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1
p. 20-57
LA MALADIE DE L'AMOUR.
Début :
L'Amour ne faisant pas moins parler de luy que la Mort / Les Graces venoient de laisser l'Amour entre les bras du [...]
Mots clefs :
Amour, Grâces, Destin, Beautés, Jeunesse, Maladie, Remèdes, Bonheur, Vénus, Hyménée , Plaisirs, Mercure, Éloignement, Temps, Raison
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texteReconnaissance textuelle : LA MALADIE DE L'AMOUR.
L'Amour ne faifant pas moins parler de luy que la Mort, adonnélieu depuis quelque temps à la Piece
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
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Résumé : LA MALADIE DE L'AMOUR.
Le texte relate une conversation entre l'Amour et les Grâces, suivie par l'intervention de Vénus et Mercure. L'Amour, épuisé par les ingratitudes et les comportements injustes des hommes, décide de se retirer et de se reposer. Les Grâces, inquiètes, lui préparent un lit de roses et tentent de le consoler. L'Amour exprime son désir de tranquillité et critique les hommes pour leur inconstance et leur ingratitude, refusant de revenir sur terre et préférant rester avec les Grâces. Vénus, furieuse de voir ses temples profanés, tente de convaincre son fils de revenir, mais sans succès. Mercure informe l'Amour des changements sur terre, où l'intérêt et la discorde règnent. L'Amour se réjouit de ces malheurs, trouvant son repos doux et agréable. La Raison intervient alors et demande à l'Amour de revenir pour rétablir l'ordre et la justice. Parallèlement, une conversation critique l'absence de l'Amour, qui a laissé le monde dans le chaos. La Raison et la Gloire rappellent l'importance de l'Amour, soulignant que sans lui, les exploits héroïques sont vains et que la valeur sans amour est aveugle et brutale. La Beauté, la Constance, la Galanterie et les Plaisirs se plaignent également de leur souffrance due à l'absence de l'Amour, qui a conduit à une débauche brutale parmi les jeunes gens. Touché par ces plaintes, l'Amour accepte de revenir à condition que la Raison et la Gloire l'accompagnent pour éviter les brutalités et les mauvaises interprétations. Les Grâces approuvent cette décision, promettant de ne plus abandonner l'Amour.
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2
p. 140
« On meurt par tout, & hors la guerre aussi-bien [...] »
Début :
On meurt par tout, & hors la guerre aussi-bien [...]
Mots clefs :
M. d'Audijaux, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : « On meurt par tout, & hors la guerre aussi-bien [...] »
On meurt par tout , & hors la guerre auſſi - bien que dans les occafions de peril. M. d'Au- dijaux avoit levéun Regiment de Dragons pour le ſervice du Roy à Meſſine. C'eſtoit-là , les armes à la main , que vray-fem- blablement il devoit perir , &
cependant il y eſt mort de ma- ladie. Il avoit du cœur , & on
n'a guere veu d'Homme plus
entreprenant.
cependant il y eſt mort de ma- ladie. Il avoit du cœur , & on
n'a guere veu d'Homme plus
entreprenant.
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3
p. 132-136
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le 7. du dernier mois, Mr. le Comte de Creange, l'un [...]
Mots clefs :
Comte de Créange, Seigneur, Maladie, Abjuration, Hérésie de Luther, Conversions, Religion prétendue réformée, Évêque, Conseiller du Parlement, Cérémonie, Hérésie de Calvin, Mademoiselle , Prières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Le 7. du dernier mois,
Mile Comte de Creange,
l'un des plus puiſſans Seigneurs
de la Lorraine Allemande
, abjura l'Heréſie de
Luther, dás l'occaſion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa converfion donne
GALANT. 133
d'autant plus de joye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets ſuivant
en ce Païs- là la Reli
gion de leurs Seigneurs .
Deux jours apres , M. de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
ſi fameux par ſes ſervices,
quitta la Prétenduë Refor.
mée, & en fit abjuration
entre les mains de M. de la
Feüillade Eveſque de Mets,
en préſence de Mide Cogné
Conſeiller du Parlement de
la meſme Ville , qui depuis
deux jours avoit eſté rece
134 MERCVRE
voir ſa Déclaration au Pont
à- Mouſſon . Cette Ceremo
nie ſe fit à Montigny lez
Mets, dans l'Egliſe des Religieuſes
Benedictines de ce
Lieu , dont l'Abbeſſe eſt de
l'ancienne Maiſon de M
Lallemant, ſi recommandable
dans la Robe, & fi connuë
à Paris.
Le 21. du meſme mois,
Mademoiselle d'Iloire, dun
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselle de Montloüet
, qui demeure à Charenton
, abjura auſſi l'Heréſie
de Calvin dans l'Egliſe
GALANT. 135
de St Eustache , entre les
mains de M. Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit eſté quinze jours auparavant
chez M. Claude
Miniſtre , avec lequel elle
conféra pendant trois heu
res ſur pluſieurs difficultez,
dont Mademoiselle Loir qui
eſtoit préſente , l'avoit priée ,
de luy demander l'éclair.
ciſſement ; & ce Miniſtre
n'ayant pû y fatisfaire , elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
eſt une Perſonne d'eſprit,
dontM.Claude s'eſtoit ſervy
136 MERCVRE
autrefois pour empeſcher la
Converfion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de M. Paneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuë
enfin par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans , entre les
mains de M. l'Abbé Maillet.
Mile Comte de Creange,
l'un des plus puiſſans Seigneurs
de la Lorraine Allemande
, abjura l'Heréſie de
Luther, dás l'occaſion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa converfion donne
GALANT. 133
d'autant plus de joye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets ſuivant
en ce Païs- là la Reli
gion de leurs Seigneurs .
Deux jours apres , M. de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
ſi fameux par ſes ſervices,
quitta la Prétenduë Refor.
mée, & en fit abjuration
entre les mains de M. de la
Feüillade Eveſque de Mets,
en préſence de Mide Cogné
Conſeiller du Parlement de
la meſme Ville , qui depuis
deux jours avoit eſté rece
134 MERCVRE
voir ſa Déclaration au Pont
à- Mouſſon . Cette Ceremo
nie ſe fit à Montigny lez
Mets, dans l'Egliſe des Religieuſes
Benedictines de ce
Lieu , dont l'Abbeſſe eſt de
l'ancienne Maiſon de M
Lallemant, ſi recommandable
dans la Robe, & fi connuë
à Paris.
Le 21. du meſme mois,
Mademoiselle d'Iloire, dun
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselle de Montloüet
, qui demeure à Charenton
, abjura auſſi l'Heréſie
de Calvin dans l'Egliſe
GALANT. 135
de St Eustache , entre les
mains de M. Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit eſté quinze jours auparavant
chez M. Claude
Miniſtre , avec lequel elle
conféra pendant trois heu
res ſur pluſieurs difficultez,
dont Mademoiselle Loir qui
eſtoit préſente , l'avoit priée ,
de luy demander l'éclair.
ciſſement ; & ce Miniſtre
n'ayant pû y fatisfaire , elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
eſt une Perſonne d'eſprit,
dontM.Claude s'eſtoit ſervy
136 MERCVRE
autrefois pour empeſcher la
Converfion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de M. Paneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuë
enfin par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans , entre les
mains de M. l'Abbé Maillet.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
En Lorraine, le 7 du dernier mois, le Comte de Creange, un puissant seigneur, abjura l'hérésie de Luther après une grave maladie. Sa conversion fut célébrée, car elle influencerait celle de ses sujets. Deux jours plus tard, Monsieur de Streff, capitaine de cavalerie, quitta également la Réforme et fit abjuration devant l'évêque de Metz, en présence d'un conseiller du Parlement de Metz, à Montigny-lès-Metz. Le 21 du même mois, Mademoiselle d'Iloire, du duché d'Aumale, abjura l'hérésie de Calvin à l'église Saint-Eustache. Quinze jours auparavant, elle avait discuté avec M. Claude, ministre, sans obtenir satisfaction. Mademoiselle Loir, initialement opposée aux conversions, avait elle-même abjuré cinq ans plus tôt.
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4
p. 153-163
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Tant de grands Articles remplirent ma Lettre du dernier mois, [...]
Mots clefs :
Décès, Religieux, Éloge, Lettres, Congrégation, Manuscrits, Père, Processions, Capitaine, Fièvre, Maladie, Sacrements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Tant de grands Articles
remplirent ma Lettre du der
njer mois , que je ne pus vous
parler de la mort de Dom
Luc d'Acheri , Religieux &
Bibliothequaire de l'Abbaye
de Saint Germain , quia mis
au jour un fi grand nombre
de Traitez d'Autheurs con :
nus ou inconnus , enfevelis.
154 MERCURE
3
juſque là dans l'obſcurité des
Manufcrits. Il mourut le 29 :
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe
à d'autres à faire l'éloge de fa
vertu , & le dénombrement
de fes Livres . Il me fuffit
d'obſerver que fon fameux
Spicilegium , qu'il commença
à donner en 1655. contient
treize Tomes . Pendant quafante
ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres , ik
à eſté uny d'amitié avec la
plufpart des Sçavans , tant du
Royaume que des Pays
Etrangers , dont il a receu , &
à qui il a donné reciproques
i
GALANT. 155
ment du fecours dans ce qui
regarde les Sciences. Ce qui
donne quelque confolation
dans la perte qu'on a faite,
c'est qu'il vit encore en la
Perfonne des Religieux dé
fa Congregation qu'il a in
ftruits , & qui fervent fi uti
lement l'Eglife par leurs étu
des , & principalement par
leur nouvelle Edition de Saint
Auguſtin , qui ſera bien - toft
fuivie de celle de Saint Am₁
broife , dont les Ouvrages.
ont grand befoin d'eftre rez
veus fur les Manufcrits , &
quelquefois éclaircis de No
156 MERCURE
tes. Il y a déja quatre où cinq
Tomes de Saint Auguſtin
donnez au Public. Il en paroiftra
dans deux mois un
nouveau où eft la Cité de
Dieu , & on donnera peu de
temps aprés le premier Tome
de Saint Ambroife.
Le 21. du dernier mois ,
Dom Anfelme Centurion,
Religieux de l'Ordre de Saint
Benoit , Congregation du
Mont Caffin , Patrice de Genes
, mourut icy en l'Hoſtel
du Doge , qu'il avoit accompagné
en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Mai
GALANT. 157
I
fon du Doge affista à fon
Enterrement avec des Flambeaux.
Il fut inhumé à Saint
Sulpice , & on luy rendit tous
les honneurs qui estoient
deus à une Perfonne de fon
L
caractere.
Le 28. du mefme mois , le
Revérendiffime Pere en
•
Dieu , Pierre Mercier , Genéral
de tout l'Ordre de la Trinité
& Rédemption des Captifs
, & Miniftre Particulier
du Convent de Paris , dit Ma
thurins , mourut âgé de 72 .
ans . Comme fon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il
158 MERCURE
poffedoit , on ne fait point de
pareilles pertes fans qu'elles
caufent un regret ſenſible .
Cette mort fur fuivie trois
ou quatre jours aprés de celle
de Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville,
Cogné, Fourmelé , &c . Maître
des Comptes à Paris.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lors qu'on a
vefcu long- temps , & qu'un
grand nombre d'années a fait
enviſager ferieufement lindifpenfable
neceffité qu'il y
a de quitter bien toft là vie ;
mais il eft rare dans un âge
GALANT. 159
peu avancé, & dans de certaines
Profeffions , de fe preparer
à ces terrible paffage
adiune maniere auffi fainte
squ'a fait depuis peu de temps
M' de Marcheville Capitaine
au Regiment des Fuzeliers
du Roy, du premier Bataillon,
Il eftoit party de Dreux , &
alloit rejoindre fon Regiment
campé prés de Galardon, pour
les Travaux que Sa Majeſté
fait faire le long de la Riviere
d'Evre, lors qu'en paſſant par
Nogent-le - Roy il y fut furpris
d'une Fiévre violente ,
qui jointe à une Pleuréfie,
44
160 MERCURE
Faccabla fi fort , qu'il fut emporté
le cinquième jour. Il
ne parut point épouvanté de
la nouvelle qu'on luy porta
du danger où il eftoit. Il dit
feulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente - fix ans il auroit une
dangereufe maladie , dont il
luy feroit difficile de ſe tirer ,
qu'il eftoit arrivé à cet âge- là ,
& que puis qu'il plaifoit à
Dieu qu'il ne vefcût pas aufli
long temps qu'avoit fait fon
Pere qui eftoit mort fort âge,
il le beniffoit de qu'il auroit
à luy rendre compte de
ce
GALANT. 161
1
moins de pechez . Il receut
fes Sacremens avec une réfignation
admirable , & comme
il avoit tres- bien étudié , if
paraphrafoit d'une maniere:
pieule & toute Chrétienne les
divers paffages qu'on luy al-
I leguoit. Peu de temps avant
fa mort voyant auprés de fon
Ilic quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard a
voit amenez , il parla avec um
zele quiles furprit tous , contre
le libertinage & l'aven
glement de plufieurs Offisiers
d'Armée , qui parce
qu'ils portent l'épée , sima
Juin 1685..
162 MERCURE
ginent qu'il leur eft permis
d'oublier Dieu , & de renoncer
à la grande affaire du fa
lut . Il dit encore qu'il regar
doit comme une grace tres
particuliere que luy avoit fait
la Bonté Divine , de ce qu'il
eftoit venu mourir hors de
Dreux , où pendant ſa maladie
il auroit efté accablé de
viſites de Capitaines , de Lieu
tenans d'autres Officiers
d'Armée , & de Dames de la
Ville , au lieu que mourant à
Nogent où il eftoit inconnu,
il ſe pouvoit donner tout entier
à Dieu , & penſer fans
GALANT. 163
aucune diffipation d'efprit à
l'importante affaire de l'Eternité.
Il eftoit Seigneur de
Canchy prés d'Abbeville , &
d'une des anciennes Maiſons
de Nobleffe du
Paysand
remplirent ma Lettre du der
njer mois , que je ne pus vous
parler de la mort de Dom
Luc d'Acheri , Religieux &
Bibliothequaire de l'Abbaye
de Saint Germain , quia mis
au jour un fi grand nombre
de Traitez d'Autheurs con :
nus ou inconnus , enfevelis.
154 MERCURE
3
juſque là dans l'obſcurité des
Manufcrits. Il mourut le 29 :
Avril âgé de 76. ans. Je laiſſe
à d'autres à faire l'éloge de fa
vertu , & le dénombrement
de fes Livres . Il me fuffit
d'obſerver que fon fameux
Spicilegium , qu'il commença
à donner en 1655. contient
treize Tomes . Pendant quafante
ans qu'il s'eſt diſtingué
dans l'empire des Lettres , ik
à eſté uny d'amitié avec la
plufpart des Sçavans , tant du
Royaume que des Pays
Etrangers , dont il a receu , &
à qui il a donné reciproques
i
GALANT. 155
ment du fecours dans ce qui
regarde les Sciences. Ce qui
donne quelque confolation
dans la perte qu'on a faite,
c'est qu'il vit encore en la
Perfonne des Religieux dé
fa Congregation qu'il a in
ftruits , & qui fervent fi uti
lement l'Eglife par leurs étu
des , & principalement par
leur nouvelle Edition de Saint
Auguſtin , qui ſera bien - toft
fuivie de celle de Saint Am₁
broife , dont les Ouvrages.
ont grand befoin d'eftre rez
veus fur les Manufcrits , &
quelquefois éclaircis de No
156 MERCURE
tes. Il y a déja quatre où cinq
Tomes de Saint Auguſtin
donnez au Public. Il en paroiftra
dans deux mois un
nouveau où eft la Cité de
Dieu , & on donnera peu de
temps aprés le premier Tome
de Saint Ambroife.
Le 21. du dernier mois ,
Dom Anfelme Centurion,
Religieux de l'Ordre de Saint
Benoit , Congregation du
Mont Caffin , Patrice de Genes
, mourut icy en l'Hoſtel
du Doge , qu'il avoit accompagné
en France en qualité
d'Aumônier. Toute la Mai
GALANT. 157
I
fon du Doge affista à fon
Enterrement avec des Flambeaux.
Il fut inhumé à Saint
Sulpice , & on luy rendit tous
les honneurs qui estoient
deus à une Perfonne de fon
L
caractere.
Le 28. du mefme mois , le
Revérendiffime Pere en
•
Dieu , Pierre Mercier , Genéral
de tout l'Ordre de la Trinité
& Rédemption des Captifs
, & Miniftre Particulier
du Convent de Paris , dit Ma
thurins , mourut âgé de 72 .
ans . Comme fon mérite l'avoit
élevé à la dignité qu'il
158 MERCURE
poffedoit , on ne fait point de
pareilles pertes fans qu'elles
caufent un regret ſenſible .
Cette mort fur fuivie trois
ou quatre jours aprés de celle
de Meffire Pierre Roger Seigneur
de Dollé , Douville,
Cogné, Fourmelé , &c . Maître
des Comptes à Paris.
On ſe reſout à mourir avec
moins de peine lors qu'on a
vefcu long- temps , & qu'un
grand nombre d'années a fait
enviſager ferieufement lindifpenfable
neceffité qu'il y
a de quitter bien toft là vie ;
mais il eft rare dans un âge
GALANT. 159
peu avancé, & dans de certaines
Profeffions , de fe preparer
à ces terrible paffage
adiune maniere auffi fainte
squ'a fait depuis peu de temps
M' de Marcheville Capitaine
au Regiment des Fuzeliers
du Roy, du premier Bataillon,
Il eftoit party de Dreux , &
alloit rejoindre fon Regiment
campé prés de Galardon, pour
les Travaux que Sa Majeſté
fait faire le long de la Riviere
d'Evre, lors qu'en paſſant par
Nogent-le - Roy il y fut furpris
d'une Fiévre violente ,
qui jointe à une Pleuréfie,
44
160 MERCURE
Faccabla fi fort , qu'il fut emporté
le cinquième jour. Il
ne parut point épouvanté de
la nouvelle qu'on luy porta
du danger où il eftoit. Il dit
feulement qu'on luy avoit
prédit autrefois qu'à l'âge de
trente - fix ans il auroit une
dangereufe maladie , dont il
luy feroit difficile de ſe tirer ,
qu'il eftoit arrivé à cet âge- là ,
& que puis qu'il plaifoit à
Dieu qu'il ne vefcût pas aufli
long temps qu'avoit fait fon
Pere qui eftoit mort fort âge,
il le beniffoit de qu'il auroit
à luy rendre compte de
ce
GALANT. 161
1
moins de pechez . Il receut
fes Sacremens avec une réfignation
admirable , & comme
il avoit tres- bien étudié , if
paraphrafoit d'une maniere:
pieule & toute Chrétienne les
divers paffages qu'on luy al-
I leguoit. Peu de temps avant
fa mort voyant auprés de fon
Ilic quelques Capitaines &
Lieutenans que le hazard a
voit amenez , il parla avec um
zele quiles furprit tous , contre
le libertinage & l'aven
glement de plufieurs Offisiers
d'Armée , qui parce
qu'ils portent l'épée , sima
Juin 1685..
162 MERCURE
ginent qu'il leur eft permis
d'oublier Dieu , & de renoncer
à la grande affaire du fa
lut . Il dit encore qu'il regar
doit comme une grace tres
particuliere que luy avoit fait
la Bonté Divine , de ce qu'il
eftoit venu mourir hors de
Dreux , où pendant ſa maladie
il auroit efté accablé de
viſites de Capitaines , de Lieu
tenans d'autres Officiers
d'Armée , & de Dames de la
Ville , au lieu que mourant à
Nogent où il eftoit inconnu,
il ſe pouvoit donner tout entier
à Dieu , & penſer fans
GALANT. 163
aucune diffipation d'efprit à
l'importante affaire de l'Eternité.
Il eftoit Seigneur de
Canchy prés d'Abbeville , &
d'une des anciennes Maiſons
de Nobleffe du
Paysand
Fermer
Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Le texte rapporte plusieurs décès notables. Dom Luc d'Acheri, religieux et bibliothécaire de l'Abbaye de Saint-Germain, est décédé le 29 avril à l'âge de 76 ans. Il est reconnu pour avoir publié de nombreux traités d'auteurs connus ou inconnus, dont le Spicilegium, commencé en 1655 et comprenant treize tomes. Dom Luc d'Acheri entretenait des relations avec de nombreux savants et collaborait avec eux sur divers projets scientifiques. Sa congrégation poursuit son œuvre, notamment par une nouvelle édition des œuvres de Saint Augustin et une future édition des œuvres de Saint Ambroise. Le 21 du mois précédent, Dom Anselme Centurion, religieux bénédictin et aumônier du Doge de Gênes, est mort à Paris. Il a reçu des honneurs funéraires appropriés à son rang. Le 28 avril, le Père Pierre Mercier, général de l'Ordre de la Trinité et Rédemption des Captifs, est décédé à l'âge de 72 ans. Sa mort a été suivie de celle de Pierre Roger, Seigneur de Dollé, Maître des Comptes à Paris. Le texte mentionne également le décès de M. de Marcheville, capitaine au régiment des fusiliers du Roi, survenu à l'âge de 36 ans après une fièvre violente et une pleurésie. Il a affronté sa mort avec résignation et a encouragé ses collègues à ne pas oublier Dieu malgré leur profession militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 127-161
Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Début :
Vous voyez par cette Ode les choses generales qui sont [...]
Mots clefs :
Chancelier, Grand Ministre, Emplois, Conseiller, Procureur du roi, Zèle, Altesse royale, Charges, Auguste monarque, Souverain, Armée, Règne, Négociations, Louanges, Chancellerie, Moeurs, Maladie, Chrétien, Éloge funèbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Vous voyez par cette Ode
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
les chofes generales qui font
venues à la connoiffance de
M' Magnin, & qui n'ont efté
ignorées prefque de perfonne.
Il y en a tant d'autres à
dire dans une vie auffi longue
Liiij
128 MERCURE
& auffi illuftre qu'a efté celle
de ce Grand Miniftre , que
ma Lettre entiere ne fuffi
roit pas , fi je voulois entrer
en quelque détail des actions
remarquables qui luy ont
fait meriter l'admiration qu'il
s'eft attirée . Ainfi je vay
feulement vous rapporter la
fuite de fes Emplois , dans .
chacun defquels il a rendu
de grands & continuels fervices
à Sa Majefté & à l'Etat ..
Il fut Confeiller au Grand
Confeil en 1623. c'eſt à dire
que dés qu'il eut l'âge porté
par les Ordonnances pour
GALANT. 129
pouvoir adminiſtrer la Juſtice
, il fut pourveu de cette.
Charge . Comme il eftoit encore
jeune , il demeura huit
ans au Confeil . Sa prudence,
fa moderation & fon affiduité
dans un âge fi peu avancé,
firent juger dés lors de ce
qu'il feroit un jour. On vit
bien- toft des effets de cette
grande capacité , puis qu'il
fut enfuite Procureur du Roy
au Chaſtelet . Tout le monde
fçait que c'eft une Charge
qui demande un homme intelligent
, vif, & de probité.
Il eut plufieurs Commiflions
130 MERCURE
importantes ; & la maniere
dont il s'en acquitta
, ayant
fait connoître fon merite, il
fut quelque temps aprés Maî
tre des Requeftes , & le zele
qu'il continua de faire écla
ter dans cette Charge , le
fit nommer Intendant de Ju
ftice dans l'Armée d'Italie
puis Ambaffadeur auprés de
Leurs Alteffes Royales de Sa
voye. Comme les fervices
qu'il rendit en Italie font
connus , & que les Hiftoires
en font pleines, je ne vous en
diray rien.
A fon retour , le feu Ray
GALANT. 131
qui connoiffoit l'entiere application
qu'il avoit euë à
s'acquitter dignement de
tous ces Emplois, & qui voufoit
luy donner d'éclatantes
marques de la pleine fatisfaction
qu'il en avoit , l'honora
de la Charge de Secretaire
d'Etat, vacante par la démiſfion
de M' des-Noyers. Il eut
le Département de la Guerre
, & fervit dans cette Charge
d'une maniere fi utile à
PEtat , & fi agréable aux Generaux
& auxOfficiers, qu'on
luy remit bien - toft tout le
foin desAffaires de la Guerre.
1
132 MERCURE
Il entra enfuite dans le Con
feil , en qualité de Miniftre.
Sa prudence & fon zele ont
toûjours éclaté , pour tout ce
qui a regardé l'auguſte Monarque,
fous l'heureux Regne
duquel nous avons le bonheur
de vivre. Il a fervy ce
Prince pendant les temps les
plus difficiles, avec une fidelité
à l'épreuve de toutes choſes
, & la maniere dont il a
vefcu avec ceux qui s'écartoient
de ce qu'ils devoient
à leur Souverain , leur a toûjours
fait apprehender fes re
montrances. Lors qu'ils ont
GALANT. 133
1
voulu rentrer dans leur de
voir , ils ont tâché plufieurs
fois d'obtenir leur pardon
fon moyen , ne connoiffant
perfonne à qui l'on puft
confier fon honneur & fa vie
par
avec plus de feureté. Je ne
dois pas oublier icy.que pendant
les defordres de Guyenne
, le Roy qui le laiffa au--
prés de feu Monfieur le Duc
d'Orleans , luy donna pouvoir
de figner en ſon abſence
tout ce qui feroit reſolu
pour fon fervice , & qu'il eut
le mefme pouvoir pour le
fecours d'Arras, pendant que
134 MERCURE
les Ennemis eftoient devant
cette Place , le Roy eſtant
alors attaché au Siege de Stenay.
Comme il eftoit d'une
tres - grande importance à
l'Etat de conferver Arras , il
falloit y faire entrer du Secours
, & la Commiſſion de
ce fage & vigilant Miniſtre
fut ample pour tout ce qu'il
jugeroit neceffaire au bien
de la France. Il pourveut a->
vec tant de ponctualité & de
prudence aux preſſans befoins
des Affiegez & des Generaux
de l'Armée , que la
Place fut fecouruë , & les EnGALANT.
135
nemis défaits. Ses manieres
honneftes & obligeantes luy
avoient acquis dés ce tempslà
une eſtime ſi generale, que
pour en eftre convaincu ,ilne
falloit qu'entendre tous les
Officiers dont il avoit fi fouvent
les interefts entre les
mains. Il n'y en avoit aucun
qui ne fe loüaſt de ſa bonté,
& ce n'eftoit pas une petite
preuve de l'humeur bien fai
fante avec laquelle il eſtoit
né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un cmploy
auffi difficile que le Département
de la Guerre. Ses
136 MERCURE
par
grandes qualitez luy avoient
fait meriter l'entiere confidence
de la ReineMere ,dont
il a receu de glorieuſes marques
par fon Teftament ,, &
les dernieres Actions de
fa vie. Cette Princeſſe avoit
de grandes lumieres, & le difcernement
jufte fur le vray
merite . Si les fecrets du Cabinet
n'eſtoient pas des miſteres
, qui ne peuvent eftre dévoilez
, & fur tout en France
depuis le Regne du Roy , que
nous verrions de fagès confeils
donnez par le grand Miniftre
dontje vous parle: Que
GALANT. 137
de zele pour la gloire de l'Etat
& du Roy, & que de bontez
pour fes Sujets ! Les évenemens
nous ont donné ſujet
d'en juger. Nous avons veu
les caufes qui les ont produits
, mais le refte eft impénetrable
, & ce font des fecrets
qu'on ne peut percer.
Si les Miniftres Etrangers qui
l'ont veu dans les Negotiations
, & ont connu la péne
tration de fon efprit , fa bonté
& fa juftice, vouloient parler
, la feule expofition de la
verité feroit fon Eloge , Si les
grands Sujets du Roy qu'il a :
Novembre 1685. MA
138 MERCURE
ramenez à leur devoir , fi fes:
Particuliers qu'il a fervis , fi
les Malheureux qu'il a ſecourus
, publioient tout ce qu'il
a fait en leur faveur , on n'entendroit
par tout que les
louanges de ce zelé & judicieux
Miniftre. Le Roy , qui
connoift mieux que perfonne
le merite des grandsHommes
de fon Royaume, & qui
n'ignoroit rien de tout ce
que je viens de vous dire ,
nomma Monfieur le Tellier
Chancelier & Garde des
Seaux de France , fur la fin de
l'année 1677. Ce choix fut ge
GALANT. 139
fut
neralement applaudy , & ne
pas moins à la gloire de
Sa Majeſté , qu'à l'avantage
de ce Miniftre. Quelque
temps aprés, M le Procureur
General prefenta fes Lettres
de Chancelier au Parlement,
afin qu'elles fuffent enregiſ
trées. Elles y furent leuës
tout haut , & receuës avec un
applaudiffement
qui ne fe
peut concevoir. Elles contenoient
les grands & importans
fervices que ce Miniftre
a rendus à l'Etat , en
Italie pendant le Regne du
feu Roy , en France pendant
Mij
140 MERCURE
la Regence , & enfuite fous
LOUIS le Grand . Parmy
tous les Eloges dont ces Let
tres eftoient remplies , il y
eſtoit expreſſément
marqué
,
Que par fesfoins & par fa prudence
, il avoit beaucoup fervy à
pacifier les Troubles de l'Etat. Mr
le Procureur General fit un
Elogè fort court de ce Miniftre
; mais il dit beaucoup
en peu de paroles , & fit voir
entr'autres chofes , Que M
le Tellier eftoit heureux , d'eftre
né avec toutes les qualitez qui
le rendoient recommandable; heu
reux d'avoir trouvé tant d'occa
GALANT. 141
.
fions de s'employer pour l'Etat ;
heureux de fe voir Chef d'une
Famille qui fecondoit fi bien fon
Zele dans les fervices qu'il ren--
doit inceffamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir efté choify pour
remplir la Charge de Chancelier
de France , de l'avoir eftépar
un Roy , dont le juſte diſcernement
eft la marque la plus incontestable
du vray merite ; & heureux enfin
pardeffus toutes chofes , de s'eftre
montré digne des avantages qu'il
poffedoit. Il fut complimenté
de tous les Corps, & M¹ l'Ab
bé Fléchier qui porta la parole
pour l'Academie Fran142
MERCURE
çoiſe , fe fit admirer. Je ne
vous rapporteray point icy .
fon Difcours ; mais feulement
un endroit qui luy attira
beaucoup d'aplaudiffemens.
Il dit de la maniere du monde
la plus délicate , Que fi
M' le Tellier avoit confervé une
pénetration d'efprit , quiſembloir
ne devoir plus eftre de fon age
M de Louvois dés fon entrée
aux Affaires , avoit prévenu par
des connoiffances avantageuses ,
ce qu'il n'y avoit qu'une longue
experience qui luy duft faire acquerir.
M' le Tellier eut à peine !
GALANT . 143
commencé les fonctions de
fa Charge de Chancellier,
qu'il parut auſſi inſtruit des
Affaires de la Chancellerie,
& de tout ce qui les regarde
, que s'il'euft exercé toute
fa vie cette Charge de
Chef de la Juftice . Il s'attacha
fur tout à ſe garentir
des furpriſes , parce que
de grandes précautions , &
fans une application tresexacte
, on eft fouvent expofé
à fceller beaucoup de
chofes , qu'une fevere Juftice
, la Religion & les bonnes
moeurs , obligent à rejetfans
144 MERCURE
ter. Quoy qu'il fuft déja
d'un âge fort avancé , ſes
années ne luy ont point
fervy de pretexte pour fe
donner moins entier à toutes
les fonctions de fa Charhe.
Son efprit a eſté toûjours
égal , & quoy qu'il enviſageaft
fa mort comme
prochaine , & qu'il fuſt toûjours
preparé à la recevoir ,
il marquoit affez par une
heureufe tranquillité qu'il ne
l'apprehendoit pas. On ne
doit point en eftre furpris ,
puis qu'il avoit toûjours vêcu
avec beaucoup de moderation
,
GALANT. 145
deration , & qu'il avoit fait
connoiftre par toutes fes
actions , qu'il n'eftoit attaché
à la vie, qu'autant qu'elle
luy avoit fourny les occafions
de fervir l'Etat & fon
Souverain .
Prefque dans le mefme
temps qu'il fut attaqué de
la maladie dont il eft mort,
il feella ce fameux Edit ,
dont la poſterité n'entendra
parler qu'avec étonnemens
, & qui ouvre le chemin
du Ciel à tant d'Ames ,
à qui l'Herefie l'avoit fermé.
C'eſt ce qui a fait dire
Novembre
1685. N
146 MERCURE
à tout le monde , qu'aprés
avoir feellé cét Edit , M le
Chancellier pouvoit s'écrier
avec raiſon , comme fit S.
Simeon , lors qu'il eut veu
le Fils de Dieu entre fes
bras : Nunc dimittis fervum
tuum Domine. Si S. Simeon
n'avoit plus rien à defirer, M
le Chancelier n'avoit plus
rien à faire ; c'eſt à dire qu'aprés
s'eftre fervy du Sceau
que le Roy luy avoit confié
pour feeller le falut de
tant de milliers d'hommes .
il ne devoit plus rien feeller
, parce qu'il ne pouvoit
:
GALANT. 147
plus imprimer le facré dépoft
que Sa Majeſté luy avoit
remis entre les mains ,
fur aucune choſe qui puſt
eftre fi utile au Monde Chrêtien
. Il femble que Dieu ait
voulu luy donner cette fatisfaction
avant que de l'appeller
à luy , afin qu'il puft
voir les approches de la mort
avec joye , au lieu de les
regarder avec chagrin . S'il
n'avoit eu l'ame grande &
élevée , & s'il n'avoit eſté
preparé à tout comme le
Sage , il auroit fenty toutes
les craintes & tous les fre-
Nij
148 MERCURE
miffemens que donne ordinairemét
ce dernier paffage
,
à ceux qui font affurez qu'ils
n'ont plus que quelques
momens
à vivre , puis qu'il a
veu approcher
la mort , n'étant
point dans fon lit, ayant
le jugement
auffi libre que
s'il euft jouy d'une parfaite
.
fanté , & ne fentant prefque
point de mal. Ce fut ce qui
l'obligea
à demander
à Mª
Fagon , Premier
Medecin
de la feuë Reyne
à qui il fe
confioit
, S'il eftoit poffible
que
l'Ame fe feparaft
du Corpsfans
qu'onfentift plus de mal qu'iln'en
GALANT. 149
fouffroit. Cét habile Medecin
luy ayant fait connoiſtre par
un raiſonnement qui luy
fembla jufte , que cela fe
pouvoit faire , il n'en parut
ny plus agité ny moins tranquile
. Cependant l'eftat où
il fe trouvoit , eft un eſtat
bien plus violent que lors
qu'on eft accablé d'une forte
maladie . Quoy qu'elle
foit telle qu'elle falle croire
aux Medecins qu'on n'en
doit pas échaper , on n'eſt
point fi abfolument condamné
que ce Miniftre l'etoit.
Ainfi tant quo'n ne l'eft
Niij
150 MERCURE
,
point entierement , l'efpoir
qui refte & qui eft fi naturel
à tous les hommes , fait
voir de l'incertitude dans la
mort & en combat les
frayeurs. D'ailleurs l'abatement
où l'on eft dans une
maladie qui accable , empêche
qu'on n'envifage tout ce
que l'on en doit craindre ,
mais Mile Chancelier étant
dans l'eftat que je viens de
vous marquer , voyoit approcher
la mort avec toutés
Îes horreurs qui l'accompagnent
, & c'eft par la ferme.
té qu'il a fait paroiftre dans
GALANT. 151
ce terrible moment qu'il a
rendu fa mort auffi remarquable
que fa vie .Quoy qu'il
fuft fort affuré que la fin en
eftoit proche , iln'a pas laiſſé
de travailler en de certains
temps pour le bien de l'Etat,
& pour des Affaires aufquelles
il eft permis à un
Chreftien de penfer , lors
qu'il fçait qu'il va rendre
compte de toutes fes actions
. Sçachant un jour que
Madame la Chanceliere étoit
à l'Eglife , il dit , qu'elle
eftoit fans doute allé demander
à Dieu le retour de få fanté ,
N iiij
152 MERCURE
mais qu'elle feroit mieux de prier
pour fon falut . Il y penſoit
fans ceffe & difoit , qu'il avoit
peur d'eftre furpris , & de n'avoir
pas tout le jugement necef.
faire quand ce dernier inftant arriveroit.
Il dit à un de fes Amis
qui eft d'un âge fort
avancé & qui le vint voir
en cér eftat , qu'ilfe preparoit
autant qu'il pouvoit au paffage
qu'il alloit faire ; que peut estre
ce feroit bien- toft fon tour , t
qu'il devoit faire encore mieux
que luy. Quelques momens
avant qu'il mouruſt , comme
on le croyoit paffé , &
GALANT. 153
qu'il entendoit que chacun
difoit qu'il eftoit mort , il
prononça d'un air fort tranquille,
quelques paroles d'un
Pleaume , qui faifoient connoiftre
qu'il comprenoit ce
que l'on penfoit de luy . Une
fi jufte application eſt une
marque de l'habitude qu'il
s'eftoit faite d'une lecture fi
fainte. Ainfi il eft mort avec
la mefine tranquillité qu'il a
vêcu , & l'on a toûjours admiré
en luy une moderation
fans exemple , que la fortune
& les grands honneurs
ont efté incapables de cor
154 MERCURE
rompre. Aufſi a - t- il joüy en
mourant du feul avantage
qu'un homme auffi moderé
que luy pouvoit defirer
qui eft de fe voir heureux
dans fa pofterité , & de fçavoir
avant fon trépas le chagrin
que l'on auroit de fa
mort , puifque pendant fes
maladies precedentes
comme
dans cette derniere , le
Peuple eft venu plufieurs
fois en foule à fa porte demander
des nouvelles de fon
mal , & marquer par fes gemiffemens
& fes larmes , la
crainte qu'on avoit qu'il ne
GALANT. 155
1.
mouruft. C'eft un effet de
fa douceur , & de la patience
avec laquelle ce Miniſtre
écoutoit tous les particuliers
, & de l'attachement
qu'il avoit à leur rendre Już
ftice , & à examiner à fond
les affaires qui les regar
doient. Ses grandes charitez
ne contribuoient pas peu
auffi à la douleur de tant
d'ames affligées ; mais il feroit
bien difficile de les bien
mettre icy dans leur jour ,
puis qu'il pratiquoit ce que
' Ecriture enfeigne , & que
fa main gauche ne fçavoit
16 MERCURE
pas ce que fa droite faifoit.
En effet la plus part de ceux
qui recevoient
fes dons, ignoroient
à qui ils en eſtoient
obligez ; mais comme il eſt
difficile que les actions de
cette nature foient entie-
3
rement cachées,parce qu'on
ne peut foulager tant de
malheureux , fans fe fervir
de quelqu'un à qui l'on eft
obligé de fe confier ; il en
échape toûjours quelque
chofe , qui fait que les Inrereffez
penetrent ce qu'on
veut ofter à leur connoif
fance, Comme la vanité n'a
GALANT. 157
jamais rien pû fur l'efprit de
ce modefteMiniftre , & qu'il
fuyoit l'éclat dans les chofes
mefme où il pouvoit en fairé
paroiftre , il avoit quantité
de grandes qualitez &
de vertus cachées , qu'il a
toûjours taché de dérober
aux yeux du public . Je laiffe :
à ceux qui fe font chargez
de fon Eloge Funebre , non
feulement à les découvrir ,
mais à leur donner toute l'é
tendue que demandent de
fi glorieufes veritez . Elles
doivent eftre connues de
tout le monde , afin qu'elles
158 MERCURE
fervent d'exemple à ceux qui
font en eftat de pratiquer les
mefines vertus , & qui étant
entrainez par des panchans
contraires , ont de la peine à
y refifter. Mr le Chancelier
eft mort le 30. du mois d'Octobre
âgé de quatre -vingt
trois ans , aprés avoir donné
des marques d'une refignation
, & d'une fermeté d'ame
qu'il feroit difficile de
bien exprimer. La pieté de
toute fa Famille parut aufſi
en cette occafion , puis qu'avec
toute la pompe requife ,
& le refpect , l'humilité , &
GALANT. 159
la veneration que tous les
vrays Chreftiens doivent avoir
en ces rencontres là, elle
accompagna à pied le Saint
Sacrement, lors qu'on aporta
le Viatique à Mile Chancelier
, & le reconduifit juſqu'à
la Paroiffe , de forte que l'on
fut beaucoup édifié du trifte
éclat , & des manieres humbles
& devotes avec laquelle
cette Ceremonie ſe paſſa . Je
finis pour laiffer parler les
autres , puiſque dans les bornes
que je me fuis prefcrites ,
je n'aurois pas affez d'eſpace
pour ébaucher feulement
160 MERCURE
une vie qui a efté auſſi glorieufe
que longue.
ge
Le Roy qui eftimoit ce fa-
Miniitre , non feulement
à caufe des grands fervices
qu'il luy rendoit , mais encore
parce qu'il eftoit parfaitement
honnefte homme , a
fait voir avant fa mort combien
fa perte luy feroit fen .
fible . Si - toft que Sa Majeſté
en eut receu la nouvelle , Elle
témoigna à ſa Famille , avec
les manieres les plus obligeantes
, la part qu'elle prenoit
à fon déplaifir , & le cas
qu'Elle faifoit du merite de
GALANT. 161
-
feu M le Tellier , & de ce
qui reftoit de fon fang.
Fermer
Résumé : Emplois, services & mort de Mr le Chancelier. [titre d'après la table]
Michel Le Tellier, ministre distingué, a connu une carrière riche en responsabilités et en honneurs. En 1623, il débuta comme conseiller au Grand Conseil. Par la suite, il occupa les postes de Procureur du Roi au Châtelet, Maître des Requêtes, Intendant de Justice en Italie, et Ambassadeur auprès des Altesses Royales de Savoie. À son retour, il fut nommé Secrétaire d'État chargé de la Guerre, où il se démarqua par son efficacité. Il devint ministre et servit loyalement le roi durant des périodes tumultueuses, jouant un rôle clé dans la défense de la Guyenne et d'Arras. Sa gestion du Département de la Guerre fut particulièrement saluée. En 1677, il fut promu Chancelier et Garde des Sceaux de France, une nomination unanimement applaudie. Le procureur général et l'abbé Fléchier vantèrent ses qualités, son esprit perspicace, et ses services rendus en Italie, en France durant la régence, et sous Louis XIV. Malgré son grand âge, Le Tellier continua à exercer ses fonctions avec zèle. Il signa l'Édit de Fontainebleau peu avant son décès, survenu paisiblement le 30 octobre à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Respecté pour sa modération et sa vertu, il fut pleuré par le peuple et sa famille, qui soulignèrent ses services et son intégrité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 17-71
LETTRE D'UN PHILOSOPHE A MADEMOISELLE DE SCUDERY ; Sur les Maladies des Vapeurs.
Début :
Ce n'est pas sans raison, Mademoiselle, que j'ay peine [...]
Mots clefs :
Vapeurs, Chaleur, Parties, Maladie, Corps, Ventre, Matières, Médecins, Symptômes, Entrailles, Causes, Humeurs, Remèdes, Vie, Estomac, Cerveau, Veines, Esprit, Alambic, Expérience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'UN PHILOSOPHE A MADEMOISELLE DE SCUDERY ; Sur les Maladies des Vapeurs.
LETTRE
D'UN PHILOSOPHE
A MADEMOISELLE
PE SCUDERY ;
C
Sur les Maladies
des
Vapeurs.
E n'eft pas fans raiſon
Mademoiselle,quejay peine
à me refoudre de donner au pu .
blic mes reflexions fur la ma-
Octobre 1691 .
B
18 MERCURE
ladie des Vapeurs , car fi tous
ceux qui mettent au jour des
fentimens qui ne font pas fort
éloignez de ceux du commun ;
ne laiffent pas de s'attirer fort
fouvent les traits piquants de la
critique , avec combien plus de
raifon dois-je les apprehender
puis que je m'éloigne entiere
ment du fentiment de l'Ecole ',
même de celuy de la pluspart
des hommes, & que je m'en
éloigne d'autant plus , que je táche
de defabufer le Public de
certaines preventions , qui ne font
guere moins difficiles à détruire ,
que s'il s'agiffoit d'un Article
GALANT. 19
de Foy ? Car quoy que l'intereft
de la vie foit un fort puiſſant
motif, pour porter le peuple à
faire quelque reflexion fur les
chofes qui la regardent › les Medecins
le tiennent tellement engagé
dans leurs opinions › qu'il
n'y ajoute pas moins de foy que
les Turcs à leur Alcoran. Ainfi
vous pouvez juger de la difficulté
de mon entrepriſe ; & commej'ay
les Anciens les Modernes
à combatre , & que
ple même a foufcrit à l'opinion
contre laquelle j'ay la hardieffe
de me declarer , jeje ne fçaurois
trouver parmy eux que
le
pessdes
Fu-
Bij
20 MERCURE
.
ges fufpects & des gens à ne ceder
ny à la raison , ny à l'expes
rience , à moins qu'ils n'y foient
portez par l'approbation d'un efprit
auffi éclairé que le vostre.
Ouy, Mademoiselle , c'est vous
feule , dont la vertu , le genie ,
le merite connus par toute
l'Europe , vous ont acquis une fi
jufte reputation , qui pouvezobliger
le Public à ne pas rejetter des
Sentimens qui font fondezfur la`
l'experience , & ày raifon
faire une meure reflexion , fans
s'arrefter aveuglement à des opinions
qui font aifées à détruire
quand on veut bien les examiGALANT.
21
>
ner de prés. Mr. Defcartes , ce
grand Philofophe , a euraifon de
dire , qu'à l'égard des matieres
phyfiques il falloit douter de
toutes chofes une fois en fa vie ,
pour en decouvrir la verité , car
'il n'y a que le doute qui nous
porte à faire des experiences ,&
ce n'est que l'experience qui nous
rend pleinement convaincus de
la verité d'une chofe . Si tous les
Medecins fuivoient la pensée de
ce Grand Homme , ils ne demeureroient
pas enfervelis dans des
erreurs , qui captivent fifort leur
entendement, qu'elles ne leur per
mettent pas de joüir des lumieres
22 MERCURE
qu'ils ont receuës de l'Auteur de
la Nature , & ce que je trouve
de plus extraordinaire , c'est que
malgré leur vaine pratique , ils
pretendent que leur art eft établi
fur l'experience & la raison , &
ne peuventfouffrir ceux qui fondezfur
de continuelles experiences,
raiſonnent autrement qu'eux.
Ils veulent qu'on foit aveugle
comme ils lefontes que l'on n'oppofe
rien à l'autorité des Anciens,
comme fi la Medecine , qui eft
le plus noble & le plus difficile
de tous les Arts , pouvoit avoir
acquis dans fon commencement
plus de perfection que tous les
GALANT.
23
que
autres , que nous voyons tous les
jours fe perfectionner. Ne fommes
nous pas en même droit , que
ceux qui font venus immediatement
aprés Hypocrate & Galien
, de verifier ce qu'ils ont
avancé dans leurs Ecrits ?
Y a- t-il rien de plus ridicule
d'alleguer qu'il eft impoffible que
tant d'habiles gens qui ont paru
avant nous , fe foient trompez ?
Pourquoy voulons- nous que ces
gens- là ayent decouvert plus que
nous, s'il est vray qu'ils en ayent
ufé de mefme que nous , & qu'ils
s'en foient entierement rapportez
à leurs Devanciers , fans y avoir
24 MERCURE
fait aucune reflexion ? Le nom-
"bre exceffifdes morts prématurées
la quantité des Malades
languiffans , non feulement des
femaines , des mois , & des années
entieres dans leur lit , mais mefme
toute leur vie , ne fourniſſent- ils
pas des preuves plus que fuffifantes
, pour faire connoiftre que
Medecine que l'on exerce à prefent
, n'eft qu'une ombre de celle
que Dieu a donnée à nos premiers
Peres ? Que fi je m'éloigne du
fentiment des Medecins fur la
nature de la maladie des Vapeurs ,
c'est que la raison & l'experience
me font connoiftre de jour en jour
la
GALANT.
25
la verité de mon hypothefe , &
pour ne pas tarder davantage à
vous decouvrir mon opinion , je
dis que la pretenduë maladie des
Vapeurs n'eft autre choſe que l'affection
hypocondriaque dont les
Anciens font mention . Mais
comme les Medecins croyent que
tous les fymptomes qui accompagnent
cette maladie, ne font qu'un
effet des vapeurs qui s'eflevent
des hypocondres jufques à la tefte,
ils ont nommé depuis quelque
temps cette maladie , Vapeurs , &
cela d'autant plus que ceux qui en
fon atteints ne peuvent fouffrir
ce nom d'affection hypocondria-
Oct. 1691.
C
26 MERCURE
que , comme fi cette maladie në
venoit pas de l'alteration des humeurs
comme les autres .
Il est certain que comme elle
est peu
de chofe dans fon commencement
il feroit aisé de
l'emporter fi l'on fe fervoit
des remedes convenables , mais
elle prend infenfiblement des ra
cines fi profondes que ceux qui
en font atteints fe voyent enfin
hors d'eftat de pouvoir guerir, ne
trouvant aucunfoulagement dans
l'ufage des remedes. Cela vient
de ce que les Medecins ne cherchent
qu'àrafraichir les entrailles
qu'ils croyent toujours embrafees,
GALANT.
27
**
au lieu de fortifier l'eftomach, &
d'empefcher la
generation des
humeurs
excrementeufes qui produifent
tous les
Symptomes 2
dont je feray le détail , & ce que
je trouve de plus pernicieux pour
les malades , c'eft la
prevention
de cette chaleur d'entrailles , dans
laquelle les Medecins les ont
tellement fortifiez par la comparaison
qu'ils leur font d'un
alembic au corps humain , qu'il
n'y a ny raifon ny experience à
laquelle ils veuillent ceder. Mais
pour vous faire voir la tromperie
de cette comparaison , je vais
faire la defcription d'un alembic.
Cij
28 MERCURE
de la maniere qu'on procede à
enfuite je la diftillation ,
feray voir fi les chofes fe paffent
dans le corps
un alembic.
humain comme dans
Un alembic eft un Vaiffeau
composé de deux parties , l'Inferieure
la Superieure . L'Inferieure
s'appelle Cucurbite , & la
Superieure Chapiteau . Ce Chapi
teau a un bec par où fort la liqueur
qui diftille . On met la matiere
dans la Cucurbite, on la
de fon chapiteau. On pofe cet a
lembic fur un trepied , ou fur un
Fourneau , fous lequel on met le
feu , qui ayant échaufe la Cucur
bite fait que l'humidité de la
couvre
GALANT. 29
matiere qu'elle contient s'éleve en
vapeurs , lesquelles paffant par le
col de la cucurbite , font portées
dans le Chapiteau , où par le moyen
de la froideur de l'air qui l'environne
, elles font condenfees en
eau, & cette eau diftille par le bec
du Chapiteau dans un recipiant.
Que s'il y avoit une ouverture
au col de la Cucurbite , les va
peurs pafferoient par cette ouverture
, ce qui eft à remarquer.
Cette comparaison qui a quel
que reffemblance dans fon exte
rieur , a eu l'applaudiffement de
tous ceux qui ne regardent que
l'écorce d'une chofe , mais je vais
Ciij
go MERCURE
faire voir qu'elle cloche dans
toutes fes parties , je commence
par l'operation du feu , premier
agent de la diftillation.
Tous les Medecins demeurent
le coeur est la partie
d'accord
que
la plus
chaude
du corps
, & par.
tant
il faudroit
pour
quadrer
à
leur
comparaison
, que le coeur
fût
placé
fous
le mefentere
, car eftant
placé
comme
il eft dans
la poitri
ne, il faut
de toute
neceffité
que
par
fa
chaleur
il precipite
les
vapeurs
en bas , de même
que
les Chymiftes
diftillent
certaines
matieres
par
depreffion
, ou per
defcenfum
, en mettant
le feu
GALANT.
31
la
allentour de la partie fuperieure
du vaiffeau qui contient la matiere.
Ils diront fans doute que
chaleur qui provient d'une bile
ou atrabile enflamée dans les entrailles
, eft beaucoup Superieure
à celle du coeur , & comme ils ne
peuvent donner aucune raison
qui faffe voir comment se fait
cette inflammation & chaleur
extraordinaire de bile , ils ont recours
aux diverfes effervescences
que les Chymiftes leur font remarquer
dans le meflange d'un
acide d'un alkali , & difent
que la bile fe meflant avec un
acide , il fe fait une grande effer-
Ciiij
32
22 MERCURE
le
vefcence , mais je les deffie , eux
tous les Anatomiftes , de trouver
dans le corps humain deux .
liqueurs qui meflées enfemble faffent
une effervescence tant foit
peu fenfible. Je fçay bien que
bas ventre n'est pas fans vapeurs,
mais je fçay bien auffi que ces
vapeurs ne peuvent pas eftre élevées
jufque dans le Cerveau , à
caufe des divers obftacles qui s'y
oppofent. Premierement le diaphragme
que la nature a eſtabli
fur le bas des coftes , tire au travers
du corps , jufques à l'efpine
du dos , tant pour aider à larefpiration
, que pour feparer les par
GALANT. 33
ties vitales d'avec les naturelles,
cela ne
& empefcher que les vapeurs des
excrements des vifceres naturels,
n'infectent les parties vitales ;
mais fuppofé , quoy que
foit pas , que ces vapeurs paffent
à travers le diaphragme , & entrent
dans la capacité de la poitrine
, par où fortiront- elles , puis
que la poitrine est revestuë d'une
membrane tres - épaiffe , qui ne
donne pas feulement paffage
l'air? Il faudra donc qu'elles foient
bumées é imbibées
par la
fuba
ftance molaffe des Poumons . Cela
eftant , elles feront jettées dehors
par la bouche en l'expiration .
34 MERCURE
Mais fuppofons , pour faire voir
plus amplement la fauffete de leur
hypothefe , qu'elles paſſent à travers
cette membrane qu'on nomme
plevre, & que les parties jugulaires
fi bien clofes , jointes &
uniesfous les clavicules ,foient af
Sez ouvertes
dilatées pour
que ces vapeurs y trouvent paffage
, quand elles auront paffé la
region du col , elles trouveront le
paffage de la bouche ouvert , par
lequel elles feront jettées dehors,
de mefme que fi un Alembic avoit
,
que
le
une ouverture plus bas
chapiteau , les vapeurs fortiroient
par cette ouverture , comme j'ay
GALANT.
35
dit cy-devant. Mais outre tous
ces obftacles , il y a l'os bafilaire
qui en eft un puiffant , & qui ne
leur donnant pas paffage , les
obligera à fortir par le nez. Mais
accordons leur , par fauſſe poſition
, un libre paffage par l'os bafilaire
, elles trouveront la dure
mere qui envelope le Cerveau ,
fi ferme , fiépaiffe , d'une tissure
fi bien battue , qu'elle ne donne
pas paffage à la moindre chofe,
pas même à l'efprit animal qui eft
d'une fubftance tres-fubtile.
Je croy avoir affez clairement
demonstré , que les vapeurs qui
pourroient s'eflever dans le bas
36 MERCURE
ventre , ne sçauroient eftre portées
jufque dans la tefte , à raison du
grand nombre des parties qui font
interpofées , lesquelles toutefois
donnent paffage à trois fortes de
vaißeaux , qui font les veines ,
les arteres , les nerfs , afin que
les humeurs neceffaires pour la
confervation de la vie puiffent
eftre portées dans toutes les parties
du corps . Puis qu'il n'y a
donc que ces trois conduits par
lefquels ce qui peut eftre porté à
la tete puiffe trouver paßage , il
faut de toute neceffité que ce foit
par leur capacité , ou partie interieure
, qui fe trouve pourtant fi
GALANT.
37
remplie de diverfes fubftances ,
qu'elle nesçauroit eftre affez va
fte pour donner paffage aux vapeurs
, car les veines font continuellement
pleines de fang. Les
arteres , quoy que moins remplies,
font encore moins capables de donner
paffage à des vapeurs , dont
la molleffe ne sçauroit penetrer
les fortes & epaiffes tuniques de
ces arteres , outre que quand même
elles y feroient entrées , elles
feroient diffipées confumées par
la grande ardeur du fang ) des
efprits vitaux. A l'egard des nerfs,
ils font fi remplis de la pulpe cerebrale
, qui eft plus condensée &
า
38 MERCURE
un peu plus feiche que n'eft le
corps du cerveau , que ces fubftances
vaporeuſes y trouveront enco
re moins de paffage que dans les
veines. Ajoutez à cela , que fi
ces vapeurs montoient par les
nerfs , elles s'y condenferoient en
eau , àraifon de la frigidité de ces
parties , qui eft beaucoup plus grande
celle du Cerveau.
que
Les Medecins tafchant d'éluder
la force de ce raisonnement
ne manqueront pas d'alleguer l'autorité
des Anciens lors que parlant
de l'épilepſie qui ſe fait par
Sympathie , ils difent que
peurmaligne monte dupiedpar les
ร
la va
GALANT:
39
les
parties mufculeufes &nerveuses
jufques à la tefte , ce qui ne pour
roit eftre , difent- ils , s'il n'y avoit
quelque efpace fuffifant en la
partie
interieure des nerfs pour luy
donner paffage. Fe fçay bien que
La fubftance maligne qui fait l'Epilepfie
, trouve paffage par
nerfspour monter jusques au cerveau
, mais il ne s'enfuit pas de
les vapeurs trouvent lies.
d'y paffer , car la fubftance maligne
qui fait l'Epilepfie , estant
auffi fubiile que celle de l'efprit
animal , eft bien differente de celle
des vapeurs qui eft groffiere comme
celle des vapeurs que nous
là
que
40 MERCURE
voyons s'élever de la terre. Mais
enfin files vapeurs du bus venire
montoient jufque dans la tefte,
nous aurions continuellement an
nez les odeurs puantes des matieres
excrementeufes , d'autant
plus que ces odeurs font d'une
fubftance beaucoup plus fubtile
les
que vapeurs.
Il eft facile de juger par ce que
je viens de dire , fi un alembic
dans lequel il n'y a nul obftacle
pour empefcher les vapeurs de
monter au chapiteau , fans parler
de la differente conftruction, peut
eftre comparé au corps humain ,
qui eft l'ouvrage vifible le plus
GALANT.
4I
admirable que Dieu ait fait ;
& pour voir que peu de choſe
change une operation , il n'y a
qu'à prendre du papier trempé
dans l'huile , ou une éponge , &
l'appliquer au fommet de la
cucurbite lors qu'on diftille du
vin , & l'on verra fi une chofe
interposée change l'operation :
car ce papier, ou cette éponge
laifferont paffer l'esprit du vin ,
& retiendront le phlegme , qui
s'éleve en vapeurs jusqu'à cette
interpofition . N'y ayant donc
pas de vapeurs qui montent jufque
dans la teste , non plus que
deprétendues effervescences d'en-
Oct. 1691. D
ந 4
42 MERCURE
trailles, il ne faut pas s'étonner
files Medecins ne peuvent guerir
ceux quifont atteints de cette
maladie , puis qu'ils n'en connoiffent
pas la caufe. Mais
afin que chacun puiffe mieux
juger de fa nature , je vais
faire un dénombrement des
Symptômes qui l'accompagnent,
enfuite je parleray de leur
cauſe.
Les fymptômes en general qui
accompagnent cette maladie, font
des rots aigres , des nauſées , vomiffemens
des chofes aigres , aufteres
, & acerbes
douleur &
onftipation de ventre , tenfion
→
GALANT.
43
aux hypocondres , palpitation de
coeur, compreffion des parties précordiales
refpiration difficile , &
quelquefois , crainte de fuffocation
& étranglement , de mesme
que les Femmes hyfleriques , pe-
Janteur & douleur de teste ,
bourdonnement aux oreilles , falivation
, ébloÿiſſement, vertige,
ardeur dans les hypocondres
bruit
vague
fiéures errantes ,
dans le ventre , laffitude fpontanée
, veilles ,fommeil interrompu,
crainte , triftoffe , chagrin , incon-
Stance & quelquefois convul
fions & delire. Tous ces fymptômes
ne ſe manifeftent pas à cha-
Dij
44 MERCURE
cun de ceux qui font atteints de
cette maladie ; car il ༧ en a qui
n'en reffentent qu'un , d'autres
deux , d'autres trois , & d'autres
davantage. Aux uns ces fymptômes
font fort legers , aux autres
fort violens felon la diverfe
dépravation du fang. & des efprits
; mais comme cette maladie
devient fort commune , je veux
tâcher de ne rien obmettre de ce
qui peut donner quelque lumiere
pour en connoiftre la vraye cause,
pour cet effet , je vous diray
qu'il y a certaines gens qui yfont
beaucoup plus fujets que
tres ; fçavoir ceux qui de naifd'auGALANT.
45
-
fance ont les vifceres naturels
debiles & mal conftituez ; ceux
qui fontfujets à la crapule ; ceux
qui mangent une grande divers
fité de viandes , menent une
vie fedentaire ; ceux qui travaillent
beaucoup d'esprit ,
principalement dès qu'ils ont pris
leur repas , & ceux qui perdent
quelque évacuation naturelle .
Toutes ces perfonnes - là font fu
jettes à des crudite d'eftomach,
qui font la fource de tous ces
Symptômes.
Ccux qui ont les viſceres nai
turels debiles & mal conftituez,
font fujets à cette maladie , parce
46 MERCURE
que
leurs vifceres ne faifant pas
bien leur for ction , à raifor de
leur foibleffe , les alimens ne reçoivent
pas une coction leüable ,
d'où procedent des humeurs excrementeufes
, cruës , acres , aufteres
, & acerbes , quife meflent
avec le fang, l'alterent ,forment
des obstructions , & caufent tous
les fymptômes dont nous avons
fait mention.
Ceux qui s'adonnent à la crapule
font fujets à cette maladie ,
parce que mangeant & beuvant.
à toute heure fans difcretion , &
fans que la digeftion foit faite,
il fe fait un mélange des parties.
GALANT.
47
ites du chile avec les cruës,
lesquelles eftant portées dans les
veines alterent le fang. & enfuite
les vifceres , & caufent ces
divers fymptômes.
Ceux qui mangent diverfité
de viandes ( quoy qu'is n'exce
dentpas en quantité ) menent
une vie fedentaire ,font fujets à
la même maladie, parce que quelques
petites parties trues des
viandes , moins fácilesà digerer,
étant entraînées par celles qui
font de facile digeftion , jufque
dans les veines ne sçauroient
eftre domptées par la chaleur naturelle
des parties , à raison
48 MERCURE
qu'elle est moins vigoureufe
ceux qui menent une vie fem
dentaire , qu'en ceux qui travaillent
, ce qui fait que ces pe
tites parties crues venant à fe
multiplier , caufent alteration
au fang & aux viſceres , &
produifent ces fymptômes.
Ceux qui travaillent beaucoup
de l'efprit , & fur tout immediatement
aprés le repas , ne
font pas moins fujets aux vaà
raison des crudite
peurs ,
qu'ils engendrent , parce que par
ta grande application & reflexion
fur quelque matiere , les
efprits des parties naturelles qui
doivent
GALANT
49
doivent s'occuper à la coction des
alimens,font attirez au cerveau,
ce qui fait que l'estomach fe
trouve dénué de la quantité neceffaire
des efprits pour faire la
coction des alimens , d'où s'enfuit
un chile crud , & indigefte , capable
de produire tous ces fymptômes
, par les raifons que j'ay
alleguées.
Ceux qui perdent quelque éva
cuation naturelle , comme les Filles
& les Femmes ,&les hommes
fujets au flux hémorrohidal , Se
trouvent auffi tourmentez de
vapeurs , parce que la maffe du
fang eftant purifiée de toutes les
Octobre 1691 . E
50 MERCURE
matieres fuperflues & heteroge
nes , par
le moyen de ces évacuations
, il
arrive que lors
qu'
elles viennent à ceſſer , le fang
& les efprits en restent alterez ,
& caufent divers fymptomes ,
comme l'on peut facilement remarquer
aux Filles & aux Femmes
qui perdent leurs menftruës
avant le temps.
On me pourra objecter qu'une
facheufe nouvelle de la mort
d'une perfonne que l'on aime
tendrement , ou de la ppeerrttee d'un
procés de confequence , peut produire
cette maladie , fans qu'on
en puiſſe attribuer la cause à
GALANT.
51
l'eftomach. Mais confiderez, s'il
vous plaift , les effets d'une facheufe
nouvelle, & vous verrez
que c'est l'estomach qui en pâtit
le premier ; car il eft conftant que
fi cette mauvaise nouvelle arrive
à un homme qui fe met à table
avec bon appetit , il le perd d'abord
,
parce que
les esprits eftant
agitez& troublezpar le rapport
qu'on luyfair, tiennent un mouvement
quipervertit l'oeconomie
de l'eftomach , d'où procedent enfiute
des cruditez,quietant aigres
coagulent le fang, embaraffent
les efprits , & caufent cette tri-
Steffe , qui fe manifefte fur le
E ij
52 MERCURE
vifage , & enfuite tous les autres
Symptomes.
Par toutes ces raisons il me
femble qu'on peut conclurre hardiment
, que la fource de cette maladie
eft à l'estomach , d'autant
plus que dans fon commencement,
ilfe manifefte des symptomes , qui
marquent affez que cette partie
est affectée , comme font les rots,
la nauſée , le vomiſſement & les
cruditez , fouvent pesanteur
à l'estomach aprés le repas . Il
faut maintenant examiner les
Symptomes , & principalement
ceux qui portent le plus les Medecins
à fe fervirde rafraichisans,
GALANT
53
comme font l'ardeur qu'on fent
aux entrailles , la conftipation
aftriction de ventre.
E
que ceux qui Il est constant
font atteints de cette maladie
fentent quelquefois une grande
ardeur aux entrailles ; mais il
eft vray de dire auffi que cette
ardeur n'est qu'un fymptome qui
nefuit pas mefme toujours cette
maladie. Cependant les Medecins
prétendent que c'est la chaleur
d'entrailles , foit qu'elle fe
manifefte oouu nnoonn ,, qui en eft
la caufe efficiente & c'est làdeffus
qu'ils fondent leur pratique
; mais malheur à ceux qui
E iij
54 MERCURE
par
ques
la fuivent. Fay fait affez voir
la Lettre que j'ay écrite à
"M Chapelas , Curé de S. Facde
la Boucherie , la verita
ble caufe des chaleurs extraor
dinaires que nous fentons , & il
feroit à fouhaiter que quelqu'un
de ces Meffieurs vouluſt prendre
la peine d'expliquer comme quoy
fe fait cette chaleur d'entrailles,
comment s'enflame la bile.
me ferois un grand plaifir de
leur repliquer, de leur faire
voir que cette chaleur est un effet
de l'indigeftion des cruditez ;
à quoy les rafraichiffans font
contraires , & ce n'est pas eftre
Fe
GALANT.
55
Medecin que de vouloir détruire
un fymptome par des remedes
tout- à-fait contraires à la cauſe
de la maladie du fymptome ;
&pour voir
fans font contraires à cette maladie
, quand me
que
les rafraichif
mesme
elle
proviendroit
d'une effervescence
caufée par le mélange de la bile
& d'un acide , il n'y a qu
confiderer que cet acide morbifi
que, qui est de qualité froide,provient
de l'indigeftion & des cru
ditez de l'eftomac , & partant
l'effet auffi- bien que fa caufe ,
demande des remedes chauds
pour aider la coction des alimens,
E iiij
56 MERCURE
& empefcher la generation de
l'acide , lequel estant détruit
il n'y fçauroit avoir aucune effervefcence
, comme ils fuppofent.
A l'égard de la conftipation du
ventre , ils pretendent auffi que
c'eſt un effet de la chaleur d'entrailles
, laquelle deffeche les matieres
excrementeufes ; mais fi
nous faifons reflexion fur ce qui
endurcit deffeche les matieres
humides , nous verrons qu'il
eft impoffible que la chaleur d'entrailles
puiffe endurcir &fecher
les matieres excrementeufes dans
les inteftins. Je remarque que
GALANT.
57
les fubftances molles & liquides
deviennent dures & feches par
trois voyes , fçavoir par la chaleur
qui en fait evaporer l'humidité
, ou par le froid qui en
arrefte le mouvement & les congele,
oupar l'intervention ou mélange,
de quelque matiere , qui en
lie & refferre les parties . Or
comme il n'y a dans le corps
main aucun feu materiel & vifible
, & que noftre feu interne
n'est que l'humide radical
qu'Hippocrate appelle ignis
mollis , qui fait toutes les fontions
&la chaleur du corps hu
main , il faut croire que
la
bucon58
MERCURE
ftipation du ventre exficcation
des matieres excrementeuses , ne
viennent pas d'une chaleur . Que
s'il y avoit unfeu dans le feu dans le corps
humain , capable de deffecher les
excrements fecaux , il est conftant
qu'il deffecheroit auparavant
les inteftins , car on ne peut
jamais deffecher une fubftance
humide dans un vaisseau humide
, que le vaiffeau ne foit
prealablement deffeché. Ainfi fi
les excrements fecaux étoient deffechezpar
la chaleur , il eft certain
qu'il faudroit que les inteftins
fuffent auparavant def-
Lechez ce qui ne peut arriver
f
7
59
GALANT.
qu'en perdant la vie . D'ailleurs
fi les matieres excrementeuses
étoient deffechées par la chaleur ,
l'humidité qui en evaporeroit
,
devroit infailliblement
paſſer par
l'eftomach
, enfuite fortir par
La bouche , par le nez &
ainfi caufer continuellement de
mauvaifes odeurs. Si la chaleur
eft la caufe de la conftipation du
ventre , d'où vient qu'il eft fou
vent trop libre , dans les fievres
les plus violentes ? Ce n'est pas
non plus la chaleur qui deffeche
les febricitans , c'est une era
reur de croire la
chaleur
qui
accompagne les hectiques , foit
que
60 MERCURE
caufe de leur ficcité & extenuation
, car cette chaleur n'eſt qu'un
Symptome auffi bien que laficcité,
qui provient de l'humeur excrementeuse
de la premiere digeftion ,
laquelle étant portée dans les veines
avec le chile , devient la caufe
occafionelle de la chaleur febrile
corrompant la maffe du
fang , la rend impropre pour la
nutrition des parties , lefquelles
ne pouvant jouir d'un aliment
convenable , pour reparer l'humide
radical qui fe confume continuellement,
il faut de toute necef
fité qu'elles fe deffechent , & remarquez
, s'il vous plaiſt , qu'un
GALANT. 61
arbre qui devient fec , eftant plan
té en terre , ne contracte pas cette
ficcité par l'ardeur du Soleil, mais
bien faute de pouvoir recevoir de
la terre fon aliment convenable.
Il me femble que jay fait
veir affez clairement que les matieres
excrementeufes ne font pas
durcies & fechées par le moyen
de la chaleur des entrailles , o
il ne me fera pas fort difficile de
perfuader qu'elles ne peuvent
estre durcies & coagulées par le
froid , parce qu'il n'y a qui que
ce foit qui ne fcache qu'un tel
degré de froideur dans le
humain cauferoit infailliblement
corps
62 MERCURE
la mort ; de forte que les matieres
excrementeufes ne pouvant
eftre durcies & fechées , ny par
la chaleur , ny par la froideur,
il faut donc que ce foit par le
mélange de quelque matiere qui
en lie & refferre les parties , de
mefme que nous voyons la liqueur
de Tartre & celle de l'Alum mêlées
enfemble former une craye
dure & feche, fans le fecours
d'aucune chaleur . Or comme nous
que
les bumeurs
avons fait voir
excrementeufes
de la premiere
coction font la caufe de tous les
Symptomes
qui accompagnent
cette maladie , & que
la confti2
63
GALANT.
que
pation de ventre en est un des
plus frequens , il eft vray de dire
les humeurs excrementeuses
qui proviennent de la premiere
coction eftant aigres , austeres
acerbes, font la cauſe de la conftipation
du ventre. Auffi voyonsnous
que le Vinaigre , les Coins ,
les Sorbes & le Verjus , qui font
aigres, austeres , & acerbes, font
astringens propres pour arrêter
les flux de ventre , & filon
confideroit que les fruits qui font
aigres , aufteres & acerbes avant
leur maturité , meuriffert & deviennent
doux par le moyen de
la chaleur du Soleil , on fe fer64
MERCURE
ture ,
viroit ,fuivant l'ordre de la na
des remedes chauds , ftomachiques
, & convenables pour
aider la coction de l'eftomach &
dulcifier ces humeurs aigres , aufteres
& acerbes , afin de les rendre
propres & utiles à la nutrition
des parties , & éviter tous
les fymptomes qu'elles produifent;
& mesme fi l'onfaifoit reflexion
fur l'ufage desClifteres rafraichif
fan on s'appercevroit bien qu'ils
ne font pas d'une grande utilité,
puis qu'en vuidant les inteftins,
ils les rendent plus propres à endurcir
les matieres excrementeufes.
Auffi l'on voit ordinairement
GALANT.
65
que ceux qui ufent ſouvent de
Clisteres , font toujours conftipez
du ventre , parce qu'ils refroidiffent
& refferrent les inteftins,
leur impriment une qualité
astringente.
Ayant affez verifié que ces
deux symptomes , fçavoir l'ardeur
des entrailles , & la conftipation
du ventre , viennent des
cruditez de la premiere coction ,
& partant qu'ils requierent des
remedes qui
échauffent & fortifient
l'eftomach, vous n'aurez pas
peine à croire que les naufées , les
vomiffemens , les rots aigres &
la falivation qui proviennent
O &. 1691. F
66 MERCURE
des humeurs cruës , indigestes &
acides de l'eftomach, & qui marquent
visiblement la foibleffe &
dépravation de la premiere coction
, veulent des remedes de la
mefme nature ; & quant aux
autres fymptomes, fi ces humeurs
excrementeuses font portées avec
le chile dans les veines , elles
affectent les parties où elles font
déchargées , & y cauſent divers
accidens , felon la diverfité des
parties & la qualité des humeurs .
Si c'est à la tefte , elles y caufent
douleur , vertige , bourdonnement
aux oreilles , & fi elle's
font portées à la poitrine , elles
GALANT: 67
caufent difficulté de respirer ,fuffocation
palpitation de coeur .Que
fi ellesfont portées au bas ventre ,
elles y caufent la colique , ardeur
, tenfion aux hypocondres ,
ainfi des autres parties . Mais
quelquefois par le fejour qu'el
les font dans quelque vifcere
elles acquiérent une malignité
dont les accidens font auffi dangereux
que ceux des plus pernicieux
poifons ; & ce qui est à
confidérer , c'est que ces humeurs
font capables de recevoir autant
d'impreffions malignes , qu'il y a
d'animaux , de vegetaux , & de
mineraux veneneux , & d'atta
Fij
68 MERCURE
quer
les mefmes parties du corps
humain que la fubstance maligne
de ces trois regnes attaque,
Car de mefme que l'Opium affoupit
les fens , que la Cantaride
bleffe particulièrement la veffie de
Purine ; & le Liévre marin , le
poumon ; & que la vertu de la
Torpille marine paffant à la main
du Pefcheur par la continuité du
bâton , dont il l'aura touchée , &
de la main au bras , puis confécutivement
au cerveau , caufe
une ftupeur engourdiffement
par tout le corps , & que le fouphre
arfenical des mineraux , caufe
des évacuations violentes par
GALANT.
69
2
haut & par bas , des fueurs froi
des & des fyncopes ; de mefme
ces - matieres excrementeuses
quand elles ont acquis la qualité
maligne de l'Opium , caufent les
affections comateuses . Si elles ac
quiérent la qualité des Cantarides
, elles caufent des ardeurs
d'urine , & ulceration à la
veffie. Si elles acquiérent la qualité
du Liévre marin , elles caufent
des Peripneumonies › Phtifies
, Aftmes , autres affections
des poumons . Si elles acquiérent
la qualité de la Torpille marine ,
elles caufent des Stupeurs & Pavalifies,
& fi elles acquiérent la
qualité du Souphre Arfenical
70 MERCURE
des Mineraux » elles cauſent des
fueursfroides, des fyncopes , des
vomiffemens , des diarrhées , &
cette dangereufe maladie qu'on
appelle Cholera morbus on Mi
ferere ; & ces Symptomes ve
nant de la mefme fource que
autres demandent les mefmes
remédes . Voila , Mademoiselle ,
quelles font mes reflexions fur
cette maladie , qui eft le fleau des
Medecins ; mais comme l'on n'ales
bandonne pasfacilement les préjugez,
& qu'on trouve toujours
quelques difficultez àoppofersj'of
fre de les refoudre à tous ceux qui
lefouhaiteront ; ils n'auront qu'à
GALANT . 71
prendre la peine de venir chez
moy , rue Bourtibourg › vis- à- vis
les Coches de Fontainebleau.
D'UN PHILOSOPHE
A MADEMOISELLE
PE SCUDERY ;
C
Sur les Maladies
des
Vapeurs.
E n'eft pas fans raiſon
Mademoiselle,quejay peine
à me refoudre de donner au pu .
blic mes reflexions fur la ma-
Octobre 1691 .
B
18 MERCURE
ladie des Vapeurs , car fi tous
ceux qui mettent au jour des
fentimens qui ne font pas fort
éloignez de ceux du commun ;
ne laiffent pas de s'attirer fort
fouvent les traits piquants de la
critique , avec combien plus de
raifon dois-je les apprehender
puis que je m'éloigne entiere
ment du fentiment de l'Ecole ',
même de celuy de la pluspart
des hommes, & que je m'en
éloigne d'autant plus , que je táche
de defabufer le Public de
certaines preventions , qui ne font
guere moins difficiles à détruire ,
que s'il s'agiffoit d'un Article
GALANT. 19
de Foy ? Car quoy que l'intereft
de la vie foit un fort puiſſant
motif, pour porter le peuple à
faire quelque reflexion fur les
chofes qui la regardent › les Medecins
le tiennent tellement engagé
dans leurs opinions › qu'il
n'y ajoute pas moins de foy que
les Turcs à leur Alcoran. Ainfi
vous pouvez juger de la difficulté
de mon entrepriſe ; & commej'ay
les Anciens les Modernes
à combatre , & que
ple même a foufcrit à l'opinion
contre laquelle j'ay la hardieffe
de me declarer , jeje ne fçaurois
trouver parmy eux que
le
pessdes
Fu-
Bij
20 MERCURE
.
ges fufpects & des gens à ne ceder
ny à la raison , ny à l'expes
rience , à moins qu'ils n'y foient
portez par l'approbation d'un efprit
auffi éclairé que le vostre.
Ouy, Mademoiselle , c'est vous
feule , dont la vertu , le genie ,
le merite connus par toute
l'Europe , vous ont acquis une fi
jufte reputation , qui pouvezobliger
le Public à ne pas rejetter des
Sentimens qui font fondezfur la`
l'experience , & ày raifon
faire une meure reflexion , fans
s'arrefter aveuglement à des opinions
qui font aifées à détruire
quand on veut bien les examiGALANT.
21
>
ner de prés. Mr. Defcartes , ce
grand Philofophe , a euraifon de
dire , qu'à l'égard des matieres
phyfiques il falloit douter de
toutes chofes une fois en fa vie ,
pour en decouvrir la verité , car
'il n'y a que le doute qui nous
porte à faire des experiences ,&
ce n'est que l'experience qui nous
rend pleinement convaincus de
la verité d'une chofe . Si tous les
Medecins fuivoient la pensée de
ce Grand Homme , ils ne demeureroient
pas enfervelis dans des
erreurs , qui captivent fifort leur
entendement, qu'elles ne leur per
mettent pas de joüir des lumieres
22 MERCURE
qu'ils ont receuës de l'Auteur de
la Nature , & ce que je trouve
de plus extraordinaire , c'est que
malgré leur vaine pratique , ils
pretendent que leur art eft établi
fur l'experience & la raison , &
ne peuventfouffrir ceux qui fondezfur
de continuelles experiences,
raiſonnent autrement qu'eux.
Ils veulent qu'on foit aveugle
comme ils lefontes que l'on n'oppofe
rien à l'autorité des Anciens,
comme fi la Medecine , qui eft
le plus noble & le plus difficile
de tous les Arts , pouvoit avoir
acquis dans fon commencement
plus de perfection que tous les
GALANT.
23
que
autres , que nous voyons tous les
jours fe perfectionner. Ne fommes
nous pas en même droit , que
ceux qui font venus immediatement
aprés Hypocrate & Galien
, de verifier ce qu'ils ont
avancé dans leurs Ecrits ?
Y a- t-il rien de plus ridicule
d'alleguer qu'il eft impoffible que
tant d'habiles gens qui ont paru
avant nous , fe foient trompez ?
Pourquoy voulons- nous que ces
gens- là ayent decouvert plus que
nous, s'il est vray qu'ils en ayent
ufé de mefme que nous , & qu'ils
s'en foient entierement rapportez
à leurs Devanciers , fans y avoir
24 MERCURE
fait aucune reflexion ? Le nom-
"bre exceffifdes morts prématurées
la quantité des Malades
languiffans , non feulement des
femaines , des mois , & des années
entieres dans leur lit , mais mefme
toute leur vie , ne fourniſſent- ils
pas des preuves plus que fuffifantes
, pour faire connoiftre que
Medecine que l'on exerce à prefent
, n'eft qu'une ombre de celle
que Dieu a donnée à nos premiers
Peres ? Que fi je m'éloigne du
fentiment des Medecins fur la
nature de la maladie des Vapeurs ,
c'est que la raison & l'experience
me font connoiftre de jour en jour
la
GALANT.
25
la verité de mon hypothefe , &
pour ne pas tarder davantage à
vous decouvrir mon opinion , je
dis que la pretenduë maladie des
Vapeurs n'eft autre choſe que l'affection
hypocondriaque dont les
Anciens font mention . Mais
comme les Medecins croyent que
tous les fymptomes qui accompagnent
cette maladie, ne font qu'un
effet des vapeurs qui s'eflevent
des hypocondres jufques à la tefte,
ils ont nommé depuis quelque
temps cette maladie , Vapeurs , &
cela d'autant plus que ceux qui en
fon atteints ne peuvent fouffrir
ce nom d'affection hypocondria-
Oct. 1691.
C
26 MERCURE
que , comme fi cette maladie në
venoit pas de l'alteration des humeurs
comme les autres .
Il est certain que comme elle
est peu
de chofe dans fon commencement
il feroit aisé de
l'emporter fi l'on fe fervoit
des remedes convenables , mais
elle prend infenfiblement des ra
cines fi profondes que ceux qui
en font atteints fe voyent enfin
hors d'eftat de pouvoir guerir, ne
trouvant aucunfoulagement dans
l'ufage des remedes. Cela vient
de ce que les Medecins ne cherchent
qu'àrafraichir les entrailles
qu'ils croyent toujours embrafees,
GALANT.
27
**
au lieu de fortifier l'eftomach, &
d'empefcher la
generation des
humeurs
excrementeufes qui produifent
tous les
Symptomes 2
dont je feray le détail , & ce que
je trouve de plus pernicieux pour
les malades , c'eft la
prevention
de cette chaleur d'entrailles , dans
laquelle les Medecins les ont
tellement fortifiez par la comparaison
qu'ils leur font d'un
alembic au corps humain , qu'il
n'y a ny raifon ny experience à
laquelle ils veuillent ceder. Mais
pour vous faire voir la tromperie
de cette comparaison , je vais
faire la defcription d'un alembic.
Cij
28 MERCURE
de la maniere qu'on procede à
enfuite je la diftillation ,
feray voir fi les chofes fe paffent
dans le corps
un alembic.
humain comme dans
Un alembic eft un Vaiffeau
composé de deux parties , l'Inferieure
la Superieure . L'Inferieure
s'appelle Cucurbite , & la
Superieure Chapiteau . Ce Chapi
teau a un bec par où fort la liqueur
qui diftille . On met la matiere
dans la Cucurbite, on la
de fon chapiteau. On pofe cet a
lembic fur un trepied , ou fur un
Fourneau , fous lequel on met le
feu , qui ayant échaufe la Cucur
bite fait que l'humidité de la
couvre
GALANT. 29
matiere qu'elle contient s'éleve en
vapeurs , lesquelles paffant par le
col de la cucurbite , font portées
dans le Chapiteau , où par le moyen
de la froideur de l'air qui l'environne
, elles font condenfees en
eau, & cette eau diftille par le bec
du Chapiteau dans un recipiant.
Que s'il y avoit une ouverture
au col de la Cucurbite , les va
peurs pafferoient par cette ouverture
, ce qui eft à remarquer.
Cette comparaison qui a quel
que reffemblance dans fon exte
rieur , a eu l'applaudiffement de
tous ceux qui ne regardent que
l'écorce d'une chofe , mais je vais
Ciij
go MERCURE
faire voir qu'elle cloche dans
toutes fes parties , je commence
par l'operation du feu , premier
agent de la diftillation.
Tous les Medecins demeurent
le coeur est la partie
d'accord
que
la plus
chaude
du corps
, & par.
tant
il faudroit
pour
quadrer
à
leur
comparaison
, que le coeur
fût
placé
fous
le mefentere
, car eftant
placé
comme
il eft dans
la poitri
ne, il faut
de toute
neceffité
que
par
fa
chaleur
il precipite
les
vapeurs
en bas , de même
que
les Chymiftes
diftillent
certaines
matieres
par
depreffion
, ou per
defcenfum
, en mettant
le feu
GALANT.
31
la
allentour de la partie fuperieure
du vaiffeau qui contient la matiere.
Ils diront fans doute que
chaleur qui provient d'une bile
ou atrabile enflamée dans les entrailles
, eft beaucoup Superieure
à celle du coeur , & comme ils ne
peuvent donner aucune raison
qui faffe voir comment se fait
cette inflammation & chaleur
extraordinaire de bile , ils ont recours
aux diverfes effervescences
que les Chymiftes leur font remarquer
dans le meflange d'un
acide d'un alkali , & difent
que la bile fe meflant avec un
acide , il fe fait une grande effer-
Ciiij
32
22 MERCURE
le
vefcence , mais je les deffie , eux
tous les Anatomiftes , de trouver
dans le corps humain deux .
liqueurs qui meflées enfemble faffent
une effervescence tant foit
peu fenfible. Je fçay bien que
bas ventre n'est pas fans vapeurs,
mais je fçay bien auffi que ces
vapeurs ne peuvent pas eftre élevées
jufque dans le Cerveau , à
caufe des divers obftacles qui s'y
oppofent. Premierement le diaphragme
que la nature a eſtabli
fur le bas des coftes , tire au travers
du corps , jufques à l'efpine
du dos , tant pour aider à larefpiration
, que pour feparer les par
GALANT. 33
ties vitales d'avec les naturelles,
cela ne
& empefcher que les vapeurs des
excrements des vifceres naturels,
n'infectent les parties vitales ;
mais fuppofé , quoy que
foit pas , que ces vapeurs paffent
à travers le diaphragme , & entrent
dans la capacité de la poitrine
, par où fortiront- elles , puis
que la poitrine est revestuë d'une
membrane tres - épaiffe , qui ne
donne pas feulement paffage
l'air? Il faudra donc qu'elles foient
bumées é imbibées
par la
fuba
ftance molaffe des Poumons . Cela
eftant , elles feront jettées dehors
par la bouche en l'expiration .
34 MERCURE
Mais fuppofons , pour faire voir
plus amplement la fauffete de leur
hypothefe , qu'elles paſſent à travers
cette membrane qu'on nomme
plevre, & que les parties jugulaires
fi bien clofes , jointes &
uniesfous les clavicules ,foient af
Sez ouvertes
dilatées pour
que ces vapeurs y trouvent paffage
, quand elles auront paffé la
region du col , elles trouveront le
paffage de la bouche ouvert , par
lequel elles feront jettées dehors,
de mefme que fi un Alembic avoit
,
que
le
une ouverture plus bas
chapiteau , les vapeurs fortiroient
par cette ouverture , comme j'ay
GALANT.
35
dit cy-devant. Mais outre tous
ces obftacles , il y a l'os bafilaire
qui en eft un puiffant , & qui ne
leur donnant pas paffage , les
obligera à fortir par le nez. Mais
accordons leur , par fauſſe poſition
, un libre paffage par l'os bafilaire
, elles trouveront la dure
mere qui envelope le Cerveau ,
fi ferme , fiépaiffe , d'une tissure
fi bien battue , qu'elle ne donne
pas paffage à la moindre chofe,
pas même à l'efprit animal qui eft
d'une fubftance tres-fubtile.
Je croy avoir affez clairement
demonstré , que les vapeurs qui
pourroient s'eflever dans le bas
36 MERCURE
ventre , ne sçauroient eftre portées
jufque dans la tefte , à raison du
grand nombre des parties qui font
interpofées , lesquelles toutefois
donnent paffage à trois fortes de
vaißeaux , qui font les veines ,
les arteres , les nerfs , afin que
les humeurs neceffaires pour la
confervation de la vie puiffent
eftre portées dans toutes les parties
du corps . Puis qu'il n'y a
donc que ces trois conduits par
lefquels ce qui peut eftre porté à
la tete puiffe trouver paßage , il
faut de toute neceffité que ce foit
par leur capacité , ou partie interieure
, qui fe trouve pourtant fi
GALANT.
37
remplie de diverfes fubftances ,
qu'elle nesçauroit eftre affez va
fte pour donner paffage aux vapeurs
, car les veines font continuellement
pleines de fang. Les
arteres , quoy que moins remplies,
font encore moins capables de donner
paffage à des vapeurs , dont
la molleffe ne sçauroit penetrer
les fortes & epaiffes tuniques de
ces arteres , outre que quand même
elles y feroient entrées , elles
feroient diffipées confumées par
la grande ardeur du fang ) des
efprits vitaux. A l'egard des nerfs,
ils font fi remplis de la pulpe cerebrale
, qui eft plus condensée &
า
38 MERCURE
un peu plus feiche que n'eft le
corps du cerveau , que ces fubftances
vaporeuſes y trouveront enco
re moins de paffage que dans les
veines. Ajoutez à cela , que fi
ces vapeurs montoient par les
nerfs , elles s'y condenferoient en
eau , àraifon de la frigidité de ces
parties , qui eft beaucoup plus grande
celle du Cerveau.
que
Les Medecins tafchant d'éluder
la force de ce raisonnement
ne manqueront pas d'alleguer l'autorité
des Anciens lors que parlant
de l'épilepſie qui ſe fait par
Sympathie , ils difent que
peurmaligne monte dupiedpar les
ร
la va
GALANT:
39
les
parties mufculeufes &nerveuses
jufques à la tefte , ce qui ne pour
roit eftre , difent- ils , s'il n'y avoit
quelque efpace fuffifant en la
partie
interieure des nerfs pour luy
donner paffage. Fe fçay bien que
La fubftance maligne qui fait l'Epilepfie
, trouve paffage par
nerfspour monter jusques au cerveau
, mais il ne s'enfuit pas de
les vapeurs trouvent lies.
d'y paffer , car la fubftance maligne
qui fait l'Epilepfie , estant
auffi fubiile que celle de l'efprit
animal , eft bien differente de celle
des vapeurs qui eft groffiere comme
celle des vapeurs que nous
là
que
40 MERCURE
voyons s'élever de la terre. Mais
enfin files vapeurs du bus venire
montoient jufque dans la tefte,
nous aurions continuellement an
nez les odeurs puantes des matieres
excrementeufes , d'autant
plus que ces odeurs font d'une
fubftance beaucoup plus fubtile
les
que vapeurs.
Il eft facile de juger par ce que
je viens de dire , fi un alembic
dans lequel il n'y a nul obftacle
pour empefcher les vapeurs de
monter au chapiteau , fans parler
de la differente conftruction, peut
eftre comparé au corps humain ,
qui eft l'ouvrage vifible le plus
GALANT.
4I
admirable que Dieu ait fait ;
& pour voir que peu de choſe
change une operation , il n'y a
qu'à prendre du papier trempé
dans l'huile , ou une éponge , &
l'appliquer au fommet de la
cucurbite lors qu'on diftille du
vin , & l'on verra fi une chofe
interposée change l'operation :
car ce papier, ou cette éponge
laifferont paffer l'esprit du vin ,
& retiendront le phlegme , qui
s'éleve en vapeurs jusqu'à cette
interpofition . N'y ayant donc
pas de vapeurs qui montent jufque
dans la teste , non plus que
deprétendues effervescences d'en-
Oct. 1691. D
ந 4
42 MERCURE
trailles, il ne faut pas s'étonner
files Medecins ne peuvent guerir
ceux quifont atteints de cette
maladie , puis qu'ils n'en connoiffent
pas la caufe. Mais
afin que chacun puiffe mieux
juger de fa nature , je vais
faire un dénombrement des
Symptômes qui l'accompagnent,
enfuite je parleray de leur
cauſe.
Les fymptômes en general qui
accompagnent cette maladie, font
des rots aigres , des nauſées , vomiffemens
des chofes aigres , aufteres
, & acerbes
douleur &
onftipation de ventre , tenfion
→
GALANT.
43
aux hypocondres , palpitation de
coeur, compreffion des parties précordiales
refpiration difficile , &
quelquefois , crainte de fuffocation
& étranglement , de mesme
que les Femmes hyfleriques , pe-
Janteur & douleur de teste ,
bourdonnement aux oreilles , falivation
, ébloÿiſſement, vertige,
ardeur dans les hypocondres
bruit
vague
fiéures errantes ,
dans le ventre , laffitude fpontanée
, veilles ,fommeil interrompu,
crainte , triftoffe , chagrin , incon-
Stance & quelquefois convul
fions & delire. Tous ces fymptômes
ne ſe manifeftent pas à cha-
Dij
44 MERCURE
cun de ceux qui font atteints de
cette maladie ; car il ༧ en a qui
n'en reffentent qu'un , d'autres
deux , d'autres trois , & d'autres
davantage. Aux uns ces fymptômes
font fort legers , aux autres
fort violens felon la diverfe
dépravation du fang. & des efprits
; mais comme cette maladie
devient fort commune , je veux
tâcher de ne rien obmettre de ce
qui peut donner quelque lumiere
pour en connoiftre la vraye cause,
pour cet effet , je vous diray
qu'il y a certaines gens qui yfont
beaucoup plus fujets que
tres ; fçavoir ceux qui de naifd'auGALANT.
45
-
fance ont les vifceres naturels
debiles & mal conftituez ; ceux
qui fontfujets à la crapule ; ceux
qui mangent une grande divers
fité de viandes , menent une
vie fedentaire ; ceux qui travaillent
beaucoup d'esprit ,
principalement dès qu'ils ont pris
leur repas , & ceux qui perdent
quelque évacuation naturelle .
Toutes ces perfonnes - là font fu
jettes à des crudite d'eftomach,
qui font la fource de tous ces
Symptômes.
Ccux qui ont les viſceres nai
turels debiles & mal conftituez,
font fujets à cette maladie , parce
46 MERCURE
que
leurs vifceres ne faifant pas
bien leur for ction , à raifor de
leur foibleffe , les alimens ne reçoivent
pas une coction leüable ,
d'où procedent des humeurs excrementeufes
, cruës , acres , aufteres
, & acerbes , quife meflent
avec le fang, l'alterent ,forment
des obstructions , & caufent tous
les fymptômes dont nous avons
fait mention.
Ceux qui s'adonnent à la crapule
font fujets à cette maladie ,
parce que mangeant & beuvant.
à toute heure fans difcretion , &
fans que la digeftion foit faite,
il fe fait un mélange des parties.
GALANT.
47
ites du chile avec les cruës,
lesquelles eftant portées dans les
veines alterent le fang. & enfuite
les vifceres , & caufent ces
divers fymptômes.
Ceux qui mangent diverfité
de viandes ( quoy qu'is n'exce
dentpas en quantité ) menent
une vie fedentaire ,font fujets à
la même maladie, parce que quelques
petites parties trues des
viandes , moins fácilesà digerer,
étant entraînées par celles qui
font de facile digeftion , jufque
dans les veines ne sçauroient
eftre domptées par la chaleur naturelle
des parties , à raison
48 MERCURE
qu'elle est moins vigoureufe
ceux qui menent une vie fem
dentaire , qu'en ceux qui travaillent
, ce qui fait que ces pe
tites parties crues venant à fe
multiplier , caufent alteration
au fang & aux viſceres , &
produifent ces fymptômes.
Ceux qui travaillent beaucoup
de l'efprit , & fur tout immediatement
aprés le repas , ne
font pas moins fujets aux vaà
raison des crudite
peurs ,
qu'ils engendrent , parce que par
ta grande application & reflexion
fur quelque matiere , les
efprits des parties naturelles qui
doivent
GALANT
49
doivent s'occuper à la coction des
alimens,font attirez au cerveau,
ce qui fait que l'estomach fe
trouve dénué de la quantité neceffaire
des efprits pour faire la
coction des alimens , d'où s'enfuit
un chile crud , & indigefte , capable
de produire tous ces fymptômes
, par les raifons que j'ay
alleguées.
Ceux qui perdent quelque éva
cuation naturelle , comme les Filles
& les Femmes ,&les hommes
fujets au flux hémorrohidal , Se
trouvent auffi tourmentez de
vapeurs , parce que la maffe du
fang eftant purifiée de toutes les
Octobre 1691 . E
50 MERCURE
matieres fuperflues & heteroge
nes , par
le moyen de ces évacuations
, il
arrive que lors
qu'
elles viennent à ceſſer , le fang
& les efprits en restent alterez ,
& caufent divers fymptomes ,
comme l'on peut facilement remarquer
aux Filles & aux Femmes
qui perdent leurs menftruës
avant le temps.
On me pourra objecter qu'une
facheufe nouvelle de la mort
d'une perfonne que l'on aime
tendrement , ou de la ppeerrttee d'un
procés de confequence , peut produire
cette maladie , fans qu'on
en puiſſe attribuer la cause à
GALANT.
51
l'eftomach. Mais confiderez, s'il
vous plaift , les effets d'une facheufe
nouvelle, & vous verrez
que c'est l'estomach qui en pâtit
le premier ; car il eft conftant que
fi cette mauvaise nouvelle arrive
à un homme qui fe met à table
avec bon appetit , il le perd d'abord
,
parce que
les esprits eftant
agitez& troublezpar le rapport
qu'on luyfair, tiennent un mouvement
quipervertit l'oeconomie
de l'eftomach , d'où procedent enfiute
des cruditez,quietant aigres
coagulent le fang, embaraffent
les efprits , & caufent cette tri-
Steffe , qui fe manifefte fur le
E ij
52 MERCURE
vifage , & enfuite tous les autres
Symptomes.
Par toutes ces raisons il me
femble qu'on peut conclurre hardiment
, que la fource de cette maladie
eft à l'estomach , d'autant
plus que dans fon commencement,
ilfe manifefte des symptomes , qui
marquent affez que cette partie
est affectée , comme font les rots,
la nauſée , le vomiſſement & les
cruditez , fouvent pesanteur
à l'estomach aprés le repas . Il
faut maintenant examiner les
Symptomes , & principalement
ceux qui portent le plus les Medecins
à fe fervirde rafraichisans,
GALANT
53
comme font l'ardeur qu'on fent
aux entrailles , la conftipation
aftriction de ventre.
E
que ceux qui Il est constant
font atteints de cette maladie
fentent quelquefois une grande
ardeur aux entrailles ; mais il
eft vray de dire auffi que cette
ardeur n'est qu'un fymptome qui
nefuit pas mefme toujours cette
maladie. Cependant les Medecins
prétendent que c'est la chaleur
d'entrailles , foit qu'elle fe
manifefte oouu nnoonn ,, qui en eft
la caufe efficiente & c'est làdeffus
qu'ils fondent leur pratique
; mais malheur à ceux qui
E iij
54 MERCURE
par
ques
la fuivent. Fay fait affez voir
la Lettre que j'ay écrite à
"M Chapelas , Curé de S. Facde
la Boucherie , la verita
ble caufe des chaleurs extraor
dinaires que nous fentons , & il
feroit à fouhaiter que quelqu'un
de ces Meffieurs vouluſt prendre
la peine d'expliquer comme quoy
fe fait cette chaleur d'entrailles,
comment s'enflame la bile.
me ferois un grand plaifir de
leur repliquer, de leur faire
voir que cette chaleur est un effet
de l'indigeftion des cruditez ;
à quoy les rafraichiffans font
contraires , & ce n'est pas eftre
Fe
GALANT.
55
Medecin que de vouloir détruire
un fymptome par des remedes
tout- à-fait contraires à la cauſe
de la maladie du fymptome ;
&pour voir
fans font contraires à cette maladie
, quand me
que
les rafraichif
mesme
elle
proviendroit
d'une effervescence
caufée par le mélange de la bile
& d'un acide , il n'y a qu
confiderer que cet acide morbifi
que, qui est de qualité froide,provient
de l'indigeftion & des cru
ditez de l'eftomac , & partant
l'effet auffi- bien que fa caufe ,
demande des remedes chauds
pour aider la coction des alimens,
E iiij
56 MERCURE
& empefcher la generation de
l'acide , lequel estant détruit
il n'y fçauroit avoir aucune effervefcence
, comme ils fuppofent.
A l'égard de la conftipation du
ventre , ils pretendent auffi que
c'eſt un effet de la chaleur d'entrailles
, laquelle deffeche les matieres
excrementeufes ; mais fi
nous faifons reflexion fur ce qui
endurcit deffeche les matieres
humides , nous verrons qu'il
eft impoffible que la chaleur d'entrailles
puiffe endurcir &fecher
les matieres excrementeufes dans
les inteftins. Je remarque que
GALANT.
57
les fubftances molles & liquides
deviennent dures & feches par
trois voyes , fçavoir par la chaleur
qui en fait evaporer l'humidité
, ou par le froid qui en
arrefte le mouvement & les congele,
oupar l'intervention ou mélange,
de quelque matiere , qui en
lie & refferre les parties . Or
comme il n'y a dans le corps
main aucun feu materiel & vifible
, & que noftre feu interne
n'est que l'humide radical
qu'Hippocrate appelle ignis
mollis , qui fait toutes les fontions
&la chaleur du corps hu
main , il faut croire que
la
bucon58
MERCURE
ftipation du ventre exficcation
des matieres excrementeuses , ne
viennent pas d'une chaleur . Que
s'il y avoit unfeu dans le feu dans le corps
humain , capable de deffecher les
excrements fecaux , il est conftant
qu'il deffecheroit auparavant
les inteftins , car on ne peut
jamais deffecher une fubftance
humide dans un vaisseau humide
, que le vaiffeau ne foit
prealablement deffeché. Ainfi fi
les excrements fecaux étoient deffechezpar
la chaleur , il eft certain
qu'il faudroit que les inteftins
fuffent auparavant def-
Lechez ce qui ne peut arriver
f
7
59
GALANT.
qu'en perdant la vie . D'ailleurs
fi les matieres excrementeuses
étoient deffechées par la chaleur ,
l'humidité qui en evaporeroit
,
devroit infailliblement
paſſer par
l'eftomach
, enfuite fortir par
La bouche , par le nez &
ainfi caufer continuellement de
mauvaifes odeurs. Si la chaleur
eft la caufe de la conftipation du
ventre , d'où vient qu'il eft fou
vent trop libre , dans les fievres
les plus violentes ? Ce n'est pas
non plus la chaleur qui deffeche
les febricitans , c'est une era
reur de croire la
chaleur
qui
accompagne les hectiques , foit
que
60 MERCURE
caufe de leur ficcité & extenuation
, car cette chaleur n'eſt qu'un
Symptome auffi bien que laficcité,
qui provient de l'humeur excrementeuse
de la premiere digeftion ,
laquelle étant portée dans les veines
avec le chile , devient la caufe
occafionelle de la chaleur febrile
corrompant la maffe du
fang , la rend impropre pour la
nutrition des parties , lefquelles
ne pouvant jouir d'un aliment
convenable , pour reparer l'humide
radical qui fe confume continuellement,
il faut de toute necef
fité qu'elles fe deffechent , & remarquez
, s'il vous plaiſt , qu'un
GALANT. 61
arbre qui devient fec , eftant plan
té en terre , ne contracte pas cette
ficcité par l'ardeur du Soleil, mais
bien faute de pouvoir recevoir de
la terre fon aliment convenable.
Il me femble que jay fait
veir affez clairement que les matieres
excrementeufes ne font pas
durcies & fechées par le moyen
de la chaleur des entrailles , o
il ne me fera pas fort difficile de
perfuader qu'elles ne peuvent
estre durcies & coagulées par le
froid , parce qu'il n'y a qui que
ce foit qui ne fcache qu'un tel
degré de froideur dans le
humain cauferoit infailliblement
corps
62 MERCURE
la mort ; de forte que les matieres
excrementeufes ne pouvant
eftre durcies & fechées , ny par
la chaleur , ny par la froideur,
il faut donc que ce foit par le
mélange de quelque matiere qui
en lie & refferre les parties , de
mefme que nous voyons la liqueur
de Tartre & celle de l'Alum mêlées
enfemble former une craye
dure & feche, fans le fecours
d'aucune chaleur . Or comme nous
que
les bumeurs
avons fait voir
excrementeufes
de la premiere
coction font la caufe de tous les
Symptomes
qui accompagnent
cette maladie , & que
la confti2
63
GALANT.
que
pation de ventre en est un des
plus frequens , il eft vray de dire
les humeurs excrementeuses
qui proviennent de la premiere
coction eftant aigres , austeres
acerbes, font la cauſe de la conftipation
du ventre. Auffi voyonsnous
que le Vinaigre , les Coins ,
les Sorbes & le Verjus , qui font
aigres, austeres , & acerbes, font
astringens propres pour arrêter
les flux de ventre , & filon
confideroit que les fruits qui font
aigres , aufteres & acerbes avant
leur maturité , meuriffert & deviennent
doux par le moyen de
la chaleur du Soleil , on fe fer64
MERCURE
ture ,
viroit ,fuivant l'ordre de la na
des remedes chauds , ftomachiques
, & convenables pour
aider la coction de l'eftomach &
dulcifier ces humeurs aigres , aufteres
& acerbes , afin de les rendre
propres & utiles à la nutrition
des parties , & éviter tous
les fymptomes qu'elles produifent;
& mesme fi l'onfaifoit reflexion
fur l'ufage desClifteres rafraichif
fan on s'appercevroit bien qu'ils
ne font pas d'une grande utilité,
puis qu'en vuidant les inteftins,
ils les rendent plus propres à endurcir
les matieres excrementeufes.
Auffi l'on voit ordinairement
GALANT.
65
que ceux qui ufent ſouvent de
Clisteres , font toujours conftipez
du ventre , parce qu'ils refroidiffent
& refferrent les inteftins,
leur impriment une qualité
astringente.
Ayant affez verifié que ces
deux symptomes , fçavoir l'ardeur
des entrailles , & la conftipation
du ventre , viennent des
cruditez de la premiere coction ,
& partant qu'ils requierent des
remedes qui
échauffent & fortifient
l'eftomach, vous n'aurez pas
peine à croire que les naufées , les
vomiffemens , les rots aigres &
la falivation qui proviennent
O &. 1691. F
66 MERCURE
des humeurs cruës , indigestes &
acides de l'eftomach, & qui marquent
visiblement la foibleffe &
dépravation de la premiere coction
, veulent des remedes de la
mefme nature ; & quant aux
autres fymptomes, fi ces humeurs
excrementeuses font portées avec
le chile dans les veines , elles
affectent les parties où elles font
déchargées , & y cauſent divers
accidens , felon la diverfité des
parties & la qualité des humeurs .
Si c'est à la tefte , elles y caufent
douleur , vertige , bourdonnement
aux oreilles , & fi elle's
font portées à la poitrine , elles
GALANT: 67
caufent difficulté de respirer ,fuffocation
palpitation de coeur .Que
fi ellesfont portées au bas ventre ,
elles y caufent la colique , ardeur
, tenfion aux hypocondres ,
ainfi des autres parties . Mais
quelquefois par le fejour qu'el
les font dans quelque vifcere
elles acquiérent une malignité
dont les accidens font auffi dangereux
que ceux des plus pernicieux
poifons ; & ce qui est à
confidérer , c'est que ces humeurs
font capables de recevoir autant
d'impreffions malignes , qu'il y a
d'animaux , de vegetaux , & de
mineraux veneneux , & d'atta
Fij
68 MERCURE
quer
les mefmes parties du corps
humain que la fubstance maligne
de ces trois regnes attaque,
Car de mefme que l'Opium affoupit
les fens , que la Cantaride
bleffe particulièrement la veffie de
Purine ; & le Liévre marin , le
poumon ; & que la vertu de la
Torpille marine paffant à la main
du Pefcheur par la continuité du
bâton , dont il l'aura touchée , &
de la main au bras , puis confécutivement
au cerveau , caufe
une ftupeur engourdiffement
par tout le corps , & que le fouphre
arfenical des mineraux , caufe
des évacuations violentes par
GALANT.
69
2
haut & par bas , des fueurs froi
des & des fyncopes ; de mefme
ces - matieres excrementeuses
quand elles ont acquis la qualité
maligne de l'Opium , caufent les
affections comateuses . Si elles ac
quiérent la qualité des Cantarides
, elles caufent des ardeurs
d'urine , & ulceration à la
veffie. Si elles acquiérent la qualité
du Liévre marin , elles caufent
des Peripneumonies › Phtifies
, Aftmes , autres affections
des poumons . Si elles acquiérent
la qualité de la Torpille marine ,
elles caufent des Stupeurs & Pavalifies,
& fi elles acquiérent la
qualité du Souphre Arfenical
70 MERCURE
des Mineraux » elles cauſent des
fueursfroides, des fyncopes , des
vomiffemens , des diarrhées , &
cette dangereufe maladie qu'on
appelle Cholera morbus on Mi
ferere ; & ces Symptomes ve
nant de la mefme fource que
autres demandent les mefmes
remédes . Voila , Mademoiselle ,
quelles font mes reflexions fur
cette maladie , qui eft le fleau des
Medecins ; mais comme l'on n'ales
bandonne pasfacilement les préjugez,
& qu'on trouve toujours
quelques difficultez àoppofersj'of
fre de les refoudre à tous ceux qui
lefouhaiteront ; ils n'auront qu'à
GALANT . 71
prendre la peine de venir chez
moy , rue Bourtibourg › vis- à- vis
les Coches de Fontainebleau.
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7
p. 37-75
RÉPONSE A Lettre d'un Philosophe, touchant la Maladie des Vapeurs. A Mademoiselle de Scudery.
Début :
Je vous envoye une réponse au Traité des Vapeurs de / J'ay esté surpris, Mademoiselle, qu'un Philosophe de nos [...]
Mots clefs :
Vapeurs, Cerveau, Vapeur, Philosophe, Parties, Maladie, Corps, Matière, Symptôme, Affection, Femmes, Intestins, Hypocondriaque, Vin, Chaleur, Opinions, Diaphragme, Plèvre, Affection, Entrailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE A Lettre d'un Philosophe, touchant la Maladie des Vapeurs. A Mademoiselle de Scudery.
Jevous envoyé une réponse
au Traité des Vapeurs de
Mdela Brosse, donc je vous
fis part dans ma Lettre d'Oaobrc.
Elle est de MrChays,
Medecin du Bourg Saint Andeol
en Vivarest. Vous ferez
bien aise de voir le pour & le
contre.
REPONSE
A laLettre d'un Philosophe,
touchant la Maladie des - Vapeurs.
A Mademoiselle de Scudery.
J'Ayesté sur pris, Mademoilclle,
qu'un Philosophe de
nos jours
3
iQfeélé d'HcrcHc
en matière de Medecine, vous
ait adresse une Lettre que j'ay
veuë dans le Mercure du mois
d'Octobre, pour vous perfuader
ses opinions erronées,au !
préjudice de la veritable doctrine.
Je sçay bien que tous les
Herefiarquesonr une pratique
fcmblablc alafienne, en vou-
- lant persuader aux personnes
de credit & d'autorité leurs
nouvelles opinions, afin de
les faire ensuite glisser plus
facilement dans l'esprit du Public;
mais comme je sçay que
lavous vousplaisez à écouter vérité en toutes choses
, je
nne'ay point douté que vous reccuffiez favorablement
ce que j'ay à vous dire contre
des opinions qui Ce réfutent
assez d'elles-mcfmes.
- Si ce Philosophe avoit dumoins
eu quelque vénération
pour l'antiquité & n'eust
point déchiré la réputation
du Divin Hypocratc, & de
tanr de Grands Hommes qui
l'ont imité,Il n'auroit peutestre
point donneoccasion à
luy répondre
,
mais comme
il s'en prend & aux Anciens
& aux Docteurs modernes de
la Faculté, & qu'il veut abbatre
par là tous les fondemens
de
la Medecine, pour
establir ses sentimens sur leurs
ruines,je n'ay pu me dispenser
de luy répondre, pour luy
i prouver par de bonnesraisons
appuyées sur l'experience
:que » tout ce qu'il a avancé
n'est à proprement parler
, qu'une chimere & une illuiion.
Il estcertain que les vapeurs
caufentbeaucoup de fynipto.
mes au Corps humain,& sur
tout dans le siecle ou nous
: sommes, puisque c'est presenitement
une maladie à la mode,&
que bien des personnes,
tant de l'un que de l'autre
sexe, en sont attaquées. Cela
donne lieu de croire que les
saisons, les climats differens,
&les revolutions des années
nous causent souvent des maladies
djffcrcntesJmais quoy
que ce mot devapeurs foitun
mot vague & généralqui
comprend en soy beaucoup
de differens symptomes
,
&
qu'elles soient produites,
tantost par les hypocondres,
tantost par reftomach>&tantost
par les mouvemens & les
indispositions de la Mere, &
mesme par beaucoup d'autres
partiesducorps,ce Philofophe
neantmoins veut, que
tous ces s,ymiptomes differens,, qui sont compris fous le nom
de Vapeurs, ne partent que
d'une mesme source
>
& d'un
estomach foible & depravé.
Il donne le nom de cette maladie
à celle de l'affection hypocondriaque
; & veut faire
comprendre par là que tous
ceux qui sont atteints de vapeurs
sont infectez de cette
maladie,& qu'on n'ose la
nommer ainsi, à cause que
ce nom a quelque chose d'ignominieux.
Il veutensuite que ces memes
va peurs , que les Mede-
; cins supposent estreengendrées
dans le basventre, ne
puissent en aucune maniere
monterny au Cerveau,ny à
la Poitrine ,ny aux autres par.
ties superieures
,
& ainsi il
veut prouver que les Medecins
font dans l'erreur, de
donner lenom de vapeurs à
tous ces symptomes differens,
que nous voyons arriver tous
les jours aux Femmes qui sont
sujettesàla Mere,& aux hommesaussi
qui sont atteints de
beaucoup de maladies
,
qui
font causées par les va peurs.
Il allegue pour ses raisons,
que les vapeurs qui s'élevcat.
du bas ventre ne peuvent
monter au Cerveau, à cause
des obstacles quelles trouvent
en chemin,comme font
le diaphragme, & la plevre,
&tous les autres obstacles
qu'il rapporte;mais s'il veut
n'estre point prévenu de ses
sentimens, comme les Medecins
le font des leurs, à ce
qu'il dit,& ne s'attacher pas
aussi fortementàsonopinion,
que les Turcs font à leur Alcoran,
je puis aisement le detromper,
& luy faire voir
qu'il est dans l'erreur luy-
! meCmco.,
••
q;; ,: ':,'
<
Il rapporte que nos Anciens
Docteurs soustiennent que
l'Epilepsie sympathique pro-
- vient des parties basses,& Galien
dans le livre3. des lieux
affectez chap. 7.' rapporte
qu'un jeune homme cstantatteint
d'une Epilepsie Sympathique,
lors que le Paroxisme
l'attaquoit, sentoit monter, à
ce qu'il disoit - comme un
ventfroid, de la Jambe à la
Cuisse,& de laCuisse consecutivementpar
les autres parties,
jusquesau Cerveau, &
qu'il estoit ensuite attaqué de
ce fâcheux y m ptome. Ce
Philosophe qui est de bonne
soy, avouë du moins que si
ce n'est pas une vapeur, qui
causoit l'accident de ce jeune
homme, c'estoit, à ce qu'il
dit, une humeur maligne,
qui se glissoit par les parties
du corps de ce Malade,&qui
luy causoit l'Epilepsie. Mais
je croy qu'il devroit bien avouër
qu'une vapeur qui est
plus subule qu'une bumeur,
peut bien passer par lesmesmes
endroits que l'humeur
passera
,
& sur tout puisque
celaest autorité par le Malade,
qui disoit sentir comme
un vent froid qui luy montoit
de la Jambe jusques au
Cerveau. Cet argument doit
paroistre sans réplique, puisbqiueenqui
reçoit le plus peut
recevoir le moins.
Mais comme il ne veut
point adherer aux opinions
& aux autoritez de nos Dofleurs
,
& qu'il ne s'attache
qu'à ses idées particulieres,
je neveux me fcrvir ny
d'aucune autorité, ny d'aucune
preuve d'Hypocrate ny
de Galien. Je veux seulement
le convaincre par des raisons
ôz des experiences fort sensibles
) & que tout le monde
pUÎifC;
puisse comprendre, ce qui
pourtant devroit m'obligerà
ne point disputer avec luy,
parce qu'il nie les princi pes
dela Philosophiedonc il fait
f. profession. Contra negantem
principia , non est disputmdum.
i Jeluy demande donc, dllÙ
l vient que ceux qui boivent du vin plus qu'a l'ordinaire,
sentent bien-tost après avoir
beu troublerl'oeconomie de
leur Cerveau, & qu'ils perdent
en peu de temps l'ufJ,CTc
de la raison. Le vin cependantreste
dans leurestomach,
6iOu dans leurs intestins. Je
croyqu'il devroit avoüer de
bonne soy, que c'est la vapeur
du vin, qui pénétrant facilement
le Diaphragme,la
Plevre, & les autres obstacles
qu'il propose. va directement
pervertir lesfonctions de î'esprit
animal, & fait souffrir
aux Beuveurs la depravation
qui le fait dans leur Cerveau
pendant leur debauche; ou
bien cette mesme vapeur se
glissant dans les Veines &;
dans les Arteres
, contre le
sentiment du Philosophe,va
attaquer directement le
Cerveau.
Ce qui prouve forte[
ment ce que je viens de dire,
c'cft qu'ona veu des personnesaqui
estantencrées dans
une Cave, où les cuves étoient
remplies de vin nouveau,
la vapeur scule de ce
vin lesentièrementenyvrées,
quoy qu'elles n'eussent pour- tant pas beu. Ainsi il pour
com prendre que les vapeurs
agissant si fortement
, quoy
qu'elles viennent du dehors,
elles doivent agir avec plus de
violence lors qu'un homme a
fait la débauche, parce qu'elles
agissent au dedans.
Les Femmes qui font si souvent
attaquées. des Vapeurs
de Mere,nous fournissent enr
core un exemple, & une preuveincontestable
,
contrele
sentiment du Philosophe.
Car en effet, si c'estoit une
matiere quise portast des parties
baffes si facilement dans le
Cerveau, pour leur causer des
convulsions,&lesautres ac.,
cidens qui dépravent les fonctions
animales
, pourquoy
ces mcfmcs accidens passeroienr-
ils si vÎrc, & pourquoy
arriveroient -
ils si inopinement?
Ce n'est que le propre
des vapeurs de changer si fa*
cilement d'une partie à l'autre,
& de cau fer des accidcns,
qui font si faciles à naître,ÔC
si faciles à terminer.
Que si le Philosophe veut
que ce soit la malignité de
- l'humeur qui le trouve corrompuë
dans les parties basses
qui se communique par le
moyen de la circulation, ou
autrement, dans la capacité
du Cerveau
, pourquoy une
vapeur qui s'exhalera de cette
matiere corrompue
, ne pourra-
t elle pas faire le mesme esset
avec plus de disposition &:
pe promptitude?
Si je voulois encore pouffer
la chose plus avant, l'exemple
du Mercure me fournit
une occa sion fort propre à le,
faire revenir de ses sentimens. -
Je sçay par experiencc
, qu'ayant fait frotter plusieurs
fois d'un onguent fait avec ce , minéral, labplante des pieds
de ceux qui font atteints des
maladies Vénériennes le
Mercure ne manque point de
monter par les parties internés,
jusque dans le Cerveau,
sans que le Diaphragme,la
Plevre ,ny le Mediastin l'c
emperchent, quoy que de sa
nature ce mineral soit des
plus pesans, & qu'il tendenaturellement
en
-
bas ,par son
piqprc poids; & ce qui nous
prouve qu'il monte jusques
au Cerveau
,
c'est qu'il y produit
des symptomes qui ne
sont propres qu'à cette partie,
Ifie qu'en mettant quelque piece
d'or dans la bouche ,le
Mercure nemanque pas de s'y
attacher. Ainsi nous pouvons
scio,nclure&le Philosopheau£ que les vapeurs qui sont
plus legeres que ce mincral
Émeuvent bien monter jusques
tau Cerveau, puisqu'elles ten- -
dent naturellementen haut;
& qu'elles ne vont jamais en
bas, que par impulsion & par
violence Il est si vray que
noistre corpsest tout perspirable,
suivant le sentiment de
nos Docteurs, & que toutes
les parties ont une fort grande
communication &connexionentre
elles
,
qu'il faut
n'estre point Medecin pour
en douter;&ainsi les vapeurs
qui s'eflevent d'une matiere
maligne,causent en nous par
cette intime communication
&connexion,bien des symptomes
differens, suivant le
degré de corruption, &suivant
les parties où elless'attachent
,
sans qu'elles puissent
trouver des obstacles aIT,z
forts pour les empescher de
monter.
Si nous confidcrons auni
une especed'Hydropisie que
nous appelions Timpanite,
& qui est produite par des
vents & des vapeurs, qui font
contenus dans la capacité du
ventre JIil faut suivant son hypothese,
que ces mesmes vapeurs
passent au travers des
intestins
, & au travers des
cinqtegumens, lors que le
Malade vient à guérir, pour
pouvoir estredissipées; & cependant
le Diaphragme ny la
Plevre ne font pas de plus
forts obstaclesque ceux que
je viens de rapporter.
Et si dans la fausse Pleuresie,
qui n'est le plus souvent produite
que des vapeurs & des
vents, on voit d'ordinaire que
par l'application des topiques
qui ouvrent les pores,
ces mesmes vapeurs sont disfipées
par insensible transpiration,
en perçant les cinq
tegumens,elles pourront bien
aussi passer au travers duDia- -
phragme, qui n'est pas plus
épas que les cinq tegumens,
& si raB est convaincu que la
matiere purulente, qui bl(st
trouvée dans lapoitrine, s'est
quelquefois évacuée par les
urines, sans que rAnatcmic
ait trouvé jusqu'icy aucun
conduit par où le pus ait pû
passer jusque dans les reins, il
est immanquable que les va-
:peurs, qui sont & plus tranf- pirables & plus legeres, pouril
ront bien sortirde la pôuri-n
ne:& se frayer une voyc dans
le cerveau sansqu'aucun ob- jftacle les arreste,puis que le
pus en est bien sorty , tant il
est vray que nostre corps cft
tout transpirable
Pourquoy le sage Ouvrier
dela Nature auroit il donné à
nos corps tant de millions de
pores, si ce n'est pour en faire
sortir les vapeurs supeifluës,
qui s'exhalent continuellement,&
qui sont que lquefois
apparentes aux sens, comme
nous le voyons à ceux qui
suent, dont il fort une fumée
semblable àcelle qui fort d'une
marmite,&qui n'est autre
chose qu'une vapeur; & s'il
arrive que nous ne voyions
sortir aucune vapeur de nos
corps,c'est qu'elles font Ím- *
perceptibles. Que si le Philosophe
vouloit estre convaincu
par experience qu'il en fort
continuellement du lien, il
n'auroit qu'à s'exposer devant
unmiroir& y rcfpircr contre>
& il verroitpar les petû
: tes gouttes d'eau qui s'y attachent
, que ce qui fort de ses
poumons n'est autrechose
qu'une vapeur qui se condense
» &qui s'attache contre le
miroir, quoy que pourtant la
vapeur qui sort de ses poulmons
soit imperceptible.
Il doit cftre persuadé qu'il
s'exhale toujours des vapeurs
de toutes les parties de nostre
corps, comme j'ay déja montré
, & que ces vapeurs trouvent
en nous allez de conduits
pour monter jusquesau
cerveau, & dans les autres
parties; mais lors qu'elles partent
d'une matiere qui n'est
ny alterée, ny corrompuë, elles ne produisent en nous
aucun symptome qui soit facheux.
Que s'il arrive quelquefois
que les vapeurs dépravent
les fonctions, comme
nous voyons aux Femmes qui
font sujettes à, la Mere, à ceux
qui sont sujets à l'affection
hy pocondriaque, & à bien
d'autres,dont les vapeurs alterent
la santé, c'est que les
mesmes vapeurs partent d'une
matiere corrompuë & alterée.
Nous ne devons point douter
que les vapeurs ne soient
la cause de beaucoup de maÍ.
ladies qui nous arrivent, &
qui causentennous desaccidens
extraordinaires puisque
nous voyons mesme qu'elles
causent dans tout l'Univers
tant de çhofts surprenantes.
- - - -
Ne voyons-nous pas quela
pluye
,
le tonnerre, la gresle,
les tremblemens de terre, &
les choses mesme les plus naturelles
, & qui nous sont le
moins apparentes font formées
par des vapeurs? Cornment
pourrions-nous sentir
l'odeur d'une rose si ce n'est
par la vapeur qui s'exhale de
cette fleur? Jerapporte seulement
cet exemple afin qu'on
jugedetout ce qui se fait dans
la Nature par le moyen des
vapeurs; & peut- estre Dscartes
n'auroit-il pas mal faitde
donner le nom de vapeur à
ses atomes& frscorpufcules;
mais parce que c'estoit un
mot dont l'ancienne Ecole se
servoit, il a voulu déguiser sa
-
doctrine en changeant feulement
de terme, & la rendre
ainsi particuliere, quoy que
d'ailleurs ces changemens de
termes n'en puissentjamais
apporter,& neservent qu'à
caufcr de l'admiration en faveur
de ceux qui les inventent
; car enfin qu'est-ce
qu'une vapeur sinon des atomes
& des corpuscules de
mille fortes de figures, &
qu'est-ce que des atomes&
des corpuscules, qu'un amas
de ces petits corps qui composent
la vapeur?
Jereviens à l'affectionhypocondriaque
, à laquelle le
Philosophe rapporte la cause
detoutes les vapeurs;comme
si les Femmes qui font lujet*.
tesaux maladieshysteriques,
n'avoient point d'autres causes
de leurs vapeurs quecelle
de l'affection hypocondriaque.
Qn pourroit bien conclurre
,
si on vouloit ajoûter
foy à ses sentimens,que laffectionhypocondriaque
tfL
bien frequente & bien à la
mode, puis que nous voyons
tant de Femmes su jettes aux
vapeurs de Mere.
Mais si nostre Philosophe
vouloit bien reconnoistre une
, autre cause de l'affection hypocondriaque
que celle de la
foiblessed'estomac,il pourroit
aussien mesme temps en attribuer
une autre aux va peurs
des Femmes que celle de l'affection
hypocondriaque; car
si la foiblessed'estomacestoit
la seule cause de l'afft[tion
hypocondriaque, tous ceux
qui ont une foiblessed'estomac
,comme il arrive à ceux
qui font atteints de la Lienterir,,&
de la Leucophlegmatie,
auroient des symptomes encore
plus forts que ceux qui
ont l'affection h ypocondriaque,
ce qui n'arrive pourtant
pas. Il devroit reconnoistre,
comme font tous les habiles.
Medecins, qu'il yauneautre
cause de cette maladie, qui
est une melancolie atrabilaire
qui est contenuë dans les
hypocondres (c'est pour cela
qu'on appelle cette Maladie
bypocondriaque) & qui est la
causeprincipale de tous les
symptomes qui en procedent;
éC ce qui fait qu'on a quelque
espece d'horreur pour cette
maladie, c'est qu'elle affecte
le plus souvent le cerveau, &
déprave quelquefois la raison,
& tout cela par le moyen des
vapeurs
-
qu'elle y éleve en se
fermentant:ce quiestconfirmé
par l'évacuation du fang
melancolique qui se fait par
les Veines hemorrhoïdales
qui profite immanquablement
à cette maladie.
Nostre Philosophe combat
- fort la chaleur d'entrailles
dans cette maladie, quoy
qu'il convienne pourtant qu'il
peut y en avoir quelque fois,
mais il dit aussi que cette chaleur
d'entrailles provient immediatement
de l'indigestion
d'estomac
,
aussi bien que la
dessiccation des excremens,
comme si l'humide devoit
dessecher. & la chaleur ra..
fraischir ; & pour luy faire
voir par une seule experiencc)
que c'estla c haleur contre
nature qui estdans lecorps
qui échaufe & qui desseche
les exrcmens, il n'a qu'à
prendre un lirge trempé dans
de l'eau commune ,
& l'appliquer
ensuitte sur une partie
qui fera atteinte d'une Heresipelle
,
& il verra par là
, que
lelinge se dessechera plûtôt
que sion l'appliquoitsurune
autre partie qui se trouveroit
faine. A plus forte raison la
chaleur contre nature deffeche
lesexcremens quisetrouvcnt
dans le Corps
,
où elle
agic avec plus de force, puis
qu'elle desseche si fort les hu- j:mides qu'on luy oppose aux
parties externes. Je ne puis pas croire qu'un homme soit ca-
;:. pable de former une semblable
hypothese,de vouloit faile
comprendre que la chaleur
t
rafraischit, & que l'humide J
déniche; c'est ce que nous j
n'avons point encore veu.
Il dit encore que s'ilyavoit
un feu dans les Intestins capable
de dessecher les excremens
secaux
,
il est constant qu'il
diffecheroit auparavant les
Intestins, car on ne peut jamais
dessecher. une substance
humide
,
dans un vaisseau hu-:
mide, que le Vaisseau ne foit
préalablement desseché.Voila
Tes propres termes, mais
s'il prenoit garde que les Intestins
font toûjours humectez
par le suc nutriticr qui
y
yestporté pour leur nourriture
, & pour leur accroissement
» il demeureroit d'accord
que les excremens se
doivent dessecher, & non les
Intestins, parce que les excrcmens
n'ont point de vie,
&ne reçoivent aucune nourriture
pour les humecéter. Le
Soleil dessechera bien plustost
une branche d'un Arbre qui
ne recevra point de nourriture
de ses racines, qu'une autre
branche qui reçoit sa nourriture
du tronc & de ses racines.
t.. Quelle erreur de s'imaginer
que ce qui échauffe ou detre-z
checeux qui sontatteinsd'unesievre
ardente,ou d'une fievre
hectique,n'est autre chose
qu'une foiblesse d'estomach,
ou une indigestion J'ay veu
- de jeunes gens atteints de la
fièvre hcûtque fort échaufez,
& fort extenuez 5 qui mangeoient
& qui beuvoient
mieux que moy, & dontl'eftomach
faisoit fort bien sa
fonction.Ondevrôit -conclu.
re comme fai t nostre Philosophe
,
qu'il faudroit échaufer
&dessecher dans ces maladies.
Cependant j'en ay veu guerir
pluficurs par le fcul usage du
lait, qui n'est pas fort propre
pour fortifier l'estomach,
n'aurois jamais fait si je voulois
combatre tout ce qu'il
rapporte couchant les Maladies
des Vapeurs. C'est ce qui
demanderoit plustost un volume
qu'une Lettre Je suis
pourtant fortobligé
,
Mademoiselle,
à la Doctrine nouvelle
du Philosophe, puis
qu'elle m'a procuré l'honneur
de vous adresser cette response
,& de vous asseurer que je
fuis avec beaucoup de vénération,
Vostre tresse.
au Traité des Vapeurs de
Mdela Brosse, donc je vous
fis part dans ma Lettre d'Oaobrc.
Elle est de MrChays,
Medecin du Bourg Saint Andeol
en Vivarest. Vous ferez
bien aise de voir le pour & le
contre.
REPONSE
A laLettre d'un Philosophe,
touchant la Maladie des - Vapeurs.
A Mademoiselle de Scudery.
J'Ayesté sur pris, Mademoilclle,
qu'un Philosophe de
nos jours
3
iQfeélé d'HcrcHc
en matière de Medecine, vous
ait adresse une Lettre que j'ay
veuë dans le Mercure du mois
d'Octobre, pour vous perfuader
ses opinions erronées,au !
préjudice de la veritable doctrine.
Je sçay bien que tous les
Herefiarquesonr une pratique
fcmblablc alafienne, en vou-
- lant persuader aux personnes
de credit & d'autorité leurs
nouvelles opinions, afin de
les faire ensuite glisser plus
facilement dans l'esprit du Public;
mais comme je sçay que
lavous vousplaisez à écouter vérité en toutes choses
, je
nne'ay point douté que vous reccuffiez favorablement
ce que j'ay à vous dire contre
des opinions qui Ce réfutent
assez d'elles-mcfmes.
- Si ce Philosophe avoit dumoins
eu quelque vénération
pour l'antiquité & n'eust
point déchiré la réputation
du Divin Hypocratc, & de
tanr de Grands Hommes qui
l'ont imité,Il n'auroit peutestre
point donneoccasion à
luy répondre
,
mais comme
il s'en prend & aux Anciens
& aux Docteurs modernes de
la Faculté, & qu'il veut abbatre
par là tous les fondemens
de
la Medecine, pour
establir ses sentimens sur leurs
ruines,je n'ay pu me dispenser
de luy répondre, pour luy
i prouver par de bonnesraisons
appuyées sur l'experience
:que » tout ce qu'il a avancé
n'est à proprement parler
, qu'une chimere & une illuiion.
Il estcertain que les vapeurs
caufentbeaucoup de fynipto.
mes au Corps humain,& sur
tout dans le siecle ou nous
: sommes, puisque c'est presenitement
une maladie à la mode,&
que bien des personnes,
tant de l'un que de l'autre
sexe, en sont attaquées. Cela
donne lieu de croire que les
saisons, les climats differens,
&les revolutions des années
nous causent souvent des maladies
djffcrcntesJmais quoy
que ce mot devapeurs foitun
mot vague & généralqui
comprend en soy beaucoup
de differens symptomes
,
&
qu'elles soient produites,
tantost par les hypocondres,
tantost par reftomach>&tantost
par les mouvemens & les
indispositions de la Mere, &
mesme par beaucoup d'autres
partiesducorps,ce Philofophe
neantmoins veut, que
tous ces s,ymiptomes differens,, qui sont compris fous le nom
de Vapeurs, ne partent que
d'une mesme source
>
& d'un
estomach foible & depravé.
Il donne le nom de cette maladie
à celle de l'affection hypocondriaque
; & veut faire
comprendre par là que tous
ceux qui sont atteints de vapeurs
sont infectez de cette
maladie,& qu'on n'ose la
nommer ainsi, à cause que
ce nom a quelque chose d'ignominieux.
Il veutensuite que ces memes
va peurs , que les Mede-
; cins supposent estreengendrées
dans le basventre, ne
puissent en aucune maniere
monterny au Cerveau,ny à
la Poitrine ,ny aux autres par.
ties superieures
,
& ainsi il
veut prouver que les Medecins
font dans l'erreur, de
donner lenom de vapeurs à
tous ces symptomes differens,
que nous voyons arriver tous
les jours aux Femmes qui sont
sujettesàla Mere,& aux hommesaussi
qui sont atteints de
beaucoup de maladies
,
qui
font causées par les va peurs.
Il allegue pour ses raisons,
que les vapeurs qui s'élevcat.
du bas ventre ne peuvent
monter au Cerveau, à cause
des obstacles quelles trouvent
en chemin,comme font
le diaphragme, & la plevre,
&tous les autres obstacles
qu'il rapporte;mais s'il veut
n'estre point prévenu de ses
sentimens, comme les Medecins
le font des leurs, à ce
qu'il dit,& ne s'attacher pas
aussi fortementàsonopinion,
que les Turcs font à leur Alcoran,
je puis aisement le detromper,
& luy faire voir
qu'il est dans l'erreur luy-
! meCmco.,
••
q;; ,: ':,'
<
Il rapporte que nos Anciens
Docteurs soustiennent que
l'Epilepsie sympathique pro-
- vient des parties basses,& Galien
dans le livre3. des lieux
affectez chap. 7.' rapporte
qu'un jeune homme cstantatteint
d'une Epilepsie Sympathique,
lors que le Paroxisme
l'attaquoit, sentoit monter, à
ce qu'il disoit - comme un
ventfroid, de la Jambe à la
Cuisse,& de laCuisse consecutivementpar
les autres parties,
jusquesau Cerveau, &
qu'il estoit ensuite attaqué de
ce fâcheux y m ptome. Ce
Philosophe qui est de bonne
soy, avouë du moins que si
ce n'est pas une vapeur, qui
causoit l'accident de ce jeune
homme, c'estoit, à ce qu'il
dit, une humeur maligne,
qui se glissoit par les parties
du corps de ce Malade,&qui
luy causoit l'Epilepsie. Mais
je croy qu'il devroit bien avouër
qu'une vapeur qui est
plus subule qu'une bumeur,
peut bien passer par lesmesmes
endroits que l'humeur
passera
,
& sur tout puisque
celaest autorité par le Malade,
qui disoit sentir comme
un vent froid qui luy montoit
de la Jambe jusques au
Cerveau. Cet argument doit
paroistre sans réplique, puisbqiueenqui
reçoit le plus peut
recevoir le moins.
Mais comme il ne veut
point adherer aux opinions
& aux autoritez de nos Dofleurs
,
& qu'il ne s'attache
qu'à ses idées particulieres,
je neveux me fcrvir ny
d'aucune autorité, ny d'aucune
preuve d'Hypocrate ny
de Galien. Je veux seulement
le convaincre par des raisons
ôz des experiences fort sensibles
) & que tout le monde
pUÎifC;
puisse comprendre, ce qui
pourtant devroit m'obligerà
ne point disputer avec luy,
parce qu'il nie les princi pes
dela Philosophiedonc il fait
f. profession. Contra negantem
principia , non est disputmdum.
i Jeluy demande donc, dllÙ
l vient que ceux qui boivent du vin plus qu'a l'ordinaire,
sentent bien-tost après avoir
beu troublerl'oeconomie de
leur Cerveau, & qu'ils perdent
en peu de temps l'ufJ,CTc
de la raison. Le vin cependantreste
dans leurestomach,
6iOu dans leurs intestins. Je
croyqu'il devroit avoüer de
bonne soy, que c'est la vapeur
du vin, qui pénétrant facilement
le Diaphragme,la
Plevre, & les autres obstacles
qu'il propose. va directement
pervertir lesfonctions de î'esprit
animal, & fait souffrir
aux Beuveurs la depravation
qui le fait dans leur Cerveau
pendant leur debauche; ou
bien cette mesme vapeur se
glissant dans les Veines &;
dans les Arteres
, contre le
sentiment du Philosophe,va
attaquer directement le
Cerveau.
Ce qui prouve forte[
ment ce que je viens de dire,
c'cft qu'ona veu des personnesaqui
estantencrées dans
une Cave, où les cuves étoient
remplies de vin nouveau,
la vapeur scule de ce
vin lesentièrementenyvrées,
quoy qu'elles n'eussent pour- tant pas beu. Ainsi il pour
com prendre que les vapeurs
agissant si fortement
, quoy
qu'elles viennent du dehors,
elles doivent agir avec plus de
violence lors qu'un homme a
fait la débauche, parce qu'elles
agissent au dedans.
Les Femmes qui font si souvent
attaquées. des Vapeurs
de Mere,nous fournissent enr
core un exemple, & une preuveincontestable
,
contrele
sentiment du Philosophe.
Car en effet, si c'estoit une
matiere quise portast des parties
baffes si facilement dans le
Cerveau, pour leur causer des
convulsions,&lesautres ac.,
cidens qui dépravent les fonctions
animales
, pourquoy
ces mcfmcs accidens passeroienr-
ils si vÎrc, & pourquoy
arriveroient -
ils si inopinement?
Ce n'est que le propre
des vapeurs de changer si fa*
cilement d'une partie à l'autre,
& de cau fer des accidcns,
qui font si faciles à naître,ÔC
si faciles à terminer.
Que si le Philosophe veut
que ce soit la malignité de
- l'humeur qui le trouve corrompuë
dans les parties basses
qui se communique par le
moyen de la circulation, ou
autrement, dans la capacité
du Cerveau
, pourquoy une
vapeur qui s'exhalera de cette
matiere corrompue
, ne pourra-
t elle pas faire le mesme esset
avec plus de disposition &:
pe promptitude?
Si je voulois encore pouffer
la chose plus avant, l'exemple
du Mercure me fournit
une occa sion fort propre à le,
faire revenir de ses sentimens. -
Je sçay par experiencc
, qu'ayant fait frotter plusieurs
fois d'un onguent fait avec ce , minéral, labplante des pieds
de ceux qui font atteints des
maladies Vénériennes le
Mercure ne manque point de
monter par les parties internés,
jusque dans le Cerveau,
sans que le Diaphragme,la
Plevre ,ny le Mediastin l'c
emperchent, quoy que de sa
nature ce mineral soit des
plus pesans, & qu'il tendenaturellement
en
-
bas ,par son
piqprc poids; & ce qui nous
prouve qu'il monte jusques
au Cerveau
,
c'est qu'il y produit
des symptomes qui ne
sont propres qu'à cette partie,
Ifie qu'en mettant quelque piece
d'or dans la bouche ,le
Mercure nemanque pas de s'y
attacher. Ainsi nous pouvons
scio,nclure&le Philosopheau£ que les vapeurs qui sont
plus legeres que ce mincral
Émeuvent bien monter jusques
tau Cerveau, puisqu'elles ten- -
dent naturellementen haut;
& qu'elles ne vont jamais en
bas, que par impulsion & par
violence Il est si vray que
noistre corpsest tout perspirable,
suivant le sentiment de
nos Docteurs, & que toutes
les parties ont une fort grande
communication &connexionentre
elles
,
qu'il faut
n'estre point Medecin pour
en douter;&ainsi les vapeurs
qui s'eflevent d'une matiere
maligne,causent en nous par
cette intime communication
&connexion,bien des symptomes
differens, suivant le
degré de corruption, &suivant
les parties où elless'attachent
,
sans qu'elles puissent
trouver des obstacles aIT,z
forts pour les empescher de
monter.
Si nous confidcrons auni
une especed'Hydropisie que
nous appelions Timpanite,
& qui est produite par des
vents & des vapeurs, qui font
contenus dans la capacité du
ventre JIil faut suivant son hypothese,
que ces mesmes vapeurs
passent au travers des
intestins
, & au travers des
cinqtegumens, lors que le
Malade vient à guérir, pour
pouvoir estredissipées; & cependant
le Diaphragme ny la
Plevre ne font pas de plus
forts obstaclesque ceux que
je viens de rapporter.
Et si dans la fausse Pleuresie,
qui n'est le plus souvent produite
que des vapeurs & des
vents, on voit d'ordinaire que
par l'application des topiques
qui ouvrent les pores,
ces mesmes vapeurs sont disfipées
par insensible transpiration,
en perçant les cinq
tegumens,elles pourront bien
aussi passer au travers duDia- -
phragme, qui n'est pas plus
épas que les cinq tegumens,
& si raB est convaincu que la
matiere purulente, qui bl(st
trouvée dans lapoitrine, s'est
quelquefois évacuée par les
urines, sans que rAnatcmic
ait trouvé jusqu'icy aucun
conduit par où le pus ait pû
passer jusque dans les reins, il
est immanquable que les va-
:peurs, qui sont & plus tranf- pirables & plus legeres, pouril
ront bien sortirde la pôuri-n
ne:& se frayer une voyc dans
le cerveau sansqu'aucun ob- jftacle les arreste,puis que le
pus en est bien sorty , tant il
est vray que nostre corps cft
tout transpirable
Pourquoy le sage Ouvrier
dela Nature auroit il donné à
nos corps tant de millions de
pores, si ce n'est pour en faire
sortir les vapeurs supeifluës,
qui s'exhalent continuellement,&
qui sont que lquefois
apparentes aux sens, comme
nous le voyons à ceux qui
suent, dont il fort une fumée
semblable àcelle qui fort d'une
marmite,&qui n'est autre
chose qu'une vapeur; & s'il
arrive que nous ne voyions
sortir aucune vapeur de nos
corps,c'est qu'elles font Ím- *
perceptibles. Que si le Philosophe
vouloit estre convaincu
par experience qu'il en fort
continuellement du lien, il
n'auroit qu'à s'exposer devant
unmiroir& y rcfpircr contre>
& il verroitpar les petû
: tes gouttes d'eau qui s'y attachent
, que ce qui fort de ses
poumons n'est autrechose
qu'une vapeur qui se condense
» &qui s'attache contre le
miroir, quoy que pourtant la
vapeur qui sort de ses poulmons
soit imperceptible.
Il doit cftre persuadé qu'il
s'exhale toujours des vapeurs
de toutes les parties de nostre
corps, comme j'ay déja montré
, & que ces vapeurs trouvent
en nous allez de conduits
pour monter jusquesau
cerveau, & dans les autres
parties; mais lors qu'elles partent
d'une matiere qui n'est
ny alterée, ny corrompuë, elles ne produisent en nous
aucun symptome qui soit facheux.
Que s'il arrive quelquefois
que les vapeurs dépravent
les fonctions, comme
nous voyons aux Femmes qui
font sujettes à, la Mere, à ceux
qui sont sujets à l'affection
hy pocondriaque, & à bien
d'autres,dont les vapeurs alterent
la santé, c'est que les
mesmes vapeurs partent d'une
matiere corrompuë & alterée.
Nous ne devons point douter
que les vapeurs ne soient
la cause de beaucoup de maÍ.
ladies qui nous arrivent, &
qui causentennous desaccidens
extraordinaires puisque
nous voyons mesme qu'elles
causent dans tout l'Univers
tant de çhofts surprenantes.
- - - -
Ne voyons-nous pas quela
pluye
,
le tonnerre, la gresle,
les tremblemens de terre, &
les choses mesme les plus naturelles
, & qui nous sont le
moins apparentes font formées
par des vapeurs? Cornment
pourrions-nous sentir
l'odeur d'une rose si ce n'est
par la vapeur qui s'exhale de
cette fleur? Jerapporte seulement
cet exemple afin qu'on
jugedetout ce qui se fait dans
la Nature par le moyen des
vapeurs; & peut- estre Dscartes
n'auroit-il pas mal faitde
donner le nom de vapeur à
ses atomes& frscorpufcules;
mais parce que c'estoit un
mot dont l'ancienne Ecole se
servoit, il a voulu déguiser sa
-
doctrine en changeant feulement
de terme, & la rendre
ainsi particuliere, quoy que
d'ailleurs ces changemens de
termes n'en puissentjamais
apporter,& neservent qu'à
caufcr de l'admiration en faveur
de ceux qui les inventent
; car enfin qu'est-ce
qu'une vapeur sinon des atomes
& des corpuscules de
mille fortes de figures, &
qu'est-ce que des atomes&
des corpuscules, qu'un amas
de ces petits corps qui composent
la vapeur?
Jereviens à l'affectionhypocondriaque
, à laquelle le
Philosophe rapporte la cause
detoutes les vapeurs;comme
si les Femmes qui font lujet*.
tesaux maladieshysteriques,
n'avoient point d'autres causes
de leurs vapeurs quecelle
de l'affection hypocondriaque.
Qn pourroit bien conclurre
,
si on vouloit ajoûter
foy à ses sentimens,que laffectionhypocondriaque
tfL
bien frequente & bien à la
mode, puis que nous voyons
tant de Femmes su jettes aux
vapeurs de Mere.
Mais si nostre Philosophe
vouloit bien reconnoistre une
, autre cause de l'affection hypocondriaque
que celle de la
foiblessed'estomac,il pourroit
aussien mesme temps en attribuer
une autre aux va peurs
des Femmes que celle de l'affection
hypocondriaque; car
si la foiblessed'estomacestoit
la seule cause de l'afft[tion
hypocondriaque, tous ceux
qui ont une foiblessed'estomac
,comme il arrive à ceux
qui font atteints de la Lienterir,,&
de la Leucophlegmatie,
auroient des symptomes encore
plus forts que ceux qui
ont l'affection h ypocondriaque,
ce qui n'arrive pourtant
pas. Il devroit reconnoistre,
comme font tous les habiles.
Medecins, qu'il yauneautre
cause de cette maladie, qui
est une melancolie atrabilaire
qui est contenuë dans les
hypocondres (c'est pour cela
qu'on appelle cette Maladie
bypocondriaque) & qui est la
causeprincipale de tous les
symptomes qui en procedent;
éC ce qui fait qu'on a quelque
espece d'horreur pour cette
maladie, c'est qu'elle affecte
le plus souvent le cerveau, &
déprave quelquefois la raison,
& tout cela par le moyen des
vapeurs
-
qu'elle y éleve en se
fermentant:ce quiestconfirmé
par l'évacuation du fang
melancolique qui se fait par
les Veines hemorrhoïdales
qui profite immanquablement
à cette maladie.
Nostre Philosophe combat
- fort la chaleur d'entrailles
dans cette maladie, quoy
qu'il convienne pourtant qu'il
peut y en avoir quelque fois,
mais il dit aussi que cette chaleur
d'entrailles provient immediatement
de l'indigestion
d'estomac
,
aussi bien que la
dessiccation des excremens,
comme si l'humide devoit
dessecher. & la chaleur ra..
fraischir ; & pour luy faire
voir par une seule experiencc)
que c'estla c haleur contre
nature qui estdans lecorps
qui échaufe & qui desseche
les exrcmens, il n'a qu'à
prendre un lirge trempé dans
de l'eau commune ,
& l'appliquer
ensuitte sur une partie
qui fera atteinte d'une Heresipelle
,
& il verra par là
, que
lelinge se dessechera plûtôt
que sion l'appliquoitsurune
autre partie qui se trouveroit
faine. A plus forte raison la
chaleur contre nature deffeche
lesexcremens quisetrouvcnt
dans le Corps
,
où elle
agic avec plus de force, puis
qu'elle desseche si fort les hu- j:mides qu'on luy oppose aux
parties externes. Je ne puis pas croire qu'un homme soit ca-
;:. pable de former une semblable
hypothese,de vouloit faile
comprendre que la chaleur
t
rafraischit, & que l'humide J
déniche; c'est ce que nous j
n'avons point encore veu.
Il dit encore que s'ilyavoit
un feu dans les Intestins capable
de dessecher les excremens
secaux
,
il est constant qu'il
diffecheroit auparavant les
Intestins, car on ne peut jamais
dessecher. une substance
humide
,
dans un vaisseau hu-:
mide, que le Vaisseau ne foit
préalablement desseché.Voila
Tes propres termes, mais
s'il prenoit garde que les Intestins
font toûjours humectez
par le suc nutriticr qui
y
yestporté pour leur nourriture
, & pour leur accroissement
» il demeureroit d'accord
que les excremens se
doivent dessecher, & non les
Intestins, parce que les excrcmens
n'ont point de vie,
&ne reçoivent aucune nourriture
pour les humecéter. Le
Soleil dessechera bien plustost
une branche d'un Arbre qui
ne recevra point de nourriture
de ses racines, qu'une autre
branche qui reçoit sa nourriture
du tronc & de ses racines.
t.. Quelle erreur de s'imaginer
que ce qui échauffe ou detre-z
checeux qui sontatteinsd'unesievre
ardente,ou d'une fievre
hectique,n'est autre chose
qu'une foiblesse d'estomach,
ou une indigestion J'ay veu
- de jeunes gens atteints de la
fièvre hcûtque fort échaufez,
& fort extenuez 5 qui mangeoient
& qui beuvoient
mieux que moy, & dontl'eftomach
faisoit fort bien sa
fonction.Ondevrôit -conclu.
re comme fai t nostre Philosophe
,
qu'il faudroit échaufer
&dessecher dans ces maladies.
Cependant j'en ay veu guerir
pluficurs par le fcul usage du
lait, qui n'est pas fort propre
pour fortifier l'estomach,
n'aurois jamais fait si je voulois
combatre tout ce qu'il
rapporte couchant les Maladies
des Vapeurs. C'est ce qui
demanderoit plustost un volume
qu'une Lettre Je suis
pourtant fortobligé
,
Mademoiselle,
à la Doctrine nouvelle
du Philosophe, puis
qu'elle m'a procuré l'honneur
de vous adresser cette response
,& de vous asseurer que je
fuis avec beaucoup de vénération,
Vostre tresse.
Fermer
8
p. 463-464
Memoire contenant le détail de la maladie de Monseigneur le Dauphin. [titre d'après la table]
Début :
Comme je suis persuadé, que le mal dont Monseigneur le Dauphin [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mémoire, Esprit, Profond savoir, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire contenant le détail de la maladie de Monseigneur le Dauphin. [titre d'après la table]
Comme je fuis perfuadé, que
mal dont Monfeigneur le Dauphin
a efté furpris, ne vous a pas moins
touchée & inquietée que nous ,
Qq iiij
464 MERCURE
parce que ce Prince eft auffi aimé
dans tout le Royaume , qu'il l'eft
à la Cour & à Paris Je croy que
vous ferez fort aife d'aprendre
par le détail de fa maladie que
je vous envoye , qu'on n'en doit
aprehender aucunes mauvaifes
fuittes . Rien n'eft plus beau que
le memoire que je vous envoye
Il marque l'efprit & le profond
fçavoir de celuy qui l'a dreffé ;
& quoyque ces matieres ne foient
pas ordinairement intelligibles
pour ceux qui ne les ont pas
eftudiées ; ce memoire eft d'une
netteté qui fait plaifir , & qui
marque celle de l'efprit & le
profond fçavoir de celuy qui l'a
dreffé . Il a efté envoyé au Roy
d'Efpagne , dans les mêmes termes
que je vous l'envoye.
mal dont Monfeigneur le Dauphin
a efté furpris, ne vous a pas moins
touchée & inquietée que nous ,
Qq iiij
464 MERCURE
parce que ce Prince eft auffi aimé
dans tout le Royaume , qu'il l'eft
à la Cour & à Paris Je croy que
vous ferez fort aife d'aprendre
par le détail de fa maladie que
je vous envoye , qu'on n'en doit
aprehender aucunes mauvaifes
fuittes . Rien n'eft plus beau que
le memoire que je vous envoye
Il marque l'efprit & le profond
fçavoir de celuy qui l'a dreffé ;
& quoyque ces matieres ne foient
pas ordinairement intelligibles
pour ceux qui ne les ont pas
eftudiées ; ce memoire eft d'une
netteté qui fait plaifir , & qui
marque celle de l'efprit & le
profond fçavoir de celuy qui l'a
dreffé . Il a efté envoyé au Roy
d'Efpagne , dans les mêmes termes
que je vous l'envoye.
Fermer
9
p. 130-135
Observations Anatomiques, qui regardent la santé, & qui font connoistre le mal que cause ordinairement l'excès du Vin. [titre d'après la table]
Début :
Voicy encore un Article qui regarde la santé. Il n'y [...]
Mots clefs :
Vin, Liqueur, Maladie, Opium
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texteReconnaissance textuelle : Observations Anatomiques, qui regardent la santé, & qui font connoistre le mal que cause ordinairement l'excès du Vin. [titre d'après la table]
Voicy encore un Article
qui regarde la fanté.
Il n'y a que des Beuveurs
déterminez qui puiffent lire
fans eftre effrayez les Obfervations Aftronomiques qui viennent d'eftre faites dans une des
plus grandes Villes du Royau-
GALANT 131
me, fur le corps d'un homme
mort , &qui avoit fait pendant
fa vie un ufage immoderé du
vin & des liqueurs fpiritueules.
Aprés avoir efté attaqué pendant deux années d'accés de
phrenefie tres-violens , il moufut d'un abcés au foye. On
l'ouvrit , & on trouva dans fa
tête &dans fonfoye de grands
defordres dont la caufe fut attribuée par les Medecins & les
Chirurgiens prefens à cette
operation , à l'uſage exceffifdu
vin & des liqueurs. Ceux qui
avoient eu foin de luy pendant fa maladie rapporterent
132 MERCURE
à cette occafion une circonf
tance qui ne doit pas eftre oubliée. Pendant fa maladie on
luy donnoit quelques teintures d'opium pour calmer les
infomnies fâcheufes qui accompagnoient fes accés de
phrenefic , & on obfervoit que
toutes les fois qu'on luy donnoit ces teintures avec de l'efprit de vin , loin d'eftre calmé,
il retomboit dans des accés encore plus violens , au lieu que
les teintures avec l'eau le calmoient & luy donnoient quelques heures de fommeil. Un
habile Medecin qui ſe trouva
GALANT 133
prefent à cette experience remarqua qu'on n'eſt pas affez
perfuadé du mauvais effet des
liqueurs fpiritueufes & même
de l'uſage immoderé du vin.
Prévenu en faveur de ces liqueurs qui flattent le gouft
oncroit prendre des forces &
de la vie en les prenant , & on
ne remarque pas qu'elles ne
paroiffent fortifier qu'en augmentant le reffort des fibres ,
& qu'elles l'augmentent quelquefois au point qu'elles les
rendent trop roides & même
quelquesfois offeufes ; qu'elles
épaiffiffent tous les fucs du
134 MERCURE
la
corps ; qu'elles les coagulent.
quelquefois jufqu'à les convertir en pierres , & que c'eſt par
là que ces liqueurs engendrent
goutte , la gravelle , la pierre , & qu'elles cauſent des vapeurs , des affections convulfives , des rhumatiſmes, des apoplexies & des paralyfies. Cela
fe prouve par experience. On
verfe de l'efprit de vin bien
rectifié fur la ferofité du fang ,
cette ferofité qui eft claire fe
grumelle auffi toft & fe caille
en une maſſe blanche , & elle
fe durcit peu à peu comme du
blanc d'œuf cuit , fi on la tient
GALANT 135
à une moyenne chaleur de digeftion. L'efprit de vin caille
la bile de la même maniere.
qui regarde la fanté.
Il n'y a que des Beuveurs
déterminez qui puiffent lire
fans eftre effrayez les Obfervations Aftronomiques qui viennent d'eftre faites dans une des
plus grandes Villes du Royau-
GALANT 131
me, fur le corps d'un homme
mort , &qui avoit fait pendant
fa vie un ufage immoderé du
vin & des liqueurs fpiritueules.
Aprés avoir efté attaqué pendant deux années d'accés de
phrenefie tres-violens , il moufut d'un abcés au foye. On
l'ouvrit , & on trouva dans fa
tête &dans fonfoye de grands
defordres dont la caufe fut attribuée par les Medecins & les
Chirurgiens prefens à cette
operation , à l'uſage exceffifdu
vin & des liqueurs. Ceux qui
avoient eu foin de luy pendant fa maladie rapporterent
132 MERCURE
à cette occafion une circonf
tance qui ne doit pas eftre oubliée. Pendant fa maladie on
luy donnoit quelques teintures d'opium pour calmer les
infomnies fâcheufes qui accompagnoient fes accés de
phrenefic , & on obfervoit que
toutes les fois qu'on luy donnoit ces teintures avec de l'efprit de vin , loin d'eftre calmé,
il retomboit dans des accés encore plus violens , au lieu que
les teintures avec l'eau le calmoient & luy donnoient quelques heures de fommeil. Un
habile Medecin qui ſe trouva
GALANT 133
prefent à cette experience remarqua qu'on n'eſt pas affez
perfuadé du mauvais effet des
liqueurs fpiritueufes & même
de l'uſage immoderé du vin.
Prévenu en faveur de ces liqueurs qui flattent le gouft
oncroit prendre des forces &
de la vie en les prenant , & on
ne remarque pas qu'elles ne
paroiffent fortifier qu'en augmentant le reffort des fibres ,
& qu'elles l'augmentent quelquefois au point qu'elles les
rendent trop roides & même
quelquesfois offeufes ; qu'elles
épaiffiffent tous les fucs du
134 MERCURE
la
corps ; qu'elles les coagulent.
quelquefois jufqu'à les convertir en pierres , & que c'eſt par
là que ces liqueurs engendrent
goutte , la gravelle , la pierre , & qu'elles cauſent des vapeurs , des affections convulfives , des rhumatiſmes, des apoplexies & des paralyfies. Cela
fe prouve par experience. On
verfe de l'efprit de vin bien
rectifié fur la ferofité du fang ,
cette ferofité qui eft claire fe
grumelle auffi toft & fe caille
en une maſſe blanche , & elle
fe durcit peu à peu comme du
blanc d'œuf cuit , fi on la tient
GALANT 135
à une moyenne chaleur de digeftion. L'efprit de vin caille
la bile de la même maniere.
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Résumé : Observations Anatomiques, qui regardent la santé, & qui font connoistre le mal que cause ordinairement l'excès du Vin. [titre d'après la table]
L'article examine les conséquences de l'abus d'alcool à travers le cas d'un homme décédé après des années de consommation excessive de vin et de liqueurs spiritueuses. Cet homme avait souffert de phrénésie violente et était mort d'un abcès au foie. Les médecins ont attribué ses troubles à l'alcoolisme et à une opération chirurgicale. Pendant sa maladie, l'administration d'opium avec de l'esprit de vin aggravait ses accès, tandis que l'opium dilué dans l'eau le calmait. Un médecin présent a souligné les dangers des liqueurs spiritueuses, souvent perçues à tort comme fortifiantes. Ces substances augmentent la rigidité des fibres corporelles, épaississent et coagulent les sucs, causant diverses maladies comme la goutte, la gravelle, les apoplexies et les paralysies. Une expérience a montré que l'esprit de vin rectifié solidifie le sang et la bile, confirmant ses effets délétères.
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10
p. 76-77
Maladie de M. le Duc du Maine. [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche septiéme Juin on eut à la Cour & à [...]
Mots clefs :
Maladie, Duc du Maine
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texteReconnaissance textuelle : Maladie de M. le Duc du Maine. [titre d'après la table]
Le Dimanche septieme
Juin on eut à la Cour& à
la Ville une grandeAlarme
,
sur un accident qui 1
parut menacer d'une maladie
dangereuse,Son Alresse
SerenissimeMonseigneur
le Duc du Maine
; mais cette alarme
cessa le lendemain&la
joye universe llequiparut
quand on aprit que cette
maladie n'auroic aucune
suite, marque l'estime ôc lavénération que tous le
monde a pour ce Prince.
Juin on eut à la Cour& à
la Ville une grandeAlarme
,
sur un accident qui 1
parut menacer d'une maladie
dangereuse,Son Alresse
SerenissimeMonseigneur
le Duc du Maine
; mais cette alarme
cessa le lendemain&la
joye universe llequiparut
quand on aprit que cette
maladie n'auroic aucune
suite, marque l'estime ôc lavénération que tous le
monde a pour ce Prince.
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11
p. 3-9
Extrait d'une Lettre d'Alemagne.
Début :
Le Roy de Suede est toûjours à Bender avec un corps [...]
Mots clefs :
Roi de Suède, Maladie, Allemagne, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre d'Alemagne.
Extrait d'une Lettre
d'Alemagne.
,
Le Roy de Suede est toûjours
à Bender anjec un corps
deTroupes Ottomanes qui doit
lny servir d'forte ey on ne
sçait point encore précisement
quand ce Prince en partira.
La réponse que le grand Visir
a faite sur les plaintes que S.
A4. S. & le Kan des Tartares
ont portées contre luy
,
riefl
pas demeuréésansreplique&
les Lettres de Constantinople
continuent de dire qu'il y a
fort à craindre pour le grand
vi;cir, parce que le Czar ne
'Veut executer aucun des Articles
du Traitédepaix tant que
le Roy de Suede sera dans
l'Empire du GrandSeigneur.
Cependant l'Armée des Turcs
l'si toujours sur lesbords du
Danube, & la faison est si
avancée qu'oncroit qu'elle ne
pourra rien entreprendre quand
même on auroit de~sein deforcer
le CKara% executer les conditions
de sonTraité.
CePrince partit le iG.
Octobre de Carelsbaden ; il
devoit se rendre à TorgdW
pour y assister à la Ceremonie
du Adanâge du Prince hereditaire
de Moscovie son fils,
avec la Princesse de Wolsembutel
,
après quoy il devoit
aller à Elbing,& de-là à
Petersbourgsa nouvelle Ville,
dans le Golphe de Finlande.
Les Danois sont toujours
devant Stralzundsans avan..
cer lesiege faute degros canon.
Les Suedois font de temps en
temps des sorties. Ils en firent
une le 20. Octobre dans laquelle
ils tuerent beaucoup de
monde. Les Suedois ont reçti
quelque secours dans I'IJIj de
Rugenparplusieurs Vais aux
de transport quiyfont arri'Ve:{.
L'on ~assare que la contagion
rft dans la Flotte Danoise, cque
ce mal diminuë beaucoup
à Copenhague.
Ily a dans la Hongrie ,
dans la Transylvanie cm dans
l3A'ntriche
, une maladie qui
s'estjettéesur le gros bestail
:J
de maniere qu'en peu de temps
ilyestmort la plusgrande partie
des Boeufs &des Saches ,
ÇjT* cjiicn beaucoup d'endroits
les Passans ne front pas en
état de labourer leurs Terres,
Ony a envoyé de Vienne des
Medecins & des Chirurgiens
sur les lieux pour tascher de
découvrir le principe du mal
,
&y aporter du rmede ; mais
,
les Modemssontrevenus sans
y avoir pû rien connoistre.
Le dommage causé par le
coup de foudre qui tomba le
z6, Aoustsur la Tour de
Sainte Elisabeth à Hetmanftad
en Transylvanie
, (si tresconsiderable.
Le Magasin de
poudre qui étoit dans cette
Tour lafit sauterenl'air, en
renversa plusieurs autres avec
une partie du Rempart; ily
eut soixante& trois Maisons
fe~ntfirè~refm~ernt~ruïn,éesc,f~cfe<nt ?qu~a.
rante autresfort endommages,
toutes les vitres des ifneflrcs de
toutes les autres Maisons tant
de laVillequedesfauxbourgs,
furent brisees
, & un grand
nombre de personnes furent écrasées
, OU moururent de
frayeur.
d'Alemagne.
,
Le Roy de Suede est toûjours
à Bender anjec un corps
deTroupes Ottomanes qui doit
lny servir d'forte ey on ne
sçait point encore précisement
quand ce Prince en partira.
La réponse que le grand Visir
a faite sur les plaintes que S.
A4. S. & le Kan des Tartares
ont portées contre luy
,
riefl
pas demeuréésansreplique&
les Lettres de Constantinople
continuent de dire qu'il y a
fort à craindre pour le grand
vi;cir, parce que le Czar ne
'Veut executer aucun des Articles
du Traitédepaix tant que
le Roy de Suede sera dans
l'Empire du GrandSeigneur.
Cependant l'Armée des Turcs
l'si toujours sur lesbords du
Danube, & la faison est si
avancée qu'oncroit qu'elle ne
pourra rien entreprendre quand
même on auroit de~sein deforcer
le CKara% executer les conditions
de sonTraité.
CePrince partit le iG.
Octobre de Carelsbaden ; il
devoit se rendre à TorgdW
pour y assister à la Ceremonie
du Adanâge du Prince hereditaire
de Moscovie son fils,
avec la Princesse de Wolsembutel
,
après quoy il devoit
aller à Elbing,& de-là à
Petersbourgsa nouvelle Ville,
dans le Golphe de Finlande.
Les Danois sont toujours
devant Stralzundsans avan..
cer lesiege faute degros canon.
Les Suedois font de temps en
temps des sorties. Ils en firent
une le 20. Octobre dans laquelle
ils tuerent beaucoup de
monde. Les Suedois ont reçti
quelque secours dans I'IJIj de
Rugenparplusieurs Vais aux
de transport quiyfont arri'Ve:{.
L'on ~assare que la contagion
rft dans la Flotte Danoise, cque
ce mal diminuë beaucoup
à Copenhague.
Ily a dans la Hongrie ,
dans la Transylvanie cm dans
l3A'ntriche
, une maladie qui
s'estjettéesur le gros bestail
:J
de maniere qu'en peu de temps
ilyestmort la plusgrande partie
des Boeufs &des Saches ,
ÇjT* cjiicn beaucoup d'endroits
les Passans ne front pas en
état de labourer leurs Terres,
Ony a envoyé de Vienne des
Medecins & des Chirurgiens
sur les lieux pour tascher de
découvrir le principe du mal
,
&y aporter du rmede ; mais
,
les Modemssontrevenus sans
y avoir pû rien connoistre.
Le dommage causé par le
coup de foudre qui tomba le
z6, Aoustsur la Tour de
Sainte Elisabeth à Hetmanftad
en Transylvanie
, (si tresconsiderable.
Le Magasin de
poudre qui étoit dans cette
Tour lafit sauterenl'air, en
renversa plusieurs autres avec
une partie du Rempart; ily
eut soixante& trois Maisons
fe~ntfirè~refm~ernt~ruïn,éesc,f~cfe<nt ?qu~a.
rante autresfort endommages,
toutes les vitres des ifneflrcs de
toutes les autres Maisons tant
de laVillequedesfauxbourgs,
furent brisees
, & un grand
nombre de personnes furent écrasées
, OU moururent de
frayeur.
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Résumé : Extrait d'une Lettre d'Alemagne.
Le roi de Suède est toujours à Bender, entouré de troupes ottomanes, et sa date de départ reste incertaine. Le grand visir a répondu aux plaintes du tsar et du Khan des Tartares, mais la situation reste tendue. Le tsar refuse d'exécuter les articles du traité de paix tant que le roi de Suède restera dans l'Empire ottoman. L'armée turque est positionnée sur les bords du Danube, mais la saison avancée rend improbable toute action militaire. Le tsar a quitté Carlsbad le 16 octobre pour assister au baptême de son petit-fils à Torgau, puis se rendre à Elbing et enfin à Petersbourg. Les Danois assiègent Stralsund sans succès, tandis que les Suédois effectuent des sorties, comme celle du 20 octobre. La flotte danoise est touchée par la contagion, mais la situation s'améliore à Copenhague. En Hongrie, Transylvanie et Autriche, une maladie affecte le bétail, rendant impossible le labour des terres dans certaines régions. Des médecins ont été envoyés pour enquêter, sans succès. Un coup de foudre a causé des dégâts considérables à la tour de Sainte Élisabeth à Hetmanstadt en Transylvanie, détruisant plusieurs bâtiments et blessant de nombreuses personnes.
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12
p. 90-106
NOUVELLES de divers endroits.
Début :
De Gironne le 26. Aoust. Mr le Marquis de Brancas [...]
Mots clefs :
Gironne, Fête, Bayonne, Gênes, Milan, Hambourg, Incendie, Leipzig, Tempête, Mortalité, Bétail, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de divers endroits.
NOUVELLESde
divers endroits.
De Gironne le 2.6.Aoufl.
Mr le Marquis de Brancas,
Lieutenant General des
Armées du Roy, Gouverneur
de Gironne, & Commandeur
de l'Ordre Militaire
de S. Louis, a donne une
grande Feste pour honorer
la mémoire de ce Sainr
,
&
pour donner des marques
de son zele au Roy ,à Sa
Majesté Catholique, &, à
Monseigneur le Prince des
Asturies, qui en porte le
nom.
Le 24 il ordonna aux
Trompettes de la Ville d'avertir
les Habitans d'illuminer
le soit toutes lesfenêtres
de leurs maisons; ce qui suc
cxecuté avec toutes les marques
d'un zele des plus ar..
dents.
Le 15. jour de laFeffe de
Saint Louis) Mr le Comto:
de Ficnnes. Lieutenant ge-
,
neral des Arméesdu Roy,
& Commandant enchefles
Troupes sur la Fronticre
Chevalier de Saint Louis;
Mr le Marquis deCaylus;
& Mr de Rignolet
,
Maré.
chauxdeCamp;Mr le
Comte de Valouse, & Mr
le Comte de Parabere,Brigadiers
; Mr de Grcfigny,
Lieutenant de Roy de la
Place; Mr deReding-, Cofanel;
Mr du Chayla,Ingénieur,
&c Chevalier deSaint
Louis;FEcac Major, & plufittiVs
Officiers des Quartiers
voisins, allèrent le matin
faire compliment à Mr le
Gouverneur,ainsi que le
Clergé dela Ville- laNo-
0
blesse, les Jurats, & les principaux
Bourgeois, & chacquuentl.
uluyypprercsfecnnttaauunn BBoouu--'
Toute cette Assemblée
se rendit ensuite dans une
Paroisse du Mercadal quiest
commune aux Religieuses
de Saint Bernard, où l'on
chanta une grande Mcffe en
Musique qui finit par le verset
Domine salvum sac Re..
gem.
L'aprésdinée il y eut un
grand Concert de voix &
dinstrumcns dans la maison
de Mr Prats, Gentilhomme
distingué &, premier Juratde
la Ville ,où logeoit Mr
le Marquis de Caraffa Seigneur
Napolitain, Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté Catholique;
Les Dames, quiestoientmagnifiquement
parées, furenc
placéessur des chaises&sur
des Carreaux à la maniere
Espagnole, selonleur rang.
dans une Salle fort spacieuse
illuminée par un grand
nombre de lustres, de girandoles
&de consoles garnies
de bougies.
On y servit une grande
, Collation, a prèslaquelle on
tira un beau Feu d'artifice
,
de l'invention de Mr de la
Grange. Il estoit dressé dans
la grande Place de la Ville;
C'étoit un Arcde Triomphe
defigurecxagonalc quifoû+
tenoit une cfpeccdelcl-lâé
! teau àquatre pans,orne d'un
) côtré d'Ecussons aux Armes
de France, & de l'autre d'Ecussons
des Armes d'Espa-
! gne,&entouré d'une balustrade
de Fleurs- delys,La
Statue Equestre de S, Louis
qui estoit au haut, sembloit
! détruire par des foudres qui
i
partoienc de sa main droite
quatre figures de Maures
qui representoient l'Herefie,
l'Idolâtrie, & les Sarrafins,
dont il avoir délivré la
Cité sainte; & les deux côtezoù
il n'y avoir pointd'E.
cussonsetoient garnis d'Emblêmes
à la loüange des deux
Rois, & du Gouverneur.
:
Une triple salve de prés
de cent pieces de canon fut
lesignalde l'exécution dece
Feu, après laquelle Mr le
Marquis de Brancas donna
un soupémagnifique.
De
DeBayonne le 24. Octobre.
La ReineDouairiere d'Espagne
ayantsouhaité daller
passer quinze jours au Château
de Bidache appartenant aMrle Duc de Grammont,
choisit Mr de Larretigny,
Commissaire Ordonnateur
des Classes au Département
de Bayonne, pour l'y conduire
,
Sa Majesté s'embarqua
le 22.. à neuf heures du
matin dans une Chaloupe
dela diligence avec laquelle
Mr de Larretigny ravoir:
fait conduire, qu'elle luy fit
l'honneur de le gratificr dune
tabattiere magnifique.
De Genes le 17.Octobre.
L'Archiduc débarquaicy
le 12. au matin; mais il ne
voulut point s'y arrester,
quoy qu'on luy eust fait
préparer un Logement: il
réfusa aussi les prefçnsde la
République, fous prétexte
qu'elle n'a point voulu le
reconnaître pour Royd'EC
pagne:il monta dans sa Calèche
à la sortie de la Chaloupe
qui le Init à terre, &
pritlaroute de Milan.
De Milanleil.Octobre
Depuis le 12. que l'Archiduc
est arrivé icy plusieursSeigneursy
font venus
le salüer
,
& entrautres le
Duc d'Ucede qui a quitté le
service du Roy Philippe V.
& qui cependant n'a pasesté
reçu par ce nouveau
Maistre, avec autant d'agrément
qu'ill'esperoit. Ce
Prince mange tous les jours,
en public, travaille avec ses
Ministres aux moyens de
trouver lesgrosses sommes
dont ila besoin. Le 157 le
Comte de Windischras,
Envoyé par l'Ambassadeur
de l'Archiduc à Francfort
luy aporta la nouvelle de
son Election à l'Empire.
Le Prince d'A vellino, & le
Marquis de Prié arriverent
le mesme jour de Rome.
On atrend un Depucé de la
Dicte Electorale qui aporte
l'Actedel'Election, & le
Cardinal Légat que le Pape
envoye pour complimenter
ce Prince.
De Hambourg le 6 Novembre
Le feu ayant pris à
Alrena le 2. de ce mois,
plus de trois cens maisons
ont este brulées, ainsi que
le Quartier des Juifs & leur
Synagogue; on y envoya
d'icy plusieurs Pompes pour
esteindre le feu avec des
Massons & des Charpentiers
; Mais telles coupures
que l'on fist dans les bastimens,
on ne put l'empescher
de le communiquer
des uns aux autres, & cet
incendie ne fut arresté que
le lendemain à cinq heures
du soir.
La Ville de Prestoë,
sicuée prés de la pointe
Méridionale de l'Iste de
de Zéeland, a esté entiere
mentréduiteen cendres.
De Leipfikle 5. Novembre.
Il fit hier une tempeste
si extraordinaire; qu'elle a
renversé pluficurs maisons,
déraciné & abbatu une
grande quantité d'arbres
dans les Forests & ailleurs,
rüiné les Jardins que le Roy
Auguste avoit fait faire
proche du Château de
Dresdec; & cette mesme
tempeste a fait perir un
Yacht magnifiquedel'Electeur
de Brandebourg.
DeVienne le 2. Novembre.
La mortalité parmy le
bettail dans l'Autriche &
»
dans la Hongrie est incroyable.
PouZrD peu que cela
dure l'on fera contraint
•
d'y vivre sans viande, san
beurre, sans fromage, &
sans laitage; & comme le
labour des Terres se fait
en ces Pays là presque uniquement
avec des Boeufs,il
y a beaucoup de Terres qui
y resteront en friche.Cette
maladie qui a d'abord règne
dans la Transylvanie, n'y a
presgue, laissé ni Boeufs,. ni
Vaches ni Moutons..
De Rome le 24. Octobre,
On reçut la semaine
dernière plusieursLettres
de Ferrare, portant que la
mortalité du bestail augmenroit
considerablement
dans le Veronois, le Vicentin
,
& le Padouan
, ce qui
faisoit aprehenderla contagion.
Ces lettres ayant (fié
luës dans la Congrégation
de la Consulte, il a esté
ordonné de prendre toutes
lesmesuresnecessaires pour
empêcher qu'il n'entrast
dans l'Etat Ecclesiastique
aucuns bestiaux venant de
ces Pays là, & on a recommandé
au Cardinal Impe.
rialc qui va à Milan de ne
passer paraucundesendroits
qui sont infectez de cette
maladie.
divers endroits.
De Gironne le 2.6.Aoufl.
Mr le Marquis de Brancas,
Lieutenant General des
Armées du Roy, Gouverneur
de Gironne, & Commandeur
de l'Ordre Militaire
de S. Louis, a donne une
grande Feste pour honorer
la mémoire de ce Sainr
,
&
pour donner des marques
de son zele au Roy ,à Sa
Majesté Catholique, &, à
Monseigneur le Prince des
Asturies, qui en porte le
nom.
Le 24 il ordonna aux
Trompettes de la Ville d'avertir
les Habitans d'illuminer
le soit toutes lesfenêtres
de leurs maisons; ce qui suc
cxecuté avec toutes les marques
d'un zele des plus ar..
dents.
Le 15. jour de laFeffe de
Saint Louis) Mr le Comto:
de Ficnnes. Lieutenant ge-
,
neral des Arméesdu Roy,
& Commandant enchefles
Troupes sur la Fronticre
Chevalier de Saint Louis;
Mr le Marquis deCaylus;
& Mr de Rignolet
,
Maré.
chauxdeCamp;Mr le
Comte de Valouse, & Mr
le Comte de Parabere,Brigadiers
; Mr de Grcfigny,
Lieutenant de Roy de la
Place; Mr deReding-, Cofanel;
Mr du Chayla,Ingénieur,
&c Chevalier deSaint
Louis;FEcac Major, & plufittiVs
Officiers des Quartiers
voisins, allèrent le matin
faire compliment à Mr le
Gouverneur,ainsi que le
Clergé dela Ville- laNo-
0
blesse, les Jurats, & les principaux
Bourgeois, & chacquuentl.
uluyypprercsfecnnttaauunn BBoouu--'
Toute cette Assemblée
se rendit ensuite dans une
Paroisse du Mercadal quiest
commune aux Religieuses
de Saint Bernard, où l'on
chanta une grande Mcffe en
Musique qui finit par le verset
Domine salvum sac Re..
gem.
L'aprésdinée il y eut un
grand Concert de voix &
dinstrumcns dans la maison
de Mr Prats, Gentilhomme
distingué &, premier Juratde
la Ville ,où logeoit Mr
le Marquis de Caraffa Seigneur
Napolitain, Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté Catholique;
Les Dames, quiestoientmagnifiquement
parées, furenc
placéessur des chaises&sur
des Carreaux à la maniere
Espagnole, selonleur rang.
dans une Salle fort spacieuse
illuminée par un grand
nombre de lustres, de girandoles
&de consoles garnies
de bougies.
On y servit une grande
, Collation, a prèslaquelle on
tira un beau Feu d'artifice
,
de l'invention de Mr de la
Grange. Il estoit dressé dans
la grande Place de la Ville;
C'étoit un Arcde Triomphe
defigurecxagonalc quifoû+
tenoit une cfpeccdelcl-lâé
! teau àquatre pans,orne d'un
) côtré d'Ecussons aux Armes
de France, & de l'autre d'Ecussons
des Armes d'Espa-
! gne,&entouré d'une balustrade
de Fleurs- delys,La
Statue Equestre de S, Louis
qui estoit au haut, sembloit
! détruire par des foudres qui
i
partoienc de sa main droite
quatre figures de Maures
qui representoient l'Herefie,
l'Idolâtrie, & les Sarrafins,
dont il avoir délivré la
Cité sainte; & les deux côtezoù
il n'y avoir pointd'E.
cussonsetoient garnis d'Emblêmes
à la loüange des deux
Rois, & du Gouverneur.
:
Une triple salve de prés
de cent pieces de canon fut
lesignalde l'exécution dece
Feu, après laquelle Mr le
Marquis de Brancas donna
un soupémagnifique.
De
DeBayonne le 24. Octobre.
La ReineDouairiere d'Espagne
ayantsouhaité daller
passer quinze jours au Château
de Bidache appartenant aMrle Duc de Grammont,
choisit Mr de Larretigny,
Commissaire Ordonnateur
des Classes au Département
de Bayonne, pour l'y conduire
,
Sa Majesté s'embarqua
le 22.. à neuf heures du
matin dans une Chaloupe
dela diligence avec laquelle
Mr de Larretigny ravoir:
fait conduire, qu'elle luy fit
l'honneur de le gratificr dune
tabattiere magnifique.
De Genes le 17.Octobre.
L'Archiduc débarquaicy
le 12. au matin; mais il ne
voulut point s'y arrester,
quoy qu'on luy eust fait
préparer un Logement: il
réfusa aussi les prefçnsde la
République, fous prétexte
qu'elle n'a point voulu le
reconnaître pour Royd'EC
pagne:il monta dans sa Calèche
à la sortie de la Chaloupe
qui le Init à terre, &
pritlaroute de Milan.
De Milanleil.Octobre
Depuis le 12. que l'Archiduc
est arrivé icy plusieursSeigneursy
font venus
le salüer
,
& entrautres le
Duc d'Ucede qui a quitté le
service du Roy Philippe V.
& qui cependant n'a pasesté
reçu par ce nouveau
Maistre, avec autant d'agrément
qu'ill'esperoit. Ce
Prince mange tous les jours,
en public, travaille avec ses
Ministres aux moyens de
trouver lesgrosses sommes
dont ila besoin. Le 157 le
Comte de Windischras,
Envoyé par l'Ambassadeur
de l'Archiduc à Francfort
luy aporta la nouvelle de
son Election à l'Empire.
Le Prince d'A vellino, & le
Marquis de Prié arriverent
le mesme jour de Rome.
On atrend un Depucé de la
Dicte Electorale qui aporte
l'Actedel'Election, & le
Cardinal Légat que le Pape
envoye pour complimenter
ce Prince.
De Hambourg le 6 Novembre
Le feu ayant pris à
Alrena le 2. de ce mois,
plus de trois cens maisons
ont este brulées, ainsi que
le Quartier des Juifs & leur
Synagogue; on y envoya
d'icy plusieurs Pompes pour
esteindre le feu avec des
Massons & des Charpentiers
; Mais telles coupures
que l'on fist dans les bastimens,
on ne put l'empescher
de le communiquer
des uns aux autres, & cet
incendie ne fut arresté que
le lendemain à cinq heures
du soir.
La Ville de Prestoë,
sicuée prés de la pointe
Méridionale de l'Iste de
de Zéeland, a esté entiere
mentréduiteen cendres.
De Leipfikle 5. Novembre.
Il fit hier une tempeste
si extraordinaire; qu'elle a
renversé pluficurs maisons,
déraciné & abbatu une
grande quantité d'arbres
dans les Forests & ailleurs,
rüiné les Jardins que le Roy
Auguste avoit fait faire
proche du Château de
Dresdec; & cette mesme
tempeste a fait perir un
Yacht magnifiquedel'Electeur
de Brandebourg.
DeVienne le 2. Novembre.
La mortalité parmy le
bettail dans l'Autriche &
»
dans la Hongrie est incroyable.
PouZrD peu que cela
dure l'on fera contraint
•
d'y vivre sans viande, san
beurre, sans fromage, &
sans laitage; & comme le
labour des Terres se fait
en ces Pays là presque uniquement
avec des Boeufs,il
y a beaucoup de Terres qui
y resteront en friche.Cette
maladie qui a d'abord règne
dans la Transylvanie, n'y a
presgue, laissé ni Boeufs,. ni
Vaches ni Moutons..
De Rome le 24. Octobre,
On reçut la semaine
dernière plusieursLettres
de Ferrare, portant que la
mortalité du bestail augmenroit
considerablement
dans le Veronois, le Vicentin
,
& le Padouan
, ce qui
faisoit aprehenderla contagion.
Ces lettres ayant (fié
luës dans la Congrégation
de la Consulte, il a esté
ordonné de prendre toutes
lesmesuresnecessaires pour
empêcher qu'il n'entrast
dans l'Etat Ecclesiastique
aucuns bestiaux venant de
ces Pays là, & on a recommandé
au Cardinal Impe.
rialc qui va à Milan de ne
passer paraucundesendroits
qui sont infectez de cette
maladie.
Fermer
Résumé : NOUVELLES de divers endroits.
Le texte relate divers événements survenus dans plusieurs villes européennes. À Gironne, le 2 juin, le Marquis de Brancas, Lieutenant Général des Armées du Roi, Gouverneur de Gironne et Commandeur de l'Ordre Militaire de Saint Louis, a organisé une grande fête en l'honneur de Saint Louis. Le 24 juin, il a ordonné aux trompettes de la ville d'avertir les habitants d'illuminer leurs fenêtres. Le 15 juin, divers dignitaires, dont le Comte de Fiennes, le Marquis de Caylus, et plusieurs brigadiers, ont rendu hommage au Gouverneur. Une messe solennelle a été chantée dans une paroisse, suivie d'un concert et d'un feu d'artifice dans la grande place de la ville. À Bayonne, le 24 octobre, la Reine Douairière d'Espagne a souhaité passer quinze jours au Château de Bidache, appartenant au Duc de Grammont. Elle a choisi Monsieur de Larretigny pour la conduire et l'a récompensé d'une tabatière magnifique. À Gênes, le 17 octobre, l'Archiduc a débarqué mais a refusé les honneurs de la République et a pris la route de Milan. À Milan, le 11 octobre, plusieurs seigneurs, dont le Duc d'Ucede, ont salué l'Archiduc. L'Archiduc a reçu la nouvelle de son élection à l'Empire et a travaillé avec ses ministres pour trouver des fonds. À Hambourg, le 6 novembre, un incendie a détruit plus de trois cents maisons à Alrena, y compris le quartier des Juifs et leur synagogue. La ville de Prestoë a été entièrement réduite en cendres. À Leipzig, le 5 novembre, une tempête a causé des dégâts importants, renversant des maisons et détruisant des jardins. À Vienne, le 2 novembre, une épidémie a décimé le bétail en Autriche et en Hongrie, menaçant l'agriculture et l'alimentation. À Rome, le 24 octobre, des lettres de Ferrare ont signalé une augmentation de la mortalité du bétail dans plusieurs régions, incitant les autorités à prendre des mesures pour empêcher la contagion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 1-38
LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
Début :
L'Esté dernier un riche Bourgeois de Paris alla faire [...]
Mots clefs :
Médecin, Amant, Amour, Dame, Mariage, Mari, Fille, Maladie, Malade, Désespoir, Enceinte, Rupture, Femme grosse, Colère, Rouen, Paris, Père
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
ieJnt7iue1rnetMçoiéiimsdoainreslseuyrumnoeavanture,
je vrJudroü
pour l'amour du Lecteur,
quellefût-inotos verita-
,
ble (f'plw jolie ,elle MOIriteroit
mieux le nom
d'Historiette que jeiluy
donné feulefnent parcs
quon en <veu\ une chaque,
mois ,
pardonnez, U
négligence du style,,, les
lm'oissontbien cours pour Autheur du ivercore.
LE BON MEDECIN,
HISTORIETTE. L £ftc dernierunriche
Bourgeois de
Paris alla faire un voyage
à Rouen, & laissa
chez lui sa fille, pour
avoirsoin de son ménage,
elle prit tant de plaisirà
le gouverner, que
cela luy donna envie
d'en avoir un à elle; un
jolivoisin qu'elle voyoit
quelquefois fortisioit
beaucoup cette envie,
elle l'aimoit,elle en étoit
aimée, en un mot ils se
* convenoient, c'étoit un
mariage fait, il n'y manquoitque
le consentement
dupere, &ils ne
doutoient point del'obtenir
àson retour : il$
se repaissoient un jour
ensemblede cette douce
efpprance, lorsque la
fillereçût une lettre de
ce pere absent,; elle ouvre
la lettre,la lit, fait
,
un cri, & la laisse tomber
: l'amant la ramasse,
jette les yeux dessus, Be
.faitun autre cri.CrueLlesurprisepour
ces deux
tendres amans!pendant
qquueecectettetfei4l..1lte se marioic
de san côté, le pere l'avoit
mariée du fien, &c
luy écrivoit quelle se
préparât à recevoir un
mary qu'illuy amenoit
de Roüen.
Quoiqu'il vienne de
t bons maris de ce pays- là, elle aimoit mieux
celui de Paris. La voila
desolée
,
son ainant se
desespere] après les
pleurs & les plaintes on
songe au remede
,
la
fille n'en voit point
d'autre pour prévenir
un si cruel mariage qua
de mourir de douleur
avant que son pere arrive.
Le jeune amant
imagina quelque chofç
de mieux, maisil n'osa
dé-1 couvrir s{'on ddesrs("ein et
sa maîtress.Non,difoitil
en luy-même, elle
n 'approuvera jamais un
projet si hardi, mais
quand j'aurai réiïfli, elle
me pardonnera la hardiesse
de l'entreprise, les
Dames pardonnent fouvent
ce qu'elles n'auroient
jamais permis.
Notreamantlaconjura
de seindre une maladie
subite pour favoriser un
dessein qu'il ayoit, &
sans s'expliquer davantage
il courut à l'expedient
qui nétoit pas
pas trop bien concerté:
Le jeune homme étoit
vif, amoureux & étourdi,
a cela près très raisonnable
:mais les
amans les plus raisonnables
ne sont pas ceux
qui réussissent le mieux.
s: Célui-ci s'étoit souvenu
a propos qu'un
Medecin de Rouen ctoic
arrive chez un ,a~utre Medecin son frere, qui
logeoit chez un de ses
amis; il s'imagina !que
celMédecin de Rôiléh
pourroit bien être Ton.
rival, il prit ses mesures
là-dessus.
'*.Tl. etoit
-
allez beau
garçonpour avoir couru
plusiéurs fois'le bal
en habit de fille.A ce
déguisement,Soutenu
d'une voixunpeu fe^
minine,il ajouta un corset
garni d'ouatre à peu
pré^jufeju^ala grosseur
Convenable à une fille
enceinte de sept àdlUic
mois:ainsidéguisé dans
une chaise à porteur,
sur la brune il va mysserieusement
chez le
Medecin, se. dourantf
bien que le secret qu'it
alloit luiconfier fcroiei
bientôt revelé à Fautro
Medecinson frere ; La
choseluyrétissit mieux!
encore, car le Medecin
de Paris n'étoit point
chez luy
3
n'y devoit
rentrer que fort tard, &
le Médecin de Rouën
étoit arrivé ce jour-là ,
&C se trouvant dans la
salle se crut obligé de
recevoir cette Dame 1
qui avoitl'aird'unepratique
im portance pour
son frère. Ilengageala
conversation avec la
fausse fille, qui ne luy
laissoit voir son visage
qu'à travers une cocfFer
Elle luy tint des discours
propres à exciter
la curiosité, & paroissoit
prend re confiance
aux fiens à mesure qu'il
étaloit son éloquence
provinciale pour luy
paraître le plus habile
ce le plus discret Medecin
du monde. Dés qu'-
elle eut reconnu son
homme pour être celuy
qui la dévoie épouser,;
c'est-à-dire qui dévoie
épouser sa maîtresse dont il vouloit faire , ici
le personnage
)
il tirât
son mouchoir, se migt
à pleurer & sanglotter
fous ses coësses, & après
quelqu'une de ces ceremonies
de pudeur que
l'usage a presquautant
abrégées que les autres
ceremonies du vieux
temps; il parla au Me"
decin en ces termes.
Monsieur ,vous me
paroissez si habile M si
galant homme, que ne
connoissant pas Monsieur
vôtre frere plus
.) que vous,jaime encof
rree mieux me ccoonn-fsieir %àa
vous qu'a luy: esuite
la considence se fit presque
sans parler, la jeune
personneredoubla
¡
les pleurs, Se entr'ouvrant
son écharpe pour
faire voir la tailled'une
femmegrosse,elle dit,
Vous voyez, la plus malheureusefille
dumonde.
LeMedecin des plus
habiles, connut, sans
luy tâter le poulx, de
quelle maladie elle vou- loitguérir,il luy dit,
pour la consoler, qu'il
couroit beaucoup de ces
maladies-là cette année
6C qu'apparemment on
luy avoit promis ma*.
riage,helas !oüi, repliqua-
t-elle, mais le
malheureuxqui m'a séduiten'a
ni parole,ni
honneur.
Aprés plusieurs invectivescontre
le se..
tduâxur .& contre ellemême
,elleconjura Ile
: Medecin de luy donner
quelqu'unde cesremedes
innocens,qui précipitent
le dénouëment
del'avanture,parce
«
qu'elle attendoit dans
vpeuiunn Mcarey d.e Pro-
Quoique leMedecin
nes'imaginapasd'abord
qu'il put être ce Mary
de Province qu'on attendoit,
il ne laissa pas
d'avoir plus de curiosité
qu'il n'enavoit eu
jusques-là, & pour s'attirer
Uconfidence entiere
,
il redoubla ses:
protestations de zele ÔC
dediscretion, Enfin
aprés
aprés toutes les simagréesnecessaires
nôtre
jeune homme déguisé
luy dit : Je fuis la fille
d'un tel, qui m'a écrit
de Rouën, qu'il m'avoit
destinée un honnê-
, te homme, mais tel qu'il
soit, on est trop heureuse
de trouver un Mary
a prés avoir ététrompée
par un amant. Vous
comprenez bien quel
fut l'effet d'une telle
confidence sur le Medecin,
qui crut voir sa
future épouse enceinte
par avance, il demeura
immobile, pendant que
luy embrasant les genoux,
elle le conjuroit
de conduire la chose de
sa çon, queni sonPere,
ni le Mary qu'elle attendoit,
ne pût jamais
soupçonner sa sagesse.
Le Medecin prit ladessus
le parti de la difcretion,
& sans témoigner
qu'il fût l'honnête
homme, que l'on vouloit
charger de l'iniquité
d'autrui, il offrit son
secours, mais on ne l'accepta
qu'à condition
qu-il ne la verroit point
chez son Pere, on fupposoit
quele Medecin
feroit assez delicat pour
rompre un tel mariage,
& assezhonnête homme
pournepoint dire
la cause de la rupture.
Le Medecinallachez
Je Pere dés qu'il le fçut
arrivé, ce Pere luy dit
avec douleur qu'il avoit
trouvé - en arrivant sa
fille tres malade,& ce#*
lui-ci, qui croyoitbien
sçavoir quelle étoit sa
maladie, inventa plusieurs
pretextes de rupture,
mais le Pere esperant
que la beauté de
sa fille pourroitrenouër
cette affaire qu'il souhaittoit
fort, mena nôtre
homme voir la malade
comme Medecin, J
i&C elle le reçût comme
tel, ne se doutant point
qu'ilfût celuiqu'on lui
vouloit donner pour
mary, son Pere n'avoit
encor eu là-dessus aucun
éclaircissemetavec elle,
tla voyant trop mal pour
luiparler si-tôt de mariage
;le Medecin, qu'il
[pria d'examiner la ma- ladie de sa fille, parla
avec toute la circonspey<
5tion d'un homme, qui
ne vouloit rien approfondir;
il demanda du*
temps pour ne point
agir imprudemment,
cette discretion plût
beaucoupà la malade,
elle crût que
connoissant
bien qu'elle fei-1
gnoit cette maladie, &:Il
qu'elle avoit quelque
raison importante pour
feindre, il vouloit lui
rendre service; dans
cette idée elle le gracieusa
fort, il répondit
à ses gracieusetez en
Medecin qui sçavoit le
monde, en forte que cette
consultation devint
insensiblement uneconversation
galante, cc&
assez la methode de nos
Consultans modernes,
&C elle vaut bien,pour
les Dames, celle des anciens
Sectateurs d'Hipocrates.
Letouragreable
que prit cette entrevue
,donna de la gayeté
au Pere, qui dit en badinant,
que comme Perc
discret illaissoit sa fille
consulter en liberté son
Medecin,& les quitta,
croyant s'appercevoir
qu'ils ne se déplaifoient
pas l'un à l'autre.
Voila donc le Medecin
& la malade en liberté
, leur tête-à-tête
commença par le silence,
la fille avoit remarqué
dans ce Medecîn
tous les sentimens d'un
galant homme, mais
elle hesitoit pourtant
encor
encore à lui con fier
son secret. Lui de son
côténecomprenoic pas
bien pourquoy elle hesitost
tant; si l'on fc
souvient icy de l'entrevue
du Medecin & de
l'amant déguisé en fille
enceinte, on comprendra
qu'une si grande
refcrvc dans cette fille
tquil croyoit la racine,
devoit le surprendre;
cependant il y a des
filles si vertueuses,qu'-
un secondaveu leur
coûte presque autant
que le premier. Nôtre
Medecintâchade rIapa
peller en celle-cy cette
confiance dontil croyoit
avoir été déja honoré.
Cela produisit une
conversation équivoque,
qu'on peut aisément
imaginer, la fille
lui parloit d'une maladie
qu'elle vouloit feindre
pour éloigner un '¡
mariage, & le Medecin
d'une autre maladie
plus réelle, dont il croyoit
avoir été déja le
confident. Quoyqu'il
touchât cette corde tres
delicatement, la fille en
fremit de surprise &
d'horreur
,
elle pâlit,
elle rougit,elle se trouble,
tous ces symptomes
étoient encor équivoques
pour le Medecin,
la honte jointe au
repentir fait à peu prés
le même effet, il se fer
pour la rassurer des lieux
communs les plus confolans
) vous n'êtes pas
la feule à Paris, lui dits
il, ce malheur arrive
quelquefois aux plus
honnêtes filles,les meilleurs
coeurs font les
plus credules, il faut esperer
qu'il vous épousera.
On juge bien que Pcclairciffement
suivit de
, prés de pareils discours,
mais on ne sçauroit imaginer,
la
-
surpriseoùils
furent tous deux quand
la chose fut mireau net,
le Pere arriva assez tôt
pour avoir part à eclairciffement
& à la
surprise, ils se regardoient
tous trois sans de-
(Sviner de quelle part venoit
une si horrible calomnie
, la fille même
n'étoit pas encor au fait
lorsque son amant arriva
de la maniere que
vous allez voir.
Pendant que cecy se
passoit, l'amant inquiet
vint s'informer de la
fille de Chambre sur le
mariage qu'il craignoit
tant; elle avoit entendu
quelque chose de la rupture,
elle l'en instruisit,
& il fut d'abord
transporté de joye :
mais ayant appris enfuite
que le Medecin
venoit d'avoir un grand
éclaircissement avec Je
Perc &; la fille,il perdit
la tramontanne & courut
comme unfolà la
chambre de sa Maîtresse,
& la transporté de
desespoir il lui demanda
permission de se percer
le coeur avec son
épée, il n'osa faire sans
permission cette seconde
sottise qu'elle n'auroit
pas plus approuvéeque
la premiere; il entra
donc, & se jetta la face
contre terre entre le
Pere, lafille & leMedecin,
qui le regardoiêïq
toustrois sans dirernOt
lafille parla la pretnÍre,
comme de raison, <
& son amour s'étant
changé en colère,cilen
ne parla que pour fini- j
droyer le pauvre jeune
homme,elle commença
par lui défendre de i
la voir jamais, 1-e Pere j
aussioutré qu'e lle
,
le
fît sortit de sa Maiion,
S£ la fille aussi-tôt
offrir la main au Me*
edecin pour se vengerde
ITofFenfè qu'elle avoit
reçûë du jeune homme, .f
Ile Medecin convint
qu'il meritoit punition,
S8c dit qu'il alloit luymêmelefaire
avertir
b,qu"il1 n'avoit plus rien. à _1 prétendre , , ainsi après
que le pere & la fille eurent
donne leur paroleau
Medecin, il promit - de revenir le lendema in
[pour terminer le maria-
JSeLe
Pere& lafillepaf-j
ferent le reste du jour àj
parler contre Fimprudent
jeune homme ;
laj
fille ne pouvoit s'en laf-j
fer,& son Pere en laj
quittant lui conseilla de
dormir un peu pour appasser
sa colere, lui
faisant comprendre qu'-
un amant capable d'une
telle action ne meritoit
que du mépris. La nuit
calma la violence de ses
transports,maisaulieu
Bu mépris qu'elle atten-
Boit, elle ne sentit sucseder
à sa colere que de
l'amour,^lle fit tant pourcent
reflexions sur
te rifqueou l'avoitmise
zc jeune homme d'être
'c.[ujet d'un Vaudevil-
4e, maiselle ne put trouver
dans cette action
f"que de l'imprudence 8c
tle l'amour, & le plus
blâmable des deux
rnieelseerrttqquu'aà pprorouuvveerr
l'excez de l'autre, en.~
sorte qu'avant le jour
elle se repentitd'avoir
donné sa parole, & fut
bientôt après au desespoir
de ce qu'il n'y avoit
plus moyen de la retirer.
Quand le Medecin revint
il trouva son épou"f1
se fort triste, je me doutois
bien,dit-il au Pere
en presence de sa fille,,
qu'elle n'oublierait pas
b-rôt) ni l'offence
,
ni
l'offenceur
,
elle pour
roit s'en souvenir encor
après son mariage, son
amant n'est pas prest
non plus d'oublier son
amour, je viens de le
rvoir
,
j'ai voulu le puinir,
en lui laissantcroire
[pendant vingt-quatre
heures qu'il feroit malheureux
par son imprudence,
il en est assez puni,
car il a pensé mourir
cette nuit, je m'apperçois
aussique vôtre
fille est fort mal, voila
de ces maladies que fça-j
vent guerir les bons Medecins
: mariez-les tous
deux,voila mon Ordon.
nance. ]
Le jeune amant étoit
riche, la fille eût été
au desespoir; le pere
rut raisonnable, le mariage
se fit. le même
jour par l'entremise du
bon Medecin.
je vrJudroü
pour l'amour du Lecteur,
quellefût-inotos verita-
,
ble (f'plw jolie ,elle MOIriteroit
mieux le nom
d'Historiette que jeiluy
donné feulefnent parcs
quon en <veu\ une chaque,
mois ,
pardonnez, U
négligence du style,,, les
lm'oissontbien cours pour Autheur du ivercore.
LE BON MEDECIN,
HISTORIETTE. L £ftc dernierunriche
Bourgeois de
Paris alla faire un voyage
à Rouen, & laissa
chez lui sa fille, pour
avoirsoin de son ménage,
elle prit tant de plaisirà
le gouverner, que
cela luy donna envie
d'en avoir un à elle; un
jolivoisin qu'elle voyoit
quelquefois fortisioit
beaucoup cette envie,
elle l'aimoit,elle en étoit
aimée, en un mot ils se
* convenoient, c'étoit un
mariage fait, il n'y manquoitque
le consentement
dupere, &ils ne
doutoient point del'obtenir
àson retour : il$
se repaissoient un jour
ensemblede cette douce
efpprance, lorsque la
fillereçût une lettre de
ce pere absent,; elle ouvre
la lettre,la lit, fait
,
un cri, & la laisse tomber
: l'amant la ramasse,
jette les yeux dessus, Be
.faitun autre cri.CrueLlesurprisepour
ces deux
tendres amans!pendant
qquueecectettetfei4l..1lte se marioic
de san côté, le pere l'avoit
mariée du fien, &c
luy écrivoit quelle se
préparât à recevoir un
mary qu'illuy amenoit
de Roüen.
Quoiqu'il vienne de
t bons maris de ce pays- là, elle aimoit mieux
celui de Paris. La voila
desolée
,
son ainant se
desespere] après les
pleurs & les plaintes on
songe au remede
,
la
fille n'en voit point
d'autre pour prévenir
un si cruel mariage qua
de mourir de douleur
avant que son pere arrive.
Le jeune amant
imagina quelque chofç
de mieux, maisil n'osa
dé-1 couvrir s{'on ddesrs("ein et
sa maîtress.Non,difoitil
en luy-même, elle
n 'approuvera jamais un
projet si hardi, mais
quand j'aurai réiïfli, elle
me pardonnera la hardiesse
de l'entreprise, les
Dames pardonnent fouvent
ce qu'elles n'auroient
jamais permis.
Notreamantlaconjura
de seindre une maladie
subite pour favoriser un
dessein qu'il ayoit, &
sans s'expliquer davantage
il courut à l'expedient
qui nétoit pas
pas trop bien concerté:
Le jeune homme étoit
vif, amoureux & étourdi,
a cela près très raisonnable
:mais les
amans les plus raisonnables
ne sont pas ceux
qui réussissent le mieux.
s: Célui-ci s'étoit souvenu
a propos qu'un
Medecin de Rouen ctoic
arrive chez un ,a~utre Medecin son frere, qui
logeoit chez un de ses
amis; il s'imagina !que
celMédecin de Rôiléh
pourroit bien être Ton.
rival, il prit ses mesures
là-dessus.
'*.Tl. etoit
-
allez beau
garçonpour avoir couru
plusiéurs fois'le bal
en habit de fille.A ce
déguisement,Soutenu
d'une voixunpeu fe^
minine,il ajouta un corset
garni d'ouatre à peu
pré^jufeju^ala grosseur
Convenable à une fille
enceinte de sept àdlUic
mois:ainsidéguisé dans
une chaise à porteur,
sur la brune il va mysserieusement
chez le
Medecin, se. dourantf
bien que le secret qu'it
alloit luiconfier fcroiei
bientôt revelé à Fautro
Medecinson frere ; La
choseluyrétissit mieux!
encore, car le Medecin
de Paris n'étoit point
chez luy
3
n'y devoit
rentrer que fort tard, &
le Médecin de Rouën
étoit arrivé ce jour-là ,
&C se trouvant dans la
salle se crut obligé de
recevoir cette Dame 1
qui avoitl'aird'unepratique
im portance pour
son frère. Ilengageala
conversation avec la
fausse fille, qui ne luy
laissoit voir son visage
qu'à travers une cocfFer
Elle luy tint des discours
propres à exciter
la curiosité, & paroissoit
prend re confiance
aux fiens à mesure qu'il
étaloit son éloquence
provinciale pour luy
paraître le plus habile
ce le plus discret Medecin
du monde. Dés qu'-
elle eut reconnu son
homme pour être celuy
qui la dévoie épouser,;
c'est-à-dire qui dévoie
épouser sa maîtresse dont il vouloit faire , ici
le personnage
)
il tirât
son mouchoir, se migt
à pleurer & sanglotter
fous ses coësses, & après
quelqu'une de ces ceremonies
de pudeur que
l'usage a presquautant
abrégées que les autres
ceremonies du vieux
temps; il parla au Me"
decin en ces termes.
Monsieur ,vous me
paroissez si habile M si
galant homme, que ne
connoissant pas Monsieur
vôtre frere plus
.) que vous,jaime encof
rree mieux me ccoonn-fsieir %àa
vous qu'a luy: esuite
la considence se fit presque
sans parler, la jeune
personneredoubla
¡
les pleurs, Se entr'ouvrant
son écharpe pour
faire voir la tailled'une
femmegrosse,elle dit,
Vous voyez, la plus malheureusefille
dumonde.
LeMedecin des plus
habiles, connut, sans
luy tâter le poulx, de
quelle maladie elle vou- loitguérir,il luy dit,
pour la consoler, qu'il
couroit beaucoup de ces
maladies-là cette année
6C qu'apparemment on
luy avoit promis ma*.
riage,helas !oüi, repliqua-
t-elle, mais le
malheureuxqui m'a séduiten'a
ni parole,ni
honneur.
Aprés plusieurs invectivescontre
le se..
tduâxur .& contre ellemême
,elleconjura Ile
: Medecin de luy donner
quelqu'unde cesremedes
innocens,qui précipitent
le dénouëment
del'avanture,parce
«
qu'elle attendoit dans
vpeuiunn Mcarey d.e Pro-
Quoique leMedecin
nes'imaginapasd'abord
qu'il put être ce Mary
de Province qu'on attendoit,
il ne laissa pas
d'avoir plus de curiosité
qu'il n'enavoit eu
jusques-là, & pour s'attirer
Uconfidence entiere
,
il redoubla ses:
protestations de zele ÔC
dediscretion, Enfin
aprés
aprés toutes les simagréesnecessaires
nôtre
jeune homme déguisé
luy dit : Je fuis la fille
d'un tel, qui m'a écrit
de Rouën, qu'il m'avoit
destinée un honnê-
, te homme, mais tel qu'il
soit, on est trop heureuse
de trouver un Mary
a prés avoir ététrompée
par un amant. Vous
comprenez bien quel
fut l'effet d'une telle
confidence sur le Medecin,
qui crut voir sa
future épouse enceinte
par avance, il demeura
immobile, pendant que
luy embrasant les genoux,
elle le conjuroit
de conduire la chose de
sa çon, queni sonPere,
ni le Mary qu'elle attendoit,
ne pût jamais
soupçonner sa sagesse.
Le Medecin prit ladessus
le parti de la difcretion,
& sans témoigner
qu'il fût l'honnête
homme, que l'on vouloit
charger de l'iniquité
d'autrui, il offrit son
secours, mais on ne l'accepta
qu'à condition
qu-il ne la verroit point
chez son Pere, on fupposoit
quele Medecin
feroit assez delicat pour
rompre un tel mariage,
& assezhonnête homme
pournepoint dire
la cause de la rupture.
Le Medecinallachez
Je Pere dés qu'il le fçut
arrivé, ce Pere luy dit
avec douleur qu'il avoit
trouvé - en arrivant sa
fille tres malade,& ce#*
lui-ci, qui croyoitbien
sçavoir quelle étoit sa
maladie, inventa plusieurs
pretextes de rupture,
mais le Pere esperant
que la beauté de
sa fille pourroitrenouër
cette affaire qu'il souhaittoit
fort, mena nôtre
homme voir la malade
comme Medecin, J
i&C elle le reçût comme
tel, ne se doutant point
qu'ilfût celuiqu'on lui
vouloit donner pour
mary, son Pere n'avoit
encor eu là-dessus aucun
éclaircissemetavec elle,
tla voyant trop mal pour
luiparler si-tôt de mariage
;le Medecin, qu'il
[pria d'examiner la ma- ladie de sa fille, parla
avec toute la circonspey<
5tion d'un homme, qui
ne vouloit rien approfondir;
il demanda du*
temps pour ne point
agir imprudemment,
cette discretion plût
beaucoupà la malade,
elle crût que
connoissant
bien qu'elle fei-1
gnoit cette maladie, &:Il
qu'elle avoit quelque
raison importante pour
feindre, il vouloit lui
rendre service; dans
cette idée elle le gracieusa
fort, il répondit
à ses gracieusetez en
Medecin qui sçavoit le
monde, en forte que cette
consultation devint
insensiblement uneconversation
galante, cc&
assez la methode de nos
Consultans modernes,
&C elle vaut bien,pour
les Dames, celle des anciens
Sectateurs d'Hipocrates.
Letouragreable
que prit cette entrevue
,donna de la gayeté
au Pere, qui dit en badinant,
que comme Perc
discret illaissoit sa fille
consulter en liberté son
Medecin,& les quitta,
croyant s'appercevoir
qu'ils ne se déplaifoient
pas l'un à l'autre.
Voila donc le Medecin
& la malade en liberté
, leur tête-à-tête
commença par le silence,
la fille avoit remarqué
dans ce Medecîn
tous les sentimens d'un
galant homme, mais
elle hesitoit pourtant
encor
encore à lui con fier
son secret. Lui de son
côténecomprenoic pas
bien pourquoy elle hesitost
tant; si l'on fc
souvient icy de l'entrevue
du Medecin & de
l'amant déguisé en fille
enceinte, on comprendra
qu'une si grande
refcrvc dans cette fille
tquil croyoit la racine,
devoit le surprendre;
cependant il y a des
filles si vertueuses,qu'-
un secondaveu leur
coûte presque autant
que le premier. Nôtre
Medecintâchade rIapa
peller en celle-cy cette
confiance dontil croyoit
avoir été déja honoré.
Cela produisit une
conversation équivoque,
qu'on peut aisément
imaginer, la fille
lui parloit d'une maladie
qu'elle vouloit feindre
pour éloigner un '¡
mariage, & le Medecin
d'une autre maladie
plus réelle, dont il croyoit
avoir été déja le
confident. Quoyqu'il
touchât cette corde tres
delicatement, la fille en
fremit de surprise &
d'horreur
,
elle pâlit,
elle rougit,elle se trouble,
tous ces symptomes
étoient encor équivoques
pour le Medecin,
la honte jointe au
repentir fait à peu prés
le même effet, il se fer
pour la rassurer des lieux
communs les plus confolans
) vous n'êtes pas
la feule à Paris, lui dits
il, ce malheur arrive
quelquefois aux plus
honnêtes filles,les meilleurs
coeurs font les
plus credules, il faut esperer
qu'il vous épousera.
On juge bien que Pcclairciffement
suivit de
, prés de pareils discours,
mais on ne sçauroit imaginer,
la
-
surpriseoùils
furent tous deux quand
la chose fut mireau net,
le Pere arriva assez tôt
pour avoir part à eclairciffement
& à la
surprise, ils se regardoient
tous trois sans de-
(Sviner de quelle part venoit
une si horrible calomnie
, la fille même
n'étoit pas encor au fait
lorsque son amant arriva
de la maniere que
vous allez voir.
Pendant que cecy se
passoit, l'amant inquiet
vint s'informer de la
fille de Chambre sur le
mariage qu'il craignoit
tant; elle avoit entendu
quelque chose de la rupture,
elle l'en instruisit,
& il fut d'abord
transporté de joye :
mais ayant appris enfuite
que le Medecin
venoit d'avoir un grand
éclaircissement avec Je
Perc &; la fille,il perdit
la tramontanne & courut
comme unfolà la
chambre de sa Maîtresse,
& la transporté de
desespoir il lui demanda
permission de se percer
le coeur avec son
épée, il n'osa faire sans
permission cette seconde
sottise qu'elle n'auroit
pas plus approuvéeque
la premiere; il entra
donc, & se jetta la face
contre terre entre le
Pere, lafille & leMedecin,
qui le regardoiêïq
toustrois sans dirernOt
lafille parla la pretnÍre,
comme de raison, <
& son amour s'étant
changé en colère,cilen
ne parla que pour fini- j
droyer le pauvre jeune
homme,elle commença
par lui défendre de i
la voir jamais, 1-e Pere j
aussioutré qu'e lle
,
le
fît sortit de sa Maiion,
S£ la fille aussi-tôt
offrir la main au Me*
edecin pour se vengerde
ITofFenfè qu'elle avoit
reçûë du jeune homme, .f
Ile Medecin convint
qu'il meritoit punition,
S8c dit qu'il alloit luymêmelefaire
avertir
b,qu"il1 n'avoit plus rien. à _1 prétendre , , ainsi après
que le pere & la fille eurent
donne leur paroleau
Medecin, il promit - de revenir le lendema in
[pour terminer le maria-
JSeLe
Pere& lafillepaf-j
ferent le reste du jour àj
parler contre Fimprudent
jeune homme ;
laj
fille ne pouvoit s'en laf-j
fer,& son Pere en laj
quittant lui conseilla de
dormir un peu pour appasser
sa colere, lui
faisant comprendre qu'-
un amant capable d'une
telle action ne meritoit
que du mépris. La nuit
calma la violence de ses
transports,maisaulieu
Bu mépris qu'elle atten-
Boit, elle ne sentit sucseder
à sa colere que de
l'amour,^lle fit tant pourcent
reflexions sur
te rifqueou l'avoitmise
zc jeune homme d'être
'c.[ujet d'un Vaudevil-
4e, maiselle ne put trouver
dans cette action
f"que de l'imprudence 8c
tle l'amour, & le plus
blâmable des deux
rnieelseerrttqquu'aà pprorouuvveerr
l'excez de l'autre, en.~
sorte qu'avant le jour
elle se repentitd'avoir
donné sa parole, & fut
bientôt après au desespoir
de ce qu'il n'y avoit
plus moyen de la retirer.
Quand le Medecin revint
il trouva son épou"f1
se fort triste, je me doutois
bien,dit-il au Pere
en presence de sa fille,,
qu'elle n'oublierait pas
b-rôt) ni l'offence
,
ni
l'offenceur
,
elle pour
roit s'en souvenir encor
après son mariage, son
amant n'est pas prest
non plus d'oublier son
amour, je viens de le
rvoir
,
j'ai voulu le puinir,
en lui laissantcroire
[pendant vingt-quatre
heures qu'il feroit malheureux
par son imprudence,
il en est assez puni,
car il a pensé mourir
cette nuit, je m'apperçois
aussique vôtre
fille est fort mal, voila
de ces maladies que fça-j
vent guerir les bons Medecins
: mariez-les tous
deux,voila mon Ordon.
nance. ]
Le jeune amant étoit
riche, la fille eût été
au desespoir; le pere
rut raisonnable, le mariage
se fit. le même
jour par l'entremise du
bon Medecin.
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Résumé : LE BON MEDECIN, HISTORIETTE.
Le texte relate l'histoire d'une jeune fille parisienne dont le père, un riche bourgeois, part en voyage à Rouen. Pendant son absence, la fille, qui apprécie de gérer le ménage, développe des sentiments pour un voisin. Ils s'aiment et envisagent de se marier, espérant obtenir le consentement du père à son retour. Cependant, la fille reçoit une lettre de son père annonçant qu'il lui a trouvé un mari à Rouen. Désespérée, elle envisage de mourir pour éviter ce mariage. Son amant, plus raisonnable, imagine un plan. Il se déguise en femme enceinte et se rend chez un médecin de Rouen, frère d'un médecin parisien, pour obtenir son aide. Le médecin, croyant que la 'fille' est enceinte d'un autre homme, accepte de l'aider à éviter le mariage. Le père, de retour, trouve sa fille malade et accepte la rupture du mariage arrangé. Le médecin et la fille ont une conversation équivoque, révélant finalement la vérité. Le père, l'amant et le médecin sont tous surpris. L'amant, désespéré, veut se suicider, mais la fille le chasse. Le médecin, comprenant la situation, propose de marier les deux jeunes gens. Le père accepte, et le médecin prescrit ce mariage comme remède à leur malheur.
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14
p. 39-47
DE LONDRES.
Début :
Dans l'esperance d'une paix prochaine je prends la [...]
Mots clefs :
Londres, Aventure, Anglaise, Amant, Tabatière, Saignée, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LONDRES.
DE LONDRES
MONSONSIEUR,
Dans l'efperance d'une paix
prochaine je prends la liberté
de vous demander un com
merce de Lettres , &pour vous
y exciter je vous envoiray les
petites avantures Angloifes qui
viendront à ma connoiffance ;
ce qui fuit n'en est pas une , ce
n'eft qu'un petit fait qui ne
vaut peut - eftre pas la peine
d'eftre escrit. Je vous en promets deplus divertiffants.
40 MERCURE
Une jeune Angloiſe qui
devoit épouser le parent
d'un Milord , luy vouloit
faire quitter l'habitude du
:
tabac, parce qu'elle s'imaginoit que l'odeur du tabac luy donnoit des vapeurs. La complaiſance de
fon Amant alloit bien juſ
qu'à n'en point prendre devant elle mais elle s'imagina qu'il pouvoit avoir
une tabatiere dans fa poche , & cette imagination
luy fit croire qu'elle alloit
s'évanouir , il fe trouva
qu'en effet il en avoit une.
Le
GALANT. 41
Lelendemainil trouva moyen d'en mettre une pleine de tabac dans la poche
de ſa maiſtreſſe ſans qu'elle le fçuft , & elle la porta
fans le fçavoir jufqu'au lendemain. Dés qu'elle vit entrerfonAmant, elle lui cria:
ahje fens que vous avez aujourd'huy voftre tabatiere
dans voftre poche , le jeune Anglois , homme de
fang froid luy refpondit :
Vous y avez mis bon ordre
Mademoiſelle
la priftes l'autre jour , &
vous me l'avezgardée dans la
Fuin 17120
>
car vous me
D
42 MERGURE
voftre depuis ce temps- là La
delicate Angloife trouvant
réellement la tabatiere fur
elle,voulut s'évanouiir, mais
elle ne put jamais, &le tout
fe tourna en plaifanterie ,
elle luy dit qu'elle luy pardonnoit puifque par là elle
fe voyoit guerie de cette
foibleffe ; mais elle luy revalut ce tour- là car l'Anglois ayant efté incommodépendant quelques jours ,
les medecins le preffoient
de fe faire faigner pour
éviter une grande maladie,
mais il ne voulut jamais ;
GALANT. 43
car il avoit une antipathie
fi grande pour la faignée ,
que cet appareil feulement
le faifoit évanouir. Il racontoit cela luy - mefme
chez fa maiftreffe , lorf
qu'enbadinant elle luy dit :
mais fi une perfonne que
vous aimeriez eftoit affez
adroite pourvous faigner ?
ah je luy preſenterois mes
deux bras , luy dit - il en
riant , les deux pieds & la
gorge encore , & deuffayd
je en mourir je fouffrirois
cent faignées d'elle. La
jeune Angloiſe continua
Dij
44 MERCURE
la plaifanterie , & luy dit:
donnez moy feulementun
bras , elle luy mit le bras à
nud en prefence d'une
compagnie affez bonne :
quelqu'un prefta une jartiere pourfervir de bande ,
elle dechira un mouchoir
pour faire une compreffe ;
ce badinage ne faifoit aucun mauvais effet fur le
Cavalier , à qui elle demandoit à chaque préparatif:
hé bien cet appareil vous
fera-t-il évanouir ? Non ,
refpondit il , il mefait pluſ
toft rire ; enfin cette badi-
GALANT. 45
ne perfonne pouffa la ceremonie jufqu'à tirer de
fon tiroir un eftuy , & de
cet eftuy une lancette , car
elle avoit en effet le talent
de faigner à merveille.
L'amant palit à cet aſpect ,
mais il fe piqua de fermeté Angloiſe , onapporta un
vafe de porcelaine pour recevoir le fang , & la faignée fut plantureuſe. Elle
le guerit non feulement de
fon incommodité mais auf
fi de fa foibleffe. C'eft ainfi, luy dit la jeune Angloiſe,
que ceux que le lien duma.
46 MERCURE
riage unit , devoient fe corriger mutuellement
leurs foibleffes.
le
de
Fauray quelque avanture
plus intereffante à envoyerpour
le mois prochain , cette jeune
Angloife pourra mesme me
fournir celle de fes amours avec
parent du Milord, car quoy
qu'avec tout le merite poffible ;
il s'eft trouvé qu'elle eftoit fille
d'un Chirurgien de Douvres.
C'est pour cela qu'elle fçavoit
fi bien faigner. On avoit mis
de grands obftacles à ce mariage, ces obftacles ont donné
lieu à une intrigue fecrette en-
GALANT 47
tre ces deux jeunes amants ,
dont on m'a promis les particu-.
laritez romanefques , quoyque
vrayes, pour pouvoir meriter
L'impreffion
MONSONSIEUR,
Dans l'efperance d'une paix
prochaine je prends la liberté
de vous demander un com
merce de Lettres , &pour vous
y exciter je vous envoiray les
petites avantures Angloifes qui
viendront à ma connoiffance ;
ce qui fuit n'en est pas une , ce
n'eft qu'un petit fait qui ne
vaut peut - eftre pas la peine
d'eftre escrit. Je vous en promets deplus divertiffants.
40 MERCURE
Une jeune Angloiſe qui
devoit épouser le parent
d'un Milord , luy vouloit
faire quitter l'habitude du
:
tabac, parce qu'elle s'imaginoit que l'odeur du tabac luy donnoit des vapeurs. La complaiſance de
fon Amant alloit bien juſ
qu'à n'en point prendre devant elle mais elle s'imagina qu'il pouvoit avoir
une tabatiere dans fa poche , & cette imagination
luy fit croire qu'elle alloit
s'évanouir , il fe trouva
qu'en effet il en avoit une.
Le
GALANT. 41
Lelendemainil trouva moyen d'en mettre une pleine de tabac dans la poche
de ſa maiſtreſſe ſans qu'elle le fçuft , & elle la porta
fans le fçavoir jufqu'au lendemain. Dés qu'elle vit entrerfonAmant, elle lui cria:
ahje fens que vous avez aujourd'huy voftre tabatiere
dans voftre poche , le jeune Anglois , homme de
fang froid luy refpondit :
Vous y avez mis bon ordre
Mademoiſelle
la priftes l'autre jour , &
vous me l'avezgardée dans la
Fuin 17120
>
car vous me
D
42 MERGURE
voftre depuis ce temps- là La
delicate Angloife trouvant
réellement la tabatiere fur
elle,voulut s'évanouiir, mais
elle ne put jamais, &le tout
fe tourna en plaifanterie ,
elle luy dit qu'elle luy pardonnoit puifque par là elle
fe voyoit guerie de cette
foibleffe ; mais elle luy revalut ce tour- là car l'Anglois ayant efté incommodépendant quelques jours ,
les medecins le preffoient
de fe faire faigner pour
éviter une grande maladie,
mais il ne voulut jamais ;
GALANT. 43
car il avoit une antipathie
fi grande pour la faignée ,
que cet appareil feulement
le faifoit évanouir. Il racontoit cela luy - mefme
chez fa maiftreffe , lorf
qu'enbadinant elle luy dit :
mais fi une perfonne que
vous aimeriez eftoit affez
adroite pourvous faigner ?
ah je luy preſenterois mes
deux bras , luy dit - il en
riant , les deux pieds & la
gorge encore , & deuffayd
je en mourir je fouffrirois
cent faignées d'elle. La
jeune Angloiſe continua
Dij
44 MERCURE
la plaifanterie , & luy dit:
donnez moy feulementun
bras , elle luy mit le bras à
nud en prefence d'une
compagnie affez bonne :
quelqu'un prefta une jartiere pourfervir de bande ,
elle dechira un mouchoir
pour faire une compreffe ;
ce badinage ne faifoit aucun mauvais effet fur le
Cavalier , à qui elle demandoit à chaque préparatif:
hé bien cet appareil vous
fera-t-il évanouir ? Non ,
refpondit il , il mefait pluſ
toft rire ; enfin cette badi-
GALANT. 45
ne perfonne pouffa la ceremonie jufqu'à tirer de
fon tiroir un eftuy , & de
cet eftuy une lancette , car
elle avoit en effet le talent
de faigner à merveille.
L'amant palit à cet aſpect ,
mais il fe piqua de fermeté Angloiſe , onapporta un
vafe de porcelaine pour recevoir le fang , & la faignée fut plantureuſe. Elle
le guerit non feulement de
fon incommodité mais auf
fi de fa foibleffe. C'eft ainfi, luy dit la jeune Angloiſe,
que ceux que le lien duma.
46 MERCURE
riage unit , devoient fe corriger mutuellement
leurs foibleffes.
le
de
Fauray quelque avanture
plus intereffante à envoyerpour
le mois prochain , cette jeune
Angloife pourra mesme me
fournir celle de fes amours avec
parent du Milord, car quoy
qu'avec tout le merite poffible ;
il s'eft trouvé qu'elle eftoit fille
d'un Chirurgien de Douvres.
C'est pour cela qu'elle fçavoit
fi bien faigner. On avoit mis
de grands obftacles à ce mariage, ces obftacles ont donné
lieu à une intrigue fecrette en-
GALANT 47
tre ces deux jeunes amants ,
dont on m'a promis les particu-.
laritez romanefques , quoyque
vrayes, pour pouvoir meriter
L'impreffion
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Résumé : DE LONDRES.
L'auteur écrit une lettre à Londres, espérant une paix prochaine et proposant un échange de lettres. Il raconte l'histoire d'une jeune Anglaise et de son fiancé, parent d'un lord. La jeune femme voulait que son fiancé cesse de consommer du tabac, croyant que l'odeur lui causait des vapeurs. Bien qu'il évitât de fumer en sa présence, elle imaginait qu'il portait une tabatière sur lui, ce qui la faisait s'évanouir. Un jour, il plaça une tabatière pleine de tabac dans la poche de sa maîtresse sans qu'elle le sache. Lorsqu'elle la découvrit, elle voulut s'évanouir mais ne put le faire, transformant la situation en plaisanterie. Plus tard, la jeune femme décida de le faire saigner pour le guérir d'une maladie, malgré son aversion pour les saignées. Elle simula la procédure de manière ludique, mais finit par le faire réellement, le guérissant ainsi. Elle conclut que les couples mariés doivent se corriger mutuellement leurs faiblesses. L'auteur mentionne également qu'il pourrait recevoir des détails plus intéressants sur les amours de la jeune Anglaise, fille d'un chirurgien de Douvres, et les obstacles rencontrés pour leur mariage.
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15
p. 27-32
LIVRE ESPAGNOL.
Début :
Il paroist depuis peu un Livre en Espagnol, qui meriteroit [...]
Mots clefs :
Livre espagnol, Médecine, Hippocrate, Maladie, Practiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIVRE ESPAGNOL.
LIVRE ESPAGNOL:
IL paroist depuis peu
un
Livre en Espagnol, qui meriteroit bien qu'on le traduisist en François:il est
d'un des plus excellents
Medecins de l'Europe, & •
cet autheursemble ne s"cf,
tre consommé dansla theorie, &dans la pratique de
la medecine que pour détruire tous les fauxpréjugez dont cette scienceest
obscurcie.-
Letitredu Livreest,Hippocrate deffendu detoutes
lescalomnies;dont les Medecins l'accusoientinjustenient en particulier dans
la cure des maladies ai-,
guës';. & onfait voirque Jufquesaàperfentperfanne
n'a sceu comment il traietoit ces maladies, c'est ce
qu'explique, comentant le
premier des aphorismes,le
Docteur Michel Marcellino -
Boix
,
natif du Royaume
deValence, membredu
Collegedes trois Langues,
Professeur en Medecine
{JansTypivçrfïçe' d'Alcala
, Fondateur de l'Académie
Royale deSeville, & à present Medecin honoraire
du Roy.
:
h
Ce Livre a
esté escrit par l'autheur, pour détruire la
confusiondes sistemes, qui
au lieu d'avancer la Medecine, retardent considerablement ses progrez, il explique mot par mot les paroles du premier aphorisme d'Hippocrare,&àchaque periode fait un discours
qui comprend tout ce qu'il
y a
de meilleur & de plus
necessaire aux Medecins
pour bienconduire leurs
malades.Il fait voir par
plusieurs partages des Livres légitimés d'Hippocrate,quelle a
efi¿ sa pratique
dans les maladies aiguës.
Il prétend qu'il faut écou-
ter la nature
-
sans la détourner des mouvements
critiques qu'elle feroit sans
l'importune pratique des
saignées & purgations faites dans ces maladiesla
ordinairement mal à propos:il prouve tout cela par
l'experience
,
la raison &
l'authorité non feulement
d'Hippocrate, mais des
meilleurs Praticiens de
l'Europe. C'est asseurement un Livre, où l'autheur fait connoistre beaucoup d'érudition, & une
profonde connoissance en
tout ce qui regarde sa prôsession.
IL paroist depuis peu
un
Livre en Espagnol, qui meriteroit bien qu'on le traduisist en François:il est
d'un des plus excellents
Medecins de l'Europe, & •
cet autheursemble ne s"cf,
tre consommé dansla theorie, &dans la pratique de
la medecine que pour détruire tous les fauxpréjugez dont cette scienceest
obscurcie.-
Letitredu Livreest,Hippocrate deffendu detoutes
lescalomnies;dont les Medecins l'accusoientinjustenient en particulier dans
la cure des maladies ai-,
guës';. & onfait voirque Jufquesaàperfentperfanne
n'a sceu comment il traietoit ces maladies, c'est ce
qu'explique, comentant le
premier des aphorismes,le
Docteur Michel Marcellino -
Boix
,
natif du Royaume
deValence, membredu
Collegedes trois Langues,
Professeur en Medecine
{JansTypivçrfïçe' d'Alcala
, Fondateur de l'Académie
Royale deSeville, & à present Medecin honoraire
du Roy.
:
h
Ce Livre a
esté escrit par l'autheur, pour détruire la
confusiondes sistemes, qui
au lieu d'avancer la Medecine, retardent considerablement ses progrez, il explique mot par mot les paroles du premier aphorisme d'Hippocrare,&àchaque periode fait un discours
qui comprend tout ce qu'il
y a
de meilleur & de plus
necessaire aux Medecins
pour bienconduire leurs
malades.Il fait voir par
plusieurs partages des Livres légitimés d'Hippocrate,quelle a
efi¿ sa pratique
dans les maladies aiguës.
Il prétend qu'il faut écou-
ter la nature
-
sans la détourner des mouvements
critiques qu'elle feroit sans
l'importune pratique des
saignées & purgations faites dans ces maladiesla
ordinairement mal à propos:il prouve tout cela par
l'experience
,
la raison &
l'authorité non feulement
d'Hippocrate, mais des
meilleurs Praticiens de
l'Europe. C'est asseurement un Livre, où l'autheur fait connoistre beaucoup d'érudition, & une
profonde connoissance en
tout ce qui regarde sa prôsession.
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Résumé : LIVRE ESPAGNOL.
Un livre en espagnol récemment publié mérite d'être traduit en français. Son auteur, le docteur Michel Marcellino Boix, éminent médecin européen, vise à démanteler les faux préjugés en médecine. Intitulé 'Hippocrate défendu de toutes les calomnies', l'ouvrage conteste les accusations injustes portées contre Hippocrate, notamment dans le traitement des maladies aiguës. Boix, natif du Royaume de Valence, membre du Collège des trois Langues, professeur de médecine à Alcalá et fondateur de l'Académie Royale de Séville, commente le premier aphorisme d'Hippocrate. Il clarifie les systèmes médicaux qui retardent les progrès de la médecine et explique mot par mot les paroles de cet aphorisme. Boix fournit des discours détaillés sur les meilleures pratiques pour les médecins et démontre la méthode d'Hippocrate à travers des extraits légitimes de ses œuvres. Il critique les pratiques courantes de saignées et de purgations, prônant l'écoute de la nature sans perturber ses mouvements. Ses arguments sont soutenus par l'expérience, la raison et l'autorité d'Hippocrate ainsi que des meilleurs praticiens européens. Le livre révèle l'érudition et la profonde connaissance de l'auteur en médecine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 290-303
Histoire d'une nouvelle découverte. [titre d'après la table]
Début :
Un homme sage & éclairé profite de tout, pour perfectionner [...]
Mots clefs :
Découverte, Fistules, Esprit, Maladie, Fistule lacrymale, Yeux, Académie royale des sciences
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texteReconnaissance textuelle : Histoire d'une nouvelle découverte. [titre d'après la table]
Un homme sage & éclairé
profite de tout, pour perfectionner
son esprit & sonraisonnement
sur tous les objets
qui se presentent à ses yeux.
Je ne peux mieux vous prouver
cette proposition que par
la nouvelle que je vais vous
apprendre.
M. Anel Docteur enChirurgie,&
Chirurgien de Madame
Royale mere du Roy de
Sicile, étant en Italie, se trou,
va ,
il y a quelques années,
pendant le Carnaval à Genes,
Ville superbe, belle
, & presque
aussi fameuse que Venise
par les plaisirs desordonnez
de cette faison. Entrainé par
ses amis à prendre sa parc
de cesdivertissements, il consentit
à aller une fois au bal
avec eux.
Un jour au milieu d'une de
ces festes
,
ennuyé & fatigué
du tumulte de l'assemblée où
il setrouvoit,il se retira dans
un coin de la Salle,& peudant
les mouvemens que se
donnoient les Masques du
bal, ilsemit à mcditer sur un
point de Chirurgie
,
qui, depuis
plusieurs années,fait sa
principale étude
, & à force
d'application & de raisonnement,
il inventaune nouvelle
Methode de guérir radicalement
& parfaitementles fistules
lacrymales.
Le Lecteur ne s'attendoit
asseurement pas à ce chefd'oeuvre
, ny moy non plus
ma foy
,
lorsqu'on me conta
pour la premiere fois, l'origine
de cette découverte. Il
est néanmoins vray quecefut
là le champ où M. Anel qui est
vrayement homme d'esprit ,
& qui n'a pas besoin du recours
de la solitude, pour imaginer
des choses utiles &solides,
la fit. Il la porta depuis, &
on peu de jours, à un tel degré
de perfection
, que non seulementillarenditpropre
à guérir
à fond les fistules lacrymales
quelques inveterées qu'elles
pussent estre ,mais encore à
prevenir tous les inconveniens
dont sont affligez ceux qui
font menacez de cette maladie
sans avoir recours au fer, au
caustique
, au corrosif
, ny
au feu,moyens toûjours violents
, tres- souvent inutiles,
mais ordinaires
)
donc on se
servoitpour traiter cette maladie
, avant cette heureuse
découverte.
Avant que M. Anel se fut
renduaussi habile qu'ille devint
lanuit du bal, il avoir déjagueri
avec beaucoup décelât
&d'applaudissements M.
le Comte de KonigseK, à present
Plenipotentiaire de l'Empereur
en Flandre, & nommé
son Ambassadeur en France.
Cette cure qui avoit fait beaucou
p de bruit en Allemagne
&en Italie, avoit remplil'esprit
de Ml'Abbé Fleschi, neveu
du Cardinal Fieschi, de
l'esperance de trouver enfin ce
nouvel Esculape, & de l'engadgreoritspar
toutes fortes d'enà
luy guerir deux fistules
lacrymales qu'il gardoit
malheureusement depuis plusieurs
années, lorsqu'il fit son
Entrée à Genes.
La Renommée luy apprit
presque aussitost l'arrivée du
réparateur & du conservateur
de sa vûë. Il se fit en même
tems porter chez luy, ille saliia
comme un Ange de lumiere,
illuy conta tous les accidents
de sa maladie
,
il luy.
avoüa qu'il avoit épuisé tous
les secrets de la Pharmacie &
de la Chirurgie, enfin il le conjura
de luy rendre la vie & le
jour qu'il s'ennuyoit de voir,
atreo de siméchants yeux.
M. Anel l'entreprit d'autant
plus volontiers, que les
plus beaux yeux des plus belles
Dames de la Ville allerent le
solliciter en gros & en détail,
& le prier de faire un miracle
en faveur de M. l'Abbé Fieschi.
Il ne pût resister à rant de
charmes, & il travailla avec
tant de succés,que la gloire,
sonintérêt,& l'amour obtinrent
enfin de luy le prodige
qu'on en esperoit M. l'Abbé
Fieschi fut en un mot parfaitement
gueri
,
& chaque jour
il benit le Cielde luy avoir envoyé
M. Dominique Anel.
Le bruit de cette cure serépandit
dans toutes les Villes
d'Italie, & particulierement à
Turin. Madame Royale qui
avoit malheureusement une
ancienne fistule, pour la guerison
de laquelle on avoit ea
vain consulté tous les pluscelebresMedecins
& Chirurgiens
Oculistes de l'Europe,
ayant appris lescirconstances
de cette merveilleuse découverte
, envoya recommander
à M. Anel de venirà son ie*
cours. Il y vola
,
il vit cette
Princesse
,
& en trois jours il
la guérit. En revanche, elle
Luy fit present d'un diamant
de deux mille livres
,
d'une
bourse de cinq cens loüis d'or,
& d'une pension viagere de
cinq cens écus. Cecyn'est pat
un conte; mais une verité confirmée
non-seulement par les
Envoyez & Ambassadeurs du
Roy de Sicile j mais par un
grand nombre d'autres endroits
qui valent bien ceuxlà,
& dont illuy reste encore
en beaux & bons, presents
qu'il reccût des Princes &des
Seigneurs decette Cour d'excellents
certificats. Il y seroit
même encore frunc grande
Princesse qui apprehendoit
d'avoir une sistule
, ne l'avoit
pas obligé à venir à Paris, oà
il loge à l'Hostel de Hambourg,
Tué des Boucheries,
Fauxbourg S. Germain.
Ii a receu sur sa decouverte
des compliments de tous les
Sçavants de l' Europe, & principalement
ence pays-cy, où
l'Académie Royale des Sciences,
& oùtous les Docteurs en
Medecine font un si grand cas
de sa nouvelle methode, qu'on
l'enseigne aujourd'huy publiquement
dans les Ecoles de
Medecine, &au JardinduRoi.
Il fait ses opérations en public
comme en particulier,&laisse
à tout le monde la liberré d'examiner
ses instrumens.J'en
parlerois volontiers, parce que
j'en admire l'art&l'invention;
mais je n'y connois rien audelà,
& je me souviens à propos
de ce Proverbe Latin:Ne
jktor ultra crepidam.
Je croy au reste vous avoir
dit presque tout ce qui convient
au mérité de M. Anel.
Nous dirons maintenant un
mot, si vous voulez, des maladiesqu'il
guérit si bien.
Tous les maux qui attaquent
les yeux,& sur tout les
fistules lacrymales ont quel-
:
quechose de si affreux&de si
1 dégoûtant, que le moindre ac-
: cident sur la vûë suffit pour,
gâter absolument leplus beau
visage;mais M. Anel etf heu-*
reusement au monde pour en
reparer les desordres M.Lhardy,
premier Chirurgien de son
Altesse Royale Monseigneur
le Duc d'Orleans, a reconnu
son merite avec tant de distinction,
qu'il n'a pu s'empêcher
de faire son éloge à Son
Altesse Royale. Ce Prince
grand & éclairé dans tous les
genres, a témoigné quelque
envie de le voir.MAnel s'est
aussi-tost rendu à Versailles,
où il a eu l'honneur de saluër
& d'entretenir Son Altesse
Royale, qui a paru fort contente
de l'explication de sa
nouvelle découverte
,
& de
tout le reste de son raisonnement.
L'avantage qu'il a eu de
plaire à ce Prince, est à mon
gré la preuve la plus forte de
sa capacité.
profite de tout, pour perfectionner
son esprit & sonraisonnement
sur tous les objets
qui se presentent à ses yeux.
Je ne peux mieux vous prouver
cette proposition que par
la nouvelle que je vais vous
apprendre.
M. Anel Docteur enChirurgie,&
Chirurgien de Madame
Royale mere du Roy de
Sicile, étant en Italie, se trou,
va ,
il y a quelques années,
pendant le Carnaval à Genes,
Ville superbe, belle
, & presque
aussi fameuse que Venise
par les plaisirs desordonnez
de cette faison. Entrainé par
ses amis à prendre sa parc
de cesdivertissements, il consentit
à aller une fois au bal
avec eux.
Un jour au milieu d'une de
ces festes
,
ennuyé & fatigué
du tumulte de l'assemblée où
il setrouvoit,il se retira dans
un coin de la Salle,& peudant
les mouvemens que se
donnoient les Masques du
bal, ilsemit à mcditer sur un
point de Chirurgie
,
qui, depuis
plusieurs années,fait sa
principale étude
, & à force
d'application & de raisonnement,
il inventaune nouvelle
Methode de guérir radicalement
& parfaitementles fistules
lacrymales.
Le Lecteur ne s'attendoit
asseurement pas à ce chefd'oeuvre
, ny moy non plus
ma foy
,
lorsqu'on me conta
pour la premiere fois, l'origine
de cette découverte. Il
est néanmoins vray quecefut
là le champ où M. Anel qui est
vrayement homme d'esprit ,
& qui n'a pas besoin du recours
de la solitude, pour imaginer
des choses utiles &solides,
la fit. Il la porta depuis, &
on peu de jours, à un tel degré
de perfection
, que non seulementillarenditpropre
à guérir
à fond les fistules lacrymales
quelques inveterées qu'elles
pussent estre ,mais encore à
prevenir tous les inconveniens
dont sont affligez ceux qui
font menacez de cette maladie
sans avoir recours au fer, au
caustique
, au corrosif
, ny
au feu,moyens toûjours violents
, tres- souvent inutiles,
mais ordinaires
)
donc on se
servoitpour traiter cette maladie
, avant cette heureuse
découverte.
Avant que M. Anel se fut
renduaussi habile qu'ille devint
lanuit du bal, il avoir déjagueri
avec beaucoup décelât
&d'applaudissements M.
le Comte de KonigseK, à present
Plenipotentiaire de l'Empereur
en Flandre, & nommé
son Ambassadeur en France.
Cette cure qui avoit fait beaucou
p de bruit en Allemagne
&en Italie, avoit remplil'esprit
de Ml'Abbé Fleschi, neveu
du Cardinal Fieschi, de
l'esperance de trouver enfin ce
nouvel Esculape, & de l'engadgreoritspar
toutes fortes d'enà
luy guerir deux fistules
lacrymales qu'il gardoit
malheureusement depuis plusieurs
années, lorsqu'il fit son
Entrée à Genes.
La Renommée luy apprit
presque aussitost l'arrivée du
réparateur & du conservateur
de sa vûë. Il se fit en même
tems porter chez luy, ille saliia
comme un Ange de lumiere,
illuy conta tous les accidents
de sa maladie
,
il luy.
avoüa qu'il avoit épuisé tous
les secrets de la Pharmacie &
de la Chirurgie, enfin il le conjura
de luy rendre la vie & le
jour qu'il s'ennuyoit de voir,
atreo de siméchants yeux.
M. Anel l'entreprit d'autant
plus volontiers, que les
plus beaux yeux des plus belles
Dames de la Ville allerent le
solliciter en gros & en détail,
& le prier de faire un miracle
en faveur de M. l'Abbé Fieschi.
Il ne pût resister à rant de
charmes, & il travailla avec
tant de succés,que la gloire,
sonintérêt,& l'amour obtinrent
enfin de luy le prodige
qu'on en esperoit M. l'Abbé
Fieschi fut en un mot parfaitement
gueri
,
& chaque jour
il benit le Cielde luy avoir envoyé
M. Dominique Anel.
Le bruit de cette cure serépandit
dans toutes les Villes
d'Italie, & particulierement à
Turin. Madame Royale qui
avoit malheureusement une
ancienne fistule, pour la guerison
de laquelle on avoit ea
vain consulté tous les pluscelebresMedecins
& Chirurgiens
Oculistes de l'Europe,
ayant appris lescirconstances
de cette merveilleuse découverte
, envoya recommander
à M. Anel de venirà son ie*
cours. Il y vola
,
il vit cette
Princesse
,
& en trois jours il
la guérit. En revanche, elle
Luy fit present d'un diamant
de deux mille livres
,
d'une
bourse de cinq cens loüis d'or,
& d'une pension viagere de
cinq cens écus. Cecyn'est pat
un conte; mais une verité confirmée
non-seulement par les
Envoyez & Ambassadeurs du
Roy de Sicile j mais par un
grand nombre d'autres endroits
qui valent bien ceuxlà,
& dont illuy reste encore
en beaux & bons, presents
qu'il reccût des Princes &des
Seigneurs decette Cour d'excellents
certificats. Il y seroit
même encore frunc grande
Princesse qui apprehendoit
d'avoir une sistule
, ne l'avoit
pas obligé à venir à Paris, oà
il loge à l'Hostel de Hambourg,
Tué des Boucheries,
Fauxbourg S. Germain.
Ii a receu sur sa decouverte
des compliments de tous les
Sçavants de l' Europe, & principalement
ence pays-cy, où
l'Académie Royale des Sciences,
& oùtous les Docteurs en
Medecine font un si grand cas
de sa nouvelle methode, qu'on
l'enseigne aujourd'huy publiquement
dans les Ecoles de
Medecine, &au JardinduRoi.
Il fait ses opérations en public
comme en particulier,&laisse
à tout le monde la liberré d'examiner
ses instrumens.J'en
parlerois volontiers, parce que
j'en admire l'art&l'invention;
mais je n'y connois rien audelà,
& je me souviens à propos
de ce Proverbe Latin:Ne
jktor ultra crepidam.
Je croy au reste vous avoir
dit presque tout ce qui convient
au mérité de M. Anel.
Nous dirons maintenant un
mot, si vous voulez, des maladiesqu'il
guérit si bien.
Tous les maux qui attaquent
les yeux,& sur tout les
fistules lacrymales ont quel-
:
quechose de si affreux&de si
1 dégoûtant, que le moindre ac-
: cident sur la vûë suffit pour,
gâter absolument leplus beau
visage;mais M. Anel etf heu-*
reusement au monde pour en
reparer les desordres M.Lhardy,
premier Chirurgien de son
Altesse Royale Monseigneur
le Duc d'Orleans, a reconnu
son merite avec tant de distinction,
qu'il n'a pu s'empêcher
de faire son éloge à Son
Altesse Royale. Ce Prince
grand & éclairé dans tous les
genres, a témoigné quelque
envie de le voir.MAnel s'est
aussi-tost rendu à Versailles,
où il a eu l'honneur de saluër
& d'entretenir Son Altesse
Royale, qui a paru fort contente
de l'explication de sa
nouvelle découverte
,
& de
tout le reste de son raisonnement.
L'avantage qu'il a eu de
plaire à ce Prince, est à mon
gré la preuve la plus forte de
sa capacité.
Fermer
17
p. 308-327
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Dame Marie de Grimouville Epouse de Messire Henry de Saulx [...]
Mots clefs :
Dame, Maréchal, Général, Seigneur, Comte, Grimouville, Marquis, Mort, Régiment, Chevaliers, Chevalier, Maladie, Mérite, Service, Livonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
Dame Mariede Grimouville
Epouſe de Meffire Henry de
Saulx , Comte de Tavannes
&auparavant veuve deMeſſire
René Potier,SeigneurdeBlancmeſnil
, mourut le 25. du mois
GALANT. 309
Y
paſſé dans la cour du Val-de-
Grace. Elle étoit ſoeur de feu
Madame la Marquise d'Illiers
d Entragues , & de feu de M.
le Marquis de la Mailleraye ,
Colonel du Regiment de Piémont
, enfans de feu Meffire
Loüis de Grimouville , Marquis
de la Mailleraye , Marêchal
desCamps & Armées du
Roy, qui estoit fils de Meffire
Jacques de Grimouville , Scigneur
des Maretz, & de Dame
Charlote de Moüy la Mailleraye
, heritiere de la Branche
. de cette maiſon de Moüy , qui
eft tres illuſtre, & qui a eu plu-
1
310 MERCURE
fieurs Chevaliers du Saint Efprit,&
Lieutenants Generaux
pour le Roy en Normandie.
Meſſieurs deGrimouville,dont
la Nobleſſe eſt tres ancienne ,
font originaires de Balle Normandie
, où eſt la Terre qui
porte ſon nom ; il y en a cu
deux Chevaliers du S. Eſprit ,
qui font morts ſans enfans ;
les Armes de la maiſon de Grimouville
font à trois molettes
d'éperon d'argent , en champ
de. gueule , & non des étoiles ,
comme on les blazonne quelquefois
mal.
Quant à la maiſon de M. de
GALANT . 311.
ㅓ
Saulx , il en eſt cadet , & il ne
faut pas confondre les branches
; il eſt fils de Meffire Jacques
de Saulx , Comte de Tavannes
, & de Dame Lonſe
Henriette Potier de Treſmes.
Lamaiſon de Saulx eſt ſilluf
tre , & on en a parlé fi amplement
dansdifferentsMercures,
> que je crois qu'il eſt inutilede
repeter ce qu'on en a dit. Madame
de Saulx eſt morte âgée
de 67.ans 4. mois , aprés une
longue maladie où elle a toûjours
conſervé une entiere
connoiſſance dont elle a fait
unbon uſage par ſa picté , &
par ſa patience.
312 MERCURE
Dame Catherine de Pommereu
, veuve de MeffirePierre
Bouter, Seigneur deMarivatz ,
& autres lieux , Chevalier des
O dresRoyaux & Militaires de
Noſtre Dame du Mont-Carmel
, & de S. Lazare , Premier
Gentilhomme ordinaire de feu
Monfieur , Grand Bailly de la
Ville & Duché d'Etampes ,
Gouverneur & Capitaine de
ladite Ville , mourut le 11. de
ce mois âgée de 80. ans. Elle
eſtoit foeur de feu M. dePommereu
, Conſeiller d'Etat ordinaire
& au Conſeil Royal ,&
laiſſe un fils qui a fuccedé à fon
:
pere
GALANT. 313
:
-pere en la Charge de Premier
Gentilhomme Y ordinaire.
Meffire Nicolas du Bois , Seigneur
deBailler , Préfident au
GrandConfeil , mourut de la
petite verole le 27. du mois
paffe.On ferale mois prochain
un plus ample détail de cette
Famille.
>
Melfire Loüis Chauvelin
ConſeillerduRoy en ſesConſeils
, Maître des Requêtes honoraire
, Avocat General du
Parlement , Commandeur &
grand Treforier desordresdu
Roy, mourut de la même maladie
le 2. de ce mois . Il eſtoit
Aoust 1715.
Dd
(
314 MERCURE
fils aîné de Meſlire Loüis Chauvelin
, Seigneur de Grifenoire,
Conſeiller d'Etat ordinaire ,&
de Dame N. deBillart , & petit-
fils de Meffire Loüis Chauvelin
, Maistre des Requêtes,&
de Dame Claude Bonneau , &
laiſſe des enfans de Dame N.
de Grouchy fon Epouſe. Il eſt
mort âgé de 32. ans , regretté
generalement de tout lemonde.
S. M. a donné la Charge
d'Avocat General vacante par
ſa mort , à M. Chauvelin de
Griſenoire ſon frere.
Meſſire Louis de Longuëil,
Marquis de Maiſons & dePoif-
Y
GALANT. 1315
ſy , Préſident à Mortier duParlement
, mourut le 22. âgé de
48. ans. Le Roy a donné ſa
Charge à M. fon fils. On s'étendra
davantage fur cet article
le mois prochain.
:
Dame Anne Racine , veuve
de M. Arnaud de S. Amant,
Fermier general , mourut le 2 .
de ce mois, laiſſant entre autres
enfans N. de S. Amant , veuve
de Loüis Provence Adhemard
de Monteil , Marquis de Grignan
.
2.
Meſſire Conradde Roſen,
Comte de Bolleviller , Marêchal
de France&Chevalier des
Ddij
316 MERCURE
trois Ordres du Roy , mourut
Ic 3. de ce mois dans ſon Château
de Bolleviller en hauteAlface
âgé de 87. ans , aprés une
maladie de quinze jours qu'il
a uniquement employé à recevoir
les Sacremens de l'Egliſe
& à exprimer les ſentimens de
Religion & de Pieté qui faifoient
ſa ſeule occupation depuis
pluſieurs années qu'il s'étoit
retiré de laCour & des embarras
dumonde. Il eſtoit originaire
de Livonie de la plus
ancienne Nobleſſe &d'unedes
meilleures Maiſons de cette
Province : il vint en France fer;
GALANT. 317
vir ſous fon parent le General
de Roſen, ſiconnu dans les fameuſes
expeditions du Duc de
Saxe Weymar ; & le dévoua
comme luy au ſervice du Roy.
Depuis s'étant toûjours diſtinguédans
tous les emplois Militaires
où il a paffé , & ayant
donné l'eſpace de plus de so.
ans des marques de capacité ,
de zele&d'une entiere fidelité
pour Sa Majefté & pour l'Etat ,
il merita ce ſuprême degré
d'honneur auquel il plût au
Royde l'élever en 1703.
Les commencemens des
ſervices de ce General accom-
1
Ddij
-318 MERCURE
pagnez d'une circonftance afſez
particuliere, avoient donné
à pluſieurs perſonnes de fi
grandes préventions fur l'obfcurité
de fa naiſſance , qu'ils le
regardoient comme un homme
de fortune que ſon ſeul
merite avoit élevé aux premiers
honneurs : occupé uniquementdu
ſervice du Roy &
de la gloire , il n'avoit pas fongé
luy-même à détruire cette
idée dans les eſprits , juſqu'au
tems qu'il fallut faire ſes preuves
pour eſtre receu dans les
plus illuſtresOrdres du Royaume;
ce fut alors qu'il s'adreſſa
GALANT . 319
,
au Roy de Suede ſon premier
Maiſtre , qui luy envoya des
Lettres Patentes & des Certifi
cats de fa Genealogie tirez de
laChancellerie& des Archives
de la Province de Livonie,avec
tous les témoignages les plus
aurentiques de l'ancienneté &
de l'illuſtration de ſa Maiſon .
Ceux qu'il receut en même
tems de l'état de la Nobleffe
deLivonie au ſujet de fon extraction
, font auſſi forts , &
outre qu'ils marquent la ſuite
de ſes Anceſtres & leurs Alliances
avec les premieres Maifons
de Suede & de Livonic ,
Dd iiij
320 MERCURE
telles que font celles des Thieſenhauſen
, Patkul , Haftfer ,
Butler & quantité d'autres du
premier rang ; ils ajoûtent encore
fondez ſur les Annales de
Livonie , que dés l'an 1238 ,
que cetteProvince fut conquifſee
ſur les Payens par lesChevaliers
de l'Ordre Teutonique,
cette Maiſon avoit fourni d'illuſtres
Chevaliers à cetOrdre ,
dont les Armes étoient d'or à
trois roſes de gueule deux &
une , comme on le voit encore
aux anciens Tombeaux &Mo
numens dans les endroits qui
ont eſté poffedez par les Sci
GALANT. 322
gneurs de cette Maiſon qui a
toûjours paffé pour une des
plus anciennes& des plus diftinguées
par les grands emplois
que les Seigneurs de cette
Maiſon ont poffedez & poffe.
dent encore,Otto JeandeRofen
, Seigneur de Kleinropp ,
neveu, du Maréchal de Rofen
dont nous parlons , eſtant aujourd'huy
Grand Maréchal de
laNobleſſe de Livonie.
Male Maréchal de Rofen
dontnous annonçons la mort,
quatriéme fils de Fabian deRoſen
, Seigneur de Kleinropp ,
ſe trouvaà l'âge de 16. ansCa
322 MERCURE
det dans les Gardes du Corps
de la Reine Chriſtine : au bout
de quelques années il eut le
malheur de ſe battre en duet
avec un jeune Seigneur de la
Cour&de le tuer ; il futarrêté
pendant quatre mois , enfin
ayant trouvé le moyen de s'échapper
de la priſon , il ne vit
d'autre reffource à ſon ſalut&
à ſa fortune que de venir en
France ſe jetter entre les bras
du General Rofen , qui eſtoir
iſſu de germain de fon pere ; il
pafla à Francfort où il joua&
perdit tout ce qu'il avoit ; au
deſeſpoir de ſe voir dans cet
GALANT. 323
-
-
eftat , & craignant les reproches
de fon parent , il n'oſa
l'aller joindre , & aima mieux
s'engager pour Cavalier dans
le Regiment de Brinon dont
des Officiers y faifoient pour
lors emplettede chevaux pour
les mener en France ; il ſervit
dans cette Troupe trois ans
fans ſe faire connoiſtre ; il fut
même affez malheureux que
d'être arreſté avecd'autres Cavaliers
par le Grand Prevoſt
de l'Armée au retour d'une
maraude,&contraint de jouer
avec eux pour la vie; quoiqu'il
gagna , il fit reflexion fur fon
324 MERCURE
eſtat , & le découvrit pour ce
qu'il eſtoit au Comte deBrinon
ſon Colonel , qui le fit Cornette
peu de jours aprés , Licutenant
dans la même Compa.
gnie & Capitaine l'année ſuivante.
Quelques années aprés
il ſe preſenta au General de
Roſen,qui le fit paſſer dans ſon
Regiment ; il connut bien-tôt
fon merite , & le regarda dés
lors comme ſon gendre& fon
heritier ; en effet il luy donna
ſa fille aînée que les Comtes de
Gallas & d'Helmſtadt luy
avoient fait demander , & le
fit fon Lieutenant Colonel.
GALANT. 325
La mort de fon beau- pere le
mit peu de temps aprés en poffeffion
de fonRegiment &des
Terres qu'il avoit acquiſes en
Alface. En 1684 il fut fait
Brigadier , en 1677. Maréchal
de Camp , en 1688. Lieutenant
General , en 1689. Maréchal
d'Irlande , en 1670.
Mestre de Camp, Generalde la
Cavalerie de France , en 1693 .
Grand Croix de l'Ordre Militaire
de S. Loüis , en 1703 .
Maréchal de France , & en
1705. il fut reçû Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit à Verfailles
le 2. Février de la même
326 MERCURE
année. Son habileté , la vigilance
& fon exactitude infinic
pour le ſervice , dans les differens
commandemens dont le
Roy l'a honoré &dans les occaſions
les plus confiderables
où il s'eſt trouvé , luy ont
merité la confiance & l'eſtime
de ſon Prince & des plus
grands Capitaines; ſes ſentimens
nobles & élevez , & fes
actions pleines de raiſon , de
folidité & de circonſpection .
l'ont fait admirer de tous ceux
qui l'ont connu particulierement.
Il laiſſe un fils qui eſt MaréGALANT.
327
F
chal de Camp , & que le Roy
vient de faire Commandeur
del'Ordre de S. Loüis , & cinq
filles , dont trois ſont Religieuſes
, & les deux autres
mariées , l'une au Comte de
Rottembourg , & l'autre au
Baron de Planta.
Epouſe de Meffire Henry de
Saulx , Comte de Tavannes
&auparavant veuve deMeſſire
René Potier,SeigneurdeBlancmeſnil
, mourut le 25. du mois
GALANT. 309
Y
paſſé dans la cour du Val-de-
Grace. Elle étoit ſoeur de feu
Madame la Marquise d'Illiers
d Entragues , & de feu de M.
le Marquis de la Mailleraye ,
Colonel du Regiment de Piémont
, enfans de feu Meffire
Loüis de Grimouville , Marquis
de la Mailleraye , Marêchal
desCamps & Armées du
Roy, qui estoit fils de Meffire
Jacques de Grimouville , Scigneur
des Maretz, & de Dame
Charlote de Moüy la Mailleraye
, heritiere de la Branche
. de cette maiſon de Moüy , qui
eft tres illuſtre, & qui a eu plu-
1
310 MERCURE
fieurs Chevaliers du Saint Efprit,&
Lieutenants Generaux
pour le Roy en Normandie.
Meſſieurs deGrimouville,dont
la Nobleſſe eſt tres ancienne ,
font originaires de Balle Normandie
, où eſt la Terre qui
porte ſon nom ; il y en a cu
deux Chevaliers du S. Eſprit ,
qui font morts ſans enfans ;
les Armes de la maiſon de Grimouville
font à trois molettes
d'éperon d'argent , en champ
de. gueule , & non des étoiles ,
comme on les blazonne quelquefois
mal.
Quant à la maiſon de M. de
GALANT . 311.
ㅓ
Saulx , il en eſt cadet , & il ne
faut pas confondre les branches
; il eſt fils de Meffire Jacques
de Saulx , Comte de Tavannes
, & de Dame Lonſe
Henriette Potier de Treſmes.
Lamaiſon de Saulx eſt ſilluf
tre , & on en a parlé fi amplement
dansdifferentsMercures,
> que je crois qu'il eſt inutilede
repeter ce qu'on en a dit. Madame
de Saulx eſt morte âgée
de 67.ans 4. mois , aprés une
longue maladie où elle a toûjours
conſervé une entiere
connoiſſance dont elle a fait
unbon uſage par ſa picté , &
par ſa patience.
312 MERCURE
Dame Catherine de Pommereu
, veuve de MeffirePierre
Bouter, Seigneur deMarivatz ,
& autres lieux , Chevalier des
O dresRoyaux & Militaires de
Noſtre Dame du Mont-Carmel
, & de S. Lazare , Premier
Gentilhomme ordinaire de feu
Monfieur , Grand Bailly de la
Ville & Duché d'Etampes ,
Gouverneur & Capitaine de
ladite Ville , mourut le 11. de
ce mois âgée de 80. ans. Elle
eſtoit foeur de feu M. dePommereu
, Conſeiller d'Etat ordinaire
& au Conſeil Royal ,&
laiſſe un fils qui a fuccedé à fon
:
pere
GALANT. 313
:
-pere en la Charge de Premier
Gentilhomme Y ordinaire.
Meffire Nicolas du Bois , Seigneur
deBailler , Préfident au
GrandConfeil , mourut de la
petite verole le 27. du mois
paffe.On ferale mois prochain
un plus ample détail de cette
Famille.
>
Melfire Loüis Chauvelin
ConſeillerduRoy en ſesConſeils
, Maître des Requêtes honoraire
, Avocat General du
Parlement , Commandeur &
grand Treforier desordresdu
Roy, mourut de la même maladie
le 2. de ce mois . Il eſtoit
Aoust 1715.
Dd
(
314 MERCURE
fils aîné de Meſlire Loüis Chauvelin
, Seigneur de Grifenoire,
Conſeiller d'Etat ordinaire ,&
de Dame N. deBillart , & petit-
fils de Meffire Loüis Chauvelin
, Maistre des Requêtes,&
de Dame Claude Bonneau , &
laiſſe des enfans de Dame N.
de Grouchy fon Epouſe. Il eſt
mort âgé de 32. ans , regretté
generalement de tout lemonde.
S. M. a donné la Charge
d'Avocat General vacante par
ſa mort , à M. Chauvelin de
Griſenoire ſon frere.
Meſſire Louis de Longuëil,
Marquis de Maiſons & dePoif-
Y
GALANT. 1315
ſy , Préſident à Mortier duParlement
, mourut le 22. âgé de
48. ans. Le Roy a donné ſa
Charge à M. fon fils. On s'étendra
davantage fur cet article
le mois prochain.
:
Dame Anne Racine , veuve
de M. Arnaud de S. Amant,
Fermier general , mourut le 2 .
de ce mois, laiſſant entre autres
enfans N. de S. Amant , veuve
de Loüis Provence Adhemard
de Monteil , Marquis de Grignan
.
2.
Meſſire Conradde Roſen,
Comte de Bolleviller , Marêchal
de France&Chevalier des
Ddij
316 MERCURE
trois Ordres du Roy , mourut
Ic 3. de ce mois dans ſon Château
de Bolleviller en hauteAlface
âgé de 87. ans , aprés une
maladie de quinze jours qu'il
a uniquement employé à recevoir
les Sacremens de l'Egliſe
& à exprimer les ſentimens de
Religion & de Pieté qui faifoient
ſa ſeule occupation depuis
pluſieurs années qu'il s'étoit
retiré de laCour & des embarras
dumonde. Il eſtoit originaire
de Livonie de la plus
ancienne Nobleſſe &d'unedes
meilleures Maiſons de cette
Province : il vint en France fer;
GALANT. 317
vir ſous fon parent le General
de Roſen, ſiconnu dans les fameuſes
expeditions du Duc de
Saxe Weymar ; & le dévoua
comme luy au ſervice du Roy.
Depuis s'étant toûjours diſtinguédans
tous les emplois Militaires
où il a paffé , & ayant
donné l'eſpace de plus de so.
ans des marques de capacité ,
de zele&d'une entiere fidelité
pour Sa Majefté & pour l'Etat ,
il merita ce ſuprême degré
d'honneur auquel il plût au
Royde l'élever en 1703.
Les commencemens des
ſervices de ce General accom-
1
Ddij
-318 MERCURE
pagnez d'une circonftance afſez
particuliere, avoient donné
à pluſieurs perſonnes de fi
grandes préventions fur l'obfcurité
de fa naiſſance , qu'ils le
regardoient comme un homme
de fortune que ſon ſeul
merite avoit élevé aux premiers
honneurs : occupé uniquementdu
ſervice du Roy &
de la gloire , il n'avoit pas fongé
luy-même à détruire cette
idée dans les eſprits , juſqu'au
tems qu'il fallut faire ſes preuves
pour eſtre receu dans les
plus illuſtresOrdres du Royaume;
ce fut alors qu'il s'adreſſa
GALANT . 319
,
au Roy de Suede ſon premier
Maiſtre , qui luy envoya des
Lettres Patentes & des Certifi
cats de fa Genealogie tirez de
laChancellerie& des Archives
de la Province de Livonie,avec
tous les témoignages les plus
aurentiques de l'ancienneté &
de l'illuſtration de ſa Maiſon .
Ceux qu'il receut en même
tems de l'état de la Nobleffe
deLivonie au ſujet de fon extraction
, font auſſi forts , &
outre qu'ils marquent la ſuite
de ſes Anceſtres & leurs Alliances
avec les premieres Maifons
de Suede & de Livonic ,
Dd iiij
320 MERCURE
telles que font celles des Thieſenhauſen
, Patkul , Haftfer ,
Butler & quantité d'autres du
premier rang ; ils ajoûtent encore
fondez ſur les Annales de
Livonie , que dés l'an 1238 ,
que cetteProvince fut conquifſee
ſur les Payens par lesChevaliers
de l'Ordre Teutonique,
cette Maiſon avoit fourni d'illuſtres
Chevaliers à cetOrdre ,
dont les Armes étoient d'or à
trois roſes de gueule deux &
une , comme on le voit encore
aux anciens Tombeaux &Mo
numens dans les endroits qui
ont eſté poffedez par les Sci
GALANT. 322
gneurs de cette Maiſon qui a
toûjours paffé pour une des
plus anciennes& des plus diftinguées
par les grands emplois
que les Seigneurs de cette
Maiſon ont poffedez & poffe.
dent encore,Otto JeandeRofen
, Seigneur de Kleinropp ,
neveu, du Maréchal de Rofen
dont nous parlons , eſtant aujourd'huy
Grand Maréchal de
laNobleſſe de Livonie.
Male Maréchal de Rofen
dontnous annonçons la mort,
quatriéme fils de Fabian deRoſen
, Seigneur de Kleinropp ,
ſe trouvaà l'âge de 16. ansCa
322 MERCURE
det dans les Gardes du Corps
de la Reine Chriſtine : au bout
de quelques années il eut le
malheur de ſe battre en duet
avec un jeune Seigneur de la
Cour&de le tuer ; il futarrêté
pendant quatre mois , enfin
ayant trouvé le moyen de s'échapper
de la priſon , il ne vit
d'autre reffource à ſon ſalut&
à ſa fortune que de venir en
France ſe jetter entre les bras
du General Rofen , qui eſtoir
iſſu de germain de fon pere ; il
pafla à Francfort où il joua&
perdit tout ce qu'il avoit ; au
deſeſpoir de ſe voir dans cet
GALANT. 323
-
-
eftat , & craignant les reproches
de fon parent , il n'oſa
l'aller joindre , & aima mieux
s'engager pour Cavalier dans
le Regiment de Brinon dont
des Officiers y faifoient pour
lors emplettede chevaux pour
les mener en France ; il ſervit
dans cette Troupe trois ans
fans ſe faire connoiſtre ; il fut
même affez malheureux que
d'être arreſté avecd'autres Cavaliers
par le Grand Prevoſt
de l'Armée au retour d'une
maraude,&contraint de jouer
avec eux pour la vie; quoiqu'il
gagna , il fit reflexion fur fon
324 MERCURE
eſtat , & le découvrit pour ce
qu'il eſtoit au Comte deBrinon
ſon Colonel , qui le fit Cornette
peu de jours aprés , Licutenant
dans la même Compa.
gnie & Capitaine l'année ſuivante.
Quelques années aprés
il ſe preſenta au General de
Roſen,qui le fit paſſer dans ſon
Regiment ; il connut bien-tôt
fon merite , & le regarda dés
lors comme ſon gendre& fon
heritier ; en effet il luy donna
ſa fille aînée que les Comtes de
Gallas & d'Helmſtadt luy
avoient fait demander , & le
fit fon Lieutenant Colonel.
GALANT. 325
La mort de fon beau- pere le
mit peu de temps aprés en poffeffion
de fonRegiment &des
Terres qu'il avoit acquiſes en
Alface. En 1684 il fut fait
Brigadier , en 1677. Maréchal
de Camp , en 1688. Lieutenant
General , en 1689. Maréchal
d'Irlande , en 1670.
Mestre de Camp, Generalde la
Cavalerie de France , en 1693 .
Grand Croix de l'Ordre Militaire
de S. Loüis , en 1703 .
Maréchal de France , & en
1705. il fut reçû Chevalier de
l'Ordre du S. Eſprit à Verfailles
le 2. Février de la même
326 MERCURE
année. Son habileté , la vigilance
& fon exactitude infinic
pour le ſervice , dans les differens
commandemens dont le
Roy l'a honoré &dans les occaſions
les plus confiderables
où il s'eſt trouvé , luy ont
merité la confiance & l'eſtime
de ſon Prince & des plus
grands Capitaines; ſes ſentimens
nobles & élevez , & fes
actions pleines de raiſon , de
folidité & de circonſpection .
l'ont fait admirer de tous ceux
qui l'ont connu particulierement.
Il laiſſe un fils qui eſt MaréGALANT.
327
F
chal de Camp , & que le Roy
vient de faire Commandeur
del'Ordre de S. Loüis , & cinq
filles , dont trois ſont Religieuſes
, & les deux autres
mariées , l'une au Comte de
Rottembourg , & l'autre au
Baron de Planta.
Fermer
18
p. 328-330
APOSTILLE.
Début :
Je vous prie, Monsieur, de me pardonner le derangement que [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XIV, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE.
-11. Je vous prie , Monfieur ,
de me pardonner le derangement
que vous aurez pû remarquer
dans ce Volume , la
crainte d'un funeſte évene
ment , & la nature de ſes circonſtances
m'en ont fait plufieurs
fois changer l'ordre . Je
touche à la plus grande & à la
plus triſte nouvelle dont tous
les Hiſtoriens du monde puiffent
jamais inſtruire la Pofterité
. Il s'agit de vous annoncer
la mort du Roy Loüis
ΧΙV.
GALANT. 329
XIV. le plus Grand & le
plus reſpectable Monarque de
l'Univers , arrivée à Verſailles
un Dimanche premier jour du
preſent mois de Septembre , à
huit heures & un quart du
matin. Savic , l'éclat & la
durée de ſon regne , fa maladie
& fa mort, n'offrent à la
memoire que les plus grands
traits de l'Heroiſme le plus
parfair.
Les bruits effrayants qui
ont couru ſur la maladie du
Roy pendant les huit derniers
jours du mois dont le Mercure
cſt daté , en ont retardé l'im-
Août 1715.
Ec
:
330 MERCURE
preſſion,&m'ont jetté dans la
neceſſité d'attendre juſqu'aux
premiers jours de ce mois ,
pour vous annoncer ſa mort ,
dont je vais inceſſamment reprendre
les circonstances , &
&me diſpoſer à vous conter
les ſuites qu'elle aura. Je ſuis
avec reſpect , Monfieur ,
voſtre , &c .
-11. Je vous prie , Monfieur ,
de me pardonner le derangement
que vous aurez pû remarquer
dans ce Volume , la
crainte d'un funeſte évene
ment , & la nature de ſes circonſtances
m'en ont fait plufieurs
fois changer l'ordre . Je
touche à la plus grande & à la
plus triſte nouvelle dont tous
les Hiſtoriens du monde puiffent
jamais inſtruire la Pofterité
. Il s'agit de vous annoncer
la mort du Roy Loüis
ΧΙV.
GALANT. 329
XIV. le plus Grand & le
plus reſpectable Monarque de
l'Univers , arrivée à Verſailles
un Dimanche premier jour du
preſent mois de Septembre , à
huit heures & un quart du
matin. Savic , l'éclat & la
durée de ſon regne , fa maladie
& fa mort, n'offrent à la
memoire que les plus grands
traits de l'Heroiſme le plus
parfair.
Les bruits effrayants qui
ont couru ſur la maladie du
Roy pendant les huit derniers
jours du mois dont le Mercure
cſt daté , en ont retardé l'im-
Août 1715.
Ec
:
330 MERCURE
preſſion,&m'ont jetté dans la
neceſſité d'attendre juſqu'aux
premiers jours de ce mois ,
pour vous annoncer ſa mort ,
dont je vais inceſſamment reprendre
les circonstances , &
&me diſpoſer à vous conter
les ſuites qu'elle aura. Je ſuis
avec reſpect , Monfieur ,
voſtre , &c .
Fermer
19
p. 222-224
De Paris, ce 14 Novembre 1717. REPONSE De M. Anel à la Lettre de M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Turin.
Début :
Monsieur, La Renommée vous a informé des bienfaits que son Excellence [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Fortune, Attachement , Princesse, Maladie, Remèdes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris, ce 14 Novembre 1717. REPONSE De M. Anel à la Lettre de M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Turin.
De Paris , ce 14 Novembre 1717.
REPONSE
De M. ANEL à la Lettre de M. le
Chevalier de C *** fils de défunt
M. le Premier Préfident du Turin.
MONSIEUR,
La Renommée vous ainfermé des bienfaits
que fon Excellence Monfeigneur le
Comte de Kinigsegg vient de me départirf
généreusement . Je fuis fûrque connoiffantfon
caractére, vous n'en estes pas
furpris : La fortune qui nous perfecute
en général , m'a favorisé de ce côté-là,
J'ai refpiré long-tems aprés l'arrivée de
S. E. en cette Cour, par la reconnoiffance
l'attachement que je lui dois , &
que je lui porte ; fans m'attendre d'ailleurs
, à un fi grand bien-fait de fapart,
ny an témoignage de confideration &
d'eftime » que vous aves M. la bonté de
me marquer aujourdhui à ſon occafion. I
n'êtoit pas befoin M. d'une nouvelle conDE
NOVEMBRE.
225
firmation ; -vous m'en aviés donné des
marques affés fenfibles par tant d'endroits
particulierement, en me procurant
l'avantage d'être utile au retabliffement
de la fanté de Madame Royalle ; ce que
vous fites de la maniere du monde la plus
généreuse : Souvenés- vous M. que vous
eftiés chez moi a Gênes , dans un lit
prefque agonifant ; dans le tems que vous
prites la plume à mon infçu , pour faire
part de ma nouvelle découverte à Madame
Royalle , & pour lui offrir monfecours
; fans l'informer de vôtre êtat , ny
du befoin que vous en aviés vous même :
Il arriva que cette Princeffe ignorant
vôtrefituationfâcheufe , ennuyée de la longueur
de fa maladie , & preffée de fa
guérifan , hâta mon départ pour me rondre
aupres defa Perfonne Royalle , &.
que vous vous déterminates à vous tranfporter
dans une Litiére de 'Gênes à Turin,
pour mefuivre au peril de vôtre vie,
crainte que l'occafion que vous m'aviés
procurée ne me manquat . Le zele que vous
portiés à cette Princeffe , & l'affection
que vous aviés deja congeuë pour moy´,
vous firentfaire une Action digne d'Alexandre
:Je vous traite auffi , commefr
vous aviez êté lui-mêm: ; & la Princeſſe
"
124
LE MERCURE
vous regala aprés votre parfaite conva»
Ifcence , d'un riche Diamant. Vous
m'cxbortés , Monfieur , à avoir toujours
fin des Pauvres infirmes ; c'est ce que
j'ai deßein de faire plus que jamais . J'e
continuerai de leur donner audiance
les après midi , depuis une heure , juf
qu'à cinq heures en Hiver ; & en E'té ,
jufqu'afix. Ils trouveront chezmoi , tous
les fecours que je fuis capable de leur donner;
Remédes , Panfemens , Operations ,
Confultations verbales & par êcrit , tant
pour la Ville que pour les Provinces ;
j'irai panfer chez eux , ceux qui ne
pourront pas venir chez moi . La Maifon
où je demeure , rue du Four proche
Saint Eustache , vis- à- vis l'avance de
l'Hôtel de Soiffons , nommé l'Hôtel du
Bien des Yeux , eft un Hôpital affûré
pour eux : Qrant à vous , Monfieur , je
Souhaite que vôtre fante fe maintienne
long- tems auffi parfaite , qu'elle l'eftoit
aprés la cure que je vous ai faite. Je fuis
&'c.
REPONSE
De M. ANEL à la Lettre de M. le
Chevalier de C *** fils de défunt
M. le Premier Préfident du Turin.
MONSIEUR,
La Renommée vous ainfermé des bienfaits
que fon Excellence Monfeigneur le
Comte de Kinigsegg vient de me départirf
généreusement . Je fuis fûrque connoiffantfon
caractére, vous n'en estes pas
furpris : La fortune qui nous perfecute
en général , m'a favorisé de ce côté-là,
J'ai refpiré long-tems aprés l'arrivée de
S. E. en cette Cour, par la reconnoiffance
l'attachement que je lui dois , &
que je lui porte ; fans m'attendre d'ailleurs
, à un fi grand bien-fait de fapart,
ny an témoignage de confideration &
d'eftime » que vous aves M. la bonté de
me marquer aujourdhui à ſon occafion. I
n'êtoit pas befoin M. d'une nouvelle conDE
NOVEMBRE.
225
firmation ; -vous m'en aviés donné des
marques affés fenfibles par tant d'endroits
particulierement, en me procurant
l'avantage d'être utile au retabliffement
de la fanté de Madame Royalle ; ce que
vous fites de la maniere du monde la plus
généreuse : Souvenés- vous M. que vous
eftiés chez moi a Gênes , dans un lit
prefque agonifant ; dans le tems que vous
prites la plume à mon infçu , pour faire
part de ma nouvelle découverte à Madame
Royalle , & pour lui offrir monfecours
; fans l'informer de vôtre êtat , ny
du befoin que vous en aviés vous même :
Il arriva que cette Princeffe ignorant
vôtrefituationfâcheufe , ennuyée de la longueur
de fa maladie , & preffée de fa
guérifan , hâta mon départ pour me rondre
aupres defa Perfonne Royalle , &.
que vous vous déterminates à vous tranfporter
dans une Litiére de 'Gênes à Turin,
pour mefuivre au peril de vôtre vie,
crainte que l'occafion que vous m'aviés
procurée ne me manquat . Le zele que vous
portiés à cette Princeffe , & l'affection
que vous aviés deja congeuë pour moy´,
vous firentfaire une Action digne d'Alexandre
:Je vous traite auffi , commefr
vous aviez êté lui-mêm: ; & la Princeſſe
"
124
LE MERCURE
vous regala aprés votre parfaite conva»
Ifcence , d'un riche Diamant. Vous
m'cxbortés , Monfieur , à avoir toujours
fin des Pauvres infirmes ; c'est ce que
j'ai deßein de faire plus que jamais . J'e
continuerai de leur donner audiance
les après midi , depuis une heure , juf
qu'à cinq heures en Hiver ; & en E'té ,
jufqu'afix. Ils trouveront chezmoi , tous
les fecours que je fuis capable de leur donner;
Remédes , Panfemens , Operations ,
Confultations verbales & par êcrit , tant
pour la Ville que pour les Provinces ;
j'irai panfer chez eux , ceux qui ne
pourront pas venir chez moi . La Maifon
où je demeure , rue du Four proche
Saint Eustache , vis- à- vis l'avance de
l'Hôtel de Soiffons , nommé l'Hôtel du
Bien des Yeux , eft un Hôpital affûré
pour eux : Qrant à vous , Monfieur , je
Souhaite que vôtre fante fe maintienne
long- tems auffi parfaite , qu'elle l'eftoit
aprés la cure que je vous ai faite. Je fuis
&'c.
Fermer
20
p. 165-166
De Lindau ce 30 Décembre 1717.
Début :
L'Abbé de saint Galle, aprés être relevé d'une grosse maladie, fut [...]
Mots clefs :
Abbé, Maladie, Apoplexie, Décès, Abbayes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Lindau ce 30 Décembre 1717.
De Lindance 30 Décembre 17175 .
'Abbé de faint Galle , aprés être
relevé d'une groffe maladie , fut
attaqué fubitement le 28du paffé , d'une »
Apoplexie , dont il mourut le lende
166 LE MERCURE
main : Il étoit âgé de 78 ans , & en
avoit regné 22. Pour avoir voulu introduire
des nouveautés , & violé les concordats
avec les fujets , dont les Cantons
de Zurik & de Bêrne font les Garants
, il s'êtoit attiré ces 2 Puiffances
qui l'avoient enfin depoffedé de fon
Abbaye & de fes dependances, qu'elles
gardoient en fequeftre depuis 5 ans .
'Abbé de faint Galle , aprés être
relevé d'une groffe maladie , fut
attaqué fubitement le 28du paffé , d'une »
Apoplexie , dont il mourut le lende
166 LE MERCURE
main : Il étoit âgé de 78 ans , & en
avoit regné 22. Pour avoir voulu introduire
des nouveautés , & violé les concordats
avec les fujets , dont les Cantons
de Zurik & de Bêrne font les Garants
, il s'êtoit attiré ces 2 Puiffances
qui l'avoient enfin depoffedé de fon
Abbaye & de fes dependances, qu'elles
gardoient en fequeftre depuis 5 ans .
Fermer
21
p. 929-939
DECOUVERTE SINGULIERE faite à l'ouverture d'un Corps humain, par M. Pot Dargent, Chevalier du saint Sepulcre, & Maître Chirurgien de la Nation Françoise, à Seyde en Palestine. Extrait de son Procès Verbal Original, du 29. Septembre 1729.
Début :
Le jour de Saint Louis, 25. d'Août de l'année 1729. un Marchand de Marseille, nommé [...]
Mots clefs :
Maladie, Liqueur, Grosseur, Chirurgien, Corps, Humeur, Cellules, Pierres, Gravier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECOUVERTE SINGULIERE faite à l'ouverture d'un Corps humain, par M. Pot Dargent, Chevalier du saint Sepulcre, & Maître Chirurgien de la Nation Françoise, à Seyde en Palestine. Extrait de son Procès Verbal Original, du 29. Septembre 1729.
DECOUVERTE SINGULIERE
faite à l'ouverture d'un Corps humain
par M. Pot Dargent , Chevalier du faint
Sepulcre , & Maître Chirurgien de la
Nation Françoife , à Seyde en Palestine.
Extrait de fon Procès Verbal Original ,
du 29. Septembre 1729..
Un
E jour de Saint Louis , 25. d'Août de l'année
1729. un Marchand de Marſeille, nommé
Louis Reyre , eft mort en cette Ville de Seyde ,
âgé de 28. ans accomplis , d'une maladie trèsfinguliere.
Elle confiftoit dans de grands points de côtez
& des difficultez d'uriner qui le mettoient au lit
pour 7. ou 8. jours. Pendant ce temps-là , il ne
pouvoit ni marcher , ni fe tenir de bout ; il étoit
alors affis fur un Sofa , à la maniere des Turcs , -
& fe plaignoit continuellement , faifant des contorfions
pitoyables . Ce qui eft très - particulier ,
c'eft qu'il affuroit que ce mal lui étoit ordinaire :
depuis fon enfance , & qu'il croyoit l'avoir apporté
en venant au monde.
Je l'ai traité comme beaucoup d'autres l'avoient
fait avant moi , & je lui ai donné tous les
remedes que j'ai crû les plus convenables & les
plus
930 MERCURE DE FRANCE
plus propres à le foulager , attribuant fa maladie
à des fables & à des graviers engagez dans fes
teins , qui arrêtoient les urines & caufoient les
maux qui le tourmentoient .
Un an avant la mort je fus obligé de faire un
voyage à Conftantinople ; pendant ce temps -là
d'autres Chirurgiens l'entreprirent & le mirent
dans le grand Remede, les Salivations , les Fumigations
, &c. attribuant la maladie à la débauche.
A mon retour je trouvai le Malade plus mal
qu'auparavant ; il ne ceffoit de fe plaindre des
reins , il n'y avoit plus d'intervalles , les difficultez
d'uriner étoient continuelles ; & cependant il
urinoit très -fouvent , mais 10. OU 12 .•goutes feulement
& avec des douleurs très - aigues , de forte
qu'il fe levoit 80. & 100. fois la nuit & autant le
jour. Cela a duré depuis qu'il a été dans les nouveaux
remedes , jufqu'au jour de fa mort.
Une maladie fi extraordinaire accompagnée
d'incidens fi étranges , excita ma curiofité & me
fit prendre le parti de m'adreffer à M. le Maire ,
Conful à Seyde , pour obtenir de lui la permiffion
de faire l'ouverture de ce Corps ; je pris cette
réfolution avec d'autant plus de confiance , que
fon zele pour tout ce qui regarde l'utilité publique
& Pattention qu'il a à ne laiffer échapper
rien de rare & de curieux dans ces Pays , me
fervoient d'afſurance qu'il m'accorderoit cette
permiffion . Je n'eus pas de peine à l'obtenir , &
même M. le Conful m'ordonna d'écrire ce que
j'y remarquerois de fingulier. Je ne pus operer
que depuis onze heures du foir du 25. au 26 .
Avril , jufqu'à 5. heures du lendemain matin ; de
forte que je ne confiderai qu'en gros les parties
qui me parurent les plus effentielles .
Ayant levé le Sternum , je vis le foye tout tacheté
de diverfes couleurs. Il étoit d'une groffeur
CXMAY.
1730. 93T
extraordinaire & d'une couleur blanchâtre ; if
étoit parfemé de petites bulles dont les unes étoient
remplies d'une eau jeaunâtre , les autres d'une
verte , d'autres d'une eau noire , & quelquesunes
d'eau ſemblable à l'eau ordinaire des Fontaines.
La Vefficule du fiel étoit toute ronde , affez
groffe pour contenir fix onces de liqueur. Il y
avoit au fond quelques petits fables .
La Rate étoit d'un brun noir, étroite & mince,
& n'avoit en largeur qu'un bon pouce,& en épaiffeur
que celle de deux écus de France.
Les Reins dans lefquels étoit la cauſe de cette
maladie , étoient , à les mefurer exactement , de
huit travers de doigt en longueur , & de cinq
d'épaiffeur, d'une couleur peu differente du noir
ils étoient diftants l'un de l'autre de deux travers
de doigt ; ils étoient entourez d'une matiere glaireufe
affez épaiffe. Le Baffinet étoit rempli d'une
humeur grife , pareille au pus d'un abfcès bien
mûr , & d'une odeur très - forte , de même que les
Ureteres , qui étoient tellement pleins de cette liqueur
mêlée avec des fables & des graviers , qui
faifoient paroître le tout fi condenfé, qu'à peine y
pû-je introduire ma Sonde creuſe.
Les Reins , que l'on peut appeller pétrifiez ,
étoient remplis de pierres très -folides ; il y en
avoit deux groffes dans chacun' ; ces deux pierres
tenoient la longueur & la largeur de chacun des
deux Reins. Elles reffembloient à du Corail blanc.
On y voyoit aux extrémitez leur tête , lear corps,
leurs branches & leurs racines . On en trouvera un
Deffein exact joint à ce Procès Verbal..
Outre ces quatre pierres il y en avoit vingt-une
dans le Rein droit , & vingt-trois dans le gauche,
elles étoient très -adherantes aux Glandes , & enrelaffées
dans les efpaces que laiffoient les groffes
pierres
932 MERCURE DE FRANCE
1
pierres autour d'elles . La plus petite de toutes
étoit de la groffeur d'une Amande , & de diverfes
figures. Il y avoit outre cela beaucoup de fabies ·
dans les Reins , & ils étoient comme humectez-
& détrempez d'une humeur glaireuſe , dont l'odeur
étoit fi forte , que ceux qui étoient préfens
furent contraints de fe retirer.
Comme le temps me preffoit & que j'avois
trouvé les Reins dans un état fi extraordinaire
je m'attendois à quelque chofe d'aufli furprenant
dans la Veffie: je la découvris à l'inftant ; elle étoit
de la groffeur d'une bouteille , contenant quatre
onces de liqueur ; fon exterieur étoit couvert d'une
chair folide & ferme , elle étoit épaiffe d'un´
petit doigt & très-adherante à la Veffie . Je l'en
féparai & je trouvai que l'interieur de cette peau
étoit une veritable éponge , dont les Cellules n'étoient
point remplies par de l'urine mais par une
humeur bien liée & grifâtre . Cette humeur répandoit
une odeur fi forte , que les perfonnes qui
fe trouverent à cette ouverture ne purent la fupporter
, & que j'eus moi - même bien dé la peine
à y tenir. Voulant examiner plus particulierementce
que contenoit cette éponge , j'en fis la diffection
, mais je ne trouvai dans fes Cellules que ce
veritable pus & dans le fond des cellules des fables
& des graviers de la groffeur d'une Lentille, qu'on
pourroit comparer aux matieres que l'on trouve
dans le gefier des Pigeons.
Comme le bruit couroit que cet homme n'étoit
mort que de maladie venerienne & particulierement
de carnofitez; je me preffai de voir le Sphincter
, en examinant les Glandes Proftates , que je
trouvai vuides & feches. Le Sphincter étoit très--
dur & très-folide & reffembloit fort à un Cartilage
: mes cifeaux firent effort fur ma Sonde creufe
pour en faire la féparation ; en même temps j'ou--
vris
MAY. 1730.
933
•
ris tout l'Uretere où j'apperçus deux ulceres , l'ury
diftant du Sphincter d'un travers de doigt , &
l'autre à fa partie moyenne. L'extremité du Balanus
& du Prépuce étoit tout ulcerée ; il fembloit
que ce fut une quantité de petits chancres réunis
en un feul par leur proximité.
Il me reftoit fort peu de temps à caufe des chaleurs
, je l'employai à voir les poulmons & le
coeur. Je trouvai les Poulmons fort gros , tirant
fur le noir & parfemez de petites taches de diverfes
couleurs , ils étoient auffi couverts de plufieurs
petites Veffies remplies d'une eau noire. Quelques-
uns des lobules du Poulmon étoient trèsfecs
, particulierement du côté gauche .
Pour ce qui eft du Coeur, je n'en ai jamais vu de
fi petit & de fi extenué. A peine ai-je pû difcerner
les parties qui doivent être les plus appa
rentes.
J'ai cru qu'il ne feroit pas hors de propos de
faire ce détail, après les ordres que j'en ai reçus
de,
M. le Conful , & je puis affurer que perfonne n'a
mieux fuivi cette maladie depuis fix ans que moi.
Je laiffe aux Curieux à reflechir fur les circonftances
de cette maladie , fur ces cauſes & fon pro
grès. Qu'ils me permettent feulement de joindre
ce détail mes Obfervations & mes Reflexions
propres. Je les foumets à leur jugement.
Du propre aveu de feu M. Reyre , il s'eſt toû
jours plaint des côtez dès fa plus tendre enfance..
Sa mere lui avoit dit plufieurs fois qu'elle n'avoit
pû trouver aucun moyen pour l'empêcher de pleurer
, foit qu'il fût dans le berceau , foit qu'il fût
entre fes bras , & qu'elle n'avoit jamais crû qu'il
dût vivre long-temps . En effet, tous ceux qui l'ont
connu auffi bien que moi , fçavent que ces douleurs
aigues qu'il difoit avoir fenties de tout temps
n'ont fait qu'augmenter de jour en jour depuiss
qu'ils l'ont connu ..
934 MERCURE DE FRANCE
Il eft vrai que cet homme n'avoit vécu depuis
très-long temps que de chofes fort crues & fort
indigeftes ; les Jambons , les Fromages , les Sauciffons
, les Anchoyes & toutes les viandes dans
lefquelles dominoient le poivre & le fel , avoient
prefque été fes feuls alimens , & il ne fe ménageoit
point fur le vin & fur l'eau-de- vie ; de plus
il avoit fort fréquenté les femmes.
Je crois neanmoins qu'il avoit apporté en naiſfant
la caufe & comme le germe de cette maladie,
& qu'il avoit contracté de mauvais fucs & de
mauvais levains dans fa premiere formation , de
forte qu'il étoit rempli de graviers , même avant
qu'il eût vû le jour. Ce qui me confirme dans cette
conjecture , c'eft qu'il n'avoit aucune partie du
corps bien formée , qu'il femble qu'elles ayent
toutes fouffert pendant tout le cours de fa vie.
Je ne me fouviens point d'avoir entendu parler
d'une maladie accompagnée de pareilles circonftances.
Je n'ai trouvé aucun exemple ſemblable ,
à la réferve de celui du Pape Innocent XI . Encore
eft -il à remarquer qu'il eft mort âgé , & qu'il
n'eft fait mention dans fon hiftoire que de deux
pierres , dont chaque Rein en contenoit une , &
il n'eft point dit qu'il eût eû pendant ſa vie aucun
accident ; encore moins que ces Corps étrangers
ayent alteré aucune partie de fon corps. Mais
dans celui- cy tout étoit attaqué, tout étoit alteré ;
il n'y avoit pas une feule partie dans l'état où elle
auroit dû être , pas une n'étoit faine & dans fon
entier.
Le Foye eft, comme l'on fçait, un des plus gros
Vifceres ; mais celui - cy excedoit fa groffeur ordinaire
de beaucoup, je puis même dire de plus
d'un tiers : il étoit de la couleur d'un papier gris
clair , & parfemé de quantité de bulles remplies
de liqueurs , de couleurs diverfes , comme on l'a
dit:
-
MAY. 1730. 935
dit : Les Membranes de ces bulles étoient trèsfolides
& très - adherantes ; & j'ai remarqué par
leur épaiffeur qu'il devoit y avoir plufieurs années
que cette partie fouffroit : j'ai bien vû dans
d'autres corps de ces fortes de Vefficules attacheés
au foye, remplies d'une eau infipide, mais celle- cy
étoit d'une odeur prefque infupportable . Cette partie
étoit fi changée qu'elle paroiffoit toute alterée.
Je ferois curieux de fçavoir d'où peut être venu
ce changement de couleur ; la caufe de ce grand
nombre de Vefficules , de la diverfité des liqueurs
qui y étoient contenuës & de cette groffeur dé
mefurée.
Il eft rare encore & même extraordinaire de
trouver la Vefficule du fiel d'une figure ronde &
affez groffe pour contenir fix onces de liqueur ,
& fa Membrane de l'épaiffeur d'un écu ; il n'y
avoit aucune difference de fon fond à fon col
qui étoit très-dilaté. Elle avoit dans fon fond
des graviers épais , & étoit remplie d'une liqueur
gluante, fort épaiffe , tirant fur le noir . Le Malade
quatre jours avant fa mort ne pouvoit prendre
une cueillerée de bouillon ou de ptizanne , qu'il
ne rendît à l'inftant une pinte & demie d'une liqueur
noire comme de l'ancre & gluante comme
de la Therebentine , & qui infectoit toute la maifon
; deforte qu'en quatre jours il en a rendu 8. à
10. pots à diverfes repriſes ; ce qui me donna la
curiofité d'ouvrir la Membrane & d'en répandre la
liqueur pour voir fi elle avoit du rapport avec ce
qu'il vomiffoit. J'y trouvai en effet la même couleur
, mais l'odeur en étoit un peu moins forte ;
cette Membrane en étoit toute pleine. Je m'appliquai
à examiner fi cette humeur qu'il vomiffoit
en fi grande quantité ne venoit point de l'eftomach
, mais je n'y trouvai rien qui pût caufer de
parcilles évacuations , ni qui fût même teint de
cette
936 MERCURE DE FRANCE
cette humeur. Le temps ne me permit pas de
pouffer mes Recherches plus loin , ni de faire des
Remarques plus particulieres.
J'efpere que les Sçavans découvriront & m'enfeigneront
quelle étoit la nature & la qualité de
cette humeur, où elle fe formoit, quel devoit être
fon fiege ordinaire , d'où elle venoit en fi grande
abondance , quelle pouvoit être la caufe d'une
odeur fi forte , & comment la Nature avoit formé
un fiel d'une groffeur fi démefurée .
Je me fouviens que dans les Cours d'Anatomie
à S. Côme , on ne parloit prefque point des ufages
de la Ratte , & qu'on la faifoit paffer pour
une partie prefque fuperflue ; cependant je remar
que qu'elle eft fujette comme les autres parties a
des infirmitez . D'où vient cette grande alteration
dans fa longueur , dans fa largeur & dans fon
épaiffeur D'où vient ce changement exceffif dans
fa forme ? Il me paroît par là qu'elle a fes ufages-
& fes utilitez , je ferois charmé d'apprendre un
jour que l'on ait fait quelques découvertes fur ce
fujet, & qu'on puiffe affigner les veritables fonctions
de ce Vifcere.
Les Reins à qui j'attribuë la caufe de ce dérangement
general , donneroient lieu à de grandes
recherches que j'abandonne aux Medecins. Comment
il a pú fe former dans chaque Rein deux
pierres de cette groffeur, de cette figure & de cette
folidité , comment outre celle- là il s'eft pû former
une vingtaine d'autres pierres de differente
groffeur , dont la plus petite étoit auffi groffe
qu'une Olive ; pourquoi elles y étoient fi adherantes
, & comment elles pouvoient s'enchâffer
exactement dans les vuides & les interftices de
chaque pierre..
Les Ureteres etoient remplis d'un limon fort
épais ,, blanchâtre & très-puant. Ils contenoient
encore
MAY. 937 1730 .
encore des fables très-folides ; j'en tirai d'auſſi
gros qu'un pois , & il a fallu ouvrir ces Ureteres
dans toute leur longueur pour en ôter ces fables
qui y étoient très-adherans.
Je fus furpris de trouver la Membrane propre
de la Veffie de l'épaiffeur d'une Amande , à peine
ai-je pû découvrir quelqu'un de fes fibres charnus,
La feconde des Membranes propres étoit une
vraye éponge avec ces cellules , elle étoit remplie
de graviers & de fables , au lieu d'urine ; c'étoit
cette liqueur gluante & épaiffe , comme je l'ai dit
cy- deffus , & il faut remarquer que depuis cinq
mois la Veffie ne fourniffoit que de ce pus au lieu
d'urine .
J'ai déja dit qu'il ne rendoit par les urines que
dix ou douze gouttes chaque fois ; il faut ajoûter
que lorfque je voulois les affembler , & que je les
réuniffois , elles formoient un tout bien lié , &
une matiere fi bien coagulée , qu'avec une bagueta
te je lui faifois faire toute forte de
comme j'aurois pû faire avec du vif-argent.
mouvemens
J'ai fait encore une autre remarque qui m'a affez
furpris ; c'eft que quand je lui donnois quelques
remedes dieurétiques & bien fondans , la partie fe
dilatant apparemment alors plus qu'à l'ordinaire,
le Malade fe croyoit déchargé de ce poids par la
violence & les efforts que faifoit la Nature,& pour
lors il rendoit par la Verge jufqu'à fix ou huit
onces de grumeaux d'un fang bien noir avec des
graviers & des fables. Cela lui eft arrivé dix ou
douze fois , mais avec des douleurs fi aiguës , que
j'ai crú plufieurs fois qu'il me refteroit entre les
bras , ce qui me fit juger que mes Fondans n'é--
toient plus de faiſon , & même la nature approchoit
de fa deftruction ; car lorfque cette liqueur
venoit à paffer fur les deux Ulceres le
Malade avoit le long du canal de l'Urete , ces
que
que
douleurs
938 MERCURE DE FRANCE
douleurs redoubloient & devenoient fi violentes ,
qu'il tomboit par terre fans connoiffance , fans
refpiration & fans aucune marque de vie .
Je ne fuis pas étonné d'avoir trouvé les Poulmons
dans l'état que j'ai décrit , car la vie de cet
homme n'ayant été qu'une chaîne & un tiffu de
ſouffrances , je croi qu'il ne devoit avoir aucune
partie de fon corps qui ne fût très- alterée & qui
ne dût lui caufer la mort.
Une choſe très - furprenante , par laquelle je finis
, c'eſt qu'au milieu de tant de maux , il a toûjours
eu le Poulx bon ; il l'a conſervé reglé juſqu'à
trois heures avant fa mort qu'il devint trèsembarraſſé
; il n'eut_point d'agonie , & conferva
Fufage de la connoiffance & de la parole jufqu'au
dernier foupir.
Au bas du Procès Verbal eft Attestation
du Conful de France , conçuë en ces termes :
Nous , Benoît le Maire , Confeiller du Roi ,
Conful de Seyde & fes dépendances , certifions
& atteftons à tous ceux à qui il appartiendra , que
le fieur Jean- François Pot- Dargent , qui a fait le
rapport cy-deffus ; eft Maître Chirurgien de la
Nation, au feing duquel on peut ajoûter foi ,
ayant fait l'ouverture du corps de feu Louis
Reyre , Marchand en cette Echelle , de notre ordre
& confentement ; en temoin de quoi nous
avons figné les Prefentes , fait appofer le Sceau
Royal de ce Confulat , & fouffigner par notre
Chancelier. A Seyde , le 12. Octobre 1729. Signé
B. LE MAIRE , & plus bas , GALERNEAU ?
Chancelier,
faite à l'ouverture d'un Corps humain
par M. Pot Dargent , Chevalier du faint
Sepulcre , & Maître Chirurgien de la
Nation Françoife , à Seyde en Palestine.
Extrait de fon Procès Verbal Original ,
du 29. Septembre 1729..
Un
E jour de Saint Louis , 25. d'Août de l'année
1729. un Marchand de Marſeille, nommé
Louis Reyre , eft mort en cette Ville de Seyde ,
âgé de 28. ans accomplis , d'une maladie trèsfinguliere.
Elle confiftoit dans de grands points de côtez
& des difficultez d'uriner qui le mettoient au lit
pour 7. ou 8. jours. Pendant ce temps-là , il ne
pouvoit ni marcher , ni fe tenir de bout ; il étoit
alors affis fur un Sofa , à la maniere des Turcs , -
& fe plaignoit continuellement , faifant des contorfions
pitoyables . Ce qui eft très - particulier ,
c'eft qu'il affuroit que ce mal lui étoit ordinaire :
depuis fon enfance , & qu'il croyoit l'avoir apporté
en venant au monde.
Je l'ai traité comme beaucoup d'autres l'avoient
fait avant moi , & je lui ai donné tous les
remedes que j'ai crû les plus convenables & les
plus
930 MERCURE DE FRANCE
plus propres à le foulager , attribuant fa maladie
à des fables & à des graviers engagez dans fes
teins , qui arrêtoient les urines & caufoient les
maux qui le tourmentoient .
Un an avant la mort je fus obligé de faire un
voyage à Conftantinople ; pendant ce temps -là
d'autres Chirurgiens l'entreprirent & le mirent
dans le grand Remede, les Salivations , les Fumigations
, &c. attribuant la maladie à la débauche.
A mon retour je trouvai le Malade plus mal
qu'auparavant ; il ne ceffoit de fe plaindre des
reins , il n'y avoit plus d'intervalles , les difficultez
d'uriner étoient continuelles ; & cependant il
urinoit très -fouvent , mais 10. OU 12 .•goutes feulement
& avec des douleurs très - aigues , de forte
qu'il fe levoit 80. & 100. fois la nuit & autant le
jour. Cela a duré depuis qu'il a été dans les nouveaux
remedes , jufqu'au jour de fa mort.
Une maladie fi extraordinaire accompagnée
d'incidens fi étranges , excita ma curiofité & me
fit prendre le parti de m'adreffer à M. le Maire ,
Conful à Seyde , pour obtenir de lui la permiffion
de faire l'ouverture de ce Corps ; je pris cette
réfolution avec d'autant plus de confiance , que
fon zele pour tout ce qui regarde l'utilité publique
& Pattention qu'il a à ne laiffer échapper
rien de rare & de curieux dans ces Pays , me
fervoient d'afſurance qu'il m'accorderoit cette
permiffion . Je n'eus pas de peine à l'obtenir , &
même M. le Conful m'ordonna d'écrire ce que
j'y remarquerois de fingulier. Je ne pus operer
que depuis onze heures du foir du 25. au 26 .
Avril , jufqu'à 5. heures du lendemain matin ; de
forte que je ne confiderai qu'en gros les parties
qui me parurent les plus effentielles .
Ayant levé le Sternum , je vis le foye tout tacheté
de diverfes couleurs. Il étoit d'une groffeur
CXMAY.
1730. 93T
extraordinaire & d'une couleur blanchâtre ; if
étoit parfemé de petites bulles dont les unes étoient
remplies d'une eau jeaunâtre , les autres d'une
verte , d'autres d'une eau noire , & quelquesunes
d'eau ſemblable à l'eau ordinaire des Fontaines.
La Vefficule du fiel étoit toute ronde , affez
groffe pour contenir fix onces de liqueur. Il y
avoit au fond quelques petits fables .
La Rate étoit d'un brun noir, étroite & mince,
& n'avoit en largeur qu'un bon pouce,& en épaiffeur
que celle de deux écus de France.
Les Reins dans lefquels étoit la cauſe de cette
maladie , étoient , à les mefurer exactement , de
huit travers de doigt en longueur , & de cinq
d'épaiffeur, d'une couleur peu differente du noir
ils étoient diftants l'un de l'autre de deux travers
de doigt ; ils étoient entourez d'une matiere glaireufe
affez épaiffe. Le Baffinet étoit rempli d'une
humeur grife , pareille au pus d'un abfcès bien
mûr , & d'une odeur très - forte , de même que les
Ureteres , qui étoient tellement pleins de cette liqueur
mêlée avec des fables & des graviers , qui
faifoient paroître le tout fi condenfé, qu'à peine y
pû-je introduire ma Sonde creuſe.
Les Reins , que l'on peut appeller pétrifiez ,
étoient remplis de pierres très -folides ; il y en
avoit deux groffes dans chacun' ; ces deux pierres
tenoient la longueur & la largeur de chacun des
deux Reins. Elles reffembloient à du Corail blanc.
On y voyoit aux extrémitez leur tête , lear corps,
leurs branches & leurs racines . On en trouvera un
Deffein exact joint à ce Procès Verbal..
Outre ces quatre pierres il y en avoit vingt-une
dans le Rein droit , & vingt-trois dans le gauche,
elles étoient très -adherantes aux Glandes , & enrelaffées
dans les efpaces que laiffoient les groffes
pierres
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pierres autour d'elles . La plus petite de toutes
étoit de la groffeur d'une Amande , & de diverfes
figures. Il y avoit outre cela beaucoup de fabies ·
dans les Reins , & ils étoient comme humectez-
& détrempez d'une humeur glaireuſe , dont l'odeur
étoit fi forte , que ceux qui étoient préfens
furent contraints de fe retirer.
Comme le temps me preffoit & que j'avois
trouvé les Reins dans un état fi extraordinaire
je m'attendois à quelque chofe d'aufli furprenant
dans la Veffie: je la découvris à l'inftant ; elle étoit
de la groffeur d'une bouteille , contenant quatre
onces de liqueur ; fon exterieur étoit couvert d'une
chair folide & ferme , elle étoit épaiffe d'un´
petit doigt & très-adherante à la Veffie . Je l'en
féparai & je trouvai que l'interieur de cette peau
étoit une veritable éponge , dont les Cellules n'étoient
point remplies par de l'urine mais par une
humeur bien liée & grifâtre . Cette humeur répandoit
une odeur fi forte , que les perfonnes qui
fe trouverent à cette ouverture ne purent la fupporter
, & que j'eus moi - même bien dé la peine
à y tenir. Voulant examiner plus particulierementce
que contenoit cette éponge , j'en fis la diffection
, mais je ne trouvai dans fes Cellules que ce
veritable pus & dans le fond des cellules des fables
& des graviers de la groffeur d'une Lentille, qu'on
pourroit comparer aux matieres que l'on trouve
dans le gefier des Pigeons.
Comme le bruit couroit que cet homme n'étoit
mort que de maladie venerienne & particulierement
de carnofitez; je me preffai de voir le Sphincter
, en examinant les Glandes Proftates , que je
trouvai vuides & feches. Le Sphincter étoit très--
dur & très-folide & reffembloit fort à un Cartilage
: mes cifeaux firent effort fur ma Sonde creufe
pour en faire la féparation ; en même temps j'ou--
vris
MAY. 1730.
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ris tout l'Uretere où j'apperçus deux ulceres , l'ury
diftant du Sphincter d'un travers de doigt , &
l'autre à fa partie moyenne. L'extremité du Balanus
& du Prépuce étoit tout ulcerée ; il fembloit
que ce fut une quantité de petits chancres réunis
en un feul par leur proximité.
Il me reftoit fort peu de temps à caufe des chaleurs
, je l'employai à voir les poulmons & le
coeur. Je trouvai les Poulmons fort gros , tirant
fur le noir & parfemez de petites taches de diverfes
couleurs , ils étoient auffi couverts de plufieurs
petites Veffies remplies d'une eau noire. Quelques-
uns des lobules du Poulmon étoient trèsfecs
, particulierement du côté gauche .
Pour ce qui eft du Coeur, je n'en ai jamais vu de
fi petit & de fi extenué. A peine ai-je pû difcerner
les parties qui doivent être les plus appa
rentes.
J'ai cru qu'il ne feroit pas hors de propos de
faire ce détail, après les ordres que j'en ai reçus
de,
M. le Conful , & je puis affurer que perfonne n'a
mieux fuivi cette maladie depuis fix ans que moi.
Je laiffe aux Curieux à reflechir fur les circonftances
de cette maladie , fur ces cauſes & fon pro
grès. Qu'ils me permettent feulement de joindre
ce détail mes Obfervations & mes Reflexions
propres. Je les foumets à leur jugement.
Du propre aveu de feu M. Reyre , il s'eſt toû
jours plaint des côtez dès fa plus tendre enfance..
Sa mere lui avoit dit plufieurs fois qu'elle n'avoit
pû trouver aucun moyen pour l'empêcher de pleurer
, foit qu'il fût dans le berceau , foit qu'il fût
entre fes bras , & qu'elle n'avoit jamais crû qu'il
dût vivre long-temps . En effet, tous ceux qui l'ont
connu auffi bien que moi , fçavent que ces douleurs
aigues qu'il difoit avoir fenties de tout temps
n'ont fait qu'augmenter de jour en jour depuiss
qu'ils l'ont connu ..
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Il eft vrai que cet homme n'avoit vécu depuis
très-long temps que de chofes fort crues & fort
indigeftes ; les Jambons , les Fromages , les Sauciffons
, les Anchoyes & toutes les viandes dans
lefquelles dominoient le poivre & le fel , avoient
prefque été fes feuls alimens , & il ne fe ménageoit
point fur le vin & fur l'eau-de- vie ; de plus
il avoit fort fréquenté les femmes.
Je crois neanmoins qu'il avoit apporté en naiſfant
la caufe & comme le germe de cette maladie,
& qu'il avoit contracté de mauvais fucs & de
mauvais levains dans fa premiere formation , de
forte qu'il étoit rempli de graviers , même avant
qu'il eût vû le jour. Ce qui me confirme dans cette
conjecture , c'eft qu'il n'avoit aucune partie du
corps bien formée , qu'il femble qu'elles ayent
toutes fouffert pendant tout le cours de fa vie.
Je ne me fouviens point d'avoir entendu parler
d'une maladie accompagnée de pareilles circonftances.
Je n'ai trouvé aucun exemple ſemblable ,
à la réferve de celui du Pape Innocent XI . Encore
eft -il à remarquer qu'il eft mort âgé , & qu'il
n'eft fait mention dans fon hiftoire que de deux
pierres , dont chaque Rein en contenoit une , &
il n'eft point dit qu'il eût eû pendant ſa vie aucun
accident ; encore moins que ces Corps étrangers
ayent alteré aucune partie de fon corps. Mais
dans celui- cy tout étoit attaqué, tout étoit alteré ;
il n'y avoit pas une feule partie dans l'état où elle
auroit dû être , pas une n'étoit faine & dans fon
entier.
Le Foye eft, comme l'on fçait, un des plus gros
Vifceres ; mais celui - cy excedoit fa groffeur ordinaire
de beaucoup, je puis même dire de plus
d'un tiers : il étoit de la couleur d'un papier gris
clair , & parfemé de quantité de bulles remplies
de liqueurs , de couleurs diverfes , comme on l'a
dit:
-
MAY. 1730. 935
dit : Les Membranes de ces bulles étoient trèsfolides
& très - adherantes ; & j'ai remarqué par
leur épaiffeur qu'il devoit y avoir plufieurs années
que cette partie fouffroit : j'ai bien vû dans
d'autres corps de ces fortes de Vefficules attacheés
au foye, remplies d'une eau infipide, mais celle- cy
étoit d'une odeur prefque infupportable . Cette partie
étoit fi changée qu'elle paroiffoit toute alterée.
Je ferois curieux de fçavoir d'où peut être venu
ce changement de couleur ; la caufe de ce grand
nombre de Vefficules , de la diverfité des liqueurs
qui y étoient contenuës & de cette groffeur dé
mefurée.
Il eft rare encore & même extraordinaire de
trouver la Vefficule du fiel d'une figure ronde &
affez groffe pour contenir fix onces de liqueur ,
& fa Membrane de l'épaiffeur d'un écu ; il n'y
avoit aucune difference de fon fond à fon col
qui étoit très-dilaté. Elle avoit dans fon fond
des graviers épais , & étoit remplie d'une liqueur
gluante, fort épaiffe , tirant fur le noir . Le Malade
quatre jours avant fa mort ne pouvoit prendre
une cueillerée de bouillon ou de ptizanne , qu'il
ne rendît à l'inftant une pinte & demie d'une liqueur
noire comme de l'ancre & gluante comme
de la Therebentine , & qui infectoit toute la maifon
; deforte qu'en quatre jours il en a rendu 8. à
10. pots à diverfes repriſes ; ce qui me donna la
curiofité d'ouvrir la Membrane & d'en répandre la
liqueur pour voir fi elle avoit du rapport avec ce
qu'il vomiffoit. J'y trouvai en effet la même couleur
, mais l'odeur en étoit un peu moins forte ;
cette Membrane en étoit toute pleine. Je m'appliquai
à examiner fi cette humeur qu'il vomiffoit
en fi grande quantité ne venoit point de l'eftomach
, mais je n'y trouvai rien qui pût caufer de
parcilles évacuations , ni qui fût même teint de
cette
936 MERCURE DE FRANCE
cette humeur. Le temps ne me permit pas de
pouffer mes Recherches plus loin , ni de faire des
Remarques plus particulieres.
J'efpere que les Sçavans découvriront & m'enfeigneront
quelle étoit la nature & la qualité de
cette humeur, où elle fe formoit, quel devoit être
fon fiege ordinaire , d'où elle venoit en fi grande
abondance , quelle pouvoit être la caufe d'une
odeur fi forte , & comment la Nature avoit formé
un fiel d'une groffeur fi démefurée .
Je me fouviens que dans les Cours d'Anatomie
à S. Côme , on ne parloit prefque point des ufages
de la Ratte , & qu'on la faifoit paffer pour
une partie prefque fuperflue ; cependant je remar
que qu'elle eft fujette comme les autres parties a
des infirmitez . D'où vient cette grande alteration
dans fa longueur , dans fa largeur & dans fon
épaiffeur D'où vient ce changement exceffif dans
fa forme ? Il me paroît par là qu'elle a fes ufages-
& fes utilitez , je ferois charmé d'apprendre un
jour que l'on ait fait quelques découvertes fur ce
fujet, & qu'on puiffe affigner les veritables fonctions
de ce Vifcere.
Les Reins à qui j'attribuë la caufe de ce dérangement
general , donneroient lieu à de grandes
recherches que j'abandonne aux Medecins. Comment
il a pú fe former dans chaque Rein deux
pierres de cette groffeur, de cette figure & de cette
folidité , comment outre celle- là il s'eft pû former
une vingtaine d'autres pierres de differente
groffeur , dont la plus petite étoit auffi groffe
qu'une Olive ; pourquoi elles y étoient fi adherantes
, & comment elles pouvoient s'enchâffer
exactement dans les vuides & les interftices de
chaque pierre..
Les Ureteres etoient remplis d'un limon fort
épais ,, blanchâtre & très-puant. Ils contenoient
encore
MAY. 937 1730 .
encore des fables très-folides ; j'en tirai d'auſſi
gros qu'un pois , & il a fallu ouvrir ces Ureteres
dans toute leur longueur pour en ôter ces fables
qui y étoient très-adherans.
Je fus furpris de trouver la Membrane propre
de la Veffie de l'épaiffeur d'une Amande , à peine
ai-je pû découvrir quelqu'un de fes fibres charnus,
La feconde des Membranes propres étoit une
vraye éponge avec ces cellules , elle étoit remplie
de graviers & de fables , au lieu d'urine ; c'étoit
cette liqueur gluante & épaiffe , comme je l'ai dit
cy- deffus , & il faut remarquer que depuis cinq
mois la Veffie ne fourniffoit que de ce pus au lieu
d'urine .
J'ai déja dit qu'il ne rendoit par les urines que
dix ou douze gouttes chaque fois ; il faut ajoûter
que lorfque je voulois les affembler , & que je les
réuniffois , elles formoient un tout bien lié , &
une matiere fi bien coagulée , qu'avec une bagueta
te je lui faifois faire toute forte de
comme j'aurois pû faire avec du vif-argent.
mouvemens
J'ai fait encore une autre remarque qui m'a affez
furpris ; c'eft que quand je lui donnois quelques
remedes dieurétiques & bien fondans , la partie fe
dilatant apparemment alors plus qu'à l'ordinaire,
le Malade fe croyoit déchargé de ce poids par la
violence & les efforts que faifoit la Nature,& pour
lors il rendoit par la Verge jufqu'à fix ou huit
onces de grumeaux d'un fang bien noir avec des
graviers & des fables. Cela lui eft arrivé dix ou
douze fois , mais avec des douleurs fi aiguës , que
j'ai crú plufieurs fois qu'il me refteroit entre les
bras , ce qui me fit juger que mes Fondans n'é--
toient plus de faiſon , & même la nature approchoit
de fa deftruction ; car lorfque cette liqueur
venoit à paffer fur les deux Ulceres le
Malade avoit le long du canal de l'Urete , ces
que
que
douleurs
938 MERCURE DE FRANCE
douleurs redoubloient & devenoient fi violentes ,
qu'il tomboit par terre fans connoiffance , fans
refpiration & fans aucune marque de vie .
Je ne fuis pas étonné d'avoir trouvé les Poulmons
dans l'état que j'ai décrit , car la vie de cet
homme n'ayant été qu'une chaîne & un tiffu de
ſouffrances , je croi qu'il ne devoit avoir aucune
partie de fon corps qui ne fût très- alterée & qui
ne dût lui caufer la mort.
Une choſe très - furprenante , par laquelle je finis
, c'eſt qu'au milieu de tant de maux , il a toûjours
eu le Poulx bon ; il l'a conſervé reglé juſqu'à
trois heures avant fa mort qu'il devint trèsembarraſſé
; il n'eut_point d'agonie , & conferva
Fufage de la connoiffance & de la parole jufqu'au
dernier foupir.
Au bas du Procès Verbal eft Attestation
du Conful de France , conçuë en ces termes :
Nous , Benoît le Maire , Confeiller du Roi ,
Conful de Seyde & fes dépendances , certifions
& atteftons à tous ceux à qui il appartiendra , que
le fieur Jean- François Pot- Dargent , qui a fait le
rapport cy-deffus ; eft Maître Chirurgien de la
Nation, au feing duquel on peut ajoûter foi ,
ayant fait l'ouverture du corps de feu Louis
Reyre , Marchand en cette Echelle , de notre ordre
& confentement ; en temoin de quoi nous
avons figné les Prefentes , fait appofer le Sceau
Royal de ce Confulat , & fouffigner par notre
Chancelier. A Seyde , le 12. Octobre 1729. Signé
B. LE MAIRE , & plus bas , GALERNEAU ?
Chancelier,
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Résumé : DECOUVERTE SINGULIERE faite à l'ouverture d'un Corps humain, par M. Pot Dargent, Chevalier du saint Sepulcre, & Maître Chirurgien de la Nation Françoise, à Seyde en Palestine. Extrait de son Procès Verbal Original, du 29. Septembre 1729.
Le 25 août 1729, à Seyde en Palestine, Louis Reyre, un marchand de Marseille âgé de 28 ans, décéda d'une maladie caractérisée par des douleurs abdominales et des difficultés à uriner. Ces symptômes, apparus dès l'enfance, le rendaient incapable de marcher ou de se tenir debout. Malgré divers traitements, son état s'aggrava avec des douleurs intenses et des urinations fréquentes mais en petites quantités. M. Pot Dargent, chevalier du Saint-Sépulcre et maître chirurgien, obtint la permission de pratiquer une autopsie. L'examen révéla plusieurs anomalies : un foie tacheté et hypertrophié, une vésicule biliaire anormalement grosse, une rate atrophiée, et des reins remplis de pierres solides et de sable. Les reins étaient entourés d'une matière gluante et les uretères étaient obstrués par une humeur purulente mélangée à des graviers. La vessie, de la taille d'une bouteille, contenait une humeur grise et malodorante. Les poumons étaient gros et noircis, tandis que le cœur était extrêmement petit et extenué. L'autopsie confirma que la cause principale de la maladie résidait dans les reins, remplis de pierres et de sable, et dans les obstructions des voies urinaires. Louis Reyre avait une alimentation pauvre et consommait beaucoup d'alcool et de viandes épicées. Sa mère avait noté ses douleurs abdominales dès la petite enfance, suggérant une origine congénitale de la maladie. M. Pot Dargent conclut que Reyre avait probablement apporté en naissant les germes de cette maladie, confirmée par l'absence de parties du corps bien formées et par les multiples anomalies observées lors de l'autopsie. Les observations notables incluaient des pierres de tailles variées dans les reins, des uretères remplis d'un limon épais et puant, ainsi que de calculs solides. La vessie présentait une membrane épaissie et une seconde membrane spongieuse remplie de graviers et de pus. Le patient urinait très peu, et les urines étaient coagulées. L'administration de diurétiques provoquait l'expulsion de grumeaux noirs avec des graviers et des calculs, accompagnés de douleurs intenses. Les poumons étaient altérés en raison des souffrances constantes du patient. Malgré ses maux, le patient a conservé un pouls régulier jusqu'à trois heures avant sa mort, sans agonie, conservant la connaissance et la parole jusqu'au dernier souffle. Le rapport a été certifié par le consul de France à Seyde, confirmant que l'autopsie a été réalisée par Jean-François Pot-Dargent, maître chirurgien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 1103-1109
OBSERVATIONS sur la seconde Lettre imprimée de M. Petit, Docteur en Medecine, & de l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Je crois que M. Petit est trop judicieux pour me sçavoir mauvais gré de quelques Observations [...]
Mots clefs :
Cataracte, Sang, Académie royale des sciences, Maladie, Oeil
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur la seconde Lettre imprimée de M. Petit, Docteur en Medecine, & de l'Académie Royale des Sciences.
OBSERVATIONS fur la feconde
Lettre imprimée de M. Petit , Docteur
en Medecine , & de l'Académie Royale
des Sciences.
JE
E crois que M. Petit efttrop judicieux pour me
fçavoir mauvais gré de quelques Obfervations
que je prends la liberté de faire fur fa feconde
Lettre à M. Hecquet. Je fuis même tellement perfuadé
qu'il eft au-deffus de la prévention & de
la hauteur pédentefque qui indifpofent les hommes
naturellement contre ceux qui ont la hardieffe
de dire que nous nous fommes trompez ,
que j'ofe avec affurance lui offrir mes Remarques;
il les recevra, fans doute, en bonne part, puifqu'en
les lui préfentant je n'ai d'autre motif que mon
inftruction & le bien du Public.
Il n'y a pas lieu d'être furpris de ce qui a été avancé
par le celebre M.Hecquet,touchant la naiffance
des Cataractes cryftallines ; car quand il rapporte
que le fang, iorfqu'il dégenere de fon état naturel,
eft capable de ternir & d'obfcurcir toutes les humeurs
de l'oeil , en leur ôtant leurs tranſparences
& brillant , il ne dit rien que de vrai. En effet,
quoi de plus commun que de voir des Cataractes
cryftallines fe produire par la fuppreffion des Regles
, que le Sexe ne fouftre que trop fouvent ; qui
ne conviendra que cette maladie en corrompant
la male du fang , ne foit capable de former des
obstructions dans l'humeur cryftalline, & de caufer
des Cataractes De plus , ceux qui menent une
vie trop fédentaire , ne font-ils pas aufli fort fujets
à cette maladie Oculaire ? parce qu'elle favo-
→ 1. Vol.
rife
1104 MERCURE DE FRANCE
•
rife beaucoup l'amas des fuperfluités impures
qui feconfondent dans la maffe du fang, & dorit
il ne peut fe dégager ? Les hommes livrez aux
plaifirs de la table & à la débauche du fexe , n'y
font-ils pas bien fujets , puifque l'excès de la
bonne chere & du vin , augmentent trop le vo-
Jume du fang ; & le vin l'épaiffiffant contre nature
, le dépouille du Vehicule pur & fpiritueux
qui lui eft neceffaire pour entretenir la circulation
libre pour la nourriture de toutes les parties de
notre corps ? Pour revenir à la débauche du fexe,
elle appauvrit le fang & lui derobe un fluide le
plus animé & le plus fpiritueux de tous les liquides
du corps, qui entretient le Méchaniſme de
l'animal par l'ofcillation des Solides. Ne doit - on
pas conclure que l'épaiffiffement du fang contribue
à produire ces fortes de Cataractes cryftallines,
parce qu'en rendant la circulation trop lente,
& le brifement des parties folides du fang ne fe
faifant pas à propos , la Lymphe devient trop
groffiere & trop épaiffe pour être reportée par
les vaiffeaux abducteurs dans la voye de la circulation
, & le récrément qui en refte produit des
Cataractes de deux fortes , & quelquefois des
glaucômes de l'humeur vitrée , dont feu M. Lancifi
, Medecin du Pape , & après lui M. Heifter ,
ont produit plufieurs experiences.
Si M. Petit avoit fait plus d'attention à la
propofition, lorfqu'il dit qu'une Cataracte membraneufe
ne peut être abbattue fans déchirer la
Capfule du Chryftallin , il ne fe feroit pas expliqué
de cette maniere ; il fe feroit fouvenu que
dans fa premiere Lettre imprimée , page 8. il déclare
qu'il n'en connoît point , & qu'il n'en a jamais
vû. Comment pourroit-on faire pour déchirer
la Capfule du Cryftallin , puifque cette Caaracte
n'y eft pas adherente ? il faudroit être
·
1. Vol.
bien
JUI N. 1730 . 1105
bien peu verfé dans cetteOperation ,pour faire une
pareille bévûë ; s'il y avoit donc quelque chofe à
craindre , ce feroit d'endommager l'Ủvée plutôt
que la Capfule du Cryftallin , puifque cette Ca-.
taracte y eft quelquefois adherente , en tout , ou
en partie.
M. Petit dit encore à la page 15. que l'Operation
de la Cataracte Cryſtalline eft vingt fois
moins dangereufe que celle de la Cataracte Membraneufe,
fuppofé qu'il y en eût, & qu'on put les
diftinguer des Cryſtallines. Cet Ecrivain ne me
paroît pas bien fondé en parlant ainfi ; car il ne
devroit pas porter un jugement fi affirmatif fur
une matiere dont il avoue n'avoir point de connoiffance,
& qu'il nie abfolument.
Quel avantage M. Petit peut-il tirer, en avançant
qu'il y a vingt fois plus de Cataractes Cryltallines
que
de Membraneufes , ce qu'il a pris des
Differtations Ophthalmiques de M. de Woolouſe,
qui a fait cette découverte le premier ; y a-t- il la
moindre difpute à faire ? tout le monde n'en convient-
il pas prefentement ? peut- on faire une pareille
difficulté ? S'il n'y avoit que ce point à réfoudre
, on feroit bien - tôt d'accord , puifqu'on
n'en peut pas difconvenir ; mais la pluralité des
Cataractes Cryſtallines ne détruit aucunement l'éxiſtence
des Membraneuſes , puiſque l'experience
fait voir qu'il s'en rencontre de temps à autre.
J'en ai vû moi - même , comme je l'ai rapporté
dans le Mercure de France du mois de Decembre
1728. premier volume,page 2592. M. Rauffin
le pere , ancien Chirurgien Oculifte de Châlons
, & très- experimenté , & plufieurs autres,
n'en ont- ils pas rencontré dans leur pratique? Si
M. Petit veut en être convaincu à n'en plus douter,
il trouvera plufieurs Journaux de Trevoux,
qui en ont cité nombre d'experiences autentiques.
7
Is Vol.
C Je
1106 MERCURE DE FRANCE
Je fuis d'accord avec M. Petit que la Cataracte
Cryftalline peut auffi quelquefois fe former par
une forte contraction des Mufeles des Membranes
de l'oeil qui compriment le Cryſtallin en raprochant
fes parties, & en y faifant une forte com .
preffion ; or le Systême de M. Hecquet eft done
plus conftant & plus probable , lorfqu'il affure
que l'oeil étant affailli par trop de fang ou de
lymphe, fait un embarras dans les Vaiffeaux , un
amas & dépôt dans les chambres de l'oeil , les fucs
venant à s'accumuler & à y croupir trop longtems,
ne manquent pas,en l'épaiffiffant, d'obfcurcir
le Cryftallin, & de former une Cataracte Cryſtalline.
Les Veaux ne font- ils pas des animaux les
plus fujets à cette maladie fpecifique de l'oeil ,
c'eft- à - dire , aux Glaucômes qu'on veut appeller
aujourd'hui ( quoique mal à propos ) Cataractes
Cryftallines ; eft -ce par la contraction des Mufcles
& des Membranes de l'oeil qu'elle leur vient ?
peut-on dire que cette Contraction eft excitée par
feur attention ou application , comme notre Académicien
le prétend ? C'est donc une confequence
évidente de dire que les Cataractes Cryſtallines
fe forment ordinairement par la trop grande
abondance des fucs accumulez qui y croupiffent ,
& qui obfcurciffent le Cryftallin , & forment enfuite
des Cataractes Crystallines ; enforte que
l'Hypothefe de M. Hecquet me paroît la plus
naturelle & la meilleure , & ne fouffre aucune
difficulté , puifqu'elle eft prouvée par l'experience
des yeux des Veaux, qui eft inconteftable, & dont
tout le monde peut fe convaincre .
Le Crystallin fe deffeche quelquefois dans l'oeil,
comme on obferve dans de vieux Chiens domeftiques
& les Chevaux , fans que la diminution
des humeurs naturelles y ait aucune part , pour
lors il fe déchatonne, fe couche ou s'attache, jufques
D
at
JUIN. 1730. [ 107
ques fur les fibres pofterieures de l'Iris, comme je
l'ai vu arriver à une fille nommée Marguerite
Drouet , âgée d'environ 30 années , je ne puis
attribuer la caufe de ce deffechement du Cryſtallin
qu'au deffechement & détachement des Vaiffeaux
qui environnent fa Membrane , lefquels ,
faute de nourriture , fe flétriffent.
Si M. Petit avoit pouffé plus loin fa Reflexion
dans fa Réponse à Mrs Hecquet & Morgagni ,
qui difent qu'il fe trouve une eau au centre du
Cryftallin , & que la furface anterieure de cette
humeur fe trouve baignée , il fe feroit bien gardé
de s'exprimer de cette maniere , en difant : Je ne
erois pas que qui que ce foit ait jamais obfervé
une eau au centre du Cryftallin , non pas même
M. Morgagni , cela ne ſe trouve ni chez les
Anciens, ni chez les Modernes. Puifque M. Pecic
lui-même affure à la page 5. de fa premiere Lettre
imprimée , que le Crystallin eft toûjours hu
mecté d'une petite quantité de liqueur , fans qu'il
fe trouve une eau à fon centre , ni fans qu'il en
foit baigné , cela paroît oppofé , ou bien il faut
renoncer à tous les Principes ; il dit encore à la
page. 14. de fa feconde Lettre imprimée , que le
Crystallin eft pour l'ordinaire féparé de fa Capfule
par une très - petite quantité de liqueur qui
fe trouve renfermée dans fa Capfule ; après des
preuves fi claires, produites par l'Auteur , tirées
de fes Ouvrages , peut- on avoir encore quelques
doutes fur le Systême de Mrs Hecquet & Morgagui
n'eft-il pas fuffifamment prouvé ? è
M. Hecquet raifonne fort jufte fur l'Operation
de la Cataracte pour en faire voir toutes les difficultez
, & combien les fignes & les fymptomes
en font incertains & équivoques ; car, quand il dit
qu'il eft très- difficile de connoître le point de
maturité de ces fortes de Cataractes , il n'avance
Cij rien
1108 MERCURE DE FRANCE
rien qui ne foit bien connu de tous les bons Praticiens;
en effet, quand il s'agit de faire la difference
d'une Cataracte , de connoître fon état , fa fituation
, fon progrès , cela demande une experience
d'un nombre confiderable d'années que M. Petit
n'a point , puifqu'il eft nouvellement Oculifte ,
quoique Medecin de plufieurs années .
Lorfque M. Hecquet veut chercher les moyens
d'éviter cette Operation , c'eft qu'il eſt bien perfuadé
que ( quoiqu'elle ne faffe pas mourir ) elle
eft fouvent caufe que les Malades fouffrent longtemps
de grandes douleurs , furtout quand ils
tombent entre les mains de Chirurgiens Oculif
tes , qui ne fçavent pas la ftructure de l'oeil , &
qui ignorent les précautions qu'on doit prendre
avant que de l'entreprendre , & la maniere de la
faire.
Il eft vrai que M. Hecquet propofe la Paracenthèfe
comme un moyen utile pour prévenir la
Cataracte , ce remede feroit d'un grand fecours
fi les perfonnes à qui on le propoſe , avoient affez
de réfolution & de courage pour ſe ſoumettre à
cette ancienne Operation , qui les mettroit pourtant
à couvert de l'aveuglement ; mais comme
dans nos jours on eft trop délicat , & que le feul
nom d'une Operation fait peur , je me fers d'un
autre expedient qui m'a fort fouvent réüſſi dans
toutes fortes de Cataractes naiffantes , c'eſt une
compreffe trempée dans une liqueur de ma façon
& appliquée fur l'oeil fermé pendant une heure ;
fi on veut voir un effet plus confiderable , il faut
réiterer, en faisant tremper la même compreffe, &
faire la même application , les malades pour lors
trouveront un foulagement notable ; il faut continuer,
pendant huit jours, foir & matin; on peut
compter que par ce Remede que j'ai fouvent
expérimenté , la Cataracte fera entierement diffipée,
JUIN. 1730. 1109
fipée. Si elle étoit plus avancée dans fa maturité,
il la fixeroit au moins, & en empêcheroit le progrès
, à moins que la douleur de tête & migraine
n'affligeaflent fans ceffe les Malades.
J'ofe me flatter que le celebre M. Petit me fera
P'honneur d'une Replique avec fa politeffe ordinaire
, dont je lui tiendrai compte , & il me trouyera
plus docile & plus flexible que ce Sçavant
du premier ordre , avec lequel il eft en difpute
& qui s'eft retiré du monde pour ne fonger qu'à
fon falut ; deforte que M. Petit auroit pû s'épargner
la peine de dire qu'il n'auroit pas dorenavant
le temps de répondre aux Répliques de
M. Hecquet , au cas qu'il veuille en faire.
Par M. Blanchard , Prêtre du Diocèfe
de Châlons , Chapelain de l'Eglife Collegiale
de Notre- Dame.
Lettre imprimée de M. Petit , Docteur
en Medecine , & de l'Académie Royale
des Sciences.
JE
E crois que M. Petit efttrop judicieux pour me
fçavoir mauvais gré de quelques Obfervations
que je prends la liberté de faire fur fa feconde
Lettre à M. Hecquet. Je fuis même tellement perfuadé
qu'il eft au-deffus de la prévention & de
la hauteur pédentefque qui indifpofent les hommes
naturellement contre ceux qui ont la hardieffe
de dire que nous nous fommes trompez ,
que j'ofe avec affurance lui offrir mes Remarques;
il les recevra, fans doute, en bonne part, puifqu'en
les lui préfentant je n'ai d'autre motif que mon
inftruction & le bien du Public.
Il n'y a pas lieu d'être furpris de ce qui a été avancé
par le celebre M.Hecquet,touchant la naiffance
des Cataractes cryftallines ; car quand il rapporte
que le fang, iorfqu'il dégenere de fon état naturel,
eft capable de ternir & d'obfcurcir toutes les humeurs
de l'oeil , en leur ôtant leurs tranſparences
& brillant , il ne dit rien que de vrai. En effet,
quoi de plus commun que de voir des Cataractes
cryftallines fe produire par la fuppreffion des Regles
, que le Sexe ne fouftre que trop fouvent ; qui
ne conviendra que cette maladie en corrompant
la male du fang , ne foit capable de former des
obstructions dans l'humeur cryftalline, & de caufer
des Cataractes De plus , ceux qui menent une
vie trop fédentaire , ne font-ils pas aufli fort fujets
à cette maladie Oculaire ? parce qu'elle favo-
→ 1. Vol.
rife
1104 MERCURE DE FRANCE
•
rife beaucoup l'amas des fuperfluités impures
qui feconfondent dans la maffe du fang, & dorit
il ne peut fe dégager ? Les hommes livrez aux
plaifirs de la table & à la débauche du fexe , n'y
font-ils pas bien fujets , puifque l'excès de la
bonne chere & du vin , augmentent trop le vo-
Jume du fang ; & le vin l'épaiffiffant contre nature
, le dépouille du Vehicule pur & fpiritueux
qui lui eft neceffaire pour entretenir la circulation
libre pour la nourriture de toutes les parties de
notre corps ? Pour revenir à la débauche du fexe,
elle appauvrit le fang & lui derobe un fluide le
plus animé & le plus fpiritueux de tous les liquides
du corps, qui entretient le Méchaniſme de
l'animal par l'ofcillation des Solides. Ne doit - on
pas conclure que l'épaiffiffement du fang contribue
à produire ces fortes de Cataractes cryftallines,
parce qu'en rendant la circulation trop lente,
& le brifement des parties folides du fang ne fe
faifant pas à propos , la Lymphe devient trop
groffiere & trop épaiffe pour être reportée par
les vaiffeaux abducteurs dans la voye de la circulation
, & le récrément qui en refte produit des
Cataractes de deux fortes , & quelquefois des
glaucômes de l'humeur vitrée , dont feu M. Lancifi
, Medecin du Pape , & après lui M. Heifter ,
ont produit plufieurs experiences.
Si M. Petit avoit fait plus d'attention à la
propofition, lorfqu'il dit qu'une Cataracte membraneufe
ne peut être abbattue fans déchirer la
Capfule du Chryftallin , il ne fe feroit pas expliqué
de cette maniere ; il fe feroit fouvenu que
dans fa premiere Lettre imprimée , page 8. il déclare
qu'il n'en connoît point , & qu'il n'en a jamais
vû. Comment pourroit-on faire pour déchirer
la Capfule du Cryftallin , puifque cette Caaracte
n'y eft pas adherente ? il faudroit être
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1. Vol.
bien
JUI N. 1730 . 1105
bien peu verfé dans cetteOperation ,pour faire une
pareille bévûë ; s'il y avoit donc quelque chofe à
craindre , ce feroit d'endommager l'Ủvée plutôt
que la Capfule du Cryftallin , puifque cette Ca-.
taracte y eft quelquefois adherente , en tout , ou
en partie.
M. Petit dit encore à la page 15. que l'Operation
de la Cataracte Cryſtalline eft vingt fois
moins dangereufe que celle de la Cataracte Membraneufe,
fuppofé qu'il y en eût, & qu'on put les
diftinguer des Cryſtallines. Cet Ecrivain ne me
paroît pas bien fondé en parlant ainfi ; car il ne
devroit pas porter un jugement fi affirmatif fur
une matiere dont il avoue n'avoir point de connoiffance,
& qu'il nie abfolument.
Quel avantage M. Petit peut-il tirer, en avançant
qu'il y a vingt fois plus de Cataractes Cryltallines
que
de Membraneufes , ce qu'il a pris des
Differtations Ophthalmiques de M. de Woolouſe,
qui a fait cette découverte le premier ; y a-t- il la
moindre difpute à faire ? tout le monde n'en convient-
il pas prefentement ? peut- on faire une pareille
difficulté ? S'il n'y avoit que ce point à réfoudre
, on feroit bien - tôt d'accord , puifqu'on
n'en peut pas difconvenir ; mais la pluralité des
Cataractes Cryſtallines ne détruit aucunement l'éxiſtence
des Membraneuſes , puiſque l'experience
fait voir qu'il s'en rencontre de temps à autre.
J'en ai vû moi - même , comme je l'ai rapporté
dans le Mercure de France du mois de Decembre
1728. premier volume,page 2592. M. Rauffin
le pere , ancien Chirurgien Oculifte de Châlons
, & très- experimenté , & plufieurs autres,
n'en ont- ils pas rencontré dans leur pratique? Si
M. Petit veut en être convaincu à n'en plus douter,
il trouvera plufieurs Journaux de Trevoux,
qui en ont cité nombre d'experiences autentiques.
7
Is Vol.
C Je
1106 MERCURE DE FRANCE
Je fuis d'accord avec M. Petit que la Cataracte
Cryftalline peut auffi quelquefois fe former par
une forte contraction des Mufeles des Membranes
de l'oeil qui compriment le Cryſtallin en raprochant
fes parties, & en y faifant une forte com .
preffion ; or le Systême de M. Hecquet eft done
plus conftant & plus probable , lorfqu'il affure
que l'oeil étant affailli par trop de fang ou de
lymphe, fait un embarras dans les Vaiffeaux , un
amas & dépôt dans les chambres de l'oeil , les fucs
venant à s'accumuler & à y croupir trop longtems,
ne manquent pas,en l'épaiffiffant, d'obfcurcir
le Cryftallin, & de former une Cataracte Cryſtalline.
Les Veaux ne font- ils pas des animaux les
plus fujets à cette maladie fpecifique de l'oeil ,
c'eft- à - dire , aux Glaucômes qu'on veut appeller
aujourd'hui ( quoique mal à propos ) Cataractes
Cryftallines ; eft -ce par la contraction des Mufcles
& des Membranes de l'oeil qu'elle leur vient ?
peut-on dire que cette Contraction eft excitée par
feur attention ou application , comme notre Académicien
le prétend ? C'est donc une confequence
évidente de dire que les Cataractes Cryſtallines
fe forment ordinairement par la trop grande
abondance des fucs accumulez qui y croupiffent ,
& qui obfcurciffent le Cryftallin , & forment enfuite
des Cataractes Crystallines ; enforte que
l'Hypothefe de M. Hecquet me paroît la plus
naturelle & la meilleure , & ne fouffre aucune
difficulté , puifqu'elle eft prouvée par l'experience
des yeux des Veaux, qui eft inconteftable, & dont
tout le monde peut fe convaincre .
Le Crystallin fe deffeche quelquefois dans l'oeil,
comme on obferve dans de vieux Chiens domeftiques
& les Chevaux , fans que la diminution
des humeurs naturelles y ait aucune part , pour
lors il fe déchatonne, fe couche ou s'attache, jufques
D
at
JUIN. 1730. [ 107
ques fur les fibres pofterieures de l'Iris, comme je
l'ai vu arriver à une fille nommée Marguerite
Drouet , âgée d'environ 30 années , je ne puis
attribuer la caufe de ce deffechement du Cryſtallin
qu'au deffechement & détachement des Vaiffeaux
qui environnent fa Membrane , lefquels ,
faute de nourriture , fe flétriffent.
Si M. Petit avoit pouffé plus loin fa Reflexion
dans fa Réponse à Mrs Hecquet & Morgagni ,
qui difent qu'il fe trouve une eau au centre du
Cryftallin , & que la furface anterieure de cette
humeur fe trouve baignée , il fe feroit bien gardé
de s'exprimer de cette maniere , en difant : Je ne
erois pas que qui que ce foit ait jamais obfervé
une eau au centre du Cryftallin , non pas même
M. Morgagni , cela ne ſe trouve ni chez les
Anciens, ni chez les Modernes. Puifque M. Pecic
lui-même affure à la page 5. de fa premiere Lettre
imprimée , que le Crystallin eft toûjours hu
mecté d'une petite quantité de liqueur , fans qu'il
fe trouve une eau à fon centre , ni fans qu'il en
foit baigné , cela paroît oppofé , ou bien il faut
renoncer à tous les Principes ; il dit encore à la
page. 14. de fa feconde Lettre imprimée , que le
Crystallin eft pour l'ordinaire féparé de fa Capfule
par une très - petite quantité de liqueur qui
fe trouve renfermée dans fa Capfule ; après des
preuves fi claires, produites par l'Auteur , tirées
de fes Ouvrages , peut- on avoir encore quelques
doutes fur le Systême de Mrs Hecquet & Morgagui
n'eft-il pas fuffifamment prouvé ? è
M. Hecquet raifonne fort jufte fur l'Operation
de la Cataracte pour en faire voir toutes les difficultez
, & combien les fignes & les fymptomes
en font incertains & équivoques ; car, quand il dit
qu'il eft très- difficile de connoître le point de
maturité de ces fortes de Cataractes , il n'avance
Cij rien
1108 MERCURE DE FRANCE
rien qui ne foit bien connu de tous les bons Praticiens;
en effet, quand il s'agit de faire la difference
d'une Cataracte , de connoître fon état , fa fituation
, fon progrès , cela demande une experience
d'un nombre confiderable d'années que M. Petit
n'a point , puifqu'il eft nouvellement Oculifte ,
quoique Medecin de plufieurs années .
Lorfque M. Hecquet veut chercher les moyens
d'éviter cette Operation , c'eft qu'il eſt bien perfuadé
que ( quoiqu'elle ne faffe pas mourir ) elle
eft fouvent caufe que les Malades fouffrent longtemps
de grandes douleurs , furtout quand ils
tombent entre les mains de Chirurgiens Oculif
tes , qui ne fçavent pas la ftructure de l'oeil , &
qui ignorent les précautions qu'on doit prendre
avant que de l'entreprendre , & la maniere de la
faire.
Il eft vrai que M. Hecquet propofe la Paracenthèfe
comme un moyen utile pour prévenir la
Cataracte , ce remede feroit d'un grand fecours
fi les perfonnes à qui on le propoſe , avoient affez
de réfolution & de courage pour ſe ſoumettre à
cette ancienne Operation , qui les mettroit pourtant
à couvert de l'aveuglement ; mais comme
dans nos jours on eft trop délicat , & que le feul
nom d'une Operation fait peur , je me fers d'un
autre expedient qui m'a fort fouvent réüſſi dans
toutes fortes de Cataractes naiffantes , c'eſt une
compreffe trempée dans une liqueur de ma façon
& appliquée fur l'oeil fermé pendant une heure ;
fi on veut voir un effet plus confiderable , il faut
réiterer, en faisant tremper la même compreffe, &
faire la même application , les malades pour lors
trouveront un foulagement notable ; il faut continuer,
pendant huit jours, foir & matin; on peut
compter que par ce Remede que j'ai fouvent
expérimenté , la Cataracte fera entierement diffipée,
JUIN. 1730. 1109
fipée. Si elle étoit plus avancée dans fa maturité,
il la fixeroit au moins, & en empêcheroit le progrès
, à moins que la douleur de tête & migraine
n'affligeaflent fans ceffe les Malades.
J'ofe me flatter que le celebre M. Petit me fera
P'honneur d'une Replique avec fa politeffe ordinaire
, dont je lui tiendrai compte , & il me trouyera
plus docile & plus flexible que ce Sçavant
du premier ordre , avec lequel il eft en difpute
& qui s'eft retiré du monde pour ne fonger qu'à
fon falut ; deforte que M. Petit auroit pû s'épargner
la peine de dire qu'il n'auroit pas dorenavant
le temps de répondre aux Répliques de
M. Hecquet , au cas qu'il veuille en faire.
Par M. Blanchard , Prêtre du Diocèfe
de Châlons , Chapelain de l'Eglife Collegiale
de Notre- Dame.
Fermer
Résumé : OBSERVATIONS sur la seconde Lettre imprimée de M. Petit, Docteur en Medecine, & de l'Académie Royale des Sciences.
M. Blanchard, dans une lettre imprimée, répond aux observations de M. Petit, docteur en médecine et membre de l'Académie Royale des Sciences, concernant une lettre précédente de M. Petit adressée à M. Hecquet. Blanchard commence par exprimer son admiration pour la sagesse de M. Petit et son désir de contribuer à l'instruction et au bien public. Blanchard aborde la question des cataractes cristallines, soulignant que les propos de M. Hecquet sur leur origine sont fondés. Il explique que le sang, lorsqu'il dégénère, peut ternir et obscurcir les humeurs de l'œil, causant ainsi des cataractes. Il mentionne également que des facteurs comme la suppression des règles, une vie sédentaire, l'excès de nourriture et de vin, ainsi que la débauche sexuelle, peuvent contribuer à l'épaississement du sang et à la formation de cataractes. Blanchard critique M. Petit pour ses affirmations sur les cataractes membraneuses, notant que Petit admet ne pas en avoir vu ou connu. Il souligne que, bien que les cataractes cristallines soient plus fréquentes, les cataractes membraneuses existent bel et bien, comme le montrent diverses expériences et observations rapportées dans des journaux médicaux. Il approuve ensuite l'hypothèse de M. Hecquet selon laquelle les cataractes cristallines se forment souvent à cause de l'accumulation de sucres dans l'œil, citant l'exemple des veaux qui sont sujets aux glaucomes. Blanchard décrit également des cas où le cristallin se déplace dans l'œil sans diminution des humeurs naturelles, attribuant cela au flétrissement des vaisseaux environnants. Enfin, Blanchard discute de l'opération des cataractes, soulignant les difficultés et les risques associés, notamment lorsque l'opération est réalisée par des chirurgiens inexpérimentés. Il propose une alternative à la paracenthèse, consistant en une compresse imbibée d'une liqueur spécifique appliquée sur l'œil, pour prévenir ou traiter les cataractes naissantes. Blanchard conclut en espérant une réponse de M. Petit et en exprimant son respect pour les savants engagés dans la recherche médicale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 1111-1119
LETTRE de M. le Tellier, Medecin de Peronne, sur l'abus des Remedes chauds.
Début :
Vous avez vû, Monsieur, mes nouveaux Essais sur l'Ame des Bêtes, [...]
Mots clefs :
Maladie, Remèdes, Sang, Vérole, Médecin, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Tellier, Medecin de Peronne, sur l'abus des Remedes chauds.
LETTRE de M. le Tellier , Medecin
de Peronne , fur l'abus des Remedes
Vo
chands.
Ous avez vû , Monfieur , mes nouveaux
Effais fur l'Ame des Bêtes ,
où je prétens établir que ce font de pures
Machines , je prends la liberté de vous
prefenter mes Reflexions touchant l'Extrait
d'un OuvrageAnglois fur la guériſon
des fievres par l'eau commune , qui ſe
trouve dans le Mercure de Fevrier 1724.
Il y a dans cet Extrait des particularitez
tout- à -fait dignes de remarque , & qui
méritent la plus foigneufe attention. Vous
trouverez bon que je prenne delà occafion
de relever un peu les abus qui fe
commettent dans l'ufage des Remedes
chauds.
1. Vol. Ciiij Rien
1112 MERCURE DE FRANCE
Rien de plus ordinaire , rien de plus
familier , chacun le fçait , que la pratique
des Cordiaux & des Drogues les plus brulantes
dans les maladies les plus ardentes,
telles que Petites Veroles , Rougeoles ,
Fievres malignes , pourprées , peftilentielles
, & la Pefte même , toutes maladies
revêtues du caractere de la plus cruelle
inflammation , & marquées , pour ainfi
dire , au coin de la Pierre infernale ; mais
en même-temps , quoi de plus finiftre &
de plus funefte que cette pratique ? Où
eft l'Axiome , que les contraires fe guériffent
par les contraires?& qu'eft devenue
la maxime qu'il faut rabattre les faillies
& réprimer l'impetuofité des Maladies ?
Le ravage affreux que fait ici la Petite
Verole , quand elle eft en regne , étonne
les Provinces où ce fleau ne fait pas
beaucoup près tant de dégats ; parce qu'on
l'y traite avec moins de fracas & moins
de pompe. On a vû les Campagnes à cet
égard plus heureufes que les Villes ; par
ce qu'elles étoient plus fimples & plus
paifibles , moins faftueufes & moins remuantes.
Les bonnes femmes qui n'avoient
pour regle en fanté que les befoins
modiques de la Nature , s'y regloient
, & s'y rapportoient auffi uniquement
en maladie. Economes dans les
remedes comme dans les alimens , elles
I. Vol
gućJUIN.
1730. 1113
guériffoient leurs enfans attaquez de petite
Verole , avec le petit lait pur & fimple
bû largement & prefque à toute heute.
Elles fembloient , conduites qu'elles
étoient au gré de la Nature , plutôt que
de leur caprice , avoir la Medecine par
inftinct , & dans le gout. machinal à l'inftar
des animaux guidez dans la recherche
de ce qui leur eft convenable par un penchant
ou une impulfion toute méchanique.
Mais quand on eut renoncé à l'ufage
du petit lait , pour y fubftituer le vin &
le Thériaque , alors , fuivant la Remarque
du celeble Lydenham , les petites Veroles
apprivoilées jufques - là , fe mutine
rent ; de dociles & de traitables qu'elles
étoient , elles devinrent malignes & meurtrieres.
Brufquées par les incendiaires &
les boute-feux , elles allumerent l'incendie
& ne refpirerent plus que le. carnage.
Les Turcs , à la faveur des Limonades &
du régime fimple , fobre & rafraîchiffant,
fe mettent en garde contre la Peſte , qui
ne difcontinue guere chez eux, mais qu'ils
entendent à faire venir à compoſition &
dont , grace à leur fobrieté , ils éludent .
les coups & fçavent triompher. M. Sidobre
, l'Eleve du fameux Barbeyrac un
des principaux ornemens de l'Ecole de
Montpellier , & l'Oracle des Medecins de
I.. Vol.
Cy for
4
1114 MERCURE DE FRANCE
fon temps , veut qu'on traite les petites
Veroles avec les Délayans , Calmans , Rafraîchiffans
pour baigner , arrofer &
réparer un fang que l'ardeur de la maladie
met à fec , qu'elle brule & qu'elle
confume , pour noyer des Sels âcres &
cauftiques , rabattre des Souffres exaltez &
développez , pour rappeller enfin le calme
& rétablir le bon ordre.
Mais un avantage à quoi les Dames:
pourront ouvrir les yeux & fe montrer
fenfibles , c'eft que le régime rafraîchif
fant épargne leurs agrémens , ménage
leurs graces , & donne moins d'atteinte:
à leurs attraits. Le fang rendu moins brulant
, moins cauftique , moins corrofif,,
produit un pus plus loüable , plus innocent
, qui fait fur la peau des impreffions
moins profondes, moins mordantes ,.
la ronge , la déchire moins , & n'eft pas
fi porté à laiffer les marques de fa fureur,
& les veftiges de fa malignité. On demande
des moyens , on cherche des fecrets
pour fauver les Lys & les Rofes du
venin de la maladie ; on s'amufe à des
Pomades , on s'arrête à des Huiles , tandis
que le grand fecret feroit d'adoucir
& de corriger l'acrimonie du fang , de le
temperer , de le rafraîchir , d'en calmer
l'ardeur , & d'en rabattre les faillies . Voilà
comme les fleurs du vifage pourroient
›
I. Vol.
échapJUIN.
1730. ITIS
échapper à la morfure de l'Afpic , qui
allarme tant les Belles , & fait la terreur de
la plus précieuſe partie du monde , & ce
ne feroit pas une petite confolation pour
un Sexe idolâtre de fes charmes , & qui
tremble autant pour la beauté que pour
la vie.
Si l'on faifoit le dénombrement des
Peftes qui ont ravagé l'Univers , on
trouveroit que celles qu'on a voulu dompter
par des échaufans , & que l'on a honoré
d'un fplendide & fingulier traitement
, ont été les plus rebelles & les plus
indomptables. La derniere Pefte de Marfeille
qui s'eft jouée ſi inſolemment des
Médecins , auroit peut- être perdu de fa
férocité fi on l'eût abaiffée & réduite à
une Cure aifée & naturelle , fans lui faire
l'honneur de l'attaquer par de pompeux
antidotes , & de fe guinder pour elle audeffus
des vûës ordinaires & des indications
accoûtumées. On tente de chaffer
un feu par un feu , on échaufe des corps
déja trop échaufez , on les met à la torture
, on acheve de les brûler. Y auroit-il
plus de rifque à jetter tous les Peftiferez
dans la Riviere , qu'à les faire paffer par
des feux fi dévorans ; & ne s'en fauveroitil
pas plus à la nage, qu'à travers les flammes
des Cordiaux ?
Le fang eft facré en temps de pefte , &
I. Vol. Cvj los
1116 MERCURE DE FRANCE:
les forces font ménagées au mépris de la
vie , au préjudice de la guérifon . On permet
au lang toutes fortes d'échapées , de
boutades, de dépôts , de congeftions. Tout
lui eft permis dans ces jours infortunez ;
il eft deffendu de le réprimer , de l'affoiblir
, de le diminuer dans l'excès de fon
volume , de l'arrêter dans la rapidité de
fon cours ; il faut le laiffer engager dans
les vifceres , l'y précipiter même à toutes
forces , & lui donner la liberté de porter
à l'économie animale le coup mortel qu'il
prépare. Cependant la Pefte fait fon chemin
hardiment , rien ne l'arrête ; une défolation
generale accompagne & fuit fes
pas. On pourroit pourtant s'y oppoſer,&
le moyen , ce femble , de mieux réüffir à
déconcerter ce fléau , ce feroit de s'y prendre
plus fimplement , de l'attaquer fans
tant de façons , à moins de frais & fans
beaucoup de bruit. A ce compte la faignée
feroit merveilles , & l'on verroit à
coup sûr couler moins de larmes , fi l'on
répandoit plus de fang. L'eau feroit auffi
d'un grand ſecours , tant pour la préſervation
que pour la guérifon , comme il
eft fort bien remarqué dans l'Extrait que
vous avez inféré , Meffieurs , dans le Mercure
déja cité , & qui donne lieu à cette
Differtation. Mais quoi ! réduire à l'eau
les Grands comme les petits , & contenir
IVol. dans.
JUIN. 1730. 117
dans un genre de vie fi chetif des gens qui
veulent faire auffi belle figure au lit qu'à
table , qui veulent briller en toute fituation
& le faire traiter auffi fplendidement
en maladie qu'en fanté. Qu'on les traite
donc comme ils veulent , & ils mourront
comme ils doivent. Il faut à la diftinction
de leur rang une pratique diftinguée.
Il eft bien plus noble & plus digne
d'eux de périr avec l'or potable , que de
réchaper avec l'eau .. Cependant quelle
douleur de voir ainfi moiffonner nos
têtes les plus auguftes & les plus précieuſes
, moins par le Glaive de la maladie
, que par les traits envenimez des
remedes ! Qu'il eft trifte que le Monarque
périffe où le fauve un Goujat ! Et qu'il
eft fâcheux pour ce grand équipage de
Médecine , ce grand attirail de remedes
de la haute volée pour la pratique fal
tueuse , enfin de n'avoir fur la pratique
fimple , rafraîchiffante , calmante & du
goût de la nature que le miférable avantage
, ce malheureux relief , de compter
d'illuftres victimes , & d'être fignalée par
de nobles facrifices , tandis que l'autre
que des monumens obfcurs de fa
réüffite , & des fuccès qui n'ont pas autant
d'éclat que de bonheur.
n'a
3
Dans le même Mercure , à la page 257.
on voit une réponse à une . Lettre , qui
I. Vol.
fait ,
Trrs MERCURE DE FRANCE
fait , pour ainfi dire , faire un miracle à
l'Emetique dans la petite Vérole. Je me
fouviens à cette occafion d'un Medecin .
nommé Gurdelheimer , qui fit grand
bruit à la Cour de Berlin , & dont il eft
parlé avantageufement dans les Actes des
Savans de la même Ville. Il entreprenoit
la guérifon de la petite Vérole par des
Emétiques redoublez. Cette méthode , à
ce qu'on dit , lui réüffit à tel point, qu'il
s'acquit le nom d'Efculape de la petite
Vérole. Mais après avoir par cette voye ,
conduit les autres au port , il fit naufrage
lui-même. Attaqué d'une fiévre maligne
, il prit deux fois l'Emétique , &
mourut en convulfions le onze de fa ma--
ladie. Son difciple fe montra jufqu'au
tombeau , fidele imitateur de fon maître..
Etant tombé dans la même maladie , il ſe
traita de même , & mourut de même.
Voilà de quoi groffir le Martyrologe de
l'Antimoine , dreffé par Guy Patin. Telles
font les réfléxions que j'aià vous communiquer
fur l'abus des remedes chauds,
& fur l'excellence des aqueux calmans
délayans , rafraîchiffans. La pratique des
premiers me paroît incertaine , bizarre ,
infidéle , pour ne rien dire de plus ; &
dans la difpofition où je fuis de pourfuivre
ce deffein , & de donner là- deffus
une differtation complete ; je crois voir ,
1. Vol. finon
JUÍN. 1730. TITO
finon de quoi décrier les échaufans & les
profcrire , du moins de quoi les rendre
fufpects , les faire appréhender & les af
fujettir aux loix de la précaution la plus
foigneufe , & de la plus exacte circonfpection.
Vous me permettrez,Monfieur
de vous faire part d'un nouveau fruit de
mes études : J'ai entrepris une Critique
fur l'Emménologie de M. Freind Medecin
Anglois , où j'attaque le Syftême de
la rupture des vaiffeaux pour l'écoule
ment des mois , y fubftituant l'Hypothéfe
de l'intrufion du fang dans les canaux
lymphatiques. Je fuis , & c.-
de Peronne , fur l'abus des Remedes
Vo
chands.
Ous avez vû , Monfieur , mes nouveaux
Effais fur l'Ame des Bêtes ,
où je prétens établir que ce font de pures
Machines , je prends la liberté de vous
prefenter mes Reflexions touchant l'Extrait
d'un OuvrageAnglois fur la guériſon
des fievres par l'eau commune , qui ſe
trouve dans le Mercure de Fevrier 1724.
Il y a dans cet Extrait des particularitez
tout- à -fait dignes de remarque , & qui
méritent la plus foigneufe attention. Vous
trouverez bon que je prenne delà occafion
de relever un peu les abus qui fe
commettent dans l'ufage des Remedes
chauds.
1. Vol. Ciiij Rien
1112 MERCURE DE FRANCE
Rien de plus ordinaire , rien de plus
familier , chacun le fçait , que la pratique
des Cordiaux & des Drogues les plus brulantes
dans les maladies les plus ardentes,
telles que Petites Veroles , Rougeoles ,
Fievres malignes , pourprées , peftilentielles
, & la Pefte même , toutes maladies
revêtues du caractere de la plus cruelle
inflammation , & marquées , pour ainfi
dire , au coin de la Pierre infernale ; mais
en même-temps , quoi de plus finiftre &
de plus funefte que cette pratique ? Où
eft l'Axiome , que les contraires fe guériffent
par les contraires?& qu'eft devenue
la maxime qu'il faut rabattre les faillies
& réprimer l'impetuofité des Maladies ?
Le ravage affreux que fait ici la Petite
Verole , quand elle eft en regne , étonne
les Provinces où ce fleau ne fait pas
beaucoup près tant de dégats ; parce qu'on
l'y traite avec moins de fracas & moins
de pompe. On a vû les Campagnes à cet
égard plus heureufes que les Villes ; par
ce qu'elles étoient plus fimples & plus
paifibles , moins faftueufes & moins remuantes.
Les bonnes femmes qui n'avoient
pour regle en fanté que les befoins
modiques de la Nature , s'y regloient
, & s'y rapportoient auffi uniquement
en maladie. Economes dans les
remedes comme dans les alimens , elles
I. Vol
gućJUIN.
1730. 1113
guériffoient leurs enfans attaquez de petite
Verole , avec le petit lait pur & fimple
bû largement & prefque à toute heute.
Elles fembloient , conduites qu'elles
étoient au gré de la Nature , plutôt que
de leur caprice , avoir la Medecine par
inftinct , & dans le gout. machinal à l'inftar
des animaux guidez dans la recherche
de ce qui leur eft convenable par un penchant
ou une impulfion toute méchanique.
Mais quand on eut renoncé à l'ufage
du petit lait , pour y fubftituer le vin &
le Thériaque , alors , fuivant la Remarque
du celeble Lydenham , les petites Veroles
apprivoilées jufques - là , fe mutine
rent ; de dociles & de traitables qu'elles
étoient , elles devinrent malignes & meurtrieres.
Brufquées par les incendiaires &
les boute-feux , elles allumerent l'incendie
& ne refpirerent plus que le. carnage.
Les Turcs , à la faveur des Limonades &
du régime fimple , fobre & rafraîchiffant,
fe mettent en garde contre la Peſte , qui
ne difcontinue guere chez eux, mais qu'ils
entendent à faire venir à compoſition &
dont , grace à leur fobrieté , ils éludent .
les coups & fçavent triompher. M. Sidobre
, l'Eleve du fameux Barbeyrac un
des principaux ornemens de l'Ecole de
Montpellier , & l'Oracle des Medecins de
I.. Vol.
Cy for
4
1114 MERCURE DE FRANCE
fon temps , veut qu'on traite les petites
Veroles avec les Délayans , Calmans , Rafraîchiffans
pour baigner , arrofer &
réparer un fang que l'ardeur de la maladie
met à fec , qu'elle brule & qu'elle
confume , pour noyer des Sels âcres &
cauftiques , rabattre des Souffres exaltez &
développez , pour rappeller enfin le calme
& rétablir le bon ordre.
Mais un avantage à quoi les Dames:
pourront ouvrir les yeux & fe montrer
fenfibles , c'eft que le régime rafraîchif
fant épargne leurs agrémens , ménage
leurs graces , & donne moins d'atteinte:
à leurs attraits. Le fang rendu moins brulant
, moins cauftique , moins corrofif,,
produit un pus plus loüable , plus innocent
, qui fait fur la peau des impreffions
moins profondes, moins mordantes ,.
la ronge , la déchire moins , & n'eft pas
fi porté à laiffer les marques de fa fureur,
& les veftiges de fa malignité. On demande
des moyens , on cherche des fecrets
pour fauver les Lys & les Rofes du
venin de la maladie ; on s'amufe à des
Pomades , on s'arrête à des Huiles , tandis
que le grand fecret feroit d'adoucir
& de corriger l'acrimonie du fang , de le
temperer , de le rafraîchir , d'en calmer
l'ardeur , & d'en rabattre les faillies . Voilà
comme les fleurs du vifage pourroient
›
I. Vol.
échapJUIN.
1730. ITIS
échapper à la morfure de l'Afpic , qui
allarme tant les Belles , & fait la terreur de
la plus précieuſe partie du monde , & ce
ne feroit pas une petite confolation pour
un Sexe idolâtre de fes charmes , & qui
tremble autant pour la beauté que pour
la vie.
Si l'on faifoit le dénombrement des
Peftes qui ont ravagé l'Univers , on
trouveroit que celles qu'on a voulu dompter
par des échaufans , & que l'on a honoré
d'un fplendide & fingulier traitement
, ont été les plus rebelles & les plus
indomptables. La derniere Pefte de Marfeille
qui s'eft jouée ſi inſolemment des
Médecins , auroit peut- être perdu de fa
férocité fi on l'eût abaiffée & réduite à
une Cure aifée & naturelle , fans lui faire
l'honneur de l'attaquer par de pompeux
antidotes , & de fe guinder pour elle audeffus
des vûës ordinaires & des indications
accoûtumées. On tente de chaffer
un feu par un feu , on échaufe des corps
déja trop échaufez , on les met à la torture
, on acheve de les brûler. Y auroit-il
plus de rifque à jetter tous les Peftiferez
dans la Riviere , qu'à les faire paffer par
des feux fi dévorans ; & ne s'en fauveroitil
pas plus à la nage, qu'à travers les flammes
des Cordiaux ?
Le fang eft facré en temps de pefte , &
I. Vol. Cvj los
1116 MERCURE DE FRANCE:
les forces font ménagées au mépris de la
vie , au préjudice de la guérifon . On permet
au lang toutes fortes d'échapées , de
boutades, de dépôts , de congeftions. Tout
lui eft permis dans ces jours infortunez ;
il eft deffendu de le réprimer , de l'affoiblir
, de le diminuer dans l'excès de fon
volume , de l'arrêter dans la rapidité de
fon cours ; il faut le laiffer engager dans
les vifceres , l'y précipiter même à toutes
forces , & lui donner la liberté de porter
à l'économie animale le coup mortel qu'il
prépare. Cependant la Pefte fait fon chemin
hardiment , rien ne l'arrête ; une défolation
generale accompagne & fuit fes
pas. On pourroit pourtant s'y oppoſer,&
le moyen , ce femble , de mieux réüffir à
déconcerter ce fléau , ce feroit de s'y prendre
plus fimplement , de l'attaquer fans
tant de façons , à moins de frais & fans
beaucoup de bruit. A ce compte la faignée
feroit merveilles , & l'on verroit à
coup sûr couler moins de larmes , fi l'on
répandoit plus de fang. L'eau feroit auffi
d'un grand ſecours , tant pour la préſervation
que pour la guérifon , comme il
eft fort bien remarqué dans l'Extrait que
vous avez inféré , Meffieurs , dans le Mercure
déja cité , & qui donne lieu à cette
Differtation. Mais quoi ! réduire à l'eau
les Grands comme les petits , & contenir
IVol. dans.
JUIN. 1730. 117
dans un genre de vie fi chetif des gens qui
veulent faire auffi belle figure au lit qu'à
table , qui veulent briller en toute fituation
& le faire traiter auffi fplendidement
en maladie qu'en fanté. Qu'on les traite
donc comme ils veulent , & ils mourront
comme ils doivent. Il faut à la diftinction
de leur rang une pratique diftinguée.
Il eft bien plus noble & plus digne
d'eux de périr avec l'or potable , que de
réchaper avec l'eau .. Cependant quelle
douleur de voir ainfi moiffonner nos
têtes les plus auguftes & les plus précieuſes
, moins par le Glaive de la maladie
, que par les traits envenimez des
remedes ! Qu'il eft trifte que le Monarque
périffe où le fauve un Goujat ! Et qu'il
eft fâcheux pour ce grand équipage de
Médecine , ce grand attirail de remedes
de la haute volée pour la pratique fal
tueuse , enfin de n'avoir fur la pratique
fimple , rafraîchiffante , calmante & du
goût de la nature que le miférable avantage
, ce malheureux relief , de compter
d'illuftres victimes , & d'être fignalée par
de nobles facrifices , tandis que l'autre
que des monumens obfcurs de fa
réüffite , & des fuccès qui n'ont pas autant
d'éclat que de bonheur.
n'a
3
Dans le même Mercure , à la page 257.
on voit une réponse à une . Lettre , qui
I. Vol.
fait ,
Trrs MERCURE DE FRANCE
fait , pour ainfi dire , faire un miracle à
l'Emetique dans la petite Vérole. Je me
fouviens à cette occafion d'un Medecin .
nommé Gurdelheimer , qui fit grand
bruit à la Cour de Berlin , & dont il eft
parlé avantageufement dans les Actes des
Savans de la même Ville. Il entreprenoit
la guérifon de la petite Vérole par des
Emétiques redoublez. Cette méthode , à
ce qu'on dit , lui réüffit à tel point, qu'il
s'acquit le nom d'Efculape de la petite
Vérole. Mais après avoir par cette voye ,
conduit les autres au port , il fit naufrage
lui-même. Attaqué d'une fiévre maligne
, il prit deux fois l'Emétique , &
mourut en convulfions le onze de fa ma--
ladie. Son difciple fe montra jufqu'au
tombeau , fidele imitateur de fon maître..
Etant tombé dans la même maladie , il ſe
traita de même , & mourut de même.
Voilà de quoi groffir le Martyrologe de
l'Antimoine , dreffé par Guy Patin. Telles
font les réfléxions que j'aià vous communiquer
fur l'abus des remedes chauds,
& fur l'excellence des aqueux calmans
délayans , rafraîchiffans. La pratique des
premiers me paroît incertaine , bizarre ,
infidéle , pour ne rien dire de plus ; &
dans la difpofition où je fuis de pourfuivre
ce deffein , & de donner là- deffus
une differtation complete ; je crois voir ,
1. Vol. finon
JUÍN. 1730. TITO
finon de quoi décrier les échaufans & les
profcrire , du moins de quoi les rendre
fufpects , les faire appréhender & les af
fujettir aux loix de la précaution la plus
foigneufe , & de la plus exacte circonfpection.
Vous me permettrez,Monfieur
de vous faire part d'un nouveau fruit de
mes études : J'ai entrepris une Critique
fur l'Emménologie de M. Freind Medecin
Anglois , où j'attaque le Syftême de
la rupture des vaiffeaux pour l'écoule
ment des mois , y fubftituant l'Hypothéfe
de l'intrufion du fang dans les canaux
lymphatiques. Je fuis , & c.-
Fermer
Résumé : LETTRE de M. le Tellier, Medecin de Peronne, sur l'abus des Remedes chauds.
M. le Tellier, médecin de Péronne, critique dans une lettre l'usage excessif des remèdes chauds, s'appuyant sur un extrait d'un ouvrage anglais publié dans le Mercure de février 1724. Il dénonce l'utilisation courante des cordiaux et des drogues brûlantes pour traiter des maladies inflammatoires telles que la petite vérole, la rougeole et la peste. Selon lui, cette pratique, bien que répandue, est souvent néfaste et contredit les principes médicaux de traiter les contraires par les contraires. Le Tellier observe que dans les campagnes, où les traitements sont plus simples et naturels, les maladies comme la petite vérole sont moins mortelles. Les guérisseuses y utilisent du petit lait pur pour soigner les enfants, une méthode plus en accord avec la nature. En revanche, l'introduction de remèdes plus agressifs comme le vin et la thériaque a aggravé les maladies. Il mentionne également que les Turcs, grâce à un régime simple et rafraîchissant, parviennent à se protéger contre la peste. M. Sidobre, un éminent médecin de Montpellier, recommande l'usage de délayants, calmants et rafraîchissants pour traiter la petite vérole. Le Tellier souligne que ces traitements rafraîchissants épargnent les agréments et les grâces des dames, produisant un pus moins corrosif et laissant moins de marques sur la peau. Il critique les méthodes pompeuses et coûteuses utilisées pour traiter la peste, qui souvent échouent. Le Tellier conclut en affirmant que les remèdes chauds sont incertains et dangereux, et qu'il est préférable d'utiliser des remèdes aqueux, calmants et rafraîchissants. Il mentionne également une critique qu'il a entreprise sur l'Emménologie de M. Freind, où il propose une nouvelle hypothèse sur l'écoulement des mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 2369-2379
RÉPONSE de M. Barrés, Docteur en Médecine de Montpellier, aux Réfléxions de M. Bruhiers d'Ablaincourt, sur l'Eau-de-Vie, inserées dans le Mercure d'Aoust 1730.
Début :
Je conviens, Monsieur, que je serois surpris comme vous, de voir un Médecin [...]
Mots clefs :
Eau de vie, Liqueur, Médecin, Corps, Effets, Maladie, Thèse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. Barrés, Docteur en Médecine de Montpellier, aux Réfléxions de M. Bruhiers d'Ablaincourt, sur l'Eau-de-Vie, inserées dans le Mercure d'Aoust 1730.
REPONSE de M. Barrés , Docteur en
Médecine de Montpellier , aux Refle- Réfléxions
de M. Brahiers d'Ablaincourt
fur l'Eau- de -Vie , inferées dans le Mercure
d'Aouft 1730.
J
E conviens , Monfieur , que je ferois
furpris comme vous , de voir un Médecin
fe déclarer contre M. le Hoc , en
faveur de l'Eau-de-Vie , s'il en pouffoit
l'ufage jufqu'à l'abus , mais ma furpriſe
cefferoit avec d'autant plus de plaifir , que
je fentirois en moi-même , que je ne puis
lui donner une opinion fi dangereufe à la
faine pratique fans injuftice;je vous crois,
M. trop équitable pour le juger coupable
d'un crime fi énorme dans la Medecine
puifqu'il fçait tres-bien , avec tout le
monde , que l'abus de cette liqueur & de
tout ce qu'il y a de meilleur dans la vie ,
eft pernicieux : Vulgatiffimum eft nullum
effe bonum quod præpoftero ufu malum non
fiat.
que
Il ne s'agit donc de faire voir par
l'autorité ( vous nous avez mis dans ce
gout ) par la raiſon & l'experience , que
l'Eau- de- Vie s'étant introduite dans l'art
de guérir , ne fçauroit paffer fcrupuleufement
2370 MERCURE DE FRANCE
fement pour une Eau de mort. Je vous
entends , ce n'eft point dont il eft queftion
, & vous avoüez ( dites vous ) que
( a ) l'ufage moderé de cette liqueur eft
loüable dans la fanté & dans la maladie.
Quoique maintenant la conformité de
nos fentimens paroiffe dans tout fon jour,
qu'il me foit permis de paffer en revue
toutes les raifons que vous alleguez cantre
notre critique , que M. le Hoc auroit
pû éviter , s'il eut ainfi rangé la conclufion
de fa Théfe , donc l'abus de l'Eau- de- ›
Vie eft pernicieux à l'homme , car je le prie
de me dire , fi cette conclufion énoncée
en ces termes , donc l'Eau-de-Vie eſt une
Eau de morts ne donne point à entendre
que quelqu'ufage qu'on faffe de cette liqueur
, foit en fanté ou en maladie , elle
eft toujours une Eau de mort ? Quoiqu'il
en foit, nous l'avons conçue & nous l'avons
priſe en ce fens , il fuffit qu'on nous
en ait donné lieu pour nous rendre excufables
, dans le temps que tout le tort fe
tourne du côté de l'Auteur de la Théfe .
L'Eau-de-Vie eft un extrait des parties
fpiritueufes du vin , donc ( dites vous ).
elle en renferme les qualitez , avec d'autant
plus d'énergie que fes principes font
(a) Confultez Hip . Gal . Fern ,Egin . Heurm
& Comm. Varanda . Senn. &c.
réünis
NOVE MBRE. 1730. 2371
réunis fous un moindre volume , ce qui
n'eft pas bien feur ; car de même que
nous voiyons tous les jours des mixtes de
compofez où les fubftances qu'ils ont fournies
par la violence du feu , privées de la
vertu du mixte dans fon entier , foit
qu'on les examine féparément ou bien
toutes enfemble ; de même le vin dans
fon état naturel avec tout ce qui le compoſe
, ne pourroit- il pas produire un effet
different de celui des principes qu'on en
a tirés ? ( Cela foit dit en paffant ) ce qui
vous donne occafion de fubftituer les
effets du Vin à ceux de l'Eau -de-Vie.
Le Vin , dit Fernel ( prenez garde que,
cet Auteur parle icy de fon ufage moderé
) rend le poulx grand , fort , vite &
frequent , ajoutés comme lui & d'affez
courte durée , par confequent peu dangereux
à la vie , & peu contraire à notrecritique.
Vous expliquez enfuite ingénieufement
toutes ces differences de poulx par
l'expenfion tres-confidérable du fang que
le fouffre volatil du Vin occafionne , &
le changement des fouffres du Vin en
efprits animaux. On pourroit bien icy
donner d'autres raifons plus fimples &
plus naturelles de cette expenfion , mais
cela nous écarteroit trop de notre fujet ;
d'ailleurs croiyez - vous de bonne foy ce
changement des fouffres du Vin en efprits.
par
ani
2372 MERCURE DE FRANCE
animaux ; pour moi j'aimerois mieux , fi
j'étois à votre place , n'en point admettre
du tout , que de les réparer par la
quinteffence de cette liqueur que vous
voulez faire paffer pour une Eau de mort.
C'eft icy où nous avons fujet d'appeller
de l'injuftice , fur l'opinion que vous
avez de nous , en difant , avec Fernel ,
qu'à force de s'en fervir fans ménagement
, elle rend le poulx inégal , déréglé ;
vous pouviez dire bien davantage en un
feul mot , qu'elle tuë , & nous vous aurions
crû fur votre parole , fans avoir
recours à l'autorité de Fernel : Abufus
enim omnium rerum eft peffimus.
Votre réponſe en cet endroit , me fournit
l'occafion de vous dire une feconde
fois , qu'il ne s'agit point icy des effets
que l'abus de cette liqueur, produit ,
mais de ceux que l'ufage moderé laiffe
appercevoir avec plaifir aux perfonnes
qui en ufent , foit en fanté ou en maladie
; & que Sydenham même que vous
avez porté contre nous , ne défaprouve
pas dans le même paffage , puifqu'après
avoir dit : Plut à Dieu que l'on s'abſtint
totalement de l'Eau- de-Vie ; il s'eft comme
repris lui - même en continuant : Où
qu'on ne s'en fervit que pour réparer fes
forces dans la fanté altérée pour la rendre
vigoureufe dans la maladie , les affections
NOVEMBRE . 1730. 2373
tions loporeules , & c . pour réparer les
forces, Sydenham en permet l'ufage moderé
dans la fanté & la maladie , où il s'agit
de réparer les forces . Vous concluez
vous-même touchant les bons effets de
l'Eau- de-Vie dans les maladies , qu'on
peut s'en fervir comme remede , Phar
maca funt venena ; eft- ce donc une Eau de
mort , comme vous prétendez ?
Il feroit honteux à des gens qui font
profeffion de la faine Médecine , de ne
pas fçavoir que l'abus que le commun des
hommes fait de cette liqueur , donne origine
à mille maux , à la mort même qu'el
le anticipe ; & n'eft - ce pas fans fondement
que vous nous accuſez ( fans doute
fans y avoir pris garde ) de favorifer
cibus ,en difant toujours contre nous
cobien de maladies ne produira pas la
compilation de ces deux caufes dans le
dérangement & l'inégalité du poulx qu'on
remarque , à force d'en ufer fans menagement.
,
Suivant toujours de près votre réponſe,
n'a -t- on pas lieu de dire maintenant que
quand même on feroit affuré que le foufre
volatil de l'Eau - de- Vie , n'eft autre
chofe qu'un acide embarraffé fortement,
concentré avec un peu de terre & de
phlégme , la circulation & la chaleur de
tout le corps ne fuffiroit pas pour déveloper
2374 MERCURE DE FRANCE
:
loper une feule molecule ou partie intégrante
de cette liqueur , pour mettre
en liberté cet acide ,& par là en état d'agir
fur le fang ?
La foif, à la vérité , la bouche pateuſe ,
le gout défagréable , que l'on a le lende
main d'une débauche , prouvent pour vous
le féjour de ce poifon , igné de ce foufre
du vin qui fe change en clprits animaux ;
vous avez raifon , les effets de l'yvreffe
font paffez le lendemain , à l'abattement
près , & la cauſe refte conftamment malgré
fa volatilité dans le corps oifeufe ;
pour moi j'aurois crû que la foif , la bouche
pateufe , prouveroit plutôt la diffipation
, parce que le fang , felon vousmême
, étant dépouillé de fa partie ſéreufe
, échapée fous la forme d'infenfible
tranfpiration augmentée , pour lors les
glandes falivales font fruftrées de la juſte
quantité de liquide , pour délayer la falive
, qui a pris d'autres routes ; c'eſt ce
que nous obfervons dans les hydropiques,
ou dans ceux qui fouffrent des évacuations
féreufes immodérées.
Voyons préfentement fi nous feront
affez heureux pour fatisfaire à ces deux
points que vous nous propofez ; puifque
fuivant votre fentiment , le volatile du
vin , dites - vous , ne féjourne que peu de
temps dans les vaiffeaux , il ne peut produire
NOVEMM BRE. 1730. 2375
duire qu'un effet peu fenfible ; donc les
vieillards , & les gens de travail ne peuvent
en tirer d'utilité que dans l'ufage
réïteré. C'eft précilément ce qui leur arrive
en s'accoutumant peu à peu à l'ufage
de cette liqueur ; loin de l'abus , ce qui
ne leur eft point un grand mal ; mais il
n'en feroit pas de même ( a ) fi on les
en privoit. On demande enfuite fi nous
voudrions nous mettre dans le rifque
d'ufer d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux , fous prétexte qu'il n'agit
que peu fur le Corps ; on reconnoît
d'abord une méprife de la part de l'Apologifte
, dans le mot de mauvais , qu'ilau
roit mieux fait de retrancher. Nous répondons
à cela en diftinguant , fous un
prétexre comme le nôtre , fondé fur l'authorité
, la raifon & l'experience , quel
danger y auroit- il ? Je foutiens la gagueure
, fous un prétexte extravagant ,
comme feroit tout autre ; je la renvoye
avec le remede , à celui qui voudroit favorifer
l'extravagance de ce prétexte.
N'a-t- on pas donné fujet à la conclufion
de la coagulation des liqueurs hors
du corps , à la coagulation des liqueurs
au dedans ? Pourquoi fe plaindre donc du
droit que l'on s'en eft fait.
(a ) Hipp. Aph. 49. & 50, Sect. 11.
Pour
2376 MERCURE DE FRANCE
Pour prouver l'épaiffiffement des liqueurs,
vous avez recours tantôt au mouvement
augmenté du fang à fa divifion ,
en faifant raprocher les Globules par la
tranfpiration , augmentée de la partie féreufe
qui entretient la fluidité de la maffe;
tantôt cette explication ne vous plaît
plus , & vous appellez votre acide concentré
, que la circulation , dites vous , ne
peut manquer de developer, & qui ne peut
que coaguler le fang. Enfin vous croyez
que ce foufre volatil ou acide concentré ,
n'épaiffit point les liqueurs , mais que ces
liqueurs font fuivies de l'épaiffiffement ,
vous auriez pû aifément mieux expliquer
votre penſée , qui peut être fort bonne ,
toute obfcure qu'elle eft.
L'objection du critique, tirée de l'avantage
qui revient de l'ufage de l'Eau- de- Vie
aux viellards , & à ceux qui font un violent
exercice du corps , prouve fortement
contre l'auteur de la théfe . Je demande làdeflus
à mon tour. 1º . Si ceux de fes ouvriers
qui travaillent aux champs , & c.
qui boivent du vin bien trempé ,ont moins
de force que ceux qui ne boivent que de
l'eau ? Qu'en penfe-t- on ?
2. S'il oferoit affurer que l'ufage moderé
du Vin ou de l'Eau- de- Vie leur nuit
à la longue, fon Apologiſte du moins n'en
feroit rien ; En effet , M. vous approuvez
l'ufage
NOVEMBRE. 1730. 2377
-
l'uſage moderé duVin & de l'Eau- de Vic.
Vous croyez même qu'on ne fçauroit s'en
paffer dans la Flandre & dans tous les Païs
où on fe fert de la Bierre pour boiffon ordinaire
, que les conftitutions humides
s'en accommodent très- bien dans l'ufage
un peu réïteré qu'on en fait toujours ,
loin de l'abus blamable ; que dans certaines
maladies & dans l'état de convar
leſcence les malades s'en trouvent bien
& le remettent plutôt en fanté ; ce qui
arrive infailliblement en fortifiant le
Ton des fibres de l'Eftomac , rétabliſſant
ainfi les digeſtions , ouvrant , débouchant
les conduits embourbez , faiſant tranſ
pirer ou prendre d'autres routes aux matieres
impures , qui furchargent le fang ;
vous prétendez que les Vieillards reffentent
auffi fes bons effets. Comment après
cela accorderez - vous le paffage de Sydenham
que vous n'avez cité contre nous
que pour perfuader que cette liqueur eft
une Eau de mort ?
Enfin feroit-il furprenant que le vin
changé en efprit de vin par le plus violent,
agent qu'on puiffe trouver , eut perdu
dans les altérations qu'il a fouffertes par le
feu , quelque fubftance eſſentielle à la nature
, enforte que produifant un tel effet
étant vin , il en produifit un autre étant
devenu Efprit de vin? Ce qu'on peut dire
C auffi
2378 MERCURE DE FRANCE
auffi de l'Eau- de- Vie , dont on fait l'Efprit
de Vin ; d'ailleurs une fcrupuleufe
exactitude dans les expériences doit-elle
paffer pour une chicane ou une querelle
des l'Illipuciens ? Nous ne fçaurions trop
nous tenir en garde contre les deffauts de
nos fens & contre l'erreur qu'ils nous of
frent fouvent fous l'apparence de la vérité
, & que la précipitation ou l'inadvertance
fait toujours adopter.
·
Je finirai par ces paroles de Varandeus :
Vinum igitur naturâfuâ & viribus calidum
ficcumque , calefacit , concoctionem juvat ,
facilimè mutatur , fubftantia humoralis &
fpirituofa damna citò reparat , & naturam
fanguinis fubit , ut pote fimilarium partium
& benè concoctarum , fuarum etiam tenuitate
partium avador & alimenti diftributionem
adjuvat , fi mediocritas accefferit
tam in qualitate , quantitate , quàm utendi
tempore , qualitate quidem fi temperatum
Lymphifque refractum fumatur , quod violen
tius & generofius eft , unde Hipp. Aphor.
quinquagefimo fexto , fectionis feptime , &
alibi οἶνος ἴσος ἴσῳ πινόμενος , aqualiter
aqua permixtum , & juvat fanos , & agros.
multos curat , quantitate , &c.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai crû mériter
les nouvelles attentions de M. Bruhier
d'Ablancourt , Medecin , que j'eftime.
infiniment , par l'honneur qu'il a bien
youlu
NOVEMBRE. 1770. 2379
voulu nous faire , de répondre à nos Réfléxions
contre la Théfe de M. Hoc. Je
fuis , &c.
Médecine de Montpellier , aux Refle- Réfléxions
de M. Brahiers d'Ablaincourt
fur l'Eau- de -Vie , inferées dans le Mercure
d'Aouft 1730.
J
E conviens , Monfieur , que je ferois
furpris comme vous , de voir un Médecin
fe déclarer contre M. le Hoc , en
faveur de l'Eau-de-Vie , s'il en pouffoit
l'ufage jufqu'à l'abus , mais ma furpriſe
cefferoit avec d'autant plus de plaifir , que
je fentirois en moi-même , que je ne puis
lui donner une opinion fi dangereufe à la
faine pratique fans injuftice;je vous crois,
M. trop équitable pour le juger coupable
d'un crime fi énorme dans la Medecine
puifqu'il fçait tres-bien , avec tout le
monde , que l'abus de cette liqueur & de
tout ce qu'il y a de meilleur dans la vie ,
eft pernicieux : Vulgatiffimum eft nullum
effe bonum quod præpoftero ufu malum non
fiat.
que
Il ne s'agit donc de faire voir par
l'autorité ( vous nous avez mis dans ce
gout ) par la raiſon & l'experience , que
l'Eau- de- Vie s'étant introduite dans l'art
de guérir , ne fçauroit paffer fcrupuleufement
2370 MERCURE DE FRANCE
fement pour une Eau de mort. Je vous
entends , ce n'eft point dont il eft queftion
, & vous avoüez ( dites vous ) que
( a ) l'ufage moderé de cette liqueur eft
loüable dans la fanté & dans la maladie.
Quoique maintenant la conformité de
nos fentimens paroiffe dans tout fon jour,
qu'il me foit permis de paffer en revue
toutes les raifons que vous alleguez cantre
notre critique , que M. le Hoc auroit
pû éviter , s'il eut ainfi rangé la conclufion
de fa Théfe , donc l'abus de l'Eau- de- ›
Vie eft pernicieux à l'homme , car je le prie
de me dire , fi cette conclufion énoncée
en ces termes , donc l'Eau-de-Vie eſt une
Eau de morts ne donne point à entendre
que quelqu'ufage qu'on faffe de cette liqueur
, foit en fanté ou en maladie , elle
eft toujours une Eau de mort ? Quoiqu'il
en foit, nous l'avons conçue & nous l'avons
priſe en ce fens , il fuffit qu'on nous
en ait donné lieu pour nous rendre excufables
, dans le temps que tout le tort fe
tourne du côté de l'Auteur de la Théfe .
L'Eau-de-Vie eft un extrait des parties
fpiritueufes du vin , donc ( dites vous ).
elle en renferme les qualitez , avec d'autant
plus d'énergie que fes principes font
(a) Confultez Hip . Gal . Fern ,Egin . Heurm
& Comm. Varanda . Senn. &c.
réünis
NOVE MBRE. 1730. 2371
réunis fous un moindre volume , ce qui
n'eft pas bien feur ; car de même que
nous voiyons tous les jours des mixtes de
compofez où les fubftances qu'ils ont fournies
par la violence du feu , privées de la
vertu du mixte dans fon entier , foit
qu'on les examine féparément ou bien
toutes enfemble ; de même le vin dans
fon état naturel avec tout ce qui le compoſe
, ne pourroit- il pas produire un effet
different de celui des principes qu'on en
a tirés ? ( Cela foit dit en paffant ) ce qui
vous donne occafion de fubftituer les
effets du Vin à ceux de l'Eau -de-Vie.
Le Vin , dit Fernel ( prenez garde que,
cet Auteur parle icy de fon ufage moderé
) rend le poulx grand , fort , vite &
frequent , ajoutés comme lui & d'affez
courte durée , par confequent peu dangereux
à la vie , & peu contraire à notrecritique.
Vous expliquez enfuite ingénieufement
toutes ces differences de poulx par
l'expenfion tres-confidérable du fang que
le fouffre volatil du Vin occafionne , &
le changement des fouffres du Vin en
efprits animaux. On pourroit bien icy
donner d'autres raifons plus fimples &
plus naturelles de cette expenfion , mais
cela nous écarteroit trop de notre fujet ;
d'ailleurs croiyez - vous de bonne foy ce
changement des fouffres du Vin en efprits.
par
ani
2372 MERCURE DE FRANCE
animaux ; pour moi j'aimerois mieux , fi
j'étois à votre place , n'en point admettre
du tout , que de les réparer par la
quinteffence de cette liqueur que vous
voulez faire paffer pour une Eau de mort.
C'eft icy où nous avons fujet d'appeller
de l'injuftice , fur l'opinion que vous
avez de nous , en difant , avec Fernel ,
qu'à force de s'en fervir fans ménagement
, elle rend le poulx inégal , déréglé ;
vous pouviez dire bien davantage en un
feul mot , qu'elle tuë , & nous vous aurions
crû fur votre parole , fans avoir
recours à l'autorité de Fernel : Abufus
enim omnium rerum eft peffimus.
Votre réponſe en cet endroit , me fournit
l'occafion de vous dire une feconde
fois , qu'il ne s'agit point icy des effets
que l'abus de cette liqueur, produit ,
mais de ceux que l'ufage moderé laiffe
appercevoir avec plaifir aux perfonnes
qui en ufent , foit en fanté ou en maladie
; & que Sydenham même que vous
avez porté contre nous , ne défaprouve
pas dans le même paffage , puifqu'après
avoir dit : Plut à Dieu que l'on s'abſtint
totalement de l'Eau- de-Vie ; il s'eft comme
repris lui - même en continuant : Où
qu'on ne s'en fervit que pour réparer fes
forces dans la fanté altérée pour la rendre
vigoureufe dans la maladie , les affections
NOVEMBRE . 1730. 2373
tions loporeules , & c . pour réparer les
forces, Sydenham en permet l'ufage moderé
dans la fanté & la maladie , où il s'agit
de réparer les forces . Vous concluez
vous-même touchant les bons effets de
l'Eau- de-Vie dans les maladies , qu'on
peut s'en fervir comme remede , Phar
maca funt venena ; eft- ce donc une Eau de
mort , comme vous prétendez ?
Il feroit honteux à des gens qui font
profeffion de la faine Médecine , de ne
pas fçavoir que l'abus que le commun des
hommes fait de cette liqueur , donne origine
à mille maux , à la mort même qu'el
le anticipe ; & n'eft - ce pas fans fondement
que vous nous accuſez ( fans doute
fans y avoir pris garde ) de favorifer
cibus ,en difant toujours contre nous
cobien de maladies ne produira pas la
compilation de ces deux caufes dans le
dérangement & l'inégalité du poulx qu'on
remarque , à force d'en ufer fans menagement.
,
Suivant toujours de près votre réponſe,
n'a -t- on pas lieu de dire maintenant que
quand même on feroit affuré que le foufre
volatil de l'Eau - de- Vie , n'eft autre
chofe qu'un acide embarraffé fortement,
concentré avec un peu de terre & de
phlégme , la circulation & la chaleur de
tout le corps ne fuffiroit pas pour déveloper
2374 MERCURE DE FRANCE
:
loper une feule molecule ou partie intégrante
de cette liqueur , pour mettre
en liberté cet acide ,& par là en état d'agir
fur le fang ?
La foif, à la vérité , la bouche pateuſe ,
le gout défagréable , que l'on a le lende
main d'une débauche , prouvent pour vous
le féjour de ce poifon , igné de ce foufre
du vin qui fe change en clprits animaux ;
vous avez raifon , les effets de l'yvreffe
font paffez le lendemain , à l'abattement
près , & la cauſe refte conftamment malgré
fa volatilité dans le corps oifeufe ;
pour moi j'aurois crû que la foif , la bouche
pateufe , prouveroit plutôt la diffipation
, parce que le fang , felon vousmême
, étant dépouillé de fa partie ſéreufe
, échapée fous la forme d'infenfible
tranfpiration augmentée , pour lors les
glandes falivales font fruftrées de la juſte
quantité de liquide , pour délayer la falive
, qui a pris d'autres routes ; c'eſt ce
que nous obfervons dans les hydropiques,
ou dans ceux qui fouffrent des évacuations
féreufes immodérées.
Voyons préfentement fi nous feront
affez heureux pour fatisfaire à ces deux
points que vous nous propofez ; puifque
fuivant votre fentiment , le volatile du
vin , dites - vous , ne féjourne que peu de
temps dans les vaiffeaux , il ne peut produire
NOVEMM BRE. 1730. 2375
duire qu'un effet peu fenfible ; donc les
vieillards , & les gens de travail ne peuvent
en tirer d'utilité que dans l'ufage
réïteré. C'eft précilément ce qui leur arrive
en s'accoutumant peu à peu à l'ufage
de cette liqueur ; loin de l'abus , ce qui
ne leur eft point un grand mal ; mais il
n'en feroit pas de même ( a ) fi on les
en privoit. On demande enfuite fi nous
voudrions nous mettre dans le rifque
d'ufer d'un mauvais remede ou d'un aliment
dangereux , fous prétexte qu'il n'agit
que peu fur le Corps ; on reconnoît
d'abord une méprife de la part de l'Apologifte
, dans le mot de mauvais , qu'ilau
roit mieux fait de retrancher. Nous répondons
à cela en diftinguant , fous un
prétexre comme le nôtre , fondé fur l'authorité
, la raifon & l'experience , quel
danger y auroit- il ? Je foutiens la gagueure
, fous un prétexte extravagant ,
comme feroit tout autre ; je la renvoye
avec le remede , à celui qui voudroit favorifer
l'extravagance de ce prétexte.
N'a-t- on pas donné fujet à la conclufion
de la coagulation des liqueurs hors
du corps , à la coagulation des liqueurs
au dedans ? Pourquoi fe plaindre donc du
droit que l'on s'en eft fait.
(a ) Hipp. Aph. 49. & 50, Sect. 11.
Pour
2376 MERCURE DE FRANCE
Pour prouver l'épaiffiffement des liqueurs,
vous avez recours tantôt au mouvement
augmenté du fang à fa divifion ,
en faifant raprocher les Globules par la
tranfpiration , augmentée de la partie féreufe
qui entretient la fluidité de la maffe;
tantôt cette explication ne vous plaît
plus , & vous appellez votre acide concentré
, que la circulation , dites vous , ne
peut manquer de developer, & qui ne peut
que coaguler le fang. Enfin vous croyez
que ce foufre volatil ou acide concentré ,
n'épaiffit point les liqueurs , mais que ces
liqueurs font fuivies de l'épaiffiffement ,
vous auriez pû aifément mieux expliquer
votre penſée , qui peut être fort bonne ,
toute obfcure qu'elle eft.
L'objection du critique, tirée de l'avantage
qui revient de l'ufage de l'Eau- de- Vie
aux viellards , & à ceux qui font un violent
exercice du corps , prouve fortement
contre l'auteur de la théfe . Je demande làdeflus
à mon tour. 1º . Si ceux de fes ouvriers
qui travaillent aux champs , & c.
qui boivent du vin bien trempé ,ont moins
de force que ceux qui ne boivent que de
l'eau ? Qu'en penfe-t- on ?
2. S'il oferoit affurer que l'ufage moderé
du Vin ou de l'Eau- de- Vie leur nuit
à la longue, fon Apologiſte du moins n'en
feroit rien ; En effet , M. vous approuvez
l'ufage
NOVEMBRE. 1730. 2377
-
l'uſage moderé duVin & de l'Eau- de Vic.
Vous croyez même qu'on ne fçauroit s'en
paffer dans la Flandre & dans tous les Païs
où on fe fert de la Bierre pour boiffon ordinaire
, que les conftitutions humides
s'en accommodent très- bien dans l'ufage
un peu réïteré qu'on en fait toujours ,
loin de l'abus blamable ; que dans certaines
maladies & dans l'état de convar
leſcence les malades s'en trouvent bien
& le remettent plutôt en fanté ; ce qui
arrive infailliblement en fortifiant le
Ton des fibres de l'Eftomac , rétabliſſant
ainfi les digeſtions , ouvrant , débouchant
les conduits embourbez , faiſant tranſ
pirer ou prendre d'autres routes aux matieres
impures , qui furchargent le fang ;
vous prétendez que les Vieillards reffentent
auffi fes bons effets. Comment après
cela accorderez - vous le paffage de Sydenham
que vous n'avez cité contre nous
que pour perfuader que cette liqueur eft
une Eau de mort ?
Enfin feroit-il furprenant que le vin
changé en efprit de vin par le plus violent,
agent qu'on puiffe trouver , eut perdu
dans les altérations qu'il a fouffertes par le
feu , quelque fubftance eſſentielle à la nature
, enforte que produifant un tel effet
étant vin , il en produifit un autre étant
devenu Efprit de vin? Ce qu'on peut dire
C auffi
2378 MERCURE DE FRANCE
auffi de l'Eau- de- Vie , dont on fait l'Efprit
de Vin ; d'ailleurs une fcrupuleufe
exactitude dans les expériences doit-elle
paffer pour une chicane ou une querelle
des l'Illipuciens ? Nous ne fçaurions trop
nous tenir en garde contre les deffauts de
nos fens & contre l'erreur qu'ils nous of
frent fouvent fous l'apparence de la vérité
, & que la précipitation ou l'inadvertance
fait toujours adopter.
·
Je finirai par ces paroles de Varandeus :
Vinum igitur naturâfuâ & viribus calidum
ficcumque , calefacit , concoctionem juvat ,
facilimè mutatur , fubftantia humoralis &
fpirituofa damna citò reparat , & naturam
fanguinis fubit , ut pote fimilarium partium
& benè concoctarum , fuarum etiam tenuitate
partium avador & alimenti diftributionem
adjuvat , fi mediocritas accefferit
tam in qualitate , quantitate , quàm utendi
tempore , qualitate quidem fi temperatum
Lymphifque refractum fumatur , quod violen
tius & generofius eft , unde Hipp. Aphor.
quinquagefimo fexto , fectionis feptime , &
alibi οἶνος ἴσος ἴσῳ πινόμενος , aqualiter
aqua permixtum , & juvat fanos , & agros.
multos curat , quantitate , &c.
Voilà , Monfieur , ce que j'ai crû mériter
les nouvelles attentions de M. Bruhier
d'Ablancourt , Medecin , que j'eftime.
infiniment , par l'honneur qu'il a bien
youlu
NOVEMBRE. 1770. 2379
voulu nous faire , de répondre à nos Réfléxions
contre la Théfe de M. Hoc. Je
fuis , &c.
Fermer
Résumé : RÉPONSE de M. Barrés, Docteur en Médecine de Montpellier, aux Réfléxions de M. Bruhiers d'Ablaincourt, sur l'Eau-de-Vie, inserées dans le Mercure d'Aoust 1730.
M. Barrès, docteur en médecine de Montpellier, répond aux réflexions de M. Brahiers d'Ablaincourt sur l'eau-de-vie, publiées dans le Mercure d'août 1730. Il reconnaît les dangers de l'abus d'eau-de-vie mais affirme que son usage modéré peut être bénéfique pour la santé et dans le traitement des maladies. M. Barrès critique l'affirmation de M. Brahiers selon laquelle l'eau-de-vie serait une 'eau de mort', jugeant cette conclusion exagérée et injuste. Il examine les arguments de M. Brahiers, notamment ceux tirés des écrits de Fernel et Sydenham, et montre que ces auteurs permettent également l'usage modéré de l'eau-de-vie. M. Barrès souligne que l'eau-de-vie, en tant qu'extrait spirituel du vin, peut avoir des effets différents de ceux du vin en raison de sa concentration. Il conclut en affirmant que l'eau-de-vie, utilisée avec modération, peut renforcer les forces et aider à la récupération dans certaines maladies. Pour appuyer son point de vue, il cite Varandeus, qui souligne les bienfaits du vin et de l'eau-de-vie lorsqu'ils sont consommés avec mesure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 2602-2614
REFLEXIONS sur ces paroles d'Hippoctates, Aphorisme XXXIII. Section II. In omni morbo mente valere bonum est ; contrarium vero malum.
Début :
Puisque nous voyons tous les jours que les moindres passions de l'ame [...]
Mots clefs :
Corps, Tension, Passions, Organes, Malade, Maladie, Imagination, Affection, Remède, Médecine, Hippocrate
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS sur ces paroles d'Hippoctates, Aphorisme XXXIII. Section II. In omni morbo mente valere bonum est ; contrarium vero malum.
REFLEXIONS fur ces paroles
d'Hippoctates , Aphorifme XXXIII.
Section II. In omni morbo mente valere
bonum eft ; contrarium vero malum.
Puifque Uifque nous voyons tous les jours
les moindres paffions de l'ame
occafionnent dans la fanté la mieux établie
mille dérangemens dangereux pour
la vie; pouvons- nous douter que la crainte
ou l'appréhenfion de mourir ne faſſe
de plus grands defordres dans un Malade?
Mais plutôt qui d'entre les hommes , le
plus intrépide même , lorſque le mal eſt
affez férieux , fe fent à l'abri des troubles
qu'une penſée fi affreuſe jette dans
tout le corps ? L'on ne doit donc point
refufer , pour peu que le bien des Malades
tienne à coeur , une attention particuliere
à ces mouvemens de l'ame qui
I. Vol. agiffent
DECEMBRE . 1730. 2603
3.
agiffent fi puiffamment à nos yeux , &
la faine pratique de Medecine ne fçauroit
les abandonner à eux- mêmes fans rendre
les meilleurs remedes de l'Art , ou inutiles
ou pernicieux dans leur ufage. C'eft fur
un fondement fi folide qu'on eft porté à
croire que la plupart des Maladies ne deviennent
ferieufes , intraitables même, que
parce que la crainte , l'abattement , la
frayeur & le defefpoir , font toujours aux
trouffes des pauvres Malades; & que la fermeté
en enleveroit un plus grand nombre à
la Parque, que les Remedes les plus fpecifi
ques,qui ne meritent pas fouvent un nom
fi impofant : de- là vient qu'on a tout fujet
de penfer que dans les moins dangereufes
maladies comme dans celles qui le font
veritablement , on épargneroit plus de
vies au genre humain , fi on s'attachoit
moins àdonner des remedes, qu'à raffures
l'efprit allarmé des Malades.
Pour le convaincre de ce que nous ve
nons d'avancer , il ne faut que jetter les
yeux fur ces mélancoliques hypocondriaques
, fujets à des prétendues vapeurs qui
ne reconnoiffent pour caufe que le vice
de leur imagination ; c'eft ainfi que nous
trouvons quelquefois dans notre pratique
de ces hommes que les biens & les honneurs
inondent de toutes parts , au milieu
des plaifirs , qu'une fanté parfaite-
Cij ment I. Vol.
2604 MERCURE DE FRANCE
&
ment bonne & vigoureufe laiffe gouter
paifiblement à la fleur de leur âge , tomber
tout à coup dans un abattement &
dans une langueur toujours funefte à la
vie , fe rendre infupportables aux autres ,
le devenir à eux mêmes , fe laiffer aller
à des contentions trop longues , à des afflictions
extrêmes ; en un mot , ſe montrer
le jouet de leur imagination par ces récits
ennuyeux des plus legeres circonftances
de leurs maux dont ils accablent ceux
qu'ils engagent férieufement à les entendre
. Des Malades de cette efpece peuventils
trouver du fecours dans l'adminiftration
des remedes , & ne feroit- ce pas pour
lors réfifter à l'experience qui apprend
conftamment au prix de la vie de ceux
qui la confient aux ignorans , que l'abattement
, la langueur de l'efprit , fe guerit
moins par l'ufage des remedes , que par
la diverfité des idées , les converfations ,
les Affemblées des perfonnes enjoüées ,
& fur tout par la fermeté ou le courage
que les bons Medecins ne manquent
jamais de préferer falutairement à tout
autre fecours ? d'ailleurs comme l'oifiveté
leur donne occafion de fe trop écouter
les exercices moderez du corps ne feroient
ils pas pour ces Malades un bon régime.
de vie ? peut être même que la reflexion
fuivante auroit affez de force pour
I. Vol.
préDECEMBRE
. 1730. 2605
prévenir & détourner la foibleffe de leur
imagination .
Il n'eft pas poffible que cette foule de
fonctions qui s'exercent par tant de differens
inftrumens dans une machine auffi délicate
que le corps
de l'homme
, ſe faffent
dans
la fanté
même
la plus
parfaite
d'une
égale
jufteffe
, puifque
tout
de même
que
dans
une
Montre
ou dans
des machines
femblables
le peu de folidité
de la matiere
dont
on conſtruit
les differentes
pieces
qui
les compofent
, les frottemens
des roues
de
leurs
arbres
qui
touchent
par
plufieurs
points
à des furfaces
jamais
planes
ou unies
;
en un mot,mille
caufes
, tant
internes
qu'externes
, font
de très- grands
obftacles
à la
perfection
de leurs
mouvemens
; de même
dans
le corps
humain
les roues
qu'on
y
découvre
, ou , pour
mieux
dire, les mouvemens
circulaires
, foit
dans
les folides
foit
dans
les liquides
, les leviers
, les puiffances
& leur
point
d'appui
, dans
le tems
que
tout
eft en jeu , fe trouvent
fujets
aux
mêmes
imperfections
que
les rouës
& les refforts
de la montre
en mouvement
;
& ces obftacles
font
d'autant
plus
fenfibles
à l'homme
,que
ceux
qui vivent
dans
une
fcrupuleufe
attention
fur
ce qui fe
pafle
au dedans
du corps
, ne fe croyent
malades
que
pour les trop
écouter
.
Si ceux qui fe montrent moins occupez
I. Vol. Cy dans
2606 MERCURE DE FRANCE
dans la pratique de Medecine à guerir
l'efprit,fouvent plus allarmé que le corps
n'eft malade , faifoient attention qu'on
doit toujours envifager dans un malade
la guérifon de deux maladies , dont la
violence ou la durée de tous les tems
qu'elles parcourent , fe répondent exactement
, & que chacune d'elles exige des
fecours differens , fuivant la fuperiorité
que l'une gagne fur l'autre , ils fe défabuferoient
avec plaifir de ce grand nombre
inutile ou meurtrier de remedes , que
Pandore a laiffé échaper , que l'avarice
fait employer , que l'honneur de la profeffion
défaprouve , & que la feule fermeté
dont les malades ont befoin ordi
nairement , ne permet jamais qu'on lui
préfere , fans reprocher les funeftes fuites
d'une fi injufte préférence à ceux qui ne
connoiffent point l'union ou la dépendance
mutuelle de ces deux fubftances qui
compofent l'homme.
Quoique l'union de l'ame avec le corps
doive plutôt paffer pour un fecret réfervé
à la Toute puiffance Divine , que pour
une connoiffance dûe aux plus profondes
recherches de l'efprit humain ; l'heureuſe
témerité des fçavans dans leurs découvertes
a fçû nous engager trop avant , pour
pouvoir nous difpenfer maintenant de
propofer nos conjectures . Cependant pour
I.Vol
AC
DECEMBRE . 1730. 2607
ne pas priver de leurs droits ceux qui pré
tendent en avoir fur cette queftion , nous
ne prendrons que ce qu'il nous faut pour
fatisfaire à notre projet.
Les Loix uniformes , & les raports réciproques
que l'Auteur de la nature a établis
dans l'union de l'ame & du corps ,
maintiennent ces deux fubftances dans
une dépendance mutuelle ; ce qui fait que
l'ame a des affections à l'occafion de certains
mouvemens du Corps, & que celui - ci
exécute des mouvemens , à l'occafion de
certaines affections de l'ame. La vivacité
de ces affections dépend de la violence des
impreffions, des objets externes fur les or
ganes du corps , & l'énergie de la puiffance
de l'ame fur le corps , de la vivacité
de fes affections; l'ame fera parconfequent
d'autant plus vivement affectée que le
.corps fera fortement émû; & le corps fera
d'autant plus puiffamment émû , que l'a
me fera vivement affectée ; le fentiment
interieur & l'expérience journaliere ne
nous permettent point de refufer notre
confentement à des véritez fi fenfibles &
fi connues.
C'eft à la faveur du genre nerveux que
les impreffions des objets externes fur les
organes du corps, d'où dépendent les fenfations
, fe tranfmettent dans le cerveau
jufqu'à l'origine des nerfs . C'eft auffi par
C vi I. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
les mêmes voyes que les paffions de l'ame
agiffent fur la machine .
On peut donc regarder le genre nerveux
, comme un affemblage de petits
cordons difperfez par tout le corps ,
dans
un certain dégré de tenfion que la nature
leur a donné , réünis à la baze du crane ,
dans cet endroit du cerveau , qu'on nomme
moëlle allongée , & que nous appellerons
dans la fuite Emporeum. C'eft- là où
toutes les impreffions faites fur les organes
du corps aboutiffent , qu'on peut
placer le fiége des perceptions de l'âme.
Mais découvre-t- on dans cette parque
tie ? fi ce n'eft un tas de fibrilles fufceptibles
de vibration , capables de fe redreffer
& de fe remettre lorſque la cauſe
qui en a fait perdre la direction , ceſſe
d'agir ? Comment peut- il donc fe faire
que l'ame foit affectée dans les fenfations,
à l'occafion des impreffions faites par les
objets externes fur les organes
du corps ,
ou agir elle-même fur la machine dans,
les paffions ? une fubftance fpirituelle n'eftelle
point à l'abri des atteintes de la matiere
? Et celle - cy fouffrira-t- elle quelque
changement de la part de l'autre ? J'avouë
prefentement , que fi les fçavans fe
payoient moins de raifonnemens ingénieux
, que d'aveus finceres de la foibleffe
du génie , je n'aurois point de hon-
I.Vol
DECEMBRE . 1730. 2609
coup
te de la déclarer à des hommes dans cette
occafion , mais comme elles doivent beauà
la témérité des curieux , elles veulent
encore leur être plus redevables ; ) le
corps ne pouvant donc point agir materiellement
fur l'ame, ni l'ame fur le corps ,
il faut que le Créateur dans l'union de ces
deux fubftances , ait voulu , fuivant les
décrets immuables , qu'à l'occafion d'un
tel mouvement , où bien d'une vibration
plus ou moins forte des fibres de l'Emporeum
, l'ame fut plus ou moins vivement
ébranlée ; & qu'à l'occafion de certaines
perceptions de l'ame , il furvint à ces mêmes
fibres des vibrations dont la force
répondit exactement à la vivacité de ces
perceptions , pour lors le cordon de
nerf continu à la fibre vibrée , fera plus
ou moins tiraillé auffi-bien que les divifions
& les rameaux qui en partent, & qui
vont fe perdre dans les parties du corps.
Ainfi fuppofé maintenant que l'ame foit
vivement affectée ( comme il lui arrive
dans differentes paffions , mais fur tout
dans la crainte ou l'apprehenfion de mourir
) la vibration d'une , ou de plufieurs
fibres de l'Emporeum fera violente, le tiraillement
du cordon de nerf ne le fera
pas
moins, &fes filamens diviſez ,diſperſez dans
a machine , donneront bien - tôt des marques
tres- fenfibles de leur défordre , icy
L. Vol par
2610 MERCURE DE FRANCE
par la tenfion exceffive des membranes ,
par le retréciffement du diametre des
vaiffeaux dont les parois font devenuës
moins dociles aux caufes pulcifiques ; là,
par les douleurs infupportables , les convulfions
d'une ou de plufieurs parties , &
par l'état tonique qui fe prend au reffort
des folides ; d'où fuit le trouble, l'inégalité
de la circulation du fang , de la lymphe ,
leur féjour dans les chairs , ou dans les
vifceres qui s'enflamment , les fécretions
fufpendues , les coctions léfées , abolies
même ; enfin le bouleverfement de tout
le corps , qui fera toujours d'autant plus
puiffant fur les caufes de la vie , que le
moindre effet mentionné fuffit pour la
faire perdre.
il
Il ne fera pas difficile à prefent , de rendre
raifon des differens dégrez de dérangement
& de défordre , qui arrivent au
Corps humain ,à l'occafion des paffions de
l'ame , pour peu qu'on donne fes atten
tions à leur vivacité , à la difpofition des
fibres de l'Emporeum, & à l'état du corps
fain ou malade.
Nous avons déja vû que les affections
de l'ame occafionnent des vibrations dans
les fibres de l'Emporeum , fuivant donc le
different dégré de tenfion , de foupleffe
de rigidité , & de reffort , que la nature
feur a donné , elles font plus ou moins
I. Vol. vibraDECEMBRE
. 1730. 2611
vibratiles. Par exemple : Si l'ame eft vivement
affectée , la vibration que cette affection
occafionnera d'abord dans une ou
plufieurs fibres fera violente ; & fi les
fibres vibrées fe trouvent bien tenduës
naturellement , la force d'une telle fecouffe
produira un double effet. Il en eft à
peu près de même des autres qualitez ,
qu'on attribue à ces fibres qui varient
dans des fujets differens , par rapport au
fexe , à l'âge , au temperamment , & à la
maniere de vivre , & quelquefois dans le
même homme,à raifon de bien des circonftances,
mais fur tout de la frequence des
vibrations , d'où elles ont acquis la difpofition
d'obéir au moindre tremouffement.
Si les organes du corps fe trouvent
dans l'état le plus éloigné de la maladie ,
& que l'imagination ne foit que peu dérangée
, il eft clair que le corps n'en fera
pas fort incommodé ; delà vient qu'on'
voit une foule de mélancoliques , fe
porter d'ailleurs le mieux du monde ;
mais fi dans ce cas l'imagination eft conſiderablement
détraquée, le corps s'appro
chera pour lors de l'état malade , à proportion
que le dérangemeut de l'efprit
fera grand ; je crois même , que ce ne
feroit point fans fondement , fil'on avançoit
que l'imagination vivement frappée
de trifteffe , de crainte , &c . a affez de
I. Vol.
pou2612
MERCURE DE FRANCE
pouvoir fur la machine , pour en occafionner
la ruine.
Si dans un corps peu malade , l'imagination
n'eft que peu allarmée ; ces deux
maladies enſemble ne font point à crain
dre , on s'en releve facilement ; mais fi
dans ce même cas , l'ame eft fortement
agitée , le trouble dans la Machine fera
très -dangereux ; on voit bien fouvent des
malades guériffables par la nature du
mal , devenir incurables , fe défefpérer &
périr malheureuſement par la préférence
qu'on a fait des remedes quelquefois fort
violens , à cette fermeté dont le retour de
la fanté ne pouvoit fe paffer fans la perte
de la vie.
Enfin fi l'imagination & le corps font
tres dérangez , dans un pareil cas le malade
fera défefpéré , pour peu qu'on néglige
de lui donner du courage , ouqu'on
fe ferve des remedes qui le tour
mentent trop.
On voit par toute cetteThéorie que dans
le concours de ces cauſes , l'ame doit agir
fur la Machine , avec un pouvoir inſurmontable
, dont les effets feront par conféquent
très -funeftes.
On reconnoît encore d'où vient que
certaines perfonnes font plus fufceptibles
de chagrin , de trifteffe , d'abattement
de crainte & de defefpoir que bien d'au-
1. Vol. tres
DECEMBRE . 1730. 2613
tres , & en reffentent de plus grands maux
dans l'ufage de la vie.
Puifqu'on ne fçauroit à prefent difconvenir
que la trifteffe & la langueur de
l'efprit, ne dérangent confidérablement la
fanté la plus affurée , & que la crainte &
l'apprehenfion de mourir n'occafionne de
nouveaux défordres dans un malade ;
n'a- t-on pas raifon de penfer que les malades
auroient moins de mal s'ils avoient
moins de peur ? In omni morbo mente valere
bonum eft , contrarium verò malum.
C'eft fur ce principe de la veritable
Médecine , où tout ce que l'avarice de
l'homme a de plus haïffable , & de plus
dangereux dans les moyens qu'elle offre
pour affouvir le défir de groffir fes richeffes
, n'a aucune part , que nous avons
prétendu faire voir :
Premierement , que les gens de notre profeffion
moins ambitieux des biens que jaloux
de leur honneur , doivent s'attirer
des malades de la confiance, plutôt par une
jufte réputation que par une effronterie
odieufe , qui ne peut tourner qu'à leur
confuſion & au malheur de ceux qui ne
diftinguant point le vrai mérite , apprennent
par leur mort violente , à des héritiers
à ne pas les fuivre dans leur funefte
choix .
Secondement , que
I. Vol.
dans les maladies férieu2614
MERCURE DE FRANCE
rieuſes , où les malades craignent fort
pour leur vie , la préfence fréquente ,
mais jamais importune , du Medecin de
confiance , eft plus falutaire qu'un grand
appareil de remedes .
3mt, Et qu'ainfi on ne doit pas faire dif
Aculté de bannir , de retrancher de la
Médecine un grand nombre de remedes ,
non feulement comme inutiles , mais encore
comme très - pernicieux , & le malade
fera guéri pour lors à moins de frais &
plus furement.
Enfin , qu'on n'a confulté , dans le def
fein de mettre au jour ce petit Ouvrage ,
que l'honneur de la profeffion , & le verible
bien des malades.
Par G B. Barrés , de Pezenas , Docteur
en Médecine, de la Faculté de Montpellier.
d'Hippoctates , Aphorifme XXXIII.
Section II. In omni morbo mente valere
bonum eft ; contrarium vero malum.
Puifque Uifque nous voyons tous les jours
les moindres paffions de l'ame
occafionnent dans la fanté la mieux établie
mille dérangemens dangereux pour
la vie; pouvons- nous douter que la crainte
ou l'appréhenfion de mourir ne faſſe
de plus grands defordres dans un Malade?
Mais plutôt qui d'entre les hommes , le
plus intrépide même , lorſque le mal eſt
affez férieux , fe fent à l'abri des troubles
qu'une penſée fi affreuſe jette dans
tout le corps ? L'on ne doit donc point
refufer , pour peu que le bien des Malades
tienne à coeur , une attention particuliere
à ces mouvemens de l'ame qui
I. Vol. agiffent
DECEMBRE . 1730. 2603
3.
agiffent fi puiffamment à nos yeux , &
la faine pratique de Medecine ne fçauroit
les abandonner à eux- mêmes fans rendre
les meilleurs remedes de l'Art , ou inutiles
ou pernicieux dans leur ufage. C'eft fur
un fondement fi folide qu'on eft porté à
croire que la plupart des Maladies ne deviennent
ferieufes , intraitables même, que
parce que la crainte , l'abattement , la
frayeur & le defefpoir , font toujours aux
trouffes des pauvres Malades; & que la fermeté
en enleveroit un plus grand nombre à
la Parque, que les Remedes les plus fpecifi
ques,qui ne meritent pas fouvent un nom
fi impofant : de- là vient qu'on a tout fujet
de penfer que dans les moins dangereufes
maladies comme dans celles qui le font
veritablement , on épargneroit plus de
vies au genre humain , fi on s'attachoit
moins àdonner des remedes, qu'à raffures
l'efprit allarmé des Malades.
Pour le convaincre de ce que nous ve
nons d'avancer , il ne faut que jetter les
yeux fur ces mélancoliques hypocondriaques
, fujets à des prétendues vapeurs qui
ne reconnoiffent pour caufe que le vice
de leur imagination ; c'eft ainfi que nous
trouvons quelquefois dans notre pratique
de ces hommes que les biens & les honneurs
inondent de toutes parts , au milieu
des plaifirs , qu'une fanté parfaite-
Cij ment I. Vol.
2604 MERCURE DE FRANCE
&
ment bonne & vigoureufe laiffe gouter
paifiblement à la fleur de leur âge , tomber
tout à coup dans un abattement &
dans une langueur toujours funefte à la
vie , fe rendre infupportables aux autres ,
le devenir à eux mêmes , fe laiffer aller
à des contentions trop longues , à des afflictions
extrêmes ; en un mot , ſe montrer
le jouet de leur imagination par ces récits
ennuyeux des plus legeres circonftances
de leurs maux dont ils accablent ceux
qu'ils engagent férieufement à les entendre
. Des Malades de cette efpece peuventils
trouver du fecours dans l'adminiftration
des remedes , & ne feroit- ce pas pour
lors réfifter à l'experience qui apprend
conftamment au prix de la vie de ceux
qui la confient aux ignorans , que l'abattement
, la langueur de l'efprit , fe guerit
moins par l'ufage des remedes , que par
la diverfité des idées , les converfations ,
les Affemblées des perfonnes enjoüées ,
& fur tout par la fermeté ou le courage
que les bons Medecins ne manquent
jamais de préferer falutairement à tout
autre fecours ? d'ailleurs comme l'oifiveté
leur donne occafion de fe trop écouter
les exercices moderez du corps ne feroient
ils pas pour ces Malades un bon régime.
de vie ? peut être même que la reflexion
fuivante auroit affez de force pour
I. Vol.
préDECEMBRE
. 1730. 2605
prévenir & détourner la foibleffe de leur
imagination .
Il n'eft pas poffible que cette foule de
fonctions qui s'exercent par tant de differens
inftrumens dans une machine auffi délicate
que le corps
de l'homme
, ſe faffent
dans
la fanté
même
la plus
parfaite
d'une
égale
jufteffe
, puifque
tout
de même
que
dans
une
Montre
ou dans
des machines
femblables
le peu de folidité
de la matiere
dont
on conſtruit
les differentes
pieces
qui
les compofent
, les frottemens
des roues
de
leurs
arbres
qui
touchent
par
plufieurs
points
à des furfaces
jamais
planes
ou unies
;
en un mot,mille
caufes
, tant
internes
qu'externes
, font
de très- grands
obftacles
à la
perfection
de leurs
mouvemens
; de même
dans
le corps
humain
les roues
qu'on
y
découvre
, ou , pour
mieux
dire, les mouvemens
circulaires
, foit
dans
les folides
foit
dans
les liquides
, les leviers
, les puiffances
& leur
point
d'appui
, dans
le tems
que
tout
eft en jeu , fe trouvent
fujets
aux
mêmes
imperfections
que
les rouës
& les refforts
de la montre
en mouvement
;
& ces obftacles
font
d'autant
plus
fenfibles
à l'homme
,que
ceux
qui vivent
dans
une
fcrupuleufe
attention
fur
ce qui fe
pafle
au dedans
du corps
, ne fe croyent
malades
que
pour les trop
écouter
.
Si ceux qui fe montrent moins occupez
I. Vol. Cy dans
2606 MERCURE DE FRANCE
dans la pratique de Medecine à guerir
l'efprit,fouvent plus allarmé que le corps
n'eft malade , faifoient attention qu'on
doit toujours envifager dans un malade
la guérifon de deux maladies , dont la
violence ou la durée de tous les tems
qu'elles parcourent , fe répondent exactement
, & que chacune d'elles exige des
fecours differens , fuivant la fuperiorité
que l'une gagne fur l'autre , ils fe défabuferoient
avec plaifir de ce grand nombre
inutile ou meurtrier de remedes , que
Pandore a laiffé échaper , que l'avarice
fait employer , que l'honneur de la profeffion
défaprouve , & que la feule fermeté
dont les malades ont befoin ordi
nairement , ne permet jamais qu'on lui
préfere , fans reprocher les funeftes fuites
d'une fi injufte préférence à ceux qui ne
connoiffent point l'union ou la dépendance
mutuelle de ces deux fubftances qui
compofent l'homme.
Quoique l'union de l'ame avec le corps
doive plutôt paffer pour un fecret réfervé
à la Toute puiffance Divine , que pour
une connoiffance dûe aux plus profondes
recherches de l'efprit humain ; l'heureuſe
témerité des fçavans dans leurs découvertes
a fçû nous engager trop avant , pour
pouvoir nous difpenfer maintenant de
propofer nos conjectures . Cependant pour
I.Vol
AC
DECEMBRE . 1730. 2607
ne pas priver de leurs droits ceux qui pré
tendent en avoir fur cette queftion , nous
ne prendrons que ce qu'il nous faut pour
fatisfaire à notre projet.
Les Loix uniformes , & les raports réciproques
que l'Auteur de la nature a établis
dans l'union de l'ame & du corps ,
maintiennent ces deux fubftances dans
une dépendance mutuelle ; ce qui fait que
l'ame a des affections à l'occafion de certains
mouvemens du Corps, & que celui - ci
exécute des mouvemens , à l'occafion de
certaines affections de l'ame. La vivacité
de ces affections dépend de la violence des
impreffions, des objets externes fur les or
ganes du corps , & l'énergie de la puiffance
de l'ame fur le corps , de la vivacité
de fes affections; l'ame fera parconfequent
d'autant plus vivement affectée que le
.corps fera fortement émû; & le corps fera
d'autant plus puiffamment émû , que l'a
me fera vivement affectée ; le fentiment
interieur & l'expérience journaliere ne
nous permettent point de refufer notre
confentement à des véritez fi fenfibles &
fi connues.
C'eft à la faveur du genre nerveux que
les impreffions des objets externes fur les
organes du corps, d'où dépendent les fenfations
, fe tranfmettent dans le cerveau
jufqu'à l'origine des nerfs . C'eft auffi par
C vi I. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
les mêmes voyes que les paffions de l'ame
agiffent fur la machine .
On peut donc regarder le genre nerveux
, comme un affemblage de petits
cordons difperfez par tout le corps ,
dans
un certain dégré de tenfion que la nature
leur a donné , réünis à la baze du crane ,
dans cet endroit du cerveau , qu'on nomme
moëlle allongée , & que nous appellerons
dans la fuite Emporeum. C'eft- là où
toutes les impreffions faites fur les organes
du corps aboutiffent , qu'on peut
placer le fiége des perceptions de l'âme.
Mais découvre-t- on dans cette parque
tie ? fi ce n'eft un tas de fibrilles fufceptibles
de vibration , capables de fe redreffer
& de fe remettre lorſque la cauſe
qui en a fait perdre la direction , ceſſe
d'agir ? Comment peut- il donc fe faire
que l'ame foit affectée dans les fenfations,
à l'occafion des impreffions faites par les
objets externes fur les organes
du corps ,
ou agir elle-même fur la machine dans,
les paffions ? une fubftance fpirituelle n'eftelle
point à l'abri des atteintes de la matiere
? Et celle - cy fouffrira-t- elle quelque
changement de la part de l'autre ? J'avouë
prefentement , que fi les fçavans fe
payoient moins de raifonnemens ingénieux
, que d'aveus finceres de la foibleffe
du génie , je n'aurois point de hon-
I.Vol
DECEMBRE . 1730. 2609
coup
te de la déclarer à des hommes dans cette
occafion , mais comme elles doivent beauà
la témérité des curieux , elles veulent
encore leur être plus redevables ; ) le
corps ne pouvant donc point agir materiellement
fur l'ame, ni l'ame fur le corps ,
il faut que le Créateur dans l'union de ces
deux fubftances , ait voulu , fuivant les
décrets immuables , qu'à l'occafion d'un
tel mouvement , où bien d'une vibration
plus ou moins forte des fibres de l'Emporeum
, l'ame fut plus ou moins vivement
ébranlée ; & qu'à l'occafion de certaines
perceptions de l'ame , il furvint à ces mêmes
fibres des vibrations dont la force
répondit exactement à la vivacité de ces
perceptions , pour lors le cordon de
nerf continu à la fibre vibrée , fera plus
ou moins tiraillé auffi-bien que les divifions
& les rameaux qui en partent, & qui
vont fe perdre dans les parties du corps.
Ainfi fuppofé maintenant que l'ame foit
vivement affectée ( comme il lui arrive
dans differentes paffions , mais fur tout
dans la crainte ou l'apprehenfion de mourir
) la vibration d'une , ou de plufieurs
fibres de l'Emporeum fera violente, le tiraillement
du cordon de nerf ne le fera
pas
moins, &fes filamens diviſez ,diſperſez dans
a machine , donneront bien - tôt des marques
tres- fenfibles de leur défordre , icy
L. Vol par
2610 MERCURE DE FRANCE
par la tenfion exceffive des membranes ,
par le retréciffement du diametre des
vaiffeaux dont les parois font devenuës
moins dociles aux caufes pulcifiques ; là,
par les douleurs infupportables , les convulfions
d'une ou de plufieurs parties , &
par l'état tonique qui fe prend au reffort
des folides ; d'où fuit le trouble, l'inégalité
de la circulation du fang , de la lymphe ,
leur féjour dans les chairs , ou dans les
vifceres qui s'enflamment , les fécretions
fufpendues , les coctions léfées , abolies
même ; enfin le bouleverfement de tout
le corps , qui fera toujours d'autant plus
puiffant fur les caufes de la vie , que le
moindre effet mentionné fuffit pour la
faire perdre.
il
Il ne fera pas difficile à prefent , de rendre
raifon des differens dégrez de dérangement
& de défordre , qui arrivent au
Corps humain ,à l'occafion des paffions de
l'ame , pour peu qu'on donne fes atten
tions à leur vivacité , à la difpofition des
fibres de l'Emporeum, & à l'état du corps
fain ou malade.
Nous avons déja vû que les affections
de l'ame occafionnent des vibrations dans
les fibres de l'Emporeum , fuivant donc le
different dégré de tenfion , de foupleffe
de rigidité , & de reffort , que la nature
feur a donné , elles font plus ou moins
I. Vol. vibraDECEMBRE
. 1730. 2611
vibratiles. Par exemple : Si l'ame eft vivement
affectée , la vibration que cette affection
occafionnera d'abord dans une ou
plufieurs fibres fera violente ; & fi les
fibres vibrées fe trouvent bien tenduës
naturellement , la force d'une telle fecouffe
produira un double effet. Il en eft à
peu près de même des autres qualitez ,
qu'on attribue à ces fibres qui varient
dans des fujets differens , par rapport au
fexe , à l'âge , au temperamment , & à la
maniere de vivre , & quelquefois dans le
même homme,à raifon de bien des circonftances,
mais fur tout de la frequence des
vibrations , d'où elles ont acquis la difpofition
d'obéir au moindre tremouffement.
Si les organes du corps fe trouvent
dans l'état le plus éloigné de la maladie ,
& que l'imagination ne foit que peu dérangée
, il eft clair que le corps n'en fera
pas fort incommodé ; delà vient qu'on'
voit une foule de mélancoliques , fe
porter d'ailleurs le mieux du monde ;
mais fi dans ce cas l'imagination eft conſiderablement
détraquée, le corps s'appro
chera pour lors de l'état malade , à proportion
que le dérangemeut de l'efprit
fera grand ; je crois même , que ce ne
feroit point fans fondement , fil'on avançoit
que l'imagination vivement frappée
de trifteffe , de crainte , &c . a affez de
I. Vol.
pou2612
MERCURE DE FRANCE
pouvoir fur la machine , pour en occafionner
la ruine.
Si dans un corps peu malade , l'imagination
n'eft que peu allarmée ; ces deux
maladies enſemble ne font point à crain
dre , on s'en releve facilement ; mais fi
dans ce même cas , l'ame eft fortement
agitée , le trouble dans la Machine fera
très -dangereux ; on voit bien fouvent des
malades guériffables par la nature du
mal , devenir incurables , fe défefpérer &
périr malheureuſement par la préférence
qu'on a fait des remedes quelquefois fort
violens , à cette fermeté dont le retour de
la fanté ne pouvoit fe paffer fans la perte
de la vie.
Enfin fi l'imagination & le corps font
tres dérangez , dans un pareil cas le malade
fera défefpéré , pour peu qu'on néglige
de lui donner du courage , ouqu'on
fe ferve des remedes qui le tour
mentent trop.
On voit par toute cetteThéorie que dans
le concours de ces cauſes , l'ame doit agir
fur la Machine , avec un pouvoir inſurmontable
, dont les effets feront par conféquent
très -funeftes.
On reconnoît encore d'où vient que
certaines perfonnes font plus fufceptibles
de chagrin , de trifteffe , d'abattement
de crainte & de defefpoir que bien d'au-
1. Vol. tres
DECEMBRE . 1730. 2613
tres , & en reffentent de plus grands maux
dans l'ufage de la vie.
Puifqu'on ne fçauroit à prefent difconvenir
que la trifteffe & la langueur de
l'efprit, ne dérangent confidérablement la
fanté la plus affurée , & que la crainte &
l'apprehenfion de mourir n'occafionne de
nouveaux défordres dans un malade ;
n'a- t-on pas raifon de penfer que les malades
auroient moins de mal s'ils avoient
moins de peur ? In omni morbo mente valere
bonum eft , contrarium verò malum.
C'eft fur ce principe de la veritable
Médecine , où tout ce que l'avarice de
l'homme a de plus haïffable , & de plus
dangereux dans les moyens qu'elle offre
pour affouvir le défir de groffir fes richeffes
, n'a aucune part , que nous avons
prétendu faire voir :
Premierement , que les gens de notre profeffion
moins ambitieux des biens que jaloux
de leur honneur , doivent s'attirer
des malades de la confiance, plutôt par une
jufte réputation que par une effronterie
odieufe , qui ne peut tourner qu'à leur
confuſion & au malheur de ceux qui ne
diftinguant point le vrai mérite , apprennent
par leur mort violente , à des héritiers
à ne pas les fuivre dans leur funefte
choix .
Secondement , que
I. Vol.
dans les maladies férieu2614
MERCURE DE FRANCE
rieuſes , où les malades craignent fort
pour leur vie , la préfence fréquente ,
mais jamais importune , du Medecin de
confiance , eft plus falutaire qu'un grand
appareil de remedes .
3mt, Et qu'ainfi on ne doit pas faire dif
Aculté de bannir , de retrancher de la
Médecine un grand nombre de remedes ,
non feulement comme inutiles , mais encore
comme très - pernicieux , & le malade
fera guéri pour lors à moins de frais &
plus furement.
Enfin , qu'on n'a confulté , dans le def
fein de mettre au jour ce petit Ouvrage ,
que l'honneur de la profeffion , & le verible
bien des malades.
Par G B. Barrés , de Pezenas , Docteur
en Médecine, de la Faculté de Montpellier.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS sur ces paroles d'Hippoctates, Aphorisme XXXIII. Section II. In omni morbo mente valere bonum est ; contrarium vero malum.
Le texte explore l'impact des émotions et des pensées sur la santé physique, en s'appuyant sur les réflexions d'Hippocrate. Il met en évidence l'importance de la santé mentale dans toute maladie et souligne que les troubles émotionnels peuvent aggraver l'état du patient. Les passions de l'âme, même mineures, peuvent provoquer des désordres corporels dangereux. La crainte ou l'appréhension de la mort est particulièrement néfaste pour les malades. Même les individus les plus intrépides ne sont pas à l'abri des troubles émotionnels lorsqu'ils sont gravement malades. Les médecins doivent donc prêter attention aux mouvements de l'âme, car ils influencent fortement la santé physique. Les maladies deviennent souvent sérieuses et intraitables en raison de la peur, de l'abattement, de la frayeur et du désespoir qui accompagnent les patients. La fermeté et le courage sont souvent plus efficaces que les remèdes spécifiques pour guérir les malades. Le texte illustre cela avec des exemples de mélancoliques hypocondriaques, dont les troubles sont souvent causés par l'imagination plutôt que par des causes physiques. Pour ces patients, les remèdes médicaux sont moins efficaces que les distractions et les activités physiques modérées. Le texte compare également le corps humain à une machine délicate, où divers facteurs internes et externes peuvent perturber son fonctionnement. Il conclut en soulignant l'importance de traiter à la fois le corps et l'esprit dans la pratique médicale. Le texte traite également des interactions entre l'esprit et le corps dans les maladies, mettant en garde contre les tourments excessifs infligés aux malades, qui peuvent les rendre désespérés. La tristesse et la peur perturbent la santé, et les malades souffriraient moins s'ils avaient moins peur. L'auteur critique l'avarice dans la médecine et prône une approche éthique. Les médecins doivent gagner la confiance des patients par leur réputation plutôt que par des méthodes odieuses. Dans les maladies graves, la présence fréquente mais non importune du médecin est plus bénéfique qu'un grand nombre de remèdes. Le texte recommande de bannir les remèdes inutiles et pernicieux pour soigner les malades de manière plus économique et efficace. L'objectif est de promouvoir l'honneur de la profession médicale et le bien-être des patients. L'auteur est G. B. Barrés, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 2840-2870
Lettre sur la petite Vérole, dont les Religieuses & les Demoiselles de S. Cyr ont été affligées, [titre d'après la table]
Début :
Il est aisé de voir par votre Lettre, MADAME, qu'on ne nous a point épargnées dans le Public [...]
Mots clefs :
Saignement, Nez, Fièvre, Éruption, Petite vérole, Maladie, Malades, Maux, Ventre, Saignée, Convulsions, Modération, Secours, Accablement, Lavement, Boutons, Inquiétude, Religieuse, Coeur, Etouffement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre sur la petite Vérole, dont les Religieuses & les Demoiselles de S. Cyr ont été affligées, [titre d'après la table]
NOUS croyons faire plaifir au Public ,
de lui communiquer une Lettre qui nous
eft tombée entre les mains ; elle eft d'une
Religienfe de S. Cyr , qui rend compte à
une de fes amies , de la conduite qu'on a
tenue dans la petite Vérole , dont cette
Maifon a été affligée cette année. Nous
aurions fouhaité pouvoir la donner en
entier; mais comme il n'étoit pas poffible
de la renfermer dans un feul volume
nous nous fommes déterminez à retrancher
de cent trente articles qu'elle contenoit
ceux qui étoient les moins interreffans.
1
L eft aifé de voir par votre Lettre, MADAME ,
qu'on ne nous a point épargnées dans le Public
fur la conduite que nous avons tenue dans la
petite Verole , dont notre Maiſon vient d'être
accablée . On nous blafme fur tour de n'avoir pas
féparé du reste de la Maifon celles qui en ont été
attaquées. Des perfonnes refpectables , dites -vous,
nous accufent de témerité & d'imprudence . Le
reproche auroit fans doute été plus loin , fi l'on
avoit fçû le traitement, avant que d'être informé
du fuccès. Je vais vous rendre compte de ce qui
s'eft paffé chez nous dans cette occafion ; ce fera
un expofé fimple de notre conduite. Vous y
verrez la maniere dont on a penfé fur la crainte
de gagner la petite Vérole , les moyens dont on
s'eft fervi pour la détruire;les obſervations qu'on
a faites , l'ordre qu'on a gardé dans les Infirmeries,
l'état des malades & les remedes qu'on a em-
LI, Vol. ployez
DECEMBRE. 1730. 2841
ployez. L'efperance de nous juftifier du moins
auprès de vous , me fait entreprendre ce détail.
Les preuves que j'ai de votre amitié pour notre
Mailon & de votre indulgence pour moi , achevent
de m'y déterminer ; je ne vous écrirai que
des faits ils fuffiront pour les perfonnes équitables
& fenfées .
Au commencement de cette année nous eûmes
à S. Cyr quelques Fiévres malignes . Vers les
premiers jours de Février , il parut tout à coup
quatorze petites Véroles. L'effroi fe rendit auffitôt
dans la Maiſon. Madame la Superieure confulta
le Medecin , fur le parti qu'il y avoit à
prendre , en prefence des Infirmieres & de plufieurs
autres Religieufes. Le temps feul , nous
dit-il , ou la conftitution particuliere de l'air
difpofe infenfiblement les liqueurs à produire la
petite Vérole , bien- tôt l'experience vous convaincra
que cette caufe agit également fur toutes
les perfonnes qui habitent le même lieu ; que la
fréquentation des malades n'y a aucune part , &
qu'il est bien plus fage de ne point féparer les
malades , & de ne mettre aucune difference dans
leur fervice. Il ajouta pour celles qui étoient
chargées du foin des Infirmeries , que l'ancienne
méthode de donner des cordiaux & de procurer
une chaleur exceffive aux malades , étoit meurtriere
, que l'Emétique & la Saignée étoient prefles
feuls fecours fur lefquels il y eut à compter
, & que dans les cas preffans , il faudroit y
recourir , pour ainfi dire , fans nombre & fans
mefure.
que
Un pareil difcours , de tou autre , nous auroit
paru fort étrange ; mais comme il nous eft atta
ché depuis plufieurs années , & qu'il a notre confiance
, fa maniere de penfer fut notre regle. On
laila les malades enfemble , & tout le monde
II. Vol com- Dij
4
2842 MERCURE DE FRANCE
cominença à fe raffurer . Dix- huit ou vingt jours
s'écoulerent & la convalefcence de nos malades
s'avançoit , lorfqu'il nous furvint en moins de
trois jours près de cinquante petites Véroles.
L'inquiétude vint , mais nous trouvâmes dans
cet évenement même de quoi la diffiper. 1. Prefque
aucune des dernieres malades , n'avoit eu de
communication avec les précédentes . 2. Nos Infirmieres
auffi - bien que Madame la Superieure ,
qui partageoit leurs travaux , étoient préfervées
au milieu des malades , quoique la pluſpart n'euffent
point en la petite Vérole.Ces deux faits diffiperent
nos préventions , & l'expérience du paffé
nous rendit cette vérité plus fenfible.
L'ancien ufage de la Maiſon étoit de ſéparer
les malades au moindre foupçon de petite Vérole
; malgré cette précaution,nos Journaux font
foy , qu'il n'y avoit pas moins de malades , &
nous fçavons par le témoignage des anciennes ,
que celles qui avoient le plus d'attention à fuír le
danger , étoient ordinairement plutôt attaquées
que les autres,
Mais fi la chofe étoit alors égale pour le nombre
, lorfque la communication étoit févérement
interdite , il n'en étoit plus de même pour les inconveniens.
La féparation jettoit dans les malades
qu'on tranfportoit un effroy inévitable , qui
en augmentoit infiniment le danger. C'étoit au
commencement de l'éruption qu'on les changeoit
de lieu ; moment précieux pour agir &
qu'on ne retrouve quelquefois plus dans le cours
de la maladie ; ( on fçait à quel point la crainte
ralentit le mouvement du coeur , & qu'elle donne
occafion à l'air d'agir fur les liqueurs avec plus
de force ) d'ailleurs , au milieu de la confternation
, le fecours manque , peu de perfonnes ont
affez de courage pour folliciter les malades , &
LL. Vol.
nc
DECEMBRE. 1730. 2843
ne le font qu'en tremblant. La Maiſon regrette
encore les funeftes fuites & la féparation à laquelle
on étoit autrefois affervi.
Affranchies de bonne heure des préjugez ordinaires
, nous fûmes en état d'examiner les differens
momens qui fe paffoient dans nos petites
Véroles , & de les comparer aux veritez que
nous avions déja apperçues. Notre Medecin nous
les dévelopoit d'une maniere fi fimple, que nous
étions à portée de les entendre. Elles ont tant de
rapport entr'elles qu'elles forment une démonftration
pour les perfonnes qui aiment à voir
clair.
;
Pendant trois mois que la petite Vérole a regné
à S.Cyr , nous n'avons pas eu une feule maladie
d'une autre nature les fantés délicates
étoient plus fermes , quelques perfonnes qui
avoient eu déja la petite Vérole , font venues à
l'Infirmerie avec des maux de Coeur , des douleurs
de reins , une pefanteur de Tête & la Fiévre
vive ; tous ces accidens ont ordinairement
diminué du 3 au 4, & le refte de la maladie a été
fi conforme à la petite Vérole, que quoi qu'il n'y
ait point eu d'éruption , nous n'avons pas douté
que ce ne fut une vraye Fiévre de petite Vérole.
On ne pouvoit les diftinguer au commencement
que parce que la malade avoit eu déja la petite
Vérole ; car il eft prefque fans exemple que quelqu'une
dans la maiſon l'ait euë veritablement
deux fois .
Toutes nos malades en general ont rendu une
Bile extremement verte dans les petites Véroles
dans les Fiévres du même caractere , dans les
convalefcences , dans les perfonnes qui ont été
purgées par précaution ou après des chutes ; nous
avons toujours remarqué le même caractere
d'humeur. Dès que le temps changeoit, nous re-
11. Vol.
Diij mar2844
MERCURE DE FRANCÈ
marquions du changement dans nos petites Véroles
, & lorfque le vent tournoit bruſquement
au Nord ,
ordinairement les accidens reparoiffoient
ou devenoient plus preffans.
De plus de vingt perfonnes qui ont rempli les
diverfes fonctions de l'Infirmerie , dont plus de
la moitié n'avoient pas eu la petite Vérole , une
feule en a été attaquée , encore par un effet viſible
de la frayeur ; car ce fut à la fuite d'un Difcours,
fur la crainte de gagner cette maladie , dont elle
fut fi vivement faifie, qu'elle tomba ſur le champ
dans des
friffonnemens qui ne cefferent que par
l'éruption.
Raffemblons ces faits & convenons du vrai,
Puifqu'il n'y a eu aucun autre genre de maladie
à S. Cyr pendant plus de trois mois que la
petite Vérole y a régné ; puifque toutes les
fonnes de la Maiſon qui ont été purgées dans
perquelque
circonftance que ce fut , ont rendu une
bile
extrémement verte; puifque les
changemens
de temps, en ont régulierement produit dans nos
malades ,, que d'ailleurs les perfonnes écartées des
malades , en ont été par proportion moins ga-
Tanties que celles qui en approchoient, & ces faits
conftament obfervez dans une
Communauté de
près de quatre cent perfonnes ; où l'on a compté
130 malades ; il faut
neceffairement reconnoître
une caufe generale dans l'air ,
de cette maladie , & avouer que la
fréquentation , pour feul principe
des malades n'y a aucune part.
Les differentes époques de petite Vérole qu'a
eues notre Maiſon , font voir qu'elle attaque plus
de perfonnes àproportion qu'il s'eft écoulé plus de
temps fans qu'elle y ait paru. En 1715. nous en
eûmes près de cent ; il n'y avoit alors pas plus de
quatre ans que nous en étions exemtes. Depuis il
n'en a pas paru à S. Cyr , & la Maiſon s'eſt preſ-
11. Vel.
que
DECEMBRE 1730. 2845
que entierement renouvellée; ainfi il n'eft pas furprenant
qu'en dernier lieu , le nombre de nos
malades ait été plus confidérable .
Nous remarquâmes dès les premiers temps que
celles qui n'avoient pas été faignées & purgées
dans le commencement de leur maladie , avoient
une fupuration & une convalefcence plus difficiles.
Dans la fuite on a d'abord employé ces fetours
, pour peu que la Fiévre fut forte , & on
prenoit foin de faire les faignées fort grandes
pour ne pas effrayer le nombre ; très- fouvent des
petites Véroles qui s'annonçoient par les accidens
les plus effrayans , prenoient un caractere heureux
après trois ou quatre faignées du pied , brufquement
faites , & d'amples évacuations , procurées
par l'Emétique .
Je viens à l'état de nos malades , je ne m'arreterai
point fur les accidens ordinaires , ni fur la
figure des boutons à laquelle notre Médecin ne
faifoit aucune attention à moins qu'ils n'euffent
difparu. Vous verrez par les partis qu'il a pris
dans les cas particuliers , que le feul dégré de la
Fiévre , comparé avec l'état du cerveau , a toujours
déterminé fa conduite. Pour éviter la confufion
& n'être point obligée de citer l'âge de
chaque Demoiselle , je fuivrai l'ordre des Claffes.
Comme il fera neceffaire de parler de leur temperamment
, j'ai cru devoir me difpenfer de vous
marquer leurs noms. Les Demoifelles Noires font
dans leur vingtiéme année ; les Bleues ont depuis
dix-fept jufqu'à vingt ans ; les Jaunes depuis quatorze
jufqu'à dix fept ; les Vertes , depuis onze
jufqu'à quatorze , les Rouges , depuis fept jufqu'à
onze.
Demoiselles NOIRES . 19. Infirme , quoique replette
, & fe plaignant d'une douleur habituelle
au côté droit , eut une Fiévre affez forte , des
II. Vol. D iiij maux
2846 MERCURE DE FRANCE
maux de reins & une pefanteur de tête . Elle fut
faignée du pied le 1 & le 2 jour , & le 3 abondamment
purgée avec l'Emétique. Immédiatement
après la petite Vérole parut en petite quantité.
Dans la fupuration , un mal de gorge
étouffement confiderable donnerent de l'inquiétude.
Une troifiéme faignée du pied la diffipa.
& un
2º. D'une forte conftitution , eût la Fiévre
très-vive,un grand accablement, la poitrine ferrée
& un mal de tête des plus violens. En quatre jours
elle fut faignée huit fois du pied. Le cinquiéme
on donna l'Emétique en lavage , qu'on continua
plufieurs jours. Les accidens diminuerent par ces
évacuations ; mais la convalefcence avoit de la
peine à fe montrer. Vers le 20. à la fuite d'un
mouvement de Fiévre plus fort & d'une augmentation
de mal de tête , la petite Vérole fe declara.
Comme elle ne parut pas confidérable par la
quantité,& que les accidens fe calmerent , on ne
fit rien jufqu'au temps de la fupuration , qu'on
fut obligé de purger la malade,& de foûtenir l'évacuation
à caufe d'une bouffifure confidérable
& que la tête redevenoit pefante.
30. Tres-infirme depuis long-temps, & épuisée
par beaucoup de maladies , eut la Fiévre & une
pefanteur de tête confidérable. On la faigna du
pied le 1 & le 2 jour. Le 3 il furvint un dévoiement
fereux ; on purgea la malade avec deux
grains de Tartre émétique , qu'on réitera le lenlemain.
L'éruption fe fit , & le refte de la maladie
fe paffa fans accidens , quoique la petite Vérole
fut fort abondante & prefentât un mauvais
aspect.
4°. D'une bonne fanté , tomba dans un accablement
profond , la Fiévre étoit forte & la tête
prife ; on lui tira d'abord fix paletes de fang du
pied. La faignée fut réiterée le ſoir , dans la nuit
II. Vel. &
DECEMBRE. 1730. 2847
& le lendemain , le troifiéme jour il furvint une
perte abondante ; la petite Vérole fortit en médiocre
quantité , la Fiévre & les accidens furent
plus moderés , le 2 , le 3 & le 4 de l'éruption.
Les , la perte ceffa, le tranfport devint plus violent
& fut accompagné de convulfions . În tenta
quatre grains de Tartre émétique en lavage ,
qu'on réitera fans fuccez. La Fievre ayant redoublé
du 5 au 6 , on réitera la faignée du pied ; il falut
encore y revenir le lendemain une fixiéme &
feptiéme fois, enfuite les boiffons émétiſées qu'on
fut obligé de changer jufqu'à en confommer
plus de trente grains en 24 heures , & d'y joindre
les Ptifannes laxatives. Il fallut continuer les
évacuations jufqu'au 18 de l'éruption , à cauſe de
la pefanteur de tête qui fe renouvellois ; des Symcopes
dans le temps des convulfions firent recourir
au Lilium deux fois . Il eft à remarquer que
fur la fin , lorfque le tranfport ceffoit , la vue
reftoit éteinte, & que la malade fe plaignoit d'une
péfanteur , & d'un froid infuportable à la tête
enfin tous les accidens difparurent & la malade
revint en convalefcence.
;
5º. D'un temperamment robufte , fa maladie
commença par une Fiévre forte , avec des redoublemens
fréquens , des maux de reins & une
grande pefanteur de tête ; on la faigna du pied.
La nuit il y eu du tranſport ; on réitera la faignée
la même nuit , & le lendemain ; le 3 il y eut
du relâche dans la Fiévre ; on jetta fix grains de
Tartre émétique fur la boiffon ; l'évacuation fut
ample , la petite Vérole fortit confluante, les accidens
& la Fiévre diminuerent, la liberté du ventre
fut foûtenue par une boiffon émétiſée. Du 4
aus de l'éruption , la Fiévre devint plus forte ,
la gorge & la tête enflerent fi prodigieufement ,
qu'il fallut faire deux faignées dupied ; on char-
>
II. Vol: D Y gea
2848 MERCURE DE FRANCE
gea enfuite davantage les boiffons émétifées, l'é
vacuation diffipa les accidens. La nuit du 10 au
1 la tête devint plus pefante & la gorge plus
ferrée. On revint aux évacuations , qu'on continua
jufqu'à la convaleſcence.
6º. Délicate , fentit d'abord du mal aux reins
& à la tête, avec peu de Fiévre , on la faigna du
pied. La nuit fuivante la fiévre devint forte , le
poux paru embarraffé ; on réitera la faignée du
pied deux fois , la fiévre & le mal de tête ayant
diminué , le 3 on la purgea avec l'émétique
abondamment ; à l'entrée du 4 la petite Vérole
fortit confluante , la fiévre diminua confiderablement.
Du 3 au 4 de l'éruption , la gorge fut
tres douloureufe , la tête enfla exceffivement , il
furvint une forte hémoragie , la tête étoit embaraffée
, on revint à la faignée du pied , qu'ilfailut
réiterer jufqu'à la fixième fois , alors l'hémoragie
ceffa , & les autres accidens diminuerent ; on
chargea les boiffons d'émétique , & on les continua
jufqu'au 14 de l'éruption , que tous les
accidens difparurent.
I
7. D'une affez bonne fanté , eut des maux de
reins & de tête , & la fiévre affez forte ; on la
faigna du pied le 1 & le a jour , le 3 elle fut purgée
avec l'émétique en lavage . La petite Vérole
fortit le 4, en médiocre quantité , la fiévre & les
accidens tomberent dans la fupuration, la tête devint
fort lourde , la fiévre étoit forte , on réitera
la faignée du pied jufqu'à la quatrième fois , on
y joignit les boiffons émétifées , & tous les accidens
cefferent.
Demoiselles BLEUES. 8. Languiffantes. de pâles
couleurs depuis long - temps , avoit effuie une
diffen rie extrême , pour laquelle on l'avoit faignée
8 fois, dont elle étoit à peine rétablie, tomba
dans un profond accablement , avec des élan
11. Vola cemen
DECEMBRE. 1730. 2849
cemens à la tête & une fiévre fi vive , qu'il fallut la
faigner 3 fois du pied le mêmejour. Le lendemain.
le poux s'étant un peu relâché, on tenta un lavage
de Tartre émétique; les élancemens de tête qui augmentoient,
obligerent de l'interrompre. A la fin
du 3 la petiteVérole fortit confluante,la fiévre& les .
accidens diminuerent fort peu. Le 3 de l'éruption
la petite Vérole n'avoit prefque point fait de progrès
, on revint à la faignée du pied , les boiffons
émétifées pafferent. La petite Vérole fit du progrès
& il y cut plus de modération dans les accidens
jufques au 6. La nuit fuivante la fiévre devint
plus forte , les élancemens à la tête furent
extrêmes , on la refaigna 2 fois du pied & les
boiffons émétifées furent continuées plufieurs
jours de fuite. La convalefcence ne fe montra que
yers le 17. Il y eut plufieurs Sincopes dans le
cours de la maladie qui firent recourir au Lilium.
9. Sujette à de fréquents éréfipelles à la tête
fentit tout à coup un violent mal de tête,il parut
une difpofition éréfipélateufe au vifage. La fiévre
devint quarte , la malade fut faignée du pied les
a premiers jours ; le 3 il y eut du relâche , on
lui donna 4 grains de Tartre émétique en lavage,
l'évacuation fut abondante & produifit un calme
de trois jours ; la fiévre fe ralluma, le mal de tête
& les élancemens furent extrêmes ; on revint à la
faignée du pied 2 fois le même jour . Le lendemain
la petite Vérole fe déclara en médiocre
quantité , avec une difpofition éréfipélateuſe ; la
fiévre & les accidens perfifterent. Comme il n'y
avoit point de diminution le 3. de l'éruption , on
la faigna , on jetta quelques grains de Tartre
émétique fur les boiffons ; malgré ce fecours ,
aídé des lavemens , les élancemens à la tête & la
fiévre augmenterent à un point , qu'il fallut la
11. Vol. D vj refai
2850 MERCURE DE FRANCE
refaigner dans le temps de la fupuration une fixiéme
& feptiéme fois du pied , & entretenir les
boiffons émétifées jufqu'au is de l'éruption que
l'état de la malade fut affuré.
10. D'un temperament robufte , avec de l'embonpoint
, eut une fiévre forte , de grands maux
de reins & la tête extrêmement pefante ; on la
faigna 2 fois du pied le 1 jour ; dès le fecond la
petite Vérole parut confluante ; la fiévre & les
autres accidens ne diminuerent prefque point;les
boutons ne faifoient aucun progrès . On réitera
la faignée du pied le 1 & le 2 jour de l'éruptions
il y eut quelque relâche. Les boiffons furent égui
fées par le Tartre émétique , mais une perte
abondante qui furvint , obligea de le fufpendre.
Le même état continua jufqu'au temps de la fapuration
que la fiévre devint plus vive , avec
des feux à la tête & un gouflement prodigieux .
On réitera deux fois la faignée du pied; on chargea
les boiffons de Tartre émétique , quoique la
perte continua. Les premieres évacuations firent
ceffer la perte & modererent les autres accidens ;
il fallut infifter fur la liberté du ventre pour
combattre la pefanteur de tête , juſqu'au 16 de
l'éruption que la convalefcence parut.
11. Peu forte , tomba dans un grand affou
piffement ; la fiévre & l'accablement étoient confiderables.
Les deux premiers jours elle fut faignée
du pied 3 fois. Le 3 , il y eut quelque degré
de moderation dans la fievre ; on tenta l'émetique
en lavage ; mais comme les accidens
augmentoient , il fallut l'interrompre & revenir
à la faignée du pied . La petite Verole fortit le
4 , la fievre fut plus moderée. Le 4 de l'éruption
on tenta de nouveau les boiffons émétifées ; la
fievre devint plus forte ; on les fufpendit ; on fit
une cinquiéme faignée du pied à l'entrée de la
II. Vola ſup
DECEMBRE. 1730. 2851
.
fupuration ; alors les boiffons émétifées pafferent
; on les continua juſqu'à la fin de la maladie,
parce que la tête redevenoit pefante dès que le
ventre ceffoit d'aller.
12. D'une bonne fanté , fut prise d'une fievre
qui augmentoit par redoublement , accompagnée
de maux de reins & d'une violente douleur de
tête. Les 2 premiers jours on la faigna 3 fois du
pied. Le 3 & le 4 on effaya le Tartre émetique
en lavage , fans prefque aucun fruit ; les , la petite
Verole fortit très- abondante , & en mêmetemps
il furvint une pcrte ; la fievre ſe ſoutint .
Le z de l'éruption , la tête fut priſe ; on revint à
la faignée du pied . Les accidens ayant augmenté
à l'entrée de la fuppuration , on fir une cinquiéme
faignée du pied , & on jetta, malgré la perte,
quelques grains de Tartre émetique fur la boiffon.
Ôn continua les évacuations , jufqu'à ce que tous
les accidens euffent entierement diſparu.
2
13. D'un bon temperament , eut une fievre &
un mal de reins , des élancemens à la tête violens
qui obligerent de la faigner 3 fois du pied les 2
premiers jours. Le 3 on chargea la boiffon de
Tartre émetique ; la petite Verole fortit pendant
l'évacuation & fut affez abondante , mais la
fievre perfifta . Le 3 de l'éruption elle devint plus
forte , la tête s'embaraffa , on recourut à la faignée
du pied, & on la réitera pour la cinquième
fois dans la fupuration , parce que l'embaras de
la tête fubfiftoit , & qu'il y avoit une tenfion generale.
Les boiffons émetifées pafferent avec le
fecours des lavemens enfuite , & il fallut foutenir
les évacuations jufqu'au 14. de l'éruption .
14. D'une forte fanté , eut une fievre & un
mal de tête fort vifs ; les 2 premiers jours , elle
fut faignée 3 fois du pied ; le 3 purgée avec l'émetique
, immédiatement après la petite Vérole
II. Vol
fortit
2852 MERCURE DE FRANCE
fortit abondamment; il reftoit encore de la fieyre.
Le 3 de l'éruption , la tête devint fort pefante ;
on revint à la faignée du pied & on éguifa les
boiffons de Tartre émetique , jufqu'à la conva¬
lefcence , pour empêcher que la tête ne s'embaraffât.
Le 4,
་
15.Bien conftituée, eut d'abord une fievre tres- violente
avec des élancemens à la tête & un faigne.
ment de nez confiderable. On la faigna 3 fois du
pied la même nuit . Il parut le lendemain quelque
modération dans la fievre & dans les accidens.On
tenta l'émetique en lavage , qu'on continua le 3 .
la petite Verole fortit en médiocre quan→
tité,mais elle fut accompagnée d'une oppreffion &
d'un fond d'affoupiffement ; la fievre étoit affez
forte ; on revint à la faignée & à l'émetique.L'abondance
des évacuations procura de la modération
dans les accidens jufqu'au 5. La nuit du 5 au
6 , les boutons rentrerent , & à leur place parut
un Eréfipelle univerfel. La fievre & l'affoupiffement
devinrent plus forts ; la tête ſe prit , le poux
étoit embaraffé , ou réitera la faignée du pied 2
fois à peu de diftance ; quelques heures après on
revint à l'émetique en lavage , on foutint les évacuations
par des Prifannes laxatives. Dans le tems
des évacuations il furvint une Syncope fi forte ,
qu'on fut obligé de recourir au Lilium .La petite
Verole reprit fon cours , les accidens fe modererent
, on continua les évacuations juſqu'au 14 de
P'éruption que tous les accidens furent calmez.
16. Délicate , eut une fievre affez forte , un faignement
de nez , & la tête extrêmement lourde .
Le 1 jour elle fut faignée 2 fois du pied ; la petite
Verole fortit le 2 abondante, entremêlée de marques
pourprées. Le 3 , on employa les boiffons
émetifées , l'évacuation modera les accidens. La
fievre fe foutenoit , elle augmenta vivement du s
IL, Vol.
au •
9
DECEMBRE. 1730. 2853
au 6 de l'éruption ; la tête fe prit , on réitera la
faignée du pied la nuit & le lendemain pour la
cinquième fois. Enfuite on continua les boiffons
émetifées , qu'il fallut foutenir jufqu'au 14.
17. Très-forte , tomba dans un accablement
profond , la tête prife , des convulfions & des
fyncopes ; la fievre étoit forte , le poux embaraffé
.Ces accidens augmenterent à tel point qu'on
fut obligé de faigner la malade du pied , f fois
en moins de 30 heures ; enfuite l'émétique en lavage
, qu'il fallut aider par les lavemens & des
ptifannes laxatives; on infifta fur l'émétique for
tement ; à la fin le ventre ſe déboucha , l'évacuation
fut foutenuë , & la nuit du 3 au 4 la petite
Verole fortit abondamment , les accidens fe calmerent
, & la maladie finit fans autre fecours
qu'une boiſſon émetifée , aux aproches de la fupuration
, parce que la tête redevenoir pefante.
Damoifelles JAUNES. 18. D'une bonne fanté..
Sa fievre marqua d'abord entiere ; au troifiéme
accès elle devint continuë ; la douleur de tête étant
devenue forte , on la faigna du pied ; il fallut réiterer
la nuit & le lendemain. On purgea la ma→
lade avec l'émetique , l'évacuation fut abondante
, & fuivie d'un relâchement prefque entier.
Trois jours fe pafferent dans le même calme. La
petite Verole parut le quatriéme en médiocre
quantité & fans accidens , le 4 de l'éruption les
boutons difparurent, la fievre fe railuma , la tête
fut prife avec de violents étouffemens ; on revint
à la faignée du pied , qu'on repeta 3 fois à peu de
diftance. Toute l'habitude du corps étoit devenue:
érefipelateufe. Le 6 , la malade fouffroit exceffivement
, il fallut faire une e faignée du pied..
Quelques heures après on chargea la boiffon de
Tartre émetique , la tenfion érefipelateufe dimi
nua ; les boutons reprirent corps , on foutint les
Io. Vola
éva
2854 MERCURE DE FRANCE
évacuations jufqu'au 17 de l'éruption pour def
fendre la tête qui fe reprenoit de tems en tems.
19. La poitrine délicate , parut fort afſoupie
avec une fievre ardente ; on la faigna 2 fois du
pied le même jour ; dès le foir il parut quelquesboutons
, fans que les accidens euffent diminués ;
la peau devint pourprée ; on revint à la faignée
du pied le 2 , & le 3 la petite Verole ne faifoit
aucun progrès , & les accidens avoient fort peu
relâché. Les de l'éruption, la fievre augmenta, on
fit une se faignée ; il furvint un vomiffement
que l'on foutint par une boiffon émetifée. Les
accidens fe calmerent , on continua la même
boiffon le refte de la maladie.
20. D'une grande délicateffe , fut prise d'un
mal de tête & d'une fievre fi forte , qu'on fut obligé
de la faigner cinq fois du pied les deux premiers
jours. Le 3. il y eut de la modération
on mit trois grains de tartre fur la boiſſon. A
la fuite de l'évacuation , la petite Verole fortit
& tous les accidens tomberent .
21. D'une forte fanté , eut la fievre , des maux
de coeur & une pefanteur de tête confiderable.
Le premier jour on la faigna deux fois du pied.
Dès le fecond la petite Verole fortit très- abondante.
La pefanteur de tête continuoit : on chargea
les boiffons de tartre émetique qu'il fallut
continuer toute la maladie , & les foutenir par
des ptifanes laxatives ; car dès que le ventre ceffoit
de couler , la pefanteur de tête augmentoit.
L'état de la malade ne fut certain que vers le 14.
de l'éruption .
22. D'un temperament délicat , avoit une fievre
vive & des redoublemens fréquens. La tête étoit
menacée ; on la faigna du pied quatre fois les
deux premiers jours. Le la 3 on purgea avec
l'émetique en lavage ; l'éruption fe fit. L'embardda
Vol
ras
DECEMBRE. 1730. 2855
ras de la tête continuoit encore le 3. de l'éruption
; on fit une cinquiéme faignée du pied ; l'émetique
en lavage fut repeté chaque jour juſqu'
la fin de la maladie .
que
23. Foible , fe plaignoit d'un grand mal de
tête , quoique la fievre ne fut pas forte. Une faignée
du pied calma cette douleur pendant deux
jours. Le 3. elle eut un tranfport & un étouffement
violent fans la fievre fut beaucoup augmentée
; on fit une feconde & une troifiéme faignée
du pied , & enfuite l'émetique en lavage.
La petite Verole fe déclara à la fin de l'évacuation
; mais fon progrès fut lent , la tête demeura
embaraffée , on réitera chaque jour l'émetique
en lavage. Le 6. de l'éruption le poux parut embaraffé
, le tranfport étoit plus violent , & la tête
avoit prodigieufement enflé ; on fit une cinquié
me faignée du pied qui produifit un relâchement)
fenfible. On infifta fur les évacuations , & tous
les accidens fe calmerent.
24. Bien conftituée , eut des élancemens à la
tête , & une fievre vive qui augmentoit à differentes
heures . Les deux premiers jours elle fut
faignée du pied trois fois. Le 3. il furvint un af
foupiffement , un tranfport & des étouffemens
fréquents ; on fut obligé de réiterer la faignée'
du pied deux fois ; il falut y revenir le lendemain
pour la fixième fois , enfuite l'émetique en lavage
; comme elle avoit de la peine à pouffer , on
eut recours aux ptifannes laxatives. Après deux
jours d'évacution la petite Verole fortit , & tous
les accidens tomberent.
25. D'une fanté foible , eut la fievre & mal à
la tête pendant près de huit jours fans fe plaindre
; alors la fievre & le mal de tête ayant augmenté
, elle fut faignée trois fois du pied en deux
jours , & purgée enfuite avec l'émétique en la-
II. Vol. vage!
2856 MERCURE DE FRANCE
vage. Le furlendemain la petite Verole fe déclara
; commè les accidens réfiftoient encore , on
continua les boiffons émetifées jufqu'à la fin de
la maladie .
26. D'une bonne conftitution ,fut prise d'un vo .
miffement & d'un accablement confiderable . La
fievre étoit forte , & marquoit par redoublemens .
Elle fut faignée trois fois du pied les deux premiers
jours ; le 3 purgée avec l'émetique en
lavage , la petite Verole fortit abondamment , les
accidens fe modererent. A l'entrée de la fuppuration
, la malade tomba dans une fincope qui
fut fuivie de mouvemens convulfifs & d'une
falivation abondante. Comme la fievre n'avait
pas augmenté à proportion des accidens , on fe
contenta de revenir au tartre émetique dont il
fallut aider l'effet par les ptifanes laxatives. Dès
que les évacuations diminuoient , il furvenoit des
étouffemens , ce qui obligea de les continuer juf
qu'au quatorze de l'éruption.
1. A
27. D'une bonne fanté , eut une fievre forte ,
accompagnée d'un point fixe dans les reins ,
d'un faignement de nez & d'une douleur de tête
infuportabie. On la faigna quatre fois du pied los
deux premiers jours.. Le 3. il y eut de la modération
, le 4. elle fut purgée avec l'émetique en
lavage ; la petite Verole fortit confluante , les
accidens diminuerent confiderablement ; on favorifa
la liberté du ventre par quelques grains
de tartre émetique fur la boiffon jufqu'à la fin
de la maladie , qui fe termina fans aucun autre
accident.
"
28. Sujette aux maux d'eftomach eut les mêmes
douleurs. Comme elles augmentoient , qu'il
y avoit de la fievre , accompagnée de mal de tête ,
on la faigna du pied le 3 , fes & le 6. Le 7. elle
tomba dans la tranfport , le poux étoit concen-
II. Vol. tré ;
DECEMBRE. 1730. 2857
éré ; on lui donna un lavage de tartre émetique ,
l'évacuation ne fut pas abondante , la fievre devint
plus forte , & l'embarras de la tête continuoit
. On fit deux faignées du pied à peu de diftance
, & on revint à l'émetique qui paffa plus
heureufement. La petite Verole fortit , & ne fut
fuivie d'aucun accident .
: on
D'une forte ſanté , tomba dans un abbatement
extrême , quoique la fievre ne fut pas forte :
la faigna du pied. Le 2. la fievre augmenta , la
faignée fut réiterée. La nuit fuivante la malade
cut de fortes convulfions & une fincope qui fut
portée à l'excès . Il fallut recourir au Lilium
& le repéter au delà des dofes ordinaires : le
poux revint : on fit une troifiéme faignée du pied,
& immédiatement après on donna l'émetique
l'évacuation fut abondante. La petite Verole fortit
en grande quantité , & les accidens commencerent
à fe calmer. On continua les boiffons émetifées
jufqu'à la fin de la maladie , à cauſe que
la tête n'étoit pas dans fon caractere ordinaire.
30. Infirme , eut une fievre vive , accompagnée
d'élancemens à la tête , le poux étoit embaraffé :
on fit trois faignées du pied les deux premiers
jours. La nuit du 2 au 3. la tête fut menacée ,
on revint à la faignée du pied , qui produifit un
relâchement dans la fievre ; l'émetique en lavage
fut employé le lendemain. Après l'évacuation
la petite Verole fortit en médiocre quantité , les
accidens diminuerent ; mais comme il reftoit un
fond de fievre , & que la tête laiffoit quelque inquiétude
on continua les boiffons émetifées
jufqu'à la fin de la maladie.
>
31. Sujette à une toux habituelle , & crachant
quelquefois du fang , fut prife d'une fievre trèsvive
fuivie de fréquents redoublemens. Les
deux premiers jours on fit trois faignées du
II. Vel. pied..
2858 MERCURE DE FRANCË
pied. Le 3. la tête fe prit : on réïtera la faignée
du pied qui produifit quelque modération dans
la fievre. La nuit du 4. la malade tomba dans
un affoupiffement profond ; le poux étoit emba
raffé , on tenta l'émetique inutilement , il fallut
revenir à une cinquiéme faignée du pied . Quelques
heures après la malade eut de fortes convulfions
, accompagnées de fréquentes fyncopes ,
on revint à l'émetique qu'on cut bien de la peins
à faire avaler. Comme il n'agiffoit point , on
força la dofe , le vomiffement débaraffa la tête.
Cependant fur le foir les convulfions redoublerent
, le hoquet fut fréquent & les extrémités
devinrent froides. On infifta fur l'émerique qui
à la fin produifit une abondante évacuation , les
accidens fe calmerent , la petite Verole fortit
très abondante , & finit fans donner d'autre inquiétude.
32. D'une fanté languiffante , cut une fievre
qui varioit à toute heure , accompagnée d'un
grand mal de tête ; elle fut faignée du pied , &
purgée le lendemain avec l'émetique en lavage.
Le foir la malade entra dans un calme parfait ;
les . la fiévre fe ralluma & fut accompagnée
d'un rire continuel & forcé ; on la faigna deux
fois du pied le même jour. Le lendemain la petite
Verole fortit affez abondante , cependant la
fievre & l'embarras de la tête continuerent. Le
3. de l'éruption , la malade tomba dans un aſſoupiffement
profond ; le poux étoit envelopé , on
fit une quatriéme faignée du pied , & enfuite
l'émetique en lavage qu'on réitera le lendemain ,
alors le poux fe dévelopa ; la petite Verole fit du
progrès ; la tête demeura pourtant embaraffée
on continua les boiflons émetifées jufques dans
le fort de la fupuration . Comme la tête étoit un
peu plus libre , & que la fievre avoit augmenté ,
II. Vol. 01 .
DECEMBRE. 1730. 2859
on en fufpendit l'uſage . 24. heures après la petite
Verole rentra: le tranfport accompagné de convulfrons
fut violent, la gorge prodigieufement enflée :
on revint à la faignée du pied , & immédiatement
après l'émerique , l'évacuation fut abondante ; la
petite Verole reprit cours , les accidens fe calmerent
; mais on ne difcontinua plus l'ufage de
la boiffon émetifée , aidée par les lavemens juſqu'au
16. de l'éruption qui termina la maladie.
Demoiselles VERTES . 33. D'une mauvaiſe
fanté , tomba dans un grand accablement , la
févre étoit vive ; elle fut faignée trois fois du
pied le même jour , la petite Verole fortit abondamment.
Il reftoit un fond de fievre à la malade
qui ayant mal à la gorge depuis long- tems
ne put rien avaler le 2 & le 3. de l'éruption . Le
4. on réitera la faignée , & les boiffons émetifées
pafferent enfuite , il falut les continuer le refte
de la maladie à caufe que la gorge & la tête
étoient menacées .
34 D'une fanté foible , cut des maux de reins ,
de violens élancemens à la tête & une fievre quartes
on la faigna deux fois du pied à une heure
de diſtance , on réitera la faignée le lendemain.
Le 3. il y eut du mieux , on employa le tartre
émetique en lavage , la perite Verole fortit trés
abondante , il y eut une remiffion prefque entiere
. A l'entrée de la fupuration la tête devint
fort pefante , la malade y fentoit de grands feux,
la fievre n'étant point forte , on fe contenta
d'employer les boiffons émetifées pendant la fupuration.
35. D'un temperament foible , eut d'abord peu
de fievre. Le 3. la fievre s'alluma avec un violent
tranfport , on la faigna trois fois du pied à
peu de distance , la fievre fe modera , on mit
trois grains de tartre émetique fur la boiffon.
14. Vol.
Après
2860 MERCURE DE FRANCE
Après l'évacuation la petite Verole fortit confluante
, la tête refta embaraffée , & la fievre ,
quoique moderée , perfiftoit ; on réitera la faignée
du pied le 3. de l'éruption , & on reprit
l'ufage des boiffons émetifées , qu'on continua
jufqu'au 14. de l'éruption que la tête fut totalement
debarraffée.
36. D'une forte fanté , eut de grands maux de
reins , un faignement de nez , la fievre étoit vive,
& fuivie de redoublemens . Les deux premiers
jours on la faigna du pied trois fois , à l'entrée
du 4. on reitera la faignée , la petite Verole ne
fit que fe montrer pendant deux jours , & dif-
La malade tomba dans un accablement
parut.
& un affoupiffement profond , le poux étoit petit ;
on jetta quatre grains de tartre émetique fur la
boiffon , l'évacuation fut abondante. La petite
Verole fit des progrès , & les accidens tomberent,
la fupuration fut longue , mais elle n'exigea aucun
fecours.
37. Délicate , avoit de la fievre depuis plufieurs
jours , & mal à la tête ; elle fut faignée & purgée.
Il y eut du mieux pendant huit jours , enfuite
elle tomba dans une fincope forte , la tête.
fe prit , la fievre étoit vive ; on la faigna deux
fois du pied à une heure de diftance. Quelque
tems après il y eut du relâche dans la fievre , on
mit quatre grains de tartre dans la boiffon , on
infifta fur le même remede . Le lendemain l'évacuation
fut forte , les accidens diminuerent , la
petite Verole fortit abondament , on continua
les évacuations juſqu'à la fin de la maladie.
38. D'une délicateffe extrême , eut un grand
accablement , la tête embarraffée , & une fievre
vive qui augmentoit par redoublemens ; le premier
jour on lui fit 2. faignées du pied ; le 2. on
réitera ; le 3. il y avoit quelque relâche , on
11. Vol "
mit
DECEMBRE. 1730. 2.86-1
mit deux grains de Tartre émetique fur la boiffon
, la petite Verole fortit confluante , la fievre &
l'embarras de tête diminuerent confiderablement,
il reftoit encore une grande pefanteur qui détermina
à continuer la boiffon émetiſée pendant le
refte de la maladie , qui par ce moyen finit heureufement.
39. D'un bon tempérament , eut un grand accablement
, un point fixe dans les reins ; la fievre
étoit forte & le poux embarraffé , des redoublemens
fréquents , le tranfport s'y joignit ; le premier
jour on lafaigna deux fois du pied , on réi
tira la faignée la nuit , le lendemain la fievre étoit
relâchée , on mit 4. grains de Tartre émetique
fur la boiffon ; la petite Verole fortit confluante,
du 3 au 4 les accidens tomberent prefque entierement;
le 4 de l'éruption la petite Verole rentra,
la tête fe prit , il y avoit de l'embarras dans le
poux & des étouffemens frequens ; on fit une 4° .
& se. faignée du pied , & enfuite l'émetique en
lavage fur lequel on infifta ; l'évacuation fur
abondante , la petite Verole reprit corps , les ac
cidens diminuerent , on continua la boiffon émetifée
jufqu'au 14. de l'éruption qu'on foutenoit
les lavemens : dès le ventre ceffoit d'aller
l'embarras de la tête & les étouffemens reparoif
foient .
par
que
40. Damoifelles ROUGES. Fort replette ,
tomba dans un grand affoupiffement , la fievre
étoit forte , la refpiration gênée ; elle fut faignée
3. fois du pied les 2. premiers jours ; le 3. on mit
3. grains de Tartre émetique fur la boiffon ;
L'embarras de la tête ceffa , la petite Verole
fortit en grande quantité , les accidens fe calmerent
, la fuppuration fut très- laborieufe ; mais
comme la fievre n'étoit pas forte , on fe contenta
de tenir le ventre libre par les boiffons émetiſées,
AI. Volo
2862 MERCURE DE FRANCE
& les lavemens jufqu'à la fin de la maladie.
41. D'une forte fanté, eut la fievre vive , accompagnée
de tranfport ; on la faigna 2. fois du
pied le même jour ; le lendemain le relâchement
de la fievre donna lieu à Pémetique ; l'évacuation
fut abondante & fuivie de l'éruption , l'embarras
de la tête & un mouvement de fievre continuoits
on infifta fur la boiffon émetifée pendant toute
la maladie , parce que la tête fe broüilloit dès que
le ventre n'alloit plus.
1
42. Delicate , fut près de 8. jours languiffante,
eut enfuite un éclat de tranfport & un rire forcé
qui ne difcontinuoit pas ; la fievre n'étoit pas vive;
elle fut faignée 3. fois du pied les 2. premiers jours
& purgée le 3. avec l'émerique ; une éruption
abondante fuivit de près l'évacuation ; les accidens
diminuerent , mais il reftoit une pente à l'affoupiffement
& la tête n'étoit pas entierement libre
, ce qui détermina à continuer les boiffons
émetifées pendant la maladie.
43. Valetudinaire , eut la fievre par redoublemens
; la tête étoit prife , elle fut faignée 2. fois
du pied le premier jour ; le fecond , à la faveur
d'une rémiffion fenfible dans le poux , on tenta
l'émetique qu'il fallut interrompre & revenir à la
faignée le foir ; le 3. la tête étoit toujours priſe ,
mais le poux étoit petit ; après quelques grains
de Tartre émetique fur la boiffon qui n'agiffoient
pas , on donna le vin d'Eſpagne émetique ; l'évacuation
fut foutenuë le lendemain , le 5. P'éruption
fut très -abondante , les accidens fe calmerent
; on aida la liberté du ventre dans le cours
de la maladie , parce que la tête avoit une difpotion
à s'embarafler.
44. D'une bonne fanté , eut une forte fievre ,
accompagnée d'un faignement de néz. On fit 3 .
Laignées du pied le premier jour ; la petite Ve
11. Vol
role
DECEMBRE. 1730. 2863
role fortit le lendemain ; comme les accidens s'étoient
moderez , on ne fit rien juſqu'au 3. de l'éruption
que la fievre augmenta ; la tête ſe prit ,
on revint à la faignée du pied , & enfuite à l'émetique
en lavage ; les évacuations débarafferent la
tête , on les a continuées jufqu'à la fin de la fupuration.
45. D'une fanté médiocre , fut prife d'un grand
accablement ; la fievre étoit forte , on la faigna
2 fois du pied le premier jour ; un peu de relâche
le lendemain détermina à donner un lavage de
Tartre émetique; l'évacuation fut fuivie d'un calme
de 4. jours ; la fievre fe ralluma , le tranſport
& de fortes convulfions s'y joignirent , le poux
étoit embaraffé ; on refit deux faignées du pied à
peu de diftance , & immediatement après l'émetique
en lavage ; on foutint l'évacuation ; la petite
Verole fortit le lendemain , accompagnée de
marques pourprées ; les accidens ſe modererent ,
on a foutenu foigneuſement la liberté du ventre
jufqu'à la fin de la maladie.
45. Robufte , eut une groffe fievre , accompa
gnée d'un faignement de nez & de violens élancemens
à la tête ; on la faigna du pied & la petite
Verole parut le même jour confluante. Les accidens
ne diminuerent point ; les boutons ne faifoient
aucun progrès ; la faignée du pied fut réïterée
le 2. & le 3. La nuit du 3. au 4. de l'éruption
il furvint un redoublement vif ; on refaigna
la Malade , elle fut vuidée le lendemain avec l'E
netique en lavage. L'évacuation qui fut abondante
modera les accidens jufqu'au 7. que la
fievre devint plus forte ; la tête fe prit & enfla
prodigieufement. On réïtera la faignée du pied
& l'ufage des boiffons émetifées qui furent continuées
jufqu'à la fin de la maladie.
47. Bien conftituée , fut lauguiffante plufieurs
11. Vol.
jours E
2864 MERCURE DE FRANCE
jours , la petite Verole fortit en petite quantité
fans accident ni mouvement de fievre. Le 4. de
P'éruption elle tomba dans un affoupiffement ;
la tête fut prife , il furvint un faignement de nez ;
on fit deux faignées du pied à peu de diftance , &
Pufage d'une boiffon emetifée qu'on continuą
plufieurs jours , débaraffa la tête.
48. Infirme & fujette à des coliques d'eftomach
, eut le même accident , accompagné d'une
fievre très-vive & d'une grande pefanteur de tête;
elle fut faignée quatre fois du pied les deux premiers
jours , le trois il y eut de la moderation ;
on jetta 4. grains de Tartre émetique fur la boif
fon , qui pafferene heureufement , & à la fin de
Pévacuation la petite Verole fortit ; il a fallu
foutenir la liberté du ventre le reſte de la maladie,
pour combattre la pefanteur de tête.
49. D'une médiocre fanté , eut une grande pefanteur
de tête , un faignement de nez , la fievre
étoit vive , les 2. premiers jours elle fut faignée
4. fois du pied ; le 3. la petite Verole fortit , le
4. l'éruption ne faifoit nul progrès ; on éguifa les
boiffons de quelques grains de Tartre émetique ,
il fallut en augmenter la doſe dans les tems de la
fupuration.
so, Dune délicateffe extrême , la fievre & les
accidens ne furent pas confiderables ; on ne fit
rien , la petite Verole fortit en médiocre quantité.
A l'entrée de la fupuration là fievre devint vive ,
la tête fè prit ; on fit deux faignées du pied à peu
de diftance , & les boiffons émetifées enfuite
qu'on continua jufqu'au 12. de l'éruption .
SI. DAMES RELIGIEUSES. Agée de
8, ans , d'un tempérament affez fort , quoique
fujette à des maux d'eftomach , cut une fievre des
plus vives , un grand accablement , des maux de
teins , un fond d'affoupiffement & des friffonne-
11. Vols
mens
DECEMBRE. 1730. 2865
3.
mens continuels ; on lui fit quatre fortes faignées
du pied les deux premiers jours ; comme il y eur
de la modération dans la fievre , le elle fut purgée
avec quatre grains de Tartre émetique en layage
, qui produifirent peu d'effet . On y revint le
lendemain , l'évacuation fut plus heureuſe , la petite
Verole fe déclara confluante & fut accompagnée
d'un fond de fievre & d'affoupiffement ; on
continua les boiffons émetifées qu'on aidoit par
les lavemens foir & matin. Malgré ces fecours le
. de l'éruption le ventre ne coula plus , l'affoupiffement
devint profond ; la fievte n'ayant pas
augmenté à proportion des autres accidens , on
fe contenta de doubler la doſe de l'émetique ; le
ventre ne s'ouvrant pas , on infifta fur le même
remede , aidé par les Ptifannes laxatives ; enfin on
eut recours au vin d'Efpagne émerique qui fut
fuivi d'une évacuation abondante . La Malade
avoit pris dans les 24 heures la valeur de plus de
30 grains de Tartre émetique ; la petite Verole
repouffa , la tête fut déchargée ; on continua les
boiffons émetifées jufqu'à la fin de la maladie :
l'état de la Malade n'a été certain que vers le 15
de l'éruption.
52. Agée de 56 ans , d'un temperament trèsdélicat
, fujette à cracher du fang , & les jambes
fouvent enflées , eut une fievre affez vive , accompagnée
de maux de reins & d'une grande
douleur de tête , on la faigna deux fois du pied
les deux premiers jours ; le 3. il y eut un dévoiement
; on mit deux grains de Tartre fur la boiffon
, qu'on réitera le lendemain. La petite Verole
fortit à la fin du 4. en médiocre quantité, tous les
accidens fe modererent. Le 5. de l'éruption , la
pefanteur de tête & le dévoiement recommencerent
, on mit encore deux. grains de Tartre fur
la boiffon , on les repeta le lendemain & la maladie
finit heureuſement. Eij 53
2866 MERCURE DE FRANCE
53. Agée de 24. ans , d'un tempérament fort
vif , dans une difpofition à une fievre étique , eut
des élancemens à la tête , des maux de reins , des
fux dans la poitrine ; la fievre étoit forte , elle
fut faignée trois fois du pied les 2 premiers jours,
il y eut peu de moderation le 3. Le 4. elle étoit
plus fenfible ; on mit deux grains de Tartre fur
la boiffon ; la petite Verole fortit en affez grande
quantité. Le 3. de l'éruption la fievre & les élancemens
à la tête augmenterent ; on revint à la faignée
du pied qui calma les accidens ; le refte de
la maladie elle n'eut befoin que d'une Eau de
Pavot pour calmer les tiraillemens de poitrine
qui fe réveilloient de tems en tems , plutôt comme
une fuite de fa difpofition habituelle , que de
la maladie preſente.
>
54. Agée de 23. ans , fortoit d'une fluxion de
poitrine , pour laquelle on avoit été obligé de la
faigner plufieurs fois ; la convalefcence n'étoit
pas entièrement confirmée , lorfqu'elle fut prife -
d'une fievre vive , accompagnée d'élancemens à
la tête , & en même- tems d'une perte confiderable.
On fit 2. faignées du pied le premier jour
le 3. on réitera ; de la moderation dans la
fievre & dans la perte firent paffer à un lavage
de Tartre émetique ; l'évacuation fut ample , elle
diminua tous les accidens , fit ceffer la perte . La
petite Verole fortit abondante ; le 5. l'éruption ,
la pefanteur de tête revint , on mit quelques
grains de Tartre fur la boiffon, qui ne produifirent
prefque aucun effet ; la pefanteur de tête fut plus
forte & la fievre augmenta , on fit une quatrième
faignée du pied & enfuite les boiffons émetifées
pafferent heureufement , on en continua l'ufage
jufqu'à la fin de la maladie.
55. Agée de 35. ans , d'un bon temperament
& fort replete,cut de violens maux de reins,la tête
14 Vol
CxDECEMBRE
. 1730. 2867
extrémement pefante & la fievre forte ; on fit 4.
grandes faignées du pied les deux premiers jours ;
le 4. il fallut réiterer quelque moderation
donna lieu à l'émetique en lavage ; après l'évacuation
la petite Verole fortit confluante ; il reftoit
encore de la pefanteur à la tête ; on inſiſta
fur les boiffons émetifées qu'il fallut aider plus
d'une fois par des Ptifannes laxatives & les lavemens
jufqu'au 14. de l'éruption .
Voilà,Madame,un Extrait bien fidele du Journal
de nos Malades ; j'y ai trouvé qu'en 3. mois nous
avons fait près de 500. faignées du pied , &
donné environ 2000. grains de Tartre émetique ;
à la verité je comprens toujours dans nos petites
Veroles , les fievres du même tems , parce qu'excepté
les boutons , c'étoit le même caractere , &
qu'on y a employé les mêmes fecours ; j'en citerai
feulement une des plus fortes pour exemple.
>
Mle *** âgée de 18. ans , avoit de l'embonpoint
& des couleurs vives , toutefois fujette aux
maux de tête ; elle tomba dans un grand accablement
la fievre étoit forte & la pefanteur de tête extrême
, elle avoit des maux de reins,des envies de
vomir & un fond d'oppreffion ; on la faigna 5 .
fois du pied les deux premiers jours ; le 3, un peu
de modération fit tenter l'émetique en "lavage
mais inutilement ; la fievre augmenta , on réïtera
la faignée le foir ; le 4. il y eut du mieux ; on
revint à l'émetique , on y joignit le fecours des
lavemens ; on continua le 5. le 6. & le 7. la pefanteur
de tête diminuoit à mefure des évacuations
. Du 8. au 9. la fievre devint plus forte , la
tête fe prit totalement ; on apperçut quelques
mouvemens convulfifs ; il fe répandit un engourdiffement
abfolu fur tout le côté droit ; on fit
2. faignées du pied à peu de diſtance; la fievre ſe
modera , & on revint à l'émetique en lavage ; les
II. Vol.
éva- E iij
2868 MERCURE DE FRANCE
évacuations foutenues pendant plufieurs jours
diffiperent enfin les accidens , & là convalefcence
commença vers le 20 .
Notre Medecin avoit extrémement fimplifié
notre travail , la boiffon étoit l'eau naturelle ; on
la faifoit tiédir lorfque les malades étoient dans
la moiteur ; la nourriture , un bouillon fort fimple
que l'on fuprimoit les premiers jours , & méme
dans le cours de la maladie , lorfque les accidens
étoient violens. On changeoit les Malades
de linge & de lit dans tous les tems de la maladie,
lorfqu'elles en avoient befoin. Il n'y avoit ni plus
de couvertures , ni plus de feu dans les Infirme
ries que pendant les autres maladies . Les lavemens
étoient d'un ufage journalier. Quelque narcotique
, du Lilium dans les fyncopes fortes , nul
remede exterieur pour préferver les Malades de
l'impreffion que cette maladie laiffe ordinairement,
perfuadez qu'ils font inutiles, & que c'eft du caractere
du fang que dépend cette impreffion,du refte
la faignée & l'émetique. On adopte fans peine
une pratique aufli fimple, fur tout lorfqu'elle eft
fuivie d'un fuccès auffi heureux . Il paroiffoit difficile
à croire à ceux qui n'en ont pas été témoins.
De plus de 125. Demoifelles, il n'en eft pas inort
une feule , & de 7. Religieufes & une Soeur , nous
n'en avons perdu qu'une , plus encore par fes
grandes infirmitez & fon âge avancé , que par la
maladie courante qui ne put pas fortir
J'avoue qu'il y a des années où la petite Verole
n'eft pas meurtriere, & qu'elle feroit peu de ravage
, quand même on n'y donneroit aucun fecours;
mais celle-cy étoit bien differente , l'excès où l'on
a été obligé de porter la faignée du pied & les autres
évacuations dans la plupart des Malades , ne
prouve que trop fa violence. Dans le Village de S.
Cyr,où cette maladie étoit en même tems répan-
II. Vol
duë ,
DECEMBRE . 1730. 2869
2
due , & fans autre fecours que celui qu'admet le
préjugé, on a perdu un grand nombre de Malades;
or fi la petite Verole a fait beaucoup de defordre
dans un Village où la jeuneffe jouit d'une forte
fanté , parce qu'elle vit dans une liberté entiere
quel ravage n'auroit-elle pas fait avec de fi foibles
fecours dans une Maifon où un grand nombre
de Demoifelles raffemblées dès leur enfance , vi
vent dans une grande régularité & dans une con
tention d'efprit perpetuelle à remplir leur devoir,
on parconfequent les meilleures fantez ne font pas
fans nuage, & parmi lesquelles il y en a beaucoup
d'infirmes ?
Mais s'il a fallu porter les évacuations auffi
loin dans des perfonnes qui menent une vie fimple
, que ne faudrait - il point faire dans celles
dont le fang nourri d'excès & de Liqueurs fpiritueufes
eft toujours prêt à s'enflammer ?
Ce n'eft pas pour faire valoir nos foins que
fais ici ces Reflexions , c'eft uniquement pour
détruire la prévention où prefque tout le monde
eft de croire que l'émetique & la faignée font
d'un ufage dangereux , fur tout lorfque la petite
Verole eft fortie. Je vous avoue que je fuis indi
gnée contre moi- même d'avoir penfé de la forte
autrefois , revenue de mon erreur , je ne laiffe
paffer aucune occafion d'écrire ou de parler des
prodiges que la faignée & l'émetique ont operez
chez nous dans cette maladie. Je fuis bien affurée
que vous ne trouverez pas l'expreffion trop forte,
fi vous vous faites une idée qui approche de la
réalité fur les horreurs où nous nous fommes
trouvées. Il y a eu des nuits où nous avions 5. à
6.Malades à tel point d'extrémité, qu'on n'auroit
ofé répondre de la vie d'aucune pour quelques
heures. Il nous eft arrivé plus d'une fois d'abandonner
une Malade avec la veine ouverte dans
II. Vol. Ejuj l'eau
2870 MERCURE DE FRANCE
l'eau pour courir à une autre qui tomboit dans
an accident plus brufque. Nous ne manquions
pas alors de propofer à notre Medecin d'employer
une quantité de remedes vantez pour cette malaladie
, comme la Poudre de la Comteffe , le Befoard
, la Poudre de Vipere , le Sang de Bouquetin
, &c. mais il nous répondoit froidement que
´ces cas là étoient trop férieux pour s'en tenir à
des amufemens. Les Vefiçatoires furent rejettez ,
même en nous difant leur effet étoit d'entreque
tenir & de fondre le fang , deux écueils les plus
redoutables dans cette maladie.
Je crois n'avoir pas befoin de vous dire que ce
récit eft d'une grande exactitude , je fuis perfuadée
que vous n'aurez aucun doute fur cela ; mais comme
vous pouriez le faire lire à d'autres perfonnes ,
& que je fuis bien aife que le parti de la verité ait
de la force , j'ai prié Mefdames de Garnier , de
Vaudancour , de Montchevreuil , d'examiner s'il
ne me feroit point échappé d'alterer ou de groffir
quelque circonftance , & d'y mettre leurs fignatures
, fi elles le trouvoient dans une exacte verité.
Leur témoignage doit faire foi , puifque les deux
premieres ont foutenu le fort du travail en qualité
d'Infirmieres principales , & que la troifiéme partageoit
avec moi les foins de l'Apoticairerie . J'ai
l'honneur d'être , &c. Signé , Soeurs de Garnier.
De Vaudancour. De Montchevreüil. De Texier.
AS. Cyr , ce 30. Août 1730.
de lui communiquer une Lettre qui nous
eft tombée entre les mains ; elle eft d'une
Religienfe de S. Cyr , qui rend compte à
une de fes amies , de la conduite qu'on a
tenue dans la petite Vérole , dont cette
Maifon a été affligée cette année. Nous
aurions fouhaité pouvoir la donner en
entier; mais comme il n'étoit pas poffible
de la renfermer dans un feul volume
nous nous fommes déterminez à retrancher
de cent trente articles qu'elle contenoit
ceux qui étoient les moins interreffans.
1
L eft aifé de voir par votre Lettre, MADAME ,
qu'on ne nous a point épargnées dans le Public
fur la conduite que nous avons tenue dans la
petite Verole , dont notre Maiſon vient d'être
accablée . On nous blafme fur tour de n'avoir pas
féparé du reste de la Maifon celles qui en ont été
attaquées. Des perfonnes refpectables , dites -vous,
nous accufent de témerité & d'imprudence . Le
reproche auroit fans doute été plus loin , fi l'on
avoit fçû le traitement, avant que d'être informé
du fuccès. Je vais vous rendre compte de ce qui
s'eft paffé chez nous dans cette occafion ; ce fera
un expofé fimple de notre conduite. Vous y
verrez la maniere dont on a penfé fur la crainte
de gagner la petite Vérole , les moyens dont on
s'eft fervi pour la détruire;les obſervations qu'on
a faites , l'ordre qu'on a gardé dans les Infirmeries,
l'état des malades & les remedes qu'on a em-
LI, Vol. ployez
DECEMBRE. 1730. 2841
ployez. L'efperance de nous juftifier du moins
auprès de vous , me fait entreprendre ce détail.
Les preuves que j'ai de votre amitié pour notre
Mailon & de votre indulgence pour moi , achevent
de m'y déterminer ; je ne vous écrirai que
des faits ils fuffiront pour les perfonnes équitables
& fenfées .
Au commencement de cette année nous eûmes
à S. Cyr quelques Fiévres malignes . Vers les
premiers jours de Février , il parut tout à coup
quatorze petites Véroles. L'effroi fe rendit auffitôt
dans la Maiſon. Madame la Superieure confulta
le Medecin , fur le parti qu'il y avoit à
prendre , en prefence des Infirmieres & de plufieurs
autres Religieufes. Le temps feul , nous
dit-il , ou la conftitution particuliere de l'air
difpofe infenfiblement les liqueurs à produire la
petite Vérole , bien- tôt l'experience vous convaincra
que cette caufe agit également fur toutes
les perfonnes qui habitent le même lieu ; que la
fréquentation des malades n'y a aucune part , &
qu'il est bien plus fage de ne point féparer les
malades , & de ne mettre aucune difference dans
leur fervice. Il ajouta pour celles qui étoient
chargées du foin des Infirmeries , que l'ancienne
méthode de donner des cordiaux & de procurer
une chaleur exceffive aux malades , étoit meurtriere
, que l'Emétique & la Saignée étoient prefles
feuls fecours fur lefquels il y eut à compter
, & que dans les cas preffans , il faudroit y
recourir , pour ainfi dire , fans nombre & fans
mefure.
que
Un pareil difcours , de tou autre , nous auroit
paru fort étrange ; mais comme il nous eft atta
ché depuis plufieurs années , & qu'il a notre confiance
, fa maniere de penfer fut notre regle. On
laila les malades enfemble , & tout le monde
II. Vol com- Dij
4
2842 MERCURE DE FRANCE
cominença à fe raffurer . Dix- huit ou vingt jours
s'écoulerent & la convalefcence de nos malades
s'avançoit , lorfqu'il nous furvint en moins de
trois jours près de cinquante petites Véroles.
L'inquiétude vint , mais nous trouvâmes dans
cet évenement même de quoi la diffiper. 1. Prefque
aucune des dernieres malades , n'avoit eu de
communication avec les précédentes . 2. Nos Infirmieres
auffi - bien que Madame la Superieure ,
qui partageoit leurs travaux , étoient préfervées
au milieu des malades , quoique la pluſpart n'euffent
point en la petite Vérole.Ces deux faits diffiperent
nos préventions , & l'expérience du paffé
nous rendit cette vérité plus fenfible.
L'ancien ufage de la Maiſon étoit de ſéparer
les malades au moindre foupçon de petite Vérole
; malgré cette précaution,nos Journaux font
foy , qu'il n'y avoit pas moins de malades , &
nous fçavons par le témoignage des anciennes ,
que celles qui avoient le plus d'attention à fuír le
danger , étoient ordinairement plutôt attaquées
que les autres,
Mais fi la chofe étoit alors égale pour le nombre
, lorfque la communication étoit févérement
interdite , il n'en étoit plus de même pour les inconveniens.
La féparation jettoit dans les malades
qu'on tranfportoit un effroy inévitable , qui
en augmentoit infiniment le danger. C'étoit au
commencement de l'éruption qu'on les changeoit
de lieu ; moment précieux pour agir &
qu'on ne retrouve quelquefois plus dans le cours
de la maladie ; ( on fçait à quel point la crainte
ralentit le mouvement du coeur , & qu'elle donne
occafion à l'air d'agir fur les liqueurs avec plus
de force ) d'ailleurs , au milieu de la confternation
, le fecours manque , peu de perfonnes ont
affez de courage pour folliciter les malades , &
LL. Vol.
nc
DECEMBRE. 1730. 2843
ne le font qu'en tremblant. La Maiſon regrette
encore les funeftes fuites & la féparation à laquelle
on étoit autrefois affervi.
Affranchies de bonne heure des préjugez ordinaires
, nous fûmes en état d'examiner les differens
momens qui fe paffoient dans nos petites
Véroles , & de les comparer aux veritez que
nous avions déja apperçues. Notre Medecin nous
les dévelopoit d'une maniere fi fimple, que nous
étions à portée de les entendre. Elles ont tant de
rapport entr'elles qu'elles forment une démonftration
pour les perfonnes qui aiment à voir
clair.
;
Pendant trois mois que la petite Vérole a regné
à S.Cyr , nous n'avons pas eu une feule maladie
d'une autre nature les fantés délicates
étoient plus fermes , quelques perfonnes qui
avoient eu déja la petite Vérole , font venues à
l'Infirmerie avec des maux de Coeur , des douleurs
de reins , une pefanteur de Tête & la Fiévre
vive ; tous ces accidens ont ordinairement
diminué du 3 au 4, & le refte de la maladie a été
fi conforme à la petite Vérole, que quoi qu'il n'y
ait point eu d'éruption , nous n'avons pas douté
que ce ne fut une vraye Fiévre de petite Vérole.
On ne pouvoit les diftinguer au commencement
que parce que la malade avoit eu déja la petite
Vérole ; car il eft prefque fans exemple que quelqu'une
dans la maiſon l'ait euë veritablement
deux fois .
Toutes nos malades en general ont rendu une
Bile extremement verte dans les petites Véroles
dans les Fiévres du même caractere , dans les
convalefcences , dans les perfonnes qui ont été
purgées par précaution ou après des chutes ; nous
avons toujours remarqué le même caractere
d'humeur. Dès que le temps changeoit, nous re-
11. Vol.
Diij mar2844
MERCURE DE FRANCÈ
marquions du changement dans nos petites Véroles
, & lorfque le vent tournoit bruſquement
au Nord ,
ordinairement les accidens reparoiffoient
ou devenoient plus preffans.
De plus de vingt perfonnes qui ont rempli les
diverfes fonctions de l'Infirmerie , dont plus de
la moitié n'avoient pas eu la petite Vérole , une
feule en a été attaquée , encore par un effet viſible
de la frayeur ; car ce fut à la fuite d'un Difcours,
fur la crainte de gagner cette maladie , dont elle
fut fi vivement faifie, qu'elle tomba ſur le champ
dans des
friffonnemens qui ne cefferent que par
l'éruption.
Raffemblons ces faits & convenons du vrai,
Puifqu'il n'y a eu aucun autre genre de maladie
à S. Cyr pendant plus de trois mois que la
petite Vérole y a régné ; puifque toutes les
fonnes de la Maiſon qui ont été purgées dans
perquelque
circonftance que ce fut , ont rendu une
bile
extrémement verte; puifque les
changemens
de temps, en ont régulierement produit dans nos
malades ,, que d'ailleurs les perfonnes écartées des
malades , en ont été par proportion moins ga-
Tanties que celles qui en approchoient, & ces faits
conftament obfervez dans une
Communauté de
près de quatre cent perfonnes ; où l'on a compté
130 malades ; il faut
neceffairement reconnoître
une caufe generale dans l'air ,
de cette maladie , & avouer que la
fréquentation , pour feul principe
des malades n'y a aucune part.
Les differentes époques de petite Vérole qu'a
eues notre Maiſon , font voir qu'elle attaque plus
de perfonnes àproportion qu'il s'eft écoulé plus de
temps fans qu'elle y ait paru. En 1715. nous en
eûmes près de cent ; il n'y avoit alors pas plus de
quatre ans que nous en étions exemtes. Depuis il
n'en a pas paru à S. Cyr , & la Maiſon s'eſt preſ-
11. Vel.
que
DECEMBRE 1730. 2845
que entierement renouvellée; ainfi il n'eft pas furprenant
qu'en dernier lieu , le nombre de nos
malades ait été plus confidérable .
Nous remarquâmes dès les premiers temps que
celles qui n'avoient pas été faignées & purgées
dans le commencement de leur maladie , avoient
une fupuration & une convalefcence plus difficiles.
Dans la fuite on a d'abord employé ces fetours
, pour peu que la Fiévre fut forte , & on
prenoit foin de faire les faignées fort grandes
pour ne pas effrayer le nombre ; très- fouvent des
petites Véroles qui s'annonçoient par les accidens
les plus effrayans , prenoient un caractere heureux
après trois ou quatre faignées du pied , brufquement
faites , & d'amples évacuations , procurées
par l'Emétique .
Je viens à l'état de nos malades , je ne m'arreterai
point fur les accidens ordinaires , ni fur la
figure des boutons à laquelle notre Médecin ne
faifoit aucune attention à moins qu'ils n'euffent
difparu. Vous verrez par les partis qu'il a pris
dans les cas particuliers , que le feul dégré de la
Fiévre , comparé avec l'état du cerveau , a toujours
déterminé fa conduite. Pour éviter la confufion
& n'être point obligée de citer l'âge de
chaque Demoiselle , je fuivrai l'ordre des Claffes.
Comme il fera neceffaire de parler de leur temperamment
, j'ai cru devoir me difpenfer de vous
marquer leurs noms. Les Demoifelles Noires font
dans leur vingtiéme année ; les Bleues ont depuis
dix-fept jufqu'à vingt ans ; les Jaunes depuis quatorze
jufqu'à dix fept ; les Vertes , depuis onze
jufqu'à quatorze , les Rouges , depuis fept jufqu'à
onze.
Demoiselles NOIRES . 19. Infirme , quoique replette
, & fe plaignant d'une douleur habituelle
au côté droit , eut une Fiévre affez forte , des
II. Vol. D iiij maux
2846 MERCURE DE FRANCE
maux de reins & une pefanteur de tête . Elle fut
faignée du pied le 1 & le 2 jour , & le 3 abondamment
purgée avec l'Emétique. Immédiatement
après la petite Vérole parut en petite quantité.
Dans la fupuration , un mal de gorge
étouffement confiderable donnerent de l'inquiétude.
Une troifiéme faignée du pied la diffipa.
& un
2º. D'une forte conftitution , eût la Fiévre
très-vive,un grand accablement, la poitrine ferrée
& un mal de tête des plus violens. En quatre jours
elle fut faignée huit fois du pied. Le cinquiéme
on donna l'Emétique en lavage , qu'on continua
plufieurs jours. Les accidens diminuerent par ces
évacuations ; mais la convalefcence avoit de la
peine à fe montrer. Vers le 20. à la fuite d'un
mouvement de Fiévre plus fort & d'une augmentation
de mal de tête , la petite Vérole fe declara.
Comme elle ne parut pas confidérable par la
quantité,& que les accidens fe calmerent , on ne
fit rien jufqu'au temps de la fupuration , qu'on
fut obligé de purger la malade,& de foûtenir l'évacuation
à caufe d'une bouffifure confidérable
& que la tête redevenoit pefante.
30. Tres-infirme depuis long-temps, & épuisée
par beaucoup de maladies , eut la Fiévre & une
pefanteur de tête confidérable. On la faigna du
pied le 1 & le 2 jour. Le 3 il furvint un dévoiement
fereux ; on purgea la malade avec deux
grains de Tartre émétique , qu'on réitera le lenlemain.
L'éruption fe fit , & le refte de la maladie
fe paffa fans accidens , quoique la petite Vérole
fut fort abondante & prefentât un mauvais
aspect.
4°. D'une bonne fanté , tomba dans un accablement
profond , la Fiévre étoit forte & la tête
prife ; on lui tira d'abord fix paletes de fang du
pied. La faignée fut réiterée le ſoir , dans la nuit
II. Vel. &
DECEMBRE. 1730. 2847
& le lendemain , le troifiéme jour il furvint une
perte abondante ; la petite Vérole fortit en médiocre
quantité , la Fiévre & les accidens furent
plus moderés , le 2 , le 3 & le 4 de l'éruption.
Les , la perte ceffa, le tranfport devint plus violent
& fut accompagné de convulfions . În tenta
quatre grains de Tartre émétique en lavage ,
qu'on réitera fans fuccez. La Fievre ayant redoublé
du 5 au 6 , on réitera la faignée du pied ; il falut
encore y revenir le lendemain une fixiéme &
feptiéme fois, enfuite les boiffons émétiſées qu'on
fut obligé de changer jufqu'à en confommer
plus de trente grains en 24 heures , & d'y joindre
les Ptifannes laxatives. Il fallut continuer les
évacuations jufqu'au 18 de l'éruption , à cauſe de
la pefanteur de tête qui fe renouvellois ; des Symcopes
dans le temps des convulfions firent recourir
au Lilium deux fois . Il eft à remarquer que
fur la fin , lorfque le tranfport ceffoit , la vue
reftoit éteinte, & que la malade fe plaignoit d'une
péfanteur , & d'un froid infuportable à la tête
enfin tous les accidens difparurent & la malade
revint en convalefcence.
;
5º. D'un temperamment robufte , fa maladie
commença par une Fiévre forte , avec des redoublemens
fréquens , des maux de reins & une
grande pefanteur de tête ; on la faigna du pied.
La nuit il y eu du tranſport ; on réitera la faignée
la même nuit , & le lendemain ; le 3 il y eut
du relâche dans la Fiévre ; on jetta fix grains de
Tartre émétique fur la boiffon ; l'évacuation fut
ample , la petite Vérole fortit confluante, les accidens
& la Fiévre diminuerent, la liberté du ventre
fut foûtenue par une boiffon émétiſée. Du 4
aus de l'éruption , la Fiévre devint plus forte ,
la gorge & la tête enflerent fi prodigieufement ,
qu'il fallut faire deux faignées dupied ; on char-
>
II. Vol: D Y gea
2848 MERCURE DE FRANCE
gea enfuite davantage les boiffons émétifées, l'é
vacuation diffipa les accidens. La nuit du 10 au
1 la tête devint plus pefante & la gorge plus
ferrée. On revint aux évacuations , qu'on continua
jufqu'à la convaleſcence.
6º. Délicate , fentit d'abord du mal aux reins
& à la tête, avec peu de Fiévre , on la faigna du
pied. La nuit fuivante la fiévre devint forte , le
poux paru embarraffé ; on réitera la faignée du
pied deux fois , la fiévre & le mal de tête ayant
diminué , le 3 on la purgea avec l'émétique
abondamment ; à l'entrée du 4 la petite Vérole
fortit confluante , la fiévre diminua confiderablement.
Du 3 au 4 de l'éruption , la gorge fut
tres douloureufe , la tête enfla exceffivement , il
furvint une forte hémoragie , la tête étoit embaraffée
, on revint à la faignée du pied , qu'ilfailut
réiterer jufqu'à la fixième fois , alors l'hémoragie
ceffa , & les autres accidens diminuerent ; on
chargea les boiffons d'émétique , & on les continua
jufqu'au 14 de l'éruption , que tous les
accidens difparurent.
I
7. D'une affez bonne fanté , eut des maux de
reins & de tête , & la fiévre affez forte ; on la
faigna du pied le 1 & le a jour , le 3 elle fut purgée
avec l'émétique en lavage . La petite Vérole
fortit le 4, en médiocre quantité , la fiévre & les
accidens tomberent dans la fupuration, la tête devint
fort lourde , la fiévre étoit forte , on réitera
la faignée du pied jufqu'à la quatrième fois , on
y joignit les boiffons émétifées , & tous les accidens
cefferent.
Demoiselles BLEUES. 8. Languiffantes. de pâles
couleurs depuis long - temps , avoit effuie une
diffen rie extrême , pour laquelle on l'avoit faignée
8 fois, dont elle étoit à peine rétablie, tomba
dans un profond accablement , avec des élan
11. Vola cemen
DECEMBRE. 1730. 2849
cemens à la tête & une fiévre fi vive , qu'il fallut la
faigner 3 fois du pied le mêmejour. Le lendemain.
le poux s'étant un peu relâché, on tenta un lavage
de Tartre émétique; les élancemens de tête qui augmentoient,
obligerent de l'interrompre. A la fin
du 3 la petiteVérole fortit confluante,la fiévre& les .
accidens diminuerent fort peu. Le 3 de l'éruption
la petite Vérole n'avoit prefque point fait de progrès
, on revint à la faignée du pied , les boiffons
émétifées pafferent. La petite Vérole fit du progrès
& il y cut plus de modération dans les accidens
jufques au 6. La nuit fuivante la fiévre devint
plus forte , les élancemens à la tête furent
extrêmes , on la refaigna 2 fois du pied & les
boiffons émétifées furent continuées plufieurs
jours de fuite. La convalefcence ne fe montra que
yers le 17. Il y eut plufieurs Sincopes dans le
cours de la maladie qui firent recourir au Lilium.
9. Sujette à de fréquents éréfipelles à la tête
fentit tout à coup un violent mal de tête,il parut
une difpofition éréfipélateufe au vifage. La fiévre
devint quarte , la malade fut faignée du pied les
a premiers jours ; le 3 il y eut du relâche , on
lui donna 4 grains de Tartre émétique en lavage,
l'évacuation fut abondante & produifit un calme
de trois jours ; la fiévre fe ralluma, le mal de tête
& les élancemens furent extrêmes ; on revint à la
faignée du pied 2 fois le même jour . Le lendemain
la petite Vérole fe déclara en médiocre
quantité , avec une difpofition éréfipélateuſe ; la
fiévre & les accidens perfifterent. Comme il n'y
avoit point de diminution le 3. de l'éruption , on
la faigna , on jetta quelques grains de Tartre
émétique fur les boiffons ; malgré ce fecours ,
aídé des lavemens , les élancemens à la tête & la
fiévre augmenterent à un point , qu'il fallut la
11. Vol. D vj refai
2850 MERCURE DE FRANCE
refaigner dans le temps de la fupuration une fixiéme
& feptiéme fois du pied , & entretenir les
boiffons émétifées jufqu'au is de l'éruption que
l'état de la malade fut affuré.
10. D'un temperament robufte , avec de l'embonpoint
, eut une fiévre forte , de grands maux
de reins & la tête extrêmement pefante ; on la
faigna 2 fois du pied le 1 jour ; dès le fecond la
petite Vérole parut confluante ; la fiévre & les
autres accidens ne diminuerent prefque point;les
boutons ne faifoient aucun progrès . On réitera
la faignée du pied le 1 & le 2 jour de l'éruptions
il y eut quelque relâche. Les boiffons furent égui
fées par le Tartre émétique , mais une perte
abondante qui furvint , obligea de le fufpendre.
Le même état continua jufqu'au temps de la fapuration
que la fiévre devint plus vive , avec
des feux à la tête & un gouflement prodigieux .
On réitera deux fois la faignée du pied; on chargea
les boiffons de Tartre émétique , quoique la
perte continua. Les premieres évacuations firent
ceffer la perte & modererent les autres accidens ;
il fallut infifter fur la liberté du ventre pour
combattre la pefanteur de tête , juſqu'au 16 de
l'éruption que la convalefcence parut.
11. Peu forte , tomba dans un grand affou
piffement ; la fiévre & l'accablement étoient confiderables.
Les deux premiers jours elle fut faignée
du pied 3 fois. Le 3 , il y eut quelque degré
de moderation dans la fievre ; on tenta l'émetique
en lavage ; mais comme les accidens
augmentoient , il fallut l'interrompre & revenir
à la faignée du pied . La petite Verole fortit le
4 , la fievre fut plus moderée. Le 4 de l'éruption
on tenta de nouveau les boiffons émétifées ; la
fievre devint plus forte ; on les fufpendit ; on fit
une cinquiéme faignée du pied à l'entrée de la
II. Vola ſup
DECEMBRE. 1730. 2851
.
fupuration ; alors les boiffons émétifées pafferent
; on les continua juſqu'à la fin de la maladie,
parce que la tête redevenoit pefante dès que le
ventre ceffoit d'aller.
12. D'une bonne fanté , fut prise d'une fievre
qui augmentoit par redoublement , accompagnée
de maux de reins & d'une violente douleur de
tête. Les 2 premiers jours on la faigna 3 fois du
pied. Le 3 & le 4 on effaya le Tartre émetique
en lavage , fans prefque aucun fruit ; les , la petite
Verole fortit très- abondante , & en mêmetemps
il furvint une pcrte ; la fievre ſe ſoutint .
Le z de l'éruption , la tête fut priſe ; on revint à
la faignée du pied . Les accidens ayant augmenté
à l'entrée de la fuppuration , on fir une cinquiéme
faignée du pied , & on jetta, malgré la perte,
quelques grains de Tartre émetique fur la boiffon.
Ôn continua les évacuations , jufqu'à ce que tous
les accidens euffent entierement diſparu.
2
13. D'un bon temperament , eut une fievre &
un mal de reins , des élancemens à la tête violens
qui obligerent de la faigner 3 fois du pied les 2
premiers jours. Le 3 on chargea la boiffon de
Tartre émetique ; la petite Verole fortit pendant
l'évacuation & fut affez abondante , mais la
fievre perfifta . Le 3 de l'éruption elle devint plus
forte , la tête s'embaraffa , on recourut à la faignée
du pied, & on la réitera pour la cinquième
fois dans la fupuration , parce que l'embaras de
la tête fubfiftoit , & qu'il y avoit une tenfion generale.
Les boiffons émetifées pafferent avec le
fecours des lavemens enfuite , & il fallut foutenir
les évacuations jufqu'au 14. de l'éruption .
14. D'une forte fanté , eut une fievre & un
mal de tête fort vifs ; les 2 premiers jours , elle
fut faignée 3 fois du pied ; le 3 purgée avec l'émetique
, immédiatement après la petite Vérole
II. Vol
fortit
2852 MERCURE DE FRANCE
fortit abondamment; il reftoit encore de la fieyre.
Le 3 de l'éruption , la tête devint fort pefante ;
on revint à la faignée du pied & on éguifa les
boiffons de Tartre émetique , jufqu'à la conva¬
lefcence , pour empêcher que la tête ne s'embaraffât.
Le 4,
་
15.Bien conftituée, eut d'abord une fievre tres- violente
avec des élancemens à la tête & un faigne.
ment de nez confiderable. On la faigna 3 fois du
pied la même nuit . Il parut le lendemain quelque
modération dans la fievre & dans les accidens.On
tenta l'émetique en lavage , qu'on continua le 3 .
la petite Verole fortit en médiocre quan→
tité,mais elle fut accompagnée d'une oppreffion &
d'un fond d'affoupiffement ; la fievre étoit affez
forte ; on revint à la faignée & à l'émetique.L'abondance
des évacuations procura de la modération
dans les accidens jufqu'au 5. La nuit du 5 au
6 , les boutons rentrerent , & à leur place parut
un Eréfipelle univerfel. La fievre & l'affoupiffement
devinrent plus forts ; la tête ſe prit , le poux
étoit embaraffé , ou réitera la faignée du pied 2
fois à peu de diftance ; quelques heures après on
revint à l'émetique en lavage , on foutint les évacuations
par des Prifannes laxatives. Dans le tems
des évacuations il furvint une Syncope fi forte ,
qu'on fut obligé de recourir au Lilium .La petite
Verole reprit fon cours , les accidens fe modererent
, on continua les évacuations juſqu'au 14 de
P'éruption que tous les accidens furent calmez.
16. Délicate , eut une fievre affez forte , un faignement
de nez , & la tête extrêmement lourde .
Le 1 jour elle fut faignée 2 fois du pied ; la petite
Verole fortit le 2 abondante, entremêlée de marques
pourprées. Le 3 , on employa les boiffons
émetifées , l'évacuation modera les accidens. La
fievre fe foutenoit , elle augmenta vivement du s
IL, Vol.
au •
9
DECEMBRE. 1730. 2853
au 6 de l'éruption ; la tête fe prit , on réitera la
faignée du pied la nuit & le lendemain pour la
cinquième fois. Enfuite on continua les boiffons
émetifées , qu'il fallut foutenir jufqu'au 14.
17. Très-forte , tomba dans un accablement
profond , la tête prife , des convulfions & des
fyncopes ; la fievre étoit forte , le poux embaraffé
.Ces accidens augmenterent à tel point qu'on
fut obligé de faigner la malade du pied , f fois
en moins de 30 heures ; enfuite l'émétique en lavage
, qu'il fallut aider par les lavemens & des
ptifannes laxatives; on infifta fur l'émétique for
tement ; à la fin le ventre ſe déboucha , l'évacuation
fut foutenuë , & la nuit du 3 au 4 la petite
Verole fortit abondamment , les accidens fe calmerent
, & la maladie finit fans autre fecours
qu'une boiſſon émetifée , aux aproches de la fupuration
, parce que la tête redevenoir pefante.
Damoifelles JAUNES. 18. D'une bonne fanté..
Sa fievre marqua d'abord entiere ; au troifiéme
accès elle devint continuë ; la douleur de tête étant
devenue forte , on la faigna du pied ; il fallut réiterer
la nuit & le lendemain. On purgea la ma→
lade avec l'émetique , l'évacuation fut abondante
, & fuivie d'un relâchement prefque entier.
Trois jours fe pafferent dans le même calme. La
petite Verole parut le quatriéme en médiocre
quantité & fans accidens , le 4 de l'éruption les
boutons difparurent, la fievre fe railuma , la tête
fut prife avec de violents étouffemens ; on revint
à la faignée du pied , qu'on repeta 3 fois à peu de
diftance. Toute l'habitude du corps étoit devenue:
érefipelateufe. Le 6 , la malade fouffroit exceffivement
, il fallut faire une e faignée du pied..
Quelques heures après on chargea la boiffon de
Tartre émetique , la tenfion érefipelateufe dimi
nua ; les boutons reprirent corps , on foutint les
Io. Vola
éva
2854 MERCURE DE FRANCE
évacuations jufqu'au 17 de l'éruption pour def
fendre la tête qui fe reprenoit de tems en tems.
19. La poitrine délicate , parut fort afſoupie
avec une fievre ardente ; on la faigna 2 fois du
pied le même jour ; dès le foir il parut quelquesboutons
, fans que les accidens euffent diminués ;
la peau devint pourprée ; on revint à la faignée
du pied le 2 , & le 3 la petite Verole ne faifoit
aucun progrès , & les accidens avoient fort peu
relâché. Les de l'éruption, la fievre augmenta, on
fit une se faignée ; il furvint un vomiffement
que l'on foutint par une boiffon émetifée. Les
accidens fe calmerent , on continua la même
boiffon le refte de la maladie.
20. D'une grande délicateffe , fut prise d'un
mal de tête & d'une fievre fi forte , qu'on fut obligé
de la faigner cinq fois du pied les deux premiers
jours. Le 3. il y eut de la modération
on mit trois grains de tartre fur la boiſſon. A
la fuite de l'évacuation , la petite Verole fortit
& tous les accidens tomberent .
21. D'une forte fanté , eut la fievre , des maux
de coeur & une pefanteur de tête confiderable.
Le premier jour on la faigna deux fois du pied.
Dès le fecond la petite Verole fortit très- abondante.
La pefanteur de tête continuoit : on chargea
les boiffons de tartre émetique qu'il fallut
continuer toute la maladie , & les foutenir par
des ptifanes laxatives ; car dès que le ventre ceffoit
de couler , la pefanteur de tête augmentoit.
L'état de la malade ne fut certain que vers le 14.
de l'éruption .
22. D'un temperament délicat , avoit une fievre
vive & des redoublemens fréquens. La tête étoit
menacée ; on la faigna du pied quatre fois les
deux premiers jours. Le la 3 on purgea avec
l'émetique en lavage ; l'éruption fe fit. L'embardda
Vol
ras
DECEMBRE. 1730. 2855
ras de la tête continuoit encore le 3. de l'éruption
; on fit une cinquiéme faignée du pied ; l'émetique
en lavage fut repeté chaque jour juſqu'
la fin de la maladie .
que
23. Foible , fe plaignoit d'un grand mal de
tête , quoique la fievre ne fut pas forte. Une faignée
du pied calma cette douleur pendant deux
jours. Le 3. elle eut un tranfport & un étouffement
violent fans la fievre fut beaucoup augmentée
; on fit une feconde & une troifiéme faignée
du pied , & enfuite l'émetique en lavage.
La petite Verole fe déclara à la fin de l'évacuation
; mais fon progrès fut lent , la tête demeura
embaraffée , on réitera chaque jour l'émetique
en lavage. Le 6. de l'éruption le poux parut embaraffé
, le tranfport étoit plus violent , & la tête
avoit prodigieufement enflé ; on fit une cinquié
me faignée du pied qui produifit un relâchement)
fenfible. On infifta fur les évacuations , & tous
les accidens fe calmerent.
24. Bien conftituée , eut des élancemens à la
tête , & une fievre vive qui augmentoit à differentes
heures . Les deux premiers jours elle fut
faignée du pied trois fois. Le 3. il furvint un af
foupiffement , un tranfport & des étouffemens
fréquents ; on fut obligé de réiterer la faignée'
du pied deux fois ; il falut y revenir le lendemain
pour la fixième fois , enfuite l'émetique en lavage
; comme elle avoit de la peine à pouffer , on
eut recours aux ptifannes laxatives. Après deux
jours d'évacution la petite Verole fortit , & tous
les accidens tomberent.
25. D'une fanté foible , eut la fievre & mal à
la tête pendant près de huit jours fans fe plaindre
; alors la fievre & le mal de tête ayant augmenté
, elle fut faignée trois fois du pied en deux
jours , & purgée enfuite avec l'émétique en la-
II. Vol. vage!
2856 MERCURE DE FRANCE
vage. Le furlendemain la petite Verole fe déclara
; commè les accidens réfiftoient encore , on
continua les boiffons émetifées jufqu'à la fin de
la maladie .
26. D'une bonne conftitution ,fut prise d'un vo .
miffement & d'un accablement confiderable . La
fievre étoit forte , & marquoit par redoublemens .
Elle fut faignée trois fois du pied les deux premiers
jours ; le 3 purgée avec l'émetique en
lavage , la petite Verole fortit abondamment , les
accidens fe modererent. A l'entrée de la fuppuration
, la malade tomba dans une fincope qui
fut fuivie de mouvemens convulfifs & d'une
falivation abondante. Comme la fievre n'avait
pas augmenté à proportion des accidens , on fe
contenta de revenir au tartre émetique dont il
fallut aider l'effet par les ptifanes laxatives. Dès
que les évacuations diminuoient , il furvenoit des
étouffemens , ce qui obligea de les continuer juf
qu'au quatorze de l'éruption.
1. A
27. D'une bonne fanté , eut une fievre forte ,
accompagnée d'un point fixe dans les reins ,
d'un faignement de nez & d'une douleur de tête
infuportabie. On la faigna quatre fois du pied los
deux premiers jours.. Le 3. il y eut de la modération
, le 4. elle fut purgée avec l'émetique en
lavage ; la petite Verole fortit confluante , les
accidens diminuerent confiderablement ; on favorifa
la liberté du ventre par quelques grains
de tartre émetique fur la boiffon jufqu'à la fin
de la maladie , qui fe termina fans aucun autre
accident.
"
28. Sujette aux maux d'eftomach eut les mêmes
douleurs. Comme elles augmentoient , qu'il
y avoit de la fievre , accompagnée de mal de tête ,
on la faigna du pied le 3 , fes & le 6. Le 7. elle
tomba dans la tranfport , le poux étoit concen-
II. Vol. tré ;
DECEMBRE. 1730. 2857
éré ; on lui donna un lavage de tartre émetique ,
l'évacuation ne fut pas abondante , la fievre devint
plus forte , & l'embarras de la tête continuoit
. On fit deux faignées du pied à peu de diftance
, & on revint à l'émetique qui paffa plus
heureufement. La petite Verole fortit , & ne fut
fuivie d'aucun accident .
: on
D'une forte ſanté , tomba dans un abbatement
extrême , quoique la fievre ne fut pas forte :
la faigna du pied. Le 2. la fievre augmenta , la
faignée fut réiterée. La nuit fuivante la malade
cut de fortes convulfions & une fincope qui fut
portée à l'excès . Il fallut recourir au Lilium
& le repéter au delà des dofes ordinaires : le
poux revint : on fit une troifiéme faignée du pied,
& immédiatement après on donna l'émetique
l'évacuation fut abondante. La petite Verole fortit
en grande quantité , & les accidens commencerent
à fe calmer. On continua les boiffons émetifées
jufqu'à la fin de la maladie , à cauſe que
la tête n'étoit pas dans fon caractere ordinaire.
30. Infirme , eut une fievre vive , accompagnée
d'élancemens à la tête , le poux étoit embaraffé :
on fit trois faignées du pied les deux premiers
jours. La nuit du 2 au 3. la tête fut menacée ,
on revint à la faignée du pied , qui produifit un
relâchement dans la fievre ; l'émetique en lavage
fut employé le lendemain. Après l'évacuation
la petite Verole fortit en médiocre quantité , les
accidens diminuerent ; mais comme il reftoit un
fond de fievre , & que la tête laiffoit quelque inquiétude
on continua les boiffons émetifées
jufqu'à la fin de la maladie.
>
31. Sujette à une toux habituelle , & crachant
quelquefois du fang , fut prife d'une fievre trèsvive
fuivie de fréquents redoublemens. Les
deux premiers jours on fit trois faignées du
II. Vel. pied..
2858 MERCURE DE FRANCË
pied. Le 3. la tête fe prit : on réïtera la faignée
du pied qui produifit quelque modération dans
la fievre. La nuit du 4. la malade tomba dans
un affoupiffement profond ; le poux étoit emba
raffé , on tenta l'émetique inutilement , il fallut
revenir à une cinquiéme faignée du pied . Quelques
heures après la malade eut de fortes convulfions
, accompagnées de fréquentes fyncopes ,
on revint à l'émetique qu'on cut bien de la peins
à faire avaler. Comme il n'agiffoit point , on
força la dofe , le vomiffement débaraffa la tête.
Cependant fur le foir les convulfions redoublerent
, le hoquet fut fréquent & les extrémités
devinrent froides. On infifta fur l'émerique qui
à la fin produifit une abondante évacuation , les
accidens fe calmerent , la petite Verole fortit
très abondante , & finit fans donner d'autre inquiétude.
32. D'une fanté languiffante , cut une fievre
qui varioit à toute heure , accompagnée d'un
grand mal de tête ; elle fut faignée du pied , &
purgée le lendemain avec l'émetique en lavage.
Le foir la malade entra dans un calme parfait ;
les . la fiévre fe ralluma & fut accompagnée
d'un rire continuel & forcé ; on la faigna deux
fois du pied le même jour. Le lendemain la petite
Verole fortit affez abondante , cependant la
fievre & l'embarras de la tête continuerent. Le
3. de l'éruption , la malade tomba dans un aſſoupiffement
profond ; le poux étoit envelopé , on
fit une quatriéme faignée du pied , & enfuite
l'émetique en lavage qu'on réitera le lendemain ,
alors le poux fe dévelopa ; la petite Verole fit du
progrès ; la tête demeura pourtant embaraffée
on continua les boiflons émetifées jufques dans
le fort de la fupuration . Comme la tête étoit un
peu plus libre , & que la fievre avoit augmenté ,
II. Vol. 01 .
DECEMBRE. 1730. 2859
on en fufpendit l'uſage . 24. heures après la petite
Verole rentra: le tranfport accompagné de convulfrons
fut violent, la gorge prodigieufement enflée :
on revint à la faignée du pied , & immédiatement
après l'émerique , l'évacuation fut abondante ; la
petite Verole reprit cours , les accidens fe calmerent
; mais on ne difcontinua plus l'ufage de
la boiffon émetifée , aidée par les lavemens juſqu'au
16. de l'éruption qui termina la maladie.
Demoiselles VERTES . 33. D'une mauvaiſe
fanté , tomba dans un grand accablement , la
févre étoit vive ; elle fut faignée trois fois du
pied le même jour , la petite Verole fortit abondamment.
Il reftoit un fond de fievre à la malade
qui ayant mal à la gorge depuis long- tems
ne put rien avaler le 2 & le 3. de l'éruption . Le
4. on réitera la faignée , & les boiffons émetifées
pafferent enfuite , il falut les continuer le refte
de la maladie à caufe que la gorge & la tête
étoient menacées .
34 D'une fanté foible , cut des maux de reins ,
de violens élancemens à la tête & une fievre quartes
on la faigna deux fois du pied à une heure
de diſtance , on réitera la faignée le lendemain.
Le 3. il y eut du mieux , on employa le tartre
émetique en lavage , la perite Verole fortit trés
abondante , il y eut une remiffion prefque entiere
. A l'entrée de la fupuration la tête devint
fort pefante , la malade y fentoit de grands feux,
la fievre n'étant point forte , on fe contenta
d'employer les boiffons émetifées pendant la fupuration.
35. D'un temperament foible , eut d'abord peu
de fievre. Le 3. la fievre s'alluma avec un violent
tranfport , on la faigna trois fois du pied à
peu de distance , la fievre fe modera , on mit
trois grains de tartre émetique fur la boiffon.
14. Vol.
Après
2860 MERCURE DE FRANCE
Après l'évacuation la petite Verole fortit confluante
, la tête refta embaraffée , & la fievre ,
quoique moderée , perfiftoit ; on réitera la faignée
du pied le 3. de l'éruption , & on reprit
l'ufage des boiffons émetifées , qu'on continua
jufqu'au 14. de l'éruption que la tête fut totalement
debarraffée.
36. D'une forte fanté , eut de grands maux de
reins , un faignement de nez , la fievre étoit vive,
& fuivie de redoublemens . Les deux premiers
jours on la faigna du pied trois fois , à l'entrée
du 4. on reitera la faignée , la petite Verole ne
fit que fe montrer pendant deux jours , & dif-
La malade tomba dans un accablement
parut.
& un affoupiffement profond , le poux étoit petit ;
on jetta quatre grains de tartre émetique fur la
boiffon , l'évacuation fut abondante. La petite
Verole fit des progrès , & les accidens tomberent,
la fupuration fut longue , mais elle n'exigea aucun
fecours.
37. Délicate , avoit de la fievre depuis plufieurs
jours , & mal à la tête ; elle fut faignée & purgée.
Il y eut du mieux pendant huit jours , enfuite
elle tomba dans une fincope forte , la tête.
fe prit , la fievre étoit vive ; on la faigna deux
fois du pied à une heure de diftance. Quelque
tems après il y eut du relâche dans la fievre , on
mit quatre grains de tartre dans la boiffon , on
infifta fur le même remede . Le lendemain l'évacuation
fut forte , les accidens diminuerent , la
petite Verole fortit abondament , on continua
les évacuations juſqu'à la fin de la maladie.
38. D'une délicateffe extrême , eut un grand
accablement , la tête embarraffée , & une fievre
vive qui augmentoit par redoublemens ; le premier
jour on lui fit 2. faignées du pied ; le 2. on
réitera ; le 3. il y avoit quelque relâche , on
11. Vol "
mit
DECEMBRE. 1730. 2.86-1
mit deux grains de Tartre émetique fur la boiffon
, la petite Verole fortit confluante , la fievre &
l'embarras de tête diminuerent confiderablement,
il reftoit encore une grande pefanteur qui détermina
à continuer la boiffon émetiſée pendant le
refte de la maladie , qui par ce moyen finit heureufement.
39. D'un bon tempérament , eut un grand accablement
, un point fixe dans les reins ; la fievre
étoit forte & le poux embarraffé , des redoublemens
fréquents , le tranfport s'y joignit ; le premier
jour on lafaigna deux fois du pied , on réi
tira la faignée la nuit , le lendemain la fievre étoit
relâchée , on mit 4. grains de Tartre émetique
fur la boiffon ; la petite Verole fortit confluante,
du 3 au 4 les accidens tomberent prefque entierement;
le 4 de l'éruption la petite Verole rentra,
la tête fe prit , il y avoit de l'embarras dans le
poux & des étouffemens frequens ; on fit une 4° .
& se. faignée du pied , & enfuite l'émetique en
lavage fur lequel on infifta ; l'évacuation fur
abondante , la petite Verole reprit corps , les ac
cidens diminuerent , on continua la boiffon émetifée
jufqu'au 14. de l'éruption qu'on foutenoit
les lavemens : dès le ventre ceffoit d'aller
l'embarras de la tête & les étouffemens reparoif
foient .
par
que
40. Damoifelles ROUGES. Fort replette ,
tomba dans un grand affoupiffement , la fievre
étoit forte , la refpiration gênée ; elle fut faignée
3. fois du pied les 2. premiers jours ; le 3. on mit
3. grains de Tartre émetique fur la boiffon ;
L'embarras de la tête ceffa , la petite Verole
fortit en grande quantité , les accidens fe calmerent
, la fuppuration fut très- laborieufe ; mais
comme la fievre n'étoit pas forte , on fe contenta
de tenir le ventre libre par les boiffons émetiſées,
AI. Volo
2862 MERCURE DE FRANCE
& les lavemens jufqu'à la fin de la maladie.
41. D'une forte fanté, eut la fievre vive , accompagnée
de tranfport ; on la faigna 2. fois du
pied le même jour ; le lendemain le relâchement
de la fievre donna lieu à Pémetique ; l'évacuation
fut abondante & fuivie de l'éruption , l'embarras
de la tête & un mouvement de fievre continuoits
on infifta fur la boiffon émetifée pendant toute
la maladie , parce que la tête fe broüilloit dès que
le ventre n'alloit plus.
1
42. Delicate , fut près de 8. jours languiffante,
eut enfuite un éclat de tranfport & un rire forcé
qui ne difcontinuoit pas ; la fievre n'étoit pas vive;
elle fut faignée 3. fois du pied les 2. premiers jours
& purgée le 3. avec l'émerique ; une éruption
abondante fuivit de près l'évacuation ; les accidens
diminuerent , mais il reftoit une pente à l'affoupiffement
& la tête n'étoit pas entierement libre
, ce qui détermina à continuer les boiffons
émetifées pendant la maladie.
43. Valetudinaire , eut la fievre par redoublemens
; la tête étoit prife , elle fut faignée 2. fois
du pied le premier jour ; le fecond , à la faveur
d'une rémiffion fenfible dans le poux , on tenta
l'émetique qu'il fallut interrompre & revenir à la
faignée le foir ; le 3. la tête étoit toujours priſe ,
mais le poux étoit petit ; après quelques grains
de Tartre émetique fur la boiffon qui n'agiffoient
pas , on donna le vin d'Eſpagne émetique ; l'évacuation
fut foutenuë le lendemain , le 5. P'éruption
fut très -abondante , les accidens fe calmerent
; on aida la liberté du ventre dans le cours
de la maladie , parce que la tête avoit une difpotion
à s'embarafler.
44. D'une bonne fanté , eut une forte fievre ,
accompagnée d'un faignement de néz. On fit 3 .
Laignées du pied le premier jour ; la petite Ve
11. Vol
role
DECEMBRE. 1730. 2863
role fortit le lendemain ; comme les accidens s'étoient
moderez , on ne fit rien juſqu'au 3. de l'éruption
que la fievre augmenta ; la tête ſe prit ,
on revint à la faignée du pied , & enfuite à l'émetique
en lavage ; les évacuations débarafferent la
tête , on les a continuées jufqu'à la fin de la fupuration.
45. D'une fanté médiocre , fut prife d'un grand
accablement ; la fievre étoit forte , on la faigna
2 fois du pied le premier jour ; un peu de relâche
le lendemain détermina à donner un lavage de
Tartre émetique; l'évacuation fut fuivie d'un calme
de 4. jours ; la fievre fe ralluma , le tranſport
& de fortes convulfions s'y joignirent , le poux
étoit embaraffé ; on refit deux faignées du pied à
peu de diftance , & immediatement après l'émetique
en lavage ; on foutint l'évacuation ; la petite
Verole fortit le lendemain , accompagnée de
marques pourprées ; les accidens ſe modererent ,
on a foutenu foigneuſement la liberté du ventre
jufqu'à la fin de la maladie.
45. Robufte , eut une groffe fievre , accompa
gnée d'un faignement de nez & de violens élancemens
à la tête ; on la faigna du pied & la petite
Verole parut le même jour confluante. Les accidens
ne diminuerent point ; les boutons ne faifoient
aucun progrès ; la faignée du pied fut réïterée
le 2. & le 3. La nuit du 3. au 4. de l'éruption
il furvint un redoublement vif ; on refaigna
la Malade , elle fut vuidée le lendemain avec l'E
netique en lavage. L'évacuation qui fut abondante
modera les accidens jufqu'au 7. que la
fievre devint plus forte ; la tête fe prit & enfla
prodigieufement. On réïtera la faignée du pied
& l'ufage des boiffons émetifées qui furent continuées
jufqu'à la fin de la maladie.
47. Bien conftituée , fut lauguiffante plufieurs
11. Vol.
jours E
2864 MERCURE DE FRANCE
jours , la petite Verole fortit en petite quantité
fans accident ni mouvement de fievre. Le 4. de
P'éruption elle tomba dans un affoupiffement ;
la tête fut prife , il furvint un faignement de nez ;
on fit deux faignées du pied à peu de diftance , &
Pufage d'une boiffon emetifée qu'on continuą
plufieurs jours , débaraffa la tête.
48. Infirme & fujette à des coliques d'eftomach
, eut le même accident , accompagné d'une
fievre très-vive & d'une grande pefanteur de tête;
elle fut faignée quatre fois du pied les deux premiers
jours , le trois il y eut de la moderation ;
on jetta 4. grains de Tartre émetique fur la boif
fon , qui pafferene heureufement , & à la fin de
Pévacuation la petite Verole fortit ; il a fallu
foutenir la liberté du ventre le reſte de la maladie,
pour combattre la pefanteur de tête.
49. D'une médiocre fanté , eut une grande pefanteur
de tête , un faignement de nez , la fievre
étoit vive , les 2. premiers jours elle fut faignée
4. fois du pied ; le 3. la petite Verole fortit , le
4. l'éruption ne faifoit nul progrès ; on éguifa les
boiffons de quelques grains de Tartre émetique ,
il fallut en augmenter la doſe dans les tems de la
fupuration.
so, Dune délicateffe extrême , la fievre & les
accidens ne furent pas confiderables ; on ne fit
rien , la petite Verole fortit en médiocre quantité.
A l'entrée de la fupuration là fievre devint vive ,
la tête fè prit ; on fit deux faignées du pied à peu
de diftance , & les boiffons émetifées enfuite
qu'on continua jufqu'au 12. de l'éruption .
SI. DAMES RELIGIEUSES. Agée de
8, ans , d'un tempérament affez fort , quoique
fujette à des maux d'eftomach , cut une fievre des
plus vives , un grand accablement , des maux de
teins , un fond d'affoupiffement & des friffonne-
11. Vols
mens
DECEMBRE. 1730. 2865
3.
mens continuels ; on lui fit quatre fortes faignées
du pied les deux premiers jours ; comme il y eur
de la modération dans la fievre , le elle fut purgée
avec quatre grains de Tartre émetique en layage
, qui produifirent peu d'effet . On y revint le
lendemain , l'évacuation fut plus heureuſe , la petite
Verole fe déclara confluante & fut accompagnée
d'un fond de fievre & d'affoupiffement ; on
continua les boiffons émetifées qu'on aidoit par
les lavemens foir & matin. Malgré ces fecours le
. de l'éruption le ventre ne coula plus , l'affoupiffement
devint profond ; la fievte n'ayant pas
augmenté à proportion des autres accidens , on
fe contenta de doubler la doſe de l'émetique ; le
ventre ne s'ouvrant pas , on infifta fur le même
remede , aidé par les Ptifannes laxatives ; enfin on
eut recours au vin d'Efpagne émerique qui fut
fuivi d'une évacuation abondante . La Malade
avoit pris dans les 24 heures la valeur de plus de
30 grains de Tartre émetique ; la petite Verole
repouffa , la tête fut déchargée ; on continua les
boiffons émetifées jufqu'à la fin de la maladie :
l'état de la Malade n'a été certain que vers le 15
de l'éruption.
52. Agée de 56 ans , d'un temperament trèsdélicat
, fujette à cracher du fang , & les jambes
fouvent enflées , eut une fievre affez vive , accompagnée
de maux de reins & d'une grande
douleur de tête , on la faigna deux fois du pied
les deux premiers jours ; le 3. il y eut un dévoiement
; on mit deux grains de Tartre fur la boiffon
, qu'on réitera le lendemain. La petite Verole
fortit à la fin du 4. en médiocre quantité, tous les
accidens fe modererent. Le 5. de l'éruption , la
pefanteur de tête & le dévoiement recommencerent
, on mit encore deux. grains de Tartre fur
la boiffon , on les repeta le lendemain & la maladie
finit heureuſement. Eij 53
2866 MERCURE DE FRANCE
53. Agée de 24. ans , d'un tempérament fort
vif , dans une difpofition à une fievre étique , eut
des élancemens à la tête , des maux de reins , des
fux dans la poitrine ; la fievre étoit forte , elle
fut faignée trois fois du pied les 2 premiers jours,
il y eut peu de moderation le 3. Le 4. elle étoit
plus fenfible ; on mit deux grains de Tartre fur
la boiffon ; la petite Verole fortit en affez grande
quantité. Le 3. de l'éruption la fievre & les élancemens
à la tête augmenterent ; on revint à la faignée
du pied qui calma les accidens ; le refte de
la maladie elle n'eut befoin que d'une Eau de
Pavot pour calmer les tiraillemens de poitrine
qui fe réveilloient de tems en tems , plutôt comme
une fuite de fa difpofition habituelle , que de
la maladie preſente.
>
54. Agée de 23. ans , fortoit d'une fluxion de
poitrine , pour laquelle on avoit été obligé de la
faigner plufieurs fois ; la convalefcence n'étoit
pas entièrement confirmée , lorfqu'elle fut prife -
d'une fievre vive , accompagnée d'élancemens à
la tête , & en même- tems d'une perte confiderable.
On fit 2. faignées du pied le premier jour
le 3. on réitera ; de la moderation dans la
fievre & dans la perte firent paffer à un lavage
de Tartre émetique ; l'évacuation fut ample , elle
diminua tous les accidens , fit ceffer la perte . La
petite Verole fortit abondante ; le 5. l'éruption ,
la pefanteur de tête revint , on mit quelques
grains de Tartre fur la boiffon, qui ne produifirent
prefque aucun effet ; la pefanteur de tête fut plus
forte & la fievre augmenta , on fit une quatrième
faignée du pied & enfuite les boiffons émetifées
pafferent heureufement , on en continua l'ufage
jufqu'à la fin de la maladie.
55. Agée de 35. ans , d'un bon temperament
& fort replete,cut de violens maux de reins,la tête
14 Vol
CxDECEMBRE
. 1730. 2867
extrémement pefante & la fievre forte ; on fit 4.
grandes faignées du pied les deux premiers jours ;
le 4. il fallut réiterer quelque moderation
donna lieu à l'émetique en lavage ; après l'évacuation
la petite Verole fortit confluante ; il reftoit
encore de la pefanteur à la tête ; on inſiſta
fur les boiffons émetifées qu'il fallut aider plus
d'une fois par des Ptifannes laxatives & les lavemens
jufqu'au 14. de l'éruption .
Voilà,Madame,un Extrait bien fidele du Journal
de nos Malades ; j'y ai trouvé qu'en 3. mois nous
avons fait près de 500. faignées du pied , &
donné environ 2000. grains de Tartre émetique ;
à la verité je comprens toujours dans nos petites
Veroles , les fievres du même tems , parce qu'excepté
les boutons , c'étoit le même caractere , &
qu'on y a employé les mêmes fecours ; j'en citerai
feulement une des plus fortes pour exemple.
>
Mle *** âgée de 18. ans , avoit de l'embonpoint
& des couleurs vives , toutefois fujette aux
maux de tête ; elle tomba dans un grand accablement
la fievre étoit forte & la pefanteur de tête extrême
, elle avoit des maux de reins,des envies de
vomir & un fond d'oppreffion ; on la faigna 5 .
fois du pied les deux premiers jours ; le 3, un peu
de modération fit tenter l'émetique en "lavage
mais inutilement ; la fievre augmenta , on réïtera
la faignée le foir ; le 4. il y eut du mieux ; on
revint à l'émetique , on y joignit le fecours des
lavemens ; on continua le 5. le 6. & le 7. la pefanteur
de tête diminuoit à mefure des évacuations
. Du 8. au 9. la fievre devint plus forte , la
tête fe prit totalement ; on apperçut quelques
mouvemens convulfifs ; il fe répandit un engourdiffement
abfolu fur tout le côté droit ; on fit
2. faignées du pied à peu de diſtance; la fievre ſe
modera , & on revint à l'émetique en lavage ; les
II. Vol.
éva- E iij
2868 MERCURE DE FRANCE
évacuations foutenues pendant plufieurs jours
diffiperent enfin les accidens , & là convalefcence
commença vers le 20 .
Notre Medecin avoit extrémement fimplifié
notre travail , la boiffon étoit l'eau naturelle ; on
la faifoit tiédir lorfque les malades étoient dans
la moiteur ; la nourriture , un bouillon fort fimple
que l'on fuprimoit les premiers jours , & méme
dans le cours de la maladie , lorfque les accidens
étoient violens. On changeoit les Malades
de linge & de lit dans tous les tems de la maladie,
lorfqu'elles en avoient befoin. Il n'y avoit ni plus
de couvertures , ni plus de feu dans les Infirme
ries que pendant les autres maladies . Les lavemens
étoient d'un ufage journalier. Quelque narcotique
, du Lilium dans les fyncopes fortes , nul
remede exterieur pour préferver les Malades de
l'impreffion que cette maladie laiffe ordinairement,
perfuadez qu'ils font inutiles, & que c'eft du caractere
du fang que dépend cette impreffion,du refte
la faignée & l'émetique. On adopte fans peine
une pratique aufli fimple, fur tout lorfqu'elle eft
fuivie d'un fuccès auffi heureux . Il paroiffoit difficile
à croire à ceux qui n'en ont pas été témoins.
De plus de 125. Demoifelles, il n'en eft pas inort
une feule , & de 7. Religieufes & une Soeur , nous
n'en avons perdu qu'une , plus encore par fes
grandes infirmitez & fon âge avancé , que par la
maladie courante qui ne put pas fortir
J'avoue qu'il y a des années où la petite Verole
n'eft pas meurtriere, & qu'elle feroit peu de ravage
, quand même on n'y donneroit aucun fecours;
mais celle-cy étoit bien differente , l'excès où l'on
a été obligé de porter la faignée du pied & les autres
évacuations dans la plupart des Malades , ne
prouve que trop fa violence. Dans le Village de S.
Cyr,où cette maladie étoit en même tems répan-
II. Vol
duë ,
DECEMBRE . 1730. 2869
2
due , & fans autre fecours que celui qu'admet le
préjugé, on a perdu un grand nombre de Malades;
or fi la petite Verole a fait beaucoup de defordre
dans un Village où la jeuneffe jouit d'une forte
fanté , parce qu'elle vit dans une liberté entiere
quel ravage n'auroit-elle pas fait avec de fi foibles
fecours dans une Maifon où un grand nombre
de Demoifelles raffemblées dès leur enfance , vi
vent dans une grande régularité & dans une con
tention d'efprit perpetuelle à remplir leur devoir,
on parconfequent les meilleures fantez ne font pas
fans nuage, & parmi lesquelles il y en a beaucoup
d'infirmes ?
Mais s'il a fallu porter les évacuations auffi
loin dans des perfonnes qui menent une vie fimple
, que ne faudrait - il point faire dans celles
dont le fang nourri d'excès & de Liqueurs fpiritueufes
eft toujours prêt à s'enflammer ?
Ce n'eft pas pour faire valoir nos foins que
fais ici ces Reflexions , c'eft uniquement pour
détruire la prévention où prefque tout le monde
eft de croire que l'émetique & la faignée font
d'un ufage dangereux , fur tout lorfque la petite
Verole eft fortie. Je vous avoue que je fuis indi
gnée contre moi- même d'avoir penfé de la forte
autrefois , revenue de mon erreur , je ne laiffe
paffer aucune occafion d'écrire ou de parler des
prodiges que la faignée & l'émetique ont operez
chez nous dans cette maladie. Je fuis bien affurée
que vous ne trouverez pas l'expreffion trop forte,
fi vous vous faites une idée qui approche de la
réalité fur les horreurs où nous nous fommes
trouvées. Il y a eu des nuits où nous avions 5. à
6.Malades à tel point d'extrémité, qu'on n'auroit
ofé répondre de la vie d'aucune pour quelques
heures. Il nous eft arrivé plus d'une fois d'abandonner
une Malade avec la veine ouverte dans
II. Vol. Ejuj l'eau
2870 MERCURE DE FRANCE
l'eau pour courir à une autre qui tomboit dans
an accident plus brufque. Nous ne manquions
pas alors de propofer à notre Medecin d'employer
une quantité de remedes vantez pour cette malaladie
, comme la Poudre de la Comteffe , le Befoard
, la Poudre de Vipere , le Sang de Bouquetin
, &c. mais il nous répondoit froidement que
´ces cas là étoient trop férieux pour s'en tenir à
des amufemens. Les Vefiçatoires furent rejettez ,
même en nous difant leur effet étoit d'entreque
tenir & de fondre le fang , deux écueils les plus
redoutables dans cette maladie.
Je crois n'avoir pas befoin de vous dire que ce
récit eft d'une grande exactitude , je fuis perfuadée
que vous n'aurez aucun doute fur cela ; mais comme
vous pouriez le faire lire à d'autres perfonnes ,
& que je fuis bien aife que le parti de la verité ait
de la force , j'ai prié Mefdames de Garnier , de
Vaudancour , de Montchevreuil , d'examiner s'il
ne me feroit point échappé d'alterer ou de groffir
quelque circonftance , & d'y mettre leurs fignatures
, fi elles le trouvoient dans une exacte verité.
Leur témoignage doit faire foi , puifque les deux
premieres ont foutenu le fort du travail en qualité
d'Infirmieres principales , & que la troifiéme partageoit
avec moi les foins de l'Apoticairerie . J'ai
l'honneur d'être , &c. Signé , Soeurs de Garnier.
De Vaudancour. De Montchevreüil. De Texier.
AS. Cyr , ce 30. Août 1730.
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Résumé : Lettre sur la petite Vérole, dont les Religieuses & les Demoiselles de S. Cyr ont été affligées, [titre d'après la table]
En 1730, une religieuse de la Maison de Saint-Cyr écrit à une amie pour expliquer la gestion de l'épidémie de petite vérole qui a frappé la communauté. Elle répond aux critiques publiques concernant la décision de ne pas séparer les malades du reste de la Maison. Le médecin a recommandé de ne pas isoler les malades et de privilégier l'émétique et la saignée comme traitements. La lettre détaille les observations faites pendant l'épidémie, notamment l'absence de contagion par fréquentation des malades et l'influence des conditions atmosphériques sur la maladie. La religieuse mentionne également les différentes classes de malades et les traitements spécifiques administrés. Les symptômes courants incluent la fièvre, des maux de tête, des vomissements et des douleurs diverses. Les traitements principaux consistent en des saignées, des purgations avec du tartre émétique, et l'administration de boissons émétiques. Les patientes sont classées en fonction de leur constitution : délicates, en bonne santé, robustes ou infirmes. Les traitements visent à réduire la fièvre, calmer les maux de tête et les convulsions, et favoriser l'évacuation par des purgations et des saignées. Les soins incluent également des changements de linge, des lavements, et une alimentation simple. Les résultats sont globalement positifs, avec une seule religieuse décédée en raison de ses grandes infirmités et de son âge avancé. L'auteur réfute l'idée que l'émétique et la saignée soient dangereux, surtout lorsque la maladie est fortifiée. Elle témoigne des effets bénéfiques de ces traitements, ayant elle-même changé d'avis après avoir observé leurs résultats positifs. Les vésicatoires étaient rejetés en raison de leurs effets potentiellement dangereux sur le sang. Les sœurs Garnier, Vaudancour, et Montchevreuil, ayant joué des rôles clés en tant qu'infirmières et apothicaires, attestent de la vérité du récit. Le document est signé par les sœurs et daté du 30 août 1730.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 58-59
LETTRE écrite de S. Ouïn en Picardie, le 20. Novembre 1730. sur les Perce-oreilles.
Début :
Vous avez bien voulu, Messieurs, inserer dans les Mercures les [...]
Mots clefs :
Perce-oreilles, Eau-de-vie, Maladie, Insectes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de S. Ouïn en Picardie, le 20. Novembre 1730. sur les Perce-oreilles.
LETTRE écrite de S. Ouin en Picardie,
Le 20. Novembre 1730. sur les Perceoreilles.
1
Ous avez bien voulu , Messieurs ,
inserer dans les Mercures les lettres.
que je me suis donné l'honneur de vous
écrire au sujet du fils du sieur Lafitte
Chirurgien , demeurant au Bourg de Domart-
les-Ponthieu. Ce jeune homme qui
a été incommodé pendant cinq à six ans
par le grand nombre de Perce -oreilles
qui se sont engendrés successivement dans
sa tête , et qui sortoient par ses oreilles et
en partie par le nez , se trouve aujourd'hui
gueri parfaitement , et cela par l'effet
du pur hazard ensorte qu'on peut
dire que sa guerison est aussi surprenante
la maladie même , si toutefois on
que
peut qualifier cette incommodité de maladie.
Voici comme la chose est arrivée.
,
Etant chez un des amis de son pere ,
au mois de Janvier dernier , où on buvoit
de l'Eau de vie , boisson trop familiere
dans notre Province , sur tout parmi
les petites gens , on lui en fit boire
plusieurs verres dont il s'est trouvé yvre,
et cette boisson meurtriere ayant porté
sa fumée à la tête , on en vit sortir une
quantité
JANVIER. 1731. 59
quantité prodigieuse de ces insectes , ce
qui surprit étrangement les personnes
qui étoient présentes , et depuis ce tems
jusqu'à la fin d'Avril il ne ressentit aucun
des piquottemens qui lui faisoient souffrir
de très vives douleurs ; mais enfin il
en restoit un seul qui sortit alors , et depuis
il n'en a plus paru . Son teint devient
beaucoup meilleur , et ses cheveux qui
étoient bruns , et par les extrémités à demi
blancs , reprennent une couleur égale,
J'ai crû , Messieurs , vous faire plaisir de
vous informer de cet évenement. Je suis
toujours etc.
De Savoye , Curé de S. Ouin et Doyen
Rural de Vinacourt.
Le 20. Novembre 1730. sur les Perceoreilles.
1
Ous avez bien voulu , Messieurs ,
inserer dans les Mercures les lettres.
que je me suis donné l'honneur de vous
écrire au sujet du fils du sieur Lafitte
Chirurgien , demeurant au Bourg de Domart-
les-Ponthieu. Ce jeune homme qui
a été incommodé pendant cinq à six ans
par le grand nombre de Perce -oreilles
qui se sont engendrés successivement dans
sa tête , et qui sortoient par ses oreilles et
en partie par le nez , se trouve aujourd'hui
gueri parfaitement , et cela par l'effet
du pur hazard ensorte qu'on peut
dire que sa guerison est aussi surprenante
la maladie même , si toutefois on
que
peut qualifier cette incommodité de maladie.
Voici comme la chose est arrivée.
,
Etant chez un des amis de son pere ,
au mois de Janvier dernier , où on buvoit
de l'Eau de vie , boisson trop familiere
dans notre Province , sur tout parmi
les petites gens , on lui en fit boire
plusieurs verres dont il s'est trouvé yvre,
et cette boisson meurtriere ayant porté
sa fumée à la tête , on en vit sortir une
quantité
JANVIER. 1731. 59
quantité prodigieuse de ces insectes , ce
qui surprit étrangement les personnes
qui étoient présentes , et depuis ce tems
jusqu'à la fin d'Avril il ne ressentit aucun
des piquottemens qui lui faisoient souffrir
de très vives douleurs ; mais enfin il
en restoit un seul qui sortit alors , et depuis
il n'en a plus paru . Son teint devient
beaucoup meilleur , et ses cheveux qui
étoient bruns , et par les extrémités à demi
blancs , reprennent une couleur égale,
J'ai crû , Messieurs , vous faire plaisir de
vous informer de cet évenement. Je suis
toujours etc.
De Savoye , Curé de S. Ouin et Doyen
Rural de Vinacourt.
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Résumé : LETTRE écrite de S. Ouïn en Picardie, le 20. Novembre 1730. sur les Perce-oreilles.
Le 20 novembre 1730, une lettre de S. Ouin en Picardie relate le cas d'un jeune homme, fils du chirurgien Lafitte à Domart-les-Ponthieu, souffrant depuis cinq à six ans d'une infestation de perce-oreilles dans sa tête. Ces insectes sortaient par ses oreilles et son nez. En janvier 1730, après avoir bu plusieurs verres d'eau-de-vie chez un ami de son père, une grande quantité de perce-oreilles est sortie de sa tête, surprenant les témoins. Par la suite, il n'a plus ressenti de douleurs jusqu'à avril, date à laquelle le dernier perce-oreille est sorti. Depuis, il est guéri et son teint s'est amélioré. Ses cheveux, auparavant brun avec des extrémités blanches, reprennent une couleur uniforme. L'auteur de la lettre, le curé de S. Ouin et doyen rural de Vinacourt, informe les destinataires de cet événement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. [203]-209
ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens à M. M. D. M. sous le nom de Damon, par un de ses Parens, Prieur en Picardie.
Début :
Canards rodoient dans nos fossés, [...]
Mots clefs :
Canards, Pâté, Maladie, Musique, Picardie, Tranquillité, Cuisinier, Humour, Convalescent
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texteReconnaissance textuelle : ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens à M. M. D. M. sous le nom de Damon, par un de ses Parens, Prieur en Picardie.
ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens
à M. M. D. M. sous le nom de
Damon , par un de ses Parens , Prieur
en Picardie.
C
Anards rodoient dans nos fossés ,
Troupe importune et barboteuse ;
De leur voix aigre et raboteuse ;
Nos mâtins la nuit agacés ,
En maison tranquile et peureuse ,
Mettoient l'allarme ; et le Béfroi
Sonnant tocsin dans les tenebres,
A ij N'ins204
MERCURE DE FRANCE
N'inspira jamais plus d'éfroi ,
Par ses sons bruyans et funebres.
De la gent au gozier glouton ,
A grand kan kan,, dans notre mare
Il fallut supprimer le ton.
Fut dit , fut fait ; on se prépare ;
Notre gros Cuisinier plus rond
Que son billot , en criant gare ,
Haussant le bras , ridant le front ,
A pauvre peuple tintamare
Coupa le col : oh ! le barbare ,
S'écriera Belle , qu'à M ... our
Troupe kankane et caressée ,
Va visiter cent fois le jour
Pour avoir d'elle la becquée.
Mais dût-elle en triste chanson ;
En bémol , ou bien en bécare ,
Se plaindre de l'acte félon
A sa plainte on dira tarare.
De nos Canards bien trépassés ,
Et que Degan en grosse croute
A bien et duëment enchassés
De
peur
›
de malencontre en route ,
Damon voilà le guet - à- pand ,
Qui n'est cas prévôtal , je pense :
Oncque Canard ni Hallebran
Ne fit pendre son homme en France.
Fameux faiseur de pâtés.
Dans 4
FEVRIER.
1731. 205
Dans nos fossés leur Archipel ,
Pápas Sultans , mamans Sultanes ,
Chaque hyver , au premier d'égel ,
Recommençoient leurs caravanes ,
Pour aller honorer Degan ;
Et c'étoit lors nouveau kan kan
Qu'à chaque instant pendant l'Office
On leur entendoit frédonner :
Pour gens dévots c'est un supplice
D'entendre sans cesse entonner
Musique à désoler un Suisse ,
Qui n'aime point à raisonner.
Pour le cas , non pour autre chose ,
Peuple kan kan , grace à Degan ,
Et grace à la Métamorphose ,
Devient pâté du nouvel an.
Je te le dépêche , beau Sire ,
Et l'aurois dépêché plutôt
Si mal qui des maux n'est le pire ,
Quand il ne mene qu'au seul trot
Pauvre Chrétién , souffre martire
Ne m'eut mené le grand galop.
Lecorps fondu comme la cire ,
Et plus foible qu'un Escargot ,
Je ne sçavois parler , écrire
A nul au monde un petit mot.
Lachesis , que rien n'amadouë
Hâtoit déja son noir fuseau
"
La vieille laide , à grosse mouë ,
>
A iij Ap
206 MERCURE DE FRANCE
•
Apprêtoit le fatal ciseau ,
Quand un matin , Maître Esculape
Un affreux breuvage à la main
Me dit , avale ; je le happe ;
2
Et drogues dès le lendemain ,
D'aller dans mon corps à la sappe
Chercher l'ennemi souterrain ,
Mieux n'auroit fait
pour
Prince ou Pape.
Enfin , cher Damon , me voici ,
A titre encor de bail à vie ,
Habitant de ce monde ci ;
Mais , helas ! que j'aurois envie
D'assister à tout le convoi
De ma deffunte volatille
Dont je te fais d'ici l'envoi !
Que j'aime à me voir en famille ,
Et sur tout quand je suis chez toi ;
Ou Cousin , Oncle , Mere et Fille
Paroissent gens de bon alloi ;
Tante aussi fraîche qu'une Rose ,
Fait les honneurs de la maison ;
La sagesse en son coeur repose ;
C'est le flambeau de sa raison.
Un Abbé , fruit de l'Himenée ,
Et maître de sa destinée ,
Qui joint à l'aimable enjoûment.
La politesse et l'agrément.
D'un frere orné des mêmes charmes ,
Ami
FEVRIER. 1731. 207
Ami d'Apollon et de Mars ,
Qui du même air qu'il court aux armes
Vole à l'étude des beaux arts.
Quand reverrai - je donc l'image ?
Que dans nos doux embrassemens ,
Réchauffant un cher cousinage ,
Nous en rendrons les noeuds constans !
Damon , favori de Minerve ,
y
Qui sçait mettre à prix les bons Vers ,
Si peut-être en suivant ma verve
J'ai pris ma route de travers ;
Si raisonnant Canards et Cannes ,
J'ai raisonné comme un Oison ;
Si sur la riine tu chicanes ,
Et plus encor sur la raison ,
Pardonne à ma Muse badine
L'écart d'un coeur reconnoissant.
Rimeur à pâle et seche mine ,
A peine encor convalescent ,
Ne peut un jour de Medecine
Rimer des Vers qu'en s'efforçant.
Docte Censeur , qui ne fais grace
Qu'à la raison , qu'aux bons Ecrits ,
Epluche ici , gronde , ressasse "
Déchire , brûle , ou bien fais pis.
Oui , malgré l'orgueil Poetique ,
Je sens qu'un Censeur tel que toi
Vaut une prise d'émetique
A iiij A
208 MERCURE DE FRANCE
A Rimeur qui trouve chez soi
Bien moins de rime que de bile ,
Et dont l'enthousiasme vain ,
S'il ne peut faire un homme habile
Fait toujours un sot Ecrivain.
Avec l'honneur du parentage ,
Que n'ai-je ton heureux talent ,
Et ton élegant badinage
Si délicat , si décevant
Que dans le feu Moine sauvage
Plus bouru que tout son Couvent
T'a fait jetter , et dont je gage
Que la cendre est allée au vent ?
Peste du Moine prédicant ,
2
;
Qui pour te rendre un peu trop sage
Te fait mourir dès ton vivant !
Non non , Damon , sur le Parnasse
Tes Vers gravés en lettres d'or ,
Auprès de Catulle et d'Horace
Des neuf Soeurs s'y font lire encor.
Mais des miens ici je t'ennuyè ,
Et Muse me dit , Hallebran ,
Tais- toi , faut-il qu'un docte essuye
En même jour tant de kan kan ;
Peut- être aussi la compagnie
De gens choisis et délicats ,
* Vers qui n'étoient qu'un pur jeu d'esprit
et qui ont été brûlés.
Qui
FEVRIER. 1731. 209
Qui s'en vient en cerémonie
Visiter Oiseaux à pieds plats ,
'A leur aspect
à bon droit peste
Contre rimailleur importun ,
Qui pour un rien , pour moins qu'un zeste
Laisse son appétit à jeun.
Adieu , cher Damon , je t'embrasse ,
Et Tante et Cousin et Maman ;
D'aimable fille que Dieu fasse
De fille femme au bout de l'an.
F, P. Ce 20. Janvier 1731 .
à M. M. D. M. sous le nom de
Damon , par un de ses Parens , Prieur
en Picardie.
C
Anards rodoient dans nos fossés ,
Troupe importune et barboteuse ;
De leur voix aigre et raboteuse ;
Nos mâtins la nuit agacés ,
En maison tranquile et peureuse ,
Mettoient l'allarme ; et le Béfroi
Sonnant tocsin dans les tenebres,
A ij N'ins204
MERCURE DE FRANCE
N'inspira jamais plus d'éfroi ,
Par ses sons bruyans et funebres.
De la gent au gozier glouton ,
A grand kan kan,, dans notre mare
Il fallut supprimer le ton.
Fut dit , fut fait ; on se prépare ;
Notre gros Cuisinier plus rond
Que son billot , en criant gare ,
Haussant le bras , ridant le front ,
A pauvre peuple tintamare
Coupa le col : oh ! le barbare ,
S'écriera Belle , qu'à M ... our
Troupe kankane et caressée ,
Va visiter cent fois le jour
Pour avoir d'elle la becquée.
Mais dût-elle en triste chanson ;
En bémol , ou bien en bécare ,
Se plaindre de l'acte félon
A sa plainte on dira tarare.
De nos Canards bien trépassés ,
Et que Degan en grosse croute
A bien et duëment enchassés
De
peur
›
de malencontre en route ,
Damon voilà le guet - à- pand ,
Qui n'est cas prévôtal , je pense :
Oncque Canard ni Hallebran
Ne fit pendre son homme en France.
Fameux faiseur de pâtés.
Dans 4
FEVRIER.
1731. 205
Dans nos fossés leur Archipel ,
Pápas Sultans , mamans Sultanes ,
Chaque hyver , au premier d'égel ,
Recommençoient leurs caravanes ,
Pour aller honorer Degan ;
Et c'étoit lors nouveau kan kan
Qu'à chaque instant pendant l'Office
On leur entendoit frédonner :
Pour gens dévots c'est un supplice
D'entendre sans cesse entonner
Musique à désoler un Suisse ,
Qui n'aime point à raisonner.
Pour le cas , non pour autre chose ,
Peuple kan kan , grace à Degan ,
Et grace à la Métamorphose ,
Devient pâté du nouvel an.
Je te le dépêche , beau Sire ,
Et l'aurois dépêché plutôt
Si mal qui des maux n'est le pire ,
Quand il ne mene qu'au seul trot
Pauvre Chrétién , souffre martire
Ne m'eut mené le grand galop.
Lecorps fondu comme la cire ,
Et plus foible qu'un Escargot ,
Je ne sçavois parler , écrire
A nul au monde un petit mot.
Lachesis , que rien n'amadouë
Hâtoit déja son noir fuseau
"
La vieille laide , à grosse mouë ,
>
A iij Ap
206 MERCURE DE FRANCE
•
Apprêtoit le fatal ciseau ,
Quand un matin , Maître Esculape
Un affreux breuvage à la main
Me dit , avale ; je le happe ;
2
Et drogues dès le lendemain ,
D'aller dans mon corps à la sappe
Chercher l'ennemi souterrain ,
Mieux n'auroit fait
pour
Prince ou Pape.
Enfin , cher Damon , me voici ,
A titre encor de bail à vie ,
Habitant de ce monde ci ;
Mais , helas ! que j'aurois envie
D'assister à tout le convoi
De ma deffunte volatille
Dont je te fais d'ici l'envoi !
Que j'aime à me voir en famille ,
Et sur tout quand je suis chez toi ;
Ou Cousin , Oncle , Mere et Fille
Paroissent gens de bon alloi ;
Tante aussi fraîche qu'une Rose ,
Fait les honneurs de la maison ;
La sagesse en son coeur repose ;
C'est le flambeau de sa raison.
Un Abbé , fruit de l'Himenée ,
Et maître de sa destinée ,
Qui joint à l'aimable enjoûment.
La politesse et l'agrément.
D'un frere orné des mêmes charmes ,
Ami
FEVRIER. 1731. 207
Ami d'Apollon et de Mars ,
Qui du même air qu'il court aux armes
Vole à l'étude des beaux arts.
Quand reverrai - je donc l'image ?
Que dans nos doux embrassemens ,
Réchauffant un cher cousinage ,
Nous en rendrons les noeuds constans !
Damon , favori de Minerve ,
y
Qui sçait mettre à prix les bons Vers ,
Si peut-être en suivant ma verve
J'ai pris ma route de travers ;
Si raisonnant Canards et Cannes ,
J'ai raisonné comme un Oison ;
Si sur la riine tu chicanes ,
Et plus encor sur la raison ,
Pardonne à ma Muse badine
L'écart d'un coeur reconnoissant.
Rimeur à pâle et seche mine ,
A peine encor convalescent ,
Ne peut un jour de Medecine
Rimer des Vers qu'en s'efforçant.
Docte Censeur , qui ne fais grace
Qu'à la raison , qu'aux bons Ecrits ,
Epluche ici , gronde , ressasse "
Déchire , brûle , ou bien fais pis.
Oui , malgré l'orgueil Poetique ,
Je sens qu'un Censeur tel que toi
Vaut une prise d'émetique
A iiij A
208 MERCURE DE FRANCE
A Rimeur qui trouve chez soi
Bien moins de rime que de bile ,
Et dont l'enthousiasme vain ,
S'il ne peut faire un homme habile
Fait toujours un sot Ecrivain.
Avec l'honneur du parentage ,
Que n'ai-je ton heureux talent ,
Et ton élegant badinage
Si délicat , si décevant
Que dans le feu Moine sauvage
Plus bouru que tout son Couvent
T'a fait jetter , et dont je gage
Que la cendre est allée au vent ?
Peste du Moine prédicant ,
2
;
Qui pour te rendre un peu trop sage
Te fait mourir dès ton vivant !
Non non , Damon , sur le Parnasse
Tes Vers gravés en lettres d'or ,
Auprès de Catulle et d'Horace
Des neuf Soeurs s'y font lire encor.
Mais des miens ici je t'ennuyè ,
Et Muse me dit , Hallebran ,
Tais- toi , faut-il qu'un docte essuye
En même jour tant de kan kan ;
Peut- être aussi la compagnie
De gens choisis et délicats ,
* Vers qui n'étoient qu'un pur jeu d'esprit
et qui ont été brûlés.
Qui
FEVRIER. 1731. 209
Qui s'en vient en cerémonie
Visiter Oiseaux à pieds plats ,
'A leur aspect
à bon droit peste
Contre rimailleur importun ,
Qui pour un rien , pour moins qu'un zeste
Laisse son appétit à jeun.
Adieu , cher Damon , je t'embrasse ,
Et Tante et Cousin et Maman ;
D'aimable fille que Dieu fasse
De fille femme au bout de l'an.
F, P. Ce 20. Janvier 1731 .
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Résumé : ENVOY d'un pâté de Canards d'Amiens à M. M. D. M. sous le nom de Damon, par un de ses Parens, Prieur en Picardie.
Dans une lettre poétique, un parent de Damon, prieur en Picardie, envoie à ce dernier un pâté de canards d'Amiens. L'auteur décrit initialement les canards comme une nuisance dans les fossés, dont les cris agaçaient les chiens et provoquaient des alarmes nocturnes. Pour remédier à cette situation, il fut décidé de supprimer les canards, ce qui fut exécuté par le cuisinier. Les canards, une fois tués, furent préparés en pâté par Degan. L'auteur évoque ensuite les habitudes des canards qui, chaque hiver, se rendaient en procession pour honorer Degan. Leur chant incessant était comparé à une musique désolante. Grâce à Degan et à la métamorphose des canards en pâté, ce problème fut résolu. L'auteur exprime son regret de ne pas pouvoir assister au convoi des canards défunts et son désir de revoir sa famille, qu'il décrit comme aimable et sage. Il mentionne également un abbé, un frère et un cousin, tous dotés de qualités admirables. La lettre se termine par une réflexion sur la poésie et l'écriture, où l'auteur reconnaît ses limites et exprime son admiration pour le talent de Damon. Il conclut en adressant ses salutations à Damon et à sa famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 382-388
ESPAGNE.
Début :
On a chanté à Cadix un Te Deum solemnel, et on a fait des Prieres publiques pour remercier [...]
Mots clefs :
Te Deum, Prières publiques, Cessation, Maladie, Cadix, Málaga
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
et on a fait des Prieres públiques pour re--
mercier Dieu de la cessation de la derniere maladiè
qui avoit tous les simptomes d'une maladie
contagieuse.
Le bruit court qu'on va établir à Malaga une:
nouvelle Compagnie de Commerce , dont les Directeurs
feront leur sejour ordinaire â Cadix .
et on a fait des Prieres públiques pour re--
mercier Dieu de la cessation de la derniere maladiè
qui avoit tous les simptomes d'une maladie
contagieuse.
Le bruit court qu'on va établir à Malaga une:
nouvelle Compagnie de Commerce , dont les Directeurs
feront leur sejour ordinaire â Cadix .
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30
p. 807-808
FESTE donnée à m. le Vicomte de Polignac, à l'occasion de sa convalescence.
Début :
Rien n'est plus flateur pour un Maître digne d' [...]
Mots clefs :
Vicomte de Polignac, Zèle, Maladie, Convalescence, Portiques, Guirlandes, Lustres, Abbé de Neuville, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE donnée à m. le Vicomte de Polignac, à l'occasion de sa convalescence.
FESTE donnée à M. le Vicomte de
Polignac , à l'occasion de sa convalescence.
R
Ien n'est plus flateur pour un Maître
digne d'être aimé , que l'interêt vif
et sensible que prennent ses Domestiques
à tout ce qui les regarde ; ceux de M. le
Vicomte de Polignac ont témoigné leur
zele pour lui , non - seulement dans le cours
de la maladie de ce Seigneur, si justement
cheri et respecté ; mais encore ils ont célebré
sa convalescence d'une maniere qui
a charmé tous ceux qui en furent les témoins.
Leur zele et leur amour pour
leur Maître ont été leurs seuls guides.
Dimanche au soir 22. d'Avril , l'Hôtel
fut illuminé sur la façade du dehors depuis
le haut jusqu'enbas. Le Temple de
la Santé s'élevoit au fond de la cour dont:
les côtez étoient tendus de riches Tapisseries
; neuf Portiques formoient l'enceinte,
ornez de Guirlandes, Lustres , Giron
doles , &c. Au- dessous de chaque Pillastre
étoient les Armes de Polignac ; elles :
brilloient au fond sur le Portique du
milieu , dans un grand Tableau éclairé de
chaque côté de deux Piramides , de Lampions
,
ainsi que tout le corps du Plan ;
au bas on lisoit les Vers suivans de M. l'Abbé
de Neuville.
Enfin
808 MERCURE DE FRANCE
Enfin nos voeux sont exaucez ;
Le Ciel vous rend à nous; et pour nous c'est assez.
Agréez en ce jour notre public hommage ;
Vous en auriez de plus pompeux,
Si nous sçavions exprimer mieux ,
De notre coeur le vrai langage ;
C'est le coeur seul que demandent les Dieux ;
Nous ne sçaurions vous offrir davantage ;
D'autres que nous diront en Vers harmonieux
Par combien de vertus vous êtes estimable ,
Mais nous avouerons que les Cieux ,
Ne formerent jamais de Maître plus aimable.
Le tour de l'enceinte du Plan étoit chargé
et illuminé de fambaeux de cire blanche.
La Fête fut annoncée par une décharge
de quantité de Boëtes , suivie d'un Feu
d'artifice trés - bien entendu , et enfin
terminée par une seconde décharge de
Boëtes, le tout au bruit des Trompettes et
au son des Basses et des Violons , Le Peuple
fut ensuite admis au Bal et aux rafraîchissemens
qui durerent jusqu'à quatre
heures du matin.
L'Auteur et Conducteur de la Fête est
le sieur Chabanet de la Combe , qui en
cette occasion n'a pas moins manqué de
goût et d'intelligence que de zele et d'amour
pour son Maître.
Polignac , à l'occasion de sa convalescence.
R
Ien n'est plus flateur pour un Maître
digne d'être aimé , que l'interêt vif
et sensible que prennent ses Domestiques
à tout ce qui les regarde ; ceux de M. le
Vicomte de Polignac ont témoigné leur
zele pour lui , non - seulement dans le cours
de la maladie de ce Seigneur, si justement
cheri et respecté ; mais encore ils ont célebré
sa convalescence d'une maniere qui
a charmé tous ceux qui en furent les témoins.
Leur zele et leur amour pour
leur Maître ont été leurs seuls guides.
Dimanche au soir 22. d'Avril , l'Hôtel
fut illuminé sur la façade du dehors depuis
le haut jusqu'enbas. Le Temple de
la Santé s'élevoit au fond de la cour dont:
les côtez étoient tendus de riches Tapisseries
; neuf Portiques formoient l'enceinte,
ornez de Guirlandes, Lustres , Giron
doles , &c. Au- dessous de chaque Pillastre
étoient les Armes de Polignac ; elles :
brilloient au fond sur le Portique du
milieu , dans un grand Tableau éclairé de
chaque côté de deux Piramides , de Lampions
,
ainsi que tout le corps du Plan ;
au bas on lisoit les Vers suivans de M. l'Abbé
de Neuville.
Enfin
808 MERCURE DE FRANCE
Enfin nos voeux sont exaucez ;
Le Ciel vous rend à nous; et pour nous c'est assez.
Agréez en ce jour notre public hommage ;
Vous en auriez de plus pompeux,
Si nous sçavions exprimer mieux ,
De notre coeur le vrai langage ;
C'est le coeur seul que demandent les Dieux ;
Nous ne sçaurions vous offrir davantage ;
D'autres que nous diront en Vers harmonieux
Par combien de vertus vous êtes estimable ,
Mais nous avouerons que les Cieux ,
Ne formerent jamais de Maître plus aimable.
Le tour de l'enceinte du Plan étoit chargé
et illuminé de fambaeux de cire blanche.
La Fête fut annoncée par une décharge
de quantité de Boëtes , suivie d'un Feu
d'artifice trés - bien entendu , et enfin
terminée par une seconde décharge de
Boëtes, le tout au bruit des Trompettes et
au son des Basses et des Violons , Le Peuple
fut ensuite admis au Bal et aux rafraîchissemens
qui durerent jusqu'à quatre
heures du matin.
L'Auteur et Conducteur de la Fête est
le sieur Chabanet de la Combe , qui en
cette occasion n'a pas moins manqué de
goût et d'intelligence que de zele et d'amour
pour son Maître.
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Résumé : FESTE donnée à m. le Vicomte de Polignac, à l'occasion de sa convalescence.
Le texte relate une fête organisée par les domestiques du Vicomte de Polignac pour célébrer sa convalescence. Le dimanche 22 avril, l'hôtel du vicomte fut illuminé et décoré somptueusement. La cour était ornée de riches tapisseries, de portiques décorés de guirlandes et de lustres, avec les armes de Polignac en évidence. Un poème de l'Abbé de Neuville fut lu, exprimant la joie et la gratitude des domestiques. La fête inclut des feux d'artifice, des détonations de boîtes à feu et de la musique. Le peuple fut ensuite invité à danser et à se rafraîchir jusqu'à quatre heures du matin. L'organisateur, le sieur Chabanet de la Combe, montra son goût, son intelligence et son dévouement envers son maître.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 2396-2399
OBSERVATIONS sur une maladie, qui attaque les Bêtes à corne et les Chevaux, dans la Généralité d'Auvergne ; & qui s'est introduite sur la fin du mois d'Avril dernier, dans l'Election de Gannac, Généralité de Moulins.
Début :
Cette maladie se découvre par une Vessie qui qui paroît dessus, dessous, ou aux côtez de la [...]
Mots clefs :
Bêtes à corne, Chevaux, Maladie, Vessie, Ulcère, Langue
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur une maladie, qui attaque les Bêtes à corne et les Chevaux, dans la Généralité d'Auvergne ; & qui s'est introduite sur la fin du mois d'Avril dernier, dans l'Election de Gannac, Généralité de Moulins.
OBSERVATIONS sur une maladie, qui
attaque les Bêtes à corne et les Chevaux ,
dans la Généralité d'Auvergne ; & qui
s'est introduite sur la fin du mois d'Avril
dernier , dans l'Election de Gannac, Généralité
de Moulins.
Ette maladie se découvre par une Vessie qui
Caromdadu ,découv ,par une
langue de la bête malade. Cette vessie est blanche
dans sa naissance , rougit ensuite , et devient
enfin presque noire. Elle créve , et laisse après elle
un ulcere chancreux , qui creuse dans l'épaisseur
de la langue , en avançant du côté de sa racine ,
la coupe en entier , et fait peu de temps après perir
Panimal. On voit dans vingt- quatre heures,
le commencement , le progrès et la fin de cette
maladie.
Elle est d'autant plus dangereuse, qu'elle ne se
manifeste par aucun symptôme exterieur , et
que la Bête malade boit, mange et travaille à son
ordi
OCTOBRE 1731. 2397
ordinaire , jusqu'à ce que la langue soit tombée.
Il est donc question , pour prévenir les suites
fâcheuses de cette maladie , d'avoir une attentioninfinie
à faire visiter deux ou trois fois par jour
la langue de toutes les Bêtes à corne , pour être
en état de prendre le mal dans sa naissance , et
sur tout l'on ne doit point se tranquilliser sur
l'éloignement de la maladie.
L'Experience vient d'apprendre que quoiqu'elle
fut à une distance raisonnable de là Ville de
Gannac , toutes les Paroisses des environs de cette
Ville et à une lieuë et demie à la ronde , en ont
été infectées dans le même jour, sans qu'il y ait eu
aucune communication d'une Paroisse à l'autre..
Voicy les remedes dont on s'est servi en Auvergne
, et dont on use encore dans la partie de
l'Election de Gannac , qui est affligée de cette
maladie.
L'on propose d'abord un remede préservatif
pour les Bestiaux qui ne sont point encore attaquez
, et on le compose des Drogues suivantes ;
pour chaque Bête.
Theriaque ou Orvietan ; 3 dragmes.
Gingembre , Gerofle et Canelle , une dragie
Genievre en grain et Poivre concassé, 2 dragmés
de chaque.
Et une Muscade , d'une moyenne grosseur
qu'il faut concasser..
L'on fait infuser le tout dans un Pot couvert ,
pendants à 6 heures au moins, dans une pinte de
Bon vin rouge ; et avant de donner le remede , on
asoinde bien remuer le tout , de maniere que le
mare suive l'infusion. L'en observe encore de he
Ev le
2398 MERCURE DE FRANCE
le donner qu'après que la Bête a étés à 6 heu
res sans manger.
Ce breuvage ne peut que faire du bien au Bes
tiaux qui le prennent ; mais il n'est pas toujours
infaillible pour empêcher la maladie , qui se guérit
de la maniere suivante.
Si en visitant les Bestiaux l'on apperçoit une
on plusieurs Vessies adhérantes à la langue, il faut
sur le champ avec une cueilliere d'argent ou une
piece d'argent , créver la Vessie , en enlever la
peau,et racler la playe jusqu'au sang ; 'ensuite l'étuver
et laver avec de l'eau de fontaine , et mieux
encore avec du fort vinaigre, dans lequel on aura
mis auparavant du Sel pilé , du Poivre , de l'Ait
concassé et des Herbes fortes , si l'on en a. Cela
fait , l'on couvre la playe de Sel bien fin , après
l'avoir bien frottée avec une Pierre de Vitriol de
Chypre.
Si en visitant les Bestiaux , l'on trouve l'ulcere
formé , il faut user du même remede et le réiterer
dans l'un et dans l'autre cas, deux et trois fois
par jour , jusqu'à la guérison.
L'on prétend que lorsque la Vessie se trouve
sur la langue , l'on doit faire saigner la Beste au
Gol.
L'on se sert actuellement et avec succès de ce
remede , qui fut mis en usage il y a environ dixhuit
ans contre une pareille maladiet qui depuis
quelque temps regne à Paris et aux environs sur
les Chevaux , ainsi que sur les Bêtes à corne. On
attribuë cette maladie à la grande sécheresse , et à
la prodigieuse quantité de Chenilles qu'il y a eu
cette année. Au reste on peut en toute seureté se
servir de ce remede, que nous tenons d'une bonne
main , et que nous avons encore fait examiner
par des personnes intelligentes , qui , sur l'experience
OCTOBRE. 1731. 2399
rience , ne doutent pas de l'utilité que le public
en doit rétirer .
attaque les Bêtes à corne et les Chevaux ,
dans la Généralité d'Auvergne ; & qui
s'est introduite sur la fin du mois d'Avril
dernier , dans l'Election de Gannac, Généralité
de Moulins.
Ette maladie se découvre par une Vessie qui
Caromdadu ,découv ,par une
langue de la bête malade. Cette vessie est blanche
dans sa naissance , rougit ensuite , et devient
enfin presque noire. Elle créve , et laisse après elle
un ulcere chancreux , qui creuse dans l'épaisseur
de la langue , en avançant du côté de sa racine ,
la coupe en entier , et fait peu de temps après perir
Panimal. On voit dans vingt- quatre heures,
le commencement , le progrès et la fin de cette
maladie.
Elle est d'autant plus dangereuse, qu'elle ne se
manifeste par aucun symptôme exterieur , et
que la Bête malade boit, mange et travaille à son
ordi
OCTOBRE 1731. 2397
ordinaire , jusqu'à ce que la langue soit tombée.
Il est donc question , pour prévenir les suites
fâcheuses de cette maladie , d'avoir une attentioninfinie
à faire visiter deux ou trois fois par jour
la langue de toutes les Bêtes à corne , pour être
en état de prendre le mal dans sa naissance , et
sur tout l'on ne doit point se tranquilliser sur
l'éloignement de la maladie.
L'Experience vient d'apprendre que quoiqu'elle
fut à une distance raisonnable de là Ville de
Gannac , toutes les Paroisses des environs de cette
Ville et à une lieuë et demie à la ronde , en ont
été infectées dans le même jour, sans qu'il y ait eu
aucune communication d'une Paroisse à l'autre..
Voicy les remedes dont on s'est servi en Auvergne
, et dont on use encore dans la partie de
l'Election de Gannac , qui est affligée de cette
maladie.
L'on propose d'abord un remede préservatif
pour les Bestiaux qui ne sont point encore attaquez
, et on le compose des Drogues suivantes ;
pour chaque Bête.
Theriaque ou Orvietan ; 3 dragmes.
Gingembre , Gerofle et Canelle , une dragie
Genievre en grain et Poivre concassé, 2 dragmés
de chaque.
Et une Muscade , d'une moyenne grosseur
qu'il faut concasser..
L'on fait infuser le tout dans un Pot couvert ,
pendants à 6 heures au moins, dans une pinte de
Bon vin rouge ; et avant de donner le remede , on
asoinde bien remuer le tout , de maniere que le
mare suive l'infusion. L'en observe encore de he
Ev le
2398 MERCURE DE FRANCE
le donner qu'après que la Bête a étés à 6 heu
res sans manger.
Ce breuvage ne peut que faire du bien au Bes
tiaux qui le prennent ; mais il n'est pas toujours
infaillible pour empêcher la maladie , qui se guérit
de la maniere suivante.
Si en visitant les Bestiaux l'on apperçoit une
on plusieurs Vessies adhérantes à la langue, il faut
sur le champ avec une cueilliere d'argent ou une
piece d'argent , créver la Vessie , en enlever la
peau,et racler la playe jusqu'au sang ; 'ensuite l'étuver
et laver avec de l'eau de fontaine , et mieux
encore avec du fort vinaigre, dans lequel on aura
mis auparavant du Sel pilé , du Poivre , de l'Ait
concassé et des Herbes fortes , si l'on en a. Cela
fait , l'on couvre la playe de Sel bien fin , après
l'avoir bien frottée avec une Pierre de Vitriol de
Chypre.
Si en visitant les Bestiaux , l'on trouve l'ulcere
formé , il faut user du même remede et le réiterer
dans l'un et dans l'autre cas, deux et trois fois
par jour , jusqu'à la guérison.
L'on prétend que lorsque la Vessie se trouve
sur la langue , l'on doit faire saigner la Beste au
Gol.
L'on se sert actuellement et avec succès de ce
remede , qui fut mis en usage il y a environ dixhuit
ans contre une pareille maladiet qui depuis
quelque temps regne à Paris et aux environs sur
les Chevaux , ainsi que sur les Bêtes à corne. On
attribuë cette maladie à la grande sécheresse , et à
la prodigieuse quantité de Chenilles qu'il y a eu
cette année. Au reste on peut en toute seureté se
servir de ce remede, que nous tenons d'une bonne
main , et que nous avons encore fait examiner
par des personnes intelligentes , qui , sur l'experience
OCTOBRE. 1731. 2399
rience , ne doutent pas de l'utilité que le public
en doit rétirer .
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Résumé : OBSERVATIONS sur une maladie, qui attaque les Bêtes à corne et les Chevaux, dans la Généralité d'Auvergne ; & qui s'est introduite sur la fin du mois d'Avril dernier, dans l'Election de Gannac, Généralité de Moulins.
À la fin du mois d'avril, une maladie affectant les bovins et les chevaux a été observée dans la Généralité d'Auvergne et l'Élection de Gannac. Cette maladie se caractérise par l'apparition d'une vessie sur la langue de l'animal, qui passe du blanc au noir avant d'éclater, laissant un ulcère mortel. Les animaux ne montrent pas de symptômes extérieurs et continuent de boire, manger et travailler normalement jusqu'à la chute de la langue. Pour prévenir cette maladie, il est conseillé de surveiller régulièrement la langue des animaux. La maladie s'est rapidement propagée dans les paroisses environnantes de Gannac, sans communication directe entre elles. Les remèdes proposés incluent un traitement préventif à base de thériaque, gingembre, girofle, cannelle, genièvre, poivre et muscade, infusés dans du vin rouge. Pour les animaux déjà atteints, il est recommandé de crever les vessies, de nettoyer la plaie avec du vinaigre et du sel, et d'appliquer du sel fin et du vitriol de Chypre. Un saignement au garrot est également suggéré. Ces traitements ont été utilisés avec succès contre une maladie similaire à Paris et sont attribués à la sécheresse et à la prolifération de chenilles.
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32
p. 2810-2821
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres, avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages. Tome XV. de 409 pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, Libraire, ruë S. Jacques, à la Science. 1731.
Début :
On trouve à la tête de ce tome la Fable alphabetique des Sçavans qui [...]
Mots clefs :
Hommes illustres, Savants, Vol, Lettres, Maladie, Disgrâces
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres, avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages. Tome XV. de 409 pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, Libraire, ruë S. Jacques, à la Science. 1731.
MEMOIRES pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres , dans la République
des Lettres, avec un Catalogue raisonné de
leurs Ouvrages. Tome XV.de 409 pages
sans les Tables . A Paris , chez Briasson,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science.
1731.
N trouve à la tête de ce tome la
Fable alphabetique des Sçavans qui
y sont contenus. Le P. Niceron n'en a
point mis qui expose leurs noms ,
selon
l'ordre qu'ils tiennent dans ce volume.
Il y a dans ce Tome , comme dans les
autres , un nombre de Sçavans , du pre
mier ordre , entre lesquels il est difficile
de choisir. Nous nous sommes déterminez
en faveur d'Olympia Fulvia Morata,
dont l'article nous a paru très -singulier ,
parce qu'elle a été une Dame sçavante , et
par les différentes révolutions qui ont accompagné
sa vie.Le voicy tel qu'il est rapporté
dans les Mémoires.
Olympia Fulvia Morata , nâquit à Ferrare
, l'an 1526, Fulvio Peregrino Morato
son pere ,
natif de Mantouë , avoit professé
les belles Lettres en plusieurs Villes
I. Vol.
(d'Italic
-
DECEMBRE . 1731. 2811
d'Italie , et son mérite et sa capacité Pavoient
fait choisir pour Précepteur des
Princes de Ferrare, Hyppoliteet François ,
fils d'Alphonse.
On trouve une de ses Lettres sur la pro
nonciation de la Langue Latine , à la tête
de celles de Fluvia Morata sa fille , à qui
elle est addressée.
Les grandes dispositions qu'il remarqua
dans sa fille pour les Sciences , l'engagerent
à les cultiver ; il l'instruisit avec beaucoup
de soin , et elle fit en peu de temps
de si grands progrès , qu'elle devint l'admiration
de tout le monde.
La Princesse de Ferrare , Anne , fille
d'Hercule II. étudioit alors les Lettres
sous la conduite de Jean Sinapius , et l'on
jugea à propos de mettre auprès d'elle Ful
via Morata , afin que l'émulation que sa
compagnie lui inspireroit , la fit avancer
davantage dans les sciences qu'on lui enseignoit.
Le séjour de la Cour fût avanta
geux à notre sçavante,pour la même raison
, et on l'y vit , avec étonnement , réciter
des Discours Latins , parler Grec
expliquer les Paradoxes de Ciceron , et répondre
à toutes les questions qu'on lui
faisoit.
Mais l'affection que lui témoigna la Duchesse
de Ferrare , Renée de France , mere
1.Vol.
de
2012 MERCURE DE FRANCE
de la Princesse Anne , lui fut funeste ; car
elle lui communiqua le goût qu'elle avoit
pour les nouvelles opinions , au sujet de
Ia Religion , qu'elle favorisoit secretement
, et que Fulvia Morata embrassa
dans la suite.
Après avoir demeuré quelques années.
auprès de la jeune Princesse qui l'aimoit
beaucoup , elle retourna dans la maison
paternelle , pour assister son pere dans la
maladie dont il mourut. Elle ne retourna
plus après à la Cour , parce que sa mere
étant fort valetudinaire , elle se trouvoit
obligée , en qualité d'aînée de la famille ,
d'avoir soin de l'éducation de ses trois
soeurs et de son frere .
Une autre raison s'y joignit encore , celle,
dit- elle dans une de ses Lettres à Cælius
Secundus Curion , avec qui elle étoit liée
depuis long- temps d'une étroite amitié ,
qui auroit dû nous proteger , prévenuë par
les discours calomnieux de quelques personnes
mal intentionnées , nous a abandonnées et
maltraitées. Il eſt à présumer qu'elle veut
entendre , par là , la Duchesse de Ferrare
qui changea alors de dispositions à son
égard.
Quoiqu'il en soit , un jeune Allemand ,
nommé André Grunthler , qui étudioit
alors en Medecine à Ferrare , où il se fit
I.Vol. rece
DECEMBRE 1731. 2813
recevoir Docteur en cette Faculté , ayant
eu occasion de la voir et de la connoître ,
fut si touché de son mérite, qu'il l'épousa.
Il paroît incontestablement par ses Lettres
, que ce Mariage se fit avant leur dé
part pour l'Allemagne , c'est - à - dire , à
Ferrare ; mais M. de Thou veut qu'il ne
se soit fait qu'en Allemagne ; et ce qu'il
dit là- dessus semble s'accorder avec ce
que Grunthler assure dans une Lettre à
Curion , sur la mort de Fulvia -Morata sa
femme, qu'ils n'avoient pas vécu ensemble
cinq années. Si cela est , ils ont dû se
marier en 1550. c'est - à - dire , deux ans
après leur arrivée en Allemagne ; mais
cela ne paroît gueres probable ; il est
plutôt à croire que Grunthler n'a voulu
parler que du temps qu'ils ont été effectivement
ensemble , ses fréquens voyages
l'ayant obligé d'être souvent séparé d'elle.
Peut- être aussi y a-t-il faute d'impression
dans sa Lettre.
Fulvia- Morata laissa à Ferrare , sa mere,
nommée Lucrece , qu'elle aima toûjours
tendrement , et qu'elle n'oublia pas dans
toutes ses disgraces . Car on voit par une
de ses Lettres , que quoiqu'elle eût perdu
elle-même tout son bien dans les Guerres
d'Allemagne , elle prenoit parc à l'état .
E d'indigence où elle avoit appris qu'elle
I. Vol. F étoit
1814 MERCURE DE FRANCE
"
étoit réduite , en lui envoyant une somme
d'argent pour l'aider à subsister. Elle laissa
aussi en Italie ses trois soeurs , dont l'une
fut mariée quelque-temps après à un jeune
homme fort riche , qui l'épousa pour
son mérite , et les deux autres entrerent
au service de quelques Dames de considération
.
Pour ce qui est de son frere Emile , qui
n'avoit alors que huit ans , elle l'emmena
en Allemagne , et l'instruisit elle- même
dans les Langues Grecque et Latine.
Fulvia-Morata et son mari arriverent
en Allemagne , le 12 Juin 1548. et firent
quelque séjour à Ausbourg, chez une personne
de considération , nommée George
Herman, que Grunthler guérit d'une maladie
fâcheuse . Ils se rendirent ensuite à
Schweinfurt , Ville Impériale de Franconie
, dont ce Medecin étoit natif.
Il n'y avoit pas long- temps qu'ils y
étoient , lorsque les Troupes des Evêques
de Bamberg et de Wirtzbourg , de l'Elecfeur
de Saxe , du Duc de Brunswic et de
la Ville de Nuremberg vinrent l'assiéger,
parce que le Marquis de Brandebourg
contre qui ils étoient en Guerre , s'y étoit
retiré avec son armée. Ce Siége dura quatorze
mois , pendant lesquels on eût à
souffrir la famine et la peste. Près de la
Vol. moitié
DECEMBRE . 1731 . 2815.
moitié des habitans moururent de cette
maladie , et Gunthler en fut attaqué si
dangereusement , qu'on désespera de sa.
vie , cependant il en revint .
La résolution que prit le Marquis de
Brandebourg de faire sortir ses Troupes
secrettement de la Ville pendant la nuit,
fit croire qu'elle alloit voir la fin de ses
disgraces ; mais on fut trompé dans cette
pensée. Car à peine en fut il dehors, que
l'armée des deux Evêques et de Nuremberg
la prit d'assaut , la saccagea et y mit
le feu.
Au premier tumulte , Morata et son
mari se retirerent dans une Eglise pour se
mettre à couvert de l'insolence et de la
fureur des Soldats ; mais ils sortirent de
cet azile sur l'avis que leur donna un
Soldat inconnu , qu'on alloit réduire la
Ville en cendre. Avis d'autant plus important
, que s'ils fussent demeurez dans
ce lieu , ils y eussent été étouffez par la
fumée , de même que les autres qui s'y
étoient réfugiez.
› Comme ils sortoient de la Ville , ils furent
dépouillez entierement par les Soldats
, qui ne laisserent à Morata que sa
chemise ; son mari fut même arrêté deux
fois , mais il s'échappa heureusement à
chacune
Fij Le 1. Vol.
2816 MERCURE DE FRANCE
Le mari et la femme s'étant réunis
furent d'abord incertains du parti qu'ils
prendroient ; mais enfin ils se déterminerent
à se retirer à Hamelbourg. Comme
cette Ville étoit éloignée de trois mille
d'Allemagne de Schweinfurt
, Morata
eut bien de la peine à s'y rendre , étant
nuds pieds , toute déeḥevelée et n'ayant
qu'un mechant habit tout déchiré , qu'on
lui avoit prêté dans sa route. Les habitans
firent d'abord difficulté de les y laisser
entrer , parce qu'il leur avoit été défendu
de recevoir ceux qui sortiroient de
Schweinfurt , et tout ce qui purent obfut
la permission d'y demeurer
و
quatre jours , après lesquels ils furent
obligez d'en sortir , quoique Morata fût
actuellement malade de la fièvre que lui
avoient causé les fatigues de son voyage.
Echappez de tous ces dangers , ils en
coururent un nouveau , en passant par
une Ville dépendante d'un Evêque , que
Morata qui nous instruit de ce détail , ne
nomme point , mais qui ne peut être
autre que celui de Wirtzbourg. Celui qui
y commandoit pour ce Prélat , fit arrêter
Grunthler , à qui il déclara qu'il avoit
ordre de lui , de fiire mourir tous les habitans
de Schvveinfutt qui tomberoient
entre ses mains ; mais cet ordre n'eût
1. Vol.
poing
DECEMBRE. 1731. 2817
point d'execution , parce qu'il vint dès
Lettres de l'Evêque , qui lui procurerent
la liberté.
Le Comte de Reineck et celui d'Erbach
, chez qui ils passerent ensuite , les
reçurent avec beaucoup d'humanité.
Comme ils professoient la nouvelle Religion
aussi bien qu'eux , ils n'oublierent
rien pour leur faite oublier les disgraces
passées , et leur fournirent abondamment
des habits et tout ce qui leur étoit né
cessaire .
Ils commençoient alors à respirer, lorsque
l'Electeur Palatin appella Grunthler à
Heidelberg , pour professer la Medecine.
Ils allerent donc demeurer dans cette Ville
, où le nouveau Professeur entra en
exercice la même année , c'es-à- dire en
1554.
Les maux que Morata avoit eu à souffrir
, avoient alteré son temperament , et
elle ne fut pas long- temps sans ressentir
des effets de cette altération . Sa santé fut
toujours depuis tres- chancellante , et après
avoir langui quelques mois , elle mourut
le 26 Octobre 1555. n'ayant pas encore
29 ans complets.
1
Son mari et son frere la suivirent de'
bien près , et ils furent ensevelis tous trois
en un même tombeau , dans l'Eglise de
saint Pierre.
1. Vol.
Fiij Voicy
2818 MERCURE DE FRANCE
Voici son Epitaphe :
DEO IMM . S.
Et virtuti ac memoria Olympia Fulvia
Morata , Fulvii Morati Mantuani , viri
Doctiss. filia , Andrea Grunthleri Medici
conjugis lectissima , foemina cujus ingenium
ac singularis utriusque lingua cognitio , in
moribus autem probitas , summumque pietatis
studium , suprà communem modum semper
existimata sunt. Quod de ejus vita hominum
judicium , beata mors sanctissimè ac pacatistimé
ab ea obita , divino quoque confir
mavit testimonio . Obiit mutato solo à salute
DEV. suprà mille. Sua atatis XXIX. hic cum
Marito et Emilio fratre sepulta Heidelberga.
Guillelmus Rascalonus M. D. B. B. MM . Pr.
le
L'Epitaphe de son mari , faite par
même Auteur , merite d'être rapportée ,
d'autant plus qu'elle contient quelques
particularitez de sa mort.
D. O. M. Trino et Uni S.
'Andrea Zunthlero Swinfordiano , magne
peritia viro Medico et Philosopho qui simul
atque schola , in qua vix dum ab exilio
, profiteri artem coeperat , pestis metu hic
I. Vol. dissi
ป
ย
"
DECEMBRE . 1731. 2819
dissiparetur , solvi à corpore exoptavit ,proque
voto solutus est , non tadio solo amissa
incomparabilis exempli socia ac conjugis
Minerva sua ( erat enim in omni fortuna
homo modestissimus ) sed ut ex densâ hâc
cælestium ignoratione in lucem traductus , ab
errationibus Deum non ampliùs off.nderet ,
hic in spem resurrectionis quiescenti sodalis
sodali, Medicus Medico , Guillelmus Rascalonus
posuit.
Olympia Fulvia Morata avoit composé
plusieurs Ouvrages , dont la plûpart pés
rirent dans l'Incendie de la Ville de
Schvveinfert. Le peu qui s'est conservé , a
été ramassé par Cælius Secundus Curion ,
qui les publia sous ce titre.
Olympia Fulvia Morate , Foemina doctissima
ac planè divina , Opera omnia que
hactenus inveniri potuerunt ; quibus Coelii
secundi Curionis Epistola ac Orationes accesserunt.
Basilea 1558. in 8. C'est la premiere
édition, qui a été suivie de plusieurs
autres , faites aussi à Bâle dans la même
forme , en 1562 , 1570 , 1580 , & c.
Les Ouvrages de Morata consistent dans
les pieces suivantes .
1. Trois Discours prononcez en presence
de la Princesse Anne de Ferrare
1. Vol.
Fiiij . d'unc
2820 MERCURE DE FRANCE
d'une assemblée choisie , à qui elle expliquoit
les Paradoxes de Ciceron ..
2. L'Eloge de Q. Mutius Scevola, en Grec.
et en Latin.
3.
4.
•
S.
Les deux premieres Nouvelles de Bocace
, traduites en Latin.
Deux Dialogues.
Deux Livres de Lettres. On y apprend
plusieurs particularitez de sa vie . C'est
une négligence impardonnable à Curion
de ne les avoir pas rangées selon
l'ordre des temps , et d'avoir obmis les
dattes à la plupart.
6. Deux Livres de Poësies Grecques.
Voyez ses Lettres . Melchior Adam vi
ta Philosophorum Germanorum .
Les Eloges de M. de Thou , et les additions
de Teissier.
Voicy les noms des Scavans , contenus
dans la Table Alphabetique , du même
quinziéme Tome.
Jean Boscager, Tycho-Brahé, Guillaume
Caoursin , Hyacinthe Cestoni , Pierre
Corneille , Louis de Courcillon de Dangeau
, Pierre Delfini , Louis de Dieu
Charles Drelincourt , Guillaume Dugdale
, Jacques Esprit , Alberic Gentilis ,
Scipion Gentilis, François Genet, Ulric de
1. Vol. Hutten,
DECEMBRE. 1731. 2821
Hutten , Pierre la Sena , François de Launay
, Thomas Lydiat , Henry de Monantheüil
, Olympia Fulvia Morata , Christophle
Persona , Gobelin Persona , Jacques
Picolomini , Jacques Pilarino , Jean Pitseus
, Antoine Sanderus , Nicolas Sanderus
, Michel Scot , George de Scudery ,
Madeleine de Scudery , Philippe Sidney
Sebastien le Nain de Tillemont, Evangeliste
Torriceli , Thomas Willis , Henry
V varton .
des Hommes Illustres , dans la République
des Lettres, avec un Catalogue raisonné de
leurs Ouvrages. Tome XV.de 409 pages
sans les Tables . A Paris , chez Briasson,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science.
1731.
N trouve à la tête de ce tome la
Fable alphabetique des Sçavans qui
y sont contenus. Le P. Niceron n'en a
point mis qui expose leurs noms ,
selon
l'ordre qu'ils tiennent dans ce volume.
Il y a dans ce Tome , comme dans les
autres , un nombre de Sçavans , du pre
mier ordre , entre lesquels il est difficile
de choisir. Nous nous sommes déterminez
en faveur d'Olympia Fulvia Morata,
dont l'article nous a paru très -singulier ,
parce qu'elle a été une Dame sçavante , et
par les différentes révolutions qui ont accompagné
sa vie.Le voicy tel qu'il est rapporté
dans les Mémoires.
Olympia Fulvia Morata , nâquit à Ferrare
, l'an 1526, Fulvio Peregrino Morato
son pere ,
natif de Mantouë , avoit professé
les belles Lettres en plusieurs Villes
I. Vol.
(d'Italic
-
DECEMBRE . 1731. 2811
d'Italie , et son mérite et sa capacité Pavoient
fait choisir pour Précepteur des
Princes de Ferrare, Hyppoliteet François ,
fils d'Alphonse.
On trouve une de ses Lettres sur la pro
nonciation de la Langue Latine , à la tête
de celles de Fluvia Morata sa fille , à qui
elle est addressée.
Les grandes dispositions qu'il remarqua
dans sa fille pour les Sciences , l'engagerent
à les cultiver ; il l'instruisit avec beaucoup
de soin , et elle fit en peu de temps
de si grands progrès , qu'elle devint l'admiration
de tout le monde.
La Princesse de Ferrare , Anne , fille
d'Hercule II. étudioit alors les Lettres
sous la conduite de Jean Sinapius , et l'on
jugea à propos de mettre auprès d'elle Ful
via Morata , afin que l'émulation que sa
compagnie lui inspireroit , la fit avancer
davantage dans les sciences qu'on lui enseignoit.
Le séjour de la Cour fût avanta
geux à notre sçavante,pour la même raison
, et on l'y vit , avec étonnement , réciter
des Discours Latins , parler Grec
expliquer les Paradoxes de Ciceron , et répondre
à toutes les questions qu'on lui
faisoit.
Mais l'affection que lui témoigna la Duchesse
de Ferrare , Renée de France , mere
1.Vol.
de
2012 MERCURE DE FRANCE
de la Princesse Anne , lui fut funeste ; car
elle lui communiqua le goût qu'elle avoit
pour les nouvelles opinions , au sujet de
Ia Religion , qu'elle favorisoit secretement
, et que Fulvia Morata embrassa
dans la suite.
Après avoir demeuré quelques années.
auprès de la jeune Princesse qui l'aimoit
beaucoup , elle retourna dans la maison
paternelle , pour assister son pere dans la
maladie dont il mourut. Elle ne retourna
plus après à la Cour , parce que sa mere
étant fort valetudinaire , elle se trouvoit
obligée , en qualité d'aînée de la famille ,
d'avoir soin de l'éducation de ses trois
soeurs et de son frere .
Une autre raison s'y joignit encore , celle,
dit- elle dans une de ses Lettres à Cælius
Secundus Curion , avec qui elle étoit liée
depuis long- temps d'une étroite amitié ,
qui auroit dû nous proteger , prévenuë par
les discours calomnieux de quelques personnes
mal intentionnées , nous a abandonnées et
maltraitées. Il eſt à présumer qu'elle veut
entendre , par là , la Duchesse de Ferrare
qui changea alors de dispositions à son
égard.
Quoiqu'il en soit , un jeune Allemand ,
nommé André Grunthler , qui étudioit
alors en Medecine à Ferrare , où il se fit
I.Vol. rece
DECEMBRE 1731. 2813
recevoir Docteur en cette Faculté , ayant
eu occasion de la voir et de la connoître ,
fut si touché de son mérite, qu'il l'épousa.
Il paroît incontestablement par ses Lettres
, que ce Mariage se fit avant leur dé
part pour l'Allemagne , c'est - à - dire , à
Ferrare ; mais M. de Thou veut qu'il ne
se soit fait qu'en Allemagne ; et ce qu'il
dit là- dessus semble s'accorder avec ce
que Grunthler assure dans une Lettre à
Curion , sur la mort de Fulvia -Morata sa
femme, qu'ils n'avoient pas vécu ensemble
cinq années. Si cela est , ils ont dû se
marier en 1550. c'est - à - dire , deux ans
après leur arrivée en Allemagne ; mais
cela ne paroît gueres probable ; il est
plutôt à croire que Grunthler n'a voulu
parler que du temps qu'ils ont été effectivement
ensemble , ses fréquens voyages
l'ayant obligé d'être souvent séparé d'elle.
Peut- être aussi y a-t-il faute d'impression
dans sa Lettre.
Fulvia- Morata laissa à Ferrare , sa mere,
nommée Lucrece , qu'elle aima toûjours
tendrement , et qu'elle n'oublia pas dans
toutes ses disgraces . Car on voit par une
de ses Lettres , que quoiqu'elle eût perdu
elle-même tout son bien dans les Guerres
d'Allemagne , elle prenoit parc à l'état .
E d'indigence où elle avoit appris qu'elle
I. Vol. F étoit
1814 MERCURE DE FRANCE
"
étoit réduite , en lui envoyant une somme
d'argent pour l'aider à subsister. Elle laissa
aussi en Italie ses trois soeurs , dont l'une
fut mariée quelque-temps après à un jeune
homme fort riche , qui l'épousa pour
son mérite , et les deux autres entrerent
au service de quelques Dames de considération
.
Pour ce qui est de son frere Emile , qui
n'avoit alors que huit ans , elle l'emmena
en Allemagne , et l'instruisit elle- même
dans les Langues Grecque et Latine.
Fulvia-Morata et son mari arriverent
en Allemagne , le 12 Juin 1548. et firent
quelque séjour à Ausbourg, chez une personne
de considération , nommée George
Herman, que Grunthler guérit d'une maladie
fâcheuse . Ils se rendirent ensuite à
Schweinfurt , Ville Impériale de Franconie
, dont ce Medecin étoit natif.
Il n'y avoit pas long- temps qu'ils y
étoient , lorsque les Troupes des Evêques
de Bamberg et de Wirtzbourg , de l'Elecfeur
de Saxe , du Duc de Brunswic et de
la Ville de Nuremberg vinrent l'assiéger,
parce que le Marquis de Brandebourg
contre qui ils étoient en Guerre , s'y étoit
retiré avec son armée. Ce Siége dura quatorze
mois , pendant lesquels on eût à
souffrir la famine et la peste. Près de la
Vol. moitié
DECEMBRE . 1731 . 2815.
moitié des habitans moururent de cette
maladie , et Gunthler en fut attaqué si
dangereusement , qu'on désespera de sa.
vie , cependant il en revint .
La résolution que prit le Marquis de
Brandebourg de faire sortir ses Troupes
secrettement de la Ville pendant la nuit,
fit croire qu'elle alloit voir la fin de ses
disgraces ; mais on fut trompé dans cette
pensée. Car à peine en fut il dehors, que
l'armée des deux Evêques et de Nuremberg
la prit d'assaut , la saccagea et y mit
le feu.
Au premier tumulte , Morata et son
mari se retirerent dans une Eglise pour se
mettre à couvert de l'insolence et de la
fureur des Soldats ; mais ils sortirent de
cet azile sur l'avis que leur donna un
Soldat inconnu , qu'on alloit réduire la
Ville en cendre. Avis d'autant plus important
, que s'ils fussent demeurez dans
ce lieu , ils y eussent été étouffez par la
fumée , de même que les autres qui s'y
étoient réfugiez.
› Comme ils sortoient de la Ville , ils furent
dépouillez entierement par les Soldats
, qui ne laisserent à Morata que sa
chemise ; son mari fut même arrêté deux
fois , mais il s'échappa heureusement à
chacune
Fij Le 1. Vol.
2816 MERCURE DE FRANCE
Le mari et la femme s'étant réunis
furent d'abord incertains du parti qu'ils
prendroient ; mais enfin ils se déterminerent
à se retirer à Hamelbourg. Comme
cette Ville étoit éloignée de trois mille
d'Allemagne de Schweinfurt
, Morata
eut bien de la peine à s'y rendre , étant
nuds pieds , toute déeḥevelée et n'ayant
qu'un mechant habit tout déchiré , qu'on
lui avoit prêté dans sa route. Les habitans
firent d'abord difficulté de les y laisser
entrer , parce qu'il leur avoit été défendu
de recevoir ceux qui sortiroient de
Schweinfurt , et tout ce qui purent obfut
la permission d'y demeurer
و
quatre jours , après lesquels ils furent
obligez d'en sortir , quoique Morata fût
actuellement malade de la fièvre que lui
avoient causé les fatigues de son voyage.
Echappez de tous ces dangers , ils en
coururent un nouveau , en passant par
une Ville dépendante d'un Evêque , que
Morata qui nous instruit de ce détail , ne
nomme point , mais qui ne peut être
autre que celui de Wirtzbourg. Celui qui
y commandoit pour ce Prélat , fit arrêter
Grunthler , à qui il déclara qu'il avoit
ordre de lui , de fiire mourir tous les habitans
de Schvveinfutt qui tomberoient
entre ses mains ; mais cet ordre n'eût
1. Vol.
poing
DECEMBRE. 1731. 2817
point d'execution , parce qu'il vint dès
Lettres de l'Evêque , qui lui procurerent
la liberté.
Le Comte de Reineck et celui d'Erbach
, chez qui ils passerent ensuite , les
reçurent avec beaucoup d'humanité.
Comme ils professoient la nouvelle Religion
aussi bien qu'eux , ils n'oublierent
rien pour leur faite oublier les disgraces
passées , et leur fournirent abondamment
des habits et tout ce qui leur étoit né
cessaire .
Ils commençoient alors à respirer, lorsque
l'Electeur Palatin appella Grunthler à
Heidelberg , pour professer la Medecine.
Ils allerent donc demeurer dans cette Ville
, où le nouveau Professeur entra en
exercice la même année , c'es-à- dire en
1554.
Les maux que Morata avoit eu à souffrir
, avoient alteré son temperament , et
elle ne fut pas long- temps sans ressentir
des effets de cette altération . Sa santé fut
toujours depuis tres- chancellante , et après
avoir langui quelques mois , elle mourut
le 26 Octobre 1555. n'ayant pas encore
29 ans complets.
1
Son mari et son frere la suivirent de'
bien près , et ils furent ensevelis tous trois
en un même tombeau , dans l'Eglise de
saint Pierre.
1. Vol.
Fiij Voicy
2818 MERCURE DE FRANCE
Voici son Epitaphe :
DEO IMM . S.
Et virtuti ac memoria Olympia Fulvia
Morata , Fulvii Morati Mantuani , viri
Doctiss. filia , Andrea Grunthleri Medici
conjugis lectissima , foemina cujus ingenium
ac singularis utriusque lingua cognitio , in
moribus autem probitas , summumque pietatis
studium , suprà communem modum semper
existimata sunt. Quod de ejus vita hominum
judicium , beata mors sanctissimè ac pacatistimé
ab ea obita , divino quoque confir
mavit testimonio . Obiit mutato solo à salute
DEV. suprà mille. Sua atatis XXIX. hic cum
Marito et Emilio fratre sepulta Heidelberga.
Guillelmus Rascalonus M. D. B. B. MM . Pr.
le
L'Epitaphe de son mari , faite par
même Auteur , merite d'être rapportée ,
d'autant plus qu'elle contient quelques
particularitez de sa mort.
D. O. M. Trino et Uni S.
'Andrea Zunthlero Swinfordiano , magne
peritia viro Medico et Philosopho qui simul
atque schola , in qua vix dum ab exilio
, profiteri artem coeperat , pestis metu hic
I. Vol. dissi
ป
ย
"
DECEMBRE . 1731. 2819
dissiparetur , solvi à corpore exoptavit ,proque
voto solutus est , non tadio solo amissa
incomparabilis exempli socia ac conjugis
Minerva sua ( erat enim in omni fortuna
homo modestissimus ) sed ut ex densâ hâc
cælestium ignoratione in lucem traductus , ab
errationibus Deum non ampliùs off.nderet ,
hic in spem resurrectionis quiescenti sodalis
sodali, Medicus Medico , Guillelmus Rascalonus
posuit.
Olympia Fulvia Morata avoit composé
plusieurs Ouvrages , dont la plûpart pés
rirent dans l'Incendie de la Ville de
Schvveinfert. Le peu qui s'est conservé , a
été ramassé par Cælius Secundus Curion ,
qui les publia sous ce titre.
Olympia Fulvia Morate , Foemina doctissima
ac planè divina , Opera omnia que
hactenus inveniri potuerunt ; quibus Coelii
secundi Curionis Epistola ac Orationes accesserunt.
Basilea 1558. in 8. C'est la premiere
édition, qui a été suivie de plusieurs
autres , faites aussi à Bâle dans la même
forme , en 1562 , 1570 , 1580 , & c.
Les Ouvrages de Morata consistent dans
les pieces suivantes .
1. Trois Discours prononcez en presence
de la Princesse Anne de Ferrare
1. Vol.
Fiiij . d'unc
2820 MERCURE DE FRANCE
d'une assemblée choisie , à qui elle expliquoit
les Paradoxes de Ciceron ..
2. L'Eloge de Q. Mutius Scevola, en Grec.
et en Latin.
3.
4.
•
S.
Les deux premieres Nouvelles de Bocace
, traduites en Latin.
Deux Dialogues.
Deux Livres de Lettres. On y apprend
plusieurs particularitez de sa vie . C'est
une négligence impardonnable à Curion
de ne les avoir pas rangées selon
l'ordre des temps , et d'avoir obmis les
dattes à la plupart.
6. Deux Livres de Poësies Grecques.
Voyez ses Lettres . Melchior Adam vi
ta Philosophorum Germanorum .
Les Eloges de M. de Thou , et les additions
de Teissier.
Voicy les noms des Scavans , contenus
dans la Table Alphabetique , du même
quinziéme Tome.
Jean Boscager, Tycho-Brahé, Guillaume
Caoursin , Hyacinthe Cestoni , Pierre
Corneille , Louis de Courcillon de Dangeau
, Pierre Delfini , Louis de Dieu
Charles Drelincourt , Guillaume Dugdale
, Jacques Esprit , Alberic Gentilis ,
Scipion Gentilis, François Genet, Ulric de
1. Vol. Hutten,
DECEMBRE. 1731. 2821
Hutten , Pierre la Sena , François de Launay
, Thomas Lydiat , Henry de Monantheüil
, Olympia Fulvia Morata , Christophle
Persona , Gobelin Persona , Jacques
Picolomini , Jacques Pilarino , Jean Pitseus
, Antoine Sanderus , Nicolas Sanderus
, Michel Scot , George de Scudery ,
Madeleine de Scudery , Philippe Sidney
Sebastien le Nain de Tillemont, Evangeliste
Torriceli , Thomas Willis , Henry
V varton .
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Résumé : MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres, avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages. Tome XV. de 409 pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, Libraire, ruë S. Jacques, à la Science. 1731.
Le texte est un extrait des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, dans la République des Lettres', publié en 1731 à Paris. Il présente une fable alphabétique des savants contenus dans le tome XV, qui compte 409 pages. Parmi les savants mentionnés, Olympia Fulvia Morata est particulièrement mise en avant. Olympia Fulvia Morata naquit à Ferrare en 1526. Son père, Fulvio Peregrino Morato, était un érudit qui avait été précepteur des princes de Ferrare. Reconnaissant les dispositions exceptionnelles de sa fille pour les sciences, il l'instruisit avec soin. Elle devint rapidement admirée pour ses compétences en latin, grec et philosophie. Elle fut ensuite placée auprès de la princesse Anne de Ferrare pour stimuler son éducation. Cependant, l'affection de la duchesse de Ferrare, Renée de France, pour Morata lui fut funeste, car elle lui transmit son goût pour les nouvelles opinions religieuses. Après avoir quitté la cour pour s'occuper de sa famille, Morata épousa André Grunthler, un médecin allemand. Ils se réfugièrent en Allemagne en 1548 et vécurent des périodes de grande détresse, notamment lors du siège de Schweinfurt. Malgré les épreuves, Morata continua à écrire et à instruire son frère. Elle mourut en 1555 à l'âge de 29 ans. Ses œuvres, en grande partie perdues lors de l'incendie de Schweinfurt, furent rassemblées et publiées par Cælius Secundus Curion. Elles incluent des discours, des traductions, des dialogues, des lettres et des poèmes. Le texte mentionne également trois autres figures historiques : Torricelli, Thomas Willis et Henry Varton. Torricelli est connu pour ses contributions scientifiques, notamment dans le domaine de la physique et de la mécanique des fluides. Thomas Willis est célèbre pour ses travaux en médecine, en particulier dans le domaine de la neurologie et de l'anatomie du cerveau. Henry Varton est mentionné sans détails supplémentaires sur ses contributions spécifiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 890-898
WAMPIRS, fait singulier et des plus extraordinaires, s'il est vrai.
Début :
Voicy le rapport des Chirurgiens Impériaux, sur ce qui s'est [...]
Mots clefs :
Vampires, Sang, Mort, Jour, Chirurgiens, Maladie, Corps, Médugion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : WAMPIRS, fait singulier et des plus extraordinaires, s'il est vrai.
WAMPIRS, fait singulier et des plus .
extraordinaires , s'il est vrai.
Oicy le rapport des Chirurgiens
V. Impériaux , sur pur cece qui s'est s'est trouvé
en Servie au Village de Médugion , sur
les Frontieres de la Turquie , au sujet des
Wampirs; c'est le nom qu'on donne en
ce
MAY. 1732. 891
ce Païs , à des gens , qui après leur mort
viennent , dit- on , sucer les vivans.
Sur l'avis qui fût donné que dans le
Village de Médugion , certains Wampirs
avoient fait mourir quelques personnes
en les suçant. J'ai été envoyé sur les
lieux par l'ordre du Commandant de ces
quartiers, pour examiner la chose à fond
avec deux Officiers et deux Chirurgiens ,
commandez , à cet effét ; et j'ai fait l'in
formation suivante , en présence de tous
les Chefs du Village , du Gerschita , Càpitaine des Haiduchs, du Hadnach, du Fariala , et des plus anciens Hayduchs du
village, ce qui s'est passé en cette maniere:
3
Après les interrogatoires requis , tous
les gens du Village ont dit unanimement
que depuis, environ 5 ans , un Hayduch
du Païs , nommé Arnoud - Parte , lequel
s'étoit cassé le col en tombant du haut
d'un Chariot à foin , et avoit souvent raconté pendant sa vie , que près de Gossera , dans la Servie Turque , il avoit été
toarmenté par un Wampirs , et qu'il
avoit ensuite mangé la terre de sa fosse et
s'étoit frotté de son sang , pour se déli
vrer de ce tourment ; que 20 ou 30 jours
après la mort de ce Hayduch , quelques
personnes s'étoient plaintes d'avoir été
tourmentées par le même Arnoud, et
Cv qu'en
892 MERCURE DE FRANCE
qu'en effet cinq personnes en étoient
mortes ; que d'abord pour arrêter ce mal¸
on avoit été, du conseil de leur Hadnach,
qui s'étoit trouvé cn pareil cas ,
déterrer
corps d'Arnoud-Parte environ 40 jours
après sa mort , et qu'on avoit trouvé qu'il
étoit encore entier , sans aucune corruple
tion ; que le sang lui couloit encore tout
frais des yeux , du nez , de la bouche et
des oreilles , que son drap , sa chemise et
son cercueil , étoient pleins de sang , que
les ongles des mains et des pieds lui
étoient tombez avec la peau , et qu'il lui
en croissoit d'autres ; que comme on reconnut que c'étoit un véritable Wampir ,
on lui enfonça , selon la coutume , un
Pal à travers du cœur , sur quoi il fit un
petit crachement , et la playe,rendit une
grande quantité de sang ; on brula le cadavre le même jour , et on jetta les cendres dans la fosse.
Les mêmes gens ont encore dit , que,
tous ceux qui sont tourmentez par les
Wampirs. et qui en meurent, deviennent
aussi Wampirs eux - mêmes , et que c'est
pour cela qu'ils firent la même opération
sur les cinq personnes dont on a parlé s
Ils ajoutent encore que le même ArnoudParte, attaquoit et suivoit non- seulementles hommes , mais aussi les bestiaux , et
que
MAY. 1732. 893
que comme illyy avoit des personnes qui
avoient mangé de leur chair , on s'appercevoit de nouveau dans le païs qu'il s'y
trouvoit beaucoup de Vvampirs ; de sorte
qu'en trois mois de temps , la mort avoit
enlevé 17 personnes , tant jeunes que
vieux , dont quelques uns étoient morts
en deux ou trois jours sans avoir été malades.
Le Hayduc Jorvina a déposé de plus ;
qu'il y avoit environ 20 jours que sa bru,
nommée Stanaha , s'étoit mise au lit en
bonne santé , et s'étant reveillée en sursaut , avec un cri , une frayeur , et un
tremblement extraordinaire , se plaignit
d'avoir été sucée au col par le fils d'un
Hayduc , nommé Miller , mort depuis 9
semaines , dont elle avoit senti une gran
de douleur à la poitrine ; et que se trouvant plus mal d'heure en heure , elle étoit
enfin morte au bout de trois jours..
Le même jour après midi , nous nous
transportames au Cimetiere , accompagnez des mêmes Ouvriers Hayducs dut
Village , pour faire ouvrir les tombeaux
suspects , et en faire visiter les corps ; ce
qu'ayant fait,nous trouvâmes: 1 ° .Une fem
me , nommée Stana, qui étoit morte,âgée
de 20 ans, après une maladie de trois jours ,
causée par ses couches , et qui avoit dic
I
Cvj, avant
894 MERCURE DE FRANCE
ayant sa mort, s'être frottée du sang d'un
Wampir , dont elle et son enfant , mort
aussi-tôt après sa naissance , et qui avoit
été encore mangé par les chiens , parce
que sa fosse n'étoit pas assez profonde
étoient devenus Wampirs.
Cette femme étoit toute entiere , sans
pourriture. Après l'ouverture du corps on
lui trouva quantité de sangextravasé dans
la cavité de la poitrine , les vaisscaux ,
comme arteres et veines , avec les ventri
cules du cœur , n'étoient pas , comme il
sont ordinairement , remplis de sang coagulé; tous les visceres , comme le poulmon et le foye , l'estomac , la ratte et le
reste des intestins , étant aussi sains que
dans une personne en santé, mais la matrice étoit fort grande et intérieurement
enflammée, parce que l'arriere- faix et les
vuidanges y étoient restez , ce qui avoit
causé une entiere pourriture. La peau des
mains et des pieds , de même que les ongles tomboient d'eux - mêmes , et il reparoissoit à la place de nouveaux ongles ep
une nouvelle peau fraiche et vive.
2. Nous déterrames une autre femme,
nommée Mélica , qui étoit morte , âgée
d'environ 60 ans , après une maladie de 3
mois on lui trouva dans la poitrine beaucoup de sang liquide , le reste des entrailles
...
MAY. 1732. 8955
les étoit comme dans l'autre femme , en
bon état. Tous les Hayduchs qui étoient
présens à la dissection , furent fort étonnéz de la graisse et de l'embonpoint de
cette femme, disant unanimement l'avoir
très-bien connue dès sa jeunesse , et que
pendant sa vie elle avoit été toujours fort :
maigre et fort seche. Ils ajoutoient unanimement qu'il falloit que cet embonpoint
fut venu dans le tombeau , et que selon
le rapport des gens du lieu , c'étoit elle..
qui avoit été la premiere desWampirsd'àpresent , parce qu'elle avoit mangé de la chair des Brebis qui avoient été tuées par
les Wampirs précédens..
3. Nous trouvames un enfant de huit
jours , enterré depuis trois mois , lequel ™
étoit pareillement dans le même état des
Wampirs
4. Le fils d'an Hayduch ; nommé Millot , mort à 16 ans , après une maladie de
trois jours , et enterré depuis neuf semaines , fut trouvé dans le même état des
Wampirs.
5. Un Hayduch, nommé Joachin, mort
à 17 ans , après 2 jours de maladie , et enterré depuis 8 semaines.
6. Une femme , nommée Ruscha, morte
après dix jours de maladie , et enterrée .
depuis six semaines ; on trouva beaucoup
de
896 MERCURE DE FRANCE
de sang tout frais , non- seulement dans la
poitrine , mais aussi au fond du ventricule; la même chose fut observée à l'égard
de son enfant , qui étoit mort depuis cinq
semaines , âgé de 18 ans.
7. Une jeune fille de dix ans , morte depuis 2 mois , pareillement toute entiere
et avec du sang dans la poitrine.
8. La femme d'un Hayduch , avec un
enfant , laquelle étoit morte depuis 7 semaines, et son enfant mort depuis 15 jours
âgé de 8 ans ; la mere et l'enfant furent
trouvez tout pourris , quoiqu'enterrez
tout auprès des Wampirs.
9. Le Valet d'un Caporal de Heyduchs,
d'un païs nommé Rad , mort âgé de 23:
ans , après trois mois de maladie , et enterré depuis 5 semaines , fut trouvé en
tierement pourri .
10. Lafemme du Bariactar du lieu, avec
son enfant, mort depuis six semaines, pareillement pourris.
11. Auprès du même , un Heyduch¸.
mort depuis 6 semaines , âgé de 60 ans. Je
lai trouvai , comme aux autres Wampirs,
quantité de sang liquide dans la poitrine
et l'estomach , avec tout le corps , dans le
même état des Wampirs..
12. La femme d'un Heyduch , appel
lée Stanaha, morte à l'âge de 20 ans,après
trois
ΜΑΥ. 17323 899
3 jours de maladie , et enterrée depuis 18
jours à la dissection je trouvai qu'elleavoit le visage d'une couleur toute rouge,.
et vive ; et comme on a dit cy dessus
qu'elle avoit été sucée au col par le fils
d'un Heyduch , nommé Millve. On remarquoit effectivement qu'elle avoit au :
dessus de l'oreille du côté droit , une tache bleuë , mêlée de sang extravasé , de la
longueur du doigt. Au sortir de la fosse.
elle jetta une grande quantité de sang
tout frais par le nez,et après la dissection,
je trouvai , comme je l'ai souvent remarqué , une grande quantité de sang balsamique et tout frais , non seulement dans
le creux de la poitrine , mais aussi dans
le ventricule du cœur ; tous les visceres
étoient entierement sains et en bon état ,
et la peau de tout le corps , de même que
les ongles des mains et des pieds étoient
pareillement tout frais.
Après la visite de ces corps , on fit couper la tête à tous les Wampirs , par l'E--
xécuteur du lieu , et ensuite on brûla les
têtes et les corps , les cendres en furentjettées dans la Riviere du Morave ; pour
les Cadavres pourris on les remit dans
leurs premieres fosses. Toutes lesquelles.
choses j'atteste veritables , conjointement
气
avec
898 MER CURE DE FRANCE
*
avec les deux Chirurgiens qui m'ont été
adjoints pour cette information..
Signé ,Jean Schchinge, Chirurgien du
Regiment de Rischembach , Infanterie.
Jean Ferdirack , Chirurgien du même
Régiment. J. H.Sicq, Chirurgien au Ké
giment de Moralt..
Nous , soussignez , certifions-que tout
ce que les Chirurgiens de Rischembach ,
et les deux Chirurgiens cy- dessus nommez, ont attesté à l'égard des Wampirs a été par Nous vû et trouvé conforme à
la vérité dans tous les points , ayant éré
présens à la visite et à l'examen de toutes
choses ; en foy de quoi nous avons signé
le present Acte , et apposé nos Cachets.
A Belgrade, le 26 Janv.1732. Signé , Bultrul, Lieutenant Colonel du Regiment dư
Pr. Alexandre de Wirtemberg, C. L. S.
de Linden fils , Enseigne dans le Regiment du Pr. Alexandre de Wirtemberg.
extraordinaires , s'il est vrai.
Oicy le rapport des Chirurgiens
V. Impériaux , sur pur cece qui s'est s'est trouvé
en Servie au Village de Médugion , sur
les Frontieres de la Turquie , au sujet des
Wampirs; c'est le nom qu'on donne en
ce
MAY. 1732. 891
ce Païs , à des gens , qui après leur mort
viennent , dit- on , sucer les vivans.
Sur l'avis qui fût donné que dans le
Village de Médugion , certains Wampirs
avoient fait mourir quelques personnes
en les suçant. J'ai été envoyé sur les
lieux par l'ordre du Commandant de ces
quartiers, pour examiner la chose à fond
avec deux Officiers et deux Chirurgiens ,
commandez , à cet effét ; et j'ai fait l'in
formation suivante , en présence de tous
les Chefs du Village , du Gerschita , Càpitaine des Haiduchs, du Hadnach, du Fariala , et des plus anciens Hayduchs du
village, ce qui s'est passé en cette maniere:
3
Après les interrogatoires requis , tous
les gens du Village ont dit unanimement
que depuis, environ 5 ans , un Hayduch
du Païs , nommé Arnoud - Parte , lequel
s'étoit cassé le col en tombant du haut
d'un Chariot à foin , et avoit souvent raconté pendant sa vie , que près de Gossera , dans la Servie Turque , il avoit été
toarmenté par un Wampirs , et qu'il
avoit ensuite mangé la terre de sa fosse et
s'étoit frotté de son sang , pour se déli
vrer de ce tourment ; que 20 ou 30 jours
après la mort de ce Hayduch , quelques
personnes s'étoient plaintes d'avoir été
tourmentées par le même Arnoud, et
Cv qu'en
892 MERCURE DE FRANCE
qu'en effet cinq personnes en étoient
mortes ; que d'abord pour arrêter ce mal¸
on avoit été, du conseil de leur Hadnach,
qui s'étoit trouvé cn pareil cas ,
déterrer
corps d'Arnoud-Parte environ 40 jours
après sa mort , et qu'on avoit trouvé qu'il
étoit encore entier , sans aucune corruple
tion ; que le sang lui couloit encore tout
frais des yeux , du nez , de la bouche et
des oreilles , que son drap , sa chemise et
son cercueil , étoient pleins de sang , que
les ongles des mains et des pieds lui
étoient tombez avec la peau , et qu'il lui
en croissoit d'autres ; que comme on reconnut que c'étoit un véritable Wampir ,
on lui enfonça , selon la coutume , un
Pal à travers du cœur , sur quoi il fit un
petit crachement , et la playe,rendit une
grande quantité de sang ; on brula le cadavre le même jour , et on jetta les cendres dans la fosse.
Les mêmes gens ont encore dit , que,
tous ceux qui sont tourmentez par les
Wampirs. et qui en meurent, deviennent
aussi Wampirs eux - mêmes , et que c'est
pour cela qu'ils firent la même opération
sur les cinq personnes dont on a parlé s
Ils ajoutent encore que le même ArnoudParte, attaquoit et suivoit non- seulementles hommes , mais aussi les bestiaux , et
que
MAY. 1732. 893
que comme illyy avoit des personnes qui
avoient mangé de leur chair , on s'appercevoit de nouveau dans le païs qu'il s'y
trouvoit beaucoup de Vvampirs ; de sorte
qu'en trois mois de temps , la mort avoit
enlevé 17 personnes , tant jeunes que
vieux , dont quelques uns étoient morts
en deux ou trois jours sans avoir été malades.
Le Hayduc Jorvina a déposé de plus ;
qu'il y avoit environ 20 jours que sa bru,
nommée Stanaha , s'étoit mise au lit en
bonne santé , et s'étant reveillée en sursaut , avec un cri , une frayeur , et un
tremblement extraordinaire , se plaignit
d'avoir été sucée au col par le fils d'un
Hayduc , nommé Miller , mort depuis 9
semaines , dont elle avoit senti une gran
de douleur à la poitrine ; et que se trouvant plus mal d'heure en heure , elle étoit
enfin morte au bout de trois jours..
Le même jour après midi , nous nous
transportames au Cimetiere , accompagnez des mêmes Ouvriers Hayducs dut
Village , pour faire ouvrir les tombeaux
suspects , et en faire visiter les corps ; ce
qu'ayant fait,nous trouvâmes: 1 ° .Une fem
me , nommée Stana, qui étoit morte,âgée
de 20 ans, après une maladie de trois jours ,
causée par ses couches , et qui avoit dic
I
Cvj, avant
894 MERCURE DE FRANCE
ayant sa mort, s'être frottée du sang d'un
Wampir , dont elle et son enfant , mort
aussi-tôt après sa naissance , et qui avoit
été encore mangé par les chiens , parce
que sa fosse n'étoit pas assez profonde
étoient devenus Wampirs.
Cette femme étoit toute entiere , sans
pourriture. Après l'ouverture du corps on
lui trouva quantité de sangextravasé dans
la cavité de la poitrine , les vaisscaux ,
comme arteres et veines , avec les ventri
cules du cœur , n'étoient pas , comme il
sont ordinairement , remplis de sang coagulé; tous les visceres , comme le poulmon et le foye , l'estomac , la ratte et le
reste des intestins , étant aussi sains que
dans une personne en santé, mais la matrice étoit fort grande et intérieurement
enflammée, parce que l'arriere- faix et les
vuidanges y étoient restez , ce qui avoit
causé une entiere pourriture. La peau des
mains et des pieds , de même que les ongles tomboient d'eux - mêmes , et il reparoissoit à la place de nouveaux ongles ep
une nouvelle peau fraiche et vive.
2. Nous déterrames une autre femme,
nommée Mélica , qui étoit morte , âgée
d'environ 60 ans , après une maladie de 3
mois on lui trouva dans la poitrine beaucoup de sang liquide , le reste des entrailles
...
MAY. 1732. 8955
les étoit comme dans l'autre femme , en
bon état. Tous les Hayduchs qui étoient
présens à la dissection , furent fort étonnéz de la graisse et de l'embonpoint de
cette femme, disant unanimement l'avoir
très-bien connue dès sa jeunesse , et que
pendant sa vie elle avoit été toujours fort :
maigre et fort seche. Ils ajoutoient unanimement qu'il falloit que cet embonpoint
fut venu dans le tombeau , et que selon
le rapport des gens du lieu , c'étoit elle..
qui avoit été la premiere desWampirsd'àpresent , parce qu'elle avoit mangé de la chair des Brebis qui avoient été tuées par
les Wampirs précédens..
3. Nous trouvames un enfant de huit
jours , enterré depuis trois mois , lequel ™
étoit pareillement dans le même état des
Wampirs
4. Le fils d'an Hayduch ; nommé Millot , mort à 16 ans , après une maladie de
trois jours , et enterré depuis neuf semaines , fut trouvé dans le même état des
Wampirs.
5. Un Hayduch, nommé Joachin, mort
à 17 ans , après 2 jours de maladie , et enterré depuis 8 semaines.
6. Une femme , nommée Ruscha, morte
après dix jours de maladie , et enterrée .
depuis six semaines ; on trouva beaucoup
de
896 MERCURE DE FRANCE
de sang tout frais , non- seulement dans la
poitrine , mais aussi au fond du ventricule; la même chose fut observée à l'égard
de son enfant , qui étoit mort depuis cinq
semaines , âgé de 18 ans.
7. Une jeune fille de dix ans , morte depuis 2 mois , pareillement toute entiere
et avec du sang dans la poitrine.
8. La femme d'un Hayduch , avec un
enfant , laquelle étoit morte depuis 7 semaines, et son enfant mort depuis 15 jours
âgé de 8 ans ; la mere et l'enfant furent
trouvez tout pourris , quoiqu'enterrez
tout auprès des Wampirs.
9. Le Valet d'un Caporal de Heyduchs,
d'un païs nommé Rad , mort âgé de 23:
ans , après trois mois de maladie , et enterré depuis 5 semaines , fut trouvé en
tierement pourri .
10. Lafemme du Bariactar du lieu, avec
son enfant, mort depuis six semaines, pareillement pourris.
11. Auprès du même , un Heyduch¸.
mort depuis 6 semaines , âgé de 60 ans. Je
lai trouvai , comme aux autres Wampirs,
quantité de sang liquide dans la poitrine
et l'estomach , avec tout le corps , dans le
même état des Wampirs..
12. La femme d'un Heyduch , appel
lée Stanaha, morte à l'âge de 20 ans,après
trois
ΜΑΥ. 17323 899
3 jours de maladie , et enterrée depuis 18
jours à la dissection je trouvai qu'elleavoit le visage d'une couleur toute rouge,.
et vive ; et comme on a dit cy dessus
qu'elle avoit été sucée au col par le fils
d'un Heyduch , nommé Millve. On remarquoit effectivement qu'elle avoit au :
dessus de l'oreille du côté droit , une tache bleuë , mêlée de sang extravasé , de la
longueur du doigt. Au sortir de la fosse.
elle jetta une grande quantité de sang
tout frais par le nez,et après la dissection,
je trouvai , comme je l'ai souvent remarqué , une grande quantité de sang balsamique et tout frais , non seulement dans
le creux de la poitrine , mais aussi dans
le ventricule du cœur ; tous les visceres
étoient entierement sains et en bon état ,
et la peau de tout le corps , de même que
les ongles des mains et des pieds étoient
pareillement tout frais.
Après la visite de ces corps , on fit couper la tête à tous les Wampirs , par l'E--
xécuteur du lieu , et ensuite on brûla les
têtes et les corps , les cendres en furentjettées dans la Riviere du Morave ; pour
les Cadavres pourris on les remit dans
leurs premieres fosses. Toutes lesquelles.
choses j'atteste veritables , conjointement
气
avec
898 MER CURE DE FRANCE
*
avec les deux Chirurgiens qui m'ont été
adjoints pour cette information..
Signé ,Jean Schchinge, Chirurgien du
Regiment de Rischembach , Infanterie.
Jean Ferdirack , Chirurgien du même
Régiment. J. H.Sicq, Chirurgien au Ké
giment de Moralt..
Nous , soussignez , certifions-que tout
ce que les Chirurgiens de Rischembach ,
et les deux Chirurgiens cy- dessus nommez, ont attesté à l'égard des Wampirs a été par Nous vû et trouvé conforme à
la vérité dans tous les points , ayant éré
présens à la visite et à l'examen de toutes
choses ; en foy de quoi nous avons signé
le present Acte , et apposé nos Cachets.
A Belgrade, le 26 Janv.1732. Signé , Bultrul, Lieutenant Colonel du Regiment dư
Pr. Alexandre de Wirtemberg, C. L. S.
de Linden fils , Enseigne dans le Regiment du Pr. Alexandre de Wirtemberg.
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Résumé : WAMPIRS, fait singulier et des plus extraordinaires, s'il est vrai.
En mai 1732, un rapport des chirurgiens impériaux a documenté des événements survenus au village de Médugion, en Serbie, aux frontières de la Turquie, concernant des créatures appelées 'Wampirs'. Ces Wampirs sont des individus décédés qui, selon les croyances locales, sucent le sang des vivants. Une enquête a été menée par un officier et deux chirurgiens après des informations sur des décès suspects. Les habitants du village ont rapporté que depuis environ cinq ans, un homme nommé Arnoud-Parte, mort après une chute, était devenu un Wampir. Après sa mort, plusieurs personnes ont été tourmentées et cinq sont décédées. Le corps d'Arnoud-Parte, exhumé 40 jours après son décès, était intact et rempli de sang frais. Pour le neutraliser, on lui a enfoncé un pieu dans le cœur et son cadavre a été brûlé. Les habitants ont également mentionné que les personnes tuées par les Wampirs deviennent elles-mêmes des Wampirs. Arnoud-Parte attaquait aussi les animaux, et ceux qui consommaient leur chair risquaient de devenir des Wampirs. En trois mois, 17 personnes sont mortes dans des circonstances similaires. Lors de l'exhumation de plusieurs corps suspects, les chirurgiens ont trouvé des signes de vampirisme, tels que du sang frais dans la poitrine et des organes internes en bon état. Les corps des Wampirs étaient intacts, contrairement aux autres cadavres qui étaient en décomposition. Les Wampirs identifiés ont été décapités et brûlés, leurs cendres jetées dans la rivière Morave. Les chirurgiens et les officiers présents ont attesté la véracité de ces observations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 2497-2501
MALADIE de Monseigneur le Duc d'Orleans, et Actions de Graces renduës pour son heureuse guérison.
Début :
Tout le monde sçait que la pieté de M. le Duc d'Orleans, Premier Prince du Sang, le [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Guérison, Maladie, Actions de grâce, Convalescence, Petite vérole, Te Deum, Église, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MALADIE de Monseigneur le Duc d'Orleans, et Actions de Graces renduës pour son heureuse guérison.
MALADIE de Monseigneur le Due
d'Orleans , et Actions de Gracès renduës
pourson heureuseguérison.
Out le monde sçait que la pieté de M. le TDucd'Orleans ,Fremier Prince du Sang , le
porte à faire des Retraites dans l'Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Ce Prince venoit de finir
une de ces Retraites , qui avoit duré 17 jours ,
lorsque M. le Duc de Chartres fut attaqué de la
petite
2498 MERCURE DE FRANCE
à
petite verole. M. le Duc d'Orleans , en vrai Pere,
ne le quitta pas d'un moment. Aussi- tôt qu'il le vît en convalescence , il pensa se retirer de
nouveau à sainte Geneviève. Il y arriva le Jeudi
matin 30 Octobre , ayant déja eu un accès de
fiévre , une diete rigoureuse n'empêcha pas le
mal d'augmenter. Le vendredi 31. on conclut à
la saignée du bras , ce qui fut éxecuté par le
sieur Marsolan , premier Chirurgien de S. A.-S.
qui avoit été de cet avis
La petite verole déclarée , le Prince résolut de
rester à Sainte Geneviève. S. A. R. Madame la
Duchesse d'Orleans, accourut promptement : dans
Cette visite et dans celles qui suivirent , on la vûe des heures entieres devant le S. Sacrement. La
Reine d'Espagne vint le Samedi , Fête de la Toussaints , et les jours suivans , employant chaque
fois beaucoup de tems à la priere , pour implorer
le secours du Ciel. Ces Augustes et pieuses Prin-.
cesses faisoient distribuer en sortant des aumônes considérables.
Le Dimanche matin 2 Novembre , M. l'Arche◄
vêque de Paris vint à Sainte Geneviève , y celébra
la Messe , et salua M. le Duc d'Orleans, malgré
les instances réïterées de S. A. S. qui lui fit représenter poliment qu'un Archevêque , obligé de
communiquer avec toutes sortes de personnes, ne
pouvoit prendre à cet égard trop de précau tions.
Déja les grands Officiers de S. A. S. et les personnes qui en pareil cas deviennent absolument
necessaires , s'étoient rendues du Palais Royal à
Sainte Geneviève. Du nombre de ces derniers
sont le sieur Terre , premier Medecin , et le sieur
Vernage Medecin , le sieur Marsolan , premier
Chirurgien , et le sieur Imbert , Apotiquaire, qui
our
DE
LA
VILLE
NOVEMBRE HOTHEQUE
. 1732.
1732. 249 .
ent conduit la maladie avec prudence et tout
succès possible. On pourroit croire que ce concours auroit causé quelque dérangement dans la
Communauté , mais il n'y en a point eu par la
sagesse de tous ces Officiers.
ger
La maladie qui n'avoit eu aucun mauvais symp
tôme, n'a pas été sujette à des crises fâcheuses , il
n'y a eu de fiévre qu'autant qu'il en falloit pour
faciliter l'éruption , et la fiévre n'étoit pas même
accompagnée de mal de tête. La vie toute frugale
que mene S. A. S. a infiniment contribué à abrela maladie. L'unique attention des Medecins
étoit d'empêcher quele Prince ne s'appliquât trops
il ne voulut cependant pas interrompre ses lectures de pieté , il se faisoit lire assidûment quelques endroits choisis de l'Ecriture-Sainte et des
Peres , et comme on prit la liberté de lui représenter que cela lui pourroit nuire , l'ame , répon
dit-il, est préferable au corps. Accoûtumé à suivre
ce grand principe en santé , il l'a genereusement
suivi dans la maladie. Si- tôt qu'il pût aller à sa
Tribune , qui est de plein pied à son Appartement , et qui donne sur le Sanctuaire , il y assis
ta aux Offices divins. Le peuple en étant informé s'empressa de tourner les yeux vers cette
Tribune , et attira une foule qui ne cessoit d'applaudir et d'admirer.
Le Vendredi 14 Novembre › M. le Duc de
Chartres , à peine sorti de convalescence , vint rendre ses devoirs à S. A. S. son Pere , la conso❤
lation fut entiere de part et d'autre. Le jeune.
Prince marqua des sentimens superieurs à son
âge. Il monta ensuite à la Bibliotheque , et prit
plaisir à voir les curiositez qui s'y conser- vent.
LYON
$
1893
Les Chanoines Réguliers de sainte Genevieve chez
1
2500 MERCURE DE FRANCE
C
2
p
chez qui tout cela s'est passé , ont crû ne pou-"
voir trop faire éclater leur joye. Le Lundi 17
Novembre, ils chanterent une Messe Solemnelle
d'Actions de graces , celebrée pontificalement
par l'Abbé. Le Te Deum suivit la Messe. Dans
cette grande Cerémonie parurent pour la premiere fois les Ornemens faits de l'Etoffe prétieuse dont M. le Duc d'Orleans fit présent quand il nomma la premiere des nouvelles Cloches. Au
Chant on joignit l'Orgue , accompagnée d'Ins trumens.
L'Eglise ornée de Tapisseries magnifiques ,
comme dans là solemnité de sainte Genevieve ,
sembloit avoir perdu cet air de vetusté qui lui
est propre. Des Lustres disposez avec cimetrie ,
et garnis de Bougies , faisoient un fort bel effet :
mais ce qui frappoit davantage étoit la Châsse
de sainte Geneviève , qu'on avoit découverte par
devant , ce qui se fait très-rarement. La Châsse
devenue ainsi plus visible , étoit entourée d'une
quantité de Cierges avantageusement distribués
par differens étages , ce qui faisoit briller les riches pierreries du devant. M. le Duc d'Orleans
assista à la cerémonie dans sa Tribune. M. le
Duc de Chartres vint l'y joindre , et pendant le
Te Deum il-édifia extrêmement par sa pieté , qui
exprimoit une vive reconnoissance.
LaReine d'Espagne étoit dans sa Tribune ordinaire,parée deDamas cramoisi;unTapis deVelours
à Galons et Crepine d'or en paroit le dehors. Visà-vis on voyoit la Tribune de S. A. R. Madame
la Duchesse d'Orleans , et des Princesses de la Maison d'Orleans. Dans l'avant- Sanctuaire orné de Tapis , et dans le Chœur étoient placez
plusieurs Seigneurs et d'autres personnes de disTinc
NOVEMBRE. 1732. 2500
tinction Le Rondpoint et les Chapelles se remplirent également d'Ecclesiastiques , de Gentilshommes , d'Officiers , &c. La Nef le fût d'un
monde infini que la joye de la guérison du Prin- ee avoit attiré. L'Action de Graces fut terminée
par la Benediction pontificale de l'Abbé de sainte Geneviève.
Le soir de la veille de la cerémonie , la Tour
de sainte Geneviève qui par sa situation et par sa
hauteur est apperçue de tout Paris et de la Cam-
·pagne , fut illuminée d'une infinité de Lampions,
et les nouvelles Cloches récemment posées dans
la Tour se firent long- tems entendre. Pareilles illuminations et sonnerie se firent le Lundy au soir,
jour de la Cerémonie. 14
Le 12. de Novembre le Gouverneur du Château de S. Cloud , fit chanter dans la Chapelle du
Château un Te Deum en Musique, en Actions de
graces du parfait rétablissement de la santé de
M le Duc d'Orleans et de M. leDuc deChartres:
le Te Deum auquel M. le Duc de Chartres assis- "ta , fut suivi d'un grand Feu d'artifice et de quantité d'illuminations ; des Fontaines de vin et des
Violons attirerent tous les habitans de S. Cloud
et des environs qui passerent toute la nuit en réjouissances.
d'Orleans , et Actions de Gracès renduës
pourson heureuseguérison.
Out le monde sçait que la pieté de M. le TDucd'Orleans ,Fremier Prince du Sang , le
porte à faire des Retraites dans l'Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Ce Prince venoit de finir
une de ces Retraites , qui avoit duré 17 jours ,
lorsque M. le Duc de Chartres fut attaqué de la
petite
2498 MERCURE DE FRANCE
à
petite verole. M. le Duc d'Orleans , en vrai Pere,
ne le quitta pas d'un moment. Aussi- tôt qu'il le vît en convalescence , il pensa se retirer de
nouveau à sainte Geneviève. Il y arriva le Jeudi
matin 30 Octobre , ayant déja eu un accès de
fiévre , une diete rigoureuse n'empêcha pas le
mal d'augmenter. Le vendredi 31. on conclut à
la saignée du bras , ce qui fut éxecuté par le
sieur Marsolan , premier Chirurgien de S. A.-S.
qui avoit été de cet avis
La petite verole déclarée , le Prince résolut de
rester à Sainte Geneviève. S. A. R. Madame la
Duchesse d'Orleans, accourut promptement : dans
Cette visite et dans celles qui suivirent , on la vûe des heures entieres devant le S. Sacrement. La
Reine d'Espagne vint le Samedi , Fête de la Toussaints , et les jours suivans , employant chaque
fois beaucoup de tems à la priere , pour implorer
le secours du Ciel. Ces Augustes et pieuses Prin-.
cesses faisoient distribuer en sortant des aumônes considérables.
Le Dimanche matin 2 Novembre , M. l'Arche◄
vêque de Paris vint à Sainte Geneviève , y celébra
la Messe , et salua M. le Duc d'Orleans, malgré
les instances réïterées de S. A. S. qui lui fit représenter poliment qu'un Archevêque , obligé de
communiquer avec toutes sortes de personnes, ne
pouvoit prendre à cet égard trop de précau tions.
Déja les grands Officiers de S. A. S. et les personnes qui en pareil cas deviennent absolument
necessaires , s'étoient rendues du Palais Royal à
Sainte Geneviève. Du nombre de ces derniers
sont le sieur Terre , premier Medecin , et le sieur
Vernage Medecin , le sieur Marsolan , premier
Chirurgien , et le sieur Imbert , Apotiquaire, qui
our
DE
LA
VILLE
NOVEMBRE HOTHEQUE
. 1732.
1732. 249 .
ent conduit la maladie avec prudence et tout
succès possible. On pourroit croire que ce concours auroit causé quelque dérangement dans la
Communauté , mais il n'y en a point eu par la
sagesse de tous ces Officiers.
ger
La maladie qui n'avoit eu aucun mauvais symp
tôme, n'a pas été sujette à des crises fâcheuses , il
n'y a eu de fiévre qu'autant qu'il en falloit pour
faciliter l'éruption , et la fiévre n'étoit pas même
accompagnée de mal de tête. La vie toute frugale
que mene S. A. S. a infiniment contribué à abrela maladie. L'unique attention des Medecins
étoit d'empêcher quele Prince ne s'appliquât trops
il ne voulut cependant pas interrompre ses lectures de pieté , il se faisoit lire assidûment quelques endroits choisis de l'Ecriture-Sainte et des
Peres , et comme on prit la liberté de lui représenter que cela lui pourroit nuire , l'ame , répon
dit-il, est préferable au corps. Accoûtumé à suivre
ce grand principe en santé , il l'a genereusement
suivi dans la maladie. Si- tôt qu'il pût aller à sa
Tribune , qui est de plein pied à son Appartement , et qui donne sur le Sanctuaire , il y assis
ta aux Offices divins. Le peuple en étant informé s'empressa de tourner les yeux vers cette
Tribune , et attira une foule qui ne cessoit d'applaudir et d'admirer.
Le Vendredi 14 Novembre › M. le Duc de
Chartres , à peine sorti de convalescence , vint rendre ses devoirs à S. A. S. son Pere , la conso❤
lation fut entiere de part et d'autre. Le jeune.
Prince marqua des sentimens superieurs à son
âge. Il monta ensuite à la Bibliotheque , et prit
plaisir à voir les curiositez qui s'y conser- vent.
LYON
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1893
Les Chanoines Réguliers de sainte Genevieve chez
1
2500 MERCURE DE FRANCE
C
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chez qui tout cela s'est passé , ont crû ne pou-"
voir trop faire éclater leur joye. Le Lundi 17
Novembre, ils chanterent une Messe Solemnelle
d'Actions de graces , celebrée pontificalement
par l'Abbé. Le Te Deum suivit la Messe. Dans
cette grande Cerémonie parurent pour la premiere fois les Ornemens faits de l'Etoffe prétieuse dont M. le Duc d'Orleans fit présent quand il nomma la premiere des nouvelles Cloches. Au
Chant on joignit l'Orgue , accompagnée d'Ins trumens.
L'Eglise ornée de Tapisseries magnifiques ,
comme dans là solemnité de sainte Genevieve ,
sembloit avoir perdu cet air de vetusté qui lui
est propre. Des Lustres disposez avec cimetrie ,
et garnis de Bougies , faisoient un fort bel effet :
mais ce qui frappoit davantage étoit la Châsse
de sainte Geneviève , qu'on avoit découverte par
devant , ce qui se fait très-rarement. La Châsse
devenue ainsi plus visible , étoit entourée d'une
quantité de Cierges avantageusement distribués
par differens étages , ce qui faisoit briller les riches pierreries du devant. M. le Duc d'Orleans
assista à la cerémonie dans sa Tribune. M. le
Duc de Chartres vint l'y joindre , et pendant le
Te Deum il-édifia extrêmement par sa pieté , qui
exprimoit une vive reconnoissance.
LaReine d'Espagne étoit dans sa Tribune ordinaire,parée deDamas cramoisi;unTapis deVelours
à Galons et Crepine d'or en paroit le dehors. Visà-vis on voyoit la Tribune de S. A. R. Madame
la Duchesse d'Orleans , et des Princesses de la Maison d'Orleans. Dans l'avant- Sanctuaire orné de Tapis , et dans le Chœur étoient placez
plusieurs Seigneurs et d'autres personnes de disTinc
NOVEMBRE. 1732. 2500
tinction Le Rondpoint et les Chapelles se remplirent également d'Ecclesiastiques , de Gentilshommes , d'Officiers , &c. La Nef le fût d'un
monde infini que la joye de la guérison du Prin- ee avoit attiré. L'Action de Graces fut terminée
par la Benediction pontificale de l'Abbé de sainte Geneviève.
Le soir de la veille de la cerémonie , la Tour
de sainte Geneviève qui par sa situation et par sa
hauteur est apperçue de tout Paris et de la Cam-
·pagne , fut illuminée d'une infinité de Lampions,
et les nouvelles Cloches récemment posées dans
la Tour se firent long- tems entendre. Pareilles illuminations et sonnerie se firent le Lundy au soir,
jour de la Cerémonie. 14
Le 12. de Novembre le Gouverneur du Château de S. Cloud , fit chanter dans la Chapelle du
Château un Te Deum en Musique, en Actions de
graces du parfait rétablissement de la santé de
M le Duc d'Orleans et de M. leDuc deChartres:
le Te Deum auquel M. le Duc de Chartres assis- "ta , fut suivi d'un grand Feu d'artifice et de quantité d'illuminations ; des Fontaines de vin et des
Violons attirerent tous les habitans de S. Cloud
et des environs qui passerent toute la nuit en réjouissances.
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Résumé : MALADIE de Monseigneur le Duc d'Orleans, et Actions de Graces renduës pour son heureuse guérison.
Le texte relate la maladie et la guérison du Duc d'Orléans, premier Prince du Sang, qui contracta la petite vérole après une retraite de 17 jours à l'Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Son fils, le Duc de Chartres, fut également atteint. Malgré sa propre maladie, le Duc d'Orléans resta à Sainte Geneviève pour être auprès de son fils. La Duchesse d'Orléans et la Reine d'Espagne vinrent lui rendre visite, priant pour sa guérison et distribuant des aumônes. La maladie du Duc d'Orléans fut soignée avec prudence par ses médecins et chirurgiens, notamment le sieur Marsolan et le sieur Terre. La maladie évolua favorablement sans symptômes graves, facilitée par le mode de vie frugal du Duc. Il continua ses lectures de piété malgré les recommandations médicales. Le 2 novembre, l'Archevêque de Paris vint célébrer la messe à Sainte Geneviève. Le 14 novembre, le Duc de Chartres, convalescent, rendit visite à son père. Le 17 novembre, les Chanoines de Sainte Geneviève célébrèrent une messe solennelle d'actions de grâces, accompagnée d'un Te Deum et d'une illumination de la tour de Sainte Geneviève. La cérémonie fut marquée par la présence de nombreuses personnalités et l'ornementation somptueuse de l'église. Le soir du 17 novembre, des illuminations et des sonneries de cloches eurent lieu. Le 12 novembre, un Te Deum et un feu d'artifice furent organisés au Château de Saint-Cloud pour célébrer le rétablissement des deux Ducs.
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35
p. 2712
EPIGRAMME, Contre un Medecin qui avoit condamné l'Auteur dans une maladie.
Début :
Dans le fort de ma maladie, [...]
Mots clefs :
Médecin, Maladie, Fièvre, Vie
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texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME, Contre un Medecin qui avoit condamné l'Auteur dans une maladie.
EPIGRAMME,
Contre un Medecin qui avoit condamne
l'Auteur dans une maladie.
Dansle fort de ma maladie ,
Le Medecin Lucas publioit en touslieux
Que c'en étoit fait de ma vie ,
Et que j'aurois bien-tôt le sort de mes ayeux.
Mais tout à coup mon mal s'arrête
La fiévre exhale son venin ,
Et le prognostic du Prophete ,
Fait qu'on se rit du Médecin.
Condamne-moi , Lucas , si le mal me ratrape
Car bien loin de me faire tort,
Si tu juges que j'en échape ,
L'on peut compter que je suis mort,
M.deMertessaignes de Pradelle
Contre un Medecin qui avoit condamne
l'Auteur dans une maladie.
Dansle fort de ma maladie ,
Le Medecin Lucas publioit en touslieux
Que c'en étoit fait de ma vie ,
Et que j'aurois bien-tôt le sort de mes ayeux.
Mais tout à coup mon mal s'arrête
La fiévre exhale son venin ,
Et le prognostic du Prophete ,
Fait qu'on se rit du Médecin.
Condamne-moi , Lucas , si le mal me ratrape
Car bien loin de me faire tort,
Si tu juges que j'en échape ,
L'on peut compter que je suis mort,
M.deMertessaignes de Pradelle
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Résumé : EPIGRAMME, Contre un Medecin qui avoit condamné l'Auteur dans une maladie.
L'épigramme raconte comment le médecin Lucas avait prédit la mort imminente de l'auteur. Après sa guérison, Lucas fut moqué. L'auteur défia Lucas de le condamner à nouveau s'il retombait malade. L'épigramme est attribuée à M. de Mertessaignes de Pradelle.
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36
p. 397-400
MORTS ET MARIAGES.
Début :
Dame Louise de Prunet de Boissel, veuve de M. J. Baptiste du Deffand, Marquis de [...]
Mots clefs :
Armées du roi, Princesse de Conti, Veuve, Corps, Cardinal de Rohan, Marquis, Carrosse, Madame de France, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : MORTS ET MARIAGES.
MO RTS ET MARIAGES.
Louise de Prunet de Boissel , veuve
Dde M. J. Baptifte du Deffand , Marquis de
la Lande , Lieutenant General des Armées du
Roy et Gouverneur du Neuf- Brisack , mourut
à Montpellier le 20. Janvier..
Arthur , Comte de Dillon , Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut à S. Germain
en Laye le s . Fevrier , âgé de 63 ans.
Dame Françoise - Magdelaine- Claude de Warigniés
de Blanville , veuve de, M. Bernard de
la Guiche , Comte de S. Geran , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de ses Armées
, mourut à Paris le 8. de ce mois , âgée de
78. ans ; elle avoit été Dame du Palais de la
feue Reine.
D. Marie Baillot , veuve de M. Philippe Triboulleau
, Ecuyer , Seigneur de Bondi , President
des Tresoriers de France , mourut le 12. âgée
d'environ so. ans .
D. Louise- Magdeleine Brulard du Broussin ,
Epouse de M. François de la Vergne , Chevalier,
Marquis de Tressan, auparavant veuve de M..
François fulles du Bousset , Chevalier, Marquis de
Roquepine , Brigadier des Armées du Roy et
Mestre de Camp de Cavalerie , mourut à Paris
le 13. de ce mois , âgée de 63. ans.
D. Anne Berthelot , veuve de M. Louis de
I v Beau
}
398 MERCURE DE FRANCE
Beauvais Gouverneur des Châteaux de Madrid
et de la Muette , Capitaine des Chasses de la
Plaine de S. Denis er du Bois de Boulogne ,
mourut le 13. âgéè de 70. ans.
M. François de Jullienne , cy-devant Entre
preneur de la Manufacture Royale de Draps et
Teintures en Ecarlatte , établie près les Gobelins
à Paris , mourut le 15. Fevrier dans la 79. année
de son âge : les grandes charités qu'il répandoit
sur les pauvres du fauxbourg S. Marcel
le font géneralement regretter.
Du Regne de Louis XIV . sous le Ministere
de M. Colbert , il lui fut accordé en 169 1. des .
Lettres Patentes registrées en Parlement pour
l'établissement d'une Manufacture de Draps fins ,
façon d'Espagne , d'Angleterre et de Hollande ,
qui fut joint à celui de feu M. Glucq , son beaufrere
, aussi pourvu en 1667. de Lettres Patentes
portant établissement dans toutes les Villes du
Royaume pour les Teintures en Ecarlatte et coulears
hautes , à la façon de Hollande dont il
étoit natif.
Ces deux grands Etablissemens ont été réunis
par Arrêts du Conseil en 1721. en la personne
du sieur Jean de Jullienne , neveu des sieurs
Glucq et François de Jullienne , qui a toujours
travaillé à perfectionner lesdits Etablissemens
qui sont en très - grande réputation.
La maladie de Madame de France , troisieme
fille de L. M. commença le 13. de ce mois. Les.
differens remedes qu'on employa les jours suivans
n'ayant eu aucun succès , et le 18. au soir
cette Princesse s'étant trouvée à l'extrêmité
P'Abbé de la Garlaie, Aumônier du Roy en quar
tier , en présence du Curé de la Paroisse du
Château de Versailles , lui suppléa les céremonics
FEVRIER . 1733 . 399
nies du Baptême , et elle fut nommée Louise-
Marie , par le Duc de Tallard et par la Duchesse
de Tallard , Gouvernante des Enfans de France.
Le 19 , vers les trois heures du matin , cette
Princesse mourut , âgée de 4. ans 6. mois et 21.
jours , étant née le 28. Juillet 1728. Le même
jour son Corps fut exposé dans son lit,à visage
découvert.
Le 20 , il fut ouvert et embaumé , et après l'avoir
mis dans le cercueil on l'exposa dans sa
Chambre , où il demeura jusqu'au 23. au soir
qu'il fut porté à l'Eglise de l'Abbaye Royale de
S. Denis. La marche se fit dans l'ordre suivant.
Deux Carosses du Roy , dans lesquels étoient
les femmes de Chambre de la Princesse ; un troisiéme
Carosse de S. M. où étoient les huit Gentilshommes
ordinaires , destinez à porter le cerr
cueil et les quatre coins du poele de drap d'argent
qui le couvroit : un détachement de so .
Mousquetaires de la seconde Compagnie ; un
pareil détachement de la premiere Compagnie ;
o Chevaux-Legers ; des Pages de la grande et
de la petite Ecurie du Roi , et des Pages de la
Reine , étoient à cheval devant le Carosse du
Roi , dans lequel étoit le Corps de la Princesse ;
des Valets de pied de L. M. entouroient le Carosse
, après lequel marchoient le détachement
des Gardes du Corps et ro Gendarmes ; ils portoient
tous des flambeaux. Le Cardinal de Rohan
, Grand- Aumônier de France ; qui faisoit la
Céremonie , étoit dans le Carosse du Corps à la
droite , et il portoit le Coeur la Princesse de
Conty , choisie par le Roy pour accompagner
le Corps , étoit à la gauche , et elle avoit avec
elle la Princesse de Rohan ; la Duchesse de Tallard
, Gouvernante des Enfans de France , étoit
Lvj vis
:
+
400 MERCURE DE FRANCE
vis- à- vis le Cardinal de Rohan , et la Dame de
la Lande , Sous - Gouvernante , et l'Abbé de la
Garlaie , Aumônier du Roy , étoient aux portieres.
Les Carosses de la Princesse de Conty et celui
du Cardinal de Rohan fermoient la marche.
Le Convoy passa par Paris entre onze heures
et minuit , et il arriva à l'Abbaye de S Denis à
deux heures du matin. Le Cardinal de Rohan
présenta le Corps au Prieur de l'Abbaye , eril
fit l'inhumation. Après cette Céremónie, le coeur
fut porté dans le même Carosse à l'Abbaye
Royalle du Val- de-Grace .
Ď. Marie- Elizabeth de Creil , veuve de Char¬
les-Nicolas Comte d'Hautefort , Marêchal des
Camps et Armées du Roy et Sous - Lieutenant
de la seconde Compagnie des Mousquetaires
de la Garde du Roy , mourut le 21. dans la 60
année de son âge.
N. de la Salle , Ingenieur en chef à S. Omer ,
Capitaine au Regiment de Normandie , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , mourut
le 22. âgé de 63. ans environ .
·
Jean- Baptiste de Rochechouart , Comte de
Mortemart , fils de Jean- Baptiste , Comte de
Rochechouart , Marquis de Blainville &c . et de
D. Marie Magdeleine Colbert de Blainville ,
épousa le 10 Fevrier D. Eleonor- Gabrielle Louise
- Françoise de Crux , fille d'Armand - Gabriel
de Crux , Marquis de Montaigu &c. et de D.
Angelique-Marie- Damaris Eleonor Turpin de
Crissé. Le Roy et la Reine avoient figné au Cong
tract de Mariage deux jours auparavant.
Louise de Prunet de Boissel , veuve
Dde M. J. Baptifte du Deffand , Marquis de
la Lande , Lieutenant General des Armées du
Roy et Gouverneur du Neuf- Brisack , mourut
à Montpellier le 20. Janvier..
Arthur , Comte de Dillon , Lieutenant General
des Armées du Roy , mourut à S. Germain
en Laye le s . Fevrier , âgé de 63 ans.
Dame Françoise - Magdelaine- Claude de Warigniés
de Blanville , veuve de, M. Bernard de
la Guiche , Comte de S. Geran , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de ses Armées
, mourut à Paris le 8. de ce mois , âgée de
78. ans ; elle avoit été Dame du Palais de la
feue Reine.
D. Marie Baillot , veuve de M. Philippe Triboulleau
, Ecuyer , Seigneur de Bondi , President
des Tresoriers de France , mourut le 12. âgée
d'environ so. ans .
D. Louise- Magdeleine Brulard du Broussin ,
Epouse de M. François de la Vergne , Chevalier,
Marquis de Tressan, auparavant veuve de M..
François fulles du Bousset , Chevalier, Marquis de
Roquepine , Brigadier des Armées du Roy et
Mestre de Camp de Cavalerie , mourut à Paris
le 13. de ce mois , âgée de 63. ans.
D. Anne Berthelot , veuve de M. Louis de
I v Beau
}
398 MERCURE DE FRANCE
Beauvais Gouverneur des Châteaux de Madrid
et de la Muette , Capitaine des Chasses de la
Plaine de S. Denis er du Bois de Boulogne ,
mourut le 13. âgéè de 70. ans.
M. François de Jullienne , cy-devant Entre
preneur de la Manufacture Royale de Draps et
Teintures en Ecarlatte , établie près les Gobelins
à Paris , mourut le 15. Fevrier dans la 79. année
de son âge : les grandes charités qu'il répandoit
sur les pauvres du fauxbourg S. Marcel
le font géneralement regretter.
Du Regne de Louis XIV . sous le Ministere
de M. Colbert , il lui fut accordé en 169 1. des .
Lettres Patentes registrées en Parlement pour
l'établissement d'une Manufacture de Draps fins ,
façon d'Espagne , d'Angleterre et de Hollande ,
qui fut joint à celui de feu M. Glucq , son beaufrere
, aussi pourvu en 1667. de Lettres Patentes
portant établissement dans toutes les Villes du
Royaume pour les Teintures en Ecarlatte et coulears
hautes , à la façon de Hollande dont il
étoit natif.
Ces deux grands Etablissemens ont été réunis
par Arrêts du Conseil en 1721. en la personne
du sieur Jean de Jullienne , neveu des sieurs
Glucq et François de Jullienne , qui a toujours
travaillé à perfectionner lesdits Etablissemens
qui sont en très - grande réputation.
La maladie de Madame de France , troisieme
fille de L. M. commença le 13. de ce mois. Les.
differens remedes qu'on employa les jours suivans
n'ayant eu aucun succès , et le 18. au soir
cette Princesse s'étant trouvée à l'extrêmité
P'Abbé de la Garlaie, Aumônier du Roy en quar
tier , en présence du Curé de la Paroisse du
Château de Versailles , lui suppléa les céremonics
FEVRIER . 1733 . 399
nies du Baptême , et elle fut nommée Louise-
Marie , par le Duc de Tallard et par la Duchesse
de Tallard , Gouvernante des Enfans de France.
Le 19 , vers les trois heures du matin , cette
Princesse mourut , âgée de 4. ans 6. mois et 21.
jours , étant née le 28. Juillet 1728. Le même
jour son Corps fut exposé dans son lit,à visage
découvert.
Le 20 , il fut ouvert et embaumé , et après l'avoir
mis dans le cercueil on l'exposa dans sa
Chambre , où il demeura jusqu'au 23. au soir
qu'il fut porté à l'Eglise de l'Abbaye Royale de
S. Denis. La marche se fit dans l'ordre suivant.
Deux Carosses du Roy , dans lesquels étoient
les femmes de Chambre de la Princesse ; un troisiéme
Carosse de S. M. où étoient les huit Gentilshommes
ordinaires , destinez à porter le cerr
cueil et les quatre coins du poele de drap d'argent
qui le couvroit : un détachement de so .
Mousquetaires de la seconde Compagnie ; un
pareil détachement de la premiere Compagnie ;
o Chevaux-Legers ; des Pages de la grande et
de la petite Ecurie du Roi , et des Pages de la
Reine , étoient à cheval devant le Carosse du
Roi , dans lequel étoit le Corps de la Princesse ;
des Valets de pied de L. M. entouroient le Carosse
, après lequel marchoient le détachement
des Gardes du Corps et ro Gendarmes ; ils portoient
tous des flambeaux. Le Cardinal de Rohan
, Grand- Aumônier de France ; qui faisoit la
Céremonie , étoit dans le Carosse du Corps à la
droite , et il portoit le Coeur la Princesse de
Conty , choisie par le Roy pour accompagner
le Corps , étoit à la gauche , et elle avoit avec
elle la Princesse de Rohan ; la Duchesse de Tallard
, Gouvernante des Enfans de France , étoit
Lvj vis
:
+
400 MERCURE DE FRANCE
vis- à- vis le Cardinal de Rohan , et la Dame de
la Lande , Sous - Gouvernante , et l'Abbé de la
Garlaie , Aumônier du Roy , étoient aux portieres.
Les Carosses de la Princesse de Conty et celui
du Cardinal de Rohan fermoient la marche.
Le Convoy passa par Paris entre onze heures
et minuit , et il arriva à l'Abbaye de S Denis à
deux heures du matin. Le Cardinal de Rohan
présenta le Corps au Prieur de l'Abbaye , eril
fit l'inhumation. Après cette Céremónie, le coeur
fut porté dans le même Carosse à l'Abbaye
Royalle du Val- de-Grace .
Ď. Marie- Elizabeth de Creil , veuve de Char¬
les-Nicolas Comte d'Hautefort , Marêchal des
Camps et Armées du Roy et Sous - Lieutenant
de la seconde Compagnie des Mousquetaires
de la Garde du Roy , mourut le 21. dans la 60
année de son âge.
N. de la Salle , Ingenieur en chef à S. Omer ,
Capitaine au Regiment de Normandie , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , mourut
le 22. âgé de 63. ans environ .
·
Jean- Baptiste de Rochechouart , Comte de
Mortemart , fils de Jean- Baptiste , Comte de
Rochechouart , Marquis de Blainville &c . et de
D. Marie Magdeleine Colbert de Blainville ,
épousa le 10 Fevrier D. Eleonor- Gabrielle Louise
- Françoise de Crux , fille d'Armand - Gabriel
de Crux , Marquis de Montaigu &c. et de D.
Angelique-Marie- Damaris Eleonor Turpin de
Crissé. Le Roy et la Reine avoient figné au Cong
tract de Mariage deux jours auparavant.
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Résumé : MORTS ET MARIAGES.
En février 1733, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Louise de Prunet de Boissel, veuve du Marquis de la Lande, est décédée à Montpellier le 20 janvier. Arthur, Comte de Dillon, Lieutenant Général des Armées du Roi, est mort à Saint-Germain-en-Laye le 8 février à l'âge de 63 ans. Françoise-Magdelaine-Claude de Warigniés de Blanville, veuve du Comte de Saint-Géran et ancienne Dame du Palais de la feue Reine, est décédée à Paris le 8 février à 78 ans. Marie Baillot, veuve de Philippe Triboulleau, Président des Trésoriers de France, est morte à 60 ans le 12 février. Louise-Magdeleine Brulard du Broussin, épouse de François de la Vergne, Marquis de Tressan, est décédée à Paris le 13 février à 63 ans. Anne Berthelot, veuve de Louis de Beauvais, Gouverneur des Châteaux de Madrid et de la Muette, est morte le 13 février à 70 ans. François de Jullienne, ancien entrepreneur de la Manufacture Royale de Draps et Teintures, est décédé le 15 février à 79 ans. Il était reconnu pour ses œuvres de charité envers les pauvres du faubourg Saint-Marcel. Le texte mentionne également la maladie et le décès de Madame de France, troisième fille du Roi, née le 28 juillet 1728. Elle est morte le 19 février à l'âge de 4 ans, 6 mois et 21 jours. Son corps a été exposé et inhumé à l'Abbaye Royale de Saint-Denis le 23 février. Marie-Elisabeth de Creil, veuve du Comte d'Hautefort, est décédée le 21 février à 60 ans. Nicolas de la Salle, Ingénieur en chef à Saint-Omer et Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, est mort le 22 février à environ 63 ans. Par ailleurs, Jean-Baptiste de Rochechouart, Comte de Mortemart, a épousé Éléonore-Gabrielle-Louise-Françoise de Crux le 10 février. Le Roi et la Reine avaient signé le contrat de mariage deux jours auparavant.
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37
p. 993-995
« [L]e sieur De Nielles, Chirurgien à Paris, a fait la découverte depuis quelques années d'un Remede [...] »
Début :
[L]e sieur De Nielles, Chirurgien à Paris, a fait la découverte depuis quelques années d'un Remede [...]
Mots clefs :
Glandes, Remède, Sang, Maladie, Guérison, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « [L]e sieur De Nielles, Chirurgien à Paris, a fait la découverte depuis quelques années d'un Remede [...] »
Se sieur De Nielles , Chirurgien à Paris , a fait
la découverte depuis quelques années d'un Remede
qu'il croit infaillible pour la guérison des
Ecrouelles qui attaquent la gorge , sans qu'il soit
besoin de faire d'ouverture ni de mettre des Emplâtres
; son Remede , qu'on prend interieurement
, est aisé à prendre. Il purifie la masse
du sang , fond les glandes gonflées et ulcérées ,
aussi bien que les glandes du Mésantere , où réside
la source de cette malheureuse maladie , et
cela quand même les glandes auroient été ouvertes
par des instrumens ou autrement ; la premiere
cause de cette maladie est dans le sang qui
a été chargé d'un mauvais levain en passant par
les glandes du Mésantere , et comme la sérosité
de ce sang est âcre et corrosive , qui passe et repasse
continuellement dans toutes les parties du
corps, toutes les parties glanduleuses , comme les
glandes Maxillaires et Salivaires reçoivent la sé
rosité du sang , qu'elles dégorgent continuellement
par la bouche , ce qui fait faire un mauvais
chile, et par celles qui ne peuvent se dégorger
, il s'y fait une obstruction qui enflamme les
glandes, qui faute de remede, viennent à supuration
sans les ouvrir ; aussi-bien que dans toutes
les autres parties du corps qui sont disposés à
recevoir
994 MERCURE DE FRANCE
recevoir la même impression de cette Limphe
impure dont elle attaque le plus souvent les par
ties spongieuses des os , ce que les Allemans appellent
Epine venteuse , et en France , Humeur
froide , ... Si dans le moment qu'on s'apperçoit
de cette maladie , on avoir recours au Remede du
sieur De Nielles, le Malade guériroit et ne deviendroit
pas à un degré desesperé, comme l'on voit
arriver tous les jours par le peu d'attention et de
soin qu'on se donne , generalement parlant , en
traitant la maladie dans son commencement de
bagarelles , d'engelures , de croissances , &c . . . .
Ce Remede se peut envoyer par tout sans risque
d'être alteré ; il est un peu purgatif et n'affoiblit
point le tempéramment , on le peut donner aux
enfans dans le berceau , on en prend tous les jours
à jeun jusqu'à parfaite guérison .
Le sieur De Nielles a guéri plusieurs personnes,
même de distinction , avec tout le succès possible
la bienséance ne lui permet pas de les nommer
, M. Maréchal , Premier Chirurgien du Roy,
en rendra témoignage , et outre cela le sieur De
Nielles est en état d'en faire voir à Paris des Particuliers
qui en ont été guéris.
Le sieur De Nielles demeure ruë de la Tixeranderie
, près la Gréve.
Le sieur Neilson , Ecossois , reçû depuis peu à
S. Côme , Expert pour la guérison des Hernies
ou Descentes , dans l'un et dans l'autre sexe , à
tout âge , demeurant à Paris , ruë Dauphine au
Cocq d'or , donne avis qu'il traite ces sortes de
maladies d'une façon particuliere , par la simple
application des Remedes specifiques , et sans que
le Malade cesse de vacquer ses affaires .
Il donne aussi ses Avis et ses Remedes à ceux
à
qui Ijuî sont dans les Proyinces, soulage les Hernies
les plus invéterées
,
reni cette incommodité .sup.
portable, et en empêche les mauvaises suites.
la découverte depuis quelques années d'un Remede
qu'il croit infaillible pour la guérison des
Ecrouelles qui attaquent la gorge , sans qu'il soit
besoin de faire d'ouverture ni de mettre des Emplâtres
; son Remede , qu'on prend interieurement
, est aisé à prendre. Il purifie la masse
du sang , fond les glandes gonflées et ulcérées ,
aussi bien que les glandes du Mésantere , où réside
la source de cette malheureuse maladie , et
cela quand même les glandes auroient été ouvertes
par des instrumens ou autrement ; la premiere
cause de cette maladie est dans le sang qui
a été chargé d'un mauvais levain en passant par
les glandes du Mésantere , et comme la sérosité
de ce sang est âcre et corrosive , qui passe et repasse
continuellement dans toutes les parties du
corps, toutes les parties glanduleuses , comme les
glandes Maxillaires et Salivaires reçoivent la sé
rosité du sang , qu'elles dégorgent continuellement
par la bouche , ce qui fait faire un mauvais
chile, et par celles qui ne peuvent se dégorger
, il s'y fait une obstruction qui enflamme les
glandes, qui faute de remede, viennent à supuration
sans les ouvrir ; aussi-bien que dans toutes
les autres parties du corps qui sont disposés à
recevoir
994 MERCURE DE FRANCE
recevoir la même impression de cette Limphe
impure dont elle attaque le plus souvent les par
ties spongieuses des os , ce que les Allemans appellent
Epine venteuse , et en France , Humeur
froide , ... Si dans le moment qu'on s'apperçoit
de cette maladie , on avoir recours au Remede du
sieur De Nielles, le Malade guériroit et ne deviendroit
pas à un degré desesperé, comme l'on voit
arriver tous les jours par le peu d'attention et de
soin qu'on se donne , generalement parlant , en
traitant la maladie dans son commencement de
bagarelles , d'engelures , de croissances , &c . . . .
Ce Remede se peut envoyer par tout sans risque
d'être alteré ; il est un peu purgatif et n'affoiblit
point le tempéramment , on le peut donner aux
enfans dans le berceau , on en prend tous les jours
à jeun jusqu'à parfaite guérison .
Le sieur De Nielles a guéri plusieurs personnes,
même de distinction , avec tout le succès possible
la bienséance ne lui permet pas de les nommer
, M. Maréchal , Premier Chirurgien du Roy,
en rendra témoignage , et outre cela le sieur De
Nielles est en état d'en faire voir à Paris des Particuliers
qui en ont été guéris.
Le sieur De Nielles demeure ruë de la Tixeranderie
, près la Gréve.
Le sieur Neilson , Ecossois , reçû depuis peu à
S. Côme , Expert pour la guérison des Hernies
ou Descentes , dans l'un et dans l'autre sexe , à
tout âge , demeurant à Paris , ruë Dauphine au
Cocq d'or , donne avis qu'il traite ces sortes de
maladies d'une façon particuliere , par la simple
application des Remedes specifiques , et sans que
le Malade cesse de vacquer ses affaires .
Il donne aussi ses Avis et ses Remedes à ceux
à
qui Ijuî sont dans les Proyinces, soulage les Hernies
les plus invéterées
,
reni cette incommodité .sup.
portable, et en empêche les mauvaises suites.
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Résumé : « [L]e sieur De Nielles, Chirurgien à Paris, a fait la découverte depuis quelques années d'un Remede [...] »
Le texte présente deux chirurgiens, sieur De Nielles et sieur Neilson, et leurs traitements respectifs. Sieur De Nielles, chirurgien à Paris, a découvert un remède interne pour guérir les écrouelles de la gorge sans nécessiter d'ouverture ou d'emplâtres. Ce remède purifie le sang, dissout les glandes gonflées et ulcérées, et traite la source de la maladie dans les glandes du mésentère. La maladie est causée par un mauvais levain dans le sang, qui affecte les glandes et les parties spongieuses des os. Le remède de De Nielles peut être envoyé sans risque et est adapté aux enfants. Il a guéri plusieurs personnes, dont certaines de distinction, et peut fournir des témoignages à Paris. Sieur Neilson, Écossais, est expert dans le traitement des hernies chez les hommes et les femmes de tous âges. Il utilise des remèdes spécifiques sans interrompre les activités du patient et offre ses services aux personnes des provinces. Il traite également les hernies invétérées et empêche les complications.
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38
p. 1064-1067
ECLAIRCISSEMENT au sujet de deux Theses de Medecine. Extrait d'une Lettre, du 11 Mars 1733.
Début :
Je ne doute point que vous ne receviez favorablement les Eclaircissemens [...]
Mots clefs :
Kermès, Lymphe, Médecine, Sang, Inflammation, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : ECLAIRCISSEMENT au sujet de deux Theses de Medecine. Extrait d'une Lettre, du 11 Mars 1733.
ECLAIRCISSEMENT au sujet de
deux Theses de Medecine.Extrait d'une
Lettre , du 11 Mars 1733 .
J
E ne doute point que vous ne receviez
favorablement les Eclaircissemens
que je vous envoye , et qu'on semble
demander dans le Journal des Sçavans
, du mois de Février dernier. Il s'agit
d'une Question de Medecine.
Tout ce qui regarde cet Art est de consequence
, sur tout dans les points de
pratique. Dans le Journal on trouve deux
Théses , soutenues dans les Ecoles de Médecine
de Paris sur le Kermès Mineral ;
quoiqu'on les ait mises en parallele, nous
répondrons simplement à ce que la seconde
peut avoir d'obscur. A l'égard de
la premiere nous ne cherchons point à la
détruire. La nôtre n'a point été faite contr'elle
, on ne doit point être surpris de la
diversité de la conclusion. Les principes
ne sont point les mêmes.
I.Vtl. La
JUIN. 1733. 1065
La premiere , conseille le Kermès dans
les inflammations , parce que le Kermès
est Analogue , c'est - à - dire , a du rapport
avec l'humeur vitiée dans l'inflammation.
La nôtre le deffend , parce qu'il augmente
l'inflammation , poussant le sang
dans les vaisseaux Capillaires et Limphatiques
; Source unique des Inflammations
.
le
Mais on nous demande deux choses
la premiere est ,que puisque nous accor
dons que le Kermès atténue la Limphe ,
nous devrions l'employer , parce que la
Limphe attenuée et divisée peut agir
sur le sang , embarassé et poussé dans les
petits vaisseaux. Nous convenons que
Kermès atténue la Limphe , et que l'atténuer
c'est la mettte en état de dégluer et
débarrasser le sang ; mais comment le
Kermès atténue- t- il la Limphe d'une maniere
bien opposée à nos vûës ; il l'atténuë
comme sudorifique , il l'allume , il
l'embrase , il la met en fureur ; la Limphe
armée des parties sulphureuses er inflammables
du Kermès , donne au sang
une vivacité , une ardeur plus capable
d'augmenter l'embarras que de le diminuer
; il faut calmer , ne rien exciter ,
brider le mal , ne le point irriter , le Kermès
convient- il ?
1. Vol. Le
1c65 MERCURE DE FRANCE
Le second éclaircissement qu'on paroît
attendre de nous , est sur l'exemple dont
nous avons voulu fortifier notre These.
Nous proposons un cas où nous faisons
beaucoup briller les succès du Kermès ;
cet exemple paroît être une inflammation.
Il est vrai que c'est par où la maladie
a commencé ; mais le septième toute
la maladie change de face ; il y avoit
avant cela grande douleur de côté , fiévre
aiguë , crachement de sang .
›
Le poux dans le septiéme ne se sent
plus , l'expectoration ne se fait point , le
ventre se boursoufle ; sont- ce là les signes
de l'inflammation ? ou plutôt , n'est - ce
pas là une Métastase , c'est - à - dire , un
transport de l'humeur de la maladie dans
un autre ? Dans cet état il faut reveiller
ranimer ; on donne le Kerinès , nous en
attendons de grands succès, nous ne sommes
point trompez ; prouver qu'il convient
dans ce cas où il n'y a ni poux , ni
force , ni douleur de côté , &c. certainement
c'est prouver qu'il ne convient
point du tout dans les inflammations ;
l'expérience nous est donc fávorable¸
car nous ne sommes point du tout d'avis
de bannir le Kermès de la Medecine ,
soit parce que , comme quelques uns ont
dit , c'est un Remede nouveau , ou parce
I. Vol qu'il
JUIN. 1733
1067
qu'il a fait fortune par le moïen d'un
Frere Chartreux. Nous applaudissons à
son entrée dans la Médecine , pourvû
qu'il convienne quelquefois. Un Médecin
ne méprise rien , tout lui plaît , tout
lui sert dans l'unique but qu'il a de guérir
; nous n'avons que voulu faire voir
les cas où le Kermès ne convenoit pas ,
et ceux où il convenoit en general , pour
montrer aux jeunes Médecins de Province
à ne se point trop laisser entraîner par
le bruit des Conquêtes que l'on attribue
au Kermès minéral.
deux Theses de Medecine.Extrait d'une
Lettre , du 11 Mars 1733 .
J
E ne doute point que vous ne receviez
favorablement les Eclaircissemens
que je vous envoye , et qu'on semble
demander dans le Journal des Sçavans
, du mois de Février dernier. Il s'agit
d'une Question de Medecine.
Tout ce qui regarde cet Art est de consequence
, sur tout dans les points de
pratique. Dans le Journal on trouve deux
Théses , soutenues dans les Ecoles de Médecine
de Paris sur le Kermès Mineral ;
quoiqu'on les ait mises en parallele, nous
répondrons simplement à ce que la seconde
peut avoir d'obscur. A l'égard de
la premiere nous ne cherchons point à la
détruire. La nôtre n'a point été faite contr'elle
, on ne doit point être surpris de la
diversité de la conclusion. Les principes
ne sont point les mêmes.
I.Vtl. La
JUIN. 1733. 1065
La premiere , conseille le Kermès dans
les inflammations , parce que le Kermès
est Analogue , c'est - à - dire , a du rapport
avec l'humeur vitiée dans l'inflammation.
La nôtre le deffend , parce qu'il augmente
l'inflammation , poussant le sang
dans les vaisseaux Capillaires et Limphatiques
; Source unique des Inflammations
.
le
Mais on nous demande deux choses
la premiere est ,que puisque nous accor
dons que le Kermès atténue la Limphe ,
nous devrions l'employer , parce que la
Limphe attenuée et divisée peut agir
sur le sang , embarassé et poussé dans les
petits vaisseaux. Nous convenons que
Kermès atténue la Limphe , et que l'atténuer
c'est la mettte en état de dégluer et
débarrasser le sang ; mais comment le
Kermès atténue- t- il la Limphe d'une maniere
bien opposée à nos vûës ; il l'atténuë
comme sudorifique , il l'allume , il
l'embrase , il la met en fureur ; la Limphe
armée des parties sulphureuses er inflammables
du Kermès , donne au sang
une vivacité , une ardeur plus capable
d'augmenter l'embarras que de le diminuer
; il faut calmer , ne rien exciter ,
brider le mal , ne le point irriter , le Kermès
convient- il ?
1. Vol. Le
1c65 MERCURE DE FRANCE
Le second éclaircissement qu'on paroît
attendre de nous , est sur l'exemple dont
nous avons voulu fortifier notre These.
Nous proposons un cas où nous faisons
beaucoup briller les succès du Kermès ;
cet exemple paroît être une inflammation.
Il est vrai que c'est par où la maladie
a commencé ; mais le septième toute
la maladie change de face ; il y avoit
avant cela grande douleur de côté , fiévre
aiguë , crachement de sang .
›
Le poux dans le septiéme ne se sent
plus , l'expectoration ne se fait point , le
ventre se boursoufle ; sont- ce là les signes
de l'inflammation ? ou plutôt , n'est - ce
pas là une Métastase , c'est - à - dire , un
transport de l'humeur de la maladie dans
un autre ? Dans cet état il faut reveiller
ranimer ; on donne le Kerinès , nous en
attendons de grands succès, nous ne sommes
point trompez ; prouver qu'il convient
dans ce cas où il n'y a ni poux , ni
force , ni douleur de côté , &c. certainement
c'est prouver qu'il ne convient
point du tout dans les inflammations ;
l'expérience nous est donc fávorable¸
car nous ne sommes point du tout d'avis
de bannir le Kermès de la Medecine ,
soit parce que , comme quelques uns ont
dit , c'est un Remede nouveau , ou parce
I. Vol qu'il
JUIN. 1733
1067
qu'il a fait fortune par le moïen d'un
Frere Chartreux. Nous applaudissons à
son entrée dans la Médecine , pourvû
qu'il convienne quelquefois. Un Médecin
ne méprise rien , tout lui plaît , tout
lui sert dans l'unique but qu'il a de guérir
; nous n'avons que voulu faire voir
les cas où le Kermès ne convenoit pas ,
et ceux où il convenoit en general , pour
montrer aux jeunes Médecins de Province
à ne se point trop laisser entraîner par
le bruit des Conquêtes que l'on attribue
au Kermès minéral.
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Résumé : ECLAIRCISSEMENT au sujet de deux Theses de Medecine. Extrait d'une Lettre, du 11 Mars 1733.
Le document est une lettre datée du 11 mars 1733, répondant à des questions du Journal des Sçavans sur deux thèses de médecine concernant le Kermès minéral. L'auteur clarifie les divergences entre les thèses, notamment sur l'utilisation du Kermès dans les inflammations. La première thèse recommande le Kermès pour son analogie avec l'humeur vitiée dans les inflammations. L'auteur de la lettre défend une autre approche, affirmant que le Kermès augmente l'inflammation en poussant le sang dans les vaisseaux capillaires et lymphatiques. Il reconnaît que le Kermès atténue la lymphe, mais précise qu'il le fait en allumant et en embrasant la lymphe, ce qui augmente l'embarras du sang. Un second éclaircissement porte sur un exemple où le Kermès semble efficace, mais l'auteur explique que cet exemple concerne une métastase, prouvant ainsi que le Kermès ne convient pas dans les inflammations. L'auteur conclut en affirmant que le Kermès peut être utile dans certains cas et que les médecins doivent savoir quand l'utiliser, sans se laisser influencer par son succès récent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 1807-1822
SÉANCE PUBLIQUE de l'Académie Royale de Chirurgie, à laquelle présida M. de Malaval, Directeur, en l'absence de M. de la Peyronie, Premier Chirurgien & Médecin Consultant de Sa Majesté, le 2 Juin 1744.
Début :
MR Hévin, Sécretaire pour les correspondances, fit en l'absence de M. [...]
Mots clefs :
Dissolvant, André Levret, Blanc d'oeuf, Tumeurs, Liqueur, Expériences, Lymphe, Sang, Lait, Sucs, Couennes lymphatiques, Expérience, Médicament, Remède, Substances, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE PUBLIQUE de l'Académie Royale de Chirurgie, à laquelle présida M. de Malaval, Directeur, en l'absence de M. de la Peyronie, Premier Chirurgien & Médecin Consultant de Sa Majesté, le 2 Juin 1744.
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale de Chirurgie , à laquelle préfida
M. de Malaval , Directeur , en l'abfence
de M. de la Peyronie , Premier
Chirurgien Médecin Confultant de Sa
Majefté , le 2 Juin 1744.
M
R Hévin , Sécretaire pour les correfpondances
, fit en l'abſence de M.
Quefnay , Sécretaire , l'ouverture de la
Séance . Il déclara que l'Académie avoit adjugé
le Prix fur la matiére des Remedes
Emolliens , au Mémoire N °. 7 , qui a pour
Deviſe les treize Lettres fuivantes , P. F. G.
M. E. A. C. P. D. L. D. D. L. Ce Mémoire
eft de M. Graffot , Maître ès Arts , & Chirurgien
Major de l'Hôtel- Dieu de Lyon.
L'Académie lui a auffi accordé des Lettres
d'Affocié Correfpondant . De tous les autres
Ouvrages , qui ont mérité d'être admis au
concours , les Mémoires Nº . 11 , & N °. IV,
ont le plus approché de celui qui a remporté
le Prix . Le No. 11 a pour Devile Sat cito,
fi fat bene ; le Mémoire eft de M. Guyot ,
Maître en Chirurgie à Genéve ; le N°.IV ,
eft terminé ces trois Vers de Lucrece.
par
Animi
808 MERCURE DE FRANCE.
Animi tenebras neceffe eft
Non radii Solis , nec lucida tela diei
Discutiant ,fed NaturaSpecies , ratioque.
Le dernier Mémoire eft de M. Louis ,
Maître ès Arts , fils du Lieutenant de M. le
Premier Chirurgien du Roi à Metz , ancien
Chirurgien , Aide - Major des Camps & Armées
du Roi , ancien Chirurgien Major du
Régiment du Commiflaire Général de la
Cavalerie , & aujourd'hui Chirurgien gagnant
Maîtrife à l'Hôpital Général de Paris
, en la Maifon de la Salpêtriere.
M. Hevin lût enfuite les Eloges de M.
'Andoüillé, le pere , Membre de l'Académie,
ancien Prévôt de fa Compagnie , & Démonftrateur
Royal pour les Maladies des
Os , & de M. Perron , le pere , Confeiller
du Committé perpétuel de l'Académie ,
Chirurgien Herniaire de l'Hôtel Royal des
Invalides , & de tous les Hôpitaux Militaires
du Royaume , tous deux morts depuis la
Séance publique de l'année derniere .
M. Levret fit la lecture du précis d'un
très-long Mémoire , lû dans les Séances particulieres
de l'Académie , dans lequel il démontre
, par un grand nombre d'Expériences
Phyfiques , & par quelques Faits de pratique
, la poffibilité de fondre ou réfoudre
les Tumeurs Squirrenfes , Scrophuleuſes ,
CanA
O UST. 1744. 1809
Cancereufes & autres , faites par l'engorgement
ou par l'extravafation de la Lymphe
épaiffie & endurcie , foit dans les glandes ,
foit dans le tiffu cellulaire des graiffes.
M. Levret commençe par expofer dans
ce Mémoire , qu'il a travaillé à l'imitation
de Mrs de la Peyronie , Petit , Quefnay ,
Bouquot , Faget & Dufoüart , qui ont fait
une quantité d'Expériences pour découvrir
la nature des humeurs , qui entroient dans
la compofition de ces fortes de Tumeurs ,
tant pour en diftinguer l'état contre nature,
d'avec l'état fain , que pour reconnoître les
divers degrés de dépravation , où ces humeurs
pouvoient être parvenuës. M. Levret
a repeté les mêmes Expériences , & il s'eft
convaincu , ainfi que ces Meffieurs , 1 ° . que
les Tumeurs Squirreufes, Cancereufes , &c.
étoient faites de fucs , en partie albumineux
, & en partie gelatineux , & il croit
avoir découvert leurs juftes proportions relatives
. 2 °. Que la ftagnation de ces fucs, &
la diffipation de leur Serum , fuffifoit pour
produire le Squirre. 3 ° . Que la perverſion
de ces mêmes fucs , occafionnée par le mouvement
fpontané de putréfaction , étoit laˆ
caufe des cruelles douleurs, & autres grands
accidens , qui font périr les Malades , lorfque
l'Opération ( feul fecours qui refte en
pareil cas ) n'eft plus praticable . Ces decou-
E vertes
1810 MERCURE DE FRANCE:
vertes l'ont conduit à pouvoir déterminer
le tems où l'on peut effayer de traiter ces
fortes de Tumeurs , par la voye de la Réfolution.
L'Auteur donne enfuite la Deſcription de
fon Médicament diffolvant ou fondant, qui
a pour baze le Sel fixe de Tartre , & pour
véhicule l'Eau de pluye diftillée ; ce Remede
eft une Liqueur potable , auffi lympide
que la plus belle Eau ; elle n'a nulle odeur ,
& fa faveur eft très-fupportable. Comme M.
Levret, lors de la découverte de fon Diffolvant
, n'avoit pas en main des Tumeurs
Squirreufes, Cancereufes, &c. pour faire fes
Expériences , il fe détermina à le mettre en
épreuve fur des fubftances reconnuës , en
quelque forte , analogues à l'humeur qui
produit ces efpeces de Tumeurs ; il choifit
pour cet effet des Coënes lymphatiques ,
qui fe forment fur le fang que l'on tire dans
les Maladies inflammatoires, du blanc d'oeuf,
cuit & crud , de la lymphe , du lait frais
caillé , &c .
M. Levret prit d'abord une de ces Coënes
lymphatiques ; il la mit fur le feu , dans un
vaiffeau de terre , avec huit onces de fon
Diffolvant ; dès que la liqueur fut prête
à bouillir , il s'apperçut que la Coëne
s'étoit gonflée , & qu'elle étoit devenuë
tranfparente, & en un quart d'heure d'ébullition
A O UST. 1744. 1811
Jition , elle fut exactement diffoute . L'Auteur
fait obferver qu'il étoit resté à la Coëne
quelques petits caillots de fang ; il fe trouva
au fond du vafe , après la parfaite diffolu
tion de cette Coëne , de petits grumeaux
noirs , qu'il foupçonna être la partie rouge
du fang, qui y étoit demeurée incrustée ; pour
s'en affûrer , il recommença l'Expérience
avec une Coëne lavée & bien blanchie ; il
ne refta aucuns grumeaux , ce qui le perfuada
de la réalité de fon foupçon ; on verra
ailleurs les conféquences qu'il tire de ce
Phénomene. M. Levret a répeté ces Expériences
, tant à froid , qu'à la chaleur du fumier,
avec des Coënes fraîches & feches , lavécs,
ou non lavées; elles ont été toutes diffoutes,
fans avoir acquis de mauvaiſe odeur,
les unes plûtôt , les autres plus tard , fuivant
leur plus ou moins de denfité,la température
de la liqueur ou de l'air, le repos, ou le mouvement
qui leur avoit été communiqué.
L'Auteur n'étoit pas content d'avoir vu
diffoudre parfaitement ces Coënes ; il voulut
fçavoir fi le même moyen qui les fondoit
, pourroit empêcher qu'elles ne fe formaffent.
Pour s'en affûrer , il profita de l'occafion
d'un Pleuretique , à qui il avoit déja
tiré à plufieurs reprifes , un fang extrêmement
coëneux. La Maladie exigeant de nouvelles
faignées , il tira deux palettesde fang
E ij
1812 MERCURE DE FRANCE.
à l'ordinaire, & une troifiéme dans une pin
te de fon Diffolvant tiéde . Il eut la fatifaction
de voir que le fang y refta en diffolution
, & que celui qui avoit été tiré dans
les palettes , devint coëneux. Cette Expérience
, qu'il répeta une feconde fois , lui fit
imaginer de donner fonDiffolvant en boiffon
au Malade , le fixième jour de la Maladie
, après neuf faignées , qui n'avoient
point diminué les accidens ; il arriva en
vingt-quatre heures un changement manifefte
en mieux ; les urines , qui n'avoient
coulé jufques- là qu'en petite quantité &
roufsâtres , devinrent abondantes & faffranées
; il furvint des fueurs foetides , qui terminerent
la Maladie en peu de jours.
M. Levret avoüe de bonne foi , que ce
fuccès apparent ne le flata
ne le flata pas beaucoup , &
qu'il ne fe crut pas autorifé à regarder comme
l'effet de fon Reméde , une Guérifon
qu'on pouvoit auffi attribuer aux faignées ,
au Régime , aux autres Remedes dont on
s'étoit fervi , & même au tems qu'avoit duré
la Maladie . En homme fage , il fufpendit
fon Jugement jufqu'à- ce qu'il fe préſentât
de nouvelles occafions de faire ufage de fon
Remede. Il en donna fucceffivement à trois
Pleuretiques , avec le même fuccès , à l'un
après fix faignées , à l'autre , après cinq , &
au dernier , après quatre . Une Erefipele au
vifage
A O UST. 1744. 1813
1
vifage fournit auffi à peu près dans le même
tems à l'Auteur une autre occafion de
preuve. Après avoir fait plufieurs faignée
des bras & des pieds , fans aucun changement,
( le fang fe trouvant fort coëneux ) il
fit ufage de fon Diffolvant , tant intérieurement
, qu'en topique , & le Malade fut parfaitement
guéri le feptiéme jour. M. Levret
ne voulut pas être feul témoin des bons effets
de fon Remede ; il en fournit à plufieurs
de fes Confreres , qui tous s'en font
très-bien trouvés dans diverfes Maladies in-
Aammatoires. Il termine ces premieres Expériences
, en avertiffant qu'il eft bien éloigné
de croire que fon Diffolvant ait la propriété
de faire feul ces Cures , mais qu'il le
regarde comme un moyen qui peut concourir
puillamment à cet effet , étant aidé de la
diette , des faignées , &c. & dirigé avec
beaucoup de prudence.
M. Levret n'a pas oublié de rapporter une
chofe affés finguliere , qui arriva au Malade
de l'Erefipele au vifage , & à qui il tira du
fang du pied dans fon Diffolvant . Cet homme
portoit depuis trente ans fur le tarfe
un ganglion très-dur , & gros comme une
aveline. Le bain feul du pied dans le Diffolvant
chaud pour la faignée,ramollit beaucoup
cette Tumeur; l'application de compref-
Les imbues de la même Liqueur , en procure→
E iij
rent
1814 MERCURE DE FRANCE.
rent la refolution parfaite dans l'efpace de
trois semaines.
Satisfait en quelque maniere du fuccès
de fes Expériences fur les Coënes lymphatiques
, il voulut les effayer fur le blanc
d'oeuf, que l'on fçait être fort analogue
avec la partie albumineufe de la lymphe ,
qui furabonde dans lesTumeurs Squirreufes,
Ĉancereufes , &c. Il mit le blanc d'un oeuf
frais crud , dans une bouteille , avec huit
onces de Diffolvant ; il les mêlangea exactement
, & les mit au bain-marie ; la Liqueur
fut une heure en ébullition , fans que
le blanc d'oeuf prît aucune confiftance ; le
mêlange refta lympide & de couleur de
paille ; il fe fit feulement , en refroidif
fant , une espece de précipité dont on va
parler.
M. Levret obferva dans cette Expérience
trois chofes remarquables , 1 ° . que le blanc
d'oeuf n'a pû prendre aucune confiftance ,
quoiqu'il ait bouilli dans la Liqueur pendant
une heure. 2 ° . Que les ligamens qui
attachent le jaune de l'oeuf au blanc , & que
quelques-uns nomment le germe de l'oeuf,
devinrent auffi durs que des ganglions.
3 °. Que la pellicule lucide , qui enveloppe
la partie la plus folide du blanc d'oeuf , ne
fut point détruite par le Diffolvant. Elle
étoit feulement devenuë opaque , & elle
Y
formoir
AOUST. 1744 1815
le
formoit avec les ligamens ou le germe ,
précipité dont on a parlé. Ces trois Phénoménes
femblent devoir faire naître les refléxions
fuivantes. 1 °. Que cette Liqueur paroît
être le vrai Diffolvant des fucs albumineux
, puiſqu'elle les tient en fonte , malgré
l'action du feu, z ° . Qu'elle ne paroît
attaquer que ces fucs , puifqu'elle ne fond
pas la pellicule lucide , qui enveloppe immédiatement
le blanc d'auf. 3 ° . Qu'elle
donne du reffort aux parties folides , puif-
'elle durcit les ligamens ou le germe, qui
font de ce genre .
qu'elle
Il ne fuffifoit pas d'avoir éprouvé que le
Diffolvant tenoit le blanc d'oeuf en fonte
ou fluide ; il falloit voir s'il pourroit fondre
ce même blanc d'oeuf , durci par la cuiffon.
On va voir par l'Expérience fuivante , que
M. Levret y a réiiffi. Il fit durcir un oeuf
frais , il le dépouilla de fa coque , il fépara
le jaune du blanc , il coupa ce dernier par
lardons , qu'il mit au bain-marie dans une
bouteille de verre blanc, avec huit onces de
Diffolvant ; le blanc d'oeuf s'y diffout peu
peu,& il fe trouva en fonte parfaite après fix
heures d'ébullition ; on voyoit dans la Liqueur
les portions de pellicules qui couvroient
le blanc d'oeuf dans fon état naturel ;
elles avoient confervé la forme qui leur
avoit été donnée en le coupant par mor-
E iiij ceaux ;
1816 MERCURE DE FRANCE.
ceaux ; ce qui prouve encore que le Diffolvant
n'agit point fur les parties folides . L'Expérience
qui fuit en fournit une nouvelle
preuve. Il mit un jaune d'oeuf crud dans
du Diffolvant boüillant ; il y prit une
confiftance dure & folide , comme il arrive
dans l'eau commune bouillante . Le Diffol
vant fit en cette occafion ce qu'il avoit déja
fait à la Coëne , mife en ébullition ; la partie
rouge du fang , qui y étoit incruftée , s'y
étoit cuite & endurcie. De tout l'oeuf, il ne
fe diffout donc que le blanc , & des Coënes
que les Coënes mêmes.
Ce qui s'eft paffé dans les Coënes & le
blanc d'oeuf peut être mis en parallele avec
les Expériences particulieres que M. Levret
fit enfuite für la Lymphe. En effet il a éprou
vé , 1 ° . que la Lymphe , mêlée avec le Dif
folvant , & mife en ébullition , n'a pû prendre
aucune confiftance. 2 ° . Que cette même
Lymphe durcie au feu , comme le blanc
d'oeuf , s'eft parfaitement fondue dans le
Diffolvant. 3 ° . Que quand la Lymphe ſe
trouve chyleufe , la diffolution refte louche,
tant qu'elle eft chaude , & qu'en refroidiffant
, elle s'éclaircit par la précipitation des
parties chyleufes , qui y étoient fufpenduës,
& non altérées par l'action du Diffolvant.
Mais , continue M. Levret , » ces fubftances
» étant naturellement diaphanes , il étoit
" difficile
A O UST. 1744. 1817
>>
"
par
» difficile d'apperce voir à la vûë , fi aprè
»l'action du Diffolvant leurs molécules
» avoient été alterées ou non. Je conjectu-
» rois la fluidité , qu'elles avoient con-
»fervée , ou qui leur avoit été renduë ,
qu'elles étoient reftées, ou qu'elles étoient
» rentrées dans leur état naturel , mais cela
» ne m'affûroit pas démonftrativement que
» dans le dernier de ces deux cas , ces ſubf-
» tances euffent été rétablies dans leur premiere
intégrité. Pour en être certain , il
» étoit donc néceffaire de l'éprouver fur
quelque fubftance qui pût mieux tomber
» fous les fens. Le Lait , qui a des parties dif
» tinctes & très-perceptibles à la vûë , m'a
file convaincu Diffolvant détruit que
» quelque chofe dans les compofés acciden-
» tels , ce n'eft que pour leur rendre leur
» forme naturelle , en mettant en liberté
>> leurs molécules ftagnantes , aufquelles , en
>> rendant le mouvement , il femble , pour
» ainfi-dire , rendre la vie.
»
»
M. Levret mêla enſemble parties égales
de Lait & de Diffolvant ; il les laiffa à froid
pendant vingt- quatre heures , fans y apperaucun
changement ; il mit enfuite le
mêlange fur le feu . Le Lait , ainfi mixtionné
, monta au premier moment de l'ébulli
tion , comme s'il eût été feul ; il perdit feulement
fa grande blancheur , & devint un
E v peu
1818 MERCURE DE FRANCE
peu roux, M. Levret, curieux de voir fi dans
cet état le Lait tourneroit en y jettant un acide,
y verfa quelques gouttes de vinaigre, qui
le cailleboterent fur le champ. Mais ce qu'il
Y a de fingulier , c'eft que ces mêmes caillebots
, jettés dans du Diffolvant chaud ou
froid , s'y fondent , & le lait reprend fa
premiere forme , fur tout à froid , comme
cela eft prouvé par l'Expérience qui fait.
M. Levret mit une cueillerée de caillé.
fait avec la préfure ordinaire , dans un Vaſe
de verre , avec huit onces de Diffolvant
froid ; au bout d'une heure , la Liqueur devint
blanchâtre , ce qui continua d'augmen
ter toujours de plus en plus ; douze heures.
après , il ne pouvoir plus voir le morceau de
caillé que par deffus la Liqueur, parce qu'el
le s'étoit rendue opaque , en devenant laiteufe.
Le lendemain à pareille heure , il
trouva à la place du caillé , une pellicule de
crême , d'un blanc laiteux , comme fi l'on
eût ajoûté au Diffolvant autant de Lait qu'on
y avoit mis de caillé.
Content de cet effet , qui fe paffa à froid
en 36 heures , il voulut éprouver ce qui
arriveroit à la chaleur ; il mit fur le feu un
pareil volume de caillé , avec une pareille
quantité de Diffolvant dans un vaiffeau de
terre. A mefure que la Liqueur s'échauffoit,
le caillé fe fondoit , & au premier moment
de
AOUS T. 1744 1819
de l'ébullition , le mêlange s'éleva , comme
auroit fait du Lait coupé ; il fe fit à la furface
une pellicule de crême cuite , & la Liqueur
laiteufe refta uniforme , quoique
refroidie. Il a repeté cette derniere Expérience
avec differens Fromages , tels
que ceux de Brie , Saffenage , Roquefort ,
Gruyere , Hollande , Parmefan , &c. ils
ont été tous diffouts très- promptement , &
ont confervé fous cette nouvelle forme leur
couleur , leur odeur & leur goût ; on peut
donc conclure que cet Agent ne fait que
défunir les molécules des fubftances , fansles
altérer ni les détruire .
L'Auteur , en fuivant cette idée , conjectura
que l'application de ce Médicament
pourroit produire de bons effets fur les Tumeurs
laiteufes, qui arrivent aux mammelles
des femmes après leurs couches ; il l'éprou
va avec beaucoup de fuccès fur une Dame
attaquée de cette Maladie , dont elle fouf
froit confidérablement depuis trois femaines
; elle fut guérie en huit jours , par le
moyen de compreffes imbibées de cette Liqueur
, pofées fur la partie , & que l'on
avoit foin d'entretenir chaudes & humides .
Il avoit tout lieu d'être fatisfait du fuccès
de fes Expériences fur les diverfes fubftances
qu'il y avoit employées ; mais il lui reftoit
à éprouver fon Diffolvant fur de v ayes
E vj Tu1820
MERCURE DE FRANCE.
Tumeurs Cancereufes ; c'étoit même fon objet
principal . Enfin il eut occafion d'avoir
trois de ces Tumeurs ; il répeta fucceffivement
fur ces trois Tumeurs les Expériences
que nous avons vûës , en préſence de Mrs
Moreau , Hevin , Bruyere , Defpuech , tous
Membres de l'Académie;ils furent témoins de
la parfaite diffolution de ces Tumeurs ,laquel
le s'acheva de la même maniere que celle des
Coënes , du Lait caillé , caillebotté , de la
Lymphe , & du blanc d'oeuf cuit , fans endommager
les parties que ces fucs albumineux
avoient abreuvées & diftenduës . Ces
Expériences , qui furent faites à l'aide du
feu , à la chaleur du fumier , & à l'air temperé
, fouffrirent quelques variations , par
rapport à l'étendue du tems , fuivant le degré
de chaleur , & la quantité des mouvemens
communiqués au Médicament. Par
exemple , la diffolution ſe fit au bain-marie
bouillant , en fix heures , à l'air temperé, en
fix femaines , & à la chaleur du fumier , en
quinze jours ; il eft bon d'obferver que toutes
ces diffolutions fe font faites fans putréfaction
, & fans altérer le tiffu des parties
folides engorgées de fues .
» N'est- ce pas-là , dit M. Levret , ce qu'a
» fait d'une part ce Médicament avec le
» blanc d'oeuf cuit , puifqu'il n'a pas diffous
» la pellicule qui l'enveloppe , ni les liga-
» mens
AOUS T. 1744. 182
"
mens, non plus que le jaune , ces trois der-
» nieres fubftances étant en quelque forte,du
»genre des parties folides & non des liqui-
» des. Si l'on fe rappelle d'autre part , con-
» tinue ce Chirurgien , l'Expérience de la
» diffolution de la Coëne , où il étoit resté
quelques petits caillots de fang , qui dans
l'épreuve s'étoient endurcis , & celle de la
Lymphe chyleufe , où le chyle s'étoit dépofé
en forme de précipité , il fera aifé de là
» de conclure, que non -feulement ce Médica-
» ment ne détruit point les parties folides ,
» mais qu'entre les particules même qui
compofent les fluides , il n'agit fpéciale-
» ment que fur l'albumineufe & fur la géla-
» tineufe , en leur rendant leur premiere
»forme & leur fluidité , de-même qu'au
» Lait caillé , & c.
35
93
L'Auteur a reconnu par le moyen de fon
Diffolvant , que les fucs qui entroient dans
la compofition
des trois Tumeurs Cancereufes,
qui lui fervirent pour fes épreuves , furpaffoient
vingt-quatre fois ou environ , le
poids des folides qui les contenoient ; que
ces fucs étoient la Lymphe même condenfée ,
épaiffie , & folidifiée par la féparation & la
fouftraction de faférofité, & que dans cet état,
qui la rend quelquefois
affés femblable à de
la corne , & très-élaftique , elle fe trouve
compofée de quatre parties de fucs albumineuxfur
une partie de gélatineux.
M.
1822 MERCURE DE FRANCE.
M. Levret auroit pû dans la fuite de ce
Mémoire rapporter quelques exemples des
bons effets de fon Remede , tant intérieurement
qu'extérieurement fur des Tumeurs
Scrophuleufes , & fur des Cancers , foit occultes
, foit confirmés , & même ulcerés ;
mais il a jugé à propos d'en réferver le détail
pour une autre occafion. Il fit obferver , en
finiffant fon Mémoire , quoiqu'il fe foit ſervi
de fon Diffolvant bouillant , pour parve
nir plus promptement à la diffolution des
fucs endurcis qu'il a mis en épreuve , il n'a
pas entendu que ce dernier degré de chaleur
dût s'employer dans la pratique, mais qu'el
le aide beaucoup l'action de ce Médicament;
il est même d'autant plus fingulier que fon
Diffolvant agiffe fi puiffamment dans ce der
nier degré de chaleur , que fans ce Médica
ment c'eft un moyen für pour endurcir plus .
promptement ces fortes de fucs albumineux..
La fuite pour le prochain Mercure.
Royale de Chirurgie , à laquelle préfida
M. de Malaval , Directeur , en l'abfence
de M. de la Peyronie , Premier
Chirurgien Médecin Confultant de Sa
Majefté , le 2 Juin 1744.
M
R Hévin , Sécretaire pour les correfpondances
, fit en l'abſence de M.
Quefnay , Sécretaire , l'ouverture de la
Séance . Il déclara que l'Académie avoit adjugé
le Prix fur la matiére des Remedes
Emolliens , au Mémoire N °. 7 , qui a pour
Deviſe les treize Lettres fuivantes , P. F. G.
M. E. A. C. P. D. L. D. D. L. Ce Mémoire
eft de M. Graffot , Maître ès Arts , & Chirurgien
Major de l'Hôtel- Dieu de Lyon.
L'Académie lui a auffi accordé des Lettres
d'Affocié Correfpondant . De tous les autres
Ouvrages , qui ont mérité d'être admis au
concours , les Mémoires Nº . 11 , & N °. IV,
ont le plus approché de celui qui a remporté
le Prix . Le No. 11 a pour Devile Sat cito,
fi fat bene ; le Mémoire eft de M. Guyot ,
Maître en Chirurgie à Genéve ; le N°.IV ,
eft terminé ces trois Vers de Lucrece.
par
Animi
808 MERCURE DE FRANCE.
Animi tenebras neceffe eft
Non radii Solis , nec lucida tela diei
Discutiant ,fed NaturaSpecies , ratioque.
Le dernier Mémoire eft de M. Louis ,
Maître ès Arts , fils du Lieutenant de M. le
Premier Chirurgien du Roi à Metz , ancien
Chirurgien , Aide - Major des Camps & Armées
du Roi , ancien Chirurgien Major du
Régiment du Commiflaire Général de la
Cavalerie , & aujourd'hui Chirurgien gagnant
Maîtrife à l'Hôpital Général de Paris
, en la Maifon de la Salpêtriere.
M. Hevin lût enfuite les Eloges de M.
'Andoüillé, le pere , Membre de l'Académie,
ancien Prévôt de fa Compagnie , & Démonftrateur
Royal pour les Maladies des
Os , & de M. Perron , le pere , Confeiller
du Committé perpétuel de l'Académie ,
Chirurgien Herniaire de l'Hôtel Royal des
Invalides , & de tous les Hôpitaux Militaires
du Royaume , tous deux morts depuis la
Séance publique de l'année derniere .
M. Levret fit la lecture du précis d'un
très-long Mémoire , lû dans les Séances particulieres
de l'Académie , dans lequel il démontre
, par un grand nombre d'Expériences
Phyfiques , & par quelques Faits de pratique
, la poffibilité de fondre ou réfoudre
les Tumeurs Squirrenfes , Scrophuleuſes ,
CanA
O UST. 1744. 1809
Cancereufes & autres , faites par l'engorgement
ou par l'extravafation de la Lymphe
épaiffie & endurcie , foit dans les glandes ,
foit dans le tiffu cellulaire des graiffes.
M. Levret commençe par expofer dans
ce Mémoire , qu'il a travaillé à l'imitation
de Mrs de la Peyronie , Petit , Quefnay ,
Bouquot , Faget & Dufoüart , qui ont fait
une quantité d'Expériences pour découvrir
la nature des humeurs , qui entroient dans
la compofition de ces fortes de Tumeurs ,
tant pour en diftinguer l'état contre nature,
d'avec l'état fain , que pour reconnoître les
divers degrés de dépravation , où ces humeurs
pouvoient être parvenuës. M. Levret
a repeté les mêmes Expériences , & il s'eft
convaincu , ainfi que ces Meffieurs , 1 ° . que
les Tumeurs Squirreufes, Cancereufes , &c.
étoient faites de fucs , en partie albumineux
, & en partie gelatineux , & il croit
avoir découvert leurs juftes proportions relatives
. 2 °. Que la ftagnation de ces fucs, &
la diffipation de leur Serum , fuffifoit pour
produire le Squirre. 3 ° . Que la perverſion
de ces mêmes fucs , occafionnée par le mouvement
fpontané de putréfaction , étoit laˆ
caufe des cruelles douleurs, & autres grands
accidens , qui font périr les Malades , lorfque
l'Opération ( feul fecours qui refte en
pareil cas ) n'eft plus praticable . Ces decou-
E vertes
1810 MERCURE DE FRANCE:
vertes l'ont conduit à pouvoir déterminer
le tems où l'on peut effayer de traiter ces
fortes de Tumeurs , par la voye de la Réfolution.
L'Auteur donne enfuite la Deſcription de
fon Médicament diffolvant ou fondant, qui
a pour baze le Sel fixe de Tartre , & pour
véhicule l'Eau de pluye diftillée ; ce Remede
eft une Liqueur potable , auffi lympide
que la plus belle Eau ; elle n'a nulle odeur ,
& fa faveur eft très-fupportable. Comme M.
Levret, lors de la découverte de fon Diffolvant
, n'avoit pas en main des Tumeurs
Squirreufes, Cancereufes, &c. pour faire fes
Expériences , il fe détermina à le mettre en
épreuve fur des fubftances reconnuës , en
quelque forte , analogues à l'humeur qui
produit ces efpeces de Tumeurs ; il choifit
pour cet effet des Coënes lymphatiques ,
qui fe forment fur le fang que l'on tire dans
les Maladies inflammatoires, du blanc d'oeuf,
cuit & crud , de la lymphe , du lait frais
caillé , &c .
M. Levret prit d'abord une de ces Coënes
lymphatiques ; il la mit fur le feu , dans un
vaiffeau de terre , avec huit onces de fon
Diffolvant ; dès que la liqueur fut prête
à bouillir , il s'apperçut que la Coëne
s'étoit gonflée , & qu'elle étoit devenuë
tranfparente, & en un quart d'heure d'ébullition
A O UST. 1744. 1811
Jition , elle fut exactement diffoute . L'Auteur
fait obferver qu'il étoit resté à la Coëne
quelques petits caillots de fang ; il fe trouva
au fond du vafe , après la parfaite diffolu
tion de cette Coëne , de petits grumeaux
noirs , qu'il foupçonna être la partie rouge
du fang, qui y étoit demeurée incrustée ; pour
s'en affûrer , il recommença l'Expérience
avec une Coëne lavée & bien blanchie ; il
ne refta aucuns grumeaux , ce qui le perfuada
de la réalité de fon foupçon ; on verra
ailleurs les conféquences qu'il tire de ce
Phénomene. M. Levret a répeté ces Expériences
, tant à froid , qu'à la chaleur du fumier,
avec des Coënes fraîches & feches , lavécs,
ou non lavées; elles ont été toutes diffoutes,
fans avoir acquis de mauvaiſe odeur,
les unes plûtôt , les autres plus tard , fuivant
leur plus ou moins de denfité,la température
de la liqueur ou de l'air, le repos, ou le mouvement
qui leur avoit été communiqué.
L'Auteur n'étoit pas content d'avoir vu
diffoudre parfaitement ces Coënes ; il voulut
fçavoir fi le même moyen qui les fondoit
, pourroit empêcher qu'elles ne fe formaffent.
Pour s'en affûrer , il profita de l'occafion
d'un Pleuretique , à qui il avoit déja
tiré à plufieurs reprifes , un fang extrêmement
coëneux. La Maladie exigeant de nouvelles
faignées , il tira deux palettesde fang
E ij
1812 MERCURE DE FRANCE.
à l'ordinaire, & une troifiéme dans une pin
te de fon Diffolvant tiéde . Il eut la fatifaction
de voir que le fang y refta en diffolution
, & que celui qui avoit été tiré dans
les palettes , devint coëneux. Cette Expérience
, qu'il répeta une feconde fois , lui fit
imaginer de donner fonDiffolvant en boiffon
au Malade , le fixième jour de la Maladie
, après neuf faignées , qui n'avoient
point diminué les accidens ; il arriva en
vingt-quatre heures un changement manifefte
en mieux ; les urines , qui n'avoient
coulé jufques- là qu'en petite quantité &
roufsâtres , devinrent abondantes & faffranées
; il furvint des fueurs foetides , qui terminerent
la Maladie en peu de jours.
M. Levret avoüe de bonne foi , que ce
fuccès apparent ne le flata
ne le flata pas beaucoup , &
qu'il ne fe crut pas autorifé à regarder comme
l'effet de fon Reméde , une Guérifon
qu'on pouvoit auffi attribuer aux faignées ,
au Régime , aux autres Remedes dont on
s'étoit fervi , & même au tems qu'avoit duré
la Maladie . En homme fage , il fufpendit
fon Jugement jufqu'à- ce qu'il fe préſentât
de nouvelles occafions de faire ufage de fon
Remede. Il en donna fucceffivement à trois
Pleuretiques , avec le même fuccès , à l'un
après fix faignées , à l'autre , après cinq , &
au dernier , après quatre . Une Erefipele au
vifage
A O UST. 1744. 1813
1
vifage fournit auffi à peu près dans le même
tems à l'Auteur une autre occafion de
preuve. Après avoir fait plufieurs faignée
des bras & des pieds , fans aucun changement,
( le fang fe trouvant fort coëneux ) il
fit ufage de fon Diffolvant , tant intérieurement
, qu'en topique , & le Malade fut parfaitement
guéri le feptiéme jour. M. Levret
ne voulut pas être feul témoin des bons effets
de fon Remede ; il en fournit à plufieurs
de fes Confreres , qui tous s'en font
très-bien trouvés dans diverfes Maladies in-
Aammatoires. Il termine ces premieres Expériences
, en avertiffant qu'il eft bien éloigné
de croire que fon Diffolvant ait la propriété
de faire feul ces Cures , mais qu'il le
regarde comme un moyen qui peut concourir
puillamment à cet effet , étant aidé de la
diette , des faignées , &c. & dirigé avec
beaucoup de prudence.
M. Levret n'a pas oublié de rapporter une
chofe affés finguliere , qui arriva au Malade
de l'Erefipele au vifage , & à qui il tira du
fang du pied dans fon Diffolvant . Cet homme
portoit depuis trente ans fur le tarfe
un ganglion très-dur , & gros comme une
aveline. Le bain feul du pied dans le Diffolvant
chaud pour la faignée,ramollit beaucoup
cette Tumeur; l'application de compref-
Les imbues de la même Liqueur , en procure→
E iij
rent
1814 MERCURE DE FRANCE.
rent la refolution parfaite dans l'efpace de
trois semaines.
Satisfait en quelque maniere du fuccès
de fes Expériences fur les Coënes lymphatiques
, il voulut les effayer fur le blanc
d'oeuf, que l'on fçait être fort analogue
avec la partie albumineufe de la lymphe ,
qui furabonde dans lesTumeurs Squirreufes,
Ĉancereufes , &c. Il mit le blanc d'un oeuf
frais crud , dans une bouteille , avec huit
onces de Diffolvant ; il les mêlangea exactement
, & les mit au bain-marie ; la Liqueur
fut une heure en ébullition , fans que
le blanc d'oeuf prît aucune confiftance ; le
mêlange refta lympide & de couleur de
paille ; il fe fit feulement , en refroidif
fant , une espece de précipité dont on va
parler.
M. Levret obferva dans cette Expérience
trois chofes remarquables , 1 ° . que le blanc
d'oeuf n'a pû prendre aucune confiftance ,
quoiqu'il ait bouilli dans la Liqueur pendant
une heure. 2 ° . Que les ligamens qui
attachent le jaune de l'oeuf au blanc , & que
quelques-uns nomment le germe de l'oeuf,
devinrent auffi durs que des ganglions.
3 °. Que la pellicule lucide , qui enveloppe
la partie la plus folide du blanc d'oeuf , ne
fut point détruite par le Diffolvant. Elle
étoit feulement devenuë opaque , & elle
Y
formoir
AOUST. 1744 1815
le
formoit avec les ligamens ou le germe ,
précipité dont on a parlé. Ces trois Phénoménes
femblent devoir faire naître les refléxions
fuivantes. 1 °. Que cette Liqueur paroît
être le vrai Diffolvant des fucs albumineux
, puiſqu'elle les tient en fonte , malgré
l'action du feu, z ° . Qu'elle ne paroît
attaquer que ces fucs , puifqu'elle ne fond
pas la pellicule lucide , qui enveloppe immédiatement
le blanc d'auf. 3 ° . Qu'elle
donne du reffort aux parties folides , puif-
'elle durcit les ligamens ou le germe, qui
font de ce genre .
qu'elle
Il ne fuffifoit pas d'avoir éprouvé que le
Diffolvant tenoit le blanc d'oeuf en fonte
ou fluide ; il falloit voir s'il pourroit fondre
ce même blanc d'oeuf , durci par la cuiffon.
On va voir par l'Expérience fuivante , que
M. Levret y a réiiffi. Il fit durcir un oeuf
frais , il le dépouilla de fa coque , il fépara
le jaune du blanc , il coupa ce dernier par
lardons , qu'il mit au bain-marie dans une
bouteille de verre blanc, avec huit onces de
Diffolvant ; le blanc d'oeuf s'y diffout peu
peu,& il fe trouva en fonte parfaite après fix
heures d'ébullition ; on voyoit dans la Liqueur
les portions de pellicules qui couvroient
le blanc d'oeuf dans fon état naturel ;
elles avoient confervé la forme qui leur
avoit été donnée en le coupant par mor-
E iiij ceaux ;
1816 MERCURE DE FRANCE.
ceaux ; ce qui prouve encore que le Diffolvant
n'agit point fur les parties folides . L'Expérience
qui fuit en fournit une nouvelle
preuve. Il mit un jaune d'oeuf crud dans
du Diffolvant boüillant ; il y prit une
confiftance dure & folide , comme il arrive
dans l'eau commune bouillante . Le Diffol
vant fit en cette occafion ce qu'il avoit déja
fait à la Coëne , mife en ébullition ; la partie
rouge du fang , qui y étoit incruftée , s'y
étoit cuite & endurcie. De tout l'oeuf, il ne
fe diffout donc que le blanc , & des Coënes
que les Coënes mêmes.
Ce qui s'eft paffé dans les Coënes & le
blanc d'oeuf peut être mis en parallele avec
les Expériences particulieres que M. Levret
fit enfuite für la Lymphe. En effet il a éprou
vé , 1 ° . que la Lymphe , mêlée avec le Dif
folvant , & mife en ébullition , n'a pû prendre
aucune confiftance. 2 ° . Que cette même
Lymphe durcie au feu , comme le blanc
d'oeuf , s'eft parfaitement fondue dans le
Diffolvant. 3 ° . Que quand la Lymphe ſe
trouve chyleufe , la diffolution refte louche,
tant qu'elle eft chaude , & qu'en refroidiffant
, elle s'éclaircit par la précipitation des
parties chyleufes , qui y étoient fufpenduës,
& non altérées par l'action du Diffolvant.
Mais , continue M. Levret , » ces fubftances
» étant naturellement diaphanes , il étoit
" difficile
A O UST. 1744. 1817
>>
"
par
» difficile d'apperce voir à la vûë , fi aprè
»l'action du Diffolvant leurs molécules
» avoient été alterées ou non. Je conjectu-
» rois la fluidité , qu'elles avoient con-
»fervée , ou qui leur avoit été renduë ,
qu'elles étoient reftées, ou qu'elles étoient
» rentrées dans leur état naturel , mais cela
» ne m'affûroit pas démonftrativement que
» dans le dernier de ces deux cas , ces ſubf-
» tances euffent été rétablies dans leur premiere
intégrité. Pour en être certain , il
» étoit donc néceffaire de l'éprouver fur
quelque fubftance qui pût mieux tomber
» fous les fens. Le Lait , qui a des parties dif
» tinctes & très-perceptibles à la vûë , m'a
file convaincu Diffolvant détruit que
» quelque chofe dans les compofés acciden-
» tels , ce n'eft que pour leur rendre leur
» forme naturelle , en mettant en liberté
>> leurs molécules ftagnantes , aufquelles , en
>> rendant le mouvement , il femble , pour
» ainfi-dire , rendre la vie.
»
»
M. Levret mêla enſemble parties égales
de Lait & de Diffolvant ; il les laiffa à froid
pendant vingt- quatre heures , fans y apperaucun
changement ; il mit enfuite le
mêlange fur le feu . Le Lait , ainfi mixtionné
, monta au premier moment de l'ébulli
tion , comme s'il eût été feul ; il perdit feulement
fa grande blancheur , & devint un
E v peu
1818 MERCURE DE FRANCE
peu roux, M. Levret, curieux de voir fi dans
cet état le Lait tourneroit en y jettant un acide,
y verfa quelques gouttes de vinaigre, qui
le cailleboterent fur le champ. Mais ce qu'il
Y a de fingulier , c'eft que ces mêmes caillebots
, jettés dans du Diffolvant chaud ou
froid , s'y fondent , & le lait reprend fa
premiere forme , fur tout à froid , comme
cela eft prouvé par l'Expérience qui fait.
M. Levret mit une cueillerée de caillé.
fait avec la préfure ordinaire , dans un Vaſe
de verre , avec huit onces de Diffolvant
froid ; au bout d'une heure , la Liqueur devint
blanchâtre , ce qui continua d'augmen
ter toujours de plus en plus ; douze heures.
après , il ne pouvoir plus voir le morceau de
caillé que par deffus la Liqueur, parce qu'el
le s'étoit rendue opaque , en devenant laiteufe.
Le lendemain à pareille heure , il
trouva à la place du caillé , une pellicule de
crême , d'un blanc laiteux , comme fi l'on
eût ajoûté au Diffolvant autant de Lait qu'on
y avoit mis de caillé.
Content de cet effet , qui fe paffa à froid
en 36 heures , il voulut éprouver ce qui
arriveroit à la chaleur ; il mit fur le feu un
pareil volume de caillé , avec une pareille
quantité de Diffolvant dans un vaiffeau de
terre. A mefure que la Liqueur s'échauffoit,
le caillé fe fondoit , & au premier moment
de
AOUS T. 1744 1819
de l'ébullition , le mêlange s'éleva , comme
auroit fait du Lait coupé ; il fe fit à la furface
une pellicule de crême cuite , & la Liqueur
laiteufe refta uniforme , quoique
refroidie. Il a repeté cette derniere Expérience
avec differens Fromages , tels
que ceux de Brie , Saffenage , Roquefort ,
Gruyere , Hollande , Parmefan , &c. ils
ont été tous diffouts très- promptement , &
ont confervé fous cette nouvelle forme leur
couleur , leur odeur & leur goût ; on peut
donc conclure que cet Agent ne fait que
défunir les molécules des fubftances , fansles
altérer ni les détruire .
L'Auteur , en fuivant cette idée , conjectura
que l'application de ce Médicament
pourroit produire de bons effets fur les Tumeurs
laiteufes, qui arrivent aux mammelles
des femmes après leurs couches ; il l'éprou
va avec beaucoup de fuccès fur une Dame
attaquée de cette Maladie , dont elle fouf
froit confidérablement depuis trois femaines
; elle fut guérie en huit jours , par le
moyen de compreffes imbibées de cette Liqueur
, pofées fur la partie , & que l'on
avoit foin d'entretenir chaudes & humides .
Il avoit tout lieu d'être fatisfait du fuccès
de fes Expériences fur les diverfes fubftances
qu'il y avoit employées ; mais il lui reftoit
à éprouver fon Diffolvant fur de v ayes
E vj Tu1820
MERCURE DE FRANCE.
Tumeurs Cancereufes ; c'étoit même fon objet
principal . Enfin il eut occafion d'avoir
trois de ces Tumeurs ; il répeta fucceffivement
fur ces trois Tumeurs les Expériences
que nous avons vûës , en préſence de Mrs
Moreau , Hevin , Bruyere , Defpuech , tous
Membres de l'Académie;ils furent témoins de
la parfaite diffolution de ces Tumeurs ,laquel
le s'acheva de la même maniere que celle des
Coënes , du Lait caillé , caillebotté , de la
Lymphe , & du blanc d'oeuf cuit , fans endommager
les parties que ces fucs albumineux
avoient abreuvées & diftenduës . Ces
Expériences , qui furent faites à l'aide du
feu , à la chaleur du fumier , & à l'air temperé
, fouffrirent quelques variations , par
rapport à l'étendue du tems , fuivant le degré
de chaleur , & la quantité des mouvemens
communiqués au Médicament. Par
exemple , la diffolution ſe fit au bain-marie
bouillant , en fix heures , à l'air temperé, en
fix femaines , & à la chaleur du fumier , en
quinze jours ; il eft bon d'obferver que toutes
ces diffolutions fe font faites fans putréfaction
, & fans altérer le tiffu des parties
folides engorgées de fues .
» N'est- ce pas-là , dit M. Levret , ce qu'a
» fait d'une part ce Médicament avec le
» blanc d'oeuf cuit , puifqu'il n'a pas diffous
» la pellicule qui l'enveloppe , ni les liga-
» mens
AOUS T. 1744. 182
"
mens, non plus que le jaune , ces trois der-
» nieres fubftances étant en quelque forte,du
»genre des parties folides & non des liqui-
» des. Si l'on fe rappelle d'autre part , con-
» tinue ce Chirurgien , l'Expérience de la
» diffolution de la Coëne , où il étoit resté
quelques petits caillots de fang , qui dans
l'épreuve s'étoient endurcis , & celle de la
Lymphe chyleufe , où le chyle s'étoit dépofé
en forme de précipité , il fera aifé de là
» de conclure, que non -feulement ce Médica-
» ment ne détruit point les parties folides ,
» mais qu'entre les particules même qui
compofent les fluides , il n'agit fpéciale-
» ment que fur l'albumineufe & fur la géla-
» tineufe , en leur rendant leur premiere
»forme & leur fluidité , de-même qu'au
» Lait caillé , & c.
35
93
L'Auteur a reconnu par le moyen de fon
Diffolvant , que les fucs qui entroient dans
la compofition
des trois Tumeurs Cancereufes,
qui lui fervirent pour fes épreuves , furpaffoient
vingt-quatre fois ou environ , le
poids des folides qui les contenoient ; que
ces fucs étoient la Lymphe même condenfée ,
épaiffie , & folidifiée par la féparation & la
fouftraction de faférofité, & que dans cet état,
qui la rend quelquefois
affés femblable à de
la corne , & très-élaftique , elle fe trouve
compofée de quatre parties de fucs albumineuxfur
une partie de gélatineux.
M.
1822 MERCURE DE FRANCE.
M. Levret auroit pû dans la fuite de ce
Mémoire rapporter quelques exemples des
bons effets de fon Remede , tant intérieurement
qu'extérieurement fur des Tumeurs
Scrophuleufes , & fur des Cancers , foit occultes
, foit confirmés , & même ulcerés ;
mais il a jugé à propos d'en réferver le détail
pour une autre occafion. Il fit obferver , en
finiffant fon Mémoire , quoiqu'il fe foit ſervi
de fon Diffolvant bouillant , pour parve
nir plus promptement à la diffolution des
fucs endurcis qu'il a mis en épreuve , il n'a
pas entendu que ce dernier degré de chaleur
dût s'employer dans la pratique, mais qu'el
le aide beaucoup l'action de ce Médicament;
il est même d'autant plus fingulier que fon
Diffolvant agiffe fi puiffamment dans ce der
nier degré de chaleur , que fans ce Médica
ment c'eft un moyen für pour endurcir plus .
promptement ces fortes de fucs albumineux..
La fuite pour le prochain Mercure.
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40
p. 1920-1922
« La Ville de Metz & les habitans du Pays Messin, qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz, & [...] »
Début :
La Ville de Metz & les habitans du Pays Messin, qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz, & [...]
Mots clefs :
Roi, Metz, Maladie, Conservation, Nouvelles, Joie, Guérison
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texteReconnaissance textuelle : « La Ville de Metz & les habitans du Pays Messin, qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz, & [...] »
La Ville de Metz & les habitans du Pays Meffin ,
qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz , &
pendant qu'il y étoit en bonne fanté , fe font entierement
occupés du loin de prouver à S. M. leur
amour & leur refpect , lui ont marqué dans fa maladie
F'un & l'autre , de la maniere la plus éclatante
, par leurs prieres continuelles pour la confervation
du Roi , par l'empreffement avec lequel ils fe
mettoient à portée d'apprendre à tout inftant des
nouvelles de S. M. par leurs tranfports de joye ,
dès qu'ils ont été certains de fa guérifon , & par
tout ce qu'ils ont crû le plus capable de faire connoître
leur fidélité & leut affection pour le Roi.
Toutes les Villes du Royaume ont donné pendant
AOUS T. 1921
1744 .
dant la maladie du Roi les plus fortes preuves de
leur refpectueux attachement pour S. M. & celle
de Paris , qui s'eft toujours fait un devoir de fe diftinguer
par fon zéle , a fait éclater fes fentimens ,
d'une maniere , qui depuis long - tems n'a point eú
d'exemple.
>
La premiere nouvelle de la maladie de S. M.
avoit répandu à Paris une affliction générale , & de
vives allarmes fe joignirent à cette affliction , lorfqu'on
fut informé par les lettres de Metz du 11 au
foir & par celles des jours fuivans , que les faignées
du pied , faites à S. M. n'avoient pas eû plus de fuccès
que les autres remédes employés , pour lui procurer
du foulagement.
On tomba dans une défolation inexprimable , en
apprenant que le 13 le Roi avoit reçû le Viatique ;
le furlendemain on lui avoit donné l'Extrêmeque
Onction , & qu'on avoit perdu prefque entierement
l'efperance de la guérifon de S. M. Les Eglifes ,
pendant les Prieres de Quarante - Heures , ordonnées
pour demander à Dieu la confervation du Roi ,
furent remplies le jour & la nuit par les perfonnes
de tous les Ordres , lefquelles par la ferveur dont
elles prioient , montroient combien elles défiroient
d'être exaucées. La plupart ne fe contentant pas de
mêler aux chants du Clergé leurs voix entrecou
pées de foupirs & de fanglots , & mettant en ufage
toutes les bonnes oeuvres que la Piété pouvoit leur
infpirer , diftribuoient d'abondantes aumônes aux
Pauvres , & elles portoient des fommes confidérables
aux Sacrifties , pour faire dire des Mefles. Des
perfonnes même , à qui leur peu de fortune fembloit
ne permettre que d'adreffer des voeux au
Ciel , pour en obtenir la grace qui faifoit l'objet
des fouhaits publics , employoient à ces ufages
pieux tout l'argent dont leurs befoins leur laiffoient
la
1922 MERCURE DE FRANCE.
la liberté de difpofer. On ne fortoit des Eglifes ,
que pour aller chercher des nouvelles de la fanté du
Roi chés ceux qu'on jugeoit être plus à portée d'en
être inftruits , & il y avoit une affluence conti
nuelle aux portes des Miniftres , ainsi qu'au Bureau
de la Pofte.
Le Peuple arrêtoit tous les couriers qu'il croyoit
arriver de Metz ; il les queftionnoit avec crainte
& felon leurs réponſes , il ſe livroit à la confterna
tion ou à l'efperance . Il fembloit que tous les habitans
de cette Ville partageaffent le danger avec le
Roi , & qu'ils éprouvaffent les mêmes orages que
S. M.
Cette agitation diminua par les nouvelles qu'on
reçût de l'état dans lequel le Roi s'étoit trouvé le
18 au foir , & elle fit place à la joye la plus parfaite
dès qu'on fut affûré que le 19 au matin S. M. étoit
hors de danger. Alors , on retourna aux Eglifes ,
pour rendre des actions de graces , avec le même
empreffement qu'on avoit eeuû ,, pour demander la
guérifon du Roi. La Ville ne retentit plus que de
cris d'allegreffe ; on voyoit de tous côtés des gens
courir dans les rues , & fe dire avec transport : Le
Roi eft guéri , & ces mots étoient accompagnés de
voeux ardens pour la confervation de S. M. La fatisfaction
augmente , à mesure qu'on apprend que
le Roi avance dans fa convalefcence , & il ne manque
à la joye des Parifiens que le plaifir d'avoir S.
pour témoin des démonſtrations de leur amour
& de leur refpect , lefquelles leur font autant d'honneur
, qu'elles font flateufes pour notre Augufte
Monarque.
qui dans le moment de l'arrivée du Roi à Metz , &
pendant qu'il y étoit en bonne fanté , fe font entierement
occupés du loin de prouver à S. M. leur
amour & leur refpect , lui ont marqué dans fa maladie
F'un & l'autre , de la maniere la plus éclatante
, par leurs prieres continuelles pour la confervation
du Roi , par l'empreffement avec lequel ils fe
mettoient à portée d'apprendre à tout inftant des
nouvelles de S. M. par leurs tranfports de joye ,
dès qu'ils ont été certains de fa guérifon , & par
tout ce qu'ils ont crû le plus capable de faire connoître
leur fidélité & leut affection pour le Roi.
Toutes les Villes du Royaume ont donné pendant
AOUS T. 1921
1744 .
dant la maladie du Roi les plus fortes preuves de
leur refpectueux attachement pour S. M. & celle
de Paris , qui s'eft toujours fait un devoir de fe diftinguer
par fon zéle , a fait éclater fes fentimens ,
d'une maniere , qui depuis long - tems n'a point eú
d'exemple.
>
La premiere nouvelle de la maladie de S. M.
avoit répandu à Paris une affliction générale , & de
vives allarmes fe joignirent à cette affliction , lorfqu'on
fut informé par les lettres de Metz du 11 au
foir & par celles des jours fuivans , que les faignées
du pied , faites à S. M. n'avoient pas eû plus de fuccès
que les autres remédes employés , pour lui procurer
du foulagement.
On tomba dans une défolation inexprimable , en
apprenant que le 13 le Roi avoit reçû le Viatique ;
le furlendemain on lui avoit donné l'Extrêmeque
Onction , & qu'on avoit perdu prefque entierement
l'efperance de la guérifon de S. M. Les Eglifes ,
pendant les Prieres de Quarante - Heures , ordonnées
pour demander à Dieu la confervation du Roi ,
furent remplies le jour & la nuit par les perfonnes
de tous les Ordres , lefquelles par la ferveur dont
elles prioient , montroient combien elles défiroient
d'être exaucées. La plupart ne fe contentant pas de
mêler aux chants du Clergé leurs voix entrecou
pées de foupirs & de fanglots , & mettant en ufage
toutes les bonnes oeuvres que la Piété pouvoit leur
infpirer , diftribuoient d'abondantes aumônes aux
Pauvres , & elles portoient des fommes confidérables
aux Sacrifties , pour faire dire des Mefles. Des
perfonnes même , à qui leur peu de fortune fembloit
ne permettre que d'adreffer des voeux au
Ciel , pour en obtenir la grace qui faifoit l'objet
des fouhaits publics , employoient à ces ufages
pieux tout l'argent dont leurs befoins leur laiffoient
la
1922 MERCURE DE FRANCE.
la liberté de difpofer. On ne fortoit des Eglifes ,
que pour aller chercher des nouvelles de la fanté du
Roi chés ceux qu'on jugeoit être plus à portée d'en
être inftruits , & il y avoit une affluence conti
nuelle aux portes des Miniftres , ainsi qu'au Bureau
de la Pofte.
Le Peuple arrêtoit tous les couriers qu'il croyoit
arriver de Metz ; il les queftionnoit avec crainte
& felon leurs réponſes , il ſe livroit à la confterna
tion ou à l'efperance . Il fembloit que tous les habitans
de cette Ville partageaffent le danger avec le
Roi , & qu'ils éprouvaffent les mêmes orages que
S. M.
Cette agitation diminua par les nouvelles qu'on
reçût de l'état dans lequel le Roi s'étoit trouvé le
18 au foir , & elle fit place à la joye la plus parfaite
dès qu'on fut affûré que le 19 au matin S. M. étoit
hors de danger. Alors , on retourna aux Eglifes ,
pour rendre des actions de graces , avec le même
empreffement qu'on avoit eeuû ,, pour demander la
guérifon du Roi. La Ville ne retentit plus que de
cris d'allegreffe ; on voyoit de tous côtés des gens
courir dans les rues , & fe dire avec transport : Le
Roi eft guéri , & ces mots étoient accompagnés de
voeux ardens pour la confervation de S. M. La fatisfaction
augmente , à mesure qu'on apprend que
le Roi avance dans fa convalefcence , & il ne manque
à la joye des Parifiens que le plaifir d'avoir S.
pour témoin des démonſtrations de leur amour
& de leur refpect , lefquelles leur font autant d'honneur
, qu'elles font flateufes pour notre Augufte
Monarque.
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41
p. 1974-1986
SUITE de la Séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie.
Début :
Le second Mémoire qui fut lû dans cette Assemblée, est de M. Puzos ; il traite [...]
Mots clefs :
Matrice, Maladie, Hernie de la vessie, Opération, Fracture de la rotule, Placenta, Renversement de la matrice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie.
SUITE de la Séance publique de l'Académie
Royale de Chirurgie.
E fecond Mémoire qui fut lû dans cette
Affemblée , eft de M. Puzos ; il traite
de l'inverfion ou du renverfement de la
Matrice : c'eft une maladie , dit ce Chirurgien
, qui n'a été bien connue avant nous ,
que quand elle a été portée à la plus fâcheufe
extrêmité , & qu'elle eft devenue
fenfible à la vûe & au toucher , par l'inverfion
totale de la Matrice , c'est-à- dire , que
cette partie étoit pendante au- dehors.
La caufe d'une tele maladie, dépendante
immédiatement de l'extraction du Placenta,
adhérent au fond de la Matrice , ne devoit
pas être alors plus ignorée que la maladie
même , puifque le moment qui produifoit
la caufe , étoit commun à la naiffance de
l'effet ; enfin, le danger qui fuivoit la maladie
de très-près , ne fouffroit aucune équivoque
fur le parti qu'il y avoit à prendre ;
ou réduire fur le champ la Matrice , pour
fauver une femme ainfi maltraitée , ou la
voir périr une heure ou deux après l'accident
, fi le fecours lui manquoit. L'Auteur
conclut de-là que les Anciens n'ont réelle-
•
ment
SEPTEMBRE. 1744. 1973
mentconnu que le renversement de Matrice
porté au dernier degré , & fait par une
caufe externe , c'eft-à-dire , fait dans l'extraction
forcée du Placenta , adhérent au
fond de la Matrice.
C'est par rapport à une connoiffance fi bornée
fur une maladie , qui peut furvenir par
d'autres caufes , & qui a differens degrés
d'inverfion , que M. Puzos a crû néceffaire
de donner tous les éclairciffemens dont elle
a befoin ; il efpere par là rendre les gens
qui s'adonnent à l'Art des accouchemens ,
plus circonfpects pour prevenir cet accident
; mieux inftruits pour le connoître
dans les cas où il peut être ignoré , & plus
hardis pour y rémédier , dans quelque degré
d'inverfion que foit la Matrice.
Avant que d'entrer en matiere , il avertit
que , quoique le renversement de la Matrice
ait communément pour cauſe l'impéritie
, ce malheur peut néanmoins arriver à
des gens prudens , & raisonnablement inftruits
, foit que la Matrice y foit difpofée par
foibleffe , foit qu'elle foit forcée d'obéir , &
de fuivre un Placenta charnu, & trop péfant
pour le plancher qui le foutient. Cependant
l'Auteur met une difference effentielle entre
la main expérimentée , & la main téméraire
: la premiere, dit- il , s'apperçoit bien- tôt
du défordre qu'elle a fait ; elle y rémédie
fur
1976 MERCURE DE FRANCE.
fur le champ ; l'autre, au contraire , igno
rant le déplacement des parties , les entraî
ne jufqu'au dernier degré ; elle n'a pas le
courage , ni la capacité d'y mettre ordre ,
& faute d'un fecours prompt , elle met la
femme en danger de périr peu de tems
après.
A la fuite d'une diftinction qui paroiffoit
néceffaire , & qui fe trouve autorisée par
l'aveu du fçavant Ruifch , & de plufieurs
bons Praticiens , à qui pareil malheur eft
arrivé plus d'une fois dans le cours de leur
vie , l'Auteur pafle au renversement de Matrice
par caufe interne , cauſe inconnuë jufqu'ici
, & tellement indépendante de l'ac
couchement , que la maladie qu'elle produit
, a été reconnue à des filles hors de tour
foupçon , à des femmes qui n'avoient jamais
cu d'enfans , à d'autres qui , depuis quinze
ou vingt ans , qu'elles étoient accouchées
pour la derniere fois , n'avoient fenti aucune
incommodité , fi ce n'eft vers le tems
où la maladie avoit commencé à prendre
naiffance.
Pour prouver l'existence de ces renverfemens
, il rapporte des faits dont il a été témoin,
& qu'on ne peut révoquer en doute ,
par
les circonstances qui les ont accompa
gnées ; pour ce qui regarde la caufe qui ne
peut pas être auffi fenfiblement démontrée
que
SEPTEMBRE. 1744. 1977
que la maladie , il l'établit fur des fignes qui
fe font trouvés communs à toutes les femmes
, attaquées de renverſement par cauſe
interne , & qui doivent autorifer le jugement
qu'en porte l'Auteur.
. Pour mettre le Public en état d'en décider
, on rapporte l'endroit du Mémoire où
il eft dit , que tous les renverfemens reconnus
pour être de caufe interne , ne fe font
déclarés que dans l'âge Critique des femmes
, qu'à des perfonnes extrêmement graffes
, & à qui l'exercice ou le marcher coûtoit
beaucoup de peines . En conféquence
il affure que la graiffe énorme , & le poids
confidérable des vifceres du bas ventre , qui
porte perpendiculairement fur le fond de
la Matrice , principalement dans le tems de
fon affaiffement , l'enfonce peu à peu , &
fait paffer ce fond de la Matrice au travers
de l'orifice, en forme de hernie, par fucceffion
de tems . Cette maladie , dit M. Puzos , eft
incurable , parce qu'on ne peut en détruire
la caufe , qui eft le poids énorme des vifceres
fur la Matrice ; & quand bien même on
pourroit réuffir à la replacer dans fon lieu
naturel , le fuccès ne feroit pas de longue
durée : expofée à foûtenir comme auparavant
une charge au- deffus de fes forces , elle
fuccomberoit de nouveau , & fon enfoncement
ne tarderoit pas à reparoître , comme
C il
1978 MERCURE DE FRANCE.
il arrive aux hernies d'inteftins , qui retom
bent toujours , quoique bien réduites , ſi
on ne foutient l'effort & le poids des parties
par un bandage convenable.
Auffi l'Auteur dit-il naturellement , que
mal-à- propos il a tenté deux fois cette ef
péce de réduction fans fuccès ; il confeille
d'abandonner cette maladie aux foins de la
Nature , plûtôt qu'à l'événement de l'opération
, parce qu'il a l'expérience , que le
tems a fouvent adouci la plus grande partie
de ces incommodités , & que l'opération ,
abfolument inutile , peut- être funefte par
les douleurs qu'elle cauſe .
A l'égard des renverfemens de Matrice
par caufe externe , caufe immédiatement attachée
à l'accouchement dans l'extraction
du Placenta , l'Auteur y diftingue differens
dégrés , qu'il croit très-effentiel de reconnoître
pour la curation .
Le renverſement au premier degré , ſe
nomme incomplet . Dans cette efpéce , l'enfoncement
du fond de la Matrice eft queiquefois
fi léger , & fi éloigné de fon orifice
après l'extraction du Placenta , qu'il eft trèspoffible
d'ignorer ce déplacement de partie ;
de croire au contraire l'opération heureufe
ment terminée , fi on ne prend , pour s'en
affûrer , les précautions qu'on preſcrit dans
Je Mémoire , & qu'il feroit trop long de
"rapSEPTEMBRE.
1744. 1979
A
rapporter ici . Or ce renversement ignoré ,
qui forme une maladie , à laquelle on rémédieroit
fur l'heure avec facilité , fi on s'en
appercevoit, devient dans la fuite incurable,
tant par fon accroiffement › que par les
adhérences qu'il contracte avec des parties
d'où il ne feroit pas prudent de le féparer.
Le renverſement au fecond degré eſt prefque
complet. La tumeur qu'il forme eft encore
renfermée dans le Vagin , mais elle y
préfente un-fi gros volume , qu'il faut être
abfolument fans expérience pour ne pas
connoître que la Matrice eft renverfée . On
l'a cependant prife en cet état , pour une
Môle , ou une tête d'enfant , & tirée trèsmal-
à-propos. Quoique cette maladie ait
des accidens affés urgens , & qu'elle ait befoin
d'une prompte réduction , elle a quelquefois
foutenu les délais de plufieurs jours ,
après lefquels la réduction n'a pas été moins
heureufe , que fi elle avoit été faite fur le
-champ .
Enfin le renverſement complet & au dernier
degré , eft lorfque la Matrice a été entraînée
hors des parties naturelles , lorfque
toutàfait retournée,elle repréfente en dehors
la figure qu'elle avoit auparavant au-dedans .
Cette maladie auffi effrayante à voir , que
funefte , lorfqu'on eft une ou deux heures
fans lui donner le fecours dont elle a be-
Cij foin ,
1980 MERCURE DE FRANCE.
foin > eft cependant plus communément
guérie radicalement , que celle de la premiere
efpéce dont nous avons parlé , parce
que cette grande maladie faute aux yeux , &
qu'elle femble demander elle- même l'opération
qui lui eft néceffaire , au lieu que
l'autre , inconnue dans fa naiffance , ne fe
manifefte que lorsqu'il n'eft plus poffible
d'y rémédier,
Une réfléxion faite par l'Auteur fur les
differens accidens qui accompagnent & fuivent
les accouchemens , lui fait croire que
le défaut d'inftructions , n'y a que trop fou
vent part : il fe plaint de ce que cetre partie
de la Chirurgie eft la feule pour laquelle
l'Etat n'a point établi de Leçons publiques ;
que les connoiffances en font commiſes ,
pour la plupart de ceux qui l'exercent , au
hazard ou par habitudes que pour beaucoup
d'autres , trois mois paffés dans un Hôpital,
où le difficile fe voit rarement , dans un efpace
fi court , & où l'on n'apporte aucune
théorie , fuffisent pour obtenir le droit de
pratiquer l'Art des accouchemens,
Enfin , M. Puzos exhorte à ne point craindre
de bleffer la Matrice , quand il eft queftion
de la replacer . Il affure , d'après l'expérience
, qu'il eft plus avantageux de la
meurtrir , de l'entamer même , quand on ne
peut s'en difpenfer, pour la remettre dans fa
place ,
SEPTEMBRE. 1744. 1981
place ,, que de la laiffer renverfée , par la
crainte d'y faire quelque défordre. La Matrice,
dit- il , eft une partie charnue qui fuppure
, qui s'exfolie & fe cicatrife comme
fait un muſcle ; & c'eſt bien mal-à -propos
que la Tradition a confervé de Siécles en
Siécles , le faux Aviome , que la moindre
écorchûre à la Matrice eft mortelle , quand
il s'en eft trouvé d'extrêmement
maltraitées
, foit par entamûre , foit par renverfement
, qui peu de tems après avoir été rétablies
, font devenues fufceptibles de conception
, & ont apporté des enfans à terme
& bien vivans. C'eft à l'appui de plufieurs
exemples qu'en a l'Auteur , qu'il eft en droit
de détruire le faux préjugé qu'on avoit eu
de tous tems fur la Matrice.
que
M. Verdier lut enfuite la feconde partie
d'un Mémoire fur la hernie de la Veffie ,
dont il avoit donné la premiere partie dans
l'Affemblée publique de l'année précédente.
Après avoir combattu dans cette feconde
partie le fentiment de ceux qui veulent
la hernie de la Veffie foit toujours un vice
de la premiere conformation , M. Verdier
explique comment la dilatation confidérable
qui arrive à la Veffie dans la rétention
d'urine , peut produire la hernie , en occafionnant
le paffage d'une portion de la Veffie.
e , par les anneaux des muſcles du bas ven-
C iij tre
2
$ 982 MERCURE DE FRANCE.
tre , & c. Il y indique enfuite les fignes qui
diftinguent cette hernie particuliere ; le
moins équivoque lui paroît être l'augmentation
du volume de la hernie , lorfque le
malade a été long- tems fans uriner , & fa
diminution par la fortie des urines.
A l'égard du prognoftic , ou jugement
que
l'on doit faire fur les fuites de cette maladie
, il fait connoître qu'elle n'eft pas dangereufe
, lorfqu'il y a une communication
libre entre la partie de la Veffie deſcenduë
dans les bourſes , & celle qui eft restée dans
le baffin , & qu'il n'y a de danger , que lorfque
cette communication vient à celler, foit
par quelque pierre arrêtée dans la portion
de la Veffie qui répond à l'anneau , foir
foir par
une inflammation furvenue à cette même
portion de la Veffie.
Dans le traitement de la hernie de la Vef
fie , M. Verdier confeille l'ufage du ſuſpenfoir
, lorfqu'elle s'avance jufques dans le
Serotum , que fon volume eft confidérable ,
& qu'elle ne peut fe vuider , qu'en la foulevant
, & la comprimant avec les mains.
Mais fi la hernie fe bornoit à l'aine , il
penfe qu'on doit employer le bandage ordinaire
, ou Brayer , pour contenir la portion
de la Vellie qu'on aura fait rentrer . Si
la hernie fe trouve accompagnée d'étranglement
, on aura recours à l'opération .
L'AuSEPTEMBRE
. 1744. 1983
L'Auteur finit , en avertiſſant les jeunes
Chirurgiens de ne jamais entreprendre l'opération
d'une hernie , foit d'inteftin , foit
d'épiploon , defcendus dans les boutfes
fans s'être affûrés , fi la Veffie n'eft pas comprife
dans la tumeur , ce qu'ils reconnoîtront
aisément par le figne indiqué ci - devant.
Car s'ils fe déterminoient à emporter
une portion du Scrotum & du fac herniaire
, ou étoit renfermé l'inteftin ou l'épiploon
, & qu'il y eut complication de la
hernie de la Veffie avec celle de l'inteftin ou
de l'épiploon , ils rifqueroient d'emporter
une portion de la Veffie , qui fe trouveroit
alors cachée immédiatement derriere le fac
herniaire ; on fent bien que ce retrancheiment
d'une portion de la Vellie , feroit capable
de faire périr le malade .
M. Baffuel termina la Séance par la lecture
d'un Mémoire fur la fracture de la rotule
: l'objet de la premiere partie de ce
Mémoire , eft d'achever de diffiper l'efpece
de furprife où l'on eft refté touchant cette
fracture , parce que la caufe n'en avoit pas
été apparemment affés développée ; & c'eſt
ce que M. Baffuel a entrepris , de faire. A
cette occafion. , il publie avec reconnoiffan
ce dès le commencement du Memoire , ce
qui eft dû à un grand Chirurgien ( M. Petit)
qui a mis le premier fur la voye qu'il falloit
Ċ iiij
te1984
MERCUREDE FRANCE.
pour découvrir les agens de cette frac tenir
ture .
Afin de mieux conduire à fon but, il rappelle
d'abord toutes les parties relatives à
cette fracture ; os , articulation , ligamens ,
mufcles , tendons , & c. & il tâche de mettre
à profit la ftructure & la pofition par
rapport à fon fujet , ce qui le fait entrer
plus avant dans differens effets méchaniques
: effets qui ne doivent pas moins réfulter
des mouvemens les plus déréglés qui
peuvent conduire à une chûte prochaine ,
que des mouvemens réguliérement combipour
l'action naturelle d'une partie. nés
M. Baffuel fait fentir que l'on avoit raiſon
de n'être pas entierement rendu fur la force
admife pour déterminer cette fracture : effectivement
tout bien examiné , les quatre
mufcles extenfeurs de la jambe qui s'attachent
à la rotule , qui eft un os très - court
pour fon épaiffeur ,, ne devoient point paroître
fuffire , quelque contraction qui y
arrivât ; encore peut-elle n'être pas fi grande
qu'on le croiroit bien , dans le fens dont
l'accident a été conçû. Un changement d'attitude
qui doit arriver en un inftant aux os
du baffin, eu égard à ceux des cuiffes , quand
on eft prêt à tomber , fait préfumer à l'Auteur
, que d'autres mufcles pofterieurs viennent
en même-tems à la charge contre la
roSEPTEMBRE.
1744. 1985
rotule. Ceux - ci en faififfant dans le fort de
leur contraction le point avantageux du balancement
imprimé par la péfanteur du
corps , . entraînent tout d'une pièce
les muſcles extenfeurs contractés : car il juge
qu'alors tous les muſcles environnans font
tout à la fois & fubitement en action ; c'eft
furquoi il a crû devoir infifter .
On ne peut fuivre , ni même parcourir
dans les bornes d'un Extrait , le détail où
eft entré M. Baffuel , par rapport aux preuves
méchaniques de tout ce qu'il avance.
En général , il confidere dans l'os des hanches
un lévier qui traverſe fon articulation
avec la cuiffe : à ce lévier inégalement pofé ,
felon qu'il le fait voir , s'attachent les mufcles
qui en deviennent les moteurs ; les extenfeurs
au bras le plus court , les fléchif
feurs au plus long. C'eft de- là , à ce que prétend
M. Baffuel , que doit fe tirer tout le
dénoûment , à l'égard des forces multipliées
qui exécutent fi précipitamment la rupture
de la rotule la longue branche du lévier
ne peut être abaillée , par un renversement
en arrière du baffin , qu'elle n'entraîne inpérieufement
en haut les mufcles qui s'inferent
en devant à la courte branche , qui
s'élève pour lors aux dépens de la rotule.
•
:
La feconde partie du Mémoire renferme
des réfléxions Hiftoriques , & enfuite cura-
Cv tives
1986 MERCURE DE FRANCE.
tives touchant la fracture de la rotule.
M. Baffuel dit que par la lecture des Auteurs
de Chirurgie , à remonter jufqu'à
Hypocrate , il a vû que l'on a été pendant
bien des Siècles , fans donner , ou au moins
fans avoir de véritables fecours pour cette
forte de dérangement : quelques guérifons ,
à ce qu'il croit , s'opéroient fans doute quelquefois
, fi les difficultés n'étoient pas trop
grandes , encore falloit- il les mains rares
des plus habiles : il ajoûte que c'eft feulement
dans le dernier Siécle que des Chirurgiens
de Paris , entr'autres M. Verduc , le
pere , ont procuré à leur Art , des moyens
prefque sûrs pour réuffir , qui fouvent depuis
par des changemens arbitraires & malentendus
, fe font affoiblis dans la Pratique.
M. Baitue termine fon Mémoire par
la
defcription
d'un
bandage
qu'il
a rendu
fort
fimple
, & d'autant
plus
utile
pour
la gué
rifon
de
cette
fracture
, que
des
Chirur
giens
moins
expérimentés
peuvent
l'employer
aisément
& avec
fuccès
.
Royale de Chirurgie.
E fecond Mémoire qui fut lû dans cette
Affemblée , eft de M. Puzos ; il traite
de l'inverfion ou du renverfement de la
Matrice : c'eft une maladie , dit ce Chirurgien
, qui n'a été bien connue avant nous ,
que quand elle a été portée à la plus fâcheufe
extrêmité , & qu'elle eft devenue
fenfible à la vûe & au toucher , par l'inverfion
totale de la Matrice , c'est-à- dire , que
cette partie étoit pendante au- dehors.
La caufe d'une tele maladie, dépendante
immédiatement de l'extraction du Placenta,
adhérent au fond de la Matrice , ne devoit
pas être alors plus ignorée que la maladie
même , puifque le moment qui produifoit
la caufe , étoit commun à la naiffance de
l'effet ; enfin, le danger qui fuivoit la maladie
de très-près , ne fouffroit aucune équivoque
fur le parti qu'il y avoit à prendre ;
ou réduire fur le champ la Matrice , pour
fauver une femme ainfi maltraitée , ou la
voir périr une heure ou deux après l'accident
, fi le fecours lui manquoit. L'Auteur
conclut de-là que les Anciens n'ont réelle-
•
ment
SEPTEMBRE. 1744. 1973
mentconnu que le renversement de Matrice
porté au dernier degré , & fait par une
caufe externe , c'eft-à-dire , fait dans l'extraction
forcée du Placenta , adhérent au
fond de la Matrice.
C'est par rapport à une connoiffance fi bornée
fur une maladie , qui peut furvenir par
d'autres caufes , & qui a differens degrés
d'inverfion , que M. Puzos a crû néceffaire
de donner tous les éclairciffemens dont elle
a befoin ; il efpere par là rendre les gens
qui s'adonnent à l'Art des accouchemens ,
plus circonfpects pour prevenir cet accident
; mieux inftruits pour le connoître
dans les cas où il peut être ignoré , & plus
hardis pour y rémédier , dans quelque degré
d'inverfion que foit la Matrice.
Avant que d'entrer en matiere , il avertit
que , quoique le renversement de la Matrice
ait communément pour cauſe l'impéritie
, ce malheur peut néanmoins arriver à
des gens prudens , & raisonnablement inftruits
, foit que la Matrice y foit difpofée par
foibleffe , foit qu'elle foit forcée d'obéir , &
de fuivre un Placenta charnu, & trop péfant
pour le plancher qui le foutient. Cependant
l'Auteur met une difference effentielle entre
la main expérimentée , & la main téméraire
: la premiere, dit- il , s'apperçoit bien- tôt
du défordre qu'elle a fait ; elle y rémédie
fur
1976 MERCURE DE FRANCE.
fur le champ ; l'autre, au contraire , igno
rant le déplacement des parties , les entraî
ne jufqu'au dernier degré ; elle n'a pas le
courage , ni la capacité d'y mettre ordre ,
& faute d'un fecours prompt , elle met la
femme en danger de périr peu de tems
après.
A la fuite d'une diftinction qui paroiffoit
néceffaire , & qui fe trouve autorisée par
l'aveu du fçavant Ruifch , & de plufieurs
bons Praticiens , à qui pareil malheur eft
arrivé plus d'une fois dans le cours de leur
vie , l'Auteur pafle au renversement de Matrice
par caufe interne , cauſe inconnuë jufqu'ici
, & tellement indépendante de l'ac
couchement , que la maladie qu'elle produit
, a été reconnue à des filles hors de tour
foupçon , à des femmes qui n'avoient jamais
cu d'enfans , à d'autres qui , depuis quinze
ou vingt ans , qu'elles étoient accouchées
pour la derniere fois , n'avoient fenti aucune
incommodité , fi ce n'eft vers le tems
où la maladie avoit commencé à prendre
naiffance.
Pour prouver l'existence de ces renverfemens
, il rapporte des faits dont il a été témoin,
& qu'on ne peut révoquer en doute ,
par
les circonstances qui les ont accompa
gnées ; pour ce qui regarde la caufe qui ne
peut pas être auffi fenfiblement démontrée
que
SEPTEMBRE. 1744. 1977
que la maladie , il l'établit fur des fignes qui
fe font trouvés communs à toutes les femmes
, attaquées de renverſement par cauſe
interne , & qui doivent autorifer le jugement
qu'en porte l'Auteur.
. Pour mettre le Public en état d'en décider
, on rapporte l'endroit du Mémoire où
il eft dit , que tous les renverfemens reconnus
pour être de caufe interne , ne fe font
déclarés que dans l'âge Critique des femmes
, qu'à des perfonnes extrêmement graffes
, & à qui l'exercice ou le marcher coûtoit
beaucoup de peines . En conféquence
il affure que la graiffe énorme , & le poids
confidérable des vifceres du bas ventre , qui
porte perpendiculairement fur le fond de
la Matrice , principalement dans le tems de
fon affaiffement , l'enfonce peu à peu , &
fait paffer ce fond de la Matrice au travers
de l'orifice, en forme de hernie, par fucceffion
de tems . Cette maladie , dit M. Puzos , eft
incurable , parce qu'on ne peut en détruire
la caufe , qui eft le poids énorme des vifceres
fur la Matrice ; & quand bien même on
pourroit réuffir à la replacer dans fon lieu
naturel , le fuccès ne feroit pas de longue
durée : expofée à foûtenir comme auparavant
une charge au- deffus de fes forces , elle
fuccomberoit de nouveau , & fon enfoncement
ne tarderoit pas à reparoître , comme
C il
1978 MERCURE DE FRANCE.
il arrive aux hernies d'inteftins , qui retom
bent toujours , quoique bien réduites , ſi
on ne foutient l'effort & le poids des parties
par un bandage convenable.
Auffi l'Auteur dit-il naturellement , que
mal-à- propos il a tenté deux fois cette ef
péce de réduction fans fuccès ; il confeille
d'abandonner cette maladie aux foins de la
Nature , plûtôt qu'à l'événement de l'opération
, parce qu'il a l'expérience , que le
tems a fouvent adouci la plus grande partie
de ces incommodités , & que l'opération ,
abfolument inutile , peut- être funefte par
les douleurs qu'elle cauſe .
A l'égard des renverfemens de Matrice
par caufe externe , caufe immédiatement attachée
à l'accouchement dans l'extraction
du Placenta , l'Auteur y diftingue differens
dégrés , qu'il croit très-effentiel de reconnoître
pour la curation .
Le renverſement au premier degré , ſe
nomme incomplet . Dans cette efpéce , l'enfoncement
du fond de la Matrice eft queiquefois
fi léger , & fi éloigné de fon orifice
après l'extraction du Placenta , qu'il eft trèspoffible
d'ignorer ce déplacement de partie ;
de croire au contraire l'opération heureufe
ment terminée , fi on ne prend , pour s'en
affûrer , les précautions qu'on preſcrit dans
Je Mémoire , & qu'il feroit trop long de
"rapSEPTEMBRE.
1744. 1979
A
rapporter ici . Or ce renversement ignoré ,
qui forme une maladie , à laquelle on rémédieroit
fur l'heure avec facilité , fi on s'en
appercevoit, devient dans la fuite incurable,
tant par fon accroiffement › que par les
adhérences qu'il contracte avec des parties
d'où il ne feroit pas prudent de le féparer.
Le renverſement au fecond degré eſt prefque
complet. La tumeur qu'il forme eft encore
renfermée dans le Vagin , mais elle y
préfente un-fi gros volume , qu'il faut être
abfolument fans expérience pour ne pas
connoître que la Matrice eft renverfée . On
l'a cependant prife en cet état , pour une
Môle , ou une tête d'enfant , & tirée trèsmal-
à-propos. Quoique cette maladie ait
des accidens affés urgens , & qu'elle ait befoin
d'une prompte réduction , elle a quelquefois
foutenu les délais de plufieurs jours ,
après lefquels la réduction n'a pas été moins
heureufe , que fi elle avoit été faite fur le
-champ .
Enfin le renverſement complet & au dernier
degré , eft lorfque la Matrice a été entraînée
hors des parties naturelles , lorfque
toutàfait retournée,elle repréfente en dehors
la figure qu'elle avoit auparavant au-dedans .
Cette maladie auffi effrayante à voir , que
funefte , lorfqu'on eft une ou deux heures
fans lui donner le fecours dont elle a be-
Cij foin ,
1980 MERCURE DE FRANCE.
foin > eft cependant plus communément
guérie radicalement , que celle de la premiere
efpéce dont nous avons parlé , parce
que cette grande maladie faute aux yeux , &
qu'elle femble demander elle- même l'opération
qui lui eft néceffaire , au lieu que
l'autre , inconnue dans fa naiffance , ne fe
manifefte que lorsqu'il n'eft plus poffible
d'y rémédier,
Une réfléxion faite par l'Auteur fur les
differens accidens qui accompagnent & fuivent
les accouchemens , lui fait croire que
le défaut d'inftructions , n'y a que trop fou
vent part : il fe plaint de ce que cetre partie
de la Chirurgie eft la feule pour laquelle
l'Etat n'a point établi de Leçons publiques ;
que les connoiffances en font commiſes ,
pour la plupart de ceux qui l'exercent , au
hazard ou par habitudes que pour beaucoup
d'autres , trois mois paffés dans un Hôpital,
où le difficile fe voit rarement , dans un efpace
fi court , & où l'on n'apporte aucune
théorie , fuffisent pour obtenir le droit de
pratiquer l'Art des accouchemens,
Enfin , M. Puzos exhorte à ne point craindre
de bleffer la Matrice , quand il eft queftion
de la replacer . Il affure , d'après l'expérience
, qu'il eft plus avantageux de la
meurtrir , de l'entamer même , quand on ne
peut s'en difpenfer, pour la remettre dans fa
place ,
SEPTEMBRE. 1744. 1981
place ,, que de la laiffer renverfée , par la
crainte d'y faire quelque défordre. La Matrice,
dit- il , eft une partie charnue qui fuppure
, qui s'exfolie & fe cicatrife comme
fait un muſcle ; & c'eſt bien mal-à -propos
que la Tradition a confervé de Siécles en
Siécles , le faux Aviome , que la moindre
écorchûre à la Matrice eft mortelle , quand
il s'en eft trouvé d'extrêmement
maltraitées
, foit par entamûre , foit par renverfement
, qui peu de tems après avoir été rétablies
, font devenues fufceptibles de conception
, & ont apporté des enfans à terme
& bien vivans. C'eft à l'appui de plufieurs
exemples qu'en a l'Auteur , qu'il eft en droit
de détruire le faux préjugé qu'on avoit eu
de tous tems fur la Matrice.
que
M. Verdier lut enfuite la feconde partie
d'un Mémoire fur la hernie de la Veffie ,
dont il avoit donné la premiere partie dans
l'Affemblée publique de l'année précédente.
Après avoir combattu dans cette feconde
partie le fentiment de ceux qui veulent
la hernie de la Veffie foit toujours un vice
de la premiere conformation , M. Verdier
explique comment la dilatation confidérable
qui arrive à la Veffie dans la rétention
d'urine , peut produire la hernie , en occafionnant
le paffage d'une portion de la Veffie.
e , par les anneaux des muſcles du bas ven-
C iij tre
2
$ 982 MERCURE DE FRANCE.
tre , & c. Il y indique enfuite les fignes qui
diftinguent cette hernie particuliere ; le
moins équivoque lui paroît être l'augmentation
du volume de la hernie , lorfque le
malade a été long- tems fans uriner , & fa
diminution par la fortie des urines.
A l'égard du prognoftic , ou jugement
que
l'on doit faire fur les fuites de cette maladie
, il fait connoître qu'elle n'eft pas dangereufe
, lorfqu'il y a une communication
libre entre la partie de la Veffie deſcenduë
dans les bourſes , & celle qui eft restée dans
le baffin , & qu'il n'y a de danger , que lorfque
cette communication vient à celler, foit
par quelque pierre arrêtée dans la portion
de la Veffie qui répond à l'anneau , foir
foir par
une inflammation furvenue à cette même
portion de la Veffie.
Dans le traitement de la hernie de la Vef
fie , M. Verdier confeille l'ufage du ſuſpenfoir
, lorfqu'elle s'avance jufques dans le
Serotum , que fon volume eft confidérable ,
& qu'elle ne peut fe vuider , qu'en la foulevant
, & la comprimant avec les mains.
Mais fi la hernie fe bornoit à l'aine , il
penfe qu'on doit employer le bandage ordinaire
, ou Brayer , pour contenir la portion
de la Vellie qu'on aura fait rentrer . Si
la hernie fe trouve accompagnée d'étranglement
, on aura recours à l'opération .
L'AuSEPTEMBRE
. 1744. 1983
L'Auteur finit , en avertiſſant les jeunes
Chirurgiens de ne jamais entreprendre l'opération
d'une hernie , foit d'inteftin , foit
d'épiploon , defcendus dans les boutfes
fans s'être affûrés , fi la Veffie n'eft pas comprife
dans la tumeur , ce qu'ils reconnoîtront
aisément par le figne indiqué ci - devant.
Car s'ils fe déterminoient à emporter
une portion du Scrotum & du fac herniaire
, ou étoit renfermé l'inteftin ou l'épiploon
, & qu'il y eut complication de la
hernie de la Veffie avec celle de l'inteftin ou
de l'épiploon , ils rifqueroient d'emporter
une portion de la Veffie , qui fe trouveroit
alors cachée immédiatement derriere le fac
herniaire ; on fent bien que ce retrancheiment
d'une portion de la Vellie , feroit capable
de faire périr le malade .
M. Baffuel termina la Séance par la lecture
d'un Mémoire fur la fracture de la rotule
: l'objet de la premiere partie de ce
Mémoire , eft d'achever de diffiper l'efpece
de furprife où l'on eft refté touchant cette
fracture , parce que la caufe n'en avoit pas
été apparemment affés développée ; & c'eſt
ce que M. Baffuel a entrepris , de faire. A
cette occafion. , il publie avec reconnoiffan
ce dès le commencement du Memoire , ce
qui eft dû à un grand Chirurgien ( M. Petit)
qui a mis le premier fur la voye qu'il falloit
Ċ iiij
te1984
MERCUREDE FRANCE.
pour découvrir les agens de cette frac tenir
ture .
Afin de mieux conduire à fon but, il rappelle
d'abord toutes les parties relatives à
cette fracture ; os , articulation , ligamens ,
mufcles , tendons , & c. & il tâche de mettre
à profit la ftructure & la pofition par
rapport à fon fujet , ce qui le fait entrer
plus avant dans differens effets méchaniques
: effets qui ne doivent pas moins réfulter
des mouvemens les plus déréglés qui
peuvent conduire à une chûte prochaine ,
que des mouvemens réguliérement combipour
l'action naturelle d'une partie. nés
M. Baffuel fait fentir que l'on avoit raiſon
de n'être pas entierement rendu fur la force
admife pour déterminer cette fracture : effectivement
tout bien examiné , les quatre
mufcles extenfeurs de la jambe qui s'attachent
à la rotule , qui eft un os très - court
pour fon épaiffeur ,, ne devoient point paroître
fuffire , quelque contraction qui y
arrivât ; encore peut-elle n'être pas fi grande
qu'on le croiroit bien , dans le fens dont
l'accident a été conçû. Un changement d'attitude
qui doit arriver en un inftant aux os
du baffin, eu égard à ceux des cuiffes , quand
on eft prêt à tomber , fait préfumer à l'Auteur
, que d'autres mufcles pofterieurs viennent
en même-tems à la charge contre la
roSEPTEMBRE.
1744. 1985
rotule. Ceux - ci en faififfant dans le fort de
leur contraction le point avantageux du balancement
imprimé par la péfanteur du
corps , . entraînent tout d'une pièce
les muſcles extenfeurs contractés : car il juge
qu'alors tous les muſcles environnans font
tout à la fois & fubitement en action ; c'eft
furquoi il a crû devoir infifter .
On ne peut fuivre , ni même parcourir
dans les bornes d'un Extrait , le détail où
eft entré M. Baffuel , par rapport aux preuves
méchaniques de tout ce qu'il avance.
En général , il confidere dans l'os des hanches
un lévier qui traverſe fon articulation
avec la cuiffe : à ce lévier inégalement pofé ,
felon qu'il le fait voir , s'attachent les mufcles
qui en deviennent les moteurs ; les extenfeurs
au bras le plus court , les fléchif
feurs au plus long. C'eft de- là , à ce que prétend
M. Baffuel , que doit fe tirer tout le
dénoûment , à l'égard des forces multipliées
qui exécutent fi précipitamment la rupture
de la rotule la longue branche du lévier
ne peut être abaillée , par un renversement
en arrière du baffin , qu'elle n'entraîne inpérieufement
en haut les mufcles qui s'inferent
en devant à la courte branche , qui
s'élève pour lors aux dépens de la rotule.
•
:
La feconde partie du Mémoire renferme
des réfléxions Hiftoriques , & enfuite cura-
Cv tives
1986 MERCURE DE FRANCE.
tives touchant la fracture de la rotule.
M. Baffuel dit que par la lecture des Auteurs
de Chirurgie , à remonter jufqu'à
Hypocrate , il a vû que l'on a été pendant
bien des Siècles , fans donner , ou au moins
fans avoir de véritables fecours pour cette
forte de dérangement : quelques guérifons ,
à ce qu'il croit , s'opéroient fans doute quelquefois
, fi les difficultés n'étoient pas trop
grandes , encore falloit- il les mains rares
des plus habiles : il ajoûte que c'eft feulement
dans le dernier Siécle que des Chirurgiens
de Paris , entr'autres M. Verduc , le
pere , ont procuré à leur Art , des moyens
prefque sûrs pour réuffir , qui fouvent depuis
par des changemens arbitraires & malentendus
, fe font affoiblis dans la Pratique.
M. Baitue termine fon Mémoire par
la
defcription
d'un
bandage
qu'il
a rendu
fort
fimple
, & d'autant
plus
utile
pour
la gué
rifon
de
cette
fracture
, que
des
Chirur
giens
moins
expérimentés
peuvent
l'employer
aisément
& avec
fuccès
.
Fermer
42
p. 2116-2117
AUTRE du même, au sujet du rétablissement de la santé du Roi.
Début :
PIERRE GUERIN DE TENCIN, &c. La maladie du Roi, mes très-chers Freres, a [...]
Mots clefs :
Roi, Santé, Dieu, Prince, Sujets, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE du même, au sujet du rétablissement de la santé du Roi.
AUTRE du même , au ſujet du rétabliſſement
de la fanté du Roi.
TERRE DR TENCÍN , & C.
PLARAK GUEROANDes très-chers Freres,
frappé toute la France de la plus vive terreur . Le
péril n'a point été gioffi par nos craintes ; il étoit
extrême: Les idées les plus funeftes s'empatoient de
tous les efprits. Beni foit le Pere des miféricordes &
le Dieu de toate confolation . Il a rendu au Roi
cette fanté que lui demandoient tant de voeux, fi ardens
& fi fincéres . Dans les vues de fa Providence ,
cette effrayante maladie n'étoit qu'un nouveau
moyen de faire encore mieux connoître au Prince
combien il eft aimé de fes Sujets , & aux Sujets
combien le Prince eft digne de leur amour. Ce religieux
Monarque fait éclatter aux pieds du Roi des
Rois fon humble reconnoiffance; il protefte qu'il ne
veut employer les jours qui lui font confervés , qu'à
travailler pour la gloire de ce fouverain Maître , &
pour le bonheur des Peuples qui lui font foumis.
Quel heureux avenir ne promettent point des difpotions
également héroiques & Chrétiennes ! U
niffonsSEPTEMBRE.
1744. 2117
niffons-nous donc , mes très chers Freres , pour
rendre à Dieu de folemnelles actions de grace d'une
fi précieufe faveur , & conjurons- le en même tems
de nous épargner déformais de fi cruelles allarmes,
A ces caufes , &c.
Donné à Metz le premier Septembre 1744.
de la fanté du Roi.
TERRE DR TENCÍN , & C.
PLARAK GUEROANDes très-chers Freres,
frappé toute la France de la plus vive terreur . Le
péril n'a point été gioffi par nos craintes ; il étoit
extrême: Les idées les plus funeftes s'empatoient de
tous les efprits. Beni foit le Pere des miféricordes &
le Dieu de toate confolation . Il a rendu au Roi
cette fanté que lui demandoient tant de voeux, fi ardens
& fi fincéres . Dans les vues de fa Providence ,
cette effrayante maladie n'étoit qu'un nouveau
moyen de faire encore mieux connoître au Prince
combien il eft aimé de fes Sujets , & aux Sujets
combien le Prince eft digne de leur amour. Ce religieux
Monarque fait éclatter aux pieds du Roi des
Rois fon humble reconnoiffance; il protefte qu'il ne
veut employer les jours qui lui font confervés , qu'à
travailler pour la gloire de ce fouverain Maître , &
pour le bonheur des Peuples qui lui font foumis.
Quel heureux avenir ne promettent point des difpotions
également héroiques & Chrétiennes ! U
niffonsSEPTEMBRE.
1744. 2117
niffons-nous donc , mes très chers Freres , pour
rendre à Dieu de folemnelles actions de grace d'une
fi précieufe faveur , & conjurons- le en même tems
de nous épargner déformais de fi cruelles allarmes,
A ces caufes , &c.
Donné à Metz le premier Septembre 1744.
Fermer
43
p. 2147-2151
ODE, Sur la Maladie du Roi.
Début :
QUEL tumulte affreux me réveille ? [...]
Mots clefs :
Heures, Roi, Nuit, Mort, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE, Sur la Maladie du Roi.
ODE ,
Sur la Maladie du Roi.
Uel tumulte affieux me réveille ?
Qu'entens je ? quels éclats ? Quel bruit
En des heures où tout ſommeille ,
Trouble le repos de la nuit ?
Une nombreuſe populace
Fait retentir de Place en Place
Un lugubre gémiſſement.
D'oùpart ſatriſteſſe profonde ?
2
A ij Du
(
2148 MERCURE DE FRANCE.
Du bouleverſement du Monde
Voit - elle arriver le moment ?
Pour dévoiler ce myſtere ,
Courons au Palais de nos Rois.
Quoi ! la lumiere encor l'éclaire ?
Juſte Ciel ! qu'est- ce que j'y vois ?
Une Keine , Epouſe éplorée ,
Ade triſtes tranſports livrée ,
Succombe à ſes vives douleurs,
Du Trône le précieux gage
'Avec ſes deux Socoeurs les partage ,
Et tous ſe conſument enpleurs.
UnMeſſager brûlant de zéle , (a)
Accourû ſur l'aîle du vent ,
Sembloit apporter la nouvelle
D'un favorable évenement.
En moins de ſix heures , tout change !
O révolution étrange !
Qui glace le coeur des François ! (6)
Victime du courroux céleſte ,
Ils aprennent le coup funeſte ,
Qui réduit LOUIS aux abois.
(a) M. de S. Cloud , Ecuyer de la Reine , arrive
Versaillesle 4 Août , à deux heures après midi.
(b ) Par un courier arrivé le mêmejourà 11 heures
dufoir.
Dans
OCTOBRE. 1744. 2149
Dans les momens où la Victoire
Sur le Rhin conduiſoit ſes pas ,
La Mort , jalouſe de la gloire
Que s'étoit acquiſe ſon bras ,
Oſe aiguiſer ſa faulx tranchante ,
Ét d'une valeur triomphante
Entreprend d'arrêter le cours .
Elle en arme ſa main barbare ,
Et la cruelle ſe prépare
Amoiffonner les plus beaux jours
Le ſangdans ſes veines s'allume ,
Par un redoublement nouveau ;
Le feu brûlant qui le conſume ,
S'éleve juſqu'à ſon cerveau ;
Il y forme un fombre nuage ,
Qui ſoudain interdit l'uſage ,
De ſa raiſon& de ſes ſens ;
Contreune léthargique yvreſſe ,
Qui l'engourdit& qui l'oppreſſe ,
Tous les ſecours ſont impuiſſans.
Grand Dieu ! que ta Bonté deſcende
Sur un Roi , ton prédeſtiné !
C'eſt ton Epouſe , (a) qui demande
Ta pitié pour ſon Fils aîné,
(a) L'Eglife.
A ij 11
2150 MERCURE DE FRANCE.
Il t'adore ; il te craint ; il t'aime ;
Sa vigilance fut extrême
A inaintenirta pure Loi.
S'il fût tombé dans quelque offenſe ,
Le frein d'une ferme croyance
L'eût retenu toujours à toi .
Mais Ciel ! quel prodige ! Ta Grace
Sur lui fait de ſoudains efforts ;
Sa foi l'a renduë efficace
Sur fon eſprit & fur fon corps.
Dans ſon extrêmité mortelle
Sa raiſon renaît , étincelle ,
Et va te dévoiler ſon coeur.
Il te confeſſe ſa foibleſſe ,
Prêt à t'immoler ſa Jeuneſſe ,
Sa Gloire & toute fa Grandeur.
2
Du haut de l'Empire ſuprême ,
Tu daignes deſcendre en ſon ſein.
Et tu viens t'y rendre toi-même
Le gage d'un pardon certain ;
Il te reçoit , plein d'eſpérance ,
De repentir , de confiance ,
De joye , de reſpect & d'amour ,
Et ſemble exprimer par ſes larmes
Les tranſports , lajoye & les charmes
Qu'on goûte au céleſte ſéjour.
Cependant
OCTOBRE. 1744. 215萬
Cependant de fa belle vie
Le danger devient plus preſſant ;
Pour le noeud facré qui te lie ,
OReine ! quel coup menaçant !
Il faut partir .... rien ne t'arrête;
La nuit , la chaleur , la tempête ,
Non , non , ne te retiendront pas .
Ates maux tu ne peux ſurvivre ;
De tes Enfans , qui vont te ſuivre ,
Déja tu devances les pas.
Enfin , quandtu crains ſans reſſource
Le plus grand de tous les malheurs ,
LeCiel , au milieu de ſa courſe
Vient mettre un frein à tes douleurs.
Châlons , (a) à jamais mémorable ,
Tu nous inſtruis , que favorable
LaNature a fait un effort.
Préparons de brillantes Fêtes ;
LOUIS couronne ſes conquêtes
Par le triomphe de la Mort.
4
AVersailles le 25 Août 1744 .
(a ) C'est de Châlons qu'on reçûr la premiere bonne
nouvelle fur la santé du Roi.
Sur la Maladie du Roi.
Uel tumulte affieux me réveille ?
Qu'entens je ? quels éclats ? Quel bruit
En des heures où tout ſommeille ,
Trouble le repos de la nuit ?
Une nombreuſe populace
Fait retentir de Place en Place
Un lugubre gémiſſement.
D'oùpart ſatriſteſſe profonde ?
2
A ij Du
(
2148 MERCURE DE FRANCE.
Du bouleverſement du Monde
Voit - elle arriver le moment ?
Pour dévoiler ce myſtere ,
Courons au Palais de nos Rois.
Quoi ! la lumiere encor l'éclaire ?
Juſte Ciel ! qu'est- ce que j'y vois ?
Une Keine , Epouſe éplorée ,
Ade triſtes tranſports livrée ,
Succombe à ſes vives douleurs,
Du Trône le précieux gage
'Avec ſes deux Socoeurs les partage ,
Et tous ſe conſument enpleurs.
UnMeſſager brûlant de zéle , (a)
Accourû ſur l'aîle du vent ,
Sembloit apporter la nouvelle
D'un favorable évenement.
En moins de ſix heures , tout change !
O révolution étrange !
Qui glace le coeur des François ! (6)
Victime du courroux céleſte ,
Ils aprennent le coup funeſte ,
Qui réduit LOUIS aux abois.
(a) M. de S. Cloud , Ecuyer de la Reine , arrive
Versaillesle 4 Août , à deux heures après midi.
(b ) Par un courier arrivé le mêmejourà 11 heures
dufoir.
Dans
OCTOBRE. 1744. 2149
Dans les momens où la Victoire
Sur le Rhin conduiſoit ſes pas ,
La Mort , jalouſe de la gloire
Que s'étoit acquiſe ſon bras ,
Oſe aiguiſer ſa faulx tranchante ,
Ét d'une valeur triomphante
Entreprend d'arrêter le cours .
Elle en arme ſa main barbare ,
Et la cruelle ſe prépare
Amoiffonner les plus beaux jours
Le ſangdans ſes veines s'allume ,
Par un redoublement nouveau ;
Le feu brûlant qui le conſume ,
S'éleve juſqu'à ſon cerveau ;
Il y forme un fombre nuage ,
Qui ſoudain interdit l'uſage ,
De ſa raiſon& de ſes ſens ;
Contreune léthargique yvreſſe ,
Qui l'engourdit& qui l'oppreſſe ,
Tous les ſecours ſont impuiſſans.
Grand Dieu ! que ta Bonté deſcende
Sur un Roi , ton prédeſtiné !
C'eſt ton Epouſe , (a) qui demande
Ta pitié pour ſon Fils aîné,
(a) L'Eglife.
A ij 11
2150 MERCURE DE FRANCE.
Il t'adore ; il te craint ; il t'aime ;
Sa vigilance fut extrême
A inaintenirta pure Loi.
S'il fût tombé dans quelque offenſe ,
Le frein d'une ferme croyance
L'eût retenu toujours à toi .
Mais Ciel ! quel prodige ! Ta Grace
Sur lui fait de ſoudains efforts ;
Sa foi l'a renduë efficace
Sur fon eſprit & fur fon corps.
Dans ſon extrêmité mortelle
Sa raiſon renaît , étincelle ,
Et va te dévoiler ſon coeur.
Il te confeſſe ſa foibleſſe ,
Prêt à t'immoler ſa Jeuneſſe ,
Sa Gloire & toute fa Grandeur.
2
Du haut de l'Empire ſuprême ,
Tu daignes deſcendre en ſon ſein.
Et tu viens t'y rendre toi-même
Le gage d'un pardon certain ;
Il te reçoit , plein d'eſpérance ,
De repentir , de confiance ,
De joye , de reſpect & d'amour ,
Et ſemble exprimer par ſes larmes
Les tranſports , lajoye & les charmes
Qu'on goûte au céleſte ſéjour.
Cependant
OCTOBRE. 1744. 215萬
Cependant de fa belle vie
Le danger devient plus preſſant ;
Pour le noeud facré qui te lie ,
OReine ! quel coup menaçant !
Il faut partir .... rien ne t'arrête;
La nuit , la chaleur , la tempête ,
Non , non , ne te retiendront pas .
Ates maux tu ne peux ſurvivre ;
De tes Enfans , qui vont te ſuivre ,
Déja tu devances les pas.
Enfin , quandtu crains ſans reſſource
Le plus grand de tous les malheurs ,
LeCiel , au milieu de ſa courſe
Vient mettre un frein à tes douleurs.
Châlons , (a) à jamais mémorable ,
Tu nous inſtruis , que favorable
LaNature a fait un effort.
Préparons de brillantes Fêtes ;
LOUIS couronne ſes conquêtes
Par le triomphe de la Mort.
4
AVersailles le 25 Août 1744 .
(a ) C'est de Châlons qu'on reçûr la premiere bonne
nouvelle fur la santé du Roi.
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44
p. 99-126
MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Début :
SI j'entreprenois de faire ici l'éloge de la fiévre, on croiroit sans doute, qu'à [...]
Mots clefs :
Fièvre, Nature, Cause, Maladie, Maladies, Humeurs, Matière, Sang, Causes, Corps, Mouvement, Effets, Remède, Chaleur, Fièvres, Médecins, Organes, Coeur, Matière morbifique, Vaisseaux, Symptôme, Santé, Dérangement, Évacuations, Dépravation
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
MEMOIR E
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
Fermer
45
p. 82-97
Assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Sciences & Belles Lettres de Dijon, adjugea le 23. du mois [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Sciences, Moeurs, Fièvre, Esprit, Prévention, Arts, Jean-Jacques Rousseau, Lettres, Savants, Science, Hommes, Épurer les moeurs, Faveur, Maladie, Vices, Monsieur l'Abbé de Repas, Corps, Cerveau, Monsieur l'Abbé Talbert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, [titre d'après la table]
'Académie des Sciences & Belles Let
tres de Dijon , adjugea le 23. du mois.
d'Août 1750 , dans une affemblée publi
que , le Prix de Morale à M. Rouffeau ,
Citoyen de Genéve , qui demeure actuellement
à Paris.
M. F'Abbé de Repas , Chanoine de Notre-
Dame de Dijon , & Honoraire de l'A
cadémie , ouvrit la Séance par une Differ
tation fur la prévention des gens de Lettres
, & fur la préoccupation aveugle des
Sçavans en faveur d'une Science , d'un
fystême ou d'un Auteur,
NOVEMBRE. 1750 83
L'efprit , dit M. de Repas , a fes mala
dies comme le corps , & il faudroit aux
hommes des Hippocrates dans la Morale ,
comme dans la Médecine. Il fuppofe enfuire
une infirmerie pour les malades d'ef
prit ; on y logeroit en fous-ordre ces efprits
prévenus qui voyent trouble ; &
pour traiter méthodiquement cette maladie
, il effaye de démontrer que la prévention
eft 1 : une fiévre de l'efprit , 2º. une
fiévre épidémique parmi les Sçavans , 3º.
une fiévre chaude,fource des querelles fcientifiques
, 4º. une fiévre contiaue , & pref
que incurable.
Premiere réflexion , fiévre d'efprit.
·
Il définir la fièvre qui affecte le corps ,
une intempérie chaude & féche du fang
& des humeurs , qui du coeur fe commu
nique à tout le corps ; & la fièvre de l'efprit
, l'intempérie d'un cerveau malade
qui n'a pas les qualités requifes pour juger
fainement des chofes. On ne peut parvenir
à ce jugement que par deux voies , par
celle de l'examen , & par la comparaifon
des opinions que l'on admet , & de celles
que l'on rejette , deux routes inconnues
à l'homme prévenu , 1 ° parce qu'il n'examne
pas ce qui eft la voie la plus courte
ou parce qu'il n'examine que fuperficiel
•
Dvi
S4 MERCURE DEFRANCE.
lement , ou parce qu'il n'examine qu'abufivement
, & avec un efprit.fceptique &
pirrhonien .
2°. Parce qu'il ne compare pas , ou qu'il
ne compare pas de bonne for ; parce qu'avec
un efprit étroit & limité , il s'égare
dans cette comparaifon , il s'enfuit de- là
que c'eft fa prévention , & non fa lumiere
qui eft le principe de fa perfuafion , maladie
du cerveau , & fiévre de l'efprit..
Fiévre épidémique.
Il eft certain qu'il faut un goût général
pour connoître dans chaque Science ce
qu'elle a d'eftimable , & que rien n'eft plus
déraisonnable , & cependant rien dé plus.
commun parmi les Sçavans , que ce goût
exclufif , effet de la prévention.
Les uns fe préviennent en faveur d'une
Science , les autres en faveur d'un Auteur:.
fi c'eft en faveur d'une Science , dès - lars.
elle eft la plus relevée de toutes les Sciences.
If eft peu de Sçavans . qui n'ayent ce.
préjugé , ou plutôt cette folie , qui tire fon .
principe de ce que dès l'enfance on a eu.
l'efprit tourné d'un certain côté..
M. de Repas cite les exemples des Sçavans
prévenus , qui voudroient faire de
leur humeur & de leur goût la régle du.
genre humain , & qui à la honte de la rai
NOVEMBRE. 1750. Esi
31
↓
fon , perdent cet efprit d'équité qui donne
à chaque Science fon mérite & fon prix ,,
parce que chacune a fes richeffes & fes
beautés ; qu'un Sçavant par exemple s'entête
d'une Science ou d'un Auteur , c'en,
eft affez pour en faire l'apothéose. Il l'a
choiff pour maître , il ne parle que par fa
bouche; toutes les paroles font des oracles..
Defcartes indécis fur le fyftême du vuide
& du plein , s'enthoufiafime de fon Mentor
Merfenne , c'en eft affez ; & contre les,
propres idées , il adopte une hypothéfe qui
n'a nul fondement,dans la Nature , tant il
eft vrai que la prévention aveugle , & fait.
perdre les idées du fens commun : fiévre:
épidémique..
Fiévre chande..
Qui dit fiévre chaude , dit un tranfport
de l'efprit qui fait dire des chofes furprenantes
& extraordinaires , c'eft une fiévreallumée
par l'humeur colerique , deux effets
de la maladie qui affecte le Sçavant.
fortement prévenu . Nous en avons un
exemple dans les Anglois ; à quels excès :
n'ont- ils pas porté le culte & la vénération.
pour Newton ? I fuffit de lire cette faftucufe
& hyperbolique épitaphe , gravée.
fur fon tombeau à Westminster. A les entendre
, c'eft en lui, feul que la Nature a
MERCURE DE FRANCE.
reçu fon complément ; avant lui elle n'é
toit qu'ébauchée ; les ouvrages du Chancelier
Bacon ( dont il n'a été que le pla
giaire ) ne font plus que marchandifes de
rebut ; Scaliger , ce prodige de Sciences ,
n'eft plus l'homme divin , & tous nos Sça- t
vans , que des vers rampans fur la furface
des Sciences. Ces violens tranfports neprouvent-
ils pas que la prévention eſt anefiévre
chaude , alfumée par l'humeur colé
rique ? En voici les accès & les redoublemens.
Que deux Sçavans fe préviennent ,
pour ou contre une opinion , la difpute
s'échauffe , la bile s'enflamme , & les efprits
s'aigriffent. Que de querelles fcientifiques
entre les fectateurs d'Ariftote &
de Defcartes , entre les admirateurs de
Corneille & de Racine , entre les défenfeurs
de la Profe & de la Poëfie , les partifans
des tourbillons & de l'attraction !Que
de combats de plume ! De- là ces chaleurs
de difpute , ces traits malins , ces reparties
pleines d'animofité. Tels font les effets dela
prévention , fiévre chaude & ardente
→ & enfin
Fiévre continue & prefque incurable.
peut inftruire un ignorant , perfua--
der un incrédule; on ne peut convaincreun
On
NOVEMBRE. 1750 . 87.
1
entêté , furtout s'il eft fier & bilieux ; c'eft
une tête , dit Horace , que l'ellebore des.
trois anticires ne pourroit guérir. Tribus
anticiris infanabile caput.. On en tire la
preuve des principes de Mallebranche. II.
eft certain que les objets impriment leurs.
traces dans les fibres du cerveau : or les
traces qu'impriment dans le cerveau de:
F'homme préoccupé les objets de ſa préoccupation,
font fi profondes que ces fibres
demeurent toujours entr'ouvertes ; le paffage
continuel des efprits animaux , qui
entretient cette ouverture , .ne leur pera
met pas de fe fermer ; l'ame entraînée par
fes penfées , qui font liées à ces traces , demeure
l'efclave de fes penfées ; elle s'y applique
fi. fortement , que toute autre penfée
n'y peut trouver entrée ; de-là vient
que l'on ne s'apperçoit plus de ces écarts,
& que l'on déraifonne de fang froid.
Tribus anticiris , & c.
4
Pour remédier à ce mal par un fébri
fuge , on a confulté ces Hippocrates moraux
, ces hommes célebres qui ont tra
vaillé par des spécifiques à détruire les erreurs
, les travers & les maladies de l'ef
prit. Qu'ordonnent- ils contre la fièvre de
la prévention ?
. Premiere ordonnance , non temerè crea
dera,de ne donner de confentement en
88 MERCURE DE FRANCE.
ier qu'à des chofes évidentes. Seconde
ordonnance , de ne fe décider jamais fur
les raifons d'un feul parti . Troifiéme ordonnance
, de renoncer dans fes jugemens.
à toute vûe d'intérêt & de confidération
humaine. Quatriéme ordonnance , de ren--
dre juftice à toutes les Sciences & à tous
les Auteurs , & d'eftimer dans chacun la
partie dans laquelle il a excellé . La recette:
paroît fûre contre une prévention qui
n'eft point habituelle ; mais fi la maladie eft
longue & habituelle , on a décidé que
l'antidote étoit un préfervatif trop foible,.
que l'ellebore des trois anticires n'étoit
qu'un palliatif , & on l'a abandonnée :
comme une maladie déſeſperée.
Le but de M. l'Abbé de Repas a été d'amufer
en inftruifant , & il a fort bien rem
pli fon objet.
M. Gelot ,"Procureur du Roi au Bu
reau des Finances , Académicien Penfionnaire
, fit enfuite la lecture de l'Analyfe
de la piéce qui alloit être couronnée , &
de celles qui avoientbalancé les fuffrages .
de l'Académie ; mais auparavant il fit voir
quelles étoient les moeurs avant la renaiffance
des Lettres & des Arts .
Il s'agiffoit dans le problême que l'Aca--
démie avoit propofé pour cette année , -
de décider fi le rétabliſſement des Arts
i
NOVEMBRE. 1750. 89
=
& des Sciences avoir contribué à épurer
les moeurs.
M. Rouffeau a pris la négative , & il a
foutenu , que quoiqu'elles ayent pû les
épurer , elles ne l'ont cependant pas fait ,
& il a démontré qu'à mesure que les Arts
& les Sciences le font perfectionnés , les
moeurs fe font corrompues ; il le prouve
par ce qui s'eft paffé en Egypte , en Grèce,
à Rome , à Conftantinople & à la Chine.
Tandis que les Lacédemoniens , les
Scythes & les Suiffes préfervés de la contagion
des vaines connoiffances , conferverent
leur premiere fimplicité , leurs
moeurs étoient groffieres , mais pures , an
tant que l'humanité le comportoit ; les vices
au contraire conduits à Athénes par les
Beaux Arts , enchaînerent la liberté des
Grecs.
Quelques fages , il eft vrai , fe font garantis
de la corruption générale dans le
fein des Mufes , tels furent un Socrate à
Athénes & un Caton à Rome ; mais ce font
de ces exceptions qui confirment la régle
générale. La premiere partie du difcours
de M. Rouffeau eft terminée par cette réflexion
, que les voiles épais dont la Sageffe
éternelle a couvert les Sciences , font une
preuve qu'elle a voulu nous en préferver ,
comme une tende mere , qui arrache des
o MERCURE DE FRANCE.
armes dangereufes des mains de fon en
fant.
L'Auteur nous apprend dans la feconde
partie , que c'étoit une tradition paffée de
'Egypte en Gréce, qu'un Dieu , ennemi du
repos des hommes , avoit été l'inventeur
des Sciences ; nos vices leur ont donné la
maiffance , & nous ferions moins en doute
fur leurs avantages , fi elles la devoient à
nos vertus.
M. Rouffeau invective enfuite contre
cette foule d'Ecrivains obfcurs & de Lettrés
oififs , dont les vaines & futiles déclamations
, & les funeftes paradoxes fappent les
fondemens de la Foi & de la Vertu.
Les Arts , felon lui , ne font pas moins
dangereux pour les bonnes moeurs que pour
l'Etat ; ils ont amené le luxe , & le luxe
entraîne toujours la chûte des uns & des
autres.
D'un autre côté , les talens réglé fur le
mauvais goût de ceux pour qui on les employe
, dégradent les Arts & les Artiſtes.
Louis le Grand les avoit favoriſés ainſi
que les Sciences; il voulut que ces Sociétés
célébres, chargées du dangereux dépôt des
Sciences , & du dépôt facré des moeurs,
cuffent une attention particuliere à en
maintenir chez elles toe la pureté , & à
Yexiger dans tous les membres. qu'elles.ro
NOVEMBRE . 1750. 95
evroient , précaution dont l'Auteur tire
avantage pour fon fyftême , parce que l'on
ne cherche pas , dit- il , des remédes à des
maux qui n'exiftent pas tant d'établiffemens
en faveur des Sciences , annoncent
la crainte où l'on eft de manquer de Phi
lofophes , comme l'on avoit trop de Laboureurs.
Qu'enfeignent cependant ces prétendus
Sages ? Qu'il n'y a point de corps ; que tout
eft en repréſentation ; qu'il n'y a d'autre
fubftance que la matiere , ni d'autre Dieu
que le monde ; qu'il n'y a ni vertus ni vices:
que le bien & le mal ne font que des
chiméres.
Mais parmi les égaremens aufquels le
paganiſme a été livré , a- t'il rien laiffé qui.
puiffe être comparé aux monumens honeux
que lui a préparés l'Imprimerie fous le
regne de l'Evangile ? Les écrits impies des
Leucippes & des Diagoras font prefque
péris avec eux ; mais grace aux caractéres
typographiques , les rêveries de Hobbe &
de Spinofa refteront à jamais.
Si le progrès des Sciences & des Arts
n'a rien ajouté à notre véritable félicité ;
s'il a corrompu nos moeurs , fi leur corrup
tion a porté atteinte au bon goût ; que doit
on penfer de cette foule d'Auteurs élementaires
, qui ont écarté du Temple des.
92 MERCURE DE FRANCE.
Mufes les difficultés qui en avoient défendu
F'entrée , & que la Nature y avoit placées ,
comme une épreuve des forces de ceux qui
feroint tentés de ſçavoir ?
Que penferons - nous de ces Compilateurs
de Dictionnaires , fans le fecours defquels
une populace , indigne d'approcher
du Sanctuaire des Muſes , rebutée par les
difficultés , s'occuperoit à des Arts utiles à
la fociété ?
: Les Verulams les Defcartes , les Newtons
, ces Précepteurs du genre humain ,
n'ont point eu de maîtres ; c'eft à des génies
de cette trempe qu'il eft permis d'élever
des monumens à la gloire de l'efpric
humain ; mais fi l'on veut que rien ne foit
au -deffus du leur , il faut que rien ne foit
au -deffus de leurs efperances. Si les récompenfes
accordées à Ciceron & au Chancelier
Bacon euffent été bornées à une Chaire
dans une Univerfité pour l'an , & à une
penfion de l'Académie pour l'autre , croiton
qu'ils auroient travaillé avec la même
application à ces ouvrages qui feront l'admiration
de tous les fiécles ?
M. Rouffeau conclud en difant , que la
véritable ſcience confifte à rentrer en foi
même ; à écouter la voix de la Nature dans
le fibence des paffions , & que c'eſt-là la
véritable Philofophic.
NOVEMBRE. 1750. 93
Laiffons,dit il , à ces hommes célébres qui
s'immortalifent dans la République des
Lettres la gloire de fçavoir bien dire ; c'est
affez pour un homme qui vit fans ambition ,
de fe contenter de la gloire de bien faire.
L'Académie en couronnant l'ouvrage
de M. Rouffeau , n'a point prétendu adop
ter fes maximes de politique qui ne font
point à nos ufages , ni ce qu'il a dit de
l'inutilité des découvertes des Phyficiens
& des Géométres , en ce que, felon lui , elles
ne contribuent en rien au Gouvernement
de l'Etat , & à la pureté des moeurs ;
il eft en cela forti du problême , car ce
feroit lui donner une trop grande extenfion
, de regarder comme inutile tout ce
qui ne tend point directement à ce but.
La plupart des découvertes ont procuré de
grands avantages , qu'il n'eft pas permis
de les regarder avec indifference. Cependant
comme il a folidement démontré que
le rétabliffement des Arts & des Sciences
n'a
pas contribué à épurer les moeurs , l'Académie
a crû devoir décerner le prix à
la démonstration d'une question de fait
de la vérité de laquelle on ne peut dif
convenir , à moins de s'inferire en faux
contre l'expérience.
M. du Chaffelat , de Troyes en Cham
pagne , a foutenu la négative , ainfi que
94 MERCURE DE FRANCE.
M. Rouffeau ; l'Académie l'a jugé digne
de l'acceffit . Il a parfaitement démontré par
le fait même , combien la corruption des
moeurs étoit devenue générale depuis le
rétabliffement des Sciences , ce qui eft la
même chole que s'il avoit dit , qu'il n'avoit
pas contribué à épurer les moeurs,
Pour prouver la propoſition , il a parfa
couru les differentes meurs des Grecs avant
Periclès , celles du fiécle da fameux Dif
ciple de Zenon & d'Anaxagore , des Romains
avant & fous Augufte , celles d'Ita
talie , fous de Pontificat de Léon X. enfin
les nôtres fous le Regne de Louis XIV .
& par tous ces differens paralleles , & par
le portrait que le Pere Rapin a tracé des
moeurs de fon fiécle , il en conclut que ·les
fiécles les plus polis n'ont point été les plus
vertueux .
Parmi plufieurs Differtations fçavantes
qui ont été adreffées à l'Académie pour
l'affirmative de fon problême , celle de :
M. l'Abbé Talbert, Chanoine , Coadjuteur
de l'Eglife Métropolitaine de Befançon
lui a paru la mieux écrite .
Si l'Académie n'avoit confulté que fon
inclination & fon zéle pour les Lettres ,
elle fe feroit rangée du parti de M. Talbert
; mais c'eût été trahir celui de la vérité
, & faire tort aux Sciences , puiſqu'il
1
NOVEMBRE. 1750. 95.
a'arrive que trop fouvent , qu'en voulant
par un zéle mal entendu accorder à quelqu'un
des avantages dont il ne jouit pas
on donne lieu par cette partialité à des
doutes fur ceux qu'il pofféde véritablement.
Il n'eft que trop vrai que les Scien
ces ont produit plus de mal que de bien ,
parce que celui- ci n'eft jamais par fes effets
en railon égale avec l'autre . M. Talbert a
fait valoir l'utilité des Sciences & leur néceffité
; la question de droit a été épuisée
& mife dans le plus beau jour ; mais en
banne Logique on ne conclud jamais de
l'acte par le pouvoir ; il a négligé la queftion
de fait , la feule dont il s'agiffoit dans
le problême ; l'Académie ne demandoit pas
Gles Sciences pouvoient épurer les moeurs,
elle en est très perfuadée ; mais fi elles les
avoient réellement épurées , c'eſt à - dire , ſi
les hommes étoient devenus plus vertueux,
plus fincéres , plus équitables , à ne les
prendre que dans l'ordre moral ; c'eft à
ce point de fait qu'il falloit une démonf
tration , M. Talbert ne l'a point donnée ;
il a toujours argumenté du fair par le
Droit , au lieu qu'il falloit prendre une
route contraire , il fentoit fans doute la
difficulté du fuccès ; il devoit convenir de
bonne foi , que les Lettres utiles & néceffaires
à certains égards , n'ont pas toujours
96 MERCURE DE FRANCE.
produit l'effet qu'on devoit en attendre;'
faites pour éclairer l'homme , elles n'ont
que trop fouvent contribué à faire naître
des doutes ; ce qu'il a gagné du côté de
l'efprit, a été pris fur la tigidité des moeurs ;
par le commerce des Sciences , elles font
devenues plus douces & plus fociables ,
lles ont même dépouillé leur antique feocité.
L'éducation & l'ufage du monde
nt pû opérer ces changemens ; mais ce
' eft point de cette forte d'épurement dont
I s'agiffoit. Plus fçavans peut-être & plus
éclairés que nos peres , fommes- nous plus
gens qu'eux ? Voilà le point de la
honnêtes
lifficulté.
Quels vices en effet regnoient parmi eux,
qui ne reparoiffent aujourd'hui les mêmes,
ou fous des modifications differentes ? Ils
font plus rafinés , il eft vrai ; mais ils n'en
font pas moins des vices. C'eft faire grace
aux Lettres , de dire qu'ayant lors de leur
rétabliſſement trouvé les hommes déja corrompus
, elles les avoit laiffés dans le mê
me état ; c'eft affez pour les Sciences , que
l'Académie convienne, qu'elles pouvoient
épurer les moeurs , fi on n'en avoit point
abufé . Un femblable aveu de fa part n'aura
rien dont l'ignorance puille tirer le plus
leger avantage ; elle n'a point prétendu la
favorifer. On peut avec un grand fond
d'ignorance
NOVEMBRE. 1750. 97
!
d'ignorance n'avoir point de moeurs , il eft
poffible que l'on en ait avec de la fcience ;
la perverfité ou la rectitude du coeur en décident,
& les fciences ainfi , que l'ignorance,
n'en font que les caufes occafionnelles : une
Académie qui dévoile la turpitude du
coeur humain , & l'abus qu'il fait de fes
lumieres , n'eft point cenfèe avoir voulu
renouveller vis -à - vis des Sciences l'indifcrétion
indécente du Pere de Chanaan ,
& elle ne doit point en appréhender le
fort.
tres de Dijon , adjugea le 23. du mois.
d'Août 1750 , dans une affemblée publi
que , le Prix de Morale à M. Rouffeau ,
Citoyen de Genéve , qui demeure actuellement
à Paris.
M. F'Abbé de Repas , Chanoine de Notre-
Dame de Dijon , & Honoraire de l'A
cadémie , ouvrit la Séance par une Differ
tation fur la prévention des gens de Lettres
, & fur la préoccupation aveugle des
Sçavans en faveur d'une Science , d'un
fystême ou d'un Auteur,
NOVEMBRE. 1750 83
L'efprit , dit M. de Repas , a fes mala
dies comme le corps , & il faudroit aux
hommes des Hippocrates dans la Morale ,
comme dans la Médecine. Il fuppofe enfuire
une infirmerie pour les malades d'ef
prit ; on y logeroit en fous-ordre ces efprits
prévenus qui voyent trouble ; &
pour traiter méthodiquement cette maladie
, il effaye de démontrer que la prévention
eft 1 : une fiévre de l'efprit , 2º. une
fiévre épidémique parmi les Sçavans , 3º.
une fiévre chaude,fource des querelles fcientifiques
, 4º. une fiévre contiaue , & pref
que incurable.
Premiere réflexion , fiévre d'efprit.
·
Il définir la fièvre qui affecte le corps ,
une intempérie chaude & féche du fang
& des humeurs , qui du coeur fe commu
nique à tout le corps ; & la fièvre de l'efprit
, l'intempérie d'un cerveau malade
qui n'a pas les qualités requifes pour juger
fainement des chofes. On ne peut parvenir
à ce jugement que par deux voies , par
celle de l'examen , & par la comparaifon
des opinions que l'on admet , & de celles
que l'on rejette , deux routes inconnues
à l'homme prévenu , 1 ° parce qu'il n'examne
pas ce qui eft la voie la plus courte
ou parce qu'il n'examine que fuperficiel
•
Dvi
S4 MERCURE DEFRANCE.
lement , ou parce qu'il n'examine qu'abufivement
, & avec un efprit.fceptique &
pirrhonien .
2°. Parce qu'il ne compare pas , ou qu'il
ne compare pas de bonne for ; parce qu'avec
un efprit étroit & limité , il s'égare
dans cette comparaifon , il s'enfuit de- là
que c'eft fa prévention , & non fa lumiere
qui eft le principe de fa perfuafion , maladie
du cerveau , & fiévre de l'efprit..
Fiévre épidémique.
Il eft certain qu'il faut un goût général
pour connoître dans chaque Science ce
qu'elle a d'eftimable , & que rien n'eft plus
déraisonnable , & cependant rien dé plus.
commun parmi les Sçavans , que ce goût
exclufif , effet de la prévention.
Les uns fe préviennent en faveur d'une
Science , les autres en faveur d'un Auteur:.
fi c'eft en faveur d'une Science , dès - lars.
elle eft la plus relevée de toutes les Sciences.
If eft peu de Sçavans . qui n'ayent ce.
préjugé , ou plutôt cette folie , qui tire fon .
principe de ce que dès l'enfance on a eu.
l'efprit tourné d'un certain côté..
M. de Repas cite les exemples des Sçavans
prévenus , qui voudroient faire de
leur humeur & de leur goût la régle du.
genre humain , & qui à la honte de la rai
NOVEMBRE. 1750. Esi
31
↓
fon , perdent cet efprit d'équité qui donne
à chaque Science fon mérite & fon prix ,,
parce que chacune a fes richeffes & fes
beautés ; qu'un Sçavant par exemple s'entête
d'une Science ou d'un Auteur , c'en,
eft affez pour en faire l'apothéose. Il l'a
choiff pour maître , il ne parle que par fa
bouche; toutes les paroles font des oracles..
Defcartes indécis fur le fyftême du vuide
& du plein , s'enthoufiafime de fon Mentor
Merfenne , c'en eft affez ; & contre les,
propres idées , il adopte une hypothéfe qui
n'a nul fondement,dans la Nature , tant il
eft vrai que la prévention aveugle , & fait.
perdre les idées du fens commun : fiévre:
épidémique..
Fiévre chande..
Qui dit fiévre chaude , dit un tranfport
de l'efprit qui fait dire des chofes furprenantes
& extraordinaires , c'eft une fiévreallumée
par l'humeur colerique , deux effets
de la maladie qui affecte le Sçavant.
fortement prévenu . Nous en avons un
exemple dans les Anglois ; à quels excès :
n'ont- ils pas porté le culte & la vénération.
pour Newton ? I fuffit de lire cette faftucufe
& hyperbolique épitaphe , gravée.
fur fon tombeau à Westminster. A les entendre
, c'eft en lui, feul que la Nature a
MERCURE DE FRANCE.
reçu fon complément ; avant lui elle n'é
toit qu'ébauchée ; les ouvrages du Chancelier
Bacon ( dont il n'a été que le pla
giaire ) ne font plus que marchandifes de
rebut ; Scaliger , ce prodige de Sciences ,
n'eft plus l'homme divin , & tous nos Sça- t
vans , que des vers rampans fur la furface
des Sciences. Ces violens tranfports neprouvent-
ils pas que la prévention eſt anefiévre
chaude , alfumée par l'humeur colé
rique ? En voici les accès & les redoublemens.
Que deux Sçavans fe préviennent ,
pour ou contre une opinion , la difpute
s'échauffe , la bile s'enflamme , & les efprits
s'aigriffent. Que de querelles fcientifiques
entre les fectateurs d'Ariftote &
de Defcartes , entre les admirateurs de
Corneille & de Racine , entre les défenfeurs
de la Profe & de la Poëfie , les partifans
des tourbillons & de l'attraction !Que
de combats de plume ! De- là ces chaleurs
de difpute , ces traits malins , ces reparties
pleines d'animofité. Tels font les effets dela
prévention , fiévre chaude & ardente
→ & enfin
Fiévre continue & prefque incurable.
peut inftruire un ignorant , perfua--
der un incrédule; on ne peut convaincreun
On
NOVEMBRE. 1750 . 87.
1
entêté , furtout s'il eft fier & bilieux ; c'eft
une tête , dit Horace , que l'ellebore des.
trois anticires ne pourroit guérir. Tribus
anticiris infanabile caput.. On en tire la
preuve des principes de Mallebranche. II.
eft certain que les objets impriment leurs.
traces dans les fibres du cerveau : or les
traces qu'impriment dans le cerveau de:
F'homme préoccupé les objets de ſa préoccupation,
font fi profondes que ces fibres
demeurent toujours entr'ouvertes ; le paffage
continuel des efprits animaux , qui
entretient cette ouverture , .ne leur pera
met pas de fe fermer ; l'ame entraînée par
fes penfées , qui font liées à ces traces , demeure
l'efclave de fes penfées ; elle s'y applique
fi. fortement , que toute autre penfée
n'y peut trouver entrée ; de-là vient
que l'on ne s'apperçoit plus de ces écarts,
& que l'on déraifonne de fang froid.
Tribus anticiris , & c.
4
Pour remédier à ce mal par un fébri
fuge , on a confulté ces Hippocrates moraux
, ces hommes célebres qui ont tra
vaillé par des spécifiques à détruire les erreurs
, les travers & les maladies de l'ef
prit. Qu'ordonnent- ils contre la fièvre de
la prévention ?
. Premiere ordonnance , non temerè crea
dera,de ne donner de confentement en
88 MERCURE DE FRANCE.
ier qu'à des chofes évidentes. Seconde
ordonnance , de ne fe décider jamais fur
les raifons d'un feul parti . Troifiéme ordonnance
, de renoncer dans fes jugemens.
à toute vûe d'intérêt & de confidération
humaine. Quatriéme ordonnance , de ren--
dre juftice à toutes les Sciences & à tous
les Auteurs , & d'eftimer dans chacun la
partie dans laquelle il a excellé . La recette:
paroît fûre contre une prévention qui
n'eft point habituelle ; mais fi la maladie eft
longue & habituelle , on a décidé que
l'antidote étoit un préfervatif trop foible,.
que l'ellebore des trois anticires n'étoit
qu'un palliatif , & on l'a abandonnée :
comme une maladie déſeſperée.
Le but de M. l'Abbé de Repas a été d'amufer
en inftruifant , & il a fort bien rem
pli fon objet.
M. Gelot ,"Procureur du Roi au Bu
reau des Finances , Académicien Penfionnaire
, fit enfuite la lecture de l'Analyfe
de la piéce qui alloit être couronnée , &
de celles qui avoientbalancé les fuffrages .
de l'Académie ; mais auparavant il fit voir
quelles étoient les moeurs avant la renaiffance
des Lettres & des Arts .
Il s'agiffoit dans le problême que l'Aca--
démie avoit propofé pour cette année , -
de décider fi le rétabliſſement des Arts
i
NOVEMBRE. 1750. 89
=
& des Sciences avoir contribué à épurer
les moeurs.
M. Rouffeau a pris la négative , & il a
foutenu , que quoiqu'elles ayent pû les
épurer , elles ne l'ont cependant pas fait ,
& il a démontré qu'à mesure que les Arts
& les Sciences le font perfectionnés , les
moeurs fe font corrompues ; il le prouve
par ce qui s'eft paffé en Egypte , en Grèce,
à Rome , à Conftantinople & à la Chine.
Tandis que les Lacédemoniens , les
Scythes & les Suiffes préfervés de la contagion
des vaines connoiffances , conferverent
leur premiere fimplicité , leurs
moeurs étoient groffieres , mais pures , an
tant que l'humanité le comportoit ; les vices
au contraire conduits à Athénes par les
Beaux Arts , enchaînerent la liberté des
Grecs.
Quelques fages , il eft vrai , fe font garantis
de la corruption générale dans le
fein des Mufes , tels furent un Socrate à
Athénes & un Caton à Rome ; mais ce font
de ces exceptions qui confirment la régle
générale. La premiere partie du difcours
de M. Rouffeau eft terminée par cette réflexion
, que les voiles épais dont la Sageffe
éternelle a couvert les Sciences , font une
preuve qu'elle a voulu nous en préferver ,
comme une tende mere , qui arrache des
o MERCURE DE FRANCE.
armes dangereufes des mains de fon en
fant.
L'Auteur nous apprend dans la feconde
partie , que c'étoit une tradition paffée de
'Egypte en Gréce, qu'un Dieu , ennemi du
repos des hommes , avoit été l'inventeur
des Sciences ; nos vices leur ont donné la
maiffance , & nous ferions moins en doute
fur leurs avantages , fi elles la devoient à
nos vertus.
M. Rouffeau invective enfuite contre
cette foule d'Ecrivains obfcurs & de Lettrés
oififs , dont les vaines & futiles déclamations
, & les funeftes paradoxes fappent les
fondemens de la Foi & de la Vertu.
Les Arts , felon lui , ne font pas moins
dangereux pour les bonnes moeurs que pour
l'Etat ; ils ont amené le luxe , & le luxe
entraîne toujours la chûte des uns & des
autres.
D'un autre côté , les talens réglé fur le
mauvais goût de ceux pour qui on les employe
, dégradent les Arts & les Artiſtes.
Louis le Grand les avoit favoriſés ainſi
que les Sciences; il voulut que ces Sociétés
célébres, chargées du dangereux dépôt des
Sciences , & du dépôt facré des moeurs,
cuffent une attention particuliere à en
maintenir chez elles toe la pureté , & à
Yexiger dans tous les membres. qu'elles.ro
NOVEMBRE . 1750. 95
evroient , précaution dont l'Auteur tire
avantage pour fon fyftême , parce que l'on
ne cherche pas , dit- il , des remédes à des
maux qui n'exiftent pas tant d'établiffemens
en faveur des Sciences , annoncent
la crainte où l'on eft de manquer de Phi
lofophes , comme l'on avoit trop de Laboureurs.
Qu'enfeignent cependant ces prétendus
Sages ? Qu'il n'y a point de corps ; que tout
eft en repréſentation ; qu'il n'y a d'autre
fubftance que la matiere , ni d'autre Dieu
que le monde ; qu'il n'y a ni vertus ni vices:
que le bien & le mal ne font que des
chiméres.
Mais parmi les égaremens aufquels le
paganiſme a été livré , a- t'il rien laiffé qui.
puiffe être comparé aux monumens honeux
que lui a préparés l'Imprimerie fous le
regne de l'Evangile ? Les écrits impies des
Leucippes & des Diagoras font prefque
péris avec eux ; mais grace aux caractéres
typographiques , les rêveries de Hobbe &
de Spinofa refteront à jamais.
Si le progrès des Sciences & des Arts
n'a rien ajouté à notre véritable félicité ;
s'il a corrompu nos moeurs , fi leur corrup
tion a porté atteinte au bon goût ; que doit
on penfer de cette foule d'Auteurs élementaires
, qui ont écarté du Temple des.
92 MERCURE DE FRANCE.
Mufes les difficultés qui en avoient défendu
F'entrée , & que la Nature y avoit placées ,
comme une épreuve des forces de ceux qui
feroint tentés de ſçavoir ?
Que penferons - nous de ces Compilateurs
de Dictionnaires , fans le fecours defquels
une populace , indigne d'approcher
du Sanctuaire des Muſes , rebutée par les
difficultés , s'occuperoit à des Arts utiles à
la fociété ?
: Les Verulams les Defcartes , les Newtons
, ces Précepteurs du genre humain ,
n'ont point eu de maîtres ; c'eft à des génies
de cette trempe qu'il eft permis d'élever
des monumens à la gloire de l'efpric
humain ; mais fi l'on veut que rien ne foit
au -deffus du leur , il faut que rien ne foit
au -deffus de leurs efperances. Si les récompenfes
accordées à Ciceron & au Chancelier
Bacon euffent été bornées à une Chaire
dans une Univerfité pour l'an , & à une
penfion de l'Académie pour l'autre , croiton
qu'ils auroient travaillé avec la même
application à ces ouvrages qui feront l'admiration
de tous les fiécles ?
M. Rouffeau conclud en difant , que la
véritable ſcience confifte à rentrer en foi
même ; à écouter la voix de la Nature dans
le fibence des paffions , & que c'eſt-là la
véritable Philofophic.
NOVEMBRE. 1750. 93
Laiffons,dit il , à ces hommes célébres qui
s'immortalifent dans la République des
Lettres la gloire de fçavoir bien dire ; c'est
affez pour un homme qui vit fans ambition ,
de fe contenter de la gloire de bien faire.
L'Académie en couronnant l'ouvrage
de M. Rouffeau , n'a point prétendu adop
ter fes maximes de politique qui ne font
point à nos ufages , ni ce qu'il a dit de
l'inutilité des découvertes des Phyficiens
& des Géométres , en ce que, felon lui , elles
ne contribuent en rien au Gouvernement
de l'Etat , & à la pureté des moeurs ;
il eft en cela forti du problême , car ce
feroit lui donner une trop grande extenfion
, de regarder comme inutile tout ce
qui ne tend point directement à ce but.
La plupart des découvertes ont procuré de
grands avantages , qu'il n'eft pas permis
de les regarder avec indifference. Cependant
comme il a folidement démontré que
le rétabliffement des Arts & des Sciences
n'a
pas contribué à épurer les moeurs , l'Académie
a crû devoir décerner le prix à
la démonstration d'une question de fait
de la vérité de laquelle on ne peut dif
convenir , à moins de s'inferire en faux
contre l'expérience.
M. du Chaffelat , de Troyes en Cham
pagne , a foutenu la négative , ainfi que
94 MERCURE DE FRANCE.
M. Rouffeau ; l'Académie l'a jugé digne
de l'acceffit . Il a parfaitement démontré par
le fait même , combien la corruption des
moeurs étoit devenue générale depuis le
rétabliffement des Sciences , ce qui eft la
même chole que s'il avoit dit , qu'il n'avoit
pas contribué à épurer les moeurs,
Pour prouver la propoſition , il a parfa
couru les differentes meurs des Grecs avant
Periclès , celles du fiécle da fameux Dif
ciple de Zenon & d'Anaxagore , des Romains
avant & fous Augufte , celles d'Ita
talie , fous de Pontificat de Léon X. enfin
les nôtres fous le Regne de Louis XIV .
& par tous ces differens paralleles , & par
le portrait que le Pere Rapin a tracé des
moeurs de fon fiécle , il en conclut que ·les
fiécles les plus polis n'ont point été les plus
vertueux .
Parmi plufieurs Differtations fçavantes
qui ont été adreffées à l'Académie pour
l'affirmative de fon problême , celle de :
M. l'Abbé Talbert, Chanoine , Coadjuteur
de l'Eglife Métropolitaine de Befançon
lui a paru la mieux écrite .
Si l'Académie n'avoit confulté que fon
inclination & fon zéle pour les Lettres ,
elle fe feroit rangée du parti de M. Talbert
; mais c'eût été trahir celui de la vérité
, & faire tort aux Sciences , puiſqu'il
1
NOVEMBRE. 1750. 95.
a'arrive que trop fouvent , qu'en voulant
par un zéle mal entendu accorder à quelqu'un
des avantages dont il ne jouit pas
on donne lieu par cette partialité à des
doutes fur ceux qu'il pofféde véritablement.
Il n'eft que trop vrai que les Scien
ces ont produit plus de mal que de bien ,
parce que celui- ci n'eft jamais par fes effets
en railon égale avec l'autre . M. Talbert a
fait valoir l'utilité des Sciences & leur néceffité
; la question de droit a été épuisée
& mife dans le plus beau jour ; mais en
banne Logique on ne conclud jamais de
l'acte par le pouvoir ; il a négligé la queftion
de fait , la feule dont il s'agiffoit dans
le problême ; l'Académie ne demandoit pas
Gles Sciences pouvoient épurer les moeurs,
elle en est très perfuadée ; mais fi elles les
avoient réellement épurées , c'eſt à - dire , ſi
les hommes étoient devenus plus vertueux,
plus fincéres , plus équitables , à ne les
prendre que dans l'ordre moral ; c'eft à
ce point de fait qu'il falloit une démonf
tration , M. Talbert ne l'a point donnée ;
il a toujours argumenté du fair par le
Droit , au lieu qu'il falloit prendre une
route contraire , il fentoit fans doute la
difficulté du fuccès ; il devoit convenir de
bonne foi , que les Lettres utiles & néceffaires
à certains égards , n'ont pas toujours
96 MERCURE DE FRANCE.
produit l'effet qu'on devoit en attendre;'
faites pour éclairer l'homme , elles n'ont
que trop fouvent contribué à faire naître
des doutes ; ce qu'il a gagné du côté de
l'efprit, a été pris fur la tigidité des moeurs ;
par le commerce des Sciences , elles font
devenues plus douces & plus fociables ,
lles ont même dépouillé leur antique feocité.
L'éducation & l'ufage du monde
nt pû opérer ces changemens ; mais ce
' eft point de cette forte d'épurement dont
I s'agiffoit. Plus fçavans peut-être & plus
éclairés que nos peres , fommes- nous plus
gens qu'eux ? Voilà le point de la
honnêtes
lifficulté.
Quels vices en effet regnoient parmi eux,
qui ne reparoiffent aujourd'hui les mêmes,
ou fous des modifications differentes ? Ils
font plus rafinés , il eft vrai ; mais ils n'en
font pas moins des vices. C'eft faire grace
aux Lettres , de dire qu'ayant lors de leur
rétabliſſement trouvé les hommes déja corrompus
, elles les avoit laiffés dans le mê
me état ; c'eft affez pour les Sciences , que
l'Académie convienne, qu'elles pouvoient
épurer les moeurs , fi on n'en avoit point
abufé . Un femblable aveu de fa part n'aura
rien dont l'ignorance puille tirer le plus
leger avantage ; elle n'a point prétendu la
favorifer. On peut avec un grand fond
d'ignorance
NOVEMBRE. 1750. 97
!
d'ignorance n'avoir point de moeurs , il eft
poffible que l'on en ait avec de la fcience ;
la perverfité ou la rectitude du coeur en décident,
& les fciences ainfi , que l'ignorance,
n'en font que les caufes occafionnelles : une
Académie qui dévoile la turpitude du
coeur humain , & l'abus qu'il fait de fes
lumieres , n'eft point cenfèe avoir voulu
renouveller vis -à - vis des Sciences l'indifcrétion
indécente du Pere de Chanaan ,
& elle ne doit point en appréhender le
fort.
Fermer
Résumé : Assemblée publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, [titre d'après la table]
Le 23 août 1750, l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Dijon a décerné le Prix de Morale à Jean-Jacques Rousseau. Lors de la cérémonie, l'abbé de Repas a ouvert la séance en critiquant les préventions des savants, qu'il a comparées à des 'maladies de l'esprit'. Il a identifié quatre types de 'fièvres de l'esprit' : une fièvre personnelle, une fièvre épidémique, une fièvre chaude causant des querelles, et une fièvre continue et incurable, illustrant ces points avec des exemples de savants influencés par leurs préjugés. Rousseau a abordé la question de l'impact des arts et des sciences sur les mœurs. Il a soutenu que, bien que les arts et les sciences puissent épurer les mœurs, ils n'y sont pas parvenus et ont même contribué à leur corruption. Il a cité des exemples historiques tels que l'Égypte, la Grèce, Rome, Constantinople et la Chine. Rousseau a également critiqué les écrivains obscurs et les lettrés oisifs, accusant les arts d'entraîner le luxe et la chute des valeurs morales. L'Académie a reconnu que les découvertes scientifiques ont apporté de grands avantages, mais a noté que le rétablissement des arts et des sciences n'a pas épuré les mœurs. Du Chastelat a appuyé la position de Rousseau, affirmant que la corruption des mœurs s'est généralisée depuis le rétablissement des sciences. L'abbé Talbert a présenté une dissertation en faveur des sciences, mais l'Académie a jugé sa démonstration insuffisante, soulignant que les sciences ont souvent produit plus de mal que de bien. Le texte conclut en réfléchissant sur la persistance des vices malgré les avancées des lettres et des sciences, soulignant que la perversité ou la rectitude du cœur déterminent les mœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 127-144
SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Début :
Si quelques critiques chagrins se sont érigés de nos jours en censeurs des [...]
Mots clefs :
Nature, Dieux, Vessie, Remède, Religion, Pierres humaines, Pierre, Maladie, Chaux, Société littéraire de Châlons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
SEANCES PARTICULIERES
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
De la Société Linéraire de Châlons.
St
1. quelques critiques chagrins fe font
érigés de nos jours en cenfeurs des
Académies , il s'eft auffi trouvé des défenfeurs
de ces fortes d'établiffemens : leur
utilité a été démontrée dans des écrits. publics
: il a été prouvé d'une maniere victorieufe
que leur multiplicité étoit néceffaire
au progrès des fciences , & que loin
de nuire au corps politique de l'Etat, elle
ne pouvoit lui être qu'avantageufe.
C'eft fous ce point de vue que M. Du-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
pré d'Aulnay , ancien Commiffaire des
Guerres , l'a confidéré. Retiré depuis plufieurs
années dans la ville de Châlons-fur-
Marne , fon amour pour l'étude l'y a fuivi
, & les liaifons qu'il a formées avec des
concitoyens animés du même amour , lui
ont fait concevoir le deffein de les unir
par les noeuds d'une fociété littéraire .
Il en a demandé. l'agrément à M. le
Comte de Saint - Florentin . Ce Miniftre
qui chérit les Lettres , autant qu'il eft cher
aux Sçavans , l'a honoré d'une réponſe
favorable , & a promis une autorifation
plus précife , lorfque les affociés auroient
donné des preuves de leurs talens .
Son A. S. M. le Comte de Clermont ,
Gouverneur des provinces de Champagne
& de Brie , a bien voulu concourit de fon
côté à cet établiffement : illuftre par fon
fang & par la faveur finguliere qu'il a fait
aux Mufes d'entrer dans leur fanctuaire ,
il a donné de nouvelles marques de fon
attachement pour elles , en fe déclarant le
protecteur de cette fociété naiffante.
Les membres d'une fociété qui commence
fous de fi heureux aufpices , ont dé
ja produits quelques fruits de leurs veilles
dans les affemblées particulieres qu'ils ont
tenues pendant le cours de cette année.
M. Culoteau de Velye , Avocat du Roi
MARS. 1755. 129
•
au Préfidial de Châlons en Champagne ,
& l'un des membres de cette fociété , a lû
une differtation fur la confécration des
Empereurs romains , & particulierement
fur celle de Pertinax , juftifiée par une médaille.
Il obferve que la confécration en uſage
chez les Romains étoit différente de l'apothéofe
admife chez les autres peuples ;
que cette derniere cérémonie étoit connue
dès le tems de Belus , premier Roi des
Affyriens , & qu'elle a été continuée depuis
en faveur des Princes , des Rois recommendables
par leur fageffe , & même
de fimples particuliers qui s'étoient fignalés
par leurs vertus & des actions éclatantes
. Il fixe au regne des Céfars l'origine de
la confécration qui , lorfque Romulus fut
admis au rang des Dieux , n'étoit point
encore établie de la maniere dont elle l'a
été dans la fuite.
›. Il fait voir que dans tel tems de la République
, le Sénat n'accorda cet honneur
qu'à la feule Acea Laurentia , comme un
tribut de fa reconnoiffance pour les biens
qu'il en avoit reça que s'il décerna par la
fuite les mêmes honneurs à un grand nom
-bre d'Empereurs , il les refufa néanmoins à
ceux qui s'étoient rendus odieux par leurs
vices.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE .
Il rapporte pour exemple la joie générale
qu'excita la mort de Tibere , le decret
qui déclara Neron ennemi de la patrie,
les outrages exercés fur les corps de Vitellius
& d'Héliogabale qui , après avoir
été traînés avec ignominie par les rues de
Rome , furent jertés dans le Tibre ; le long
refus du Sénat d'élever Adrien au rang des
Dieux , la fermeté avec laquelle il йétric
la mémoire de Domitien déifié par les armées
, en faifant brifer fes ftatues , fes portraits
& les infcriptions faites en fon honneur.
Il prouve que la cérémonie de la confé
cration des Empereurs a fubfifté jufqu'an
tems du parfait établiſſement de notre religion
; Jovien ayant encore été mis au
rang des Dieux par les foins de fon fuc
ceffeur Valentinien , vers l'an 364 de l'ere
chrétienne .
A l'égard de l'Empereur Pertinax , dont
-M. de la Baftie prétend dans fon ouvrage
fur le P. Joubert , que l'on n'a point encore
trouvé de médailles , M. de Velye en
produit une , qui femble ne laiffer aucun
doute que l'on a déféré à cet Empereur
-les honneurs de la confécration ." col
< Cette médaille , qui eft de moyen broneze
, préfente d'un côté la tête de Pertinax ,
avec la légende Divus Helvius Pertinax , &
MAR S.: 1755. 131
a pour tipe en fon revers un aigle avec les
aîles déployées , fur lefquelles eft la figure
de l'Empereur à demi- couché , avec la légende
Confecratio. Cette médaille paroît
caracterifer d'une façon particuliere la confécration
de Pertinax , & l'on a lieu de
croire qu'elle eft une de celles qui ont été
re nouvellées par Gallien .
M. de Velye penfe que l'on peut porter
le même jugement d'une médaille de Fauftine
, qui du côté de la tête a pour légende
Diva Fauftina ; & au revers une figure
humaine que l'on peut prendre pour un
Prêtre , faifant une libation fur un autel ,
fur lequel il y a du feu , avec la légende
Confecratio : cependant il ne propofe fon
fentiment à cet égard que comme conjecture
, s'en rapportant aux connoiffances des
fçavans en ce genre.
M. de Velye a fait encore lecture d'une
autre differtation, dont l'objet eft de déterminer
quels étoient les principes de la religion
des anciens Romains , & s'ils étoient
différens de ceux qui conftituoient le culte
religieux des Grecs .
Voici fommairement les preuves qu'il
apporte pour établir cette différence .
Les premiers Romains , preſque tous occupés
à nourrir des troupeaux , en tiroient
les fecours néceffaires pour -fubfifter. Pan
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
étoit leur principale Divinité ; ils cétébroient
en fon honneur des fêtes par des
facrifices , & par des jeux appellés Lupeztaux
; ils honoroient auffi comme des
Dieux , Janus , Saturne , Picus , Hercule ,
&c. Mais indépendamment de ces Dieux
de la patrie ils reconnoifloient encore ceux
des grandes nations ; ils admettoient auffi
les augures , les pénates , les génies , &c.
Romulus effaya de détruire les préjugés
de ceux qui compofoient fa colonie , d'établir
une religion fondée fur des principes
raisonnables , & de fixer un culte conforme
à l'idée qu'il avoit conçue de la Divinité
, qu'il reconnoiſſoit comme un être
parfait & immortel .
Numa qui lui fuccéda , approchoit aſſez
des fentimens de fon prédéceffeur au ſujet
de la religion ; il penfoit qu'on ne pouvoit
donner aucune forme fenfible à la caufe
premiere de tous les êtres créés ; en conféquence
l'on ne vit à Rome pendant près
de deux fiécles aucun monument élevé pour
repréfenter la Divinité .
La religion établie par Romulus fubfiſta
long-tems , comme le fondement inébranlable
de la confervation de la chofe publique
; tout fon fyftême confiftoit à propo
fer pour objet du culte religieux un être
pur , efprit fouverainement parfait , imMARS.
1755. 133
mortel , auteur de tout , & de l'honorer
par un culte digne de fon unité & de fa
grandeur.
Les Grecs , au contraire , s'imaginant
qu'il étoit poffible d'appercevoir , par l'organe
des fens , la divinité telle quelle eft
en elle-même , la fixerent d'abord, dans le
foleil ; ils déïferent les élémens , l'univers
entier , & les différentes parties qui le com →
pofent. Orphée , Mufée , Eumolpe , que
S. Auguftin appelle les théologiens des
Grecs , bien loin d'amener leurs compatriotes
à la connoiffance de la vérité , les
en éloignerent , & les plongerent dans des
erreurs injurieufes à l'être fuprême ; ils
propoferent des Dieux fous des fymboles
& des hieroglyphes , dont ils avoient apris
à faire ufage en Egypte. La trop grande
élévation d'efprit de ces philofophes fit
tomber dans l'égarementceux qu'ils fe pro
pofoient d'éclairer , & qui n'étoient point
capables de comprendre le fens des fables
abfurdes qu'ils employoient pour établir les
vérités les plus importantes.
Ce fut des prétendus fages de l'Egypte
qu'ils avoient appris à diftinguer l'âge , le
fexe , la forme & le nombre des Dieux ;
ils apprirent auffi d'eux à les honorer par
des fêtes & par des jeux folemnels ; mais
il n'arrivoit que trop fouvent que l'on
.
134 MERCURE DE FRANCE.
portoit l'impiété en triomphe dans ces cérémonies
, & qu'elles devenoient un affemblage
monftrueux de defordres & de crimes.
La connoiffance de la nature & l'étude
de la phyfique devint la fource de l'erreur ;
on donnoit à chacune des caufes un des
attributs de la divinité , & les attributs diftingués
, fembloient introduire & préfenter
une multiplicité de Dieux. Plufieurs
fages , comme Diagoras & Socrate , furent
les victimes de leur attachement à la vérité
, telle que l'homme peut la découvrir par
l'étude & la force du raifonnement .
Les Romains , dans leur origine , étoient
des hommes durs , groffiers , fauvages ;
mais ils furent amenés à la connoiffance
de l'être fuprême , autant qu'on peut en
approcher par les lumieres de la raifon ;
ils fe diftinguerent par leur inviolable attachement
à une religion plus fainte que
celle des autres nations..
Les Grecs , au contraire , inconftans &
legers , fe livrerent au torrent d'une aveugle
fuperftition ; leur culte avoit fouvent
l'homme pour objet ; leurs fêtes , & les
jeux qu'ils célébroient , n'étoient inſtitués
que pour exciter ceux qui y étoient admis
à fe furpaffer mutuellement par la force ,
l'adreffe & la légereté : on n'y comptoit
MARS 1755 ”ན
135
prefque pour rien le coeur , les moeurs &
la vertu .
la
De cet expofé , on peut conclure que
religion des anciens Romains étoit plus
parfaite que celle des Grecs , & qu'elle
étoit établie fur des principes différens.
- M. Dupré d'Aulnai a lû auffi une differtation
qui a pour objet l'écoulement magne
tique , Pélectricité , l'afcenfion de la feve
dans les végétaux , & le flux de la mer. Il
croit que la même caufe produit ces différens
effets , que le foleil en eft le premier
& le feul mobile , & que cet aftre eft dans
l'univers ce qu'eft le coeur dans l'animal ,
auquel il donne le mouvement , la chaleur
& la vie.
af-
M. Navier , Docteur en Médecine ,
focié correfpondant de l'Académie royale
des Sciences de Paris , & l'un des mem
bres de la Société , a lu dans différentes
féances des differtations fur plufieurs maladies
populaires qui ont regné dans la
vince de Champagne & ailleurs.
་
pro-
La Faculté de Médecine de Paris , & M.
de Vernage , ayant jugé cet ouvrage fondé
-fur une bonne théorie , conforme à la faine
·pratique , & appuyé de l'autorité des grands
maîtres , l'auteur a cru ne devoir point fe
refufer au bien du public , & s'eft en conféquence
déterminé à le faire imprimer. Il
136 MERCURE DE FRANCE.
fe trouve à Paris , chez Cavelier
Saint Jacques , au Lys d'or.
·
rue
Après de pareils témoignages , il eft
inutile d'infilter fur la nature de ce travail
; le lecteur jugera par lui-même que
l'auteur a fait nombre de recherches utiles
& intéreffantes pour le traitement de différentes
maladies.
M. Navier a auffi lû des obfervations
théoriques & pratiques fur l'amolliffement
des os en général , & en particulier fur
celui qui a caractériſé la maladie extraor
dinaire de la Dame Supior , dont tout le
royaume a été informé.
Il penfe que cette maladie tenoit du rachitis
& du fcorbut. Pour démontrer le caractere
& la véritable caufe de cette maladie
, l'auteur fuit fon objet par la voie
des expériences & des démonftrations , &
conclut que les levains qui occafionnent
l'amolliffement des os , eft de nature acide.
Pour bien conftater cette vérité , il a fait
des recherches infinies , qui toutes ont concouru
à le convaincre que cette maladie ne
pouvoit reconnoître d'autre caufe . La nature
& le caractere de cette fâcheufe maladie
étant bien connue , l'auteur fait voir
qu'il faut néceffairement la combattre par
les moyens qu'il propofe. Cet ouvrage a
été examiné & approuvé par l'Académie
f
MARS. 1755. 137
royale des Sciences de Paris : il va être mis
fous preffe.
Le même a fait encore lecture d'un
autre ouvrage qui a pour titre : Obfervations
médico-phyfiques fur les dangers auxquels
on s'expofe en mangeant des fruits qui
n'ont point encore atteint leur dégré de maturité
, & fur les avantages au contraire qui
résultent de leur ufage lorfqu'ils ont acquis
toute leur perfection.
L'abus trop commun de manger les
fruits avant qu'ils foient murs , & le zéle
de l'auteur pour le bien public , l'ont engagé
à traiter cette matiere .
Après un court expofé des loix générales
de la végétation , il examine la nature des
fruits qui naiffent dans les pays chauds &
dans les pays froids & tempérés ; il fait
voir que la providence a fait naître dans
chaque contrée de la terre des fruits doués
de toutes les propriétés néceffaires pour
garantir les habitans des maladies auxquel
les les expoferoient l'intempérie de l'air
des régions qu'ils habitent. Il reconnoît
d'une part que les fruits aigrelets & acidules
qui naiffent abondamment dans les pays
chauds , contiennent des fucs merveilleux
pour réprimer les effervefcences fougueufes
, & une infinité d'autres accidens que
la chaleur exceffive occafionne dans le fang
13 8 MERCURE DE FRANCE .
de leurs habitans. D'un autre côté , il re
garde les fruits que produifent les pays
froids & tempérés , comme des matieres
favoneufes & délayantes, extrêmement propres
à diffoudre les concrétions & les
épaiffiffemens des liqueurs de ceux qui ha
bitent ces climats. Il entre à cet égard
dans un certain détail fur la nature des
matieres favoneufes , factices & naturelles :
il reconnoît que les favons naturels font
beaucoup plus parfaits que les factices ,
qu'ils font formés d'une union intime de
parties onctueufes extrêmement fines , pénétrées
par un acide végétal , au lieu que les
favons factices ordinaires font les produits
de parties graffes , fort groffieres , unies affez
imparfaitement avec un fel lixiviel , & c.
On voit que l'auteur reconnoît par- tout
un ordre & une fageffe fuprême dans la
formation & la confervation de tous les
êtres. C'eft effectivement en ne perdant
point de vue cet important objet , que les
fçavans fe rapprocheront toujours de la vérité
; au lieu qu'en fe livrant à des fyſtêmes
erronés & dictés par l'efprit d'illufion
, ils ne feront jamais d'accord ni avec
la nature , ni avec eux-mêmes.
M. Navier a auffi fait part d'un travail
qu'il a commencé en 1738 , pour trouver
un lithontriptique , ou diffolvant des pier,
MARS. 1755. 139
1
res humaines ; ouvrage dont il avoit informé
en différens tems MM. de l'Acadé-.
mie royale des Sciences de Paris ; il paroît
avoir conduit fes recherches déja fort loin
il a même fait voir plufieurs de ces pierres
extraordinairement dures, réduites en bouil
lie en fort peu de tems , par le moyen
d'une liqueur fi douce , qu'elle peut être
bûe fans faire aucune impreffion fâcheufe
fur l'eftomac. Il a déja par devers lui des
expériences du bon effet de ce remede ;
mais ,comme il n'a jamais prétendu réuffic
que par la voie des injections , il n'a pû
encore parvenir à autre chofe , finon qu'à
fe rendre certain que ce remede peut être
porté dans la veffie par les injections , fans
y caufer ni douleur ni altération . Si par
un bonheur ineftimable pour l'humanité
on pouvoit parvenir par cette voie à fondre
la pierre dans la veffie , il réfteroit en
core beaucoup à travailler , tant pour fe
perfectionner dans la maniere d'y introduire
la fonde , que dans la matiere & la
forme de cet inftrument ; car il feroit de
la derniere importance de pouvoir l'intro
duire promptement , fûrement & fans dou
leur. M.Navier defireroit que l'on s'exerçât
à fonder avec des alkalis qui n'euffent
prefque point de courbure ; il penfe que
Cette forme feroit plus commode pour ins
140 MERCURE DE FRANCE.
jecter , pour pouvoir tourner la fonde en
rous fens dans la veffie , & pour y pou
voir féjourner long- tems fans bleffer ce
vifcere , & c.
C'est particulierement du génie de nos
grands Chirurgiens que l'on doit efpérer
la perfection dans la forme de cet inftrument
, & dans la maniere de l'infinuer
dans la veffie , ou même de trouver le
moyen de dilater fon fphincter , & d'y
porter un liquide fans avoir recours au
catheter.
On a annoncé cette année deux ouvra
ges imprimés à Edimbourg , dans lesquels
on prétend que l'eau de chaux eft un excellent
diffolvant des pierres humaines pris
intérieurement , ou porté dans la veffic
par les injections .
M. Navier a fait depuis dix-fept à dixhuit
ans un fi grand nombre d'expériences
& de recherches fur les différens lithontriptiques
, qu'il auroit été furprenant que
celui de la chaux lui eût échappé : il a donc
travaillé fur ce diffolvant , comme fur une
infinité d'autres , & il craint qu'il ne réuffiffe
pas autant qu'on le fait efperer ; car
il a reconnu que ce remede avoit peu ou
point d'action fur un très - grand nombre
de pierres humaines . Si M. Whitt a éprouvé
le contraire , cela ne peut venir , ſelon
MA- R S.
1755 141
M. Navier , que de la différence des pierres
qui fe forment chez les Anglois , dont la
boiffon ordinaire eft la bierre , & de celles
qui prennent naiffance chez les François
qui font ufage du vin.
M. Navier n'a eu occafion de travailler
que fur ces dernieres ; peut-être eft- ce cette
différence de boiffon qui a fait que le diffolvant
de Mlle Stephens a été employé
avec fuccès en Angleterre , & qu'il a fi peu
réuffi en France.
M. Navier croit encore être bien fondé
à fe défier de l'eau de chaux : 1 °. parce que
contenant une grande quantité de parties
de feu , ce reméde pris . intérieurement &
à grandes dofes , comme il feroit néceffaire
pour fondre les calculs humains pourroit
intéreffer la fanté des perfonnes délicates.
2 °. Cette eau étant chargée de beaucoup
de parties pierreufes qu'elle tient en
diffolution , ne pourroit - il pas arriver
qu'elles fe dépoferoient dans différens endroits
du corps , peut-être même dans les
reins & dans la veffie ? M. Navier eſt d'aųtant
mieux fondé dans cette opinion , qu'il
a reconnu par l'expérience , qu'un peu d'urine
chaude verfée far de l'eau de chaux ,
la rend laiteufe , & en fait précipiter de
fa fubftance pierreufe. Si donc la même
chofe arrivoit dans les reins ou dans la
142 MERCURE DE FRANCE.
veffie de ceux qui prendroient beaucoup
de ce lithontriptique , comme il y a tout
lieu de le croire , fur- tout chez les pierreux
, qui ont une urine dont l'alkali volatil
eft fort développé , & par conféquent
plus propre à précipiter la partie pierreufe
de l'eau de chaux , ne doit- on pas préfumer
que ce remede pourroit dépofer dans
ces vifceres autant & peut être plus de
fubftance pierreufe qu'ils n'en éleveroient
de calculs qui s'y rencontreroient ? M. Navier
a connoiffance d'un fait qui paroît
bien confirmer cette théorie .
Une perfonne qui avoit une pierre bien
conftatée dans la veffie , s'étoit déterminée
à prendre du lithontriptique de Mlle Stephens
, qui contient , comme l'on fçait
beaucoup de matieres calcaires réduites en
chaux. Après un certain tems de l'uſage
de ce remede , on apperçut dans les urines
du malade beaucoup de parties terreufesblanches
, que l'on croyoit être infailliblement
des débris de la pierre ; mais la
perfonne étant morte , on reconnut avec
furprife , par l'ouverture de la veffie , que
la pierre n'avoit été en aucune façon endommagée.
Donc les portions blanchâtres
& terreufes que l'urine avoit charriées,
venoient des parties de chaux qui entroient
dans le remede anglois. Cela prou오
Y
MARS. 1755. 143
ve qu'on ne peut avoir trop de circonfpection
, même de défiance , dans la vérification
des faits , car ils font fouvent voilés
par des
apparences trompeufes & féduifantes.
M. Whitt a avancé que tout fel lixiviel
eft abfolument incapable de diffoudre la pierre
humaine . M. Navier a remarqué tout le
contraire , ayant conftamment obfervé
dans le nombre des lithontriptiques qu'il a
découvert , que ces fels avoient tous cette
propriété.
Cette différence entre les obfervations
de nos deux auteurs pourroit bien venir
de celle des pierres fur lefquelles ils ont
travaillé , par la raifon rapportée ci -deffus
. En effet M. Navier , d'après qui nous
parlons toujours , a reconnu que ces fels
agiffoient fort différemment , felon la nature
de la pierre ; & il eft perfuadé que
c'eſt cette différence dans les calculs humains
qui mettra toujours le plus d'obftacles
à la découverte d'un lithontriptique
univerfel , c'est-à - dire qui agiffe également
& d'une maniere douce fur toutes les pierres
humaines.
Nous venons de rapporter une partie
des obfervations de M. Navier , que fon
defintéreffement & fon amour pour le
bien public a déterminé à nous communiquer.
#44 MERCURE DE FRANCE.
Quelle louable émulation ! qu'il eft digne
de notre reconnoiffance de voir dans
deux Royaumes auffi floriffans que la France
& l'Angleterre , la Médecine toujours
occupée d'un objet qui tend à délivrer l'hu
manité du plus cruel de tous les maux !
Les affociés fe font féparés le 28 du
mois d'Août , moins pour fe délaffer de
leurs fatigues que pour préparer les mémoires
dont ils rendront compte l'année
prochaine dans leurs féances ; ils font tous
également difpofés à fe rendre dignes de
la protection qu'un grand Prince leur accorde
, à fe mettre en état d'obtenir la
confirmation de leur établiſſement , & à
mériter l'eftime du public.
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Résumé : SEANCES PARTICULIERES De la Société Littéraire de Châlons.
Le texte présente les activités de la Société Linéraire de Châlons, une association littéraire fondée par M. Dupré d'Aulnay, ancien commissaire des Guerres, avec le soutien de M. le Comte de Saint-Florentin et de M. le Comte de Clermont. Cette société vise à promouvoir les sciences et les lettres. Lors de réunions privées, plusieurs membres ont présenté des dissertations. M. Culoteau de Velye a lu une dissertation sur la consécration des empereurs romains, en se concentrant sur Pertinax, et a présenté une médaille attestant de cette consécration. Il a également comparé la religion des anciens Romains à celle des Grecs, soulignant que la religion romaine était plus rationnelle et fondée sur des principes raisonnables. M. Dupré d'Aulnay a présenté une dissertation sur divers phénomènes naturels, comme l'écoulement magnétique et l'électricité, attribuant ces effets à l'influence du soleil. M. Navier, docteur en médecine, a lu des dissertations sur des maladies populaires en Champagne, sur l'amollissement des os, et sur les dangers de consommer des fruits non mûrs. Ses travaux ont été approuvés par l'Académie royale des Sciences de Paris. Le texte détaille également les recherches de M. Navier sur les lithontriptiques, des substances capables de dissoudre les calculs rénaux. Navier reconnaît la supériorité des savons naturels sur les savons artificiels en raison de leur composition plus fine et plus efficace. Il souligne l'importance de l'ordre et de la sagesse divine dans la formation des êtres vivants. Navier a commencé ses travaux en 1738 pour trouver un lithontriptique efficace. Il a présenté plusieurs pierres dures réduites en bouillie grâce à une liqueur douce, pouvant être bue sans effet nocif sur l'estomac. Cependant, il n'a pas encore pu administrer ce remède par voie interne sans causer de douleur ou d'altération. Le texte mentionne des ouvrages imprimés à Edimbourg qui prétendent que l'eau de chaux est un excellent dissolvant des calculs rénaux. Navier, après de nombreuses expériences, doute de l'efficacité de ce remède, estimant qu'il pourrait causer des dépôts de substances pierreuses dans le corps. Navier critique l'eau de chaux pour ses risques potentiels de déposer des particules pierreuses dans les reins et la vessie, et pour son inefficacité constatée sur de nombreux calculs rénaux. Il relate un cas où une personne ayant pris un lithontriptique à base de chaux a vu des particules blanches dans ses urines, mais la pierre rénale n'a pas été dissoute. Enfin, le texte souligne la différence d'observations entre Navier et M. Whitt concernant l'efficacité des lessives sur les calculs rénaux, attribuant ces divergences à la variabilité des types de calculs. Navier conclut que la découverte d'un lithontriptique universel est complexe en raison de cette variabilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 83-91
EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
Début :
Louis-Léon Pajot, Chevalier, Comte d'Ons-en-Bray, nâquit à Paris le 25 [...]
Mots clefs :
Louis-Léon Pajot, Comte d'Ons-en-Bray, Académie des sciences, Secrétaire de l'Académie des sciences, Jean-Paul Grandjean de Fouchy, Philosophie, Maladie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
EXTRAIT DE L'ELOGE
DE M. D'ONS- EN- BRAY ,
Prononcé le 13 Novembre 1754 , par M.
de Fouchy , Secrétaire de l'Académie des
Sciences.
Quis-Léon Pajot , Chevalier , Comte
Ldons- en-Bray ,naquit à Parisleas
Mars 1678 de Léon Pajot , Comte d'Onsen-
Bray , Directeur général des poftes &
relais de France , & de Marie Anne Rouillé
, tante de M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat. Son ayeul avoit été envoyé
par la Reine , mere de Louis XIV , en
Efpagne , où il fut retenu quatre ans prifonnier.
Si les peines attachées aux en-
» fans deshonorent la poftérité de ceux qui
les éprouvent , pourquoi ne compteroiton
pas au rang des titres d'honneur les
difgraces qui n'ont leur fource que dans
» le zele avec lequel on fert fon Roi & fa
patrie ?
»
"
Il fit fes études au College des Jéfuites:
de Paris ; mais un mal d'yeux confidérable
dont il fut attaqué pendant fa rhétorique
obligea de le rappeller , à la maifon
nelle
ord så mot
Divis
pater
84 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le cours de cette maladie , M.
Quent , homme habile qu'on avoit mis auprès
de lui , imagina de l'occuper d'une
fcience à laquelle les fens extérieurs font
fouvent plus nuifibles qu'utiles , de l'étude
de la philofophie . Il faifoit lire auprès de
lui les principes de celle de Defcartes , &
la meilleure preuve qu'on puiffe donner
qu'il en avoit fait dès lors un Philofophe
eft la reconnoiffance qu'il eut des foins de
cet habile maître. La vraie philofophie tend
encore plus à enrichir le coeur de toutes.
les vertus qu'à orner l'efprit de nouvelles
connoiffances .
Au fortir de cette maladie , il alla
voya
ger en Hollande . La vûe des grands hom
mes que cet état poffédoit alors, des collections
curieufes & fçavantes qu'ils y avoient
faites & des applications ingénieufes qu'il
y voyoit continuellement faire de la més
chanique , le rendirent encore plus Philos
fophe & plus Méchanicien , & ce fut là
qu'il forma le premier projet de ce cabinet
qu'il a depuis rendu fi célebre.
Il ne l'exécuta cependant pas auffi-tôt
après fon retour. Les occupations attachées
à la place de Directeur général des poftes
aufquelles M. fon pere l'engagea à fe livrer ,
ne lui laiffoient que peu de momens:
libres , mais ce peu de momens étoient
JUIN. 1755.
foigneufement ménagés pour ce qu'il
aimoit.
❤
M. d'Ons- en -Bray perdit fon pere en
1708 , & il lui fuccéda dans fa place ; mais
ce qui tourne plus à fa gloire , quoiqu'il
n'eut alors que vingt neuf à trente ans ,
Louis XIV lui accorda fa confiance ; il le
chargea de plufieurs affaires dont il lui
rendoit compte indépendamment des Miniftres
, & le fit appeller dans fa derniere
maladie pour cacheter fon teftament avant
de l'envoyer dépofer au Parlement. Il jouit
de la même confiance fous la Régence de
feu M. le Duc d'Orléans. Lorfque ce Prin
ce créa les charges d'Intendans des poftes ,
il en donna une à M. d'Ons - en - Bray , &
le public eft informé de l'exactitude avec
laquelle il s'en est toujours acquitté.
Dès qu'il s'étoit vu fon maître , il avoit
travaillé à exécuter le projet qu'il avoit
formé en Hollande ; mais comme d'un côté
les devoirs de fa charge , & d'autre part
les vifites continuelles aufquelles il étoit
expofé à Paris ne lui en laifoient pas le
loifir , il réfolut de fe dérober à celles- ci ;
ne pouvant ni ne voulant fe fouſtraire à
fes devoirs , il choifit pour ce deffein une
belle maifon qu'il avoit à Berci . Cet endroit
affez près de Paris , pour
lui
tre d'y paffer tous les momens qu'il avoit
permet86
MERCURE DE FRANCE.
de libres , en étoit cependant affez éloigné
pour écarter les vifites importunes. Il facrifia
la plus grande partie de cette maiſon
aux cabinets qu'il y vouloit former , y établit
un jardin de plantes & une orangerie ,
& fit de cet endroit un des plus agréables
afyles que la philofophie ait jamais habités
; il y venoit paffer tout le tems dont il
pouvoit difpofer , & y attiroit autant qu'il
pouvoit les Académiciens les plus célebres
; le P. Sebaſtien étoit du nombre , &
M. Geoffroy a conduit quatre ans fon laboratoire.
La route que fuivit M. d'Ons- en-
Bray l'approchoit néceffairement de l'Académie
: il y obtint en 1716 une des deux
places d'honoraires que le Roi venoit d'y
établir par le nouveau réglement il y
étoit extrêmement affidu , & prenoit part
à prefque toutes les matieres qui s'y traitoient
les fciences font trop liées les unes
aux autres , pour que le cabinet ne profitât
extrêmement de cette affiduité.
pas
Quoique M. d'Ons- en- Bray ne fût affujetti
par fa place à aucun travail acadé
mique , on a de lui plufieurs mémoires im
primés , entr'autres la defcription d'une
machine pour battre la meſure de tous les
airs , d'une maniere fixe & indépendante
du caprice des Muficiens ; des recherches:
fur les mefures des liquides , qu'il fit à la
JUIN. 1755
87
réquifition du Corps de ville de Paris :
mais ce qu'il a donné de plus fingulier , eft
fon anémometre , ou inftrument propre à
mefurer la force & la direction du vent ;
les inftrumens ordinaires ne font que des
corps purement paffifs , dont l'obfervateur
eft pour ainfi dire l'ame on pourroit
prefque dire que M. d'Ons- en- Bray a donné
de l'intelligence à fon anémometre ;
l'inftrument fçair obferver lui - même &
écrire fes obfervations : les ftatues immortelles
de Vulcain fi bien décrites par Homere
, n'en fçavoient peut- être pas davantage
.
Le cabinet qu'il avoit entrepris étoit
cependant fa principale occupation ; il
l'avoit déja rendu fi riche & fi complet
dès 1717 , que peu de Seigneurs étrangers
venoient en France fans le vifiter ; il y reçut
le Czar Pierre I , l'Empereur à préſent
regnant , & le Prince Charles de Lorraine ,.
le feu Electeur de Baviere , le Roi de Pologne
, Duc de Lorraine , les Princes de-
Saxe Kaubourg & de Saxe - Gotha , & enfin
les deux Ambaſſadeurs du Grand Seigneur
, Meheniet & Saïd- Effendi , qui en
fortirent pleins d'une admiration ,, d'autant
plus flateuſe pour M. d'Ons - en - Bray , que
*
Voyez les Mémoires de l'Académie. 17344.
p. 123.
$ 8 霉
MERCURE DE FRANCE.
ces deux Seigneurs , & fur-tout Saïd- Pacha
, étoient en état d'en connoître tout le
prix.
Dans ces occafions , M. d'Ons- en - Bray
faifoit parfaitement les honneurs de fa
maifon ; il y donnoit des repas magnifiques
& des fêtes élegantes : c'étoit un peu
de pris fur ce tems dont il étoit fi bon menager
, mais c'étoit pour l'honneur des
fciences & de la philofophie , & rien ne
lui coûtoit pour leur acquerir des profélites
ou des protecteurs.
Il ne négligeoit ni n'épargnoit rien
pour remplir fon cabinet de piéces inté
reffantes. Mais ce qui rendoit cette collection
plutôt finguliere que la premiere
de ce genre , étoit l'immenfe quantité
de piéces de méchanique dont il Pavoit
ornée , & parmi lefquelles il y en avoit
plufieurs de fon invention . Dans le nombre
de ces dernieres fe trouve un morceau
fingulier des élémens de géométrie tout en
machines ; il avoit imaginé cette finguliere
façon de démontrer , pour faciliter au Roi,
encore enfant , l'étude des Mathématiques.
Les meilleurs élémens qu'il eût pûr donner
en toute autre occafion , n'euffent fait
voir que fa capacité , ceux - ci font unt
preuve fubfiftante de fon attachement pour
fon Roi on laiffe aux coeurs françois
JUIN. 1755. 89
à décider qui des deux mérite la préférence.
Il avoit reçu de feu M. le Duc d'Orléans
, Régent , plufieurs vifites. Ce Prince
fe plaifoit extrêmement dans les cabinets
de M. d'Ons -en- Bray , & il voulut les orner
du célebre verre ardent conftruit par
M. de Tfchirnhauz , dont il lui fit préfent ;
ce Prince auroit eu de la peine à en choi
fir un qui pût lui être plus agréable .
Dans ce même lieu où il recevoit les
plus grands Princes , il recevoit auffi , &
peut-être avec plus de plaifir , les Philofophes
, & fur- tout les Académiciens fes
confreres : il fe délaffoit avec eux de fes
travaux , & puifoit dans leur entretien des
idées pour en entreprendre de nouveaux ;
c'eft ainfi qu'il a paffé tout le tems de fa
vie : toujours citoyen , toujours Académicien.
Dès le mois d'Octobre 1753 , il fut attaqué
d'une maladie , qu'il ne regarda d'abord
que comme une éréfipelle ordinaire
mais qui dans peu devint une éruption vio
lente ; il fentit lui -même le danger de fon
état ; & après avoir pris les précautions
que la religion exigeoit de lui , il voulut
donner au public & à l'Académie une derniere
marque de fon attachement . Il fit
propofer au Roi d'accepter le don qu'il
96 MERCURE DE FRANCE.
vouloit faire à l'Académie de fes cabinets ,
mais fous des conditions qui tendent toutes
à rendre ce préfent plus utile au public
; car malgré fon attachement pour cette
Compagnie , le bien public lui étoit encore
plus cher , & l'Académie n'a garde
de blâmer en lui ce fentiment , duquel elle
fe pique elle- même. Le Roi fentit toute la
générofité de M. d'Ons- en - Bray , & non
feulement accepta le don qu'il vouloit
faire , mais encore fe chargea de le loger
au Louvre , & de pourvoir à tout ce qui
feroit néceffaire pour l'entretenir , & mettre
le public en état d'en profiter . Auffi- tôr
que M. d'Ons-en-Bray fçut cette nouvelle ,
il fit un codicille , par lequel il légue fes
cabinets à l'Académie , & prefcrit les conditions
aufquelles il fait ce don ; il ne s'oc
cupa plus après cela qu'au moyen d'aug
menter le préfent qu'il venoit de faire à
l'Académie, & mourut le 22 Février 1754,
âgé de près de foixante- feize ans .
Toute fa vie a été une pratique exacte
& conftante de l'équité naturelle . Pendant
tout le tems qu'il a été à la tête des poftes ,
aucun Commis n'a pu fe plaindre d'avoir
été renvoyé par caprice. Une commiffion
fous lui étoit prefque pour d'honnêtes
gens un héritage ; il étoit bon maître
mais il ne fouffroit pas qu'on lui man
JUIN. 1755. 91
quât , ayant d'ailleurs toutes les attentions
poffibles pour fes domeftiques : il faifoit
de grandes charités ouvertement & par les
mains de fes Curés , mais il y en avoit
d'autres dont il fe réſervoit la diftribution,
& qu'il faifoit fecrettement pour éviter
cette cruelle maniere de foulager les malheureux
en bleffant les fentimens qui furvivent
fouvent dans les coeurs bien placés
aux dignités & à la fortune.
Il a fait par teftament fon légataire univerfel
M. le Gendre , Lieutenant général
des armées du Roi , frere de feu M. le
Préfident le Gendre , fils de M. le Gendre,
fucceffivement Intendant de Montauban
de Pau & de Tours , & d'une foeur de M.
d'Ons-en- Bray.
Sa place d'Académicien honoraire a étéẻ.
remplie par M. le Maréchal de Lowendal
DE M. D'ONS- EN- BRAY ,
Prononcé le 13 Novembre 1754 , par M.
de Fouchy , Secrétaire de l'Académie des
Sciences.
Quis-Léon Pajot , Chevalier , Comte
Ldons- en-Bray ,naquit à Parisleas
Mars 1678 de Léon Pajot , Comte d'Onsen-
Bray , Directeur général des poftes &
relais de France , & de Marie Anne Rouillé
, tante de M. Rouillé , Miniftre & Secrétaire
d'Etat. Son ayeul avoit été envoyé
par la Reine , mere de Louis XIV , en
Efpagne , où il fut retenu quatre ans prifonnier.
Si les peines attachées aux en-
» fans deshonorent la poftérité de ceux qui
les éprouvent , pourquoi ne compteroiton
pas au rang des titres d'honneur les
difgraces qui n'ont leur fource que dans
» le zele avec lequel on fert fon Roi & fa
patrie ?
»
"
Il fit fes études au College des Jéfuites:
de Paris ; mais un mal d'yeux confidérable
dont il fut attaqué pendant fa rhétorique
obligea de le rappeller , à la maifon
nelle
ord så mot
Divis
pater
84 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le cours de cette maladie , M.
Quent , homme habile qu'on avoit mis auprès
de lui , imagina de l'occuper d'une
fcience à laquelle les fens extérieurs font
fouvent plus nuifibles qu'utiles , de l'étude
de la philofophie . Il faifoit lire auprès de
lui les principes de celle de Defcartes , &
la meilleure preuve qu'on puiffe donner
qu'il en avoit fait dès lors un Philofophe
eft la reconnoiffance qu'il eut des foins de
cet habile maître. La vraie philofophie tend
encore plus à enrichir le coeur de toutes.
les vertus qu'à orner l'efprit de nouvelles
connoiffances .
Au fortir de cette maladie , il alla
voya
ger en Hollande . La vûe des grands hom
mes que cet état poffédoit alors, des collections
curieufes & fçavantes qu'ils y avoient
faites & des applications ingénieufes qu'il
y voyoit continuellement faire de la més
chanique , le rendirent encore plus Philos
fophe & plus Méchanicien , & ce fut là
qu'il forma le premier projet de ce cabinet
qu'il a depuis rendu fi célebre.
Il ne l'exécuta cependant pas auffi-tôt
après fon retour. Les occupations attachées
à la place de Directeur général des poftes
aufquelles M. fon pere l'engagea à fe livrer ,
ne lui laiffoient que peu de momens:
libres , mais ce peu de momens étoient
JUIN. 1755.
foigneufement ménagés pour ce qu'il
aimoit.
❤
M. d'Ons- en -Bray perdit fon pere en
1708 , & il lui fuccéda dans fa place ; mais
ce qui tourne plus à fa gloire , quoiqu'il
n'eut alors que vingt neuf à trente ans ,
Louis XIV lui accorda fa confiance ; il le
chargea de plufieurs affaires dont il lui
rendoit compte indépendamment des Miniftres
, & le fit appeller dans fa derniere
maladie pour cacheter fon teftament avant
de l'envoyer dépofer au Parlement. Il jouit
de la même confiance fous la Régence de
feu M. le Duc d'Orléans. Lorfque ce Prin
ce créa les charges d'Intendans des poftes ,
il en donna une à M. d'Ons - en - Bray , &
le public eft informé de l'exactitude avec
laquelle il s'en est toujours acquitté.
Dès qu'il s'étoit vu fon maître , il avoit
travaillé à exécuter le projet qu'il avoit
formé en Hollande ; mais comme d'un côté
les devoirs de fa charge , & d'autre part
les vifites continuelles aufquelles il étoit
expofé à Paris ne lui en laifoient pas le
loifir , il réfolut de fe dérober à celles- ci ;
ne pouvant ni ne voulant fe fouſtraire à
fes devoirs , il choifit pour ce deffein une
belle maifon qu'il avoit à Berci . Cet endroit
affez près de Paris , pour
lui
tre d'y paffer tous les momens qu'il avoit
permet86
MERCURE DE FRANCE.
de libres , en étoit cependant affez éloigné
pour écarter les vifites importunes. Il facrifia
la plus grande partie de cette maiſon
aux cabinets qu'il y vouloit former , y établit
un jardin de plantes & une orangerie ,
& fit de cet endroit un des plus agréables
afyles que la philofophie ait jamais habités
; il y venoit paffer tout le tems dont il
pouvoit difpofer , & y attiroit autant qu'il
pouvoit les Académiciens les plus célebres
; le P. Sebaſtien étoit du nombre , &
M. Geoffroy a conduit quatre ans fon laboratoire.
La route que fuivit M. d'Ons- en-
Bray l'approchoit néceffairement de l'Académie
: il y obtint en 1716 une des deux
places d'honoraires que le Roi venoit d'y
établir par le nouveau réglement il y
étoit extrêmement affidu , & prenoit part
à prefque toutes les matieres qui s'y traitoient
les fciences font trop liées les unes
aux autres , pour que le cabinet ne profitât
extrêmement de cette affiduité.
pas
Quoique M. d'Ons- en- Bray ne fût affujetti
par fa place à aucun travail acadé
mique , on a de lui plufieurs mémoires im
primés , entr'autres la defcription d'une
machine pour battre la meſure de tous les
airs , d'une maniere fixe & indépendante
du caprice des Muficiens ; des recherches:
fur les mefures des liquides , qu'il fit à la
JUIN. 1755
87
réquifition du Corps de ville de Paris :
mais ce qu'il a donné de plus fingulier , eft
fon anémometre , ou inftrument propre à
mefurer la force & la direction du vent ;
les inftrumens ordinaires ne font que des
corps purement paffifs , dont l'obfervateur
eft pour ainfi dire l'ame on pourroit
prefque dire que M. d'Ons- en- Bray a donné
de l'intelligence à fon anémometre ;
l'inftrument fçair obferver lui - même &
écrire fes obfervations : les ftatues immortelles
de Vulcain fi bien décrites par Homere
, n'en fçavoient peut- être pas davantage
.
Le cabinet qu'il avoit entrepris étoit
cependant fa principale occupation ; il
l'avoit déja rendu fi riche & fi complet
dès 1717 , que peu de Seigneurs étrangers
venoient en France fans le vifiter ; il y reçut
le Czar Pierre I , l'Empereur à préſent
regnant , & le Prince Charles de Lorraine ,.
le feu Electeur de Baviere , le Roi de Pologne
, Duc de Lorraine , les Princes de-
Saxe Kaubourg & de Saxe - Gotha , & enfin
les deux Ambaſſadeurs du Grand Seigneur
, Meheniet & Saïd- Effendi , qui en
fortirent pleins d'une admiration ,, d'autant
plus flateuſe pour M. d'Ons - en - Bray , que
*
Voyez les Mémoires de l'Académie. 17344.
p. 123.
$ 8 霉
MERCURE DE FRANCE.
ces deux Seigneurs , & fur-tout Saïd- Pacha
, étoient en état d'en connoître tout le
prix.
Dans ces occafions , M. d'Ons- en - Bray
faifoit parfaitement les honneurs de fa
maifon ; il y donnoit des repas magnifiques
& des fêtes élegantes : c'étoit un peu
de pris fur ce tems dont il étoit fi bon menager
, mais c'étoit pour l'honneur des
fciences & de la philofophie , & rien ne
lui coûtoit pour leur acquerir des profélites
ou des protecteurs.
Il ne négligeoit ni n'épargnoit rien
pour remplir fon cabinet de piéces inté
reffantes. Mais ce qui rendoit cette collection
plutôt finguliere que la premiere
de ce genre , étoit l'immenfe quantité
de piéces de méchanique dont il Pavoit
ornée , & parmi lefquelles il y en avoit
plufieurs de fon invention . Dans le nombre
de ces dernieres fe trouve un morceau
fingulier des élémens de géométrie tout en
machines ; il avoit imaginé cette finguliere
façon de démontrer , pour faciliter au Roi,
encore enfant , l'étude des Mathématiques.
Les meilleurs élémens qu'il eût pûr donner
en toute autre occafion , n'euffent fait
voir que fa capacité , ceux - ci font unt
preuve fubfiftante de fon attachement pour
fon Roi on laiffe aux coeurs françois
JUIN. 1755. 89
à décider qui des deux mérite la préférence.
Il avoit reçu de feu M. le Duc d'Orléans
, Régent , plufieurs vifites. Ce Prince
fe plaifoit extrêmement dans les cabinets
de M. d'Ons -en- Bray , & il voulut les orner
du célebre verre ardent conftruit par
M. de Tfchirnhauz , dont il lui fit préfent ;
ce Prince auroit eu de la peine à en choi
fir un qui pût lui être plus agréable .
Dans ce même lieu où il recevoit les
plus grands Princes , il recevoit auffi , &
peut-être avec plus de plaifir , les Philofophes
, & fur- tout les Académiciens fes
confreres : il fe délaffoit avec eux de fes
travaux , & puifoit dans leur entretien des
idées pour en entreprendre de nouveaux ;
c'eft ainfi qu'il a paffé tout le tems de fa
vie : toujours citoyen , toujours Académicien.
Dès le mois d'Octobre 1753 , il fut attaqué
d'une maladie , qu'il ne regarda d'abord
que comme une éréfipelle ordinaire
mais qui dans peu devint une éruption vio
lente ; il fentit lui -même le danger de fon
état ; & après avoir pris les précautions
que la religion exigeoit de lui , il voulut
donner au public & à l'Académie une derniere
marque de fon attachement . Il fit
propofer au Roi d'accepter le don qu'il
96 MERCURE DE FRANCE.
vouloit faire à l'Académie de fes cabinets ,
mais fous des conditions qui tendent toutes
à rendre ce préfent plus utile au public
; car malgré fon attachement pour cette
Compagnie , le bien public lui étoit encore
plus cher , & l'Académie n'a garde
de blâmer en lui ce fentiment , duquel elle
fe pique elle- même. Le Roi fentit toute la
générofité de M. d'Ons- en - Bray , & non
feulement accepta le don qu'il vouloit
faire , mais encore fe chargea de le loger
au Louvre , & de pourvoir à tout ce qui
feroit néceffaire pour l'entretenir , & mettre
le public en état d'en profiter . Auffi- tôr
que M. d'Ons-en-Bray fçut cette nouvelle ,
il fit un codicille , par lequel il légue fes
cabinets à l'Académie , & prefcrit les conditions
aufquelles il fait ce don ; il ne s'oc
cupa plus après cela qu'au moyen d'aug
menter le préfent qu'il venoit de faire à
l'Académie, & mourut le 22 Février 1754,
âgé de près de foixante- feize ans .
Toute fa vie a été une pratique exacte
& conftante de l'équité naturelle . Pendant
tout le tems qu'il a été à la tête des poftes ,
aucun Commis n'a pu fe plaindre d'avoir
été renvoyé par caprice. Une commiffion
fous lui étoit prefque pour d'honnêtes
gens un héritage ; il étoit bon maître
mais il ne fouffroit pas qu'on lui man
JUIN. 1755. 91
quât , ayant d'ailleurs toutes les attentions
poffibles pour fes domeftiques : il faifoit
de grandes charités ouvertement & par les
mains de fes Curés , mais il y en avoit
d'autres dont il fe réſervoit la diftribution,
& qu'il faifoit fecrettement pour éviter
cette cruelle maniere de foulager les malheureux
en bleffant les fentimens qui furvivent
fouvent dans les coeurs bien placés
aux dignités & à la fortune.
Il a fait par teftament fon légataire univerfel
M. le Gendre , Lieutenant général
des armées du Roi , frere de feu M. le
Préfident le Gendre , fils de M. le Gendre,
fucceffivement Intendant de Montauban
de Pau & de Tours , & d'une foeur de M.
d'Ons-en- Bray.
Sa place d'Académicien honoraire a étéẻ.
remplie par M. le Maréchal de Lowendal
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Résumé : EXTRAIT DE L'ELOGE DE M. D'ONS-EN-BRAY, Prononcé le 13 Novembre 1754, par M. de Fouchy, Secrétaire de l'Académie des Sciences.
Léon Pajot, Chevalier et Comte d'Ons-en-Bray, naquit à Paris en mars 1678. Son père, Léon Pajot, était Directeur général des postes et relais de France, et sa mère, Marie Anne Rouillé, était la tante de M. Rouillé, Ministre et Secrétaire d'État. Son grand-père avait été envoyé en Espagne par la Reine mère de Louis XIV et y avait été retenu prisonnier pendant quatre ans. Léon Pajot fit ses études au Collège des Jésuites de Paris, mais une maladie des yeux l'obligea à interrompre ses études. Pendant sa convalescence, il se consacra à l'étude de la philosophie sous la guidance de M. Quent. Il voyagea ensuite en Hollande, où il fut inspiré par les grandes collections et les applications mécaniques qu'il y observa. Ce voyage lui donna l'idée de créer un cabinet célèbre. À la mort de son père en 1708, Léon Pajot lui succéda à la tête des postes et reçut la confiance de Louis XIV, qui le chargea de plusieurs affaires importantes. Il continua à servir sous la Régence du Duc d'Orléans, qui lui confia la charge d'Intendant des postes. Malgré ses responsabilités, il trouva le temps de réaliser son projet de cabinet à Berci, où il accueillit des académiciens et des philosophes. Léon Pajot fut élu à l'Académie des Sciences en 1716 et y publia plusieurs mémoires, notamment sur des instruments scientifiques comme l'anémomètre. Son cabinet, riche en pièces de mécanique et en inventions, attira des visiteurs illustres, y compris le Czar Pierre Ier et l'Empereur régnant. En octobre 1753, il fut atteint d'une maladie violente. Avant de mourir le 22 février 1754, il fit don de ses cabinets à l'Académie des Sciences, avec des conditions pour en assurer l'utilité publique. Il légua également ses biens à son gendre, Lieutenant général des armées du Roi. Sa vie fut marquée par une pratique constante de l'équité et de la générosité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 96-105
Observations de M. Pessault de la Tour, Médecin à Beaufort, sur un mémoire de M. Le Cat, [titre d'après la table]
Début :
Ce 1 Février 1755. Le Mémoire que M. le Cat donne par [...]
Mots clefs :
Fluide, Sang, Maladies, Maladie, Remèdes
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texteReconnaissance textuelle : Observations de M. Pessault de la Tour, Médecin à Beaufort, sur un mémoire de M. Le Cat, [titre d'après la table]
Ce 1 Février 1755 . I
1
E Mémoire que M. le Cat donne par
extrait dans le Mercure de Novembre
dernier touchant les fievres malignes , &
en particulier celles qui ont regné à Rouen
à la fin de l'année 1753 , & au commencement
de celle de 1754 , renferme un fyftême
qui, s'il n'eft pas fufceptible d'objection,
pourroit l'être du moins de quelqu'éclai
ciffement .
Des trois parties qui compofent le corps
de fes réflexions à ce fujet , je ne m'attacherai
qu'aux deux dernieres , dont voici
le précis .
Dans l'une , il prétend que les maladies
internes , & en particulier les fievres malignes
dont il s'agit , ne font que des maladies
externes très-connues , & que par
l'infpection des cadavres dont il a fait faire
ouverture , il a obfervé que celle qui a
regné à Rouen , étoit un herpès placé à
l'eftomac & aux inteftins grêles ; que les
remedes chez ceux qui en font guéris, n'ont
eu ce fuccès que parce qu'ils font analogues
aux topiques que la chirurgie emploie
dans le traitement du herpès.
Dans l'autre , il condamne l'opinion
prefque
JUIN. 1755. 97
prefque générale où l'on eft que les maladies
réfident dans les humeurs .
A bien confiderer les argumens que M.
le Cat propofe pour appuyer fon fyltême ,
il eft à craindre qu'il ne fe foit prêté avec
un peu trop de complaifance à la fécondité
de fon imagination , à l'inftar de bien d'autres
fçavans , particulierement de certains
Anglois.
1. Il prétend que l'état des liqueurs
dépend de celui des folides , & que le réciproque
eft fort rare.
2 °. Que fi les maladies étoient dans les
fluides , il n'y auroit pas une feule maladie
locale ; les maladies au contraire devroient
fe trouver dans tous les points du tiffu de
nos parties , en les fuppofant dans les liquides
, qui occupent ,tous les points de nos
folides .
3°. Que l'on pourroit dire que la dépravation
n'eft tombée que fur une partie des
Auides , ce qui feroit infoutenable , felon
lui , attendu que cette parcelle de nos hu
meurs , quelque petite qu'elle fût , devroit
en très- peu de tems corrompre tout le refte
par le mouvement continuel de la circulation.
Cela pofé , toute maladie humorale
devroit être univerfelle ; par exemple , fi la
contagion répandue dans l'air avoit prife
fur nos humeurs , nul homme n'en échap-
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
peroit , les Médecins fur-tout comme les
plus expofés .
Que n'aurois-je point à redouter , ſi je
me propofois comme adverfaire d'un tel
fçavant ? mais non , je ne cherche qu'à
m'inftruire.
Je dis donc que la cure des maladies en
queſtion , que M. le Cat n'attribue qu'à
l'analogie que les remedes internes ont
avec les topiques que la chirurgie a coutume
d'employer pour la guérifon des maladies
externes , fouffre d'autant plus de difficulté
, que les topiques font les remedes
les moins effentiels dans le traitement de
ces maladies , fur- tout du herpès , & que fi
ces remedes extérieurs contribuent en
quelque chofe à leur guérifon , ce ne peutêtre
au contraire que parce qu'ils font analogues
eux- mêmes aux remedes internes
que
la médecine a coutume de mettre en
ufage pour les guérir ; cela eft d'autant
plus évident , que ce qui paroît à l'exté
rieur dans ces fortes de maladies , ne peut
paffer que pour l'effet & non pour la caufe :
prendre l'un pour l'autre ce feroit affurément
fe tromper groffierement.
Quant à la feconde partie , il n'eft pas
néceffaire d'être Médecin , ni Chirurgien ,
pour fçavoir que le chyle eft le germe du
Lang ,
, que celui - ci l'eft de toutes les autres
JUIN. 1755. ANDTHEDIA
humeurs , & par une conféquence inevi
table , fi le chyle eſt vicié par quelque caufe
que ce foit , ce qui arrive tous les jours ,
fang le fera néceffairement ; de même file
fang tombe en dépravation , les autres humeurs
tiendront de leur fource : donc les
maladies réfident dans les fluides , puifqu'ils
font fujets à tomber en dépravation ;
foutenir le contraire , ce feroit démentir
F'expérience. Mais , replique M. le Cat , fi
la maladie réfide dans les liquides , il n'y
aura pas une feule maladie locale , toute
maladie humorale fera générale & devra
occuper tous les points du tiffa de nos
parties. Une telle objection qu'il , fe fait à
lui-même ne devoit point être capable de
l'alarmer fi fort fur le fentiment commun
& c'eft argumenter contre fes propres lumieres
que de conteſter la vérité d'un fait ,
parce qu'il s'opere par des voies qui nous
font inconnues. M. le Cat auroit donc eu
plus de raifon d'examiner fi véritablement
la chofe eft telle qu'il s'imagine qu'elle
devroit l'être , en partant des vrais principes
ou non , fans nier ce qui fe palle tous
les jours fous fes yeux : dira-t-il , par exemple,
que les virus de toute efpece , foit dartreux
, écrouelleux , fcorbutiques , vénériens
, contagieux , & c . n'ont aucune prife
fur nos humeurs ? niera- t-il qu'elles péchent
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
4
"
& dans leur quantité & dans leur qualité ?
tous les caracteres de dépravation qui s'obfervent
journellement dans le fang que
l'on tire des veines des différens malades ,
font- ils illufoires ou bien ce fang n'eft- il
dépravé que dans le vaiffeau d'où il fort ?
en ce cas l'on fe ferviroit des propres are
mes de l'auteur en lui oppofant fa troifie
me objection. Il doit croire après tout que
dans toutes les mala
maladies en question
quoique tous les Points du tiflu de nos
folides ne paroiffent pas affectés d'une maniere
également fenfible , ils le font cependant
& même doivent l'être , mais d'une
façon relative à l'intensité de la corrup
tion à la nature du fluide , à l'uſage de
chaque partie , à leur fenfibilité?, aauuxxdidifffférentes
pofitions & modifications qui les
mettent dans le cas d'éprouver plus pu
moins fenfiblement les impreffions des
humeurs viciées ; aux différens obftacles
foit de la part des folides ou des fluides
& ſouvent des deux enſemble , qui empêchent
ces derniers de pénétrer dans leurs
fecrétoires , & de s'infinuer dans les vifceres
aufquels ils appartiennent naturellement,
d'où naiffent les ftafes & les écarts
de ces mêmes liquides , qui affectent certaines
parties plus particulierement, que
d'autres , d'où l'on doit conclure qu'inde
JUIN. 1755. 101
pendamment que tous les points du tifft
de nos folides foient affectés dans le cas
où les humeurs font en dyfcrafie , il ne s'enfait
pas qu'ils doivent être tous avec la
même force ; & fi les malades en pareil cas
ne s'apperçoivent pas d'une léfion géné
rale , c'est que ( par les raifons ci- deffus )
la plus forte impreffion l'emporte fur la
moindre .
200 UB
Dire que toute contagion devroit être
générale , & que perfonne n'en devroit
échapper fi l'air contagieux avoit affaire
à nos liqueurs , c'eft , ce me femblé , une
propofition qui n'eft pas moins fufceptible
de difficulté que le refte ; & je ne vois pas
quand même la chofe fe pafferoit comme
le perfuade l'auteur du nouveau fyftême
qu'il pût en tirer une conféquence bien
triomphante , attendu que de quelque façon
que fe répande un air contagieux , &
quelque partie de nous- mêmes qu'il affecte,
il doit attaquer indifféremment tous ceux
qui le refpirent ; & fi le contraire arrive ,
ce ne peut être que par une difpofition non
moins heureufe que fecrette de certains
tempéramens fur lefquels les miafmes ne
font pas la même impreffion , femblables à
l'eau régale qui diffout certains métaux
fans pouvoir mordre fur les autres. '
La dépendance de l'état des Anides de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
celui des folides , fans du moins admettre
le réciproque , ne me paroît pas mieux fondée
; & à examiner le tout en rigueur , l'on
pourroit prendre un parti diamétralement
oppofé à celui de l'auteur , en ce que ceuxci
ne reçoivent de nourriture que des premiers
, qui ne peuvent fouffrir la moindre
altération fans leur nuire d'une façon relative
; ceux- là au contraire éprouvent tous
les jours des dérangemens , légers à la vérité
, qui n'en apportent aucuns aux liqueurs
; mais je n'adopterai ni l'un , ni
l'autre par préférence , & ne prétends point
m'écarter de l'équilibre fi néceffaire entre
les folides & les fluides pour la confervation
de la vie & de la fanté : ainfi il faut
les croire dans une dépendance réciproque ,
& quand même les fluides dépendroient
de l'état des folides , ils n'en feroient pas
pour cela à l'abri des dépravations. Difons
donc feulement que la léfion des uns attire
la léfion des autres ; tout eft mutuel par
conféquent.
M. le Cat dévoile enfin fon myftere , &
s'explique d'une maniere à la vérité bien
différente que femble l'annoncer fon début
; il foutient que les maladies réfident
dans le fluide des nerfs : l'opinion générale
n'eft pas du moins entierement convaincue
d'erreur , puifque ce fluide fait partie des
JUIN. 1755. 103
humeurs. Refte à fçavoir maintenant par
quel chemin il conduira la maladie dans
le Auide nerveux , qui ne peut pécher , felon
lui , que par fa qualité ou fa trop petite
quantité ; quand il auroit ajouté auffi par
fa trop grande abondance , la chofe n'en
feroit pas plus mal , parce qu'en fait des
fonctions animales , ainfi que de toute autre
méchanique , la jufte proportion qui
eft effentielle, peut pécher par le trop comme
par le trop peu. Mais paffons par là
deffus , puifqu'il a jugé à propos d'y paffer
lui- même ; je ne veux cependant pas dire
par là que les grands hommes foient à
imiter en tout , parce qu'il n'y a perfonne
qui n'ait fes défauts. Je reviens donc à la
queftion , & dis qu'aucun vice ne peut
pénétrer dans la cavité des nerfs pour y
infecter les efprits , fans paffer par la même
route qui conduit ces mêmes efprits dans
les nerfs or le fang eft l'unique route qui
conduit les efprits dans les nerfs , puifqu'il
en eft la fource ; donc toute contagion doit
paffer par le fang avant de parvenir jufqu'aux
efprits. M. le Cat ne dira pas qu'elle
fe fait paffage feulement au travers des
pores des nerfs , parce qu'en ce cas elle
pafferoit également au travers de ceux qui
font répandus fur tous les points du tiſſu
de nos parties , & par une conféquence
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE .
non moins prépondérante , toutes les autres
humeurs en feroient attaquées également.
en
A l'égard des maladies qu'il prétend expliquer
par leurs véritables caufes ,
donnant des raifons convaincantes du méchanifme
des cryfes qu'il ne fait confifter
que dans la dépuration du fuc nerveux ,
qui bien différent des autres humeurs , ne
retourne point à fon réſervoir , & ne peut
par conféquent corrompre les fluides dont
il s'eft féparé une fois pour toujours ; l'auteur
de ce raifonnement n'ignore pas que
les membranes ne font que des développemens
de l'extrêmité des nerfs ; qu'elles
donnent origine à une infinité de petits
tuyaux connus fous le nom de veines lymphatiques
, qui n'ont d'autre ufage que
celui de reporter dans le fang les réfidus du
fuc nerveux , qui , comme on voit , circule
également que le refte des fluides : donc
l'auteur de la nouvelle opinion fe trouve
pour la feconde fois en proie à fa troifieme
objection par les conféquences même qu'il
en tire.
Voilà , je penfe , tout ce que l'on peut
objecter en raccourci contre un fyftême qui
ne doit pas furprendre feulement par l'air
de nouveauté qu'on lui donne : quoiqu'il
en foit , je me perfuade que fon auteur a
prévu toutes ces difficultés ; que bien loin
JUIN 1755. 105
•
*
de les regarder comme orageufes , il ne les
envifagera que comme une rofée qui donne
un nouvel éclat aux fleurs fur lefquelles
elle fe répand : j'attends donc avec impatience
cette théorie lumineufe qui doit
nous garantir des tâtonnemens fi defagréables
pour les praticiens & fi dangereux
pour les malades : belles & magnifiques
promeffes conçues dans des termes qui ne
le font pas moins ; c'eft grand dommage
qu'ils foient placés avant la démonftration
. Malgré tout , je fens l'obligation où
je fuis d'y répondre avec des expreffions
de même prix mais comme mon infuffifance
ne me permet pas de les puifer dans
mon propre fonds , je ne celerai pas que
je fuis forcé de les emprunter de l'Orateur
françois ; il fair trop bien l'éloge de l'efprit
inventeur pour ne m'en pas fervir en
l'honneur de M. le Cat. Je dirai donc
qu'un tel génie n'a point de modele , titre
qui annonce une fupériorité de gloire.
qu'on ne peut difputer fans injuftice ; il
fert aux autres de modele , titre qui porte
une étendue de bienfaits qu'on ne peut
méconnoître fans ingratitude. Ainfi pour
ene paffer pour injufte nipour ingrat vis- àvis
cer auteur , je me ferai un devoir 'de me
foumettre à la déciſion des fçavans . tid
Peffault de la Tour, Médecin à Beaufort,
1
E Mémoire que M. le Cat donne par
extrait dans le Mercure de Novembre
dernier touchant les fievres malignes , &
en particulier celles qui ont regné à Rouen
à la fin de l'année 1753 , & au commencement
de celle de 1754 , renferme un fyftême
qui, s'il n'eft pas fufceptible d'objection,
pourroit l'être du moins de quelqu'éclai
ciffement .
Des trois parties qui compofent le corps
de fes réflexions à ce fujet , je ne m'attacherai
qu'aux deux dernieres , dont voici
le précis .
Dans l'une , il prétend que les maladies
internes , & en particulier les fievres malignes
dont il s'agit , ne font que des maladies
externes très-connues , & que par
l'infpection des cadavres dont il a fait faire
ouverture , il a obfervé que celle qui a
regné à Rouen , étoit un herpès placé à
l'eftomac & aux inteftins grêles ; que les
remedes chez ceux qui en font guéris, n'ont
eu ce fuccès que parce qu'ils font analogues
aux topiques que la chirurgie emploie
dans le traitement du herpès.
Dans l'autre , il condamne l'opinion
prefque
JUIN. 1755. 97
prefque générale où l'on eft que les maladies
réfident dans les humeurs .
A bien confiderer les argumens que M.
le Cat propofe pour appuyer fon fyltême ,
il eft à craindre qu'il ne fe foit prêté avec
un peu trop de complaifance à la fécondité
de fon imagination , à l'inftar de bien d'autres
fçavans , particulierement de certains
Anglois.
1. Il prétend que l'état des liqueurs
dépend de celui des folides , & que le réciproque
eft fort rare.
2 °. Que fi les maladies étoient dans les
fluides , il n'y auroit pas une feule maladie
locale ; les maladies au contraire devroient
fe trouver dans tous les points du tiffu de
nos parties , en les fuppofant dans les liquides
, qui occupent ,tous les points de nos
folides .
3°. Que l'on pourroit dire que la dépravation
n'eft tombée que fur une partie des
Auides , ce qui feroit infoutenable , felon
lui , attendu que cette parcelle de nos hu
meurs , quelque petite qu'elle fût , devroit
en très- peu de tems corrompre tout le refte
par le mouvement continuel de la circulation.
Cela pofé , toute maladie humorale
devroit être univerfelle ; par exemple , fi la
contagion répandue dans l'air avoit prife
fur nos humeurs , nul homme n'en échap-
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
peroit , les Médecins fur-tout comme les
plus expofés .
Que n'aurois-je point à redouter , ſi je
me propofois comme adverfaire d'un tel
fçavant ? mais non , je ne cherche qu'à
m'inftruire.
Je dis donc que la cure des maladies en
queſtion , que M. le Cat n'attribue qu'à
l'analogie que les remedes internes ont
avec les topiques que la chirurgie a coutume
d'employer pour la guérifon des maladies
externes , fouffre d'autant plus de difficulté
, que les topiques font les remedes
les moins effentiels dans le traitement de
ces maladies , fur- tout du herpès , & que fi
ces remedes extérieurs contribuent en
quelque chofe à leur guérifon , ce ne peutêtre
au contraire que parce qu'ils font analogues
eux- mêmes aux remedes internes
que
la médecine a coutume de mettre en
ufage pour les guérir ; cela eft d'autant
plus évident , que ce qui paroît à l'exté
rieur dans ces fortes de maladies , ne peut
paffer que pour l'effet & non pour la caufe :
prendre l'un pour l'autre ce feroit affurément
fe tromper groffierement.
Quant à la feconde partie , il n'eft pas
néceffaire d'être Médecin , ni Chirurgien ,
pour fçavoir que le chyle eft le germe du
Lang ,
, que celui - ci l'eft de toutes les autres
JUIN. 1755. ANDTHEDIA
humeurs , & par une conféquence inevi
table , fi le chyle eſt vicié par quelque caufe
que ce foit , ce qui arrive tous les jours ,
fang le fera néceffairement ; de même file
fang tombe en dépravation , les autres humeurs
tiendront de leur fource : donc les
maladies réfident dans les fluides , puifqu'ils
font fujets à tomber en dépravation ;
foutenir le contraire , ce feroit démentir
F'expérience. Mais , replique M. le Cat , fi
la maladie réfide dans les liquides , il n'y
aura pas une feule maladie locale , toute
maladie humorale fera générale & devra
occuper tous les points du tiffa de nos
parties. Une telle objection qu'il , fe fait à
lui-même ne devoit point être capable de
l'alarmer fi fort fur le fentiment commun
& c'eft argumenter contre fes propres lumieres
que de conteſter la vérité d'un fait ,
parce qu'il s'opere par des voies qui nous
font inconnues. M. le Cat auroit donc eu
plus de raifon d'examiner fi véritablement
la chofe eft telle qu'il s'imagine qu'elle
devroit l'être , en partant des vrais principes
ou non , fans nier ce qui fe palle tous
les jours fous fes yeux : dira-t-il , par exemple,
que les virus de toute efpece , foit dartreux
, écrouelleux , fcorbutiques , vénériens
, contagieux , & c . n'ont aucune prife
fur nos humeurs ? niera- t-il qu'elles péchent
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
4
"
& dans leur quantité & dans leur qualité ?
tous les caracteres de dépravation qui s'obfervent
journellement dans le fang que
l'on tire des veines des différens malades ,
font- ils illufoires ou bien ce fang n'eft- il
dépravé que dans le vaiffeau d'où il fort ?
en ce cas l'on fe ferviroit des propres are
mes de l'auteur en lui oppofant fa troifie
me objection. Il doit croire après tout que
dans toutes les mala
maladies en question
quoique tous les Points du tiflu de nos
folides ne paroiffent pas affectés d'une maniere
également fenfible , ils le font cependant
& même doivent l'être , mais d'une
façon relative à l'intensité de la corrup
tion à la nature du fluide , à l'uſage de
chaque partie , à leur fenfibilité?, aauuxxdidifffférentes
pofitions & modifications qui les
mettent dans le cas d'éprouver plus pu
moins fenfiblement les impreffions des
humeurs viciées ; aux différens obftacles
foit de la part des folides ou des fluides
& ſouvent des deux enſemble , qui empêchent
ces derniers de pénétrer dans leurs
fecrétoires , & de s'infinuer dans les vifceres
aufquels ils appartiennent naturellement,
d'où naiffent les ftafes & les écarts
de ces mêmes liquides , qui affectent certaines
parties plus particulierement, que
d'autres , d'où l'on doit conclure qu'inde
JUIN. 1755. 101
pendamment que tous les points du tifft
de nos folides foient affectés dans le cas
où les humeurs font en dyfcrafie , il ne s'enfait
pas qu'ils doivent être tous avec la
même force ; & fi les malades en pareil cas
ne s'apperçoivent pas d'une léfion géné
rale , c'est que ( par les raifons ci- deffus )
la plus forte impreffion l'emporte fur la
moindre .
200 UB
Dire que toute contagion devroit être
générale , & que perfonne n'en devroit
échapper fi l'air contagieux avoit affaire
à nos liqueurs , c'eft , ce me femblé , une
propofition qui n'eft pas moins fufceptible
de difficulté que le refte ; & je ne vois pas
quand même la chofe fe pafferoit comme
le perfuade l'auteur du nouveau fyftême
qu'il pût en tirer une conféquence bien
triomphante , attendu que de quelque façon
que fe répande un air contagieux , &
quelque partie de nous- mêmes qu'il affecte,
il doit attaquer indifféremment tous ceux
qui le refpirent ; & fi le contraire arrive ,
ce ne peut être que par une difpofition non
moins heureufe que fecrette de certains
tempéramens fur lefquels les miafmes ne
font pas la même impreffion , femblables à
l'eau régale qui diffout certains métaux
fans pouvoir mordre fur les autres. '
La dépendance de l'état des Anides de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
celui des folides , fans du moins admettre
le réciproque , ne me paroît pas mieux fondée
; & à examiner le tout en rigueur , l'on
pourroit prendre un parti diamétralement
oppofé à celui de l'auteur , en ce que ceuxci
ne reçoivent de nourriture que des premiers
, qui ne peuvent fouffrir la moindre
altération fans leur nuire d'une façon relative
; ceux- là au contraire éprouvent tous
les jours des dérangemens , légers à la vérité
, qui n'en apportent aucuns aux liqueurs
; mais je n'adopterai ni l'un , ni
l'autre par préférence , & ne prétends point
m'écarter de l'équilibre fi néceffaire entre
les folides & les fluides pour la confervation
de la vie & de la fanté : ainfi il faut
les croire dans une dépendance réciproque ,
& quand même les fluides dépendroient
de l'état des folides , ils n'en feroient pas
pour cela à l'abri des dépravations. Difons
donc feulement que la léfion des uns attire
la léfion des autres ; tout eft mutuel par
conféquent.
M. le Cat dévoile enfin fon myftere , &
s'explique d'une maniere à la vérité bien
différente que femble l'annoncer fon début
; il foutient que les maladies réfident
dans le fluide des nerfs : l'opinion générale
n'eft pas du moins entierement convaincue
d'erreur , puifque ce fluide fait partie des
JUIN. 1755. 103
humeurs. Refte à fçavoir maintenant par
quel chemin il conduira la maladie dans
le Auide nerveux , qui ne peut pécher , felon
lui , que par fa qualité ou fa trop petite
quantité ; quand il auroit ajouté auffi par
fa trop grande abondance , la chofe n'en
feroit pas plus mal , parce qu'en fait des
fonctions animales , ainfi que de toute autre
méchanique , la jufte proportion qui
eft effentielle, peut pécher par le trop comme
par le trop peu. Mais paffons par là
deffus , puifqu'il a jugé à propos d'y paffer
lui- même ; je ne veux cependant pas dire
par là que les grands hommes foient à
imiter en tout , parce qu'il n'y a perfonne
qui n'ait fes défauts. Je reviens donc à la
queftion , & dis qu'aucun vice ne peut
pénétrer dans la cavité des nerfs pour y
infecter les efprits , fans paffer par la même
route qui conduit ces mêmes efprits dans
les nerfs or le fang eft l'unique route qui
conduit les efprits dans les nerfs , puifqu'il
en eft la fource ; donc toute contagion doit
paffer par le fang avant de parvenir jufqu'aux
efprits. M. le Cat ne dira pas qu'elle
fe fait paffage feulement au travers des
pores des nerfs , parce qu'en ce cas elle
pafferoit également au travers de ceux qui
font répandus fur tous les points du tiſſu
de nos parties , & par une conféquence
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE .
non moins prépondérante , toutes les autres
humeurs en feroient attaquées également.
en
A l'égard des maladies qu'il prétend expliquer
par leurs véritables caufes ,
donnant des raifons convaincantes du méchanifme
des cryfes qu'il ne fait confifter
que dans la dépuration du fuc nerveux ,
qui bien différent des autres humeurs , ne
retourne point à fon réſervoir , & ne peut
par conféquent corrompre les fluides dont
il s'eft féparé une fois pour toujours ; l'auteur
de ce raifonnement n'ignore pas que
les membranes ne font que des développemens
de l'extrêmité des nerfs ; qu'elles
donnent origine à une infinité de petits
tuyaux connus fous le nom de veines lymphatiques
, qui n'ont d'autre ufage que
celui de reporter dans le fang les réfidus du
fuc nerveux , qui , comme on voit , circule
également que le refte des fluides : donc
l'auteur de la nouvelle opinion fe trouve
pour la feconde fois en proie à fa troifieme
objection par les conféquences même qu'il
en tire.
Voilà , je penfe , tout ce que l'on peut
objecter en raccourci contre un fyftême qui
ne doit pas furprendre feulement par l'air
de nouveauté qu'on lui donne : quoiqu'il
en foit , je me perfuade que fon auteur a
prévu toutes ces difficultés ; que bien loin
JUIN 1755. 105
•
*
de les regarder comme orageufes , il ne les
envifagera que comme une rofée qui donne
un nouvel éclat aux fleurs fur lefquelles
elle fe répand : j'attends donc avec impatience
cette théorie lumineufe qui doit
nous garantir des tâtonnemens fi defagréables
pour les praticiens & fi dangereux
pour les malades : belles & magnifiques
promeffes conçues dans des termes qui ne
le font pas moins ; c'eft grand dommage
qu'ils foient placés avant la démonftration
. Malgré tout , je fens l'obligation où
je fuis d'y répondre avec des expreffions
de même prix mais comme mon infuffifance
ne me permet pas de les puifer dans
mon propre fonds , je ne celerai pas que
je fuis forcé de les emprunter de l'Orateur
françois ; il fair trop bien l'éloge de l'efprit
inventeur pour ne m'en pas fervir en
l'honneur de M. le Cat. Je dirai donc
qu'un tel génie n'a point de modele , titre
qui annonce une fupériorité de gloire.
qu'on ne peut difputer fans injuftice ; il
fert aux autres de modele , titre qui porte
une étendue de bienfaits qu'on ne peut
méconnoître fans ingratitude. Ainfi pour
ene paffer pour injufte nipour ingrat vis- àvis
cer auteur , je me ferai un devoir 'de me
foumettre à la déciſion des fçavans . tid
Peffault de la Tour, Médecin à Beaufort,
Fermer
49
p. 96-105
Observations de M. Pessault de la Tour, Médecin à Beaufort, sur un mémoire de M. Le Cat, [titre d'après la table]
Début :
Ce 1 Février 1755. Le Mémoire que M. le Cat donne par [...]
Mots clefs :
Fluide, Sang, Maladies, Maladie, Remèdes
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texteReconnaissance textuelle : Observations de M. Pessault de la Tour, Médecin à Beaufort, sur un mémoire de M. Le Cat, [titre d'après la table]
Ce 1 Février 1755 . I
1
E Mémoire que M. le Cat donne par
extrait dans le Mercure de Novembre
dernier touchant les fievres malignes , &
en particulier celles qui ont regné à Rouen
à la fin de l'année 1753 , & au commencement
de celle de 1754 , renferme un fyftême
qui, s'il n'eft pas fufceptible d'objection,
pourroit l'être du moins de quelqu'éclai
ciffement .
Des trois parties qui compofent le corps
de fes réflexions à ce fujet , je ne m'attacherai
qu'aux deux dernieres , dont voici
le précis .
Dans l'une , il prétend que les maladies
internes , & en particulier les fievres malignes
dont il s'agit , ne font que des maladies
externes très-connues , & que par
l'infpection des cadavres dont il a fait faire
ouverture , il a obfervé que celle qui a
regné à Rouen , étoit un herpès placé à
l'eftomac & aux inteftins grêles ; que les
remedes chez ceux qui en font guéris, n'ont
eu ce fuccès que parce qu'ils font analogues
aux topiques que la chirurgie emploie
dans le traitement du herpès.
Dans l'autre , il condamne l'opinion
prefque
JUIN. 1755. 97
prefque générale où l'on eft que les maladies
réfident dans les humeurs .
A bien confiderer les argumens que M.
le Cat propofe pour appuyer fon fyltême ,
il eft à craindre qu'il ne fe foit prêté avec
un peu trop de complaifance à la fécondité
de fon imagination , à l'inftar de bien d'autres
fçavans , particulierement de certains
Anglois.
1. Il prétend que l'état des liqueurs
dépend de celui des folides , & que le réciproque
eft fort rare.
2 °. Que fi les maladies étoient dans les
fluides , il n'y auroit pas une feule maladie
locale ; les maladies au contraire devroient
fe trouver dans tous les points du tiffu de
nos parties , en les fuppofant dans les liquides
, qui occupent ,tous les points de nos
folides .
3°. Que l'on pourroit dire que la dépravation
n'eft tombée que fur une partie des
Auides , ce qui feroit infoutenable , felon
lui , attendu que cette parcelle de nos hu
meurs , quelque petite qu'elle fût , devroit
en très- peu de tems corrompre tout le refte
par le mouvement continuel de la circulation.
Cela pofé , toute maladie humorale
devroit être univerfelle ; par exemple , fi la
contagion répandue dans l'air avoit prife
fur nos humeurs , nul homme n'en échap-
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
peroit , les Médecins fur-tout comme les
plus expofés .
Que n'aurois-je point à redouter , ſi je
me propofois comme adverfaire d'un tel
fçavant ? mais non , je ne cherche qu'à
m'inftruire.
Je dis donc que la cure des maladies en
queſtion , que M. le Cat n'attribue qu'à
l'analogie que les remedes internes ont
avec les topiques que la chirurgie a coutume
d'employer pour la guérifon des maladies
externes , fouffre d'autant plus de difficulté
, que les topiques font les remedes
les moins effentiels dans le traitement de
ces maladies , fur- tout du herpès , & que fi
ces remedes extérieurs contribuent en
quelque chofe à leur guérifon , ce ne peutêtre
au contraire que parce qu'ils font analogues
eux- mêmes aux remedes internes
que
la médecine a coutume de mettre en
ufage pour les guérir ; cela eft d'autant
plus évident , que ce qui paroît à l'exté
rieur dans ces fortes de maladies , ne peut
paffer que pour l'effet & non pour la caufe :
prendre l'un pour l'autre ce feroit affurément
fe tromper groffierement.
Quant à la feconde partie , il n'eft pas
néceffaire d'être Médecin , ni Chirurgien ,
pour fçavoir que le chyle eft le germe du
Lang ,
, que celui - ci l'eft de toutes les autres
JUIN. 1755. ANDTHEDIA
humeurs , & par une conféquence inevi
table , fi le chyle eſt vicié par quelque caufe
que ce foit , ce qui arrive tous les jours ,
fang le fera néceffairement ; de même file
fang tombe en dépravation , les autres humeurs
tiendront de leur fource : donc les
maladies réfident dans les fluides , puifqu'ils
font fujets à tomber en dépravation ;
foutenir le contraire , ce feroit démentir
F'expérience. Mais , replique M. le Cat , fi
la maladie réfide dans les liquides , il n'y
aura pas une feule maladie locale , toute
maladie humorale fera générale & devra
occuper tous les points du tiffa de nos
parties. Une telle objection qu'il , fe fait à
lui-même ne devoit point être capable de
l'alarmer fi fort fur le fentiment commun
& c'eft argumenter contre fes propres lumieres
que de conteſter la vérité d'un fait ,
parce qu'il s'opere par des voies qui nous
font inconnues. M. le Cat auroit donc eu
plus de raifon d'examiner fi véritablement
la chofe eft telle qu'il s'imagine qu'elle
devroit l'être , en partant des vrais principes
ou non , fans nier ce qui fe palle tous
les jours fous fes yeux : dira-t-il , par exemple,
que les virus de toute efpece , foit dartreux
, écrouelleux , fcorbutiques , vénériens
, contagieux , & c . n'ont aucune prife
fur nos humeurs ? niera- t-il qu'elles péchent
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
4
"
& dans leur quantité & dans leur qualité ?
tous les caracteres de dépravation qui s'obfervent
journellement dans le fang que
l'on tire des veines des différens malades ,
font- ils illufoires ou bien ce fang n'eft- il
dépravé que dans le vaiffeau d'où il fort ?
en ce cas l'on fe ferviroit des propres are
mes de l'auteur en lui oppofant fa troifie
me objection. Il doit croire après tout que
dans toutes les mala
maladies en question
quoique tous les Points du tiflu de nos
folides ne paroiffent pas affectés d'une maniere
également fenfible , ils le font cependant
& même doivent l'être , mais d'une
façon relative à l'intensité de la corrup
tion à la nature du fluide , à l'uſage de
chaque partie , à leur fenfibilité?, aauuxxdidifffférentes
pofitions & modifications qui les
mettent dans le cas d'éprouver plus pu
moins fenfiblement les impreffions des
humeurs viciées ; aux différens obftacles
foit de la part des folides ou des fluides
& ſouvent des deux enſemble , qui empêchent
ces derniers de pénétrer dans leurs
fecrétoires , & de s'infinuer dans les vifceres
aufquels ils appartiennent naturellement,
d'où naiffent les ftafes & les écarts
de ces mêmes liquides , qui affectent certaines
parties plus particulierement, que
d'autres , d'où l'on doit conclure qu'inde
JUIN. 1755. 101
pendamment que tous les points du tifft
de nos folides foient affectés dans le cas
où les humeurs font en dyfcrafie , il ne s'enfait
pas qu'ils doivent être tous avec la
même force ; & fi les malades en pareil cas
ne s'apperçoivent pas d'une léfion géné
rale , c'est que ( par les raifons ci- deffus )
la plus forte impreffion l'emporte fur la
moindre .
200 UB
Dire que toute contagion devroit être
générale , & que perfonne n'en devroit
échapper fi l'air contagieux avoit affaire
à nos liqueurs , c'eft , ce me femblé , une
propofition qui n'eft pas moins fufceptible
de difficulté que le refte ; & je ne vois pas
quand même la chofe fe pafferoit comme
le perfuade l'auteur du nouveau fyftême
qu'il pût en tirer une conféquence bien
triomphante , attendu que de quelque façon
que fe répande un air contagieux , &
quelque partie de nous- mêmes qu'il affecte,
il doit attaquer indifféremment tous ceux
qui le refpirent ; & fi le contraire arrive ,
ce ne peut être que par une difpofition non
moins heureufe que fecrette de certains
tempéramens fur lefquels les miafmes ne
font pas la même impreffion , femblables à
l'eau régale qui diffout certains métaux
fans pouvoir mordre fur les autres. '
La dépendance de l'état des Anides de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
celui des folides , fans du moins admettre
le réciproque , ne me paroît pas mieux fondée
; & à examiner le tout en rigueur , l'on
pourroit prendre un parti diamétralement
oppofé à celui de l'auteur , en ce que ceuxci
ne reçoivent de nourriture que des premiers
, qui ne peuvent fouffrir la moindre
altération fans leur nuire d'une façon relative
; ceux- là au contraire éprouvent tous
les jours des dérangemens , légers à la vérité
, qui n'en apportent aucuns aux liqueurs
; mais je n'adopterai ni l'un , ni
l'autre par préférence , & ne prétends point
m'écarter de l'équilibre fi néceffaire entre
les folides & les fluides pour la confervation
de la vie & de la fanté : ainfi il faut
les croire dans une dépendance réciproque ,
& quand même les fluides dépendroient
de l'état des folides , ils n'en feroient pas
pour cela à l'abri des dépravations. Difons
donc feulement que la léfion des uns attire
la léfion des autres ; tout eft mutuel par
conféquent.
M. le Cat dévoile enfin fon myftere , &
s'explique d'une maniere à la vérité bien
différente que femble l'annoncer fon début
; il foutient que les maladies réfident
dans le fluide des nerfs : l'opinion générale
n'eft pas du moins entierement convaincue
d'erreur , puifque ce fluide fait partie des
JUIN. 1755. 103
humeurs. Refte à fçavoir maintenant par
quel chemin il conduira la maladie dans
le Auide nerveux , qui ne peut pécher , felon
lui , que par fa qualité ou fa trop petite
quantité ; quand il auroit ajouté auffi par
fa trop grande abondance , la chofe n'en
feroit pas plus mal , parce qu'en fait des
fonctions animales , ainfi que de toute autre
méchanique , la jufte proportion qui
eft effentielle, peut pécher par le trop comme
par le trop peu. Mais paffons par là
deffus , puifqu'il a jugé à propos d'y paffer
lui- même ; je ne veux cependant pas dire
par là que les grands hommes foient à
imiter en tout , parce qu'il n'y a perfonne
qui n'ait fes défauts. Je reviens donc à la
queftion , & dis qu'aucun vice ne peut
pénétrer dans la cavité des nerfs pour y
infecter les efprits , fans paffer par la même
route qui conduit ces mêmes efprits dans
les nerfs or le fang eft l'unique route qui
conduit les efprits dans les nerfs , puifqu'il
en eft la fource ; donc toute contagion doit
paffer par le fang avant de parvenir jufqu'aux
efprits. M. le Cat ne dira pas qu'elle
fe fait paffage feulement au travers des
pores des nerfs , parce qu'en ce cas elle
pafferoit également au travers de ceux qui
font répandus fur tous les points du tiſſu
de nos parties , & par une conféquence
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE .
non moins prépondérante , toutes les autres
humeurs en feroient attaquées également.
en
A l'égard des maladies qu'il prétend expliquer
par leurs véritables caufes ,
donnant des raifons convaincantes du méchanifme
des cryfes qu'il ne fait confifter
que dans la dépuration du fuc nerveux ,
qui bien différent des autres humeurs , ne
retourne point à fon réſervoir , & ne peut
par conféquent corrompre les fluides dont
il s'eft féparé une fois pour toujours ; l'auteur
de ce raifonnement n'ignore pas que
les membranes ne font que des développemens
de l'extrêmité des nerfs ; qu'elles
donnent origine à une infinité de petits
tuyaux connus fous le nom de veines lymphatiques
, qui n'ont d'autre ufage que
celui de reporter dans le fang les réfidus du
fuc nerveux , qui , comme on voit , circule
également que le refte des fluides : donc
l'auteur de la nouvelle opinion fe trouve
pour la feconde fois en proie à fa troifieme
objection par les conféquences même qu'il
en tire.
Voilà , je penfe , tout ce que l'on peut
objecter en raccourci contre un fyftême qui
ne doit pas furprendre feulement par l'air
de nouveauté qu'on lui donne : quoiqu'il
en foit , je me perfuade que fon auteur a
prévu toutes ces difficultés ; que bien loin
JUIN 1755. 105
•
*
de les regarder comme orageufes , il ne les
envifagera que comme une rofée qui donne
un nouvel éclat aux fleurs fur lefquelles
elle fe répand : j'attends donc avec impatience
cette théorie lumineufe qui doit
nous garantir des tâtonnemens fi defagréables
pour les praticiens & fi dangereux
pour les malades : belles & magnifiques
promeffes conçues dans des termes qui ne
le font pas moins ; c'eft grand dommage
qu'ils foient placés avant la démonftration
. Malgré tout , je fens l'obligation où
je fuis d'y répondre avec des expreffions
de même prix mais comme mon infuffifance
ne me permet pas de les puifer dans
mon propre fonds , je ne celerai pas que
je fuis forcé de les emprunter de l'Orateur
françois ; il fair trop bien l'éloge de l'efprit
inventeur pour ne m'en pas fervir en
l'honneur de M. le Cat. Je dirai donc
qu'un tel génie n'a point de modele , titre
qui annonce une fupériorité de gloire.
qu'on ne peut difputer fans injuftice ; il
fert aux autres de modele , titre qui porte
une étendue de bienfaits qu'on ne peut
méconnoître fans ingratitude. Ainfi pour
ene paffer pour injufte nipour ingrat vis- àvis
cer auteur , je me ferai un devoir 'de me
foumettre à la déciſion des fçavans . tid
Peffault de la Tour, Médecin à Beaufort,
1
E Mémoire que M. le Cat donne par
extrait dans le Mercure de Novembre
dernier touchant les fievres malignes , &
en particulier celles qui ont regné à Rouen
à la fin de l'année 1753 , & au commencement
de celle de 1754 , renferme un fyftême
qui, s'il n'eft pas fufceptible d'objection,
pourroit l'être du moins de quelqu'éclai
ciffement .
Des trois parties qui compofent le corps
de fes réflexions à ce fujet , je ne m'attacherai
qu'aux deux dernieres , dont voici
le précis .
Dans l'une , il prétend que les maladies
internes , & en particulier les fievres malignes
dont il s'agit , ne font que des maladies
externes très-connues , & que par
l'infpection des cadavres dont il a fait faire
ouverture , il a obfervé que celle qui a
regné à Rouen , étoit un herpès placé à
l'eftomac & aux inteftins grêles ; que les
remedes chez ceux qui en font guéris, n'ont
eu ce fuccès que parce qu'ils font analogues
aux topiques que la chirurgie emploie
dans le traitement du herpès.
Dans l'autre , il condamne l'opinion
prefque
JUIN. 1755. 97
prefque générale où l'on eft que les maladies
réfident dans les humeurs .
A bien confiderer les argumens que M.
le Cat propofe pour appuyer fon fyltême ,
il eft à craindre qu'il ne fe foit prêté avec
un peu trop de complaifance à la fécondité
de fon imagination , à l'inftar de bien d'autres
fçavans , particulierement de certains
Anglois.
1. Il prétend que l'état des liqueurs
dépend de celui des folides , & que le réciproque
eft fort rare.
2 °. Que fi les maladies étoient dans les
fluides , il n'y auroit pas une feule maladie
locale ; les maladies au contraire devroient
fe trouver dans tous les points du tiffu de
nos parties , en les fuppofant dans les liquides
, qui occupent ,tous les points de nos
folides .
3°. Que l'on pourroit dire que la dépravation
n'eft tombée que fur une partie des
Auides , ce qui feroit infoutenable , felon
lui , attendu que cette parcelle de nos hu
meurs , quelque petite qu'elle fût , devroit
en très- peu de tems corrompre tout le refte
par le mouvement continuel de la circulation.
Cela pofé , toute maladie humorale
devroit être univerfelle ; par exemple , fi la
contagion répandue dans l'air avoit prife
fur nos humeurs , nul homme n'en échap-
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
peroit , les Médecins fur-tout comme les
plus expofés .
Que n'aurois-je point à redouter , ſi je
me propofois comme adverfaire d'un tel
fçavant ? mais non , je ne cherche qu'à
m'inftruire.
Je dis donc que la cure des maladies en
queſtion , que M. le Cat n'attribue qu'à
l'analogie que les remedes internes ont
avec les topiques que la chirurgie a coutume
d'employer pour la guérifon des maladies
externes , fouffre d'autant plus de difficulté
, que les topiques font les remedes
les moins effentiels dans le traitement de
ces maladies , fur- tout du herpès , & que fi
ces remedes extérieurs contribuent en
quelque chofe à leur guérifon , ce ne peutêtre
au contraire que parce qu'ils font analogues
eux- mêmes aux remedes internes
que
la médecine a coutume de mettre en
ufage pour les guérir ; cela eft d'autant
plus évident , que ce qui paroît à l'exté
rieur dans ces fortes de maladies , ne peut
paffer que pour l'effet & non pour la caufe :
prendre l'un pour l'autre ce feroit affurément
fe tromper groffierement.
Quant à la feconde partie , il n'eft pas
néceffaire d'être Médecin , ni Chirurgien ,
pour fçavoir que le chyle eft le germe du
Lang ,
, que celui - ci l'eft de toutes les autres
JUIN. 1755. ANDTHEDIA
humeurs , & par une conféquence inevi
table , fi le chyle eſt vicié par quelque caufe
que ce foit , ce qui arrive tous les jours ,
fang le fera néceffairement ; de même file
fang tombe en dépravation , les autres humeurs
tiendront de leur fource : donc les
maladies réfident dans les fluides , puifqu'ils
font fujets à tomber en dépravation ;
foutenir le contraire , ce feroit démentir
F'expérience. Mais , replique M. le Cat , fi
la maladie réfide dans les liquides , il n'y
aura pas une feule maladie locale , toute
maladie humorale fera générale & devra
occuper tous les points du tiffa de nos
parties. Une telle objection qu'il , fe fait à
lui-même ne devoit point être capable de
l'alarmer fi fort fur le fentiment commun
& c'eft argumenter contre fes propres lumieres
que de conteſter la vérité d'un fait ,
parce qu'il s'opere par des voies qui nous
font inconnues. M. le Cat auroit donc eu
plus de raifon d'examiner fi véritablement
la chofe eft telle qu'il s'imagine qu'elle
devroit l'être , en partant des vrais principes
ou non , fans nier ce qui fe palle tous
les jours fous fes yeux : dira-t-il , par exemple,
que les virus de toute efpece , foit dartreux
, écrouelleux , fcorbutiques , vénériens
, contagieux , & c . n'ont aucune prife
fur nos humeurs ? niera- t-il qu'elles péchent
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
4
"
& dans leur quantité & dans leur qualité ?
tous les caracteres de dépravation qui s'obfervent
journellement dans le fang que
l'on tire des veines des différens malades ,
font- ils illufoires ou bien ce fang n'eft- il
dépravé que dans le vaiffeau d'où il fort ?
en ce cas l'on fe ferviroit des propres are
mes de l'auteur en lui oppofant fa troifie
me objection. Il doit croire après tout que
dans toutes les mala
maladies en question
quoique tous les Points du tiflu de nos
folides ne paroiffent pas affectés d'une maniere
également fenfible , ils le font cependant
& même doivent l'être , mais d'une
façon relative à l'intensité de la corrup
tion à la nature du fluide , à l'uſage de
chaque partie , à leur fenfibilité?, aauuxxdidifffférentes
pofitions & modifications qui les
mettent dans le cas d'éprouver plus pu
moins fenfiblement les impreffions des
humeurs viciées ; aux différens obftacles
foit de la part des folides ou des fluides
& ſouvent des deux enſemble , qui empêchent
ces derniers de pénétrer dans leurs
fecrétoires , & de s'infinuer dans les vifceres
aufquels ils appartiennent naturellement,
d'où naiffent les ftafes & les écarts
de ces mêmes liquides , qui affectent certaines
parties plus particulierement, que
d'autres , d'où l'on doit conclure qu'inde
JUIN. 1755. 101
pendamment que tous les points du tifft
de nos folides foient affectés dans le cas
où les humeurs font en dyfcrafie , il ne s'enfait
pas qu'ils doivent être tous avec la
même force ; & fi les malades en pareil cas
ne s'apperçoivent pas d'une léfion géné
rale , c'est que ( par les raifons ci- deffus )
la plus forte impreffion l'emporte fur la
moindre .
200 UB
Dire que toute contagion devroit être
générale , & que perfonne n'en devroit
échapper fi l'air contagieux avoit affaire
à nos liqueurs , c'eft , ce me femblé , une
propofition qui n'eft pas moins fufceptible
de difficulté que le refte ; & je ne vois pas
quand même la chofe fe pafferoit comme
le perfuade l'auteur du nouveau fyftême
qu'il pût en tirer une conféquence bien
triomphante , attendu que de quelque façon
que fe répande un air contagieux , &
quelque partie de nous- mêmes qu'il affecte,
il doit attaquer indifféremment tous ceux
qui le refpirent ; & fi le contraire arrive ,
ce ne peut être que par une difpofition non
moins heureufe que fecrette de certains
tempéramens fur lefquels les miafmes ne
font pas la même impreffion , femblables à
l'eau régale qui diffout certains métaux
fans pouvoir mordre fur les autres. '
La dépendance de l'état des Anides de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
celui des folides , fans du moins admettre
le réciproque , ne me paroît pas mieux fondée
; & à examiner le tout en rigueur , l'on
pourroit prendre un parti diamétralement
oppofé à celui de l'auteur , en ce que ceuxci
ne reçoivent de nourriture que des premiers
, qui ne peuvent fouffrir la moindre
altération fans leur nuire d'une façon relative
; ceux- là au contraire éprouvent tous
les jours des dérangemens , légers à la vérité
, qui n'en apportent aucuns aux liqueurs
; mais je n'adopterai ni l'un , ni
l'autre par préférence , & ne prétends point
m'écarter de l'équilibre fi néceffaire entre
les folides & les fluides pour la confervation
de la vie & de la fanté : ainfi il faut
les croire dans une dépendance réciproque ,
& quand même les fluides dépendroient
de l'état des folides , ils n'en feroient pas
pour cela à l'abri des dépravations. Difons
donc feulement que la léfion des uns attire
la léfion des autres ; tout eft mutuel par
conféquent.
M. le Cat dévoile enfin fon myftere , &
s'explique d'une maniere à la vérité bien
différente que femble l'annoncer fon début
; il foutient que les maladies réfident
dans le fluide des nerfs : l'opinion générale
n'eft pas du moins entierement convaincue
d'erreur , puifque ce fluide fait partie des
JUIN. 1755. 103
humeurs. Refte à fçavoir maintenant par
quel chemin il conduira la maladie dans
le Auide nerveux , qui ne peut pécher , felon
lui , que par fa qualité ou fa trop petite
quantité ; quand il auroit ajouté auffi par
fa trop grande abondance , la chofe n'en
feroit pas plus mal , parce qu'en fait des
fonctions animales , ainfi que de toute autre
méchanique , la jufte proportion qui
eft effentielle, peut pécher par le trop comme
par le trop peu. Mais paffons par là
deffus , puifqu'il a jugé à propos d'y paffer
lui- même ; je ne veux cependant pas dire
par là que les grands hommes foient à
imiter en tout , parce qu'il n'y a perfonne
qui n'ait fes défauts. Je reviens donc à la
queftion , & dis qu'aucun vice ne peut
pénétrer dans la cavité des nerfs pour y
infecter les efprits , fans paffer par la même
route qui conduit ces mêmes efprits dans
les nerfs or le fang eft l'unique route qui
conduit les efprits dans les nerfs , puifqu'il
en eft la fource ; donc toute contagion doit
paffer par le fang avant de parvenir jufqu'aux
efprits. M. le Cat ne dira pas qu'elle
fe fait paffage feulement au travers des
pores des nerfs , parce qu'en ce cas elle
pafferoit également au travers de ceux qui
font répandus fur tous les points du tiſſu
de nos parties , & par une conféquence
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE .
non moins prépondérante , toutes les autres
humeurs en feroient attaquées également.
en
A l'égard des maladies qu'il prétend expliquer
par leurs véritables caufes ,
donnant des raifons convaincantes du méchanifme
des cryfes qu'il ne fait confifter
que dans la dépuration du fuc nerveux ,
qui bien différent des autres humeurs , ne
retourne point à fon réſervoir , & ne peut
par conféquent corrompre les fluides dont
il s'eft féparé une fois pour toujours ; l'auteur
de ce raifonnement n'ignore pas que
les membranes ne font que des développemens
de l'extrêmité des nerfs ; qu'elles
donnent origine à une infinité de petits
tuyaux connus fous le nom de veines lymphatiques
, qui n'ont d'autre ufage que
celui de reporter dans le fang les réfidus du
fuc nerveux , qui , comme on voit , circule
également que le refte des fluides : donc
l'auteur de la nouvelle opinion fe trouve
pour la feconde fois en proie à fa troifieme
objection par les conféquences même qu'il
en tire.
Voilà , je penfe , tout ce que l'on peut
objecter en raccourci contre un fyftême qui
ne doit pas furprendre feulement par l'air
de nouveauté qu'on lui donne : quoiqu'il
en foit , je me perfuade que fon auteur a
prévu toutes ces difficultés ; que bien loin
JUIN 1755. 105
•
*
de les regarder comme orageufes , il ne les
envifagera que comme une rofée qui donne
un nouvel éclat aux fleurs fur lefquelles
elle fe répand : j'attends donc avec impatience
cette théorie lumineufe qui doit
nous garantir des tâtonnemens fi defagréables
pour les praticiens & fi dangereux
pour les malades : belles & magnifiques
promeffes conçues dans des termes qui ne
le font pas moins ; c'eft grand dommage
qu'ils foient placés avant la démonftration
. Malgré tout , je fens l'obligation où
je fuis d'y répondre avec des expreffions
de même prix mais comme mon infuffifance
ne me permet pas de les puifer dans
mon propre fonds , je ne celerai pas que
je fuis forcé de les emprunter de l'Orateur
françois ; il fair trop bien l'éloge de l'efprit
inventeur pour ne m'en pas fervir en
l'honneur de M. le Cat. Je dirai donc
qu'un tel génie n'a point de modele , titre
qui annonce une fupériorité de gloire.
qu'on ne peut difputer fans injuftice ; il
fert aux autres de modele , titre qui porte
une étendue de bienfaits qu'on ne peut
méconnoître fans ingratitude. Ainfi pour
ene paffer pour injufte nipour ingrat vis- àvis
cer auteur , je me ferai un devoir 'de me
foumettre à la déciſion des fçavans . tid
Peffault de la Tour, Médecin à Beaufort,
Fermer
Résumé : Observations de M. Pessault de la Tour, Médecin à Beaufort, sur un mémoire de M. Le Cat, [titre d'après la table]
Le texte traite d'un mémoire de M. le Cat publié dans le Mercure de novembre précédent, qui aborde les fièvres malignes à Rouen à la fin de 1753 et au début de 1754. Le mémoire propose que les maladies internes, telles que les fièvres malignes, sont en réalité des maladies externes connues, comme l'herpès, localisées à l'estomac et aux intestins grêles. M. le Cat suggère que les remèdes efficaces pour ces maladies sont analogues aux traitements topiques utilisés en chirurgie pour l'herpès. Le texte critique l'opinion générale selon laquelle les maladies résident dans les humeurs. M. le Cat argue que l'état des liquides dépend de celui des solides et que les maladies ne peuvent être locales si elles résident dans les fluides. Il affirme que toute maladie humorale devrait être générale et affecter tous les points du tissu corporel. Cependant, le texte conteste ces arguments en soulignant que les remèdes internes sont plus efficaces que les topiques pour traiter les maladies en question. Il note également que le chyle, germe du sang, et les autres humeurs peuvent être viciés, ce qui prouve que les maladies résident dans les fluides. Le texte conclut en soulignant que les objections de M. le Cat ne sont pas fondées et que les maladies peuvent affecter différents points du corps de manière relative à l'intensité de la corruption et à la sensibilité des parties affectées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 163-178
EXTRAIT du rapport de M. Hosty, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris, pendant son séjour à Londres, au sujet de l'Inoculation.
Début :
Ma profession de Médecin, ma qualité de sujet de la Grande Bretagne, [...]
Mots clefs :
Inoculation, Médecin, Faculté de médecine de Paris, Angleterre, Londres, Hôpital, Enfant, Maladie, Petite vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du rapport de M. Hosty, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris, pendant son séjour à Londres, au sujet de l'Inoculation.
MEDECINE.
EXTRAIT du rapport de M. Hofty ,
Docteur- Régent de la Faculté de Médeci
ne de Paris , pendant ſon féjour à Londres,
au fujet de l'Inoculation .
Mite de fujet de la Grande Bretagne ,
A profeffion de Médecin , ma qualité
& la connoiffance que j'ai de la langue ,
m'ont procuré l'avantage d'être appellé de164
MERCURE DE FRANCE.
puis la paix par la plupart de més compatriotes
, qui voyagent à Paris , & qui y
font tombés malades , & de m'entretenir
avec eux fur ce qui pouvoit être relatif à
la pratique de la Médecine en Angleterre ;
mais pour me mettre encore plus au fait
j'ai formé le deffein de me tranfporter à
Londres , afin d'y juger par moi- même des
variations arrivées depuis quelques années
en ce pays dans l'art de guérir.
Les fuccès conftans qu'a depuis trente
ans à Londres l'Inoculation de la petite
vérole , & les avantages que la France
pourroit retirer en l'introduifant chez elle ,
m'ont fur-tout déterminé à entreprendre
ce voyage .
J'arrivai à Londres le 12 Mars 1755 .
Mon premier foin fut d'aller voir MM .
Cox Willmod , Médecin du Roi , Hoadly ,
Garnier , Ranby , Mideleton , Hawkins ,
Gataker , Truifdal , Adair , Taylor , Heberdin
, Médecin de la Cour , Shaw , Kirk
Patrick , auteur de l'analyse de l'Inoculation
, le Docteur Maty , auteur du Journal
britannique , M. Pringle , connu par fon
excellent ouvrage fur les maladies des armées
, qui eft en commerce de lettres avec
M. Senac , les Docteurs Clephane , Jarnagagne,
Connel, MM . Bell, Pingfton , Brumfield,
Wal , Chirurgien de l'Hôpital de l'Inocu-
1
A O UST. 1755 : 165
lation , Tompkins , Chirurgien des Enfans
trouvés , M. Morton qui en eft le Médecin.
Je cite tous ces Meffieurs comme autant
de garans de la vérité de ce rapport.
Ce font les praticiens les plus employés à
Londres , & les plus connus en France.
Il n'eft pas poffible de marquer plus de
zéle pour le bien du genre humain qu'ils
en ont fait éclater à mes yeux , ni plus
d'envie de répandre dans toute l'Europe
une pratique qu'ils jugent fi falutaire.
Les facilités qu'ils m'ont procurées pour
l'exécution de mon projet en font des
preuves autentiques .
L'Evêque de Worceſter , fi recommandable
par fa charité envers les pauvres , ce
Prélat qu'on peut regarder comme le fondateur
de l'Hôpital de l'Inoculation dont
il eft actuellemeut Préfident , & qui fans
contrédit eft l'homme d'Angleterre le plus
éclairé fur tous les faits qui concernent
l'Inoculation , s'eft fait un mérite de m'inftruire
de tout ce qui y avoit rapport :
d'ailleurs , la protection dont m'a honoré
M. le Duc de Mirepoix à la recommendation
de M. Rouillé , Miniftre des affaires
étrangeres , & la connoiffance que j'avois
déja faite à Paris de plufieurs Seigneurs
anglois , ne m'ont laiffé rien à defirer fur
ce qui faifoit le principal objet de mon
voyage.
166 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le tems que j'ai été à Londres
j'ai fuivi tant aux Hôpitaux qu'en ville
deux cens cinquante-deux perfonnes ino
culées , de différens âges & de conditions
différentes , qui m'ont fourni les obſerva
tions fuivantes . *
Le fujet qu'on veut inoculer étant préparé
, on lui fait une incifion très - légere à
un ou aux deux bras , fuivant l'idée de l'Inoculateur
; on y infére un fil impreigné de
la matiere variolique bien choifie , on
daiffe ce fil dans l'incifion l'efpace de
trente-fix heures , on l'ôte enfuite. Quelques-
uns appliquent fur la plaie une emplâtre
, mais d'autres n'y mettent rien du
tout ; elle paroît ordinairement guérie au
bout de quarante heures ; mais le troifiéme
ou quatrième jour elle s'enflamme de
nouveau , les bords en deviennent rouges,
J'en ai vû inoculer depuis l'âge de trois jufqu'à
vingt-huit , & même jufqu'à trente- fix ans.
&
Il me paroît démontré que les adultes qu'on
voit inoculer à préfent , font les enfans d'autant
de gens autrefois ennemis de cette pratique , qui
ne le font rendus qu'à l'évidence du fuccès ,
qui forment aujourd'hui des preuves éclatantes
du progrès & de la bonté de cette méthode. J'ofe
dire que dans peu d'années il ne ſe trouvera perfonne
en Angleterre , à l'âge de quinze ans , qui
n'ait eu la petite vérole naturellement , ou par
infertion.
A O UST . 1755. 167
fignes prefque certains que l'infertion a
bien pris. Le cinq ou fix on apperçoit une
ligne blanche dans le milieu , l'urine eft
de couleur de citron , indications plus fu
res que les précédentes. Le feptiéme ou le
huitième , le malade qui jufqu'alors n'a
point apperçu de changement dans fon
état , commence à fentir une douleur plus
ou moins vive , à une aiffelle , & quelquefois
aux deux . C'eſt pour l'ordinaire le
premier fymptome , enfuite un malaiſe ,
une fievre plus ou moins forte , un mal
de tête , de reins , des naufées fuivies de
vomiffemens . Le neuvième ou le dixiéme
il paroît une fueur très - abondante , ac
compagnée d'une éruption milliaire par
tout le corps. Ces deux fymptomes prééédent
communément de vingt- quatre heures
, plus ou moins , l'éruption de la petite
verole , & difparoiffent avec les autres , a
mefare que
fe fait cette éruption , qui
arrive pour l'ordinaire vers le dixiéme
jour de l'infertion ; dès qu'elle eft parfaite
le malade ne fouffre plus , il eft cenfé hors
de danger , puifqu'autant que l'expérience
me l'a fait voir , l'on n'a rien à craindre
de la fievre de fuppuration , qui eft fi dangereufe
, & fouvent fi funefte dans cette
maladie , lorfqu'on l'a naturellement . Les
inoculés paffent prefque toujours ce roms
}
16S MERCURE DE FRANCE.
fans fievre & fans accident , ce que les
Médecins regardent comme une preuve
convaincante des avantages de l'inoculation
; la fuppuration finit vers le feizième,
& la deffication vers le vingtiéme . On
purge plufieurs fois le malade , on lui donne
alors des alimens plus folides. Pendant
le cours de la maladie on ne permet que
des végétaux , ou des chofes légeres en
ufage dans le
des
que
pays , telles
des afperges , &c, mais ni viande ni poiffon.
navets
Les ulceres de l'incifion fe dilatent &
fuppurent confidérablement vers l'état de
la maladie ; cette fuppuration continue
quelquefois après le traitement , ce qui
provient principalement de la profondeur
de l'incifion , & n'arrive que très- rarement
depuis qu'on ne fait plus qu'une incifion
très-fuperficielle , ou pour mieux dire une
égratignure ; les fymptomes font quelquefois
fi légers , & le nombre des boutons fi
petit , qu'à la diete près , le malade vit à
fon ordinaire , s'occupe & s'amufe fuivant
fon âge , & n'eft pas obligé de garder
le lit. L'Envoyé de Dannemarck en Angleterre
qui s'eft fait inoculer avec la permiffion
de fa Cour & du confentement de
fa famille , à qui cette maladie a été fouvent
fatale , n'a prefque rien changé à fa
maniere
AOUST. 1755: 169
maniere de vivre accoutumée ; c'eft de
tui-même que j'ai eu le détail journalier
de fon traitement .
Le fils de l'Ambaffadeur de Sardaigne
s'eft foumis avec le même fuccès à cette
pratique.
Je paffe aux effets de cette méthode .
Les deux cens cinquante -deux perſonnes
que j'ai vûes inoculées , ont toutes
été guéries fans aucunes fuites fâcheufes ,
elles m'ont paru fe fortifier après le traitement,
& pas une d'elles n'a été marquée;
mais ce qui m'a bien furpris , c'eft que
ceux - mêmes qui avoient beaucoup de
boutons & fort gros , ne paroiffoient pref
que pas rouges après la deffication , comme
ils le font dans la petite vérole naturelle.
L'avantage de conferver la beauté
n'a pas peu contribué à accréditer cette
méthode , auffi eft-il rare de voir à Londres
quelqu'un au- deffous de vingt ans
défiguré par la petite vérole , à moins que
ce ne foit parmi le bas peuple qui n'a pas
le moyen de fe faire inoculer , où qui conferve
encore les anciens préjugés .
OBSERVATIONS PARTICULIERES.
19. Des deux cens cinquante - deux perfonnes
dont j'ai fuivi l'inoculation , deux
H
170 MERCURE DE FRANCE.
feulement m'ont paru en danger. L'un
étoit le fils du Major Jennings , homme de
condition , fort riche , âgé de trois ans ,
inoculé avec fa foeur , âgée de quatre ans ,
& fa gouvernante âgée de vingt trois. Cet
enfant a eu fix accès de convulfions dans
l'efpace de dix- huit heures , immédiatement
avant l'éruption , ce qui a donné de
vives allarmes à fes parens , mais non aux
Médecins ni aux Chirurgiens ; il a évacué
par le moyen de deux remedes , l'éruption
s'eft bien faite , & auffi- tôt tous les acci
dens ont difparu . Au refte cet enfant eft
fujet à ces accès convulfifs , il en avoit eus
antérieurement dans deux autres maladies.
2°. Il m'a paru que les enfans délicats
& les filles avoient les fymptomes moins
violens , plufieurs praticiens n'ont fait aucunes
obfervations là-deffus .
3°. Les Anglois pour fauver leurs enfans
du danger de cette maladie , m'ont
paru anticiper fur l'âge convénable en les
faifant inoculer à la mammelle & au - def
fous de quatre ans . J'ai obfervé conftamment
que l'âge depuis quatre ans jufqu'à
quinze , étoit le plus propre , & que les
perfonnes au -deffus de quinze fouffroient
moins les enfans au-deffous de quatre que
ans. Cette remarque eft conforme à celles
des gens de l'art.
;
AOUST. 1755. 171
” . J'ai vû des adultes des deux fexes ,
même forts , replets & très- robuftes guérir
fans accident , & d'une façon furprenante,
5°. Quoiqu'on choififfe pour l'inoculation
le tems qui fuit immédiatement les
régles , elles furviennent cependant prefque
toujours dans le cours de la maladie
ont plus ou moins de durée , & finiffent
fans aucun accident.
6°. J'ai vû plufieurs perfonnes n'avoir
que très-peu de boutons , quelquefois feulement
autour de l'incifion , comme la
fille du Comte de Fitz Williams . Un adulte
en eut une douzaine ; le premier lui
vint au gros doigt du pied , remarque curieufe
, & qui prouve inconteftablement
que le virus a circulé par toute la maffe du
fang , quoiqu'il n'y eut que peu de boutons.
Quelquefois la feule fuppuration des
ulceres tient lieu de tout.
7°. Les fymptomes & l'éruption paroiffent
quelquefois fort tard . La fille de Mylord
Dalkitk à qui ils n'ont paru que le
quatorziéme jour après l'infertion , & un
enfant trouvé , dont je parlerai plus bas ,
auquel ils n'ont paru que le vingt-fix en
font des exemples.
8°. Cinq perfonnes n'ont pu prendre la
petite vérole , quoiqu'on eut réitéré l'infertion
; l'un étoit en ville , & les quatre
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
autres aux Hôpitaux ; & quoiqu'ils fuffent
tous cinq expofés pendant le traitement
des autres à l'infection , ils ne la contracterent
pas.
Les deux Hôpitaux dans lefquels fe pra
tique cette méthode , font celui de la petite
verole , ainfi nommé , parce que l'on
n'y traite que cette feule maladie , foit naturelle
, foit artificielle , & celui des Enfans
trouvés. J'ai apporté tout ce qui regarde
l'établiffement & les réglemens de ces Hôpitaux
, auffi - bien que l'hiftoire de l'inoculation
, depuis le jour de leur établiſſement
jufqu'à celui de mon départ , qui m'ont été
remis par ordre du Commité : en voici
le détail . *
Depuis le 26 Septembre 1746 , jour de
l'ouverture de l'Hôpital de l'Inoculation ,
jufqu'au 14 Mai 1755 , il y a eu fix cens
quatre inoculés , y compris quatre- vingtdix-
fept de cette année. Les cinq premieres
années de fon établiſſement cette méthode
Y étant encore dans fon enfance , & l'hôpital
n'étant pas encore en état de fournir
toutes les commodités aux malades , de cent
trente une perfonnes , il en eft mort deux ;
l'une attaquée de vers , l'autre foupçonnée
d'avoir cette maladie naturellement dans
le tems de fon inoculation * . Les quatre
* L'Hôpital pour l'Inoculation eft encore bieg
A O UST. 1755 . 173
dernieres années , de quatre cens foixantetreize
, un feul eft mort ; & fuivant les regiftres
de ce même hôpital , de neuf perfonnes
qui ont la petite vérole naturelle ,
il en meurt deux .
Depuis 1741 , on a inoculé aux Enfans
trouvés deux cens quarante-fept , dont un
feul eft mort , ce que l'on croit , par un
accident étranger à l'inoculation.
à
Total des inoculés dans les deux Hôpitaux
,
Morts ,
851.
4.
La premiere fois que je vifitai l'Hôpital
de l'Inoculation , je fus témoin d'un contrafte
bien frappant. Il y avoit fur le même
quarré deux falles ; l'une deftinée à la
petite vérole naturelle , l'autre à la petite
vérole , qui s'y donne par infertion. Dans
la premiere de ces falles je vis des malades
qui excitoient non feulement la compaffion
, mais la terreur , hideux , gémiffans
, prêts à rendre l'ame ; on les auroit
cru frappés de la maladie la plus cruelle
& la plus dégoûtante. Dans l'autre falle
pauvre , ce qui oblige de mettre les inoculés avec
ceux qui font attaqués de la petite vérole naturelle
ce qui ne peut manquer d'infecter l'air , &
de rendre en cet endroit la pratique de l'inoculation
plus fujette à des accidens qu'ailleurs,
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
on n'entendoit ni cris de douleur , ni voix
mourante ; on ne voyoit ni fouffrance ni
accidens , ni même aucun malaiſe : au contraire
les malades étoient gais , & jouoient
entr'eux. Il y avoit vingt-fix filles inocu-
1ées , depuis l'âge de dix ans jufqu'à vingtquatre
, qui n'étoient point alitées , qui
couroient les unes après les autres , & fe
divertiffoient comme on a coutume de le
faire à cet âge , lorfqu'on fe porte bien .
J'eus occafion de faire aux Enfans trou
vés une obfervation très intéreffante fur le
nommé Claringdon , âgé de cinq ans , qui
fe trouva pris de la rougeole , fans que
T'on s'en fût apperçu , dans le tems qu'il fut
inoculé. Le lendemain les fymptomes de
la rougeole fe manifefterent avec affez de
violence pour faire craindre pour fa vie ,
les taches parurent au tems ordinaire ; la
maladie prenant fon cours fe termina heureufement.
Le vingt- fixième jour de l'inoculation
la petite vérole parut en affez
grande quantité , & eut fon cours fans
aucun accident remarquable . Le malade
guérit des deux maladies , ce qui prouve le
peu de danger de cette pratique , & que
l'humeur de la petite vérole eft différente
des autres humeurs , & ne fe mêle point
avec elles.
AOUST. 1755 175
FAITS ET INFORMATIONS.
1º. Je n'ai pu trouver dans tout Londres
un feul Medecin , Chirurgien ou
Apoticaire qui s'oppofât à l'inoculation ,
ils en font au contraire tellement partifans
qu'ils font tous inoculer leurs propres
enfans. Ils regardent cette pratique
comme la plus grande découverte que
l'on ait fait en médecine depuis Hyppocrate
.
J'ai vu inoculer avec fuccès les deux
filles du Docteur Ruffel , l'une âgée de 2 9
ans , l'autre de 23 .
20. M. Ranby , premier chirurgien du
Roy d'Angleterre m'a affuré avoir inoculé
plus de 1600 perfonnes fans qu'il en foit
mort une feule. M. Bell , éleve de M. Morand
, 90 , avec le même fuccès. Enfin
M. Hadow , médecin à Warvick & ami du
docteur Pringle , inocule depuis 18 ans
avec un fuccès furprenant (a) .
( a ) Le Docteur Pringle connu de M. Senac , a
écrit au docteur Hadow pendant mon féjour à
Londres , pour le prier de répondre à quelques
queftions que j'avois faites par écrit . J'ai reçu la
réponse aux trois premieres avec une lettre du
Docteur Pringle , depuis mon arrivée à Paris . J'ajoute
ici la traduction des deux lettres . Ces Mefhieurs
me promettent de répondre aux douze autres
questions.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
3°. Il ne fe trouve pas un feul exemple
qu'une perfonne qui ait eu la petite vérole
bien caractérisée par l'inoculation , l'ait eu
une feconde fois , cela eft fondé fur plu
fieurs expériences réïtérées & bien avérées.
Pour décider que le malade eft à l'abri de
cette infection , ils ne demandent qu'une
preuve non équivoque que le virus a opéré
fur la maffe du fang : quelques boutons fur
le corps , ou la fuppuration des incifions
fans éruption leur fuffifent.
4°. Il ne fe trouve pas d'exemple d'aucune
autre humeur fcorbutique , &c. qui
ait été introduite par l'inoculation , cela
eft même confirmé par quelques expériences
, hardies à la vérité ; auffi l'on ne s'inquiette
plus à cet égard d'ailleurs il eſt
facile par le choix du fujet qui fournit la
matiere d'en éviter le rifque (a).
5. Il ne fe trouve point un médecin à
Londres , autant que je l'ai pû apprendre ,
qui croye que l'on ait la petite vérole plufieurs
fois (b).
(a ) L'exemple de la complication de la rougeole
& de la petite vérole dans l'enfant trouvé
dont je viens de parler , me paroît ne laiffer aucun
doute là -deffus.
(b ) Le docteur Maty , qui avoit eu la petite.
vérole naturelle , voulant fe convaincre de ce fait,
s'eft inoculé lui-même fans pouvoir . ſe la donnen
AOUST. 1755. 177
6. Les Catholiques s'y foumettent ainſi
que les Proteftans , Mylord Dillon a fait
inoculer fon fils & fa fille aînée ; Madame
Chelldon , fa parente , craignant beaucoup
cette maladie , s'eft fait inoculer ce printemps
à l'âge de trente- fix ans , & mere de
douze enfans aufquels elle a ainfi donné
l'exemple du courage.
La fille du Duc de Beaufort , âgée de 15
ans, m'a fourni un fecond exemple de réfolution
, elle s'eft fait inoculer le 25 Avril
dernier de fon propre mouvement . On la
regarde comme la beauté de l'Angleterre ;
tout le monde s'intéreffoit à cet évenement ,
& le fuccès a répondu aux voeux que le
public formoit pour elle. J'ai retardé mon
retour de quinze jours pour affifter à fon
traitement.
Je pourrois citer plufieurs autres obfervations
curieufes & intéreffantes touchant
cette pratique que je tiens de perſonnes
très- dignes de foi , mais voyant que ce
rapport paffe les bornes convenables , &
n'ayant d'autres but que de rapporter fimplement
ce que j'ai vâ , & nullement de
décider la queſtion , je finirai en affurant
que les libéralités des perfonnes prévenues
autrefois contre cette pratique par religion
Ce détail ſe trouve dans fon Journal Britannique
des mois de Novembre & Décembre 1754
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ou par quelque autre motif, font aujour
d'hui le principal revenu de l'hôpital de
l'inoculation , & que les regiftres font
remplis d'exemples curieux & touchans de
peres & meres qui ayant été maltraités par
la petite vérole naturelle ont eu recours
malgré leurs préjugés à l'inoculation fouvent
pour fe conferver l'unique enfant qui
leur reftoit.
EXTRAIT du rapport de M. Hofty ,
Docteur- Régent de la Faculté de Médeci
ne de Paris , pendant ſon féjour à Londres,
au fujet de l'Inoculation .
Mite de fujet de la Grande Bretagne ,
A profeffion de Médecin , ma qualité
& la connoiffance que j'ai de la langue ,
m'ont procuré l'avantage d'être appellé de164
MERCURE DE FRANCE.
puis la paix par la plupart de més compatriotes
, qui voyagent à Paris , & qui y
font tombés malades , & de m'entretenir
avec eux fur ce qui pouvoit être relatif à
la pratique de la Médecine en Angleterre ;
mais pour me mettre encore plus au fait
j'ai formé le deffein de me tranfporter à
Londres , afin d'y juger par moi- même des
variations arrivées depuis quelques années
en ce pays dans l'art de guérir.
Les fuccès conftans qu'a depuis trente
ans à Londres l'Inoculation de la petite
vérole , & les avantages que la France
pourroit retirer en l'introduifant chez elle ,
m'ont fur-tout déterminé à entreprendre
ce voyage .
J'arrivai à Londres le 12 Mars 1755 .
Mon premier foin fut d'aller voir MM .
Cox Willmod , Médecin du Roi , Hoadly ,
Garnier , Ranby , Mideleton , Hawkins ,
Gataker , Truifdal , Adair , Taylor , Heberdin
, Médecin de la Cour , Shaw , Kirk
Patrick , auteur de l'analyse de l'Inoculation
, le Docteur Maty , auteur du Journal
britannique , M. Pringle , connu par fon
excellent ouvrage fur les maladies des armées
, qui eft en commerce de lettres avec
M. Senac , les Docteurs Clephane , Jarnagagne,
Connel, MM . Bell, Pingfton , Brumfield,
Wal , Chirurgien de l'Hôpital de l'Inocu-
1
A O UST. 1755 : 165
lation , Tompkins , Chirurgien des Enfans
trouvés , M. Morton qui en eft le Médecin.
Je cite tous ces Meffieurs comme autant
de garans de la vérité de ce rapport.
Ce font les praticiens les plus employés à
Londres , & les plus connus en France.
Il n'eft pas poffible de marquer plus de
zéle pour le bien du genre humain qu'ils
en ont fait éclater à mes yeux , ni plus
d'envie de répandre dans toute l'Europe
une pratique qu'ils jugent fi falutaire.
Les facilités qu'ils m'ont procurées pour
l'exécution de mon projet en font des
preuves autentiques .
L'Evêque de Worceſter , fi recommandable
par fa charité envers les pauvres , ce
Prélat qu'on peut regarder comme le fondateur
de l'Hôpital de l'Inoculation dont
il eft actuellemeut Préfident , & qui fans
contrédit eft l'homme d'Angleterre le plus
éclairé fur tous les faits qui concernent
l'Inoculation , s'eft fait un mérite de m'inftruire
de tout ce qui y avoit rapport :
d'ailleurs , la protection dont m'a honoré
M. le Duc de Mirepoix à la recommendation
de M. Rouillé , Miniftre des affaires
étrangeres , & la connoiffance que j'avois
déja faite à Paris de plufieurs Seigneurs
anglois , ne m'ont laiffé rien à defirer fur
ce qui faifoit le principal objet de mon
voyage.
166 MERCURE DE FRANCE.
Pendant le tems que j'ai été à Londres
j'ai fuivi tant aux Hôpitaux qu'en ville
deux cens cinquante-deux perfonnes ino
culées , de différens âges & de conditions
différentes , qui m'ont fourni les obſerva
tions fuivantes . *
Le fujet qu'on veut inoculer étant préparé
, on lui fait une incifion très - légere à
un ou aux deux bras , fuivant l'idée de l'Inoculateur
; on y infére un fil impreigné de
la matiere variolique bien choifie , on
daiffe ce fil dans l'incifion l'efpace de
trente-fix heures , on l'ôte enfuite. Quelques-
uns appliquent fur la plaie une emplâtre
, mais d'autres n'y mettent rien du
tout ; elle paroît ordinairement guérie au
bout de quarante heures ; mais le troifiéme
ou quatrième jour elle s'enflamme de
nouveau , les bords en deviennent rouges,
J'en ai vû inoculer depuis l'âge de trois jufqu'à
vingt-huit , & même jufqu'à trente- fix ans.
&
Il me paroît démontré que les adultes qu'on
voit inoculer à préfent , font les enfans d'autant
de gens autrefois ennemis de cette pratique , qui
ne le font rendus qu'à l'évidence du fuccès ,
qui forment aujourd'hui des preuves éclatantes
du progrès & de la bonté de cette méthode. J'ofe
dire que dans peu d'années il ne ſe trouvera perfonne
en Angleterre , à l'âge de quinze ans , qui
n'ait eu la petite vérole naturellement , ou par
infertion.
A O UST . 1755. 167
fignes prefque certains que l'infertion a
bien pris. Le cinq ou fix on apperçoit une
ligne blanche dans le milieu , l'urine eft
de couleur de citron , indications plus fu
res que les précédentes. Le feptiéme ou le
huitième , le malade qui jufqu'alors n'a
point apperçu de changement dans fon
état , commence à fentir une douleur plus
ou moins vive , à une aiffelle , & quelquefois
aux deux . C'eſt pour l'ordinaire le
premier fymptome , enfuite un malaiſe ,
une fievre plus ou moins forte , un mal
de tête , de reins , des naufées fuivies de
vomiffemens . Le neuvième ou le dixiéme
il paroît une fueur très - abondante , ac
compagnée d'une éruption milliaire par
tout le corps. Ces deux fymptomes prééédent
communément de vingt- quatre heures
, plus ou moins , l'éruption de la petite
verole , & difparoiffent avec les autres , a
mefare que
fe fait cette éruption , qui
arrive pour l'ordinaire vers le dixiéme
jour de l'infertion ; dès qu'elle eft parfaite
le malade ne fouffre plus , il eft cenfé hors
de danger , puifqu'autant que l'expérience
me l'a fait voir , l'on n'a rien à craindre
de la fievre de fuppuration , qui eft fi dangereufe
, & fouvent fi funefte dans cette
maladie , lorfqu'on l'a naturellement . Les
inoculés paffent prefque toujours ce roms
}
16S MERCURE DE FRANCE.
fans fievre & fans accident , ce que les
Médecins regardent comme une preuve
convaincante des avantages de l'inoculation
; la fuppuration finit vers le feizième,
& la deffication vers le vingtiéme . On
purge plufieurs fois le malade , on lui donne
alors des alimens plus folides. Pendant
le cours de la maladie on ne permet que
des végétaux , ou des chofes légeres en
ufage dans le
des
que
pays , telles
des afperges , &c, mais ni viande ni poiffon.
navets
Les ulceres de l'incifion fe dilatent &
fuppurent confidérablement vers l'état de
la maladie ; cette fuppuration continue
quelquefois après le traitement , ce qui
provient principalement de la profondeur
de l'incifion , & n'arrive que très- rarement
depuis qu'on ne fait plus qu'une incifion
très-fuperficielle , ou pour mieux dire une
égratignure ; les fymptomes font quelquefois
fi légers , & le nombre des boutons fi
petit , qu'à la diete près , le malade vit à
fon ordinaire , s'occupe & s'amufe fuivant
fon âge , & n'eft pas obligé de garder
le lit. L'Envoyé de Dannemarck en Angleterre
qui s'eft fait inoculer avec la permiffion
de fa Cour & du confentement de
fa famille , à qui cette maladie a été fouvent
fatale , n'a prefque rien changé à fa
maniere
AOUST. 1755: 169
maniere de vivre accoutumée ; c'eft de
tui-même que j'ai eu le détail journalier
de fon traitement .
Le fils de l'Ambaffadeur de Sardaigne
s'eft foumis avec le même fuccès à cette
pratique.
Je paffe aux effets de cette méthode .
Les deux cens cinquante -deux perſonnes
que j'ai vûes inoculées , ont toutes
été guéries fans aucunes fuites fâcheufes ,
elles m'ont paru fe fortifier après le traitement,
& pas une d'elles n'a été marquée;
mais ce qui m'a bien furpris , c'eft que
ceux - mêmes qui avoient beaucoup de
boutons & fort gros , ne paroiffoient pref
que pas rouges après la deffication , comme
ils le font dans la petite vérole naturelle.
L'avantage de conferver la beauté
n'a pas peu contribué à accréditer cette
méthode , auffi eft-il rare de voir à Londres
quelqu'un au- deffous de vingt ans
défiguré par la petite vérole , à moins que
ce ne foit parmi le bas peuple qui n'a pas
le moyen de fe faire inoculer , où qui conferve
encore les anciens préjugés .
OBSERVATIONS PARTICULIERES.
19. Des deux cens cinquante - deux perfonnes
dont j'ai fuivi l'inoculation , deux
H
170 MERCURE DE FRANCE.
feulement m'ont paru en danger. L'un
étoit le fils du Major Jennings , homme de
condition , fort riche , âgé de trois ans ,
inoculé avec fa foeur , âgée de quatre ans ,
& fa gouvernante âgée de vingt trois. Cet
enfant a eu fix accès de convulfions dans
l'efpace de dix- huit heures , immédiatement
avant l'éruption , ce qui a donné de
vives allarmes à fes parens , mais non aux
Médecins ni aux Chirurgiens ; il a évacué
par le moyen de deux remedes , l'éruption
s'eft bien faite , & auffi- tôt tous les acci
dens ont difparu . Au refte cet enfant eft
fujet à ces accès convulfifs , il en avoit eus
antérieurement dans deux autres maladies.
2°. Il m'a paru que les enfans délicats
& les filles avoient les fymptomes moins
violens , plufieurs praticiens n'ont fait aucunes
obfervations là-deffus .
3°. Les Anglois pour fauver leurs enfans
du danger de cette maladie , m'ont
paru anticiper fur l'âge convénable en les
faifant inoculer à la mammelle & au - def
fous de quatre ans . J'ai obfervé conftamment
que l'âge depuis quatre ans jufqu'à
quinze , étoit le plus propre , & que les
perfonnes au -deffus de quinze fouffroient
moins les enfans au-deffous de quatre que
ans. Cette remarque eft conforme à celles
des gens de l'art.
;
AOUST. 1755. 171
” . J'ai vû des adultes des deux fexes ,
même forts , replets & très- robuftes guérir
fans accident , & d'une façon furprenante,
5°. Quoiqu'on choififfe pour l'inoculation
le tems qui fuit immédiatement les
régles , elles furviennent cependant prefque
toujours dans le cours de la maladie
ont plus ou moins de durée , & finiffent
fans aucun accident.
6°. J'ai vû plufieurs perfonnes n'avoir
que très-peu de boutons , quelquefois feulement
autour de l'incifion , comme la
fille du Comte de Fitz Williams . Un adulte
en eut une douzaine ; le premier lui
vint au gros doigt du pied , remarque curieufe
, & qui prouve inconteftablement
que le virus a circulé par toute la maffe du
fang , quoiqu'il n'y eut que peu de boutons.
Quelquefois la feule fuppuration des
ulceres tient lieu de tout.
7°. Les fymptomes & l'éruption paroiffent
quelquefois fort tard . La fille de Mylord
Dalkitk à qui ils n'ont paru que le
quatorziéme jour après l'infertion , & un
enfant trouvé , dont je parlerai plus bas ,
auquel ils n'ont paru que le vingt-fix en
font des exemples.
8°. Cinq perfonnes n'ont pu prendre la
petite vérole , quoiqu'on eut réitéré l'infertion
; l'un étoit en ville , & les quatre
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
autres aux Hôpitaux ; & quoiqu'ils fuffent
tous cinq expofés pendant le traitement
des autres à l'infection , ils ne la contracterent
pas.
Les deux Hôpitaux dans lefquels fe pra
tique cette méthode , font celui de la petite
verole , ainfi nommé , parce que l'on
n'y traite que cette feule maladie , foit naturelle
, foit artificielle , & celui des Enfans
trouvés. J'ai apporté tout ce qui regarde
l'établiffement & les réglemens de ces Hôpitaux
, auffi - bien que l'hiftoire de l'inoculation
, depuis le jour de leur établiſſement
jufqu'à celui de mon départ , qui m'ont été
remis par ordre du Commité : en voici
le détail . *
Depuis le 26 Septembre 1746 , jour de
l'ouverture de l'Hôpital de l'Inoculation ,
jufqu'au 14 Mai 1755 , il y a eu fix cens
quatre inoculés , y compris quatre- vingtdix-
fept de cette année. Les cinq premieres
années de fon établiſſement cette méthode
Y étant encore dans fon enfance , & l'hôpital
n'étant pas encore en état de fournir
toutes les commodités aux malades , de cent
trente une perfonnes , il en eft mort deux ;
l'une attaquée de vers , l'autre foupçonnée
d'avoir cette maladie naturellement dans
le tems de fon inoculation * . Les quatre
* L'Hôpital pour l'Inoculation eft encore bieg
A O UST. 1755 . 173
dernieres années , de quatre cens foixantetreize
, un feul eft mort ; & fuivant les regiftres
de ce même hôpital , de neuf perfonnes
qui ont la petite vérole naturelle ,
il en meurt deux .
Depuis 1741 , on a inoculé aux Enfans
trouvés deux cens quarante-fept , dont un
feul eft mort , ce que l'on croit , par un
accident étranger à l'inoculation.
à
Total des inoculés dans les deux Hôpitaux
,
Morts ,
851.
4.
La premiere fois que je vifitai l'Hôpital
de l'Inoculation , je fus témoin d'un contrafte
bien frappant. Il y avoit fur le même
quarré deux falles ; l'une deftinée à la
petite vérole naturelle , l'autre à la petite
vérole , qui s'y donne par infertion. Dans
la premiere de ces falles je vis des malades
qui excitoient non feulement la compaffion
, mais la terreur , hideux , gémiffans
, prêts à rendre l'ame ; on les auroit
cru frappés de la maladie la plus cruelle
& la plus dégoûtante. Dans l'autre falle
pauvre , ce qui oblige de mettre les inoculés avec
ceux qui font attaqués de la petite vérole naturelle
ce qui ne peut manquer d'infecter l'air , &
de rendre en cet endroit la pratique de l'inoculation
plus fujette à des accidens qu'ailleurs,
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
on n'entendoit ni cris de douleur , ni voix
mourante ; on ne voyoit ni fouffrance ni
accidens , ni même aucun malaiſe : au contraire
les malades étoient gais , & jouoient
entr'eux. Il y avoit vingt-fix filles inocu-
1ées , depuis l'âge de dix ans jufqu'à vingtquatre
, qui n'étoient point alitées , qui
couroient les unes après les autres , & fe
divertiffoient comme on a coutume de le
faire à cet âge , lorfqu'on fe porte bien .
J'eus occafion de faire aux Enfans trou
vés une obfervation très intéreffante fur le
nommé Claringdon , âgé de cinq ans , qui
fe trouva pris de la rougeole , fans que
T'on s'en fût apperçu , dans le tems qu'il fut
inoculé. Le lendemain les fymptomes de
la rougeole fe manifefterent avec affez de
violence pour faire craindre pour fa vie ,
les taches parurent au tems ordinaire ; la
maladie prenant fon cours fe termina heureufement.
Le vingt- fixième jour de l'inoculation
la petite vérole parut en affez
grande quantité , & eut fon cours fans
aucun accident remarquable . Le malade
guérit des deux maladies , ce qui prouve le
peu de danger de cette pratique , & que
l'humeur de la petite vérole eft différente
des autres humeurs , & ne fe mêle point
avec elles.
AOUST. 1755 175
FAITS ET INFORMATIONS.
1º. Je n'ai pu trouver dans tout Londres
un feul Medecin , Chirurgien ou
Apoticaire qui s'oppofât à l'inoculation ,
ils en font au contraire tellement partifans
qu'ils font tous inoculer leurs propres
enfans. Ils regardent cette pratique
comme la plus grande découverte que
l'on ait fait en médecine depuis Hyppocrate
.
J'ai vu inoculer avec fuccès les deux
filles du Docteur Ruffel , l'une âgée de 2 9
ans , l'autre de 23 .
20. M. Ranby , premier chirurgien du
Roy d'Angleterre m'a affuré avoir inoculé
plus de 1600 perfonnes fans qu'il en foit
mort une feule. M. Bell , éleve de M. Morand
, 90 , avec le même fuccès. Enfin
M. Hadow , médecin à Warvick & ami du
docteur Pringle , inocule depuis 18 ans
avec un fuccès furprenant (a) .
( a ) Le Docteur Pringle connu de M. Senac , a
écrit au docteur Hadow pendant mon féjour à
Londres , pour le prier de répondre à quelques
queftions que j'avois faites par écrit . J'ai reçu la
réponse aux trois premieres avec une lettre du
Docteur Pringle , depuis mon arrivée à Paris . J'ajoute
ici la traduction des deux lettres . Ces Mefhieurs
me promettent de répondre aux douze autres
questions.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
3°. Il ne fe trouve pas un feul exemple
qu'une perfonne qui ait eu la petite vérole
bien caractérisée par l'inoculation , l'ait eu
une feconde fois , cela eft fondé fur plu
fieurs expériences réïtérées & bien avérées.
Pour décider que le malade eft à l'abri de
cette infection , ils ne demandent qu'une
preuve non équivoque que le virus a opéré
fur la maffe du fang : quelques boutons fur
le corps , ou la fuppuration des incifions
fans éruption leur fuffifent.
4°. Il ne fe trouve pas d'exemple d'aucune
autre humeur fcorbutique , &c. qui
ait été introduite par l'inoculation , cela
eft même confirmé par quelques expériences
, hardies à la vérité ; auffi l'on ne s'inquiette
plus à cet égard d'ailleurs il eſt
facile par le choix du fujet qui fournit la
matiere d'en éviter le rifque (a).
5. Il ne fe trouve point un médecin à
Londres , autant que je l'ai pû apprendre ,
qui croye que l'on ait la petite vérole plufieurs
fois (b).
(a ) L'exemple de la complication de la rougeole
& de la petite vérole dans l'enfant trouvé
dont je viens de parler , me paroît ne laiffer aucun
doute là -deffus.
(b ) Le docteur Maty , qui avoit eu la petite.
vérole naturelle , voulant fe convaincre de ce fait,
s'eft inoculé lui-même fans pouvoir . ſe la donnen
AOUST. 1755. 177
6. Les Catholiques s'y foumettent ainſi
que les Proteftans , Mylord Dillon a fait
inoculer fon fils & fa fille aînée ; Madame
Chelldon , fa parente , craignant beaucoup
cette maladie , s'eft fait inoculer ce printemps
à l'âge de trente- fix ans , & mere de
douze enfans aufquels elle a ainfi donné
l'exemple du courage.
La fille du Duc de Beaufort , âgée de 15
ans, m'a fourni un fecond exemple de réfolution
, elle s'eft fait inoculer le 25 Avril
dernier de fon propre mouvement . On la
regarde comme la beauté de l'Angleterre ;
tout le monde s'intéreffoit à cet évenement ,
& le fuccès a répondu aux voeux que le
public formoit pour elle. J'ai retardé mon
retour de quinze jours pour affifter à fon
traitement.
Je pourrois citer plufieurs autres obfervations
curieufes & intéreffantes touchant
cette pratique que je tiens de perſonnes
très- dignes de foi , mais voyant que ce
rapport paffe les bornes convenables , &
n'ayant d'autres but que de rapporter fimplement
ce que j'ai vâ , & nullement de
décider la queſtion , je finirai en affurant
que les libéralités des perfonnes prévenues
autrefois contre cette pratique par religion
Ce détail ſe trouve dans fon Journal Britannique
des mois de Novembre & Décembre 1754
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
ou par quelque autre motif, font aujour
d'hui le principal revenu de l'hôpital de
l'inoculation , & que les regiftres font
remplis d'exemples curieux & touchans de
peres & meres qui ayant été maltraités par
la petite vérole naturelle ont eu recours
malgré leurs préjugés à l'inoculation fouvent
pour fe conferver l'unique enfant qui
leur reftoit.
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Résumé : EXTRAIT du rapport de M. Hosty, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris, pendant son séjour à Londres, au sujet de l'Inoculation.
Le Dr. Hofty, Docteur-Régent de la Faculté de Médecine de Paris, a effectué un séjour à Londres pour étudier l'inoculation de la petite vérole, une pratique médicale couronnée de succès depuis trente ans. Grâce à ses compétences linguistiques et médicales, Hofty a été consulté par de nombreux compatriotes malades à Paris, ce qui l'a incité à se rendre à Londres pour observer les méthodes locales. À Londres, Hofty a rencontré des médecins et chirurgiens éminents, tels que Cox Willmoth, Médecin du Roi, et l'Évêque de Worcester, fondateur de l'Hôpital de l'Inoculation. Il a suivi 252 personnes inoculées, de différents âges et conditions, et a observé les procédures et les symptômes de la maladie. L'inoculation consiste à faire une incision légère sur le bras, y introduire un fil imprégné de matière variolique, et laisser la plaie se guérir. Les symptômes apparaissent généralement entre le troisième et le dixième jour, avec une éruption de boutons qui se résorbe vers le vingtième jour. Hofty a noté que les adultes inoculés étaient souvent des enfants de parents autrefois opposés à cette pratique, mais convaincus par son succès. Il a également observé que les symptômes étaient moins violents chez les enfants délicats et les filles. Les Anglais pratiquent l'inoculation dès l'âge de quatre ans, jugé le plus propice. Les hôpitaux londoniens pratiquant l'inoculation sont l'Hôpital de la petite vérole et celui des Enfants trouvés. Depuis l'ouverture de l'Hôpital de l'Inoculation en 1746, sur 851 inoculés, seulement quatre sont morts, contre deux sur neuf pour la petite vérole naturelle. Hofty a constaté un contraste frappant entre les malades atteints naturellement et ceux inoculés, ces derniers ne montrant presque aucun malaise ou souffrance. En août 1755, un observateur a noté une expérience intéressante concernant un enfant nommé Claringdon, âgé de cinq ans, qui contracta la rougeole peu après avoir été inoculé contre la variole. La rougeole se manifesta violemment le lendemain, mais l'enfant guérit sans complications. Vingt-cinq jours après l'inoculation, la variole apparut en grande quantité et se déroula sans incidents, prouvant ainsi que l'inoculation est peu dangereuse et que l'humeur de la variole ne se mélange pas avec d'autres maladies. À Londres, aucun médecin, chirurgien ou apothicaire ne s'opposait à l'inoculation, la considérant comme une grande découverte médicale. Plusieurs chirurgiens et médecins ont inoculé des centaines de personnes avec succès. Il n'existe aucun cas documenté de réinfection par la variole après une inoculation réussie. Les expériences montrent également que d'autres humeurs morbides, comme le scorbut, ne sont pas introduites par l'inoculation. Les catholiques et les protestants, y compris des nobles comme Mylord Dillon et la fille du Duc de Beaufort, se soumettent à l'inoculation. Les libéralités des personnes autrefois prévenues contre cette pratique contribuent désormais au revenu de l'hôpital de l'inoculation. Les registres de l'hôpital contiennent de nombreux exemples de parents ayant recours à l'inoculation pour protéger leurs enfants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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