Résultats : 8715 texte(s)
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Liste
6601
p. 120
AUTRE.
Début :
Je n'habitai jamais la terre, [...]
Mots clefs :
Lettre I
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
JE n'habitai jamais la terre ,
Je ſuis auCiel , je crée & les Dieux & les Rois ;
Je donne à l'Univers des loix
Et fais naître à mon gré les biens & la miſére,
Je procure la haine ainſi que l'amitié ;
Que l'on faſſe deux parts , je ſuis dans la moitié ;
Je protége la Médecine ,
Quoiqu'à cet art j'ajoûte peu de foi ;
Tantôt je ris & je badine ,
Tantôt je raille & fais la mine.
Cher Lecteur , c'eſt encore à moi
Que les belles ſont redevables
De l'embonpoint & des attraits
Qui les rendent partout aimables ,
Mais à toute heure auſſi ſur leur ſein je me mets ,
Sans qu'elles diſent rien jamais.
Par lemême,
Du 26 Août 1749 .
JE n'habitai jamais la terre ,
Je ſuis auCiel , je crée & les Dieux & les Rois ;
Je donne à l'Univers des loix
Et fais naître à mon gré les biens & la miſére,
Je procure la haine ainſi que l'amitié ;
Que l'on faſſe deux parts , je ſuis dans la moitié ;
Je protége la Médecine ,
Quoiqu'à cet art j'ajoûte peu de foi ;
Tantôt je ris & je badine ,
Tantôt je raille & fais la mine.
Cher Lecteur , c'eſt encore à moi
Que les belles ſont redevables
De l'embonpoint & des attraits
Qui les rendent partout aimables ,
Mais à toute heure auſſi ſur leur ſein je me mets ,
Sans qu'elles diſent rien jamais.
Par lemême,
Du 26 Août 1749 .
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6602
p. 121
AUTRE.
Début :
Le même Eté, qui me voit naître, [...]
Mots clefs :
Ver à soie
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE même Eté , qui me voit naître ,
Me voit auſſi mourir deux fois .
Rien de plus vil que mon nom & mon être ;
Rien de plus grand que mes exploits.
Par moi les Princes & les Rois
Etalent leur magnificence ,
Ettrompé par l'éclat des dons que jediſpenſe,
Entre le Duc & le Bourgeois
L'oeil ne met nulle difference .
:
:
Jouin de Saufeuil.
LE même Eté , qui me voit naître ,
Me voit auſſi mourir deux fois .
Rien de plus vil que mon nom & mon être ;
Rien de plus grand que mes exploits.
Par moi les Princes & les Rois
Etalent leur magnificence ,
Ettrompé par l'éclat des dons que jediſpenſe,
Entre le Duc & le Bourgeois
L'oeil ne met nulle difference .
:
:
Jouin de Saufeuil.
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6603
p. 153-160
PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.
Début :
L'Académie, fondée par M. Hector-Bernard Pouffier, Doyen du Parlement [...]
Mots clefs :
Académie des sciences et belles-lettres de Dijon, Prix de morale, Corps électriques, Électricité, Communication, Émanations, M. Pinot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME De l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Dijon, pour le Prix de Morale de 1750.
PROGRAMME
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L
८
'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que le Prix de Morale pour l'an-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
née 1750 , confſiſtant en une Médaille d'or,
de la valeur de trente piſtoles , ſera adjugé
à celui qui aura le mieux réſolu le Problême
ſuivant ..
Si le rétabliſſement des Sciences & des Arts
a contribué à épurer les moeurs.
Il ſera libre à tous ceux qui voudront
concourir , d'écrire en François ou en Latin
, obſervant que leurs Ouvrages foient
liſibles , & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe & n'excede point une demie
heure.
LesMémoires francs de port ( fans quoi
ils ne feront pas retirés ) feront adreſſés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie , rue
du vieux Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun après le premier Avril.
Comme on ne sçauroit prendre trop
de précautions , tant pour rendre aux Sçavans
la justice qu'ils méritent , que pour
écarter , autant qu'il eſt poſſible , les brigues&
cet eſprit de partialité , qui n'entraînent
que trop ſouvent les fuffrages vers
les objets connus, ou qui lesen détournent
par d'autres motifs également irréguliers ,
l'Académie déclare que tous ceux qui, ayant
travaillé ſur le ſujet donné , feront convaincus
de 's'être fait connoître directement
on indirectement pour Auteurs des
Mémoires › avant qu'elle ait décidé fur
OCTOBRE. 1749. 155
5
la diſtribution du Prix , feront exclus du
concours. Pour obvier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre , au
bas de ſon Mémoire une Sentence ou
Deviſe , & d'y joindre une feuille de papier
cachetée , ſur le dos de laquelle fera
la même Sentence , & fur le cachet , fon
nom , ſes qualités & ſa demeure , pour y
avoir recours à la diſtribution du Prix. Lefdites
feuilles ainſi cachetées , de façon
qu'on ne puiſſe y rien lire à travers , ne
feront point ouvertes avant ce tems-là , &
le Secretaire en tiendra un Régiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépillé de
leursOuvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur ,&dans le cas , où
celui qui auroit uſé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il ſera obligé , en
chargeant une perſonne ,domiciliée à Dijon
, de ſa Procuration pardevant un Notaire
, & légaliſée par le Juge , d'y joindre
auſſi le Récépiffé.
Si celui, à qui le Prix ſera adjugé, n'eſt
pas de Dijon , il enverra pareillement ſa
Procuration en la forme ſuſdite ; & s'il
eſt de cette Ville , il viendra le recevoir en
perſonne le jour de la diſtribution du Prix ,
qui ſe feradans une Aſſemblée publique
de l'Académie , le Dimanche 23 Août
1750.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 24 Août 1749 , l'Académie
couronna dans une Aſſemblée publique
la piece de M. Pinot , Medecin à
Bourbon-Lancy.
Cet Auteur étoit déja connu par ſa Lettre
fur les Eaux Thermales de Bourbon-
Lancy, imprimée à Dijon en 1743 , in - 12,
127 pages. Elle eſt adreſſée à M. Fournier,
Medecin Penſionné de ladite Ville , fous
lequel il avoit étudié , comme on peut le
voir à la page 112 de la Lettre , & qui
par fon Approbation du 20 Janvier 1744,
en a jugé l'impreſſion très- utile au Public.
M. Fournier vient encore d'avoir la
fatisfaction de voir ſon Eleve couronné
par l'Académie.C'eſt en quelque façon partager
l'honneur du triomphe.
La Differtation , par laquelle M. Pinot
a remporté le Prix de cette année , eft
diviſée en deux parties. Dans la premiere ,
il prouve la véritable cauſe de l'Electricité,
par les effets qu'elle produit & par les expériences
qu'on a faites .
Il établitdans la ſeconde , d'une maniere
évidente , les raiſons pour lesquelles les
corps électriques par eux mêmes ne le font
pas par communication .
Après avoir donné une idée de l'Electricité
, & des differens corps qui en
font plus ou moins fufceptibles , M. Pinos
OCTOBRE. 1749. 159
د
avance qu'elle ne peut s'opérer que par
quelque fluide qui émane du corps électri
que , & que fon action faiſant des impreffions
ſur les corps les plus compacts ,
étant viveà proportion des réſiſtances qu'elle
trouve dans ſes émanations , ſe montrant
toujours ſous une forme ardente , en gerbes
de fea , & excitant ſur nos organes des ſenſations
vives &douloureuſes , on doit préfumer
que l'air , la matiere ſubtile , éthérée
ne font pas capables de ces Phénomenes
, & que celle qui les produit, a plus
d'activité & plus de maſſe ; qu'elle eſt répandue
dans tous les corps , parce qu'ils
font tous électriques par eux - mêmes ou
par communication , les uns moins, à proportion
qu'ils communiquent davantage ,
& les autres ne conſervant la propriété
qu'ils ont reçûe , qu'autant qu'on leur
donne de nouvelles émanations , de maniere
que les expériences de l'Electricité
mettent en évidence les dégrés de variation
de la vertu électrique.
L'Auteur prétend que le feu en eſt la
plusévidente& la ſeule cauſe. Tout , dit- il ,
en eſt pénétré , l'eau même n'en eſt pas
exceptée ; & c'eſt parce qu'il eſt enchaîné
dans les differentes parties des corps qu'il
occupe , qu'il ne manifeſte ni ſes fureurs
ni ſes violences.
58 MERCURE DE FRANCE.
M. Pinot rejette les ſyſtèmes de ceux qui
veulent que le feu& la lumiere ſoient des
corps de même nature , differemment modifiés.
Il ajoute que les corps électriques par
eux - mêmes renferment plus de feu élémentaire
, que ceux qui ne le font que par
communication , parce qu'ils s'enflamment
& s'échauffent plus aisément , & qu'il ne
faut qu'un frottement qui faſſe ſortir par
ondulations alternatives les parcellesde feu
qui communiquent le mouvement qu'elles
ont en raiſon de vîteſſe, ou de lenteur,
de leurs émanations en raiſon de diſtance ,
&&des tiffus des corps , ce qui fait le plus
ou le moins d'Electricité , dont aucune
matiére fubtile , aërienne ou lumineuſe ,
n'étant capable , il réſulte que c'eſt néceſſairement
le feu , par la raiſon que les
parcelles ou atômes électriques produiſent
les mêmes effets que cet élément.
La ſeconde partie tombe précisément
fur l'objet principal de la queſtion propofée.
Premiere Propoſition.
Il faut que les émanations électriques
penetrent les corps , pour communiquer ,
&qu'elles en agitent les parties intérieurieures
de même nature , ſans quoi il n'y
OCTOBRE. 1749. 159
auroit pas d'électricité , ou une trop légere.
On doit échauffer les corps électriques
par le frottement , pour avoir un effet
ſenſible , & retrouver dans les corps électriſés
une chaleur proportionnée à celle
du corps électriſant.
Seconde Propofition.
Les corps qui nous environnent font
plus ou moins ouverts aux émanations qui
ſe préſentent , à raiſon de leurs tiffus dif
ferens plus ou moins ferrés , de leur quantité
, de leur gravité ſpécifique & de leurs
variations relatives.
Troifiéme Propoſition.
Les corps réſineux , le ſouffre & les
gommes , ont de grands vuides dont la direction
eſt poreuſe & entrecoupée ; les
méraux & autres corps ſolides ont des pores
plus étroits , mais d'une direction plus
aiſée & plus méable.
Quatrième Propofition.
Les premiers , c'eſt-à-dire les réſines , les
gommes , ayant plus de vuides , doivent
renfermer plus de matiere étrangere .
De ces propoſitions l'Auteur conclut, 1 .
que l'électricité ne fe communique que par
le paſſage des parcelles de feu qu'on élec
160 MERCUREDEFRANCE.
trife , & qui paffent en raiſon réciproque
des directions & pores qui peuvent les recevoir.
Ainſi les corps peſans en admettent
dans leurs tiſſus une plus grande quantité
que les corps rares. 2 ° . Que les corps électriques
par eux-mêmes renferment une
plus grande quantité de parties étrangeres
&par conféquent de feu , tandis que les
métaux n'en confervent que très-peu . Donc
les corps électriques par eux-mêmes ne
peuvent l'être , ou que bien foiblement par
communication , puiſque la quantité des
particules ignées qu'ils renferment , s'oppoſe
néceſſairement à celles qui voudroient
y parvenir , leur atmosphere étant en équilibre,
& ces mêmes parties ne pouvant pénétrer
leurs tiſſus par la diſpoſition des pores.
Ainfi la ſeule raiſon pour laquelle les
corps électriques par eux-mêmes ne le font
pas par communication , dépend de la
quantité des matieres ignées qui réfident
dans leurs tiffus , &des obſtacles que ce même
tiſſu oppoſe à l'entrée de la matiere
ignée qui leur vient des autres .
M. l'Abbé Mangin , Docteur en Théologie
, Prieur de Saint Antoine , au Collége
de Lizieux à Paris, auroit eu auſſi un Prix,
l'Académie en avoit en deux à diſtribuer .
Il eſt de l'intérêt de la Phyſique & de la
gloire de l'Auteur de rendre ſon ouvrage
public.
De l'Académie des Sciences & Belles- Lettres
de Dijon , pour le Prix de Morale
de 1750.
L
८
'Académie , fondée par M. Hector-
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les
Sçavans , que le Prix de Morale pour l'an-
Gy
1
154 MERCURE DE FRANCE.
née 1750 , confſiſtant en une Médaille d'or,
de la valeur de trente piſtoles , ſera adjugé
à celui qui aura le mieux réſolu le Problême
ſuivant ..
Si le rétabliſſement des Sciences & des Arts
a contribué à épurer les moeurs.
Il ſera libre à tous ceux qui voudront
concourir , d'écrire en François ou en Latin
, obſervant que leurs Ouvrages foient
liſibles , & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe & n'excede point une demie
heure.
LesMémoires francs de port ( fans quoi
ils ne feront pas retirés ) feront adreſſés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie , rue
du vieux Marché à Dijon , qui n'en recevra
aucun après le premier Avril.
Comme on ne sçauroit prendre trop
de précautions , tant pour rendre aux Sçavans
la justice qu'ils méritent , que pour
écarter , autant qu'il eſt poſſible , les brigues&
cet eſprit de partialité , qui n'entraînent
que trop ſouvent les fuffrages vers
les objets connus, ou qui lesen détournent
par d'autres motifs également irréguliers ,
l'Académie déclare que tous ceux qui, ayant
travaillé ſur le ſujet donné , feront convaincus
de 's'être fait connoître directement
on indirectement pour Auteurs des
Mémoires › avant qu'elle ait décidé fur
OCTOBRE. 1749. 155
5
la diſtribution du Prix , feront exclus du
concours. Pour obvier à cet inconvénient ,
chaque Auteur fera tenu de mettre , au
bas de ſon Mémoire une Sentence ou
Deviſe , & d'y joindre une feuille de papier
cachetée , ſur le dos de laquelle fera
la même Sentence , & fur le cachet , fon
nom , ſes qualités & ſa demeure , pour y
avoir recours à la diſtribution du Prix. Lefdites
feuilles ainſi cachetées , de façon
qu'on ne puiſſe y rien lire à travers , ne
feront point ouvertes avant ce tems-là , &
le Secretaire en tiendra un Régiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépillé de
leursOuvrages , le feront expédier fous un
autre nom que le leur ,&dans le cas , où
celui qui auroit uſé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il ſera obligé , en
chargeant une perſonne ,domiciliée à Dijon
, de ſa Procuration pardevant un Notaire
, & légaliſée par le Juge , d'y joindre
auſſi le Récépiffé.
Si celui, à qui le Prix ſera adjugé, n'eſt
pas de Dijon , il enverra pareillement ſa
Procuration en la forme ſuſdite ; & s'il
eſt de cette Ville , il viendra le recevoir en
perſonne le jour de la diſtribution du Prix ,
qui ſe feradans une Aſſemblée publique
de l'Académie , le Dimanche 23 Août
1750.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le Dimanche 24 Août 1749 , l'Académie
couronna dans une Aſſemblée publique
la piece de M. Pinot , Medecin à
Bourbon-Lancy.
Cet Auteur étoit déja connu par ſa Lettre
fur les Eaux Thermales de Bourbon-
Lancy, imprimée à Dijon en 1743 , in - 12,
127 pages. Elle eſt adreſſée à M. Fournier,
Medecin Penſionné de ladite Ville , fous
lequel il avoit étudié , comme on peut le
voir à la page 112 de la Lettre , & qui
par fon Approbation du 20 Janvier 1744,
en a jugé l'impreſſion très- utile au Public.
M. Fournier vient encore d'avoir la
fatisfaction de voir ſon Eleve couronné
par l'Académie.C'eſt en quelque façon partager
l'honneur du triomphe.
La Differtation , par laquelle M. Pinot
a remporté le Prix de cette année , eft
diviſée en deux parties. Dans la premiere ,
il prouve la véritable cauſe de l'Electricité,
par les effets qu'elle produit & par les expériences
qu'on a faites .
Il établitdans la ſeconde , d'une maniere
évidente , les raiſons pour lesquelles les
corps électriques par eux mêmes ne le font
pas par communication .
Après avoir donné une idée de l'Electricité
, & des differens corps qui en
font plus ou moins fufceptibles , M. Pinos
OCTOBRE. 1749. 159
د
avance qu'elle ne peut s'opérer que par
quelque fluide qui émane du corps électri
que , & que fon action faiſant des impreffions
ſur les corps les plus compacts ,
étant viveà proportion des réſiſtances qu'elle
trouve dans ſes émanations , ſe montrant
toujours ſous une forme ardente , en gerbes
de fea , & excitant ſur nos organes des ſenſations
vives &douloureuſes , on doit préfumer
que l'air , la matiere ſubtile , éthérée
ne font pas capables de ces Phénomenes
, & que celle qui les produit, a plus
d'activité & plus de maſſe ; qu'elle eſt répandue
dans tous les corps , parce qu'ils
font tous électriques par eux - mêmes ou
par communication , les uns moins, à proportion
qu'ils communiquent davantage ,
& les autres ne conſervant la propriété
qu'ils ont reçûe , qu'autant qu'on leur
donne de nouvelles émanations , de maniere
que les expériences de l'Electricité
mettent en évidence les dégrés de variation
de la vertu électrique.
L'Auteur prétend que le feu en eſt la
plusévidente& la ſeule cauſe. Tout , dit- il ,
en eſt pénétré , l'eau même n'en eſt pas
exceptée ; & c'eſt parce qu'il eſt enchaîné
dans les differentes parties des corps qu'il
occupe , qu'il ne manifeſte ni ſes fureurs
ni ſes violences.
58 MERCURE DE FRANCE.
M. Pinot rejette les ſyſtèmes de ceux qui
veulent que le feu& la lumiere ſoient des
corps de même nature , differemment modifiés.
Il ajoute que les corps électriques par
eux - mêmes renferment plus de feu élémentaire
, que ceux qui ne le font que par
communication , parce qu'ils s'enflamment
& s'échauffent plus aisément , & qu'il ne
faut qu'un frottement qui faſſe ſortir par
ondulations alternatives les parcellesde feu
qui communiquent le mouvement qu'elles
ont en raiſon de vîteſſe, ou de lenteur,
de leurs émanations en raiſon de diſtance ,
&&des tiffus des corps , ce qui fait le plus
ou le moins d'Electricité , dont aucune
matiére fubtile , aërienne ou lumineuſe ,
n'étant capable , il réſulte que c'eſt néceſſairement
le feu , par la raiſon que les
parcelles ou atômes électriques produiſent
les mêmes effets que cet élément.
La ſeconde partie tombe précisément
fur l'objet principal de la queſtion propofée.
Premiere Propoſition.
Il faut que les émanations électriques
penetrent les corps , pour communiquer ,
&qu'elles en agitent les parties intérieurieures
de même nature , ſans quoi il n'y
OCTOBRE. 1749. 159
auroit pas d'électricité , ou une trop légere.
On doit échauffer les corps électriques
par le frottement , pour avoir un effet
ſenſible , & retrouver dans les corps électriſés
une chaleur proportionnée à celle
du corps électriſant.
Seconde Propofition.
Les corps qui nous environnent font
plus ou moins ouverts aux émanations qui
ſe préſentent , à raiſon de leurs tiffus dif
ferens plus ou moins ferrés , de leur quantité
, de leur gravité ſpécifique & de leurs
variations relatives.
Troifiéme Propoſition.
Les corps réſineux , le ſouffre & les
gommes , ont de grands vuides dont la direction
eſt poreuſe & entrecoupée ; les
méraux & autres corps ſolides ont des pores
plus étroits , mais d'une direction plus
aiſée & plus méable.
Quatrième Propofition.
Les premiers , c'eſt-à-dire les réſines , les
gommes , ayant plus de vuides , doivent
renfermer plus de matiere étrangere .
De ces propoſitions l'Auteur conclut, 1 .
que l'électricité ne fe communique que par
le paſſage des parcelles de feu qu'on élec
160 MERCUREDEFRANCE.
trife , & qui paffent en raiſon réciproque
des directions & pores qui peuvent les recevoir.
Ainſi les corps peſans en admettent
dans leurs tiſſus une plus grande quantité
que les corps rares. 2 ° . Que les corps électriques
par eux-mêmes renferment une
plus grande quantité de parties étrangeres
&par conféquent de feu , tandis que les
métaux n'en confervent que très-peu . Donc
les corps électriques par eux-mêmes ne
peuvent l'être , ou que bien foiblement par
communication , puiſque la quantité des
particules ignées qu'ils renferment , s'oppoſe
néceſſairement à celles qui voudroient
y parvenir , leur atmosphere étant en équilibre,
& ces mêmes parties ne pouvant pénétrer
leurs tiſſus par la diſpoſition des pores.
Ainfi la ſeule raiſon pour laquelle les
corps électriques par eux-mêmes ne le font
pas par communication , dépend de la
quantité des matieres ignées qui réfident
dans leurs tiffus , &des obſtacles que ce même
tiſſu oppoſe à l'entrée de la matiere
ignée qui leur vient des autres .
M. l'Abbé Mangin , Docteur en Théologie
, Prieur de Saint Antoine , au Collége
de Lizieux à Paris, auroit eu auſſi un Prix,
l'Académie en avoit en deux à diſtribuer .
Il eſt de l'intérêt de la Phyſique & de la
gloire de l'Auteur de rendre ſon ouvrage
public.
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6604
p. 30-33
EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
Début :
D'Arnaud, vous le sçavez, on doit au Dieu des vers [...]
Mots clefs :
Art, Vers, Muses, Univers, Fleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE SUR LA POESIE, A M. d'Arnaud, Agent Littéraire de Sa Majesté Prussienne, & de S. A. S. le Duc de Wirtemberg.
EPITRE
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
33
Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.
Fermer
6605
p. 107-118
LETTRE De M.***, à M. Remond de Sainte Albine, sur quelques Poësies composées pour Madame la Dauphine.
Début :
Monsieur, j'ai l'honneur de vous adresser quelques Poësies composées [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Forges-les-Eaux, Dieu, Vers, Horoscope, Ciel, Roi, Traduction, Héros, Feu, Sibylle, Naïades, Inscriptions, Dénouement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M.***, à M. Remond de Sainte Albine, sur quelques Poësies composées pour Madame la Dauphine.
LETTRE *
De M. *** , à M. Remond de Sainte Albine
, fur quelques Poeftes composées pour
Madame la Dauphine.
M
Onfieur , j'ai l'honneur de vous
adreffer quelques Poëfies compofées
pour Forges , que j'y ai envoyées dans
le tems que Madame la Dauphine y prenoit
les eaux. Comme elles roulent
toutes fur l'augufte Princeffe , & fur les
bienfaits fignalés que le Ciel . réferve à la
France , je les crois affez intéreffantes
pour les communiquer au Public. Voici
donc d'abord mes Infcriptions pour les
Fontaines , dont j'ai traduit quelques- unes
affez paffablement pour en rendre le fens
& non la précifion qu'elles ont dans le
Latin . On voudra bien fe fouvenir que ce
font les Nayades de Forges que je fais
parler.
* Cette Lettre nous a été envoyée peu de jours
après que Madame la Dauphine fut de retour de
Forges.
E vj
fo8 MERCURE DE FRANCE.
Infcription pour la Porte de Forges.
Nayades ad Sereniffimam Delphinam .
H
Ue propera , Delphina ', ferunt , tibi dantque
Salutem
Nayades ; ut fubeas hac loca , numen habent.
Numen habent atavis , focero , & tibi numen amicum.
Fons facer hic Marti ; Martis amica Venus.
Traduction.
Fille des Dieux , daignez de grace
Honorer ce féjour d'un feul de vos regards.
Ces bords font confacrés à Mars *
C'eft le Dieu des Héros de votre augufte Race,
C'eft le Dieu des Othons ** , & des nouveaux
Céfars *** .
Commandez donc en Souveraine :
Auprès de Mars Cypris eft Reine.
Nayadum vota.
Difticon primo fonti infcribendum.
Hic ubi bellipotens tingebat fulmina Mavors ;
Aurea , Di melius , ſpicula tinget Amor.
* Forges.
** Empereurs de la Maifon de Saxe,
*** Beurbons.
NOVEMBRE. 1749. 109
Traduction.
Ce n'eft plus le Dieu des allarmes
Qui préfide en ce beau féjour ;
C'eft Cypris avec tous fes charnies ,
Qui tient au nom d'Hymen les Forges de l'Amour.
Infcription pour lafeconde Fontaine .
Difticon fecundo fonti infcribendum .
Fons Martifacer eft ; lymphis hinc ferreus exit .
Diva bibat ; populis aureus ecce fluet,
Traduction.
La vertu fecrette & divine
De ces eaux recelle un tréfor ;
Un fils des Dieux , grande Dauphine ,
Doit transformer leur fer en or .
Infcription pour la Fontaine , dont Madame
la Dauphine afait ufage .
Tertio Fonti.
Exoriare aliquis noftris è Fontibus Heros ,
Quiferro referas Martia facta patrum !
Traduction.
Puiffe bientôt du fein de ma fource féconde
Eclore un Héros glorieux ,
Qui foit l'amour des fiens , & la terreur du monde ,
110 MERCUREDE FRANCE.
Un Bourbon ; c'eft tout dire , & l'égaler aux
Dieux.
DEVISES
Pour fervir d'accompagnement à la Grotte
de la Sibylle de Forges.
Symbolum. Symbolum.
Tethis Achillem ftigiis
Mofes Nili è fluctibus
undis immergens.
Lemma..
enatans.
Lemma.
Tingit
amores , ut Te-
Populis feret ille falu
this , alma Venus. tem.
Sur la Grotte de la Sibylle.
Symbolum.
Nebula liquefcens.
Lemma .
Jupiter hicfubeat , rores vertentur in aurum.
Oraculum.
Auguror ; an Mofes ? Terhidis namfilius alma
Fluctibus emergit ? Neuter ; uterquefimul.
Saxonidas referet , Gallis fic partus Achilles :
Borbonidumfanguis ; fic Deus * alter erit .
* Moyfe , ainfi nommé par Dieu même . Conftitui
te Deum. Exod . c. 7.
NOVEMBRE . 149. III
Traduction.
Oracle de la Sibylle de Forges.
Eft-ce un Moyfe ? Eft-ce un Achille
Qui va fortir du ſein des eaux ?
François , l'augure en eft facile ;
Son fang doit unir deux Héros.
Portrait de M. de Saxe.
Toujours vainqueur , toujours modefte ,
Senfible aux droits de l'amitié ,
C'est plus qu'Achille de moitié.
Portrait des Bourbons.
Armé de l'Egide célefte ,
Zélateur des Autels de fon peuple & des Loix ,
C'est le Dieu de l'Egypte , & le Roi des François.
Au refte , Monfieur , ces Devifes & ces
Infcriptions n'étoient que l'annonce d'un
grand Opera Comique en cinq Actes ,
compofé pour amufer aux caux Madame
la Dauphine. Comme le dénouement eft
fur Forges- même , & n'eft qu'un tiffu d'éloges
de l'augufte Maifon de Bourbon , &
l'annonce des faveurs que le Ciel prépare
* Louis XV.
112 MERCURE DE FRANCE.
à la France ; ces Infcriptions , dans le deffein
de l'Auteur , devoient fervir à décorer
le Théatre en cas de répréfentation ; mais
le défaut de Comédiens à Forges ayant
retardé ce projet , je n'ai plus d'autre reffource
que l'impreffion . J'aurai donc
l'honneur de vous envoyer le mois prochain
, non -feulement le plan de ma Piéce ,
que je regarde comme la plus gaye qui ait
encore paru au Théatre , mais le dénouement
en entier, qui eft une espéce de petit
Opera , ou la Nayade de Forges, métamorphofée
en Sibylle , annonce à Madame la
Dauphine & à la France la naiffance d'un
Duc de Bourgogne , avec les chanſons &
les airs qui amenent & précédent le dénouement.
En attendant , Monfieur , je
vous fupplie de vouloir bien inferer dans
le Mercure les bagatelles que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai l'honneur d'être , &c.
L. ***
Vous me pardonnerez , Monfieur , de
vous laiffer ignorer mon nom ; le titre de
faifeur d'Horoſcope n'attire ni l'eftime ni
la confiance. Voici de quoi raffûrer le
Public , & de quoi me défigner affez à ceux
dont j'ai intérêt d'être connu .
NOVEMBRE. 1749. 113
Vers fur l'Auteur.
Sans être au nombre des Prophétes ,
Qu'on s'en rapporte à mes écrits :
Celui qui de l'ayeul préfagea les conquêtes ,
Peut fans rifque annoncer l'Horoſcope du fils.
Explication de ces vers .
L'Auteur , dans un Poëme imprimé en
1744 , fur la convalefcence du Roi , tatdis
que Sa Majesté étoit encore à Metz , &
plus de fept mois avant la fameufe taille
de Fontenoy , annonça dans un affez grand
détail les Exploits prochains du Conquérant
, & comme le fuccès a pleinement juftifié
l'augure , j'ai crû , à la fuire de cet horofcope
d'un Duc de Bourgogne , devoir
rappeller quelques traits du premier , qui
prouveront que les Prophétes du Parnaffe
rencontrent quelquefois affez heureuſement.
Voici donc comment je m'expliquois
dans la Préface de mon Paralléle , à
la fuite duquel étoit l'horofcope des conquêtes
de Sa Majesté .
" J'ai crû devoir tenir plus que mon ti-
» tre ne promet , & fur la foi d'un horof
»cope, que le glorieux début du Monarque
en Flandre juftifie affez , j'annonce aux
peuples un regne de merveilles , dont
» l'Europe a déja vû les prémices .
ود
214 MERCURE DE FRANCE.
Et plus bas. J'ai crû qu'un médiocre
» impromptu , échappé au premier tranf
» port , valoit encore mieux que d'atten
adre à féliciter le Roi fur fa convalefcen-
» ce , lorsqu'il aura gagné une ou deux bas
tailles .
Dans le
corps de l'ouvrage même.
Grand Roi , que le Ciel rend aux amours de
P'Europe •
Daigne agréer la foi d'un fidéle horofcope..
» Le bras d'un Dieu n'a point frappé de fi grands
coups ,
» Pour conferver encor un refte de courroux.
Les bienfaits du Três- Haut m'expliquent fes
oracles :
Un miracle de choix annonce cent miracles , &c.
»Le fort a tout promis , j'ai tout lû dans les Cieux;
Mais grand Roi , j'en lis plus en confultant tes
yeux.
Tant de charmes puiffans écartent les preftiges ,
» C'eft fur la foi des faits que j'attends des prodiges :
» Sans jurer par le ciel , & fur l'eſpoir des tems ,
» Tes exploits , tes vertus font ici mes garans.
∞ Déja la Lys a vû , fur la rive étonnée ,
"De cent traits éclatans la Flandre confternée.
Ypres , Furnes , Menin , forcés en moins d'un
mois
NOVEMBRE. 1749.
11S
Des plus vieux Conquérans égalent les exploits
Annonce de la bataille de Fontenoy .
» Mais ce n'eft point aiſez pour ta valeur ſublime,
» Bien-tôt nous te verrons dans l'ardeur qui t'a
nime ,
39 Suivi de tes guerriers & la f´udre à la main ,.
Punir les attentats du Pandoure inhumain ,
» De l'orgueilleux Teuton déconce ter l'audace ,
»Et plus craint que le Dieu qui fait trembler la
Thrace ,
■ Animant d'un coup d'oeil l'ardeur des com
batians ,
» Sur leurs monts entaflés foudroyer les Titans.
Defcription de la Mufon du Roi,
J'entends déja mugir fon horrible tonnerre ;
*Sous nos fiers Escadrons je vois trembler la terre
»Et Mars importuné de mille cris guerriers,
Ne voit que des Céfars réclamer fes lauriers.
A la même bataille.
» Le Moufquetaire altier plus prefte que l'orage ;
»Le Gendarme fougueux , rival de fon courage ,
Le Garde impétueux , le fier Chevau- Léger ,
>> Se difputent l'honneur d'affronter le danger ;
» Le front du Cuiraffier d'un nouveau feu s'allume,
De rage & de valeur l'ardent Dragon écume ,
Et le noir Grenadier,dans fes bouillans tranfports
16 MERCURE DE FRANCE.
»
N'attend qu'un feul coup d'oeil pour braver mille
morts. *
Vers la fin.
Que l'infolent Huffart , le Pandoure effrené
» Au bruit feul de ton nom , tremblant & confterne,
» D'un Monarque irrité redoutant la vengeance ,
Aille apprendre au Danube, enflé de fa puiffance,
Que Louis échappé du plus grand - des hazards,
Se plaît à les braver pour venger les Céfars ; **
❤ Que toujours généreux & toujours magnanime ,
Il eft le ferme appui des Héros qu'on opprime ,
que du bras qui donne & foutient les Etats ,
Il punit tôt ou tard l'orgueil des Potentats.
Et
L'original de cette piéce eft dans les
mains de M. le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , à qui j'eus l'honneur de l'envoyer à
Metz , d'abord en manufcrit le 5 Septembre
1744 , & quinze jours après imprimée
; ainfi comme la date & le nom de
l'Imprimeur font à la fin , & que tout
Rouen l'a lûe dans le tems , on ne peut
foupçonner que ce foit un horofcope fait
après coup ; je n'en ai cité que les endroits
Si j'avois à recommencer je fupprimerois ce détail,
mais bon ou mauvais , il prouve aujourd'hui que la
bataille de Fontenoy ne pouvoit mieux êire annoncée
ni défignée qu'elle le fut dans mon Paralléle huis
mois avant l'événement.
**
* Le feu Empereur.
NOVEMBRE, 1749. 117
les plus marqués ; mais comme la Piéce
contenoit près de deux cens vers , il y a
bien d'autres morceaux qui annonçoient
l'avenir , & qui par l'événement font deve
nus l'hiftoire du Conquérant.
J'ai encore un autre horofcope qui eft plus
fingulier , & qui remonte bien plus haut ,
car il parut à la mort du dernier Empereur
de la Maifon d'Autriche , ou quelque tems
après ; il s'agiffoit du fameux phénoméno
de Carthagène , que je lûs alors dans les
Gazettes , qui rapportoient à l'article de
Carthagéne , qu'il avoit parû un grand
torrent de feu au Ciel , lequel remontoit
d'Occident en Orient , & après avoir roulé
long-tems fur l'horifon , fe précipitoit
tout d'un coup en forme de cafcade , fouslaquelle
une nappe immenfe de feu paroif
foit couvrir tout le Ciel ; que la nappe s'étoit
tout d'un coup réunie en tourbillon
ou globe de feu , lequel avoit pirouetté
long- tems avec une action extraordinaire ;
qu'après bien des mouvemens , des coups
redoublés de tonnerre étoient partis du
tourbillon , & qu'au dernier coup le globe
éclarté s'étoit partagé aux quatre coins
de l'horifon . J'expliquai dans le tems ce
phénoméne dans une pièce de vers , que
tous mes amis ont vûe , mais comme elle
n'eft point imprimée , & que tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
eft arrivé à la Maifon d'Autriche depuis
huit ans , y eft circonftancié dans un détail
qui paffe l'horofcope , je ne pourrai jamais
venir à bout de perfuader au Public
que ce n'eft point une piéce faite après
coup , ainfi je la fupprime ; auffi- bien faudroit-
il chercher mes vers dans ma mémoire
, car je n'en ai point gardé d'exemplaire
, & je m'eftimerois heureux fi quelqu'un
de ceux à qui j'en ai fait part dans
le tems , pouvoient vous reproduire mon
écriture même , afin qu'on ne me foupçonnât
pas d'avoir ajouté ou changé quelqué
vers , quoique je fois bien fûr que je
retrouverois mot pour mor le tout , ſi je
voulois m'en donner la peine. En voila .
bien affez fur cet article , Monfieur , &
peut- être trop pour un tireur d'horofcope
, il ne me reste donc qu'à fouhaiter que
celui d'un Duc de Bourgogne
, que j'ai
l'honneur de vous envoyer , reffemble aux
précédens , & tous mes voeux feront fatisfaits.
De M. *** , à M. Remond de Sainte Albine
, fur quelques Poeftes composées pour
Madame la Dauphine.
M
Onfieur , j'ai l'honneur de vous
adreffer quelques Poëfies compofées
pour Forges , que j'y ai envoyées dans
le tems que Madame la Dauphine y prenoit
les eaux. Comme elles roulent
toutes fur l'augufte Princeffe , & fur les
bienfaits fignalés que le Ciel . réferve à la
France , je les crois affez intéreffantes
pour les communiquer au Public. Voici
donc d'abord mes Infcriptions pour les
Fontaines , dont j'ai traduit quelques- unes
affez paffablement pour en rendre le fens
& non la précifion qu'elles ont dans le
Latin . On voudra bien fe fouvenir que ce
font les Nayades de Forges que je fais
parler.
* Cette Lettre nous a été envoyée peu de jours
après que Madame la Dauphine fut de retour de
Forges.
E vj
fo8 MERCURE DE FRANCE.
Infcription pour la Porte de Forges.
Nayades ad Sereniffimam Delphinam .
H
Ue propera , Delphina ', ferunt , tibi dantque
Salutem
Nayades ; ut fubeas hac loca , numen habent.
Numen habent atavis , focero , & tibi numen amicum.
Fons facer hic Marti ; Martis amica Venus.
Traduction.
Fille des Dieux , daignez de grace
Honorer ce féjour d'un feul de vos regards.
Ces bords font confacrés à Mars *
C'eft le Dieu des Héros de votre augufte Race,
C'eft le Dieu des Othons ** , & des nouveaux
Céfars *** .
Commandez donc en Souveraine :
Auprès de Mars Cypris eft Reine.
Nayadum vota.
Difticon primo fonti infcribendum.
Hic ubi bellipotens tingebat fulmina Mavors ;
Aurea , Di melius , ſpicula tinget Amor.
* Forges.
** Empereurs de la Maifon de Saxe,
*** Beurbons.
NOVEMBRE. 1749. 109
Traduction.
Ce n'eft plus le Dieu des allarmes
Qui préfide en ce beau féjour ;
C'eft Cypris avec tous fes charnies ,
Qui tient au nom d'Hymen les Forges de l'Amour.
Infcription pour lafeconde Fontaine .
Difticon fecundo fonti infcribendum .
Fons Martifacer eft ; lymphis hinc ferreus exit .
Diva bibat ; populis aureus ecce fluet,
Traduction.
La vertu fecrette & divine
De ces eaux recelle un tréfor ;
Un fils des Dieux , grande Dauphine ,
Doit transformer leur fer en or .
Infcription pour la Fontaine , dont Madame
la Dauphine afait ufage .
Tertio Fonti.
Exoriare aliquis noftris è Fontibus Heros ,
Quiferro referas Martia facta patrum !
Traduction.
Puiffe bientôt du fein de ma fource féconde
Eclore un Héros glorieux ,
Qui foit l'amour des fiens , & la terreur du monde ,
110 MERCUREDE FRANCE.
Un Bourbon ; c'eft tout dire , & l'égaler aux
Dieux.
DEVISES
Pour fervir d'accompagnement à la Grotte
de la Sibylle de Forges.
Symbolum. Symbolum.
Tethis Achillem ftigiis
Mofes Nili è fluctibus
undis immergens.
Lemma..
enatans.
Lemma.
Tingit
amores , ut Te-
Populis feret ille falu
this , alma Venus. tem.
Sur la Grotte de la Sibylle.
Symbolum.
Nebula liquefcens.
Lemma .
Jupiter hicfubeat , rores vertentur in aurum.
Oraculum.
Auguror ; an Mofes ? Terhidis namfilius alma
Fluctibus emergit ? Neuter ; uterquefimul.
Saxonidas referet , Gallis fic partus Achilles :
Borbonidumfanguis ; fic Deus * alter erit .
* Moyfe , ainfi nommé par Dieu même . Conftitui
te Deum. Exod . c. 7.
NOVEMBRE . 149. III
Traduction.
Oracle de la Sibylle de Forges.
Eft-ce un Moyfe ? Eft-ce un Achille
Qui va fortir du ſein des eaux ?
François , l'augure en eft facile ;
Son fang doit unir deux Héros.
Portrait de M. de Saxe.
Toujours vainqueur , toujours modefte ,
Senfible aux droits de l'amitié ,
C'est plus qu'Achille de moitié.
Portrait des Bourbons.
Armé de l'Egide célefte ,
Zélateur des Autels de fon peuple & des Loix ,
C'est le Dieu de l'Egypte , & le Roi des François.
Au refte , Monfieur , ces Devifes & ces
Infcriptions n'étoient que l'annonce d'un
grand Opera Comique en cinq Actes ,
compofé pour amufer aux caux Madame
la Dauphine. Comme le dénouement eft
fur Forges- même , & n'eft qu'un tiffu d'éloges
de l'augufte Maifon de Bourbon , &
l'annonce des faveurs que le Ciel prépare
* Louis XV.
112 MERCURE DE FRANCE.
à la France ; ces Infcriptions , dans le deffein
de l'Auteur , devoient fervir à décorer
le Théatre en cas de répréfentation ; mais
le défaut de Comédiens à Forges ayant
retardé ce projet , je n'ai plus d'autre reffource
que l'impreffion . J'aurai donc
l'honneur de vous envoyer le mois prochain
, non -feulement le plan de ma Piéce ,
que je regarde comme la plus gaye qui ait
encore paru au Théatre , mais le dénouement
en entier, qui eft une espéce de petit
Opera , ou la Nayade de Forges, métamorphofée
en Sibylle , annonce à Madame la
Dauphine & à la France la naiffance d'un
Duc de Bourgogne , avec les chanſons &
les airs qui amenent & précédent le dénouement.
En attendant , Monfieur , je
vous fupplie de vouloir bien inferer dans
le Mercure les bagatelles que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai l'honneur d'être , &c.
L. ***
Vous me pardonnerez , Monfieur , de
vous laiffer ignorer mon nom ; le titre de
faifeur d'Horoſcope n'attire ni l'eftime ni
la confiance. Voici de quoi raffûrer le
Public , & de quoi me défigner affez à ceux
dont j'ai intérêt d'être connu .
NOVEMBRE. 1749. 113
Vers fur l'Auteur.
Sans être au nombre des Prophétes ,
Qu'on s'en rapporte à mes écrits :
Celui qui de l'ayeul préfagea les conquêtes ,
Peut fans rifque annoncer l'Horoſcope du fils.
Explication de ces vers .
L'Auteur , dans un Poëme imprimé en
1744 , fur la convalefcence du Roi , tatdis
que Sa Majesté étoit encore à Metz , &
plus de fept mois avant la fameufe taille
de Fontenoy , annonça dans un affez grand
détail les Exploits prochains du Conquérant
, & comme le fuccès a pleinement juftifié
l'augure , j'ai crû , à la fuire de cet horofcope
d'un Duc de Bourgogne , devoir
rappeller quelques traits du premier , qui
prouveront que les Prophétes du Parnaffe
rencontrent quelquefois affez heureuſement.
Voici donc comment je m'expliquois
dans la Préface de mon Paralléle , à
la fuite duquel étoit l'horofcope des conquêtes
de Sa Majesté .
" J'ai crû devoir tenir plus que mon ti-
» tre ne promet , & fur la foi d'un horof
»cope, que le glorieux début du Monarque
en Flandre juftifie affez , j'annonce aux
peuples un regne de merveilles , dont
» l'Europe a déja vû les prémices .
ود
214 MERCURE DE FRANCE.
Et plus bas. J'ai crû qu'un médiocre
» impromptu , échappé au premier tranf
» port , valoit encore mieux que d'atten
adre à féliciter le Roi fur fa convalefcen-
» ce , lorsqu'il aura gagné une ou deux bas
tailles .
Dans le
corps de l'ouvrage même.
Grand Roi , que le Ciel rend aux amours de
P'Europe •
Daigne agréer la foi d'un fidéle horofcope..
» Le bras d'un Dieu n'a point frappé de fi grands
coups ,
» Pour conferver encor un refte de courroux.
Les bienfaits du Três- Haut m'expliquent fes
oracles :
Un miracle de choix annonce cent miracles , &c.
»Le fort a tout promis , j'ai tout lû dans les Cieux;
Mais grand Roi , j'en lis plus en confultant tes
yeux.
Tant de charmes puiffans écartent les preftiges ,
» C'eft fur la foi des faits que j'attends des prodiges :
» Sans jurer par le ciel , & fur l'eſpoir des tems ,
» Tes exploits , tes vertus font ici mes garans.
∞ Déja la Lys a vû , fur la rive étonnée ,
"De cent traits éclatans la Flandre confternée.
Ypres , Furnes , Menin , forcés en moins d'un
mois
NOVEMBRE. 1749.
11S
Des plus vieux Conquérans égalent les exploits
Annonce de la bataille de Fontenoy .
» Mais ce n'eft point aiſez pour ta valeur ſublime,
» Bien-tôt nous te verrons dans l'ardeur qui t'a
nime ,
39 Suivi de tes guerriers & la f´udre à la main ,.
Punir les attentats du Pandoure inhumain ,
» De l'orgueilleux Teuton déconce ter l'audace ,
»Et plus craint que le Dieu qui fait trembler la
Thrace ,
■ Animant d'un coup d'oeil l'ardeur des com
batians ,
» Sur leurs monts entaflés foudroyer les Titans.
Defcription de la Mufon du Roi,
J'entends déja mugir fon horrible tonnerre ;
*Sous nos fiers Escadrons je vois trembler la terre
»Et Mars importuné de mille cris guerriers,
Ne voit que des Céfars réclamer fes lauriers.
A la même bataille.
» Le Moufquetaire altier plus prefte que l'orage ;
»Le Gendarme fougueux , rival de fon courage ,
Le Garde impétueux , le fier Chevau- Léger ,
>> Se difputent l'honneur d'affronter le danger ;
» Le front du Cuiraffier d'un nouveau feu s'allume,
De rage & de valeur l'ardent Dragon écume ,
Et le noir Grenadier,dans fes bouillans tranfports
16 MERCURE DE FRANCE.
»
N'attend qu'un feul coup d'oeil pour braver mille
morts. *
Vers la fin.
Que l'infolent Huffart , le Pandoure effrené
» Au bruit feul de ton nom , tremblant & confterne,
» D'un Monarque irrité redoutant la vengeance ,
Aille apprendre au Danube, enflé de fa puiffance,
Que Louis échappé du plus grand - des hazards,
Se plaît à les braver pour venger les Céfars ; **
❤ Que toujours généreux & toujours magnanime ,
Il eft le ferme appui des Héros qu'on opprime ,
que du bras qui donne & foutient les Etats ,
Il punit tôt ou tard l'orgueil des Potentats.
Et
L'original de cette piéce eft dans les
mains de M. le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , à qui j'eus l'honneur de l'envoyer à
Metz , d'abord en manufcrit le 5 Septembre
1744 , & quinze jours après imprimée
; ainfi comme la date & le nom de
l'Imprimeur font à la fin , & que tout
Rouen l'a lûe dans le tems , on ne peut
foupçonner que ce foit un horofcope fait
après coup ; je n'en ai cité que les endroits
Si j'avois à recommencer je fupprimerois ce détail,
mais bon ou mauvais , il prouve aujourd'hui que la
bataille de Fontenoy ne pouvoit mieux êire annoncée
ni défignée qu'elle le fut dans mon Paralléle huis
mois avant l'événement.
**
* Le feu Empereur.
NOVEMBRE, 1749. 117
les plus marqués ; mais comme la Piéce
contenoit près de deux cens vers , il y a
bien d'autres morceaux qui annonçoient
l'avenir , & qui par l'événement font deve
nus l'hiftoire du Conquérant.
J'ai encore un autre horofcope qui eft plus
fingulier , & qui remonte bien plus haut ,
car il parut à la mort du dernier Empereur
de la Maifon d'Autriche , ou quelque tems
après ; il s'agiffoit du fameux phénoméno
de Carthagène , que je lûs alors dans les
Gazettes , qui rapportoient à l'article de
Carthagéne , qu'il avoit parû un grand
torrent de feu au Ciel , lequel remontoit
d'Occident en Orient , & après avoir roulé
long-tems fur l'horifon , fe précipitoit
tout d'un coup en forme de cafcade , fouslaquelle
une nappe immenfe de feu paroif
foit couvrir tout le Ciel ; que la nappe s'étoit
tout d'un coup réunie en tourbillon
ou globe de feu , lequel avoit pirouetté
long- tems avec une action extraordinaire ;
qu'après bien des mouvemens , des coups
redoublés de tonnerre étoient partis du
tourbillon , & qu'au dernier coup le globe
éclarté s'étoit partagé aux quatre coins
de l'horifon . J'expliquai dans le tems ce
phénoméne dans une pièce de vers , que
tous mes amis ont vûe , mais comme elle
n'eft point imprimée , & que tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
eft arrivé à la Maifon d'Autriche depuis
huit ans , y eft circonftancié dans un détail
qui paffe l'horofcope , je ne pourrai jamais
venir à bout de perfuader au Public
que ce n'eft point une piéce faite après
coup , ainfi je la fupprime ; auffi- bien faudroit-
il chercher mes vers dans ma mémoire
, car je n'en ai point gardé d'exemplaire
, & je m'eftimerois heureux fi quelqu'un
de ceux à qui j'en ai fait part dans
le tems , pouvoient vous reproduire mon
écriture même , afin qu'on ne me foupçonnât
pas d'avoir ajouté ou changé quelqué
vers , quoique je fois bien fûr que je
retrouverois mot pour mor le tout , ſi je
voulois m'en donner la peine. En voila .
bien affez fur cet article , Monfieur , &
peut- être trop pour un tireur d'horofcope
, il ne me reste donc qu'à fouhaiter que
celui d'un Duc de Bourgogne
, que j'ai
l'honneur de vous envoyer , reffemble aux
précédens , & tous mes voeux feront fatisfaits.
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6606
p. 119
ENIGME.
Début :
Admirez, cher Lecteur, l'empire de la mode, [...]
Mots clefs :
Aumusse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
A Dmirez , cher Lecteur , l'empire de la mode.
Faite pour les byvers , on me porte en Eté ;
On me tient fans befoin , par air , par vanité ,
Quoiqu'en toute faifon mon poids foit incom
mode .
Pour fuivre des anciens la bifarre méthode ,
En dépit du bon fens j'occupe un feul côté ;
Je devrois être ailleurs , mais on eft entêté .
Quel abus , quand l'ufage aux humains fert de
Code ! -
Au milieu des délerts , fur les monts , dans les bois,
Nature me produit. Par de fatales loix ,
Jamais on ne me voit que dans le fein des Villes.
Stérile par moi-même , inutile en tout lens ,
Quiconque peut m'avoir , paffe des jours tran◄
quilles ,
Sans Souci, fans travail, fans peine , fans tourment
Ear Fr. Lorienx , Cordelier à Blois.
A Dmirez , cher Lecteur , l'empire de la mode.
Faite pour les byvers , on me porte en Eté ;
On me tient fans befoin , par air , par vanité ,
Quoiqu'en toute faifon mon poids foit incom
mode .
Pour fuivre des anciens la bifarre méthode ,
En dépit du bon fens j'occupe un feul côté ;
Je devrois être ailleurs , mais on eft entêté .
Quel abus , quand l'ufage aux humains fert de
Code ! -
Au milieu des délerts , fur les monts , dans les bois,
Nature me produit. Par de fatales loix ,
Jamais on ne me voit que dans le fein des Villes.
Stérile par moi-même , inutile en tout lens ,
Quiconque peut m'avoir , paffe des jours tran◄
quilles ,
Sans Souci, fans travail, fans peine , fans tourment
Ear Fr. Lorienx , Cordelier à Blois.
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6607
p. 120-121
LOGOGRYPHE.
Début :
Formant plus d'un génie heureux, [...]
Mots clefs :
Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE,
Formant plus d'un génie heureux ;
Lecteur , dans les Beaux - Arts j'ai ſurpaſſé la
Gréce .
Gardant mon nom , changeant d'efpece ,
Tu vois qu'en me livrant à de coupables feux .
Trop fût des foins d'une Déeffe ,
Téméraire , j'ofai divifer tous les Dieux.
Sur un feul pied mon corps chemine :
Dérangé , j'offre aux curieux
Un Dieu qui de l'Egypte eut l'encens & les voeuxi
Un Seigneur dont le rang domine ,
Lorfque Louis faiſant enregiſtrer les loix ,
De fon trône foutient la gloire & la puiffances
Quoique le même , je balance
En Albion l'autorité des Rois ;
De deux Ambaffadeurs je fais la prefféance ;
Quittant des titres fi pompeux ,
Sans gravité paroîtrai-je à tes yeux?
Comment oferai-je en cadence ,
Animer feul & les chants & la danſe ,
Et me trouver fans ceffe avec les jeux ?
Garde-toi cependant, d'un front trop fourcilleux ;
D'infulter à mon inconftance ;
C'e
NOVEMBRE. 1749 121 .
C'eft chez moi que tu pris naiffance ,
fans moi tu verrois bien-tôt les fombres lieux.
Maillard la jeune.
A Nancy le 25
Août
1749.
Formant plus d'un génie heureux ;
Lecteur , dans les Beaux - Arts j'ai ſurpaſſé la
Gréce .
Gardant mon nom , changeant d'efpece ,
Tu vois qu'en me livrant à de coupables feux .
Trop fût des foins d'une Déeffe ,
Téméraire , j'ofai divifer tous les Dieux.
Sur un feul pied mon corps chemine :
Dérangé , j'offre aux curieux
Un Dieu qui de l'Egypte eut l'encens & les voeuxi
Un Seigneur dont le rang domine ,
Lorfque Louis faiſant enregiſtrer les loix ,
De fon trône foutient la gloire & la puiffances
Quoique le même , je balance
En Albion l'autorité des Rois ;
De deux Ambaffadeurs je fais la prefféance ;
Quittant des titres fi pompeux ,
Sans gravité paroîtrai-je à tes yeux?
Comment oferai-je en cadence ,
Animer feul & les chants & la danſe ,
Et me trouver fans ceffe avec les jeux ?
Garde-toi cependant, d'un front trop fourcilleux ;
D'infulter à mon inconftance ;
C'e
NOVEMBRE. 1749 121 .
C'eft chez moi que tu pris naiffance ,
fans moi tu verrois bien-tôt les fombres lieux.
Maillard la jeune.
A Nancy le 25
Août
1749.
Fermer
6608
p. 121-122
AUTRE.
Début :
Le Lecteur veut du court & bon ; [...]
Mots clefs :
Marronnier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
LE Lecteur veut du court & bon ;
Hé bien , huit lettres font mon nom ,
Qu quatre confonnes fidelles
Accompagnent
quatre voyelles.
Enſemble on voit l'arbre & le fruit ;
Un Ecrivain incomparable ,
Doat le Poëme inimitable
Eft connu de tout bel efprit ;
Le métail dont l'éclat féduit
Mainte beauté dans l'indigence ,
Dans Rome ainfi que dans Paris ,
Et qui change par la présence
Plus d'une Lucrece en Laïs ;
Un Prince inhumain & barbare ;
L'Elément de tous les oiſeaux ;
Le plus bête des animaux ;
L'urne du téméraire Icare ;
Un peuple fécond en Héros ;
Une forte Place d'Afrique ;
Deux des notes de la Mufique .
F
122 MERCURE DEFRANCE.
Pour achever en peu de mots ,
Le nom qu'après le mariage
L'homme porte dans le ménage.
Mare , Marne , an , rame , Marin ,
Mine , remorà , rime , mi . ,
Anier , Maire , romarin , moire ,
Ire , noyer , rien , Moine , armoire.
Daire C,
LE Lecteur veut du court & bon ;
Hé bien , huit lettres font mon nom ,
Qu quatre confonnes fidelles
Accompagnent
quatre voyelles.
Enſemble on voit l'arbre & le fruit ;
Un Ecrivain incomparable ,
Doat le Poëme inimitable
Eft connu de tout bel efprit ;
Le métail dont l'éclat féduit
Mainte beauté dans l'indigence ,
Dans Rome ainfi que dans Paris ,
Et qui change par la présence
Plus d'une Lucrece en Laïs ;
Un Prince inhumain & barbare ;
L'Elément de tous les oiſeaux ;
Le plus bête des animaux ;
L'urne du téméraire Icare ;
Un peuple fécond en Héros ;
Une forte Place d'Afrique ;
Deux des notes de la Mufique .
F
122 MERCURE DEFRANCE.
Pour achever en peu de mots ,
Le nom qu'après le mariage
L'homme porte dans le ménage.
Mare , Marne , an , rame , Marin ,
Mine , remorà , rime , mi . ,
Anier , Maire , romarin , moire ,
Ire , noyer , rien , Moine , armoire.
Daire C,
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6609
p. 122-128
« DISSERTATION sur l'incertitude des Signes de la Mort, & sur l'abus [...] »
Début :
DISSERTATION sur l'incertitude des Signes de la Mort, & sur l'abus [...]
Mots clefs :
Mémoire, Mort, Dissertation, Enterrements, Incertitude, Signes de la mort, Abus, Embaumements, Règlement, Jacques-Bénigne Winslow, Claude François du Verdier de La Sorinière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DISSERTATION sur l'incertitude des Signes de la Mort, & sur l'abus [...] »
D
DES BEAUX- ARTS , ire.
ISSERTATION fur l'incertitude
des Signes de la Mort , & fur l'abus
des enterremens & embaumemens précipités
. Par M.Jean- Jacques Bruhier , Docteur
en Médecine.Seconde Edition , revûe, corrigée
& augmentée . A Paris , chez Debure
l'aîné , Libraire , Quai des Auguftins , à l'Image
Saint Paul , 1749 , 2 vol. in- 12. Tome
I. pp. 609.Tome II . pp . 534. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
Au mois d'Avril 1740 , M. Winflow ,
Docteur Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , & l'un des Membres de l'Académie
Royale des Sciences , fit foutenir
dans les Ecoles une Théfe fur une queſtion
NOVEMBRE. 1749. 123
extrêmement intéreffante. Il s'y agiffoit
d'examiner fi dans les cas où l'on doutoit
qu'une perfonne fût morte , les opérations
de Chirurgie étoient des épreuves plus certaines
que toute autre pour s'affûrer de la
vérité , & M. Winflow fe déclaroit pour
l'affirmative . Cette Théfe fut traduite en
François , mais M. Winflo n'ayant pas été
fatisfait de la premiere traduction , M.
Bruhier offrit d'en faire une nouvelle.
Afin de donner plus d'étendue à l'ouvrage
, il jugea à propos d'y joindre le récit
de plufieurs faits , que lui avoit fourni
la lecture de divers Traités fur les funérailles
des Anciens , ou qui lui furent indiqués
par M. Winflow & par quelques autres
Sçavans. La difficulté étoit de placer
ces augmentations. D'abord M. Brubier
n'imagina rien de mieux que d'en compofer
des notes , & de marquer par des renvois
les articles de la Théfe , auxquels elles
étoient relatives.
de
M. Winflow s'étoit propofé feulement
prouver , que pour reconnoître fi une
mort étoit réelle ou fimplement apparente,
on ne pouvoit avoir recours à de meilleurs.
moyens que les opérations chirurgicales.
M. Brubier porta plus loin fes vûes , & il
entreprit de montrer que ces opérations
mêmes étoient quelquefois un moyen in-
ן
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fuffifant. Par cette raifon , il intitula fon
ouvrage , qui parut pour la premiere fois
en 1742 , Differtation fur l'incertitude des
Signes de la mort.
Des obfervations contenues dans cette
Diſſertation , il réfultoit qu'on s'expofoit
à être homicide , en précipitant trop les
embaumemens & les enterremens. M. Bruhier
, quelque tems après la publication de
fon Livre , compofa un Mémoire particu
lier fur ce fujet. Il en fit la lecture à M. le
Chancelier , qui l'engagea à dreffer un Pro
jet de Réglement, pour remedier à un abus
contre lequel la Nature & la Religion réclament
également le fecours des Loix. Le
Mémoire & le Projet de Réglement furent
imprimés en 1745 , & l'Auteur eut l'honneur
d'en préfenter un exemplaire à Sa
Majefté. Dans la même année , il publia
une feconde Partie , qu'il avoit ajoûtée à
fa Differtation.
Il donna en 1746 , fous le titre d'Addi
tion au Mémoire fur la néceffité d'un Réglement
général ausujet des Enterremens & Ěmbaumemens
, une Réponse aux objections
qui lui avoient été faites , & il la groffit
d'un nombre confidérable de faits dont il
n'avoit
pas encore parlé.
Tous ces differens ouvrages fe trouvent
réunis dans cette nouvelle Edition . Le preNOVEMBRE.
1749. .125
mier volume eft compofé de la premiere
Partie de la Differtation fur l'incertitude des
Signes de la mort , du Mémoire présenté au
Roi , du Projet de Réglement pour empêcher
les enterremens précipités , & de diverfes
biftoires de perfonnes rappellées à la vie ,
après avoir été réputées mories. Ces hiftoires
font celles qui ont été découvertes par
l'Auteur pendant le tems qui s'eft écoulé
entre la publication de fon premier ouvrage
& celle de fon Mémoire. M. Brubier
en faifant réimprimer la premiere partie
de fa Differtation , lui a donné une forme
nouvelle. Chaque paragraphe de la Théle
de M. Winflow ayant un objet particulier ,
notre Auteur a fait de chacun de ces objets
le fujet d'un chapitre.On verra dans le premier
, qui eft le plus long de tous , beaucoup
d'obfervations & de réflexions nouvelles
. Il n'y a aucun des autres chapitres ,
qui n'ait auffi fa part des augmentations .
Quant aux corrections , il y en a d'effentielles.
Celle qui regarde un ufage du troifiéme
fiècle , eft de ce nombre.
Dans le fecond volume eft la derniere
Partie que M. Bruhier ajoûta en 1745 àfa
તે િ
Differtation , & à laquelle il n'a rien changé.
Cette feconde Partie renferme neuf
Chapitres . L'Auteur examine dans le premier
, fi l'on doit ajoûter foi aux hiftoires.
F iij
126 MERCURE DEFRANCE.
rapportées dans la premiere partie de fon
ouvrage . Le fecond Chapitre eft deftiné à
prouver , par plufieurs faits , la poflibilité
de quelques événemens racontés par Pechlin
, & M. Bruhier y parle des ſecours
qu'on peut donnet aux Noyés. Les moyens
de rappeller à la vie quelques- uns des miférables
qui ont fubi le fupplice de la corde
, font la matiere du troifiéme Chapitre .
M. Bruhier , dans le quatrième , parle des
femmes qui meurent enceintes , & des enfans
réputés morts en venant au monde .
Dans le cinquiéme & le fixiéme Chapitres
, il parcourt les differentes cauſes , ſoit
intérieures , foit extérieures , qui peuvent
produire de fauffés apparences de mort. Il
employe le feptiéme à répondre à plufieurs
objections. Le huitiéme traite des ouver
tures fimples & des embaumemens. Notre
Auteur récapitule dans le dernier Chapitre
toutes les épreuves qu'on peut faire
pour éviter l'inconvénient d'inhumer une
perfonne tandis qu'elle eft encore en vie.
Ce volume eft terminé par un Supplément
contenant diverfes obfervations , dont M.
Bruhier n'a eu que depuis peu connoiffance.
L'Addition au Mémoire préfenté au Roi
neforme point, ni dans l'un ni dans l'autre
volume , un article féparé , parce quelle
a été fondue dans ce Mémoire.
NOVEMBRE. 1749. 127
On accufe les favoris des Mufes ; deprodiguer
fouvent leurs éloges à des ob
jets peu dignes d'être chantés . On ne fera
point ce reproche à M. de la Soriniere ,
en lifant l'Epitre fuivante. Il y loue avec
juftice l'utilité du Livre de notre Auteur .
Bruhier , ton immortel ouvrage
Ouvre les yeux à bien des gens
Sur l'abus , le cruel uſage
D'enterrer les morts tout vivans.
Chacua frémit , ne peut s'en taire ;
Et déja dans fon teftainent ,
De claufe expreffe &falutaire ,
Ajoûte un petit Supplément ,
Qui fervira de Réglement ,
Pour brider l'héritier avide ,
Dont l'empreffement homicide
Veut nous loger trop promptement
En telle Eglife ou Cimetiere ,
Où nous repoferions long- tems.
Arrêt fatal aux furvivans .
Collateraux auront beau faire ,
Il attendront affûrément
Quatre jours impatiemment.
Ce n'eft pas trop en telle affaire.
Car je t'avouerai fans myftere ,
Bruhier , qu'il me déplairoit fort ,
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Bien à l'étroit dans une biere ,
De me voir vif après ma mort,
M. de la Soriniere eft le feul Poëte qui ait
célebré l'ouvrage de M. Brubier , mais en
récompenfe prefque toutes les Sociétés fçavantes
du Royaume ont honoré authentiquement
de leur approbation le zéle de ce
Médecin. Les jugemens que nos principales
Académies ont portés de fon Livre ,
font à la tête du premier volume. Celle
d'Angers , non contente d'un témoignage
verbal de fon eftime , a aggrégé l'Auteur
à fon Corps, dans une affemblée extraordinairement
convoquée à cet effet.
Quelque glorieux que foient de pareils
fuffrages , M. Bruhier mérite un prix encore
plus flatteur. C'eft la reconnoiffance
de tous les hommes pour le fervice qu'il
s'efforce de leur rendre , en tâchant de les
dérober à un péril dont ne font pas exemts
ceux qui femblent devoir moins le redouter.
Joignons nos voeux à ceux du Public,
pour que l'autorité légiflative affûre l'exécution
d'un projet fi louable & fi important.
DES BEAUX- ARTS , ire.
ISSERTATION fur l'incertitude
des Signes de la Mort , & fur l'abus
des enterremens & embaumemens précipités
. Par M.Jean- Jacques Bruhier , Docteur
en Médecine.Seconde Edition , revûe, corrigée
& augmentée . A Paris , chez Debure
l'aîné , Libraire , Quai des Auguftins , à l'Image
Saint Paul , 1749 , 2 vol. in- 12. Tome
I. pp. 609.Tome II . pp . 534. Avec Approbation
& Privilége du Roi.
Au mois d'Avril 1740 , M. Winflow ,
Docteur Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , & l'un des Membres de l'Académie
Royale des Sciences , fit foutenir
dans les Ecoles une Théfe fur une queſtion
NOVEMBRE. 1749. 123
extrêmement intéreffante. Il s'y agiffoit
d'examiner fi dans les cas où l'on doutoit
qu'une perfonne fût morte , les opérations
de Chirurgie étoient des épreuves plus certaines
que toute autre pour s'affûrer de la
vérité , & M. Winflow fe déclaroit pour
l'affirmative . Cette Théfe fut traduite en
François , mais M. Winflo n'ayant pas été
fatisfait de la premiere traduction , M.
Bruhier offrit d'en faire une nouvelle.
Afin de donner plus d'étendue à l'ouvrage
, il jugea à propos d'y joindre le récit
de plufieurs faits , que lui avoit fourni
la lecture de divers Traités fur les funérailles
des Anciens , ou qui lui furent indiqués
par M. Winflow & par quelques autres
Sçavans. La difficulté étoit de placer
ces augmentations. D'abord M. Brubier
n'imagina rien de mieux que d'en compofer
des notes , & de marquer par des renvois
les articles de la Théfe , auxquels elles
étoient relatives.
de
M. Winflow s'étoit propofé feulement
prouver , que pour reconnoître fi une
mort étoit réelle ou fimplement apparente,
on ne pouvoit avoir recours à de meilleurs.
moyens que les opérations chirurgicales.
M. Brubier porta plus loin fes vûes , & il
entreprit de montrer que ces opérations
mêmes étoient quelquefois un moyen in-
ן
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
fuffifant. Par cette raifon , il intitula fon
ouvrage , qui parut pour la premiere fois
en 1742 , Differtation fur l'incertitude des
Signes de la mort.
Des obfervations contenues dans cette
Diſſertation , il réfultoit qu'on s'expofoit
à être homicide , en précipitant trop les
embaumemens & les enterremens. M. Bruhier
, quelque tems après la publication de
fon Livre , compofa un Mémoire particu
lier fur ce fujet. Il en fit la lecture à M. le
Chancelier , qui l'engagea à dreffer un Pro
jet de Réglement, pour remedier à un abus
contre lequel la Nature & la Religion réclament
également le fecours des Loix. Le
Mémoire & le Projet de Réglement furent
imprimés en 1745 , & l'Auteur eut l'honneur
d'en préfenter un exemplaire à Sa
Majefté. Dans la même année , il publia
une feconde Partie , qu'il avoit ajoûtée à
fa Differtation.
Il donna en 1746 , fous le titre d'Addi
tion au Mémoire fur la néceffité d'un Réglement
général ausujet des Enterremens & Ěmbaumemens
, une Réponse aux objections
qui lui avoient été faites , & il la groffit
d'un nombre confidérable de faits dont il
n'avoit
pas encore parlé.
Tous ces differens ouvrages fe trouvent
réunis dans cette nouvelle Edition . Le preNOVEMBRE.
1749. .125
mier volume eft compofé de la premiere
Partie de la Differtation fur l'incertitude des
Signes de la mort , du Mémoire présenté au
Roi , du Projet de Réglement pour empêcher
les enterremens précipités , & de diverfes
biftoires de perfonnes rappellées à la vie ,
après avoir été réputées mories. Ces hiftoires
font celles qui ont été découvertes par
l'Auteur pendant le tems qui s'eft écoulé
entre la publication de fon premier ouvrage
& celle de fon Mémoire. M. Brubier
en faifant réimprimer la premiere partie
de fa Differtation , lui a donné une forme
nouvelle. Chaque paragraphe de la Théle
de M. Winflow ayant un objet particulier ,
notre Auteur a fait de chacun de ces objets
le fujet d'un chapitre.On verra dans le premier
, qui eft le plus long de tous , beaucoup
d'obfervations & de réflexions nouvelles
. Il n'y a aucun des autres chapitres ,
qui n'ait auffi fa part des augmentations .
Quant aux corrections , il y en a d'effentielles.
Celle qui regarde un ufage du troifiéme
fiècle , eft de ce nombre.
Dans le fecond volume eft la derniere
Partie que M. Bruhier ajoûta en 1745 àfa
તે િ
Differtation , & à laquelle il n'a rien changé.
Cette feconde Partie renferme neuf
Chapitres . L'Auteur examine dans le premier
, fi l'on doit ajoûter foi aux hiftoires.
F iij
126 MERCURE DEFRANCE.
rapportées dans la premiere partie de fon
ouvrage . Le fecond Chapitre eft deftiné à
prouver , par plufieurs faits , la poflibilité
de quelques événemens racontés par Pechlin
, & M. Bruhier y parle des ſecours
qu'on peut donnet aux Noyés. Les moyens
de rappeller à la vie quelques- uns des miférables
qui ont fubi le fupplice de la corde
, font la matiere du troifiéme Chapitre .
M. Bruhier , dans le quatrième , parle des
femmes qui meurent enceintes , & des enfans
réputés morts en venant au monde .
Dans le cinquiéme & le fixiéme Chapitres
, il parcourt les differentes cauſes , ſoit
intérieures , foit extérieures , qui peuvent
produire de fauffés apparences de mort. Il
employe le feptiéme à répondre à plufieurs
objections. Le huitiéme traite des ouver
tures fimples & des embaumemens. Notre
Auteur récapitule dans le dernier Chapitre
toutes les épreuves qu'on peut faire
pour éviter l'inconvénient d'inhumer une
perfonne tandis qu'elle eft encore en vie.
Ce volume eft terminé par un Supplément
contenant diverfes obfervations , dont M.
Bruhier n'a eu que depuis peu connoiffance.
L'Addition au Mémoire préfenté au Roi
neforme point, ni dans l'un ni dans l'autre
volume , un article féparé , parce quelle
a été fondue dans ce Mémoire.
NOVEMBRE. 1749. 127
On accufe les favoris des Mufes ; deprodiguer
fouvent leurs éloges à des ob
jets peu dignes d'être chantés . On ne fera
point ce reproche à M. de la Soriniere ,
en lifant l'Epitre fuivante. Il y loue avec
juftice l'utilité du Livre de notre Auteur .
Bruhier , ton immortel ouvrage
Ouvre les yeux à bien des gens
Sur l'abus , le cruel uſage
D'enterrer les morts tout vivans.
Chacua frémit , ne peut s'en taire ;
Et déja dans fon teftainent ,
De claufe expreffe &falutaire ,
Ajoûte un petit Supplément ,
Qui fervira de Réglement ,
Pour brider l'héritier avide ,
Dont l'empreffement homicide
Veut nous loger trop promptement
En telle Eglife ou Cimetiere ,
Où nous repoferions long- tems.
Arrêt fatal aux furvivans .
Collateraux auront beau faire ,
Il attendront affûrément
Quatre jours impatiemment.
Ce n'eft pas trop en telle affaire.
Car je t'avouerai fans myftere ,
Bruhier , qu'il me déplairoit fort ,
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Bien à l'étroit dans une biere ,
De me voir vif après ma mort,
M. de la Soriniere eft le feul Poëte qui ait
célebré l'ouvrage de M. Brubier , mais en
récompenfe prefque toutes les Sociétés fçavantes
du Royaume ont honoré authentiquement
de leur approbation le zéle de ce
Médecin. Les jugemens que nos principales
Académies ont portés de fon Livre ,
font à la tête du premier volume. Celle
d'Angers , non contente d'un témoignage
verbal de fon eftime , a aggrégé l'Auteur
à fon Corps, dans une affemblée extraordinairement
convoquée à cet effet.
Quelque glorieux que foient de pareils
fuffrages , M. Bruhier mérite un prix encore
plus flatteur. C'eft la reconnoiffance
de tous les hommes pour le fervice qu'il
s'efforce de leur rendre , en tâchant de les
dérober à un péril dont ne font pas exemts
ceux qui femblent devoir moins le redouter.
Joignons nos voeux à ceux du Public,
pour que l'autorité légiflative affûre l'exécution
d'un projet fi louable & fi important.
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6610
p. 134
ENIGME.
Début :
Nous sommes bien des soeurs, étroitement unies, [...]
Mots clefs :
Cartes
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Ous fommes bien des foeurs , étroitement
unies ,
Qui comptons parmi nous des Reines & des Rois.
Nous tenons des mortels nos differentes loix ,
Et fommes quelquefois injuftement punies.
Que notre fort hélas , eft trifte & rigoureux !
Faifons - nous quelque bien ? nous caufons du
dommage ;
Si l'un en eft content , l'autre en fecret enrage ,
Et fouvent furieux , de fa cruelle main ,
En nous injuriant , nous déchire le ſein .
Sans répandre de fang , nous fouffrons le martyre,
Nous périffons enfin , & ne pouvons rien dire.
Par M. M .....
Ous fommes bien des foeurs , étroitement
unies ,
Qui comptons parmi nous des Reines & des Rois.
Nous tenons des mortels nos differentes loix ,
Et fommes quelquefois injuftement punies.
Que notre fort hélas , eft trifte & rigoureux !
Faifons - nous quelque bien ? nous caufons du
dommage ;
Si l'un en eft content , l'autre en fecret enrage ,
Et fouvent furieux , de fa cruelle main ,
En nous injuriant , nous déchire le ſein .
Sans répandre de fang , nous fouffrons le martyre,
Nous périffons enfin , & ne pouvons rien dire.
Par M. M .....
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6611
p. 135-136
AUTRE.
Début :
On connoît par expérience [...]
Mots clefs :
Lit
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
ON connoît par expérience
Le prix de mon utilité ,
Car chaque homme dès fa naiffance ,
Eprouve ma néceffité.
Lecteur , je gage que peut-être ,
( Sans me vanter mal à propos )
C'eſtpar mon fecours que ton être
Eft enfin forti du cahos.
Par les douceurs que je procure ,
Je compte partager tes jours ,
Mais j'en ufe bien , je t'affûre ,
Puifque j'en conferve le cours.
Par un contrafte , dont perfonne
Ne fçauroit le trouver exempt ,
Mon fein eft bien des fois le champ
Dans lequel Atropos moiffonne.
Témoin des plus fecrets plaifirs,
J'en donne fouvent les défirs.
Plus à ceux dont je fuis l'ouvrage ;
Je coûte de peine à hauffer ;
Plus ceux qui de moi font uſage ,
Ont de plaifir à m'abaiffer.
Comme le Paon , c'eft de mes plumes
Dont on fait en moi plus de cas ;
La moindre careffe du bras
136 MERCURE DE FRANCE,
En groffit bien-tôt les volumes .
J'admets à ma comparaiſon ,
Ou la fougere ou le gazon ;
C'en eft allez pour fçavoir comme
Mon tout par trois lettres fe nomme.
Par le même.
ON connoît par expérience
Le prix de mon utilité ,
Car chaque homme dès fa naiffance ,
Eprouve ma néceffité.
Lecteur , je gage que peut-être ,
( Sans me vanter mal à propos )
C'eſtpar mon fecours que ton être
Eft enfin forti du cahos.
Par les douceurs que je procure ,
Je compte partager tes jours ,
Mais j'en ufe bien , je t'affûre ,
Puifque j'en conferve le cours.
Par un contrafte , dont perfonne
Ne fçauroit le trouver exempt ,
Mon fein eft bien des fois le champ
Dans lequel Atropos moiffonne.
Témoin des plus fecrets plaifirs,
J'en donne fouvent les défirs.
Plus à ceux dont je fuis l'ouvrage ;
Je coûte de peine à hauffer ;
Plus ceux qui de moi font uſage ,
Ont de plaifir à m'abaiffer.
Comme le Paon , c'eft de mes plumes
Dont on fait en moi plus de cas ;
La moindre careffe du bras
136 MERCURE DE FRANCE,
En groffit bien-tôt les volumes .
J'admets à ma comparaiſon ,
Ou la fougere ou le gazon ;
C'en eft allez pour fçavoir comme
Mon tout par trois lettres fe nomme.
Par le même.
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6612
p. 136-137
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
Début :
Je ne suis que figure & non réalité, [...]
Mots clefs :
Masque
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME EN LOGOGRYPHE.
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
J E ne fuis que figure & non réalité ,
Ornement de plaifir produit par la folie.
Ennemi du chagrin , de la mélancolie ,
Je fais naître les ris , j'inſpire la gaité .
Certains jours confacrés à mes jeux , à ma gloire ,
?
Font à mes Sectateurs goûter bien des plaifirs
Favorable aux amans , à leurs tendres défirs
J'ai fçû plus d'une fois procurer la victoire .
Je m'en tais , cher Lecteur, je ne dois tout au plus
Révéler que l'effet de tous mes attributs.
Souffre qu'en plufieurs fens ici je les explique .
Plus mes traits font hideux , plus ils font trouvés
beaux .
Par le femblant du vrai je fuis pere du faux ,
Vice chez les petits , chez les Grands politique.
L'oppofé du dehors , contrafte du dedans ;
L'apparence du bien , mais du mal le fûr guide ;
Pour le crime un manteau ,l'audace du timide.
DECEMBRE . 1749. 137,
Voila quel eft mon art ; tels font mes partiſans ;
Tranche ma tête enfin,& pour te mieux paroître,
A la place tu peux mettre celle d'un corps ;
Je fuis de nos Héros, changeant de nom & d'être,
Cette fuperbe armure offerte à leurs tranſports ,
Quand dans les champs de Mars ils vont pour Fa
Patrie
S'expofer au danger , facrifier leur vie .
Mais, Lecteur , j'en dis trop , déja tu me connois ,
Et je ceffe dès-lors d'être ce que j'étois .
J E ne fuis que figure & non réalité ,
Ornement de plaifir produit par la folie.
Ennemi du chagrin , de la mélancolie ,
Je fais naître les ris , j'inſpire la gaité .
Certains jours confacrés à mes jeux , à ma gloire ,
?
Font à mes Sectateurs goûter bien des plaifirs
Favorable aux amans , à leurs tendres défirs
J'ai fçû plus d'une fois procurer la victoire .
Je m'en tais , cher Lecteur, je ne dois tout au plus
Révéler que l'effet de tous mes attributs.
Souffre qu'en plufieurs fens ici je les explique .
Plus mes traits font hideux , plus ils font trouvés
beaux .
Par le femblant du vrai je fuis pere du faux ,
Vice chez les petits , chez les Grands politique.
L'oppofé du dehors , contrafte du dedans ;
L'apparence du bien , mais du mal le fûr guide ;
Pour le crime un manteau ,l'audace du timide.
DECEMBRE . 1749. 137,
Voila quel eft mon art ; tels font mes partiſans ;
Tranche ma tête enfin,& pour te mieux paroître,
A la place tu peux mettre celle d'un corps ;
Je fuis de nos Héros, changeant de nom & d'être,
Cette fuperbe armure offerte à leurs tranſports ,
Quand dans les champs de Mars ils vont pour Fa
Patrie
S'expofer au danger , facrifier leur vie .
Mais, Lecteur , j'en dis trop , déja tu me connois ,
Et je ceffe dès-lors d'être ce que j'étois .
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6613
p. 137-138
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon nom se prend en deux sens differens. [...]
Mots clefs :
Comète
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Mon nom fe prend en deux fens differens.
Je fuis dans l'un , au gré de bien des gens ,
D'un fâcheux préfage à la vue ,
Leur ame , en me voyant , eft triftement émue
Et dans l'autre je fuis de ces amuſemens
Qui fervent à paffer le tems.
Je renferme en fix pieds, qui forment ma fubftance,
Un titre , dont plus d'un Seigneur
Se décore & fe fait honneur ,
En Angleterre , ainfi qu'en France ;
Une Cité du Duché de Milan ,
Ou fi tu veux le nom d'un Saint, & d'un brigand ;
Le fynonime de volume ;
Ce que dans fon chaudron la harangere allume
138 MERCURE DE FRANCE.
Pour oppofer aux traits d'un froid plein de rigueat;
Et ce qu'au premier homme ôta le Créateur.
Brunet , de Dijon.
Mon nom fe prend en deux fens differens.
Je fuis dans l'un , au gré de bien des gens ,
D'un fâcheux préfage à la vue ,
Leur ame , en me voyant , eft triftement émue
Et dans l'autre je fuis de ces amuſemens
Qui fervent à paffer le tems.
Je renferme en fix pieds, qui forment ma fubftance,
Un titre , dont plus d'un Seigneur
Se décore & fe fait honneur ,
En Angleterre , ainfi qu'en France ;
Une Cité du Duché de Milan ,
Ou fi tu veux le nom d'un Saint, & d'un brigand ;
Le fynonime de volume ;
Ce que dans fon chaudron la harangere allume
138 MERCURE DE FRANCE.
Pour oppofer aux traits d'un froid plein de rigueat;
Et ce qu'au premier homme ôta le Créateur.
Brunet , de Dijon.
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6614
p. 138
AUTRE.
Début :
Le caprice & l'occasion [...]
Mots clefs :
Impromptu
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LE caprice & l'occafion
Ont tous deux part à ma naiffance ,
Un feul inftant me donne l'exiſtence ,
Et je péris par la refléxion .
Neuf pieds compoſent ma ſubſtance.
Ufant de tranfpofition ,
Mes deux extrémités font deux tons de mufique ;
Par une autre opération
J'offre à tes yeux métal , Ville , vafe aquatique ;
Souverain ; Nymphe ; adverbe ; incivile action ;
Mot commun dáns la vénerie ;
Synonime de vif; grand fleuve d'Italie ;
Pour maint Convent commode invention ;
Terme où du Nautonnier tend la direction ;
D'un bâtiment une partie ;
L'affreufe Déité , qui fans diftinction ,
Sans égard , fans exception ,
Tient tôt ou tard les humains fous fa griffe ;
Je fuis à cet afpect , & plein d'émotion ,
J'abandonne le Logogryphe.
Par le même.
LE caprice & l'occafion
Ont tous deux part à ma naiffance ,
Un feul inftant me donne l'exiſtence ,
Et je péris par la refléxion .
Neuf pieds compoſent ma ſubſtance.
Ufant de tranfpofition ,
Mes deux extrémités font deux tons de mufique ;
Par une autre opération
J'offre à tes yeux métal , Ville , vafe aquatique ;
Souverain ; Nymphe ; adverbe ; incivile action ;
Mot commun dáns la vénerie ;
Synonime de vif; grand fleuve d'Italie ;
Pour maint Convent commode invention ;
Terme où du Nautonnier tend la direction ;
D'un bâtiment une partie ;
L'affreufe Déité , qui fans diftinction ,
Sans égard , fans exception ,
Tient tôt ou tard les humains fous fa griffe ;
Je fuis à cet afpect , & plein d'émotion ,
J'abandonne le Logogryphe.
Par le même.
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6615
p. 139
AUTRE.
Début :
Lorsqu'une docte main me soutient & m'anime, [...]
Mots clefs :
Lyre
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Orfqu'une docte main me foutient & m'anime
,
Je puis charmer , Lecteur , les hommes & les
Dieux.
Jadis mon pouvoir merveilleux
Pénétra jufqu'au noir abîme.
fort peu de case
L'on doit me mettre un frein , quand j'ai la tête bas
Mes pieds offrent aux yeux un ton de la mufique ;
Un, deux, quatre, de moi l'on fait f
Enfin par anagramme en moi tu trouveras i
Ce qu'il faut faire à plus d'un frénétique
Ce trait t'eft ſuffiſant pour fortir d'embarras.
Par le même.
Orfqu'une docte main me foutient & m'anime
,
Je puis charmer , Lecteur , les hommes & les
Dieux.
Jadis mon pouvoir merveilleux
Pénétra jufqu'au noir abîme.
fort peu de case
L'on doit me mettre un frein , quand j'ai la tête bas
Mes pieds offrent aux yeux un ton de la mufique ;
Un, deux, quatre, de moi l'on fait f
Enfin par anagramme en moi tu trouveras i
Ce qu'il faut faire à plus d'un frénétique
Ce trait t'eft ſuffiſant pour fortir d'embarras.
Par le même.
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6616
p. 139
AUTRE.
Début :
Souvent tout l'orgueil d'une belle [...]
Mots clefs :
Oeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Souvent tout l'orgueil d'une belle
A mon aſpect s'eft éclipſé ;
Le Héros à fon tour quelquefois renversé ,
Vainement à mes loix voudroit être rebelle ;
Du Digefte en mon tout j'enferine le plus beau ;
Décapité , je fuis chofe peu recherchée ;
Mon dernier pied fouftrait, ie deviens un oileau ;
Une Nymphe en mon fein eft encore cachée,
Par le même,
Souvent tout l'orgueil d'une belle
A mon aſpect s'eft éclipſé ;
Le Héros à fon tour quelquefois renversé ,
Vainement à mes loix voudroit être rebelle ;
Du Digefte en mon tout j'enferine le plus beau ;
Décapité , je fuis chofe peu recherchée ;
Mon dernier pied fouftrait, ie deviens un oileau ;
Une Nymphe en mon fein eft encore cachée,
Par le même,
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6617
p. 140
AUTRE.
Début :
Dans un palais brillant, trône de l'imposture, [...]
Mots clefs :
Archet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
D. Ans un palais brillant , trône de l'impoſture;
Où l'art audacieux furpaffe la nature ;
Séjour où les mortels te paroiffent des Dieux ,
Où le coeur s'amollit par l'oreille & les yeux ;
De toutes les beautés dont ton ame eft ravie ,
Je fais en mon entier la meilleure partie .
Ma premiere moitié foutient le trait vengeur
De la Divinité qui ne vife qu'au coeur.
Pourfuis en ajoutant ; fans mon fecours le monde
Eût été tout entier enfeveli ſous l'onde .
Encor un pied , Lecteur , fans fortir de ta place ,
Il ne tiendra qu'à toi de me voir dans la Thrace.
Par ..... de Falaife.
D. Ans un palais brillant , trône de l'impoſture;
Où l'art audacieux furpaffe la nature ;
Séjour où les mortels te paroiffent des Dieux ,
Où le coeur s'amollit par l'oreille & les yeux ;
De toutes les beautés dont ton ame eft ravie ,
Je fais en mon entier la meilleure partie .
Ma premiere moitié foutient le trait vengeur
De la Divinité qui ne vife qu'au coeur.
Pourfuis en ajoutant ; fans mon fecours le monde
Eût été tout entier enfeveli ſous l'onde .
Encor un pied , Lecteur , fans fortir de ta place ,
Il ne tiendra qu'à toi de me voir dans la Thrace.
Par ..... de Falaife.
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6618
p. 112-113
ENIGME.
Début :
Du fond du pays Gascon, [...]
Mots clefs :
Compliment
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
Du fond du pays
Gafcon ,
Selon certains Auteurs , je tire ma naiſſance.
D'autres , non fans moins de raiſon ,
Me font du pays de Coutance ,
Ou de la Ville d'Alençon. "
Quoiqu'il en foit , dans mon génie ,
De Gascogne ou de Normandie,
Je renferme l'efprit fateur ,
DECEMBRE. 1749. 113
Perfide , impudent & menteur.
Malgré cet affreux caractére ,
J'ai pourtant prefque feul aujourd'hui l'art de
plaire ,
Et par mon efprit ſéducteur ,
A la Cour , au Palais , à la Chaire , à la grille ;
Je me fais louer & je brille.
Tout , jufqu'au plus vil Artifan ,
Se déclare mon partiſan ;
Chacun de moi veut une dofe . "
Que fuis- je donc? Fort peu de chofe ;
Et rien du tout le plus fouvent.
Du fond du pays
Gafcon ,
Selon certains Auteurs , je tire ma naiſſance.
D'autres , non fans moins de raiſon ,
Me font du pays de Coutance ,
Ou de la Ville d'Alençon. "
Quoiqu'il en foit , dans mon génie ,
De Gascogne ou de Normandie,
Je renferme l'efprit fateur ,
DECEMBRE. 1749. 113
Perfide , impudent & menteur.
Malgré cet affreux caractére ,
J'ai pourtant prefque feul aujourd'hui l'art de
plaire ,
Et par mon efprit ſéducteur ,
A la Cour , au Palais , à la Chaire , à la grille ;
Je me fais louer & je brille.
Tout , jufqu'au plus vil Artifan ,
Se déclare mon partiſan ;
Chacun de moi veut une dofe . "
Que fuis- je donc? Fort peu de chofe ;
Et rien du tout le plus fouvent.
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6619
p. 113-114
LOGOGRYPHE.
Début :
Commode enfant de la mollesse, [...]
Mots clefs :
Fauteuil
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPH E.
Commode enfant de la molleffe ,
Ainfi que de la propreté ,
C'eft tantôt par délicateffe ,
Tantôt par pure politeffe ,
Et tantôt par utilité ,
Lecteur , qu'on me met en uſage.
Mon tout eft formé de huit pieds ;
Mets à l'écart les trois derniers ,
Je défigure ton ouvrage.
L'on trouve en moi par l'art de la combinaiſon
De quoi couvrir une maison ;
Le recours d'un mortel dépourvu de courage ;
114 MERCURE DE FRANCE .
Deux élémens ; trois notes ; un poiffon ;
La femme de Jacob ; une douce boiffon ;
Près de Paris certain Village ,
Qui pour me deviner t'eft d'un grand avantage.
Ce qui d'un corps nombreux fufpend le mouvement
;
Pour le fommeil un meuble utile ;
Un proche parent ; une Ville ;
Deux arbres ; un doux inftrument ;
Ce qui du Tout- Puiffant fignale la vengeance ;
Un endroit où l'on vient implorer fa clémence ;
La féconde moitié d'un féroce animal ;
Le ſymbole de l'amertume ;
Le plus haut d'un arbre ; un légume ;
Un homme mépriſable ; un mal
A l'oeil très préjudiciable ;
Ce qu'un homme prudent préfére à l'agréable ;
Ce que ( le vin tiré ) l'on voit dans les tonneaux;
Aux Poiffons & même aux oiſeaux
Certaine invention funefte.
Que dirai-je de plus ? ....je fupprime le refte.
Commode enfant de la molleffe ,
Ainfi que de la propreté ,
C'eft tantôt par délicateffe ,
Tantôt par pure politeffe ,
Et tantôt par utilité ,
Lecteur , qu'on me met en uſage.
Mon tout eft formé de huit pieds ;
Mets à l'écart les trois derniers ,
Je défigure ton ouvrage.
L'on trouve en moi par l'art de la combinaiſon
De quoi couvrir une maison ;
Le recours d'un mortel dépourvu de courage ;
114 MERCURE DE FRANCE .
Deux élémens ; trois notes ; un poiffon ;
La femme de Jacob ; une douce boiffon ;
Près de Paris certain Village ,
Qui pour me deviner t'eft d'un grand avantage.
Ce qui d'un corps nombreux fufpend le mouvement
;
Pour le fommeil un meuble utile ;
Un proche parent ; une Ville ;
Deux arbres ; un doux inftrument ;
Ce qui du Tout- Puiffant fignale la vengeance ;
Un endroit où l'on vient implorer fa clémence ;
La féconde moitié d'un féroce animal ;
Le ſymbole de l'amertume ;
Le plus haut d'un arbre ; un légume ;
Un homme mépriſable ; un mal
A l'oeil très préjudiciable ;
Ce qu'un homme prudent préfére à l'agréable ;
Ce que ( le vin tiré ) l'on voit dans les tonneaux;
Aux Poiffons & même aux oiſeaux
Certaine invention funefte.
Que dirai-je de plus ? ....je fupprime le refte.
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6620
p. 115-116
AUTRE. A Mad....... sur son nom de Baptême la veille de sa fête.
Début :
Dans un mot dont huit pieds composent la substance, [...]
Mots clefs :
Germaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Mad....... sur son nom de Baptême la veille de sa fête.
AUTRE.
A Mad. · .....
D
Jur fon nom de Baptême
la veille de fa fête.
Ans un mot dont huit pieds compofent la
ſubſtance ,
Lequel eft fûrement de votre connoiffance. "
6,4,5 1 & 2 à > vos yeux vont offrir
Ce qui de vous toujours s'offre à mon ſouvenir,
4, 5 , 3 , 6 , vous expofent un titre
Que de mon coeur fuprême arbitre
Seule vous auriez pû me réfoudre à porter.
Mais de quoi m'a fervi que vous puiffiez le faire?
Toujours foucieux de vous plaire ,
Hélas ! j'eus beau jadis mille fois vous chanter ,
Vous dépeindre & vous exalter
Les plaifirs féducteurs de l'amoureux myſtere
Tout faire pour vous exciter
A vivre fous les loix de l'enfant de Cythere ;
Vous dire qu'en attraits vous furpaffiez ſa mere
Je ne fus pas affez heureux ,
Pour toucher, ébranler votre cinq, quatre & deux,
Ni ma voix , ni mes vers , ni mon ardeur fincére ,
1 & 8 , n'y purent parvenir .
Ni mon s ›
O mortelle douleur ! . O cruel fouvenir !
Je n'eus pas même l'avantage
De tenir votre 4 , 5 , 6 , 7 , feulement ,
16 MRCURE DE FRANCE.
Alors plein de reffentiment
De vous voir infenfible au plus fincére hommage,
Ne pouvant prendre de répit ;
J'injuriai l'amour & pleurai de dépit ;
Mais je vis , hélas ! que les larmes
Aux amans malheureux prêtoient de foibles armes,
Brunet , de Dijon.
A Mad. · .....
D
Jur fon nom de Baptême
la veille de fa fête.
Ans un mot dont huit pieds compofent la
ſubſtance ,
Lequel eft fûrement de votre connoiffance. "
6,4,5 1 & 2 à > vos yeux vont offrir
Ce qui de vous toujours s'offre à mon ſouvenir,
4, 5 , 3 , 6 , vous expofent un titre
Que de mon coeur fuprême arbitre
Seule vous auriez pû me réfoudre à porter.
Mais de quoi m'a fervi que vous puiffiez le faire?
Toujours foucieux de vous plaire ,
Hélas ! j'eus beau jadis mille fois vous chanter ,
Vous dépeindre & vous exalter
Les plaifirs féducteurs de l'amoureux myſtere
Tout faire pour vous exciter
A vivre fous les loix de l'enfant de Cythere ;
Vous dire qu'en attraits vous furpaffiez ſa mere
Je ne fus pas affez heureux ,
Pour toucher, ébranler votre cinq, quatre & deux,
Ni ma voix , ni mes vers , ni mon ardeur fincére ,
1 & 8 , n'y purent parvenir .
Ni mon s ›
O mortelle douleur ! . O cruel fouvenir !
Je n'eus pas même l'avantage
De tenir votre 4 , 5 , 6 , 7 , feulement ,
16 MRCURE DE FRANCE.
Alors plein de reffentiment
De vous voir infenfible au plus fincére hommage,
Ne pouvant prendre de répit ;
J'injuriai l'amour & pleurai de dépit ;
Mais je vis , hélas ! que les larmes
Aux amans malheureux prêtoient de foibles armes,
Brunet , de Dijon.
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6621
p. 116-117
AUTRE.
Début :
Mon empire s'étend sur tout ce qui respire ; [...]
Mots clefs :
Sommeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
On empire s'étend fur tout ce qui refpire ;
Sexe , Prélats , Héros , combattus , harcelés ,
Succombent tour à tour fous mes coups redoublés.
Si ces traits , cher Lecteur , ne te peuvent fuffire ,
Pourfuis , au jour je vais produire
Quelques mots qu'en mon fein l'on trouve raffemblés
;
Un poiffon : un oiſeau : de l'an une partie ;
Ce qu'au Chef des Hébreux dicta le Créateur :
Des gens âgés la pâture choiſie
Un outil de Serrurerie :
;
L'ouvrage d'un infecte : un grand Légiſlateur :
L'antidote de la fadeur :
Deux Rivieres en Picardie :
Un nombre : le dépôt de certaine liqueur :
Trois notes : une Nymphe : un Saint : le récep-
· t tacle
"
DECEMBRE , 1749. 117
De tous les objets d'un ſpectacle ;
Le ſymbole de la douceur :
Enfin un fils du Patriarche ,
Qui par l'ordre de Dieu fe retira dans l'Arche
Par le même,
On empire s'étend fur tout ce qui refpire ;
Sexe , Prélats , Héros , combattus , harcelés ,
Succombent tour à tour fous mes coups redoublés.
Si ces traits , cher Lecteur , ne te peuvent fuffire ,
Pourfuis , au jour je vais produire
Quelques mots qu'en mon fein l'on trouve raffemblés
;
Un poiffon : un oiſeau : de l'an une partie ;
Ce qu'au Chef des Hébreux dicta le Créateur :
Des gens âgés la pâture choiſie
Un outil de Serrurerie :
;
L'ouvrage d'un infecte : un grand Légiſlateur :
L'antidote de la fadeur :
Deux Rivieres en Picardie :
Un nombre : le dépôt de certaine liqueur :
Trois notes : une Nymphe : un Saint : le récep-
· t tacle
"
DECEMBRE , 1749. 117
De tous les objets d'un ſpectacle ;
Le ſymbole de la douceur :
Enfin un fils du Patriarche ,
Qui par l'ordre de Dieu fe retira dans l'Arche
Par le même,
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6622
p. 117
AUTRE.
Début :
Je suis un être imaginaire, [...]
Mots clefs :
Satyre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
JE fuis un être imaginaire ,
Qu'on dit être l'effroi d'une jeune bergère ;
Dans un fens different je me plais à piquer ,
A réformer , à critiquer .
En veux-tu fçavoir davantage ?
Mes fix pieds vont t'offrir un déchec : certain
mal :
Ce qu'on cherche en hyver : un petit animal
Ce que le vrai Sçavant doit avoir en partage ;
Des lambris affûrés un brillant ornement ;
Coûtume de l'Eglife : Ifle : note : élement ;
Terme de jeu : poiffon , titre dont on décore
La majefté du Souverain :
Un péché capital : une espéce de grain :
Une conjonction en moi ſe trouve encore.
Par le même.
JE fuis un être imaginaire ,
Qu'on dit être l'effroi d'une jeune bergère ;
Dans un fens different je me plais à piquer ,
A réformer , à critiquer .
En veux-tu fçavoir davantage ?
Mes fix pieds vont t'offrir un déchec : certain
mal :
Ce qu'on cherche en hyver : un petit animal
Ce que le vrai Sçavant doit avoir en partage ;
Des lambris affûrés un brillant ornement ;
Coûtume de l'Eglife : Ifle : note : élement ;
Terme de jeu : poiffon , titre dont on décore
La majefté du Souverain :
Un péché capital : une espéce de grain :
Une conjonction en moi ſe trouve encore.
Par le même.
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6623
p. 118
AUTRE.
Début :
Sous differente forme on peut me voir paroître ; [...]
Mots clefs :
Lune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Sous differente forme on peut me voir paroître
Je procure aux mortels ce qui n'eft pas en moi ;
Quelquefois mon afpect a caufé de l'effroi ; :
Mais faute de me bien connoître.
Sur le corps & l'efprit , à ce que l'on prétend ,
Cher Lecteur , mon pouvoir s'étend.
En tranfpofant les pieds qui compofent mon être
On doit voir fortir de mon fein
Ce qu'eft un faux calcul : un Saint :
Ce qu'un bon Livre eft digne d'être :
Un nombre : un mortel fortuné ,
A ſe voir bienheureux à jamais deſtiné :
Une Ville de Normandie :
Plus une prépofition ,
Et même une négation .
Par Mlle G******
Sous differente forme on peut me voir paroître
Je procure aux mortels ce qui n'eft pas en moi ;
Quelquefois mon afpect a caufé de l'effroi ; :
Mais faute de me bien connoître.
Sur le corps & l'efprit , à ce que l'on prétend ,
Cher Lecteur , mon pouvoir s'étend.
En tranfpofant les pieds qui compofent mon être
On doit voir fortir de mon fein
Ce qu'eft un faux calcul : un Saint :
Ce qu'un bon Livre eft digne d'être :
Un nombre : un mortel fortuné ,
A ſe voir bienheureux à jamais deſtiné :
Une Ville de Normandie :
Plus une prépofition ,
Et même une négation .
Par Mlle G******
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6624
p. 149-150
ENIGME.
Début :
Digne ouvrage de l'Art, je dois mon existence [...]
Mots clefs :
Similor
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Digne ouvrage de l'Art , je dois mon exif- tence
'Au defir d'imiter. Mon mérite eſt l'erreur.
Je ne plais aux mortels que par la reffemblance.
Plus je fçais impofer , & plus je fais honneur.
Celui que je prends pour modéle ,
Principe de mainte querelle ,
Fait fouvent affronter la mort.
Par fon moyen tour eft poffible , la
Le foible devient invincible , anta
Il dicte des loix au plus fort.
Mais tel eft mon malheur. Trop facile à connoître
,
Bar lefecours d'un tiers , mon mérite emprunté
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Difparoît , & faifant place à la vérité ,
Plonge dans le néant l'erreur qui l'a fait naître.
Par M. le M. de C.
Digne ouvrage de l'Art , je dois mon exif- tence
'Au defir d'imiter. Mon mérite eſt l'erreur.
Je ne plais aux mortels que par la reffemblance.
Plus je fçais impofer , & plus je fais honneur.
Celui que je prends pour modéle ,
Principe de mainte querelle ,
Fait fouvent affronter la mort.
Par fon moyen tour eft poffible , la
Le foible devient invincible , anta
Il dicte des loix au plus fort.
Mais tel eft mon malheur. Trop facile à connoître
,
Bar lefecours d'un tiers , mon mérite emprunté
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Difparoît , & faifant place à la vérité ,
Plonge dans le néant l'erreur qui l'a fait naître.
Par M. le M. de C.
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6625
p. 150
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon pere ne m'a jamais vu ; [...]
Mots clefs :
Cordelier
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Mon pere ne m'a jamais vớ ;
Cependant , fans miféricorde ,
L'amour qu'il eut pour moi me condamne à la
Si trop
corde ,
Pour fortifier ma vertu .
d'obscurité regne dans cet exorde ,
Au détail de mes traits , je ferai mieux connu.
Qu'on m'ôte le chapeau qui me couvre la tête !
Je brille , & des mortels j'ercite les defirs.
La moitié de mon tout étouffe les foupirs
Des criminels que l'on arrête ;
L'autre de celle là prenant le dernier trait ,
Et retranchant fa queue , auffi vite qu'un trait ,
Vola jadis jufqu'au féjour célefte ;
Mais coupez-lui la tête , & vous verrez le reſte
Dans le fond d'un tonneau qui le tient en arrêt.
Dans mon fein le Jurifconfulte
Vient étudier fa leçon :"
Le Poëte Lyrique y trouve une chanſon ;
Et je fais regner l'ordre où regne le tumulte.
C. Chanoine de Paris.
Mon pere ne m'a jamais vớ ;
Cependant , fans miféricorde ,
L'amour qu'il eut pour moi me condamne à la
Si trop
corde ,
Pour fortifier ma vertu .
d'obscurité regne dans cet exorde ,
Au détail de mes traits , je ferai mieux connu.
Qu'on m'ôte le chapeau qui me couvre la tête !
Je brille , & des mortels j'ercite les defirs.
La moitié de mon tout étouffe les foupirs
Des criminels que l'on arrête ;
L'autre de celle là prenant le dernier trait ,
Et retranchant fa queue , auffi vite qu'un trait ,
Vola jadis jufqu'au féjour célefte ;
Mais coupez-lui la tête , & vous verrez le reſte
Dans le fond d'un tonneau qui le tient en arrêt.
Dans mon fein le Jurifconfulte
Vient étudier fa leçon :"
Le Poëte Lyrique y trouve une chanſon ;
Et je fais regner l'ordre où regne le tumulte.
C. Chanoine de Paris.
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6626
p. 151-152
AUTRE.
Début :
Tout mortel, en naissant, par divine influence, [...]
Mots clefs :
Philosophie
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Out mortel , en naiffant
, par divine influence
,
Tient plus ou moins de mon effence .
Celui qui m'étudie avec difcernement
Peut à tout appliquer jufte raifonnement.
Cher Lecteur , onze pieds forment mon exiſtence,
Si tu veux me connoître à combiner commence.
D'abord j'offre l'extrémité ,
Qui le Globe terreftre , a toujours limité ;
L'endroit où Robinſon faifoit la réfidence ;
L'aftitut que l'on doit fuivre avec confiance ;
Ce Miniftre des Juifs , qui quoique fort pieux ,
Vit périr les enfans & périt après eux ,
Jufte punition de trop de complaifance
Qu'il avoit pour leurs moeurs dès leur plus tendre
enfance ;
L'ouvrage d'un reptile ; une écume de mer ,
Et qui non mitigée a le goût fort amer.
Je préfente une fleur , fymbole d'innocence ,
Très-connue en tout lieu par les armes de France,
En trois lettres , je donne une Divinité ,
Mere de Jupiter , admirable en beauté.
Aux fêtes à fa gloire implorant fa clémence ,
Les Coribantes furieux
Se déchiroient le corps , fe maffacroient entr'eux ,
Voulant faire éclater leur zéle en fa préfence.
Gill
152 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui peint au-dehors les mouvemens du coeur
Un fleuve d'Italie ; une vile liqueur ,
Un poiffon délicat , connu par excellence ;
Nom de mainte beauté , qui compofé du Grec ,
Signifiant fagefle , inſpire le reſpect ;
Qualité que n'a guére un homme fans naiffance ;
J'ai ce que dans l'hyver on careffe fouvent ;
Ce qu'en fa nouveauté toujours cher l'on nous
vend .
Je fuis multiplié chez les Gens de Finance ;
Fêté par l'artiſan ; propre à la confonance.
Je fuis auffi ce grand Héros ,
Vainqueur d'Enomaüs aux courfes des Chariots
Pronom ; oifeau jafant avec aifance ;
Nymphe ; deux fois riviere en France ;
Souverain des Perfans ; Heroine en chanson.
Raffemblez- moi , je fuis de toute Nation.
Bugiret.
Out mortel , en naiffant
, par divine influence
,
Tient plus ou moins de mon effence .
Celui qui m'étudie avec difcernement
Peut à tout appliquer jufte raifonnement.
Cher Lecteur , onze pieds forment mon exiſtence,
Si tu veux me connoître à combiner commence.
D'abord j'offre l'extrémité ,
Qui le Globe terreftre , a toujours limité ;
L'endroit où Robinſon faifoit la réfidence ;
L'aftitut que l'on doit fuivre avec confiance ;
Ce Miniftre des Juifs , qui quoique fort pieux ,
Vit périr les enfans & périt après eux ,
Jufte punition de trop de complaifance
Qu'il avoit pour leurs moeurs dès leur plus tendre
enfance ;
L'ouvrage d'un reptile ; une écume de mer ,
Et qui non mitigée a le goût fort amer.
Je préfente une fleur , fymbole d'innocence ,
Très-connue en tout lieu par les armes de France,
En trois lettres , je donne une Divinité ,
Mere de Jupiter , admirable en beauté.
Aux fêtes à fa gloire implorant fa clémence ,
Les Coribantes furieux
Se déchiroient le corps , fe maffacroient entr'eux ,
Voulant faire éclater leur zéle en fa préfence.
Gill
152 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui peint au-dehors les mouvemens du coeur
Un fleuve d'Italie ; une vile liqueur ,
Un poiffon délicat , connu par excellence ;
Nom de mainte beauté , qui compofé du Grec ,
Signifiant fagefle , inſpire le reſpect ;
Qualité que n'a guére un homme fans naiffance ;
J'ai ce que dans l'hyver on careffe fouvent ;
Ce qu'en fa nouveauté toujours cher l'on nous
vend .
Je fuis multiplié chez les Gens de Finance ;
Fêté par l'artiſan ; propre à la confonance.
Je fuis auffi ce grand Héros ,
Vainqueur d'Enomaüs aux courfes des Chariots
Pronom ; oifeau jafant avec aifance ;
Nymphe ; deux fois riviere en France ;
Souverain des Perfans ; Heroine en chanson.
Raffemblez- moi , je fuis de toute Nation.
Bugiret.
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6627
p. 194
LE PASSANT & LA TOURTERELLE. AIR TENDRE.
Début :
Que fais-tu dans ces bois, plaintive Tourterelle ? [...]
Mots clefs :
Passant, Tourterelle
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texteReconnaissance textuelle : LE PASSANT & LA TOURTERELLE. AIR TENDRE.
LE PASSANT & LA TOURTERELLE
Q
AIR TENDRE.
Ue fais-tu dans ces bois , plaintive Tourte.
relle ?
Je gémis ; j'ai perdu ma compagne fidelle.
Ne crains -tu pas que l'Oyfeleur .
Ne te faffe périr comme elle ?
Si ce n'eft lui , ce feta ma douleur .
Q
AIR TENDRE.
Ue fais-tu dans ces bois , plaintive Tourte.
relle ?
Je gémis ; j'ai perdu ma compagne fidelle.
Ne crains -tu pas que l'Oyfeleur .
Ne te faffe périr comme elle ?
Si ce n'eft lui , ce feta ma douleur .
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6628
p. 128
ENIGME.
Début :
Je suis grande, je suis petite, [...]
Mots clefs :
Lanterne
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
JE fuis grande , je fuis petite ,
Tantôt dehors , tantôt dedans .
Si je marche , on eſt à ma ſuite :
Tel qui me porte cependant ,
Eft toujours de la compagnie
Celui qu'on refpecte le moins.
A tous ceux , dont je fuis fuivie
Je peux éviter bien des feins.
A la campagne fort utile ,
J'y fers pour la commodité ;
Mais on me place dans la Ville
Par befoin & par vanité.
Par un Officier de la Garnifon de Besançon
JE fuis grande , je fuis petite ,
Tantôt dehors , tantôt dedans .
Si je marche , on eſt à ma ſuite :
Tel qui me porte cependant ,
Eft toujours de la compagnie
Celui qu'on refpecte le moins.
A tous ceux , dont je fuis fuivie
Je peux éviter bien des feins.
A la campagne fort utile ,
J'y fers pour la commodité ;
Mais on me place dans la Ville
Par befoin & par vanité.
Par un Officier de la Garnifon de Besançon
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6629
p. 129-130
LOGOGRYPHE.
Début :
En transposant mes douze pieds, [...]
Mots clefs :
Métamorphose
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
EN tranfpofant mes douze pieds ,
Mon nom , Lecteur , aux yeux expoſe
De quelques fauffes Déités
L'hiftoire & la métamorphofe .
On voit d'abord cet agent fouverain ,
Qui fçut livrer au Dieu de Ganimede
La belle dont naquit, malgré la tour d'airàim,›
Le Libérateur d'Androméde ;.
La Déeffe de l'équité ;
Celui d'où vint le nom de l'antique Cité ,
Dont l'amour d'un berger a caufé la ruine
Le crime qui livra la chafte Proferpine
Au Dieu des fombres bords ; cet époux fans égal,,
Qui par un rare amour s'en fut chercher fa femme
Jufqu'aux extrémités du manoir infernal ;
La belle qu'une foeur , par un commerce infâme ,
Voulut livrer au Meſſager du Ciel.
Une Parque , un Prince cruel ,,
Dont l'ayeul aux Enfers au milieu des eaux inême:
Eft en proye à la foifextrême.
Le fleuve ou Phaeton tomba du haut des Cieux ;
Le pere putatif de cet ambitieux ;
Le Mont où finit fa carriere.
Le demi Dieu connu par fes douze travaux -
Rw
130 MERCURE DE FRANCE.
Une amante du Dieu des eaux •
Qui fouvent fe vendoit pour foulager fon pere.
Celui qui non moins changeant qu'elle ,
Du même Dieu conduifant les troupeaux ,
A fon gré fçavoit prendre une forme nouvelle .
La mere des freres jumeaux ,
Dont l'un fonda l'Empire de la Terre ;
Le terrible Dieu de la
guerre ;
Une Mufe ; un funefte fruit ,
Dont jadis la vue éclatante
Scut brouiller tout l'Olimpe & fixer Athalante
Le Dieu des fonges de la nuit.
Enfin pour écarter la fable & l'impofture
Par un trait de réalité ,
On y voit le tribut qu'on doit à la Nature,
Mais c'en eft trop , Lecteur , & tu m'as devine.
EN tranfpofant mes douze pieds ,
Mon nom , Lecteur , aux yeux expoſe
De quelques fauffes Déités
L'hiftoire & la métamorphofe .
On voit d'abord cet agent fouverain ,
Qui fçut livrer au Dieu de Ganimede
La belle dont naquit, malgré la tour d'airàim,›
Le Libérateur d'Androméde ;.
La Déeffe de l'équité ;
Celui d'où vint le nom de l'antique Cité ,
Dont l'amour d'un berger a caufé la ruine
Le crime qui livra la chafte Proferpine
Au Dieu des fombres bords ; cet époux fans égal,,
Qui par un rare amour s'en fut chercher fa femme
Jufqu'aux extrémités du manoir infernal ;
La belle qu'une foeur , par un commerce infâme ,
Voulut livrer au Meſſager du Ciel.
Une Parque , un Prince cruel ,,
Dont l'ayeul aux Enfers au milieu des eaux inême:
Eft en proye à la foifextrême.
Le fleuve ou Phaeton tomba du haut des Cieux ;
Le pere putatif de cet ambitieux ;
Le Mont où finit fa carriere.
Le demi Dieu connu par fes douze travaux -
Rw
130 MERCURE DE FRANCE.
Une amante du Dieu des eaux •
Qui fouvent fe vendoit pour foulager fon pere.
Celui qui non moins changeant qu'elle ,
Du même Dieu conduifant les troupeaux ,
A fon gré fçavoit prendre une forme nouvelle .
La mere des freres jumeaux ,
Dont l'un fonda l'Empire de la Terre ;
Le terrible Dieu de la
guerre ;
Une Mufe ; un funefte fruit ,
Dont jadis la vue éclatante
Scut brouiller tout l'Olimpe & fixer Athalante
Le Dieu des fonges de la nuit.
Enfin pour écarter la fable & l'impofture
Par un trait de réalité ,
On y voit le tribut qu'on doit à la Nature,
Mais c'en eft trop , Lecteur , & tu m'as devine.
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6630
p. 130-131
AUTRE.
Début :
Je suis de sept pieds composé, [...]
Mots clefs :
Chapeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E fuis de fept pieds compoſe ,
Et fort commode à tous & l'Hyver & l'Eté.
Quoiqu'on me voye à la Cour , à la Ville
Je fuis à la campagne encor bien plus utile.
Je renferme dans moi , fi tu veux bien chercher
Ce que le Dieu des vers en courroux fit ôter
A certain orgueilleux Satyre ,
Et qu'en mainte belle on admire.
Tu dois auffi trouver un Elément ,
Et de l'Eglife un Ornement ;
2.
FEVRIER . 1750. 131
Uu lrabit féminin pour qui veut peu paroître .
C'en eft affez, fans doute, & tu dois me connoître.
Par Mademoiselle de B.
E fuis de fept pieds compoſe ,
Et fort commode à tous & l'Hyver & l'Eté.
Quoiqu'on me voye à la Cour , à la Ville
Je fuis à la campagne encor bien plus utile.
Je renferme dans moi , fi tu veux bien chercher
Ce que le Dieu des vers en courroux fit ôter
A certain orgueilleux Satyre ,
Et qu'en mainte belle on admire.
Tu dois auffi trouver un Elément ,
Et de l'Eglife un Ornement ;
2.
FEVRIER . 1750. 131
Uu lrabit féminin pour qui veut peu paroître .
C'en eft affez, fans doute, & tu dois me connoître.
Par Mademoiselle de B.
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6631
p. 131
AUTRE.
Début :
Je sers à ton Iris, tu dois me deviner, [...]
Mots clefs :
Corset
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
JE fers à ton Iris , tu dois me deviner ,
Mais avant il faut bien te laiffer combiner.
Quoique mon tout , Lecteur , tienne fort
place ,
peu de
En moi tu trouveras un inftrument de chaffe ;
Ce que defirent les humains ;
Ce que redoutent les Marins ;
Une Ifle ; une fleur éclatante ;
Ce qui rarement nous contente ;
Ce qu'on ne dit qu'à quelque fot.
C'en eft affez , tu tiens le mot.
Par la même:
JE fers à ton Iris , tu dois me deviner ,
Mais avant il faut bien te laiffer combiner.
Quoique mon tout , Lecteur , tienne fort
place ,
peu de
En moi tu trouveras un inftrument de chaffe ;
Ce que defirent les humains ;
Ce que redoutent les Marins ;
Une Ifle ; une fleur éclatante ;
Ce qui rarement nous contente ;
Ce qu'on ne dit qu'à quelque fot.
C'en eft affez , tu tiens le mot.
Par la même:
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6632
p. 99-126
MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Début :
SI j'entreprenois de faire ici l'éloge de la fiévre, on croiroit sans doute, qu'à [...]
Mots clefs :
Fièvre, Nature, Cause, Maladie, Maladies, Humeurs, Matière, Sang, Causes, Corps, Mouvement, Effets, Remède, Chaleur, Fièvres, Médecins, Organes, Coeur, Matière morbifique, Vaisseaux, Symptôme, Santé, Dérangement, Évacuations, Dépravation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE Sur les avantages & les inconvéniens de la fiévre, lû à l'Académie de Beziers, le 13 Novembre 1749, par M. Jean-Henri-Nicolas Bouillet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
MEMOIR E
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
Sur les avantages & les inconvéniens de la
fiévre , lû à l'Académie de Beziers , le 13
Novembre 1749 , par M. Jean- Henri-
Nicolas Bouillet , Docteur en Médecine de
la Faculté de Montpellier.
Sliventreprenois
de faire ici l'éloge de la
fiévre , on croiroit fans doute , qu'à
l'exemple d'Erafme , qui a fait l'éloge de la
folie , & de quelques autres Ecrivains qui
ont loué ironiquement des chofes dont le
nom même eft odieux : on croiroit , dis-je,
que je voudrois amufer agréablement cette
illuftre affemblée , en préfentant fous -de
belles couleurs la chofe du monde la plus
hideufe , l'ennemi déclaré du genre humain
, le tyran de la vie des hommes.
Mais ce qu'on croiroit que je voudrois
faire ici d'une maniere ironique, de grands
Médecins l'ont exécuté férieuſement , en
exagérant dans certains cas les avantages
de la fiévre , en la repréfentant toujours
comme la feule reffource de la nature dans
le plus grand nombre des maladies , comme
le moyen le plus folemnel dont elle
faffe ufage pour leur guérifon ; en foûtenant
enfin dans des Théfes publiques , que
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
la fiévre eft bien moins fouvent une ma
ladie qu'un remède à nos maux. Il est vrai
que d'autres Médecins , non moins habiles
, ont penfé bien differemment , &
que loin de regarder la fiévre comme
quelque chofe d'avantageux , ils l'ont confidérée
comme la plus cruelle de toutes
les maladies , & comme la caufe la plus
ordinaire de la mort des hommes . Ces
deux fentimens ont encore leurs partifans,
& perfonne , que je fçache , ne s'eft avile
de difcuter à fond , lequel des deux doit
être préferé. Ce n'eft pourtant pas ici une
queftion purement ſpéculative , & dont la
décifion foit indifferente pourla pratique.
On en jugera par ce Mémoire , où je me
propofe d'examiner férieufement cette
matiere , après avoir rapporté ce qu'on a
dit jufqu'ici de plus frappant en faveur de
la fiévre,
1. Hippocrate , parmi les anciens , a été
le premier qui a relevé , ce femble , les
avantages de la fiévre , en faifant remarquer
qu'elle eft d'un bon augure dans certaines
maladies , & qu'elle en termine
heureuſement bien d'autres. Quelquesuns
de ceux quifont venus après lui , n'ont
pas manqué à cet égard de fe prévaloir de
fon autorité. Ils ont été même plus loin.
Afclepiade ofa bannir tous les remédes , &
MARS. 1750. 101
il ne craignit point d'avancer que la fiévre
étoit le principal reméde dont il fit ufage .
Enfin Celfe ne fe contenta pas de dire que
la fiévre elle- même étoit fouvent d'un
grand fecours ; il ajouta auffi , d'après Hip.
pocrate , qu'il étoit quelquefois de la prudence
du Médecin de la procurer aux
malades.
2. Parmi les modernes , Sydenham , l'un
des plus habiles Praticiens Anglois du dernier
fiécle , a regardé la fiévre comme l'u
nique moyen , dont la nature eût coûtume
de fe fervir pour chaffer hors du corps la
cauſe matérielle des maladies , mais celui
qui vers la fin du fiécle pallé , & au commencement
de celui-ci , s'eft déclaré le
plus ouvertemeift en faveur de la fièvre ,
a été le célébre M. Stahl , que la plûpart
des Médecins Allemands regardent comme
le reftaurateur de la Médecine . Cet Auteur
a même pouffé fa complaifance pour
la fiévre , jufqu'à taxer d'erreur Hippocrate
, lorfqu'après avoir fait l'énumeration
des maladies , que les anciens appelloient
aigues , ce Prince de la Médecine
ajoute * que c'eft la fièvre qui rend ordi-
,
nairement ces maladies mortelles .
Pour lui , il penfe qu'il eft plus clair
* DeVict, acutor.
E iij
102 MERCURE DEFRANCE.
que le jour , que ces mêmes maladies , ou
ce qui eft , dit-il , le même , les ftafes inflammatoires
du fang dans les vifcéres
abandonnées à elles-mêmes & fans l'intervention
de la fièvre , tuent néceffairement ,
& il ajoute que la nature par elle- même
ne peut prévenir autrement une pareille
cataſtrophe , qu'en diffipant à propos ces
fortes de ftafes , & qu'elle ne peut les diffiper
qu'en augmentant confidérablement ,
& pendant un tems fuffifant le mouvement
progreffif ou circulaire du fang , ce
qui emporte néceffairement une augmentation
de poulx , qui eft toujours fitivie
d'une augmentation de chaleur par tout
le corps , laquelle augmentation de chaleur
, à un certain degré & d'une certaine
durée , s'appelle fiévre . D'où il conclud
qu'on a grand tort de regarder la fièvre ,
comme la feule maladie & comme la cauſe
principale de la mort , tandis qu'elle eſt
au contraire l'unique fondement d'une
heureufe efpérance , & le feul inftrument
de la guérifon : ce qu'il tache de prouver
par la pefte , ce coryphée des maladies - aigues
, laquelle felon lui , n'étant point
proprement de fon effence une fiévre , ne
peut être traitée heureufement & avec fuccès
, qu'en lui oppofant une fiévre douce ,
égale & continue.
MARS. 1750. 103
3. Les Difciples de M. Stahl ne font
pas moins prévenus que lui en faveur de la
fiévre. Le fçavant funcker la définit un
effort falutaire de la nature , qui par des
mouvemens fecrétoires & excrétoires ,
portés au delà de leur degré naturel , mais
affez justement proportionnés à la quantité
& à la qualité de la caufe fébrile , fe
propofe , ou de corriger ou d'éloigner du
corps quelque matiere morbifique : & il
ajoute qu'en ce fens on peut fort bien déri-
Iver le mot Latin febris , de l'ancier verbe
februare , qui fignifie purifier ou expier , &
particulierement de ces cérémonies folemnelles
, de ces facrifices appellés februa ,
par lefquels on avoit en vue d'éloigner
des maifons les ombres errantes des morts,
& d'ôter les caufes des maladies. D'où il
- conclud que l'efter de la fièvre est toujours
falutaire , mais que fon évenement eft fouvent
irrégulier ou tout- à- fait funefte , non
par la faute effentielle de la fiévre , mais
par celle du fujet où la fièvre ne peut pas
librement faire fon cours , ou par d'autres
maladies qui s'y joignent , & qu'ainfi ce
n'eft pas par la fiévre , mais avec la fièvre
qu'on meurt. Il y a plus. Il prétend que
les fiévres , qui font librement leur cours ,
Haiffent après elles une fanté beaucoup
plus vigoureufe , que celle dont on jouif-
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
foit avant la maladie . Nenter tient le même
langage.
4. Mais M. Stahl , & fes Difciples , ne
font pas les feuls qui parlent avantageufement
de la fiévre . M. Boerhaave prétend
auffi que la fiévre eft un heureux inftru
ment , par lequel la nature opére la guérifon
parfaite de bien des maladies aigues
& chroniques , d'ailleurs incurables :
qu'un Médecin qui fe fert de la fièvre que
la nature excite , & qui lui affocie des délayans
& de doux fondans , fait toujours
des merveilles , & qu'un Médecin qui
connoît la nature & qui l'imite , aide cette
même nature , trop foible pour furmonter
des maladies chroniques , en procurant par
des remédes une fièvre qu'elle n'a pas la
force d'exciter elle-même , & que par cette
fiévre bien ménagée on releve une nature
abbattue , & on furmonte les maladies
les plus rebelles.
5. M. Hoffman ( Frederic ) ne paroît
guéres moins prévenu en faveur de la fiévre.
D'abord il convient de bonne foi ,
que c'eft un mouvement contre nature du
fang & des humeurs , qui dérange & détruit
même les fonctions du corps & de
l'ame ; qui corrompt les fucs vitaux , épuife
les forces , difpofe aux maladies chroniques
, & donne fouvent la mort . Mais
MARS. 1750. 105
en même tems il ajoute que le mouvement
fébrile du fang , qui fe joint à beaucoup
de maladies aigues & chroniques ,
eft d'une telle nature & d'un tel caractére,
.qu'il contribue à furmonter & détruire lés
caufes des maladies , & par conféquent
qu'il eft plutôt avantageux & falutaire que
préjudiciable au corps humain . C'eft en
quoi , s'écrie- t'il , l'Auteur de la nature eft
d'autant plus admirable puifqu'il fait >
fervir la caufe même de la mort à la confervation
de la vie.
Cet Auteur n'attribue la fiévre qu'à des
effers purement méchaniques , qui ne font
point avantageux par eux-mêmes , mais
feulement par accident , en faifant fortig
les impuretés qui la caufent ; de même
que le vomiffement , quand l'eftomach eſt
chargé , & l'hémorragie dans la pléthore ,
quoiqu'ils foient des accidens maladifs ,
quelquefois mortels , opérent le rétabliſſement
de la fanté.
I
Quant à la fiévre , elle ne devient , ditil
, falutaire , que parce qu'elle accélére la
coction de la matiere morbifique , c'eſtà-
dire , qu'elle la rend propre à l'excrétion
, ce qui fe fait de deux manieres , en
divifant les matieres épaiffies , & en ouvrant
les vaiffeaux obftrués ou refferrés
par les fpafies. Or rien n'eft plus propre
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
que la chaleur de la fiévre pour produire
ces effets , car la vie confifte dans la chaleur
, n'eft- il pas naturel que fon augmen.
tation répare la langueur de fon principe.
D'où il conclud qu'il eft dangereux , fouvent
mortel , de faire tous fes efforts dans
le commencement des maladies , pour
anéantir tout-à- fait la fiévre , à moins
qu'elle ne foit entierement fymptomati
que. Il faut fe contenter , dit- il , de modé
rer les fiévres critiques , fi elles font trop
fortes , mais il faut les animer , fi elles ne
le font pas affez.
pour
6. Enfin à tous ces Panégyriftes de la
fiévre s'eft joint encore depuis peu un fçavant
Médecin de l'Ecole de Paris . D'abord
cet Auteur ne veut point qu'on appelle
maladie ce que fait la nature
corriger ou pour chaffer hors du corps la
caufe du mal , & pour rétablir une fanté
délabrée puis il ajoute que la maladie
n'étant qu'une difpofition contre nature ,
qui dérange immédiatement & par ellemême
les fonctions du corps vivant , tout
ce qui ne produit pas cet effet , ne doit pas
être mis au rang des maladies .
Au refte , dit-il , qu'on ne croye pas que
ce n'eft ici qu'une queftion de nom , car
on en tirera bien des conféquences trèsutiles
pour la pratique. En effet , s'il eft
1
MARS. 1750.
107
bien prouvé que la fiévre eft plutôt un reméde
qu'une maladie , il s'enfuivra qu'il
ne faut point l'emporter , mais ( nouveauté
étrange ! ) qu'il faut quelquefois l'allumer
; qu'il ne faut pas la diminuer , mais
l'augmenter ; qu'il ne faut pas l'éteindre
mais la conferver. Après cette digreffion ,
l'Auteur continue ainfi . Nous ne fommes
pas plutôt atteints de quelque indifpofition
, que la nature excite d'abord là fié …..
vre. Mais à quel deffein ? Eft.ce pour
ajouter un nouveau mal au premier ? Point
du tout . La nature ne travaille point à
nons détruire , elle veille au contraire à
notre confervation , & ne manque pas de
venir à notre fecours . C'eft donc envain
qu'on cherche la caufe de la fiévre ; il faut
chercher la caufe des differens maux qu'elle
accompagne, C'eft uniquement à cette
caufe qu'il faut remédier. Mais quelles
font les principales caufes des maladies ?
Des inflammations , des obftructions , des
matieres vifqueufes , gluantes , arrêtées en
differentes parties du corps . Or pour corfiger
ou pour détruire ces caufes , quel
reméde plus efficace que la fiévre ? Dans
la fiévre le mouvement & la chaleur du
fang font portés au - delà de leur dégré
naturel. C'eft le mouvement & la chaleur
qui nous font vivre. C'eft à ces agens qu'il
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
faut rapporter tout ce qui fe paffe dans
l'homme , & tant que les fonctions nefont
point lézées , ils fuffident l'un & l'autre
dans leur état naturel pour perpétuer la
vie : mais s'il le forme quelque embarras ,
alors la fièvre , par des mouvemens fecrétoires
& excrétoires , pouffés au -delà de
leur dégré naturel , brife , attenue la matiere
morbifique , & la ramène à fa température
naturelle , ou par le fecours de la
chaleur elle prépare cette matiere & la
chaffe au-dehors.
Enfin après une longue énumeration des
maladies , qu'il croit que la fiévre peut
guérir ; après avoir obfervé que ceux - là
fe trompent groffierement , qui par des
faignées & d'autres remédes tâchent de
l'appaifer , il conclud que la fièvre , loin
d'être une maladie , eft un reméde naturel ,
comme le vomiffement , l'éternuement ,.
la toux , les larmes , les déjections ; que
la meilleure fiévre eft celle qui eft proportionnée
à la caufe de la maladie & aux
forces de la nature , & que c'eſt celle - là
qui prépare & chaffe fûrement & promp
tement la matiere morbifique.
7. En voilà fans doute bien aſſez pour
prouver que de grands Médecins ont loué
férieufement la fiévre, & que loin de la re
garder comme une maladie , ils l'ont enMARS.
1750. 109
vifagée comme le plus grand reméde que la
nature puiffe apporter à nos maux. Maintenant
il ne me feroit pas difficile de faire
voir que bien d'autres Médecins , non
moins habiles , ont eu fur la fiévre des
idées tout-à- fait oppofées , & que nonfeulement
ils l'ont regardée comme une
maladie qui s'attaque généralement à tout
le corps , mais encore comme la plus fréquente
& la plus dangereufe de toutes les
maladies. Il n'y auroit qu'à rapporter ce
que le plus grand, nombre de Médecins
anciens & modernes nous ont laiffé fur ce
fujet. Mais pour ne pas trop groffir ce
Mémoire , nous nous contenterons d'examiner
la chofe en elle-même , & fans aucun
égard à l'autorité de ceux qui nous
ont précédés , & par ce moyen nous tâcherons
de découvrir fi la fiévre ' eft réellement
ou non une maladie , & s'il eft du
devoir du Médecin de la combattre ou de
la conferver , & de l'appeller même à ſom
fecours.
8. Pour garder quelque ordre dans cet
examen , nous confidérerons d'abord la
fiévre indépendamment de tout vice , foit.
humoral , fait organique : enfuite nous
examinerons celle qui dépend du vice des
humeurs , ou des organes , ou de l'enfemble
des uns & des autres : enfin nous rap116
MERCURE DE FRANCE.
porterons les principaux effets de ces differentes
fortes de fièvres , & on verra parlà
, fi on doit regarder la fièvre comme
une maladie ou comme un remède à nos
maux .
9. Que la fièvre s'éleve quelquefois indépendamment
de tout vice humoral ou
organique , c'est ce qu'ont reconnu Pitcarne
, Boerhaave & Vanfwieten , & c'est ce
que l'expérience nous montre affez fouvent.
En effet on voit la fièvre s'allumer
quelquefois dans les corps les plus fains
par la feule action des cauſes externes ou
procatharctiques , & l'on comprend aifé
ment que tout ce qui peut accélerer à un
certain point le mouvement du fang qui
revient au coeur par les veines , ou pouffer
conftamment vers le coeur une plus grande
quantité d'efprits animaux , peut exciter
la fiévre dans le corps le plus robufte & le
plus fain , avant qu'on puiffe foupçonner
d'autre vice dans les humeurs ou dans
les organes , que la feufe accéleration du
mouvement du fang ou des efprits animaux
, & le battement plus fréquent du
coeur & des artéres. C'eft du moins ainfi
que de grands & longs travaux , fürtout
dans une faifon fort chaude , de violentes
& longues paffions de l'ame , furtout des
excès de colére dans des gens jeunes &
MARS 1750. FIE
vigoureux , occafionnent fouvent la fiévre
.
10. Et qu'on ne dife point que cette
violente agitation du fang , que ces violens
& fréquens battemens du coeur & des
artéres , ne peuvent point , à proprement
parler , être appellés du nom de fievre ,
puifque tout cela difparoit quelquefois
promptement , dès que la caufe externe ou
occafionnelle ceffe d'agir. Car pourquoi
ne leur donneroit-on pas ce nom- là ? Une
fiévre d'un quart- d'heure eft-elle moins
fiévre , qu'une fiévre de vingt- quatre heures
ou de plufieurs jours ? D'ailleurs , fi
cette caufe occafionnelle conftamment appliquée
fur un corps , même très -fain , continue
d'agir pendant un certain tems , ne
s'enfuivra-t'il pas une fiévre continue , &
fouvent très-ardente ? Et le commence
ment de ce mal , avant qu'il fe foit développé
une matiere fébrile , fera-t'il moins
fiévre que la fuite de ce même mal , lorfqu'il
s'eft formé des embarras dans les vaiffcaux
, ou qu'il s'eft développé une mathere
fébrile ?
Il y a plus. On peut fi peu refufer le
nom de fiévre à ces fréquens battemens
du coeur & des artéres , & à cette violente
agitation du fang , caufée par des excès de
colere ou par de violens exercices , qu'il
#12 MERCURE DE FRANCE.
arrive quelquefois que les vaiffeaux capil
laires du cerveau , ou de quelqu'autre vifcére
, dont le calibre ou la capacité augmente
en raifon compofée de la directe
du volume & de la rapidité du fang , &
de l'inverfe de leurs réfiftances , crévent
promptement par la feule diftenfion de
leurs parois , & qu'il fe fait des extravafations
mortelles , avant que les humeurs
ayent eu le tems de fe dépraver , & que les
vaiffeaux ayent pû s'embarraffer.
fes
11. On dira peut-être que la fièvre ,
n'étant qu'an dérangement durable des
fonctions , & que les fonctions ne pouvant
être long-tems dérangées par une cauſe
externe , l'agitation du fang occafionnée
par une cauſe externe ne peut être qua
lifiée du nom de fiévre . Mais ne fuffit- it
pas que les fonctions du coeur foient dérangées
pendant un certain tems , que
battemens foient & plus forts & plus fréquens
que dans l'état naturel , pendant ce
même tems , pour que l'effet de cette caufe
externe foit appellée fiévre , avant même
que les humeurs foient dépravées ? Autrement
il ne faudroit pas non plus appeller
fiévre le dérangement caufé dans les fonctions
du coeur par le vice de quelque organe
, par la piquûre d'un nerf ou d'un
tendon , &c. & il faudroit entierement
MAR S. 1750. Its
bannir de la claffe des fiévres les fièvres
non-humorales , dont M. Fizes a le premier,
que je fçache , traité expreffément , ce qui
feroit ridicule , puifqu'il en résulte quelquefois
affez brufquement des accidens
terribles , des convallions , des délires ,
& c.
12. Il eft donc certain que la frévre peat
être excitée par une caufe externe , & indépendamment
de la dépravation des hu
meurs ou du dérangement des organes.
Voyons maintenant quels font les effets
de cette fiévre. Premierement , le fang
ne peut circuler avec beaucoup plus de rapidité
qu'à l'ordinaire , qu'il ne s'échauffe
davantage , & qu'il ne communique beau
coup plus de chaleur à tout le corps . 2. Il
doit diftendre outre mefure les parois des
vaiffeaux par où il paffe & les faire créver,
ou du moins les tirailler au point de caufer
des douleurs à la tête , àla région des
reins , & c. ou des délires , des convuk
fions , &c. 3. Les orifices des artéres lym
phatiques doivent fe dilater , & recevoir
dans leur cavité les globules rouges du
fang qui ne pouvoient y entrer aupara
vant , ce qui ne peut manquer de produire
des rougeurs & des inflammations. 4 .
Toutes les humeurs doivent s'épaiffir ,
foit par la chaleur qui fait évaporer ce
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles.contiennent d'aqueux , & qui fige
tout ce qu'elles ont d'analogue au blanc
d'oeuf , foit par les coups redoublés des
vaiffeaux qui les fouettent , les ferrent &
les condenfent. 5. Les fécrétions doivent
être interrompues , & les digeftions dérangées.
6. Les humeurs doivent contracter
une acrimonie , capable de ronger les
vaiffeaux où elles doivent fe putréfier &
fe diffoudre entierement. En un mot, il
doit fe former une ou plufieurs caufes internes,
capables d'entretenir la fiévre , lors
même que la caufe externe aura ceffé d'a
gir , & alors cette fiévre aura tous les effets
que doivent avoir les fiévres produites par
des caufes internes. Mais avant que d'aller
plus loin , examinons fi cette premiere efpéce
de fiévre doit être confidérée plutôt
que comme une malacomme
un reméde
die.
i 13. D'abord il eft vifible que cette fie
vre n'eft point un remède , puifqu'un reméde
fuppofe une maladie à laquelle il
doit être appliqué , & qu'an eft convenu
qu'il n'y avoit point ici de maladie , à la
quelle cette fiévre dût fervir de reméde. 2 °.
On fçait qu'un reméde doit tendre à réta
blir la fanté , & on vient de voir que cette
fiévre tend à la détruire , ou ce qui eft le
même , tend à produire des caufes de n
MARS. 1750. ris
que
ladie & de mort. Il eft vifible auffi
cette fiévre eft une véritable maladie
avant même la dépravation des humeurs
& le dérangement des organes , puifqu'el- .
le dérange notablement les fonctions du
coeur & du cerveau , & que fi on veut
qu'elle ne foit plus une maladie , mais un
fymptôme , lorfque les humeurs font dépravées
& les organes dérangés , il faudra
du moins qu'on convienne qu'elle eft une
caufe de cette dépravation des humeurs
ou de ce vice des organes , & qu'une cauſe
immédiate de maladie ne peut pas être
qualifiée du nom de reméde. D'où il fait
que la fiévre produite par une caufe externe,
loin d'être quelque chofe d'avantageux,
doit toujours être confidérée comme un
grand mal , ou du moins comme la caufe
de tous les mauvais effets que nous avons
rapportés ci-deffus , & qu'ainfi , loin de
conferver cette fiévre , il faut la détruire
au plutôt.
14. On conviendra fans doute que
cette févre n'eft point avantageufe , & on
ajoutera qu'elle doit être regardée comme
une erreur de la nature qui ſe tourmente
inutilement , pour éloigner du corps des
chofes qui n'y font point contenues , mais
qui font fur lui le même effet que les caufes
intérieures : qu'à la vérité la nature fe
,
116 MERCURE DE FRANCE.
trompe ici dans la fin qu'elle fe propofe ,
mais que le moyen dont elle fe fert , eft
bon en lui -même , & ne manque pas de
produire un bon effet , lorfqu'il eft bien
appliqué. Mais il eft aifé de voir que ce
n'eft ici qu'un vain fubterfuge , & que les
mêmes idées reftent fous des noms differèns.
Car qu'on donne à cette fiévre le
nom de maladie ou d'erreur de la nature ,
il n'en fera pas moins vrai de dire qu'il
faut ôter cette maladie ou corriger cette
erreur , & avoir recours à d'autres remé
des que la fièvre , pour remédier à cette
maladie , ou pour corriger cette erreur de
la nature
,
15. Il faut donc que l'on convienne que
cette tfpéce de fiévre eft un moyen mal
appliqué par la nature , puifqu'il n'y
point dans le corps d'autre maladie ou de
caufe de maladie , & que loin d'être avantageufe
& falutaire , cette fiévre ne peut
être que très pernicieufe , & même fu
nefte par les hémorragies ou les extravafations
qu'elle peut caufer , on par les inflammations
qu'elle peut occafionner , ou
par bien d'autres caufes des maladies
qu'elle peut faire développer. Il faudra
auffi par les mêmes raifons , que l'on convienne
que la fiévre non- humorale , ou purement
fymptomatique , la fièvre cauſée
MARS. 1750 . 117
par la piquûre d'un 'nerf ou d'un tendon
par un panaris , ou par une vive douleur
dans quelque partie à l'occafion d'une
caufe externe : il faudra , dis je , que l'on
convienne que cette fièvre ne fçauroit
être avantageufe , & que loin d'être un
reméde , elle eft fouvent une caufe de
mort. Il feroit fans doute inutile de
vouloir prouver une chofe auffi évidente
que celle- là. H ne nous refte qu'à voir fi
la fiévre produite par des caufes internes ,
ou par la dépravation des humeurs , eft
plus avantageufe que nuifible , & fi ·elle
doit être regardée plutôt comme un reméde
que comme une maladie . Car fi je
fais voir , comme je l'efpére , que la fièvre
caufée par la dépravation des humeurs
n'eft jamais falutaire , il s'enfuivra néceffairement
que la fiévre produite à la fois
par la dépravation des humeurs , & par le
vice de quelque organe , fera encore moins
avantageufe , & ne pourra jamais paffer
pour un reméde.
16: Les caufes internes des fièvres humorales
fe réduire à celles qui fe peuvent
forment , ou dans les premieres voies , ou
dans les voies de la circulation , ou hors
des voies de la circulation . Mais quelles
foient leurs caufes , il eft d'abord évident
que ces fièvres doivent être regar
IIS MERCURE DE FRANCE.
dées comme de funeftes effets de ces caufes
, des effets qui tendent à renverſer entierement
l'économie animale , & à trancher
le fil de la vie , & des effets par conféquent
aufquels on doit s'oppofer par
tous les moyens que l'Art a pu découvrir
jufqu'ici, foit en emportant tout à la fois la
caufe & l'effet , lorsque cela fe peut , foit
en diminuant promptement l'effet qui re
produit & augmente la caufe , foit en détruifant
peu à peu la caufe & l'effet . Et il
feroit inutile de dire que ce ne font point
ces caufes qui excitent la fièvre , que c'est
la nature qui l'appelle à fon fecours pour
s'opposer à ces caufes , car il en résulte
toujours que ce n'eft qu'à l'occafion de ces
caufes que la fièvre s'allume , & que fi
elle n'en eft pas l'effet immédiat , elle en
eſt du moins l'effet médiat , ce qui revient
ici au même.
17. Nous ne nous arrêterons point à
expliquer de quelle maniere la fiévre s'allume
à l'occafion des cauſes internes dont
on vient de parler ; ceux qui voudront s'en
inftruire , n'auront qu'à lire le Traité des
fiévres, que M. Fizes a donné en Latin , en
attendant que la Traduction que nous
avons entrepriſe de ce Traité foit en état
de paroître. Quant à préfent il nous fuffira
de faire remarquer que de quelque
MARS. 1750, 119
caufe , foit interne , foit externe , que
vienne la fiévre , c'est toujours un mouvement
déréglé des humeurs & des organes ,
& que les effets de ce mouvement contre
nature font toujours à peu près les mêmes ,
que ceux qui ont été rapportés ci -deſſus *
Il ne nous refte donc qu'à examiner , fi ces
effets font plus propres à détruire les caufes
internes qui produifent , ou occafionnent
la fiévre , qu'à les entretenir & à les
augmenter.
8. Si la caufe interne , ou la matiere
qui produit la fièvre, eft en petite quantité,
mobile , peu acide on peu âcre , peu vifqueufe
, & qu'elle foit contenue dans les
premieres voies , ou dans les voies de la
circulation , l'agitation du fang & l'ofcillation
des folides s'appaiferont bientôt par
l'expulfion de cette matiere , qui ne manquera
pas de le faire , ou par le vomillement
, ou par la fueur , ou par des déjections
, & la fiévre ceffera au bout de vingtquatre
heures , comme on le voit dans la
fiévre éphémère. CCaarr mmooiinnss iill y aura de
matiere morbifique, & cette matiere moins
vifqueule , moins acide ou moins âcre ;
moins il y aura de nourriture pour la fiévre
, moins de travail pour la nature , &
* V. n°. 12.
120 MERCURE DE FRANCE.
moins d'obſtacles à la guériſon. Mais eftce
à la fièvre qu'on eft redevable de cette
guérifon Point du tout, C'eft à la nature
& aux évacuations qu'elle procure,
Car dans l'état de maladie , comme en
fanté , la nature ou ce concours des cau-
Les qui agiffent continuellement pour l'entretien
& la confervation de notre machine
, ou , ce qui revient au même , ce
mouvement réciproque de nos parties fo
. lides & fluides, qui dure autant que la vie,
& en quoi confifte la vie du corps ; ce
mouvement, dis-je , ne ceffe jamais de procurer
des évacuations , foit par les urines,
foit par la tranfpiration cutanée , foit par
les fécrétions qui fe font dans l'eftomach
dans le foie , le pancréas , les inteſtins , &c.
Et c'est par ces évacuations que fort la ma
tiere fébrile , & que la fiévre fe diffipe,
Qu'on ne dife point que la fiévre , n'étant
que ce même mouvement dont nous
venons de parler , mais porté à un plus
haut dégré que dans l'état naturel , il s'enfuit
que c'eft la fiévre qui guérit ellemême
par les évacuations que ce mouyement
procure, Car , quoiqu'il foit vrai
que dans l'état de maladie la nature foit
obligée de redoubler les efforts pour vaincre
les réfiftances que lui oppofent les cau-
Les morbifiques , pour broyer & affiner
des
MARS. 121 1750.
des humeurs ordinairement plus groffieres
que dans l'état naturel , cependant ce n'eft
pas alors que fe fait la dépuration des humeurs
; au contraire pendant ce redoublement
d'efforts , & tant que la fièvre eft
dans fa vigueur , tout eft en confufion dans
le fang : il ne fe fait ,point , ou prefque
point de fécrétions , & ce n'eft que lorf
que ce mouvement contre nature vient à
fe rallentir , que les humeurs commencent
à fe dépurer , & que les évacuations arrivent
. D'où l'on voit que la fièvre eft plutôt
un obſtacle qu'un fecours , à ces évacua-
Lions.
19. Convenons toutefois , que quoique
ce ne foit point ici la fiévre qui fe guérit
elle-même , mais bien la nature , qui n'en
ayant pas été fort accablée , a pouffé audehors
la matiere morbifique par les mêmes
voies , par lesquelles elle fe décharge
en fanté des humeurs inutiles ou ſuperflues,
cependant on n'a pas eu dans cette occafion
fort à craindre des effets de cette
fiévre , l'altération qu'elle a produite dans
les humeurs & dans les organes , n'ayant
été que peu confidérable & de peu de durée.
Mais il n'en eft pas de même , lorfque
la caufe interne , ou la matiere qui caufe
la fiévre ,fe trouve en plus grande quantité,
moins mobile , plus acide ou plus âcre ,
F
122 MERCURE DEFRANCE.
plus vifqueufe & plus hétérogene dans fes
parties : alors l'expulfion de cettte matiere
devenant d'autant plus difficile , que fes
qualités s'éloignent plus de celles que nous
avons d'abord confidérées , les effets de la
fiévre feront d'autant plus à redouter , que
la fiévre durera plus long-tems , & ces effets
, loin de détruire la caufe qui produit
la fièvre , font beaucoup plus propres à
l'entretenir & à la rendre irrémédiable , ſi
l'Art ne vient au fecours de la Nature.
20. Il feroit trop long d'examiner ici
en détail tous les effets de la fièvre , que
nous avons rapportés ci - deffus. Pour ne
pas vous ennuyer , Meffieurs , je me bornerai
à ceux qu'elle produit fur les humeurs
, & qui font les feuls que les partifans
de la fièvre , regardent comme avantageux.
Car vous jugez bien que le dérangement
des digeftions , l'interruption des
fécrétions , l'engorgement des vaiffeaux
leur ruption ou leur érofion , les douleurs
aigues , les délires , les convulfions , & c.
n'ont jamais été regardés comme des effets
avantageux , quoiqu'ils foient des
fuites ordinaires de la fievre. Mais quel eft
cet effet avantageux que la fièvre peut produire
fur les humeurs ? C'eft , dit- on , de
cuire la matiere morbifique qui s'y eft mêlée
, & de la difpofer à l'excrétion .
MARS . 1750. 123
Il est vrai que la fiévre , lorfqu'elle n'eft
pas violente , aide quelquefois un peu la
coction de cette matiere , furtout lorfqu'elle
eft d'une nature à épaiffir le fang ,
mais outre que dans ce cas même le fecours
de la fiévre est toujours fufpect & fouvent
funefte , ainfi qu'on va le voir , elle ne
peut guéres favorifer la coction - de cette
matiere , lorfqu'elle eft d'une nature à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou
qu'elle eft compofée de telle façon , qu'elle
agiffe d'une maniere irréguliere fur lui , &
qu'elle en épaiffiffe certaines parties, tandis
qu'elle en liquefie d'autres , ou qu'elle eſt
enfin fi vifqueufe & fi adhérente aux humeurs
, avec lesquelles . elle s'eft mêlée ,
qu'elle n'en peut être détachée par tous les
efforts des fluides & des folides.
21. Comme dans l'état naturel le mouvement
réciproque de nos parties folides
& fluides procure la dépuration de nos
humeurs , en agitant doucement les fucs
qui s'y mêlent pour les réparer , en les
faffant , & les attenuant au point qu'il
convient , afin que les parties de ces fucs ,
qui ne doivent point fervir à la nourriture
, puiffent enfiler leurs couloirs & fe
porter au-dehors ; de même dans l'état
contre nature , dans la fièvre , ce mouvement
augmenté , mais feulement juſqu'à
F ij
124 MERCURE DE FRANCE .
un certain point , car lorfqu'il l'eft exceffivement
, il bouleverſe tout , & renverſe
entierement l'économie animale ; ce mouvement
, dis - je , attenue , brife , liquefie
la matiere fébrile , lorfqu'elle n'eft qu'épaiffiffante
, en un mot , la cuit , pour ainfi
parler , & la difpofe à l'excrétion . Mais
dans ce cas même , le fecours que procure
la fiévre , doit toujours être regardé comme
fort fufpect , car outre les autres effets
qui peuvent s'enfuivre de ce mouvement
déréglé , & que nous avons rapporté cideffus
, l'obfervation a fouvent appris aux
plus habiles Praticiens que j'ai confultés ,
foit de vive voix , foit dans leurs écrits ,
que ce mouvement abandonné à lui -même
étoit prefque toujours infuffifant pour
la
coction & l'excrétion totale de la matiere
fébrile , & qu'il étoit ordinairement fuivi,
ou d'une fièvre lente , ou de quelque abfcès
qui fe formoit , ou dans les articulations
, ou dans les glandes lymphatiques
conglobées de l'habitude du corps , ou dans
les chairs mufculeufes , ou , ce qui eft encore
pire , dans quelque vifcére , ce qu'il
feroit même aifé de prouver par théorie ,
fi cela ne menoit pas trop loin.
22. Mais fila matiere fébrile eſt d'une
autre nature , qu'elle foit propre à raréfier
le fang & à irriter les folides , ou qu'elle
MARS. 1750.
125
foit fi vifqueufe & fi hétérogéne qu'elle
élude les efforts des folides & des fluides ,
alors tous les mouvemens fébriles , nonfeulement
fe feront en pure perte , mais
ils tendront encore à la deftruction de tout
le corps , & loin de contribuer à l'expulfion
ou à l'amandement de la caufe , ils en
fortifieront au contraire l'action , qui fera
fuivie de tous les funeftes effets rapportés
ci - deffus . Car on obferve conftamment
que plus l'action des folides & des fluides
augmente , plus l'action des matieres irritantes
, & capables de raréfier le fang ,
augmente auffi , ce qu'il feroit aifé de
prouver , s'il nous étoit permis d'entrer
dans un plus grand détail. Mais en voilà ,
je crois , affez pour faire comprendre que
c'eft fans aucun fondement que quelques
Médecins font des éloges fi magnifiques
de la fièvre ; que dans le fond on n'a aucun
avantage à attendre de cet inftrument
fi vanté , ou du moins que ces avantages
font très-fufpects , & fuivis d'inconvéniens
réels & fort à redouter , & qu'ainfi on ne
doit pas balancer à combattre la fiévre ,
dès qu'elle eft bien déclarée , par tous les
moyens que l'Art fuggére à des Médecins
éclairés & prudens .
23. Envain oppofera- t'on que la fiévre
n'eft qu'un fymptôme , & qu'il n'y a que
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
que
la caufe qui la produit , qui foit la maladie
qu'il faut combattre , car fi eela étoit , il
n'y auroit point non plus d'autres mala
dies , & il ne faudroit reconnoître pour
maladies les cauſes internes qui les
produifent , ou pour mieux dire , il faudroit
bannir de la Pathologie le mot de
maladie , & ne fe fervir que des noms de
caufes & de fymptômes ; ce qui feroit ridicule
, & fe réduiroit tout au plus à une
difpute de nom . Cependant comme une
cauſe interne produit un premier fymptôme,
& que ce fymptôme en améne d'autres
, il eft bien plus raifonnable de regar
der comme maladie le premier & le principal
fymptôme qui naît de la caufe , & de
ne donner le nom de fymptôme qu'aux
autres accidens qui s'y joignent & qui l'ac
compagnent. Mais que ce qui réfulte de
la caufe interne de la fiévre , foit appellé
maladie , ou effet , ou fymptôme , c'eſt de
quoi on s'eft peu embarraffé ici ; on a taché
d'examiner la chofe en elle- même , &
par un mûr examen on s'eft convaincu ,
que les avantages de la fiévre étoient imaginaires
, ou du moins très fufpects , & que
fes inconvéniens étoient toujours réels &
fort redoutables..
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6633
p. 164-165
ENIGME.
Début :
Reduite à la captivité, [...]
Mots clefs :
Langue
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
R Eduite à la captivité ,
Dès le moment de ma naiſſance y
Une étroite prifon retient ma liberté ,
Sans avoir aucune espérance
De pouvoir jamais en fortir.
Quoique la porte en foit ouverte
Souvent , & que je veuille agir ,
Pour pouvoir recouvrer ma perte,
Tous mes efforts font inutils.
Malgré moi , je ſuis arrêtée ,
Et certain nombre d'alguafils
De ma prifon ferme l'entrée
MARS. 165
1750 .
Vivante dans l'obscurité ,
i quelquefois je veux jouir de la lumiere ,
ar mon géolier d'abord cela m'eft accordé,
A la plus petite priere.
Dans un filence très - profond ,
En deux , ma garde fe divife ,
En formant prefque un petit rond :
Alors le jour me favorife.
Malgré les chaleurs de l'été ,
Lorsqu'on tient ma prifon fermée ,
quoiqu'au faite d'un bâtiment logée ,
Je fens toujours l'humidité .
Lecteur , enfin , tel eſt mon fort ;
près avoir vêcu toujours emprifonnée ,
- dois encore , hélas ! felon ma deſtinée ,
Etre captive après ma mort,
R Eduite à la captivité ,
Dès le moment de ma naiſſance y
Une étroite prifon retient ma liberté ,
Sans avoir aucune espérance
De pouvoir jamais en fortir.
Quoique la porte en foit ouverte
Souvent , & que je veuille agir ,
Pour pouvoir recouvrer ma perte,
Tous mes efforts font inutils.
Malgré moi , je ſuis arrêtée ,
Et certain nombre d'alguafils
De ma prifon ferme l'entrée
MARS. 165
1750 .
Vivante dans l'obscurité ,
i quelquefois je veux jouir de la lumiere ,
ar mon géolier d'abord cela m'eft accordé,
A la plus petite priere.
Dans un filence très - profond ,
En deux , ma garde fe divife ,
En formant prefque un petit rond :
Alors le jour me favorife.
Malgré les chaleurs de l'été ,
Lorsqu'on tient ma prifon fermée ,
quoiqu'au faite d'un bâtiment logée ,
Je fens toujours l'humidité .
Lecteur , enfin , tel eſt mon fort ;
près avoir vêcu toujours emprifonnée ,
- dois encore , hélas ! felon ma deſtinée ,
Etre captive après ma mort,
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6634
p. 165-166
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis, Lecteur, un ornement utile, [...]
Mots clefs :
Mantelet
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
E fuis , Lecteur , un ornement utile ;
A la Cour , comme à la Ville ;
a couleur n'eft pas fixe , & je change fouvent ;
Selon le goût , & l'agrément.
ne fçais trop de qui je tire l'exiſtence ,
Ou de la mode , ou de la bienséance ;
Huit lettres compofent mon nom .
uferme un animal , utile au Vigneron ,
t
166 MERCURE DE FRANCE.
Et qui lui rend de grands fervices.
Chofe que l'on employe au haut des édifices .
Ce qu'un Bréteur a foin de bien choisir.
L'être qui feul a droit de former un defir .
La demeure que Mars affigne au militaire ,
Pendant le cours d'une trop longue guerre,
Ce qu'on retranche au Noble accufé de forfait.
La faifon que Cerés comble de fes bienfaits.
Me devines-tu ? Non. Pourfuivons , & peut -être,
Je vais mieux me faire connoître.
J'oppofe un voile épais aux regards curieux ;
J'irrite les voluptueux .
Si ce voile que j'offre eft plus ou moins nouveau
Il eft auffi plus ou moins beau.
Sans doute qu'à ces traits je ne fuis plus miſtére
Si je le fuis , à moins de te faire un tableau ,
Je ne puis te tracer une énigme plus elaire .
E fuis , Lecteur , un ornement utile ;
A la Cour , comme à la Ville ;
a couleur n'eft pas fixe , & je change fouvent ;
Selon le goût , & l'agrément.
ne fçais trop de qui je tire l'exiſtence ,
Ou de la mode , ou de la bienséance ;
Huit lettres compofent mon nom .
uferme un animal , utile au Vigneron ,
t
166 MERCURE DE FRANCE.
Et qui lui rend de grands fervices.
Chofe que l'on employe au haut des édifices .
Ce qu'un Bréteur a foin de bien choisir.
L'être qui feul a droit de former un defir .
La demeure que Mars affigne au militaire ,
Pendant le cours d'une trop longue guerre,
Ce qu'on retranche au Noble accufé de forfait.
La faifon que Cerés comble de fes bienfaits.
Me devines-tu ? Non. Pourfuivons , & peut -être,
Je vais mieux me faire connoître.
J'oppofe un voile épais aux regards curieux ;
J'irrite les voluptueux .
Si ce voile que j'offre eft plus ou moins nouveau
Il eft auffi plus ou moins beau.
Sans doute qu'à ces traits je ne fuis plus miſtére
Si je le fuis , à moins de te faire un tableau ,
Je ne puis te tracer une énigme plus elaire .
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6635
p. 166-167
AUTRE.
Début :
Je donne lieu souvent à des amusemens : [...]
Mots clefs :
Stratagème
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E donne lieu fouvent à des amuſemens :
Souvent auffi je ſuis de grande conféquence ;
Et ne fuis rien en apparence.
Il naît de moi de fâcheux contre - tems ,
Et je détruis la meilleure eſpérance.
Lecteur , qui veux me deviner
Je vais te mettre à la torture.
Si tu fçais l'art de combiner ,
MARS. 167 1750.
Tu trouveras dans ma ftructure
Ue fort mauvaiſe monture .
Un mal abborré de tout tems.
La faifon qui fuit le printems ,
Et ce dont a befoin chaque chofe pour naître .
Ce qu'un convié gourmand , d'un air gai , voir paroître.
Un Dieu , l'appui des Souverains ,
Et qui feconde leurs deffeins.
L'élement à qui Dieu prefcrivit des limites.
Un endroit renommé par fes plaifirs divers ,
Lieu qui reçoit de nous de fréquentes vifites.
La grace d'un difcours en profe comme en vers.
Ce qu'ont fans ceffe en main les forçats de
Galére .
Un nom , que fait porter le plaifir conjugal.
Ce que maint feptuagenaire
Voudroit pouvoir changer contre un riche métal
Une riviere en Portugal.
Je ne finirois point , fi je voulois m'étendre
Sur un mot qui ne peut tarir .
Comme mon but eft de te divertic ,
Je ne dirai plus rien ; tâche de me comprendre.
E donne lieu fouvent à des amuſemens :
Souvent auffi je ſuis de grande conféquence ;
Et ne fuis rien en apparence.
Il naît de moi de fâcheux contre - tems ,
Et je détruis la meilleure eſpérance.
Lecteur , qui veux me deviner
Je vais te mettre à la torture.
Si tu fçais l'art de combiner ,
MARS. 167 1750.
Tu trouveras dans ma ftructure
Ue fort mauvaiſe monture .
Un mal abborré de tout tems.
La faifon qui fuit le printems ,
Et ce dont a befoin chaque chofe pour naître .
Ce qu'un convié gourmand , d'un air gai , voir paroître.
Un Dieu , l'appui des Souverains ,
Et qui feconde leurs deffeins.
L'élement à qui Dieu prefcrivit des limites.
Un endroit renommé par fes plaifirs divers ,
Lieu qui reçoit de nous de fréquentes vifites.
La grace d'un difcours en profe comme en vers.
Ce qu'ont fans ceffe en main les forçats de
Galére .
Un nom , que fait porter le plaifir conjugal.
Ce que maint feptuagenaire
Voudroit pouvoir changer contre un riche métal
Une riviere en Portugal.
Je ne finirois point , fi je voulois m'étendre
Sur un mot qui ne peut tarir .
Comme mon but eft de te divertic ,
Je ne dirai plus rien ; tâche de me comprendre.
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6636
p. 167-169
AUTRE.
Début :
D'un mortel qui se livre aux faveurs de Morphée, [...]
Mots clefs :
Camouflet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
'Un mortel qui fe livre aux faveurs de Morphée
,
Je fuis propre , Lecteur , à troubler le repos ,
Et c'eft le plus fouvent affez mal à propos
168 MERCURE DE FRANCE.
Que je lui fais fentir ma vapeur échauffée . '
Neuflettres font mon tout en le décomposant
L'on peut voir un Poëte : une Ville lointaine :
Deux poiffons : un humain que fouvent on enchaîne
;
Tout l'oppofé du bien : certain acier tranchant :
Deux élemens : un rat : trois notes de muſique :
Une machine en méchanique :
Une efpéce d'étoffe : un Prince d'Ifrael ,
Lequel dans un banquet eut un foit très- cruel :
Le nom commun de certaine boutique :
Un corpufcule : un châtiment :
L'effence deſtinée à fe voir bienheureuſe :
Une chauffure : une pierre poreufe :
Un mets trois Saints : un inftrument
Du vêtement une partie :
Ouvrage de ferrurerie :
Hommage qui n'eft dû qu'à la Divinité :
L'endroit où l'on lui facrifie :
De quelques animaux forte de maladie :
Ecrit commun dans la focieté :
Terme de jeu titre honorable en France : :
Le mortel qui de tout garde mieux le filence :
Au chef humain ce qui fert de pivot ;
Une pièce d'argent : une bête de charge :
Ce qu'on fouhaite en mer , lorfqu'on gagne le
large :
Chofe funefte à plus d'un matelot :
E
Epithete
MARS. 1750 169
. Epithéte piquante , & propre au petit - maître :
Le doux produit d'un heureux numero :
Un animal auffi gourmand que traître :
Une pipe fauvage , & certain amas d'eau ;
En voilà bien affez , Lecteur › pour me connoître.
Brunet , de Dijon.
'Un mortel qui fe livre aux faveurs de Morphée
,
Je fuis propre , Lecteur , à troubler le repos ,
Et c'eft le plus fouvent affez mal à propos
168 MERCURE DE FRANCE.
Que je lui fais fentir ma vapeur échauffée . '
Neuflettres font mon tout en le décomposant
L'on peut voir un Poëte : une Ville lointaine :
Deux poiffons : un humain que fouvent on enchaîne
;
Tout l'oppofé du bien : certain acier tranchant :
Deux élemens : un rat : trois notes de muſique :
Une machine en méchanique :
Une efpéce d'étoffe : un Prince d'Ifrael ,
Lequel dans un banquet eut un foit très- cruel :
Le nom commun de certaine boutique :
Un corpufcule : un châtiment :
L'effence deſtinée à fe voir bienheureuſe :
Une chauffure : une pierre poreufe :
Un mets trois Saints : un inftrument
Du vêtement une partie :
Ouvrage de ferrurerie :
Hommage qui n'eft dû qu'à la Divinité :
L'endroit où l'on lui facrifie :
De quelques animaux forte de maladie :
Ecrit commun dans la focieté :
Terme de jeu titre honorable en France : :
Le mortel qui de tout garde mieux le filence :
Au chef humain ce qui fert de pivot ;
Une pièce d'argent : une bête de charge :
Ce qu'on fouhaite en mer , lorfqu'on gagne le
large :
Chofe funefte à plus d'un matelot :
E
Epithete
MARS. 1750 169
. Epithéte piquante , & propre au petit - maître :
Le doux produit d'un heureux numero :
Un animal auffi gourmand que traître :
Une pipe fauvage , & certain amas d'eau ;
En voilà bien affez , Lecteur › pour me connoître.
Brunet , de Dijon.
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6637
p. 169
AUTRE.
Début :
Aux voyageurs, aux mariniers, [...]
Mots clefs :
Nuage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Aux voyageurs , aux mariniers ;
Je fuis d'un finiftre préfage.
Je fais bien du chemin avec fort peu de
pieds.
Le dernier , joint aux deux premiers ,
De moi te donne encor une nouvelle image :
Par une autre combinaiſon
Je puis produire à tes yeux une Ville
Le pere de chaque faifon :
Un être bienheureux : un animal docile :
L'art propre à la macreufe , au canard , au poiffon
:
Ce qui fuit fans retour ; un vaiffeau fort utile
Au travail de maint artiſan :
Enfin une mefure : un nombre : un élement;
Par le même.
Aux voyageurs , aux mariniers ;
Je fuis d'un finiftre préfage.
Je fais bien du chemin avec fort peu de
pieds.
Le dernier , joint aux deux premiers ,
De moi te donne encor une nouvelle image :
Par une autre combinaiſon
Je puis produire à tes yeux une Ville
Le pere de chaque faifon :
Un être bienheureux : un animal docile :
L'art propre à la macreufe , au canard , au poiffon
:
Ce qui fuit fans retour ; un vaiffeau fort utile
Au travail de maint artiſan :
Enfin une mefure : un nombre : un élement;
Par le même.
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6638
p. 170
AUTRE.
Début :
Lecteur, je porte dans mon sein [...]
Mots clefs :
Framboise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
LEêteur , je porte dans mon fein
L'air , la mer , la ſoif & la faim ;
Rome , Siam , Riom , Reims , orme
Sem , Remi , Méri , Mars , os , forme ,
Emir , Jo , More , ombre , Omer,
Ia , mari , braiſe , or , amer ,
Marie , ofier , Maire , ambre , foie ,
Brâme , fraife , if, ame , rime , oïe ,
Rofe , frimats , Roi , fabre , ami ,
Rame , ambre , mors , fi , ré , fa , mi.
Par le même.
LEêteur , je porte dans mon fein
L'air , la mer , la ſoif & la faim ;
Rome , Siam , Riom , Reims , orme
Sem , Remi , Méri , Mars , os , forme ,
Emir , Jo , More , ombre , Omer,
Ia , mari , braiſe , or , amer ,
Marie , ofier , Maire , ambre , foie ,
Brâme , fraife , if, ame , rime , oïe ,
Rofe , frimats , Roi , fabre , ami ,
Rame , ambre , mors , fi , ré , fa , mi.
Par le même.
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6639
p. 188
« DEUX DISCOURS, l'un sur la Convalescence du Roi, l'autre sur la Paix, traduits du Latin de M. [...] »
Début :
DEUX DISCOURS, l'un sur la Convalescence du Roi, l'autre sur la Paix, traduits du Latin de M. [...]
Mots clefs :
Discours, Convalescence, Paix, Latin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DEUX DISCOURS, l'un sur la Convalescence du Roi, l'autre sur la Paix, traduits du Latin de M. [...] »
DEUX DISCOURS , l'an fur la Convalescence du
Roi , l'autre fur la Paix , traduits du Latin de M.
le Beau , de l'Académie des Infpriptions & Belles-
Lettres , & Profeffeur de Réthorique au Collége
des Graffins. Par M. Mason , Tiéforier de France.
A Paris , chez Thibouft , Imprimeur du Roi & de
l'Univerfité , Place de Cambray , & Saillant , Libraire
, rue S. Jean - de - Beauvais , vis - à- vis le College
, 1750 , in- 12 . pp . 193 .
Roi , l'autre fur la Paix , traduits du Latin de M.
le Beau , de l'Académie des Infpriptions & Belles-
Lettres , & Profeffeur de Réthorique au Collége
des Graffins. Par M. Mason , Tiéforier de France.
A Paris , chez Thibouft , Imprimeur du Roi & de
l'Univerfité , Place de Cambray , & Saillant , Libraire
, rue S. Jean - de - Beauvais , vis - à- vis le College
, 1750 , in- 12 . pp . 193 .
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6640
p. 117
ENIGME.
Début :
Je suis enfant du génie, [...]
Mots clefs :
Mode
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis enfant du génie ,
Et fouvent de la fantaisie.
Lorfque je parois chez le Roi,
Auffi- tôt de me fuivre on ſe fait une loi ,
Et fans avoir pi forme , ni figure ,
Je fuis toujours le chefde la parure.
De moi ne peuvent fe paffer
La coquette & le petit maître.
Enfin , Lecteur , pour mieux me dévoiler ,
Et de toi me faire connoître ,
Apprends que le François me confidére tant
Qu'il me donne le prix fur l'or & fur Pargent.
Par J. F. Fival,
E fuis enfant du génie ,
Et fouvent de la fantaisie.
Lorfque je parois chez le Roi,
Auffi- tôt de me fuivre on ſe fait une loi ,
Et fans avoir pi forme , ni figure ,
Je fuis toujours le chefde la parure.
De moi ne peuvent fe paffer
La coquette & le petit maître.
Enfin , Lecteur , pour mieux me dévoiler ,
Et de toi me faire connoître ,
Apprends que le François me confidére tant
Qu'il me donne le prix fur l'or & fur Pargent.
Par J. F. Fival,
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6641
p. 118
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Close pendant l'été, je parois dans l'automne ; [...]
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Châtaigne
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LOGOGRYPH E.
CLofe pendant l'été , je parois dans l'automne
Ma préſence bientôt réveille le gourmand ,
Et porte le vieillard auffi- bien que l'enfant
A chercher dans mon fein les faveurs de Pomone.
D'abord dans mes neuf pieds , Lecteur ,
En combinant , je t'offre ma couleur ;
un efprit bienheureux ; ce qu'en fante l'envie ;
Une Ville de France , un fleuve renommé ;
Ce qui paffe bien vite , & mefure la vie;
Un ſtupide animal , un pays éloigné ,
Deux animaux , l'un fidel , l'autre traître ,
Qui , tous deux compagnons , fervent le même.
maître .
Lecteur , cela fuffit , & fans trop t'arrêter ,
Tu peux ailément m'expliquer.
Par M. de la Roche , le jeune.
CLofe pendant l'été , je parois dans l'automne
Ma préſence bientôt réveille le gourmand ,
Et porte le vieillard auffi- bien que l'enfant
A chercher dans mon fein les faveurs de Pomone.
D'abord dans mes neuf pieds , Lecteur ,
En combinant , je t'offre ma couleur ;
un efprit bienheureux ; ce qu'en fante l'envie ;
Une Ville de France , un fleuve renommé ;
Ce qui paffe bien vite , & mefure la vie;
Un ſtupide animal , un pays éloigné ,
Deux animaux , l'un fidel , l'autre traître ,
Qui , tous deux compagnons , fervent le même.
maître .
Lecteur , cela fuffit , & fans trop t'arrêter ,
Tu peux ailément m'expliquer.
Par M. de la Roche , le jeune.
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6642
p. 118-119
AUTRE.
Début :
Par les jolis accents d'un gosier gracieux, [...]
Mots clefs :
Chardonneret
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Par les jolis acceus d'un gofier gracieux ,
De l'hyver fugitif j'annonce les adieux .
Mais , pour me défigner encor d'une autre forte ,
Sur douze pieds monté , voici ce que je porte :
Une Ville , jadis défendue avec art ,
AVRIL. 1750. 119
Conquife néanmoins par Philippe & Richard ;
Une illuftre Maifon , où brille une Princeffe ,
Dont la rare beauté releve la fageffe ;
Un Empereur fameux par de triftes revers ;
Le Héros que le Taffe a chanté dans fes vers ;
Un zélé compagnon des exploits d'Alexandre ;
Un brave défenfeur des rives du Scamandre ;
Le Prince , dont Turenne admira la valeur.
Après un tel détail , devine - moi , Lecteur.
ParM. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.
Par les jolis acceus d'un gofier gracieux ,
De l'hyver fugitif j'annonce les adieux .
Mais , pour me défigner encor d'une autre forte ,
Sur douze pieds monté , voici ce que je porte :
Une Ville , jadis défendue avec art ,
AVRIL. 1750. 119
Conquife néanmoins par Philippe & Richard ;
Une illuftre Maifon , où brille une Princeffe ,
Dont la rare beauté releve la fageffe ;
Un Empereur fameux par de triftes revers ;
Le Héros que le Taffe a chanté dans fes vers ;
Un zélé compagnon des exploits d'Alexandre ;
Un brave défenfeur des rives du Scamandre ;
Le Prince , dont Turenne admira la valeur.
Après un tel détail , devine - moi , Lecteur.
ParM. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.
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6643
p. 119
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Début :
Bis ternis pedibus consto, mihi syllaba triplex, [...]
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Orange
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LOGOGRYPHU S.
Bisternis pedibus confto , mihi fyllaba triplex ;
Et triplex fenfus ; per me diademata , honores ,
Ingenium , virtus , alienaque jura parantur ;
Per me Ifac lætus gentem reparavit amicam :
Littera prima cadat , flumen fine nave licebit
Tranfire , & vanos ridere in littore fluctus.
Anxius hic hæres lector : gaudere reperto
Nomine fi tantum cupias ( adverte ) patebit.
Pignus amicitiæ , timidi vel pignus amoris ,
Sæpè fui , cum fole novo novus inchoat annus.'
Sed quid vana..... ftupes , Lector , clademque
fateris.
Victor abi dederat quod quæris Gallia nomers
Bisternis pedibus confto , mihi fyllaba triplex ;
Et triplex fenfus ; per me diademata , honores ,
Ingenium , virtus , alienaque jura parantur ;
Per me Ifac lætus gentem reparavit amicam :
Littera prima cadat , flumen fine nave licebit
Tranfire , & vanos ridere in littore fluctus.
Anxius hic hæres lector : gaudere reperto
Nomine fi tantum cupias ( adverte ) patebit.
Pignus amicitiæ , timidi vel pignus amoris ,
Sæpè fui , cum fole novo novus inchoat annus.'
Sed quid vana..... ftupes , Lector , clademque
fateris.
Victor abi dederat quod quæris Gallia nomers
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6644
p. 134
ENIGME.
Début :
Par un destin bizarre, on me voit tour à tour [...]
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Glace
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ENIGM. E..
Ar un deftia bizarre , on me voit tour àtour
Fille & mere de celle à qui je dois le jour ;
Mais la maternité , cher Lecteur , eft faivie ,
Et pour elle & pour moi , d'un bien malheureur
fort :
En me donnant la vie , elle reçoit la mort ,
Et je reçois la mort en lui donnant la vie.
Chauvier.
Ar un deftia bizarre , on me voit tour àtour
Fille & mere de celle à qui je dois le jour ;
Mais la maternité , cher Lecteur , eft faivie ,
Et pour elle & pour moi , d'un bien malheureur
fort :
En me donnant la vie , elle reçoit la mort ,
Et je reçois la mort en lui donnant la vie.
Chauvier.
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6645
p. 134-135
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Début :
Je suis ce que je suis, sous plus d'une figure. [...]
Mots clefs :
Cafetière
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LOGO GRYPH E.
E fuis ce que jefuis , fous plus d'une figure.
Je dois mon être à l'Art , ainfi qu'à la nature.
Blen.ſouvent j'ai trois pieds , & je ne marche pas.
L'ecteur , le croirois - tu ? Je n'ai jamais qu'un bras.
En tous lieux , en tout tems , on me croit trèsutile
;
On me voit en campagne , on me voit à la Ville ;
Je dois au feu ma forme , & par un fort fatal ,
On me remet au feu pour appaiſer un mal.
Neuf, dix , fix , fept & trois , je montre du caprice ;
Sept , neuf, dix , je fais voir un péché de malice ;
Cependant lorsqu'on rend hommage à l'Eternel ,
ֿ
MA I. 1750. 735
Avec un fept , neuf . cinq , on me voitfur l'Autel
Neuf , deux & fix , je crains une patte cruelle ;
Trois , fept , huit , neuf & dix , le défaut d'une
belle;
Je deviers animal avec un cinq , fix , trois ;
Ma mort fait le plaifir des Princes & des Rois.
Tupeux me deviner , je fais affez publique ,
Je t'offre même encor deux notes de mufique ;
Mais prend cinq , fix & dix , pour la belle faifon ,
Car fans deux , fept & neuf, tu meurs comme un
oilon .
Adieu donc , cher Lecteur ; ne dis rien à Nanine;
Chut de grace motus ; attend qu'elle devine .
Gourrege
E fuis ce que jefuis , fous plus d'une figure.
Je dois mon être à l'Art , ainfi qu'à la nature.
Blen.ſouvent j'ai trois pieds , & je ne marche pas.
L'ecteur , le croirois - tu ? Je n'ai jamais qu'un bras.
En tous lieux , en tout tems , on me croit trèsutile
;
On me voit en campagne , on me voit à la Ville ;
Je dois au feu ma forme , & par un fort fatal ,
On me remet au feu pour appaiſer un mal.
Neuf, dix , fix , fept & trois , je montre du caprice ;
Sept , neuf, dix , je fais voir un péché de malice ;
Cependant lorsqu'on rend hommage à l'Eternel ,
ֿ
MA I. 1750. 735
Avec un fept , neuf . cinq , on me voitfur l'Autel
Neuf , deux & fix , je crains une patte cruelle ;
Trois , fept , huit , neuf & dix , le défaut d'une
belle;
Je deviers animal avec un cinq , fix , trois ;
Ma mort fait le plaifir des Princes & des Rois.
Tupeux me deviner , je fais affez publique ,
Je t'offre même encor deux notes de mufique ;
Mais prend cinq , fix & dix , pour la belle faifon ,
Car fans deux , fept & neuf, tu meurs comme un
oilon .
Adieu donc , cher Lecteur ; ne dis rien à Nanine;
Chut de grace motus ; attend qu'elle devine .
Gourrege
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6646
p. 135-136
AUTRE.
Début :
De mon utilité le Médecin décide, [...]
Mots clefs :
Piqûre
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
DE mon utilité le Médecin décide ,
Et mon premier effet eft de faire fouffrir .
Je conviens que je fuis quelquefois homicide ;
Enfant de la douleur & jamais du plaifir.
Mais quel tréfor de biens ma préfence chérie
N'apporte-t'elle pas à mille malheureux ,
Quifans moi dans leurs maux , auroient perdu la
vie ?
Et peut- être , Lecteur , l'éprouvez- vous comme
eux.
Ma naiffance eft un mal , elle est toujours fenfible,
136 MERCURE DE FRANCE.
Bien fouvent très- heureufe & quelquefois nuifible.
Laiffons ces premiers traits , combinons un , deux,
buit ,
Méfiez- vous de moi , je friponne fans bruit-
Avec un cinq , fix , fept , je n'ai plus de courage ;
Trois , quatre , cinq , fix , huit , me paffant de langage
,
J'annonçai le retour de l'époux de Sara ,
On le vit avec joie , & fon pere en pleura.
Un , cinq ,fept , huit , s'il vit , que Dieu te le con
ferve !
Un, deux , fept , huit , hélas ! que le Ciel , t'en
préſerve !
Avec un , fix , fept , huit , gardons notre vertu į
C'est le folide bien ; Lecteur : qu'en penfes- tu ?:
Par le même.
DE mon utilité le Médecin décide ,
Et mon premier effet eft de faire fouffrir .
Je conviens que je fuis quelquefois homicide ;
Enfant de la douleur & jamais du plaifir.
Mais quel tréfor de biens ma préfence chérie
N'apporte-t'elle pas à mille malheureux ,
Quifans moi dans leurs maux , auroient perdu la
vie ?
Et peut- être , Lecteur , l'éprouvez- vous comme
eux.
Ma naiffance eft un mal , elle est toujours fenfible,
136 MERCURE DE FRANCE.
Bien fouvent très- heureufe & quelquefois nuifible.
Laiffons ces premiers traits , combinons un , deux,
buit ,
Méfiez- vous de moi , je friponne fans bruit-
Avec un cinq , fix , fept , je n'ai plus de courage ;
Trois , quatre , cinq , fix , huit , me paffant de langage
,
J'annonçai le retour de l'époux de Sara ,
On le vit avec joie , & fon pere en pleura.
Un , cinq ,fept , huit , s'il vit , que Dieu te le con
ferve !
Un, deux , fept , huit , hélas ! que le Ciel , t'en
préſerve !
Avec un , fix , fept , huit , gardons notre vertu į
C'est le folide bien ; Lecteur : qu'en penfes- tu ?:
Par le même.
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6647
p. 136-137
AUTRE.
Début :
Folâtre amusement d'une tendre jeunesse, [...]
Mots clefs :
Escarpolette
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Olâtre amuſement d'une tendre jeuneſſe ,
On ne me voit jamais d'une trifte vieilleſſe
Egayer les momens graves & pareffeux :
On riroit de la voir fe livrer à mes jeux.
De mon corps fufpendu le mouvement critique-
Dans la joie eft fouvent une fcéne tragique.
D'abord qu'un harceleur vient troubler mon
repos ,
Favance , & je recule , emportant mon Héros..
MAI. 1750: 237
Frois , quatre , cinq , fix , un , je vis agile &lefte
Dans le fade élement qu'un yvrogne détefte .
Mais fi cinq , un , dix , deux , me met dans la pris
fon ,
Adieu , c'eft fait de moi , je fuis au courtbouillon ,
šix , neuf, deux , dix , douze , un fléau redouta
ble.
Sept , cinq , eft defiré plus qu'il n'eſt defirable.
Deux, fept, huit, on me voit en Mufique, en Plain
chant.
six , quatre , deux , pourfuis ; tu les fais en marchant.
J'en ai , je crois , trop dit , Lecteur : penfe & de
vine.
Je porte dans mon fein un meuble de cuifine ;
Le nom trifte & fâcheux d'un homme fans efprit
Et ce que tu reçois , lorfque Damon t'écrit.
Par le même
Olâtre amuſement d'une tendre jeuneſſe ,
On ne me voit jamais d'une trifte vieilleſſe
Egayer les momens graves & pareffeux :
On riroit de la voir fe livrer à mes jeux.
De mon corps fufpendu le mouvement critique-
Dans la joie eft fouvent une fcéne tragique.
D'abord qu'un harceleur vient troubler mon
repos ,
Favance , & je recule , emportant mon Héros..
MAI. 1750: 237
Frois , quatre , cinq , fix , un , je vis agile &lefte
Dans le fade élement qu'un yvrogne détefte .
Mais fi cinq , un , dix , deux , me met dans la pris
fon ,
Adieu , c'eft fait de moi , je fuis au courtbouillon ,
šix , neuf, deux , dix , douze , un fléau redouta
ble.
Sept , cinq , eft defiré plus qu'il n'eſt defirable.
Deux, fept, huit, on me voit en Mufique, en Plain
chant.
six , quatre , deux , pourfuis ; tu les fais en marchant.
J'en ai , je crois , trop dit , Lecteur : penfe & de
vine.
Je porte dans mon fein un meuble de cuifine ;
Le nom trifte & fâcheux d'un homme fans efprit
Et ce que tu reçois , lorfque Damon t'écrit.
Par le même
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6648
p. 126
ENIGME.
Début :
Ma figure, Lecteur, est assez régulière. [...]
Mots clefs :
Cheminée
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
MA figure , Lecteur , eft affez régulière .
J'habite les Palais , j'habite la chaumiere .
Quelquefois un rival ufurpe mon emploi ,
Et fait que fans regret on fe paffe de moi.
J'ai le dehors ouvert , c'eft partout ma coûtume ,
Mais au fond,j'ai le coeur noir & plein d'amertume.
A mon Maître fouvent je donne du ſouci.
Pour lors un Etranger , par les oeuvres noirci,
Des mains, des pieds , chez moi fe faifant un paffage,
En fort , le front couvert des effets de la rage.
Mon fupplice eft toujours l'ouvrage de la main,
Et l'ingrat ,fans pitié , me déchire le fein ,
Mais bien-tôt ce vainqueur touche au haut de ma
gloire ,
Et fier de ma défaite , il chante fa victoire.
MA figure , Lecteur , eft affez régulière .
J'habite les Palais , j'habite la chaumiere .
Quelquefois un rival ufurpe mon emploi ,
Et fait que fans regret on fe paffe de moi.
J'ai le dehors ouvert , c'eft partout ma coûtume ,
Mais au fond,j'ai le coeur noir & plein d'amertume.
A mon Maître fouvent je donne du ſouci.
Pour lors un Etranger , par les oeuvres noirci,
Des mains, des pieds , chez moi fe faifant un paffage,
En fort , le front couvert des effets de la rage.
Mon fupplice eft toujours l'ouvrage de la main,
Et l'ingrat ,fans pitié , me déchire le fein ,
Mais bien-tôt ce vainqueur touche au haut de ma
gloire ,
Et fier de ma défaite , il chante fa victoire.
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6649
p. 126-127
AUTRE.
Début :
L'Air, l'Océan, sous tes yeux me font naître ; [...]
Mots clefs :
Apostrophe
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
'Air , l'Océan , fous tes yeux me font naître ;
L'homme d'honneur me voit deux fois paroître ;
Inutile à plufieurs , j'accompagne l'amour ,
Je fers dans l'amitié , je fers dans l'infortune.
Je viens à l'ordre. Adınife dans l'atour ,
Je fuis une chofe commune.
JUIN. 1750. 127
Priſe encor dans un autre fens ,
Je puis , fans refpecter les droits des plus puiffans ,
Et fans bleffer auffi l'autorité fuprême ,
M'adreſſer aux Enfers,à la Terre, aux Cieux même.
Qu'arrive- t'il enfin bien fouvent je déplais ,
Le ton fait tout. C'eſt aſſez , je me tais .
'Air , l'Océan , fous tes yeux me font naître ;
L'homme d'honneur me voit deux fois paroître ;
Inutile à plufieurs , j'accompagne l'amour ,
Je fers dans l'amitié , je fers dans l'infortune.
Je viens à l'ordre. Adınife dans l'atour ,
Je fuis une chofe commune.
JUIN. 1750. 127
Priſe encor dans un autre fens ,
Je puis , fans refpecter les droits des plus puiffans ,
Et fans bleffer auffi l'autorité fuprême ,
M'adreſſer aux Enfers,à la Terre, aux Cieux même.
Qu'arrive- t'il enfin bien fouvent je déplais ,
Le ton fait tout. C'eſt aſſez , je me tais .
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6650
p. 127-129
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Début :
Ami Lecteur, j'offre à tes yeux [...]
Mots clefs :
Tapisserie
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
A
Mi Lecteur , j'offre à tes yeux
Mille objets , & fur tout des Héros & des Dieux
Rappelle- toi la deſtinée
De cette fille infortunée ,
Victime d'un tranſport jaloux ;
Qui paya cher... mais taifons- nous.
Je dois à l'Art bien plus qu'à la Nature.
Dix pieds compofent ma ftructure.
Renverse-moi , je fuis un mets friand.
Combine-moi , fois patient ,
Tu trouveras le nom qu'on donne à ſa maîtreſſe.
D'un Dieu, prife autrement , j'excitai la tendreffe ;
Mais quel changement dans mon fort
A tes yeux m'a donné la mort !
Je vois paroître un Poëte célébre ,
Dont Mirabeau fir l'oraiſon funebre ,
Et le vafe brillant où coule la liqueur,
Qui raffûre la tête & réjouit le coeur.
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE .
Au Firmament , globe qui brille .
Autour de moi l'hyver s'affemble la famille,
Veux-tu m'interroger encor ?
J'étois, au tems de l'âge d'or ,
De l'Egypte Dieu tutelaire ,
Et d'une Nymphe amant téméraire.
Quittons l'hiftoire & courons le pays 3
Tu trouveras d'abord les Etats des Sophis
Province non loin de l'Afie ;
Ville fameuse en Italie ;
En France une grande Cité ,
Dont le nom , fi l'on veut , en perfonne cité .
D'une autre caufa la ruine.
Mais j'en dis trop , on me devine.
Renfermops -nous & changeons le tableau.
Le même mot t'offre un Pape , un oiſeau ;
Un Elément ; un morceau de muſique ;
Un grand outrage ; animal domeftique ;
Mauvaiſe rencontre fur mer ;
Inftrument tranchant & de fer ;
Ce qu'en route aux foldats on donne ;
Un nom très cher ; un Directeur de None ;
En France un titre défiré ;
Nom au Monarque confacré ,
Ancienne piéce de monnoye ;
Vive expreffion de la joye ;
Mets des enfans de Mahomet ;
Ce qui précede un grand banquet ;
JUIN. 129
•
1750.
Ce qui fit tort au bon Nicaife ;
Ce qui fait qu'au Sermon on eft mal à fon aife ;
Deux notes de musique, & deux péchés mortels
Efprit qui renverfa le Trône & les Autels ;
D'une meute guide invifible ;
Piége où le prend tout animal terrible ...
Mais , Lecteur , je veux t'égayer ,
Et j'apperçois que je te laffe.
De trente mots je te fais grace ,
Car je craindrois de t'ennuyer.
L. B ** . R ** . L. B ** . B **.
A
Mi Lecteur , j'offre à tes yeux
Mille objets , & fur tout des Héros & des Dieux
Rappelle- toi la deſtinée
De cette fille infortunée ,
Victime d'un tranſport jaloux ;
Qui paya cher... mais taifons- nous.
Je dois à l'Art bien plus qu'à la Nature.
Dix pieds compofent ma ftructure.
Renverse-moi , je fuis un mets friand.
Combine-moi , fois patient ,
Tu trouveras le nom qu'on donne à ſa maîtreſſe.
D'un Dieu, prife autrement , j'excitai la tendreffe ;
Mais quel changement dans mon fort
A tes yeux m'a donné la mort !
Je vois paroître un Poëte célébre ,
Dont Mirabeau fir l'oraiſon funebre ,
Et le vafe brillant où coule la liqueur,
Qui raffûre la tête & réjouit le coeur.
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE .
Au Firmament , globe qui brille .
Autour de moi l'hyver s'affemble la famille,
Veux-tu m'interroger encor ?
J'étois, au tems de l'âge d'or ,
De l'Egypte Dieu tutelaire ,
Et d'une Nymphe amant téméraire.
Quittons l'hiftoire & courons le pays 3
Tu trouveras d'abord les Etats des Sophis
Province non loin de l'Afie ;
Ville fameuse en Italie ;
En France une grande Cité ,
Dont le nom , fi l'on veut , en perfonne cité .
D'une autre caufa la ruine.
Mais j'en dis trop , on me devine.
Renfermops -nous & changeons le tableau.
Le même mot t'offre un Pape , un oiſeau ;
Un Elément ; un morceau de muſique ;
Un grand outrage ; animal domeftique ;
Mauvaiſe rencontre fur mer ;
Inftrument tranchant & de fer ;
Ce qu'en route aux foldats on donne ;
Un nom très cher ; un Directeur de None ;
En France un titre défiré ;
Nom au Monarque confacré ,
Ancienne piéce de monnoye ;
Vive expreffion de la joye ;
Mets des enfans de Mahomet ;
Ce qui précede un grand banquet ;
JUIN. 129
•
1750.
Ce qui fit tort au bon Nicaife ;
Ce qui fait qu'au Sermon on eft mal à fon aife ;
Deux notes de musique, & deux péchés mortels
Efprit qui renverfa le Trône & les Autels ;
D'une meute guide invifible ;
Piége où le prend tout animal terrible ...
Mais , Lecteur , je veux t'égayer ,
Et j'apperçois que je te laffe.
De trente mots je te fais grace ,
Car je craindrois de t'ennuyer.
L. B ** . R ** . L. B ** . B **.
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