Résultats : 8715 texte(s)
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6801
p. 95-96
AUTRE.
Début :
Avec toi, cher Lecteur, je naîs plus ou moins beau, [...]
Mots clefs :
Visage
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
Vec toi , cher Lecteur , je naîs plus ou moins
beau ,
Selon que m'a formé la Nature , ma mere ;
C'eft en vain qu'on voudroit me trouver par
riere ,
der-
Je marche devant toi , juſques dans le tombeau.
Seul , je fuis fuffifant pour te faire connoître ;
J'indique quelquefois ton inclination ;
Tu ne m'as jamais yû que par réflexion ,
Et tu te fais honneur de me faire paroître.
Par moi l'Amour , ce petit féduifant ,
Lance à coup sûr fes premiers traits de flâme :
D'une galante Dame ,
Je fuis le plus bel ornement :
Qu'on vienne lui jurer une ardeur éternelle ,
96 MERCURE
DE FRANCE .
C'est moi qu'on confidére en elle ,
Et ma beauté le plus fouvent
Enchaîne feule fon amant.
A ce portrait qui peut me méconnoître ?
Tu me tiens , j'en fuis sûr : pas encore peut-être,
Diviſe -moi , tu devineras mieux .
J'ai fix pieds qui vont deux à deux ,
Tourne & retourne- les de certaine maniere ,
Tu vois d'abord le tems que chacun a vêcu ;
Tu trouves de la France une double riviere
Dont le nom n'eft pas inconnu ;
Du Ciel , ce don qui feul anime la matiere ;
De Sparte , un Roi qui de bonne amitié
Reçut un Athénien qui féduifit fa femme ;
Ce que donne toujours le Directeur d'un ame ;
Le nom d'un Saint ; d'un bezet la moitié ;
Le nom de quelque Nymphe en Ifle convertie ;
Tout ce qui peut contenir la liqueur ;
De notre terre une partie ;
Celui dont le chagrin n'a pas faifi le coeur ;
Un inftrument de Méchanique ;
Le nom d'un Aftre radieuxx ;
Et du Couvent le bon jour ennuyeux ;
Une note enfin de mufique ,
Et fi tu veux encore un habitant de l'air .
Je ne veux pas , Le cteur , t'amufer davantage ,
Tu m'as depuis long- tems peut- être découvert ,
Quoiqu'il en foit enfin reconnois le * * * .
Vec toi , cher Lecteur , je naîs plus ou moins
beau ,
Selon que m'a formé la Nature , ma mere ;
C'eft en vain qu'on voudroit me trouver par
riere ,
der-
Je marche devant toi , juſques dans le tombeau.
Seul , je fuis fuffifant pour te faire connoître ;
J'indique quelquefois ton inclination ;
Tu ne m'as jamais yû que par réflexion ,
Et tu te fais honneur de me faire paroître.
Par moi l'Amour , ce petit féduifant ,
Lance à coup sûr fes premiers traits de flâme :
D'une galante Dame ,
Je fuis le plus bel ornement :
Qu'on vienne lui jurer une ardeur éternelle ,
96 MERCURE
DE FRANCE .
C'est moi qu'on confidére en elle ,
Et ma beauté le plus fouvent
Enchaîne feule fon amant.
A ce portrait qui peut me méconnoître ?
Tu me tiens , j'en fuis sûr : pas encore peut-être,
Diviſe -moi , tu devineras mieux .
J'ai fix pieds qui vont deux à deux ,
Tourne & retourne- les de certaine maniere ,
Tu vois d'abord le tems que chacun a vêcu ;
Tu trouves de la France une double riviere
Dont le nom n'eft pas inconnu ;
Du Ciel , ce don qui feul anime la matiere ;
De Sparte , un Roi qui de bonne amitié
Reçut un Athénien qui féduifit fa femme ;
Ce que donne toujours le Directeur d'un ame ;
Le nom d'un Saint ; d'un bezet la moitié ;
Le nom de quelque Nymphe en Ifle convertie ;
Tout ce qui peut contenir la liqueur ;
De notre terre une partie ;
Celui dont le chagrin n'a pas faifi le coeur ;
Un inftrument de Méchanique ;
Le nom d'un Aftre radieuxx ;
Et du Couvent le bon jour ennuyeux ;
Une note enfin de mufique ,
Et fi tu veux encore un habitant de l'air .
Je ne veux pas , Le cteur , t'amufer davantage ,
Tu m'as depuis long- tems peut- être découvert ,
Quoiqu'il en foit enfin reconnois le * * * .
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6802
p. 87-88
ENIGME.
Début :
On me titre d'image, & pour original [...]
Mots clefs :
Sommeil
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
I'D S 15
N me titre d'image , & pour original
On me donné une four cadette ;
Voilà qui s'accorde affez mal :
Quelques Sçavans l'ont dit , le peuple le repete.
C'eſt fort mal taifonner , n'en déplaife aux Sça
vans ,
Car elle eft ma cadette au moins de neuf cens ans.'
Je renie à jamais cette laide Megere ,
Je la méconnois pour ma foeur ;
Le monde entier ne pouvant s'en défaire ,
Ne la fouffre qu'avec horreur :
Mais moi , pour ma douceur , par tout on me dés
fore 2
88 MERCURE DE FRANCE:
Quoique fur les mortels j'éxerce un grand empire;
Et que je prime en tous lieux , en tous tems ,
Sur les petits & fur les grands.
Avec Phoebus je partage mon regne ,
Sans que perfonne me dédaigne ;
Pendant qu'il eft dans les bras de Thétis ,
Je difpofe & j'ordonne , avoué de Thémis.
Four éxercer mes droits , la nature me poſe
Au faîte d'un Palais
Dont elle tient la porte cloſe ,
Lorfque mon peuple fe repole
Sur mes loins & qu'il vit en paix.
J'adoucis , à mon gré , l'efprit le plus farouche
Tous les habitans de la mer ,
De la terre & de l'air ,
Je les charme quand je les touche.
Sans partialité , je donne même rang
A l'idiot comme au ſçavant ;
Sans diftinguer ni le fexe , ni l'âge ,
Je traite également le fou comme le fage.
Je pétris l'embonpoint , les rofes & les lys
Par moi font répandus fur le teint de Philis.
Pour abreger enfin un trop long étalage ,
Il eft tems de finir , fi tu m'as decouvert ,
Ménage- moi , Lecteur ; malheur à qui me perd.
I'D S 15
N me titre d'image , & pour original
On me donné une four cadette ;
Voilà qui s'accorde affez mal :
Quelques Sçavans l'ont dit , le peuple le repete.
C'eſt fort mal taifonner , n'en déplaife aux Sça
vans ,
Car elle eft ma cadette au moins de neuf cens ans.'
Je renie à jamais cette laide Megere ,
Je la méconnois pour ma foeur ;
Le monde entier ne pouvant s'en défaire ,
Ne la fouffre qu'avec horreur :
Mais moi , pour ma douceur , par tout on me dés
fore 2
88 MERCURE DE FRANCE:
Quoique fur les mortels j'éxerce un grand empire;
Et que je prime en tous lieux , en tous tems ,
Sur les petits & fur les grands.
Avec Phoebus je partage mon regne ,
Sans que perfonne me dédaigne ;
Pendant qu'il eft dans les bras de Thétis ,
Je difpofe & j'ordonne , avoué de Thémis.
Four éxercer mes droits , la nature me poſe
Au faîte d'un Palais
Dont elle tient la porte cloſe ,
Lorfque mon peuple fe repole
Sur mes loins & qu'il vit en paix.
J'adoucis , à mon gré , l'efprit le plus farouche
Tous les habitans de la mer ,
De la terre & de l'air ,
Je les charme quand je les touche.
Sans partialité , je donne même rang
A l'idiot comme au ſçavant ;
Sans diftinguer ni le fexe , ni l'âge ,
Je traite également le fou comme le fage.
Je pétris l'embonpoint , les rofes & les lys
Par moi font répandus fur le teint de Philis.
Pour abreger enfin un trop long étalage ,
Il eft tems de finir , fi tu m'as decouvert ,
Ménage- moi , Lecteur ; malheur à qui me perd.
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6803
p. 89-90
LOGOGRYPHE.
Début :
L'Homme dont la boisson [...]
Mots clefs :
Épervier
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
L'Homme dont la boiffon
Offufque la raifon ,
Un Archevêché d'Etrurie ;
Un fameux Royaume d'Afie :
Le héros dont Méduſe éprouva la valeur ,
Et qu'Andromede eut pour libérateur.
Un ferpent vivipare ;
Qu'on me paffe ce mot , je conviens qu'il eft rare
Mais il eft expreffif. Un ancien Auteur ,
Poëte fatitique ;
Un Port de mer jadis celebre dans l'Attique :
Un Office canonial.
Le dernier des efforts qu'en Sorbonne on deman
de
Des Lettres afpirans au bonnet Doctoral ;
Une forte de réprimande :
Certain infecte , & parmi les oifeaux ,
Un dont le nom fe donne à maints chevaux.
La femme féductrice
Qui fut au genre humain
La fource de toute injuftice.
Un Pontife Romain ;
Ce qu'on adreſſe à Dieu pour le rendre propice :
Un fymbole adopté
Pour la fragilité.
90 MERCURE DE FRANCE.
J'en ai bien dit affez , Lecteur , fi tu tranſpoſes , .
Tu peux , de mes neuf pieds , former toutes ces
chofes ;
Dans le fort d'un Nifus & de Dedalion ,
Sans le fecours d'Edipe , on découvre mon nom :
Mon mérite , au furplus, pour la pêche ou la chaffe ,
Peut me développer fous l'une ou l'autre face.
L'Homme dont la boiffon
Offufque la raifon ,
Un Archevêché d'Etrurie ;
Un fameux Royaume d'Afie :
Le héros dont Méduſe éprouva la valeur ,
Et qu'Andromede eut pour libérateur.
Un ferpent vivipare ;
Qu'on me paffe ce mot , je conviens qu'il eft rare
Mais il eft expreffif. Un ancien Auteur ,
Poëte fatitique ;
Un Port de mer jadis celebre dans l'Attique :
Un Office canonial.
Le dernier des efforts qu'en Sorbonne on deman
de
Des Lettres afpirans au bonnet Doctoral ;
Une forte de réprimande :
Certain infecte , & parmi les oifeaux ,
Un dont le nom fe donne à maints chevaux.
La femme féductrice
Qui fut au genre humain
La fource de toute injuftice.
Un Pontife Romain ;
Ce qu'on adreſſe à Dieu pour le rendre propice :
Un fymbole adopté
Pour la fragilité.
90 MERCURE DE FRANCE.
J'en ai bien dit affez , Lecteur , fi tu tranſpoſes , .
Tu peux , de mes neuf pieds , former toutes ces
chofes ;
Dans le fort d'un Nifus & de Dedalion ,
Sans le fecours d'Edipe , on découvre mon nom :
Mon mérite , au furplus, pour la pêche ou la chaffe ,
Peut me développer fous l'une ou l'autre face.
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6804
p. 90-91
AUTRE.
Début :
Quoique chimérique & frivole, [...]
Mots clefs :
Gloire
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Quoique chimérique & frivole ,
Des héros & des beaux efprits
Je fuis l'impérieufe idole :
Ces exploits éclatans , ces fublimes écrits ,
Confacrés avec fafte au temple de Mémoire ,
Me doivent la plupart , & leur être & leur prix ,
Ainfi que ces grands noms qui brillent dans l'Hif
toire.
La paffion pour moi , dans des fiécles d'erreur
Paffa pour la vertu fuprême ;
Mais la foi me lançant fon terrible anathême ,
Me rendit un objet d'horreur ;
De prefque tous les coeurs , malgré fa juſte haine ,
Je fuis encor la fouveraine.
De mes fix pieds , Lecteur , l'arrangement divers
T'offre un métal , un mortel reſpectable ,
L'inftrument qu'en fa main porte le Dieu des Vers,
De l'equité l'oracle redoutable ,
JUIN. 91 .
1753 .
Un terrein environné d'eau ;
>
D'un ordre un peu fufpect la fombre bafilique ,
Une espece de grain , un oifeau domeſtique
Ce qui reste au fond du tonneau ,
L'organe délicat fans lequel la lumière
Nous affecteroit vainement ,
L'embarras d'un acteur , un Saint , une riviere :
Ce detail te fuffit , Lecteur , affurément.
Quoique chimérique & frivole ,
Des héros & des beaux efprits
Je fuis l'impérieufe idole :
Ces exploits éclatans , ces fublimes écrits ,
Confacrés avec fafte au temple de Mémoire ,
Me doivent la plupart , & leur être & leur prix ,
Ainfi que ces grands noms qui brillent dans l'Hif
toire.
La paffion pour moi , dans des fiécles d'erreur
Paffa pour la vertu fuprême ;
Mais la foi me lançant fon terrible anathême ,
Me rendit un objet d'horreur ;
De prefque tous les coeurs , malgré fa juſte haine ,
Je fuis encor la fouveraine.
De mes fix pieds , Lecteur , l'arrangement divers
T'offre un métal , un mortel reſpectable ,
L'inftrument qu'en fa main porte le Dieu des Vers,
De l'equité l'oracle redoutable ,
JUIN. 91 .
1753 .
Un terrein environné d'eau ;
>
D'un ordre un peu fufpect la fombre bafilique ,
Une espece de grain , un oifeau domeſtique
Ce qui reste au fond du tonneau ,
L'organe délicat fans lequel la lumière
Nous affecteroit vainement ,
L'embarras d'un acteur , un Saint , une riviere :
Ce detail te fuffit , Lecteur , affurément.
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6805
p. 163-171
CONCERTS SPIRITUELS.
Début :
Le Concert a attiré plus de monde dans la quinzaine de Pâques, qu'il ne [...]
Mots clefs :
Motet à grand choeur, Concert, Chanter, Motet, Musique, Jouer, M. Mondoville, Symphonie, Morceaux, Concerto, Petit motet, Chapelle, Salve Regina, Jean-Jacques Rousseau, M. Carminati
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERTS SPIRITUELS.
CONCERTS SPIRITUELS.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
L
E Concert a attiré plus de monde
dans la quinzaine de Pâque , qu'il ne
l'avoit fait les années précédentes. On va
voir par le détail des différens morceaux
qui y ont été exécutés , que ce fuccès étoit
dû aux foins & au goût des Directeurs.
Nous ne ferons qu'indiquer ce qui eft
164 MERCURE DE FRANCE
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion, commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouvea
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Al
banefe , de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signot
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft,
Motet à grand choeur , de M. Mondon
ville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
Deprofundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor- de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens. Le premier , del SiJUIN.
1753. 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani . Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens. M. Gaviniés joua feul & bien,
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard. On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée . Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M, Mondonville.
&
?
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum. Il ne pa164
MERCURE DE FRANCE
P
connu ; nous nous arrêterons un peu plus
fur les nouveautés.
Le Concert du Dimache huit , jour de
la Paffion , commença par une Symphonie;
enfuite Deus , venerunt gentes , nouveau
Motet de M. Fanton , qui fut affez mal
exécuté. Une fymphonie de M.Guillemain,
Ordinaire de la Mufique du Roi . M. Albanefe
, de la Mufique de la Chapelle du
Roi , chanta très agréablement deux morceaux
Italiens bien choisis , le 1 del Signor
Caputy , le 2º de M. Haffe . M. Carminati,
Venitien , établi à Lyon , joua un Concerró
de violon , & a joué plufieurs fois
depuis. Les Connoiffeurs l'ont fort goûté ,
& le Public a trouvé fon jeu fort précis &
fort fage. Le Concert finit par Bonum eft ,
Motet à grand choeur , de M. Mondonville.
Le Concert du Vendredi de la Paffion ,
13 Avril , commença par la premiere ouverture
des fymphonies de M. Martin ; enfuite
De profundis , Motet à grand choeur
de M. Mion , qui ne réuffit point : une
fymphonie à cor-de- chaffe. M. Gelin chanta
Inclina Domine ,' petit motet de M. Martin.
M. Carminati joua un Concerto de
violon . M. Albanefe chanta avec beaucoup
de goût & de naturel , deux beaux
morceaux Italiens . Le premier , del Si
JUIN. 1753 . 165
gnor Pergolefi , le deuxième , del Signor
Romani. Le Concert finit par Magnus Dominus
, motet à grand choeur de M. Mondonville,
Le Concert du Dimanche des Rameaux,
quinze Avril , commença par une Symphonie
; enfuite Cantate Domino , canticum
novum , motet à grand choeur de M. Martin.
M. Albanele chanta deux morceaux
Italiens . M. Gaviniés joua feul & bien.
M. Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , qui fit les délices de tour
Paris l'an dernier , chanta une Ariette fort
agréable de M. l'Abbé Blanchard . On
trouva que fon goût n'avoit pas diminué
que fa voix s'étoit fortifiée. Le Concert
finit parDe profundis , motet à grand choeur
de M. Mondonville ,
&
Le Lundi feize , le Concert commença
par une fymphonie. On donna enfuite
pour la premiere fois , le Stabat mater ,
del Signor Pergolefi , motet fi célebre dans
toute l'Europe , & qui depuis qu'on l'avoit
annoncé , fixoit l'attention de tout
Paris . Cet Ouvrage fur mieux reçu des
Connoiffeurs que de la multitude. Les
morceaux qui ont le plus réuffi font le
Prélude admirable , par lequel ouvre le
motet , le Stabat Mater en Duo , & le
Récit Vidit fuum dulcem natum . Il ne pa166
MERCURE DE FRANCE.
que
roît pas poffible de pouffer plus loin l'expreffion
de la douleur & de la tendreſſe ,
le Muficien l'a fait dans ces morceaux.
Mais ce qui eft peut- être plus admirable encore
, parce que cela étoit plus difficile ,
c'eft l'art qu'il a eu de varier le mouvement
dans les différens morceaux de fon motet
fans varier l'expreffion . Par exemple dans
le fecond morceau Cujus animam gementem
, qui eft fur un mouvement afſez vif,
le Muficien a fçû mettre une expreffion de
douleur , que les Connoiffeurs y ont bien
fentie , & qui n'a peut- être pas été rendu
par l'exécution auffi parfaitement qu'elle
pouvoit l'être. On auroit défiré aufli qu'à
la place de la fugue Fac ut erdeat cor
meum , qui a fait peu d'effet au Concert
on eût fubftitué le duo Quis eft homo ,
non fleret , qui n'eft pas inférieur aux plus
beaux morceaux du Motet. Quoiqu'il en
foit de ces obfervations , le fuccès du Sta- ·
bat a été affez grand pour qu'on l'ait don
né cinq jours de fuite , & pour qu'il air
été redemandé une fixième fois. Ce Moter
a été exécuté par Mrs Dota & Albaneſe
Italiens , de la Mufique du Roi.
1
qui
Le Concert du Mardi commença par
une fymphonie à cors- de- chaffe , enfuite
le Stabat. Mlle Davaux débuta dans Magna
eft gloria ejus , morceau tiré du moter
JUIN. 1.753. 167
Domine in virtute tuâ , de M. de Lalande.
Mlle Dayaux eft un fujet de la plus grande
& de la plus rare efpérance : la voix eft
nette , franche , naturelle , fenfible & fonore.
On ne doit pas craindre que ce ta
lent fe gâte comme nous en avons vû ſe
gâter tant d'autres : les arrangemens qui
ont été pris pour la perfectionner font trèsfages
, & formeront , felon toutes les apparences
, pour l'Opéra un fujet dont ila
très- grand befoin . Après que M. Carminati
eut joué un Concerto , Mlle Fel
chanta , comme elle feule fçait chanter ,
Salve Regina , petit motet de M. Rouffeau,
Auteur du Devin du Village , & du Diſcours
de Dijon. On a trouvé dans ce Motet
beaucoup de chant & d'expreflion , &
les Connoiffeurs défirent que M. Rouffeau
continue à enrichir la Littérature & la
Mufique Françoife & Latine par fes Ouvrages.
Mercredi le Concert commença par
une Symphonie, M. Dota & M. Albanefe
chanterent Stabat Mater , del Signor Pergolef
; enfuite Diligam te , motet à grandchoeur
de M. Gilles , dans lequel Mlle
Bouroux chanta Beata gens , morceau ajoûté
de M. de Lalande . M. Gaviniès joua
feul. Le Concert finit par De profundis
no tet à grand choeur de M, Mondonville.
168 MERCURE DE FRANCE.
Jeudi le Concert commença par une
fymphonie , dans laquelle M. Peria & M.
Grillet donnerent du cors. M. Dota & M.
Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de la
Chapelle du Roi , chanterent Stabat Ma
ter , del Signor Pergolefi. Mlle Davau
chanta Magna eft gloria ejus , morceau tiré
d'un moter de M. de Lalande , Domine in
virtute tua, M. Carminati joua un Concerto.
Mile Fel chanta Salve Regina , petit
moter nouveau de M. Rouffeau . Le Ĉoncert
finit par Diligam te , motet à grand
choeur de M. Madin,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie ; enfuite le Stabat Mater,
del Signor Pergolefi , chanté par M, Dota
& Albaneſe , Ordinaires de la Mufique de
la Chapelle du Roi, Mlle Duperey & M,
Gelin chanterent Cantemus Domino , petit
motet de M, Mouret. M. Gaviniés joua
feul . Mile Davaux chanta Magna eft gloria
ejus , morceau tiré d'un motet de M. de
Lalande , Domine in virtute tuâ, Le Concert
finit par De profundis , motet à grand
choeur de M. Mondonville ,
Samedi le Concert commença par une
fymphonie à tymballes & trompettes de
M. Pleffi cadet , de l'Académie Royale de
Mufique : enfuite Cantate , motet à grand
choeur , à timballes & trompettes , de M,
Davelne ,
JUI N. 1753. 169
Daveſne , de l'Académie Royale de Mufique.
Mlle Duperey chanta fort bien Regina
Cali , petit moret de M. Mouret . Mlle Fel
& M. Gaviniés exécuterent un concerto
accompagné de voix , de la compofition de
M. Mondonville. Le Concert finit par Co-
Li enarrant , motet à grand choeur du même
Auteur.
:
Dimanche , jour de Pâques , le Concert
commença par une fymphonie de M. Geminiani
enfuite Domine in virtute tuâ ,
motet à deux choeurs de M. Cordelet . M.
Albanefe chanta un air Italien . M.Taillard
joua fort agréablement un concerto de flûte.
Mlle Duperey & M. Richer , Page de la
Mufique de la Chapelle du Roi , chante .
rent Confitemini Domino , petit motet de
M. Cordeler. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Laudate pueri Dominum , petit
moret de M. Fiocio . Le Concert finit par
Venite exultemus , motet à grand choeur de
M. Mondonville.
' Lundi de Pâques , le Concert commença
par une fymphonie , enfuite Deus venerunt
gentes , motet à grand choeur de M.
Fanton . M. Richer , Page de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanta une ariette
nouvelle de M. l'Abbé Blanchard. M.
Piffet le fils , joua un concerto de violon .
M. Albaneſe chanta une ariette Italienne.
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE:
M. Carminati joua un concerto . Le Con
cert finit par Bonum eft , motet à grand
choeur de M. Mondonville .
Mardi , le Concert commença par une
fymphonie nouvelle à cors- de - chaſſe , de
M. ***. Enfuite Jubilate Deo , motet nouveau
à grand choeur de M. Martin . M.
Moria joua un concerto de violon . M. Richer
, Page de la Mufique du Roi , chanta
une ariette nouvelle & bien faite de M.
l'Abbé Blanchard . M. Carminati joua un
concerto. Mlle Davaux chanta Magna eft
gloria ejus , récit tiré d'un motet de M. Lalande
, Domine in virtute tuâ. Le Concert
finit par Nifi Dominus , motet à grand choeur
de M. Mondonville,
Vendredi , le Concert commença par
une fymphonie à cors- de - chaffe . M. Dota
& M. Albanefe , Ordinaires de la Mufique
de la Chapelle du Roi , chanterent
Stabat Mater , del Signor Pergolefi . Mlle
Dubut chanta Jubilate Deo , petit motet.
Mlle Fel & M. Gaviniés exécuterent un
concerto accompagné de voix , de la compofition
de M. Mondonville . Mlle Davaux
chanta Venite exultemus , petit motet
de M. Mouret. Le Concert finit par Dominus
regnavit , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
Dimanche , jour de Quafimodo , le`
JUIN. 1753. 171
Concert commença par la premiere Sonate
des Piéccs de Clavecin de M. Mondonville
, enfuite Cali enarrant , motet à grand
choeur du même Auteur . M. Gelin chanta
Cantemus Domino, petit motet. M. Albanefe
chanta un air Italien . M. Taillard joua
un concerto de flûte . Mlle Duperey & M.
Richer , Page de la Mufique de la Chapelle
du Roi , chanterent Confitemini Domino ,
petit motet de M. Cordelet. Mlle Davaux.
chanta Venite exultemus , petit motet de
M. Mouret. M. Gaviniés joua feul . Mlle
Fel chanta Salve Regina , petit motet de
M. Rouffeau. Le Concert finit par Venite
exultemus , motet à grand choeur de M.
Mondonville.
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Résumé : CONCERTS SPIRITUELS.
Durant la quinzaine de Pâques, les concerts spirituels ont attiré un public nombreux grâce à la qualité des œuvres et aux choix des directeurs. Plusieurs concerts mémorables ont été organisés. Le dimanche de la Passion, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Deus, venerunt gentes' de M. Fanton, mal exécuté. M. Albanese a chanté des morceaux italiens, et M. Carminati a joué un concerto de violon apprécié. Le concert s'est terminé par 'Bonum est' de M. Mondonville. Le vendredi de la Passion, le concert a débuté avec une ouverture de M. Martin et le motet 'De profundis' de M. Mion, qui n'a pas réussi. M. Carminati et M. Albanese ont interprété des morceaux italiens, et le concert s'est conclu par 'Magnus Dominus' de M. Mondonville. Le dimanche des Rameaux, le concert a commencé par une symphonie et le motet 'Cantate Domino' de M. Martin. M. Richer a chanté une ariette de l'Abbé Blanchard, et le concert s'est terminé par 'De profundis' de M. Mondonville. Le lundi suivant, le 'Stabat mater' de Pergolèse a été présenté pour la première fois, apprécié notamment pour son prélude et le 'Stabat Mater en Duo'. Du 1 au 17 juin 1753, plusieurs concerts ont été organisés, souvent commençant par des symphonies. Le 'Stabat Mater' de Pergolèse a été interprété par MM. Dotta et Albanese. Mlle Davaux a débuté avec 'Magna est gloria ejus' du motet 'Domine in virtute tua' de Lalande, et a été saluée pour sa voix. Mlle Fel a chanté 'Salve Regina' de Rousseau. Les concerts ont inclus des œuvres de divers compositeurs tels que Gilles, Madin, Mondonville, Mouret, et Davelne. Des solistes comme M. Carminati, M. Gaviniés, et M. Taillard ont joué des concertos. Le programme variait chaque jour, incluant des motets, des cantates, et des airs italiens. Le succès du 'Stabat' a été notable, avec des représentations supplémentaires demandées.
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6806
p. 107-108
ENIGME.
Début :
Je suis un genre, & je renferme [...]
Mots clefs :
Voiture
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis un genre , & je renferme
Efpéces à foifon , dont chacune a fon terme ;
Parcourons- les de l'un à l'autre bout.
Souvent la moitié de moi-même ,
Sert avec un effort extrême
A faire ufage de mon tout ;
Protée au tems jadis ne prit point tant de formes
Que j'en prens , en France furtout :
Quelquefois , comme Atlas , portant des poids.
énormes ,
Je me livre fans choix & fans acception ,
Ainfi que pourroient faire Alix & Janneton :
D'autres fois plus leger , plus vif qu'un papillon,.
Et plus jaloux qu'un vieux barbon .
J'efface par l'éclat des couleurs les plus vives ,
La mefsagere de Junon ;
Et j'emporte avec moi des figures oifives ,
Ridicules, fans goût , même fans paffion ,
Qui n'ont rien de réel que la prétention .
La Ville d'un grand Roi me donne auffi fon nom;.
Sans crainte du qu'en dira- t'on ,
Sans en avoir moins bon renom ,
Je favorife un tête à tête.
Jafsemble tout le peuple à cestain jour de fête ;.
Qui fait en mevoyant mainte exclamation ; .
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Enfin comme il n'eft rien de ftable
Réduite à d'infâmes valets ,
On me fuit , & pour prix de mes fages bienfaits ,
Je fais plus d'horreur qu'une étable .
E fuis un genre , & je renferme
Efpéces à foifon , dont chacune a fon terme ;
Parcourons- les de l'un à l'autre bout.
Souvent la moitié de moi-même ,
Sert avec un effort extrême
A faire ufage de mon tout ;
Protée au tems jadis ne prit point tant de formes
Que j'en prens , en France furtout :
Quelquefois , comme Atlas , portant des poids.
énormes ,
Je me livre fans choix & fans acception ,
Ainfi que pourroient faire Alix & Janneton :
D'autres fois plus leger , plus vif qu'un papillon,.
Et plus jaloux qu'un vieux barbon .
J'efface par l'éclat des couleurs les plus vives ,
La mefsagere de Junon ;
Et j'emporte avec moi des figures oifives ,
Ridicules, fans goût , même fans paffion ,
Qui n'ont rien de réel que la prétention .
La Ville d'un grand Roi me donne auffi fon nom;.
Sans crainte du qu'en dira- t'on ,
Sans en avoir moins bon renom ,
Je favorife un tête à tête.
Jafsemble tout le peuple à cestain jour de fête ;.
Qui fait en mevoyant mainte exclamation ; .
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
Enfin comme il n'eft rien de ftable
Réduite à d'infâmes valets ,
On me fuit , & pour prix de mes fages bienfaits ,
Je fais plus d'horreur qu'une étable .
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6807
p. 108
AUTRE.
Début :
Je suis un ambigu de la nature humaine, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AVTR E.
E fuis un ambigu de la nature humaine ,
Je présenté aux mortels un vifage odieux ,
Le Soleil cependant n'eft pas plus radieux ;
Je traverſe la mer , je ravage la plaine ,
L'Amour ne peut fans moi triompher des humains,
Du redoutable Mars j'embellis les deftins ,
Et fous fes étendarts j'enchaîne la Victoire ,
Mais fix mois de l'année enfermé dans un trou ,
Je ne fréquente alors que le trifte hibou ,
Et je laisse oublier mes travaux & ma gloire.
Par une fociété de gens de Lettres.
E fuis un ambigu de la nature humaine ,
Je présenté aux mortels un vifage odieux ,
Le Soleil cependant n'eft pas plus radieux ;
Je traverſe la mer , je ravage la plaine ,
L'Amour ne peut fans moi triompher des humains,
Du redoutable Mars j'embellis les deftins ,
Et fous fes étendarts j'enchaîne la Victoire ,
Mais fix mois de l'année enfermé dans un trou ,
Je ne fréquente alors que le trifte hibou ,
Et je laisse oublier mes travaux & ma gloire.
Par une fociété de gens de Lettres.
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6808
p. 108-111
LOGOGRIPHE.
Début :
Compagne sage de la Science, [...]
Mots clefs :
Démonstration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRIPHE.
LOGO GRIP H E.
Compagne fage de la Science
La vérité me fuit toujours :
Et l'on ne trouve l'évidence
Fort fauvent que par mon fecours.
Treize pieds forment ma ftructure ;
Combine- les , & je te jure
Que tu trouveras, cher Lecteur ,
Ce fage & prudent Gouverneur ,
JUIN. 1753. 102
Qui conduifit par fon adrefle ,
Ce fils d'Uliffe à la ſageffe ,
Ce qui de tous braves foldats ,
Sans ceffe accompagne les pas.
Cette fameufe Magicienne ,
Qui retint quelque tems , par fes charmes trom
peurs ,
De la Religion Chrétienne
Un des plus vaillans défenfeurs.
Le terrible Dieu de la
guerre
Le plus cruel des Empereurs ,
La Reine de toutes les fleurs ;
Ce
que
le Héros ne craint guere ;
Celui des juges de l'Enfer ;
Qui tient en main l'urne fatale ,
De l'univers entier , jalis la Capitale.
Les mortels qui dans l'univers ,
De Dieu font la vivante image ;
Le plus fage des Grecs , ce célébre impofteur ,
Qui des murs d'Ilion caufa l'affreux ravage.
L'ouvrage du Dieu Créateur ,
Ce qui défefpera plus d'un fameux Poëte.
La robe ordinaire du bal ;
De tous Prélats Chrétiens l'ornement principal ;
Deux mois de l'année , un Prophéte
Enféveli pendant trois jours
Dans le ventre d'une baleine.
Celle des doctes Soeurs qui chante les amours
Un atbre , un élément deux jours de la femaine ;
FIO MERCURE DE FRANCE.
Ce qui jamais n'habite aux petites maifons ;
Un fameux Magicien , trois notes de mufique ;
L'épithete qu'un faryrique ,
Prouve par de bonnes raifons ,
Etre le lot de tous les hommes..
Ce qui nous garantit des injures de l'air ;
Ce qui n'eft jamais où nous fonimes ;.
Un oiſeau qui paffe la mer;
Une partie de l'année ;.
Deux portions de la journée ;
La plus trifte couleur ; le plus riche métal;
Les defcendans d'Enée ; un ftupide animal ;
D'un chien l'ordinaire défenſe ;
Trois Apôtres ; un Roi de France.
Le pénible outil des forçats ,
Certain livre qui plaît bien plus que livre d'heure § .
Ce mont fameux par ſes dégâts ,
Que l'on dit être la demeure
D'un des géans audacieux ,
Que foudroya le Roi des Cieux.
Un des fynonimes de diable ;
Ge que tu perds en me lifant ;
Une Ville infâme , execrable ,
Sur laquelle le Tout- Puiflant
Lança les feux de ſon tonnerre.
Un tréfor ,fans lequel on ne peut être heureux .
Une partie de la terre..
Ce qui dans le défert fut le pain des Hébreux- ;
Ce grand Joueur de luth , célébre dans l'Hiftoires ,
J U 1 N. 1753 114
Qu'un Dauphin garantit de la fureur des eaux ,
Ce qui fit tant d'honneur aufameux Defpréaux
Une Ville au bord de la Loire ;
La Déefse de tous Chasseurs ,
Ce dont fe fert l'Amourpour blefser tous les coeurs
Ce fortuné mortel qui gagna la tendresse
De la plus aimable Déesse
La montagne facrée , où Dieu dicta la loi ;
Surnom refpectueux , que nous donnons au Roi
Mais enfin finifsons,, fans tarder davantage ,
Je te déplais par ma longueur ,
Scache pourtant , ami Lecteur ,
Que de mes attributs je fupprime une page.
Compagne fage de la Science
La vérité me fuit toujours :
Et l'on ne trouve l'évidence
Fort fauvent que par mon fecours.
Treize pieds forment ma ftructure ;
Combine- les , & je te jure
Que tu trouveras, cher Lecteur ,
Ce fage & prudent Gouverneur ,
JUIN. 1753. 102
Qui conduifit par fon adrefle ,
Ce fils d'Uliffe à la ſageffe ,
Ce qui de tous braves foldats ,
Sans ceffe accompagne les pas.
Cette fameufe Magicienne ,
Qui retint quelque tems , par fes charmes trom
peurs ,
De la Religion Chrétienne
Un des plus vaillans défenfeurs.
Le terrible Dieu de la
guerre
Le plus cruel des Empereurs ,
La Reine de toutes les fleurs ;
Ce
que
le Héros ne craint guere ;
Celui des juges de l'Enfer ;
Qui tient en main l'urne fatale ,
De l'univers entier , jalis la Capitale.
Les mortels qui dans l'univers ,
De Dieu font la vivante image ;
Le plus fage des Grecs , ce célébre impofteur ,
Qui des murs d'Ilion caufa l'affreux ravage.
L'ouvrage du Dieu Créateur ,
Ce qui défefpera plus d'un fameux Poëte.
La robe ordinaire du bal ;
De tous Prélats Chrétiens l'ornement principal ;
Deux mois de l'année , un Prophéte
Enféveli pendant trois jours
Dans le ventre d'une baleine.
Celle des doctes Soeurs qui chante les amours
Un atbre , un élément deux jours de la femaine ;
FIO MERCURE DE FRANCE.
Ce qui jamais n'habite aux petites maifons ;
Un fameux Magicien , trois notes de mufique ;
L'épithete qu'un faryrique ,
Prouve par de bonnes raifons ,
Etre le lot de tous les hommes..
Ce qui nous garantit des injures de l'air ;
Ce qui n'eft jamais où nous fonimes ;.
Un oiſeau qui paffe la mer;
Une partie de l'année ;.
Deux portions de la journée ;
La plus trifte couleur ; le plus riche métal;
Les defcendans d'Enée ; un ftupide animal ;
D'un chien l'ordinaire défenſe ;
Trois Apôtres ; un Roi de France.
Le pénible outil des forçats ,
Certain livre qui plaît bien plus que livre d'heure § .
Ce mont fameux par ſes dégâts ,
Que l'on dit être la demeure
D'un des géans audacieux ,
Que foudroya le Roi des Cieux.
Un des fynonimes de diable ;
Ge que tu perds en me lifant ;
Une Ville infâme , execrable ,
Sur laquelle le Tout- Puiflant
Lança les feux de ſon tonnerre.
Un tréfor ,fans lequel on ne peut être heureux .
Une partie de la terre..
Ce qui dans le défert fut le pain des Hébreux- ;
Ce grand Joueur de luth , célébre dans l'Hiftoires ,
J U 1 N. 1753 114
Qu'un Dauphin garantit de la fureur des eaux ,
Ce qui fit tant d'honneur aufameux Defpréaux
Une Ville au bord de la Loire ;
La Déefse de tous Chasseurs ,
Ce dont fe fert l'Amourpour blefser tous les coeurs
Ce fortuné mortel qui gagna la tendresse
De la plus aimable Déesse
La montagne facrée , où Dieu dicta la loi ;
Surnom refpectueux , que nous donnons au Roi
Mais enfin finifsons,, fans tarder davantage ,
Je te déplais par ma longueur ,
Scache pourtant , ami Lecteur ,
Que de mes attributs je fupprime une page.
Fermer
6809
p. 5-11
LETTRE De J. J. Rousseau de Geneve, à M. l'Abbé Raynal.
Début :
Je crois, Monsieur, que vous verrez avec plaisir l'extrait ci-joint d'une lettre [...]
Mots clefs :
Cuivre, Métal, Étamage, Guillaume-François Rouelle, Batterie, Public, Usage, Vaisseaux, Extrait, Cuisine, Chimistes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De J. J. Rousseau de Geneve, à M. l'Abbé Raynal.
LETTRE
De J. J. Rouffeau de Geneve , à M. l'Abbé
Raynal.
JE
E crois , Monfieur , que vous verrez
avec plaifir l'extrait ci- joint d'une lettre
de Stockolm , que la perfonne à qui
elle eft adreffée me charge de vous prier
d'inferer dans le Mercure. L'objet en eft
de la derniere importance pour la vie des
hommes ; & plus la négligence du public
eft exceffive à cet égard , plus les citoyens
éclairés doivent redoubler de zéle & d'activité
pour la vaincre.
Tous les Chymiftes de l'Europe nous
avertiffent depuis long - tems des mortelles
qualités du cuivre , & des dangers aufquels
on s'expofe en faifant ufage de ce pernicieux
métal dans les batteries de cuifine .
M. Rouelle , de l'Académie des Sciences ,
eft celui de tous qui en a démontré le plus
fenfiblement les funeftes effers , & qui s'en
eft plaint avec le plus de véhémence . M.
Thierri , Docteur en Médecine , a réuni
dans une fçavante Thefe qu'il foutint en
1749 fous la préfidence de M. Falconet
une multitude de preuves capables d'ef-
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
frayer tout homme raifonnable qui fair
quelque cas de fa vie & de celle de fes
concitoyens. Ces Phyficiens ont fait voir
que le verd de gris où le cuivre diffous
eft un poifon violent , dont l'effet eſt toujours
accompagné de fymptômes affreux ;
que la vapeur même de ce métal eft dangereufe
, puifque les Ouvriers qui le travaillent
, font fujets à diverfes maladies
mortelles ou habituelles ; que toutes les
menftrues , les graiffes , les fels , & l'eau
même , diffolvent le cuivre , & en font du
verd- de gris ; que l'étamage le plus exact
ne fait que diminuer cette diffolution
que l'étaim qu'on emploie dans cet étamage
n'eft pas lui- même exemt de danger,
malgré l'ufage indifcret qu'on a fait jufqu'à
préfent de ce métal , & que ce danger
eft plus grand ou moindre , felon les diffé
rens étaims qu'on emploie , en raifon de
l'arfenic qui entre dans leur compofition ,
ou du plomb qui entre dans leur alliage
( a ) ; que même en fuppofant à l'étamage
une précaution fuffifante , c'eft une im-
( a ) Que le plomb diffous foit un poifon , les
accidens funeftes que caufent tous les jours les
vins falfifiés avec de la litharge , ne le prouvent
que trop Ainfi pour employer ce métal avec ſu →
reté , il eft important de bien connoître quels font
fes diflolvans qui l'attaquent.
JUILLET. 1753 . T
prudence inpardonnable de faire dépendre
la vie & la fanté des hommes d'une
lame d'étaim très- déliée , qui s'ufe trèspromptement
( a ) , & de l'exactitude des
Domestiques & des Cuifiniers , qui rejertent
d'ordinaire les vaiffeaux récemment
étamés , à cauſe du mauvais goût que donnent
les matieres employées à l'étamage :
ils ont fait voir combien d'accidens affreux
produits par le cuivre , font attribués
tous les jours à des caufes toutes différentes
; ils ont prouvé qu'une multitude
de gens périffent , & qu'un plus grand
nombre encore font attaqués de mille
différentes maladies , par l'ufage de ce métal
dans nos cuiſines & dans nos fontaines,
fans fe douter eux mêmes de la véritable.
caufe de leurs maux . Cependant quoique
la manufacture d'uftenfiles de fer battu &
étamé , qui, eft établie au fauxbourg Saint
Antoine , offre des moyens faciles de fub-
( a ) Il eft aifé de démontrer que de quelque
maniere qu'on s'y prenne , on ne fçauroit dans
les ufages des vaiffeaux de cuifine , s'aflurer pour
un feul jour de l'étamage le plus folide. Car
comme l'étain entre en fufion à un degré de feu
fort inférieur à celui de la graiffe bouillante ,
tes les fois qu'un Cuifinier fait rouffir du beure ,
I ne lui eft pas poffible de garantir de la fufion
quelque partie de l'étamage , ni par conséquent
le ragoût , du contact du cuivre.
tou-
A iiij
S MERCURE DE FRANCE.
ftituer dans les cuifines une batterie moins
difpendieufe , auffi commode que celle de
cuivre , & parfaitement faine , au moins
quant au métal principal , l'indolence ordinaire
aux hommes fur les chofes qui leur
font véritablement utiles , & les petites
maximes que la pareffe invente fur les
ufages établis , fur tout quand ils font mau.
vais , n'ont encore laiffé faire que peu de
progrès aux fages avis des Chymiftes , &
n'ont profcrit le cuivre que de peu de cuifines.
La répugnance des Cuifiniers à employer
d'autres vaiffeaux que ceux qu'ils
connoiffent , eft un obftacle dont on ne
fent toute la force que quand on connoit
la pareffe & la gourmandife des Maîtres.
Chacun fçait que la fociété abonde en gens :
qui préferent l'indolence au repos , & le
plaifir au bonheur ; mais on a bien de la
peine à concevoir qu'il y en ait qui aiment
mieux s'expofer à périr , eux & toute leur
famille , dans des tourmens affreux , qu'à
manger un ragoût brûlé .
Il faut raifonner avec les fages , mais
jamais avec le public. Il y a long- tems
qu'on a comparé la multitude à un troupeau
de moutons ; il lui faut des exemples
au lieu de raifons , car chacun craint beaucoup
plus d'être ridicule que d'être four
ou méchant. D'ailleurs dans toutes les
JUILLE T. 1753. 9
chofes qui concernent l'intérêt commun
prefque tous jugeant d'après leurs propres
maximes , s'attachent moins à examiner la
force des preuves qu'à pénétrer les motifs
fecrets de celui qui les propofe : par
exemple , beaucoup d'honnêtes lecteurs
foupçonneroient volontiers qu'avec de
l'argent le Chef de la fabrique de fer battu
ou l'Auteur des fontaines domestiques
excitent mon zéle en cette occafion ; défance
aflez naturelle dans un fiécle de
charlatannerie , où les plus grands fripons
ont toujours l'intérêt public à la bouche .
L'exemple eft en ceci plus perfuafif que le
raifonnement , parce que la même défiance
ayant vraisemblablement dû naître auf
dans l'efprit des autres , on eft porté .
croire que ceux qu'elle n'a point empêchés
d'adopter ce que l'on propofe , ont trouvé
pour cela des raifons décifives. Ainfi au
lieu de m'arrêter à montrer combien il eft
abfurde , même dans le doute , de laiffer
dans fa cuifine des uftenfiles fufpects de
poiſon , il vaut mieux dire que M. Duverney
vient d'ordonner une batterie de
fer pour l'Ecole militaire ; que M. le Prince
de Conti a banni tout le cuivre de la
fienne ; que M. le Duc de Duras , Ambaffa
deur en Espagne , en a fait autant , &
fon Cuisinier qu'il confulta là -deffus , lus
』་ .
que
MERCURE DE FRANCE.
dit nettement que tous ceux de fon métier
qui ne s'accommodoient pas de la batterie
de fer tout auffi bien que de celle de cuivre
, étoient des ignorans ou des gens de
mauvaiſe volonté. Plufieurs particuliers
ont fuivi cet exemple , que les perfonnes
éclairées qui m'ont remis l'extrait ci - joint ,
ont donné depuis long- tems , fans que leur
table fe fente le moins du monde de ce
changement que par la confiance , avec laquelle
on peut manger d'excellens ragoûts
très bien préparés dans des vaiffeaux de
fer.
Mais que peut- on mettre fous les yeux
du public de plus frappant que cet extrait
même ? S'il y avoit au monde une Nation
qui dût s'oppofer à l'expulfion du cuivre ,
c'eft certainement la Suéde , dont les mines
de ce métal font la principale richeffe , &
dont les Peuples en général idolâtrent leurs.
anciens ufages. C'eft pourtant ce Royaume
fi riche en cuivre , qui donne l'exemple
aux autres , d'ôter à ce métal , tous les em
plois qui le rendent dangereux & qui intéreffent
la vie des citoyens ; ce font ces
Peuples fi attachés à leurs vieilles pratiques
, qui renoncent fans peine à une multitude
de commodités qu'ils retireroient
de leurs mines , dès que la raifon & l'au
torité des fages leur montrent le rif ques
JUILLET. 17530 II
que l'ufage indifcret de ce métal leur fait
courir. Je voudrois pouvoir efpérer qu'un
fi falutaire exemple fera fuivi dans le refte
de l'Europe , où l'on ne doit pas avoir la
même répugnance à profcrire , au moins
dans les cuifines , un métal qu'on tire de
dehors. Je voudrois que les avertiffemens.
publics des Philofophes & des Gens de
lettres réveillaffent les Peuples fur les dangers
de toute efpéce aufquels leur impru
dence les expole , & rappellaffent plus
fouvent à tous les Souverains que le foin
de la confervation des hommes n'eft pas
feulement leur premier devoir , mais auffi
leur plus grand intérêt .
Je fuis , Monfieur , &c.
De J. J. Rouffeau de Geneve , à M. l'Abbé
Raynal.
JE
E crois , Monfieur , que vous verrez
avec plaifir l'extrait ci- joint d'une lettre
de Stockolm , que la perfonne à qui
elle eft adreffée me charge de vous prier
d'inferer dans le Mercure. L'objet en eft
de la derniere importance pour la vie des
hommes ; & plus la négligence du public
eft exceffive à cet égard , plus les citoyens
éclairés doivent redoubler de zéle & d'activité
pour la vaincre.
Tous les Chymiftes de l'Europe nous
avertiffent depuis long - tems des mortelles
qualités du cuivre , & des dangers aufquels
on s'expofe en faifant ufage de ce pernicieux
métal dans les batteries de cuifine .
M. Rouelle , de l'Académie des Sciences ,
eft celui de tous qui en a démontré le plus
fenfiblement les funeftes effers , & qui s'en
eft plaint avec le plus de véhémence . M.
Thierri , Docteur en Médecine , a réuni
dans une fçavante Thefe qu'il foutint en
1749 fous la préfidence de M. Falconet
une multitude de preuves capables d'ef-
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
frayer tout homme raifonnable qui fair
quelque cas de fa vie & de celle de fes
concitoyens. Ces Phyficiens ont fait voir
que le verd de gris où le cuivre diffous
eft un poifon violent , dont l'effet eſt toujours
accompagné de fymptômes affreux ;
que la vapeur même de ce métal eft dangereufe
, puifque les Ouvriers qui le travaillent
, font fujets à diverfes maladies
mortelles ou habituelles ; que toutes les
menftrues , les graiffes , les fels , & l'eau
même , diffolvent le cuivre , & en font du
verd- de gris ; que l'étamage le plus exact
ne fait que diminuer cette diffolution
que l'étaim qu'on emploie dans cet étamage
n'eft pas lui- même exemt de danger,
malgré l'ufage indifcret qu'on a fait jufqu'à
préfent de ce métal , & que ce danger
eft plus grand ou moindre , felon les diffé
rens étaims qu'on emploie , en raifon de
l'arfenic qui entre dans leur compofition ,
ou du plomb qui entre dans leur alliage
( a ) ; que même en fuppofant à l'étamage
une précaution fuffifante , c'eft une im-
( a ) Que le plomb diffous foit un poifon , les
accidens funeftes que caufent tous les jours les
vins falfifiés avec de la litharge , ne le prouvent
que trop Ainfi pour employer ce métal avec ſu →
reté , il eft important de bien connoître quels font
fes diflolvans qui l'attaquent.
JUILLET. 1753 . T
prudence inpardonnable de faire dépendre
la vie & la fanté des hommes d'une
lame d'étaim très- déliée , qui s'ufe trèspromptement
( a ) , & de l'exactitude des
Domestiques & des Cuifiniers , qui rejertent
d'ordinaire les vaiffeaux récemment
étamés , à cauſe du mauvais goût que donnent
les matieres employées à l'étamage :
ils ont fait voir combien d'accidens affreux
produits par le cuivre , font attribués
tous les jours à des caufes toutes différentes
; ils ont prouvé qu'une multitude
de gens périffent , & qu'un plus grand
nombre encore font attaqués de mille
différentes maladies , par l'ufage de ce métal
dans nos cuiſines & dans nos fontaines,
fans fe douter eux mêmes de la véritable.
caufe de leurs maux . Cependant quoique
la manufacture d'uftenfiles de fer battu &
étamé , qui, eft établie au fauxbourg Saint
Antoine , offre des moyens faciles de fub-
( a ) Il eft aifé de démontrer que de quelque
maniere qu'on s'y prenne , on ne fçauroit dans
les ufages des vaiffeaux de cuifine , s'aflurer pour
un feul jour de l'étamage le plus folide. Car
comme l'étain entre en fufion à un degré de feu
fort inférieur à celui de la graiffe bouillante ,
tes les fois qu'un Cuifinier fait rouffir du beure ,
I ne lui eft pas poffible de garantir de la fufion
quelque partie de l'étamage , ni par conséquent
le ragoût , du contact du cuivre.
tou-
A iiij
S MERCURE DE FRANCE.
ftituer dans les cuifines une batterie moins
difpendieufe , auffi commode que celle de
cuivre , & parfaitement faine , au moins
quant au métal principal , l'indolence ordinaire
aux hommes fur les chofes qui leur
font véritablement utiles , & les petites
maximes que la pareffe invente fur les
ufages établis , fur tout quand ils font mau.
vais , n'ont encore laiffé faire que peu de
progrès aux fages avis des Chymiftes , &
n'ont profcrit le cuivre que de peu de cuifines.
La répugnance des Cuifiniers à employer
d'autres vaiffeaux que ceux qu'ils
connoiffent , eft un obftacle dont on ne
fent toute la force que quand on connoit
la pareffe & la gourmandife des Maîtres.
Chacun fçait que la fociété abonde en gens :
qui préferent l'indolence au repos , & le
plaifir au bonheur ; mais on a bien de la
peine à concevoir qu'il y en ait qui aiment
mieux s'expofer à périr , eux & toute leur
famille , dans des tourmens affreux , qu'à
manger un ragoût brûlé .
Il faut raifonner avec les fages , mais
jamais avec le public. Il y a long- tems
qu'on a comparé la multitude à un troupeau
de moutons ; il lui faut des exemples
au lieu de raifons , car chacun craint beaucoup
plus d'être ridicule que d'être four
ou méchant. D'ailleurs dans toutes les
JUILLE T. 1753. 9
chofes qui concernent l'intérêt commun
prefque tous jugeant d'après leurs propres
maximes , s'attachent moins à examiner la
force des preuves qu'à pénétrer les motifs
fecrets de celui qui les propofe : par
exemple , beaucoup d'honnêtes lecteurs
foupçonneroient volontiers qu'avec de
l'argent le Chef de la fabrique de fer battu
ou l'Auteur des fontaines domestiques
excitent mon zéle en cette occafion ; défance
aflez naturelle dans un fiécle de
charlatannerie , où les plus grands fripons
ont toujours l'intérêt public à la bouche .
L'exemple eft en ceci plus perfuafif que le
raifonnement , parce que la même défiance
ayant vraisemblablement dû naître auf
dans l'efprit des autres , on eft porté .
croire que ceux qu'elle n'a point empêchés
d'adopter ce que l'on propofe , ont trouvé
pour cela des raifons décifives. Ainfi au
lieu de m'arrêter à montrer combien il eft
abfurde , même dans le doute , de laiffer
dans fa cuifine des uftenfiles fufpects de
poiſon , il vaut mieux dire que M. Duverney
vient d'ordonner une batterie de
fer pour l'Ecole militaire ; que M. le Prince
de Conti a banni tout le cuivre de la
fienne ; que M. le Duc de Duras , Ambaffa
deur en Espagne , en a fait autant , &
fon Cuisinier qu'il confulta là -deffus , lus
』་ .
que
MERCURE DE FRANCE.
dit nettement que tous ceux de fon métier
qui ne s'accommodoient pas de la batterie
de fer tout auffi bien que de celle de cuivre
, étoient des ignorans ou des gens de
mauvaiſe volonté. Plufieurs particuliers
ont fuivi cet exemple , que les perfonnes
éclairées qui m'ont remis l'extrait ci - joint ,
ont donné depuis long- tems , fans que leur
table fe fente le moins du monde de ce
changement que par la confiance , avec laquelle
on peut manger d'excellens ragoûts
très bien préparés dans des vaiffeaux de
fer.
Mais que peut- on mettre fous les yeux
du public de plus frappant que cet extrait
même ? S'il y avoit au monde une Nation
qui dût s'oppofer à l'expulfion du cuivre ,
c'eft certainement la Suéde , dont les mines
de ce métal font la principale richeffe , &
dont les Peuples en général idolâtrent leurs.
anciens ufages. C'eft pourtant ce Royaume
fi riche en cuivre , qui donne l'exemple
aux autres , d'ôter à ce métal , tous les em
plois qui le rendent dangereux & qui intéreffent
la vie des citoyens ; ce font ces
Peuples fi attachés à leurs vieilles pratiques
, qui renoncent fans peine à une multitude
de commodités qu'ils retireroient
de leurs mines , dès que la raifon & l'au
torité des fages leur montrent le rif ques
JUILLET. 17530 II
que l'ufage indifcret de ce métal leur fait
courir. Je voudrois pouvoir efpérer qu'un
fi falutaire exemple fera fuivi dans le refte
de l'Europe , où l'on ne doit pas avoir la
même répugnance à profcrire , au moins
dans les cuifines , un métal qu'on tire de
dehors. Je voudrois que les avertiffemens.
publics des Philofophes & des Gens de
lettres réveillaffent les Peuples fur les dangers
de toute efpéce aufquels leur impru
dence les expole , & rappellaffent plus
fouvent à tous les Souverains que le foin
de la confervation des hommes n'eft pas
feulement leur premier devoir , mais auffi
leur plus grand intérêt .
Je fuis , Monfieur , &c.
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Résumé : LETTRE De J. J. Rousseau de Geneve, à M. l'Abbé Raynal.
La lettre de J. J. Rouffeau de Genève à l'Abbé Raynal met en garde contre les dangers du cuivre dans les ustensiles de cuisine. Les chimistes européens, notamment M. Rouelle et le Dr Thierri, ont identifié les propriétés toxiques du cuivre, qui peut se dissoudre et former du vert-de-gris, un poison violent. Les vapeurs de cuivre sont également nocives pour les ouvriers. L'étamage, censé protéger le cuivre, est inefficace à long terme et peut contenir de l'arsenic ou du plomb. Les accidents liés au cuivre sont souvent mal diagnostiqués, et beaucoup ignorent la véritable cause de leurs maladies. Malgré l'existence d'alternatives comme les batteries de fer battu et étamé, la résistance au changement et la paresse freinent leur adoption. Les cuisiniers préfèrent les ustensiles de cuivre familiers, et le public suit des exemples plutôt que des raisons. La méfiance rend difficile la promotion de nouvelles pratiques, même fondées sur des preuves solides. La transition vers le fer dans les cuisines est motivée par des raisons de sécurité. Des figures influentes comme M. Duverney, le Prince de Conti et le Duc de Duras ont adopté cette pratique. Le Mercure de France critique ceux qui persistent à utiliser le cuivre, les qualifiant d'ignorants ou de malveillants. De nombreux particuliers ont suivi cet exemple sans problème. La Suède, malgré ses richesses en cuivre, a abandonné son usage dans les cuisines pour des raisons de sécurité. L'auteur espère que cet exemple sera suivi en Europe et que les avertissements des philosophes sensibiliseront les peuples aux dangers de l'imprudence, rappelant aux souverains leur devoir de protéger leurs sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6810
p. 11-13
EXTRAIT d'une Lettre écrite par un Sénateur de Suéde, à une Dame de Paris. A Stockolm, le 8 Mai 1753.
Début :
Vous avez si bien rempli, Madame, la promesse que vous m'aviez faite [...]
Mots clefs :
Fer, Cuivre, Lettre, Ustensiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par un Sénateur de Suéde, à une Dame de Paris. A Stockolm, le 8 Mai 1753.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par un
Sénateur de Suéde * , à une Dame de Paris,
A Stockolm , le 8 Mai 1753-
Vou
"
Ous avez fi bien rempli , Madame
la promeffe que vous m'aviez faite
de m'envoyer la recette de l'étamage du
fer , que je ne fçai , en vérité , comment
vous en témoigner toute ma reconnoif
fance. Je vous fupplie de recevoir mes
très humbles remercimens de toutes les
M. le Baron de Scheffer , ci- devant Miniffre
Plenipotentiaire à la Cour de France.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
peines que vous avez daigné prendre pour
ce Pays , qui vous devra dans cent ans d'ici
fa confervation de plufieurs centaines de
mille habitans que l'ufage du cuivre nous
enlevoit journellement. J'ai fait traduire
& imprimer en Suédois le livre de M. Amy;
j'ai fait inférer dans nos Gazettes & dans
nos Journaux littéraires plufieurs Differtations
qui ont paru chez vous & ailleurs
fur la même matiere ; tout cela a fait un
fi grand effet ici & dans nos Provinces ,
qu'on n'eft occupé à préfent qu'à reformer
les anciennes batteries de cuifine &
autres uftenfiles de cuivre pour y en fubftituer
d'autres de fer. Cette réforme ne
fera pourtant pas d'abord auffi univerſelle
qu'il feroit à fouhaiter , il y a des têtes où
le préjugé tient plus fortement que dans
d'autres , il faudra bien leur donner le
tems de fe reconnoître . Mais ce qui en
attendant m'a paru le plus important , a
été de donner l'exemple au particulier ,
par une pareille réforme , dans tous les
établiffemens qui dépendent immédiatement
des foins & de la police du Gouvernement.
Pour cet effet le Roi a déja
fait écrire une lettre circulaire à tous les
Colonels de l'armée , pour qu'ils vendent
, fans perte de tems , les matinites ,
Les Aacans , & tous autres uftenfiles de
JUILLET. 1753. 13
cuivre qui entrent dans l'équipage des
troupes , & que te fer feul foit dorénavant
employé à tous ces ufages. Les mêmes
ordres feront donnés à la Marine ,
auffi - tôt que nos nouvelles Fabriques feront
en état de fournir à fes befoins. Vous
voyez , Madame , que je ne ppeerrddss point
de tems pour opérer ce qui eft dans l'ordre
des poffibles . J'aurai l'honneur de
vous rendre compte du refte à meſure que
J'aurai de nouveaux progrès à vous mander.
Sénateur de Suéde * , à une Dame de Paris,
A Stockolm , le 8 Mai 1753-
Vou
"
Ous avez fi bien rempli , Madame
la promeffe que vous m'aviez faite
de m'envoyer la recette de l'étamage du
fer , que je ne fçai , en vérité , comment
vous en témoigner toute ma reconnoif
fance. Je vous fupplie de recevoir mes
très humbles remercimens de toutes les
M. le Baron de Scheffer , ci- devant Miniffre
Plenipotentiaire à la Cour de France.
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
peines que vous avez daigné prendre pour
ce Pays , qui vous devra dans cent ans d'ici
fa confervation de plufieurs centaines de
mille habitans que l'ufage du cuivre nous
enlevoit journellement. J'ai fait traduire
& imprimer en Suédois le livre de M. Amy;
j'ai fait inférer dans nos Gazettes & dans
nos Journaux littéraires plufieurs Differtations
qui ont paru chez vous & ailleurs
fur la même matiere ; tout cela a fait un
fi grand effet ici & dans nos Provinces ,
qu'on n'eft occupé à préfent qu'à reformer
les anciennes batteries de cuifine &
autres uftenfiles de cuivre pour y en fubftituer
d'autres de fer. Cette réforme ne
fera pourtant pas d'abord auffi univerſelle
qu'il feroit à fouhaiter , il y a des têtes où
le préjugé tient plus fortement que dans
d'autres , il faudra bien leur donner le
tems de fe reconnoître . Mais ce qui en
attendant m'a paru le plus important , a
été de donner l'exemple au particulier ,
par une pareille réforme , dans tous les
établiffemens qui dépendent immédiatement
des foins & de la police du Gouvernement.
Pour cet effet le Roi a déja
fait écrire une lettre circulaire à tous les
Colonels de l'armée , pour qu'ils vendent
, fans perte de tems , les matinites ,
Les Aacans , & tous autres uftenfiles de
JUILLET. 1753. 13
cuivre qui entrent dans l'équipage des
troupes , & que te fer feul foit dorénavant
employé à tous ces ufages. Les mêmes
ordres feront donnés à la Marine ,
auffi - tôt que nos nouvelles Fabriques feront
en état de fournir à fes befoins. Vous
voyez , Madame , que je ne ppeerrddss point
de tems pour opérer ce qui eft dans l'ordre
des poffibles . J'aurai l'honneur de
vous rendre compte du refte à meſure que
J'aurai de nouveaux progrès à vous mander.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par un Sénateur de Suéde, à une Dame de Paris. A Stockolm, le 8 Mai 1753.
Un sénateur suédois adresse une lettre à une dame parisienne pour la remercier d'avoir partagé la recette de l'étamage du fer. Il souligne que cette recette permettra de remplacer l'usage du cuivre par celui du fer, sauvant ainsi des milliers de vies. Le sénateur a traduit et imprimé en suédois le livre de M. Amy et a publié des articles sur le sujet, ce qui a engendré un grand intérêt et des réformes en Suède. Le roi de Suède a ordonné aux colonels de l'armée de remplacer les ustensiles de cuivre par des ustensiles en fer dans l'équipement des troupes. Des instructions similaires seront bientôt données à la marine dès que les nouvelles fabriques seront opérationnelles. Le sénateur assure la dame qu'il la tiendra informée des progrès réalisés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6811
p. 58-64
LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur le grain.
Début :
J'ai lû avec attention, Monsieur, dans votre dernier Mercure, page 137, la [...]
Mots clefs :
Grain, Terres, Prix, Religieux, Magasins, Récolte, Vin, Argent, Laboureur, Cultivateurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur le grain.
LETTRE
Al Auteur du Mercure , fur le grain.
J'Ar lûavec
'Ar lû avec attention , Monfieur , dans
votre dernier Mercure , page 137 , las
Lettre d'un Religieux à M. Duhamel du
Monceau , fur les avantages que le Public
retireroit des magafins de grain que
les Ordres Religieux pourroient faire dans
leurs Maifons je ne peux qu'applaudir
aux intentions de ce Religieux , elles me..
paroiffent pures , & n'avoir pour but que
l'utilité publique le projet qu'il propofe
a été conçu & exécuté à Paris , il y a déja
plufieurs années.
Je connois tout l'avantage qui réfultera
des magafins faits librement ; j'ai vû une
fi grande abondance de grain en 1743 &
en 1744 dans les Provinces de France où
l'on eft dans l'ufage de battre la récolte au
JUILLE T. 1753 59
bout du champ * , que les laboureurs
ne
fçavoient où le loger , j'ai vû en même tems
les Meſtiveurs
auxquels on donne ordinairement
le neuvième de la récolte pour .
leur falaire , rançonner les colons , & exiger
outre ce neuvième , un fupplément
en
argent exceffif.
J'ai fuivi ces inconvéniens , & j'ai vu
qu'après les bonnes récoltes le cultivateur
fémoit moins de grain qu'à l'ordinaire &
augmentoit fon bétail : j'ai obfervé qu'il
négligeoit de remuer le grain dans les greniers
, parce que le prix des journées,
d'hommes augmente à mefure que celui
du grain baiffe ; j'ai remarqué que chaque
laboureur élevoit une plus grande quantité
de volailles & de porcs qu'à l'ordinaire
; j'ai vu les cultivateurs prodiguer le
grain à leurs boeufs & moutons pour les
engraiffer faute de confommation , ils
trouvent ce moyen de convertir leur grain
en fuif , & de les faire marcher fans voitures.
La vilité du prix du grain le leur faifoit
regarder comme une denrée qui ne
méritoit aucun foin . J'ai vu enfuite les intemperies
des faifons faire manquer la
récoke , les terres non cultivées & les
* Méthode dont je fuis en état de démontrer i
l'abus.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
champs fans fumier , par la mortalité des
beftiaux , alors les difettes fe font fait
fentir , & le peuple toujours injufte , a accufé
les Magiftrats de défaut de vigilance
fur la fortie des grains , tandis que trois
mois auparavant il les accufoit d'infléxibilité
fur ces forties. La véritable caufe du
mal ne doit pas fe chercher ailleurs que
dans la négligence du laboureur, qui n'a pas
fçû bien admniftrer le dépôt que la Provi
dence lui avoit confié . Une ſeconde raiſon
de difette , c'est qu'auffi- tôt que le grain
augmente dans les Provinces , les Colons
augmentent leurs femailles , & comme la
mauvaiſe récolte de grain eft ordinairement
accompagnée d'une difette de légumes
& herbages , la confommation du pain
augmente , parce qu'il faut que le grain
tienne lieu de tout : on en a vû un exemple
en 1751 , il n'y avoit prefque ni féves
, ni pois , ni lentilles , ni chataignes
ni glands ; les chenilles avoient rongé tous
les choux , & les herbes ne fourniffoient
qu'un lait maigre & une chair molle , Que
feroit- on devenu fans la bonté du Roi &
la fageffe du miniftere ?
Ces obfervations m'ont fait conclure
qu'il feroit très- avantageux à l'Etat
que le
commerce du grain fûr auffi libre que celui
du vin nous avons vû plufieurs an
JUILLE T. 17538 61
peu
nées abondantes en vin , & cependant
il n'a point augmenté de prix en proportion
avec le grain , les marchands fçavent
le conferver , & ils en font des magafins
, fans crainte d'être appellés monopolears
: il eft cependant certain qu'on en
manqueroit fans ces magafins : l'expérien
ce nous apprend qu'un Vigneron qui récolte
vingt barriques de vin , en vend
communément feize ; fi les Marchands
achetent , & que s'il ne fe fait pas d'enlevemens
, il ne refte pas deux barriques
à ce vigneron , au bout de deux ans ; il le
confomme infenfiblement , ou il le laiffe
gâter faute de logement ou faute de foins,
Il eft donc certain qu'il feroit très avantageux
qu'il y eût , dans les pays de grain ,
des enlevemens après les récoltes : il
ne s'agit pas ici d'exportation à l'Etranger
, mais de débaraffer le laboureur du
foin de fon grain , & d'être à portée de
le lui conferver au cas de befoin .
Si un Corps Religieux étoit chargé de
ces enlevemens , il faudroit lui interdire
la liberté d'en faire lorfque le froment excéderoit
cent livres le muid , qu'il ne pût
faire fes levées par préférence à perfonne
, que fes greniers fuffent toujours ouverts
, qu'il renouvellât fes grains en vendant
les anciens , fans pouvoir forcer le
$
62 MERCURE DE FRANCE.
Public à acheter , fous quelque prétexte
que ce fût , & qu'il ne pût augmenter le
prix du grain fans la permiffion du Magiftrat
, enforte que le plus haut prix n'excédât
pas cent cinquante livres le muid :
les différentes révolutions lui procureroient
un bénéfice fuffifant , & au moyen
des levées le cultivateur feroit de l'argent
quand il en auroit befoin .
*
J'aurois beaucoup de chofes à dire
fur la maniere de conferver les grains , &
fur les précautions pour le voiturer ; je
démontrerois que le bled voiture vieux
fouffre les mêmes altérations que le vin
que l'on a laiffé furanner dans les vigno
bles , lequel ne peut plus fouffrir de tranfport.
M. Rouffeau reproche à bien jufte
titre à notre Nation la frivolité de fes occupations.
On fait des Sociétés Littéraires
pour microſcoper les mots , & on ne s'eft
point encore avifé de former une fociété
de cultivateurs qui fe communiquaffent
leurs expériences de Province en Province.
Nous avons vu paroître quelques Ouvrages
de Mrs de Buffons & Duhamel , à
peine leur a- t- on marqué quelqu'obligation
de leurs recherches. M. de Combe a
tracé une autre carriere ; on laifle leurs
Livres , on va à la Campagne , on y porte
des Romans. Que de perfonnes le font
JUILLET. 63
1753
4
ruinées en facrifiant leur fortune fur mer
qui auroient fait un profit immenfe , s'ils
cuffent employé la même activité à cultiver
des fonds !
On convertit en parcs & en jardins de
plaifance , les terres labourables qui envi
ronnent un Château ; on fe ruine à ache
ter ces terrains , on les paye le quadruple
de leur valeur , & on ruine le payfan , on
le met dans une aifance momentanée , il
confomme l'argent de fon fonds , il perd
avec fon fonds & l'habitude du travail, &
le peu de probité qu'il avoit ; " ſa maiſon
eft détruite , fon champ eft devenu inculte
pour l'Etat , il n'a plus rien à perdre ,
le crime ne lui coûte plus rien . Les pay- .
fans ne fe preffent point de marier leurs
enfans , lorfqu'ils n'ont point de terres à
leur donner , ils perdent l'amour de la Patrie
, ceux qui n'ont point de poffeffions :
ne tiennent à rien..
Pourquoi n'éleve t'on pas les enfans des
Hôpitaux au travail de la terre ? craïnt on
qu'ils foient robuftes , & qu'ils portent
par tout des bras qui les faffent fubfifter ?
J'aurois trop à dire fi je voulois traiter
cette matiere , & fi j'entreprenois de faire
voir les abus qui naiffent des priviléges
qu'on obtient par des charges , après
avoir acquis fouvent moitié des terres d'u64
MERCURE DE FRANCE.
ne Paroiffe . Il me feroit facile de démon
trer pourquoi beaucoup de terres reftent
incultes , quoique ces terres puffent enti
chir nombre de familles , felles appartenoient
à des cultivateurs : mais ce détail
meneroit trop loin ; il feroit à défirer qu'une
bonne plume l'entreprît , cela feroit
plus utile que des réflexions fur Pline qui
a parlé pour fon pays je pourrois fournir
des matereaux , & je ne demanderois.
d'autre récompenfe que d'être utile à ma
Patrie. Je fuis , & c. L ***
Al Auteur du Mercure , fur le grain.
J'Ar lûavec
'Ar lû avec attention , Monfieur , dans
votre dernier Mercure , page 137 , las
Lettre d'un Religieux à M. Duhamel du
Monceau , fur les avantages que le Public
retireroit des magafins de grain que
les Ordres Religieux pourroient faire dans
leurs Maifons je ne peux qu'applaudir
aux intentions de ce Religieux , elles me..
paroiffent pures , & n'avoir pour but que
l'utilité publique le projet qu'il propofe
a été conçu & exécuté à Paris , il y a déja
plufieurs années.
Je connois tout l'avantage qui réfultera
des magafins faits librement ; j'ai vû une
fi grande abondance de grain en 1743 &
en 1744 dans les Provinces de France où
l'on eft dans l'ufage de battre la récolte au
JUILLE T. 1753 59
bout du champ * , que les laboureurs
ne
fçavoient où le loger , j'ai vû en même tems
les Meſtiveurs
auxquels on donne ordinairement
le neuvième de la récolte pour .
leur falaire , rançonner les colons , & exiger
outre ce neuvième , un fupplément
en
argent exceffif.
J'ai fuivi ces inconvéniens , & j'ai vu
qu'après les bonnes récoltes le cultivateur
fémoit moins de grain qu'à l'ordinaire &
augmentoit fon bétail : j'ai obfervé qu'il
négligeoit de remuer le grain dans les greniers
, parce que le prix des journées,
d'hommes augmente à mefure que celui
du grain baiffe ; j'ai remarqué que chaque
laboureur élevoit une plus grande quantité
de volailles & de porcs qu'à l'ordinaire
; j'ai vu les cultivateurs prodiguer le
grain à leurs boeufs & moutons pour les
engraiffer faute de confommation , ils
trouvent ce moyen de convertir leur grain
en fuif , & de les faire marcher fans voitures.
La vilité du prix du grain le leur faifoit
regarder comme une denrée qui ne
méritoit aucun foin . J'ai vu enfuite les intemperies
des faifons faire manquer la
récoke , les terres non cultivées & les
* Méthode dont je fuis en état de démontrer i
l'abus.
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
champs fans fumier , par la mortalité des
beftiaux , alors les difettes fe font fait
fentir , & le peuple toujours injufte , a accufé
les Magiftrats de défaut de vigilance
fur la fortie des grains , tandis que trois
mois auparavant il les accufoit d'infléxibilité
fur ces forties. La véritable caufe du
mal ne doit pas fe chercher ailleurs que
dans la négligence du laboureur, qui n'a pas
fçû bien admniftrer le dépôt que la Provi
dence lui avoit confié . Une ſeconde raiſon
de difette , c'est qu'auffi- tôt que le grain
augmente dans les Provinces , les Colons
augmentent leurs femailles , & comme la
mauvaiſe récolte de grain eft ordinairement
accompagnée d'une difette de légumes
& herbages , la confommation du pain
augmente , parce qu'il faut que le grain
tienne lieu de tout : on en a vû un exemple
en 1751 , il n'y avoit prefque ni féves
, ni pois , ni lentilles , ni chataignes
ni glands ; les chenilles avoient rongé tous
les choux , & les herbes ne fourniffoient
qu'un lait maigre & une chair molle , Que
feroit- on devenu fans la bonté du Roi &
la fageffe du miniftere ?
Ces obfervations m'ont fait conclure
qu'il feroit très- avantageux à l'Etat
que le
commerce du grain fûr auffi libre que celui
du vin nous avons vû plufieurs an
JUILLE T. 17538 61
peu
nées abondantes en vin , & cependant
il n'a point augmenté de prix en proportion
avec le grain , les marchands fçavent
le conferver , & ils en font des magafins
, fans crainte d'être appellés monopolears
: il eft cependant certain qu'on en
manqueroit fans ces magafins : l'expérien
ce nous apprend qu'un Vigneron qui récolte
vingt barriques de vin , en vend
communément feize ; fi les Marchands
achetent , & que s'il ne fe fait pas d'enlevemens
, il ne refte pas deux barriques
à ce vigneron , au bout de deux ans ; il le
confomme infenfiblement , ou il le laiffe
gâter faute de logement ou faute de foins,
Il eft donc certain qu'il feroit très avantageux
qu'il y eût , dans les pays de grain ,
des enlevemens après les récoltes : il
ne s'agit pas ici d'exportation à l'Etranger
, mais de débaraffer le laboureur du
foin de fon grain , & d'être à portée de
le lui conferver au cas de befoin .
Si un Corps Religieux étoit chargé de
ces enlevemens , il faudroit lui interdire
la liberté d'en faire lorfque le froment excéderoit
cent livres le muid , qu'il ne pût
faire fes levées par préférence à perfonne
, que fes greniers fuffent toujours ouverts
, qu'il renouvellât fes grains en vendant
les anciens , fans pouvoir forcer le
$
62 MERCURE DE FRANCE.
Public à acheter , fous quelque prétexte
que ce fût , & qu'il ne pût augmenter le
prix du grain fans la permiffion du Magiftrat
, enforte que le plus haut prix n'excédât
pas cent cinquante livres le muid :
les différentes révolutions lui procureroient
un bénéfice fuffifant , & au moyen
des levées le cultivateur feroit de l'argent
quand il en auroit befoin .
*
J'aurois beaucoup de chofes à dire
fur la maniere de conferver les grains , &
fur les précautions pour le voiturer ; je
démontrerois que le bled voiture vieux
fouffre les mêmes altérations que le vin
que l'on a laiffé furanner dans les vigno
bles , lequel ne peut plus fouffrir de tranfport.
M. Rouffeau reproche à bien jufte
titre à notre Nation la frivolité de fes occupations.
On fait des Sociétés Littéraires
pour microſcoper les mots , & on ne s'eft
point encore avifé de former une fociété
de cultivateurs qui fe communiquaffent
leurs expériences de Province en Province.
Nous avons vu paroître quelques Ouvrages
de Mrs de Buffons & Duhamel , à
peine leur a- t- on marqué quelqu'obligation
de leurs recherches. M. de Combe a
tracé une autre carriere ; on laifle leurs
Livres , on va à la Campagne , on y porte
des Romans. Que de perfonnes le font
JUILLET. 63
1753
4
ruinées en facrifiant leur fortune fur mer
qui auroient fait un profit immenfe , s'ils
cuffent employé la même activité à cultiver
des fonds !
On convertit en parcs & en jardins de
plaifance , les terres labourables qui envi
ronnent un Château ; on fe ruine à ache
ter ces terrains , on les paye le quadruple
de leur valeur , & on ruine le payfan , on
le met dans une aifance momentanée , il
confomme l'argent de fon fonds , il perd
avec fon fonds & l'habitude du travail, &
le peu de probité qu'il avoit ; " ſa maiſon
eft détruite , fon champ eft devenu inculte
pour l'Etat , il n'a plus rien à perdre ,
le crime ne lui coûte plus rien . Les pay- .
fans ne fe preffent point de marier leurs
enfans , lorfqu'ils n'ont point de terres à
leur donner , ils perdent l'amour de la Patrie
, ceux qui n'ont point de poffeffions :
ne tiennent à rien..
Pourquoi n'éleve t'on pas les enfans des
Hôpitaux au travail de la terre ? craïnt on
qu'ils foient robuftes , & qu'ils portent
par tout des bras qui les faffent fubfifter ?
J'aurois trop à dire fi je voulois traiter
cette matiere , & fi j'entreprenois de faire
voir les abus qui naiffent des priviléges
qu'on obtient par des charges , après
avoir acquis fouvent moitié des terres d'u64
MERCURE DE FRANCE.
ne Paroiffe . Il me feroit facile de démon
trer pourquoi beaucoup de terres reftent
incultes , quoique ces terres puffent enti
chir nombre de familles , felles appartenoient
à des cultivateurs : mais ce détail
meneroit trop loin ; il feroit à défirer qu'une
bonne plume l'entreprît , cela feroit
plus utile que des réflexions fur Pline qui
a parlé pour fon pays je pourrois fournir
des matereaux , & je ne demanderois.
d'autre récompenfe que d'être utile à ma
Patrie. Je fuis , & c. L ***
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Résumé : LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur le grain.
Dans une lettre publiée dans le Mercure, un auteur approuve la proposition d'un religieux visant à créer des magasins de grain gérés par les ordres religieux pour le public. Cette initiative, déjà expérimentée à Paris, vise à résoudre les problèmes rencontrés lors des bonnes récoltes de 1743 et 1744, marquées par une surabondance de grain et des abus des métayers. Les cultivateurs, négligeant souvent la gestion de leur grain, provoquent des pénuries lors des mauvaises récoltes suivantes. Les intempéries et la mauvaise gestion des terres aggravent ces difficultés. L'auteur suggère que la liberté du commerce du grain, similaire à celle du vin, serait bénéfique. Il propose que les corps religieux puissent acheter du grain après les récoltes pour aider les cultivateurs à gérer leurs surplus, sous certaines conditions strictes. Le texte critique également la conversion des terres agricoles en parcs et jardins autour des châteaux, soulignant que cette pratique ruine les paysans. En achetant ces terrains à des prix élevés, les propriétaires terriens appauvrissent les paysans, les privant de leurs moyens de subsistance et les poussant à la délinquance. Les paysans évitent aussi de marier leurs enfants faute de terres à leur léguer, ce qui affaiblit leur attachement à la patrie. L'auteur suggère d'éduquer les enfants des hôpitaux au travail agricole pour renforcer la main-d'œuvre rurale. Il mentionne les abus liés aux privilèges obtenus par des charges et l'inculture de nombreuses terres, tout en exprimant le besoin d'une analyse approfondie de ces problèmes pour le bien de la patrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6812
p. 98
ENIGME.
Début :
Je suis l'ajustement mignon [...]
Mots clefs :
Soulier d'une femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
E fuis l'ajustement mignon
De laide , ou gentille femelle ,
Sur moi j'attire un oeil fripon
Et jette très-vive étincelle ;
Sous l'aiguille & l'or travaillé ,
J'occupe mondaine & nonette;
Je ſuis l'ame d'une toilette ,
Et tiens ſouvent lieu de beauté;
Si je dépens d'une coquette
Je ſuis rarement à ſon gré ;
Bientôt dédaigné , rejetté ,
Je finis avec la ſoubrette
Qui m'a ſi ſouvent envié.
De Bouffanelle , Capitaine au Régiment de
Cavalerie de Beauvilliers.
E fuis l'ajustement mignon
De laide , ou gentille femelle ,
Sur moi j'attire un oeil fripon
Et jette très-vive étincelle ;
Sous l'aiguille & l'or travaillé ,
J'occupe mondaine & nonette;
Je ſuis l'ame d'une toilette ,
Et tiens ſouvent lieu de beauté;
Si je dépens d'une coquette
Je ſuis rarement à ſon gré ;
Bientôt dédaigné , rejetté ,
Je finis avec la ſoubrette
Qui m'a ſi ſouvent envié.
De Bouffanelle , Capitaine au Régiment de
Cavalerie de Beauvilliers.
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6813
p. 99-100
LOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur, dix pieds forment mon être, [...]
Mots clefs :
Quenouille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Lecteur , dix pieds forment mon être .
Utile à la ville & aux champs ,
Sous les lambris & ſous le hêtre ,
Je ſuis le plus doux pafle- tems :
J'enfante le diſcours frivole ,
Detout caquet je tiens l'école ,
On me trouve juſqu'aux enfers ;
Jadis je ſçus donner des fers
Aun Héros : mais je m'arrête ,
Paſſons à des êtres divers.
Joins , romps mes pieds , fais à ta tête :
Je ſuis la fille d'Inachus ,
D'Aaron , Lévite& Prophéte ,
Dumonde la plus grande fête ,
L'aſtre qui ſuccéde à Phébus ,
L'indocile & commune mere ,
De l'univers le ſecond pere ,
L'idole de tous les mortels ,
L'heureux trône des immortels ;
Ce fleuve , Dieu du Paganiſme ,
Une erreur du Mahométiſme ,
Les deux ſens à l'homme ſi chers ,
Un coup de fortune ou revers ;
Cet inſtrument de même forme ,
Plusgrand que celui d'Apollon ,
E ij
100 MERCUREDE FRANCE,
Un crime déreſtable , énorme ,
Un jeu vil , un très-bon poi Ton ;
Ce nombre par qui tout commence;
Certain abus de la finance ,
Undes ſept péchés capitaux ;
Un précepte de l'Evangile ,
L'animal le plus imbécile,
Unde nos précieux canaux;
Une femelle dangereuſe ,
Le nom d'une Tribu fameuſe .
Laplus fatale paffion ,
-Cette plante par tout utile ,
Des hommes le vrai domicile;
L'ennemi de toute boiſſon :
Une petite République ,
Ce cercle étroit & magnifique .
Lecteur, j'ai dit , cherche mon nom.
Bouffanelle.
Lecteur , dix pieds forment mon être .
Utile à la ville & aux champs ,
Sous les lambris & ſous le hêtre ,
Je ſuis le plus doux pafle- tems :
J'enfante le diſcours frivole ,
Detout caquet je tiens l'école ,
On me trouve juſqu'aux enfers ;
Jadis je ſçus donner des fers
Aun Héros : mais je m'arrête ,
Paſſons à des êtres divers.
Joins , romps mes pieds , fais à ta tête :
Je ſuis la fille d'Inachus ,
D'Aaron , Lévite& Prophéte ,
Dumonde la plus grande fête ,
L'aſtre qui ſuccéde à Phébus ,
L'indocile & commune mere ,
De l'univers le ſecond pere ,
L'idole de tous les mortels ,
L'heureux trône des immortels ;
Ce fleuve , Dieu du Paganiſme ,
Une erreur du Mahométiſme ,
Les deux ſens à l'homme ſi chers ,
Un coup de fortune ou revers ;
Cet inſtrument de même forme ,
Plusgrand que celui d'Apollon ,
E ij
100 MERCUREDE FRANCE,
Un crime déreſtable , énorme ,
Un jeu vil , un très-bon poi Ton ;
Ce nombre par qui tout commence;
Certain abus de la finance ,
Undes ſept péchés capitaux ;
Un précepte de l'Evangile ,
L'animal le plus imbécile,
Unde nos précieux canaux;
Une femelle dangereuſe ,
Le nom d'une Tribu fameuſe .
Laplus fatale paffion ,
-Cette plante par tout utile ,
Des hommes le vrai domicile;
L'ennemi de toute boiſſon :
Une petite République ,
Ce cercle étroit & magnifique .
Lecteur, j'ai dit , cherche mon nom.
Bouffanelle.
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6814
p. 100-101
AUTRE.
Début :
Mon être, cher Lecteur, consiste en peu de chose, [...]
Mots clefs :
Camouflet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
UTRE.
:
Mon être, cher Lecteur ,conſiſteenpeude
choſe,
Tu peux me deviner ſans être connoisseur ;
Je ſuis un trait malin ,j'ignore mon auteur;
Et ſouventj'inquiéte un quelqu'un qui repoſe:
Ces traits ſeuls fuffiroient pour paroître à tesyeuxt
Mais il eſt cependant une toute plus sûre ,
Par oùpeut-être tu me verras mieux,
همان
SEPTEMBRE. 1753 . 101
Raſsemble bien neufpieds prisde bonne meſure,
Tutrouveras d'abord deux des quatre élémens ;
Le plus mélodieux de tous les inftrumens ;
Ce qui fait quelquefois l'ornement d'une Eglife;
Un homme impertinent que le monde mépriſe ;
Ce qu'on doit rendre à Dieu , ce que craint un
enfant;
Un coquillage , un mont,un Saint,l'être penfant,
Une étoffe de laine , un certain lieu ſous terre ;
Un mot qui coupe court , connu des gens de
guerie;
Ce réduit où dormoit le Prélat de Boileau ;
Une piéce de bois , nécessaire au vaisseau.
En voilà bien aſsez , Lecteur , pour meconnoître.
Cherche donc à préſent ce que je pourrais être.
:
Mon être, cher Lecteur ,conſiſteenpeude
choſe,
Tu peux me deviner ſans être connoisseur ;
Je ſuis un trait malin ,j'ignore mon auteur;
Et ſouventj'inquiéte un quelqu'un qui repoſe:
Ces traits ſeuls fuffiroient pour paroître à tesyeuxt
Mais il eſt cependant une toute plus sûre ,
Par oùpeut-être tu me verras mieux,
همان
SEPTEMBRE. 1753 . 101
Raſsemble bien neufpieds prisde bonne meſure,
Tutrouveras d'abord deux des quatre élémens ;
Le plus mélodieux de tous les inftrumens ;
Ce qui fait quelquefois l'ornement d'une Eglife;
Un homme impertinent que le monde mépriſe ;
Ce qu'on doit rendre à Dieu , ce que craint un
enfant;
Un coquillage , un mont,un Saint,l'être penfant,
Une étoffe de laine , un certain lieu ſous terre ;
Un mot qui coupe court , connu des gens de
guerie;
Ce réduit où dormoit le Prélat de Boileau ;
Une piéce de bois , nécessaire au vaisseau.
En voilà bien aſsez , Lecteur , pour meconnoître.
Cherche donc à préſent ce que je pourrais être.
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6815
p. 101-102
AUTRE.
Début :
Que seroit ce Héros si vanté dans l'Histoire ? [...]
Mots clefs :
Bravoure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ue feroit ceHéros ſi vanté dans l'Histoire ?
Ce Prince , le vainqueur de tout le genre humain ,
Dont les faits font gravés auTemple de Mémoire ;
Réponds-moi , cher Lecteur , quel ſeroit ſondeftina
Si pour faire ſentir quelle étoit ſa puiſſance ,
Atant de Roisjalouxde ſes plus beaux exploits ,
Il n'eût eu pour ſecours que fon expérience ,
Auroit-il jamais mis l'Orient ſous ſes loix ?
Non , non , mais ſecondé de toute mon audace ,
Ledanger le plus grand n'étoit rien à ſes yeux ,
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE :
Et forçant l'ennemi de lui céder la place ,
Il parvint par ma voie au rang des demi Dieux.
Tu vois donc , cher Lecteur , quel eſt mon ap
panage ,
Etque le bon ſuccès m'échappe rarement ;
Si par fois cependant j'ai du deſavantage ,
Malgré tous mes revers , je brille également.
Voici bien plus , ami , pour ton intelligence ,
Cherche dans mes huit pieds l'avant coureur du
jour ,
Un fruit qui vient ſous terre ,un fleuve de Province;
Ce qu'eſt aux yeux d'Iris Pobjet de ſon amour;
Un de ces élemens que connoît le vulgaire ,
Ce qu'on voit plus ſouvent en hyver qu'en été
Ce qu'en confeſſion l'on doit rendre ſincére ;
Un gage très-certain de notre piété ;
Maint homme mépriſé, quoique ſouvent utile ,
Une forte de drap tiſſu groſſierement ;
Un précieux méral , un animal reptile ;
Ce qui fert de lévier le plus communément ;
Je me borne à ces mots , dont un ſeul peut ſuffire
'Ainfi , mon cher Lecteur , devine maintenant ,
Si tu mets àprofit ce que je viens de dire ,
Je ne veux t'en donner que pour un ſeul inſtant.
Ue feroit ceHéros ſi vanté dans l'Histoire ?
Ce Prince , le vainqueur de tout le genre humain ,
Dont les faits font gravés auTemple de Mémoire ;
Réponds-moi , cher Lecteur , quel ſeroit ſondeftina
Si pour faire ſentir quelle étoit ſa puiſſance ,
Atant de Roisjalouxde ſes plus beaux exploits ,
Il n'eût eu pour ſecours que fon expérience ,
Auroit-il jamais mis l'Orient ſous ſes loix ?
Non , non , mais ſecondé de toute mon audace ,
Ledanger le plus grand n'étoit rien à ſes yeux ,
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE :
Et forçant l'ennemi de lui céder la place ,
Il parvint par ma voie au rang des demi Dieux.
Tu vois donc , cher Lecteur , quel eſt mon ap
panage ,
Etque le bon ſuccès m'échappe rarement ;
Si par fois cependant j'ai du deſavantage ,
Malgré tous mes revers , je brille également.
Voici bien plus , ami , pour ton intelligence ,
Cherche dans mes huit pieds l'avant coureur du
jour ,
Un fruit qui vient ſous terre ,un fleuve de Province;
Ce qu'eſt aux yeux d'Iris Pobjet de ſon amour;
Un de ces élemens que connoît le vulgaire ,
Ce qu'on voit plus ſouvent en hyver qu'en été
Ce qu'en confeſſion l'on doit rendre ſincére ;
Un gage très-certain de notre piété ;
Maint homme mépriſé, quoique ſouvent utile ,
Une forte de drap tiſſu groſſierement ;
Un précieux méral , un animal reptile ;
Ce qui fert de lévier le plus communément ;
Je me borne à ces mots , dont un ſeul peut ſuffire
'Ainfi , mon cher Lecteur , devine maintenant ,
Si tu mets àprofit ce que je viens de dire ,
Je ne veux t'en donner que pour un ſeul inſtant.
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6816
p. 123
ENIGME LOGOGRYPHIQUE.
Début :
Jugez, chere Philis, si j'ai le don de plaire, [...]
Mots clefs :
Orange
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME LOGOGRYPHIQUE.
ENIGME
LOGOGRYPHIQUE.
Ugez , chere Philis , fi j'ai ledonde plaire ,
Je contente le goût , l'odorat & les yeux :
Ma premiere moitié eſt au ſein de la terre,
Et l'autre moitié dans les Cieux.
LOGOGRYPHIQUE.
Ugez , chere Philis , fi j'ai ledonde plaire ,
Je contente le goût , l'odorat & les yeux :
Ma premiere moitié eſt au ſein de la terre,
Et l'autre moitié dans les Cieux.
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6817
p. 124-125
LOGOGRYPHE.
Début :
Née pour adoucir les chagrins de la vie, [...]
Mots clefs :
Harmonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
• E'e pour adoucir les chagrinsde lavie
Pour mériter l'eſtime en diſſipant l'ennui ,
Pour comble de vertus utile à la Patrie ,
Le génie & le goût, euxſeuls ſont mon appui ;
Att fublime , art brillant , art enfin ſalutaire ,
Le tyran à ma voix rallentit ſa fureur ,
Mon accens de l'ennui diſtrait le ſolitaire ,
Et dans les champs de Mars j'écarte la terreur.
Souveraine des coeurs , ils ſont ſous mon empire;
Mais pour ne rien célleerr , à lahonte des moeurs,
Mon art ſert quelquefois ( je rougis de le dire )
Apeindre de l'amour tous les plaiſirs impurs.
A ce portrait , Lecteur , tu ne peurte méprendre,
Et pour te raſſurer , je veux bien plus m'étendre,
Moyennant le ſecours de la combinaiſon.
Dehuit lettres formée ony trouve un pronom;
Unmartyre en amour , fi c'eſt une cruelle,
Maisleplusdouxplaisir , pourvu qu'onſoitffiiddeellll;ee
UngrandMuficien redevable à ſon art ,
S'il échapé à lamort ſous les coups du poignard;
Cette Ville autrefois le ſéjour de la gloire ;
Ce nom de tant de Rois d'une illuſtre mémoire ;
Celui dont nous tenons ce nectar précieux ;
Qui charme tous nos ſens, mais ſouvent dange
reux ;
ET
:
OCTOBRE. 1753. 125
La fource & le ſujet des vertus & des vices ;
D'une tendre moitié les pluscheres délices ;
Un habitant de l'air , un Roi Syracufain ;
La fille de Lamech , & foeur du Tubalcain.
Inventrice , dit on , du chant de la quenouille;"
Une interjection , le nom d'une grenouille ,
Certainqui de nos jours fait la félicité,
S'il a d'un Régulus toute la probité .
C'en eſt aſſez , Lecteur , tu dois me reconnoître ,
De feindre plus long-tems je ne fuis pas le maître.
• E'e pour adoucir les chagrinsde lavie
Pour mériter l'eſtime en diſſipant l'ennui ,
Pour comble de vertus utile à la Patrie ,
Le génie & le goût, euxſeuls ſont mon appui ;
Att fublime , art brillant , art enfin ſalutaire ,
Le tyran à ma voix rallentit ſa fureur ,
Mon accens de l'ennui diſtrait le ſolitaire ,
Et dans les champs de Mars j'écarte la terreur.
Souveraine des coeurs , ils ſont ſous mon empire;
Mais pour ne rien célleerr , à lahonte des moeurs,
Mon art ſert quelquefois ( je rougis de le dire )
Apeindre de l'amour tous les plaiſirs impurs.
A ce portrait , Lecteur , tu ne peurte méprendre,
Et pour te raſſurer , je veux bien plus m'étendre,
Moyennant le ſecours de la combinaiſon.
Dehuit lettres formée ony trouve un pronom;
Unmartyre en amour , fi c'eſt une cruelle,
Maisleplusdouxplaisir , pourvu qu'onſoitffiiddeellll;ee
UngrandMuficien redevable à ſon art ,
S'il échapé à lamort ſous les coups du poignard;
Cette Ville autrefois le ſéjour de la gloire ;
Ce nom de tant de Rois d'une illuſtre mémoire ;
Celui dont nous tenons ce nectar précieux ;
Qui charme tous nos ſens, mais ſouvent dange
reux ;
ET
:
OCTOBRE. 1753. 125
La fource & le ſujet des vertus & des vices ;
D'une tendre moitié les pluscheres délices ;
Un habitant de l'air , un Roi Syracufain ;
La fille de Lamech , & foeur du Tubalcain.
Inventrice , dit on , du chant de la quenouille;"
Une interjection , le nom d'une grenouille ,
Certainqui de nos jours fait la félicité,
S'il a d'un Régulus toute la probité .
C'en eſt aſſez , Lecteur , tu dois me reconnoître ,
De feindre plus long-tems je ne fuis pas le maître.
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6818
p. 125-127
AUTRE EN VAUDEVILLES.
Début :
Air : Nous sommes Précepteurs d'amour. / Cinq pieds forment tout mon terrain, [...]
Mots clefs :
Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE EN VAUDEVILLES.
AUTRE EN VAUDEVILLES.
Air : Nousfommes Précepteurs d'amour.
Cinq pieds forment tout mon terrain ,
Mais j'ai bien un autre étalage ;
Lecteur , en François , en Latin ,
Décompoſez mon aſſemblage.
Air des Sabotiers Italiens : Sous un ombrage
frais fait exprès.
J'offred'abord en mon joli nom ,
Des amours maint compagnon
Sans me changer
Ce tendre berger ,
Bon ;
Qui fit un Grec d'un feul coup ,
Cou ;
Des menuets
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Les actes les plus parfaits ;
Plus la lettre a ;
Un adverbe après cela .
En Latin le bord d'un élement ,
Que l'onde toujours gliffant
Rend.
Air:Quand l'Auteur de la nature.
Une note de mufique ,
Quelque part un bain très-ſpécifique;
Dansl'Egypte,
Hypocrite ,
Un taureau
Fêté plus qu'un poireau.
En Latin l'infecte illuftre ,
Dont les biens des Autels font le luftre,
Ce qu'à Rome
L'honnête homme
Débourfoit ,
Quand ſa dette il payoit.
Air : Ah , le bel oiſeau , maman.
'Augénitif le pays
Fertile en marbre & porphyre ,
Une ville dont Louis
Dépouilla ſes ennemis;
De l'Elide une cité ;
Dans nous un fougueux délire ,
Honte de l'humanité ,
Que la raifon doit détruire ,
CTOBRE. 1753 . 127
Cequ'au retour de ſon pré
La fermiere prefle & tire ;
Du nouvellifte entêré ,
L'argent promis , non compté.
Air : Nous venons de Barcelonette,
Un terme Latin dont Catale
Se fert pour rendre un petit pain ,
Mais que Juvenal intitule ,
Gordon d'un menton enfantin.
Air : De M. le Prevêt des Marchands.
D'égal fingulier génitif,
Du mal triſte ſuperlatif.
Dites en Latin, tu m'écorches ,
L'impératif du verbe alter,
Je vous donne afſez d'anicroches ,
Tâchez de me déceler.
Air : Quej'aime mon cher Arlequin.
Mon Edipe eſt embarraſſé,
Que je fuis folle !
Dansmon ſein peut être enfoncé ,
De mes plaiſirs il eſt laffé ,
Car je fuis ſon idole ;
Trop long-tems je l'ai tracaffé ;
Mon nom.... ah , qu'il eſt drôle !
Air : Nousfommes Précepteurs d'amour.
Cinq pieds forment tout mon terrain ,
Mais j'ai bien un autre étalage ;
Lecteur , en François , en Latin ,
Décompoſez mon aſſemblage.
Air des Sabotiers Italiens : Sous un ombrage
frais fait exprès.
J'offred'abord en mon joli nom ,
Des amours maint compagnon
Sans me changer
Ce tendre berger ,
Bon ;
Qui fit un Grec d'un feul coup ,
Cou ;
Des menuets
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Les actes les plus parfaits ;
Plus la lettre a ;
Un adverbe après cela .
En Latin le bord d'un élement ,
Que l'onde toujours gliffant
Rend.
Air:Quand l'Auteur de la nature.
Une note de mufique ,
Quelque part un bain très-ſpécifique;
Dansl'Egypte,
Hypocrite ,
Un taureau
Fêté plus qu'un poireau.
En Latin l'infecte illuftre ,
Dont les biens des Autels font le luftre,
Ce qu'à Rome
L'honnête homme
Débourfoit ,
Quand ſa dette il payoit.
Air : Ah , le bel oiſeau , maman.
'Augénitif le pays
Fertile en marbre & porphyre ,
Une ville dont Louis
Dépouilla ſes ennemis;
De l'Elide une cité ;
Dans nous un fougueux délire ,
Honte de l'humanité ,
Que la raifon doit détruire ,
CTOBRE. 1753 . 127
Cequ'au retour de ſon pré
La fermiere prefle & tire ;
Du nouvellifte entêré ,
L'argent promis , non compté.
Air : Nous venons de Barcelonette,
Un terme Latin dont Catale
Se fert pour rendre un petit pain ,
Mais que Juvenal intitule ,
Gordon d'un menton enfantin.
Air : De M. le Prevêt des Marchands.
D'égal fingulier génitif,
Du mal triſte ſuperlatif.
Dites en Latin, tu m'écorches ,
L'impératif du verbe alter,
Je vous donne afſez d'anicroches ,
Tâchez de me déceler.
Air : Quej'aime mon cher Arlequin.
Mon Edipe eſt embarraſſé,
Que je fuis folle !
Dansmon ſein peut être enfoncé ,
De mes plaiſirs il eſt laffé ,
Car je fuis ſon idole ;
Trop long-tems je l'ai tracaffé ;
Mon nom.... ah , qu'il eſt drôle !
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6819
p. 56-66
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Dijon.
Début :
L'Académie tint sa Séance publique le 19 Août[.] Elle fut ouverte par M. ***, [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, Gaulois, Moeurs des Gaulois, Séance publique, Vie, Peuple, Nation, Esprit, Peuples, Auteurs, Médecine, Grecs, Romains, Rapport, Mémoire, Femmes, Inclination, Inégalité, Prix de morale, Loi naturelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie de Dijon.
SEANCE PUBLIQUE
L
De l'Académie de Dijon.
'Académie tint ſa Séance publique le
19 Août.Eile fut ouverte par M. ***
Académicien honoraire , qui lut un Difcours
ou amusement littéraire , ſurun ſpécifique
contre la triſtelle & les chagrins
dela vie.
Si le corps a ſes maladies , l'eſprit a fes
indifpofitions qu'il eſt plus difficile encore
de prévenir. En effet , il n'eſt aucun
régime qui puiffe nous garantir du chagrin
; ce bourreau de l'homme , qui répand
dans l'ame le poiſon & l'amertume , rend
la vie même à charge. L'impoſſibilité de
prévenir ,& la difficulté de détruire cette
indiſpoſition , ne nous laiſſe de reſſource
qued'en affoiblir le ſentiment : quels en
feront les moyens ? La Médecine , cet art
lumineux & ſecourable , ne nous en offre
que très peu ſur leſquels on puiſſe fonder
quelque eſpérance. Homere , cet ami des
jeux& des ris , parle d'une plante dont il
vante l'efficacité ; mais la graine en eſt
peut- être à jamais perdue , du moins ne
croît-elle plusdans nos jardins. Un Poëte
NOVEMBRE. 1753 . 57
, de la Franconie Orientale , Conrad Celte
nous offre en forme de dédommagement ,
quatre ſpécifiques , qu'il nomme les véhicules
de la vie ; le vin , le ſommeil , un
ami , la Philoſophie. En adoptant ce ſentiment
, on ſe propoſe de faire voir que
l'on peut trouver un adouciſſement aux
chagrins de la vie , dans l'uſage modéré
d'un vin exquis , dans les douceurs du
fommeil , dans les agrémens d'une amitié
fincere & réciproque , & dans les maximes
de la Philoſophie. L'Auteur convient
que l'on ne peut regarder ceci que comine
un purbadinage; mais ſansunpeu d'amuſement
( dit il ) un Orateur n'eſt ſouvent
qu'un ingénieux artiſan d'ennui . Ce Difcours
fut ſuivi de celui de M. Lantin ,
contre les mercenaires de la Littérature ,
qui travaillant pour les Académies , ſont
plus ſenſibles à l'intérêt fordide qui les
dévore , qu'à la réputation &à la gloire
d'avoir bien fait..
M. l'Abbé Richard lut enſuite un Mémoirefur
les moeurs des Gaulcis.
Les actions du particulier , ſa façon de
vivre & ſes inclinations , caractériſent un
peuple ; on peut juger des moeurs d'une
nation pat pluſieurs de ces caracteres ralſemblés&
comparés. C'eſt par cette méthode
que l'on est parvenu à nous faire
Cy
58 MERCURE DEFRANCE .
connoître les moeurs des Grecs & des Romains
, c'eſt ainſi que les voyageurs modernes
nous ont ſi bien expliqué le goût
& le génie particulier des peuples des Indes
& de l'Amérique , dont la plupart
font ſauvages par rapport ànous , qu'il
n'y auroit que le premier abord de ces
peuples qui nous étonnât ; ce que nous en
aurions lû , ce que l'on nous en auroitdit,
nous mettroit bientôt au fait de ce que
nous en aurions à craindre ou à eſpérer.
Mais où trouver des mémoires pour
nous inſtruire de ce qui regarde les Gaulois
, aufli parfaitement que nous le ſommes
, de ce qui ſe rapporte aux Romains
& aux Grecs ? Les mêmes Auteurs qui ont
écrit l'hiſtoire de ces peuples fameux , nous
apprendront à connoître nos ancêtres.
Diodore de Sicile , Paufanias , Plutarque
, Athenée , Tite- Live , Ceſar , Tacite ,
Strabon , Pomponius Mela , Aulagelle ,
Clément d'Alexandrie ; les Philofophes
même & les Poëtes , Platon , Ariftote ,
Ciceron , Juvenal , Martial ; on trouve
dans leurs écrits une infinitéde traits qui
nous mettent au fait des moeurs des Gaulois
: c'eſt d'après eux que l'Auteur du Mémoire
a travaillé.
Il n'avance rien de poſitif ſur l'origine
desGaulois . Nous ne trouvons rien , dir-
,
NOVEMBRE, 1753 . 59
il , qui nous faſſe connoître leur établiſfementdans
la partie de l'Europe qu'ils occuperent.
Les Auteurs les plus anciens en
parlent comme d'un peuple connu depuis
long-tems , & vivant ſelon ſes loix. Les
différentes émigrations des Gaulois qui ſe
répandirent de tous côtés pour y former
des établiſſemens nouveaux , qui s'emparerent
d'une grande partie de l'Italie& de
l'Eſpagne , qui pénétrerent juſqu'en Afie
qui peuplerent lesIſles voiſinesde l'Europe,
devinrent la tigede pluſieurs peuples qui
confervent encore aujourd'hui leur nom.
Toutes ces circonstances raſſemblées dépoſent
en faveur de l'antiquité des Gaulois .
د
On dit un mot de leur nom , que l'on'
croit, avec Bodin , pouvoir tirer du pays
même qu'il habitoient , & du mot Wal ,
qui en langue Celtique ſignifie Forest. Du
mot Wal on a fait Walli , & fuivant la prononciation
Romaine qui employe le Gau
lieu du double W, on a dit Galli , Ganlois
, ou habitans des forêts. Hova
L'Auteur donne enſuite une idée de la
conformation extérieure desGaulois ,qui ,
au rapport de Paufanias , étoient les plus
grands , les plus forts , & les mieux faits
de tous les hommes. Ils naiſſoient avecdes
cheveux blonds ; cette couleur leur paroiffoit
trop fade ,& ils avoient une attention
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
particuliere à ſe rendre roux; ils s'imagi
noient que cette couleur ſanglante les rendroit
plus formidables à la guerre. La façon
même dont ils tournoient leurs cheveux
avoit quelque choſe d'horrible. Ils ſe rafoient
le menton& conſervoient de longues
moustaches qui retomboient juſques
fur la poitrine ; les principaux de lanation
les regardoient comme une parure auffi
néceflaire qu'agréable.
Leurs habillemens n'étoient pas toujours
les mêmes ; on en diftinguoit de trois efpéces.
La ſaye , ou le vêtement long &
large , avec lequel on paroiſſoit dans les
affemblées publiques ; la braye ( Bracca )
étoit un juſte-an-corps ferré & court , on
le portoitdans les voyages & à la guerre ,
la tunique , le plus léger de tous , fervoit
au peuple & aux ouvriers. L'habillement
des femmes reffembloit beaucoup à celui
des hommes ; il étoit de toile ou d'étoffede
laine fort légere , il étoit taillé de façon
qu'elles avoient les épaules , les bras &
la gorge preſqu'entierement à découvert.
L'uſage de l'or étoit commun parmi eux ,
ils ſçavoient le fondre & l'employer à leur
parure , pour laquelle la nation a toujours
eu un goût décidé ; on en trouve une
preuve fans réplique dans l'hiſtoire de TitusManlius
, qui enleva le colier d'or du
NOVEMBRE. 1753 . 61
Gaulois qu'il vainquit ſur le pont du Teveron
, & qui en prit le nom de Torquatus.
Mais c'eſt par un examen plus important
ducoeur & de l'eſprit desGaulois , de leur
façon d'agir & de penſer dans ce qui regarde
les principes fondamentaux de la
fociété , & ce qui en aſſure le repos & la
gloire , que l'on doit ſe former une idée
des moeurs des Gaulois.On commence par
l'éducation de la jeuneſſe .
Quel étoit parmi eux le ton de l'éducationeil
ſe rapportoit tout au bien de l'Etat
, & il en faifoit en partie la conftitution.
Les Egyptiens & les Spartiates n'ont
rien eu dans ce genre qui leur mérite la
préférence. Les Gaulois, il eſt vrai , ne
formoient ni Sçavans ni Artiſtes , mais ils
formoient des hommes , & les élevoient
reſpectivement les uns pour les autres.
Leur eſprit ſe développoit à peine , qu'ils
étoient perfuadés de ce principe impor
tant , qu'on ne peut trouver ſon avantage
particulier que dans le bien général. C'eſt
de ce tems qu'il eſt permis de dire qu'il ne
naiſſoit pas plus de bons hommes que de
bons patriotes Que fon nerévoque point
en doute ce que l'on raconte de ces tems
éloignés. Le confentement unanime des
Hiſtoriens dépoſe en faveur d'une vérivé
62 MERCURE DE FRANCE.
que l'on ne refuſe d'admettre que parce
que l'on eſt intéreſſé à ſe perfuader que les
hommes de tous les récles ſe ſont reſſemblés
, & que les mêmes cauſes ont toujours
du produire les mêmes effets. Un
détail exact& ſuivi prouve le contraire.
La nourriture de la jeuneſſe , ſes exerci
ces , ſes jeux , le ſoin que l'on avoit de ſes
moeurs , l'exactitude de ſes maîtres , & la
ſévérité des châtimens , concouroient à
en former des citoyens robuftes& fideles à
l'Etat .
On parle de leurs mariages , des cérémonies
qui s'y obſervoient , des conventions
matrimoniales, de l'autorité deſpotique
des maris ſur les femmes& les enfans
, du rang que les femmes tenoient
dans la fociété. Les coutumes n'étoient
pas les mêmes à ce ſujet dans toutes les
Gaules ; on en rapporte les différences
confirmées par les témoignages des Hiſtoriens
qui en ont écrir.
D'autres uſages nous préſentent les
moeurs des Gaulois ſous un aſpect plusheureux.
Nous y trouvons avecplaifir une inclination
marquée pour le bien , & un
amour décidé pour Thumanité ; ils exer.
çoient l'hoſpitalité avec un déſintéreffement
& un zele qui leur étoit unique. Ils
établirent en faveur de leurs hôtes une loi
NOVEMBRE. 1753. 6
qui fait honneur à l'humanité. On parle
de l'Architecture civile , des feſtins , & des
meubles des Gaulois. Ces détails forment
un tableau agréable , varié , & d'autant
plus inſtructif , que malgré les changemens
que les révolutions des ſiécles ont néceffairement
introduit , nous retrouvons dans
nos uſages mille traits qui ſe rapportent à
cequepratiquoient anciennement lesGaulois;
& plus nous remontons dans les fiécles
paflés , plus nous voyons augmenter
le nombredes rapports ; de forte qu'iln'eſt
pas impoffible de former une chaîne qui
remonte depuis nous juſqu'à l'antiquité
la plus reculée.
Le Mémoire eſt terminé par ce qui regarde
les qualités de l'eſprit national des
Gaulois. Les Auteurs étrangers les ont taxé
d'inconſtance & de légereté ; ceux qui les
ontmieux connus , ont trouvé la cauſe de
ces défauts prétendus ,dans la vivacité de
l'inclination des Gaulois , & dans leur facilité
à réfondre ſur le champ ce qui convenoit
aux circonstances du tems. On leur
a reproché une curioſité infupportable aux
étrangers ; c'étoit le vice de la nation ,
que l'on ne peut jamais détruire , & qui
ſouvent lui fut préjudiciable , attendu ſon
inclination à croire tout ce qu'on lui racontoitdesdeffeins
de ſes ennemis ou de
64 MERCURE DE FRANCE.
fes voiſins. Le Gouvernement ne trouva
d'autre moyen de l'arrêter , qu'en défendant
ſous des peines très féveres , de s'entretenir
en publicdes nouvelles étrangeres
,& de prendre en conféquence aucune
réſolution ſans l'ordre du Conſeil national
, auquel on devoit rapporter tout
ce que l'on auroit entendu dire , pour ſuivre
fes ordres fur les précautions qu'il y
auroit à prendre.
Ils avoient beaucoup de vanité , & fe
eroyoient invincibles. Les Romains leur
apprisent le contraire , quoiqu'il ſoit vrai
de dire que de toutes leurs conquêtes ,
aucune ne leur a autant coûté , & qu'il a
falu la valeur & le génie ſupérieur de Céfar
pour en venir à bout.
On s'eſt mocqué de leur crédulité , elle
paffa en proverbe à Rome , & les Grecs
regarderent les Gaulois comme un peuple
fans efprit& fans difcernement ; & pourquoi
? c'eſt qu'ils n'avoient jamais trompé
perfonne ,& qu'ils ne croyoient pas qu'on
pût les tromper. Ils ne mirent pas la défiance
au rang des vertus. Une fi grande
crédulité eſt peut-être un défaut ; mais
quand c'eſt celui de la nation , & qu'il a
pour principe la fimplicité des moeurs &
l'ingénuité du coeur , ce défaut même devient
honorable à la nation , que l'on ne
NOVEMBRE. 1753. 65
doit regarder que comme un peuple chez
lequel la vérité ſeule a le droit de ſe faire
entendre , & qui n'ajamais imaginé que
ta diffimulation & la fraude puffent entrer
dans le commerce ordinaire de la vie .
Le Prix qui avoit été remis l'an paſſé ,
lesAuteurs n'ayant pas rempli les vûes de
l'Académie fur le ſujet fuivant; sçavoir ,
fi la température de l'air d'un climat influe
fur le tempéramem & la force de ses habitans
, a été adjugé à M. Gravier , Docteur
en Médecine , à Paray en Charolois , qui
s'eſt annoncé l'Auteur du Mémoire Nº. 20
qui a pour deviſe , mutas omnia coli tempe
ries .
Programmes proposés.
Le Prix de morale pour l'année 1754 ,
conſiſtant en une médaille d'or de la valeur
de trente piſtoles , ſera adjugé à celui
qui aura le mieux réſolu le Problême furvant
: Quelle est la ſource de l'inégalué parmi
les hommes , &fi elle est autorisée par la loi
naturelle.
Il ſera libre d'écrire en François ou en
Latin , il ne faut pas que la lecture excéde
trois quarts d'heure. Les Mémoires ,
francs de pore , feront adreſſés à M. Petit ,
Secrétaire de l'Académie , rue du Vieux
Marché , à Dijon , qui n'en receyra point
66 MERCURE DE FRANCE .
paílé le premier Avril. Il en ſera ufé de
même à l'avenir à l'égard des paquets
adreſſés à l'Académie ; elle n'en recevra
aucun , dont le port n'ait été acquité aux
Bureaux d'où ils font partis.
L'Académie déſirant donner aux Auteurs
le tems de travailler leurs ouvrages
&de faire les recherches néceſſaires , s'eſt
déterminée à annoncer les ſujets un an
plutôt qu'elle n'avoit coutume de faire.
Celui de Médecine pour l'année 1755 ,
conſiſte à déterminer la maniere d'agir du
bain aqueuxſimple , fes avantages &ses inconvéniens
, par rapport aux différens tempėrammens
, & en particulier dans quelgenre
de maladies il peut être utile. Lesouvrages
qui n'excéderont pas une heure de lecture
feront reçus ſous les mêmes conditions que
ci-deſſus , juſqu'au premier Avril 1755.
L
De l'Académie de Dijon.
'Académie tint ſa Séance publique le
19 Août.Eile fut ouverte par M. ***
Académicien honoraire , qui lut un Difcours
ou amusement littéraire , ſurun ſpécifique
contre la triſtelle & les chagrins
dela vie.
Si le corps a ſes maladies , l'eſprit a fes
indifpofitions qu'il eſt plus difficile encore
de prévenir. En effet , il n'eſt aucun
régime qui puiffe nous garantir du chagrin
; ce bourreau de l'homme , qui répand
dans l'ame le poiſon & l'amertume , rend
la vie même à charge. L'impoſſibilité de
prévenir ,& la difficulté de détruire cette
indiſpoſition , ne nous laiſſe de reſſource
qued'en affoiblir le ſentiment : quels en
feront les moyens ? La Médecine , cet art
lumineux & ſecourable , ne nous en offre
que très peu ſur leſquels on puiſſe fonder
quelque eſpérance. Homere , cet ami des
jeux& des ris , parle d'une plante dont il
vante l'efficacité ; mais la graine en eſt
peut- être à jamais perdue , du moins ne
croît-elle plusdans nos jardins. Un Poëte
NOVEMBRE. 1753 . 57
, de la Franconie Orientale , Conrad Celte
nous offre en forme de dédommagement ,
quatre ſpécifiques , qu'il nomme les véhicules
de la vie ; le vin , le ſommeil , un
ami , la Philoſophie. En adoptant ce ſentiment
, on ſe propoſe de faire voir que
l'on peut trouver un adouciſſement aux
chagrins de la vie , dans l'uſage modéré
d'un vin exquis , dans les douceurs du
fommeil , dans les agrémens d'une amitié
fincere & réciproque , & dans les maximes
de la Philoſophie. L'Auteur convient
que l'on ne peut regarder ceci que comine
un purbadinage; mais ſansunpeu d'amuſement
( dit il ) un Orateur n'eſt ſouvent
qu'un ingénieux artiſan d'ennui . Ce Difcours
fut ſuivi de celui de M. Lantin ,
contre les mercenaires de la Littérature ,
qui travaillant pour les Académies , ſont
plus ſenſibles à l'intérêt fordide qui les
dévore , qu'à la réputation &à la gloire
d'avoir bien fait..
M. l'Abbé Richard lut enſuite un Mémoirefur
les moeurs des Gaulcis.
Les actions du particulier , ſa façon de
vivre & ſes inclinations , caractériſent un
peuple ; on peut juger des moeurs d'une
nation pat pluſieurs de ces caracteres ralſemblés&
comparés. C'eſt par cette méthode
que l'on est parvenu à nous faire
Cy
58 MERCURE DEFRANCE .
connoître les moeurs des Grecs & des Romains
, c'eſt ainſi que les voyageurs modernes
nous ont ſi bien expliqué le goût
& le génie particulier des peuples des Indes
& de l'Amérique , dont la plupart
font ſauvages par rapport ànous , qu'il
n'y auroit que le premier abord de ces
peuples qui nous étonnât ; ce que nous en
aurions lû , ce que l'on nous en auroitdit,
nous mettroit bientôt au fait de ce que
nous en aurions à craindre ou à eſpérer.
Mais où trouver des mémoires pour
nous inſtruire de ce qui regarde les Gaulois
, aufli parfaitement que nous le ſommes
, de ce qui ſe rapporte aux Romains
& aux Grecs ? Les mêmes Auteurs qui ont
écrit l'hiſtoire de ces peuples fameux , nous
apprendront à connoître nos ancêtres.
Diodore de Sicile , Paufanias , Plutarque
, Athenée , Tite- Live , Ceſar , Tacite ,
Strabon , Pomponius Mela , Aulagelle ,
Clément d'Alexandrie ; les Philofophes
même & les Poëtes , Platon , Ariftote ,
Ciceron , Juvenal , Martial ; on trouve
dans leurs écrits une infinitéde traits qui
nous mettent au fait des moeurs des Gaulois
: c'eſt d'après eux que l'Auteur du Mémoire
a travaillé.
Il n'avance rien de poſitif ſur l'origine
desGaulois . Nous ne trouvons rien , dir-
,
NOVEMBRE, 1753 . 59
il , qui nous faſſe connoître leur établiſfementdans
la partie de l'Europe qu'ils occuperent.
Les Auteurs les plus anciens en
parlent comme d'un peuple connu depuis
long-tems , & vivant ſelon ſes loix. Les
différentes émigrations des Gaulois qui ſe
répandirent de tous côtés pour y former
des établiſſemens nouveaux , qui s'emparerent
d'une grande partie de l'Italie& de
l'Eſpagne , qui pénétrerent juſqu'en Afie
qui peuplerent lesIſles voiſinesde l'Europe,
devinrent la tigede pluſieurs peuples qui
confervent encore aujourd'hui leur nom.
Toutes ces circonstances raſſemblées dépoſent
en faveur de l'antiquité des Gaulois .
د
On dit un mot de leur nom , que l'on'
croit, avec Bodin , pouvoir tirer du pays
même qu'il habitoient , & du mot Wal ,
qui en langue Celtique ſignifie Forest. Du
mot Wal on a fait Walli , & fuivant la prononciation
Romaine qui employe le Gau
lieu du double W, on a dit Galli , Ganlois
, ou habitans des forêts. Hova
L'Auteur donne enſuite une idée de la
conformation extérieure desGaulois ,qui ,
au rapport de Paufanias , étoient les plus
grands , les plus forts , & les mieux faits
de tous les hommes. Ils naiſſoient avecdes
cheveux blonds ; cette couleur leur paroiffoit
trop fade ,& ils avoient une attention
:
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
particuliere à ſe rendre roux; ils s'imagi
noient que cette couleur ſanglante les rendroit
plus formidables à la guerre. La façon
même dont ils tournoient leurs cheveux
avoit quelque choſe d'horrible. Ils ſe rafoient
le menton& conſervoient de longues
moustaches qui retomboient juſques
fur la poitrine ; les principaux de lanation
les regardoient comme une parure auffi
néceflaire qu'agréable.
Leurs habillemens n'étoient pas toujours
les mêmes ; on en diftinguoit de trois efpéces.
La ſaye , ou le vêtement long &
large , avec lequel on paroiſſoit dans les
affemblées publiques ; la braye ( Bracca )
étoit un juſte-an-corps ferré & court , on
le portoitdans les voyages & à la guerre ,
la tunique , le plus léger de tous , fervoit
au peuple & aux ouvriers. L'habillement
des femmes reffembloit beaucoup à celui
des hommes ; il étoit de toile ou d'étoffede
laine fort légere , il étoit taillé de façon
qu'elles avoient les épaules , les bras &
la gorge preſqu'entierement à découvert.
L'uſage de l'or étoit commun parmi eux ,
ils ſçavoient le fondre & l'employer à leur
parure , pour laquelle la nation a toujours
eu un goût décidé ; on en trouve une
preuve fans réplique dans l'hiſtoire de TitusManlius
, qui enleva le colier d'or du
NOVEMBRE. 1753 . 61
Gaulois qu'il vainquit ſur le pont du Teveron
, & qui en prit le nom de Torquatus.
Mais c'eſt par un examen plus important
ducoeur & de l'eſprit desGaulois , de leur
façon d'agir & de penſer dans ce qui regarde
les principes fondamentaux de la
fociété , & ce qui en aſſure le repos & la
gloire , que l'on doit ſe former une idée
des moeurs des Gaulois.On commence par
l'éducation de la jeuneſſe .
Quel étoit parmi eux le ton de l'éducationeil
ſe rapportoit tout au bien de l'Etat
, & il en faifoit en partie la conftitution.
Les Egyptiens & les Spartiates n'ont
rien eu dans ce genre qui leur mérite la
préférence. Les Gaulois, il eſt vrai , ne
formoient ni Sçavans ni Artiſtes , mais ils
formoient des hommes , & les élevoient
reſpectivement les uns pour les autres.
Leur eſprit ſe développoit à peine , qu'ils
étoient perfuadés de ce principe impor
tant , qu'on ne peut trouver ſon avantage
particulier que dans le bien général. C'eſt
de ce tems qu'il eſt permis de dire qu'il ne
naiſſoit pas plus de bons hommes que de
bons patriotes Que fon nerévoque point
en doute ce que l'on raconte de ces tems
éloignés. Le confentement unanime des
Hiſtoriens dépoſe en faveur d'une vérivé
62 MERCURE DE FRANCE.
que l'on ne refuſe d'admettre que parce
que l'on eſt intéreſſé à ſe perfuader que les
hommes de tous les récles ſe ſont reſſemblés
, & que les mêmes cauſes ont toujours
du produire les mêmes effets. Un
détail exact& ſuivi prouve le contraire.
La nourriture de la jeuneſſe , ſes exerci
ces , ſes jeux , le ſoin que l'on avoit de ſes
moeurs , l'exactitude de ſes maîtres , & la
ſévérité des châtimens , concouroient à
en former des citoyens robuftes& fideles à
l'Etat .
On parle de leurs mariages , des cérémonies
qui s'y obſervoient , des conventions
matrimoniales, de l'autorité deſpotique
des maris ſur les femmes& les enfans
, du rang que les femmes tenoient
dans la fociété. Les coutumes n'étoient
pas les mêmes à ce ſujet dans toutes les
Gaules ; on en rapporte les différences
confirmées par les témoignages des Hiſtoriens
qui en ont écrir.
D'autres uſages nous préſentent les
moeurs des Gaulois ſous un aſpect plusheureux.
Nous y trouvons avecplaifir une inclination
marquée pour le bien , & un
amour décidé pour Thumanité ; ils exer.
çoient l'hoſpitalité avec un déſintéreffement
& un zele qui leur étoit unique. Ils
établirent en faveur de leurs hôtes une loi
NOVEMBRE. 1753. 6
qui fait honneur à l'humanité. On parle
de l'Architecture civile , des feſtins , & des
meubles des Gaulois. Ces détails forment
un tableau agréable , varié , & d'autant
plus inſtructif , que malgré les changemens
que les révolutions des ſiécles ont néceffairement
introduit , nous retrouvons dans
nos uſages mille traits qui ſe rapportent à
cequepratiquoient anciennement lesGaulois;
& plus nous remontons dans les fiécles
paflés , plus nous voyons augmenter
le nombredes rapports ; de forte qu'iln'eſt
pas impoffible de former une chaîne qui
remonte depuis nous juſqu'à l'antiquité
la plus reculée.
Le Mémoire eſt terminé par ce qui regarde
les qualités de l'eſprit national des
Gaulois. Les Auteurs étrangers les ont taxé
d'inconſtance & de légereté ; ceux qui les
ontmieux connus , ont trouvé la cauſe de
ces défauts prétendus ,dans la vivacité de
l'inclination des Gaulois , & dans leur facilité
à réfondre ſur le champ ce qui convenoit
aux circonstances du tems. On leur
a reproché une curioſité infupportable aux
étrangers ; c'étoit le vice de la nation ,
que l'on ne peut jamais détruire , & qui
ſouvent lui fut préjudiciable , attendu ſon
inclination à croire tout ce qu'on lui racontoitdesdeffeins
de ſes ennemis ou de
64 MERCURE DE FRANCE.
fes voiſins. Le Gouvernement ne trouva
d'autre moyen de l'arrêter , qu'en défendant
ſous des peines très féveres , de s'entretenir
en publicdes nouvelles étrangeres
,& de prendre en conféquence aucune
réſolution ſans l'ordre du Conſeil national
, auquel on devoit rapporter tout
ce que l'on auroit entendu dire , pour ſuivre
fes ordres fur les précautions qu'il y
auroit à prendre.
Ils avoient beaucoup de vanité , & fe
eroyoient invincibles. Les Romains leur
apprisent le contraire , quoiqu'il ſoit vrai
de dire que de toutes leurs conquêtes ,
aucune ne leur a autant coûté , & qu'il a
falu la valeur & le génie ſupérieur de Céfar
pour en venir à bout.
On s'eſt mocqué de leur crédulité , elle
paffa en proverbe à Rome , & les Grecs
regarderent les Gaulois comme un peuple
fans efprit& fans difcernement ; & pourquoi
? c'eſt qu'ils n'avoient jamais trompé
perfonne ,& qu'ils ne croyoient pas qu'on
pût les tromper. Ils ne mirent pas la défiance
au rang des vertus. Une fi grande
crédulité eſt peut-être un défaut ; mais
quand c'eſt celui de la nation , & qu'il a
pour principe la fimplicité des moeurs &
l'ingénuité du coeur , ce défaut même devient
honorable à la nation , que l'on ne
NOVEMBRE. 1753. 65
doit regarder que comme un peuple chez
lequel la vérité ſeule a le droit de ſe faire
entendre , & qui n'ajamais imaginé que
ta diffimulation & la fraude puffent entrer
dans le commerce ordinaire de la vie .
Le Prix qui avoit été remis l'an paſſé ,
lesAuteurs n'ayant pas rempli les vûes de
l'Académie fur le ſujet fuivant; sçavoir ,
fi la température de l'air d'un climat influe
fur le tempéramem & la force de ses habitans
, a été adjugé à M. Gravier , Docteur
en Médecine , à Paray en Charolois , qui
s'eſt annoncé l'Auteur du Mémoire Nº. 20
qui a pour deviſe , mutas omnia coli tempe
ries .
Programmes proposés.
Le Prix de morale pour l'année 1754 ,
conſiſtant en une médaille d'or de la valeur
de trente piſtoles , ſera adjugé à celui
qui aura le mieux réſolu le Problême furvant
: Quelle est la ſource de l'inégalué parmi
les hommes , &fi elle est autorisée par la loi
naturelle.
Il ſera libre d'écrire en François ou en
Latin , il ne faut pas que la lecture excéde
trois quarts d'heure. Les Mémoires ,
francs de pore , feront adreſſés à M. Petit ,
Secrétaire de l'Académie , rue du Vieux
Marché , à Dijon , qui n'en receyra point
66 MERCURE DE FRANCE .
paílé le premier Avril. Il en ſera ufé de
même à l'avenir à l'égard des paquets
adreſſés à l'Académie ; elle n'en recevra
aucun , dont le port n'ait été acquité aux
Bureaux d'où ils font partis.
L'Académie déſirant donner aux Auteurs
le tems de travailler leurs ouvrages
&de faire les recherches néceſſaires , s'eſt
déterminée à annoncer les ſujets un an
plutôt qu'elle n'avoit coutume de faire.
Celui de Médecine pour l'année 1755 ,
conſiſte à déterminer la maniere d'agir du
bain aqueuxſimple , fes avantages &ses inconvéniens
, par rapport aux différens tempėrammens
, & en particulier dans quelgenre
de maladies il peut être utile. Lesouvrages
qui n'excéderont pas une heure de lecture
feront reçus ſous les mêmes conditions que
ci-deſſus , juſqu'au premier Avril 1755.
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6820
p. 95-96
ENIGME.
Début :
Regarde-moi parler : je suis depuis long-tems ; [...]
Mots clefs :
Écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
REgarde- moi parler : je ſuis depuis long-tems;
Ettoutefois , Lecteur , je nais à chaque inſtant :
Tel medonne la mort , qui m'a donné la vie ,
Ettel me rend au jour , qui m'a donné la mort :
Je peins également l'eſprit & la folie ;
Je fais honneur à Pun , à l'autre je fais tort :
Je raſſure ſouvent la trop tendre Silvie ,
Qui rendue à Tircis , craint de le perdre au port :
Utile , dangereuſe , au bien , au mal propice ,
6 MERCURE DE FRANCE:
J'excite à la vertu , j'autoriſe le vice.
Mais c'eſt trop , cher Lecteur , oui , c'eſt trop
m'annonçer ;
Tu me vois , tu me tiens ; peux-tu donc m'is
gnorer ?
REgarde- moi parler : je ſuis depuis long-tems;
Ettoutefois , Lecteur , je nais à chaque inſtant :
Tel medonne la mort , qui m'a donné la vie ,
Ettel me rend au jour , qui m'a donné la mort :
Je peins également l'eſprit & la folie ;
Je fais honneur à Pun , à l'autre je fais tort :
Je raſſure ſouvent la trop tendre Silvie ,
Qui rendue à Tircis , craint de le perdre au port :
Utile , dangereuſe , au bien , au mal propice ,
6 MERCURE DE FRANCE:
J'excite à la vertu , j'autoriſe le vice.
Mais c'eſt trop , cher Lecteur , oui , c'eſt trop
m'annonçer ;
Tu me vois , tu me tiens ; peux-tu donc m'is
gnorer ?
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6821
p. 96
LOGOGRYPHE.
Début :
De neuf pieds, cher Lecteur, est composé mon nom ; [...]
Mots clefs :
Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPH Ε.
Eneufppieds , cher Lecteur , eſt compoſémon
nóm ;
En les changeant de lieu , tu trouveras , je gage ,
Un péché qui ſouvent nous voile la raiſon ;
Le nom d'un animal qui naît pour notre uſage ;
Celui que nous donnons à ceux qu'un même ſort
Arangé ſous les loix de l'objet qui nous charme;
Cequi nous eſt ravi par la cruelle mort ,
Etdont nous redoutons la perte avec allarme.
Mon nom est fort commun , cependant diftingué ;
Pluſieurs de mes Lecteurs le portent ,oui ,j'en
jure ;
L'un s'en faitgrand honneur, l'autre en eft fatigué:
Lecteur, tu dois connoître à ces traits ma nature,
Eneufppieds , cher Lecteur , eſt compoſémon
nóm ;
En les changeant de lieu , tu trouveras , je gage ,
Un péché qui ſouvent nous voile la raiſon ;
Le nom d'un animal qui naît pour notre uſage ;
Celui que nous donnons à ceux qu'un même ſort
Arangé ſous les loix de l'objet qui nous charme;
Cequi nous eſt ravi par la cruelle mort ,
Etdont nous redoutons la perte avec allarme.
Mon nom est fort commun , cependant diftingué ;
Pluſieurs de mes Lecteurs le portent ,oui ,j'en
jure ;
L'un s'en faitgrand honneur, l'autre en eft fatigué:
Lecteur, tu dois connoître à ces traits ma nature,
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6822
p. 96-98
AUTRE.
Début :
Je ne suis tout au plus qu'un leger accident, [...]
Mots clefs :
Nouveauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
TRE.
Ene ſuis tout au plus qu'un leger accident,
Source de plaiſirs cependant ;
Quoiqu'univerſelle , la France
Eſt mon ſéjour de préférence ;
Ses peuples ſont mes favoris ,
Et
NOVEMBRE. 1753 . 97
Et de leurs coeurs je ſuis la Déité ſuprême ,
Petits maîtres , héros , belles , & beaux eſprits ,
Tous pour mon culte y font voir une ardeur extrême
;
Auſſi de leurs attraits , de leurs legers écrits ,
C'est moi qui bien ſouvent fais l'unique mérite .
Aux plus minces objets je donne un fort grand
prix;
Mais , malgré mon pouvoir , le tems me décrédite,
Et les jette dans le mépris.
Je change , & varie ſans ceſſe ,
Et c'eſt à cette heureuſe adreſſe
De m'offrir chaque jour ſous des traits differens
Que je dois des mortels , & l'hommage & l'encens;
Mais il faut que je le confeſſe ,
Dans l'eſprit des François , tel qu'il eſt aujourd'hui
,
Inépuiſable ſource ,
Je trouve une reſſource ,
L'honneur de mes autels ,&leurplus ferme appui.
Tu meparois rêveur , allons , Lecteur , courage;
Dans mes neuf pieds je préſente àtes yeux ,
Le foible bois qui ſur un tronc ſauvage
Promet des fruits délicieux ;
Cet élément ſur qui l'on nage ;
Cet amas qui formé des vapeurs de la terre ,
Renferme dans ſon ſein la grêle& le tonnerre ,
Et l'eſpérance des moiſſons ;
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Un des cinq ſens , & l'une desfailons ;
Cequi les contient toutes quatre ;
Deux quadrupedes animaux ,
Dont l'un eſt fort opiniâtre ;
Celle qui fut la cauſe de nos maux ,
Pour n'avoir du ſerpent repouſſé l'artifice ;
Le comble intérieur d'un pieux édifice ;
Un inſtrument qui ſert à nettoyer le grain ,
Et de tout mélange l'épure ;
Ce qu'un Marchand tient à la main ,
Quand toiles , ou draps il meſure ;
Le fier tyran des flots ,
La terreur & l'objet des vænx des matelots.
Ceque forme la voi'x; ce juſte Patriarche
Aux yeux daquel dans l'air , Dieu au ſortir de
l'Arche
Etala l'Arc brillant des plus vives couleurs ;
Ceque dans le danger la crainte nous fait faire ,
Dont ſouvent on déroge à l'obligation ;
Un adverbe local , actif ou ſédentaire ,
Qui dans un autre ſens devient conjonction ;
Des bienheureux le ſigne ſalutaire ;
Unterme muſical , qui pris differemment
D'un texte obſcur eſt l'éclairciſſement ;
Une négation ; certaine particule ;
Ce qui trop grand , ou trop petit
Rendun viſage ridicule ;
Je crois , Lecteur , t'en avoir aſſez dit.
Ene ſuis tout au plus qu'un leger accident,
Source de plaiſirs cependant ;
Quoiqu'univerſelle , la France
Eſt mon ſéjour de préférence ;
Ses peuples ſont mes favoris ,
Et
NOVEMBRE. 1753 . 97
Et de leurs coeurs je ſuis la Déité ſuprême ,
Petits maîtres , héros , belles , & beaux eſprits ,
Tous pour mon culte y font voir une ardeur extrême
;
Auſſi de leurs attraits , de leurs legers écrits ,
C'est moi qui bien ſouvent fais l'unique mérite .
Aux plus minces objets je donne un fort grand
prix;
Mais , malgré mon pouvoir , le tems me décrédite,
Et les jette dans le mépris.
Je change , & varie ſans ceſſe ,
Et c'eſt à cette heureuſe adreſſe
De m'offrir chaque jour ſous des traits differens
Que je dois des mortels , & l'hommage & l'encens;
Mais il faut que je le confeſſe ,
Dans l'eſprit des François , tel qu'il eſt aujourd'hui
,
Inépuiſable ſource ,
Je trouve une reſſource ,
L'honneur de mes autels ,&leurplus ferme appui.
Tu meparois rêveur , allons , Lecteur , courage;
Dans mes neuf pieds je préſente àtes yeux ,
Le foible bois qui ſur un tronc ſauvage
Promet des fruits délicieux ;
Cet élément ſur qui l'on nage ;
Cet amas qui formé des vapeurs de la terre ,
Renferme dans ſon ſein la grêle& le tonnerre ,
Et l'eſpérance des moiſſons ;
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Un des cinq ſens , & l'une desfailons ;
Cequi les contient toutes quatre ;
Deux quadrupedes animaux ,
Dont l'un eſt fort opiniâtre ;
Celle qui fut la cauſe de nos maux ,
Pour n'avoir du ſerpent repouſſé l'artifice ;
Le comble intérieur d'un pieux édifice ;
Un inſtrument qui ſert à nettoyer le grain ,
Et de tout mélange l'épure ;
Ce qu'un Marchand tient à la main ,
Quand toiles , ou draps il meſure ;
Le fier tyran des flots ,
La terreur & l'objet des vænx des matelots.
Ceque forme la voi'x; ce juſte Patriarche
Aux yeux daquel dans l'air , Dieu au ſortir de
l'Arche
Etala l'Arc brillant des plus vives couleurs ;
Ceque dans le danger la crainte nous fait faire ,
Dont ſouvent on déroge à l'obligation ;
Un adverbe local , actif ou ſédentaire ,
Qui dans un autre ſens devient conjonction ;
Des bienheureux le ſigne ſalutaire ;
Unterme muſical , qui pris differemment
D'un texte obſcur eſt l'éclairciſſement ;
Une négation ; certaine particule ;
Ce qui trop grand , ou trop petit
Rendun viſage ridicule ;
Je crois , Lecteur , t'en avoir aſſez dit.
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6823
p. 79-91
ESSAI Sur cette question proposée par l'Académie de Besançon : L'assiduité au travail peut-elle procurer autant d'avantages à la société, que la supériorité des talens.
Début :
Sed quid tentare nocebit ? Cicer. C'est un spectacle qui se renouvelle [...]
Mots clefs :
Société, Nature, Travail, Talents, Besoins, Avantages, Homme, Académie de Besançon, Secours, Supériorité des talents, Efforts, Génie, Génies supérieurs, Assiduité, Intérêts, Travail
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texteReconnaissance textuelle : ESSAI Sur cette question proposée par l'Académie de Besançon : L'assiduité au travail peut-elle procurer autant d'avantages à la société, que la supériorité des talens.
ES•SA I
Sur cette queftion propofée par l'Académie
de Befançon : L'affiduité au travail
peut-elle procurer autant d'avantages à la
fociété , que la fupériorité des talens .
Sed quid tentare nocebit ? Cicer.
Ch
'Eft un fpectacle qui fe renouvelle
chaque jour , de voir l'homme luter
contre le befoin , chercher dans le travail
la fource des fecours , réaffir quelquefois
à force d'affiduité , & plus fouvent encore
échouer ; tandis qu'à fes côtés les fuccès
les plus brillans feront le fruit des moindres
efforts : tel eft l'effet de cette diverfité
de difpofitions que la nature a diftribué
aux hommes , pour établir entr'eux
une dépendance mutuelle.
S'il eût été poffible à l'effort du travail
de fuppléer au défaut de talent , glorieux
de fe fuffire à lui - même , l'homme auroit
peut être méprifé des fecours étrangers
dont il auroit pû fe paffer ; par un prin.
cipe pareillement puifé dans le coeur , il
cût bientôt abandonné celui de qui il
n'auroit pû efpérer aucun retour , fi la nacure
avoit abfolument privé de fes dons
D iiij
So MERCURE DEFRANCE.
quelques - uns de fes enfans. Mais l'hom
me fans talens eft auffi rare que les monf
trés , pour me fervir de l'expreffion de
Quintilien ( a ) , & ·le travail n'eſt ſtérile
qu'autant qu'il eft défavoué par la natu
re. Ainfi rapprochés par les befoins auf.
quels ils ne pouvoient fe dérober , les
hommes ont été réunis par les fervices
qu'ils devoient réciproquement fe rendre.
Voilà le principe & la fin de la fociété.
Tous font également destinés à en être
membres : quelle difproportion cependant
entre les talens ! La mefure en eft aufi
variée que l'objet ; & quoique dirigés au
même terme , l'homme doué d'un génie
fupérieur laifferoit bientôt loin de lui
l'homme qui auroit reçu un moindre talent
; celui - ci pourroit- il donc être également
utile à la fociété ? Oui , fans doute
, s'il n'y a aucuns des avantages de la
fociété qui foient attachés particulierement
aux fuccès du premier , & aufquels
les efforts du fecond ne puiffent fuffire. Je
dois vérifier ces deux points pour l'établir.
A peine l'homme eft-il forti des mains
de la nature qu'il en paroît abandonné ; la
faim , la foif , la nudité ; voilà ce qui l'ac
( a ) Liv, 1. ch. 1.
C
DECEMBRE. 1753-
St
compagne à fon entrée dans le monde .:
les maladies fe joignent à ces befoins , les
écueils fe fuccedent devant fes pas ; en
un mot , tout ce qui l'environne au dedans
& au dehors femble concourir à fa
deftruction : pourvoir à ces befoins ou en
adoucir la rigueur ; écarter les maladies ,
ou en prévenir l'effet ; détruire ces écueils ,
ou en diminuer le danger ; c'eſt le moyen
de
procurer fa confervation . Mais qu'eftce
que l'homme , réduit à ce feul avantage
! Si fon efprit fe dégage des ténebres
dans lesquelles la nature l'avoit d'abord enveloppé
, c'eſt pour être expofé à de nouveaux
befoins les obftacles l'effrayent ,
les ennuis l'abbattent, le travail le fatigue ,
l'impétuofité l'emporte , les erreurs l'environnent
; il a befoin de motifs qui
l'excitent & l'animent ; de guide , qui l'éclaire
& le foutienne ; de frein , qui le retienne
& l'affure ; de délaffemens , qui le
diffipent & le foulagent.
:
Que de befoins également certains ! que
de fecours également néceffaires ! A peine
cependant dans une même génération
rencontre-t- on quelques hommes que la
nature ait favorifé d'un génie fupérieur
encore font - ils épars dans cette multitude
q peuple la terre . Comment conciliet
cette oppofition avec les intérêts de la
>
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
fociété ? Si c'eft fur les befoins du corps
que fes fondemens font appuyés , c'eſt
des befoins de l'efprit que naiffent fes agrémens
( a ) ; fi les fecours propres aux premiers
affurent à chacun de fes membres les
avantages les plus chers , les fecours propres
aux feconds ne procurent pas à la fociété
des avantages moins effentiels : les
uns & les autres ne peuvent donc dépendre
d'une qualité fi rare parmi ceux qu'elle
ralfemble .
En fuppofant que dans les premiers
tems , les génies fupérieurs euffent été en
affez grand nombre pour fournir au refte
des hommes tous les fecours néceffaires
aux befoins qui fe multiplioient avec eux ,
& que chaque inftant rendoit dès là plus
prellans , il ne feroit pas impoffible d'accorder
aujourd'hui les intérêts de la fociété
avec la rareté des génies fupérieurs ;
il est communément plus facile de conſerver
que de produire , d'imiter que d'inventer
; mais parcourons le lointain , que
l'Hiftoire offre à notre curiofité . Quels
font ces noms que l'admiration répéte ,
ces trônes que le refpect éleve , ces autels
que la prévention encenfe , ces trophées
que l'étonnement environne ? Répondez ,
( a ) Rouffeau , de Genêve. Difc. de Dijon.
DECEMBRE. 1755- 83
premiers peuples de l'univers , dont l'intérêt
n'avoit point encore rendu ſuſpects
les fentimens , & parmi lefquels la faterie
n'avoit point encore confondu les titres
; n'est-ce pas autant de témoignages
rendus à la rareté des génies fupérieurs ?
Accoutumés aux fuccès des génies ordinaires
, parce qu'ils fe renouvelloient plus
fouvent , vous n'avez pû voir fans en être
furpris , ceux qui ont diftingué la fupériorité
des talens : frappés d'un éclar qui
fembloit les tirer de la fphere commune ,
vous avez regardé comme des hommes extraordinaires
, ceux que la nature en avoit
doué , & ces monumens de leur fuccès.
autant que de votre admiration , juftifient
que quoiqu'accablés de befoins multipliés
& toujours renaiffans , ainfi que nous ,
vous ne les avez vû paroître parmi vous
que comme ces aftres finguliers que les
révolutions du Ciel ramenent à nos regards
toujours furpris , parce qu'ils n'en
font pas ordinairement frappés. Egalement
rares , les génies fupérieurs feroient- ils
donc plus néceffaires aux befoins de la fociété
que ces aftres plus brillans ne le
font aux befoins de l'univers ?
Mais pourquoi recourir à ces raiſonnemens
, tandis que l'expérience parle ? Les
hommes n'ont pas toujours composé une
Dvj
84 MERCURE DEFRANCE.
lecou
fociet
es
de la
C
même famille , leurs intérêts ont été di- point
vilés prefqu'auffi - tôt que leur langage' ;
ils fe font renfermés dans des Villes , les
autres font restés dans les Campagnes ;
par tout le befoin a réuni ceux que la conformité
de langage rendoir fociables , &
l'on a diftingué autant de fociétés différentes
que de peuples , de Provinces , de
Villes , de familles , quelquefois établies
fur les mêmes fondemens que la fociété
primitive ; combien renfermées entre les
bornes étroites que leur intérêt particu
lier avoit placées , ont été privées du fecours
de la fupériorité des talens dont la
nature n'avoit favorifé aucun de ceux qui
en étoient les membres ! Leur établitement
& leur confervation démontrent fenfiblement
qu'aucun des avantages de la
fociété n'exige cette fupériorité. Du milieu
de celles qui ont compté parmi leurs Amembres
quelques uns de ces génies fupérieurs
, tranfportons- nous dans celles - ci :
nous y retrouverons la faim , la foif ,
nudité , les maladies & les dangers , les
ennuis & la fatigue , les obftacles & les
erreurs ; nous y retrouverons des hommes,
en un mot , fujets par conféquent aux
mêmes befoins du corps & de l'efprit , &
leurs propres richeffes , quoique moins bril
lantes, leur ont fuffi . Que l'on ne faile donc
la
DECEMBRE. 1753. 85
point une diftinction fpécieufe entre les
fecours qui affurent les fondemens de la
fociété & ceux qui procurent fes agrémeus
, pour faire dépendre ces derniers
de la fupériorité des talens. Ce paralelle
que l'expérience juftifie , en découvre l'il
lufion.
Ce n'eft point , en effet , par une oppofition
injufte de la fociété , telle qu'elle eft
aujourd'hui avec ce qu'elle fut dans ces
tems d'obfcurité, que nous pourrions décider.
Si elle n'a pas toujours été bornée au
fimple néceffaire , fi les fecours ſe font
multipliés avec les hommes , & fe font
perfectionnés en fe reproduifant , la fociété
en a du recevoir de plus grands avantages
& en & en plus grand nombre. Mais interrogeons
ces hommes fameux , que des
découvertes précieuſes aux Sciences & aux
Arts , intéreffantes pour le commerce autant
que pour notre confervation , ont immortalifé
, & fideles à la vérité , ils feront
forcés de convenir que c'eft au hazard que
la fociété doit ces richelles. S'il eft permis
à notre oeil curieux de percer jufqu'aux
régions céleſtes , c'eft un enfant qui nous
en a ouvert la route ; fi nous connoiffons
la pefanteur de l'air qui nous échappe ,
c'eft des mains les moins habiles que nous
en avons reçu la balance. Séduits comme
86 MERCURE DE FRANCE.
bien d'autres , par une fauffe opinion , le
Cordelier Bacon court après une chimere,
& au lieu d'or il découvre la force du fouffre
environné de falpêtre. Colomb cherchoit-
il ce nouveau monde qui frappe fes
regards étonnés ?
Quelle fera donc la gloire de la fupériorité
des talens ? d'avoir du moins porté
les avantages de la fociété au point de perfection
où nous les admirons aujourd'hui ?
Ses fuccès y ont contribué , j'en conviens ;
mais des talens moins éminens pouvoient
fuffire : c'eft ce qui me reſte à démontrer.
Tandis que les befoins environnoient
l'homme de toutes parts , il étoit jufte de
placer dans fes mains le moyen de s'y fouftraire
; la voix du befoin pouvoit bien en
indiquer les fecours , mais le travail devoit
les procurer ; foit qu'il les doive à
fes
propres efforts , foit qu'il les tienne
de la fociété dont il eft membre , ce n'eft
qu'à ce prix que l'homme jouit de quelques
avantages : la fucceffion des fiècles
écoulée jufqu'à nous ne préfente que cette
alternative fans ceffe répétée. L'Agricul
ture pourvoit à la fubfiftance de l'homme
, la Médecine lui rend la fanté , le
Commerce augmente fes tréfors ; les Arts
& les Sciences affurent à la fociété les plus
DECEMBRE . 1753 87
grands avantages ; mais la terre ne produiroit
que des ronces & des épines fans
les travaux du Laboureur , les maladies accableroient
l'homme , & il en ignoreroit
la nature & le reméde , fans les recherches
du Médecin ; nous pofféderions des
richeffes & nous n'en jouirions pas , fi le
Négociant n'en facilitoit le commerce par
fes fatigues. Que font çes ouvrages où
l'utile fe trouve réuni à l'agréable , finon
le fruit des foins & des peines de l'artifan?
c'eft aux veilles du Sçavant , aux méeditations
du Philofophe , aux réflexions
du citoyen , que nous devons la lumiere
qui nous éclaire tout , en un mot , dépoſe
#de cette néceffité du travail , qui confond
fous les mêmes loix le génie fupérieur ,
& celui que la nature n'en a pas favorifé.
:
Les fuccès ont varié , il eft vrai ; n'eftce
donc pas l'effet néceffaire de l'inégalité
des talens ? Non , fans doute . Et que
l'homme foit couvert de confufion , en
découvrant le terme où l'affiduité au travail
dont il a négligé le fecours , fouvent
auroit pû le conduire. Il eft queftion de
juftifier la nature dans la diftribution qu'el
le a fait de fes dons : or fi la rareté de
ceux qu'elle a doué de la fupériorité des
talens , eft un titre fuffifant pour nous
faire penfer que les intérêts de la fociété
SS MERCURE DE FRANCE.
ne peuvent en dépendre , la multitude de re
ceux à qui elle n'a accordé que des talens
moins éminens , doit prouver que ceuxci
peuvent y fuffire ; & s'il eft permis de
pénétrer les vues dans un tel partage ,
peut- on douter qu'elle n'ait voulu pourvoir
au défaut ou à l'indolence des génies
fupérieurs , & rendre les avantages de la
fociété d'autant plus affurés , que la fources
en eft multipliée ? Mais le travail doit augmenter
à proportion que le talent eft plus
ou moins éminent : c'eft la mefure & le
gage des fuccès.
@
1
P
S'il étoit un terme à nos befoins , il fe
roit , fans doute ', en même tems celui du
travail , & peut- être le triomphe du génie
fupérieur ; c'eft l'hydre qui renaît & préfente
fans ceffe de nouveaux fuccès à celui
qui l'a combattu : favorifé d'un talent fa- e,
périeur , comme borné à un moindre talent
, il n'eft perfonne qui puiffe fe Alarer
de l'abattre , & les efforts de l'un & de
l'autre ne peuvent aboutir qu'à foulager
nos befoins , non à en tarir la fource :
que celui- là y réuffiffe avec plus de faci
lité que celui-ci , n'importe , dès que le
let:
but eft le même ; la difficulté du fuccès ne
peut qu'en augmenter le prix.
Ce n'est point un vain raifonnement ,
il cft juftifié par les fucces même des génies
DECEMBRE. 1753.
Fupérieurs. Dans quelle étroite fphere la
nature ne les a - t- elle pas renfermés ? En
fuivant leur deftination , ils volent avec
cette rapidité qui les diftingue , & parviennent
au but avec moins de peine ;
mais auffi la route qquuii ppeeuutt lleess y conduire
eft unique , & le génie le plus brillant eft
celui qui tombe le plus bas lorfqu'il s'en
écarte : il eft impoffible , dit un Philofophe
( a ) de l'antiquité , dont le fyftême fameux
attefle les lumieres & l'expérience ,
que le même homme excelle en des ouvrages
d'un genre différent. Quel gage plus affuré
pourroit animer l'efpoir de celui que la
nature a doué d'un moindre génie , que ce
partage fait avec autant d'épargne que de
partialité , de la fupériorité des talens ?
Si avoué par la nature ,
nature , il fuit la même route
, il ne peut manquer d'arriver au même
terme , & quoiqu'avec moins d'éclat , il
ne procurera pas moins les mêmes avantages
à la fociété , le faccès ne dépend que
de la conftance de fes efforts .
Voyons le Nouveau Monde , qu'un hazard
heureux vient d'affocier au nôtre ;
enfevelis dans les ténébres de l'indolence
, les hommes qui l'habitoient ne connoiffoient
que le fimple néceffaire , &
(a) Plato , de Rep. 1. 3.
go MERCURE DE FRANCE.
leurs travaux ne s'étendoient pas au- delà
: inftruits autant qu'encouragés , par
l'exemple des conquérans qui y ont péné
tré , déja ce n'eft plus un trifte affemblage
d'ignorance & de barbarie , c'eft un
peuple nouveau qui devient le rival de
fes maîtres.
Confultons nos propres annales , re
paffons fur les fiécles qui fe font écoulés
jufqu'à nous ; quelles viciffitudes bizarres
de ténébres & de lumiere ! quelle obica
rité plutôt , tandis que l'homme ne fuit
dans fon travail ,, que la néceffité pour
guide ! Mais les Philippe & les Alexandre
dans la Grece , les Céfar & les Augufte par
mi les Romains , les Médicis dans l'Italie ,
Louis le Grand & fon fucceffeur le Bien-
Aimé parmi nous , répandent des bien
faits , diftribuent des récompenfes. Animéspar
cet appas , les efforts redoublent ,
& des fuccès auffi nombreux qu'éclatans ,
diftinguent ces beaux fiécles , immortels
comme ceux qui en font la gloire : les
avantages qu'en reçoit la fociété font donc
le prix d'un travail plus affidu.
Cette affiduité au travail , néceffaire au
génie moins éminent , entraîneroit , fans
doute , avec elle la fatigue & les ennuis,
d'autant plus infupportables que le travail
feroit prolongé davantage. Mais la nature
100
DECEMBRE. 1753. 98
femble en avoir voulu diminuer le poids ,
en le rendant plus libre. Ceux , en effet
qui n'ont pas été favorifés d'un talent fupérieur
, font pour l'ordinaire dédommagés
par la pluralité des talens moins éminens
réunis dans leur perfonne ; c'eft donc leur
propre choix qui les détermine & les guide
: nouveau motif qui doit les encourager
, nouvelle preuve que le fuccès eſt attaché
à leurs efforts.
Quelle excufe pourroit donc autorifer
' indolence de ces hommes indignès de la
Efociété , qui facrifient à un honteux repos
fes intérêts les plus chers ? Qu'importe que
la nature nous ait doué ou non de la fupériorité
des talens ? ce n'eft point la routeplus
ou moins pénible , c'eft le terme qui
nous eft marqué par la nature , que nous
devons appercevoir : ne cédons point à la
difficulté , & le fuccès nous attend. Ainfi
l'affiduité au travail pourra procurer autant
d'avantages à la fociété , que la fupériorité
des talens.
Nihil eft quod non expugnet pertinax opera
intenta ac diligens cura. Senec. Epift . so ..
Sur cette queftion propofée par l'Académie
de Befançon : L'affiduité au travail
peut-elle procurer autant d'avantages à la
fociété , que la fupériorité des talens .
Sed quid tentare nocebit ? Cicer.
Ch
'Eft un fpectacle qui fe renouvelle
chaque jour , de voir l'homme luter
contre le befoin , chercher dans le travail
la fource des fecours , réaffir quelquefois
à force d'affiduité , & plus fouvent encore
échouer ; tandis qu'à fes côtés les fuccès
les plus brillans feront le fruit des moindres
efforts : tel eft l'effet de cette diverfité
de difpofitions que la nature a diftribué
aux hommes , pour établir entr'eux
une dépendance mutuelle.
S'il eût été poffible à l'effort du travail
de fuppléer au défaut de talent , glorieux
de fe fuffire à lui - même , l'homme auroit
peut être méprifé des fecours étrangers
dont il auroit pû fe paffer ; par un prin.
cipe pareillement puifé dans le coeur , il
cût bientôt abandonné celui de qui il
n'auroit pû efpérer aucun retour , fi la nacure
avoit abfolument privé de fes dons
D iiij
So MERCURE DEFRANCE.
quelques - uns de fes enfans. Mais l'hom
me fans talens eft auffi rare que les monf
trés , pour me fervir de l'expreffion de
Quintilien ( a ) , & ·le travail n'eſt ſtérile
qu'autant qu'il eft défavoué par la natu
re. Ainfi rapprochés par les befoins auf.
quels ils ne pouvoient fe dérober , les
hommes ont été réunis par les fervices
qu'ils devoient réciproquement fe rendre.
Voilà le principe & la fin de la fociété.
Tous font également destinés à en être
membres : quelle difproportion cependant
entre les talens ! La mefure en eft aufi
variée que l'objet ; & quoique dirigés au
même terme , l'homme doué d'un génie
fupérieur laifferoit bientôt loin de lui
l'homme qui auroit reçu un moindre talent
; celui - ci pourroit- il donc être également
utile à la fociété ? Oui , fans doute
, s'il n'y a aucuns des avantages de la
fociété qui foient attachés particulierement
aux fuccès du premier , & aufquels
les efforts du fecond ne puiffent fuffire. Je
dois vérifier ces deux points pour l'établir.
A peine l'homme eft-il forti des mains
de la nature qu'il en paroît abandonné ; la
faim , la foif , la nudité ; voilà ce qui l'ac
( a ) Liv, 1. ch. 1.
C
DECEMBRE. 1753-
St
compagne à fon entrée dans le monde .:
les maladies fe joignent à ces befoins , les
écueils fe fuccedent devant fes pas ; en
un mot , tout ce qui l'environne au dedans
& au dehors femble concourir à fa
deftruction : pourvoir à ces befoins ou en
adoucir la rigueur ; écarter les maladies ,
ou en prévenir l'effet ; détruire ces écueils ,
ou en diminuer le danger ; c'eſt le moyen
de
procurer fa confervation . Mais qu'eftce
que l'homme , réduit à ce feul avantage
! Si fon efprit fe dégage des ténebres
dans lesquelles la nature l'avoit d'abord enveloppé
, c'eſt pour être expofé à de nouveaux
befoins les obftacles l'effrayent ,
les ennuis l'abbattent, le travail le fatigue ,
l'impétuofité l'emporte , les erreurs l'environnent
; il a befoin de motifs qui
l'excitent & l'animent ; de guide , qui l'éclaire
& le foutienne ; de frein , qui le retienne
& l'affure ; de délaffemens , qui le
diffipent & le foulagent.
:
Que de befoins également certains ! que
de fecours également néceffaires ! A peine
cependant dans une même génération
rencontre-t- on quelques hommes que la
nature ait favorifé d'un génie fupérieur
encore font - ils épars dans cette multitude
q peuple la terre . Comment conciliet
cette oppofition avec les intérêts de la
>
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
fociété ? Si c'eft fur les befoins du corps
que fes fondemens font appuyés , c'eſt
des befoins de l'efprit que naiffent fes agrémens
( a ) ; fi les fecours propres aux premiers
affurent à chacun de fes membres les
avantages les plus chers , les fecours propres
aux feconds ne procurent pas à la fociété
des avantages moins effentiels : les
uns & les autres ne peuvent donc dépendre
d'une qualité fi rare parmi ceux qu'elle
ralfemble .
En fuppofant que dans les premiers
tems , les génies fupérieurs euffent été en
affez grand nombre pour fournir au refte
des hommes tous les fecours néceffaires
aux befoins qui fe multiplioient avec eux ,
& que chaque inftant rendoit dès là plus
prellans , il ne feroit pas impoffible d'accorder
aujourd'hui les intérêts de la fociété
avec la rareté des génies fupérieurs ;
il est communément plus facile de conſerver
que de produire , d'imiter que d'inventer
; mais parcourons le lointain , que
l'Hiftoire offre à notre curiofité . Quels
font ces noms que l'admiration répéte ,
ces trônes que le refpect éleve , ces autels
que la prévention encenfe , ces trophées
que l'étonnement environne ? Répondez ,
( a ) Rouffeau , de Genêve. Difc. de Dijon.
DECEMBRE. 1755- 83
premiers peuples de l'univers , dont l'intérêt
n'avoit point encore rendu ſuſpects
les fentimens , & parmi lefquels la faterie
n'avoit point encore confondu les titres
; n'est-ce pas autant de témoignages
rendus à la rareté des génies fupérieurs ?
Accoutumés aux fuccès des génies ordinaires
, parce qu'ils fe renouvelloient plus
fouvent , vous n'avez pû voir fans en être
furpris , ceux qui ont diftingué la fupériorité
des talens : frappés d'un éclar qui
fembloit les tirer de la fphere commune ,
vous avez regardé comme des hommes extraordinaires
, ceux que la nature en avoit
doué , & ces monumens de leur fuccès.
autant que de votre admiration , juftifient
que quoiqu'accablés de befoins multipliés
& toujours renaiffans , ainfi que nous ,
vous ne les avez vû paroître parmi vous
que comme ces aftres finguliers que les
révolutions du Ciel ramenent à nos regards
toujours furpris , parce qu'ils n'en
font pas ordinairement frappés. Egalement
rares , les génies fupérieurs feroient- ils
donc plus néceffaires aux befoins de la fociété
que ces aftres plus brillans ne le
font aux befoins de l'univers ?
Mais pourquoi recourir à ces raiſonnemens
, tandis que l'expérience parle ? Les
hommes n'ont pas toujours composé une
Dvj
84 MERCURE DEFRANCE.
lecou
fociet
es
de la
C
même famille , leurs intérêts ont été di- point
vilés prefqu'auffi - tôt que leur langage' ;
ils fe font renfermés dans des Villes , les
autres font restés dans les Campagnes ;
par tout le befoin a réuni ceux que la conformité
de langage rendoir fociables , &
l'on a diftingué autant de fociétés différentes
que de peuples , de Provinces , de
Villes , de familles , quelquefois établies
fur les mêmes fondemens que la fociété
primitive ; combien renfermées entre les
bornes étroites que leur intérêt particu
lier avoit placées , ont été privées du fecours
de la fupériorité des talens dont la
nature n'avoit favorifé aucun de ceux qui
en étoient les membres ! Leur établitement
& leur confervation démontrent fenfiblement
qu'aucun des avantages de la
fociété n'exige cette fupériorité. Du milieu
de celles qui ont compté parmi leurs Amembres
quelques uns de ces génies fupérieurs
, tranfportons- nous dans celles - ci :
nous y retrouverons la faim , la foif ,
nudité , les maladies & les dangers , les
ennuis & la fatigue , les obftacles & les
erreurs ; nous y retrouverons des hommes,
en un mot , fujets par conféquent aux
mêmes befoins du corps & de l'efprit , &
leurs propres richeffes , quoique moins bril
lantes, leur ont fuffi . Que l'on ne faile donc
la
DECEMBRE. 1753. 85
point une diftinction fpécieufe entre les
fecours qui affurent les fondemens de la
fociété & ceux qui procurent fes agrémeus
, pour faire dépendre ces derniers
de la fupériorité des talens. Ce paralelle
que l'expérience juftifie , en découvre l'il
lufion.
Ce n'eft point , en effet , par une oppofition
injufte de la fociété , telle qu'elle eft
aujourd'hui avec ce qu'elle fut dans ces
tems d'obfcurité, que nous pourrions décider.
Si elle n'a pas toujours été bornée au
fimple néceffaire , fi les fecours ſe font
multipliés avec les hommes , & fe font
perfectionnés en fe reproduifant , la fociété
en a du recevoir de plus grands avantages
& en & en plus grand nombre. Mais interrogeons
ces hommes fameux , que des
découvertes précieuſes aux Sciences & aux
Arts , intéreffantes pour le commerce autant
que pour notre confervation , ont immortalifé
, & fideles à la vérité , ils feront
forcés de convenir que c'eft au hazard que
la fociété doit ces richelles. S'il eft permis
à notre oeil curieux de percer jufqu'aux
régions céleſtes , c'eft un enfant qui nous
en a ouvert la route ; fi nous connoiffons
la pefanteur de l'air qui nous échappe ,
c'eft des mains les moins habiles que nous
en avons reçu la balance. Séduits comme
86 MERCURE DE FRANCE.
bien d'autres , par une fauffe opinion , le
Cordelier Bacon court après une chimere,
& au lieu d'or il découvre la force du fouffre
environné de falpêtre. Colomb cherchoit-
il ce nouveau monde qui frappe fes
regards étonnés ?
Quelle fera donc la gloire de la fupériorité
des talens ? d'avoir du moins porté
les avantages de la fociété au point de perfection
où nous les admirons aujourd'hui ?
Ses fuccès y ont contribué , j'en conviens ;
mais des talens moins éminens pouvoient
fuffire : c'eft ce qui me reſte à démontrer.
Tandis que les befoins environnoient
l'homme de toutes parts , il étoit jufte de
placer dans fes mains le moyen de s'y fouftraire
; la voix du befoin pouvoit bien en
indiquer les fecours , mais le travail devoit
les procurer ; foit qu'il les doive à
fes
propres efforts , foit qu'il les tienne
de la fociété dont il eft membre , ce n'eft
qu'à ce prix que l'homme jouit de quelques
avantages : la fucceffion des fiècles
écoulée jufqu'à nous ne préfente que cette
alternative fans ceffe répétée. L'Agricul
ture pourvoit à la fubfiftance de l'homme
, la Médecine lui rend la fanté , le
Commerce augmente fes tréfors ; les Arts
& les Sciences affurent à la fociété les plus
DECEMBRE . 1753 87
grands avantages ; mais la terre ne produiroit
que des ronces & des épines fans
les travaux du Laboureur , les maladies accableroient
l'homme , & il en ignoreroit
la nature & le reméde , fans les recherches
du Médecin ; nous pofféderions des
richeffes & nous n'en jouirions pas , fi le
Négociant n'en facilitoit le commerce par
fes fatigues. Que font çes ouvrages où
l'utile fe trouve réuni à l'agréable , finon
le fruit des foins & des peines de l'artifan?
c'eft aux veilles du Sçavant , aux méeditations
du Philofophe , aux réflexions
du citoyen , que nous devons la lumiere
qui nous éclaire tout , en un mot , dépoſe
#de cette néceffité du travail , qui confond
fous les mêmes loix le génie fupérieur ,
& celui que la nature n'en a pas favorifé.
:
Les fuccès ont varié , il eft vrai ; n'eftce
donc pas l'effet néceffaire de l'inégalité
des talens ? Non , fans doute . Et que
l'homme foit couvert de confufion , en
découvrant le terme où l'affiduité au travail
dont il a négligé le fecours , fouvent
auroit pû le conduire. Il eft queftion de
juftifier la nature dans la diftribution qu'el
le a fait de fes dons : or fi la rareté de
ceux qu'elle a doué de la fupériorité des
talens , eft un titre fuffifant pour nous
faire penfer que les intérêts de la fociété
SS MERCURE DE FRANCE.
ne peuvent en dépendre , la multitude de re
ceux à qui elle n'a accordé que des talens
moins éminens , doit prouver que ceuxci
peuvent y fuffire ; & s'il eft permis de
pénétrer les vues dans un tel partage ,
peut- on douter qu'elle n'ait voulu pourvoir
au défaut ou à l'indolence des génies
fupérieurs , & rendre les avantages de la
fociété d'autant plus affurés , que la fources
en eft multipliée ? Mais le travail doit augmenter
à proportion que le talent eft plus
ou moins éminent : c'eft la mefure & le
gage des fuccès.
@
1
P
S'il étoit un terme à nos befoins , il fe
roit , fans doute ', en même tems celui du
travail , & peut- être le triomphe du génie
fupérieur ; c'eft l'hydre qui renaît & préfente
fans ceffe de nouveaux fuccès à celui
qui l'a combattu : favorifé d'un talent fa- e,
périeur , comme borné à un moindre talent
, il n'eft perfonne qui puiffe fe Alarer
de l'abattre , & les efforts de l'un & de
l'autre ne peuvent aboutir qu'à foulager
nos befoins , non à en tarir la fource :
que celui- là y réuffiffe avec plus de faci
lité que celui-ci , n'importe , dès que le
let:
but eft le même ; la difficulté du fuccès ne
peut qu'en augmenter le prix.
Ce n'est point un vain raifonnement ,
il cft juftifié par les fucces même des génies
DECEMBRE. 1753.
Fupérieurs. Dans quelle étroite fphere la
nature ne les a - t- elle pas renfermés ? En
fuivant leur deftination , ils volent avec
cette rapidité qui les diftingue , & parviennent
au but avec moins de peine ;
mais auffi la route qquuii ppeeuutt lleess y conduire
eft unique , & le génie le plus brillant eft
celui qui tombe le plus bas lorfqu'il s'en
écarte : il eft impoffible , dit un Philofophe
( a ) de l'antiquité , dont le fyftême fameux
attefle les lumieres & l'expérience ,
que le même homme excelle en des ouvrages
d'un genre différent. Quel gage plus affuré
pourroit animer l'efpoir de celui que la
nature a doué d'un moindre génie , que ce
partage fait avec autant d'épargne que de
partialité , de la fupériorité des talens ?
Si avoué par la nature ,
nature , il fuit la même route
, il ne peut manquer d'arriver au même
terme , & quoiqu'avec moins d'éclat , il
ne procurera pas moins les mêmes avantages
à la fociété , le faccès ne dépend que
de la conftance de fes efforts .
Voyons le Nouveau Monde , qu'un hazard
heureux vient d'affocier au nôtre ;
enfevelis dans les ténébres de l'indolence
, les hommes qui l'habitoient ne connoiffoient
que le fimple néceffaire , &
(a) Plato , de Rep. 1. 3.
go MERCURE DE FRANCE.
leurs travaux ne s'étendoient pas au- delà
: inftruits autant qu'encouragés , par
l'exemple des conquérans qui y ont péné
tré , déja ce n'eft plus un trifte affemblage
d'ignorance & de barbarie , c'eft un
peuple nouveau qui devient le rival de
fes maîtres.
Confultons nos propres annales , re
paffons fur les fiécles qui fe font écoulés
jufqu'à nous ; quelles viciffitudes bizarres
de ténébres & de lumiere ! quelle obica
rité plutôt , tandis que l'homme ne fuit
dans fon travail ,, que la néceffité pour
guide ! Mais les Philippe & les Alexandre
dans la Grece , les Céfar & les Augufte par
mi les Romains , les Médicis dans l'Italie ,
Louis le Grand & fon fucceffeur le Bien-
Aimé parmi nous , répandent des bien
faits , diftribuent des récompenfes. Animéspar
cet appas , les efforts redoublent ,
& des fuccès auffi nombreux qu'éclatans ,
diftinguent ces beaux fiécles , immortels
comme ceux qui en font la gloire : les
avantages qu'en reçoit la fociété font donc
le prix d'un travail plus affidu.
Cette affiduité au travail , néceffaire au
génie moins éminent , entraîneroit , fans
doute , avec elle la fatigue & les ennuis,
d'autant plus infupportables que le travail
feroit prolongé davantage. Mais la nature
100
DECEMBRE. 1753. 98
femble en avoir voulu diminuer le poids ,
en le rendant plus libre. Ceux , en effet
qui n'ont pas été favorifés d'un talent fupérieur
, font pour l'ordinaire dédommagés
par la pluralité des talens moins éminens
réunis dans leur perfonne ; c'eft donc leur
propre choix qui les détermine & les guide
: nouveau motif qui doit les encourager
, nouvelle preuve que le fuccès eſt attaché
à leurs efforts.
Quelle excufe pourroit donc autorifer
' indolence de ces hommes indignès de la
Efociété , qui facrifient à un honteux repos
fes intérêts les plus chers ? Qu'importe que
la nature nous ait doué ou non de la fupériorité
des talens ? ce n'eft point la routeplus
ou moins pénible , c'eft le terme qui
nous eft marqué par la nature , que nous
devons appercevoir : ne cédons point à la
difficulté , & le fuccès nous attend. Ainfi
l'affiduité au travail pourra procurer autant
d'avantages à la fociété , que la fupériorité
des talens.
Nihil eft quod non expugnet pertinax opera
intenta ac diligens cura. Senec. Epift . so ..
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Résumé : ESSAI Sur cette question proposée par l'Académie de Besançon : L'assiduité au travail peut-elle procurer autant d'avantages à la société, que la supériorité des talens.
Le texte aborde la question de l'affiduitée au travail et compare cette qualité à la supériorité des talents, en réponse à une interrogation de l'Académie de Besançon. Il souligne que les hommes doivent lutter quotidiennement contre les besoins fondamentaux et que le succès dépend des dispositions naturelles. Le travail, bien que nécessaire, est souvent insuffisant sans le soutien des talents naturels. Les individus, malgré leurs différences de talents, sont réunis par les services mutuels qu'ils se rendent, formant ainsi la société. Même ceux dotés de talents moindres peuvent être utiles à la société. Dès la naissance, l'homme est confronté à divers besoins et obstacles. Pour survivre et prospérer, il nécessite des motivations, des guides, des freins et des détentes. Les besoins de l'esprit, comme ceux du corps, nécessitent des secours. Les génies supérieurs étant rares, la coopération entre les individus devient essentielle. Historiquement, les succès des génies ordinaires étaient plus fréquents, mais les génies supérieurs étaient admirés pour leur rareté et leur éclat exceptionnel. Le texte met en avant que les sociétés, même sans talents exceptionnels, ont survécu grâce à des efforts collectifs. Les grandes découvertes et inventions, souvent attribuées à des génies, sont en réalité le fruit du hasard et du travail acharné. L'agriculture, la médecine, le commerce, les arts et les sciences sont des domaines où le travail assure les avantages de la société. La nature a distribué ses dons de manière à ce que les talents ordinaires puissent suffire aux besoins de la société. Le succès est inévitable et renaît constamment, quel que soit le talent de celui qui le poursuit. Les génies supérieurs, bien que rapides et brillants, sont limités à une sphère étroite. Le texte encourage ceux dotés de talents moindres à persévérer, car le succès dépend de la constance des efforts. Il critique l'indolence et souligne que l'assiduité au travail peut apporter autant d'avantages à la société que la supériorité des talents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6824
p. 100-101
ENIGME EN VAUDEVILLES.
Début :
Air : On n'entend plus dessous l'ormeau, &c. / Nous sommes deux freres jumeaux, [...]
Mots clefs :
Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME EN VAUDEVILLES.
ENIGME EN VAUDEVILLES.
Air : On n'entend plus deffous l'ormeau , &c,
Nous fommes deax freres jumeaux ,
Charmes de la nature ,
Emales des brillans ruiffeaux ,
Notte onde eft vive & pure ;
Tour à tour , & Peintres & Tableaux ,
Souvent le jour nous mortifie ,
Et l'on le fie
Trop à nos deux flambeaux .
Air : Sonjoli petit corbillon .
On nous confulte , on nous adore ,
Nous plaidons mieux que bien des Avocats;
Il fort de nons un météore
Qui brûle , mais qui ne confume pas.
Nous échauffons un Opéra :
On n'y voit que nous ;
Nos biens font fi doux ;
Quinault , mille fois les vanta.
Air : De la Mufette de Defbroffes.
Notre cryftal eft trompeur dans les villes ,
On nous y force à déguiſer le vrai,.
On nous réduit à des éclairs fteriles ,
Et l'impofture eft notre coup d'eflai ;
DECEMBRE. 1753 . ΤΟΥ
Dans les hameaux nous expofons fans peine ,
Tous les fecrets du dedans au dehors ;
Nous répétons fidélement la fcéne
D'an fentiment qui régle nos refforts.
Air : Quel mystére , &c .
Quel dommage
Qu'on peigne le plus beau des Dios,
Sans l'avantage ,
L'appanage
Des hommes les moins vertaeux !
Vulcain boiteux ,
.
N'eft pas fi malheureux ,
De nos tréfors il fait uſage ;
Si l'Amour eft dangereux ,
C'eft qu'il rejette nos feux.
Quel dommage , & c .
Par Madame de Rouffy l'Aigneau , de
Laval an Maine.
Air : On n'entend plus deffous l'ormeau , &c,
Nous fommes deax freres jumeaux ,
Charmes de la nature ,
Emales des brillans ruiffeaux ,
Notte onde eft vive & pure ;
Tour à tour , & Peintres & Tableaux ,
Souvent le jour nous mortifie ,
Et l'on le fie
Trop à nos deux flambeaux .
Air : Sonjoli petit corbillon .
On nous confulte , on nous adore ,
Nous plaidons mieux que bien des Avocats;
Il fort de nons un météore
Qui brûle , mais qui ne confume pas.
Nous échauffons un Opéra :
On n'y voit que nous ;
Nos biens font fi doux ;
Quinault , mille fois les vanta.
Air : De la Mufette de Defbroffes.
Notre cryftal eft trompeur dans les villes ,
On nous y force à déguiſer le vrai,.
On nous réduit à des éclairs fteriles ,
Et l'impofture eft notre coup d'eflai ;
DECEMBRE. 1753 . ΤΟΥ
Dans les hameaux nous expofons fans peine ,
Tous les fecrets du dedans au dehors ;
Nous répétons fidélement la fcéne
D'an fentiment qui régle nos refforts.
Air : Quel mystére , &c .
Quel dommage
Qu'on peigne le plus beau des Dios,
Sans l'avantage ,
L'appanage
Des hommes les moins vertaeux !
Vulcain boiteux ,
.
N'eft pas fi malheureux ,
De nos tréfors il fait uſage ;
Si l'Amour eft dangereux ,
C'eft qu'il rejette nos feux.
Quel dommage , & c .
Par Madame de Rouffy l'Aigneau , de
Laval an Maine.
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6825
p. 101-102
ENIGME.
Début :
Du Riche & du Sçavant ma présence accueillie, [...]
Mots clefs :
Statue
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME.
DURiche & du Sçavant ma préſence accueillie
,
Aide à développer l'Hiftoire enfévelie ;
De diverſe grandeur , d'un mérite inégal ,
Le plus fouvent à pied , quelquefois à cheval.
Ou profane , ou facrée , ou de Rome , ou d'Attique
On me met à haut prix lorfque je fuis antique ;
Et je reçus la vie autrefois de Venus ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Ne puis-je aujourd'hui ? …….. Nen , elle n'exifte
plus ;
Et le nombre infini de Filles d'Amathonte
Corrompt la terre : & fiécle ! on le dit à ta honte..
Encor..! fi l'on pouvoit dans ce malheureux tems,
Rétablir la Déeffe en faveur des amans !
En s'appliquant à l'Art dont je tire ma fource ,
Ils pourroient y trouver une utile refſource.
Qu'en penfe tu , Lecteur , feras-tu bon devin
Si mon nom te convient , tu le cherches envains
DURiche & du Sçavant ma préſence accueillie
,
Aide à développer l'Hiftoire enfévelie ;
De diverſe grandeur , d'un mérite inégal ,
Le plus fouvent à pied , quelquefois à cheval.
Ou profane , ou facrée , ou de Rome , ou d'Attique
On me met à haut prix lorfque je fuis antique ;
Et je reçus la vie autrefois de Venus ;
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Ne puis-je aujourd'hui ? …….. Nen , elle n'exifte
plus ;
Et le nombre infini de Filles d'Amathonte
Corrompt la terre : & fiécle ! on le dit à ta honte..
Encor..! fi l'on pouvoit dans ce malheureux tems,
Rétablir la Déeffe en faveur des amans !
En s'appliquant à l'Art dont je tire ma fource ,
Ils pourroient y trouver une utile refſource.
Qu'en penfe tu , Lecteur , feras-tu bon devin
Si mon nom te convient , tu le cherches envains
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6826
p. 102-103
LOGOGRYPHE.
Début :
Sans le secours d'Oedipe, ami, si tu voulois, [...]
Mots clefs :
Brochet
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
GRYPHE
.
S Ans le fecours d'Edipe , ami , fi tu voulois ,
Tu pourrois deviner en trois ou quatre fois
Les fujets que mon ſphinx apprête,
D'abord , en me tranchant la tête ,
Tu fais pour les Prélats un utile ornement.
Veux-tu d'un corps folide une image parfaite
Coupe ma queue enfuite ; alors dans le moment ,
On peut dire fans fe méprendre ,
Qu'un coeur auffi dur que je fuis
Eft infenfible aux charmes de Philis.
Voudrois- tu pofféder l'amante de Léandre ?
Ne vas pas la chercher au fond de l'Hellefpont ,
Elle s'offre à tes yeux à l'abri de mon nom ;
Tu reçois avec elle
Ce qui très rarement eft ſuivi d'un refus ,
DECEMBRE. 1713 . 103
Et ce qui réuffit au Dieu , fils de Cybéle ,
Pour rendre vains les foins d'Acrifius.
Mes membres replacés ; fur fept pieds je m'échape
Libre dans mon manoir , fortuné qui m'atrape
GRYPHE
.
S Ans le fecours d'Edipe , ami , fi tu voulois ,
Tu pourrois deviner en trois ou quatre fois
Les fujets que mon ſphinx apprête,
D'abord , en me tranchant la tête ,
Tu fais pour les Prélats un utile ornement.
Veux-tu d'un corps folide une image parfaite
Coupe ma queue enfuite ; alors dans le moment ,
On peut dire fans fe méprendre ,
Qu'un coeur auffi dur que je fuis
Eft infenfible aux charmes de Philis.
Voudrois- tu pofféder l'amante de Léandre ?
Ne vas pas la chercher au fond de l'Hellefpont ,
Elle s'offre à tes yeux à l'abri de mon nom ;
Tu reçois avec elle
Ce qui très rarement eft ſuivi d'un refus ,
DECEMBRE. 1713 . 103
Et ce qui réuffit au Dieu , fils de Cybéle ,
Pour rendre vains les foins d'Acrifius.
Mes membres replacés ; fur fept pieds je m'échape
Libre dans mon manoir , fortuné qui m'atrape
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6827
p. 103
AUTRE.
Début :
Présent de Pomone, en six membres ; [...]
Mots clefs :
Citron
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Réfent de Pomone , en fix membres ;
Lorfque d'un feul tu me démembres ,
Tn peux faire éclore à propos
Un des plus petits animaux.
AS. N. lès Senlis
Réfent de Pomone , en fix membres ;
Lorfque d'un feul tu me démembres ,
Tn peux faire éclore à propos
Un des plus petits animaux.
AS. N. lès Senlis
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6828
p. 102-103
ENIGME.
Début :
Pour moi tous les mortels ont le plus vif amour ; [...]
Mots clefs :
Patrie
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Pour moi tous les mortels ont le plus vifamour ;
Mon fpectacle eft pour eux un objet plein de charmes
;
Abfente de leurs yeux , je fais couler leurs larmes ;
Mais me revoyent- ils ? la gaité de retour
Succéde dans leur ame à la fombre triſtelle.
Cet amour cependant n'eft que pure foiblefe ,
Effet du préjugé , quoique chez les humains
Il pafle pour vertu fublime ,
Le mépris oppofé leur paroiffant un crime :
C'est ainsi que penfoient les Grecs & les Romains ,
Quand de ce fentiment animant leur courage ,.
Ils fe glorifioient , fe faifoient une lei
De tout facrifier pour moi.
J'ai le fingulier avantage
D'adoucir les horreurs du lieu le plus fauvage ;
D'embellir & d'orner les plus charmans attraits
D'infortunés pays qui n'en eurent jamais.
Mais du Philofophe & du Sage
Je ne puis captiver le coeur ;
Peu fait pour un lâche efclavage ,
Je ne fuis point pour lui le féjour du bonheur ,
N'enviſageant dans moi que l'injuſte marâtre
Des vertus , des talens dans mon propre
Par mon caprice opiniâtre,
fein nés ,
DECEMBRE. 1753 .
103
Aux contradictions , aux mépris condamnés ;
Mon abfence pour lui , loin d'avoir rien de rude ,
Eft l'époque & l'auteur de fa félicité ;
Et fon coeur contre moi juftement irrité ,
Payant de les mépris ma lâche ingratitude ,
Guidé par la fageffe , inftruit par fes revers ,
A mon défaut adopte l'univers.
Pour moi tous les mortels ont le plus vifamour ;
Mon fpectacle eft pour eux un objet plein de charmes
;
Abfente de leurs yeux , je fais couler leurs larmes ;
Mais me revoyent- ils ? la gaité de retour
Succéde dans leur ame à la fombre triſtelle.
Cet amour cependant n'eft que pure foiblefe ,
Effet du préjugé , quoique chez les humains
Il pafle pour vertu fublime ,
Le mépris oppofé leur paroiffant un crime :
C'est ainsi que penfoient les Grecs & les Romains ,
Quand de ce fentiment animant leur courage ,.
Ils fe glorifioient , fe faifoient une lei
De tout facrifier pour moi.
J'ai le fingulier avantage
D'adoucir les horreurs du lieu le plus fauvage ;
D'embellir & d'orner les plus charmans attraits
D'infortunés pays qui n'en eurent jamais.
Mais du Philofophe & du Sage
Je ne puis captiver le coeur ;
Peu fait pour un lâche efclavage ,
Je ne fuis point pour lui le féjour du bonheur ,
N'enviſageant dans moi que l'injuſte marâtre
Des vertus , des talens dans mon propre
Par mon caprice opiniâtre,
fein nés ,
DECEMBRE. 1753 .
103
Aux contradictions , aux mépris condamnés ;
Mon abfence pour lui , loin d'avoir rien de rude ,
Eft l'époque & l'auteur de fa félicité ;
Et fon coeur contre moi juftement irrité ,
Payant de les mépris ma lâche ingratitude ,
Guidé par la fageffe , inftruit par fes revers ,
A mon défaut adopte l'univers.
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6829
p. 103
AUTRE.
Début :
Dans le siécle de l'ignorance [...]
Mots clefs :
Sommeil
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Dans le fiècle de
l'ignorance
J'eus des Palais & des Autels ,
J'exerce fur tous les mortels
Une tyrannique puiffance :
Que dis- je ? à d'invincibles loix
Je foumets tout ce qui refpire ,
Sur un lit de douleur le malade aux abois
Après moi fans ceffe foupire.
Dans le fein des plaifirs les Princes & les Rois ,
Après bien des combats éprouvent mon empire.
Ennemi de l'activité ,
J'affervis l'homme fous mes chaînes,
Et lui fais oublier fes peines
Au fein de la captivité ;
Je tire l'un de la mifére ,
L'autre voit aux plaifirs fuccéder les douleurs,
Et tel rampoit dans la pouſſiere ,
Qui fe voit par mon art au faîte des grandeurs.
Ce bonheur , il eft vrai , Lecteur , eft peu durable ;
Mais que peut - on trouver ici - bas qui foit ftable
Dans le fiècle de
l'ignorance
J'eus des Palais & des Autels ,
J'exerce fur tous les mortels
Une tyrannique puiffance :
Que dis- je ? à d'invincibles loix
Je foumets tout ce qui refpire ,
Sur un lit de douleur le malade aux abois
Après moi fans ceffe foupire.
Dans le fein des plaifirs les Princes & les Rois ,
Après bien des combats éprouvent mon empire.
Ennemi de l'activité ,
J'affervis l'homme fous mes chaînes,
Et lui fais oublier fes peines
Au fein de la captivité ;
Je tire l'un de la mifére ,
L'autre voit aux plaifirs fuccéder les douleurs,
Et tel rampoit dans la pouſſiere ,
Qui fe voit par mon art au faîte des grandeurs.
Ce bonheur , il eft vrai , Lecteur , eft peu durable ;
Mais que peut - on trouver ici - bas qui foit ftable
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6830
p. 104-106
LOGOGRYPHE.
Début :
Fille de la noire imposture, [...]
Mots clefs :
Hypocrisie
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRY PH E.
Fille Ille de la noire impoſture ,
J'ai l'art de tromper les mortels ;
Et pour rendre fur eux ma victoire plus fêre ,
Je répands mon venin en face des autels.
De mon corps , cher Lecteur , je fais l'analyfe ,
Quelle foule d'objets divers !
Dans leur nombre confus , moi- même je me
perds.
J'offre d'abord un lieu fort voifin de l'Eglife ,
Où fe tenoient les pénitens ,
Par refpect pour nos faints mystérese
( Ils font paffés ces heureux tems. )
L'effet qu'opérent les clyftéres ;
De deux infectes précieux
Les ouvrages très- curieux ;
Une race parmi les hommes ,
Qui fans efprit & fanstalens ,
Sans mérite & fans agrémens ,
Brillent dans le fiécle od nous ſommes.
Ce dont affez fouvent manque un original ,
La marque d'une joye ; un précieux métal ;
Un inftrument qui fert au fiége d'une ville ;
Le plus fot animal de la gent volatile ;
Un oileau qui , dit on , fut caufe d'un grand deuils
Ce qui mene fouvent un malade au cercueil ;
DECEMBRE. 1753 .
IOS
Une brillante fleur & l'arbre qui la porte ;
Une liqueur qui reconforte ;
Un objet de rare beauté ,
A qui Venus , par jalouſie ,
Ora la vie ,
Mais qui de Jupiter eut l'immortalité.
Mon fein renferme auffi des Ifles ,
Royaumes , Rivieres & Villes ;
L'objet principal d'un Roman ;
Dux Nymphes pour qui le Dieu Pan
Brûla d'une flamme indifcrete ;
L'une des deux peu fatisfaite ,
Répondit mal à fon ardeur ;
L'autre à fes defirs moins rébelle ,
Fut à la vérité fidelle ;
Mais Borée lui fit reffentir la fureur.
Un des lieux où l'on rend hommage
A l'incomparable Cypris ;
Un docte & fameux perfonnage ,
Phénix des fublimes efprits ;.
Une illuftre Dame Romaine ,
Qui faisant pour la vie humaine
Paroître un généreux mépris ,
Choifit une mort peu commune ;
Un Dieu marin , fils de Neptune;
Un nom que la mere des Dieux
Doit à nos foins officieux
Pour les foibles humains : un feuve très- célébre;
Nepenfez pas que ce foit l'Ebre ,
Ev
106 MERCURE DEFRANCE.
Encer moins le Wolga , mais un fleuve dont l'eau
D'un téméraire Dieu fut jadis le tombeau.
L'Abbé de M....
A Beauvais , ce 16 Août 1753 .
Fille Ille de la noire impoſture ,
J'ai l'art de tromper les mortels ;
Et pour rendre fur eux ma victoire plus fêre ,
Je répands mon venin en face des autels.
De mon corps , cher Lecteur , je fais l'analyfe ,
Quelle foule d'objets divers !
Dans leur nombre confus , moi- même je me
perds.
J'offre d'abord un lieu fort voifin de l'Eglife ,
Où fe tenoient les pénitens ,
Par refpect pour nos faints mystérese
( Ils font paffés ces heureux tems. )
L'effet qu'opérent les clyftéres ;
De deux infectes précieux
Les ouvrages très- curieux ;
Une race parmi les hommes ,
Qui fans efprit & fanstalens ,
Sans mérite & fans agrémens ,
Brillent dans le fiécle od nous ſommes.
Ce dont affez fouvent manque un original ,
La marque d'une joye ; un précieux métal ;
Un inftrument qui fert au fiége d'une ville ;
Le plus fot animal de la gent volatile ;
Un oileau qui , dit on , fut caufe d'un grand deuils
Ce qui mene fouvent un malade au cercueil ;
DECEMBRE. 1753 .
IOS
Une brillante fleur & l'arbre qui la porte ;
Une liqueur qui reconforte ;
Un objet de rare beauté ,
A qui Venus , par jalouſie ,
Ora la vie ,
Mais qui de Jupiter eut l'immortalité.
Mon fein renferme auffi des Ifles ,
Royaumes , Rivieres & Villes ;
L'objet principal d'un Roman ;
Dux Nymphes pour qui le Dieu Pan
Brûla d'une flamme indifcrete ;
L'une des deux peu fatisfaite ,
Répondit mal à fon ardeur ;
L'autre à fes defirs moins rébelle ,
Fut à la vérité fidelle ;
Mais Borée lui fit reffentir la fureur.
Un des lieux où l'on rend hommage
A l'incomparable Cypris ;
Un docte & fameux perfonnage ,
Phénix des fublimes efprits ;.
Une illuftre Dame Romaine ,
Qui faisant pour la vie humaine
Paroître un généreux mépris ,
Choifit une mort peu commune ;
Un Dieu marin , fils de Neptune;
Un nom que la mere des Dieux
Doit à nos foins officieux
Pour les foibles humains : un feuve très- célébre;
Nepenfez pas que ce foit l'Ebre ,
Ev
106 MERCURE DEFRANCE.
Encer moins le Wolga , mais un fleuve dont l'eau
D'un téméraire Dieu fut jadis le tombeau.
L'Abbé de M....
A Beauvais , ce 16 Août 1753 .
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6831
p. 184-187
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
LE Roi qui jouit à présent d'une parfaite santé, entendit le 7 de ce mois [l]a Messe dans la Chapelle [...]
Mots clefs :
Roi, Madame la Dauphine, Compagnie de Jésus, Archevêque, Trianon, Comédiens, Monument
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.·
E Roi qui jouit à préfent d'une parfaite fanté,
Le Roi que d'une
pelle du Château. Sa Majesté le promena l'aprèsmidi
en carroffe dans les environs de Verfailles,
JAN VIER. , 1754. 185
Le 8 , la Reine communia par les mains de
l'Archevêque de Rouen , Grand- Aumônier de Sa
Majefté. Madame la Dauphine communia par
celles de l'Archevêque de Seas , fon premier Aumônier.
La Reine affifta l'après- midi à la prédication- du
Pere Culhiat , de la Compagnie de Jefus.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , entendirent enfuite les Vêpres chantées
par la mufique , aufquelles l'Abbé Gergeoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle- Mufique , officia ,
& le Salut célébré par les Miffionnaires..
Le même jour , la Ducheffe de Beauvilliers fut
préfentée à leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Le 9 , le Roi alla fouper & coucher à Trianon.
Sa Majefté en revint le lendemain , & elle y eft
retournée le 11 .
Madame la Dauphine fut purgée le 10 par
précaution .
Les Comédiens François repréfenterent le 6 à la
Cour la Comédie du Menteur , de Pierre Corneille ;
& la petite Piéce de l'Indifcret , du M. de Voltaire
Le ri , les mêmes Comédiens jouerent le Chevalier
à la mode.
Les Comédiens Italiens donnerent le 12 la Parodie
de l'Intermede du Joueur.
(
Par la mort du Marquis de Marcieu , le Vicomte
de Merinville , premier Enfeigne de la Compa
gnie des Gendarmes de la garde du Roi , ft devenu
fecond Capitaine Sous Lieutenant de cette
Compagnie , & le Baron de Wangen , premier
Guidon, eft monté à l'Enfeigne. Le Marquis d'Entragues
, Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
de Berri , a obtenu le Guidon vacant dans la même
Compagnie.
Le 13 de ce mois le Roi vint à Versailles pour
186 MERCURE DE FRANCE.
affifter à la Comédie , & Sa Majesté retourna en
fuite fouper & coucher à Trianon.
Madame Victoire , dont la fanté eſt parfaitement
rétablie , rendir viſite le même jour à Madame
Adélaïde qui avoit pris des eaux.
Le Roi revint le lendemain de Trianon à Verfailles.
Le 1s de ce mois , la Statue pédestre que les
Etats de Bretagne ont réfolu de faire ériger en mémoire
de la convalefcence du Roi en 1744 , & des
victoires de Sa Majefté , a été fondue au Roule par
le Sieur Gors, en préfence des Députés & du Tréforier
de la Province, M. Lemoyne fils , Sculpteur
du Roi , a fait le modele de ce monument , & M.
Duclos , Hiftoriographe de France , un des quasante
de l'Académie Françoife , en a compofé
l'Infcription.
Le 16 , troifiéme Dimanche de l'Avent , leurs
Majeftés accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
, de Madame la Dauphine & de Madame Sophie
, entendirent le Sermon du Pere Culhiat , de
la Compagnie de Jefus , & affifterent enfuite aux
Vêpres & au Salut célebrés par les Miffionnaires.
Le 17 , le Roi partit pour Choify , d'où il
revint le 20,
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphi
me , Madame Adélaïde , & Mefdames Sophie &
Louiſe ſe font rendues le 19 à ce Château .
Le 17 , pendant la Meffe du Roi , l'Archevêque
de Sens , & l'Evêque d'Evreux prêterent ferment
de fidélité entre les mains de Sa Majesté.
Le 18 , l'Evêque de Meaux remit le Pallium
de la part du Pape à l'Archevêque de Sens . Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine &
Madame Adélaïde affifterent à cette cérémonie
qui le fit dans la Chapelle du Château ,
JANVIER. 1754. 187
€
Le Roi a accordé au Marquis de Tauriac la Lieutenance
de Roi de la Province de Rouergue , vacante
par la mort du Marquis de Tauriac fon pere.
L'Abbé Vatry , Profeffeur Royal en Langue
Grecque , Inspecteur du Collège Royal , & Allocié
de l'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , a été élu Penfionnaire de cette Académie ,
à la place de feu M. de Bofe .
Le zo de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à dix fept cens trente livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale à fix cens
quatre-vingt feize , & ceux de la feconde Lotterie
Royale à fix cens trente- huit .
E Roi qui jouit à préfent d'une parfaite fanté,
Le Roi que d'une
pelle du Château. Sa Majesté le promena l'aprèsmidi
en carroffe dans les environs de Verfailles,
JAN VIER. , 1754. 185
Le 8 , la Reine communia par les mains de
l'Archevêque de Rouen , Grand- Aumônier de Sa
Majefté. Madame la Dauphine communia par
celles de l'Archevêque de Seas , fon premier Aumônier.
La Reine affifta l'après- midi à la prédication- du
Pere Culhiat , de la Compagnie de Jefus.
Leurs Majeftés , accompagnées de la Famille
Royale , entendirent enfuite les Vêpres chantées
par la mufique , aufquelles l'Abbé Gergeoy , Chapelain
ordinaire de la Chapelle- Mufique , officia ,
& le Salut célébré par les Miffionnaires..
Le même jour , la Ducheffe de Beauvilliers fut
préfentée à leurs Majeftés & à la Famille Royale.
Le 9 , le Roi alla fouper & coucher à Trianon.
Sa Majefté en revint le lendemain , & elle y eft
retournée le 11 .
Madame la Dauphine fut purgée le 10 par
précaution .
Les Comédiens François repréfenterent le 6 à la
Cour la Comédie du Menteur , de Pierre Corneille ;
& la petite Piéce de l'Indifcret , du M. de Voltaire
Le ri , les mêmes Comédiens jouerent le Chevalier
à la mode.
Les Comédiens Italiens donnerent le 12 la Parodie
de l'Intermede du Joueur.
(
Par la mort du Marquis de Marcieu , le Vicomte
de Merinville , premier Enfeigne de la Compa
gnie des Gendarmes de la garde du Roi , ft devenu
fecond Capitaine Sous Lieutenant de cette
Compagnie , & le Baron de Wangen , premier
Guidon, eft monté à l'Enfeigne. Le Marquis d'Entragues
, Capitaine de Cavalerie dans le Régiment
de Berri , a obtenu le Guidon vacant dans la même
Compagnie.
Le 13 de ce mois le Roi vint à Versailles pour
186 MERCURE DE FRANCE.
affifter à la Comédie , & Sa Majesté retourna en
fuite fouper & coucher à Trianon.
Madame Victoire , dont la fanté eſt parfaitement
rétablie , rendir viſite le même jour à Madame
Adélaïde qui avoit pris des eaux.
Le Roi revint le lendemain de Trianon à Verfailles.
Le 1s de ce mois , la Statue pédestre que les
Etats de Bretagne ont réfolu de faire ériger en mémoire
de la convalefcence du Roi en 1744 , & des
victoires de Sa Majefté , a été fondue au Roule par
le Sieur Gors, en préfence des Députés & du Tréforier
de la Province, M. Lemoyne fils , Sculpteur
du Roi , a fait le modele de ce monument , & M.
Duclos , Hiftoriographe de France , un des quasante
de l'Académie Françoife , en a compofé
l'Infcription.
Le 16 , troifiéme Dimanche de l'Avent , leurs
Majeftés accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
, de Madame la Dauphine & de Madame Sophie
, entendirent le Sermon du Pere Culhiat , de
la Compagnie de Jefus , & affifterent enfuite aux
Vêpres & au Salut célebrés par les Miffionnaires.
Le 17 , le Roi partit pour Choify , d'où il
revint le 20,
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphi
me , Madame Adélaïde , & Mefdames Sophie &
Louiſe ſe font rendues le 19 à ce Château .
Le 17 , pendant la Meffe du Roi , l'Archevêque
de Sens , & l'Evêque d'Evreux prêterent ferment
de fidélité entre les mains de Sa Majesté.
Le 18 , l'Evêque de Meaux remit le Pallium
de la part du Pape à l'Archevêque de Sens . Monfeigneur
le Dauphin , Madame la Dauphine &
Madame Adélaïde affifterent à cette cérémonie
qui le fit dans la Chapelle du Château ,
JANVIER. 1754. 187
€
Le Roi a accordé au Marquis de Tauriac la Lieutenance
de Roi de la Province de Rouergue , vacante
par la mort du Marquis de Tauriac fon pere.
L'Abbé Vatry , Profeffeur Royal en Langue
Grecque , Inspecteur du Collège Royal , & Allocié
de l'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , a été élu Penfionnaire de cette Académie ,
à la place de feu M. de Bofe .
Le zo de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à dix fept cens trente livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale à fix cens
quatre-vingt feize , & ceux de la feconde Lotterie
Royale à fix cens trente- huit .
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6832
p. 187-189
« M. de Villefroy, Professeur en Langue Sainte au Collége Royal, Abbé, Seigneur de l'Abbaye [...] »
Début :
M. de Villefroy, Professeur en Langue Sainte au Collége Royal, Abbé, Seigneur de l'Abbaye [...]
Mots clefs :
Juge, Abbaye, Blasimon, Duc d'Aquitaine, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. de Villefroy, Professeur en Langue Sainte au Collége Royal, Abbé, Seigneur de l'Abbaye [...] »
M. de Villefroy , Profeffeur en Langue Sainte
au College Royal , Abbé , Seigneur de l'Abbaye
& Châtellenie de Blazimont , érigée en 721 pour
le fervice perfonnel des Ducs d'Aquitaine , & en
cette qualité premier Aumônier du Prince qui
vient de naître , a donné récemment des marques
'éclatantes de fon zele & de fon attachement refpectueux
à la Famille Royale. Il a ordonné à fon
Juge de Blazimont de faire chanter folennellement
un Te Deum en action de graces , pour
naiffance de Monfeigneur le Duc d'Aquitaine.
la
Le 27 Octobre dernier , la fête & les réjouiffan
ces furent annoncées à l'entrée de la nuit par le fon
des cloches. Le même jour M. Bonnet , Juge
de Blazimont , avoit fait publier que le lendemain
chaque habitant illuminât fa maiſon , & fît un feu
devant fa porte .
Le Dimanche 28 , fur les dix heures , Dom Du
puy, Religieux de la Communauté , prononça um
difcours devant une nombreuſe affemblée . Il s'étendit
beaucoup fur la miféricorde du Seigneur ,.
qui venoit d'accorder aux voux des François un
188 MERCURE DE FRANCE:
Prince dont la naiffance affuroit de plus en plus Is
Coutonne dans la Maifon Royale : il fit enfuite
féloge du Roi & de Monfeigneur le Dauphin .
"A deux heures après -midi , la Bourgeoifie qui
forme deux Compagnies d'environ so hommes
chacune , les Drapeaux déployés , le trouva fous
les armes dans la place : M. M. Augan , de Liffe
& Boutet , Capitaines , étoient à leur tête , ils parti
rent de là au bruit des tambours , fifres & autres
inftrumens , & marcherent vers l'Abbaye fur deux
colonnes , commandés par M. Thouneuf , Major ,
qui fit mettre en haye cette troupe , lorfque les
Religieux de l'Abbaye vinrent au devant des Juges ,
Officiers de Juftice & Jurats ; ces Magiftrars furent
introduits dans 1 Eglife par Dom Prieur .
Les Muficiens que le Juge avoit fait venir de
Bordeaux , chanterent en mufique les Vêpres & le,
Te Deum , qui furent précédés & fuivis de plufieurs
décharges de moufqueterie.
Les deux Compagnies , les Juges , Officiers ;
Jurats , & les Curés du voifinage qui y étoient in
vités , fe rendirent dans le même ordre au lieu où
étoit le feu de joie . M. Bonneau de Monfauzier ,
Seigneur de Madaillan , Capitaine dans le Régiment
de Bourbonnois ; & M. de Saint Maudé de
Donery , ancien Lieutenant de Cavalerie , Chevaliers
de S. Louis , qui avoient affifté au Te Deum ,
allumerent le feu avec M, M. les Juges & Jurars.
On fit couler des fontaines de vin & diftribuer
du pain & de la viande au peuple ; le foir toutes
les maifons furent illuminées.
La place dont les illuminations étoient ordonnées
avec goût,formoit un coup d'oeil des plus gra
cieux. L'on y avoit placé des infcriptions de vive
le Roi , la Famile Royale & Monfeigneur le Duc
Aquitaine.
JANVIER . 1754. 189
Après le feu tous les invités fe rendirent chez
M. le Juge , où il y avoit deux tables de vingt couverts
, qui furent fervies abondamment & délicatement.
A la fuite du fouper , M. Bonnet , de fon propre
mouvement , donna un bal compofé des perfonnes
de l'un & l'autre fexe les plus diftinguées , qui dura
toute la nuit , auffi bien que les décharges de
moufqueterie que l'on répéta jufqu'au jour .
Cette fête s'eft paffée avec un ordre & une tranquillité
admirables . On eût pris tout le peuple pour
une feule famille uniquement animée du défir de
répondre aux fentimens de M. l'Abbé , & de témoigner
comme lui à fon Roi un attachement in
violable à tout ce qui l'intéreſſe,
au College Royal , Abbé , Seigneur de l'Abbaye
& Châtellenie de Blazimont , érigée en 721 pour
le fervice perfonnel des Ducs d'Aquitaine , & en
cette qualité premier Aumônier du Prince qui
vient de naître , a donné récemment des marques
'éclatantes de fon zele & de fon attachement refpectueux
à la Famille Royale. Il a ordonné à fon
Juge de Blazimont de faire chanter folennellement
un Te Deum en action de graces , pour
naiffance de Monfeigneur le Duc d'Aquitaine.
la
Le 27 Octobre dernier , la fête & les réjouiffan
ces furent annoncées à l'entrée de la nuit par le fon
des cloches. Le même jour M. Bonnet , Juge
de Blazimont , avoit fait publier que le lendemain
chaque habitant illuminât fa maiſon , & fît un feu
devant fa porte .
Le Dimanche 28 , fur les dix heures , Dom Du
puy, Religieux de la Communauté , prononça um
difcours devant une nombreuſe affemblée . Il s'étendit
beaucoup fur la miféricorde du Seigneur ,.
qui venoit d'accorder aux voux des François un
188 MERCURE DE FRANCE:
Prince dont la naiffance affuroit de plus en plus Is
Coutonne dans la Maifon Royale : il fit enfuite
féloge du Roi & de Monfeigneur le Dauphin .
"A deux heures après -midi , la Bourgeoifie qui
forme deux Compagnies d'environ so hommes
chacune , les Drapeaux déployés , le trouva fous
les armes dans la place : M. M. Augan , de Liffe
& Boutet , Capitaines , étoient à leur tête , ils parti
rent de là au bruit des tambours , fifres & autres
inftrumens , & marcherent vers l'Abbaye fur deux
colonnes , commandés par M. Thouneuf , Major ,
qui fit mettre en haye cette troupe , lorfque les
Religieux de l'Abbaye vinrent au devant des Juges ,
Officiers de Juftice & Jurats ; ces Magiftrars furent
introduits dans 1 Eglife par Dom Prieur .
Les Muficiens que le Juge avoit fait venir de
Bordeaux , chanterent en mufique les Vêpres & le,
Te Deum , qui furent précédés & fuivis de plufieurs
décharges de moufqueterie.
Les deux Compagnies , les Juges , Officiers ;
Jurats , & les Curés du voifinage qui y étoient in
vités , fe rendirent dans le même ordre au lieu où
étoit le feu de joie . M. Bonneau de Monfauzier ,
Seigneur de Madaillan , Capitaine dans le Régiment
de Bourbonnois ; & M. de Saint Maudé de
Donery , ancien Lieutenant de Cavalerie , Chevaliers
de S. Louis , qui avoient affifté au Te Deum ,
allumerent le feu avec M, M. les Juges & Jurars.
On fit couler des fontaines de vin & diftribuer
du pain & de la viande au peuple ; le foir toutes
les maifons furent illuminées.
La place dont les illuminations étoient ordonnées
avec goût,formoit un coup d'oeil des plus gra
cieux. L'on y avoit placé des infcriptions de vive
le Roi , la Famile Royale & Monfeigneur le Duc
Aquitaine.
JANVIER . 1754. 189
Après le feu tous les invités fe rendirent chez
M. le Juge , où il y avoit deux tables de vingt couverts
, qui furent fervies abondamment & délicatement.
A la fuite du fouper , M. Bonnet , de fon propre
mouvement , donna un bal compofé des perfonnes
de l'un & l'autre fexe les plus diftinguées , qui dura
toute la nuit , auffi bien que les décharges de
moufqueterie que l'on répéta jufqu'au jour .
Cette fête s'eft paffée avec un ordre & une tranquillité
admirables . On eût pris tout le peuple pour
une feule famille uniquement animée du défir de
répondre aux fentimens de M. l'Abbé , & de témoigner
comme lui à fon Roi un attachement in
violable à tout ce qui l'intéreſſe,
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6833
p. 103
ENIGME.
Début :
La décence & la propreté [...]
Mots clefs :
Mouchoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
LA décence & la propreté
Sont cauſes de mon origine ; ¨
Pourquoi faut- il qu'on me deftine
Si fouvent à la faleté ?
Pour m'approprier au ſervice
L'on me fait volontiers quarré ,
Et je fuis tenu très-ferré
Même pendant mon exercice.
On fait toujours de moi grand cas-
Quand je viens d'un lointain rivage ;
Et pour éclipfer les appas,
Philis emprunte mon ombrage.
D'un grand que je ne nomme pas
Fort enclin aux tendres ébats ,
Je fers àdéfigner l'hommage
Qu'il rend à celle qui l'engage.
Par M. M*****, de Paris.
LA décence & la propreté
Sont cauſes de mon origine ; ¨
Pourquoi faut- il qu'on me deftine
Si fouvent à la faleté ?
Pour m'approprier au ſervice
L'on me fait volontiers quarré ,
Et je fuis tenu très-ferré
Même pendant mon exercice.
On fait toujours de moi grand cas-
Quand je viens d'un lointain rivage ;
Et pour éclipfer les appas,
Philis emprunte mon ombrage.
D'un grand que je ne nomme pas
Fort enclin aux tendres ébats ,
Je fers àdéfigner l'hommage
Qu'il rend à celle qui l'engage.
Par M. M*****, de Paris.
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6834
p. 103-107
LOGOGRYPHE.
Début :
J'ai dix pieds, belle Iris, & je ne marche point. [...]
Mots clefs :
Champignon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPH E.
'Ai dix pieds , belle Iris , & je ne marche point.
Oh ! oh! me direz - vous , la chofe eft finguliere ;
Pourquoi non ? Ne ferez furement la derniere
Qui pour me chicaner difputera ce point.
E
104 MERCURE DE FRANCE
Pour deviner mon nom beſoin n'eſt de magie ,
Si vous fçavez les mots dont je fuis compofé ;
Or comme à vous tromper je me vois diſpoſé ,
Voici pour cela feul ma généalogie.
Chez moi , trouvez d'abord un petit inftrument ,
Qui fans s'appercevoir fert à votre ornement.
Si vous voulez enfaite un lieu de ma naiffance ,
Je pourrai vous l'apprendre avec beaucoup d'ai
fance ;
'Ainfiqu'un lieu fameux pour l'Inquifition .
Un mot fort ufité , mot de maçonnerie..
D'un mortel affamé l'unique ambition .
Un petit nom fareur , nom de galanterie.
Une fille qu'aima le plus puiffant des Dieux ,
A qui Junon dans fa colere
Fit parcourir toute la terre.
Celui qui de Saplo , lui feul fixa les yeux ..
La mere de Léarque . Un des fils de Neptunes.
Celui qu'on trouve peu dans l'adverſe fortune ,
Et qu'un grand ne trouve jamais.
Pour élever les fuperbes Palais ,
Un homme toujours néceflaire.
L'inftrument qui punit notre témérité ,
Qui chez vous eft une beauté ,
Et qui rend un homme fauflaire .
Un mot Latin que tout le monde enténd ,
Que veut vous exprimer un amant qui foupire ;
Ce mot que l'amitié me permet de vous dire ,
Que dicté par l'amour , le devoir me defend..
M´ARS.
1754 105
J'avois quitté la Fable & je vais la reprendre .
Que je crains votre efprit , toujours promt à comprendre.
Oui , je ſuis découvert , & vous me devinez ? -
Si je parois encore , Iris , vous me tenez.
Je vois qu'à vous tromper vainement je m'ap
prête ,
Vous bravez mes efforts , & c'eſt ce qui m'arrête.
Mais qu'importe , après tout ,
L'ouvrage eft commencé , j'en dois venir à bout.
Je renferme en mon nom un fleuve d'Italie ,`
Qui d'un fils imprudent fut la punition ;
Dans ce feuve il perdit la vie
Par trop d'ambition. "
Celui qui des Thébains lui feul bâtit la ville."
Un fils de ce héros , qui du peuple Troyen
Fit long-tems le bonheur , fut même le foutien.
Un Prince , époux d'Hellice ; & de l'Irlande une
Iffe.
Une fille d'Atlas . Mais infenfiblement
Je me découvre à vous ; peut être en ce moment '
Vous connoiffez déja mon nom & ma figure ,
Si je dis que chez moi l'on trouve la monture
Du ſexe féminin .
De plus , une arme à feu , qui dépeuple la terre ,
Ex dont le bruit affreux imite le tonnerre ,
Vous me direz d'un air bénin ,
Abl pour le coup je vous devine.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Attendez encore un inftant ;
Ilfaut auparavant
Connoître tous les mots qu'ici je vous deſtine .
D'abord , un bois très-propre à conftruire un vaif
feau.
Un des fils de Noë. Ce magnifique oifeau
Très-renommé par fon plumage ,
Du fot & du faquin la plus parfaite image.
Le lieu que l'on choifit quand on veut fe cac her ;
Que nous allons fouvent chercher
Si quelque chagrin nous dévore ,
Lieu chéri d'ane pecore
A qui le grand cercle fait peur..
Ce qui d'un ouvrier fait le plus grand bonheur j
Sans quoi le Marchand ne vit
Un meuble utile pour le froid.
Un lieu qui caufe de l'effroi ,
Où loge un Officier de guerre.
guere.
Le nom qui peut caufer des pleurs--
A l'homme qui voudroit être fort grand de taille
Le mois qui fait croître les fleurs.
Une arme dont le fert fort fouvent la canaille
Pour terminer les différends.
Un fruit que quelquefois l'on met en confitures
Une pièce d'un jeu fort chéri des Sçavans.
Ce qu'en lifant ceci vous cherchez , je vous jure.
L'épithete commune à l'homme courageux.
Le nom qu'à votre chat le plus fouvent on donne
Un sien , qui raffemblé peut rendre malheureux.
MAR.S.
107 1734:.
Ce que répond toute perfonne
Si ce qu'on veut ne lui plaît pas.
Du corps une partie connue ,
Qui chez vous le voit toute nue ,
Et qui même a quelques appas.
Enfin , certain oiſeau qui paroît fur la table ,
Q'u'on dit être fort bon quand il nous vient du
Mans.
J'y parois comme lui ; m'en croyez- vous capable
?
Si vous me devinez ; vous verrez fi je mens.
P. M. C. D. G.
'Ai dix pieds , belle Iris , & je ne marche point.
Oh ! oh! me direz - vous , la chofe eft finguliere ;
Pourquoi non ? Ne ferez furement la derniere
Qui pour me chicaner difputera ce point.
E
104 MERCURE DE FRANCE
Pour deviner mon nom beſoin n'eſt de magie ,
Si vous fçavez les mots dont je fuis compofé ;
Or comme à vous tromper je me vois diſpoſé ,
Voici pour cela feul ma généalogie.
Chez moi , trouvez d'abord un petit inftrument ,
Qui fans s'appercevoir fert à votre ornement.
Si vous voulez enfaite un lieu de ma naiffance ,
Je pourrai vous l'apprendre avec beaucoup d'ai
fance ;
'Ainfiqu'un lieu fameux pour l'Inquifition .
Un mot fort ufité , mot de maçonnerie..
D'un mortel affamé l'unique ambition .
Un petit nom fareur , nom de galanterie.
Une fille qu'aima le plus puiffant des Dieux ,
A qui Junon dans fa colere
Fit parcourir toute la terre.
Celui qui de Saplo , lui feul fixa les yeux ..
La mere de Léarque . Un des fils de Neptunes.
Celui qu'on trouve peu dans l'adverſe fortune ,
Et qu'un grand ne trouve jamais.
Pour élever les fuperbes Palais ,
Un homme toujours néceflaire.
L'inftrument qui punit notre témérité ,
Qui chez vous eft une beauté ,
Et qui rend un homme fauflaire .
Un mot Latin que tout le monde enténd ,
Que veut vous exprimer un amant qui foupire ;
Ce mot que l'amitié me permet de vous dire ,
Que dicté par l'amour , le devoir me defend..
M´ARS.
1754 105
J'avois quitté la Fable & je vais la reprendre .
Que je crains votre efprit , toujours promt à comprendre.
Oui , je ſuis découvert , & vous me devinez ? -
Si je parois encore , Iris , vous me tenez.
Je vois qu'à vous tromper vainement je m'ap
prête ,
Vous bravez mes efforts , & c'eſt ce qui m'arrête.
Mais qu'importe , après tout ,
L'ouvrage eft commencé , j'en dois venir à bout.
Je renferme en mon nom un fleuve d'Italie ,`
Qui d'un fils imprudent fut la punition ;
Dans ce feuve il perdit la vie
Par trop d'ambition. "
Celui qui des Thébains lui feul bâtit la ville."
Un fils de ce héros , qui du peuple Troyen
Fit long-tems le bonheur , fut même le foutien.
Un Prince , époux d'Hellice ; & de l'Irlande une
Iffe.
Une fille d'Atlas . Mais infenfiblement
Je me découvre à vous ; peut être en ce moment '
Vous connoiffez déja mon nom & ma figure ,
Si je dis que chez moi l'on trouve la monture
Du ſexe féminin .
De plus , une arme à feu , qui dépeuple la terre ,
Ex dont le bruit affreux imite le tonnerre ,
Vous me direz d'un air bénin ,
Abl pour le coup je vous devine.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE
Attendez encore un inftant ;
Ilfaut auparavant
Connoître tous les mots qu'ici je vous deſtine .
D'abord , un bois très-propre à conftruire un vaif
feau.
Un des fils de Noë. Ce magnifique oifeau
Très-renommé par fon plumage ,
Du fot & du faquin la plus parfaite image.
Le lieu que l'on choifit quand on veut fe cac her ;
Que nous allons fouvent chercher
Si quelque chagrin nous dévore ,
Lieu chéri d'ane pecore
A qui le grand cercle fait peur..
Ce qui d'un ouvrier fait le plus grand bonheur j
Sans quoi le Marchand ne vit
Un meuble utile pour le froid.
Un lieu qui caufe de l'effroi ,
Où loge un Officier de guerre.
guere.
Le nom qui peut caufer des pleurs--
A l'homme qui voudroit être fort grand de taille
Le mois qui fait croître les fleurs.
Une arme dont le fert fort fouvent la canaille
Pour terminer les différends.
Un fruit que quelquefois l'on met en confitures
Une pièce d'un jeu fort chéri des Sçavans.
Ce qu'en lifant ceci vous cherchez , je vous jure.
L'épithete commune à l'homme courageux.
Le nom qu'à votre chat le plus fouvent on donne
Un sien , qui raffemblé peut rendre malheureux.
MAR.S.
107 1734:.
Ce que répond toute perfonne
Si ce qu'on veut ne lui plaît pas.
Du corps une partie connue ,
Qui chez vous le voit toute nue ,
Et qui même a quelques appas.
Enfin , certain oiſeau qui paroît fur la table ,
Q'u'on dit être fort bon quand il nous vient du
Mans.
J'y parois comme lui ; m'en croyez- vous capable
?
Si vous me devinez ; vous verrez fi je mens.
P. M. C. D. G.
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6835
p. 107-108
AUTRE.
Début :
Je suis une profession [...]
Mots clefs :
Fripier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE .
E fuis une profeffion
Utile quoique dangereufe ;
J'occupe fréquemment certaine nation ,
Sur l'intérêt peu fcrupuleuſe.
Je fais briller par le fecours de l'art
Le Poëte & le Campagnard.
Le peuple fouvent me viſite :
Que de vieilles beautés à face décrépite ,
Au prix de leurs tréfors , voudroient de leurs are
traits
Pouvoir faire ce que je fais !
Combinez mes fept pieds , vous trouverez fans
peine
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Le contraire du plus grand bien ,
Des plus grands potentats la ruine ou le foutien ;
Ce qui dénote une ame vaine ,
Ce que doit craindre le poiffon ;
Ce qu'un Marchand malheureux ne peut faire ;
Et qu'on ne fit jamais au fort de la colere.
A ma fin retranchez trois pieds & mettez on
Vous trouverez fouvent mon nom. "
B. G. A. A. de Lyon.
E fuis une profeffion
Utile quoique dangereufe ;
J'occupe fréquemment certaine nation ,
Sur l'intérêt peu fcrupuleuſe.
Je fais briller par le fecours de l'art
Le Poëte & le Campagnard.
Le peuple fouvent me viſite :
Que de vieilles beautés à face décrépite ,
Au prix de leurs tréfors , voudroient de leurs are
traits
Pouvoir faire ce que je fais !
Combinez mes fept pieds , vous trouverez fans
peine
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Le contraire du plus grand bien ,
Des plus grands potentats la ruine ou le foutien ;
Ce qui dénote une ame vaine ,
Ce que doit craindre le poiffon ;
Ce qu'un Marchand malheureux ne peut faire ;
Et qu'on ne fit jamais au fort de la colere.
A ma fin retranchez trois pieds & mettez on
Vous trouverez fouvent mon nom. "
B. G. A. A. de Lyon.
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6836
p. 91
ENIGME.
Début :
Je commence hardiment, Lecteur, réfléchis bien ; [...]
Mots clefs :
Lettre H
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E commence hardiment , Lecteur , réfléchis
-bien ;
L'homme a befoin de moi , mais la femme s'en'
paffe :
En cherchant , fous tes yeux , j'occupe double
place ;
Donc tu dois m'avouer utile au chat , au chien.
Tu me vois chez l'heureux , & parmi la richeffe ,
Paroître avec chagrin & fans être en triſteſſe .
Avec horreur lis-moi , je vais au malheureux ,
Je m'offre en inhumain ; ah : je le coupe en deux g
Après cet affreux trait , pour chaffer les allarmes ,
Je me joins à Philis , j'accompagne fes charmes ;
Je brille dans fa bouche & dans un air touchant ,
Sans m'unir à la voix j'accompagne fon chant.
Par M. M ***** de Paris.
E commence hardiment , Lecteur , réfléchis
-bien ;
L'homme a befoin de moi , mais la femme s'en'
paffe :
En cherchant , fous tes yeux , j'occupe double
place ;
Donc tu dois m'avouer utile au chat , au chien.
Tu me vois chez l'heureux , & parmi la richeffe ,
Paroître avec chagrin & fans être en triſteſſe .
Avec horreur lis-moi , je vais au malheureux ,
Je m'offre en inhumain ; ah : je le coupe en deux g
Après cet affreux trait , pour chaffer les allarmes ,
Je me joins à Philis , j'accompagne fes charmes ;
Je brille dans fa bouche & dans un air touchant ,
Sans m'unir à la voix j'accompagne fon chant.
Par M. M ***** de Paris.
Fermer
6837
p. 91-93
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis femme d'un Roi fort connu dans la Fable, [...]
Mots clefs :
Proserpine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E fuis femme d'un Roi fort connu dans la Fa
ble ,
92 MERCURE DE FRANCE.
Mon époux fous fes loix n'a que des immortels ,
La Tauride autrefois m'éleva des autels ,
Et fouvent de Japin j'ai décoré la table.
Lecteur , veux-tu me deviner ?
Apprêtes-toi d'abord à me bien combiner.
Dix pieds compofent ma ftructure ,
Je t'offre un Saint connu dans l'Ecriture ,
Un péché capital , une forte de bois ,
Un outil néceffaire à tous les Villageois ,
Un arbre commun en Afie ,
Une ville de l'Italie ,
Le nom Latin d'un Empereur Romain ,
Ce qu'un foldat a fouvent à la main.
Une fleur de peu de durée ,
Une Nymphe en Vache changée ,
Deux notes de Mufique , un oiſeau babillard ,
L'héroïne chantée autrefois par Houdart ,
Un Auteur fatyrique ,
Et le pays où regnent les Sophis ,
Certain oifeau qui vient d'Afrique
Et qui pourtant eft commun à Paris.
Un métal adoré dans le fiécle où nous fommes,
Un mets chéri des peuples d'Orient ,
Qui , pris dans un fens différent ,
Dénote le plaifir des hommes.
Pour finir la defcription
D'un nom qui n'eft plus un myftère ,
Tu dois trouver une négation ;
Deux Auteurs , l'un de France , & l'autre d'Angle
terre :
AVRIL.
1754: 95
Enfin un de ces doux préfens
Que ma mere fait tous les ans .
S ..... Au.
E fuis femme d'un Roi fort connu dans la Fa
ble ,
92 MERCURE DE FRANCE.
Mon époux fous fes loix n'a que des immortels ,
La Tauride autrefois m'éleva des autels ,
Et fouvent de Japin j'ai décoré la table.
Lecteur , veux-tu me deviner ?
Apprêtes-toi d'abord à me bien combiner.
Dix pieds compofent ma ftructure ,
Je t'offre un Saint connu dans l'Ecriture ,
Un péché capital , une forte de bois ,
Un outil néceffaire à tous les Villageois ,
Un arbre commun en Afie ,
Une ville de l'Italie ,
Le nom Latin d'un Empereur Romain ,
Ce qu'un foldat a fouvent à la main.
Une fleur de peu de durée ,
Une Nymphe en Vache changée ,
Deux notes de Mufique , un oiſeau babillard ,
L'héroïne chantée autrefois par Houdart ,
Un Auteur fatyrique ,
Et le pays où regnent les Sophis ,
Certain oifeau qui vient d'Afrique
Et qui pourtant eft commun à Paris.
Un métal adoré dans le fiécle où nous fommes,
Un mets chéri des peuples d'Orient ,
Qui , pris dans un fens différent ,
Dénote le plaifir des hommes.
Pour finir la defcription
D'un nom qui n'eft plus un myftère ,
Tu dois trouver une négation ;
Deux Auteurs , l'un de France , & l'autre d'Angle
terre :
AVRIL.
1754: 95
Enfin un de ces doux préfens
Que ma mere fait tous les ans .
S ..... Au.
Fermer
6838
p. 93
AUTRE.
Début :
De la loi du trépas Ministre rédoutable, [...]
Mots clefs :
Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
E la loi du trépas Miniſtre rédoutable ,
J'exerce mafureur fous maintdéguiſement,
Et de la Faculté le pouvoir reſpectable ,
Souvent pour m'expulfer s'efforce vainement.
Diffequé , cher Lecteur , à tes yeux je préfente
Un arbre toujours verd , un terme de mépris ,
Un infecte rempant , la beauté raviſſante
Que notre premier pere , avec plaifir furpris ,
A fon reveil reçut de Dieu pour fa compagne ;
Un mortel fuccombant fous le jus de Champagne;
Une ville de France ; un tréfor précieux
Que pour fi peu de tems le deftin nous accorde ;
Ce que tout Marinier joyeuſement aborde ;
Un légume commun , que fuperftitieux ,
A tous les Sectateurs interdit Pythagore ;
Un utile métal ; un homme qu'on abhorre ;
En Latin la faifon , qui chaffant les frimats ,
Ramene les plaifirs dans nos heureux climats ;
L'ouvrage du fommeil : enfin une épithéte
Qui convient à tout corps , qui refpire ou végete.
Par J. C. Thiolliere , C. D. S. A. D. L.
en Saintonge.
E la loi du trépas Miniſtre rédoutable ,
J'exerce mafureur fous maintdéguiſement,
Et de la Faculté le pouvoir reſpectable ,
Souvent pour m'expulfer s'efforce vainement.
Diffequé , cher Lecteur , à tes yeux je préfente
Un arbre toujours verd , un terme de mépris ,
Un infecte rempant , la beauté raviſſante
Que notre premier pere , avec plaifir furpris ,
A fon reveil reçut de Dieu pour fa compagne ;
Un mortel fuccombant fous le jus de Champagne;
Une ville de France ; un tréfor précieux
Que pour fi peu de tems le deftin nous accorde ;
Ce que tout Marinier joyeuſement aborde ;
Un légume commun , que fuperftitieux ,
A tous les Sectateurs interdit Pythagore ;
Un utile métal ; un homme qu'on abhorre ;
En Latin la faifon , qui chaffant les frimats ,
Ramene les plaifirs dans nos heureux climats ;
L'ouvrage du fommeil : enfin une épithéte
Qui convient à tout corps , qui refpire ou végete.
Par J. C. Thiolliere , C. D. S. A. D. L.
en Saintonge.
Fermer
6839
p. 169-178
LETTRE de M. Pierre le Roi, Horloger, à M. l'Abbé Raynal, au sujet de la lettre de M. Godefroy, Horloger, du mois d'Octobre 1752, & de celle du mois de Mai 1753.
Début :
Monsieur, quoique j'aie eu lieu de me plaindre de la maniere dont M. Godefroy [...]
Mots clefs :
Montre, M. Godefroy, Construction, Lettre, Gageure, Temps, Académie, Montres, Cylindre, Public, Nouvelle, Paris, Question, Défi, Échappement
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Pierre le Roi, Horloger, à M. l'Abbé Raynal, au sujet de la lettre de M. Godefroy, Horloger, du mois d'Octobre 1752, & de celle du mois de Mai 1753.
LETTRE de M. Pierre le Roi , Horloger, à
M. l'Abbé Raynal , au fujet de la lettre de
M. Godefroy , Horloger , du mois d'Octobre
1752 , de celle du mois de Mai 1753 .
M plaindre de la manière dont M. Godefroy
Onfieur , quoique j'aie eu lieu de me
m'a attaqué dans fa premiere lettre , & que par
là je fufle comme dans la néceffité de lui répon
dre pour montrer au Public le peu de fondement
de fes raifonnemens , & de tout ce qu'il a allégué
contre moi ; cependant occupé d'autres affaires ,
fçachant à peu près comment le Public en général
regarde ces fortes de difputes , & me fla- .
tant que dans le petit nombre de Lecteurs qui
voudroient bien prendre la peine d'examiner mon
mémoire & la lettre de M. Godefroy , les véritables
Juges n'auroient pas de peine à découvrir
qui de nous deux a raifon ; je m'étois déterminé
a garder le filence : mais comme dans fa lettre
inférée dans le Mercure de Mai , de l'an paffé , il
infifte de nouveau fur ce que ma montre n'a rien
de neuf , & qu'il en a vu , il y a plus de 30 ans ,
de la même conftruction plufieurs de M. Panier ,
j'ai cru que je ne pourrois m'empêcher de défabufer
le Public fur une allégation auffi fauffe &
auſſi contraire à la vérité ; j'ai cru même que je
H
170 MERCURE DE FRANCE.
.
le devois c'est ce qui m'engage aujourd'hui à
rompre le filence que je m'étois propofé de garder
, & à vous écrire , Monfieur , en vous priant
d'inférer ma lettre dans votre Journal , pour mon
trer par des preuves qui me paroiffent fans réplique
, que ma montre eft d'une conftruction
aufli nouvelle que je l'ai avancé. Je m'étois propofé
de le faire dès l'année paffée ; mais différentes
occupations & une fanté fort chancelante
m'en ont jufqu'ici empêché .
La conftruction de ma montre eft fi différente
de celle dont parle M. Godefroy , que j'aurois
pû le défier d'en montrer aucune de femblable ;
mais comme il auroit pû fe retrancher fur la
difficulté de le faire , en alléguant que des montres
de cette espece pourroient ne fe pas trouver
dans Paris , ou entre les mths des gens connus
j'ai cru que le plus fúr paid , le plus capable de
décider la queftion , étoit de s'adreffer aux anciens
Horlogers les plus expérimentés , afin de
fçavoir d'eux fi dans le grand nombre de montres
qui leur avoient paffé par les mains , ils n'en
avoient point vú de femblables à la mienne . Je
l'ai donc fait , & tous m'ont répondu qu'ils n'en
avoient point vú. J'ai fait plus , j'ai été chez M.
Panier ; je lui ai montré cette montre , en lui
demandant s'il en avoit fait ou s'il avoit connoif-
Lance qu'on en eût fait de pareilles : il m'a répondu
que non. Je les ai prié les uns & les autres de
me confirmer ce qu'ils me difoient par un certificat
; ils me l'ont donné fans balancer Vous
le trouverez à la fuite de cette lettre . Après des
preuves de ce genre , je ne crois pas qu'on puiffe
me contefter la nouveauté de conftruction de ma
montre. Pendant que j'y fuis , je ne puis m'empêcher
d'ajouter deux mots par rapport aux réAVRIL.
1754. 17
flexions que fait M. Godefroy fur la gageure faite à
Lisbonne au fujet de la prééminence des montres
Angloifes fur les montres Françoifes , & au défi
qu'il me propofe.
Il est bien dangereux de citer , quand on n'entend
pas bien ce qu'on cite . M. Godefroy nous
en donne une preuve. M. Senard mon neveu ,
dans fa lettre inférée dans le Mercure de Mars de
l'an paffé , cite , pour faire voir que ce qu'il rapporte
de cette gageure n'eft point un oui -dire , le
paffage de l'Hiftoire de l'Académie où il en eft
queftion : que répond à cela M. Godefroy ?
> dans les
Que M. le Roi , fils de M. Julien le Roi , dans
fon Mémoire contre M. Rivaz dit
que
éloges que l'Académie fait de beaucoup d'ouvrages
fes vies font auffi forvent d'encourager ceux qui
cultivent les Arts , que montrer la bonté de leurs
productions. Il oublie qu'il n'eft ici queftion , ni
Pencouragement , ni de louanges données à l'Auteur
, mais d'un fimple fait dont l'authenticité a
paru à l'Académie fi bien établie , qu'elle n'a pas
jugé indigne de fes faftes de l'y inferer , comme
un monument honorable à l'Horlogerie Françoife.
Pour répandre des doutes fur l'exiſtence de
cette gageure , & fur les fuites qu'elle a eu , il dit,
qu'il eft étonnant qu'une Hiftoire qui a reçu place
dans les Mémoires de l'Académie des Sciences n'ait
pas affez mérité d'égards , pour qu'on cite les noms
des parieurs . Auroit- il voulu P'Académie eût
que
chargé fon Hiftoire d'un procès- verbal détaillé ,
comme fi les fuites de cette gageure étoient d'une
nature incroyable , & n'étoient pas dans l'ordre
de ces chofes , qui pour être crues n'ont befoin
que de l'autorité d'une Compagnie auffi reſpectable
Le procédé de M. Godefroy , pour donner
lieu à ſon défi , a quelque chofe ici de bien fin-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
gulier ; on en jugera par l'anecdote fuivante. Il
feint d'ignorerque la gageure en question ait jamais
exifté : cependant il n'a pu oublier que dans le
tems que l'on me propofa de faire une montre pour
cette gageure , il fut un des premiers à qui j'en parlai
, il te chargea même de me faire une partie du
travail ; ce qui auroit eu lieu , fans un voyage
qu'il fit dans fon pays. Enfin , fi après tout ce que
je viens de dire il pouvoit refter des doutes dans
Pefprit de quelqu'un far l'existence de cette gageure
, & fur ce qu'il en refulta , il n'auroit qu'à
confulter le Mercure d'Avril de 1744 , il y
trouvera le nom & la qualité du François qui
étoit à la tête de cette gageure ; & celui d'une
perfonne fort connue du Public , encore
vivante , & que l'on pourra confulter , qui étoit
chargée de me folliciter pour l'exécution de la
montre que je faifois à cette occafion . M. Godefroy
fentant l'infuffifance de fes réponfes aux objections
de M. Senard contre l'échappement à cylindre
, finit par me propofer un défi : Il ne me
répondra plus , dit-il , que la lime à la main. C'eſt
la reffource de bien des gens qui manquent de
bonnes raifons. On fçait en général combien
d'obstacles empêchent que des épreuves comme,
celle qu'il propofe , n'avent lieu , & dans cette fécurité
on a toujours la reflource que c'eft un
moyen honnête pour fetirer d'affaire , & qui frappe
même des perfonnes qui étant peu inftruites ,
croyent qu'un homme qui parle fi hardiment ,
doit fe fentir bien affuré du fuccès . Cependant
les trois quarts du tems rien n'eft moins vrai , &
ils feroient très- embarraflés fi on les prenoit au
mot. Quoiqu'il en foit , M. Godefroy n'y a aflurément
pas penfé en me propofant ce défi . Quand
je l'accepterois , qu'en pourroit - il réfulter de
AVRIL. 1754. 173
nouveau ? Les fuites de la gageure dont j'ai déja
parlé , n'ont-elles pas fait voir qu'une montre
d'une conftruction femblable à celle qu'il me propofe
de mettre en parallele avec une des fiennes
à cylindre , a été auffi jufte que celle de M. Graham
, l'inventeur de cet échappement : Quand
même on fuppoferoit , ce qui n'eft pas , que M.
Godefroy a en Phyfique & en Méchanique les mê
mes connoiffances que M. Graham , il ne peut
refulter rien de nouveau de l'épreuve qu'il me
propofe , comme je l'ai avancé , fçachant , ainſi
que je l'ai déja dit , que mes montres dont il eft
ici queftion , vont auffi juile que les meilleures
montres à cylindre ; elle feroit donc inutile . De
plus cette épreuve ne feroit pas décifive , & n'auroit
aucun avantage pour moi ; car quand ma
montre iroit mieux que celle de M. Godefroy , je
n'en pourrois rien conclure de général contre l'échappement
à cylindre ; j'en pourrois conclure
feulement que mes montres vont mieux que celles
de cette efpece que fait M. Godefroy , & voilà
touts car fi j'allois plus loin , les Anglois ne
feroient - ils pas dans le cas de me demander de
quel droit ? Avons- nous , me diroient - ils , reconnu
M. Godefroy pour notre champion & l'avons
- nous chargé de la défenfe de l'échappement
à cylindre : Leur queftion feroit jufte , & je
n'aurois rien à y répondre ; car il faut convenir
que fi l'on n'obferve pas certaines proportions ,
que l'on ne prenne pas certaines mefures dans
l'exécution des parties d'une montre de telle ou
telle conftruction , elle pourra ne pas avoir toute
la jufteffe dont cette conftruction eft fufceptible.
Enfin , fi le défi de M. Godefroy regarde principalement
ma montre de la nouvelle conftruction ,
comme cela paroît devoit être , il auroit dû , an
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
lieu de fixer fix mois ou un an pour l'épreuve ch
question , mettre cinq ou fix ans ; car je lui déclare
que les montres de cette espece que je fais , peuvent
aller ce tems , & bien au- delà , en confervant
toujours leur jufteffe & fans avoir befoin d'Horloger;
ce qu'on ne peut affurément attendre des
montres à cylindre , quoiqu'elles aillent ( comme
j'en fuis convenu moi-même ) avec plus de précifion
dans les commencemens. Où trouvera-t- il
des Commiffaires affez patiens pour ſe charger
de voir aller deux montres pendant un pareil intervalle
de tems , & de juger par des obſervations
fuivies de leurs différens écarts ? Bien des gens
à ma place ajouteroient à tout cela que m'étant
mefuré avec M. Graham je pourrois me difpenfer
d'entrer en lice avec M. Godefroy , qui n'eft que
fon copiſte ; mais des motifs de cette efpece ne
pourroient point arrêter quelqu'un qui , je puis le
dire , a autant de zéle que moi pour la perfection
de fon art , s'il voyoit que d'un parcil combat il
en pût réfulter quelque chofe que ne nous ayent
pas déja appris l'expérience & le raiſonnement.
Il ne fuffit pas qu'une montre , pour être de bon
fervice , foit réguliere pendant fix mois ou un an ;
il faut qu'elle le foit fept ou huit ans s'il eft poffible
: c'eft le but que je me fuis propofé par cette
nouvelle conftruction , à quoi je me flate d'avoir
aflez bien réuffi , pour que dans les Provinces du
Royaume & dans les pays étrangers , on donne la
préférence aux montres de France ; car , par cette
conftruction , je mets l'échappement de la roue de
rencontre à l'abri de l'ufure , je rends le recul des
Toues plus facile , leur mouvement plus uniforme
& plus régulier ; je diminue dans le tems de leur
recul , la preffion de leurs pivots fur les parois de
leurs trous , ce qui rend ces mêmes trous moins
AVRIL. 1754- 175
fujers à s'ufer , & les pivots moins fujets à fe dépolir
, avantages qui ont été démontrés dans mon
mémoire du Mercure de Juin 1752 , & reconnus
de l'Académie Royale des Sciences , & des Horlogers
qui ont examiné cette conſtruction .
Encore un mot & je finis . M. Godefroy fait tous
fes efforts , dans fa feconde Lettre , pour interpréter
d'une maniere qui ne lui foit pas défavorable ,
ce qu'il a dit dans fa premiere au fujet de l'hor
logerie Angloife & Françoife. Il a raifon , car l'idéc
qu'on s'en forme d'abord n'eft pas propre à
lui attirer des remercimens de tout bon citoyen ;
bien au contraire , des reproches. Mais de quelque
façon qu'il s'y prenne , il aura de la peine à perfader
au public qu'il a rendu un grand ſervice à
la nation , en difant , contre toute vérité ,
que les
montres Angloifes faites il y a foixante ans , font
meilleures que celles que nous faifons aujourd'hui.
Si cela étoit & qu'il nous eut en effet rendu fervice
en parlant ainfi , il pourroit fe vanter de l'avoir
rendu en même tems aux Anglois ; car ces
derniers ne manquerent pas dans le tems ,
de publier
dans leur Gazette ce que nous venons de
rapporter ; & fans confidérer les motifs de M. Gedefroy
, & de quel poids étoit fon autorité dans
ces matieres , il leur a fuffi que ce diſcours partîc
d'un François , pour le regarder comme un hommage
de l'horlogerie Françoiſe à l'horlogerie Angloife
, & comme un aveu de la fupériorité de
celle- ci .
Si l'envie de foutenir des paradoxes qui s'eft
emparé de certains efprits , continue , on voudra
nous faire acroire à la fin , & le tout pour la gloire
de la nation , que nous ne poffédons ni les arts
de goût , ni les arts de jufteffe ( comme les appelle
le Revérend Pere Caftel , en parlant de l'horloge-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
rie ) . Mais les vrais fages fe rient d'une pareille
entreprife , & n'en font pas moins portés à rendre
juftice aux talens des grands hommes que nous
avons dans ces différens arts .
Au refte , il n'en eft pas des arts qui font un
objet de commerce, comme des autres ; on peut par
rapport à ces derniers , foutenir en quelque façon
fans conféquence les propofitions les plus abfurdes.
Mais quant aux premiers on ne le peut ;
les fuites en font trop importantes.
Que M. Rouffeau prétende que nous n'avons
point de mufique , & que nos Muficiens n'y entendent
rien qu'il ait tort ou raifon , cela eft à peu
près égal au commerce de la nation : mais qu'on
foutienne que la théorie d'un art , de l'Horlogerie
, par exemple , eft peu connue en France , que
les montres qu'on y fait font fort inférieures à
celles de nos voifins , les Anglois , en portant par
là l'étranger à s'en fournir chez eux , on ôterois
à la France cette branche du commerce , & on
lui enleveroit trois ou quatre millions par an, objet
très important aux yeux de l'homme d'état.
Il eft tems de finir cette Lettre , Monfieur , qui
eft devenue plus longue que je ne penfois. Je ne
puis cependant le faire fans vous demander une
place dans vos prochains Journaux , pour une ample
réponse que M. Senard , mon neveu , a faite à
la derniere lettre de M. Godefroy.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Nous , foufflignés , anciens Gardes - Vifiteurs de
la Communauté des Maîtres Horlogers de la ville
de Paris , ayant examiné une montre de M. Pierre
le Roi , l'un des anciens de ladite Communauté ,
conftruite d'une maniere particuliere , & telle ,
1° . Que les trois dernieres roues de cette montre
ont des pignons de fept , quoique cependant
1
A VRIL. 1754. 177
!
le nombre des roues ni des dents ne foit point augmenté.
2°. Que la roue de rencontre ( dont les dents
font d'une figure différente de l'ordinaire ) eft d´environ
un tiers plus grande qu'on ne les peut faire
dans les montres de la conftruction en ufage ; que
quoique la grande roue moyenne foit placée vers
la circonférence de la platine , cependant l'éguille
des heures & celle des minutes font menées de la
même maniere que celles des montres ordinaires,
à la réferve d'environ un quart de minute de jeu
que l'éguille des minutes a , laquelle eft fixe dans
les montres ordinaires . Cette obfervation ne mérite
pas d'attention en faveur des avantages qui
réfultent de cette conftruction .
Déclarons que cette montre nous a paru nouvelle
, & que nous n'avons aucune connoiffance
qu'on en ait fait de femblable avant lui ; d'ailleurs
la chofe fe trouvant confirmée par l'Académie
royale des Sciences ; vû fon certificat , en date du
2 Septembre 1751 , qui lui attribue la nouveauté
de cette montre , nous avons crû pouvoir certifier
le fait plus autentiquement : en foi de quor nous.
figné le préfent certificat. A Paris , le 6 Août 1753 .
Signé Igout , Fortin , Goret , Alexandre , le Mafurier
, Arfandaux , Jouard , Fieffé pere , Hervé,
"Nous , fouffignés , Jofué Panier , Maître Horlo
ger de la ville de Paris , ayant examiné une mon
tre de la façon de M. Pierre le Roi , Maître Horloger
de ladite Ville , conftruite d'une maniere particuliere
, & telle , 1 ° . Que les trois dernieres roues
de cette montre ont des pignons de fept , quoique
cependant le nombre des roues ni des dents
ne foit pas augmenté. 2 °. Que la grande roue
moyenne étant placée vers la circonférence de la
platine ; cependant l'éguille des heures & celle des
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
minutes font menées de la même maniere que
celles des montres ordinaires. 3 ° . Que la roue de
rencontre ( dont les dents font d'une figure différente
de l'ordinaire ) eft d'environ un tiers plus
grande qu'on ne les peut faire dans lesdites montres
à l'ordinaire. Je déclare que je n'ai point fait
de femblable montre , & que je n'ai aucune connoiffance
que feu mon frere en ait faite , la conftruction
de cette montre m'ayant paru nouvelle :
je n'ai auffi aucune connoiffance qu'on en ait fait
avant mondit ficur Pierre le Roi . En foi de quoi
j'ai fait & figné ce préfent certificat . Fait à Paris ,
ce 29 Juillet 1753. Signé Jofué Panier.
M. l'Abbé Raynal , au fujet de la lettre de
M. Godefroy , Horloger , du mois d'Octobre
1752 , de celle du mois de Mai 1753 .
M plaindre de la manière dont M. Godefroy
Onfieur , quoique j'aie eu lieu de me
m'a attaqué dans fa premiere lettre , & que par
là je fufle comme dans la néceffité de lui répon
dre pour montrer au Public le peu de fondement
de fes raifonnemens , & de tout ce qu'il a allégué
contre moi ; cependant occupé d'autres affaires ,
fçachant à peu près comment le Public en général
regarde ces fortes de difputes , & me fla- .
tant que dans le petit nombre de Lecteurs qui
voudroient bien prendre la peine d'examiner mon
mémoire & la lettre de M. Godefroy , les véritables
Juges n'auroient pas de peine à découvrir
qui de nous deux a raifon ; je m'étois déterminé
a garder le filence : mais comme dans fa lettre
inférée dans le Mercure de Mai , de l'an paffé , il
infifte de nouveau fur ce que ma montre n'a rien
de neuf , & qu'il en a vu , il y a plus de 30 ans ,
de la même conftruction plufieurs de M. Panier ,
j'ai cru que je ne pourrois m'empêcher de défabufer
le Public fur une allégation auffi fauffe &
auſſi contraire à la vérité ; j'ai cru même que je
H
170 MERCURE DE FRANCE.
.
le devois c'est ce qui m'engage aujourd'hui à
rompre le filence que je m'étois propofé de garder
, & à vous écrire , Monfieur , en vous priant
d'inférer ma lettre dans votre Journal , pour mon
trer par des preuves qui me paroiffent fans réplique
, que ma montre eft d'une conftruction
aufli nouvelle que je l'ai avancé. Je m'étois propofé
de le faire dès l'année paffée ; mais différentes
occupations & une fanté fort chancelante
m'en ont jufqu'ici empêché .
La conftruction de ma montre eft fi différente
de celle dont parle M. Godefroy , que j'aurois
pû le défier d'en montrer aucune de femblable ;
mais comme il auroit pû fe retrancher fur la
difficulté de le faire , en alléguant que des montres
de cette espece pourroient ne fe pas trouver
dans Paris , ou entre les mths des gens connus
j'ai cru que le plus fúr paid , le plus capable de
décider la queftion , étoit de s'adreffer aux anciens
Horlogers les plus expérimentés , afin de
fçavoir d'eux fi dans le grand nombre de montres
qui leur avoient paffé par les mains , ils n'en
avoient point vú de femblables à la mienne . Je
l'ai donc fait , & tous m'ont répondu qu'ils n'en
avoient point vú. J'ai fait plus , j'ai été chez M.
Panier ; je lui ai montré cette montre , en lui
demandant s'il en avoit fait ou s'il avoit connoif-
Lance qu'on en eût fait de pareilles : il m'a répondu
que non. Je les ai prié les uns & les autres de
me confirmer ce qu'ils me difoient par un certificat
; ils me l'ont donné fans balancer Vous
le trouverez à la fuite de cette lettre . Après des
preuves de ce genre , je ne crois pas qu'on puiffe
me contefter la nouveauté de conftruction de ma
montre. Pendant que j'y fuis , je ne puis m'empêcher
d'ajouter deux mots par rapport aux réAVRIL.
1754. 17
flexions que fait M. Godefroy fur la gageure faite à
Lisbonne au fujet de la prééminence des montres
Angloifes fur les montres Françoifes , & au défi
qu'il me propofe.
Il est bien dangereux de citer , quand on n'entend
pas bien ce qu'on cite . M. Godefroy nous
en donne une preuve. M. Senard mon neveu ,
dans fa lettre inférée dans le Mercure de Mars de
l'an paffé , cite , pour faire voir que ce qu'il rapporte
de cette gageure n'eft point un oui -dire , le
paffage de l'Hiftoire de l'Académie où il en eft
queftion : que répond à cela M. Godefroy ?
> dans les
Que M. le Roi , fils de M. Julien le Roi , dans
fon Mémoire contre M. Rivaz dit
que
éloges que l'Académie fait de beaucoup d'ouvrages
fes vies font auffi forvent d'encourager ceux qui
cultivent les Arts , que montrer la bonté de leurs
productions. Il oublie qu'il n'eft ici queftion , ni
Pencouragement , ni de louanges données à l'Auteur
, mais d'un fimple fait dont l'authenticité a
paru à l'Académie fi bien établie , qu'elle n'a pas
jugé indigne de fes faftes de l'y inferer , comme
un monument honorable à l'Horlogerie Françoife.
Pour répandre des doutes fur l'exiſtence de
cette gageure , & fur les fuites qu'elle a eu , il dit,
qu'il eft étonnant qu'une Hiftoire qui a reçu place
dans les Mémoires de l'Académie des Sciences n'ait
pas affez mérité d'égards , pour qu'on cite les noms
des parieurs . Auroit- il voulu P'Académie eût
que
chargé fon Hiftoire d'un procès- verbal détaillé ,
comme fi les fuites de cette gageure étoient d'une
nature incroyable , & n'étoient pas dans l'ordre
de ces chofes , qui pour être crues n'ont befoin
que de l'autorité d'une Compagnie auffi reſpectable
Le procédé de M. Godefroy , pour donner
lieu à ſon défi , a quelque chofe ici de bien fin-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
gulier ; on en jugera par l'anecdote fuivante. Il
feint d'ignorerque la gageure en question ait jamais
exifté : cependant il n'a pu oublier que dans le
tems que l'on me propofa de faire une montre pour
cette gageure , il fut un des premiers à qui j'en parlai
, il te chargea même de me faire une partie du
travail ; ce qui auroit eu lieu , fans un voyage
qu'il fit dans fon pays. Enfin , fi après tout ce que
je viens de dire il pouvoit refter des doutes dans
Pefprit de quelqu'un far l'existence de cette gageure
, & fur ce qu'il en refulta , il n'auroit qu'à
confulter le Mercure d'Avril de 1744 , il y
trouvera le nom & la qualité du François qui
étoit à la tête de cette gageure ; & celui d'une
perfonne fort connue du Public , encore
vivante , & que l'on pourra confulter , qui étoit
chargée de me folliciter pour l'exécution de la
montre que je faifois à cette occafion . M. Godefroy
fentant l'infuffifance de fes réponfes aux objections
de M. Senard contre l'échappement à cylindre
, finit par me propofer un défi : Il ne me
répondra plus , dit-il , que la lime à la main. C'eſt
la reffource de bien des gens qui manquent de
bonnes raifons. On fçait en général combien
d'obstacles empêchent que des épreuves comme,
celle qu'il propofe , n'avent lieu , & dans cette fécurité
on a toujours la reflource que c'eft un
moyen honnête pour fetirer d'affaire , & qui frappe
même des perfonnes qui étant peu inftruites ,
croyent qu'un homme qui parle fi hardiment ,
doit fe fentir bien affuré du fuccès . Cependant
les trois quarts du tems rien n'eft moins vrai , &
ils feroient très- embarraflés fi on les prenoit au
mot. Quoiqu'il en foit , M. Godefroy n'y a aflurément
pas penfé en me propofant ce défi . Quand
je l'accepterois , qu'en pourroit - il réfulter de
AVRIL. 1754. 173
nouveau ? Les fuites de la gageure dont j'ai déja
parlé , n'ont-elles pas fait voir qu'une montre
d'une conftruction femblable à celle qu'il me propofe
de mettre en parallele avec une des fiennes
à cylindre , a été auffi jufte que celle de M. Graham
, l'inventeur de cet échappement : Quand
même on fuppoferoit , ce qui n'eft pas , que M.
Godefroy a en Phyfique & en Méchanique les mê
mes connoiffances que M. Graham , il ne peut
refulter rien de nouveau de l'épreuve qu'il me
propofe , comme je l'ai avancé , fçachant , ainſi
que je l'ai déja dit , que mes montres dont il eft
ici queftion , vont auffi juile que les meilleures
montres à cylindre ; elle feroit donc inutile . De
plus cette épreuve ne feroit pas décifive , & n'auroit
aucun avantage pour moi ; car quand ma
montre iroit mieux que celle de M. Godefroy , je
n'en pourrois rien conclure de général contre l'échappement
à cylindre ; j'en pourrois conclure
feulement que mes montres vont mieux que celles
de cette efpece que fait M. Godefroy , & voilà
touts car fi j'allois plus loin , les Anglois ne
feroient - ils pas dans le cas de me demander de
quel droit ? Avons- nous , me diroient - ils , reconnu
M. Godefroy pour notre champion & l'avons
- nous chargé de la défenfe de l'échappement
à cylindre : Leur queftion feroit jufte , & je
n'aurois rien à y répondre ; car il faut convenir
que fi l'on n'obferve pas certaines proportions ,
que l'on ne prenne pas certaines mefures dans
l'exécution des parties d'une montre de telle ou
telle conftruction , elle pourra ne pas avoir toute
la jufteffe dont cette conftruction eft fufceptible.
Enfin , fi le défi de M. Godefroy regarde principalement
ma montre de la nouvelle conftruction ,
comme cela paroît devoit être , il auroit dû , an
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
lieu de fixer fix mois ou un an pour l'épreuve ch
question , mettre cinq ou fix ans ; car je lui déclare
que les montres de cette espece que je fais , peuvent
aller ce tems , & bien au- delà , en confervant
toujours leur jufteffe & fans avoir befoin d'Horloger;
ce qu'on ne peut affurément attendre des
montres à cylindre , quoiqu'elles aillent ( comme
j'en fuis convenu moi-même ) avec plus de précifion
dans les commencemens. Où trouvera-t- il
des Commiffaires affez patiens pour ſe charger
de voir aller deux montres pendant un pareil intervalle
de tems , & de juger par des obſervations
fuivies de leurs différens écarts ? Bien des gens
à ma place ajouteroient à tout cela que m'étant
mefuré avec M. Graham je pourrois me difpenfer
d'entrer en lice avec M. Godefroy , qui n'eft que
fon copiſte ; mais des motifs de cette efpece ne
pourroient point arrêter quelqu'un qui , je puis le
dire , a autant de zéle que moi pour la perfection
de fon art , s'il voyoit que d'un parcil combat il
en pût réfulter quelque chofe que ne nous ayent
pas déja appris l'expérience & le raiſonnement.
Il ne fuffit pas qu'une montre , pour être de bon
fervice , foit réguliere pendant fix mois ou un an ;
il faut qu'elle le foit fept ou huit ans s'il eft poffible
: c'eft le but que je me fuis propofé par cette
nouvelle conftruction , à quoi je me flate d'avoir
aflez bien réuffi , pour que dans les Provinces du
Royaume & dans les pays étrangers , on donne la
préférence aux montres de France ; car , par cette
conftruction , je mets l'échappement de la roue de
rencontre à l'abri de l'ufure , je rends le recul des
Toues plus facile , leur mouvement plus uniforme
& plus régulier ; je diminue dans le tems de leur
recul , la preffion de leurs pivots fur les parois de
leurs trous , ce qui rend ces mêmes trous moins
AVRIL. 1754- 175
fujers à s'ufer , & les pivots moins fujets à fe dépolir
, avantages qui ont été démontrés dans mon
mémoire du Mercure de Juin 1752 , & reconnus
de l'Académie Royale des Sciences , & des Horlogers
qui ont examiné cette conſtruction .
Encore un mot & je finis . M. Godefroy fait tous
fes efforts , dans fa feconde Lettre , pour interpréter
d'une maniere qui ne lui foit pas défavorable ,
ce qu'il a dit dans fa premiere au fujet de l'hor
logerie Angloife & Françoife. Il a raifon , car l'idéc
qu'on s'en forme d'abord n'eft pas propre à
lui attirer des remercimens de tout bon citoyen ;
bien au contraire , des reproches. Mais de quelque
façon qu'il s'y prenne , il aura de la peine à perfader
au public qu'il a rendu un grand ſervice à
la nation , en difant , contre toute vérité ,
que les
montres Angloifes faites il y a foixante ans , font
meilleures que celles que nous faifons aujourd'hui.
Si cela étoit & qu'il nous eut en effet rendu fervice
en parlant ainfi , il pourroit fe vanter de l'avoir
rendu en même tems aux Anglois ; car ces
derniers ne manquerent pas dans le tems ,
de publier
dans leur Gazette ce que nous venons de
rapporter ; & fans confidérer les motifs de M. Gedefroy
, & de quel poids étoit fon autorité dans
ces matieres , il leur a fuffi que ce diſcours partîc
d'un François , pour le regarder comme un hommage
de l'horlogerie Françoiſe à l'horlogerie Angloife
, & comme un aveu de la fupériorité de
celle- ci .
Si l'envie de foutenir des paradoxes qui s'eft
emparé de certains efprits , continue , on voudra
nous faire acroire à la fin , & le tout pour la gloire
de la nation , que nous ne poffédons ni les arts
de goût , ni les arts de jufteffe ( comme les appelle
le Revérend Pere Caftel , en parlant de l'horloge-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
rie ) . Mais les vrais fages fe rient d'une pareille
entreprife , & n'en font pas moins portés à rendre
juftice aux talens des grands hommes que nous
avons dans ces différens arts .
Au refte , il n'en eft pas des arts qui font un
objet de commerce, comme des autres ; on peut par
rapport à ces derniers , foutenir en quelque façon
fans conféquence les propofitions les plus abfurdes.
Mais quant aux premiers on ne le peut ;
les fuites en font trop importantes.
Que M. Rouffeau prétende que nous n'avons
point de mufique , & que nos Muficiens n'y entendent
rien qu'il ait tort ou raifon , cela eft à peu
près égal au commerce de la nation : mais qu'on
foutienne que la théorie d'un art , de l'Horlogerie
, par exemple , eft peu connue en France , que
les montres qu'on y fait font fort inférieures à
celles de nos voifins , les Anglois , en portant par
là l'étranger à s'en fournir chez eux , on ôterois
à la France cette branche du commerce , & on
lui enleveroit trois ou quatre millions par an, objet
très important aux yeux de l'homme d'état.
Il eft tems de finir cette Lettre , Monfieur , qui
eft devenue plus longue que je ne penfois. Je ne
puis cependant le faire fans vous demander une
place dans vos prochains Journaux , pour une ample
réponse que M. Senard , mon neveu , a faite à
la derniere lettre de M. Godefroy.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Nous , foufflignés , anciens Gardes - Vifiteurs de
la Communauté des Maîtres Horlogers de la ville
de Paris , ayant examiné une montre de M. Pierre
le Roi , l'un des anciens de ladite Communauté ,
conftruite d'une maniere particuliere , & telle ,
1° . Que les trois dernieres roues de cette montre
ont des pignons de fept , quoique cependant
1
A VRIL. 1754. 177
!
le nombre des roues ni des dents ne foit point augmenté.
2°. Que la roue de rencontre ( dont les dents
font d'une figure différente de l'ordinaire ) eft d´environ
un tiers plus grande qu'on ne les peut faire
dans les montres de la conftruction en ufage ; que
quoique la grande roue moyenne foit placée vers
la circonférence de la platine , cependant l'éguille
des heures & celle des minutes font menées de la
même maniere que celles des montres ordinaires,
à la réferve d'environ un quart de minute de jeu
que l'éguille des minutes a , laquelle eft fixe dans
les montres ordinaires . Cette obfervation ne mérite
pas d'attention en faveur des avantages qui
réfultent de cette conftruction .
Déclarons que cette montre nous a paru nouvelle
, & que nous n'avons aucune connoiffance
qu'on en ait fait de femblable avant lui ; d'ailleurs
la chofe fe trouvant confirmée par l'Académie
royale des Sciences ; vû fon certificat , en date du
2 Septembre 1751 , qui lui attribue la nouveauté
de cette montre , nous avons crû pouvoir certifier
le fait plus autentiquement : en foi de quor nous.
figné le préfent certificat. A Paris , le 6 Août 1753 .
Signé Igout , Fortin , Goret , Alexandre , le Mafurier
, Arfandaux , Jouard , Fieffé pere , Hervé,
"Nous , fouffignés , Jofué Panier , Maître Horlo
ger de la ville de Paris , ayant examiné une mon
tre de la façon de M. Pierre le Roi , Maître Horloger
de ladite Ville , conftruite d'une maniere particuliere
, & telle , 1 ° . Que les trois dernieres roues
de cette montre ont des pignons de fept , quoique
cependant le nombre des roues ni des dents
ne foit pas augmenté. 2 °. Que la grande roue
moyenne étant placée vers la circonférence de la
platine ; cependant l'éguille des heures & celle des
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
minutes font menées de la même maniere que
celles des montres ordinaires. 3 ° . Que la roue de
rencontre ( dont les dents font d'une figure différente
de l'ordinaire ) eft d'environ un tiers plus
grande qu'on ne les peut faire dans lesdites montres
à l'ordinaire. Je déclare que je n'ai point fait
de femblable montre , & que je n'ai aucune connoiffance
que feu mon frere en ait faite , la conftruction
de cette montre m'ayant paru nouvelle :
je n'ai auffi aucune connoiffance qu'on en ait fait
avant mondit ficur Pierre le Roi . En foi de quoi
j'ai fait & figné ce préfent certificat . Fait à Paris ,
ce 29 Juillet 1753. Signé Jofué Panier.
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Résumé : LETTRE de M. Pierre le Roi, Horloger, à M. l'Abbé Raynal, au sujet de la lettre de M. Godefroy, Horloger, du mois d'Octobre 1752, & de celle du mois de Mai 1753.
Pierre Le Roi, horloger, réagit aux accusations de M. Godefroy qui conteste la nouveauté de sa montre. Godefroy affirme avoir vu des modèles similaires il y a plus de trente ans chez M. Panier. Pour défendre son innovation, Le Roi a recueilli des témoignages d'horlogers expérimentés et de M. Panier lui-même, confirmant l'originalité de sa création. Des certificats attestant ces témoignages accompagnent sa réponse. Le Roi critique également Godefroy pour sa mauvaise interprétation d'une gageure à Lisbonne, où la supériorité des montres anglaises sur les françaises avait été remise en question. L'Académie des Sciences a reconnu cette gageure et l'a incluse dans ses mémoires. Le Roi invite Godefroy à consulter le Mercure d'Avril 1744 pour vérifier les détails. De plus, Le Roi refuse un défi proposé par Godefroy concernant la précision des montres, arguant que ses créations sont déjà reconnues pour leur justesse. Il met en avant la durabilité et la précision de ses montres, validées par l'Académie Royale des Sciences, et exprime des réserves sur l'impartialité de l'épreuve proposée. Le texte aborde également la supériorité perçue de l'horlogerie anglaise sur la française, soulignant les talents des grands hommes français dans ce domaine. Il met en garde contre les propos dénigrants qui pourraient nuire au commerce national. Deux certificats attestent de l'innovation de la montre de Le Roi, confirmant des caractéristiques techniques uniques et nouvelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6840
p. 91-92
ENIGME.
Début :
Lorsque l'Amour, en dépit de sa mere, [...]
Mots clefs :
Colombe
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
L Orfque l'Amour , en dépit de ſa mere ¿
Métamorphofa Periftere ,
On auroit beau pallier fon motif ,
Ce petit Dieu , fans doute , étoit vindicatif.
Heureufement pour moi , ce fut dans mon espéce
Qu'il transforma l'objet de fon averfion ;.
Car par juftice & par tendreffe ,
Venus me prit fous fa protection..
Admiſe en fon cortege , attachée à ſa ſuite ,
Et confacrée à fa divinité ,
Je vis chez les humains éclater mon mérite
92 MERCURE DE FRANCE
Et dans divers états mon nom fi refpecté ,
Qu'on me dreffa des autels en Syrie.
Mais indignée enfin du culte des Payens ,
Abandonnant les Syriens.
A leur idolatrie ,
Je me fauvai foudain
Vers les bords du Jourdain ,
Où l'Eternel , adoptant ma figure ,
Me combla d'un honneur parfait.
M'ignorez-vous encor après ce dernier trait
Il faut vous fatisfaire ; allons je vais conclure.
On me trouve par tout , en plein jour dans les
champs ,
Et la nuit dans les bâtimens.
L Orfque l'Amour , en dépit de ſa mere ¿
Métamorphofa Periftere ,
On auroit beau pallier fon motif ,
Ce petit Dieu , fans doute , étoit vindicatif.
Heureufement pour moi , ce fut dans mon espéce
Qu'il transforma l'objet de fon averfion ;.
Car par juftice & par tendreffe ,
Venus me prit fous fa protection..
Admiſe en fon cortege , attachée à ſa ſuite ,
Et confacrée à fa divinité ,
Je vis chez les humains éclater mon mérite
92 MERCURE DE FRANCE
Et dans divers états mon nom fi refpecté ,
Qu'on me dreffa des autels en Syrie.
Mais indignée enfin du culte des Payens ,
Abandonnant les Syriens.
A leur idolatrie ,
Je me fauvai foudain
Vers les bords du Jourdain ,
Où l'Eternel , adoptant ma figure ,
Me combla d'un honneur parfait.
M'ignorez-vous encor après ce dernier trait
Il faut vous fatisfaire ; allons je vais conclure.
On me trouve par tout , en plein jour dans les
champs ,
Et la nuit dans les bâtimens.
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6841
p. 92-93
LOGOGRYPHE.
Début :
S'il me faut vingt ou trente vers [...]
Mots clefs :
Baromètre
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
S'ILIl me faut vingt ou trente vers
Pour fabriquer un Logogryphe ,
J'en compose un cent de travers ;
Cent fois je rature & je biffe .
J'ai beau piquer , Pégale eft lourd ;
Je crie en vain , Phébas eft fourd.
Si je rencontre un mot , je le trouve ſtérile ;
En attrapar- je un autre il eft trop difficile.
Quel diantre d'embarras ! Où puis -je avoir recours
?
Si ce n'eft aux - neufs Soeurs , dont j'attends du fe
cours .
M A I. 1754.
93
On m'inſpire ! .... & je fens qu'Erato moins rebelle
,
M'en donne un de neuf pieds , qui fait mention
d'elle ;
Et qui met fous vos yeux un précieux métal ;
Une fouris de Mofcovie ;
Et ce qui termine la vie .
Un gros corps de guerriers ; la Déeffe du mal
Une Peninfule de Grece ;
Un vrai modele de tendreffe .
Cette ville autrefois
Maîtreffe de la terre ,
Qui rangea fous fes loix
Prefque tout l'hémiſphere
.
Un inftrument de Menuifier.
Le grand amas des eaux , une pierre , un nom
d'homme ,
Unfoupir à la Suiffe , un tribunal à Rome ,
Un vent du nord , un terme de Drapier,
Un corpufcule indiviſible ,
D'une figure imperceptible.
La matiere des pleurs des foeurs de Phaëton ;
Dans les combats ce qu'on redoute.
Quelques Lecteurs diront , fans doute ,
D'où viennent tous ces mots ? & d'où les tire
t-on ?
D'un inftrument de méchanique
Affez connu dans la Phyfique.
A S. N. lès-Senlis.
S'ILIl me faut vingt ou trente vers
Pour fabriquer un Logogryphe ,
J'en compose un cent de travers ;
Cent fois je rature & je biffe .
J'ai beau piquer , Pégale eft lourd ;
Je crie en vain , Phébas eft fourd.
Si je rencontre un mot , je le trouve ſtérile ;
En attrapar- je un autre il eft trop difficile.
Quel diantre d'embarras ! Où puis -je avoir recours
?
Si ce n'eft aux - neufs Soeurs , dont j'attends du fe
cours .
M A I. 1754.
93
On m'inſpire ! .... & je fens qu'Erato moins rebelle
,
M'en donne un de neuf pieds , qui fait mention
d'elle ;
Et qui met fous vos yeux un précieux métal ;
Une fouris de Mofcovie ;
Et ce qui termine la vie .
Un gros corps de guerriers ; la Déeffe du mal
Une Peninfule de Grece ;
Un vrai modele de tendreffe .
Cette ville autrefois
Maîtreffe de la terre ,
Qui rangea fous fes loix
Prefque tout l'hémiſphere
.
Un inftrument de Menuifier.
Le grand amas des eaux , une pierre , un nom
d'homme ,
Unfoupir à la Suiffe , un tribunal à Rome ,
Un vent du nord , un terme de Drapier,
Un corpufcule indiviſible ,
D'une figure imperceptible.
La matiere des pleurs des foeurs de Phaëton ;
Dans les combats ce qu'on redoute.
Quelques Lecteurs diront , fans doute ,
D'où viennent tous ces mots ? & d'où les tire
t-on ?
D'un inftrument de méchanique
Affez connu dans la Phyfique.
A S. N. lès-Senlis.
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6842
p. 94-95
AUTRE.
Début :
On me voit dans les camps, on me voit dans les villes, [...]
Mots clefs :
Patrouille
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
ON me voit dans les camps , on me voit dans
les villes ,
Remuant , agiſſant à pas lents & tranquilles ;
Par tout on merefpecte , & par tout on me craint
Je vas , je viens , je change & ma courſe & mon
train ;
Je repofe fouvent ; mais quand on dort je veille ,
Et prête au moindre bruit une attentive oreille .
Veux-tu me combiner ? dans mes renverſemens ,
Je t'offre , cher Lecteur , deux des quatre élémens.
Des plantes , des monnoies , des outils , des ma
chines ;
Ce métal qui fait tout , qui naît en pluſieurs mi◄
C nes .:
Des infectes , des fruits beaux & délicieux ,
Doux, amers, & piquans, plus ou moins précieux
Des animaux privés , fauvages , domestiques ;
Des inftrumens nouveaux , fi tu le veux antiques ,
Qu'importe on les a faits pour enchanter nos
fens ,
Et pour les animer par de tendres accens.
Je te préfente encore un poiffon à coquille ,
Peu connu parmi nous , à trouver difficile ;
Plufieurs noms d'Ecrivains , celui d'un bon Au
tcur ,
MA I. 87541
95
Ami de fes cliens , & jamais leur flateur ;
La Bruyere , Boileau , lui rendirent juftice ;
L'honneur fut fa vertu , la pauvreté fon vice.
Un Poëte fameux fe trouve dans mon fein :
la (difoit Varon ) l'agréable & le fin .
Horace lui reproche un comique affez fade ,
Des vers mal cadencés , un enjoument mauflade.
Je te promets bien mieux , un Poëte étonnant::
Il vit , déja fon nom.vole au - delà du tems.
Combines - moi toujours , je te montre des villes ,
Des drogues , des oifeaux , des monts, des champs
fertiles ,
Un os du corps humain qui s'emboîte au femur,
S'attache au tibia , rend le marché plus fûr.
J'occupe tes regards d'un ornement d'Eglife ,
Qui dépeint d'un Seigneur les armes , la devife
Les fuppôts , les émaux , marques de vanité ,
De faſte , de grandeur , & de mortalité.
Par M. L. B. de B. B. D. A. D. R. E.
C. A. G. S.
ON me voit dans les camps , on me voit dans
les villes ,
Remuant , agiſſant à pas lents & tranquilles ;
Par tout on merefpecte , & par tout on me craint
Je vas , je viens , je change & ma courſe & mon
train ;
Je repofe fouvent ; mais quand on dort je veille ,
Et prête au moindre bruit une attentive oreille .
Veux-tu me combiner ? dans mes renverſemens ,
Je t'offre , cher Lecteur , deux des quatre élémens.
Des plantes , des monnoies , des outils , des ma
chines ;
Ce métal qui fait tout , qui naît en pluſieurs mi◄
C nes .:
Des infectes , des fruits beaux & délicieux ,
Doux, amers, & piquans, plus ou moins précieux
Des animaux privés , fauvages , domestiques ;
Des inftrumens nouveaux , fi tu le veux antiques ,
Qu'importe on les a faits pour enchanter nos
fens ,
Et pour les animer par de tendres accens.
Je te préfente encore un poiffon à coquille ,
Peu connu parmi nous , à trouver difficile ;
Plufieurs noms d'Ecrivains , celui d'un bon Au
tcur ,
MA I. 87541
95
Ami de fes cliens , & jamais leur flateur ;
La Bruyere , Boileau , lui rendirent juftice ;
L'honneur fut fa vertu , la pauvreté fon vice.
Un Poëte fameux fe trouve dans mon fein :
la (difoit Varon ) l'agréable & le fin .
Horace lui reproche un comique affez fade ,
Des vers mal cadencés , un enjoument mauflade.
Je te promets bien mieux , un Poëte étonnant::
Il vit , déja fon nom.vole au - delà du tems.
Combines - moi toujours , je te montre des villes ,
Des drogues , des oifeaux , des monts, des champs
fertiles ,
Un os du corps humain qui s'emboîte au femur,
S'attache au tibia , rend le marché plus fûr.
J'occupe tes regards d'un ornement d'Eglife ,
Qui dépeint d'un Seigneur les armes , la devife
Les fuppôts , les émaux , marques de vanité ,
De faſte , de grandeur , & de mortalité.
Par M. L. B. de B. B. D. A. D. R. E.
C. A. G. S.
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6843
p. 93-94
ENIGME.
Début :
Après une lecture ou deux, [...]
Mots clefs :
Escalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
APrès une lecture ou deux ,
Edipe , nomme moi de grace ;
Mon corps eft haut & tortueux ,
Souvent on en parcourt l'eſpace ;
Mon propre eft d'élever quiconque eft abbaiffé ,
Comme auffi d'abbaifler quiconque eft exhauffé.
Afin que point tu ne me rates,
J'habite où font tes Dieux pénates.
Caché , je mafque les plaifirs ;
Vifible , à tes moindres défirs
94 MERCURE DE FRANCE.
Je donne un fecours favorable.
Sile mot ne s'offre à ton gré ,
De ce qui t'eft fi ferviable
Cherche à le fçavoir par dégré.
Par M. M. **. de Paris.
APrès une lecture ou deux ,
Edipe , nomme moi de grace ;
Mon corps eft haut & tortueux ,
Souvent on en parcourt l'eſpace ;
Mon propre eft d'élever quiconque eft abbaiffé ,
Comme auffi d'abbaifler quiconque eft exhauffé.
Afin que point tu ne me rates,
J'habite où font tes Dieux pénates.
Caché , je mafque les plaifirs ;
Vifible , à tes moindres défirs
94 MERCURE DE FRANCE.
Je donne un fecours favorable.
Sile mot ne s'offre à ton gré ,
De ce qui t'eft fi ferviable
Cherche à le fçavoir par dégré.
Par M. M. **. de Paris.
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6844
p. 94-96
LOGOGRYPHE.
Début :
Mon frere, ces jours-ci, parut sur l'horison, [...]
Mots clefs :
Thermomètre
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
On frere ,ces jours- ci , parut fur l'horiſon ,
Aujourd'hui c'eſt à moi de monter fur la fcene,
Lecteur , à me trouver tu n'auras pas de peine.
Mais .... puis-je me flater d'être lû ? Pourquoi
non ?
On l'a bien lu ; je lui reffemble :
Pourquoi ne me liroit -on pas ?
Quoique même réduit , même lit nous raffemble
Jamais nous n'avons de débats.
Le paflager , fur fon voyage ,
Auffi bien que tout l'équipage
Nous confultent toujours avant de s'embarquer.
Le petit- maître avant de ſe parer ;
Lajeune & brillante coquette
Avant de faire fa toilette,
Et ce n'eft que fur nos avis
Qu'elle compofe ſa parure ,
Et prend tel ou tel autre habit.
Enfin .... Mais , c'eft affez , paffons à ma ftruc
ture.
JUILLET.
95 $754.
Trente mots au moins je contiens ,
Latins , François , Italiens ;
Mais j'en retrancherai une bonné partie.
Un Lecteur ailément s'ennuie
Quand fon efprit eft trop long-tems gêné.
Je renferme d'abord un mot de procédure ;
Un ornement d'Architecture ,
Certain métal d'un chacun recherché :
Ce qui finit notre carriere
Et fait rentrer l'homme dans la pouſſiere ;
Un poiffon qui , dit-on , malgré le cours des
eaux
Arrête les plus forts vaiffeaux.
Deux mots affez communs , l'un dans l'Aftrono
mie ,
L'autre dans la Géométrie ;
Le chef-d'oeuvre du Créateur ;
Une élévation , mais de peu de hauteur ;
Cette ville du monde autrefois la maîtreffe ,
La premiere aujourd'hui de l'empire chrétien ;
Une province de la Grece ;
Ce par quoi quelques muficiens
Rendent leur mémoire immortelle ;
Le nom de cette belle
Dont l'amant fe noya par un excès d'ardeur ;
Un élément , un arbre , un terme de cuiſine ,
Une conjonction ou Françoiſe ou Latine ,
Qu'importe un mot Latin qui défigne la peur ,
Un autre Italien , qui s'exprime par craindre
96 MERCURE DE FRANCE.
Un autre enfin qui marque le trépas.
Si je voulois je ne finirois pas ;
Mais , ce feroit , Lecteur , trop long-tems te contraindre.
D. P. N. T.
'A Nogent-fur- Seine le 3 Mai 1754º
On frere ,ces jours- ci , parut fur l'horiſon ,
Aujourd'hui c'eſt à moi de monter fur la fcene,
Lecteur , à me trouver tu n'auras pas de peine.
Mais .... puis-je me flater d'être lû ? Pourquoi
non ?
On l'a bien lu ; je lui reffemble :
Pourquoi ne me liroit -on pas ?
Quoique même réduit , même lit nous raffemble
Jamais nous n'avons de débats.
Le paflager , fur fon voyage ,
Auffi bien que tout l'équipage
Nous confultent toujours avant de s'embarquer.
Le petit- maître avant de ſe parer ;
Lajeune & brillante coquette
Avant de faire fa toilette,
Et ce n'eft que fur nos avis
Qu'elle compofe ſa parure ,
Et prend tel ou tel autre habit.
Enfin .... Mais , c'eft affez , paffons à ma ftruc
ture.
JUILLET.
95 $754.
Trente mots au moins je contiens ,
Latins , François , Italiens ;
Mais j'en retrancherai une bonné partie.
Un Lecteur ailément s'ennuie
Quand fon efprit eft trop long-tems gêné.
Je renferme d'abord un mot de procédure ;
Un ornement d'Architecture ,
Certain métal d'un chacun recherché :
Ce qui finit notre carriere
Et fait rentrer l'homme dans la pouſſiere ;
Un poiffon qui , dit-on , malgré le cours des
eaux
Arrête les plus forts vaiffeaux.
Deux mots affez communs , l'un dans l'Aftrono
mie ,
L'autre dans la Géométrie ;
Le chef-d'oeuvre du Créateur ;
Une élévation , mais de peu de hauteur ;
Cette ville du monde autrefois la maîtreffe ,
La premiere aujourd'hui de l'empire chrétien ;
Une province de la Grece ;
Ce par quoi quelques muficiens
Rendent leur mémoire immortelle ;
Le nom de cette belle
Dont l'amant fe noya par un excès d'ardeur ;
Un élément , un arbre , un terme de cuiſine ,
Une conjonction ou Françoiſe ou Latine ,
Qu'importe un mot Latin qui défigne la peur ,
Un autre Italien , qui s'exprime par craindre
96 MERCURE DE FRANCE.
Un autre enfin qui marque le trépas.
Si je voulois je ne finirois pas ;
Mais , ce feroit , Lecteur , trop long-tems te contraindre.
D. P. N. T.
'A Nogent-fur- Seine le 3 Mai 1754º
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6845
p. 170
« REFUTATION suivie & détaillée des principes de M. Rousseau, de Genève, [...] »
Début :
REFUTATION suivie & détaillée des principes de M. Rousseau, de Genève, [...]
Mots clefs :
Réfutation, Musique française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « REFUTATION suivie & détaillée des principes de M. Rousseau, de Genève, [...] »
REFUTATION fuivie & détaillée des
principes de M. Rouffeau , de Geneve ,
touchant la Mufique Françoife ; adreffée
à lui -même en réponſe à fa lettre . A Paris
, chez Chaubert , quai des Auguftins ;
& Hochereau , quai de Conti.
principes de M. Rouffeau , de Geneve ,
touchant la Mufique Françoife ; adreffée
à lui -même en réponſe à fa lettre . A Paris
, chez Chaubert , quai des Auguftins ;
& Hochereau , quai de Conti.
Fermer
6847
p. 78-79
ENIGME.
Début :
Utile en tems de guerre, utile en tems de paix, [...]
Mots clefs :
Chemin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
UTile en tems de guerre , utile en tems de paix ;
Néceffaire au commerce ,
Quoique fouvent un chacun me traverse ,
Je ne me rebute jamais.
Auffi vieux que la terre & l'onde ,
Je ne fuis pas près de mafin ;
NOVEMBRE. 1754. 79
Car tel eft mon deftin
De ne finir qu'avec le monde.
Je fuis voifin des ports de mer ;
Très-fréquemment qui me tient me demande.
Vêtu de blanc j'embarraffe en hiver ;
A me trouver pour lors , Lecteur , ta peine eft
grande.
Par M. de V... de Senlis.
UTile en tems de guerre , utile en tems de paix ;
Néceffaire au commerce ,
Quoique fouvent un chacun me traverse ,
Je ne me rebute jamais.
Auffi vieux que la terre & l'onde ,
Je ne fuis pas près de mafin ;
NOVEMBRE. 1754. 79
Car tel eft mon deftin
De ne finir qu'avec le monde.
Je fuis voifin des ports de mer ;
Très-fréquemment qui me tient me demande.
Vêtu de blanc j'embarraffe en hiver ;
A me trouver pour lors , Lecteur , ta peine eft
grande.
Par M. de V... de Senlis.
Fermer
6848
p. 79-80
AUTRE.
Début :
Arbitres du bonheur, [...]
Mots clefs :
Cartes à jouer
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Arbitres du bonheur ,
De plufieurs nous faiſons le plaifir , les délices.
Tel éprouve fouvent nos plus cruels caprices ,
Qui nous chérit avec le plus d'ardeur.
De couleur , de viſage ,
D'habit , de nom , de fexe différens ,
Parmi nous font des conquerans
Et des gens du plus bas étage .
On nous brouille aifément
Et réunit facilement .
Nous allons deux à deux , trois à trois , quatre à
quatre.
Plufieurs avecque nous ne perdent pas leur tems
Et ceux que nous rendons contens
Sont affez ingrats pour nous battre.
>
De tems en tems nous faifons de grands coups .
Mais de nos partifans admirez l'injuftice :
1
i
T
Diiij
So MERCURE DE FRANCE.
Après avoir rendu ſervice ,
On ne veut plus de nous.
Par le même.
Arbitres du bonheur ,
De plufieurs nous faiſons le plaifir , les délices.
Tel éprouve fouvent nos plus cruels caprices ,
Qui nous chérit avec le plus d'ardeur.
De couleur , de viſage ,
D'habit , de nom , de fexe différens ,
Parmi nous font des conquerans
Et des gens du plus bas étage .
On nous brouille aifément
Et réunit facilement .
Nous allons deux à deux , trois à trois , quatre à
quatre.
Plufieurs avecque nous ne perdent pas leur tems
Et ceux que nous rendons contens
Sont affez ingrats pour nous battre.
>
De tems en tems nous faifons de grands coups .
Mais de nos partifans admirez l'injuftice :
1
i
T
Diiij
So MERCURE DE FRANCE.
Après avoir rendu ſervice ,
On ne veut plus de nous.
Par le même.
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6849
p. 80
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Début :
Ineffaçable sceau des mortels & des dieux, [...]
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Caractère
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Neffaçable fceau des mortels & des dieux ,
J'exifte fur la terre , aux enfers , dans les cieux .
Vifiblement ou non je fuis chez toi , je gage
Etant de tout état , de tout fexe & tout âge .
L'oeil ne me vit jamais fans quelqu'impreffion ,
Difféque mes neuf pieds avec attention ,
Tourne-les de tout biais , médite , modifie :
Je t'offre le produit de la Géographie ,
Ce qu'un chacun voudroit ne quitter qu'à pas lents ;
Ce qui fait des mortels admirer les talens ,
Ce qu'aime un curieux , un adverbe commode ,
Un petit animal qui fut toujours de mode ,
Ce qui de bien des gens met la fortune à bout .
Ne te rebute pas , Lecteur , ce n'eſt pas tout ;
Car pour peu que tu fois combinateur habile ,
Je te préfente un mot honni dans l'Evangile ,
Certaine chofe en toi toujours en mouvement ,'
Qui n'aura de repos qu'à ton dernier moment.
Par le Médecin de Beaufort , en Anjou .
Neffaçable fceau des mortels & des dieux ,
J'exifte fur la terre , aux enfers , dans les cieux .
Vifiblement ou non je fuis chez toi , je gage
Etant de tout état , de tout fexe & tout âge .
L'oeil ne me vit jamais fans quelqu'impreffion ,
Difféque mes neuf pieds avec attention ,
Tourne-les de tout biais , médite , modifie :
Je t'offre le produit de la Géographie ,
Ce qu'un chacun voudroit ne quitter qu'à pas lents ;
Ce qui fait des mortels admirer les talens ,
Ce qu'aime un curieux , un adverbe commode ,
Un petit animal qui fut toujours de mode ,
Ce qui de bien des gens met la fortune à bout .
Ne te rebute pas , Lecteur , ce n'eſt pas tout ;
Car pour peu que tu fois combinateur habile ,
Je te préfente un mot honni dans l'Evangile ,
Certaine chofe en toi toujours en mouvement ,'
Qui n'aura de repos qu'à ton dernier moment.
Par le Médecin de Beaufort , en Anjou .
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6850
s. p.
« L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...] »
Début :
L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...]
Mots clefs :
Poste, Bureau du Mercure, Libraires
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texteReconnaissance textuelle : « L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...] »
'ADRESSE du Mercure eft à M. LUTTON ,
L Commis au recouvrement du Mercure , rue Ste
Anne , Butte S. Roch , vis- à - vis la rue Clos-Georgeot
, entre deux Selliers , au fecond ; pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adref
feront des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
port , pour nous épargner le déplaifir de les rebuter ,
& à eux celui de ne pas voir paroitre leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la
premiere main & plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte aux personnes de
Province qui le defirent , les frais de la Pofte ne
font pas confidérables .
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le
porte chez eux à Paris chaque mois, n'ont qu'àfaire
Sçavoir leurs intentions , leur nom & leur demeure
audit Sr Lutton , Commis au Mercure ; on leur portera
le Mercure très - exactement , moyennant 21 livres
par an , qu'ils payeront ; fçavoir , 10 liv. 10 f.
enrecevant le fecond volume de Juin , 10l. 10s.
en recevant le fecond volume de Décembre. On les
Supplie inftamment de donner leurs ordres pour que
ces payemens foient faits dans leur tems .
On prie auffi les perfonnes de Province à qui on
envoye le Mercure par la Pofte, d'être exactes àfaire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femefire
, fans cela on feroit hors d'état de foutenir
les avances confidérables qu'exige l'impreffion de cet
Ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province.
On trouvera le Sr Lutton les Mardi , Mercredi
Jeudi de chaquesemaine , l'après-midi .
PRIX XXX SOLS.
L Commis au recouvrement du Mercure , rue Ste
Anne , Butte S. Roch , vis- à - vis la rue Clos-Georgeot
, entre deux Selliers , au fecond ; pour remettre
à M. l'Abbé Raynal.
Nous prions très-inftamment ceux qui nous adref
feront des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
port , pour nous épargner le déplaifir de les rebuter ,
& à eux celui de ne pas voir paroitre leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la
premiere main & plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte aux personnes de
Province qui le defirent , les frais de la Pofte ne
font pas confidérables .
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le
porte chez eux à Paris chaque mois, n'ont qu'àfaire
Sçavoir leurs intentions , leur nom & leur demeure
audit Sr Lutton , Commis au Mercure ; on leur portera
le Mercure très - exactement , moyennant 21 livres
par an , qu'ils payeront ; fçavoir , 10 liv. 10 f.
enrecevant le fecond volume de Juin , 10l. 10s.
en recevant le fecond volume de Décembre. On les
Supplie inftamment de donner leurs ordres pour que
ces payemens foient faits dans leur tems .
On prie auffi les perfonnes de Province à qui on
envoye le Mercure par la Pofte, d'être exactes àfaire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femefire
, fans cela on feroit hors d'état de foutenir
les avances confidérables qu'exige l'impreffion de cet
Ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province.
On trouvera le Sr Lutton les Mardi , Mercredi
Jeudi de chaquesemaine , l'après-midi .
PRIX XXX SOLS.
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Résumé : « L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...] »
Le texte est une adresse du Mercure destinée à M. Lutton, commis au recouvrement du Mercure, situé rue Sainte-Anne, Butte Saint-Roch, vis-à-vis la rue Clos-Georgeot. Le Mercure peut être envoyé par la poste aux personnes de province avec des frais modiques. Pour recevoir le Mercure à domicile à Paris chaque mois, il faut s'adresser à M. Lutton et payer 21 livres par an, en deux versements de 10 livres 10 sols chacun. Les paiements doivent être effectués à temps pour éviter des avances considérables pour l'impression. Les personnes de province et les libraires doivent également payer les frais au Bureau du Mercure à la fin de chaque semestre. M. Lutton est disponible les mardi, mercredi et jeudi après-midi. Le prix du Mercure est de 30 sols.
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