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1
p. 169-214
De la Necessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse.
Début :
On gronde contre la Satire, [...]
Mots clefs :
Parnasse, Auteur, Critique, Muses, Ombre, Auteurs, Censeurs, Virgile, Malherbe, Quinault, Prévôt, Bigarrure, Prévôt du Parnasse
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texteReconnaissance textuelle : De la Necessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse.
De la Neceffité de la
Critique , ou le Grand
• Prevoſt du Parnaſſe.
On gronde contre la
Satire,
Et Cotin dit qu'on a rai-
F
fon;
Mais quoique Cotin puis ,
Sedire
Juin 1714. P
170 MERCURE
Dans l'étrangedemanделі-
fon ६
Qu'en noſtre Siecle on a
d'écrire
Il nous faut ce contre-poifon.
Ecrire en Vers' berire
Den Pr
Au temps passé, c'estoit un
fa
Art,
e
Au temps preſent , c'est
autre chose , RRR
Tant bien que mal à tout
hazard,
GALANT. 171
Rime qui veut , qui veut
compose
Se dit habile, ou le fuppose
,
Entre au Chorus , ou chan
te àpart
Eft pour un tiers ou pour
un quart
Fournit le texte en fait la
glofe,
Et tout le monde en veut
Sa part.
Dites - nous , Muses,
d'où peut naistre
Pij
172 MERCURE
Cette heureuse fecondité,
Eft- on sçavant quand on
veut l'estre ,
Cela n'a pas toûjours esté.
Il en coûtoit à nos Ancestres
,
Ce ne fut pas pour eux un
jeu,
Ce qui coûtoit à ces grands
Maistres
D'où vient nous coûte-tilfi
ة ي ح
peu.
Vanitéfotte, qui preſume
GALANT. 173
Par un aveugle &fol orgüeil
Defon esprit &desa plu
me:
Voilà d'abord le grand écuril.
Itcm, leTempledeMe
moire ,
C'est un tres- dangereux appas;
Mais en grifonnant pour
L'encre toûjours ne coule
la gloire ,
pas;
Piij
174 MERCURE
Et quelquefois avient le
cas ,
Que l'on caſſeſon écritoire.
1
:
Item ,foit à bon titre ,
ou non ,
On dit mes oeuvres , mon
Libraire ,
Et l'on voit en gros caractere
Afficher son Livre&fon
Nom:
Item , chacun asa folie
;
GALANT. 175
Item , aujourd'huy tout est
bon
Et tout oworage se publie
Ce qu'un hommea rêvé la
Ce qu'il a dit àſaſervan-
Cequ'ilfait entre ſept
buit ,
Qu'on l'imprime & melte
en vente ,
L'ouvrage trouve du debit;
Et quelquefois ,ſans qu'il
s'en vente ,
Piiij
176 MERCURE
L'Auteury gagne un bon
habit.
Item , quand on ne sçait
mieux faire ,
Onforge , on ment dans un
écrit.
Item, on nesçauroitſe taire,
Et nous avons tous trop
d'esprit.
Autre grand Item , ilfaut
vivre
Voilà comment fefait un
Livre.
De-lànous viennent à
foifon
GALANT. 177
Maigres livrets de toute
forte ; 1
Ils n'ont ny rime ny rai-
Son ,
Cela se vend toûjours ,
qu'importe
Tous lesſujetsfontpresque
ufez
Et tous les titres épuiſez ,
Fuſques à des contes de
Fée,
Dont on afait long- temps
Trophée ;
Le desordre croit tous les
jours
178 MERCURE
Je crie & j'appelle au fecours,
Quand viendra- t'il quelque
Critique
Pourreformer untel abus ,
Et purger noftre Republique
De tant d'Ecrivains de bibus?
A l'esprit d'un Cenfeur
farouche,
Qui fçait faire valoir fes
droits ,
Un pauvre Auteur craindra
la touche,
GALANT. 179
Et devant que d'ouvrir la
bouche
I penſera plus de deux
fois.
Je touche une facheuse
corde,
Et crois déja de tous cof
tez
Entendré à ce funeste exorde
,
Nombre d'Auteurs épouvantez
Crier tout baut , mifericorde!
180 MERCURE
Soit fait , Meffieurs , j'en
fuis d'accord;
Mais quand le Public en
furie
Contre vous &vos oeuvres
crie
Mifericorde encore plus
fort ,
Que luy répondre ,je vous
prie?
C'est un mal je ne dis
pas non ,
Qu'un Cenfeur rigide &
fevere
GALANT. 181
Qui le prend fur le plus
haut ton ,
Qu'on hait , & pourtant
qu'on revere :
Mais si c'est un mal, c'est
Souvent
Un mal pour nous bien neceffaire
;
Un Critique au Paysscavant
Fait le métier de Commif-
Saire.
Bornonsnousfans aller
plus loin
1
182 MERCURE
T
A la feule gent Poëtique
Plus que tout autre elle a
besoin
Pour Commiſſaire d'un
Critique.
Les Poëtesfont infolents
Etſouvent les plus miferables
Se trouvent les plus intraitables
Fiers de leurs prétenduës
talents
Ils prendront le pas au
Parnaffe
GALANT. 183
Et fur Virgile &(ur Horace
S'il n'est des Cenfeurs vigilants
Pour chaßer ces paffe-vollants,
Et marquer à chacun fa
place.
D'abordces petits avortons
Viennent se couler à tâtons;
Ils sont soumis , humbles ,
dociles.
184 MERCURE
Souples a prenare les lecons
Des Horaces & des Virgiles,
Etdevantdes Auteurs habiles
Sontmuetscomme des poif
fons ;
Mais quand enfin cette
vermine
Sur le Parnaße a pris racine
,
Elle s'amente&forme un
corps
Quiserevolte&semutine;
Dés
GALANT. 185
Dès qu'une fois elle domine
Adieu Virgile نب fes
conforts
Dans quelque coin on les
confine ,
Et fi Phoebus faisoit la
mine
Luy-même on le mettroit
dehars.
Comment Ronsard &
Sa Pleyade, ??
Dont un temps le regne a
Juin 1714 .
186 MERCURE
Nous l'avoient - ils defiguré
Dans leur grotesque mafcarade?
Plus bigarre qu'un Arlequin
,
Affublé d'un vieux cafaquin
Fait àpeu prés à la Françoise
is d'étoffe antique
autoife;
as goust, fans air , le
tout enfin
Brodé de grec &delatin
GALANT.187
C'estoit dans ce bel équipa
ge
Qu Apollon noir comme
un lutin
Se faisoit par tout rendre
hommage;
Mais après un long efclavage
Enfin Malherbe en eut pities
Et l'ayant pris en amitié
Lui débarboüilla le vifage
Et le remit ſur un bon
pied
Qij
188 MERCURE
Renvoyant à lafriperie
Ses haillons &fa broderie.
Alors dans le facré
Vallon
On décria la vieille moda
Et Malherbe fous Apollon
Fit publier un nouveau
Code,
Deffendant ces vieux paf-
Sements ,
Qu'avec de grands empref-
Sements
GALAN 189
On alloit chercher piece à
piece
Au Latium & dans la
Grece
Ronfard en fut triste &
marri ,
Perdant beaucoup àce déori
Cependant tout changea
deface
Sur l'Helicon & le Par
naße
C'estoit un air de propreté
:
199 MERCURE
Plein de grandeur de
nobleffe ;
Rien defade ni d'affecté
N'en alteroit la dignité
Le bon goût & la politeffe
Brilloient dans lafimplicite
Laiſſant la frivole parure
Aux fades Heros de Romans
On emprunte de la natu
re
Ses plus fuperbes ornemens:
GALANT.191
Vous cuffiez vù les jours
de festes
Phæbus &les neufDoctes
Soeurs
N'employerpourorner leur
testes
Que des lauriers meſlezde
fleurs
Mais cette mode trop unie
Ennuya bien-toſtnosFran-
Au mépris des nouvelles
Ils revinrent à leurgenie
192 MERCURE
Et reclamerent tous leurs
droits
Nous aimons trop la bigarure
;
Je ne puis le dire aßez
baut,
Voilà nostre premier deffaut
Et c'est depuis long-temps
qu'il dure :
Ildureraj'ensuis garant,
Quoique le bon goût en
murmure;
Si l'on le quitte , on le reprends
&
Même
GALANT. 193
Même en dépit de la
Cenfure :
On veut du rare, du nou
veau,
27197
Letoutfans regle ,&fans
mesure ,
On outre , on caffe le pin
ceau;
Mais à charger trop le
tableau,
On vient àgâter la peina
gater la pein
ture malind
Et voulant le portrait trop
bears ८
Juin 1714. RS
194 MERCURE
On fait grimacer la figure.
:
Spit Poëtes foit Orateurs
,
C'est là qu'en font bien des
Auteurs.
Nous nous mettons à la
torture
Pour alambiquer un écrit;
Nous voulons par tout de
Kefprit
Du brillant de l'enlumi-
стике сто
C'est un abus , ne forçons
rien,
GALANT. 195
Laifſſons travailler la nature
Etfans effort nous ferons
bien:
Il en coûte pour l'ordinaire
Par cet enteſtement fatal
Plus à certains pourfaire
mal
Qu'il n'en coûteroit pour
bienfaire.
Me voila dans unfort
beau champ
Rij
196 MERCURE
Mais je préche & peut
estre ennui-je
Comme bien d'autres en
consid
prêchant ,
Jefinis donc & je m'of
Suye.
១
Bel exemplefans meflatter
Si l'on vouloit en profiter.
Or durant cette mala-
છ???????????? die
Dont l'Helicon , fut infec
djtás zamb aliors :
On bannit lafimplicité
GALANT 197
Sous Malherbe tant ap
plaudies 20
Pointe's, équivoques dans
Et jeux de mots vinrent
On vit l'affemblage grotes-
Da ferieux & du burles
-
Le Phoebus , le:Galima-
--sanciovint amoy 20
Parurent avec aßurance ,
Et comme fi l'on n'estoit
pas
R iij
198. MERCURE
Affezfol , quand on veut
en France
Onfut avec avidité
Chercherjusques dans l'Italic
Desfecours dont par cha-
Elle aſſiſta noſtrefolies
Apollonfe tuoit en vain
De faire mainte remon-
Nos gens fuivoient toujours
leur train
Et tout alloit en décadence.
:
L
NOUSTHEQUE DE
199
Mais quand ce Dien
plein de prudence
*
1893*
Eut pris Boileau pourfon
Preap
Combien d'Auteurs firent
lepaut
On voyoit détaler en bande
Tous ces Meffieurs de
contrebande :
Chapelain couvertde lau
riers
Sauta luy-même des pre
miers ,
Et perdit , dit-on , dans la
crotte
Riiij
200 MERCURE
Etfa perruque &sa calottes
Il crioit prestà trébucher
Sauvez l'honneur de la
Pucelle
Mais Boileau plus dur
qu'un rocher
Neust pitié ni de luy ni
d'elle.
Pradon voulant parlementer
Fit d'abord de la resistan
ce
Et parut quelque temps
luter,
CALANT. 2010
Même en Poëte d'importance;
It appella de la Sentence
Mais ilfallut toûjoursfau
ters
Et l'on n'apoint jugé l'inf
tance:
Sous le manteau de Regulus
On eut épargnésa perfonne
Mais le pauore homme
n'avoit plus 1
Que lejuſte-au-corpsd'Antigone.
202 MERCURE
Quinaut par la foule
emporté,
Quinaut même fit la culbute
Mais un appel interjetté
Le vangea bien-toft defa
chute :
On vit les Muses en rumeur
A l'envi prendre en main
Sa cause,
Quelques gens de mauvaiſe
humeur
Vouloient pouffer plas loin
la chofe
GALANT.203.
Infiftant qu'on fit au plum
toft
Le procés au pauore Prevost.
Mais Pæbus d'une
oeiltade fiere
Les rejettant avec mépris
Leurdit d'un tonferme&
favere
Paix canailles de beaux
-
Qui n'avez fait icy que
braires Aoim C
204 MERCURE
Sifur Quinaut on s'estmé
pris
Fy veilleray, c'est mon
affaire:
Quant à vous perdez tout
Et ne me rompez plus la
teste
Mon Prevost afaitfon de-
Ainsi se calma la tem-
1
Et Quinaut s'estant pre-
Dansses griefsfut écouté;
GALANT. 205
On declara vu la requeſte ,
Bien appellé comme d'a-
છછછછ????????????
Dont le Prevost resta
camus
Il fut mêmeſur le Parnaf-
-ind
Regléfans contestation
Qu'auprès d'Orphée &
250 Pd Amphion 2.200 25
Il iroit reprendresa place ;
Et puis Phoebus d'un air
humain
Lui mit fa propre Lyre en
main
206 MERCURE
Non que la fienne fut u-
See
Maispar un noble&fier
dedain
De la voir à tort méprifee
En tombant il l'avoit brifée
On enfit recueillir foudain
Tous les morceaux juſques
au moindre
Mais on les recücillit en
vain
い
Et l'on ne pût bien les
rejoindre
GALANT. 207
Tel fut le destin de Quinaut
,
Seuldetous, oùle Commis
faire,
Ason égard un peu corfaire
Sefoit trouvé pris en défaut
Sur tout le refte irreprochable
Faifantfachargeavechauteur
A tout mauvais & fot
Auteur
:
Ilfut Prevoſtinexorable ,
208 MERCURE
Il est bien vray qu'en fa
vieilleße
Illaißa tout àl'abandon ,
Etfitfa charge avec molleffe
Quand on eft vieux on dewient
bon,
Un reste de terreur empreinte
Retenoit pourtant les efprits
Et l'on ne penſoit qu'avec
crainte
Aufort de tant d' Auteurs
profcrits
Dans
GALANT 209
Dans cette violteßaine.s
puiſſante
Son ombre encore queña
Arrestoit les plus reso
33Ram? AO[
Mais cette ombre fiere&
Gette ombre même , helas!
Cependant dans cet in-
Tout degenere & deperit
Et faute dhura Prevost
qu'on craigne
Juin 1714.
S
210 MERCURE
Chacun fur pied de bel ef
stealing
prit
Arbore déja fon enseigne.
Les Cotins bravant les
- Vardards 201 offer
De tous cotez semble re-
Et comme en un temps de
! 2.pardons is
On voit hardiment repa-
Les Pelletiers, les Pra-
Le mal plus loin va fe
répandre NO
GALANT
Si l'on n'y met ordre au
Muses,ſongez à vous deffendreout
it
Au ſpecifique un bon Pre-
Un bon Prevost ; mais où
le prendre
Je pourrois, s'il m'étoitpermis
,
En nommer un digne de
Par fes foins en honneur
Et plus grand qu'il n'é-
Sij
212 MERCURE
toit peut- estre
Homere affezle fait connoistre
Il a tous les talents qu'il
Pour un employ fi neceffaire
Je ne luy vois qu'un feul
défaut
C'est que ce métier falutaires
De blâmer ce qui doit dẻ
plaire sio srio) 25 I
De reprendre & n'épar
Agner riemiang anly 11
GALANT 213
Cemétier qu'ilferoitfi-bien
Il ne voudra jamais le
faire
Attaqué par maint trait
si falon
Jamais contre le noir frelon
Iln'employaſes nobles veilles
Et comme le Roy des a
beilles
Il fut toûjours fans aiguillon.
Ason défaut cherchez
sinquelqu'autre
១៧-០៣
214 MERCURE
Qui plus bardy , qui moins
humain,
Pour vostre gloire , &pour
la nostre
Ofe à l'oeuvre mettre la
Du Parnaße arbitre fuprême;
Si vous prifez mon Zele
extrême , 29
Faites le voir en mexauçant
polling
Helas! peut estre en vous
Fais-je des veux contre
may-même.
Critique , ou le Grand
• Prevoſt du Parnaſſe.
On gronde contre la
Satire,
Et Cotin dit qu'on a rai-
F
fon;
Mais quoique Cotin puis ,
Sedire
Juin 1714. P
170 MERCURE
Dans l'étrangedemanделі-
fon ६
Qu'en noſtre Siecle on a
d'écrire
Il nous faut ce contre-poifon.
Ecrire en Vers' berire
Den Pr
Au temps passé, c'estoit un
fa
Art,
e
Au temps preſent , c'est
autre chose , RRR
Tant bien que mal à tout
hazard,
GALANT. 171
Rime qui veut , qui veut
compose
Se dit habile, ou le fuppose
,
Entre au Chorus , ou chan
te àpart
Eft pour un tiers ou pour
un quart
Fournit le texte en fait la
glofe,
Et tout le monde en veut
Sa part.
Dites - nous , Muses,
d'où peut naistre
Pij
172 MERCURE
Cette heureuse fecondité,
Eft- on sçavant quand on
veut l'estre ,
Cela n'a pas toûjours esté.
Il en coûtoit à nos Ancestres
,
Ce ne fut pas pour eux un
jeu,
Ce qui coûtoit à ces grands
Maistres
D'où vient nous coûte-tilfi
ة ي ح
peu.
Vanitéfotte, qui preſume
GALANT. 173
Par un aveugle &fol orgüeil
Defon esprit &desa plu
me:
Voilà d'abord le grand écuril.
Itcm, leTempledeMe
moire ,
C'est un tres- dangereux appas;
Mais en grifonnant pour
L'encre toûjours ne coule
la gloire ,
pas;
Piij
174 MERCURE
Et quelquefois avient le
cas ,
Que l'on caſſeſon écritoire.
1
:
Item ,foit à bon titre ,
ou non ,
On dit mes oeuvres , mon
Libraire ,
Et l'on voit en gros caractere
Afficher son Livre&fon
Nom:
Item , chacun asa folie
;
GALANT. 175
Item , aujourd'huy tout est
bon
Et tout oworage se publie
Ce qu'un hommea rêvé la
Ce qu'il a dit àſaſervan-
Cequ'ilfait entre ſept
buit ,
Qu'on l'imprime & melte
en vente ,
L'ouvrage trouve du debit;
Et quelquefois ,ſans qu'il
s'en vente ,
Piiij
176 MERCURE
L'Auteury gagne un bon
habit.
Item , quand on ne sçait
mieux faire ,
Onforge , on ment dans un
écrit.
Item, on nesçauroitſe taire,
Et nous avons tous trop
d'esprit.
Autre grand Item , ilfaut
vivre
Voilà comment fefait un
Livre.
De-lànous viennent à
foifon
GALANT. 177
Maigres livrets de toute
forte ; 1
Ils n'ont ny rime ny rai-
Son ,
Cela se vend toûjours ,
qu'importe
Tous lesſujetsfontpresque
ufez
Et tous les titres épuiſez ,
Fuſques à des contes de
Fée,
Dont on afait long- temps
Trophée ;
Le desordre croit tous les
jours
178 MERCURE
Je crie & j'appelle au fecours,
Quand viendra- t'il quelque
Critique
Pourreformer untel abus ,
Et purger noftre Republique
De tant d'Ecrivains de bibus?
A l'esprit d'un Cenfeur
farouche,
Qui fçait faire valoir fes
droits ,
Un pauvre Auteur craindra
la touche,
GALANT. 179
Et devant que d'ouvrir la
bouche
I penſera plus de deux
fois.
Je touche une facheuse
corde,
Et crois déja de tous cof
tez
Entendré à ce funeste exorde
,
Nombre d'Auteurs épouvantez
Crier tout baut , mifericorde!
180 MERCURE
Soit fait , Meffieurs , j'en
fuis d'accord;
Mais quand le Public en
furie
Contre vous &vos oeuvres
crie
Mifericorde encore plus
fort ,
Que luy répondre ,je vous
prie?
C'est un mal je ne dis
pas non ,
Qu'un Cenfeur rigide &
fevere
GALANT. 181
Qui le prend fur le plus
haut ton ,
Qu'on hait , & pourtant
qu'on revere :
Mais si c'est un mal, c'est
Souvent
Un mal pour nous bien neceffaire
;
Un Critique au Paysscavant
Fait le métier de Commif-
Saire.
Bornonsnousfans aller
plus loin
1
182 MERCURE
T
A la feule gent Poëtique
Plus que tout autre elle a
besoin
Pour Commiſſaire d'un
Critique.
Les Poëtesfont infolents
Etſouvent les plus miferables
Se trouvent les plus intraitables
Fiers de leurs prétenduës
talents
Ils prendront le pas au
Parnaffe
GALANT. 183
Et fur Virgile &(ur Horace
S'il n'est des Cenfeurs vigilants
Pour chaßer ces paffe-vollants,
Et marquer à chacun fa
place.
D'abordces petits avortons
Viennent se couler à tâtons;
Ils sont soumis , humbles ,
dociles.
184 MERCURE
Souples a prenare les lecons
Des Horaces & des Virgiles,
Etdevantdes Auteurs habiles
Sontmuetscomme des poif
fons ;
Mais quand enfin cette
vermine
Sur le Parnaße a pris racine
,
Elle s'amente&forme un
corps
Quiserevolte&semutine;
Dés
GALANT. 185
Dès qu'une fois elle domine
Adieu Virgile نب fes
conforts
Dans quelque coin on les
confine ,
Et fi Phoebus faisoit la
mine
Luy-même on le mettroit
dehars.
Comment Ronsard &
Sa Pleyade, ??
Dont un temps le regne a
Juin 1714 .
186 MERCURE
Nous l'avoient - ils defiguré
Dans leur grotesque mafcarade?
Plus bigarre qu'un Arlequin
,
Affublé d'un vieux cafaquin
Fait àpeu prés à la Françoise
is d'étoffe antique
autoife;
as goust, fans air , le
tout enfin
Brodé de grec &delatin
GALANT.187
C'estoit dans ce bel équipa
ge
Qu Apollon noir comme
un lutin
Se faisoit par tout rendre
hommage;
Mais après un long efclavage
Enfin Malherbe en eut pities
Et l'ayant pris en amitié
Lui débarboüilla le vifage
Et le remit ſur un bon
pied
Qij
188 MERCURE
Renvoyant à lafriperie
Ses haillons &fa broderie.
Alors dans le facré
Vallon
On décria la vieille moda
Et Malherbe fous Apollon
Fit publier un nouveau
Code,
Deffendant ces vieux paf-
Sements ,
Qu'avec de grands empref-
Sements
GALAN 189
On alloit chercher piece à
piece
Au Latium & dans la
Grece
Ronfard en fut triste &
marri ,
Perdant beaucoup àce déori
Cependant tout changea
deface
Sur l'Helicon & le Par
naße
C'estoit un air de propreté
:
199 MERCURE
Plein de grandeur de
nobleffe ;
Rien defade ni d'affecté
N'en alteroit la dignité
Le bon goût & la politeffe
Brilloient dans lafimplicite
Laiſſant la frivole parure
Aux fades Heros de Romans
On emprunte de la natu
re
Ses plus fuperbes ornemens:
GALANT.191
Vous cuffiez vù les jours
de festes
Phæbus &les neufDoctes
Soeurs
N'employerpourorner leur
testes
Que des lauriers meſlezde
fleurs
Mais cette mode trop unie
Ennuya bien-toſtnosFran-
Au mépris des nouvelles
Ils revinrent à leurgenie
192 MERCURE
Et reclamerent tous leurs
droits
Nous aimons trop la bigarure
;
Je ne puis le dire aßez
baut,
Voilà nostre premier deffaut
Et c'est depuis long-temps
qu'il dure :
Ildureraj'ensuis garant,
Quoique le bon goût en
murmure;
Si l'on le quitte , on le reprends
&
Même
GALANT. 193
Même en dépit de la
Cenfure :
On veut du rare, du nou
veau,
27197
Letoutfans regle ,&fans
mesure ,
On outre , on caffe le pin
ceau;
Mais à charger trop le
tableau,
On vient àgâter la peina
gater la pein
ture malind
Et voulant le portrait trop
bears ८
Juin 1714. RS
194 MERCURE
On fait grimacer la figure.
:
Spit Poëtes foit Orateurs
,
C'est là qu'en font bien des
Auteurs.
Nous nous mettons à la
torture
Pour alambiquer un écrit;
Nous voulons par tout de
Kefprit
Du brillant de l'enlumi-
стике сто
C'est un abus , ne forçons
rien,
GALANT. 195
Laifſſons travailler la nature
Etfans effort nous ferons
bien:
Il en coûte pour l'ordinaire
Par cet enteſtement fatal
Plus à certains pourfaire
mal
Qu'il n'en coûteroit pour
bienfaire.
Me voila dans unfort
beau champ
Rij
196 MERCURE
Mais je préche & peut
estre ennui-je
Comme bien d'autres en
consid
prêchant ,
Jefinis donc & je m'of
Suye.
១
Bel exemplefans meflatter
Si l'on vouloit en profiter.
Or durant cette mala-
છ???????????? die
Dont l'Helicon , fut infec
djtás zamb aliors :
On bannit lafimplicité
GALANT 197
Sous Malherbe tant ap
plaudies 20
Pointe's, équivoques dans
Et jeux de mots vinrent
On vit l'affemblage grotes-
Da ferieux & du burles
-
Le Phoebus , le:Galima-
--sanciovint amoy 20
Parurent avec aßurance ,
Et comme fi l'on n'estoit
pas
R iij
198. MERCURE
Affezfol , quand on veut
en France
Onfut avec avidité
Chercherjusques dans l'Italic
Desfecours dont par cha-
Elle aſſiſta noſtrefolies
Apollonfe tuoit en vain
De faire mainte remon-
Nos gens fuivoient toujours
leur train
Et tout alloit en décadence.
:
L
NOUSTHEQUE DE
199
Mais quand ce Dien
plein de prudence
*
1893*
Eut pris Boileau pourfon
Preap
Combien d'Auteurs firent
lepaut
On voyoit détaler en bande
Tous ces Meffieurs de
contrebande :
Chapelain couvertde lau
riers
Sauta luy-même des pre
miers ,
Et perdit , dit-on , dans la
crotte
Riiij
200 MERCURE
Etfa perruque &sa calottes
Il crioit prestà trébucher
Sauvez l'honneur de la
Pucelle
Mais Boileau plus dur
qu'un rocher
Neust pitié ni de luy ni
d'elle.
Pradon voulant parlementer
Fit d'abord de la resistan
ce
Et parut quelque temps
luter,
CALANT. 2010
Même en Poëte d'importance;
It appella de la Sentence
Mais ilfallut toûjoursfau
ters
Et l'on n'apoint jugé l'inf
tance:
Sous le manteau de Regulus
On eut épargnésa perfonne
Mais le pauore homme
n'avoit plus 1
Que lejuſte-au-corpsd'Antigone.
202 MERCURE
Quinaut par la foule
emporté,
Quinaut même fit la culbute
Mais un appel interjetté
Le vangea bien-toft defa
chute :
On vit les Muses en rumeur
A l'envi prendre en main
Sa cause,
Quelques gens de mauvaiſe
humeur
Vouloient pouffer plas loin
la chofe
GALANT.203.
Infiftant qu'on fit au plum
toft
Le procés au pauore Prevost.
Mais Pæbus d'une
oeiltade fiere
Les rejettant avec mépris
Leurdit d'un tonferme&
favere
Paix canailles de beaux
-
Qui n'avez fait icy que
braires Aoim C
204 MERCURE
Sifur Quinaut on s'estmé
pris
Fy veilleray, c'est mon
affaire:
Quant à vous perdez tout
Et ne me rompez plus la
teste
Mon Prevost afaitfon de-
Ainsi se calma la tem-
1
Et Quinaut s'estant pre-
Dansses griefsfut écouté;
GALANT. 205
On declara vu la requeſte ,
Bien appellé comme d'a-
છછછછ????????????
Dont le Prevost resta
camus
Il fut mêmeſur le Parnaf-
-ind
Regléfans contestation
Qu'auprès d'Orphée &
250 Pd Amphion 2.200 25
Il iroit reprendresa place ;
Et puis Phoebus d'un air
humain
Lui mit fa propre Lyre en
main
206 MERCURE
Non que la fienne fut u-
See
Maispar un noble&fier
dedain
De la voir à tort méprifee
En tombant il l'avoit brifée
On enfit recueillir foudain
Tous les morceaux juſques
au moindre
Mais on les recücillit en
vain
い
Et l'on ne pût bien les
rejoindre
GALANT. 207
Tel fut le destin de Quinaut
,
Seuldetous, oùle Commis
faire,
Ason égard un peu corfaire
Sefoit trouvé pris en défaut
Sur tout le refte irreprochable
Faifantfachargeavechauteur
A tout mauvais & fot
Auteur
:
Ilfut Prevoſtinexorable ,
208 MERCURE
Il est bien vray qu'en fa
vieilleße
Illaißa tout àl'abandon ,
Etfitfa charge avec molleffe
Quand on eft vieux on dewient
bon,
Un reste de terreur empreinte
Retenoit pourtant les efprits
Et l'on ne penſoit qu'avec
crainte
Aufort de tant d' Auteurs
profcrits
Dans
GALANT 209
Dans cette violteßaine.s
puiſſante
Son ombre encore queña
Arrestoit les plus reso
33Ram? AO[
Mais cette ombre fiere&
Gette ombre même , helas!
Cependant dans cet in-
Tout degenere & deperit
Et faute dhura Prevost
qu'on craigne
Juin 1714.
S
210 MERCURE
Chacun fur pied de bel ef
stealing
prit
Arbore déja fon enseigne.
Les Cotins bravant les
- Vardards 201 offer
De tous cotez semble re-
Et comme en un temps de
! 2.pardons is
On voit hardiment repa-
Les Pelletiers, les Pra-
Le mal plus loin va fe
répandre NO
GALANT
Si l'on n'y met ordre au
Muses,ſongez à vous deffendreout
it
Au ſpecifique un bon Pre-
Un bon Prevost ; mais où
le prendre
Je pourrois, s'il m'étoitpermis
,
En nommer un digne de
Par fes foins en honneur
Et plus grand qu'il n'é-
Sij
212 MERCURE
toit peut- estre
Homere affezle fait connoistre
Il a tous les talents qu'il
Pour un employ fi neceffaire
Je ne luy vois qu'un feul
défaut
C'est que ce métier falutaires
De blâmer ce qui doit dẻ
plaire sio srio) 25 I
De reprendre & n'épar
Agner riemiang anly 11
GALANT 213
Cemétier qu'ilferoitfi-bien
Il ne voudra jamais le
faire
Attaqué par maint trait
si falon
Jamais contre le noir frelon
Iln'employaſes nobles veilles
Et comme le Roy des a
beilles
Il fut toûjours fans aiguillon.
Ason défaut cherchez
sinquelqu'autre
១៧-០៣
214 MERCURE
Qui plus bardy , qui moins
humain,
Pour vostre gloire , &pour
la nostre
Ofe à l'oeuvre mettre la
Du Parnaße arbitre fuprême;
Si vous prifez mon Zele
extrême , 29
Faites le voir en mexauçant
polling
Helas! peut estre en vous
Fais-je des veux contre
may-même.
Fermer
Résumé : De la Necessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse.
Le texte 'De la Nécessité de la Critique, ou le Grand Prevost du Parnasse', publié en juin 1714 dans le Mercure, traite de l'importance de la critique littéraire. Il souligne la nécessité de la satire et de la critique dans un contexte où l'écriture poétique est accessible à tous, souvent sans respect des règles de l'art. Le texte déplore la publication et la vente d'œuvres de qualité médiocre et appelle à une réforme par l'intervention d'un critique sévère. Il rappelle l'évolution de la poésie française, marquée par des périodes de décadence et de renouveau. Des figures littéraires comme Malherbe et Boileau sont mentionnées pour leur rôle dans la réforme de la poésie. Le texte évoque également des auteurs tels que Ronsard, Chapelain, Pradon, et Quinaut, illustrant les conflits et les jugements critiques qui ont façonné la littérature. Le texte se conclut par un appel à trouver un nouveau 'Prevost' capable de purger la littérature des mauvais auteurs et de rétablir des standards de qualité. Il exprime le souhait de voir un critique sévère et juste, capable de blâmer ce qui doit l'être, mais aussi de reconnaître les véritables talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 118-144
APOLOGIE D. P. D. C. par lui-même.
Début :
Qui fit des vers, des vers encor fera ; [...]
Mots clefs :
Vers, Auteur, Poésie, Rimes, Marot, Censeurs, Temps, Muse, Dieu, Lyre, Auteurs, Odes
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texteReconnaissance textuelle : APOLOGIE D. P. D. C. par lui-même.
APOLOGIE D. P. D. C.
par /ui-m?rtle.
Qui Se des vers, des vers
encor fera;
C'est le moulin qui moulut&
moudra.
Contre l'étoile il n'est dé-
pit qui tienne,
Et je me cabre en vain contre
la mienne;
Malgré mes soins, ma Muse
prend l'essor
J'ai fait des , vers, & j'en
refais encor.
Que deleçons,&mêmeà
juste titre,
Ai-jeessuyé pourtant sur
cechapitre !
Aigres censeurs me l'ont
tant reproché,
Tant vrais amis m'ont sur
cela prêche:
Héquoy toûjours des vers?
êtes-vous sage?
Ah renoncez à ce vain badinage,
Occupez-vous, grave &
solide auteur,
D'un plus utile, & plus noble
labeur,
Et pour charmer nos coeurs
& nos oreilles,
Tournez ailleurs vos talens
& vos veilles.
Combien de fois, touché
derepentir,
Me suis- je vu prêt à me
convertir,
Honteux,' confus de mes
rimes passées,
Rimes
(Urïtep,cent fois par mes pkurs cffacecs?
J'avois jurecent fois d'un
coeur contr,
De ne tracer vers, ni grand ;, ni petit: Juré
:
àcent,fois, je l'avouë ma honte,
J'eus beau, jurer,Apol-
Ion nen tint conu
Fe.
Tyrancruel?il rit de nos
sermens,
Comme l'amour rit de
lemceeturxodveys ,aaimpeannitsen.t Je me trouvai penitent
infidèle,
En vray relais , embarque
de plus bel-
- le,
D'un nouveau feu je me
sentis bruler,
- -. Et malgré moy je vois
des vers couler.
Dans cet état de contrainte
cruelle,
- Plaignez-moy - vous dont
j'honore le zele,
Sages amis oJ , , j'écoute vos
leçons:
Mais j'en reviens toujours
à mes chan.
sons.
Pour vous, Censeurs, qui
de mes foibles rimes
Osez par tout me faire
autant de cri-
- mes
Exorcisez le démon qui
m'obsède
Ou , par pitié souffrez que
je lui cede.
Mais quoy rimer ainsi que
je l'ay fait,
Est-ce après tout un si
grave forfait ?
Vous écrivez ce qu'il
vous plaît en pro- se prof.,)
N'osay
- je en vers faire
la mêmechose?
Un sentiment par lui-meme
estimé
Est-il mauvais quand il
devient riméJ
Et dans des vers, d'ailleurs
- pleins d'innocence
L'ordre, le tour met -il
quelque indecence?
Censeurs malins) & peutêtre
jaloux,
Sidans mes vers j'offense
autre que vous,
Si la vertu, si l'austere
sagesse
- 1 » Y rrouve rien qui Ierfleureoulablesse,
Si froid auteur j'ennuie
enmesécrits
Condamnez-moy
,
j'ai tort,
& j'y souscris
:
Mais qu^rtd suivant uRç
injuste maxime,
Precisément sur ce point
- que je rime
Vous prétendrez me faire
mon procez,
Vous le ferez sans fruit &-
,
sans succez.
Or, rimez donc, dit cet
ami fidele:
Mais quel auteur prenezvous
pour modèle?
C'est une honte, y penfezvous,
Marot ?
Homme verreux & digne
du garrot,
Et dont jadis la Muse
évaporée
A grande peine échappa
la bourée : Défaites-vous de ce stile
badin,
Et laissant là Marot avec
dédain,
Dà'unlv'Ooldlegeer,elevezvous ; Pièce si noble & sifort à
,
la mode,
: Et dont le. chant h,ardi,
mélodieux, ,,', CharmelesRois,& Charme: les,Rois, &
touche jusqu'aux
Dieux.
Quiparle ainsicertes ne
connoît gueres
De l'Helicon lés loix &
les
mystees
; Esclaves nez du Dieu ca- ,.pricieux,
Dont le pouvoir règle
tout en ces lieux,.
Nous n'avons pas de
choixdans son Empire
, * Et nous chantons selon
qu'il nousinspire,'
Sans consultersur cela
nosfouhaitsy
Ce Dieu dispense à-
son
gré des bienfaits,
Donne à chacun en1le
faisant Poète
A l'un la lyre,àl'autrela
trcJmpette,1
A celuy-cichauffelebfbi
dequin,
Elevel'autre au Cothurne
f
diviny
Accorde à tel la force &
l'énergie,
Reduit tel autre à la tendre
etegie;
Dans lasatyre il rend l'unsans
égal,
Et borne l'autre au imple
•
Madrigal.
DDeetotouuss cc'eess' dons ',MMaarroott
n'eut en partage
Qu'un élégant & naïf ba-
¡ dinage,
Et si j'en aiquelque chose
hérité
Cest , un vernis de sa naïveté.
Sans m'égarer dansdes
routes sublimes,
De ce vernis je colore mes
rimes,
Et de ce simple & naïf
coloris
Mes-petits vers ont tire
tout leur prix.
Par ce recours,emprunte
si ma Mufe
Ne charme pas, pour le
moins elle amufe
»
Et per le
vray
qu'elle
joint au plaisant,
Quelquefois même instruit
en amusant.
e m'en tiens là sans toucher
à la lyre,
Qu'au Dieu des vers il
plut de m'interdire.
Pour ses cheris il reserve
ce don.
Laissons c hanter sur ce
sublimeton
Rousseau, la Mothe, &
tel autre génie
Qui de la lyre a conçu
l'harmonie,
Et n'allons pas, Poëtes
croassans,
De leurs concerts troubler
les doux accens.
De nos François, je ne
sçaurois m'en taire,
C'est la folie & l'écuëil
ordinaire;
Sriédanus unn gienere un auteur
D'imitateurs un nuage grossît.
Vous les voyez bienrôt,
quoy qu'il en coûre,
En vrais moutons suivre
la même route,
intrer en lice, & courant
au hazard
,
Le disputer presque aux
maîtres de l'art.
Depuis le. temps la Mothe
* que ta plume
Sçut nous donner d'Ol
des un beau volume,
Combien d'auteurs qupietans
sur tes
droits, - Au ton de l'Ode ont ajuste
leur voix?
Plus d'autres vers , tout
chez eux devient
Odes,
Et déformais comme autant
de pagodes,
A ce seul point fixez également,
Ils nont plus tousqu'-
un meAme mouvement.
Je ris de voir leurs Muses
pulmoniques,
Impudemment pour Odes
pindariques
, Nous fredonner sur des
tons presque usez
Des Madrigaux en tfrophes
divisez.
Que dans son volle Poëce
-;Ss'éegagrea,re, Tout est permis en invo..t
quant Pindare,
De ce démon tout paroîc
possedé,
Et le Parnasse est d'Odes
inondé.
Irois-je encor me perdant
dans la nuë
De ces Meilleurs augmenter
la cohuë?
Non, j'aime mieux avec
moins de fracas
Me contenter d'un étage
plus bas.
Quant: à Maroc, il me
plaît, je ravÓuë, j
Pour bon Poëte en tout
v lieux on leloue,
Je le voudrois encorfromme,
de' bien,
Et me déplaît qu'ilfût un
peu vaurien,
Vous,l'imitez, telqu'il est.
je limitey',
Dans.son.stile, oui,mais
non dans sa conduite
Et n'a-t-il pas ce Lstile
quoyque yieuXj
Je ne sçai quoyde fin,de
gracieux?
Depuis longtemps Marot
plaît,
plait, on le goutc,
Si je fais mal en marchant
sur saroute,
se fuis helas ! par un pareil
endroit
Bien plus coupable encor
que l'on ne croit.
Tant que je puis, avec la
même audace
rose imiter Virgile, Homere,
Horace,
Grecs & Romains,auteurs
qui dans leurs temps
Vecûrent tous Payens &
mecrcans.
Si je le fais sans en être
blâmable,
Pourquoy me rend-il plus
coupable?
Un Heretique est» il pis
qu'un Payen?
Marot du moins, Maroc
éroit Chrétien.
Qu'on le condamne & que
l'on se recrie
Et sur l'erreur & sur rido.
latrie,
J'en fais de même, Se ma
foy. ni mes moeurs
Ne prendront rien jamais
de tels auteurs:
Mais pourcet art, cette
noble sinesse
Prisée- en France, à Rome
&dans la Grece ,
Puissaijehelas, ! puissài-je
': ren mes écrits
Suivre deloin ces merveil- leuxesprits,
Et recueillant des beautez
chez eux nées,
• Mais dans leurs vers trop
souventprofanées,
Sur des meilleurs & plus
dignes sujets
D'un pinceau chaste en répandre
les traits.
Tel au printemps qu'on
,
voit la fage abeille,
En voltigeant sur la rose
vermeille,
Laisser l'épine, & du suc,
de la fleur
Tirer pour nous un miel
plein de douceur. ',-
Sur ces leçons que l'abeille
lui donne
A petit bruit ma Muse se
\) façonne,
Et d'un auteur dontelle
prend le ton,- N'imire rien quece qu'il
ade bon.
Qu'il soit méchant/celerar,
hypocrite
De ses talens sans risque
l'on profite,
Et n'y pûc-onreüssir qu'à
demi,
Toûjours autant de pris sur
l'ennemi.
Désormais donc sur Marot qu'on (e taise,
Je n'en prends point de
teinture mauvaise,
Qu'on me laisse avec foin
éIlcremer,
Et que sans trouble on me
laisse rimer;
J'y suis fort sobre, & quoique
l'on en dise
y Je n'en fais pas métier &
marchandée.
A ces petits) mais doux
amusemens,
Ce que j'ai mis quelquefois
demomens, Qu'on les rassemble en heures&
journées,
- Ne fera pas six mois dans
uneannee.
C" peu de remps n'est point
un
-
temps perdu,
L'esprir ne peur toujours
être tendu,
L'un se repose, un autre se
promene,
Fais-je pis qu'eux en exerçantmaveine?
rj
Las d'un travail plus noble
& pluschrétien, Je fais des vers quand d'autrès
ne font rien.
Changeant de grain la terre
le repose,
En travaillant je fais la même
choie.
Ce changement de travail
& d'employ
Fut de tout temps un vrai
repos pour moy.
Personne enfin n'est parfait
dans la vie,
J'aime à rimer quand il
m'en prend envie.
De maints défauts dont je
suis luriné
Pour , mon malheur c'est le
plus obUine,
Défaut pourtant,qui quoyque
l'onen gronde,
Ne déplaît pas pourtant à
tout le monde.
Je me fuis vü par tels rers
dénigré,
Dont en bon lieu l'on m'a
fçû quelque gré.
Si j'ose même ici pour ma
défense
Sur ce point-là dire ce que
je pense
Tel me censure & me
damne bien haut
Qui dans son coeur m'absout
de ce défaut.
par /ui-m?rtle.
Qui Se des vers, des vers
encor fera;
C'est le moulin qui moulut&
moudra.
Contre l'étoile il n'est dé-
pit qui tienne,
Et je me cabre en vain contre
la mienne;
Malgré mes soins, ma Muse
prend l'essor
J'ai fait des , vers, & j'en
refais encor.
Que deleçons,&mêmeà
juste titre,
Ai-jeessuyé pourtant sur
cechapitre !
Aigres censeurs me l'ont
tant reproché,
Tant vrais amis m'ont sur
cela prêche:
Héquoy toûjours des vers?
êtes-vous sage?
Ah renoncez à ce vain badinage,
Occupez-vous, grave &
solide auteur,
D'un plus utile, & plus noble
labeur,
Et pour charmer nos coeurs
& nos oreilles,
Tournez ailleurs vos talens
& vos veilles.
Combien de fois, touché
derepentir,
Me suis- je vu prêt à me
convertir,
Honteux,' confus de mes
rimes passées,
Rimes
(Urïtep,cent fois par mes pkurs cffacecs?
J'avois jurecent fois d'un
coeur contr,
De ne tracer vers, ni grand ;, ni petit: Juré
:
àcent,fois, je l'avouë ma honte,
J'eus beau, jurer,Apol-
Ion nen tint conu
Fe.
Tyrancruel?il rit de nos
sermens,
Comme l'amour rit de
lemceeturxodveys ,aaimpeannitsen.t Je me trouvai penitent
infidèle,
En vray relais , embarque
de plus bel-
- le,
D'un nouveau feu je me
sentis bruler,
- -. Et malgré moy je vois
des vers couler.
Dans cet état de contrainte
cruelle,
- Plaignez-moy - vous dont
j'honore le zele,
Sages amis oJ , , j'écoute vos
leçons:
Mais j'en reviens toujours
à mes chan.
sons.
Pour vous, Censeurs, qui
de mes foibles rimes
Osez par tout me faire
autant de cri-
- mes
Exorcisez le démon qui
m'obsède
Ou , par pitié souffrez que
je lui cede.
Mais quoy rimer ainsi que
je l'ay fait,
Est-ce après tout un si
grave forfait ?
Vous écrivez ce qu'il
vous plaît en pro- se prof.,)
N'osay
- je en vers faire
la mêmechose?
Un sentiment par lui-meme
estimé
Est-il mauvais quand il
devient riméJ
Et dans des vers, d'ailleurs
- pleins d'innocence
L'ordre, le tour met -il
quelque indecence?
Censeurs malins) & peutêtre
jaloux,
Sidans mes vers j'offense
autre que vous,
Si la vertu, si l'austere
sagesse
- 1 » Y rrouve rien qui Ierfleureoulablesse,
Si froid auteur j'ennuie
enmesécrits
Condamnez-moy
,
j'ai tort,
& j'y souscris
:
Mais qu^rtd suivant uRç
injuste maxime,
Precisément sur ce point
- que je rime
Vous prétendrez me faire
mon procez,
Vous le ferez sans fruit &-
,
sans succez.
Or, rimez donc, dit cet
ami fidele:
Mais quel auteur prenezvous
pour modèle?
C'est une honte, y penfezvous,
Marot ?
Homme verreux & digne
du garrot,
Et dont jadis la Muse
évaporée
A grande peine échappa
la bourée : Défaites-vous de ce stile
badin,
Et laissant là Marot avec
dédain,
Dà'unlv'Ooldlegeer,elevezvous ; Pièce si noble & sifort à
,
la mode,
: Et dont le. chant h,ardi,
mélodieux, ,,', CharmelesRois,& Charme: les,Rois, &
touche jusqu'aux
Dieux.
Quiparle ainsicertes ne
connoît gueres
De l'Helicon lés loix &
les
mystees
; Esclaves nez du Dieu ca- ,.pricieux,
Dont le pouvoir règle
tout en ces lieux,.
Nous n'avons pas de
choixdans son Empire
, * Et nous chantons selon
qu'il nousinspire,'
Sans consultersur cela
nosfouhaitsy
Ce Dieu dispense à-
son
gré des bienfaits,
Donne à chacun en1le
faisant Poète
A l'un la lyre,àl'autrela
trcJmpette,1
A celuy-cichauffelebfbi
dequin,
Elevel'autre au Cothurne
f
diviny
Accorde à tel la force &
l'énergie,
Reduit tel autre à la tendre
etegie;
Dans lasatyre il rend l'unsans
égal,
Et borne l'autre au imple
•
Madrigal.
DDeetotouuss cc'eess' dons ',MMaarroott
n'eut en partage
Qu'un élégant & naïf ba-
¡ dinage,
Et si j'en aiquelque chose
hérité
Cest , un vernis de sa naïveté.
Sans m'égarer dansdes
routes sublimes,
De ce vernis je colore mes
rimes,
Et de ce simple & naïf
coloris
Mes-petits vers ont tire
tout leur prix.
Par ce recours,emprunte
si ma Mufe
Ne charme pas, pour le
moins elle amufe
»
Et per le
vray
qu'elle
joint au plaisant,
Quelquefois même instruit
en amusant.
e m'en tiens là sans toucher
à la lyre,
Qu'au Dieu des vers il
plut de m'interdire.
Pour ses cheris il reserve
ce don.
Laissons c hanter sur ce
sublimeton
Rousseau, la Mothe, &
tel autre génie
Qui de la lyre a conçu
l'harmonie,
Et n'allons pas, Poëtes
croassans,
De leurs concerts troubler
les doux accens.
De nos François, je ne
sçaurois m'en taire,
C'est la folie & l'écuëil
ordinaire;
Sriédanus unn gienere un auteur
D'imitateurs un nuage grossît.
Vous les voyez bienrôt,
quoy qu'il en coûre,
En vrais moutons suivre
la même route,
intrer en lice, & courant
au hazard
,
Le disputer presque aux
maîtres de l'art.
Depuis le. temps la Mothe
* que ta plume
Sçut nous donner d'Ol
des un beau volume,
Combien d'auteurs qupietans
sur tes
droits, - Au ton de l'Ode ont ajuste
leur voix?
Plus d'autres vers , tout
chez eux devient
Odes,
Et déformais comme autant
de pagodes,
A ce seul point fixez également,
Ils nont plus tousqu'-
un meAme mouvement.
Je ris de voir leurs Muses
pulmoniques,
Impudemment pour Odes
pindariques
, Nous fredonner sur des
tons presque usez
Des Madrigaux en tfrophes
divisez.
Que dans son volle Poëce
-;Ss'éegagrea,re, Tout est permis en invo..t
quant Pindare,
De ce démon tout paroîc
possedé,
Et le Parnasse est d'Odes
inondé.
Irois-je encor me perdant
dans la nuë
De ces Meilleurs augmenter
la cohuë?
Non, j'aime mieux avec
moins de fracas
Me contenter d'un étage
plus bas.
Quant: à Maroc, il me
plaît, je ravÓuë, j
Pour bon Poëte en tout
v lieux on leloue,
Je le voudrois encorfromme,
de' bien,
Et me déplaît qu'ilfût un
peu vaurien,
Vous,l'imitez, telqu'il est.
je limitey',
Dans.son.stile, oui,mais
non dans sa conduite
Et n'a-t-il pas ce Lstile
quoyque yieuXj
Je ne sçai quoyde fin,de
gracieux?
Depuis longtemps Marot
plaît,
plait, on le goutc,
Si je fais mal en marchant
sur saroute,
se fuis helas ! par un pareil
endroit
Bien plus coupable encor
que l'on ne croit.
Tant que je puis, avec la
même audace
rose imiter Virgile, Homere,
Horace,
Grecs & Romains,auteurs
qui dans leurs temps
Vecûrent tous Payens &
mecrcans.
Si je le fais sans en être
blâmable,
Pourquoy me rend-il plus
coupable?
Un Heretique est» il pis
qu'un Payen?
Marot du moins, Maroc
éroit Chrétien.
Qu'on le condamne & que
l'on se recrie
Et sur l'erreur & sur rido.
latrie,
J'en fais de même, Se ma
foy. ni mes moeurs
Ne prendront rien jamais
de tels auteurs:
Mais pourcet art, cette
noble sinesse
Prisée- en France, à Rome
&dans la Grece ,
Puissaijehelas, ! puissài-je
': ren mes écrits
Suivre deloin ces merveil- leuxesprits,
Et recueillant des beautez
chez eux nées,
• Mais dans leurs vers trop
souventprofanées,
Sur des meilleurs & plus
dignes sujets
D'un pinceau chaste en répandre
les traits.
Tel au printemps qu'on
,
voit la fage abeille,
En voltigeant sur la rose
vermeille,
Laisser l'épine, & du suc,
de la fleur
Tirer pour nous un miel
plein de douceur. ',-
Sur ces leçons que l'abeille
lui donne
A petit bruit ma Muse se
\) façonne,
Et d'un auteur dontelle
prend le ton,- N'imire rien quece qu'il
ade bon.
Qu'il soit méchant/celerar,
hypocrite
De ses talens sans risque
l'on profite,
Et n'y pûc-onreüssir qu'à
demi,
Toûjours autant de pris sur
l'ennemi.
Désormais donc sur Marot qu'on (e taise,
Je n'en prends point de
teinture mauvaise,
Qu'on me laisse avec foin
éIlcremer,
Et que sans trouble on me
laisse rimer;
J'y suis fort sobre, & quoique
l'on en dise
y Je n'en fais pas métier &
marchandée.
A ces petits) mais doux
amusemens,
Ce que j'ai mis quelquefois
demomens, Qu'on les rassemble en heures&
journées,
- Ne fera pas six mois dans
uneannee.
C" peu de remps n'est point
un
-
temps perdu,
L'esprir ne peur toujours
être tendu,
L'un se repose, un autre se
promene,
Fais-je pis qu'eux en exerçantmaveine?
rj
Las d'un travail plus noble
& pluschrétien, Je fais des vers quand d'autrès
ne font rien.
Changeant de grain la terre
le repose,
En travaillant je fais la même
choie.
Ce changement de travail
& d'employ
Fut de tout temps un vrai
repos pour moy.
Personne enfin n'est parfait
dans la vie,
J'aime à rimer quand il
m'en prend envie.
De maints défauts dont je
suis luriné
Pour , mon malheur c'est le
plus obUine,
Défaut pourtant,qui quoyque
l'onen gronde,
Ne déplaît pas pourtant à
tout le monde.
Je me fuis vü par tels rers
dénigré,
Dont en bon lieu l'on m'a
fçû quelque gré.
Si j'ose même ici pour ma
défense
Sur ce point-là dire ce que
je pense
Tel me censure & me
damne bien haut
Qui dans son coeur m'absout
de ce défaut.
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Résumé : APOLOGIE D. P. D. C. par lui-même.
L'auteur exprime sa passion inébranlable pour l'écriture poétique, malgré les critiques et les conseils de ses amis et censeurs. Ces derniers lui reprochent de gaspiller son temps avec des 'vains badinages' et lui suggèrent de se consacrer à des œuvres plus utiles et nobles. L'auteur avoue avoir souvent été tenté d'abandonner la poésie, mais il se retrouve toujours attiré par elle, se décrivant comme un 'pénitent infidèle' incapable de résister à l'inspiration poétique. L'auteur reconnaît les critiques sur la qualité de ses rimes mais défend son droit de s'exprimer en vers, comparant cela à l'écriture en prose. Il affirme que ses vers sont innocents et ne contiennent rien de répréhensible. Il mentionne également qu'il n'a pas choisi Marot comme modèle, bien qu'il admire son style badin et élégant. Il se compare à une abeille qui butine les fleurs pour en tirer du miel, imitant les grands auteurs sans en copier les défauts. L'auteur conclut en affirmant qu'il écrit des vers pour se détendre et se reposer, sans que cela nuise à ses autres activités. Il reconnaît avoir un défaut, mais ce défaut n'est pas universellement condamné. Il finit par dire qu'il aime rimer quand il en a envie, malgré les critiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 65-68
« Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Début :
Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...]
Mots clefs :
Histoire, Amour, Censeurs
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texteReconnaissance textuelle : « Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Les cenſeurs me reprocheront
, s'ils veulent, qu'il
y a peu de vraiſemblance
dans cette hiſtoire , & qu'il
y a trop de raiſonnemens
de ma part. Je leur répon
drai à cela , que je me ſuis
crû obligé de raiſonner
comme j'ai fait , au défaut
des évenemens , que je n'ai
Νου. 1714. F
i
66 MERCURE
pas jugé à propos d'ajoûter
à la verité des chofes , que
j'ai appriſes de Madame
Spith , qui eſt à preſent à
Paris,&qui m'a conté ellemême
toutes ces circonf
tances de fon mariage.
Or , tout bien conſideré
maintenant , vous remarquerez
donc, s'il vous plaît,
Meſſieurs , que ſans le ſecours
infigne de Bacchus ,
qui ſe rendit le Dieu tutelaire
des principaux perſonnages
de cette grande
& veritable hiſtoire , l'Amour,
le ſeul Amour auroit
1
GALANT. 67
filé des années entieres des
hymens de cette confequence
; ce qui eût été fort
préjudiciable à nôtre gnereux
Chevalier, qui n'auroit
ſans doute eu ni le loifir
, ni le pouvoir d'attendre
filong- temps. Ge prodigieux
délai m'auroit jetté
moy-même dans la neceffité
d'allonger ce chapitre
du reſte des incidens , que
des conjonctures facheuſes
auroient peut être multiopliez
à l'infini. Vous vous
feriez ennuyez de les lire ,
moy de les écrire , & cela
Fij
68 MERCURE
auroit trop abregé le reſte
des intereſſantes matieres
dont le volume de ce mois
doit être rempli.is
Mais j'ai encore une hif
toire à vous conter.
, s'ils veulent, qu'il
y a peu de vraiſemblance
dans cette hiſtoire , & qu'il
y a trop de raiſonnemens
de ma part. Je leur répon
drai à cela , que je me ſuis
crû obligé de raiſonner
comme j'ai fait , au défaut
des évenemens , que je n'ai
Νου. 1714. F
i
66 MERCURE
pas jugé à propos d'ajoûter
à la verité des chofes , que
j'ai appriſes de Madame
Spith , qui eſt à preſent à
Paris,&qui m'a conté ellemême
toutes ces circonf
tances de fon mariage.
Or , tout bien conſideré
maintenant , vous remarquerez
donc, s'il vous plaît,
Meſſieurs , que ſans le ſecours
infigne de Bacchus ,
qui ſe rendit le Dieu tutelaire
des principaux perſonnages
de cette grande
& veritable hiſtoire , l'Amour,
le ſeul Amour auroit
1
GALANT. 67
filé des années entieres des
hymens de cette confequence
; ce qui eût été fort
préjudiciable à nôtre gnereux
Chevalier, qui n'auroit
ſans doute eu ni le loifir
, ni le pouvoir d'attendre
filong- temps. Ge prodigieux
délai m'auroit jetté
moy-même dans la neceffité
d'allonger ce chapitre
du reſte des incidens , que
des conjonctures facheuſes
auroient peut être multiopliez
à l'infini. Vous vous
feriez ennuyez de les lire ,
moy de les écrire , & cela
Fij
68 MERCURE
auroit trop abregé le reſte
des intereſſantes matieres
dont le volume de ce mois
doit être rempli.is
Mais j'ai encore une hif
toire à vous conter.
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Résumé : « Les censeurs me reprocheront, s'ils veulent, qu'il y [...] »
Le texte défend la vraisemblance de l'histoire narrée face à des critiques potentielles, en justifiant les raisonnements personnels par l'absence d'événements suffisants. L'auteur se base sur les récits de Madame Spith, actuellement à Paris, qui lui a relaté les circonstances de son mariage. Il met en avant le rôle crucial du dieu Bacchus, dont l'intervention a empêché l'Amour de prolonger les unions, ce qui aurait nui au chevalier mentionné et alourdi le récit. Une prolongation aurait également ajouté de nombreux incidents, rendant le récit ennuyeux et limitant l'espace pour d'autres sujets prévus dans le volume mensuel. L'auteur conclut en mentionnant qu'il a une autre histoire à raconter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 120-121
« Cette Chanson est du nombre des pieces que je ne prends [...] »
Début :
Cette Chanson est du nombre des pieces que je ne prends [...]
Mots clefs :
Censeurs
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texteReconnaissance textuelle : « Cette Chanson est du nombre des pieces que je ne prends [...] »
CetteChanſon eſt du nombre
des pieces que je ne prends
pas la liberté de juger à la rigueur.
J'abdique pour certains
Ouvrages d'eſprit , ce
droit de ſeverité , & je me
contente de la bonne volonté
des Auteurs. Si aprés cela les
Cenſeurs veulent faire mon
métier , je m'en lave les mains.
Mais hâtons- nous , s'il vous
plaift ,
GALANT . 121
plaiſt , de paffer à un autre
Chapitre. J'ay ce mois- ci je ne
ſçai combien de Morts à vous
conter ; que ce conte ne vous
effraïe pas , j'abregeray leur
Hiſtoire autant que je pourrai.
des pieces que je ne prends
pas la liberté de juger à la rigueur.
J'abdique pour certains
Ouvrages d'eſprit , ce
droit de ſeverité , & je me
contente de la bonne volonté
des Auteurs. Si aprés cela les
Cenſeurs veulent faire mon
métier , je m'en lave les mains.
Mais hâtons- nous , s'il vous
plaift ,
GALANT . 121
plaiſt , de paffer à un autre
Chapitre. J'ay ce mois- ci je ne
ſçai combien de Morts à vous
conter ; que ce conte ne vous
effraïe pas , j'abregeray leur
Hiſtoire autant que je pourrai.
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5
p. 524-526
EXTRAIT d'une Lettre sur un livre de Pieté imprimé depuis peu.
Début :
Le Livre que vous voulez connoître est intitulé LES PSEAUMES DE DAVID, [...]
Mots clefs :
Psaumes de David, Prière, Auteur, Esprit, Approbation, Censeurs, Dogme, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre sur un livre de Pieté imprimé depuis peu.
EXTRAIT d'une Lettre sur un Livre de
Pieté imprimé depuis peu.
Le Livre que vous voulez connoître
est intitulé LES PSEAUMES DE DAVID ,
selon l'Esprit , ou les Pseaumes en forme
de Prieres Chrétiennes . Dédiées à la
Reine , seconde Edition , revûë et corrigée
par M. L. L. R. A Paris , rue Saint
Jacques , de l'Imprimerie de facques Co-
Lombat 1733. in 12. de 479. pages , sans
P'Epître , l'Avertissement et les Tables .
Quoique plusieurs Pseaumes soient en
effet des Prieres
› puisque l'Eglise en
com-
>
MARS. 1734. 525
L
compose ses Offices, l'Auteur ayant trouvé
qu'il y en a beaucoup d'autres d'Historiques
, de Dogmatiques et de Moraux,
il a appliqué l'Histoire , le Dogme et la
Morale à celui qui les prononce , et il
lui fait trouver le défaut ou la rectitude
de sa conduite dans l'Histoire sa foy
dans le Dogme , ses vices ou ses vertus
dans la Morale , en lui rendant propre
et particulier ce que le Prophete dit de
lui même , ou des autres en general .
,
>
Mon dessein est uniquement de reveiller
la foy , dit l'Auteur ( a ) à la fin de
son Avertissement et de ranimer la
pieté des fideles par les sentimens pleins
de zele et de confiance en Dieu que je
mets dans leur bouche. Daigne celui qui
les a inspirez autrefois au S. Prophete ,
les imprimer de nouveau dans leur ame,
et leur en faire produire des fruits dignes
de l'Eternité !
Ce peu de lignes suffiront pour vous
faire connoître le caractére de l'Auteur
de ce Livre. Pour l'idée generale de l'Ouvrage
, on peut la prendre dans l'Approbation
des deux Censcurs. Le premier
s'exprime ainsi. Ces Paraphrases des Pseaumes
m'ont paru propres à donner l'idée , et
( a ) M. J. B. Vassoult , Confesseur et Predica
teur ordinaire de la Maison du Roy.
326 MERCURE DE FRANCE
inspirer le gout de la sublimité de ce Livre
Divin ; et d'autant , plus utile
→ que la
plupart de ceux qui lisent et qui récitent les
Pseaumes , les récitent et les lisent sans gout,
faute de comprendre les touchantes veritez
et les saintes et humbles Prieres qui y sont
renfermées. A Paris le 16 Septembre 1726
Signé De Villiers.
La seconde Approbation signée LeRouge,
et datée du 18 Avril 1730. contient ces
mots. On ne pouvoit gueres donner sur cette
matiere , rien de plus pieux et qui fut plus
à la portée des fideles. Dans quelque état et
quelque situation que chacun se rencontre
il trouvera dans ce Livre d'excellentes Prieres
conformes à ses besoins et à ceux de l'Eglise.
La pureté du stile avec lequel elles
sont écrites , n'ôte rien à l'Onction et à l'esprit
du Pseaume d'où elles sont tirées , l'Auteur
ayant sçu parfaitement alier l'un avec
l'autre. C'est le témoignage que j'ai cru devoir
porter de cet Ouvrage qui ne contient
rien que de très-orthodoxe.
Pieté imprimé depuis peu.
Le Livre que vous voulez connoître
est intitulé LES PSEAUMES DE DAVID ,
selon l'Esprit , ou les Pseaumes en forme
de Prieres Chrétiennes . Dédiées à la
Reine , seconde Edition , revûë et corrigée
par M. L. L. R. A Paris , rue Saint
Jacques , de l'Imprimerie de facques Co-
Lombat 1733. in 12. de 479. pages , sans
P'Epître , l'Avertissement et les Tables .
Quoique plusieurs Pseaumes soient en
effet des Prieres
› puisque l'Eglise en
com-
>
MARS. 1734. 525
L
compose ses Offices, l'Auteur ayant trouvé
qu'il y en a beaucoup d'autres d'Historiques
, de Dogmatiques et de Moraux,
il a appliqué l'Histoire , le Dogme et la
Morale à celui qui les prononce , et il
lui fait trouver le défaut ou la rectitude
de sa conduite dans l'Histoire sa foy
dans le Dogme , ses vices ou ses vertus
dans la Morale , en lui rendant propre
et particulier ce que le Prophete dit de
lui même , ou des autres en general .
,
>
Mon dessein est uniquement de reveiller
la foy , dit l'Auteur ( a ) à la fin de
son Avertissement et de ranimer la
pieté des fideles par les sentimens pleins
de zele et de confiance en Dieu que je
mets dans leur bouche. Daigne celui qui
les a inspirez autrefois au S. Prophete ,
les imprimer de nouveau dans leur ame,
et leur en faire produire des fruits dignes
de l'Eternité !
Ce peu de lignes suffiront pour vous
faire connoître le caractére de l'Auteur
de ce Livre. Pour l'idée generale de l'Ouvrage
, on peut la prendre dans l'Approbation
des deux Censcurs. Le premier
s'exprime ainsi. Ces Paraphrases des Pseaumes
m'ont paru propres à donner l'idée , et
( a ) M. J. B. Vassoult , Confesseur et Predica
teur ordinaire de la Maison du Roy.
326 MERCURE DE FRANCE
inspirer le gout de la sublimité de ce Livre
Divin ; et d'autant , plus utile
→ que la
plupart de ceux qui lisent et qui récitent les
Pseaumes , les récitent et les lisent sans gout,
faute de comprendre les touchantes veritez
et les saintes et humbles Prieres qui y sont
renfermées. A Paris le 16 Septembre 1726
Signé De Villiers.
La seconde Approbation signée LeRouge,
et datée du 18 Avril 1730. contient ces
mots. On ne pouvoit gueres donner sur cette
matiere , rien de plus pieux et qui fut plus
à la portée des fideles. Dans quelque état et
quelque situation que chacun se rencontre
il trouvera dans ce Livre d'excellentes Prieres
conformes à ses besoins et à ceux de l'Eglise.
La pureté du stile avec lequel elles
sont écrites , n'ôte rien à l'Onction et à l'esprit
du Pseaume d'où elles sont tirées , l'Auteur
ayant sçu parfaitement alier l'un avec
l'autre. C'est le témoignage que j'ai cru devoir
porter de cet Ouvrage qui ne contient
rien que de très-orthodoxe.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre sur un livre de Pieté imprimé depuis peu.
Le livre 'Les Pseaumes de David, selon l'Esprit, ou les Pseaumes en forme de Prieres Chrétiennes' a été publié en 1733 à Paris par Jacques Colombat. L'ouvrage, de 479 pages, est dédié à la Reine et contient des paraphrases des Psaumes adaptées pour les fidèles. L'auteur, M. J. B. Vassoult, confesseur et prédicateur ordinaire de la Maison du Roy, vise à réveiller la foi et ranimer la piété des lecteurs. Il transforme les Psaumes historiques, dogmatiques et moraux en prières personnelles, permettant aux lecteurs de réfléchir sur leur conduite, leur foi et leurs vertus. Deux censeurs approuvent l'ouvrage : De Villiers souligne que les paraphrases aident à comprendre et apprécier la sublimité des Psaumes, souvent lus sans goût ni compréhension. LeRouge loue la piété et l'accessibilité des prières, adaptées à divers besoins et situations, tout en conservant l'onction et l'esprit originaux des Psaumes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 98-102
REPONSE Aux Observations précédentes.
Début :
Je dois, Monsieur, des remercîmens à ceux qui vous ont fait passer les observations [...]
Mots clefs :
Auteur, Censeurs, Mots, Ignorance, Moeurs, Question, Vertu, Faux savoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE Aux Observations précédentes.
REPONSE
Aux Obfervations précédentes.
E dois , Monfieur , des remercîmens à
,
Jceux vous ont its oblet
ceux qui vous ont fait paffer les obfer.
vations que vous avez la bonté de me
communiquer , & je tâcherai d'en faire
mon profit ; je vous avouerai pourtant que
je trouve mes Cenfeurs un peu févéres fur
ma Logique , & je foupçonne qu'ils fe
feroient montrés moins fcrupuleux , fi j'a
vois été de leur avis. Il me femble , au
moins que s'ils avoient eux- mêmes un peu
de cette exactitude rigoureufe qu'ils éxi
gent de moi , je n'aurois aucun befoin des
éclairciffemens que je leur vais demander.
L'Auteur femble , difent- ils , préférer la
fituation où étoit l'Europe avant le renouvel
lement des fciences. Etat pire que l'ignorance
par le faux fçavoir , ou le jargon qui étoit
en régne. L'Auteur de cette obfervation
femble me faire dire que le faux fçavoir ,
ou le jargon ſcholaſtique foit préférable
la Science , & c'eft moi- meme qui ai dit
qu'il étoit pire que l'ignorance ; mais
qu'entend- il par ce mot de fituation ? L'ap
plique-t- il aux lumiéres ou aux moeurs , ou
s'il confond ces chofes que j'ai tant pris
de peine à diftinguer ? Au refte , comme
JUIN. 99 1751.
c'eft ici le fond de la queftion , j'avoüe
qu'il est très mal adroit à moi de n'avoir
fait que fembler prendre parti là- deflus,
Ils ajoutent que l'Auteur préfére la ruf
ticité à la politeffe. Il eft vrai que l'Auteur
préfére la rufticité à l'orgueilleufe & fauffe
politeffe de notre fiécle , & il en a dit la
railon. Et qu'il fait main baffe fur tous les
Sçavans & les Artistes. Soit , puifqu'on le
veut ainfi je confens de fupprimer
toutes les diftinctions que j'y avois
miles.
>
Il auroit du , difent- ils encore , marquer
le point d'où il part , pour défigner l'époque de
la décadence. J'ai fait plus ; j'ai rendu ma
propofition générale J'ai afligné ce premier
dégré de la décadence des moeurs
au premier moment de la culture des
Lettres dans tous les pays du monde , &
j'ai trouvé le progrès de ces deux chofes
toujours en proportion . Et en remontant
à cette premiere époque , faire comparaifon
des moeurs de ce tems-là avec les nôtres.
C'est ce que j'aurois fait encore plus au
long dans un volume in- quarto.
Sans cela , nous ne voyons point jusqu'où
ilfaudroit remonter , à moins que ce ne foit
au tems des Apôtres. Je ne vois pas , moi ,
l'inconvénient qu'il y auroit à cela , fi le
fait étoit vrai . Mais je demande juftice
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
au Cenfeur : Voudroit- il que j'eufſe dit
que le tems de la plus profonde ignorance
étoit celui des Apôtres ?
Ils difent de plus , par rapport au luxe ,
qu'en bonne politique on fait qu'il doit être
interdit dans les petits Etais , mais que le
cas d'un Royaume , tel que la France par exemple
, eft tout different. Les raifons en font
connues. N'ai - je pas ici encore quelque fujet
de me plaindre ? Ces raifons font celles
aufquelles j'ai tâché de répondre . Bien
ou mal , j'ai répondu . Or on ne sçauroit
guéres donner à un Auteur une plus grande
marque de mépris qu'en ne lui répliquant
que par les mêmes argumens qu'il
a réfutés. Mais faut- il leur indiquer la
difficulté qu'ils ont à réfoudre ? Là voici .
Que deviendera la vertu , quand il faudra
s'enrichir à quelque prix que ce foit * ? Voila
ce que je leur ai demandé, & ce que je leur
demande encore.
Quant aux deux obfervations fuivantes ,
dont la premiere commence par ces mots :
Enfin voici ce qu'on objecte , & l'autre par
ceux- ci , mais ce qui touche de plus près ;
je fupplie le Lecteur de m'épargner la peine
de les tranfcrire. L'Académie m'avoit
demandé fi le rétabliffement des Sciences
& des Arts avoit contribué à épurer les
→ Difc. p. 38.
JUI N. 1751 ror
hours. Telle étoit la queftion que j'avois
à réfoudre cependant voici qu'on me
fait un crime de n'en avoir pas réfolu une
autre . Certainement cette critique est tout
au moins fort finguliere . Cependant j'ai
prefque à demander pardon au Lecteur
de l'avoir prévûe , car c'eft ce qu'il pour
roit croire en lifant les cinq ou fix derniéres
pages de mon difcours .
"
ร
Au refte , fi mes Cenfeurs s'obftinent à
defirer encore des conclufions pratiques
je leur en promets de très clairement:
énoncées dans ma premiere réponfe .
Sur l'inutilité des Loix fomptuaires
pour déraciner le luxe une fois établi , on
dit que l'Auteur n'ignore pas ce qu'il y a à'
dire la deffus. Vraiment non . Je n'ignoret
pas que quand un homme eft mort , il ne
faut point appeller de Médecins .
On ne sçauroit mettre dans un trop grand'
jour des vérités qui heurteni autant de front
le goût général , & il importe d'ôter toute
prife à la chicane. Je ne fuis pas tout à fait
de cet avis , & je crois qu'il faut laiffer
des offelets aux enfans .
Il eft auffi bien des Lecteurs qui les goûteront
mieux dans unftyle tout uni , que fous cet™
habit de cérémonie qu'exigent les Difcours
Académiques. Je fuis fort du goût de ces
Lecteurs là . Voici donc un point dans les
E iij.
102 MERCURE DE FRANCE:
quel je puis me conformer au fentiment
de mes Cenfeurs , comme je fais dès aujourd'hui.
J'ignore quel eft adverfaire dont on
me menace dans le Poftfcriptum. Tel qu'il
puiffe être , je ne fçaurois me réfoudre
à répondre à un ouvrage , avant que de
F'avoir lû , ni à me tenir pour battu , avant
que d'avoir été attaqué.
Au furplus , foit que je réponde aux
critiques qui me font annoncées foit
que je me contente de publier l'ouvrage
augmenté qu'on me demande , j'avertis
mes Cenfeurs qu'ils pourroient bien n'y
pas trouver les modifications qu'ils efperent.
Je prévois que quand il fera queftion
de me défendre , je fuivrai fans fcru
pule toutes les conféquences de mes principes.
Je fçais d'avance avec quels grands mots
on m'attaquera. Lumieres , connoiffances ,
loix , morale , raifon , bienfeance , égards,
douceur , aménité, politeſſe , éducation , &c.
A tout cela je ne répondrai que par deux
autres mots , qui fonnent encore plus fort à
mon oreille. Vertu , vérité ! m'écrirai -je fans
ceffe ; vérité , vertu ! fi quelqu'un n'apperçoit
là que des mots , je n'ai plus rien
à lui dire.
Aux Obfervations précédentes.
E dois , Monfieur , des remercîmens à
,
Jceux vous ont its oblet
ceux qui vous ont fait paffer les obfer.
vations que vous avez la bonté de me
communiquer , & je tâcherai d'en faire
mon profit ; je vous avouerai pourtant que
je trouve mes Cenfeurs un peu févéres fur
ma Logique , & je foupçonne qu'ils fe
feroient montrés moins fcrupuleux , fi j'a
vois été de leur avis. Il me femble , au
moins que s'ils avoient eux- mêmes un peu
de cette exactitude rigoureufe qu'ils éxi
gent de moi , je n'aurois aucun befoin des
éclairciffemens que je leur vais demander.
L'Auteur femble , difent- ils , préférer la
fituation où étoit l'Europe avant le renouvel
lement des fciences. Etat pire que l'ignorance
par le faux fçavoir , ou le jargon qui étoit
en régne. L'Auteur de cette obfervation
femble me faire dire que le faux fçavoir ,
ou le jargon ſcholaſtique foit préférable
la Science , & c'eft moi- meme qui ai dit
qu'il étoit pire que l'ignorance ; mais
qu'entend- il par ce mot de fituation ? L'ap
plique-t- il aux lumiéres ou aux moeurs , ou
s'il confond ces chofes que j'ai tant pris
de peine à diftinguer ? Au refte , comme
JUIN. 99 1751.
c'eft ici le fond de la queftion , j'avoüe
qu'il est très mal adroit à moi de n'avoir
fait que fembler prendre parti là- deflus,
Ils ajoutent que l'Auteur préfére la ruf
ticité à la politeffe. Il eft vrai que l'Auteur
préfére la rufticité à l'orgueilleufe & fauffe
politeffe de notre fiécle , & il en a dit la
railon. Et qu'il fait main baffe fur tous les
Sçavans & les Artistes. Soit , puifqu'on le
veut ainfi je confens de fupprimer
toutes les diftinctions que j'y avois
miles.
>
Il auroit du , difent- ils encore , marquer
le point d'où il part , pour défigner l'époque de
la décadence. J'ai fait plus ; j'ai rendu ma
propofition générale J'ai afligné ce premier
dégré de la décadence des moeurs
au premier moment de la culture des
Lettres dans tous les pays du monde , &
j'ai trouvé le progrès de ces deux chofes
toujours en proportion . Et en remontant
à cette premiere époque , faire comparaifon
des moeurs de ce tems-là avec les nôtres.
C'est ce que j'aurois fait encore plus au
long dans un volume in- quarto.
Sans cela , nous ne voyons point jusqu'où
ilfaudroit remonter , à moins que ce ne foit
au tems des Apôtres. Je ne vois pas , moi ,
l'inconvénient qu'il y auroit à cela , fi le
fait étoit vrai . Mais je demande juftice
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
au Cenfeur : Voudroit- il que j'eufſe dit
que le tems de la plus profonde ignorance
étoit celui des Apôtres ?
Ils difent de plus , par rapport au luxe ,
qu'en bonne politique on fait qu'il doit être
interdit dans les petits Etais , mais que le
cas d'un Royaume , tel que la France par exemple
, eft tout different. Les raifons en font
connues. N'ai - je pas ici encore quelque fujet
de me plaindre ? Ces raifons font celles
aufquelles j'ai tâché de répondre . Bien
ou mal , j'ai répondu . Or on ne sçauroit
guéres donner à un Auteur une plus grande
marque de mépris qu'en ne lui répliquant
que par les mêmes argumens qu'il
a réfutés. Mais faut- il leur indiquer la
difficulté qu'ils ont à réfoudre ? Là voici .
Que deviendera la vertu , quand il faudra
s'enrichir à quelque prix que ce foit * ? Voila
ce que je leur ai demandé, & ce que je leur
demande encore.
Quant aux deux obfervations fuivantes ,
dont la premiere commence par ces mots :
Enfin voici ce qu'on objecte , & l'autre par
ceux- ci , mais ce qui touche de plus près ;
je fupplie le Lecteur de m'épargner la peine
de les tranfcrire. L'Académie m'avoit
demandé fi le rétabliffement des Sciences
& des Arts avoit contribué à épurer les
→ Difc. p. 38.
JUI N. 1751 ror
hours. Telle étoit la queftion que j'avois
à réfoudre cependant voici qu'on me
fait un crime de n'en avoir pas réfolu une
autre . Certainement cette critique est tout
au moins fort finguliere . Cependant j'ai
prefque à demander pardon au Lecteur
de l'avoir prévûe , car c'eft ce qu'il pour
roit croire en lifant les cinq ou fix derniéres
pages de mon difcours .
"
ร
Au refte , fi mes Cenfeurs s'obftinent à
defirer encore des conclufions pratiques
je leur en promets de très clairement:
énoncées dans ma premiere réponfe .
Sur l'inutilité des Loix fomptuaires
pour déraciner le luxe une fois établi , on
dit que l'Auteur n'ignore pas ce qu'il y a à'
dire la deffus. Vraiment non . Je n'ignoret
pas que quand un homme eft mort , il ne
faut point appeller de Médecins .
On ne sçauroit mettre dans un trop grand'
jour des vérités qui heurteni autant de front
le goût général , & il importe d'ôter toute
prife à la chicane. Je ne fuis pas tout à fait
de cet avis , & je crois qu'il faut laiffer
des offelets aux enfans .
Il eft auffi bien des Lecteurs qui les goûteront
mieux dans unftyle tout uni , que fous cet™
habit de cérémonie qu'exigent les Difcours
Académiques. Je fuis fort du goût de ces
Lecteurs là . Voici donc un point dans les
E iij.
102 MERCURE DE FRANCE:
quel je puis me conformer au fentiment
de mes Cenfeurs , comme je fais dès aujourd'hui.
J'ignore quel eft adverfaire dont on
me menace dans le Poftfcriptum. Tel qu'il
puiffe être , je ne fçaurois me réfoudre
à répondre à un ouvrage , avant que de
F'avoir lû , ni à me tenir pour battu , avant
que d'avoir été attaqué.
Au furplus , foit que je réponde aux
critiques qui me font annoncées foit
que je me contente de publier l'ouvrage
augmenté qu'on me demande , j'avertis
mes Cenfeurs qu'ils pourroient bien n'y
pas trouver les modifications qu'ils efperent.
Je prévois que quand il fera queftion
de me défendre , je fuivrai fans fcru
pule toutes les conféquences de mes principes.
Je fçais d'avance avec quels grands mots
on m'attaquera. Lumieres , connoiffances ,
loix , morale , raifon , bienfeance , égards,
douceur , aménité, politeſſe , éducation , &c.
A tout cela je ne répondrai que par deux
autres mots , qui fonnent encore plus fort à
mon oreille. Vertu , vérité ! m'écrirai -je fans
ceffe ; vérité , vertu ! fi quelqu'un n'apperçoit
là que des mots , je n'ai plus rien
à lui dire.
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Résumé : REPONSE Aux Observations précédentes.
L'auteur exprime sa gratitude pour les observations reçues tout en reconnaissant la sévérité des critiques. Il réfute l'accusation de préférer une époque antérieure au renouvellement des sciences, affirmant que le faux savoir est plus nuisible que l'ignorance. Il note que ses critiques confondent souvent les lumières et les mœurs. L'auteur privilégie la rusticité à une fausse politesse et se défend contre les accusations de partialité. Il situe le début de la décadence des mœurs au moment de la culture des lettres et compare les mœurs anciennes aux modernes. Concernant le luxe, il critique l'absence de réponse à ses arguments et pose la question de la vertu face à l'enrichissement. Il refuse de répondre à des critiques sans avoir lu l'ouvrage et annonce qu'il suivra les conséquences de ses principes dans sa défense. Il oppose les valeurs de vertu et de vérité aux critiques qui utilisent des termes comme lumière, raison et politesse. Le texte explore les valeurs morales et sociales. L'auteur oppose des qualités telles que la bienveillance, les égards, la douceur, l'aménité, la politesse et l'éducation à la vertu et à la vérité, qu'il juge plus fondamentales. Il affirme que si quelqu'un ne reconnaît pas l'importance de la vertu et de la vérité, il n'a plus rien à ajouter. Le message central met en avant la primauté de la vertu et de la vérité par rapport à d'autres qualités sociales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 24-28
EPITRE. A Mlle DANGEVILLE, sur sa retraite.
Début :
Vous, que la main de la Nature [...]
Mots clefs :
Retraite, Nature, Censeurs, Talents, Grâces, Dehors trompeurs, Nuances, Déesse
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A Mlle DANGEVILLE, sur sa retraite.
EPITRE
A Mlle DANGEVILLE , fur fa retraite,
Vous,
ous , que la main de la Nature
A voulu combler fans meſure
De fes préfens les plus flatteurs ,
Vous , qui joignez à la figure ,
Ce ton , cette heureuſe tournure
Qui fçait défarmer les Cenfeurs !
Vous , dont les jours tiffus de fleurs
N'ont point éprouvé les horreurs ,
Que le * démon de la Nature
Diſtile de fa bouche impure
Sur les Belles & les Auteurs .
Vous , dont les talens enchanteurs
Nous féduifoient fans impoſture ,
* L'Envie.
Lorfque
OCTOBRE . 1763 . 25
Lorfque dans les dehors trompeurs ,
Ou lorfque dans les trois Coufines
( Que votre jeu rendoit divines )
Votre air , vos grâces enfantines
Vous faifoient tant d'Admirateurs.
Quand , dans la peinture des mceurs ,
Donnant de la force aux couleurs ,
Par les nuances les plus fines
Vous embelliffiez nos Auteurs . :
Un jeune Eléve des neuf Soeurs
Défefpéré de la retraite
Que depuis peu vous avez faite ,
Du moins , dans un fi grand malheur ,
Pour calmer un peu fa douleur
Voudroit , aimable Dangeville ,
Au nom de la Cour , de la Ville ,
Du goût & de Thalie en pleurs ,
Vous rendre les tributs flatteurs
De ce talent fi difficile
*
Qui vous a gagné tous les coeurs,
Hier dans la Piéce nouvelle ,
Qu'avec plaifir j'applaudiffois ,
Votre gaîté fi naturelle !
Je ne crois pas qu'on ait jamais
Vu le Partèrre des Français
Faire éclater un fi grand zéle .
Tandis , qu'à ce farouche Anglois
L'Anglois à Bordeaux.
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Vous faifiez le portrait fidéle
Du caractère des François ,
De tous les côtés j'entendois :
» Qu'elle eſt charmante , qu'elle est belle !
» Faut-il la perdre pour jamais ? ..
Le coeur toujours plein de vos traits ,
Rendu chez moi , je m'étonnais , !
Que , de leurs dons , les Dieux avares
Pour tout le reste des humains ,
Renverfant l'ordre des Deſtins ,
Vous prodiguaffent les plus rares.
J'y réfléchis pendant longtemps ;
Jufqu'à ce qu'à la fin mes fens
Preffés d'un fommeil agréable
Furent privés de fentimens.
Une Déeffe fort aimable
S'apparut à moi dans l'inſtant.
Son air étoit vif & brillant ;
Je ne fçais quoi d'intéreſſant
Diffipa la peur éffroyable
Qu'elle me fit en paroiffant.
Au milieu de l'appartement ,
La colonne d'air condenſée ,
La foutenoit également.
Son corps panché négligemmenz
Laiffoit flotter au gré du vent :
Sa longue robe retrouffée,
L'une des aîles qu'on voyoit
P'yeux & de bouche parsemée
OCTOBRE. 1763. 27
Et la trompette qu'elle avoit
M'annoncerent la Renommée.
»Tu veux , dit- elle , vainement
» Pénétrer ce profond Myſtère :
» Je puis feule te fatisfaire ,
Viens ! Vole ..... & dans le même inftant
Mon âme fubtile & légére
La fuivit dans un lieu charmant .
Dans le féjour de l'Empirée
Dominant la voûte azurée
Eft un fallon délicieux.
C'eſt là que s'affemblent les Dieux;
C'est l'attelier de Prométhée.
Un portrait , qui parloit aux yeux
S'offrit à mon âme enchantée.
Tout étoit vrai , tout étoit beau ;
Le moment de votre naiffance
Etoit le fujet du tableau.
La Renommée alors s'avance ;
Et fa voix , impoſant filence ,
M'expliqua la chofe en ces mots.
» Les Dieux indignés que Jupin ,
» Lorſqu'il créa le'genre humain ,
» Par un défaut de prévoyance
» Dans vos coeurs eût mis la femence
» De tous ces vices odieux
כ כ
Qui déshonorent la nature ,
»Voulurent éffayer entr'eux
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
» De former une créature .
» Chacun la dotta de fon mieux.
» Prométhée au flambeau des cieux
;
» Fut.dérober une étincelle
» Dont il anima fon modéle .
» Thalie , à la jeune Mortelle
. בכ
>> Fit tous les dons les plus heureux.
» Et pour la rendre naturelle ,
» Elle n'alla jamais fans elle ,
» Et fut fe placer dans les yeux.
» L'Amour prit foin de la figure ;
» Minerve s'empara du coeur ;
»Vénus lui donna fa ceinture.
>> Les ris , les graces , le bonheur,
» L'inftruifirent dans l'art de plaire.
» Mais c'étoit peu fi la douceur
» N'avoit formé ſon caractère.
A Mlle DANGEVILLE , fur fa retraite,
Vous,
ous , que la main de la Nature
A voulu combler fans meſure
De fes préfens les plus flatteurs ,
Vous , qui joignez à la figure ,
Ce ton , cette heureuſe tournure
Qui fçait défarmer les Cenfeurs !
Vous , dont les jours tiffus de fleurs
N'ont point éprouvé les horreurs ,
Que le * démon de la Nature
Diſtile de fa bouche impure
Sur les Belles & les Auteurs .
Vous , dont les talens enchanteurs
Nous féduifoient fans impoſture ,
* L'Envie.
Lorfque
OCTOBRE . 1763 . 25
Lorfque dans les dehors trompeurs ,
Ou lorfque dans les trois Coufines
( Que votre jeu rendoit divines )
Votre air , vos grâces enfantines
Vous faifoient tant d'Admirateurs.
Quand , dans la peinture des mceurs ,
Donnant de la force aux couleurs ,
Par les nuances les plus fines
Vous embelliffiez nos Auteurs . :
Un jeune Eléve des neuf Soeurs
Défefpéré de la retraite
Que depuis peu vous avez faite ,
Du moins , dans un fi grand malheur ,
Pour calmer un peu fa douleur
Voudroit , aimable Dangeville ,
Au nom de la Cour , de la Ville ,
Du goût & de Thalie en pleurs ,
Vous rendre les tributs flatteurs
De ce talent fi difficile
*
Qui vous a gagné tous les coeurs,
Hier dans la Piéce nouvelle ,
Qu'avec plaifir j'applaudiffois ,
Votre gaîté fi naturelle !
Je ne crois pas qu'on ait jamais
Vu le Partèrre des Français
Faire éclater un fi grand zéle .
Tandis , qu'à ce farouche Anglois
L'Anglois à Bordeaux.
I. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
Vous faifiez le portrait fidéle
Du caractère des François ,
De tous les côtés j'entendois :
» Qu'elle eſt charmante , qu'elle est belle !
» Faut-il la perdre pour jamais ? ..
Le coeur toujours plein de vos traits ,
Rendu chez moi , je m'étonnais , !
Que , de leurs dons , les Dieux avares
Pour tout le reste des humains ,
Renverfant l'ordre des Deſtins ,
Vous prodiguaffent les plus rares.
J'y réfléchis pendant longtemps ;
Jufqu'à ce qu'à la fin mes fens
Preffés d'un fommeil agréable
Furent privés de fentimens.
Une Déeffe fort aimable
S'apparut à moi dans l'inſtant.
Son air étoit vif & brillant ;
Je ne fçais quoi d'intéreſſant
Diffipa la peur éffroyable
Qu'elle me fit en paroiffant.
Au milieu de l'appartement ,
La colonne d'air condenſée ,
La foutenoit également.
Son corps panché négligemmenz
Laiffoit flotter au gré du vent :
Sa longue robe retrouffée,
L'une des aîles qu'on voyoit
P'yeux & de bouche parsemée
OCTOBRE. 1763. 27
Et la trompette qu'elle avoit
M'annoncerent la Renommée.
»Tu veux , dit- elle , vainement
» Pénétrer ce profond Myſtère :
» Je puis feule te fatisfaire ,
Viens ! Vole ..... & dans le même inftant
Mon âme fubtile & légére
La fuivit dans un lieu charmant .
Dans le féjour de l'Empirée
Dominant la voûte azurée
Eft un fallon délicieux.
C'eſt là que s'affemblent les Dieux;
C'est l'attelier de Prométhée.
Un portrait , qui parloit aux yeux
S'offrit à mon âme enchantée.
Tout étoit vrai , tout étoit beau ;
Le moment de votre naiffance
Etoit le fujet du tableau.
La Renommée alors s'avance ;
Et fa voix , impoſant filence ,
M'expliqua la chofe en ces mots.
» Les Dieux indignés que Jupin ,
» Lorſqu'il créa le'genre humain ,
» Par un défaut de prévoyance
» Dans vos coeurs eût mis la femence
» De tous ces vices odieux
כ כ
Qui déshonorent la nature ,
»Voulurent éffayer entr'eux
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
» De former une créature .
» Chacun la dotta de fon mieux.
» Prométhée au flambeau des cieux
;
» Fut.dérober une étincelle
» Dont il anima fon modéle .
» Thalie , à la jeune Mortelle
. בכ
>> Fit tous les dons les plus heureux.
» Et pour la rendre naturelle ,
» Elle n'alla jamais fans elle ,
» Et fut fe placer dans les yeux.
» L'Amour prit foin de la figure ;
» Minerve s'empara du coeur ;
»Vénus lui donna fa ceinture.
>> Les ris , les graces , le bonheur,
» L'inftruifirent dans l'art de plaire.
» Mais c'étoit peu fi la douceur
» N'avoit formé ſon caractère.
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