ,
L'Amour doit fous fa puiſſance
Toft ou tard ranger vos coeurs ,
Sans le craindre
Sans vous plaindre ,
Cedez , cedez à fes traits vainqueurs.
CHOEUR.
Heureux Amans ! heureufe deftinée !
Venez , charmant Himen , venez , doux
Himenée.
UNE NYMPHE & UN SILVAIN.
Venez , jeunes Amans , que ces noeuds
pleins d'attraits
Qui commencent ſi - toſt ne finiſſent jamais
;
Que tous les jours les Deftins favora
} bles
Redoublent vos contentemens.
GALANT. 287
Vivez , vivez toûjours Amans ,
Tous les jours plus aimez , tous les jours
plus aimables ,
Que vos plaifirs foient auſſi durables
Qu'ils font charmans ;
Que les fiecles pour vous ne foient que
des
momens ,
Vivez , vivez heureux Amans.
LES TROIS CHOEURS.
Vivez , vivez , heureux Amans ,
Qu'uneflame fi belle
Soit immortelle ,
Que ces vives ardeurs
A jamais , à jamais triomphent dans
Vos coeurs.
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Résumé : EPITHALAME POUR LES NOCES DE MONSIEUR LE DUC DE BOURBON, ET DE MADEMOISELLE DE NANTES.
Le texte présente un épithalame composé par l'Abbé Genest pour célébrer les noces du Duc de Bourbon et de Mademoiselle de Nantes. Ce poème met en scène diverses divinités, nymphes et sylvains de Versailles qui chantent et dansent pour honorer l'événement. L'épithalame commence par l'invocation d'Hyménée, le dieu du mariage, et célèbre la beauté et la félicité des jeunes époux. Les divinités expriment leur joie et leur admiration pour cette union, soulignant qu'une telle fête n'a jamais réuni autant de dieux. Les nymphes et les sylvains alternent entre regret pour la jeunesse perdue et admiration pour l'amour des mariés. Le texte se conclut par une célébration joyeuse et harmonieuse de l'union des époux, mettant en avant la beauté et la perfection de leur amour. Par ailleurs, le texte décrit une scène théâtrale célébrant la grandeur et la majesté du roi Louis XIV. Les personnages, incluant des dieux, des nymphes et des sylvains, expriment leur admiration et leur gratitude envers le roi. Ils soulignent sa bonté, ses exploits militaires et son autorité sur les nations, le comparant à un dieu respecté et adoré par tous. La jeune épouse du roi est également louée pour sa majesté et ses grâces. La scène se termine par des chants et des danses célébrant l'amour et le bonheur des amants, avec des vœux pour une vie longue et heureuse. Les personnages invitent les jeunes amants à céder à l'amour et à vivre dans le bonheur éternel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 350-351
AIR NOUVEAU.
Début :
L'esperance de se revoir libres, est la seule chose / Vel chagrin, Iris, d'estre tendre [...]
Mots clefs :
Chagrin, Beauté, Coeur, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
L'e sperance de se revoir libres,
ca la feule chose qui console les
Amansqui aiment des insensibles.
C'est ce que vous trouverez exprimé
dans les paroles du second
Air que je vous envoyé.
w
RNOUVEAU.
\ZJtlchagrin Iris,d'estre
tendre
m?on trouve un objetqui ne
,il/;1 jbas se rendre.
mjue vosyeux DM de beauté
7ft devenu cent fois funestes
iiàleJculefpçir qui me reste)
Ys d laJin mon coeurva vivre
m Liberté.
ca la feule chose qui console les
Amansqui aiment des insensibles.
C'est ce que vous trouverez exprimé
dans les paroles du second
Air que je vous envoyé.
w
RNOUVEAU.
\ZJtlchagrin Iris,d'estre
tendre
m?on trouve un objetqui ne
,il/;1 jbas se rendre.
mjue vosyeux DM de beauté
7ft devenu cent fois funestes
iiàleJculefpçir qui me reste)
Ys d laJin mon coeurva vivre
m Liberté.
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40
p. 176-194
LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
Début :
VOicy donc, Monsieur, l'Historiete que vous voulez sçavoir. Si elle [...]
Mots clefs :
Marquise , Dames, Comtesse, Ridicule, Patriarche, Beauté, Décès, Étrangers, Angleterre, Grizolin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
LE DEUIL RIDICULE.
A MONSIEVR LE COMTE DE C.
V
Oicy donc, Monfieur , l'Hiftoriete
que vous voulez
fçavoir. Si elle vous a diverty
lorfqu'on ne vous la racontée
qu'imparfaitement ,j'efpere qu'el
le vous donnera le plaifir tout
entier , quand je vous en auray
fait le recit , moy qui en ay eſté
le témoin occulaire , & qui vais
en eftre le fidelle Hiftorien . Mais
pour vous la faire mieux entendre
, il faut que je vous faffe auparavant
le Portrait des deux
Dames qui y ont intereft. Vous
du Mercure Galant. 177
2
a vez entendu parler d'elles plufieurs
fois , mais vous ne les avez
pas connues , & vous ne ferez pas
faché que je vous apprenne comment
elles eftoient faites.
Madame la Comteffe de M...
eftoit laide , mais elle avoit l'efprit
vafte & élevé , & joignoit
un grand fçavoir à une grande
naiffance . Comme elle avoit le
coeur noble & genereux , fa vertu
, ſa ſcience & fa qualité faifoient
toute fon occupation , & la deffus
elle dormoit la graffe matinée
fans fe mettre en peine de la fortune
, & de tous les biens de ce
monde . Mais auffi comme elle
eftoit fort liberale , & d'une
grande dépenſe , elle auroit eu
peine à fubfifter dans fa vieilleffe ,
fans le fecours d'une perfonne
י כ
178 Extraordinaire
tres.confiderable , qui l'honora
toûjours & l'affifta jufqu'à fa
mort. Voilà quelle eftoit Madame
la Comteffe de M... Voicy
à peu près ce qu'eftoit Madame
la Marquife P .... Elle avoit cfté
belle , & d'une beauté , qui luy
dura jufqu'à la fin de ſes jours ,
malgré l'accident qui luy arriva.
Une Dame fa Parente qui eftoit
jaloufe d'elle & de fon Mary , &
qui ne pouvoit luy pardonner fa
beauté , parce qu'elle eftoit laide,
luy donna de l'eau de chaux fei.
gnant que c'eftoit une eau admirable
pour le teint . La Marquife
s'en fervit fur fa bonne foy , & il
luy en demeura de facheufes marques
, nonobftant tous les Remedes
que les
Medecins luy pûrent
faire. Elle avoit l'efprit noble ,
du Mercure Galant. 179
ނ
vif
remuant l'ame grande ,
hardie , courageufe , & de com .
mandement ; auffi vivoit elle
comme une petite Souveraine ;
& dans un Chafteau de Carte ,
elle eftoit devenue la terreur de
fes Voifins & des Etrangers qui
abordoient cette cofte de la Mer
où elle demeuroit ; & d'où en un
befoin , elle auroit donné des loix
à toute la Terre . Nous voyons encore
icy une vieille Demoiſelle
qui executoit les ordres , & qu'elle
nommoit fi plaifamment fon
Eminence , faifant allufion aux
Miniftres qui gouvernoient l'Etat
de fon temps. Enfin on peut
dire qu'avec toute la beauté de
fon Sexe , elle avoit tout l'efprit
& le courage du noſtre ainfi
qu'elle le fit voir pendant le regne
180 Extraordinaire
de Cromvel , & de la Republique
d'Angleterre.
Vous me demanderez fans dou.
te , ce qu'elle avoit à démefler
avec ces gens là ? Je m'en vais vous
le dire , mais ne m'accufez pas
de faire icy un trop long Avant
propos , & vous fouvenez que
nos Entretiens ne doivent pas.
eftre fi reguliers. Pour moy , je
croy qu'il fuffit qu'on dife bien les
chofes , qu'on ne perde rien au
change , & que ce qu'on dit vaille
mieux que ce qu'on publie à
dire. Cela eftant , Monfieur , voicy
quel fut le démeflé de la Marquife
avec Cromvel & le Parlement
d'Angleterre . Son Gendre
qui eftoit un grand Seigneur du
Maine , & qui avoit beaucoup
d'argent , s'avifa d'envoyer des
du Mercure Galant. 181
Toiles de Laval , aux Ifles de
Gerley qui tenoient encore en
ce temps - là pour le feu Roy de
la Grand' Bretagne. Il fit donc
charger un Vaiffeau de ces Toiles
, croyant y faire un profit confiderable
; mais par malheur pour
luy , un Armateur Anglois qui
couroit la Cofte , fe faifit du Bâ.
timent pour la Republique , & le
mena à Londres . Ce pauvre Seigneurfe
trouva fort trompé dans
fon pretendu Negoce ; mais la
Marquife habile & pleine d'invention
fit arrefter auffi - toft
tous les Baftimens Anglois qui
trafiquoient fur fon gravage , &
fe faifit des hommes & des effets ;
aprés qnoy elle écrivit à Cromvel
& au Parlement
, pour
faire rendre les Toiles de fon
"
fe
182 Extraordinaire
Beau- Fils qu'elle reclamoit à elle,
& c'eft dans cette Lettre qu'elle
mit donné en noftre Principauté de
Pyrou le trentiéme de .... Ce trait
hardy reüffit , & à la priere des
Marchands Anglois , le Vaiffeau
& les Toiles furent reftituez , accompagnez
d'une Lettre pleine
de reſpect & de civilité , dans laquelle
Cromvel & le Parlement
la qualifierent de Princeffe & de
Souveraine , mais revenons à nô.
tre Sujet.
Ces deux Dames dont je viens
de vous faire la peinture , eftoient
parentes & voiſines ; mais l'incli .
nation qu'elles avoient toutes
deux pour les Chiens , avoit fait
leur plus grande union . La Comteffe
avoit un Chien favory qu'elle
nommoit Grizolir . La Mar.
du Mercure Galant. 183
quife à fon imitation , avoit nommé
Bichete une Chienne dont
elle eftoit folle , car la lecture des
Livres fabuleux , luy avoit tellement
gafté l'efprit là- deffus
qu'elle crut long - temps la Metempficofe
, & qu'aprés fa mort
fon Ame pafferoit dans le corps
de quelque belle Chienne. Vous
eftes malicieux , me direz vous ,
d'accufer cette Dame de l'erreur
des
Pytagoriciens , elle eftoit trop
bonne
Chreftienne pour cela , &
je penfe que la
Metamphicoſe
n'eftoit pas ce qu'elle entendoit
le mieux. J'en demeure d'accord
avec vous , Monfieur , mais
elle fçavoit tout , & je n'avance
rien dont tout le monde n'ait là
connoiffance auffi - bien que moy.
Mais vous me troublez , ou plû184
Extraordinaire
toft je me trouble moy.mefme,
Je ne fçay plus où j'en eftois ; à
Bichete ce me femble.
j
Ces Dames refolurent un jour,
qu'il ne falloit pas que deux
Chiens de cette qualité laiffaf
fent une pofterité baftarde &
roturiere , & s'abandonnaflent
à d'indignes amours. Pour cér
effet , elles firent le Mariage
de Grizolin & de Bichere , d'où
fortit une nombreufe Famille
Mais enfin Grizolin chargé
d'honneurs & d'années fubit la
rigueur des Parques , & defcendit
dans le Tombeau. La Marquife
qui eftoit à la Campagne ,
ayant appris cette trifte nouvelle,
m'écrivit pour aller voir la Com.
teffe, & luy marquer la part qu'elle
prenoit à fa douleur fur la mort
du Mercure Galant. 185
du
pauvre
Grizolin. Pour moy,
qui n'ay jamais pû me vaincre
fur la foibleffe des autres , & qui
abhorre le ferieux ridicule , je me
deffendis de ce Compliment
, mais
je fus bien trompé , lorfque le
mefme jour à onze heures du foir ,
la Marquife
arriva chez moy
feule dans fa Littiere avec cinq
Chiens. Je ne fus point furpris
de la voir en cét équipage , parce
que fa Meute la fuivoit toû
jours ; & je crûs que quelque
grande affaire l'avoit obligée de
fe mettre en chemin à l'heure qu'il
eftoit , mais le lendemain
matin
fitoft qu'elle fut habillée
, elle
me dit que je luy donnaffe
la
main pour aller chez la Comtef
fe , quelle eftoit venue exprés
pour la confoler , puifque je n'en
2. d'Octobre
, 1685. &
186 Extraordinaire
avois voulu rien faire , & comme
il n'y avoit que la rue à traverſer,
nous y allâmes à pied , mais elle
fit fuivre des Porteurs fans que je
n'en apperceuffe , & ces Porteurs
qui avoient mis tous fes Chiens
dans une Chaife , avoient ordre
de les faire entrer dans la Chambre
de la Comteffe en mefme
temps que nous .
Nous trouvâmes cette Com
teffe au lit , & alors la Marquife
fondant en larmes. Je viens, ma
chere Coufine , luy dit- elle , en
l'embraffant , pleurer avec vous
le pauvre Grizolin . Mais je viens
encore vous preſenter fa Veuve
& fes petits Orphelins qui vous
demandent voftre protection , &
la continuation des mefmes bontez
que vous aviez pour eux du
du Mercure Galant.
187
'
vivant de leur Pere. Dans le mef
me moment , on vit courir cinq
Chiens par la Chambre tous
couverts & caparaçonnez de drap
noir , dont les queues trainoient
d'une demy- aulne de long. Ces
pauvres Animaux embarraffez de
ces ornemens lugubres , hurloient
pitoyablement , ce qui faifoit avec
les fanglots de ces Dames
la plus plaifante Comedie du
monde. Pour moy , je vous avoue
que je ne pus jamais m'empefcher
de rire , & la Comteffe s'en eftant
apperceuë.Voyez- vous , ma Coufine
, dit- elle à la Marquife , en
me regardant tout en colere , ce
méchant homme qui fe mocque
de nous , bien loin de me confo
ler dans la perte que j'ay faite
Pardonnez-moy , ma Coufine ,
Q ij
188 Extraordinaire
Monfieur ne ſe mocque pas de
nous , repartit la Marquiſe , c'eſt
le meilleur homme du monde ,
mais vous ſçavez qu'il n'a point
Le coeur chien. A ce mot je pouffay
un fi grand éclat de rire , que
la Marquife craignant que fon
Amie ne s'en fachaft tout de bon ,
elle prit congé d'elle , & nous fortifies
auffi- toft avec tout noftre
funebre équipage . Mais au reſte ,
l'affliction de cette Dame eftoit
fi grande , que fuft vieilleffe , ou
que la mort de Grizolin euft mis
le comble à tous fes autres déplaifirs
, elle mourut peu de jours a
prés .
Je ne doute point qu'une fi
plaifante avanture ne vous euft
fait perdre toute voſtre gravité ;
mais je m'imagine que réprenane
du Mercure Galant. 189
,
voſtre ſerieux & un certain ton
de Predicateur vous me direz.
que cette paffion pour les Chiens
eft non feulement ridicule , mais
contraire à la Religion & aux
bonnes moeurs. Il eft vray , Monfieur
, & dans le Paganiſme , il
eftoit honteux d'aimer trop ces
Animaux. Cezar haïffoit ces fortes
d'Idolaftres , & les railloit
fouvent , en forte que voyant un
jour des Etrangers qui portoient
des Chiens & des Guenons dans
leur fein & fous leurs bras , il leur
demanda fi les Femmes de leur
Pays enfantoient des Hommes .
Raillerie un peu forte, mais qu'on
ne devroit pas craindre de dire
tous les jours à ces Femmes de
qualité qu'on ne fçauroit def- entefter
de ce ridicule amour de
190
Extraordinaire
Chien . Mais au refte , Monfieur,
pourquoy voulons nous que ces
Dames foient plus fages que les
Egyptiens & les Grecs ; que Cymon
& Xantipe , qui ont élevé
des Monumens à leurs Chevaux
& à leurs Chiens Alexandre bâtit
un Ville à l'honneur de fon
Cheval , & Caligula fit le fien
Conful . Vous attribuez cela au
déreglement de leurs paffions , à
leur jeuneffe , & à leur vanité.
Mais il ne faudroit pas eftre grand
Orateur , pour juftifier Alexandre
; & fi Caligula n'eftoit pas
perdu de débauches , il auroit
part en cette deffence. Vous fçavez
qu'un Patriarche de Conftantinople
avoit une fi forte inclination
pour les Chevaux , qu'il
quita l'Autel pour aller à fon Ef-
C
du Mercure Galant. 191
curie , voir un Poulain qu'une de
fes Cavales venoit de produire.
Ce Patriarche s'appelloit Theophilacte
, & eftoit Fils de l'Empereur
Romain , un de ces Empereurs
Grecs qui mirent l'Empire
d'Orient dans la décadence.
Sa Cavale fe nommoit Phorbas ,
& c'eftoit le Jeudy - Saint que ce
Patriarche officioit , lors qu'on
luy vint dire qu'elle avoit poulené.
Il interrompit l'Office , &
courut auffi toft à fon Eſcurie
tout tranſporté de joye , où il
confidera long-temps le Poulain,
& puis revint à l'Eglife achever
l'Office fans autre façon .
Ne croyez - pas qu'il nourrit
ces Chevaux , quoy qu'il en euft
jufques à deux mille , d'excellent
foin & d'avoine choifie ; mais
192
Extraordinaire
d'amandes , de pistaches , de pi
gnons, & d'autres fruits delicieux,
qu'on mefloit de Safran , de Canelle
, & de drogues aromatiques
dans les Vins les plus délicats
de la Grece & de l'Afie. Vous
pouvez croire qu'une pareille
nourriture rendoit ces Chevaux
extremément fiers , & fougueux.
Auffi un jour que ce Patriarche
prenoit plaifir d'en monter un
& de luy faire faire mille caracoles
, cét Animal prit tout a coup
le frein au dents , & courant de
toute fa force , fans qu'on pût
jamais l'arrefter , il jetta fi rude
ment fon Maistre contre une muraille
, qu'on le remporta à demymort
de fa chûte , de laquelle il
mourut aprés avoir languy encore
quelque temps .
Je
du Mercure Galant. 193
le condamne comme vous cette
attache , mais enfin les Chiens
& les Chevaux font fi amis de
'Homme , & ces animaux ont un
fi grand commerce avec nous ,
qu'il ne faut pas trouver étrange ,
i nous les traitons d'une maniere
humaine ; & s'ils participent en
quelque façon à nos honneurs &
à nos ceremonies. Il eft encore
jufte que l'Homme ait naturelle.
ment quelque reffentiment de la
mort de ces pauvres beſtes , puis
qu'elles font fenfibles à la noſtre ,
- comme on en voit tous les jours
des exemples. Les Turcs font tant
de cas de leurs regrets en cette
rencontre , qu'ils fe contentent
mefme de leurs fauffes plaintes ;
& on a gagé des Animaux pleureurs
, auffi bien que des Femmes
Q. d'Octobre 1685. R
194
Extraordinaire
pleureufes. Pour cet effet , ils atta.
chent de certaines drogues aux
narines de leurs Chevaux , qui les
font éternuer fans ceffe , pour
marquer le regret & la douleur
qu'ils ont de la mort de leur Maître.
Mais , Monfieur , finiffons
cette Morale , le fommeil m'ac-
, cable , & la Plume me tombe
des mains . Je fuis , Monfieur ,
Voftre , & c .
DE LA FEVRERIE .
A MONSIEVR LE COMTE DE C.
V
Oicy donc, Monfieur , l'Hiftoriete
que vous voulez
fçavoir. Si elle vous a diverty
lorfqu'on ne vous la racontée
qu'imparfaitement ,j'efpere qu'el
le vous donnera le plaifir tout
entier , quand je vous en auray
fait le recit , moy qui en ay eſté
le témoin occulaire , & qui vais
en eftre le fidelle Hiftorien . Mais
pour vous la faire mieux entendre
, il faut que je vous faffe auparavant
le Portrait des deux
Dames qui y ont intereft. Vous
du Mercure Galant. 177
2
a vez entendu parler d'elles plufieurs
fois , mais vous ne les avez
pas connues , & vous ne ferez pas
faché que je vous apprenne comment
elles eftoient faites.
Madame la Comteffe de M...
eftoit laide , mais elle avoit l'efprit
vafte & élevé , & joignoit
un grand fçavoir à une grande
naiffance . Comme elle avoit le
coeur noble & genereux , fa vertu
, ſa ſcience & fa qualité faifoient
toute fon occupation , & la deffus
elle dormoit la graffe matinée
fans fe mettre en peine de la fortune
, & de tous les biens de ce
monde . Mais auffi comme elle
eftoit fort liberale , & d'une
grande dépenſe , elle auroit eu
peine à fubfifter dans fa vieilleffe ,
fans le fecours d'une perfonne
י כ
178 Extraordinaire
tres.confiderable , qui l'honora
toûjours & l'affifta jufqu'à fa
mort. Voilà quelle eftoit Madame
la Comteffe de M... Voicy
à peu près ce qu'eftoit Madame
la Marquife P .... Elle avoit cfté
belle , & d'une beauté , qui luy
dura jufqu'à la fin de ſes jours ,
malgré l'accident qui luy arriva.
Une Dame fa Parente qui eftoit
jaloufe d'elle & de fon Mary , &
qui ne pouvoit luy pardonner fa
beauté , parce qu'elle eftoit laide,
luy donna de l'eau de chaux fei.
gnant que c'eftoit une eau admirable
pour le teint . La Marquife
s'en fervit fur fa bonne foy , & il
luy en demeura de facheufes marques
, nonobftant tous les Remedes
que les
Medecins luy pûrent
faire. Elle avoit l'efprit noble ,
du Mercure Galant. 179
ނ
vif
remuant l'ame grande ,
hardie , courageufe , & de com .
mandement ; auffi vivoit elle
comme une petite Souveraine ;
& dans un Chafteau de Carte ,
elle eftoit devenue la terreur de
fes Voifins & des Etrangers qui
abordoient cette cofte de la Mer
où elle demeuroit ; & d'où en un
befoin , elle auroit donné des loix
à toute la Terre . Nous voyons encore
icy une vieille Demoiſelle
qui executoit les ordres , & qu'elle
nommoit fi plaifamment fon
Eminence , faifant allufion aux
Miniftres qui gouvernoient l'Etat
de fon temps. Enfin on peut
dire qu'avec toute la beauté de
fon Sexe , elle avoit tout l'efprit
& le courage du noſtre ainfi
qu'elle le fit voir pendant le regne
180 Extraordinaire
de Cromvel , & de la Republique
d'Angleterre.
Vous me demanderez fans dou.
te , ce qu'elle avoit à démefler
avec ces gens là ? Je m'en vais vous
le dire , mais ne m'accufez pas
de faire icy un trop long Avant
propos , & vous fouvenez que
nos Entretiens ne doivent pas.
eftre fi reguliers. Pour moy , je
croy qu'il fuffit qu'on dife bien les
chofes , qu'on ne perde rien au
change , & que ce qu'on dit vaille
mieux que ce qu'on publie à
dire. Cela eftant , Monfieur , voicy
quel fut le démeflé de la Marquife
avec Cromvel & le Parlement
d'Angleterre . Son Gendre
qui eftoit un grand Seigneur du
Maine , & qui avoit beaucoup
d'argent , s'avifa d'envoyer des
du Mercure Galant. 181
Toiles de Laval , aux Ifles de
Gerley qui tenoient encore en
ce temps - là pour le feu Roy de
la Grand' Bretagne. Il fit donc
charger un Vaiffeau de ces Toiles
, croyant y faire un profit confiderable
; mais par malheur pour
luy , un Armateur Anglois qui
couroit la Cofte , fe faifit du Bâ.
timent pour la Republique , & le
mena à Londres . Ce pauvre Seigneurfe
trouva fort trompé dans
fon pretendu Negoce ; mais la
Marquife habile & pleine d'invention
fit arrefter auffi - toft
tous les Baftimens Anglois qui
trafiquoient fur fon gravage , &
fe faifit des hommes & des effets ;
aprés qnoy elle écrivit à Cromvel
& au Parlement
, pour
faire rendre les Toiles de fon
"
fe
182 Extraordinaire
Beau- Fils qu'elle reclamoit à elle,
& c'eft dans cette Lettre qu'elle
mit donné en noftre Principauté de
Pyrou le trentiéme de .... Ce trait
hardy reüffit , & à la priere des
Marchands Anglois , le Vaiffeau
& les Toiles furent reftituez , accompagnez
d'une Lettre pleine
de reſpect & de civilité , dans laquelle
Cromvel & le Parlement
la qualifierent de Princeffe & de
Souveraine , mais revenons à nô.
tre Sujet.
Ces deux Dames dont je viens
de vous faire la peinture , eftoient
parentes & voiſines ; mais l'incli .
nation qu'elles avoient toutes
deux pour les Chiens , avoit fait
leur plus grande union . La Comteffe
avoit un Chien favory qu'elle
nommoit Grizolir . La Mar.
du Mercure Galant. 183
quife à fon imitation , avoit nommé
Bichete une Chienne dont
elle eftoit folle , car la lecture des
Livres fabuleux , luy avoit tellement
gafté l'efprit là- deffus
qu'elle crut long - temps la Metempficofe
, & qu'aprés fa mort
fon Ame pafferoit dans le corps
de quelque belle Chienne. Vous
eftes malicieux , me direz vous ,
d'accufer cette Dame de l'erreur
des
Pytagoriciens , elle eftoit trop
bonne
Chreftienne pour cela , &
je penfe que la
Metamphicoſe
n'eftoit pas ce qu'elle entendoit
le mieux. J'en demeure d'accord
avec vous , Monfieur , mais
elle fçavoit tout , & je n'avance
rien dont tout le monde n'ait là
connoiffance auffi - bien que moy.
Mais vous me troublez , ou plû184
Extraordinaire
toft je me trouble moy.mefme,
Je ne fçay plus où j'en eftois ; à
Bichete ce me femble.
j
Ces Dames refolurent un jour,
qu'il ne falloit pas que deux
Chiens de cette qualité laiffaf
fent une pofterité baftarde &
roturiere , & s'abandonnaflent
à d'indignes amours. Pour cér
effet , elles firent le Mariage
de Grizolin & de Bichere , d'où
fortit une nombreufe Famille
Mais enfin Grizolin chargé
d'honneurs & d'années fubit la
rigueur des Parques , & defcendit
dans le Tombeau. La Marquife
qui eftoit à la Campagne ,
ayant appris cette trifte nouvelle,
m'écrivit pour aller voir la Com.
teffe, & luy marquer la part qu'elle
prenoit à fa douleur fur la mort
du Mercure Galant. 185
du
pauvre
Grizolin. Pour moy,
qui n'ay jamais pû me vaincre
fur la foibleffe des autres , & qui
abhorre le ferieux ridicule , je me
deffendis de ce Compliment
, mais
je fus bien trompé , lorfque le
mefme jour à onze heures du foir ,
la Marquife
arriva chez moy
feule dans fa Littiere avec cinq
Chiens. Je ne fus point furpris
de la voir en cét équipage , parce
que fa Meute la fuivoit toû
jours ; & je crûs que quelque
grande affaire l'avoit obligée de
fe mettre en chemin à l'heure qu'il
eftoit , mais le lendemain
matin
fitoft qu'elle fut habillée
, elle
me dit que je luy donnaffe
la
main pour aller chez la Comtef
fe , quelle eftoit venue exprés
pour la confoler , puifque je n'en
2. d'Octobre
, 1685. &
186 Extraordinaire
avois voulu rien faire , & comme
il n'y avoit que la rue à traverſer,
nous y allâmes à pied , mais elle
fit fuivre des Porteurs fans que je
n'en apperceuffe , & ces Porteurs
qui avoient mis tous fes Chiens
dans une Chaife , avoient ordre
de les faire entrer dans la Chambre
de la Comteffe en mefme
temps que nous .
Nous trouvâmes cette Com
teffe au lit , & alors la Marquife
fondant en larmes. Je viens, ma
chere Coufine , luy dit- elle , en
l'embraffant , pleurer avec vous
le pauvre Grizolin . Mais je viens
encore vous preſenter fa Veuve
& fes petits Orphelins qui vous
demandent voftre protection , &
la continuation des mefmes bontez
que vous aviez pour eux du
du Mercure Galant.
187
'
vivant de leur Pere. Dans le mef
me moment , on vit courir cinq
Chiens par la Chambre tous
couverts & caparaçonnez de drap
noir , dont les queues trainoient
d'une demy- aulne de long. Ces
pauvres Animaux embarraffez de
ces ornemens lugubres , hurloient
pitoyablement , ce qui faifoit avec
les fanglots de ces Dames
la plus plaifante Comedie du
monde. Pour moy , je vous avoue
que je ne pus jamais m'empefcher
de rire , & la Comteffe s'en eftant
apperceuë.Voyez- vous , ma Coufine
, dit- elle à la Marquife , en
me regardant tout en colere , ce
méchant homme qui fe mocque
de nous , bien loin de me confo
ler dans la perte que j'ay faite
Pardonnez-moy , ma Coufine ,
Q ij
188 Extraordinaire
Monfieur ne ſe mocque pas de
nous , repartit la Marquiſe , c'eſt
le meilleur homme du monde ,
mais vous ſçavez qu'il n'a point
Le coeur chien. A ce mot je pouffay
un fi grand éclat de rire , que
la Marquife craignant que fon
Amie ne s'en fachaft tout de bon ,
elle prit congé d'elle , & nous fortifies
auffi- toft avec tout noftre
funebre équipage . Mais au reſte ,
l'affliction de cette Dame eftoit
fi grande , que fuft vieilleffe , ou
que la mort de Grizolin euft mis
le comble à tous fes autres déplaifirs
, elle mourut peu de jours a
prés .
Je ne doute point qu'une fi
plaifante avanture ne vous euft
fait perdre toute voſtre gravité ;
mais je m'imagine que réprenane
du Mercure Galant. 189
,
voſtre ſerieux & un certain ton
de Predicateur vous me direz.
que cette paffion pour les Chiens
eft non feulement ridicule , mais
contraire à la Religion & aux
bonnes moeurs. Il eft vray , Monfieur
, & dans le Paganiſme , il
eftoit honteux d'aimer trop ces
Animaux. Cezar haïffoit ces fortes
d'Idolaftres , & les railloit
fouvent , en forte que voyant un
jour des Etrangers qui portoient
des Chiens & des Guenons dans
leur fein & fous leurs bras , il leur
demanda fi les Femmes de leur
Pays enfantoient des Hommes .
Raillerie un peu forte, mais qu'on
ne devroit pas craindre de dire
tous les jours à ces Femmes de
qualité qu'on ne fçauroit def- entefter
de ce ridicule amour de
190
Extraordinaire
Chien . Mais au refte , Monfieur,
pourquoy voulons nous que ces
Dames foient plus fages que les
Egyptiens & les Grecs ; que Cymon
& Xantipe , qui ont élevé
des Monumens à leurs Chevaux
& à leurs Chiens Alexandre bâtit
un Ville à l'honneur de fon
Cheval , & Caligula fit le fien
Conful . Vous attribuez cela au
déreglement de leurs paffions , à
leur jeuneffe , & à leur vanité.
Mais il ne faudroit pas eftre grand
Orateur , pour juftifier Alexandre
; & fi Caligula n'eftoit pas
perdu de débauches , il auroit
part en cette deffence. Vous fçavez
qu'un Patriarche de Conftantinople
avoit une fi forte inclination
pour les Chevaux , qu'il
quita l'Autel pour aller à fon Ef-
C
du Mercure Galant. 191
curie , voir un Poulain qu'une de
fes Cavales venoit de produire.
Ce Patriarche s'appelloit Theophilacte
, & eftoit Fils de l'Empereur
Romain , un de ces Empereurs
Grecs qui mirent l'Empire
d'Orient dans la décadence.
Sa Cavale fe nommoit Phorbas ,
& c'eftoit le Jeudy - Saint que ce
Patriarche officioit , lors qu'on
luy vint dire qu'elle avoit poulené.
Il interrompit l'Office , &
courut auffi toft à fon Eſcurie
tout tranſporté de joye , où il
confidera long-temps le Poulain,
& puis revint à l'Eglife achever
l'Office fans autre façon .
Ne croyez - pas qu'il nourrit
ces Chevaux , quoy qu'il en euft
jufques à deux mille , d'excellent
foin & d'avoine choifie ; mais
192
Extraordinaire
d'amandes , de pistaches , de pi
gnons, & d'autres fruits delicieux,
qu'on mefloit de Safran , de Canelle
, & de drogues aromatiques
dans les Vins les plus délicats
de la Grece & de l'Afie. Vous
pouvez croire qu'une pareille
nourriture rendoit ces Chevaux
extremément fiers , & fougueux.
Auffi un jour que ce Patriarche
prenoit plaifir d'en monter un
& de luy faire faire mille caracoles
, cét Animal prit tout a coup
le frein au dents , & courant de
toute fa force , fans qu'on pût
jamais l'arrefter , il jetta fi rude
ment fon Maistre contre une muraille
, qu'on le remporta à demymort
de fa chûte , de laquelle il
mourut aprés avoir languy encore
quelque temps .
Je
du Mercure Galant. 193
le condamne comme vous cette
attache , mais enfin les Chiens
& les Chevaux font fi amis de
'Homme , & ces animaux ont un
fi grand commerce avec nous ,
qu'il ne faut pas trouver étrange ,
i nous les traitons d'une maniere
humaine ; & s'ils participent en
quelque façon à nos honneurs &
à nos ceremonies. Il eft encore
jufte que l'Homme ait naturelle.
ment quelque reffentiment de la
mort de ces pauvres beſtes , puis
qu'elles font fenfibles à la noſtre ,
- comme on en voit tous les jours
des exemples. Les Turcs font tant
de cas de leurs regrets en cette
rencontre , qu'ils fe contentent
mefme de leurs fauffes plaintes ;
& on a gagé des Animaux pleureurs
, auffi bien que des Femmes
Q. d'Octobre 1685. R
194
Extraordinaire
pleureufes. Pour cet effet , ils atta.
chent de certaines drogues aux
narines de leurs Chevaux , qui les
font éternuer fans ceffe , pour
marquer le regret & la douleur
qu'ils ont de la mort de leur Maître.
Mais , Monfieur , finiffons
cette Morale , le fommeil m'ac-
, cable , & la Plume me tombe
des mains . Je fuis , Monfieur ,
Voftre , & c .
DE LA FEVRERIE .
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Résumé : LE DEUIL RIDICILE. A MONSIEUR LE COMTE DE C.
Le texte 'Le Deuil ridicule' est une lettre adressée à Monsieur le Comte de C., décrivant divers événements impliquant deux dames : Madame la Comtesse de M... et Madame la Marquise P.... La Comtesse est décrite comme laide mais vertueuse, tandis que la Marquise est belle et autoritaire. Cette dernière subit des dommages au visage infligés par une parente jalouse. Un autre incident concerne la Marquise et Cromwell, impliquant la confiscation de toiles par un armateur anglais, finalement restituées par Cromwell. Les deux dames partagent une passion pour les chiens. La Comtesse possède un chien nommé Grizolin, et la Marquise une chienne nommée Bichete. Après la mort de Grizolin, la Marquise rend visite à la Comtesse, accompagnée de ses chiens vêtus de noir pour la consoler. Cette scène amuse l'auteur mais irrite la Comtesse, qui meurt peu après, soit de vieillesse, soit de chagrin. Le texte critique la passion excessive des dames pour les chiens, comparant cette pratique à des exemples historiques et religieux. Il mentionne également un incident violent où une personne, Maistre, est blessée mortellement. Le narrateur discute des liens entre les hommes et les animaux, notant que les chiens et les chevaux partagent des relations étroites avec les humains. Par exemple, les Turcs expriment leur chagrin pour leurs animaux décédés en provoquant des éternuements chez leurs chevaux. Le narrateur conclut en exprimant sa fatigue et met fin à sa réflexion morale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
41
p. 244-277
DEFENSE DE L'INCONSTANCE.
Début :
VOus sçavez qu'Emilie est une personne toute charmante, [...]
Mots clefs :
Humeur, Emilie, Beauté, Inconstance, Amour, Passion, Marquis, Constance, Admirable, Sentiments, Imperfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFENSE DE L'INCONSTANCE.
DEFENSE
DE L'INCONSTANCE.
V
Ous fçavez qu'Emilie eft
une perfonne toute charmante
, & qu'une vivacité d'ef.
prit extraordinaire , eft un des
moindres avantages qu'elle at
du Mercure Galant.
245
receus du Ciel . Quoy qu'il y en ait
peu de plus brillans que le fien
je ne laiffe pas de luy preferer la
complaifance avec laquelle elle
fouffre quelques uns de ces Originaux
, dont le fameux Moliere
a fi bien reprefenté les Copies.
Vous avoüez vous - mefme que
cette bonté eft, admirable , & je
ne fçais fi elle n'eft point la feule
qui puiffe les fouffrir . Clitandre
le franc Marquis & la precieufe
Melite fe rendirent ' avant- hier
chez- elle ; ils y trouverent la
jeune Arelife , Lycidas , & quel
ques autres perfonnes de merite ,
qui fans doute fe feroient facilement
paffez de ces deux ridicules.
Aprés que le Marquis les
eut affaffinez de complimens ,
Parbleu, dit-il , nous voulons fça-
X iij
246
Extoaordinaire
voir furquoy vous en eftiez quand
nous fommes arrivez . Tout le
monde parut eſtonné de cette
familiarité , car vous remarquerez
, s'il vous plaift , que c'eftoit
là fa premiere Vifite , que jamais
il n'avoit veu Emilie , & qu'il n'étoit
venu chez- elle que fur le credit
de Melite , qui ne l'avoit auffi
yeuë qu'une fois chez une de fes
Amies . Onne luy répondit rien ,
& tout le monde fe faifant effort
pour s'empefcher de rire de cette
extravagance qu'il appelle le bel
air , il voulut profiter du filence.
Il fe mit à regarder Emilie , &
après avoir roulé les yeux d'une
maniere toute particuliere. Ah !
Madame , dit -il à Melite , vous
n'avez amené dans un lieu où il
fait bien chaud , & où le droit
•
du Mercure Galant. 247
des Gens eft tres- mal obferve.
Cela eft fort peu obligeant pour
moy , répondit Melite , car je
vois que vous me parlez pour
Emilie de la mefme maniere que
vous parlates pour moy à celuy
qui vous amena chez - moy la pre
miere fois. C'eſt à ce queje vois ,
un compliment étudié que vous
faites à tout le monde , & non pas
un tranſport de paffion naiffante,
ou un emportement de furpriſe
impreveuë.
Ces dernieres paroles de Melite
qu'elle avoit fans doute leuës
dans quelque Roman , & le fujet
qui les avoit caufées , parurent
à tous ceux de la Compagnie des
Incidens fi plaifans , qu'ils ne pu
rent s'empefcher de rire. Le Turupin
en rit plus que tous les au-
X iiij
248
Extraordinaire
tres, & trouvoit , difoit - il , l'avan
ture grotesque. Emilie reprit bien
toft fon ferieux , & répondit modeftement
à Melite qu'elle faifoit
bien de maintenir les droits
qu'elle avoit fur le coeur de Cli
tandre , mais , ajoûta t'elle avec
une grace toute charmante , fans
cela le mien eftoit en grand dan
ger , & les regards de Monfieur
m'ont marqué rant de paffion ,
que j'aurois pû me refoudre à
vaincre pour luy mon indifferen.
ce naturelle , & à m'engager pour
toûjours. Quoy , dit Arelife qui
entendoit la raillerie d'Emilie
dés la premiere fois que vous l'avez
veu , vous engager pour toûjours/
Emilie qui vouloit fe donner
carriere , pouffa le jeu fort longtemps
. Oüy , dit- elle, Clitandre a
>
du Mercure Galant. 249
des manieres d'agir tout à fait aimables
, & fi Melite n'eftoit auffi
avant dans mon efprit qu'elle y
eft , je luy déclare que je ferois
tout ce que je pourrois pour le
luy voler . Melite rougit , & puis
paflit un moment aprés . Le Mar
quis qui connut fon defordre , la
rafura par quelques regards , &
par un certain foûrire niais qui
luy eft particulier. Les éclats de
rire recommencerent , & l'aima
ble Emilie qui vouloit fe divertic
encore un peu , quoy que fon hu❤
meur douce & civile ne la porte
guere à rompre en vifiere à perfonne.
Je fens que je prendrois
feu , pourfuivit- elle , & comme
je fuis prefentement la plus indifferente
perfonne du monde , je
deviendrois la plus fidelle & la
250 Extraordinaire
plus paffionnée . Vous poufferiez
l'amitié , jufqu'à la paffion , reprit
Arelife , & mefme la paffion juf.
qu'à la fidelité ? Ah ! Madame ,
n'en dites pas d'avantage . Quoy
que la beauté de Melite foit fort
engageante , vous pourriez la
faire trembler , s'il eft vray qu'elle
ait quelque intereſt au coeur de
Clitandre , & puifque fa premiere
paffion a efté ébranlée en vous
voyant feulement , il pourroit ceder
aux charmes des avances que
vous luy faites . Oh ! parbleu , vous
verrez que non , dit brufquement
le Marquis , j'ay plus de conftance
que vous ne croyez . Si vous
eftes conftant , dit une perfonne
de la Compagnié , je crois qu'Emilie
fera bien - toft guerie de la
paffion qu'elle vous témoigne.
du. Mercure Galant.
251
Elle eft ennemie jurée de la conſtance.
Je fuis bien aiſe , diť Arelife
, que le rapport d'humeurs ne
fe rencontre point encore entre--
elle & Clitandre , tous ces obſtacles
enfemble la dégageront d'une
affaire avec Melite qu'elle feignoit
de vouloir éviter en cette
conjoncture. Quoy que Melite
foit une fort grande parleufe com.
me toutes les Precieufes le font ,
& par confequet une fort grande
difeufe de fottifes , elle ne fut pas
bien aife d'avoir à répondre , par.
ce qu'elle avoit accommodé fes
levres pour fe faire une petite
bouche. Il falut cependant les
défaire pour dire à Arelife ; je
feray toûjours fort indulgente .
dans les fujets de plainte qu'Emelie
pourra me donner , pour-
:
252
Extraordinaire
veu qu'elle ne faliffe point fon
ame d'un défaut auffi grand que
celuy d'eftre du Party des Inconftans
. Aprés cette belle maniere
de parler qui n'étonna plus
perfonne elle raccommoda
promptement fa bouche pour
plaire d'avantage au Marquis
qui la regardoic , & Emilie répondit.
Mais, Madame, faites moy,
s'il vous plaift, comprendre ce que
c'eft qu'un Inconftant , & d'où
vient que vous trouvez tant de
deffaut à l'eftre . Eft ce un crime
que d'aimer également tout ce
qui eft également beau ; & qu'y
a t'il de plus jufte que les fentimens
que je vais vous chanter ?
* Vous fçavez que la voix d'Emilie
eft admirable , & comme elle
eftoit en humeur goguenarde
du Mercure Galant.
253
elle chanta fort
agreablement ces
Parolles.
CHANSON.
E permets aux Romans
D'avoir des Amans fidelles ,
permets aux Romans
La conftance des Amans.
Mais trouvant par tout des Belles .
Par tout je veux cajoler ;
Puis que l'Amour a des ailes ,
Doit-il pas toujours voler ?
Voftre Chanfon eft une mon .
noye dont je ne me paye pas , dic
Mélite , & voftre Party .... Parbleu
, interrompit le Marquis , il
faut confondre Madame , & fa
Chanfon par la lecture d'une piece
qu'on m'a envoyée ce matin.
e ne l'ay point encore veuë ,
254
Extraordinaire
?
mais je m'affure qu'elle eft admirable
. Vous la trouvez admi.
rable , dit Arelife , & vous ne l'avez
point encore veuë fuffit ,
repliqua t'il brufquement , que
celuy de qui je la tiens l'ait approuvée
, c'eſt un homme de bon
goût , la voicy . Puifque je fuis
du Party contraire , dit Emilie , il
faut que je l'examine , & que je
voye cette admirable Piece que
vous n'avez point veuë , & qui
doit me confondre. Alors elle
leut la Lettre qui fuit.
A MADEMOISELLE .
L'
'Inconftance a toûjours paffe
pour un fi grand défaut dans
l'efprit de tous les hommes , que ceux
mefme qui en ont efté le plus fortes
du Mercure Galant.
255
ment atteints , fe font toûjours étudiez
à cacher cette imperfection , &
à s'en défendre quand on les en accufoit.
C'est pourquoy , Mademoiselle
je croy que le Cavalier qui vous a
donnéfon Portrait , a pris plus de
Join à fe déguifer , qu'à vouloir vous
marquer fon humeur & fes inclinations
; & qu'eftant efpris de quelque
beauté qui qui eft d'humeur affez changeante
, il a voulu dépeindre lafienne
avec le plus defympatie & de ref
femblance qu'il s'eft peu imaginer.
Vn Amantfait jouer toutes fortes de
refforts pour venir à bout de fon def
fein ; maisfelon mon humeur , ce fereit
la derniere chose que j'inventerois
, puifque bien loin d'avancer en
quelque forte mes affaires , je croirois
que cela feul feroit capable de les ruiner
entierement. La Belle qui eft co256
Extraordinaire
quette , aime l'Inconftance , mais
elle ne l'aime qu'en elle-mefme , &
n'aime point l'Inconftant. Il me
femble que l'on ne combatitjamais le
feuparle feu , & que l'Inconftance
ne fepeut pas détruire elle-mefme Fe
me fervirois plus volontiers de fon
contraire , & je tâcherois par une
longue & fincere affiduité de fixer
unehumeur volage & legere , je fuivrois
des maximes tout àfait opofées
à celles qu'il a voulu eftablir. Je trou
verois toûjours le temps quej'aurois à
confiderer Climene trop court , au licu
de l'employer à admirer la beauté qui
Je pourroit trouver dans d'autres per
Tonnes ;& quandjeferois affez malheureux
pour eftre éloigné d'elle , je
m'entretiendrois agreablement dans
mes penfées , qui feroient fur la vivacité
de fon efprit , le brillant de
du Mercure Galant: 257
fes
yeux > & une
infinité
d'autres
belles
qualitez
qu'un
Amant
découvre
les unes
aprés
les autres
dans
la
perfonne
qu'il
aime
. Outre
qu'il
eft
affex
difficile
qu'un
Cavalier
qui
aime
veritablement
, trouve
quelque
oboſe
d'agreable
ailleurs
que dans
l'ob.-
jet qui l'enflame
; d'où
vient
qu'on
ne nous
dépeint
l'Amour
aveugle
, que
parce
qu'il
nous
bouche
les yeux
pour
tout
le reste
du monde
. Favouë
bien
qu'une
multitude
de Galans
dont
la
Belle
ne fe peut
paffer
, eft quelque
chofe
d'affez
incommode
; ce ne feroit
pourtant
pas ce qui me détourneroit
de mon
amour
. Ce feroient
au
tant
d'aprobateurs
de mon
choix
,
& L'esperance
quej'aurois
de l'empor_
ter par deffus
eux , augmenteroit
ma
paffion
. L'esprit
n'a jamais
tant
de
brillant
que quand
il eft contrarié
. De
Q. d'Octobre
1685.
Y
258
Extraordinaire
mefme l'amour brûle davantage
quand il trouve de la resistance , que
lorfque la conqueste qu'il entreprend
luy eft facile. Ce n'eft pas la le plus
difficile , me direz vous . Voftre con-
Stance fera- t- elle à l'épreuve des faveurs
que recevront vos Rivaux ? Ie
conviens que c'est là la plus rude peine
que l'on puiffe fouffrir en amour. Mais
quoy , pretendez- vous emporter la
victoire fans alarmes & fans bleffures
, & cueillir dans le fiecle on nous
fommes des Rofes fans épines ? Non,
il faut fe refoudre à fouffrir.
quand on a commencé d'aimer. L'amour
a fes peines auffi-bien que fes
plaifirs. Ajoutez que l'humeur de la
Belle me vangeroit affez en les méprifant
pour s'attacher à d'autres,
defquels enfin eftant ennuyée , ellefe
refoudroit à accorder quelque chofe à
non
du Mercure Galant.
259
une paffion auffi forte que la mienne,
qu'elle auroit filong temps éprouvée,
On ne doit pas plaindre ce long- temps,
-puis qu'eftant une fois rangé fous les
loix de Cupidon , nous ne devous plus
vivre quepour aimer. Voilà , Made
moiselle , ma pensée fur les maximes
que vous cuftes la bonté de me faire
voir , que je fuis obligéde mettrefur
Le papier , eftant retenu dans le Logis
par un accident qui m'est arrivé , &
qui m'eft d'autant plus fafcheux qu'il
m'empeſche d'aller moy- mefme apprendre
de vos nouvelles.
Emilie ayant achevé de lire
cette Lettre , je n'en connois
point l'Autheur , dit- elle à Melite
, mais je fuis fort trompée s'il
n'a quelque fimpatie avec vous
& fi fon humeur & celle de Clitandre
n'ont un rapport que l'om
A
Y ij
260 Extraordinaire
ne trouve que rarement entre
deux perfonnes. Je voudrois luy
demander quelle eft l'Inconftance
qu'il condamne , car il pretend
que c'est un fi grand défaut , que
ceux qui en ont efté atteints fe
font étudiez à cacher cette imperfection
; & cependant il doit
fçavoir qu'on peut eftre Inconftant
fur toutes fortes de fujets , &
que l'Inconftance d'un Amant &
celle d'un homme dont l'humeur
eft changeante en tout , font des
chofes bien differentes . L'Incon
ftance en amour , de laquelle
fans
doute il veut parler , n'eſt pas
toûjours
une imperfection
. Elle
eft bien fouvent
l'ouvrage
du bon
fens & du difcernement
, & un
Amant
pourroit
répondre
pour
toute défenfe.
du Mercure Galant. 261
Peut-on nommer legereté
Une humeur pleine d'équité,
Qui me fait abandonner celle
Qui m'avoit arreſté ,
Pour en aimer une plus belle ?
C'eſt avoir de bons yeux , c'eft
rendre hommage à qui le peut
le plus legitimement exiger , &
à qui il eft deu de plein droit..
Pourriez vous blâmer un Aveugle
né qui ayant recouvré la lumiere
dans le milieu de la nuit ,
auroit facilement pris une Etoile
pour le Soleil ; & qui voyant enfuite
la pompe & la magnificen
ce de ce Roy des Aftres , reconnoiffant
fon erreur condamneroit
l'impofture de fes premiers
fentimens , & n'addrefferoit fes
voeux qu'à celuy qui les auroit
meritez à Nous croyons cepen-
>
262 Extraordinaire
dant que le caprice tout feul aus
torife le changement de l'efprit ,
que la raifon n'a point de part
à ces dégouts que nous condamnons
, & quoy que tout le monde
foit fujet à fe laiffer emporter
aux premiers empreffemens de la
furpriſe que la nouveauté peut
caufer , nous ne pouvons fouffrir
ces manieres d'agir aufquelles
nous fommes tous les jours expofez
mais c'eſt en aveugles
que nous nous meflons de juger
de ces matieres . L'inclination des
Intereffez peut feule répondre
dé leurs actions. Elle eſt enga
gée auparavant , ou elle ne l'eft
pas. Si elle l'eft , il faut des char:
mes bien puiffans ou une efpe
rance bien fondée pour l'obliger
rompre fe's premieres chaifnes, à
du Mercure Galant.
263
& par là fon changement devient
une necefficé indifpenfable. Si
elle ne l'eft pas , elle ne fait que
fuivre le panchant de fa nature ,
qui l'entraine doucement vers
l'objet pour lequel elle eft faite ,
& par la elle ne peut etre accufée
d'une legerete criminelle. J'avoue
que bien fouvent on quitte
une Belle pour s'attacher . à une
qui l'eft moins , mais elle ne l'eft.
moins que pour nous, qui n'y
prenons point de part , & dont
les coeurs ne reffentent point les
douces violences qui gagnent celuy
que l'on accufe. Son coeur
feul doit eftre confulté fur les
caufes de fon changement. Il fe
trompe rarement dans fes choix,
& pourveu qu'on s'abandonne à
la conduite de fes émotions , l'on
264
Extraordinaire
ne fait jamais rien qui caufe du
repentir , ny qui doive eſtre blâmé.
A ce que je vois , dit Lycidas,
Vous ne feriez pas d'humeur à
courir aprés vos Amans , comme
une Femme que je connois , qui
en alla voir une autre chez qui
elle croyoit que fon Amant devoit
eftre Elle l'y trouva malheureufement
pour elle & pour luy , &
s'abandonnant dés l'entrée à tou
te la fureur d'une j'aloufie immoderée
, elle caffa le miroir de cette
Dame , & aprés avoir battu
comme une Furieufe ce pauvre
Galant , elle emporta fa Perruque
& fon Chapeau. Non , répondit
doucement Emilie , ces emportemens
ne feroient point de mon
caractere , & il me femble que
j'aurois des moyens plus doux ,
plus
du Mercure Galant. 265
plus innocens , & plus feurs pour
faire revenir un Amant dont la
conftance feroit ébranlée ; mais
vous confondez en cét exemple
deux chofes bien differentes . Ce
pauvre maltraité n'eftoit pas pre
tendant feulement , je fuis fort
trompée s'il n'avoit efté bien fa
vorifé auparavant . Pour lors il y a
de l'infidelité , & c'est une lâcheté
inexcufable d'eftre capable de
changer aprés avoir receu quel
que faveur , pour legere qu'elle
puiffe eftre. Mais pourquoy nom
mer Inconftant un homme qui
quitte une Laide pour une Belle ?
Une Indifferente pour une qui
peut l'aymer ? Une ftupide pour
une femme d'efprit ? Et quand il
quitteroit le plus pour le moins ,
il a toûjours fon excufe dans l'é-
Q. d'Octobre 1685.
Z
265 Extraordinaire
tat de fa fortune , & la tranquilité »
de fon ame luy doit , ce me fem
ble , eftre plus chere que la gloire
de paffer pour un homme con.
ftant , & n'avoir aucun plaiſir.
Voilà , pourfuivit Emilie , ce que
j'ay à vous dire pour tous les
Clairvoyans que vous nommez
Inconftans. Je voudrois pouvoir
me difpenfer d'examiner en détailla
Piece admirable de Clitandre
, mais je me vois obligée de
luy montrer , que bien loin de
confondre mes . raifons , elle ne
peut pas feulement confondre
ma Chanfon. Où peut- on pren.
dre des pensées auffi bizarres
que celles dont elle eft compofée
, & qui peut concevoir qu'un
homme qui aimeroit une Belle
Inconftante , feroit capable d'idu
Mercure Galant. 167
miter cette humeur pour affect r
une fympathie inutile dans fon
amour ? Je ne fçais de qui il veut
parler , mais après avoir dit que
l'Inconftance eſt un grand défaut
, il montre peu de bonne opinion
du Cavalier dont il parle
( puifque Cavalier y a ) en l'accufant
de cette imperfection dont
tout le monde fe deffend . Et
fuppofé que ce Cavalier foit d'hu
meur Inconftante , il ne fuit gueres
le principe de voſtre Autheur,
qui dit que ceux qui en font at
teins ( il en parle comme de la
Pefte ) s'étudient à la cacher ,
puifque luy- mefme avoit fait fon
Portrait avec toutes les couleurs
de l'Inconftance . Puifque felon
luy le feu ne fe combat point par
le feu , & que l'Inconftance ne fe
Z ij
268 Extraordinaire
détruit pas elle mefme,pourquoy
ce Cavalier feignoit- il de la fympathie
pour celle de fa Maiſtreffe?
Dequoy luy fervoit cette complaifance
& pourquoy ne s'attachoit-
il pas aux maximes d'Amoureux
tranfis que voftre Auteur
prend pour les fiennes ? Que
ne cherchoit -il les lieux écartez
pour faire quelque beau Dialogue
avec fa paffion , ou pour parler
de fon amour aux Arbres &
aux Cailloux ? Ah ! Madame , ne
vous mocquez pas de ces innocens
ftratagêmes , dit Lycidas .
Ce font là les principales proüef
fes de ceux qui fe piquent d'aimer
, & certe langueur dont vous
faites la Satyre , n'eſt Pas tou .
jours inutile en amour. Je ne
fçais , dit fort agreablement Aredu
Mercure Galant.
269
e
life , fi cette langueur peut produire
de bons effets pour celuy
qui la fouffre , mais fij'eftois Ga
lant d'une Femme , je ne voudrois
pas que la mienne allaft fort loin ,
& je n'en voudrois qu'autant
qu'en demande ma Chanfon .
Comme elle chante merveilleufement
bien , tout le monde la
luy demanda , & aprés qu'elle
eut pris la précaution que ce feroit
fans interrompre Emilie , elle
chanta ces paroles .
Quoy qu'en dife le nouvel Vſage
Qui n'est plus quepour la belle humeur,
En Amourilfaut de la langueur ,
Mais je l'entends fur le Vifage
Car elle fied mal dans le Coeur.
Clitandre qui eft le plus étour
dy de tous les Marquis , l'interrompit
de deux ou trois éclats
Z iij
270
Extraordinaire
>
de rire. Eh ! Madame , dit- il , de
quoy nous regalez - vous Fy ,
Dieu me damne laiffez cette
Chanfon pour les Comediens
Italiens , c'eft celle qu'ils chan.
tent à leur Comedie du Vin Emetique.
Vrayment , dit Melite , il
me femble que cela eft vray .
Vrayment , répliqua Arelife, il n'y
en a que l'air ; car fi vous l'avez
mieux écoutée que vous n'avez
leu voftre Piece , vous verrez que
le Vin Emetique n'a point de part
à cette Chanfon. Emilie la pria
de continuer des Couplets qu'elle
ne fçavoit pas , ce qu'elle fit
ainfi.
Je fçais bien que cette Loy déroge
Aux maximes des nouveaux Galans
Mais un foupir pouffe bien à temps ,
Peut faire avancer une Horloge
du Mercure alant.
271
Qui ne fonneroit de long-temps.
C
Bien fouvent les plus fiers regardent
Les pleurs qu'un Amant verse à propos,
Maispour n'en avoir pas dans le dos
Pendant que fes yeux les hazardent ,
Son coeur doit jouir du repos.
ca
Qu'ildife que preffe de martyre
Ilfe va tuer,que c'en estfait ;
Quoyquefon difcours foit fans effet
Il eft fort fage de le dire,
Mais il eft unfot s'il lefait.
Voilà de beaux fentimens , dit
Melite. Mon Dieu ! peut- on aimer
un homme de cette humeur?
Il faut eftre furieufement affa
mée d'Amans pour en fouffrir
qui ayent des fentimens fi dégarnis
de fens commun , Ces fentimens
font à la mode , répondit
Z
iiij
272
Extraordinaire
Arelife , en riant des expreffions
de Melite , il faut s'en prendre à
l'humeur Françoife qui cherche
la nouveauté en toutes chofes
& prefentement le bon fens eſt
une garniture dont peu de perfonnes
font chargées. Il y en a tant
dans cette Piece , dit Emilie , que
j'ay lieu de conjecturer que fon
Autheur en eft l'Antipode. Par
exemple s'écria le Marquis , eh !
Madame par exemple ! Un exemple,
morbleu, de ce que vous dites.
L'exemple, répliqua- t'elle , efttou
te la piece en gros , & toutes les
lignes en détail. L'on ne nous
dépeint, dit.il , l'Amour aveugle,
que parce qu'il nous bouche les
yeux pour tout le refte du monde
, fi cela eftoit , il devroit avoir
le bandeau à la main & non pas
du Mercure Galant.
273
fur les yeux ; & fi l'Amour nous
bouche les yeux pour tout ce qui
eft hors de la perfonne que nous
aimons , nous ne pouvons rien
voir qu'elle , & par confequent
il nous eft impoffible de devenir
Inconftant. Voyez vous que cette
contrarieté détruit ce grand
défaut qu'il blâme. Je laiffe la
maniere d'écrire à part, & je m'en
raporte aux Galans , fi jamais on
a écrit boucher les yeux dans un
Biller. Il a raifon cependant d'ap .
peller l'Inconftance un tres-grand
deffaut. Il n'y a point de Heros,
de Roman qui ait pouffé la Conftance
plus loin que luy , mais il
y a cette difference entre les Heros
& luy , que ceux là cher.
choient à détruire leurs Rivaux
S par les Armes , & que celuy- cy
274 Extraordinaire
eft d'une humeur pacifique , qui
s'applaudiroit de voir plufieurs
Approbateurs de fon choix , quoy
que peut- eftre il fuft le dernier
venu , & qu'il fe fuft reglé fur
l'exemple des autres ; car à ce que
j'en puis voir , fon caractere eft
affez de croire qu'une perfonne
eft aimable quand il voit que plufieurs
luy font la Cour ; & ainfi
fans rien examiner davantage , je
le crois d'humeur à s'embarquer
vaille que vaille avec les autres .
Ces fortes de Galans ont peu
fatisfaction dans leurs engage .
mens ; mais comme ils ont l'efprit
fort , ils fe confolent quand
ils font fupplantez , en difant qu'en
ce fiecle il n'y a point de Rofes
fans épines , & en ſe nourriffant
d'une efperance qui n'a que leur
de
du Mercure Galant 275
facilité pour tout fondement.
Cette extraordinaire patience
eft de bon exemple , & marque
une défiance de fon merite fort
modefte , mais fort peu en ufage.
En voyez -vous beaucoup aprés
voftre Autheur , qui puiffent s'attacher
à une Coquette qui exige
un amourà l'épreuve des faveurs
que l'on fait aux Rivaux ? En
voyez vous dont la conftance foit
inébranlable jufqu'à pouvoir atrendre
qu'une Coquette foit ennuyée
de mille Galans , pour
luy demander quelque recompenſe
? Je fouhaite , pourſuivit
Emilie , en foûriant & en rendant
le papier à Clitandre ; je ſouhaite
de bon coeur pour le prix de
la belle Piece que je vous rends,
que fon Autheur puiffe devenir
276
Extraordinaire
amoureux d'une Coquette qui
l'oblige à une conftance auffiforte
que celle qu'il veut établir ,
& puifqu'il eft d'humeur à atten
dre qu'une volage foit fatiguée
de ſes inconftances , je luy ſouhaite
le bon-heur d'en trouver
une qui vieilliffe avant que de
changerfon humeur changeante
alors je vous prieray de me le faire
connoiſtre , ou de luy demander
fi l'on ne doit rien trouver d'agreable
que dans l'objet que l'on
aime , & fi eftant une fois rangé
fous les loix de Cupidon , nous
ne devons plus vivre que pour
aimer. Toute la Compagnie rit
de cette conclufion d'Emilie.
hormis le Marquis & Melite , qui
un moment aprés s'en allerent
fans pouvoir pourtant s'empefdu
Mercure Galant. 277
1
cher d'admirer l'efprit de la belle
Emilie , qui quoy qu'elle n'euft
jamais eu d'engagement avec
perfonne , ne laiffoit pas de parler
fi bien de l'amour , & d'approuver
avec tant de grace la
galante maniere de bien aimer,
en faisant la Satyre des Amou
reux tranfis , qui fe morfondent
par refpect , & foupirent fous une
feneftre , pendant que leurs Ri
vaux qui fçavent traiter l'amour
comme il faut , s'entretiennent
avec l'objet de leur paffion.
DE L'INCONSTANCE.
V
Ous fçavez qu'Emilie eft
une perfonne toute charmante
, & qu'une vivacité d'ef.
prit extraordinaire , eft un des
moindres avantages qu'elle at
du Mercure Galant.
245
receus du Ciel . Quoy qu'il y en ait
peu de plus brillans que le fien
je ne laiffe pas de luy preferer la
complaifance avec laquelle elle
fouffre quelques uns de ces Originaux
, dont le fameux Moliere
a fi bien reprefenté les Copies.
Vous avoüez vous - mefme que
cette bonté eft, admirable , & je
ne fçais fi elle n'eft point la feule
qui puiffe les fouffrir . Clitandre
le franc Marquis & la precieufe
Melite fe rendirent ' avant- hier
chez- elle ; ils y trouverent la
jeune Arelife , Lycidas , & quel
ques autres perfonnes de merite ,
qui fans doute fe feroient facilement
paffez de ces deux ridicules.
Aprés que le Marquis les
eut affaffinez de complimens ,
Parbleu, dit-il , nous voulons fça-
X iij
246
Extoaordinaire
voir furquoy vous en eftiez quand
nous fommes arrivez . Tout le
monde parut eſtonné de cette
familiarité , car vous remarquerez
, s'il vous plaift , que c'eftoit
là fa premiere Vifite , que jamais
il n'avoit veu Emilie , & qu'il n'étoit
venu chez- elle que fur le credit
de Melite , qui ne l'avoit auffi
yeuë qu'une fois chez une de fes
Amies . Onne luy répondit rien ,
& tout le monde fe faifant effort
pour s'empefcher de rire de cette
extravagance qu'il appelle le bel
air , il voulut profiter du filence.
Il fe mit à regarder Emilie , &
après avoir roulé les yeux d'une
maniere toute particuliere. Ah !
Madame , dit -il à Melite , vous
n'avez amené dans un lieu où il
fait bien chaud , & où le droit
•
du Mercure Galant. 247
des Gens eft tres- mal obferve.
Cela eft fort peu obligeant pour
moy , répondit Melite , car je
vois que vous me parlez pour
Emilie de la mefme maniere que
vous parlates pour moy à celuy
qui vous amena chez - moy la pre
miere fois. C'eſt à ce queje vois ,
un compliment étudié que vous
faites à tout le monde , & non pas
un tranſport de paffion naiffante,
ou un emportement de furpriſe
impreveuë.
Ces dernieres paroles de Melite
qu'elle avoit fans doute leuës
dans quelque Roman , & le fujet
qui les avoit caufées , parurent
à tous ceux de la Compagnie des
Incidens fi plaifans , qu'ils ne pu
rent s'empefcher de rire. Le Turupin
en rit plus que tous les au-
X iiij
248
Extraordinaire
tres, & trouvoit , difoit - il , l'avan
ture grotesque. Emilie reprit bien
toft fon ferieux , & répondit modeftement
à Melite qu'elle faifoit
bien de maintenir les droits
qu'elle avoit fur le coeur de Cli
tandre , mais , ajoûta t'elle avec
une grace toute charmante , fans
cela le mien eftoit en grand dan
ger , & les regards de Monfieur
m'ont marqué rant de paffion ,
que j'aurois pû me refoudre à
vaincre pour luy mon indifferen.
ce naturelle , & à m'engager pour
toûjours. Quoy , dit Arelife qui
entendoit la raillerie d'Emilie
dés la premiere fois que vous l'avez
veu , vous engager pour toûjours/
Emilie qui vouloit fe donner
carriere , pouffa le jeu fort longtemps
. Oüy , dit- elle, Clitandre a
>
du Mercure Galant. 249
des manieres d'agir tout à fait aimables
, & fi Melite n'eftoit auffi
avant dans mon efprit qu'elle y
eft , je luy déclare que je ferois
tout ce que je pourrois pour le
luy voler . Melite rougit , & puis
paflit un moment aprés . Le Mar
quis qui connut fon defordre , la
rafura par quelques regards , &
par un certain foûrire niais qui
luy eft particulier. Les éclats de
rire recommencerent , & l'aima
ble Emilie qui vouloit fe divertic
encore un peu , quoy que fon hu❤
meur douce & civile ne la porte
guere à rompre en vifiere à perfonne.
Je fens que je prendrois
feu , pourfuivit- elle , & comme
je fuis prefentement la plus indifferente
perfonne du monde , je
deviendrois la plus fidelle & la
250 Extraordinaire
plus paffionnée . Vous poufferiez
l'amitié , jufqu'à la paffion , reprit
Arelife , & mefme la paffion juf.
qu'à la fidelité ? Ah ! Madame ,
n'en dites pas d'avantage . Quoy
que la beauté de Melite foit fort
engageante , vous pourriez la
faire trembler , s'il eft vray qu'elle
ait quelque intereſt au coeur de
Clitandre , & puifque fa premiere
paffion a efté ébranlée en vous
voyant feulement , il pourroit ceder
aux charmes des avances que
vous luy faites . Oh ! parbleu , vous
verrez que non , dit brufquement
le Marquis , j'ay plus de conftance
que vous ne croyez . Si vous
eftes conftant , dit une perfonne
de la Compagnié , je crois qu'Emilie
fera bien - toft guerie de la
paffion qu'elle vous témoigne.
du. Mercure Galant.
251
Elle eft ennemie jurée de la conſtance.
Je fuis bien aiſe , diť Arelife
, que le rapport d'humeurs ne
fe rencontre point encore entre--
elle & Clitandre , tous ces obſtacles
enfemble la dégageront d'une
affaire avec Melite qu'elle feignoit
de vouloir éviter en cette
conjoncture. Quoy que Melite
foit une fort grande parleufe com.
me toutes les Precieufes le font ,
& par confequet une fort grande
difeufe de fottifes , elle ne fut pas
bien aife d'avoir à répondre , par.
ce qu'elle avoit accommodé fes
levres pour fe faire une petite
bouche. Il falut cependant les
défaire pour dire à Arelife ; je
feray toûjours fort indulgente .
dans les fujets de plainte qu'Emelie
pourra me donner , pour-
:
252
Extraordinaire
veu qu'elle ne faliffe point fon
ame d'un défaut auffi grand que
celuy d'eftre du Party des Inconftans
. Aprés cette belle maniere
de parler qui n'étonna plus
perfonne elle raccommoda
promptement fa bouche pour
plaire d'avantage au Marquis
qui la regardoic , & Emilie répondit.
Mais, Madame, faites moy,
s'il vous plaift, comprendre ce que
c'eft qu'un Inconftant , & d'où
vient que vous trouvez tant de
deffaut à l'eftre . Eft ce un crime
que d'aimer également tout ce
qui eft également beau ; & qu'y
a t'il de plus jufte que les fentimens
que je vais vous chanter ?
* Vous fçavez que la voix d'Emilie
eft admirable , & comme elle
eftoit en humeur goguenarde
du Mercure Galant.
253
elle chanta fort
agreablement ces
Parolles.
CHANSON.
E permets aux Romans
D'avoir des Amans fidelles ,
permets aux Romans
La conftance des Amans.
Mais trouvant par tout des Belles .
Par tout je veux cajoler ;
Puis que l'Amour a des ailes ,
Doit-il pas toujours voler ?
Voftre Chanfon eft une mon .
noye dont je ne me paye pas , dic
Mélite , & voftre Party .... Parbleu
, interrompit le Marquis , il
faut confondre Madame , & fa
Chanfon par la lecture d'une piece
qu'on m'a envoyée ce matin.
e ne l'ay point encore veuë ,
254
Extraordinaire
?
mais je m'affure qu'elle eft admirable
. Vous la trouvez admi.
rable , dit Arelife , & vous ne l'avez
point encore veuë fuffit ,
repliqua t'il brufquement , que
celuy de qui je la tiens l'ait approuvée
, c'eſt un homme de bon
goût , la voicy . Puifque je fuis
du Party contraire , dit Emilie , il
faut que je l'examine , & que je
voye cette admirable Piece que
vous n'avez point veuë , & qui
doit me confondre. Alors elle
leut la Lettre qui fuit.
A MADEMOISELLE .
L'
'Inconftance a toûjours paffe
pour un fi grand défaut dans
l'efprit de tous les hommes , que ceux
mefme qui en ont efté le plus fortes
du Mercure Galant.
255
ment atteints , fe font toûjours étudiez
à cacher cette imperfection , &
à s'en défendre quand on les en accufoit.
C'est pourquoy , Mademoiselle
je croy que le Cavalier qui vous a
donnéfon Portrait , a pris plus de
Join à fe déguifer , qu'à vouloir vous
marquer fon humeur & fes inclinations
; & qu'eftant efpris de quelque
beauté qui qui eft d'humeur affez changeante
, il a voulu dépeindre lafienne
avec le plus defympatie & de ref
femblance qu'il s'eft peu imaginer.
Vn Amantfait jouer toutes fortes de
refforts pour venir à bout de fon def
fein ; maisfelon mon humeur , ce fereit
la derniere chose que j'inventerois
, puifque bien loin d'avancer en
quelque forte mes affaires , je croirois
que cela feul feroit capable de les ruiner
entierement. La Belle qui eft co256
Extraordinaire
quette , aime l'Inconftance , mais
elle ne l'aime qu'en elle-mefme , &
n'aime point l'Inconftant. Il me
femble que l'on ne combatitjamais le
feuparle feu , & que l'Inconftance
ne fepeut pas détruire elle-mefme Fe
me fervirois plus volontiers de fon
contraire , & je tâcherois par une
longue & fincere affiduité de fixer
unehumeur volage & legere , je fuivrois
des maximes tout àfait opofées
à celles qu'il a voulu eftablir. Je trou
verois toûjours le temps quej'aurois à
confiderer Climene trop court , au licu
de l'employer à admirer la beauté qui
Je pourroit trouver dans d'autres per
Tonnes ;& quandjeferois affez malheureux
pour eftre éloigné d'elle , je
m'entretiendrois agreablement dans
mes penfées , qui feroient fur la vivacité
de fon efprit , le brillant de
du Mercure Galant: 257
fes
yeux > & une
infinité
d'autres
belles
qualitez
qu'un
Amant
découvre
les unes
aprés
les autres
dans
la
perfonne
qu'il
aime
. Outre
qu'il
eft
affex
difficile
qu'un
Cavalier
qui
aime
veritablement
, trouve
quelque
oboſe
d'agreable
ailleurs
que dans
l'ob.-
jet qui l'enflame
; d'où
vient
qu'on
ne nous
dépeint
l'Amour
aveugle
, que
parce
qu'il
nous
bouche
les yeux
pour
tout
le reste
du monde
. Favouë
bien
qu'une
multitude
de Galans
dont
la
Belle
ne fe peut
paffer
, eft quelque
chofe
d'affez
incommode
; ce ne feroit
pourtant
pas ce qui me détourneroit
de mon
amour
. Ce feroient
au
tant
d'aprobateurs
de mon
choix
,
& L'esperance
quej'aurois
de l'empor_
ter par deffus
eux , augmenteroit
ma
paffion
. L'esprit
n'a jamais
tant
de
brillant
que quand
il eft contrarié
. De
Q. d'Octobre
1685.
Y
258
Extraordinaire
mefme l'amour brûle davantage
quand il trouve de la resistance , que
lorfque la conqueste qu'il entreprend
luy eft facile. Ce n'eft pas la le plus
difficile , me direz vous . Voftre con-
Stance fera- t- elle à l'épreuve des faveurs
que recevront vos Rivaux ? Ie
conviens que c'est là la plus rude peine
que l'on puiffe fouffrir en amour. Mais
quoy , pretendez- vous emporter la
victoire fans alarmes & fans bleffures
, & cueillir dans le fiecle on nous
fommes des Rofes fans épines ? Non,
il faut fe refoudre à fouffrir.
quand on a commencé d'aimer. L'amour
a fes peines auffi-bien que fes
plaifirs. Ajoutez que l'humeur de la
Belle me vangeroit affez en les méprifant
pour s'attacher à d'autres,
defquels enfin eftant ennuyée , ellefe
refoudroit à accorder quelque chofe à
non
du Mercure Galant.
259
une paffion auffi forte que la mienne,
qu'elle auroit filong temps éprouvée,
On ne doit pas plaindre ce long- temps,
-puis qu'eftant une fois rangé fous les
loix de Cupidon , nous ne devous plus
vivre quepour aimer. Voilà , Made
moiselle , ma pensée fur les maximes
que vous cuftes la bonté de me faire
voir , que je fuis obligéde mettrefur
Le papier , eftant retenu dans le Logis
par un accident qui m'est arrivé , &
qui m'eft d'autant plus fafcheux qu'il
m'empeſche d'aller moy- mefme apprendre
de vos nouvelles.
Emilie ayant achevé de lire
cette Lettre , je n'en connois
point l'Autheur , dit- elle à Melite
, mais je fuis fort trompée s'il
n'a quelque fimpatie avec vous
& fi fon humeur & celle de Clitandre
n'ont un rapport que l'om
A
Y ij
260 Extraordinaire
ne trouve que rarement entre
deux perfonnes. Je voudrois luy
demander quelle eft l'Inconftance
qu'il condamne , car il pretend
que c'est un fi grand défaut , que
ceux qui en ont efté atteints fe
font étudiez à cacher cette imperfection
; & cependant il doit
fçavoir qu'on peut eftre Inconftant
fur toutes fortes de fujets , &
que l'Inconftance d'un Amant &
celle d'un homme dont l'humeur
eft changeante en tout , font des
chofes bien differentes . L'Incon
ftance en amour , de laquelle
fans
doute il veut parler , n'eſt pas
toûjours
une imperfection
. Elle
eft bien fouvent
l'ouvrage
du bon
fens & du difcernement
, & un
Amant
pourroit
répondre
pour
toute défenfe.
du Mercure Galant. 261
Peut-on nommer legereté
Une humeur pleine d'équité,
Qui me fait abandonner celle
Qui m'avoit arreſté ,
Pour en aimer une plus belle ?
C'eſt avoir de bons yeux , c'eft
rendre hommage à qui le peut
le plus legitimement exiger , &
à qui il eft deu de plein droit..
Pourriez vous blâmer un Aveugle
né qui ayant recouvré la lumiere
dans le milieu de la nuit ,
auroit facilement pris une Etoile
pour le Soleil ; & qui voyant enfuite
la pompe & la magnificen
ce de ce Roy des Aftres , reconnoiffant
fon erreur condamneroit
l'impofture de fes premiers
fentimens , & n'addrefferoit fes
voeux qu'à celuy qui les auroit
meritez à Nous croyons cepen-
>
262 Extraordinaire
dant que le caprice tout feul aus
torife le changement de l'efprit ,
que la raifon n'a point de part
à ces dégouts que nous condamnons
, & quoy que tout le monde
foit fujet à fe laiffer emporter
aux premiers empreffemens de la
furpriſe que la nouveauté peut
caufer , nous ne pouvons fouffrir
ces manieres d'agir aufquelles
nous fommes tous les jours expofez
mais c'eſt en aveugles
que nous nous meflons de juger
de ces matieres . L'inclination des
Intereffez peut feule répondre
dé leurs actions. Elle eſt enga
gée auparavant , ou elle ne l'eft
pas. Si elle l'eft , il faut des char:
mes bien puiffans ou une efpe
rance bien fondée pour l'obliger
rompre fe's premieres chaifnes, à
du Mercure Galant.
263
& par là fon changement devient
une necefficé indifpenfable. Si
elle ne l'eft pas , elle ne fait que
fuivre le panchant de fa nature ,
qui l'entraine doucement vers
l'objet pour lequel elle eft faite ,
& par la elle ne peut etre accufée
d'une legerete criminelle. J'avoue
que bien fouvent on quitte
une Belle pour s'attacher . à une
qui l'eft moins , mais elle ne l'eft.
moins que pour nous, qui n'y
prenons point de part , & dont
les coeurs ne reffentent point les
douces violences qui gagnent celuy
que l'on accufe. Son coeur
feul doit eftre confulté fur les
caufes de fon changement. Il fe
trompe rarement dans fes choix,
& pourveu qu'on s'abandonne à
la conduite de fes émotions , l'on
264
Extraordinaire
ne fait jamais rien qui caufe du
repentir , ny qui doive eſtre blâmé.
A ce que je vois , dit Lycidas,
Vous ne feriez pas d'humeur à
courir aprés vos Amans , comme
une Femme que je connois , qui
en alla voir une autre chez qui
elle croyoit que fon Amant devoit
eftre Elle l'y trouva malheureufement
pour elle & pour luy , &
s'abandonnant dés l'entrée à tou
te la fureur d'une j'aloufie immoderée
, elle caffa le miroir de cette
Dame , & aprés avoir battu
comme une Furieufe ce pauvre
Galant , elle emporta fa Perruque
& fon Chapeau. Non , répondit
doucement Emilie , ces emportemens
ne feroient point de mon
caractere , & il me femble que
j'aurois des moyens plus doux ,
plus
du Mercure Galant. 265
plus innocens , & plus feurs pour
faire revenir un Amant dont la
conftance feroit ébranlée ; mais
vous confondez en cét exemple
deux chofes bien differentes . Ce
pauvre maltraité n'eftoit pas pre
tendant feulement , je fuis fort
trompée s'il n'avoit efté bien fa
vorifé auparavant . Pour lors il y a
de l'infidelité , & c'est une lâcheté
inexcufable d'eftre capable de
changer aprés avoir receu quel
que faveur , pour legere qu'elle
puiffe eftre. Mais pourquoy nom
mer Inconftant un homme qui
quitte une Laide pour une Belle ?
Une Indifferente pour une qui
peut l'aymer ? Une ftupide pour
une femme d'efprit ? Et quand il
quitteroit le plus pour le moins ,
il a toûjours fon excufe dans l'é-
Q. d'Octobre 1685.
Z
265 Extraordinaire
tat de fa fortune , & la tranquilité »
de fon ame luy doit , ce me fem
ble , eftre plus chere que la gloire
de paffer pour un homme con.
ftant , & n'avoir aucun plaiſir.
Voilà , pourfuivit Emilie , ce que
j'ay à vous dire pour tous les
Clairvoyans que vous nommez
Inconftans. Je voudrois pouvoir
me difpenfer d'examiner en détailla
Piece admirable de Clitandre
, mais je me vois obligée de
luy montrer , que bien loin de
confondre mes . raifons , elle ne
peut pas feulement confondre
ma Chanfon. Où peut- on pren.
dre des pensées auffi bizarres
que celles dont elle eft compofée
, & qui peut concevoir qu'un
homme qui aimeroit une Belle
Inconftante , feroit capable d'idu
Mercure Galant. 167
miter cette humeur pour affect r
une fympathie inutile dans fon
amour ? Je ne fçais de qui il veut
parler , mais après avoir dit que
l'Inconftance eſt un grand défaut
, il montre peu de bonne opinion
du Cavalier dont il parle
( puifque Cavalier y a ) en l'accufant
de cette imperfection dont
tout le monde fe deffend . Et
fuppofé que ce Cavalier foit d'hu
meur Inconftante , il ne fuit gueres
le principe de voſtre Autheur,
qui dit que ceux qui en font at
teins ( il en parle comme de la
Pefte ) s'étudient à la cacher ,
puifque luy- mefme avoit fait fon
Portrait avec toutes les couleurs
de l'Inconftance . Puifque felon
luy le feu ne fe combat point par
le feu , & que l'Inconftance ne fe
Z ij
268 Extraordinaire
détruit pas elle mefme,pourquoy
ce Cavalier feignoit- il de la fympathie
pour celle de fa Maiſtreffe?
Dequoy luy fervoit cette complaifance
& pourquoy ne s'attachoit-
il pas aux maximes d'Amoureux
tranfis que voftre Auteur
prend pour les fiennes ? Que
ne cherchoit -il les lieux écartez
pour faire quelque beau Dialogue
avec fa paffion , ou pour parler
de fon amour aux Arbres &
aux Cailloux ? Ah ! Madame , ne
vous mocquez pas de ces innocens
ftratagêmes , dit Lycidas .
Ce font là les principales proüef
fes de ceux qui fe piquent d'aimer
, & certe langueur dont vous
faites la Satyre , n'eſt Pas tou .
jours inutile en amour. Je ne
fçais , dit fort agreablement Aredu
Mercure Galant.
269
e
life , fi cette langueur peut produire
de bons effets pour celuy
qui la fouffre , mais fij'eftois Ga
lant d'une Femme , je ne voudrois
pas que la mienne allaft fort loin ,
& je n'en voudrois qu'autant
qu'en demande ma Chanfon .
Comme elle chante merveilleufement
bien , tout le monde la
luy demanda , & aprés qu'elle
eut pris la précaution que ce feroit
fans interrompre Emilie , elle
chanta ces paroles .
Quoy qu'en dife le nouvel Vſage
Qui n'est plus quepour la belle humeur,
En Amourilfaut de la langueur ,
Mais je l'entends fur le Vifage
Car elle fied mal dans le Coeur.
Clitandre qui eft le plus étour
dy de tous les Marquis , l'interrompit
de deux ou trois éclats
Z iij
270
Extraordinaire
>
de rire. Eh ! Madame , dit- il , de
quoy nous regalez - vous Fy ,
Dieu me damne laiffez cette
Chanfon pour les Comediens
Italiens , c'eft celle qu'ils chan.
tent à leur Comedie du Vin Emetique.
Vrayment , dit Melite , il
me femble que cela eft vray .
Vrayment , répliqua Arelife, il n'y
en a que l'air ; car fi vous l'avez
mieux écoutée que vous n'avez
leu voftre Piece , vous verrez que
le Vin Emetique n'a point de part
à cette Chanfon. Emilie la pria
de continuer des Couplets qu'elle
ne fçavoit pas , ce qu'elle fit
ainfi.
Je fçais bien que cette Loy déroge
Aux maximes des nouveaux Galans
Mais un foupir pouffe bien à temps ,
Peut faire avancer une Horloge
du Mercure alant.
271
Qui ne fonneroit de long-temps.
C
Bien fouvent les plus fiers regardent
Les pleurs qu'un Amant verse à propos,
Maispour n'en avoir pas dans le dos
Pendant que fes yeux les hazardent ,
Son coeur doit jouir du repos.
ca
Qu'ildife que preffe de martyre
Ilfe va tuer,que c'en estfait ;
Quoyquefon difcours foit fans effet
Il eft fort fage de le dire,
Mais il eft unfot s'il lefait.
Voilà de beaux fentimens , dit
Melite. Mon Dieu ! peut- on aimer
un homme de cette humeur?
Il faut eftre furieufement affa
mée d'Amans pour en fouffrir
qui ayent des fentimens fi dégarnis
de fens commun , Ces fentimens
font à la mode , répondit
Z
iiij
272
Extraordinaire
Arelife , en riant des expreffions
de Melite , il faut s'en prendre à
l'humeur Françoife qui cherche
la nouveauté en toutes chofes
& prefentement le bon fens eſt
une garniture dont peu de perfonnes
font chargées. Il y en a tant
dans cette Piece , dit Emilie , que
j'ay lieu de conjecturer que fon
Autheur en eft l'Antipode. Par
exemple s'écria le Marquis , eh !
Madame par exemple ! Un exemple,
morbleu, de ce que vous dites.
L'exemple, répliqua- t'elle , efttou
te la piece en gros , & toutes les
lignes en détail. L'on ne nous
dépeint, dit.il , l'Amour aveugle,
que parce qu'il nous bouche les
yeux pour tout le refte du monde
, fi cela eftoit , il devroit avoir
le bandeau à la main & non pas
du Mercure Galant.
273
fur les yeux ; & fi l'Amour nous
bouche les yeux pour tout ce qui
eft hors de la perfonne que nous
aimons , nous ne pouvons rien
voir qu'elle , & par confequent
il nous eft impoffible de devenir
Inconftant. Voyez vous que cette
contrarieté détruit ce grand
défaut qu'il blâme. Je laiffe la
maniere d'écrire à part, & je m'en
raporte aux Galans , fi jamais on
a écrit boucher les yeux dans un
Biller. Il a raifon cependant d'ap .
peller l'Inconftance un tres-grand
deffaut. Il n'y a point de Heros,
de Roman qui ait pouffé la Conftance
plus loin que luy , mais il
y a cette difference entre les Heros
& luy , que ceux là cher.
choient à détruire leurs Rivaux
S par les Armes , & que celuy- cy
274 Extraordinaire
eft d'une humeur pacifique , qui
s'applaudiroit de voir plufieurs
Approbateurs de fon choix , quoy
que peut- eftre il fuft le dernier
venu , & qu'il fe fuft reglé fur
l'exemple des autres ; car à ce que
j'en puis voir , fon caractere eft
affez de croire qu'une perfonne
eft aimable quand il voit que plufieurs
luy font la Cour ; & ainfi
fans rien examiner davantage , je
le crois d'humeur à s'embarquer
vaille que vaille avec les autres .
Ces fortes de Galans ont peu
fatisfaction dans leurs engage .
mens ; mais comme ils ont l'efprit
fort , ils fe confolent quand
ils font fupplantez , en difant qu'en
ce fiecle il n'y a point de Rofes
fans épines , & en ſe nourriffant
d'une efperance qui n'a que leur
de
du Mercure Galant 275
facilité pour tout fondement.
Cette extraordinaire patience
eft de bon exemple , & marque
une défiance de fon merite fort
modefte , mais fort peu en ufage.
En voyez -vous beaucoup aprés
voftre Autheur , qui puiffent s'attacher
à une Coquette qui exige
un amourà l'épreuve des faveurs
que l'on fait aux Rivaux ? En
voyez vous dont la conftance foit
inébranlable jufqu'à pouvoir atrendre
qu'une Coquette foit ennuyée
de mille Galans , pour
luy demander quelque recompenſe
? Je fouhaite , pourſuivit
Emilie , en foûriant & en rendant
le papier à Clitandre ; je ſouhaite
de bon coeur pour le prix de
la belle Piece que je vous rends,
que fon Autheur puiffe devenir
276
Extraordinaire
amoureux d'une Coquette qui
l'oblige à une conftance auffiforte
que celle qu'il veut établir ,
& puifqu'il eft d'humeur à atten
dre qu'une volage foit fatiguée
de ſes inconftances , je luy ſouhaite
le bon-heur d'en trouver
une qui vieilliffe avant que de
changerfon humeur changeante
alors je vous prieray de me le faire
connoiſtre , ou de luy demander
fi l'on ne doit rien trouver d'agreable
que dans l'objet que l'on
aime , & fi eftant une fois rangé
fous les loix de Cupidon , nous
ne devons plus vivre que pour
aimer. Toute la Compagnie rit
de cette conclufion d'Emilie.
hormis le Marquis & Melite , qui
un moment aprés s'en allerent
fans pouvoir pourtant s'empefdu
Mercure Galant. 277
1
cher d'admirer l'efprit de la belle
Emilie , qui quoy qu'elle n'euft
jamais eu d'engagement avec
perfonne , ne laiffoit pas de parler
fi bien de l'amour , & d'approuver
avec tant de grace la
galante maniere de bien aimer,
en faisant la Satyre des Amou
reux tranfis , qui fe morfondent
par refpect , & foupirent fous une
feneftre , pendant que leurs Ri
vaux qui fçavent traiter l'amour
comme il faut , s'entretiennent
avec l'objet de leur paffion.
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Résumé : DEFENSE DE L'INCONSTANCE.
Le texte décrit une scène sociale chez Emilie, une femme charmante et spirituelle, en présence de Clitandre, un marquis franc, et Mélite, une précieuse. Clitandre se montre trop familier avec Emilie, ce qui surprend l'assemblée. Mélite réagit en soulignant l'inconvenance de son comportement. Emilie, tout en gardant son sérieux, répond qu'elle aurait pu succomber aux avances du marquis si elle n'était pas attachée à Mélite. La conversation porte sur la constance et l'inconstance en amour. Mélite affirme qu'elle sera indulgente envers Emilie malgré son inconstance présumée. Emilie chante ensuite une chanson sur l'amour et la fidélité. Après sa performance, le marquis mentionne une pièce qu'il n'a pas lue mais qu'il juge admirable. Emilie lit une lettre critiquant l'inconstance en amour, affirmant que ceux qui en sont atteints cherchent à la cacher. L'auteur exprime son désir de fidélité et de constance. Emilie remarque que l'auteur semble partager des similitudes avec Mélite et Clitandre. Le texte explore la notion d'inconstance en amour, distinguant entre l'amant inconstant et l'homme dont l'humeur est changeante. Emilie affirme que l'inconstance peut être excusée si elle mène à un bonheur plus grand. Elle raconte l'histoire d'une femme jalouse et violente, contrastant avec ses propres méthodes douces pour reconquérir un amant. La conversation se poursuit sur la langueur en amour, un état de mollesse ou de faiblesse souvent associé à l'amour. Lycidas défend la langueur, tandis qu'Arélise préfère la modérer. Emilie chante une chanson sur la langueur en amour, exprimant des sentiments amoureux complexes. Mélite critique ces sentiments, trouvant qu'ils manquent de bon sens. Arélise répond que ces sentiments sont à la mode en France. Emilie conclut en souhaitant que l'auteur de la pièce connaisse lui-même l'amour constant et fidèle. La compagnie rit de la conclusion d'Emilie, sauf le marquis et Mélite, qui quittent la réunion admirant l'esprit d'Emilie.
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42
p. 201-202
Pour le mesme, sur le mesme sujet.
Début :
CE Berger si jeune & si beau [...]
Mots clefs :
Berger, Troupeau, Beauté, Printemps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pour le mesme, sur le mesme sujet.
Pour le meſme , ſur le meſme
fujet.
CB petit cha-
E Bergerfijeune &fi beau
lumeau
Avec la plus douce mufette ;
Il entonne une Chanfonnette
D'un air furprenant & nouveau.
Quefi pour quelque fefte il dance
Sous l'Ormeau ,
Il le fait de fi bonne grace
Qu'il eft fortpeu de Bergers qu'il
n'efface ;
Il n'en eftpoint dans le Hameau,
202 MERCURE
Quipour conduire fon Troupeau
Soit plus vigilant &plus fage,
Bien qu'il ne foit qu'au Printemps
de fon âge ;
La nature chez luy n'a pas besoin de
l'art.
Si quelque jour , bondiſſant fur
l'herbette ,
Une brebis fe trouvoit à l'écart ,
Elle doit craindre fa Houlette.
fujet.
CB petit cha-
E Bergerfijeune &fi beau
lumeau
Avec la plus douce mufette ;
Il entonne une Chanfonnette
D'un air furprenant & nouveau.
Quefi pour quelque fefte il dance
Sous l'Ormeau ,
Il le fait de fi bonne grace
Qu'il eft fortpeu de Bergers qu'il
n'efface ;
Il n'en eftpoint dans le Hameau,
202 MERCURE
Quipour conduire fon Troupeau
Soit plus vigilant &plus fage,
Bien qu'il ne foit qu'au Printemps
de fon âge ;
La nature chez luy n'a pas besoin de
l'art.
Si quelque jour , bondiſſant fur
l'herbette ,
Une brebis fe trouvoit à l'écart ,
Elle doit craindre fa Houlette.
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Résumé : Pour le mesme, sur le mesme sujet.
Bergerfijeune, jeune berger charmant et gracieux, se distingue par ses talents de chanteur et de danseur. Lors des fêtes, il surpasse presque tous les autres bergers. Vigilant et sage, il conduit son troupeau avec autorité, corrigeant toute brebis égarée. Ses qualités naturelles sont remarquables.
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43
p. 92-94
Sur la mort de Monsieur le Prince de Conty, mort de la petite verole.
Début :
Vous ne serez pas fâchée de voir ce qu'a fait / Quelle marque d'amour Conty vient de produire ! [...]
Mots clefs :
Prince de Conty, Décès, Beauté, Héros, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur la mort de Monsieur le Prince de Conty, mort de la petite verole.
Vous ne ferez pas fâchée
de voir ce qu'a fait le meſme
Mr de Benferade ,fur une autre
mort qui n'a pas moins affligé
que furpris toute la France.
GALANT. 93
Sur la mort de Monfieur le
Prince de Conty , mort
de la petite verole .
O
Velle
marque
d'amour Conty
vient de produire !
Quel couple fe fepare , & quel fort
est le leur!
Qui des deux ne meurt pas , &trai
ne fa douleur ,
En pire cftat que l'autre , helas ! fe
voit réduire...
*3
Fleau des Teints délicats , qui cher
che à les détruire ,
D'un fi digne . Heros le peu digne
malheur !
Falloit- il que ce mal s'en prift à la
valeurs,
De ce qu'à la Beauté ce·mal´n'avoit
fecu naire?
94 MERCURE
Pour la Foy , pour la gloire il courut´
aux dangers ,
Expofa fon beau fang fur les bords:
étrangers ;
Là que ne fit-il point , & qui le pour--
ra croire ?
Meſme , il n'attendit pas les ordres de
Son Roy,
Le plus ferme foutien qu'ait jamais
eu la Foy ,
Et le plus chaud amy qu'ait jamais
eu la gloire..
de voir ce qu'a fait le meſme
Mr de Benferade ,fur une autre
mort qui n'a pas moins affligé
que furpris toute la France.
GALANT. 93
Sur la mort de Monfieur le
Prince de Conty , mort
de la petite verole .
O
Velle
marque
d'amour Conty
vient de produire !
Quel couple fe fepare , & quel fort
est le leur!
Qui des deux ne meurt pas , &trai
ne fa douleur ,
En pire cftat que l'autre , helas ! fe
voit réduire...
*3
Fleau des Teints délicats , qui cher
che à les détruire ,
D'un fi digne . Heros le peu digne
malheur !
Falloit- il que ce mal s'en prift à la
valeurs,
De ce qu'à la Beauté ce·mal´n'avoit
fecu naire?
94 MERCURE
Pour la Foy , pour la gloire il courut´
aux dangers ,
Expofa fon beau fang fur les bords:
étrangers ;
Là que ne fit-il point , & qui le pour--
ra croire ?
Meſme , il n'attendit pas les ordres de
Son Roy,
Le plus ferme foutien qu'ait jamais
eu la Foy ,
Et le plus chaud amy qu'ait jamais
eu la gloire..
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Résumé : Sur la mort de Monsieur le Prince de Conty, mort de la petite verole.
Le texte évoque la mort du Prince de Conti, victime de la variole, suscitant tristesse et surprise en France. Il met en lumière l'amour profond entre le Prince et son épouse, ainsi que le courage et le dévouement du Prince. Ce dernier est loué pour ses actions héroïques pour la foi et la gloire, souvent au péril de sa vie, et son engagement sans attendre les ordres royaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 147-166
Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Il y a de la destinée dans les Mariages, & il s'en fait tous [...]
Mots clefs :
Cavalier, Mariage, Mère, Coeur, Beauté, Sentiments, Abbé, Cérémonie, Réputation, Amitié, Travestissement, Amour secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire. [titre d'après la table]
Il
Il y a de la deftinée dans
les Mariages , & il s'en fait
tous les jours par des voyes
fi peu communes , qu'il y a
lieu de penfer qu'ils font arreftez
dans un Confeil Souverain
, dont les Arreſts font
Nij
148 MERCURE
4
irrevocables. Un Cavalier
en qui beaucoup de merite
foutenoit les avantages du
bien & de la naiffance , paffoit
un jour par un Bourg ,
où il apprit qu'une jeune Demoiſelle
prenoit l'habit de
Religieufe. La neceſſité où il
fe trouvoit d'y refter un jour
entier , luy fit naiſtre le defir
de voir la Ceremonie. Il fe
rendit dans l'Eglife en habit
de Voyageur , & fe cachant
dans la foule , il examina toutes
les Femmes que cette
prife d'Habit avoit attirées
en fort grand nombre . En les
GALANT 149
parcourant des yeux , il apperceut
une jeune brune ,
qu'une aimable modeftie
rendoit auffi remarquable
que l'éclat de fa beauté . Il la
regarda long- temps , & eut
le plaifir d'en entendre dire
tous les biens imaginables à
plufieurs perfonnes qui la regardoient
ainfi que luy . Ces
louanges qui ne pouvoient
luy eſtre ſuſpectes , ayant
commencé à luy doner pour
elle plus que de l'eftime , il
voulut fçavoir fon nom. On
luy apprit qu'elle eftoit d'une
petite Ville éloignée du
M iij
150 MERCURE
fa
Bourg de quatre lieuës ; que
fa Mere,Femme des plus ver
tueufes , la faifoit vivre dans
une grande retraite que
Maifon ne s'ouvroit qu'à des
gens devots , & que meſme
c'eftoit l'ufage dans toute la
Ville de ne recevoir que des.
perfonnes d'Eglife par tout
où il y avoit des Filles à marier.
Le Cavalier attacha fes
yeux fur la belle brune tant .
qu'il put la voir , & quand
on eut achevé la Ceremonie,
il en emporta l'image fi profondement
gravée dans fon
coeur , qu'il tafcha inutile
GALANT. 151
ment de l'en bannir. Quoy
qu'il fuft perfuadé de fon elprit
& de fa vertu , par ce
qu'il venoit d'en entendre
dire , il voulut la connoiftre
par luy-mefme , & un mouvement
preffant , auquel il
fut contraint de s'abandonner
, le fit refoudre à n'épargner
rien pour venir à bout
de fon entrepriſe . Il eftoit
luy-mefme d'une Famille devote
, & les exemples de pieté
qu'il avoit receus , luy faifoient
mener une vie fort ,
reguliere . Ainfi il avoit fait
diverfes lectures qui luy a-
Niiij
152 MERCURE
voient éclairé l'efprit fur la
Morale , & fe refolvant à
prendre un habit d'Abbé ,
il avoit dequoy foûtenir ce
Perſonnage. Il donna ordre
à toutes les chofes qui luy
eftoient neceffaires pour cette
metamorphofe , & ayant
pris le petit Collet & une
courte Perruque , il fe rendit
dans la Ville où demeuroit
la belle Perfonne , qui l'attiroit
avec tant de force .
Son efprit infinuant , & fes
manieres douces & honnêtes
, luy eurent bien- toft acquis
l'eftime de tout le mon
GALANT. 153
de. Joignez à cela une conduite
toute édifiante , & une
telle affiduité pour tout ce
qui ſe peut appeller Pratiques
Spirituelles , qu'il fut
regardé parmy les Devots
comme tres-digne de participer
à leurs privileges , &
d'eftre receu dans leurs Conferences.
Ils le menerent en
plufieurs Maiſons , & en peu
de temps il connut toute la
Ville. Il avoit l'air bon , &
fon entretien marquant fa
naiſſance , les Dames les plus
aufteres eurent de l'empreffement
pour fes vifites . I
154 MERCURE
ne leur parloit que de leur
falut , & la reputation où le
mit fa probité , leur fit prendre
en luy tant de confiance ,
qu'elles ne pouvoient rien
faire que par fon avis . Enfin
il fut introduit où il fouhaitoit
avec tant d'ardeur d'être
receu favorablement . Il
s'attacha d'abord à la Mere ,
fans que l'on puft foupçonner
qu'aucun interest d'amour
entraft dans les foins
qu'il luy rendoit. Il n'adreſ
foit le Difcours qu'à elle , &
il s'obfervoit fi bien que jamais
fes yeux ne le trahif
GALANT. 155
foient. Il s'acquit par là fon
entiere confiance , & quand
il luy furvenoit la moindre
affaire , elle ne faifoit aucune
difficulté de le laiffer feul
avec fa Fille. Ce fut alors
qu'il s'enflama tout de
bon. Quelle égalité d'humeur
& quelle douceur
d'efprit ne trouva- il pas dans
cette aimable perfonne ! Il
connut que fa beauté eftoit
le moindre de fes avantages..
La droiture de fon ame & la
bonté de fon coeur , l'empor
toient fur tous les charmes
dont la Nature luy avoit
-
156 MERCURE
efté prodigue. Il la mettoit
fouvent fur le Mariage , &
fur la neceffité où il la
voyoit de faire un choix
pour fon établiſſement . Elle
répondoit toûjours qu'ayant
du bien pour vivre fans dépendance
, & voulant remplir
exactement fes devoirs
en toutes fortes d'eftats , el
le ne femarieroitjamais
qu'a
vec un homme , qui par une
reputationfolide & bien confirmée
, fe feroit acquis toute
fon eftime . Comme fon
merite eftoit extraordinaire
,
il luy attira divers PretenGALANT.
157
dans , fur lefquels la Mere
ne manqua pas de le confulter.
Il leur trouva à tous des
défauts qui empefcherent
qu'elle ne les écoutaſt , & eut
la joye de connoiftte que la
Fille entroit avec plaifir dans
les raifons qui les faifoient
rejetter. L'amour fecret qu'il
avoit pour elle s'augmentant
de jour en jour par l'indifference
qu'elle luy marquoit
pour tous les hommes, il tâcha
de l'engager à prendre
pour luy des fentimens , qui
n'eftant fondez que fur l'amitié
, puffent paffer aifé.
158 MERCURE
ment à quelque
chofe de
plus , quand on connoiftroit
fon déguisement
. La Belle
prevenue
pour luy d'une veritable
eſtime , s'y montra
fort difpofée
, & lors qu'il
fe creut affeuré de fon ef
prit , il employa
un de fes
Amis pour la demander
en
mariage
. La Mere à qui l'on
vanta fon bien & les autres
avantages
qui fe rencontroient
dans ce party , prit
confeil de luy fur cette affai
re , & il vous eft aifé de juger
qu'il ne parla pas contre
luy-mefme . Il dit qu'il conGALANT.
159
noiffoit la Maifon du Cavalier
qu'on luy propofoit pour
Gendre, & que voulant donner
à fa Fille un homme de
probité , & qui euft ce qu'on
pouvoit fouhaiter dans un
Mary capable de rendre une
Femme
heureuſe , il croyoit
qu'elle auroit peine à faire .
un choix plus
avantageux.
Ce fut affez pour faire accepter
le Cavalier. Elle confentit
à fa
recherche , & le
faux Abbé cut une joye incroyable
de voir fes defleins
en eftat de reüffir ; mais cette
joye fut bien-toſt trou160
MERCURE
blée . La Fille marqua de l'averfion
pour ce mariage , &
il fut furpris de trouver en
elle une repugnance qu'il
n'attendoit pas. Il eut beau
luy dire que la reputation du
Cavalier luy eftoit connuë ;
elle le pria de rompre l'affaire
, & de trouver des raiſons
pour le faire exclure, comme
il en avoit trouvé en d'autres
occafions . Il combattit cette
averfion pendant quelques
jours , & l'ayant priée de luy
en dire la caufe , elle répondit
qu'un panchant ſecret avoit
entraifné fon coeur , fans
GALANT. 161
qu'elle euſt pû s'en deffendre
, & que mille belles
qualitez qu'elle connoifſoit
dans un homme qui eftoit
fort éloigné de penſer à elle ,
luy avoient donné pour luy
une eftime fi particuliere
que cette eftime luy fem
bloit incompatible avec ce
que fon devoir luy demande
roit pour un Mary. Le faux
Abbé fut fort affligé de cette
réponſe , & d'autant plus que
la Belle luy parut entieremet
refolue à demeurer dans
Peftat où elle eftoit . Elle ajoûta
qu'il avoit fujet de four
Decembre 1685.
162 MERCURE
haiter qu'elle perfiſtaſt dans
ces fentimens, puis qu'eftant
de fes Amis , elle auroit toûjours
la joye de le voir , au
lieu que le Mariage l'affujettiffant
à d'autres devoirs , elle
ne pourroit entretenir l'amitié
parfaite qu'il luy avoir
demandée. Une déclaration
fi obligeante fit ouvrir les
yeux au faux Abbé. Il com
mença de comprendre qu'il
eftoit luy-mefme l'obftacle
de fon bon- heur , & que la
Belle ne le refufoit que par
l'attachement qu'elle avoit
pour luy. Il l'obferva avec
GALANT. 163
plus d'artention , & fes regards
, & quelques paroles
qui luy échaperent , l'ayant
confirmé dans une penſée fi
agreable , il la pria de fouffrir
que le Cavalier luy rendift
une vifite , l'affurant que fi
fa perfonne ne luy plaifoit
pas, il viendroit à bout de dégager
la parole de fa Mere.
Le peu qu'elle hazardoit par
là , la fit confentir à ce qu'il
voulut . Le jour fut pris pour
dette Vifite , & on le pria d'y
eftre preſent. Il s'en excufa
fur ce que l'intereft feul de
la Mere & de la Fille , l'ayant
O ij
164 MERCURE
porté à eftre d'avis que l'on
fift ce Mariage , il fe croyoit
obligé de les laiffer dans une
entiere liberté d'agir , fans
qu'il fe trouvaft à une Entreveuë
qui regleroit ce qu'elles.
devoient refoudre. Le jourarreſté
eſtant venu , il fe rendit
en équipage fort propre
où il eftoit attendu de la Mere
& de la Fille . Sa longue-
Perruque , & l'habit de Cavalier
, les empefcherent d'abord
de le reconnoître ; mais
à peine eut- il parlé , qu'elles.
s'écrierent toutes deux en
meſme temps , & luy marGALANT.
165.
querent l'étonnement où elles
eftoient du changement
qu'il faifort paroiftre . Il leur
expliqua fon avanture, & les
ayant affeurées que Cavalier
ou Abbé, il eftoit tel qu'elles
l'avoient veu , inébranlable
dans les fentimens qu'elles .
avoient approuvez , & tresfincere
dans la conduite qu'il
avoit tenuë , il leur demanda
quelle efperance elles vouloient
luy permettre . La ré
ponſe de la Mere luy fut favorable
, & la Fille dont il
avoit fceu toucher le coeur ,
ne put fe défendre de luy
166 MERCURE
avouer qu'elle n'avoit refifté
à la propofition
qu'on luy
avoit faite, que par la fecrete
inclination qu'elle avoit fentie
pour luy. Le Mariage fe fit
peu de jours aprés, & fut fuivy
de réjouiſſances
où toute la
Ville témoigna de prendre '
part,
Il y a de la deftinée dans
les Mariages , & il s'en fait
tous les jours par des voyes
fi peu communes , qu'il y a
lieu de penfer qu'ils font arreftez
dans un Confeil Souverain
, dont les Arreſts font
Nij
148 MERCURE
4
irrevocables. Un Cavalier
en qui beaucoup de merite
foutenoit les avantages du
bien & de la naiffance , paffoit
un jour par un Bourg ,
où il apprit qu'une jeune Demoiſelle
prenoit l'habit de
Religieufe. La neceſſité où il
fe trouvoit d'y refter un jour
entier , luy fit naiſtre le defir
de voir la Ceremonie. Il fe
rendit dans l'Eglife en habit
de Voyageur , & fe cachant
dans la foule , il examina toutes
les Femmes que cette
prife d'Habit avoit attirées
en fort grand nombre . En les
GALANT 149
parcourant des yeux , il apperceut
une jeune brune ,
qu'une aimable modeftie
rendoit auffi remarquable
que l'éclat de fa beauté . Il la
regarda long- temps , & eut
le plaifir d'en entendre dire
tous les biens imaginables à
plufieurs perfonnes qui la regardoient
ainfi que luy . Ces
louanges qui ne pouvoient
luy eſtre ſuſpectes , ayant
commencé à luy doner pour
elle plus que de l'eftime , il
voulut fçavoir fon nom. On
luy apprit qu'elle eftoit d'une
petite Ville éloignée du
M iij
150 MERCURE
fa
Bourg de quatre lieuës ; que
fa Mere,Femme des plus ver
tueufes , la faifoit vivre dans
une grande retraite que
Maifon ne s'ouvroit qu'à des
gens devots , & que meſme
c'eftoit l'ufage dans toute la
Ville de ne recevoir que des.
perfonnes d'Eglife par tout
où il y avoit des Filles à marier.
Le Cavalier attacha fes
yeux fur la belle brune tant .
qu'il put la voir , & quand
on eut achevé la Ceremonie,
il en emporta l'image fi profondement
gravée dans fon
coeur , qu'il tafcha inutile
GALANT. 151
ment de l'en bannir. Quoy
qu'il fuft perfuadé de fon elprit
& de fa vertu , par ce
qu'il venoit d'en entendre
dire , il voulut la connoiftre
par luy-mefme , & un mouvement
preffant , auquel il
fut contraint de s'abandonner
, le fit refoudre à n'épargner
rien pour venir à bout
de fon entrepriſe . Il eftoit
luy-mefme d'une Famille devote
, & les exemples de pieté
qu'il avoit receus , luy faifoient
mener une vie fort ,
reguliere . Ainfi il avoit fait
diverfes lectures qui luy a-
Niiij
152 MERCURE
voient éclairé l'efprit fur la
Morale , & fe refolvant à
prendre un habit d'Abbé ,
il avoit dequoy foûtenir ce
Perſonnage. Il donna ordre
à toutes les chofes qui luy
eftoient neceffaires pour cette
metamorphofe , & ayant
pris le petit Collet & une
courte Perruque , il fe rendit
dans la Ville où demeuroit
la belle Perfonne , qui l'attiroit
avec tant de force .
Son efprit infinuant , & fes
manieres douces & honnêtes
, luy eurent bien- toft acquis
l'eftime de tout le mon
GALANT. 153
de. Joignez à cela une conduite
toute édifiante , & une
telle affiduité pour tout ce
qui ſe peut appeller Pratiques
Spirituelles , qu'il fut
regardé parmy les Devots
comme tres-digne de participer
à leurs privileges , &
d'eftre receu dans leurs Conferences.
Ils le menerent en
plufieurs Maiſons , & en peu
de temps il connut toute la
Ville. Il avoit l'air bon , &
fon entretien marquant fa
naiſſance , les Dames les plus
aufteres eurent de l'empreffement
pour fes vifites . I
154 MERCURE
ne leur parloit que de leur
falut , & la reputation où le
mit fa probité , leur fit prendre
en luy tant de confiance ,
qu'elles ne pouvoient rien
faire que par fon avis . Enfin
il fut introduit où il fouhaitoit
avec tant d'ardeur d'être
receu favorablement . Il
s'attacha d'abord à la Mere ,
fans que l'on puft foupçonner
qu'aucun interest d'amour
entraft dans les foins
qu'il luy rendoit. Il n'adreſ
foit le Difcours qu'à elle , &
il s'obfervoit fi bien que jamais
fes yeux ne le trahif
GALANT. 155
foient. Il s'acquit par là fon
entiere confiance , & quand
il luy furvenoit la moindre
affaire , elle ne faifoit aucune
difficulté de le laiffer feul
avec fa Fille. Ce fut alors
qu'il s'enflama tout de
bon. Quelle égalité d'humeur
& quelle douceur
d'efprit ne trouva- il pas dans
cette aimable perfonne ! Il
connut que fa beauté eftoit
le moindre de fes avantages..
La droiture de fon ame & la
bonté de fon coeur , l'empor
toient fur tous les charmes
dont la Nature luy avoit
-
156 MERCURE
efté prodigue. Il la mettoit
fouvent fur le Mariage , &
fur la neceffité où il la
voyoit de faire un choix
pour fon établiſſement . Elle
répondoit toûjours qu'ayant
du bien pour vivre fans dépendance
, & voulant remplir
exactement fes devoirs
en toutes fortes d'eftats , el
le ne femarieroitjamais
qu'a
vec un homme , qui par une
reputationfolide & bien confirmée
, fe feroit acquis toute
fon eftime . Comme fon
merite eftoit extraordinaire
,
il luy attira divers PretenGALANT.
157
dans , fur lefquels la Mere
ne manqua pas de le confulter.
Il leur trouva à tous des
défauts qui empefcherent
qu'elle ne les écoutaſt , & eut
la joye de connoiftte que la
Fille entroit avec plaifir dans
les raifons qui les faifoient
rejetter. L'amour fecret qu'il
avoit pour elle s'augmentant
de jour en jour par l'indifference
qu'elle luy marquoit
pour tous les hommes, il tâcha
de l'engager à prendre
pour luy des fentimens , qui
n'eftant fondez que fur l'amitié
, puffent paffer aifé.
158 MERCURE
ment à quelque
chofe de
plus , quand on connoiftroit
fon déguisement
. La Belle
prevenue
pour luy d'une veritable
eſtime , s'y montra
fort difpofée
, & lors qu'il
fe creut affeuré de fon ef
prit , il employa
un de fes
Amis pour la demander
en
mariage
. La Mere à qui l'on
vanta fon bien & les autres
avantages
qui fe rencontroient
dans ce party , prit
confeil de luy fur cette affai
re , & il vous eft aifé de juger
qu'il ne parla pas contre
luy-mefme . Il dit qu'il conGALANT.
159
noiffoit la Maifon du Cavalier
qu'on luy propofoit pour
Gendre, & que voulant donner
à fa Fille un homme de
probité , & qui euft ce qu'on
pouvoit fouhaiter dans un
Mary capable de rendre une
Femme
heureuſe , il croyoit
qu'elle auroit peine à faire .
un choix plus
avantageux.
Ce fut affez pour faire accepter
le Cavalier. Elle confentit
à fa
recherche , & le
faux Abbé cut une joye incroyable
de voir fes defleins
en eftat de reüffir ; mais cette
joye fut bien-toſt trou160
MERCURE
blée . La Fille marqua de l'averfion
pour ce mariage , &
il fut furpris de trouver en
elle une repugnance qu'il
n'attendoit pas. Il eut beau
luy dire que la reputation du
Cavalier luy eftoit connuë ;
elle le pria de rompre l'affaire
, & de trouver des raiſons
pour le faire exclure, comme
il en avoit trouvé en d'autres
occafions . Il combattit cette
averfion pendant quelques
jours , & l'ayant priée de luy
en dire la caufe , elle répondit
qu'un panchant ſecret avoit
entraifné fon coeur , fans
GALANT. 161
qu'elle euſt pû s'en deffendre
, & que mille belles
qualitez qu'elle connoifſoit
dans un homme qui eftoit
fort éloigné de penſer à elle ,
luy avoient donné pour luy
une eftime fi particuliere
que cette eftime luy fem
bloit incompatible avec ce
que fon devoir luy demande
roit pour un Mary. Le faux
Abbé fut fort affligé de cette
réponſe , & d'autant plus que
la Belle luy parut entieremet
refolue à demeurer dans
Peftat où elle eftoit . Elle ajoûta
qu'il avoit fujet de four
Decembre 1685.
162 MERCURE
haiter qu'elle perfiſtaſt dans
ces fentimens, puis qu'eftant
de fes Amis , elle auroit toûjours
la joye de le voir , au
lieu que le Mariage l'affujettiffant
à d'autres devoirs , elle
ne pourroit entretenir l'amitié
parfaite qu'il luy avoir
demandée. Une déclaration
fi obligeante fit ouvrir les
yeux au faux Abbé. Il com
mença de comprendre qu'il
eftoit luy-mefme l'obftacle
de fon bon- heur , & que la
Belle ne le refufoit que par
l'attachement qu'elle avoit
pour luy. Il l'obferva avec
GALANT. 163
plus d'artention , & fes regards
, & quelques paroles
qui luy échaperent , l'ayant
confirmé dans une penſée fi
agreable , il la pria de fouffrir
que le Cavalier luy rendift
une vifite , l'affurant que fi
fa perfonne ne luy plaifoit
pas, il viendroit à bout de dégager
la parole de fa Mere.
Le peu qu'elle hazardoit par
là , la fit confentir à ce qu'il
voulut . Le jour fut pris pour
dette Vifite , & on le pria d'y
eftre preſent. Il s'en excufa
fur ce que l'intereft feul de
la Mere & de la Fille , l'ayant
O ij
164 MERCURE
porté à eftre d'avis que l'on
fift ce Mariage , il fe croyoit
obligé de les laiffer dans une
entiere liberté d'agir , fans
qu'il fe trouvaft à une Entreveuë
qui regleroit ce qu'elles.
devoient refoudre. Le jourarreſté
eſtant venu , il fe rendit
en équipage fort propre
où il eftoit attendu de la Mere
& de la Fille . Sa longue-
Perruque , & l'habit de Cavalier
, les empefcherent d'abord
de le reconnoître ; mais
à peine eut- il parlé , qu'elles.
s'écrierent toutes deux en
meſme temps , & luy marGALANT.
165.
querent l'étonnement où elles
eftoient du changement
qu'il faifort paroiftre . Il leur
expliqua fon avanture, & les
ayant affeurées que Cavalier
ou Abbé, il eftoit tel qu'elles
l'avoient veu , inébranlable
dans les fentimens qu'elles .
avoient approuvez , & tresfincere
dans la conduite qu'il
avoit tenuë , il leur demanda
quelle efperance elles vouloient
luy permettre . La ré
ponſe de la Mere luy fut favorable
, & la Fille dont il
avoit fceu toucher le coeur ,
ne put fe défendre de luy
166 MERCURE
avouer qu'elle n'avoit refifté
à la propofition
qu'on luy
avoit faite, que par la fecrete
inclination qu'elle avoit fentie
pour luy. Le Mariage fe fit
peu de jours aprés, & fut fuivy
de réjouiſſances
où toute la
Ville témoigna de prendre '
part,
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Résumé : Histoire. [titre d'après la table]
Un cavalier, lors d'une cérémonie religieuse, remarque une jeune femme brune et décide de la connaître. Apprenant qu'elle vit dans une petite ville éloignée et que sa mère la protège des visiteurs non dévots, il se déguise en abbé pour gagner leur confiance. Grâce à son comportement exemplaire, il est bien accueilli et parvient à fréquenter la maison de la jeune femme. Il découvre ses qualités exceptionnelles et tombe amoureux d'elle. Pour la convaincre de l'épouser, il utilise un ami pour demander sa main, obtenant des recommandations favorables de l'abbé. La mère de la jeune femme souhaite la marier à un cavalier de probité, mais la fille avoue à cet abbé qu'elle est secrètement attachée à un autre homme. L'abbé, comprenant la situation, organise une visite du cavalier, qui se révèle être l'objet de l'affection de la fille. Après avoir expliqué ses aventures et assuré de sa sincérité, il obtient l'approbation de la mère et de la fille. Le mariage a lieu peu après, suivi de réjouissances auxquelles toute la ville participe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 70-73
Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Ils coucherent le 25. à Orleans. C'est la Capitale d'un [...]
Mots clefs :
Orléans, Pont, Titre, Paris, Ville, Églises, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Ils coucherent le 25. à
Orleans . C'eſt la Capitale
d'un petit Pays qui a titre
de Duché. Elle eft fur la
Loire ,& a un beau Pont
fur cette Riviere,fort feur,
& d'une grande commodité
pour le Negoce Elle
a auffi Univerſité & Prefilial
, & fon Evefque eft
Suffragant de Paris Cerre
Ville, qui eſt une des plus
belles &des plus anciennes
de France , eut titre
de Royaume fous nos
de Siam.
70
Rois de la premiere Race.
Ses Eveſques ont des Privileges
confiderables. Ils
delivrent des Prifonniers
le jour de leur Entrée , &
font portez à la Cathedra-
* le par les Barons d'Yeure,
de Chaſtel , de Sully , de
- Chery , d'Acheres , & de
Rougemont . Les ruës y
font belles , les Places
grandes, les Maiſons & les
- Eglifes magnifiques. Il y a
cinquante - neuf Chanoines
, & douze Dignitez
2. Voyage des Amb.
dans fa Cathedrale. Il y
a auffi à Orleans quatre
Eglifes Collegiales ,
vingt-deux Paroiſſes . La
Ville dont la ſituation eft
fur le panchant d'une
colline en forme d'Arc , a
une Terraſſe qui la fortifie
, & elle eft ceinte d'une
forte Muraille avec quarante
Tours. Elle a huit
Portes , & un Pont de feize
Arches , par lequel elle
eft jointe à un des Fauxbourgs.
On voit fur ce
Pont
de Siam.
73
Pont trois Statuës de
bronze. La premiere eſt
de la Vierge , & les deux
autres de Charles VII . &
de la Pucelle , qui s'eſt
renduë fi fameuſe . Les
Ambaſſadeurs acheverent
leur Voyage dans
des Caroffes que l'on envoya
au devant d'eux de
Paris à Orleans .
Orleans . C'eſt la Capitale
d'un petit Pays qui a titre
de Duché. Elle eft fur la
Loire ,& a un beau Pont
fur cette Riviere,fort feur,
& d'une grande commodité
pour le Negoce Elle
a auffi Univerſité & Prefilial
, & fon Evefque eft
Suffragant de Paris Cerre
Ville, qui eſt une des plus
belles &des plus anciennes
de France , eut titre
de Royaume fous nos
de Siam.
70
Rois de la premiere Race.
Ses Eveſques ont des Privileges
confiderables. Ils
delivrent des Prifonniers
le jour de leur Entrée , &
font portez à la Cathedra-
* le par les Barons d'Yeure,
de Chaſtel , de Sully , de
- Chery , d'Acheres , & de
Rougemont . Les ruës y
font belles , les Places
grandes, les Maiſons & les
- Eglifes magnifiques. Il y a
cinquante - neuf Chanoines
, & douze Dignitez
2. Voyage des Amb.
dans fa Cathedrale. Il y
a auffi à Orleans quatre
Eglifes Collegiales ,
vingt-deux Paroiſſes . La
Ville dont la ſituation eft
fur le panchant d'une
colline en forme d'Arc , a
une Terraſſe qui la fortifie
, & elle eft ceinte d'une
forte Muraille avec quarante
Tours. Elle a huit
Portes , & un Pont de feize
Arches , par lequel elle
eft jointe à un des Fauxbourgs.
On voit fur ce
Pont
de Siam.
73
Pont trois Statuës de
bronze. La premiere eſt
de la Vierge , & les deux
autres de Charles VII . &
de la Pucelle , qui s'eſt
renduë fi fameuſe . Les
Ambaſſadeurs acheverent
leur Voyage dans
des Caroffes que l'on envoya
au devant d'eux de
Paris à Orleans .
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Résumé : Leur arrivée à Orleans. Beauté de la Ville. [titre d'après la table]
Le texte présente Orléans, capitale d'un duché située sur la Loire. La ville est connue pour son pont crucial pour le commerce, son université, son prélat et son évêque suffragant de Paris. Orléans est l'une des plus anciennes et des plus belles villes de France, ayant autrefois été un royaume sous les rois de Siam. Elle compte 70 rois de la première race. Les évêques d'Orléans possèdent des privilèges notables, tels que la libération de prisonniers à leur entrée et le port d'un siège à la cathédrale par des barons locaux. La ville est bien organisée avec des rues élégantes, des places spacieuses, des maisons et des églises magnifiques. La cathédrale abrite 59 chanoines et 12 dignités. Orléans possède également quatre églises collégiales et 22 paroisses. La ville est construite sur une colline en forme d'arc, protégée par une terrasse et une muraille avec 40 tours, 8 portes et un pont de 13 arches reliant un faubourg. Ce pont est orné de trois statues de bronze représentant la Vierge, Charles VII et Jeanne d'Arc. Les ambassadeurs ont achevé leur voyage dans des carrosses envoyés de Paris à Orléans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 339-356
Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Début :
Lors qu'ils allerent au vieux Louvre, ils furent reçeus [...]
Mots clefs :
Galerie, Louvre, Salle, Fenêtres, Roi, Dorure, Ambassadeurs, Tableaux, Sculpture, Voir, Vieux Louvre, Appartement, Cabinet, Colonnes de marbre, Beauté, Majesté, Dessin, Palais, Tuileries, Machines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Lors qu'ils allerent au
vieux Louvre , ils furent reçeus
à la defcente du Caroſſe
par Mr Seguin , qui en eft
Capitaine. Ils entrerent d'abord
dans la Sale des Cent
• Suiffes , & traverferent tout
l'Appartement de la feuë
Reyne- Mere , dont la dorure
•
F fij
340 Voyage des Amb.
eft fort ancienne , mais fort
belle. La derniere Piece qu'-
ils y virent , fut le Cabinet
appellé des Bains . Il y a deux
voutes , qui ſont ſoûtenuës
dans le milieu par pluſieurs
colomnes de Marbre. On
ne voit en ce lieu - là pour
toutes couleurs que de l'azur
& de l'or. Tous les Portraits
de la Maiſon d'Auſtriche
en font le tour. Il y a
quelques glaces au deſſous
&dans le fond eſt une Cuve
de Marbre, où l'eau chaude
qui eft en dehors, entre par
desRobinets.Leplancher eft
deSiam.
341
de fleurs de toutes fortes de
bois rapportez. Ce fut ce
que les Ambaſſadeurs regarderent
le plus , avec les colomnes
de Marbre. Ils ſe fi
rent nommer tous les Princes
dont ils voyoient les Portraits.
En fortant de cet Appartement
ils pafferent dans
un grand Salon , où ils virent
de fort grands & de fort
beaux Tableaux , & de là ils
erent dans l'Apparte
ment de la Reyne-Mere, qui
eſt une enfilade de ſept ou
huit grandes Pieces. Toute
la Sculpture en eſt dorée , &
entrerent
Ef iij
342 Voyage des Amb.
tous les Plafonds ont eſté
peins parRomanelle,fameux
Peintre Italien. Il y a beau .
coup deTableauxdeM'Bourſon,
qui eſt un des plus fameux
Peintres que nous
ayons eu pour les veuës de
Mer. Ces Tableaux font de la
largeur des pans de muraille,
& ont eſté faits poury fervir
de Tapiſſerie . On entra enfuite
dans un Cabinet , qui
eſt tout au bout de cet Appartement
, & qui donne fur
la Riviere. On ne peut rien
ajoûter à la beauté de la dorure
; les peintures en font
de Siam.
343
tres belles , mais en petit
nombre , à cauſe qu'il y a
beaucoup de Glaces fort
grandes. Le plancher cſt de
ff belles fleurs de rapport ,
qu'on ne peut ſe laſſer de
l'admirer . En tournant de là
fur la droite on traverſa une
fort grande Piece, &l'on entra
dans la Sale des Antiques.
Cette Sale eſt toutede Marbre,
à la referve de la voûte,
qui futdétruite par le feu lors
qu'il prit à la petite Galerie
haute , un peu aprés le Ma.
riage du Roy . On paffa enfuite
dans la Galerie où Sa
F f iiij
344 Voyage des Amb.
Majefté loge tous ceux qui
excellent dans les beaux
Arts , & les Ambaſſadeurs
marquerent que le Roy ne
leur paroiffoit pas moins
grand par là,que parla beau
té des Baſtimens , & des
Apartemens qu'ils venoient
de voir. Ils monterent
chez M² Girardon , qui eſt
un de ces Illuftres logez par
leRoy , & virent ſon Cabinet
remply de pluſieurs Ouvrages
curieux & antiques ,
de Marbre & de Bronze , &
de quantité d'autres raretez .
Ils en firent le tour , & de.
de Siam. 345
manderent à eſtre éclaircis
debeaucoup de chofes , fur
leſquelles M² Girardon les
fatisfit. Ils le remercierent
avec beaucoup d'honneſteté
, & luy témoignerent le
plaifir qu'ils avoient pris à
voir tant de belles choſes.
Ils repafferent enſuite par
l'Apartement neufde la Reine-
Mere , qu'ils avoient déja
vû , & monterent chez le
Roy parle grand Efcalier du
Louvre. Des qu'ils furent entrez
dans la Sale des Gardes
ils paſſerent fur une maniere
de terraſſe , pour voir l'éten346
Voyage des Amb.
duë de la Court , & fe firent
expliquer en quoy confittoir
le Baſtiment du vieux Louvre
, & du neuf, & comment
le Louvre devoit eſtre quand
il ſeroit achevé. Aprés cela
on traverſa tout l'Apparrement
du Roy , & celuy de la
feuë Reine . Les Alcoves ,
dont on ſe ſervoit beaucoup
il y a quelques années , le ir
parutent belles & tres - bien
dorées . De là on entra dans
trois ou quatre grandes Pieces
, où ſont plufieurs TableauxduRoy.
Ils s'attacherét
avec un ſoin particulier à
de Siam .
347
confiderer ceux de l'Histoire
d'Alexandre , peints par M²
le Brun , & le premier Ambaffadeur
en fut fi charmé,
qu'il en examina toutes les
Figures les unes aprés les
autres . Il demanda enſuite
le prix de quelques autres
Tableaux , & fe fit montrer
ceux qui avoient eſté peints
en France , & ceux qui étoienr
d'Italie . On entra de
là dans la Galerie appellée
d'Apollon qui n'eſt pas achevée
; elle eſt à la place de
celle qui a eſté brulée. Tout
l'ouvrage eſt du deſſein de
r
348 Voyage des Amb.
Me le Brun , & il y a quel
ques Tableaux de fa main.
C'eſt une tres belle Sculpture
,& la Ferrure des Portes
& des Feneftres eft fort eftimée
à cause de la beauté de
la cizelure. Ce qu'il y a de
fait de cette Galerie revient
à un million. On paſſa de là
dans la grande Gallerie , qui
commence au vieux Louvre,
& finit au Palais des Thuileries.
Sa longueur furprit les
Ambaſſadeurs . Le premier
demanda combien elle avoit
de toiſes de long. On luy
répondit qu'on croyoit
de Siam.
349
د
qu'elle en avoit environ trois
cens. Lors qu'il fut vers le
milieu de la Galerie il mit
la teſte à la feneftre du coſté
de Saint Thomas du Louvre,
& regardant le vieux Louvre
& les Thuilleries , il
comprit ce qu'on luy avoit
dit du grand deſſein du Louvre
; il traça meſme ce defſein
avec ſa Cane fur le bord
de la feneftre , & y joignit
l'autre grande Galerie qui
n'eſt pas faite. Ayant enfuite
avancé juſqu'au milieu de
la Galerie , il entra furle Bal
con qui eſt au deſſus de la
350 Voyage des Amb.
Porte nommée le grand Gui
chet , regarda l'Ifle du Palais ,
les Maiſons qui ſont ſur les
Ponts , & reconnut les Tours
de Noftre Dame qu'il n'avoit
vûës qu'une fois lors
qu'il eſtoit entré dans l'Eglife.
De ce Balcon il alla
juſques au bout de la Galerie,
&mit la teſte à la feneftre
vis à vis le Pont de pierre
qu'on éleve en cet endroit.
Il l'examina avec beaucoup
d'attention , & fit pluſieurs
queſtions fur les machines avec
lesquelles on ofte l'eau ,
afin de pouvoir travailler
de Siam.
351
aux fondemens . M² Seguin
prit alors congé de luy , parce
quele reſte regardoit M²
le Marquis de Congis qui
eft Capitaine des Thuilleries.
Il parut à la porte par laquelle
on entre dans cet
autre Palais , & y receut les
Ambaſſadeurs. Ils s'attache
rent d'abord à regarder un
Theatre qui eſt dans le gros
Pavillon du bout , & qui
n'eſt la que pour les repetitions
des Opera de Sa Majefté.
On traverſa enſuite
tous les Appartemens. Je
ne vous parle ny de la Pein352
Voyagedes Amb.
,
tureny de la Dorure dont ils
font tout remplis. Comme
ce Corps de Logis eſt double
on tourna delà dans
une fort belle Galerie qui
regne le long de ces Ap.
partemens. Il y a dans cette
Galerie dix ou douze Cabinets
d'un tres-grand prix ,
dont la pluſpart ont eſté faits
aux Gobelins. Ces Cabinets
jont chacun leur nom. Les
Colomnes de ceuxqui en ont
ſont de Pierres precieuſes. Il
y a des Figures d'or , & des
Miniatures d'une beauté ſurprenante.
Il y avoit trop à
de Siam. 353
voir , & trop de foule pour
les pouvoir examiner comme
ils le meritent. On tra
verſa quelques Antichambrer
& la Salle des Gardes ,
puis on paſſa par deſſus la
Te raffe pour aller à la Salle
des Machines. Les Ambaffa
deurs s'arreſterent quelque
temps ſur la Terrafle pour
regarder le Jardin , qui leur
plut beaucoup. Ils entrerent
enfuite dans la Salle des Ma
chines, qui pour la Peinture,
la Sculpture , la Dorure , la
grandeur & la conſtruction,
eſt le plus bel Ouvrage de
Gg
354 Voyagedes Amb.
cette naturel qu'on ait jamais
veu. Il y a pluſieurs
rangs de Balcons en faillie,
qui produifent un effet admirable.
Rien n'eſt plus
beau que le Theatre qui eft
plus profond que la Salle
n'eſt longue . Cette Salle eft
du deſſein de feu M'de Vigarani
, Gentilhomme Modenois
. Celle de Modene
qu'il avoit faite , paffoit pour
la plus belle de l'Europe ,
avant qu'on euft veu la Salle
des Thuilleries , qui fut bâtie
pour le Mariage de Sa
Majefté. Me de Vigarani le
deSiam.
355
Fils qui eſt au Roy , & qui
depuis ce temps - là a eu toûjours
l'honneur d'eftre à fon
ſervice, y fit travailler avec
Mª de Vigarani ſon Pere,
aufli bien qu'au premier Balet
Intitulé Hercule , qui y
fut dancé aprés le Mariage
de ce Prince . Les Machines
en eſtoient fi grandes , & fi
furprenantes, qu'il y en avoit
qui enlevoient juſqu'à cent
Perfonnes à la fois. Au fortir
de cette Salle on defcen
dit par le Grand Efcalier,
& aprés que les Ambaſſa.
deurs l'eurent confideré ain
Ggi
58 Voyage des Amb .
ſi que la Façade du Baſti.
ment , & qu'ils eurent remercié
Me de Congis qui les
avoit accompagnez par
tour , ils furent conduits à
l'Academie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont
M'de Louvois eſt le Prorecteur.
vieux Louvre , ils furent reçeus
à la defcente du Caroſſe
par Mr Seguin , qui en eft
Capitaine. Ils entrerent d'abord
dans la Sale des Cent
• Suiffes , & traverferent tout
l'Appartement de la feuë
Reyne- Mere , dont la dorure
•
F fij
340 Voyage des Amb.
eft fort ancienne , mais fort
belle. La derniere Piece qu'-
ils y virent , fut le Cabinet
appellé des Bains . Il y a deux
voutes , qui ſont ſoûtenuës
dans le milieu par pluſieurs
colomnes de Marbre. On
ne voit en ce lieu - là pour
toutes couleurs que de l'azur
& de l'or. Tous les Portraits
de la Maiſon d'Auſtriche
en font le tour. Il y a
quelques glaces au deſſous
&dans le fond eſt une Cuve
de Marbre, où l'eau chaude
qui eft en dehors, entre par
desRobinets.Leplancher eft
deSiam.
341
de fleurs de toutes fortes de
bois rapportez. Ce fut ce
que les Ambaſſadeurs regarderent
le plus , avec les colomnes
de Marbre. Ils ſe fi
rent nommer tous les Princes
dont ils voyoient les Portraits.
En fortant de cet Appartement
ils pafferent dans
un grand Salon , où ils virent
de fort grands & de fort
beaux Tableaux , & de là ils
erent dans l'Apparte
ment de la Reyne-Mere, qui
eſt une enfilade de ſept ou
huit grandes Pieces. Toute
la Sculpture en eſt dorée , &
entrerent
Ef iij
342 Voyage des Amb.
tous les Plafonds ont eſté
peins parRomanelle,fameux
Peintre Italien. Il y a beau .
coup deTableauxdeM'Bourſon,
qui eſt un des plus fameux
Peintres que nous
ayons eu pour les veuës de
Mer. Ces Tableaux font de la
largeur des pans de muraille,
& ont eſté faits poury fervir
de Tapiſſerie . On entra enfuite
dans un Cabinet , qui
eſt tout au bout de cet Appartement
, & qui donne fur
la Riviere. On ne peut rien
ajoûter à la beauté de la dorure
; les peintures en font
de Siam.
343
tres belles , mais en petit
nombre , à cauſe qu'il y a
beaucoup de Glaces fort
grandes. Le plancher cſt de
ff belles fleurs de rapport ,
qu'on ne peut ſe laſſer de
l'admirer . En tournant de là
fur la droite on traverſa une
fort grande Piece, &l'on entra
dans la Sale des Antiques.
Cette Sale eſt toutede Marbre,
à la referve de la voûte,
qui futdétruite par le feu lors
qu'il prit à la petite Galerie
haute , un peu aprés le Ma.
riage du Roy . On paffa enfuite
dans la Galerie où Sa
F f iiij
344 Voyage des Amb.
Majefté loge tous ceux qui
excellent dans les beaux
Arts , & les Ambaſſadeurs
marquerent que le Roy ne
leur paroiffoit pas moins
grand par là,que parla beau
té des Baſtimens , & des
Apartemens qu'ils venoient
de voir. Ils monterent
chez M² Girardon , qui eſt
un de ces Illuftres logez par
leRoy , & virent ſon Cabinet
remply de pluſieurs Ouvrages
curieux & antiques ,
de Marbre & de Bronze , &
de quantité d'autres raretez .
Ils en firent le tour , & de.
de Siam. 345
manderent à eſtre éclaircis
debeaucoup de chofes , fur
leſquelles M² Girardon les
fatisfit. Ils le remercierent
avec beaucoup d'honneſteté
, & luy témoignerent le
plaifir qu'ils avoient pris à
voir tant de belles choſes.
Ils repafferent enſuite par
l'Apartement neufde la Reine-
Mere , qu'ils avoient déja
vû , & monterent chez le
Roy parle grand Efcalier du
Louvre. Des qu'ils furent entrez
dans la Sale des Gardes
ils paſſerent fur une maniere
de terraſſe , pour voir l'éten346
Voyage des Amb.
duë de la Court , & fe firent
expliquer en quoy confittoir
le Baſtiment du vieux Louvre
, & du neuf, & comment
le Louvre devoit eſtre quand
il ſeroit achevé. Aprés cela
on traverſa tout l'Apparrement
du Roy , & celuy de la
feuë Reine . Les Alcoves ,
dont on ſe ſervoit beaucoup
il y a quelques années , le ir
parutent belles & tres - bien
dorées . De là on entra dans
trois ou quatre grandes Pieces
, où ſont plufieurs TableauxduRoy.
Ils s'attacherét
avec un ſoin particulier à
de Siam .
347
confiderer ceux de l'Histoire
d'Alexandre , peints par M²
le Brun , & le premier Ambaffadeur
en fut fi charmé,
qu'il en examina toutes les
Figures les unes aprés les
autres . Il demanda enſuite
le prix de quelques autres
Tableaux , & fe fit montrer
ceux qui avoient eſté peints
en France , & ceux qui étoienr
d'Italie . On entra de
là dans la Galerie appellée
d'Apollon qui n'eſt pas achevée
; elle eſt à la place de
celle qui a eſté brulée. Tout
l'ouvrage eſt du deſſein de
r
348 Voyage des Amb.
Me le Brun , & il y a quel
ques Tableaux de fa main.
C'eſt une tres belle Sculpture
,& la Ferrure des Portes
& des Feneftres eft fort eftimée
à cause de la beauté de
la cizelure. Ce qu'il y a de
fait de cette Galerie revient
à un million. On paſſa de là
dans la grande Gallerie , qui
commence au vieux Louvre,
& finit au Palais des Thuileries.
Sa longueur furprit les
Ambaſſadeurs . Le premier
demanda combien elle avoit
de toiſes de long. On luy
répondit qu'on croyoit
de Siam.
349
د
qu'elle en avoit environ trois
cens. Lors qu'il fut vers le
milieu de la Galerie il mit
la teſte à la feneftre du coſté
de Saint Thomas du Louvre,
& regardant le vieux Louvre
& les Thuilleries , il
comprit ce qu'on luy avoit
dit du grand deſſein du Louvre
; il traça meſme ce defſein
avec ſa Cane fur le bord
de la feneftre , & y joignit
l'autre grande Galerie qui
n'eſt pas faite. Ayant enfuite
avancé juſqu'au milieu de
la Galerie , il entra furle Bal
con qui eſt au deſſus de la
350 Voyage des Amb.
Porte nommée le grand Gui
chet , regarda l'Ifle du Palais ,
les Maiſons qui ſont ſur les
Ponts , & reconnut les Tours
de Noftre Dame qu'il n'avoit
vûës qu'une fois lors
qu'il eſtoit entré dans l'Eglife.
De ce Balcon il alla
juſques au bout de la Galerie,
&mit la teſte à la feneftre
vis à vis le Pont de pierre
qu'on éleve en cet endroit.
Il l'examina avec beaucoup
d'attention , & fit pluſieurs
queſtions fur les machines avec
lesquelles on ofte l'eau ,
afin de pouvoir travailler
de Siam.
351
aux fondemens . M² Seguin
prit alors congé de luy , parce
quele reſte regardoit M²
le Marquis de Congis qui
eft Capitaine des Thuilleries.
Il parut à la porte par laquelle
on entre dans cet
autre Palais , & y receut les
Ambaſſadeurs. Ils s'attache
rent d'abord à regarder un
Theatre qui eſt dans le gros
Pavillon du bout , & qui
n'eſt la que pour les repetitions
des Opera de Sa Majefté.
On traverſa enſuite
tous les Appartemens. Je
ne vous parle ny de la Pein352
Voyagedes Amb.
,
tureny de la Dorure dont ils
font tout remplis. Comme
ce Corps de Logis eſt double
on tourna delà dans
une fort belle Galerie qui
regne le long de ces Ap.
partemens. Il y a dans cette
Galerie dix ou douze Cabinets
d'un tres-grand prix ,
dont la pluſpart ont eſté faits
aux Gobelins. Ces Cabinets
jont chacun leur nom. Les
Colomnes de ceuxqui en ont
ſont de Pierres precieuſes. Il
y a des Figures d'or , & des
Miniatures d'une beauté ſurprenante.
Il y avoit trop à
de Siam. 353
voir , & trop de foule pour
les pouvoir examiner comme
ils le meritent. On tra
verſa quelques Antichambrer
& la Salle des Gardes ,
puis on paſſa par deſſus la
Te raffe pour aller à la Salle
des Machines. Les Ambaffa
deurs s'arreſterent quelque
temps ſur la Terrafle pour
regarder le Jardin , qui leur
plut beaucoup. Ils entrerent
enfuite dans la Salle des Ma
chines, qui pour la Peinture,
la Sculpture , la Dorure , la
grandeur & la conſtruction,
eſt le plus bel Ouvrage de
Gg
354 Voyagedes Amb.
cette naturel qu'on ait jamais
veu. Il y a pluſieurs
rangs de Balcons en faillie,
qui produifent un effet admirable.
Rien n'eſt plus
beau que le Theatre qui eft
plus profond que la Salle
n'eſt longue . Cette Salle eft
du deſſein de feu M'de Vigarani
, Gentilhomme Modenois
. Celle de Modene
qu'il avoit faite , paffoit pour
la plus belle de l'Europe ,
avant qu'on euft veu la Salle
des Thuilleries , qui fut bâtie
pour le Mariage de Sa
Majefté. Me de Vigarani le
deSiam.
355
Fils qui eſt au Roy , & qui
depuis ce temps - là a eu toûjours
l'honneur d'eftre à fon
ſervice, y fit travailler avec
Mª de Vigarani ſon Pere,
aufli bien qu'au premier Balet
Intitulé Hercule , qui y
fut dancé aprés le Mariage
de ce Prince . Les Machines
en eſtoient fi grandes , & fi
furprenantes, qu'il y en avoit
qui enlevoient juſqu'à cent
Perfonnes à la fois. Au fortir
de cette Salle on defcen
dit par le Grand Efcalier,
& aprés que les Ambaſſa.
deurs l'eurent confideré ain
Ggi
58 Voyage des Amb .
ſi que la Façade du Baſti.
ment , & qu'ils eurent remercié
Me de Congis qui les
avoit accompagnez par
tour , ils furent conduits à
l'Academie Royale de Peinture
& de Sculpture , dont
M'de Louvois eſt le Prorecteur.
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Résumé : Description de tout ce qu'il y a de curieux à voir dans le vieux Louvre, & dans le Palais des Thuileries, où les Ambassadeurs ont esté, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs visitèrent le vieux Louvre, accueillis par M. Seguin, capitaine. Ils commencèrent par la salle des Cent Suisses et traversèrent l'appartement de la reine-mère, admirant la dorure ancienne. Ils visitèrent ensuite le cabinet des Bains, orné de colonnes de marbre et de portraits de la Maison d'Autriche, avec une cuve de marbre et un plancher de Siam. Les ambassadeurs furent particulièrement impressionnés par les colonnes de marbre et les fleurs de bois rapportées. Ils passèrent dans un grand salon avec de grands tableaux, puis dans l'appartement de la reine-mère, une enfilade de sept ou huit grandes pièces avec des sculptures dorées et des plafonds peints par Romanelli. Ils virent également des tableaux de M. Bourson représentant des vues de mer. Ils entrèrent ensuite dans un cabinet donnant sur la rivière, admirant la dorure et les peintures de Siam. Les ambassadeurs traversèrent la salle des Antiques, détruite par un incendie, et visitèrent la galerie où le roi loge les artistes. Ils montèrent chez M. Girardon, dont le cabinet était rempli d'ouvrages curieux et antiques. Ils remercièrent M. Girardon pour ses explications et traversèrent à nouveau l'appartement de la reine-mère avant de monter chez le roi par le grand escalier du Louvre. Ils visitèrent la salle des Gardes, une terrasse pour voir l'étendue de la cour, et traversèrent les appartements du roi et de la reine défunte. Ils admirèrent les alcôves dorées et plusieurs tableaux, notamment ceux de l'histoire d'Alexandre peints par M. le Brun. Ils visitèrent ensuite la galerie d'Apollon, encore inachevée, et la grande galerie, longue de trois cents toises, qui commence au vieux Louvre et finit au Palais des Tuileries. Les ambassadeurs traversèrent ensuite les Tuileries, admirant le théâtre et les appartements remplis de peintures et de dorures. Ils visitèrent une galerie avec des cabinets précieux, dont certains faits aux Gobelins, et traversèrent la salle des Machines, considérée comme l'un des plus beaux ouvrages de son temps. Ils descendirent par le grand escalier et furent conduits à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, dont M. de Louvois est le protecteur.
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47
p. 100-105
Les Ambassadeurs surpris de l'esprit, & de la beauté de Mr le Comte de Toulouse, [titre d'après la table]
Début :
Comme le Chasteau de Clagny leur parut extrémement beau, ils [...]
Mots clefs :
Comte de Toulouse, Prince, Versailles, Beauté, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs surpris de l'esprit, & de la beauté de Mr le Comte de Toulouse, [titre d'après la table]
Comme le Chasteau de
Clagny leur parut extrême
ment beau , ils prirent un
fort grand plaifir a en viſiter
les Appartemens , ainſi qu'
ſe promener dans le Jardin.
desAmb. de Siam.
95%
Is'y trouverent Monfieur let
Comte de Thoulouſe. Auffitoſt
que Me Torf eut apperceu
ce prince , il alla le fa
luër. Les Ambaſſadeurs ,
quoy qu'affez éloignez , furent
furpris de fon air. Pluss
ilsien approcherent , plus ils
le trouverent beau , & ils en
furent charmez avant que
d'avoir ſceu fa naiſlance . M
Torf , aprés l'avoir quitté ,
leur apprit qui il eſtoit , &
ils fe fceurent bon gré de
l'admiration qu'il leur avoit
caufée , &de la veneration à
laquelle ils s'estoient ſentis
portez dés qu'ils l'avoient
وہ Suite da Voyage ..
1
apperceu . Ils prierent. M
Torf de les preſenter à ce
jeune Prince , afin qu'ils cuf.
ſent l'honneur de le ſaluër ,
& comme il ne répondit pas
affez- toſt à leur empreflement
ils redoublerent
leur instances , & eurent le
plaifir de voir ce Prince de
plus prés , & de l'entretenir.
S'ils avoient eſté ſurpris de få
beauté , ils ne le furent pas
moins de ſes manieres , & de
fon eſprit , & ils dirent qu'ils
n'avoient jamais veu dans une
perſonne de cet age tant de diffe
vents ſujets d'admiration. Auffi
peut on dire fans flaterie , que
sous
!
des Amb. de Siam.
91
tous ceux qui ont este formez du
Sang dont ce Prince est né font
autant de Chef d'oeuvres de la
Nature.
Il y avoit trop de choſes à
voir à Verſailles , & aux en-
4
virons , pour laiſſer les Ambaffadeurs
un ſeul jour à Clagny
, fans commencer àl les
conduire dans les lieux où ils
devoient aller. Il s'en trouvoit
tant de diferens , que
pour faire les chofes avec ordte
M. Torf alla tous les foirs
ſçavoir de M. de Seignelay
où il conduiroit les Ambaffas
deurs le joür ſuivant. On kuy
dit le premier Soir , que le
I
92 Suite du Voyage
lendemain il les menaſt à
la Court de Marbre ; on les
y attendit pour les conduire
au Canal . Me le Fevre , Intendant
des Batimens , avoit eu
ordre du Roy de les accompagner
dans tous les Jardins
de Verſailles , & dans les lieux
de Plaiſance qui y font attachez
, parce qu'il pouvoit
beaucoup mieux qu'un autre
leur expliquer quantité de
chofes dont il a eu la direction
& qu'il eſtoit neceſſaire
qu'unhomme intelligent , &
qui connoiſſant tout ce qu'il
ya à Versailles , pouvoit en
rendre raiſon aux queſtions
A
des Amb, de Siam.
93
des Ambaſſadeurs , que leur
curioſité naturelle & l'ordre
qu'ils ont de rendre compte
au Roy de Siam de ce qu'ils
auront veu , portent à en faire
beaucoup.
Clagny leur parut extrême
ment beau , ils prirent un
fort grand plaifir a en viſiter
les Appartemens , ainſi qu'
ſe promener dans le Jardin.
desAmb. de Siam.
95%
Is'y trouverent Monfieur let
Comte de Thoulouſe. Auffitoſt
que Me Torf eut apperceu
ce prince , il alla le fa
luër. Les Ambaſſadeurs ,
quoy qu'affez éloignez , furent
furpris de fon air. Pluss
ilsien approcherent , plus ils
le trouverent beau , & ils en
furent charmez avant que
d'avoir ſceu fa naiſlance . M
Torf , aprés l'avoir quitté ,
leur apprit qui il eſtoit , &
ils fe fceurent bon gré de
l'admiration qu'il leur avoit
caufée , &de la veneration à
laquelle ils s'estoient ſentis
portez dés qu'ils l'avoient
وہ Suite da Voyage ..
1
apperceu . Ils prierent. M
Torf de les preſenter à ce
jeune Prince , afin qu'ils cuf.
ſent l'honneur de le ſaluër ,
& comme il ne répondit pas
affez- toſt à leur empreflement
ils redoublerent
leur instances , & eurent le
plaifir de voir ce Prince de
plus prés , & de l'entretenir.
S'ils avoient eſté ſurpris de få
beauté , ils ne le furent pas
moins de ſes manieres , & de
fon eſprit , & ils dirent qu'ils
n'avoient jamais veu dans une
perſonne de cet age tant de diffe
vents ſujets d'admiration. Auffi
peut on dire fans flaterie , que
sous
!
des Amb. de Siam.
91
tous ceux qui ont este formez du
Sang dont ce Prince est né font
autant de Chef d'oeuvres de la
Nature.
Il y avoit trop de choſes à
voir à Verſailles , & aux en-
4
virons , pour laiſſer les Ambaffadeurs
un ſeul jour à Clagny
, fans commencer àl les
conduire dans les lieux où ils
devoient aller. Il s'en trouvoit
tant de diferens , que
pour faire les chofes avec ordte
M. Torf alla tous les foirs
ſçavoir de M. de Seignelay
où il conduiroit les Ambaffas
deurs le joür ſuivant. On kuy
dit le premier Soir , que le
I
92 Suite du Voyage
lendemain il les menaſt à
la Court de Marbre ; on les
y attendit pour les conduire
au Canal . Me le Fevre , Intendant
des Batimens , avoit eu
ordre du Roy de les accompagner
dans tous les Jardins
de Verſailles , & dans les lieux
de Plaiſance qui y font attachez
, parce qu'il pouvoit
beaucoup mieux qu'un autre
leur expliquer quantité de
chofes dont il a eu la direction
& qu'il eſtoit neceſſaire
qu'unhomme intelligent , &
qui connoiſſant tout ce qu'il
ya à Versailles , pouvoit en
rendre raiſon aux queſtions
A
des Amb, de Siam.
93
des Ambaſſadeurs , que leur
curioſité naturelle & l'ordre
qu'ils ont de rendre compte
au Roy de Siam de ce qu'ils
auront veu , portent à en faire
beaucoup.
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Résumé : Les Ambassadeurs surpris de l'esprit, & de la beauté de Mr le Comte de Toulouse, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam visitèrent le château de Clagny et furent impressionnés par sa beauté. Ils y rencontrèrent le comte de Toulouse, dont ils admirèrent la beauté et l'air princier. Après avoir appris son identité, ils demandèrent à être présentés au jeune prince, qu'ils trouvèrent charmant et rempli de qualités admirables pour son âge. Le texte souligne également la richesse des lieux à voir à Versailles et ses environs, nécessitant une organisation minutieuse. Monsieur Torf consultait quotidiennement Monsieur de Seignelay pour planifier les visites. Le premier jour, les ambassadeurs furent conduits à la Cour de Marbre et au Canal, accompagnés par Me le Fevre, l'intendant des bâtiments, qui expliquait les lieux et répondait à leurs questions.
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48
p. 271-274
Ce qui s'est passé au Val-de-Grace le jour qu'ils y ont esté. [titre d'après la table]
Début :
Le Val-de-Grace estant un Ouvrage digne de la magnificence [...]
Mots clefs :
Abbaye du Val-de-Grâce, Duchesse d'Épernon, Marie du Cambout, Magnificence, Reine, Monastère, Beauté, Religieuses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé au Val-de-Grace le jour qu'ils y ont esté. [titre d'après la table]
Le Val-de-Grace eftant
un Ouvrage digne de la magnificence
de la grande
Reine qui l'a fait bâtir , &
Ziij
272 IV . P. du Voyage
les Amhafſadeurs ayant mar
qué beaucoup d'empreffement
pour le voir , on n'a
pas manqué de fatisfaire leur
curiofité. Ils y firent compliment
à Madame la Duchefſe
d'Epernon, cette illuftre
Veuve , qui s'eſt retirée
dans ce Monaftere , pour y
vivre en retraite . Ils admirerent
la beauté de l'Eglife , &
celle de tout le Bâtiment, &
dirent qu'ils n'avoient rien vû
de plus beau en France. Ils examinerent
l'Autel, qu'ils trouverent
d'une grande magnificence,&
monterent auxOr
des Amb. de Siam. 273
gues. Le Coeur de la Reine
Mere , & ceux de tous les
Enfans du Roy qui font
morts, eſtant dans ce monaftere
, les Religieuſes montrerent
aux Ambaſſadeurs les
Couronnes qui les couvrent;
elles leur firent beaucoup de
plaifir , rien ne leur ayant
donné plus de joye que lors
qu'ils ont vû en quelque en--
droit, des chofes qui regardoient
les perſonnes Royales .
Ces Religieufes chanterent
devant eux le Domine falvum
fac Regem. Ils furent furpris
de la beauté&de la douceur
274 IV. P. du Voyage
de leurs voix , & demanderent
à les voir , mais elles ne
voulurent point lever leurs
voîles , ce qui plut fort aux
Ambaſfadeurs , qui marquerent
eucore plus d'eſtime
pour elles. Madame d'Epernon
fit des Preſens de devotion
aux Catholiques.
un Ouvrage digne de la magnificence
de la grande
Reine qui l'a fait bâtir , &
Ziij
272 IV . P. du Voyage
les Amhafſadeurs ayant mar
qué beaucoup d'empreffement
pour le voir , on n'a
pas manqué de fatisfaire leur
curiofité. Ils y firent compliment
à Madame la Duchefſe
d'Epernon, cette illuftre
Veuve , qui s'eſt retirée
dans ce Monaftere , pour y
vivre en retraite . Ils admirerent
la beauté de l'Eglife , &
celle de tout le Bâtiment, &
dirent qu'ils n'avoient rien vû
de plus beau en France. Ils examinerent
l'Autel, qu'ils trouverent
d'une grande magnificence,&
monterent auxOr
des Amb. de Siam. 273
gues. Le Coeur de la Reine
Mere , & ceux de tous les
Enfans du Roy qui font
morts, eſtant dans ce monaftere
, les Religieuſes montrerent
aux Ambaſſadeurs les
Couronnes qui les couvrent;
elles leur firent beaucoup de
plaifir , rien ne leur ayant
donné plus de joye que lors
qu'ils ont vû en quelque en--
droit, des chofes qui regardoient
les perſonnes Royales .
Ces Religieufes chanterent
devant eux le Domine falvum
fac Regem. Ils furent furpris
de la beauté&de la douceur
274 IV. P. du Voyage
de leurs voix , & demanderent
à les voir , mais elles ne
voulurent point lever leurs
voîles , ce qui plut fort aux
Ambaſfadeurs , qui marquerent
eucore plus d'eſtime
pour elles. Madame d'Epernon
fit des Preſens de devotion
aux Catholiques.
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Résumé : Ce qui s'est passé au Val-de-Grace le jour qu'ils y ont esté. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs visitèrent le Val-de-Grâce, un édifice construit par une reine. Ils furent satisfaits de découvrir ce lieu et rendirent hommage à la Duchesse d'Epernon, une veuve illustre résidant dans ce monastère. Ils admirèrent la beauté de l'église et du bâtiment, les jugeant les plus beaux de France. Ils examinèrent l'autel, qu'ils trouvèrent magnifique, et montèrent aux orgues. Les religieuses leur montrèrent les couronnes couvrant les cœurs de la Reine Mère et des enfants du roi décédés, ce qui les réjouit. Les religieuses chantèrent le 'Domine salvum fac Regem', les surprenant par la beauté de leurs voix. Les ambassadeurs demandèrent à voir les religieuses, mais celles-ci refusèrent de lever leurs voiles, augmentant ainsi l'estime des ambassadeurs à leur égard. Madame d'Epernon offrit des présents de dévotion aux catholiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 98-108
EPITHALAME.
Début :
L'Ouvrage qui suit a paru icy trop agreable, pour ne me [...]
Mots clefs :
Nuit, Coeur, Doux, Amant, Beauté, Désirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME.
L'Ouvrage qui fuit a paru
icy trop agreable , pour neme
pas donner lieu de croire que
la lecture vous divertira. Ie
neſçay point le nom de l'Auteur.
1
EPITHALA ME.
Allons,ma Muse, accordans
nous
;
GALANT. 69
Voicyla grande&fameuse iournée,
Où nous devons publier l'Hymenée
De la Beauté pour qui nos chants
furent fi doux.
C'est cet objet charmant , dont la
tailledivine ,
Avec mille talens divers ,
Fait depuis fi long-temps le ſujet
demes Vers;
En un mot ,c'est mon Heroïne.
Cette nouvelle t'interdit .
Taſurpriſe paroist extrême ;
Fen ay paru cent fois plus étonné
moy- mesme ,
Quand un petit Amourm'enafait
lerecit.
Cct Enfant tout aimable avec ſa
treffe blonde ,
(Je ne sçay pas comment dans ma
chambre introduir )
Eſt venu m'éveiller au milieu de la
nuit ,
Tandis que je dormois dans une
paix profonde ;
70
MERCVRE
है
Il m'afait le discours qui fuit
D'un airle plus galantdu monde.
Ie viens icy mal àpropos
Vous troubler , m'a-t- il dit , dans
voſtre doux repos .
Le ſçay que je vous importune',
Mais vous le pardonnerezbien.
Lors que je vous diray que lacharmante
Brune,
Qui fait de vostre efprit le plus
doux entretien ,
Vient d'engager ſon coeur dans le
Sacrélien.
Cecoeur quiparoiſſoit peu tendre ,
Qu'on croyoit exempt de defirs ,
Sepâme dans les douxplaifirs
Que de l'Hymen on peut atten.
dre.
Le viens d'eſtretémoindeſes tendres
ardeurs.
Mille Amours comme moy voltigeansſurſa
couche ,
GALANT .
71
Comme un Effaind' Abeillesfur
des fleurs,
Taloux de voirprodiguerſes faveurs
A l'heureux Amant qui la touche ,
S'efforcent en volant d'attraper fur
Sa bouche ,
Mesmes plaisirs,mesmes douceurs.
A l'envy tout tâche àleurplaire,
Dans cette nuit pour eux plus belle
que le jour ;
On prendroit l'Amant pour l'Amour
,
Et la Maiſtreſſe poursa Mere.
Nous qui fuivons par tout les pas
De ces Divinitezſuprèmes ,
Nous nous y tromperions nous
mesmes
Tant ces deux Amansont d'appas ,
Nevous voyant point de lafeste ,
I'ay quittéles Amours, les Graces
&les Ieux ,
Pour venir icy teste à teste
Fous dire les plaisirs de ces coeurs
amoureux.
72
MERCURE
Si de leurs doux accords le recit
vous éveille ,
Et cauſe en vostre coeur du trouble
&de l'effroy
i
,
Que leDieu qui fait qu'on fommeille
Vous rende viſite après moy.
22
En achevant cette parole
Cet Enfant fi mignon ,si bean ,
Prend ſoin de tirer monrideau ,
Metournele dos , & s'envole.
Aprés un tel difcours , belas!
Pouvois-ve être un momenttran
quille?
Vainement lesommeilm'auroit tendules
bras ,
f
Sespavots n'avoient rien pour moy
que d'inutile.
Mestroubles estoient exceffifs ,
De moment en momentje crois qu'on
melutine ,
Mes ennuis deviennent plus vifs,
Avec
GALANT..
73
Avec peine je m'imagine ,
Que l'on marieuneHeroine
Sans d'éclatans préparatifs .
Je croy pour m'outrager que la nuit
Se prolonge ,
Mon esprit veut fortir de cette ob-
Scurité,
Le jour vient enfin ,je me plonge
Dans de nouveaux soupçons dont je
fuis agité ,
MonSoucys'augmente & me ronge,
Et tout ce que j'ay crun'eſtre la nuit .
qu'un fonge ,
Elt le jour une verité.
le vais voir la Beauté de mille at
traits pourveuë ,
Qui cauſe mes ennuis & monem.
perſſement ,
Et quand je ſuis entré dansſon appartement
Cequi frape d'abord ma verë
Et le Portrait defon Amant.
Avril 1688 . D
74
>
MERCURE
ilme paroist toutfier deſavictoire,
Et contraint de baiſſer les yeux.
Ie ne puis plus douter que le plus
beau des Dieux ,
Contentantſes defirs , ne l'ait com
bléde gloire ,
Ie paſſe plus avant , & dans la
chambre entré ,
De cette Beauté qu'il adore ,
Sesyeux pleins du beau feu dont il
est penetré ,
Defon bonheur charmant m'inſtrui-
Sent mieux encore.
Elle veut en vain le celer ,
Tout ſçait mieux quefa bouche en
ellem'en parler,
Elle paroitfi fort embarassée;
Que leſoin qu'elle prend de le diffi
muler ,
Nefert qu'à trabirſapensée ,
A découvrir le feu dont fon coeur
Sçait bruler,
Et comme la nuit s'est passée.
GALANT.
75
Ie demeure auprés d'elle interdit &
reſveur ,
Moins agitéd'amourque de colere.
Quoy !m'avoir caché cemistere ,
Quand j'aurois deu sçavoir lesfecretsdefon
coeur!
Que ne puis - ie à mon tour me
taire!
Maisbelas ! bien loin de lefaire,
T'explique tout en ſa faveur ,
Et jeſçay que dans certe affaire,
Elleavoulum'épargner la douleur
De la voir dans les bras defon beureuxvainqueur.
Tandis que tant defoins &de veilles
l'accufent
De trop d'ingratitude& de mépris
pourmoy,
IeSens pourtant je ne sçayquoy
Qui parlentpour elle ,& l'excu
Sent ,
Malgré son traitement fi dur &
fi cruel ,
D2
76 MERCVRE
Ienepuism'empécher dans l'ardeur
qui m'anime ,
Deluy marquer encor l'excés de mon
estime ,
Etrendre par mes chants ce jour
plusfolemnel.
e
Mais toyque ie vis toujours prefte
De mefeconder au befoin ,
MaMufe tu ne prens nul foin
De celebrer pour elle unefi grande
Feste?
C'est un crime d'estre muet,
Sur unesi belle matiere ; ....
Sans fonger à ce qu'on nous fait ,
Rempliffons bien noſtre carriere .
Nous avons trop bien commencé ,
Pourne pas achever de mesmes
Et bien ou malrécompensé
Vn grand coeur doit avoir une con-
Stance extréme.
Ayant dessentimensfidoux
Pourune Beautéfi cruelle ,
と
GALANT.
77
Elle n'aura pas lien defe plaindre
de nous ,
Et nous pourrons nous plaindre
a
T
Que le ciel donc puiſſe à jamais
Benir des noeuds ftpleins d'attraits ,
Et que deces Amans l'unà l'autre
fidelle
L'ardeur chaquejour renouvelle!
Que tout previenne leurs defirs ,
Et malgré les jaloux d'unefi douce
wie;
A
Qu'elle ne ſoit jamaisfuivie
Que des Graces , des Ris des Ieux ,
&des Pla (irs.
icy trop agreable , pour neme
pas donner lieu de croire que
la lecture vous divertira. Ie
neſçay point le nom de l'Auteur.
1
EPITHALA ME.
Allons,ma Muse, accordans
nous
;
GALANT. 69
Voicyla grande&fameuse iournée,
Où nous devons publier l'Hymenée
De la Beauté pour qui nos chants
furent fi doux.
C'est cet objet charmant , dont la
tailledivine ,
Avec mille talens divers ,
Fait depuis fi long-temps le ſujet
demes Vers;
En un mot ,c'est mon Heroïne.
Cette nouvelle t'interdit .
Taſurpriſe paroist extrême ;
Fen ay paru cent fois plus étonné
moy- mesme ,
Quand un petit Amourm'enafait
lerecit.
Cct Enfant tout aimable avec ſa
treffe blonde ,
(Je ne sçay pas comment dans ma
chambre introduir )
Eſt venu m'éveiller au milieu de la
nuit ,
Tandis que je dormois dans une
paix profonde ;
70
MERCVRE
है
Il m'afait le discours qui fuit
D'un airle plus galantdu monde.
Ie viens icy mal àpropos
Vous troubler , m'a-t- il dit , dans
voſtre doux repos .
Le ſçay que je vous importune',
Mais vous le pardonnerezbien.
Lors que je vous diray que lacharmante
Brune,
Qui fait de vostre efprit le plus
doux entretien ,
Vient d'engager ſon coeur dans le
Sacrélien.
Cecoeur quiparoiſſoit peu tendre ,
Qu'on croyoit exempt de defirs ,
Sepâme dans les douxplaifirs
Que de l'Hymen on peut atten.
dre.
Le viens d'eſtretémoindeſes tendres
ardeurs.
Mille Amours comme moy voltigeansſurſa
couche ,
GALANT .
71
Comme un Effaind' Abeillesfur
des fleurs,
Taloux de voirprodiguerſes faveurs
A l'heureux Amant qui la touche ,
S'efforcent en volant d'attraper fur
Sa bouche ,
Mesmes plaisirs,mesmes douceurs.
A l'envy tout tâche àleurplaire,
Dans cette nuit pour eux plus belle
que le jour ;
On prendroit l'Amant pour l'Amour
,
Et la Maiſtreſſe poursa Mere.
Nous qui fuivons par tout les pas
De ces Divinitezſuprèmes ,
Nous nous y tromperions nous
mesmes
Tant ces deux Amansont d'appas ,
Nevous voyant point de lafeste ,
I'ay quittéles Amours, les Graces
&les Ieux ,
Pour venir icy teste à teste
Fous dire les plaisirs de ces coeurs
amoureux.
72
MERCURE
Si de leurs doux accords le recit
vous éveille ,
Et cauſe en vostre coeur du trouble
&de l'effroy
i
,
Que leDieu qui fait qu'on fommeille
Vous rende viſite après moy.
22
En achevant cette parole
Cet Enfant fi mignon ,si bean ,
Prend ſoin de tirer monrideau ,
Metournele dos , & s'envole.
Aprés un tel difcours , belas!
Pouvois-ve être un momenttran
quille?
Vainement lesommeilm'auroit tendules
bras ,
f
Sespavots n'avoient rien pour moy
que d'inutile.
Mestroubles estoient exceffifs ,
De moment en momentje crois qu'on
melutine ,
Mes ennuis deviennent plus vifs,
Avec
GALANT..
73
Avec peine je m'imagine ,
Que l'on marieuneHeroine
Sans d'éclatans préparatifs .
Je croy pour m'outrager que la nuit
Se prolonge ,
Mon esprit veut fortir de cette ob-
Scurité,
Le jour vient enfin ,je me plonge
Dans de nouveaux soupçons dont je
fuis agité ,
MonSoucys'augmente & me ronge,
Et tout ce que j'ay crun'eſtre la nuit .
qu'un fonge ,
Elt le jour une verité.
le vais voir la Beauté de mille at
traits pourveuë ,
Qui cauſe mes ennuis & monem.
perſſement ,
Et quand je ſuis entré dansſon appartement
Cequi frape d'abord ma verë
Et le Portrait defon Amant.
Avril 1688 . D
74
>
MERCURE
ilme paroist toutfier deſavictoire,
Et contraint de baiſſer les yeux.
Ie ne puis plus douter que le plus
beau des Dieux ,
Contentantſes defirs , ne l'ait com
bléde gloire ,
Ie paſſe plus avant , & dans la
chambre entré ,
De cette Beauté qu'il adore ,
Sesyeux pleins du beau feu dont il
est penetré ,
Defon bonheur charmant m'inſtrui-
Sent mieux encore.
Elle veut en vain le celer ,
Tout ſçait mieux quefa bouche en
ellem'en parler,
Elle paroitfi fort embarassée;
Que leſoin qu'elle prend de le diffi
muler ,
Nefert qu'à trabirſapensée ,
A découvrir le feu dont fon coeur
Sçait bruler,
Et comme la nuit s'est passée.
GALANT.
75
Ie demeure auprés d'elle interdit &
reſveur ,
Moins agitéd'amourque de colere.
Quoy !m'avoir caché cemistere ,
Quand j'aurois deu sçavoir lesfecretsdefon
coeur!
Que ne puis - ie à mon tour me
taire!
Maisbelas ! bien loin de lefaire,
T'explique tout en ſa faveur ,
Et jeſçay que dans certe affaire,
Elleavoulum'épargner la douleur
De la voir dans les bras defon beureuxvainqueur.
Tandis que tant defoins &de veilles
l'accufent
De trop d'ingratitude& de mépris
pourmoy,
IeSens pourtant je ne sçayquoy
Qui parlentpour elle ,& l'excu
Sent ,
Malgré son traitement fi dur &
fi cruel ,
D2
76 MERCVRE
Ienepuism'empécher dans l'ardeur
qui m'anime ,
Deluy marquer encor l'excés de mon
estime ,
Etrendre par mes chants ce jour
plusfolemnel.
e
Mais toyque ie vis toujours prefte
De mefeconder au befoin ,
MaMufe tu ne prens nul foin
De celebrer pour elle unefi grande
Feste?
C'est un crime d'estre muet,
Sur unesi belle matiere ; ....
Sans fonger à ce qu'on nous fait ,
Rempliffons bien noſtre carriere .
Nous avons trop bien commencé ,
Pourne pas achever de mesmes
Et bien ou malrécompensé
Vn grand coeur doit avoir une con-
Stance extréme.
Ayant dessentimensfidoux
Pourune Beautéfi cruelle ,
と
GALANT.
77
Elle n'aura pas lien defe plaindre
de nous ,
Et nous pourrons nous plaindre
a
T
Que le ciel donc puiſſe à jamais
Benir des noeuds ftpleins d'attraits ,
Et que deces Amans l'unà l'autre
fidelle
L'ardeur chaquejour renouvelle!
Que tout previenne leurs defirs ,
Et malgré les jaloux d'unefi douce
wie;
A
Qu'elle ne ſoit jamaisfuivie
Que des Graces , des Ris des Ieux ,
&des Pla (irs.
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Résumé : EPITHALAME.
Un poème narratif relate comment un poète est réveillé par un petit Amour (Cupidon), qui lui révèle le mariage imminent de son héroïne. Le poète est d'abord surpris et troublé par cette nouvelle. Cupidon décrit ensuite la nuit de noces de l'héroïne avec son amant, mettant en avant l'intensité de leur passion. Cette révélation empêche le poète de trouver le sommeil, le laissant agité par des soupçons et des inquiétudes. Le lendemain, il constate que l'héroïne est effectivement mariée et observe les signes de sa nuit passionnée. Initialement en colère, il finit par comprendre et pardonner l'héroïne, reconnaissant sa douleur de ne pas avoir pu lui confier son secret. Le poète décide alors de célébrer ce mariage, invitant sa muse à l'accompagner pour maintenir une constance et une fidélité dans ses sentiments, même face à une beauté cruelle. Il souhaite finalement que les amants soient bénis et heureux ensemble, entourés de grâce et de joie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 244-251
A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Début :
Vous avez raison, Madame, d'estre inquiete de la santé / Non, charmante Iris, dans ma Lettre, [...]
Mots clefs :
Iris, Inde, Teint, Éclat, Beauté, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Vous avez raiſon , Madame,
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
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Résumé : A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Madame des Houlières est vivante malgré des rumeurs de décès. Elle souffre d'un mal préoccupant, mais ses amis espèrent sa guérison grâce à des soins médicaux. La lettre inclut une épître demandée par la destinataire, qui est une réponse à la Comtesse d'Alegre. Dans cette épître, Madame des Houlières explique qu'elle réserve les trésors de l'Inde pour décrire la beauté de la Comtesse. Elle compare divers éléments naturels et précieux aux qualités de la Comtesse, tels que son teint, ses cheveux blonds et sa bouche. Cependant, elle souligne qu'il manque encore un esprit fort, agréable et élevé, ainsi qu'un cœur généreux et tendre, pour compléter le portrait de la Comtesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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