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1
p. 80-81
« Avoüez, Madame, que l'assujettissement à tant de Rimes ne cause [...] »
Début :
Avoüez, Madame, que l'assujettissement à tant de Rimes ne cause [...]
Mots clefs :
Rimes, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : « Avoüez, Madame, que l'assujettissement à tant de Rimes ne cause [...] »
Avoüez , Madame, que l'af- ſujettiſſement à tant de Rimes
ne cauſe pas peu de peine dans ces fortes d'ouvrages , & que lors que celuy qui les fait en vient agreablement àbout, il en merite plusde loüanges
ne cauſe pas peu de peine dans ces fortes d'ouvrages , & que lors que celuy qui les fait en vient agreablement àbout, il en merite plusde loüanges
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2
p. 239-240
SUR CE QU'ON AVOIT promis pour le Prix le Portrait du Roy à celuy qui rempliroit le mieux ces Bouts-rimez.
Début :
Non, je n'entreprens point de rimer pour la gloire, [...]
Mots clefs :
Rimes, Gloire, Portrait, Héros, Victoire, Éloge
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texteReconnaissance textuelle : SUR CE QU'ON AVOIT promis pour le Prix le Portrait du Roy à celuy qui rempliroit le mieux ces Bouts-rimez.
SUR CE QU'ON AVOIT
promis pour Prix le Portrait
du Roy à celuy qui rempliroit
le mieux ces Bours-rimez.
No
On, jen entreprens point de rimer
pour la gloire,
Gagne qui le pourra le Portrait de mon
Roy.
D'un Héros qui foümer l'Univers àfai
loy
Ilfaut une autre voix pour chanter la
Victoire..
RA
Nos Neveux étonnez d'une fibelle Hiftoire,
Afes Faitsinous n'ajoûteront point foy,.
Le feul bruit de fon Nomfait tout tremblerd'effroy,
Et des Héros paffez efface la mémoire.
Q -
n'en ferois jamais un Eloge achevé,
Je l'éleverois mains qu'ilne s'eft élevé,
24.0%
Extraordinaire
Qui peut affez vanter ce Héros intréspide?
C
Que quelque autre le mette au rang des
Immortels;
Tandis qu'il le fera plus brave qu'un :
Alcide,
Je vais à ma Philis élever des Autels,
promis pour Prix le Portrait
du Roy à celuy qui rempliroit
le mieux ces Bours-rimez.
No
On, jen entreprens point de rimer
pour la gloire,
Gagne qui le pourra le Portrait de mon
Roy.
D'un Héros qui foümer l'Univers àfai
loy
Ilfaut une autre voix pour chanter la
Victoire..
RA
Nos Neveux étonnez d'une fibelle Hiftoire,
Afes Faitsinous n'ajoûteront point foy,.
Le feul bruit de fon Nomfait tout tremblerd'effroy,
Et des Héros paffez efface la mémoire.
Q -
n'en ferois jamais un Eloge achevé,
Je l'éleverois mains qu'ilne s'eft élevé,
24.0%
Extraordinaire
Qui peut affez vanter ce Héros intréspide?
C
Que quelque autre le mette au rang des
Immortels;
Tandis qu'il le fera plus brave qu'un :
Alcide,
Je vais à ma Philis élever des Autels,
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Résumé : SUR CE QU'ON AVOIT promis pour le Prix le Portrait du Roy à celuy qui rempliroit le mieux ces Bouts-rimez.
Le texte rassemble des poèmes et des réflexions sur un héros royal. Plusieurs auteurs expriment leur admiration et leur incapacité à rendre pleinement hommage au roi. Ils soulignent sa grandeur et la terreur qu'il inspire, tout en reconnaissant l'impossibilité de rendre justice à ses exploits. Un auteur se consacre à sa bien-aimée, Philis, plutôt qu'à l'éloge du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 313-314
I.
Début :
I, & la lettre V, estoient le vray mot de la premiere Enigme / Vrayment oüy, vous parlez à nous, [...]
Mots clefs :
Berger, Rimes, Sens, I, V, Voyelle, Consonnes
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texteReconnaissance textuelle : I.
I, & lA lettre V, estoient le vray
'ot de la pretniere Enigme du mois
¿oNH
,
& le Souflet ccluy de la
etnde. En voicy flufieurs Explic4.
ions en Yers.
I. vRayment oüy
, vous pllrle a nota,
Açreable Berqer de Flore,
Vont quartefiime & qu'on honore) en puis répondre icy pour tout.
Aiai*ffavez-vou* que par vos rimes
Votu embarrAssèz. trop les gens?
Sur vos plus faciles Enigmes
7faut rêver huit jours pour en trouver
le sens. JJ leu cent fois vojlre nouvelle
Avant que dy rien remarquer; ïnfîn votre trtijîcme& cinquième voyelle,
roflre I, vojlre V.. pour me mieuxexpli.
quer1
Xfontpensé tourner la cervelle,
je ne fçaurais vous le nier,
Berger, quand vous voudrez dansi
Galant Mercure
Nous exercer sur quelque Enigme cio
fcure,
Yo," en sçavez. bien le métier,
Donnez-nous un mot tout entier,
Il nous mettra bien moinsl'ejprit à
i 1
torture.
DIlREVILL:
'ot de la pretniere Enigme du mois
¿oNH
,
& le Souflet ccluy de la
etnde. En voicy flufieurs Explic4.
ions en Yers.
I. vRayment oüy
, vous pllrle a nota,
Açreable Berqer de Flore,
Vont quartefiime & qu'on honore) en puis répondre icy pour tout.
Aiai*ffavez-vou* que par vos rimes
Votu embarrAssèz. trop les gens?
Sur vos plus faciles Enigmes
7faut rêver huit jours pour en trouver
le sens. JJ leu cent fois vojlre nouvelle
Avant que dy rien remarquer; ïnfîn votre trtijîcme& cinquième voyelle,
roflre I, vojlre V.. pour me mieuxexpli.
quer1
Xfontpensé tourner la cervelle,
je ne fçaurais vous le nier,
Berger, quand vous voudrez dansi
Galant Mercure
Nous exercer sur quelque Enigme cio
fcure,
Yo," en sçavez. bien le métier,
Donnez-nous un mot tout entier,
Il nous mettra bien moinsl'ejprit à
i 1
torture.
DIlREVILL:
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Résumé : I.
Le texte discute d'une énigme dont la solution repose sur les lettres 'I' et 'V'. L'auteur critique la complexité des énigmes du 'Berger de Flore' et admire son talent. Il mentionne avoir relu une nouvelle sans en comprendre le sens et demande un mot entier plus facile à déchiffrer. Le texte se conclut par le nom 'DIREVILL'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 10-21
RIMES EN AILLES. / RIMES EN EILLES. / RIMES EN ILLE.
Début :
Il ne faut pas s'étonner aprés cela si l'on entend / Toy qui depuis que du Cahos / Si ma voix avoit les doux sons / Femme d'un Dieu qui n'est pas beau, [...]
Mots clefs :
Célébrer, Rimes, Louis, Héros, Roi, Louer, Vers féminins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RIMES EN AILLES. / RIMES EN EILLES. / RIMES EN ILLE.
l ne
faut ,/ 1 pas s'étonnerapréscel
si l'on entend retentir se
louanges dans tous les ch.
matsdumonde,&si mesme
le beau sexe se fait un plaisir
de monter sur le Parnasse,
pour apprendre à celebrer les
merveilles de son regne dans
le langagedes Dieux. L'Illustre Madame Deshoulieres
cftune de celles qui le parlent le plus purement, le plus
souvent, & avec le plus d'approbation. Je vous envoyay
le mois passé un de les plus
beaux Ouvrages, danslequel
-
elle s'est assujettie aux rimes
enoüille dans tous les Vers
féminins. En voicy d'autres
de mesme nature, sur des rimes en ailles
,
en eles
,
& en.
ille, qui ont elleaussiapplaudis que le pre nier. Son genie est merveilleux en toutes
fortes dematieresmais sur
tout lors qu'elle entreprend
de loüer le Roy On connoist par là l'ardeur de son
zele.
RIMESENAILLES.
Toy qui depuis que du Cahos
On tira la Terre & les Flots,
EsApollonquand tu rimailles
3
Es le Soleil quand chaque jour
Dans un long & pénible tour
A nous éclairertu travailles
,
Si tu ne viens maider,jepers
L' honneur de bienfaire des Vers.
IlfautsurdesRimesenailles,
Rimes quifom pajlir d'ejfroy
Celebrer Louis
,
ce grand Roy
Quirejfcmble au Dieu des Batailles>
Ouiprend ce qu'il s'estproposé,
Sans que nulait encore ose
Vferfur luy de reprefaillcs;
Quivoit naiflre defortDauphin,
Dont la gloireferasansfin,
Quantitéd?j4uguftes Aiarmailles;
Qui àans ses Gardes neveutpat
Quilfoitenrolle deSoldats
Qui ne soient des plus hantes tailles;
Qui fait PdJJèr des soirs charmans
Damses vasles Appartemens
,
Parez.
J
non de vieillesclaincat'lies
De colifichets, de rocailles,
Mais de riches Ameublement,
Telsque ceux de ces vieux Romaus
Quaimoit tant à lire Fontraillesi
Quichez,leperfide Genois
BrifeTemple
,
Palais ,murailles.
Quitoujours heureux dansses choix9
EnMinièresfit des trouvailles;
Quidubruitdefiesgrands exploits
Remplit cellea qui
dans
cinq mois Ilfautconfier les semailles
3 Celle quepare le Printemps
De Fleurs (y:'" de vertesbrou-Jfailles
J
Celle donlfouillent les entrailles
Cbercheurs d'or d- de DiamanJ"
Et cette autre sur qui les Vents
Ont cause tant defanerailies,
Et dontlesmuets habitam
Ont le corps reveflu d'écaillés;
QuiviSlorieux des erreurs fait dans le bercail des Pafleurs
, Rentrer des millionsd'Ouailles
;
Quiseul son Empire conduit,
Qui tient dans un charmant réduit
Nombre d'eftrangeres volailles;
Qui deson Penple estsi chery,
Qu*auffi-tolfcjuon lesçeut guery Àdagifbats ,
,
Financiers,Canailles,
Toutfitchanter en divers lieux
Des TeDeummélodieux}
Tout mangea chapons) perdrixtcailles,
Et mitsur le cttlsesfutailles;
Veuillent nous preserver les Cieux
De plus voir de tellesgogailies.
Qui des fils de ses petitsfils
,
Si nossouhaitsfont accomplû.
Verra toutes les cpoufaiHes
;
Qii de ses héroïquesafits,
So:t dans laguerre ou dansla pdix"
A fs.itf<~aperforce Aiédai11rs
Tins belles quelesAntiquailles;
Qui dnmpte Alger & Tripoli,
Qiti dans Cagréable-Atariy,
Tait foHvcnt de grossesripailles,
Et quifera trembler de
peur
Le Royd'Efpagne&l*Empereur,
Dès qu'ilsortiradeVersailles..
RIMES EN EILLES.
s1 ma voix avoir les doux fins
Des Malherbes & des Corneilles,
Louis feraittoujours Vobjet de mes
Chansons.
Quel plus beau sujet pour mes veil.
les,
fJ..!!:un grand Roy de qui tous lei
jours
1
Ne font quun tissu de merveilles.
Et de qui l'air & les difeourt
Font entrer dans les cœurs vn million cfAmours,
Par les yeux&parlesoreilles?
m
Raison
,
toy que les Roysconsultent rarement
, Tusçais que ce Héros charmant
Nefait que ce que tu conseilles.
Nimphe,qui jamais ne somme'illes,
Tusçaisquavecque tes cent voix
Tu n'en a pas affit pour conter les
Exploits,
Et le nombre infini de vertus sans pa-(
veilles
JQui lefont le plusgranddesRoys.
Les champs ont moins cfépies, leruchesi
moinsetAbeilles,
Quil na receu du Ciel de charmesfedu-v
Eleurs.
Ah, courons ait Parnasse
,
& des plut)
belles fleurs
Pour couronnerson front remplirons detk
corbeilles.
uiffint aller mes Vers à Caide de fort
nom
)es bords où le matin la mere de
Memnon
Peint le Ciel de Couleurs vermeilles,
Iufijues à
ces tristesclimats
Ou ne peuvent croistre les treilles,
't dont les Habitans ne laissent pourtant pas
D'aimer à vuider les bouteilles.
RIMES ENjlle.
FEmme dtun Dieu qui rieft p/ti
beau,
Et qui ne va pointsans bfquille)
*Déejfe de qui le berceau
Fut une fnperbe cet/mile
,
V.e meresure pas Illljo$'frd'hJlJ tin rli
cours
,
bdtnne que des Jeux, des Ris, & des
jimours la tendre & galattte quadrille
Répande Jes attraits sur mon fo:ble
discours.
Venus
,
ren a] besoin
c. on veut que jebabille
De ce Héros qui feut a
tous les agremens
Dts deux plus chers de tes Amans.
*12ans[es ,, feux certain feu pétille
Quisouventa caufideglands embrlt..
femens.
Tel cjtoit ton Çhasseur dans ces heu,
renx moment
Où couché sur l'Oeillet. la Rose & Im
Jonquille
Tu daignas l'honorer de tes embrajfem
mens
,
5^jnmoinsftmblahle eu DivinDrillei
QHI vient au sortir des combats
Se delasser entre tes bras'
ZOVIS humilia l'orgueil de la (afitllc
Damptal'ingrat Tdtive cr vainqui,
le germain,
it tomber fous l'effort de cent bouches
d'airain)
omm, tombe en tflèCépj fous la fau*
eille,
le parjureGénois & le dur jifriquaim*
Ce ntflpasfeulement le tonnerre à la
main9,
2i4e ce Monarque efi grand, que fin
courage brille,
*0 l'avons-nous pas veu montrer un front serein
Vans Jevives douleurs
,
dansunperdcertain,
rt ne s'tnébranler non plut que la *Ba•
fiille i
Quel Sage
,
quel Héros ,fujî-il gre,
ou Romain,
Teutdupied de LOVIS-itteindreà
la cheville ?
Aussi du bout de J'YnifJefS
Les Ptttples que le Soleil grille
Travcrfentpourle voir le vafie fein
des tfliers*
jQue pour nous rendre heureux il
prend defoinsdivers!
Dans Jes vasles Eflats chèque Place
fourmille
De cent & cent ternes Çuerritrs,
.I2!!,'zt y met pour apprendre À cueillir
des Lauriers.
Dans un fnpcrbe Enclos plus d'une illujîre Fille
Trouve dés son enfance Un secoursfeur
& doux;
Dans un sge plus meur on luy donne un
Epcux,
Où ton met sa pudeur à l'abrjd'une
grille. 4
tredePs Sujets itnoumt, il hahille,jj
Ces malheureux Enfans qui nefontkt-l
ntiers .J, Que des titres fameux que des Sieell.
entiers j
Ont conftrfle{,
dans leur Famille.
tille des flots IImerl ?
agrcablcVenus»
Aqui les doAX tranfpcrts re font pas
inconnus
,
Crois-tu que defil tn aiguille,
Quand on voit t'op fouveut ce Roy
charmant à voir
9
On ne fajfc jamais en défit du devoir
,
Quelque legere peccadille?
faut ,/ 1 pas s'étonnerapréscel
si l'on entend retentir se
louanges dans tous les ch.
matsdumonde,&si mesme
le beau sexe se fait un plaisir
de monter sur le Parnasse,
pour apprendre à celebrer les
merveilles de son regne dans
le langagedes Dieux. L'Illustre Madame Deshoulieres
cftune de celles qui le parlent le plus purement, le plus
souvent, & avec le plus d'approbation. Je vous envoyay
le mois passé un de les plus
beaux Ouvrages, danslequel
-
elle s'est assujettie aux rimes
enoüille dans tous les Vers
féminins. En voicy d'autres
de mesme nature, sur des rimes en ailles
,
en eles
,
& en.
ille, qui ont elleaussiapplaudis que le pre nier. Son genie est merveilleux en toutes
fortes dematieresmais sur
tout lors qu'elle entreprend
de loüer le Roy On connoist par là l'ardeur de son
zele.
RIMESENAILLES.
Toy qui depuis que du Cahos
On tira la Terre & les Flots,
EsApollonquand tu rimailles
3
Es le Soleil quand chaque jour
Dans un long & pénible tour
A nous éclairertu travailles
,
Si tu ne viens maider,jepers
L' honneur de bienfaire des Vers.
IlfautsurdesRimesenailles,
Rimes quifom pajlir d'ejfroy
Celebrer Louis
,
ce grand Roy
Quirejfcmble au Dieu des Batailles>
Ouiprend ce qu'il s'estproposé,
Sans que nulait encore ose
Vferfur luy de reprefaillcs;
Quivoit naiflre defortDauphin,
Dont la gloireferasansfin,
Quantitéd?j4uguftes Aiarmailles;
Qui àans ses Gardes neveutpat
Quilfoitenrolle deSoldats
Qui ne soient des plus hantes tailles;
Qui fait PdJJèr des soirs charmans
Damses vasles Appartemens
,
Parez.
J
non de vieillesclaincat'lies
De colifichets, de rocailles,
Mais de riches Ameublement,
Telsque ceux de ces vieux Romaus
Quaimoit tant à lire Fontraillesi
Quichez,leperfide Genois
BrifeTemple
,
Palais ,murailles.
Quitoujours heureux dansses choix9
EnMinièresfit des trouvailles;
Quidubruitdefiesgrands exploits
Remplit cellea qui
dans
cinq mois Ilfautconfier les semailles
3 Celle quepare le Printemps
De Fleurs (y:'" de vertesbrou-Jfailles
J
Celle donlfouillent les entrailles
Cbercheurs d'or d- de DiamanJ"
Et cette autre sur qui les Vents
Ont cause tant defanerailies,
Et dontlesmuets habitam
Ont le corps reveflu d'écaillés;
QuiviSlorieux des erreurs fait dans le bercail des Pafleurs
, Rentrer des millionsd'Ouailles
;
Quiseul son Empire conduit,
Qui tient dans un charmant réduit
Nombre d'eftrangeres volailles;
Qui deson Penple estsi chery,
Qu*auffi-tolfcjuon lesçeut guery Àdagifbats ,
,
Financiers,Canailles,
Toutfitchanter en divers lieux
Des TeDeummélodieux}
Tout mangea chapons) perdrixtcailles,
Et mitsur le cttlsesfutailles;
Veuillent nous preserver les Cieux
De plus voir de tellesgogailies.
Qui des fils de ses petitsfils
,
Si nossouhaitsfont accomplû.
Verra toutes les cpoufaiHes
;
Qii de ses héroïquesafits,
So:t dans laguerre ou dansla pdix"
A fs.itf<~aperforce Aiédai11rs
Tins belles quelesAntiquailles;
Qui dnmpte Alger & Tripoli,
Qiti dans Cagréable-Atariy,
Tait foHvcnt de grossesripailles,
Et quifera trembler de
peur
Le Royd'Efpagne&l*Empereur,
Dès qu'ilsortiradeVersailles..
RIMES EN EILLES.
s1 ma voix avoir les doux fins
Des Malherbes & des Corneilles,
Louis feraittoujours Vobjet de mes
Chansons.
Quel plus beau sujet pour mes veil.
les,
fJ..!!:un grand Roy de qui tous lei
jours
1
Ne font quun tissu de merveilles.
Et de qui l'air & les difeourt
Font entrer dans les cœurs vn million cfAmours,
Par les yeux&parlesoreilles?
m
Raison
,
toy que les Roysconsultent rarement
, Tusçais que ce Héros charmant
Nefait que ce que tu conseilles.
Nimphe,qui jamais ne somme'illes,
Tusçaisquavecque tes cent voix
Tu n'en a pas affit pour conter les
Exploits,
Et le nombre infini de vertus sans pa-(
veilles
JQui lefont le plusgranddesRoys.
Les champs ont moins cfépies, leruchesi
moinsetAbeilles,
Quil na receu du Ciel de charmesfedu-v
Eleurs.
Ah, courons ait Parnasse
,
& des plut)
belles fleurs
Pour couronnerson front remplirons detk
corbeilles.
uiffint aller mes Vers à Caide de fort
nom
)es bords où le matin la mere de
Memnon
Peint le Ciel de Couleurs vermeilles,
Iufijues à
ces tristesclimats
Ou ne peuvent croistre les treilles,
't dont les Habitans ne laissent pourtant pas
D'aimer à vuider les bouteilles.
RIMES ENjlle.
FEmme dtun Dieu qui rieft p/ti
beau,
Et qui ne va pointsans bfquille)
*Déejfe de qui le berceau
Fut une fnperbe cet/mile
,
V.e meresure pas Illljo$'frd'hJlJ tin rli
cours
,
bdtnne que des Jeux, des Ris, & des
jimours la tendre & galattte quadrille
Répande Jes attraits sur mon fo:ble
discours.
Venus
,
ren a] besoin
c. on veut que jebabille
De ce Héros qui feut a
tous les agremens
Dts deux plus chers de tes Amans.
*12ans[es ,, feux certain feu pétille
Quisouventa caufideglands embrlt..
femens.
Tel cjtoit ton Çhasseur dans ces heu,
renx moment
Où couché sur l'Oeillet. la Rose & Im
Jonquille
Tu daignas l'honorer de tes embrajfem
mens
,
5^jnmoinsftmblahle eu DivinDrillei
QHI vient au sortir des combats
Se delasser entre tes bras'
ZOVIS humilia l'orgueil de la (afitllc
Damptal'ingrat Tdtive cr vainqui,
le germain,
it tomber fous l'effort de cent bouches
d'airain)
omm, tombe en tflèCépj fous la fau*
eille,
le parjureGénois & le dur jifriquaim*
Ce ntflpasfeulement le tonnerre à la
main9,
2i4e ce Monarque efi grand, que fin
courage brille,
*0 l'avons-nous pas veu montrer un front serein
Vans Jevives douleurs
,
dansunperdcertain,
rt ne s'tnébranler non plut que la *Ba•
fiille i
Quel Sage
,
quel Héros ,fujî-il gre,
ou Romain,
Teutdupied de LOVIS-itteindreà
la cheville ?
Aussi du bout de J'YnifJefS
Les Ptttples que le Soleil grille
Travcrfentpourle voir le vafie fein
des tfliers*
jQue pour nous rendre heureux il
prend defoinsdivers!
Dans Jes vasles Eflats chèque Place
fourmille
De cent & cent ternes Çuerritrs,
.I2!!,'zt y met pour apprendre À cueillir
des Lauriers.
Dans un fnpcrbe Enclos plus d'une illujîre Fille
Trouve dés son enfance Un secoursfeur
& doux;
Dans un sge plus meur on luy donne un
Epcux,
Où ton met sa pudeur à l'abrjd'une
grille. 4
tredePs Sujets itnoumt, il hahille,jj
Ces malheureux Enfans qui nefontkt-l
ntiers .J, Que des titres fameux que des Sieell.
entiers j
Ont conftrfle{,
dans leur Famille.
tille des flots IImerl ?
agrcablcVenus»
Aqui les doAX tranfpcrts re font pas
inconnus
,
Crois-tu que defil tn aiguille,
Quand on voit t'op fouveut ce Roy
charmant à voir
9
On ne fajfc jamais en défit du devoir
,
Quelque legere peccadille?
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Résumé : RIMES EN AILLES. / RIMES EN EILLES. / RIMES EN ILLE.
Le texte célèbre les éloges adressés au roi Louis, qui résonnent à travers le monde et même parmi les femmes, lesquelles montent sur le Parnasse pour chanter ses mérites. Madame Deshoulières est particulièrement mentionnée pour son talent en poésie, notamment dans des œuvres utilisant des rimes en ailles, en eles et en ille. Son génie est particulièrement admiré lorsqu'elle loue le roi. Les poèmes évoquent divers aspects de la grandeur du roi Louis, comparé à Apollon et au Soleil. Ils célèbrent ses victoires militaires, sa sagesse, et son amour pour son peuple. Les rimes en ailles décrivent le roi comme un guerrier invincible, victorieux contre ses ennemis, et comme un souverain juste et bienveillant. Les rimes en eles et en ille continuent de vanter ses qualités, soulignant son courage, sa générosité, et son amour pour les arts et la culture. Le texte se termine par des vœux pour que les descendants du roi perpétuent ses exploits et ses vertus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 191-194
RÉPONSE Sur les mesmes Rimes.
Début :
Pourquoy vous figurer que le Ciel vous prepare [...]
Mots clefs :
Ciel, Maux, Oronte, Amour, Rimes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE Sur les mesmes Rimes.
r les mesmesRimes.
piQvrquoy vom figurer que le
Ciel vous prepare
Des maux qui méritént vor
pleurs ?
D'un dessin cruel& Bizare
Aprés avoiréprouvéles rigueurs,
Tokrcjuoj craixdrelamar ? qu'or
t-il de si terrible?
,efit d'appréhendersestraits,
Ilsçaura vous rendresensible
,
Et laissesvostre cœur enpaix.
Iris, celll vous doitsuffire
,
En vain l'Amoursoûmetles hommes
& les Dieux;
Si vostre cœur manquoit àfou
empire,
Il en feroitmtinsglorieux. (1
lenae7fvous à la Loy commune;
Moins aveugle que la Fortune,
L'Amour ne cherche point à veut
persecuter,
Asescharmespuissans
,
ah
,
/4iffiZvoussurprendre.
Mais quels nouveaux tranfporPs
viennent vous agiter ?
Ce qu'en vous l'Amoursçait répandre
Sur
Sur la rdijOfi<v.i 1LîHjsi-rttr*
Yuu; iie ('(;iViZj)11'* (",Ji?)'di- f/idrc;
Du mni -is- .,.;.;;t que de Du moi.t- l.1, '1.J,~ al vom4. YV': rendre,
Daignez, un moment «?'1corner
r"f
Banissezparpitié celteideeiigïcjblc
J^rti-vkï/tdétruire mon cfiotr.
Qu'Oronte medcflaiJI- lors qu'il
vous fcmble aïmible.
.fèl je fltdis heureux dene jamais
le voir ! - .<
-
^uOronte efipourmoj redoudoutable !
^ue.fçn bonheurmetouche vivement !
-
J'en meurt de dépit & dehonte.
Ah
,
quelfatalengagement,
Sivofhccœur cftpour OrOfde!
Ainsise plaignoit l'autre jour,
Tircis au bord d'une Fontaine,
Où pour Orente il montroit moins
de haine,
Jïue pour Iris il ne montroit
d Amour,
piQvrquoy vom figurer que le
Ciel vous prepare
Des maux qui méritént vor
pleurs ?
D'un dessin cruel& Bizare
Aprés avoiréprouvéles rigueurs,
Tokrcjuoj craixdrelamar ? qu'or
t-il de si terrible?
,efit d'appréhendersestraits,
Ilsçaura vous rendresensible
,
Et laissesvostre cœur enpaix.
Iris, celll vous doitsuffire
,
En vain l'Amoursoûmetles hommes
& les Dieux;
Si vostre cœur manquoit àfou
empire,
Il en feroitmtinsglorieux. (1
lenae7fvous à la Loy commune;
Moins aveugle que la Fortune,
L'Amour ne cherche point à veut
persecuter,
Asescharmespuissans
,
ah
,
/4iffiZvoussurprendre.
Mais quels nouveaux tranfporPs
viennent vous agiter ?
Ce qu'en vous l'Amoursçait répandre
Sur
Sur la rdijOfi<v.i 1LîHjsi-rttr*
Yuu; iie ('(;iViZj)11'* (",Ji?)'di- f/idrc;
Du mni -is- .,.;.;;t que de Du moi.t- l.1, '1.J,~ al vom4. YV': rendre,
Daignez, un moment «?'1corner
r"f
Banissezparpitié celteideeiigïcjblc
J^rti-vkï/tdétruire mon cfiotr.
Qu'Oronte medcflaiJI- lors qu'il
vous fcmble aïmible.
.fèl je fltdis heureux dene jamais
le voir ! - .<
-
^uOronte efipourmoj redoudoutable !
^ue.fçn bonheurmetouche vivement !
-
J'en meurt de dépit & dehonte.
Ah
,
quelfatalengagement,
Sivofhccœur cftpour OrOfde!
Ainsise plaignoit l'autre jour,
Tircis au bord d'une Fontaine,
Où pour Orente il montroit moins
de haine,
Jïue pour Iris il ne montroit
d Amour,
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Résumé : RÉPONSE Sur les mesmes Rimes.
Le texte relate un dialogue poétique entre Iris et Tircis, centré sur leurs tourments amoureux. Iris s'interroge sur les maux que le ciel lui réserve et exprime sa crainte face à des rigueurs éprouvées. Elle espère que ces épreuves la rendront sensible et apaiseront son cœur, tout en reconnaissant que l'Amour ne peut la forcer à aimer contre sa volonté. Cependant, elle redoute de nouveaux troubles émotionnels. Tircis, de son côté, se plaint de son engagement envers Oronte, qu'il trouve redoutable et dont le bonheur le touche profondément. Il avoue son dépit et sa honte, confessant qu'il en meurt. Tircis se remémore une scène où, près d'une fontaine, il montrait moins de haine pour Oronte que d'amour pour Iris, soulignant ainsi ses conflits émotionnels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 118-167
LA DEFFENSE DES BOUTS-RIMEZ, OU Réponse à la Lettre de Mr de Bellocq, qui est dans le Mercure Galant du mois de Juillet 1694.
Début :
L'Ouvrage qui suit merite vostre curiosité ; il est de Mr / Mes Amis de Cabinet, qui sçavent mes goûts, & mes [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Rimes, Sonnet, Poésie, Poètes, Jeu, Lanternistes, Gloire, Style, Matière, Perroquet, Jean-François Sarasin, Sentiments, Poète, Toulouse, Princesse de Conty, Auteur, Poème, Parnasse, Défense
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA DEFFENSE DES BOUTS-RIMEZ, OU Réponse à la Lettre de Mr de Bellocq, qui est dans le Mercure Galant du mois de Juillet 1694.
LA DEFFENSE
DES BOUTS-RIMEZ,
OV
Réponfià laLettredeAdr
,
de Bellocq, qui cil dans
le MercureGalant du
moisdeJuillet 1694..
M 1 !1.. Es Amis de Cabinet
qui sçavent mes goûts,
&mes sentimens pour les ouvrages
d'esprit,s'etonneront
sans doutede me voir prendec
la deffense des Bouts rimez,
pour kfquels je leur ay
toujours marqué assez peu
d'inclination, & mesine pour
le Sonnet ordinaire, qui est
entre les petits POëlUtS) le
chef
-
d'oeuvre des Poëtes;
mais quoy qu'on n'aime pas
certaines choses,on ne laisse
pas de les estimer, &de les
loüer quand elles le méritent,
& qu'elles ont l'approbation
des habilesgens,&desconnoisseurs.
J'aychargé autrefois
mes tablettes & ma memoire
desplus beaux Sonmets,
sans oubliermesme celuy
luy ic Desportes,qui faisoit
les délices de Henry III. &
qui valut dix mille écus àce
Poëte. C'estl'ouvrage d'efpric
lIr plus precieux, & qui a elle
le mieux payé. Je recite encore
souvent les Sonnées de
Job & d'U ranie, & si j'avois
esté de ce. tem ps là, j'aurois
esté Jobelin,ou Uranin, car
assurement j'eussepris party,
&je n'aurois pas fait comme
Balzac., & plusïeurs autres
beaux Esprits
,
qui n'osesent
jamais se déclarer ny pourny
contre. Les Bouts - rimez de
Sarasin sur la mort du Perroquet,
m'onttoujours plû; &
pour venir à ceux que Mrs les
Académiciens de Toulouse,
nommez Lanternistes, ont
propofezau Public,je trouve
le Sonnet du Chevalier de
Pont, qui a remporté le Prix,
fort beau. Peut estremesme
qu'on m'auroit vû dans le
Mercure Galant luy en disputer
la gloire, si d'autres occuparions
ne m'en avoient
empêché; carquand ils'agit
d'un Prix à la loüange du
Roy
,
il est difficile de n'estre
pas tenté d'entrer dans la lice
comme les autres. C'tlt
une témerité qui est pardon-.
nable. Aussi j'avouë que ce
n' est point par prudence ou
par modestie que je ne l'ay
pas fait; mais à l'heure qu'il
est, je ne m'aviferay pas de
grossir le triomphe du Vainqueur
par le nombre des
Vaincus. Je fuis plÛlOtl: d'avis,
battu pour battu
,
de
prendre le party des Boursrimez
,que je voy tom ber en
ruine, si quelqu'un ne s'oppose
à Mr Bellocq ,qui vient
de leur faire une cruelle guerre,
dans une Letrre fort spi.
rituelle, & galamment écrite,
t
qui se trouve dans le Mercure;
Galant du mois de Juillet dernier.
L'entrepriseest hardie,
maiselle est loüable, quand
mesme je n'y réuffirois pas,
& si j'y réussis, quel honneur
n'auray-je point d'avoir combattu
le General Bellocq
» rétabli les Bouts-rimez, &:
défendu lacause des Lanternistes?
Cela me donne des
idées qui me réjouissent pa
avance, &qui me font pren
dre la plumeaux perils de qui
il apparciendra. -
Cependant comme j'en
treprens feulement ladefense I
des Bouts rimez
,
& que je
n'aynullement en vûë d'attaquer
M1 Bellocq, pour qui
j'ay toute l'estime&toutela
consideration que ses Ouvrages
J
peuventinspirer dans
l'esprit d'un honneste homme,
je n'ay pas dessein de
faire une Critique de cette
Apologie,quoy qu'il foit
permis de repousser la force
par la force. On ne doit donc
pas s'attend re que je m'atta.
che icy à examiner sa Letrre,
& son Sonnet pour Madame
la Princesse de Conty. La
Lettre est pleine d'esprit, de
sel, & d'agrément, & s'il y
quelque chose de dur &
di
violent qui recombe sur Mrs
les Lanternistes, c'est à eu»]
de le peser,& d'y faire toute
l'attention qu'il leur plaira.
Pour le Sonnet, l'incomparable
Princesseà ia gloire de"
laquelle il cit fait, le met à
couvert de toute censure.
Neanmoins comme l'Auteur
arelevé luy-mesme le mot de
J.tobufte dans le sens qu'il
luya donné, & dont il se fait
un scrupule, je veux bien luy
dire ma pensée la.d,,ssus)&je
le fais d'autant plus volontiers,
que cela peur servir aî
l'intelligence des Bouts rimez,
& pour les julttfler auprés
de ceux qui sont prévenus
concre ce genre de Poësie.
Il est surprenant que !\,P
Bellocq, qui se récrie tant
contre la bizarreriedesBoutsrimez,
ait rendu celuy de Rohaflt
barbare
,
de propre ôc
simple qu'il eltoua par rafplication
metaphorique qu il
en afaite. A le bi n prendre,
les Bouts rimez doivent estre
composez determes propres,
naturels&usitez,quoy qu'ils
paroissent heteroclites & barbares,
& toute leur singularité
ne vient que de leur arrangement,
& du peu de convenance
qu'ilsontensemble-
Il est vray que pour les remplir
plus facilement, on peut,
leur donner un sens figuré,
O mais il ne faut pas abuser de
cette regle
, autrement on
fait un Sonnet en galimatias,
qui n'a rien de naturel, en
quoy consiste toute sa beauté
;
naturel difficile à attraper,
& qu'on ne trouve qu'en
s'éloignant de la metaphore,
& en Lissant aux mots leur
signification propre & ordinaire.
Cette façon de parler
est trop hardie,surtoutdans
un petit Poëmeoù tout doit
estre poli, exact & correct.
Cette epithete pourroit passer
dans quelque description
d'un Poëme Epique, où la
fougue du Poëte, qui ne luy
donne pas le loisir de réflechir,
efi. pardonnable; mais
icy,où l'on doit agir de sang
rassis, on ne luy fera point de
grâce, ny de quartier , par
la raison mesme qu'il en devroit
leplus attendre pour la
beauté & l'élegance deson
stile, qu'il a fait paroistre ailleurs.
Un celebre Auteur, ennemy
dangereux & redoutable,
& qui avoit lçu joindre l'adresseà
la force,tenta autrefois
la deffaite des Boutsrimez
, mais si Dulot fut
vaincu, & les Bouts-rimez
mis en fuite, la défaite ne fut
pas entiere
,
& le vainqueur
ne joüit paslong
- temps du'
fruit de sa victoire. Comme
Sarazin entreprit cette guerre
sans necessité
,
& seulement
pour complaire à un grand
Prince qu'il servoit, il sir paroistre
plus d'emportement
& de faux zele, que de prudence
,& de conduite; car
puis qu'il avoit rempli avanr
la défaite des Bouts-rimez,
ceux qu'un fameux Ministre
d-EHat avoit proposez sur la
morr du Perroquet d'une Dame
illustre dela Cour, il ne
devoit pas détruire ensuite ce
qui avoit contribué à sa gloire,&
pouffer de la sorte nn.
venteur d'une chose quiluy
avoit esté si avantageuse. Je
sçay bien qu'on a loüé Sarasin
d'avoir employé les mesmes
mots prescrits à la défaite
des Bouts rimez, en faisant
de ces rimes burlesques, les
HerosimaginairesdesonPoëme;
maiss'i l y a deteipric,&:de
l'inventionen cel a,il y aaussi
de la rufe & de la malice, 6c
je doute fort si ce ridicule ne
rejallit poïnt sur la Dame qui
pleuroit son Perroquet, &
sur le Ministre qui avoit donnê
les rimes pour faire son
epitaphe.
Mais quoy qu'il en foie,
ces deux formidables ennemis
des Bouts-rimez,onttenté
une entreprise vaine, & à
laquelle ils n'ont pû réüssir.
Dulot vaincu avec les quatorze
Generaux,& ses Troupes
taillées enpieces dans la
Plaine de Grenelle,n'ont pû
abatre & ruinerce parti. Cette
Plaine a esté comme le
Champ de Cadmus,quia
produit de nouveaux Soldats
quil'ontrelevé,& qui le foutiendront
toujours malgré
tous ses ennemis. LesBoutsrimez
,semblables aux Gots à
sqiui Mr Bellocq les compare
plaisamment
,
ontreparu
de temps en temps ,
& fait
des coures sur le Parnasse
François, où ils ont bien la
mine de regner plus longtemps,
que ne firent ces Peuples
dans les Gaules : & comme
s'ils avoient la mdme
destinée,ils ont choisi aussibien
qu'eux le Languedoc,
& la Ville de Toulouse pour
retraite, & poury établir leur
em pire, sous les loix&la conduite
des Lanternistes,Chefs
qui ont succedé glorieusementau
fameuxDulot.Quelle
joye pour ce Dulot, lors
qu'un deces Lanternistes luy
viendra annoncer quelque
jour,dans les Champs Elisées,
le rerablissement de ces chers
enfans
,
& fidelles sujets les
Bouts-rlmcz! Quelle gloire
pour ces Lanterniites de les
avoir ralliez, & mis non seulementen
estat de tenir teste
à leurs ennemis
,
mais d'aller
de pair dans l'empire de la
Poësie
, avec tous les autres
Poëmes, & d'avoir la Muse
Terpficore pour Patronne, &
Apollon mesme pour Protecteur.
A prés cela, on aura beau
faire, on ne viendra jamais à
bout de chass r les Bouts rimez
du Parnasse. En vain on
presentera des requestes à
ApoBaa ; en vain on les décriera
à la Cour & à la Ville.
La Muse enjouée & badine
qui préside aux Jeux Poëtiques
,aura soin de les deffendre
& de les proteger, & ils
seront toujours le divertissement
des jeunes Poëtes , &
des personnes galantes qui
aiment nostre Poësie.AVersailles
comme à Paris,à Paris
comme à Toulouse,on sera
cLs Bouts-rimez ,on les remettra
sur le tapis, & ils red
viendront à la mode l'en
en comme des Proverbes; ils
sont décriez, on plaisante de
ceux quis'en servent;cependant,
on jouëencore tous ks
jours aux Proverbes. C'estun
jeu, dit-on;& je repons que
les Bouts-rimez sont aussi un
jeu quiamuse, & quifait plaisir
aux personnes spirituelles
qui ont du genie pour les
Vers. Toutes les Sciences,
tous les beaux Arts, ont leurs
jeux, ôc leurs délassemens,
pour ceux qui s'attachent
avec trop d'application, ou
quine font pas capables d'une
meditation profonde, &
d'untravail assidu.Telles sont
les Recreations Mathematiques,
les Questions, les Experiences
}
& les Problêmes
dans la Philosophie & dans
la Morale, & les Bouts-rimez,
les Rondeaux, & les
Balladesdans nostre Poësie,
pour délasser les Poëtes qui
travaillent à des Poëmes serieux
& de longue haleine,
ou pour amuser ceux qui ne
font des Vers que pour se
divertir. Mais de tous ces
Jeux poëtiques, il est certain
que les Bouts rimez font les
plus spirituels & les plus agréables
dans - les Compagnies,
& j'ajoûte, les plus
propres pour exercer un commerce
avec les Dames & avec
ses Amis. Tout le monde n'a
pas de genie pour lesImpromptu
; il faut rêver quelquefois
longtemps pour bien
tourner un Rondeau,&pour
en faire un bon, & du goust
de Marot&de Voiture, mais
pour remplir des Bouts rimez
il ne faut qu'un peu d'esprit
& de feu d'imagination, Se
sçavoir la mesure des Vers,
on fait un Sonnet dans un
moment. Les meilleurs & les
plus heureux font ceux qu'-
on remplit sur le champ, ôc
dont les rimes sont les plus
heteroclites. Je parle dans
les occasions de galanterie
où l'on jouë & où l'onbadine;
car en matiere serieuse,
& dans le stile sublime, far
vouë qu'ils sont tres-difficiles,
& qu'onenfait peu d'excellens.
C'est mesme un fort
bon moyen pour apprendre
àfairedes Vers & à compofer
juste,parce qu'on apprend
- par là tout d'un coup larime,
la mesure du Vers, & la suite,
-
&laliaison dudiscours, sans
parler de la composition du
Sonnet, qui de tous les petits
Poëmes estleplusingenieux,
&leplus difficile. Les Boutsrimez
en sont comme le canevas
,
& quand ils sont bien
disposez
,
cela donne une
grande facilité pour en faire
un bon.
A prendre la chose dans
son origine, lesBouts-rimez
doivent leur naissance au
Sonnet. Tous les Poëtes qui
s'attachent àce genre de
Poësie, commencent presque
toujours par là
, car on cil
bien avancé quand on a ttouvé&
disposé les rimes. Du
Lot, célébré Inventeur des
Bouts-rimez, ne fit que publier
ce secret, & en établir
l'ulage; ce qui donna lieu cn
fuite d'en choisit de bizarres
& de ridicules pour se faire
un jeu, & pour rendre le Sonnet
plus difficile. Comme
l'histoire de cette Invention
deDulor estdans la Préfacé
queMrPelissonfîtpour mettreàlateste
du Poëme de la1
défaite des Bouts-rimez par
Sarasin,je n'en parleray pas
davantage;j'aime mieux dire
quelque chose de la nature
des Bouts-rimez,afin que le
Lecteur pleinement instruit,
puisse juger plus équitablement
du mérité de leur cause.
! Pour bien réüssir dans la
composition des Bouts-rimez,
il faut choi sir des Rimes
propres & convenables
au fujec qu'on veut traiter;
car je ne suis pas de l'avis de
ceux qui commencent d'abord
par des Rimes vagues
& arbitraires, sans se proposer
aucune matiere déterminée.
Je sçay bien qu'on les
peut appliquer en fuiteâ differens
su jets, mais comme
il est libre à chacun de les appliquer
à celuy qu'il aime le
nieux, je soutiensqu'on doit
Lu commencement choisir
une matière à laquelleils conviennent;
mais sur rout qui
soit propre à inspirer des sentimens
nobles & relevez,
tendres & galans, selon que
le sujet le demande, des pensées
ingenieuses & delicates,
judicieuses & raisonnables
des expressions justes & naturelles;
un stile pur & intelligible;
&non pas des sentimens
bas, & des pensées fausses&
extravagantes;desexpressions
forcées,& précieuses; un stile
obscur & barbare. Et c'est en
cela que doit consister ladifserence
des Boutsrimez
,
&
de
a
de la Poësie burlesque. Les
Rimes capricieuses & fantasques
sont bonnes, ou du
moins su pportables, dans les
fumées de Satire & de galanteie,
où il est permis de badier
quelquefois
, & d'outrer
es choses; mais non pas dans
es matieres graves & serieues,
où tout doit estresensé,
grand
,
pompeux,&sublime.
Les Bouts-rimez sur la mort
~ln Perroquet de Madame du
Plessi s Belliére, estoient
Fort bien trouvez, mais je
rous avoue que je n'en pourois
souffrir iur la mort d'un
grand Prince, quelqueinvention
)
& quelque tour que le
Poëte pustleur donner. ilen
a paru d'autres longtemps
aprés, qui ontfait bruit dans
le monde, par les veritez
dont ils estoient remplis sur
plusieurs personnes de differentes
conditions. Ils eurent
un merveilleux succés dans
la Satire, mais il s'en fallut
bien qu'ilsn'eussent le mesme
bonheur, lors qu'on voulue
les;remplirà la louange du
Roy,&de quelques Dames
de laCour.Ilscommencoient
parïïiqmçiBrilut.e, 1. t,
Tabac, & finissoient par Eclanche,
ôiRcbjM.Lîp\uCp3Lttdtnos
Poëtes y échoucrent,& il n'y
cut queMademoiselle deScudery
quien remporta toute la
gloire; mais en effet, il n'appartient
qu'à elle de changer
la brique en diamant, & de
faire un Sonnet achevé d'un
Rebus.
Ce n'est pas en ces termes
qu'on doit loüer un grand
Roy. Il me semble-que je
l'encens haranguer par les
Députez de la Villette, ou
de Vaugirard. Je ne prérens
pas pour cela blâmer le defsein
desLanterniftes,&conJ
damner plusieurs Bouts-rimez
que des personnesdistinguées
par leur qualité,
&r,
par leuresprit, ont proposez
aurrefois au public, à lagloire
du Roy. Au contraire, je les;
approuve, je les loüe
,
mais
ils pardonneront à ma sincerité
,
si en deffendant les
Bouts-rimez, j'en condamne
l'excés qui consille principalement
dans le choix bizarre desMais, dit on,si
on enexclud les Rimes ex- traordinaires ,ils n'auront
rien de rare,d'ingeaieux, de
difficile; ce ne fera plus que
le simple squeleted'un Sonnet
commun. Comme on ne
se laffe point de rebatre (OÛ"
jours la mesme chose , je re-
# peteray encore une fois pour
toutes , que je ne pretens
point exclurre les Rimes singulieres
des fuicts, enjouez
i
ou satyriques ; mais seulement
des matieres serieuses,
& relevées, telles que sont les
Panegyriques des Princes
dans lesquels il est assez mal-,
aisé de réussir avec les Rimes
les plus nobles, & les plus
riches;& si on y fait un peu
d'attention, on avoüera avec
moy , que des Bouts-rimez.
tout simples font plus difficiles
à remplir que les autres
On en voit tous les jours de
fort beaux de cette maniéré,
quiconfirment l'opinion que
j'avance. Cela estant ainsi , il n'y aura plus rien à critiquer
dans ce genre de Poësie,
& son conviendra mesme
qu'elle peutestre de quelque
utilité, sans parler du plaisir
qu'elle peut donner, comme
un jeu d'esprit fort agreable.
Il ya encore une autre chose
fort blâmable dans les
Bout*rimez-.-elle vient de la
part deceuxquiles donnent,
c'estle mauvaisarrangement
ou plutost l'affectation avec
laquelle ils les disposent. Ils
croyent qu'il y a une grande
finesse à ce jeu, mais en voulant
les rendre plus difficiles,
ils lesrendent seulementplus
bizarres &plus ridicules, car
ceux qui n'onten vue que de
remplir les rimes,&faire simplement
quatorze Vers, ne
s'arrestent pas pourcette dit
ficulté, & se mettent peu en
peine de cet impertinent arrangement
; mais ceux qui
veulent faire un Sonnet juste,
lié, & suivi
,
tombent par là
dans un galimatias qu'il etc
impossible d'éviter,quelque
penetration,& quelque nettetéd'esprit
qu'ils puissent
avoir.C'est icy le plus grand
deffaut des Bouts-rimez,&
un abus étrange de ceux qui
s'y appliquent; car pourquoy
ne leur pas donner une
disposition naturelle, & convenable
dans les Quatrains
& dans lesTercets,afin que
le Sonnet n'ait rien d'extravagant?
Ceux que Mrs les
Lanternistesont proposezau
Public, n'ont rien de bizarre
& d'affecté
,
& sont placez
dans cette raisonnable oeconomie
que je demande. Aussi
ont-ils produit des Sonnets
fort justes& fort beaux; mais
quelquefois on échouë sur de
certaines rimes pour trop de
rafinement, & pour ne vouloir
pas s'en servir dans leur
sens naturel.C'est ce que la
pluspart ont fait au mot de
Buste dans les rimes des Lan.
temistes. Monsieur le Duc,
Mrl'AbbéBrunet, l'ont pris
figurément pour le mot de
corps, dans leurs beaux Sonnets
pour Madame la Princesse
de Conty. Je n'ay garde
de reprendre cela comme
une faute, dans desSonnets
dont le stile effc si pur, & la
construction si aisée, & où
les rimes sont appliquées
avec tant de justesse,
qu'il
semble que tout ce qu'elles
pouvoient avoir de dur &de
barbare,n'ait servi qu'à rendre
les Vers plus forts& plus
majestueux. Mais pour reve-t
nir au mot debuste,qui estun
terme de l'art, dont lès Scul-
- pteurs & les peintres se seri
vent pour exprimer une mamere
antique, de representer
les personnes à demi corps,
& sans mains, on peut facilement
s'en servir dans sa signification
propre sans employer
le sensmoral; & c'est
ce qu'a fait heureusement
Mr leDuc de la Feuïllade.
Que l'on montrey ofntyjeule~
mentvojlrc Buste
Dans les trisses climats où régnent
les glaçons.
Il y a encore une autre forte
de Bouts.rimez, qu'on
fait tous les jours dont l'o*
rigineeftauffi ancienne que
nostre Poësie.C'estquand
on répond dans les mesmes
rimes aux Vers que l'on nous
envoye;ce qui arrive souvent
sans y penser
,
&: sans préméditation;
& pour lors on
y réussit, car cela vient naturellement
, & sans y estre
forcé; mais s'ily a de l'affectation
)
& qu'on s'en fasse
un jeu,cen'est plus rien
,
qui
vaille, &l'oneH encoreplus
contraint que dans les prescrits
de commande. Mais
c'est assez parler de la compoficion
des Bouts-rimez,
achevons leur Apologie,
Comme je fuis trop sincere
pour approuver ce qui est
blâmable, & pour louër ce
qui ne le merite pas,je conviens
ingenument avec les
Critiques, que les Bouts-rimex
ne sont qu'un jeu d'esprit
; qu'on les a pouffez trop
Join, que l'excés en est condamnable,
& qu'on a raison
de vouloirreformer cet abus
surle Parnasse: mais aussi on
demeurera d'accord ave nioi.
que l'invention en est loüable
;
qu'ils ne sont pas indignes
de l'amusement des
bons Poëtes, & des honnestes
gens, & qu'ils ne doivent
pasestre bannis de la Republique
des Lettres. Il ne faut
pass'étonner qu'on les ait
décriez& tournezen ridicule
aprés que Sarasin s'en fut
avisé le premier
3
&qu'il eut
fait connoistre le caractere
extravagant de leur Auteur.
Tous les Critiques enjouëz
& spirituelsont triomphé depuis
surce sujet, & ont eu
un beau champ de plaisanter.
M Bellocq y est entré com<
me les autres, & semble en!
estresorti victorieux. Cependant
quand la grace de la
HCLWcaucë estperduë pour
ces fortes dechoses,ellesont
peu d'agrément, on s'enlasse
& ons'en dégoûte, quoy que
la matiere soit inépuisable.
Voilace que je répons aux
Antilantermites,& à tous
ceux qui font une si cruelle
guerre auxBouts-rimez, car
il faut plaisanter avec ceux
qui plaisantent, ou plûtost
avec ceux qui donnent des
plaisanteries pour de bonnes
raisons. Mais pour finir plus
feriel\(è:m' nt ce dilcours , je
fuis persuadéque tous les
^dprns bien sensez seront
grace aux Bouts-rimez, &
prendront leur parti, aprés
avoir reconnu leur merite,
&ce qu'on en peut faire lors
qu'ils tombent entre les
mains d'un genie heureux,
& qui a du talent pour la
Poësie. Je n'en veux pour
exemple que les beaux Sonnets
qui viennent de paroître
sur lesrimes des Lanternistes,
à la loüange de Madame la
Prince sse de Conty, comme
la plus belle & la plus
riche matiere qu'on pouvoit
prendre pour luyplaire, dans
le desir qu'elle avoitmarque
de les voir dignement mis
en oeuvre; ayant proposé
son Portrait enrichi de Diamansàceluyquiyréussiroit
le mieux ; Prix bien capable
d'exciter la plus noble émulation
qui fut jamais entre
les Poëtes; Portrait dont la
seule idéevaut un antousiasmequi
peut inspirertout
ce que lenaturel, l'art & l'invention
sçauroient avoir de
grand, de merveilleux, de
ublime
>
de rendre, de fin,
k de delicat, comme on le
peut voir entre autres dans
e Sonnet de Monsieur le
Duc,si digne de ce Prix, ce
qui fait que je ne puis m'env.
pescher d'appliqueràtous les
deux cette Epigramme d'un
Ancien, sur le Portrait célébre
de la Venus d'Appelle.
Egrcjjdm nuper Vcnerem de
marmorisIIndis1 marmori s *nd<s
, Afpice pracltrinobile Apd/if
opw.
Hacvisa Pallas, fic cum Junonc
locuta rfl :
Deforma Veneris cedere jure
decct.
Envoicy latraduction, que
j'ay faire feulement pour
mieux expliquer ma pensée.
Quand d'un dosse pinceau l'inge:
nieuxappelle
Reprefinta Venuîensortant de
kiner,
,
1J
Palltf en surcharmée
1 & d'un -ire amer,
La montrantàJunon:Cédonsluyylujydit
elle,
,
La qjoiredestre la plus belle.
Madame la Princesse de
Contyn'at-elie pas lemesme
droit que Venuseut autrefois
sur lesDéesses, d'exiger
des plus belles Personnes
dela terre,qu' elles luy cedent
toue l'avantage de la beauté;
beauté dont on doit reconnoistre
icy le pouvoir,&qui
échaufe si vivement les ames,
que je nesuis point surpris
qu'on aitsi bien réussi pour
elle dans ces Bouts-rimez.
Avoüons que le triomphe
seroit complet, de celuy qui
par deux Sonnets superieurs
à tous les autres, emporteroit
sur ses Concurrens le
Portrait de nostre Auguste
Monarque, &celuy de cette
incomparable Princesse. On
pourroit bien dire de cet
heureux Vainqueur.
fleureuxd'avoirfaitunOuii
.r( 'v1Jrraagg~e
Qui de Louis & d'elle a meriték
iÚ limage;
Il voit, en regardant l'un&tau.
tre tableau,•
Tout ceque l'Universadegrand
; 1
q 0* de beau.-vt i. L Mais heureuse & glorieuse,
v tout ensemble
, cette
naissante Academie de Toulouse
, de s'estre attiré les
regards,& la protection de
cette incomparable Princesse
se, en travaillant à la gloire
du Roy. Que de grâces ne
doit elle point rendre à Apoll
lon. & aux Muses d'avoirrendu
les jeux ôc ses amusemens
si précieux! L'honneur dW
voir rétabli lesBoucs ! rimez
est le moindreavantage qu'
elle s'en doit promettre; elle peut encoresevanter
d'avoir fait mettre au jour
lesplus beaux Sonnets qui
ayent parudepuisceux deJob
& d'Uraniede galante & d'amoureuse
mémoire, & qui ni
font pas moins debruit dans
le monde. Ils font déjà secte
ôcjparty àla Cour & à la Ville
& je prevoy qu'ils vont exciter
-
une grosse guerre-sur. le
Parnasse
, car leurs Auteurs
font bien d'autres Paladins
que Voiture, & Benserade.
Ce sont la pluspart des Héros
& des Demi- Dieux qui
sont crcm b ler l'Olimpe
,
&
donc on doit craindre la soudre;
maisApollon sur tour.
Enfin, aux Bouts-rimek tout devientfavorabley
Et le nom de Conry qui leurfut
sifatal,
Sous cette Princejjeadorable9
Leur fait autant de bien, qu'il
leur a fait de mal.
DES BOUTS-RIMEZ,
OV
Réponfià laLettredeAdr
,
de Bellocq, qui cil dans
le MercureGalant du
moisdeJuillet 1694..
M 1 !1.. Es Amis de Cabinet
qui sçavent mes goûts,
&mes sentimens pour les ouvrages
d'esprit,s'etonneront
sans doutede me voir prendec
la deffense des Bouts rimez,
pour kfquels je leur ay
toujours marqué assez peu
d'inclination, & mesine pour
le Sonnet ordinaire, qui est
entre les petits POëlUtS) le
chef
-
d'oeuvre des Poëtes;
mais quoy qu'on n'aime pas
certaines choses,on ne laisse
pas de les estimer, &de les
loüer quand elles le méritent,
& qu'elles ont l'approbation
des habilesgens,&desconnoisseurs.
J'aychargé autrefois
mes tablettes & ma memoire
desplus beaux Sonmets,
sans oubliermesme celuy
luy ic Desportes,qui faisoit
les délices de Henry III. &
qui valut dix mille écus àce
Poëte. C'estl'ouvrage d'efpric
lIr plus precieux, & qui a elle
le mieux payé. Je recite encore
souvent les Sonnées de
Job & d'U ranie, & si j'avois
esté de ce. tem ps là, j'aurois
esté Jobelin,ou Uranin, car
assurement j'eussepris party,
&je n'aurois pas fait comme
Balzac., & plusïeurs autres
beaux Esprits
,
qui n'osesent
jamais se déclarer ny pourny
contre. Les Bouts - rimez de
Sarasin sur la mort du Perroquet,
m'onttoujours plû; &
pour venir à ceux que Mrs les
Académiciens de Toulouse,
nommez Lanternistes, ont
propofezau Public,je trouve
le Sonnet du Chevalier de
Pont, qui a remporté le Prix,
fort beau. Peut estremesme
qu'on m'auroit vû dans le
Mercure Galant luy en disputer
la gloire, si d'autres occuparions
ne m'en avoient
empêché; carquand ils'agit
d'un Prix à la loüange du
Roy
,
il est difficile de n'estre
pas tenté d'entrer dans la lice
comme les autres. C'tlt
une témerité qui est pardon-.
nable. Aussi j'avouë que ce
n' est point par prudence ou
par modestie que je ne l'ay
pas fait; mais à l'heure qu'il
est, je ne m'aviferay pas de
grossir le triomphe du Vainqueur
par le nombre des
Vaincus. Je fuis plÛlOtl: d'avis,
battu pour battu
,
de
prendre le party des Boursrimez
,que je voy tom ber en
ruine, si quelqu'un ne s'oppose
à Mr Bellocq ,qui vient
de leur faire une cruelle guerre,
dans une Letrre fort spi.
rituelle, & galamment écrite,
t
qui se trouve dans le Mercure;
Galant du mois de Juillet dernier.
L'entrepriseest hardie,
maiselle est loüable, quand
mesme je n'y réuffirois pas,
& si j'y réussis, quel honneur
n'auray-je point d'avoir combattu
le General Bellocq
» rétabli les Bouts-rimez, &:
défendu lacause des Lanternistes?
Cela me donne des
idées qui me réjouissent pa
avance, &qui me font pren
dre la plumeaux perils de qui
il apparciendra. -
Cependant comme j'en
treprens feulement ladefense I
des Bouts rimez
,
& que je
n'aynullement en vûë d'attaquer
M1 Bellocq, pour qui
j'ay toute l'estime&toutela
consideration que ses Ouvrages
J
peuventinspirer dans
l'esprit d'un honneste homme,
je n'ay pas dessein de
faire une Critique de cette
Apologie,quoy qu'il foit
permis de repousser la force
par la force. On ne doit donc
pas s'attend re que je m'atta.
che icy à examiner sa Letrre,
& son Sonnet pour Madame
la Princesse de Conty. La
Lettre est pleine d'esprit, de
sel, & d'agrément, & s'il y
quelque chose de dur &
di
violent qui recombe sur Mrs
les Lanternistes, c'est à eu»]
de le peser,& d'y faire toute
l'attention qu'il leur plaira.
Pour le Sonnet, l'incomparable
Princesseà ia gloire de"
laquelle il cit fait, le met à
couvert de toute censure.
Neanmoins comme l'Auteur
arelevé luy-mesme le mot de
J.tobufte dans le sens qu'il
luya donné, & dont il se fait
un scrupule, je veux bien luy
dire ma pensée la.d,,ssus)&je
le fais d'autant plus volontiers,
que cela peur servir aî
l'intelligence des Bouts rimez,
& pour les julttfler auprés
de ceux qui sont prévenus
concre ce genre de Poësie.
Il est surprenant que !\,P
Bellocq, qui se récrie tant
contre la bizarreriedesBoutsrimez,
ait rendu celuy de Rohaflt
barbare
,
de propre ôc
simple qu'il eltoua par rafplication
metaphorique qu il
en afaite. A le bi n prendre,
les Bouts rimez doivent estre
composez determes propres,
naturels&usitez,quoy qu'ils
paroissent heteroclites & barbares,
& toute leur singularité
ne vient que de leur arrangement,
& du peu de convenance
qu'ilsontensemble-
Il est vray que pour les remplir
plus facilement, on peut,
leur donner un sens figuré,
O mais il ne faut pas abuser de
cette regle
, autrement on
fait un Sonnet en galimatias,
qui n'a rien de naturel, en
quoy consiste toute sa beauté
;
naturel difficile à attraper,
& qu'on ne trouve qu'en
s'éloignant de la metaphore,
& en Lissant aux mots leur
signification propre & ordinaire.
Cette façon de parler
est trop hardie,surtoutdans
un petit Poëmeoù tout doit
estre poli, exact & correct.
Cette epithete pourroit passer
dans quelque description
d'un Poëme Epique, où la
fougue du Poëte, qui ne luy
donne pas le loisir de réflechir,
efi. pardonnable; mais
icy,où l'on doit agir de sang
rassis, on ne luy fera point de
grâce, ny de quartier , par
la raison mesme qu'il en devroit
leplus attendre pour la
beauté & l'élegance deson
stile, qu'il a fait paroistre ailleurs.
Un celebre Auteur, ennemy
dangereux & redoutable,
& qui avoit lçu joindre l'adresseà
la force,tenta autrefois
la deffaite des Boutsrimez
, mais si Dulot fut
vaincu, & les Bouts-rimez
mis en fuite, la défaite ne fut
pas entiere
,
& le vainqueur
ne joüit paslong
- temps du'
fruit de sa victoire. Comme
Sarazin entreprit cette guerre
sans necessité
,
& seulement
pour complaire à un grand
Prince qu'il servoit, il sir paroistre
plus d'emportement
& de faux zele, que de prudence
,& de conduite; car
puis qu'il avoit rempli avanr
la défaite des Bouts-rimez,
ceux qu'un fameux Ministre
d-EHat avoit proposez sur la
morr du Perroquet d'une Dame
illustre dela Cour, il ne
devoit pas détruire ensuite ce
qui avoit contribué à sa gloire,&
pouffer de la sorte nn.
venteur d'une chose quiluy
avoit esté si avantageuse. Je
sçay bien qu'on a loüé Sarasin
d'avoir employé les mesmes
mots prescrits à la défaite
des Bouts rimez, en faisant
de ces rimes burlesques, les
HerosimaginairesdesonPoëme;
maiss'i l y a deteipric,&:de
l'inventionen cel a,il y aaussi
de la rufe & de la malice, 6c
je doute fort si ce ridicule ne
rejallit poïnt sur la Dame qui
pleuroit son Perroquet, &
sur le Ministre qui avoit donnê
les rimes pour faire son
epitaphe.
Mais quoy qu'il en foie,
ces deux formidables ennemis
des Bouts-rimez,onttenté
une entreprise vaine, & à
laquelle ils n'ont pû réüssir.
Dulot vaincu avec les quatorze
Generaux,& ses Troupes
taillées enpieces dans la
Plaine de Grenelle,n'ont pû
abatre & ruinerce parti. Cette
Plaine a esté comme le
Champ de Cadmus,quia
produit de nouveaux Soldats
quil'ontrelevé,& qui le foutiendront
toujours malgré
tous ses ennemis. LesBoutsrimez
,semblables aux Gots à
sqiui Mr Bellocq les compare
plaisamment
,
ontreparu
de temps en temps ,
& fait
des coures sur le Parnasse
François, où ils ont bien la
mine de regner plus longtemps,
que ne firent ces Peuples
dans les Gaules : & comme
s'ils avoient la mdme
destinée,ils ont choisi aussibien
qu'eux le Languedoc,
& la Ville de Toulouse pour
retraite, & poury établir leur
em pire, sous les loix&la conduite
des Lanternistes,Chefs
qui ont succedé glorieusementau
fameuxDulot.Quelle
joye pour ce Dulot, lors
qu'un deces Lanternistes luy
viendra annoncer quelque
jour,dans les Champs Elisées,
le rerablissement de ces chers
enfans
,
& fidelles sujets les
Bouts-rlmcz! Quelle gloire
pour ces Lanterniites de les
avoir ralliez, & mis non seulementen
estat de tenir teste
à leurs ennemis
,
mais d'aller
de pair dans l'empire de la
Poësie
, avec tous les autres
Poëmes, & d'avoir la Muse
Terpficore pour Patronne, &
Apollon mesme pour Protecteur.
A prés cela, on aura beau
faire, on ne viendra jamais à
bout de chass r les Bouts rimez
du Parnasse. En vain on
presentera des requestes à
ApoBaa ; en vain on les décriera
à la Cour & à la Ville.
La Muse enjouée & badine
qui préside aux Jeux Poëtiques
,aura soin de les deffendre
& de les proteger, & ils
seront toujours le divertissement
des jeunes Poëtes , &
des personnes galantes qui
aiment nostre Poësie.AVersailles
comme à Paris,à Paris
comme à Toulouse,on sera
cLs Bouts-rimez ,on les remettra
sur le tapis, & ils red
viendront à la mode l'en
en comme des Proverbes; ils
sont décriez, on plaisante de
ceux quis'en servent;cependant,
on jouëencore tous ks
jours aux Proverbes. C'estun
jeu, dit-on;& je repons que
les Bouts-rimez sont aussi un
jeu quiamuse, & quifait plaisir
aux personnes spirituelles
qui ont du genie pour les
Vers. Toutes les Sciences,
tous les beaux Arts, ont leurs
jeux, ôc leurs délassemens,
pour ceux qui s'attachent
avec trop d'application, ou
quine font pas capables d'une
meditation profonde, &
d'untravail assidu.Telles sont
les Recreations Mathematiques,
les Questions, les Experiences
}
& les Problêmes
dans la Philosophie & dans
la Morale, & les Bouts-rimez,
les Rondeaux, & les
Balladesdans nostre Poësie,
pour délasser les Poëtes qui
travaillent à des Poëmes serieux
& de longue haleine,
ou pour amuser ceux qui ne
font des Vers que pour se
divertir. Mais de tous ces
Jeux poëtiques, il est certain
que les Bouts rimez font les
plus spirituels & les plus agréables
dans - les Compagnies,
& j'ajoûte, les plus
propres pour exercer un commerce
avec les Dames & avec
ses Amis. Tout le monde n'a
pas de genie pour lesImpromptu
; il faut rêver quelquefois
longtemps pour bien
tourner un Rondeau,&pour
en faire un bon, & du goust
de Marot&de Voiture, mais
pour remplir des Bouts rimez
il ne faut qu'un peu d'esprit
& de feu d'imagination, Se
sçavoir la mesure des Vers,
on fait un Sonnet dans un
moment. Les meilleurs & les
plus heureux font ceux qu'-
on remplit sur le champ, ôc
dont les rimes sont les plus
heteroclites. Je parle dans
les occasions de galanterie
où l'on jouë & où l'onbadine;
car en matiere serieuse,
& dans le stile sublime, far
vouë qu'ils sont tres-difficiles,
& qu'onenfait peu d'excellens.
C'est mesme un fort
bon moyen pour apprendre
àfairedes Vers & à compofer
juste,parce qu'on apprend
- par là tout d'un coup larime,
la mesure du Vers, & la suite,
-
&laliaison dudiscours, sans
parler de la composition du
Sonnet, qui de tous les petits
Poëmes estleplusingenieux,
&leplus difficile. Les Boutsrimez
en sont comme le canevas
,
& quand ils sont bien
disposez
,
cela donne une
grande facilité pour en faire
un bon.
A prendre la chose dans
son origine, lesBouts-rimez
doivent leur naissance au
Sonnet. Tous les Poëtes qui
s'attachent àce genre de
Poësie, commencent presque
toujours par là
, car on cil
bien avancé quand on a ttouvé&
disposé les rimes. Du
Lot, célébré Inventeur des
Bouts-rimez, ne fit que publier
ce secret, & en établir
l'ulage; ce qui donna lieu cn
fuite d'en choisit de bizarres
& de ridicules pour se faire
un jeu, & pour rendre le Sonnet
plus difficile. Comme
l'histoire de cette Invention
deDulor estdans la Préfacé
queMrPelissonfîtpour mettreàlateste
du Poëme de la1
défaite des Bouts-rimez par
Sarasin,je n'en parleray pas
davantage;j'aime mieux dire
quelque chose de la nature
des Bouts-rimez,afin que le
Lecteur pleinement instruit,
puisse juger plus équitablement
du mérité de leur cause.
! Pour bien réüssir dans la
composition des Bouts-rimez,
il faut choi sir des Rimes
propres & convenables
au fujec qu'on veut traiter;
car je ne suis pas de l'avis de
ceux qui commencent d'abord
par des Rimes vagues
& arbitraires, sans se proposer
aucune matiere déterminée.
Je sçay bien qu'on les
peut appliquer en fuiteâ differens
su jets, mais comme
il est libre à chacun de les appliquer
à celuy qu'il aime le
nieux, je soutiensqu'on doit
Lu commencement choisir
une matière à laquelleils conviennent;
mais sur rout qui
soit propre à inspirer des sentimens
nobles & relevez,
tendres & galans, selon que
le sujet le demande, des pensées
ingenieuses & delicates,
judicieuses & raisonnables
des expressions justes & naturelles;
un stile pur & intelligible;
&non pas des sentimens
bas, & des pensées fausses&
extravagantes;desexpressions
forcées,& précieuses; un stile
obscur & barbare. Et c'est en
cela que doit consister ladifserence
des Boutsrimez
,
&
de
a
de la Poësie burlesque. Les
Rimes capricieuses & fantasques
sont bonnes, ou du
moins su pportables, dans les
fumées de Satire & de galanteie,
où il est permis de badier
quelquefois
, & d'outrer
es choses; mais non pas dans
es matieres graves & serieues,
où tout doit estresensé,
grand
,
pompeux,&sublime.
Les Bouts-rimez sur la mort
~ln Perroquet de Madame du
Plessi s Belliére, estoient
Fort bien trouvez, mais je
rous avoue que je n'en pourois
souffrir iur la mort d'un
grand Prince, quelqueinvention
)
& quelque tour que le
Poëte pustleur donner. ilen
a paru d'autres longtemps
aprés, qui ontfait bruit dans
le monde, par les veritez
dont ils estoient remplis sur
plusieurs personnes de differentes
conditions. Ils eurent
un merveilleux succés dans
la Satire, mais il s'en fallut
bien qu'ilsn'eussent le mesme
bonheur, lors qu'on voulue
les;remplirà la louange du
Roy,&de quelques Dames
de laCour.Ilscommencoient
parïïiqmçiBrilut.e, 1. t,
Tabac, & finissoient par Eclanche,
ôiRcbjM.Lîp\uCp3Lttdtnos
Poëtes y échoucrent,& il n'y
cut queMademoiselle deScudery
quien remporta toute la
gloire; mais en effet, il n'appartient
qu'à elle de changer
la brique en diamant, & de
faire un Sonnet achevé d'un
Rebus.
Ce n'est pas en ces termes
qu'on doit loüer un grand
Roy. Il me semble-que je
l'encens haranguer par les
Députez de la Villette, ou
de Vaugirard. Je ne prérens
pas pour cela blâmer le defsein
desLanterniftes,&conJ
damner plusieurs Bouts-rimez
que des personnesdistinguées
par leur qualité,
&r,
par leuresprit, ont proposez
aurrefois au public, à lagloire
du Roy. Au contraire, je les;
approuve, je les loüe
,
mais
ils pardonneront à ma sincerité
,
si en deffendant les
Bouts-rimez, j'en condamne
l'excés qui consille principalement
dans le choix bizarre desMais, dit on,si
on enexclud les Rimes ex- traordinaires ,ils n'auront
rien de rare,d'ingeaieux, de
difficile; ce ne fera plus que
le simple squeleted'un Sonnet
commun. Comme on ne
se laffe point de rebatre (OÛ"
jours la mesme chose , je re-
# peteray encore une fois pour
toutes , que je ne pretens
point exclurre les Rimes singulieres
des fuicts, enjouez
i
ou satyriques ; mais seulement
des matieres serieuses,
& relevées, telles que sont les
Panegyriques des Princes
dans lesquels il est assez mal-,
aisé de réussir avec les Rimes
les plus nobles, & les plus
riches;& si on y fait un peu
d'attention, on avoüera avec
moy , que des Bouts-rimez.
tout simples font plus difficiles
à remplir que les autres
On en voit tous les jours de
fort beaux de cette maniéré,
quiconfirment l'opinion que
j'avance. Cela estant ainsi , il n'y aura plus rien à critiquer
dans ce genre de Poësie,
& son conviendra mesme
qu'elle peutestre de quelque
utilité, sans parler du plaisir
qu'elle peut donner, comme
un jeu d'esprit fort agreable.
Il ya encore une autre chose
fort blâmable dans les
Bout*rimez-.-elle vient de la
part deceuxquiles donnent,
c'estle mauvaisarrangement
ou plutost l'affectation avec
laquelle ils les disposent. Ils
croyent qu'il y a une grande
finesse à ce jeu, mais en voulant
les rendre plus difficiles,
ils lesrendent seulementplus
bizarres &plus ridicules, car
ceux qui n'onten vue que de
remplir les rimes,&faire simplement
quatorze Vers, ne
s'arrestent pas pourcette dit
ficulté, & se mettent peu en
peine de cet impertinent arrangement
; mais ceux qui
veulent faire un Sonnet juste,
lié, & suivi
,
tombent par là
dans un galimatias qu'il etc
impossible d'éviter,quelque
penetration,& quelque nettetéd'esprit
qu'ils puissent
avoir.C'est icy le plus grand
deffaut des Bouts-rimez,&
un abus étrange de ceux qui
s'y appliquent; car pourquoy
ne leur pas donner une
disposition naturelle, & convenable
dans les Quatrains
& dans lesTercets,afin que
le Sonnet n'ait rien d'extravagant?
Ceux que Mrs les
Lanternistesont proposezau
Public, n'ont rien de bizarre
& d'affecté
,
& sont placez
dans cette raisonnable oeconomie
que je demande. Aussi
ont-ils produit des Sonnets
fort justes& fort beaux; mais
quelquefois on échouë sur de
certaines rimes pour trop de
rafinement, & pour ne vouloir
pas s'en servir dans leur
sens naturel.C'est ce que la
pluspart ont fait au mot de
Buste dans les rimes des Lan.
temistes. Monsieur le Duc,
Mrl'AbbéBrunet, l'ont pris
figurément pour le mot de
corps, dans leurs beaux Sonnets
pour Madame la Princesse
de Conty. Je n'ay garde
de reprendre cela comme
une faute, dans desSonnets
dont le stile effc si pur, & la
construction si aisée, & où
les rimes sont appliquées
avec tant de justesse,
qu'il
semble que tout ce qu'elles
pouvoient avoir de dur &de
barbare,n'ait servi qu'à rendre
les Vers plus forts& plus
majestueux. Mais pour reve-t
nir au mot debuste,qui estun
terme de l'art, dont lès Scul-
- pteurs & les peintres se seri
vent pour exprimer une mamere
antique, de representer
les personnes à demi corps,
& sans mains, on peut facilement
s'en servir dans sa signification
propre sans employer
le sensmoral; & c'est
ce qu'a fait heureusement
Mr leDuc de la Feuïllade.
Que l'on montrey ofntyjeule~
mentvojlrc Buste
Dans les trisses climats où régnent
les glaçons.
Il y a encore une autre forte
de Bouts.rimez, qu'on
fait tous les jours dont l'o*
rigineeftauffi ancienne que
nostre Poësie.C'estquand
on répond dans les mesmes
rimes aux Vers que l'on nous
envoye;ce qui arrive souvent
sans y penser
,
&: sans préméditation;
& pour lors on
y réussit, car cela vient naturellement
, & sans y estre
forcé; mais s'ily a de l'affectation
)
& qu'on s'en fasse
un jeu,cen'est plus rien
,
qui
vaille, &l'oneH encoreplus
contraint que dans les prescrits
de commande. Mais
c'est assez parler de la compoficion
des Bouts-rimez,
achevons leur Apologie,
Comme je fuis trop sincere
pour approuver ce qui est
blâmable, & pour louër ce
qui ne le merite pas,je conviens
ingenument avec les
Critiques, que les Bouts-rimex
ne sont qu'un jeu d'esprit
; qu'on les a pouffez trop
Join, que l'excés en est condamnable,
& qu'on a raison
de vouloirreformer cet abus
surle Parnasse: mais aussi on
demeurera d'accord ave nioi.
que l'invention en est loüable
;
qu'ils ne sont pas indignes
de l'amusement des
bons Poëtes, & des honnestes
gens, & qu'ils ne doivent
pasestre bannis de la Republique
des Lettres. Il ne faut
pass'étonner qu'on les ait
décriez& tournezen ridicule
aprés que Sarasin s'en fut
avisé le premier
3
&qu'il eut
fait connoistre le caractere
extravagant de leur Auteur.
Tous les Critiques enjouëz
& spirituelsont triomphé depuis
surce sujet, & ont eu
un beau champ de plaisanter.
M Bellocq y est entré com<
me les autres, & semble en!
estresorti victorieux. Cependant
quand la grace de la
HCLWcaucë estperduë pour
ces fortes dechoses,ellesont
peu d'agrément, on s'enlasse
& ons'en dégoûte, quoy que
la matiere soit inépuisable.
Voilace que je répons aux
Antilantermites,& à tous
ceux qui font une si cruelle
guerre auxBouts-rimez, car
il faut plaisanter avec ceux
qui plaisantent, ou plûtost
avec ceux qui donnent des
plaisanteries pour de bonnes
raisons. Mais pour finir plus
feriel\(è:m' nt ce dilcours , je
fuis persuadéque tous les
^dprns bien sensez seront
grace aux Bouts-rimez, &
prendront leur parti, aprés
avoir reconnu leur merite,
&ce qu'on en peut faire lors
qu'ils tombent entre les
mains d'un genie heureux,
& qui a du talent pour la
Poësie. Je n'en veux pour
exemple que les beaux Sonnets
qui viennent de paroître
sur lesrimes des Lanternistes,
à la loüange de Madame la
Prince sse de Conty, comme
la plus belle & la plus
riche matiere qu'on pouvoit
prendre pour luyplaire, dans
le desir qu'elle avoitmarque
de les voir dignement mis
en oeuvre; ayant proposé
son Portrait enrichi de Diamansàceluyquiyréussiroit
le mieux ; Prix bien capable
d'exciter la plus noble émulation
qui fut jamais entre
les Poëtes; Portrait dont la
seule idéevaut un antousiasmequi
peut inspirertout
ce que lenaturel, l'art & l'invention
sçauroient avoir de
grand, de merveilleux, de
ublime
>
de rendre, de fin,
k de delicat, comme on le
peut voir entre autres dans
e Sonnet de Monsieur le
Duc,si digne de ce Prix, ce
qui fait que je ne puis m'env.
pescher d'appliqueràtous les
deux cette Epigramme d'un
Ancien, sur le Portrait célébre
de la Venus d'Appelle.
Egrcjjdm nuper Vcnerem de
marmorisIIndis1 marmori s *nd<s
, Afpice pracltrinobile Apd/if
opw.
Hacvisa Pallas, fic cum Junonc
locuta rfl :
Deforma Veneris cedere jure
decct.
Envoicy latraduction, que
j'ay faire feulement pour
mieux expliquer ma pensée.
Quand d'un dosse pinceau l'inge:
nieuxappelle
Reprefinta Venuîensortant de
kiner,
,
1J
Palltf en surcharmée
1 & d'un -ire amer,
La montrantàJunon:Cédonsluyylujydit
elle,
,
La qjoiredestre la plus belle.
Madame la Princesse de
Contyn'at-elie pas lemesme
droit que Venuseut autrefois
sur lesDéesses, d'exiger
des plus belles Personnes
dela terre,qu' elles luy cedent
toue l'avantage de la beauté;
beauté dont on doit reconnoistre
icy le pouvoir,&qui
échaufe si vivement les ames,
que je nesuis point surpris
qu'on aitsi bien réussi pour
elle dans ces Bouts-rimez.
Avoüons que le triomphe
seroit complet, de celuy qui
par deux Sonnets superieurs
à tous les autres, emporteroit
sur ses Concurrens le
Portrait de nostre Auguste
Monarque, &celuy de cette
incomparable Princesse. On
pourroit bien dire de cet
heureux Vainqueur.
fleureuxd'avoirfaitunOuii
.r( 'v1Jrraagg~e
Qui de Louis & d'elle a meriték
iÚ limage;
Il voit, en regardant l'un&tau.
tre tableau,•
Tout ceque l'Universadegrand
; 1
q 0* de beau.-vt i. L Mais heureuse & glorieuse,
v tout ensemble
, cette
naissante Academie de Toulouse
, de s'estre attiré les
regards,& la protection de
cette incomparable Princesse
se, en travaillant à la gloire
du Roy. Que de grâces ne
doit elle point rendre à Apoll
lon. & aux Muses d'avoirrendu
les jeux ôc ses amusemens
si précieux! L'honneur dW
voir rétabli lesBoucs ! rimez
est le moindreavantage qu'
elle s'en doit promettre; elle peut encoresevanter
d'avoir fait mettre au jour
lesplus beaux Sonnets qui
ayent parudepuisceux deJob
& d'Uraniede galante & d'amoureuse
mémoire, & qui ni
font pas moins debruit dans
le monde. Ils font déjà secte
ôcjparty àla Cour & à la Ville
& je prevoy qu'ils vont exciter
-
une grosse guerre-sur. le
Parnasse
, car leurs Auteurs
font bien d'autres Paladins
que Voiture, & Benserade.
Ce sont la pluspart des Héros
& des Demi- Dieux qui
sont crcm b ler l'Olimpe
,
&
donc on doit craindre la soudre;
maisApollon sur tour.
Enfin, aux Bouts-rimek tout devientfavorabley
Et le nom de Conry qui leurfut
sifatal,
Sous cette Princejjeadorable9
Leur fait autant de bien, qu'il
leur a fait de mal.
Fermer
7
p. 118-144
APOLOGIE D. P. D. C. par lui-même.
Début :
Qui fit des vers, des vers encor fera ; [...]
Mots clefs :
Vers, Auteur, Poésie, Rimes, Marot, Censeurs, Temps, Muse, Dieu, Lyre, Auteurs, Odes
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texteReconnaissance textuelle : APOLOGIE D. P. D. C. par lui-même.
APOLOGIE D. P. D. C.
par /ui-m?rtle.
Qui Se des vers, des vers
encor fera;
C'est le moulin qui moulut&
moudra.
Contre l'étoile il n'est dé-
pit qui tienne,
Et je me cabre en vain contre
la mienne;
Malgré mes soins, ma Muse
prend l'essor
J'ai fait des , vers, & j'en
refais encor.
Que deleçons,&mêmeà
juste titre,
Ai-jeessuyé pourtant sur
cechapitre !
Aigres censeurs me l'ont
tant reproché,
Tant vrais amis m'ont sur
cela prêche:
Héquoy toûjours des vers?
êtes-vous sage?
Ah renoncez à ce vain badinage,
Occupez-vous, grave &
solide auteur,
D'un plus utile, & plus noble
labeur,
Et pour charmer nos coeurs
& nos oreilles,
Tournez ailleurs vos talens
& vos veilles.
Combien de fois, touché
derepentir,
Me suis- je vu prêt à me
convertir,
Honteux,' confus de mes
rimes passées,
Rimes
(Urïtep,cent fois par mes pkurs cffacecs?
J'avois jurecent fois d'un
coeur contr,
De ne tracer vers, ni grand ;, ni petit: Juré
:
àcent,fois, je l'avouë ma honte,
J'eus beau, jurer,Apol-
Ion nen tint conu
Fe.
Tyrancruel?il rit de nos
sermens,
Comme l'amour rit de
lemceeturxodveys ,aaimpeannitsen.t Je me trouvai penitent
infidèle,
En vray relais , embarque
de plus bel-
- le,
D'un nouveau feu je me
sentis bruler,
- -. Et malgré moy je vois
des vers couler.
Dans cet état de contrainte
cruelle,
- Plaignez-moy - vous dont
j'honore le zele,
Sages amis oJ , , j'écoute vos
leçons:
Mais j'en reviens toujours
à mes chan.
sons.
Pour vous, Censeurs, qui
de mes foibles rimes
Osez par tout me faire
autant de cri-
- mes
Exorcisez le démon qui
m'obsède
Ou , par pitié souffrez que
je lui cede.
Mais quoy rimer ainsi que
je l'ay fait,
Est-ce après tout un si
grave forfait ?
Vous écrivez ce qu'il
vous plaît en pro- se prof.,)
N'osay
- je en vers faire
la mêmechose?
Un sentiment par lui-meme
estimé
Est-il mauvais quand il
devient riméJ
Et dans des vers, d'ailleurs
- pleins d'innocence
L'ordre, le tour met -il
quelque indecence?
Censeurs malins) & peutêtre
jaloux,
Sidans mes vers j'offense
autre que vous,
Si la vertu, si l'austere
sagesse
- 1 » Y rrouve rien qui Ierfleureoulablesse,
Si froid auteur j'ennuie
enmesécrits
Condamnez-moy
,
j'ai tort,
& j'y souscris
:
Mais qu^rtd suivant uRç
injuste maxime,
Precisément sur ce point
- que je rime
Vous prétendrez me faire
mon procez,
Vous le ferez sans fruit &-
,
sans succez.
Or, rimez donc, dit cet
ami fidele:
Mais quel auteur prenezvous
pour modèle?
C'est une honte, y penfezvous,
Marot ?
Homme verreux & digne
du garrot,
Et dont jadis la Muse
évaporée
A grande peine échappa
la bourée : Défaites-vous de ce stile
badin,
Et laissant là Marot avec
dédain,
Dà'unlv'Ooldlegeer,elevezvous ; Pièce si noble & sifort à
,
la mode,
: Et dont le. chant h,ardi,
mélodieux, ,,', CharmelesRois,& Charme: les,Rois, &
touche jusqu'aux
Dieux.
Quiparle ainsicertes ne
connoît gueres
De l'Helicon lés loix &
les
mystees
; Esclaves nez du Dieu ca- ,.pricieux,
Dont le pouvoir règle
tout en ces lieux,.
Nous n'avons pas de
choixdans son Empire
, * Et nous chantons selon
qu'il nousinspire,'
Sans consultersur cela
nosfouhaitsy
Ce Dieu dispense à-
son
gré des bienfaits,
Donne à chacun en1le
faisant Poète
A l'un la lyre,àl'autrela
trcJmpette,1
A celuy-cichauffelebfbi
dequin,
Elevel'autre au Cothurne
f
diviny
Accorde à tel la force &
l'énergie,
Reduit tel autre à la tendre
etegie;
Dans lasatyre il rend l'unsans
égal,
Et borne l'autre au imple
•
Madrigal.
DDeetotouuss cc'eess' dons ',MMaarroott
n'eut en partage
Qu'un élégant & naïf ba-
¡ dinage,
Et si j'en aiquelque chose
hérité
Cest , un vernis de sa naïveté.
Sans m'égarer dansdes
routes sublimes,
De ce vernis je colore mes
rimes,
Et de ce simple & naïf
coloris
Mes-petits vers ont tire
tout leur prix.
Par ce recours,emprunte
si ma Mufe
Ne charme pas, pour le
moins elle amufe
»
Et per le
vray
qu'elle
joint au plaisant,
Quelquefois même instruit
en amusant.
e m'en tiens là sans toucher
à la lyre,
Qu'au Dieu des vers il
plut de m'interdire.
Pour ses cheris il reserve
ce don.
Laissons c hanter sur ce
sublimeton
Rousseau, la Mothe, &
tel autre génie
Qui de la lyre a conçu
l'harmonie,
Et n'allons pas, Poëtes
croassans,
De leurs concerts troubler
les doux accens.
De nos François, je ne
sçaurois m'en taire,
C'est la folie & l'écuëil
ordinaire;
Sriédanus unn gienere un auteur
D'imitateurs un nuage grossît.
Vous les voyez bienrôt,
quoy qu'il en coûre,
En vrais moutons suivre
la même route,
intrer en lice, & courant
au hazard
,
Le disputer presque aux
maîtres de l'art.
Depuis le. temps la Mothe
* que ta plume
Sçut nous donner d'Ol
des un beau volume,
Combien d'auteurs qupietans
sur tes
droits, - Au ton de l'Ode ont ajuste
leur voix?
Plus d'autres vers , tout
chez eux devient
Odes,
Et déformais comme autant
de pagodes,
A ce seul point fixez également,
Ils nont plus tousqu'-
un meAme mouvement.
Je ris de voir leurs Muses
pulmoniques,
Impudemment pour Odes
pindariques
, Nous fredonner sur des
tons presque usez
Des Madrigaux en tfrophes
divisez.
Que dans son volle Poëce
-;Ss'éegagrea,re, Tout est permis en invo..t
quant Pindare,
De ce démon tout paroîc
possedé,
Et le Parnasse est d'Odes
inondé.
Irois-je encor me perdant
dans la nuë
De ces Meilleurs augmenter
la cohuë?
Non, j'aime mieux avec
moins de fracas
Me contenter d'un étage
plus bas.
Quant: à Maroc, il me
plaît, je ravÓuë, j
Pour bon Poëte en tout
v lieux on leloue,
Je le voudrois encorfromme,
de' bien,
Et me déplaît qu'ilfût un
peu vaurien,
Vous,l'imitez, telqu'il est.
je limitey',
Dans.son.stile, oui,mais
non dans sa conduite
Et n'a-t-il pas ce Lstile
quoyque yieuXj
Je ne sçai quoyde fin,de
gracieux?
Depuis longtemps Marot
plaît,
plait, on le goutc,
Si je fais mal en marchant
sur saroute,
se fuis helas ! par un pareil
endroit
Bien plus coupable encor
que l'on ne croit.
Tant que je puis, avec la
même audace
rose imiter Virgile, Homere,
Horace,
Grecs & Romains,auteurs
qui dans leurs temps
Vecûrent tous Payens &
mecrcans.
Si je le fais sans en être
blâmable,
Pourquoy me rend-il plus
coupable?
Un Heretique est» il pis
qu'un Payen?
Marot du moins, Maroc
éroit Chrétien.
Qu'on le condamne & que
l'on se recrie
Et sur l'erreur & sur rido.
latrie,
J'en fais de même, Se ma
foy. ni mes moeurs
Ne prendront rien jamais
de tels auteurs:
Mais pourcet art, cette
noble sinesse
Prisée- en France, à Rome
&dans la Grece ,
Puissaijehelas, ! puissài-je
': ren mes écrits
Suivre deloin ces merveil- leuxesprits,
Et recueillant des beautez
chez eux nées,
• Mais dans leurs vers trop
souventprofanées,
Sur des meilleurs & plus
dignes sujets
D'un pinceau chaste en répandre
les traits.
Tel au printemps qu'on
,
voit la fage abeille,
En voltigeant sur la rose
vermeille,
Laisser l'épine, & du suc,
de la fleur
Tirer pour nous un miel
plein de douceur. ',-
Sur ces leçons que l'abeille
lui donne
A petit bruit ma Muse se
\) façonne,
Et d'un auteur dontelle
prend le ton,- N'imire rien quece qu'il
ade bon.
Qu'il soit méchant/celerar,
hypocrite
De ses talens sans risque
l'on profite,
Et n'y pûc-onreüssir qu'à
demi,
Toûjours autant de pris sur
l'ennemi.
Désormais donc sur Marot qu'on (e taise,
Je n'en prends point de
teinture mauvaise,
Qu'on me laisse avec foin
éIlcremer,
Et que sans trouble on me
laisse rimer;
J'y suis fort sobre, & quoique
l'on en dise
y Je n'en fais pas métier &
marchandée.
A ces petits) mais doux
amusemens,
Ce que j'ai mis quelquefois
demomens, Qu'on les rassemble en heures&
journées,
- Ne fera pas six mois dans
uneannee.
C" peu de remps n'est point
un
-
temps perdu,
L'esprir ne peur toujours
être tendu,
L'un se repose, un autre se
promene,
Fais-je pis qu'eux en exerçantmaveine?
rj
Las d'un travail plus noble
& pluschrétien, Je fais des vers quand d'autrès
ne font rien.
Changeant de grain la terre
le repose,
En travaillant je fais la même
choie.
Ce changement de travail
& d'employ
Fut de tout temps un vrai
repos pour moy.
Personne enfin n'est parfait
dans la vie,
J'aime à rimer quand il
m'en prend envie.
De maints défauts dont je
suis luriné
Pour , mon malheur c'est le
plus obUine,
Défaut pourtant,qui quoyque
l'onen gronde,
Ne déplaît pas pourtant à
tout le monde.
Je me fuis vü par tels rers
dénigré,
Dont en bon lieu l'on m'a
fçû quelque gré.
Si j'ose même ici pour ma
défense
Sur ce point-là dire ce que
je pense
Tel me censure & me
damne bien haut
Qui dans son coeur m'absout
de ce défaut.
par /ui-m?rtle.
Qui Se des vers, des vers
encor fera;
C'est le moulin qui moulut&
moudra.
Contre l'étoile il n'est dé-
pit qui tienne,
Et je me cabre en vain contre
la mienne;
Malgré mes soins, ma Muse
prend l'essor
J'ai fait des , vers, & j'en
refais encor.
Que deleçons,&mêmeà
juste titre,
Ai-jeessuyé pourtant sur
cechapitre !
Aigres censeurs me l'ont
tant reproché,
Tant vrais amis m'ont sur
cela prêche:
Héquoy toûjours des vers?
êtes-vous sage?
Ah renoncez à ce vain badinage,
Occupez-vous, grave &
solide auteur,
D'un plus utile, & plus noble
labeur,
Et pour charmer nos coeurs
& nos oreilles,
Tournez ailleurs vos talens
& vos veilles.
Combien de fois, touché
derepentir,
Me suis- je vu prêt à me
convertir,
Honteux,' confus de mes
rimes passées,
Rimes
(Urïtep,cent fois par mes pkurs cffacecs?
J'avois jurecent fois d'un
coeur contr,
De ne tracer vers, ni grand ;, ni petit: Juré
:
àcent,fois, je l'avouë ma honte,
J'eus beau, jurer,Apol-
Ion nen tint conu
Fe.
Tyrancruel?il rit de nos
sermens,
Comme l'amour rit de
lemceeturxodveys ,aaimpeannitsen.t Je me trouvai penitent
infidèle,
En vray relais , embarque
de plus bel-
- le,
D'un nouveau feu je me
sentis bruler,
- -. Et malgré moy je vois
des vers couler.
Dans cet état de contrainte
cruelle,
- Plaignez-moy - vous dont
j'honore le zele,
Sages amis oJ , , j'écoute vos
leçons:
Mais j'en reviens toujours
à mes chan.
sons.
Pour vous, Censeurs, qui
de mes foibles rimes
Osez par tout me faire
autant de cri-
- mes
Exorcisez le démon qui
m'obsède
Ou , par pitié souffrez que
je lui cede.
Mais quoy rimer ainsi que
je l'ay fait,
Est-ce après tout un si
grave forfait ?
Vous écrivez ce qu'il
vous plaît en pro- se prof.,)
N'osay
- je en vers faire
la mêmechose?
Un sentiment par lui-meme
estimé
Est-il mauvais quand il
devient riméJ
Et dans des vers, d'ailleurs
- pleins d'innocence
L'ordre, le tour met -il
quelque indecence?
Censeurs malins) & peutêtre
jaloux,
Sidans mes vers j'offense
autre que vous,
Si la vertu, si l'austere
sagesse
- 1 » Y rrouve rien qui Ierfleureoulablesse,
Si froid auteur j'ennuie
enmesécrits
Condamnez-moy
,
j'ai tort,
& j'y souscris
:
Mais qu^rtd suivant uRç
injuste maxime,
Precisément sur ce point
- que je rime
Vous prétendrez me faire
mon procez,
Vous le ferez sans fruit &-
,
sans succez.
Or, rimez donc, dit cet
ami fidele:
Mais quel auteur prenezvous
pour modèle?
C'est une honte, y penfezvous,
Marot ?
Homme verreux & digne
du garrot,
Et dont jadis la Muse
évaporée
A grande peine échappa
la bourée : Défaites-vous de ce stile
badin,
Et laissant là Marot avec
dédain,
Dà'unlv'Ooldlegeer,elevezvous ; Pièce si noble & sifort à
,
la mode,
: Et dont le. chant h,ardi,
mélodieux, ,,', CharmelesRois,& Charme: les,Rois, &
touche jusqu'aux
Dieux.
Quiparle ainsicertes ne
connoît gueres
De l'Helicon lés loix &
les
mystees
; Esclaves nez du Dieu ca- ,.pricieux,
Dont le pouvoir règle
tout en ces lieux,.
Nous n'avons pas de
choixdans son Empire
, * Et nous chantons selon
qu'il nousinspire,'
Sans consultersur cela
nosfouhaitsy
Ce Dieu dispense à-
son
gré des bienfaits,
Donne à chacun en1le
faisant Poète
A l'un la lyre,àl'autrela
trcJmpette,1
A celuy-cichauffelebfbi
dequin,
Elevel'autre au Cothurne
f
diviny
Accorde à tel la force &
l'énergie,
Reduit tel autre à la tendre
etegie;
Dans lasatyre il rend l'unsans
égal,
Et borne l'autre au imple
•
Madrigal.
DDeetotouuss cc'eess' dons ',MMaarroott
n'eut en partage
Qu'un élégant & naïf ba-
¡ dinage,
Et si j'en aiquelque chose
hérité
Cest , un vernis de sa naïveté.
Sans m'égarer dansdes
routes sublimes,
De ce vernis je colore mes
rimes,
Et de ce simple & naïf
coloris
Mes-petits vers ont tire
tout leur prix.
Par ce recours,emprunte
si ma Mufe
Ne charme pas, pour le
moins elle amufe
»
Et per le
vray
qu'elle
joint au plaisant,
Quelquefois même instruit
en amusant.
e m'en tiens là sans toucher
à la lyre,
Qu'au Dieu des vers il
plut de m'interdire.
Pour ses cheris il reserve
ce don.
Laissons c hanter sur ce
sublimeton
Rousseau, la Mothe, &
tel autre génie
Qui de la lyre a conçu
l'harmonie,
Et n'allons pas, Poëtes
croassans,
De leurs concerts troubler
les doux accens.
De nos François, je ne
sçaurois m'en taire,
C'est la folie & l'écuëil
ordinaire;
Sriédanus unn gienere un auteur
D'imitateurs un nuage grossît.
Vous les voyez bienrôt,
quoy qu'il en coûre,
En vrais moutons suivre
la même route,
intrer en lice, & courant
au hazard
,
Le disputer presque aux
maîtres de l'art.
Depuis le. temps la Mothe
* que ta plume
Sçut nous donner d'Ol
des un beau volume,
Combien d'auteurs qupietans
sur tes
droits, - Au ton de l'Ode ont ajuste
leur voix?
Plus d'autres vers , tout
chez eux devient
Odes,
Et déformais comme autant
de pagodes,
A ce seul point fixez également,
Ils nont plus tousqu'-
un meAme mouvement.
Je ris de voir leurs Muses
pulmoniques,
Impudemment pour Odes
pindariques
, Nous fredonner sur des
tons presque usez
Des Madrigaux en tfrophes
divisez.
Que dans son volle Poëce
-;Ss'éegagrea,re, Tout est permis en invo..t
quant Pindare,
De ce démon tout paroîc
possedé,
Et le Parnasse est d'Odes
inondé.
Irois-je encor me perdant
dans la nuë
De ces Meilleurs augmenter
la cohuë?
Non, j'aime mieux avec
moins de fracas
Me contenter d'un étage
plus bas.
Quant: à Maroc, il me
plaît, je ravÓuë, j
Pour bon Poëte en tout
v lieux on leloue,
Je le voudrois encorfromme,
de' bien,
Et me déplaît qu'ilfût un
peu vaurien,
Vous,l'imitez, telqu'il est.
je limitey',
Dans.son.stile, oui,mais
non dans sa conduite
Et n'a-t-il pas ce Lstile
quoyque yieuXj
Je ne sçai quoyde fin,de
gracieux?
Depuis longtemps Marot
plaît,
plait, on le goutc,
Si je fais mal en marchant
sur saroute,
se fuis helas ! par un pareil
endroit
Bien plus coupable encor
que l'on ne croit.
Tant que je puis, avec la
même audace
rose imiter Virgile, Homere,
Horace,
Grecs & Romains,auteurs
qui dans leurs temps
Vecûrent tous Payens &
mecrcans.
Si je le fais sans en être
blâmable,
Pourquoy me rend-il plus
coupable?
Un Heretique est» il pis
qu'un Payen?
Marot du moins, Maroc
éroit Chrétien.
Qu'on le condamne & que
l'on se recrie
Et sur l'erreur & sur rido.
latrie,
J'en fais de même, Se ma
foy. ni mes moeurs
Ne prendront rien jamais
de tels auteurs:
Mais pourcet art, cette
noble sinesse
Prisée- en France, à Rome
&dans la Grece ,
Puissaijehelas, ! puissài-je
': ren mes écrits
Suivre deloin ces merveil- leuxesprits,
Et recueillant des beautez
chez eux nées,
• Mais dans leurs vers trop
souventprofanées,
Sur des meilleurs & plus
dignes sujets
D'un pinceau chaste en répandre
les traits.
Tel au printemps qu'on
,
voit la fage abeille,
En voltigeant sur la rose
vermeille,
Laisser l'épine, & du suc,
de la fleur
Tirer pour nous un miel
plein de douceur. ',-
Sur ces leçons que l'abeille
lui donne
A petit bruit ma Muse se
\) façonne,
Et d'un auteur dontelle
prend le ton,- N'imire rien quece qu'il
ade bon.
Qu'il soit méchant/celerar,
hypocrite
De ses talens sans risque
l'on profite,
Et n'y pûc-onreüssir qu'à
demi,
Toûjours autant de pris sur
l'ennemi.
Désormais donc sur Marot qu'on (e taise,
Je n'en prends point de
teinture mauvaise,
Qu'on me laisse avec foin
éIlcremer,
Et que sans trouble on me
laisse rimer;
J'y suis fort sobre, & quoique
l'on en dise
y Je n'en fais pas métier &
marchandée.
A ces petits) mais doux
amusemens,
Ce que j'ai mis quelquefois
demomens, Qu'on les rassemble en heures&
journées,
- Ne fera pas six mois dans
uneannee.
C" peu de remps n'est point
un
-
temps perdu,
L'esprir ne peur toujours
être tendu,
L'un se repose, un autre se
promene,
Fais-je pis qu'eux en exerçantmaveine?
rj
Las d'un travail plus noble
& pluschrétien, Je fais des vers quand d'autrès
ne font rien.
Changeant de grain la terre
le repose,
En travaillant je fais la même
choie.
Ce changement de travail
& d'employ
Fut de tout temps un vrai
repos pour moy.
Personne enfin n'est parfait
dans la vie,
J'aime à rimer quand il
m'en prend envie.
De maints défauts dont je
suis luriné
Pour , mon malheur c'est le
plus obUine,
Défaut pourtant,qui quoyque
l'onen gronde,
Ne déplaît pas pourtant à
tout le monde.
Je me fuis vü par tels rers
dénigré,
Dont en bon lieu l'on m'a
fçû quelque gré.
Si j'ose même ici pour ma
défense
Sur ce point-là dire ce que
je pense
Tel me censure & me
damne bien haut
Qui dans son coeur m'absout
de ce défaut.
Fermer
Résumé : APOLOGIE D. P. D. C. par lui-même.
L'auteur exprime sa passion inébranlable pour l'écriture poétique, malgré les critiques et les conseils de ses amis et censeurs. Ces derniers lui reprochent de gaspiller son temps avec des 'vains badinages' et lui suggèrent de se consacrer à des œuvres plus utiles et nobles. L'auteur avoue avoir souvent été tenté d'abandonner la poésie, mais il se retrouve toujours attiré par elle, se décrivant comme un 'pénitent infidèle' incapable de résister à l'inspiration poétique. L'auteur reconnaît les critiques sur la qualité de ses rimes mais défend son droit de s'exprimer en vers, comparant cela à l'écriture en prose. Il affirme que ses vers sont innocents et ne contiennent rien de répréhensible. Il mentionne également qu'il n'a pas choisi Marot comme modèle, bien qu'il admire son style badin et élégant. Il se compare à une abeille qui butine les fleurs pour en tirer du miel, imitant les grands auteurs sans en copier les défauts. L'auteur conclut en affirmant qu'il écrit des vers pour se détendre et se reposer, sans que cela nuise à ses autres activités. Il reconnaît avoir un défaut, mais ce défaut n'est pas universellement condamné. Il finit par dire qu'il aime rimer quand il en a envie, malgré les critiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 128-137
EPITRE A LA PARESSE, PAR MADEMOISELLE DU LUC.
Début :
J'espere que la Piéce suivante, quoiqu'un peu longue, ne le / Soeur du repos, nonchalante Déesse, [...]
Mots clefs :
Déesse, Paresse, Charmes, Autel, Art, Sentences, Rimes, Bonheur, Concorde, Avarice, Orgueil, Philosophie, Culte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A LA PARESSE, PAR MADEMOISELLE DU LUC.
j'efpere que la Piéce ſuivante ,
quoiqu'un peu longue,ne le paroîtra
pas à tout Lecteur qui favorife la
Pareffe : L'Apologie que Mademoifelle
du Luc fait de cette vertu
*femble autorifer cette forte de Paraoxe
; d'ailleurs , c'est l'ouvrage
d'une Mufe , il faudroit être de fort
mauvaiſe humeur, pour ne pas rendre
justice au mérite de ce petit
Poëme.
DE MAY. 129
EPITRE
A LA PARESSE ,
PAR MADEMOISELLE DU LUC.
Oeur du repos, nonchalate Déeffe,
Plaifir parfait,féduifantePareffe;
Divinité , dont les charmes puiffans
N'ont plus d'Autels , acceptez mon
encens.
Puiffe Apollon , affranchir mes pensées
De tours gênés, d'expreffions forcées.
Dans un Ouvrage à vous - même
adreffé ;
Sens , Rime , il faut que tout ſoit
enchaffé,
Sans aucun Art ; il faut que rien
ne Sente
Les dures Loix de la Rime gênante.
Je veux bannir tout ce vain attirail
De mots guindez , qu'enfante le travail
;
勵
Sur tout , je haïs ces nombreuſes
paroles ,
130 LE MERCURE
Qui décorans des Sentences frivoles
Par le fecours de leurs fons enchanteurs
,
Sçavent charmerlesftupides Lecteurs.
Je ne veux point que l'ampere manie ,
De la Cefure , arrête mon génie ;
Ni que jamais on puiſſe ſupputer
Combien d'efforts mes Vers m'ont pú
coûter :
Si fous mes Loix, la rime obéiſſante,
Amon efprit dabord ne ſe préſente,
Je laffe l'oeuvre, & par de vains
détours
,
Je ne vais point implorer fon fecours.
J'aime à rimer, mais je fuis paref-
Sense,
Et vos plaifirs fçavent me rendre
beureufe :
Or , commençons. Pareffe à qui mon
coeur :
Doit tous les biens dont il eft poffeffeur.
O ! que ne peut revenir chez les
hommes ,
Pour le bonheur de tous tant que
nous sommes ,
CeTems heureux , où l'on ne connoiffoit
DE MAY. 131
D'autres plaifirs que ceux qu'on vous
devoit
Lorfque jadis foigneux de fuir la
peine,
L'homme fuivant une route incertaine
,
Vivoit des fruits qu'il trouvoit fons
fes pas ;
Du lendemain ne s'embaraffoit pas ,
Et n'admettant ni bornės , ni partage ;
Du monde entierfaifoit fon heritage.
Sans fe laiffer folement agiter,
D'un avenir qu'on ne peut éviter:
Telle de l'Homme étoit alors la vie :
Digne en effet de donner de l'envie
A tous les Dieux: auſſi, bien - tôtjaloux
De fe trouver moins fortunez que
nous i
Etconnoiffant O divine Pareffe !
Que vous étiez la fource enchantereffe
De nos plaifirs , ils conclurent entr'eux
Devous ôter aux Mortels trop hûreux.
Il leur fembloit cependant impoſſible ,
Qu'onputjamais de vôtre jong paifible
Les dégager , quel bien leur propoſer
132
LE MERCURE
Qui les féduife ? iront-ils s'abufer
jufqu'à cepoint , & fur notre parole,
Courir aprés une trompeuſe Idole
De faux plaifirs ; quand du matin
aufoir
Pour être hûreux , ils n'ont qu'à le
vouloir.
, L'affaire fut avec poids agitée
Mainte raifon fut ditte & rejettée z
Ils difputoient dans le Confeil Divin
>
Sans aucun fruit , quand Jupiter
Soudain
Imagina d'envoyerfur la Terre
Les Paffions , vous déclarer la Guerre.
On applaudit , & pour notre malheur
,
Cefage avis fut trouvé le meilleur.
Au même inftant l'Avarice entourée
Des noirs foucis , dont elle est déchirée
,
Vint parmi nous , & fon aſpect hideux
Chaffa la Paix , la Concorde & les .
Jeux .
Son front d'abord ofa de la Prudence
,
Brendre
DE MAY.
133
Prendre le mafque , &ſous cette apparence,
Pourles corrompre aux mortels étonnez;
Elle prêchoit ces Dogmes erronneZ,
Pauvres humains , espéce infortunée
Pouvez-vous bien vivre au jour la
journée ,
Ne rien avoir & ne rien réſerver :
Si par malheur il alloit arriver ,
Que de l'hiver l'extreme violence
De vos moiffons confondit l'espérance ,
On que l'Etépar fon aridité
Séchat vos fruits prefqu'en maturité.
Que feriez-vous ? la misére effroyable,
Avec fa foeur la Faim infatiable
Se háteroit bien-tôt de vous punir ,
D'avoir ofé négliger l'avenir ;
·Il vient à vous , & le préfent frivole,
Comme un éclair, difparoit s'envole .
Tels étoient donc les difcours fédu-
&teurs ,
Dont l'Avarice empoifonna les coeurs .
Chacun la crut , & de trésors avides
L'homme devint ingrat , dur & perfide
;
May 1717.
M
234 LE MERCURE
1
N'étantjamais affés riche à songré :
De foins cuifans fans ceffe dévoré,
Pour amaffer ; l'Injustice , le Crime,
Tout en un mot lui parut légitime.
Trop aveuglé defa coupable Erreur ,
De vôtreCulte il eut bien- tôt horreur;
Et vainement la fage expérience
Luipromettoit laPaix & l'Innocence:
Sous votre Empire , il perdit pour jamais
,
En vous quittant l'Innocence & la
Paix ;
Mais cependant , malgré l'horrible
Guerre ,
Que vous livroit ce monftre fur la
Terre ,
Il vous reftoit des aziles hûreux :
Et quelques coeurs lents à brifer vos.
nænds
Suivoient vos Loix ; lorfque pour les
détruire ,
On vit les Dieux d'autres Monftres
produire :
L'Ambition aux Défirs effrénés
Et la Colere aux projets forcenés ,
La volupté , de remords poursuivie ,
La Vanité , la Vengeance , l'Envie ,
DE MAY.
135
La Trabifon , l'Orgueil , la Cruauté,
L'Amour , la Haine & l'Infidélité
Vinrent en foule établir leurs Maximes.
L'une , enfeignoit l'utilité des Crimes ,
L'autre , l'oubli des Devoirs les plas
faints i
Une autre enfin , forma les Affaffins ,
Et pour jamais fous le jong redontable
DesPaffions, plia l'Homme coupable:
De leurs tranfports Efclave infortЯné
,
A les fervir il fe vit condamné.
Ce fut alors,qu'avec pleine Puiffance ,
On vit regner le Trouble & la Licence
:
On renverfa vos tranquils Autels ,
On vous bannit , &parmi les Mortels
On vous nomma Vice d'Esprit , Moleffe
,
Foibleffe d' Ame, écueil de la Sageſſe ,
Foifon des cours. Il est bien vrai qu'-
on vit
Depuis ce tems , votre culte en crédit,
Quechez les Grecs , de fameux per-
Sonnages
Mij
836 LE MECURE
Qu'on réveroit , & qu'on appeloit
Sages ,
Qui font encor estimez parmi nous ,
Pour être hûreux , ne chercherent que
vous.
Que fous le nom de la Philofophie ,
Par leurs fecours vous futes rétablie.
Ils enfeignoient à braver la fureur
Des Paffions , à trouver le bonheur
Dans le repos & dans l'indépendance:
Du Fréjugé , pere de l'Ignorance ,
Is méprifoientlefantome orgueilleux.
Mais , quand on vit ces Sages pareffeux
Des Paffions Ennemis implacables ,
Ne mettre au rang des biens vrais &
durables ,
Et ne chercher d'autre félicité ,
Que les douceurs de la tranquilité ;
Toutd'une voix , comme une Erreur
fatale ,
·
On abjuraleur nouvelle Morale :
E pourjamais l'aveugle Opinion
Ofa flétrir vos Loix vôtre Nom.
Moi-même hélas ! par elleprévenue,
Combien de fois vous a:-je combatuë-?
Vous m'enchantiez & cependant
mon coeur
>
DE MAY. 137
Nofoit alors vous devoirfon bonheur,
Mais aujourd'hui que la raifon m'éi
claire,
Je viens vous rendre un Culte volontaire
:
Douce pareffe , azile des plaifirs ,
Divinitéfi chere à mes défirs ,
En acceptant aujourd'hui mon hommage
,
De ma raifon fongez qu'il est l'ouvrage.
quoiqu'un peu longue,ne le paroîtra
pas à tout Lecteur qui favorife la
Pareffe : L'Apologie que Mademoifelle
du Luc fait de cette vertu
*femble autorifer cette forte de Paraoxe
; d'ailleurs , c'est l'ouvrage
d'une Mufe , il faudroit être de fort
mauvaiſe humeur, pour ne pas rendre
justice au mérite de ce petit
Poëme.
DE MAY. 129
EPITRE
A LA PARESSE ,
PAR MADEMOISELLE DU LUC.
Oeur du repos, nonchalate Déeffe,
Plaifir parfait,féduifantePareffe;
Divinité , dont les charmes puiffans
N'ont plus d'Autels , acceptez mon
encens.
Puiffe Apollon , affranchir mes pensées
De tours gênés, d'expreffions forcées.
Dans un Ouvrage à vous - même
adreffé ;
Sens , Rime , il faut que tout ſoit
enchaffé,
Sans aucun Art ; il faut que rien
ne Sente
Les dures Loix de la Rime gênante.
Je veux bannir tout ce vain attirail
De mots guindez , qu'enfante le travail
;
勵
Sur tout , je haïs ces nombreuſes
paroles ,
130 LE MERCURE
Qui décorans des Sentences frivoles
Par le fecours de leurs fons enchanteurs
,
Sçavent charmerlesftupides Lecteurs.
Je ne veux point que l'ampere manie ,
De la Cefure , arrête mon génie ;
Ni que jamais on puiſſe ſupputer
Combien d'efforts mes Vers m'ont pú
coûter :
Si fous mes Loix, la rime obéiſſante,
Amon efprit dabord ne ſe préſente,
Je laffe l'oeuvre, & par de vains
détours
,
Je ne vais point implorer fon fecours.
J'aime à rimer, mais je fuis paref-
Sense,
Et vos plaifirs fçavent me rendre
beureufe :
Or , commençons. Pareffe à qui mon
coeur :
Doit tous les biens dont il eft poffeffeur.
O ! que ne peut revenir chez les
hommes ,
Pour le bonheur de tous tant que
nous sommes ,
CeTems heureux , où l'on ne connoiffoit
DE MAY. 131
D'autres plaifirs que ceux qu'on vous
devoit
Lorfque jadis foigneux de fuir la
peine,
L'homme fuivant une route incertaine
,
Vivoit des fruits qu'il trouvoit fons
fes pas ;
Du lendemain ne s'embaraffoit pas ,
Et n'admettant ni bornės , ni partage ;
Du monde entierfaifoit fon heritage.
Sans fe laiffer folement agiter,
D'un avenir qu'on ne peut éviter:
Telle de l'Homme étoit alors la vie :
Digne en effet de donner de l'envie
A tous les Dieux: auſſi, bien - tôtjaloux
De fe trouver moins fortunez que
nous i
Etconnoiffant O divine Pareffe !
Que vous étiez la fource enchantereffe
De nos plaifirs , ils conclurent entr'eux
Devous ôter aux Mortels trop hûreux.
Il leur fembloit cependant impoſſible ,
Qu'onputjamais de vôtre jong paifible
Les dégager , quel bien leur propoſer
132
LE MERCURE
Qui les féduife ? iront-ils s'abufer
jufqu'à cepoint , & fur notre parole,
Courir aprés une trompeuſe Idole
De faux plaifirs ; quand du matin
aufoir
Pour être hûreux , ils n'ont qu'à le
vouloir.
, L'affaire fut avec poids agitée
Mainte raifon fut ditte & rejettée z
Ils difputoient dans le Confeil Divin
>
Sans aucun fruit , quand Jupiter
Soudain
Imagina d'envoyerfur la Terre
Les Paffions , vous déclarer la Guerre.
On applaudit , & pour notre malheur
,
Cefage avis fut trouvé le meilleur.
Au même inftant l'Avarice entourée
Des noirs foucis , dont elle est déchirée
,
Vint parmi nous , & fon aſpect hideux
Chaffa la Paix , la Concorde & les .
Jeux .
Son front d'abord ofa de la Prudence
,
Brendre
DE MAY.
133
Prendre le mafque , &ſous cette apparence,
Pourles corrompre aux mortels étonnez;
Elle prêchoit ces Dogmes erronneZ,
Pauvres humains , espéce infortunée
Pouvez-vous bien vivre au jour la
journée ,
Ne rien avoir & ne rien réſerver :
Si par malheur il alloit arriver ,
Que de l'hiver l'extreme violence
De vos moiffons confondit l'espérance ,
On que l'Etépar fon aridité
Séchat vos fruits prefqu'en maturité.
Que feriez-vous ? la misére effroyable,
Avec fa foeur la Faim infatiable
Se háteroit bien-tôt de vous punir ,
D'avoir ofé négliger l'avenir ;
·Il vient à vous , & le préfent frivole,
Comme un éclair, difparoit s'envole .
Tels étoient donc les difcours fédu-
&teurs ,
Dont l'Avarice empoifonna les coeurs .
Chacun la crut , & de trésors avides
L'homme devint ingrat , dur & perfide
;
May 1717.
M
234 LE MERCURE
1
N'étantjamais affés riche à songré :
De foins cuifans fans ceffe dévoré,
Pour amaffer ; l'Injustice , le Crime,
Tout en un mot lui parut légitime.
Trop aveuglé defa coupable Erreur ,
De vôtreCulte il eut bien- tôt horreur;
Et vainement la fage expérience
Luipromettoit laPaix & l'Innocence:
Sous votre Empire , il perdit pour jamais
,
En vous quittant l'Innocence & la
Paix ;
Mais cependant , malgré l'horrible
Guerre ,
Que vous livroit ce monftre fur la
Terre ,
Il vous reftoit des aziles hûreux :
Et quelques coeurs lents à brifer vos.
nænds
Suivoient vos Loix ; lorfque pour les
détruire ,
On vit les Dieux d'autres Monftres
produire :
L'Ambition aux Défirs effrénés
Et la Colere aux projets forcenés ,
La volupté , de remords poursuivie ,
La Vanité , la Vengeance , l'Envie ,
DE MAY.
135
La Trabifon , l'Orgueil , la Cruauté,
L'Amour , la Haine & l'Infidélité
Vinrent en foule établir leurs Maximes.
L'une , enfeignoit l'utilité des Crimes ,
L'autre , l'oubli des Devoirs les plas
faints i
Une autre enfin , forma les Affaffins ,
Et pour jamais fous le jong redontable
DesPaffions, plia l'Homme coupable:
De leurs tranfports Efclave infortЯné
,
A les fervir il fe vit condamné.
Ce fut alors,qu'avec pleine Puiffance ,
On vit regner le Trouble & la Licence
:
On renverfa vos tranquils Autels ,
On vous bannit , &parmi les Mortels
On vous nomma Vice d'Esprit , Moleffe
,
Foibleffe d' Ame, écueil de la Sageſſe ,
Foifon des cours. Il est bien vrai qu'-
on vit
Depuis ce tems , votre culte en crédit,
Quechez les Grecs , de fameux per-
Sonnages
Mij
836 LE MECURE
Qu'on réveroit , & qu'on appeloit
Sages ,
Qui font encor estimez parmi nous ,
Pour être hûreux , ne chercherent que
vous.
Que fous le nom de la Philofophie ,
Par leurs fecours vous futes rétablie.
Ils enfeignoient à braver la fureur
Des Paffions , à trouver le bonheur
Dans le repos & dans l'indépendance:
Du Fréjugé , pere de l'Ignorance ,
Is méprifoientlefantome orgueilleux.
Mais , quand on vit ces Sages pareffeux
Des Paffions Ennemis implacables ,
Ne mettre au rang des biens vrais &
durables ,
Et ne chercher d'autre félicité ,
Que les douceurs de la tranquilité ;
Toutd'une voix , comme une Erreur
fatale ,
·
On abjuraleur nouvelle Morale :
E pourjamais l'aveugle Opinion
Ofa flétrir vos Loix vôtre Nom.
Moi-même hélas ! par elleprévenue,
Combien de fois vous a:-je combatuë-?
Vous m'enchantiez & cependant
mon coeur
>
DE MAY. 137
Nofoit alors vous devoirfon bonheur,
Mais aujourd'hui que la raifon m'éi
claire,
Je viens vous rendre un Culte volontaire
:
Douce pareffe , azile des plaifirs ,
Divinitéfi chere à mes défirs ,
En acceptant aujourd'hui mon hommage
,
De ma raifon fongez qu'il est l'ouvrage.
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