Auteur du texte (314)
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Auteur probable (1)
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Destinataire du texte (10)
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Détail
Liste
Résultats : 314 texte(s)
1
p. 3-11
NOUVEAU MERCURE
Début :
Je ne prétens pas m'ériger en autheur pour m' [...]
Mots clefs :
Auteur, Public, Préface
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU MERCURE
NOUVEAU
MERCURE
E ne prétens pas
m'érigeren autheur
pour m'eſtre rendu
garant de l'exactitude&
de l'arrangement des
faits , qui doivent(rem
plir le Mercure Galant
jeconnois trop les diffi-
A ij
4 MERCURE
1
cultez qui ſe trouvent à
ſouſtenir le titre de bon
autheur , d'ailleurs comme
j'ay tousjours efté
plus voyageur qu'écrivain
, je promets de bonnes
relations & pour
ainfi- dire , l'Hiftoire préfente
, tant galante que
,
politique de toutes les
Cours de l'Europe ,&
meſme des autres parties
du monde où je me fuis
fait des correfpondances .
Je me flatte que mon
GALANT.
attachement. , & mon
attention , me mettront
à l'abri des reproches
qu'on a pû faire à mon
Aſſocié Taveu qu'il a
fait luy meſme de ſa né
gligence m'authoriſe à
l'en accufer ; & quand
n'y luy n'y moy n'en au
rions parlé , ſa réputation
eft affez bien establie
pourmettre à l'abry fon
efpri t& fon gouft. La
décadence du Mercure
n'a fait tort qu'au Mer-
A iij
• MERCURE
cure teul , parce qu'il
s'est moins débité. Le
Mercure n'eſt plus bon ,
a dit le Public , mais fi
l'Autheur y travailloit ,
il le rendroit meilleur.
A mon égard , fi je
puis parvenir à faire dire
dans quelque mois , ces
Mercures cyvalent mieux
que les précedents; je promets
qu'on dira dans la
fuite ces derniers-cy font
encore meilleurs que les
autres ; en un mot , jo
GALANC. 7
vais fonger uniquement
à contenter , ceux qui ſe
contentent quelquefois ;
car ceux qui ne font jamais
contents me permettront
de ne point
travailler à leur intention.
asi
Si les Sçavans d'aujour
d'huy & ceux qui ont
fecouru juſqu'à préſent
les Journaux & les Mercures
, veulent redoubler
leurs ſecours , je redoubleray
mon attention à
Aiiij
8 MERCURE
ne point défigurer les
bonnes piecespar des fautes
d'impreffion & de copiſte
, je recevray les mediocres
quand la place
ſera vuide , maisdeuffayje
donner la moitié du
Mercure en blanc , je ne
metray rien de mauvais ,
Voilà ma Preface.
J'oubliois pourtant à
parler un peu de moy ,
cet oubly n'est pas ordi
naire , je diray ſeulement
que je fuis plus connu à
GALANT. 9
Madrid , à Rome , dans
le Nord , & dans les Indes
qu'à Paris , & tant
mieux pour le Public ;
au reſte j'ay de l'étude ,
de l'experience , de la
jeuneſſe , de la liberté &
du loiſir, j'aime beaucoup
le public , j'aime un peu
ma reputation , je fuis
docile aux conſeils de
mes amis , & meſine de
ceux qui ne le font pas ,
Voila mon Portrait.
Je ne change rien à
10 MERCURE
l'ordre ordinaire du Mercure
, qui doit n'en point
avoir d'autre à mon avis ,
qu'une varieté ſans ſuite ,
mais pourtant liée en
quelque façon par des
eſpeces de préludes negligez
ſur chaques matieres
,comme ſont à peu
prés dans un Opera les
ritournelles , qui vous
mettent au ton des pieces
qu'on va entendre.
Commençons par une
Hiftoriette , ou plutoſt
GALANT. Ir
relation , car les faits &
les perſonnes ſont connus
, c'eſt à- dire autant
que le permet le ſcrupule
que j'auray tousjours ,
de ne jamais compromettre
ceux dont je parle.
ray dans le Mercure.
MERCURE
E ne prétens pas
m'érigeren autheur
pour m'eſtre rendu
garant de l'exactitude&
de l'arrangement des
faits , qui doivent(rem
plir le Mercure Galant
jeconnois trop les diffi-
A ij
4 MERCURE
1
cultez qui ſe trouvent à
ſouſtenir le titre de bon
autheur , d'ailleurs comme
j'ay tousjours efté
plus voyageur qu'écrivain
, je promets de bonnes
relations & pour
ainfi- dire , l'Hiftoire préfente
, tant galante que
,
politique de toutes les
Cours de l'Europe ,&
meſme des autres parties
du monde où je me fuis
fait des correfpondances .
Je me flatte que mon
GALANT.
attachement. , & mon
attention , me mettront
à l'abri des reproches
qu'on a pû faire à mon
Aſſocié Taveu qu'il a
fait luy meſme de ſa né
gligence m'authoriſe à
l'en accufer ; & quand
n'y luy n'y moy n'en au
rions parlé , ſa réputation
eft affez bien establie
pourmettre à l'abry fon
efpri t& fon gouft. La
décadence du Mercure
n'a fait tort qu'au Mer-
A iij
• MERCURE
cure teul , parce qu'il
s'est moins débité. Le
Mercure n'eſt plus bon ,
a dit le Public , mais fi
l'Autheur y travailloit ,
il le rendroit meilleur.
A mon égard , fi je
puis parvenir à faire dire
dans quelque mois , ces
Mercures cyvalent mieux
que les précedents; je promets
qu'on dira dans la
fuite ces derniers-cy font
encore meilleurs que les
autres ; en un mot , jo
GALANC. 7
vais fonger uniquement
à contenter , ceux qui ſe
contentent quelquefois ;
car ceux qui ne font jamais
contents me permettront
de ne point
travailler à leur intention.
asi
Si les Sçavans d'aujour
d'huy & ceux qui ont
fecouru juſqu'à préſent
les Journaux & les Mercures
, veulent redoubler
leurs ſecours , je redoubleray
mon attention à
Aiiij
8 MERCURE
ne point défigurer les
bonnes piecespar des fautes
d'impreffion & de copiſte
, je recevray les mediocres
quand la place
ſera vuide , maisdeuffayje
donner la moitié du
Mercure en blanc , je ne
metray rien de mauvais ,
Voilà ma Preface.
J'oubliois pourtant à
parler un peu de moy ,
cet oubly n'est pas ordi
naire , je diray ſeulement
que je fuis plus connu à
GALANT. 9
Madrid , à Rome , dans
le Nord , & dans les Indes
qu'à Paris , & tant
mieux pour le Public ;
au reſte j'ay de l'étude ,
de l'experience , de la
jeuneſſe , de la liberté &
du loiſir, j'aime beaucoup
le public , j'aime un peu
ma reputation , je fuis
docile aux conſeils de
mes amis , & meſine de
ceux qui ne le font pas ,
Voila mon Portrait.
Je ne change rien à
10 MERCURE
l'ordre ordinaire du Mercure
, qui doit n'en point
avoir d'autre à mon avis ,
qu'une varieté ſans ſuite ,
mais pourtant liée en
quelque façon par des
eſpeces de préludes negligez
ſur chaques matieres
,comme ſont à peu
prés dans un Opera les
ritournelles , qui vous
mettent au ton des pieces
qu'on va entendre.
Commençons par une
Hiftoriette , ou plutoſt
GALANT. Ir
relation , car les faits &
les perſonnes ſont connus
, c'eſt à- dire autant
que le permet le ſcrupule
que j'auray tousjours ,
de ne jamais compromettre
ceux dont je parle.
ray dans le Mercure.
Fermer
Résumé : NOUVEAU MERCURE
Le 'Mercure Galant' est un périodique présenté par un auteur se décrivant comme un voyageur. Il promet de relater des événements galants et politiques des cours d'Europe et d'autres régions grâce à ses correspondances. Reconnaissant les difficultés rencontrées par son prédécesseur, il s'engage à améliorer la qualité du 'Mercure'. L'auteur vise à satisfaire les lecteurs modérés tout en ignorant les critiques incessantes. Il appelle les savants à contribuer pour éviter les erreurs d'impression et de copiste, et s'engage à publier uniquement des contenus de qualité. Connu à Madrid, Rome, dans le Nord et aux Indes plus qu'à Paris, il possède étude, expérience, jeunesse, liberté et loisir. Il apprécie le public et sa réputation, et est ouvert aux conseils de ses amis. La structure du 'Mercure' restera variée mais cohérente, avec des préludes sur chaque matière, similaires aux ritournelles dans une opéra. Le texte commence par une historiette ou relation de faits et personnes connus, tout en respectant la discrétion nécessaire pour ne jamais compromettre ceux dont il parle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 12-128
HISTOIRE nouvelle.
Début :
La peste qui exerce souvent de furieux ravages dans les [...]
Mots clefs :
Amour, Monde, Veuve, Coeur, Dames, Dame, Cavalier, Chambre, Mort, Gentilhomme, Charmes, Affaires, Esprit, Comte, Rome, Pologne, Femmes, Roi, Ambassadeur, Tendresse, Hymen, Valet de chambre, Paris, Comte, Cavalier français, Aventures, Connaissances, Duc, Fête, Veuve, Yeux, Beauté, Maison, Récit, Amis, Compagnie, Voyage, Mariage, Province, Étrangers, Peste, Curiosité, Honneur, Bosquet, Hommes, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE nouvelle.
HISTOIRE
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
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Résumé : HISTOIRE nouvelle.
La peste à Varsovie pousse de nombreux habitants, dont la Palatine et Madame Belzesca, à se réfugier à Dantzic. Madame Belzesca, de son vrai nom Georgette Pelagie, originaire de Touraine, est célèbre pour sa beauté et ses aventures amoureuses. Elle épouse un cavalier après qu'il l'a sauvée lors d'un naufrage, mais leur mariage se détériore avec le temps. Devenue veuve, Pelagie s'installe à Paris avec son fils et attire de nombreux admirateurs. En 1714, un seigneur polonais tente de l'enlever, mais un cavalier français découvre le complot et la protège. Le texte raconte plusieurs épisodes. Dans le premier, Pelagie est protégée par un cavalier français contre le comte Pioski. Après diverses péripéties, elle est ramenée en sécurité à Paris. Le comte défie le cavalier en duel et est vaincu. Le cavalier finit par épouser une autre femme charmante. Un autre récit suit Madame Belzesca, dont les mariages marquent des étapes vers sa fortune et son bonheur. Après la mort de son mari, elle prie pour sa fille malade et voyage à travers l'Italie. À Rome, une belle veuve évite les aventures amoureuses et insiste sur une relation amicale. Madame Belzesca converse avec un ambassadeur polonais qui souhaite l'épouser promptement. Elle accepte après un délai de réflexion et ils se marient secrètement. Madame Belzesca aide son mari dans ses affaires diplomatiques. En 1714, Monsieur Belzeski meurt après une attaque de sanglier et la nomme son héritière universelle. Madame Belzesca pleure sa perte pendant plus de six ans et devient l'amie inséparable de Madame la Palatine. À soixante ans, elle reste respectée et aimée, et on envisage de la remarier. Le texte mentionne également la grandeur des chasses en Pologne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 145-148
« Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...] »
Début :
Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...]
Mots clefs :
Mois de mai, Marier, Préface, Variété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...] »
Puiſque chaque Mercure
portele nomdu mois par où
il commence , je crois que ce
ſera une varieté , d'inſtruire
ceux qui ne veulent pas foüilleterdegrands
Dictionnaires ,
de l'Etimologie , du figne &
des proprietez , du mois dont
il ſe datte. Par exemple. May
eſt le cinquiéme mois de l'année,
àcompter depuis Janvier,
c'eſt le mois où le Soleil entre
dans le figne des Gemeaux,
& où les plantes Acuriffent.
* Le mois de May a toûjours
eſté eſtimé propre à faire l'Amour
, à ſe marier. Je reponds
May 1714.N
146 MERCURE
de ma chasteté dans tous les
mois de l'année. Mais dans le
mois de May, je n'en réponds
point. M. De. S. Les ſuperſtitieux
font grand cas de la roſée
de May Bien des gens
font ſcrupule de ſe marier au
mois de May , comme un
mois malheureux. Cette fuperftition
eſt venuë des Romains
qui célébroient la Fête
des Eſprits malins au mois de
May. Papias derive ce mot de
Madius , qu'on a dit dans la
baſſe Latinité , Eo quod terra
Madeat. Il y a plus d'apparence
qu'il vient de Majus.
GALANT. 147
Ce difcours fur tous les
mois me ſervira de Préface
aux nouvelles qui naiſtront
avec les jours qui les compofent.
On aura cependant la
bonté de faire attention qu'il
n'y a que trois ſemaines que
jeme fuis chargé du Mercure,
& que , quelques correfpondances
que j'aye dans les Pays
Etrangers , les bagatelles dont
mes amis m'entretiennent , ne
font pas encore dignes d'entretenir
le Public , que je prie
abſolument de me diſpenſer
de luy repeter ce qu'il aura
lû dans les Gazettes , à l'ex-
: Nij
148 MERCURE
:
ception des choſes qui doivent
eſtre indiſpenſablement
dans ce Livre. Ainſi en attendant
que mon arrangement
ſoit fait , je vais donner un
Extrait de cinq Lettres que
j'ay requës uniquement pour
moy.
portele nomdu mois par où
il commence , je crois que ce
ſera une varieté , d'inſtruire
ceux qui ne veulent pas foüilleterdegrands
Dictionnaires ,
de l'Etimologie , du figne &
des proprietez , du mois dont
il ſe datte. Par exemple. May
eſt le cinquiéme mois de l'année,
àcompter depuis Janvier,
c'eſt le mois où le Soleil entre
dans le figne des Gemeaux,
& où les plantes Acuriffent.
* Le mois de May a toûjours
eſté eſtimé propre à faire l'Amour
, à ſe marier. Je reponds
May 1714.N
146 MERCURE
de ma chasteté dans tous les
mois de l'année. Mais dans le
mois de May, je n'en réponds
point. M. De. S. Les ſuperſtitieux
font grand cas de la roſée
de May Bien des gens
font ſcrupule de ſe marier au
mois de May , comme un
mois malheureux. Cette fuperftition
eſt venuë des Romains
qui célébroient la Fête
des Eſprits malins au mois de
May. Papias derive ce mot de
Madius , qu'on a dit dans la
baſſe Latinité , Eo quod terra
Madeat. Il y a plus d'apparence
qu'il vient de Majus.
GALANT. 147
Ce difcours fur tous les
mois me ſervira de Préface
aux nouvelles qui naiſtront
avec les jours qui les compofent.
On aura cependant la
bonté de faire attention qu'il
n'y a que trois ſemaines que
jeme fuis chargé du Mercure,
& que , quelques correfpondances
que j'aye dans les Pays
Etrangers , les bagatelles dont
mes amis m'entretiennent , ne
font pas encore dignes d'entretenir
le Public , que je prie
abſolument de me diſpenſer
de luy repeter ce qu'il aura
lû dans les Gazettes , à l'ex-
: Nij
148 MERCURE
:
ception des choſes qui doivent
eſtre indiſpenſablement
dans ce Livre. Ainſi en attendant
que mon arrangement
ſoit fait , je vais donner un
Extrait de cinq Lettres que
j'ay requës uniquement pour
moy.
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Résumé : « Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...] »
Le texte évoque les particularités du mois de mai, cinquième mois de l'année, durant lequel le Soleil entre dans le signe des Gémeaux et où les plantes poussent. Mai est traditionnellement associé à l'amour et aux mariages, bien que certaines superstitions le considèrent comme malheureux. Cette croyance provient des Romains qui célébraient la fête des esprits malins en mai. L'étymologie du mot 'mai' est discutée, avec des propositions comme 'Madius' ou 'Majus'. Le texte sert de préface aux nouvelles publiées dans le Mercure, un journal. L'auteur, récemment nommé à la direction du Mercure, attend des correspondances dignes d'intérêt pour le public. En attendant, il présente un extrait de cinq lettres reçues pour son usage personnel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 190-193
« Je crois en bonne foy qu'on veut me rendre Auteur [...] »
Début :
Je crois en bonne foy qu'on veut me rendre Auteur [...]
Mots clefs :
Auteur, Énigmes, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je crois en bonne foy qu'on veut me rendre Auteur [...] »
Je crois en bonne foy
qu'on veut me rendre Auteur
malgré moy. Il n'y a
pas juſqu'à l'Enigme que
j'ay attendu pendant tout
le mois , que j'ay demandé
à tout le monde , &
dont perſonne n'a voulu
me faire preſent. Je n'ay
de ma vie travaillé àdeviner
les ouvrages , & en1
GALANT. 191
-core moins à les compoſer;
cependant on m'afſeure
que je ſuis indiſpenfablement
obligé de mettre
une ou deux Enigmes
dans chaque Mercure.
Biendes gens ont du goût
pour ces obſcuritez , & le
plaiſir de trouver le nom
d'une choſe par le détail
des choses qui lui appar
tiennent , détermine , diton,
un grand nombre de
perſonnes à achetter le
Mercure pour l'Enigme.
192 MERCURE
un
Voilà plus de raiſon qu'il
n'en faut , pour me determiner
moy - même à la
faire , au défaut de ceux
qui me rendroient
grand ſervice , s'ils voulorent
m'en épargner la
peine : Mais en attendant
leur ſecours , puiſqu'il n'y
a pas moyen de m'en dédire
, & qu'il faut que je
forge des Enigmes pour la
premiere fois de ma vie,
je laiſſe aux perſonnes qui
ont la pénétration de les
deviner,
GALANT. 193
deviner , le ſoin de juger
ſi je me ſuis bien ou
mal tiré de celles que je
leur donne. Le mot de
la premiere Enigme du
mois dernier eſt le Lys
& la Rose , & celuy de
l'autre eſt l'Eventail.
qu'on veut me rendre Auteur
malgré moy. Il n'y a
pas juſqu'à l'Enigme que
j'ay attendu pendant tout
le mois , que j'ay demandé
à tout le monde , &
dont perſonne n'a voulu
me faire preſent. Je n'ay
de ma vie travaillé àdeviner
les ouvrages , & en1
GALANT. 191
-core moins à les compoſer;
cependant on m'afſeure
que je ſuis indiſpenfablement
obligé de mettre
une ou deux Enigmes
dans chaque Mercure.
Biendes gens ont du goût
pour ces obſcuritez , & le
plaiſir de trouver le nom
d'une choſe par le détail
des choses qui lui appar
tiennent , détermine , diton,
un grand nombre de
perſonnes à achetter le
Mercure pour l'Enigme.
192 MERCURE
un
Voilà plus de raiſon qu'il
n'en faut , pour me determiner
moy - même à la
faire , au défaut de ceux
qui me rendroient
grand ſervice , s'ils voulorent
m'en épargner la
peine : Mais en attendant
leur ſecours , puiſqu'il n'y
a pas moyen de m'en dédire
, & qu'il faut que je
forge des Enigmes pour la
premiere fois de ma vie,
je laiſſe aux perſonnes qui
ont la pénétration de les
deviner,
GALANT. 193
deviner , le ſoin de juger
ſi je me ſuis bien ou
mal tiré de celles que je
leur donne. Le mot de
la premiere Enigme du
mois dernier eſt le Lys
& la Rose , & celuy de
l'autre eſt l'Eventail.
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Résumé : « Je crois en bonne foy qu'on veut me rendre Auteur [...] »
L'auteur exprime sa réticence à composer des énigmes pour le Mercure, bien qu'il soit pressé de le faire. Il avoue n'avoir jamais travaillé à deviner ou composer des œuvres de ce genre. Cependant, il reconnaît que de nombreuses personnes apprécient les énigmes et achètent le Mercure pour les résoudre. Se sentant obligé de créer des énigmes en l'absence de secours de la part des autres, il en présente deux. Les solutions de ces énigmes sont respectivement 'le Lys et la Rose' et 'l'Eventail'. L'auteur laisse aux lecteurs le soin de juger de la qualité de ses énigmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 193-195
ENIGME.
Début :
Sans Corps & sans Couleur je raisonne sur tout, [...]
Mots clefs :
Fable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Sans Corps & ſans
Couleur je raisonne
fur tout ,
May 1714. R
194 MERCURE
Toûjours Misterieuse , ou
Simple oufigurée ;
Des animaux, des fleurs
dont la terre estparée ,
Les difcours par mon Art
ont fait un nouveau
:
goût.
Fayfait mille tableaux, où
j'aydepeint leshommes :
La nature a formé mes
traits & mes craiyons ,
Je luy dois les comparaifons
7
Qui nous peignent tels que
noussommes.
GALANT. 125
Mais en vain lesſçavans
qui travaillent fur
mays meling
Employent mon fecours
pour démasquer le
vice,
Chacun mefent,m'avoue,
&l'on a l'injustice
De nourrir les défauts
qu'on reconnoitroit enfoy.
Sans Corps & ſans
Couleur je raisonne
fur tout ,
May 1714. R
194 MERCURE
Toûjours Misterieuse , ou
Simple oufigurée ;
Des animaux, des fleurs
dont la terre estparée ,
Les difcours par mon Art
ont fait un nouveau
:
goût.
Fayfait mille tableaux, où
j'aydepeint leshommes :
La nature a formé mes
traits & mes craiyons ,
Je luy dois les comparaifons
7
Qui nous peignent tels que
noussommes.
GALANT. 125
Mais en vain lesſçavans
qui travaillent fur
mays meling
Employent mon fecours
pour démasquer le
vice,
Chacun mefent,m'avoue,
&l'on a l'injustice
De nourrir les défauts
qu'on reconnoitroit enfoy.
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6
p. 195-198
AUTRE.
Début :
Quoyque je sois de matiere insensible, [...]
Mots clefs :
Ongle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Quoyque je fois de matiere
infenſible,
Rij
196 MERCURE
؟
Rien n'est pourtantplus
... ſenſible que moy.
Utile quelquefois ,&quelquefois
nuisible ,
On me fait exercerpartout
le même employ.
Chaque humain a vingt
fois maforme & mafi-
Figure ? )
Les anneaux de l'Hymen
me paſſent ſur le corps,
Ce n'est enfin qu'aprés de
violents efforts ,
Que l'on me vost ſouvent
tomber par avanture.
GALANT. 197
Quelquefois d'un rubis que
jeporte à l'envers ,
Famuſe les appas que mon
maistre respecte,
Le Poëte avec moy fait &
defait ſes Vers ,
Au lit, debout, j'attaque ,
j'écrase l'infecte.
Jesuis court, je suis long,
foible, dur, haut&bas :
Fefers petits&grands des
piedsjusqu'à la teste .
La place où je me mets
n'est souvent quere
bonneste ,
Riij
198 MERCURE
Enfin vous me voyez &
ne me voyez pas..
Quoyque je fois de matiere
infenſible,
Rij
196 MERCURE
؟
Rien n'est pourtantplus
... ſenſible que moy.
Utile quelquefois ,&quelquefois
nuisible ,
On me fait exercerpartout
le même employ.
Chaque humain a vingt
fois maforme & mafi-
Figure ? )
Les anneaux de l'Hymen
me paſſent ſur le corps,
Ce n'est enfin qu'aprés de
violents efforts ,
Que l'on me vost ſouvent
tomber par avanture.
GALANT. 197
Quelquefois d'un rubis que
jeporte à l'envers ,
Famuſe les appas que mon
maistre respecte,
Le Poëte avec moy fait &
defait ſes Vers ,
Au lit, debout, j'attaque ,
j'écrase l'infecte.
Jesuis court, je suis long,
foible, dur, haut&bas :
Fefers petits&grands des
piedsjusqu'à la teste .
La place où je me mets
n'est souvent quere
bonneste ,
Riij
198 MERCURE
Enfin vous me voyez &
ne me voyez pas..
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7
p. 198-204
« Je prie ceux qui devineront le mot des Enigmes, & [...] »
Début :
Je prie ceux qui devineront le mot des Enigmes, & [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je prie ceux qui devineront le mot des Enigmes, & [...] »
Je prie ceux qui devineront
le mot des Enigmes
, & qui voudront que
leurs noms entrent dans le
Mercure , comme, cela ſe
pratiquoit fous Mr Devifé
, de fe faire écrire chez
le ſieur Jollet , ſur le Pont
S. Michel , du coſté du
Palais , au Livre Royal;
chez Ribou , fur le Quay
des Auguſtins ; & chez THEQUE DELA
LYON
BIBLIO
*
1993
*
GALANT.2
THEQUE
le ſieur Lamefle , ruẽ dứ
1833
Foin , prés S. Yves , qur
recevront tout ce qu'on
leur apportera pour leMercure
, d'avoir attention
que tous les noms propres
fur tout foient écrits de
façon , que les Imprimeurs
n'ayent pas plus de peine
à les deviner , qu'ils en au
ront eu eux-mêmes à deviner
l'Enigme. 2
Ceux qui envoyeront
des Memoires , auront
foin , s'il leur plaift d'en
1
R iiij
200 MERCURE
payer le port , & de les
adreſſer aux mêmes endroits.
Jeréponds d'avance du
bon acceüil que je feray
aux bonnes pieces que
l'on m'envoyra , & il ne
tiendra pas à moy que le
Public ne leur rende autant
de justice qu'elles en
meriteront.
Pour ce qui concerne
les nouvelles du monde
je promets de n'en donner
jamais de fauſſes , je
:
GALANT. 201
Par
prie ſeulement le Public
de me permettre de m'étendre
quelquefois ſur les
circonſtances qui me preſenteront
des faits Hiſtoriques
, que je croyray digne
de l'amuſer.
exemple l'Hiſtoire de la
mort du Bacha de Damas
, qui eſt ſi fraîche ,que
perſonne n'en apeut-eftre
encore entendu parler me
fournira la matiere d'une
des plus curieuſes nouvelles
de mon ſecondMer
202 MERCURE
cure. Je réponds encore ,
quelque libertéque je pren
ne , dans le détail de mes
nouvelles , que je ne confondray
jamais le menſonge
avec la verité : Il ſeroir
trop facile de prendre
ſouvent l'un pour l'autre,
& l'on ne me reprochera
jamais d'avoir furpris la
Religion du Public. Mais
on a affez de lumiere pour
demefler l'Epiſode du
fond de l'Hiſtoire , & af--
ſez de curioſité pour trouGALANT.
203
ver bon que je me ſerve
quelquefois d'exemples
& de comparaiſons pour
donner plus d'ornement
& d'authorité à la nouveauté
des faits que je ra
conteray.
Au reſte quelque difficile
que foit le Public ,&
quelquebonne raiſon qu'il
ait de l'eſtre , il doit , s'il
eſt juſte , comme je n'en
doute point , ſe contenter
du zele avec lequel je ſuis
preſt à le ſervir, & pour
204 MERCURE
me mettre à une épreuve
qui luy plaiſe , il n'a qu'à
me prefter de bonne foy
fes opinions & fſes avantures
, il verra comme je
luy rendray fideleinent ſes
fentimens & fon Hiftoire.
le mot des Enigmes
, & qui voudront que
leurs noms entrent dans le
Mercure , comme, cela ſe
pratiquoit fous Mr Devifé
, de fe faire écrire chez
le ſieur Jollet , ſur le Pont
S. Michel , du coſté du
Palais , au Livre Royal;
chez Ribou , fur le Quay
des Auguſtins ; & chez THEQUE DELA
LYON
BIBLIO
*
1993
*
GALANT.2
THEQUE
le ſieur Lamefle , ruẽ dứ
1833
Foin , prés S. Yves , qur
recevront tout ce qu'on
leur apportera pour leMercure
, d'avoir attention
que tous les noms propres
fur tout foient écrits de
façon , que les Imprimeurs
n'ayent pas plus de peine
à les deviner , qu'ils en au
ront eu eux-mêmes à deviner
l'Enigme. 2
Ceux qui envoyeront
des Memoires , auront
foin , s'il leur plaift d'en
1
R iiij
200 MERCURE
payer le port , & de les
adreſſer aux mêmes endroits.
Jeréponds d'avance du
bon acceüil que je feray
aux bonnes pieces que
l'on m'envoyra , & il ne
tiendra pas à moy que le
Public ne leur rende autant
de justice qu'elles en
meriteront.
Pour ce qui concerne
les nouvelles du monde
je promets de n'en donner
jamais de fauſſes , je
:
GALANT. 201
Par
prie ſeulement le Public
de me permettre de m'étendre
quelquefois ſur les
circonſtances qui me preſenteront
des faits Hiſtoriques
, que je croyray digne
de l'amuſer.
exemple l'Hiſtoire de la
mort du Bacha de Damas
, qui eſt ſi fraîche ,que
perſonne n'en apeut-eftre
encore entendu parler me
fournira la matiere d'une
des plus curieuſes nouvelles
de mon ſecondMer
202 MERCURE
cure. Je réponds encore ,
quelque libertéque je pren
ne , dans le détail de mes
nouvelles , que je ne confondray
jamais le menſonge
avec la verité : Il ſeroir
trop facile de prendre
ſouvent l'un pour l'autre,
& l'on ne me reprochera
jamais d'avoir furpris la
Religion du Public. Mais
on a affez de lumiere pour
demefler l'Epiſode du
fond de l'Hiſtoire , & af--
ſez de curioſité pour trouGALANT.
203
ver bon que je me ſerve
quelquefois d'exemples
& de comparaiſons pour
donner plus d'ornement
& d'authorité à la nouveauté
des faits que je ra
conteray.
Au reſte quelque difficile
que foit le Public ,&
quelquebonne raiſon qu'il
ait de l'eſtre , il doit , s'il
eſt juſte , comme je n'en
doute point , ſe contenter
du zele avec lequel je ſuis
preſt à le ſervir, & pour
204 MERCURE
me mettre à une épreuve
qui luy plaiſe , il n'a qu'à
me prefter de bonne foy
fes opinions & fſes avantures
, il verra comme je
luy rendray fideleinent ſes
fentimens & fon Hiftoire.
Fermer
Résumé : « Je prie ceux qui devineront le mot des Enigmes, & [...] »
Le texte est une annonce invitant les lecteurs à soumettre des solutions aux énigmes publiées dans le périodique Mercure. Les solutions doivent être envoyées chez le sieur Jollet sur le Pont Saint-Michel, chez Ribou sur le Quai des Augustins, ou chez le sieur Lamefle rue d'Ussé près Saint-Yves. Les auteurs sont priés d'écrire les noms propres de manière claire pour faciliter le travail des imprimeurs. Les mémoires peuvent également être envoyés aux mêmes adresses, avec la possibilité de payer le port. L'auteur promet un accueil favorable aux bonnes pièces et assure que le public leur rendra justice. Concernant les nouvelles, l'auteur s'engage à ne jamais en donner de fausses, tout en se réservant le droit de s'étendre sur les circonstances des faits historiques. Par exemple, l'histoire récente de la mort du Bacha de Damas sera traitée dans une des prochaines éditions. L'auteur affirme qu'il ne confondra jamais le mensonge avec la vérité et utilise des exemples et comparaisons pour enrichir ses récits. Le public est invité à se fier au zèle de l'auteur pour servir la vérité et à soumettre ses opinions et aventures pour voir comment elles seront fidèlement rapportées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 204-212
« Les circonstances d'un événement le rendent souvent le plus [...] »
Début :
Les circonstances d'un événement le rendent souvent le plus [...]
Mots clefs :
Incendie, Circonstances, Flammes, Maisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les circonstances d'un événement le rendent souvent le plus [...] »
Les circonstances d'un
événement le rendent ſouvent
le plus conſiderable qu'il
n'eſt en luy-même. Par
exemple , on ne s'étonnera
pas que le feu prenne quelquefois
dans une grande Ville
comme Paris ; mais il y a de1
GALANT. 205
quoy s'étonner lorſqu'il y
prend , que les maiſons les
plus proches de celle qui brûle
ne ſoient point endommagées
du malheur de leur voifine.
Le monde eſt plein
du bruit de ces fameuſes incendies
qui ont ſouvent mis
des Villes en cendre. Plus
d'onze mille maiſons qui furentconſommées
par les flâmmes
de Conſtantinople il y a
environ un an , & la Ville de
Romhild en Saxe , qui vient
d'eſtre preſque entierement
bruflée , font de triſtes comparaiſons
qui ne peuvent fer206
MERCURE
de
vir qu'à faire admirer davantage
la diligence , le zele& les
précautionsdesMagiftrats
Paris. Le feu qui n'eſt point
allumé par la guerre , n'a dans
toutes les Villes du monde
quelesmêmes principes ; mais
il n'a pas dans celle- cy les mêmes
progrés. Lorſqu'il prend
icy on ade la peine à s'imaginer
qu'ailleurs des Villes enticres
periffent par les flammes,&
lorſqu'il prend ailleurs on ne
peut pas concevoir avec quelle
diligence on l'éteint icy.
Qu'on ne me reproche pas
qu'il faut n'avoir rien àdire
GALANT. 207
à
au Public pour l'entretenir
d'une maiſon brûlée , je crois
qu'il n'y a dans aucun Mercure
guere d'article qui ſoit plus
raisonnable que celuy cy ;
moins qu''oonn neprétende être
en droit de m'alleguer qu'une
choſe n'eſt bonne à raconter
qu'autant que les incidens du
fait ont cauſe d'éclat ou de
defordre.
Celuy dont il eſt queſtion
va me ſervir de réponſe à
toutes les objections du monde.
:
Le 12. de ce mois le feu
prit au bout de la tuë de la
1
208 MERCURE
Barillerie , derriere le Palais,à
la maiſond'un nommé Jean
Billoüard , Marchand de Bottes,
entre les quatre & cinq
heures du matin , ſa maiſon
embraſée du bas en haut ,
menaçoit déja les maiſons de
fon voiſinage, lorſque Monſieur
le premier Préſident &
Monfieur d'Argenfon y arriverent.
Les ordres ques les 2.
Magiſtrats donnerent , furent
ſipromptement executez qu'à
peine les Pompes de la Ville
furent amenées , les canaux
des ruës ouverts , & ces eaux
multipliées , & portées fans
relâche
GALANT. 209
1
relâche au milieu des flammes,
que le feu fut éteint.
Les gens qui aiment les
- grands évenemens , en verroient
de reſte dans une Ville
comme Paris, fiune pareillevi
gilance & des ſoins pareils ,
n'arrêtoient pas dans leurs ,
commencemens , le progrés
des defordres qui pourroient
y arriver tous les jours.
J'ay raconté le fond de
P'accident,je paffe maintenant
aux circonstances.ool of
L'efcalier de cette maiſon
fut le premier devoré par la
flamme. Anfi quatre ou cing
May 1714. S
210 MERCURE
ménages, peuplez d'hommes ,
de femmes ,&de petits enfans
qui Thabitoient trouverent ,
aprés que quelques uns des
premiers éveillez le furent ſauvez
par les toits , qu'il n'yavoit
plus de ſalut pour eux , à
moins de fauter par les fenêtres.
On mit des matelats
dans la ruë pour les recevoir
pendant que ſept perfonnes
deſcendoient d'une croiſée
du troiſième étage , avec
le ſecours d'une corde groffe
comme la moitié du petit
doit. Alors une Mere ( dont
les mouvemens font allez dif
GALANT. 211
ficiles à exprimer ) prit une
petite fille de trois ans qui ref.
toit encore avec elle dans la
chambre , elle l'embraffa , &
en même temps elle l'envoya
par la feneſtre: Un particulier
l'a reçût ſaine & fauve entre
ſes bras : Elle fit le ſaut aprés
ſon enfant , fa réſolution la
ſauva auxdépens de quelques
contufions: Mais c'eſt peu de
choſe pour un fi grand faut.
Un pauvre ouvrier qui demeuroit
au quatriéme , fut le
ſeul à qui il en coûta la vie:
Il ſe précipita de ſa fenestre
fur le pavé, oùil expiraàl'inf
S ij
212 MERCURE
tant. La vie d'un homme eſt
certainement d'un prix important;
mais je crois qu'on
ne sçauroit voir dans nul endroit
du monde de fi triſtes
Avantures àſi peu de frais.....
événement le rendent ſouvent
le plus conſiderable qu'il
n'eſt en luy-même. Par
exemple , on ne s'étonnera
pas que le feu prenne quelquefois
dans une grande Ville
comme Paris ; mais il y a de1
GALANT. 205
quoy s'étonner lorſqu'il y
prend , que les maiſons les
plus proches de celle qui brûle
ne ſoient point endommagées
du malheur de leur voifine.
Le monde eſt plein
du bruit de ces fameuſes incendies
qui ont ſouvent mis
des Villes en cendre. Plus
d'onze mille maiſons qui furentconſommées
par les flâmmes
de Conſtantinople il y a
environ un an , & la Ville de
Romhild en Saxe , qui vient
d'eſtre preſque entierement
bruflée , font de triſtes comparaiſons
qui ne peuvent fer206
MERCURE
de
vir qu'à faire admirer davantage
la diligence , le zele& les
précautionsdesMagiftrats
Paris. Le feu qui n'eſt point
allumé par la guerre , n'a dans
toutes les Villes du monde
quelesmêmes principes ; mais
il n'a pas dans celle- cy les mêmes
progrés. Lorſqu'il prend
icy on ade la peine à s'imaginer
qu'ailleurs des Villes enticres
periffent par les flammes,&
lorſqu'il prend ailleurs on ne
peut pas concevoir avec quelle
diligence on l'éteint icy.
Qu'on ne me reproche pas
qu'il faut n'avoir rien àdire
GALANT. 207
à
au Public pour l'entretenir
d'une maiſon brûlée , je crois
qu'il n'y a dans aucun Mercure
guere d'article qui ſoit plus
raisonnable que celuy cy ;
moins qu''oonn neprétende être
en droit de m'alleguer qu'une
choſe n'eſt bonne à raconter
qu'autant que les incidens du
fait ont cauſe d'éclat ou de
defordre.
Celuy dont il eſt queſtion
va me ſervir de réponſe à
toutes les objections du monde.
:
Le 12. de ce mois le feu
prit au bout de la tuë de la
1
208 MERCURE
Barillerie , derriere le Palais,à
la maiſond'un nommé Jean
Billoüard , Marchand de Bottes,
entre les quatre & cinq
heures du matin , ſa maiſon
embraſée du bas en haut ,
menaçoit déja les maiſons de
fon voiſinage, lorſque Monſieur
le premier Préſident &
Monfieur d'Argenfon y arriverent.
Les ordres ques les 2.
Magiſtrats donnerent , furent
ſipromptement executez qu'à
peine les Pompes de la Ville
furent amenées , les canaux
des ruës ouverts , & ces eaux
multipliées , & portées fans
relâche
GALANT. 209
1
relâche au milieu des flammes,
que le feu fut éteint.
Les gens qui aiment les
- grands évenemens , en verroient
de reſte dans une Ville
comme Paris, fiune pareillevi
gilance & des ſoins pareils ,
n'arrêtoient pas dans leurs ,
commencemens , le progrés
des defordres qui pourroient
y arriver tous les jours.
J'ay raconté le fond de
P'accident,je paffe maintenant
aux circonstances.ool of
L'efcalier de cette maiſon
fut le premier devoré par la
flamme. Anfi quatre ou cing
May 1714. S
210 MERCURE
ménages, peuplez d'hommes ,
de femmes ,&de petits enfans
qui Thabitoient trouverent ,
aprés que quelques uns des
premiers éveillez le furent ſauvez
par les toits , qu'il n'yavoit
plus de ſalut pour eux , à
moins de fauter par les fenêtres.
On mit des matelats
dans la ruë pour les recevoir
pendant que ſept perfonnes
deſcendoient d'une croiſée
du troiſième étage , avec
le ſecours d'une corde groffe
comme la moitié du petit
doit. Alors une Mere ( dont
les mouvemens font allez dif
GALANT. 211
ficiles à exprimer ) prit une
petite fille de trois ans qui ref.
toit encore avec elle dans la
chambre , elle l'embraffa , &
en même temps elle l'envoya
par la feneſtre: Un particulier
l'a reçût ſaine & fauve entre
ſes bras : Elle fit le ſaut aprés
ſon enfant , fa réſolution la
ſauva auxdépens de quelques
contufions: Mais c'eſt peu de
choſe pour un fi grand faut.
Un pauvre ouvrier qui demeuroit
au quatriéme , fut le
ſeul à qui il en coûta la vie:
Il ſe précipita de ſa fenestre
fur le pavé, oùil expiraàl'inf
S ij
212 MERCURE
tant. La vie d'un homme eſt
certainement d'un prix important;
mais je crois qu'on
ne sçauroit voir dans nul endroit
du monde de fi triſtes
Avantures àſi peu de frais.....
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Résumé : « Les circonstances d'un événement le rendent souvent le plus [...] »
Un incendie s'est déclaré à Paris, chez Jean Billoüard, marchand de bottes près du Palais, vers quatre heures du matin. Rapidement, les flammes menaçaient les maisons voisines. Les magistrats, dont le Premier Président et Monsieur d'Argenfon, ont ordonné l'intervention des pompes de la ville et l'ouverture des canaux des rues, permettant ainsi de maîtriser le feu avant qu'il ne cause des dégâts majeurs. L'incendie a détruit l'escalier, piégeant plusieurs familles. Quatre ou cinq ménages ont dû sauter par les fenêtres, amorties par des matelas placés dans la rue. Sept personnes ont été secourues à l'aide d'une corde. Une mère a sauvé son enfant de trois ans en le lançant par la fenêtre avant de sauter elle-même, subissant quelques contusions. Un ouvrier habitant au quatrième étage a malheureusement péri en se précipitant par la fenêtre. La rapidité et l'efficacité des autorités parisiennes ont contrasté avec les destructions massives observées dans d'autres villes comme Constantinople et Romhild en Saxe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 266-280
« Je m'imagine que tout ce qui s'appelle ceremonie [...] »
Début :
Je m'imagine que tout ce qui s'appelle ceremonie [...]
Mots clefs :
Cérémonies, Procession, Dieu, Roi, Madrid, Hommes, Église, Palais, Fête-Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je m'imagine que tout ce qui s'appelle ceremonie [...] »
qui
s'appelle
ceremo
nie
dans
le
monde
n'a
rion
dont
le
détail
foit
GALANTA 267
fort réjoüiſſant, & qu'on
ne peut pas diſconvenir
de cette maxime d'Horace
:
و
Segnius irritant animos
demiffa per aurem
Quàm quæ funt oculis
fubjecta fidelibus .
Pour lover la beauté des
lieux ,
Pouren admirer les
tartermerveilles
On est plûtôt pris par
alides yeux
Qu'on n'est feduit par
Zij
468 MERCURE
les oreilles .
Cependant comme il
n'y a qu'une petite partie
des hommes qui puifſe
voir ce que les autres
ne peuvent apprendre
que par oüi-dire , je croy
que le recit de certaines
ceremonies deo nôtre
pays , ou d'un autre , a
quelque choſe qui inter
reſſe le lecteur preſque
autant que celui qui en
fait part à eu de plaiſir à
les voir. Cela ſuppoſe
GALANT. 269
je vais dire deux mots
de la Fête Dieu , & des
ceremonies extraordinaires
que ce jour- là l'afage
autoriſe en certains
pays. J'en parlerai , comme
je parlerai chaque
mois des jours que quel
ques nouveautez diſtin
guent ànotre égard chez
les differentes nations
de l'Europe.
La Fête- Dieu , ou plutôt
la Fête du S. Sacrement ,
fut inftituée , ſelon la plus
Z iij
270 MERCURE
veritable & la plus commune
opinion , ſous le Pontificat
d'Urbain IV. l'an 1264.
comme il paroît par une
Bulle dattée d'Orviette le
huitième jour de Septembre
1264. qui ſe trouve dans
le Corps du Droit Canon ,
& dans le grand Bulliaire
de Cherubin.
C'eſt un jour folemnel
cheztous les Chrétiens. Les
ruës jonchées de fleurs, l'exterieur
des maiſons paré
des plus belles tapiſſeries
qui les meublent , les repofoirs,
l'allegreſſe des peu
GALANT. 271
ples , les chants & les or
nemens del'Eglife , les proceffions
, & la délivrance
des priſonniers , en font en
France un jour de pieté ,
de ſplendeur & d'indulgence.
4
Mais il y a en Flandre ,
en Italie , en Eſpagne & en
Portugal bien plus de ceremonies
encore qu'en France.
Ces quatre nations font
dans ce grand jour à peu
prés le même étalage. Les
Eſpagnols & les Portugais
fur tout , font ceux dont le
ceremonial eſt le plus ma
Z iiij
272 MERCURE
gnifique. La deſcription de
la Proceffion de la Fête-
Dieu à Lisbonne reſſemble
tellement à celle de Madrid
, à l'exception de quelques
bannieres de Saints
qu'on porte à l'une,&qu'on
ne porte pas à l'autre , que
je vais , pour abreger le
détail de ces ceremonies ,
ne repreſenter en peu de
mots ces deux Proceffions
que ſous le portrait de celle
qui le fait à Madrid. ,
Les ruës où le S. Sacre
ment doit paffer font fa
blées , & femées de fleurs
a
GALANT. 273
odoriferantes , les maiſons
fonttapiſſées ,&les balcons
parez de tapis de Turquie ,
de Perſe& des Indes. Toutes
les jaloufies ſont levées,
& les Dames Eſpagnoles
font le plus bel ornement
de leurs balcons. Par tout
où la Proceffion paffe on
eft à couvert de l'ardeur
du foleil , par la precaution
que l'on a de tendre fur les
ruës , à la hauteur des maifons
, de grandes, toiles
comme celles qu'on voit
en France au deſſus des ré
pofoirs. La place du Palais
i
274 MERCURE
eſt parée des plus riches
tapifferies de la Couronne.
Le Roy d'Eſpagne fort à
dix heures du matin de ſon
Palais , il va joindre la Proceſſion
à l'Egliſe de ſainte
Marie , il la ſuit à pied jufqu'à
une heure aprés midi ,
ou plûtôt il ne la quinte que
lors qu'elle eſt rentrée à
l'Egliſe où il l'a jointe.Tous
les Prelats qui ſont à Madrid,
tous les Grands d'Ef
pagne , les Officiers de la
Couronne , & les Miniſtres
Catholiques étrangers l'accompagnent.
Le peuple le
/
GALANT. 275
fuit en foule , en criant :
Alabado sea el fantiffimo ,
alabado fea Dios, viva elRey,
viva , viva. Dieu ſoit loué,
vive le Roy, vive le Roy.
Voici l'ordre de la Proceffion.
Au milieu d'une centaine
de bannieres qui reprefentent
differens Saints , on
voit une douzaine d'hommes
enfermez dans de
grandes machines de carton
, hautes comme nos
premiers étages. Ces machines
font des images des
Geans , des Sarrafins , des
276 MERCURE
Juifs & desMores qui jadis
s'emparerent de l'iſpagne.
L'expoſition de ces figures
eſt une eſpece d'amende
honorable , qui fe renou.
velle tous les ans , pour
honorer la memoire de
Ferdinand d'Arragon &
d'Iſabelle de Caſtille , qut
exterminerent & chaffe.
rent tous les Juifs & les
Mores,dont cesRoyaumes
étoient remplis. On porte
de même des images de
nains. & de monftres ; &
l'on fair , a ce qu'on m'a dit,
fur les figures allufion à
GALANT. 277
l'hereſie &à l'idolâtrie, qui
n'ont point d'accés en Ef
pagne. Le fameux dragon
que ſainteThereſe étrangla
dans la forêt de Terragon
ne , paroît enſuité ſur une
grande machine de bois ,
portée par huit hommes.
La Sainte eſt à genoux fur
cemoftre. Cetriomphe eſt
fuivi de deux ou trois ban
des de danſeurs , vêtus à
peu prés comme nos coureurs.
Ils ont à leurs mains
des castagnettes , ou des
tambours de baſque , des
raquettes , ou des plaques
278 MERCURE
de fer , dont ils tirent avec
beaucoup d'adreſſe des fons
qui les font danſer en ca
dence. Ils s'arrêtent ordinairement
aux portes de
chaque Palais , d'où on leur
jette par les fenêtres quel
ques pieces d'argent pour
les faire danſer. Cesipetits
amuſemens ne laiſſent pas
d'interrompre quelquefois
l'ordre de la Proceffion.
Cependant toutes les Communautez
des arts &amé
tiers marchent deux àdeux,
chacun tenant un cierge&
unbouquet à lamain. Alors
GALANT. 179
les trompettes & les hautbois
à la tête du Clergé ,
compoſé de tous les Prêtres
& de tous les Religieux qui
font à Madrid , entonnent
des airs auſquels répond
plus loinune troupe de gens
comme eux. Les chants de
l'Egliſe ſe mêlent avec pieté
au ſon des inſtrumens. Il y
a entre chaque Communauté
une bande de danſeurs
, qu'on dit être une
figure des anciens Ifraëlites
qui danſoient autour de
l'arche , comme ceux - ci
danſent autour des reliques
80 MERCURE
du Patron de la Communauté
qu'ils ſuivent. Cette
Proceflion est compoſée de
blus de quatre mille per-
Jonnes qui vont pendant
rois grandes heures de re-
Doſoirs en repoſoirs Le Roy
ft avec toute ſa Cour diectement
à la ſuite du Saint
Sacrement.
s'appelle
ceremo
nie
dans
le
monde
n'a
rion
dont
le
détail
foit
GALANTA 267
fort réjoüiſſant, & qu'on
ne peut pas diſconvenir
de cette maxime d'Horace
:
و
Segnius irritant animos
demiffa per aurem
Quàm quæ funt oculis
fubjecta fidelibus .
Pour lover la beauté des
lieux ,
Pouren admirer les
tartermerveilles
On est plûtôt pris par
alides yeux
Qu'on n'est feduit par
Zij
468 MERCURE
les oreilles .
Cependant comme il
n'y a qu'une petite partie
des hommes qui puifſe
voir ce que les autres
ne peuvent apprendre
que par oüi-dire , je croy
que le recit de certaines
ceremonies deo nôtre
pays , ou d'un autre , a
quelque choſe qui inter
reſſe le lecteur preſque
autant que celui qui en
fait part à eu de plaiſir à
les voir. Cela ſuppoſe
GALANT. 269
je vais dire deux mots
de la Fête Dieu , & des
ceremonies extraordinaires
que ce jour- là l'afage
autoriſe en certains
pays. J'en parlerai , comme
je parlerai chaque
mois des jours que quel
ques nouveautez diſtin
guent ànotre égard chez
les differentes nations
de l'Europe.
La Fête- Dieu , ou plutôt
la Fête du S. Sacrement ,
fut inftituée , ſelon la plus
Z iij
270 MERCURE
veritable & la plus commune
opinion , ſous le Pontificat
d'Urbain IV. l'an 1264.
comme il paroît par une
Bulle dattée d'Orviette le
huitième jour de Septembre
1264. qui ſe trouve dans
le Corps du Droit Canon ,
& dans le grand Bulliaire
de Cherubin.
C'eſt un jour folemnel
cheztous les Chrétiens. Les
ruës jonchées de fleurs, l'exterieur
des maiſons paré
des plus belles tapiſſeries
qui les meublent , les repofoirs,
l'allegreſſe des peu
GALANT. 271
ples , les chants & les or
nemens del'Eglife , les proceffions
, & la délivrance
des priſonniers , en font en
France un jour de pieté ,
de ſplendeur & d'indulgence.
4
Mais il y a en Flandre ,
en Italie , en Eſpagne & en
Portugal bien plus de ceremonies
encore qu'en France.
Ces quatre nations font
dans ce grand jour à peu
prés le même étalage. Les
Eſpagnols & les Portugais
fur tout , font ceux dont le
ceremonial eſt le plus ma
Z iiij
272 MERCURE
gnifique. La deſcription de
la Proceffion de la Fête-
Dieu à Lisbonne reſſemble
tellement à celle de Madrid
, à l'exception de quelques
bannieres de Saints
qu'on porte à l'une,&qu'on
ne porte pas à l'autre , que
je vais , pour abreger le
détail de ces ceremonies ,
ne repreſenter en peu de
mots ces deux Proceffions
que ſous le portrait de celle
qui le fait à Madrid. ,
Les ruës où le S. Sacre
ment doit paffer font fa
blées , & femées de fleurs
a
GALANT. 273
odoriferantes , les maiſons
fonttapiſſées ,&les balcons
parez de tapis de Turquie ,
de Perſe& des Indes. Toutes
les jaloufies ſont levées,
& les Dames Eſpagnoles
font le plus bel ornement
de leurs balcons. Par tout
où la Proceffion paffe on
eft à couvert de l'ardeur
du foleil , par la precaution
que l'on a de tendre fur les
ruës , à la hauteur des maifons
, de grandes, toiles
comme celles qu'on voit
en France au deſſus des ré
pofoirs. La place du Palais
i
274 MERCURE
eſt parée des plus riches
tapifferies de la Couronne.
Le Roy d'Eſpagne fort à
dix heures du matin de ſon
Palais , il va joindre la Proceſſion
à l'Egliſe de ſainte
Marie , il la ſuit à pied jufqu'à
une heure aprés midi ,
ou plûtôt il ne la quinte que
lors qu'elle eſt rentrée à
l'Egliſe où il l'a jointe.Tous
les Prelats qui ſont à Madrid,
tous les Grands d'Ef
pagne , les Officiers de la
Couronne , & les Miniſtres
Catholiques étrangers l'accompagnent.
Le peuple le
/
GALANT. 275
fuit en foule , en criant :
Alabado sea el fantiffimo ,
alabado fea Dios, viva elRey,
viva , viva. Dieu ſoit loué,
vive le Roy, vive le Roy.
Voici l'ordre de la Proceffion.
Au milieu d'une centaine
de bannieres qui reprefentent
differens Saints , on
voit une douzaine d'hommes
enfermez dans de
grandes machines de carton
, hautes comme nos
premiers étages. Ces machines
font des images des
Geans , des Sarrafins , des
276 MERCURE
Juifs & desMores qui jadis
s'emparerent de l'iſpagne.
L'expoſition de ces figures
eſt une eſpece d'amende
honorable , qui fe renou.
velle tous les ans , pour
honorer la memoire de
Ferdinand d'Arragon &
d'Iſabelle de Caſtille , qut
exterminerent & chaffe.
rent tous les Juifs & les
Mores,dont cesRoyaumes
étoient remplis. On porte
de même des images de
nains. & de monftres ; &
l'on fair , a ce qu'on m'a dit,
fur les figures allufion à
GALANT. 277
l'hereſie &à l'idolâtrie, qui
n'ont point d'accés en Ef
pagne. Le fameux dragon
que ſainteThereſe étrangla
dans la forêt de Terragon
ne , paroît enſuité ſur une
grande machine de bois ,
portée par huit hommes.
La Sainte eſt à genoux fur
cemoftre. Cetriomphe eſt
fuivi de deux ou trois ban
des de danſeurs , vêtus à
peu prés comme nos coureurs.
Ils ont à leurs mains
des castagnettes , ou des
tambours de baſque , des
raquettes , ou des plaques
278 MERCURE
de fer , dont ils tirent avec
beaucoup d'adreſſe des fons
qui les font danſer en ca
dence. Ils s'arrêtent ordinairement
aux portes de
chaque Palais , d'où on leur
jette par les fenêtres quel
ques pieces d'argent pour
les faire danſer. Cesipetits
amuſemens ne laiſſent pas
d'interrompre quelquefois
l'ordre de la Proceffion.
Cependant toutes les Communautez
des arts &amé
tiers marchent deux àdeux,
chacun tenant un cierge&
unbouquet à lamain. Alors
GALANT. 179
les trompettes & les hautbois
à la tête du Clergé ,
compoſé de tous les Prêtres
& de tous les Religieux qui
font à Madrid , entonnent
des airs auſquels répond
plus loinune troupe de gens
comme eux. Les chants de
l'Egliſe ſe mêlent avec pieté
au ſon des inſtrumens. Il y
a entre chaque Communauté
une bande de danſeurs
, qu'on dit être une
figure des anciens Ifraëlites
qui danſoient autour de
l'arche , comme ceux - ci
danſent autour des reliques
80 MERCURE
du Patron de la Communauté
qu'ils ſuivent. Cette
Proceflion est compoſée de
blus de quatre mille per-
Jonnes qui vont pendant
rois grandes heures de re-
Doſoirs en repoſoirs Le Roy
ft avec toute ſa Cour diectement
à la ſuite du Saint
Sacrement.
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Résumé : « Je m'imagine que tout ce qui s'appelle ceremonie [...] »
La Fête-Dieu, également connue sous le nom de Fête du Saint-Sacrement, a été instaurée en 1264 sous le pontificat d'Urbain IV. Cette célébration chrétienne se distingue par des cérémonies solennelles en France, en Flandre, en Italie, en Espagne et au Portugal. En France, les festivités incluent l'ornementation des rues avec des fleurs et des tapisseries, ainsi que des processions religieuses accompagnées de chants et d'ornements. Lors de ces processions, les prisonniers sont libérés. En Espagne et au Portugal, les cérémonies sont particulièrement somptueuses. À Madrid, les rues sont pavées de fleurs, les maisons tapissées, et les balcons décorés de tapis précieux. La procession madrilène, à laquelle participe le roi d'Espagne, comprend des bannières de saints, des figures de géants, de Sarrasins, de Juifs et de Maures, ainsi que des représentations de nains et de monstres. Des danseurs et des musiciens accompagnent la procession, et des pièces d'argent sont distribuées aux danseurs. La procession rassemble plus de quatre mille participants, incluant diverses communautés d'artisans et de métiers, chacun portant un cierge et un bouquet. La procession religieuse implique plusieurs milliers de participants transportant les reliques du patron de la communauté de reposoir en reposoir sur une période de trois heures, suivis par le roi et sa cour derrière le Saint-Sacrement.
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10
p. 3-9
MERCURE NOUVEAU.
Début :
Je croy en effet qu'il n'est pas de [...]
Mots clefs :
Public, Mercure galant
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texteReconnaissance textuelle : MERCURE NOUVEAU.
MERCURE DEL
=
LYON
NOUVEAU 1893
E croy en effet
J qu'il n'est pas
de meilleur métier
pour faire bientôt
connoillance avec tout
le monde que celui
d'auteurdu Mercure
7
galant
: mais je croy auffi
Juin 1714. Aij
4 1
MERCURE
qu'il n'en eſt pas de plus
importun. Eſtre diſtrait
par toute la terre , s'entretenir
pour le public
descorrefpondances par
tout, & faire un livre
tous les mois : voila juftement
l'employ dont je
fuis charge.
1 On me dit , pour
m'encouragen , qu'on a
eu affez d'indu gence
pour mon premi tvor
Jume Ce fuffrage m'eſt
indifferent ; je n'en yeux
A
1
GALANT. }S
point pour les ouvrages
que je donne : ils ne
m'appartiennent pas afſez
pour meriter tant de
grace , & ce feroit tout
de que je pourrois exiger
, ſi j'étois l'inventeur
ou le garantdes faitsque
je rapporte. D'ailleurs ,
à examiner de plus prés
ce ſentiment d'indulgence
, qu'on me fait afſez
valoir , je ne voy pas
qu'il y ait beaucoup de
quoy flater la vanité d'un
A iij
6 MERCURE
homme à qui le public ,
fans offenſer ſa delicateſſe
, peut ſçavoir meilleur
gré de ſes nouvelles.
Tant de perſonnes
m'ont queſtionné ſur le
chapitre de cette riche
eſclave dont j'ai parlé
dans mon premier Mercure;
j'ai vu tant de Cavaliers
de bonne mine
me demander ſi cette
hiſtoire n'étoit pas un
conte de ma façon ; j'ai
en un mot rafſuré tant
GALANT. 7
१
de monde ſur le merite,
la richeffe & les intentions
de cette fille , que
j'ai vûë à Madrid, & que
pluſieurs Miniſtres étrangers
, & mille honnêtes
gens qui font ici
ont vûë comme moy ,
que ce ſeul article devoit
engager tous les
pretendans à publier
qu'un homme qui donne
de fi bonnes adref
fes , merite plûtôt des
applaudiſſemens foli-
Aiiij
8 MERCURE
des qu'une ſeche indulgence.
Mais vous n'y
fongez pas , me dit- on ,
de faire tant le delicat
fur les fuffrages qu'on
vous ête , ou qu'on vous
accorde ; le public aime
auſſi peu les détails que
les repliques , &fi vous
voulez être de ſes amis ,
ne ſongez qu'à lui donner
ſouvent de bonnes
pieces , un grand nombre
de faits , & peu de
reflexions ; il eſt affez
GALANT. 9
C fage pour faire lui même
celles qui lui conviennent.
Je remercie le
donneur d'avis ; fon conſeil
me paroît ſi raifonnable
, que je vais , fans
autre prélude , debuter
par cette hiſtoire , & copier
l'original que m'en
a donné celui qui en a
été le principal acteur.
Son nom est Olivier de
la Barriere , a prefent
Capitaine commandant
un bataillon François.
=
LYON
NOUVEAU 1893
E croy en effet
J qu'il n'est pas
de meilleur métier
pour faire bientôt
connoillance avec tout
le monde que celui
d'auteurdu Mercure
7
galant
: mais je croy auffi
Juin 1714. Aij
4 1
MERCURE
qu'il n'en eſt pas de plus
importun. Eſtre diſtrait
par toute la terre , s'entretenir
pour le public
descorrefpondances par
tout, & faire un livre
tous les mois : voila juftement
l'employ dont je
fuis charge.
1 On me dit , pour
m'encouragen , qu'on a
eu affez d'indu gence
pour mon premi tvor
Jume Ce fuffrage m'eſt
indifferent ; je n'en yeux
A
1
GALANT. }S
point pour les ouvrages
que je donne : ils ne
m'appartiennent pas afſez
pour meriter tant de
grace , & ce feroit tout
de que je pourrois exiger
, ſi j'étois l'inventeur
ou le garantdes faitsque
je rapporte. D'ailleurs ,
à examiner de plus prés
ce ſentiment d'indulgence
, qu'on me fait afſez
valoir , je ne voy pas
qu'il y ait beaucoup de
quoy flater la vanité d'un
A iij
6 MERCURE
homme à qui le public ,
fans offenſer ſa delicateſſe
, peut ſçavoir meilleur
gré de ſes nouvelles.
Tant de perſonnes
m'ont queſtionné ſur le
chapitre de cette riche
eſclave dont j'ai parlé
dans mon premier Mercure;
j'ai vu tant de Cavaliers
de bonne mine
me demander ſi cette
hiſtoire n'étoit pas un
conte de ma façon ; j'ai
en un mot rafſuré tant
GALANT. 7
१
de monde ſur le merite,
la richeffe & les intentions
de cette fille , que
j'ai vûë à Madrid, & que
pluſieurs Miniſtres étrangers
, & mille honnêtes
gens qui font ici
ont vûë comme moy ,
que ce ſeul article devoit
engager tous les
pretendans à publier
qu'un homme qui donne
de fi bonnes adref
fes , merite plûtôt des
applaudiſſemens foli-
Aiiij
8 MERCURE
des qu'une ſeche indulgence.
Mais vous n'y
fongez pas , me dit- on ,
de faire tant le delicat
fur les fuffrages qu'on
vous ête , ou qu'on vous
accorde ; le public aime
auſſi peu les détails que
les repliques , &fi vous
voulez être de ſes amis ,
ne ſongez qu'à lui donner
ſouvent de bonnes
pieces , un grand nombre
de faits , & peu de
reflexions ; il eſt affez
GALANT. 9
C fage pour faire lui même
celles qui lui conviennent.
Je remercie le
donneur d'avis ; fon conſeil
me paroît ſi raifonnable
, que je vais , fans
autre prélude , debuter
par cette hiſtoire , & copier
l'original que m'en
a donné celui qui en a
été le principal acteur.
Son nom est Olivier de
la Barriere , a prefent
Capitaine commandant
un bataillon François.
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Résumé : MERCURE NOUVEAU.
Le texte est un extrait du 'Mercure Galant' de 1714. L'auteur exprime une ambivalence envers son métier d'écrivain pour cette publication, le voyant à la fois comme un moyen de se faire connaître et comme une tâche pénible. Il doit gérer des correspondances mondiales et publier un livre mensuel. Indifférent aux éloges pour son premier ouvrage, il ne se considère pas comme le créateur des faits rapportés. Le public préfère les nouvelles aux réflexions. L'auteur a souvent été interrogé sur une histoire concernant une riche esclave. Il affirme que cette histoire, vue par plusieurs ministres étrangers et honnêtes gens, mérite des applaudissements. Il décide de raconter cette histoire, dont le principal acteur est Olivier de la Barriere, actuellement capitaine commandant un bataillon français.
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11
p. 10-14
Réflexions sur l'Histoire [titre d'après la table]
Début :
Il m'a paru que la suite d'une histoire interrompüe [...]
Mots clefs :
Digressions, Histoire, Palais, Lecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur l'Histoire [titre d'après la table]
Il m'a paru que la
fuite d'une histoire interrompuë
par des defcriptions
de palais, de
villes & de campagnes ,
refroidiſſoit l'attention
du lecteur, dont naturellement
l'esprit n'a pour
objet que le dénoûment
de l'intrigue qu'on lui raconte.
Si quelqu'un doute
de l'effet dégoûtant de
ces digreffions ,je lui confeillede
prendre la peine
ou le plaisir de lire
GALANT. 11
i
Clelie, Polexandre, Cyrus,&
vingt autresRo.
mans semblables , où il
verra ſouvent, àlasuite
d'un combat àoutrance ,
ou du raviſſement d'une
belle Princeße ,la Princeffe&
leChevalierfaire
un inventaire des
meubles & des tableaux
admirables dont étoient
ornezles Palais de leurs
ayeux. Pourmoy , je ne
Sçaifi c'estfaute de goût
pour l'architecture , que
1
12 MERCURE
lorſque j'ai rencontré
quelques-uns de ces édi
fices superbes je les ai
toûjours fautez , pour
me remettre plûtôt à
l'histoire , & j'ai pense
que les lecteurs qui trouveroient
de pareilles
descriptions dans mon
Mercare , pourroient
bienfauter tout mon liure.
Il y a cependant
des circonstances dont le
détail , neceſſaire à l'in
telligence de l'histoire
GALANT .
Erablit pour les acteurs
des fituations interesfantes
s'il nefaut ni les
negligers nitrop les éten
- Pour ne rien laiffer à
desirer au lecteur qui
veut s'inſtruire , j'ai crû
ne pouvoir mieux faire
que de marquer d'un
chiffre tous les endroits
dont je ne pourrai tui
faire la peinturefansin
terrompre le fil de ma
narration ,& de to rom
14 MERCURE
voyer , par le moyen de
ces chiffres , à lafin de
Chiſtoire, où il trouvera
tout ce qui manquoit à
Sacuriosité. J'aurai tous
les mois la même еxас-
titude.
fuite d'une histoire interrompuë
par des defcriptions
de palais, de
villes & de campagnes ,
refroidiſſoit l'attention
du lecteur, dont naturellement
l'esprit n'a pour
objet que le dénoûment
de l'intrigue qu'on lui raconte.
Si quelqu'un doute
de l'effet dégoûtant de
ces digreffions ,je lui confeillede
prendre la peine
ou le plaisir de lire
GALANT. 11
i
Clelie, Polexandre, Cyrus,&
vingt autresRo.
mans semblables , où il
verra ſouvent, àlasuite
d'un combat àoutrance ,
ou du raviſſement d'une
belle Princeße ,la Princeffe&
leChevalierfaire
un inventaire des
meubles & des tableaux
admirables dont étoient
ornezles Palais de leurs
ayeux. Pourmoy , je ne
Sçaifi c'estfaute de goût
pour l'architecture , que
1
12 MERCURE
lorſque j'ai rencontré
quelques-uns de ces édi
fices superbes je les ai
toûjours fautez , pour
me remettre plûtôt à
l'histoire , & j'ai pense
que les lecteurs qui trouveroient
de pareilles
descriptions dans mon
Mercare , pourroient
bienfauter tout mon liure.
Il y a cependant
des circonstances dont le
détail , neceſſaire à l'in
telligence de l'histoire
GALANT .
Erablit pour les acteurs
des fituations interesfantes
s'il nefaut ni les
negligers nitrop les éten
- Pour ne rien laiffer à
desirer au lecteur qui
veut s'inſtruire , j'ai crû
ne pouvoir mieux faire
que de marquer d'un
chiffre tous les endroits
dont je ne pourrai tui
faire la peinturefansin
terrompre le fil de ma
narration ,& de to rom
14 MERCURE
voyer , par le moyen de
ces chiffres , à lafin de
Chiſtoire, où il trouvera
tout ce qui manquoit à
Sacuriosité. J'aurai tous
les mois la même еxас-
titude.
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Résumé : Réflexions sur l'Histoire [titre d'après la table]
Le texte examine les effets négatifs des descriptions détaillées de palais, villes et campagnes sur l'attention du lecteur dans une histoire. Ces digressions interrompent le récit et détournent l'esprit du lecteur du dénouement de l'intrigue. Pour illustrer ce point, l'auteur cite des romans comme 'Clelie', 'Polexandre', 'Cyrus' et d'autres, où des descriptions superflues apparaissent souvent après des moments clés de l'intrigue. L'auteur avoue avoir sauté ces descriptions dans ces ouvrages et craint que les lecteurs fassent de même avec son propre travail, le 'Mercure'. Cependant, il reconnaît l'importance de certains détails nécessaires à la compréhension de l'histoire. Il propose de marquer d'un chiffre les passages descriptifs pour permettre au lecteur de les consulter à la fin du récit sans interrompre la narration. Cette méthode sera appliquée mensuellement avec exactitude.
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12
p. 100-110
Remarques sur l'Histoire.
Début :
1. Si je ne me faisois pas un scrupule, en parlant de [...]
Mots clefs :
Remarques, Maison, Italie, Mantoue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques sur l'Histoire.
Remarques fur l'Histoire.
1. Si je ne me faifois pas
un ſcrupule , en parlant de
l'Italie , de paſſer pour le copiſte
de Miſſon , je m'étendrois
davantage , pour la
fatisfaction des lecteurs ,
fur les remarques que j'ai
promiſes , & je ne me piquerois
pas de la delicateſſe
de ne les entretenir que des
choſes qu'il a negligé de
voir , ou qu'il a oublié de
nous dire , aufli bien que
GALANT. 101
tous ceux qui en ont écrit.
Le Lac de Garde fournit
affez d'eau à la petite riviere
du Mincio , pour faire
de la ville de Mantouë une
eſpece de Peninſule entou
réede tous les côtez , à l'exception
de celui de la porte
Pradelle&de la porte delTé,
d'un marais large & profond,
dont les exhalaiſons
infectent l'air pendant l'Eté
, & dont le poiſſon eft
deteſtable en tout temps.
2. Le Palais del Té ( dont
Miſſon ne dit rien ) eft un
grandbâtiment dont les ga
I iij
Io2 MERCURE
leries & les appartemens
ſervirent les premieres an.
nées de cette guerre d'hôpital
aux Officiers & aux
foldats malades de nôtre
armée. Il y a du côté du
jardin , au rés de chauffée
de cet édifice , un grand &
magnifique ſalon , où l'on
voit à freſque ſur lesquatre
murailles , & à la voûte qui
le compofent, un tableau
fuperbe du combat des
Geans contre les Dieux ,
qu'on m'a aſſuré être de la
main de P. Perugin, ce que
je n'ai pas ofé croire. On
GALANT . 103
peut faire à tout moment
dans ce fallon une expe
rience aſſez finguliere.
Quand même ce ſalon
feroit plein demonde, deux
perſonnes qui s'entendent
peuvent , d'un angle du ſa
lon à l'autre angle oppofé,
en tournant le vifage vers
leur angle,ſe parler comme
fi elles ſe parloient à l'o
reille,ſans que perſonne en
tende ce qu'elles ſe diſent.
3. San Benedetto * eſt un
grand Convent de Bene.
dictins à dix mille deMan
* Misson n'en dit pas un mot
I iiij
104 MERCURE
touë. Cette maiſon eſt une,
des plus riches & des plus
ſuperbesMaiſons Religieuſes
qui ſoient en Italie. Elle
a ſervi long- temps alternativement
de logement aux
Generaux des deux armées
quiyétoientpendant la derniere
guerre. Les fondemens
de cet édifice font immenfes
, ſes cours , fes portiques
, fes eſcaliers , & fes
colydors font magnifiques.
La nefde l'Egliſe de ceMonaftere
, dont tout le pavé
eſt de marbre , eſt plus
grande ſeule que toute la
GALANT. 105
fameuſe Egliſe de Notre-
Dame de Bourg en Breſſe.
J'ai oui dire aux gens du
pays que les caves de ce
Convent étoient pleines de
tonnes d'argent , que ces
Moines amaſſoient depuis
un temps immemorial. Je
ne doute pas qu'il n'y ait eu
des grands Seigneurs affez
curieux pour examiner de
fort prés fur quoy ce bruit
étoit fondé.
4. Serpent. Dans le jardin
du Palais de Marmirol
vingt Officiers de la garnifon
de Mantouë , dont j'é
106 MERCURE
tois du nombre , en virent
une fois un qui avoit au
moins huit pieds de longueur
; il s'épanoüiffoit fur
une grande piece de marbre
que le Soleil avoit é
chauffée. Il fut tué à coups
de canne & d'épée.
5. Cafa bianca. C'est une
maiſon blanche faite à peu
prés commeje l'ai dépeinte
dans mon Hiſtoire. Elle a
ſervi ( pendant quelques
mois , du temps que M. le
Comte de Vaubecour commandoit
à Mantouë ) d'azile
aux payſans, qui eſcarmou
GALANT . 107 *
choient preſque à coup für
tous les foldats qui avoient
l'audace ou le malheur de
s'écarter de leur troupe
6. Chambre perduë. Il n'y
a gueres de maiſon raifonnable
en Italie & en Eſpagne
, où il n'y ait un petit
quartier, compoſé au moins
d'une chambre & d'un efcalier
dérobé , qu'on ne
s'aviſeroit jamais de chercher
, fi les maîtres ou les
domeftiques des maiſons
n'y conduiſoient pas ceux
1 àqui ils veulent bien montrer
ces détours.
to MERCURE
7. Regio dans le Modenois
eſtune petite ville fort jolie,
bien ſituée, bienbâtie, dont
les ruës font,comme àBoulogne
, ornées des deux cô
tez de grands portiques de
pierre, où l'on peut en tout
tems marcher à couvertde
la pluie & du ſoleil. La principale
occupation , ou plus
tôt le plus grand commerce
des habitans de cette ville ,
conſiſte en des ouvragesde.
peu de valeur. Ils font avec
des os , qu'ils travaillent
affez groflierement , des
croix , des reliquaires , des
GALANT. 109
1
bagues , & cent autres bagatelles,
qu'ils portent , ou
qu'ils envoyent dans toute
Italie.
Si ces courtes remarques
n'ennuyent point le
public, je les continuerai
dans tous mes Mercures
finon je ſouhaite
trouver quelqu'un qui
puiſſe me répondre pour
tout le monde , qu'elles
ne font du goût de perfonne
: alors je cefferai
d'en faire. Je ne me preforis
aucun arrangement,
Ho MERCURE
&je neſuis esclaved' aucune
methode ,que je ne
fois prêt d'abandonner ,
quand on voudra prendre
la peine de me mener
à mon but par une
route plus agreable. Fe
vais en paſſant , & en
attendant qu'on daigne
me parler franchement
furla conduite de cet ouvrage
, dire deux mots
du mois de Juin.
1. Si je ne me faifois pas
un ſcrupule , en parlant de
l'Italie , de paſſer pour le copiſte
de Miſſon , je m'étendrois
davantage , pour la
fatisfaction des lecteurs ,
fur les remarques que j'ai
promiſes , & je ne me piquerois
pas de la delicateſſe
de ne les entretenir que des
choſes qu'il a negligé de
voir , ou qu'il a oublié de
nous dire , aufli bien que
GALANT. 101
tous ceux qui en ont écrit.
Le Lac de Garde fournit
affez d'eau à la petite riviere
du Mincio , pour faire
de la ville de Mantouë une
eſpece de Peninſule entou
réede tous les côtez , à l'exception
de celui de la porte
Pradelle&de la porte delTé,
d'un marais large & profond,
dont les exhalaiſons
infectent l'air pendant l'Eté
, & dont le poiſſon eft
deteſtable en tout temps.
2. Le Palais del Té ( dont
Miſſon ne dit rien ) eft un
grandbâtiment dont les ga
I iij
Io2 MERCURE
leries & les appartemens
ſervirent les premieres an.
nées de cette guerre d'hôpital
aux Officiers & aux
foldats malades de nôtre
armée. Il y a du côté du
jardin , au rés de chauffée
de cet édifice , un grand &
magnifique ſalon , où l'on
voit à freſque ſur lesquatre
murailles , & à la voûte qui
le compofent, un tableau
fuperbe du combat des
Geans contre les Dieux ,
qu'on m'a aſſuré être de la
main de P. Perugin, ce que
je n'ai pas ofé croire. On
GALANT . 103
peut faire à tout moment
dans ce fallon une expe
rience aſſez finguliere.
Quand même ce ſalon
feroit plein demonde, deux
perſonnes qui s'entendent
peuvent , d'un angle du ſa
lon à l'autre angle oppofé,
en tournant le vifage vers
leur angle,ſe parler comme
fi elles ſe parloient à l'o
reille,ſans que perſonne en
tende ce qu'elles ſe diſent.
3. San Benedetto * eſt un
grand Convent de Bene.
dictins à dix mille deMan
* Misson n'en dit pas un mot
I iiij
104 MERCURE
touë. Cette maiſon eſt une,
des plus riches & des plus
ſuperbesMaiſons Religieuſes
qui ſoient en Italie. Elle
a ſervi long- temps alternativement
de logement aux
Generaux des deux armées
quiyétoientpendant la derniere
guerre. Les fondemens
de cet édifice font immenfes
, ſes cours , fes portiques
, fes eſcaliers , & fes
colydors font magnifiques.
La nefde l'Egliſe de ceMonaftere
, dont tout le pavé
eſt de marbre , eſt plus
grande ſeule que toute la
GALANT. 105
fameuſe Egliſe de Notre-
Dame de Bourg en Breſſe.
J'ai oui dire aux gens du
pays que les caves de ce
Convent étoient pleines de
tonnes d'argent , que ces
Moines amaſſoient depuis
un temps immemorial. Je
ne doute pas qu'il n'y ait eu
des grands Seigneurs affez
curieux pour examiner de
fort prés fur quoy ce bruit
étoit fondé.
4. Serpent. Dans le jardin
du Palais de Marmirol
vingt Officiers de la garnifon
de Mantouë , dont j'é
106 MERCURE
tois du nombre , en virent
une fois un qui avoit au
moins huit pieds de longueur
; il s'épanoüiffoit fur
une grande piece de marbre
que le Soleil avoit é
chauffée. Il fut tué à coups
de canne & d'épée.
5. Cafa bianca. C'est une
maiſon blanche faite à peu
prés commeje l'ai dépeinte
dans mon Hiſtoire. Elle a
ſervi ( pendant quelques
mois , du temps que M. le
Comte de Vaubecour commandoit
à Mantouë ) d'azile
aux payſans, qui eſcarmou
GALANT . 107 *
choient preſque à coup für
tous les foldats qui avoient
l'audace ou le malheur de
s'écarter de leur troupe
6. Chambre perduë. Il n'y
a gueres de maiſon raifonnable
en Italie & en Eſpagne
, où il n'y ait un petit
quartier, compoſé au moins
d'une chambre & d'un efcalier
dérobé , qu'on ne
s'aviſeroit jamais de chercher
, fi les maîtres ou les
domeftiques des maiſons
n'y conduiſoient pas ceux
1 àqui ils veulent bien montrer
ces détours.
to MERCURE
7. Regio dans le Modenois
eſtune petite ville fort jolie,
bien ſituée, bienbâtie, dont
les ruës font,comme àBoulogne
, ornées des deux cô
tez de grands portiques de
pierre, où l'on peut en tout
tems marcher à couvertde
la pluie & du ſoleil. La principale
occupation , ou plus
tôt le plus grand commerce
des habitans de cette ville ,
conſiſte en des ouvragesde.
peu de valeur. Ils font avec
des os , qu'ils travaillent
affez groflierement , des
croix , des reliquaires , des
GALANT. 109
1
bagues , & cent autres bagatelles,
qu'ils portent , ou
qu'ils envoyent dans toute
Italie.
Si ces courtes remarques
n'ennuyent point le
public, je les continuerai
dans tous mes Mercures
finon je ſouhaite
trouver quelqu'un qui
puiſſe me répondre pour
tout le monde , qu'elles
ne font du goût de perfonne
: alors je cefferai
d'en faire. Je ne me preforis
aucun arrangement,
Ho MERCURE
&je neſuis esclaved' aucune
methode ,que je ne
fois prêt d'abandonner ,
quand on voudra prendre
la peine de me mener
à mon but par une
route plus agreable. Fe
vais en paſſant , & en
attendant qu'on daigne
me parler franchement
furla conduite de cet ouvrage
, dire deux mots
du mois de Juin.
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Résumé : Remarques sur l'Histoire.
Le texte offre une série de remarques historiques sur diverses localités et bâtiments en Italie. L'auteur exprime son désir d'approfondir ces sujets mais se restreint pour éviter d'être perçu comme un copiste de Misson. Il mentionne plusieurs lieux et structures notables. Le Lac de Garde alimente la rivière du Mincio, entourant Mantoue d'un marais infect, à l'exception des portes Pradelle et del Té. Le Palais del Té, non mentionné par Misson, a servi d'hôpital pendant une guerre. Il possède un grand salon avec une fresque représentant le combat des Géants contre les Dieux, attribuée à Pierre Perugin. Ce salon permet une communication discrète entre deux personnes aux angles opposés. San Benedetto, un grand couvent bénédictin près de Mantoue, est riche et magnifique. Il a servi de logement aux généraux des armées et ses fondations sont immenses, avec des caves supposées pleines de tonnes d'argent. À Marmirol, vingt officiers ont vu un serpent de huit pieds de long dans le jardin du Palais, tué à coups de canne et d'épée. La Casa bianca servait de refuge aux paysans pendant les escarmouches avec les soldats. Presque toutes les maisons respectables en Italie et en Espagne possèdent une chambre secrète, difficile à trouver sans guide. Le Régio, dans le Modénois, est une petite ville bien située et bâtie, avec des rues ornées de portiques. Ses habitants fabriquent des objets de peu de valeur à partir d'os, comme des croix et des bagues. L'auteur conclut en exprimant son souhait de continuer ces remarques si elles ne déplaisent pas au public, tout en restant ouvert à des suggestions pour améliorer son ouvrage. Il aborde brièvement le mois de juin avant de conclure.
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13
p. 110-112
Discours sur le mois, [titre d'après la table]
Début :
Juin est le sixième mois de l'année Romaine, où le [...]
Mots clefs :
Mois de juin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur le mois, [titre d'après la table]
Juin eſt le ſixiéme mois
de l'année Romaine, où le
GALANT. Im
Soleil entre dans le ſigne
du Cancer , où eſt le ſolftice
d'Eté.
Ce mot vient du Latin
Junius , que quelques - uns
tirent àJunone. Ovide dans
le cinquiemedes Faſtes fait
dire à cette Déeſſe :
Junius à noſtro nomine nomen
babet.
C'est de mon nom que Juin
s reçoit le nom qu'il porte.
D'autres aiment mieux
le tirer à Junioribus , des
jeunes gens , comme le
mois de May étoit pour les
vieilles. Ovid. Sat.
112 MERCURE
Junius est juvenum , qui fuit
antefenum.
Lefigne des gemeaux annonce
à la vieilleffe
L'aimable retour du printemps
;
Mayréjouit les vieux, Juin
pour la jeuneffe
Se renonvelle tous les ans.
de l'année Romaine, où le
GALANT. Im
Soleil entre dans le ſigne
du Cancer , où eſt le ſolftice
d'Eté.
Ce mot vient du Latin
Junius , que quelques - uns
tirent àJunone. Ovide dans
le cinquiemedes Faſtes fait
dire à cette Déeſſe :
Junius à noſtro nomine nomen
babet.
C'est de mon nom que Juin
s reçoit le nom qu'il porte.
D'autres aiment mieux
le tirer à Junioribus , des
jeunes gens , comme le
mois de May étoit pour les
vieilles. Ovid. Sat.
112 MERCURE
Junius est juvenum , qui fuit
antefenum.
Lefigne des gemeaux annonce
à la vieilleffe
L'aimable retour du printemps
;
Mayréjouit les vieux, Juin
pour la jeuneffe
Se renonvelle tous les ans.
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Résumé : Discours sur le mois, [titre d'après la table]
Le texte évoque juin, sixième mois du calendrier romain, marqué par le solstice d'été. Son nom est attribué soit à Junon, soit aux jeunes gens, en opposition à mai. Ovide associe juin à la jeunesse et mai aux personnes âgées. Le signe des Gémeaux annonce le printemps.
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14
p. 166-169
« Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...] »
Début :
Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...]
Mots clefs :
Auteurs du Mercure, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...] »
Quelques utiles que foient
les avis que je viens de donner,
les Memoires Litteraires ne
font pas du gouſt de tout le
monde , le nombre de ceux
GALANT 167
qui les paflent , eſt auſſi grand
que celuy de ceux qui les lifent
, & il me ſemble que
j'entends tous mes Lecteurs
dire, que chacun doit trouver
dans mon Livre au moins
un article pour ſoy. J'en
tombe d'accord , mais je leur
repeteray encore que c'eſt à
cux à faire en forte que leur
curiofité ſoit fatisfaite. Ils
veulent des pieces courtes &
diverſifiées , qu'ils m'en donnent
; qu'ils foient eux-mêmes
les Auteurs du Mercure Galant
, il doit eſtre leur ouvra
ge plutoſt que le mien. Ils
168 MERCURE
trouveront alors dequoy s'amufer
avecplaisir de la varieté
continuelle qui doit faire tour
le merite de ce Livre.
Quelque bonne que foit la
Piecede Poësie que je leurdon
ne, fi un Madrigal, uneChan
fon, une Epigrame, un Son
net leur plaiſent davantage ,
qu'ils prennent la peine d'en
faire & de m'en envoyer , je
feray tout ce qu'ils voudront
pour leur plaire. Cependant
je prie ceux qui ſe meflent de
faire des Vers de lire avec
beaucoup d'attention la Picce
de Poësie que jeleur preſente,
&
GALANT. 169
&de ſe ſouvenir dans leurs
compoſitions , avec quel art ,
& à quel prix il eſt permis d'être
Poëte.
les avis que je viens de donner,
les Memoires Litteraires ne
font pas du gouſt de tout le
monde , le nombre de ceux
GALANT 167
qui les paflent , eſt auſſi grand
que celuy de ceux qui les lifent
, & il me ſemble que
j'entends tous mes Lecteurs
dire, que chacun doit trouver
dans mon Livre au moins
un article pour ſoy. J'en
tombe d'accord , mais je leur
repeteray encore que c'eſt à
cux à faire en forte que leur
curiofité ſoit fatisfaite. Ils
veulent des pieces courtes &
diverſifiées , qu'ils m'en donnent
; qu'ils foient eux-mêmes
les Auteurs du Mercure Galant
, il doit eſtre leur ouvra
ge plutoſt que le mien. Ils
168 MERCURE
trouveront alors dequoy s'amufer
avecplaisir de la varieté
continuelle qui doit faire tour
le merite de ce Livre.
Quelque bonne que foit la
Piecede Poësie que je leurdon
ne, fi un Madrigal, uneChan
fon, une Epigrame, un Son
net leur plaiſent davantage ,
qu'ils prennent la peine d'en
faire & de m'en envoyer , je
feray tout ce qu'ils voudront
pour leur plaire. Cependant
je prie ceux qui ſe meflent de
faire des Vers de lire avec
beaucoup d'attention la Picce
de Poësie que jeleur preſente,
&
GALANT. 169
&de ſe ſouvenir dans leurs
compoſitions , avec quel art ,
& à quel prix il eſt permis d'être
Poëte.
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Résumé : « Quelques utiles que soient les avis que je viens de donner, [...] »
Le texte traite de la réception des 'Mémoires Littéraires' et du 'Mercure Galant', notant des avis partagés : certains les apprécient, d'autres les critiquent. L'auteur reconnaît que chaque lecteur peut trouver un article à son goût dans son livre, mais souligne que la satisfaction des lecteurs dépend de leur propre engagement. Les lecteurs préfèrent des pièces courtes et variées. L'auteur encourage les lecteurs à contribuer eux-mêmes au 'Mercure Galant' pour enrichir son contenu. Il invite également les lecteurs à envoyer leurs créations poétiques, telles que des madrigaux, des chansons, des épigrammes ou des sonnets, promettant de les inclure pour leur plaisir. L'auteur recommande aux amateurs de poésie de lire attentivement la pièce présentée et de se rappeler les techniques et les efforts nécessaires pour bien composer des vers.
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15
p. 264-265
« On m'a déja envoyé des Enigmes, des avis au Public [...] »
Début :
On m'a déja envoyé des Enigmes, des avis au Public [...]
Mots clefs :
Public, Lecteurs, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On m'a déja envoyé des Enigmes, des avis au Public [...] »
On m'a déja envoyé des
Enigmes , des avis au Public
, & des conſeils particuliers
: je remercie ceux
qui m'ont fait ces préſents
GALANT. 265
&je les prie de m'en faire
encore. Qu'ils contribuent
au rétabliſſement duMercu
re,&pour le rendre intereffant
, utile , & agréable ,
que tant de mains y travaillent
, que tous ceux qui
m'aideront à le compoſer;
ayent le plaifir d'y reconnoiſtre
leurs Ouvrages , &
que de concert avec le
Public, j'en faſſe , pour la
fatisfaction des lecteurs ,
un Livre capable de faire
leplaifirde tout le monde ,
en amuſant agréablement
ceux qu'il ne pourra pas
inſtruire.
Enigmes , des avis au Public
, & des conſeils particuliers
: je remercie ceux
qui m'ont fait ces préſents
GALANT. 265
&je les prie de m'en faire
encore. Qu'ils contribuent
au rétabliſſement duMercu
re,&pour le rendre intereffant
, utile , & agréable ,
que tant de mains y travaillent
, que tous ceux qui
m'aideront à le compoſer;
ayent le plaifir d'y reconnoiſtre
leurs Ouvrages , &
que de concert avec le
Public, j'en faſſe , pour la
fatisfaction des lecteurs ,
un Livre capable de faire
leplaifirde tout le monde ,
en amuſant agréablement
ceux qu'il ne pourra pas
inſtruire.
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Résumé : « On m'a déja envoyé des Enigmes, des avis au Public [...] »
L'auteur sollicite des contributions pour rétablir le périodique le Mercure. Il remercie les lecteurs pour leurs énigmes, avis et conseils et les encourage à continuer. L'objectif est de rendre le périodique intéressant, utile et agréable, en réunissant les œuvres de nombreux collaborateurs. Chaque contributeur pourra reconnaître son travail et le résultat final visera à instruire et divertir les lecteurs.
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16
p. 291-294
RENDEZ-VOUS.
Début :
Je suppose que ceux qui m'ont demendé des / Salut amy : Je suis charmé [...]
Mots clefs :
Rendez-vous
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RENDEZ-VOUS.
Jeſuppoſe que ceux
qui m'ont demendé des
rendez-vous font de mes
amis , & qu'ils n'ont pas
voulu figner les lettres
qu'ils m'ont écrites pour
avoir le plaifir de badiner
avec moy plus à leur aiſe.
C'eſt leur affaire s'ils n'en
font pas , & s'ils en font
j'en ſuis ravi , & je les
invite à bon compte à
prendre en bonne part la
réponſe que je leur fais.
Si l'addreſſe que je donne
Bb ij
292 MERCURE
à chacun en particulier ,
leur plaiſt , en general ,
qu'ils ſe trouvent au rendez-
vous , je tiendray ma
parole
RENDEZ- vous.
3
Salut,amy:Jesuis char-
Du combatfingulier ou ta
Myse m'appelle:
Je voudrgis te parler auffi
galamment qu'ellers
Mais dufacre allon,Phebus
m'a réformé
da
GALANT. 293
Tu me promets honneur
gloire ,
Tu meflattes d'un grand
fuccés.
Mais crois-moy, ne briguons,
si nous pouvons
jamais
De place au temple de
memoire.
Allons rimer au cabaret ,
Faifons en un champ de
100
victoire
,
Chantons-y nos chansons
10
àboire ,
Et laiſſons franchement
Bb iij
294 MERCURE
nos vers au Cabinet.
Jefaisfur l'Helicon une
Valde figure ,
Jemeplais mieux ailleurs:
cours live mon Mercure ,
Et trouve-toy des que tu
l'auras lù ,
Chés Mouginot où okes
Darlu
qui m'ont demendé des
rendez-vous font de mes
amis , & qu'ils n'ont pas
voulu figner les lettres
qu'ils m'ont écrites pour
avoir le plaifir de badiner
avec moy plus à leur aiſe.
C'eſt leur affaire s'ils n'en
font pas , & s'ils en font
j'en ſuis ravi , & je les
invite à bon compte à
prendre en bonne part la
réponſe que je leur fais.
Si l'addreſſe que je donne
Bb ij
292 MERCURE
à chacun en particulier ,
leur plaiſt , en general ,
qu'ils ſe trouvent au rendez-
vous , je tiendray ma
parole
RENDEZ- vous.
3
Salut,amy:Jesuis char-
Du combatfingulier ou ta
Myse m'appelle:
Je voudrgis te parler auffi
galamment qu'ellers
Mais dufacre allon,Phebus
m'a réformé
da
GALANT. 293
Tu me promets honneur
gloire ,
Tu meflattes d'un grand
fuccés.
Mais crois-moy, ne briguons,
si nous pouvons
jamais
De place au temple de
memoire.
Allons rimer au cabaret ,
Faifons en un champ de
100
victoire
,
Chantons-y nos chansons
10
àboire ,
Et laiſſons franchement
Bb iij
294 MERCURE
nos vers au Cabinet.
Jefaisfur l'Helicon une
Valde figure ,
Jemeplais mieux ailleurs:
cours live mon Mercure ,
Et trouve-toy des que tu
l'auras lù ,
Chés Mouginot où okes
Darlu
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Résumé : RENDEZ-VOUS.
L'auteur d'une correspondance interprète les demandes de rendez-vous qu'il a reçues comme provenant d'amis souhaitant badiner librement avec lui. Il accepte cette situation et invite ses correspondants à bien prendre en compte sa réponse. Il précise que si l'adresse donnée plaît, ils doivent se rendre au rendez-vous, et il tiendra sa parole. Dans une lettre à un ami nommé Amy, l'auteur exprime son désir de parler galamment mais reconnaît que Phébus l'a réformé de ce rôle. Il refuse les promesses d'honneur et de gloire, préférant éviter de briguer une place au temple de mémoire. Il propose plutôt d'aller rimer au cabaret, de faire d'un champ de victoire et de chanter des chansons à boire, laissant leurs vers au cabinet. L'auteur se plaît mieux ailleurs qu'à l'Hélicon et demande à son messager de se rendre chez Mouginot pour le trouver.
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17
p. 3-6
MERCURE NOUVEAU.
Début :
Si on ne m'avoit pas demandé pour ce mois-ci [...]
Mots clefs :
Histoire, Remarques, Nouvelle espagnole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MERCURE NOUVEAU.
pas demandé pour
ce mois-ciune
Nouvelle
-
EfpaÊgnole
a-1 -- ,j'aurois donne àla
tête de ce Mercure FHiCtoire
galante d'une Molçqvire
avec un Lapon.:majs
oàne. perdra rien pour atte,
dre;& quoique queje
reponde que cette Nouvelle
vaut mieux que les
precedentes, j'ose encore : promettreque cellesqui j
suivront feront meilleures 2
quecelles que l'on aura
lûës.
Lemnoisprochain, pounj
rafraîchirmesiç£teurs auR
milieu- de la Canicule,je
-te| promènefaide Tiribira
{aiïCdprNéir,'qui' font dangn
-}è{ Fonddu Norddel'£u^
--îôj^petJealesprsie,en attenn trouvera
mauvaisr que- je*;;>
encore, un mois dans les
payscliauds.
Je continuerai, comme
je l'ai déjà dit, des remarquessur
les lieux donc je
parlerai danschaque Histoire,
jusquà ce qu'on s'ennuye
de les lire. ,:.
,
Me promenantunjour à
la Floridei, dans une des pe-,
tites mes du Manfanares1,*
un quart de lieuë de Mar
drid, le Chevalier de Mi-
- rador, Gentilhomme CaC.
tillan, avec qui j'etois, tira,
un papier de sa poche ,ôc
me lut à peu prés en çes-.
termes FHiAoire que je
vais raconter.
ce mois-ciune
Nouvelle
-
EfpaÊgnole
a-1 -- ,j'aurois donne àla
tête de ce Mercure FHiCtoire
galante d'une Molçqvire
avec un Lapon.:majs
oàne. perdra rien pour atte,
dre;& quoique queje
reponde que cette Nouvelle
vaut mieux que les
precedentes, j'ose encore : promettreque cellesqui j
suivront feront meilleures 2
quecelles que l'on aura
lûës.
Lemnoisprochain, pounj
rafraîchirmesiç£teurs auR
milieu- de la Canicule,je
-te| promènefaide Tiribira
{aiïCdprNéir,'qui' font dangn
-}è{ Fonddu Norddel'£u^
--îôj^petJealesprsie,en attenn trouvera
mauvaisr que- je*;;>
encore, un mois dans les
payscliauds.
Je continuerai, comme
je l'ai déjà dit, des remarquessur
les lieux donc je
parlerai danschaque Histoire,
jusquà ce qu'on s'ennuye
de les lire. ,:.
,
Me promenantunjour à
la Floridei, dans une des pe-,
tites mes du Manfanares1,*
un quart de lieuë de Mar
drid, le Chevalier de Mi-
- rador, Gentilhomme CaC.
tillan, avec qui j'etois, tira,
un papier de sa poche ,ôc
me lut à peu prés en çes-.
termes FHiAoire que je
vais raconter.
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Résumé : MERCURE NOUVEAU.
L'annonce de publication présente une série de nouvelles, incluant une 'histoire galante' entre une Moluquoise et un Lapon. L'auteur promet des récits futurs encore plus captivants. Pour le mois suivant, afin de divertir les lecteurs durant la canicule, il propose une promenade avec les personnages Tiribira et Prénir, originaires du Nord de l'Europe. Il exprime son regret de séjourner encore un mois dans des régions chaudes. L'auteur prévoit de continuer à commenter les lieux mentionnés dans chaque histoire jusqu'à ce que les lecteurs s'en lassent. Il relate également une rencontre avec le Chevalier de Mirador, un gentilhomme castillan, qui lui lit une histoire se déroulant à la Floride, près de Madrid.
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18
p. 6-53
HISTOIRE nouvelle.
Début :
Il y a environ six semaines que Don Alonzo de [...]
Mots clefs :
Maison, Chevalier, Dames, Madrid, Cavaliers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE nouvelle.
HISTOIRE
nouvelle.
IL y a environ lîx femaines
que Don Alonzo de
Cordouë,qui aune fort
belle maison de campagne
dans le village àzLegane^
m'invita à aller passer les
quinze premiers jours du
printempschez lui. Sa soeur,
qui est une fort aimable
fille, & qui avoit pour moy
1
des;bontezi que jene meritois
pas,, ; dévoies nous y
tenir-compagnie ; samaîtrelie
y devoir être avec
elle,30c Fernando dtb Rio
nôtre intime ami 3à qui
nous avions proposé quelques
jours auparavant de
(e mettre de la partie, a3a.
voit consentià être des notrès,
qu'à condition que sa
maîtresse en feroit aussi, te
que nous ne sortirions de
chez nôtre hôte, que pour
aller passer une autre quinzaine
à la maison de Pinto4.
Nous lui promîmes tout cc
u'il voulut^ lc.jaalpcii;
pour cette panses,.a^&enak
barquâmes nosrrpikBaflaes
dans un même'caroflfc, &
nous les simes*parrir<de,Ma-,
drid;deuxL>heurfifn«.valu
nous,afin.qu'elkaeuffen£
le tempsdesemettreàleur
aise, & de ..fc':¿repQ{et. ea
nbuss.ittçn(Jant:riI>£nôtre
cbuà nousimontâiries aussi
en carosse, aprésavoir ordonne
à nos valetsdeiious
tenir à l'entrée de la tfiuifc
nos chevaux prêtsapports
de la Vegts. Nôtre intention
écoit de nouspromener
mPxmo Kiejp.f,juiquSL
ce que nous pûssions prositc$
jdu. clair deL'une, pour
nous rendre plus fraîchement
àLeganez, ou nous
devions-nous mettre à taille
en arrivant. n-croitmieux'!-;,.' concerte
en apparence., que
çpî:te«partie-cependant elle
tournatout de travers pour
mes amis, pour leurs maîtreflfes
, & fort heureuse- ipçjitp<?urt.moy.
LesDames., que nous
avions eu lafage precautipn
de faire partir deux
bonnes heures avant nous
pour leur commodité, avoient ordonné à leurcocher
de marcher doucementypour
serendre ense
promenant à Leganez. Elles
avoient même déja fait
plus de la moitié du chemin,
lorsque deux Cavaliers,
qui s'étoient mis en
embuscade derriere une petite
hauteur, pour les voir
passer sans être vus, àrriverent
àtoute bride à leur
carosse. Vous n'avez pas un
moment de temps à per- dre, Mesdames, pour retourner
en diligence à Madrid
, leur dirent ils tout
hors d'haleine. Alonzo de
Cordoue, Fernando del
Rio, & un de leurs amis
qui etolt avec eux, viennent
de se faire une des
plus cruelles affaires du
monde. ils ont, je ne sçai "-
comment, insusté deux Dîmes
qui se promenoient au
Prado;elles s'en sont plaintes
à Don Lope de Cereza
qu'elles ont renconrré.
Ce Cavalier, qui est sans
doutede leurs amis, a voulu
sur le champ tirer raisonde
cette insulte. Leurs carosses
se sont accrochez; ils se
sont donne parole, ils,o-nt
pris le chemin de Val/ecas *
& là, trois contre trois,ils
se sont battus à oucrance.
Nous ayons vu la fin de ce combat, dont le détail funeste
ne seviroit quaaugmenter
vosalarmes, ôc qu'à
retarder le prompr secours
qu'ils attendent apparemment
de vous. Si
nous ne vous avions pas
* C*ef}Hnvillage cjtiifournit da
f un à bla Irii
> comme Gomjfc en fournit à Parisrenconcréesen
chemin,
nous aurions été vous chercher
jusques à Leganez
,
pour vousramener à Madrid,
à leur prière:mais heifc
reufement/nous sommes
encoreiiprocheau,lieuoù
leicombacvient de -faîpaJa (, fer, îqiienvretQunnantJ fias
vos pas, & prenant lapremiererouteà
droite, vous
verrez! de vos propres yeux
ôc lecham de bataille,&
peut-être même les com- battans.: ':
¡!!'j Ces deux,.,tendres dépit*
tez.finireiuiieur recit d'un
air si touchant, qu'ils per.
suaderent nos pauvres Dames,
qui donnerent de si
bonne grace dans le panneau,
queleurs nouveaux
guides, pour éviternôtre
rencontre, leur firent abandonnerle
grancLxrhemin
de Leganez;&fan^:trouver
aucune trace de nôtre
avanture, les firent rentrer
dans Madriduninstant avpantoqur'onteery:
sfer.mât , lei
D'un autre côté, pendantque
nousrte,fongibns
qu'à nous proencmurâraw
4qililcme^(/i%u Prado,voici
cequi nou^.arriya,
Nous remarquâmes un
c^roflfe d^fts lequel ;4toieac
qu0tr&0^ti- ïpicfiçdetempsentemps
les rideaux dont elles se
"rorvoient ;.oôllr fç cacher
JprÉque gqvkctl aurjpîTjéscFçlles.
Laplushabile
deces Dames me parla discreçemencaveç
ses ,doigts?J
êçaussiclairement queje
vous parléavec la bouche.
:M$lJ.Uv,roYfJz ,Chevalier,
me dit : elle,-aller, souper
^jour^Tyûîtegancziî
niais, je^bu^èn?empccticrai
bien.Ne témoignezrien
à-vosamis-dè- la menace
•-«jue^jfc*vqas* -fivous vouiez*<^ie<jerv<ôfii
de'doiirt-
8)magêIl agrc&bletfieriÉ"1du
:.fouper que-jê~ivous1 ferai
perdre0.Jhlui''tjépondii lîir
-dé tëàêhite*iQti ]»pà"daâs'ftc
-inertie'laijga la maujreîTe de»nousjoüer
ct.el;courIqu'a'llui='plaireit',
pourveu1qu'elles»engageât
a me
tenir-àla. litfcrtJaîpâ-
,
rôle qu'elle^me»*dotm&ic. ,medire elfe
: 3&? pour
:
jEÛeusTeacfeerJtë'ijcu°iP|*Se
nous
nous venions dç^jouer,2clhî3
dit touthaut:Eloignonsnvoiluessd,
qeucie,sdeCpauvisaplileurss,idn'cuin:'
quart d'heurequ'ils ~jpj~b
menentà côtedenous
n'ont pas seulement eUiJaj
politesse de nous ,q,jfF u~!~
parole obligeante. Çc^
cher, quitte la filedescarosses,
& mene-nous hor» ldelaville.
encore un..
tour de promenade , §3
avant qu'on fermâtles pqç,.,
tes8 de la ville ,nous ga",
gnâmes celle def laVega,
f
où nous montâmes à cheval
pour nous rendre à Le ganez.
A deux cens pas de Madrid
un vieillard, qui depuis
plus de vingt ans demande
l'aumône sur le grand chemin,
nouscria de sa hute :
Dieu vousgarde, Chevaliers
..Alonzo de Cordouë, ta mere
-se meurt ; Fernando delRio,
ta maîtresse te trahit ; Mirador,
la tiennet'attend.Vieillard
,lui dis- je,qui t'a appris
ces étranges nouvelles?
Ne m'en demande pas davantage,
me répondit-il,
donne-moy feulement l'aumône
, & va-t-en ou ton
honneur t'appelle.Reçois
cette aumône, luidit atiffi
tôt Alonzo,&dis moy dé
qui tu sçais la nouvelle que
tu viens de m'apprendre?
Je ne veux pointde ton
aumône,reprit le vieillard;
d'abord que tu attaches une
condition au bienque tu
me dois faire. Et toy, dit il
à Fernando, qui as compté
de passer quinze jours à Leganez,
& autant àPinto,
croy-moy,va-t-en à Aranjikï('*
, ravir ou ceder ta
maîtresse à ton rival. Cet
oracle nous cau sa des mouyemens
fort differens.Nous
restâmessur legrand ~he~
min,comme trois :hommes
qui ne sçavent où don.
ner df^a tête, Alonzoapprehendtfyep
raison de
ne pouvoir pasrentrerdans
la ville,Fernando juroit
qu'il étoitsipeu amoureux,
quoy ,q.u'il.,,cmaîtres,
le9quïl ne craignoit presque
ni concurrencç,niinfi-,
delité; & je sçavois de mon
côté moins que pcrfpnneoù^
monhonneur mappellôic.
Quoique je ne doutasse
point que la situation où
nousnous trouvions alors
ne fût un effet de la menace
de l'invisible
,
qui s'étoit
(ervie à la promenade de
ses doigts pour m'annoncer
l'intention quelle avoit de
se divertir à nos dépens; je
n'envifageois encore dans
cet exploit ni honneur, ni
gloire à acquérir.,,, Cependant nous nous
déterminâmes à ne nous
soinsquitter en dépit qç;
oracle, ôç nous fûmesau
galop jusquesà L^ganez*
Nous trouvâmestoutesles
portes de la maison d'Alonzo
fermées. Nous fîmes
grand bruit pour nous les
faire ouvrir; personne ne
vint. A la finresolus d'en
enfoncer une, une vieille,
que nôtre vacarme avoit
arrachée de son grabat,
parut à la fenêtre, & nous
demanda d'une voix tremblante,
quinous étions. Qui
je suis, infâmeDuegna 10 !
lui dit A lonzo, ne connoistu
pas ton maître ? Non,
reprit la vieille,il ya longtempsqu'il
est mort. Sivous,
demandez des prieres, j'en1
vais dire, pour vous: adieu,
bonsoir. Nous nous mîmes
alors à rire, & a jurer en
gens qui trouvoient la plaisanterie
bonne & mauvaise.
A la finnéanmoins nous
fîmestantde bruit, qu'on
vint nous ouvrir, maisd'une
façon qui nous surprit encore
plus que le compila
ment de la vieille. Six
grands estaffiers, a4 rmez de
buffles, de brogueles11, & de
longues épées, tenant chacun
un grand flambeau de
cire jauneà leurmain droite,
le chapeau retapé fut
les yeux, les cheveux luisans
derriere l'oreille, la
moustache retroussée, & le
broquele à la main gauche,
faisant un demi cercle autour
de deux grandes Dames
vêtues de noir,voilées,
& qui accordoient douloureusement
les plaintifs accens
de leurs voix aux cen..,
dres sons de leurs guitarres,
nous ouvrirent enfin la
porte en cadence.
Il J'oubliai alors qu'on m'avoit
donné le mot pour
respecter, comme mescamarades,
marades,les acteurs& les
actrices de cette ceremonie,
& aprèsavoiradmiré.,
auffiimmobilequ'eux,toute
la gravitéde ce fpfél-acle,
Alonzoleur dit:Mesdames,
trouveriez - vous mauvais
quej'entrassechezmoy > Npsn1a;îtrk(ses,iluidirencelles-
tnf;cmbi-,&, assez nonchalament,
ne reçoivent
guer-csde-vjfîtesàpareille
heures.Et sansdaigner leu-
•temènt^faiireattention qu-
:AJonw&¥ehoit: d©fle4ir demander
lapermission d'entrer
dans sa maison :
Gomibien
êtes-vous, continuerent-
elles? Estes-vous gens
de paix & d'honneur? te
avez-vousautant de ressources
de gayété, que
nous avons desujets d'affliction?
Aussitôt elles recommencerent
à selamenter
;
elles nousfirent signe
de marcher gravementderriere
elles. Ellesnous tour:,
nerent le dos, & nous les
suivîmesjusques dans jine
grandesalle,ou nous trou-
1vâmes deuxautresDagie* sur des ejlems11 de
jonçsi.•* • .»
Voici, Mesdames, leur
dirent nos conductrices,
trois étrangers que nous
vous presentons : c'est apparemment
le droit d'hofpitalité
qu'ils vous demandent
pour cette nuit; si vous
les recevez, ou jugez, vous
à propos qu'on les mette?
Voyez, dit l'une de ces
Dames
,
si la Guitanaest
couchée; ( c'étoitjustement
la vieille qui nous
avoit parlé par la fenêtre)
si elle l'est
,
qu'on la fasse
lever, & qu'elle cede son
lit à ces Meilleurs. Elle est
,
de fort bonne conversation,
& je ne doute point
qu'elle ne les amuse agréablement
jusqu'au jour,de la
bizarrerie des contes qu'
elle leur fera. Elle a àsa
part autant d'années qu'eux
trois: mais qu'importe?
«ellelaelg'esperirtfiai.n.,jeune & , 1
Et Mesdames, leur dit
Alonzo,je consens que vous
soyiez lesmaîtresses dans
jna maison
;
elles rirent à ce
mot: mais de grâce ne m'ex
posez pas aux trois plus
fâcheux inconveniensdu
monde ; elles rirent encore
plus fort. J'amene mes amis
chez moy y
vôtre presence
m'ôte la liberté de les y
recevoir.Nous mourons de
faim, & vous avez l'inhumanité
de nous envoyer
coucher sans souper. Enfin,
pour me dédommager de
l'infortune de ne trouvet
ni mes domestiques, ni à
boire,nià manger dans ma
maison
, vous nous condamnez
à passer la nuit avec
vôtre Guitana. Ellesrirent
plus fort encore qu'elles
n'avoientri ,
elles le leverent
en un clin d'oeil3 elles
firent une piroüette sur la
pointe du pied, la reverence,
& s'enallerent.
Nos deux guides & les six
estaffiers qui nous avoient
amenezdans la salle, nous
abandonnerent comme elles
;
ainsi nous nousregardâmes
tous trois avec les
plus plaisantes figures du
monde, au milieu d'un
grand vestibule
,
qui, par
la desertion de la compa.
gnie, ne Ce trouva plus éclairé
que de la tremblante
lueur d'une misèrable lampe
quin'avoit au plus
iqu'tin«,,,demi-quart d'heure
:de, foible lumiere à nous
prêter.
VotoaDios*,dit Alonzo,
dont la tête commençoit à
s'échauffer de tout ce manege,
je ne me sens gueres
d'humeur à entendre raillene
plus long temps; & si
je ne vois bientôt la fin de
cet enchantement
,
malheurà
qui metombera sous
la main. Gardez-vous bien,
luidit Fernando, de faire
ici le fanfaron; il me paroît
*fc Tlil drmnf à Dieu.
que ces gensxhnerispenibaj.
rassent gucjesnioe;carillon
dont voarJesiiîieriacex
nous pourrions bien, dans
l'obscurité quinous talonne
, nous enteégorger au
milieu des tenebres, comme
les soldats de Cadmus.
Croyez-moy, prenons patience,
& préparons-nous
de bonnegrâce à quelque
nouvelle avanture. Je
suis
persuadé qu'on n'a point
ici de mauvaise intention
contre nous; on veut rire à
nos dépens, laissons lesgens
se divertir tout leur saoul,
cecitournera peut - erre a
bien. Ma foy, cUs-je à mon
tour,voila leseul parti que
nous ayons à prendre. Là
finirentnos propos &nôtre lampe;:<
A l'instant nous entendîmes
quelqu'un marcher
fort doucement vers le coin
ou nous nousétions retranchez.
Qui vive, dit Alonzo
? Ayez pitié de mes larmes
& de majeunesse, genereux
Chevaliers, nous
.-répondit' une voix languissante
,
& permettez - moy
de chercher auprès de vous
un azile contre l'ennemi
qui me poursuit. Où êtes
vous?Donnezmoy la main,
souffrez que je m'asseyeà
côté de vous, asseyez-vous
atusosi, &irapperen.ez mon his-
Il y a cinquante-quatre
ans, trois mois & dix sept
jours quej'epousai en secondes
t noces un, jeune
homme natif d'Aranjuez.
J'ai vécu en paix & en joye
avec luis pendant environ
dix huit ans. L'année desa
mort je pris un troisiéme
mari du même lieu
9- nous
passames dix-huit bonnes
années ensemble ,&il y a
dix-huit ans que je fuis veuve
: quelle pitié!
Maudite Guitana, lui dit
Alonzo! ( car à ce compte
c'est toy qui nous parles)
puises-tu crever tout à
l'heure. Que tes jours finis
Tent avec ce calcul, ajouta
Fernando. Guitana,lui disjje,
puissiez-vous vivre trente
sixansencore. Parbleu,
Mirador, reprit Alonzo,
voila de la complaisance &
des voeux bien employez!
Mirador, me dit la vieille
d'un ron tremblant,jevous
remercie du souhait obligeant
que vous faites pour
moy : aussîtôt me sentant
à côtéd'elle, & sûre de ne
se pas tromper, elle me prit
la main, dont en remuant
les doigts ; eHem'anura.
qu'elle n'étoit nila laide,
ni la décrepite Guitanaque
mes amis croyoient entendre.
Cependant en s'entre
renant avec moy d'une
façon qur donnoit à son
esprit la liberté de me dire
les plus jolies choses du j monde, elle nous conta feconte
que je vais vous lire.
Elle fitmalicieujemejtt&avec
Juccés ,pour endormirmescamarades,
cequebien des raconun.
f ontsans dessein.
Miguel Cervantes, : : avjCC
son vilain Chevalierde la
trillefigure, est encore ua
plaisant original, de pretendre
nous bercer des
impertinences de Sancho
& des sotoses de son maître.
SaDorothée,son avanture
de la Sierra Morena sa caverne
de Montefinos & ses
noces de Gamache, ne sont
ijuc des balivernes,en
comparaison de l'histoire
de mes troisièmes noces.
Je vins au monde il y a
quelques années dans le
village d'Aranjuez. Mon
nom est Guitana Pecarilla.
le fuis fille de Bartholomeo
Valisco
,
vieux Chrétien,
homme noble, & qui a
toujours vécu dans l'Ofcu,
rite, parce qu'il a toujours
été pauvre. J'ai été mariée
à quinze ans, veuve àdixneuf,
remariée à vingt,
veuve encore à trente-huit,
& mariée pour la derniere
fois à trente-neuf. C'el
justementl'histoire- de ce
dernier mariage que vous 1
allez entendre.
Lebienheureux Bertrand
de Fontcaral * vint un jour
à Aranjuez,où ilm'aima
des qu'il me vit. Il avoit
épousé est premières noces
Felicitana l-a Lavandera, ** à
Madrid. Felicianaavoit un
frère, qui dans les premieres
années de sa jeunesse
avoit été amoureux
de la fille de Martin d'Or-
* yiUdge.§ù sifait le meilleur
vinMufiéti qui je koive À M*-
Àrtd. '.; ** SUnckiJfcHfe* J
taleza. Ils'étoitmême battu
deux ou trois fois pour elle'
à la puerta del Sol. * Elle
s'appelloit en son jnotn
Maria Planta&j(otxl2,~
marie, qui e, 'toic>çommt
je vous l'aidéjàdit., le
b-erCr!de., FcliciapftjW?JL,a-.
validera,s^p^eiloii- Ptâro
MorentKV©ttsfç&Ur£$doiiC
que dés queMaria Planta
futassurée del'aîHQjW
que Pedro Jv4oçôap;
pour jslle., /Sisrçfôluijeai:
d'aller s'établiràVallado-
-.\01 1 -'; d* Prortieddit S.ole.il, Place de MYI" i.''1\ of.
lid.*
lid*Vous m'entendez bien.
Imaginez-vous donc qu'ils
crurent qu'on ne manque-
,foir, pas,de couriraprès
eux pour les ramenerà
Madrid:mais ils se tromperent
,
& on fc moqua
deux, & la preuve qu'on
s'en moqua, c'est qu'ils,ne
furent pas plutôt partis)
qu'on ne se souvint pas seulement
de les avoir jamais
jvûs,,êc oncques depuis on
n'a entendu parler d'eux;
iàrtt- yaqu'ils furentenc'*^
tile 'de la 'vieilleCaffilie, art*
cier-tieA'cptW/'e des Rois £E{pagne.
fuite à une Fête de Taureaux.
13 Vous m'entendez
bien?. Mais vous ne me
répondez pas. Je croy en
bonne foy que vous dormez
! Dieu soit loüé ! Mirador,
me dit-elleàl'orciJIeJ
une autre fois j'acheverai
mon histoire : ne
troublons point le repos de
ces Messieurs, & songeons
feulement à nous éloigner
d'eux le plus doucement
que nous pourrons.
Nous prî1\mes 'à1t\âton1le
chemin de la porre, nous
traversâmes le jardin, &
nous arrivâmes enfin dans
une petite chambre,où, à
la faveur deslumières dont
elle et-oic éclairée,je vis- la
plusbettepersonne qui ion:
en Espagne. Transporté du
plaisir d'une si heureuse
découverte,je me jecrai à
ses Pieds sans pouvoir
seulement lui dire une parole.
Cependant elle m'ordonna
de me lever, & elle
me dit: Le temps est maintenantsiprécieux
pour
nous, que vous ne fçauriez
vous imaginer combien il
'ïïoCre*-cft1- important d'en
profiter. Mangez vîte un
morceau, montons en carosse,
& ne vous informez
pas feulement du lieu où
j'ai envie de vous mener.
Je n'ai à present besoin de
rien, Madame,lui dis- je,
& je fuis prêt à aller avec
vous par tout où vous voudrez.
Elle fit monter dans
un carosse desuite les femmes
qui luiavoient servi à
jouer la comedie dans la
maison d'Alonzo., qui fut
vuide en un moment, &
elle monta avec moy dans
le sîen.Nousmarchâmes
le reste de la nuit, & environ
une heure aprés le
lever du Soleil, nous arrivâmes
au Puerto de las Salinas.
14
Chemin faisant elle me
conta,comment elle avoit
conduit cette entreprise,
dontmes camarades venoient
d'être, ôc dévoient
être encore bien plus embarassez
que moy.
.;; Jenesçai pas, me ditelle
, si vous; avez ajoute
beaucoup de foy à ce que
je vous ai dit du nombre
demesmariages &de mes
années. Vous m'avezvûe
assez en un moment,pour
sçavoir maintenant ce que
vous en devez croire ; aulïï
n'élit plus à preient ques-
-
tion que de vous expliquer
les motifs de la plaisanterie
quej'ai faite à vos amis
Monnomest DonaInes
~.deF,ucnteHermofk, Jesuis feule heritiere du nom ,
des armes-ôc desbiens de
ma famille, qui est une
des plus illustres de l'Andalousie.
Il y a trois mois
qoc'jeîpams deSevillt15,
pourmerendre à Madrid,
1
où les parens de mon mari,
dont je fuis veuve depuis
un an, m avoient intenté
un procés sur les articles
les plus considerables de sa
succession. Je fuis venuë (comme eux) solliciter mes
Juges. Mes intérêts leur
ont paru si legirimes,& ma
cause si claire &: si juste,que,
malgré la lenteur des procedures
de cette Cour,j'ai,
en six semaines & sans appel
, gagné mon procès
avec dépens, au souverain
ConseildeCamille.
:IIy,a - un moisqu'occupée
du foin de m'arranger pour
retourner en Andalousié',
j'entendis dire tant de bien
de vous chez la Comtesse
de Tavara mon amie,que
je resolus de vous faire
examiner desi prés pendant
le reste de mon séjour à
Madrid, que nulle de vos
démarches ne pût échaper
à ma connoissance.
Chaque jour mes espions
6deles, que j'entrerenois
jusques dans vôtre maison,
me rendoient compte indirectement
de vos pas, de
vos plaisirs, & de vos intentions.
tentions. J'ai sçû par leur
moyen la partie que vous
aviez concertée avec Alonzo
de Cordoüa&Fernando
del Rio. Enfin ce n'estqu'à.
vôtre consideration que j'ai
trouvé hier le secret de
m'emparer de la maison
d'Alonzo, & d'en écarter
les femmes qui devorent
s'y rendre.Je vous ai averti
demondesseinàla promenade,
j'ai député les cava- liers qui ont ramené vos
Dames a Madrid, j'ai fait
parler le vu illard que vous
avez rencontrésur le grand
chemin
,
j'ai joüé moymême
le rôle de la Guitana,
qui n'est qu'un fantôme de
mon invention;j'ai détaché
les six estaffiers & les deux
filles qui vous ont ouvert la
porte avec tant de ceremonie
: en un mot j'ai reüssi
dans le projet que j'avois
formé de vous arracher de
cette maison. Je vous ai
promis enfin de vous recompenser
du souper que
j'avois resolu de vous faire
perdre. Je suis prête à vous
tenir tria parole. Si ma
performe & monbien ont
de quoy flater vôtre amour
& vôtre ambition, je vous
sacrifiel'un & l'autre, pour
m',unir à*jamais à, vous.
Ravi de la tendresse de
cette belle veuve, je baisai
sa main avec transport
, lk
j'acceptai
, avec une joye
inexprimable, des conditions
si avantageuses. Je
lui demandai quinze jours
pour venir regler mesaffaiasaMadrid,
& je suisà
laveille d'allerlaretrouver
en Andalousie. Voila,
"m0tt ami > la nouvelle de
flàofc mariage, que je voulois
vous apprendre. Dieu
vous donne unefehimç
comme la mienne.
J'ai appris par une lettre,
que j'ai reçuedepuisquelques
jours de Madrid,que
le Chevalier de Mirador
avoir eu bien des obstacles
à surmonter avant que(1^
prompt hymen dont il se
flatoit, lors qu'il me conta
son histoire, l'unîtàla belle
veuve. Il y a une,intrigue
si particulière, & des mouvemens
si interessans dans
la suite, decetteavanture,
que je croy , ne pp.UYgjr
promettre rien de plus
arhufant que la secondé
partie de cette Nouvelle ,
que je donnerai une autre
fois. Je ne l'aurois point
partagee comme je fais, si
jen'avois pas crû les remarques
qu'on va lire, &
quine sont imprimées en
nulendroit,aussi divertissantes,
ôc plus utiles que
l'histoire.
nouvelle.
IL y a environ lîx femaines
que Don Alonzo de
Cordouë,qui aune fort
belle maison de campagne
dans le village àzLegane^
m'invita à aller passer les
quinze premiers jours du
printempschez lui. Sa soeur,
qui est une fort aimable
fille, & qui avoit pour moy
1
des;bontezi que jene meritois
pas,, ; dévoies nous y
tenir-compagnie ; samaîtrelie
y devoir être avec
elle,30c Fernando dtb Rio
nôtre intime ami 3à qui
nous avions proposé quelques
jours auparavant de
(e mettre de la partie, a3a.
voit consentià être des notrès,
qu'à condition que sa
maîtresse en feroit aussi, te
que nous ne sortirions de
chez nôtre hôte, que pour
aller passer une autre quinzaine
à la maison de Pinto4.
Nous lui promîmes tout cc
u'il voulut^ lc.jaalpcii;
pour cette panses,.a^&enak
barquâmes nosrrpikBaflaes
dans un même'caroflfc, &
nous les simes*parrir<de,Ma-,
drid;deuxL>heurfifn«.valu
nous,afin.qu'elkaeuffen£
le tempsdesemettreàleur
aise, & de ..fc':¿repQ{et. ea
nbuss.ittçn(Jant:riI>£nôtre
cbuà nousimontâiries aussi
en carosse, aprésavoir ordonne
à nos valetsdeiious
tenir à l'entrée de la tfiuifc
nos chevaux prêtsapports
de la Vegts. Nôtre intention
écoit de nouspromener
mPxmo Kiejp.f,juiquSL
ce que nous pûssions prositc$
jdu. clair deL'une, pour
nous rendre plus fraîchement
àLeganez, ou nous
devions-nous mettre à taille
en arrivant. n-croitmieux'!-;,.' concerte
en apparence., que
çpî:te«partie-cependant elle
tournatout de travers pour
mes amis, pour leurs maîtreflfes
, & fort heureuse- ipçjitp<?urt.moy.
LesDames., que nous
avions eu lafage precautipn
de faire partir deux
bonnes heures avant nous
pour leur commodité, avoient ordonné à leurcocher
de marcher doucementypour
serendre ense
promenant à Leganez. Elles
avoient même déja fait
plus de la moitié du chemin,
lorsque deux Cavaliers,
qui s'étoient mis en
embuscade derriere une petite
hauteur, pour les voir
passer sans être vus, àrriverent
àtoute bride à leur
carosse. Vous n'avez pas un
moment de temps à per- dre, Mesdames, pour retourner
en diligence à Madrid
, leur dirent ils tout
hors d'haleine. Alonzo de
Cordoue, Fernando del
Rio, & un de leurs amis
qui etolt avec eux, viennent
de se faire une des
plus cruelles affaires du
monde. ils ont, je ne sçai "-
comment, insusté deux Dîmes
qui se promenoient au
Prado;elles s'en sont plaintes
à Don Lope de Cereza
qu'elles ont renconrré.
Ce Cavalier, qui est sans
doutede leurs amis, a voulu
sur le champ tirer raisonde
cette insulte. Leurs carosses
se sont accrochez; ils se
sont donne parole, ils,o-nt
pris le chemin de Val/ecas *
& là, trois contre trois,ils
se sont battus à oucrance.
Nous ayons vu la fin de ce combat, dont le détail funeste
ne seviroit quaaugmenter
vosalarmes, ôc qu'à
retarder le prompr secours
qu'ils attendent apparemment
de vous. Si
nous ne vous avions pas
* C*ef}Hnvillage cjtiifournit da
f un à bla Irii
> comme Gomjfc en fournit à Parisrenconcréesen
chemin,
nous aurions été vous chercher
jusques à Leganez
,
pour vousramener à Madrid,
à leur prière:mais heifc
reufement/nous sommes
encoreiiprocheau,lieuoù
leicombacvient de -faîpaJa (, fer, îqiienvretQunnantJ fias
vos pas, & prenant lapremiererouteà
droite, vous
verrez! de vos propres yeux
ôc lecham de bataille,&
peut-être même les com- battans.: ':
¡!!'j Ces deux,.,tendres dépit*
tez.finireiuiieur recit d'un
air si touchant, qu'ils per.
suaderent nos pauvres Dames,
qui donnerent de si
bonne grace dans le panneau,
queleurs nouveaux
guides, pour éviternôtre
rencontre, leur firent abandonnerle
grancLxrhemin
de Leganez;&fan^:trouver
aucune trace de nôtre
avanture, les firent rentrer
dans Madriduninstant avpantoqur'onteery:
sfer.mât , lei
D'un autre côté, pendantque
nousrte,fongibns
qu'à nous proencmurâraw
4qililcme^(/i%u Prado,voici
cequi nou^.arriya,
Nous remarquâmes un
c^roflfe d^fts lequel ;4toieac
qu0tr&0^ti- ïpicfiçdetempsentemps
les rideaux dont elles se
"rorvoient ;.oôllr fç cacher
JprÉque gqvkctl aurjpîTjéscFçlles.
Laplushabile
deces Dames me parla discreçemencaveç
ses ,doigts?J
êçaussiclairement queje
vous parléavec la bouche.
:M$lJ.Uv,roYfJz ,Chevalier,
me dit : elle,-aller, souper
^jour^Tyûîtegancziî
niais, je^bu^èn?empccticrai
bien.Ne témoignezrien
à-vosamis-dè- la menace
•-«jue^jfc*vqas* -fivous vouiez*<^ie<jerv<ôfii
de'doiirt-
8)magêIl agrc&bletfieriÉ"1du
:.fouper que-jê~ivous1 ferai
perdre0.Jhlui''tjépondii lîir
-dé tëàêhite*iQti ]»pà"daâs'ftc
-inertie'laijga la maujreîTe de»nousjoüer
ct.el;courIqu'a'llui='plaireit',
pourveu1qu'elles»engageât
a me
tenir-àla. litfcrtJaîpâ-
,
rôle qu'elle^me»*dotm&ic. ,medire elfe
: 3&? pour
:
jEÛeusTeacfeerJtë'ijcu°iP|*Se
nous
nous venions dç^jouer,2clhî3
dit touthaut:Eloignonsnvoiluessd,
qeucie,sdeCpauvisaplileurss,idn'cuin:'
quart d'heurequ'ils ~jpj~b
menentà côtedenous
n'ont pas seulement eUiJaj
politesse de nous ,q,jfF u~!~
parole obligeante. Çc^
cher, quitte la filedescarosses,
& mene-nous hor» ldelaville.
encore un..
tour de promenade , §3
avant qu'on fermâtles pqç,.,
tes8 de la ville ,nous ga",
gnâmes celle def laVega,
f
où nous montâmes à cheval
pour nous rendre à Le ganez.
A deux cens pas de Madrid
un vieillard, qui depuis
plus de vingt ans demande
l'aumône sur le grand chemin,
nouscria de sa hute :
Dieu vousgarde, Chevaliers
..Alonzo de Cordouë, ta mere
-se meurt ; Fernando delRio,
ta maîtresse te trahit ; Mirador,
la tiennet'attend.Vieillard
,lui dis- je,qui t'a appris
ces étranges nouvelles?
Ne m'en demande pas davantage,
me répondit-il,
donne-moy feulement l'aumône
, & va-t-en ou ton
honneur t'appelle.Reçois
cette aumône, luidit atiffi
tôt Alonzo,&dis moy dé
qui tu sçais la nouvelle que
tu viens de m'apprendre?
Je ne veux pointde ton
aumône,reprit le vieillard;
d'abord que tu attaches une
condition au bienque tu
me dois faire. Et toy, dit il
à Fernando, qui as compté
de passer quinze jours à Leganez,
& autant àPinto,
croy-moy,va-t-en à Aranjikï('*
, ravir ou ceder ta
maîtresse à ton rival. Cet
oracle nous cau sa des mouyemens
fort differens.Nous
restâmessur legrand ~he~
min,comme trois :hommes
qui ne sçavent où don.
ner df^a tête, Alonzoapprehendtfyep
raison de
ne pouvoir pasrentrerdans
la ville,Fernando juroit
qu'il étoitsipeu amoureux,
quoy ,q.u'il.,,cmaîtres,
le9quïl ne craignoit presque
ni concurrencç,niinfi-,
delité; & je sçavois de mon
côté moins que pcrfpnneoù^
monhonneur mappellôic.
Quoique je ne doutasse
point que la situation où
nousnous trouvions alors
ne fût un effet de la menace
de l'invisible
,
qui s'étoit
(ervie à la promenade de
ses doigts pour m'annoncer
l'intention quelle avoit de
se divertir à nos dépens; je
n'envifageois encore dans
cet exploit ni honneur, ni
gloire à acquérir.,,, Cependant nous nous
déterminâmes à ne nous
soinsquitter en dépit qç;
oracle, ôç nous fûmesau
galop jusquesà L^ganez*
Nous trouvâmestoutesles
portes de la maison d'Alonzo
fermées. Nous fîmes
grand bruit pour nous les
faire ouvrir; personne ne
vint. A la finresolus d'en
enfoncer une, une vieille,
que nôtre vacarme avoit
arrachée de son grabat,
parut à la fenêtre, & nous
demanda d'une voix tremblante,
quinous étions. Qui
je suis, infâmeDuegna 10 !
lui dit A lonzo, ne connoistu
pas ton maître ? Non,
reprit la vieille,il ya longtempsqu'il
est mort. Sivous,
demandez des prieres, j'en1
vais dire, pour vous: adieu,
bonsoir. Nous nous mîmes
alors à rire, & a jurer en
gens qui trouvoient la plaisanterie
bonne & mauvaise.
A la finnéanmoins nous
fîmestantde bruit, qu'on
vint nous ouvrir, maisd'une
façon qui nous surprit encore
plus que le compila
ment de la vieille. Six
grands estaffiers, a4 rmez de
buffles, de brogueles11, & de
longues épées, tenant chacun
un grand flambeau de
cire jauneà leurmain droite,
le chapeau retapé fut
les yeux, les cheveux luisans
derriere l'oreille, la
moustache retroussée, & le
broquele à la main gauche,
faisant un demi cercle autour
de deux grandes Dames
vêtues de noir,voilées,
& qui accordoient douloureusement
les plaintifs accens
de leurs voix aux cen..,
dres sons de leurs guitarres,
nous ouvrirent enfin la
porte en cadence.
Il J'oubliai alors qu'on m'avoit
donné le mot pour
respecter, comme mescamarades,
marades,les acteurs& les
actrices de cette ceremonie,
& aprèsavoiradmiré.,
auffiimmobilequ'eux,toute
la gravitéde ce fpfél-acle,
Alonzoleur dit:Mesdames,
trouveriez - vous mauvais
quej'entrassechezmoy > Npsn1a;îtrk(ses,iluidirencelles-
tnf;cmbi-,&, assez nonchalament,
ne reçoivent
guer-csde-vjfîtesàpareille
heures.Et sansdaigner leu-
•temènt^faiireattention qu-
:AJonw&¥ehoit: d©fle4ir demander
lapermission d'entrer
dans sa maison :
Gomibien
êtes-vous, continuerent-
elles? Estes-vous gens
de paix & d'honneur? te
avez-vousautant de ressources
de gayété, que
nous avons desujets d'affliction?
Aussitôt elles recommencerent
à selamenter
;
elles nousfirent signe
de marcher gravementderriere
elles. Ellesnous tour:,
nerent le dos, & nous les
suivîmesjusques dans jine
grandesalle,ou nous trou-
1vâmes deuxautresDagie* sur des ejlems11 de
jonçsi.•* • .»
Voici, Mesdames, leur
dirent nos conductrices,
trois étrangers que nous
vous presentons : c'est apparemment
le droit d'hofpitalité
qu'ils vous demandent
pour cette nuit; si vous
les recevez, ou jugez, vous
à propos qu'on les mette?
Voyez, dit l'une de ces
Dames
,
si la Guitanaest
couchée; ( c'étoitjustement
la vieille qui nous
avoit parlé par la fenêtre)
si elle l'est
,
qu'on la fasse
lever, & qu'elle cede son
lit à ces Meilleurs. Elle est
,
de fort bonne conversation,
& je ne doute point
qu'elle ne les amuse agréablement
jusqu'au jour,de la
bizarrerie des contes qu'
elle leur fera. Elle a àsa
part autant d'années qu'eux
trois: mais qu'importe?
«ellelaelg'esperirtfiai.n.,jeune & , 1
Et Mesdames, leur dit
Alonzo,je consens que vous
soyiez lesmaîtresses dans
jna maison
;
elles rirent à ce
mot: mais de grâce ne m'ex
posez pas aux trois plus
fâcheux inconveniensdu
monde ; elles rirent encore
plus fort. J'amene mes amis
chez moy y
vôtre presence
m'ôte la liberté de les y
recevoir.Nous mourons de
faim, & vous avez l'inhumanité
de nous envoyer
coucher sans souper. Enfin,
pour me dédommager de
l'infortune de ne trouvet
ni mes domestiques, ni à
boire,nià manger dans ma
maison
, vous nous condamnez
à passer la nuit avec
vôtre Guitana. Ellesrirent
plus fort encore qu'elles
n'avoientri ,
elles le leverent
en un clin d'oeil3 elles
firent une piroüette sur la
pointe du pied, la reverence,
& s'enallerent.
Nos deux guides & les six
estaffiers qui nous avoient
amenezdans la salle, nous
abandonnerent comme elles
;
ainsi nous nousregardâmes
tous trois avec les
plus plaisantes figures du
monde, au milieu d'un
grand vestibule
,
qui, par
la desertion de la compa.
gnie, ne Ce trouva plus éclairé
que de la tremblante
lueur d'une misèrable lampe
quin'avoit au plus
iqu'tin«,,,demi-quart d'heure
:de, foible lumiere à nous
prêter.
VotoaDios*,dit Alonzo,
dont la tête commençoit à
s'échauffer de tout ce manege,
je ne me sens gueres
d'humeur à entendre raillene
plus long temps; & si
je ne vois bientôt la fin de
cet enchantement
,
malheurà
qui metombera sous
la main. Gardez-vous bien,
luidit Fernando, de faire
ici le fanfaron; il me paroît
*fc Tlil drmnf à Dieu.
que ces gensxhnerispenibaj.
rassent gucjesnioe;carillon
dont voarJesiiîieriacex
nous pourrions bien, dans
l'obscurité quinous talonne
, nous enteégorger au
milieu des tenebres, comme
les soldats de Cadmus.
Croyez-moy, prenons patience,
& préparons-nous
de bonnegrâce à quelque
nouvelle avanture. Je
suis
persuadé qu'on n'a point
ici de mauvaise intention
contre nous; on veut rire à
nos dépens, laissons lesgens
se divertir tout leur saoul,
cecitournera peut - erre a
bien. Ma foy, cUs-je à mon
tour,voila leseul parti que
nous ayons à prendre. Là
finirentnos propos &nôtre lampe;:<
A l'instant nous entendîmes
quelqu'un marcher
fort doucement vers le coin
ou nous nousétions retranchez.
Qui vive, dit Alonzo
? Ayez pitié de mes larmes
& de majeunesse, genereux
Chevaliers, nous
.-répondit' une voix languissante
,
& permettez - moy
de chercher auprès de vous
un azile contre l'ennemi
qui me poursuit. Où êtes
vous?Donnezmoy la main,
souffrez que je m'asseyeà
côté de vous, asseyez-vous
atusosi, &irapperen.ez mon his-
Il y a cinquante-quatre
ans, trois mois & dix sept
jours quej'epousai en secondes
t noces un, jeune
homme natif d'Aranjuez.
J'ai vécu en paix & en joye
avec luis pendant environ
dix huit ans. L'année desa
mort je pris un troisiéme
mari du même lieu
9- nous
passames dix-huit bonnes
années ensemble ,&il y a
dix-huit ans que je fuis veuve
: quelle pitié!
Maudite Guitana, lui dit
Alonzo! ( car à ce compte
c'est toy qui nous parles)
puises-tu crever tout à
l'heure. Que tes jours finis
Tent avec ce calcul, ajouta
Fernando. Guitana,lui disjje,
puissiez-vous vivre trente
sixansencore. Parbleu,
Mirador, reprit Alonzo,
voila de la complaisance &
des voeux bien employez!
Mirador, me dit la vieille
d'un ron tremblant,jevous
remercie du souhait obligeant
que vous faites pour
moy : aussîtôt me sentant
à côtéd'elle, & sûre de ne
se pas tromper, elle me prit
la main, dont en remuant
les doigts ; eHem'anura.
qu'elle n'étoit nila laide,
ni la décrepite Guitanaque
mes amis croyoient entendre.
Cependant en s'entre
renant avec moy d'une
façon qur donnoit à son
esprit la liberté de me dire
les plus jolies choses du j monde, elle nous conta feconte
que je vais vous lire.
Elle fitmalicieujemejtt&avec
Juccés ,pour endormirmescamarades,
cequebien des raconun.
f ontsans dessein.
Miguel Cervantes, : : avjCC
son vilain Chevalierde la
trillefigure, est encore ua
plaisant original, de pretendre
nous bercer des
impertinences de Sancho
& des sotoses de son maître.
SaDorothée,son avanture
de la Sierra Morena sa caverne
de Montefinos & ses
noces de Gamache, ne sont
ijuc des balivernes,en
comparaison de l'histoire
de mes troisièmes noces.
Je vins au monde il y a
quelques années dans le
village d'Aranjuez. Mon
nom est Guitana Pecarilla.
le fuis fille de Bartholomeo
Valisco
,
vieux Chrétien,
homme noble, & qui a
toujours vécu dans l'Ofcu,
rite, parce qu'il a toujours
été pauvre. J'ai été mariée
à quinze ans, veuve àdixneuf,
remariée à vingt,
veuve encore à trente-huit,
& mariée pour la derniere
fois à trente-neuf. C'el
justementl'histoire- de ce
dernier mariage que vous 1
allez entendre.
Lebienheureux Bertrand
de Fontcaral * vint un jour
à Aranjuez,où ilm'aima
des qu'il me vit. Il avoit
épousé est premières noces
Felicitana l-a Lavandera, ** à
Madrid. Felicianaavoit un
frère, qui dans les premieres
années de sa jeunesse
avoit été amoureux
de la fille de Martin d'Or-
* yiUdge.§ù sifait le meilleur
vinMufiéti qui je koive À M*-
Àrtd. '.; ** SUnckiJfcHfe* J
taleza. Ils'étoitmême battu
deux ou trois fois pour elle'
à la puerta del Sol. * Elle
s'appelloit en son jnotn
Maria Planta&j(otxl2,~
marie, qui e, 'toic>çommt
je vous l'aidéjàdit., le
b-erCr!de., FcliciapftjW?JL,a-.
validera,s^p^eiloii- Ptâro
MorentKV©ttsfç&Ur£$doiiC
que dés queMaria Planta
futassurée del'aîHQjW
que Pedro Jv4oçôap;
pour jslle., /Sisrçfôluijeai:
d'aller s'établiràVallado-
-.\01 1 -'; d* Prortieddit S.ole.il, Place de MYI" i.''1\ of.
lid.*
lid*Vous m'entendez bien.
Imaginez-vous donc qu'ils
crurent qu'on ne manque-
,foir, pas,de couriraprès
eux pour les ramenerà
Madrid:mais ils se tromperent
,
& on fc moqua
deux, & la preuve qu'on
s'en moqua, c'est qu'ils,ne
furent pas plutôt partis)
qu'on ne se souvint pas seulement
de les avoir jamais
jvûs,,êc oncques depuis on
n'a entendu parler d'eux;
iàrtt- yaqu'ils furentenc'*^
tile 'de la 'vieilleCaffilie, art*
cier-tieA'cptW/'e des Rois £E{pagne.
fuite à une Fête de Taureaux.
13 Vous m'entendez
bien?. Mais vous ne me
répondez pas. Je croy en
bonne foy que vous dormez
! Dieu soit loüé ! Mirador,
me dit-elleàl'orciJIeJ
une autre fois j'acheverai
mon histoire : ne
troublons point le repos de
ces Messieurs, & songeons
feulement à nous éloigner
d'eux le plus doucement
que nous pourrons.
Nous prî1\mes 'à1t\âton1le
chemin de la porre, nous
traversâmes le jardin, &
nous arrivâmes enfin dans
une petite chambre,où, à
la faveur deslumières dont
elle et-oic éclairée,je vis- la
plusbettepersonne qui ion:
en Espagne. Transporté du
plaisir d'une si heureuse
découverte,je me jecrai à
ses Pieds sans pouvoir
seulement lui dire une parole.
Cependant elle m'ordonna
de me lever, & elle
me dit: Le temps est maintenantsiprécieux
pour
nous, que vous ne fçauriez
vous imaginer combien il
'ïïoCre*-cft1- important d'en
profiter. Mangez vîte un
morceau, montons en carosse,
& ne vous informez
pas feulement du lieu où
j'ai envie de vous mener.
Je n'ai à present besoin de
rien, Madame,lui dis- je,
& je fuis prêt à aller avec
vous par tout où vous voudrez.
Elle fit monter dans
un carosse desuite les femmes
qui luiavoient servi à
jouer la comedie dans la
maison d'Alonzo., qui fut
vuide en un moment, &
elle monta avec moy dans
le sîen.Nousmarchâmes
le reste de la nuit, & environ
une heure aprés le
lever du Soleil, nous arrivâmes
au Puerto de las Salinas.
14
Chemin faisant elle me
conta,comment elle avoit
conduit cette entreprise,
dontmes camarades venoient
d'être, ôc dévoient
être encore bien plus embarassez
que moy.
.;; Jenesçai pas, me ditelle
, si vous; avez ajoute
beaucoup de foy à ce que
je vous ai dit du nombre
demesmariages &de mes
années. Vous m'avezvûe
assez en un moment,pour
sçavoir maintenant ce que
vous en devez croire ; aulïï
n'élit plus à preient ques-
-
tion que de vous expliquer
les motifs de la plaisanterie
quej'ai faite à vos amis
Monnomest DonaInes
~.deF,ucnteHermofk, Jesuis feule heritiere du nom ,
des armes-ôc desbiens de
ma famille, qui est une
des plus illustres de l'Andalousie.
Il y a trois mois
qoc'jeîpams deSevillt15,
pourmerendre à Madrid,
1
où les parens de mon mari,
dont je fuis veuve depuis
un an, m avoient intenté
un procés sur les articles
les plus considerables de sa
succession. Je fuis venuë (comme eux) solliciter mes
Juges. Mes intérêts leur
ont paru si legirimes,& ma
cause si claire &: si juste,que,
malgré la lenteur des procedures
de cette Cour,j'ai,
en six semaines & sans appel
, gagné mon procès
avec dépens, au souverain
ConseildeCamille.
:IIy,a - un moisqu'occupée
du foin de m'arranger pour
retourner en Andalousié',
j'entendis dire tant de bien
de vous chez la Comtesse
de Tavara mon amie,que
je resolus de vous faire
examiner desi prés pendant
le reste de mon séjour à
Madrid, que nulle de vos
démarches ne pût échaper
à ma connoissance.
Chaque jour mes espions
6deles, que j'entrerenois
jusques dans vôtre maison,
me rendoient compte indirectement
de vos pas, de
vos plaisirs, & de vos intentions.
tentions. J'ai sçû par leur
moyen la partie que vous
aviez concertée avec Alonzo
de Cordoüa&Fernando
del Rio. Enfin ce n'estqu'à.
vôtre consideration que j'ai
trouvé hier le secret de
m'emparer de la maison
d'Alonzo, & d'en écarter
les femmes qui devorent
s'y rendre.Je vous ai averti
demondesseinàla promenade,
j'ai député les cava- liers qui ont ramené vos
Dames a Madrid, j'ai fait
parler le vu illard que vous
avez rencontrésur le grand
chemin
,
j'ai joüé moymême
le rôle de la Guitana,
qui n'est qu'un fantôme de
mon invention;j'ai détaché
les six estaffiers & les deux
filles qui vous ont ouvert la
porte avec tant de ceremonie
: en un mot j'ai reüssi
dans le projet que j'avois
formé de vous arracher de
cette maison. Je vous ai
promis enfin de vous recompenser
du souper que
j'avois resolu de vous faire
perdre. Je suis prête à vous
tenir tria parole. Si ma
performe & monbien ont
de quoy flater vôtre amour
& vôtre ambition, je vous
sacrifiel'un & l'autre, pour
m',unir à*jamais à, vous.
Ravi de la tendresse de
cette belle veuve, je baisai
sa main avec transport
, lk
j'acceptai
, avec une joye
inexprimable, des conditions
si avantageuses. Je
lui demandai quinze jours
pour venir regler mesaffaiasaMadrid,
& je suisà
laveille d'allerlaretrouver
en Andalousie. Voila,
"m0tt ami > la nouvelle de
flàofc mariage, que je voulois
vous apprendre. Dieu
vous donne unefehimç
comme la mienne.
J'ai appris par une lettre,
que j'ai reçuedepuisquelques
jours de Madrid,que
le Chevalier de Mirador
avoir eu bien des obstacles
à surmonter avant que(1^
prompt hymen dont il se
flatoit, lors qu'il me conta
son histoire, l'unîtàla belle
veuve. Il y a une,intrigue
si particulière, & des mouvemens
si interessans dans
la suite, decetteavanture,
que je croy , ne pp.UYgjr
promettre rien de plus
arhufant que la secondé
partie de cette Nouvelle ,
que je donnerai une autre
fois. Je ne l'aurois point
partagee comme je fais, si
jen'avois pas crû les remarques
qu'on va lire, &
quine sont imprimées en
nulendroit,aussi divertissantes,
ôc plus utiles que
l'histoire.
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Résumé : HISTOIRE nouvelle.
Le texte narre une aventure de Don Alonzo de Cordoue et ses amis, qui se rendent à Leganez pour célébrer les premiers jours du printemps. Don Alonzo invite son narrateur, sa sœur et leurs maîtresses, ainsi que Fernando del Rio et sa maîtresse. Ils prévoient de se promener au Prado avant de se rendre à Leganez. Cependant, leur plan est perturbé lorsque les maîtresses des hommes sont interceptées par deux cavaliers qui les ramènent à Madrid sous prétexte d'une querelle entre leurs compagnons et Don Lope de Cereza. Pendant ce temps, les hommes remarquent un carrosse où des femmes se cachent. L'une d'elles les invite à souper chez elle à Leganez. Les hommes acceptent et se rendent à la maison, où ils sont accueillis par des femmes qui les conduisent dans une grande salle. Après une série de railleries, les femmes quittent la pièce, laissant les hommes dans l'obscurité. Une vieille femme, se faisant passer pour Guitana, leur raconte son histoire. Elle a été mariée trois fois et est actuellement veuve. Elle commence à narrer ses aventures, mais s'endort. Le narrateur et la vieille femme se retirent dans une chambre, où il découvre une belle personne. Elle lui ordonne de se préparer rapidement pour un voyage, sans révéler la destination. L'intrigue se révèle plus complexe lorsque la femme se fait passer pour une Gitane et enlève l'homme. Elle lui révèle ensuite son véritable nom : Dona Inès de Fuente Hermosa. Elle est l'héritière d'une famille illustre d'Andalousie et vient de gagner un procès à Madrid concernant la succession de son défunt mari. Intriguée par les louanges entendues à son sujet, elle a surveillé l'homme et a orchestré son enlèvement pour l'éloigner d'une maison où il devait se rendre. Elle lui propose de l'épouser, ce qu'il accepte avec joie. L'homme doit régler ses affaires à Madrid avant de la rejoindre en Andalousie. Le narrateur mentionne également une lettre reçue de Madrid, indiquant que le Chevalier de Mirador a rencontré des obstacles avant son mariage avec une belle veuve. Le texte se termine par une promesse de révéler la suite de cette aventure dans une seconde partie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 53-91
REMARQUES.
Début :
La Floride est la plus belle promenade qu'il y ait [...]
Mots clefs :
Madrid, Rivière, Ville, Promenade, Roi, Séville, Port de Salines, Fête de Taureaux, Aranjuez, Pinto, Porte, Leganés, Manzanares
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES.
REMARQVES.
1. La Floride est la plus
belle promenade qu'il y ait
aauuxxeennvviirroonnssddeeMMaaddrriidd.
Elle est dans un fond, sur
le bord de la riviere;elle
est de la largeur d'une des
plus étroites alléesduCours;
lesarbres dont elle est ornée
sont plantez assez irrégulièrement
:elle a environ
une demi lieuë de longueur.
Plusieurs François dela
Maison du Roy y ont fait
faire des maisons. de campagnefortjolies
;entr'autres,
le Sieur Riqueur
Chymiste , & Apotiquaire
de Sa Majesté Catholique
y a achetéun grandespace
de terre, dans le dessein
d'en faire un jardin des
simples,sur le modele du
Jardin du Roy qui est à
Paris. On me mande de
Madrid que ce dessein est
executé.
i. Mançanares est une petite
riviere qui descend des
montagnes de Guadarama.
Il seroit fort difficile dedire
où elle le perd en Eté. En
Hyver elle accroche quelque
bras du Tage ou du
Karama. Entouttempsce
n'est rien. Le pont de Segovie,
que le Roy Philippe
Eiiii
second fie bâtir sur ce ruiffèiu,
elt un des plus magnifiques
ponrs qu'il y ait
en Europe. Chacun sçait
qu'un ambassadeur dit un
jour, en considerant le
pont & la rivière
,
qu'il
Faudroit vendre le pont
pour acheter de l'eau. On
a propose plusieurs fois aux
Rois d'Espagne les moyens
de rendre le Mançanares
navigable. On m'a dit que
ces propositionsn'avoient, pas é1té1reAçu..es, parce que
l'abondance des eaux qui
auroient rempli le lit de
cette riviere auroit pendant
l'Eté privé les Dames & les
Cavaliers du plaisir de se
promener dans leurs carosses
au milieu du Mançanares.
Ce seroit bien dommage.
3. Leganezest un desplus
beaux villages qu'il y ait en
Espagne. Il est à deux lieuës
de Madrid, dans une plaine
,
sur la droite du chemin
de Madrid à Aranjuez.Les
melons, les figues, & L*s
raisins de Leganez sont excellens.
Ce village appartenoit
au Marquis de Leganez,
quimourutil y a
quelques années à Paris.
--
4. Pinto est un gros bourg
à quatre lieuës de Madrid,
appartenant au Comte de
Pinto, frere de M. le Duc
d'Ossone.
Laporte de la Vega est
une des plus belles portes
de Madrid.C'est par cette
porte que l'on fort pour
prendre la route des Royaumesde
Valence,de Murcie
, de Grenade & d'Andalousie.
6. PradoViejo. Il n'est
point de ville en Europe
dont l'entrée soit plus belle
& plus riante que celle de
Madrid par la porte d'Alcala.
Dés qu'on a passé cette
porte, on entre dans une
ruë grande, belle & propre:
au milieu de cette ruë est
une espece de carrefour,
qui presente de tous les
cotez le plus beau coup
d'oeil du monde. On voit
en perspective & à perte de
vûë la ruë d'Alcala, qui est
la plus belle ruë de Madrid.
C'est en dire peu de chose,
par rapport à l'idée qu'on
a mal à propos de cette
grande ville, dont les maiions
sont fort bien bâties,
& les ruës larges , claires
& bien percées, mais fore
sales. Celle d Alcala, dont
je parle, est si belle, que
je suis sûr qu'à Rome, nià
Paris il n'yen a pas une qui
lui ressemble. Dumilieu de
cette ruë on découvre à
droite & à gauche le Prado
Viejo. C'est une grande
promenade, revêtue du
côté du Buen Reciro de
quatre rangées de grands
arbres. Elle est ornée de
plusieurs fontaines, & sert
de promenade détiquete
auxDames&auxSeigneurs
Espagnols
,
depuis Pâques
jusqu'à la Fête-Dieu.Depuis
laFête-Dieu jusqu'à la
Touflainc on le promène à
la Floride ôc sur le Mançanares,
& depuis laToussaint
jusqu'a Pâques hors la ville;
entre les portes. Cette promenade
s'appelle, elpasseo
mr§pW**h -r.(- iipl::-7
<•7. Elle me passa açveç-Jes
doigts. La contrainteperpetuelle
dans laquelle les
Dénies Espagnoles fp,n|
forcées dp vivre, lcs jettç
dans la necenice de se faire
-
un langage des yeux & des
doi gts, que personne nattrape
comme elles. Les Irai
liennes, & sur-tout les Portugaises
qui ont beaucoup
d'esprit
, ne seroient que
leurs écolieres danscesfaçons
dexpiiqu#Jet*»rë.in4
tentions àleursatttutts.'Elletf
s'en fervent, fæm-tBoia;
presque toutes:;ni<tf& èllês
n'ontnil'art,nileguerre
desEspagnoles,&jeccoy
qu'on peut soutenir, fini
fairetortauxplusspiri
rucHes) aùx- pluèka'&ôitè*
& aux plus delicates, qu'il
n'est point de femmes dans
le monde qui ayent plus
d'industrie, plus de manege,
& plus de refolurion
qu'elles. Les avantures les
plus extraordinaires n'ont
jamais rien de difficile, lors
qu'elles sont conduites par
des Espagnoles, tant elles
ont d'intrigue, de ruse &
de génie. Pour arriver à
leur but,quelques obstacles
qui se presentent,elles n'ont
besoin que d'un homme
docile,&qui ait feulement
la complaisance de se laisser
conduire.
L'usage de se parler avec
les doigts, qui estmaintenant
aboli au Palais, étoit
autrefois si bien établi parmi
les Demoiselles & les
Camaristes des Reines,que
toute la journée leurs galans
les entretenoientde
cent pas. J'en ai vû qui entendoient
si bien ce langage
, qu'aprés avoir deviné
ce que leurs amans pouvoient
leur dire, elles leur
irépondoient sans les voir,
les mains derriere le dos.
8. Avant qu'on'fermàt les
fortes. Onferme ordinairement
rement les portes d'une
ville par dedans: il n'en
est pas de même à Madrid,
on les ferme par dehors.
Lorsquetout le monde est
rentré
, ou supposé l'être,
les Commis de la Doüane,
qui sont établis pour empêcher
les contrebandes,
sortent de la ville. Dés qu'ils
sont tous dehorsils ferment
dans l'étenduë de leur jurisdiction
les portes qu'ils
doivent fermer. Chacune
de ces portes est armée de
quatre ou cinq gros cadenats,
dont ces Messieurs
ont les clefs.Ilestvrai qu'il
n'y a aucun danger: mais
cela n'empêche pas que la
te
Capitale de l'Espagne ne
foit toutes les nuits un dépôt
confié à la vigilance de
cinquante ousoixante Car,
des au Tabac.
9.Aoranjuez.Jespere que
ce que j'en vais dire n'ennuyera
personne.
Aranjuezest un lieu que
l'Empereur Charles- Quint
choisitpour la demeure des
Flamansqu'ilavoit amenez
en Espagne. Il y fit bâtir
un Palais fort modique.,
auquel, par des galeries âc
des terrasses de communication
,
il fit attacher un
autre édifice, dont toutes
les chambres, qui font petites
& basses,sontjustement
construites comme
des dortoirs de Moines.
Elles étoient destinées aux
Seigneurs de sa Cour lors
qu'il y alloit. C'est encore
la même chose à present
lorsque les Rois y vont. On
appelle tout ce quartier,
qui eil: fort grand, la Pofàd*
de los Carvalleros.- Tout le terrain d'Aranjuez
est entre le Tage & le
Karama. Il peut avoir environ
trois lieuës de longueur
sur une &demie de
largeur. Il y a dans cet espace
plus de vingt allées
tirées au cordeau, beaucoup
plus longues & plus unies
que celles du Cours de la
Reine, revêtuës chacune
de quatre rangées d'arbres,
tous auni gros & aussi élevez
que les plus hauts & les
plus gros arbres de Fontai.
nebleau.Dans une Isle que
forment ces deux rivieres.
il ya un jardin fort curieux,
qui cil separé du Palais par
un petit pont de bois qui
est sur le Tage. A dix pas
au dessus ( mais à côté de
ce pont) on voit une nappe
d'eau, qui seroit plus belle
sans comparaison que toutes
celles qu'on voit en
France & en Italie, si les
Espagnols, pour profiter
de sa rapidité, ne s'étoient
pas avisez de bâtir un gros
moulin directement au milieu
de cette cascade,qui est
si pleine & si impetueuse,
que le volume d'eau qui
passe fous le moulin suffit
pour faire aller dix-huii
meules. En entrant dans cc jardin, la premiere figure
qu'on voit au milieu d'un
grand bassin de marbre
blanc, est celle d'Hercule
qui tient dans sa main les
pommesd'or du jardin des
Hesperides, & fous ses pieds
le monstrequiendéfendoit
l'encree.
Dans le second est la
figure d'Hercule tirant une
,.
de ses redoutables fleches
sur le Centaure qui lui enleve
Dejanire.
Au tcoisiéme est celle
d'un esclave, qui s'arrache
une épine qui lui étoit entrée
dans le pied au milieu
d'une course qu'il faisoit à
Rome: mais pour ne pas
retarder la joye que la
bonnenouvelle dont il
étoit porteur devoir causer
à la République, il garda
l'épine jusqu'à ce qu'il fût
arrivé. Une Divinité lui met
sur la tête une couronne de
lauriers, dont toutes les
feüilles jettent une assez
grande quantité d'eau. A
l'exception de cette derniere
circonstance, on voit
la même figure à Rome & à Versailles.
Au quatriéme, qu'on ap
pelle le bassin de Don Juan,
on voit la figure d'une belle
Princesse, fille d'un Roy
d'Afrique, qui fut menée
en triomphe à Aranjuez
fous le regne de Philippe
second.
Au cinquiémeest Ganimede,
assis sur,, Jupiter en
aigle, & tenant à sa main
la coupe dans laquelle il
verse l'ambroisie au Maître
-
des Dieux.
Dans le Cxiémebatirn
on
on voit Neptune avec tout
son équipage
,
élevé dans
un char de bronze, sur un
grand piéd'estal de marbre
doré. Le bassin où est
cette figure est orné d'une
balustrade de marbre, sur
laquelle sont enégale distance
six autres figures de
bronzeparfaites, dont deux
representent Cerés sur son
char, traînépar deux lyons,
.& deux Amours à ses pieds;
deuxautres celle de Juivon
anise sur son paon, & les
piedssuruneboule foatè-
.n.uë P4ç;d^iefçlàygëa
cinquiéme est celle de Ju
piter, le foudre à la main
& unpied sur une boule por
tée par quatre esclaves. L,
sixiéme est celle de Neptu
ne,son trident à la main
debout sur sa conque, traî
..née par deux-chevaux ma
rins, guidezpar deuxTri
tons, de mêmequ'il estsu
lepiéd'estal.Cessix prin
ci pales sigures,ausquelle
plusieurs autres font jointes
sonttoutes, en ce quelle
contiennent chacune,d'une piecede bronze. Tou
zoe bassinestun present que
le Duc de Terra Nueva,
ambassadeur à Rome, fit à
Philippe III. Ily a encore
dans ce jardin plus de mille
autres petitesfontaines ou
tuyaux, quelesEspagnols
appellent Burladores, parce
qu'ilsserventà moüiller les
jhjomtn~~ principalement
les femmes, qui se promenentsansy
songer dans les
allées, où îh sont.
Le parc de cette maison
estremplidelapins, ôc de
toutes sortes de bêtes fauves,
Il y a plus de 50. chameaux
, on y nourrit une
gratïaeqûahrke'de"paons :
maiscérquilyâdtpus ftff. re,c'est lamanière dont
deuxpetits marmotifetsap*
privôiferïttouste$jcjiflsunô
centaine de fanglier#r;Èly#
au-milieu du bois une plaçfc
femblablcàc'dles^éu-n^a
paysans barttent lêbtedfàtitt
des coins deïcetter,pla?<èeil
yraeunvpetêit qtuaurte dde<tdemi élevées jusqu'à petriprlsà
la hauteur du menton didnt
perifbnnc.C'eitl'endroitou
Renferment ceux qui font
Wfiéttx dit-vdioviiaina
bêrjçç.',Sitôt qu'on est arrive
Jà;; un. jies petits garçons
qui vous menent monte sur
le haut d'un arbre
,
d'où il
criç^ç.çpm^6saforcç>iïtco,
frico..,. machao. L'autre se
promene forttranquilement
dans le milieu de la
place avec un sac d'avoine
surson dos:aux cris de l'un
tous les sangliers arrivent
à travers les broussailles,
avec leur famille, pour
mangerla munition de
l'autre. Quand ils iont tous.
* Comme s'il crioit à-des d'tttàe>petit,petit.
dans la place, le distributeur
dccevade ouvre son
sac, dont il laisse couler,
chemin faisant, en forme
defillon
, toute la mafchariÀo
dise à terre. Ces animaux en
mangent autant qu'on veut
leur en donner:mais lorsque
leur perè nourricier en voit
de trop goulus,illeurdonne
par le museau de bons coups
de pied, qu'ilsreçoivér avec
tout le respect du monde Ils
ont la complaisance de rester
sur cette place,jusqu'à ce
qu'iln'y ait plus d'avoine,&
des que le sac est vuide,ils
1 prennent tous paisiblement
par différentesroutes le
chemin de chez eux.
Environ à trois quarts de
lieuë de là on voit une piece - d'eau, à peu prés de la forme
& de la grandeur de la
piece des Suisses de Verfailles.
On appelle ce bassin
lamard'Antigola. Il est entouré
de tous les cotez de
fort grands arbres, à l'exception
d'un endroit, où il y aunpetit bâtimentdechar
pente qu'on a élève à l'une
desextremitezdece bciilu\
Derricre ce petit édifice est:
une grandeplace,oùl'on tenoitaurrefois
des taureaux;
pour doner aux Rois,quand
ilsalloient à Aranjuez, le
divertissement d'une façon
de chasse assez particulière.
Cette petite maison de
charpenre , qui est sur le
bord du canal, n'est, à vrai
dire,qu'une façon de chambre
quia deux portes, l'une
du côté de la terre, l'autre
du côté de l'eau. Dés qu'on
a passé celle-ci, on trouve
une espece de plancher de
la largeur de six pieds, en
talud
,
qu'on a foin de favonner
& de graisser pour
l'usage que je vais dire.
Des payians habiles au
jeu dont il est question,
chassent devant eux plusieurs
taureaux, l'un aprés
l'autrey jusqu'à ce quils
soient arrivez dans la place,
où ils les poursuivent encore.
Les taureaux, qui ne
voyent point d'autre azile
que cette chambre, dont
les portes sont ouvertes,
s'y jettentavec impetuosité:
mais sitôt qu'ils ont mis les
pieds sur les planches favannées)
ilsglis-sent de la <,
hauteur d'environ vingtcinq
ou trente pieds dans le
bassin, où ils nagent, jusqu'à
ce que les chiens qu'on leur
lâche, & les coups de fusil
qu'on leur tire, leur ayenc
ôté & les forces & la vie.
Enfin, pour ne pas amuser
davantage less ledreurs
du détail d'une infinitéd'au,
tres bagatelles, j'ose assurer,
aprés tous les honnêtes gens
qui ont voyagé en Espagne
avec beaucou p de reste.
xions &de curiosité
,
qu'Aranjuez
est sans contredit
une des plus belles solitudes
du monde.
Duegna. Ce nom eÍr donne
en Espagne à celles qui
font l'employ des Matrones
Italiennes auprès des jeunes
femmes & des jeunes filles
dont les peres, les freres
& les maris jaloux leur
abandonnent le foin. Elles
épient) gardent, trompent,
suivent, & fonc ordinairement
enrager leurs maîtresses
autant qu'elles peuvent.
Le mot de Duegna
• est une des plus grosses injures
qu'on puisse dire à
celles qui ne le sont pas, ôc
souvent mêmeàcelles qui
le font. Duegna,.enchan
géant; laderniere tercreeï
o, fait Duegno,& devient
alors un des plus jolis moti
,,dont lesamans se servent. Braveles%:Cycik une et
pece de bouclier, que le:
guapos, qui veut dire le:
braves
, portent la nuit, &
souveutmême le jour, 11
sont faits d'un cuir fort
épais, tendu sur une tringle
de fer ployée en forme dovale
Jidont le diametre est
traversé d'une barre de fer
courbéalaquelle barre est
attachéun anneau de là
largeur de la main, pour
le renirpar le milieu lors
qu'on ena besoin. La plupart..
de ces brogeles sont
doubliezd'uneplaquede
fctrJL-fsÈfjbagnols:Les portenenxredeun1jjustaùcorps
&J?ur înanteaa, pour s'en
ie^Mir^iaris1'Qcaaiionvi.p:M
O'jJ2..?3Êfe eflmretf, de_.iones:
Gsi: sont;proprement des
natDea'^teijancsjtravaillées
fcYCCi tout/l'aircimaginable,
EirEte Ici Damessafleycnt
dchefefmuseénptloaurcêôtrteedp'Alufsrfirqauî-e
&!V£fpag^,foacqpki«d
de ces joncs. Il n'y a poin
de si petite maison en Es
pagne qui n'aie ses esterres
Elles ne durent ordinaire.
ment quedeux hyvers. On
commenceàles étendre
dans. les chambresà la
Toussaint,&oncles levéà Pâques.Onen
propret tatre's-ifnies,avec
des desseins, pour ics>faké
servir de mpiÍferiegJen.esié;
&de rienenhyvenNous
n'avonspointen France
l'usage ni la c®mmqdkerda
ces nattes quinecoambuentpaspeuyselon
leï
faisons,àdonner de la chaleur
ou de la fraîcheur partout
où l'on s'en fert.
13. Fête de Taureaux.Il
n'y a presque personne qui
ne croye avoir une idée assez
juste de ces fêtes. Ceux
qui ont lû Gulrnan d'Alfarache,
Don Quichotte, le
Voyage d'Espagne de Madame
Daunoy
,
& vingt autres
Ronians Espagnols,
s'imaginent avoirappris.,
surle témoignage de ces
Ecrivains) ce que c'est veriÇy||
ment qu'un combat
de-*ureaux; mais je pro-
::: !
mersd'en raconter quelque
jour une fête que j'ai vue
& dont le recit fidele fuf
lErae-, pomur déotronmpdereto.u
-> 14. Puerto de las Salinas
Comme qui diroit le pori
de Salines. C'est un petw
endroitàsix lieuës dc¡Ma.
drid
,
qui,du milieude l'Ef
pagne :où'iL est ,fournitdu à!toilte.iaiMatikhc. :&
ta^ix deuxCastilles;parl'a-
? tendance.;dès>rflàaoeïal&s
qu'on enripe.Ildtfitué/ur
: le pencliaryd'imeotorête
-
«nagnifique j.d'oiiiW jiecouvre
couvre un dcs'eaux
praaysaatgeisqcui'iilycaàietécneEaucpéfe-*
Mi uWevàfteplai-| ne,couverte d'arbres de
toutes forces d'especes, de
grains &deraisins que le
Tâgé'>:êâ leKarama arrofent6c
iiirJa droite on voit
à merveille les prez, les
bois,les ^pdihs', les eaux, lé-villas5^'Jce Palais d'A-
«ranjuiez.l:)cîo:*'
1u$;';Sénvifiée-,Cap.itale de grande^
Mîè^riéh'eydbnt les ruës
fOfltJc-croites.&; mal bâties.
Le commerce de la mer,
dont elle est voisine, faitsa
richesse.. Elle est frequemment
exposée aux debordemens
du Guadalquivir,
qui lui cause souvent de
grands dommages.
Je ne sçai pas si on me
fçaura aucun gré de ces
remarques: mais je sçai bien
que j'aicrû ne pouvoir
mieux faire,que,d'orienter,
le lecteur partout, d'une
maniere qui lui apprenne,
en l'amusant, toucçç^.qrôt
peut apprendre des lieux &
des choses dont il lira les
noms dans les nouvelles
que je lui donne.
1. La Floride est la plus
belle promenade qu'il y ait
aauuxxeennvviirroonnssddeeMMaaddrriidd.
Elle est dans un fond, sur
le bord de la riviere;elle
est de la largeur d'une des
plus étroites alléesduCours;
lesarbres dont elle est ornée
sont plantez assez irrégulièrement
:elle a environ
une demi lieuë de longueur.
Plusieurs François dela
Maison du Roy y ont fait
faire des maisons. de campagnefortjolies
;entr'autres,
le Sieur Riqueur
Chymiste , & Apotiquaire
de Sa Majesté Catholique
y a achetéun grandespace
de terre, dans le dessein
d'en faire un jardin des
simples,sur le modele du
Jardin du Roy qui est à
Paris. On me mande de
Madrid que ce dessein est
executé.
i. Mançanares est une petite
riviere qui descend des
montagnes de Guadarama.
Il seroit fort difficile dedire
où elle le perd en Eté. En
Hyver elle accroche quelque
bras du Tage ou du
Karama. Entouttempsce
n'est rien. Le pont de Segovie,
que le Roy Philippe
Eiiii
second fie bâtir sur ce ruiffèiu,
elt un des plus magnifiques
ponrs qu'il y ait
en Europe. Chacun sçait
qu'un ambassadeur dit un
jour, en considerant le
pont & la rivière
,
qu'il
Faudroit vendre le pont
pour acheter de l'eau. On
a propose plusieurs fois aux
Rois d'Espagne les moyens
de rendre le Mançanares
navigable. On m'a dit que
ces propositionsn'avoient, pas é1té1reAçu..es, parce que
l'abondance des eaux qui
auroient rempli le lit de
cette riviere auroit pendant
l'Eté privé les Dames & les
Cavaliers du plaisir de se
promener dans leurs carosses
au milieu du Mançanares.
Ce seroit bien dommage.
3. Leganezest un desplus
beaux villages qu'il y ait en
Espagne. Il est à deux lieuës
de Madrid, dans une plaine
,
sur la droite du chemin
de Madrid à Aranjuez.Les
melons, les figues, & L*s
raisins de Leganez sont excellens.
Ce village appartenoit
au Marquis de Leganez,
quimourutil y a
quelques années à Paris.
--
4. Pinto est un gros bourg
à quatre lieuës de Madrid,
appartenant au Comte de
Pinto, frere de M. le Duc
d'Ossone.
Laporte de la Vega est
une des plus belles portes
de Madrid.C'est par cette
porte que l'on fort pour
prendre la route des Royaumesde
Valence,de Murcie
, de Grenade & d'Andalousie.
6. PradoViejo. Il n'est
point de ville en Europe
dont l'entrée soit plus belle
& plus riante que celle de
Madrid par la porte d'Alcala.
Dés qu'on a passé cette
porte, on entre dans une
ruë grande, belle & propre:
au milieu de cette ruë est
une espece de carrefour,
qui presente de tous les
cotez le plus beau coup
d'oeil du monde. On voit
en perspective & à perte de
vûë la ruë d'Alcala, qui est
la plus belle ruë de Madrid.
C'est en dire peu de chose,
par rapport à l'idée qu'on
a mal à propos de cette
grande ville, dont les maiions
sont fort bien bâties,
& les ruës larges , claires
& bien percées, mais fore
sales. Celle d Alcala, dont
je parle, est si belle, que
je suis sûr qu'à Rome, nià
Paris il n'yen a pas une qui
lui ressemble. Dumilieu de
cette ruë on découvre à
droite & à gauche le Prado
Viejo. C'est une grande
promenade, revêtue du
côté du Buen Reciro de
quatre rangées de grands
arbres. Elle est ornée de
plusieurs fontaines, & sert
de promenade détiquete
auxDames&auxSeigneurs
Espagnols
,
depuis Pâques
jusqu'à la Fête-Dieu.Depuis
laFête-Dieu jusqu'à la
Touflainc on le promène à
la Floride ôc sur le Mançanares,
& depuis laToussaint
jusqu'a Pâques hors la ville;
entre les portes. Cette promenade
s'appelle, elpasseo
mr§pW**h -r.(- iipl::-7
<•7. Elle me passa açveç-Jes
doigts. La contrainteperpetuelle
dans laquelle les
Dénies Espagnoles fp,n|
forcées dp vivre, lcs jettç
dans la necenice de se faire
-
un langage des yeux & des
doi gts, que personne nattrape
comme elles. Les Irai
liennes, & sur-tout les Portugaises
qui ont beaucoup
d'esprit
, ne seroient que
leurs écolieres danscesfaçons
dexpiiqu#Jet*»rë.in4
tentions àleursatttutts.'Elletf
s'en fervent, fæm-tBoia;
presque toutes:;ni<tf& èllês
n'ontnil'art,nileguerre
desEspagnoles,&jeccoy
qu'on peut soutenir, fini
fairetortauxplusspiri
rucHes) aùx- pluèka'&ôitè*
& aux plus delicates, qu'il
n'est point de femmes dans
le monde qui ayent plus
d'industrie, plus de manege,
& plus de refolurion
qu'elles. Les avantures les
plus extraordinaires n'ont
jamais rien de difficile, lors
qu'elles sont conduites par
des Espagnoles, tant elles
ont d'intrigue, de ruse &
de génie. Pour arriver à
leur but,quelques obstacles
qui se presentent,elles n'ont
besoin que d'un homme
docile,&qui ait feulement
la complaisance de se laisser
conduire.
L'usage de se parler avec
les doigts, qui estmaintenant
aboli au Palais, étoit
autrefois si bien établi parmi
les Demoiselles & les
Camaristes des Reines,que
toute la journée leurs galans
les entretenoientde
cent pas. J'en ai vû qui entendoient
si bien ce langage
, qu'aprés avoir deviné
ce que leurs amans pouvoient
leur dire, elles leur
irépondoient sans les voir,
les mains derriere le dos.
8. Avant qu'on'fermàt les
fortes. Onferme ordinairement
rement les portes d'une
ville par dedans: il n'en
est pas de même à Madrid,
on les ferme par dehors.
Lorsquetout le monde est
rentré
, ou supposé l'être,
les Commis de la Doüane,
qui sont établis pour empêcher
les contrebandes,
sortent de la ville. Dés qu'ils
sont tous dehorsils ferment
dans l'étenduë de leur jurisdiction
les portes qu'ils
doivent fermer. Chacune
de ces portes est armée de
quatre ou cinq gros cadenats,
dont ces Messieurs
ont les clefs.Ilestvrai qu'il
n'y a aucun danger: mais
cela n'empêche pas que la
te
Capitale de l'Espagne ne
foit toutes les nuits un dépôt
confié à la vigilance de
cinquante ousoixante Car,
des au Tabac.
9.Aoranjuez.Jespere que
ce que j'en vais dire n'ennuyera
personne.
Aranjuezest un lieu que
l'Empereur Charles- Quint
choisitpour la demeure des
Flamansqu'ilavoit amenez
en Espagne. Il y fit bâtir
un Palais fort modique.,
auquel, par des galeries âc
des terrasses de communication
,
il fit attacher un
autre édifice, dont toutes
les chambres, qui font petites
& basses,sontjustement
construites comme
des dortoirs de Moines.
Elles étoient destinées aux
Seigneurs de sa Cour lors
qu'il y alloit. C'est encore
la même chose à present
lorsque les Rois y vont. On
appelle tout ce quartier,
qui eil: fort grand, la Pofàd*
de los Carvalleros.- Tout le terrain d'Aranjuez
est entre le Tage & le
Karama. Il peut avoir environ
trois lieuës de longueur
sur une &demie de
largeur. Il y a dans cet espace
plus de vingt allées
tirées au cordeau, beaucoup
plus longues & plus unies
que celles du Cours de la
Reine, revêtuës chacune
de quatre rangées d'arbres,
tous auni gros & aussi élevez
que les plus hauts & les
plus gros arbres de Fontai.
nebleau.Dans une Isle que
forment ces deux rivieres.
il ya un jardin fort curieux,
qui cil separé du Palais par
un petit pont de bois qui
est sur le Tage. A dix pas
au dessus ( mais à côté de
ce pont) on voit une nappe
d'eau, qui seroit plus belle
sans comparaison que toutes
celles qu'on voit en
France & en Italie, si les
Espagnols, pour profiter
de sa rapidité, ne s'étoient
pas avisez de bâtir un gros
moulin directement au milieu
de cette cascade,qui est
si pleine & si impetueuse,
que le volume d'eau qui
passe fous le moulin suffit
pour faire aller dix-huii
meules. En entrant dans cc jardin, la premiere figure
qu'on voit au milieu d'un
grand bassin de marbre
blanc, est celle d'Hercule
qui tient dans sa main les
pommesd'or du jardin des
Hesperides, & fous ses pieds
le monstrequiendéfendoit
l'encree.
Dans le second est la
figure d'Hercule tirant une
,.
de ses redoutables fleches
sur le Centaure qui lui enleve
Dejanire.
Au tcoisiéme est celle
d'un esclave, qui s'arrache
une épine qui lui étoit entrée
dans le pied au milieu
d'une course qu'il faisoit à
Rome: mais pour ne pas
retarder la joye que la
bonnenouvelle dont il
étoit porteur devoir causer
à la République, il garda
l'épine jusqu'à ce qu'il fût
arrivé. Une Divinité lui met
sur la tête une couronne de
lauriers, dont toutes les
feüilles jettent une assez
grande quantité d'eau. A
l'exception de cette derniere
circonstance, on voit
la même figure à Rome & à Versailles.
Au quatriéme, qu'on ap
pelle le bassin de Don Juan,
on voit la figure d'une belle
Princesse, fille d'un Roy
d'Afrique, qui fut menée
en triomphe à Aranjuez
fous le regne de Philippe
second.
Au cinquiémeest Ganimede,
assis sur,, Jupiter en
aigle, & tenant à sa main
la coupe dans laquelle il
verse l'ambroisie au Maître
-
des Dieux.
Dans le Cxiémebatirn
on
on voit Neptune avec tout
son équipage
,
élevé dans
un char de bronze, sur un
grand piéd'estal de marbre
doré. Le bassin où est
cette figure est orné d'une
balustrade de marbre, sur
laquelle sont enégale distance
six autres figures de
bronzeparfaites, dont deux
representent Cerés sur son
char, traînépar deux lyons,
.& deux Amours à ses pieds;
deuxautres celle de Juivon
anise sur son paon, & les
piedssuruneboule foatè-
.n.uë P4ç;d^iefçlàygëa
cinquiéme est celle de Ju
piter, le foudre à la main
& unpied sur une boule por
tée par quatre esclaves. L,
sixiéme est celle de Neptu
ne,son trident à la main
debout sur sa conque, traî
..née par deux-chevaux ma
rins, guidezpar deuxTri
tons, de mêmequ'il estsu
lepiéd'estal.Cessix prin
ci pales sigures,ausquelle
plusieurs autres font jointes
sonttoutes, en ce quelle
contiennent chacune,d'une piecede bronze. Tou
zoe bassinestun present que
le Duc de Terra Nueva,
ambassadeur à Rome, fit à
Philippe III. Ily a encore
dans ce jardin plus de mille
autres petitesfontaines ou
tuyaux, quelesEspagnols
appellent Burladores, parce
qu'ilsserventà moüiller les
jhjomtn~~ principalement
les femmes, qui se promenentsansy
songer dans les
allées, où îh sont.
Le parc de cette maison
estremplidelapins, ôc de
toutes sortes de bêtes fauves,
Il y a plus de 50. chameaux
, on y nourrit une
gratïaeqûahrke'de"paons :
maiscérquilyâdtpus ftff. re,c'est lamanière dont
deuxpetits marmotifetsap*
privôiferïttouste$jcjiflsunô
centaine de fanglier#r;Èly#
au-milieu du bois une plaçfc
femblablcàc'dles^éu-n^a
paysans barttent lêbtedfàtitt
des coins deïcetter,pla?<èeil
yraeunvpetêit qtuaurte dde<tdemi élevées jusqu'à petriprlsà
la hauteur du menton didnt
perifbnnc.C'eitl'endroitou
Renferment ceux qui font
Wfiéttx dit-vdioviiaina
bêrjçç.',Sitôt qu'on est arrive
Jà;; un. jies petits garçons
qui vous menent monte sur
le haut d'un arbre
,
d'où il
criç^ç.çpm^6saforcç>iïtco,
frico..,. machao. L'autre se
promene forttranquilement
dans le milieu de la
place avec un sac d'avoine
surson dos:aux cris de l'un
tous les sangliers arrivent
à travers les broussailles,
avec leur famille, pour
mangerla munition de
l'autre. Quand ils iont tous.
* Comme s'il crioit à-des d'tttàe>petit,petit.
dans la place, le distributeur
dccevade ouvre son
sac, dont il laisse couler,
chemin faisant, en forme
defillon
, toute la mafchariÀo
dise à terre. Ces animaux en
mangent autant qu'on veut
leur en donner:mais lorsque
leur perè nourricier en voit
de trop goulus,illeurdonne
par le museau de bons coups
de pied, qu'ilsreçoivér avec
tout le respect du monde Ils
ont la complaisance de rester
sur cette place,jusqu'à ce
qu'iln'y ait plus d'avoine,&
des que le sac est vuide,ils
1 prennent tous paisiblement
par différentesroutes le
chemin de chez eux.
Environ à trois quarts de
lieuë de là on voit une piece - d'eau, à peu prés de la forme
& de la grandeur de la
piece des Suisses de Verfailles.
On appelle ce bassin
lamard'Antigola. Il est entouré
de tous les cotez de
fort grands arbres, à l'exception
d'un endroit, où il y aunpetit bâtimentdechar
pente qu'on a élève à l'une
desextremitezdece bciilu\
Derricre ce petit édifice est:
une grandeplace,oùl'on tenoitaurrefois
des taureaux;
pour doner aux Rois,quand
ilsalloient à Aranjuez, le
divertissement d'une façon
de chasse assez particulière.
Cette petite maison de
charpenre , qui est sur le
bord du canal, n'est, à vrai
dire,qu'une façon de chambre
quia deux portes, l'une
du côté de la terre, l'autre
du côté de l'eau. Dés qu'on
a passé celle-ci, on trouve
une espece de plancher de
la largeur de six pieds, en
talud
,
qu'on a foin de favonner
& de graisser pour
l'usage que je vais dire.
Des payians habiles au
jeu dont il est question,
chassent devant eux plusieurs
taureaux, l'un aprés
l'autrey jusqu'à ce quils
soient arrivez dans la place,
où ils les poursuivent encore.
Les taureaux, qui ne
voyent point d'autre azile
que cette chambre, dont
les portes sont ouvertes,
s'y jettentavec impetuosité:
mais sitôt qu'ils ont mis les
pieds sur les planches favannées)
ilsglis-sent de la <,
hauteur d'environ vingtcinq
ou trente pieds dans le
bassin, où ils nagent, jusqu'à
ce que les chiens qu'on leur
lâche, & les coups de fusil
qu'on leur tire, leur ayenc
ôté & les forces & la vie.
Enfin, pour ne pas amuser
davantage less ledreurs
du détail d'une infinitéd'au,
tres bagatelles, j'ose assurer,
aprés tous les honnêtes gens
qui ont voyagé en Espagne
avec beaucou p de reste.
xions &de curiosité
,
qu'Aranjuez
est sans contredit
une des plus belles solitudes
du monde.
Duegna. Ce nom eÍr donne
en Espagne à celles qui
font l'employ des Matrones
Italiennes auprès des jeunes
femmes & des jeunes filles
dont les peres, les freres
& les maris jaloux leur
abandonnent le foin. Elles
épient) gardent, trompent,
suivent, & fonc ordinairement
enrager leurs maîtresses
autant qu'elles peuvent.
Le mot de Duegna
• est une des plus grosses injures
qu'on puisse dire à
celles qui ne le sont pas, ôc
souvent mêmeàcelles qui
le font. Duegna,.enchan
géant; laderniere tercreeï
o, fait Duegno,& devient
alors un des plus jolis moti
,,dont lesamans se servent. Braveles%:Cycik une et
pece de bouclier, que le:
guapos, qui veut dire le:
braves
, portent la nuit, &
souveutmême le jour, 11
sont faits d'un cuir fort
épais, tendu sur une tringle
de fer ployée en forme dovale
Jidont le diametre est
traversé d'une barre de fer
courbéalaquelle barre est
attachéun anneau de là
largeur de la main, pour
le renirpar le milieu lors
qu'on ena besoin. La plupart..
de ces brogeles sont
doubliezd'uneplaquede
fctrJL-fsÈfjbagnols:Les portenenxredeun1jjustaùcorps
&J?ur înanteaa, pour s'en
ie^Mir^iaris1'Qcaaiionvi.p:M
O'jJ2..?3Êfe eflmretf, de_.iones:
Gsi: sont;proprement des
natDea'^teijancsjtravaillées
fcYCCi tout/l'aircimaginable,
EirEte Ici Damessafleycnt
dchefefmuseénptloaurcêôtrteedp'Alufsrfirqauî-e
&!V£fpag^,foacqpki«d
de ces joncs. Il n'y a poin
de si petite maison en Es
pagne qui n'aie ses esterres
Elles ne durent ordinaire.
ment quedeux hyvers. On
commenceàles étendre
dans. les chambresà la
Toussaint,&oncles levéà Pâques.Onen
propret tatre's-ifnies,avec
des desseins, pour ics>faké
servir de mpiÍferiegJen.esié;
&de rienenhyvenNous
n'avonspointen France
l'usage ni la c®mmqdkerda
ces nattes quinecoambuentpaspeuyselon
leï
faisons,àdonner de la chaleur
ou de la fraîcheur partout
où l'on s'en fert.
13. Fête de Taureaux.Il
n'y a presque personne qui
ne croye avoir une idée assez
juste de ces fêtes. Ceux
qui ont lû Gulrnan d'Alfarache,
Don Quichotte, le
Voyage d'Espagne de Madame
Daunoy
,
& vingt autres
Ronians Espagnols,
s'imaginent avoirappris.,
surle témoignage de ces
Ecrivains) ce que c'est veriÇy||
ment qu'un combat
de-*ureaux; mais je pro-
::: !
mersd'en raconter quelque
jour une fête que j'ai vue
& dont le recit fidele fuf
lErae-, pomur déotronmpdereto.u
-> 14. Puerto de las Salinas
Comme qui diroit le pori
de Salines. C'est un petw
endroitàsix lieuës dc¡Ma.
drid
,
qui,du milieude l'Ef
pagne :où'iL est ,fournitdu à!toilte.iaiMatikhc. :&
ta^ix deuxCastilles;parl'a-
? tendance.;dès>rflàaoeïal&s
qu'on enripe.Ildtfitué/ur
: le pencliaryd'imeotorête
-
«nagnifique j.d'oiiiW jiecouvre
couvre un dcs'eaux
praaysaatgeisqcui'iilycaàietécneEaucpéfe-*
Mi uWevàfteplai-| ne,couverte d'arbres de
toutes forces d'especes, de
grains &deraisins que le
Tâgé'>:êâ leKarama arrofent6c
iiirJa droite on voit
à merveille les prez, les
bois,les ^pdihs', les eaux, lé-villas5^'Jce Palais d'A-
«ranjuiez.l:)cîo:*'
1u$;';Sénvifiée-,Cap.itale de grande^
Mîè^riéh'eydbnt les ruës
fOfltJc-croites.&; mal bâties.
Le commerce de la mer,
dont elle est voisine, faitsa
richesse.. Elle est frequemment
exposée aux debordemens
du Guadalquivir,
qui lui cause souvent de
grands dommages.
Je ne sçai pas si on me
fçaura aucun gré de ces
remarques: mais je sçai bien
que j'aicrû ne pouvoir
mieux faire,que,d'orienter,
le lecteur partout, d'une
maniere qui lui apprenne,
en l'amusant, toucçç^.qrôt
peut apprendre des lieux &
des choses dont il lira les
noms dans les nouvelles
que je lui donne.
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Résumé : REMARQUES.
Le texte offre une description de divers lieux et événements en Espagne, principalement autour de Madrid. La Floride est présentée comme la plus belle promenade de Madrid, située au bord de la rivière. Elle est étroite, bordée d'arbres plantés de manière irrégulière, et mesure environ une demi lieue de longueur. Plusieurs nobles français y ont construit des maisons de campagne, dont le Sieur Riqueur, qui a acquis un grand terrain pour y créer un jardin de simples. Le Mançanares est une petite rivière descendant des montagnes de Guadarama. Elle est presque invisible en été mais peut rejoindre le Tage ou le Karama en hiver. Le pont de Segovie, construit par le roi Philippe II, est l'un des plus magnifiques d'Europe. Plusieurs propositions pour rendre la rivière navigable ont été rejetées, car cela priverait les habitants du plaisir de se promener en carrosse. Leganez est un beau village situé à deux lieues de Madrid, connu pour ses melons, figues et raisins excellents. Pinto est un gros bourg à quatre lieues de Madrid, appartenant au Comte de Pinto. La porte de la Vega est l'une des plus belles portes de Madrid, menant aux royaumes de Valence, Murcie, Grenade et Andalousie. La rue d'Alcala est la plus belle rue de Madrid, offrant une perspective magnifique. Le Prado Viejo est une grande promenade ornée de fontaines, utilisée par les Dames et les Seigneurs espagnols de Pâques à la Fête-Dieu. Le texte mentionne également des détails sur les mœurs espagnoles, comme l'usage des nattes dans les maisons et les fêtes de taureaux. Puerto de las Salinas est un petit endroit à six lieues de Madrid, fournissant du sel à toute l'Espagne. Séville est décrite comme une ville riche grâce au commerce maritime, mais souvent endommagée par les débordements du Guadalquivir.
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20
p. 91-92
Discours sur l'origine du mois, [titre d'après la table]
Début :
Ce que je dis de chaque mois étant une suite de remarques [...]
Mots clefs :
Mois de juillet, César
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois, [titre d'après la table]
Ce que je dis de chaque
mois étant une fuite deremarques5
je croy que c'est
ici la place de cellesque je
vais écriresurl'origine du
mois de Juillet. - »
juilletestle septiéme mois
de l'année Romaine.LaCaaicule
commenceen Juillet,
quand le Soleil entre
dans le signe du Lyon. ; '•*
On ditproverbialement:
En Juillet la faucille au poi*
met.
Cemot vient du Lati
Julius, surnom de Caiu
Cesar Dictateur. Marc-An
toine dans son Consulat or.
donna quece mois,qui s'ap
pelloit auparavant Quintïlis,
portât le nom de jih
.JÙtS., parce que c'étoit ceIu:
de lanaissance de Jules Cesar.
-
rCjCipçtit article de l'étymologie
du mois amene à
propos, sije ne me trompe,
celui des nouvelles qui le
concernent.
mois étant une fuite deremarques5
je croy que c'est
ici la place de cellesque je
vais écriresurl'origine du
mois de Juillet. - »
juilletestle septiéme mois
de l'année Romaine.LaCaaicule
commenceen Juillet,
quand le Soleil entre
dans le signe du Lyon. ; '•*
On ditproverbialement:
En Juillet la faucille au poi*
met.
Cemot vient du Lati
Julius, surnom de Caiu
Cesar Dictateur. Marc-An
toine dans son Consulat or.
donna quece mois,qui s'ap
pelloit auparavant Quintïlis,
portât le nom de jih
.JÙtS., parce que c'étoit ceIu:
de lanaissance de Jules Cesar.
-
rCjCipçtit article de l'étymologie
du mois amene à
propos, sije ne me trompe,
celui des nouvelles qui le
concernent.
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Résumé : Discours sur l'origine du mois, [titre d'après la table]
Juillet, septième mois de l'année romaine, marque le début de la canicule. Il tire son nom de 'Julius', le surnom de Jules César. Initialement nommé Quintilis, il fut renommé par Marc Antoine lors de son consulat pour honorer la naissance de César. Un proverbe associe juillet à la moisson.
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21
p. 115-118
« On ne commet point de petites fautes avec le public [...] »
Début :
On ne commet point de petites fautes avec le public [...]
Mots clefs :
Mercure, Public, Pièce de poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On ne commet point de petites fautes avec le public [...] »
On ne commet point de
petites fautes avec le public
;- il ne s'embarasse ni
des obstacles
,
ni des rai.;
fons qui soppofent fouvenc
à l'exaaitude qu'il demande.
Les bonnes choses lui
plaisent toûjours, &les repétitions
l'ennuient. La piecede
poëlle que jai donnée
le mois paflfé,quelque
bonne qu'elle [oit)m'a prêt
que fait une querelle avec,
plusieurshonnêtes gens,
qui lisent le Mercure. Elle
avoit paru dans celui de
Mars. J'ai eu beau protester
que je n'en [çavois rien :!
Pourquoy, diicnt ils, ne le
* fçaviez-vous pas? Je vais
répondre en deux mots à
, cette objection. Je reçois
-
toutes les pièces qu'on me
donne,sur la bonne foy
des gens quime les apportene)
& je croy ,
lors qu'on
me les garantitneuves, que,
je ne fçaurois-medlfpçofer
de les donner pourtelles.
D'ailleursil y-sfïi peu -de
tems que.je fuis dans ce
pays ci, & j'ai lû si peu de
Mercures, que tout ce que
je lis àpresent me paroît
pprreessqquuee nnoouuvveeaauu, & [ou- , souvent
même étrange..
Voila mon apologie;ceux que qui ijnapporteflt de
vieilles pieces fassent la
leur. J'en ferai imprimer
autant qu'on men enverra,
pourveu quelles soient a.
peu près tournées dans leur
espece
,
sur le modèle de
celle qu'on va lire.
petites fautes avec le public
;- il ne s'embarasse ni
des obstacles
,
ni des rai.;
fons qui soppofent fouvenc
à l'exaaitude qu'il demande.
Les bonnes choses lui
plaisent toûjours, &les repétitions
l'ennuient. La piecede
poëlle que jai donnée
le mois paflfé,quelque
bonne qu'elle [oit)m'a prêt
que fait une querelle avec,
plusieurshonnêtes gens,
qui lisent le Mercure. Elle
avoit paru dans celui de
Mars. J'ai eu beau protester
que je n'en [çavois rien :!
Pourquoy, diicnt ils, ne le
* fçaviez-vous pas? Je vais
répondre en deux mots à
, cette objection. Je reçois
-
toutes les pièces qu'on me
donne,sur la bonne foy
des gens quime les apportene)
& je croy ,
lors qu'on
me les garantitneuves, que,
je ne fçaurois-medlfpçofer
de les donner pourtelles.
D'ailleursil y-sfïi peu -de
tems que.je fuis dans ce
pays ci, & j'ai lû si peu de
Mercures, que tout ce que
je lis àpresent me paroît
pprreessqquuee nnoouuvveeaauu, & [ou- , souvent
même étrange..
Voila mon apologie;ceux que qui ijnapporteflt de
vieilles pieces fassent la
leur. J'en ferai imprimer
autant qu'on men enverra,
pourveu quelles soient a.
peu près tournées dans leur
espece
,
sur le modèle de
celle qu'on va lire.
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Résumé : « On ne commet point de petites fautes avec le public [...] »
Le texte aborde les attentes du public envers les œuvres littéraires et les malentendus qui peuvent en résulter. Le public n'accepte pas les erreurs et apprécie les bonnes œuvres sans tenir compte des difficultés rencontrées par les auteurs. Une pièce de poésie publiée le mois précédent a provoqué une controverse avec des lecteurs du journal Mercure. Ces lecteurs ont reproché à l'auteur de ne pas savoir que la pièce avait déjà été publiée. L'auteur explique qu'il reçoit de nombreuses pièces et se fie à la bonne foi des auteurs, manquant de temps pour vérifier les anciens numéros du Mercure. Il considère donc les œuvres comme nouvelles. Il accepte de publier des pièces anciennes à condition qu'elles soient présentées comme nouvelles et conformes à un certain modèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 245-250
LE ROSSIGNOL, ET LE MOINEAU. FABLE.
Début :
Je ne doute point qu'on ne détourne volontiers les yeux / Le tendre Rossignol, & le galant Moineau, [...]
Mots clefs :
Moineau, Rossignol, Pièces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE ROSSIGNOL, ET LE MOINEAU. FABLE.
Je ne doute point qu'on
1 ne détourne volontiers les
1 yeux de sur ces funestes objets
, pour lire avec plaisir
• les pieces suivantes.
:.
J'ay appris qu'un jeune
homme, qui meurt d'envie
d'estre bien tost aucheur;
comme moy , aux dépens
du public, se donne tous les,
foins imaginables pour ramasser
les pieces fugitives.
quin'ont point estéimprimées,
qu'il destine à lacomposition
d'un recueil qu'il
veut faire mettre fous la
presse. Il tire toute la matiere
de son ouvrage des fragments
de Mrs Vergier, Go-,
dart,Morfontaine, S.Gilles,
Pavillon,Lainé, Pradon,
Rochefort, le Conte, Mlle
Deshouillieres, & plusieurs
autres. Il peut faire ce qu'il
luy plaira des plus vifs endroits
des poësies de ces autheurs
;mais je luy promets (avant que son Livre paroisse,)
de détacher de ces ma.
nuscrits ( que j'ay heureusement
comme luy ) les pieces
qui me conviédront davantage,&
de ne luylaisser,
autant que je pourray ,
de
ces ouvrages, que pour l'impression
deHollande.Voicy
à bon compte deux Fables,
dont l'une est signée
dunom dePavillon,& autre
deLaine, jenerépondrois
pas que quelqu'un
n'eust contrefait leurs
seings.
LE ROSSIGNOL,
ET LE MOINEAU.
FABLE.
LErendre Rossîgnol,&
le galant Moineau,
L'un & l'autre charmez
d'une jeune Fauvette,
Sur la branche d'un arbrisseau
Parlerent un jour d'amou..
rette.
Le petit chanterel par des
airs doucereux
S'efforçoit d'amollir le coeur
de cette belle;
Je ferai, disoitil,tousjours
tendre& fidele,
Si vous voulez me rendre
heureux.
De mes douces chansons
vous sçavezl'harmonie.
Elles ont merirélesuffrage
des Dieux.
Deformais je les sacrifie
A chanter vostre nom , vos
beautez en tous lieux
Les échos de , ces bois les
rediront sans ce(Ie,
Et j'aurai tant de foin de les
rendre éclatants,
Que vostre coeur enfin fera
content.
Et moy, dit le Moineau, je
vous baiserai tant!
Acemotfutjugé le procez
à l'instant
En faveur de l'oiseau qui
porte gorge noire,
On renvoïa l'oiseau chantant.
Voila la fin de mon histoire.
PAVILLON.
1 ne détourne volontiers les
1 yeux de sur ces funestes objets
, pour lire avec plaisir
• les pieces suivantes.
:.
J'ay appris qu'un jeune
homme, qui meurt d'envie
d'estre bien tost aucheur;
comme moy , aux dépens
du public, se donne tous les,
foins imaginables pour ramasser
les pieces fugitives.
quin'ont point estéimprimées,
qu'il destine à lacomposition
d'un recueil qu'il
veut faire mettre fous la
presse. Il tire toute la matiere
de son ouvrage des fragments
de Mrs Vergier, Go-,
dart,Morfontaine, S.Gilles,
Pavillon,Lainé, Pradon,
Rochefort, le Conte, Mlle
Deshouillieres, & plusieurs
autres. Il peut faire ce qu'il
luy plaira des plus vifs endroits
des poësies de ces autheurs
;mais je luy promets (avant que son Livre paroisse,)
de détacher de ces ma.
nuscrits ( que j'ay heureusement
comme luy ) les pieces
qui me conviédront davantage,&
de ne luylaisser,
autant que je pourray ,
de
ces ouvrages, que pour l'impression
deHollande.Voicy
à bon compte deux Fables,
dont l'une est signée
dunom dePavillon,& autre
deLaine, jenerépondrois
pas que quelqu'un
n'eust contrefait leurs
seings.
LE ROSSIGNOL,
ET LE MOINEAU.
FABLE.
LErendre Rossîgnol,&
le galant Moineau,
L'un & l'autre charmez
d'une jeune Fauvette,
Sur la branche d'un arbrisseau
Parlerent un jour d'amou..
rette.
Le petit chanterel par des
airs doucereux
S'efforçoit d'amollir le coeur
de cette belle;
Je ferai, disoitil,tousjours
tendre& fidele,
Si vous voulez me rendre
heureux.
De mes douces chansons
vous sçavezl'harmonie.
Elles ont merirélesuffrage
des Dieux.
Deformais je les sacrifie
A chanter vostre nom , vos
beautez en tous lieux
Les échos de , ces bois les
rediront sans ce(Ie,
Et j'aurai tant de foin de les
rendre éclatants,
Que vostre coeur enfin fera
content.
Et moy, dit le Moineau, je
vous baiserai tant!
Acemotfutjugé le procez
à l'instant
En faveur de l'oiseau qui
porte gorge noire,
On renvoïa l'oiseau chantant.
Voila la fin de mon histoire.
PAVILLON.
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Résumé : LE ROSSIGNOL, ET LE MOINEAU. FABLE.
Le texte décrit une compétition entre un rossignol et un moineau pour gagner l'amour d'une jeune fauvette. Le rossignol, célèbre pour ses chants mélodieux, promet fidélité et louanges à travers ses mélodies. Le moineau, quant à lui, offre des baisers fréquents. La fauvette choisit le moineau, privilégiant les marques d'affection à la beauté des chants du rossignol. Cette fable, attribuée à Pavillon, illustre une rivalité amoureuse où la simplicité et la proximité triomphent sur l'art et la poésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 3-5
MERCURE NOUVEAU.
Début :
Les premieres lignes d'un Livre, me dit-on, suffisent [...]
Mots clefs :
Lettre, Livre, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MERCURE NOUVEAU.
ME1RCURE : NOUVEAU.
Es premieres lignes
d'un Livre,
me dit- on ,
fuffient
pourprévenir les es-.
prits
,
& un Auteur doit
municipalement s'attacher à
es composer de manière
que tout le monde soit conentde
son début. Je douu.
te quetoutes lés opinions
sereünissent sur cet article,
parce que je commence
à voir de plus près la difserence
infiniequ'il y ,:
a
dans les sentimens des hommes.
Ce qu'il y a decertain
& de général parmi
eux, c'est qu'ils voudraient
tous qu'un Livre écrit de
la main d'un Auteur qui
leurest indifferent, leur fît
autant de plaisir à lire, qu'-
une lettre qu'un ami leur
écrit., Mais cela est presque
impossible,& une médiocre
lettre peut paroître excellente
à celui qui la reçoit
, lors qu'un livre souvent
meilleur qu'unebonne
lettre ne plaira peut-être à
personne. •• )
: C'est par une lettre que
j'ai reçue sur mes premiers
Mercures, que jevais prou-
, ver ce que avance:je suis
persuadé qu'elle divertira
davantage que mon préambule.
Es premieres lignes
d'un Livre,
me dit- on ,
fuffient
pourprévenir les es-.
prits
,
& un Auteur doit
municipalement s'attacher à
es composer de manière
que tout le monde soit conentde
son début. Je douu.
te quetoutes lés opinions
sereünissent sur cet article,
parce que je commence
à voir de plus près la difserence
infiniequ'il y ,:
a
dans les sentimens des hommes.
Ce qu'il y a decertain
& de général parmi
eux, c'est qu'ils voudraient
tous qu'un Livre écrit de
la main d'un Auteur qui
leurest indifferent, leur fît
autant de plaisir à lire, qu'-
une lettre qu'un ami leur
écrit., Mais cela est presque
impossible,& une médiocre
lettre peut paroître excellente
à celui qui la reçoit
, lors qu'un livre souvent
meilleur qu'unebonne
lettre ne plaira peut-être à
personne. •• )
: C'est par une lettre que
j'ai reçue sur mes premiers
Mercures, que jevais prou-
, ver ce que avance:je suis
persuadé qu'elle divertira
davantage que mon préambule.
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Résumé : MERCURE NOUVEAU.
Le texte discute de l'importance des premières lignes d'un livre pour capter l'intérêt des lecteurs. Les avis divergent, mais les lecteurs cherchent le même plaisir que dans une lettre d'un ami. Cependant, une lettre médiocre peut plaire à son destinataire, contrairement à un livre. L'auteur a reçu une lettre sur ses premiers 'Mercures' et pense qu'elle divertira plus que son préambule.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 85-86
Reflexions sur l'Histoire. [titre d'après la table]
Début :
On me demande de longues histoires, on m'en demande de [...]
Mots clefs :
Histoires, Aventures galantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexions sur l'Histoire. [titre d'après la table]
Onme demande de longueS
histoires, onm'en demande de
courtes:je m'enrapporte a[4
pluralité des voix. Cependant
commeilestvrai que cellesque, j'aidonnéesjusqu'àpresent,
comprisses remarques, remplisfiniprés
d'un tiers du livref
je l'augmenterai dorénavant,
a proportion de la longueurde,
cesavanturesgalantes , en saveurdeceux
quin'aiment pas
aleslire, - pourles dédommagerd'uncôtedece
qlf.-ll.les leur,
derobentdel'autre. Ï^Quimo^^
cen'estpas maJfautes'ilm'arrive
queréc;
je voudrois, pour la satisfaction
des leéleurs ,avoir unt
infinité de petites pieces detachées
à leur donner, qu'elles
sussentpleines de sel & d'ef
prit, & aussi courtes que lè dtfcours
que je fais dans chaque
Mercure sur l'origine du
mois.
Aoûtest
histoires, onm'en demande de
courtes:je m'enrapporte a[4
pluralité des voix. Cependant
commeilestvrai que cellesque, j'aidonnéesjusqu'àpresent,
comprisses remarques, remplisfiniprés
d'un tiers du livref
je l'augmenterai dorénavant,
a proportion de la longueurde,
cesavanturesgalantes , en saveurdeceux
quin'aiment pas
aleslire, - pourles dédommagerd'uncôtedece
qlf.-ll.les leur,
derobentdel'autre. Ï^Quimo^^
cen'estpas maJfautes'ilm'arrive
queréc;
je voudrois, pour la satisfaction
des leéleurs ,avoir unt
infinité de petites pieces detachées
à leur donner, qu'elles
sussentpleines de sel & d'ef
prit, & aussi courtes que lè dtfcours
que je fais dans chaque
Mercure sur l'origine du
mois.
Aoûtest
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Résumé : Reflexions sur l'Histoire. [titre d'après la table]
L'auteur répond à la demande variée des lecteurs pour des histoires courtes ou longues. Il augmente les récits galants pour compenser ceux qui sont dérobés. Il souhaite offrir des pièces courtes et spirituelles, similaires aux discussions mensuelles sur l'origine des mois. Il n'est pas responsable si certaines histoires ne sont pas réécrites et vise à maximiser la satisfaction des lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 86-87
Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Début :
Août est, par exemple, le huitiéme mois de l'année [...]
Mots clefs :
Août
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Aoûtest, par exemple:
le huitiéme mois de l'an
née Romaine, selon nôtre
façon de compter, qui
commence en Janvier. Il
étoic le sixiéme selon les
Romains,qui l'appelloient
pour cette raison Sextilis.
Son nom fut change enAugustus
enfaveur de Cesar
Auguste, parce que ce fut,
dans ce mois -
là que cet
Empereur fut fait premierement
Consul,& qu'ilremporta
de grandes victoires.
Ce mot n'a qu'une syllabe,
& on prononce Oût. On dit
la mi-Oût en parlant de la
Fête de l'Assomption de la
Vierge, qui arrive le 15. de
ce mois.
le huitiéme mois de l'an
née Romaine, selon nôtre
façon de compter, qui
commence en Janvier. Il
étoic le sixiéme selon les
Romains,qui l'appelloient
pour cette raison Sextilis.
Son nom fut change enAugustus
enfaveur de Cesar
Auguste, parce que ce fut,
dans ce mois -
là que cet
Empereur fut fait premierement
Consul,& qu'ilremporta
de grandes victoires.
Ce mot n'a qu'une syllabe,
& on prononce Oût. On dit
la mi-Oût en parlant de la
Fête de l'Assomption de la
Vierge, qui arrive le 15. de
ce mois.
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Résumé : Discours sur l'origine du mois. [titre d'après la table]
Le mois d'août est le huitième mois du calendrier moderne. Dans le calendrier romain, il était le sixième mois et s'appelait Sextilis. Il fut renommé Augustus en l'honneur de César Auguste, qui fut nommé consul et remporta des victoires importantes en août. Le 15 août marque la fête de l'Assomption de la Vierge. Le mot 'août' se prononce 'Oût' et possède une seule syllabe.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 94-97
Incendie. [titre d'après la table]
Début :
Il faudrait avoir une source inépuisable de liaisons [...]
Mots clefs :
Liaisons, Incendie, Maison, Paris, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Incendie. [titre d'après la table]
Il faudroic avoir un
sourceinépuisable de liai
fons pour en forger toi]
les mois de differentes su
un mêmesujet.Jen'aifai
encore que quatre Mercu
res,&j'aieu trois incen
dies à raconter, & toute
trois arrivées à Paris. Je re
ferverois pour le chapitre
des nouvelles celles qu
exercent leurs ravages plus
loin, faute de sçavoir au
~uste s'il m'est permis de
parler ici desvingtmaisons
qui ont été brûlées à Varovie
le 18. du mois passé:
mais cette ville est si éloignée
de nous, & l'éloignement
diminue tellement les
objets, que quand jeserois
le meilleur Peintre du monde,
si je circonstanciois davantage
cet accident dans
un autre article, je courrois
grand risque de perdre mes
couleurs. Les habitans de
Varsovie pourront se vanger
de leur côté de mon
indifference par une froi;
deur égale à la mienne, ou
apprendre en riant qu'il y a
, eu le3. de ce mois une maison
brûlée au bout du Fauxbourg
S. Germain à Paris;
que cette maison appartenoitàunnomméMoisy,
Artificier
duRoy;que le feua
pris aux poudres qui étoient
chezlui, & que l'artifice a
detaché & enlevé le fécond
étage & le grenier de cette
maison, dont le bas
,
où
étoient le pere & le fils
Moisy,n'a été nullement
endommagé; & que ce
Bourgeois en a été quitte
pour
pour le bruit, la peur,&le
déplaisir de voir toute sa
poudre transplanter en un
instantla moitié de samaispon
àlpalus
sourceinépuisable de liai
fons pour en forger toi]
les mois de differentes su
un mêmesujet.Jen'aifai
encore que quatre Mercu
res,&j'aieu trois incen
dies à raconter, & toute
trois arrivées à Paris. Je re
ferverois pour le chapitre
des nouvelles celles qu
exercent leurs ravages plus
loin, faute de sçavoir au
~uste s'il m'est permis de
parler ici desvingtmaisons
qui ont été brûlées à Varovie
le 18. du mois passé:
mais cette ville est si éloignée
de nous, & l'éloignement
diminue tellement les
objets, que quand jeserois
le meilleur Peintre du monde,
si je circonstanciois davantage
cet accident dans
un autre article, je courrois
grand risque de perdre mes
couleurs. Les habitans de
Varsovie pourront se vanger
de leur côté de mon
indifference par une froi;
deur égale à la mienne, ou
apprendre en riant qu'il y a
, eu le3. de ce mois une maison
brûlée au bout du Fauxbourg
S. Germain à Paris;
que cette maison appartenoitàunnomméMoisy,
Artificier
duRoy;que le feua
pris aux poudres qui étoient
chezlui, & que l'artifice a
detaché & enlevé le fécond
étage & le grenier de cette
maison, dont le bas
,
où
étoient le pere & le fils
Moisy,n'a été nullement
endommagé; & que ce
Bourgeois en a été quitte
pour
pour le bruit, la peur,&le
déplaisir de voir toute sa
poudre transplanter en un
instantla moitié de samaispon
àlpalus
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Résumé : Incendie. [titre d'après la table]
Le texte évoque divers événements récents et nouvelles variées. L'auteur a rédigé quatre lettres et rapporté trois incidents survenus à Paris. Il souhaite se concentrer sur les nouvelles ayant des répercussions plus larges, bien qu'il hésite à mentionner les vingt maisons brûlées à Varsovie le 18 du mois précédent. Il estime que la distance atténue l'importance des événements et que leur description pourrait manquer de vivacité. L'auteur mentionne également un incendie à Paris, au bout du Faubourg Saint-Germain, le 3 du mois en cours. La maison appartenait à Moisy, artificier du roi. Le feu a pris dans les poudres stockées chez lui, détruisant le deuxième étage et le grenier, mais laissant le rez-de-chaussée intact. Moisy et son fils ont seulement été effrayés et contrariés de voir leur poudre dispersée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 97-144
Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Début :
Les effets du feu son si admirables & si terribles, / Il y a si peu de choses qui puissent passer pour certaines [...]
Mots clefs :
Feu, Incendie, Corps, Auteur, Eau, Nature, Chaleur, Esprits, Vertu, Dieu, Terre, Froid, Avantages, Traité, Principes, Force, Divinité, Substance, Couleur, Grandeur, Soleil, Physique, Entretiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
admirables & si terribles,
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
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Résumé : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Le texte explore la nature et l'importance du feu, qu'il considère comme l'élément le plus noble et utile, supérieur à l'eau. Il s'appuie sur des références à des poètes et philosophes tels que Pindare et Plutarque, ainsi que sur des divinités associées au feu. Le feu est essentiel pour cuire les aliments, préparer des remèdes et accomplir diverses tâches quotidiennes. Il symbolise la lumière, la vie et la puissance, et est utilisé dans les cérémonies religieuses. Le texte distingue différents types de feux, vifs ou morts, et note que le feu terrestre tend vers le centre de la Terre. Des expériences montrent que le feu contient des particules pesantes. L'auteur aborde la chaleur terrestre et la génération de nouvelles substances par combustion. Il explique que les substances inanimées sont composées de corpuscules spécifiques dont l'arrangement détermine la forme. Des expériences avec le vitriol illustrent cette théorie. Le texte discute également des propriétés du feu et de la chaleur, affirmant que le feu modifie les qualités des matières sans en créer de nouvelles. La chaleur est vue comme une substance composée d'esprits ignés, tandis que le froid est constitué d'esprits froids glacés. De plus, le texte décrit un phénomène naturel où une fermentation excessive entraîne la sortie d'un fluide des veines, identifiant deux effets distincts résultant de cette cause. L'auteur rejette l'idée que le froid d'une montagne ou les propriétés d'une pierre puissent être expliqués par autre chose que des exhalaisons froides, qui inhibent l'action et le mouvement des esprits chauds.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 145-148
Prelude de la Satyre [titre d'après la table]
Début :
Combien de gens vont se déchaîner contre moy ! que [...]
Mots clefs :
Satire, Boileau
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texteReconnaissance textuelle : Prelude de la Satyre [titre d'après la table]
Combien degens vont se
«déchaîner contre - moy !Que
-de Poëtes modernesvont dé-
^clamer contre le Mercure!
Je vais rendre publique une
Satyre contreleplusfameux
Satyrique qui fut en France.
M. D. S. H. qui me faitpre-
|4çnt decettePiece, mepro-
Cflc*-avec serment,qu'elle
àa.-ja.mais esté imprimée. La
Crainte que j'ay qu'elle ne l'ait
esté , est de tousles inconve-
^iens'qui peuvent resulter de
ma temerité
,
le seul que
kj'apprehende.Cependant j'ay
d'excellentes raisons pour me
rassurer contre cette inquietude.
CettePiece est bonne;
voila déjà un grand Article.
D'ailleurs je croyque jene
déplairay en lamettant au
jour qu'à ceux qui sont euxmêmes
dans legoust de la
Satyre:estce, \m si grand
malheurpouunhommequi
naturellement n'enadmire
point les saillies,& qui se
mocquede toutsonsiel, de
ne pas plaire à ces Messsieurs?
On m'adéjà averti que je ne
feray peutêtre pas impunémentimprimercet
ouvrage,
& quetous les Partisansdu
grandB.m'envoyeront
pour se vanger de mon audace
des billets pleins d'aigreur
& demenaces. Tant mieux.
je me divertiray de leur chafrin,
je le rendray même pu- lie. En un mot, quand ces
Mefficurs, pour charger davantage
le coup de pinceau
queMrde la Bruyere a donné
dur le Mercure, devroient le
mettre dix fois au dessous de
rien, jene pourrois pas m'empêcher
defaire imprimer cette
Piece, à moins que les
Puissances que je dois respecter
, & que jerespecte, ne
m'ordonnassent de la supprimer.
J'ay communiqué ce
dessein à un grand nombre
d'honnestesgens, qui l'ont approuve
: j'en aydifferél'execution
jusqu'à lafin du mois,
pour attendre de nouveaux
avis. Personnenes'est formalisé
de l'intention que j'avois
de donner cette Satyre,par
consequent. Lavoicy.
«déchaîner contre - moy !Que
-de Poëtes modernesvont dé-
^clamer contre le Mercure!
Je vais rendre publique une
Satyre contreleplusfameux
Satyrique qui fut en France.
M. D. S. H. qui me faitpre-
|4çnt decettePiece, mepro-
Cflc*-avec serment,qu'elle
àa.-ja.mais esté imprimée. La
Crainte que j'ay qu'elle ne l'ait
esté , est de tousles inconve-
^iens'qui peuvent resulter de
ma temerité
,
le seul que
kj'apprehende.Cependant j'ay
d'excellentes raisons pour me
rassurer contre cette inquietude.
CettePiece est bonne;
voila déjà un grand Article.
D'ailleurs je croyque jene
déplairay en lamettant au
jour qu'à ceux qui sont euxmêmes
dans legoust de la
Satyre:estce, \m si grand
malheurpouunhommequi
naturellement n'enadmire
point les saillies,& qui se
mocquede toutsonsiel, de
ne pas plaire à ces Messsieurs?
On m'adéjà averti que je ne
feray peutêtre pas impunémentimprimercet
ouvrage,
& quetous les Partisansdu
grandB.m'envoyeront
pour se vanger de mon audace
des billets pleins d'aigreur
& demenaces. Tant mieux.
je me divertiray de leur chafrin,
je le rendray même pu- lie. En un mot, quand ces
Mefficurs, pour charger davantage
le coup de pinceau
queMrde la Bruyere a donné
dur le Mercure, devroient le
mettre dix fois au dessous de
rien, jene pourrois pas m'empêcher
defaire imprimer cette
Piece, à moins que les
Puissances que je dois respecter
, & que jerespecte, ne
m'ordonnassent de la supprimer.
J'ay communiqué ce
dessein à un grand nombre
d'honnestesgens, qui l'ont approuve
: j'en aydifferél'execution
jusqu'à lafin du mois,
pour attendre de nouveaux
avis. Personnenes'est formalisé
de l'intention que j'avois
de donner cette Satyre,par
consequent. Lavoicy.
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Résumé : Prelude de la Satyre [titre d'après la table]
L'auteur décide de publier une satire contre un satiriste français connu, identifié par les initiales M. D. S. H. Il exprime des inquiétudes quant à une éventuelle publication préalable de son œuvre, mais affirme sa qualité. Il anticipe des critiques des poètes modernes et des partisans du Mercure. Malgré les avertissements sur les risques et les menaces, il reste résolu à publier la satire. Il précise qu'il n'abandonnera son projet que si des autorités respectées le lui ordonnent. L'auteur a partagé son intention avec plusieurs personnes honnêtes, qui l'ont approuvée. Il différera la publication jusqu'à la fin du mois pour recueillir davantage d'avis. Personne ne s'est opposé à son projet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 174-178
Caprice du Mercure pour annoncer la promenade du Cours. [titre d'après la table]
Début :
J'ai beau vouloir me prescrire de certaines regles, dont [...]
Mots clefs :
Promenade, Liberté
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texteReconnaissance textuelle : Caprice du Mercure pour annoncer la promenade du Cours. [titre d'après la table]
J'ay beau vouloir me prescrire
de certaines regles, dont
je me promets souvent de ne
pas m'ecarter, tout l'arrangement
que je me proposes'évanouit
à chaque instant, &
mon imagination qui nest
; esclave que de sa liberté, ne
peut se per suader que ce qu'on
appelle méthode, ne foit pas
plutôt affectation. Tout ce
qui est affectation est vice:
ainsi on ne doit compter
nullement ny sur mes projets
, ni sur mes promesses,
Je formeray aujourd'huy un
dessein je l'executeray un
mois, & je le détruiray l'autre
: à la bonne heure; ce
sera une varicté pour le tçç.
teur qui s'ennuyera toujours
moins de mes caprices que
de ma confiance à vouloir luy
raconter methodiquement les
plus inconstants incidents du
monde. Par exemple, n'y auroit-
il pas de l'extravagance à
n'oser placer dans le Mercure
Galant la nouveauté de la
Promenade du Cours, sansle
secours de quelque liaison favorable.
Si je suivois mon plan, j'attendrois
pour par ler décemment
de cette Promenade,
que je fusse à l'article de Paris,
j'en établitois d'abord les nouvelles
les plus interessantes,&
de transition en transition, je
dirois enfin que l'on n'y est
point à la mode, si l'on n'a à
presentun soufflet, ou une
cariole découverte pouraller
se promener la nuitau Couts,
sil'on n'y profite pas jusqu'au
jourdu clair de Lune, lorsqu'il
y en a, ou si l'on ne fait provision
de flembeaux lorsqu'il
n'y en a pas : on m'a assuré que
-
la mode viendroit bien-tost
de se passer de la Lune & des
flambeaux. Dés qu'onest arrivé
au rond qui est au milieu
des allées du Cours, les Dames,
les Demoiselles & lesMessieurs
mettent pied à terre,
on y danse aux chansons ,ou
,
auson desInstrumemsquis'y
rendent, on y joüe à Colin-
Mullard & à d'autre jeux.
Rien n'est plus galant que
cette promenade:& jenedescfpcre
pas quelle ne fasse avant
la fin de l'Eté beaucoup
d' honneur au Mercure
Mr le Duc de la Force ya
donné lanuit du13.au14. une
Feste toute galante & plus
brillante que le jour,à Me la
Maréchale de Villars & à Me
la Marechale d'Estrées
,
qui
furent accompagnées d'un
grand nombre de Dames de
la Cour & de la Ville.
de certaines regles, dont
je me promets souvent de ne
pas m'ecarter, tout l'arrangement
que je me proposes'évanouit
à chaque instant, &
mon imagination qui nest
; esclave que de sa liberté, ne
peut se per suader que ce qu'on
appelle méthode, ne foit pas
plutôt affectation. Tout ce
qui est affectation est vice:
ainsi on ne doit compter
nullement ny sur mes projets
, ni sur mes promesses,
Je formeray aujourd'huy un
dessein je l'executeray un
mois, & je le détruiray l'autre
: à la bonne heure; ce
sera une varicté pour le tçç.
teur qui s'ennuyera toujours
moins de mes caprices que
de ma confiance à vouloir luy
raconter methodiquement les
plus inconstants incidents du
monde. Par exemple, n'y auroit-
il pas de l'extravagance à
n'oser placer dans le Mercure
Galant la nouveauté de la
Promenade du Cours, sansle
secours de quelque liaison favorable.
Si je suivois mon plan, j'attendrois
pour par ler décemment
de cette Promenade,
que je fusse à l'article de Paris,
j'en établitois d'abord les nouvelles
les plus interessantes,&
de transition en transition, je
dirois enfin que l'on n'y est
point à la mode, si l'on n'a à
presentun soufflet, ou une
cariole découverte pouraller
se promener la nuitau Couts,
sil'on n'y profite pas jusqu'au
jourdu clair de Lune, lorsqu'il
y en a, ou si l'on ne fait provision
de flembeaux lorsqu'il
n'y en a pas : on m'a assuré que
-
la mode viendroit bien-tost
de se passer de la Lune & des
flambeaux. Dés qu'onest arrivé
au rond qui est au milieu
des allées du Cours, les Dames,
les Demoiselles & lesMessieurs
mettent pied à terre,
on y danse aux chansons ,ou
,
auson desInstrumemsquis'y
rendent, on y joüe à Colin-
Mullard & à d'autre jeux.
Rien n'est plus galant que
cette promenade:& jenedescfpcre
pas quelle ne fasse avant
la fin de l'Eté beaucoup
d' honneur au Mercure
Mr le Duc de la Force ya
donné lanuit du13.au14. une
Feste toute galante & plus
brillante que le jour,à Me la
Maréchale de Villars & à Me
la Marechale d'Estrées
,
qui
furent accompagnées d'un
grand nombre de Dames de
la Cour & de la Ville.
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Résumé : Caprice du Mercure pour annoncer la promenade du Cours. [titre d'après la table]
L'auteur exprime ses difficultés à suivre des règles qu'il s'impose, car son imagination rejette toute méthode perçue comme affectation. Il reconnaît l'inconstance de ses projets et promesses, préférant ses caprices à une confiance mal placée. Il envisage de décrire la Promenade du Cours dans le Mercure Galant, mais hésite à le faire sans une introduction appropriée. La Promenade du Cours est une soirée où les gens se promènent sous la lune ou à la lumière de flambeaux, dansant et jouant à des jeux. Cette promenade est jugée très galante. L'auteur mentionne également une fête organisée par le Duc de la Force en l'honneur de la Maréchale de Villars et de la Maréchale d'Estrées, à laquelle ont assisté de nombreuses dames de la cour et de la ville. Cette fête fut brillante et galante.
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30
p. 178-181
Plainte de l'Auteur sur la disette des Memoires. [titre d'après la table]
Début :
J'employe autant qu'il m'est permis, tous les Memoires [...]
Mots clefs :
Mémoires, Travailler
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Plainte de l'Auteur sur la disette des Memoires. [titre d'après la table]
J'employe autant qu'il m'est
permis, tous les Mémoires
que je reçois;j'ay même prié
& je prie encore avec
la derniere
instance tous ceux qui
se mêlent d'écrire de m'en envoyer,
Pluficurs se sont réveillez
à ma priere
,
ils sont
sortis de la profonde létargie
où ils estoient ensevelis depuis
plusieurs années;mais ils
n'ont fait que se frotter les
yeux. Ils se font contentez de.
m'annoncer qu'ils alloient travailler
pour moy, ils m'ont
promis un grand nombre de
nouveautez & ne m'ont pas
encore tenu parole. Ceux qui
ont commencez à me faire
part de leurs veilles, se sont
imaginez, que l'cx ctitude,&
le bon goust qui doivent eftrc
dans les ouvrages d'esprit, etoient
des ornements qui ferMoient
etroprcd hounneurreau
Ils m'ont envoyé des pieces
froides, longues, & negligées,
apparemment pour
m'éprouver, je les ay supprimées,&
j'en fupprimeray autant
qu'on m'en enverra, tant
qu'elles n'auront que le merite,
d'ennuyer ceux qui les
lisent.
Il faut cependant, me dit-
-
on, que vostre volume soit
rempli à quelque prix que ce
foie;j en conviens, mais si les
gens sur qui je compte, ne
veulent pas travailler mieux
que moy ; il ne m'en coûtera
qu'un peu plus de peine que
je prendray à travailler pour
eux.
Enfin, tant qu'ils me refuferont
leur secours, je feray
entrer dans le Mercure tout
ce que j'écriray
, à commencer
par la Lettre fuivantc.
permis, tous les Mémoires
que je reçois;j'ay même prié
& je prie encore avec
la derniere
instance tous ceux qui
se mêlent d'écrire de m'en envoyer,
Pluficurs se sont réveillez
à ma priere
,
ils sont
sortis de la profonde létargie
où ils estoient ensevelis depuis
plusieurs années;mais ils
n'ont fait que se frotter les
yeux. Ils se font contentez de.
m'annoncer qu'ils alloient travailler
pour moy, ils m'ont
promis un grand nombre de
nouveautez & ne m'ont pas
encore tenu parole. Ceux qui
ont commencez à me faire
part de leurs veilles, se sont
imaginez, que l'cx ctitude,&
le bon goust qui doivent eftrc
dans les ouvrages d'esprit, etoient
des ornements qui ferMoient
etroprcd hounneurreau
Ils m'ont envoyé des pieces
froides, longues, & negligées,
apparemment pour
m'éprouver, je les ay supprimées,&
j'en fupprimeray autant
qu'on m'en enverra, tant
qu'elles n'auront que le merite,
d'ennuyer ceux qui les
lisent.
Il faut cependant, me dit-
-
on, que vostre volume soit
rempli à quelque prix que ce
foie;j en conviens, mais si les
gens sur qui je compte, ne
veulent pas travailler mieux
que moy ; il ne m'en coûtera
qu'un peu plus de peine que
je prendray à travailler pour
eux.
Enfin, tant qu'ils me refuferont
leur secours, je feray
entrer dans le Mercure tout
ce que j'écriray
, à commencer
par la Lettre fuivantc.
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Résumé : Plainte de l'Auteur sur la disette des Memoires. [titre d'après la table]
L'auteur relate ses démarches pour rassembler des mémoires et des écrits en vue d'une publication. Il a sollicité activement des contributions et reçu des réponses positives, mais certains auteurs n'ont pas tenu leurs engagements. Parmi les œuvres reçues, certaines étaient de qualité médiocre, longues et négligées, et ont été supprimées. L'auteur insiste sur la nécessité de maintenir un haut niveau d'exactitude et de bon goût dans les contributions. Bien que le volume doive être complété, il est prêt à fournir lui-même le contenu si les autres ne s'améliorent pas. En attendant, il intégrera ses propres écrits dans la publication, commençant par la lettre suivante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 182-196
LETTRE De condoleance à une Dame de consideration, sur la mort de son Pere.
Début :
MADAME, C'est un ancien usage de consoler les vivans de la perte [...]
Mots clefs :
Mort, Condoléances, Monde, Amis, Bûcher, Corps, Asie Mineure, Pompe funèbre, Funérailles, Grecs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De condoleance à une Dame de consideration, sur la mort de son Pere.
LETTRE !y
De condoleance à une Dame de
consideration sur la mort de
sonPere. MADAME,I
i*
C'est un ancienusage de
consoler les vivans dela perte
des morts. Je pense que ceft1
fort bien fait, parce qu'il me
semble qu'il n'y a
prcfquc'
rien à dire contre une mode'
reçuê depuis tant d'années:
Ainsi je veux,s'il vous plaist,,
croire pour un instant cettej
regleétablie pour vous &
pourmoy , comme pour le
reste des mortels. Cela estant,
permettez - moy ,
Madame , de vous témoigner la douleur
1 que je ressens de la perte que
vous venez de faire. Ce ne
font point dans un pareil mal-
- heur des idées de consolation
que je veux vous inspirer
, vos
douleurs sont trop raisonnat"
bles,vostreaffliction n'estque
[ trop juste, & je ne vousoffre
icy que des larmes à mêler
avec les vostres ; mais après
avoir suffisamment satisfait à
ces pitoyables devoirs de la
nature, l'esprit doit effacer
nos ennuis, la raison qui a
justifié nos pleurs doit rétablir
nostre tranquillité
,
le temps
doit refermer nos playes, &
la Religion nous armer d'une
pieuse indifférence contre
tousles accidens du monde.
Cependant souffrez que je
vous avoüe
, que je ne comprend
pas bien encore, en vertu
dequoy, tous les hommes
cherchent réciproquement à
se consoler du moindre de
leursmaux.
On félicite un pere sur la
naissance de son enfant, &
-'
l'on
l'on s'affige avec le fils de la
mort de son pere;à quoy bon
cescomplimens ,& ces condoleances,
sur un mouvement
continuel, & dont les rcvolutions
inévitablesn'ont rien
dont on doive ny se réjouir,
ny s'allarmer.
Voila le seul point où le
sort de tous les humains se
trouve égal; néanmoins on a
la manie de faire de super bes
Festes, parce que Pierre vient
au monde, & de tristes & lugubres
Mausolées, parce qu'il
en fort.
J'approuverois ce faste &
ces pleurs, si l'on n'avoit pas
tous les jours le même étalage
à faire, & les mêmes larmes à répandre.I Strabon dit (ho! Madame,
Strabonesticy d'un merveil-1
leux secours
, pour m'aider à
vousconsoler) oüy;) Srrabon
dit, que dans une certaine
région de l'Asie mineure, on
faisoitdemagnifiques funérailles
aux morts. Si tost que
l'ame d'un grand Seigneur
avoit pris congé de son individu
,
les amis, les parens,
les femmes & les esclaves duj
deffunts'assembloient autour
i
du corps quon avoit foin de
placer aumilieu d'un bûcher
fupcrbe
, avec mille Inscriptions
à la loüange du Trépassé
On dressoit autour du Bucher
de grandes tables couvertes
de viandes exquises, &
de vins excellens ; il n'estoit
question au milieu de ces festins,
que d'emblêmes,d'oraisons
funebres, & de panégyriques
pour honorer les
:
obfcques de ce cadavre: on
mangeoit, on buvoit à bon
compte, &l'on s'enyvroiten
attendant l'instant fatal où
chacun devoit donner la plus
grande & la dernière preuve
de l'amour qu'il avoir pour le
deffunt, ensuite on allumoit
i le bucher de toutes parts, & 1
les conviez chargez deleurs
plus précieuxbijoux se hâtoient
de se précipiter dans
les flâmes, pour mêler à l'envi
leurs cendres avec celles du
mort. La même ceremonie
se pratiquoit aussi en Perse &
en Egypte
,
mais avec moins
de rigueur.
Voila, Madame, ce qu'on
appelle des gensbien tendres,
& c'est presqueainsiqu'il faut
pleurer, ou ne point pleurer
du tout; mais avant de finir
l'article de mes condoleances,
permettez-moy de vous conter
encore une Histoire. Les
Histoiresont la vertu d'attirer
nostre attention, d'assoupir
nos inquiétudes, & d'enchanter
quelquefois nostredouleur.
Ainsi j'espere que vous
trouverez celle-cy assez rare
&a ssez consolante, pour vous
persuader que les plus courtes
larmes sont les meilleu-
Il.CS. , {:,' Il y a encore aujourd'huy
uneContrée dans la Grece
où le mort a toûjours tort.
Dés que la Parque a tranché
le fil des jours d'un mortel
,
on cxpofe (on corps au milieu
d'une certaine Place, où s'assemblent
ses voisins, ses parens,
ses amis, sa femme & ses
enfans. C'est sa chere moitié
qui ordinairement mène le
deüil ; elle s'approche de son,
pauvre mary qu'elle regarde
tranquillement d'un oeil de
pitié, & elle luy tient en peu,
de mots, le discours que voicy.
Pourquoy
,mon cher Ó.
poux êtesvous mort? vous
estiez bien pressé ? ne vous aimois-
je P» tendrement ? ne
vous ay-
je pas toujours esté
fidelle? allez vous estes un ingrat
qui avez voulu m'abandonner.
Suivez-donc vostre
malheureux destin ? je ne m'en
metplus en peine. Cette Harangue
finie
,
elle passe son
chemin, & se retire chez elle.
Ses enfansaussitost prennent
sa place autour de leur pere,
& luy font leurs petites remontrances
en ces termes.
Eh pourquoy , mon cher Papa
,vous estes-vous laissé moutir?
vous estiez riche, maman
vousaimoitbien, nous avions
tous de la tendresse & de la
soûmission pour vous,tout le
monde vous consideroit, il
netenoit enfin qu'à vous d'être
heureux; cependant vous
avez voulu nous quitter, vous
n'avez pas eu honte de mourir
, & de nous dépoüiller,
cruellement de toute l'esperance
que nous avions en '¡
vous;tout ce qui nous reste à
vous dire, c'est que nous n'oublirons
jamais un si vilain
cour: néanmoins quelque
part que vous alliez , nous
souhaitons encore que le
Ciel vous donne ailleurs un
destin plusheureuux, Alors les
voisins
a
voisins, les amis, & les parens
du mort commencent à
l'accabl. r dereproches& d'injures.
Qu'aviez vous à rir mou-
,
luy disent les uns? que
vous manquoit
-
il, reprennent
les autres?adore de vôtre
femme, aimé de vos ensans,
&chéri de tout le monde
, vous avez eu le courage
de nous quitter avec la dernière
rigueur!quelleinhumanité
! quelle injustice?ou plutost
quelle haine pour nous,
disent-ils à ce pauvre corps.
Allons, mettons parpitié une
obole dans sa bouche
,
fermons
son cercüell., couvrons
sa tombe depain ,de viandes
&devin,s'ilafaim ilmangera,
s'ilasoifil boira ,plaçons
le auprésde ses ayeux, fermonsensuite
son, sepulchre,
&?allons;nousiréjoiïiravéclat
femme&sesenfansdelasot-
'r d t y
.,,-
tise du mort. * 1- ?<: Ainsi comme vous.
Madame, chaque pays,chaqueguisemaisditesmoy
je vous prie; laquelle de ces
deux Histoires vous plaist
davantage?Sont-ce ceux
qui vont [ç bculensur unuj
cadavre,ouceuxqui vont
enyvrer sur le tombeau d'un
répassé ? Pour moy , quoy- iel'un&l'autreexcèsme pa-
>iflic tldicûlc^'-'jttiens
rt pour les derniers ,& je
is sûr qu'il n'y a point
h~MHii~ai(bt~~b!c quine
»iEdten}toft^vfs:~ v
Je conclus âohe: que la.
auteur est la plusinutile reslurce
du monde,contre des
iaui^ufé|uèBidkl,ric'Jpcflcrcedier,
& je soûciensqu'un
onesprit n'ajamaisbesoinde
onsolationparcequ'il ne doit
maistrouver dequoiss'afliger
cvôtre,Madame,est des meilleurs
que je connoisse
,
c'est
pourquoy je ne croi pasavoir
sur cette matiere d'autre concseil
àyvous d.onner queceluy- IoP.ropidrnce
-.-agir la Providence,
Nous ne vivronsqu'autant
quilluyflaim.
Des biens comme desmaux qu'el-
,: le nous offrira,_x-r. u
Tâchons de profisesavecindiffe-
De condoleance à une Dame de
consideration sur la mort de
sonPere. MADAME,I
i*
C'est un ancienusage de
consoler les vivans dela perte
des morts. Je pense que ceft1
fort bien fait, parce qu'il me
semble qu'il n'y a
prcfquc'
rien à dire contre une mode'
reçuê depuis tant d'années:
Ainsi je veux,s'il vous plaist,,
croire pour un instant cettej
regleétablie pour vous &
pourmoy , comme pour le
reste des mortels. Cela estant,
permettez - moy ,
Madame , de vous témoigner la douleur
1 que je ressens de la perte que
vous venez de faire. Ce ne
font point dans un pareil mal-
- heur des idées de consolation
que je veux vous inspirer
, vos
douleurs sont trop raisonnat"
bles,vostreaffliction n'estque
[ trop juste, & je ne vousoffre
icy que des larmes à mêler
avec les vostres ; mais après
avoir suffisamment satisfait à
ces pitoyables devoirs de la
nature, l'esprit doit effacer
nos ennuis, la raison qui a
justifié nos pleurs doit rétablir
nostre tranquillité
,
le temps
doit refermer nos playes, &
la Religion nous armer d'une
pieuse indifférence contre
tousles accidens du monde.
Cependant souffrez que je
vous avoüe
, que je ne comprend
pas bien encore, en vertu
dequoy, tous les hommes
cherchent réciproquement à
se consoler du moindre de
leursmaux.
On félicite un pere sur la
naissance de son enfant, &
-'
l'on
l'on s'affige avec le fils de la
mort de son pere;à quoy bon
cescomplimens ,& ces condoleances,
sur un mouvement
continuel, & dont les rcvolutions
inévitablesn'ont rien
dont on doive ny se réjouir,
ny s'allarmer.
Voila le seul point où le
sort de tous les humains se
trouve égal; néanmoins on a
la manie de faire de super bes
Festes, parce que Pierre vient
au monde, & de tristes & lugubres
Mausolées, parce qu'il
en fort.
J'approuverois ce faste &
ces pleurs, si l'on n'avoit pas
tous les jours le même étalage
à faire, & les mêmes larmes à répandre.I Strabon dit (ho! Madame,
Strabonesticy d'un merveil-1
leux secours
, pour m'aider à
vousconsoler) oüy;) Srrabon
dit, que dans une certaine
région de l'Asie mineure, on
faisoitdemagnifiques funérailles
aux morts. Si tost que
l'ame d'un grand Seigneur
avoit pris congé de son individu
,
les amis, les parens,
les femmes & les esclaves duj
deffunts'assembloient autour
i
du corps quon avoit foin de
placer aumilieu d'un bûcher
fupcrbe
, avec mille Inscriptions
à la loüange du Trépassé
On dressoit autour du Bucher
de grandes tables couvertes
de viandes exquises, &
de vins excellens ; il n'estoit
question au milieu de ces festins,
que d'emblêmes,d'oraisons
funebres, & de panégyriques
pour honorer les
:
obfcques de ce cadavre: on
mangeoit, on buvoit à bon
compte, &l'on s'enyvroiten
attendant l'instant fatal où
chacun devoit donner la plus
grande & la dernière preuve
de l'amour qu'il avoir pour le
deffunt, ensuite on allumoit
i le bucher de toutes parts, & 1
les conviez chargez deleurs
plus précieuxbijoux se hâtoient
de se précipiter dans
les flâmes, pour mêler à l'envi
leurs cendres avec celles du
mort. La même ceremonie
se pratiquoit aussi en Perse &
en Egypte
,
mais avec moins
de rigueur.
Voila, Madame, ce qu'on
appelle des gensbien tendres,
& c'est presqueainsiqu'il faut
pleurer, ou ne point pleurer
du tout; mais avant de finir
l'article de mes condoleances,
permettez-moy de vous conter
encore une Histoire. Les
Histoiresont la vertu d'attirer
nostre attention, d'assoupir
nos inquiétudes, & d'enchanter
quelquefois nostredouleur.
Ainsi j'espere que vous
trouverez celle-cy assez rare
&a ssez consolante, pour vous
persuader que les plus courtes
larmes sont les meilleu-
Il.CS. , {:,' Il y a encore aujourd'huy
uneContrée dans la Grece
où le mort a toûjours tort.
Dés que la Parque a tranché
le fil des jours d'un mortel
,
on cxpofe (on corps au milieu
d'une certaine Place, où s'assemblent
ses voisins, ses parens,
ses amis, sa femme & ses
enfans. C'est sa chere moitié
qui ordinairement mène le
deüil ; elle s'approche de son,
pauvre mary qu'elle regarde
tranquillement d'un oeil de
pitié, & elle luy tient en peu,
de mots, le discours que voicy.
Pourquoy
,mon cher Ó.
poux êtesvous mort? vous
estiez bien pressé ? ne vous aimois-
je P» tendrement ? ne
vous ay-
je pas toujours esté
fidelle? allez vous estes un ingrat
qui avez voulu m'abandonner.
Suivez-donc vostre
malheureux destin ? je ne m'en
metplus en peine. Cette Harangue
finie
,
elle passe son
chemin, & se retire chez elle.
Ses enfansaussitost prennent
sa place autour de leur pere,
& luy font leurs petites remontrances
en ces termes.
Eh pourquoy , mon cher Papa
,vous estes-vous laissé moutir?
vous estiez riche, maman
vousaimoitbien, nous avions
tous de la tendresse & de la
soûmission pour vous,tout le
monde vous consideroit, il
netenoit enfin qu'à vous d'être
heureux; cependant vous
avez voulu nous quitter, vous
n'avez pas eu honte de mourir
, & de nous dépoüiller,
cruellement de toute l'esperance
que nous avions en '¡
vous;tout ce qui nous reste à
vous dire, c'est que nous n'oublirons
jamais un si vilain
cour: néanmoins quelque
part que vous alliez , nous
souhaitons encore que le
Ciel vous donne ailleurs un
destin plusheureuux, Alors les
voisins
a
voisins, les amis, & les parens
du mort commencent à
l'accabl. r dereproches& d'injures.
Qu'aviez vous à rir mou-
,
luy disent les uns? que
vous manquoit
-
il, reprennent
les autres?adore de vôtre
femme, aimé de vos ensans,
&chéri de tout le monde
, vous avez eu le courage
de nous quitter avec la dernière
rigueur!quelleinhumanité
! quelle injustice?ou plutost
quelle haine pour nous,
disent-ils à ce pauvre corps.
Allons, mettons parpitié une
obole dans sa bouche
,
fermons
son cercüell., couvrons
sa tombe depain ,de viandes
&devin,s'ilafaim ilmangera,
s'ilasoifil boira ,plaçons
le auprésde ses ayeux, fermonsensuite
son, sepulchre,
&?allons;nousiréjoiïiravéclat
femme&sesenfansdelasot-
'r d t y
.,,-
tise du mort. * 1- ?<: Ainsi comme vous.
Madame, chaque pays,chaqueguisemaisditesmoy
je vous prie; laquelle de ces
deux Histoires vous plaist
davantage?Sont-ce ceux
qui vont [ç bculensur unuj
cadavre,ouceuxqui vont
enyvrer sur le tombeau d'un
répassé ? Pour moy , quoy- iel'un&l'autreexcèsme pa-
>iflic tldicûlc^'-'jttiens
rt pour les derniers ,& je
is sûr qu'il n'y a point
h~MHii~ai(bt~~b!c quine
»iEdten}toft^vfs:~ v
Je conclus âohe: que la.
auteur est la plusinutile reslurce
du monde,contre des
iaui^ufé|uèBidkl,ric'Jpcflcrcedier,
& je soûciensqu'un
onesprit n'ajamaisbesoinde
onsolationparcequ'il ne doit
maistrouver dequoiss'afliger
cvôtre,Madame,est des meilleurs
que je connoisse
,
c'est
pourquoy je ne croi pasavoir
sur cette matiere d'autre concseil
àyvous d.onner queceluy- IoP.ropidrnce
-.-agir la Providence,
Nous ne vivronsqu'autant
quilluyflaim.
Des biens comme desmaux qu'el-
,: le nous offrira,_x-r. u
Tâchons de profisesavecindiffe-
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Résumé : LETTRE De condoleance à une Dame de consideration, sur la mort de son Pere.
La lettre exprime des condoléances à une dame ayant perdu son père. L'auteur reconnaît la douleur légitime de la dame et offre ses larmes en partage. Il souligne que, bien que les douleurs soient justifiées, la raison et le temps doivent permettre de retrouver la tranquillité. Il questionne la coutume des félicitations et des condoléances, notant que les événements de la vie, comme la naissance et la mort, sont inévitables et ne devraient ni réjouir ni alarmer excessivement. L'auteur mentionne des pratiques funéraires extravagantes dans certaines régions, comme en Asie mineure, en Perse et en Égypte, où des festins et des sacrifices étaient organisés lors des funérailles. Il raconte également une histoire grecque où les proches reprochent au défunt de les avoir abandonnés, illustrant ainsi une vision où le mort est toujours blâmé. L'auteur espère que cette histoire distraira et consolera la dame, soulignant que les larmes les plus courtes sont souvent les meilleures. Il critique les pratiques excessives liées à la mort, comme manger et boire sur un cadavre ou s'enivrer sur la tombe d'un défunt, les jugeant inutiles et indignes. Il conseille à la dame de se fier à la Providence, car la vie dépend de sa volonté. Il recommande de profiter des biens et des maux que la Providence offre, en agissant avec indifférence et en acceptant ce qui advient.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 196-198
Envois à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Je commence à me dédire de ce que viens d'avancer [...]
Mots clefs :
Esprit, Paquets, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Envois à l'Auteur. [titre d'après la table]
de ce que je viens d'avancer
contre la negligence des gens
d'esprit, & je cesseray de me
plaindre d'eux, dés qu'ils se
souviendront de moy. Je
viens de recevoir une demie
douzaine de pacquets remplis
de choses curieuses,d'évenemens
extraordinaires, & de
belles remarques sur la Geographie,
l'Hirtoire, l'Eloquence,
& la Poësie : mais je prie
ceux qui me font ces presens,
de me les faire de bonne heure,
s'ils veulent les voir imprimez
le mois même qu'il me
les envoyeront. Cependant
quand tousle Mercure feroit
fait, j'aimerois mieux l'augmenter
d'une feüille,que de
manquer d'ymettrelacopie
d'uneLettre singuliere qu'on
vientdem'apporter,elle est
jointe àdeux autres pieces
que je donneray sans faute le
mois prochain. Rien n'est
plus réjoüissant que la défiance
de celuy qui me l'ecrit, &
que le conte qu'il met avec
beaucoup d'art& d'esprit, à
la suitedesraisons de son incredulité.
contre la negligence des gens
d'esprit, & je cesseray de me
plaindre d'eux, dés qu'ils se
souviendront de moy. Je
viens de recevoir une demie
douzaine de pacquets remplis
de choses curieuses,d'évenemens
extraordinaires, & de
belles remarques sur la Geographie,
l'Hirtoire, l'Eloquence,
& la Poësie : mais je prie
ceux qui me font ces presens,
de me les faire de bonne heure,
s'ils veulent les voir imprimez
le mois même qu'il me
les envoyeront. Cependant
quand tousle Mercure feroit
fait, j'aimerois mieux l'augmenter
d'une feüille,que de
manquer d'ymettrelacopie
d'uneLettre singuliere qu'on
vientdem'apporter,elle est
jointe àdeux autres pieces
que je donneray sans faute le
mois prochain. Rien n'est
plus réjoüissant que la défiance
de celuy qui me l'ecrit, &
que le conte qu'il met avec
beaucoup d'art& d'esprit, à
la suitedesraisons de son incredulité.
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Résumé : Envois à l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur souhaite être reconnu par les gens d'esprit et a reçu des paquets contenant des objets curieux et des remarques sur divers sujets. Il demande à ce que les envois soient faits tôt pour une publication rapide. Il préfère ajouter des pages à son journal pour inclure une lettre singulière et deux pièces jointes, appréciant particulièrement la défiance et l'esprit de l'auteur de la lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 206-209
Vers de M le Marquis de la R. à Mademoiselle D. [titre d'après la table]
Début :
Le nom d'un fameux Autheur suffit pour augmenter le / Fille d'une Aigle, Aigle vous-même, [...]
Mots clefs :
Aigle, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers de M le Marquis de la R. à Mademoiselle D. [titre d'après la table]
Le nomd'unfameux Authcur
suffit pour augmenter
le prix d'un Ouvrage:que le
merite y soitounon,cela
n'est d'aucuneconsequence
pour le Publicqui sesatisfait,
oudu moins, qui seprévient
sur l'étiquettedu sac:ils'enfuitdelàque
les plushabilesi
gens ont quelquefoisleprivilegede
ne rienfaire quivaille&
d'entendretraiter denégligencesheureuses,
des fautes
qu'on ne pardonneroit pas
à des Autheurs subalternes.
Voicypar exemple , me
dira-t-on, des vers que vous
estesobligez de trouver admirables.
Ils font de RacanJ
de Malhetbe, ou de Pavillon:
donc ils font bons. Si celaest,
comme je n'ose pointen douter
, lesdeux Pieces qu'on va
lire sontexcellentes.-. La premiere
est un rendre éloge que
Mr leMarquis devlaR.1
addresse à Mlle desH. &
la seconde est une obligeante
réponsede Mlledts'H.A'
àMr de laR. l
Fille d'une Aigle, Aigle uousmême,
Qui n'avez point degeneré ,
Dont par tout le mente extrême
Estsijustement reveré,
Qu'on s'honore quand on vous
aime , -
AimableInterprete des Dieux,
Qui parlezsibien leur langage,
Etquiporte dansvos beauxyeux
Etleurdouceur g7* leur image , Recevez le petitdommage
Que je vous offretous lesAN.
C'est un tribut desentimens,
Qui neconvientplusàmonâge :
Mes bienséances me l'ont dit.
Les Amours & les Vers font
faits pour la jeunesse, 1
Maislefeu de mon courquisoûtient
tient mon esprit,
Amuse & trompe mavieillesse.
Faites-moyseulementcrédit
D'agrémens & de gentillesse,
Contentezvous dufond de ma
tendresse;
Il en estde ce que je sens,
Comme des Tableaux d'ungrand
Maître,
Dont la beauténefait que croître
Et briller davantage à la longueur
du temps.
Vostrevertu n'estpas commune,
Vous aimez à faire du bien:
Donnez mes yeux à la Fortune
, Il ne vousmanqueraplus rien.
suffit pour augmenter
le prix d'un Ouvrage:que le
merite y soitounon,cela
n'est d'aucuneconsequence
pour le Publicqui sesatisfait,
oudu moins, qui seprévient
sur l'étiquettedu sac:ils'enfuitdelàque
les plushabilesi
gens ont quelquefoisleprivilegede
ne rienfaire quivaille&
d'entendretraiter denégligencesheureuses,
des fautes
qu'on ne pardonneroit pas
à des Autheurs subalternes.
Voicypar exemple , me
dira-t-on, des vers que vous
estesobligez de trouver admirables.
Ils font de RacanJ
de Malhetbe, ou de Pavillon:
donc ils font bons. Si celaest,
comme je n'ose pointen douter
, lesdeux Pieces qu'on va
lire sontexcellentes.-. La premiere
est un rendre éloge que
Mr leMarquis devlaR.1
addresse à Mlle desH. &
la seconde est une obligeante
réponsede Mlledts'H.A'
àMr de laR. l
Fille d'une Aigle, Aigle uousmême,
Qui n'avez point degeneré ,
Dont par tout le mente extrême
Estsijustement reveré,
Qu'on s'honore quand on vous
aime , -
AimableInterprete des Dieux,
Qui parlezsibien leur langage,
Etquiporte dansvos beauxyeux
Etleurdouceur g7* leur image , Recevez le petitdommage
Que je vous offretous lesAN.
C'est un tribut desentimens,
Qui neconvientplusàmonâge :
Mes bienséances me l'ont dit.
Les Amours & les Vers font
faits pour la jeunesse, 1
Maislefeu de mon courquisoûtient
tient mon esprit,
Amuse & trompe mavieillesse.
Faites-moyseulementcrédit
D'agrémens & de gentillesse,
Contentezvous dufond de ma
tendresse;
Il en estde ce que je sens,
Comme des Tableaux d'ungrand
Maître,
Dont la beauténefait que croître
Et briller davantage à la longueur
du temps.
Vostrevertu n'estpas commune,
Vous aimez à faire du bien:
Donnez mes yeux à la Fortune
, Il ne vousmanqueraplus rien.
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Résumé : Vers de M le Marquis de la R. à Mademoiselle D. [titre d'après la table]
Le texte explore comment la réputation d'un auteur influence la perception publique de ses œuvres, souvent au détriment de leur mérite réel. Le public valorise davantage les œuvres des auteurs célèbres, même si celles-ci contiennent des erreurs, tandis que les auteurs moins connus sont jugés plus sévèrement. Des exemples de poètes renommés comme Racan, Malherbe et Pavillon illustrent cette tendance. Le texte présente deux poèmes. Le premier est un éloge adressé par Monsieur le Marquis de la R. à Mademoiselle des H., la comparant à un aigle et soulignant son excellence et son honneur. Il exprime son admiration et son affection, tout en reconnaissant que la poésie et les amours conviennent mieux à la jeunesse. Le second poème est une réponse de Mademoiselle des H., qui demande à Monsieur de la R. de reconnaître ses qualités et sa gentillesse. Elle compare ses sentiments à des œuvres d'art qui gagnent en beauté avec le temps et loue la vertu de Mademoiselle des H., espérant que la fortune lui soit favorable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 213-214
« Pendant que je suis en train de lire des Vers nouveaux, [...] »
Début :
Pendant que je suis en train de lire des Vers nouveaux, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant que je suis en train de lire des Vers nouveaux, [...] »
Pendant que je suis en train
de lire des Vers nouveaux ,
quoy que j'entrouve souvent
,.q.uàlaatrcftcnc en chemin ,jc
ne laisse pas d'en rencontrer
quelquesfois de si beaux, que,
si j'en croy leurs Autheurs,
ils font marquezau coin de
l'excellence. Je ne prends
pourtant pas toûjours pour
les meilleurs ceux qu'onm'assure
avoir tant de beautez,,
ny pour les plus mauvais ceux
que la modestie des Autheurs
met au «
dessous de ce qu'ils
valent.
de lire des Vers nouveaux ,
quoy que j'entrouve souvent
,.q.uàlaatrcftcnc en chemin ,jc
ne laisse pas d'en rencontrer
quelquesfois de si beaux, que,
si j'en croy leurs Autheurs,
ils font marquezau coin de
l'excellence. Je ne prends
pourtant pas toûjours pour
les meilleurs ceux qu'onm'assure
avoir tant de beautez,,
ny pour les plus mauvais ceux
que la modestie des Autheurs
met au «
dessous de ce qu'ils
valent.
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35
p. 218-220
Réponse d'un Gascon à un Cartel.
Début :
Je n'aurois pas manqué de mettre à la suite de ce Sonnet / Vous estes, Monsieur, si peu de chose, que n'estoit l'insolence [...]
Mots clefs :
Gascon, Sonnet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réponse d'un Gascon à un Cartel.
Je n'aurois pas manqué de
mettre à lasuite de ce Sonnet
deux autres Sonnets qu'on
m'a envoyez à la loüange de
Mr le Maréchal de Villars.
La Poësie en est belle, les expressions
en font nobles & les
chûtes magnifiques ; mais il y
a des fautes de quantité dans
lesixiéme & le dixieme vers
du premier, & dans le cinquiéme
du second. Si ccluy
à qui elles font échappées,
veut prendre la peine de corriger
ces deux Pieces, & de
me les renvoyer, je lesrendray
publiques.
Pour ne rien omettre de ce
qui peut faire plaisir aux Lecteurs
,
je cherche de tous les
costez,tout ce qui peut contribuerà
leur satisfaction, je
reçois & je lis tout ce qu'on
m'envoye
,
je choisis aprés,
heureux si mon choix peut
plaire. Iln'y a pas jusqu'à clef
Gafconnadcs donc je veux
quelquefois les amuser. En
voicy une toute nouvelle.
Réponse d'un Gascon à un
Carcel.
Vous estes, Monsieur ,sipeude
chose
, que n'estoit l'insolence
- de vas parolesje ne me souviendroisjamais
de vous. Le present
porteur vous dira le lieu où je
suisavecdeuxépées
3
dont vous
- aurez le choix; si vous ave.,-<'
l'assurance d'y venir, je vous
épargneray lapeine de vous en
retourner.
mettre à lasuite de ce Sonnet
deux autres Sonnets qu'on
m'a envoyez à la loüange de
Mr le Maréchal de Villars.
La Poësie en est belle, les expressions
en font nobles & les
chûtes magnifiques ; mais il y
a des fautes de quantité dans
lesixiéme & le dixieme vers
du premier, & dans le cinquiéme
du second. Si ccluy
à qui elles font échappées,
veut prendre la peine de corriger
ces deux Pieces, & de
me les renvoyer, je lesrendray
publiques.
Pour ne rien omettre de ce
qui peut faire plaisir aux Lecteurs
,
je cherche de tous les
costez,tout ce qui peut contribuerà
leur satisfaction, je
reçois & je lis tout ce qu'on
m'envoye
,
je choisis aprés,
heureux si mon choix peut
plaire. Iln'y a pas jusqu'à clef
Gafconnadcs donc je veux
quelquefois les amuser. En
voicy une toute nouvelle.
Réponse d'un Gascon à un
Carcel.
Vous estes, Monsieur ,sipeude
chose
, que n'estoit l'insolence
- de vas parolesje ne me souviendroisjamais
de vous. Le present
porteur vous dira le lieu où je
suisavecdeuxépées
3
dont vous
- aurez le choix; si vous ave.,-<'
l'assurance d'y venir, je vous
épargneray lapeine de vous en
retourner.
Fermer
Résumé : Réponse d'un Gascon à un Cartel.
Le texte aborde la réception et la publication de poèmes à la louange du Maréchal de Villars. L'auteur mentionne deux sonnets dont la poésie est belle, les expressions nobles et les chutes magnifiques, mais qui contiennent des fautes de quantité dans certains vers. Il invite l'auteur des sonnets à les corriger pour qu'ils puissent être publiés. L'auteur du texte cherche à satisfaire ses lecteurs en recevant et en lisant tout ce qui lui est envoyé, choisissant ensuite les pièces qui pourraient leur plaire. Il inclut également des éléments divertissants, comme des clefs gaillardes, pour amuser les lecteurs. Le texte se conclut par une énigme ou une devinette intitulée 'Réponse d'un Gascon à un Carcel'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 221-222
« Voici une autre nouvelle dont je me felicite, & dont [...] »
Début :
Voici une autre nouvelle dont je me felicite, & dont [...]
Mots clefs :
Chanson, Mercure, Commis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voici une autre nouvelle dont je me felicite, & dont [...] »
Voici une autre nouvelle
dont je me félicité, & donc
j'efperc qu'on me sçaura borç
gré.
Le débit du Mercure qui
augmente de mois en mois,
m'encourage à augmenter
aussi la dépense necessaire
pour le rendre meilleur. Le
Public & le Mercure ont esté
là dessus
-
long temps sur le
Qui vive. Donnez-nous un
bon Mercure, disoit le Public
,
& nous l'acheterons.
Achetez le bien,disoit l'Autheur,
& on le rendra bon.
Le Mercure en une espece de
Livre dont la bonté ne dépend
presque que de la dépense
qu'on fait en Correspondances,
en Commis
, &
Recherches: en un mot, il
faut beaucoup dépenser, pour
mériter la vente. Une Chanson
,
qui ne paroist qu'une
Chanson
,
& qui n'est rien
davantage, ne laisse pas d'aller
à cent écus par an, à n'en
donner qu'une tous les mpis. J
Jugez du reste.
dont je me félicité, & donc
j'efperc qu'on me sçaura borç
gré.
Le débit du Mercure qui
augmente de mois en mois,
m'encourage à augmenter
aussi la dépense necessaire
pour le rendre meilleur. Le
Public & le Mercure ont esté
là dessus
-
long temps sur le
Qui vive. Donnez-nous un
bon Mercure, disoit le Public
,
& nous l'acheterons.
Achetez le bien,disoit l'Autheur,
& on le rendra bon.
Le Mercure en une espece de
Livre dont la bonté ne dépend
presque que de la dépense
qu'on fait en Correspondances,
en Commis
, &
Recherches: en un mot, il
faut beaucoup dépenser, pour
mériter la vente. Une Chanson
,
qui ne paroist qu'une
Chanson
,
& qui n'est rien
davantage, ne laisse pas d'aller
à cent écus par an, à n'en
donner qu'une tous les mpis. J
Jugez du reste.
Fermer
Résumé : « Voici une autre nouvelle dont je me felicite, & dont [...] »
Le texte discute de l'amélioration du Mercure, une publication périodique. La qualité dépend des dépenses pour les correspondances, les employés et les recherches. L'auteur se félicite de l'augmentation du débit et de la demande publique. Un dialogue imaginaire montre que la qualité augmentera si le public achète la publication. La production d'une chanson coûte cent écus par an, illustrant les coûts nécessaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
37
p. 225-233
Memoire Geographique.
Début :
Ceux qui ont l'avantage de connoître le Public mieux que / Sanson, Geographe ordinaire du Roy, a mis au jour [...]
Mots clefs :
Allemagne, Empire, Cartes, Géographie, Carte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire Geographique.
Ceux qui ont l'avantage de
connoître le Public mieux que
moy ,
& que je connois mieux
que le Public,quoy que j'aye
l'honneur de l'entretenir tous
les mois, me repetent sans
cesse, qu'il faut absolument
,
pour luy plaire, luy parler de
toutes sortes de choses
,
&
ne luy refuser aucune des
varierez que l'imagination
l'experience , ou l'étude des uns
& des autres viennent m'offrir
tous les Jours. Je croy en effet1
que ce conseil bien executé,
ne m'aidera pas peu à satisfaire
tout le monde. Cet avis
me détermine à employer à
tout hasard le premier manufcrit
qui va tomber fous ma
main.
Memoire Géographique.
Sanson, Géographe ordinaire
du Roy, a mis au jour
unegrande Carted'Allemagne,
avec une explication, intitulée
Allemagne & les Etats Souverainsdel'Empired'Allemagne.
Il
adédiéceTraité à Son Altesse
Royale Madame.
Il commence par faire remarquer
que fous le nom
d'Allemagne l'on entend ou
cette Region, que les originaires
nomment Teustchland, &
que les François appellent Allemagne,
ou ce qui compose
l'Empire, tel qu'il est aujourdhuy.
La première division qu'il
en donne, est par rapport à
la Geographie naturelle. Tout
ce que! on peut entendre fous
lenomgeneral d'Allemagne y
est distingué en trois grandes
Parties
, aux environs du
Rhein,delElbe&del'Oder,
dont les Regions font divifécs
en petits Pays.
La seconde,enparrapport
à la Géographie Astronomique
;où les climats, qui y font
tracez, nous marquent la dufée
des plus longsjoursde
l'année.
La troisîéme, est sélon la
Géographie Historique, &
pour le gouvernement politique,
ou font distinguées les
Souverainetez Ecclesiastques,
& lesSéculieres qui composent
l'Empire d'allemagne;sçavoir
les Electorats, les Principautez,
les Seigneuries & les Villes
Impériales.L'on y voit
qu'en l'année1500.ces Souverainetez
ont été distribuées
en six Cercles ou Provinces
generales, par Maximilien I.
étant àAugsbourg ; qu'en
1512. ces six Cercles ont esté
repartis en dix, dans l'Assemblée
tenuë à Cologne en prcfence
du même Empereur.
Il fait l'énumeration de
tous les Etats qui composent
ces Cercles, combien ces Cercles
ont de Directeurs
,
de
quoy l'on délibéré dans les
Dietes particulières,que chaque
Cercle a le droit d'Archives,
& que l'on n'y admet
personne que l'Etat qu'il posseden'ait
esté érigé enEtat
de l'Empire, que lors qu'il
s'agit de nommer des Asses-
feurs ou Conseillers pour les
presenter à la Chambre Impériale
, ces nominations ne
fcfont que par les six Cercles,
comme ils avoientesté établis
en1500.
Que routes les fois qu'il est
ordonné dans les Dictes générales
que l'on fera les délibérations
par les Cercles. Elles
font toûjours par les mêes
six Cercles, que lors que
on confirma les dix Cercles
ans la Diete de Nuremberg
1 5 22. l'on dressaenmê-
e temps la Matricule de chaje
Cercle qui est differente
: celle de la Matricule de
Empire:l'on y trouve ce que
chaque Cercle est obligé de
~nner pour soncontingent
:
quels font les exempts de
~ntribuer. Ilfinit par lerang
es séances des Princes de
Empire dans la Diete genede
qui se tient, depuis longemps
, à Ratisbone : tous les
Souverains y sont distribuez,
en sept Classes. !
2. La Carte represente en-
core le Royaume de Boheme J.
lequel fait un Etat separéc ,
quoy qu'il soit Membre de
l'Empire. I
3. Les Treize Cantons, ou la
République des Suisses, leurs
Alliez
, entre lesquels sont
trois Ligues, ou la République
des Grisons, lesSujets des Can-
-
tons & des Alliez.
4.Les Etats Generaux J($!¡
Provinces Unies des Pays bas.
L'on peut aussireconnoî—
tre dans cette Carte, les Pro-
vinces
vinces Ecclesiastiques de toute
l'Allemagne, pour le Gouver.
nement spirituel & l'Administration
de la Religion Catholique.
Cette Carte & ce Traité se
trouvent chez le Sieur Moullart-
Sanson
,
dans le Cloistre
de Saint Nicolas du Louvre,
à Paris.
Autre
connoître le Public mieux que
moy ,
& que je connois mieux
que le Public,quoy que j'aye
l'honneur de l'entretenir tous
les mois, me repetent sans
cesse, qu'il faut absolument
,
pour luy plaire, luy parler de
toutes sortes de choses
,
&
ne luy refuser aucune des
varierez que l'imagination
l'experience , ou l'étude des uns
& des autres viennent m'offrir
tous les Jours. Je croy en effet1
que ce conseil bien executé,
ne m'aidera pas peu à satisfaire
tout le monde. Cet avis
me détermine à employer à
tout hasard le premier manufcrit
qui va tomber fous ma
main.
Memoire Géographique.
Sanson, Géographe ordinaire
du Roy, a mis au jour
unegrande Carted'Allemagne,
avec une explication, intitulée
Allemagne & les Etats Souverainsdel'Empired'Allemagne.
Il
adédiéceTraité à Son Altesse
Royale Madame.
Il commence par faire remarquer
que fous le nom
d'Allemagne l'on entend ou
cette Region, que les originaires
nomment Teustchland, &
que les François appellent Allemagne,
ou ce qui compose
l'Empire, tel qu'il est aujourdhuy.
La première division qu'il
en donne, est par rapport à
la Geographie naturelle. Tout
ce que! on peut entendre fous
lenomgeneral d'Allemagne y
est distingué en trois grandes
Parties
, aux environs du
Rhein,delElbe&del'Oder,
dont les Regions font divifécs
en petits Pays.
La seconde,enparrapport
à la Géographie Astronomique
;où les climats, qui y font
tracez, nous marquent la dufée
des plus longsjoursde
l'année.
La troisîéme, est sélon la
Géographie Historique, &
pour le gouvernement politique,
ou font distinguées les
Souverainetez Ecclesiastques,
& lesSéculieres qui composent
l'Empire d'allemagne;sçavoir
les Electorats, les Principautez,
les Seigneuries & les Villes
Impériales.L'on y voit
qu'en l'année1500.ces Souverainetez
ont été distribuées
en six Cercles ou Provinces
generales, par Maximilien I.
étant àAugsbourg ; qu'en
1512. ces six Cercles ont esté
repartis en dix, dans l'Assemblée
tenuë à Cologne en prcfence
du même Empereur.
Il fait l'énumeration de
tous les Etats qui composent
ces Cercles, combien ces Cercles
ont de Directeurs
,
de
quoy l'on délibéré dans les
Dietes particulières,que chaque
Cercle a le droit d'Archives,
& que l'on n'y admet
personne que l'Etat qu'il posseden'ait
esté érigé enEtat
de l'Empire, que lors qu'il
s'agit de nommer des Asses-
feurs ou Conseillers pour les
presenter à la Chambre Impériale
, ces nominations ne
fcfont que par les six Cercles,
comme ils avoientesté établis
en1500.
Que routes les fois qu'il est
ordonné dans les Dictes générales
que l'on fera les délibérations
par les Cercles. Elles
font toûjours par les mêes
six Cercles, que lors que
on confirma les dix Cercles
ans la Diete de Nuremberg
1 5 22. l'on dressaenmê-
e temps la Matricule de chaje
Cercle qui est differente
: celle de la Matricule de
Empire:l'on y trouve ce que
chaque Cercle est obligé de
~nner pour soncontingent
:
quels font les exempts de
~ntribuer. Ilfinit par lerang
es séances des Princes de
Empire dans la Diete genede
qui se tient, depuis longemps
, à Ratisbone : tous les
Souverains y sont distribuez,
en sept Classes. !
2. La Carte represente en-
core le Royaume de Boheme J.
lequel fait un Etat separéc ,
quoy qu'il soit Membre de
l'Empire. I
3. Les Treize Cantons, ou la
République des Suisses, leurs
Alliez
, entre lesquels sont
trois Ligues, ou la République
des Grisons, lesSujets des Can-
-
tons & des Alliez.
4.Les Etats Generaux J($!¡
Provinces Unies des Pays bas.
L'on peut aussireconnoî—
tre dans cette Carte, les Pro-
vinces
vinces Ecclesiastiques de toute
l'Allemagne, pour le Gouver.
nement spirituel & l'Administration
de la Religion Catholique.
Cette Carte & ce Traité se
trouvent chez le Sieur Moullart-
Sanson
,
dans le Cloistre
de Saint Nicolas du Louvre,
à Paris.
Autre
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Résumé : Memoire Geographique.
Le texte traite de la nécessité de diversifier les sujets pour satisfaire le public, en s'inspirant de l'imagination, de l'expérience ou de l'étude. L'auteur évoque un conseil reçu pour utiliser divers manuscrits. Il présente ensuite un ouvrage géographique de Sanson, géographe du roi, intitulé 'Allemagne & les Etats Souverains de l'Empire d'Allemagne', dédié à Son Altesse Royale Madame. Cet ouvrage propose une grande carte de l'Allemagne avec des explications. L'Allemagne y est divisée en trois parties : géographique naturelle, astronomique et historique. La première distingue trois grandes régions autour du Rhin, de l'Elbe et de l'Oder. La seconde traite des climats et de la durée des jours. La troisième concerne le gouvernement politique, distinguant les souverainetés ecclésiastiques et séculières de l'Empire, comme les électorats, les principautés, les seigneuries et les villes impériales. L'auteur détaille également l'organisation des États en six puis dix cercles ou provinces générales, établis par Maximilien I, avec leurs droits et responsabilités. La carte inclut aussi le Royaume de Bohême, les Treize Cantons suisses, les États généraux des Provinces Unies des Pays-Bas, et les provinces ecclésiastiques. L'ouvrage est disponible chez le Sieur Moullart-Sanson, dans le cloître de Saint Nicolas du Louvre, à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 237-239
Discours où l'Auteur fait le mauvais plaisant. [titre d'après la table]
Début :
On m'a assuré que j'avois eu tort de faire imprimer le [...]
Mots clefs :
Académie française, Lecteurs, Libraire, Privilège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur fait le mauvais plaisant. [titre d'après la table]
On m'a afifuré que j'avois.
eu tort de faire imprimer le
mois paffé toute la Harangue
deMrle Maréchal de Villars,
parce que le Libraire qui a le
Privilege de donner au Pu-,
blic tous lesouvrages de l'Academie,
n'y trouvoitpas son
compte. Il est vrayque je n'envisageay
point cet inconvenient,
&que plus occupé du
plaisir de mes Leaeurs que du
dommage du Libraire, loin
de m'imaginer de tirer un Extrait
decette Piece, je me perfuaday
que ce seroituncrime
àmoy d'oser enretrancher un
mot,aussimegarday-je bien
de le faire- Mais pour neplus
entendre doresnavant de rcmontrances.
sur ce sujet, je
promets de ne donner dans la
fuite aucuns Discours del'Ademie
,
qu'après en avoir
étaché les endroits les moins
teressans, quandmême ce
vroit être une phrase entie-
Voici la preuve de l'usage
e
eu tort de faire imprimer le
mois paffé toute la Harangue
deMrle Maréchal de Villars,
parce que le Libraire qui a le
Privilege de donner au Pu-,
blic tous lesouvrages de l'Academie,
n'y trouvoitpas son
compte. Il est vrayque je n'envisageay
point cet inconvenient,
&que plus occupé du
plaisir de mes Leaeurs que du
dommage du Libraire, loin
de m'imaginer de tirer un Extrait
decette Piece, je me perfuaday
que ce seroituncrime
àmoy d'oser enretrancher un
mot,aussimegarday-je bien
de le faire- Mais pour neplus
entendre doresnavant de rcmontrances.
sur ce sujet, je
promets de ne donner dans la
fuite aucuns Discours del'Ademie
,
qu'après en avoir
étaché les endroits les moins
teressans, quandmême ce
vroit être une phrase entie-
Voici la preuve de l'usage
e
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Résumé : Discours où l'Auteur fait le mauvais plaisant. [titre d'après la table]
L'auteur a publié une harangue du maréchal de Villars sans considérer les droits du libraire détenteur du privilège de l'Académie. Il reconnaît avoir privilégié le plaisir des lecteurs. Pour éviter les réclamations, il promet de supprimer les passages les moins intéressants des discours futurs de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 243-247
Morts de gens celebres par leur science. [titre d'après la table]
Début :
Le Mercure s'avance, disent ceux qui sont dans l'usage de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts de gens celebres par leur science. [titre d'après la table]
Le Mercure s'avance, disent
ceux qui font dans l'usage de
e voir tourner d'une certaine
Façon, & nous n'avons enco-
'e vû dans celui-ci, ny Nouvelles,
ny Mariages,ny Morts.
Que les gens qui font plus
curieux de ces derniers Arcicles,
que de tout ce quile
précede, se contentent maintenant
decequ'ils vont lire,
s'ilest en mon pouvoir de les
contenter : à l'exception du
chapitre des Enigmes, & de
quelquesautres bagatelles que
ceux qui se souviennent de
moy vers lafindu mois, peuvent
m'envoyer; le resteduLivreva
estre pour eux, àcommencer
par l'article des morts. 1
Barnes Anglois , fameux
Grammairien,tres distingué
parmi lesSçavans ; vientde
mourir dans son Pays; il a1
donné une Edition d'Euripide, 1
d'Anacrco& d'Homère /cn
latin&,grec.
': Antonio Magliabechi, Bibliothécaire
du Grand Duc;
personnage tres - sçavaot&
tres-extraordinaire, vient de
triourir à Florence, dans sa
quatre-vingt-unième année.
Il avoit de grandes relations
avec tous les Sçavans del'Europe.
Par sontestament le Publicaheritéde
saBabliotheque,
& les Pauvres de son bien.
; MartinoPolihabileChimiste
de l'Academie desSciences,
mourut le 29Juillet, pour
avoir esté, dit on trop saigné:
sa femme &ses fils étoient arrivezdlralie
laveillede samorr.
Claude Irson, natif deRiblemont
en Picardie, mourut
en cette Ville le 24. du mois
dernier, âgé de quatre vingtseize
ans, apres en avoir em-à
ployé plus de soixante à elh
seigner les matieres qui concernent
le Commerce & la
Banque. Les Lettres Patentes
que le Roy luy accorda à Nancy
le 25Septembre1663.
par lesquellesSaMajestél'établit
seul Juré Teneur de Livres
pour l'ordre& la verification
de toute sorte de COIlb ptes , ><
les Livres qu'ilaunis
au jour sur ce sujet, la confiance
dont feu Mr Colbert
l'honora autrefois pour examiner
differens comptes de
longue discussion, qui regardoient
les interests du Roy ôc
du Public, sont asssez connoître
la netteté de son esprit,
& son habileté danscette Prosession,
à laquelle il estoit si
universellement portéqu'illa
continuoit encore trois semaines
avant de mourir. Ilyavoit
prés de trente années qu'il
estoit privé de toutes ses dents,
ce qui ne l'empêchoir pas de
manger des choses les plusordinaires.
ceux qui font dans l'usage de
e voir tourner d'une certaine
Façon, & nous n'avons enco-
'e vû dans celui-ci, ny Nouvelles,
ny Mariages,ny Morts.
Que les gens qui font plus
curieux de ces derniers Arcicles,
que de tout ce quile
précede, se contentent maintenant
decequ'ils vont lire,
s'ilest en mon pouvoir de les
contenter : à l'exception du
chapitre des Enigmes, & de
quelquesautres bagatelles que
ceux qui se souviennent de
moy vers lafindu mois, peuvent
m'envoyer; le resteduLivreva
estre pour eux, àcommencer
par l'article des morts. 1
Barnes Anglois , fameux
Grammairien,tres distingué
parmi lesSçavans ; vientde
mourir dans son Pays; il a1
donné une Edition d'Euripide, 1
d'Anacrco& d'Homère /cn
latin&,grec.
': Antonio Magliabechi, Bibliothécaire
du Grand Duc;
personnage tres - sçavaot&
tres-extraordinaire, vient de
triourir à Florence, dans sa
quatre-vingt-unième année.
Il avoit de grandes relations
avec tous les Sçavans del'Europe.
Par sontestament le Publicaheritéde
saBabliotheque,
& les Pauvres de son bien.
; MartinoPolihabileChimiste
de l'Academie desSciences,
mourut le 29Juillet, pour
avoir esté, dit on trop saigné:
sa femme &ses fils étoient arrivezdlralie
laveillede samorr.
Claude Irson, natif deRiblemont
en Picardie, mourut
en cette Ville le 24. du mois
dernier, âgé de quatre vingtseize
ans, apres en avoir em-à
ployé plus de soixante à elh
seigner les matieres qui concernent
le Commerce & la
Banque. Les Lettres Patentes
que le Roy luy accorda à Nancy
le 25Septembre1663.
par lesquellesSaMajestél'établit
seul Juré Teneur de Livres
pour l'ordre& la verification
de toute sorte de COIlb ptes , ><
les Livres qu'ilaunis
au jour sur ce sujet, la confiance
dont feu Mr Colbert
l'honora autrefois pour examiner
differens comptes de
longue discussion, qui regardoient
les interests du Roy ôc
du Public, sont asssez connoître
la netteté de son esprit,
& son habileté danscette Prosession,
à laquelle il estoit si
universellement portéqu'illa
continuoit encore trois semaines
avant de mourir. Ilyavoit
prés de trente années qu'il
estoit privé de toutes ses dents,
ce qui ne l'empêchoir pas de
manger des choses les plusordinaires.
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Résumé : Morts de gens celebres par leur science. [titre d'après la table]
Le texte relate divers événements récents, principalement des décès notables. Parmi eux, Barnes Anglois, grammairien célèbre, est décédé. Il était connu pour ses éditions d'œuvres classiques comme Euripide, Anacréon et Homère en latin et en grec. Antonio Magliabechi, bibliothécaire du Grand Duc et érudit, est mort à Florence à l'âge de quatre-vingt-un ans. Il a légué sa bibliothèque au public et ses biens aux pauvres. Martino Polini, chimiste de l'Académie des Sciences, est décédé le 29 juillet après avoir été excessivement saigné. Claude Irson, natif de Ribemont en Picardie, est mort à quatre-vingt-seize ans après plus de soixante ans d'enseignement dans les domaines du commerce et de la banque. Il avait reçu des lettres patentes du roi en 1663 et était reconnu pour sa compétence, notamment par Monsieur Colbert. Malgré l'absence de dents depuis près de trente ans, il continuait à manger des aliments ordinaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 266-267
« J'ai lû depuis peu quelques-uns des premiers Mercures [...] »
Début :
J'ai lû depuis peu quelques-uns des premiers Mercures [...]
Mots clefs :
Morts, Mariages, Liaisons, Mercures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ai lû depuis peu quelques-uns des premiers Mercures [...] »
J'ay lu depuis peu quelques..
uns des premiers Mercures
qu'on ait faits, pour y prendre
à proportion de l'obligation
que je veux leur avoir, 1Arc
ddeeppaaffffcerrlléécgyecrfelcmrneennttdd'i'dinneemMa3--
tière à une autre. J'y ay en er-c
set trouvé des raifonnerncnsJi
qui m'ont quelque fois donnée
l'idée dece que je devoisl
dire; mais fauf le repect que
je dois àla memoire du pre
mier Auteur de ce Livre, je
i A" n'ay pas encore pu siaccosi
tumer à le voirpasser, de l'atf
cicle des Mariages à celuy de:
Morts, sans regarder son discours
comme un faut qu'il fait
faire à l'imagination: La
mienne Pest effrayée du péril
où elle se précipitoit immediatement
après avoir lû le plus
agréable chapitre du Mercure,
& ses reflexions faites, elle mà
conseillé pour dédommager
le Lecteur, ennuyéde tant de
billets d'enterrement, de ne
mettre doresnavant l'article
des Mariages qu'à la suite de
l'article des Morts.
uns des premiers Mercures
qu'on ait faits, pour y prendre
à proportion de l'obligation
que je veux leur avoir, 1Arc
ddeeppaaffffcerrlléécgyecrfelcmrneennttdd'i'dinneemMa3--
tière à une autre. J'y ay en er-c
set trouvé des raifonnerncnsJi
qui m'ont quelque fois donnée
l'idée dece que je devoisl
dire; mais fauf le repect que
je dois àla memoire du pre
mier Auteur de ce Livre, je
i A" n'ay pas encore pu siaccosi
tumer à le voirpasser, de l'atf
cicle des Mariages à celuy de:
Morts, sans regarder son discours
comme un faut qu'il fait
faire à l'imagination: La
mienne Pest effrayée du péril
où elle se précipitoit immediatement
après avoir lû le plus
agréable chapitre du Mercure,
& ses reflexions faites, elle mà
conseillé pour dédommager
le Lecteur, ennuyéde tant de
billets d'enterrement, de ne
mettre doresnavant l'article
des Mariages qu'à la suite de
l'article des Morts.
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Résumé : « J'ai lû depuis peu quelques-uns des premiers Mercures [...] »
L'auteur lit des numéros anciens du Mercure pour s'inspirer. Il trouve des raisonnements utiles mais peine à passer des mariages aux décès. Pour éviter l'ennui, il décide de placer les mariages après les décès afin de dédommager le lecteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 280-282
« J'ay des amis à Roüen, j'en ay bien plus loin encore, & [...] »
Début :
J'ay des amis à Roüen, j'en ay bien plus loin encore, & [...]
Mots clefs :
Mercure, Imprimeurs, Relieurs, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay des amis à Roüen, j'en ay bien plus loin encore, & [...] »
J'ay des amisà Rouen, j'en
ay bien plus loinencore, &
c'est fort bien fait. De tout
les côtez on m'envoye Sonnets,
Madrigaux, Explications
des Enigmes, &c. mais
de deux choses l'une, ou Tefprit
de presque tous ceux qui
me font ces presents est lent
dans
dans les productions
, ou je
me presse trop de faire imprimer
mon Livre; fauf maintenant
à examiner s'ils ont rai-
- son , & si j'ay tort. Le mois
n'a que trente jours, il n'en
faut que huit au plus pour en
voycr le Mercure au
bout
du
k Royaume; il m'en faut vingt
laieu moins pour le compofcr,
reste est à la di scretion des
[Imprimeurs. & des Relieurs
qu'on ne gouverne pas comune
on veut,& ce que je me
reserveenblanc,est indispensablement
consacré auxdernieres.
Nouvelles
Tous CCPX qui me lisent
ont quatorze jours pour me
faire part de leurs ouvrages,
à quelque distance qu'ils soient
de Paris ; cependant ils attendent
les quatre derniers jours
du mois pour m'accabler. de
Lettres perdues pour eux,&
inutiles pour moy ,
à moins
que ce qui ne fert pas un
mois,
ne puisse estreemployé pour
l'autre. Ainsi leur negligence
&mon exactitudeme privent
du moyen de leur faire plasir.
J'étois occupé de cette reflexion
ay bien plus loinencore, &
c'est fort bien fait. De tout
les côtez on m'envoye Sonnets,
Madrigaux, Explications
des Enigmes, &c. mais
de deux choses l'une, ou Tefprit
de presque tous ceux qui
me font ces presents est lent
dans
dans les productions
, ou je
me presse trop de faire imprimer
mon Livre; fauf maintenant
à examiner s'ils ont rai-
- son , & si j'ay tort. Le mois
n'a que trente jours, il n'en
faut que huit au plus pour en
voycr le Mercure au
bout
du
k Royaume; il m'en faut vingt
laieu moins pour le compofcr,
reste est à la di scretion des
[Imprimeurs. & des Relieurs
qu'on ne gouverne pas comune
on veut,& ce que je me
reserveenblanc,est indispensablement
consacré auxdernieres.
Nouvelles
Tous CCPX qui me lisent
ont quatorze jours pour me
faire part de leurs ouvrages,
à quelque distance qu'ils soient
de Paris ; cependant ils attendent
les quatre derniers jours
du mois pour m'accabler. de
Lettres perdues pour eux,&
inutiles pour moy ,
à moins
que ce qui ne fert pas un
mois,
ne puisse estreemployé pour
l'autre. Ainsi leur negligence
&mon exactitudeme privent
du moyen de leur faire plasir.
J'étois occupé de cette reflexion
Fermer
Résumé : « J'ay des amis à Roüen, j'en ay bien plus loin encore, & [...] »
L'auteur évoque ses échanges avec ses amis et lecteurs, principalement autour de l'envoi de poèmes et autres écrits. Il reçoit divers types de compositions, comme des sonnets et des madrigaux, ainsi que des solutions d'énigmes provenant de différentes régions. Cependant, il observe que soit les auteurs tardent à écrire, soit il se presse trop pour publier son livre. Le processus de publication dépend également des imprimeurs et relieurs, sur lesquels il a peu d'influence. L'auteur déplore que les lecteurs envoient leurs œuvres seulement à la fin du mois, rendant leurs contributions inutilisables pour la publication mensuelle. Cette situation, combinée à son propre souci d'exactitude, empêche une collaboration mutuellement bénéfique. Ces réflexions occupaient l'esprit de l'auteur pendant la rédaction du texte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
42
p. 289-296
Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
Début :
Je tiendray avec le temps toutes les paroles que j'ay données [...]
Mots clefs :
Europe, Événements, Nouvelles, Affaires, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
Je tiendray avec le temps
Coûtes les paroles que j'ay données,&
l'on verra au bout du
compte que je n'ay rien promis
dont je ne tâche de m'acquitter
tous les jours de mieux
en mieux.
La guerre qui piroît encore
très allumée entre les Princes
du Nord, le Siege de Barcelone
qui est à la veille davoir
un fore pareilà lamalheureuse
Ville de Numance, ou plutôt
à celle de Cativa savaisine,
la mort prelque imprevue
de la Reine de la Grandei
Bretagne 1
5
& la célébréaflfemtyée
de Badenprefentenc
maintenant aux yeux deroute
l'Europe unTableau sichargé
d'adions & de conjectures,
que je pense qu'il n'etf permis
d'entreprendre le détail de
tant de grands événements,
que dans les termes & dans le
stile consacrez à la majeflé de
fHifioire.
Je ne doute point qu'on ne
traite ce projet au moins do
témérité, & qu'on ne me ren.
voye àl'Apologie du Boeuf&
de la Grenouille, tant que dureront
les préjugez obligeants
que cinq ou six personnes onc
foin de répandre dans le monde
, contre le nouveauMercure
jmais ce qui m'étonne, c'est
que les gens qui les connoisicncéquités
entendent tous
les jours declamer contre mois
puissent s'en rapporter quelques
fois à de tels connois,
feurs.
#
Je prie le Public de me pardonner
cette petite digression,
& tous les bonnettes gens qi
ne cherchent qu'à s'amuser d
mon Livre, de me prêter, au
tant qu'ils me croiront capa
ble d'en profiter, leurs secous
& leursconseils, pour m'ai
der à le rendre meilleur.
Il y a si peu de fuite dan
toutes les Nouvelles manuf
crittcs & imprimées, sur ce qu
concerne les affaires de la Po
logne, du DannemarK
,
de 1
Moscovie, de la Suéde, & di
la Hongrie ,quej'ose avance
que les personnes qui ont éti
les plus soigneuses de s'mf
truiic à fond, de ces grand:
démêlez,oû les TUICS ont eu
au moins autant de part, que
ceux qui y ont paru plus interessez
qu'eux,n'en pourroicnt
aujourd'huy raisonner que
tres-fuperficietlement. J'excepte
néanmoins de ce nombre
,ces hommes éclairez, que
leur esprit & les grandes places
qu'ils occupent, mettent
indispensablement au fait de
toutes lesaffiires de l'Europe:
Et j'ajoute que ceux même qui
travaillent à l'Histoire de ces
Guerres fameuses que le sorta
remplies depuis douze ou trei.
ze ans de tant de révolutions
embrouillées, ne nous apprendroient
pcut-eflre rien,audelà
de ces grands événements
que per sonne n'oublie.>
si je n'avois pas lû unci'nJ
finité de Lettres, de Mémoires
particuliers, &de Manifestes
sur ces affaires, & si je
n'en avois pas appris & retenu
un grand nombre de circonttanceSjjc
mecontenterois de
donner chaque mois.en veri
table Auteur de Mercure Ga.
Jane, des tecits de Guerre, de
Paix, de Morts&de Mariages
desPays dont toutes les femai-
Des les Gazettes entretiennent
lePublic Maisil faut que mes
Supérieurs approuvent mon
dessein ,avant que je fonge à
l'cxecuteri s'ils l'approuvent,
je reprendray pour la satisfaction
des Lecteurs,les choses
dés leur origine; je les divifcray
par Chapitre, & je les diftribueray
dans chaque Mercufre
succintement & hiftoriquement.
Ainsiavant de rien dire
des Nouvelles du mois, je
mettray à la teste de chaque
Article des lieuxj dont je parr
leray, un ArticleJeparé dont
les circonfiances exactes &
chronologiques servirontà
mettre insensiblement le Lecteur
au fait des affaires des
principales Coursde l'Europe.
Je seray peu de raisonnemens
Politiques; je ne raconteray
que des événements veritables,
où jen'intereflerayjamais
ni la gloire, ni la réputation
de Personne ; & enfin on
verra au premier d'Octobre, si
ce projet cil: auchorifé. Je ne
donneray en attendant, pour
Nouvelles, que des Extraits
des Lettres que- j'ay reçues.
Coûtes les paroles que j'ay données,&
l'on verra au bout du
compte que je n'ay rien promis
dont je ne tâche de m'acquitter
tous les jours de mieux
en mieux.
La guerre qui piroît encore
très allumée entre les Princes
du Nord, le Siege de Barcelone
qui est à la veille davoir
un fore pareilà lamalheureuse
Ville de Numance, ou plutôt
à celle de Cativa savaisine,
la mort prelque imprevue
de la Reine de la Grandei
Bretagne 1
5
& la célébréaflfemtyée
de Badenprefentenc
maintenant aux yeux deroute
l'Europe unTableau sichargé
d'adions & de conjectures,
que je pense qu'il n'etf permis
d'entreprendre le détail de
tant de grands événements,
que dans les termes & dans le
stile consacrez à la majeflé de
fHifioire.
Je ne doute point qu'on ne
traite ce projet au moins do
témérité, & qu'on ne me ren.
voye àl'Apologie du Boeuf&
de la Grenouille, tant que dureront
les préjugez obligeants
que cinq ou six personnes onc
foin de répandre dans le monde
, contre le nouveauMercure
jmais ce qui m'étonne, c'est
que les gens qui les connoisicncéquités
entendent tous
les jours declamer contre mois
puissent s'en rapporter quelques
fois à de tels connois,
feurs.
#
Je prie le Public de me pardonner
cette petite digression,
& tous les bonnettes gens qi
ne cherchent qu'à s'amuser d
mon Livre, de me prêter, au
tant qu'ils me croiront capa
ble d'en profiter, leurs secous
& leursconseils, pour m'ai
der à le rendre meilleur.
Il y a si peu de fuite dan
toutes les Nouvelles manuf
crittcs & imprimées, sur ce qu
concerne les affaires de la Po
logne, du DannemarK
,
de 1
Moscovie, de la Suéde, & di
la Hongrie ,quej'ose avance
que les personnes qui ont éti
les plus soigneuses de s'mf
truiic à fond, de ces grand:
démêlez,oû les TUICS ont eu
au moins autant de part, que
ceux qui y ont paru plus interessez
qu'eux,n'en pourroicnt
aujourd'huy raisonner que
tres-fuperficietlement. J'excepte
néanmoins de ce nombre
,ces hommes éclairez, que
leur esprit & les grandes places
qu'ils occupent, mettent
indispensablement au fait de
toutes lesaffiires de l'Europe:
Et j'ajoute que ceux même qui
travaillent à l'Histoire de ces
Guerres fameuses que le sorta
remplies depuis douze ou trei.
ze ans de tant de révolutions
embrouillées, ne nous apprendroient
pcut-eflre rien,audelà
de ces grands événements
que per sonne n'oublie.>
si je n'avois pas lû unci'nJ
finité de Lettres, de Mémoires
particuliers, &de Manifestes
sur ces affaires, & si je
n'en avois pas appris & retenu
un grand nombre de circonttanceSjjc
mecontenterois de
donner chaque mois.en veri
table Auteur de Mercure Ga.
Jane, des tecits de Guerre, de
Paix, de Morts&de Mariages
desPays dont toutes les femai-
Des les Gazettes entretiennent
lePublic Maisil faut que mes
Supérieurs approuvent mon
dessein ,avant que je fonge à
l'cxecuteri s'ils l'approuvent,
je reprendray pour la satisfaction
des Lecteurs,les choses
dés leur origine; je les divifcray
par Chapitre, & je les diftribueray
dans chaque Mercufre
succintement & hiftoriquement.
Ainsiavant de rien dire
des Nouvelles du mois, je
mettray à la teste de chaque
Article des lieuxj dont je parr
leray, un ArticleJeparé dont
les circonfiances exactes &
chronologiques servirontà
mettre insensiblement le Lecteur
au fait des affaires des
principales Coursde l'Europe.
Je seray peu de raisonnemens
Politiques; je ne raconteray
que des événements veritables,
où jen'intereflerayjamais
ni la gloire, ni la réputation
de Personne ; & enfin on
verra au premier d'Octobre, si
ce projet cil: auchorifé. Je ne
donneray en attendant, pour
Nouvelles, que des Extraits
des Lettres que- j'ay reçues.
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Résumé : Préambule où l'Auteur dégoûté du mauvais langage des Nouvelles, propose de les debiter dans le stile de l'Histoire pour en rendre la lecture plus interessante. [titre d'après la table]
L'auteur d'un ouvrage historique expose ses intentions et les sujets qu'il compte aborder. Parmi les événements marquants, il cite la guerre entre les Princes du Nord, le siège de Barcelone, la mort inattendue de la Reine de Grande-Bretagne, et la célébration de Baden. Il souhaite traiter ces sujets avec la solennité requise par l'histoire. L'auteur anticipe des critiques et des préjugés, mais sollicite les conseils du public pour améliorer son travail. Il souligne l'insuffisance des informations disponibles sur les affaires de la Pologne, du Danemark, de la Moscovie, de la Suède et de la Hongrie, et l'importance des lettres et mémoires particuliers pour enrichir son récit. L'ouvrage sera structuré en chapitres, débutant par les origines des événements, et se concentrera sur des faits véridiques sans jugements politiques. En attendant, l'auteur publiera des extraits de lettres reçues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 363-368
AVERTISSEMENT.
Début :
On recevra comme on faisoit du temps de Mr Devizé [...]
Mots clefs :
Mercure, Marchandises, Généalogies, Liberté, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
On recevra comme on faisoit
du temps de Mr Dev~c~
JOùS les Memoires de ceux,
•quidiftîinguczuctâÀsnjqucJqa^
voudront se faire annoncer. au
#ub!icpour<lèur particuliere,
à CUtKltOOn nçai>
moinsque leurs Memoiresne
contiendrontquedeschoses
curieu ses,rares, 'pu avanta-
Ilyauradans dcqae Mercure
unpetitchapitreexprèspour
unmoyennantlasomme
eux,moyennantlasomme
detrentesols,parce
- que Tes
Imprimeurs, les Relieurs &
-lesMarchandsnHncdotôicnt
,'p"Q'nt gratis,nileur temps,
çXiikui Marchandise. Cen'est
qu'à ce prixqu'on les enregistrera;
autrementquand on
en envoiroitjusqu'à la Lune.
jl n'en seroit fait nullemenupn.
:. LesMemoires Littéraires,
lesNouvelles generales 01.\
particulières, & tous les Qltf
vrages d'espriten Prose ouen
istrà, fôflF exceptez de çcç
Avis&on [$* mettraàlaplaçç
qui leur conviendra, pourvuquele
port en soit toûjours eyr • ÇorpjTiejl.n'c^p^s necesfairequel'Auteur
du MercuouijVçftpoint
riche,à beaucouppres,
que ne prend pe
ane trop facile route pour
le devenir, '&, qui même ne
s'embarrasseguere de l'estre
+ s'appauvrisse tout à fait en
travaillant pour lasatisfaction
du Public Il prie ceux qui Ho
verront point son Paraphe au
bas de la premiere page de
son Livre,d'avoir la bonté de
l'avertir du tort qu'on luy
fait. Il aeusoin de le mettra
ce moiscy, au commencement
de chaque Mercure, iSti
varietur: Etilaura la même
précautiontousles mois.
Enfinpourrépondreatout
monde, outre que j'ay dc<
ja dit que je ne recevrois aur,
cunemauvaise piece de Vets,
j'endisautantpour les Genealogies:
Je n'en recevray, aucune,
ni fausse ni flatteuse.
Je deviens Genealogiste à vve"
d'oeil ; & c'estun de mes arWs.
qui entend. cette matière à
fond, qui roç. (iffle, Cependau;,
siparhazard,ilm'arrive
de donner dans la vision, çc
nefera que, parce que j'auray
estétrop pusse par le temps,
& jamais par aucune confidcration
qui pourroit tirer à consequencepour
moy,dansl'esprit
desgens qui aiment la; vérité
, J /Je n'ayplusqu'unmot a
dire. Plusieurs personnes
m'ont reproché la gayeté ÔC
la liberté de mon strie, elles
m'ont dis que je tombois souvent
dans le plaisant, & de-là
par consequent dans le ridicule.
Ce reproche
On recevra comme on faisoit
du temps de Mr Dev~c~
JOùS les Memoires de ceux,
•quidiftîinguczuctâÀsnjqucJqa^
voudront se faire annoncer. au
#ub!icpour<lèur particuliere,
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moinsque leurs Memoiresne
contiendrontquedeschoses
curieu ses,rares, 'pu avanta-
Ilyauradans dcqae Mercure
unpetitchapitreexprèspour
unmoyennantlasomme
eux,moyennantlasomme
detrentesols,parce
- que Tes
Imprimeurs, les Relieurs &
-lesMarchandsnHncdotôicnt
,'p"Q'nt gratis,nileur temps,
çXiikui Marchandise. Cen'est
qu'à ce prixqu'on les enregistrera;
autrementquand on
en envoiroitjusqu'à la Lune.
jl n'en seroit fait nullemenupn.
:. LesMemoires Littéraires,
lesNouvelles generales 01.\
particulières, & tous les Qltf
vrages d'espriten Prose ouen
istrà, fôflF exceptez de çcç
Avis&on [$* mettraàlaplaçç
qui leur conviendra, pourvuquele
port en soit toûjours eyr • ÇorpjTiejl.n'c^p^s necesfairequel'Auteur
du MercuouijVçftpoint
riche,à beaucouppres,
que ne prend pe
ane trop facile route pour
le devenir, '&, qui même ne
s'embarrasseguere de l'estre
+ s'appauvrisse tout à fait en
travaillant pour lasatisfaction
du Public Il prie ceux qui Ho
verront point son Paraphe au
bas de la premiere page de
son Livre,d'avoir la bonté de
l'avertir du tort qu'on luy
fait. Il aeusoin de le mettra
ce moiscy, au commencement
de chaque Mercure, iSti
varietur: Etilaura la même
précautiontousles mois.
Enfinpourrépondreatout
monde, outre que j'ay dc<
ja dit que je ne recevrois aur,
cunemauvaise piece de Vets,
j'endisautantpour les Genealogies:
Je n'en recevray, aucune,
ni fausse ni flatteuse.
Je deviens Genealogiste à vve"
d'oeil ; & c'estun de mes arWs.
qui entend. cette matière à
fond, qui roç. (iffle, Cependau;,
siparhazard,ilm'arrive
de donner dans la vision, çc
nefera que, parce que j'auray
estétrop pusse par le temps,
& jamais par aucune confidcration
qui pourroit tirer à consequencepour
moy,dansl'esprit
desgens qui aiment la; vérité
, J /Je n'ayplusqu'unmot a
dire. Plusieurs personnes
m'ont reproché la gayeté ÔC
la liberté de mon strie, elles
m'ont dis que je tombois souvent
dans le plaisant, & de-là
par consequent dans le ridicule.
Ce reproche
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le texte est un avertissement concernant la réception des mémoires et autres écrits pour publication. Seuls les mémoires contenant des informations curieuses, rares ou inédites seront acceptés. Un petit chapitre sera publié dans le Mercure pour une somme de trente sols, car les imprimeurs, relieurs et marchands ne travaillent pas gratuitement. Les mémoires littéraires, nouvelles générales ou particulières, et tous les ouvrages d'esprit en prose ou en vers seront exceptés de cet avis. Les auteurs sont priés de payer le port pour l'envoi de leurs œuvres. Le rédacteur du Mercure précise qu'il n'est pas riche et travaille pour la satisfaction du public. Il demande à être averti en cas d'usurpation de son nom. Il refuse de publier des généalogies, qu'elles soient fausses ou flatteuses, et se déclare genealogiste à vue d'œil. Plusieurs personnes ont reproché la gaieté et la liberté de son style, le qualifiant parfois de plaisant et ridicule.
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44
p. 3-8
Avant-Propos. [titre d'après la table]
Début :
Les intentions ne prévalent point à l'égard des lecteurs [...]
Mots clefs :
Liberté, Opinions, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avant-Propos. [titre d'après la table]
Es intentions ne
prevalent point à
L
l'égard des lecteurs
qui veulent de nous
l'execution des choſes dont
ils tirent les raiſons qui leur
ſervent à nous loüer quelquefois
, & le plus fouvent
Sept. 1714. Aij
047879
4
MERCURE
4
à nous blâmer ; cependant
j'ai contracté avec eux un
engagement qui doit diffiper
ma frayeur. Leur indulgence
m'a mis juſqu'à
preſent en poffeffion de
m'expoſer hardiment tous
les mois à leurs yeux. Si les
viſites frequentes que je
leur rends ne ſont pas reglément
ornées de l'éclat
d'une belle ſuite , c'eſt que
je les croy trop juftes pour
ne pas me difpenfer genereuſement
des frais du ce
remonial. Ainſi je vais me
ſervir , à propos ou non ,
GALANT.
5
}
de la liberté qu'ils me donnent
, pour leur faire part
du dernier projet que j'ai
formé ſur un article dont
je n'ai point encore parlé.
Lorſque j'aurai quelque
extrait de Litterature , de
Philofophie , de Morale ,
ou de Phyſique à donner ,
je m'attacherai toûjours à
debiter les opinions que je
croirai les plus fûres , &je
m'éloignerai autant que je
le pourrai de celles qui me
paroîtront trop rigoureuſes
, ou trop relâchées ; cependant
comme il n'eſt
Aiij
6 MERCURE
rien de moins infaillible
que mon jugement , je ne
hazarderai jamais de rien
mettre ſur le tapis qui ne
ſoit accompagné au moins
d'un abregé des réponſes &
des objections qu'on aura
faites aux queſtions que je
propoſerai Cesprécautions
font aſſurément belles :mais
avec tout cela je ne ſuis
point fûr de plaire à tous
mes lecteurs. Je ſuis , graces
à Dieu , trop ſage pour
m'en deſeſperer , & je ne
ſuis pas affez novice pour
ignorer qu'heureuſement
GALANT.
7
1
perſonne n'a encore trouvé
le ſecret de contenter tout
le monde. C'eſt un chefd'oeuvre
qui paſſe le pouvoir
des hommes , & felon
le ſentiment des Poëtes ,
celui même des Dieux.
* Que le ciel foit ferain , ou
que Jupiter tonne ,
Qu'il envoye aux mortels la
pluye ou le beau temps ,
Ils murmurent toûjours de tout
ce qu'il leur donne ,
Etjamais ils neſont contens.
Pour moy , traité avec
*Theognis Poëte Grec.
A iiij
8 MERCURE
indulgence , ou approuvé
des honnêtes gens pour
qui j'écris ,&de qui je veux
m'efforcer de meriter les
fuffrages ,
prevalent point à
L
l'égard des lecteurs
qui veulent de nous
l'execution des choſes dont
ils tirent les raiſons qui leur
ſervent à nous loüer quelquefois
, & le plus fouvent
Sept. 1714. Aij
047879
4
MERCURE
4
à nous blâmer ; cependant
j'ai contracté avec eux un
engagement qui doit diffiper
ma frayeur. Leur indulgence
m'a mis juſqu'à
preſent en poffeffion de
m'expoſer hardiment tous
les mois à leurs yeux. Si les
viſites frequentes que je
leur rends ne ſont pas reglément
ornées de l'éclat
d'une belle ſuite , c'eſt que
je les croy trop juftes pour
ne pas me difpenfer genereuſement
des frais du ce
remonial. Ainſi je vais me
ſervir , à propos ou non ,
GALANT.
5
}
de la liberté qu'ils me donnent
, pour leur faire part
du dernier projet que j'ai
formé ſur un article dont
je n'ai point encore parlé.
Lorſque j'aurai quelque
extrait de Litterature , de
Philofophie , de Morale ,
ou de Phyſique à donner ,
je m'attacherai toûjours à
debiter les opinions que je
croirai les plus fûres , &je
m'éloignerai autant que je
le pourrai de celles qui me
paroîtront trop rigoureuſes
, ou trop relâchées ; cependant
comme il n'eſt
Aiij
6 MERCURE
rien de moins infaillible
que mon jugement , je ne
hazarderai jamais de rien
mettre ſur le tapis qui ne
ſoit accompagné au moins
d'un abregé des réponſes &
des objections qu'on aura
faites aux queſtions que je
propoſerai Cesprécautions
font aſſurément belles :mais
avec tout cela je ne ſuis
point fûr de plaire à tous
mes lecteurs. Je ſuis , graces
à Dieu , trop ſage pour
m'en deſeſperer , & je ne
ſuis pas affez novice pour
ignorer qu'heureuſement
GALANT.
7
1
perſonne n'a encore trouvé
le ſecret de contenter tout
le monde. C'eſt un chefd'oeuvre
qui paſſe le pouvoir
des hommes , & felon
le ſentiment des Poëtes ,
celui même des Dieux.
* Que le ciel foit ferain , ou
que Jupiter tonne ,
Qu'il envoye aux mortels la
pluye ou le beau temps ,
Ils murmurent toûjours de tout
ce qu'il leur donne ,
Etjamais ils neſont contens.
Pour moy , traité avec
*Theognis Poëte Grec.
A iiij
8 MERCURE
indulgence , ou approuvé
des honnêtes gens pour
qui j'écris ,&de qui je veux
m'efforcer de meriter les
fuffrages ,
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Résumé : Avant-Propos. [titre d'après la table]
L'auteur réfléchit sur sa relation avec ses lecteurs et son approche éditoriale. Il note que ses intentions ne sont pas toujours comprises, suscitant parfois des éloges, parfois des critiques. Grâce à l'indulgence des lecteurs, il publie régulièrement sans crainte de leur jugement. Il évite les visites grandioses, confiant en la justice de ses lecteurs qui le dispensent de frais cérémoniels. L'auteur prévoit de partager des extraits de littérature, philosophie, morale ou physique, en privilégiant des opinions sûres et en évitant les extrêmes. Il insiste sur l'importance de présenter des réponses et des objections pour enrichir le débat. Conscient qu'il ne pourra pas plaire à tous, il aspire à être traité avec indulgence et à mériter l'approbation des honnêtes gens pour qui il écrit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 97-98
« Je croy qu'aprés avoir donné une Acrostiche, quelque belle [...] »
Début :
Je croy qu'aprés avoir donné une Acrostiche, quelque belle [...]
Mots clefs :
Acrostiche, Mémoire littéraire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy qu'aprés avoir donné une Acrostiche, quelque belle [...] »
Je croy qu'aprés avoir
donné une Acroſtiche ,
quelque belle qu'elle puiſſe
être, il n'eſt pas tout à fait
hors de propos de donner
fans preambule un me
Sept. 1714 I
98
MERCURE
moire litteraire , dont voici
letitre.
donné une Acroſtiche ,
quelque belle qu'elle puiſſe
être, il n'eſt pas tout à fait
hors de propos de donner
fans preambule un me
Sept. 1714 I
98
MERCURE
moire litteraire , dont voici
letitre.
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46
p. 117-122
Article que Personne ne lira. [titre d'après la table]
Début :
Allez vôtre train, M. & ne nous parlez pas davantage [...]
Mots clefs :
Public, Liberté, Usage, Digressions, Conseils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Article que Personne ne lira. [titre d'après la table]
Allez votre train , M.
ne nous parlez pas davantage
du Public ni de vous. Ces paroles
ſont tirées d'une ſçavante
lettre qu'on m'a fait
l'honneur de m'écrire. Je
118 MERCURE
ne comprens pas bien de
quelle maniere on veut que
j'execute ce conſeil autrement
que je fais , nice que
veulent dire poſitivement
ces mots , Allez vôtre train.
Vais -je trop vite , ou trop
lentement ? veut on me
mettre au pas ou au galop ?
veut-on me défendre de
répondre à ceux qui m'écrivent
? veut- on m'ôter la
liberté de parler à perſonne
? en un mot ne veut- on
m'accorder pour objet que
la particule On ? De quelle
utilité cela est - il pour le
1
GALANT . 119
Public , & de quelle conſequence
pour moy ? On
veut me donner des principes
, on veut mepriver de
mes caprices , qui font tout
le merite demon ouvrage ;
enfin on veut me rendre
auteur dans les formes , &
je ne veux pas l'être à ce
prix là. Je ſuis en droit de
parler , d'écrire , & de répondre
avec bienſeance à
tout le monde , & je peux
prendre ,quand il meplaît,
pour objet Monſeigneur ,
Monfieur , Madame , ou
mon ami. C'eſt en confe-
1
120 MERCURE
quence de cette licence ,
dont on ne doit ( je croy )
pas me diſputer l'uſage ,
que je prends la liberté de
vous écrire , Monfieur, que
je ne ſçai pas ce que vous
me voulez dire par ces termes
, Allez vôtre train ;à
moins que vous ne pretendiez
( comme je m'en doute
) que je fois dans l'obligation
de remplir froidement
mon livre , à l'exemple
de l'auteur du Journal
de Verdun , d'une douzaine
de vieilles nouvelles , efcortées
de l'attirail de ſes
refleGALANT.
121
reflexions politiques qui
ennuyent tout le monde ,
&qu'il ne me foit pas permis
de faire des digreffions
amuſantes avec tous les
honnêtes gens qui exigent
demoy l'attention que j'ai
à leur répondre. Je reçois
avec beaucoup de ſoûmiſſion
& d'envie d'en profiter
, les autres conſeils que
vousmedonnez. Vôtre lettre
eſt pleine de ſcience &
d'eſprit , & vous verrez
dans la ſuite de ce Jour
nal l'uſage que j'ai fait des
fragmens que j'en ai tirez,
Sept. 1714. L
3
122 MERCURE
Je vais , en attendant que
vous vous retrouviez aux
endroits qui vous appartiennent
, faire part au Public
de quelques nouvelles,
qu'il lira s'il le juge à propos
, ou qu'il ne lira pas.
ne nous parlez pas davantage
du Public ni de vous. Ces paroles
ſont tirées d'une ſçavante
lettre qu'on m'a fait
l'honneur de m'écrire. Je
118 MERCURE
ne comprens pas bien de
quelle maniere on veut que
j'execute ce conſeil autrement
que je fais , nice que
veulent dire poſitivement
ces mots , Allez vôtre train.
Vais -je trop vite , ou trop
lentement ? veut on me
mettre au pas ou au galop ?
veut-on me défendre de
répondre à ceux qui m'écrivent
? veut- on m'ôter la
liberté de parler à perſonne
? en un mot ne veut- on
m'accorder pour objet que
la particule On ? De quelle
utilité cela est - il pour le
1
GALANT . 119
Public , & de quelle conſequence
pour moy ? On
veut me donner des principes
, on veut mepriver de
mes caprices , qui font tout
le merite demon ouvrage ;
enfin on veut me rendre
auteur dans les formes , &
je ne veux pas l'être à ce
prix là. Je ſuis en droit de
parler , d'écrire , & de répondre
avec bienſeance à
tout le monde , & je peux
prendre ,quand il meplaît,
pour objet Monſeigneur ,
Monfieur , Madame , ou
mon ami. C'eſt en confe-
1
120 MERCURE
quence de cette licence ,
dont on ne doit ( je croy )
pas me diſputer l'uſage ,
que je prends la liberté de
vous écrire , Monfieur, que
je ne ſçai pas ce que vous
me voulez dire par ces termes
, Allez vôtre train ;à
moins que vous ne pretendiez
( comme je m'en doute
) que je fois dans l'obligation
de remplir froidement
mon livre , à l'exemple
de l'auteur du Journal
de Verdun , d'une douzaine
de vieilles nouvelles , efcortées
de l'attirail de ſes
refleGALANT.
121
reflexions politiques qui
ennuyent tout le monde ,
&qu'il ne me foit pas permis
de faire des digreffions
amuſantes avec tous les
honnêtes gens qui exigent
demoy l'attention que j'ai
à leur répondre. Je reçois
avec beaucoup de ſoûmiſſion
& d'envie d'en profiter
, les autres conſeils que
vousmedonnez. Vôtre lettre
eſt pleine de ſcience &
d'eſprit , & vous verrez
dans la ſuite de ce Jour
nal l'uſage que j'ai fait des
fragmens que j'en ai tirez,
Sept. 1714. L
3
122 MERCURE
Je vais , en attendant que
vous vous retrouviez aux
endroits qui vous appartiennent
, faire part au Public
de quelques nouvelles,
qu'il lira s'il le juge à propos
, ou qu'il ne lira pas.
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Résumé : Article que Personne ne lira. [titre d'après la table]
Dans une lettre datée de septembre 1714, l'auteur réagit au conseil 'Allez votre train', exprimant sa confusion sur son interprétation. Il refuse de se voir imposer des principes qui restreindraient sa liberté créative, essentielle à la valeur de son œuvre. L'auteur affirme son droit de communiquer librement avec ses correspondants en utilisant des termes appropriés tels que 'Monseigneur', 'Monsieur', 'Madame' ou 'mon ami'. Il critique implicitement un autre auteur pour ses livres remplis de vieilles nouvelles et de réflexions politiques ennuyeuses, préférant des digressions amusantes avec des personnes honnêtes. L'auteur accepte les autres conseils reçus et promet de les appliquer dans la suite de son journal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 171-177
Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
Début :
Je suis fort redevable à M. D. L. S. des Lettres pleines [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Donneau de Visé, De la Bruyère, Manière, Auteur, Monde, Portrait du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
Je ſuis fort redevable à M.
D. L. s. des Lettres pleines
d'érudition , &des bons conſeils
qu'il m'envoye , ſi j'avois
l'honneur de le connoiſtre ,
je le remercierois particulierement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La maniere dont
ildeffend la memoire de feu
Pij
172 MERCURE
M. Devizé contre le fiel de
M. de la Bruyere , elt pleine
d'équité , de gout & d'eſprit .
Onpeut mettre , dit il , au nombre
des gasconades , c'est-à-dire
des hyperboles outrées ce queM.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant ,qu'il étoit immediatement
au-dessous du Rien , la
pensée n'est pas juste & elle doit
estre mise au nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours dans ſa maniere
de bien penfer. Au fonds cela est
faux : ontrouvoit dans leMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
GALANT. 173
و
familles , ceux qui venoient au
monde &ceux qui enſortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant , ce quise paßoit
dans la Republique des Lettres
l'histoire du fiecle courant.
Compte- t- on cela pour rien ?
on vit dans le monde il est bon
de sçavoir ce qui s'y paffe ; cela
vaut mieux que de rétablir une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un paffage corrompu.
M. Devizé écrivoit poliment
es agreablement ,ſonſtile
estoit chaftié & correcte , on le
liſoit avec plaisir. M. de la
Bruyere écrivoit durement ,fon
Piij
174 MERCURE
Aile estoit negligé ; & on fent
en lifantſes ouvrages que l'Auteur
estoit chagrin &atrabilaire,
& toûjours en colere contre le
genre humain :ſon ſtile eſtpoëtique
, & montéſurdes échaſſes =
il tient bien plus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fonds des choses ; maisſeulement
de la maniere dont il metſespenfées
en oeuvres.
M. D. L. s . qui continuë
ces remarques avecbeaucoup
de diſcernement & d'érudition
, en fait dans ſa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Medailles &
GALANT 175
&aux Sçavants qui s'y connoiffent.
Je vis , dit- il , ces
jours paffez ,le Portrait du
Roy gravé par Lincks d'aprés
le freur de la Haye ,& dans
l'enfoncement une Montagne
fur laquelle estoit un Chasteau
tout en feu au bas de l'Eftampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inacceffis conſiſas rupibus
f arces
Miraris ! per Rhenum hic fibi .
fecit iter.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que Loüis
Prenne une Place inacceffible ,
....
Piiij
176 MERCURE
Son bras n'est- il pas invincible ,
Et leRein n'a-t-ilpas fait un
paffage aux Lis.
Je doutay , ajoûte-t-il , que
vincere arcem , eut esté employé
ſouventdans le temps d'Auguste
pour dire prendre une Ville ;
mais je ſoutins que confifas
estoit un barbariſme : le Poëte
aura crû que de conſido , confidi
, venoit conſiſum; mais
c'est confeffum. Je ſuis trop
du ſentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire , je rendray ,
८
GALANT. 177
fi cela luy fait plaiſir , fa ré
ponſe publique.
D. L. s. des Lettres pleines
d'érudition , &des bons conſeils
qu'il m'envoye , ſi j'avois
l'honneur de le connoiſtre ,
je le remercierois particulierement
de l'obligation que le
Publicluy peut avoir s'il me
tient parole. La maniere dont
ildeffend la memoire de feu
Pij
172 MERCURE
M. Devizé contre le fiel de
M. de la Bruyere , elt pleine
d'équité , de gout & d'eſprit .
Onpeut mettre , dit il , au nombre
des gasconades , c'est-à-dire
des hyperboles outrées ce queM.
de la Bruyere dit du Mercure
Galant ,qu'il étoit immediatement
au-dessous du Rien , la
pensée n'est pas juste & elle doit
estre mise au nombre de celles
qui font marquées à ce coin par
leP. Bouhours dans ſa maniere
de bien penfer. Au fonds cela est
faux : ontrouvoit dans leMercure
de M. Devizé de jolis
morceaux , on y apprennoit les
GALANT. 173
و
familles , ceux qui venoient au
monde &ceux qui enſortoient,
les pieces qui couroient dans le
monde galant , ce quise paßoit
dans la Republique des Lettres
l'histoire du fiecle courant.
Compte- t- on cela pour rien ?
on vit dans le monde il est bon
de sçavoir ce qui s'y paffe ; cela
vaut mieux que de rétablir une
lacune d'un Auteur Grec , ou
un paffage corrompu.
M. Devizé écrivoit poliment
es agreablement ,ſonſtile
estoit chaftié & correcte , on le
liſoit avec plaisir. M. de la
Bruyere écrivoit durement ,fon
Piij
174 MERCURE
Aile estoit negligé ; & on fent
en lifantſes ouvrages que l'Auteur
estoit chagrin &atrabilaire,
& toûjours en colere contre le
genre humain :ſon ſtile eſtpoëtique
, & montéſurdes échaſſes =
il tient bien plus de Juvenal que
d'Horace:je ne parle point du
fonds des choses ; maisſeulement
de la maniere dont il metſespenfées
en oeuvres.
M. D. L. s . qui continuë
ces remarques avecbeaucoup
de diſcernement & d'érudition
, en fait dans ſa Lettre
une autre que je renvoye à
l'Académie des Medailles &
GALANT 175
&aux Sçavants qui s'y connoiffent.
Je vis , dit- il , ces
jours paffez ,le Portrait du
Roy gravé par Lincks d'aprés
le freur de la Haye ,& dans
l'enfoncement une Montagne
fur laquelle estoit un Chasteau
tout en feu au bas de l'Eftampe
ce Discours Latin du fameux
Santeüil.
Vicit inacceffis conſiſas rupibus
f arces
Miraris ! per Rhenum hic fibi .
fecit iter.
Santolinus Victorinus.
Pourquoy s'étonner que Loüis
Prenne une Place inacceffible ,
....
Piiij
176 MERCURE
Son bras n'est- il pas invincible ,
Et leRein n'a-t-ilpas fait un
paffage aux Lis.
Je doutay , ajoûte-t-il , que
vincere arcem , eut esté employé
ſouventdans le temps d'Auguste
pour dire prendre une Ville ;
mais je ſoutins que confifas
estoit un barbariſme : le Poëte
aura crû que de conſido , confidi
, venoit conſiſum; mais
c'est confeffum. Je ſuis trop
du ſentiment de l'Auteur de
la remarque , pour prendre
le parti de Santeüil contre
luy. Si quelqu'un juge à propos
de le faire , je rendray ,
८
GALANT. 177
fi cela luy fait plaiſir , fa ré
ponſe publique.
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Résumé : Paralelle de M. Devizé & de M. de la Bruyere. / Critique d'un distique de Centeüil à l'occasion du Portrait du Roy gravé par de Lincks d'après le sieur de la Haye. [titre d'après la table]
L'auteur exprime sa reconnaissance à M. D. L. s. pour ses lettres savantes et ses conseils. Il loue M. Devizé pour avoir défendu la mémoire de feu Pij contre les critiques de M. de La Bruyère concernant le *Mercure Galant*. M. Devizé reproche à La Bruyère une hyperbole excessive et valorise le contenu du *Mercure*, riche en informations sur les familles, les événements mondains et les nouvelles littéraires, essentiels pour comprendre la société de l'époque. En revanche, il décrit le style de La Bruyère comme rude et négligé, comparable à celui de Juvenal plutôt qu'à Horace. M. D. L. s. aborde également une gravure du portrait du roi Louis accompagnée d'un discours latin de Santolinus, discutant de l'usage approprié des termes latins, soutenant l'observateur qui critique le barbarisme dans le poème.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 177-181
Remarque d'hazard sur la petite Comedie des Festes du Cours que M. Dancourt vient de mettre au Theatre. [titre d'après la table]
Début :
Mais à propos de Remarques, & de Littérature, je me [...]
Mots clefs :
Livres nouveaux, Comédie nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarque d'hazard sur la petite Comedie des Festes du Cours que M. Dancourt vient de mettre au Theatre. [titre d'après la table]
Mais à propos de Remarques
,&de Litterature , jeme
* ſouviens qu'on m'a averti que
je devois être exact à annoncer
les Livres nouveaux : il en
tombe heureuſement un ſous
ma main.
M. Dancourt vient de
donner une petite Comedie
nouvelle qui a pour titre ,
Les Festes du Cours : on ne
laiſſe pas d'y rire ; mais le Parterre
indulgent à ſon ordinaire
avoue qu'il ny, comprend
rien , & c'eſt aſſeurement
178 MERCURE
grand dommage , car il y a
dans cette Piece un certain
Cyncædor qui eſt le genie du
Bal , qui ſe tourmente comme
un Diable , depuis le commencement
de la Comedie
juſqu'à la fin , pour venir à
bout de demeler une chaine
d'inconvenients , où l'on a la
rage de ne vouloir rien comprendre.
Le langage en eft
tres françois ; il eſt même
orné de Sentences magnifiques
ſur l'efprit , ſur le coeur
&fur les moeurs : & on ſoûtient
que l'Auteur a fort bien
fait de ſe dedommager de
GALANT. 179
l'obſcurité de l'intrigue , par
la clarté de certains endroits
de ſes Chanſons : Un Avocat
s'yfait cocu luy même , & l'on
ne ſçait ce que tant d'autres
gens y font ; en un mot ce
qu'il y a de vray , c'eſt que les
termes y font ſi joliment
enveloppez , que l'eſprit va
tout droit à ce qu'il veut
dire , auditorem rapit. Pour
moy qui ne fuis point critique
, & qui n'ay point l'art
de l'être , il me ſemble que
l'on a raiſon d'être content
des maſques , des danſes , &
même de quelques chanfons
180 MERCURE
que Cynædor & Choreda
chantent à merveille.
Il y a un ſigrand nombre
d'honneſtes gens dans lesPro.
vinces qui m'ont recomman
dé de leur faire part des morceaux
de Theatre qu'on approuve
davantage dans lesPieces
nouvelles qui ſe reprefentent
icy,quejecroi ne pouvoir
mieux m'y prendre pour les
contenter , que de placer dans
le Chapitre que je fais exprés
pour eux , toutes les chanſons
de cette Comedie : Ceux qui
en voudront la Muſiquen'auront
qu'à me la demander ,
1
GALANT. 181
T
j'auray ſoin de la leur envoïer,
Je me flatte qu'on ne me reprochera
point d'avoir employé
cet Article pour groffir
mon Livre, puiſque je l'ay
augmenté de 80. pages , &
que j'en ay de beaucoup diminué
le caractere..
,&de Litterature , jeme
* ſouviens qu'on m'a averti que
je devois être exact à annoncer
les Livres nouveaux : il en
tombe heureuſement un ſous
ma main.
M. Dancourt vient de
donner une petite Comedie
nouvelle qui a pour titre ,
Les Festes du Cours : on ne
laiſſe pas d'y rire ; mais le Parterre
indulgent à ſon ordinaire
avoue qu'il ny, comprend
rien , & c'eſt aſſeurement
178 MERCURE
grand dommage , car il y a
dans cette Piece un certain
Cyncædor qui eſt le genie du
Bal , qui ſe tourmente comme
un Diable , depuis le commencement
de la Comedie
juſqu'à la fin , pour venir à
bout de demeler une chaine
d'inconvenients , où l'on a la
rage de ne vouloir rien comprendre.
Le langage en eft
tres françois ; il eſt même
orné de Sentences magnifiques
ſur l'efprit , ſur le coeur
&fur les moeurs : & on ſoûtient
que l'Auteur a fort bien
fait de ſe dedommager de
GALANT. 179
l'obſcurité de l'intrigue , par
la clarté de certains endroits
de ſes Chanſons : Un Avocat
s'yfait cocu luy même , & l'on
ne ſçait ce que tant d'autres
gens y font ; en un mot ce
qu'il y a de vray , c'eſt que les
termes y font ſi joliment
enveloppez , que l'eſprit va
tout droit à ce qu'il veut
dire , auditorem rapit. Pour
moy qui ne fuis point critique
, & qui n'ay point l'art
de l'être , il me ſemble que
l'on a raiſon d'être content
des maſques , des danſes , &
même de quelques chanfons
180 MERCURE
que Cynædor & Choreda
chantent à merveille.
Il y a un ſigrand nombre
d'honneſtes gens dans lesPro.
vinces qui m'ont recomman
dé de leur faire part des morceaux
de Theatre qu'on approuve
davantage dans lesPieces
nouvelles qui ſe reprefentent
icy,quejecroi ne pouvoir
mieux m'y prendre pour les
contenter , que de placer dans
le Chapitre que je fais exprés
pour eux , toutes les chanſons
de cette Comedie : Ceux qui
en voudront la Muſiquen'auront
qu'à me la demander ,
1
GALANT. 181
T
j'auray ſoin de la leur envoïer,
Je me flatte qu'on ne me reprochera
point d'avoir employé
cet Article pour groffir
mon Livre, puiſque je l'ay
augmenté de 80. pages , &
que j'en ay de beaucoup diminué
le caractere..
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Résumé : Remarque d'hazard sur la petite Comedie des Festes du Cours que M. Dancourt vient de mettre au Theatre. [titre d'après la table]
Le texte traite de la pièce de théâtre 'Les Festes du Cours' de M. Dancourt. Bien que divertissante, cette comédie est jugée incompréhensible par le public du parterre. Le personnage principal, Cyncædor, représente le génie du bal et s'efforce de résoudre divers problèmes tout au long de la pièce. Le langage employé est enrichi de réflexions sur l'esprit, le cœur et les mœurs. L'auteur pallie l'obscurité de l'intrigue par la clarté de certaines chansons. Un avocat se fait cocu lui-même, ajoutant à la confusion générale. Les termes sont habilement choisis pour captiver l'auditoire. L'auteur, non critique professionnel, apprécie les masques, les danses et les chansons interprétées par Cyncædor et Choreda. En réponse à des demandes provenant des provinces, il décide de publier les chansons de la comédie dans un chapitre dédié, offrant également la musique à ceux qui la demanderaient. Il assure que cet ajout n'alourdit pas le livre, ayant augmenté sa longueur de 80 pages et réduit la taille du caractère.
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49
p. 197-202
Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Début :
Je n'aurois pas manqué de faire ce mois-cy un détail [...]
Mots clefs :
Prince de Vaudemont, Fêtes, Journal de Verdun, Juges, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Je n'aurois pas manqué de
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
faire ce mois - cy un détail
peut être agreable des grandes
feſtes que M. le Prince de
Vaudemont a donné à Com
mercy à leurs A. R. de Lorraine
& à M. l'Electeur de
Treves , ſi l'Auteur du Journal
de Verdun ( à l'exemple
-des Princes & Princeffes à
R iij
198 MERCURE
ply
Thonneur deſquels ces feftes
ſe celebroient ) ne s'étoit pas
luy-même *fatisfait & remd'admiration
de la majestueuſe
dépense que M. le Prince
Madame la Princeſſe de Vandemont
avoient faites en leur faveur
; encore du plus grand coeur
des belles manieres dont le
tout fut accompagné : Mais helas
!que lesplaiſirs de la vie, même
ceux des Princes ſont courts
&ſujets à bien des traverſes !
Les plaisirs , continue cet
illuſtre Auteur , qui s'étoient
** Ces paroles font tirées mot pour
motdu Journal de Septembre.
GALANT. 199
comme donnez un rendez-vous à
Commercy , s'évanoüirent prefque
auffitôt que les Testes Couronnées
enfurentparties. Enfuite
il annonce d'un ton pitoyable
par le choix des termes,
la mort de Madame la Princeffe
de Vaudemont , dont il
eſt auſſi vray que toute l'éloquence
des hommes exprimeroit
à peine le caractere& les
vertus ,qu'il eſt ſeur que l'Auteur
du Journal de Verdun
qui ſe pare des dépoüilles du
Mercure eſt un mauvais Orateur.
Mais ſur tout ſes raiſonnements
politiques & deciſifs
Riiij
200 MERCURE
me paroiffent fort bien trouvcz.
Ily a lieu de croire , dit-il ,
que lesJuges & arbitres de la
paix compenferont la plupartdes
Articles de dedommagement ,
que leur principale attention roulerafur
la reſtitution àfaire des
Villes&Provinces occupéespendant
le cours d'une guerre longue
sanglante , commencée avecfi
peu de neceffité & defondement.
Carfile motif d'une riche fucceffion
disputée entre deux puiffants
concurrents , a allumé la
guerre d'Espagne , on n'apperçoit
aucun legitime prétexte qui ait
GALANT 201
pit faire entreprendre celle du
Nord.
Oh ! le Juriſte porte fes
veuës bien loin ! que fera-til
maintenant que la Paix eft
faite ? ſi l'on me permet
cependant de raiſonner con
tre luy , l'émulation rendra
peut-eſtre nos ouvrages meil.
leurs:
Je n'offenſe perſonne
Meſſieurs , je le repête encore
; mais je croy qu'il eſt naturel
d'attaquer des eſprits
qui ſe repoſent affez fur la
bonne opinion qu'ils ont de
leur étude pour nous donner
202 MERCURE
des balivernes de leur imagination
pour des productions
ſolides; qu'on neſe previenne
en un mot ny pour eux
ny pour moy ; mais que de
bonne foy ,les gens éclairez
mettent dans la balance , d'un
côté le droit ufurpé que les
uns ont de raiſonner comme
bon leur ſemble , & de
l'autre , l'obligation oùje ſuis
de me taire , juſqu'à ce qu'on
m'accordela libertéde m'éten
dre d'avantage , &qu'ils nous
jugent.
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Résumé : Chapitre où en attendant les conclusions de la Paix generale, l'Auteur du Mercure declare la guerre à l'Auteur du Journal de Verdun. [titre d'après la table]
Le texte décrit les festivités organisées par le Prince de Vaudemont à Commercy en l'honneur des Altesses Royales de Lorraine et de l'Électeur de Trèves. L'auteur du journal de Verdun loue la magnificence et les bonnes manières de ces fêtes, tout en soulignant leur caractère éphémère. Il mentionne également la mort de Madame la Princesse de Vaudemont, saluant ses vertus mais critiquant l'éloquence de l'auteur du journal. Ce dernier aborde les conséquences politiques de la guerre, prédisant que les juges de la paix se concentreront sur la restitution des villes et provinces occupées durant un conflit long et sanglant, sans motif légitime apparent. L'auteur du texte actuel conteste les raisonnements politiques de l'auteur du journal de Verdun et plaide pour une évaluation impartiale des arguments présentés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 215-216
« Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
Début :
Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...]
Mots clefs :
Mariage, Généalogie, Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
Bien m'en prend de n'avoir
pas ce mois-cy un ſeul Maria- .
ge à annoncer au Public.Cet
Article de moins m'épargnera
la façon d'une liaiſon , & la
peine de me juſtifier fur ce
chapitre de pluſieurs fautes
que d'honneſtes gens prétendent
avoir remarquées dans
216 MERCURE
les Genealogies du mois paſſé.
Je diray cependant pour mon
excuſe , qu'elles ne m'appartiennent
pas toutes , & qu'elles
naiffent autant des noms
propres qui font defigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye , que de ma negli
gence à prier mon Genealo
gifte de les verifier ,& de coriger
mes épreuves : Maisj'auraydoreſnavantune
ſi grande
attention la deflus , que j'ef
pere qu'on ne me reprochera
plus cet inconvenient. L'Article
ſuivant va faire preuve
demon exactitude.
pas ce mois-cy un ſeul Maria- .
ge à annoncer au Public.Cet
Article de moins m'épargnera
la façon d'une liaiſon , & la
peine de me juſtifier fur ce
chapitre de pluſieurs fautes
que d'honneſtes gens prétendent
avoir remarquées dans
216 MERCURE
les Genealogies du mois paſſé.
Je diray cependant pour mon
excuſe , qu'elles ne m'appartiennent
pas toutes , & qu'elles
naiffent autant des noms
propres qui font defigurez
dans les Mémoires qu'on
m'envoye , que de ma negli
gence à prier mon Genealo
gifte de les verifier ,& de coriger
mes épreuves : Maisj'auraydoreſnavantune
ſi grande
attention la deflus , que j'ef
pere qu'on ne me reprochera
plus cet inconvenient. L'Article
ſuivant va faire preuve
demon exactitude.
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Résumé : « Bien m'en prend de n'avoir pas ce mois-cy un seul Mariage [...] »
L'auteur explique l'absence d'un article sur les mariages dans le dernier numéro, évitant ainsi de justifier des erreurs signalées dans les généalogies précédentes. Ces erreurs proviennent de noms incorrects fournis par les contributeurs et de sa propre négligence. Il s'engage à être plus vigilant à l'avenir pour éviter ces problèmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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51
p. 233-235
Reflexions inutiles. [titre d'après la table]
Début :
Il n'est presque rien de plus seur pour soutenir le titre & [...]
Mots clefs :
Attention, Lecteurs, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexions inutiles. [titre d'après la table]
Il n'eſt preſque rien deplus
ſeur pour foutenir le titre &
le merite dece Livre , qued'avoir
beaucoup d'attention à
debiter galamment un grand
nombre de bagatelles. La
ſcience de cet ouvrage ne con-
Gite pas tant à ſçavoir paffer
delicatement d'une matiere à
Septembre 1714. V
234 MERCURE
une autre, qu'à ſçavoir le remplir
d'une infinité de choſes
qui amuſent ou qui ſurprennent
les Lecteurs. Mais pour
arriver à ce but , il faut qu'on
me les donne , que je les ramaſſe
, ou que je les invente.
Jay mauvaiſe opinion de ce
que j'invente , ce que j'ay ramaſſé
ce mois cy , où tout le
monde eſt en vendange , ne
vaut pas grande choſe , & ce
qu'on m'a donné ne reflemble
pas mal à ce que j'ay ramaffé.
Se fouleve qui voudra
contre cette plainte , je voudrois
n'avoir pas raiſon de la
GALANT. 235
faire : mais je ſuis ſeur que les
plus rebelles admireroient ma
conſtance , s'ils étoient témoins
de mon attention à lire
, à choiſir , ou à mettre au
rebut tous lesMemoires qu'on
m'envoie. J'en fuis fâché ,
Meſſieurs , c'eſt võere faute ,
& c'eſt vous même quime réduiſez
à la neceffité de ſuppléer
à ce défaut ;
ſeur pour foutenir le titre &
le merite dece Livre , qued'avoir
beaucoup d'attention à
debiter galamment un grand
nombre de bagatelles. La
ſcience de cet ouvrage ne con-
Gite pas tant à ſçavoir paffer
delicatement d'une matiere à
Septembre 1714. V
234 MERCURE
une autre, qu'à ſçavoir le remplir
d'une infinité de choſes
qui amuſent ou qui ſurprennent
les Lecteurs. Mais pour
arriver à ce but , il faut qu'on
me les donne , que je les ramaſſe
, ou que je les invente.
Jay mauvaiſe opinion de ce
que j'invente , ce que j'ay ramaſſé
ce mois cy , où tout le
monde eſt en vendange , ne
vaut pas grande choſe , & ce
qu'on m'a donné ne reflemble
pas mal à ce que j'ay ramaffé.
Se fouleve qui voudra
contre cette plainte , je voudrois
n'avoir pas raiſon de la
GALANT. 235
faire : mais je ſuis ſeur que les
plus rebelles admireroient ma
conſtance , s'ils étoient témoins
de mon attention à lire
, à choiſir , ou à mettre au
rebut tous lesMemoires qu'on
m'envoie. J'en fuis fâché ,
Meſſieurs , c'eſt võere faute ,
& c'eſt vous même quime réduiſez
à la neceffité de ſuppléer
à ce défaut ;
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Résumé : Reflexions inutiles. [titre d'après la table]
Le texte aborde les difficultés rencontrées par l'auteur lors de la rédaction d'un livre visant à divertir ou surprendre les lecteurs grâce à des détails amusants. Pour ce faire, l'auteur doit soit recueillir, soit inventer des informations. Cependant, il estime que les informations inventées sont de faible qualité. Les données collectées récemment, durant la période des vendanges, sont également jugées peu valorables. Les contributions des lecteurs ne sont pas plus satisfaisantes. L'auteur invite ceux qui contestent cette critique à reconnaître ses efforts constants pour lire et sélectionner les mémoires envoyés. Il impute la médiocrité du contenu aux lecteurs, qui le forcent à combler les lacunes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 250-257
Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Et quoyque je ne sois nullement interessé dans leurs querelles [...]
Mots clefs :
Énigme, Nouvelles, Mercure, Livre, Public, Mercure galant, Nicolas Boileau, Jean-François Regnard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Et quoyque je ne fois nullement
intereſſé dans leurs querelles
, fi par hazard j'annonce
quelque choſe pour ou contre
les uns & les autres , on me
rend garant de ce que je ne
debite tout au plus , que.comme
de froides nouvelles. Un
GALANT. 252
2
parti ſe forme pour moy, fans
que je ſçache ſeulement ſi j'ay
des partiſans ; une autre ſçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les eſprits ,&de l'autre
je me vois expoſé au reffentiment
de pluſieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes , qu'elle les enſevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois pafle , & que j'ay mis
252 MERCURE
A
dans le dernier Mercure , m'a
attiré cette fâcheuſe affaire :
mais ſi l'on me tient parole , je
repareray ce coup autant qu'il
eſt reparable , en donnant à
fon tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vray moyende me fairedes
ennemis des deux coſtez . Mais
ce qui me conſole , c'eſt que
les gens defintereſſez conviendront
de ma bonne foy , &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde , cellede
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois , eſt juſtement
celle dont je m'embaraſſe le
GALANT . 253
moins. Je ne ſonge en unmot
qu'à divertir mes Lecteurs ſans
entrer dans le détail des reficxions
qu'on fait ſur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire , bien
de quoy ſcandalıſer des gens
éclairez qui ſçavent preſque
auſſi bien que moy ( qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre ) le cas qu'on fait
du Mercure Galant :& je ſoutiens
qu'il n'y a preſque perfonne
dans aucune Académic
du Royaume qui ne ſe crût
deshonoré , ſi on l'accuſoit de
l'avoir lû. Que cette averſion
254 MERCURE
pour mes Ancestres & pour
moy, foit bien ou mal fondéc,
c'eſt de quoy , par exemple
,je ne me foucie guereencore.
Il y aura toûjours parmi
les eſprits les plus fubtils &
les plus delicats , de ſages Ifraëlites
qui s'amuferont de la
lecture de mes contes & de
mes chanfons ; & je mettray ,
fi je peux , tant d'enjoüement
dans mon Livre , uniquement,
pour plaire aux Dames , que
leur fuffrage me dedommagera
de l'indifference des hommes.
Quel projet ! me dit un
Druide , au maintien veneraGALANT
255
ble ,&dont la contenance eft
figrave&fi compoſée , qu'on
diroit qu'il a toute la vie afſiſté
au banquet des ſept Sages
, quel projet ! Jeunehomme
, continue til , on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce ſera ,
luy dis je , un grand malheur
pour le Public , & beaucoup
de peine épargnée pourmoy;
mais vous verrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
commed'abus , &qu'elles
interpoferont l'autorité de
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raiſons , malgré
256 MERCURE
vous , malgré moy , & peutêtre
à la fin , malgré ellesmêmes.
Mais je ne ſonge pas que
le Mercure s'avance ,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon ! qu'-
importe , c'eſt un article que
perſonne ne lit. Outre le Journal
de Verdun , il y a tant de
Gazettes& dcManuscrits toutes
les ſemaines , dont les circonſtances
ſont ſi intereſſantes
,&dont le ſtile eſt ſibeau ,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles duMercure.
Cependant il en faut ab
folument
GALANT. 257
ſolument debiter , & ce Chapitre
eſt auſſi neceſſaire que
celuy des Enigmes. Ainſi afin
de commencer à en donner
quelques -unes par ordre , je
vais debuter par une Liſte de
tous les Deputez qui ſe ſont
aſſemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être ſignée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
, & par M. le Maréchal
de Villars pour le Roy.
intereſſé dans leurs querelles
, fi par hazard j'annonce
quelque choſe pour ou contre
les uns & les autres , on me
rend garant de ce que je ne
debite tout au plus , que.comme
de froides nouvelles. Un
GALANT. 252
2
parti ſe forme pour moy, fans
que je ſçache ſeulement ſi j'ay
des partiſans ; une autre ſçavante
ligue s'éleve pour me
détruire : d'un côté je trouve
de l'indulgence & de l'appuy
dans les eſprits ,&de l'autre
je me vois expoſé au reffentiment
de pluſieurs de ces fameux
genies qu'une étude
éternelle remplit tellement de
la nature de la grandeur de
leurs principes , qu'elle les enſevelit
dans l'abîme de leurs
meditations. Le tombeau de
Boileau qu'on me donna le
mois pafle , & que j'ay mis
252 MERCURE
A
dans le dernier Mercure , m'a
attiré cette fâcheuſe affaire :
mais ſi l'on me tient parole , je
repareray ce coup autant qu'il
eſt reparable , en donnant à
fon tour le Tombeau de Renard
qu'on m'a promis. Voilà
le vray moyende me fairedes
ennemis des deux coſtez . Mais
ce qui me conſole , c'eſt que
les gens defintereſſez conviendront
de ma bonne foy , &
remarqueront que de toutes
les affaires du monde , cellede
faire un Livre dont je me mêle
tous les mois , eſt juſtement
celle dont je m'embaraſſe le
GALANT . 253
moins. Je ne ſonge en unmot
qu'à divertir mes Lecteurs ſans
entrer dans le détail des reficxions
qu'on fait ſur les pieces
que j'imprime. Il y a en verité
dans ma façon d'écrire , bien
de quoy ſcandalıſer des gens
éclairez qui ſçavent preſque
auſſi bien que moy ( qui ay
beaucoup de peine à debiter
mon Livre ) le cas qu'on fait
du Mercure Galant :& je ſoutiens
qu'il n'y a preſque perfonne
dans aucune Académic
du Royaume qui ne ſe crût
deshonoré , ſi on l'accuſoit de
l'avoir lû. Que cette averſion
254 MERCURE
pour mes Ancestres & pour
moy, foit bien ou mal fondéc,
c'eſt de quoy , par exemple
,je ne me foucie guereencore.
Il y aura toûjours parmi
les eſprits les plus fubtils &
les plus delicats , de ſages Ifraëlites
qui s'amuferont de la
lecture de mes contes & de
mes chanfons ; & je mettray ,
fi je peux , tant d'enjoüement
dans mon Livre , uniquement,
pour plaire aux Dames , que
leur fuffrage me dedommagera
de l'indifference des hommes.
Quel projet ! me dit un
Druide , au maintien veneraGALANT
255
ble ,&dont la contenance eft
figrave&fi compoſée , qu'on
diroit qu'il a toute la vie afſiſté
au banquet des ſept Sages
, quel projet ! Jeunehomme
, continue til , on vous
ôtera vôtre Livre ! Ce ſera ,
luy dis je , un grand malheur
pour le Public , & beaucoup
de peine épargnée pourmoy;
mais vous verrez que les Dames
appelleront devôtre Sentence
commed'abus , &qu'elles
interpoferont l'autorité de
mes Superieurs pour me faire
condamner à leur conter tous
les mois mes raiſons , malgré
256 MERCURE
vous , malgré moy , & peutêtre
à la fin , malgré ellesmêmes.
Mais je ne ſonge pas que
le Mercure s'avance ,&que je
n'ay pas encore dit un mot des
nouvelles du mois. Bon ! qu'-
importe , c'eſt un article que
perſonne ne lit. Outre le Journal
de Verdun , il y a tant de
Gazettes& dcManuscrits toutes
les ſemaines , dont les circonſtances
ſont ſi intereſſantes
,&dont le ſtile eſt ſibeau ,
qu'on ne tient plus aucun
compte des nouvelles duMercure.
Cependant il en faut ab
folument
GALANT. 257
ſolument debiter , & ce Chapitre
eſt auſſi neceſſaire que
celuy des Enigmes. Ainſi afin
de commencer à en donner
quelques -unes par ordre , je
vais debuter par une Liſte de
tous les Deputez qui ſe ſont
aſſemblez à Bade pour leCongrez
de la Paix generale qui
vient d'y être ſignée par M. le
Prince Eugene pour l'Empereur
, & par M. le Maréchal
de Villars pour le Roy.
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Résumé : Trés-beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur du Mercure Galant, une publication mensuelle, rencontre des difficultés en raison de son implication involontaire dans des querelles malgré son désir de neutralité. La publication du 'Tombeau de Boileau' a suscité des critiques de la part de certains 'fameux génies', tandis qu'une autre faction le soutient. Pour apaiser les tensions, l'auteur prévoit de publier le 'Tombeau de Renard'. Il affirme que son objectif est de divertir ses lecteurs sans commenter les pièces imprimées. Bien qu'il reconnaisse que son style puisse scandaliser certaines personnes éclairées, il reste indifférent à ces réactions. Il espère que les dames apprécieront son ouvrage pour compenser l'indifférence des hommes. Le texte mentionne également les nouvelles du mois, bien que cet article soit peu lu en raison de la multitude de gazettes et manuscrits disponibles. Cependant, l'auteur le juge nécessaire, tout comme l'article des énigmes. Il liste les députés réunis à Bade pour le Congrès de la Paix générale, signé par le Prince Eugène pour l'Empereur et le Maréchal de Villars pour le Roi.
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53
p. 334
« On a imprimé depuis peu à Paris deux Livres Nouveaux, [...] »
Début :
On a imprimé depuis peu à Paris deux Livres Nouveaux, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On a imprimé depuis peu à Paris deux Livres Nouveaux, [...] »
On a imprimé depuis peu
à Paris deux LivresNouveaux ,
dont l'un a pour titre l'Hif
toire des quatre Cicerons , &
l'autre l'Hiſtoire des Campagnes
de S. A. S. Monſeigneur
le Duc de Vendofme. Je
donneray le mois prochain
un extrait de ces deux Livres .
Ils ſe vendent au Palais chez
Pierre Huet , ſur le ſecond
Perron de la Sainte Chapelle
au Soleil levant
à Paris deux LivresNouveaux ,
dont l'un a pour titre l'Hif
toire des quatre Cicerons , &
l'autre l'Hiſtoire des Campagnes
de S. A. S. Monſeigneur
le Duc de Vendofme. Je
donneray le mois prochain
un extrait de ces deux Livres .
Ils ſe vendent au Palais chez
Pierre Huet , ſur le ſecond
Perron de la Sainte Chapelle
au Soleil levant
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54
p. 3-5
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
Optat* supremo collocare Sisyphus in monte saxum. [...]
Mots clefs :
Style
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
Ptat *fupremo collocare
Sıſyphus in monte
faxum.
Envain des fieres Danaïdes
De Promethée d'Ixion
*1893
Le crime la punition
S'offrent à mes esprits timides.
Nul mortel ne verra jamais
* Horace Epod. Ode 13 .
Octob. 1714. Aij
4
MERCURE
rougir mon front
Du fuccés malheureux d'une
grande avanture,
Et j'irai , si je peux , fur le
Sommet du mont
Attacher mon rocher, vosyeux
fi
mon Mercure.
Oui , Meffieurs , je vous
tez ,
attaquerai par tant de cô
, & ſi ſouvent , que je
trouverai peut- être à la fin
l'endroit ſenſible. Je m'attacherai
à vous comme un
oiſeau ſur ſa proye ;je tomberai
tous les mois ſur vous,
& je vous étonnerai du
moins , fi je ne vous plais
GALANT.
S
pas. On commence à dire
de moy que j'ai du ſtile , on
me fait beaucoupde grace :
mais on ne ſçait pas encore
juſqu'on peut aller l'envie
que j'ai de bien faire. On
s'en appercevra peut - être
dans le journal de ce mois.
En attendant que mes faillies
me preſentent quelque
ouvrage qui ſoit plus animé
que ce qui s'offre maintenant
à mon imagination,
commençons par quelque
choſe; auffi bien * ce que je
ſçai le mieux , c'est mon commencement.
Sıſyphus in monte
faxum.
Envain des fieres Danaïdes
De Promethée d'Ixion
*1893
Le crime la punition
S'offrent à mes esprits timides.
Nul mortel ne verra jamais
* Horace Epod. Ode 13 .
Octob. 1714. Aij
4
MERCURE
rougir mon front
Du fuccés malheureux d'une
grande avanture,
Et j'irai , si je peux , fur le
Sommet du mont
Attacher mon rocher, vosyeux
fi
mon Mercure.
Oui , Meffieurs , je vous
tez ,
attaquerai par tant de cô
, & ſi ſouvent , que je
trouverai peut- être à la fin
l'endroit ſenſible. Je m'attacherai
à vous comme un
oiſeau ſur ſa proye ;je tomberai
tous les mois ſur vous,
& je vous étonnerai du
moins , fi je ne vous plais
GALANT.
S
pas. On commence à dire
de moy que j'ai du ſtile , on
me fait beaucoupde grace :
mais on ne ſçait pas encore
juſqu'on peut aller l'envie
que j'ai de bien faire. On
s'en appercevra peut - être
dans le journal de ce mois.
En attendant que mes faillies
me preſentent quelque
ouvrage qui ſoit plus animé
que ce qui s'offre maintenant
à mon imagination,
commençons par quelque
choſe; auffi bien * ce que je
ſçai le mieux , c'est mon commencement.
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Résumé : Prelude. [titre d'après la table]
Dans une lettre datée d'octobre 1714, un individu se nommant 'Mercure' exprime sa volonté de persévérer face aux défis, comparant sa tâche aux punitions éternelles des figures mythologiques Sisyphes, Danaïdes, Prométhée et Ixion. Il cite une ode d'Horace, soulignant que certains secrets resteront inaccessibles aux mortels. L'auteur évoque une grande aventure malheureuse qui le fait rougir et sa détermination à atteindre le sommet d'une montagne pour y attacher son rocher. Il promet d'utiliser divers moyens pour toucher ses lecteurs et de revenir mensuellement pour les surprendre ou les plaire. Bien que son style soit reconnu et qu'on lui fasse des grâces, l'étendue de son désir de bien faire reste méconnue. Il espère que cela se manifestera dans le journal du mois. Pour commencer, il se concentre sur ce qu'il maîtrise le mieux, affirmant que son début est ce qu'il sait faire de mieux.
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55
p. 12-21
Reflexions, plaintes & verbiage de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Si j'en reçois, comme je l'espere, une relation, je ne [...]
Mots clefs :
Relation, Parallèle, Fête de Taureaux, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexions, plaintes & verbiage de l'Auteur. [titre d'après la table]
Si j'en reçois , comme je
l'eſpere , une relation , je ne
manquerai pas d'en faire
part au public : mais en attendant
qu'on me l'envoye,
GALANT.. 13
je croy que je ne ferai pas
mal de placer ici la deſcription
d'une de ces fêtes que
je vis il y
a deux ans en Efa
,
pagne. On pourrect fi on
le juge à propos , faire un
parallele du tableau que je
donne ce mois- ci ,&de celui
que je promets de donner
lorſque je l'aurai reçû.
Cette lecture divertira au
moins mille honnêtes gens
qui ont la bonté de courir
ſur le boulevart de la porte
ſaint Martin, pour s'y amuſer
à grands frais de la vûë
d'un lion éreinté , & d'un
14 MERCURE
taureau à demi mangé des
chiens , ou d'un miferable
baccanal d'une vingtaine
d'animaux , dont l'horrible
aſpect & l'effrayant voifinage
infectent ceux qui
leur font l'honneur de les
aller voir .
Madame Daunoy a fait
dans ſon voyage d'Eipagne
une relation magnifique
d'une fête de taureaux:mais
elle avoit naturellement le
genie ſi élevé, &tant d'inclination
pour les grandes
choſes , qu'elle faifoit religieuſement
des deſcriptions
GALANT.
brillantes , des plus medio
cres. Il s'enfuit de là qu'elle
dit autant de mentonges
dans chaque article de les
deux volumes , que moy
dans tous les miens. Mais
il n'est pas abfolument
queſtion de decider ici lequet
de nous deux eſt le
plus fincere ; il ſuffit de dire
pour notre ſatisfaction
( quoique cela ne foit gueres
ànotre loüange )qu'elle
a écrit comme il lui a plû ,
& que j'écris , à fon exem
ple , affez volontiers com
me il me plaît. D'ailleurs il
16 MERCURE
arrive ſouvent de ſi grands
changemens dans lesEtats,
queje croy que la poſterité
ne ſe met gueres en peine
d'examiner à la rigueur fi
nous avons eu tort ou raiſon
de vouloir en impoſer
à nos contemporains. En
un mot nous ne raiſonnons
pas comme nous raiſonnions
il y a cent ans. Les
fêres, les coûtumes , les habillemens
, & les ceremonies
de ce temps-là ne font
plus à la mode à preſent ;
toutes les hiſtoires anciennes
ſont ſuſpectes , & ce
n'eſt
GALANT. 17
n'eſt preſque que par conjecture
qu'on ſçait à l'honneur
de qui furent dreſſez
jadis tant de fuperbes mo
numensdont les voyageurs
trouvent encore des reſtes
dans les quatre parties du
monde. Pour moy , malgré
le reſpect quemille ſçavans
par entêrement , ont pour
les antiquailles , je me foucie
autant des Colonnes
d'Hercule , du Temple de
Jupiter Ammon , & de la
& Diane d'Epheſe , que de la
plus belle Medaille d'Othon
, dont je ne donne-
Octob. 1714. B
18 MERCURE
rois pas un petit fefterce , à
moins qu'elle ne fût d'or
ou d'argent. En un mot je
debite de bonne foy , comme
cela ſe rencontre , tout
ce qui s'offre à mon imagi.
nation,& je ſuis en même
temps ſi remplide la choſe
preſente , qu'à l'exception
du principal , delà , ni deçà,
rien ne m'occupe que la
crainte d'arriver trop tôt
au bout du mois. Enfin fi
jeparlequelquefois desRomains
, des Grecs , des Perſes
, ou des Egyptiens , j'avoue
que c'eſt une ſotte ro
GALANT.
19
domontade de ma memoire.
Le monde eſt ſi plein
debelles&bonnes nations,
qui n'ont rien à démêler
avec les anciens , que je
croy que la meilleure methode
que je puiſſe ſuivre à
preſent, eſt celle de ne pas
abandonner pour un fouvenir
chimerique l'hiſtoire
du temps. Je n'ai fait tout
ce verbiage que pour remontrer
trés-humblement
à ceux qui m'envoyent de
belles & longues avantures
Greques , Affyriennes ou
Latines , du temps de Cy
こ
Bij
20 MERCURE
rus , d'Alexandre , ou de
Numa Pompilius , que je
mettrai indifferemment au
rebut tous les vieux memoires
qu'on m'enverra , à
moins qu'ils ne contiennent
des choſes ſi éclatantes
, fi vraiſemblables & fi
bien écrites , qu'elles puiffent
paffer pour des morceaux
perdus des plus refpectables
auteurs de l'antiquité.
Les jours n'ontque
douze heures , & il eſt injuſte
de s'imaginer qu'à
mon égard ils en ayent
trente fix.
GALANT. 21
J'allois commencer le recit
de la féte des taurcaux
dont je viens de parler ,
lorſquela mauvaiſehumeur
m'a pris à la vûë d'un paquet
fi gros , que je croy
que les dix plus inutiles
hommes du Royaume ont
travaillé pendant dix ans à
le remplir des plus inutiles
remarques qu'on puiffe faire
ſur les anciens. Mais c'eſt
affez gronder ; revenons
maintenant à la fête dont
il eſt queſtion.
l'eſpere , une relation , je ne
manquerai pas d'en faire
part au public : mais en attendant
qu'on me l'envoye,
GALANT.. 13
je croy que je ne ferai pas
mal de placer ici la deſcription
d'une de ces fêtes que
je vis il y
a deux ans en Efa
,
pagne. On pourrect fi on
le juge à propos , faire un
parallele du tableau que je
donne ce mois- ci ,&de celui
que je promets de donner
lorſque je l'aurai reçû.
Cette lecture divertira au
moins mille honnêtes gens
qui ont la bonté de courir
ſur le boulevart de la porte
ſaint Martin, pour s'y amuſer
à grands frais de la vûë
d'un lion éreinté , & d'un
14 MERCURE
taureau à demi mangé des
chiens , ou d'un miferable
baccanal d'une vingtaine
d'animaux , dont l'horrible
aſpect & l'effrayant voifinage
infectent ceux qui
leur font l'honneur de les
aller voir .
Madame Daunoy a fait
dans ſon voyage d'Eipagne
une relation magnifique
d'une fête de taureaux:mais
elle avoit naturellement le
genie ſi élevé, &tant d'inclination
pour les grandes
choſes , qu'elle faifoit religieuſement
des deſcriptions
GALANT.
brillantes , des plus medio
cres. Il s'enfuit de là qu'elle
dit autant de mentonges
dans chaque article de les
deux volumes , que moy
dans tous les miens. Mais
il n'est pas abfolument
queſtion de decider ici lequet
de nous deux eſt le
plus fincere ; il ſuffit de dire
pour notre ſatisfaction
( quoique cela ne foit gueres
ànotre loüange )qu'elle
a écrit comme il lui a plû ,
& que j'écris , à fon exem
ple , affez volontiers com
me il me plaît. D'ailleurs il
16 MERCURE
arrive ſouvent de ſi grands
changemens dans lesEtats,
queje croy que la poſterité
ne ſe met gueres en peine
d'examiner à la rigueur fi
nous avons eu tort ou raiſon
de vouloir en impoſer
à nos contemporains. En
un mot nous ne raiſonnons
pas comme nous raiſonnions
il y a cent ans. Les
fêres, les coûtumes , les habillemens
, & les ceremonies
de ce temps-là ne font
plus à la mode à preſent ;
toutes les hiſtoires anciennes
ſont ſuſpectes , & ce
n'eſt
GALANT. 17
n'eſt preſque que par conjecture
qu'on ſçait à l'honneur
de qui furent dreſſez
jadis tant de fuperbes mo
numensdont les voyageurs
trouvent encore des reſtes
dans les quatre parties du
monde. Pour moy , malgré
le reſpect quemille ſçavans
par entêrement , ont pour
les antiquailles , je me foucie
autant des Colonnes
d'Hercule , du Temple de
Jupiter Ammon , & de la
& Diane d'Epheſe , que de la
plus belle Medaille d'Othon
, dont je ne donne-
Octob. 1714. B
18 MERCURE
rois pas un petit fefterce , à
moins qu'elle ne fût d'or
ou d'argent. En un mot je
debite de bonne foy , comme
cela ſe rencontre , tout
ce qui s'offre à mon imagi.
nation,& je ſuis en même
temps ſi remplide la choſe
preſente , qu'à l'exception
du principal , delà , ni deçà,
rien ne m'occupe que la
crainte d'arriver trop tôt
au bout du mois. Enfin fi
jeparlequelquefois desRomains
, des Grecs , des Perſes
, ou des Egyptiens , j'avoue
que c'eſt une ſotte ro
GALANT.
19
domontade de ma memoire.
Le monde eſt ſi plein
debelles&bonnes nations,
qui n'ont rien à démêler
avec les anciens , que je
croy que la meilleure methode
que je puiſſe ſuivre à
preſent, eſt celle de ne pas
abandonner pour un fouvenir
chimerique l'hiſtoire
du temps. Je n'ai fait tout
ce verbiage que pour remontrer
trés-humblement
à ceux qui m'envoyent de
belles & longues avantures
Greques , Affyriennes ou
Latines , du temps de Cy
こ
Bij
20 MERCURE
rus , d'Alexandre , ou de
Numa Pompilius , que je
mettrai indifferemment au
rebut tous les vieux memoires
qu'on m'enverra , à
moins qu'ils ne contiennent
des choſes ſi éclatantes
, fi vraiſemblables & fi
bien écrites , qu'elles puiffent
paffer pour des morceaux
perdus des plus refpectables
auteurs de l'antiquité.
Les jours n'ontque
douze heures , & il eſt injuſte
de s'imaginer qu'à
mon égard ils en ayent
trente fix.
GALANT. 21
J'allois commencer le recit
de la féte des taurcaux
dont je viens de parler ,
lorſquela mauvaiſehumeur
m'a pris à la vûë d'un paquet
fi gros , que je croy
que les dix plus inutiles
hommes du Royaume ont
travaillé pendant dix ans à
le remplir des plus inutiles
remarques qu'on puiffe faire
ſur les anciens. Mais c'eſt
affez gronder ; revenons
maintenant à la fête dont
il eſt queſtion.
Fermer
Résumé : Reflexions, plaintes & verbiage de l'Auteur. [titre d'après la table]
L'auteur souhaite décrire une fête de taureaux en Espagne à laquelle il a assisté deux ans plus tôt. Il fait référence à une relation écrite par Madame Daunoy sur une fête similaire, tout en reconnaissant que cette dernière a tendance à embellir ses descriptions. L'auteur ne cherche pas à comparer la sincérité de leurs récits respectifs. Il observe que les goûts et les modes évoluent avec le temps, ce qui rend les histoires anciennes suspectes. Il préfère donc se concentrer sur les événements contemporains plutôt que sur les récits anciens. L'auteur précise qu'il rejettera les récits historiques anciens sauf s'ils sont exceptionnellement bien écrits et véridiques. Pendant qu'il rédige, il reçoit un paquet contenant des remarques inutiles sur les anciens, mais il décide de revenir à la description de la fête des taureaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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56
p. 21-68
Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Début :
Lugete, ô venires cupidinesque, [...]
Mots clefs :
Fête de Taureaux, Taureau, Fête, Yeux, Reine, Coeur, Mort, Héros, Spectateur, Fureur, Animal, Toréador, Homme, Épée, Peuple, Courage, Argent, Pointe, Cérémonie, Combat, Chute, Cornes
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texteReconnaissance textuelle : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Lugete , ô venires cupidinef
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
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Résumé : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Le 1er septembre 1712, une fête de taureaux se tint à Chamartin, près de Madrid, malgré une interdiction royale. Le Duc de Pastrano obtint l'autorisation après des interventions influentes, à condition de couvrir les frais des éventuels accidents. La fête débuta par la mise à mort de plusieurs taureaux, mais un incident grave survint lorsqu'une maison s'effondra, blessant ou tuant des spectateurs. Malgré cet accident, les spectateurs restèrent pour continuer à assister au spectacle pendant que les organisateurs réparaient les dégâts. À Madrid, une autre fête de taureaux débuta après une annonce initiale indiquant qu'il n'y aurait pas de combats. La tension monta avec l'arrivée de nobles tels que la Duchesse de Frias et le Connétable de Castille. Les toréadors, vêtus simplement et armés de diverses manières, affrontèrent les taureaux. Chaque taureau, après avoir été blessé par des dards, était tué et traîné hors de l'arène par des mules. Les toréadors utilisaient différentes techniques et objets pour provoquer et tuer les taureaux. Après chaque victoire, un torero recevait des bénédictions et des récompenses financières. Un chien montra un courage exceptionnel en attaquant un taureau jusqu'à sa mort. Lors du douzième combat, un torero fut gravement blessé. Le narrateur exprima son regret concernant l'absence de combats à cheval et l'impact économique négatif de la disparition de ces fêtes en Espagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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57
p. 97-102
Fantaisie. [titre d'après la table]
Début :
Rien n'est plus facile que de me surprendre. Quand [...]
Mots clefs :
Muses, Donneau de Visé, Poésie, Pièces, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fantaisie. [titre d'après la table]
Rien n'eſt plus facile que
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
deme ſurprendre. Quand
furprendre
je me mefierois de toutes
les pieces de Poësie qu'on
m'envoye , quand je douterois
opiniatrément de
leur merite & de leur nouveauté
; & quand je conſulterois
exactement tout
ce qu'il y a de gens de lettres
à Paris , pour ne pas
tomberdans l'inconvenient
de faire de mauvais choix ,
Octob. 1714. I
98
MERCURE
ou de donner de vieilles
pieces , je ferois encore fouvent
la dupe demes précau.
tions.
Il n'eſt point de pays où
la bonne foy ſoit plus mal
établie que dans celui des
ſçavans. Prompts à condamner
tout ce qui s'offre
à leurs yeux , & qui n'eſt
point forti de leurs mains ,
ils font toûjours plus contens
de la chûte , que du
fuccés des ouvrages qu'ils
n'ontpas faits. Ce qu'on appelle
le bel Esprit eſt divilé
Paris par pelotons. ChaGALANT.
EQUE DE
:
que peloton a ſa cabale for LYON
mée dans un endroit */893
dans un autre. Il n'y a point
à s'en dédire ; dés qu'on
veut paſſer pour homme
de lettres , il faut être du
parti des Guelphes*ou des Gibelins.
Aquoy cela menetil
? A difputer tout au plus
ſur le domaine**du pain du
vin desCordeliers.Iln'enétoit
* Ces deux partis mirent autrefois l'Italie
àdeux doigts de sa perte. La guerre fanglantequi
s'alluma entr'eux pour une bagatelle
a duré plusieurs ficcles.
** Lifezdans l'histoire des Papes Nicolas
IV. Jean XXII & Nicolas V. lesfuitester
ribles qu'a eu cette queſtion , ſi les Cordeliersfont
les maîtres du vin &du pain qu'ils
mangent.
I ij
100 MERCURE
pas tout à fait de même autrefois
; s'il n'y avoit pas
plus d'union dans le fond ,
les effets de cette diviſion
étoient du moins utiles ou
agreables à ceux qui en apprenoient
des nouvelles.
Les pieces d'Eloquence &
de Poëfie paſſoient & repafloient
les ponts & les
monts: M. Devizé profitoit
de ces manifeſtes , & le public
avoit la ſatisfaction de
s'en divertir. Aujourd'hui le
Mercure n'a pas le même
avantage ; chacun veut ſe
faire imprimer à part , &
GALANT. JOI
l'on conclut de quatre vers
qu'on a faits , qu'on en peut
bien faire quatre autres , &
de làun livre.
Mais j'ai fait heureuſe
ment une découverte qui
me raffure ; & fi l'on me
tient parole , je n'apprehenderai
plus deſormais la diſette
des pieces de Poefie
où l'on m'a laiſſé juſqu'à
preſent. Les Muſes qui
ont fait le plus de bruit
commencent àſe repoſer;
& Phebus a de nouveaux
éleves , dont les genies
heureux nous flatent de
I iij
102 MERCURE
nous charmer auffi bien
qu'elles.
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Résumé : Fantaisie. [titre d'après la table]
Le texte aborde les difficultés rencontrées lors de la sélection de pièces poétiques et la méfiance entre savants. Malgré les précautions prises, l'auteur se trouve souvent trompé par ses choix. Il note que les savants manquent de bonne foi, étant prompts à critiquer les œuvres qu'ils n'ont pas créées eux-mêmes. À Paris, les intellectuels sont divisés en factions rivales, comparables aux Guelphes et aux Gibelins italiens. Ces divisions, bien que parfois bénéfiques ou agréables, permettent une large circulation des œuvres d'éloquence et de poésie, offrant ainsi des divertissements au public. Cependant, actuellement, chacun préfère publier séparément, limitant ainsi la diffusion des œuvres. L'auteur observe toutefois une tendance encourageante avec l'émergence de nouveaux talents prometteurs, capables de rivaliser avec les muses célèbres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 115-118
Répresailles. [titre d'après la table]
Début :
Pourquoy me cherchez-vous querelle, Monsieur ** ? [...]
Mots clefs :
Nicolas Boileau, Transitions, Style, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Répresailles. [titre d'après la table]
Pourquoy me cherchezvous
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
querelle,Monfieur**?
Vous paſſez pour avoir une
étude polic par un grand
uſage du beau monde , où
la fortunevous a fait naître,
&où vôtremerite vous dif
tingue. Cependant vous
vous déchaînez contremoi,
comme ſi àchaque inftant
je donnois des ſoufflets à
Ronſard. Vous ne m'avez
pourtant jamais vû , je ne
vousconnois pas,& à peine
ſçavez-vous de quoy je fuis
capable. Vous ai je offenlé
? ai-je mal parlé de vous ?
Kij
MERCURE
Non : mais j'ai mis le tombeau
de Boileau dans un de
mes Journaux ,& de làvous
concluez & publiez que le
Mercure eſt deteſtable, que
vous ne le voulez plus lire ,
& qu'il n'y a point d'eſprit
bien fait qui ne soit obligé
en confcience de le trouver
tout de travers , comme
vous. Jevous fuis obligé de
vos fuffrages : mais fi par
malheur vousjettez les yeux
fur celui-ci , & fi vous y li .
ſez la lettre que j'ai l'honneur
de vous écrire, vous
allez ſans doute diredemoy
!
GALANT.
17
biendesbelles choſes. Mes
tranſitions vontvous paroî
tre tirées aux cheveux , mes
événemens dérangez , mon
ſtile épuisé , & mes comparaiſons
ridicules. Mais je
reprendrai , s'il vous plaît ,
avec vous un des textes de
la Preface de mon premier
livre , & en réponſe je vous
dirai de bonne foy , que je
n'ai jamais fongé à vous
contenter , ſi vous êtes du
nombre de ces gens qui ne
ſe contentent jamais.. J'examinerois
peut être davantage
avec vous le fon118
MERCURE
dement de vos murmures ,
fi je n'avois pas des comptes
plus preſſez à rendre aupublic.
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Résumé : Répresailles. [titre d'après la table]
Dans un dialogue, Galant accuse Mercure de lui chercher querelle sans motif. Mercure révèle que cette dispute découle de la publication d'un tombeau de Boileau dans le journal de Galant, qui a qualifié le Mercure de détestable et dénué de bon goût. Galant anticipe les critiques de Mercure sur son style et son contenu, affirmant ne pas avoir cherché à le satisfaire. Mercure, quant à lui, doit répondre aux attentes du public et n'a pas le temps de s'attarder sur les plaintes de Galant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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59
p. 138-140
« Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...] »
Début :
Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...]
Mots clefs :
Historiette, Nouvelles générales, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...] »
Aprés tant de nouvelles
generales , dont je croy
( qu'à l'exception d'un petit
nombre de zelez parti-!
ſans qu'elles ont ) le public
>
GALANT.
139
fait auſſi peu de cas que des
vers du Poëte ſans fard ,
n'eſt ce pas dommage de
n'avoir pas au moins une
hiſtoriette à raconter? Oui :
mais ce n'eſt pas ma faute ,
&j'ai tant d'autres chofes à
mettre dans le Journal de
ce mois , que je n'ai ni le
temps d'en faire une , ni de
place pour la mettre. Voila
deux affez mauvaiſes raifons
pour ſe diſpenſer d'amuſer
le lecteur. Vaillent
que vaillent , il faut pourtant
qu'elles paſſent. Cependant
j'apperçoy fur ma
Mij
140
MERCURE
table un paquet fermé
qu'on vient de m'apporter.
Voyons ce qu'il contient.
Fort bien. Liſons toûjours.
generales , dont je croy
( qu'à l'exception d'un petit
nombre de zelez parti-!
ſans qu'elles ont ) le public
>
GALANT.
139
fait auſſi peu de cas que des
vers du Poëte ſans fard ,
n'eſt ce pas dommage de
n'avoir pas au moins une
hiſtoriette à raconter? Oui :
mais ce n'eſt pas ma faute ,
&j'ai tant d'autres chofes à
mettre dans le Journal de
ce mois , que je n'ai ni le
temps d'en faire une , ni de
place pour la mettre. Voila
deux affez mauvaiſes raifons
pour ſe diſpenſer d'amuſer
le lecteur. Vaillent
que vaillent , il faut pourtant
qu'elles paſſent. Cependant
j'apperçoy fur ma
Mij
140
MERCURE
table un paquet fermé
qu'on vient de m'apporter.
Voyons ce qu'il contient.
Fort bien. Liſons toûjours.
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Résumé : « Aprés tant de nouvelles generales, dont je croy [...] »
L'auteur regrette de ne pas pouvoir publier d'historiette ce mois-ci en raison du manque de temps et d'espace. Il a reçu un paquet fermé qu'il s'apprête à ouvrir. Il reste déterminé à divertir ses lecteurs malgré les contraintes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 159-164
Lettre Galante. [titre d'après la table]
Début :
Quelle raison avez-vous, Mademoiselle, pour vouloir me mettre ainsi [...]
Mots clefs :
Coeur, Lettres galantes, Imprimeur, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Galante. [titre d'après la table]
Quelle raiſon avez- vous ,
1
160 MERCURE
Mademoiselle , pour vou
loir me mettre ainſi à la
plus grande épreuve du
monde ? Vous exigez de
moy une lettre tendre &
ſçavante ;je ſuis prêt à vous
en envoyer un cent ſur tous
les ſujets qui ſe preſenteront
à vôtre idée: mais vous ne
vous contentez pas de cette
offre, vous vous obſtinez à
me forcer de vous en écri
re une dans mon Journal.
Il faut que vous ſoyez dé.
goûtée de mes manufcrits ,
puiſque vous me condamnez
à faire imprimer vôtre
capri
GALANT. SI
caprice , & que vous m'alfurez
que cette complai..
ſance feraplus d'impreſſion
ſur vôtre coeur , que tout ce
que je vous ai écrit. Eft- il
poſſible que je n'aye jamais
pû vous faire comprendre
àquoy vous m'expoſez , &
qu'il faille , pour ma justifi .
cation , que j'entre avec
vous , en preſence de tout
le monde , dans le détail
du ridicule de la plupart
des lettres galantes ? Elles
font ordinairement remplies
d'un galimatias perpetuel
, de coeur, d'eſprit , de
Octob. 1714.
162 MERCURE
beauté , de delicateffe , de
tranſports , de charmes , de
foûpirs & de larmes , dont
le public n'a que faire.
Demandez , Mademoifelle
, à M. & à Madame
de... s'ils ne voudroient pas
pour quelque choſe debon
ne s'être jamais aviſez de
faire imprimer de pareilles
lettres. Je me ſerois bien
gardé moy- même de les
imiter , pour m'en repentir,
ſi , ostre les avantages que
vous avez fur toutes les belles
, dont ils ont écrit galamment
les demandes &
les réponſes ,
GALANT. 16
*Et si malgré le feu dontmon
coeur est épris ,
un de mes Imprimeurs ne
m'avoit pas envoyé dire ce
matin qu'il lui reftoit , au
milieu du Journal de ce
mois,huitpages à remplir.
Cet aveu, qui n'eſt guere
honnête , vous empêchera
du moinsde vous vanterdu
ſacrifice que je vous fais. Je
nevousdéroberois pas ainſi
la moitié du plaifir dont
vous vous êtes flatée, en anrachant
de moy une promeſſe
imprudente, ſi je n'é-
* Alcibiades , Tragedie. Capistron.
}
O ij
164 MERCURE
tois perfuadé , quoique je
vous aime autant que vous
voulez être aimée, que vô
tre conquête ne fait pas af
ſez d'honneur àvôtre eſprit.
1
160 MERCURE
Mademoiselle , pour vou
loir me mettre ainſi à la
plus grande épreuve du
monde ? Vous exigez de
moy une lettre tendre &
ſçavante ;je ſuis prêt à vous
en envoyer un cent ſur tous
les ſujets qui ſe preſenteront
à vôtre idée: mais vous ne
vous contentez pas de cette
offre, vous vous obſtinez à
me forcer de vous en écri
re une dans mon Journal.
Il faut que vous ſoyez dé.
goûtée de mes manufcrits ,
puiſque vous me condamnez
à faire imprimer vôtre
capri
GALANT. SI
caprice , & que vous m'alfurez
que cette complai..
ſance feraplus d'impreſſion
ſur vôtre coeur , que tout ce
que je vous ai écrit. Eft- il
poſſible que je n'aye jamais
pû vous faire comprendre
àquoy vous m'expoſez , &
qu'il faille , pour ma justifi .
cation , que j'entre avec
vous , en preſence de tout
le monde , dans le détail
du ridicule de la plupart
des lettres galantes ? Elles
font ordinairement remplies
d'un galimatias perpetuel
, de coeur, d'eſprit , de
Octob. 1714.
162 MERCURE
beauté , de delicateffe , de
tranſports , de charmes , de
foûpirs & de larmes , dont
le public n'a que faire.
Demandez , Mademoifelle
, à M. & à Madame
de... s'ils ne voudroient pas
pour quelque choſe debon
ne s'être jamais aviſez de
faire imprimer de pareilles
lettres. Je me ſerois bien
gardé moy- même de les
imiter , pour m'en repentir,
ſi , ostre les avantages que
vous avez fur toutes les belles
, dont ils ont écrit galamment
les demandes &
les réponſes ,
GALANT. 16
*Et si malgré le feu dontmon
coeur est épris ,
un de mes Imprimeurs ne
m'avoit pas envoyé dire ce
matin qu'il lui reftoit , au
milieu du Journal de ce
mois,huitpages à remplir.
Cet aveu, qui n'eſt guere
honnête , vous empêchera
du moinsde vous vanterdu
ſacrifice que je vous fais. Je
nevousdéroberois pas ainſi
la moitié du plaifir dont
vous vous êtes flatée, en anrachant
de moy une promeſſe
imprudente, ſi je n'é-
* Alcibiades , Tragedie. Capistron.
}
O ij
164 MERCURE
tois perfuadé , quoique je
vous aime autant que vous
voulez être aimée, que vô
tre conquête ne fait pas af
ſez d'honneur àvôtre eſprit.
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Résumé : Lettre Galante. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre répond à une demoiselle qui lui a demandé d'écrire une lettre tendre et savante pour son journal. Il refuse de rédiger des lettres galantes, qu'il considère ridicules et vides de sens, remplies de termes comme 'cœur', 'esprit', 'beauté' et 'transports'. Selon lui, ces lettres sont inutiles pour le public et même des personnes respectées comme Monsieur et Madame de... les évitent. L'auteur doit remplir huit pages pour le journal du mois, mais il ne souhaite pas se compromettre en publiant une lettre galante, malgré son affection pour la demoiselle. Il conclut que la publication d'une telle lettre ne rendrait pas justice à l'esprit de la demoiselle.
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61
p. 164-165
« Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...] »
Début :
Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...]
Mots clefs :
Vers, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous me demandez encore des vers ; je n'en ai [...] »
Vous me demandez en
core des vers ; je n'en ai
point de tendres à vous envoyer:
mais j'en découvre
heureuſement ſur ma table
une piece qui ira à merveille
dans une lettre galante.
Vous aimez les con
certs , contentez-vous,vous
en allez voir unflotant au gré
de l'eau. Ces vers ont été
preſentez au Roy par le
GALANT. 165
Sieur du Perrier le 7. de ce
mois , au ſujet de la muſique
que Sa Majeſté donna
ce même jour ſur le Canal
de Fontainebleau.
core des vers ; je n'en ai
point de tendres à vous envoyer:
mais j'en découvre
heureuſement ſur ma table
une piece qui ira à merveille
dans une lettre galante.
Vous aimez les con
certs , contentez-vous,vous
en allez voir unflotant au gré
de l'eau. Ces vers ont été
preſentez au Roy par le
GALANT. 165
Sieur du Perrier le 7. de ce
mois , au ſujet de la muſique
que Sa Majeſté donna
ce même jour ſur le Canal
de Fontainebleau.
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62
p. 176-177
« Je croy qu'à la suite de cette Lettre de Monsieur le [...] »
Début :
Je croy qu'à la suite de cette Lettre de Monsieur le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy qu'à la suite de cette Lettre de Monsieur le [...] »
Je croy qu'à la ſuite de
cette Lettre de Monfieur le
Procureur General , rien ne
convient mieux qu'une Ode
Anacreontique que M. de la
Monnoye de l'AcadémieFrançoiſe
a faite pour Madame la
Procureuſe Generale qui venoit
d'accoucher d'un fils , &
qui avoit cſté un peu aupara
GALANT . 177
vant maltraitée de la petite
verole.
cette Lettre de Monfieur le
Procureur General , rien ne
convient mieux qu'une Ode
Anacreontique que M. de la
Monnoye de l'AcadémieFrançoiſe
a faite pour Madame la
Procureuſe Generale qui venoit
d'accoucher d'un fils , &
qui avoit cſté un peu aupara
GALANT . 177
vant maltraitée de la petite
verole.
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63
p. 224-226
« J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...] »
Début :
J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...]
Mots clefs :
Journal historique, Horace, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...] »
J'avois le mois dernier formé
le projet de donner une
Relation entiere de tout cc
GALANT. 225
qui s'eſt paſſé à Barcelone depuis
que M. de Staremberg
eſt ſorti de cette Place , jufqu'à
preſent. J'avois même
ramaſſe un grand nombre de
Memoires que je deſtinois à
l'execution de ce deffein , &
je n'aurois pas manqué d'en
faire une ſuite exacte , ſi je
n'avois pas trouvé dans mes
manufcrits tant de vuides
qu'il m'a eſté abſolument impoſſible
de les remplir en un
mois . J'auray plus de loiſir
&je feray peut- eſtre plus heureux
le mois prochain. Si je
réüflis enfin dans mes recher226
MERCURE
1
ches , on n'attendra pas longtemps
le Journal hiſtorique de
tous les évenemens de ce fameux
Siege , finon je m'en
tiendray au precepte d'Horace
,&malgré toutes les peines
que j'auray priſes, j'abandonneray
un ouvrage dont la façon
ne me flatteroit pas d'un
heureux fuccés... Et qua *
Defperattractata nitefcere poffe
relinquit.
le projet de donner une
Relation entiere de tout cc
GALANT. 225
qui s'eſt paſſé à Barcelone depuis
que M. de Staremberg
eſt ſorti de cette Place , jufqu'à
preſent. J'avois même
ramaſſe un grand nombre de
Memoires que je deſtinois à
l'execution de ce deffein , &
je n'aurois pas manqué d'en
faire une ſuite exacte , ſi je
n'avois pas trouvé dans mes
manufcrits tant de vuides
qu'il m'a eſté abſolument impoſſible
de les remplir en un
mois . J'auray plus de loiſir
&je feray peut- eſtre plus heureux
le mois prochain. Si je
réüflis enfin dans mes recher226
MERCURE
1
ches , on n'attendra pas longtemps
le Journal hiſtorique de
tous les évenemens de ce fameux
Siege , finon je m'en
tiendray au precepte d'Horace
,&malgré toutes les peines
que j'auray priſes, j'abandonneray
un ouvrage dont la façon
ne me flatteroit pas d'un
heureux fuccés... Et qua *
Defperattractata nitefcere poffe
relinquit.
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Résumé : « J'avois le mois dernier formé le projet de donner une [...] »
L'auteur souhaite écrire une relation complète des événements à Barcelone depuis le départ de M. de Staremberg. Il a rassemblé des mémoires mais constate des lacunes dans ses manuscrits, rendant impossible leur complétion rapide. Il espère achever son ouvrage le mois suivant ou l'abandonner si les résultats ne le satisfont pas, suivant le précepte d'Horace.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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64
p. 258-259
« Laissons ces demi Critiques, qui ennuyent quelquefois [...] »
Début :
Laissons ces demi Critiques, qui ennuyent quelquefois [...]
Mots clefs :
Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Laissons ces demi Critiques, qui ennuyent quelquefois [...] »
Laiſſons ces demi Critiques
, qui ennuyent quelquefois
ceux qui les liſent , qui
déplaiſent à ceux fur qui elles
font faites , & qui embarraf
GALANT. 259
ſentſouvent ceux qui les font;
laiſſons les , dis-je , & ſauvons
nous à la faveur d'un mariage
, des inconvenients où elles
pourroient nous jetter , ſi
elles eſtoient plus longues, par
le deffaut de quelques matieres
plus intereſſantes.
, qui ennuyent quelquefois
ceux qui les liſent , qui
déplaiſent à ceux fur qui elles
font faites , & qui embarraf
GALANT. 259
ſentſouvent ceux qui les font;
laiſſons les , dis-je , & ſauvons
nous à la faveur d'un mariage
, des inconvenients où elles
pourroient nous jetter , ſi
elles eſtoient plus longues, par
le deffaut de quelques matieres
plus intereſſantes.
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65
p. 263-267
A bon entendeur demi mot. [titre d'après la table]
Début :
A buen entendor, pocas palabras. A bon entendeur, demi mot. [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Mercure, Sifflet, Auteurs, Modernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A bon entendeur demi mot. [titre d'après la table]
A buen entendor, pocas palabras.
Abon entendeur , demi mot.
Que diroit- on d'un hom264
MERCURE
1
!
me qui riſqueroit quelque
choſe avec reflexion , au hazard
de ſe faire fifler : on
diroit de luy , qu'il ne craint
pas les fiflets ; il y a fi longtemps
que le Mercure Galant
eſt en poffeffion de les meriter,
&de les entendre , qu'on auroit
aujourd'huy pitié de ſa
honte & de fa foibleſſe , ſi on
le voyoit s'étourdır de leur
bruit. Il luy eſt donc permis
de raiſonner ſur tout , à tort
& à travers. Pourquoy non ?
il y a tant d'autres Auteurs
plus graves qui ont la même
licence : D'ailleurs il n'y a rien
d'extraordinaire
GALANT. 265
d'extraordinaire parmi nous ,
& les propoſitions même les
plus ridicules trouvent des
hommes qui s'entêtent de
leurs extravagances. Si je voulois
faire là deſſus l'étalage de
ma memoire , ſans parler des
herefies , ny des ſchiſmesgroffiers
qui ont ſeduit la moitié
du monde , j'en citerois tant
d'exemples , tirez même des
ouvrages de nos plus illuſtres
Modernes , qu'il n'y a que
l'autorité que leur nom , ou
leur merite leur donne qui foit
capable de nous faire avoüer
que ce que , du premier coup
Octobre 1714 . Z
266 MERCURE
d'oeil,nous trouvons de deffectueux
en eux (& qui l'eſt en effet)
n'eſt ſouvent qu'undeffaut
de noſtre propre imagination ;
cela revient toûjours au même
& noſtre eſprit ne ſe dédic
en leur faveur qu'aprés que
les préjugez ont arraché de
luy des fuffrages que la verité
n'oſoit accorder. Je meurs
d'envie de m'expliquer plus
cairement mais on ne m'entend
peut eftre déja que trop ,
& je m'imagine voir ceux de
qui je parle , monter ſur les
bancs , pour me dire dune
voix menaçante, que ces raffiGALANT
. 267
د
nemens politiques en matiere
de ſcience, ne ſont point de
l'appanage du Mercure. Je
prie ceuxqui ne m'ont pas entendu
de me pardonner cette
digreffion ; mais c'eſt une choſe
cruelle que la façon dont on
me lieles mains
jene veuxpas
eftre lié ; & quandje devrois en
un mot paffer pour le plus ridicule
cauſeur du monde , il
m'eſt impoffible de voir les
Feſtes de Thalie , les Feſtes du
Cours , les Captifs , & les remarques
ſur le chef d'oeuvre
d'un inconnu , fans en parler.
Abon entendeur , demi mot.
Que diroit- on d'un hom264
MERCURE
1
!
me qui riſqueroit quelque
choſe avec reflexion , au hazard
de ſe faire fifler : on
diroit de luy , qu'il ne craint
pas les fiflets ; il y a fi longtemps
que le Mercure Galant
eſt en poffeffion de les meriter,
&de les entendre , qu'on auroit
aujourd'huy pitié de ſa
honte & de fa foibleſſe , ſi on
le voyoit s'étourdır de leur
bruit. Il luy eſt donc permis
de raiſonner ſur tout , à tort
& à travers. Pourquoy non ?
il y a tant d'autres Auteurs
plus graves qui ont la même
licence : D'ailleurs il n'y a rien
d'extraordinaire
GALANT. 265
d'extraordinaire parmi nous ,
& les propoſitions même les
plus ridicules trouvent des
hommes qui s'entêtent de
leurs extravagances. Si je voulois
faire là deſſus l'étalage de
ma memoire , ſans parler des
herefies , ny des ſchiſmesgroffiers
qui ont ſeduit la moitié
du monde , j'en citerois tant
d'exemples , tirez même des
ouvrages de nos plus illuſtres
Modernes , qu'il n'y a que
l'autorité que leur nom , ou
leur merite leur donne qui foit
capable de nous faire avoüer
que ce que , du premier coup
Octobre 1714 . Z
266 MERCURE
d'oeil,nous trouvons de deffectueux
en eux (& qui l'eſt en effet)
n'eſt ſouvent qu'undeffaut
de noſtre propre imagination ;
cela revient toûjours au même
& noſtre eſprit ne ſe dédic
en leur faveur qu'aprés que
les préjugez ont arraché de
luy des fuffrages que la verité
n'oſoit accorder. Je meurs
d'envie de m'expliquer plus
cairement mais on ne m'entend
peut eftre déja que trop ,
& je m'imagine voir ceux de
qui je parle , monter ſur les
bancs , pour me dire dune
voix menaçante, que ces raffiGALANT
. 267
د
nemens politiques en matiere
de ſcience, ne ſont point de
l'appanage du Mercure. Je
prie ceuxqui ne m'ont pas entendu
de me pardonner cette
digreffion ; mais c'eſt une choſe
cruelle que la façon dont on
me lieles mains
jene veuxpas
eftre lié ; & quandje devrois en
un mot paffer pour le plus ridicule
cauſeur du monde , il
m'eſt impoffible de voir les
Feſtes de Thalie , les Feſtes du
Cours , les Captifs , & les remarques
ſur le chef d'oeuvre
d'un inconnu , fans en parler.
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Résumé : A bon entendeur demi mot. [titre d'après la table]
Le texte traite de la liberté d'expression et de la critique à travers l'exemple du 'Mercure Galant'. Cette publication est reconnue pour accepter et comprendre les critiques, permettant ainsi des discussions libres sur divers sujets, comme le font d'autres auteurs respectés. Le texte note que même des idées absurdes peuvent trouver des défenseurs, y compris dans les œuvres des écrivains modernes. L'auteur admet que certaines critiques peuvent être influencées par des préjugés personnels. Il exprime le souhait de clarifier ses propos mais craint d'être déjà bien compris. Il aborde également les difficultés de parler librement sans risque de censure, notamment sur des thèmes tels que les fêtes, les captifs et les commentaires littéraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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66
p. 267-270
Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Début :
J'ay dit à peu prés le quart de ce que j'ai osé sur ces trois [...]
Mots clefs :
Honneur, Livre, Vertu, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Jay dità peu prés le quart de
,
A
Zij
268 MERCURE
ce quej'ay ofé dire ſur ces trois
premieres Pieces ; mais le
grand Chrifoftome Mathanafius
, meritera-t- il tout l'accuëil
qu'on luy fait , ſans qu'on
ſçache en vertu de quoy on le
traite fi bien . Tout Paris retentit
du bruit de ſon nom ,
& bien des gens qui n'entendent
ny leGrec ny le Latin
& qui par confequent ne liſent
guere plus dela moitié de
ſon livre , s'imaginent que les
éloges qu'ils luy donnent
leur étab iffentune réputation
de ſçavants . Cen'eſt pas à force
de le loüer , Meſſicurs , que
,
>
GALANT. 269
,
Vous meriterez ce titre ; mais
à force de le critiquer. Trouvez
le diffus,Prolixe, embarafſé,
tel en un mot, que bien des
gens que je ne n'ay pas jugé à
propos de croire , m'ont fait
l'honneur de me le dire , écri
vez enfin , au moins comme
luy,pourdéſabuſer le public ,
alors on ne vous refuſera pas
ces noms faſtueux que voſtre
foumiſſion mandie. Je ne
ſuis point vindicatif; & quand
je le ſerois , contre quel écuëil
irois -je me brifer ? cependant
je ne peux pas m'imaginer en
vertu de quoy , Mathanafius
Z iij
270 MERCURE
traite le Mercure Galant
comme il fait. Il luy donne
une qualité qu'à trente ans ,
on ne merite pas encore ; &
enapoſtrophant le Mercure ,
dans le ſens le plus obcène que
ce nom puiſſe preſenter à
l'idée , il le definit d'une maniere
qui ne laiſſe rien à devi.
ner aux Lecteurs. Sçait il que
je ſuis l'Auteur de ce Livre-là ?
s'il le ſçait , il me fait cent fois
plus d'honneur que je n'en
merite.
,
A
Zij
268 MERCURE
ce quej'ay ofé dire ſur ces trois
premieres Pieces ; mais le
grand Chrifoftome Mathanafius
, meritera-t- il tout l'accuëil
qu'on luy fait , ſans qu'on
ſçache en vertu de quoy on le
traite fi bien . Tout Paris retentit
du bruit de ſon nom ,
& bien des gens qui n'entendent
ny leGrec ny le Latin
& qui par confequent ne liſent
guere plus dela moitié de
ſon livre , s'imaginent que les
éloges qu'ils luy donnent
leur étab iffentune réputation
de ſçavants . Cen'eſt pas à force
de le loüer , Meſſicurs , que
,
>
GALANT. 269
,
Vous meriterez ce titre ; mais
à force de le critiquer. Trouvez
le diffus,Prolixe, embarafſé,
tel en un mot, que bien des
gens que je ne n'ay pas jugé à
propos de croire , m'ont fait
l'honneur de me le dire , écri
vez enfin , au moins comme
luy,pourdéſabuſer le public ,
alors on ne vous refuſera pas
ces noms faſtueux que voſtre
foumiſſion mandie. Je ne
ſuis point vindicatif; & quand
je le ſerois , contre quel écuëil
irois -je me brifer ? cependant
je ne peux pas m'imaginer en
vertu de quoy , Mathanafius
Z iij
270 MERCURE
traite le Mercure Galant
comme il fait. Il luy donne
une qualité qu'à trente ans ,
on ne merite pas encore ; &
enapoſtrophant le Mercure ,
dans le ſens le plus obcène que
ce nom puiſſe preſenter à
l'idée , il le definit d'une maniere
qui ne laiſſe rien à devi.
ner aux Lecteurs. Sçait il que
je ſuis l'Auteur de ce Livre-là ?
s'il le ſçait , il me fait cent fois
plus d'honneur que je n'en
merite.
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Résumé : Courte reflexion sur les remarques de Mathanasius sur le chef-d'oeuvre d'un inconnu. [titre d'après la table]
Le texte aborde la réception critique de l'ouvrage 'Mathanafius'. L'auteur s'étonne de l'enthousiasme suscité par ce livre à Paris, même parmi ceux qui ne maîtrisent pas le grec ou le latin, langues dans lesquelles il est probablement écrit. Il critique les éloges superficiels, estimant que la véritable reconnaissance doit provenir de critiques constructives. L'auteur déplore également la manière dont 'Mathanafius' traite le 'Mercure Galant', lui attribuant des qualités prématurées et utilisant un langage offensant. Il se questionne sur la connaissance que l'auteur de 'Mathanafius' a de son identité, concluant que cette connaissance lui ferait grand honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 270-271
« Je n'ay plus qu'un mot à dire de luy. Je luy suis [...] »
Début :
Je n'ay plus qu'un mot à dire de luy. Je luy suis [...]
Mots clefs :
Chanson, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'ay plus qu'un mot à dire de luy. Je luy suis [...] »
Je n'ay plus qu'un
mot à dire de luy. Je luy ſuis
redevable du plaiſir que m'a
fait , & me fera long temps
1
GALANT. 271
la lecture de ſon Livre , &
c'eſt au chef- d'oeuvre de ſon
inconnu qu'eſt deuë l'idée de
laChanſonque je vais donner.
J'ay vû de ſi belles bouches
chanter les Chanfons que
j'ay miſes dans mes precedents
Mercures , que j'apporteray
doreſnavant tous mes ſoins à
chercher les plus jolis vers
qu'on puiſſe chanter.
mot à dire de luy. Je luy ſuis
redevable du plaiſir que m'a
fait , & me fera long temps
1
GALANT. 271
la lecture de ſon Livre , &
c'eſt au chef- d'oeuvre de ſon
inconnu qu'eſt deuë l'idée de
laChanſonque je vais donner.
J'ay vû de ſi belles bouches
chanter les Chanfons que
j'ay miſes dans mes precedents
Mercures , que j'apporteray
doreſnavant tous mes ſoins à
chercher les plus jolis vers
qu'on puiſſe chanter.
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68
p. 280-281
« L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...] »
Début :
L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...]
Mots clefs :
Mercure, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...] »
L'eſprit trouve naturellement
affez d'occupation à
deviner les Enigmes , pour ſe
repoſer aprés les avoir leuës ;
ainſi je croyqu'il n'a pas beſoin
qu'on luy forge de belles
liaiſons pour le conduire aux
pieces qui les ſuivent , qu'il regarde
alors fans ſe fatiguer
د
comme la premiere page d'un
livre ; mais je tombe par hazard
& par neceffitté fur le
plus
GALANT. 281
plus déplaifant article du Mercure.
Il n'importe , toſt ou
tard il faut parler des morts ,
c'eſt la moindre choſe que
nous devions à leur memoire.
Parlons en donc.
affez d'occupation à
deviner les Enigmes , pour ſe
repoſer aprés les avoir leuës ;
ainſi je croyqu'il n'a pas beſoin
qu'on luy forge de belles
liaiſons pour le conduire aux
pieces qui les ſuivent , qu'il regarde
alors fans ſe fatiguer
د
comme la premiere page d'un
livre ; mais je tombe par hazard
& par neceffitté fur le
plus
GALANT. 281
plus déplaifant article du Mercure.
Il n'importe , toſt ou
tard il faut parler des morts ,
c'eſt la moindre choſe que
nous devions à leur memoire.
Parlons en donc.
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Résumé : « L'esprit trouve naturellement assez d'occupation à [...] »
L'esprit humain aime résoudre des énigmes pour se reposer. Il passe aisément d'une énigme à une autre. L'auteur mentionne un article déplaisant du Mercure et souligne la nécessité de parler des morts par devoir de mémoire. Il est temps d'aborder ce sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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69
p. 301-302
« La curiosité qui mene le Lecteur à l'article des morts [...] »
Début :
La curiosité qui mene le Lecteur à l'article des morts [...]
Mots clefs :
Généalogiste, Donneau de Visé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La curiosité qui mene le Lecteur à l'article des morts [...] »
La curioſité qui mene le
Lecteur à l'article des morts
eft bientoft fatisfaite. M Devizé
avoit le talent d'animer
ce Chapitre par un grand
nombre d'oraiſons funebres .
Il diſoit ordinairement les
plus belles choſes du monde
pour confoler , ou pour dedommager
ceux qui reſtoient
de la perte de ceux qui n'étoient
plus . Pour moy je n'ay
pas ce don : D'ailleurs le ſage
Epicure deffend les Panegyrisques
à fon Philofophe : sinfi
de la maniere dont je parle
302 MERCURE
des morts , je ne doute point ,
quelque bon & loyal que foit
mon Genealogiſte, que ceChapitre
n'ennuye. Celuy qui le
ſuit eſt d'une eſpece biendifferente.
C'eſt le Chapitre favori
de ce Livre ; c'eſt en un
mot celuy où la Cour , la Ville
&la Province jettent pluſtoſt
les yeux.
Lecteur à l'article des morts
eft bientoft fatisfaite. M Devizé
avoit le talent d'animer
ce Chapitre par un grand
nombre d'oraiſons funebres .
Il diſoit ordinairement les
plus belles choſes du monde
pour confoler , ou pour dedommager
ceux qui reſtoient
de la perte de ceux qui n'étoient
plus . Pour moy je n'ay
pas ce don : D'ailleurs le ſage
Epicure deffend les Panegyrisques
à fon Philofophe : sinfi
de la maniere dont je parle
302 MERCURE
des morts , je ne doute point ,
quelque bon & loyal que foit
mon Genealogiſte, que ceChapitre
n'ennuye. Celuy qui le
ſuit eſt d'une eſpece biendifferente.
C'eſt le Chapitre favori
de ce Livre ; c'eſt en un
mot celuy où la Cour , la Ville
&la Province jettent pluſtoſt
les yeux.
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Résumé : « La curiosité qui mene le Lecteur à l'article des morts [...] »
L'auteur évoque la difficulté de rédiger des oraisons funèbres, reconnaissant l'excellence de M. Devizé dans cet art. Il exprime ses doutes sur la qualité de son propre chapitre dédié aux morts, tout en annonçant un chapitre suivant plus attrayant et populaire, apprécié par la cour, la ville et la province.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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70
p. 353-355
Avertissement qui ne sert à rien.
Début :
Ceux qui jugeront à propos d'envoyer quelques Pieces au [...]
Mots clefs :
Émulation, Mercure, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avertissement qui ne sert à rien.
Avertiſſement qui nefert à rien.
Ceux qui jugeront à propos
d'envoyer quelques Pieces au
( Mercure , font encore priez d'avoir
le ſoin de ſe ſouvenir de rendre
leurs Memoires lifibles , fi
leur intention eſt de les voir imprimez
, & d'en payer toûjours le
port , autrement il n'en ſera fait
nulle mention. On leur recommande
ſur tout , d'éviter la prolixité
, de ne tirer à cartouches fur
perfonne , & de faire enforte
que leur ftile ſoit moins negligé
que le mien; mais ce n'eſtpasma
faute , s'il l'eſt autant qu'il me le
paroît à moy-même. J'ay autre
choſe à faire ,j'ay mes amis à
voir tous les cours , trente lettres
à écrire par ſemaine , un Livre à
compoſer tous les mois , & les
Octobre 1714 . Gg
354 MERCURE
jours vont vite. D'ailleurs il y a
peu d'émulation , ou s'il y en a
ce qu'elle produit de raiſonnable
vient rarement juſqu'à moy ; enfin
je ſuis obligé de me foûtenir
presque tout seul , & de marcher
Sans bâton.
Pedibus me *
Portomeis , nullo dextramfubeunte
babillo.
Cette recrimination fur le Public
& fur moy même , eſt une
preuve que je connois mes deffauts
; mais , Meſſieurs , je vous
avoue qu'à l'exception de certainsArticles
qui roulent ſur des
objets tres-refpectables, je traite
de raiſonnements fans confequence
, ou de chanfons, preſque
tout ce que j'écris , cela n'empê
che pas que je ne ſçache encore
Juvenal.
GALANT . 355
mieux me rendre juſtice , & que
je ne ſente enfin :
Qu'il ne vous convient pas , quelque
effort que jefaße ,
D'accepter de mes vers les tributs
indifcrets ,
A moins qu' Apollon en ma place ,
Ne vous presente mes placets ,
Ou que ce Dieu nedonne aux chanfons
que je fais ,
L'esprit , l'ame , &lefel d'Horace.
Ainsi , Meſſieurs , ſi Melpomene
ou Thalie veulent diſputer entre
elles à qui m'aura ,je ſuivray
le char de la Muſe victorieuſe ,
& je chaufferay le Cothurne , ou
le brodequin au gré de celle
qui m'inſpirera. Vous verrez le
mois prochain l'uſage que je feray
des conſeils de la Nymphe à
qui j'appartiendray.
Ceux qui jugeront à propos
d'envoyer quelques Pieces au
( Mercure , font encore priez d'avoir
le ſoin de ſe ſouvenir de rendre
leurs Memoires lifibles , fi
leur intention eſt de les voir imprimez
, & d'en payer toûjours le
port , autrement il n'en ſera fait
nulle mention. On leur recommande
ſur tout , d'éviter la prolixité
, de ne tirer à cartouches fur
perfonne , & de faire enforte
que leur ftile ſoit moins negligé
que le mien; mais ce n'eſtpasma
faute , s'il l'eſt autant qu'il me le
paroît à moy-même. J'ay autre
choſe à faire ,j'ay mes amis à
voir tous les cours , trente lettres
à écrire par ſemaine , un Livre à
compoſer tous les mois , & les
Octobre 1714 . Gg
354 MERCURE
jours vont vite. D'ailleurs il y a
peu d'émulation , ou s'il y en a
ce qu'elle produit de raiſonnable
vient rarement juſqu'à moy ; enfin
je ſuis obligé de me foûtenir
presque tout seul , & de marcher
Sans bâton.
Pedibus me *
Portomeis , nullo dextramfubeunte
babillo.
Cette recrimination fur le Public
& fur moy même , eſt une
preuve que je connois mes deffauts
; mais , Meſſieurs , je vous
avoue qu'à l'exception de certainsArticles
qui roulent ſur des
objets tres-refpectables, je traite
de raiſonnements fans confequence
, ou de chanfons, preſque
tout ce que j'écris , cela n'empê
che pas que je ne ſçache encore
Juvenal.
GALANT . 355
mieux me rendre juſtice , & que
je ne ſente enfin :
Qu'il ne vous convient pas , quelque
effort que jefaße ,
D'accepter de mes vers les tributs
indifcrets ,
A moins qu' Apollon en ma place ,
Ne vous presente mes placets ,
Ou que ce Dieu nedonne aux chanfons
que je fais ,
L'esprit , l'ame , &lefel d'Horace.
Ainsi , Meſſieurs , ſi Melpomene
ou Thalie veulent diſputer entre
elles à qui m'aura ,je ſuivray
le char de la Muſe victorieuſe ,
& je chaufferay le Cothurne , ou
le brodequin au gré de celle
qui m'inſpirera. Vous verrez le
mois prochain l'uſage que je feray
des conſeils de la Nymphe à
qui j'appartiendray.
Fermer
Résumé : Avertissement qui ne sert à rien.
Le texte est un avertissement destiné aux contributeurs du périodique 'Mercure'. Il les incite à soumettre des mémoires lisibles, en évitant la prolixité, les attaques personnelles et un style négligé. L'auteur, occupé par diverses activités comme rencontrer des amis, écrire des lettres et composer des livres, a peu de temps pour traiter les contributions. Il reconnaît que la plupart de ses écrits sont des raisonnements sans conséquence ou des chansons, mais affirme connaître sa propre valeur. Il souhaite recevoir des contributions de qualité. L'auteur conclut en précisant qu'il suivra l'inspiration de la muse, qu'elle soit tragique ou comique, et mettra en pratique les conseils de la nymphe qui l'inspirera dans le prochain numéro.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 3-10
Prelude magnifique [titre d'après la table]
Début :
Volages Filles du Permesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Divinités, Muses, Historien, Bacchus, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude magnifique [titre d'après la table]
Olages Filles du
Permeſſe ,
Sur ce mot fameux
dans laGrece
Faudra-t- il toûjours vous
chercher ?
Et vous tenebreuſes Sybilles
N'aurez vous jamais pour
aziles Aij
4 MERCURE
Qu'une caverne ou qu'un
rocher ?
Vos noires demeures ne
me tententpoint. Recevez,
ſi vous voulez , dans vos
triſtes retraites , dans vos
antres affreux , des mortels
plus curieux que moy. Je
vous abandonne , troupe
ingrate , puiſque vous me
refuſez de m'inſpirer ; je
vais, facrifier deſormaisà
des Divinitez plus puiſſantes
que vous , je vais ſuivre
Baccus & l'Amour. Sous
leur aufpices,
GALANT.
* Nil parvum , aut humili
modo;
Nil mortale loquar : dulce periculum
eft ,
O Lenae, ſequi Deum ,
Cingentem viridi tempora
pampino.
Auteurs de mes écrits , maîtres
demon filence ,
Echauffez mon eſprit& d'amour&
de vin,
Grands Dieux, dóe l'univers
reconnoît la puiſſance ,
Et venez me dicter un lanfi
gage divin.
* Horat. Oda 19.
Aiij
6 MFRCURE
:
Je me moque enfin de
Pegafe & de l'Hypocrene ;
je ne veux plus implorer
l'aſſiſtance d'Apollon ni des
Muſes. Il eſt d'autres Divinitez
plus ſçavantes & plus
aimables qu'eux ; & tant que
je vivrai , mon Iris & le
Champagne m'affranchi
ront de leur joug , & m'aideront
à mépriſer les menaces
de la critique.
Mais avant l'accomplif
ment de nôtre rupture ,
Muſes , écoutez les raifons
de mon mécontentement .
Je ne vous reproche point
GALANT. 7
la malice quevous avez euë
de me laiſſer faire ſouvent
de fort mauvais vers ; j'ai
celade commun avec tant
d'autres , qui ont la folie de
s'imaginer qu'ils font vos
plus chers nourriſſons , que
je ne me ſuis jamais crû en
droit de vous demander
compte de cette rigueur,
Mais dites moy , s'il vous
plaît,quelle reconnoiffance
svez vous euë pour les mortels
qui vous ont ſuivi ?
Quels bons effets ont pros
duit pour eux ces titres fu--
perbes, cet encens , & ces
1
A iiij
8 MERCURE
P
voeux que vous ont prodi
guez leurs mains idolâtres ?
Vous les avez d'abord flatez
de l'eſpoir d'une belle
immortalité ; vous les avez
enyvrez du poiſon de vos
faillies ; vous les avez enfin
enchaînez comme des ef
claves condamnez à chanter
éternellement la gloire
de leur yvreſſe , & l'extravagance
de vos caprices.
Quel fruit enfin ont- ils ti
rez de vos bontez ? Excepté
un trés - petit nombre , ils
ont ſeché dans des Laboratoires
infectez de toutes vos
1
GALANT. 9
méchantes humeurs; ils ont
fui & méprifé les humains
qui n'avoient pas comme
eux ) l'honneur de porter
vos fers. Ils ſe ſont acquis
les noms de fous , de
parafites ,& de gens infupportables
: en un mot , ils
ont abandonné leur patrie,
ou langui , accablez de miferes
dans le ſein de leur familles.
Et j'irois encore aux
pieds de vos autels vous
preſenter des offrandes fi
dangereuſes ? Non , non ,
c'eſtal'Amour , c'eſt à Baccus
que je veux deſormais
10 MERCURE
avoir recours . Vous facrifiera
cependant qui vou
dra , je ne m'y oppoſerai
pas : mais je me contente.
rai de n'avoir dorénavant
plus rien à démêler avec
vous. Je ferai à votre égard
le métier d'un hiſtorien fidele
, & je me chargerai
uniquement duſoin de rendre
compte de ce que l'on
écrira pour ou contre vous,
& de ce que vous écrirez
vous mêmes , ſans prendre
aucune part à vos affaires.
Permeſſe ,
Sur ce mot fameux
dans laGrece
Faudra-t- il toûjours vous
chercher ?
Et vous tenebreuſes Sybilles
N'aurez vous jamais pour
aziles Aij
4 MERCURE
Qu'une caverne ou qu'un
rocher ?
Vos noires demeures ne
me tententpoint. Recevez,
ſi vous voulez , dans vos
triſtes retraites , dans vos
antres affreux , des mortels
plus curieux que moy. Je
vous abandonne , troupe
ingrate , puiſque vous me
refuſez de m'inſpirer ; je
vais, facrifier deſormaisà
des Divinitez plus puiſſantes
que vous , je vais ſuivre
Baccus & l'Amour. Sous
leur aufpices,
GALANT.
* Nil parvum , aut humili
modo;
Nil mortale loquar : dulce periculum
eft ,
O Lenae, ſequi Deum ,
Cingentem viridi tempora
pampino.
Auteurs de mes écrits , maîtres
demon filence ,
Echauffez mon eſprit& d'amour&
de vin,
Grands Dieux, dóe l'univers
reconnoît la puiſſance ,
Et venez me dicter un lanfi
gage divin.
* Horat. Oda 19.
Aiij
6 MFRCURE
:
Je me moque enfin de
Pegafe & de l'Hypocrene ;
je ne veux plus implorer
l'aſſiſtance d'Apollon ni des
Muſes. Il eſt d'autres Divinitez
plus ſçavantes & plus
aimables qu'eux ; & tant que
je vivrai , mon Iris & le
Champagne m'affranchi
ront de leur joug , & m'aideront
à mépriſer les menaces
de la critique.
Mais avant l'accomplif
ment de nôtre rupture ,
Muſes , écoutez les raifons
de mon mécontentement .
Je ne vous reproche point
GALANT. 7
la malice quevous avez euë
de me laiſſer faire ſouvent
de fort mauvais vers ; j'ai
celade commun avec tant
d'autres , qui ont la folie de
s'imaginer qu'ils font vos
plus chers nourriſſons , que
je ne me ſuis jamais crû en
droit de vous demander
compte de cette rigueur,
Mais dites moy , s'il vous
plaît,quelle reconnoiffance
svez vous euë pour les mortels
qui vous ont ſuivi ?
Quels bons effets ont pros
duit pour eux ces titres fu--
perbes, cet encens , & ces
1
A iiij
8 MERCURE
P
voeux que vous ont prodi
guez leurs mains idolâtres ?
Vous les avez d'abord flatez
de l'eſpoir d'une belle
immortalité ; vous les avez
enyvrez du poiſon de vos
faillies ; vous les avez enfin
enchaînez comme des ef
claves condamnez à chanter
éternellement la gloire
de leur yvreſſe , & l'extravagance
de vos caprices.
Quel fruit enfin ont- ils ti
rez de vos bontez ? Excepté
un trés - petit nombre , ils
ont ſeché dans des Laboratoires
infectez de toutes vos
1
GALANT. 9
méchantes humeurs; ils ont
fui & méprifé les humains
qui n'avoient pas comme
eux ) l'honneur de porter
vos fers. Ils ſe ſont acquis
les noms de fous , de
parafites ,& de gens infupportables
: en un mot , ils
ont abandonné leur patrie,
ou langui , accablez de miferes
dans le ſein de leur familles.
Et j'irois encore aux
pieds de vos autels vous
preſenter des offrandes fi
dangereuſes ? Non , non ,
c'eſtal'Amour , c'eſt à Baccus
que je veux deſormais
10 MERCURE
avoir recours . Vous facrifiera
cependant qui vou
dra , je ne m'y oppoſerai
pas : mais je me contente.
rai de n'avoir dorénavant
plus rien à démêler avec
vous. Je ferai à votre égard
le métier d'un hiſtorien fidele
, & je me chargerai
uniquement duſoin de rendre
compte de ce que l'on
écrira pour ou contre vous,
& de ce que vous écrirez
vous mêmes , ſans prendre
aucune part à vos affaires.
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Résumé : Prelude magnifique [titre d'après la table]
Dans une lettre adressée aux Muses, l'auteur exprime son souhait de se libérer de leur influence. Il évoque les lieux mythologiques associés aux Muses, tels que les cavernes et les rochers, mais choisit de se tourner vers des divinités plus puissantes comme Bacchus et l'Amour. L'auteur reproche aux Muses leur ingratitude et leur incapacité à inspirer réellement les poètes. Il souligne que nombreux sont ceux qui, attirés par la promesse d'immortalité des Muses, ont fini par être méprisés et isolés, souvent qualifiés de fous ou de parasites. En conséquence, l'auteur décide de ne plus leur rendre hommage et de se consacrer à d'autres sources d'inspiration. Il se contentera de relater objectivement les œuvres littéraires sans y participer activement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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72
p. 17-19
« Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...] »
Début :
Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...]
Mots clefs :
Vin, Muses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...] »
Applaudiſſez- vous maintenant
, Muſes , applaudifſez-
vous des homages nouveauxque
cetteSapho vient
de vous rendre. Pour moy,
ſi je prends part , commeje
le dois , au bonheur de la
paix , qui eſt dans ces vers
l'objet de vôtre allegreffe ,
je n'en prends point àvôtre
gloire ; elle eſt vaine , & ce
n'eſt pas à vous qu'eſt dû
l'honneurde les avoir fairs.
Enfin mon voeu ſubſiſte toû.
jours , &je retourne inceſ
ſamment au penchant qui
m'entraîne. Mais voici à
Νου. 1714. B
18 MERCURE
preſent bien d'autres affaires
; comment concilieraije
des interêts ſi difficiles à
accorder ? & par quel art
trouverai-je enfin le ſecret
de ne pas faire des jaloux ?
Je me souviens heureuſement
, au milieu de mon
embarras , d'une vieille
chanſon , qui va me ſervir
àpropos pour me tirer du
mauvais pas où je ſuis.
Le vin ſans l'amour ne sçauroit
plaire ,
1
L'amourfans le vin n'est que
langueus :
GALANT. 19
Mais quand ilsfont unis, l'a
irme la plus fevere
Ne peut se refuser leur charmante
douceur.
Cela étant , procedons
maintenant à unir ces deux
Divinitez , &que l'hiſtoire
qu'on va lire foit , ſi nous
pouvons , une preuve des
charmes de leur union .
, Muſes , applaudifſez-
vous des homages nouveauxque
cetteSapho vient
de vous rendre. Pour moy,
ſi je prends part , commeje
le dois , au bonheur de la
paix , qui eſt dans ces vers
l'objet de vôtre allegreffe ,
je n'en prends point àvôtre
gloire ; elle eſt vaine , & ce
n'eſt pas à vous qu'eſt dû
l'honneurde les avoir fairs.
Enfin mon voeu ſubſiſte toû.
jours , &je retourne inceſ
ſamment au penchant qui
m'entraîne. Mais voici à
Νου. 1714. B
18 MERCURE
preſent bien d'autres affaires
; comment concilieraije
des interêts ſi difficiles à
accorder ? & par quel art
trouverai-je enfin le ſecret
de ne pas faire des jaloux ?
Je me souviens heureuſement
, au milieu de mon
embarras , d'une vieille
chanſon , qui va me ſervir
àpropos pour me tirer du
mauvais pas où je ſuis.
Le vin ſans l'amour ne sçauroit
plaire ,
1
L'amourfans le vin n'est que
langueus :
GALANT. 19
Mais quand ilsfont unis, l'a
irme la plus fevere
Ne peut se refuser leur charmante
douceur.
Cela étant , procedons
maintenant à unir ces deux
Divinitez , &que l'hiſtoire
qu'on va lire foit , ſi nous
pouvons , une preuve des
charmes de leur union .
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Résumé : « Applaudissez-vous maintenant, Muses, applaudissez-vous des homages nouveaux que [...] »
L'auteur commence par invoquer les Muses et célèbre les hommages rendus par Sappho. Il exprime sa joie pour la paix, tout en précisant que cette gloire ne lui appartient pas. Il évoque ensuite des préoccupations liées à des affaires complexes et à la difficulté de concilier des intérêts divergents sans susciter de jalousie. Pour résoudre ce dilemme, il se remémore une ancienne chanson qui met en avant l'harmonie entre le vin et l'amour. Cette chanson souligne que ni le vin sans l'amour, ni l'amour sans le vin ne sont entièrement satisfaisants, mais que leur union procure une douce félicité. L'auteur décide alors de raconter une histoire illustrant les charmes de cette union.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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73
p. 65-68
« Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Début :
Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...]
Mots clefs :
Histoire, Amour, Censeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Les cenſeurs me reprocheront
, s'ils veulent, qu'il
y a peu de vraiſemblance
dans cette hiſtoire , & qu'il
y a trop de raiſonnemens
de ma part. Je leur répon
drai à cela , que je me ſuis
crû obligé de raiſonner
comme j'ai fait , au défaut
des évenemens , que je n'ai
Νου. 1714. F
i
66 MERCURE
pas jugé à propos d'ajoûter
à la verité des chofes , que
j'ai appriſes de Madame
Spith , qui eſt à preſent à
Paris,&qui m'a conté ellemême
toutes ces circonf
tances de fon mariage.
Or , tout bien conſideré
maintenant , vous remarquerez
donc, s'il vous plaît,
Meſſieurs , que ſans le ſecours
infigne de Bacchus ,
qui ſe rendit le Dieu tutelaire
des principaux perſonnages
de cette grande
& veritable hiſtoire , l'Amour,
le ſeul Amour auroit
1
GALANT. 67
filé des années entieres des
hymens de cette confequence
; ce qui eût été fort
préjudiciable à nôtre gnereux
Chevalier, qui n'auroit
ſans doute eu ni le loifir
, ni le pouvoir d'attendre
filong- temps. Ge prodigieux
délai m'auroit jetté
moy-même dans la neceffité
d'allonger ce chapitre
du reſte des incidens , que
des conjonctures facheuſes
auroient peut être multiopliez
à l'infini. Vous vous
feriez ennuyez de les lire ,
moy de les écrire , & cela
Fij
68 MERCURE
auroit trop abregé le reſte
des intereſſantes matieres
dont le volume de ce mois
doit être rempli.is
Mais j'ai encore une hif
toire à vous conter.
, s'ils veulent, qu'il
y a peu de vraiſemblance
dans cette hiſtoire , & qu'il
y a trop de raiſonnemens
de ma part. Je leur répon
drai à cela , que je me ſuis
crû obligé de raiſonner
comme j'ai fait , au défaut
des évenemens , que je n'ai
Νου. 1714. F
i
66 MERCURE
pas jugé à propos d'ajoûter
à la verité des chofes , que
j'ai appriſes de Madame
Spith , qui eſt à preſent à
Paris,&qui m'a conté ellemême
toutes ces circonf
tances de fon mariage.
Or , tout bien conſideré
maintenant , vous remarquerez
donc, s'il vous plaît,
Meſſieurs , que ſans le ſecours
infigne de Bacchus ,
qui ſe rendit le Dieu tutelaire
des principaux perſonnages
de cette grande
& veritable hiſtoire , l'Amour,
le ſeul Amour auroit
1
GALANT. 67
filé des années entieres des
hymens de cette confequence
; ce qui eût été fort
préjudiciable à nôtre gnereux
Chevalier, qui n'auroit
ſans doute eu ni le loifir
, ni le pouvoir d'attendre
filong- temps. Ge prodigieux
délai m'auroit jetté
moy-même dans la neceffité
d'allonger ce chapitre
du reſte des incidens , que
des conjonctures facheuſes
auroient peut être multiopliez
à l'infini. Vous vous
feriez ennuyez de les lire ,
moy de les écrire , & cela
Fij
68 MERCURE
auroit trop abregé le reſte
des intereſſantes matieres
dont le volume de ce mois
doit être rempli.is
Mais j'ai encore une hif
toire à vous conter.
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Résumé : « Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Le texte défend la vraisemblance de l'histoire narrée face à des critiques potentielles, en justifiant les raisonnements personnels par l'absence d'événements suffisants. L'auteur se base sur les récits de Madame Spith, actuellement à Paris, qui lui a relaté les circonstances de son mariage. Il met en avant le rôle crucial du dieu Bacchus, dont l'intervention a empêché l'Amour de prolonger les unions, ce qui aurait nui au chevalier mentionné et alourdi le récit. Une prolongation aurait également ajouté de nombreux incidents, rendant le récit ennuyeux et limitant l'espace pour d'autres sujets prévus dans le volume mensuel. L'auteur conclut en mentionnant qu'il a une autre histoire à raconter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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74
p. 80-81
« Je raisonnerois volontiers là-dessus, si je n'aimois pas [...] »
Début :
Je raisonnerois volontiers là-dessus, si je n'aimois pas [...]
Mots clefs :
Nouvelles universelles, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je raisonnerois volontiers là-dessus, si je n'aimois pas [...] »
Je raiſonnerois volontiers
là- deſſus , fi je n'aimois pas
mieux laiffer ce foin à de
plus habiles gens que moy.
D'ailleurs , je craindrois
GALANT. SE
1
qu'on ne s'avisât de dire
que je cherche à me dé
dommager, par une foule
de raiſonnemens de ma
façon , de la difette des
nouvelles univerfelles ,&
que je remplis mon livre
de mes reflexions.Quoique
je ne m'apperçoive pas qu'-
elles ayent juſqu'à preſent
ennuyé mes lecteurs , prévenons
en neanmoins l'inconvenient
, & paſſons à
d'autres articles .
là- deſſus , fi je n'aimois pas
mieux laiffer ce foin à de
plus habiles gens que moy.
D'ailleurs , je craindrois
GALANT. SE
1
qu'on ne s'avisât de dire
que je cherche à me dé
dommager, par une foule
de raiſonnemens de ma
façon , de la difette des
nouvelles univerfelles ,&
que je remplis mon livre
de mes reflexions.Quoique
je ne m'apperçoive pas qu'-
elles ayent juſqu'à preſent
ennuyé mes lecteurs , prévenons
en neanmoins l'inconvenient
, & paſſons à
d'autres articles .
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Résumé : « Je raisonnerois volontiers là-dessus, si je n'aimois pas [...] »
L'auteur préfère déléguer les sujets complexes à des experts, craignant que ses réflexions personnelles ne soient vues comme une compensation au manque de nouvelles universelles. Il assure n'avoir pas ennuyé ses lecteurs mais change de sujet pour éviter tout désagrément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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75
p. 104-105
« En voila déja trois, Messieurs, en est-ce trop ? n'en [...] »
Début :
En voila déja trois, Messieurs, en est-ce trop ? n'en [...]
Mots clefs :
Mois de novembre, Ouvrage, Hasard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En voila déja trois, Messieurs, en est-ce trop ? n'en [...] »
En voila déja trois , Mefſieurs
, en est- ce trop ?n'en
eft- ce pas affez ? Mais je ſuis
encore plaifant de vous
confulter là- deſſus , comme
ſi vous pouviez prévoir mes
caprices , ou mes deſſeins ,
ou plûtôt comme s'il ne tenoit
qu'àmoyde me regler
fur vos avis . C'eſt une erreur
, tous vos conſeils ne
peuvent me ſervir de rien ,
&mon ouvrage ( quoy qu'
GALANT.
105
infortuné ) eſt abſolument
un enfant du hazard on de
la fortune. J'attens tranquilement
que les jours &
les nuits ſe multiplient ,
pour vous raconter leurs
avantures. Le mois de Novembre
m'a fait plus de
confidences que les autres ;
tant pis,ou tant mieux pour
vous. Voici à bon compte ,
&par reconoiſſance , l'hiftoire
de fon origine.
, en est- ce trop ?n'en
eft- ce pas affez ? Mais je ſuis
encore plaifant de vous
confulter là- deſſus , comme
ſi vous pouviez prévoir mes
caprices , ou mes deſſeins ,
ou plûtôt comme s'il ne tenoit
qu'àmoyde me regler
fur vos avis . C'eſt une erreur
, tous vos conſeils ne
peuvent me ſervir de rien ,
&mon ouvrage ( quoy qu'
GALANT.
105
infortuné ) eſt abſolument
un enfant du hazard on de
la fortune. J'attens tranquilement
que les jours &
les nuits ſe multiplient ,
pour vous raconter leurs
avantures. Le mois de Novembre
m'a fait plus de
confidences que les autres ;
tant pis,ou tant mieux pour
vous. Voici à bon compte ,
&par reconoiſſance , l'hiftoire
de fon origine.
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Résumé : « En voila déja trois, Messieurs, en est-ce trop ? n'en [...] »
Un narrateur discute de la création de son œuvre, affirmant son indépendance vis-à-vis des conseils extérieurs. Il attribue son travail au hasard ou à la fortune et attend patiemment pour partager ses aventures. Novembre lui a révélé plus de secrets que les autres mois. En reconnaissance, il offre l'histoire de l'origine de novembre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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76
p. 109
« Voyons maintenant à quoy nous menera cette Dissertation mithologique, à [...] »
Début :
Voyons maintenant à quoy nous menera cette Dissertation mithologique, à [...]
Mots clefs :
Dissertation mythologique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voyons maintenant à quoy nous menera cette Dissertation mithologique, à [...] »
Voyons maintenant à
quoy nous menera cette
Differtationmithologique ,
àvous faire part, Meſſieurs,
de l'hiſtoire nouvelle de ce
mois , aprés vous en avoir
donné l'ancienne.
quoy nous menera cette
Differtationmithologique ,
àvous faire part, Meſſieurs,
de l'hiſtoire nouvelle de ce
mois , aprés vous en avoir
donné l'ancienne.
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77
p. 169-170
« Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...] »
Début :
Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...]
Mots clefs :
Transition, Lecteurs, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...] »
Il importe peu à l'Auteur
de ce Journal que la piece
qu'on va lire ſoit liée ou non,
avec celle qui la precede : elle
n'a pas beſoin du fecours d'u
ne tranſition pour eſtre annoncée
, les Lecteurs le difpenſeroient
même d'en faire ,
s'il en avoit toûjours de pareilles
à leur donner. Mademoiſelle
* * qui a faite cellecy
,& qui n'a pas une bonne
raiſon pour ne vouloir pas
eſtre nommée , s'eſt contentée
de ne pas s'oppofer à l'impreſſion
de ſon Ouvrage. Je
vous affeure que le Mercure
Novembre 1714. P
170 MERCURE
Galant neferoit pas ſi modeſte
qu'elle , s'il en estoit l'Auteur,
& qu'il ne balanceroit pas à
mettre fon nom à la place de
ces deux étoiles.
de ce Journal que la piece
qu'on va lire ſoit liée ou non,
avec celle qui la precede : elle
n'a pas beſoin du fecours d'u
ne tranſition pour eſtre annoncée
, les Lecteurs le difpenſeroient
même d'en faire ,
s'il en avoit toûjours de pareilles
à leur donner. Mademoiſelle
* * qui a faite cellecy
,& qui n'a pas une bonne
raiſon pour ne vouloir pas
eſtre nommée , s'eſt contentée
de ne pas s'oppofer à l'impreſſion
de ſon Ouvrage. Je
vous affeure que le Mercure
Novembre 1714. P
170 MERCURE
Galant neferoit pas ſi modeſte
qu'elle , s'il en estoit l'Auteur,
& qu'il ne balanceroit pas à
mettre fon nom à la place de
ces deux étoiles.
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Résumé : « Il importe peu à l'Auteur de ce Journal que la piece [...] »
Une pièce anonyme, datée de novembre 1714, est publiée dans un journal. L'éditeur assure qu'elle est autonome et peut être lue indépendamment des précédentes. L'auteur, nommé 'Mademoiselle', n'a pas refusé sa publication. Le rédacteur du Mercure Galant exprime qu'il publierait son nom s'il en était l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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78
p. 208
« Vous approuverez sans doute, Messieurs, qu'on vous donne aprés [...] »
Début :
Vous approuverez sans doute, Messieurs, qu'on vous donne aprés [...]
Mots clefs :
Fête, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous approuverez sans doute, Messieurs, qu'on vous donne aprés [...] »
Vous approuverez ſans
doute , Meſſieurs
د qu'on
vous donne aprés une critique
fur legoût , la Relation d'une
fette qui a eſté faite à Marſeille
pour la Reine d'Eſpagne ,
par M. Arnoul Conſeiller du
Roy en les Conſeils , Intendant
des Galeres &du Commerce
, & vous vous étonnerez
affurement qu'on puiffe
imaginer & executer en auffi
peu de temps qu'il en a cû
une feſte ſi noble , fi galante ,
& d'un ſi bon goût.
doute , Meſſieurs
د qu'on
vous donne aprés une critique
fur legoût , la Relation d'une
fette qui a eſté faite à Marſeille
pour la Reine d'Eſpagne ,
par M. Arnoul Conſeiller du
Roy en les Conſeils , Intendant
des Galeres &du Commerce
, & vous vous étonnerez
affurement qu'on puiffe
imaginer & executer en auffi
peu de temps qu'il en a cû
une feſte ſi noble , fi galante ,
& d'un ſi bon goût.
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79
p. 277-278
« On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...] »
Début :
On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...]
Mots clefs :
Ambassadeur de Perse, Marseille, Sérail de Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On vient d'apprendre dans la Relation precedente l'arrivée [...] »
On vient d'apprendre dans
la Relation precedente l'arrivée
d'un Chaoux du Grand-
Seigneur , & d'un Ambaffadeur
de Perſe à Marseille,dont
ou
278 MERCURE
l'un eft retourné à la Porte ,&
l'autre eſt ſur le point de ſe
rendre icy ; en attendant fa
perfonne ,&des nouvelles de
fon pays , jevais vous donner,
Meſſicurs , la plus fraiche &
la meilleuredeſcription qu'on
ait jamais receu du Serrail de
Conſtantinople.
la Relation precedente l'arrivée
d'un Chaoux du Grand-
Seigneur , & d'un Ambaffadeur
de Perſe à Marseille,dont
ou
278 MERCURE
l'un eft retourné à la Porte ,&
l'autre eſt ſur le point de ſe
rendre icy ; en attendant fa
perfonne ,&des nouvelles de
fon pays , jevais vous donner,
Meſſicurs , la plus fraiche &
la meilleuredeſcription qu'on
ait jamais receu du Serrail de
Conſtantinople.
Fermer
80
p. 315-316
« Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...] »
Début :
Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...]
Mots clefs :
Voyage, Dardanelles, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Revenons, s'il vous plaist, Messieurs, le plus vîte que [...] »
Revenons , s'il vous plaiſt ,
Meſſieurs , le plus vite que
nous pourrons des Dardannelles
, icy , & voyons ce qui
s'y eſt paſſe pendant noſtro
Dd ij
316 MERCURE
voyage.Je trouve d'abord une
foule d'accidents tres- ſerieux
que je voudrois me difpenfer
deraconter , ſi je ne craignois
pas de derober par mon filence
le moindre hommage qui
foit dû à la memoire des morts
Meſſieurs , le plus vite que
nous pourrons des Dardannelles
, icy , & voyons ce qui
s'y eſt paſſe pendant noſtro
Dd ij
316 MERCURE
voyage.Je trouve d'abord une
foule d'accidents tres- ſerieux
que je voudrois me difpenfer
deraconter , ſi je ne craignois
pas de derober par mon filence
le moindre hommage qui
foit dû à la memoire des morts
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81
p. 331
« Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...] »
Début :
Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...]
Mots clefs :
Morts, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Songeons maintenant, Messieurs, à nous dédommager de l'article des [...] »
Songeons maintenant ,
Meffieurs , à nous dédommager
de l'articledes morts par
ecluy des Mariages.
Meffieurs , à nous dédommager
de l'articledes morts par
ecluy des Mariages.
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82
p. 333-337
« Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Début :
Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...]
Mots clefs :
Généalogies, Poésie, Mercure galant, Livre
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texteReconnaissance textuelle : « Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Ilya , je croy , déja filongtemps
que je vous ennuye ,
Meffieurs , de la longueur de
mes defcriptions ſerieuſes ,&
de mes Genealogies , que je
m'imagine vous voir à tout
moment bailler , & me demander
impitoyablement, où
sit donc cette belle piece de
۱
334 MERCURE
Vers qui devroit ettre dans le
Mercure ; où eft cette critique
de la Tragedie de Mahomet ,
où ſont ces Enigmes & cette
Chanſon que vous nous devez
; faut- il avoir la patience:
de lire preſque tout voſtre Livre,
avant d'arriver-là Croyez
vous que quelques veritez que
vous dites en paſſant aux Auteurs
du Vert Galant & du
Journal de Verdun , vous acquittent
envers nous du plai
fir que nous exigeons de la
lecture de voſtre Livre. Et ....
treve de reproches, Meſſieurs,
&daignez m'écouter encore
GALANT. 335
un moment. N'exigez rien de
moy , & je vous donneray
plus que vous ne me deman
derez. Cependant faites moy
grace , & diſpenſez moy de
vous donner ce mois cy, cette
indiſpenſable piece de Poëfis
que je devrois avoir. Je ne
pourchaſſe point lesCandidatsd'Apollon
, je ne fuis point
initié dans les ſecrets myſteres
des Amants des Nouf Soeurs ,
& toutes les avenues du Parnaſſe
ſontgardées pardesDragons
qui m'en deffendent l'entrée.
Mais laiſſez moy faire
& avant le jour des Rois , je
336 MERCURE
€
vous promets de vous donner
autant & plus de jolies Poëfies
que vous n'en pourrez lire;j'ajouteray
à cela l'éloge ou la
critique de la TragediedeMahomet
, dont la premiere repreſentation
n'a pas eſté favo
rabie à fon Auteur ; en attendantque
je vous tienneparole,
recevez de beau petit Bouquet
dont jene ſçay pas l'hiſtoire
, ce que je peu vous en
dire , c'eſt que je l'ay derobé
à une fort jolie perſonne ,
pour m'en faire honneur dans
une Lettre que j'ay pris la liberté
d'écrire au doux objet
de
{ GALANT. 337
demes voeux , & à voſtre confideration
, Meſdemoiselles ,
j'en pare aujourd'huy mon
Mercure Galant,
que je vous ennuye ,
Meffieurs , de la longueur de
mes defcriptions ſerieuſes ,&
de mes Genealogies , que je
m'imagine vous voir à tout
moment bailler , & me demander
impitoyablement, où
sit donc cette belle piece de
۱
334 MERCURE
Vers qui devroit ettre dans le
Mercure ; où eft cette critique
de la Tragedie de Mahomet ,
où ſont ces Enigmes & cette
Chanſon que vous nous devez
; faut- il avoir la patience:
de lire preſque tout voſtre Livre,
avant d'arriver-là Croyez
vous que quelques veritez que
vous dites en paſſant aux Auteurs
du Vert Galant & du
Journal de Verdun , vous acquittent
envers nous du plai
fir que nous exigeons de la
lecture de voſtre Livre. Et ....
treve de reproches, Meſſieurs,
&daignez m'écouter encore
GALANT. 335
un moment. N'exigez rien de
moy , & je vous donneray
plus que vous ne me deman
derez. Cependant faites moy
grace , & diſpenſez moy de
vous donner ce mois cy, cette
indiſpenſable piece de Poëfis
que je devrois avoir. Je ne
pourchaſſe point lesCandidatsd'Apollon
, je ne fuis point
initié dans les ſecrets myſteres
des Amants des Nouf Soeurs ,
& toutes les avenues du Parnaſſe
ſontgardées pardesDragons
qui m'en deffendent l'entrée.
Mais laiſſez moy faire
& avant le jour des Rois , je
336 MERCURE
€
vous promets de vous donner
autant & plus de jolies Poëfies
que vous n'en pourrez lire;j'ajouteray
à cela l'éloge ou la
critique de la TragediedeMahomet
, dont la premiere repreſentation
n'a pas eſté favo
rabie à fon Auteur ; en attendantque
je vous tienneparole,
recevez de beau petit Bouquet
dont jene ſçay pas l'hiſtoire
, ce que je peu vous en
dire , c'eſt que je l'ay derobé
à une fort jolie perſonne ,
pour m'en faire honneur dans
une Lettre que j'ay pris la liberté
d'écrire au doux objet
de
{ GALANT. 337
demes voeux , & à voſtre confideration
, Meſdemoiselles ,
j'en pare aujourd'huy mon
Mercure Galant,
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Résumé : « Il y a, je croy, déjà si longtemps que je vous ennuye, [...] »
Dans une lettre adressée à des lecteurs, probablement du Mercure Galant, l'auteur exprime son inquiétude de les ennuyer avec des descriptions longues et des généalogies. Il anticipe leur impatience pour des contenus spécifiques tels qu'une critique de la tragédie 'Mahomet', des énigmes et une chanson promise. L'auteur reconnaît que certaines vérités mentionnées dans des passages sur les auteurs du 'Vert Galant' et du 'Journal de Verdun' ne suffisent pas à satisfaire l'attente des lecteurs pour des contenus plus divertissants. Il demande une pause dans les reproches et promet de fournir plus que ce que les lecteurs demandent. Il avoue ne pas être un poète accompli et se voit empêché d'accéder au Parnasse par des obstacles imaginaires. Cependant, il assure offrir avant le jour des Rois des poèmes agréables et la critique de 'Mahomet', dont la première représentation n'a pas été favorable à son auteur. En attendant, il partage un petit bouquet, volé à une jolie personne, destiné à l'objet de ses vœux et offert à la considération des demoiselles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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83
p. 338-345
Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Début :
Je serois en verité bien fâché, Mesdames, qu'il n'y eût dans [...]
Mots clefs :
Journal, Journaliste, Auteur du Mercure galant, Charles Dufresny, Comédiens, Pièces, Public, Mérite
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texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Je ſerois en verité bien fâché,
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
Mesdames , qu'il n'y eût dans
mon Journal , rien de Galant
pour vous , que le titre du Livre.
La methode de ceux qui l'ont
fait avant moy , n'eſt pas la mienne
, & je n'en reçois de perſonne
je m'attache ſeulement à
foutenir dans tout ce que j'écris ,
la legereté de mon caractere
comme ſi c'étoit une qualité recommandable
. Neanmoins quoiquevous
enpenſiez , je vous prie
d'eſtre perfuadées que je prefere
l'honneur de vous amufer quelquefois
, à la gloire de paffer
,
GALANT. 339
pour un Ecrivain trop fage , ou
trop fade.
t Chacun met ſon eſprit ſur le
pied qui luy plaiſt , & il n'eſt point
de ſi chetif Journaliſte qui ne s'imagine
être le Bayle ou le Banage
de ſon temps : Pour moy je
n'aſpire point à tant d'élevation,
&je ſuis ſeulement , je vous le
repete encore une fois , le veritableAuteur
du Mercure Galant , reconnoiſſable
toûjours& par tour,
par la fimplicité de mes exprefſions
badines,fans équivoques , &
ſouvent choiſies ſans étude , incapable
enfin de devenir plus ferieux
, à moins qu'il ne s'en preſente
malheureuſement quelquefois
des occafions comme celle-
су.
Je ne vous fais Juges ,Mefda-
Ffij
340 MERCURE
mes , de l'affaire que vous allez
lire , que parce qu'elle vous re
garde, au moins autant que nous ,
que parce qu'il y a une cabale
formée contre vos plaiſirs , que
parce que vous devez , en un mot ,
eſtre les premieres à demander
raiſon d'un pareil attentat.Voicy
le fait,
Il y a peu de joursque M. Du
freny , dont le Public a fi bien receu
les Amuſements ferieux &
comiques , l'Eſprit de contradic
tion , & tant d'autres jolies Pieces
, qu'il n'a pas beſoin du dé
tail de ſes bonnes qualitez pour
être eſtimé de tout le monde ; il
ya , dis - je , peu de jours qu'il
lût auxComediens aſſemblez une
Comedie nouvelle en cinq Actes
: cette Piece a pour titre : Les
)
GALANT 341 1
deux Veuves , ou le faux Damis :
chez les Princes , chez les Miniſtres
, chez les Particuliers ,à
la Cour , à la Ville , par tout elle
avoit , avant de leur être prefentée
, merité des milliers de fuffrages
; il l'avoit enfin corrigé ,
embelli , perfectionné autant
qu'il le pouvoit faire , lorſqu'il
pria ces Meſſieurs de daigner en
entendre la lecture . Ce qu'ils cu
rent labonté de luy accorder , en
prefence de pluſieurs témoins illuſtres.
En un mot la Comedie
de M. Dufreny firt lûë par luymême
; elle fût generalement applaudie
de tous ſes auditeurs , &
abfolument & fur le champ refufée
des Comediens .
Ils ſçavent mieux que les Auteurs
, diront leurs partiſans ,fe342
MERCURE
duits , diront- ils eux-mêmes , ce
qui convient au Theatre ,& ce
qui n'y convient pas. Oüy , mais
M. Dufreny leur apporte des caracteres
beaux & originaux qu'ils
devroient prendre la peine d'étudier
plus que d'autres , s'ils recevoient
ſa piece ; cela ſuffit pour
la proſcrire , d'ailleurs ils ſont
dans l'uſage de n'en plus vouloir
de ſa façon , & quelque merite
qu'ayent ſes Comedies , s'il falloitun
ordre ſuperieur pour les
leur faire recevoir , ils ne le refpecteroient
pas affez, pour ne les
pas faire tomber.Pourquoy donc
cette eſpece de République prétend-
elle decider au gré de ſes
paſſions ,des intereſts des particuliers
obligez de reconnoiſtre
ſon autorité , dans le centre de
:
GALANT. 334433
la premiere Monarchie du monde.
Ils n'ufurpent point noftrep
honneur , j'en conviens pilsn'attaquent
ni les biens , ni les perfonnes
, non ; mais c'eſt au bon
goût , auxyeux , à l'efprit & aux
coeurs qu'ils attentent.
On a l'indulgence de ſouffrir
que les Feſtes du Cours & le
VertGalant occupent la Scene ,
en dépit du Public , autant qu'il,
plaît à leurAuteur ,&debonnes
pieces , qu'un tel paralelle deshonoreroit
, ne font point receuës
, parce qu'il ne plaiſt pas à
cemême Auteur de les recevoir;
mais il ne faut pas s'étonner de
fon pouvoir quoyqu'il y en air
beaucoup parmi les Comediens
qui ne penſent pas comme luy
il eſt cependant l'ame de cette
Ffm
344 MERCURE
Compagnie , qu'il foumer , com
me nous , à ſes deciſions. J'en
connois entre eux,pluſieurs d'un
merite diſtingué dans leur eſpece,
je les nommerois même ſi j'avois
icybeſoin de leur nom , &
s'ils foutenoient mieux qu'ils ne
font, le parti de leur égalité.
: Vous venez de lire, Meſdames,
dequoy il s'agit ,& fur quoydoivent
maintenant rouler vos plaintes;
oppoſez-vous donc , s'il vous
plaiſt , à ce pernicieux établiſſement
de l'Empire des Comediens
; finon , l'Eloquence & la
Poëfie , le Cothurne& le Brodequin
qui vous ont tant de fois
fait rire & pleurer , vont deformais
dependre entierement de
leurs caprices , & nous faire pitié
: refufez enfin vos fuffrages
GALANT . 345.
aux mauvaiſes Pieces , & empêchez
, autant que vous le pourrez
, qu'on ne ſupprime lesbonnes.
Je ne doute pas que ceux qui
m'obligent à leur rendre tant de
justice , ne mettent tout en ufage
, pour me faire ôter,s'ils peuvent
, la liberté de leur parler ſi
naturellement;mais je ne ſuis pas
encore affez audacieux , pour
meriter qu'on me l'ôre , ni affez
timide , pour le craindre.
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Résumé : Discours où l'Auteur le prend vrayment sur un ton fort serieux. [titre d'après la table]
Dans un extrait du 'Mercure Galant', l'auteur s'adresse à ses lectrices en exprimant son regret de ne pas pouvoir offrir davantage de contenu galant. Il précise que sa méthode diffère de celle de ses prédécesseurs, privilégiant la légèreté et la simplicité dans son écriture. Il se présente comme le véritable auteur du 'Mercure Galant', reconnaissable par la simplicité et la franchise de ses expressions. L'auteur aborde ensuite une affaire concernant M. Dufreny, un dramaturge reconnu pour ses œuvres sérieuses et comiques. Dufreny a présenté sa nouvelle comédie 'Les deux Veuves, ou le faux Damis' aux comédiens, qui l'ont refusée malgré les éloges reçus précédemment. Les comédiens ont justifié leur décision par des raisons subjectives et une aversion pour le style de Dufreny. L'auteur critique cette attitude, soulignant que les comédiens usurpent le goût du public et imposent leurs décisions arbitraires. Il appelle les lectrices à s'opposer à cette situation et à soutenir les bonnes pièces, refusant ainsi de cautionner les mauvaises. Enfin, l'auteur affirme qu'il continuera à exprimer librement ses opinions, malgré les éventuelles pressions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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84
p. 345-346
« Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...] »
Début :
Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...]
Mots clefs :
Chanson, Déclamation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Au reste pardonnez-moy ce trait de declamation, & trouvez [...] »
Au reſte pardonnez - moy ce
trait de declamation , & trouvez
bon , Mesdames , que je ſubſtituë
à ce langage ferieux que l'intereſt
de tout le monde m'a fait
tenir,une petite Chanſon , dont
je ne ſçay pas l'âge , mais je ſçav
bien que la Muſique qui eſt d
4
346 MERCURE
M. Dubreüil , digne éleve du fa.
meux Lambert, eneſt tres-jolie.
trait de declamation , & trouvez
bon , Mesdames , que je ſubſtituë
à ce langage ferieux que l'intereſt
de tout le monde m'a fait
tenir,une petite Chanſon , dont
je ne ſçay pas l'âge , mais je ſçav
bien que la Muſique qui eſt d
4
346 MERCURE
M. Dubreüil , digne éleve du fa.
meux Lambert, eneſt tres-jolie.
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85
p. 346-349
« J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
Début :
J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...]
Mots clefs :
Énigmes, Auteurs, Air
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
Jay beau feüilleter tous les
Memoires que j'ay receus ce
mois cy , pour y chercher quelque
choſe qui merite de vous
GALANT. 347
eftre offert , je n'y trouve riende
plus amufant qu'une douzaine de
mauvaiſes Enigmes dont on m'a
fait preſent. J'enrage de lapeine
qu'elles ont coutée à leurs Auteurs
,&de la neceſſité où elles
me reduiſent d'en fairemoy-même,
Il y a cependant quelques
jours que j'en ay mis à part une
qui me paroîtbonne , & qui l'eſt
en effet. Vous en allez juger ,
Meſdames , aprés que je vous au
ray fait confidence du mot de
celles du mois paſſe,&des noms
de ceux qui les ont deviné. Le
mot de la premiere eſt l'Air , &
de la ſeconde , l'Enigme. Ceux
qui les ont deviné font , laBelle
des belles , la Fée Caraboche ,
l'Inconnu , la ſceoeur du Maiſtrea
Ferlu , la petite faiſeuſe de four-
>
348 MERCURE
cis deHanneton , l'Infante Fan
chon , Dulcinea Mia , le Solitaire
Quemine , la précieuſe ridicule ,
l'Amant timide , & l'heureux. in
difcret.
J'ay eu l'honneur de vous
dire tres- ſerieuſement dans mon
dernier Journal que M. Dumoulin
m'avoit donné ſous le ſceau
du ſecret , les deux Enigmes
que vous y avez vûës .M. Anceau
qui apparamment ne les a pas
trouvées meilleures que moy ,
m'a envoyé ce petit Madrigal
pour leur Auteur..
Pour faire une Enigme parfaite,
Quiplaiſe autant qu'elle inquiete,
Il nefaut pas un esprit fot.
Les tiennes , Dumoulin n'ont rien
qui ne me choque :
L'une paroît , l'Air la juffoque ,
L'autre trop- tôt m'offre le mot.
GALANT . 349
Je ne doute point que la
guerre ne ſe declare entre ces
Meſſieurs ; mais c'eſt leur affaire :
Memoires que j'ay receus ce
mois cy , pour y chercher quelque
choſe qui merite de vous
GALANT. 347
eftre offert , je n'y trouve riende
plus amufant qu'une douzaine de
mauvaiſes Enigmes dont on m'a
fait preſent. J'enrage de lapeine
qu'elles ont coutée à leurs Auteurs
,&de la neceſſité où elles
me reduiſent d'en fairemoy-même,
Il y a cependant quelques
jours que j'en ay mis à part une
qui me paroîtbonne , & qui l'eſt
en effet. Vous en allez juger ,
Meſdames , aprés que je vous au
ray fait confidence du mot de
celles du mois paſſe,&des noms
de ceux qui les ont deviné. Le
mot de la premiere eſt l'Air , &
de la ſeconde , l'Enigme. Ceux
qui les ont deviné font , laBelle
des belles , la Fée Caraboche ,
l'Inconnu , la ſceoeur du Maiſtrea
Ferlu , la petite faiſeuſe de four-
>
348 MERCURE
cis deHanneton , l'Infante Fan
chon , Dulcinea Mia , le Solitaire
Quemine , la précieuſe ridicule ,
l'Amant timide , & l'heureux. in
difcret.
J'ay eu l'honneur de vous
dire tres- ſerieuſement dans mon
dernier Journal que M. Dumoulin
m'avoit donné ſous le ſceau
du ſecret , les deux Enigmes
que vous y avez vûës .M. Anceau
qui apparamment ne les a pas
trouvées meilleures que moy ,
m'a envoyé ce petit Madrigal
pour leur Auteur..
Pour faire une Enigme parfaite,
Quiplaiſe autant qu'elle inquiete,
Il nefaut pas un esprit fot.
Les tiennes , Dumoulin n'ont rien
qui ne me choque :
L'une paroît , l'Air la juffoque ,
L'autre trop- tôt m'offre le mot.
GALANT . 349
Je ne doute point que la
guerre ne ſe declare entre ces
Meſſieurs ; mais c'eſt leur affaire :
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Résumé : « J'ay beau feüilleter tous les Memoires que j'ay receus ce [...] »
L'auteur exprime sa déception concernant la qualité des énigmes récemment reçues, excepté une qu'il trouve bonne. Il révèle les solutions des énigmes du mois précédent et les noms des personnes ayant réussi à les résoudre, notamment 'la Belle des belles', 'la Fée Caraboche' et 'le Solitaire Quemine'. Auparavant, M. Dumoulin avait confié deux énigmes secrètement à l'auteur. M. Anceau, mécontent de ces énigmes, a envoyé un madrigal critique à leur auteur, pointant leurs défauts. L'auteur prévoit une possible querelle entre les parties impliquées, mais affirme que cela ne le concerne pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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86
p. 351-352
« Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Début :
Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...]
Mots clefs :
Journal, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous croy pas fort curieuses du reste des pieces qui [...] »
Je ne vous croy pas fort curieuſes
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
du reſte des pieces qui
doivent entrer dans ce Journal ,
352 MERGURE
ainſi je vous prie de me permettrede
vous annoncer que je ſuis
avec un tres-profond reſpect ,
Meſdames , Voſtre tres humble
& tres- obéiflant ferviteur ,
Mercure.
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87
p. 352-353
OMISSION.
Début :
J'ay oublié, & je ne sçay comme cela s'est fait, à parler [...]
Mots clefs :
Bénéfices, Baptême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OMISSION.
COMISSION.
J'ay oublié , & je ne ſçay
commecela s'eſt fait , à parler
des dons que Sa Majefté a faits
le31. dumoisdernier: elle donna
l'Abbaye de Saint Taurin à M.
l'Eveſque d'Evreux ; celle de S.
Savin à M. lAbbé de Cardaillac;
celle de Doüé auPere Robert de
Villers; celle de Canigou à Dom
Elamby , celle de S. Julien de
Dijon à la Dame de Buſſy-Rabutin
, & la Coadjutorerie de
Blangis à Dom Doye.
Je parleray davantage le mois
prochain
GALANT. 353
prochain de ces Benefices &
de ceux qui les ont receus ,
& je donneray en même temps
un extrait de la Ceremonie du
Baptême de Mademoiselle la
Marquiſe de Tavannes preſentée
à Dijon fur les Fonds , à lâge de
dix ans , de laquelle S. A. E.
Mouſeigneur le Duc de Baviere
a été le Parrain , & S. A. S.
Madame la Ducheſſe de VendofumeMarraine
, le 17. du mois
paffé.
J'ay oublié , & je ne ſçay
commecela s'eſt fait , à parler
des dons que Sa Majefté a faits
le31. dumoisdernier: elle donna
l'Abbaye de Saint Taurin à M.
l'Eveſque d'Evreux ; celle de S.
Savin à M. lAbbé de Cardaillac;
celle de Doüé auPere Robert de
Villers; celle de Canigou à Dom
Elamby , celle de S. Julien de
Dijon à la Dame de Buſſy-Rabutin
, & la Coadjutorerie de
Blangis à Dom Doye.
Je parleray davantage le mois
prochain
GALANT. 353
prochain de ces Benefices &
de ceux qui les ont receus ,
& je donneray en même temps
un extrait de la Ceremonie du
Baptême de Mademoiselle la
Marquiſe de Tavannes preſentée
à Dijon fur les Fonds , à lâge de
dix ans , de laquelle S. A. E.
Mouſeigneur le Duc de Baviere
a été le Parrain , & S. A. S.
Madame la Ducheſſe de VendofumeMarraine
, le 17. du mois
paffé.
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Résumé : OMISSION.
Le 31 du mois précédent, Sa Majesté a fait plusieurs dons d'abbayes : Saint Taurin à l'Évêque d'Évreux, Saint Savin à l'Abbé de Cardaillac, Doué au Père Robert de Villers, Canigou à Dom Elamby, et Saint Julien de Dijon à la Dame de Bussy-Rabutin. La Coadjutorerie de Blangis a été attribuée à Dom Doye. Le baptême de Mademoiselle la Marquise de Tavannes a eu lieu le 17 du mois passé, avec le Duc de Bavière comme parrain et la Duchesse de Vendôme comme marraine.
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88
p. 358
AVERTISSEMENT.
Début :
Est-ce que pour me ruiner tout de bon, que vous vous tuez le corps [...]
Mots clefs :
Poste
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Eſt-ce pour me ruiner tout de
bon , que vous vous tuez le corps
& l'eſprit àm'envoyer je ne fçay
combien de gros paquets remplis
d'inutilitez. Je ſuis malheu--
reuſement curieux , je les achete
, je les lis ,& je les brûlesmais
dorefnavant je vous affeure que
je ne perdray ni mon tems ni
mon argent à en payer le port ,
&que je laifferay à la Poſte tous
ceux qui ne feront pas affranchis.
Je vous recommande encore ,
Meffieurs , de me les envoyer le
plûtôt que vous pourrez , fi vous
voulez m'en voir faire l'uſage
qui leur conviendra,
Eſt-ce pour me ruiner tout de
bon , que vous vous tuez le corps
& l'eſprit àm'envoyer je ne fçay
combien de gros paquets remplis
d'inutilitez. Je ſuis malheu--
reuſement curieux , je les achete
, je les lis ,& je les brûlesmais
dorefnavant je vous affeure que
je ne perdray ni mon tems ni
mon argent à en payer le port ,
&que je laifferay à la Poſte tous
ceux qui ne feront pas affranchis.
Je vous recommande encore ,
Meffieurs , de me les envoyer le
plûtôt que vous pourrez , fi vous
voulez m'en voir faire l'uſage
qui leur conviendra,
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Résumé : AVERTISSEMENT.
L'auteur exprime son mécontentement face à la réception de nombreux paquets inutiles. Il achète, lit et brûle ces envois malgré leur manque d'utilité. Désormais, il refusera de payer le port pour les colis non affranchis, qu'il laissera à la poste. Il demande aux expéditeurs de lui envoyer les paquets rapidement pour un usage approprié.
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89
p. 3-7
Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
Début :
N'est-ce pas une chose étonnante, Messieurs, qu'on [...]
Mots clefs :
Auteurs, Journal de Verdun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
EST - CE pas une
choſe étonnante ,
Meſſieurs , qu'on
me faſſe ſans ceſſe tant d'objections
, que l'obligation
où je ſuis d'y répondre me
jette tous les mois dans la
neceſſité de faire des Prefaces
? Pourquoy vous a-
Dec. 1714. Aij
ILALL
4
MERCURE
charnez - vous , me dit on ,
avec tant de fureur ſur un
tas de miferables pieces
dont on a fatigué la Cour
& la ville pendant les fix
premiers mois de vôtre noviciat
? Les Auteurs vont ſe
déchaîner contre vous ;
Verdun va achever de ſe
rendre parfaitement ridicule
par les efforts d'éloquence
qu'il va faire pour
répondre pitoyablement
aux traits ſatyriques que
vous avez lancez ſur lui .
Lefecond Pere des Captifs ,
dont vous n'avez fait , di
L
GALANT.
5
tes- vous ingenûment , que
le quart de la critique , va
debiter contre vous un recüeil
d'Epigrammes qu'il
promet à tout le monde. Et
l'Auteur du Vert- Galant
va vous joüer ſur la ſcene
avec tant d'art & d'eſprit ,
que vous vous garderez
bien dorénavant de lui dif
puter la gloire du brodequin
, qu'il proteste ne ceder
àà Moliere , que parce qu'il est
venu avant lui. D'ailleurs il
faut que vous ſoyez bien
aveugle ſur vos propres interêts
, pour ne pas vous
A iij
6 MERCURE
imaginer les noms que ces
Meſſieurs vont vous donner
dans toutes les ruelles. Ils
vont dire de vous ce que
vous avez au moins dit
d'eux ; ils vont vous faire
paſſer pour un étourdi,pour
un temeraire : ilsvont , en
un mot , décrier vôtre perſonne
, vos moeurs & vôtre
livre. Je peux convenir avec
vous , Meffieurs , de ce raiſonnement
, fans être obligé
de convenir qu'ils ayent
raiſon, & c'eſt à vôtre équité
que je m'en rapporte. Je
ne connoiffois ni eux , ni
1
GALANT.
7
leurs ouvrages , quand j'ai
entrepris le grand rôle que
je joue àpreſeenntt..Vousmavez
appris vous- même à les
connoître : vous m'avez enfin
avoüé cent fois les uns
& les autres que vous achetiez
Verdun ſans ſçavoir
pourquoy , & que vous alliez
à ces dernieres Comedies
ſeulement par habitude.
J'ai été curieux, malgré
la foy que je devois ajoûter
à vos témoignages. J'ai lû
ce Journal de campagne ,
& je me ſuis ennuyé comme
vous à le lire.
choſe étonnante ,
Meſſieurs , qu'on
me faſſe ſans ceſſe tant d'objections
, que l'obligation
où je ſuis d'y répondre me
jette tous les mois dans la
neceſſité de faire des Prefaces
? Pourquoy vous a-
Dec. 1714. Aij
ILALL
4
MERCURE
charnez - vous , me dit on ,
avec tant de fureur ſur un
tas de miferables pieces
dont on a fatigué la Cour
& la ville pendant les fix
premiers mois de vôtre noviciat
? Les Auteurs vont ſe
déchaîner contre vous ;
Verdun va achever de ſe
rendre parfaitement ridicule
par les efforts d'éloquence
qu'il va faire pour
répondre pitoyablement
aux traits ſatyriques que
vous avez lancez ſur lui .
Lefecond Pere des Captifs ,
dont vous n'avez fait , di
L
GALANT.
5
tes- vous ingenûment , que
le quart de la critique , va
debiter contre vous un recüeil
d'Epigrammes qu'il
promet à tout le monde. Et
l'Auteur du Vert- Galant
va vous joüer ſur la ſcene
avec tant d'art & d'eſprit ,
que vous vous garderez
bien dorénavant de lui dif
puter la gloire du brodequin
, qu'il proteste ne ceder
àà Moliere , que parce qu'il est
venu avant lui. D'ailleurs il
faut que vous ſoyez bien
aveugle ſur vos propres interêts
, pour ne pas vous
A iij
6 MERCURE
imaginer les noms que ces
Meſſieurs vont vous donner
dans toutes les ruelles. Ils
vont dire de vous ce que
vous avez au moins dit
d'eux ; ils vont vous faire
paſſer pour un étourdi,pour
un temeraire : ilsvont , en
un mot , décrier vôtre perſonne
, vos moeurs & vôtre
livre. Je peux convenir avec
vous , Meffieurs , de ce raiſonnement
, fans être obligé
de convenir qu'ils ayent
raiſon, & c'eſt à vôtre équité
que je m'en rapporte. Je
ne connoiffois ni eux , ni
1
GALANT.
7
leurs ouvrages , quand j'ai
entrepris le grand rôle que
je joue àpreſeenntt..Vousmavez
appris vous- même à les
connoître : vous m'avez enfin
avoüé cent fois les uns
& les autres que vous achetiez
Verdun ſans ſçavoir
pourquoy , & que vous alliez
à ces dernieres Comedies
ſeulement par habitude.
J'ai été curieux, malgré
la foy que je devois ajoûter
à vos témoignages. J'ai lû
ce Journal de campagne ,
& je me ſuis ennuyé comme
vous à le lire.
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Résumé : Huitiéme Préface de l'Auteur, & pourquoy. [titre d'après la table]
En décembre 1714, l'auteur exprime son irritation face aux critiques et objections fréquentes qui le poussent à rédiger des préfaces. Il mentionne diverses attaques personnelles et littéraires dont il est victime. Verdun, un critique, tente vainement de répondre aux attaques satiriques de l'auteur. Le 'Père des Captifs' prépare un recueil d'épigrammes contre lui, et l'auteur du 'Vert-Galant' prévoit de le ridiculiser sur scène. L'auteur admet que ses détracteurs pourraient le dénigrer, mais il affirme ignorer leurs œuvres et avoir lu leur journal par simple curiosité, partageant leur ennui à sa lecture. Il conclut en notant que ses lecteurs achètent souvent des œuvres sans en connaître la valeur et assistent à des comédies par habitude.
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90
p. 9-14
« Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Début :
Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...]
Mots clefs :
Auteurs, Journal, Liberté, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Voila leurs étrennes.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
Mais vous Meſſieurs ,
qui riez de ce ce caprice ,
me garantirez - vous du refſentiment
de ces redoutables
Auteurs ? Oui aſſurément
, & vous vous y connoiſſez
tous trop bien, pour
ne pas me répondre de leur
docilité. Cependant , malgré
ces boutades legeres &
tres indifferentes , je ne
10 MERCURE
?
doute pas qu'il ne tienne
peut être aux gens que j'attaque
, de m'obliger à me
dédire de tout ce qui par
leur faute peut m'être échapé
de deſobligeant pour
cux. A Dieu ne plaiſe que
j'aye jamais fongé à les offenſer
; au contraire , j'ai
porté aux ſpectacles où
leurs pieces m'ont invité ,
un eſprit de douceur &
d'humanité, ſuſceptiblemême
de toutes les erreurs de
la complaiſance : mais vos
revoltes continuelles m'ont
ouvert les yeux , & vous
GALANT. II
m'avez enfin forcé d'a- 1
voüer que je m'y connoiffois
bien moins que vous.
En un mot , ce n'est qu'en
conſequence de vos fuffrages
que j'ai tâché de rendre
justice aux uns & aux autres.
Détrompez moy maintenant,
ſi vous pouvez , fur
l'idée que j'ai conçûë de
l'Opera de Telemaque. Les
paroles m'ent ont paru belles
, & la muſique, malgré
les pretenduës reſſemblan.
ces qu'ony a trouvées,m'en
a paru magnifique. Dé
12 MERCURE
trompez - moy , dis je , fur
cet article ; vous me verrez
auffitôt prêt à me ſoûmettre
à vos jugemens, s'il vous
plaît de ne pas ceſſer d'être
quitables. Enfin je vous ai
vũ , Meſſieurs , aux premierepreſentations
res de cet
Opera , & je vous jure que
je n'ai point écouté le penchant
naturel que j'ai à dire
du bien des Auteurs , pour
entendre alors vos ſuffrages
& vos applaudſſiemens avec
plaifir. Je ſuis preſque perfuadé
que Telemaque les
merite par plus d'une raiGALANT.
13
i
ſon ; je m'étendrai davan.
tage ſur ce ſujet dans un
autre endroit de ce Journal,
dont je vais,avec vôtre permiffion
, reprendre le ſtile
ordinaire , pour vous faire
part des matieres qui doivent
ſervir pendant le cours
de ce mois à le remplir.
L'obligation où eſt tout
homme qui ſe mêle d'écrire
, de conformer fon
-langage à la qualité des
choſes qu'il raconte , eft un
&
precepte pour moy ,
m'engage àchanger de ton
àmeſure que les évenemens
14 MERCURE
dont j'ai à parler changent
de nature.J'ai pourtant bien
du regret que cette loy
m'ôte la liberté de raiſonner
à ma mode , & qu'elle
me contraigne de chercher
des termes magnifiques
pour exprimer dignement
la tragique avanture que
yous allez lire.
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Résumé : « Voila leurs étrennes. Mais vous, Messieurs, qui riez de ce [...] »
Dans une lettre adressée à des lecteurs, l'auteur exprime ses préoccupations concernant les critiques potentielles de 'redoutables auteurs' qu'il aurait pu offenser involontairement. Il avoue avoir assisté à des représentations littéraires et théâtrales avec bienveillance et humanité, mais les réactions des auteurs l'ont amené à reconsidérer ses jugements. L'auteur apprécie particulièrement l'opéra 'Télémaque', louant ses paroles et sa musique, malgré certaines critiques. Il invite les lecteurs à le corriger s'ils estiment qu'il a tort et se déclare prêt à se soumettre à leurs avis. Enfin, il explique que, par obligation professionnelle, il doit adapter son style en fonction des sujets abordés, regrettant de ne pas pouvoir exprimer librement ses opinions.
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91
p. 108
« Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...] »
Début :
Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...]
Mots clefs :
Histoire, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy, Messieurs, qu'il est à propos de réveiller [...] »
Je croy , Meffieurs , qu'il
eſt à propos de réveiller
l'indolence où peut vous
avoir jettez la longueur de
l'hiſtoire que vous venez
de lire. Pour reüffir dans
ce deſſein , comme c'eft
mon intention , ſi les nouvelles
du temps vous amuſent
, lifez- les ; ſi elles vous
ennuyent , paffez - les.
eſt à propos de réveiller
l'indolence où peut vous
avoir jettez la longueur de
l'hiſtoire que vous venez
de lire. Pour reüffir dans
ce deſſein , comme c'eft
mon intention , ſi les nouvelles
du temps vous amuſent
, lifez- les ; ſi elles vous
ennuyent , paffez - les.
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92
p. 117
« Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...] »
Début :
Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...]
Mots clefs :
Devises, Barcelone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les matieres dont il est question dans ces Devises nous [...] »
Les matieres dont il eſt
queſtion dans ces Deviſes
nous menent inſenſiblement
aux nouvelles. Celles
de Barcelonne , dont il y
eſt plus parlé que des autres
, vont en commencer
l'article
queſtion dans ces Deviſes
nous menent inſenſiblement
aux nouvelles. Celles
de Barcelonne , dont il y
eſt plus parlé que des autres
, vont en commencer
l'article
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93
p. 169-171
Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Début :
Je cherche à profiter de tout, Messieurs, pour vous amuser [...]
Mots clefs :
Muses, Nouvelles étrangères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Je cherche à profiter de
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
tout , Meffieurs , pour vous
amuter ,&je ne refuſe aucune
des choſes ſingulieres qui
viennent àma connoiffance ,
des Pays Etrangers , du nôtre,
&de ceux des Lettres &de la
Galanterie. Il n'a tenu qu'à
vous de lire les Nouvelles
Etrangeres , celles de cePayscy
auront leur tour , voyons
donc maintenant , s'il vous
plaiſt , ce qui ſe paſſe dans ceuy
des Muſes.
Jene doute pas que le caquet
de ces babillardes n'ait depuis
long-temps étourdi vos oreil-
Decembre 1714. P
170 MERCURE
les , j'apprehende même que
ce que j'ay à vous conter de
leursdernieres affaires ne vous
ennuye , non par la qualité ,
mais par la quantité des choſes
que j'ay à vous en dire. Au
reſte la lecture de cette Hiſtoire
divertira ceux qui aiment
la Poëfie ,ceux qui ne l'aiment
pas , lapaſſeront. Voicy àbon
compte de quoy il s'agit .
On remet fur le tapis une
des plus jolies querelles du
ſiecle paſſe: on fait des Sonnets
à l'imitation de ceux qui furentfaits
pour la belle matineuſe
, quelques uns preten
GALANT. 178
dent que ceux des modernes
effacent ceux de Voiture & de
Malleville ; mais ceux qui con
fervent encore un précieux
ſouvenir des ouvrages de ce
temps-là , ſoutiennent qu'ils
n'en approchent pas.
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Résumé : Nouvelles de Paris. [titre d'après la table]
Le document est une introduction à une publication périodique de décembre 1714. L'auteur y annonce son intention de diffuser des nouvelles diverses, locales et étrangères, ainsi que des sujets littéraires et mondains. Bien que les lecteurs puissent déjà être informés par d'autres sources, l'auteur souhaite offrir des sujets intéressants. Il aborde également une controverse littéraire sur les sonnets. Certains jugent que les sonnets contemporains surpassent ceux de Voiture et Malleville, tandis que d'autres, nostalgiques des œuvres passées, estiment que les modernes ne les égalent pas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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94
p. 221
« Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Début :
Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...]
Mots clefs :
Vers, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pour vous, Messieurs, qui n'aimez pas les Vers, je vous [...] »
Pour vous , Meffieurs , qui
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
n'aimez pas les Vers , je vous
excepte du nombre de ceux
que cette Diflertation n'aura
pas ennuyé , & je m'imagine :
Qu'à preſent les Sonnets
vous ſortent par les yeux.
Mais d'uffiez vous bailler
juſqu'à demain, ou de dépit
envoyer promener le Mercure
& fon Auteur , j'ay encore
des Vers à vous donner , &
peut eſtre
encore d'autres
aprés ceux là.Préludons àbon
compre.
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95
p. 224-225
« Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...] »
Début :
Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...]
Mots clefs :
Poésie, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Puisque je suis entrain de vous parler de Poësie, approuvez [...] »
Puiſque je fuis entrain de
vous parler de Poëfie, approu .
vez,Meſſieurs,que je continuë
ce que j'ay à vous en dire , &
GALANT . 225
que je vous tienne du moins
parole au ſujet de l'Opera de
Telemaque , dont je vous ay
promis l'examen dans ma Préface.
vous parler de Poëfie, approu .
vez,Meſſieurs,que je continuë
ce que j'ay à vous en dire , &
GALANT . 225
que je vous tienne du moins
parole au ſujet de l'Opera de
Telemaque , dont je vous ay
promis l'examen dans ma Préface.
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96
p. 233-235
« Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...] »
Début :
Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...] »
Aprés la Critique & les
Eloges de la Muſique & de la
Poësie , dont je croy vous
avoir affez entretenu , permettez-
moy , Meffieurs , de
vous demander lamême indif
Decembre x714. V
234 MERCURE
,
ference ou plutoſt la même
attention pour le Chapitre des
morts que vous allez lire. Si
vous n'y trouvez pas ce langage
& cette liberté qui font
dans les autres , c'eſt parce que
jecroy qu'on nes'eſt fait une
loy raisonnable d'en parler
ferieuſement , que pour rendre
du moins aux morts ce
qui leur eſt dû , & que pour
diſpoſer l'eſprit du lecteur à
recevoir plus agréablement les
Pieces qui fuivent ordinairement
cet article. Tel a eſté ſije
je ne me trompe l'intention
du fondateurdu MercureGa
GALANT. 235
lant , fi non c'eſt la mienne.
Eloges de la Muſique & de la
Poësie , dont je croy vous
avoir affez entretenu , permettez-
moy , Meffieurs , de
vous demander lamême indif
Decembre x714. V
234 MERCURE
,
ference ou plutoſt la même
attention pour le Chapitre des
morts que vous allez lire. Si
vous n'y trouvez pas ce langage
& cette liberté qui font
dans les autres , c'eſt parce que
jecroy qu'on nes'eſt fait une
loy raisonnable d'en parler
ferieuſement , que pour rendre
du moins aux morts ce
qui leur eſt dû , & que pour
diſpoſer l'eſprit du lecteur à
recevoir plus agréablement les
Pieces qui fuivent ordinairement
cet article. Tel a eſté ſije
je ne me trompe l'intention
du fondateurdu MercureGa
GALANT. 235
lant , fi non c'eſt la mienne.
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Résumé : « Aprés la Critique & les Eloges de la Musique & de la [...] »
L'auteur demande aux lecteurs d'accorder une attention particulière au chapitre sur les morts. Il justifie l'absence de langage libre et critique par le respect dû aux défunts. Cette approche vise à mieux préparer les lecteurs aux éléments habituels du texte. L'intention pourrait appartenir au fondateur du Mercure Galant ou à l'auteur lui-même.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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97
p. 247-248
« Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...] »
Début :
Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...]
Mots clefs :
Morts, Muse, Marier
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texteReconnaissance textuelle : « Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...] »
Mais apréstoutes lesMorts
que vous venez de tire , l
Pourquoy donc , Mefdames
,Meldemoifelles , Meffieurs
, perfonne ne ſe marietil
ce mois cy , eft- ce parce
qu'une Muſe charmante me
fit preſent il y a quatre jours
d'uneEpithalame magnifiques
fi c'eſt un tour que vous lay
voulez joüer , tant pis pour
X iiij
248 MERCURE
vous : pour moy ſi vous connoiffiez
mon humeur , vous
verriez ( mariez - vous , ou ne
vous mariez pas ) que cette
piece ne vieillira pas dans mes
mains , & que bon gré , malgré
, vous la lirez , ou vous la
fauterez . En voicy la preuve.
que vous venez de tire , l
Pourquoy donc , Mefdames
,Meldemoifelles , Meffieurs
, perfonne ne ſe marietil
ce mois cy , eft- ce parce
qu'une Muſe charmante me
fit preſent il y a quatre jours
d'uneEpithalame magnifiques
fi c'eſt un tour que vous lay
voulez joüer , tant pis pour
X iiij
248 MERCURE
vous : pour moy ſi vous connoiffiez
mon humeur , vous
verriez ( mariez - vous , ou ne
vous mariez pas ) que cette
piece ne vieillira pas dans mes
mains , & que bon gré , malgré
, vous la lirez , ou vous la
fauterez . En voicy la preuve.
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Résumé : « Mais aprés toutes les Morts que vous venez de lire, [...] »
L'auteur d'une lettre s'adresse à des dames, demoiselles et messieurs concernant l'absence de mariages ce mois-ci. Il mentionne avoir reçu un poème nuptial, laissant penser qu'il pourrait s'agir d'une plaisanterie. Il assure qu'il lira ou jettera la pièce, indépendamment de leur décision de se marier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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98
p. 255-257
« Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
Début :
Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...]
Mots clefs :
Savants, Honnêtes gens, Mercure, La Bruyère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
Je me ſouviens à propos ,
de vous avoir donné au commencement
de ce Mercure ,
une Hiſtoire ſi ſerieuſe , que
( toutes mes reflexions faites )
j'ay reſolu devous dedommager
de la melancolie où elle
pouvoit vous avoir jetté , par
un tiflu continuel de bagatelles
, de la façon de ceux qui aiment
à badiner , & de la
mienne.
256 MERCURE
Que les partiſans de M de
laBruyerediſentà preſent que
le Mercure eſt tout de bon ,
au-deſſous de rien; je leur répondray
que cela n'eſt pas
vray ,& qu'au contraire , il eft
bon , s'il vous amuſe. Ceux
qui voudront eſtreinſtruits fur
un autre ton , n'auront qu'à
chercher un autre Precepteur.
Pour moy je vous avouë de
bonne foy que je ne fais pas
mon Livre pour ces Sçavans ,
Dont on lit dans les yeux , le
faſte de leur nom.
Mais pour les honneſtes
gens qui n'aiment pas à s'ennuyer.
GALANT. 257
nuyer. Pourvû qu'ils fe divertiſffent
à le lire , comme je
medivertis à le faire , nous ſerons
tous contents.
de vous avoir donné au commencement
de ce Mercure ,
une Hiſtoire ſi ſerieuſe , que
( toutes mes reflexions faites )
j'ay reſolu devous dedommager
de la melancolie où elle
pouvoit vous avoir jetté , par
un tiflu continuel de bagatelles
, de la façon de ceux qui aiment
à badiner , & de la
mienne.
256 MERCURE
Que les partiſans de M de
laBruyerediſentà preſent que
le Mercure eſt tout de bon ,
au-deſſous de rien; je leur répondray
que cela n'eſt pas
vray ,& qu'au contraire , il eft
bon , s'il vous amuſe. Ceux
qui voudront eſtreinſtruits fur
un autre ton , n'auront qu'à
chercher un autre Precepteur.
Pour moy je vous avouë de
bonne foy que je ne fais pas
mon Livre pour ces Sçavans ,
Dont on lit dans les yeux , le
faſte de leur nom.
Mais pour les honneſtes
gens qui n'aiment pas à s'ennuyer.
GALANT. 257
nuyer. Pourvû qu'ils fe divertiſffent
à le lire , comme je
medivertis à le faire , nous ſerons
tous contents.
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Résumé : « Je me souviens à propos, de vous avoir donné au commencement [...] »
L'auteur de 'Mercure' souhaite alléger le ton après une histoire sérieuse. Il vise à divertir les lecteurs honnêtes, non les savants arrogants. Il espère que son ouvrage procure autant de plaisir à lire qu'à écrire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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99
p. 264-265
« Faites vos reflexions sur cette avanture, Messieurs, si vous le [...] »
Début :
Faites vos reflexions sur cette avanture, Messieurs, si vous le [...]
Mots clefs :
Histoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Faites vos reflexions sur cette avanture, Messieurs, si vous le [...] »
Faites vos reflexions ſur
, ,
cette avanture Meffieurs
ſi vous le jugez à propos , pour
moy , tant que j'auray de pareilles
Hiſtoires à vous conter ,
je ne perdray pas mon temps
à faire les miennes. En voicy
encoreuneqquuiinn'eſt peut-eſtre
pas moins finguliere que celle
1. que
GALANT 265
que vous venez de lire.
, ,
cette avanture Meffieurs
ſi vous le jugez à propos , pour
moy , tant que j'auray de pareilles
Hiſtoires à vous conter ,
je ne perdray pas mon temps
à faire les miennes. En voicy
encoreuneqquuiinn'eſt peut-eſtre
pas moins finguliere que celle
1. que
GALANT 265
que vous venez de lire.
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100
p. 272-274
Chapitre admirable des Enigmes. [titre d'après la table]
Début :
Des Chansons aux Enigmes, je croy qu'il n'y a qu'un [...]
Mots clefs :
Guerre, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre admirable des Enigmes. [titre d'après la table]
Des Chanſons aux Enigmes
, je croy qu'il n'y a qu un
pas à faire.
Je vous l'ay bien dit le mois
paflé ,Moffieurs , que la guerre
ne manqueroit pas de ſe déclarer
entre M. Anceau & M.
Dumoulin , pourvû que les
traits n'en retombent pas fur
GALANT . 273
moy , je nem'en foucie guere.
Si cependant elle s'échauffe
plus que de raiſon , je m'offre
à eſtre le mediateur de leur
paix. En attendant le fuccés
de cette avanture , voyons
comment M.. Dumoulin ſe
vange de l'envoy de M. Anccau.
Tout le monde n'est pas
obligé de réver,
Le genie estsouvent fort
mal avec l'adreſſe ,
Et l'on doit aider la
• foibleffe
274 MERCURE
De gens dont l'ignorance
est facile àprouver.
Ortoy,qui viens m'infulter
dans tes rimes ,
Anceau , veux- tu sçavoir
pour quoy
Tu trouveſitot mes Enigmes
,
C'est que j'ay travaillé
pour to
, je croy qu'il n'y a qu un
pas à faire.
Je vous l'ay bien dit le mois
paflé ,Moffieurs , que la guerre
ne manqueroit pas de ſe déclarer
entre M. Anceau & M.
Dumoulin , pourvû que les
traits n'en retombent pas fur
GALANT . 273
moy , je nem'en foucie guere.
Si cependant elle s'échauffe
plus que de raiſon , je m'offre
à eſtre le mediateur de leur
paix. En attendant le fuccés
de cette avanture , voyons
comment M.. Dumoulin ſe
vange de l'envoy de M. Anccau.
Tout le monde n'est pas
obligé de réver,
Le genie estsouvent fort
mal avec l'adreſſe ,
Et l'on doit aider la
• foibleffe
274 MERCURE
De gens dont l'ignorance
est facile àprouver.
Ortoy,qui viens m'infulter
dans tes rimes ,
Anceau , veux- tu sçavoir
pour quoy
Tu trouveſitot mes Enigmes
,
C'est que j'ay travaillé
pour to
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Résumé : Chapitre admirable des Enigmes. [titre d'après la table]
Le texte relate une rivalité littéraire entre M. Anceau et M. Dumoulin. L'auteur reste indifférent mais propose de médier si nécessaire. Il réfléchit sur les différences de capacités et l'aide nécessaire pour pallier l'ignorance. Il précise que ses énigmes sont conçues pour être résolues par Anceau.
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101
p. 281
« Des Enigmes passons aux Phenomenes. Cet article est admirable pour [...] »
Début :
Des Enigmes passons aux Phenomenes. Cet article est admirable pour [...]
Mots clefs :
Physiciens, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Des Enigmes passons aux Phenomenes. Cet article est admirable pour [...] »
Des Enigmes paffons aux
Phenomenes . Cet article eft
admirable pour les Phiſiciens,
& je ſuis ravi qu'on me l'ait
envoyé , puiſque cela me donne
lieu de mettre dans mon
Journal quelque choſe qui ſoit
digne de leurs raisonnements.
Phenomenes . Cet article eft
admirable pour les Phiſiciens,
& je ſuis ravi qu'on me l'ait
envoyé , puiſque cela me donne
lieu de mettre dans mon
Journal quelque choſe qui ſoit
digne de leurs raisonnements.
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102
p. 312-313
« Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
Début :
Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...]
Mots clefs :
Vers, Pays étrangers, Port de Dunkerque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
Pendant que nous ſommes
dans les Pays Etrangers, il n'en
coutera pas davantage d'y refter
quelques quarts d'heure
de plus, pour y voir en paſſant
les debris &les ruines du Port
de Dunkerque , dont les Gazertes
GALANT. 313
4
zettes , le Mercure & Verdun
ont pris le ſoin de publier la
demolition , qui a tellement
affligé un homme d'eſprit de
cette Ville , qu'il m'en a envoyé
des marques de ſa douleur
en Vers Latins , que les
Dames liront affeurement
avec beaucoup de plaifir .Pour
moy je les trouve fort beaux.
dans les Pays Etrangers, il n'en
coutera pas davantage d'y refter
quelques quarts d'heure
de plus, pour y voir en paſſant
les debris &les ruines du Port
de Dunkerque , dont les Gazertes
GALANT. 313
4
zettes , le Mercure & Verdun
ont pris le ſoin de publier la
demolition , qui a tellement
affligé un homme d'eſprit de
cette Ville , qu'il m'en a envoyé
des marques de ſa douleur
en Vers Latins , que les
Dames liront affeurement
avec beaucoup de plaifir .Pour
moy je les trouve fort beaux.
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Résumé : « Pendant que nous sommes dans les Pays Etrangers, il n'en [...] »
L'auteur recommande de visiter les ruines du port de Dunkerque lors d'un séjour aux Pays Étrangers. La démolition du port a été relatée par plusieurs publications comme les Gazettes Galantes, le Mercure et Verdun. Un habitant de Dunkerque a exprimé sa tristesse par des vers latins, jugés beaux par l'auteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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103
p. 331
« Le nombre des Festes qui sont à la fin de ce mois m'a [...] »
Début :
Le nombre des Festes qui sont à la fin de ce mois m'a [...]
Mots clefs :
Journal, Cardinal d'Estrées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le nombre des Festes qui sont à la fin de ce mois m'a [...] »
Le nombre des Feſtes qui
font à la fin de ce mois m'a
tellement precipité l'impref.
fion de ce Journal , queje n'ay
pas été le maiſtre d'y faire
entrer d'une maniere convenable
l'article qui regarde fon
Eminence Monseigneur le
Cardinal d'Eſtrées ,qui mourut
le 18. ny celuy deMadame
la Comteſſe de Brionne
mortele.. que je reprendray
le mois prochain.
font à la fin de ce mois m'a
tellement precipité l'impref.
fion de ce Journal , queje n'ay
pas été le maiſtre d'y faire
entrer d'une maniere convenable
l'article qui regarde fon
Eminence Monseigneur le
Cardinal d'Eſtrées ,qui mourut
le 18. ny celuy deMadame
la Comteſſe de Brionne
mortele.. que je reprendray
le mois prochain.
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104
p. 331-340
Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Début :
Le Mercure dérogeroit au Titre de Galant qui luy est [...]
Mots clefs :
Journal, Jupiter, Mercure, Sculpteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Le Mercure dérogeroit au
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
Titre de Galant qui luy eft
Ecij
332 MERCURE
affecté depuis tant d'années
ſi celuy qui en eſt l'Auteur
en commençoit une , ſans
faire au moins un Compliment
à ſes Lecteurs .
Voicy donc le mien Mefſicurs
, Meſdames & Meſdemoiſelles.
Que le Ciel multiplie à jamais
les Ans & la Gloire de
noſtre incomparable Roy.
Qu'il conſerve toûjours les
Princes & Princeſſes de ſa
Royale Maiſon , qu'il vous
donne des jours longs& heureux
, & à moy le loiſir de
vous preſenter encore cinq
GALANT. 333
ou fix cens Mercures , ce que
je feray volontiers, ſi vous jugez
à propos d'orner les Anti-
Chambres de vosBibliotheques
, de la ſuite de mes Ouvrages
, ſi le malin vouloir de
la fortune prompte à me
joüer ſouvent de mécliants
tours , ne m'eſcamote pas vos
fuffrages , ou fi quelque Géant
ne s'oppoſe pas à l'intention
que j'ay de vous amufer longtemps.
Suppoſé cependant que je
ne continuë pas à le faire, ce
qui eſt à la veillede m'arriver,
je croy que mon devoir &
334 MERCURE
de
ma confcience m'ordonnent
d'encourager fur cette matiére
ceux qui pourroient s'en
charger aprés moy. Elle eft
premierement inépuiſable par
la quantité prodigieuſe
mauvaiſes Pieces que l'Auteur
du MercureGalant reçoit
tous les jours , & dont il peut
choifir & tirer ſuffisamment
de circonstances , pour emplir
fon Volume tous les
mois . En donnant cet avis
àmes fucceffeurs , je leur confeille
juſtement ce que je n'ay
pas fait , & j'ay ſouvent aimé
micux courir les riſques de
GALANT. 335
parler à mes dépens , que
corriger & dépoüiller avec
une peine infinie , des Fragmens
des ouvrages des autres.
Secondement , qu'il ſe garde
bien de critiquer les pieces
de Theatre , ny les Livres
courants , outre qu'on luy
dira que ce n'eſt pas l'affaire
du Mercure , on luy fera
encore entendre que tous les
Auteurs exigent à prefent
l'impunité de leurs fotifes ,
&qu'enfin le refus de ſes applaudiſſemens
peut expoſer
quelque fois à ſe faire des
ennemis confiderables. Pour
336 MERCURE
moy de thumeur dont je
fuis , je ſens , que ſi l'on me
preſſoit de loüer tels & tels ,
je répondrois tout net àcette
tyrannie : Qu'on me remene aux
carrieres.
Troifiémement , qu'il ne
ſoit ny temeraire Nouveliſte ,
ny Jurifconfulte impertinent.
Quatrièmement, qu'il obferve
mieux que moy , qui ne
ſuis encore qu'un Novice , les
bien- léances & les égards qu'il
doit au Public , & qu'il fonge
que ce Public voit à ſa teſte
tant de grands perſonnages ,
qu'il ne doit pas les revolter
par
1
GALANT. 337.
par ces difcours qui fervent
à amuſer le peuple.
Cinquiénement qu'il ne
parle pas de luy , à beaucoup
prés , autant que j'ay parlé
de moy.
A ces conditions qu'il invente
, qu'il mente , qu'il
louë à outrance , on luy pardonnera
tout. Mais qu'il n'oublie
pas de changer le Titre
de ſon Livre , qui ſous le nom
de Mercure ne luy produira
jamais rien : En voicy la
preuve.
Unparticulier fut jadis chez
un Sculpteur pour acheter des
Decembre 1714. Ff
338 MERCURE
Statuës qu'il dettimoit à orner
fon Jardin. En y entrant , il
vit celles de Jupiter & de
Junon qui luy plûrent. Auffitoſt
il demanda au Sculpteur
combien il les vouloit vendre.
Comment , dit le Sculpteur ,
vous marchandez là les deux
plus belles Statues qui foient
dans mes Atteliers , je ne peus
pas vous les donner à moins
detant; la fomme prodigieufe
éronna tellement leMarchand
qu'il luy dit qu'il n'en vouloit
point ; mais de celle de Mercure
, ajoûta- r il , combien en
voulez vous : nous n'aurons
1
ALANT. 339
pasde different funcet article,
reprit le Sculpteur. Vous marchandez
Jupiter & Junon ,
l'un eſt le Maiſtre , & l'autre
eſt la Femme & la Soeur du
Maistre des Dieux ; achetez
les pour le juſte prix que je
vous en demande , & je vous
donneray Mercure par deſſus
le marché.
Mercure cût eſté eſtimé
autant que Jupiter , s'il eûc
porté un autli beau nom.
Jay dit , en attendant que
je ſcache de vous , au commencement
de cette année ,
s'il vous plaiſt que je continuë
Ffij
340 MERCURE
ce Journal ; je ſuis , avec un
tres-profond reſpect , Meffieurs
, Mesdames & Meſdemoiſelles
, Voſtre tres - humble
& tres -obeiſſant Serviteur
Mercure.
Fermer
Résumé : Lettre de l'Auteur au Public. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur du 'Mercure Galant', une publication périodique, adresse ses vœux de santé et de prospérité au roi, à sa famille royale et à ses lecteurs. Il exprime son désir de poursuivre la publication du 'Mercure Galant' et encourage ses éventuels successeurs à prendre la relève. L'auteur souligne que la revue reçoit quotidiennement une abondance de contributions de qualité médiocre, ce qui garantit un approvisionnement constant en contenu. Il prodigue plusieurs conseils à ses successeurs. Tout d'abord, il leur recommande d'éviter de critiquer les pièces de théâtre ou les livres contemporains afin de prévenir les conflits avec les auteurs. Ensuite, il les met en garde contre l'excès de nouveauté ou d'impertinence, insistant sur le respect du public et la modération dans l'auto-promotion. L'auteur illustre ces conseils par une anecdote concernant la valeur perçue des statues de Mercure, Jupiter et Junon. Il explique que la statue de Mercure, bien que moins prestigieuse que celles de Jupiter et Junon, est plus appréciée en raison de son nom et de son titre. Cette comparaison sert à souligner l'importance du nom et du titre de la publication. Enfin, l'auteur sollicite l'avis de ses lecteurs sur la poursuite de la publication du journal, montrant ainsi son attachement à leur opinion et à leur satisfaction.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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105
p. 3-14
Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
Début :
Viginti talentis unam orationem vendidit Isocrates.* Isocrate reçut d'un [...]
Mots clefs :
Mécène, Hommes, Éloquence, Rhétorique, Grecs, Romains, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
Igintitalentis unam
orationem njendidit
Isocrates. *
Isocrate reçut d'un cer-,
tain Prince dix mille écus
pour une harangue. Aretin
reçut d'un autre une chaîne
d'orpour se taire. On payoic
alors les gens pour les obli-
* Plutarque.
ger à garder le silence, ou à parler. Dans ces temps
l'éloquence avoit des licences
que de justes droits
ont supprimées
: mais aussi
d'un autre côté elle meritoit
lX trouvoit souvent des
recompenses.
Chez les Grecs & chez
les Romains on voyoit des
peuples assemblez sous des
portiques & des tribunes.
prêter attentivement l'oreille
aux discours d'un seul
homme, decider sur l'harmonie
de fès paroles, des
interêts du monde,sûmet.
tre l'Europe,ravager l'Afrique&
l'Asie, dérrôner des
Rois,disposer des Empires,
& doner des loix à l'univers.
On couronnoit ensuite de
lauriers rorateur ,
dont on
avoirapprouvé les conseils,
& il retournoit à sa maison,
comme en triomphe,
au milieu des acclamations
du peuple. Alors les plus
grands hommes de Rome
& d'Athenes étoient les
plus éloquens. Lesenfans
des Senateurs, des Consuls
& des Dictateurs n'étoient
distinguez des autres dans
les Ecoles publiques, que
par le nombre des prix qu'-
ils remportoient. Tout le
monde enfin aimoit & cultivoit
les beaux arts.
Les hommes aujourd'hui
ont au moins autant de
goût <5cdespris que nos anciens
: mais les succés de
leurétude ne seressemblent
pas.
Isocratereçut, dis- je,
un present de vingt talens
pour une harangue. Que la
Rethorique épuise maintenant
toutes les figures &
toutes les beautez naturelles
de son art, nul ne lui
en tiendra compte, si ses
merveilles coûtentplus
d'un remerciment. Cette
.indifference a rendu les Auteurs
modernes plus negligens
qu'ils ne feroient.
* Ploravere suis non respondere
favorem
Speratum meritis.
Piquez d'être traitez avec
, tant d'injustice,
Et que chacun les dédaignoit,
* ~Mf. J?~. I. X.x.
Ils ont deleurs talens faits
de prompts sacrifîces
Aux mépris qu'on leur témoignoit.
Cette froideur de ces
mortels élevez,qui sembloient
devoir être les prorecteurs
des partisans des
Muses,a engendréles plaintes,
les murmures & les salm
tyres.
Juvenal en courroux a cherché
dans les hommes
Mille défauts qu'en nous on
n'auroit pas trouvez,
Si son esprit de bile & de
fiel abreuvé
Ne nous avoit dépeints
pires que nous ne
familles.
Ceux à qui lanature a depuis
accordé des talens du
côté de l'esprit, & que la
fortune a maltraitez
, ont
tenu le même langage que
lui, & ilsont presque tous avoüé
que leur verve s'est allumée
contre le mépris qu'-
on a fait de leurs ouvrages.
* Facit indignatio njerjuw.
* Juvenal.Sat.
Mais il faut convenir
aussi que chacun a voulu
avoir des Mecenes, avant
de prendre la peine d'examiners'il
en meritoit.
Pour moy, Meilleurs,
voila le cas où je suis maintenant
; & faute d'en avoir
méritéjusqu'à present pour
mon Livre, c'est le Public
lui même que je prie d'être
le mien. Je fuis en possession
de lui parler tous
lesmois, & cet usage m'apprend
que les Auteurs sont
dans l'erreur,lors qu'ils refusent
de le croire plus indulgent
que les particuliers
ausquelsilss'attachent. Si
nous lui plaisons
,
ses suffrages
nous encouragent;
& s'il ne nous épargne pas
sur nos défauts, il nous ouvre
du moinsles yeux,
& sessifflersnousaident
souventà nous en corriger.
En un mot, quelque lue-"
ces qu'ayent ma priere Se
mes intentions, je lui promets
po" éf trenes, au commencement
de cette année,
de lui faireexactement
confidence de tout ce qui
me tombera entre les
mains ,&qui me paroitra
digne de lui être offert
; je
lui promets de sacrifier mon
livre & ma personne à son
amusement, & de lui communiquer
sincerementjusqu'aux
ouvrages de Prose
& de Poësie dont me me
nacent ceux a qui je n'ai
pas eu l'honneur de plaire.
Enfin je m'en ga ge à lui tenir
toutes les paroles que
je lui ai données dans ma
premiere Preface, mieux
que je ne l'ai fait jusqu'à
present. Je suis persuadé
qu'il est trop équitable pour
ne pas avouer qu'il a bonne
part aux fautes que j'ai commises,
&qu'il n'a tenu qu'à
lui de m'envoyer assez de
bonnes pieces pour remedier
à l'inconvenient de
m'entendre raisonner à ma
fantaisieaussi souvent que
j'ai été obligé de le faire.
En un mot, Messieurs
,
toute la grace que je vous
demande pour vôtre latisfaction,
& pour la
mienne, ne roule que sur
une chose. Que tous ceux
d'entre vous qui se mêlent
d'écrire me fassent part de
leurs ouvrages, aprés en
avoir affranchi le porc,ôç
qu'ils me les envoyent, de
quelques matieres qu'ils
traitent, je tâcherai de
rendre corrects ceux qui
ne le feront pas, & je vous
assurequeje traiterai mieux
les Auteurs, qu'ils n'oseroient
le traiter eux -
mêmes
, s'ils se faisoient imprimer
à part.
.;
J'avois resolu
orationem njendidit
Isocrates. *
Isocrate reçut d'un cer-,
tain Prince dix mille écus
pour une harangue. Aretin
reçut d'un autre une chaîne
d'orpour se taire. On payoic
alors les gens pour les obli-
* Plutarque.
ger à garder le silence, ou à parler. Dans ces temps
l'éloquence avoit des licences
que de justes droits
ont supprimées
: mais aussi
d'un autre côté elle meritoit
lX trouvoit souvent des
recompenses.
Chez les Grecs & chez
les Romains on voyoit des
peuples assemblez sous des
portiques & des tribunes.
prêter attentivement l'oreille
aux discours d'un seul
homme, decider sur l'harmonie
de fès paroles, des
interêts du monde,sûmet.
tre l'Europe,ravager l'Afrique&
l'Asie, dérrôner des
Rois,disposer des Empires,
& doner des loix à l'univers.
On couronnoit ensuite de
lauriers rorateur ,
dont on
avoirapprouvé les conseils,
& il retournoit à sa maison,
comme en triomphe,
au milieu des acclamations
du peuple. Alors les plus
grands hommes de Rome
& d'Athenes étoient les
plus éloquens. Lesenfans
des Senateurs, des Consuls
& des Dictateurs n'étoient
distinguez des autres dans
les Ecoles publiques, que
par le nombre des prix qu'-
ils remportoient. Tout le
monde enfin aimoit & cultivoit
les beaux arts.
Les hommes aujourd'hui
ont au moins autant de
goût <5cdespris que nos anciens
: mais les succés de
leurétude ne seressemblent
pas.
Isocratereçut, dis- je,
un present de vingt talens
pour une harangue. Que la
Rethorique épuise maintenant
toutes les figures &
toutes les beautez naturelles
de son art, nul ne lui
en tiendra compte, si ses
merveilles coûtentplus
d'un remerciment. Cette
.indifference a rendu les Auteurs
modernes plus negligens
qu'ils ne feroient.
* Ploravere suis non respondere
favorem
Speratum meritis.
Piquez d'être traitez avec
, tant d'injustice,
Et que chacun les dédaignoit,
* ~Mf. J?~. I. X.x.
Ils ont deleurs talens faits
de prompts sacrifîces
Aux mépris qu'on leur témoignoit.
Cette froideur de ces
mortels élevez,qui sembloient
devoir être les prorecteurs
des partisans des
Muses,a engendréles plaintes,
les murmures & les salm
tyres.
Juvenal en courroux a cherché
dans les hommes
Mille défauts qu'en nous on
n'auroit pas trouvez,
Si son esprit de bile & de
fiel abreuvé
Ne nous avoit dépeints
pires que nous ne
familles.
Ceux à qui lanature a depuis
accordé des talens du
côté de l'esprit, & que la
fortune a maltraitez
, ont
tenu le même langage que
lui, & ilsont presque tous avoüé
que leur verve s'est allumée
contre le mépris qu'-
on a fait de leurs ouvrages.
* Facit indignatio njerjuw.
* Juvenal.Sat.
Mais il faut convenir
aussi que chacun a voulu
avoir des Mecenes, avant
de prendre la peine d'examiners'il
en meritoit.
Pour moy, Meilleurs,
voila le cas où je suis maintenant
; & faute d'en avoir
méritéjusqu'à present pour
mon Livre, c'est le Public
lui même que je prie d'être
le mien. Je fuis en possession
de lui parler tous
lesmois, & cet usage m'apprend
que les Auteurs sont
dans l'erreur,lors qu'ils refusent
de le croire plus indulgent
que les particuliers
ausquelsilss'attachent. Si
nous lui plaisons
,
ses suffrages
nous encouragent;
& s'il ne nous épargne pas
sur nos défauts, il nous ouvre
du moinsles yeux,
& sessifflersnousaident
souventà nous en corriger.
En un mot, quelque lue-"
ces qu'ayent ma priere Se
mes intentions, je lui promets
po" éf trenes, au commencement
de cette année,
de lui faireexactement
confidence de tout ce qui
me tombera entre les
mains ,&qui me paroitra
digne de lui être offert
; je
lui promets de sacrifier mon
livre & ma personne à son
amusement, & de lui communiquer
sincerementjusqu'aux
ouvrages de Prose
& de Poësie dont me me
nacent ceux a qui je n'ai
pas eu l'honneur de plaire.
Enfin je m'en ga ge à lui tenir
toutes les paroles que
je lui ai données dans ma
premiere Preface, mieux
que je ne l'ai fait jusqu'à
present. Je suis persuadé
qu'il est trop équitable pour
ne pas avouer qu'il a bonne
part aux fautes que j'ai commises,
&qu'il n'a tenu qu'à
lui de m'envoyer assez de
bonnes pieces pour remedier
à l'inconvenient de
m'entendre raisonner à ma
fantaisieaussi souvent que
j'ai été obligé de le faire.
En un mot, Messieurs
,
toute la grace que je vous
demande pour vôtre latisfaction,
& pour la
mienne, ne roule que sur
une chose. Que tous ceux
d'entre vous qui se mêlent
d'écrire me fassent part de
leurs ouvrages, aprés en
avoir affranchi le porc,ôç
qu'ils me les envoyent, de
quelques matieres qu'ils
traitent, je tâcherai de
rendre corrects ceux qui
ne le feront pas, & je vous
assurequeje traiterai mieux
les Auteurs, qu'ils n'oseroient
le traiter eux -
mêmes
, s'ils se faisoient imprimer
à part.
.;
J'avois resolu
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Résumé : Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
Le texte examine la valeur accordée à l'éloquence et à la rhétorique dans l'Antiquité et la compare à l'époque contemporaine. Dans l'Antiquité, l'éloquence était extrêmement prisée. Par exemple, Isocrate reçut une somme importante pour une harangue, tandis qu'Aretin fut récompensé pour se taire, illustrant les différentes manières dont les orateurs étaient valorisés. Chez les Grecs et les Romains, l'éloquence permettait d'influencer des décisions majeures, telles que ravager des continents ou destituer des rois. Les orateurs célèbres étaient couronnés de lauriers et acclamés par le peuple. Les enfants des dignitaires étaient également distingués par leurs talents oratoires. De nos jours, bien que le goût pour les arts soit toujours présent, les succès littéraires ne sont plus récompensés de la même manière. Les auteurs modernes se plaignent souvent de l'indifférence et du mépris qu'ils rencontrent, ce qui les pousse à critiquer sévèrement la société. Cependant, chacun souhaite obtenir des mécènes avant de prouver sa valeur. L'auteur s'adresse au public, le priant de devenir son mécène et promettant de partager avec lui des œuvres littéraires variées. Il reconnaît ses erreurs passées et s'engage à améliorer ses publications futures. Enfin, il invite les écrivains à lui envoyer leurs œuvres pour les corriger et les publier correctement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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105
Prélude où l'Auteur laisse adroitement entrevoir la crainte qu'il a de ne pas recevoir les Etrennes que ses devanciers qui n'étaient pas meilleurs faiseurs de Mercure que luy, recevoient au commencement de chaque année. Ses inquietudes, ses exclamations & ses propos interrompus sont des situations interessantes dans le Préambule, dont le resultat est un Conte de Fées. [titre d'après la table]
106
p. 49-50
« J'ai assez de peine à deviner l'accüeil que vous aurez [...] »
Début :
J'ai assez de peine à deviner l'accüeil que vous aurez [...]
Mots clefs :
Transitions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ai assez de peine à deviner l'accüeil que vous aurez [...] »
J'ai assez de peine à deviner
l'accüeil que vous aurez
fait, Meilleurs
,
à un
ContedesFées. Si vous avez
bien reçucelui-ci, à la
bonne heure; linon, je
croy que l'attention que
j'aurai à ne vous en plus
donner, me dispense de
m'en affliger. Mais ces excuses
& ces éclaircissemens
font de mauvaises transitions
qui ne fervent qu'à
amuser le tapis, pendant
que je suis pressé du foin de
vous debiter des matieres
plus interessantes, dont je
n'entreprendrai, s'il vous
plaît, le détail, qu'aprés
vous avoir dit deux mots
sur l'origine dumois de Janvier.
L'opinion
l'accüeil que vous aurez
fait, Meilleurs
,
à un
ContedesFées. Si vous avez
bien reçucelui-ci, à la
bonne heure; linon, je
croy que l'attention que
j'aurai à ne vous en plus
donner, me dispense de
m'en affliger. Mais ces excuses
& ces éclaircissemens
font de mauvaises transitions
qui ne fervent qu'à
amuser le tapis, pendant
que je suis pressé du foin de
vous debiter des matieres
plus interessantes, dont je
n'entreprendrai, s'il vous
plaît, le détail, qu'aprés
vous avoir dit deux mots
sur l'origine dumois de Janvier.
L'opinion
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Résumé : « J'ai assez de peine à deviner l'accüeil que vous aurez [...] »
L'auteur exprime ses doutes sur la réception d'un conte de fées. Il espère qu'il a été bien accueilli mais se prépare à ne plus en envoyer. Il s'excuse pour ces digressions et souhaite aborder des sujets plus intéressants. Avant cela, il évoque l'origine du mois de janvier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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107
p. 73-75
« La confusion prodigieuse des memoires qui s'offrent à mes [...] »
Début :
La confusion prodigieuse des memoires qui s'offrent à mes [...]
Mots clefs :
Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La confusion prodigieuse des memoires qui s'offrent à mes [...] »
Laconfusion prodigieuse
des memoires qui s'offrent
à mes yeux me laisse à peine
la liberté de démêler ceux
qui peuvent le mieux aller
aprés ces divertissemens.
Une avanture singuliere,
une histoire bouffonne, une
piece d'éloquence,une dissertarion
physique, des
morts, des Benefices, des
Enigmes, des Chansons,
des Vers, des Lettres ôc
des Nouvelles me tombent
indifferemment fous la
main,sauf à moy maintenant
à examiner si la lecture
de ces choses peut vous
amuser. PPourlmoy je le croy ; jugez à vôtre tour,
Messieurs, si vous devez le
croire aussi.
La police
des memoires qui s'offrent
à mes yeux me laisse à peine
la liberté de démêler ceux
qui peuvent le mieux aller
aprés ces divertissemens.
Une avanture singuliere,
une histoire bouffonne, une
piece d'éloquence,une dissertarion
physique, des
morts, des Benefices, des
Enigmes, des Chansons,
des Vers, des Lettres ôc
des Nouvelles me tombent
indifferemment fous la
main,sauf à moy maintenant
à examiner si la lecture
de ces choses peut vous
amuser. PPourlmoy je le croy ; jugez à vôtre tour,
Messieurs, si vous devez le
croire aussi.
La police
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Résumé : « La confusion prodigieuse des memoires qui s'offrent à mes [...] »
L'auteur relate une confusion de souvenirs et d'éléments littéraires variés, incluant aventures, histoires bouffonnes, discours, dissertations, récits de morts, bénéfices, énigmes, chansons, vers, lettres et nouvelles. Il se demande si ces éléments peuvent amuser le lecteur et invite ce dernier à en juger par lui-même. Le texte se conclut par le mot 'police'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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108
p. 85
« Si la lecture de cette avanture vous afflige, il ne [...] »
Début :
Si la lecture de cette avanture vous afflige, il ne [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si la lecture de cette avanture vous afflige, il ne [...] »
Si la lecture de cette avanturevous afflige, il ne
tient qu'à vous, Messieurs,
de vous dédommager par lalecture de celle qui la
suit.
tient qu'à vous, Messieurs,
de vous dédommager par lalecture de celle qui la
suit.
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109
p. 92
« Aprés les bagatelles que vous venez de lire, je croy [...] »
Début :
Aprés les bagatelles que vous venez de lire, je croy [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés les bagatelles que vous venez de lire, je croy [...] »
Aprés les bagatelles que
vous venez de lire, je croy
qu'il cit à propos de rendre
ce Journal un peu plus serieux.
Une querelle entre
des sçavans ne convient pas
mal pour cela, & voici justement
un reproche qu'un
très-habile homme de ce
pays-ci fait à M. D. L. 5.
qui a une assez belle reputation
dans sa Province,
; pour yrepondre s'il est
d'humeur à le faire.
vous venez de lire, je croy
qu'il cit à propos de rendre
ce Journal un peu plus serieux.
Une querelle entre
des sçavans ne convient pas
mal pour cela, & voici justement
un reproche qu'un
très-habile homme de ce
pays-ci fait à M. D. L. 5.
qui a une assez belle reputation
dans sa Province,
; pour yrepondre s'il est
d'humeur à le faire.
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110
p. 95
« Ceci n'a rien de commun avec ce que vous venez de [...] »
Début :
Ceci n'a rien de commun avec ce que vous venez de [...]
Mots clefs :
Transition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ceci n'a rien de commun avec ce que vous venez de [...] »
Ceci n'a rien de commun
avec ce que vous venez de
lire; la matiere d'ailleurs
en est si respectable, qu'elle
n'entre en parallele avec
rien. Ce qui m'embarasse
feulement, c'est qu'elleme
paroît si difficile à annoncer
,que je me trouve obligé
de vous laisser le foin de
ma transition; C'est la faute
de ceux qui me l'ont envoyé1
e que n y mettoientils
un titre.
avec ce que vous venez de
lire; la matiere d'ailleurs
en est si respectable, qu'elle
n'entre en parallele avec
rien. Ce qui m'embarasse
feulement, c'est qu'elleme
paroît si difficile à annoncer
,que je me trouve obligé
de vous laisser le foin de
ma transition; C'est la faute
de ceux qui me l'ont envoyé1
e que n y mettoientils
un titre.
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111
p. 138-139
« J'interromps ici le cours des Nouvelles, pour les reprendre [...] »
Début :
J'interromps ici le cours des Nouvelles, pour les reprendre [...]
Mots clefs :
Nouvelles, Jeune homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'interromps ici le cours des Nouvelles, pour les reprendre [...] »
J'interromps ici le cours
des Nouvelles, pour les
reprendre dans un autre
endroit, où je croy qu'elles
trouveront mieux leur
place, & je leur substitue
une Ode d'un jeune homme
de quatorze ans, dont
l'esprit promçt beeucoup.
Le fils de M. Chappe, ancien
Payeur des Rentes,
en est l'auteur. Il a reçu
tant d'applaudissemenssur
cet ouvrage, qu'il ya lieu
d'esperes que les suffrages
des honnêtes gens qui l'ont
vû l'encourageront à en
faire de meilleurs, & le
rendront plus correct.
des Nouvelles, pour les
reprendre dans un autre
endroit, où je croy qu'elles
trouveront mieux leur
place, & je leur substitue
une Ode d'un jeune homme
de quatorze ans, dont
l'esprit promçt beeucoup.
Le fils de M. Chappe, ancien
Payeur des Rentes,
en est l'auteur. Il a reçu
tant d'applaudissemenssur
cet ouvrage, qu'il ya lieu
d'esperes que les suffrages
des honnêtes gens qui l'ont
vû l'encourageront à en
faire de meilleurs, & le
rendront plus correct.
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112
p. 164-168
Reflexion politique de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Le projet que j'avois formé, & que vous allez [...]
Mots clefs :
Gazette, Nouvelles, Aventures, Ambassadeur de Perse, Nouvellistes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reflexion politique de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le projet que javois
formé, & que vousallez
lire, Meneurs, va sans
doute être condamné de
ces grands partisans des
nouvelles qui aiment à
relire dans les Journaux
Se dans les Gazettes tous
ces évenemens que les
raconteurs débitent les
uns aprés les autres, SC
qu'ils assaisonnent, pour
se donner* entr'eJ ux un
air de difference, ou de
circonstances suspectes,
ou de phcalesinutiles.
Pour moy qui ne pense
pas qu'il y ait aucune loy
qui m'engage à faire à la
fin de chaque mois une
récapitulation exatre de
ce que le Public a 1ft dans
les Gazettes dans le courant
du mois, je me fuis
crû dispensé de repeter
ses nouvelles, & je me
fuis mis en tête que je ne
devois dorénavant vous
coter quecelles que l'on
n'aura pas vûës chez elles.
Danscette vûëj'avois
rassemblé toutes les lettres
que j'aireçûësau sujet
de l'Ambassadeur de
Perse;j'avois fait une suite
des avantures de son
voyagequi sont venues
à ma connoissance) &C
j'alloisvousen faire part,
comme d'un article de
nouvelles rempli de particularitez
singuieres-,
s'ilavoit jugé à propos
d'arrivericiassez à tem ps
pour me donner le loisir
de m'informer de ses interprétés,
s'il n y a point
de dangerd'exposerà
vos yeux les choies que
l'on 1tes.CetAi-nbassadeurdonc,
qu'onattend
de jour en jour, &
dont le portraitestabsolumentnecessaire
à la tête
de son histoire, n'est
pas encore arrivé. Ainsi,
Messieurs ; ne vous en
prenez pas à moy, mais à
lui, sijenevousentretiés
de son voyage Se de ses
avantures, qu aprés avoir
vû sa personne. En
attendat,je vous promets
que ce que je vous en dirai
ne fera pas le plus indifferet
chapitredu mois--
prochain. Je sens neanmoins
quecetterai sonne
me dispense pas,à l'égard
des Nouvelists, du foin
de leurdônerdesnouvelles:
cela est vrai;& s'il y a
place pour elles dans la
suite de ce Journal
,
à la
bon ne heur; linon ils s'en
passeront.
formé, & que vousallez
lire, Meneurs, va sans
doute être condamné de
ces grands partisans des
nouvelles qui aiment à
relire dans les Journaux
Se dans les Gazettes tous
ces évenemens que les
raconteurs débitent les
uns aprés les autres, SC
qu'ils assaisonnent, pour
se donner* entr'eJ ux un
air de difference, ou de
circonstances suspectes,
ou de phcalesinutiles.
Pour moy qui ne pense
pas qu'il y ait aucune loy
qui m'engage à faire à la
fin de chaque mois une
récapitulation exatre de
ce que le Public a 1ft dans
les Gazettes dans le courant
du mois, je me fuis
crû dispensé de repeter
ses nouvelles, & je me
fuis mis en tête que je ne
devois dorénavant vous
coter quecelles que l'on
n'aura pas vûës chez elles.
Danscette vûëj'avois
rassemblé toutes les lettres
que j'aireçûësau sujet
de l'Ambassadeur de
Perse;j'avois fait une suite
des avantures de son
voyagequi sont venues
à ma connoissance) &C
j'alloisvousen faire part,
comme d'un article de
nouvelles rempli de particularitez
singuieres-,
s'ilavoit jugé à propos
d'arrivericiassez à tem ps
pour me donner le loisir
de m'informer de ses interprétés,
s'il n y a point
de dangerd'exposerà
vos yeux les choies que
l'on 1tes.CetAi-nbassadeurdonc,
qu'onattend
de jour en jour, &
dont le portraitestabsolumentnecessaire
à la tête
de son histoire, n'est
pas encore arrivé. Ainsi,
Messieurs ; ne vous en
prenez pas à moy, mais à
lui, sijenevousentretiés
de son voyage Se de ses
avantures, qu aprés avoir
vû sa personne. En
attendat,je vous promets
que ce que je vous en dirai
ne fera pas le plus indifferet
chapitredu mois--
prochain. Je sens neanmoins
quecetterai sonne
me dispense pas,à l'égard
des Nouvelists, du foin
de leurdônerdesnouvelles:
cela est vrai;& s'il y a
place pour elles dans la
suite de ce Journal
,
à la
bon ne heur; linon ils s'en
passeront.
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Résumé : Reflexion politique de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le texte annonce un projet de publication de nouvelles destiné aux 'Meneurs'. L'auteur précise qu'il évitera de reproduire des informations déjà parues dans les journaux mensuels, préférant se concentrer sur des contenus inédits. Il mentionne notamment les aventures de voyage d'un ambassadeur perse, dont la publication est retardée par son arrivée tardive. L'auteur assure que des détails sur cet ambassadeur seront fournis dès que possible. Entre-temps, il garantit que les futures publications ne manqueront pas d'intérêt. Toutefois, il reconnaît la nécessité de fournir des nouvelles aux nouvellistes, même si elles ne sont pas toujours intégrées au journal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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113
p. 263-266
« Il est de certains ouvrages excellens, qui n'ont nullement [...] »
Début :
Il est de certains ouvrages excellens, qui n'ont nullement [...]
Mots clefs :
Libraires, Ouvrages, Auteurs, Livres, Journal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il est de certains ouvrages excellens, qui n'ont nullement [...] »
Ilestdecertains ouvrages excellens,
qui n'ont nullement
besoin pour être estmez ce
qu'ilsvalent, dêtre vantez par
ces caballes d'cfprit ausquels
onn'ajoute souvent avec raison
pas plus de foi qu'àmoy;
& il en efl; de ces ouvrages
presque de mesme, que des
odes d'Horace que M. fait imprimer
actuellement en vers
François ; il m'avoit promis
il y a environ six semaines de
m'en choisir une couple dont
je me flattois de vous faire present
dans lejournal de ce mois;
mais il n'a pas été le maître de
me tenir parole; ilaétéobligé
d'avoir scrupuleusement recours
à Ton Libraire, & de lui
demander s'il approuveroit
qu'il me
fit le don qu'il m'avoir
promis. Comment,Monsieur
,
luy a répondu le Libraire
, vous mocquez vous?-
vos ouvrages s'annoncent
d'eux mcCnlcs., O* le bon 'Vin
n'aquefaire de bouchon. M. *. a
ploye humblement lecol à la
remontrance & ne m'a rien
donné, sur la foy de son Marchand
qui p étend queMcrcure
n'a aucun droit sur cet ouvrage
immortel; je disà cela
d'avance
d'avance que ce Libraire peut
avoir raison, & je le crois par
cette autre raison. ;'W,¡.lj..
La pluspart desLibraires
quiveulent s'enrichir des productions
des - bons v Auteurs;
croyent qu'il est de
leurinterest, que les meilleurs
livres qu'ils donnent ne parroment
dans leurs boutiques,
que comme un éclair, & ils
font persuadez que leurs feuillesne
sont pas plustôt sorties
de sous la presse,qu'avant
l'affiche;la renomméelesa
déjà annoncées à tout le monde
; d'ailleurs ils craignent
qu'un livre annoncé dans un
autre , ne paroisse moins bon
aux yeux des Lecteurs qui ne
manquent pas de croire d'abord
, que les Auteurs ont
choisiles plus beaux endroits
de leurs ouvrages, pour les
faire servir d'enseigne à leurs
livres. Ils peuvent fc tromper,
& ne pas se tromperlà-dessus;
qui n'ont nullement
besoin pour être estmez ce
qu'ilsvalent, dêtre vantez par
ces caballes d'cfprit ausquels
onn'ajoute souvent avec raison
pas plus de foi qu'àmoy;
& il en efl; de ces ouvrages
presque de mesme, que des
odes d'Horace que M. fait imprimer
actuellement en vers
François ; il m'avoit promis
il y a environ six semaines de
m'en choisir une couple dont
je me flattois de vous faire present
dans lejournal de ce mois;
mais il n'a pas été le maître de
me tenir parole; ilaétéobligé
d'avoir scrupuleusement recours
à Ton Libraire, & de lui
demander s'il approuveroit
qu'il me
fit le don qu'il m'avoir
promis. Comment,Monsieur
,
luy a répondu le Libraire
, vous mocquez vous?-
vos ouvrages s'annoncent
d'eux mcCnlcs., O* le bon 'Vin
n'aquefaire de bouchon. M. *. a
ploye humblement lecol à la
remontrance & ne m'a rien
donné, sur la foy de son Marchand
qui p étend queMcrcure
n'a aucun droit sur cet ouvrage
immortel; je disà cela
d'avance
d'avance que ce Libraire peut
avoir raison, & je le crois par
cette autre raison. ;'W,¡.lj..
La pluspart desLibraires
quiveulent s'enrichir des productions
des - bons v Auteurs;
croyent qu'il est de
leurinterest, que les meilleurs
livres qu'ils donnent ne parroment
dans leurs boutiques,
que comme un éclair, & ils
font persuadez que leurs feuillesne
sont pas plustôt sorties
de sous la presse,qu'avant
l'affiche;la renomméelesa
déjà annoncées à tout le monde
; d'ailleurs ils craignent
qu'un livre annoncé dans un
autre , ne paroisse moins bon
aux yeux des Lecteurs qui ne
manquent pas de croire d'abord
, que les Auteurs ont
choisiles plus beaux endroits
de leurs ouvrages, pour les
faire servir d'enseigne à leurs
livres. Ils peuvent fc tromper,
& ne pas se tromperlà-dessus;
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Résumé : « Il est de certains ouvrages excellens, qui n'ont nullement [...] »
Le texte aborde la valeur intrinsèque de certaines œuvres littéraires exceptionnelles qui n'ont pas besoin de promotion excessive pour être reconnues. Il mentionne les odes d'Horace traduites en français par un individu, qui avait promis d'en offrir quelques-unes au narrateur. Cet individu a toutefois dû consulter son libraire avant de tenir sa promesse. Le libraire a affirmé que les bonnes œuvres se vendent d'elles-mêmes, comparant cela à un bon vin qui n'a pas besoin de bouchon. Le narrateur partage cet avis, soulignant que nombreux sont les libraires qui préfèrent que les meilleurs livres soient rapidement disponibles pour maximiser leurs profits. Ils craignent aussi que la publication d'extraits dans un journal ne réduise l'intérêt des lecteurs, qui pourraient penser que les meilleurs passages ont déjà été révélés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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114
p. 309-314
Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Début :
Des Extraits ne sont pas difficiles à faire, m'a dit un [...]
Mots clefs :
Extraits, Discours, Académie française, Donneau de Visé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Des Extraits ne font pas
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez
difficiles à faire, m'a dit un
certain nombre de gens d'efprit,
cela est vray ,
mais je ne--
connois guere d'ouvrage plus
désagréable, parce que ce qui
me plaist n'est pas obligé de
plaire à tout le monde; quelquesois
même il plaît moins
aux Auteurs des Pieces dont
,on fait des Extraits; & l'on dé.
figure souvent à leur compre,
leur Chef d'oeuvre, à le don.
ner par morceaux. Mais Mr
Devizé, dit-on, les faisoit
bien:J'en doute, & je ne sçay
pas, si, lorsqu'ilaréüssi dans
ce genre d'écrire, il ne les recevoir
pas tout-à fair. Pour
moy, si j'enestois le maistre,
je m'epargnerois la peine d'en
faire, & j'augmenterois volontiers
mon Livre, pour donner
les Discours qui se prononcent
à l'Academie, tek
gu.'jls(ont, en sortant dc..l&
bouche de ceux qui les prononcent.
Mais j'ay malheureusement
des mesures à garder
sur tour. Sans cela je vous fcrois
part dés aujourd'huy,
Messieurs, de ce que jay pû retenir
de la Harangue éloquente
que Mrle Duc de la Force,
qui vient d'estre reçû à l'Academie,
ya prononcé le 28. de
ce mois; & de celledeMr
l'Abbé d'Estées, qui luy a
répondu; mais la crainte que
j'a)' d'en défigurer les termes,
& do recevoir des reprimendes
du Libraire, qui imprime les
ouvrages de cette illustre
Compagnie
,
modéré l'envie
que j'ay de vous donner Lur
ce sujet aucune preuve de ma
mémoire. Je vois cous les jours
qu'en matiere de Lecrres, les
coups dessay sont assiz mal
reçus du public, de quelque
genre qu'ils soient. Témoin
la Tragédie de Mahomet,
dont l'Auteur, qui peut-être
homme d'cfpric, devoir, à ce
qu'on dit, supprimer l'impression
pour son honneur. L'Auteur
des Captifs luy avoit 6
bien enseigné cc qu'il avoit k
faire!
Catonquiaestérepresenté
pouç
pour la premiere fois le i 5.
dece mois, n'a pas heureusement
déplu comme ces deux
Pieces. Ce n'est qu'un foible
préjugé pour le succés, parce
que, quoy qu'il n'y ait aucune
comparaison à faire
, ce n'est
pas cependant une preuve quelle
soit bonne. Jé vois chaque
pour tant de gens qui m'afl
furent que l'Autheur de cette
Tragedie merite qu'on ait é.
gard à sa jeunesse & à son esprit,
qu'il faut encourager,
que j'espere que les suffrages
se multiplieront pour elle.
Nous entrerons le mois prochain
dans le détail des désauts
& des beautez de cette
Piece. En attendant, si vous
aimez
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Résumé : Discours peut-estre inutile. [titre d'après la table]
Le texte aborde les défis liés à la réalisation d'extraits de textes, soulignant que les préférences de l'auteur ne correspondent pas toujours à celles du public. L'auteur critique les extraits effectués par Monsieur Devizé et privilégie la publication des discours académiques dans leur intégralité pour éviter toute déformation. Il exprime des préoccupations concernant la présentation des harangues du Duc de la Force et de l'Abbé d'Estees à l'Académie. Le texte évoque également la réception mitigée des essais littéraires, citant la suppression de la tragédie 'Mahomet' par son auteur, contrairement à 'Caton', mieux accueillie malgré des comparaisons défavorables avec d'autres œuvres. L'auteur espère une meilleure réception future pour 'Caton' et prévoit d'en discuter les détails le mois suivant.
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115
p. 329-332
Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
Début :
O vous, Messieurs, qui n'étes peut-être pas plus graves [...]
Mots clefs :
Chevalier d'Aceilly, Mercure, Fortune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
O vous, Meisseurs, qui n'étes
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
peut- être pas plus graves
que moy ( sauvez moy la comparaison)
vous,dis je, qui dans
quelque estat que lesortvous
air fait naître,& quide quelque
grandfardeau que la Fortune
vous ait chargé, vous amusez
de mes
ba gatelles; lisez celles
dont je vais vous entretenir,
jusqu'à la fin de ce volume :
elles feront un vray tissu des
caprices de mon imagination,
& les Sentences comme
les plaisanteries, en feront 4c;
ridicule, ou l'ornement.
Vous vous enrichissez, me
disoitil yàquelques jours, un
des plus sages & des pbscminents
personnages que nous
ayons en France; & je n'ay,
cette opinion de vôtre fortune
, que parce que le Mercure
me paroîtaussi bon qu'il peut
l'estre. Pour moy qui [ait bien
ce cjuc j'en pense, & qu'il ne
tient qu'à vous ( je vous le
repete encore, Meilleurs
qu'il , ne soit incomparablement
meilleur; ) je luy répondis
ces quatre vers que je me
souviens d'avoir lû autrefois
dans les oeuvres du Chevalier
d'Aceilly.
Entre nousjamais Jenoce
* Mercure tu m'as affronté,
J'aurois maintenant un carosse
* Il y a dans l'original Appollon.,
•
Du papier que tu rfjas coûté.
Il eut de la peine àme croire
sur ma parole, cela est pourtant
presque vray ; mais c'est
vôtre affaire, & vôtre indifference
pour moy n'étourdie
pas assez ma Philosophie ,
pour m'empêcher de vous
proposer de chanter maChanson.
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Résumé : Epigramme du Chevalier d'Accilly, dont l'Auteur fait l'application au Mercure. [titre d'après la table]
L'auteur s'adresse à ses lecteurs, qu'il appelle 'Meilleurs', en présentant ses écrits comme un mélange de caprices de son imagination, de sentences et de plaisanteries, formant un tissu ridicule ou ornemental. Un personnage sage et éminent de France a complimenté l'auteur sur sa richesse, en référence au périodique 'Mercure'. L'auteur reconnaît la qualité du 'Mercure' tout en suggérant qu'il pourrait être encore amélioré. En réponse à ce compliment, l'auteur cite quatre vers du Chevalier d'Aceilly pour exprimer sa préférence personnelle. Le personnage trouve cette modestie difficile à croire, mais l'auteur reste convaincu de la valeur de ses propos. Malgré l'indifférence du personnage, l'auteur continue de partager ses réflexions et de proposer ses écrits.
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116
p. 345
Modestie de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Que puis-je maintenant vous donner à la suite des bagatelles [...]
Mots clefs :
Plainte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Modestie de l'Auteur. [titre d'après la table]
donnerà la suite des bagatelles
que vous venez de lire ; vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire
plusieurs fois, Messieurs,que
je ne vous ennuyois pas,j'en fuis
vrayement fore aise. Cependant
je me lasse,&si jecontinuëàvous
entretenir, je sens, dans labelle
humeuroùje suis,qu'il m'estimpossible
de m'empêcher de mordre,
ou d'égratigner; mais il
vaut mieux que je me taise. Quel
effort de vertu quelle grandeur
d'Ame ! Je me dérobe pour ainsi
direàmoy même!jenesuis pourtant
pas le Maître de me renfermersi-
tôt dans les bornes du lilence.
Et j'ay avant de finir, une
plainte,mais une plainte importante
àvousétaler.
que vous venez de lire ; vous
m'avez fait l'honneur de m'écrire
plusieurs fois, Messieurs,que
je ne vous ennuyois pas,j'en fuis
vrayement fore aise. Cependant
je me lasse,&si jecontinuëàvous
entretenir, je sens, dans labelle
humeuroùje suis,qu'il m'estimpossible
de m'empêcher de mordre,
ou d'égratigner; mais il
vaut mieux que je me taise. Quel
effort de vertu quelle grandeur
d'Ame ! Je me dérobe pour ainsi
direàmoy même!jenesuis pourtant
pas le Maître de me renfermersi-
tôt dans les bornes du lilence.
Et j'ay avant de finir, une
plainte,mais une plainte importante
àvousétaler.
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Résumé : Modestie de l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans une lettre, l'auteur apprécie les échanges précédents et craint de devenir désagréable en continuant d'écrire. Il exerce une maîtrise de soi pour éviter de blesser. Il annonce une plainte importante avant de conclure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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117
p. 346-347
« Mais, aprés la pluye, comme on dit, vient le beau temps, [...] »
Début :
Mais, aprés la pluye, comme on dit, vient le beau temps, [...]
Mots clefs :
Bois, Miguel de Cervantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais, aprés la pluye, comme on dit, vient le beau temps, [...] »
Mais,apréslapluye, comme
on dit, vient le beau temps,
quodejlviolentum non cjl durabile
,& le diable n'estpas toûjours
à la porte d'un pauvre homme.
QuedeSancho,Messieurs!il n'importe
Avec le temps je vous en
donneray bien d'autres ; Miguel
Cervantes est mon maîrrejmai!» à
bon compte,revenonsànos moutons.
Cette plainte sur la disette
du bois, dont comme vous (ça4
vez, (grace aux plus clairsvovans
) la moitié du monde effc
affamée à Paris aété veuë par
M. l'Abbé de la Grange Trianon,
il en a été couche
,
& en consequence,
ila fait present à son illustreAuteur
d'une voye de bois,
bien conditionnée, ce qui l'a
obligé à luy en faire le remerciement
suivant.
on dit, vient le beau temps,
quodejlviolentum non cjl durabile
,& le diable n'estpas toûjours
à la porte d'un pauvre homme.
QuedeSancho,Messieurs!il n'importe
Avec le temps je vous en
donneray bien d'autres ; Miguel
Cervantes est mon maîrrejmai!» à
bon compte,revenonsànos moutons.
Cette plainte sur la disette
du bois, dont comme vous (ça4
vez, (grace aux plus clairsvovans
) la moitié du monde effc
affamée à Paris aété veuë par
M. l'Abbé de la Grange Trianon,
il en a été couche
,
& en consequence,
ila fait present à son illustreAuteur
d'une voye de bois,
bien conditionnée, ce qui l'a
obligé à luy en faire le remerciement
suivant.
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Résumé : « Mais, aprés la pluye, comme on dit, vient le beau temps, [...] »
Le texte évoque les aléas de la vie et la possibilité de jours meilleurs après les épreuves. Il cite une expression populaire sur la misère. L'auteur mentionne Miguel Cervantes comme son maître et exprime sa gratitude à l'abbé de la Grange Trianon pour une provision de bois, face à la pénurie observée à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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118
p. 348-351
Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais pourquoy, s'il vous plaît, ma verve s'échauffe-t-elle à présent [...]
Mots clefs :
Auteur, Mercure, Poètes, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Maispourquoy,s'il vous phit;
ma verve s'échauffe-t-elle à présent
? Cette extrême demangeaison
d'écrire qui mesaisit en cec
endroit, en-elle un vicede complaisance
,ou d'habitude. je vous
en fais Juges, Messieurs. Il est
naturelà un hommequi faittous
les mois.
*ZJnouvrage telquelemien,
^uonnommeen bon François , on
peu de chose, ou rien,
De représenter à son idée, autantqu'ille
peut, malgré la petitesse
de la chose, toute l'étenduë
de son travail, avant de
l'exposer à vos yeux.C'estceque
je fais. Et je considère avec beaucoup
d'inquietude pour vous, &
d'indulgence pour 4iioy , que j'ay
eu ce moiscy, comme les autres,
l'honneur de vous conter un
grand nombre dechosesinutiles;
mais il m'en reste une, avec un
scrupule& une réflexion qui ne
le font peut-êtrepas. Jesonge àme definir positivement
à moy-même ce que c'est
)
qu'on appelle dansle monde,
Vn Autheur. De grace songez-y
aussi, câpresavoir bien examiné
ma proposition, vous conviendrez,
sans qu'il soit besoin de
rapprochernos idées& nos susfrages,
qu'on ne doit presque
plus esperer maintenant de voir
naître dans la république des lettres
,des Sujets qui approchent
de ces grands modélesque nous
avons perdus,parce que desgens
nés avec les talens de l'éloquence
, ou dela Poësie
,
& qui pourroient
devenir excellents, languiront
dans l'indigence, ou se
verront meprisez fous les titres
de Poëtes ÔC d'Orateurs; mais
quand ces deux inconveniensn'y
feroient pas, oseroient-ils désormais
separer de ces mêmes titres,
tant qu'à: l'ombre des seules
richesses, l'ignorance heu
reuse usurpera peut-être des
honneurs qui nesont dûs qu'aux
Muses pourmoy.
Je fuis avec un trèsprofond
respect,
Messieurs,mesDames, &mes
Demoiselles,
Vôtre trés-humble &très
obéïssant ferviceur Mercur
ma verve s'échauffe-t-elle à présent
? Cette extrême demangeaison
d'écrire qui mesaisit en cec
endroit, en-elle un vicede complaisance
,ou d'habitude. je vous
en fais Juges, Messieurs. Il est
naturelà un hommequi faittous
les mois.
*ZJnouvrage telquelemien,
^uonnommeen bon François , on
peu de chose, ou rien,
De représenter à son idée, autantqu'ille
peut, malgré la petitesse
de la chose, toute l'étenduë
de son travail, avant de
l'exposer à vos yeux.C'estceque
je fais. Et je considère avec beaucoup
d'inquietude pour vous, &
d'indulgence pour 4iioy , que j'ay
eu ce moiscy, comme les autres,
l'honneur de vous conter un
grand nombre dechosesinutiles;
mais il m'en reste une, avec un
scrupule& une réflexion qui ne
le font peut-êtrepas. Jesonge àme definir positivement
à moy-même ce que c'est
)
qu'on appelle dansle monde,
Vn Autheur. De grace songez-y
aussi, câpresavoir bien examiné
ma proposition, vous conviendrez,
sans qu'il soit besoin de
rapprochernos idées& nos susfrages,
qu'on ne doit presque
plus esperer maintenant de voir
naître dans la république des lettres
,des Sujets qui approchent
de ces grands modélesque nous
avons perdus,parce que desgens
nés avec les talens de l'éloquence
, ou dela Poësie
,
& qui pourroient
devenir excellents, languiront
dans l'indigence, ou se
verront meprisez fous les titres
de Poëtes ÔC d'Orateurs; mais
quand ces deux inconveniensn'y
feroient pas, oseroient-ils désormais
separer de ces mêmes titres,
tant qu'à: l'ombre des seules
richesses, l'ignorance heu
reuse usurpera peut-être des
honneurs qui nesont dûs qu'aux
Muses pourmoy.
Je fuis avec un trèsprofond
respect,
Messieurs,mesDames, &mes
Demoiselles,
Vôtre trés-humble &très
obéïssant ferviceur Mercur
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Résumé : Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans une lettre destinée à un public distingué, l'auteur exprime son désir d'écrire et s'interroge sur la motivation derrière cet acte, se demandant s'il s'agit de complaisance ou d'habitude. Il justifie son œuvre en affirmant vouloir représenter au mieux ses idées, malgré la modestie du sujet traité. L'auteur reconnaît avoir partagé des informations inutiles par le passé et manifeste son inquiétude concernant la réception de son travail. Il réfléchit sur la définition d'un auteur et observe que les talents littéraires exceptionnels sont rares de nos jours. Les personnes douées pour l'éloquence ou la poésie risquent souvent la pauvreté ou le mépris, même lorsqu'elles portent les titres de poète ou d'orateur. De plus, même en l'absence de ces obstacles, l'ignorance pourrait usurper les honneurs dus aux Muses. L'auteur conclut en exprimant son profond respect envers ses lecteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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119
p. 351
APOSTILLE.
Début :
MESSIEURS, Je ne croyois pas qu'il me fut possible [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE.
MESSIEURS,
Je ne croyois pas qu'il me fut
possible devousriendirecemoiscy
de l'Ambassadeur de Perse-
Cependant j'ayheureufemenc
en mes mains un article qui le
concerne, & qui n'y vieillira asseurement
pas.
MESSIEURS,
Je ne croyois pas qu'il me fut
possible devousriendirecemoiscy
de l'Ambassadeur de Perse-
Cependant j'ayheureufemenc
en mes mains un article qui le
concerne, & qui n'y vieillira asseurement
pas.
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120
p. 356
« Si aprés tout ce que vous venez de lire, Messieurs, Mercure vous [...] »
Début :
Si aprés tout ce que vous venez de lire, Messieurs, Mercure vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si aprés tout ce que vous venez de lire, Messieurs, Mercure vous [...] »
Si après toutce quevous tenez
de lire, M("cfieur$)yfercnre'ous
ennuye, il faut en veriré que vçug
de lire, M("cfieur$)yfercnre'ous
ennuye, il faut en veriré que vçug
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121
p. 3-12
Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
Début :
Bienheureux le mortel dont la fertile plume [...]
Mots clefs :
Mercure, Larcins, Ordre du Mercure, Invention , Château en Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
MERCURE
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
NOUVEAU.
Quecela 't'si beau,Messieurs
> iqire cela est admirable
! Cependant si J'cxecution
d'une si grande
entreprise vous étonne,
croyez moy , détrompezvous
sur l'idée que vous avez
de cet ouvrage. Ce
qui vous paroll: maintenant
un prodige est moins que
rien. Je luis dans le cas &
Mercure, qui est le Dieu
des fourbes & des voleurs,
est tous les deux lui-même.
Il s'enrichit tous les jours
de vos dépouilles, par tout
il vous éclaire, il enregistre
vos actions
>
& il vous
endort quelquefoissous
l'appas des louanges : mais
le plussouvent il mesure le
traitement qu'il vous fait,
à l'accueil que vous lui faites.
Méfiez-vous-en, vous
dis-je, un volume pour lui
est une bagatelle,vos plus
grands soins le divertissent,
& ce qui vous occupe le
plus serieusement ramufe.
Ne traitez point cet aveu
de paradoxe, ne l'interpretez
pas non plus à la lettre.
Je m'explique. Mais
pardonnez-moy ce terme,
qui sans doute vous offense;
vous n'avez pas besoin de
mes explications, & je suppose
que vous m'entendez
toujours.
Je vous disois donc, ou
voulois vous dire
y
Mcffleurs,
que mon Livre,
qui fous vôtre bon plaisir
fera meilleur quand il vous
plaira m'obligera ytravail- er davantage, non seulement
ne me coûte rien, ou
du moins pas grande chose
à faire, quoique, par parenthese,
je le trouve fort
cher d'ailleurs: mais encore
qu'il semble que la fortune
aitchoisi exprès le plus
court mois de l'année pour
m'engager à vous en pre-
:
senter deux au lieu d'un
,
& à vous donner, par ce
traie de ses bontez pour
moy ,une preuve incontestable
de mon art, ou de
mon insuffisance. -,
jSi c'est«un tour malin de
sa façon, je sens pourtant
en depit d'elle,quelle en
aura le démenti, & je vous
jure que, malgré mes negligences
ordinaires, je ne
vous ai encore donné rien
qui approche du merite
des deux volumes de ce
mois. Ce que vous y lirez
de mon invention mecontente,&
je me suis-surpassé
dans les recherches &dans
les larcins que j'ai faits.
Celui-ci porte son titre,
quoique ce foit en dire
en un mot tout le bien
& le mal qui lui conviennent
: aujourd'hui cela ne
suffit pas, & il est bon de
vous apprendre quece discours
doit servir çJc preface
à l'autre, comme leprelude
de l'autre est la véritable
preface de celui-ci. Cette
ruse est un coup de maître,
pour vous engagerà
les lire, ou plûtôt à lesacheter
tous deux. Le Journal
historique du voyage de
l'AmbassadeurdePerse
vous prouvera si j'exagere,
ousi jements.
J'ajoûte à ce début -une
petite reflexion qui se prcfente
à mon imagination.
Ne vous étonnez pas de
voir tout l'ordre de mes
autres Mercures renversé
ce mois-ci. Vous sçavez,
& j'ai eu assez souvent l'honneur
de vous le dire, que
je faisois voeu de ne m'attacher
à aucune regle,&
quemonesprit, esclavede
ses caprices, avoit, & auroit
constammentpour maxime,
celle de ne suivreaucune
methode. En voici
la preuve.
Je triomphe de mes Fi-:
vaux,
Ma tendresse a touché la
beauté qui m'enchante:
Si je ressens encor des maux,
Ce sont ceux que causel'attente.
Vous qui m'arrachez des
soûpirs,
Devoirs,précautions, aus- terebienseance,
Malgré vous, malgré vous
je goûtedesplaisirs:
Il en est dans l'impatience.
Quand viendrez-vous, momens
heureux,
Où sans autres témoins que
le Dieu de Cythere,
Je dois voir l'objet de mes
voeux
Affranchi des soins du mys-
- terei
Tendres regards, tendres
empressemens,
Suivis d'un éloquent silence
Je joüirai de vous dans ces
heureux momens,
J'en joüis même quand j'y
- pense.
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Résumé : Prélude qui n'est pas long, & qui ne seroit pas où il est s'il n'y avoit bien affaire. / Chasteaux en Espagne. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre discute de la publication d'un ouvrage intitulé 'Mercure'. Il exprime son admiration pour cet ouvrage tout en mettant en garde contre les apparences trompeuses, comparant Mercure au dieu des fourbes et des voleurs. L'ouvrage, bien que semblant coûteux, a été réalisé avec peu d'efforts et comprend deux volumes au lieu d'un, en raison de la fortune qui a incité cette décision. L'auteur reconnaît certaines négligences mais assure que le contenu des volumes est de qualité. Il note également que l'ordre habituel des publications est inversé ce mois-ci, soulignant son refus de suivre une méthode fixe. La lettre se conclut par un poème exprimant l'impatience et le désir de moments heureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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122
p. 12-13
« A voir l'air dont je vous ai présenté ces vers, vous [...] »
Début :
A voir l'air dont je vous ai présenté ces vers, vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A voir l'air dont je vous ai présenté ces vers, vous [...] »
A voir l'air dont je vous
ai presenté ces vers, vous
les avez d'abord pris pour
des vers de ma façon:mais
à Dieu ne plaise que je fasse
ce larcin à leur auteur. Si
j'étois le maître d'en dérober
en conscience au tiers
& au quart,je n'oserois pas
commencer par usurper les
meilleurs qu'on me presente;
j'adopterois plûtôt ceuxci,
qui m'appartiennent autant
que la PucelledeChapelain.
ai presenté ces vers, vous
les avez d'abord pris pour
des vers de ma façon:mais
à Dieu ne plaise que je fasse
ce larcin à leur auteur. Si
j'étois le maître d'en dérober
en conscience au tiers
& au quart,je n'oserois pas
commencer par usurper les
meilleurs qu'on me presente;
j'adopterois plûtôt ceuxci,
qui m'appartiennent autant
que la PucelledeChapelain.
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123
p. 22-26
« Mais malgré tous ces beaux vers, je sens souvent qu'il [...] »
Début :
Mais malgré tous ces beaux vers, je sens souvent qu'il [...]
Mots clefs :
Satire, Éloge, Bouts-rimés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais malgré tous ces beaux vers, je sens souvent qu'il [...] »
Mais malgre teus ces
beaux vers je sens souvent
qu'ilest honteux à moy de
;»le foûjmçttre, comme je
faig quelquefois,aux* volontez
deceux qui me les
adressent. Pardonnezmoy
ce défaut
,.
Meilleurs
; on
me tend despieges flateurs,
on m'amorce de l'appas des
protéctions
) on me fait esperer
bien des belles choles:
devez-vous vous étonner
sije fais bien des sottises,
& des sottises inutiles?
Ah !c'en cft trop ;ache
vons donc nôtre tâche,
Mercure,&ne flatons personne.
Ceux qui s'interessent à
mon fort tremblent pour
moy ) je vais sans doute
m'émanciper & me perdre.
Mais est-il possible qu'ils
ne soient pas accoutumez
encore à voir
Mon pourpoint percé par le
coude?
Cependant ces alarmes
font fort obligeantes: mais
elles ne me font, gueres
d'honneur, & il faudroit
que je susjè bien de mon ruil
lage, pour m'aviser ici d'offenser
personne. Il ne tiendra
pourtant qu'àvous,
Meilleurs
>
que nous animions
desormais davantage
, nos
nos conversations
: ce que
je vais vous proposer pour
cela me paraît fait pour
nous aider; c'est un article
dans lequel peuvent
aisément entrer l'éloge &
la satyre. C'est une matiere
propre à tout; enfin
ce sont des bouts. rimez
à remplir. Au reste, gardez
vous bien de me laisser
ce soin, vous pourriez n'en
être pas contens, & si je
me trouvois trop embarassé
aL cet ouvrage, une mauvaise
plaisanterie de Panurge,
dont je me souviens,
& dont vous voussouvenez
peut-être,m'aideroitassurement
à me tirer d'affaire.
A bon compte les voici.
beaux vers je sens souvent
qu'ilest honteux à moy de
;»le foûjmçttre, comme je
faig quelquefois,aux* volontez
deceux qui me les
adressent. Pardonnezmoy
ce défaut
,.
Meilleurs
; on
me tend despieges flateurs,
on m'amorce de l'appas des
protéctions
) on me fait esperer
bien des belles choles:
devez-vous vous étonner
sije fais bien des sottises,
& des sottises inutiles?
Ah !c'en cft trop ;ache
vons donc nôtre tâche,
Mercure,&ne flatons personne.
Ceux qui s'interessent à
mon fort tremblent pour
moy ) je vais sans doute
m'émanciper & me perdre.
Mais est-il possible qu'ils
ne soient pas accoutumez
encore à voir
Mon pourpoint percé par le
coude?
Cependant ces alarmes
font fort obligeantes: mais
elles ne me font, gueres
d'honneur, & il faudroit
que je susjè bien de mon ruil
lage, pour m'aviser ici d'offenser
personne. Il ne tiendra
pourtant qu'àvous,
Meilleurs
>
que nous animions
desormais davantage
, nos
nos conversations
: ce que
je vais vous proposer pour
cela me paraît fait pour
nous aider; c'est un article
dans lequel peuvent
aisément entrer l'éloge &
la satyre. C'est une matiere
propre à tout; enfin
ce sont des bouts. rimez
à remplir. Au reste, gardez
vous bien de me laisser
ce soin, vous pourriez n'en
être pas contens, & si je
me trouvois trop embarassé
aL cet ouvrage, une mauvaise
plaisanterie de Panurge,
dont je me souviens,
& dont vous voussouvenez
peut-être,m'aideroitassurement
à me tirer d'affaire.
A bon compte les voici.
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Résumé : « Mais malgré tous ces beaux vers, je sens souvent qu'il [...] »
L'auteur réfléchit sur les défis de répondre aux attentes de ses lecteurs et admet commettre des erreurs dues aux pièges et flatteries. Il décide de se concentrer sur sa tâche et mentionne les inquiétudes de ceux qui se soucient de lui, tout en assurant qu'il ne souhaite offenser personne. Pour améliorer leurs échanges, il propose un article combinant éloge et satire, adapté à divers sujets. Cependant, il délègue la rédaction de cet article, craignant de ne pas être à la hauteur. Il conclut en évoquant une plaisanterie de Panurge pour illustrer son embarras face à cette tâche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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124
p. 27-28
« Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...] »
Début :
Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...]
Mots clefs :
Audience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...] »
Mais comme tout ce
qu'on appelle vers est fouvent
autant fatiguant pour
celui qui les fait, que desa
greable à celui qui les lit,
voulez- vous, Messieurs,
que, pour ne pas braver
ceux qui prennent la peine
de remplir cesbouts-rimez,
nous fassions une petite partie
de nous ennuyer ? Cela
est juste ; & pour rendre
cette parrie égale
,
je ne
vous demande au plus quun
quart-d'heure d'audience
, pour le détail de plusieurschoses
que vous ne
trouverez peut -
être pas
plus amusantes que moy.
Mais je me trompe, & l'origine
du mois de Fevrier,
qui me tombe par hazard
entre les mains, en selon
moy un des plus curieux &
des plus utiles articles du
Livre. Jugez-en, s'il vous
plaît, par ce que vous en
allez lire.
qu'on appelle vers est fouvent
autant fatiguant pour
celui qui les fait, que desa
greable à celui qui les lit,
voulez- vous, Messieurs,
que, pour ne pas braver
ceux qui prennent la peine
de remplir cesbouts-rimez,
nous fassions une petite partie
de nous ennuyer ? Cela
est juste ; & pour rendre
cette parrie égale
,
je ne
vous demande au plus quun
quart-d'heure d'audience
, pour le détail de plusieurschoses
que vous ne
trouverez peut -
être pas
plus amusantes que moy.
Mais je me trompe, & l'origine
du mois de Fevrier,
qui me tombe par hazard
entre les mains, en selon
moy un des plus curieux &
des plus utiles articles du
Livre. Jugez-en, s'il vous
plaît, par ce que vous en
allez lire.
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Résumé : « Mais comme tout ce qu'on appelle vers est souvent [...] »
Le texte discute de la poésie et de son origine. L'auteur trouve la création de vers épuisante mais intéressante. Il propose d'explorer l'origine du mois de février, qu'il juge curieuse et utile. Il invite les lecteurs à évaluer cet intérêt en poursuivant la lecture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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125
p. 34-37
« Cet article de chronologie, qui est vraiment aussi sçavant qu'utile [...] »
Début :
Cet article de chronologie, qui est vraiment aussi sçavant qu'utile [...]
Mots clefs :
Réprimande, Soleil, Sciences, Philosophes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cet article de chronologie, qui est vraiment aussi sçavant qu'utile [...] »
Cet article de chronologie
,
qui est vraiment aufIt
sçavant qu'utile à sçavoir,
me jette insensiblement
dans des matieres de sciences,
quej'abregerai le plus
que je pourrai, pour ne pas
m'attirer des lettres comme
celles quej'ai reçûës de differens
endroitsà loccafion
des taches & facules du Soleil
, que je vous ai données
le mois dernier. Le titre de
cette dissertation a tellement
étonné ceux qui l'ont
vue à la suite d'une douzaine
de fadaises de ma coirr
position,qui les avoienr apparemment
divertis, qu'ils
mont fait l'honneur de
m'écrire que JerOIS un ridicule
& un impertinent;
que ces maudites facules,
ou je n'entends rien moymême,
les avoient révoltez
contre ma personne &
mon livre; que ce n'était
pas pour devenirPhilosophes
qu'ils m'achetoient:
ôc qu'en un mot si je contiiuois
mal à propos sur ce ton-là, ils neme liroienc
Das plus que mon devancier.
Je n'ai pas été trop fâche
de la réprimande ; ail
contraire j'ai regardé, Met
sieurs
,
& je regarde encore
ces véritables chefsd'oeuvre
de l'imagination êc
du raisonnement des Physiciens,
comme des chapitres
uniquement propres a
grossir mon volume, faute
d'être fidelement informé
des avantures qui vous arriventtous
les jours, & que
je vous conterai avec ma
liberté ordinaire, à mesure
qu'elles me tomberont errtre
les mains. En attendant
fai des longitudes, Met
lieurs, à vous offrir. Je croy
que cette piece, qui eH:
bien écrite, 4 dont l'auteur
est homme d'esprit,
fera de vôtre goût. Jugezen
par la copie entiere dr,
la lettre que j'ai reçûe de
lui,& que je vous donne
telle qu'il me l'a envoyée.
,
qui est vraiment aufIt
sçavant qu'utile à sçavoir,
me jette insensiblement
dans des matieres de sciences,
quej'abregerai le plus
que je pourrai, pour ne pas
m'attirer des lettres comme
celles quej'ai reçûës de differens
endroitsà loccafion
des taches & facules du Soleil
, que je vous ai données
le mois dernier. Le titre de
cette dissertation a tellement
étonné ceux qui l'ont
vue à la suite d'une douzaine
de fadaises de ma coirr
position,qui les avoienr apparemment
divertis, qu'ils
mont fait l'honneur de
m'écrire que JerOIS un ridicule
& un impertinent;
que ces maudites facules,
ou je n'entends rien moymême,
les avoient révoltez
contre ma personne &
mon livre; que ce n'était
pas pour devenirPhilosophes
qu'ils m'achetoient:
ôc qu'en un mot si je contiiuois
mal à propos sur ce ton-là, ils neme liroienc
Das plus que mon devancier.
Je n'ai pas été trop fâche
de la réprimande ; ail
contraire j'ai regardé, Met
sieurs
,
& je regarde encore
ces véritables chefsd'oeuvre
de l'imagination êc
du raisonnement des Physiciens,
comme des chapitres
uniquement propres a
grossir mon volume, faute
d'être fidelement informé
des avantures qui vous arriventtous
les jours, & que
je vous conterai avec ma
liberté ordinaire, à mesure
qu'elles me tomberont errtre
les mains. En attendant
fai des longitudes, Met
lieurs, à vous offrir. Je croy
que cette piece, qui eH:
bien écrite, 4 dont l'auteur
est homme d'esprit,
fera de vôtre goût. Jugezen
par la copie entiere dr,
la lettre que j'ai reçûe de
lui,& que je vous donne
telle qu'il me l'a envoyée.
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Résumé : « Cet article de chronologie, qui est vraiment aussi sçavant qu'utile [...] »
L'auteur présente une chronologie détaillée mais abrège ses discussions scientifiques pour éviter des critiques similaires à celles reçues sur les taches et facules solaires. Ces critiques l'ont qualifié de ridicule et d'impertinent, jugeant certains sujets inappropriés. L'auteur accueille ces critiques comme des contributions à son ouvrage, faute de nouvelles plus intéressantes. Il annonce la publication prochaine d'un texte sur les longitudes, rédigé par un auteur spirituel, espérant qu'il plaira aux lecteurs. Il inclut également une lettre reçue de cet auteur, telle qu'elle lui a été envoyée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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126
p. 50-56
Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
L'univers est moins vaste que l'imagination des hommes [...]
Mots clefs :
Livre, Spectacles, Mercure, Variété, Désordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Lunivers est moins vaste
que 1 imagination des hommes
; le faux & le vrai les
occupent, la raison les conseille
, les demonstrations
les convainquent, l'éloquence
les persuade, la verité
les scandalise, la louange
les enyvre, & toûjours
le mensonge & les choses
les plus frivoles les amusent.
Ces remarques, dignes
d'un Auteur aussi grave
que le Mercure, ne paroîtroient
point ici, si les
jugemens que vous avez
portez de lui navoient don-
.né lieu à ses reflexions. Ce
font elles, Messieurs, qui
lui ont appris que ce qu'il
pourroit vous dire de plus
étudié & de mieux raisonné,
seroit ce qu'ordinairement
vous recevriez le plus
mal; & qu'enfin aussi difficiles
à sixer que lui, la varieté,
ou plutôt le defordre
de ses idées, devoit
faire le plaisir de vos lectures.
Si cela est, comme
il n'y a pas lieu d'en douter,
ne le chicannez donc pas
comme vous faites tous les
jours, sur les spectacles que
sa legereté vous presente.
Pardonnez-moy la liberté
que je vais prendre
de dire ici deux mots pour
mon apologie, au sujet des
reproches qu'on m'a faits.
Si je débité malheureu
sement quelque nouvelle
fausse, peut on me faire un
crime de cet accident?Oui
&non,selon l'occasio. Mais
non.vous dis-je
>
&je ne me
pardonnerois pas de j semblables
fautes, si je pouvois
être responsable de la vérité
de tout ce qu'on mecrit.
Cependant il n'importer
si ce malheur m'arrive,
je fuis coupable, parce que
c'est l'être en effet, que
l'être par malheur.
Dans un certain endroit
du Mercure du meis passé
mon respect & !e timide Se
juste éloge d'un des plus respectables
objets du monde,
ont révolté contre moy la
douceur & la vertu même
, parce que j'ai osé offrir à
vos yeux une foible image
de quelques spectacles,
dont j'ai fait le meilleur &
le plus interessant article
de mon Livre. Que puisse
donc vous direct les grands
traitent de profanation l'usage
innocent que le Mercure
fait de leurs fortunes
ôc de leurs plaisirs,dequoy
sera t-il désormais permis
de vousentretenir? Irai- je
dans le peuple ou dans la
fable puiser de quoy faire
tous les mois un Livre, uniquement
à l'usage du peuple
? Merenfermerai-je
étroitement dans les bornes
de la médisance & de
la critique? parlerai je mal
de tout le lnonde) pour
animer la conversation ?
& ne dirai- je du bien de
personne ? Me souleverai je
enfin contre les loix auitéres
qu'on veut me prescrire
? ôc pour me dédommager
de cette rigueur, dirai-
je sur les nouvelles generales
tout ce que la bien:
seance ôc mon devoir me
défendent d'en dire?Je ne
tomberois pas deux fois
dans cet inconvénient.
Soyez moy donc plus favorables
,
Meilleurs, & jugez
de mon attention à éviter
de justes reproches, par la
discretion que vous allez
trouver dans les articles qui
suivent ces reflexions.
que 1 imagination des hommes
; le faux & le vrai les
occupent, la raison les conseille
, les demonstrations
les convainquent, l'éloquence
les persuade, la verité
les scandalise, la louange
les enyvre, & toûjours
le mensonge & les choses
les plus frivoles les amusent.
Ces remarques, dignes
d'un Auteur aussi grave
que le Mercure, ne paroîtroient
point ici, si les
jugemens que vous avez
portez de lui navoient don-
.né lieu à ses reflexions. Ce
font elles, Messieurs, qui
lui ont appris que ce qu'il
pourroit vous dire de plus
étudié & de mieux raisonné,
seroit ce qu'ordinairement
vous recevriez le plus
mal; & qu'enfin aussi difficiles
à sixer que lui, la varieté,
ou plutôt le defordre
de ses idées, devoit
faire le plaisir de vos lectures.
Si cela est, comme
il n'y a pas lieu d'en douter,
ne le chicannez donc pas
comme vous faites tous les
jours, sur les spectacles que
sa legereté vous presente.
Pardonnez-moy la liberté
que je vais prendre
de dire ici deux mots pour
mon apologie, au sujet des
reproches qu'on m'a faits.
Si je débité malheureu
sement quelque nouvelle
fausse, peut on me faire un
crime de cet accident?Oui
&non,selon l'occasio. Mais
non.vous dis-je
>
&je ne me
pardonnerois pas de j semblables
fautes, si je pouvois
être responsable de la vérité
de tout ce qu'on mecrit.
Cependant il n'importer
si ce malheur m'arrive,
je fuis coupable, parce que
c'est l'être en effet, que
l'être par malheur.
Dans un certain endroit
du Mercure du meis passé
mon respect & !e timide Se
juste éloge d'un des plus respectables
objets du monde,
ont révolté contre moy la
douceur & la vertu même
, parce que j'ai osé offrir à
vos yeux une foible image
de quelques spectacles,
dont j'ai fait le meilleur &
le plus interessant article
de mon Livre. Que puisse
donc vous direct les grands
traitent de profanation l'usage
innocent que le Mercure
fait de leurs fortunes
ôc de leurs plaisirs,dequoy
sera t-il désormais permis
de vousentretenir? Irai- je
dans le peuple ou dans la
fable puiser de quoy faire
tous les mois un Livre, uniquement
à l'usage du peuple
? Merenfermerai-je
étroitement dans les bornes
de la médisance & de
la critique? parlerai je mal
de tout le lnonde) pour
animer la conversation ?
& ne dirai- je du bien de
personne ? Me souleverai je
enfin contre les loix auitéres
qu'on veut me prescrire
? ôc pour me dédommager
de cette rigueur, dirai-
je sur les nouvelles generales
tout ce que la bien:
seance ôc mon devoir me
défendent d'en dire?Je ne
tomberois pas deux fois
dans cet inconvénient.
Soyez moy donc plus favorables
,
Meilleurs, & jugez
de mon attention à éviter
de justes reproches, par la
discretion que vous allez
trouver dans les articles qui
suivent ces reflexions.
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Résumé : Mauvaise excuse de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le texte traite des perceptions et des jugements des lecteurs concernant un auteur, probablement celui du 'Mercure'. L'auteur observe que les lecteurs sont facilement influencés par divers éléments tels que le faux, le vrai, la raison, l'éloquence, la vérité, la louange et les mensonges. Il note que ses idées variées et parfois désordonnées semblent plaire aux lecteurs. L'auteur se défend contre les reproches liés à la publication de fausses nouvelles, affirmant ne pas être responsable de la véracité de tout ce qui lui est écrit. Il exprime son regret d'avoir offensé certaines personnes en décrivant des spectacles dans son livre. Il se questionne sur les sujets qu'il peut aborder sans être critiqué, se demandant s'il doit se limiter à la médisance ou à la critique, ou éviter de parler favorablement de quiconque. Il conclut en espérant que les lecteurs trouveront ses articles futurs discrets et exempts de reproches justifiés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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127
p. 58-59
« Cet ouvrage & ces vers font assez l'éloge de leur [...] »
Début :
Cet ouvrage & ces vers font assez l'éloge de leur [...]
Mots clefs :
Éloge, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cet ouvrage & ces vers font assez l'éloge de leur [...] »
Cet ouvrage & ces vers
font assez l'élogedleur
auteur. Le sujetdelui-même
fournit d'ailleurs tant
de grandes idées, qu'on
doir moins s'éronner des
merveilles qu'il produit,
que de l'audace de ceux
qui le chanrenr; puisque,
quelque succés qu'ayenc
leurs entreprises
, tous les
chefs d'oeuvre de leur imagination
n'ajoutent rien ici
à la gloire du Héros.
Tout ce qui s'offre à
l'esprit semble nous en parler
& sur quelque chapitre
que tombent les conversations
les plus generales, &
même les plus indifférentes,
tout nous retrace d'abord
le mérité de ses actions
& l'éclat de ses vertus.
Il est, par exemple,
impossible de se souvenir
de Barcelonne, sans songer
qu'elle est la derniere conquête
qu'il ait faite pour
son PetitFils. Mais, Messieurs,
puisque le hazard a
mis ce sujet sur le tapis,
daignez en lire les dernieres
nouvelles.
font assez l'élogedleur
auteur. Le sujetdelui-même
fournit d'ailleurs tant
de grandes idées, qu'on
doir moins s'éronner des
merveilles qu'il produit,
que de l'audace de ceux
qui le chanrenr; puisque,
quelque succés qu'ayenc
leurs entreprises
, tous les
chefs d'oeuvre de leur imagination
n'ajoutent rien ici
à la gloire du Héros.
Tout ce qui s'offre à
l'esprit semble nous en parler
& sur quelque chapitre
que tombent les conversations
les plus generales, &
même les plus indifférentes,
tout nous retrace d'abord
le mérité de ses actions
& l'éclat de ses vertus.
Il est, par exemple,
impossible de se souvenir
de Barcelonne, sans songer
qu'elle est la derniere conquête
qu'il ait faite pour
son PetitFils. Mais, Messieurs,
puisque le hazard a
mis ce sujet sur le tapis,
daignez en lire les dernieres
nouvelles.
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Résumé : « Cet ouvrage & ces vers font assez l'éloge de leur [...] »
Le texte célèbre un héros dont les exploits suscitent de nombreux éloges. Ses actions et vertus brillent déjà, rendant toute œuvre d'imagination superflue. Même des sujets généraux rappellent ses mérites, comme Barcelone, liée à sa dernière conquête pour son petit-fils. Le texte invite à lire les dernières nouvelles sur ce sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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128
p. 85-86
« Je croy, Messieurs, que rien ne convient mieux à la [...] »
Début :
Je croy, Messieurs, que rien ne convient mieux à la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy, Messieurs, que rien ne convient mieux à la [...] »
Je croy ,
Messieurs, que
rien ne convientmieux à I.
suitedes nveIIe$ generales
qu'une excellente. nouvelle
particuliere.
Messieurs, que
rien ne convientmieux à I.
suitedes nveIIe$ generales
qu'une excellente. nouvelle
particuliere.
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129
p. 132-133
« J'étois le maître de me dispenser de vous faire remarquer [...] »
Début :
J'étois le maître de me dispenser de vous faire remarquer [...]
Mots clefs :
Transition, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'étois le maître de me dispenser de vous faire remarquer [...] »
reçoislemaître de me
dispenser de vous faire remarquer
en cct endroit
qu'il cil à present question
de vous entretenir des mariages
de ce mois, puisque
la periode quej'ai mise à la
tête de l'article desmorts
vous les annonçoit tout de
fuite: cependant pour vous
empêcher de confondre
ces deux articles, & pour
vous faire voir que je ne
fuis pas chiche de tranfilions,
il est bon de vous
avertir, Messieurs, par ce
petit préliminaire, que
dispenser de vous faire remarquer
en cct endroit
qu'il cil à present question
de vous entretenir des mariages
de ce mois, puisque
la periode quej'ai mise à la
tête de l'article desmorts
vous les annonçoit tout de
fuite: cependant pour vous
empêcher de confondre
ces deux articles, & pour
vous faire voir que je ne
fuis pas chiche de tranfilions,
il est bon de vous
avertir, Messieurs, par ce
petit préliminaire, que
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130
p. 238-244
Discours où l'Auteur dit des choses bien touchantes. [titre d'après la table]
Début :
Nous voilà enfin debarrassez du Traité DES CAUSES DE LA [...]
Mots clefs :
Modernes, Vieux, Antoine Houdard de la Motte, Mémoires littéraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur dit des choses bien touchantes. [titre d'après la table]
Nousvoilà enfin debarassez
duTraité DES
CAUSES DE LA CORRUPTION
Du GOUST. Jecrois
voir le Public parfaitement
justifié. Pour suivre
le Plan que je m'estois
fait
,
il faudroit
traiter à presentlaeause
particulièrede M. de
la Motte: mais j'apprens
qu'il va mettre fous la
Presle la premiere Partie
d'une réponse distribuée
en trois serions.
Il y va de son interest
& de mon honneur de
demeurer où j'en fuis.
Il y a, Dieu mercy,asser
long-temps que je laisse. parler
les autres: il en:bien juftfc
que je parle a mon tour, &C
quejevous avertisse de prendre
garde à vousMessieurs-
Le schismecherche às'écabliri
les fuices qu'il peut avoirfont
dangereuses, la guerre efl
Preste à se declarer. Ma;s si
l'on vous demande si vouseftes
Vieux ou Moderne., ne repondez
point en étourdys à
cette question:Examinez-Iâ
des deux costez, Se passezdu
plus fort. Le sens commua
vous apprendra que c'est le
dernier : c'estluy-seul que
vous devez consulter;là-des-
'ius.
A propos de Critique &
de Mémoires Littéraires comme
ceux que vous venez de
lire, dont je fuis seur que la
lecture n'a ennuyé personne,
n'avouez vous pas que vous
me sçaurez bon gré, si je vous
presentetous les mois une
piece de la force & du mérite
de celle- c y
,
Vous auriez de
la peine à passer pour gens d'esprit
dans l'un & l'autre sexe,
si vous n'en conveniez,&si
vous n'y couriez comme au
feu. Cela estant, je vous jure
à la face de toute la terre, que
que je vous en donneray regulierement
une dans chaque
Mercure.
Ne vous étonnez ny du
nombre, ny du poids de nos
adversaires. Nous sommes
modernes, ôc nous allons deformais
avoir, ou plus-tost
nous avons déja dans nostre
parti, plus des deux tiers &
demy du monde.
Rome eût ses droits, MejJieurs,
& nous avons les nostres.
Pourmoy je vous proteste
que quand je devroisestre sur
ce chapitre le seul hérétique de
l'Europe, je ne me soumettray
jamais à respectecr mal à
proposdans l'antiquité, rien
au-delà des rides que je voy
tous les jours, sur le visage de
ma grandMere.
Et je penje qu'ilfa-ut que l-e
monde radote, 1
Pour s'honorer desfers à.Ho
mere ou d'Herodott.
On va donner sans doute
des noms fort touchants à
cette declaration, & je feray
bien sur pris, si l'on ne m'excommunie
pas, pour avoir foutenu
l'impiété de Mr de la
Motte. Je n'oppoferay humblement
à ces foudres redoutables
que la réponse de Mincrvc
a Calypso, dans la Parodie
de Telemaque à la Foire.
Vraytmmt ma Commere oiïy,
Vrayement maCommerevoire
duTraité DES
CAUSES DE LA CORRUPTION
Du GOUST. Jecrois
voir le Public parfaitement
justifié. Pour suivre
le Plan que je m'estois
fait
,
il faudroit
traiter à presentlaeause
particulièrede M. de
la Motte: mais j'apprens
qu'il va mettre fous la
Presle la premiere Partie
d'une réponse distribuée
en trois serions.
Il y va de son interest
& de mon honneur de
demeurer où j'en fuis.
Il y a, Dieu mercy,asser
long-temps que je laisse. parler
les autres: il en:bien juftfc
que je parle a mon tour, &C
quejevous avertisse de prendre
garde à vousMessieurs-
Le schismecherche às'écabliri
les fuices qu'il peut avoirfont
dangereuses, la guerre efl
Preste à se declarer. Ma;s si
l'on vous demande si vouseftes
Vieux ou Moderne., ne repondez
point en étourdys à
cette question:Examinez-Iâ
des deux costez, Se passezdu
plus fort. Le sens commua
vous apprendra que c'est le
dernier : c'estluy-seul que
vous devez consulter;là-des-
'ius.
A propos de Critique &
de Mémoires Littéraires comme
ceux que vous venez de
lire, dont je fuis seur que la
lecture n'a ennuyé personne,
n'avouez vous pas que vous
me sçaurez bon gré, si je vous
presentetous les mois une
piece de la force & du mérite
de celle- c y
,
Vous auriez de
la peine à passer pour gens d'esprit
dans l'un & l'autre sexe,
si vous n'en conveniez,&si
vous n'y couriez comme au
feu. Cela estant, je vous jure
à la face de toute la terre, que
que je vous en donneray regulierement
une dans chaque
Mercure.
Ne vous étonnez ny du
nombre, ny du poids de nos
adversaires. Nous sommes
modernes, ôc nous allons deformais
avoir, ou plus-tost
nous avons déja dans nostre
parti, plus des deux tiers &
demy du monde.
Rome eût ses droits, MejJieurs,
& nous avons les nostres.
Pourmoy je vous proteste
que quand je devroisestre sur
ce chapitre le seul hérétique de
l'Europe, je ne me soumettray
jamais à respectecr mal à
proposdans l'antiquité, rien
au-delà des rides que je voy
tous les jours, sur le visage de
ma grandMere.
Et je penje qu'ilfa-ut que l-e
monde radote, 1
Pour s'honorer desfers à.Ho
mere ou d'Herodott.
On va donner sans doute
des noms fort touchants à
cette declaration, & je feray
bien sur pris, si l'on ne m'excommunie
pas, pour avoir foutenu
l'impiété de Mr de la
Motte. Je n'oppoferay humblement
à ces foudres redoutables
que la réponse de Mincrvc
a Calypso, dans la Parodie
de Telemaque à la Foire.
Vraytmmt ma Commere oiïy,
Vrayement maCommerevoire
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131
p. 245-247
« Les derniers mots de cette Chanson, jettent insensiblement mon esprit [...] »
Début :
Les derniers mots de cette Chanson, jettent insensiblement mon esprit [...]
Mots clefs :
Bagatelles, Lettre savante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les derniers mots de cette Chanson, jettent insensiblement mon esprit [...] »
Les derniers mots de cette
Chanson, jettent insensiblement
monespric dans un tas
de reflexions serieuses donc
je ne peux me tirer qu'au dépens
d'un demi quart d'heure
de loisir que je vous prie de
m'accorder, pour me donner
le temps de me remettre sur
les voyes du Telle des bagatel.
les de ce Livre. En attendant
amufcz
- vous Messieurs, si
vous pouvez de la Jeéture d'une
Lettre sçavante que je viens
de recevoir. Eile roule sur un
différent de Latinité qui s'efl
élevé le mois passé entre deux
personnagesillustres & distinguez
par leur merite & leur
érudition. Cette Lettre m'a
plû, les Dames la passeront s'il
leur plaît & vous la lirez, Li
vous voulez: la voicy.
Chanson, jettent insensiblement
monespric dans un tas
de reflexions serieuses donc
je ne peux me tirer qu'au dépens
d'un demi quart d'heure
de loisir que je vous prie de
m'accorder, pour me donner
le temps de me remettre sur
les voyes du Telle des bagatel.
les de ce Livre. En attendant
amufcz
- vous Messieurs, si
vous pouvez de la Jeéture d'une
Lettre sçavante que je viens
de recevoir. Eile roule sur un
différent de Latinité qui s'efl
élevé le mois passé entre deux
personnagesillustres & distinguez
par leur merite & leur
érudition. Cette Lettre m'a
plû, les Dames la passeront s'il
leur plaît & vous la lirez, Li
vous voulez: la voicy.
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132
p. 259-260
« A peine ay-je le loisir de jetter les yeux sur une Lettre [...] »
Début :
A peine ay-je le loisir de jetter les yeux sur une Lettre [...]
Mots clefs :
Fêtes, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A peine ay-je le loisir de jetter les yeux sur une Lettre [...] »
A peine ay- je le loisir de
jetter les yeux sur une Lettre
qu'il s'en presente une autre,
encore une autre après. Je
vous avoüe que je trouverois
ces lectures continuelles tresrebutantes,
s'il n'y alloit pas
de mon interest & de mon
honneur à vous conter des
choses qui vous amusent.
Voyons donc s'il vous plaist,
Meilleurstce que renferment
ces enormes paquets.
D'Alicdnte, ce 2.8. Janvier
Bo171j.n. De Varsovie, ce G. Janvier
171f.
4
Fort bien Ce sont des Relations
de Festes qu'on m'envoye.
Rien n'est meilleur que
cela;& je voudrois en verité.
pour l'amour de vous, pouvoir
vous faire chaumer tout le
Mercure. A tout hazard,commençons
par un bout & finissons
par l'autre; mais attend
d'abord au plus pres.
jetter les yeux sur une Lettre
qu'il s'en presente une autre,
encore une autre après. Je
vous avoüe que je trouverois
ces lectures continuelles tresrebutantes,
s'il n'y alloit pas
de mon interest & de mon
honneur à vous conter des
choses qui vous amusent.
Voyons donc s'il vous plaist,
Meilleurstce que renferment
ces enormes paquets.
D'Alicdnte, ce 2.8. Janvier
Bo171j.n. De Varsovie, ce G. Janvier
171f.
4
Fort bien Ce sont des Relations
de Festes qu'on m'envoye.
Rien n'est meilleur que
cela;& je voudrois en verité.
pour l'amour de vous, pouvoir
vous faire chaumer tout le
Mercure. A tout hazard,commençons
par un bout & finissons
par l'autre; mais attend
d'abord au plus pres.
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133
p. 280-282
« Je ne doute pas qu'on n'envoye en Pologne en échange de [...] »
Début :
Je ne doute pas qu'on n'envoye en Pologne en échange de [...]
Mots clefs :
Pologne, Prince, Fêtes, Bénéfices
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne doute pas qu'on n'envoye en Pologne en échange de [...] »
Je ne doute pas qu'on n'envoye
en Pologne en échange
de
de cette Relation
, une Description
tres curicufc de 1eclat,
de la Noblesse & de la
magnificence des festes que
le Prince Royal de Pologne
donne icy tous les jours;c est
bien la moindre chose qu'on
en soit informé dans ses Etats;
pourmoysi j'avois l'art de
sçavoir faire avec succés de
de ces brillantes peintures ,
je voudrois instruire tout TUi
nivers des grandes qualitez?
& des vertusde ce Prince.
Ily a, selon moy , tant de
rapport entre des Festes8£
d.JesBBénéfcice*, qu.ejay efe, sr-ur,
le point d'annoncer cet arriclc)
comme une suite de l'au.. 1
tre,cependant je m'apperçois
que la façon des Cérémonies
& la distance des lieux enfont
la différence.
en Pologne en échange
de
de cette Relation
, une Description
tres curicufc de 1eclat,
de la Noblesse & de la
magnificence des festes que
le Prince Royal de Pologne
donne icy tous les jours;c est
bien la moindre chose qu'on
en soit informé dans ses Etats;
pourmoysi j'avois l'art de
sçavoir faire avec succés de
de ces brillantes peintures ,
je voudrois instruire tout TUi
nivers des grandes qualitez?
& des vertusde ce Prince.
Ily a, selon moy , tant de
rapport entre des Festes8£
d.JesBBénéfcice*, qu.ejay efe, sr-ur,
le point d'annoncer cet arriclc)
comme une suite de l'au.. 1
tre,cependant je m'apperçois
que la façon des Cérémonies
& la distance des lieux enfont
la différence.
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134
p. 284-285
« Dispensez moy enfin du soin des liaisons jusqu'à la fin du Livre [...] »
Début :
Dispensez moy enfin du soin des liaisons jusqu'à la fin du Livre [...]
Mots clefs :
Liaisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dispensez moy enfin du soin des liaisons jusqu'à la fin du Livre [...] »
Dic:
pensezmoy enfin du foin des
liaisons jusqua la fin duLivre,
je n'ay pas le tempsd'en faire*
d'ailleurs je ne pensepasen
avoir grand besoin pour vous
annoncer les Enigmes suivant
tes.
pensezmoy enfin du foin des
liaisons jusqua la fin duLivre,
je n'ay pas le tempsd'en faire*
d'ailleurs je ne pensepasen
avoir grand besoin pour vous
annoncer les Enigmes suivant
tes.
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135
p. 289-290
« Aprés vous avoir peut-estre en étourdi, entretenu d'un grand [...] »
Début :
Aprés vous avoir peut-estre en étourdi, entretenu d'un grand [...]
Mots clefs :
Mélange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés vous avoir peut-estre en étourdi, entretenu d'un grand [...] »
Après vous avoir peutestre
en étourdi, entretenu
d'un grand mélange de choses
serieuses &frivoles; si je n'ay
pas encore épuisé vostre indulgence,
souffrez que je vous
donne quelque petits Avis.
en étourdi, entretenu
d'un grand mélange de choses
serieuses &frivoles; si je n'ay
pas encore épuisé vostre indulgence,
souffrez que je vous
donne quelque petits Avis.
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136
p. 293-295
Autre Avis Litteraire.
Début :
On vend chez le Sieur Ribou, dont l'adresse est à la tête [...]
Mots clefs :
Livre nouveau, Mercure galant, Auteur du Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Avis Litteraire.
Autre Avis Littéraire.
On vend chez le Sieur Hibou,
dont l'adresse est à la tête
du Mercure
,
les Oeuvres de
Quinault
9
nouvellement imprimées
en six volumes in
douze.
Les Avantures de Gil-blas
de Santillanc
,
Livre nouveau
de M le Sage, se vendent au
même endroit.
Le Journal Historique du
Voyage & des Avantures de
MehemetRizaBeg
,
Ambassadeur
du Roy de Perse en
France,se vend chez D. Jollet,&
J. Lamesse ,au bout du
Pont S. Michel
,
du costé du
Marché neuf, au Livre Royal.
Ilest de lacomposition de
l'Auteur du Mercure Galant,
qui vous prie, Messieurs
,
de
ne le pas chicanner pour avoir
racourcy ce mois-cy son Mercure
,
qui auroit eu le nombre
de ses feüilles à l'ordinaire, si
deux bonnes rai sons ne s'étoient
pas opposées à ses intentions.
C'est premierement
la faute du mois qui en de deux
& trois jours plus court que
ses camarades. En second heu
il vous donne pour vous dedommager
de cette legerediminutioon
r>
,
deux Volumes au
lieu d'un. De quoypourtiezvous
vous plaindre.
On vend chez le Sieur Hibou,
dont l'adresse est à la tête
du Mercure
,
les Oeuvres de
Quinault
9
nouvellement imprimées
en six volumes in
douze.
Les Avantures de Gil-blas
de Santillanc
,
Livre nouveau
de M le Sage, se vendent au
même endroit.
Le Journal Historique du
Voyage & des Avantures de
MehemetRizaBeg
,
Ambassadeur
du Roy de Perse en
France,se vend chez D. Jollet,&
J. Lamesse ,au bout du
Pont S. Michel
,
du costé du
Marché neuf, au Livre Royal.
Ilest de lacomposition de
l'Auteur du Mercure Galant,
qui vous prie, Messieurs
,
de
ne le pas chicanner pour avoir
racourcy ce mois-cy son Mercure
,
qui auroit eu le nombre
de ses feüilles à l'ordinaire, si
deux bonnes rai sons ne s'étoient
pas opposées à ses intentions.
C'est premierement
la faute du mois qui en de deux
& trois jours plus court que
ses camarades. En second heu
il vous donne pour vous dedommager
de cette legerediminutioon
r>
,
deux Volumes au
lieu d'un. De quoypourtiezvous
vous plaindre.
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137
p. 3-13
Prelude où l'Auteur montre assez d'esprit pour faire voir qu'il n'est pas tout-à-fait aussi ignorant qu'on le dit. [titre d'après la table]
Début :
QUOYQUE j'aye fait ma declaration le mois dernier en [...]
Mots clefs :
Ignorant, Madame Dacier, Savant, Jugement, Homère, Traduction, Préjugé, Antoine Houdard de la Motte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude où l'Auteur montre assez d'esprit pour faire voir qu'il n'est pas tout-à-fait aussi ignorant qu'on le dit. [titre d'après la table]
UOYQUE jaye
ana declaration le mois
dernier en faveur de
M. de la Motte , & que j'aye
adopté les jugemens d'un de
ſes amis , contre le Traité des
cauſes de la corruption du
goût , je ne laiſſeray pas de
prefenter au Public ce qui me
Mars 1715. A ij
DE3
MERCURE
ſera adreſſe dans lafuitepar le
party contraire. Je l'exhorte
au reſte , à ſemunir de raifons
contre les affaillans , c'eſt la
monnoye de cours aujourd'huy.
Les autoritez & les injures
autrefois li victorieuſes ,
netiennentpluscontre unbon
raiſonnement . A propos
d'injures .... on m'a déja qualifié
d'ignorant & de temeraire
; je ſuis un ignorant ,
dit-on , parce que j'ignore la
LangueGrecque , & je ſuis un
temeraire , parce que je juge
d'Homere ſur une Traduction
Françoiſe. J'ay deux mots à
LA
GALANT
1
dire contre ces deux reproches.
Mainojivi. Jart
Dirapon d'un homme
qu'il eſt un ignorant , parce
qu'il ne ſçait point |Hebreu ?
accufera-t-on de temerité ce
même hommes parce qu'il
aura porté jugement en fa
veur des Livres Saints fur la
foy des Traductions Latines
oufFrançoiles autentiquement
approuvées ? non fans doute's
nous netrouvons point étrangeoque
Madame Dacier qui
ne fçait point l'Hebreu , fafle
gloire de commoiſtre parfaite
ment les Livres Hiſtoriques&
Aiij
6 MERCURE
Prophetiques de l'AncienTeftament.
Mais je prie Madame
•Dacier de remarquer combien
il luy eſt meſſeant de
trouver mauvais que nous jugions
d'Homere: fur la Tras
duction qu'elle en a donnéa
elle-même quelle a été ſavûë
quand elle nous a traduit l'Iliade
en François a elle anla été
autre que de faire commoiſtro
le Poëme & le genie de fons
Auteur à ceux qui ignorent la
Langue originale. Voicy.comment
elle s'en expliquedans fa
Preface fur l'Hiade. Fay toû
jours en l'ambition de pouvoir
GALANC. 7
i
cegrand
donner à noſtre Siecle une Traduction
d'Homere , qui en confervant
les principaux traits de
Poëte pûtfaire revenir
la plupart des gens du monde
du préjugé dešavantageux que
leur en ont donné des copies difformes
qu'on en a faites . Voſtre
Traduction , Madame , n'eſt,
pas une copje difforme , nous
en convenons avec plaifir avec
vous vous y conſervez les
principaux traits du Poëme
original , nous ne ſommes,
point en garde contre voſtre
bonne foy , mais vous vous
eſtiez flattée que voſtre éle-
(
A iiij
8 MERCURE
ganteTraduction feroit revenit
les hommes du préjugé
deſavantageux qu'ils avoient
conçus contre Homere , &
malheureuſement elle a faic
un effet tout contraire ; elle a
affermi les rebelles dans le
préjugé qu'elle ſe propoſoit
de détruire . Quel party deviez-
vous prendre dans ce
malheur ineſperé il falloit
vous en tenir à crier de toutes
vos forces que le bon goût a
abandonné la race humaine;
mais il falloit bien vous garder
dedéprimer vôtre propre
Ouvrage, &de faire un crime
GALANT.
à M. de la Motte d'avoir jugé
d'Homere ſur le portrait fidele
que vous en aviez donné,
afin qu'on l'adorât avec con
noiffance de cauſe. Il ya du
deſeſpoir dans ce procedé , &
je crains fort ,que les Scoliaf
tes qui ont tant celebré voſtra
Traduction , avant la querelle
émuë , ne la deſavoüent enfin
ſur la foy de vos proteſtations
imprudentes , & ne vous facrifient
à leur Idole.
y Mais j'ay encore une hum
ble remontrance à vous faire ,
Madame , ou plutôt àtous les
Scoliaftes. Vous gratifiezMef
10 MERCURE
fieurs d'un ſouverain mépris,
& vous traitez d'ignorant
quiconque ne ſçait pasła LangueGrecque,
c'est- à-dire, que
le nom de vray Sçavant vous
eſt acquis au titre qui nous
manque , & que nous vous
devons une eſtime fans bornes.
Définiſſonsun peule vray
Sçavant,&nous jugerons en
fuite de nos dettes recipro
ques ८
Le vray Sçavant eſt celuy
qui a acquis un grandnombre
de connoiffance , & qui a cul
rivé & formé fon jugement ,
de manierequ'il ſçait faireufa
4
GALANT. IF
1
gedes connoiffances acquifes
au gré de ladroiteraiſon. Nos
Scavants Grecs ont grand in
térêt à rejerter ma définition..
D'accord : mais quelle eſt la
kuri Le Sçavant , c'eſt celuy
qui ſçait du Greca cela n'eft
pas poffible. Les Langues no
font pas des ſciences , elles no
portentoparelles-mêmes aucunes
lumieres à l'efprit. Un
hommepourroit ſçavoir vingt
Langues differentes& être une
groſſe bête , un ignorant , un
ſtupide perſonnagel On excuferoit
même ſon ignorance&
ſa ſtopidité par le ſterile étude
12 MERCURE
qui l'auroit derobé aux veri
tables ſciences. C'eſt un hom
me , diroit on , qui a paflé fa
vie à apprendre des mots. It
auroit fourny dans le monde
une carriere honorable fi du
travail ingrat dont iba fervi fa
memoire , il en avoit ſervį fon
efprit & fon jugement
Voila à peu prés comment
nous excuſons les mauvais rai
fonnemens des Scoliaftes.
Apréstout on nedoit pas leur
faire un grand crime de raifonner
mal ; il n'eſt pas de leur
métier de juger des Ouvrages
foit d'Eloquence , ſoitdePoëGALANT.
13
(
fie , leur métier eſt de traduire
les Auteurs originaux. Ont- Is
remplis ce devoir , qu'ils s'en
tiennent là ; c'eſt aux Maîtres
dans les deux Arts à juger du
merite des Auteurs traduits.
J'avois le coeur gros , comme
on dit , d'avoir été appellé
ignorant. L'épithete mettoit
trop bien acquiſe pour n'en
être pas un peu bleflé. Mais je
pardonne l'injure de tres-bon
coeur.
ana declaration le mois
dernier en faveur de
M. de la Motte , & que j'aye
adopté les jugemens d'un de
ſes amis , contre le Traité des
cauſes de la corruption du
goût , je ne laiſſeray pas de
prefenter au Public ce qui me
Mars 1715. A ij
DE3
MERCURE
ſera adreſſe dans lafuitepar le
party contraire. Je l'exhorte
au reſte , à ſemunir de raifons
contre les affaillans , c'eſt la
monnoye de cours aujourd'huy.
Les autoritez & les injures
autrefois li victorieuſes ,
netiennentpluscontre unbon
raiſonnement . A propos
d'injures .... on m'a déja qualifié
d'ignorant & de temeraire
; je ſuis un ignorant ,
dit-on , parce que j'ignore la
LangueGrecque , & je ſuis un
temeraire , parce que je juge
d'Homere ſur une Traduction
Françoiſe. J'ay deux mots à
LA
GALANT
1
dire contre ces deux reproches.
Mainojivi. Jart
Dirapon d'un homme
qu'il eſt un ignorant , parce
qu'il ne ſçait point |Hebreu ?
accufera-t-on de temerité ce
même hommes parce qu'il
aura porté jugement en fa
veur des Livres Saints fur la
foy des Traductions Latines
oufFrançoiles autentiquement
approuvées ? non fans doute's
nous netrouvons point étrangeoque
Madame Dacier qui
ne fçait point l'Hebreu , fafle
gloire de commoiſtre parfaite
ment les Livres Hiſtoriques&
Aiij
6 MERCURE
Prophetiques de l'AncienTeftament.
Mais je prie Madame
•Dacier de remarquer combien
il luy eſt meſſeant de
trouver mauvais que nous jugions
d'Homere: fur la Tras
duction qu'elle en a donnéa
elle-même quelle a été ſavûë
quand elle nous a traduit l'Iliade
en François a elle anla été
autre que de faire commoiſtro
le Poëme & le genie de fons
Auteur à ceux qui ignorent la
Langue originale. Voicy.comment
elle s'en expliquedans fa
Preface fur l'Hiade. Fay toû
jours en l'ambition de pouvoir
GALANC. 7
i
cegrand
donner à noſtre Siecle une Traduction
d'Homere , qui en confervant
les principaux traits de
Poëte pûtfaire revenir
la plupart des gens du monde
du préjugé dešavantageux que
leur en ont donné des copies difformes
qu'on en a faites . Voſtre
Traduction , Madame , n'eſt,
pas une copje difforme , nous
en convenons avec plaifir avec
vous vous y conſervez les
principaux traits du Poëme
original , nous ne ſommes,
point en garde contre voſtre
bonne foy , mais vous vous
eſtiez flattée que voſtre éle-
(
A iiij
8 MERCURE
ganteTraduction feroit revenit
les hommes du préjugé
deſavantageux qu'ils avoient
conçus contre Homere , &
malheureuſement elle a faic
un effet tout contraire ; elle a
affermi les rebelles dans le
préjugé qu'elle ſe propoſoit
de détruire . Quel party deviez-
vous prendre dans ce
malheur ineſperé il falloit
vous en tenir à crier de toutes
vos forces que le bon goût a
abandonné la race humaine;
mais il falloit bien vous garder
dedéprimer vôtre propre
Ouvrage, &de faire un crime
GALANT.
à M. de la Motte d'avoir jugé
d'Homere ſur le portrait fidele
que vous en aviez donné,
afin qu'on l'adorât avec con
noiffance de cauſe. Il ya du
deſeſpoir dans ce procedé , &
je crains fort ,que les Scoliaf
tes qui ont tant celebré voſtra
Traduction , avant la querelle
émuë , ne la deſavoüent enfin
ſur la foy de vos proteſtations
imprudentes , & ne vous facrifient
à leur Idole.
y Mais j'ay encore une hum
ble remontrance à vous faire ,
Madame , ou plutôt àtous les
Scoliaftes. Vous gratifiezMef
10 MERCURE
fieurs d'un ſouverain mépris,
& vous traitez d'ignorant
quiconque ne ſçait pasła LangueGrecque,
c'est- à-dire, que
le nom de vray Sçavant vous
eſt acquis au titre qui nous
manque , & que nous vous
devons une eſtime fans bornes.
Définiſſonsun peule vray
Sçavant,&nous jugerons en
fuite de nos dettes recipro
ques ८
Le vray Sçavant eſt celuy
qui a acquis un grandnombre
de connoiffance , & qui a cul
rivé & formé fon jugement ,
de manierequ'il ſçait faireufa
4
GALANT. IF
1
gedes connoiffances acquifes
au gré de ladroiteraiſon. Nos
Scavants Grecs ont grand in
térêt à rejerter ma définition..
D'accord : mais quelle eſt la
kuri Le Sçavant , c'eſt celuy
qui ſçait du Greca cela n'eft
pas poffible. Les Langues no
font pas des ſciences , elles no
portentoparelles-mêmes aucunes
lumieres à l'efprit. Un
hommepourroit ſçavoir vingt
Langues differentes& être une
groſſe bête , un ignorant , un
ſtupide perſonnagel On excuferoit
même ſon ignorance&
ſa ſtopidité par le ſterile étude
12 MERCURE
qui l'auroit derobé aux veri
tables ſciences. C'eſt un hom
me , diroit on , qui a paflé fa
vie à apprendre des mots. It
auroit fourny dans le monde
une carriere honorable fi du
travail ingrat dont iba fervi fa
memoire , il en avoit ſervį fon
efprit & fon jugement
Voila à peu prés comment
nous excuſons les mauvais rai
fonnemens des Scoliaftes.
Apréstout on nedoit pas leur
faire un grand crime de raifonner
mal ; il n'eſt pas de leur
métier de juger des Ouvrages
foit d'Eloquence , ſoitdePoëGALANT.
13
(
fie , leur métier eſt de traduire
les Auteurs originaux. Ont- Is
remplis ce devoir , qu'ils s'en
tiennent là ; c'eſt aux Maîtres
dans les deux Arts à juger du
merite des Auteurs traduits.
J'avois le coeur gros , comme
on dit , d'avoir été appellé
ignorant. L'épithete mettoit
trop bien acquiſe pour n'en
être pas un peu bleflé. Mais je
pardonne l'injure de tres-bon
coeur.
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138
p. 133
« Mais ceux qui se contenteront de passer pour d'indulgents [...] »
Début :
Mais ceux qui se contenteront de passer pour d'indulgents [...]
Mots clefs :
Lecteurs du Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mais ceux qui se contenteront de passer pour d'indulgents [...] »
Mais ceux qui ſe contenteront
de paffer pour d'indulgents
Lecteurs du Mercure ,
aimeront bien mieux, que l'intelligence
de l'éthimologie
d'un vilain motGrec , la nouvelle
qu'ils vont lire.
de paffer pour d'indulgents
Lecteurs du Mercure ,
aimeront bien mieux, que l'intelligence
de l'éthimologie
d'un vilain motGrec , la nouvelle
qu'ils vont lire.
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139
p. 155
« Tout ce qu'on a lû jusqu'à present me paroît assez moderne [...] »
Début :
Tout ce qu'on a lû jusqu'à present me paroît assez moderne [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Tout ce qu'on a lû jusqu'à present me paroît assez moderne [...] »
Tout ce qu'on a lû juſqu'à
preſent me paroît affez moderne
, ce quon va lire ne l'eſt
pas moins , c'eſt un Decret du
Royd'Elpagne qui a été publié
dans les Conſeils & Tri
bunaux de Sa Majesté Catho
lique.
preſent me paroît affez moderne
, ce quon va lire ne l'eſt
pas moins , c'eſt un Decret du
Royd'Elpagne qui a été publié
dans les Conſeils & Tri
bunaux de Sa Majesté Catho
lique.
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140
p. 193-195
Discours froid & court que l'Auteur employe pour se dispenser de donner des nouvelles des autres parties de l'Europe, accompagné de promesses qu'il tiendra s'il peut. [titre d'après la table]
Début :
Les nouvelles d'Espagne ont esté si étenduës ce mois-ci [...]
Mots clefs :
Nouvelles d'Espagne, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours froid & court que l'Auteur employe pour se dispenser de donner des nouvelles des autres parties de l'Europe, accompagné de promesses qu'il tiendra s'il peut. [titre d'après la table]
Les nouvelles d'Eſpagne
Mars 1715 . R
194 MERCURE
ont eſté ſi étenduës ce moisci
, & il y a cu depuis peu un
fi grand changement dans ces
Royaumes , que les Memoires
que j'en ay receus ſuffiroient
pour remplir ce Volume ;
mais j'ay eu d'ailleurs tant de
choſes que je n'ay pû me diſpenſer
d'écrire, &ilm'en reſte
encore tant qui n'ont nulrapport
avec les nouvelles étrangeres
, que je prie les Lecteurs
de me permettre de les renvoyer
au Journal du moisprochain
, dans lequel ils en verront
la ſuite , avec un détail
Hiſtorique de la guerre du
GALANT. 195
Nord, & des entrepriſes des
Turcs . Revenons en attendant
aux articles qui ſont de
l'effence du Mercure : l'Hiſtoire
des Mariages en fait undes
plus beaux chapitres , & c'eſt
juſtement où nous en ſommes.
Mars 1715 . R
194 MERCURE
ont eſté ſi étenduës ce moisci
, & il y a cu depuis peu un
fi grand changement dans ces
Royaumes , que les Memoires
que j'en ay receus ſuffiroient
pour remplir ce Volume ;
mais j'ay eu d'ailleurs tant de
choſes que je n'ay pû me diſpenſer
d'écrire, &ilm'en reſte
encore tant qui n'ont nulrapport
avec les nouvelles étrangeres
, que je prie les Lecteurs
de me permettre de les renvoyer
au Journal du moisprochain
, dans lequel ils en verront
la ſuite , avec un détail
Hiſtorique de la guerre du
GALANT. 195
Nord, & des entrepriſes des
Turcs . Revenons en attendant
aux articles qui ſont de
l'effence du Mercure : l'Hiſtoire
des Mariages en fait undes
plus beaux chapitres , & c'eſt
juſtement où nous en ſommes.
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141
p. 207
« Il ne vous en coûtera pas davantage, Messieurs, de lire [...] »
Début :
Il ne vous en coûtera pas davantage, Messieurs, de lire [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il ne vous en coûtera pas davantage, Messieurs, de lire [...] »
Il ne vous en coûtera pas
davantage , Meſſieurs , de lire
tout de ſuite , pendant que
vous y êtes , l'hiſtoire genealogique
des Familles dont il
eft fait mention dans ce Volume.
Ceux qui ſe ſont ma
riez ont eu leur rang , & je croi
qu'il étoir du ceremonial de
les mettre avant les morts que
voicy.
davantage , Meſſieurs , de lire
tout de ſuite , pendant que
vous y êtes , l'hiſtoire genealogique
des Familles dont il
eft fait mention dans ce Volume.
Ceux qui ſe ſont ma
riez ont eu leur rang , & je croi
qu'il étoir du ceremonial de
les mettre avant les morts que
voicy.
Fermer
142
p. 257-258
Histoire des Bouts-Rimez, que l'Auteur a proposez à remplir le mois passé. [titre d'après la table]
Début :
Je voy bien qu'il n'y a plus moyen de vous proposer des [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire des Bouts-Rimez, que l'Auteur a proposez à remplir le mois passé. [titre d'après la table]
Je voy bien qu'il n'y a plus
moyen de vous propoſer des
bouts- rimez à remplir , &je
me ferois bien gardé de le faire
, ſi je n'avois pas receu ceux
que je vous ay preſentez le
mois paflé , d'une perſonnede
conſideration , qui , ſans ſe
nommer , m'a flatté ( apparamment
pour m'amorcer ) de
l'honneur de ſa protection.
J'aurois tenu ce Monfieur , ou
cette Dame , quitte des dou-
Mars 1715. Y
258 MERCURE
ceurs dont on m'amuſoit , fi
l'on avoit jugé à propos de
remplir ces bouts- rimez à leur
fantaisie &à la mienne ;
moyen de vous propoſer des
bouts- rimez à remplir , &je
me ferois bien gardé de le faire
, ſi je n'avois pas receu ceux
que je vous ay preſentez le
mois paflé , d'une perſonnede
conſideration , qui , ſans ſe
nommer , m'a flatté ( apparamment
pour m'amorcer ) de
l'honneur de ſa protection.
J'aurois tenu ce Monfieur , ou
cette Dame , quitte des dou-
Mars 1715. Y
258 MERCURE
ceurs dont on m'amuſoit , fi
l'on avoit jugé à propos de
remplir ces bouts- rimez à leur
fantaisie &à la mienne ;
Fermer
143
p. 271-272
« Aprés vous avoir dit naturellement, & en peu de mots, [...] »
Début :
Aprés vous avoir dit naturellement, & en peu de mots, [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés vous avoir dit naturellement, & en peu de mots, [...] »
Aprés vous avoir dit naturellement,&
en peu de mots ,
ce que jepenſe de ces Sonnets,
trouvez bon que j'en prie les
Auteurs de ne pas me ſçavoir
mauvais gré , ſi , en ſuivant
toûjours le texte de la Scenedu
Sonnet du Myſantrope , je
{
leur avoue que les quatre petits
vers qu'on valire ,meplaiſent
autant que tous les Sonnets
du monde. Ils font de la
façon d'une belle& fpirituelle
Ziiij
272 MERCURE
Dame qui les a faits par impromptu
à la loüange de Son
AlteſſeMademoiselle de Clermont
, Princeſſe de l'auguſte
Maiſon de Bourbon , & fe
chantent ſur l'air : Vivons comme
le Voisin vit.
L'Amour dit qu'il n'a plus
befoin
De carquois ni d'adreſſe
Il prendra ſeulement lefoin
Demontrer la Princeffe.
en peu de mots ,
ce que jepenſe de ces Sonnets,
trouvez bon que j'en prie les
Auteurs de ne pas me ſçavoir
mauvais gré , ſi , en ſuivant
toûjours le texte de la Scenedu
Sonnet du Myſantrope , je
{
leur avoue que les quatre petits
vers qu'on valire ,meplaiſent
autant que tous les Sonnets
du monde. Ils font de la
façon d'une belle& fpirituelle
Ziiij
272 MERCURE
Dame qui les a faits par impromptu
à la loüange de Son
AlteſſeMademoiselle de Clermont
, Princeſſe de l'auguſte
Maiſon de Bourbon , & fe
chantent ſur l'air : Vivons comme
le Voisin vit.
L'Amour dit qu'il n'a plus
befoin
De carquois ni d'adreſſe
Il prendra ſeulement lefoin
Demontrer la Princeffe.
Fermer
144
p. 276
« Pendant que je suis en train de vous donner de petites pieces [...] »
Début :
Pendant que je suis en train de vous donner de petites pieces [...]
Mots clefs :
Désordre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant que je suis en train de vous donner de petites pieces [...] »
Pendantque je ſuis en train
de vous donner de petites pieces
detachées, &des nouvelles
deParis ,je vais eſſayer de vous
enpreſenter ſans distinction ,
&de faire dire de moy , ce qui
fut dit autrefois d'une belle
perfonne:
Chez vous un beau defordre eft
un effet de l'art.
de vous donner de petites pieces
detachées, &des nouvelles
deParis ,je vais eſſayer de vous
enpreſenter ſans distinction ,
&de faire dire de moy , ce qui
fut dit autrefois d'une belle
perfonne:
Chez vous un beau defordre eft
un effet de l'art.
Fermer
145
p. 290-292
CHANSON.
Début :
Voyons maintenant ce que nous ferons du reste de ce Livre, / Je ne veux sortant de la vie, [...]
Mots clefs :
Vin de Bourgogne, Bouillon, Cérémonie, Chanson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
Voyons maintenant ceque
nous ferons du reſte de ce Livre
, qui me paroît déja bien
GALANT. 291
avancé , ſinon , je vous avouë
qu'il me paroît bien long , &
que la plume me tombe des
mains. L'Histoire entiere &
nouvelle de Mehemet Riza
Beg , Ambaſſadeur de Perſe ,
& que je vous donneray dans
dix jours , revûë , augmentéc
de la moitié , & toute corrigée,
aépuisé en verité ma tête
, mes yeux , & mes doigts ,
&il ne me reſte à preſent de
courage tout au plus,que pour
vous propoſer de chanter ma
Chanfon & de deviner mes
Enigmes , que je vais , avec
voſtre permiffion , vous don-
Bb ij
292 MERCURE
ner ſans ceremonie.
CHANSON.
Je ne veuxfortant de la vie .
Nilugubreceremonie ,
Ni tenture , ni carillon ;
Maisque mon beritier digne fils
d'un yurogne ,
Dans unmuidde vinde Bourgogne
,
$
Mefaffe mettre au courtboüillon.
nous ferons du reſte de ce Livre
, qui me paroît déja bien
GALANT. 291
avancé , ſinon , je vous avouë
qu'il me paroît bien long , &
que la plume me tombe des
mains. L'Histoire entiere &
nouvelle de Mehemet Riza
Beg , Ambaſſadeur de Perſe ,
& que je vous donneray dans
dix jours , revûë , augmentéc
de la moitié , & toute corrigée,
aépuisé en verité ma tête
, mes yeux , & mes doigts ,
&il ne me reſte à preſent de
courage tout au plus,que pour
vous propoſer de chanter ma
Chanfon & de deviner mes
Enigmes , que je vais , avec
voſtre permiffion , vous don-
Bb ij
292 MERCURE
ner ſans ceremonie.
CHANSON.
Je ne veuxfortant de la vie .
Nilugubreceremonie ,
Ni tenture , ni carillon ;
Maisque mon beritier digne fils
d'un yurogne ,
Dans unmuidde vinde Bourgogne
,
$
Mefaffe mettre au courtboüillon.
Fermer
146
p. 311-323
Discours où s'étalent à l'envy le bonheur & la reconnoissance de l'Auteur, qui présente aux premieres Testés du monde un grand exemple à suivre. [titre d'après la table]
Début :
Le 30. de ce mois M. de Bose y fut receu, son Discours [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Modernes, Hommes, Anciens, Anciens et Modernes, Électeur de Bavière, Mercure, Désordre, Messager des dieux, Maison de Bourbon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où s'étalent à l'envy le bonheur & la reconnoissance de l'Auteur, qui présente aux premieres Testés du monde un grand exemple à suivre. [titre d'après la table]
Le 30. de ce mois M. da
Boſe y fut receu , fon Difcours
fut tres éloquent, celuy
312 MERCURE
de M. Dacier qui luy répondie
le fut aufh ; mais il avoit l'air
ſi antique , que M. de laMotte
qui eſt fans contredit un-des
plus beaux & des meilleurs ef.
prits de l'Europe , ne pût s'empêcher
de luy adreſſer l'Apologue
de l'Ecreviſſe. Le mois
prochain nous reprendrons
cet article.
Mon diſcours ſur la querelle
entre les Partiſans desAnciens&
des Modernes , la Lettre
qu'écrit à un de ſes amis
un des meilleurs ſeconds de
M. de la Motte , le Paralelle
excellent des deux Catons , &
vingt
GALANT 313
vingt autres pieces detachées qui
ont heureuſement trouvé place
dans le Mercure de ce mois , tout
cela vous aura peut- être paru affez
intereſſant , Meſſieurs , pour
vous obliger à me ſçavoir quelque
gré de l'honneur que j'ayde
vousen faire part. Mais il me refte
un fait admirable , tres extraordinaire
à mon égard, & dont
le détail m'embarraſſe infiniment.
C'eſt cependant tout ce
que j'ay de meilleur à vous conter
: &malgré la foibleſſe de mes
expreſſions , j'en ſuis fi touché
que pour avoir la fatisfaction de
vous en parler à coeur ouvert, je
ne reſpecteray nullement la delicareſſe
du pas où m'engage ma
reconnoiſſance , quandl'excés de
ma gratitude devroit vous paroî
Dd Mars 1715.
314 MERCURE
tre affoiblie par la ſechereffe
de mes termes. Il est bien queſ
tion maintenant de cette frivole
confideration, &les grandshommes&
les bonnes actions n'ont
pasbeſoin pour être loüez ,de ce
faſte éloquent ,&ſouventinutile
dont on emprunte ordinairement
l'éclat pour donner du luſtre aux
moindres choses.C'eſt en un mot
de l'Electeur de Baviere dont je
veux vous parler. CePrince tendrement
aimé de nôtre Roy ,
(cette verité ſeule vaut un million
d'éloges ) cheri de tous les
François , adoré de ſes peuples ,
& l'objet des voeux de tout lev
monde , vient de quitter la France.
Son deſtin le dérobe enfin à
nosyeux. Un malheur fouverain
nous l'arrache , faffe le Ciel que
de longues années &cun bonheur
GALANT. 315
infini foient le ſceau de toutes ſes
vertus.
Mais aprés cet aveune m'embarraffez
plus ,
Et ne demandez pas quels biens
jepeux vous dire
D'unHerosque le monde admire
Dont vous neſoyiez convaincus.
Il ne s'agit icy d'exploits , ni de
combats ;
Mais d'un trait à mes yeux plus
beaw qu'une Victoire ,
DuMercure en defordre itenrichic
l'Histoire ,
De l'éclat d'un prefent qu'il ne
meritoit pas .
Que puis-jedire de moins ,&
que ne penſay- je pas davantage
desbienfaits que ce Prince , le
premier qui aitcoupé le noeudde
mon infortune , vient de répan
Ddijuch
316 MFRCURE
dre ſur moy. Je vous demande
engrace à ce ſujet,de ſouffrir que
je mette en cetendroit Mercure
àmaplace, &je vous prie de luy
accorder la liberté de vous entretenir
un moment de ſes fantaifies
,ce qu'il vous dira , contribuëra
fur ma parole , à vous
amener plus agréablement la
petite Hiſtoire que je dois vous
conter le mois prochain.
Ilya , dit- il , (& il eſt à propos
que vous le ſçachiez ) une
grande difference entre le fils de
Jupiter & moy. Je n'ay de rapport
avec ce Meſſager des Dieux
queceluyde ſon matheur , lorfque
ſon pere , (avec connoiſſance
de cauſe apparamment ) s'aviſa
de le chaſſer du Ciel. Du
refte nous n'avons rien de communl'un
avec l'autre. Encore ne
GALANT. 317
fçay - je guerre , fi nous nous
reffemblons paſſablement dans
le ſeul articleque jeviens dedire,
car je ſuppoſe qu'iſſu de race
Divine , comme nous l'affure Ho
mere , & Denis d'Halicarnaffe ,
demandezle plutoft aux Anciens ,
il ne devoit ignorer aucun des
fecrets de la nature ,& par confequent
ſon induſtrie devoit fuppléer
parfaitement à fon infor
tune. Au lieu que moy qui ne
pourroit fans vanité prouver peut
eſtre guerre plus de nobleffe
qu'Elope , je me fuis trouvé
pluſieurs foisà la veille detomber
dans le même inconvenient
que luy , & réduit à la neceffité
d'employer tous les ſecours de
mon ignorance. Cette affreuſe
inégalité fait donc foy du peu de
D.diij
318 MERCURE
1
rapport qu'il y a entre le petit
fils de Saturne & moy ,& dé
montre que je ferois un impof
teur , ſi j'avois à la face du monde
, l'audace d'uſurper ſes titres
&de me fubroger en ſes droits ,
&que je ne fuis enun mot qu'un
Mercure adopté ſur la terre ;
mais toute qualité à part ,voyons,
vaille que vaille ,par quel degré
je ſuis enfin parvenu à faire la
conquête de celle-cy. Non ce
feroit entreprendre de vous conterdes
choſes ſurprenantes , &
le détailde mes avantures effectives
, vous étonneroit aſſeurement
plus que les fictions de
l'Infortuné Napolitain. Paſſons
plutoſt à l'examen des moyens
de conſerver ce titre , puiſqu'à
tout hazard , je m'en voy revêtu.
Vous croyez peut-eſtre que c'eſt
GALANT . 319
pour moy la Pierre Philofophale
, point du tout ; & je parie
foixante piſtoles par an , de le
porterd'une façon cent fois plus
utile & plus amuſante juſqu'à
mondernier jour , ſi cinq ou fix
grands hommes que je ſçay ,
veulent imiter la generofité de
l'Electeur de Baviere , & me
donner 200. écus de penſion
comme luy , mais je n'y penſe
pas;&voilàde fort vilaines faillies
! il eſt bon que chacun ſçache
ſes petitesaffaires,à labonne
heure ; mais il ne fautpas ſe faire
tympaniſer dans le monde par
l'image d'un honteuſe avarice...
Voilàencoreune plaiſante réfle
xion, & de quoy ſerois-je avaricieux
? moyqui ne le fus jamais
de quelque choſe , m'aviſerois
jeà preſent dele devenirde rient
1
3202
J
MERCURE
foitdit? fi de tout ce diſcours
peu vous importe , tant mieux ,
ſi vous le prennez en bonne part ...
tant mieux encore , voilà comme
je le prendrois auſſi. D'ailleurs
je raiſonne ; c'eſt un droit qui
m'eſt acquis auſſi-bien qu'à tous
les hommes & quand tous mes
diſcours ( malgré les cenſeurs
ridicules ) ſeront auſſi ſimples &
aufſiinnocents que ceux- cy , je
fuis fur qu'on me permettra de
babiller juſqu'au Jugement. Enfin
je le répete ( comme je le
croy ) Meffieurs .
Nouspouvons raisonnersur tous
les Elemens,
Parlerdu Ciel , de la Terre , & de
l'onde ,
Mais n'amusons jamais le monde ,
Aux dépens des loix du bonſens .
C'est aprés cent reflexions profondes
GALANT. 321
Qu'à tout hazard le Philosophe
admet
La matiere premiere , ou les caufes
Secondes ,
Souventfanssçavoir ce qu'il fait.
Le Sage doune dans lepiege ,
Ourit desa décision ;
Mais leSophifme qui l'affiege
Ebloüit toûjours sa raison .
Pournous ne suivons point
gles trop austeres ,
dere
Où l'esprit tôt ou tard consent à
s'enchaîner ,
Sur des principes moinsfeveres
Cherchons à nous déterminer.
e
Que nos moeursfaſſent nôtre étude
Quela vertuſoit noftre but ,
Nous aurons moins d'inquietude ,
Qu'aucun Philofophe n'en eût.
Voilàle portraitque je me fais
des idées & des obligations des
hommes ; fi je peux un jour me
322 MERCURE
L
1
former fur cette peinture ,je de.
viendray alors aſſez deſintereſſé ,
pour ne regretter jamais de ne
pas reſſembler à l'Hommeheureux
malgréluy , Conte Perſan , que je
lûs il y a quelques jours dans les
Memoires de mon Subſtitut , qui
vousle racontera comme il vous
l'a promis , à l'entrée de fonpremier
Journal .
Je tiendray en effet ma parole;
mais en attendant il eſt à propos
que je vous faſſe part de la joye
donteſt remplie maintenant tou
te la Maiſon de Bourbon. Le 27.
de cemois Madame la Princeffe
deConty mit au mondeun Prince.
Je ne doute pas que de toutes
parts on ne l'en felicite,pour moi
j'emprunteray de tous les côtez ,
&j'emploiray tous mes talents ,
mels qu'ils foient , pour annon
GALANT. 323
cer à tout le monde le preſent
qu'elle vient de faire à la France.
Boſe y fut receu , fon Difcours
fut tres éloquent, celuy
312 MERCURE
de M. Dacier qui luy répondie
le fut aufh ; mais il avoit l'air
ſi antique , que M. de laMotte
qui eſt fans contredit un-des
plus beaux & des meilleurs ef.
prits de l'Europe , ne pût s'empêcher
de luy adreſſer l'Apologue
de l'Ecreviſſe. Le mois
prochain nous reprendrons
cet article.
Mon diſcours ſur la querelle
entre les Partiſans desAnciens&
des Modernes , la Lettre
qu'écrit à un de ſes amis
un des meilleurs ſeconds de
M. de la Motte , le Paralelle
excellent des deux Catons , &
vingt
GALANT 313
vingt autres pieces detachées qui
ont heureuſement trouvé place
dans le Mercure de ce mois , tout
cela vous aura peut- être paru affez
intereſſant , Meſſieurs , pour
vous obliger à me ſçavoir quelque
gré de l'honneur que j'ayde
vousen faire part. Mais il me refte
un fait admirable , tres extraordinaire
à mon égard, & dont
le détail m'embarraſſe infiniment.
C'eſt cependant tout ce
que j'ay de meilleur à vous conter
: &malgré la foibleſſe de mes
expreſſions , j'en ſuis fi touché
que pour avoir la fatisfaction de
vous en parler à coeur ouvert, je
ne reſpecteray nullement la delicareſſe
du pas où m'engage ma
reconnoiſſance , quandl'excés de
ma gratitude devroit vous paroî
Dd Mars 1715.
314 MERCURE
tre affoiblie par la ſechereffe
de mes termes. Il est bien queſ
tion maintenant de cette frivole
confideration, &les grandshommes&
les bonnes actions n'ont
pasbeſoin pour être loüez ,de ce
faſte éloquent ,&ſouventinutile
dont on emprunte ordinairement
l'éclat pour donner du luſtre aux
moindres choses.C'eſt en un mot
de l'Electeur de Baviere dont je
veux vous parler. CePrince tendrement
aimé de nôtre Roy ,
(cette verité ſeule vaut un million
d'éloges ) cheri de tous les
François , adoré de ſes peuples ,
& l'objet des voeux de tout lev
monde , vient de quitter la France.
Son deſtin le dérobe enfin à
nosyeux. Un malheur fouverain
nous l'arrache , faffe le Ciel que
de longues années &cun bonheur
GALANT. 315
infini foient le ſceau de toutes ſes
vertus.
Mais aprés cet aveune m'embarraffez
plus ,
Et ne demandez pas quels biens
jepeux vous dire
D'unHerosque le monde admire
Dont vous neſoyiez convaincus.
Il ne s'agit icy d'exploits , ni de
combats ;
Mais d'un trait à mes yeux plus
beaw qu'une Victoire ,
DuMercure en defordre itenrichic
l'Histoire ,
De l'éclat d'un prefent qu'il ne
meritoit pas .
Que puis-jedire de moins ,&
que ne penſay- je pas davantage
desbienfaits que ce Prince , le
premier qui aitcoupé le noeudde
mon infortune , vient de répan
Ddijuch
316 MFRCURE
dre ſur moy. Je vous demande
engrace à ce ſujet,de ſouffrir que
je mette en cetendroit Mercure
àmaplace, &je vous prie de luy
accorder la liberté de vous entretenir
un moment de ſes fantaifies
,ce qu'il vous dira , contribuëra
fur ma parole , à vous
amener plus agréablement la
petite Hiſtoire que je dois vous
conter le mois prochain.
Ilya , dit- il , (& il eſt à propos
que vous le ſçachiez ) une
grande difference entre le fils de
Jupiter & moy. Je n'ay de rapport
avec ce Meſſager des Dieux
queceluyde ſon matheur , lorfque
ſon pere , (avec connoiſſance
de cauſe apparamment ) s'aviſa
de le chaſſer du Ciel. Du
refte nous n'avons rien de communl'un
avec l'autre. Encore ne
GALANT. 317
fçay - je guerre , fi nous nous
reffemblons paſſablement dans
le ſeul articleque jeviens dedire,
car je ſuppoſe qu'iſſu de race
Divine , comme nous l'affure Ho
mere , & Denis d'Halicarnaffe ,
demandezle plutoft aux Anciens ,
il ne devoit ignorer aucun des
fecrets de la nature ,& par confequent
ſon induſtrie devoit fuppléer
parfaitement à fon infor
tune. Au lieu que moy qui ne
pourroit fans vanité prouver peut
eſtre guerre plus de nobleffe
qu'Elope , je me fuis trouvé
pluſieurs foisà la veille detomber
dans le même inconvenient
que luy , & réduit à la neceffité
d'employer tous les ſecours de
mon ignorance. Cette affreuſe
inégalité fait donc foy du peu de
D.diij
318 MERCURE
1
rapport qu'il y a entre le petit
fils de Saturne & moy ,& dé
montre que je ferois un impof
teur , ſi j'avois à la face du monde
, l'audace d'uſurper ſes titres
&de me fubroger en ſes droits ,
&que je ne fuis enun mot qu'un
Mercure adopté ſur la terre ;
mais toute qualité à part ,voyons,
vaille que vaille ,par quel degré
je ſuis enfin parvenu à faire la
conquête de celle-cy. Non ce
feroit entreprendre de vous conterdes
choſes ſurprenantes , &
le détailde mes avantures effectives
, vous étonneroit aſſeurement
plus que les fictions de
l'Infortuné Napolitain. Paſſons
plutoſt à l'examen des moyens
de conſerver ce titre , puiſqu'à
tout hazard , je m'en voy revêtu.
Vous croyez peut-eſtre que c'eſt
GALANT . 319
pour moy la Pierre Philofophale
, point du tout ; & je parie
foixante piſtoles par an , de le
porterd'une façon cent fois plus
utile & plus amuſante juſqu'à
mondernier jour , ſi cinq ou fix
grands hommes que je ſçay ,
veulent imiter la generofité de
l'Electeur de Baviere , & me
donner 200. écus de penſion
comme luy , mais je n'y penſe
pas;&voilàde fort vilaines faillies
! il eſt bon que chacun ſçache
ſes petitesaffaires,à labonne
heure ; mais il ne fautpas ſe faire
tympaniſer dans le monde par
l'image d'un honteuſe avarice...
Voilàencoreune plaiſante réfle
xion, & de quoy ſerois-je avaricieux
? moyqui ne le fus jamais
de quelque choſe , m'aviſerois
jeà preſent dele devenirde rient
1
3202
J
MERCURE
foitdit? fi de tout ce diſcours
peu vous importe , tant mieux ,
ſi vous le prennez en bonne part ...
tant mieux encore , voilà comme
je le prendrois auſſi. D'ailleurs
je raiſonne ; c'eſt un droit qui
m'eſt acquis auſſi-bien qu'à tous
les hommes & quand tous mes
diſcours ( malgré les cenſeurs
ridicules ) ſeront auſſi ſimples &
aufſiinnocents que ceux- cy , je
fuis fur qu'on me permettra de
babiller juſqu'au Jugement. Enfin
je le répete ( comme je le
croy ) Meffieurs .
Nouspouvons raisonnersur tous
les Elemens,
Parlerdu Ciel , de la Terre , & de
l'onde ,
Mais n'amusons jamais le monde ,
Aux dépens des loix du bonſens .
C'est aprés cent reflexions profondes
GALANT. 321
Qu'à tout hazard le Philosophe
admet
La matiere premiere , ou les caufes
Secondes ,
Souventfanssçavoir ce qu'il fait.
Le Sage doune dans lepiege ,
Ourit desa décision ;
Mais leSophifme qui l'affiege
Ebloüit toûjours sa raison .
Pournous ne suivons point
gles trop austeres ,
dere
Où l'esprit tôt ou tard consent à
s'enchaîner ,
Sur des principes moinsfeveres
Cherchons à nous déterminer.
e
Que nos moeursfaſſent nôtre étude
Quela vertuſoit noftre but ,
Nous aurons moins d'inquietude ,
Qu'aucun Philofophe n'en eût.
Voilàle portraitque je me fais
des idées & des obligations des
hommes ; fi je peux un jour me
322 MERCURE
L
1
former fur cette peinture ,je de.
viendray alors aſſez deſintereſſé ,
pour ne regretter jamais de ne
pas reſſembler à l'Hommeheureux
malgréluy , Conte Perſan , que je
lûs il y a quelques jours dans les
Memoires de mon Subſtitut , qui
vousle racontera comme il vous
l'a promis , à l'entrée de fonpremier
Journal .
Je tiendray en effet ma parole;
mais en attendant il eſt à propos
que je vous faſſe part de la joye
donteſt remplie maintenant tou
te la Maiſon de Bourbon. Le 27.
de cemois Madame la Princeffe
deConty mit au mondeun Prince.
Je ne doute pas que de toutes
parts on ne l'en felicite,pour moi
j'emprunteray de tous les côtez ,
&j'emploiray tous mes talents ,
mels qu'ils foient , pour annon
GALANT. 323
cer à tout le monde le preſent
qu'elle vient de faire à la France.
Fermer
147
p. 329-335
Avertissement au Lecteur.
Début :
Aprés vous avoir suffisamment entretenu des affaires des autres, je [...]
Mots clefs :
Mercure, Libraire, Libraires, Public, Supplément, Volume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avertissement au Lecteur.
Avertiſſement au Lecteur.
Aprés vous avoir fuffisamment
entretenu des affaires des autres,
je vous prie de me permettre de
vous parler un peu des miennes.
Paris,comme vous sçavez,na
pas esté fait en un jour : il en est
de même de tous les établiſſemens
nouveaux des moindres particuliers
du monde. Ils ont leurs degrez,
leur élevation ,&leur chûtes
en un mot , ils efuient toutes
les revolutions du ſort , de même
que les plus grands Empires. Cette
phrase est belle ! Je n'en sçay
pasfaire d'autres : mais ce n'est
point là de quoy il est question.
Je veux seulement vous dire ,
Meffieurs , Mesdames , & Mefdemoiselles
, que je suis tous les
joursfarles épines que jeme méfie
Mars 171y. Ec
330 MERCURE
des Libraires , du publie,&de moy.
Ces trois points feront avec vôtre
permi hontepartage de cetAvertis-
Sement,&l'objet de vos attentions.
Jeme méfie des Libraires , en ce
qu'on m'a averty qu'on pourroit
contrefaire le Mercure dans les Provinces
, c'estce qui m'a determiné à
lesſigner par uneparaphe composée
de deux doubles F. &unD.enlaßez
d'unseul trait de plume, d'unefaçon
presque indéchifrable .Pajoûte que
jedonnerai un Loüis d'orà ceux qui
m'en apporteront un où ce paraphe
neferapas.Je voussupplie enmême
tems de ne plus envoierdeMemoires
pour le Mercure chez le freur Ribou
Librairefur le Quay desAugustins:
j'ay eu lemalheur de me broüiller
avec luy.Jesuis cependant perfuadé
que ,malgré cette broüillerie , il ne
mefoufleroit aucune des pieces qu'
:
GALANT. 331
on luy envoyeroit pour moy: mais je
veuxluy épargnerla peine de me les
donner. Chez D. Follet &F. Lamefle,
au bout du Pont S. Michel, an
Livre Royal , ou Claude Fombert à
costédusieurRibou,ou chez moy-même&
cela n'enfera que mieux,vous
trouverez toûjours des genspromts
àles recevoir , & à me les rendre.
Voilàpour les Libraires .
Pour le public , je croy que j'ay
tort & raison de m'en méfier : j'ay
raiſon , ſtje luy donne un mauvais
Livre ; j'ay tort ,s'il est bon.
Mais cette distinction ne me guérit
pas de la peur , & on m'assûre
tous lesjours qu'ilnefaut que trois
ou quatrefeditieux dans le monde,
pour me couler à fond. Cela eft
vray pour un tems ; & malgré
tout cela,je confens que les An
Ecij
332 MERCURE
teurs des Captifs & du Vert
Galant disent pis que pendre de
moy : mais qu'un Tailleur , dont
jen'auray pas chanté les lowanges
, pour avoir fait , à ce qu'il
dit, & contre la verité , un hạ
bit ébloüiffant de diamants , aille
me deshonorerdans tous les Caffez
de Paris , me traiter de fade &م
de mauvais plaisant , mettre en
jeu, entre sa reputation & la
mienne qui n'en font pas une bonne
, l'auguste nom d'un des plus
respectables Princes du monde,
publier en un mot qu'il a intereßé
la Famille Royale à me punir
du crime de luy avoir refusé des
lowanges ,puis-je tenir contre cette
infortune ? Aprés cela aurai-je
tort de me méfier du public ?Je
vous en fais Fuges. Je cray pourtant
que dans le fond il ne don
GALANT . 333
L
negueresdans ces panneaux : quoiqu'il
ensoit j'auray,quandje voudray
la reſſource&l'appas des belles
paroles , pour me justifier avec
luy. Paßons à notredernierpoint.
Je me méfie de moy , parce que
comme dit le proverbe , Qui trop
embraffe , mal étreint. Je me
ruine àforce de vous promettredes
milliers de nouveautez , & à les
ramaffer. Il n'y a pas jusqu'aux
portsde lettres que je paye , contre
les voeux quej'avoisfait ,&
queje renouvelle ,de n'en recevoir
que de franches. Je vous ay
né deux Volumes le mais paffé
je vous en donne autant celuy- cy.
Je revoy,je corrige , j'augmente,
je réimprime toute l'Histoire
de l'Ambassadeur de Perfe , pour
vous la donner complete le 15. ou
le 18. d'Avril. Douze jours aprés
don
334 MERCURE
je vous garantis le Mercure du
même mois , meilleur encore que
tous les autres , &j'ajoûte à celuy
de May un Volume extraordinaire
qui fera composé de toutes
les meilleures pieces que j'auray
données dans les douze Mercures
de la premiere année de mon exercice
, & tous les ans jeſuivray
la même methode. Fugez si avec
tant d'ouvrages j'ay tort de me
méfier de moy cela n'empêche
pas , quoyque je n'aye pas de fecond
, que je n'aye encoreſouvent
bien moins d'occupation que vous,
& que je ne me tuë de vous en
demander tous les jours. Donnezm'en
, Messieurs , qui vous foit
agreable , & qui me foit utiles
donnez en auffi au fieur Henry,
Tailleur demeurant ruëBetisi, chez
un Cordonnier , àcôtédel'Hôtelda
1
GALANT. 335
Mantouë ; il est encore plus habile
en habits ,que je ne lefuis enMercures
, & vous ferez bien
Aprés vous avoir fuffisamment
entretenu des affaires des autres,
je vous prie de me permettre de
vous parler un peu des miennes.
Paris,comme vous sçavez,na
pas esté fait en un jour : il en est
de même de tous les établiſſemens
nouveaux des moindres particuliers
du monde. Ils ont leurs degrez,
leur élevation ,&leur chûtes
en un mot , ils efuient toutes
les revolutions du ſort , de même
que les plus grands Empires. Cette
phrase est belle ! Je n'en sçay
pasfaire d'autres : mais ce n'est
point là de quoy il est question.
Je veux seulement vous dire ,
Meffieurs , Mesdames , & Mefdemoiselles
, que je suis tous les
joursfarles épines que jeme méfie
Mars 171y. Ec
330 MERCURE
des Libraires , du publie,&de moy.
Ces trois points feront avec vôtre
permi hontepartage de cetAvertis-
Sement,&l'objet de vos attentions.
Jeme méfie des Libraires , en ce
qu'on m'a averty qu'on pourroit
contrefaire le Mercure dans les Provinces
, c'estce qui m'a determiné à
lesſigner par uneparaphe composée
de deux doubles F. &unD.enlaßez
d'unseul trait de plume, d'unefaçon
presque indéchifrable .Pajoûte que
jedonnerai un Loüis d'orà ceux qui
m'en apporteront un où ce paraphe
neferapas.Je voussupplie enmême
tems de ne plus envoierdeMemoires
pour le Mercure chez le freur Ribou
Librairefur le Quay desAugustins:
j'ay eu lemalheur de me broüiller
avec luy.Jesuis cependant perfuadé
que ,malgré cette broüillerie , il ne
mefoufleroit aucune des pieces qu'
:
GALANT. 331
on luy envoyeroit pour moy: mais je
veuxluy épargnerla peine de me les
donner. Chez D. Follet &F. Lamefle,
au bout du Pont S. Michel, an
Livre Royal , ou Claude Fombert à
costédusieurRibou,ou chez moy-même&
cela n'enfera que mieux,vous
trouverez toûjours des genspromts
àles recevoir , & à me les rendre.
Voilàpour les Libraires .
Pour le public , je croy que j'ay
tort & raison de m'en méfier : j'ay
raiſon , ſtje luy donne un mauvais
Livre ; j'ay tort ,s'il est bon.
Mais cette distinction ne me guérit
pas de la peur , & on m'assûre
tous lesjours qu'ilnefaut que trois
ou quatrefeditieux dans le monde,
pour me couler à fond. Cela eft
vray pour un tems ; & malgré
tout cela,je confens que les An
Ecij
332 MERCURE
teurs des Captifs & du Vert
Galant disent pis que pendre de
moy : mais qu'un Tailleur , dont
jen'auray pas chanté les lowanges
, pour avoir fait , à ce qu'il
dit, & contre la verité , un hạ
bit ébloüiffant de diamants , aille
me deshonorerdans tous les Caffez
de Paris , me traiter de fade &م
de mauvais plaisant , mettre en
jeu, entre sa reputation & la
mienne qui n'en font pas une bonne
, l'auguste nom d'un des plus
respectables Princes du monde,
publier en un mot qu'il a intereßé
la Famille Royale à me punir
du crime de luy avoir refusé des
lowanges ,puis-je tenir contre cette
infortune ? Aprés cela aurai-je
tort de me méfier du public ?Je
vous en fais Fuges. Je cray pourtant
que dans le fond il ne don
GALANT . 333
L
negueresdans ces panneaux : quoiqu'il
ensoit j'auray,quandje voudray
la reſſource&l'appas des belles
paroles , pour me justifier avec
luy. Paßons à notredernierpoint.
Je me méfie de moy , parce que
comme dit le proverbe , Qui trop
embraffe , mal étreint. Je me
ruine àforce de vous promettredes
milliers de nouveautez , & à les
ramaffer. Il n'y a pas jusqu'aux
portsde lettres que je paye , contre
les voeux quej'avoisfait ,&
queje renouvelle ,de n'en recevoir
que de franches. Je vous ay
né deux Volumes le mais paffé
je vous en donne autant celuy- cy.
Je revoy,je corrige , j'augmente,
je réimprime toute l'Histoire
de l'Ambassadeur de Perfe , pour
vous la donner complete le 15. ou
le 18. d'Avril. Douze jours aprés
don
334 MERCURE
je vous garantis le Mercure du
même mois , meilleur encore que
tous les autres , &j'ajoûte à celuy
de May un Volume extraordinaire
qui fera composé de toutes
les meilleures pieces que j'auray
données dans les douze Mercures
de la premiere année de mon exercice
, & tous les ans jeſuivray
la même methode. Fugez si avec
tant d'ouvrages j'ay tort de me
méfier de moy cela n'empêche
pas , quoyque je n'aye pas de fecond
, que je n'aye encoreſouvent
bien moins d'occupation que vous,
& que je ne me tuë de vous en
demander tous les jours. Donnezm'en
, Messieurs , qui vous foit
agreable , & qui me foit utiles
donnez en auffi au fieur Henry,
Tailleur demeurant ruëBetisi, chez
un Cordonnier , àcôtédel'Hôtelda
1
GALANT. 335
Mantouë ; il est encore plus habile
en habits ,que je ne lefuis enMercures
, & vous ferez bien
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148
p. 3-9
Prelude où l'Auteur se met au vert. [titre d'après la table]
Début :
On se plaint (& l'on a apparemment ses raisons [...]
Mots clefs :
Public, Mercure, Lettre, Savant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude où l'Auteur se met au vert. [titre d'après la table]
N se plaint( & l'on a
apparemment ses raisons
pour cela) de ce
que je prends ( illustre,tréssage,
& trés-éclairé Public)la
liberté de vous adresser la parole,
fous le titre de Messieurs,
de Mesdames, & de Mefdemoitcllcs.
J'ay déja eu,douze
fois au moins, l'honneur de
.vous dire que je ne suivois la
methode de personne, que les
principes des autres n'étoient
pas les miens, & que je donnois
tout aux caprices, & peu
dechose
, ou rien,aux regles.
Si cela ne suffit pas pour me
justifier auprésde vous, écoutez
un supplement de bonnes
& de mauvaises raisons, j'en
ay pour tout le monde.
En suis-jeplusaudacieux,
Pour suivre une route nouvelle?
Avons-nous besoin de modele
Pournousfaireunnomglorieux?
D'ailleurs ce qu'il y a en Europe
de plusgrand en hommes
& en femmes, a adopté
les termes que l'on veut me
supprimer ;la Cour en a ri ,&
ce n'est pas peu que de la faire
rire: la Ville n'a pas été plus
difficile que la Cour, jusqu'icy
cela ne va pas mal; mais un tas
de Sçavants antiques, & qua- -
tre Modernes qui ne m'aiment
pas,s'en font scandalisez. Voila
bien de quoym'arrêter.
Au reste,Messieurs, & je
parle avec respect à tout le
monde,en vertu du droit que
j'ay de le faire, permettezmoy
de vous dire que vousne
connoissez guere vôtre Mercure.
Il eu cependant bon que
vous le connoissiez plûtôt que
plus tard, & voicy encore une,
fois son portrait
Je ne suis ni bon
,
ni méchant
,/ii flatteur, ni cinique,
quand je trouvema belle à dire
du bien,je ne m'épargne pas;
j'attaque cependant mon Livre
& mapersonne,comme j'attaquerois
encore, si c'étoit à
refaire, le VertGalant, les
Captifs, & tout ce qui leur ressemble.
Loin de me piquer d'être
(pavane; je traite la science
en Grenadier, & je croy , en
un mo* ,
qu'il ne me manque
pour valoir quelque chose,
que l'usage exquis des finances
, & le bon sens de nos plus
sages contemporains. J'ajoute
à cela que je vous donne mon
Livre,comme je vous donnerois
une Lettre; que je souhaite,
ardemment me corriger de
mes dcffauts
,
s'il est vray queje
ne fois pas incorrigible, que
pour ne pas meriter l'honneur
de passer pour sçavant ; les Lan
gues & les Pays que je connois
le mieux, font ceux donc
je parle le moins;qu'enfin l'on
me verra toûjours exact à répondre
à tout le monde, &
prompt à piller de tous lescôtez
ce qui pourra serviràvous
amuser.Voilamesintentions,
Messieurs
J
contribuez à me
fournir des matieres, & vous
verrez que je vous meneray
peut être plus loin qu'aucun
des deffunts Mercures ne vous
amenez. Aureste,passez moy
bien des choses, il y va de vôtre
interêt de me ménager, &
du mien de vous plaire ;mais
si vous êtes trop difficiles, tant
pis pour vous.
Dispensez moy de la peine
de vousaller deterrer de belles
expressions, pour corriger en
quelque façon la franchise de
mOIT compliment. Ce seroit
peine & tems perdu.
apparemment ses raisons
pour cela) de ce
que je prends ( illustre,tréssage,
& trés-éclairé Public)la
liberté de vous adresser la parole,
fous le titre de Messieurs,
de Mesdames, & de Mefdemoitcllcs.
J'ay déja eu,douze
fois au moins, l'honneur de
.vous dire que je ne suivois la
methode de personne, que les
principes des autres n'étoient
pas les miens, & que je donnois
tout aux caprices, & peu
dechose
, ou rien,aux regles.
Si cela ne suffit pas pour me
justifier auprésde vous, écoutez
un supplement de bonnes
& de mauvaises raisons, j'en
ay pour tout le monde.
En suis-jeplusaudacieux,
Pour suivre une route nouvelle?
Avons-nous besoin de modele
Pournousfaireunnomglorieux?
D'ailleurs ce qu'il y a en Europe
de plusgrand en hommes
& en femmes, a adopté
les termes que l'on veut me
supprimer ;la Cour en a ri ,&
ce n'est pas peu que de la faire
rire: la Ville n'a pas été plus
difficile que la Cour, jusqu'icy
cela ne va pas mal; mais un tas
de Sçavants antiques, & qua- -
tre Modernes qui ne m'aiment
pas,s'en font scandalisez. Voila
bien de quoym'arrêter.
Au reste,Messieurs, & je
parle avec respect à tout le
monde,en vertu du droit que
j'ay de le faire, permettezmoy
de vous dire que vousne
connoissez guere vôtre Mercure.
Il eu cependant bon que
vous le connoissiez plûtôt que
plus tard, & voicy encore une,
fois son portrait
Je ne suis ni bon
,
ni méchant
,/ii flatteur, ni cinique,
quand je trouvema belle à dire
du bien,je ne m'épargne pas;
j'attaque cependant mon Livre
& mapersonne,comme j'attaquerois
encore, si c'étoit à
refaire, le VertGalant, les
Captifs, & tout ce qui leur ressemble.
Loin de me piquer d'être
(pavane; je traite la science
en Grenadier, & je croy , en
un mo* ,
qu'il ne me manque
pour valoir quelque chose,
que l'usage exquis des finances
, & le bon sens de nos plus
sages contemporains. J'ajoute
à cela que je vous donne mon
Livre,comme je vous donnerois
une Lettre; que je souhaite,
ardemment me corriger de
mes dcffauts
,
s'il est vray queje
ne fois pas incorrigible, que
pour ne pas meriter l'honneur
de passer pour sçavant ; les Lan
gues & les Pays que je connois
le mieux, font ceux donc
je parle le moins;qu'enfin l'on
me verra toûjours exact à répondre
à tout le monde, &
prompt à piller de tous lescôtez
ce qui pourra serviràvous
amuser.Voilamesintentions,
Messieurs
J
contribuez à me
fournir des matieres, & vous
verrez que je vous meneray
peut être plus loin qu'aucun
des deffunts Mercures ne vous
amenez. Aureste,passez moy
bien des choses, il y va de vôtre
interêt de me ménager, &
du mien de vous plaire ;mais
si vous êtes trop difficiles, tant
pis pour vous.
Dispensez moy de la peine
de vousaller deterrer de belles
expressions, pour corriger en
quelque façon la franchise de
mOIT compliment. Ce seroit
peine & tems perdu.
Fermer
149
p. 15-16
« Voila presque tout ce qui se pratiquoit au vieux tems [...] »
Début :
Voila presque tout ce qui se pratiquoit au vieux tems [...]
Mots clefs :
Mois d'avril
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila presque tout ce qui se pratiquoit au vieux tems [...] »
Voila prefquc tout ce qui
se pratiquoit au vieux tems
dansle mois d'Avril. Voyons,
s'il vous plaît,ce qui s'y fait à
present.
se pratiquoit au vieux tems
dansle mois d'Avril. Voyons,
s'il vous plaît,ce qui s'y fait à
present.
Fermer
150
p. 54
« Je croy que rien ne peut amener plus avantageusement, & [...] »
Début :
Je croy que rien ne peut amener plus avantageusement, & [...]
Mots clefs :
Liaison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy que rien ne peut amener plus avantageusement, & [...] »
e croy que rien ne peut
amener plus avantageusement,&
sans autre liaison
la fuitede ce grand Procèsqui
fait aujourd'huy tant de bruit
danslaRepublique desLettres,
que la copie de la Lettre qu'on
va lire, je ne doute pas qu'elle
ne me vienne de la part d'uo
fage & zeté parti fan des Anciens.
Voicy ses termes.
amener plus avantageusement,&
sans autre liaison
la fuitede ce grand Procèsqui
fait aujourd'huy tant de bruit
danslaRepublique desLettres,
que la copie de la Lettre qu'on
va lire, je ne doute pas qu'elle
ne me vienne de la part d'uo
fage & zeté parti fan des Anciens.
Voicy ses termes.
Fermer
151
p. 54-56
Lettre d'un Ancien à l'Auteur, qui déclare aujourd'huy publiquement qu'il n'est ni Ancien ni Moderne. [titre d'après la table]
Début :
On se plaignoit, Monsieur, l'autre jour dans une maison, de [...]
Mots clefs :
Parallèle, Mercure, Dispute d'Homère, Neutralité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Ancien à l'Auteur, qui déclare aujourd'huy publiquement qu'il n'est ni Ancien ni Moderne. [titre d'après la table]
Onsi plaignait, Monjteuf,
l'autre jour dans une maison, de
,
ce que dans la dispute d'Homere
nous riavie% point pris le parti
de la neutralité; on disoit que
l'interestdu Mercure étoitd'appel
1erafoitous les combatans, de
recevoir toutes leurs pieces. J'ay
soutenu que vous ne demandiez
pas mieux, la preuve que fen
1
donnayfut depromettresurvotre
parole,queleparalelleparoifroit
i
dans le Mercureprochain; on
f vousfournira dans lafuite vingtquatre
pieces en voilàpour2ans.
; Je réponds, Monsieur, à
! cette obligeance promesse
,
; quevousne juriez me faire
t plus deplaisir que de metenir
- parole, & que je recevray
toutes les picces qu'on m'enverra
de part & d'autre sur
cette sçavance querelle, en
homme qui ne s'interesse de
bonne foy aux fuites qu'elle
peut avoir,qu'à proportion
du mouvement qu'elle doit
donner à mes Livres, donc
j'espere qu'elle me fera multi.
plier les exemplaires.
l'autre jour dans une maison, de
,
ce que dans la dispute d'Homere
nous riavie% point pris le parti
de la neutralité; on disoit que
l'interestdu Mercure étoitd'appel
1erafoitous les combatans, de
recevoir toutes leurs pieces. J'ay
soutenu que vous ne demandiez
pas mieux, la preuve que fen
1
donnayfut depromettresurvotre
parole,queleparalelleparoifroit
i
dans le Mercureprochain; on
f vousfournira dans lafuite vingtquatre
pieces en voilàpour2ans.
; Je réponds, Monsieur, à
! cette obligeance promesse
,
; quevousne juriez me faire
t plus deplaisir que de metenir
- parole, & que je recevray
toutes les picces qu'on m'enverra
de part & d'autre sur
cette sçavance querelle, en
homme qui ne s'interesse de
bonne foy aux fuites qu'elle
peut avoir,qu'à proportion
du mouvement qu'elle doit
donner à mes Livres, donc
j'espere qu'elle me fera multi.
plier les exemplaires.
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152
p. 178-179
« Aprés avoir raisonnablement parlé de Critique, d'Anciens [...] »
Début :
Aprés avoir raisonnablement parlé de Critique, d'Anciens [...]
Mots clefs :
Anciens et Modernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés avoir raisonnablement parlé de Critique, d'Anciens [...] »
Aprés avoir raisonnablement
parlé de Critique, d'Anciens
& de Modernes, &
avoir mêmeapprehendé que
cette querelle ne s'emparât de
tout mon Livre, je fuis enfin
parvenu à obtenir une trêve
des combatans. Je vais profiter
de cette suspension d'armes
pour vous entretenir des
nouvelles generales
parlé de Critique, d'Anciens
& de Modernes, &
avoir mêmeapprehendé que
cette querelle ne s'emparât de
tout mon Livre, je fuis enfin
parvenu à obtenir une trêve
des combatans. Je vais profiter
de cette suspension d'armes
pour vous entretenir des
nouvelles generales
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153
p. 193
« Je ne fais point de préambule pour annoncer la nouvelle [...] »
Début :
Je ne fais point de préambule pour annoncer la nouvelle [...]
Mots clefs :
Surprise, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne fais point de préambule pour annoncer la nouvelle [...] »
Je ne fais point de pr éambule
pour annoncer la nouvelle
extraordinaire qu'onva
lire; j'aime mieux laisser aux
Lecteurs le plaisir de la furprise
pour annoncer la nouvelle
extraordinaire qu'onva
lire; j'aime mieux laisser aux
Lecteurs le plaisir de la furprise
Fermer
154
p. 201-204
Discours où l'Auteur se surpasse. [titre d'après la table]
Début :
Que ce que vous allez lire, Messieurs, soit bien ou mal [...]
Mots clefs :
Modernes, Anciens, Académie française, Érudition, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur se surpasse. [titre d'après la table]
Quece que vous allez lire
Messieurs, , soit bien ou mal
conçu avec ce que vous avez
lû, que vous importe > vous
estes bien à cela prés, avec
moy. Vous sçavezque je n'ay
pas fait voeu de ne pas vous
laisser la liberté de reprendre
haleine
,
d'ailleurs il n'y a
point de loy qui m'oblige
vous faireenjamber régulière
ment toutes les pieces du Mercure.
Ainsi soit. Je vous diray
donc, faufvostremeilleur
avis, que l'usage où j'ay éd
jusqu'à present de vous donner
des extraies des discours
de l'Academie Françoise
,
est
un usage que je supprime cc
moiscy pour deux ou trois
raisons; la premiere c'est que
jusqu'à present mon Livre me
paroistsisçavant, que j'aurois
peur de vous ennuyer & de
vous fatiguer si je faisois avec
vous denouveaux frais deriïdition,
la seconde c'est que j'ay
appris de bonne parc, que c'est
déchirer les entrailles des Sçavants
,
quedes'aviser de donner
leurs penséespar extraits y
& enfin c'est que je n'aynyle
lieu ny le loisir de faire aujourd'huy
ceux dont il est question:
J'en suis pourtant bien fâché ,
car M. de Boze qui fut receu â
l'Acadcmie Françoise le 30;
du mois passé, y fit un discours
qui fut applaudi generalement
de tous ses Auditeurs, & d'ailleurs
,
il est particulièrement
digne d'une estime univerfclle.
M. Dacier, Secretaire perpetuelle
de l'AcademieFrançoise
luy répondit avec beaucoup
de force & d'éloquence : j'eus
l'honneur d'entendre son dif
coursou , en Protecteur déclaré
des Anciens, il attaqua
vivementles Modernes.
Messieurs, , soit bien ou mal
conçu avec ce que vous avez
lû, que vous importe > vous
estes bien à cela prés, avec
moy. Vous sçavezque je n'ay
pas fait voeu de ne pas vous
laisser la liberté de reprendre
haleine
,
d'ailleurs il n'y a
point de loy qui m'oblige
vous faireenjamber régulière
ment toutes les pieces du Mercure.
Ainsi soit. Je vous diray
donc, faufvostremeilleur
avis, que l'usage où j'ay éd
jusqu'à present de vous donner
des extraies des discours
de l'Academie Françoise
,
est
un usage que je supprime cc
moiscy pour deux ou trois
raisons; la premiere c'est que
jusqu'à present mon Livre me
paroistsisçavant, que j'aurois
peur de vous ennuyer & de
vous fatiguer si je faisois avec
vous denouveaux frais deriïdition,
la seconde c'est que j'ay
appris de bonne parc, que c'est
déchirer les entrailles des Sçavants
,
quedes'aviser de donner
leurs penséespar extraits y
& enfin c'est que je n'aynyle
lieu ny le loisir de faire aujourd'huy
ceux dont il est question:
J'en suis pourtant bien fâché ,
car M. de Boze qui fut receu â
l'Acadcmie Françoise le 30;
du mois passé, y fit un discours
qui fut applaudi generalement
de tous ses Auditeurs, & d'ailleurs
,
il est particulièrement
digne d'une estime univerfclle.
M. Dacier, Secretaire perpetuelle
de l'AcademieFrançoise
luy répondit avec beaucoup
de force & d'éloquence : j'eus
l'honneur d'entendre son dif
coursou , en Protecteur déclaré
des Anciens, il attaqua
vivementles Modernes.
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155
p. 208-210
« Je n'eus pas plûtôt entendu cette Fable, & les suffrages [...] »
Début :
Je n'eus pas plûtôt entendu cette Fable, & les suffrages [...]
Mots clefs :
Mercure, Larcins, Voleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'eus pas plûtôt entendu cette Fable, & les suffrages [...] »
Je n'eus pas plûtôt entendu
cette Fable
,
& les suffrages
qu'elle avoit attirez à son Auteur,
que je me dérobay de
l'Académie
l'Académie comme un voleur;
jegagnay aussitôt mon logis,
j'y dépofay d'abord mon larcin,
& plus content de moy
que si l'on m'eût donné de
quoy payer mes dettes, je regarday
d'un cet! tranquille un
tas de papiers cachetez qu'en
moins de deux heures on avoit
apportez chez moy. Je les ouvris
tous les uns après les auprès.
Bon Dieu! que je lûs de
ottises! desesperant enfin de
rien trouver qui me satisfit, je
recommençay à me feliciter du
iol que jevenois de faireà M.
le la Mocte. Cependant je mis
indifferemment la main su
une Lettre donc je lûsl'adrest
en pensant à autre chose. L
titre de Mercure enrichi d
plusieurs belles épithetes, m
fit ouvrir les yeux.
cette Fable
,
& les suffrages
qu'elle avoit attirez à son Auteur,
que je me dérobay de
l'Académie
l'Académie comme un voleur;
jegagnay aussitôt mon logis,
j'y dépofay d'abord mon larcin,
& plus content de moy
que si l'on m'eût donné de
quoy payer mes dettes, je regarday
d'un cet! tranquille un
tas de papiers cachetez qu'en
moins de deux heures on avoit
apportez chez moy. Je les ouvris
tous les uns après les auprès.
Bon Dieu! que je lûs de
ottises! desesperant enfin de
rien trouver qui me satisfit, je
recommençay à me feliciter du
iol que jevenois de faireà M.
le la Mocte. Cependant je mis
indifferemment la main su
une Lettre donc je lûsl'adrest
en pensant à autre chose. L
titre de Mercure enrichi d
plusieurs belles épithetes, m
fit ouvrir les yeux.
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156
p. 218-227
Errata dont la lecture fait preuve de la bonne foy de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Les fautes d'impression qui se glissent souvent malgré mes [...]
Mots clefs :
Mariage, Armées, Fautes, Marquis d'Arpajon, Femme, Roi, Général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Errata dont la lecture fait preuve de la bonne foy de l'Auteur. [titre d'après la table]
Les fautes d'impressîon qui
seglissent souventmalgré mes
soins, dans les articles les plus
importants de ceLivre,& dont
je ne m'apperçois que lorsqu'il
n'y a.plus de remede, m'c»
bligentàessayer de les reparer
autant qu'il me fera possible,
par une nouvelle exactitude :
& pour cet effet à donner tous
les mois un Chapitre des errata
& des omissions,que je meu
tray regulierementàlatêteou
à lasuite des choses ausquelle
il aura du rapporc. Par exemple,
dans l'article des Mariages
du mois paffé ,il y a deux failles
& une omission consideraples.
Au sujet de M. dç Lanoignon
il faut lire à la page
19MCffire Guillaume de la.*
hoignon,Seigneur de Blanc,
nesnil,Avocat General auPar-
, :menjc de Paris,&c,
A la page 203. ai) sujet de
4.leComte d'AtbeM
cft frere de pere de feuë Maame
la Marquise de Lavardin,
te. & à la page 205. ce que
syomisausujetde M.leMaruis
d'Arpajon m'oblige à rcrprenidreal'articgle
deeion M.a- Messire Loüis d'Arpajon,
Marquis d'Arpajon, Lieutenant
General des Armées de
Roy, & Chevalier de rOrdrc
de la Toison d'or,fils de Jean
Loüis d'Arpajon, Marquis dl
Severac, & de CharlotedeVet
nou de Bonneil
, & petit fil
de Loüis, Duc d'Arpajon,Mar
quis de Severac
,
Lieutenans
General des Armées du Roy
& au Gouvernement de Lan
guedoc
,
& Chevalier de se
Ordres, & de Gloriande d
Lauzieres de Themincs sa pri
miere femme, fille du Maréchal
de Themines, a épousé
Charlote-Anne le Bas, soeur
(de Dame Catherine le Bas de
Montargis, femme de Jean-
François Henault
,
Présidene
des Enquestes du Parlement de
Paris, & fille de Claude le Bas
<3e Montargis, Garde du Tresor
Royal, & d'Henriette-
Hardouin Mansart, fille aînée
de feu M. Mansart, Sur- Inrendant
des Bastimens du Roy, &
petite fille de François le Bas,
Secretaire du Roy
,
premier
Commis des Finances fous M.
le Cardinal Mazarin & fous
M. Colbert, & Conseiller d'Etat,
dont la famille est distinguée
dans le Berry d'où, elle
tire fou origine. La Maison
d'ArpajonRoüergue est une
des plus illustres&des plus anciennes
du Royaume, & elle
s'est alliée aux Maisons deNarbonne;
de Roqueseüil, GauccUrt,
Harcourc, Aubusson,
Escars,Bourbon, Roussillon,
Castélnau
,
Loubens de Ver-
, dalle,&c.
La confiance&l'amitié singulieredont
M. le Duc deVendôme
honoroit M. d'Arpajon,
Teftime&laffe&iongénérale
des Soldats & des Officiers qui -
ont servy avec luy,14 reducnon
des Châteaux de Venasque,
d'Areins & de Castelleon,
&un grand Pays plein de rebellesqu'il
a fournis à l'obéissance
du Roy d'Espagne,sont
des preuves certaines de foq
merite;mais sa reconnoissance
prefere à ces suffrages universels,
le témoignase
,
éclatant
que Sa M. C. a rendu à sa vertu
par un écrit de sa propre
main, & dont voicy les termes
traduits mot pour mot sur l'original
EspagnoL
LE ROY.
Monsieur le Marquisd'Arpajon
,
les nouvellesque vous
m'a,vek données de la reduction
dts Chasteaux de Venasque
, &
de Castelleon, m'ont étési agreablejs
,
aussi bienque le zele,la me
leur & la conduite avec lesquelles
vous avc%fournis à mon obéissance
cesPlaces importantes, Cm
le Pays de leurs dépendances; qu'-
en preuve de la reconnoissance que
j'ay cru devoir à ces bons services,
à ceux que vous mavie% déja
rendus au Chasseau d*Areins
& à vôtre propre personne, je
vous accorde la Toison dor.A
Correille ce 18. Octobre 171!•?
Signé, Moy le Roy. ","':
Un des amis de M. cfArpa'.(
jon,homme de confideratiorr,*
& distingué dans les Lettres,
&dans les Emplois qu'il exerce
avec honneur
, ayant appris
cette nouvelle, luy envoya les
Vers suivants. -'
L'éclat de ta noble Maison,
Et Venasque,&Castelleon,
Soumis en moins d'untCampagne;
Mefont dire que la raison, )
De Philippestoûjours compagne
Présidoit y au Conseil d'EJpàgne
Quandilt'a donné la Toison..--
Depuis peu un autre particulier
,
sensibleaux marques
d'amitié qu'il a reçues de luy ea
Espagne& ailleurs
,
autant
qu"lll'cdà son propre mérite,
ayant appris la nouvelle de son
Mariage avecMademoiselle de
Montargis, l'en a felicite par
les Vers que voicy.
Quel concert de plaisirs ! quelle
brillantefeste!
L'hymen pour ton bonheur vient
dechoisir le jour,
Où du chefd'oeuvredel'amour , L'amourt'asseure Ils conqueste.
Quel jour, illustre d'arpajon!
La plus éclatante njtfht're>
EtVenafôjHéfjrCaflelleon
Offrentenvain à la memoire
Toute lasplendeur de ton nom :
Ces grands monuments de ta
gloire
N'égalent qu'apeinele don,
Dont aujourd'huy l'hymen enru
chit ton histoire.
Et Doits aimable, jeune& belle
Montargis
Sous les doux noeuds'qtiiforis-àf.
ftmblent,
1
Que le Ciel vous donne desfils
Et desfillesqui vous ressemblent,
Je tombe aujourd'huy dafli
seglissent souventmalgré mes
soins, dans les articles les plus
importants de ceLivre,& dont
je ne m'apperçois que lorsqu'il
n'y a.plus de remede, m'c»
bligentàessayer de les reparer
autant qu'il me fera possible,
par une nouvelle exactitude :
& pour cet effet à donner tous
les mois un Chapitre des errata
& des omissions,que je meu
tray regulierementàlatêteou
à lasuite des choses ausquelle
il aura du rapporc. Par exemple,
dans l'article des Mariages
du mois paffé ,il y a deux failles
& une omission consideraples.
Au sujet de M. dç Lanoignon
il faut lire à la page
19MCffire Guillaume de la.*
hoignon,Seigneur de Blanc,
nesnil,Avocat General auPar-
, :menjc de Paris,&c,
A la page 203. ai) sujet de
4.leComte d'AtbeM
cft frere de pere de feuë Maame
la Marquise de Lavardin,
te. & à la page 205. ce que
syomisausujetde M.leMaruis
d'Arpajon m'oblige à rcrprenidreal'articgle
deeion M.a- Messire Loüis d'Arpajon,
Marquis d'Arpajon, Lieutenant
General des Armées de
Roy, & Chevalier de rOrdrc
de la Toison d'or,fils de Jean
Loüis d'Arpajon, Marquis dl
Severac, & de CharlotedeVet
nou de Bonneil
, & petit fil
de Loüis, Duc d'Arpajon,Mar
quis de Severac
,
Lieutenans
General des Armées du Roy
& au Gouvernement de Lan
guedoc
,
& Chevalier de se
Ordres, & de Gloriande d
Lauzieres de Themincs sa pri
miere femme, fille du Maréchal
de Themines, a épousé
Charlote-Anne le Bas, soeur
(de Dame Catherine le Bas de
Montargis, femme de Jean-
François Henault
,
Présidene
des Enquestes du Parlement de
Paris, & fille de Claude le Bas
<3e Montargis, Garde du Tresor
Royal, & d'Henriette-
Hardouin Mansart, fille aînée
de feu M. Mansart, Sur- Inrendant
des Bastimens du Roy, &
petite fille de François le Bas,
Secretaire du Roy
,
premier
Commis des Finances fous M.
le Cardinal Mazarin & fous
M. Colbert, & Conseiller d'Etat,
dont la famille est distinguée
dans le Berry d'où, elle
tire fou origine. La Maison
d'ArpajonRoüergue est une
des plus illustres&des plus anciennes
du Royaume, & elle
s'est alliée aux Maisons deNarbonne;
de Roqueseüil, GauccUrt,
Harcourc, Aubusson,
Escars,Bourbon, Roussillon,
Castélnau
,
Loubens de Ver-
, dalle,&c.
La confiance&l'amitié singulieredont
M. le Duc deVendôme
honoroit M. d'Arpajon,
Teftime&laffe&iongénérale
des Soldats & des Officiers qui -
ont servy avec luy,14 reducnon
des Châteaux de Venasque,
d'Areins & de Castelleon,
&un grand Pays plein de rebellesqu'il
a fournis à l'obéissance
du Roy d'Espagne,sont
des preuves certaines de foq
merite;mais sa reconnoissance
prefere à ces suffrages universels,
le témoignase
,
éclatant
que Sa M. C. a rendu à sa vertu
par un écrit de sa propre
main, & dont voicy les termes
traduits mot pour mot sur l'original
EspagnoL
LE ROY.
Monsieur le Marquisd'Arpajon
,
les nouvellesque vous
m'a,vek données de la reduction
dts Chasteaux de Venasque
, &
de Castelleon, m'ont étési agreablejs
,
aussi bienque le zele,la me
leur & la conduite avec lesquelles
vous avc%fournis à mon obéissance
cesPlaces importantes, Cm
le Pays de leurs dépendances; qu'-
en preuve de la reconnoissance que
j'ay cru devoir à ces bons services,
à ceux que vous mavie% déja
rendus au Chasseau d*Areins
& à vôtre propre personne, je
vous accorde la Toison dor.A
Correille ce 18. Octobre 171!•?
Signé, Moy le Roy. ","':
Un des amis de M. cfArpa'.(
jon,homme de confideratiorr,*
& distingué dans les Lettres,
&dans les Emplois qu'il exerce
avec honneur
, ayant appris
cette nouvelle, luy envoya les
Vers suivants. -'
L'éclat de ta noble Maison,
Et Venasque,&Castelleon,
Soumis en moins d'untCampagne;
Mefont dire que la raison, )
De Philippestoûjours compagne
Présidoit y au Conseil d'EJpàgne
Quandilt'a donné la Toison..--
Depuis peu un autre particulier
,
sensibleaux marques
d'amitié qu'il a reçues de luy ea
Espagne& ailleurs
,
autant
qu"lll'cdà son propre mérite,
ayant appris la nouvelle de son
Mariage avecMademoiselle de
Montargis, l'en a felicite par
les Vers que voicy.
Quel concert de plaisirs ! quelle
brillantefeste!
L'hymen pour ton bonheur vient
dechoisir le jour,
Où du chefd'oeuvredel'amour , L'amourt'asseure Ils conqueste.
Quel jour, illustre d'arpajon!
La plus éclatante njtfht're>
EtVenafôjHéfjrCaflelleon
Offrentenvain à la memoire
Toute lasplendeur de ton nom :
Ces grands monuments de ta
gloire
N'égalent qu'apeinele don,
Dont aujourd'huy l'hymen enru
chit ton histoire.
Et Doits aimable, jeune& belle
Montargis
Sous les doux noeuds'qtiiforis-àf.
ftmblent,
1
Que le Ciel vous donne desfils
Et desfillesqui vous ressemblent,
Je tombe aujourd'huy dafli
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157
p. 227-230
Oraison funebre de l'Auteur à la loüange de son Genealogiste. [titre d'après la table]
Début :
Je tombe aujourd'huy dans un inconvenient que je donnerois à [...]
Mots clefs :
Généalogiste, Accident, Enterrer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oraison funebre de l'Auteur à la loüange de son Genealogiste. [titre d'après la table]
Je tombe aujourd'huy dafli
un inconvenient que je doiU
nerois a deviner à toute, la
terre. Je croy que c'est un
nouveau tour que la fortune
me joüeexpréspourmesouffler
toutes les marques que
j'essayerois de donner demon
zele & de mon attention à
deux des plusillustres familles
du Royaume. Permettezmoy
s'ilvous plaist
,
de reprendre
les choses de plus loin, pour
vousmettremieuxaufait de
mes
plaintes. Il y a environ
six mois que j'eûs l'honneur
de vous dire que mon Genealogisteétoitun
Cuistre incorrigible.
Cela n'est que trop .1
vray, Messieurs, & quoyquc
nous soyons camarades d'école,
il s'est acharné tellement à
suivre une étude de Blazon,
d'Histoire,&de bonnes & de
mauvaisesChroniques, qu'à
force de chercher à déterrer les
uns & les autres ,
il vient de
s'enterrer luy-Même. Je pense
, que cet accident n'a été
causé que par le chagrin qu'il
a eû de voir que je le payois
assezmal.
Car l'autrejour ilme disoit
N'eflce pas une chose étrange
, Que tous les jours tu me donnes
le change,
JVefcais tu pas tout net,
Que mon Cabinet Grange*
-
jç tâçhay de le rasseurer à
force de promesses, mais il s'en
est mocqué ; & je pense
qu'il a mieux aimé. mourir
subitement que compter sur
ma paroje. Si j'en étois biensûr
,je feroistout à l'heure
son Epitaphe,&sa Genealogie
même, mais cette nouvelle
mérité confirmation. r: Cependant raillerieà
un inconvenient que je doiU
nerois a deviner à toute, la
terre. Je croy que c'est un
nouveau tour que la fortune
me joüeexpréspourmesouffler
toutes les marques que
j'essayerois de donner demon
zele & de mon attention à
deux des plusillustres familles
du Royaume. Permettezmoy
s'ilvous plaist
,
de reprendre
les choses de plus loin, pour
vousmettremieuxaufait de
mes
plaintes. Il y a environ
six mois que j'eûs l'honneur
de vous dire que mon Genealogisteétoitun
Cuistre incorrigible.
Cela n'est que trop .1
vray, Messieurs, & quoyquc
nous soyons camarades d'école,
il s'est acharné tellement à
suivre une étude de Blazon,
d'Histoire,&de bonnes & de
mauvaisesChroniques, qu'à
force de chercher à déterrer les
uns & les autres ,
il vient de
s'enterrer luy-Même. Je pense
, que cet accident n'a été
causé que par le chagrin qu'il
a eû de voir que je le payois
assezmal.
Car l'autrejour ilme disoit
N'eflce pas une chose étrange
, Que tous les jours tu me donnes
le change,
JVefcais tu pas tout net,
Que mon Cabinet Grange*
-
jç tâçhay de le rasseurer à
force de promesses, mais il s'en
est mocqué ; & je pense
qu'il a mieux aimé. mourir
subitement que compter sur
ma paroje. Si j'en étois biensûr
,je feroistout à l'heure
son Epitaphe,&sa Genealogie
même, mais cette nouvelle
mérité confirmation. r: Cependant raillerieà
Fermer
158
p. 232
« L'article des Morts ne sera pas plus long que celuy des [...] »
Début :
L'article des Morts ne sera pas plus long que celuy des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'article des Morts ne sera pas plus long que celuy des [...] »
L'article des Morts ne fera
pas plus long que celuy des
Mariages.
pas plus long que celuy des
Mariages.
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159
p. 233-235
« Je reprendray le mois prochain sous le bon plaisir des [...] »
Début :
Je reprendray le mois prochain sous le bon plaisir des [...]
Mots clefs :
Mémoires, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je reprendray le mois prochain sous le bon plaisir des [...] »
Je reprendray le mois prochain
fous le bon plaisir des
personnes de consideration,
que ces articles interessent, cc
qui y manque ce moiscy.
Au reste je prie les gens éclairez
sur ces matieres, de m'aider
de leurs lumieres autant,
qu'il leur conviendra, & que;
les Memoires qu'ils auront la
bonté de m'envoyer
,
seront
d'accordavec la vérité*<
Je pourrois à present, fanS1
craindre de passer pour un ennuyeux
conteur,charger pres- «
que tout le reste de ce Volume
de cent vieillesnouvelles; mais
la satisfaction de mes Lecteurs
m'est trop cherc, pour VPU-'
loir les ex poser à la peine de
lire tant d'inutilitez ; d'ailleurs
je fuis bien aise de leur
annoncer qu'ils doivent s'attendre
à des choses au moins
aussi amusantes que celles qu'-
ils ont lû ;
fous le bon plaisir des
personnes de consideration,
que ces articles interessent, cc
qui y manque ce moiscy.
Au reste je prie les gens éclairez
sur ces matieres, de m'aider
de leurs lumieres autant,
qu'il leur conviendra, & que;
les Memoires qu'ils auront la
bonté de m'envoyer
,
seront
d'accordavec la vérité*<
Je pourrois à present, fanS1
craindre de passer pour un ennuyeux
conteur,charger pres- «
que tout le reste de ce Volume
de cent vieillesnouvelles; mais
la satisfaction de mes Lecteurs
m'est trop cherc, pour VPU-'
loir les ex poser à la peine de
lire tant d'inutilitez ; d'ailleurs
je fuis bien aise de leur
annoncer qu'ils doivent s'attendre
à des choses au moins
aussi amusantes que celles qu'-
ils ont lû ;
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160
p. 273-275
Belle réflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Le Compliment n'est point énigmatique, & je ne doute [...]
Mots clefs :
Mercure, Beau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Belle réflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Le Compliment nest
point énigmatique
,
& je
ne douce pas que le beau
Sexe ne fouhaitte après
avoir lû ce Sonnet, en te.
nir l'Autheur pour se donner
le plaisir de lui laver la
teste d'importance. Pour
moi, Mesdames, quoi que
je sçache assez.ce que j'en,
pense
,
je vous assûre que
je m'en lave les mains, &
quej'aimerois mieux re- qID teux re~.
noncer à jamaisà l'honneur
que j'ay d'estre votre
Mercure, que vous dire
aucune de ces veritezdésobligeantes;
au contraire,
je chercherai tousjours a
vous amuser de tout, mesme
des injures que vous -
vous faites dire par les gens
que vous mettez de mauvasse
humeur. Ainsi en
beau, en laid, en petit &
- en grand, je vous prie de
compter toujours sur moi.
point énigmatique
,
& je
ne douce pas que le beau
Sexe ne fouhaitte après
avoir lû ce Sonnet, en te.
nir l'Autheur pour se donner
le plaisir de lui laver la
teste d'importance. Pour
moi, Mesdames, quoi que
je sçache assez.ce que j'en,
pense
,
je vous assûre que
je m'en lave les mains, &
quej'aimerois mieux re- qID teux re~.
noncer à jamaisà l'honneur
que j'ay d'estre votre
Mercure, que vous dire
aucune de ces veritezdésobligeantes;
au contraire,
je chercherai tousjours a
vous amuser de tout, mesme
des injures que vous -
vous faites dire par les gens
que vous mettez de mauvasse
humeur. Ainsi en
beau, en laid, en petit &
- en grand, je vous prie de
compter toujours sur moi.
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161
p. 277-279
« Avant de vous donner les énigmes de ce mois, il [...] »
Début :
Avant de vous donner les énigmes de ce mois, il [...]
Mots clefs :
Énigmes, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Avant de vous donner les énigmes de ce mois, il [...] »
Avant de vous donner
les énigmes de ce mois,
il est à propos que je recommande
àtous ceux ôc
celles qui en sçavent faire
de m'en envoyer. Outre
que c'est un ouvrage dont
on doit en conscience me1ppargner
la façon, n'elt
-
il
pas juste de vous proposer
quelque fois des moyens
d'exercer votre imagination,
jesçai que c'est belle
malice & pure paresie, si
vous ne m'en envoyez pas,
vous le pouvez faire aisément.
Je n'exige point de
vous, que vous imitiez
l'exemple d'un genereux
anonime qui d'un coup de
filet, m'en a envoyé une
demie douzaine: mais je
vous invite feulement à
ne m'en pas laissermanquer.
Je me glisse adroitement
moi-même dans
tant d'autres endroits du
Mercure, que je croi que
vousn'avez tout au plus
que quelquesnégligences
à me reprocher, encore
1
est-ce plutôt la faute du
mois qui elt toûjours trop
court, que ce n'est la
mienne.
les énigmes de ce mois,
il est à propos que je recommande
àtous ceux ôc
celles qui en sçavent faire
de m'en envoyer. Outre
que c'est un ouvrage dont
on doit en conscience me1ppargner
la façon, n'elt
-
il
pas juste de vous proposer
quelque fois des moyens
d'exercer votre imagination,
jesçai que c'est belle
malice & pure paresie, si
vous ne m'en envoyez pas,
vous le pouvez faire aisément.
Je n'exige point de
vous, que vous imitiez
l'exemple d'un genereux
anonime qui d'un coup de
filet, m'en a envoyé une
demie douzaine: mais je
vous invite feulement à
ne m'en pas laissermanquer.
Je me glisse adroitement
moi-même dans
tant d'autres endroits du
Mercure, que je croi que
vousn'avez tout au plus
que quelquesnégligences
à me reprocher, encore
1
est-ce plutôt la faute du
mois qui elt toûjours trop
court, que ce n'est la
mienne.
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162
p. 289-290
« Si j'ay (comme bien d'autres) le talent de débiter un [...] »
Début :
Si j'ay (comme bien d'autres) le talent de débiter un [...]
Mots clefs :
Machine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si j'ay (comme bien d'autres) le talent de débiter un [...] »
Si j'ay ( comme bien d'autres)
le talent de débiter un
grand nombre de choses inutiles,
cela n'empêche pas que
je ne puisse souventendébiter
de fort bonnes, sur tout
quand je peux m'en donner la
peine.
i
Or est-il que, grace à
-
mon étoile qui me regarde
aujourd'huy plus favorablement
qu'hier, je sens que ma
machine est mieux montée
qu'elle ne l'a été pendant tout
le cours de ce mois ( il ne tient
qu'à vous, Messieurs
, par
parenthese
, que les ressorts
en aillent toûjours bien. )
Quoyqu'il en soit, je vais prosiser
du bon moment où je
me trouve, pour vous conter
l'Histoire de l'origine &, des
progrés d'une découverte
nouvelle, singuliere,curieuse,
& des plus importantes.
le talent de débiter un
grand nombre de choses inutiles,
cela n'empêche pas que
je ne puisse souventendébiter
de fort bonnes, sur tout
quand je peux m'en donner la
peine.
i
Or est-il que, grace à
-
mon étoile qui me regarde
aujourd'huy plus favorablement
qu'hier, je sens que ma
machine est mieux montée
qu'elle ne l'a été pendant tout
le cours de ce mois ( il ne tient
qu'à vous, Messieurs
, par
parenthese
, que les ressorts
en aillent toûjours bien. )
Quoyqu'il en soit, je vais prosiser
du bon moment où je
me trouve, pour vous conter
l'Histoire de l'origine &, des
progrés d'une découverte
nouvelle, singuliere,curieuse,
& des plus importantes.
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163
p. 320
« Je retranche les autres Mariages, & l'article des morts [...] »
Début :
Je retranche les autres Mariages, & l'article des morts [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je retranche les autres Mariages, & l'article des morts [...] »
Je retranche les autres Ma-*
-
riages, & l'article des morts
que je remets au mois prochain
pour donner place à
l'article suivant qu'on vient de
m'apporter
-
riages, & l'article des morts
que je remets au mois prochain
pour donner place à
l'article suivant qu'on vient de
m'apporter
Fermer
164
p. 327-330
AVERTISSEMENT.
Début :
MESSIEURS, Aprés vous avoir parlé suffisamment, pour, contre, & au [...]
Mots clefs :
Mercure, Journal de l'Ambassadeur de Perse, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
MESSIEURS.
jiprês vous avoir parlé suffisamment,
pour, contre, & au
mmde tout le monde, ne trouve%
pas hors de propos que je âise un
mot pour moy. Vous auriez premierement
eû le Mercure de ce
mois le premier ou le second jour
de May,si les Fêtes n'estoient
.pas venuësensigrand nombre;
d'ailleurs leJournalde l* AfnbajJÃdeur
de Perjeque j'ay esté obligé
de refondre entierement, pour
enfaire un tissu d'Histoire veritable
,
sans aucun pillage des
Voyageurs comme celuy queltry
declaré danslapremiereRelation
que j'ayfaite des Avanturesde
cet Ambassadeur
,
n'a paspeu
contribuéà ce retardenientAnsi
me voilà bien ou mal jnstifiésur
cet article.Passons aux autres.
Je (upprime mon paraphe pour
ce mois cy ,
plus par raison d'inconstance
;queparraisondeparesse
ou de timidité.Mais je vous
avoue
avouëque tous ces changements
ne ,n'arri1.Jent.J que faute de fia.
voir de quel cossémetourner,
Je vous répete
,
MLfFours;
&je croy que je feray obligé de
-
vous le répeter long-temps,que
-
vous me ferez un vray pUiftr
de m'envoyer plus de memoires
encore que vous nem'en envoyz,
aprés en avoir du moins affranchileport.
Vous me dispetiserez
si je ne metrompe de vous conter
mesgriefssur ce point
,
sinon je
vous asseure que je vous prieray
tous les mois de me prêter dix
pistles.Auresteje vous ay donné
quatorze volumes en douze
mois:ily am an complet queje
fuis à vostreservice
,
n'est-il pas
jufle queje vousdemande mes
MESSIEURS.
jiprês vous avoir parlé suffisamment,
pour, contre, & au
mmde tout le monde, ne trouve%
pas hors de propos que je âise un
mot pour moy. Vous auriez premierement
eû le Mercure de ce
mois le premier ou le second jour
de May,si les Fêtes n'estoient
.pas venuësensigrand nombre;
d'ailleurs leJournalde l* AfnbajJÃdeur
de Perjeque j'ay esté obligé
de refondre entierement, pour
enfaire un tissu d'Histoire veritable
,
sans aucun pillage des
Voyageurs comme celuy queltry
declaré danslapremiereRelation
que j'ayfaite des Avanturesde
cet Ambassadeur
,
n'a paspeu
contribuéà ce retardenientAnsi
me voilà bien ou mal jnstifiésur
cet article.Passons aux autres.
Je (upprime mon paraphe pour
ce mois cy ,
plus par raison d'inconstance
;queparraisondeparesse
ou de timidité.Mais je vous
avoue
avouëque tous ces changements
ne ,n'arri1.Jent.J que faute de fia.
voir de quel cossémetourner,
Je vous répete
,
MLfFours;
&je croy que je feray obligé de
-
vous le répeter long-temps,que
-
vous me ferez un vray pUiftr
de m'envoyer plus de memoires
encore que vous nem'en envoyz,
aprés en avoir du moins affranchileport.
Vous me dispetiserez
si je ne metrompe de vous conter
mesgriefssur ce point
,
sinon je
vous asseure que je vous prieray
tous les mois de me prêter dix
pistles.Auresteje vous ay donné
quatorze volumes en douze
mois:ily am an complet queje
fuis à vostreservice
,
n'est-il pas
jufle queje vousdemande mes
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165
p. 98-99
Raisons politiques de l'Auteur pour donner & pour abreger les Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Si maintenant les nouvelles des Pays Etrangers vous ennuyent les [...]
Mots clefs :
Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Raisons politiques de l'Auteur pour donner & pour abreger les Nouvelles. [titre d'après la table]
Si maintenant les nouvelles
des Pays Etrangers vous ennuyent,
comme celles de celuicypeuvent
ennuyer les autres,
j'en fuis faché , Meffieurs ,
mais croyez moy faites deneceffité
vertu. Des gens éclairez
qui ſont ſi remplis des intereſts
du monde qu'il n'y a pas juſqu'à
ceux du Mercure qu'ils
connoiffent , m'ont aſſeuré encore
hier que je devrois ſupprimer
tous les articles de
に
4
THEQUE
CALANT
mon Livre , plutôt que de
3
د
retrancher rien de celuy des
nouvelles ; j'ay fait de leur
conſeil l'uſage que je fais de
tous ceux qu'on me donne
- j'en ay retenu le tiers ou la
moitié pour moy , &j'en ay
abandonné le reſte à la mercy
de mes fantaiſics. Voyez en
attendant que je rentre dans
mon caractere juſqu'ou
s'étendma complaiſance pour
eux.
des Pays Etrangers vous ennuyent,
comme celles de celuicypeuvent
ennuyer les autres,
j'en fuis faché , Meffieurs ,
mais croyez moy faites deneceffité
vertu. Des gens éclairez
qui ſont ſi remplis des intereſts
du monde qu'il n'y a pas juſqu'à
ceux du Mercure qu'ils
connoiffent , m'ont aſſeuré encore
hier que je devrois ſupprimer
tous les articles de
に
4
THEQUE
CALANT
mon Livre , plutôt que de
3
د
retrancher rien de celuy des
nouvelles ; j'ay fait de leur
conſeil l'uſage que je fais de
tous ceux qu'on me donne
- j'en ay retenu le tiers ou la
moitié pour moy , &j'en ay
abandonné le reſte à la mercy
de mes fantaiſics. Voyez en
attendant que je rentre dans
mon caractere juſqu'ou
s'étendma complaiſance pour
eux.
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166
p. 118
« Aprés vous avoir assez amplement entretenu des Nouvelles étrangeres, il [...] »
Début :
Aprés vous avoir assez amplement entretenu des Nouvelles étrangeres, il [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés vous avoir assez amplement entretenu des Nouvelles étrangeres, il [...] »
Aprés vous avoir affez amplement
entretenu des Nouvelles
étrangeres , il meparoît
affez raiſonnable de vous dire
quelque choſe des nôtres.
entretenu des Nouvelles
étrangeres , il meparoît
affez raiſonnable de vous dire
quelque choſe des nôtres.
Fermer
167
p. 179-181
« Voila ce qu'on appelle de petits Airs joliment troussez, [...] »
Début :
Voila ce qu'on appelle de petits Airs joliment troussez, [...]
Mots clefs :
Copiste, Airs, Auteur, Musicien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila ce qu'on appelle de petits Airs joliment troussez, [...] »
oila ce qu'on appelle de
petits Airs joliment trouffez ,
180 MERCURE
celaeſt vif, tendre , aifé; l'Au
teur de ces paroles , le Muſi
cien qui les a norées , & moy
qui en ſuis le copiſte , nous
avons tous trois de l'honneur
àvous preſenter d'auſſi jolis
morceaux. Le moindre coupletde
ces chanſonnettes vaut
mieux que tout le pauvre Ballet
des plaiſirs de la Paix qu'on
joüe par cy par-là , depuis
environ fix ſemaines ou deux
mois , fur le Theatre de l'Opera..
Item. Je trouve en foüillant
dans mon porte - füille
encore un Sonnet fur les
GALANT. , 181
bouts rimez que j'ay propofez
dans mon Mercure du mois
de Fevrier ; celuy- cy eſt un
des meilleurs Sonnets que
j'aye receu fur ces rimes ; il eſt
dela façon de . M.Formentin
connu avec distinction dans
les Lettres.
petits Airs joliment trouffez ,
180 MERCURE
celaeſt vif, tendre , aifé; l'Au
teur de ces paroles , le Muſi
cien qui les a norées , & moy
qui en ſuis le copiſte , nous
avons tous trois de l'honneur
àvous preſenter d'auſſi jolis
morceaux. Le moindre coupletde
ces chanſonnettes vaut
mieux que tout le pauvre Ballet
des plaiſirs de la Paix qu'on
joüe par cy par-là , depuis
environ fix ſemaines ou deux
mois , fur le Theatre de l'Opera..
Item. Je trouve en foüillant
dans mon porte - füille
encore un Sonnet fur les
GALANT. , 181
bouts rimez que j'ay propofez
dans mon Mercure du mois
de Fevrier ; celuy- cy eſt un
des meilleurs Sonnets que
j'aye receu fur ces rimes ; il eſt
dela façon de . M.Formentin
connu avec distinction dans
les Lettres.
Fermer
168
p. 183
« Je me sens d'humeur à soûtenir que les Bouts-rimez, [...] »
Début :
Je me sens d'humeur à soûtenir que les Bouts-rimez, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je me sens d'humeur à soûtenir que les Bouts-rimez, [...] »
Je me ſens d'humeur à ſoûtenir
que les Bouts - rimez ,
quoy qu'on en diſe , ſont bons
à quelque choſe , ils ſervent à
amuſer une infinité d'honneſtes
gens qui s'exercent à les
remplir. Cette remarque
m'engage à propoſer encore
ceux-cy.
que les Bouts - rimez ,
quoy qu'on en diſe , ſont bons
à quelque choſe , ils ſervent à
amuſer une infinité d'honneſtes
gens qui s'exercent à les
remplir. Cette remarque
m'engage à propoſer encore
ceux-cy.
Fermer
169
p. 185
« Voila de la besogne que je vous ay taillée, Messieurs ; en [...] »
Début :
Voila de la besogne que je vous ay taillée, Messieurs ; en [...]
Mots clefs :
Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila de la besogne que je vous ay taillée, Messieurs ; en [...] »
Voila de la befogne que je
vous ay tailléc , Meffieurs ; en
attendant que vous ſongiez à
remplir voſtre tâche , je
eſſayer de remplir la mienne.
Jevous fisdans ledernierMercure
un détail affez ſuccint des
gens de confideration morts
&mariez le mois paffé. Tel
avoit eſté le bon plaifir de
mon Genealogiſte. Mais ,
comme vous ſçavez , & c'eſt
- le proverbe qui le dit , que
- d'une mauvaiſe paye on tire
ce que l'on peut ; j'en ay enfin
arraché à bon compte , les
-articles que vous allez lire.
vous ay tailléc , Meffieurs ; en
attendant que vous ſongiez à
remplir voſtre tâche , je
eſſayer de remplir la mienne.
Jevous fisdans ledernierMercure
un détail affez ſuccint des
gens de confideration morts
&mariez le mois paffé. Tel
avoit eſté le bon plaifir de
mon Genealogiſte. Mais ,
comme vous ſçavez , & c'eſt
- le proverbe qui le dit , que
- d'une mauvaiſe paye on tire
ce que l'on peut ; j'en ay enfin
arraché à bon compte , les
-articles que vous allez lire.
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170
p. 197-198
« Il seroit inoüy de vous faire sauter, sans vous en avertir, [...] »
Début :
Il seroit inoüy de vous faire sauter, sans vous en avertir, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il seroit inoüy de vous faire sauter, sans vous en avertir, [...] »
Il ſeroit inoüy devous faire
fauter , ſans vous en avertir ,
des Morts aux Mariages; & il
me ſeroit honteux de m'épargner
la façon d'une liaiſon
pour vous apprendre impoli198
MERCURE
ment , que
fauter , ſans vous en avertir ,
des Morts aux Mariages; & il
me ſeroit honteux de m'épargner
la façon d'une liaiſon
pour vous apprendre impoli198
MERCURE
ment , que
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171
p. 218-222
Préambule dont la lecture est necessaire pour l'intelligence du Chapitre qui le suit. [titre d'après la table]
Début :
Vous auriez maintenant, Messieurs, tout le loisir de vous ennuyer [...]
Mots clefs :
Morale, Allégorie, Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Préambule dont la lecture est necessaire pour l'intelligence du Chapitre qui le suit. [titre d'après la table]
Vous auriez maintenant ,
Meffieurs,tout le loiſir de vous
ennuyer du reſte de ce Volume,
fijene me mettois fortement
dans la tête de prevenir
cet inconvenient. Je pourrois
premierementvous donnerun
Tôme de nouvelles , car j'en
GALANT. 219
ay mon tiroir plein ; mais je
ſçay que le nombre de ceux
quines'en foucient guere , eft
plus grand des deux tiers , que
le nombre de ceux qui les aiment
,& je m'en rapporte à
la pluralité des voix. Je pourrois
encore vous amuſer d'un
tas de balivernes mêlées,de
bon &de mauvais ; mais en dépit
de ceux quime les ont envoyées
, elles ne merirent en
verité pas devous être offertes.
J'aime mieux chercher à vous
embaraffer par quelque nouvel
effort de monimagination.
Les Enigmes & les Bouts ri
Tij
220 MERCURE
mez ſont des bagatelles qui ne
vous occupent que mediocre.
ment ; une Hiſtoire allegorique
, choſe nouvelle pour
moy ,& peut- être indifferente
pour vous , quelque idée qu'-
elle puiſſe vous donner de ſon
Auteur , me paroît cependant
plus dignede vous être preſentée,
que tous lesMemoires que
je poſſede. Celle dont il eſt ici
queſtion , a beſoin de la Preface
que voicy.
On a mis , ou plutôt j'ay
mis , comme il vous plaira
ſous des noms ſuppoſez , &
tres étrangers à notre égard ,
GALANT. 221
des noms qui nous font tresfamiliers
. La Perſe eſt la Scene
de mes Acteurs ; ils auroient
cité auffi à leur aiſe ſur les
bords de la Seine. Mon ſtile
eft tantôt Oriental , & tantôt
François ; les avantures que je
conte ſont Arabes , Perfanes ,
& Parifiennes ; & mes courtes
reflexions ſont ſouvent à leur
place , & quelquefois hors
d'oeuvre . Tout cela eft comme
j'ay l'honneur de vous le dire ,
parce que cela a dû être ainfi.
La morale en eſt bonne , & le
fond de l'Hiſtoire eft chargé
de morale. Au reſte je vous
Tij
1
222 MERCURE
donne un merleblanc, fi vous
en devinez l'allegorie
Meffieurs,tout le loiſir de vous
ennuyer du reſte de ce Volume,
fijene me mettois fortement
dans la tête de prevenir
cet inconvenient. Je pourrois
premierementvous donnerun
Tôme de nouvelles , car j'en
GALANT. 219
ay mon tiroir plein ; mais je
ſçay que le nombre de ceux
quines'en foucient guere , eft
plus grand des deux tiers , que
le nombre de ceux qui les aiment
,& je m'en rapporte à
la pluralité des voix. Je pourrois
encore vous amuſer d'un
tas de balivernes mêlées,de
bon &de mauvais ; mais en dépit
de ceux quime les ont envoyées
, elles ne merirent en
verité pas devous être offertes.
J'aime mieux chercher à vous
embaraffer par quelque nouvel
effort de monimagination.
Les Enigmes & les Bouts ri
Tij
220 MERCURE
mez ſont des bagatelles qui ne
vous occupent que mediocre.
ment ; une Hiſtoire allegorique
, choſe nouvelle pour
moy ,& peut- être indifferente
pour vous , quelque idée qu'-
elle puiſſe vous donner de ſon
Auteur , me paroît cependant
plus dignede vous être preſentée,
que tous lesMemoires que
je poſſede. Celle dont il eſt ici
queſtion , a beſoin de la Preface
que voicy.
On a mis , ou plutôt j'ay
mis , comme il vous plaira
ſous des noms ſuppoſez , &
tres étrangers à notre égard ,
GALANT. 221
des noms qui nous font tresfamiliers
. La Perſe eſt la Scene
de mes Acteurs ; ils auroient
cité auffi à leur aiſe ſur les
bords de la Seine. Mon ſtile
eft tantôt Oriental , & tantôt
François ; les avantures que je
conte ſont Arabes , Perfanes ,
& Parifiennes ; & mes courtes
reflexions ſont ſouvent à leur
place , & quelquefois hors
d'oeuvre . Tout cela eft comme
j'ay l'honneur de vous le dire ,
parce que cela a dû être ainfi.
La morale en eſt bonne , & le
fond de l'Hiſtoire eft chargé
de morale. Au reſte je vous
Tij
1
222 MERCURE
donne un merleblanc, fi vous
en devinez l'allegorie
Fermer
172
p. 274-275
« Ceux qui n'aiment point à faire des reflexions inutiles, ne [...] »
Début :
Ceux qui n'aiment point à faire des reflexions inutiles, ne [...]
Mots clefs :
Chanson
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texteReconnaissance textuelle : « Ceux qui n'aiment point à faire des reflexions inutiles, ne [...] »
Ceux qui n'aiment point à
faire des reflexions inutiles , ne
s'aviſeront point de chercher
des reſſemblancesdans les perſonnages
de cette hiſtoire ; au
1
GALANT. 275
contraire ils me ſçauront gré
du foin que je prends de les
faire pafferàproposàquelque
choſe qui puiffe les amufer
d'unefaçon cent fois plus agréabie
, quene pourroient l'être
tous les creux raiſonnemens
du monde. Ma Chanſon d'abord
vient à mon deſſein.
faire des reflexions inutiles , ne
s'aviſeront point de chercher
des reſſemblancesdans les perſonnages
de cette hiſtoire ; au
1
GALANT. 275
contraire ils me ſçauront gré
du foin que je prends de les
faire pafferàproposàquelque
choſe qui puiffe les amufer
d'unefaçon cent fois plus agréabie
, quene pourroient l'être
tous les creux raiſonnemens
du monde. Ma Chanſon d'abord
vient à mon deſſein.
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173
p. 276-280
Discours où l'Auteur rit du bout des dents. / Epigramme contre l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais voicy bien d'autres affaires qui me tombent sur le [...]
Mots clefs :
Épigramme, Auteur, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur rit du bout des dents. / Epigramme contre l'Auteur. [titre d'après la table]
Mais voicy biend'autresaffaires
qui me tombent fur le
corps,unfaifeur de Comedies,
que vous eſtes dans l'uſage de
fifler cent fois plus que moy
(& ce n'est pas peu dire ) m'a
depuis quelques jours regalé
d'une Epigrame , dont je ne
vous fais part , que parce que
je vous ay promis de vous
donner juſqu'aux pieces qui
ne feront pas à ma loüange.
GALANT. 277
Ce Monfieur m'égratigne vivement
; mais je luy annonce
en paſſant que je le mordray.
Au reſte j'avoue qu'il n'a pas
tort de me pincer , je lui ay
déja donné ſi ſouvent ſur les
doigts , que je ne blâme pas
fon reſſentiment. Maisje commençois
à m'aſſoupir ſur ſon
compte , je me fatiguois mê
me déja de mon attention à
mettre équitablement ſes out
vrages en paralelle , avec ce
que je lis de plus mauvais ,
lorſque cette Epigramme eft
venuë juſqu'à moy. Je ſuis
bien aiſe qu'il ſcache que je
78 MERCURE
barboüille du papier aumoins
auffi-bien que lui ,& puiſqu'il
veut la guerre , que je lui declare
guerre & demie. Je ne
lui diray pasde groffesinjures,
commecelles qu'ilme dit , je
n'attaquerai ni ſa plate figure,
ni fes moeurs , je ne ferai pas ,
pour lut détailler ſes petites veritez
, de miferable alluſion fur
fon nom , ni fur ſon emploi ;
mais je lui ferai plus de vingt
fois , le parolli de l'Epigramme
que voicy.
Le Feure cherchant lafortune,
Depuis un an, en a faite une,
Etde Mercure de ... malheur,
1
CALANT. 279
Eft devenu Mercure Autheur.
Jay dans fon Epigramme
ſubſtitué un mot à la place
d'un autre , parce que la perſonne
qu'il deſigne mal-à-propos&
contre la verité,n'y avoir
nullement affaire , j'eſtois le
maiſtre , & je croy que pere
ſonne n'endoute , de fuppri
mer l'Epigramme entiero.
Auſfil'aurois-je fait , ſi je m'y
étois reconnu aux beaux noms
qu'il medonne ;mais j'ayvoulu
la rendre publique exprés ,
pour m'acquerir le droit de
ne le plus épargner. Je feray
doreſnavant , fi je peux , de
30 MERCURE
cet article, l'article le plusba
din & le plus réjoüiſſant du
Mercure. Je l'entreprendrois
même dés à preſent , fi quelques
nouvelles ombres plaintives,
ne m'attendoient pas pour
les aider à paffer le tenebreux
rivage.
qui me tombent fur le
corps,unfaifeur de Comedies,
que vous eſtes dans l'uſage de
fifler cent fois plus que moy
(& ce n'est pas peu dire ) m'a
depuis quelques jours regalé
d'une Epigrame , dont je ne
vous fais part , que parce que
je vous ay promis de vous
donner juſqu'aux pieces qui
ne feront pas à ma loüange.
GALANT. 277
Ce Monfieur m'égratigne vivement
; mais je luy annonce
en paſſant que je le mordray.
Au reſte j'avoue qu'il n'a pas
tort de me pincer , je lui ay
déja donné ſi ſouvent ſur les
doigts , que je ne blâme pas
fon reſſentiment. Maisje commençois
à m'aſſoupir ſur ſon
compte , je me fatiguois mê
me déja de mon attention à
mettre équitablement ſes out
vrages en paralelle , avec ce
que je lis de plus mauvais ,
lorſque cette Epigramme eft
venuë juſqu'à moy. Je ſuis
bien aiſe qu'il ſcache que je
78 MERCURE
barboüille du papier aumoins
auffi-bien que lui ,& puiſqu'il
veut la guerre , que je lui declare
guerre & demie. Je ne
lui diray pasde groffesinjures,
commecelles qu'ilme dit , je
n'attaquerai ni ſa plate figure,
ni fes moeurs , je ne ferai pas ,
pour lut détailler ſes petites veritez
, de miferable alluſion fur
fon nom , ni fur ſon emploi ;
mais je lui ferai plus de vingt
fois , le parolli de l'Epigramme
que voicy.
Le Feure cherchant lafortune,
Depuis un an, en a faite une,
Etde Mercure de ... malheur,
1
CALANT. 279
Eft devenu Mercure Autheur.
Jay dans fon Epigramme
ſubſtitué un mot à la place
d'un autre , parce que la perſonne
qu'il deſigne mal-à-propos&
contre la verité,n'y avoir
nullement affaire , j'eſtois le
maiſtre , & je croy que pere
ſonne n'endoute , de fuppri
mer l'Epigramme entiero.
Auſfil'aurois-je fait , ſi je m'y
étois reconnu aux beaux noms
qu'il medonne ;mais j'ayvoulu
la rendre publique exprés ,
pour m'acquerir le droit de
ne le plus épargner. Je feray
doreſnavant , fi je peux , de
30 MERCURE
cet article, l'article le plusba
din & le plus réjoüiſſant du
Mercure. Je l'entreprendrois
même dés à preſent , fi quelques
nouvelles ombres plaintives,
ne m'attendoient pas pour
les aider à paffer le tenebreux
rivage.
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174
p. 280
« Je quitte donc, quoy qu'à regret, l'Auteur de mon [...] »
Début :
Je quitte donc, quoy qu'à regret, l'Auteur de mon [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je quitte donc, quoy qu'à regret, l'Auteur de mon [...] »
à paffer le tenebreux
rivage. Je quitte donc , quoy
qu'à regret , l'Auteur demon
Epigramme , pour fignifier à
la poſterité , que e
rivage. Je quitte donc , quoy
qu'à regret , l'Auteur demon
Epigramme , pour fignifier à
la poſterité , que e
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175
p. 314-316
AVERTISSEMENT.
Début :
A beau prêcher à qui n'a coeur de bien faire, payez à present [...]
Mots clefs :
Journal de Verdun, Ambassadeur de Perse, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Abeau précher à qui n'a coeur
de bien faire , payez à preſent
mes ports de Lettres , ou ne les
payez pas , ma foy je ne m'en
foucie guerre , je les receuray
toutes comme j'ay fait jusqu'a
prefent,franches ou non ; quand
ce neseroit quepour avoir le plaifir
de répondre à tout , je n'en
laiſferayjamais à laPofte.
Item. Souvenez- vous , s'il
vous plaist , Messieurs , que je
fuis l'Auteur de l'Histoire de
l'Ambassadeur de Perfe
qu'il m'en reste encore environ
deuxou trois cens exemplaires ,
د
GALANT. 31
12
dont je vous prie de me débaraffor
C'est le moyen de m'engager à
vous entretenir de luy d'une facon
nouvelle : & de me determiner
à vous donner inceſſamment
toute bienséance gardée à fon
égard le recit de quelqu'une de
Ses galanteries. Si je m'épanoüis
dans quelques chapitres de cette
Histoire ,paffez- moy ces traits de
ma belle humeur , en faveur de la
rareté des incidents. Vous en au
rez le détail au premier jour , fi
( comme je l'espere ) mes Superieurs
ne trouvent point d'inconvenient
à me laiſſer la liberté de
le faire imprimer.
Ddij
316 MERCURE
Au reste le Fournalde Verdun
qui a pillé le mien d'un bout
l'autre , &qui l'a défiguré par le
barboüillage du pillage qu'il en a
nedoit fait,ne pas vous êterl'envie
d'en lire l'original.
Abeau précher à qui n'a coeur
de bien faire , payez à preſent
mes ports de Lettres , ou ne les
payez pas , ma foy je ne m'en
foucie guerre , je les receuray
toutes comme j'ay fait jusqu'a
prefent,franches ou non ; quand
ce neseroit quepour avoir le plaifir
de répondre à tout , je n'en
laiſferayjamais à laPofte.
Item. Souvenez- vous , s'il
vous plaist , Messieurs , que je
fuis l'Auteur de l'Histoire de
l'Ambassadeur de Perfe
qu'il m'en reste encore environ
deuxou trois cens exemplaires ,
د
GALANT. 31
12
dont je vous prie de me débaraffor
C'est le moyen de m'engager à
vous entretenir de luy d'une facon
nouvelle : & de me determiner
à vous donner inceſſamment
toute bienséance gardée à fon
égard le recit de quelqu'une de
Ses galanteries. Si je m'épanoüis
dans quelques chapitres de cette
Histoire ,paffez- moy ces traits de
ma belle humeur , en faveur de la
rareté des incidents. Vous en au
rez le détail au premier jour , fi
( comme je l'espere ) mes Superieurs
ne trouvent point d'inconvenient
à me laiſſer la liberté de
le faire imprimer.
Ddij
316 MERCURE
Au reste le Fournalde Verdun
qui a pillé le mien d'un bout
l'autre , &qui l'a défiguré par le
barboüillage du pillage qu'il en a
nedoit fait,ne pas vous êterl'envie
d'en lire l'original.
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176
p. 3-9
Dedicace où l'Auteur s'épanoüit. [titre d'après la table]
Début :
MADAME, Soyez chimere, ou soyez effectivement un objet choisi dans [...]
Mots clefs :
Mercure, Lecteurs, Madame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dedicace où l'Auteur s'épanoüit. [titre d'après la table]
MERCURE
NOUVEAU
MADAME ,
LYON
*
1893*77
Soyez une chimere , ou ſoyez
eff tivement un objet choiſi
dans mon idée , qu'importe à
tout le genre humain , qui ne
vous connoiſt peut- être pas
Juin 1715. Aij
4 MERCURE
plus que moy. Pourvû que
mes Lecteurs ne perdent rien
à cela , vôtre état leur doit
être indifferent ; au reſte , ſi je
ne vous adreſſe ces mots que
pour obéir à l'ordre que vous
m'avez donné de vous écrire
publiquement , prenez pour
•vous ce qui vous conviendra
dans ce volume , & c'eſt aſſez .
Mais ſi vous n'étes rien moins
qu'un objet réel ( comme cela
peut fort bien eſtre , ) je prie
la premiere perſonne du beau
ſexe qui me lira , de quelque
âge, figure ,& condition qu'elle
ſoit , de me permettre de la
い
GALANT.
2
regarder avant l'execution de
cette grande & penible entrepriſe
, comme la Dame de mes
penſées. Ainfi , Madame , qui
que vous ſoyez , je vous promets
que vous ferez , bon gré
malgré , pendant le cours de
ce mois cy , maDulcinée ;& je
vais de ce pas , en cas quequelque
maudit Enchanteur vous
ait maleficié , courir de Province
en Province , & m'expoſer
à bien des hazards
pour vous deſenchanter. Exceptez
neanmoins , des avantures
auſquelles je conſens à
m'expoſer pour vous , celle de
A iij
6 MERCURE
la caverne de Montezinos , &
les trois mille cinq cent coups
de foüet ſtipulez pour vôtre
délivrance ; parce que je n'ay
point de Sancho ſur qui je
puſſe me repoſerdu ſoind'accomplir
une pareille penitence.
Du reſte quand je devrois
eſtre moulu de coups , &
d'Epigrammes , comptez fur
mon bras , & fur mes aîles ,
& foyez perfuadée que le
valeureux Chevalier qui vous
offre avec tant de courtoiſic
ſes tres - humbles ſervices
ſe mocque à bon eſcient
des Enchanteurs & des
GALANT. 7
:
enchantemens mêmes de tous
les Operas du monde. En un
mot , Madame , je diffiperay fi
je peux les nuages qui vous environnent
, je vous deſfilleray
* les yeux , je vous montreray le
ridicule des uns & des autres ,
&je vous rendray tout le bon
ſens que vous aviez avant d'être
enchantée. Vous croyez
peut être que l'operation de
ces merveilles me coûtera bien
des peines ; point du tout. Je
preſenteray naturellement à
vôtre imagination tout ce qu'-
on peut oppofer de plus ſimple
à vos erreurs. Je vous dé-
A iiij
8 MERCURE
1
biteraydes nouvelles qui n'auront
point paflé par le creuſer
des Nouvelliſtes ; les Hiſtoires
galantes que je vous conteray
ne devront point à mes fictions
le caractere de verité
qu'elles auront. Si je vous engage
à lire quelques Memoires
litteraires , je feray en forte
que vous ne les trouviez pas
plus ſçavans que moy. Enfin
que je médiſe ou que je loüe ,
que je mette en paralelle les
Spectacles badins de la Foire,
avec la ridicule gravité des autres
, que je vous annonce Arlequin
pour un veritable AcGALANT.
9
teur ,& Roſcius pour un Trivelin
, comptez que je n'executeray
aucun de ces projets ,
queparceque le ſenscommon,
le goût du public, &la raiſon
me détermineront à le faire.
Ainſi ſoit. Commençons , s'il
vous plaiſt , par quelque chofe.
NOUVEAU
MADAME ,
LYON
*
1893*77
Soyez une chimere , ou ſoyez
eff tivement un objet choiſi
dans mon idée , qu'importe à
tout le genre humain , qui ne
vous connoiſt peut- être pas
Juin 1715. Aij
4 MERCURE
plus que moy. Pourvû que
mes Lecteurs ne perdent rien
à cela , vôtre état leur doit
être indifferent ; au reſte , ſi je
ne vous adreſſe ces mots que
pour obéir à l'ordre que vous
m'avez donné de vous écrire
publiquement , prenez pour
•vous ce qui vous conviendra
dans ce volume , & c'eſt aſſez .
Mais ſi vous n'étes rien moins
qu'un objet réel ( comme cela
peut fort bien eſtre , ) je prie
la premiere perſonne du beau
ſexe qui me lira , de quelque
âge, figure ,& condition qu'elle
ſoit , de me permettre de la
い
GALANT.
2
regarder avant l'execution de
cette grande & penible entrepriſe
, comme la Dame de mes
penſées. Ainfi , Madame , qui
que vous ſoyez , je vous promets
que vous ferez , bon gré
malgré , pendant le cours de
ce mois cy , maDulcinée ;& je
vais de ce pas , en cas quequelque
maudit Enchanteur vous
ait maleficié , courir de Province
en Province , & m'expoſer
à bien des hazards
pour vous deſenchanter. Exceptez
neanmoins , des avantures
auſquelles je conſens à
m'expoſer pour vous , celle de
A iij
6 MERCURE
la caverne de Montezinos , &
les trois mille cinq cent coups
de foüet ſtipulez pour vôtre
délivrance ; parce que je n'ay
point de Sancho ſur qui je
puſſe me repoſerdu ſoind'accomplir
une pareille penitence.
Du reſte quand je devrois
eſtre moulu de coups , &
d'Epigrammes , comptez fur
mon bras , & fur mes aîles ,
& foyez perfuadée que le
valeureux Chevalier qui vous
offre avec tant de courtoiſic
ſes tres - humbles ſervices
ſe mocque à bon eſcient
des Enchanteurs & des
GALANT. 7
:
enchantemens mêmes de tous
les Operas du monde. En un
mot , Madame , je diffiperay fi
je peux les nuages qui vous environnent
, je vous deſfilleray
* les yeux , je vous montreray le
ridicule des uns & des autres ,
&je vous rendray tout le bon
ſens que vous aviez avant d'être
enchantée. Vous croyez
peut être que l'operation de
ces merveilles me coûtera bien
des peines ; point du tout. Je
preſenteray naturellement à
vôtre imagination tout ce qu'-
on peut oppofer de plus ſimple
à vos erreurs. Je vous dé-
A iiij
8 MERCURE
1
biteraydes nouvelles qui n'auront
point paflé par le creuſer
des Nouvelliſtes ; les Hiſtoires
galantes que je vous conteray
ne devront point à mes fictions
le caractere de verité
qu'elles auront. Si je vous engage
à lire quelques Memoires
litteraires , je feray en forte
que vous ne les trouviez pas
plus ſçavans que moy. Enfin
que je médiſe ou que je loüe ,
que je mette en paralelle les
Spectacles badins de la Foire,
avec la ridicule gravité des autres
, que je vous annonce Arlequin
pour un veritable AcGALANT.
9
teur ,& Roſcius pour un Trivelin
, comptez que je n'executeray
aucun de ces projets ,
queparceque le ſenscommon,
le goût du public, &la raiſon
me détermineront à le faire.
Ainſi ſoit. Commençons , s'il
vous plaiſt , par quelque chofe.
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177
p. 14-16
« Ne trouvez vous pas, Madame, cette petite nouvelle assez galante [...] »
Début :
Ne trouvez vous pas, Madame, cette petite nouvelle assez galante [...]
Mots clefs :
Nouvelle galante, Digressions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ne trouvez vous pas, Madame, cette petite nouvelle assez galante [...] »
Ne trouvez vous pas , Madame
, cette petite nouvelle
affez galante, &ne ſeriez - vous
pas bien aiſe d'en lire une demie
douzaine de cette eſpece ,
dans ceMercureque j'ai l'honneur
de vous dedier, ſans vous
connoître. Mais j'oublie de
vous dire en paſſant que cette
GALANT.
{
façon de dedicace n'eſt pas
ſans exemple. Une des plus illuftres
, des plus auguſtes , &
des plus éclairées Princeſſes du
monde vient d'en delavoüer
une ſemblable , avec cette dif.
ference néanmoins , qu'elle
ne connoiſſoit nullement ,&
ne daignera jamais connoître
celui qui lui dedioit fon Ouvrage
; au lieu que c'eſt moy
franchement qui ne connois
pasl'obligeanteperſonne àqui
je dedie le mien. Mais pour
ne pas vous faire perdre par
mes digreſſions , la fuire dece
que je vous diſois, ſouffrez que
je reprenne montexte.
16 MERCURE
1
Il eſt donc queſtion de vous
amener agréablement des nouvelles
auffi intereſſantes que
celles que vous venez de lire.
C'eſt auſſi mon deſſein , Madame;
mais le monde en exige
d'abord de moy de plus grandes&
de plus generales ; commençons
ſi vous m'en croyez,
par contenter les plus preſſez,
ou pluſtoſt laiſſez moy la liberté
de leur donner un chapitre
d'obligation , que vous eſtes
la Maiſtreſſe de ſauter , &
cherchez dans la table la date
des articles que je vous pro
mets.
, cette petite nouvelle
affez galante, &ne ſeriez - vous
pas bien aiſe d'en lire une demie
douzaine de cette eſpece ,
dans ceMercureque j'ai l'honneur
de vous dedier, ſans vous
connoître. Mais j'oublie de
vous dire en paſſant que cette
GALANT.
{
façon de dedicace n'eſt pas
ſans exemple. Une des plus illuftres
, des plus auguſtes , &
des plus éclairées Princeſſes du
monde vient d'en delavoüer
une ſemblable , avec cette dif.
ference néanmoins , qu'elle
ne connoiſſoit nullement ,&
ne daignera jamais connoître
celui qui lui dedioit fon Ouvrage
; au lieu que c'eſt moy
franchement qui ne connois
pasl'obligeanteperſonne àqui
je dedie le mien. Mais pour
ne pas vous faire perdre par
mes digreſſions , la fuire dece
que je vous diſois, ſouffrez que
je reprenne montexte.
16 MERCURE
1
Il eſt donc queſtion de vous
amener agréablement des nouvelles
auffi intereſſantes que
celles que vous venez de lire.
C'eſt auſſi mon deſſein , Madame;
mais le monde en exige
d'abord de moy de plus grandes&
de plus generales ; commençons
ſi vous m'en croyez,
par contenter les plus preſſez,
ou pluſtoſt laiſſez moy la liberté
de leur donner un chapitre
d'obligation , que vous eſtes
la Maiſtreſſe de ſauter , &
cherchez dans la table la date
des articles que je vous pro
mets.
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178
p. 79-80
« Arrêtez vous ici, Madame, & n'allez pas chercher plus [...] »
Début :
Arrêtez vous ici, Madame, & n'allez pas chercher plus [...]
Mots clefs :
Madame, Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Arrêtez vous ici, Madame, & n'allez pas chercher plus [...] »
Arrêtez vous ici , Madame
, & n'allez pas chercher
plus loindequoy vous amuſer .
Cependant que le langage lerieux
de l'ouvrage que je vous
preſente , ne vous ôre pas l'envie
de le lire , vous trouverez
Gij
80 MERCURE
ſuffisamment dans la ſuite de
ce Volume , de quoy vous dedommager
de cet inconvenient
, & je vous prepare un
dialogue , deux hiſtorietes , des
genealogies , une chanſon &
des Enigmes , dont la lecture
vous édifiera. En attendantliſez
l'Ode qui fuit . Si j'en connoiffois
l'Auteur , je le remercierois
en bons termes duprefent
qu'il m'en a fait.
, & n'allez pas chercher
plus loindequoy vous amuſer .
Cependant que le langage lerieux
de l'ouvrage que je vous
preſente , ne vous ôre pas l'envie
de le lire , vous trouverez
Gij
80 MERCURE
ſuffisamment dans la ſuite de
ce Volume , de quoy vous dedommager
de cet inconvenient
, & je vous prepare un
dialogue , deux hiſtorietes , des
genealogies , une chanſon &
des Enigmes , dont la lecture
vous édifiera. En attendantliſez
l'Ode qui fuit . Si j'en connoiffois
l'Auteur , je le remercierois
en bons termes duprefent
qu'il m'en a fait.
Fermer
179
p. 89-90
« Je ne m'informe pas avec trop de curiosité, Madame, [...] »
Début :
Je ne m'informe pas avec trop de curiosité, Madame, [...]
Mots clefs :
Comédie, Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne m'informe pas avec trop de curiosité, Madame, [...] »
Je ne m'informe pas avec
trop de curiofité , Madame ,
ſi l'Ode que je viens de vous
preſenter , vous a plû , ni même
ſi vous l'avez luë ; mais s'il
m'eſt permis de vous parler
avec uu peu d'autorité
trouvez pas mauvais que je
vous ordonne de lire la piece
qui la fuit , c'eſt un ouvrage
excellent , en un mot c'eſt la
Juin 1715. H
,
ne
1
१० MERCURE
copie d'uneLettre deMonfieur
l'Abbé de Pons , à Monfieur
Dufreny , fur la Comedie nouvelle
qui a pour titre , leLot
Supposé , ou la Coquette de Village.
Je ne doute pas que le
merite& la reputation de M.
l'Abbé de Pons ne vous ſoient
connus , ainſi l'idée que vous
avez de luy , comme tout le
monde , m'épargnera avec vôtre
permiffion l'éloge de ſes
ouvrages. Voici ſa Lettre.
trop de curiofité , Madame ,
ſi l'Ode que je viens de vous
preſenter , vous a plû , ni même
ſi vous l'avez luë ; mais s'il
m'eſt permis de vous parler
avec uu peu d'autorité
trouvez pas mauvais que je
vous ordonne de lire la piece
qui la fuit , c'eſt un ouvrage
excellent , en un mot c'eſt la
Juin 1715. H
,
ne
1
१० MERCURE
copie d'uneLettre deMonfieur
l'Abbé de Pons , à Monfieur
Dufreny , fur la Comedie nouvelle
qui a pour titre , leLot
Supposé , ou la Coquette de Village.
Je ne doute pas que le
merite& la reputation de M.
l'Abbé de Pons ne vous ſoient
connus , ainſi l'idée que vous
avez de luy , comme tout le
monde , m'épargnera avec vôtre
permiffion l'éloge de ſes
ouvrages. Voici ſa Lettre.
Fermer
180
p. 189-192
Modeste repartie de l'Auteur à l'Epigramme que l'Auteur du Vert galant a eu la bonté de lui adresser le mois passé. [titre d'après la table]
Début :
Vous venez de faire une lecture singuliere, Madame, que je [...]
Mots clefs :
Lecteurs, Madame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Modeste repartie de l'Auteur à l'Epigramme que l'Auteur du Vert galant a eu la bonté de lui adresser le mois passé. [titre d'après la table]
Vous venez de fare une
lecture fi finguliere , Madame ,
190 MERCURE
que je ſuis fûr que vous eftes
ſur le point d'avoüer qu'il faut
que je vous aime , pour vous
conter de ſi jolies choſes. N'en
faites pas de myſtere , je vous
en conjure :&declarez , fi vous
le pouvez à tout le monde ,
que vous ne vous offenſez pas
de m'avoir pour ami. Dites
publiquement qu'on ne court
aucun riſque à m'honorer de
ce titre,& determinez , s'il eſt
poffible , tous mes Lecteurs à
m'aimer. J'excepte neanmoins
l'Auteur du Vert galant du
nombre de ceux dont l'indulgence
& l'eſtime me font ne
GALANT. 191
ceſſaires : Ce que j'ay l'honneur
de vous dire icy n'eſt pas
un effet du reſſentiment que
me fournit contre luy l'E.
pigramme qu'il a faite contre
moy , mais une preuve de la
bonne foy avec laquelle je
foumets à ſon égard mes
* idées à celle du public. Je croy
enmêmetemsqueperſonne ne
trouvera mauvais que je releve
ſon Epigramme , & que je
luy diſe en paſſant:
Damon. Quoy ? ta muſe babille
Contre Mercure,adreſſe ailleurs
tes coups ?
Ingrat, menage unDieu , qui , de
l'aveu de tous ,
192 MERCURE
4
Donnedupainàttaa famille.
Certe petite réponſe eſt
modeſte , il eſt vray ; vous
me direz ſans doute que je me
vange avec trop de retenue ,
j'en conviens encore : mais je
fuis bien aiſe de me montrer
leplus ſage. D'ailleurs les raifons
que j'ay de me menager
ſur ſon chapitre ,doivent ſubfifter
longtemps , ou il faut
qu'on medégagedema parole:
j'en ſuis tellement eſclave,
Madame , qu'un des plus
grands plaifirs qu'on puiffeme
faire , eſt de me faire ſouvenir
des endroits où j'y manque.
lecture fi finguliere , Madame ,
190 MERCURE
que je ſuis fûr que vous eftes
ſur le point d'avoüer qu'il faut
que je vous aime , pour vous
conter de ſi jolies choſes. N'en
faites pas de myſtere , je vous
en conjure :&declarez , fi vous
le pouvez à tout le monde ,
que vous ne vous offenſez pas
de m'avoir pour ami. Dites
publiquement qu'on ne court
aucun riſque à m'honorer de
ce titre,& determinez , s'il eſt
poffible , tous mes Lecteurs à
m'aimer. J'excepte neanmoins
l'Auteur du Vert galant du
nombre de ceux dont l'indulgence
& l'eſtime me font ne
GALANT. 191
ceſſaires : Ce que j'ay l'honneur
de vous dire icy n'eſt pas
un effet du reſſentiment que
me fournit contre luy l'E.
pigramme qu'il a faite contre
moy , mais une preuve de la
bonne foy avec laquelle je
foumets à ſon égard mes
* idées à celle du public. Je croy
enmêmetemsqueperſonne ne
trouvera mauvais que je releve
ſon Epigramme , & que je
luy diſe en paſſant:
Damon. Quoy ? ta muſe babille
Contre Mercure,adreſſe ailleurs
tes coups ?
Ingrat, menage unDieu , qui , de
l'aveu de tous ,
192 MERCURE
4
Donnedupainàttaa famille.
Certe petite réponſe eſt
modeſte , il eſt vray ; vous
me direz ſans doute que je me
vange avec trop de retenue ,
j'en conviens encore : mais je
fuis bien aiſe de me montrer
leplus ſage. D'ailleurs les raifons
que j'ay de me menager
ſur ſon chapitre ,doivent ſubfifter
longtemps , ou il faut
qu'on medégagedema parole:
j'en ſuis tellement eſclave,
Madame , qu'un des plus
grands plaifirs qu'on puiffeme
faire , eſt de me faire ſouvenir
des endroits où j'y manque.
Fermer
181
p. 193-196
Errata au milieu du Livre, ou plustost Etourderie de l'Auteur reparée si bien que mal, par un Renvoy. [titre d'après la table]
Début :
En voicy la preuve. De fort honnestes gens me reprocherent [...]
Mots clefs :
Comédie, Anciens et Modernes, Fautes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Errata au milieu du Livre, ou plustost Etourderie de l'Auteur reparée si bien que mal, par un Renvoy. [titre d'après la table]
En voicy la preuve.
De fort honneſtes gens me
reprocherent il y a quelques
jours d'avoir promis au Public
un examen , ou au moins un
diſcours leger ſur toutes les
pieces de Theâtre qu'on repre
ſente à Paris ,& den'avoir pas
dit un mot de la Comedie du
Médiſant. Je convins de cette
faute avec eux ; mais en même
tems je leur avoüai franchement
, que je n'avois negligé
d'en parler , que parce que la
querelle des Anciens & des
Modernes s'emparoit tous les
mois de mon Livre.
Juin 1715 . R
1944 MERCURE
Apropos deComedie , j'ay
fait , & je ne ſçais comment ,
une omiffion dans la Lettre
que M. l'Abbé de Pons écrit à
M. Dufresny , & je crois ne
pouvoir mieux la reparer
qu'en vous priant de retourner .
àla page 105. &de lire aprés le
mot qui vous obſede ... je
fuis fort trompé , ſi vous n'avez
ungarant de ce triomphe ,
jerappelle l'impreſſion queme
fit il y a quelques mois la lecturede
vostre Procés de Famille.
C'eſt une piece de cinq Actes
fur laquelle je fonde de grandes
esperances.prot
GALANT. 195.
t
Je ne faiscomme vous voyez,
• Madame , nulle difficulté d'avoüer
mes fautes , & je vous
afleure que je n'en remarquer
ray pas uunnee ,, qquu''aauufſſfii - tolt je
n'eſſaye de m'en corriger , de
quelque date , & de quelque
confequence qu'elle puiſſe être.
En voicy par exemple encore
une nouvelle.
L'article du mois paſſé ſur
la mort ,& prétenduë Genealogie
de feu M. le Préſident
Larcher n'eſt point juſte , & il
y a quantité de fautes qui ſe
peuvent corriger fur la connoiſſance
que l'on a de la vraye
Rij
196 MERCURE
qui a eſté affez certifiée en
plufieurs endroits .
De fort honneſtes gens me
reprocherent il y a quelques
jours d'avoir promis au Public
un examen , ou au moins un
diſcours leger ſur toutes les
pieces de Theâtre qu'on repre
ſente à Paris ,& den'avoir pas
dit un mot de la Comedie du
Médiſant. Je convins de cette
faute avec eux ; mais en même
tems je leur avoüai franchement
, que je n'avois negligé
d'en parler , que parce que la
querelle des Anciens & des
Modernes s'emparoit tous les
mois de mon Livre.
Juin 1715 . R
1944 MERCURE
Apropos deComedie , j'ay
fait , & je ne ſçais comment ,
une omiffion dans la Lettre
que M. l'Abbé de Pons écrit à
M. Dufresny , & je crois ne
pouvoir mieux la reparer
qu'en vous priant de retourner .
àla page 105. &de lire aprés le
mot qui vous obſede ... je
fuis fort trompé , ſi vous n'avez
ungarant de ce triomphe ,
jerappelle l'impreſſion queme
fit il y a quelques mois la lecturede
vostre Procés de Famille.
C'eſt une piece de cinq Actes
fur laquelle je fonde de grandes
esperances.prot
GALANT. 195.
t
Je ne faiscomme vous voyez,
• Madame , nulle difficulté d'avoüer
mes fautes , & je vous
afleure que je n'en remarquer
ray pas uunnee ,, qquu''aauufſſfii - tolt je
n'eſſaye de m'en corriger , de
quelque date , & de quelque
confequence qu'elle puiſſe être.
En voicy par exemple encore
une nouvelle.
L'article du mois paſſé ſur
la mort ,& prétenduë Genealogie
de feu M. le Préſident
Larcher n'eſt point juſte , & il
y a quantité de fautes qui ſe
peuvent corriger fur la connoiſſance
que l'on a de la vraye
Rij
196 MERCURE
qui a eſté affez certifiée en
plufieurs endroits .
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182
p. 196
« Vous pouvez si vous le jugez à propos, Madame, faire [...] »
Début :
Vous pouvez si vous le jugez à propos, Madame, faire [...]
Mots clefs :
Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous pouvez si vous le jugez à propos, Madame, faire [...] »
Vous pouvez ſi vous le jugez
à propos ,Madame , faire
une poſe en cet endroit, je
ne vous donne pas pour l'article
le plus amuſant du livre ,
celui -ci que je vous diſpenſede
lire; mais en revanche c'en eft
un des plus neceſſaires ; & c'eſt
en verité celui qui me donne le
plus de peine. En un mot c'eſt
l'article des Morts qui m'inquietent
ſouvent , malgré le
foinque je prends de leur rendre
les derniers honneurs
à propos ,Madame , faire
une poſe en cet endroit, je
ne vous donne pas pour l'article
le plus amuſant du livre ,
celui -ci que je vous diſpenſede
lire; mais en revanche c'en eft
un des plus neceſſaires ; & c'eſt
en verité celui qui me donne le
plus de peine. En un mot c'eſt
l'article des Morts qui m'inquietent
ſouvent , malgré le
foinque je prends de leur rendre
les derniers honneurs
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183
p. 215-217
« Je vous avouë, Madame, que je regarde tous les mois [...] »
Début :
Je vous avouë, Madame, que je regarde tous les mois [...]
Mots clefs :
Articles généalogiques, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous avouë, Madame, que je regarde tous les mois [...] »
Je vous avoue , Madame ,
que je regarde tous les mois
ces articles genealogiques ,
comme une vraye corvée ,
parce que ſans vanité , je ſuis
en cegenre , comme en bien
d'autres , un parfait ignorant,
216 MERCURE
Je n'épargne pourtant rien
pour me mettre au fait de ces
matieres ; mais en bonne foi
on me déconcerte toutes les
fois qu'on me dit que trente
ans d'étude aſſiduë , ne font
ſouvent qu'un mediocre Genealogiſte.
C'eſt à la veritéune
belle ſcience, que cellede con
noître tout le monde ; mais a
ce prix j'y renonce ,& fi le fondateur
du Mercure galant n'avoit
pas fait dece chapitre , un
chapitre d'obligation , je me
fouviendrois rarement des
morts & des mariez. Neanmoins
je me sçaurois fort mauvais
GALANT. 217
1
vais gré ce mois ci, ſi j'oubliois
devous dire , que
que je regarde tous les mois
ces articles genealogiques ,
comme une vraye corvée ,
parce que ſans vanité , je ſuis
en cegenre , comme en bien
d'autres , un parfait ignorant,
216 MERCURE
Je n'épargne pourtant rien
pour me mettre au fait de ces
matieres ; mais en bonne foi
on me déconcerte toutes les
fois qu'on me dit que trente
ans d'étude aſſiduë , ne font
ſouvent qu'un mediocre Genealogiſte.
C'eſt à la veritéune
belle ſcience, que cellede con
noître tout le monde ; mais a
ce prix j'y renonce ,& fi le fondateur
du Mercure galant n'avoit
pas fait dece chapitre , un
chapitre d'obligation , je me
fouviendrois rarement des
morts & des mariez. Neanmoins
je me sçaurois fort mauvais
GALANT. 217
1
vais gré ce mois ci, ſi j'oubliois
devous dire , que
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184
p. 224-225
« Cet article nous remet insensiblement sur la voye des affaires [...] »
Début :
Cet article nous remet insensiblement sur la voye des affaires [...]
Mots clefs :
Affaires du monde, Europe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cet article nous remet insensiblement sur la voye des affaires [...] »
Cet article nous remer inGALANT
is
fenſiblement fur la voye des
affaires du monde , ainfi Ma
dame , approuvez que je
dame, approuve
en entretienne encore,&que
je vous faſſe voyager , Mans
oraintede vous fatiguer , d'une
extremité del'Europe àl'autre.
Commençons s'il vous plaift
par la Suede , où le ſpectacle
d'une brillante Fête , va d'a
bord s'offrir à vos yeuxb
is
fenſiblement fur la voye des
affaires du monde , ainfi Ma
dame , approuvez que je
dame, approuve
en entretienne encore,&que
je vous faſſe voyager , Mans
oraintede vous fatiguer , d'une
extremité del'Europe àl'autre.
Commençons s'il vous plaift
par la Suede , où le ſpectacle
d'une brillante Fête , va d'a
bord s'offrir à vos yeuxb
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185
p. 239-240
« Passons vîte du Nord au Midi, Madame, peu de raisonnements, [...] »
Début :
Passons vîte du Nord au Midi, Madame, peu de raisonnements, [...]
Mots clefs :
Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Passons vîte du Nord au Midi, Madame, peu de raisonnements, [...] »
inPallons vite du Nord au
Midi ,Madame , peu de rair
fonnements ,beaucoup d'éve
nements ,& diverfifions nos
matieres ,tant que nous pourrons.
Vousvenezdelire la Ro
lation d'un illuftre mariage
liſezmaintenant des nouvelles
d'une autre eſpece. Le Turc
menace la Religion , voici les
précautions qu'on prend contre
ſes menaces. Je vous ai dit
dans mon dernier Journal ,&
au commencement de celui ci ,
que le grand Maître deMalthe
avoit nommé M. le grand
Prieur de France,Generaliſſime
240 MERCURE
desTroupes de la Religion , il
a ajoûté à cette nomination
celle qui fuit.
Midi ,Madame , peu de rair
fonnements ,beaucoup d'éve
nements ,& diverfifions nos
matieres ,tant que nous pourrons.
Vousvenezdelire la Ro
lation d'un illuftre mariage
liſezmaintenant des nouvelles
d'une autre eſpece. Le Turc
menace la Religion , voici les
précautions qu'on prend contre
ſes menaces. Je vous ai dit
dans mon dernier Journal ,&
au commencement de celui ci ,
que le grand Maître deMalthe
avoit nommé M. le grand
Prieur de France,Generaliſſime
240 MERCURE
desTroupes de la Religion , il
a ajoûté à cette nomination
celle qui fuit.
Fermer
186
p. 246-247
« A propos de matiere de Religion, quoyque ce que je [...] »
Début :
A propos de matiere de Religion, quoyque ce que je [...]
Mots clefs :
Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A propos de matiere de Religion, quoyque ce que je [...] »
A propos de matiere de
Religion , quoyque ce que je
vais dire , n'ait nul rapport
avec ce qui le precede ; il faut
pourtant que cet article paſſe
ici , auſſi bien que s'il m'étoit
impoſſible de le placer plus
GALANT. 247
L
avantageuſement ailleurs , &
&que je vous diſe à telle fin
que de raiſon , que
Religion , quoyque ce que je
vais dire , n'ait nul rapport
avec ce qui le precede ; il faut
pourtant que cet article paſſe
ici , auſſi bien que s'il m'étoit
impoſſible de le placer plus
GALANT. 247
L
avantageuſement ailleurs , &
&que je vous diſe à telle fin
que de raiſon , que
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187
p. 248-250
Discours serieux de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais aprés tous ces Discours assez serieux, je croy que nous [...]
Mots clefs :
Journal de Verdun, Sérieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours serieux de l'Auteur. [titre d'après la table]
Maisaprés tous ces Difcours
affez ferieux , je croy que nous
n'en ferons pas plus mal de
rentrer un peu dans noſtre
vray caractere , vous aimez à
GALANT. 249
1
rire , Madame , & malgré la
jalouſie , & la mauvaile humeur
que me prefte l'Auteur
du Journal de Verdun que je
veux bien deſormais laiſſer en
paix , parce qu'il me fuffit qu'il
me craigne , je fuis , & cela
n'eſt que trop vray , le plus
badin , & peut- eſtre le plus
étourdi de tous les hommes ;
mais que ce ſoit vice ou vertu,
le temps ne détruit que trop
toſt ces bonnes ou mauvailes
qualicez :Jefuis en attendant ,
: ce que je suis & eftre autre je ne
puis. De là je conclus qu'il
faut que je vous conte des ba250
MERCURE
1
gatelles , puiſque j'en ſçais
conter.
J'aydesBouts -rimez remplis
&à remplir , des Enigmes , un
Bouquet&uneChanſon àvous
donner . Vous ferez du reſte,&
de mon avertiſſement ſur tout
que je vous recommande ,
l'uſage qu'il vous plaira.
affez ferieux , je croy que nous
n'en ferons pas plus mal de
rentrer un peu dans noſtre
vray caractere , vous aimez à
GALANT. 249
1
rire , Madame , & malgré la
jalouſie , & la mauvaile humeur
que me prefte l'Auteur
du Journal de Verdun que je
veux bien deſormais laiſſer en
paix , parce qu'il me fuffit qu'il
me craigne , je fuis , & cela
n'eſt que trop vray , le plus
badin , & peut- eſtre le plus
étourdi de tous les hommes ;
mais que ce ſoit vice ou vertu,
le temps ne détruit que trop
toſt ces bonnes ou mauvailes
qualicez :Jefuis en attendant ,
: ce que je suis & eftre autre je ne
puis. De là je conclus qu'il
faut que je vous conte des ba250
MERCURE
1
gatelles , puiſque j'en ſçais
conter.
J'aydesBouts -rimez remplis
&à remplir , des Enigmes , un
Bouquet&uneChanſon àvous
donner . Vous ferez du reſte,&
de mon avertiſſement ſur tout
que je vous recommande ,
l'uſage qu'il vous plaira.
Fermer
188
p. 258-259
« Ayez la bonté de m'apprendre le mois prochain, Madame [...] »
Début :
Ayez la bonté de m'apprendre le mois prochain, Madame [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Sonnets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ayez la bonté de m'apprendre le mois prochain, Madame [...] »
Ayezla bonté de m'appren.
dre le mois prochain , Madame,
lequel de ces Sonnets vous
aura plû davantage ; mon jugement
peutreſſembler au vô.
tre , mais je ne prononceray ,
GALANT. 259
2
qu'aprés que vous aurez jugé.
Je vous invite en même tems
à remplir , & à faire remplir
les Bouts Rimez que je vous
envoye.
dre le mois prochain , Madame,
lequel de ces Sonnets vous
aura plû davantage ; mon jugement
peutreſſembler au vô.
tre , mais je ne prononceray ,
GALANT. 259
2
qu'aprés que vous aurez jugé.
Je vous invite en même tems
à remplir , & à faire remplir
les Bouts Rimez que je vous
envoye.
Fermer
189
p. 260-261
« Si vous prenez, comme je l'espere, la peine de remplir [...] »
Début :
Si vous prenez, comme je l'espere, la peine de remplir [...]
Mots clefs :
Bouquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si vous prenez, comme je l'espere, la peine de remplir [...] »
Si vous prenez , comme je
l'eſpere , la peine de remplir
ces rimes ¿je vous donneray
par reconnoiffance le mois
prochain , un joly Bouquet ,
que je vous garde. En attendant
permettez - moy de faire
pafler par vos mains,&de ſoumettre
à voſtre bon goût celui
cy , que le tendre M. de la
Rochelle , Auteur du Czar
GALANT. 261
Demetrius & homme de Lertres&
d'eſprit , envoye à fon
Iris.
l'eſpere , la peine de remplir
ces rimes ¿je vous donneray
par reconnoiffance le mois
prochain , un joly Bouquet ,
que je vous garde. En attendant
permettez - moy de faire
pafler par vos mains,&de ſoumettre
à voſtre bon goût celui
cy , que le tendre M. de la
Rochelle , Auteur du Czar
GALANT. 261
Demetrius & homme de Lertres&
d'eſprit , envoye à fon
Iris.
Fermer
190
p. 267-268
« Jusqu'ici, Madame, nous n'avons mal mêlé les cartes [...] »
Début :
Jusqu'ici, Madame, nous n'avons mal mêlé les cartes [...]
Mots clefs :
Jeu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Jusqu'ici, Madame, nous n'avons mal mêlé les cartes [...] »
Juſqu'ici , Madame , nous
n'avons pas mal mêlé les cartes
, voila déja pluſieurs parties
que nous joüons , & il me
paroît que le jeu ne vous ennuye
pas. Trouvez donc bon ,
s'il vous plaît, que je vous propoſe
encore un tout , le refte
ira comme il pourra.Voici une
heureuſe quinte qui m'arrive ,
& vous pourriez bien être ce
coup- ci , pic , repic , & capot.
Zij
263 MERCURE
Parbleu cette rentrée
OL
eltma
gnifique : comptez mon jeu
yous-même.
n'avons pas mal mêlé les cartes
, voila déja pluſieurs parties
que nous joüons , & il me
paroît que le jeu ne vous ennuye
pas. Trouvez donc bon ,
s'il vous plaît, que je vous propoſe
encore un tout , le refte
ira comme il pourra.Voici une
heureuſe quinte qui m'arrive ,
& vous pourriez bien être ce
coup- ci , pic , repic , & capot.
Zij
263 MERCURE
Parbleu cette rentrée
OL
eltma
gnifique : comptez mon jeu
yous-même.
Fermer
191
p. 291-292
« Je ne sçay, Madame, si je suis maintenant quitte avec [...] »
Début :
Je ne sçay, Madame, si je suis maintenant quitte avec [...]
Mots clefs :
Chanson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne sçay, Madame, si je suis maintenant quitte avec [...] »
Je ne ſçay , Madame , fi je
ſuis maintenant quitte avec
vous , de l'indulgence quevous
avez cuë pour moi ,& je vous
trouve bienheureuſe , ſi jene
vous ay pas impatienté plus
d'une fois. Mais je ſuis encore,
dites-vous , à vôtre difcretion,
&vous prétendez que je vous
paye d'une façon , ou d'une autre
, tout ce que vous m'avez
gagné. Rendez moy ſolvable,
&je vous payerai comptant.
La monnoye des Auteurs eſt à
peu prés comme celledes Singes
,les uns payent ſouvent en
fotiſes ,& les autres engamba-
Bbij
292 MERCURE
des. De quelle façon en voulez-
vous? je vous entends;vous
me demandez une Chanfon ,
deux Enigmes , & un Compliment.
Soit. Vous allez être
ſervie ſans delay.
ſuis maintenant quitte avec
vous , de l'indulgence quevous
avez cuë pour moi ,& je vous
trouve bienheureuſe , ſi jene
vous ay pas impatienté plus
d'une fois. Mais je ſuis encore,
dites-vous , à vôtre difcretion,
&vous prétendez que je vous
paye d'une façon , ou d'une autre
, tout ce que vous m'avez
gagné. Rendez moy ſolvable,
&je vous payerai comptant.
La monnoye des Auteurs eſt à
peu prés comme celledes Singes
,les uns payent ſouvent en
fotiſes ,& les autres engamba-
Bbij
292 MERCURE
des. De quelle façon en voulez-
vous? je vous entends;vous
me demandez une Chanfon ,
deux Enigmes , & un Compliment.
Soit. Vous allez être
ſervie ſans delay.
Fermer
192
p. 301-303
Compliment de l'Auteur à sa Dame. [titre d'après la table]
Début :
L'honneur de vous écrire m'est si cher, Madame, & le [...]
Mots clefs :
Madame, Mélancolie, Lutins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de l'Auteur à sa Dame. [titre d'après la table]
L'honneur de vous écrire
m'eſt ſicher , Madame ,& le
plaifirdevous entretenir m'occupe
ſi agréablement , que je
continuërois à le faire juſqu'à
demain , ſi je ne craignois pas
certains accés de melancolic
où je tombe au moins une fois
le mois ,&je ſens , quelque effort
que je faffe , pour diſſiper
cette humeur noire , que c'eſt
aujourd'hui mon jour. L'inutilité
de mes travaux ſe repreſente
à mon imagination ſous
une figure qui me chagrine ,
les remords capricieux de
mon eſprit viennent en foule
302 MERCURE
me reprocher l'innocence de
mon éducation. Avec vos infi
pides vers & voſtre proſe mediocre
tout au plus , me diſent
ces Lutins,que prétendez vous
faire ? au lieu de chiffres comme
les autres ! * Les chofes magnifiques
&flatenses que diſent
les Auteurs, de tous ceux qui leur
peuvent faire du bien , leur font
preſque toûjours inutiles .
Leur merite est toujours connus
Mais les grands Seigneurs font
étranges, :
Et quiſubſiſte de loüanges , ...
Vit avec peu de revenu.
*
Le Louis d'or à Mademoiselle de Soudery:
GALANT. 303
Cela eſt peut ettre vrai, mais
ce n'eſt pas ma faute.Auteſte,
Madame , fi je ne vous tiens
pas aujourd'hui entierement
parole fur tous les points de
ma dedicace , c'eſt pour ne pas
tout dire en unjour. Dans trois
mois nous reprendrons la converſation
& nous la continuërons
fur le ton qu'il vous plaira.
Je ſuis , en attendant , tresrefpectueuſements
MADAME ,
Voſtre tres - humble & tresobeïſfant
ferviteur le Chevalier
de , &c.
m'eſt ſicher , Madame ,& le
plaifirdevous entretenir m'occupe
ſi agréablement , que je
continuërois à le faire juſqu'à
demain , ſi je ne craignois pas
certains accés de melancolic
où je tombe au moins une fois
le mois ,&je ſens , quelque effort
que je faffe , pour diſſiper
cette humeur noire , que c'eſt
aujourd'hui mon jour. L'inutilité
de mes travaux ſe repreſente
à mon imagination ſous
une figure qui me chagrine ,
les remords capricieux de
mon eſprit viennent en foule
302 MERCURE
me reprocher l'innocence de
mon éducation. Avec vos infi
pides vers & voſtre proſe mediocre
tout au plus , me diſent
ces Lutins,que prétendez vous
faire ? au lieu de chiffres comme
les autres ! * Les chofes magnifiques
&flatenses que diſent
les Auteurs, de tous ceux qui leur
peuvent faire du bien , leur font
preſque toûjours inutiles .
Leur merite est toujours connus
Mais les grands Seigneurs font
étranges, :
Et quiſubſiſte de loüanges , ...
Vit avec peu de revenu.
*
Le Louis d'or à Mademoiselle de Soudery:
GALANT. 303
Cela eſt peut ettre vrai, mais
ce n'eſt pas ma faute.Auteſte,
Madame , fi je ne vous tiens
pas aujourd'hui entierement
parole fur tous les points de
ma dedicace , c'eſt pour ne pas
tout dire en unjour. Dans trois
mois nous reprendrons la converſation
& nous la continuërons
fur le ton qu'il vous plaira.
Je ſuis , en attendant , tresrefpectueuſements
MADAME ,
Voſtre tres - humble & tresobeïſfant
ferviteur le Chevalier
de , &c.
Fermer
193
p. 304-307
AVERTISSEMENT.
Début :
Je vous serois fort obligé, Messieurs, si vous vouliez m'envoyer [...]
Mots clefs :
Mémoires, Bureaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Je vous ferois fort obligé ,
Meffieurs ,fivous vouliez m'envoyer
vos Memoires pluſtoſt que
vous nefaites. Je les reçois prefque
toûjours àla fin du mois,mais
je vais mon chemin , commeſije
ne m'y attendois pas , &cet inconvenient
qui est un effet de vôtre
lenteur &de ma diligence ,
vous êteſouventle plaifir de voir
imprimer vos Ouvrages ; mais
j'ayun expedient à vous propofer
là deſſus.J'établis trois Bureaux
dans Paris , où l'on recevrafidelement
GALANT. 305
ment &difcretement tous lesMemoires
que l'on m'enverra.
Le premier eft chez les fieurs
Follet erLameſle , mes tres chers
Imprimeurs &Libraires , au bout
du Pont S. Michel , du coſtédu
Marché Neuf. Ce Bureau eft
établi pour ceux qui ne voudront
pas eftre connus , &qui n'auront
que faire àl' Auteur du Mercure
Galant.
Le ſecond est chez moy , dans
la maison duſieur Maffet , Perruquier,
fur le quay dela Megifferie
, celui ci est pour ceux qui
voudront raiſonnerſur voudront r touteforte
de matiere , examiner leurs Ou
Juin 1715 . Cc
306 MERCURE
vrages , les corriger avec moi ,&
empêcher qu'ils ne soient quelquefois
mis au rebut.
Le troifiéme qui est à mongré
leprincipal , &le meilleurde tous
mes Bureaux , eft chez le Capi
taine Rhumbe Sofiet , fameux
gourmet,Marchand de Vin àla
petite Magdelaine, ruë de Buffy.
Je tiendrai chez lui mes grands
jours ,&j'yferai aßautde Litterature
dans tous les genres , de
relations de voyages , de recits
galants , de plaisirs honneſtes ,
avec tous ceux qui jugeront àpropos
des'y defennuïer avecmoi.Le
fuur Sofiet à qui je vous adreße ,
GALANT. 307
Meffieurs, est un galant homme ,
qui dit quand il peut , les plusjolies
chofes du monde. Au reste ne chofes du mo
vousfcandaliſez pas que je vous
envoye au cabaret. Je vousprouverois
aisément qu'ily a auffipen
de mal ày aller , qu'au Caffé
Je vous ferois fort obligé ,
Meffieurs ,fivous vouliez m'envoyer
vos Memoires pluſtoſt que
vous nefaites. Je les reçois prefque
toûjours àla fin du mois,mais
je vais mon chemin , commeſije
ne m'y attendois pas , &cet inconvenient
qui est un effet de vôtre
lenteur &de ma diligence ,
vous êteſouventle plaifir de voir
imprimer vos Ouvrages ; mais
j'ayun expedient à vous propofer
là deſſus.J'établis trois Bureaux
dans Paris , où l'on recevrafidelement
GALANT. 305
ment &difcretement tous lesMemoires
que l'on m'enverra.
Le premier eft chez les fieurs
Follet erLameſle , mes tres chers
Imprimeurs &Libraires , au bout
du Pont S. Michel , du coſtédu
Marché Neuf. Ce Bureau eft
établi pour ceux qui ne voudront
pas eftre connus , &qui n'auront
que faire àl' Auteur du Mercure
Galant.
Le ſecond est chez moy , dans
la maison duſieur Maffet , Perruquier,
fur le quay dela Megifferie
, celui ci est pour ceux qui
voudront raiſonnerſur voudront r touteforte
de matiere , examiner leurs Ou
Juin 1715 . Cc
306 MERCURE
vrages , les corriger avec moi ,&
empêcher qu'ils ne soient quelquefois
mis au rebut.
Le troifiéme qui est à mongré
leprincipal , &le meilleurde tous
mes Bureaux , eft chez le Capi
taine Rhumbe Sofiet , fameux
gourmet,Marchand de Vin àla
petite Magdelaine, ruë de Buffy.
Je tiendrai chez lui mes grands
jours ,&j'yferai aßautde Litterature
dans tous les genres , de
relations de voyages , de recits
galants , de plaisirs honneſtes ,
avec tous ceux qui jugeront àpropos
des'y defennuïer avecmoi.Le
fuur Sofiet à qui je vous adreße ,
GALANT. 307
Meffieurs, est un galant homme ,
qui dit quand il peut , les plusjolies
chofes du monde. Au reste ne chofes du mo
vousfcandaliſez pas que je vous
envoye au cabaret. Je vousprouverois
aisément qu'ily a auffipen
de mal ày aller , qu'au Caffé
Fermer
194
p. 3-8
Prelude nouveau. [titre d'après la table]
Début :
MADEMOISELLE, Vous êtes curieuse, c'est vrayement fort bien fait [...]
Mots clefs :
Lettre, Mademoiselle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude nouveau. [titre d'après la table]
ADEMOISELLE,
Vous cccs curieuse
,
c'est
vrayement fort bien fait, & il
sied toujours bien aux jeunes
personnes de comme vous, vouloir s'instruirede bonneheure,
des affaires dumon,
deVous vous adressàmoy
pourcela, & vous avez raifipn,
puisque je suis, en dépit
des uns,& fous le bon plaisir
des autres ,
le porte fciiillc dix
Public. Il y ades tems 'où le
hazard me remplie d'assez
bonnes choses,& d'autres, ou
les Nouvelles serieuses & galantes
sont plus steriles& plus
froides; mais vous [avcz qu'il
faut
, comme l'on dit, prendre
letemscommeil vient:
J'avois refolud'abord devous
té.rirc une Lettre rendre, parcequej'ay
connu du premier
coup d'oeil les heureuses dispositions
que vous avez à la rendresse.
je le ferois encore ,
si
tout le monde avoit ce doux
penchant comme vous; mais
ce monde dont je dois vous entretenir
,
Mademoiselle
,
est
plein de Censeursqui ne font
le plus souvent guere amoureux
,
& les beaux discours
que je vous tiendrois sur ce
Chapitre, ne manqueroient
pas d'êtreépluchez
,
épiloguez,
& dénigrez d'un bout à
l'autre, par l'insatiable critique;
ainsi croyezmoy , en attendant
que je vous écrive une
Lettre que je feray sur que
vous ne montrerez pas à tous
les Curieux, comme celle ci,
lisez sans consequencetoutce
que je vais vous presenter. Ily
aura cependant (& je vous le
dis entre nous deux) de l'amour
par-cy ,
par-là, si vous
m'entendez comme je le fouhatte,
vous en ferez l'application
qui nous conviendra Ne
rougissez pas de cette proposition
,
j'cn ay dit autant à bien
d'autres, sans qu'il en ait été
ni plus ni moins: & vous sereztoûjours
la Maîtressede me
faire rentrer dans mon devoir.
sivousvousappercevez que je
m'écartequelquefois des bornes
de la discretion que me
prescrivent les égards que je
vous dois. Votia ma dedaraoori
qui ne une paroît pas mal
troussee
,
je vous donne trois
mois pour étudier la réponle
quevousiugerez à propos de
me faire.Si je n'avois pas l'honneur
de vous connoître plus
particulièrement que la Dame
du mois passé
,
je vous la demanderois
tout à l'heure pour
faire connoissance ; mais cela
lûtt pas necessaire, & nous
avons, tous deux le tems d'aclehdres
je vous invite ccpcndaot-
à- lire autre:chose, nous
reprendronsnôtretextequand ilnous plaira.
Vous cccs curieuse
,
c'est
vrayement fort bien fait, & il
sied toujours bien aux jeunes
personnes de comme vous, vouloir s'instruirede bonneheure,
des affaires dumon,
deVous vous adressàmoy
pourcela, & vous avez raifipn,
puisque je suis, en dépit
des uns,& fous le bon plaisir
des autres ,
le porte fciiillc dix
Public. Il y ades tems 'où le
hazard me remplie d'assez
bonnes choses,& d'autres, ou
les Nouvelles serieuses & galantes
sont plus steriles& plus
froides; mais vous [avcz qu'il
faut
, comme l'on dit, prendre
letemscommeil vient:
J'avois refolud'abord devous
té.rirc une Lettre rendre, parcequej'ay
connu du premier
coup d'oeil les heureuses dispositions
que vous avez à la rendresse.
je le ferois encore ,
si
tout le monde avoit ce doux
penchant comme vous; mais
ce monde dont je dois vous entretenir
,
Mademoiselle
,
est
plein de Censeursqui ne font
le plus souvent guere amoureux
,
& les beaux discours
que je vous tiendrois sur ce
Chapitre, ne manqueroient
pas d'êtreépluchez
,
épiloguez,
& dénigrez d'un bout à
l'autre, par l'insatiable critique;
ainsi croyezmoy , en attendant
que je vous écrive une
Lettre que je feray sur que
vous ne montrerez pas à tous
les Curieux, comme celle ci,
lisez sans consequencetoutce
que je vais vous presenter. Ily
aura cependant (& je vous le
dis entre nous deux) de l'amour
par-cy ,
par-là, si vous
m'entendez comme je le fouhatte,
vous en ferez l'application
qui nous conviendra Ne
rougissez pas de cette proposition
,
j'cn ay dit autant à bien
d'autres, sans qu'il en ait été
ni plus ni moins: & vous sereztoûjours
la Maîtressede me
faire rentrer dans mon devoir.
sivousvousappercevez que je
m'écartequelquefois des bornes
de la discretion que me
prescrivent les égards que je
vous dois. Votia ma dedaraoori
qui ne une paroît pas mal
troussee
,
je vous donne trois
mois pour étudier la réponle
quevousiugerez à propos de
me faire.Si je n'avois pas l'honneur
de vous connoître plus
particulièrement que la Dame
du mois passé
,
je vous la demanderois
tout à l'heure pour
faire connoissance ; mais cela
lûtt pas necessaire, & nous
avons, tous deux le tems d'aclehdres
je vous invite ccpcndaot-
à- lire autre:chose, nous
reprendronsnôtretextequand ilnous plaira.
Fermer
195
p. 52-53
« Vous me remerciez, Mademoiselle, de la lecture que vous venez [...] »
Début :
Vous me remerciez, Mademoiselle, de la lecture que vous venez [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous me remerciez, Mademoiselle, de la lecture que vous venez [...] »
Vous me remerciez, Mademoiselle
,
de la lecture que
vous venezde faire 1jevousen
sçais bon gré. Tant que je
vous donneray
,
dites-vous,
des morceaux comme celui là
vous les lirez tous, vrayement
cela ca fort obligeant;maisil
n'est pas encore temps de me
remercier, & j'ay tant d'autres
jolies choses à vous conter
,que je pa evois, si vous ne
m'interrompez pas d'avantage,
que je ne pourray mettre
vos remerciements que par
Apoftillc à la fin de ma Lettre,
ainsi foit.
,
de la lecture que
vous venezde faire 1jevousen
sçais bon gré. Tant que je
vous donneray
,
dites-vous,
des morceaux comme celui là
vous les lirez tous, vrayement
cela ca fort obligeant;maisil
n'est pas encore temps de me
remercier, & j'ay tant d'autres
jolies choses à vous conter
,que je pa evois, si vous ne
m'interrompez pas d'avantage,
que je ne pourray mettre
vos remerciements que par
Apoftillc à la fin de ma Lettre,
ainsi foit.
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196
p. 61-62
« Que j'ay d esprit, Mademoiselle, n'en admirez-vous [...] »
Début :
Que j'ay d esprit, Mademoiselle, n'en admirez-vous [...]
Mots clefs :
Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Que j'ay d esprit, Mademoiselle, n'en admirez-vous [...] »
Que j'ay d'esptit, Madetnoifelle
,
n'en admirezvous
pas la gentillesse
,
& n'êtesvous
pas charmée de la magnisicence
de cette dissertation.
Avoiiez que j'ay tourné avec
tout l'artimaginable cette façon
de vous annoncer un Liyfle
nouveau. Voyezsi je m'y
prendray aussi bien à vous en
annoncer encore un autre.
,
n'en admirezvous
pas la gentillesse
,
& n'êtesvous
pas charmée de la magnisicence
de cette dissertation.
Avoiiez que j'ay tourné avec
tout l'artimaginable cette façon
de vous annoncer un Liyfle
nouveau. Voyezsi je m'y
prendray aussi bien à vous en
annoncer encore un autre.
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197
p. 82-85
« Je ne vous dis rien, Mademoiselle, de la Dame qui ne [...] »
Début :
Je ne vous dis rien, Mademoiselle, de la Dame qui ne [...]
Mots clefs :
Sonnets, Pétrarque, Proverbe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous dis rien, Mademoiselle, de la Dame qui ne [...] »
Je ne vous dis rien
,
Mademoiselle,
de la Dame qui ne
perdit pas sa montre ; parce
que mon Nouvelliste ne m'en
a rien dit, ce que je pourrois
seulement ajoûteràcette Histoire
assez galante
, ce seroit
qudques traits de morale qui
nous ennuyeroient tous deux.
Je fçny par coeur toutes les
réflexionsqu'on peut faire làdessus
; mais j'aime mieux que
d'autre les fassent que moy,
quin'ay pas encore la réputation
, ny l'honneur d'estre
homme à reflexionsaltri tempi,
altre cure, d'autres terrps d'autres soirs. , Ce Prover be
Italien me fait souvenir que
vous entendez parfaitement
cette langue,& me détermine
prcfque à vous presenter
deux Sonnets galants quej'ay
receus la semaine passée de
Florence, ils font si beaux que
Petrarque ne les desavouëroit
pas, mais je songe que je feray
mieux de vous les envoyer
dans une Lettre que dans un
Livre, uniquement pour m'épargner
la peine de les traduire
, dont je ne pourrois me
dispenser
,
si je les rendois
publics. Je vous laissece soin
,
& quand vous l'aurez rempli,
j'en seray part à tout le monde.
Lisez en attendant quelques
Sonnets sur les Boutsrimez
proposez les deux mois
derniers.
,
Mademoiselle,
de la Dame qui ne
perdit pas sa montre ; parce
que mon Nouvelliste ne m'en
a rien dit, ce que je pourrois
seulement ajoûteràcette Histoire
assez galante
, ce seroit
qudques traits de morale qui
nous ennuyeroient tous deux.
Je fçny par coeur toutes les
réflexionsqu'on peut faire làdessus
; mais j'aime mieux que
d'autre les fassent que moy,
quin'ay pas encore la réputation
, ny l'honneur d'estre
homme à reflexionsaltri tempi,
altre cure, d'autres terrps d'autres soirs. , Ce Prover be
Italien me fait souvenir que
vous entendez parfaitement
cette langue,& me détermine
prcfque à vous presenter
deux Sonnets galants quej'ay
receus la semaine passée de
Florence, ils font si beaux que
Petrarque ne les desavouëroit
pas, mais je songe que je feray
mieux de vous les envoyer
dans une Lettre que dans un
Livre, uniquement pour m'épargner
la peine de les traduire
, dont je ne pourrois me
dispenser
,
si je les rendois
publics. Je vous laissece soin
,
& quand vous l'aurez rempli,
j'en seray part à tout le monde.
Lisez en attendant quelques
Sonnets sur les Boutsrimez
proposez les deux mois
derniers.
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198
p. 93-94
« Vous venez de lire, Mademoiselle, le reste des Sonnets qui [...] »
Début :
Vous venez de lire, Mademoiselle, le reste des Sonnets qui [...]
Mots clefs :
Bureaux, Lettre, Sonnets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous venez de lire, Mademoiselle, le reste des Sonnets qui [...] »
Vous venez de lire, Made-
,moIfdle
,
le relle des Sonnets
qui pnt été fdics sur les Boutsrimez
du mois de May. En
voici sur les rimes du mois
dernier qui valent au moins les
autres. Mais avant d'en commencer
l'article,souffrez que
je vous fasse parr de quelques
fragments d'une Lettre d'un
de mes bons amis que je ne
connois encore que par ses
Ouvrages.Voicy ses propres
termes.
Des trois Bureaux que vota
av z marquez, Monsieur, pour
envoyer les Ouvragespropres a
'f)oft,e R cuëil
,
je n'en ay point
trouvé un plus à mon gré que 14
MagdtUined: la rue de Bujji.#
,moIfdle
,
le relle des Sonnets
qui pnt été fdics sur les Boutsrimez
du mois de May. En
voici sur les rimes du mois
dernier qui valent au moins les
autres. Mais avant d'en commencer
l'article,souffrez que
je vous fasse parr de quelques
fragments d'une Lettre d'un
de mes bons amis que je ne
connois encore que par ses
Ouvrages.Voicy ses propres
termes.
Des trois Bureaux que vota
av z marquez, Monsieur, pour
envoyer les Ouvragespropres a
'f)oft,e R cuëil
,
je n'en ay point
trouvé un plus à mon gré que 14
MagdtUined: la rue de Bujji.#
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199
p. 104-106
Discours de l'Auteur sur les Bouts rimez. [titre d'après la table]
Début :
Le dessein que j'ay eu en proposant des Bouts-rimez, a [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Mademoiselle , Esprit, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours de l'Auteur sur les Bouts rimez. [titre d'après la table]
Le dessein quej'ayeuen
propofanc des Bouts-rimez,a
été fondé sur l'envie que j'ay
de connoître autant que je le
pourray , toutes les différentes
maniérés de penser du monde.
Chacun marque son goût dans
sa façon d'écrire,&c'estpour
amuser les gens qui écrivent,
que je leuray en partieoffert
ce moyen de m'envoyer leurs
Ouvrages. Quoiqu'onmedise
que la mode des Bouts-rimez
est usée depuis longtems en
France, je sens pourtant qu'tf
n'y a que Jel'agrement & de
l'utilité à la rétablir. Mais je
prie ceux qui veulent s'y mettre,
de s'y exercer assez ferieusement
en s'amusant, pour ne
pas me rebuter de leur exercice.
On fera bien receu à me
proposer des Emblèmes, des
questions jolies, & tout ce qui
peut donner de l'occupation
& du plaisir à l'esprit. En un
mot, Mademoiselle, pour la
satisfaction de mes Lecteurs&
pour la vôtre, je rendrai public
tout ce qui me paroîtra
digne de l'être.
Maisrevenons à nos moutons,
vous avez, Mademoiselle
( & je vous l'ay dit cent
fois) de l'esprit comme un
Ange; mais l'obligeance &
charmante personnequivienr
de m'envoyer le Memoire que
vous allez lire, en a au moins
autant que vous;quelque soin
qu'elle prenne de se cacher, sa
façon d'écrirem'asuffisamment
découvert son nom
je ne balancerois pas à la nom..
mer si mon indiscretion pouvoie
donner plus d'éclat à son
merite.
propofanc des Bouts-rimez,a
été fondé sur l'envie que j'ay
de connoître autant que je le
pourray , toutes les différentes
maniérés de penser du monde.
Chacun marque son goût dans
sa façon d'écrire,&c'estpour
amuser les gens qui écrivent,
que je leuray en partieoffert
ce moyen de m'envoyer leurs
Ouvrages. Quoiqu'onmedise
que la mode des Bouts-rimez
est usée depuis longtems en
France, je sens pourtant qu'tf
n'y a que Jel'agrement & de
l'utilité à la rétablir. Mais je
prie ceux qui veulent s'y mettre,
de s'y exercer assez ferieusement
en s'amusant, pour ne
pas me rebuter de leur exercice.
On fera bien receu à me
proposer des Emblèmes, des
questions jolies, & tout ce qui
peut donner de l'occupation
& du plaisir à l'esprit. En un
mot, Mademoiselle, pour la
satisfaction de mes Lecteurs&
pour la vôtre, je rendrai public
tout ce qui me paroîtra
digne de l'être.
Maisrevenons à nos moutons,
vous avez, Mademoiselle
( & je vous l'ay dit cent
fois) de l'esprit comme un
Ange; mais l'obligeance &
charmante personnequivienr
de m'envoyer le Memoire que
vous allez lire, en a au moins
autant que vous;quelque soin
qu'elle prenne de se cacher, sa
façon d'écrirem'asuffisamment
découvert son nom
je ne balancerois pas à la nom..
mer si mon indiscretion pouvoie
donner plus d'éclat à son
merite.
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200
p. 127-129
Belle reflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Ne vous semble-t-il pas, Mademoiselle, que l'Auteur de [...]
Mots clefs :
Vers, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Belle reflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Ne vous semblet-il pas,
Mademoiselle,quel'Auteur de
fçtçe Lettre me prendpour
quelque Horace,ou qu'il nous
aoit au tempsd'Auguste.
Iivec son Mecenas,en verné
il se mocque du monde On
voit aujourd'huy fort peu de
ces gens -
làJ & quand il y en
auroit encore quelques uns,
pourroient-ils estre faits pour
le Mercure. Il ya néanmoins
déjà long temps que j'en ay
choisiun ; mais je meurs de
peur de l'avoir choisitout seul.
Il a outre l'éclat de son sang
& de son rang qui font des
meilleurs
,
mille fois plus de
science, d'esprit&de goûc que
je ne peux vous ledire;voila
presque justement ce qui rçtà
prouve, qu'il n'est pas pour
moy;maisil sereconnoist déja,
parce qu'il ne peut pas se méprendre
àce que je viens de
<dirç,Sc je crains que sa bonté
ne s'offense de mon reproche;
reprenons donc s'il vous plaît
nôtre route ,
& allons nôtre
chemin;maisquevois je ?CC
sont des Vers encore;qu'importe
tlsme:pta"(lntJ& vous
plairont peut cftrcaulfi.
Mademoiselle,quel'Auteur de
fçtçe Lettre me prendpour
quelque Horace,ou qu'il nous
aoit au tempsd'Auguste.
Iivec son Mecenas,en verné
il se mocque du monde On
voit aujourd'huy fort peu de
ces gens -
làJ & quand il y en
auroit encore quelques uns,
pourroient-ils estre faits pour
le Mercure. Il ya néanmoins
déjà long temps que j'en ay
choisiun ; mais je meurs de
peur de l'avoir choisitout seul.
Il a outre l'éclat de son sang
& de son rang qui font des
meilleurs
,
mille fois plus de
science, d'esprit&de goûc que
je ne peux vous ledire;voila
presque justement ce qui rçtà
prouve, qu'il n'est pas pour
moy;maisil sereconnoist déja,
parce qu'il ne peut pas se méprendre
àce que je viens de
<dirç,Sc je crains que sa bonté
ne s'offense de mon reproche;
reprenons donc s'il vous plaît
nôtre route ,
& allons nôtre
chemin;maisquevois je ?CC
sont des Vers encore;qu'importe
tlsme:pta"(lntJ& vous
plairont peut cftrcaulfi.
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201
p. 133-134
« Il est maintenant question, Mademoiselle, de vous presenter indispensablement un Article [...] »
Début :
Il est maintenant question, Mademoiselle, de vous presenter indispensablement un Article [...]
Mots clefs :
Article
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il est maintenant question, Mademoiselle, de vous presenter indispensablement un Article [...] »
Il est maintenant question,
Mademoiselle, de vous presenter
indispensablement un
Articledontvousferezl'usage
qu'il vous plaira ; c'est celuy,
des nouvelles du monde,&
c'est
,
à mon avis, justement
celuy donc ne s'embarrassent
guere de jeunes personnes
comme vous, qui ont bien
làutrc chose à faire. Je vous invire
néanmoins malgré cette
consideration, à le hrc:
Mademoiselle, de vous presenter
indispensablement un
Articledontvousferezl'usage
qu'il vous plaira ; c'est celuy,
des nouvelles du monde,&
c'est
,
à mon avis, justement
celuy donc ne s'embarrassent
guere de jeunes personnes
comme vous, qui ont bien
làutrc chose à faire. Je vous invire
néanmoins malgré cette
consideration, à le hrc:
Fermer
202
p. 198-200
« C'est assez parler pour tout le monde, Mademoiselle, entretenons-nous [...] »
Début :
C'est assez parler pour tout le monde, Mademoiselle, entretenons-nous [...]
Mots clefs :
Tyrans, Histoire générale, Entretien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « C'est assez parler pour tout le monde, Mademoiselle, entretenons-nous [...] »
C'est assez parler pour tout
le monde, Mademoiselle, entretenons-
nous, s'il vous plaît,
maintenant ensemble. Il vous
est arrivé depuis peu une avanture
qui merite bien d'être
contée:il n'en fera que ce que
vous voudrez ; mais vous auriez
tort, vous paroîttezl'avoir,
&l'on publieroit même
que vous l'avez
,
si je ne deffendois
vos intérêts contre la
malice de vos ennemis. - ::¡r
', Lespréjugezs'établissent
sur les discours
,
&il est toûjours
à pro pos daller autant
qu'on peut au devant des prejugez.
Le monde est plein de
gens quis'érigent en censeurs
de nôtre conduite au gré des
idées qu'ils prennent ou qu'on
leur donne de nous: ces censeurs
deviennent ensuite de
veritables Tyrans qui s'acharnent
à nous per secuter, le plus
souvent sans sçavoir pourquoy;
mais
* Dusuccés qu'on obtientcontre
la Tyrannie
Dépend , ou nostregloire, ou nostre
ignominie.
je vais avec vôtre permission
vous détacher de nôtre
entretien particulier, & cesser
de vous adresser directement
la parole, pour faire de
vôrre histoire que je vais conter
, une histoire generale.
CorricSIJc,Ciûiu
le monde, Mademoiselle, entretenons-
nous, s'il vous plaît,
maintenant ensemble. Il vous
est arrivé depuis peu une avanture
qui merite bien d'être
contée:il n'en fera que ce que
vous voudrez ; mais vous auriez
tort, vous paroîttezl'avoir,
&l'on publieroit même
que vous l'avez
,
si je ne deffendois
vos intérêts contre la
malice de vos ennemis. - ::¡r
', Lespréjugezs'établissent
sur les discours
,
&il est toûjours
à pro pos daller autant
qu'on peut au devant des prejugez.
Le monde est plein de
gens quis'érigent en censeurs
de nôtre conduite au gré des
idées qu'ils prennent ou qu'on
leur donne de nous: ces censeurs
deviennent ensuite de
veritables Tyrans qui s'acharnent
à nous per secuter, le plus
souvent sans sçavoir pourquoy;
mais
* Dusuccés qu'on obtientcontre
la Tyrannie
Dépend , ou nostregloire, ou nostre
ignominie.
je vais avec vôtre permission
vous détacher de nôtre
entretien particulier, & cesser
de vous adresser directement
la parole, pour faire de
vôrre histoire que je vais conter
, une histoire generale.
CorricSIJc,Ciûiu
Fermer
203
p. 235-239
« Voila, Mademoiselle, vôtre histoire. Ecoutez maintenant un petit conseil que [...] »
Début :
Voila, Mademoiselle, vôtre histoire. Ecoutez maintenant un petit conseil que [...]
Mots clefs :
Morts, Histoire, Généalogiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila, Mademoiselle, vôtre histoire. Ecoutez maintenant un petit conseil que [...] »
Voila, Mademoiselle, vôtre
histoire. Ecoutez maintenantun
petit conseil que je
vais vous donner. Vousavezà
present un asyle chez d'honnêtes
gens; que vostre esprit
& vostre vertu vous deffendent
desormais contre les vivacitez
de vostre jeunesse.
Vous avez fait une experience
cruelle des peines & des plaisirs
de l'amour: ce que vous
en sçavez doit vous rendre sage;
avec l'esprit & le discernement
qui sont en vous, il ne
vous est pas permis de faire
impunément de nouvelles fautes.
Le plusbellesapparences
du monde font pour vous;
'<lue vos actions ne dementent
pas d'orénavant
, par aucun
éclat indiscret, un extérieur si
beau.
Reprenons, s'il vous plaît,
l'histoire du monde, & continuons
à voir ce qui s'y passe.
Voici des Mariages,à la bonne
heure, & des Morts, tant
pis; mais parlons en à bon
compte, puisque tout cela en
de mon domaine.Cependant
fGy encore à préluder sur cet
article, & jeme vois malheureu
sement obligé de vous dire
que je n'ay pûme dispenser
de me broüiller pour la dixiéme
fois avec mon Genealogiste.
Il a ses visions
,
j'ay les
miennes , mais j'ay tous les
mois la plume à la main, &ce
n'est pas lui, c'est moi qu'on
rend responsable des fautes
qu'il me fait faire, & des libertez
qu'il prend. Ainsi pour me
mettre à couvert de toute forte
forte de reproches sur cette
matiere, je prie les personnes
de consideration qui feront interessés
dans le Mercure,&
quis'y verront traitées trop
succintement,de me permettre
dereprendre le mois prochain,
d'une manicre qui larhfoflc
tout le monde,les articles qui
les regardent. En attendant,
voicy ce que je fay desMorts
de ce mois
histoire. Ecoutez maintenantun
petit conseil que je
vais vous donner. Vousavezà
present un asyle chez d'honnêtes
gens; que vostre esprit
& vostre vertu vous deffendent
desormais contre les vivacitez
de vostre jeunesse.
Vous avez fait une experience
cruelle des peines & des plaisirs
de l'amour: ce que vous
en sçavez doit vous rendre sage;
avec l'esprit & le discernement
qui sont en vous, il ne
vous est pas permis de faire
impunément de nouvelles fautes.
Le plusbellesapparences
du monde font pour vous;
'<lue vos actions ne dementent
pas d'orénavant
, par aucun
éclat indiscret, un extérieur si
beau.
Reprenons, s'il vous plaît,
l'histoire du monde, & continuons
à voir ce qui s'y passe.
Voici des Mariages,à la bonne
heure, & des Morts, tant
pis; mais parlons en à bon
compte, puisque tout cela en
de mon domaine.Cependant
fGy encore à préluder sur cet
article, & jeme vois malheureu
sement obligé de vous dire
que je n'ay pûme dispenser
de me broüiller pour la dixiéme
fois avec mon Genealogiste.
Il a ses visions
,
j'ay les
miennes , mais j'ay tous les
mois la plume à la main, &ce
n'est pas lui, c'est moi qu'on
rend responsable des fautes
qu'il me fait faire, & des libertez
qu'il prend. Ainsi pour me
mettre à couvert de toute forte
forte de reproches sur cette
matiere, je prie les personnes
de consideration qui feront interessés
dans le Mercure,&
quis'y verront traitées trop
succintement,de me permettre
dereprendre le mois prochain,
d'une manicre qui larhfoflc
tout le monde,les articles qui
les regardent. En attendant,
voicy ce que je fay desMorts
de ce mois
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204
p. 252-253
« Pour l'article des Mariages, c'est une partie à remettre, je [...] »
Début :
Pour l'article des Mariages, c'est une partie à remettre, je [...]
Mots clefs :
Mariages, Lettre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pour l'article des Mariages, c'est une partie à remettre, je [...] »
Pour l'article des Mariages,
c'est une partie à remertre,je,
sçaiqu'il y en a plusieurs considerables
sur le tapis; quand
lesceremoniesenseionsfaites,
j'en> parlerai. Enattendant,
reposez-vous ici pour quelques
momens, Mademoiselle,
& permettez-moi encore une
fois d'interrompre la suite. de
ma Lettre pourrépondre à
celle d'un galant homme àqui
je n'ai pas l'honneur de plaire.
c'est une partie à remertre,je,
sçaiqu'il y en a plusieurs considerables
sur le tapis; quand
lesceremoniesenseionsfaites,
j'en> parlerai. Enattendant,
reposez-vous ici pour quelques
momens, Mademoiselle,
& permettez-moi encore une
fois d'interrompre la suite. de
ma Lettre pourrépondre à
celle d'un galant homme àqui
je n'ai pas l'honneur de plaire.
Fermer
205
p. 253-260
Lettre Apologetique de l'Aut. [titre d'après la table]
Début :
Souffrez, Monsieur, avant d'entrer en matiere avec vous, que [...]
Mots clefs :
Anciens et Modernes, Madame Dacier, Mémoires, Mercure, Homère, Public, Lettre, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre Apologetique de l'Aut. [titre d'après la table]
Souffrez , Monsieur, avant
d'entrer en matiere avec vous,
que je vous demanded'abord si,
nous êtes l'Auteur du Vert Galant
,
de l'Homere ruané) ou un
mauvais Comedien;si cela est
cefi au Public qui decide; ~&
dont je ne rapporte que les témoignages
, à répondre aux injures
que vous me dites:si cela n'efl
pas,c'est mon affaire, c, ilyv*
demon honneur à vous dimontrer
que les reprochesque vousmefaites,
ne font que dis ijft* devostre
mauvaise humeur.
Ma légereté
, mes vivacité%
~& ma critique vout fatiguent,
'Jjo-ur n'êtes peut être pas le seul
qui s'en dégoûte , mais le plus
grand nombre rPd: mon cossé se
fais
,
dites-vous
, le mauvais
plaisant
, ~gr le diseur de bons
mots ,je nesçayou celam'arrive,
mais jtfiai bien queje n'al jamaispenséalefaire.
J'attaque, ajoutez-nous,tout
le monde
, je réponds à tout le
monde, & de- à vous conCtUC
que je suis méchant
,
cAan'rjl
pas juste, avec vostre permission ,
e:;;- les gelu de qui je ne parte pas
bien, n'ont à me reprocher de dire
dleux, que ce que le Public en
dit. C*efl en un mot sur lui que
je me réglé pour cet article. D'Ad..
leurs où ejt l'homme à qui le droit
d'écrire a été accordé, qui riait la
liberté de dire ce qu'il pense a'e
ceux qui écrivent comme lut?Mc
-vous ofeenfe-t on pas bien davantage
que ne le peut faire un Lioure
lorsqu'onvousapostrophe en
plein Théâtre, qu'onvous reproche
en face, que vous êtesun
menteur9 un fourbe,unfâcheux,
mgrondeurtunTartufe,un Mysantrope
, un mauvais Auteur,
L'Acteur qui vous peint ces portraits
où vousvous reconnoissez,
presente à vosyeux par laforce de
l'expression, qu'un Livre n'apas,
tous les traits qui vous ressêmblent.
Jen'ai eugtrde,Monfitisr,
deprendre de pareilles licences,&
ce n'est que sans consequence que
j'ay attaquédes gens que personne
n'oseroitàefendyc.
Prenez, me dites-vous , dans
unautre endroit devostreLettre,
conseil d'unamy sage, sur le
choix des Pieces dont vous
remplissez
remplissez vos Mercures, car
je parie qu'un autre enferoit
de meilleurs que les vostres,
des Ouvrages que vous supprimez
& dont vous dérobez
la connoissance au Public.
Vous m'en avez sans doute envoyé
quelques-uns, Monsieur;
que je riay apparammentpasosé
mettre au jour. Vous êtes vif,
violent même , & je suisfort
trompé, si ce n'estpas de vous que
j'ayreceuunMemoire fort étendu
sur la querelle des Anciens&des
Modernes,danslequel vous maltraitezfort
Madame Dacier qui
est une Dame tres respectable
vous ne l'avez tU liu imprimé,
& c'estlàjustement ce quivous
tient au coeur.
V<écrive% fort bien, Mon
fiettr
, vousavez beaucoup ri'esprit
d'érudition
,
mais pour
me vanger de l'injustice de vos
siproches
, je nevous souhaite
d'autre mal que celui de vous
voiren maplacependant quelques
mois
,
je nesçai malgré les
avantages quevous cfoye£ avoir
sturimrot,ecomrmeint veouszvous.erç
Vous -n'avez sans doute pas
bien su le Mercure du mois de
May dont vous ave,-,y faitàtout
hazard une dissection crue liefpuiif
que vous milalrrjJè la critique
de certains termes qui vousy ont
choqué. Ils ne sont pas à moy ,
Àdonjiur, C9, l'homme (f'Jjtrit
que vousy blâmez est un des
meilleurs & des plus braves
Athleles que nous ayons dans It
Littérature,
Au reste, je presume que vous
ne-m41JfZ jamais vû ,vous me
traite% d'hommecontrefaitquelque
commune que soit mafigure,
personne n'avouëraqu'elle merite
les injures quevous
lui
faites.
Je riay plus qu'un mot à vous
diteïily a quinze mois queje
fis le Mercure, &jevouspretcjie
avec ferment que vous êtes
lepremier cjuim*ait écritune Lettre
desobligeante. Si on se met
dans le goût de m'en écrire desemblables
,je vous promets de les
hrâler toutes , & de ne songer
qu'à être dorénavant
, comme
vous me le conseillez
,
humain,
posé, &rassis autant que je pourray
le devenir. Je fuis sincerement,
Monsieur, Vostre
, &c.
d'entrer en matiere avec vous,
que je vous demanded'abord si,
nous êtes l'Auteur du Vert Galant
,
de l'Homere ruané) ou un
mauvais Comedien;si cela est
cefi au Public qui decide; ~&
dont je ne rapporte que les témoignages
, à répondre aux injures
que vous me dites:si cela n'efl
pas,c'est mon affaire, c, ilyv*
demon honneur à vous dimontrer
que les reprochesque vousmefaites,
ne font que dis ijft* devostre
mauvaise humeur.
Ma légereté
, mes vivacité%
~& ma critique vout fatiguent,
'Jjo-ur n'êtes peut être pas le seul
qui s'en dégoûte , mais le plus
grand nombre rPd: mon cossé se
fais
,
dites-vous
, le mauvais
plaisant
, ~gr le diseur de bons
mots ,je nesçayou celam'arrive,
mais jtfiai bien queje n'al jamaispenséalefaire.
J'attaque, ajoutez-nous,tout
le monde
, je réponds à tout le
monde, & de- à vous conCtUC
que je suis méchant
,
cAan'rjl
pas juste, avec vostre permission ,
e:;;- les gelu de qui je ne parte pas
bien, n'ont à me reprocher de dire
dleux, que ce que le Public en
dit. C*efl en un mot sur lui que
je me réglé pour cet article. D'Ad..
leurs où ejt l'homme à qui le droit
d'écrire a été accordé, qui riait la
liberté de dire ce qu'il pense a'e
ceux qui écrivent comme lut?Mc
-vous ofeenfe-t on pas bien davantage
que ne le peut faire un Lioure
lorsqu'onvousapostrophe en
plein Théâtre, qu'onvous reproche
en face, que vous êtesun
menteur9 un fourbe,unfâcheux,
mgrondeurtunTartufe,un Mysantrope
, un mauvais Auteur,
L'Acteur qui vous peint ces portraits
où vousvous reconnoissez,
presente à vosyeux par laforce de
l'expression, qu'un Livre n'apas,
tous les traits qui vous ressêmblent.
Jen'ai eugtrde,Monfitisr,
deprendre de pareilles licences,&
ce n'est que sans consequence que
j'ay attaquédes gens que personne
n'oseroitàefendyc.
Prenez, me dites-vous , dans
unautre endroit devostreLettre,
conseil d'unamy sage, sur le
choix des Pieces dont vous
remplissez
remplissez vos Mercures, car
je parie qu'un autre enferoit
de meilleurs que les vostres,
des Ouvrages que vous supprimez
& dont vous dérobez
la connoissance au Public.
Vous m'en avez sans doute envoyé
quelques-uns, Monsieur;
que je riay apparammentpasosé
mettre au jour. Vous êtes vif,
violent même , & je suisfort
trompé, si ce n'estpas de vous que
j'ayreceuunMemoire fort étendu
sur la querelle des Anciens&des
Modernes,danslequel vous maltraitezfort
Madame Dacier qui
est une Dame tres respectable
vous ne l'avez tU liu imprimé,
& c'estlàjustement ce quivous
tient au coeur.
V<écrive% fort bien, Mon
fiettr
, vousavez beaucoup ri'esprit
d'érudition
,
mais pour
me vanger de l'injustice de vos
siproches
, je nevous souhaite
d'autre mal que celui de vous
voiren maplacependant quelques
mois
,
je nesçai malgré les
avantages quevous cfoye£ avoir
sturimrot,ecomrmeint veouszvous.erç
Vous -n'avez sans doute pas
bien su le Mercure du mois de
May dont vous ave,-,y faitàtout
hazard une dissection crue liefpuiif
que vous milalrrjJè la critique
de certains termes qui vousy ont
choqué. Ils ne sont pas à moy ,
Àdonjiur, C9, l'homme (f'Jjtrit
que vousy blâmez est un des
meilleurs & des plus braves
Athleles que nous ayons dans It
Littérature,
Au reste, je presume que vous
ne-m41JfZ jamais vû ,vous me
traite% d'hommecontrefaitquelque
commune que soit mafigure,
personne n'avouëraqu'elle merite
les injures quevous
lui
faites.
Je riay plus qu'un mot à vous
diteïily a quinze mois queje
fis le Mercure, &jevouspretcjie
avec ferment que vous êtes
lepremier cjuim*ait écritune Lettre
desobligeante. Si on se met
dans le goût de m'en écrire desemblables
,je vous promets de les
hrâler toutes , & de ne songer
qu'à être dorénavant
, comme
vous me le conseillez
,
humain,
posé, &rassis autant que je pourray
le devenir. Je fuis sincerement,
Monsieur, Vostre
, &c.
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206
p. 289-291
« Je ne vous parle point, Mademoiselle, des applaudissemens que reçûrent [...] »
Début :
Je ne vous parle point, Mademoiselle, des applaudissemens que reçûrent [...]
Mots clefs :
Chanson, Livre, Lettre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous parle point, Mademoiselle, des applaudissemens que reçûrent [...] »
Je ne vous parle point, Mademoiselle
, des applaudissemens
que reçurent ces deux
complimens, vous en avez au
moins entendu un, & vous
çavez qu'il fut suivi d'une representation
si agréable, que
vous m'avez avcüén'avoir encore
vû rien de plus amusant.
Il y a apparence ,
si ces Specracles
se continuent sur le
pied où on les met aujour.
d'huy, qu'ils effaceront bientost
jusqu'au souvenir des autres.
Ma Lettre doit, si je ne me
trompe, vous paroistreassez
varice, & je me contenterois
volontiers de la longue lecture
où elle vous a engagé pour y
mettre le sceau du dernier
compliment,s'il ne merestoie
pas encore deux ou trois choses
indispensables à vous dire.
Vous n'avez vu ny ma Chanson
ny mes Enigmes, & mon
Livreferoit en vérité un plaisant
Livre, si ces deux articles
n'y estoient pas. Je n'ay garde
de commettre une faute si
grossiere, & laChansonque
j'ay à vous presenter me paroist
trop jolie pour ne pas
vous prier de la chanter.
, des applaudissemens
que reçurent ces deux
complimens, vous en avez au
moins entendu un, & vous
çavez qu'il fut suivi d'une representation
si agréable, que
vous m'avez avcüén'avoir encore
vû rien de plus amusant.
Il y a apparence ,
si ces Specracles
se continuent sur le
pied où on les met aujour.
d'huy, qu'ils effaceront bientost
jusqu'au souvenir des autres.
Ma Lettre doit, si je ne me
trompe, vous paroistreassez
varice, & je me contenterois
volontiers de la longue lecture
où elle vous a engagé pour y
mettre le sceau du dernier
compliment,s'il ne merestoie
pas encore deux ou trois choses
indispensables à vous dire.
Vous n'avez vu ny ma Chanson
ny mes Enigmes, & mon
Livreferoit en vérité un plaisant
Livre, si ces deux articles
n'y estoient pas. Je n'ay garde
de commettre une faute si
grossiere, & laChansonque
j'ay à vous presenter me paroist
trop jolie pour ne pas
vous prier de la chanter.
Fermer
207
p. 305
« Je ne suis pas ingrat, Mademoiselle, & je remercie de [...] »
Début :
Je ne suis pas ingrat, Mademoiselle, & je remercie de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne suis pas ingrat, Mademoiselle, & je remercie de [...] »
Mademoiselle
, & je remercie de
tout mon coeur l'Auteur de cet
obligeant Sonnet. C'est luymême
qui vous propose les
nouveaux Bouts -
rimez que
vous allezvoir. Ils sont extrêmement
difficiles, tant mieux,
vous aurez plus de merite à les
remplir.
, & je remercie de
tout mon coeur l'Auteur de cet
obligeant Sonnet. C'est luymême
qui vous propose les
nouveaux Bouts -
rimez que
vous allezvoir. Ils sont extrêmement
difficiles, tant mieux,
vous aurez plus de merite à les
remplir.
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208
p. 308
« J'ay dit. Ma tâche est heureusement remplie pour ce mois-ci. Je [...] »
Début :
J'ay dit. Ma tâche est heureusement remplie pour ce mois-ci. Je [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay dit. Ma tâche est heureusement remplie pour ce mois-ci. Je [...] »
J'ay dit. Ma tâche est heureusemène
remplie pour ce mois-ci. Je
vousassûre que malgré leplaisir
que j'ay de vous entretenir, j'en
fuis fortaise, & que je fuis de
tout mon coeur, Mademoiselle,
Vôtre trés-humble & tresobéïssantserviteur,
Mercure.
remplie pour ce mois-ci. Je
vousassûre que malgré leplaisir
que j'ay de vous entretenir, j'en
fuis fortaise, & que je fuis de
tout mon coeur, Mademoiselle,
Vôtre trés-humble & tresobéïssantserviteur,
Mercure.
Fermer
209
p. 3-13
Prelude nouveau qui a son merite. [titre d'après la table]
Début :
MONSIEUR, C'est maintenant vostre tour à glisser. Aprés avoir eu [...]
Mots clefs :
Auteur, Ridicule, Modernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude nouveau qui a son merite. [titre d'après la table]
ONSIEUR
EAUR DELA
LYON
BIBI
*7893 *
VILLE
C'eſt maintenant voſtre
tour à gliffer . Aprés avoir cu
Phonneur d'écrire à Madame ,
& à Mademoiselle , ne trouvez
-пос
pas mauvais que je prenne
Aoust 1715. A ij
MERCURE
aujourd huy la liberté de vous
adreſſer la parole. Mais fouffrez
, s'il vous plaît , que je
vous diſe , avant que d'entrer
en matiere , que vous n'aurez
que pour la forme, la part que
vous paroîtrez avoir à mon
Epître , ſi vous êtes ſerieux
critique , melancolique , ou de
ees Scavants impraticables auf.
fi ennemis du ſens commun
qu'ils font remplis de noire&
de maligne humeur. Je vous
avouë que je ne veux nulcommerce
avec cette engeance,&
que je prefere à toutes les efpeces
d'hommes que je con-
I
も
200
,
GALANT. 5
nois , celle des bonnes gens à
qui il a été donné de choiſir
par prédilection le favorable
Bureau que j'ay établi chez le
Capitaine Rhumbe Sofiet à la
petite Magdelaine , ruë de
Buſſy. La preference qu'ils accordent
de gayeré de coeur à
ce bienheureux Cabaret , eſt
une preuve indubitable qu'ils
ont de l'efprit , du bon goûr ,
de l'experience &des voyages.
Vous medirez peut être qu'il
eſt preſque inoüi de voir en
France un Auteur propoſer de
pareils rendez vous à les Lec-.
teurs ,& que cette licence dé-
Aiij
6 MERCURE
note ungrand vice de temperament.
Je vous réponds à
cela , premierement , que je ne
ſuis point Auteur , & que
quand j'écrirois cent fois plus
que je ne fais ( Dieu m'en preſerve
) j'en abdiquerois toûjours
en public & en particulier
, le caractere &les titres .
Secondement , je ſoutiens
que ces rendez vous fournifſent
des expedients , des raifonnemens
& de la vigueur à
l'eſprit. Tous les Cercles d'Allemagne
, la Hongrie , la Pologne
, la Suede , le Dannemark
, l'Angleterre , la Hol-
-
GALANT. 7
१
lande & la Suiſſe , me font témoins
de la verité de ce que
j'avance , & vous ſeriez fort
mal receu , ſi vous vouliez avec
toute voſtre prudence , propoſer
à ces Nations éclairées
des affaires ailleurs qu'au Cabarer.
Troifiémement , fans eftre
tout à faitElpagnol ſur leChapitre
du vin , on peut être au
moins auſſi ſage qu'eux fur cer
article, & frequenter les honnêtes
endroits où le meilleur
ſe vend. LabonneCompagnie
s'y trouve , les bons eſprits s'y
aſſemblent , le noir chagrin
Aiiij
8 MERCURE
n'en approche jamais ,& c'eftlà
qu'à l'honneur du bonBacchus
, on fait ſouvent à l'exemple
du ſage Horace, de fi
jolies Chanſons à boire. Je
vous citerois dans nos plus fameux
Modernes cent honnêtes
gens de qui je tiens à cet
égard le goût que je vous propofe.
De plus , je vous dirayconfidemment
, Monfieur , que je
ne vous ay fait cette prolixe
Differtation , que pour répondre
, comme je le penfe , aux
ridicules objections de quelques
miferables pedants beu
GALANT. و
veurs d'eau , qui ne furent pas
édifiez , à ce qu'ils m'ont fait
l'honneur de m'écrire,decette
élection de domicile.
Ce préambule vous a-t-il
ſuffisammentdiſpoſé àme lire
avec les conditions requiſes. Si
cela eſt , lifez moy, finon laifſez
moy ? & ne faites pas comme
cet illuftre & moderne
Peintre , Archiprofelyte de
l'Antiquité,qui fut il y a quelques
jours à la Foire S.Laurent,
au Jeu de Dominique , où il
s'épanoüir de tout fon coeur
juſqu'à la Scene d'Homere ,
qui le deconcerta d'une ma
ro MERCURE
niere à faire étouffer de rire
tous ſes voiſins. Il n'eût pas
plûtôt entendu les plaiſantes
faillies d'Arlequin pour la dé-
1
fenſe de cette grande ombre ,
qu'il s'écria , comme fion l'eût
écorché tout vif. Quelle pitié!
! quelle miſere o temps !
moeurs ! Iln'y a aumondeque
Pierrot qui ſoit capable d'avoir
inventé un ſi horrible divertiſſement.
Celuy qui en eft
l'Auteur meriteroit de paffer le
reſte de ſes jours dans un cachot
! c'eſt (& la poſterité n'o .
fera jamais le croire ) c'eſtHo
mere qu'on jouë ! ce ſont les
GALANT. I
Cauſes de la Corruption du
Gouſt qu'on tourne en ridicule
! GrandDieu ! quelle dépravation
! quelle honte pour
noſtre fiecle !
Ce fameux Peintre qui avoit
déja entendu parler plus d'une
fois de l'extravagance de ce
Tableau,pouvoit ſe difpenfer
d'aller de guet à pens falir fon
imagination , & la defefperer
de l'impieté des Modernes ,&
ne pas donner aux gens dont
il étoit environné ,un ſpectacle
incomparablement plus ridicule
que celuy qu'il b'amoit,
De même vous pouvez
12 MERCURE
Monfieur , fr vous apprehendez
que mes boutades vous
revoltent , vous épargner la
peine de les lire. Je vous dis
par avance que je fuis plein de
caprices & de fantaisies , que
les choſes dont j'ay à traiter
de mon chef, étant d'une nature
qui ne m'engage à aucun
menagement ridicule , je les
debite àma mode , & que je
me donne toutes les libertez
dont je peux affafonner de
temps en tems la ſechereffede
ma matiere. Si cela vouscon
vient , ſuivez moy , & fouvenez
vous qu'on doit ainer ſes
GALANT. 13
1
amis avec leurs defauts.
EAUR DELA
LYON
BIBI
*7893 *
VILLE
C'eſt maintenant voſtre
tour à gliffer . Aprés avoir cu
Phonneur d'écrire à Madame ,
& à Mademoiselle , ne trouvez
-пос
pas mauvais que je prenne
Aoust 1715. A ij
MERCURE
aujourd huy la liberté de vous
adreſſer la parole. Mais fouffrez
, s'il vous plaît , que je
vous diſe , avant que d'entrer
en matiere , que vous n'aurez
que pour la forme, la part que
vous paroîtrez avoir à mon
Epître , ſi vous êtes ſerieux
critique , melancolique , ou de
ees Scavants impraticables auf.
fi ennemis du ſens commun
qu'ils font remplis de noire&
de maligne humeur. Je vous
avouë que je ne veux nulcommerce
avec cette engeance,&
que je prefere à toutes les efpeces
d'hommes que je con-
I
も
200
,
GALANT. 5
nois , celle des bonnes gens à
qui il a été donné de choiſir
par prédilection le favorable
Bureau que j'ay établi chez le
Capitaine Rhumbe Sofiet à la
petite Magdelaine , ruë de
Buſſy. La preference qu'ils accordent
de gayeré de coeur à
ce bienheureux Cabaret , eſt
une preuve indubitable qu'ils
ont de l'efprit , du bon goûr ,
de l'experience &des voyages.
Vous medirez peut être qu'il
eſt preſque inoüi de voir en
France un Auteur propoſer de
pareils rendez vous à les Lec-.
teurs ,& que cette licence dé-
Aiij
6 MERCURE
note ungrand vice de temperament.
Je vous réponds à
cela , premierement , que je ne
ſuis point Auteur , & que
quand j'écrirois cent fois plus
que je ne fais ( Dieu m'en preſerve
) j'en abdiquerois toûjours
en public & en particulier
, le caractere &les titres .
Secondement , je ſoutiens
que ces rendez vous fournifſent
des expedients , des raifonnemens
& de la vigueur à
l'eſprit. Tous les Cercles d'Allemagne
, la Hongrie , la Pologne
, la Suede , le Dannemark
, l'Angleterre , la Hol-
-
GALANT. 7
१
lande & la Suiſſe , me font témoins
de la verité de ce que
j'avance , & vous ſeriez fort
mal receu , ſi vous vouliez avec
toute voſtre prudence , propoſer
à ces Nations éclairées
des affaires ailleurs qu'au Cabarer.
Troifiémement , fans eftre
tout à faitElpagnol ſur leChapitre
du vin , on peut être au
moins auſſi ſage qu'eux fur cer
article, & frequenter les honnêtes
endroits où le meilleur
ſe vend. LabonneCompagnie
s'y trouve , les bons eſprits s'y
aſſemblent , le noir chagrin
Aiiij
8 MERCURE
n'en approche jamais ,& c'eftlà
qu'à l'honneur du bonBacchus
, on fait ſouvent à l'exemple
du ſage Horace, de fi
jolies Chanſons à boire. Je
vous citerois dans nos plus fameux
Modernes cent honnêtes
gens de qui je tiens à cet
égard le goût que je vous propofe.
De plus , je vous dirayconfidemment
, Monfieur , que je
ne vous ay fait cette prolixe
Differtation , que pour répondre
, comme je le penfe , aux
ridicules objections de quelques
miferables pedants beu
GALANT. و
veurs d'eau , qui ne furent pas
édifiez , à ce qu'ils m'ont fait
l'honneur de m'écrire,decette
élection de domicile.
Ce préambule vous a-t-il
ſuffisammentdiſpoſé àme lire
avec les conditions requiſes. Si
cela eſt , lifez moy, finon laifſez
moy ? & ne faites pas comme
cet illuftre & moderne
Peintre , Archiprofelyte de
l'Antiquité,qui fut il y a quelques
jours à la Foire S.Laurent,
au Jeu de Dominique , où il
s'épanoüir de tout fon coeur
juſqu'à la Scene d'Homere ,
qui le deconcerta d'une ma
ro MERCURE
niere à faire étouffer de rire
tous ſes voiſins. Il n'eût pas
plûtôt entendu les plaiſantes
faillies d'Arlequin pour la dé-
1
fenſe de cette grande ombre ,
qu'il s'écria , comme fion l'eût
écorché tout vif. Quelle pitié!
! quelle miſere o temps !
moeurs ! Iln'y a aumondeque
Pierrot qui ſoit capable d'avoir
inventé un ſi horrible divertiſſement.
Celuy qui en eft
l'Auteur meriteroit de paffer le
reſte de ſes jours dans un cachot
! c'eſt (& la poſterité n'o .
fera jamais le croire ) c'eſtHo
mere qu'on jouë ! ce ſont les
GALANT. I
Cauſes de la Corruption du
Gouſt qu'on tourne en ridicule
! GrandDieu ! quelle dépravation
! quelle honte pour
noſtre fiecle !
Ce fameux Peintre qui avoit
déja entendu parler plus d'une
fois de l'extravagance de ce
Tableau,pouvoit ſe difpenfer
d'aller de guet à pens falir fon
imagination , & la defefperer
de l'impieté des Modernes ,&
ne pas donner aux gens dont
il étoit environné ,un ſpectacle
incomparablement plus ridicule
que celuy qu'il b'amoit,
De même vous pouvez
12 MERCURE
Monfieur , fr vous apprehendez
que mes boutades vous
revoltent , vous épargner la
peine de les lire. Je vous dis
par avance que je fuis plein de
caprices & de fantaisies , que
les choſes dont j'ay à traiter
de mon chef, étant d'une nature
qui ne m'engage à aucun
menagement ridicule , je les
debite àma mode , & que je
me donne toutes les libertez
dont je peux affafonner de
temps en tems la ſechereffede
ma matiere. Si cela vouscon
vient , ſuivez moy , & fouvenez
vous qu'on doit ainer ſes
GALANT. 13
1
amis avec leurs defauts.
Fermer
210
p. 61-62
« J'ay plus de matiere qu'il n'en faut pour vous entretenir [...] »
Début :
J'ay plus de matiere qu'il n'en faut pour vous entretenir [...]
Mots clefs :
Nouvelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay plus de matiere qu'il n'en faut pour vous entretenir [...] »
J'ay plus de matiere qu'il
n'en faut pour vous entretenir
amplement du reſte des Nouvelles
du monde , mais nous
en reprendrons la ſuite en
temps& lieu. Je les continuërois
même à preſent ſi je
croyois que cette lecture vous
fic plus de plaiſir que la petite
diverſion que je vais vous faire
faire Vous enſerez quitteMonſieur
, pour quelques momens
d'attention que j'exige de vous
62 MERCURE
pour un galant homme qui a
cû la bonté de m'envoyer
l'Histoire que vous allez lire.
Voicy ſes propres termes.
n'en faut pour vous entretenir
amplement du reſte des Nouvelles
du monde , mais nous
en reprendrons la ſuite en
temps& lieu. Je les continuërois
même à preſent ſi je
croyois que cette lecture vous
fic plus de plaiſir que la petite
diverſion que je vais vous faire
faire Vous enſerez quitteMonſieur
, pour quelques momens
d'attention que j'exige de vous
62 MERCURE
pour un galant homme qui a
cû la bonté de m'envoyer
l'Histoire que vous allez lire.
Voicy ſes propres termes.
Fermer
211
p. 74-79
Discours où l'Auteur dit de belles choses. [titre d'après la table]
Début :
Mais ayez la bonté de me dire, s'il vous plaist, Monsieur, [...]
Mots clefs :
Mercure, Anciens et Modernes, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours où l'Auteur dit de belles choses. [titre d'après la table]
Mais ayez la bonté de me
dire, s'il vous plaiſt , Monfieur,
pourquoy vous ne me faites
jamais part ny vous ny perfonne
d'aucune de ces avantures
galantes dont le monde eſt
rempli ; Et que vous conteriez
vous & les autres , cent fois
plus agréablement que moy.
GALANT. 75
د
Penſez vous que l'infinie diverſité
de tous les événemens
imaginables ſe preſente aifément
chaque mois à la tête
d'un ſeul homme. Il y a prés
d'un an & demi qu'on me
laiffe conter tout ſeul , eſt il
juſte que je fois pour ainfidire
de la forte , & malgré
moy , l'ame de mon petit
volume; fi cela eſt à la bonne
heure , je ne reculeray jamais,
au contraire je babilleray jufqu'à
extinction de voix , mais
entre nous cela nedoit pas être,
& je foutiens que le Mercure
Galant doit eſtre incompara-
:
さ。
Gij
76 MERCURE
blement plus rempli de vos
ouvrages que des miens. Animez
vous donc , s'il vous plaît ,
d'une ardeur nouvelle , & tra
vaillez quelquefois pour moy
puiſque je travaille tous les
jours pour vous. Je ne vous
marquerois pas comme je fais
la diſette où je ſuis de ces aimables
hiſtoriettes qui font le
plaifir &l'amusement des Dames
, fi l'hiſtoire des galanteries
del'Ambaſladeur dePerſe
& de celles de ſes principaux
Officiers que je vais vous donner
inceſſamment , comme je
vous l'ay déja promis , n'avoir,
GALANT . 77
pas derobé au Mercure de ce
mois , la plus grande & la
meilleure partie desévenemens
galants dont il vous regaleroit,
s'il n'y alloit pas de ſon insereſt
de vous renvoyer à cette
hiſtoirequifera le ſecond tome
duJournal de cetAmbaſſadeur.
Vous trouverez au plus tard
enmême tems que le Mercure
de Septembre , ce ſecond
Jume chez les ſieurs Jollet &
Lamele mes Imprimeurs , au
LivreRoyal , au bout du Pont
faint Micheldu côté du Marché
neuf. Le premier vous attend
chez eux , vous pouvez le
VOGiij
78 MERCURE
lire à bon compte , je vous
invite même à l'acheter ; ce
ſera autant de gagné pour
vous & pour moy Je vais en
attendant faire le bel eſprit aux
dépens de qui il appartiendra,
& le tout par honneur. En voicy
la raiſon ,on m'avoit promis
le mois paffé de me donner
un extrait d'un livre nouveau
ſur la querelle des Anciens
& des Modernes dont le
procés vient d'être jugé par
le grand Dominique deffenſeur
d'Homere ſur le Theatre
de la Foire faint Laurent , on
m'avoit, dis -je , promis un exGALANT.
79
1
trait de ce livre ; mais on ne
me l'a pas envoyé , & delà je
conclus que je ſuis obligé de
le faire. D'ailleurs Dominique
ce celebre oracleArlequinique
ne m'aura pas en vain ouvert
un champ que je n'oferois
courir. Vous l'avez ſans doute
entendu,Monfieur,prononcer
melodieuſement ces magnifiques
vers.
Oüy tu me fais un defi
C'a tentons- en l'avanture ,
Et bien dans un mois d'icy
turelure
Je t'attends dans le Mercure
Robin turelure.
dire, s'il vous plaiſt , Monfieur,
pourquoy vous ne me faites
jamais part ny vous ny perfonne
d'aucune de ces avantures
galantes dont le monde eſt
rempli ; Et que vous conteriez
vous & les autres , cent fois
plus agréablement que moy.
GALANT. 75
د
Penſez vous que l'infinie diverſité
de tous les événemens
imaginables ſe preſente aifément
chaque mois à la tête
d'un ſeul homme. Il y a prés
d'un an & demi qu'on me
laiffe conter tout ſeul , eſt il
juſte que je fois pour ainfidire
de la forte , & malgré
moy , l'ame de mon petit
volume; fi cela eſt à la bonne
heure , je ne reculeray jamais,
au contraire je babilleray jufqu'à
extinction de voix , mais
entre nous cela nedoit pas être,
& je foutiens que le Mercure
Galant doit eſtre incompara-
:
さ。
Gij
76 MERCURE
blement plus rempli de vos
ouvrages que des miens. Animez
vous donc , s'il vous plaît ,
d'une ardeur nouvelle , & tra
vaillez quelquefois pour moy
puiſque je travaille tous les
jours pour vous. Je ne vous
marquerois pas comme je fais
la diſette où je ſuis de ces aimables
hiſtoriettes qui font le
plaifir &l'amusement des Dames
, fi l'hiſtoire des galanteries
del'Ambaſladeur dePerſe
& de celles de ſes principaux
Officiers que je vais vous donner
inceſſamment , comme je
vous l'ay déja promis , n'avoir,
GALANT . 77
pas derobé au Mercure de ce
mois , la plus grande & la
meilleure partie desévenemens
galants dont il vous regaleroit,
s'il n'y alloit pas de ſon insereſt
de vous renvoyer à cette
hiſtoirequifera le ſecond tome
duJournal de cetAmbaſſadeur.
Vous trouverez au plus tard
enmême tems que le Mercure
de Septembre , ce ſecond
Jume chez les ſieurs Jollet &
Lamele mes Imprimeurs , au
LivreRoyal , au bout du Pont
faint Micheldu côté du Marché
neuf. Le premier vous attend
chez eux , vous pouvez le
VOGiij
78 MERCURE
lire à bon compte , je vous
invite même à l'acheter ; ce
ſera autant de gagné pour
vous & pour moy Je vais en
attendant faire le bel eſprit aux
dépens de qui il appartiendra,
& le tout par honneur. En voicy
la raiſon ,on m'avoit promis
le mois paffé de me donner
un extrait d'un livre nouveau
ſur la querelle des Anciens
& des Modernes dont le
procés vient d'être jugé par
le grand Dominique deffenſeur
d'Homere ſur le Theatre
de la Foire faint Laurent , on
m'avoit, dis -je , promis un exGALANT.
79
1
trait de ce livre ; mais on ne
me l'a pas envoyé , & delà je
conclus que je ſuis obligé de
le faire. D'ailleurs Dominique
ce celebre oracleArlequinique
ne m'aura pas en vain ouvert
un champ que je n'oferois
courir. Vous l'avez ſans doute
entendu,Monfieur,prononcer
melodieuſement ces magnifiques
vers.
Oüy tu me fais un defi
C'a tentons- en l'avanture ,
Et bien dans un mois d'icy
turelure
Je t'attends dans le Mercure
Robin turelure.
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212
p. 143-144
« Cette matiere est si amusante, Monsieur, & en même tems [...] »
Début :
Cette matiere est si amusante, Monsieur, & en même tems [...]
Mots clefs :
Mercure, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette matiere est si amusante, Monsieur, & en même tems [...] »
Cette matiere eft fi amufante
, Monfieur ,& en même
tems fi intereſſante
, que je
vous prie de me permettre de
vous faire part d'un nouveau
genre de divertiſſement dont
elle a regalé le Public. Si tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
qui vont aux ſpectacles en
France n'avoit pas veu la def.
144. MERCURE
fenſe d'Homeredans les mains
d'Arlequin à la Foire S. Laurent
, je n'aurois pas l'indifcretion
de vous donner , comme
je vais le faire ,une Scenedont
les deux partis pourront rire
ou ſe fâcher au gré de la paffion
qu'ils ont à deffendre ou
àcombattre cette grande cauſe.
Quoyqu'il en puiſſe eſtre ,
je ſuis Mercure , & je vais à
bon compte faire mon employ.
, Monfieur ,& en même
tems fi intereſſante
, que je
vous prie de me permettre de
vous faire part d'un nouveau
genre de divertiſſement dont
elle a regalé le Public. Si tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
qui vont aux ſpectacles en
France n'avoit pas veu la def.
144. MERCURE
fenſe d'Homeredans les mains
d'Arlequin à la Foire S. Laurent
, je n'aurois pas l'indifcretion
de vous donner , comme
je vais le faire ,une Scenedont
les deux partis pourront rire
ou ſe fâcher au gré de la paffion
qu'ils ont à deffendre ou
àcombattre cette grande cauſe.
Quoyqu'il en puiſſe eſtre ,
je ſuis Mercure , & je vais à
bon compte faire mon employ.
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213
p. 166-167
« Je ne sçay, Monsieur, aprés les bouffonneries que vous venez [...] »
Début :
Je ne sçay, Monsieur, aprés les bouffonneries que vous venez [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne sçay, Monsieur, aprés les bouffonneries que vous venez [...] »
Je ne ſçay, Monfieur , aprés
les bouffonneries que vous
venez de lire , comment vous
annoncer l'ouvrage que je vais
vous preſenter . Jaycû juſqu'à
preſent ſi peu d'occaſion de
faire entrer de pareils raifonnemens
dans mon Livre
que la grandeur de mon entrepriſe
m'étonne. D'ailleurs
je tremble qu'on ne me reproche
de faire un mélange criminel
du profane& du ſacré,
quoyque de ma vie je n'en
aye eû l'intention. Il ne m'eſt
1
CALANT. 167
cependant pas poffible de vous
parler de choſes faintes , qu'avant
, ou qu'aprés vous avoir
entretenu de choſes qui ne le
font pas. J'ay ce mois cy une
trop belle occaſion de le faire
pour y manquer. Ainſi je vous
prie de détacher cet article du
Mercure & de le lire comme
s'il n'y étoit environné de
rien.
les bouffonneries que vous
venez de lire , comment vous
annoncer l'ouvrage que je vais
vous preſenter . Jaycû juſqu'à
preſent ſi peu d'occaſion de
faire entrer de pareils raifonnemens
dans mon Livre
que la grandeur de mon entrepriſe
m'étonne. D'ailleurs
je tremble qu'on ne me reproche
de faire un mélange criminel
du profane& du ſacré,
quoyque de ma vie je n'en
aye eû l'intention. Il ne m'eſt
1
CALANT. 167
cependant pas poffible de vous
parler de choſes faintes , qu'avant
, ou qu'aprés vous avoir
entretenu de choſes qui ne le
font pas. J'ay ce mois cy une
trop belle occaſion de le faire
pour y manquer. Ainſi je vous
prie de détacher cet article du
Mercure & de le lire comme
s'il n'y étoit environné de
rien.
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214
p. 192-193
Autre trait d'érudition de l'Auteur à l'occasion d'un Bouquet envoyé à une belle Dame avec son Portrait. [titre d'après la table]
Début :
Il me prend subitement une saillie d'érudition que je vous [...]
Mots clefs :
Érudition, Bouquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre trait d'érudition de l'Auteur à l'occasion d'un Bouquet envoyé à une belle Dame avec son Portrait. [titre d'après la table]
Ilme prend ſubitementune
faillic d'érudition que je vous
pric
L
CALANT9
prie de ne pas refuſer. Cen'eſt
pas fur le Bouquet que je vous
preſente à lire , que je veux
raiſonner , mais fur le Portrait
dont il eſt ſuivi.
faillic d'érudition que je vous
pric
L
CALANT9
prie de ne pas refuſer. Cen'eſt
pas fur le Bouquet que je vous
preſente à lire , que je veux
raiſonner , mais fur le Portrait
dont il eſt ſuivi.
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215
p. 194-201
« La querelle des Anciens & des Modernes fait un vacarme [...] »
Début :
La querelle des Anciens & des Modernes fait un vacarme [...]
Mots clefs :
Anciens et Modernes, Querelle des Anciens et Modernes, Plutarque, Anciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La querelle des Anciens & des Modernes fait un vacarme [...] »
La querelle des Anciens &
des Modernes fait un vacarme
enragé dans la Republique des
Lettres. Je ne ſçay pas encore
bien pourquoy , quoique tous
les incidents de ces procés
m'ayent paffé par les mains ;
cesipro
τιλιού
GALANT. 195
mais je vous réponds , Monſieur,
que l'Auteur du Portrait
que vous venez de lire, eſt un
francModerne , homme d'ef.
prit ,plein debon ſens,& qu'il
a toutes les qualitez requiſes
pour la ſocieté,cependanton
peut luy reprocher qu'il doit
aux Anciens qu'il n'a jamais
lûs (& j'en jure ) la penſée qui
fait l'ornement de ſon Portrait
; en effet cette penſée en
vers de Moiſant de Brieux , eft
tres-belle , & digne des Anciens
.
Luſuſque falesque
Sed lectos pelago, quoVenu
fales. Rij
:
196 MERCURE
Cette penſée qui eft affeurement
tres- belle, eſt auſſi tresancienne
; puiſqu'elle eſt de
ſeize cent & tant d'années ,
érant de Plutarque qui pourroit
bien l'avoir tirée de plus
loin. C'eſt dans ſa comparaifond'Aristophane
& de Menandre
en ces termes ..... Je
laiſſe le Grec , quoique j'en
ſçache affez pour le lire , &
quelquefois pour l'entendre...
Les Comedies de Menandre, ditil
, tiennent d'un fel naturel&
divin , comme venu de cette Mer
qunaquirVenus. Le premier que
je'ayeche qui depuis Plutarque
GALANT. 197
l'ait employée ſans luy en fairehonneur
, c'eſt Politien, Lettre
6. du 1. 3. écrite ſuivant
toutes les apparences au mois
de Juillet 1485.Acer illifermo,
&gravis , dit il , en parlantde
Laurent de Medicis , & cum
res poftulat , falibusfcatens ,fed
ex illo mari collectis exquo Venus
eft orta. Daniel Heinfius , qui
comme Politien, ne manquoic
pas de l'avoir lûë dans Plutarque,
a dit dans ſa Differtation
touchant Plaute & Terence.
Qui quidem joci in hoc Afro (nifi
Lælio eapotiùs , ac Scipioni tribuendos
putes ) &Menandro ,ſi
Riij
198 MERCURE
judicium Horatii , & Antiquorum
ſequimur , ex codemſale , è
quo nata Venus eft , depromti videntur.
Jacques Moiſant , ſieur
de Brieux , ( c'eſt ainſi qu'il ſe
nommoit ) eſt venu enfuite ,
&enfinM. Menage en cet endroitde
ſonEpigrammeGrecque
à M. Colbert , touchant
le pere de l'illuſtre Madame
Dacier... Autre citationGrec.
que queje fupprime , & qu'on
pourroit ainſi traduire :
Omnia quæ fcribit fale tingere
doctus : at illo
Ex undis lecto, queis Venus orta,
fale.
THEQUE LE
GALANT9
Victorius dédiant
*
dinalCharles Borroméc leTerence
de Faernus , avoit dit en
1565 citant Plutarque tout
au long : Affirmat Plutarchus
Aristophanis fales, cùm amari &
asperi fint , vim quendam exulcerandi
, mordendique habere:contra
autem Menandri fales , ita
lepidos ac venustos effe , ut exillo
ipfo Mari , unde Venus orta eft ,
nati eße videantur. Quelque belle
&fine au reſteque ſoit cette
penfee,ufée aujourd'huy comme
elle eft , on n'oferoit plus
la répéter. Jay pillé ces ſçavantes
remarques quelque part
Riiij
200 MERCURE
fans doute , mais vous ne m'êtes
pas moins obligé de la peit
ne que j'ay priſe de les piller
pour vous en faire part ; au
reſte j'ay cu mes raiſons pour
le faire , & celle- cy me difpenſe
des autres. J'ay voulu
vous prouver que les Modernes
ſe rencontroient ſouvent ,
&fans peine avec les Anciens ,
ſans lesavoir lûs : Il eſtcependantbonà
tout le monde , &
neceſſaire à quelques- uns deles
lire. Changeons maintenant ,
s'il vous plaît , de matiere &
d'objets. Il y a fix mois que le
procés d'Homere nous occu-
Л
A
GALANT 201
pe , je n'en ay pas été faché ,
mais je vous proteſte queje ne
vous en parleray plus , fitoft
que j'auray fait paffer le nouveau
Bouclier d'Achille en re
veuë. En attendant' , fuivez-l
moy , fi le coeur vous en dir.
Je croy Monfieur , qu'il n'y
aura rien de plustouchant pour
vous dans toutce volume que
jevous adreſſe , que la funeſte
nouvelle que je vas vous con-
Il
des Modernes fait un vacarme
enragé dans la Republique des
Lettres. Je ne ſçay pas encore
bien pourquoy , quoique tous
les incidents de ces procés
m'ayent paffé par les mains ;
cesipro
τιλιού
GALANT. 195
mais je vous réponds , Monſieur,
que l'Auteur du Portrait
que vous venez de lire, eſt un
francModerne , homme d'ef.
prit ,plein debon ſens,& qu'il
a toutes les qualitez requiſes
pour la ſocieté,cependanton
peut luy reprocher qu'il doit
aux Anciens qu'il n'a jamais
lûs (& j'en jure ) la penſée qui
fait l'ornement de ſon Portrait
; en effet cette penſée en
vers de Moiſant de Brieux , eft
tres-belle , & digne des Anciens
.
Luſuſque falesque
Sed lectos pelago, quoVenu
fales. Rij
:
196 MERCURE
Cette penſée qui eft affeurement
tres- belle, eſt auſſi tresancienne
; puiſqu'elle eſt de
ſeize cent & tant d'années ,
érant de Plutarque qui pourroit
bien l'avoir tirée de plus
loin. C'eſt dans ſa comparaifond'Aristophane
& de Menandre
en ces termes ..... Je
laiſſe le Grec , quoique j'en
ſçache affez pour le lire , &
quelquefois pour l'entendre...
Les Comedies de Menandre, ditil
, tiennent d'un fel naturel&
divin , comme venu de cette Mer
qunaquirVenus. Le premier que
je'ayeche qui depuis Plutarque
GALANT. 197
l'ait employée ſans luy en fairehonneur
, c'eſt Politien, Lettre
6. du 1. 3. écrite ſuivant
toutes les apparences au mois
de Juillet 1485.Acer illifermo,
&gravis , dit il , en parlantde
Laurent de Medicis , & cum
res poftulat , falibusfcatens ,fed
ex illo mari collectis exquo Venus
eft orta. Daniel Heinfius , qui
comme Politien, ne manquoic
pas de l'avoir lûë dans Plutarque,
a dit dans ſa Differtation
touchant Plaute & Terence.
Qui quidem joci in hoc Afro (nifi
Lælio eapotiùs , ac Scipioni tribuendos
putes ) &Menandro ,ſi
Riij
198 MERCURE
judicium Horatii , & Antiquorum
ſequimur , ex codemſale , è
quo nata Venus eft , depromti videntur.
Jacques Moiſant , ſieur
de Brieux , ( c'eſt ainſi qu'il ſe
nommoit ) eſt venu enfuite ,
&enfinM. Menage en cet endroitde
ſonEpigrammeGrecque
à M. Colbert , touchant
le pere de l'illuſtre Madame
Dacier... Autre citationGrec.
que queje fupprime , & qu'on
pourroit ainſi traduire :
Omnia quæ fcribit fale tingere
doctus : at illo
Ex undis lecto, queis Venus orta,
fale.
THEQUE LE
GALANT9
Victorius dédiant
*
dinalCharles Borroméc leTerence
de Faernus , avoit dit en
1565 citant Plutarque tout
au long : Affirmat Plutarchus
Aristophanis fales, cùm amari &
asperi fint , vim quendam exulcerandi
, mordendique habere:contra
autem Menandri fales , ita
lepidos ac venustos effe , ut exillo
ipfo Mari , unde Venus orta eft ,
nati eße videantur. Quelque belle
&fine au reſteque ſoit cette
penfee,ufée aujourd'huy comme
elle eft , on n'oferoit plus
la répéter. Jay pillé ces ſçavantes
remarques quelque part
Riiij
200 MERCURE
fans doute , mais vous ne m'êtes
pas moins obligé de la peit
ne que j'ay priſe de les piller
pour vous en faire part ; au
reſte j'ay cu mes raiſons pour
le faire , & celle- cy me difpenſe
des autres. J'ay voulu
vous prouver que les Modernes
ſe rencontroient ſouvent ,
&fans peine avec les Anciens ,
ſans lesavoir lûs : Il eſtcependantbonà
tout le monde , &
neceſſaire à quelques- uns deles
lire. Changeons maintenant ,
s'il vous plaît , de matiere &
d'objets. Il y a fix mois que le
procés d'Homere nous occu-
Л
A
GALANT 201
pe , je n'en ay pas été faché ,
mais je vous proteſte queje ne
vous en parleray plus , fitoft
que j'auray fait paffer le nouveau
Bouclier d'Achille en re
veuë. En attendant' , fuivez-l
moy , fi le coeur vous en dir.
Je croy Monfieur , qu'il n'y
aura rien de plustouchant pour
vous dans toutce volume que
jevous adreſſe , que la funeſte
nouvelle que je vas vous con-
Il
Fermer
216
p. 208
« Voila, Monsieur, ce que Mercure luy auroit dit, & ce qu' [...] »
Début :
Voila, Monsieur, ce que Mercure luy auroit dit, & ce qu' [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila, Monsieur, ce que Mercure luy auroit dit, & ce qu' [...] »
Voila ,Monfieur , ce queMercure
luy auroit dit , & ce qu'-
affeurément nous avons à luy
reprocher tousdeux de n'avoir
pas fait. Mais cette avanture
eſt trop triſte ,& je ſens que le
recit que je viens de vous en
faire m'affligeroit tout de
bon, fi je he vous en contois
vite une autre.
luy auroit dit , & ce qu'-
affeurément nous avons à luy
reprocher tousdeux de n'avoir
pas fait. Mais cette avanture
eſt trop triſte ,& je ſens que le
recit que je viens de vous en
faire m'affligeroit tout de
bon, fi je he vous en contois
vite une autre.
Fermer
217
p. 210
« Voici encore une avanture, Monsieur, pour ce mois-cy, vous [...] »
Début :
Voici encore une avanture, Monsieur, pour ce mois-cy, vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voici encore une avanture, Monsieur, pour ce mois-cy, vous [...] »
Voici encore
une avanture, Monfieur, pour
ce mois-cy , vous n'en aurez
pas d'avantage.
une avanture, Monfieur, pour
ce mois-cy , vous n'en aurez
pas d'avantage.
Fermer
218
p. 217
« Je pense, Monsieur, que voila assez badiné sur les intrigues [...] »
Début :
Je pense, Monsieur, que voila assez badiné sur les intrigues [...]
Mots clefs :
Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je pense, Monsieur, que voila assez badiné sur les intrigues [...] »
Je penſe , Monfieur , que
voila affez badiné ſur les intrigues
du temps , paſſons à prefent
, s'il vous plaiſt , à quelque
choſe de plus ferieux . Pluſieurs
Mariages de perſonnes
de diſtinction s'offrent à propos
à mes yeux , trouvez bon
que je les preſente aux voſtres.
voila affez badiné ſur les intrigues
du temps , paſſons à prefent
, s'il vous plaiſt , à quelque
choſe de plus ferieux . Pluſieurs
Mariages de perſonnes
de diſtinction s'offrent à propos
à mes yeux , trouvez bon
que je les preſente aux voſtres.
Fermer
219
p. 236-246
Ode de M. Roy qui a remporté le Prix de l'Académie. [titre d'après la table]
Début :
Si l'Imprimeur de l'Académie n'avoit pas un droit incontestable [...]
Mots clefs :
Roi, Extraits, Dieu, Ouvrages, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ode de M. Roy qui a remporté le Prix de l'Académie. [titre d'après la table]
Si l'Imprimeur de l'Académic
n'avoit pas un droit incon
teſtable ſur tous lesOuvrages
qui en fortent , je ne balancerois
pas à vous donner une
copie entiere des deux Picces
de M. Roy , & je ne vous prierois
pas , comme je le fais , de
n'en attendre de moy que des
extraits.
Je vous laiſſe , Monfieur ,
faire toutes les reflexions qui
GALANT 237
vous conviendront ſur le Difcours
qui a remporté le Prix
de l' Eloquence ; on croiroit
peut être , ſi je m'étendois fur
les figures magnifiques & fur
les reſpectables citations dont
eſt enrichi le Sujet propofé, où
il s'agiſloit de prouver les inconvenients
de la richeße , non-
Seulementfelon l'Evangile; mais
encore felon les Philosophes
Payens , &dont voici letexte :
Va vobis divitibus. Luc. VI. 24.
Que j'aurois envie de me feliciter
moy- même du bonheur
que j'ay de n'être pas riche ;
mais à Dieu ne plaiſe. Ainfi
238 MERCURE
trouvez bon que je vous ren
voye au Libraire qui debite ces
pieux Ouvrages , ſi vous avez
envie de les lire. Pour lOde
de la façon du même Auteur ,
qui a été couronnée comme ſa
Profe , je vous diray , qu'aprés
la premiere Strophe que j'en
retranche(malgré ſes beautez)
à la confideration de M Jean-
BaptisteCoignard, Imprimeur
de l'Académie Françoiſe , il
continue en ces termes :
Quelle implacable Furie
Maiſtriſoit tout l'Univers ?
Contre nous & l'Iberie
S'a moient cent peuples diu rs.
1
GALANT. 239
Jamais le Dieu de la guerre
N'avoit donnéſur laterre
Tant de ſpectac'es d'horreur :
Jadis par moins de carnage
Rome, lafiere Carshage
Signalerent leurfureur.
f
Que la Fortune conduise
Toussles pas de nos guerriers,
Leur triomphe nous espuiſe;
Nous payons cherles Lauriers.
Que vois-je ? des champs ſteriles,
L'effroy ,le deüil dans lesVilles,
Les travaux abandonnez :
Les Arts ,&les Loix periffent,
Themisfuit, les Dieux gemiß.nt
Sur leurs Autels profanez. **
* Sacrileges des Fanatiques.
1
1
240 MERCURE
C'est en vain que nôtre monde *
De l'autre attend les threſors ,
Un orage éternel gronde
Sur lamer, &dans les ports.
Quel Dieu contre nous conſpire ?
Que dis-je ?Thetis ſouſpire
Du débris de nos vaisseaux.
Mortels , vostre aveugle rage
Vous a derobé l'usage
Etde la terre &des caux.
ॐ
OPaix , l'Europe en allarmes
N'efpere plus ton retour ;
Elle a méprifé tes charmes ,
Tu te vangesà ton tour.
Mais parmi tous ces rebelles ,
1
*Commerce interrompu.
१०
: Si
GALANT. 241
Si des mains pures , fidelles
Refſtabliſfoient tes autels ! ..
Vien les habiter encore ,
Et pour LOUIS qui t'implore ,
Fai grace àtous les mortels.
Par quel noble Sacrifice
Payera- t'il tes bienfaits ?
- Veux tu voir desaJustice
Ses ennemissatisfaits ?
Crain- t'on cette Fortereffe *
Des ondes fiere Maistresse ,
Seure retraite deMars?
Que la France s'en départe ;
Illuy ſuffit , comme à Sparte ,
D'avoirſes Rois pour remparts.
* Dunquerque.
Aoust 1715. X
242 MERCURE
Aprés d affreuſes tempestes ,
L'air s'eſclaircitànosyeux.
Tout estchangé. Surnos teftes
Vois-je rouler d'autres Cieux ?
Endépofant le tonnerre ,
LOUIS raffermit la terre,
Qu'eſbranlerent tant de coups :
Etsoussa main vigilante ,
L'Olive , àmeurir moins lente
Vafructfier pour nous.
BientoftCerés raßeurée
Contre d'injustes efforts ,
Ainsiqu'au fiecle de Rhée ,
Multipliera fes threfors.
LesArts,lesTravauxfertiles
Desja raniment'es Valles
GALANT. 243
Trop heureuse activité!
Ta recompense est certaine :
Lebeſoinfera la peine
De laſeule oiſiveté.
Mercure paroist ,il donne
Leſignal à cent climats ;
LaFoyfacompagne ordonne
- Que Plutusſuiveſes pas.
Neptune n'a plus de chaiſnes ;
Auxplages les plus lointaines
Les chemins nousfont ouverts.
Paixfeconde ,&falutaire ,
Regne,puiffes-tu nefaire
Qu'un peuple de l'Univers !
Maisla plus noble richeffe
A
Xij
244 MERCURE
Abondera dans nos murs
Pournous s'enfle le Permeffe ,
Il roule des flots plus purs.
Que le monde entiery puiſe ;
Qu'icy l'estranger s'inſtruiſe
Par nos chef- d'oeuvres nouveaux.
Et vous Filles de Memoire ,
De LOUIS chantez lagloire ,
C'eſt l'ame de vos travaux.
ॐ
Priere pour le Roy.
O Ciel daigne nous entendre ,
De LOUISfois leſouſtien.
Puiffe ton amourluy rendre ,
GALANT. 245
Ceque nous devons aufien.
Quefous fes regards meuriſſe
CeRoy,que le Ciel propice
Referve pour nos neveux :
Digne Eleve d'un tel Maistre ,
Qu'ilfaffefon bonheur d'eſtre
Le Pere d'un peuple heureux .
Le ſujet de cet Ole étoit
Sur les avantages de la Paix
l'obligation que nous avons au
Roy de nous l'avoir procurée.
Vous me direz peut eſtre ,
Monfieur , que voila une nouvelle
maniere de faire des extraits
des Ouvrages d'eſprit : je
le ſçay bien; mais que voulez .
Xiij
246 MERCURE
vous queje vous réponde à cela
, finon que je n'ay ni l'audace
, ni le loiſir de m'y prendre
autrement & que Mer.
ſieurs les Auteurs ne ſe plaignent
que trop ſouvent de la
liberté que je me donne de faire
des extraits de leurs Ouvrages.
n'avoit pas un droit incon
teſtable ſur tous lesOuvrages
qui en fortent , je ne balancerois
pas à vous donner une
copie entiere des deux Picces
de M. Roy , & je ne vous prierois
pas , comme je le fais , de
n'en attendre de moy que des
extraits.
Je vous laiſſe , Monfieur ,
faire toutes les reflexions qui
GALANT 237
vous conviendront ſur le Difcours
qui a remporté le Prix
de l' Eloquence ; on croiroit
peut être , ſi je m'étendois fur
les figures magnifiques & fur
les reſpectables citations dont
eſt enrichi le Sujet propofé, où
il s'agiſloit de prouver les inconvenients
de la richeße , non-
Seulementfelon l'Evangile; mais
encore felon les Philosophes
Payens , &dont voici letexte :
Va vobis divitibus. Luc. VI. 24.
Que j'aurois envie de me feliciter
moy- même du bonheur
que j'ay de n'être pas riche ;
mais à Dieu ne plaiſe. Ainfi
238 MERCURE
trouvez bon que je vous ren
voye au Libraire qui debite ces
pieux Ouvrages , ſi vous avez
envie de les lire. Pour lOde
de la façon du même Auteur ,
qui a été couronnée comme ſa
Profe , je vous diray , qu'aprés
la premiere Strophe que j'en
retranche(malgré ſes beautez)
à la confideration de M Jean-
BaptisteCoignard, Imprimeur
de l'Académie Françoiſe , il
continue en ces termes :
Quelle implacable Furie
Maiſtriſoit tout l'Univers ?
Contre nous & l'Iberie
S'a moient cent peuples diu rs.
1
GALANT. 239
Jamais le Dieu de la guerre
N'avoit donnéſur laterre
Tant de ſpectac'es d'horreur :
Jadis par moins de carnage
Rome, lafiere Carshage
Signalerent leurfureur.
f
Que la Fortune conduise
Toussles pas de nos guerriers,
Leur triomphe nous espuiſe;
Nous payons cherles Lauriers.
Que vois-je ? des champs ſteriles,
L'effroy ,le deüil dans lesVilles,
Les travaux abandonnez :
Les Arts ,&les Loix periffent,
Themisfuit, les Dieux gemiß.nt
Sur leurs Autels profanez. **
* Sacrileges des Fanatiques.
1
1
240 MERCURE
C'est en vain que nôtre monde *
De l'autre attend les threſors ,
Un orage éternel gronde
Sur lamer, &dans les ports.
Quel Dieu contre nous conſpire ?
Que dis-je ?Thetis ſouſpire
Du débris de nos vaisseaux.
Mortels , vostre aveugle rage
Vous a derobé l'usage
Etde la terre &des caux.
ॐ
OPaix , l'Europe en allarmes
N'efpere plus ton retour ;
Elle a méprifé tes charmes ,
Tu te vangesà ton tour.
Mais parmi tous ces rebelles ,
1
*Commerce interrompu.
१०
: Si
GALANT. 241
Si des mains pures , fidelles
Refſtabliſfoient tes autels ! ..
Vien les habiter encore ,
Et pour LOUIS qui t'implore ,
Fai grace àtous les mortels.
Par quel noble Sacrifice
Payera- t'il tes bienfaits ?
- Veux tu voir desaJustice
Ses ennemissatisfaits ?
Crain- t'on cette Fortereffe *
Des ondes fiere Maistresse ,
Seure retraite deMars?
Que la France s'en départe ;
Illuy ſuffit , comme à Sparte ,
D'avoirſes Rois pour remparts.
* Dunquerque.
Aoust 1715. X
242 MERCURE
Aprés d affreuſes tempestes ,
L'air s'eſclaircitànosyeux.
Tout estchangé. Surnos teftes
Vois-je rouler d'autres Cieux ?
Endépofant le tonnerre ,
LOUIS raffermit la terre,
Qu'eſbranlerent tant de coups :
Etsoussa main vigilante ,
L'Olive , àmeurir moins lente
Vafructfier pour nous.
BientoftCerés raßeurée
Contre d'injustes efforts ,
Ainsiqu'au fiecle de Rhée ,
Multipliera fes threfors.
LesArts,lesTravauxfertiles
Desja raniment'es Valles
GALANT. 243
Trop heureuse activité!
Ta recompense est certaine :
Lebeſoinfera la peine
De laſeule oiſiveté.
Mercure paroist ,il donne
Leſignal à cent climats ;
LaFoyfacompagne ordonne
- Que Plutusſuiveſes pas.
Neptune n'a plus de chaiſnes ;
Auxplages les plus lointaines
Les chemins nousfont ouverts.
Paixfeconde ,&falutaire ,
Regne,puiffes-tu nefaire
Qu'un peuple de l'Univers !
Maisla plus noble richeffe
A
Xij
244 MERCURE
Abondera dans nos murs
Pournous s'enfle le Permeffe ,
Il roule des flots plus purs.
Que le monde entiery puiſe ;
Qu'icy l'estranger s'inſtruiſe
Par nos chef- d'oeuvres nouveaux.
Et vous Filles de Memoire ,
De LOUIS chantez lagloire ,
C'eſt l'ame de vos travaux.
ॐ
Priere pour le Roy.
O Ciel daigne nous entendre ,
De LOUISfois leſouſtien.
Puiffe ton amourluy rendre ,
GALANT. 245
Ceque nous devons aufien.
Quefous fes regards meuriſſe
CeRoy,que le Ciel propice
Referve pour nos neveux :
Digne Eleve d'un tel Maistre ,
Qu'ilfaffefon bonheur d'eſtre
Le Pere d'un peuple heureux .
Le ſujet de cet Ole étoit
Sur les avantages de la Paix
l'obligation que nous avons au
Roy de nous l'avoir procurée.
Vous me direz peut eſtre ,
Monfieur , que voila une nouvelle
maniere de faire des extraits
des Ouvrages d'eſprit : je
le ſçay bien; mais que voulez .
Xiij
246 MERCURE
vous queje vous réponde à cela
, finon que je n'ay ni l'audace
, ni le loiſir de m'y prendre
autrement & que Mer.
ſieurs les Auteurs ne ſe plaignent
que trop ſouvent de la
liberté que je me donne de faire
des extraits de leurs Ouvrages.
Fermer
220
p. 246
« Reprenons pour quelques moments, s'il vous plaît, Monsieur, les [...] »
Début :
Reprenons pour quelques moments, s'il vous plaît, Monsieur, les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Reprenons pour quelques moments, s'il vous plaît, Monsieur, les [...] »
Reprenons pour quelques
moments, s'il vous plaît,Monfieur
, les affaires du monde.
moments, s'il vous plaît,Monfieur
, les affaires du monde.
Fermer
221
p. 257-258
« Examinez, s'il vous plaît, ces questions, M. aussi bien que [...] »
Début :
Examinez, s'il vous plaît, ces questions, M. aussi bien que [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Examinez, s'il vous plaît, ces questions, M. aussi bien que [...] »
Examinez, s'il vous plaît,ces
queſtions ,M. auſſi bien que
tous ceux qui les liront,& fai
tes-moi part de vos reflexions .
En attendant pafſons au Cha.
pitre desEnigmes , & trouvez-
Aoust 1715 . Y
258 MERCURE
bon que je prie ceux qui me
font le plaifir de m'en envoyer
, de m'en dire le mot ,
fans quoi elles ne verront pas
lejour.
queſtions ,M. auſſi bien que
tous ceux qui les liront,& fai
tes-moi part de vos reflexions .
En attendant pafſons au Cha.
pitre desEnigmes , & trouvez-
Aoust 1715 . Y
258 MERCURE
bon que je prie ceux qui me
font le plaifir de m'en envoyer
, de m'en dire le mot ,
fans quoi elles ne verront pas
lejour.
Fermer
222
p. 264
« Devinez ces Enigmes, Monsieur, si le coeur vous en dit, & [...] »
Début :
Devinez ces Enigmes, Monsieur, si le coeur vous en dit, & [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Devinez ces Enigmes, Monsieur, si le coeur vous en dit, & [...] »
Devinez ces Enigmes , Monfiur,
file coeur vous en dit , &
hâtez vous aprés cela d'expedier
le reſte des matieres de ce
Volume.
file coeur vous en dit , &
hâtez vous aprés cela d'expedier
le reſte des matieres de ce
Volume.
Fermer
223
p. 286
« Monsieur, pendant que vous vous amusez à lire des Sonnets [...] »
Début :
Monsieur, pendant que vous vous amusez à lire des Sonnets [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monsieur, pendant que vous vous amusez à lire des Sonnets [...] »
Monfieur , pendant que
vous vous amuſez à lire des
Sonnets, d'autres pourrontaimer
mieux chanter ma Chanfon.
Il faut contenter tout le
monde.
vous vous amuſez à lire des
Sonnets, d'autres pourrontaimer
mieux chanter ma Chanfon.
Il faut contenter tout le
monde.
Fermer
224
p. 308
« La transition m'est introuvable icy, parce qu'il m'est [...] »
Début :
La transition m'est introuvable icy, parce qu'il m'est [...]
Mots clefs :
Transition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La transition m'est introuvable icy, parce qu'il m'est [...] »
La tranſition m'eſt introuvable
icy , parce qu'il m'eſt
impoffible de lier à des Vers
badins l'article ſerieux que
vous allez lire.
icy , parce qu'il m'eſt
impoffible de lier à des Vers
badins l'article ſerieux que
vous allez lire.
Fermer
225
p. 328-330
APOSTILLE.
Début :
Je vous prie, Monsieur, de me pardonner le derangement que [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XIV, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE.
APOSTILLE.
-11. Je vous prie , Monfieur ,
de me pardonner le derangement
que vous aurez pû remarquer
dans ce Volume , la
crainte d'un funeſte évene
ment , & la nature de ſes circonſtances
m'en ont fait plufieurs
fois changer l'ordre . Je
touche à la plus grande & à la
plus triſte nouvelle dont tous
les Hiſtoriens du monde puiffent
jamais inſtruire la Pofterité
. Il s'agit de vous annoncer
la mort du Roy Loüis
ΧΙV.
GALANT. 329
XIV. le plus Grand & le
plus reſpectable Monarque de
l'Univers , arrivée à Verſailles
un Dimanche premier jour du
preſent mois de Septembre , à
huit heures & un quart du
matin. Savic , l'éclat & la
durée de ſon regne , fa maladie
& fa mort, n'offrent à la
memoire que les plus grands
traits de l'Heroiſme le plus
parfair.
Les bruits effrayants qui
ont couru ſur la maladie du
Roy pendant les huit derniers
jours du mois dont le Mercure
cſt daté , en ont retardé l'im-
Août 1715.
Ec
:
330 MERCURE
preſſion,&m'ont jetté dans la
neceſſité d'attendre juſqu'aux
premiers jours de ce mois ,
pour vous annoncer ſa mort ,
dont je vais inceſſamment reprendre
les circonstances , &
&me diſpoſer à vous conter
les ſuites qu'elle aura. Je ſuis
avec reſpect , Monfieur ,
voſtre , &c .
-11. Je vous prie , Monfieur ,
de me pardonner le derangement
que vous aurez pû remarquer
dans ce Volume , la
crainte d'un funeſte évene
ment , & la nature de ſes circonſtances
m'en ont fait plufieurs
fois changer l'ordre . Je
touche à la plus grande & à la
plus triſte nouvelle dont tous
les Hiſtoriens du monde puiffent
jamais inſtruire la Pofterité
. Il s'agit de vous annoncer
la mort du Roy Loüis
ΧΙV.
GALANT. 329
XIV. le plus Grand & le
plus reſpectable Monarque de
l'Univers , arrivée à Verſailles
un Dimanche premier jour du
preſent mois de Septembre , à
huit heures & un quart du
matin. Savic , l'éclat & la
durée de ſon regne , fa maladie
& fa mort, n'offrent à la
memoire que les plus grands
traits de l'Heroiſme le plus
parfair.
Les bruits effrayants qui
ont couru ſur la maladie du
Roy pendant les huit derniers
jours du mois dont le Mercure
cſt daté , en ont retardé l'im-
Août 1715.
Ec
:
330 MERCURE
preſſion,&m'ont jetté dans la
neceſſité d'attendre juſqu'aux
premiers jours de ce mois ,
pour vous annoncer ſa mort ,
dont je vais inceſſamment reprendre
les circonstances , &
&me diſpoſer à vous conter
les ſuites qu'elle aura. Je ſuis
avec reſpect , Monfieur ,
voſtre , &c .
Fermer
226
p. 3-5
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
SUR l'apparence qu'il y a qu'une infinité de [...]
Mots clefs :
Roi, Jésuites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
l'apparence qu'il
y a qu'une infinité de
personnes ignore les
mouss & les causes du Procés
sur lequelle Roy a donné une
derniere Declaration en faveur
des Jesuites,malgré le bruit
qu'il a fait dans le monde, la
Remontrance & le Mémoire
de M. de Sacy suffisant pour
instruire amplement le Public
de cette grande affaire, on m'a
presque per suadé que jene
pouvois raisonnablementme
difpcnfer de faireimprimer les
pieces quilaconcernent. Je
me fuis rendu aux choses
qu'on m'a dites surce sujer,
& je me suis enfindeterminé
à les donner dans le Mercure,
telles qu'elles font dans l'Original.
Au reste la longueur de
ceFaâumm-i tellement étonné,
qucj'ay pris lalibertéden
retrancher routes les Nores,
quoiqu'elles foit très belles,
trèsutilesa l'intelligence dece
Procés, & très dignes de la curiosité
des Lecteurs, qui pour.
ront,si bon leur femblc
,
les
trouver chez le sieur Langlois,
Imprimeur. UJ'
y a qu'une infinité de
personnes ignore les
mouss & les causes du Procés
sur lequelle Roy a donné une
derniere Declaration en faveur
des Jesuites,malgré le bruit
qu'il a fait dans le monde, la
Remontrance & le Mémoire
de M. de Sacy suffisant pour
instruire amplement le Public
de cette grande affaire, on m'a
presque per suadé que jene
pouvois raisonnablementme
difpcnfer de faireimprimer les
pieces quilaconcernent. Je
me fuis rendu aux choses
qu'on m'a dites surce sujer,
& je me suis enfindeterminé
à les donner dans le Mercure,
telles qu'elles font dans l'Original.
Au reste la longueur de
ceFaâumm-i tellement étonné,
qucj'ay pris lalibertéden
retrancher routes les Nores,
quoiqu'elles foit très belles,
trèsutilesa l'intelligence dece
Procés, & très dignes de la curiosité
des Lecteurs, qui pour.
ront,si bon leur femblc
,
les
trouver chez le sieur Langlois,
Imprimeur. UJ'
Fermer
227
p. 111-114
Très beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Il me paroist pendant que je suis en train de vous donner [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Livre, Suffrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Très beau raisonnement de l'Auteur. [titre d'après la table]
Il me paroint pendant que
je ſuis en train devous donner
des vers,qu'il n'eſt pas neceſſaire
d'en interrompre la ſutte ;
je vous offre cette lecture avec
d'autant plus de confiance ,
que ce qu'il y a de meilleur &
de plus commode dans ce
livre , c'eſt qu'on n'en prend
que cequ'on en veut prendre;
on n'eſt pas obligé ( au moins
ne vous y trompez pas ) de le
lire d'un bout à l'autre. J'ay
moy même , qui prends tous
lesmois le ſoin de le faire , &
d'en compofer quelque fois
au moins la moitié pour ma
112 MERCURE
part , ſouvent affez de peine ,
à le lire. Ce n'eſt pas que je
me méfie du merite des pieces
que je rends publiques ; mais
bien du choix que je fais des
des ouvrages qu'on m'envoye.
Il n'y a pas juſqu'aux miens
que je mets au rebut lorſque
jem'apperçoi lelendemain que
la veille je n'étois pas monté
fur labonne corde ; mais cette
juſtice que je me rends àmoymême
, ne m'apprend pas à
eſtre auſſi équitable que je le
devrois , à l'égard des autres :
&peus'en faut que le Mercure
Galant ne ſe faſſe bien- toſt
Par
GALANT. 113
par compere & par commere.
Il eſt naturel de ſouhaitter
d'avoir de l'eſprit , de l'exercer,
&de le montrer quand on
ena ; mais il n'eſt pas raiſonnable
de briguer , pour un
miferable morceau de Poësie ,
des preferences d'un Auteur
auffi grave que moy , à moins
qu'onne veüille ſe mettre ſur
le piedd'acheter mes fuffrages;
ſi cela m'eſt encore offert , je
rendray ma reconnoiffance
éclatante , & je publieray jufqu'aux
noms de ceux qui m'auront
impitoyablement follicité
pour ſe faire enregiſtrer
Octobre 1715 . K
114 MERCURE
dans mon Livre aux dépens
de ma confcience & de ma
réputation. Ce petit article a
fon application , & à bon entendeur,
falut. Mais revenons , s'il
vous plaît , à nos moutons ;
j'avois, ſi je ne metrompe , des
vers à vous offrir . En voicy
dont vous ferez l'uſage que
bon yous ſemblera , ils m'ont
plû&jepenſe qu'il vous plairont
auffi
je ſuis en train devous donner
des vers,qu'il n'eſt pas neceſſaire
d'en interrompre la ſutte ;
je vous offre cette lecture avec
d'autant plus de confiance ,
que ce qu'il y a de meilleur &
de plus commode dans ce
livre , c'eſt qu'on n'en prend
que cequ'on en veut prendre;
on n'eſt pas obligé ( au moins
ne vous y trompez pas ) de le
lire d'un bout à l'autre. J'ay
moy même , qui prends tous
lesmois le ſoin de le faire , &
d'en compofer quelque fois
au moins la moitié pour ma
112 MERCURE
part , ſouvent affez de peine ,
à le lire. Ce n'eſt pas que je
me méfie du merite des pieces
que je rends publiques ; mais
bien du choix que je fais des
des ouvrages qu'on m'envoye.
Il n'y a pas juſqu'aux miens
que je mets au rebut lorſque
jem'apperçoi lelendemain que
la veille je n'étois pas monté
fur labonne corde ; mais cette
juſtice que je me rends àmoymême
, ne m'apprend pas à
eſtre auſſi équitable que je le
devrois , à l'égard des autres :
&peus'en faut que le Mercure
Galant ne ſe faſſe bien- toſt
Par
GALANT. 113
par compere & par commere.
Il eſt naturel de ſouhaitter
d'avoir de l'eſprit , de l'exercer,
&de le montrer quand on
ena ; mais il n'eſt pas raiſonnable
de briguer , pour un
miferable morceau de Poësie ,
des preferences d'un Auteur
auffi grave que moy , à moins
qu'onne veüille ſe mettre ſur
le piedd'acheter mes fuffrages;
ſi cela m'eſt encore offert , je
rendray ma reconnoiffance
éclatante , & je publieray jufqu'aux
noms de ceux qui m'auront
impitoyablement follicité
pour ſe faire enregiſtrer
Octobre 1715 . K
114 MERCURE
dans mon Livre aux dépens
de ma confcience & de ma
réputation. Ce petit article a
fon application , & à bon entendeur,
falut. Mais revenons , s'il
vous plaît , à nos moutons ;
j'avois, ſi je ne metrompe , des
vers à vous offrir . En voicy
dont vous ferez l'uſage que
bon yous ſemblera , ils m'ont
plû&jepenſe qu'il vous plairont
auffi
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228
p. 117-119
« Le Factum qu'on vient de lire m'a jetté si loin, & je me [...] »
Début :
Le Factum qu'on vient de lire m'a jetté si loin, & je me [...]
Mots clefs :
Lettre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Factum qu'on vient de lire m'a jetté si loin, & je me [...] »
Le Factum qu'on vient de
lire m'a jetté si loin, & je me
fuis apperccu si tard de ce qu'il
ôte au reste des matieres destinées
à remplir ce Volume,que
je ne songe maintenant qu'à le
grossir, pour ne derober rien
aux Lecteurs ,à qui j é p..rgnc:
en mesmetemps la peine de
lire ce mois-ci la Declaration
du feu Roy,& l'Arrest de la
Cour de Parlement pour l'enregistrement
de ladite Declaration
concernant les Jesuites.Si
ce Memoire a paru long, je
mets immédiatement à sasuite
des pieces qu'on trouvera
sans doute plus interessantes,
à commencer par la copie
d'une Lettre que je viens de
recevoir de M. P. dont tous les
Ouvrages ont esté jusqu'à present
favorablement receus du
Public.Voicy les propres teriecs
de sa Lettre.
lire m'a jetté si loin, & je me
fuis apperccu si tard de ce qu'il
ôte au reste des matieres destinées
à remplir ce Volume,que
je ne songe maintenant qu'à le
grossir, pour ne derober rien
aux Lecteurs ,à qui j é p..rgnc:
en mesmetemps la peine de
lire ce mois-ci la Declaration
du feu Roy,& l'Arrest de la
Cour de Parlement pour l'enregistrement
de ladite Declaration
concernant les Jesuites.Si
ce Memoire a paru long, je
mets immédiatement à sasuite
des pieces qu'on trouvera
sans doute plus interessantes,
à commencer par la copie
d'une Lettre que je viens de
recevoir de M. P. dont tous les
Ouvrages ont esté jusqu'à present
favorablement receus du
Public.Voicy les propres teriecs
de sa Lettre.
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229
p. 158
« J'ay receu un grand nombre d'autres réponses aux mêmes [...] »
Début :
J'ay receu un grand nombre d'autres réponses aux mêmes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay receu un grand nombre d'autres réponses aux mêmes [...] »
Jay itccu uli grant numbl
d autres réponses aux même
questions ; mais je prie ceu
quime lesont envoyées,d
ne pas trouver mauvais , apre
avoir lûcelle cy , que je fup
prime les leurs, (auf à eux
se dédommager de cette fup
spurerssion,si bon leur semble
les Bouts-rimez que j
leur propose.
d autres réponses aux même
questions ; mais je prie ceu
quime lesont envoyées,d
ne pas trouver mauvais , apre
avoir lûcelle cy , que je fup
prime les leurs, (auf à eux
se dédommager de cette fup
spurerssion,si bon leur semble
les Bouts-rimez que j
leur propose.
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230
p. 159-160
« A propos de Bouts rimez, M. de Tresvillon Commissaire d' [...] »
Début :
A propos de Bouts rimez, M. de Tresvillon Commissaire d' [...]
Mots clefs :
Sonnet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A propos de Bouts rimez, M. de Tresvillon Commissaire d' [...] »
A propos de Boutsrimez,
M. deTresvillon Commissaired'Artillerievient
de m'envoyer
un Sonnet sur les rimes
propo fées il y a deux mois.
1. Son cfprit dans son sujet,luy
fait tireruneconjecture qui,
quoyque sans aucun fondement
apparent, ameine à la
gloire de Monseigneur le^
DDuuccd'dOOrlécaénasnns nôôtrtree RRcc~uecnncr'.,
,une petite loüange qui me
paroist fort naturelle.Voicy
son Sonnet.
M. deTresvillon Commissaired'Artillerievient
de m'envoyer
un Sonnet sur les rimes
propo fées il y a deux mois.
1. Son cfprit dans son sujet,luy
fait tireruneconjecture qui,
quoyque sans aucun fondement
apparent, ameine à la
gloire de Monseigneur le^
DDuuccd'dOOrlécaénasnns nôôtrtree RRcc~uecnncr'.,
,une petite loüange qui me
paroist fort naturelle.Voicy
son Sonnet.
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231
p. 162-163
« Les diversions, si je ne me trompe, fatiguent le Lecteur ; [...] »
Début :
Les diversions, si je ne me trompe, fatiguent le Lecteur ; [...]
Mots clefs :
Diversions, Lecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les diversions, si je ne me trompe, fatiguent le Lecteur ; [...] »
Les diver sions, si je ne me
trompe ,
fatiguent le Lecteur ;
& jecroy qu'il est plus content
de lire de suite toutce
qu'on a à luy donner à peu
prés demêmeespece , que de
voir un amas de saillies interrompuës,
qui le jettent dans
la necessite de recourir à tout
moment à la table pour y trouverce
qu'il cherche d'amusant
dans un Livre. Cela supposé
je vais sans varier davantage
mes matières luy faire un
ch apitresuividu restedes char
stees gtaclaentes que j'ay à luy con- ter ce mmoiosicscy y.Acommen- Acommencer
par le Portrait d'une Dame
de grande qualité
,
c'est un
original de la main d'un bon
(1 m.mc.
trompe ,
fatiguent le Lecteur ;
& jecroy qu'il est plus content
de lire de suite toutce
qu'on a à luy donner à peu
prés demêmeespece , que de
voir un amas de saillies interrompuës,
qui le jettent dans
la necessite de recourir à tout
moment à la table pour y trouverce
qu'il cherche d'amusant
dans un Livre. Cela supposé
je vais sans varier davantage
mes matières luy faire un
ch apitresuividu restedes char
stees gtaclaentes que j'ay à luy con- ter ce mmoiosicscy y.Acommen- Acommencer
par le Portrait d'une Dame
de grande qualité
,
c'est un
original de la main d'un bon
(1 m.mc.
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232
p. 173-174
« J'ay receu du même peintre un petit morceau de Poësie, qui [...] »
Début :
J'ay receu du même peintre un petit morceau de Poësie, qui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay receu du même peintre un petit morceau de Poësie, qui [...] »
J'ay receu du même peintre
un petit morceau dePoësie,qui
se sent à merveille de labeauté
de son portrait. Cela n'est pas
étonnant, puisque qui a fait
l'un a fait l'autre. C'est au
Lecteuràenjuger. Ila lûsa
Prose , voicy les Vers.
un petit morceau dePoësie,qui
se sent à merveille de labeauté
de son portrait. Cela n'est pas
étonnant, puisque qui a fait
l'un a fait l'autre. C'est au
Lecteuràenjuger. Ila lûsa
Prose , voicy les Vers.
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233
p. 177
« Voicy une autre façon de peindre une belle personne, qui [...] »
Début :
Voicy une autre façon de peindre une belle personne, qui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy une autre façon de peindre une belle personne, qui [...] »
Voicyuneautre façon de
peindre.Ainôixltepertonne
,
qui ne laisse pas d'avoir son
agrément.Une Demoiselled'âne
rare beautévoulant se faire
peindre, le Rirmur-Màlouin:fit
les Verssuivants pour l'endétourner.
peindre.Ainôixltepertonne
,
qui ne laisse pas d'avoir son
agrément.Une Demoiselled'âne
rare beautévoulant se faire
peindre, le Rirmur-Màlouin:fit
les Verssuivants pour l'endétourner.
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234
p. 181-182
« J'aurois grand besoin d'être un habile Charlatan pour [...] »
Début :
J'aurois grand besoin d'être un habile Charlatan pour [...]
Mots clefs :
Charlatan, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'aurois grand besoin d'être un habile Charlatan pour [...] »
J'aurois grand besoin d'être
un habile Charlatan pour
disposer l'esprit de mes Lecteurs
à recevoir de bonne grace
& sans baillerrous les Vers
qu'onm'aenvoyez ce moiscy;
mais jecroy que toute mon
éloquence autoit de la peine à
les persuader,nranmoîns quoi.
qu'ilen puisse arriver, en voici
encore une petire piece qu'il
faut qu'ilsavallent
,
s'ilteur
plaît, elle a été uitc par une
Dame sur de la conferve que
M. de avoit envoyée à une
jeune Religicufequi avoit refusé
d'en faire des coeurs.
Votreconjerveelfmerveillujey
un habile Charlatan pour
disposer l'esprit de mes Lecteurs
à recevoir de bonne grace
& sans baillerrous les Vers
qu'onm'aenvoyez ce moiscy;
mais jecroy que toute mon
éloquence autoit de la peine à
les persuader,nranmoîns quoi.
qu'ilen puisse arriver, en voici
encore une petire piece qu'il
faut qu'ilsavallent
,
s'ilteur
plaît, elle a été uitc par une
Dame sur de la conferve que
M. de avoit envoyée à une
jeune Religicufequi avoit refusé
d'en faire des coeurs.
Votreconjerveelfmerveillujey
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235
p. 185-186
« Ceux-cy sont encore fort raisonnables, le sujet d'ailleurs [...] »
Début :
Ceux-cy sont encore fort raisonnables, le sujet d'ailleurs [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ceux-cy sont encore fort raisonnables, le sujet d'ailleurs [...] »
Ceux-cy font encore fore.
raisonnables
,
le sujet d'ailleurs
enesttres-respectable de
luy-même
, & quoy qu'ils
n'ayent pas été employez à Tufage
auquellesdestinoit M.de
Formentin qui les a;-fai'ts
, -
ils
ne perdcnc pour cela rien de
leur mérité.
raisonnables
,
le sujet d'ailleurs
enesttres-respectable de
luy-même
, & quoy qu'ils
n'ayent pas été employez à Tufage
auquellesdestinoit M.de
Formentin qui les a;-fai'ts
, -
ils
ne perdcnc pour cela rien de
leur mérité.
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236
p. 188
« Faites grace encore, s'il vous plaist, au Sonnet que vous allez [...] »
Début :
Faites grace encore, s'il vous plaist, au Sonnet que vous allez [...]
Mots clefs :
Sonnet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Faites grace encore, s'il vous plaist, au Sonnet que vous allez [...] »
Faites grace encorc)s'Il vous
plaist,au Sonnet que vous allcz
lire, il n'cft pas à la vérité parfait
; mais c'estlecoup d'essay
de M. Thierry qui est un jeune
homme qui a beaucoup d'esprit;
& c'est dans l'indulgence
du grand Prince dont il s'efforce
de dire quelques veritez ,
qu'il doit trouver l'excuse des
fautes de son Sonner.
plaist,au Sonnet que vous allcz
lire, il n'cft pas à la vérité parfait
; mais c'estlecoup d'essay
de M. Thierry qui est un jeune
homme qui a beaucoup d'esprit;
& c'est dans l'indulgence
du grand Prince dont il s'efforce
de dire quelques veritez ,
qu'il doit trouver l'excuse des
fautes de son Sonner.
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237
p. 190-191
« Je vous donnay le mois dernier sous le bon plaisir de [...] »
Début :
Je vous donnay le mois dernier sous le bon plaisir de [...]
Mots clefs :
Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous donnay le mois dernier sous le bon plaisir de [...] »
Je vous donnay le mois
dernier fous le bon plaisir de
M.J. B. Coignard Imprimeur
de l'Academie Françoise ,un
extrait sîngulier de l'Ode de
dm. Roy qui a remporté le
~Prix de la Poësie
,
je devois, &
t(je dois même encore vous faire
qparteemois cyde son remerciement
à Messieurs delAcabdemie
; mais un Poète mécori.
~tent ou jaloux des Lauriers
~quiluy ont estéajugez, exige
bdema complâisance queje
bdonne dans ce Mercure, la
preferenceà l'Ode qu'il a faire
pour luy disputer le Prix. Je
merendsàsesinftarlccs, Voicy
~son Ode.
dernier fous le bon plaisir de
M.J. B. Coignard Imprimeur
de l'Academie Françoise ,un
extrait sîngulier de l'Ode de
dm. Roy qui a remporté le
~Prix de la Poësie
,
je devois, &
t(je dois même encore vous faire
qparteemois cyde son remerciement
à Messieurs delAcabdemie
; mais un Poète mécori.
~tent ou jaloux des Lauriers
~quiluy ont estéajugez, exige
bdema complâisance queje
bdonne dans ce Mercure, la
preferenceà l'Ode qu'il a faire
pour luy disputer le Prix. Je
merendsàsesinftarlccs, Voicy
~son Ode.
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238
p. 199
« Il ne me reste plus, grace au Ciel, de Vers à vous offrir [...] »
Début :
Il ne me reste plus, grace au Ciel, de Vers à vous offrir [...]
Mots clefs :
Chanson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il ne me reste plus, grace au Ciel, de Vers à vous offrir [...] »
Ciel, de Vers à vous offrir
que ceux qui fcrvironrà remplir
ma Chanson & mes Enigmes.
Ainsimon cher Lecteur
vous n'avez qu'à prendre
courage, vous allez bientôt
cesser d'estre étourdy de l'importun
caquet des Muses babillardes.
MaChanson fera
courte & tendre. En voicy la
preuve.
que ceux qui fcrvironrà remplir
ma Chanson & mes Enigmes.
Ainsimon cher Lecteur
vous n'avez qu'à prendre
courage, vous allez bientôt
cesser d'estre étourdy de l'importun
caquet des Muses babillardes.
MaChanson fera
courte & tendre. En voicy la
preuve.
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239
p. 200
« Vous vous impatientiez d'arriver au Chapitre des Enigmes, reprennez [...] »
Début :
Vous vous impatientiez d'arriver au Chapitre des Enigmes, reprennez [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous vous impatientiez d'arriver au Chapitre des Enigmes, reprennez [...] »
d'arriver au Chapitre des Enigmes
, reprennez maintenant
haleine
, nous y voila.
, reprennez maintenant
haleine
, nous y voila.
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240
p. 204-206
« Aprés avoir proposé des Questions, des Bouts rimez à remplir [...] »
Début :
Aprés avoir proposé des Questions, des Bouts rimez à remplir [...]
Mots clefs :
Vertu, Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés avoir proposé des Questions, des Bouts rimez à remplir [...] »
Apres avoir proposé des
Qrellions, des Bouts rimez à
remplir,& des Enigmes à devinerje
priele Lecteur de ne
pas trouver mauvais que je luy
rasse un deffy. La choie cil
très-importante d'elle- même.
il s'agir de deffendre l'innocence
d'une belle Princessecalomnieusement
soupçonnée
, &
presque convaincuë du crime j
dadultere. Il n'est qu'un
, mortel aumonde qui puisse
justisier sa vertu outragée ;
mais de vastes Royaumesle
épargnede cette illustre&
malheureusePrincesse,il faut
l'arracher du sein de les Etais,
il faut le déterminer à venir
au nom de cette belle infortunée,
luy donnertous les secoursque
sa vertu attend de
sots courage;& mêmede l'amour
dont il a inutilement
biûlé pour elle; en un mot il
faut loy écrire une Lettre si
touchante, si persusive,si tendre
en même temps, qu'elle
l'oblige à femetrreen campagne
aussitost la preleme reçûe,
Voilà le fait afffz bien
circonstancié, voicy unabrégéde
THiOoire dontlaLettre
qu'on demande doit faire un
des principaux non ornements , il faudra que son Auteur
la laisse imparfaite ,jusqu'à ce
que des temps plus heureux &
& plusféconds mettent ce
,
fC2U à l'excellence de son
ouvrage.
Qrellions, des Bouts rimez à
remplir,& des Enigmes à devinerje
priele Lecteur de ne
pas trouver mauvais que je luy
rasse un deffy. La choie cil
très-importante d'elle- même.
il s'agir de deffendre l'innocence
d'une belle Princessecalomnieusement
soupçonnée
, &
presque convaincuë du crime j
dadultere. Il n'est qu'un
, mortel aumonde qui puisse
justisier sa vertu outragée ;
mais de vastes Royaumesle
épargnede cette illustre&
malheureusePrincesse,il faut
l'arracher du sein de les Etais,
il faut le déterminer à venir
au nom de cette belle infortunée,
luy donnertous les secoursque
sa vertu attend de
sots courage;& mêmede l'amour
dont il a inutilement
biûlé pour elle; en un mot il
faut loy écrire une Lettre si
touchante, si persusive,si tendre
en même temps, qu'elle
l'oblige à femetrreen campagne
aussitost la preleme reçûe,
Voilà le fait afffz bien
circonstancié, voicy unabrégéde
THiOoire dontlaLettre
qu'on demande doit faire un
des principaux non ornements , il faudra que son Auteur
la laisse imparfaite ,jusqu'à ce
que des temps plus heureux &
& plusféconds mettent ce
,
fC2U à l'excellence de son
ouvrage.
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241
p. 230
« Je vous avois promis, & je m'étois juré à moy-même de [...] »
Début :
Je vous avois promis, & je m'étois juré à moy-même de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous avois promis, & je m'étois juré à moy-même de [...] »
Je vous avois promis,& je
metois juréàmoy-meme de
ne vous plus donner des Vers
du reste de ce volume; mais
j'ay à peine jetté les yeux sur
la piece que vous allez lire,
que j'ay oubliémapromesse
& rompu mon ferment.
metois juréàmoy-meme de
ne vous plus donner des Vers
du reste de ce volume; mais
j'ay à peine jetté les yeux sur
la piece que vous allez lire,
que j'ay oubliémapromesse
& rompu mon ferment.
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242
p. 236-237
« Il y a assez longtemps que les nouvelles litteraires & galantes [...] »
Début :
Il y a assez longtemps que les nouvelles litteraires & galantes [...]
Mots clefs :
Lecteur, Morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il y a assez longtemps que les nouvelles litteraires & galantes [...] »
Il ya assez longtemps que
les nouvelles litteraires & ga-
Opera de NI L. P. parodié àla ROUE par
jM. le Sage.
lantes nous* occupent. : Il cft
question maintenant de vous
entretenir de quelque chose
de plus Cericux,rien ne l'est
à mon avis davantage que l'article
des Morts. Le Lecteur
en feral'usage qu'illuy plaira,.
les nouvelles litteraires & ga-
Opera de NI L. P. parodié àla ROUE par
jM. le Sage.
lantes nous* occupent. : Il cft
question maintenant de vous
entretenir de quelque chose
de plus Cericux,rien ne l'est
à mon avis davantage que l'article
des Morts. Le Lecteur
en feral'usage qu'illuy plaira,.
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243
p. 257
« Il est enfin à propos de dire un mot des affaires du temps. [...] »
Début :
Il est enfin à propos de dire un mot des affaires du temps. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il est enfin à propos de dire un mot des affaires du temps. [...] »
IIestenfinà propos de dire
nrnrnoi des aff tres du temps.
Je vais commencer par celles
desPays Etrangers
,
fauray
t1otOûÛjoluorusrlselleoliOslifirr dde¿ ppaarrlleerr des
nôtres.
nrnrnoi des aff tres du temps.
Je vais commencer par celles
desPays Etrangers
,
fauray
t1otOûÛjoluorusrlselleoliOslifirr dde¿ ppaarrlleerr des
nôtres.
Fermer
244
p. 272-274
« Les commodité de voyager dans les Livres est fort douce, [...] »
Début :
Les commodité de voyager dans les Livres est fort douce, [...]
Mots clefs :
Lecteurs, Lecteur, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les commodité de voyager dans les Livres est fort douce, [...] »
La commoditéde voyager
dans les Livres est fortdouce,
& ne coûte gueres
, on y pafTc
en un moment de l'Orient au
Couchant, du Nord au Sud,
& sansfatiguer ses Lecteurs,
un Auteur peut les transporter
à peu de frais, du fonds de lirais, dans le seindeParis
Ainsi les raisons quim'engagent
à vous y ramener brusquement,
sans vous proposer
le moindre rafraîchissement
dans les autres Royaumes de
l'Europe,sont d'une nature si
importance, que je fuis sûr
quetout le monde me dispensera
volontiers d'en rien dire
pour me laisserplûtôt la liberté
de l'entretenirde ce qui se
passeicy,mais comme les affaires
dont ils'agit, meritent
un, tresgranddétail, &que
leurs circonstancesfournissent
la matiere d'un Volume
,
je
prie le Lecteurde me permettredene
luy parler à present
que tres lupa hcidiement de
ceschoses, & devouloir bien
attendre jusqu'au dix ou au
douze du mois prochain, pour
voir (autant que cela dépendra
de moy ) sa curiosité amplement
satisfaitesurcetarticle.
dans les Livres est fortdouce,
& ne coûte gueres
, on y pafTc
en un moment de l'Orient au
Couchant, du Nord au Sud,
& sansfatiguer ses Lecteurs,
un Auteur peut les transporter
à peu de frais, du fonds de lirais, dans le seindeParis
Ainsi les raisons quim'engagent
à vous y ramener brusquement,
sans vous proposer
le moindre rafraîchissement
dans les autres Royaumes de
l'Europe,sont d'une nature si
importance, que je fuis sûr
quetout le monde me dispensera
volontiers d'en rien dire
pour me laisserplûtôt la liberté
de l'entretenirde ce qui se
passeicy,mais comme les affaires
dont ils'agit, meritent
un, tresgranddétail, &que
leurs circonstancesfournissent
la matiere d'un Volume
,
je
prie le Lecteurde me permettredene
luy parler à present
que tres lupa hcidiement de
ceschoses, & devouloir bien
attendre jusqu'au dix ou au
douze du mois prochain, pour
voir (autant que cela dépendra
de moy ) sa curiosité amplement
satisfaitesurcetarticle.
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245
p. 301
« J'ay vû l'heure que je ne vous donnerois point de mariage ce [...] »
Début :
J'ay vû l'heure que je ne vous donnerois point de mariage ce [...]
Mots clefs :
Régent, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay vû l'heure que je ne vous donnerois point de mariage ce [...] »
donnerois point de mariage ce
mois-cy
, tant la difetre en aété
grande ils ont depuis quelque
temps eû cela de commun avec
bien des choses qui nous ont
manquez. Mais on ne doute
IPlus) grace au Ciel,& aux foins
denôtre Regent, quela nouvelle
cfforme du Gouvernement ne
rétablissebientost en France l'adbondance
& les plaisirs.
mois-cy
, tant la difetre en aété
grande ils ont depuis quelque
temps eû cela de commun avec
bien des choses qui nous ont
manquez. Mais on ne doute
IPlus) grace au Ciel,& aux foins
denôtre Regent, quela nouvelle
cfforme du Gouvernement ne
rétablissebientost en France l'adbondance
& les plaisirs.
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246
p. 306-309
APOSTILLE, ou plûtôt Réponse aux dernieres Lettres que j'ay reçûës.
Début :
Envoyez-moy quelque Histoire, Madame, vous me ferez un vray [...]
Mots clefs :
Lettre, Bouts-rimés, Énigme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE, ou plûtôt Réponse aux dernieres Lettres que j'ay reçûës.
APO STILLE,
ou plutôt Réponse aux dernieres
Lettres que j'ay reçûës.
Envoyez-moy quelqueHifloire,
Madame
, vous me ferez wn vray
plaisir examinons même enfemblc
vos Ouvrages, cela nen fera peutêtre
que mieux, & la confiance que
vousaure7yen moy ) me rendra infiniment
plus exaé1 çr plus attentif
sur ce qui vousregarde. AJeZfoin.
sur toute chojé de ne pas attendre
que noussoyons à lafin du moisfour
mefaire part des productions de.
votreesprit.Malgré la delicatefe
de vospensées
,
lapoliteffe de votre
raifomentent &le choix de vos exp^/
jions,elles vieilliront chez moy9 \Jtvous-ne remedieT^ à cet inconve-
>. nient. fKayreçuvotreLettre le 2y.
i d&ce mois fort tard, à* mon Livre
>
étoit déja fermé: cette raison lUi
nestpasmauvaise,moblige afup-
,\prÙner vosRéponses aux..f<!!ejlions
\!r()jJo[ees
,
vôtreEpitaphe sur la
mort duRoy& un de vos Sonnetss
1 tout ce queje peux faire pour vof
treservice, ejl deproposer maintt4
nant ces Bouts -rimez, que vous
mavez envoyez,fort bien remplis.
Neron
solitude
rude
Anacreon.
Pantheon
inquietude
certitude
Lyron,
guerre
tonnerre
tralt
A paître
portraits
connoître.
Songez, à ce que je viensd\avoir
l'honneur de vous dire, lesouhaite
en bonne foy que cela, mérité vofire
AttentÍOlJ
,
& fuis avec tous les
égards dus à une Dame de mérite
&Vd'eospjriitrceomme vous,Madame , très*humble cf trèsobliflàflt
Jèrviteuï.
-
L'Eleve Papirjel'tà quijesuisredevable
d'une Enigmefortjolieâ,
(qui ne pourra servir quele mois
prochain) & d'un raiformement
tres-sensé,est un franc paresseux.
Nicoledevoit lechasser plus matin
, & la jeune Loüison l'attendre
plus tard, ilm'auroit envoyé,
sa Lettre plutôt.
ou plutôt Réponse aux dernieres
Lettres que j'ay reçûës.
Envoyez-moy quelqueHifloire,
Madame
, vous me ferez wn vray
plaisir examinons même enfemblc
vos Ouvrages, cela nen fera peutêtre
que mieux, & la confiance que
vousaure7yen moy ) me rendra infiniment
plus exaé1 çr plus attentif
sur ce qui vousregarde. AJeZfoin.
sur toute chojé de ne pas attendre
que noussoyons à lafin du moisfour
mefaire part des productions de.
votreesprit.Malgré la delicatefe
de vospensées
,
lapoliteffe de votre
raifomentent &le choix de vos exp^/
jions,elles vieilliront chez moy9 \Jtvous-ne remedieT^ à cet inconve-
>. nient. fKayreçuvotreLettre le 2y.
i d&ce mois fort tard, à* mon Livre
>
étoit déja fermé: cette raison lUi
nestpasmauvaise,moblige afup-
,\prÙner vosRéponses aux..f<!!ejlions
\!r()jJo[ees
,
vôtreEpitaphe sur la
mort duRoy& un de vos Sonnetss
1 tout ce queje peux faire pour vof
treservice, ejl deproposer maintt4
nant ces Bouts -rimez, que vous
mavez envoyez,fort bien remplis.
Neron
solitude
rude
Anacreon.
Pantheon
inquietude
certitude
Lyron,
guerre
tonnerre
tralt
A paître
portraits
connoître.
Songez, à ce que je viensd\avoir
l'honneur de vous dire, lesouhaite
en bonne foy que cela, mérité vofire
AttentÍOlJ
,
& fuis avec tous les
égards dus à une Dame de mérite
&Vd'eospjriitrceomme vous,Madame , très*humble cf trèsobliflàflt
Jèrviteuï.
-
L'Eleve Papirjel'tà quijesuisredevable
d'une Enigmefortjolieâ,
(qui ne pourra servir quele mois
prochain) & d'un raiformement
tres-sensé,est un franc paresseux.
Nicoledevoit lechasser plus matin
, & la jeune Loüison l'attendre
plus tard, ilm'auroit envoyé,
sa Lettre plutôt.
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247
p. 309-310
AVERTISSEMENT.
Début :
Il me reste à vous recommander, Messieurs & mes Dames, de ne pas [...]
Mots clefs :
Lettres, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
ilmerefle a vous recommAnder,
MeO-oirs&flics Dames, de nepas
oublier de payer les ports des Lettres
que vous mefJvOjees, dde nepas
menvoyerd'Enigmesfinsmen donner
le motyd'écrire vos Mémoires de
façon quejepuij?elesdéchiffrer, dr
demeles-aàrejfer leplus,lue vous
pourre'{chez lesieur Majfet^ Perruquier
sur le cfZudJ de la Megifierit,
cheZqlli je luge, il y Aura toujours
du monde pour les recevoir,
&pourmeles rendrefeutement
ilmerefle a vous recommAnder,
MeO-oirs&flics Dames, de nepas
oublier de payer les ports des Lettres
que vous mefJvOjees, dde nepas
menvoyerd'Enigmesfinsmen donner
le motyd'écrire vos Mémoires de
façon quejepuij?elesdéchiffrer, dr
demeles-aàrejfer leplus,lue vous
pourre'{chez lesieur Majfet^ Perruquier
sur le cfZudJ de la Megifierit,
cheZqlli je luge, il y Aura toujours
du monde pour les recevoir,
&pourmeles rendrefeutement
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248
p. 3-8
MERCURE NOUVEAU DEDIÉ A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC DE CHARTRES.
Début :
MONSEIGNEUR, Si vostre Altesse Royale n'a que de la [...]
Mots clefs :
Altesse royale, Historien, Duc de Chartres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MERCURE NOUVEAU DEDIÉ A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC DE CHARTRES.
MERCURE
NOUVEAU
DEDIE
✓
LYON
* 10
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES .
M ONSEIGNEUR ,
VIL
Si voſtre Alteſſe Royale n'a
que de la diſpoſition à ne pas
Octobre 1715 . A ij
4 MERCURE
s'ennuyer , ( ce qui eſt d'autant
plus vray ſemblable dans un
Prince de ſon âge , qu'en cela
tous les hommes luy reffemblent
) je la ſupplie de me permettre
de luy dédier doreſnavant
mes ouvrages. Je feray
pour ſon amusement , en dépit
de tous les obstacles que
pourroit m'oppoſer la fortune
ennemie , une fi grande proviſion
de gayeté , que la fource
en ſera deſormais intariffable.
Je feray un traité folidaire
avec les Graces , les Muſes &
les beauxArts , pour entretenir
GALANT. S
Vôtre Alteſſe Royale du bonheur
de la France , ſous la
glorieuſe Regence de Vôtte
Auguſte Pere , & je me menageray
ſoigneuſement des intelligences
chez toutes les Nations
du monde , pour recueillir
les fuffrages & les applaudifſements
qu'elles donnent &
donneront toûjours à ſes
royales vertus.
2. Voila , Monſeigneur ,un
magnifique projet. Je ne ſçay
pas trop bien dans le fonds
fi ce n'eft par une temerité à
moy de vous promettre de
ſi grandes chofes , par l'impof-
,
Aiij
6 MERCURE
ſibilité de vous tenir ma paro
le , où ſans doute me réduiront
les brillantes actions d'un fi
grand Prince ; mais du moins
je ſçay que je me contenteray
de faire ſimplement l'Hiſtorien
fidele , dans les occaſions
où je ne pourray peindre le
Heros de qui Vôtre Alteſſe
Royale a receu le jour.
Rien ne peut promettre à
la poſterité plus de merveilles
& plus de vertus en vous ,que
l'avantage glorieux d'avoir un
tel Pere. Qu'il foit donc l'uni
que modele de ce que vous
ferez , & vous ferez un jour ,
GALANT. 7
comme lay , pour le reſte de
voſtre vie,l'objet de l'amour &
de la benediction des peuples.
J'ay l'Univers entier pour
garant de ce que j'avance :
il engouverne le premier , le
plus riche ,& le plus floriſſant
Royaume ; dites luy , Monfeigneur
, au nom de tous les
François , qu'il apprenne à les
gouverner long temps , & à
menager des jours ſi précieux ,
dont ſes ſoins infatigables
pour noſtre repos , pourroient
abreger lecours . C'eſt de leur
durée& de ſa ſanté que dépend
noſtre felicité.
NOUVEAU
DEDIE
✓
LYON
* 10
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC DE CHARTRES .
M ONSEIGNEUR ,
VIL
Si voſtre Alteſſe Royale n'a
que de la diſpoſition à ne pas
Octobre 1715 . A ij
4 MERCURE
s'ennuyer , ( ce qui eſt d'autant
plus vray ſemblable dans un
Prince de ſon âge , qu'en cela
tous les hommes luy reffemblent
) je la ſupplie de me permettre
de luy dédier doreſnavant
mes ouvrages. Je feray
pour ſon amusement , en dépit
de tous les obstacles que
pourroit m'oppoſer la fortune
ennemie , une fi grande proviſion
de gayeté , que la fource
en ſera deſormais intariffable.
Je feray un traité folidaire
avec les Graces , les Muſes &
les beauxArts , pour entretenir
GALANT. S
Vôtre Alteſſe Royale du bonheur
de la France , ſous la
glorieuſe Regence de Vôtte
Auguſte Pere , & je me menageray
ſoigneuſement des intelligences
chez toutes les Nations
du monde , pour recueillir
les fuffrages & les applaudifſements
qu'elles donnent &
donneront toûjours à ſes
royales vertus.
2. Voila , Monſeigneur ,un
magnifique projet. Je ne ſçay
pas trop bien dans le fonds
fi ce n'eft par une temerité à
moy de vous promettre de
ſi grandes chofes , par l'impof-
,
Aiij
6 MERCURE
ſibilité de vous tenir ma paro
le , où ſans doute me réduiront
les brillantes actions d'un fi
grand Prince ; mais du moins
je ſçay que je me contenteray
de faire ſimplement l'Hiſtorien
fidele , dans les occaſions
où je ne pourray peindre le
Heros de qui Vôtre Alteſſe
Royale a receu le jour.
Rien ne peut promettre à
la poſterité plus de merveilles
& plus de vertus en vous ,que
l'avantage glorieux d'avoir un
tel Pere. Qu'il foit donc l'uni
que modele de ce que vous
ferez , & vous ferez un jour ,
GALANT. 7
comme lay , pour le reſte de
voſtre vie,l'objet de l'amour &
de la benediction des peuples.
J'ay l'Univers entier pour
garant de ce que j'avance :
il engouverne le premier , le
plus riche ,& le plus floriſſant
Royaume ; dites luy , Monfeigneur
, au nom de tous les
François , qu'il apprenne à les
gouverner long temps , & à
menager des jours ſi précieux ,
dont ſes ſoins infatigables
pour noſtre repos , pourroient
abreger lecours . C'eſt de leur
durée& de ſa ſanté que dépend
noſtre felicité.
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249
p. 22-24
« Comme la lecture de ce Livre ne vous est, je pense, encore [...] »
Début :
Comme la lecture de ce Livre ne vous est, je pense, encore [...]
Mots clefs :
Liberté, Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Comme la lecture de ce Livre ne vous est, je pense, encore [...] »
Comme la lecture de ce
Livre ne vous eſt, je penſe, encore
guere familiere , avant
quevous en liſiez davantage ,
il eſt bon de vous dire que la
liberté eſt l'ame de ce volume,
que tout ce qui s'offre de paffable
ſous ma main & à mon
GALANT. 23
imagination , y trouve indiftinctement
ſa place , & que le
deflein n'en paroiſt ſuivi qu'à
proportion du rapport qu'ont
entre eux les ouvrages qui
ſervent à le remplir. Ce rapport
dépend de la diligence ,
oudela lenteur de ceux qui
lecompoſent , & de là naît la
neceffité de ſuppléer par des
faillies , à l'arrangement qu'on
pourroit exiger de moy , fi les
honnêtes gens qui me prêtent
des fecours avoient le loiſir
de me fournir des pieces qui
puffent marcher à la queuë de
celles qu'il leur conviendroit
24 MERCURE
de ſuivre ; mais alors la pre
miere fantaisie , une Hiſtoire
,
galante , par exemple , m'aide
ſouvent à me tirer d'affaires
Témoin celle- cy.
Livre ne vous eſt, je penſe, encore
guere familiere , avant
quevous en liſiez davantage ,
il eſt bon de vous dire que la
liberté eſt l'ame de ce volume,
que tout ce qui s'offre de paffable
ſous ma main & à mon
GALANT. 23
imagination , y trouve indiftinctement
ſa place , & que le
deflein n'en paroiſt ſuivi qu'à
proportion du rapport qu'ont
entre eux les ouvrages qui
ſervent à le remplir. Ce rapport
dépend de la diligence ,
oudela lenteur de ceux qui
lecompoſent , & de là naît la
neceffité de ſuppléer par des
faillies , à l'arrangement qu'on
pourroit exiger de moy , fi les
honnêtes gens qui me prêtent
des fecours avoient le loiſir
de me fournir des pieces qui
puffent marcher à la queuë de
celles qu'il leur conviendroit
24 MERCURE
de ſuivre ; mais alors la pre
miere fantaisie , une Hiſtoire
,
galante , par exemple , m'aide
ſouvent à me tirer d'affaires
Témoin celle- cy.
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250
p. 83-84
Apologie de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais à propos de Romans, je ne sçay pourquoy on m'a si [...]
Mots clefs :
Romans, Auteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Apologie de l'Auteur. [titre d'après la table]
Mais à propos deRomans,
je ne ſçay pourquoy on m'a fi
prodigieuſement chicanné le
mois paffe , fur celuy de la
Comteffe de Savoye. Je n'ay
qu'un mot àrépondre aux reproches
qu'on m'a faits à ce
ſujet. Je n'en connoiffois pas
l'Auteur ; d'ailleurs je ne l'avois
jamais lû &je croyois (comme
je le croy encore ) qu'il eſtoit
du domainedeMercure , de ſe
faiſir de toutes les idées qu'on
lui donne indifferemment ſur
toute forte de ſujets , & que
ſon employ ne le rendoit pas
eſclave des Auteurs : qualité
84 MERCURE
dont jeme ferois neanmoins
un grand honneur avec
l'Auteur de laComteſſe de Sa
voye;& c'eſt à ſa ſeule confide
ration que je fupprime,en dépit
de mes plus chers corref
pondans , une demie douzaine
de nouvelles lettres à Mendo
ce, àcondition cependant qu'
on ne trouvera pas mauvais
que je rende publique cette ré
ponſe de Mendoce à la Com
teffe de Savoye,
je ne ſçay pourquoy on m'a fi
prodigieuſement chicanné le
mois paffe , fur celuy de la
Comteffe de Savoye. Je n'ay
qu'un mot àrépondre aux reproches
qu'on m'a faits à ce
ſujet. Je n'en connoiffois pas
l'Auteur ; d'ailleurs je ne l'avois
jamais lû &je croyois (comme
je le croy encore ) qu'il eſtoit
du domainedeMercure , de ſe
faiſir de toutes les idées qu'on
lui donne indifferemment ſur
toute forte de ſujets , & que
ſon employ ne le rendoit pas
eſclave des Auteurs : qualité
84 MERCURE
dont jeme ferois neanmoins
un grand honneur avec
l'Auteur de laComteſſe de Sa
voye;& c'eſt à ſa ſeule confide
ration que je fupprime,en dépit
de mes plus chers corref
pondans , une demie douzaine
de nouvelles lettres à Mendo
ce, àcondition cependant qu'
on ne trouvera pas mauvais
que je rende publique cette ré
ponſe de Mendoce à la Com
teffe de Savoye,
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251
p. 89-90
« On me dira peut être que cette Lettre ne revient que [...] »
Début :
On me dira peut être que cette Lettre ne revient que [...]
Mots clefs :
Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On me dira peut être que cette Lettre ne revient que [...] »
On me dira peut être que
cette Lettre ne revient que
mediocrement à l'hiſtoire de
la Comteſſe de Savoye : je
foutiens moy qu'elle n'y revient
point du tout ; mais c'eſt
la faute de Mendoce ,& non
la mienne il devoit répondre
ad rem , ilne l'a pas fait , tant
pis pour luy : & ce n'eſt pas
à moy à juſtifier ſonindolence.
S'il ſe raviſe à labonne heure ,
Octobre 1715 . H
, MERCURE
auſſi-toſt je vous en feray part .
En attendant trouvez bon que
je vous preſente encore une
Ode qui a fon merite , elle eſt
dela façon de M. l'Abbé Pelegrin.
Ellea diſputé le prix de
l'Academie Françoiſe à M.
Roy ,& ne l'a pas remporté ,
foit malheur , ſoit équité , je
vous fais juge du droit qu'elle
acû d'y pretendre.
cette Lettre ne revient que
mediocrement à l'hiſtoire de
la Comteſſe de Savoye : je
foutiens moy qu'elle n'y revient
point du tout ; mais c'eſt
la faute de Mendoce ,& non
la mienne il devoit répondre
ad rem , ilne l'a pas fait , tant
pis pour luy : & ce n'eſt pas
à moy à juſtifier ſonindolence.
S'il ſe raviſe à labonne heure ,
Octobre 1715 . H
, MERCURE
auſſi-toſt je vous en feray part .
En attendant trouvez bon que
je vous preſente encore une
Ode qui a fon merite , elle eſt
dela façon de M. l'Abbé Pelegrin.
Ellea diſputé le prix de
l'Academie Françoiſe à M.
Roy ,& ne l'a pas remporté ,
foit malheur , ſoit équité , je
vous fais juge du droit qu'elle
acû d'y pretendre.
Fermer
252
p. 119-120
« En voicy d'autres encore, que je suis indispensablement obligé [...] »
Début :
En voicy d'autres encore, que je suis indispensablement obligé [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En voicy d'autres encore, que je suis indispensablement obligé [...] »
En voicy d'autres encore ,
que je ſuis indiſpenſablement
oobblliiggéé ddee vvoouuss preſenter : ce
ſont des Bouts-rimez remplis
que j'ay propofé le mois paffé
120 MERCURE
&qu'on m'a envoyez ce moiscy
dans la forme ſuivante.
que je ſuis indiſpenſablement
oobblliiggéé ddee vvoouuss preſenter : ce
ſont des Bouts-rimez remplis
que j'ay propofé le mois paffé
120 MERCURE
&qu'on m'a envoyez ce moiscy
dans la forme ſuivante.
Fermer
253
p. 123
« Je n'ay que deux mots Latins à vous dire sur ce Sonnet, [...] »
Début :
Je n'ay que deux mots Latins à vous dire sur ce Sonnet, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je n'ay que deux mots Latins à vous dire sur ce Sonnet, [...] »
Jen'ay que deux mots Latins
àvous dire ſur ce Sonner,
Laudo Conatum ;mais en voicy
encore un autre ſur les mêmes
rimes.
àvous dire ſur ce Sonner,
Laudo Conatum ;mais en voicy
encore un autre ſur les mêmes
rimes.
Fermer
254
p. 125-126
« Voicy encore deux Sonnets sur les premiers Bouts rimez. [...] »
Début :
Voicy encore deux Sonnets sur les premiers Bouts rimez. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy encore deux Sonnets sur les premiers Bouts rimez. [...] »
Voicy encore deux Sonnets
fur les premiers Bouts rimez .
J'en ay perdu deux qui m'ont
pasu fort bons , & que je prie
Liij
126 MERCURE
leurAureur de me renvoyer.
Pour ce mois cy 'vous n'en
aurez pas davantage.
fur les premiers Bouts rimez .
J'en ay perdu deux qui m'ont
pasu fort bons , & que je prie
Liij
126 MERCURE
leurAureur de me renvoyer.
Pour ce mois cy 'vous n'en
aurez pas davantage.
Fermer
255
p. 145-148
Autre belle Réflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais à propos de Livres, on revient encore à la charge [...]
Mots clefs :
Copiste, Nouvelliste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre belle Réflexion de l'Auteur. [titre d'après la table]
Mais à propos de Livres ,
on revient encore à la charge
fur mon compte , on recommence
à me reprocher que je
parle trop fouvent de moi ,
dans le mien : eſt ce pour me
loüer j'ay tort : finon , j'ay
raiſon. De qui ont parlé , s'il
vous plaît , Meſſieurs les Cenfeurs
, tous les faiſeurs de Me-
Octobre 1715 . N
146 MERCURE
moires dumonde ? n'est- ce pas
d'eux - mêmes , la plupart du
tems ? Et dequoi voulez vous
que je vous entretienne , aprés
les Gazettes de Roterdam
d'Amſterdam , de Leyden , de
Verdun & de France , de tour :
ce qu'elles vous auront dit en
trois ou quatre façons differentes
?
,
Vous voulez apparemment
que je devienne le Copiſte ,
ou le Commentateur de ces
grands monuments : je m'en
garderay bien , ces fortes de
pillages ne font permis que
lorſqu'on ne peut ſediſpenſer
GALANT. 147
1
de les faire. D'ailleurs je n'ay
jamais pris le ton des nouvelles,
en nouvelliſte reglé. J'ay
ſenti dés les premiers jours
que j'ay été inſtallé dans mon
emploi , la ſechereſſe de ce lan.
gage , & j'y ay ſuppléé autant
que j'ay pû, par monattention
à ramaſſer de bonnes pieces &
des Memoires curieux. Quand
ils m'ont manqué , j'ay raiſonné
àma fantaiſie , &tant qu'ils
me manqueront je raiſonneray
de même ; d'autant
plus volontiers que je ſçay de
bonnepart que mes raiſonnemens
ont amufe les Dames &
Nij
148 MERCURE
tous les honnêtes gens qui ne
cherchent qu'à s'amufer : co
que vous allez lire par exemple
eft de cette nature.
on revient encore à la charge
fur mon compte , on recommence
à me reprocher que je
parle trop fouvent de moi ,
dans le mien : eſt ce pour me
loüer j'ay tort : finon , j'ay
raiſon. De qui ont parlé , s'il
vous plaît , Meſſieurs les Cenfeurs
, tous les faiſeurs de Me-
Octobre 1715 . N
146 MERCURE
moires dumonde ? n'est- ce pas
d'eux - mêmes , la plupart du
tems ? Et dequoi voulez vous
que je vous entretienne , aprés
les Gazettes de Roterdam
d'Amſterdam , de Leyden , de
Verdun & de France , de tour :
ce qu'elles vous auront dit en
trois ou quatre façons differentes
?
,
Vous voulez apparemment
que je devienne le Copiſte ,
ou le Commentateur de ces
grands monuments : je m'en
garderay bien , ces fortes de
pillages ne font permis que
lorſqu'on ne peut ſediſpenſer
GALANT. 147
1
de les faire. D'ailleurs je n'ay
jamais pris le ton des nouvelles,
en nouvelliſte reglé. J'ay
ſenti dés les premiers jours
que j'ay été inſtallé dans mon
emploi , la ſechereſſe de ce lan.
gage , & j'y ay ſuppléé autant
que j'ay pû, par monattention
à ramaſſer de bonnes pieces &
des Memoires curieux. Quand
ils m'ont manqué , j'ay raiſonné
àma fantaiſie , &tant qu'ils
me manqueront je raiſonneray
de même ; d'autant
plus volontiers que je ſçay de
bonnepart que mes raiſonnemens
ont amufe les Dames &
Nij
148 MERCURE
tous les honnêtes gens qui ne
cherchent qu'à s'amufer : co
que vous allez lire par exemple
eft de cette nature.
Fermer
256
p. 159
« Sortons maintenant de Paris & allons faire un tour en Afrique [...] »
Début :
Sortons maintenant de Paris & allons faire un tour en Afrique [...]
Mots clefs :
Voyager
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Sortons maintenant de Paris & allons faire un tour en Afrique [...] »
iSortons maintenant de Paris
&allons faire untour en Afrique;
à vous dire vray , il y a un
peuloin ; mais de la maniere
dont je vous feray voyager ,
vous n'aurez jamais licu de
vous plaindre.
&allons faire untour en Afrique;
à vous dire vray , il y a un
peuloin ; mais de la maniere
dont je vous feray voyager ,
vous n'aurez jamais licu de
vous plaindre.
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257
p. 221
« Vous voilà, je pense, suffisamment instruit des qualitez des personnes [...] »
Début :
Vous voilà, je pense, suffisamment instruit des qualitez des personnes [...]
Mots clefs :
Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous voilà, je pense, suffisamment instruit des qualitez des personnes [...] »
Vous voilà, je penſe , ſuffiſamment
inſtruit des qualitez
des perfonnes de distinction
morts ce mois cy , pallons aux
Mariages.
inſtruit des qualitez
des perfonnes de distinction
morts ce mois cy , pallons aux
Mariages.
Fermer
258
p. 231
« Voicy encore un Sonnet sur le même sujet, que je mets [...] »
Début :
Voicy encore un Sonnet sur le même sujet, que je mets [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy encore un Sonnet sur le même sujet, que je mets [...] »
Voicy encore unSonnet fur
le même ſujet , que je mets
avec conno flance de cauſe , au
nombre des meilleurs que j'aye
reçû ce mois- cy. Il eſt de la
façon de M Thierry, Commi
de M. de Montargis .
le même ſujet , que je mets
avec conno flance de cauſe , au
nombre des meilleurs que j'aye
reçû ce mois- cy. Il eſt de la
façon de M Thierry, Commi
de M. de Montargis .
Fermer
259
p. 233-234
« Pour la Piece que vous allez lire, elle n'a nul rapport avec [...] »
Début :
Pour la Piece que vous allez lire, elle n'a nul rapport avec [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pour la Piece que vous allez lire, elle n'a nul rapport avec [...] »
Pour la Piece que vous allez
lire , elle n'a nul rapport avec
tout ce qui la précede : & eft
à mon gré, un des plus jolis
es
morceaux de Poësie qu'on
puiſſe faire. C'eſt une ſailliede
Octobre 1715 . V
234 MERCURE
M. F. & tout ce que M. F.
compoſe, eſt plein de juſteſſe
& d'eſprit.
lire , elle n'a nul rapport avec
tout ce qui la précede : & eft
à mon gré, un des plus jolis
es
morceaux de Poësie qu'on
puiſſe faire. C'eſt une ſailliede
Octobre 1715 . V
234 MERCURE
M. F. & tout ce que M. F.
compoſe, eſt plein de juſteſſe
& d'eſprit.
Fermer
260
p. 251
« Aprés vous avoir donné le mois passé & celuy cy deux [...] »
Début :
Aprés vous avoir donné le mois passé & celuy cy deux [...]
Mots clefs :
Ode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Aprés vous avoir donné le mois passé & celuy cy deux [...] »
Aprés vous avoir donné le
mois paflé & celuy cy deux
Odes qui ont dilputé le Prix
de Poëfie à M. Roy , il eſt
bien juſte de vous donner
maintenant le remerciement
qu'il fit à Meſſieurs de l'Académie
Françoiſe : cette Ode ,
au gré des connoiffeurs , meritoit
un troifiéme Prix.
mois paflé & celuy cy deux
Odes qui ont dilputé le Prix
de Poëfie à M. Roy , il eſt
bien juſte de vous donner
maintenant le remerciement
qu'il fit à Meſſieurs de l'Académie
Françoiſe : cette Ode ,
au gré des connoiffeurs , meritoit
un troifiéme Prix.
Fermer
261
p. 264-266
Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
MONSEIGNEUR, Si quelques endroits de ce Livre meritent d'amuser Vôtre [...]
Mots clefs :
Altesse royale, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de l'Auteur. [titre d'après la table]
MONSEIGNEUR,
Si quelques endroits de ce
Livre meritent d'amuſerVôtre
Alteſſe Royale , il n'en faut
pas davantage pour m'encouragerà
le rendre meilleur. Je me
ſers de ce terme , parce qu'en
verité , on a beſoin de beaucoupde
courage& d'une grande
conſtance , pour foutenir
un pareil ouvrage..
Je ne m'excuſe point, Monſeigneur
, de la temerité avec
laquelle j'ay ofé vous le dédier,
c'eſt un uſage établi parmi
tous
GALANT. 265
-
י
tous lesAuteurs , qui ufurpent
ſouvent le Privilege de mettre
à la tête des plus méchants
Livres , les plus grands noms
dumonde ; mais je me garderois
bien de prendre une pareille
licence , fi Mercure n'étoit
pas,comme il l'eſt , le magaſin
des penſées & des avantures
de tout le genre humain. Ainſi
quelque choſe qu'on ofe
dire du Mercure Galant , tant
de mains contribuent à le
faire , que le merite & les qualitez
de ceux qui s'en meſlent
ſuffiſent pour luy donner l'autorité
qu'on luy diſpute. Pour
Octobre 1715 . Z
,
266 MERCURE
moyje n'y prends deformais
pour ma part , que le droit de
vous faireconnoiſtre les gens
d'eſprit qui me ſecondent ,&
que la gloire de vous affeurer
du parfait dévouement & du
profond reſpect avec lesquels
jayl'honneur d'être, de Võrre
AlteſſeRoyale ,
Monseigneur ,
:
Le plus humble , le plusobéiſſant,&
le plus foumis
Serviteur ,leFebvre D. F.
Si quelques endroits de ce
Livre meritent d'amuſerVôtre
Alteſſe Royale , il n'en faut
pas davantage pour m'encouragerà
le rendre meilleur. Je me
ſers de ce terme , parce qu'en
verité , on a beſoin de beaucoupde
courage& d'une grande
conſtance , pour foutenir
un pareil ouvrage..
Je ne m'excuſe point, Monſeigneur
, de la temerité avec
laquelle j'ay ofé vous le dédier,
c'eſt un uſage établi parmi
tous
GALANT. 265
-
י
tous lesAuteurs , qui ufurpent
ſouvent le Privilege de mettre
à la tête des plus méchants
Livres , les plus grands noms
dumonde ; mais je me garderois
bien de prendre une pareille
licence , fi Mercure n'étoit
pas,comme il l'eſt , le magaſin
des penſées & des avantures
de tout le genre humain. Ainſi
quelque choſe qu'on ofe
dire du Mercure Galant , tant
de mains contribuent à le
faire , que le merite & les qualitez
de ceux qui s'en meſlent
ſuffiſent pour luy donner l'autorité
qu'on luy diſpute. Pour
Octobre 1715 . Z
,
266 MERCURE
moyje n'y prends deformais
pour ma part , que le droit de
vous faireconnoiſtre les gens
d'eſprit qui me ſecondent ,&
que la gloire de vous affeurer
du parfait dévouement & du
profond reſpect avec lesquels
jayl'honneur d'être, de Võrre
AlteſſeRoyale ,
Monseigneur ,
:
Le plus humble , le plusobéiſſant,&
le plus foumis
Serviteur ,leFebvre D. F.
Fermer
262
p. 93
« La lecture d'un Conte me paroît du moins aussi amusante [...] »
Début :
La lecture d'un Conte me paroît du moins aussi amusante [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La lecture d'un Conte me paroît du moins aussi amusante [...] »
La lecture d'un Conte me
paroît du moins auffi amuſante
qu'une Chanfon . Je m'en
rapporte au Ledtour.
paroît du moins auffi amuſante
qu'une Chanfon . Je m'en
rapporte au Ledtour.
Fermer
263
p. 99
« Pendant qu'il est question de Vers, la lecture d'une Epigramme [...] »
Début :
Pendant qu'il est question de Vers, la lecture d'une Epigramme [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Pendant qu'il est question de Vers, la lecture d'une Epigramme [...] »
Pendant qu'il eft queſtion
de Vers , la lecture d'une Epigramme
& de deux ou trois
Sonnets n'ef
pas une affaire.
La matiere dont ils traitent eft
tellement du goût de tout le
monde , qu'il n'eft pas permis
de s'ennuyer à les lire.
de Vers , la lecture d'une Epigramme
& de deux ou trois
Sonnets n'ef
pas une affaire.
La matiere dont ils traitent eft
tellement du goût de tout le
monde , qu'il n'eft pas permis
de s'ennuyer à les lire.
Fermer
264
p. 101
« Je prie l'Auteur de cette Epigramme de se souvenir du [...] »
Début :
Je prie l'Auteur de cette Epigramme de se souvenir du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je prie l'Auteur de cette Epigramme de se souvenir du [...] »
Je prie l'Auteur de cette
Epigramme de fe fouvenir du
moins par reconnoiffance , de
payer dorénavant le port des
paquets qu'il me fera l'honneur
de m'envoyer , & je demande
la même grace à ceux
dont la negligence m'oblige à
fupprimer les Ouvrages.
Epigramme de fe fouvenir du
moins par reconnoiffance , de
payer dorénavant le port des
paquets qu'il me fera l'honneur
de m'envoyer , & je demande
la même grace à ceux
dont la negligence m'oblige à
fupprimer les Ouvrages.
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265
p. 106-107
« En voicy encore un autre sur des Bouts-rimez que j'ay [...] »
Début :
En voicy encore un autre sur des Bouts-rimez que j'ay [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En voicy encore un autre sur des Bouts-rimez que j'ay [...] »
En voicy encore un autre
fur des Bouts-rimez que j'ay
propofcz, & qui s'étoit échapé
dans les papiers du mois paſſé ;
GALANT . 107
mais il ne merite pas de languir
& de perir dans l'obſcu
SPACOT
rité.
fur des Bouts-rimez que j'ay
propofcz, & qui s'étoit échapé
dans les papiers du mois paſſé ;
GALANT . 107
mais il ne merite pas de languir
& de perir dans l'obſcu
SPACOT
rité.
Fermer
266
p. 118-119
« Passons maintenant, sous le bon plaisir du Lecteur, aux Nouvelles [...] »
Début :
Passons maintenant, sous le bon plaisir du Lecteur, aux Nouvelles [...]
Mots clefs :
Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Passons maintenant, sous le bon plaisir du Lecteur, aux Nouvelles [...] »
Paffons maintenant , fous le
bon plaifir du Lecteur , aux
Nouvelles du temps. Il en eft ,
je ne me trompe , de cet article
, ce qu'il en eft de la parade
des Danfeurs de Corde ,
dans les Preaux des Foires. Le
peuple s'empreffe à regarder
les divertiffements dont ces
Baladins le regalent en dehors ,
& peu fe mettent en peine de
voir ce qui fe paffe au - dedans.
De même une Hiftoire , des
GALANT . 119
Pieces de Poëfie galante , des
Contes , des Enigmes amufent
les Lecteurs ; & la plupart
bâille fur les Nouvelles. Ils ont
neanmoins fouvent tort , & il
y a des temps où je leur confeillerois
d'en faire un meilleur
uſage : au refte c'eft leur affaire
, & la mienne eft d'aller toû
jours mon chemin .
bon plaifir du Lecteur , aux
Nouvelles du temps. Il en eft ,
je ne me trompe , de cet article
, ce qu'il en eft de la parade
des Danfeurs de Corde ,
dans les Preaux des Foires. Le
peuple s'empreffe à regarder
les divertiffements dont ces
Baladins le regalent en dehors ,
& peu fe mettent en peine de
voir ce qui fe paffe au - dedans.
De même une Hiftoire , des
GALANT . 119
Pieces de Poëfie galante , des
Contes , des Enigmes amufent
les Lecteurs ; & la plupart
bâille fur les Nouvelles. Ils ont
neanmoins fouvent tort , & il
y a des temps où je leur confeillerois
d'en faire un meilleur
uſage : au refte c'eft leur affaire
, & la mienne eft d'aller toû
jours mon chemin .
Fermer
267
p. 186
« Je prie le Lecteur de me permettre d'interrompre cet [...] »
Début :
Je prie le Lecteur de me permettre d'interrompre cet [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je prie le Lecteur de me permettre d'interrompre cet [...] »
Je prie le Lecteur de me
permettre, d'interrompre cet
article que nous reprendrons
ailleurs pour luy faire part du
Mariage de
permettre, d'interrompre cet
article que nous reprendrons
ailleurs pour luy faire part du
Mariage de
Fermer
268
p. 194-197
Justification de l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
La liberté qu'on a de m'en imposer, tant qu'on veut, dans [...]
Mots clefs :
Vertu, Vérité, Homme, Conséquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Justification de l'Auteur. [titre d'après la table]
ubLa liberté qu'on arde m'en
impoſer , tant qu'on veut, dans
les Memoires qu'on m'envoye,
fans qu'il me foit poflible
de demefler la verité ;fur tout
lorfque la confequence des
évenemens qu'on m'écrit , ne
peut pas m'être fenfible , faute
de connoiftre les gens dont on
me parle , m'expofe quelquefois
au malheur de publier des
chofes defagréables & fauffes,
m'eft par exemple as-
&e
qui
ar
GALANT. 195
rivé trés innocemment dans le
Mercure du mois dernier , &
je dois au merite & à la vertu
de Mademoiſelle Yma une réparation
autentique ; on avoit
malicieufement prêté à cetre
Demoiselle une Avanture qui
ne luy eftpoint arrivée , & des
gens mal intentionnez pour
elle , ont fuppofé qu'elle avoit
fait une démarche hardie , à
Jaquelle elle n'a jamais efté capable
de penfer. Voicy la verité
du fait telle que je l'ay apprife,
aprés m'en cftre informé
avec la derniere exactitude.
Mademoiſelle Yma accabléc
·
Rij
196 MERCURE
des importunitez d'un homme
pour lequel par les plus puiflantes
raifons du monde elle doit
avoir une parfaite indiff.rence,
aprés avoir mis en uſage tous
les expedients que la vertu la
plus exacte & la plus rigide
preferit en pareilles occafions ,
fe déroba le 4. du mois paffé
aux violentes & honteufes
pourfuites de cet homme pour
s'aller jetter dans un Couvent,
& y chercher un afyle où elle
pût mettre fa vertu à couvert
de tant d'injuftes perfecutions:
cette précaution pleine de fageffe
a donné lieu aux mauGALANT.
197
vais contes que j'en ay fait
dans le dernier Mercure , parce
que j'ay crû le pouvoir faire
fans que cela tirat à aucune
confequence , & que Mademoiſelle
Yma étoit un nom
-purement inventé , & dont l'avanture
n'avoit pas plus de
fondement
que le nom . J'ay
depuis découvert clairement
la tromperie que l'on m'avoit
faite , & je luy rends aujour
d'huy , autant qu'il eft en mon
pouvoir , toute la justice que
je dois à fa vertu , digne cer-
Gainement d'un parfait éloge
impoſer , tant qu'on veut, dans
les Memoires qu'on m'envoye,
fans qu'il me foit poflible
de demefler la verité ;fur tout
lorfque la confequence des
évenemens qu'on m'écrit , ne
peut pas m'être fenfible , faute
de connoiftre les gens dont on
me parle , m'expofe quelquefois
au malheur de publier des
chofes defagréables & fauffes,
m'eft par exemple as-
&e
qui
ar
GALANT. 195
rivé trés innocemment dans le
Mercure du mois dernier , &
je dois au merite & à la vertu
de Mademoiſelle Yma une réparation
autentique ; on avoit
malicieufement prêté à cetre
Demoiselle une Avanture qui
ne luy eftpoint arrivée , & des
gens mal intentionnez pour
elle , ont fuppofé qu'elle avoit
fait une démarche hardie , à
Jaquelle elle n'a jamais efté capable
de penfer. Voicy la verité
du fait telle que je l'ay apprife,
aprés m'en cftre informé
avec la derniere exactitude.
Mademoiſelle Yma accabléc
·
Rij
196 MERCURE
des importunitez d'un homme
pour lequel par les plus puiflantes
raifons du monde elle doit
avoir une parfaite indiff.rence,
aprés avoir mis en uſage tous
les expedients que la vertu la
plus exacte & la plus rigide
preferit en pareilles occafions ,
fe déroba le 4. du mois paffé
aux violentes & honteufes
pourfuites de cet homme pour
s'aller jetter dans un Couvent,
& y chercher un afyle où elle
pût mettre fa vertu à couvert
de tant d'injuftes perfecutions:
cette précaution pleine de fageffe
a donné lieu aux mauGALANT.
197
vais contes que j'en ay fait
dans le dernier Mercure , parce
que j'ay crû le pouvoir faire
fans que cela tirat à aucune
confequence , & que Mademoiſelle
Yma étoit un nom
-purement inventé , & dont l'avanture
n'avoit pas plus de
fondement
que le nom . J'ay
depuis découvert clairement
la tromperie que l'on m'avoit
faite , & je luy rends aujour
d'huy , autant qu'il eft en mon
pouvoir , toute la justice que
je dois à fa vertu , digne cer-
Gainement d'un parfait éloge
Fermer
269
p. 208
« Le dessein que j'ay de donner incessamment une suite du [...] »
Début :
Le dessein que j'ay de donner incessamment une suite du [...]
Mots clefs :
Nouvelles étrangères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le dessein que j'ay de donner incessamment une suite du [...] »
Le deffein que j'ay de don
ner inceffimment une fuite du
Mercure de ce mois , m'oblige
à retrancher de ce premier Vo
lume toutes les Nouvelles étrangeres
dont je devois faire
un fecond article , pour faire
paffer celles qu'un retardement
de huit jours rendroit trop
vicilles .
ner inceffimment une fuite du
Mercure de ce mois , m'oblige
à retrancher de ce premier Vo
lume toutes les Nouvelles étrangeres
dont je devois faire
un fecond article , pour faire
paffer celles qu'un retardement
de huit jours rendroit trop
vicilles .
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270
p. 3-5
Beau début en Vers de la façon de l'Aut. [titre d'après la table]
Début :
Un Auteur plus rusé que moy, [...]
Mots clefs :
Lecteur, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Beau début en Vers de la façon de l'Aut. [titre d'après la table]
NAuteur plus rufé que
moy .
Suspendroit d'un mois
vos Etrennes ,
Decembre 1715. Aij
4
MERCURE
Pourvous escamoter les fienness
Vous l'attendriezsur la foy
D'un millier de promeſſes vaines
Que tout Lecteur prendroit pour
Soy.
Beaux extraits de la Rethorique ,
Eloges pour tous les humains ,
Odes , Epigrammes , Quatrains ,
Conte, Fable anacreontique ,
MilleOuvrages d'un goûtexquis
Vous seroient en un mot promis s
Mais moy, fur qui jadis , un
Poëte en colere
Se démit (je nesçai comment,
Du ſoin de chercher à vous plaire
Une fois par mois ſeulement ,
Jejure à tous Lecteurs ,jeunes ,
vieux , bons &ſages , 1
:
GALANT. 5
Par le droit abfolu quej'ay
De prendre avec eux mon congé,
Dejetterdans lefeu mille mau-
Dont
vais ouvrages
inhumainement ,le Public
m'a chargé,
Si tous ceuxqui m'ont engagé,
N'ontſoin demepayer mes gages.
٢٠
:
MERCURE.
moy .
Suspendroit d'un mois
vos Etrennes ,
Decembre 1715. Aij
4
MERCURE
Pourvous escamoter les fienness
Vous l'attendriezsur la foy
D'un millier de promeſſes vaines
Que tout Lecteur prendroit pour
Soy.
Beaux extraits de la Rethorique ,
Eloges pour tous les humains ,
Odes , Epigrammes , Quatrains ,
Conte, Fable anacreontique ,
MilleOuvrages d'un goûtexquis
Vous seroient en un mot promis s
Mais moy, fur qui jadis , un
Poëte en colere
Se démit (je nesçai comment,
Du ſoin de chercher à vous plaire
Une fois par mois ſeulement ,
Jejure à tous Lecteurs ,jeunes ,
vieux , bons &ſages , 1
:
GALANT. 5
Par le droit abfolu quej'ay
De prendre avec eux mon congé,
Dejetterdans lefeu mille mau-
Dont
vais ouvrages
inhumainement ,le Public
m'a chargé,
Si tous ceuxqui m'ont engagé,
N'ontſoin demepayer mes gages.
٢٠
:
MERCURE.
Fermer
271
p. 5-8
Suite ingénieuse de son Prélude. [titre d'après la table]
Début :
J suis sûr à present, que tous les Auteur qui sont entre [...]
Mots clefs :
Mercure, Insectes, Monde, Lecteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite ingénieuse de son Prélude. [titre d'après la table]
Je ſuis fûr à preſent , que
tous lesAuteurs qui font entre
mes mains , & qui tremblent
de peur, que je ne livre au bras
feculier,les admirables producsions
de leurs eſprits , vont
4
Aiij
6 MERCURE
écrire des quatre parties du
Monde , des lettres de recommandation
pour moy, aux divinitezdont
je reverelapuidan.
ce , afin de m'engager à revoquer
leredoutable Arreſt , que
je viens de prononcer contre
leurs ouvrages : Sinon je n'épargne
perſonne .... que de
familles deſolées ! que de mortels
affligez , de voir ainſi miferablement
périr leurs enfans
dans les flâmes ce monceau
de victimes ne fatisfera pas ma
vengeance , je feray ſubir le
même ſort à tous ceux que
leur triſte deſtinée expofera
GALANT
deformais àmonreſſentiment.
Le monde , à vray dire , ſera
purgéd'ungrandnombred'infectes
; mais c'est toujoursune
perte dans la nature , & il eſt
établi de tout temps que ces
infectes de l'eſprit , foient aux
yeux d'ungrandnombre d'humains
, la pâture de leur ignorance.
Sera en un mot , qui le
voudra,en ma place , le miferable
Mercure de toutes ces
productions .... cependant
il me prend de temps entemps
des retours de tendreſſe , vers
mes chers & bien aimez Lecteurs
, mes projets à chaque
Aiiij
8 MERCURE
inſtant ſe templiffent d'ineertitude
,& tous mes deſſeins ſe
détruiſent les uns par les autres
.... mais , quoy
*Me verra-t on toûjours aller
revenir encor ...
:
De lafille d'Helene àla veuve
d'Hector?
Non c'est trop balancer ...nquer
dis-je ? .. mais pourtant ...
Ah!fi vous voulez vos Etren-
Cher Lecteur donnez moy les
miennes.
tous lesAuteurs qui font entre
mes mains , & qui tremblent
de peur, que je ne livre au bras
feculier,les admirables producsions
de leurs eſprits , vont
4
Aiij
6 MERCURE
écrire des quatre parties du
Monde , des lettres de recommandation
pour moy, aux divinitezdont
je reverelapuidan.
ce , afin de m'engager à revoquer
leredoutable Arreſt , que
je viens de prononcer contre
leurs ouvrages : Sinon je n'épargne
perſonne .... que de
familles deſolées ! que de mortels
affligez , de voir ainſi miferablement
périr leurs enfans
dans les flâmes ce monceau
de victimes ne fatisfera pas ma
vengeance , je feray ſubir le
même ſort à tous ceux que
leur triſte deſtinée expofera
GALANT
deformais àmonreſſentiment.
Le monde , à vray dire , ſera
purgéd'ungrandnombred'infectes
; mais c'est toujoursune
perte dans la nature , & il eſt
établi de tout temps que ces
infectes de l'eſprit , foient aux
yeux d'ungrandnombre d'humains
, la pâture de leur ignorance.
Sera en un mot , qui le
voudra,en ma place , le miferable
Mercure de toutes ces
productions .... cependant
il me prend de temps entemps
des retours de tendreſſe , vers
mes chers & bien aimez Lecteurs
, mes projets à chaque
Aiiij
8 MERCURE
inſtant ſe templiffent d'ineertitude
,& tous mes deſſeins ſe
détruiſent les uns par les autres
.... mais , quoy
*Me verra-t on toûjours aller
revenir encor ...
:
De lafille d'Helene àla veuve
d'Hector?
Non c'est trop balancer ...nquer
dis-je ? .. mais pourtant ...
Ah!fi vous voulez vos Etren-
Cher Lecteur donnez moy les
miennes.
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272
p. 9
« En attendant de vos nouvelles, amusez vous de ce qui [...] »
Début :
En attendant de vos nouvelles, amusez vous de ce qui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En attendant de vos nouvelles, amusez vous de ce qui [...] »
En attendant de vos nou
velles , amuſez vous de ce qui
vous conviendra dans ce Vo
lume.
velles , amuſez vous de ce qui
vous conviendra dans ce Vo
lume.
Fermer
273
p. 26
« Cette Invitation aux Poëtes à faire l'Eloge du Roy a eu [...] »
Début :
Cette Invitation aux Poëtes à faire l'Eloge du Roy a eu [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Invitation aux Poëtes à faire l'Eloge du Roy a eu [...] »
Cette Invitation aux Poëtes
à faire l'Eloge du Roy a cu
fon effet , & a donné licu
l'Ode ſuivante.
à faire l'Eloge du Roy a cu
fon effet , & a donné licu
l'Ode ſuivante.
Fermer
274
p. 176-177
« S'il m'étoit permis de dire librement mon sentiment contre [...] »
Début :
S'il m'étoit permis de dire librement mon sentiment contre [...]
Mots clefs :
Nouvelles, Mercure galant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « S'il m'étoit permis de dire librement mon sentiment contre [...] »
176 MERCURE
م
S'il m'étoit permis de dire
librement monſentiment contre
un uſage établidepuis pluſieurs
années,j'avoürois encore
une fois ingenuëment auxlecteurs
que je ne croy point le
Mercure Galant un Livre où
l'on doive's'attendre à trouver
des nouvelles , que leur merite
& la fraîcheur de leurs dates
puiſſent rendre intereſſantes
& qu'à l'exception de celles de
Paris , où ce Livre s'imprime ,
l'éloignement des lieux rend
toutes fos autres nouvelles fort
,
vieilles , lors qu'il paroift : &
que par confequent j'en fupGALANT
. 177
primerois ( fi c'étoit la mode
des Mercures ) generalement
toutes celles que les Gazettes
annoncent chaque ſemaine ,à
l'exception ſeulement de certainsgrands
évenemens qu'on
ne peut trop publier ; mais on
abeau dire on a l'entêrement
de vouloir des nouvelles , en
voicy quione font certaine--
ment pas mauvaiſend
م
S'il m'étoit permis de dire
librement monſentiment contre
un uſage établidepuis pluſieurs
années,j'avoürois encore
une fois ingenuëment auxlecteurs
que je ne croy point le
Mercure Galant un Livre où
l'on doive's'attendre à trouver
des nouvelles , que leur merite
& la fraîcheur de leurs dates
puiſſent rendre intereſſantes
& qu'à l'exception de celles de
Paris , où ce Livre s'imprime ,
l'éloignement des lieux rend
toutes fos autres nouvelles fort
,
vieilles , lors qu'il paroift : &
que par confequent j'en fupGALANT
. 177
primerois ( fi c'étoit la mode
des Mercures ) generalement
toutes celles que les Gazettes
annoncent chaque ſemaine ,à
l'exception ſeulement de certainsgrands
évenemens qu'on
ne peut trop publier ; mais on
abeau dire on a l'entêrement
de vouloir des nouvelles , en
voicy quione font certaine--
ment pas mauvaiſend
Fermer
275
p. 234-235
« Avant de passer à un autre article, vous me permettrez [...] »
Début :
Avant de passer à un autre article, vous me permettrez [...]
Mots clefs :
Lettre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Avant de passer à un autre article, vous me permettrez [...] »
Avant de paffer à un autre
article , vous me permettrez
, s'il vous plaît , de vous
faire part d'une Lettre écrite à
" une ſpirituelle & belle Per
GALANT. 255
ſonne ſur la mort de ſon Oncle.
Cette Lettre eſt d'un goût
nouveau dans ce genre , & je
luy donneicy , par prévention
ou non , l'approbation & la
placequ'elle merite.
article , vous me permettrez
, s'il vous plaît , de vous
faire part d'une Lettre écrite à
" une ſpirituelle & belle Per
GALANT. 255
ſonne ſur la mort de ſon Oncle.
Cette Lettre eſt d'un goût
nouveau dans ce genre , & je
luy donneicy , par prévention
ou non , l'approbation & la
placequ'elle merite.
Fermer
276
p. 240
« Il y a, si je ne me trompe, assez longtemps que je vous [...] »
Début :
Il y a, si je ne me trompe, assez longtemps que je vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il y a, si je ne me trompe, assez longtemps que je vous [...] »
Ilya , ſijene me trompe ,
affez longtemps que je vous
entretiens ſur le ton le plus
triſte , reprenons maintenant ,
s'il vous plaiſt , l'enjoüement
quenous dérobe tous les mois
l'article que vous venez de lire.
Rien n'eſt plus propre à mon
deſſein qu'une nouvelle galante.
affez longtemps que je vous
entretiens ſur le ton le plus
triſte , reprenons maintenant ,
s'il vous plaiſt , l'enjoüement
quenous dérobe tous les mois
l'article que vous venez de lire.
Rien n'eſt plus propre à mon
deſſein qu'une nouvelle galante.
Fermer
277
p. 247
« Si cette ébauche de dissertation sur le prétendu mauvais [...] »
Début :
Si cette ébauche de dissertation sur le prétendu mauvais [...]
Mots clefs :
Mauvais goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Si cette ébauche de dissertation sur le prétendu mauvais [...] »
i cette ébauche de diſſertation
fur le prétendu mauvais
goust, eſt juſte, à la bonne heu.
re ; fi elle ne l'eſt pas ,
pour elle. Mais pendant que
nous ſommes ſur cette matiere
, paffons aux Mariages , c'eſt
auffi bien un genre de goût où
les eſprits de travers ont trouvé
ſouvent le plus mauvais goust
dumonde.
fur le prétendu mauvais
goust, eſt juſte, à la bonne heu.
re ; fi elle ne l'eſt pas ,
pour elle. Mais pendant que
nous ſommes ſur cette matiere
, paffons aux Mariages , c'eſt
auffi bien un genre de goût où
les eſprits de travers ont trouvé
ſouvent le plus mauvais goust
dumonde.
Fermer
278
p. 269
« Ma Chanson vient à propos à la suite des Mariages. [...] »
Début :
Ma Chanson vient à propos à la suite des Mariages. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ma Chanson vient à propos à la suite des Mariages. [...] »
Ma Chanson vient à propos à la suite des Mariages.
Fermer
279
p. 3-39
CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
Début :
Il y a environ six semaines que je vois au coin [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Homère, M. de la Motte, Jugement, Ouvrages, Traduction, Livre, Chevaux, Traduction, Critique, Examen, Auteur, Esprit, Génie, Lettres, Pacificateur, Homme, Langues, Admiration, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CRITIQUE SUR L'EXAMEN PACIFIQUE DE M. L'ABBÉ DE FOURMONT. Supplément du Mercure de Decembre 1715. NOUVELLES LITTERAIRES.
CRITIQUE
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
SUR
L'EXAMEN PACIFIQUE
DE M. DE FOURMONT .
Supplément duMercuredeDecembre
4715.
NOUVELLES LITTERAIRES .
Ly a environ fix femaines
que je vois au
coin des ruës la longue
Affiche d'un Livre qui a
pour titre :
Decembre 1715. A ij
Examen pacifique de la querelle
de Madame Dacier de
M. de la Motte ſur Homere ,
avec unTraitéſur le Poëme Epique
, la Critique des deux Liades
de pluſieurs autres Poëmes
; parM. Fourmont, Profef-
Seuren LangueArabiqueau CollegeRoyaldeFrance
, &Afforé
de l'Académie Royale des Infcriptions.
J'ay demandé à un grand
nombre de gens de Lettres ce
qu'ils penſoient de cet Ouvrage
, je n'en ay trouvé qu'un
Teul qui m'ait avoüé l'avoir lû
d'un bout à l'autre , je m'imaginay
qu'il alloit m'en dire fon
fentiment ; point du tout , il
me refuſa la confidence , & me
dit pour raiſon de ſon refus ,
qu'il étoit juſte que j'achetaſſe
auſſi cherement que luy , le
droit d'en pouvoir parler .
Il eſt de mon devoir d'annoncer
les Livres nouveaux &
de rendre compte de l'accueil
qu'ils ont reçû du public.Com.
ment puis - je parler de celui cy
puiſque le public ne l'a point
encore qualifié , auendronsnous
qu'il plaiſe aux gens de
Lettres de le lire &d'en parler :
non, il ne faut pas qu'il nous
A iij
1
échape ,jugrons le nous meme
, l'Auteur nous en tiendra
compte de quelque maniere
que nous le faffions , il aura
eſtéparlé de ſon Livre.
Jelay donc lû ce Livre,&
d'un bout à l'autre. Je commençay
, comme de raiſon ,
par le titre , qui me prevint
dereſpect pour l'Auteur.Enfin
me difois je à moy même ,
voicy l'Ange de paix qui , par
des jugements refpectables ,
varenfermer les droits de Madame
Dacier & de M. de la
Motte dans leurs veritables
bornes , les déciſions de ce
:
grandArbitre feront des Arreſts
Souverains pour l'un &
l'autre Emule ;mais fa miſſion
ne ſe borne pas à pacifier
noſtre Parnaſſe , il va dicter des
Loixinvariables qui guideront
àjamais les Poëtes ; nous allons
voir un traité ſur le Poëme
Epique dont, fans doute , tous
les preceptes feront autant
d'axiomes pour les races futu-
J'avoüe bonnement icy le
penchant que j'ay àme laiffer
ſéduire aux promeſſes hardies ,
j'eſpererois peut eſtre en qui
me promettroit l'impoſſible ,
8
mais je reconnois enfin les
vrais & les faux Prophetes à
l'Ouvrage.
L'Ouvrage de M. Fourmont
m'a , je l'avoie , pleinement
détrompé ,je m'inſcrivis
en faux contre ſa miffion , &
j'ofe avancer qu'il ne ſouſtient
aucun des titres dont il s'eft
décoré dans ſa ſuperbe affiche,
Il ſe donne pour Examinateur
pacifique de la querelle
qui diviſe Madame Dacier &
M. de la Motte. Il y a dans ce
peu de mois bien des engage
mentss
1. Pour ofer juger d'office
une pareille difpute entre deux
و
Auteurs tels que ceux- cy , il
ſcroit bon qu'on joüit dans le
monde d'une réputation ſuperieure
qui ſauva le reproche
d'inconfideration & quiaffûra
le mediateur de la reſpectueuſe
déference desContendans.
Il
2°. Il faudroit à l'Arbitre
unerailon ferme , à l'épreuve
des prejugezles plus imperieux
feroit à propos qu'il
ſfeeffuut familiariſe avec les Ouvrages
de genie , tant de notre
fiecle que des fiecles anterieurs,
qu'il ſecut les ſentir ,& rendre
compre de fon gouft en atteftant
les regles immuables que
10
laraiſon ſeule a droit de pref
crire à toutes les productions
de l'eſprit.
うに、
4. Je voudrois qu'il foû
rint le titre de pacificateur ,
enn'employant dans ſa negociation
que des paroles de paix
&de concorde. よこ
Examinons M. Fourmont
fur ces quatre points , &&&
voyons s'il a bonne grace à
diriger hos Mufestyl
Quand on voit M. Fourmont
entre M. de la Motte&
Madame Dacier , les endoctri
nant comme ſes difciples , il
n'ya perſonne qui ne demande
r
quelles font donc les rares
connoiſſances , les hauts talens
du Pedagogue ? ſes amis répondent
, qu'il a la clef des
Langues ſçavantes , qu'il ſçais
éminemment la LangueGreque,
même l'Arabique.On in
ſiſte,a t il donnédes preuvesde
gouft&de genie par d'excellens
Ouvrages ſoit d'éloquence,
foit de Poëſie ? on répond
qu'il ſçait éminemment la Lan
gue Greque , même l'Arabique.
Mais de grace , Meffieurs ,
de quelle utilitépeut eſtteicyà
M. Fourmont le don des Lan12
gues; la connoiſſance des Langues
eft neceffaire à tout homme
qui veut traduire luy même,
ou qui veut ſeulement ju
ger de la ſervile conformité
d'une traduction à ſon texte.
Il ne s'agit point de cela entre
M. de la Motte & Madame
Dacier. Que faut il donc àM.
Fourmont , pour juger la con.
troverſe litteraire dont il eſt
queſtion, il faut qu'il connoille
lamarche de la droite raiſon ,
il faut qu'il foic armé de principes
qui ſe faffentreſpecter , il
luy faut un certain courage
qui ne ſcachepoint plier ſous
13
l'autorité contre l'évidence.
des
On trouve rarement ces richeffes
dans un Scoliaſte , ces
Meffieurs,ont pour la pluſpart,
paffé leur vie à apprendre
mots & des glofes pueriles ,
ils ontvoüez tous leurs travaux
à leur memoire , & croyent
avoir liberalement pourvû aux
droits de leur jugement , en
luylaiſſant pour tout exercice,
une déference reſpectueufe ,
une foy conſtante aux opinions
des Commentateurs
leurs ayeuls ,&une admiration
religieuſe pour tous lesOuvrages
antiques dont ils ont fait
14
leur propre merite.
M. Fourmont nous dira
qu'il eſt une exception à la
regle; c'eſt à dire , qu'il eſt
Grammairien , fans préjudice
des avantages que fa profeffion
ſemble exclurre. C'eft ce qu'il
infinuë par ces paroles de fon
Livre. vol.1. page 34 Tous les
Scoliaftes nefont pasſtupides ,
parmyle Peuple Commentateur il
ya des Sages &des Philofophes.
Vôtre Livre nous dira ,
Monfieur ,fi vous eſtes dans
le cas de l'exception par vous
propoſéestout Commentateur
qui metunOuvrage au jour ,
15
produit fon jugement, onſçait
ſur le vû des pieces à quoys'en
tenir fur fon compre. Il y a
longtems queMadameDacier
a fourni ſes preuves , & je ne
ſçais pourquoy vous penſez
qu'elle a beſoin du témoignageque
vous rendez d'elle.Vol.
1. page 31.
Ne croyez pas , dites-vous ,
que cette illustre Scavante aitfait
d'auffi belles Etudes fans philoſopher
; elle connoît auſſi-bien que
M.de laMotte la nouvellePhilofophie,
pour cela elle n'a cu be
fain que de lire e d'unjugement
fain à l'égard de l'ancienne ,
Rub
16
,
fes. Ouvrages nous fourniffent
des preuves qui , de ce costé là
l'ont mise , ily a longtemps , à
couvert de toutfoupçon , ceferoit
beaucoup fi l'on en pouvoit dire
autant de M. de la Morte.
Qu'entendez -vous , Monfieur,
par Philofophie Ancienne
& Moderne ? M. de la
Motte & Madame Dacier
n'ont écrit ni l'une ni l'autre
fur des matieres purementPhilofophiques
, comment donc
fçavez vous queM . delaMorte
eſt PhilofopheCartefien, comment
preſumez vous queMadame
Dacier efſt ſi conſomméc
dans
17
dans l'une&dans l'autre Doctrine
; vous en jugez par les
Ouvrages de Litterature qu'ils
ont l'une& l'autre donnez au
public. Vous reconnoiffez
donc , Monfieur , que la Philoſophie
eft de quelqu'uſage
dans les Ouvrages de genie ;
mais en quel ſens s'y fait elle
ſentir , c'eſt ce que vous ne
nous direz pas , nous allons
tâcher de vous le faire entendrc
.
Qüy, Monfieur , on reconnoît
le Philoſophe dans lebon
Orateur , dans l'excellent Poëtc.
Les Ouvrages de M. de la
Decembre 1715. B
18
Motte nous apprennent , par
exemple , qu'il eſt Philoſophe
Carthefien. Voicy à quoy nous
le remarquons .... à certaine
methode qui le guide fi heureuſement
au vray dans toutes
les matieres qu'il traite , àcette
ſage circonſpection qui mefure
ſa confiance ou fa rete
nuë , à l'évidence ou à la fimple
probabiliré de ſes vûës , à
cette hardieſſe de jugement
que les préjugez les plus fuperbes
n'ébranlent point , à
cet amour vif de la verité qui
le rend fi prompt à luy faire
hommage lors même que ſes
19
Adverſaires la luy preſentent.
Si vous voulez encore , à cette
genereuſe indifference , à ce
mépris conſtant , qu'il oppoſe
aux infolents procedez de ſes
Adverſaires.
It me ſemble , Monfieur
que nous nous faiſons entendre
, ſervez nous de même, &
expliquez nous de grace , ( fi
neanmoins cela ſe peut faire
poliment, ) quelles preuvesles
Ouvrages de Madame Dacier
vous fourniſſent qu'elle eſtPhiloſophe
de l'ancienne Ecole ?
Mais encore un mot ,
4
s'il
vous plaift , Monfieur , il ne
Bij
ΣΟ
/
faut, dites- vous , que ſçavoir
lire & avoir le jugement fain
pour devenir Philofophe Carthefie.
n Qu'entendez-vous par
jugement fain ?Vous parlez-là
d'une choſe plus rare que vous
ne penſez. Ce que vous regardez
apparemment comme
un merite commun , nous au
tres Modernes nous le regardonscomme
un don trés- rare.
Qu'il me foit permis d'avancer
àmontouruunnee verité
demontrée dans les Ecoles
Carthefiennes.
Nous loûtenons hautement
contre tous venants , qu'il ne
2E
faut que ſçavoir lire & avoir
de la memoire pour apprendre
les Langues ; nous en di
ſons à peu présautant de l'ancienne
Philofophie , de ce vain
ſyſtême de mots , de cette
Science chimerique qui neporte
aucune lumiere à l'efprit ,
&qui eſtd'autant plus cultivéc
&reſpectée des foibles eſprits,
qu'ils font moins capablesd'en
appercevoir la mifere.....
Il n'en eſt pas à beaucoup
prés de même de l'EcoleGarthefienne
, elle éclaire l'eſprit ,
elle exerce la raiſon , elle apprend
à ſecouër le joug info22
lent desfaux Sages. Mais cette
fiere Ecole n'adopte pas tous
ſes Diſciples , elle n'avoue &
neprend fur fon compte que
ceux qui fontvenus à elle avec
un eſprit lumineux , avec un
jugement courageux & difeiplinable.
Revenons à voſtreOuvrage,
Monfieur , & fans nous em
barraffer fi vous êtes en effet,
auſſi verſé que vous l'infinuez ,
dans les Myfteres Philofophiques
; voyons ſeulement fi
vous nous y ſemblerez connoître
la marche de la droite
raifongul
23
Vous conviendrez , je pen
ſe , que lorſqu'on veut enfan
ter deuxgrosVolumes fur une
Controverſe Litteraire , il faut
d'abord ſe mettre au fait de
cette Controverſe , avoir lû
avec attention les Ecrits contradictoires
, & poſer ſeurement
enſuite le veritable état
de la queſtion ſur laquelle on
veut prononcer. Or , je vous
avertis , Monfieur , que vous
avez groffierement manqué à
ce premier devoir. Ecoutez
vous vous-même Vol. 1. pag.
34
Je veux bien croireque Ma24
dame Dacier aporté fon admiration
pour Homere trop loin ; hé
bien , il en faut rabattre quelque
chofe ,
mais ne trouver rien de
beau dans un Auteur àqui ellea
crû devoir donnerdes élogesfiexceffifs
, ne feroit- ce pas une autre
extrémité ? comment une Dame
d'aneſcience auſſi étenduë , d'un
goûtauffi exquis, aura- t elle loué
d'une maniere auſſi outrée, ce qui
est absolument &fans restriction
miferable?on ne lepeut concevoir.
Ily a là quelquefecret que nôtre
curiofuéveut naturellement penetrer.
Si les écrits de M. de la
Motte
25
Motte n'eſtoient pas auffi
connus qu'ils le ſont des gens
de Lettres ,vous feriez penſer
icy , que le Critique n'auroit
rien trouvé de loüable dans
Homere, qu'il auroit foûtenu ,
(pour me ſervir de vostermes)
que le Poëte Grec eft abſolument
&fans restriction miserable
.Jeſtilpoffible , Monficur
, que vous n'ayez pas
ſenti en lifant M. dela Motte,
que faCritiquefait infiniment
plus d'honneur àHomere,que
toutes vos Apologies , eſt il
polubic
poſſible que vous n'ayez rien
entendu des loüanges magnifi-
Décembre 1715. C
26
ques qu'il prodigue au Pere
des Poëres. Il vient une gene.
ration voüée au regne de la rai.
fon , qui peſera dans la même
balance les Ecrits anciens , &
ceux de notre âge, elle ne ſera
pas la dupe des Commentateurs
, mais je crains que les
Eloges exceffifs que M. de la
Motte a donnez à Homere ,
peut-eſtre un peu par indulgence
pour les Scoliaftes ,
la rendent trop timide à prononcer
ſur cevieil Ouvrage au
gré de l'exacte juſtice.
ne
Voulez-vous donc , Monſieur
, que je vous donne la clef
27
€
dufecret que vostre curiofitéveur
naturellement penetrer , lifez la
Preface deM. de la Motte, &
ſes réponſes aMadameDacier.
Ilme ſemble que vous vous
étiez ,par vôtre ſuppoſition ,
ouvert une carriere bien facile.
Iln'est pas malheureux d'avoir
à reprimer deux Adverſaires
que la paffion a jetté dans les
deux excés contraires,il yavoit
entre les deux extrêmes de vos
Diſciples , un vaſte eſpace où
vous pouviez mettre vos deux
Volumes àl'aiſe; je ſuis étonné
que vous n'ayez pas ſçû profiter
de cet avantage. Madame
Cij
28
Dacier , dites-vous ,porté trop
loin ſon admiration pourHomere,
il en faut rabattre quelque
chofc. Mais qu'en rabattezvous
, de grace , Monfieur ,
vous encheriſſez ſur ſon excés
même. Vous êtes beaucoup
plus intraitable , vous ne vous
contentez pas d'excuser ,vous
loüez , vous adorez tout , jufqu'aux
bevuës les plus énor-
Entre les fortiſes les plus
inexcufables de l'Iliade , M.de
la Motte avoit cité les Harangues
familieres que les Heros
yadreſſent à leurs Chevaux ,je
19
ne croyois pas qu'il y cût aujourd'huy
un ſeul homme
dont le zele , pour Homere ,
put aller juſqu'à rompre une
lance en faveur de ces Haran
gues ; M. Fourmont les prend
ſous ſa protection .... Il eſt
vray qu'il n'adopte pas la Traduction
de Madame Dacier à
cet égard , mais il n'a pas plû
toſt traduit luy même ces traits
manquez par elle , qu'ils deviennent
admirables .... En
voicy la preuve ,Vol. 2. page
178.
Madame Dacier , dit il , n'a
pas éré affez circonspecte dans le
Cij
30
discours d'Antiloque à fes Chevaux
, il ne dit rien de femblable
,ou plutôt il le dit d'une maniere
qui ne bleſſe point...Voicy
donc comme je le traduis.
Avancez , dic Antiloque
parlant à ſesCheyaux , avancez,
allons ,qu'on s'étende ,je ne
demande pas de paßer les Chevaux
de Diomede : Minervefa
Protectrice augmente fans doute
lear viseffe , er luy donne aujourd'huy
toute la gloire ; allons , qu'-
on atteigne au moins aujourd'huy
les Chevaux de Menelas. Vite,
qu'on n'ait point labontede voir
paßerpar Atha une Cavale, des
:
31
Chevaux auffi vigoureux que
vous , je lejure , &cela arrivera,
finous n'avons que le dernier
Prix; iln'y aura plus à manger
pour vous chez leRoy Neftor , il
vous percera defon épée. Allons
donc ,fuivez , avancez : mais
une pensée qui me vient , ilfaut
que je détourne par le chemin
étroit , il ( le but ) ne me
feraplus caché.
C'eſt dommage que M.
Fourmont n'ait pas traduit
toute l'Iliade , combien d'affronts
il cût ſauvé à Homere ?
voyez ce que devient , dans ſa
Traduction,une des plus gran.
Ciiij
32
des fortiſes du Poëte Grec;
M. Fourmont eſt luy-même
furpris du prodige .... Tout
homme , dit il , qui ſçait ce que
c'est qu'une Poësie animée , apperçoit
icy Antiloque en vingt
fituations , au desespoir , reprenant
courage,avançant, arrêté,
continuant, en fureur , s'avisant
d'une rufe ; en un mot , le Vers
marche comme le Char , & c'est
une peinture admirable: mais d'où
vient que M. de la Motte est inſenſible
à ces beautez, qu'ils'explique
de nouveau là-deſſus. Vol.
2. page 178.
Vous ne faites pas atten
33
tion,Monfieur, que M. de la
Motte ne connoffoit la Ha
rangue d'Antiloque,que par la
Traduction de Madame Dacier
; s'il avoit vû la voſtre it
cût crié auſſi haut que vous ,
ah la merveille ! quecette confideration
vous fafle excuſer
auſſi ſa remarque contre le
Cheval , parlant d'Achile .....
Vous dites page 178.A l'égard
duChevald'Achile qui parle,
prophetiſe même au dix neuvieme
Livrede l'Iliade. L'endroit eft
charmant bien menagé.
Ala verité M. de la Morte
aun peu manqué de reſpect
34
pour le Prophète; mais peuteſtre
auffi Madame Dacier
avoit-t-elle manqué ſon caractere
dans ſa traduction.
Vous ne le manqueriez feurementpas
, ſi vous vouliez luy
prêter voſtre plume. C'eſt ce
que nous attendons pour rétracter
nos fenfures.
Vous nous difiez tantoft ,
Monfieur ,qu'il y avoit quel.
que choſe à rabattre des Elo
ges exceffifs,que Madame Dacieravoit
donnez à Homere ,
mais dans les détails de voftre
examen , je vous vois de moitié
de tous ſes jugemens. Je
35
vous en loue , au reſte vous ne
ſçauriez mieux faire que de
prendre l'ordre d'elle,lors qu'il
vousprendra envie de prononcer
ſur quelque matiere que
ce ſoit; mais enfin , il n'étoit
pas neceſſaire de faire deux
gros volumes , ſi vous n'aviez
rien de nouveau ànous appren.
dre. Et d'ailleurs en vous mertant
de moitié des jugements
deMadame Dacier fur l'Iliade,
il falloir au mapins , pour foû .
tenir le caractere de Pacificateur
, defavoüer le procedé
injurieux de cette Scavante
envers fon adverfaire,
36
M. Fourmont , vol. 2. page
208. aprés avoir juſtifiéde ſon
mieux les excés injurieux de
Madame Dacier , remarque
que M. de la Motte , loin de
répondre àtant d'injures , s'eſt
contentéde les raſſembler confuſement
dans un Chapitre
exprés de fa réponſe pour en
fairehonte à ſon adverſaire .
Cette conduite de M. de la
Motte , fait naître au pacificateur
deux réfl xions , dont il
eſt juſte que je luy faſſe honneur.
Premiere reflexion Selon
M. de la Motte,les injures par37
tent d'une paſſion qui n'entend
pointſes veritables interefts , &il
acrûfans doute entendre lesfiens,
ennous les mettantſous lesyeux;
fuite de contradictions dans M.
de la Motte. Si Madame Dacier
va elle-même contreſes interêts .
pourquoy s'en plaindre ? il devoit
s'en rejoüir.
Seconde reflexion & digne
dela premiere. Les injures ne
toûchent- elles ordinairement
que des eſprits mal faits&peu
inſtruits ; mais fi cela eſt , M.
de laMotte avec ſa liſte,regarde
par avance ſesLecteurscom.
meignorans& mauvais Juges,
38
&cen'étoit pasunbonmoyen
de lesprévenir en la faveur.en
Aprés avoir lû ces deux
reflexions , peut-on difconvenir
que M. Fourmont n'ait
bonne grace à ſoûtenir que
tous les Scoliaftes ne ſont pas
ſtupides०१५
Mais faiſons encore honneur
àM. Fourmontdu jugementqu'il
porte de M. de la
Motte , vol. 2. page 323 .
M. de la Motte,dans les Sieclesfuturs
, tiendra par rapport à
Racine & Defpreaux , le rang
qu'Appollonius de Rhodes tient
chez les Grees par rapport àHo39
1 mere. Son tyle eft obfcur , ambi
gu,scabreux,plein d'biperbates ;
il est aff Eté,il cherche desjeux de
mot's , iimanque de naïveté&de
force, pleng
Ce n'eſt point là unjugement
nonréflécht& fans conſequence
, M. Fourmont prétend
le juſufier par des Critiques
qui démontrent que M.
dela Motte en a impoſe à tout
fon Siecle. Examinons quelques-
unes de ces Critiques , &
retractons noftre eſtime , fi
l'on nous prouve que M. de
la Motte l'a ſurpriſe.
Fermer
280
p. 275-276
« J'ay presque imité, sans y penser, dans ce Mercure cy, [...] »
Début :
J'ay presque imité, sans y penser, dans ce Mercure cy, [...]
Mots clefs :
Lecteurs, Mercure, Poème tragi-comique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay presque imité, sans y penser, dans ce Mercure cy, [...] »
J'ay preſque imité , fans y
penſer ,dans ce Mercure cy ,
les regles du Poëme tragiscomique.
J'ay d'abord preſenté
fur la Scene l'expofition de
mon fujet , mon Hatoire a fervi
d'Epiſode , le fond de ma
piece a roulé fur des morts&
des hymens, & j'ay telervéle
plus beau pour ledénoüement.
276 MERCURE
Oüy , Madame ,& je vous
ay promis de vous le dire publiquement
, j'ay regardé ce
petit compliment d'Etrenes
commeun des meilleurs ornements
de mon Livre ,& je ſuis
ſeur qu'il n'y a pas un de mes
Lecteurs , quel qu'il foit , qui
ne rendità fon meriteune juftice
éclatante , s'il avoit , comme
moy ,l'honneur d'en connoître
l'Auteur.
penſer ,dans ce Mercure cy ,
les regles du Poëme tragiscomique.
J'ay d'abord preſenté
fur la Scene l'expofition de
mon fujet , mon Hatoire a fervi
d'Epiſode , le fond de ma
piece a roulé fur des morts&
des hymens, & j'ay telervéle
plus beau pour ledénoüement.
276 MERCURE
Oüy , Madame ,& je vous
ay promis de vous le dire publiquement
, j'ay regardé ce
petit compliment d'Etrenes
commeun des meilleurs ornements
de mon Livre ,& je ſuis
ſeur qu'il n'y a pas un de mes
Lecteurs , quel qu'il foit , qui
ne rendità fon meriteune juftice
éclatante , s'il avoit , comme
moy ,l'honneur d'en connoître
l'Auteur.
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281
p. 278
« Je suis trop en train de vous dire des veritez pour manquer [...] »
Début :
Je suis trop en train de vous dire des veritez pour manquer [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je suis trop en train de vous dire des veritez pour manquer [...] »
Je ſuis trop entrain de vous
diredes veritez, pour manquer
de rendre publics les vers qu'-
on m'a envoyez pour vous.
diredes veritez, pour manquer
de rendre publics les vers qu'-
on m'a envoyez pour vous.
Fermer
282
p. 281
« Voicy des Vers encore, Messieurs, il en faut de toutes [...] »
Début :
Voicy des Vers encore, Messieurs, il en faut de toutes [...]
Mots clefs :
Goûts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy des Vers encore, Messieurs, il en faut de toutes [...] »
Voicy des Vers encore ,
Meſſicurs , il en faut de toutes
les façons pour tous les goûts .
Meſſicurs , il en faut de toutes
les façons pour tous les goûts .
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283
p. 305-307
Trés-humble Requeste de l'Auteur aux Lecteurs.
Début :
Aprés toutes les jolies choses que vous venez de lire, vous seriez [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Dame, La Bruyère, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trés-humble Requeste de l'Auteur aux Lecteurs.
Trés- humble Requeste de l'Auteur
aux Lecteurs .
Aprés toutes les jolies choſes
que vous venez de lire , vous ſeriez
bien ingrats , mes chers Lee-
Decembre 1715. Cc
306 MERCURE
i
teurs , de vous reſſouvenir encore da
mauvais proverbe que Mr dela Bruyere
arépandu dans le monde àla honte
du Mercure Galant & à la confufion
de ſes Auteurs. Vous ſçavez qu'il l'a
mis au- deſſous de rien. J'y mets moymême
ſouvent le mien ; mais ma modeftie
doit faire pourmoy, & la juſtice
⚫ne condamne pas ſur ſa dépoſition , un
homme qui s'accuſe.
Je parlois donc il y a quelques jours.
duMercure avec cette humble ſimplicité
que vous me connoiffez tous, depuis
que nous nous entretenons enſemble,
&j'étois alors chez une Dame dont le
merite eſt honoré , & le nom connu
dans toutes les Contrées du monde
, en preſence d'une autre Dame qui
eſt par ſon eſprit , fes graces , & fon
rang , une des plus diftinguées du
Royaume : Le reſte de la Compagnie
étoit composé de gens celebres à la
Cour , dans la Magistrature & dans les
Lettres , lorſqu'un jeune Senateur da
haut Languedoc , beau comme Cupi
GALANT. 307
don, frifé &bouclé comme Adonis y
aimable , & précieux en un mot des
piedsjuſqu'à la têre ,ſaiſit àmon ſujet,
ce mauvais refrainde la Bruyere. Je res
connus alors le mechant uſage que les
jeunes gens faifoient ſouvent de la lecturedes
meilleurs Livres . J'en eusimême
pitié mais avant de deffendre la
cauſe du Mercure ,je voulus eſſayer de
connoîtreun peu mieux le Perſonnage
qui j'avois affaire. J'en vins à bout,&
je me trouvay ſur le champ fans replique
, parce que je remarquay que ma
partie n'étoit qu'un de ces jeunes gens ,
quil, avec quelques bluetres de memoire&
d'éducation, ſaiſſiſſent la parole
avec confiance , la diftribuent
avec orgueil ,& ne la quittent jamais
qu'à regret. Pour celuy- cy , Dieu
veüille que cette petite leconl'inſtruiſe.
aux Lecteurs .
Aprés toutes les jolies choſes
que vous venez de lire , vous ſeriez
bien ingrats , mes chers Lee-
Decembre 1715. Cc
306 MERCURE
i
teurs , de vous reſſouvenir encore da
mauvais proverbe que Mr dela Bruyere
arépandu dans le monde àla honte
du Mercure Galant & à la confufion
de ſes Auteurs. Vous ſçavez qu'il l'a
mis au- deſſous de rien. J'y mets moymême
ſouvent le mien ; mais ma modeftie
doit faire pourmoy, & la juſtice
⚫ne condamne pas ſur ſa dépoſition , un
homme qui s'accuſe.
Je parlois donc il y a quelques jours.
duMercure avec cette humble ſimplicité
que vous me connoiffez tous, depuis
que nous nous entretenons enſemble,
&j'étois alors chez une Dame dont le
merite eſt honoré , & le nom connu
dans toutes les Contrées du monde
, en preſence d'une autre Dame qui
eſt par ſon eſprit , fes graces , & fon
rang , une des plus diftinguées du
Royaume : Le reſte de la Compagnie
étoit composé de gens celebres à la
Cour , dans la Magistrature & dans les
Lettres , lorſqu'un jeune Senateur da
haut Languedoc , beau comme Cupi
GALANT. 307
don, frifé &bouclé comme Adonis y
aimable , & précieux en un mot des
piedsjuſqu'à la têre ,ſaiſit àmon ſujet,
ce mauvais refrainde la Bruyere. Je res
connus alors le mechant uſage que les
jeunes gens faifoient ſouvent de la lecturedes
meilleurs Livres . J'en eusimême
pitié mais avant de deffendre la
cauſe du Mercure ,je voulus eſſayer de
connoîtreun peu mieux le Perſonnage
qui j'avois affaire. J'en vins à bout,&
je me trouvay ſur le champ fans replique
, parce que je remarquay que ma
partie n'étoit qu'un de ces jeunes gens ,
quil, avec quelques bluetres de memoire&
d'éducation, ſaiſſiſſent la parole
avec confiance , la diftribuent
avec orgueil ,& ne la quittent jamais
qu'à regret. Pour celuy- cy , Dieu
veüille que cette petite leconl'inſtruiſe.
Fermer
284
p. 309-310
AUTRE APOSTILLE.
Début :
Je vous donneray le 3. de Janvier un Supplément de ce Mercure, sous le [...]
Mots clefs :
Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE APOSTILLE.
AUTRE APOSTILLE.
Je vous donneray le 3. de Janvier
un Supplément à ce Mercure , ſous le
Titre de Memoire Litteraire : On y
trouvera un Ouvrage critique ſur la
controverſe quidiviſe les Gensde Let310
MERCURE
tres;tous les Exemplaires feront paraphez
de ma main...
Valete optimi illuſtriſſimique Lectores
iterum , atque iterum valete : cela veut
dire : Portez vous longtems bien , &
foyez perfuadez du zele ſincere ,& du
tres-profond reſpectavec lesquels j'ay
P'honneur d'eſtre , Voftretres- humble,
&trés -obéiffanyServiteur ,
B
LOVE DELA
MERCURE
Je vous donneray le 3. de Janvier
un Supplément à ce Mercure , ſous le
Titre de Memoire Litteraire : On y
trouvera un Ouvrage critique ſur la
controverſe quidiviſe les Gensde Let310
MERCURE
tres;tous les Exemplaires feront paraphez
de ma main...
Valete optimi illuſtriſſimique Lectores
iterum , atque iterum valete : cela veut
dire : Portez vous longtems bien , &
foyez perfuadez du zele ſincere ,& du
tres-profond reſpectavec lesquels j'ay
P'honneur d'eſtre , Voftretres- humble,
&trés -obéiffanyServiteur ,
B
LOVE DELA
MERCURE
Fermer
285
p. 44-48
« On ne doutera nullement aprés avoir lû ici ces fines Critiques, que [...] »
Début :
On ne doutera nullement aprés avoir lû ici ces fines Critiques, que [...]
Mots clefs :
M. Fourmont, Madame Dacier, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On ne doutera nullement aprés avoir lû ici ces fines Critiques, que [...] »
Onne doutera nullement aprés
avoir lû ici ces finesCritiques,que
M. Fourmont n'ait donné dans
fon Livre des preceptes rares ſur
le Poëme Epique , & qu'il n'ait
'porté des jugemens finguliers de
nos Poëtes François. Nerecufez
45
pas ſon jugement , Meſſieurs les
Poëtes , il connoît parfaitement
vôtreArt, & j'oferois preſque afſeurer
qu'il a fait beaucoup d'excellens
Vers qu'il diffimule par
modeſtie , & pourquoy craindrois-
je de vous affeurer ce fait ?
appliquez , Meſſieurs , appliquez
fur ma parole à M. Fourmont le
témoignage qu'il rend en faveur
deMadame Dacier. p. 31. vol. 1 .
Madame Dacier ne nous a point
donné de Poësies ; mais 1. Qui
•fçait fi elle n'en a pas fait autant
queM. de LaMotte ? ilya dans le
Monde plusieurs Perſonnes quifont
des Vers , je dis qui en font d'excellens
,& qui ne lesdonnent pas
au Public.
!
Je ne crois pas que Madame
Dacier ait jamais penſé à faire des
46
4
VersFrançois , des travaux plus
utiles luy en ont ôté le loiſirzmais
fineanmoins elle en avoit fait
quelques-uns, je ne crois pas qu'-
elle dût les rendre publiques.
J'enjuge par la maniere dont elle
a recemment critiqué ceux de
M.de laMotre ; Madame Dacier
n'a pas beſoin de ce talent. Elle
s'eft frayée une autre route ; elle
aatteint la plus haute réputation
dans fon genre Et c'eſt le fentiment
que j'ayde cette haute réputation
, qui ſauve mon conſeil
du reproche d'impoliteffe.
Jeme garderay bien dedonner
lemême confeil à M. Fourmont,
je voudrois pouvoir hater l'impreſſion
de ſes Vers , il ne sçauroit
perdre en les produifant , &
le Publicn'y peut que gagner de
47
1
l'amusement , car je m'affeure
qu'ils feront neufs & finguliers.
Meffieurs les Journalistes donneront
apparemment un Extrait
étendu de ce nouveau Livre, j'en
parle ici legerement , & comme
il me convient. Je n'ai plus qu'un
motàdire , c'eſt aunom deMonficur
l'Abbé de Pons,qui m'a prié
de faire ici fes proteftations ,
contre l'application maligne que
M. Fourmont a ofé faire à Madame
Dacier,des paroles ſuivantes,
Ne prenez point l'ordre de cesstupides
érudits ,qui ont prêtéferment
defidelité à Homere,de cesScoliastes
fanatiques .
Extrait d'une Lettre de M.
l'Abbé de Pons écrite immediatement
aprés que M. de la Motre
cût mis au jour l'IliadeFrançoife .
48
Il y a lieu de ſoupçonner que
M. Fourmont s'étant reconnu
dans cePortrait , il acherchéàſe
conſoler , en penſant que MadameDacier
en avoit été le modele.
Quoiqu'il en ſoit, M. l'Abbé de
Pons proteſte , que lorſqu'il fit la
Lettre en queſtion , il n'eût jamais
la penſée d'appliquer la double
épithete de tupides érudits
à Madame Dacier ,pas même à
M.Fourmont. Il-connoisoit,dit- il,
plusieurs ouvrages estimables de
Madame Dacier , qui la mettoient
fortà couvert du reproche deſtupidite,
& il n'avoit encore vû aucuns
Ouvrages de M. Fourmont
qui lui declaſſent ſon érudition.
FIN
avoir lû ici ces finesCritiques,que
M. Fourmont n'ait donné dans
fon Livre des preceptes rares ſur
le Poëme Epique , & qu'il n'ait
'porté des jugemens finguliers de
nos Poëtes François. Nerecufez
45
pas ſon jugement , Meſſieurs les
Poëtes , il connoît parfaitement
vôtreArt, & j'oferois preſque afſeurer
qu'il a fait beaucoup d'excellens
Vers qu'il diffimule par
modeſtie , & pourquoy craindrois-
je de vous affeurer ce fait ?
appliquez , Meſſieurs , appliquez
fur ma parole à M. Fourmont le
témoignage qu'il rend en faveur
deMadame Dacier. p. 31. vol. 1 .
Madame Dacier ne nous a point
donné de Poësies ; mais 1. Qui
•fçait fi elle n'en a pas fait autant
queM. de LaMotte ? ilya dans le
Monde plusieurs Perſonnes quifont
des Vers , je dis qui en font d'excellens
,& qui ne lesdonnent pas
au Public.
!
Je ne crois pas que Madame
Dacier ait jamais penſé à faire des
46
4
VersFrançois , des travaux plus
utiles luy en ont ôté le loiſirzmais
fineanmoins elle en avoit fait
quelques-uns, je ne crois pas qu'-
elle dût les rendre publiques.
J'enjuge par la maniere dont elle
a recemment critiqué ceux de
M.de laMotre ; Madame Dacier
n'a pas beſoin de ce talent. Elle
s'eft frayée une autre route ; elle
aatteint la plus haute réputation
dans fon genre Et c'eſt le fentiment
que j'ayde cette haute réputation
, qui ſauve mon conſeil
du reproche d'impoliteffe.
Jeme garderay bien dedonner
lemême confeil à M. Fourmont,
je voudrois pouvoir hater l'impreſſion
de ſes Vers , il ne sçauroit
perdre en les produifant , &
le Publicn'y peut que gagner de
47
1
l'amusement , car je m'affeure
qu'ils feront neufs & finguliers.
Meffieurs les Journalistes donneront
apparemment un Extrait
étendu de ce nouveau Livre, j'en
parle ici legerement , & comme
il me convient. Je n'ai plus qu'un
motàdire , c'eſt aunom deMonficur
l'Abbé de Pons,qui m'a prié
de faire ici fes proteftations ,
contre l'application maligne que
M. Fourmont a ofé faire à Madame
Dacier,des paroles ſuivantes,
Ne prenez point l'ordre de cesstupides
érudits ,qui ont prêtéferment
defidelité à Homere,de cesScoliastes
fanatiques .
Extrait d'une Lettre de M.
l'Abbé de Pons écrite immediatement
aprés que M. de la Motre
cût mis au jour l'IliadeFrançoife .
48
Il y a lieu de ſoupçonner que
M. Fourmont s'étant reconnu
dans cePortrait , il acherchéàſe
conſoler , en penſant que MadameDacier
en avoit été le modele.
Quoiqu'il en ſoit, M. l'Abbé de
Pons proteſte , que lorſqu'il fit la
Lettre en queſtion , il n'eût jamais
la penſée d'appliquer la double
épithete de tupides érudits
à Madame Dacier ,pas même à
M.Fourmont. Il-connoisoit,dit- il,
plusieurs ouvrages estimables de
Madame Dacier , qui la mettoient
fortà couvert du reproche deſtupidite,
& il n'avoit encore vû aucuns
Ouvrages de M. Fourmont
qui lui declaſſent ſon érudition.
FIN
Fermer
286
p. 3-7
Prélude que l'Auteur voudroit, à la gloire de chaque Prince de l'Europe, copier tous les mois. [titre d'après la table]
Début :
*Grace au Ciel mon bonheur passe mon esperance. L'Electeur [...]
Mots clefs :
Prince, Nouvelles, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude que l'Auteur voudroit, à la gloire de chaque Prince de l'Europe, copier tous les mois. [titre d'après la table]
*Grace au Ciel mon bonheur
1... paffe mon efperance.
Electeur que tout le
monde connoiſt en
France , de même qu'-
autrefois l'Univers connoifloit
६
:
Parodie d' Andromaque de Racine.
Janvier 17.06.15
4 MERCURE
les Empereurs Romains , &
les deſignoit en les nommant
ſimplement Cefars , a commencé
cette année , ainſi qu'il
a commencé toutes celles de
ſa vie , depuis qu'il regne en
Baviere. Ce Prince a jetté les
yeux fur tous les ſujets qu'il
honore de ſes graces & de ſes
penfions; Mercure s'eft trou
vé enrollé dans la revûë qu'il
en a faite , & aprés avoir , à ſon
ordinaire , prodigué ſes largeffes
à tous ceux qui ont l'avantage
de joüir de ſa prefence
, il a chargé M. le Comte
d'Albert fon Grand Ecuyer ,
& Protecteur dudit Mercure ,
GALANT. S
du ſoin de luy annoncer qu'il
luy continuoit avec joyc la
penfion qu'il luy a accordée
l'année paſſée , & en même
temps écrit à M. le Comte de
Monaſterole , fon Envoyé Extraordinaire
en cette Cour , de
la luy faire payer exactement ;
ce que M. de Monaſterole
qui ſçait parfaitement avec
quelle grace fon Maiſtre ajoûte
à chaque inſtant , à
toutes les actions de ſa vie
une action genereuſe , a fait
à l'égard de Mercure- preſque
de la même maniere que S.
A. E. l'eût fait elle- même.
: A iij
,
6 MERCURE
Avant de quitter un article
fi g'orieux & fi utile à Mercure
, il luy convient de vous
dire qu'on luy a écrit de Veniſe
du 28. du mois paffé , que les
équipages du Prince Electoral
de Baviere y font arrivez auſſibien
que Son Alteffe , & que
les quatre Nobles qui ont etté
nommezpour ſervir & accompagner
ce Prince pendant fon
féjour à Veniſe , ſont Mrs
Cornaro , Pizaro , Pizani , &
Erizzo. :
Voicy le reſte des Nouvelles
qu'il a reçû des affaires de cette
Republique. Il prie le Leacur
GALANT. 7
de les recevoir à ſon tour ,
ainſi que ſes autres nouvelles,
non comme des Extraits de
Gazette; mais commedes nouvelles
trés curieuſes ,& qui luy
ont eſté directement écrites
des lieux dont il parle.
1... paffe mon efperance.
Electeur que tout le
monde connoiſt en
France , de même qu'-
autrefois l'Univers connoifloit
६
:
Parodie d' Andromaque de Racine.
Janvier 17.06.15
4 MERCURE
les Empereurs Romains , &
les deſignoit en les nommant
ſimplement Cefars , a commencé
cette année , ainſi qu'il
a commencé toutes celles de
ſa vie , depuis qu'il regne en
Baviere. Ce Prince a jetté les
yeux fur tous les ſujets qu'il
honore de ſes graces & de ſes
penfions; Mercure s'eft trou
vé enrollé dans la revûë qu'il
en a faite , & aprés avoir , à ſon
ordinaire , prodigué ſes largeffes
à tous ceux qui ont l'avantage
de joüir de ſa prefence
, il a chargé M. le Comte
d'Albert fon Grand Ecuyer ,
& Protecteur dudit Mercure ,
GALANT. S
du ſoin de luy annoncer qu'il
luy continuoit avec joyc la
penfion qu'il luy a accordée
l'année paſſée , & en même
temps écrit à M. le Comte de
Monaſterole , fon Envoyé Extraordinaire
en cette Cour , de
la luy faire payer exactement ;
ce que M. de Monaſterole
qui ſçait parfaitement avec
quelle grace fon Maiſtre ajoûte
à chaque inſtant , à
toutes les actions de ſa vie
une action genereuſe , a fait
à l'égard de Mercure- preſque
de la même maniere que S.
A. E. l'eût fait elle- même.
: A iij
,
6 MERCURE
Avant de quitter un article
fi g'orieux & fi utile à Mercure
, il luy convient de vous
dire qu'on luy a écrit de Veniſe
du 28. du mois paffé , que les
équipages du Prince Electoral
de Baviere y font arrivez auſſibien
que Son Alteffe , & que
les quatre Nobles qui ont etté
nommezpour ſervir & accompagner
ce Prince pendant fon
féjour à Veniſe , ſont Mrs
Cornaro , Pizaro , Pizani , &
Erizzo. :
Voicy le reſte des Nouvelles
qu'il a reçû des affaires de cette
Republique. Il prie le Leacur
GALANT. 7
de les recevoir à ſon tour ,
ainſi que ſes autres nouvelles,
non comme des Extraits de
Gazette; mais commedes nouvelles
trés curieuſes ,& qui luy
ont eſté directement écrites
des lieux dont il parle.
Fermer
287
p. 54-55
« Maintenant si les Nouvelles qui viennent de bien loin, ont [...] »
Début :
Maintenant si les Nouvelles qui viennent de bien loin, ont [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Maintenant si les Nouvelles qui viennent de bien loin, ont [...] »
Maintenant ſi les Nouvelles
qui viennent de bien loin , ont
dequoy vous amuſer , vous allez
trouver dequoy vous ſatiſfaire.
C'eſt en effet un verita .
ble ragoût pour les Curieux ,
& c'eſt , comme a fort bien
GALANT55
1
dit Quintilien , dans je ne fçay
quel endroit de ſes Ouvrages ,
Major è longinquo reverentia ,
comme qui diroit à peu prés ,
à beau mentir qui vient de
loin. Je vous certifie pourtant
que celles- cy font tres - curieufes
, & mot pour mot , relles
que je les ay reçûës noviffimè
des lieux d'où elles ſont datées .
En voicy d'Afrique , en attendant
que nous allions faire
un tour en Egypte
qui viennent de bien loin , ont
dequoy vous amuſer , vous allez
trouver dequoy vous ſatiſfaire.
C'eſt en effet un verita .
ble ragoût pour les Curieux ,
& c'eſt , comme a fort bien
GALANT55
1
dit Quintilien , dans je ne fçay
quel endroit de ſes Ouvrages ,
Major è longinquo reverentia ,
comme qui diroit à peu prés ,
à beau mentir qui vient de
loin. Je vous certifie pourtant
que celles- cy font tres - curieufes
, & mot pour mot , relles
que je les ay reçûës noviffimè
des lieux d'où elles ſont datées .
En voicy d'Afrique , en attendant
que nous allions faire
un tour en Egypte
Fermer
288
p. 82-83
« Allons, Messieurs, dépêchons nous de retourner en France ... Nous voila, grace [...] »
Début :
Allons, Messieurs, dépêchons nous de retourner en France ... Nous voila, grace [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Allons, Messieurs, dépêchons nous de retourner en France ... Nous voila, grace [...] »
llons , Meſſieurs , dépê-
1
GALANT. 83
1
L
chons nous de retourner en
France ... Nous voila , grace
au Ciel , arrivez enfin à bon
port à Paris , où , avec voſtre
permiſſion , je vais d'abord
vous faire part de la copie d'une
Lettre que j'ay reçûë de
Roüen le 18. dece mois
1
GALANT. 83
1
L
chons nous de retourner en
France ... Nous voila , grace
au Ciel , arrivez enfin à bon
port à Paris , où , avec voſtre
permiſſion , je vais d'abord
vous faire part de la copie d'une
Lettre que j'ay reçûë de
Roüen le 18. dece mois
Fermer
289
p. 93
« Dispensez-moy maintenant, s'il vous plaist, des Nouvelles [...] »
Début :
Dispensez-moy maintenant, s'il vous plaist, des Nouvelles [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dispensez-moy maintenant, s'il vous plaist, des Nouvelles [...] »
Diſpenſez - moy maintenant
, s'il vous plaiſt , des Nouvelles
des autres Païs , les Gazettes
vous les diront & rediront
affez.
, s'il vous plaiſt , des Nouvelles
des autres Païs , les Gazettes
vous les diront & rediront
affez.
Fermer
290
p. 104-105
« Il ne tient qu'au Lecteur à present de faire, s'il le juge à [...] »
Début :
Il ne tient qu'au Lecteur à present de faire, s'il le juge à [...]
Mots clefs :
Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il ne tient qu'au Lecteur à present de faire, s'il le juge à [...] »
Il ne tient qu'au Lecteur
à preſent de faire ,s'il le juge à
propos , diverſion aux nouvelles
generales pour s'amuſer de
quelques articles particuliers.
Voicy par exemple encore une
Ode qui a eſté faite à la louange
du feu Roy, quoiqu'il yait déja
cinq mois que ce Monarque eft
mort,&le temps ne me deffend
GALANT. 105
2
pas d'expoſer au public tous
Ics hommages qui feront rendus
à la memoire de ce grand
Roy.
à preſent de faire ,s'il le juge à
propos , diverſion aux nouvelles
generales pour s'amuſer de
quelques articles particuliers.
Voicy par exemple encore une
Ode qui a eſté faite à la louange
du feu Roy, quoiqu'il yait déja
cinq mois que ce Monarque eft
mort,&le temps ne me deffend
GALANT. 105
2
pas d'expoſer au public tous
Ics hommages qui feront rendus
à la memoire de ce grand
Roy.
Fermer
291
p. 116
« A la suite de cette Ode ne refusez pas des couplets pour [...] »
Début :
A la suite de cette Ode ne refusez pas des couplets pour [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A la suite de cette Ode ne refusez pas des couplets pour [...] »
A la ſuite de cette Ode ne
refuſez pas des couplets pour
etreneseora
Les Vaudevilles font maintenant
fi fort à la mode,& l'air de
celui ci eſt ſi connu , que je me
fuis diſpenſé de vous en donner
la muſique , parce que j'ay
ſuppoſé que tout le monde le
ſçait. Les paroles ſont de M.
Desfeves.
refuſez pas des couplets pour
etreneseora
Les Vaudevilles font maintenant
fi fort à la mode,& l'air de
celui ci eſt ſi connu , que je me
fuis diſpenſé de vous en donner
la muſique , parce que j'ay
ſuppoſé que tout le monde le
ſçait. Les paroles ſont de M.
Desfeves.
Fermer
292
p. 120-121
« Cette Chanson est du nombre des pieces que je ne prends [...] »
Début :
Cette Chanson est du nombre des pieces que je ne prends [...]
Mots clefs :
Censeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Chanson est du nombre des pieces que je ne prends [...] »
CetteChanſon eſt du nombre
des pieces que je ne prends
pas la liberté de juger à la rigueur.
J'abdique pour certains
Ouvrages d'eſprit , ce
droit de ſeverité , & je me
contente de la bonne volonté
des Auteurs. Si aprés cela les
Cenſeurs veulent faire mon
métier , je m'en lave les mains.
Mais hâtons- nous , s'il vous
plaift ,
GALANT . 121
plaiſt , de paffer à un autre
Chapitre. J'ay ce mois- ci je ne
ſçai combien de Morts à vous
conter ; que ce conte ne vous
effraïe pas , j'abregeray leur
Hiſtoire autant que je pourrai.
des pieces que je ne prends
pas la liberté de juger à la rigueur.
J'abdique pour certains
Ouvrages d'eſprit , ce
droit de ſeverité , & je me
contente de la bonne volonté
des Auteurs. Si aprés cela les
Cenſeurs veulent faire mon
métier , je m'en lave les mains.
Mais hâtons- nous , s'il vous
plaift ,
GALANT . 121
plaiſt , de paffer à un autre
Chapitre. J'ay ce mois- ci je ne
ſçai combien de Morts à vous
conter ; que ce conte ne vous
effraïe pas , j'abregeray leur
Hiſtoire autant que je pourrai.
Fermer
293
p. 140-141
« Rien, selon moy, ne va mieux aprés l'article des morts [...] »
Début :
Rien, selon moy, ne va mieux aprés l'article des morts [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Rien, selon moy, ne va mieux aprés l'article des morts [...] »
Rien , ſelon moy , ne va
mieux aprés l'articledes morts
que les Diſcours qui peuvent
avoir plus de rapport à eux ,
comme par exemple quelques
extraits desmeilleuresOraiſons
GALANT 14
Funebres qui ayent eſté prononcées
à la louange du feu
Roy.
mieux aprés l'articledes morts
que les Diſcours qui peuvent
avoir plus de rapport à eux ,
comme par exemple quelques
extraits desmeilleuresOraiſons
GALANT 14
Funebres qui ayent eſté prononcées
à la louange du feu
Roy.
Fermer
294
p. 201-202
« Voila déja une avanture du bal, il faut esperer qu'avec le [...] »
Début :
Voila déja une avanture du bal, il faut esperer qu'avec le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voila déja une avanture du bal, il faut esperer qu'avec le [...] »
Voila déja une avanture du
Bal , il faut efperer qu'avec le
temps , j'auray occafion de
vous en conter d'autres plus
intereffantes ; mais pendant
que nous ſommes fur le chapitre
des Bals , permettez moi
de vous inviter à lire la defcription
que je vais vous faire le
plus naturellement& le mieux
qu'il me fera poſſible , de ce-
3
202 MERCURE
luy que Monfieur l'Ambaffadeur
de Portugal a donné le
Mardy vingt-huit de ce mois ,
jour de S. François , à l'honneur
de la Feſte de la Princeffe-
Dona Francifca , foeur du Roy
de Portugal.
Bal , il faut efperer qu'avec le
temps , j'auray occafion de
vous en conter d'autres plus
intereffantes ; mais pendant
que nous ſommes fur le chapitre
des Bals , permettez moi
de vous inviter à lire la defcription
que je vais vous faire le
plus naturellement& le mieux
qu'il me fera poſſible , de ce-
3
202 MERCURE
luy que Monfieur l'Ambaffadeur
de Portugal a donné le
Mardy vingt-huit de ce mois ,
jour de S. François , à l'honneur
de la Feſte de la Princeffe-
Dona Francifca , foeur du Roy
de Portugal.
Fermer
295
p. 218
« Il me prend à present envie, & je ne sçay pourquoy, [...] »
Début :
Il me prend à present envie, & je ne sçay pourquoy, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il me prend à present envie, & je ne sçay pourquoy, [...] »
Il me prend à preſent envie,&
je ne ſçay pourquoy ,
de fatiguer le Lecteur à force
de plaiſirs . En fortant duBal,
je le prie de ſe laiſſer mener à
la Comedie; c'eſt maintenant,
à dire vray , un plaifir bien
mince : mais il n'importe , c'eſt
un licu deſtiné à l'amusement
du public , & quelque ennuy
qu'ily trouve , & moy aufli ,
je ne ſçaurois me diſpenſer
d'en parler.
je ne ſçay pourquoy ,
de fatiguer le Lecteur à force
de plaiſirs . En fortant duBal,
je le prie de ſe laiſſer mener à
la Comedie; c'eſt maintenant,
à dire vray , un plaifir bien
mince : mais il n'importe , c'eſt
un licu deſtiné à l'amusement
du public , & quelque ennuy
qu'ily trouve , & moy aufli ,
je ne ſçaurois me diſpenſer
d'en parler.
Fermer
296
p. 223-224
« Achevons, s'il se peut, ce volume par des recits de festes, [...] »
Début :
Achevons, s'il se peut, ce volume par des recits de festes, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Achevons, s'il se peut, ce volume par des recits de festes, [...] »
Achevons , s'il ſe peur , ce
volume par des recits de feftes,
où les Lecteurs & les Acteurs
trouvent raifonnablement de
quoy s'amufer. Des détails de
Matiages illuftres viennent
parfaitement à mon deffein ,
Tiiij
224 MERCURE
quoyqu'il en ſoit ( car je peux
me tromper)en voicyan
volume par des recits de feftes,
où les Lecteurs & les Acteurs
trouvent raifonnablement de
quoy s'amufer. Des détails de
Matiages illuftres viennent
parfaitement à mon deffein ,
Tiiij
224 MERCURE
quoyqu'il en ſoit ( car je peux
me tromper)en voicyan
Fermer
297
p. 252
« Je viens de recevoir le Portrait de ce Prince de la main [...] »
Début :
Je viens de recevoir le Portrait de ce Prince de la main [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je viens de recevoir le Portrait de ce Prince de la main [...] »
Je viens de recevoir le Portrait
de ce Prince de la main
d'un habilehomme : file Pein
tre n'approche pas affez de la
reffemblance , c'eſt qu'à cet
égard tous les coeurs font remplis
de certains ſentimens affectueux
, que tout l'art imaginable
ne peut exprimer.
de ce Prince de la main
d'un habilehomme : file Pein
tre n'approche pas affez de la
reffemblance , c'eſt qu'à cet
égard tous les coeurs font remplis
de certains ſentimens affectueux
, que tout l'art imaginable
ne peut exprimer.
Fermer
298
p. 260-262
AVERTISSEMENT.
Début :
Trois raisons, dont la meilleure ne vaut pas grand chose, [...]
Mots clefs :
Public, Mercure, Lecteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
Trois raiſons , dont la meil
leure ne vaut pas grand chofe ,
m'ont empêché de continuer
l'Histoire de l'Ambaſſadeur de
Perſe . La premiere , c'eſt que
pendant les vingt premiers jours
de ce mois-cy , j'ay eû ma plume
enſevelie dans les glaces ,& mon
imagination ſi morfondue , qu'-
elle ne ſeroit peut- eſtre pas encore
degelée ſans le ſecours du
Bal , dont je n'ay pas manqué
d'eſtre un des plus affidus Acteurs
,&dequoy peu vous impor.
te. Enſecond lieu j'ay été preſque
épouvanté des menaces que quelques
Dames qui ont redouté mon
indifcretion mont fait faire,
,
GALANT. 261
pour me dégouter du ſoin d'accomplir
ce grand oeuvre ; mais
c'eſt une fauſſe allarme qu'elles
ont eû , & qu'elles m'ont donné.
Je leur annonce d'avance qu'elles
ne ſe reconnoiſtront dans cette
Hiſtoire , & ne s'y feront reconnoître,
qu'autant qu'il leur plaira
d'annoncer qu'elles s'y reconnoiffent.
Enfin j'ay eſté bien aife.
de voir à loiſir , comment le Public
la recevroit ; il l'a bien reçûë.
Tant mieux pour elle& pour luy :
fon indulgence me détermine à
luy en donner la ſuite.
Au reſte je n'ay qu'un mot a
dire pour me juſtifier d'avoir donné
le Mercure de ce mois plus
tard qu'à l'ordinaire , e papier ,
les Preſſes , & les doigts des
Imprimeurs ont eſté gelez pen
4
262 MERCURE
dant trois ſemaines.
Item , je n'ay joint à ce Mercure
, le Memoire Litteraire qui
eſt aprés ma Table , quoyqu'il
ait déja paru au commencement
de ce mois , que parce qu'il n'y
en a pas eû trois douzaines d'Exemplaires
répanduës, dans le
Public.
Enfinje vous ſouhaite bon jour,
bon an , & fuis , mes trés - chers
&trés genereux Lecteurs , avec
un parfait devoüement & un
trés profond reſpect , voſtre
trés -humble & trés - obéiffant
Serviteur , MERCURE.
Trois raiſons , dont la meil
leure ne vaut pas grand chofe ,
m'ont empêché de continuer
l'Histoire de l'Ambaſſadeur de
Perſe . La premiere , c'eſt que
pendant les vingt premiers jours
de ce mois-cy , j'ay eû ma plume
enſevelie dans les glaces ,& mon
imagination ſi morfondue , qu'-
elle ne ſeroit peut- eſtre pas encore
degelée ſans le ſecours du
Bal , dont je n'ay pas manqué
d'eſtre un des plus affidus Acteurs
,&dequoy peu vous impor.
te. Enſecond lieu j'ay été preſque
épouvanté des menaces que quelques
Dames qui ont redouté mon
indifcretion mont fait faire,
,
GALANT. 261
pour me dégouter du ſoin d'accomplir
ce grand oeuvre ; mais
c'eſt une fauſſe allarme qu'elles
ont eû , & qu'elles m'ont donné.
Je leur annonce d'avance qu'elles
ne ſe reconnoiſtront dans cette
Hiſtoire , & ne s'y feront reconnoître,
qu'autant qu'il leur plaira
d'annoncer qu'elles s'y reconnoiffent.
Enfin j'ay eſté bien aife.
de voir à loiſir , comment le Public
la recevroit ; il l'a bien reçûë.
Tant mieux pour elle& pour luy :
fon indulgence me détermine à
luy en donner la ſuite.
Au reſte je n'ay qu'un mot a
dire pour me juſtifier d'avoir donné
le Mercure de ce mois plus
tard qu'à l'ordinaire , e papier ,
les Preſſes , & les doigts des
Imprimeurs ont eſté gelez pen
4
262 MERCURE
dant trois ſemaines.
Item , je n'ay joint à ce Mercure
, le Memoire Litteraire qui
eſt aprés ma Table , quoyqu'il
ait déja paru au commencement
de ce mois , que parce qu'il n'y
en a pas eû trois douzaines d'Exemplaires
répanduës, dans le
Public.
Enfinje vous ſouhaite bon jour,
bon an , & fuis , mes trés - chers
&trés genereux Lecteurs , avec
un parfait devoüement & un
trés profond reſpect , voſtre
trés -humble & trés - obéiffant
Serviteur , MERCURE.
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299
p. 79
« En attendant que le temps nous amene une suite raisonnable [...] »
Début :
En attendant que le temps nous amene une suite raisonnable [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En attendant que le temps nous amene une suite raisonnable [...] »
En attendant que le temps
nous amene une fuiteraifonnablc
de nouvelles des lieux
qui intereflent davantage la
curiosité des teneurs, passons
s'il vous plaît,à lafuite des
articles dece Livre
nous amene une fuiteraifonnablc
de nouvelles des lieux
qui intereflent davantage la
curiosité des teneurs, passons
s'il vous plaît,à lafuite des
articles dece Livre
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300
p. 95-96
« Nous reprendrons cet article un autre endroit de ce Volume [...] »
Début :
Nous reprendrons cet article un autre endroit de ce Volume [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous reprendrons cet article un autre endroit de ce Volume [...] »
Nous reprendrons cet article
dans un autre endroit de
ce Volume ; en aitendanr
,
je
vous invice à lire la Relation
suivante que j'ay receuë d'Angers
,
ellein1a parudigne de
la cariofité & de l'attentionde
tout le monde.
dans un autre endroit de
ce Volume ; en aitendanr
,
je
vous invice à lire la Relation
suivante que j'ay receuë d'Angers
,
ellein1a parudigne de
la cariofité & de l'attentionde
tout le monde.
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301
p. 148
« Voicy un Sonnet qui vient à merveille à la suite de ce que [...] »
Début :
Voicy un Sonnet qui vient à merveille à la suite de ce que [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy un Sonnet qui vient à merveille à la suite de ce que [...] »
Voicy un Sonnet qui vient
amerveille à la fuitede ce que
vous venez de lire. Il a cté fait
par MademoiÍèlle du Dreneuf
Padet sur la VtfturcdeMademoifellc
le Nain.
amerveille à la fuitede ce que
vous venez de lire. Il a cté fait
par MademoiÍèlle du Dreneuf
Padet sur la VtfturcdeMademoifellc
le Nain.
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302
p. 151
« A ce Sonnet j'ajoute une Fable qui est le coup d'essay [...] »
Début :
A ce Sonnet j'ajoute une Fable qui est le coup d'essay [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A ce Sonnet j'ajoute une Fable qui est le coup d'essay [...] »
A ceSonnet j'ajoute une
Fable qui cft le coup d'essay
d'un jeune homme qui promet
beaucoup. CetteFable n'a aucun
rapport au^Sonnet, mais
qu'importe.
Fable qui cft le coup d'essay
d'un jeune homme qui promet
beaucoup. CetteFable n'a aucun
rapport au^Sonnet, mais
qu'importe.
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303
p. 155-156
« A cette Fable j'ajoûte la réponse à une Question qui a [...] »
Début :
A cette Fable j'ajoûte la réponse à une Question qui a [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A cette Fable j'ajoûte la réponse à une Question qui a [...] »
A cette Fable j'ajoute la
réponse à une Qacftion quia
sans doute été mise sur le tapis
depuis qu'on parle & qu'on
-
cerit. M. de la Tour qui cftun
très gentil Chevalier5 plein
d'cfprit pourjon âge,& un des
plus distinguez Candidats de
cette fameu se Académie des
Hel iconides, dont je vous ay
fait (je ne sçay dans quel Mercure
) une deferiprion si magniaque,
cft 1)Auteur de cette
Réponse
,
& de plusieurs autres
beaux Ouvrages que mes
bons consuls & sa modeftic
suppriment.
réponse à une Qacftion quia
sans doute été mise sur le tapis
depuis qu'on parle & qu'on
-
cerit. M. de la Tour qui cftun
très gentil Chevalier5 plein
d'cfprit pourjon âge,& un des
plus distinguez Candidats de
cette fameu se Académie des
Hel iconides, dont je vous ay
fait (je ne sçay dans quel Mercure
) une deferiprion si magniaque,
cft 1)Auteur de cette
Réponse
,
& de plusieurs autres
beaux Ouvrages que mes
bons consuls & sa modeftic
suppriment.
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304
p. 160
« L'Auteur de ladite Réponse a encore enfanté le Sonnet suivant [...] »
Début :
L'Auteur de ladite Réponse a encore enfanté le Sonnet suivant [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'Auteur de ladite Réponse a encore enfanté le Sonnet suivant [...] »
L'Auteur de ladite Réponse a encore enfanté le Sonnet suivant
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305
p. 162
« Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris. [...] »
Début :
Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris. [...] »
Enfin nous voicy heureusement arrivez à l'article de Paris.
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306
p. 176-177
« Permettez moy s'il vous plait d'interrompre icy la suite [...] »
Début :
Permettez moy s'il vous plait d'interrompre icy la suite [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Permettez moy s'il vous plait d'interrompre icy la suite [...] »
Permettez moy s'il vous
pl.îc.d'interrompreicyla fuite
des Nouvelles, pour répandre
un air de gayeté sur ce Livre,
à peu prés a la place où il me
patoift qu'il doit y en avoir.
Aufli bien fuis- je dans mon
te<]î/•rn1mCfCUL det irjiOotir*t
bon quart dheure, je fouhaice
que vous soyez dans le vôtre.
pl.îc.d'interrompreicyla fuite
des Nouvelles, pour répandre
un air de gayeté sur ce Livre,
à peu prés a la place où il me
patoift qu'il doit y en avoir.
Aufli bien fuis- je dans mon
te<]î/•rn1mCfCUL det irjiOotir*t
bon quart dheure, je fouhaice
que vous soyez dans le vôtre.
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307
p. 178-179
« Cette Chanson n'est faite que pour ces foibles époux [...] »
Début :
Cette Chanson n'est faite que pour ces foibles époux [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Chanson n'est faite que pour ces foibles époux [...] »
Cette Chanson n'est faire
que pour ces foiblesépoa*
à qui la moindre bagatellemec
la puce à l'oreille, & non pour
ces braves maris qui dans les
avanrures les plus charoütlleuses,
sçavent prendre leur parti
en grandsCapitaines.Celuj par
exemple donc je vais vousconter
une nouvelle galante, est
sans contredit, un des plus
courageux époux du monde.
que pour ces foiblesépoa*
à qui la moindre bagatellemec
la puce à l'oreille, & non pour
ces braves maris qui dans les
avanrures les plus charoütlleuses,
sçavent prendre leur parti
en grandsCapitaines.Celuj par
exemple donc je vais vousconter
une nouvelle galante, est
sans contredit, un des plus
courageux époux du monde.
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308
p. 276-277
« Voicy une autre petite Chanson sur l'air du Gagne-Petit [...] »
Début :
Voicy une autre petite Chanson sur l'air du Gagne-Petit [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Voicy une autre petite Chanson sur l'air du Gagne-Petit [...] »
Voicy une autre petite
Chanson sur l'air du Gagne-
Petit; c'cft comme tout le
monde fçaie, une contre-danfenoavelle,&
fort jolie, qu'on
2 prouigieuietiienc danle pendant
tout ce Carnaval. Les
paroles decette Chinion font
d* M. Fcrand. C'cft en dire
tout le bien imaginable, que
d'en nommer l'Auteur.
Chanson sur l'air du Gagne-
Petit; c'cft comme tout le
monde fçaie, une contre-danfenoavelle,&
fort jolie, qu'on
2 prouigieuietiienc danle pendant
tout ce Carnaval. Les
paroles decette Chinion font
d* M. Fcrand. C'cft en dire
tout le bien imaginable, que
d'en nommer l'Auteur.
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309
p. 283-284
« Je suis tellement pressé par le temps, &. les Avantures de [...] »
Début :
Je suis tellement pressé par le temps, &. les Avantures de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je suis tellement pressé par le temps, &. les Avantures de [...] »
Je fuis tellement greffé par
le temps, & les Avanturcs de
Bal que je vous ay contées ,
m'ont jette si loin, qu'clles
m ôrent la liberté de vous donner
un détail cxaa des Mariages
& des Morts de ce mois
Contentez vous d'en spprchdre
aujourdhuy les noms, le
mois prochain je vous en apprendray
les qualirez.
le temps, & les Avanturcs de
Bal que je vous ay contées ,
m'ont jette si loin, qu'clles
m ôrent la liberté de vous donner
un détail cxaa des Mariages
& des Morts de ce mois
Contentez vous d'en spprchdre
aujourdhuy les noms, le
mois prochain je vous en apprendray
les qualirez.
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310
p. 3-5
Prélude qui n'a rien d'ennuyeux, [titre d'après la table]
Début :
Sermo datur cunctis, animi sapientia paucis. Il est bon de [...]
Mots clefs :
Lecteurs, Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude qui n'a rien d'ennuyeux, [titre d'après la table]
Ermo datarcunciistunimisapientia
paucis..
Ilest bonde parler,
& sage de se taire.
Ces paroles font tirées du
troisiéme Livre du troisiéme
Tome de Rabelais,auChapitre
ïintitulé: CommentBridoyenarre Hafire de l'jjppotnieurde'Pro-
cé1s.
Suivant l'excellence de ce
texte, je vous conteray,tressages
Lecteurs, peu dechoses
de ma façon dans ce Volume,
parce que j'aime mieux me reposer
sur la bonne foy des autres,
& sur le merite de leurs
Ouvrages, que m'exposer à
passer pour un éternel Conteur.
Je ne vous promets cependant
pas de vous tenir fidelement
ma parole sur lechapitre
de monsilence : je le ferois
volontiers
,
si je pouvois
vous répondre desévenemens;
mais à telle fin que de raison,
lisez.
paucis..
Ilest bonde parler,
& sage de se taire.
Ces paroles font tirées du
troisiéme Livre du troisiéme
Tome de Rabelais,auChapitre
ïintitulé: CommentBridoyenarre Hafire de l'jjppotnieurde'Pro-
cé1s.
Suivant l'excellence de ce
texte, je vous conteray,tressages
Lecteurs, peu dechoses
de ma façon dans ce Volume,
parce que j'aime mieux me reposer
sur la bonne foy des autres,
& sur le merite de leurs
Ouvrages, que m'exposer à
passer pour un éternel Conteur.
Je ne vous promets cependant
pas de vous tenir fidelement
ma parole sur lechapitre
de monsilence : je le ferois
volontiers
,
si je pouvois
vous répondre desévenemens;
mais à telle fin que de raison,
lisez.
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311
p. 11-12
« En attendant qu'il soit à propos de vous en conter d'autres [...] »
Début :
En attendant qu'il soit à propos de vous en conter d'autres [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En attendant qu'il soit à propos de vous en conter d'autres [...] »
En attendant qu'il foit à
propos de vous en conter d'autres,
reprenons,s'il vous plak,
par ordre de date, les Articles
que l'abondance delamatiere
m'a obligé d'abreger dans le
Mercure du mois passé. Je me
contenceray,
faute de pouvoir
mieux faire, de vous annoncer
les noms des Morts & des Mariez.
Voicimaintenant les qiu-,
litez des uns & des autres.
propos de vous en conter d'autres,
reprenons,s'il vous plak,
par ordre de date, les Articles
que l'abondance delamatiere
m'a obligé d'abreger dans le
Mercure du mois passé. Je me
contenceray,
faute de pouvoir
mieux faire, de vous annoncer
les noms des Morts & des Mariez.
Voicimaintenant les qiu-,
litez des uns & des autres.
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312
p. 39
« Permettez moy d'interrompre icy la suite de ces articles, [...] »
Début :
Permettez moy d'interrompre icy la suite de ces articles, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Permettez moy d'interrompre icy la suite de ces articles, [...] »
Permettez moy d'interrompre
icy la suite de ces articles,
pourégayervos yeux & mon
récit par la lecture de laNouvelle
en Vers queje vous presente.
L'esprit, le merite & la
reputation de son Autheur,
me répondent du succés de cet- teNouvelle.
icy la suite de ces articles,
pourégayervos yeux & mon
récit par la lecture de laNouvelle
en Vers queje vous presente.
L'esprit, le merite & la
reputation de son Autheur,
me répondent du succés de cet- teNouvelle.
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313
p. 55
« Afin de n'en pas faire à deux fois, & de contenter tout [...] »
Début :
Afin de n'en pas faire à deux fois, & de contenter tout [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Afin de n'en pas faire à deux fois, & de contenter tout [...] »
deux fois,&de contenter tout
d'un coup ceux qui aiment à
lire des Vers, en voicy encore
une piece que j'ay reçûe de
Londres. Le Lecteur habile
luy donnera les suffrages qu'-
ellemerite.
d'un coup ceux qui aiment à
lire des Vers, en voicy encore
une piece que j'ay reçûe de
Londres. Le Lecteur habile
luy donnera les suffrages qu'-
ellemerite.
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314
p. 74-75
Requeste de l'Auteur aux Curieux, pour les engager (avec justice) à lire les Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Je ne manquerois pas d'employer à leur tour toutes les [...]
Mots clefs :
Énigmes, Gazette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Requeste de l'Auteur aux Curieux, pour les engager (avec justice) à lire les Nouvelles, [titre d'après la table]
Je ne manqucrois pasd'employer
à leur tour toutes les
Enigmesque je reçois,si ceujfi
:
qui en font les Aucheurs jugeoient
à propos de mépargner
la peine d'en deviner le
mot. Ce ne fera qu'à ce prix
que je les rendray publiques.
Je fuis obligé, de recom..
mander encore une fois aux.
Lcdtcurs de ne pas négliger de
lire les Nouvelles générales3 je
croy que mon attention à ne
rien dire sur ce sujet de ce qui
est écrit dans les Gazettes, fuffit
pour leur donner un air de
nouveauté qui interesse à les
lire. Sauf aux Curieux maintenant
à en faire l'urage qu'il
leur plaira.
à leur tour toutes les
Enigmesque je reçois,si ceujfi
:
qui en font les Aucheurs jugeoient
à propos de mépargner
la peine d'en deviner le
mot. Ce ne fera qu'à ce prix
que je les rendray publiques.
Je fuis obligé, de recom..
mander encore une fois aux.
Lcdtcurs de ne pas négliger de
lire les Nouvelles générales3 je
croy que mon attention à ne
rien dire sur ce sujet de ce qui
est écrit dans les Gazettes, fuffit
pour leur donner un air de
nouveauté qui interesse à les
lire. Sauf aux Curieux maintenant
à en faire l'urage qu'il
leur plaira.
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1
p. 275-280
ENIGME.
Début :
Si l'on m'en avoit envoyé encore une, j'aurois / Nous sommes trois compagnons [...]
Mots clefs :
Seringue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Si l'on m'en avoit envoyé
encore une , j'aurois
refervé celle- cy pour un
276 MERCURE
autre mois ; mais on ne
la pas fait ,& je n'ay pas
le temps d'attendre qu'on
le faffe.
XENIGME
2 i
Noussommes trois compagnons
M
Qui de fort prés nous joignons,
Composant un tout femelle
De taille telle que telle ,
Et qu'on ne peut définir
Parce qu'aller & venir
Défigurent un peusa taille
GALANT. 277
Qui franchement n'est rien
qui vaille ,
L'un de nous est fort mal
coëffé
L'autre est un peu mieux
etoffe
Le troifiéme par avanture
dont le beau sexe eft cum
rieux
Eft par fois parfumé ,
blanc , poli , gracieux,
Pour luy plaire par fon
allure,
Quelquefois de mille
beautez
278 MERCURE
Il est temoin , mais non
pas oculaire ,
De ce qu'il ne voit point
un peu vous vous
doutez
Lesçavoir mieux n'est pas
trop neceffaire,
Pour deviner l'Enigme
en question
Mais procedons à la conclufion
1
Tantoſt l'un de nous trois
des deux autres s'arrasche
Celuy-cy dans l'autre ſe
GALANT . 279
LIM cache 3
Et se recache aprés dans
un plaisant reduit
Et quand l'autre est cacké
dans celuy qui le ſuit
Tous trois nous nous cachons
ensemble
Dans un autre réduit
qu'on cache aprés auffi
Qui sommes nous , que
vous en femble
Quel mot feul fait en racourcy
Des maſles Compagnons
que cette Enigme indi
280 MERCURE !
que
Le nom unique.
encore une , j'aurois
refervé celle- cy pour un
276 MERCURE
autre mois ; mais on ne
la pas fait ,& je n'ay pas
le temps d'attendre qu'on
le faffe.
XENIGME
2 i
Noussommes trois compagnons
M
Qui de fort prés nous joignons,
Composant un tout femelle
De taille telle que telle ,
Et qu'on ne peut définir
Parce qu'aller & venir
Défigurent un peusa taille
GALANT. 277
Qui franchement n'est rien
qui vaille ,
L'un de nous est fort mal
coëffé
L'autre est un peu mieux
etoffe
Le troifiéme par avanture
dont le beau sexe eft cum
rieux
Eft par fois parfumé ,
blanc , poli , gracieux,
Pour luy plaire par fon
allure,
Quelquefois de mille
beautez
278 MERCURE
Il est temoin , mais non
pas oculaire ,
De ce qu'il ne voit point
un peu vous vous
doutez
Lesçavoir mieux n'est pas
trop neceffaire,
Pour deviner l'Enigme
en question
Mais procedons à la conclufion
1
Tantoſt l'un de nous trois
des deux autres s'arrasche
Celuy-cy dans l'autre ſe
GALANT . 279
LIM cache 3
Et se recache aprés dans
un plaisant reduit
Et quand l'autre est cacké
dans celuy qui le ſuit
Tous trois nous nous cachons
ensemble
Dans un autre réduit
qu'on cache aprés auffi
Qui sommes nous , que
vous en femble
Quel mot feul fait en racourcy
Des maſles Compagnons
que cette Enigme indi
280 MERCURE !
que
Le nom unique.
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Résultats : 10 texte(s)
1
p. 218-253
« Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...] »
Début :
Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...]
Mots clefs :
Constantinople, Lettre, Homme, Voyage, Animal, Empire, Guerre, Paris, Ambassadeur, Perse, Seigneur, Coeur, Nouvelles, Madrid, Empire ottoman, Géorgie, Frontières, Bijoux, Loup
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...] »
Vll beaucoup de Let-
tres comme ce lle-ci
,
qu'un de mes amis m'é-
crit de Constantinople,
dattée du 20. Avril.
J'étois fort en peine de
vous, mon cher L F.lors-
que vôtre lettre est heureu-
sement venuë me tir r .fin
quictude. Vôtrestile libre
& enjoüé, & vos nouvelles
badines n'ont pas mal con-
tribuéà me persuader que
vous vous portez bien: mais
la lâcheté de vos reflexions,
& l'indolence de vôtre philofophie
m'ont mis dans
une telle colere contre
vous, que je n'ai pas le courage
de vous feliciter fur
ſanté dont vous joüiffez ,
puiſque vous avez reſolu de
l'employer plus mal que je
n'aurois jamais oſe me l'imaginer.
Vous voulez maintenant
que tous les amis que vous
avez laiſſez dans les differentes
regions du monde ,
foient fûrs de vous trouver
à Paris juſqu'à la fin de vos
jours. JJaaddiiss on avoit le plai-
T
GALANT.
219
fir de s'entretenir quelquefois
avec vous du Nort au
Sud , & de l'Eſt à l'Oüeft ;
je comptois mêmeque vous
n'abandonneriez pas nôtre
nouvel Ambaſſadeur, aprés
le portrait que vous m'avez
fait , & de fon merite,
& des obligatious que vous
lui avez . Neanmoins il partira
ſans vous , pendant que
vous vivrez à Paris comme
un Parifien , & qu'éternel.
lement ſujet à un coup de
cloche , la Samaritaine reglera
tous les momens de
vôtre vie . Voila en verité
Tij
220 MERCURE
une plaiſante profeffion
pour un homme de vôtre
humeur.
L'audacieux Simon de
Bellegarde , qui recom
mence à preſent pour la
troiſième fois le voyage de
la Byſſinie, arriva ici avanthier.
Je dînai & je ſoupai
hier avec lui. Il me dit qu'il
vous avoit vû à Madrid ,
dans le deſſein de le ſuivre
de prés. Il ajoûta même qu'il
avoit quelque legere intention
de vous attendre à fa
maiſon de Scutari , où il va
paſſer quelquetemps,avant
GALANT. 221
d'entreprendre ( avec fon
grand Negre qu'il a retrouvé
) de courir à la dé
couverte du Temple de Jupiter
Hammon , & de retourner
en Ethiopie. Je lui
dis , aprés pluſieurs bagatelles
que nous debitâmes
fur votre compte , que s'il
n'attendoit que vous pour
aller rendre viſite au Prête-
Jean , il n'avoit que faire de
ſe charger de bouſſole , ni
d'eau , pour traverſer plus
commodément les fables
de l'Egypte. En même
temps je lui montrai vôtre
Tiij
222 MERCURE
Lettre. Je ne veux pas vous
faire rougir de toutes les
injures dont il vous accabla.
Il vous traita d'homme
fans coeur & fans foy ;
enfin il acheva ſa declamation
par cette belle fentence
: Morbleu , dit il , il n'a
pas tant de tort ; il a fait trop
de chemin inutile depuis qu'il
est au monde, pour ne pas se
refoudre en confcience à être
faineant jusqu'àla mort ;
je ferai bien furpris fi à la fin
cette reſolution n'est pasſuivie
de quelques voeux melancoliques.
Mais vous ne faites
GALANT.
223
point d'attention , lui disje,
à ce qu'il me mande ,
&vous ne voyez pas qu'il
aime mieux travailler à Paris
à faire imprimer ſes
- voyages , & peut - être les
nôtres. Oh ma foy , repritil
, il fait bien , & cet employ
me paroît fort d'accord
avec fes faillies. Ecrivez-lui
au plûtôt , que je mette un mot
dans votre Lettre , & promettons-
lui bien des merveilles.
**Ainſi nous nous ſeparames
tous deux , affez mortifiez
d'être fûrs de ne vous
revoirde long temps : mais
Tiiij
224 MERCURE
ſi vous m'aimez toûjours ,
mon cher L. F. faites du
moins que vos Lettres me
confolent de vôtre abſence.
De mon côté j'eſpere
ne vous pas mal dedommager
de vôtre exactitude.
Le depit que j'ai eu en
liſant votre Lettre , de vous
voir capable de la foibleſſe
de vous forger enfin l'idée
du repos dont vous vous
flatez , avant de ſentir que
le public vous fatiguera
peut- être plus que tous les
monts & tous les vaux de
l'univers , devroit , ſi j'étois
GALANT 225
&
d'humeur vindicative ,
m'empêcher d'étendre plus
loin ma réponſe: mais mon
interêt l'emporte ſur mon
depit , & j'apprehendrois
trop de voir bientôt finir
de vôtre côté nôtre commerce
epiftolaire , ſi je ne
vous écrivois que des nouvelles
inutiles pour vous ,
ou indifferentes à ceux à
qui vous pouvez les com.
muniquer.Ainſi je vais vous
entretenir de la Georgie ,
de la Perſe , de Bizance , &
de moy.
Il y a quelque tempsqu'il
226 MERCURE
vint ici un des principaux
Timars de la Georgie, avec
qui je me liai d'amitié , de
façon à ne m'en pouvoir
jamais dédire , tant il me
donna d'eſtime pour lui.
Avant de vous apprendre
ce qu'il m'a conté de fon
hiſtoire , j'ai deux mots a
vous dire de la qualité de
fon employ.
Un Timar dans cet Empire
eft ordinairement un
homme de guerre , à qui
l'on donne la joüiffance &
le revenu d'une certaine
quantité de terres ( qu'on
GALANT.
227
i
appelle timariot. ) Les uns
valent plus , les autres
moins. Il y en a qui rapportent
quatre cens, cinq cens ,
mille , &juſqu'à deux mille
écus de rente. Il y en a
beaucoup au deſſous. Ceux
à qui on donne ces places ,
font obligez , dans tous les
beſoins de l'Etat , de ſe ranger
, au premier bruit de
guerre , ſous l'étendart de
la Religion , & de mener
avec eux à leurs dépens , au
moins un ou deux cavaliers
ou fantaſſins de leur
timariot. Ces Timars font
228 MERCURE
de vrais tyrans dans l'éten
duë de leur domaine. Celui-
ci en a un des plus con
fiderables , & il m'a juré
que , ſans inquieter jamais
ſes vaffaux , le ſien lui val
loit tous les ans plus de cinq
cens ſequins de rente ; aufli
eft il fort riche Il s'appelle
Oſmin Kara. C'eſt un vieux
Muſſulmane, recomman
bleppar ſa bonne mine autant
qu'il l'eſt depuis longtemps
par ſa valeur. Il eſt
fils d'un de ces enfans de
tribut qu'on appelle Azamoglans.
Il ſervoit dans les
GALANT.
229
Janiſſaires lorſqueMahomet
quatre fut dépoſſedé par
quar
fon frere Soliman III. Il
ſe trouva malheureuſement
engagé étroitement dans
le parti de ces deux fameux
ſeditieux Fetfagi & Haggi
Ali , dont la revolte penſa
caufer la ruine entiere de
l'Empire Othoman. Ce fut
lui , qui aprés avoir été des
plusanimez &des plus heureux
au pillage de la maiſon
&des richeſſes du grand
Treſorier ,entra le premier
le fabre & la flame à la
main dans la maiſon du
230 MERCURE
grand Viſir Siaous , qui ,
aprés avoir mal à propos
remis le ſceau de l'Empire
dans les mains du Muphti ,
au milieu de cet affreux de
fordre fut tué d'un coupde
piſtolet , que Haggi Ali lui
tira dans la tête. Il fut un
de ceux qui ſçut le mieux
&le plus fecretement profiter
des joyaux qui furent
arrachez aux femmes &
aux enfans de ce malheu
reux Vifir , qu'on traîna
comme lui dans les ruës de
Conſtantinople , aprés les
avoir égorgez. Enfin ce fut
GALANT...
231
lui qui ſauva la plus jeune
fille de Siaous avec une ef
clave , qu'il vendit publiquement
quatre ſequins à
un Marchand Arabe , qui
lui promit en ſecret de les
lui rendre pour le même
prix , lors qu'il voudroit les
racheter ; ce qu'il fit lorfque
le tumulte fut appaifé.
On s'étonne rarement ici)
des actes de bonne foy, l'uſage
eſt de n'y pas manquer
Oſmin Kara confia avec
ſon argent & ſes bijoux ,
cette petite fille,feul refte
zoulo
232 MERCURE
de la famille des deux
grands Viſirs Cuprogli , qui
avoient fi heureuſement
travaillé pour l'agrandiffement
& pour la gloire de
l'Empire Othoman , à un
vieux Marchand Armenien
ſon ami, établi dans le faux.
bourg de Galata. Ce bon
homme garda ce dépôt
chez lui pendant dix ans ,
qu'Ofmin , qui eut ordre
d'aller fervir dans les Ja
niſſaires de Babylone , paffa
fur les frontieres de la Perſe
, qui menaçoit alors le
grand Seigneur de lui do
clarer
GALANT. 233
clarer la guerre. Afon re
tour à Conſtantinople , on
lui donna un timariot de
deux cens ſequins de rente.
Désqu'ilſe vit en poffeffion
d'un azile , il alla chez ſon
ami , qui lui rendit , avec
ſes bijoux , la fille de Siaous
grande , bien faite &belle.
Elle avoit juſqu'alors ignoré
ſa naiſſance ; il la lui ap
prit , & en même temps il
lui demanda ſi elle vouloit
l'épouſer. Elle y confentit.
La ceremonie de ce ma
riage ſe fit à la Turque. Il
remercia ſon ami , il prit
May 1714. V
234 MERCURE
congé de lui , & il ſe retira
avec ſon épouſe dans ſon
timariot , où il a toûjours
vêcu avec elle comme s'il
lui eût été défendu d'avoir
plus d'une femme.
Il ya cinq ans que le
dernier Vifir depolé , qui
l'avoit toûjours conſideré ,
changea ſon timariot pour
celui qu'il poſſede. Nya
trois mois qu'il étoit ici , &
c'eſt de lui que j'ai appris
le petit trait d'hiſtoire que
vous allez lire .
J'étois , me dit - il un
jour , dans les Janiſſaires du
GALANT. 235
Sultan Solyman , qui ( pour
nous punir des troubles
que nôtre union avec les
Spahis avoit caufez dans
Conſtantinople ) nous envoya
fur les frontieres de
la Perſe , lors qu'un ſujet
du Sophi me tomba entre
les mains. Toutes les raifons
& toutes les regles de
la guerre le rendoient mon
prifonnier : mais je trouvai
tant de probité dans cet
homme , que , loin de fon,
ger àa m'en faire un eſclave,
je tâchai ſeulementde m'en
faire un ami , & j'y reüffis.
V ij
236 MERCURE
Un jour me promenant
avec lui parmi un ggrraand
nombre de tombeaux ,
(dont on voit encore des
ruïnes magnifiques à un
ne:) Vous m'aimez , me
quart de lieuë de Babylodit-
il , fans me connoître ;
cela ne me fuffit pas , je
veux vous apprendre qui je
fuis, pour voir comme vous
me traiterez lorſque vous
me connoîtrez. Je m'appelle
Achmet Ereb. La vertu
qui fait ma nobleſſe a fait
les honneurs & les infortunes
de ma vie. Le Sophi
GALANT. 237
mon Seigneur m'a comblé
pendant dix ans des biens
qu'il vient de m'ôter en un
jour. Mes ennemis lui ont
perfuadé que j'avois trouvé
un trefor. Quoique je n'aye
jamais poffedé d'autres richeſſes
que celles qu'il m'a
données , il a neanmoins
crû mes accuſateurs. Enfin
aun de ſes Officiers vint un
ſoir me dire que le Sophi
m'ordonnoit de me rendre
le lendemain , aprés la premiere
priere , au pied de ſa
Tribune , pour répondre au
crime dont on m'accuſoit.
238 MERCURE
Ce Prince aimoit beau.
coup la pêche , & il y avoit
alors plus de deux ans que
je travaillois avec ma femme
à lui faire , de ſes propres
largeſles ,un preſent
qui pût lui plaire. C'eſt un
filet qui a ſoixante pieds de
longueur , fur trois de hauteur,
dont tout le rezeau eft
d'or fin , fans aucun mélange
de foye ; au lieu de
plomb , j'ai mis de diſtance
en diſtance des boules d'or
& d'argent , & pour foû .
tenir le poids du filet , le
cordon qui reſte ſur l'eau
GALANT. 239
eſt garni de pieces de cedre
& de liege attachées
au filet avec des anneaux
d'or. Voila , lui dis je, en le
lui preſentant le lendemain
matin , le treſor que je pof.
fede. Je dois à la generofité
de Ta Hauteſſe tout l'or
dont il eſt enrichi , & lorf
quej'ai entrepris de le faije
ne l'ai jamais deftiné
qu'au plaifir de Ta Hauteſſe.
Dieu est tout puiſſant
&tout mifericordieux , &
le faint Prophete m'entend.
Je lui donnai avec cela un
zirtlan que j'aimois, & qui
re
240 MERCURE
me parloit commeunhomme.
Pour recompenſe de
ma bonne foy , on a bien
reçû mon preſent. Je me
ſuis appauvri à le faire , &
le Sophi m'a chaffé. Voila
cequ'Oſmin me conta.
Que penſez-vous , mon
cher L. F. de la politique
de cet homme ? Auriezvous
en ſa place donné vô
tre filet ? l'auriez-vous gardé
? auriez vous , aux yeux
de vôtre Juge montré vô.
tre richefle , ou foûtenu võ.
tre pauvreté ? N'y avoit - il
que de la vertu à faire l'un
ou
GALANT.
241
2
ou l'autre ? Enfin comment
vous feriez-vous défendu? ...
Mais à propos du zirtlan
que je viens de vous nommer,
je veux vous apprendre
ce que c'eſt , ſi vous ne
le ſçavez pas ; à la bonne
heure ſi vous le ſçavez , je
n'ai rien de mieux à faire.
C'eſt un animal que les
Tarcs appellent zirtlan , &
les autres nations byena.
Cet animal eſt de la taille
d'un loup ordinaire. Il entend
parfaitement la voix
humaine , & il comprend à
merveille le ſens de toutes
May 1714.
X
242 MERCURE
१०
2
les paroles qu'il entend.
Ofmin, qui en a depuis longtemps
apprivoiſez , m'a affuré
qu'ils lui avoient quelquefois
répondu des mots
bien articulez , & fort relatifs
à ceux qu'il leur avoit
dits. La maniere dont on
le prend eſt admirable.
Ceux qui font affez hardis
pour lui donner la chaffe
approchent de ſa caverne ,
qu'un monceau d'oſſemens
&de carcaffes des animaux
qu'il a dévorez rend toûjours
fort reconnoiſſable.
Le plus audacieux de ces
GALANT. 243
chaſſeurs entre dans la caverne
, tenant à ſa main le
bout d'une corde, dont ſes
camarades 'tiennent l'autre
àla porte. Sitôt qu'il met
le pieddans l'antre , il cric
de toute ſa force , joctur ,
* joctur , ucala. Cela veutdire ,
il n'y eſt pas , il n'y eſt pas ;
2 & en criant toûjours , il n'y
Deſt pas , il arrive juſqu'auprés
de ce terrible animal ,
qui ſe ſerre contre la terre ,
perfuadé que les hommes
qui le cherchent ne mencent
point , & qu'ils font
apparemment ſûrs de ne le
C
7
Xij
244 MERCURE
pas trouver , puis qu'ils dilent
toûjours qu'il n'y eft
pas. Alors le chaſſeur , fans
diſcontinuer de crier , il n'y
eſt pas , lui paſſe ſa corde
entre les cuiffes , l'attache
demaniere à ne le pas manquer.
Il laiſſe enſuite traf
ner la corde à terre ; puis à
meſure qu'il ſe retire à reculon
, il crie , juſqu'à ce
qu'il ſoit dehors , il n'y eſt
pas : mais dés qu'il a regagné
la porte de cet affreux
gîte , il crie de toute fa force
avec ſes camarades , il y
eſt , il y eft, il y eſt. L'aniGALANT.
245
mal qui ſe voit ainſi découvert
, s'élance auffitôt
avec fureur pour devorer
ſes ennemis : mais il eſt ſi
bien pris , qu'en fortant de
ſa caverne ou on le tuë , ou
il s'enferme dans une grande
machine faite, exprés
pour le prendre en vie .
Si je n'avois pas vû cet
animal ; ſi je n'étois pas für
qu'il entend & comprend
les fons de la voixde l'homme
, & fi je ne croyois pas
de bonne foy ce qu'Ofmin
m'en a raconté , je ne pourrois
pas encore me perfua-
Xiij
246 MERCURE
der que ce que le ſage &
ſçavant Augerius Giſlenius
Buſbequius en a écrit ne
fût un vrai conte à dormir
debout. Je vous envoye exprés
ceque nous en a dit ce
Miniſtre qui , comme vous
ſçavez , fut ici long-temps
Ambaſſadeur de l'Empereur
Maximilien auprés du
Grand Sultan Solyman premier.
Voici les termes de
l'original.
Extractum Epift. 1. Aug.
G. B... p. 74. de hyænis.
Jam ride quantùm lubet ,
GALANT. 247
ram.
fi unquam riſiſti ; fabulam audies
quam ex ore populi refe-
Aiunt hyenam , ( quam
ipfi zirtlan vocant)fermonem
intelligere humanum , ( veteres
imitari dixerunt ) proptereaque
à venatoribus hunc in
modum capi. Accedunt ad ejus
cavernam,quam ex offiumcumulo
deprehendi facile eft . Subit
unus cum fune , cujus partem
extremam fociis tenendam foris
relinquit ; ipſe identidem
pronuntians , joctur , joctur ,
ucala ; illam fe non reperire
illam non adeffe introrepit. At
hyena quese latere, nefcirique
X iiij
248 MERCURE
ex ejus fermone putat , manet
immota , donec fibi crus fune
vinciatur ; fubinde venatore
illam non adeffe clamitante.
Deinde cum iifdem verbis retrocedit
: fed ubi jam ex fpelunca
evafit , de repente cla
more magno hyænam intus effe
pronuntiat ; quo illa intellecto,
vehementi impetu ut fugam
capiat nequicquam profilit , venatoribus
per funem quo crus
ei implicatum diximus retinentibus.
Sic eam vel occidi , vel
adhibita industria narrant vivam
capi. Nam animalſevum
eft , & quod se impigrè deffendat.
GALANT. 249
Ainſi vous pouvez , mon
ami , juger de ce que j'en
ai vû , par ce qu'en ditBufbek.
A l'égarddes contemporains
, ſon témoignage
fait fort peu pour mon difcours
, puiſque l'avantage
quej'ai d'être , me doit rendre
au moins auffi croyable
que lui , qui n'eſt plus ;
d'ailleurs ce n'eſt pas àvous
que je voudrois en impofer.
Au reſte , je vous avouë
qu'il n'y a rien de curieux
dans les Lettres que Buſbek
a écrite de ce pays.ci , dont
250 MERCURE
je n'aye eu une envie extrême
de m'éclaircir par moymême
; & tout ce qu'il a
dit des elephans , des cigales&
des fourmis , eſt admirable
& vrai: mais je vous
en entretiendrai une autre
fois , & l'emplette que j'ai
faite il y a quelque temps
de deux filles d'un pays
dont il fait un plaifant détail,
me fournira , avec l'hiftoire
des animaux dont il
parle, la matiere de ma pre
miere lettre . Celle- ci est
longue, mon ami: mais ily
ahuit cens lieuës entre nous
GALANT. 251
deux , la terre eſt peu fûre
pour nos correſpondances ,
les navires , les fregates, les
galeres , les caïques , les
tartanes , & les barques ne
partent pas tous les jours :
ainſi major è longinquo reverentia.
Par conſequent mes
lettres , quelque longues
qu'elles foient , ne doivent
jamais vous ennuyer.
Le deſtin du Roy de Suede
paroît meilleur qu'il n'a
été depuis long- temps.
M. Setun, Ambaſſadeur
d'Angleterre ici , m'a dit
qu'ilſouhaitoit debon coeur
1
2524
MERCURE
entretenir avec vous unc
relation égale. Ce Miniftre
m'a paru fort ſenſible à la
nouvelle de la mort du fils
du Milord Lexington , fon
neveu & vôtre ami
que
vous avez vù mourir a Madrid.
Les termes dont vous
ةي
vous ſervez en parlant de
ce jeune Seigneur lui ont
fait concevoir tant d'eſtime
pour vous , qu'il ne ceſſe
de me demander fi je ſuis
bien fûr que vous m'enver
rez exactement des nouvelles
de France. Je vous
en prie avec la derniere infGALANT.
253
:
tance , & fuis de tout mon
coeur , mon cher L. F.
Vôtre , &c.
tres comme ce lle-ci
,
qu'un de mes amis m'é-
crit de Constantinople,
dattée du 20. Avril.
J'étois fort en peine de
vous, mon cher L F.lors-
que vôtre lettre est heureu-
sement venuë me tir r .fin
quictude. Vôtrestile libre
& enjoüé, & vos nouvelles
badines n'ont pas mal con-
tribuéà me persuader que
vous vous portez bien: mais
la lâcheté de vos reflexions,
& l'indolence de vôtre philofophie
m'ont mis dans
une telle colere contre
vous, que je n'ai pas le courage
de vous feliciter fur
ſanté dont vous joüiffez ,
puiſque vous avez reſolu de
l'employer plus mal que je
n'aurois jamais oſe me l'imaginer.
Vous voulez maintenant
que tous les amis que vous
avez laiſſez dans les differentes
regions du monde ,
foient fûrs de vous trouver
à Paris juſqu'à la fin de vos
jours. JJaaddiiss on avoit le plai-
T
GALANT.
219
fir de s'entretenir quelquefois
avec vous du Nort au
Sud , & de l'Eſt à l'Oüeft ;
je comptois mêmeque vous
n'abandonneriez pas nôtre
nouvel Ambaſſadeur, aprés
le portrait que vous m'avez
fait , & de fon merite,
& des obligatious que vous
lui avez . Neanmoins il partira
ſans vous , pendant que
vous vivrez à Paris comme
un Parifien , & qu'éternel.
lement ſujet à un coup de
cloche , la Samaritaine reglera
tous les momens de
vôtre vie . Voila en verité
Tij
220 MERCURE
une plaiſante profeffion
pour un homme de vôtre
humeur.
L'audacieux Simon de
Bellegarde , qui recom
mence à preſent pour la
troiſième fois le voyage de
la Byſſinie, arriva ici avanthier.
Je dînai & je ſoupai
hier avec lui. Il me dit qu'il
vous avoit vû à Madrid ,
dans le deſſein de le ſuivre
de prés. Il ajoûta même qu'il
avoit quelque legere intention
de vous attendre à fa
maiſon de Scutari , où il va
paſſer quelquetemps,avant
GALANT. 221
d'entreprendre ( avec fon
grand Negre qu'il a retrouvé
) de courir à la dé
couverte du Temple de Jupiter
Hammon , & de retourner
en Ethiopie. Je lui
dis , aprés pluſieurs bagatelles
que nous debitâmes
fur votre compte , que s'il
n'attendoit que vous pour
aller rendre viſite au Prête-
Jean , il n'avoit que faire de
ſe charger de bouſſole , ni
d'eau , pour traverſer plus
commodément les fables
de l'Egypte. En même
temps je lui montrai vôtre
Tiij
222 MERCURE
Lettre. Je ne veux pas vous
faire rougir de toutes les
injures dont il vous accabla.
Il vous traita d'homme
fans coeur & fans foy ;
enfin il acheva ſa declamation
par cette belle fentence
: Morbleu , dit il , il n'a
pas tant de tort ; il a fait trop
de chemin inutile depuis qu'il
est au monde, pour ne pas se
refoudre en confcience à être
faineant jusqu'àla mort ;
je ferai bien furpris fi à la fin
cette reſolution n'est pasſuivie
de quelques voeux melancoliques.
Mais vous ne faites
GALANT.
223
point d'attention , lui disje,
à ce qu'il me mande ,
&vous ne voyez pas qu'il
aime mieux travailler à Paris
à faire imprimer ſes
- voyages , & peut - être les
nôtres. Oh ma foy , repritil
, il fait bien , & cet employ
me paroît fort d'accord
avec fes faillies. Ecrivez-lui
au plûtôt , que je mette un mot
dans votre Lettre , & promettons-
lui bien des merveilles.
**Ainſi nous nous ſeparames
tous deux , affez mortifiez
d'être fûrs de ne vous
revoirde long temps : mais
Tiiij
224 MERCURE
ſi vous m'aimez toûjours ,
mon cher L. F. faites du
moins que vos Lettres me
confolent de vôtre abſence.
De mon côté j'eſpere
ne vous pas mal dedommager
de vôtre exactitude.
Le depit que j'ai eu en
liſant votre Lettre , de vous
voir capable de la foibleſſe
de vous forger enfin l'idée
du repos dont vous vous
flatez , avant de ſentir que
le public vous fatiguera
peut- être plus que tous les
monts & tous les vaux de
l'univers , devroit , ſi j'étois
GALANT 225
&
d'humeur vindicative ,
m'empêcher d'étendre plus
loin ma réponſe: mais mon
interêt l'emporte ſur mon
depit , & j'apprehendrois
trop de voir bientôt finir
de vôtre côté nôtre commerce
epiftolaire , ſi je ne
vous écrivois que des nouvelles
inutiles pour vous ,
ou indifferentes à ceux à
qui vous pouvez les com.
muniquer.Ainſi je vais vous
entretenir de la Georgie ,
de la Perſe , de Bizance , &
de moy.
Il y a quelque tempsqu'il
226 MERCURE
vint ici un des principaux
Timars de la Georgie, avec
qui je me liai d'amitié , de
façon à ne m'en pouvoir
jamais dédire , tant il me
donna d'eſtime pour lui.
Avant de vous apprendre
ce qu'il m'a conté de fon
hiſtoire , j'ai deux mots a
vous dire de la qualité de
fon employ.
Un Timar dans cet Empire
eft ordinairement un
homme de guerre , à qui
l'on donne la joüiffance &
le revenu d'une certaine
quantité de terres ( qu'on
GALANT.
227
i
appelle timariot. ) Les uns
valent plus , les autres
moins. Il y en a qui rapportent
quatre cens, cinq cens ,
mille , &juſqu'à deux mille
écus de rente. Il y en a
beaucoup au deſſous. Ceux
à qui on donne ces places ,
font obligez , dans tous les
beſoins de l'Etat , de ſe ranger
, au premier bruit de
guerre , ſous l'étendart de
la Religion , & de mener
avec eux à leurs dépens , au
moins un ou deux cavaliers
ou fantaſſins de leur
timariot. Ces Timars font
228 MERCURE
de vrais tyrans dans l'éten
duë de leur domaine. Celui-
ci en a un des plus con
fiderables , & il m'a juré
que , ſans inquieter jamais
ſes vaffaux , le ſien lui val
loit tous les ans plus de cinq
cens ſequins de rente ; aufli
eft il fort riche Il s'appelle
Oſmin Kara. C'eſt un vieux
Muſſulmane, recomman
bleppar ſa bonne mine autant
qu'il l'eſt depuis longtemps
par ſa valeur. Il eſt
fils d'un de ces enfans de
tribut qu'on appelle Azamoglans.
Il ſervoit dans les
GALANT.
229
Janiſſaires lorſqueMahomet
quatre fut dépoſſedé par
quar
fon frere Soliman III. Il
ſe trouva malheureuſement
engagé étroitement dans
le parti de ces deux fameux
ſeditieux Fetfagi & Haggi
Ali , dont la revolte penſa
caufer la ruine entiere de
l'Empire Othoman. Ce fut
lui , qui aprés avoir été des
plusanimez &des plus heureux
au pillage de la maiſon
&des richeſſes du grand
Treſorier ,entra le premier
le fabre & la flame à la
main dans la maiſon du
230 MERCURE
grand Viſir Siaous , qui ,
aprés avoir mal à propos
remis le ſceau de l'Empire
dans les mains du Muphti ,
au milieu de cet affreux de
fordre fut tué d'un coupde
piſtolet , que Haggi Ali lui
tira dans la tête. Il fut un
de ceux qui ſçut le mieux
&le plus fecretement profiter
des joyaux qui furent
arrachez aux femmes &
aux enfans de ce malheu
reux Vifir , qu'on traîna
comme lui dans les ruës de
Conſtantinople , aprés les
avoir égorgez. Enfin ce fut
GALANT...
231
lui qui ſauva la plus jeune
fille de Siaous avec une ef
clave , qu'il vendit publiquement
quatre ſequins à
un Marchand Arabe , qui
lui promit en ſecret de les
lui rendre pour le même
prix , lors qu'il voudroit les
racheter ; ce qu'il fit lorfque
le tumulte fut appaifé.
On s'étonne rarement ici)
des actes de bonne foy, l'uſage
eſt de n'y pas manquer
Oſmin Kara confia avec
ſon argent & ſes bijoux ,
cette petite fille,feul refte
zoulo
232 MERCURE
de la famille des deux
grands Viſirs Cuprogli , qui
avoient fi heureuſement
travaillé pour l'agrandiffement
& pour la gloire de
l'Empire Othoman , à un
vieux Marchand Armenien
ſon ami, établi dans le faux.
bourg de Galata. Ce bon
homme garda ce dépôt
chez lui pendant dix ans ,
qu'Ofmin , qui eut ordre
d'aller fervir dans les Ja
niſſaires de Babylone , paffa
fur les frontieres de la Perſe
, qui menaçoit alors le
grand Seigneur de lui do
clarer
GALANT. 233
clarer la guerre. Afon re
tour à Conſtantinople , on
lui donna un timariot de
deux cens ſequins de rente.
Désqu'ilſe vit en poffeffion
d'un azile , il alla chez ſon
ami , qui lui rendit , avec
ſes bijoux , la fille de Siaous
grande , bien faite &belle.
Elle avoit juſqu'alors ignoré
ſa naiſſance ; il la lui ap
prit , & en même temps il
lui demanda ſi elle vouloit
l'épouſer. Elle y confentit.
La ceremonie de ce ma
riage ſe fit à la Turque. Il
remercia ſon ami , il prit
May 1714. V
234 MERCURE
congé de lui , & il ſe retira
avec ſon épouſe dans ſon
timariot , où il a toûjours
vêcu avec elle comme s'il
lui eût été défendu d'avoir
plus d'une femme.
Il ya cinq ans que le
dernier Vifir depolé , qui
l'avoit toûjours conſideré ,
changea ſon timariot pour
celui qu'il poſſede. Nya
trois mois qu'il étoit ici , &
c'eſt de lui que j'ai appris
le petit trait d'hiſtoire que
vous allez lire .
J'étois , me dit - il un
jour , dans les Janiſſaires du
GALANT. 235
Sultan Solyman , qui ( pour
nous punir des troubles
que nôtre union avec les
Spahis avoit caufez dans
Conſtantinople ) nous envoya
fur les frontieres de
la Perſe , lors qu'un ſujet
du Sophi me tomba entre
les mains. Toutes les raifons
& toutes les regles de
la guerre le rendoient mon
prifonnier : mais je trouvai
tant de probité dans cet
homme , que , loin de fon,
ger àa m'en faire un eſclave,
je tâchai ſeulementde m'en
faire un ami , & j'y reüffis.
V ij
236 MERCURE
Un jour me promenant
avec lui parmi un ggrraand
nombre de tombeaux ,
(dont on voit encore des
ruïnes magnifiques à un
ne:) Vous m'aimez , me
quart de lieuë de Babylodit-
il , fans me connoître ;
cela ne me fuffit pas , je
veux vous apprendre qui je
fuis, pour voir comme vous
me traiterez lorſque vous
me connoîtrez. Je m'appelle
Achmet Ereb. La vertu
qui fait ma nobleſſe a fait
les honneurs & les infortunes
de ma vie. Le Sophi
GALANT. 237
mon Seigneur m'a comblé
pendant dix ans des biens
qu'il vient de m'ôter en un
jour. Mes ennemis lui ont
perfuadé que j'avois trouvé
un trefor. Quoique je n'aye
jamais poffedé d'autres richeſſes
que celles qu'il m'a
données , il a neanmoins
crû mes accuſateurs. Enfin
aun de ſes Officiers vint un
ſoir me dire que le Sophi
m'ordonnoit de me rendre
le lendemain , aprés la premiere
priere , au pied de ſa
Tribune , pour répondre au
crime dont on m'accuſoit.
238 MERCURE
Ce Prince aimoit beau.
coup la pêche , & il y avoit
alors plus de deux ans que
je travaillois avec ma femme
à lui faire , de ſes propres
largeſles ,un preſent
qui pût lui plaire. C'eſt un
filet qui a ſoixante pieds de
longueur , fur trois de hauteur,
dont tout le rezeau eft
d'or fin , fans aucun mélange
de foye ; au lieu de
plomb , j'ai mis de diſtance
en diſtance des boules d'or
& d'argent , & pour foû .
tenir le poids du filet , le
cordon qui reſte ſur l'eau
GALANT. 239
eſt garni de pieces de cedre
& de liege attachées
au filet avec des anneaux
d'or. Voila , lui dis je, en le
lui preſentant le lendemain
matin , le treſor que je pof.
fede. Je dois à la generofité
de Ta Hauteſſe tout l'or
dont il eſt enrichi , & lorf
quej'ai entrepris de le faije
ne l'ai jamais deftiné
qu'au plaifir de Ta Hauteſſe.
Dieu est tout puiſſant
&tout mifericordieux , &
le faint Prophete m'entend.
Je lui donnai avec cela un
zirtlan que j'aimois, & qui
re
240 MERCURE
me parloit commeunhomme.
Pour recompenſe de
ma bonne foy , on a bien
reçû mon preſent. Je me
ſuis appauvri à le faire , &
le Sophi m'a chaffé. Voila
cequ'Oſmin me conta.
Que penſez-vous , mon
cher L. F. de la politique
de cet homme ? Auriezvous
en ſa place donné vô
tre filet ? l'auriez-vous gardé
? auriez vous , aux yeux
de vôtre Juge montré vô.
tre richefle , ou foûtenu võ.
tre pauvreté ? N'y avoit - il
que de la vertu à faire l'un
ou
GALANT.
241
2
ou l'autre ? Enfin comment
vous feriez-vous défendu? ...
Mais à propos du zirtlan
que je viens de vous nommer,
je veux vous apprendre
ce que c'eſt , ſi vous ne
le ſçavez pas ; à la bonne
heure ſi vous le ſçavez , je
n'ai rien de mieux à faire.
C'eſt un animal que les
Tarcs appellent zirtlan , &
les autres nations byena.
Cet animal eſt de la taille
d'un loup ordinaire. Il entend
parfaitement la voix
humaine , & il comprend à
merveille le ſens de toutes
May 1714.
X
242 MERCURE
१०
2
les paroles qu'il entend.
Ofmin, qui en a depuis longtemps
apprivoiſez , m'a affuré
qu'ils lui avoient quelquefois
répondu des mots
bien articulez , & fort relatifs
à ceux qu'il leur avoit
dits. La maniere dont on
le prend eſt admirable.
Ceux qui font affez hardis
pour lui donner la chaffe
approchent de ſa caverne ,
qu'un monceau d'oſſemens
&de carcaffes des animaux
qu'il a dévorez rend toûjours
fort reconnoiſſable.
Le plus audacieux de ces
GALANT. 243
chaſſeurs entre dans la caverne
, tenant à ſa main le
bout d'une corde, dont ſes
camarades 'tiennent l'autre
àla porte. Sitôt qu'il met
le pieddans l'antre , il cric
de toute ſa force , joctur ,
* joctur , ucala. Cela veutdire ,
il n'y eſt pas , il n'y eſt pas ;
2 & en criant toûjours , il n'y
Deſt pas , il arrive juſqu'auprés
de ce terrible animal ,
qui ſe ſerre contre la terre ,
perfuadé que les hommes
qui le cherchent ne mencent
point , & qu'ils font
apparemment ſûrs de ne le
C
7
Xij
244 MERCURE
pas trouver , puis qu'ils dilent
toûjours qu'il n'y eft
pas. Alors le chaſſeur , fans
diſcontinuer de crier , il n'y
eſt pas , lui paſſe ſa corde
entre les cuiffes , l'attache
demaniere à ne le pas manquer.
Il laiſſe enſuite traf
ner la corde à terre ; puis à
meſure qu'il ſe retire à reculon
, il crie , juſqu'à ce
qu'il ſoit dehors , il n'y eſt
pas : mais dés qu'il a regagné
la porte de cet affreux
gîte , il crie de toute fa force
avec ſes camarades , il y
eſt , il y eft, il y eſt. L'aniGALANT.
245
mal qui ſe voit ainſi découvert
, s'élance auffitôt
avec fureur pour devorer
ſes ennemis : mais il eſt ſi
bien pris , qu'en fortant de
ſa caverne ou on le tuë , ou
il s'enferme dans une grande
machine faite, exprés
pour le prendre en vie .
Si je n'avois pas vû cet
animal ; ſi je n'étois pas für
qu'il entend & comprend
les fons de la voixde l'homme
, & fi je ne croyois pas
de bonne foy ce qu'Ofmin
m'en a raconté , je ne pourrois
pas encore me perfua-
Xiij
246 MERCURE
der que ce que le ſage &
ſçavant Augerius Giſlenius
Buſbequius en a écrit ne
fût un vrai conte à dormir
debout. Je vous envoye exprés
ceque nous en a dit ce
Miniſtre qui , comme vous
ſçavez , fut ici long-temps
Ambaſſadeur de l'Empereur
Maximilien auprés du
Grand Sultan Solyman premier.
Voici les termes de
l'original.
Extractum Epift. 1. Aug.
G. B... p. 74. de hyænis.
Jam ride quantùm lubet ,
GALANT. 247
ram.
fi unquam riſiſti ; fabulam audies
quam ex ore populi refe-
Aiunt hyenam , ( quam
ipfi zirtlan vocant)fermonem
intelligere humanum , ( veteres
imitari dixerunt ) proptereaque
à venatoribus hunc in
modum capi. Accedunt ad ejus
cavernam,quam ex offiumcumulo
deprehendi facile eft . Subit
unus cum fune , cujus partem
extremam fociis tenendam foris
relinquit ; ipſe identidem
pronuntians , joctur , joctur ,
ucala ; illam fe non reperire
illam non adeffe introrepit. At
hyena quese latere, nefcirique
X iiij
248 MERCURE
ex ejus fermone putat , manet
immota , donec fibi crus fune
vinciatur ; fubinde venatore
illam non adeffe clamitante.
Deinde cum iifdem verbis retrocedit
: fed ubi jam ex fpelunca
evafit , de repente cla
more magno hyænam intus effe
pronuntiat ; quo illa intellecto,
vehementi impetu ut fugam
capiat nequicquam profilit , venatoribus
per funem quo crus
ei implicatum diximus retinentibus.
Sic eam vel occidi , vel
adhibita industria narrant vivam
capi. Nam animalſevum
eft , & quod se impigrè deffendat.
GALANT. 249
Ainſi vous pouvez , mon
ami , juger de ce que j'en
ai vû , par ce qu'en ditBufbek.
A l'égarddes contemporains
, ſon témoignage
fait fort peu pour mon difcours
, puiſque l'avantage
quej'ai d'être , me doit rendre
au moins auffi croyable
que lui , qui n'eſt plus ;
d'ailleurs ce n'eſt pas àvous
que je voudrois en impofer.
Au reſte , je vous avouë
qu'il n'y a rien de curieux
dans les Lettres que Buſbek
a écrite de ce pays.ci , dont
250 MERCURE
je n'aye eu une envie extrême
de m'éclaircir par moymême
; & tout ce qu'il a
dit des elephans , des cigales&
des fourmis , eſt admirable
& vrai: mais je vous
en entretiendrai une autre
fois , & l'emplette que j'ai
faite il y a quelque temps
de deux filles d'un pays
dont il fait un plaifant détail,
me fournira , avec l'hiftoire
des animaux dont il
parle, la matiere de ma pre
miere lettre . Celle- ci est
longue, mon ami: mais ily
ahuit cens lieuës entre nous
GALANT. 251
deux , la terre eſt peu fûre
pour nos correſpondances ,
les navires , les fregates, les
galeres , les caïques , les
tartanes , & les barques ne
partent pas tous les jours :
ainſi major è longinquo reverentia.
Par conſequent mes
lettres , quelque longues
qu'elles foient , ne doivent
jamais vous ennuyer.
Le deſtin du Roy de Suede
paroît meilleur qu'il n'a
été depuis long- temps.
M. Setun, Ambaſſadeur
d'Angleterre ici , m'a dit
qu'ilſouhaitoit debon coeur
1
2524
MERCURE
entretenir avec vous unc
relation égale. Ce Miniftre
m'a paru fort ſenſible à la
nouvelle de la mort du fils
du Milord Lexington , fon
neveu & vôtre ami
que
vous avez vù mourir a Madrid.
Les termes dont vous
ةي
vous ſervez en parlant de
ce jeune Seigneur lui ont
fait concevoir tant d'eſtime
pour vous , qu'il ne ceſſe
de me demander fi je ſuis
bien fûr que vous m'enver
rez exactement des nouvelles
de France. Je vous
en prie avec la derniere infGALANT.
253
:
tance , & fuis de tout mon
coeur , mon cher L. F.
Vôtre , &c.
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Résumé : « Je ne croy pas qu'on ait vû beaucoup de [...] »
Dans une lettre datée du 20 avril, l'auteur exprime son soulagement après avoir reçu des nouvelles de L.F., tout en critiquant sa décision de s'installer à Paris et son mode de vie indolent. L'auteur mentionne Simon de Bellegarde, qui se prépare à voyager en Byssinie et a rencontré L.F. à Madrid, le critiquant sévèrement. La lettre aborde ensuite des événements historiques liés à la révolte et aux intrigues politiques au sein de l'Empire Ottoman. Un rebelle nommé Ali joue un rôle clé dans une rébellion contre Mahomet IV. Ali participe au pillage des richesses du grand Trésorier et à l'assassinat du grand Vizir Siaous. Après ces événements, Ali sauve et revend la fille de Siaous. Osmin Kara, un Timar géorgien et ancien Janissaire, confie cette fille à un marchand arménien avant de l'épouser à son retour. Le texte relate également l'histoire d'Achmet Ereb, capturé par Osmin, qui raconte son injustice subie par le Sophi de Perse. Le narrateur décrit ensuite un animal appelé 'zirtlan' ou hyène, capable de comprendre et de réagir aux paroles humaines. La lettre se termine par des considérations sur la correspondance et des nouvelles concernant le roi de Suède et la mort du fils de Lord Lexington.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 6-8
LETTRE ANONYME.
Début :
Quand vous acquitterez-vous, Monsieur, de toutes les [...]
Mots clefs :
Histoire, Lettre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE ANONYME.
LETTRE ANONYME. QVand vous acquitterez
vous,Monsieur,de toutes les
promesses dont les Mercures
que vous a'Vt'Z donnez Jont
remplisfDans le premiervous
nous avez promenez suffisamment
en Pologne, & de la en
Asie, d'où vous devez sans
doute avoir appris depuis
trois mois de nouvelles circonfiances
du voyagedevotre
ami, dont les precieuses découvertes
& la longue lettre
ennuyerent raisonnablement
bien du monde.
Dans le second vous nom
avez donné parole de nous
raconter, dés que vous auriez
occasion de le faire, lafameuse
histoire du malheureux Sainte
Colombe, Lieutenant de dragons
dans Fimarcon, quifut
assassiné & Mantouë par un
marijaloux: & dans le même
livre, au milieu de l'histoire
Ju Bacha de Damas, vous
nous promttez le reste des
rares avantures delavaillante
.Adrabifta, que vous nous assurezavoirjoüéuntrès-
grand
personnage à Rome.
Dansle dernierenfin vous
nous laissez justement à la
moitié de l'histoire de vôtre
Chevalier Castillan, & de
sa belle veuve, dont vous ne
faites qu'ebaucher le mariage,
sur la foy d'un amant enyvré
de la douceur de ses esperances.
Vous devez, en un mot,
nous conterce mois-ci lesavanturesd'une
Moscoviteavec un
Lapon. Quand nous tiendrezvous
parole sur tous ces aru'
cles ? &c.
Je reponds
vous,Monsieur,de toutes les
promesses dont les Mercures
que vous a'Vt'Z donnez Jont
remplisfDans le premiervous
nous avez promenez suffisamment
en Pologne, & de la en
Asie, d'où vous devez sans
doute avoir appris depuis
trois mois de nouvelles circonfiances
du voyagedevotre
ami, dont les precieuses découvertes
& la longue lettre
ennuyerent raisonnablement
bien du monde.
Dans le second vous nom
avez donné parole de nous
raconter, dés que vous auriez
occasion de le faire, lafameuse
histoire du malheureux Sainte
Colombe, Lieutenant de dragons
dans Fimarcon, quifut
assassiné & Mantouë par un
marijaloux: & dans le même
livre, au milieu de l'histoire
Ju Bacha de Damas, vous
nous promttez le reste des
rares avantures delavaillante
.Adrabifta, que vous nous assurezavoirjoüéuntrès-
grand
personnage à Rome.
Dansle dernierenfin vous
nous laissez justement à la
moitié de l'histoire de vôtre
Chevalier Castillan, & de
sa belle veuve, dont vous ne
faites qu'ebaucher le mariage,
sur la foy d'un amant enyvré
de la douceur de ses esperances.
Vous devez, en un mot,
nous conterce mois-ci lesavanturesd'une
Moscoviteavec un
Lapon. Quand nous tiendrezvous
parole sur tous ces aru'
cles ? &c.
Je reponds
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Résumé : LETTRE ANONYME.
Une lettre anonyme reproche à un auteur de ne pas avoir tenu ses promesses concernant divers récits. L'auteur avait promis de narrer des aventures en Pologne et en Asie, ainsi que des nouvelles d'un ami voyageur. Il avait également engagé à poursuivre les aventures de la vaillante Adrabifta et à révéler l'identité d'un grand personnage rencontré à Rome. De plus, il avait prévu de raconter l'histoire du lieutenant Sainte Colombe, assassiné à Mantoue par un mari jaloux. La lettre critique l'abandon de l'histoire du Chevalier Castillan et de sa veuve, ainsi que l'absence de conclusion sur les aventures d'une Moscovite et d'un Lapon. L'auteur de la lettre demande quand il tiendra parole sur tous ces articles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 235-241
Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
Mais heureusement on m'apporte une Lettre qui va peut / Voici encore des Vers, Monsieur, & des Vers de ma façon ; [...]
Mots clefs :
Honneur, Vers, Charles Dufresny, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
; mais heu-
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
reuſement on m'apporte une
Lettre qui va peut être ſervir
à m'en épargner la peine. Sans
doute , & elle ſemble juſte-
ment faite en conſequencede
ce que je viens de dire.
Voicy encore des Vers ,Monficur,
des Vers de ma façon;
mais en veritéjene vous les donne
que pour l'acquit de ma confcience
ſeulement , & que parce
que je l'ay promis , je vous ay
déja dit que je ne suis pas Poëte
vous l'avez bien veu ; auffi
n'est- ce pas pour me conformer à
l'usage que je me deffend de cette
qualité , je voudrois la meriter
jem'en ferois honneur; mais je
ne la merite pas ; pourquoy donc
me direz vous vous mêler de
faire des Versa c'estpar complai-
Sance, il a pris en gréà quelques
femmes de ma connoiffance
i
GALANT. 237
parce que j'en ay fait pour elles
quelques fois d'affez mauvais
de s'imaginer que j'étois capable
d'enfaire de bons , &il afallu
malgrémoy avoir correspondance
avec l'Auteur du Mercure;
luy envoyer ce qu'on vouloitque
je fiffe. Quand Monfieur du
Fresny devroit m'accufer d'ingratitude
,je ne puis m'empefcher
de dire ,en paſſant , que
j'ay ſouvent esté furpris de ce
que , luy , qui a infiniment d'efprit
& degout , a toûjours employéceque
je luy envoyois ; je
ne suis pourtant point redevable
àſa complaisance de l'honneur
L
238 MERCURE
( qu'il m'a fait ; il me connoist:
mais je n'avois garde de paroître
à visage découvert enfi mauvais
équipage , outre que mes
Lettres étoient Anonimes ; je
déguiſois encore mon caractere
&je prenois toutes les precautions
neceßaires pour empefcher
qu'il ſçeut de quelle part mes
Lettres luy venoient ; tout étoit
cependant donné au Public quelque
fois avec les corrections
qu'il prenoit la peine de faire
quelque fois en faisant des
réponſesparodiées. Son indulgence
peut bien avoir favorisé la
décadence d'un livre à laquelle
4
د
GALANT. 239
fansdoute ,j'ay eu l'honneur de
contribuer pour ma part .
Vous voyez , Monfieur ,
que je n'ay pas plus de vanité
que j'en dois avoir ; & comme
je n'ay pas trop bonne opinion de
ce que je fais on ne me fait
aucun chagrin de me perfuader
que j'ay raison , cependant les
Dames dont je viens de parler
confirmées dans leur erreur par
la réüſſite de ces bagatelles, faites
toûjours àla bate , & avec né
gligence , font revenues à la
charge avecle nouveau Mercure;
j'ay refiftéaux premieres attaques
mais j'ay eu beau leur dire que
240 MERCURE
vous eſtiez trop circonspect &
trop difficile , il afallu cederpour
cette fois & faire un envoy de
la derniere Enigme dans le gout
de cellequeM. Anceau fit ilya
quelques mois pour l'Enigme de
M. de la maniere dont
elles s'y font priſes pour deviner
celle en queſtion m'a donné enmême
temps occafion de me venger
de leur perfecution. Au reſte ,
Monfieur,fi je ne prens pasavec
vous les mêmes précautions dont
je me suis fervy avec M. du
Fresny , c'est aprés vous avoir
fait connoître l'indiff rence que
jaypour le fort de ces amusemens
GALANT. 24г.
mens , auſquels mes occupations
ordinaires ne me laissent gueres le
loisir de penser. Fe ceſſerois pourtant
de les rreeggaarder avec la même
negligence s'ils me procuroient
quelquefois le plaisirde vous affurerde
l'estime aveclaquellej'ai
l'honneur d'estre , Monfieur ,
Vostre , &c.
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Résumé : Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Dans cette lettre, l'auteur exprime son manque de confiance en ses compétences poétiques, écrivant des vers uniquement pour honorer une promesse plutôt que par véritable talent. Certaines femmes de sa connaissance, impressionnées par ses précédents écrits, lui ont demandé de contribuer au Mercure, une publication littéraire. Malgré ses réticences, il a accepté pour ne pas sembler ingrat envers Monsieur du Fresny, le rédacteur en chef, qui publiait ses contributions malgré leur qualité médiocre. L'auteur prenait des précautions pour rester anonyme et déguisait son style, reconnaissant que l'indulgence de Monsieur du Fresny avait pu contribuer à la décadence du livre. Face aux insistances des dames, il a finalement cédé et envoyé une énigme pour le nouveau Mercure, profitant de l'occasion pour se venger de leurs pressions. Il conclut en affirmant son indifférence pour ces amusements littéraires, étant occupé par des tâches plus importantes, tout en exprimant son estime pour le destinataire de la lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 241-243
ENVOY sur le mot de la derniere Enigme du mois passé.
Début :
À Quelques Dames du quartier [...]
Mots clefs :
Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOY sur le mot de la derniere Enigme du mois passé.
ENVΟΥ
ſur le mot de la derniere
Enigme du mois paffé.
AQuelques Dames dis
quartierSeptembre 1714.
X
242 MERCURE
Je lûsbier leMercure der
nier ;
L'Enigme vint ; les Da-
mes affemblées
De devinerle motſefirent
nn honneur ;
Et toutes s'empreſſant de
dire leurs pensées,
Firent naître à l'envy l'é-
clatante rumeur
De tant de voix entrecou-
pées,
Quependantquelquetems,
jecrus
Que l'on alloit deviner en
GALANT 24元
chorus .
MesDames ,fans tirer,
leur dis-je , à confe
29407
quence
७
Accordez-moyde grace,un
momentd'audiance:
0prodige étonnant, lebeau
Fort bien repris-je alors
le mot se trouvera
Dans le filence.
ſur le mot de la derniere
Enigme du mois paffé.
AQuelques Dames dis
quartierSeptembre 1714.
X
242 MERCURE
Je lûsbier leMercure der
nier ;
L'Enigme vint ; les Da-
mes affemblées
De devinerle motſefirent
nn honneur ;
Et toutes s'empreſſant de
dire leurs pensées,
Firent naître à l'envy l'é-
clatante rumeur
De tant de voix entrecou-
pées,
Quependantquelquetems,
jecrus
Que l'on alloit deviner en
GALANT 24元
chorus .
MesDames ,fans tirer,
leur dis-je , à confe
29407
quence
७
Accordez-moyde grace,un
momentd'audiance:
0prodige étonnant, lebeau
Fort bien repris-je alors
le mot se trouvera
Dans le filence.
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Résumé : ENVOY sur le mot de la derniere Enigme du mois passé.
En septembre 1714, des dames tentent de résoudre une énigme du Mercure. Leur effervescence crée une rumeur bruyante. L'auteur demande le silence pour trouver le mot. Le texte souligne leur engagement et utilise un style poétique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 323-328
Lettre de Chrysost. Mathanasins à M le Febvre de Fontenay, Aut. du Merc. Gal.
Début :
Il me reste encore une Lettre à vous communiquer, Messieurs, / La liaison où vous estes à Paris avec beaucoup de gens de [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Anciens et Modernes, Antoine Houdard de la Motte, Mémoires, Femmes savantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Chrysost. Mathanasins à M le Febvre de Fontenay, Aut. du Merc. Gal.
Il me reſte encore une Lettre à
vous communiquer , Meſſieurs ,
&je vous tiendray quitte de la
peine que vous aurez priſe à lire
le plus joli Livre que je vous aye
donné. C'eſt une Epitre du fameux
Mathanasius.
Lettre de Chryfoft. MathanasiusàMle
Febure deFontenay, Aut. du Merc.Gal.
La liaifon où vous eſtes à
Paris avec beaucoup de gens de
Lettres , M. m'engage à vous
entretenir du bruit que fait ici
le procés de Madame Dacier
contre M. de la Mottes toute
l'Europe ſçavante s'y intereſſe ,
&nous avons desja receu des
Memoires d'Ecoffe & dIrlande
qui ne promettent rien de bon à
M. de la Motte ; nos Sçavans ne
324 MERCURE
ſont pas ici du même avis , &paroiffent
mal prevenus contre
Madame Dacier , laquelle en
imitant les Chinois, n'ad'encens
que pour les deffunts. Ils conviennent
tous que l'inventiondu
Poëme Epique eſt dûë aux Anciens
,mais non fa perfection ,&
la comparaiſon qu'ils font des
Anciens & des Modernes , les
premiers comparez à des tournebroches
& les derniers à des
horloges , paroiſt juſte & trescenfée
; mais avant que d'en faire
l'application il eſt neceffaire de
fuppofer que les tournebroches
font inventez par un Ancien ,
dont les ſucceſſeurs imitant ,
mais perfectionnant la Mecanique,
font enfin parvenus à nous
faire de bonnes horloges & de
tres bonnes montres , qui fontà
GALANT. 325
1
peu prés de la même eſpece&
figure que les tournebroches :
Madame Dacier tousjours com.
plaiſante pour le bon Homere ,
& accoutumée à des comparaifons
extraordinairement naïves
dont il uſe quelquefois , ne man
quera pas de trouver dans celleci
des beautez qui ne cedent en
rien à ce qu'a dit ſon Poëte , en
vantant le courage d'un Heros
qu'il a comparé àun âne devorant
desépis&des chardons;on avoüe
qu'un âne affamé ſe contente
quandil en trouve l'occaſion;mais
leparalelle d'un ſi ſale animal eûtc
ce me ſemble , beaucoup mieux
convenuà Aiax avec la belle Cafſandre,
dans le Templede Miner..
ve , qu'à un Heros combattant
&donnant l'exemple & de l'émulation
à ſon parti : nos avis ,
326 MERCURE
mon cher de Fontenay, en con
fequence de la plauſible comparaiſon
des tournebroches avec
des montres , ſeroient que le
Seigneur Mercure , & Meffieurs
les Journaux invitaſſent les Doctes&
les Femmes Sçavantes , à
adreſſer des Memoires avec
leurs opinions , à M. de la Motte
,& à Madame Dacier , & que
leſdits Memoires fuſſent enfuite
envoïez fans alteration à deux
Académies choiſies par les parties
.Toulouſe & Bordeaux en ont
d'illuftres , & l'honneur d'avoir
decidé un faitde cette importan
ce intereſſeroit Mrs les Gafcons
qui ne manquent jamais à ſoûte-
⚫nir vivement leurs cauſes : & en
cas que les deux Académies ne
convinſſent pas , on en nommeoit
de concert une troifiéme
GALANT. 327
pour fur-arbitre: l'Italie en fournit pluſieurs
dont les ſujets furpaſſent en vivacité
, & promptes déciſions Mrs les
Gaſcons En ſuivant ce conſeil on met.
troit fin à une querelle qui va ſuſciter
des jaloufies & des rancunes entre les
Pariſans de Mr de la Motte , & ceux de
Madame Dacier ,laquelle néanmoins ,
& il faut le dire à ſa loüange , a eu la
prudence , avant que de rendre ſon
Factum publicd'yfaire mettre deux cartons
; les rieurs prétendent y avoir perdu,
& ils affurent que la bonne Dame a
voulu épargner des invectives à ſon adverſaire
: nous n'avons point eſté ſurpris
ici , comme les Partiſans de Mr de la
Motte le font à Paris, de plus de quatre
cent noms ou épichetes que Madame
Dacier luydonne dans ſon Factum , intitulé,
des Cauſes de la Corruption du
Goût ,Mr de la Motte eſt bon pour luy
répondre , en la traitant néanmoins ref.
pectueusement , & avec tous les égards
qu'un galant- homme doit à fon beau
fexe,& on conſeille à Mr de la Motte
328 MERCURE
de faire pluſtoſt mettre pluſieurs car
tons dans ſa replique , que d'y ſouffrir
rien qui puiſſe eſtre caracteriſé des
noms de jalousie , de haine , & de
vangeance que le bons ſens déteſte.
Certaines louanges ſeront mieux reçûës
&plus convenables à la délicateſſe du
public attentif & jaloux du reſpect
qu'on luy doit. Les connoiffeurs commenteront
& interpreteront toûjours
de pareilles loüanges , fuivant l'intention
de l'Auteur ; ne manquez pas je
vous prie,avant que de proceder contre
Madame Dacier,de luy faire une civili
tedema part, &de ſçavoir ſa derniere
reſolution ;j'attends avec impatience la
réponſe qu'elle vous fera ; & je ſuis,
Monfieur , parfaitement voſtre treshumble
& tres - obéïſſant Serviteur ,
Mathanafius. A Amſterdam , ce.23.
Mars 1715.
vous communiquer , Meſſieurs ,
&je vous tiendray quitte de la
peine que vous aurez priſe à lire
le plus joli Livre que je vous aye
donné. C'eſt une Epitre du fameux
Mathanasius.
Lettre de Chryfoft. MathanasiusàMle
Febure deFontenay, Aut. du Merc.Gal.
La liaifon où vous eſtes à
Paris avec beaucoup de gens de
Lettres , M. m'engage à vous
entretenir du bruit que fait ici
le procés de Madame Dacier
contre M. de la Mottes toute
l'Europe ſçavante s'y intereſſe ,
&nous avons desja receu des
Memoires d'Ecoffe & dIrlande
qui ne promettent rien de bon à
M. de la Motte ; nos Sçavans ne
324 MERCURE
ſont pas ici du même avis , &paroiffent
mal prevenus contre
Madame Dacier , laquelle en
imitant les Chinois, n'ad'encens
que pour les deffunts. Ils conviennent
tous que l'inventiondu
Poëme Epique eſt dûë aux Anciens
,mais non fa perfection ,&
la comparaiſon qu'ils font des
Anciens & des Modernes , les
premiers comparez à des tournebroches
& les derniers à des
horloges , paroiſt juſte & trescenfée
; mais avant que d'en faire
l'application il eſt neceffaire de
fuppofer que les tournebroches
font inventez par un Ancien ,
dont les ſucceſſeurs imitant ,
mais perfectionnant la Mecanique,
font enfin parvenus à nous
faire de bonnes horloges & de
tres bonnes montres , qui fontà
GALANT. 325
1
peu prés de la même eſpece&
figure que les tournebroches :
Madame Dacier tousjours com.
plaiſante pour le bon Homere ,
& accoutumée à des comparaifons
extraordinairement naïves
dont il uſe quelquefois , ne man
quera pas de trouver dans celleci
des beautez qui ne cedent en
rien à ce qu'a dit ſon Poëte , en
vantant le courage d'un Heros
qu'il a comparé àun âne devorant
desépis&des chardons;on avoüe
qu'un âne affamé ſe contente
quandil en trouve l'occaſion;mais
leparalelle d'un ſi ſale animal eûtc
ce me ſemble , beaucoup mieux
convenuà Aiax avec la belle Cafſandre,
dans le Templede Miner..
ve , qu'à un Heros combattant
&donnant l'exemple & de l'émulation
à ſon parti : nos avis ,
326 MERCURE
mon cher de Fontenay, en con
fequence de la plauſible comparaiſon
des tournebroches avec
des montres , ſeroient que le
Seigneur Mercure , & Meffieurs
les Journaux invitaſſent les Doctes&
les Femmes Sçavantes , à
adreſſer des Memoires avec
leurs opinions , à M. de la Motte
,& à Madame Dacier , & que
leſdits Memoires fuſſent enfuite
envoïez fans alteration à deux
Académies choiſies par les parties
.Toulouſe & Bordeaux en ont
d'illuftres , & l'honneur d'avoir
decidé un faitde cette importan
ce intereſſeroit Mrs les Gafcons
qui ne manquent jamais à ſoûte-
⚫nir vivement leurs cauſes : & en
cas que les deux Académies ne
convinſſent pas , on en nommeoit
de concert une troifiéme
GALANT. 327
pour fur-arbitre: l'Italie en fournit pluſieurs
dont les ſujets furpaſſent en vivacité
, & promptes déciſions Mrs les
Gaſcons En ſuivant ce conſeil on met.
troit fin à une querelle qui va ſuſciter
des jaloufies & des rancunes entre les
Pariſans de Mr de la Motte , & ceux de
Madame Dacier ,laquelle néanmoins ,
& il faut le dire à ſa loüange , a eu la
prudence , avant que de rendre ſon
Factum publicd'yfaire mettre deux cartons
; les rieurs prétendent y avoir perdu,
& ils affurent que la bonne Dame a
voulu épargner des invectives à ſon adverſaire
: nous n'avons point eſté ſurpris
ici , comme les Partiſans de Mr de la
Motte le font à Paris, de plus de quatre
cent noms ou épichetes que Madame
Dacier luydonne dans ſon Factum , intitulé,
des Cauſes de la Corruption du
Goût ,Mr de la Motte eſt bon pour luy
répondre , en la traitant néanmoins ref.
pectueusement , & avec tous les égards
qu'un galant- homme doit à fon beau
fexe,& on conſeille à Mr de la Motte
328 MERCURE
de faire pluſtoſt mettre pluſieurs car
tons dans ſa replique , que d'y ſouffrir
rien qui puiſſe eſtre caracteriſé des
noms de jalousie , de haine , & de
vangeance que le bons ſens déteſte.
Certaines louanges ſeront mieux reçûës
&plus convenables à la délicateſſe du
public attentif & jaloux du reſpect
qu'on luy doit. Les connoiffeurs commenteront
& interpreteront toûjours
de pareilles loüanges , fuivant l'intention
de l'Auteur ; ne manquez pas je
vous prie,avant que de proceder contre
Madame Dacier,de luy faire une civili
tedema part, &de ſçavoir ſa derniere
reſolution ;j'attends avec impatience la
réponſe qu'elle vous fera ; & je ſuis,
Monfieur , parfaitement voſtre treshumble
& tres - obéïſſant Serviteur ,
Mathanafius. A Amſterdam , ce.23.
Mars 1715.
Fermer
6
p. 8-49
Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Début :
Trouvez bon, Monsieur, qu'en retour de ces nouvelles écrites [...]
Mots clefs :
Prince, Ambassadeur, Roi, Marquis, Gentilshommes, Ministre, Carosse, Princes, Prince du Piémont, Honneur, Audience, Palais, Armes, Dame, Comte, Maître des cérémonies, Chevaux, Turin, Gouverneur, Sang, Ambassadrice, Ministre, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur du Mercure Galant.
Lettre d'unGentilhomme
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
Piémoncoisjà l'Auteur
du Mercure Galant. -:,
Trouvezbon
,
Monsieur ,
cjuen retour de ces nouvelles
écritesavec tant d'agrément
,
~gr dont vous nous rt'gale"o\, tous
les mois ,je vousfejjt part de ce
qui vient de fepajjerà nosjeux
dans la Capitale du Piémont;
je v&txparkr de.Fenaéed&^Mï
4lrquis de Prie, jémbajfii-
>ieur duRoy Tres- Chrestien auïjrréï
du Roy de Sicile, notre Souiverain
, & de la premitre
diense publiéeque ce Princea
-
donnée à ce Ministre,
-
L'onziémede ce mois jourJeftinépour
l'Entréedel'Ambassa-
Jtur-de F"lc'nce" ce Seigneurenvoyadésle
matinsescarrosses &
sa tivre": à la cense du Tresorier
Ferrero
,
éloignéedeTurind'env
ironunedemie lieuësituéesur le
grand chemin de Rivoles, d'où
ildevoit commencersamarche.
L'Ambassadeur s'y rendit
incognito sur les deux heutts
&demie aprèsmidy. Ungrand
nombre de personnes de qualité
malgré la pluye qui suivant ,
s'étoit avancé en carrosses jujl
qu'à cette cense, pourvoirlecommencement
de la marche. J'étoit
du nombre cm j'observay avec
":/f'{ de soin tout ce qui se passi)
pour pouvoir me' flatter de vous
enenvoyer unerelationexacte.
Nous vîmes arriver d'abord
un grand nombre de carrojjes asîx
chevaux
,
à la tête deje^uels
étoient les carrosses du Roy
,
dela
Reine
,
de Madame Royale, de
M. le Prince de Piémont, des
Princes de la Aiaijon de Cartgnanceux
de l'Ambassadeur.
Ce Ministre fut complimenté en
même temps de la part des Princes
,
des Princesses, des Ministres
, (si desprincipaux Seigneurs
de cette Cour, auxquels il avait
donnépart de son arrivée ~(y* du
jourdeson entrée.
• A quatre heures & demie,
arriva le Marquis de Carail
Gouverneur de Turin
,
l'un des
anciens Chevaliers de l'O dre de
l'Annonciade
, & nommé parle
Roy pouraccompagnerl*Amb*f$adeurd;
Franceyajon Entrée éi à
son Audiance; il étoit dans le
carrosse du Corps,&ilji avoit
dansle mêmecarrosseleMarquis
Dangrone,Maître des CeremO*f'
nies,ou Introducteur de, Ambajpt*
deurs, quatre Valet de pied du
Roy marchoientà coté desportéeles
3
le carrossede laReine suivoit
celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui faisoit la fonction
de Sous Introducteur,était dans
cefcend carrojje; ces Mclfieurs,
arrivant trouvèrentunenombreux
se&magniifquelivrée de t'Am-.
baBidiur
, ~e ils furent reçus
à la descente deson carosseparla
samilianobile; c'est- à-direpar
lesEcuyers,les Gentilshommes.,
les Sertiaires. & lesprincipaux
Officiers de la Maison de l'Am..
bassadeur.
CeMinistre receut le Marqui»s
deCarail à la moitié du vefiibule>
ille conduisit dans sonAppartement
qui étoit à rez de chaujJér
& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il lui donna
le pas & la main yf>ry appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, l'Ambassadeur surune
autre, dans lamême ligne cm, le
Maître des Cérémonies sur la
troisiéme, mais qui étoit un peu
reculée ; ils nefurent qu'un moment
dans cet appartement, &
après les Complimensordinaires,
ils en sortirent pour monter en
carroBe: j'observay qu'ensortant
le Marquis de Carail donna le
pas ~ey la main à l'Ambassadeur:
ce Ministre monta lepremier dans
le carosse du Corps, ilse mit dans
le fond à la droite )& à la premiereplace
,le Marquis lesuivit
&se mitsurlemêmefondàsa
gauche, & à la seconde place,
leMaistre des Ceremoniessemit
surlesécondfond,àlatroisieme
place cm vis-à vis tArnbajJadeur,
~& le Comte de Buciloccupa
3la quatrième ~& vis-à-vis du
Marquis de Carail.
LI'$ Gentilshommes de l'Amhajjadeur
ses Secrétaires
,
son
Aumosnier Ë7 les principaux
Officiers desamaisons placerent
dansles carojjes de la Reine,de
MadameRoyale du Prince
de Piémont, ~e la marche commença
dans l'ordresuivant.
On vit d'abord le carrojje du
Marquis de Carail
, qui étoit
charge,comme j'ay eu l'honneur
de vous dire, de la conduite de
UmbaJJadeur:venaient enfuite
dix. huit Valets de pied de ce Ministre.
,
qui marchaient à pied
deuxàJeux
,
f*ijôkntunetrésgrandefile,
cette livréeétoitparse
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvoient donnerplusd'éclat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de i'.Ambalfi.
deurveslu magnifiquement&fur
untrès beau cheval dont le bar.
nois étoit riche
,
paroijjoitala
têtedesixPages iaujjtàcheval,
{ouverts de'la livréede .t¿mbaBadeur,
quiétoit hhàuffé.e°'&
toute couverte de galons d'or. Ils
Imarcb.ok-mtemtnt,,devâyt
letarrejjs dft Corps
,
dans
lequel (tditdeur ,
les
carrosses de laReine, de Adadame
Repaie yi(l#.J?ïmedePktmoiu ~er
~& trois autres des Princes du
Sang , suivoientlecarrosse dll,
C9lfs je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, (if des Princes
de Carignan,étoient drapr:(
, ctlui du Prince de Piemond avoit
des clous, ~& les autressans clous;
le carrosse du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suisse de l'Ambassadeur
à cheval quiprecedoit les
carrosses de son Maistre ,les uns
attelezde huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement barnachez;
ces carrossès étoient ornez
tantpour la sculpture,peinture,
dorute, & broderie
,
de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, & de
plusrehercbé ,ils étoient suivis
d'un grandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres&
lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' AmAaSâdeur.
Enarrivant à la Porte SusinnrJ
la Gardepresenta les Armes,
les Officiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la ruë de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l' Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës & les
placesymalgré la pluye
,
étoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y avoit attzre ; & on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage
, un grand
nombre de Seigneurs& de Dames
que la mesme raisony anoit
conduits.
L*Ambafjadeurétant arrivé
enson Hôtel descendit de carrosse
accompagné du Marquis de Ca
rail qui le conduisit dansson ap
partement ,
l'Ambassadeur lui
donna le pas&la main ils étoient
précédé parle Maistre des Cere
montes, &parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux ,
ils entrerent
dansla chambre d'Audiance où
deParade, & ilsy trouverent
les chaises disposées comme ellt,
l'avoient été à la CenseFerrero.
Le Sous-Introducteur des .Am.:.
bassadeurs
,
les Gentilshommes
& les Secrétaires de ÏAmbaJfar*
deurresterentdansl'anti-chambre
la plus proche de la chambre de
Parade
: le Marquissortitpour
unmomentaprès estreentré, l'Améaijjadeur
lecondusit ^fcjuatt
~tarrosse du Roy
, &le vitpartit,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrosse
, pour accompagner&
reconduire le Mar:..
quis de Carail chez luyt
Le Maistredes Ceremonies&
le SousIntroducteur
,
se rendirent.
peu de temps "PrEstbe
l'jémbaffadettr
, pour ajjîficr aux
Complimens que ce Minièrealloit
recevoir de lapartduRoy., de la
Reine, Cm de toute la Cour.
Le Comte de Colignopremier
Gentilhomme de- la Chambre
vintlepremier de la , part du Roy,
faireCompliment à 1'.drmbags4lr
deursurson arrivée:iljutfuiyi
de lapart de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame Royale, par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer, & de la part de Ai.le
Prince dePiémont, parle Marquis
de Cortangeson Sous-Gouverneur.
Le lendemain 12. du moisà
onze heures du matin, le MarquisdeCarail,
accompagnecomme
laveille du Maistre des Ceremonies
, & du Sous-Introducteur
, tous en deiiil, (!J' en habit
à marteau,se renditffllÀ l'Hôtel
de l*j4mbaJ$adeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de Madame Royale,
£7* du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes del'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l'Ambassadeurhabillécejourlà
enpourpoint, garni decrespes ,
tsr en long manteau noir, le receut
au bas del'escalier. Tout se papa
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de l'Ambassadeur &
après s'estreassis, ils en sortirent
un moment après pour aller à
l'Audience ; l'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
dansle mêmecarrosseleMarquis.
DangroneMaître des Cremonies,
ou Introducteurdes Ambassadeurs
, quatre Valet, de pied du
Roy marchoienta côtédesportieres
, le carrosse de laReine sui,
l!)oÙ celuy du Roy
,
le Comte
Verdire qui saisoit la fonftwn
de SousIntroduéîeur, étoit dans
ce pcondearrojje ; ces MelJieurs.
arrivant trouvèrentunenombreux
se &magnifique livrée de l'Ambassadeur
, & ilsfurentreçûs
à la descente deson carosseparsa
familia nobile; c'est-à-direpar
lesEcuyers, les Gentilshommes
,
les Secretaires. & lesprincipaux'
Officiers de la Maison de l'Ambassadeur.
, Ce Miniflreteceut le Marquis
decarail, à la moitié du vestibule,
ille conduisit dans fort Appartement
qui étoit à rez de chaussée ,
~& en entrant,comme il étoit censé
estre danssamaison
,
il luy donna
le pas & la main, f>iy appris
qu'ilyavoit danscette chambre
trois chaises égales
, que le Marquis
de Carailse plaça sur la premiere
, Vjimbafjadeur sur une
autre, dans lamême ligne,~£$r le
Maître des Ceremonies sur la
troisiéme
,
mais qui étoit un peu
recuise ; ils nefurent qu'un mograndefile,
cette livréeétoit parte
detous lesplus riches ajustemens
~&qui pouvaientdonnerplusd'éçlat
dans unepareille Ceremonie.
Un des Ecuyers de l'Ambalfi.'
deurveflumagniifquementomr,
untrès beau cheval dont le harnois
était riche
,
paroissoità la
têtedesixPages ,attjfià cheval,
bafîadeurmi qui étaithhauJJe/&
toute couverte degalons d'or. Ils
marcho .'tmmedlattment0'cle. , immédiatement;dewâyt
letarrefjsdu Corps
,
doits
lequelétàit 7ï}4mbaff<zdeur, les
cafrosses de 14eine-de Madame
Repaie duPrincedePÀémv/x'
:,. ~a
f£1I.' trois autres des Princes du
Sang
,
suivoient le carrosse du
Corps je remarquay que ceux du
Prince de Piémont, ~& des Princes
de Carignan
,
étoient drape;c
ctlui , du Princede Piémond avoit
des clous~x&les autressans clous;
le earrojje du Marquis de S.Thomaspremier
Ministre ~& Secretaire
d'Etatpour les affaires étrangeres,
marchoit immédiatement
après ceux des Princes du Sang.
A quelque distance
, on vit
paroistre le Suiste de l'Ambassadeur
à cheval qui precedoit les
carrosses de son Maitre ,les uns
attele%, de huit ~& les autres desix
chevaux,tous richement harnachez;
ces carrosses étoient orne
tant pour lasculpture ypeinture9
dorute, ~& broderie, de tout ce
que l'Art avoit pû imaginer de
plus beau, de plus riche
, ~& de
plusrecherché ,ils étoient suivis
d'ungrandnombred'autrescarrosses
à six chevaux,que les Ministres
~(y lesprincipauxSeigneurs
delaCouravoientenvoyezpour
grossir le cortege de l' Ambassadeur.
En arrivant à la Porte Sufinne>
la Gardepresenta les Armes,
lesOfficiers àla tête saluërent du
chapeau
, & les Tambours battirent
aux champs, on entra dans
la Ville par la rue de la grande
d'Oire, d'où on se rendit au Palais
de l'Ambassadeur,par la Place
S. Charles. Les ruës ~& les
places, malgré la pluye
,
etoient
remplies d'un concours extraordinaire
de peuple que la curiosité
y ai/oit attiré; Cm on voyoit
aux fenestres des maisons qui
étoient sur le passage , un grand
nombre de Seigneurs ~& de Dames
que la mesme raisonyavoit
conduits.
Lt.Amba/Jàdeur étant arrive
enson Hôteldescendit de carrosse
accompagné du Marquis de Carail
qui le conduisit danssonap%-
partement ,
l'Ambassadeurlui
donna le pas ~& la main ils étoient
precedez parle Maistre des Ceremonies
,
~&parle Sous.Introducteur
qui marchoient immédiatement
devant eux, ils entrerent
dansla chambre d'Audiance ,ou
deParade, ~& ilsy trouverent
les chaises disposées comme elles
l'avoientété à la Cense Ferrero.
Le Sous-Introducteur des Amhajjadeurs
,
les Gentilshommes
~& les Secrétaires de l'Ambassadeurresterentdansl'anti-
chambre
la plus proche de la chambre de
Parade: le Marquissortitpour
unmomentaprès eflreentré,l'Am*
~éujjadeur leconduisit fufcjuatt
tarrojp du Roy,&le vitpartir,
leMaistre des Ceremonies monta
dans le même carrojje
, pour accompagner&
reconduire le Mar.,
quis de Carail che^luy*
Le MaistredesCeremonies ~&
le Sous-Introducteur
,
se rendirent.
peu de temps après chez
l'udmbajjadeur
, pour assister aux
Complimensque ce Ministrealloit
recevoirdelapartduRoy, de la
Reine, Cm de toute la Cour.
LeComtede Colignopremier
Gentilhomme de la< Chambre
, vintle premier de la part du Roy,
faireCompliment*l'An^Mf*-
deursurson arrivée:itfutfuiyi
de la part de la Reine
, par le
Comte de Gouvon Chevalier
d'Honneur decette Princesse. De
la part de Madame RoyaleJ par
le Baron de Chevronson premier
Ecuyer,& dela part de M. le
Prince dePiémont,par le Alar*
quis de Cortangeson Sous- Gouverneur.
Le lendemain 12.. du moisà
on=\.e heures du matin, le Marquisde
Carail, accompagnécomme
la veille du Maistre desCeremonies
,
du Sous-Introducteur
, tous en deiiil,& en habit
à manteau ,se rendirent à l'Hôtel
de L'Ambassadeur,dans lesmêmes
carrosses du Roy
, & avec ceux
de la Reine, de MadameRoyale,
& du Prince de Piémont. Les
Gentilshommes de l'Ambassadeur
receurent le Marquis de Carail,
& l*Ambassadeur habillécejourlà
enpourpoint, garnidecrespes ,
&en long manteau noir, lereceut
au bas de l'escalier. Tout se pafet
pour le ceremonial, comme lejour
precedent.Ils entrerent dans l'appartement
de Ambassadeur,&
aptess'ejlrc ajjis, ils en sortirent
un moment aprés pour aller à
l'Audience ; L'.AmbAffideur monta
le premier dans le carrosse du
Roy ,&se mitàla premiereplaoey
le Marquis de Carail à l&s
ficDnJe, & le Comte de Bucil
& le Maistre des Ceremonies,
surle secondfond, dix-huitValets
de pied de l'Ambassadeur , marchoient dans le mêmeordre
que le jour precedent , & à la
tête des chevaux du carrosse du
Roy,six Pages de ce Mwtjlrcg
êtoientcejour-lààpied& auprès
des portieres, & ses Ecuyers,
fii' Gentilshommes, sesSecrétaires
, C~ son Aumosnier remplissoient
lescarrosses de laReine,
de Madame Royale, & du
Prince de Piémont, tous, les
carrosses.
carrosses de l'Ambassadeursuivoient
immédiatement celui de ce
Prince & fermoient la marche.
L'Ambassadeur en arrivant
au Palais trouva la Garde sous
les armes,Drapeau déployé, presentant
les armes ,
les Tambours
ont rappellé
, & les Officiers à la
tête ont saluédu chapeau.
LesGardes de la Porte étoient
pareillement fous les armes, la
Officiers à la tête, qui ontsalué
du chapeau de la même maniere.
L'Ambassadeur est descendu de
carrosse cm sans s'arrêter en AUcun
endroit il a marché entre le
Marquis de Carail, se le Maître
des Ceremonies. Ses Valets de
pied,ses Ptges,ses Gentilshommes
, & le SousIntroducteur le
precedoient ;les Valets de piedse
sont arrêtez dans l'anti-chambre
qui 1ft immédiatementaprès la
Salle des Gardes du Corps, les
Pages dans celle quisuit
,&qui
estplus, avancée, & les Gentilshommessontentrez
jusques dans
la Chambre de l'audience.
La Garde Suisse&lesGardes
du Corps étoientfous les armes,
leurs Officiers à la tejle.
Le Marquis de S. Georges.
GrandMaître de la Maisondu
Roy,enhabit de dciiilj (7 à mA..
teau, a receu l'Ambassadeur a la
porte de l'anti-chambre
, & prés,
la place du Maître des Cérémonies
qui s'estavancé.Ainsi et
Jidinijlre efi entré dans la Salle
d'Audiance ayant le Marquis de
Carailàsadroite le Marquis
de S. Georgesàsa gauche; il a
fait trois reverences ,
la première
enntrant ,
lasecondeau milieu
de la chambre , la troisiéme au bas
de l'estrade qui étoit élevée de
deux marches
,
&fHr laquelle le
Roy étoit assis dans un
fautciiil,
un Capitaine des Gardes derrière
luy, le Prince de Piémont à sa,
droite, les Princes de Carignan
proche du fauteüil, mais un peu
en arriere ,plusieurs Chevaliers
de l'Annonciade
, & beaucoup
d'autrespersonnes de qualitéau
bas de l'eflrade.
Le Roy s'estlève au moment
que l*AmbaJJadeufÈ paru ,&
ltjl découvert à chacune de ses
reverences ; l'Ambassadeurayant
montesurl'estrade
,
le Rpfs'est
couvert ,& l'Amb¡tjJAJerileJ!
couvert en même tems , & en
commençantson Compliment. Fe
voudrois bien, Monsteur, pour
votre satisfaction pouvoir vous
rapporter icy le Discours que ce
Ministre afait au Roy &*larfponse
de notre Souverain ; mais
j'étois si éloigné, que j'en perdis
beaucoup. Ceux qui étoient plus
prés de l'estrade, disent que l'Ambassadeur
parla avec beaucoup de
dignité,& avec cejustetemperament
de liberté & de respectsi
difficile à trouver;& que le Roy
luy répondit avec son éloquence
naturelle &safacilité ordinaire.
Le Roy ayantfini saréponse,
se découvrit
,
l'Ambassadeur se
découvrit en même tems,& aprés
avoirfait trois reverences de la
même maniert qu'illesavoitfaites
en arrivant ,ilse retira,ayant
àsadroite le Marquis deCarail
le Grand-Maîtreàgauche
,&
il étotprécédé comme en entrant,
par le Maître des Ceremonies>
par le Sous Introducteur, &par
ses Gentilshommes.
Cefut dans cet ordre qu'ilse
rendit à l'appartement de la Rei-r
ne; cette PrinceJJectoitsur fin
Trône, un Capitaine des Gardes
étoit derrieresonfauteuil
t
Ic
Prince dePiémontauprés d'elle, ;Ince",c.lemontaupre(;(,tl ) & les deux Princes& laPrint
çijp d-Carignanfttr ïtftrade , 14
Reins se leva aJJitôt que Amb-
assad:ur parut à let. porte djt.si
l'hamrr, ilfit trois revefencts^gX
monta ensuite sur ïijltade i U
Reine l'invita
, & le pressa mê.
me ,
à ce qu'il parât, dese couvrir.
Il en fit seulement une /f*
gere demonstration
, pour conserver
la dignité de fin caractere,
mais il luy fit son Compliment
découvert,queje ne vous rendrai
point, pour m'être trouve ,com±
me dans l'Audiance du Roy, trop
éloigné de l'estrade ; la Reine,à
ce qu'on dit, luy répondit en des
termes gracieux &pleins de po-
/juffi,& après avoir répondu à
son Discours, cette Princesse arrêta
un moment lambaeàdeur,
pours'informerde la fantéduRoy
son Maistre,&de celle du Da",
phin, &elletémoigna apprendre
avec un sensible plaisir
, que ces
Jeux Princes, dans des âgesfidifserons
,
joüeoie;u d'une égale
santé.
L'ArnbaSâdeur se retira enfuite
de l'Audience de la Reine de
la même maniere
, & dans le
même ordre qu'ily étoit entré; le
Grand Maître après l'avoir accompagnéjusques
à la Salle des
Gardes du Corps, le quitta: ce
Ministrecontinuaensuite samarche
entre le Chevalier de l'Annonciade,
&le Maître desCetemonies
,
jnfcjues au carrosse du
Ray ; ily entra le premier, &
prit à l'ordinaire
,
la premiere
place dans lefond & à droite, le
Marquis de Carail
,
Chevalier
de l*jénnonciade,semitasagauche,
& ïjémba[fadeurse rendit
au Palais de Madame Royale,
dans le même ordre, & avec le
mesme cortege qu'il étoit venu
chimieRoy.
La Gardeétoitsous les armes,
& les tambours ont appelle ;
l*Amhajfadeur montaal'appartement
de cette Princec , entre le
Marquis de Carail C, le Maîire
des Ceremonies:ilfut receu à
la porte de l'antichambre la plus
proche de la Salle des Gardes par
le Comte de Cumiane
,
premier
Maître siHôtel de Madame
Royale ; il faisoit en cette occa-
Jton la fonction du Comte de 1.
Roque, GrandMaître de la Maison
de Madame Royale,qu'une
longue maladiea mis hors d'état
defaireaucunservice.
Les Gardes de la Porte, les
Suies & les Gardes du Corps
étoientsousles armes ,
de la mêmemanièreque
l'Ambassadeurles
avoittrouvezchezleRoy.
MadameRoyale étoit sur Peftradeassise
dans un ~fautüil,son
Capitaine des Gardes du Corps
derniere elle
, (7 le Prince CM la
PrinceJJ; de Carignan procheson
fauteuil; tUelest levéefi- tost que
l'Ambassadeur a paru, ila fait
ses trois reverences dontla derniere
S'est terminée au bas du marchepied:
a^jJiiotfquiljy iflmont"
Madame Royale l'a pi.fié dese
couvrir
, ce Minière en a fait
feulement une demonfixationycom~
me il en avoitusé chez, laReine,
mais ladémonstration a paru un
peuplus marquée ïl'jémbafijideur
lui afait ensuite soncompliment.
Madame Royale
, quoyque inçommodé
,
s'estlevée pour luy répondre,
(9" pendantsonDiscourc
quia étéaBez long
,
elles'efitenuè'debout
, &sans estrefodter
nue:après qu'elleaeufini,tAm..
basadeurs'est retiré de la même
maniere qu'il étoit entré & il a
été reconduitjusqucs dans la Salle
desGardes duCorpsparle Comte
de Cumiane.Ils'eftrenduensuite
danssonHostel,toujours accompagné
du Marquis de Carail&
du Maître des Cérémonies qu'il
a retenus à dîneraprès le dï
né,CM vers les trois heures après
midy
, ce Ministreestmontédans
le caTrope duRoy,accompagné à
l'ordinaire de ces deux Mcjjleurc9
pour se rendre à l'audience du
Prince dePiémont.C'aététoû~
jours le me(me cortege& la mesme
marché, rien de changédans le
êrtmonial;l'Ambassadeura trouvéla
Garde sousles armes ,
les
tamboursrappellants, les Gardes
de la Porte
,
les Suisses les
Gardes du Corpssous les armes;
en entrant dans l'anti chambre du
Prince ,il a été receu par le Chevalierde
la Roque l'un desMA2
tres d'Hostel du Roy,&quifaisoit
la sonthondepremier Maître
d'Hostel du Prince de Piémont.
Cejeune Prince étoitsur un
marchepied, &sous le dais, le
Prince de Carignan sur l'eflrade
a sa droite
, e- le Marquis du
Coudre, Chevalier de l'Annonciade,
son Gouverneur derriere
son fauteuil;tjuelcjkesCbevaliers
de l'Annonciade étoientautourdu
marchepied: l'Ambassadeur après
les rêverences ordinaires rftmont;
sur l'estrade, le Prince lest couvert,
C7 Ambassadeurpareillement;
il a fait son compliment ,
Auquel ce jeune Prince a répondu
étjfx bas & en peu de paroles.
L'Ambassadeur s'est retiré de
son audience dans le mesme ordre
qu'ily estentré. LepremierMaître
d'Hosteldu Prince l'areconduit
jusques à la SalledesGardes
du Corps, ou il L-awit reten en
arrivant; il est descendu ensuite
entre le Marquis de Carail, &
le Maistre des Ceremonies. Il eji
rentré dans le carfojje du Roy, a
étéreconduit danssonPalais
jusques dans sa chambre d'Audience,
par ces Messieurspreposez
à sa conduite, dans la manière
que je 'OUS l'ay déjà marqué
& J-AnJbafJàdeur pareillement
quand le Marquisde Carail s'ejt
retiré, la conduitjusquau carrosse
&la veu partir.
Peut-estretrouverezvous , Monsieur
, cette relation un pett
trop étendue
, maisje ne pouvois
l'abregersans vous priver du détail
d'un cérémonial, dont la con
noissance peut n'estre pas indifferenteà
ceux quiferoient cbarl/
de parels emplois en cette Cour,
& c'estpar rapport au mesme cewmoni,
zi que je mous rapporterai
encore ici ce qui s'estpassélemesme
jour dans une audience publique
quela Reine & Madame
Royale donnerentàla Marquise
dePriefemme de ïdmbajïadeun
LeRoy &la Reineayantsouhaitéde
recevoir cetteAmbassadrice
avec. tous les honneurs qui
font dutau caractere deson mari ,
lui envoyerent la Comtesse de
Non femme d'un des Capital
nés
nés des Gardes du Corps,&l'unt
des Dames d'bonneur de la Reine:
eette Comtesse se renditau Palais
de f.Amba.DJeur) dans un des
mrrofJe-s du Royy&* accompagnée
du Matftre des Ceremonies;elle
futrecette à la descente du carrojje
par les Gentilshommes de l'Am-
Ira[fadeur ; l'Ambassadrice 'Vint
la recevoir au haut de l'escalier la conduisît dans son Apparte,-
ment-, & lui donna le pas ,
lA
porte, la main, (if lachaifeégalé.
Un moment aprèsl'AmbaJfachw
& la Dame d'honneurfortirentpourmonterencarrossè;
CM prit la première place dansle
fond & à la droite; la Dame
ahonneurse mit à lagauche,&
le maistre des Ceremonies sur le
devant: les Gentilshommes &
l'Ecuyer de i'Arnba/Jadrice suivoient
dans un de ses cartosses à
six chevaux : ÏAmlwJfidrice en
Arrivant au Palais a trouve les
Gardes de la Porte, les SuiJJes,
££• Gardes du Corps en haye; la
Pr;'nL'iJP dt la Ciflerne premiers
Liante d'honneur de la Reine a
receu l'aùbasadroce dans le cahinetquiprécédé
la chambredans
-
laquelleétait la Reine.L'Ambasadrice
en entrant dansrttlt
cbAmbre, a trouve lA Reine debout,
qui lui afait l'honneur de
I,tsalüer; le Roi est entré un moment
après
,
suivi du Prince de
Premont, l'un ~çr l'autre ontsalué
Ïj4mbaf$adnce : leRoy,après
lui avoir dit quelques paroles
obligeantes
, ~& pleines de politrDe"
,
s'est retiré suivi comme il
étoit entré du Prince de Piémont.
L'ambassadrice en sortantde la
chambre de la Reine
, a estéaccompagnée
par la premiere Dame
d'honneur
,
jusqua l'endroit ou
elle l'avoit recue.
Ausortir de j'appartement de
la Reine
,
l'ambassadricetoujours
accompagnée de Madame
la Comtesse de Non
,
Dame
d'Honneur, & du Maistree des
Ceremonies, a été dans le même
carrosse
, & dans le même ordre3
chez Madame Royale son correge
nejïoit pas si nombreux que
celuy de l'ambassadeurson milrV,
mais l'emprejpment des fpeïiateurs
nefut pas moins remarquable
, tous les endroits par où elle
passi étoient borde% d'unefoule
de personnes de toutes conditions
que l'éclat de sa beauté ,un air
noble, & ces graces naissantes
d'une premierejeunes, attiroient
àsonpassage. Hommes Cm fémmes,
tout le monde vouloit là
voir quoyque peut-estepar des
sentimens dijferens.Ellefutreçut
ebek Madame Royale
,
de la
même manierequ'elle l'avoit été
cbe;C la Reine,ensortant de l'appartement
de cette Princesse
,
elle
fut reconduite à son Palais,&
jusques dans son appartement
par la Dame d'Honneur, cm par
le Maistre des Ceremonies, l'Ambassadrice
donnaacette Dame le
pas ~ula main danssamaison
la reconduisitjusqu'au carrosedu
Roy ~&la vit partiravantque
de se retirer.
Si la Reine n'étaitpas rttur.
née le me(me jour à la Vannerie
l'Ambassadrice auroit été au cercle
de Sa Majesté, £$r auroit été
IlJliJe sur un pliant semblable à
Celui des Prineses du Sang.,
dans le milieu du cercle &nJiS-à~
vis Sa Majcfté.
Trouvez bon, Monsieur,
que je vousfaJSj remarquerqu'on
fatt icy difference entre tabouret
çp* pliant, les Princes du Sang
ont un pliant, les autres Dames
quiont droit de s'assoir cbt la
Reine , comme Grandes d-Espa.
gne n'ont quun tabouret carré.
Le 14 du mois l'Ambasadrice
fut au cercle che7, Madame
Royale,(freût un pliantplacé
dans le milieu du cercle,vis a-vis
JfMadame Royale.
Si cette Relation n'étoitpasdéjà
troplongue, je vous rendrois
compte de l'Audience que l'Amhapadeureût
de M. le Prince ~&
de Madame la Princese de Cari.
gnan , CT du PrinceThomas;
maispourabregerje mecontenterai
devousdire que le Prince de Carignan
descendit quatre ou cinq
marches de son escalier pour le
recevoir, ~& quildonnapartout
àce Ministre le pas, la main, la
portey~& la première chaise sur
l'estrade. Que la Princesse dans
son Audience,rient pas ~plufiit
apperceu l'Ambassadeur entrer
danssa chambre ,quelle descendit
deson estrade, &fit quelquespas
en avant. pourrecevoir ce Ministre
,qui de son côté pressa si
marche, afin quelle en fit moins.
Lecérémonial dans l'Audience du
Prince Thomas se paiJa à peupres
comme cbez le Prince de Carignansonfrere
Il n'y eut rien de
particulier dans l'Audience que le
jAzrquiî de S.Thomas premier
Ministre du Roy ,donna à lAmbassadeur,
sinon qu'ildescendit
presquejusquau bas desonescaiier,
pour recevoir cetAmbajjadeur.
Jkhr.Ceseroit ici l'endroit devous
entretenir des visites que -l'Am,.
bassadeurareceus des deux Priitces
de Garignan
,
du Marquis de
S.Thomas
,
&desprincipaux
Seigneurs decette Cour; mais il
fautremettrecediscours à unt,
nouvelle Relation, que je vous
envairay pour peu que vous me
paroissiez lesouhaiter.J'ay l'honneur
d\flreparfaitement, Monsieur
,
Vostre
, Crc. -
- JATurince10.May iyïy.
Fermer
7
p. 107-127
COPIE DE LA LETTRE d'une Dame, à l'Auteur du Mercure.
Début :
Je croy, Monsieur, que je n'auray pas de peine à vous [...]
Mots clefs :
Coquette, Anciens, Modernes, Ouvrages, Erreur, Auteur, M. de la Motte, Anciens et Modernes, Poète, M. Dufresny
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE DE LA LETTRE d'une Dame, à l'Auteur du Mercure.
COPIE DE LA LETTRE
d'une Dame, à l'Auteur du
Mercure.
Je croy, Monsieur, que je
n'auray pasde peine à vous
per suader que je suis un de ces
Astres réels à quivous adressez
vostre Metcurc
, & qu'il ne
vous en faudra point d'autre
preuve que la réponse que je
vous fais. Cela supposé après
vous en avoir fait mes remerciemens
pour ma part &portion.
Jevous diray quej'aypris
beaucoup de plaisir à voir l'imprudence
de Britannicus,reparée
par Geta : j'aime à voir
ces Messieurs remisenleur
place, il ne leur arrive que
trop souvent d'en sortir, il cft
bon de tenir la main aux irruptions
de leur vanité
,
& de
les détromper dela prévention
qu'ils ont que le Masque des
Heros qu'ils representent,doit
faire ou blier ce qu'ils sont,au
point de trouver tout bon de
leur part, peut-estreaussi s'imaginent
ils que dans la concrainte
où nous sommes, defsuïer
l'cnnuy de s plus mauvais,
on est encore trop heureux de
souffrir patiemment les fotsises
des mediocres; c'est au
public&à vous, Monsieur, à
les détromper si bien que les
choses reprennent leur ordre
naturel. Ainsi soit-il.
Je patte les nouvelles généralrs,
il mestpermisd'estre
du nombte decelles pour qui
elles ne font pas mises dans
vostre Livre.
1>1 La Lettre de M.l'Abbéde
Pons, à M. du Fresny, m'a
infiniment satisfaite, je me la
fuis adoptée en la lisant, &
ce n'a pas été une mediocre
satisfaction pour ma vanité,
d'y voir pour ainsi dire, mes
pen féestirées au clair: je ne
pouvois bien débrouiller ce
qui ne me fatisfaifoir pas entièrement
dans la Coquette
deVillage,qui m'avoir divertie
,
j'en ay trouvé la cause
dans cette Critique judicieuse
à laquelle il me semble qu'on
pouvoitajourer qu'ileûtesté
à souhaiter que les personnages
saillans de laPieceeussent
été plus interessans. Au reste
j'ay senty que si elle nefaisoit
pas tout le plaisir qu'elle devoit
faire, c'étoit par la faute
de quelques Acteurs,dont les
rôlesn'étoient pas si bien
remplis que ceux de Mademoiselle
des Marts, & de M.
de Ponteüil. Le public doit
estre obligé à M. de Pons de
l'encouragement qu'il donne
à M. du Frcfny
, nous avons
veu des chefsdoeuvres de sa
façon, il en peut encore faire,
& l'intér êt de ce mêmePublic
& sa propre gloire doivent
l'emporter sur les dégoûts
dont il a sujet defe plaindre,
mais qu'il doit encore plus
mepriser. J'ay un vray regret
du refus qu'on a fait de son
Procésdefamille, dont je luy
ay entendu faire la levure ;
j'en fus si charmée, qu'il m'échappa
de luy dire, que s'il n'avoir
pas un fonds inepuisable
d'esprit
,
il auroit fallu luy
donner un Tuteur pour l'empêcher
d'en être si prodigue.
Quel gré ne doit-on pas luy
sçavoir d'une si belle dépense
,
quoique la source en paroisse
intarissable. Je serois volontiers
l'éloge de cet Auteur qui
n'a point eu de modele, & qui
seratoûjours inimitable,si mes
cxprcffions pouvoient se proportionner
portionner à l'étenduë de l'idée
qu'on doit avoir de son
mérité ; mais on en prendra
mieux la mésure sur ses Ouvrages.
Je vois dans le Dialogueoù
l'on vous prête un langage
qui m'auroit fort scandalisée
s'il étoit sericux
, que la querelle
des Anciens & des Modernes
n'est pas encore terminée
; je vous avouë que j'en
fuis surprise, il me femblc que
le discours que j'ay veu de M.
de Fontenelle sur ce sujet,étoit
suffïsant pour fermerà jamais
la bouche aux admirateurs des
sotisesantiques, supposé qu'ils
pussent être desabusez. Jen'ay
pas bien compris comment
on pouvoit disputer encore Cc.
rieusement sur cela; n'est-ce
point faire trop d'honneur à
ceux qui tiennent le mauvais
pat ci, mentent-ils mieux qu'on
leur réponde que le Poëte sans
fard?& ne fumroiri) pas que
vous nous apprissiez ce que
Momus en pense ? Car enfin
on -
se trompe fort de croire
que la raison puisse les detromper
,
la cause en est aisée à
trouver, la voici,si je ne me
trompe. Il est certain que les
Anciens, quelque esprit qu'ils
eu(Tene
,
n'ont pu arriver à
cette perfection de goût qui regnedanslesOuvrages de
nosillustres Modernes ; mais
cen'eftquc parce que les Anciens
sont venus trop tôt, car
vray semblablement les Modernes
n'auroient pas été plus
loin que ceux qui les ont précédé,
sans l'avantagequ'ils ont
eu de trouver une partie du
chemin déjà fait.
Marot, par exemple
,
qui
est un ancien Poëte à nostre
égard, pouvoir avoir autant
d'esprit que les Poëtes d'à prepresent
; mais il a fallu que
d'autres vinssent achever ce
qu'il avoit si heureusement
commencé:c'est rendre justice
à la verité & aux deux partis
que d'en juger de la forte ;
mais les Modernes anciens ne
regarderont jamais la chose
de ce côté là ,ils ne se sont
point mis à portée de connoître
les progrés qu'on a faits
dans les belles Lettres, & le
bon goût qu'on y a acquis;
parce que bornez à la sterile
admiration des Anciens qu'ils
ont pris pour des modeles de
perfection, ils ne se font point
cru permis de porter leur vue
plus loin, & de pen fer euxmêmes;
ils ont crû que ce
culte devoie être general, &
n'ont estimé nos Ouvrages,
qu'autant qu'ils ont eu de rapport
avec la respectable antiquité
, à laquelle ils font si
scrupuleusement devoüez
, qu'ils se sont bornez à faire
des copies de ces grands originaux,
ou tout au plus desColnmentaires
-,
ils peuvent seflatter
de n'avoir pas mal réiiflî
dans leur dessein. Ils se font si
bien conformezaux Anciens,
qu'il se uouvc. entr'eux un
grand air de ressemblance ;il
ne faut pas s'étonner s'ils ne
peuvent revenir d'une erreur
quis'est insinuée de la forte;
elle leur estchere, l'amour
propre cft interessé dans leurs
jugemens, le mal est incurable
: il est assez ordinaire qLJQ
l'amour propre mal reglé otJ
susque les lumieres de la raison
; une Scene donc je fus
spectatrice il y a quelques
jours ,me confirme dans cette
opinion, & quoiqu'elle n'aie
point de rapport avec la querelle
desAnciens
,
"èlIe)peuc;
servir à rendre, mon idée :
lavoicy.
;
Une Ameriquaine
,
qui à la
verité est du plus beau noir du
monde,disputoit de beauté
avec uneFrançoise avantagée
dutein le plus brillant, &des
plus vives couleurs, il n'y eût
jamais de personneplus charmante
, il s'agissoit de beauté
entre deux femmes;vous jugez
bien qu'aucune ne voulut
ceder; l'Enigme du Repas
n'est pas plus aisée à deviner.
Cependant sur quelques
raisons que pût se fonder
l'Ameriquaine qui se crût &
se croira toujours la plus belle,
ilfautconvenirqu'ellenevaloient
rien,ousoutenir que
toutes les productions de la
nâtare sont d'une égalebeauté,
ce qui seroitabsurde.
I.Un- petit homme laid &;
malBâti,n'auroit il pas bonne
gracede nous,vouloir peifuaderqu'Esopeétoit
d'aussi belletaille,
qu'aucun des hommes
qui ait jamais été;on regarderaitcethomme
en pitié, ilen
faudroit user de même avec
lesdessenseurs des ouvrages
anciens
,
leur erreur vient, du
mêmeprincipe, ils ressemblenttrop
à ceux qu'ils admi-
'- ,-' rent,
rent, pourcesser jamais de les
admirer,eh! le moyen de
mépriser ceux à qui l'on ressemble.
Cependant malgré
ce que je viens de dire, je ne
puis m'empêcher d'estre bienaise
de ce que la dispute ne s'etf
pas terminée aussi vîte qu'elle
auroit dû l'être ,& je suis ravie
de ce que M. de la Motte a
daigné mettre la main à la
plume pour la deffense de son
Ouvrage, nous y avons gagné
des raisonnemens si fohdc.
ment agréables
,
qu'ils pourront
servir à jamais de modele
àceux qui auront à soutenir
des difpuces deLitterature&
qui voudront le faireavec toute
la politesse& la moderation
quiconviennent aux honnêtesgens,
le plaisir quej'ay
cû de lire les réponses qu'il
fait à ses adversaires,me fait
craindre que ses armes trop
tost victorieuses, ne nous privent
de ses excellens discours,
je ne doute point que ces nouveaux
enfans de la Terre, ne
soient pour jamais accablez
fous la foudre de ce nouveau
Jupiter. .; j, i'
Je ne croyois pas faire ma
Lettre si longue. Il fautpourtant
que j'y joigne vos Boutsrimez
que je viens de remplir
pour un jeune homme qui est
prtltt faire la plus grande sortise
qu'on puisse faire, avec
une Coquette;c'est mon coup
d'essay.
Evite au joug d'hymen unbizarre
attelage,
Mieux t'eût valu n'avoir jamais
eu de Parrain,
Mieux te vaudroitcoucher tousles
soirs au serain gutyoufer , unefemme &coquette
d* volage.
Tuverrois tun. honneur & tes
biensau pillage,
La belle à ses desirs ne mettant
pointde frain
Bienolf tu chanterois le fHneft
refrain
Jgue l'oiseau de Vulcain chante
sous un -
feüillage.
De l'agréable humeur III n'aurois ,pasun brin;
Maissurle moindre mot, prrtrJ,
te prtn¿rtAM crin,
four tout autre que toy, tafemme (feroit tendre.
Ocombienj'en connois qui menent
untel train,
Cours te jetter plûtôt dans tÍ"
,
ment marin
Que d'éprouver cesort, en te latffont
surprendre.
ûuSij'avois affaire à un homiftcdii
caractere de l'Auteur
tlu Vert Galantil chanreroic tpalinodie de cette son.\Jr.
& que l'hymenestdouxquelquen
,- joitr v attelage
-Le plus mauvais vaut mieux que hmeilleur
,
Parrain
Sousfon aimable joitg chaque jour
2 tJr. serain,
Eut-onpris unefemme&coquette
& volage.
h•oi» d,e voir•exposésestresors au pillage,
On peut à Jes desirs ne mettre
'c: pointde frain,
Pourveu que sans gronder, on souffre le refrain,
e roi/eau de Vulcain chante
jous un feüillage.
De la 'llJduvaifl humeur l't'¡prou":
*vant pasun brin;
Sans crainte dese voir soufleter prendreau crin ,,
On retrouve toûjoursfemmeagréable
cf tendre.
Ce rieft qu'aux bons ejprits,quefl
doux un pareil. train,
IJnfou se jetterait dans Vêlement
marin,
JIJigrlJiere erreur , ne te laisse
surprendre.
Il Au reste, Monsieur, ne vous
laissez plus assaillir par le chagrin
lunaire dont vous vous
plaignez,il me paroist que
vous pouvez en trouver le
preservatif dans le foin que
vousdevez prendreau moins
aussi une fois par mois, d'émouvoir
la gratitude de quelques
Mecenas, & les engager àreconnoistre utilement les
dons devos travaux litteraires,
puissent ils estre aussi bien
recompensez qu'ilslemeritent
& que le souhaite Vostre
tres humble&tres-obéissante,
&c.N.
Ne
d'une Dame, à l'Auteur du
Mercure.
Je croy, Monsieur, que je
n'auray pasde peine à vous
per suader que je suis un de ces
Astres réels à quivous adressez
vostre Metcurc
, & qu'il ne
vous en faudra point d'autre
preuve que la réponse que je
vous fais. Cela supposé après
vous en avoir fait mes remerciemens
pour ma part &portion.
Jevous diray quej'aypris
beaucoup de plaisir à voir l'imprudence
de Britannicus,reparée
par Geta : j'aime à voir
ces Messieurs remisenleur
place, il ne leur arrive que
trop souvent d'en sortir, il cft
bon de tenir la main aux irruptions
de leur vanité
,
& de
les détromper dela prévention
qu'ils ont que le Masque des
Heros qu'ils representent,doit
faire ou blier ce qu'ils sont,au
point de trouver tout bon de
leur part, peut-estreaussi s'imaginent
ils que dans la concrainte
où nous sommes, defsuïer
l'cnnuy de s plus mauvais,
on est encore trop heureux de
souffrir patiemment les fotsises
des mediocres; c'est au
public&à vous, Monsieur, à
les détromper si bien que les
choses reprennent leur ordre
naturel. Ainsi soit-il.
Je patte les nouvelles généralrs,
il mestpermisd'estre
du nombte decelles pour qui
elles ne font pas mises dans
vostre Livre.
1>1 La Lettre de M.l'Abbéde
Pons, à M. du Fresny, m'a
infiniment satisfaite, je me la
fuis adoptée en la lisant, &
ce n'a pas été une mediocre
satisfaction pour ma vanité,
d'y voir pour ainsi dire, mes
pen féestirées au clair: je ne
pouvois bien débrouiller ce
qui ne me fatisfaifoir pas entièrement
dans la Coquette
deVillage,qui m'avoir divertie
,
j'en ay trouvé la cause
dans cette Critique judicieuse
à laquelle il me semble qu'on
pouvoitajourer qu'ileûtesté
à souhaiter que les personnages
saillans de laPieceeussent
été plus interessans. Au reste
j'ay senty que si elle nefaisoit
pas tout le plaisir qu'elle devoit
faire, c'étoit par la faute
de quelques Acteurs,dont les
rôlesn'étoient pas si bien
remplis que ceux de Mademoiselle
des Marts, & de M.
de Ponteüil. Le public doit
estre obligé à M. de Pons de
l'encouragement qu'il donne
à M. du Frcfny
, nous avons
veu des chefsdoeuvres de sa
façon, il en peut encore faire,
& l'intér êt de ce mêmePublic
& sa propre gloire doivent
l'emporter sur les dégoûts
dont il a sujet defe plaindre,
mais qu'il doit encore plus
mepriser. J'ay un vray regret
du refus qu'on a fait de son
Procésdefamille, dont je luy
ay entendu faire la levure ;
j'en fus si charmée, qu'il m'échappa
de luy dire, que s'il n'avoir
pas un fonds inepuisable
d'esprit
,
il auroit fallu luy
donner un Tuteur pour l'empêcher
d'en être si prodigue.
Quel gré ne doit-on pas luy
sçavoir d'une si belle dépense
,
quoique la source en paroisse
intarissable. Je serois volontiers
l'éloge de cet Auteur qui
n'a point eu de modele, & qui
seratoûjours inimitable,si mes
cxprcffions pouvoient se proportionner
portionner à l'étenduë de l'idée
qu'on doit avoir de son
mérité ; mais on en prendra
mieux la mésure sur ses Ouvrages.
Je vois dans le Dialogueoù
l'on vous prête un langage
qui m'auroit fort scandalisée
s'il étoit sericux
, que la querelle
des Anciens & des Modernes
n'est pas encore terminée
; je vous avouë que j'en
fuis surprise, il me femblc que
le discours que j'ay veu de M.
de Fontenelle sur ce sujet,étoit
suffïsant pour fermerà jamais
la bouche aux admirateurs des
sotisesantiques, supposé qu'ils
pussent être desabusez. Jen'ay
pas bien compris comment
on pouvoit disputer encore Cc.
rieusement sur cela; n'est-ce
point faire trop d'honneur à
ceux qui tiennent le mauvais
pat ci, mentent-ils mieux qu'on
leur réponde que le Poëte sans
fard?& ne fumroiri) pas que
vous nous apprissiez ce que
Momus en pense ? Car enfin
on -
se trompe fort de croire
que la raison puisse les detromper
,
la cause en est aisée à
trouver, la voici,si je ne me
trompe. Il est certain que les
Anciens, quelque esprit qu'ils
eu(Tene
,
n'ont pu arriver à
cette perfection de goût qui regnedanslesOuvrages de
nosillustres Modernes ; mais
cen'eftquc parce que les Anciens
sont venus trop tôt, car
vray semblablement les Modernes
n'auroient pas été plus
loin que ceux qui les ont précédé,
sans l'avantagequ'ils ont
eu de trouver une partie du
chemin déjà fait.
Marot, par exemple
,
qui
est un ancien Poëte à nostre
égard, pouvoir avoir autant
d'esprit que les Poëtes d'à prepresent
; mais il a fallu que
d'autres vinssent achever ce
qu'il avoit si heureusement
commencé:c'est rendre justice
à la verité & aux deux partis
que d'en juger de la forte ;
mais les Modernes anciens ne
regarderont jamais la chose
de ce côté là ,ils ne se sont
point mis à portée de connoître
les progrés qu'on a faits
dans les belles Lettres, & le
bon goût qu'on y a acquis;
parce que bornez à la sterile
admiration des Anciens qu'ils
ont pris pour des modeles de
perfection, ils ne se font point
cru permis de porter leur vue
plus loin, & de pen fer euxmêmes;
ils ont crû que ce
culte devoie être general, &
n'ont estimé nos Ouvrages,
qu'autant qu'ils ont eu de rapport
avec la respectable antiquité
, à laquelle ils font si
scrupuleusement devoüez
, qu'ils se sont bornez à faire
des copies de ces grands originaux,
ou tout au plus desColnmentaires
-,
ils peuvent seflatter
de n'avoir pas mal réiiflî
dans leur dessein. Ils se font si
bien conformezaux Anciens,
qu'il se uouvc. entr'eux un
grand air de ressemblance ;il
ne faut pas s'étonner s'ils ne
peuvent revenir d'une erreur
quis'est insinuée de la forte;
elle leur estchere, l'amour
propre cft interessé dans leurs
jugemens, le mal est incurable
: il est assez ordinaire qLJQ
l'amour propre mal reglé otJ
susque les lumieres de la raison
; une Scene donc je fus
spectatrice il y a quelques
jours ,me confirme dans cette
opinion, & quoiqu'elle n'aie
point de rapport avec la querelle
desAnciens
,
"èlIe)peuc;
servir à rendre, mon idée :
lavoicy.
;
Une Ameriquaine
,
qui à la
verité est du plus beau noir du
monde,disputoit de beauté
avec uneFrançoise avantagée
dutein le plus brillant, &des
plus vives couleurs, il n'y eût
jamais de personneplus charmante
, il s'agissoit de beauté
entre deux femmes;vous jugez
bien qu'aucune ne voulut
ceder; l'Enigme du Repas
n'est pas plus aisée à deviner.
Cependant sur quelques
raisons que pût se fonder
l'Ameriquaine qui se crût &
se croira toujours la plus belle,
ilfautconvenirqu'ellenevaloient
rien,ousoutenir que
toutes les productions de la
nâtare sont d'une égalebeauté,
ce qui seroitabsurde.
I.Un- petit homme laid &;
malBâti,n'auroit il pas bonne
gracede nous,vouloir peifuaderqu'Esopeétoit
d'aussi belletaille,
qu'aucun des hommes
qui ait jamais été;on regarderaitcethomme
en pitié, ilen
faudroit user de même avec
lesdessenseurs des ouvrages
anciens
,
leur erreur vient, du
mêmeprincipe, ils ressemblenttrop
à ceux qu'ils admi-
'- ,-' rent,
rent, pourcesser jamais de les
admirer,eh! le moyen de
mépriser ceux à qui l'on ressemble.
Cependant malgré
ce que je viens de dire, je ne
puis m'empêcher d'estre bienaise
de ce que la dispute ne s'etf
pas terminée aussi vîte qu'elle
auroit dû l'être ,& je suis ravie
de ce que M. de la Motte a
daigné mettre la main à la
plume pour la deffense de son
Ouvrage, nous y avons gagné
des raisonnemens si fohdc.
ment agréables
,
qu'ils pourront
servir à jamais de modele
àceux qui auront à soutenir
des difpuces deLitterature&
qui voudront le faireavec toute
la politesse& la moderation
quiconviennent aux honnêtesgens,
le plaisir quej'ay
cû de lire les réponses qu'il
fait à ses adversaires,me fait
craindre que ses armes trop
tost victorieuses, ne nous privent
de ses excellens discours,
je ne doute point que ces nouveaux
enfans de la Terre, ne
soient pour jamais accablez
fous la foudre de ce nouveau
Jupiter. .; j, i'
Je ne croyois pas faire ma
Lettre si longue. Il fautpourtant
que j'y joigne vos Boutsrimez
que je viens de remplir
pour un jeune homme qui est
prtltt faire la plus grande sortise
qu'on puisse faire, avec
une Coquette;c'est mon coup
d'essay.
Evite au joug d'hymen unbizarre
attelage,
Mieux t'eût valu n'avoir jamais
eu de Parrain,
Mieux te vaudroitcoucher tousles
soirs au serain gutyoufer , unefemme &coquette
d* volage.
Tuverrois tun. honneur & tes
biensau pillage,
La belle à ses desirs ne mettant
pointde frain
Bienolf tu chanterois le fHneft
refrain
Jgue l'oiseau de Vulcain chante
sous un -
feüillage.
De l'agréable humeur III n'aurois ,pasun brin;
Maissurle moindre mot, prrtrJ,
te prtn¿rtAM crin,
four tout autre que toy, tafemme (feroit tendre.
Ocombienj'en connois qui menent
untel train,
Cours te jetter plûtôt dans tÍ"
,
ment marin
Que d'éprouver cesort, en te latffont
surprendre.
ûuSij'avois affaire à un homiftcdii
caractere de l'Auteur
tlu Vert Galantil chanreroic tpalinodie de cette son.\Jr.
& que l'hymenestdouxquelquen
,- joitr v attelage
-Le plus mauvais vaut mieux que hmeilleur
,
Parrain
Sousfon aimable joitg chaque jour
2 tJr. serain,
Eut-onpris unefemme&coquette
& volage.
h•oi» d,e voir•exposésestresors au pillage,
On peut à Jes desirs ne mettre
'c: pointde frain,
Pourveu que sans gronder, on souffre le refrain,
e roi/eau de Vulcain chante
jous un feüillage.
De la 'llJduvaifl humeur l't'¡prou":
*vant pasun brin;
Sans crainte dese voir soufleter prendreau crin ,,
On retrouve toûjoursfemmeagréable
cf tendre.
Ce rieft qu'aux bons ejprits,quefl
doux un pareil. train,
IJnfou se jetterait dans Vêlement
marin,
JIJigrlJiere erreur , ne te laisse
surprendre.
Il Au reste, Monsieur, ne vous
laissez plus assaillir par le chagrin
lunaire dont vous vous
plaignez,il me paroist que
vous pouvez en trouver le
preservatif dans le foin que
vousdevez prendreau moins
aussi une fois par mois, d'émouvoir
la gratitude de quelques
Mecenas, & les engager àreconnoistre utilement les
dons devos travaux litteraires,
puissent ils estre aussi bien
recompensez qu'ilslemeritent
& que le souhaite Vostre
tres humble&tres-obéissante,
&c.N.
Ne
Fermer
8
p. 303-305
Autre Sonnet à ma loüange.
Début :
Que tu fais tous les mois un plaisant . attelage, [...]
Mots clefs :
Mercure, M. de Visé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Sonnet à ma loüange.
Autre Sonnet à ma loüange.
eIH[Ail tous les mois un plaisant
attelage,
Oiïy, liermt,tufUisflm quetop
*vieux Parrain ,
Ton style a plu* de tons que n'en
formeun
,
Serin,
Jjhti cajole au Printemssafemelle
volage.
7a faisdecent beautez unaimable
pillage,
Ton discours n'a besoin d'Eperon ni
- de frain
Jamaisfadesrécits,jamais même
refrain,
Afineji leiKiosisiglnolicahangrte s-eu-ru.tn
D'ennuj tu n'as encorefçâ causer,
unJeul • brin,
Avec le Vert Galant j'aime à te
voir au crin,
Quconter une histoire originale ou
î M. Devizé, - .ciidrg
? rendre.
Si tu feuxjusquau bfJlttflJivr ce
joly train,
Je veux devenirDiable,Hermite,
ouLoup marin, Si tu cesses jamais deplaire & de
surprendre.
eIH[Ail tous les mois un plaisant
attelage,
Oiïy, liermt,tufUisflm quetop
*vieux Parrain ,
Ton style a plu* de tons que n'en
formeun
,
Serin,
Jjhti cajole au Printemssafemelle
volage.
7a faisdecent beautez unaimable
pillage,
Ton discours n'a besoin d'Eperon ni
- de frain
Jamaisfadesrécits,jamais même
refrain,
Afineji leiKiosisiglnolicahangrte s-eu-ru.tn
D'ennuj tu n'as encorefçâ causer,
unJeul • brin,
Avec le Vert Galant j'aime à te
voir au crin,
Quconter une histoire originale ou
î M. Devizé, - .ciidrg
? rendre.
Si tu feuxjusquau bfJlttflJivr ce
joly train,
Je veux devenirDiable,Hermite,
ouLoup marin, Si tu cesses jamais deplaire & de
surprendre.
Fermer
9
p. 119-137
Copie d'une Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
Début :
J'ay des griefs contre vous, Monsieur, qu'il faut vous expliquer [...]
Mots clefs :
Anciens, Modernes, Anciens et Modernes, Ouvrages, Auteurs, Hommes, Poète, Littérature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Copie d'une Lettre de M. P. à l'Auteur. [titre d'après la table]
J'ay des griefs contre vous,
,'Monfie",J ql/tlfautvous expliwer
; car je ne vous croy pas la
mjcierjce asi' délicatesurlefu-
! dont il ell queflton, pour sentir
¡rjtre tortde vous-mêmeyoy vous
Il' devinerie^ peut-cflrejamais
we cefont devos éloges quej'ay
$mc plaindre,si jene vous le dit
ïspas;vo* vis pas; voicy pourcjuoy j'ay
•oululesjufltfier je crains d'a.
mrfait lecontraire; jugez de
oora embarras. Mais, mafoy,
vifqUt vousave% faitlafautey
chose vous regardeplus que
oy , çy celles que jestray dans
mes amusemens,ferontys'il vouj
plaît, sur d-vôtrecompte Jtire
vous en comme vous pourrez ;
jè
vous embarque la dans une assi
mauvaise affaire
J C vous ne
vous attendiez peut-eflrepas à
un remerciement si mal tourne 4
tant mieux,celavous ApprendrA:
une autre fois à ne pas facrifitfj
voflresincerité à vostrepolitejpîjc
vous envoye une Ode moitiépa-\
rodiée& moitié imitée de Roufseau
; des reponses aux quefiions
quej"ay proposées le mon dernier,
& je vaisfaire dans cette Lettre
quelques rejlextons à ma manière
sur la fameuse querfl/ç desAn?
cleni.
Miens. Comme les préjuge ne
montpoint gagnE) & qu'il importe
fort peu à un ignorant corntWC
moy que les Anciens ayent la
flirejerence sur les Afodernes, ou
Itut ceux (y l'emportent sur les
Anciens je cherche feulement de
gifles idées qui me fassentdijhnwucr
le vray d'avec le faux
, &
£tflimer les Ouvrages que par
b'ur propre valeur
J
sans égard à
Ancienneté des Auteurs;si mes
xifonnemens ne fontpasjustes3je
jftray ravi d'eflredeÇabufé par
eux qui penseront mieux que
woy.J'entre en matiere.
i Nousnepouvons,dit-onyfans
injuflice refujer notreejhme aux
Anciens
,
ils la meTZ/enrd'autant
mieux
, que n'ayant point eu de
modeles, ils nt doivent qu'a euxmêmes
la gloire qu'ils ont acquit,
si; en effet, il paroît que les
pre4
miers Auteurs ayantl'avantage
de l'invention
,
le mérité de ceux
qui les ontsuivi a diminuefticeef^, si fivemtnt a mesure que le nfJmbr;
des Ecrivainss'eflaccru
,
defOrte1
que par cette gradationIlsMo
dernes ne pouvant plus inventei
ni rien dire de nouveau ,se trotfi
veront dans la plus bassi clajpdt
la Littérature;voila l'abrégédel
raisonnemensJpeçieux de la pinpart
des hommes (!J"' le point de
veuë où ils se font place pour
juger duprix des Ouvrages, l'envie
de quelques Auteurs pour
leurs contemporains s'efl jointe
aux préventionsJ& enfin. la coutume
d'estimer mieux les chojes
que nous avons perdues que celles
dont nous joüiffins
, a achevé de
jîttrr les hommes dans terreur qui
sess ainsi établie à la honte de lA
raison.
Mais comme toutes chofcs ont
dijferens points de veuë
3 ne s'en
trouveroit-il point un meilleur
) cr la difficultéde produire s'étant
augmentée avec les Ouvrages,
dans la neccfJÙéde rejetternospropres
pensées
,
quand nous nous
fommtSrencontrez avecceux qui
nous ont precedez;nesipourroitil
point faire que les Modernes
ayant eu plus de dijfcultt^ àfurmonteryeujfentaujjt
plus de mérité,
C'cftce qu'ilfautexaminer.
Je croy que l'onconviendra que
les hummes ayant été de tout tems
forme de U même matiere
J &
compost J::s mêmes parties que
ceux d'aujokrd'huy, les efpnts
d'à present font aujji de la même
nature que ceux d'autrefoisy £7*
qu'il n'y a jamais eu dans les uns
pi dans les autres d'autres diffirences
que ulLs que lavariétéde
la natureyproduit. Cette é9g4alité 1 te
supposée voyonsla dffrençequ'il
peuty avoir eu dans les pre;duc.
tions de l'esprit. Les premiers fir-
C.less'ëtant paffrz dans les occupations
que donnoient AUX hommes
la neaJJiié de pourvoir à leurs be. foins de chercher dans la nature
les secours qu'ils en pou-
voi,ent tirer , ce na, été qu,apres
que cees adeéccoouu'Vvecrrtteess ont eérteéfaaiitt.e,ss,
c, que les Sciences e les Arts
utiles ont étéconnus, que les hommes
ayant plui de loijir, donnerent
une partie de leurs occupations
aux ouvrages d'ejpriti les
premiers qui ont paru nont pas
duejlreexceUens
3
cespîecesaniiques
Jeroient pourtant dignes de
curiojité,ji le bavard en avonfait
parvenir quelquesunes jusques à
nous; mais on a refermé iattention
pour les bons Ouvrages) &
noussommesheureuxaprès
tant de jÙcles qu'une partie de ce
qui a été produit de meilleurdans
tous les temps ait été confirmé.
Est-ilpojjible que l'on puiffi
se persuader que les chefs d'ceurures
ayent été produits du pre.
mier coup; rieft-il pas pluÍraisonnable
depenjer, supposantcapacitéégale
à que plus une picce
ttft ancienne , & moins elle doit
Mire parfaite3quoyquen difèMakdame
D. qui veut excepter Hommcre
de la Loy genera/e. Songe-
Uniey quelque grand qu'ilfuty na lu imaginer&perfeélionnerïArt
1 tn même temps; on r/y efl parve-
! nu que par dfgrez
, ce n'a été
i quaprès les rrflexions faites sur
i les premier Ouvrages que les correftionsy
ont donnéunmeilleure
* forme, la critiquey a sans doute
beaucoup contribué
9
filon que les
Lraèur ont étébien ou mal affel}'
Z
,
ils ont approuvé ou condamné
j on a cherché les causes du
p/àifîr ou du dégoûtil'opinion du
plus grand nombrea preva'u JtfJ4
a étabyl peu a peu les réglésde, lj4rtqueles dateurs riauraient pas J.l,tottrouvéessfans r;, cesecours ;
que l'on ne dise point quHvm"e
avoit plus de genie que ceux qui
pauvoient juger de ses Ouvrages,
cela ne conclut rien
J
l'amourpropre
nous fait toujours illuftonfut
nos Ouvrages
> & nous empêche
de faire de jtijlesdlfinéîions, entre
lemediocre,le bon, (7 l'excellent;
un autre lesfait quelquefois
du premier coup d'oet!
, CiT fan
sçait jJeZ par experience quun
tuteur profite souvent des avis
que luy.donnent de moinshabiles
) gens que luy; ilafallu necefj>nres
ment un certain temps pourayri-
? verpar a/-gre'{ à l<*perfefltonMes
spiresont invenré, les enfantsont
,pfrfic1¿oné ; ceux qui appellent
Momerele Pere de la Poësie me
1 permettront bien de future cette
Ilidée;je conviens doncque les Antrientfont
les Peres de la Littera-
Mure3mais comme les enfans ne
\fontptà toujourssemblablesaleurs
qperes,&que lesuns ontplusJeftiprit3.&
les autres moins, la na-
Wure prudenteproduisant les différentsgenies
pour les dffrens ufayges
ausquelselle les difiine3 ceux
Ifl.ui n'ont pas étéavantlogez, d'un
efPrir superieur
,
incapables de
produire eux-mêmes
9 & ne comprenais
pas que leurs peres pussent
eflrefurpa/Jt^
,
les ont pris
pour mode/es, se font arp[ique
à réduire leurs pratiques en preceptesy
les ont donné de la meilleure
foy du monde
J
pour les réglés de
i'An
3
qu'ils ontsuivy tres-fcrupuleufment,
ne pouvans mieux
faire
s & quelques-uns s'élans
munis de lascience des mots
3
se
fontjudicieusement borne à rendre
dans leurs Langues les Auteurs
anciensJGpar d'amples explications
ont prétendu faire connaître
aux autres les beautez
i*ilsf,ecroyoieni fruls capdblss
sentir. Voilà l'origine du PeuyCommentateur
ey Traduit*ury
m opiniâtres & entetr, qui
demordent jamais de leurs opinons
, Ër avec qui il est inutile
mettre la vente en évidence ;
i nen font pas reste là,perfuaqueles
Anciens éioient infiYli-
'Tnt audessus des Modernes
,
ils
- ont traité de Divins, ont éle-
? des Autelsà Idoles de leur
pagination
y
gr leur ont éIaby
8 culte; les ignorons & lesfly-
Wes ont cru ces Doélu*s surleur
\;ro'e
, çy comme ils font malmreujemmt
le plus grand nomb
!' ", re, l'erreur a gagvé
, CC s
rpnreoftcijoHn? gcneralement établie; vc dA la
lesvéritables
causes de la Co i1.()< M::HS ceux qui se font tro
,vez plus favorablement traite
de la nature) s'étantpreservez 6
la contagio-n, sefontmis au-d>fft
des prljuz, Z )
ont mis àprofit II
le&tred:-> pnmurs Ouvrages^
comme un bon Piloteprofite des
routes déja tracées,évite les tcueili
0* fait de nouvellesdécouvertest
ils ont ainft porté firruention e
la perfciion plus loin, sans se
[ouftrairea la teconnoijfance deuë
a leurs predcceffiurs
>
-qui leur
tnt épargné i3inconvénient des
mutes fautes inséparables des
tS Jlepay
,
leur avoientainsî
wf le moyen de parvenir plus
Mementau butpropcfc; lesOit-
%ess''ejlant enfuite multiplieZ
Montes fortes de sur ts ,
le ge-
Teroit enfin devenu mutile dans
tfcejfite de ne pouvoir plus rien idé nouveau ,
si d\-xc:liens
mles de nôjlre temps ne nous
k.nt fait voir que les matières
mvent vavief à l'infini; enefl
ijOflafrplreitssdfo'urnmûsJïrtguItérésqae
pritsd'un''ccat'raficre original r.;u ëlere origin4l,
Slonné a leurs Ouvrages,ils
prouvé moyen à forte dlrf}rit
d; rendre
, pour ainsi dire, rioi
évveeaauu ce qquuiinnee lI''éé'roltplus) defl
que la portion âtDrit qui A
trouvéeinutile à l'invention
, «
tournée au profit de la préafiom
du choix, du tour& de la di
catefje des pensées cm des exp
fions. C'ejlainfique de Modenà
en Modernes l'art Ë7 le
go,,",
fontperfectionne%,que«jjj /Mf ~M
joiijjons par la leBure- des dernjk
Ouvrages, nonfeulement de m
ce qu'ily a de bon dans les &
ciens, mais encore de celui
produit de meilleur dans tous
temps, perfectionne par les rejm
xions, les critiquesjudtcieufesm
legoût descentessuperieurs.
Je crainsbien que tout ce raisonnement
nefortinutile
, tant de
l,rns ont écritsurce fujt} que je
t ne doutepointque l'on ait déjàeu
les mêmes peufers%&qu'on ht les
* ait exprimé plus heureusement ;
maisje vouépuis protcfkrqueje
riay pas fJJeu la centième partie de
tout cequ'onafait sur cela. Vous
) devezme regarderàpeupréscomime
te premierqui en aufoitditson
{ fintiment;jefuis. enxela dans le
)
casdesjincieniy ainft il neferpit lpat surprenant que j'eusse mal
t»fMéüofdfei.r,n,'e;nssaiisjjfef,umisefduanissrleenccaosndteres
avec quelquautre; rjoila dejacheufesJttuations
,quoyquil en
fait, à la bonne heuresirpenfl
)uP>jeme contente du bonJem
qui faitdistinguerfimplemcnt le
i/ray aueclefaux, &je me
détache par raijonde la pénétration
d'esprit qui faisant trouver
toutes lesdifférentesmaniérés d'api
perevoirl'un &' l'autre,produit
les diftinElionsjubtiles &lesptnfées
d'licdtes ; à propos de cela je
1outdiray^encore ep pajfantquil
m4Jernhlè queAnciensontplus
de bonfçns que d'écrit,grqueles
Modernes"joignentplusJouvent
l'un a-.I'Rtr(JÂ'iI tous Usage*.
mens
vnens qui les peuventjaire goütter.
Adieu,Monjïcur
) vous dej~
c~ être du moins au/fi las de lire,
Hr j,e leJuis d'avoir écrit defui-
Ye unesilongue Lettre, Voiry mon
30defuremèmefujet.
,'Monfie",J ql/tlfautvous expliwer
; car je ne vous croy pas la
mjcierjce asi' délicatesurlefu-
! dont il ell queflton, pour sentir
¡rjtre tortde vous-mêmeyoy vous
Il' devinerie^ peut-cflrejamais
we cefont devos éloges quej'ay
$mc plaindre,si jene vous le dit
ïspas;vo* vis pas; voicy pourcjuoy j'ay
•oululesjufltfier je crains d'a.
mrfait lecontraire; jugez de
oora embarras. Mais, mafoy,
vifqUt vousave% faitlafautey
chose vous regardeplus que
oy , çy celles que jestray dans
mes amusemens,ferontys'il vouj
plaît, sur d-vôtrecompte Jtire
vous en comme vous pourrez ;
jè
vous embarque la dans une assi
mauvaise affaire
J C vous ne
vous attendiez peut-eflrepas à
un remerciement si mal tourne 4
tant mieux,celavous ApprendrA:
une autre fois à ne pas facrifitfj
voflresincerité à vostrepolitejpîjc
vous envoye une Ode moitiépa-\
rodiée& moitié imitée de Roufseau
; des reponses aux quefiions
quej"ay proposées le mon dernier,
& je vaisfaire dans cette Lettre
quelques rejlextons à ma manière
sur la fameuse querfl/ç desAn?
cleni.
Miens. Comme les préjuge ne
montpoint gagnE) & qu'il importe
fort peu à un ignorant corntWC
moy que les Anciens ayent la
flirejerence sur les Afodernes, ou
Itut ceux (y l'emportent sur les
Anciens je cherche feulement de
gifles idées qui me fassentdijhnwucr
le vray d'avec le faux
, &
£tflimer les Ouvrages que par
b'ur propre valeur
J
sans égard à
Ancienneté des Auteurs;si mes
xifonnemens ne fontpasjustes3je
jftray ravi d'eflredeÇabufé par
eux qui penseront mieux que
woy.J'entre en matiere.
i Nousnepouvons,dit-onyfans
injuflice refujer notreejhme aux
Anciens
,
ils la meTZ/enrd'autant
mieux
, que n'ayant point eu de
modeles, ils nt doivent qu'a euxmêmes
la gloire qu'ils ont acquit,
si; en effet, il paroît que les
pre4
miers Auteurs ayantl'avantage
de l'invention
,
le mérité de ceux
qui les ontsuivi a diminuefticeef^, si fivemtnt a mesure que le nfJmbr;
des Ecrivainss'eflaccru
,
defOrte1
que par cette gradationIlsMo
dernes ne pouvant plus inventei
ni rien dire de nouveau ,se trotfi
veront dans la plus bassi clajpdt
la Littérature;voila l'abrégédel
raisonnemensJpeçieux de la pinpart
des hommes (!J"' le point de
veuë où ils se font place pour
juger duprix des Ouvrages, l'envie
de quelques Auteurs pour
leurs contemporains s'efl jointe
aux préventionsJ& enfin. la coutume
d'estimer mieux les chojes
que nous avons perdues que celles
dont nous joüiffins
, a achevé de
jîttrr les hommes dans terreur qui
sess ainsi établie à la honte de lA
raison.
Mais comme toutes chofcs ont
dijferens points de veuë
3 ne s'en
trouveroit-il point un meilleur
) cr la difficultéde produire s'étant
augmentée avec les Ouvrages,
dans la neccfJÙéde rejetternospropres
pensées
,
quand nous nous
fommtSrencontrez avecceux qui
nous ont precedez;nesipourroitil
point faire que les Modernes
ayant eu plus de dijfcultt^ àfurmonteryeujfentaujjt
plus de mérité,
C'cftce qu'ilfautexaminer.
Je croy que l'onconviendra que
les hummes ayant été de tout tems
forme de U même matiere
J &
compost J::s mêmes parties que
ceux d'aujokrd'huy, les efpnts
d'à present font aujji de la même
nature que ceux d'autrefoisy £7*
qu'il n'y a jamais eu dans les uns
pi dans les autres d'autres diffirences
que ulLs que lavariétéde
la natureyproduit. Cette é9g4alité 1 te
supposée voyonsla dffrençequ'il
peuty avoir eu dans les pre;duc.
tions de l'esprit. Les premiers fir-
C.less'ëtant paffrz dans les occupations
que donnoient AUX hommes
la neaJJiié de pourvoir à leurs be. foins de chercher dans la nature
les secours qu'ils en pou-
voi,ent tirer , ce na, été qu,apres
que cees adeéccoouu'Vvecrrtteess ont eérteéfaaiitt.e,ss,
c, que les Sciences e les Arts
utiles ont étéconnus, que les hommes
ayant plui de loijir, donnerent
une partie de leurs occupations
aux ouvrages d'ejpriti les
premiers qui ont paru nont pas
duejlreexceUens
3
cespîecesaniiques
Jeroient pourtant dignes de
curiojité,ji le bavard en avonfait
parvenir quelquesunes jusques à
nous; mais on a refermé iattention
pour les bons Ouvrages) &
noussommesheureuxaprès
tant de jÙcles qu'une partie de ce
qui a été produit de meilleurdans
tous les temps ait été confirmé.
Est-ilpojjible que l'on puiffi
se persuader que les chefs d'ceurures
ayent été produits du pre.
mier coup; rieft-il pas pluÍraisonnable
depenjer, supposantcapacitéégale
à que plus une picce
ttft ancienne , & moins elle doit
Mire parfaite3quoyquen difèMakdame
D. qui veut excepter Hommcre
de la Loy genera/e. Songe-
Uniey quelque grand qu'ilfuty na lu imaginer&perfeélionnerïArt
1 tn même temps; on r/y efl parve-
! nu que par dfgrez
, ce n'a été
i quaprès les rrflexions faites sur
i les premier Ouvrages que les correftionsy
ont donnéunmeilleure
* forme, la critiquey a sans doute
beaucoup contribué
9
filon que les
Lraèur ont étébien ou mal affel}'
Z
,
ils ont approuvé ou condamné
j on a cherché les causes du
p/àifîr ou du dégoûtil'opinion du
plus grand nombrea preva'u JtfJ4
a étabyl peu a peu les réglésde, lj4rtqueles dateurs riauraient pas J.l,tottrouvéessfans r;, cesecours ;
que l'on ne dise point quHvm"e
avoit plus de genie que ceux qui
pauvoient juger de ses Ouvrages,
cela ne conclut rien
J
l'amourpropre
nous fait toujours illuftonfut
nos Ouvrages
> & nous empêche
de faire de jtijlesdlfinéîions, entre
lemediocre,le bon, (7 l'excellent;
un autre lesfait quelquefois
du premier coup d'oet!
, CiT fan
sçait jJeZ par experience quun
tuteur profite souvent des avis
que luy.donnent de moinshabiles
) gens que luy; ilafallu necefj>nres
ment un certain temps pourayri-
? verpar a/-gre'{ à l<*perfefltonMes
spiresont invenré, les enfantsont
,pfrfic1¿oné ; ceux qui appellent
Momerele Pere de la Poësie me
1 permettront bien de future cette
Ilidée;je conviens doncque les Antrientfont
les Peres de la Littera-
Mure3mais comme les enfans ne
\fontptà toujourssemblablesaleurs
qperes,&que lesuns ontplusJeftiprit3.&
les autres moins, la na-
Wure prudenteproduisant les différentsgenies
pour les dffrens ufayges
ausquelselle les difiine3 ceux
Ifl.ui n'ont pas étéavantlogez, d'un
efPrir superieur
,
incapables de
produire eux-mêmes
9 & ne comprenais
pas que leurs peres pussent
eflrefurpa/Jt^
,
les ont pris
pour mode/es, se font arp[ique
à réduire leurs pratiques en preceptesy
les ont donné de la meilleure
foy du monde
J
pour les réglés de
i'An
3
qu'ils ontsuivy tres-fcrupuleufment,
ne pouvans mieux
faire
s & quelques-uns s'élans
munis de lascience des mots
3
se
fontjudicieusement borne à rendre
dans leurs Langues les Auteurs
anciensJGpar d'amples explications
ont prétendu faire connaître
aux autres les beautez
i*ilsf,ecroyoieni fruls capdblss
sentir. Voilà l'origine du PeuyCommentateur
ey Traduit*ury
m opiniâtres & entetr, qui
demordent jamais de leurs opinons
, Ër avec qui il est inutile
mettre la vente en évidence ;
i nen font pas reste là,perfuaqueles
Anciens éioient infiYli-
'Tnt audessus des Modernes
,
ils
- ont traité de Divins, ont éle-
? des Autelsà Idoles de leur
pagination
y
gr leur ont éIaby
8 culte; les ignorons & lesfly-
Wes ont cru ces Doélu*s surleur
\;ro'e
, çy comme ils font malmreujemmt
le plus grand nomb
!' ", re, l'erreur a gagvé
, CC s
rpnreoftcijoHn? gcneralement établie; vc dA la
lesvéritables
causes de la Co i1.()< M::HS ceux qui se font tro
,vez plus favorablement traite
de la nature) s'étantpreservez 6
la contagio-n, sefontmis au-d>fft
des prljuz, Z )
ont mis àprofit II
le&tred:-> pnmurs Ouvrages^
comme un bon Piloteprofite des
routes déja tracées,évite les tcueili
0* fait de nouvellesdécouvertest
ils ont ainft porté firruention e
la perfciion plus loin, sans se
[ouftrairea la teconnoijfance deuë
a leurs predcceffiurs
>
-qui leur
tnt épargné i3inconvénient des
mutes fautes inséparables des
tS Jlepay
,
leur avoientainsî
wf le moyen de parvenir plus
Mementau butpropcfc; lesOit-
%ess''ejlant enfuite multiplieZ
Montes fortes de sur ts ,
le ge-
Teroit enfin devenu mutile dans
tfcejfite de ne pouvoir plus rien idé nouveau ,
si d\-xc:liens
mles de nôjlre temps ne nous
k.nt fait voir que les matières
mvent vavief à l'infini; enefl
ijOflafrplreitssdfo'urnmûsJïrtguItérésqae
pritsd'un''ccat'raficre original r.;u ëlere origin4l,
Slonné a leurs Ouvrages,ils
prouvé moyen à forte dlrf}rit
d; rendre
, pour ainsi dire, rioi
évveeaauu ce qquuiinnee lI''éé'roltplus) defl
que la portion âtDrit qui A
trouvéeinutile à l'invention
, «
tournée au profit de la préafiom
du choix, du tour& de la di
catefje des pensées cm des exp
fions. C'ejlainfique de Modenà
en Modernes l'art Ë7 le
go,,",
fontperfectionne%,que«jjj /Mf ~M
joiijjons par la leBure- des dernjk
Ouvrages, nonfeulement de m
ce qu'ily a de bon dans les &
ciens, mais encore de celui
produit de meilleur dans tous
temps, perfectionne par les rejm
xions, les critiquesjudtcieufesm
legoût descentessuperieurs.
Je crainsbien que tout ce raisonnement
nefortinutile
, tant de
l,rns ont écritsurce fujt} que je
t ne doutepointque l'on ait déjàeu
les mêmes peufers%&qu'on ht les
* ait exprimé plus heureusement ;
maisje vouépuis protcfkrqueje
riay pas fJJeu la centième partie de
tout cequ'onafait sur cela. Vous
) devezme regarderàpeupréscomime
te premierqui en aufoitditson
{ fintiment;jefuis. enxela dans le
)
casdesjincieniy ainft il neferpit lpat surprenant que j'eusse mal
t»fMéüofdfei.r,n,'e;nssaiisjjfef,umisefduanissrleenccaosndteres
avec quelquautre; rjoila dejacheufesJttuations
,quoyquil en
fait, à la bonne heuresirpenfl
)uP>jeme contente du bonJem
qui faitdistinguerfimplemcnt le
i/ray aueclefaux, &je me
détache par raijonde la pénétration
d'esprit qui faisant trouver
toutes lesdifférentesmaniérés d'api
perevoirl'un &' l'autre,produit
les diftinElionsjubtiles &lesptnfées
d'licdtes ; à propos de cela je
1outdiray^encore ep pajfantquil
m4Jernhlè queAnciensontplus
de bonfçns que d'écrit,grqueles
Modernes"joignentplusJouvent
l'un a-.I'Rtr(JÂ'iI tous Usage*.
mens
vnens qui les peuventjaire goütter.
Adieu,Monjïcur
) vous dej~
c~ être du moins au/fi las de lire,
Hr j,e leJuis d'avoir écrit defui-
Ye unesilongue Lettre, Voiry mon
30defuremèmefujet.
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10
p. 137-144
ODE. Imitation de l'Ode sur les Conquêrans de Rousseau.
Début :
Homere, que le temps couronne ; [...]
Mots clefs :
Homère, Temps, Grecs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. Imitation de l'Ode sur les Conquêrans de Rousseau.
ODE.
Imitation de l'Ode surles
Conquêrans de Rousseau.
Homere
3 que le temps couronne;
Me lagloire dont tu jouis
> 'Et de l'éclat qui tenvironne,
JocrontnOUt toujours ébloüis.
Tes Trddwclurs te font l'Idole,
Du Culte honteux &frivole3
Dontils honorent tes Autels ;
Verrons nous toujours leurs Capriees
Te prophancr les sacrifices,
Qui ne font dus qe/aux Immortels
? m-
Le Pedant de ta. Poèsie
, Est charmé, ravy ,
transports;
A chaque pageilse recrie,
Quelle force
,
quellebeauté!
Cesimages font agréables
1 Ces comparaisons admirables,
Quelsfom,quelle fublimté !
C'fft ainji qu'un faux Sçavant
prouve
P~c danJ HomèreJeuIon trouve,
Tout cequidoiteifreimité.
m
Maisde quelque superbe titret
Dont,a tort,yo/Vhonoré,
Prénom laraisonpour arbitre
Lisons cet Ouvrage admiré.
Que vois-je!baetes- circonfiances , Faussesimages
J
négligences
3 Froids discoUrs sur grands mots
monte ;
Etrange beautéquisiforme
y
Souvent de l'ajfcmblage énorme>
D'un tas de ridiculitez
Sont-celày Tradufttice hAbile,
Ces grands modeléssivante%,
Voyons commnt, e de quel
flile (tf!
Vous nou; prouverez leurs beau-
Tant que nostre erreur vous
fécondé
Les Grecs font les Maîtres du
monde
Et leur éclat nous éblouit;
Mais au moindre txamenfuneftr,
Le marque tombe, Homcre rejle9
Et leCDivinÎsé-vanouit.
Mais je veux que de vojife
Homere
Lïouvrage doive eflre vanté
Quelque endroit moins digne de flaire
N'en pourr.-tpil être excepte?
Pas une injure,une épithete
-
Ces longs discours que l'on refête)
Ne pouront estre critiquez :
Etjusquau Bouclierd'Achille
Une admirationservile
Yferatrouver des beautek.
Quelapréventionnousquitte, ep la source de nos erreurs
Tendons juflice auyray merite
> Vans égard aux temps , aux
Auteurs.
* Réglonsnoussur cette maxime;
Nous devons aux Grecs de l'estime
:es 'r- temps grossiers parlent pour
eux;
.lt4aiscroyonsma!!.,rélesfuJfdgSJ
Que les beautrz de leurs ouvrages
Sont souvent des diffauts heureux.
Q14qy donc, les PerraultsquorJi méprije
Meferont honortr les Grecs,
Et toujours ma raison surprise
Leuradrejftra ses refpeclî
3 M'exttlfiant a chaque page Je , prodiguerois mon hommage
,
jétout ce quifort de leurs mains,
Etjepourroitforcer ma bouche,
A louerce * Herosfarouche
2
Digne du goustdesdnciens.
*Achille.
Commentateurs espritsvulgiires
, -:;esse de vous en orbuîllir,
C) ces Lauriers imaginaires
9nel'erreur vous afait cuëillir ;
!ugsinsense'{que mous esses
\Letemps chez nous fait les
Poëtes .- es ans vous cachent leurs
drffiuts.
! que la raisonvouséclairey
ZIes Auteurs quisçavent nous
plaire
Valent- ils mieux que des
Perrauts
En 11Jaln dans un amplevolumey
D'oouutrtargaesspPoorrtteez,aàel'xexcceèss,,
Vous mous flattez que vostre
plume
D'Houdart détruira, le succés; ( Che.-< lrry laraifonépurée,
* Marche dans larouteajifurée
, ]
Dont vous ignorez les flntifrs;
Le Patnajje prendsa querelle ,
Etffait malgrévofirefcquelle
Changervosmépris en Lauriers.
Imitation de l'Ode surles
Conquêrans de Rousseau.
Homere
3 que le temps couronne;
Me lagloire dont tu jouis
> 'Et de l'éclat qui tenvironne,
JocrontnOUt toujours ébloüis.
Tes Trddwclurs te font l'Idole,
Du Culte honteux &frivole3
Dontils honorent tes Autels ;
Verrons nous toujours leurs Capriees
Te prophancr les sacrifices,
Qui ne font dus qe/aux Immortels
? m-
Le Pedant de ta. Poèsie
, Est charmé, ravy ,
transports;
A chaque pageilse recrie,
Quelle force
,
quellebeauté!
Cesimages font agréables
1 Ces comparaisons admirables,
Quelsfom,quelle fublimté !
C'fft ainji qu'un faux Sçavant
prouve
P~c danJ HomèreJeuIon trouve,
Tout cequidoiteifreimité.
m
Maisde quelque superbe titret
Dont,a tort,yo/Vhonoré,
Prénom laraisonpour arbitre
Lisons cet Ouvrage admiré.
Que vois-je!baetes- circonfiances , Faussesimages
J
négligences
3 Froids discoUrs sur grands mots
monte ;
Etrange beautéquisiforme
y
Souvent de l'ajfcmblage énorme>
D'un tas de ridiculitez
Sont-celày Tradufttice hAbile,
Ces grands modeléssivante%,
Voyons commnt, e de quel
flile (tf!
Vous nou; prouverez leurs beau-
Tant que nostre erreur vous
fécondé
Les Grecs font les Maîtres du
monde
Et leur éclat nous éblouit;
Mais au moindre txamenfuneftr,
Le marque tombe, Homcre rejle9
Et leCDivinÎsé-vanouit.
Mais je veux que de vojife
Homere
Lïouvrage doive eflre vanté
Quelque endroit moins digne de flaire
N'en pourr.-tpil être excepte?
Pas une injure,une épithete
-
Ces longs discours que l'on refête)
Ne pouront estre critiquez :
Etjusquau Bouclierd'Achille
Une admirationservile
Yferatrouver des beautek.
Quelapréventionnousquitte, ep la source de nos erreurs
Tendons juflice auyray merite
> Vans égard aux temps , aux
Auteurs.
* Réglonsnoussur cette maxime;
Nous devons aux Grecs de l'estime
:es 'r- temps grossiers parlent pour
eux;
.lt4aiscroyonsma!!.,rélesfuJfdgSJ
Que les beautrz de leurs ouvrages
Sont souvent des diffauts heureux.
Q14qy donc, les PerraultsquorJi méprije
Meferont honortr les Grecs,
Et toujours ma raison surprise
Leuradrejftra ses refpeclî
3 M'exttlfiant a chaque page Je , prodiguerois mon hommage
,
jétout ce quifort de leurs mains,
Etjepourroitforcer ma bouche,
A louerce * Herosfarouche
2
Digne du goustdesdnciens.
*Achille.
Commentateurs espritsvulgiires
, -:;esse de vous en orbuîllir,
C) ces Lauriers imaginaires
9nel'erreur vous afait cuëillir ;
!ugsinsense'{que mous esses
\Letemps chez nous fait les
Poëtes .- es ans vous cachent leurs
drffiuts.
! que la raisonvouséclairey
ZIes Auteurs quisçavent nous
plaire
Valent- ils mieux que des
Perrauts
En 11Jaln dans un amplevolumey
D'oouutrtargaesspPoorrtteez,aàel'xexcceèss,,
Vous mous flattez que vostre
plume
D'Houdart détruira, le succés; ( Che.-< lrry laraifonépurée,
* Marche dans larouteajifurée
, ]
Dont vous ignorez les flntifrs;
Le Patnajje prendsa querelle ,
Etffait malgrévofirefcquelle
Changervosmépris en Lauriers.
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