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1
p. 59-60
EPITRE De M. de la Soriniere à M. des Forges Maillard à l'occasion de sa Piéce au Roi, insérée dans le Mercure de Novembre I vol.
Début :
AMI Maillard, l'honneur de ta Province, [...]
Mots clefs :
Vers, Aimable, Vive le roi
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. de la Soriniere à M. des Forges Maillard à l'occasion de sa Piéce au Roi, insérée dans le Mercure de Novembre I vol.
EPITRE
De M. de la Soriniere à M. des Forges
Maillard à l'occafion de fa Piéce au Roi , inferée
dans le Mercure de Novembre 1I vol.
A Mi Maillard , l'honneur de ta Province ,
L'Horace du Climat Breton ,
Lorfque tu célébres ton Prince ,
Que tu prens un aimable ton !
Ce mot , enfant de l'allégreffe ,
Que je repete d'après toi ,
Eft plein d'amour & de tendreffe :
Et je repeterai fans ceffe
VIVE LE ROI , VIVE LE ROI.
Que d'Ecrivains au Temple de mémoire
Comptant porter leurs quolibets tortus ,
Vont l'ennuier du recit de fa gloire ,
Et le punir de ſes vertus !
Ils feroient bien mieux de fe taire :
Dans un champ fi vafte & fi beau
Quand ils furpafferoient Rouffeau
Ils n'égaleroient pas Voltaire .
"
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Je hais ces vers entortillés ,
Je hais ces écrits faméliques ,
Que plus d'un rimeur a pillés
Et fuperbement habillés
D'Epithetes hyperboliques.
Non , je n'eftime que très peu
Ces vers dont la burleſque enflure
A plus de phlegme que de feu ,
Et femblent abhorrer la nature .
Pour toi rimer ce n'eft qu'un jeu
Où fe plaît ta Mufe docile ,
Et dans ta diction facile
J'aime ce doux enchaînement
Qui lie avec les tendres graces
La force du raiſonnement .
Quand pourrai-je , en ſuivant tes traces ,
Errer dans le facré Vallon ,
Au gré de l'aimable caprice
Qu'infpire le docte Apollon ,
Et confacrer à ma Clarice
De ces immortelles Chanfons
Que t'apprit l'Amant de Lefbie ,
Et que la divine Uranie
Ne dicte qu'à fes Nouriffons ?
A la Soriniere en Anjou.
De M. de la Soriniere à M. des Forges
Maillard à l'occafion de fa Piéce au Roi , inferée
dans le Mercure de Novembre 1I vol.
A Mi Maillard , l'honneur de ta Province ,
L'Horace du Climat Breton ,
Lorfque tu célébres ton Prince ,
Que tu prens un aimable ton !
Ce mot , enfant de l'allégreffe ,
Que je repete d'après toi ,
Eft plein d'amour & de tendreffe :
Et je repeterai fans ceffe
VIVE LE ROI , VIVE LE ROI.
Que d'Ecrivains au Temple de mémoire
Comptant porter leurs quolibets tortus ,
Vont l'ennuier du recit de fa gloire ,
Et le punir de ſes vertus !
Ils feroient bien mieux de fe taire :
Dans un champ fi vafte & fi beau
Quand ils furpafferoient Rouffeau
Ils n'égaleroient pas Voltaire .
"
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Je hais ces vers entortillés ,
Je hais ces écrits faméliques ,
Que plus d'un rimeur a pillés
Et fuperbement habillés
D'Epithetes hyperboliques.
Non , je n'eftime que très peu
Ces vers dont la burleſque enflure
A plus de phlegme que de feu ,
Et femblent abhorrer la nature .
Pour toi rimer ce n'eft qu'un jeu
Où fe plaît ta Mufe docile ,
Et dans ta diction facile
J'aime ce doux enchaînement
Qui lie avec les tendres graces
La force du raiſonnement .
Quand pourrai-je , en ſuivant tes traces ,
Errer dans le facré Vallon ,
Au gré de l'aimable caprice
Qu'infpire le docte Apollon ,
Et confacrer à ma Clarice
De ces immortelles Chanfons
Que t'apprit l'Amant de Lefbie ,
Et que la divine Uranie
Ne dicte qu'à fes Nouriffons ?
A la Soriniere en Anjou.
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2
p. 84-86
EPITRE de M. de la Soriniere à son Médecin.
Début :
Fils d'Hyppocrate & de Chiron[,] [...]
Mots clefs :
Vers, Vieux, Esprit, Guérir
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE de M. de la Soriniere à son Médecin.
EPITRE de M. de la Soriniere à fon
Médecin.
F Ins d'Hyppocrate & de Chikose
Que redoute le vieux Caron ,
Fléau de la fatale barque ,
De Néméfis & de la Parque ,
Souffrez , ( ampliſſime Doctor )
Qu'au fond de fa fombre retraite
Un Reclus , un Anachorette
A fa verve donne l'effor ,
Pourvous fabrique r une Epitre.
Déja ma main fur mon pupitre
Griffonne , efface , ôte , remet ;
Etcepeu que j'ai mis au net
Eft le produit d'un long chapitre.
Mes vers paffés à l'alambic ,
Tout tombe en caput mortuum :
Mais hélas ! chacun a fon ticq
Qui nous conduit ad tumulum,
NOVEMBRE 1745. 85
Que mes vers efflanqués, fans force ,
Avec l'efprit faffent divorce ,
Ou plutôt avec la raiſon ;
Je fens en moi certaine amorce
Qui m'affaiſonne le poifon.
Plus je fais mal , plusje m'efforce ;
Et malgré mainte & mainte entorse
Je crois marcher à l'uniffon ,
Tant mon mal devient incurable.
Ah ! s'il eft parmi les humains
Un afcendant inévitable ;
C'eft furtout chés les Ecrivains
Que ce démon eft indomptable.
Vous qui trouvez en maint écrit
Le remede à cent maladies ,
Par quelques recettes choifies
Ne pourriez-vous guérir l'efprit ?
Je vous promets fans flaterie
Que Plutus avec tout fon or
Defcendroit dans votre tréfor
Pour prix d'une telle induftrie :
Mais fi vous trouvez ce grand Art ,
Commencez par moi , je vous prie.
Plût -à Dieu , que le vieux Ronfard
Eut pû guérir de ſa manie !
Nous n'aurions pas les mauvais vers
Ni les pitoyables travers
Dù s'abandonna ſon génie .
3
16 MERCURE DE FRANCE
Mais tous fecrets font fuperflus ,
Et je crains que mon Uranie
Qui me fait rimer tant & plus ,
N'ait auffi le cerveau perclus .
Mufes pourroient bien être folles :
Eh ! que fçait - on ? Dans leurs écoles
On voit tant de tymbres fêlés !
Et Phébus avec la neuvaine
Parmi tant de cris redoublés ,
Doit au moins avoir la migraine.
A la Soriniere en Anjou.
Médecin.
F Ins d'Hyppocrate & de Chikose
Que redoute le vieux Caron ,
Fléau de la fatale barque ,
De Néméfis & de la Parque ,
Souffrez , ( ampliſſime Doctor )
Qu'au fond de fa fombre retraite
Un Reclus , un Anachorette
A fa verve donne l'effor ,
Pourvous fabrique r une Epitre.
Déja ma main fur mon pupitre
Griffonne , efface , ôte , remet ;
Etcepeu que j'ai mis au net
Eft le produit d'un long chapitre.
Mes vers paffés à l'alambic ,
Tout tombe en caput mortuum :
Mais hélas ! chacun a fon ticq
Qui nous conduit ad tumulum,
NOVEMBRE 1745. 85
Que mes vers efflanqués, fans force ,
Avec l'efprit faffent divorce ,
Ou plutôt avec la raiſon ;
Je fens en moi certaine amorce
Qui m'affaiſonne le poifon.
Plus je fais mal , plusje m'efforce ;
Et malgré mainte & mainte entorse
Je crois marcher à l'uniffon ,
Tant mon mal devient incurable.
Ah ! s'il eft parmi les humains
Un afcendant inévitable ;
C'eft furtout chés les Ecrivains
Que ce démon eft indomptable.
Vous qui trouvez en maint écrit
Le remede à cent maladies ,
Par quelques recettes choifies
Ne pourriez-vous guérir l'efprit ?
Je vous promets fans flaterie
Que Plutus avec tout fon or
Defcendroit dans votre tréfor
Pour prix d'une telle induftrie :
Mais fi vous trouvez ce grand Art ,
Commencez par moi , je vous prie.
Plût -à Dieu , que le vieux Ronfard
Eut pû guérir de ſa manie !
Nous n'aurions pas les mauvais vers
Ni les pitoyables travers
Dù s'abandonna ſon génie .
3
16 MERCURE DE FRANCE
Mais tous fecrets font fuperflus ,
Et je crains que mon Uranie
Qui me fait rimer tant & plus ,
N'ait auffi le cerveau perclus .
Mufes pourroient bien être folles :
Eh ! que fçait - on ? Dans leurs écoles
On voit tant de tymbres fêlés !
Et Phébus avec la neuvaine
Parmi tant de cris redoublés ,
Doit au moins avoir la migraine.
A la Soriniere en Anjou.
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1
p. 49-51
REPONSE de M. des Forges-Maillard à l'Epitre de M. de la Soriniere, insérée dans le [I]er. vol. du Mercure de Fevrier.
Début :
Est-ce, cher Soriniere, à la pâle liqueur [...]
Mots clefs :
Vers, Écrits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE de M. des Forges-Maillard à l'Epitre de M. de la Soriniere, insérée dans le [I]er. vol. du Mercure de Fevrier.
REPONSE de M. des Forges- Maillard
à l'Epitre deM.de la Soriniere, inferée dans
le er, vol, du Mercure de Fevrier.
E
St-ce , cher Soriniere , à la pâle liqueur
Dont à tous tes repas tu bois à pleine taſſe
Que tu dois tes beaux vers qui coulant avec grace ,
Sont animés du feu vainqueur ?
Tu nous trompes , confrere , & cette eau claire
& faine ,
Dont les flots petillants circulent dans ton coeur
Vient à la Soriniere en filtrant fous l'arêne
Des cantons renommés où jaillit l'hypocréne.
Mais ne t'en vante pas ; ton ſecret étant ſçû
Aviliroit le don que nous avons reçu
Du nourriffon du vieux Silene ,
Qui fait de ton Pays le meilleur revenu .
jo MERCURE DE FRANCE,
Cependant la chofe eft certaine
Que fi l'on étoit prevenu
Que les eaux d'Helicon percent dans ton domaine,
Far leur vogue ton bien feroit en peu groffi ,
Chacun en preférant la liqueur fouveraine
A celle qu'on vend à Paffi .
Ami, je fuis touché de tes doctes fuffrages ,
D'autant qu'ils ne font pas lâchement mandiés ,
N'étant connu de toi que par quelques ouvrages
Que ma Mufe a verſifiés
Sous deux noms tour à tour , fur ces triſtes rivages
Où le fort me ramene & cherche à m'arrêter .
J'y voudrois amuſer mon loifir fédentaire ;
Peu de livres nouveaux ont dequoi fatisfaire
Mon goût, que ne peuvent flater
Les vains colifichets , le Phébus plagiaire ;
J'aime malgré Perrault , Virgile , Horace , Ho
mere ,
Et mon petit pupître en eft toujours paré,
Quand mon archet eft préparé
A jouer fur ma lyre une chanſon légére ,
Ces lieux où des neuf Soeurs la Langue eft étrane
gere ,
Où Neptune , Dircé , Portumne , Ino , Doris
Sont les Déités qu'on révére ,
N'offrant point à mes voeux ce qu'on trouve à
Paris ,
Un Titon délicat , un clairvoyant Voltaire ,
JUIN. 1745 . 5 B
A qui fur mes écrits j'aille me confulter ,
Mon caprice eft le Dieu qui me vient affiſter,
Et ne devant qu'à moi les vers que je puis faire ,
Je n'ai que mon plaifir pour but & pour falaire.
Mais fçais-tu que ta main par un coup furprenant
Traça mon caractére en peignant mon génie ?
Vrai , naturel , indépendant ,
( Triple & contraire obftacle au bonheur de ma
vie )
Au menfonge impudent ma langue fe dénie .
Toujours même fans fard & conftant dans fa foi ,
L'amour qui m'infpira des vers pour ma maîtreffe ,
Sur un ton plus fublime élevant ma tendreffe ,
N'a que changé d'objet quand j'ai loué mon Roi ,
Au Croific ce 5. Mai 1745
à l'Epitre deM.de la Soriniere, inferée dans
le er, vol, du Mercure de Fevrier.
E
St-ce , cher Soriniere , à la pâle liqueur
Dont à tous tes repas tu bois à pleine taſſe
Que tu dois tes beaux vers qui coulant avec grace ,
Sont animés du feu vainqueur ?
Tu nous trompes , confrere , & cette eau claire
& faine ,
Dont les flots petillants circulent dans ton coeur
Vient à la Soriniere en filtrant fous l'arêne
Des cantons renommés où jaillit l'hypocréne.
Mais ne t'en vante pas ; ton ſecret étant ſçû
Aviliroit le don que nous avons reçu
Du nourriffon du vieux Silene ,
Qui fait de ton Pays le meilleur revenu .
jo MERCURE DE FRANCE,
Cependant la chofe eft certaine
Que fi l'on étoit prevenu
Que les eaux d'Helicon percent dans ton domaine,
Far leur vogue ton bien feroit en peu groffi ,
Chacun en preférant la liqueur fouveraine
A celle qu'on vend à Paffi .
Ami, je fuis touché de tes doctes fuffrages ,
D'autant qu'ils ne font pas lâchement mandiés ,
N'étant connu de toi que par quelques ouvrages
Que ma Mufe a verſifiés
Sous deux noms tour à tour , fur ces triſtes rivages
Où le fort me ramene & cherche à m'arrêter .
J'y voudrois amuſer mon loifir fédentaire ;
Peu de livres nouveaux ont dequoi fatisfaire
Mon goût, que ne peuvent flater
Les vains colifichets , le Phébus plagiaire ;
J'aime malgré Perrault , Virgile , Horace , Ho
mere ,
Et mon petit pupître en eft toujours paré,
Quand mon archet eft préparé
A jouer fur ma lyre une chanſon légére ,
Ces lieux où des neuf Soeurs la Langue eft étrane
gere ,
Où Neptune , Dircé , Portumne , Ino , Doris
Sont les Déités qu'on révére ,
N'offrant point à mes voeux ce qu'on trouve à
Paris ,
Un Titon délicat , un clairvoyant Voltaire ,
JUIN. 1745 . 5 B
A qui fur mes écrits j'aille me confulter ,
Mon caprice eft le Dieu qui me vient affiſter,
Et ne devant qu'à moi les vers que je puis faire ,
Je n'ai que mon plaifir pour but & pour falaire.
Mais fçais-tu que ta main par un coup furprenant
Traça mon caractére en peignant mon génie ?
Vrai , naturel , indépendant ,
( Triple & contraire obftacle au bonheur de ma
vie )
Au menfonge impudent ma langue fe dénie .
Toujours même fans fard & conftant dans fa foi ,
L'amour qui m'infpira des vers pour ma maîtreffe ,
Sur un ton plus fublime élevant ma tendreffe ,
N'a que changé d'objet quand j'ai loué mon Roi ,
Au Croific ce 5. Mai 1745
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