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« De l'Imprimerie de Jacques François Grou, rue de la [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Jacques François Grou, rue de la [...]
5102
p. 1-12
CATALOGUE DES LIVRES NOUVEAUX, qui se vendent à Paris chez PIERRE RIBOU, Quai des Augustins, à la descente du Pont-Neuf, à l'Image S. Loüis.
Début :
Dictionnaire pratique du bon Menager de Campagne & de Ville, [...]
Mots clefs :
Livres, Dictionnaire, Traité, Histoire de France, Lois, Conseils, Traduction, Fables, Nouvelles, Oeuvres, Voyage, Comédies, Tragédies, Corneille, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : CATALOGUE DES LIVRES NOUVEAUX, qui se vendent à Paris chez PIERRE RIBOU, Quai des Augustins, à la descente du Pont-Neuf, à l'Image S. Loüis.
CATALOGUE
DES LIVRES NOUVEAUX,
quisevendentà Paris chezPIERRE
RIBOU ,
Quai des Augustins,à la
descente du Pont-Neuf
, à l'Image
S. Loüis.
DIctionairepratique du bon Ménager de
Campagne& de Ville, qui apprend generalement
la maniere de nourrir , élever &
gouverner, tant en santéque malades,
toutes fortes de Bestiaux,Chevaux &Volailles
; de sçavoir mçttre à son profit tout ce
qui provient de l'Agriculture; de faire valoir
toutes sortes de Terres,Prez, Vignes &
Bois; de cultiver les Jardins
, tant Fruitiers,
Potagers, que Jardins Fleuristes ; de conduire
les Eaux, & faire generalement tout
ce qui convient,auxJardins d'Ornemens:
Avec un Traité de tout ce qui concerne la
Cuiunc) les Confitures, la Pâtisserie
,
les
Liqueurs de toutes sortes; les Chasses differentes
,
la Pêche, & autres divertissemens
de la Campagne ; les mots Latins de tout
ce qu'on traite dans ce Livre, & quelques
Remarques curieuses sur la plupart; le tout
en faveur des Etrangers, & de tous ceux qui
-
se plaisentàces fortes de lectures. Ouvrage
tres-utile dans les Familles. Par le Sieur
r LoüisLiger, in 4.2.vol. 10.I. Abrégé Chronologique de l'Histoire de FraR"
ce, farle Sieur de Mozeray-, Historiographe
de France. Nouvelle édition,augmentée de
l'origine des François, & de leur établissement
dans les Gaules;del'état dela Religion
,
& de la conduite de l'Eglise dans les
Gaules jusqu'au regne de Clovis, & de la
Vie des Reines que l'on a tirée de sa grande
Histoireimpriméeen 1685.en 3.vol.in folio.
In quarto 3. vol. lj.1.
Idem in 12. 10. vol. 25.1.
Numifmllta. JErea Imperatorum ,
.AU!fI{lArNm &
CisaruminColoniis, municipiis
,
& ar4ibas jure latio donatis, , ex omni modulopercussa,
J'luéfore Joanne Foy-VniUnntBcllovaco,'Doftor*
Medica) & Serenissimi Ducis Cenomanensium
AntiquarioParis. excusa, in fol. 2. vol, 36.1.
Vies des Saints
, par Ribadanetra,fol. 2.. vol,
15.I.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, le
Droit public, & Legum delectus, fol. 2. vol.
20.liv. -Les mêmes,in 4. 6. vol. 36.1.
L'Art de Tourner, ou de faire en perfection
toutes fortes d'Ouvragesau Tour: ouvrage • tres-curieux & tres-necessaire à ceux qui s'exercent
au Tour; Latin & François ,fol. rr.I.
OEuvres diverses du SieurD.avec un Recuëil
de Poësieschoisies de M. de B 2.Vol.
in 12. s.l.
Traité de la Police où l'on trouvera l'histoire
de son établissement, les fonctions & les prérogatives
de ses Magistrats toutes les Loix
& tous les Reglemens qui la concernent. On
- y a joint une description Topographique de
Paris & huit plans gravez qui reprefenrent
son ancien état & ses divers accrojfiêraensi
avec un Recuëil de tous les Statuts & Re-
.¡¡ glemens des six Corps des Marchands & de
toutes les Communautez des Arts & Métiers
, fol.2.vol. jo.1.
Les OEuvres deM.de laMotheleVayer,in12.
15. vol. 36.1.
Le Diable Boiteux) in12. 2. l.
Les conseils de la Sagesse
, contenant les Maximes
de Salomon les plus necessaires
l'homme pour se bien conduire soi-même, in11.1.vol.1714- 4.l.10.f.
Amusemens serieux& comiques, par M. du
Fresny. in 12. 1. l. 10. f.
Les OEuvres de Clement Marot deCahors
, Valet
de Chambre du Roi, revûës & augmentées de
nouveau, in 2. vol. 6. 1.
Histoire de l'admirable Dom Quichotte de la
Manche,in 12. 6. vol. avecfigures, nouvelle
Edition,continuée jusqu'à samort. fj.L
[la Vie de Guzman d'Alfarache, traduite de
l'Espagnol,erîrichie de figures, in ix. 3.vol.
7.l. io-i. OEuvres mêlées de M. de Saint Evremond, nouvelle
Edition augmentée sur celle de Londres
,
in11.7. vol.. 15. l.
Lucien de la Traduction de M. d'Ablancourt,
avec des Remarques sur la Traduction, in12.
3.vol. 6.1.
Traduction desSatyres dePerse & de Juvenal
, PWR le R. P. Tarteron de la Compagnie de Ji- sts, nouvelle Edition, corrigée & augmen- tée,1714. 2.l.10.f.
Fables choisies
,
mises en Vers par M. de la
Fontaine,enrichies defigures,in l2.. 5. vol.
10. l.
Les mêmes en un Volume, J.I.
Histoire de la conquête du Mexique, ou de la
Nouvelle Espagne
, par Fernand Cortez, traduite
del'Espagnol,in 12. 2. vol. nouvelle
Edition,avec figures. 5.l.
Histoire de la découverte & de la conquête
du Perou, traduit de l'Espagnol,in12.2.vol.
arecfigures. 4.l. 10. f.
Les Delices de l'Italie, contenant une descrip.
tion exacte du Pays, des principales Villes,
de toutes les antiquitez
,
& de toutes les raretez
qui s'y trouvent; Ouvrage enrichi d'un
très- grand nombre de figures) in 12. 4.
vol. C11- l.
Instructions pour les Jardins fruitiers & potagers,
avec un Traité des Orangers, 5?des reflexions
sur l'Agriculture. Par M. de la ¡
Quintinie,Directeur des Jardins Fruitiers
& Potagers du Roi; avec une nouvelle instrustion
pour la culture des Fleurs. Nouvelle
édition, augmentée de la culture des
Melons, de la maniere de tailler les Arbres
fruitiers, d'un Dictionaire des Termes dont :
se fervent les Jardiniers en parlant des Ar- -
bres, & d'une Table des matieres,1716.
in4.2.vol. 11.1.
Nouvelle deMiguel de Cervante, i.liv..4.
Les OEuvres de Lucrece, Traduct nouvelle,
.a,u,g:mentéedenouvelles remarques du Ba- des Coutures
,
in 12. 2.vol. 5 J..
'"lrairé historique des Monnoyes de Francç^/ïr l'
M leBlanc,in 4. avec 100. figures,contenant :
les empreintes des dirFcrcntts Monnoyes,
(
lesempreintesdesdifferentssMonnoyes,
Traduction nouvelle de Rolandl'Amoureux, parM.leSage, 2. vol. in 12. ornez de figutes
,
Les OEuvres de Virgile en Latin Se en François
par M. de Martignac, 3. vol. in12. nouvelle
Edition, 6.l.
Traduction nouvelle des Odes d'Anacreon
, farM. de la Fosse
,
seconde édition, augmentée
de deux Qdes
, l'une de Pindare & l'au- tred'Horace,in 12. 2. l. io. f.
Nouvelle GrammaireEspagnole,parMPerger,
il,.12. 2. l. 5. f.
Histoire universelle ou Traduction nouvelle.
de Justin, avec des Remarques, in 12,
2.vol. 5.l
Voyage d'Alep à Jerusalem
,
in 12.. 2. 1.
Novum Testamentum Gracum. 111 18. I. 1. 16. f.
L'Esprit de l'Ecriture Sainte
,
in 12. 2. vol.
3.1.io. f.
Le Comte de Cardonne in 12. I. l. 16. f
Les Avantures galantes du Chevalier de Thenicourt
, par Madame D in 12. i.l. 16. f.
Le Jeu de l'Hombre, augmenté des Dccifio^s
nouvelles, Se des Regles sur les incidens de
ce Jeu, nouvelle édition,in12 1.1.1
La Vie de M. de Moliere, in 12 2. l
HistoiredelaVirginie, contenant celle de son
établissement & de son gouvernement jusqu'à
present, les productions naturelles du
Pays, la Religion,les Loix & les Coutumes
des Indiens naturels
, par un Auteur natf é-,,
habitantdecepays-là,in 12. enrichie de figures
en taille-douce
, 2. 1. 5. f.
Ecole parfaite des Officiers de Bouche, qui
enseigne les devoirs du Maître d Hôtel &
du Sommelier, la maniere de faire les Confitures
seches & liquides, les Liqueurs
,
les
*
Eaux,les Parfums, la Cuisine, à découper
les Viandes, & à faire laPâtisserie ; huiiitneEdition
, couiugceau^mentee des Parcs
nouvelles, & des nouveaux Ragoûts qu'on
d2serrets.sae.ur1jloeusrS.de5'ihvuici:.csAdfveeTc.adbe-lsem,ino-d1è1le..sip7oiuîr.ji 171SLesOEuvres
choisies defeu M.leNoble, 20.vol.
in 12.. fous presse. 40. 1.
Stile du Conseil
, parM.Gauret, in 4. ç.IIV.
Code de la Marine, in4. 4. 1.
Contes desFées, ou les Chevaliers Errans,
&le GenieFamilier, par M. D. in-ix.
I. l.15. f.
Traduction en vers François des Epigrammes
d'Owen,in12 I. 1.10.f.
L'Ambiguë d'Auteüil
, ou veritez historiques,
composéesduJoueur, du Nouvelliste
,
du
Financier, duCritique, de l'Inconnu, du
Sincere, du Subtil, de l'Hypocrite, & de
plusieurs autres personnagesde differens
caraâeres,mu. 1. l. 5 f,
Les Avantures d'Apollonius de Tyr, livre rempli
d'évenemens, & écrit dans le même lfci.ie
que Telemaque
, par M. ItS wiz. 2.l.
Le Voyageur Fidele,ou le Guide des Etrangers
dans la Ville de Paris; qui enseigne
tout ce qu'il y a de plus curieux à voir : les
noms des Ruës,des Fauxbourgs
,
Eglises,
Monasteres, Chapelles, Places, Colleges,
& autres particularitez que cette Ville renferme;
les Adreiles pour aller de quartiers
en quartiers, & y trouver tour ce qu'on fouhaire,
tant pour les besoins de la vie, que
pour autres choses:Avec une Relationen
forme de Voyage, des plus belles Maiions
qui sont aux environs de Paris: le tout
pour l'usage & l'utilité des Etrangers., in 12.
2. l. 5.f., ies Voyages de M. Tuvetnitr, derniere Edition,
y revue, & corrigéede quantité de fautes, &
si augmentee de la Vie & mort del'Auteur ,
& d'un Voyage qu'il a fait en Prune, avec 1 plusieurs planches nouvelles quin'ont point
S paru dans les précédentes éditions, le tout
dirigé par un ami de L'Auteur qui a fait plute
sieurs Voyages avec lui,in12. 6.vol. 18.l.
SAbregé de Geographie,&de tout ce qu'il y a
* de plus remarquable dans chacune des quatre
f
grandes parties de la Terre, particulierement
'- dans l'Europe & dans leRoyaume de France:
le tout mis en ordre pour pouvoir être ap- *prisée retenu facilementpar coeur, avec les
Il routes des postes de France& d'Espagne, dedié à S. A. S. Monseigneur le Prince de
Dombes
, par M. Poncein,in 12, 1. 1. 5. f.
L'Eloge de la Folie, com posée en forme de
DéclamationparErxfme de Roterdam,avec
- quelques Notes de l'histoire&les belles fi-
> gures de Holbenius : le tout sur l'original
de l'Académie de Bâle; piece qui representant
au naturel l'homme tout désiguré par
la sotise
,
lui apprend agréablement àrentrer
dans le bon sens
,
Traduction nouvelle;
rdr M.Guedeville,in12. 5. l.
qifioire des sept Sages,parM. de Larrey, in 12.
2. vol. 5. l.
Aecuëil de bons mots des anciens & des mo- dernes, nouvelle Edition augmentée, 2,1.
»
'THEATREDEMESS1EVRS
,L)ilieile
,
nouvelle Edition
,
augmentée & enriicnhieHde
fig.ures en taille douce, Jo.. « 3-Sr.is Racine, nouvelle Edition,2.vol.in12, 6..
Campistron,nouvelleEdition,augmentéed'un
Tragedie& d'uneComedie, &ornéede
gures , 4--+
DelaFosse,avec sesPoësies,2. vol. 5.. Crébillon, 3..$
Pradon,
De la Grange
,
augmenté d'Ino & Melicert
Tragedie, 2.. I.Io..-D
Moliere, 8. vol. nouvelle Editionaugment ; de sa Vie, avec de nouvelles Remarquer. 15-m
Dancourt,8. vol. nouvelle Edition, augmenta.;
de plusieurs Pieces qui n'avoient point cù
imprimées dans les Editionsprécédentes
avec figures & munque, 15.>1
Regnard,2. vol. JDe la Font i«
DeHautero, che 2. l.10..c
De Legrand, 2.1.10. c Palaprat, seconde Edition, augmentéede plus
sieurs Comedies qui n'ont pas encore été ino,
primées,& d'un Recueil de Pieces en Versd
2..vol.. 5.
De BRoiviienred,2in.l.10. , De Champ-Mêté, 2.. DeMonfleury ,2.vol. 5..
De Roussèau
un vol. 2. l. 10. Il
De Mademoiselle Barbier, 2. 1. 10. st
Quinault, nouvelle Edition, augmentée d'oui
abregé de sa Vie
,
d'une Dissertation su
ses Ouvrages, de l'origine de l'Opéra,
de ses Opéra, in iz. 5. vol. ornez de figures
il. 1. 10. f.
theatre François, ou Recuëil des meilleures
pieces de Théâtre des anciens Auteurs,in
12.3.vol. rf<\-io. f.
Theatre Lyrique avec une Préface où l'on
traite du Poëme de l'Opera, & la Réponse àuneEpître Satyrique contre ce spectacle,
parM.leBr.in12. 2. l.
Pietes nouvelles fV séparées.
MahometII. 1 4
ldomellée.
Atrée.
Elcâre.
Caton d'Utique.
Absalon.
CGyertuas..
LesTyndarydex, 1
Saiil.
Médée.
Herode. >r«4.*«.
I110&Melicertc. 1
Pol ydore. I
Lamortd'Ulyfîc» 1
Mustapha. 1 Jonathas.
1 Habis.
Agrippa,oule fauxTibermus.
j Marius.
Le Curieuxlmpeninent. 1
LesAgioteurs. j
L'AmourCharlatan. • LeNaufrage. >CDmedies.
Danaé. j
Turcaret. I CrispinRival.J
Le Jaloux desabusé.
Les Métamorphoses,
L'Amour vangé.
EsopeàlaVille. -
L'Usurier Gentilhomme
Esope à la Cour.
Les Fe-resJu Cours.
Le Verd Galant.
Sancho Pansa Gouverneur.
La Devincresse.
L'Impromptu de Suresne.
Les trois Freres Rivaux.
LaCoquette de Village,
ou le Lot suposé.
La Coupe enchantée.
L'Aveugle clairvoyant.
Les Airs uotez desComedies frjtnçoifes
M. Gilliers, in 4. Telephe) Opéra, note, 7.1.10.
Medée,noté, S. li
MLes ePldaiséirsede. laPaix, noté, 8
Les Amours déguisez.
Arion.
Telephe.
Armide. -
Les Fêtes de Thalie.
Telemaque.
Proscrpuie.
LesPlaisirs de laPaix.
Zephire&Flore.
Theonoé.
L'Europe galante.
Alceste.
Ajax.
Les PlaiÎlrs de l'Eté.
Arianne.
mort d'Alcide.
pplearnmd.nestre.
Divertissement du Bourgeois
Gentilhomme.
Oper*.
ZC quatrième Livre des Motets deM.Campra,
5.l.
ecuëil de Pieces en Vers, adressées à S.
A.S.Monseigneur le Duc de Vendôme, &
plusieurs Essais de Poësies diverses, par
M.dePalarat,in12. i.Io.f:
Et toutes les autres Pieces de Theatre tantanciennes
que nouvelles.
Tous lesOpera.
LeTheatre de l'Amour & de lafortune, par
Mad.Barbier, in11.i.vol. 4.1.
Euvres de M.Despreaux, avec des éclaircifle-»
mens hjftoriques donnez par lui mêmej -2,.
vol. in 4. 12.. 1. -Idem Grand papier , 1 8.1. Idem in n. 4. vol. 8.1.
La Connoissance parfaite des Chevaux,contenant
la manière de les gouverner nourrir
& entretenir en bon corps, & de les conferver
en santédans les voyages; avec un détail
général de toutes leurs maladies, des si.
gnes'-& des causes d'où elles proviennent
- des moyens de les prévenir, &de les en gue- - rir par des- remedes experimentez depuis
long-tems, & à la portée de tout le monde.
Jointe à une nouvelle instruction sur le Haras,
bien plus étendué que celles qui ont paru
nege, tirée des meilleurs Auteurs qui er
écrit. Le tout enrichi de figures en Il
douce, in8. 3. 1.,
Lettre à M. de sur l'origine des an.
Rois ou Dieux d'Egypte; qui expliquec.
a donné lieu aux Fables des Dieux dcV1
LqauRité,ivbarolcehturreavine1s2.tie — ,in12
Nouveau Recuëil des plus beaux Secret-
Médecine pour la guérison de toutes fc,
de maladies, blessures & autres acci
qui surviennent au corps humain, & la
niere de préparer facilement dans les Fa
les. les remedes & les médicamens q,
font nccenaircs, avec unTraité des plus e:
lens pr éservatifs, contre la perte, fièvres
tilentielles
, pourpre, petites veroles, &
tes sortes de maladies contagieuses,doi
par une personne charitable, augme,
des véritables Secrets naturels deM. Ltm
qui regardent la-nature & l'art, avec d'aur-
Secrets fort curieux,& tirez de ce qui
de meilleurs Auteurs en ce genre, 2.
in 12.
Histoire de Gilblas de Santillanne
, par AV
SFage, i2. égditionu, 2. 1r0I.ein 12..sorn.éc- L'Imitation de JESUS-CHRIST en vers, par
corneille. in 12. orné de figures, ;.
Anecdotes du Ministere du Cardinal de
chelieu, & du Regne de Loüis XIII. 2
quelques particularitez, du Commerce:
laRegence d'Anne d'Autriche. 2.vol.in12.
»- FIN.
DES LIVRES NOUVEAUX,
quisevendentà Paris chezPIERRE
RIBOU ,
Quai des Augustins,à la
descente du Pont-Neuf
, à l'Image
S. Loüis.
DIctionairepratique du bon Ménager de
Campagne& de Ville, qui apprend generalement
la maniere de nourrir , élever &
gouverner, tant en santéque malades,
toutes fortes de Bestiaux,Chevaux &Volailles
; de sçavoir mçttre à son profit tout ce
qui provient de l'Agriculture; de faire valoir
toutes sortes de Terres,Prez, Vignes &
Bois; de cultiver les Jardins
, tant Fruitiers,
Potagers, que Jardins Fleuristes ; de conduire
les Eaux, & faire generalement tout
ce qui convient,auxJardins d'Ornemens:
Avec un Traité de tout ce qui concerne la
Cuiunc) les Confitures, la Pâtisserie
,
les
Liqueurs de toutes sortes; les Chasses differentes
,
la Pêche, & autres divertissemens
de la Campagne ; les mots Latins de tout
ce qu'on traite dans ce Livre, & quelques
Remarques curieuses sur la plupart; le tout
en faveur des Etrangers, & de tous ceux qui
-
se plaisentàces fortes de lectures. Ouvrage
tres-utile dans les Familles. Par le Sieur
r LoüisLiger, in 4.2.vol. 10.I. Abrégé Chronologique de l'Histoire de FraR"
ce, farle Sieur de Mozeray-, Historiographe
de France. Nouvelle édition,augmentée de
l'origine des François, & de leur établissement
dans les Gaules;del'état dela Religion
,
& de la conduite de l'Eglise dans les
Gaules jusqu'au regne de Clovis, & de la
Vie des Reines que l'on a tirée de sa grande
Histoireimpriméeen 1685.en 3.vol.in folio.
In quarto 3. vol. lj.1.
Idem in 12. 10. vol. 25.1.
Numifmllta. JErea Imperatorum ,
.AU!fI{lArNm &
CisaruminColoniis, municipiis
,
& ar4ibas jure latio donatis, , ex omni modulopercussa,
J'luéfore Joanne Foy-VniUnntBcllovaco,'Doftor*
Medica) & Serenissimi Ducis Cenomanensium
AntiquarioParis. excusa, in fol. 2. vol, 36.1.
Vies des Saints
, par Ribadanetra,fol. 2.. vol,
15.I.
Les Loix Civiles dans leur ordre naturel, le
Droit public, & Legum delectus, fol. 2. vol.
20.liv. -Les mêmes,in 4. 6. vol. 36.1.
L'Art de Tourner, ou de faire en perfection
toutes fortes d'Ouvragesau Tour: ouvrage • tres-curieux & tres-necessaire à ceux qui s'exercent
au Tour; Latin & François ,fol. rr.I.
OEuvres diverses du SieurD.avec un Recuëil
de Poësieschoisies de M. de B 2.Vol.
in 12. s.l.
Traité de la Police où l'on trouvera l'histoire
de son établissement, les fonctions & les prérogatives
de ses Magistrats toutes les Loix
& tous les Reglemens qui la concernent. On
- y a joint une description Topographique de
Paris & huit plans gravez qui reprefenrent
son ancien état & ses divers accrojfiêraensi
avec un Recuëil de tous les Statuts & Re-
.¡¡ glemens des six Corps des Marchands & de
toutes les Communautez des Arts & Métiers
, fol.2.vol. jo.1.
Les OEuvres deM.de laMotheleVayer,in12.
15. vol. 36.1.
Le Diable Boiteux) in12. 2. l.
Les conseils de la Sagesse
, contenant les Maximes
de Salomon les plus necessaires
l'homme pour se bien conduire soi-même, in11.1.vol.1714- 4.l.10.f.
Amusemens serieux& comiques, par M. du
Fresny. in 12. 1. l. 10. f.
Les OEuvres de Clement Marot deCahors
, Valet
de Chambre du Roi, revûës & augmentées de
nouveau, in 2. vol. 6. 1.
Histoire de l'admirable Dom Quichotte de la
Manche,in 12. 6. vol. avecfigures, nouvelle
Edition,continuée jusqu'à samort. fj.L
[la Vie de Guzman d'Alfarache, traduite de
l'Espagnol,erîrichie de figures, in ix. 3.vol.
7.l. io-i. OEuvres mêlées de M. de Saint Evremond, nouvelle
Edition augmentée sur celle de Londres
,
in11.7. vol.. 15. l.
Lucien de la Traduction de M. d'Ablancourt,
avec des Remarques sur la Traduction, in12.
3.vol. 6.1.
Traduction desSatyres dePerse & de Juvenal
, PWR le R. P. Tarteron de la Compagnie de Ji- sts, nouvelle Edition, corrigée & augmen- tée,1714. 2.l.10.f.
Fables choisies
,
mises en Vers par M. de la
Fontaine,enrichies defigures,in l2.. 5. vol.
10. l.
Les mêmes en un Volume, J.I.
Histoire de la conquête du Mexique, ou de la
Nouvelle Espagne
, par Fernand Cortez, traduite
del'Espagnol,in 12. 2. vol. nouvelle
Edition,avec figures. 5.l.
Histoire de la découverte & de la conquête
du Perou, traduit de l'Espagnol,in12.2.vol.
arecfigures. 4.l. 10. f.
Les Delices de l'Italie, contenant une descrip.
tion exacte du Pays, des principales Villes,
de toutes les antiquitez
,
& de toutes les raretez
qui s'y trouvent; Ouvrage enrichi d'un
très- grand nombre de figures) in 12. 4.
vol. C11- l.
Instructions pour les Jardins fruitiers & potagers,
avec un Traité des Orangers, 5?des reflexions
sur l'Agriculture. Par M. de la ¡
Quintinie,Directeur des Jardins Fruitiers
& Potagers du Roi; avec une nouvelle instrustion
pour la culture des Fleurs. Nouvelle
édition, augmentée de la culture des
Melons, de la maniere de tailler les Arbres
fruitiers, d'un Dictionaire des Termes dont :
se fervent les Jardiniers en parlant des Ar- -
bres, & d'une Table des matieres,1716.
in4.2.vol. 11.1.
Nouvelle deMiguel de Cervante, i.liv..4.
Les OEuvres de Lucrece, Traduct nouvelle,
.a,u,g:mentéedenouvelles remarques du Ba- des Coutures
,
in 12. 2.vol. 5 J..
'"lrairé historique des Monnoyes de Francç^/ïr l'
M leBlanc,in 4. avec 100. figures,contenant :
les empreintes des dirFcrcntts Monnoyes,
(
lesempreintesdesdifferentssMonnoyes,
Traduction nouvelle de Rolandl'Amoureux, parM.leSage, 2. vol. in 12. ornez de figutes
,
Les OEuvres de Virgile en Latin Se en François
par M. de Martignac, 3. vol. in12. nouvelle
Edition, 6.l.
Traduction nouvelle des Odes d'Anacreon
, farM. de la Fosse
,
seconde édition, augmentée
de deux Qdes
, l'une de Pindare & l'au- tred'Horace,in 12. 2. l. io. f.
Nouvelle GrammaireEspagnole,parMPerger,
il,.12. 2. l. 5. f.
Histoire universelle ou Traduction nouvelle.
de Justin, avec des Remarques, in 12,
2.vol. 5.l
Voyage d'Alep à Jerusalem
,
in 12.. 2. 1.
Novum Testamentum Gracum. 111 18. I. 1. 16. f.
L'Esprit de l'Ecriture Sainte
,
in 12. 2. vol.
3.1.io. f.
Le Comte de Cardonne in 12. I. l. 16. f
Les Avantures galantes du Chevalier de Thenicourt
, par Madame D in 12. i.l. 16. f.
Le Jeu de l'Hombre, augmenté des Dccifio^s
nouvelles, Se des Regles sur les incidens de
ce Jeu, nouvelle édition,in12 1.1.1
La Vie de M. de Moliere, in 12 2. l
HistoiredelaVirginie, contenant celle de son
établissement & de son gouvernement jusqu'à
present, les productions naturelles du
Pays, la Religion,les Loix & les Coutumes
des Indiens naturels
, par un Auteur natf é-,,
habitantdecepays-là,in 12. enrichie de figures
en taille-douce
, 2. 1. 5. f.
Ecole parfaite des Officiers de Bouche, qui
enseigne les devoirs du Maître d Hôtel &
du Sommelier, la maniere de faire les Confitures
seches & liquides, les Liqueurs
,
les
*
Eaux,les Parfums, la Cuisine, à découper
les Viandes, & à faire laPâtisserie ; huiiitneEdition
, couiugceau^mentee des Parcs
nouvelles, & des nouveaux Ragoûts qu'on
d2serrets.sae.ur1jloeusrS.de5'ihvuici:.csAdfveeTc.adbe-lsem,ino-d1è1le..sip7oiuîr.ji 171SLesOEuvres
choisies defeu M.leNoble, 20.vol.
in 12.. fous presse. 40. 1.
Stile du Conseil
, parM.Gauret, in 4. ç.IIV.
Code de la Marine, in4. 4. 1.
Contes desFées, ou les Chevaliers Errans,
&le GenieFamilier, par M. D. in-ix.
I. l.15. f.
Traduction en vers François des Epigrammes
d'Owen,in12 I. 1.10.f.
L'Ambiguë d'Auteüil
, ou veritez historiques,
composéesduJoueur, du Nouvelliste
,
du
Financier, duCritique, de l'Inconnu, du
Sincere, du Subtil, de l'Hypocrite, & de
plusieurs autres personnagesde differens
caraâeres,mu. 1. l. 5 f,
Les Avantures d'Apollonius de Tyr, livre rempli
d'évenemens, & écrit dans le même lfci.ie
que Telemaque
, par M. ItS wiz. 2.l.
Le Voyageur Fidele,ou le Guide des Etrangers
dans la Ville de Paris; qui enseigne
tout ce qu'il y a de plus curieux à voir : les
noms des Ruës,des Fauxbourgs
,
Eglises,
Monasteres, Chapelles, Places, Colleges,
& autres particularitez que cette Ville renferme;
les Adreiles pour aller de quartiers
en quartiers, & y trouver tour ce qu'on fouhaire,
tant pour les besoins de la vie, que
pour autres choses:Avec une Relationen
forme de Voyage, des plus belles Maiions
qui sont aux environs de Paris: le tout
pour l'usage & l'utilité des Etrangers., in 12.
2. l. 5.f., ies Voyages de M. Tuvetnitr, derniere Edition,
y revue, & corrigéede quantité de fautes, &
si augmentee de la Vie & mort del'Auteur ,
& d'un Voyage qu'il a fait en Prune, avec 1 plusieurs planches nouvelles quin'ont point
S paru dans les précédentes éditions, le tout
dirigé par un ami de L'Auteur qui a fait plute
sieurs Voyages avec lui,in12. 6.vol. 18.l.
SAbregé de Geographie,&de tout ce qu'il y a
* de plus remarquable dans chacune des quatre
f
grandes parties de la Terre, particulierement
'- dans l'Europe & dans leRoyaume de France:
le tout mis en ordre pour pouvoir être ap- *prisée retenu facilementpar coeur, avec les
Il routes des postes de France& d'Espagne, dedié à S. A. S. Monseigneur le Prince de
Dombes
, par M. Poncein,in 12, 1. 1. 5. f.
L'Eloge de la Folie, com posée en forme de
DéclamationparErxfme de Roterdam,avec
- quelques Notes de l'histoire&les belles fi-
> gures de Holbenius : le tout sur l'original
de l'Académie de Bâle; piece qui representant
au naturel l'homme tout désiguré par
la sotise
,
lui apprend agréablement àrentrer
dans le bon sens
,
Traduction nouvelle;
rdr M.Guedeville,in12. 5. l.
qifioire des sept Sages,parM. de Larrey, in 12.
2. vol. 5. l.
Aecuëil de bons mots des anciens & des mo- dernes, nouvelle Edition augmentée, 2,1.
»
'THEATREDEMESS1EVRS
,L)ilieile
,
nouvelle Edition
,
augmentée & enriicnhieHde
fig.ures en taille douce, Jo.. « 3-Sr.is Racine, nouvelle Edition,2.vol.in12, 6..
Campistron,nouvelleEdition,augmentéed'un
Tragedie& d'uneComedie, &ornéede
gures , 4--+
DelaFosse,avec sesPoësies,2. vol. 5.. Crébillon, 3..$
Pradon,
De la Grange
,
augmenté d'Ino & Melicert
Tragedie, 2.. I.Io..-D
Moliere, 8. vol. nouvelle Editionaugment ; de sa Vie, avec de nouvelles Remarquer. 15-m
Dancourt,8. vol. nouvelle Edition, augmenta.;
de plusieurs Pieces qui n'avoient point cù
imprimées dans les Editionsprécédentes
avec figures & munque, 15.>1
Regnard,2. vol. JDe la Font i«
DeHautero, che 2. l.10..c
De Legrand, 2.1.10. c Palaprat, seconde Edition, augmentéede plus
sieurs Comedies qui n'ont pas encore été ino,
primées,& d'un Recueil de Pieces en Versd
2..vol.. 5.
De BRoiviienred,2in.l.10. , De Champ-Mêté, 2.. DeMonfleury ,2.vol. 5..
De Roussèau
un vol. 2. l. 10. Il
De Mademoiselle Barbier, 2. 1. 10. st
Quinault, nouvelle Edition, augmentée d'oui
abregé de sa Vie
,
d'une Dissertation su
ses Ouvrages, de l'origine de l'Opéra,
de ses Opéra, in iz. 5. vol. ornez de figures
il. 1. 10. f.
theatre François, ou Recuëil des meilleures
pieces de Théâtre des anciens Auteurs,in
12.3.vol. rf<\-io. f.
Theatre Lyrique avec une Préface où l'on
traite du Poëme de l'Opera, & la Réponse àuneEpître Satyrique contre ce spectacle,
parM.leBr.in12. 2. l.
Pietes nouvelles fV séparées.
MahometII. 1 4
ldomellée.
Atrée.
Elcâre.
Caton d'Utique.
Absalon.
CGyertuas..
LesTyndarydex, 1
Saiil.
Médée.
Herode. >r«4.*«.
I110&Melicertc. 1
Pol ydore. I
Lamortd'Ulyfîc» 1
Mustapha. 1 Jonathas.
1 Habis.
Agrippa,oule fauxTibermus.
j Marius.
Le Curieuxlmpeninent. 1
LesAgioteurs. j
L'AmourCharlatan. • LeNaufrage. >CDmedies.
Danaé. j
Turcaret. I CrispinRival.J
Le Jaloux desabusé.
Les Métamorphoses,
L'Amour vangé.
EsopeàlaVille. -
L'Usurier Gentilhomme
Esope à la Cour.
Les Fe-resJu Cours.
Le Verd Galant.
Sancho Pansa Gouverneur.
La Devincresse.
L'Impromptu de Suresne.
Les trois Freres Rivaux.
LaCoquette de Village,
ou le Lot suposé.
La Coupe enchantée.
L'Aveugle clairvoyant.
Les Airs uotez desComedies frjtnçoifes
M. Gilliers, in 4. Telephe) Opéra, note, 7.1.10.
Medée,noté, S. li
MLes ePldaiséirsede. laPaix, noté, 8
Les Amours déguisez.
Arion.
Telephe.
Armide. -
Les Fêtes de Thalie.
Telemaque.
Proscrpuie.
LesPlaisirs de laPaix.
Zephire&Flore.
Theonoé.
L'Europe galante.
Alceste.
Ajax.
Les PlaiÎlrs de l'Eté.
Arianne.
mort d'Alcide.
pplearnmd.nestre.
Divertissement du Bourgeois
Gentilhomme.
Oper*.
ZC quatrième Livre des Motets deM.Campra,
5.l.
ecuëil de Pieces en Vers, adressées à S.
A.S.Monseigneur le Duc de Vendôme, &
plusieurs Essais de Poësies diverses, par
M.dePalarat,in12. i.Io.f:
Et toutes les autres Pieces de Theatre tantanciennes
que nouvelles.
Tous lesOpera.
LeTheatre de l'Amour & de lafortune, par
Mad.Barbier, in11.i.vol. 4.1.
Euvres de M.Despreaux, avec des éclaircifle-»
mens hjftoriques donnez par lui mêmej -2,.
vol. in 4. 12.. 1. -Idem Grand papier , 1 8.1. Idem in n. 4. vol. 8.1.
La Connoissance parfaite des Chevaux,contenant
la manière de les gouverner nourrir
& entretenir en bon corps, & de les conferver
en santédans les voyages; avec un détail
général de toutes leurs maladies, des si.
gnes'-& des causes d'où elles proviennent
- des moyens de les prévenir, &de les en gue- - rir par des- remedes experimentez depuis
long-tems, & à la portée de tout le monde.
Jointe à une nouvelle instruction sur le Haras,
bien plus étendué que celles qui ont paru
nege, tirée des meilleurs Auteurs qui er
écrit. Le tout enrichi de figures en Il
douce, in8. 3. 1.,
Lettre à M. de sur l'origine des an.
Rois ou Dieux d'Egypte; qui expliquec.
a donné lieu aux Fables des Dieux dcV1
LqauRité,ivbarolcehturreavine1s2.tie — ,in12
Nouveau Recuëil des plus beaux Secret-
Médecine pour la guérison de toutes fc,
de maladies, blessures & autres acci
qui surviennent au corps humain, & la
niere de préparer facilement dans les Fa
les. les remedes & les médicamens q,
font nccenaircs, avec unTraité des plus e:
lens pr éservatifs, contre la perte, fièvres
tilentielles
, pourpre, petites veroles, &
tes sortes de maladies contagieuses,doi
par une personne charitable, augme,
des véritables Secrets naturels deM. Ltm
qui regardent la-nature & l'art, avec d'aur-
Secrets fort curieux,& tirez de ce qui
de meilleurs Auteurs en ce genre, 2.
in 12.
Histoire de Gilblas de Santillanne
, par AV
SFage, i2. égditionu, 2. 1r0I.ein 12..sorn.éc- L'Imitation de JESUS-CHRIST en vers, par
corneille. in 12. orné de figures, ;.
Anecdotes du Ministere du Cardinal de
chelieu, & du Regne de Loüis XIII. 2
quelques particularitez, du Commerce:
laRegence d'Anne d'Autriche. 2.vol.in12.
»- FIN.
Fermer
5103
s. p.
ERRATA. POUR LE MERCURE DE JUIN.
Début :
Pages. Lignes. Fautes. Corrigez. 159. 13. Charmes. Flames. 170. 10. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ERRATA. POUR LE MERCURE DE JUIN.
ERRATA.
ASTOR, LENOX POUR LE MERCURE DE JUIN.
TILDEN FOUR DAT
1005
Pages. Lignes. Fautes. Corrigez .
159 , 13. . Charmes. F'anes.
370, 10. Gênes... Venife.
,
1725 ۲۰ LouisXVI. XIV.
201 , 3- l'académe Séance.
203 , 9 Art, tranſporté
1 103 , 19. 21. 20.
205 ,
22, 21 . و .
170 , 15 4. 2. Moufoptaires.
96. 4 Br. Hieris Balloriens
,
Il s'est gliff: une faute confidetable à la
page 201 ligne 16, elle eſt ainfi exprimé ..
M.de la Faye lui montra un modéle deMachine
qu'on a imaginee. Il faut la conger de cene
maniere, M.de la Faye lui monra un mo éle
deMachine qu'il a imaginée , ce qui forne.n
ſens bien different ; je devois cette reparation
publique en faveur de la verité.
ASTOR, LENOX POUR LE MERCURE DE JUIN.
TILDEN FOUR DAT
1005
Pages. Lignes. Fautes. Corrigez .
159 , 13. . Charmes. F'anes.
370, 10. Gênes... Venife.
,
1725 ۲۰ LouisXVI. XIV.
201 , 3- l'académe Séance.
203 , 9 Art, tranſporté
1 103 , 19. 21. 20.
205 ,
22, 21 . و .
170 , 15 4. 2. Moufoptaires.
96. 4 Br. Hieris Balloriens
,
Il s'est gliff: une faute confidetable à la
page 201 ligne 16, elle eſt ainfi exprimé ..
M.de la Faye lui montra un modéle deMachine
qu'on a imaginee. Il faut la conger de cene
maniere, M.de la Faye lui monra un mo éle
deMachine qu'il a imaginée , ce qui forne.n
ſens bien different ; je devois cette reparation
publique en faveur de la verité.
Fermer
5104
s. p.
AVIS AU LECTEUR.
Début :
Deux de mes amis qui se devoüoient, l'un à la Chaire, [...]
Mots clefs :
Profession, Réflexions, Sollicitation, Savants, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU LECTEUR.
AVIS AU LECTEUR.
D
Eux de mès amis qui se devoüoient
, l'un à la Chaire ,
l'autre au Barreau , m'engagérent il
y a quelques années , à écrire cecy :
Je prétendois bien moins leur donner
des avis , que m'instruire moi-même
dans une Profeſſion : Qurique
ces Reflexions ayent été écrites comme
elles se sont présentées à mon
imagination , & qu'elles soient fort
précises &fort abbregées , elles ne
laiſſentpas de renfermer tout l'Art
de la Déclamation. Ce petit Traité
que je n'avois fait , qu'à la follicitation
de mes amis , ayant été par
eux rendu public , ût le bonheur de
ne pas déplaire à quelques Perſonnes
Illustres dans la Republique des
Lettres ; & même on me fit l'hon
neur ( Sans m'en rien communi-
Aij
quer) de l'inferer dans l'Histoire
des Ouvrages des Sçavans , au mois
deJuin 1709. Je l'offre icifort augmenté
, corrigé& en meilleur état
qu'il n'a paru en Hollande : J'ai
Suivi pour cela les conseils de plufieurs
personnes qui connoissent la
Déclamation , & j'ai profité, autant
qu'il m'a été poſſible , des lumieres
des Aiteurs de la Troupe du Roy ,
qui ont bien voulu m'honorer de
leurs avis.
D
Eux de mès amis qui se devoüoient
, l'un à la Chaire ,
l'autre au Barreau , m'engagérent il
y a quelques années , à écrire cecy :
Je prétendois bien moins leur donner
des avis , que m'instruire moi-même
dans une Profeſſion : Qurique
ces Reflexions ayent été écrites comme
elles se sont présentées à mon
imagination , & qu'elles soient fort
précises &fort abbregées , elles ne
laiſſentpas de renfermer tout l'Art
de la Déclamation. Ce petit Traité
que je n'avois fait , qu'à la follicitation
de mes amis , ayant été par
eux rendu public , ût le bonheur de
ne pas déplaire à quelques Perſonnes
Illustres dans la Republique des
Lettres ; & même on me fit l'hon
neur ( Sans m'en rien communi-
Aij
quer) de l'inferer dans l'Histoire
des Ouvrages des Sçavans , au mois
deJuin 1709. Je l'offre icifort augmenté
, corrigé& en meilleur état
qu'il n'a paru en Hollande : J'ai
Suivi pour cela les conseils de plufieurs
personnes qui connoissent la
Déclamation , & j'ai profité, autant
qu'il m'a été poſſible , des lumieres
des Aiteurs de la Troupe du Roy ,
qui ont bien voulu m'honorer de
leurs avis.
Fermer
5105
p. 5-36
REFLEXIONS SUR L'ART DE PARLER EN PUBLIC.
Début :
Je ne parle point ici de la composition d'un Discours, c'est un [...]
Mots clefs :
Voix, Art, Orateur, Déclamation, Acteurs, Actions, Auditeurs, Théâtre, Prononciation, Articulation, Discours, Comédiens, Manières, Talents, Démosthène, Exigence, Mémoire, Contenance, Gestes, Tons, Expression du visage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR L'ART DE PARLER EN PUBLIC.
REFLEXIONS
SUR
L'ART DEPARLER EN PUBLIC .
E ne parle point ici de
la compoſitiond'unDifcours
, c'eſt un Art qui
me palle. Je ne parle
que de ce que les Rhéreurs
nomment Prononciation , a
c'est- à- dire , des Qualitez exterieures
de l'Orateur , comme la
a Pronunciatio dividitur in vocis
figuram & corporis motum. Cicer.
adHer. 3 n. 20. A- iij
-
6 LE MERCURE
۱
Voix , le Viſage , le Geſte , &c.
ce que nous autres Comediens
nommons ; Art de reciter , ou fimplementRecit,&
ce que l'on apelle
ordinairement au College , & ailleurs
, Déclamation. Ce mot , Déclamateur,
n'eſt pas pris , je crois ,
enbonne part : Il ſignifie enRhetorique,
unOrateur qui employede
grands mots empoulez , qui n'ont
nulle ſolidité,& qui ne diſent rien ;
maisnous , nous nommons Déclamateur
, un Acteur qui récite toûjouts
ſur un ton emphatique , ce
que nous appellons , Chanter.
A
Les belles Voix font quelques
fois ſujettes à cette forte de récit ,
&donnent un peu dans le chant.
Cette maniere n'étant point trop
affectée, ne laiſſe pas quelquesfois
de plaite , &d'avoir ſes partiſans ;
elle eſt frapantequand elle est bien
ménagée , & elle n'eſt pas toûjours
vicieuſe. Les Tragedies de
M. de Racine ont été récitées en
partie dans ce goût , c'étoit un peu
l'a maniere de cet Illuſtre Auteur
DE JUILLET. 7
:
ي ب ر ع
&Mlle de Champmellé,a qui charmoit
la Cour , & Paris dans Hermionne
, dans Berenice & dans
Phedre, chantoit un peu, ſij'oſe le
dire; mais,comme elle s'étoit renduce
Recit naturel , & que d'ailleurs
elle récitoit les Rôles des
Tragedies du Celebre M. de Corneille
excellemment, & dans toute
une autre maniere , elle a paſſe
avec juſtice pour une Comedienne
achevée.
a Qui ne connoît lirimitableActrice,
Representant ou Phedre ouBerenice,
Chimene en pleurs , ои Camille en
fureur. M. de la Fontaine.
Jamais Iphigenie en Aulide immolée,
N'a coûtétantdepleursà la Gréce
assemblée ,
Quedans l'heureuxſpectacte ànos
yeux érale,
En a fait sous son nom verſer la
Champmeslé. M. Deſpreaux.
LE MERCURE
Ce ſeroit ici une occafion bien
favorable, pour parler des Actrices
qui l'ont remplacée ; mais je ne
parlerai dans tout ceci d'aucun
Acteur de Paris : Je ſuis de la profeſſion
& il me ſieroit mal de vouloir
faire des Differtations fur le
mérite de perſonnes , que nous regardons
comme les Maîtres de
l'Art. L'eſtime que la Cour & Paris
ont eûë pour quelques Acteurs; &
quelques Actrices que l'on a û le
malheur de perdre , ou qui ne font
plus dans la Troupe du Roi ; &
les juttes applaudiſſemens que reçoivent
encore tous les jours ceux-
&cellesqui leur ont ſuccedés; tout
cela ; dis-je , prouve aſſes que la
Déclamation , ou l'Art de réciter ,
dans la Tragedie & dans la Come
die , a été porté ſur le Théatre de
Parisà ſa perfection : Les Lumieres
naturelles& les Talens acquis des
Acteurs , la fréquentation des perſonnes
polies & fpirituelles , les
avis des Auteurs , le goût juſte &
délicat des Auditeurs tout enfin
:
DE JUILLET.
contribuë à rendre les Acteurs de
Paris , parfaits dans leur Art. Après
cette digreſſion, je pafle àmes Ré-
Aexions.
La Déclamation est d'une ſigrande
importance à l'Orateur , que
Ciceron dit qu'il ne ſçait , a lequel
desdeux il prendroit , s'il étoit forcé
au choix , ou l'Art de compoſer
excellemment un Diſcours , ou
la belle maniere de le débiter. Ces
deux qualitez forment le parfait
Orateur.
L'Art de réciter , ou la Déclamation
, demande un heureux naturel
, dit Ciceron. b
- a Non facile dixerimus an pronunciatio
magis valeat , nam commoda
inventiones& concinna verborum elocutiones,
Gartificiosa diſpoſitiones,
& diligens omnium memoria , fine
pronunciatione , non plus quàmfine
bis rebus pronunciatio fola valeret.
Cic. ad Heren. lib . 1. n. 19 .
bSicfentio naturam primum ad
dicendum vim afferre maximam.
Cic. de Orat. lib . 4.
10 LE MERCURE
Et-Quintilien prétend que ſans les
diſpoſitions naturelles , l'Art & les
préceptes font inutiles, a
Je conviens de cela avec ces
Grands Hommes , mais cette regle
ſeroit- elle fi generalle , qu'elle n'ût
ſes exceptions ? Avec un peu d'étude&
de recherche , ne pourroitonpoint
trouver l'Art de toucher
les coeurs dans la Déclamation ?
Les deffauts naturels ne pourroient-
ils pas être corrigez par l'exercice
& l'application ?
Ciceron n'étoit pas dans les commencemens,
fort gracieux,il avoir,
a Nihil pracepta atque artes valere
,nifi adjuvante natura. Quintil.
Ciceron & Quintilien parlent en
general de tout ce qui concerne l'Orateur
; mais , comme la prononciation
est une qualité eſſentielle à l'Orateur
, je raporte uniquement ces
paſſages à mon idée , & purément à
la Déclamation: Dicendum favori-
Sema pensée, bien que ce ne foit pas
la veritablefignification de ce mot...
DE JUILLET. H
dit-il , lui même , a la voix foible
& quelques autres deſfauts , mais
l'exercice & l'application furmonterent
tous ces obſtacles ; & il ſera
toûjours conſideré comme le plus
grand de tous les Orateurs .
Demofthenes , b malgré une
complexion trés délicate , une difficulté
de parler , les detfauts du
corps, & le peu de ſoin qu'on avoit
pris de cultiver ſfon. Eſprit , par
l'éducation ; Demofthenes , dis-je ,
par un travail affidu , triompha de
•toutes ces difficultez , & parvint à
un fi haut point d'éloquence , que
a Erat tunc maxima gracilitas &
infirmitas corporis procerum & tenue
collum , labor & laterum contentio
, fed omnia vicit labor. Cic ,
de Claris. Orat.
b In Demofthene tantum ſtudium
fuiſſe, tantusque labor dicitur , ut
primum impedimenta natura,induf...
triâ diligentiaque fuperarit , cum-
Ibus effet , &c. Cicer.
12 LE MERCURE
Ciceron le propoſe pour modéle à
tous les Orateurs. a
Dans l'Art de reciter , je comprens
la Chaire , l'Ecole , le Barreau
, les Harangues , le Miniſtere
politique , la Lecture , la Converſation
même.
Le Théatre renferme toutes ces
choſes , comme je le dirai dans la
ſuite : Et à propos de Lecture &de
Converſation , je ſuis ſurpris d'entendre
quelquesfois parler & lire
ſi mal , des gens qui ont du mérite
& de l'eſprit b , cela vient de ce
que n'ayans aucune diſpoſition , ils
négligent l'Art & les Préceptes qui
aNemo eft Orator , qui ſe Demofthenifimilem
eſſe nolit. Id.
b Sunt quidam aut ita linguahefitantes
, aut ita voce abfoni , aut
ita vultu,motuque corporis vaſti atque
agreftes , ut etiam fiingeniis atque
arte valeant , tamen in Oratorum
numerum venire non poffint .
:
Cic . de Orat.
pourroient
DE JUILLET. 13
pourroient corriger un peu leurs
deffauts naturels.
Riennepeutplaire , étant mal
débité. Soit qu'on life , ſoit qu'on
parle, ſoit qu'on raconte uneAvanture
, foit qu'on faffeun Compliment
ou un Conte plaifant , il doit
y avoir un certain Art dans l'Action
& dans la Voix , qui doivent
toutes deux être conduites , & ménagées
, felon le tems , le lieu , les
perſonnes , &c.
Il eſt conſtant que toutes ces fortes
de Declamations ſe trouvent
au Théatre , &j'oſe dire , que les
Orateurs Profanes & Sacrez mêmes
, peuvent profiter beaucoup
pour la Declamation , quand nos
belles Pieces font repreſentées par
de bons Acteurs .
Tous les hommes paroiffent fur
la Scene, Heros , Ministres d'Erat ,
Gouverneurs & Confidens de Princes;
tous les Caracteres y font re
14 LEMERCURE
preſentez , toutes les Paffions a y
font exprimées , la Tendreſſe , la
Haine , la Joye , la Douleur , la
Fureur , la Crainte , le Deſeſpoir
, b &c.
Enfin,quandun Comedien ſetrouve
doüé desQualitez de l'Eſprit, &
desgraces naturelles du Corps , &
qu'il a avec cela l'Ame ſuſceptible
des Paffions ( Talent rare , mais
abſolument neceſſaire à l'Orateur )
quand ſe trouve , dis- je , un tel Acteur
, c'eſt un modéle que toutes
les perſonnes qui parlent en puaQue
tuſçais bien, Racine, àl'aide
d'un Acteur ,
Emouvoir, étonner , ravirun Spectateur.
M. Deſpreaux .
b De tous nos mouvemens , es - tu
donc laMaitreſſe ?
Tiens-tunôtre coeur dans tes mains?
Tufeins le Deſeſpoir,la Haine, la
Tendreſſe,
Etjeſenstout ce que tu feins. M.
de la Motte , Ode à Mile Duclos .
DE JUILLET. 15
=
blic, doivent imiter:Ce ſont deux
Comediens qui ont fait les deux
plusGrands Orateurs du Monde, a
Satyrus forma Demofthenes,& Ciceron
étudia la Declamation ſous
Roſcius,
Je ne donnerai point à cecy tout
l'ordre , & l'arrangement , qu'on
pourroit donner ; je jetterai fur
le papier mes Reflexions , comme
elles me viendront dans l'Efprit;
je ne prétends pas traiter à
fonds la Declamation , ce n'eſt ,
à dire vrai , qu'une ébauche , &
tout ce que je dirai , ne ſera bien
connu que de ceux qui parlent en
public.
Je dirai d'abord , que tout homme
qui parle en public , reffent au
commencement, une émotion qu'il
eſt difficilede ne pas avoir; mais
qu'il faut pourtant tâcher de vaincre
: C'eſt une eſpece de timidité
que lesplus grands Orateurs , &
a Voyez Plutarque dans la Vie
deDimofb
Bij
16 LE MERCURE
lesplus excellens Acteurs ont peire
à furmonter quelques fois , furtout
quand il y a long-tems qu'ils.
n'ont paru , ou qu'ils recitent un
Ouvrage nouveau . Quand on eit
connu, aimé&reçû favorablement
de l'Auditoire , comme certains
Orateurs , cerrains Acteurs , cette
alteration ne fe fait fentir que legerement;
mais cette émotion eſt
toûjours violente dans un homme
qui n'est pas connu , ou qui n'eſt
pas fort accredité dans l'eſprit du
public. L'experience & l'habitude
n'oient pas toûjours cette émotion .
Pour remedier à ce mal preſqu'inévitable
, il faut avant que de parler,
contempler modeſtement ſes
Audi curs , ſe tranquilifer , reprendre
, pour ainſi dire , haleine & ſe
donner par là le tems & les moyens
de ſe raflüver. Surtout ne nous frapons
point trop de la penſée , que
nous fommes l'objet de tour un
Auditoite , & que nous allons parler
devant un Peuple qui n'eſt afDE
JUILLET. 17
ſemblé que pour nous écoûter. a
Ces reflexions intimident,&la trop
grande timidité eſt nuiſible ; d'un
autrecôte une trop grande affûrance
eſt dangereuſe. L'Auditeur
qui veut être reſpecté , la croyant
un effer de la preſomption de l'Orateur,
fe revolte. Il faut éviter ces
deux extremitez , & garder un jufte
milieu , pour gagner la bienveillance
de l'Auditoire , & le prévenir
favorablement .
MEMOIRE.
Pour parler en public , il faut
avoir laMémoirebelle , ſi elle eſt
incertaine & chancelante , on ne
peut jamais bien reciter ſon Sermon
, ſa Harangue , ſon Plaidoyer,
fon Rôle : La trop grande contention
d'eſprit , causée par la
a Magnum quidem onus eft profirerise
effe omnibus filentibus unum
maximis de rebus audiendum. Cic.
deOrat.
Bij
13 LE MERCURE
crainte de manquer , altére le Vifage
, dérange l'Action , affoiblir
la Voix , & fait fuer l'Orateur , &
l'Auditeur; mais, quand la Mémoire
eft ferme & aflutée onimanie
fon difcours , on eft maitre de ſes
Tons , & de ſes Geſtes , & cette
confiance qu'on a en fa Mémoire
donne de la liberté dans la Voix
& dans l'Action; c'eſt une verité
connuë de tous ceux qui parlent en
public:Au reſte, quoiqu'on dife de
laMémoire artificielle , je ne crois
pas qu'ilyait des regles bien fûres.
Chacun a fa maniere d'apprendre
par coeur ,&fe fait une eſpece de
Mémoire artificielle; mais le plus
grand fecret pour fortifier , ou pour
acquerir de la Mémoire, c'eſt de la
cultiver dans la jeuneſſe,de l'exercer
ſouvent , & furtout l'aflujettir
d'abord à apprendre fort correctement;
chofe abſolument neceff.ire,
& qui étant, négligée dans les
commencemens , donne bien de la
peine dans la ſuite.
DE JUILLET. 19
:
PRONONCIATION
ET ARTICULATION.
La Prononciation doit être reguliere
, c'est- à-dire , ſelon les regles
de la Langue &le bel Ufage;
il faut qu'elle n'ait rien d'ignoble.
L'Articulation doit être coulante ,
nette& infiniiante : Dans les endroits
paflionnez , il faut preſſer
fon Difcours ; mais il ne faut pas
trop s'abandonner à fon feu , &on
doit prendre garde de ne pas bredoüiller
, comme dans lesRaifonnemens:
Il faut éviter le trop grand
flegme; car la lentea de parole
eit capable de glacer tout un Auditoire.
Je dirai en paffant , que ceux qui
ont l'Articulation, ou trop lente,ou
trop précipitée ,& même ceux qui
parlent gras , peuvent répeter
leurs Diſcours avec de petits cailloux
dans la bouche , a en s'effor
•Onlesmetſousla Langue.
20 LE MERCURE
çant de bien prononcer. Si on a la
Mâchoire trop peſante , elle ſe
rend par là légere , & fi on l'a trop
précipitée , ces petits cailloux mcdérent
l'impetuoſité de la Langue ,
&tempérent la vivacitédu Recit.
Demofthenes , a qui étoit bégue , ſe
fervoit de cailloux , &j'ai vu quel- /
ques Acteurs , qui avoient que! -
ques uns de ces deffauts , qui
ont acquis par ce moyen , une Articulation
, & une Prononciation
aſſes juſte.
CONTENANCE,
OUMOUVEMENS DUCORPS.
Ceux qui parlent en public , doivent
avoir un Air , & une Contenance
modeste , aifée, gracieuſe&
naturelle , foit aſſis , foit de bout
a Quin etiam ut memoria proditum
eft conjectis in os calculis ,ſummá
Voce verſus multos uno spiritu
pronunciare confuefcebat. Cicer.de
Orar.
DE JUILLET. 21
!
tous les mouvemens du Corps doivent
être faits avec grace , &à propos.
Dans un Compliment , par
exemple , un Orateur auroitmauvaiſe
grace de s'agiter , &de marcher.
L'Avocat est moins refervé
là-deſſus. A l'égard du Predicateur
, il ne peut rendre fon Caractére
trop reſpectable ;ainfi, tous ſes
mouvemens ne peuvent être trop
nobles ; d'ailleurs ( comme il eſt
renfermé dans un eſpace de peu
d'étenduë ] on n'en voit que le
buſte: Les Prédicateurs font quelques
fois aflis , & quand ils parlent
d'un ton familier , comme s'ils raiſonnoient
tête-à-tête avec quelqu'un
cere, tranquilité a de la
grace , & a un air plus perfuafif;
leur Action pourlors eft tres-fimple;
elle ne paffe pas te coude
qu'ils appuyent fur le bord de la
Chaire , ils n'ont de mouvement ,
que dans les doigts &les poignets ;
mais,quan 1 ils veulent exciter dans
le coeur des Andreurs , ce aines
grandes Paffions , foit Terreur ,
22 LE MERCURE
ſoit Pitié ; alors , ils font debour ,
&donnant l'effort à leur Voix & à
leur Action , tout eſt violent , tour
eft rapide , tout eſt vehement en
cux.
LES TONSUAFLEXIONS
DE VOIX.
La Voix de l'Orateur doit être.
naturellement nette , ſonore , fans
être trop perçante, ſemblable àune
belle Taille de Muſique , que les
aPlusieurs personnes diſent &
écrivent , inflexions de voix .
je neprétendspas les blámer , car on
dit en Latin , vox ad inflexionem
facilis , vox flexilis ; mais,comme in
pourroit avoir en François unsens
opposéàmon Idée , & être pris dans
le même ſens d'inflexibilité ,j'at cru
devoirmefervir de flexionsde voix ,
d'autant plus que c'eſt parmi nous
autres Comediens , le Terme. Nous
diſons d'un Acteur , qui recite d'une
certaine façon , qu'il n'a point de
flexions.
DE JUILLET.
23
:
コ
Latins appellent Tenor , pour ſe
prêter à toutes les flexions imaginables
; c'est-à-dire ,, pour la rendre
mâle , tendre, forte , baſſe, ſelon
le Diſcours , mais toûjours intelligible.
Le Harangueur & le
Miniſtre d'Etat n'ont pas toûjours
beſoin d'une fi grande Voix , a mais
dans la Chaire , au Barreau , & au
Théatre, il faut quelques fois faire
du bruit , pour reveiller l'attenrion
de l'Auditeur : Pour cela , il
fautprendre ſur ſes Poulmons , il
ne faut pas cependant crier , s'enroüer
,& comme nous diſons s'engoüer
, & c'eſt à quoi nous fommesquelques
fois ſujets au Théatre
; le feu nous emporte & [ pour
me ſervir de nos termes ) nous
épouſons trop la Paſſion ; & nôtre
Période n'eſt pas finie , que nous
ſommes tout eſſouflez. Pour prévenir
cet accident,il faut ſe donner
a Subſellia grandiorem & pleniorem
vocem defiderant. Cicer.in
Brut.
24 LE MERCURE
des tems , c'est-à-dire , faire de
petites pauſes , préſqu'inſenſibles ,
enreprenant legerement la reſpira.
tion, & en foûtenant toûjours
les Yeux & l'Action , pour tenir
l'Auditeur en haleine , & attentif
juſqu'à la fin de la Periode , ſans
la laiffer tomber, comme font pluſieurs
perſonnes qui parlent en public.
Ces afpirations étant légeres,
onttoûjours grace dans le Recit ,
elles en font l'Anie,&c'eſt le plus
grandArt de la Declamation ; c'eſt
par là qu'une Période dire rapidement,
preſque d'un même port de
voix,&finie ſur un tonun peu emphatique,
fait unbel effet au Théatre,&
que s'attirantun applaudiflement
general , l'Acteur fait faire
ce que nous appellons le Brouha-
ha. a
a Un Marquis dans le Mifantrope
de Mr de Moliére dit :
.Et faire du fracas
Atous les beaux endroits qui mé
ritent des bas.
D'autres
DE JUILLET. 25
D'autres Périodes ſe diſent encore
par gradation , c'est-à-dire ,
en élevantde plus enplus la Voix ,
pour faire fentir la force de fonD..-
-cours à l'Auditeur ; cette derniere
remarque eft preſque la même que
la précedente , & la pratique ſeule
enfait connoître la difference.
Onne peut jamais bien exprimer
ce qu'on ne reffent pas vivement ;
mais cependant , il faut ſe poſſeder
, il ne faut pas trop ſe penétrer
ſoi-même , nis'abandonner (comimeje
crois déja l'avoir dit à fon
• feu&à ſa Paſſion ; car on s'étouffe,
la Voix ſe pert , & la Mémoire même
ſe trouble quelques fois : Ces.
tems , & ces petites pauſes , dont
j'aidéja parlé cy-deſſus , ménagées
avec art , feront d'un grand fecours.
Au commencement du Diſcours ,
• il faut parler modeftement, un peu
bass, a mais intelligiblement : Au
-a Exordium vehemens , &pugnax
efſſenon debet. Cicer. de Orat .
Lib. 2 . C
26 LE MERCURE
milieu , il faut moins ſe ménager
& fur la fin , on peut prendre l effort.
Rien ne fatigue plus que d'entendre
un Orateur , toûjours ſur le
même ton , ce qui s'appelle Monotonie.
ai
On dot changer de ton ; mais
ſans obſerver une certaine méthode,
& un certain ordre didactique,
commequelques uns , qui ſe font
une maniere de Recit qui , dans
chaque Période, eſt toûjours lemê.
me ; on diroit que c'est une eſpece
de Chanfon , & un refrein qu'ils
reprennent de tems-en-tems & de
phrafe en phrase : Rien n'eſt plus
propre à endormir un Auditeur.
Les Expoſitions doivent être dites
, fans grandes flexions de voix.
Les Raifonnemens doivent être
naturellement variez & appuyez .
a Ad aures noſtras & Sermonis
Suavitatem quid eft viciffitudine
commutatione aptius ? Cicer. 2. de
Orar
DEJUILLET. 26
Les Narrations doivent être coulées.
Les Portraits ne doivent point être
#trop chargez : Il n'y faut point trop
faire le Comedien ; je parle ſurtout
pour la Chaire .Quelques fois nous
ſommes obligez de charger un peu
nos portraits ſur la Scene , mais
autre part , c'eſt un déffaut. On
voyoit , par exemple , autrefois
des Predicateurs , qui faiſans le
Portrait d'une femme mondaine ,
- prenoient des Tons effeminez..
Rien n'eſt plus ridicule .
Ondoit éviter cette Déclamation
Scolaſtique , qui, avec des Tons &
desGeſtes trop étudiez , & fi j'oſe
dire , Pedanteſques , prétend exprimer
juſqu'au moindre mot. a
LesTons trop bas , c'est-à-dire ,
quiont , je ne ſçai quoi de trivial ,
doivent être bannis d'un Difcours
grave& ferieux.
a Non verba exprimens , fed uni-
--verſam rem &fententiam. Cicer..
de Orat. lib.3 .
Cij
23. LE MERCURE
Les Tons doux, tendres,& affeetueux
gagnent le coeur.
Les vehemens le frappent de
terreur.
Les familiers s'inſinüent & gagnent
l'eſprit .
Il faut étudier toutes les flexions
de Voix convenables aux Paffions,
mais tous les Tons doivent être no-
Lles& naturels.
Enfin , la Voix étant un don de
la Nature , on doit appeller heureux
l'Orateur qui l'a belle ; mais
que le qu'elle foit , baſſe ou haute,
mâle ou grêle , belle ou non belle;
il faut la conduire naturellement ,
pour ſe faire toûjours entendre
par une prononciation & une articulation
nette:C'eſt par là que plu
ſieurs Orateurs , & quelques Acteurs
, fans beaucoup de voix , font
écoûtez favorablement , & trou
vent l'Art de plaire.
LEVISAGE ET LES YEUX,
د
Le Vifage doit n'avoir rien de
1
DE JUILLET. 25
,
choquant ; il faut ſe le rendre parlant;
mais fansgrimaces : LesPafſions
s'y peignent d'elles mêmes ,
quand l'Ame eſt touchée . a Les
Yeux doivent être ouverts , &les
Sourcils élevez dans certains
grands mouvemens , mais fans paroître
égaré. Il eſt inutile de dire
que le Superbe éleve ſa vûë , que
l'Humble la baiſſe , que le Mépriſant&
le Colere tourne les yeux
de côté ; car , la Nature d'elle-même
dans la Paſſion , fait toutes ces
choſes & on n'a pas beſoin d'avis
là-deſſus. Il ſuffira de dire , que la
Vûë fixe , ferme & aflûrée , eſt une
choſe à laquelle doit s'attacher
l'Orateur. C'eſt dans l'oeil qu'eſt
l'action & la force de la Déclamation.
Un oeil vacillant , & dont
les regards ne ſont ni fermes , ni
arrêtez , & qui n'a nulle exprefa
Vultus ac frons animi est janua
qua fignificat voluntatem abditam
acretrufam. De Pel. Confult. no.
34
Gijj
30
LE MERCURE
fion , n'excite aucune Paſſion , &
ne remuë point le coeur de l'Audireur.
Les mouvemens du Viſage
ſans l'oeil, font inutiles , & ne font
aucune impreſſion. L'oeil doit parler
dans l'Orateur , puiſque les
yeux font des miroirs qui répreſentent
ce qui ſe paſſe dans notre
Ame: Cela eſt ſi vrai , qu'au recitd'une
Avanture , nos yeux marquent
& découvrent l'interêt que
nôtre coeur y prend : A propos
de cela , je ne puis m'empêcher de
blâmer certains Acteurs , qui ſur
la Scene,ont un oeil diſtrait , &qui
n'écoûtent qu'à demi & froidement
, celui qui leur parle de choſes
importantes & intereſſantes.
Un bon Acteur attentif à tout ce
qui ſe paſſe ſous ſa vûë , fait connoître
par ſes ſeuls mouvemens exterieurs
, & furtout par ſes yeux,
que ſonAme eſt touchée de ce qu'il
voit , ou de ce qu'il entend , &
fans parler , il touche l'Auditeur,
DE JUILLET. 31
L'ACTION OU LE GESTE .
Le Geſte doit toûjours préceder
d'un inſtant le diſcours , & finir
avec lui . Cela ſe fait naturellement
: L'Action doit être noble ,
naturelle , gracieuſe , importante ,
animée , vive & legere , tout cela
àpropos:Ellene doit point êtretrop
étudiée, ni trop recherchée , point
outrée. Porter les mains plus haut
que la tête , fraper des poings ,
ou les mains l'une dans l'autre ,
mettre les poings ſur les côtez ,
montrer des doigts , les écarter ,
étendre les bras en croix , avoir
trop de Geſtes , ce qui s'appelle
geſticuler , obſerver une certaine
action reguliere d'une main à l'autre
, n'agir que de la main gauche
ſeule b, font tousgeſtes vicicux qui
aGestus aberit àſceniconec vulta
nec manu nec excursionibus nimius.
Fab.lib. 1. cap. 2.
b Sinistra manusnunquamfola rectègeftum
facit. Gran. lib.6. cap. 6.
32 LE MERCURE
ne ſeront pas fuportables ſur la
Scene tragique , & qui ne peuvent
convenir qu'à un Comique , & qui
par confequent,ne peuvent être reçûs
dans unOrateur grave. Je dirai
pourtant que ces geſtes- là étant
ménagez ,feroientſoufferts dansdes
fureurs & d'autres paſſions vehementes
; furtout dans un homme
gracieux. Nous en avons pluſieurs
exemples au Théatre & ailleurs ;
mais ces exemples ne font pas à
ſuivre. Un grand Orateur & un
grand Acteur peuvent hazarder
quelque choſe , on peut les imiter
, mais on ne doit les imiter que
dans ce qu'ils ont de beau , de bon
&de naturel. Il faut étudier toutes
ces chofes , mais ſe les rendre ſi
familieres,que l'art en ſoit entierement
caché a pour ſe rendre plus
vrai , plus naturel , & plus per--
fuafif.
aUbicumqueArs oftententatur ,
veritas abeffe videtur. Quint. lib .
10. cap.4.
DE JUILLET.
33
i
Le trop d'art dans la Voix &
dans l'Action , ainſi que dans la
compoſition d'undiſcours , rend un
Orateur ſec , guindé , &pédant .
Enfin, on ſe ſouviendra qu'on
ne peut,& qu'on ne doit pas même
vouloir faire tout ſentir dans un
longDiſcours &dans un long Rôle.
Les endroits négligez ou pour
mieux dire , moins marquez font ,
comme les Ombres aux tombeaux.
a
,
Ce font icy des Regles generales,
qui en détail , demanderoient un
volume , & il ſeroit neceſſaire que
quelque Illuftre Orateur , ou quelque
habile Acteur traitât cette
matiere plus amplement. Je ne l'ai
qu'ébauchée , & je ne me ſens pas
capable de faire d'avantage.
J'oſe dire pourtant , que je crois
avoir expoſédans cesReflexions,les
Pointsles plus effentiels delaDéclamation,
quoique fort ſuccintement.
a Quadam etiam negligentia est
diligentia . Cic. de Orat..
34 LE MERCURE
AVIS GENERAL ,
Toutes les Regles de Ciceron ,
de Quintilien ,&des Illuſtres Modernes
qui ont pû écrire ſur la Déclamation,
fontinutiles à l'Orateur,
s'il ne ſuit la premiere , qui eſt , de
bien comprendre ce qu'il dit & de
le ſentir fortement foi-même , pour
le rendre ſenſible à l'Auditeur.
Quand on eſt touché de fon difcours,
leViſage, la Voix&le Geſte ſe
prêtent,& fe conforment aux mouvemens
interieursa , & pour peu
qu'on aitquelques graces naturelles;
avec cela ſeul ,ſans beaucoup de
recherches,on peut plaire& perfuader
, qui est le ſeul but de l'Eloquence.
a Omnis motus animifuum quemdam
à naturâ habet vultum &fonum
&gestum. Cic. in Orat .
DE JUILLET.
35
DERNIERE REFLEXION ,
ET CONCLUSION.
Quoique l'on nous raconte de
Demosthenes , quoique Ciceron
diſe de lui même; je ne puis croire
qu'il ſoit poſſible , ſans les difpoſitions
naturelles , de parvenir
au ſouverain degré de la Déclamation.
L'Art peut bien , en corrigeant
un peu les déffauts de la
Nature , rendre un Orateur , &
un Acteur plus que paſſable &
au deſſus du mediocre; mais les
graces naturelles de l'Eſprit & du
Corps,fortifiées par l'Etude&l'Application
, peuvent ſeules donner
l'Excellence. L'Application peut
donner la Mémoire , l'Etude peut
donner l'Intelligence ; mais la ſenſibilité
de l'Ame , que nous appellons
Entrailles ( Partie Effentielle
du Recit ) & ces graces
exterieures ſi éclatantes , & fi frapantes
, que nous admirons dans
1
36 LE MERCURE
certains Orateurs , dans certains
Acteurs , & dans certaines Acttices;
tout cela , dis-je , ne pouvant
être acquis par aucun Art , n'eſt
qu'un pur bienfaitde la Nature:
Ainſi , je finirai comme j'ai commencé,
endiſant avec Ciceron &
Quintilien.
Sic fentio Naturam , primùm ad
dicendum vim afferre maximam ,
&nihil Pracepta , atque Artes valere
, nifi adjuvante Natura.
SUR
L'ART DEPARLER EN PUBLIC .
E ne parle point ici de
la compoſitiond'unDifcours
, c'eſt un Art qui
me palle. Je ne parle
que de ce que les Rhéreurs
nomment Prononciation , a
c'est- à- dire , des Qualitez exterieures
de l'Orateur , comme la
a Pronunciatio dividitur in vocis
figuram & corporis motum. Cicer.
adHer. 3 n. 20. A- iij
-
6 LE MERCURE
۱
Voix , le Viſage , le Geſte , &c.
ce que nous autres Comediens
nommons ; Art de reciter , ou fimplementRecit,&
ce que l'on apelle
ordinairement au College , & ailleurs
, Déclamation. Ce mot , Déclamateur,
n'eſt pas pris , je crois ,
enbonne part : Il ſignifie enRhetorique,
unOrateur qui employede
grands mots empoulez , qui n'ont
nulle ſolidité,& qui ne diſent rien ;
maisnous , nous nommons Déclamateur
, un Acteur qui récite toûjouts
ſur un ton emphatique , ce
que nous appellons , Chanter.
A
Les belles Voix font quelques
fois ſujettes à cette forte de récit ,
&donnent un peu dans le chant.
Cette maniere n'étant point trop
affectée, ne laiſſe pas quelquesfois
de plaite , &d'avoir ſes partiſans ;
elle eſt frapantequand elle est bien
ménagée , & elle n'eſt pas toûjours
vicieuſe. Les Tragedies de
M. de Racine ont été récitées en
partie dans ce goût , c'étoit un peu
l'a maniere de cet Illuſtre Auteur
DE JUILLET. 7
:
ي ب ر ع
&Mlle de Champmellé,a qui charmoit
la Cour , & Paris dans Hermionne
, dans Berenice & dans
Phedre, chantoit un peu, ſij'oſe le
dire; mais,comme elle s'étoit renduce
Recit naturel , & que d'ailleurs
elle récitoit les Rôles des
Tragedies du Celebre M. de Corneille
excellemment, & dans toute
une autre maniere , elle a paſſe
avec juſtice pour une Comedienne
achevée.
a Qui ne connoît lirimitableActrice,
Representant ou Phedre ouBerenice,
Chimene en pleurs , ои Camille en
fureur. M. de la Fontaine.
Jamais Iphigenie en Aulide immolée,
N'a coûtétantdepleursà la Gréce
assemblée ,
Quedans l'heureuxſpectacte ànos
yeux érale,
En a fait sous son nom verſer la
Champmeslé. M. Deſpreaux.
LE MERCURE
Ce ſeroit ici une occafion bien
favorable, pour parler des Actrices
qui l'ont remplacée ; mais je ne
parlerai dans tout ceci d'aucun
Acteur de Paris : Je ſuis de la profeſſion
& il me ſieroit mal de vouloir
faire des Differtations fur le
mérite de perſonnes , que nous regardons
comme les Maîtres de
l'Art. L'eſtime que la Cour & Paris
ont eûë pour quelques Acteurs; &
quelques Actrices que l'on a û le
malheur de perdre , ou qui ne font
plus dans la Troupe du Roi ; &
les juttes applaudiſſemens que reçoivent
encore tous les jours ceux-
&cellesqui leur ont ſuccedés; tout
cela ; dis-je , prouve aſſes que la
Déclamation , ou l'Art de réciter ,
dans la Tragedie & dans la Come
die , a été porté ſur le Théatre de
Parisà ſa perfection : Les Lumieres
naturelles& les Talens acquis des
Acteurs , la fréquentation des perſonnes
polies & fpirituelles , les
avis des Auteurs , le goût juſte &
délicat des Auditeurs tout enfin
:
DE JUILLET.
contribuë à rendre les Acteurs de
Paris , parfaits dans leur Art. Après
cette digreſſion, je pafle àmes Ré-
Aexions.
La Déclamation est d'une ſigrande
importance à l'Orateur , que
Ciceron dit qu'il ne ſçait , a lequel
desdeux il prendroit , s'il étoit forcé
au choix , ou l'Art de compoſer
excellemment un Diſcours , ou
la belle maniere de le débiter. Ces
deux qualitez forment le parfait
Orateur.
L'Art de réciter , ou la Déclamation
, demande un heureux naturel
, dit Ciceron. b
- a Non facile dixerimus an pronunciatio
magis valeat , nam commoda
inventiones& concinna verborum elocutiones,
Gartificiosa diſpoſitiones,
& diligens omnium memoria , fine
pronunciatione , non plus quàmfine
bis rebus pronunciatio fola valeret.
Cic. ad Heren. lib . 1. n. 19 .
bSicfentio naturam primum ad
dicendum vim afferre maximam.
Cic. de Orat. lib . 4.
10 LE MERCURE
Et-Quintilien prétend que ſans les
diſpoſitions naturelles , l'Art & les
préceptes font inutiles, a
Je conviens de cela avec ces
Grands Hommes , mais cette regle
ſeroit- elle fi generalle , qu'elle n'ût
ſes exceptions ? Avec un peu d'étude&
de recherche , ne pourroitonpoint
trouver l'Art de toucher
les coeurs dans la Déclamation ?
Les deffauts naturels ne pourroient-
ils pas être corrigez par l'exercice
& l'application ?
Ciceron n'étoit pas dans les commencemens,
fort gracieux,il avoir,
a Nihil pracepta atque artes valere
,nifi adjuvante natura. Quintil.
Ciceron & Quintilien parlent en
general de tout ce qui concerne l'Orateur
; mais , comme la prononciation
est une qualité eſſentielle à l'Orateur
, je raporte uniquement ces
paſſages à mon idée , & purément à
la Déclamation: Dicendum favori-
Sema pensée, bien que ce ne foit pas
la veritablefignification de ce mot...
DE JUILLET. H
dit-il , lui même , a la voix foible
& quelques autres deſfauts , mais
l'exercice & l'application furmonterent
tous ces obſtacles ; & il ſera
toûjours conſideré comme le plus
grand de tous les Orateurs .
Demofthenes , b malgré une
complexion trés délicate , une difficulté
de parler , les detfauts du
corps, & le peu de ſoin qu'on avoit
pris de cultiver ſfon. Eſprit , par
l'éducation ; Demofthenes , dis-je ,
par un travail affidu , triompha de
•toutes ces difficultez , & parvint à
un fi haut point d'éloquence , que
a Erat tunc maxima gracilitas &
infirmitas corporis procerum & tenue
collum , labor & laterum contentio
, fed omnia vicit labor. Cic ,
de Claris. Orat.
b In Demofthene tantum ſtudium
fuiſſe, tantusque labor dicitur , ut
primum impedimenta natura,induf...
triâ diligentiaque fuperarit , cum-
Ibus effet , &c. Cicer.
12 LE MERCURE
Ciceron le propoſe pour modéle à
tous les Orateurs. a
Dans l'Art de reciter , je comprens
la Chaire , l'Ecole , le Barreau
, les Harangues , le Miniſtere
politique , la Lecture , la Converſation
même.
Le Théatre renferme toutes ces
choſes , comme je le dirai dans la
ſuite : Et à propos de Lecture &de
Converſation , je ſuis ſurpris d'entendre
quelquesfois parler & lire
ſi mal , des gens qui ont du mérite
& de l'eſprit b , cela vient de ce
que n'ayans aucune diſpoſition , ils
négligent l'Art & les Préceptes qui
aNemo eft Orator , qui ſe Demofthenifimilem
eſſe nolit. Id.
b Sunt quidam aut ita linguahefitantes
, aut ita voce abfoni , aut
ita vultu,motuque corporis vaſti atque
agreftes , ut etiam fiingeniis atque
arte valeant , tamen in Oratorum
numerum venire non poffint .
:
Cic . de Orat.
pourroient
DE JUILLET. 13
pourroient corriger un peu leurs
deffauts naturels.
Riennepeutplaire , étant mal
débité. Soit qu'on life , ſoit qu'on
parle, ſoit qu'on raconte uneAvanture
, foit qu'on faffeun Compliment
ou un Conte plaifant , il doit
y avoir un certain Art dans l'Action
& dans la Voix , qui doivent
toutes deux être conduites , & ménagées
, felon le tems , le lieu , les
perſonnes , &c.
Il eſt conſtant que toutes ces fortes
de Declamations ſe trouvent
au Théatre , &j'oſe dire , que les
Orateurs Profanes & Sacrez mêmes
, peuvent profiter beaucoup
pour la Declamation , quand nos
belles Pieces font repreſentées par
de bons Acteurs .
Tous les hommes paroiffent fur
la Scene, Heros , Ministres d'Erat ,
Gouverneurs & Confidens de Princes;
tous les Caracteres y font re
14 LEMERCURE
preſentez , toutes les Paffions a y
font exprimées , la Tendreſſe , la
Haine , la Joye , la Douleur , la
Fureur , la Crainte , le Deſeſpoir
, b &c.
Enfin,quandun Comedien ſetrouve
doüé desQualitez de l'Eſprit, &
desgraces naturelles du Corps , &
qu'il a avec cela l'Ame ſuſceptible
des Paffions ( Talent rare , mais
abſolument neceſſaire à l'Orateur )
quand ſe trouve , dis- je , un tel Acteur
, c'eſt un modéle que toutes
les perſonnes qui parlent en puaQue
tuſçais bien, Racine, àl'aide
d'un Acteur ,
Emouvoir, étonner , ravirun Spectateur.
M. Deſpreaux .
b De tous nos mouvemens , es - tu
donc laMaitreſſe ?
Tiens-tunôtre coeur dans tes mains?
Tufeins le Deſeſpoir,la Haine, la
Tendreſſe,
Etjeſenstout ce que tu feins. M.
de la Motte , Ode à Mile Duclos .
DE JUILLET. 15
=
blic, doivent imiter:Ce ſont deux
Comediens qui ont fait les deux
plusGrands Orateurs du Monde, a
Satyrus forma Demofthenes,& Ciceron
étudia la Declamation ſous
Roſcius,
Je ne donnerai point à cecy tout
l'ordre , & l'arrangement , qu'on
pourroit donner ; je jetterai fur
le papier mes Reflexions , comme
elles me viendront dans l'Efprit;
je ne prétends pas traiter à
fonds la Declamation , ce n'eſt ,
à dire vrai , qu'une ébauche , &
tout ce que je dirai , ne ſera bien
connu que de ceux qui parlent en
public.
Je dirai d'abord , que tout homme
qui parle en public , reffent au
commencement, une émotion qu'il
eſt difficilede ne pas avoir; mais
qu'il faut pourtant tâcher de vaincre
: C'eſt une eſpece de timidité
que lesplus grands Orateurs , &
a Voyez Plutarque dans la Vie
deDimofb
Bij
16 LE MERCURE
lesplus excellens Acteurs ont peire
à furmonter quelques fois , furtout
quand il y a long-tems qu'ils.
n'ont paru , ou qu'ils recitent un
Ouvrage nouveau . Quand on eit
connu, aimé&reçû favorablement
de l'Auditoire , comme certains
Orateurs , cerrains Acteurs , cette
alteration ne fe fait fentir que legerement;
mais cette émotion eſt
toûjours violente dans un homme
qui n'est pas connu , ou qui n'eſt
pas fort accredité dans l'eſprit du
public. L'experience & l'habitude
n'oient pas toûjours cette émotion .
Pour remedier à ce mal preſqu'inévitable
, il faut avant que de parler,
contempler modeſtement ſes
Audi curs , ſe tranquilifer , reprendre
, pour ainſi dire , haleine & ſe
donner par là le tems & les moyens
de ſe raflüver. Surtout ne nous frapons
point trop de la penſée , que
nous fommes l'objet de tour un
Auditoite , & que nous allons parler
devant un Peuple qui n'eſt afDE
JUILLET. 17
ſemblé que pour nous écoûter. a
Ces reflexions intimident,&la trop
grande timidité eſt nuiſible ; d'un
autrecôte une trop grande affûrance
eſt dangereuſe. L'Auditeur
qui veut être reſpecté , la croyant
un effer de la preſomption de l'Orateur,
fe revolte. Il faut éviter ces
deux extremitez , & garder un jufte
milieu , pour gagner la bienveillance
de l'Auditoire , & le prévenir
favorablement .
MEMOIRE.
Pour parler en public , il faut
avoir laMémoirebelle , ſi elle eſt
incertaine & chancelante , on ne
peut jamais bien reciter ſon Sermon
, ſa Harangue , ſon Plaidoyer,
fon Rôle : La trop grande contention
d'eſprit , causée par la
a Magnum quidem onus eft profirerise
effe omnibus filentibus unum
maximis de rebus audiendum. Cic.
deOrat.
Bij
13 LE MERCURE
crainte de manquer , altére le Vifage
, dérange l'Action , affoiblir
la Voix , & fait fuer l'Orateur , &
l'Auditeur; mais, quand la Mémoire
eft ferme & aflutée onimanie
fon difcours , on eft maitre de ſes
Tons , & de ſes Geſtes , & cette
confiance qu'on a en fa Mémoire
donne de la liberté dans la Voix
& dans l'Action; c'eſt une verité
connuë de tous ceux qui parlent en
public:Au reſte, quoiqu'on dife de
laMémoire artificielle , je ne crois
pas qu'ilyait des regles bien fûres.
Chacun a fa maniere d'apprendre
par coeur ,&fe fait une eſpece de
Mémoire artificielle; mais le plus
grand fecret pour fortifier , ou pour
acquerir de la Mémoire, c'eſt de la
cultiver dans la jeuneſſe,de l'exercer
ſouvent , & furtout l'aflujettir
d'abord à apprendre fort correctement;
chofe abſolument neceff.ire,
& qui étant, négligée dans les
commencemens , donne bien de la
peine dans la ſuite.
DE JUILLET. 19
:
PRONONCIATION
ET ARTICULATION.
La Prononciation doit être reguliere
, c'est- à-dire , ſelon les regles
de la Langue &le bel Ufage;
il faut qu'elle n'ait rien d'ignoble.
L'Articulation doit être coulante ,
nette& infiniiante : Dans les endroits
paflionnez , il faut preſſer
fon Difcours ; mais il ne faut pas
trop s'abandonner à fon feu , &on
doit prendre garde de ne pas bredoüiller
, comme dans lesRaifonnemens:
Il faut éviter le trop grand
flegme; car la lentea de parole
eit capable de glacer tout un Auditoire.
Je dirai en paffant , que ceux qui
ont l'Articulation, ou trop lente,ou
trop précipitée ,& même ceux qui
parlent gras , peuvent répeter
leurs Diſcours avec de petits cailloux
dans la bouche , a en s'effor
•Onlesmetſousla Langue.
20 LE MERCURE
çant de bien prononcer. Si on a la
Mâchoire trop peſante , elle ſe
rend par là légere , & fi on l'a trop
précipitée , ces petits cailloux mcdérent
l'impetuoſité de la Langue ,
&tempérent la vivacitédu Recit.
Demofthenes , a qui étoit bégue , ſe
fervoit de cailloux , &j'ai vu quel- /
ques Acteurs , qui avoient que! -
ques uns de ces deffauts , qui
ont acquis par ce moyen , une Articulation
, & une Prononciation
aſſes juſte.
CONTENANCE,
OUMOUVEMENS DUCORPS.
Ceux qui parlent en public , doivent
avoir un Air , & une Contenance
modeste , aifée, gracieuſe&
naturelle , foit aſſis , foit de bout
a Quin etiam ut memoria proditum
eft conjectis in os calculis ,ſummá
Voce verſus multos uno spiritu
pronunciare confuefcebat. Cicer.de
Orar.
DE JUILLET. 21
!
tous les mouvemens du Corps doivent
être faits avec grace , &à propos.
Dans un Compliment , par
exemple , un Orateur auroitmauvaiſe
grace de s'agiter , &de marcher.
L'Avocat est moins refervé
là-deſſus. A l'égard du Predicateur
, il ne peut rendre fon Caractére
trop reſpectable ;ainfi, tous ſes
mouvemens ne peuvent être trop
nobles ; d'ailleurs ( comme il eſt
renfermé dans un eſpace de peu
d'étenduë ] on n'en voit que le
buſte: Les Prédicateurs font quelques
fois aflis , & quand ils parlent
d'un ton familier , comme s'ils raiſonnoient
tête-à-tête avec quelqu'un
cere, tranquilité a de la
grace , & a un air plus perfuafif;
leur Action pourlors eft tres-fimple;
elle ne paffe pas te coude
qu'ils appuyent fur le bord de la
Chaire , ils n'ont de mouvement ,
que dans les doigts &les poignets ;
mais,quan 1 ils veulent exciter dans
le coeur des Andreurs , ce aines
grandes Paffions , foit Terreur ,
22 LE MERCURE
ſoit Pitié ; alors , ils font debour ,
&donnant l'effort à leur Voix & à
leur Action , tout eſt violent , tour
eft rapide , tout eſt vehement en
cux.
LES TONSUAFLEXIONS
DE VOIX.
La Voix de l'Orateur doit être.
naturellement nette , ſonore , fans
être trop perçante, ſemblable àune
belle Taille de Muſique , que les
aPlusieurs personnes diſent &
écrivent , inflexions de voix .
je neprétendspas les blámer , car on
dit en Latin , vox ad inflexionem
facilis , vox flexilis ; mais,comme in
pourroit avoir en François unsens
opposéàmon Idée , & être pris dans
le même ſens d'inflexibilité ,j'at cru
devoirmefervir de flexionsde voix ,
d'autant plus que c'eſt parmi nous
autres Comediens , le Terme. Nous
diſons d'un Acteur , qui recite d'une
certaine façon , qu'il n'a point de
flexions.
DE JUILLET.
23
:
コ
Latins appellent Tenor , pour ſe
prêter à toutes les flexions imaginables
; c'est-à-dire ,, pour la rendre
mâle , tendre, forte , baſſe, ſelon
le Diſcours , mais toûjours intelligible.
Le Harangueur & le
Miniſtre d'Etat n'ont pas toûjours
beſoin d'une fi grande Voix , a mais
dans la Chaire , au Barreau , & au
Théatre, il faut quelques fois faire
du bruit , pour reveiller l'attenrion
de l'Auditeur : Pour cela , il
fautprendre ſur ſes Poulmons , il
ne faut pas cependant crier , s'enroüer
,& comme nous diſons s'engoüer
, & c'eſt à quoi nous fommesquelques
fois ſujets au Théatre
; le feu nous emporte & [ pour
me ſervir de nos termes ) nous
épouſons trop la Paſſion ; & nôtre
Période n'eſt pas finie , que nous
ſommes tout eſſouflez. Pour prévenir
cet accident,il faut ſe donner
a Subſellia grandiorem & pleniorem
vocem defiderant. Cicer.in
Brut.
24 LE MERCURE
des tems , c'est-à-dire , faire de
petites pauſes , préſqu'inſenſibles ,
enreprenant legerement la reſpira.
tion, & en foûtenant toûjours
les Yeux & l'Action , pour tenir
l'Auditeur en haleine , & attentif
juſqu'à la fin de la Periode , ſans
la laiffer tomber, comme font pluſieurs
perſonnes qui parlent en public.
Ces afpirations étant légeres,
onttoûjours grace dans le Recit ,
elles en font l'Anie,&c'eſt le plus
grandArt de la Declamation ; c'eſt
par là qu'une Période dire rapidement,
preſque d'un même port de
voix,&finie ſur un tonun peu emphatique,
fait unbel effet au Théatre,&
que s'attirantun applaudiflement
general , l'Acteur fait faire
ce que nous appellons le Brouha-
ha. a
a Un Marquis dans le Mifantrope
de Mr de Moliére dit :
.Et faire du fracas
Atous les beaux endroits qui mé
ritent des bas.
D'autres
DE JUILLET. 25
D'autres Périodes ſe diſent encore
par gradation , c'est-à-dire ,
en élevantde plus enplus la Voix ,
pour faire fentir la force de fonD..-
-cours à l'Auditeur ; cette derniere
remarque eft preſque la même que
la précedente , & la pratique ſeule
enfait connoître la difference.
Onne peut jamais bien exprimer
ce qu'on ne reffent pas vivement ;
mais cependant , il faut ſe poſſeder
, il ne faut pas trop ſe penétrer
ſoi-même , nis'abandonner (comimeje
crois déja l'avoir dit à fon
• feu&à ſa Paſſion ; car on s'étouffe,
la Voix ſe pert , & la Mémoire même
ſe trouble quelques fois : Ces.
tems , & ces petites pauſes , dont
j'aidéja parlé cy-deſſus , ménagées
avec art , feront d'un grand fecours.
Au commencement du Diſcours ,
• il faut parler modeftement, un peu
bass, a mais intelligiblement : Au
-a Exordium vehemens , &pugnax
efſſenon debet. Cicer. de Orat .
Lib. 2 . C
26 LE MERCURE
milieu , il faut moins ſe ménager
& fur la fin , on peut prendre l effort.
Rien ne fatigue plus que d'entendre
un Orateur , toûjours ſur le
même ton , ce qui s'appelle Monotonie.
ai
On dot changer de ton ; mais
ſans obſerver une certaine méthode,
& un certain ordre didactique,
commequelques uns , qui ſe font
une maniere de Recit qui , dans
chaque Période, eſt toûjours lemê.
me ; on diroit que c'est une eſpece
de Chanfon , & un refrein qu'ils
reprennent de tems-en-tems & de
phrafe en phrase : Rien n'eſt plus
propre à endormir un Auditeur.
Les Expoſitions doivent être dites
, fans grandes flexions de voix.
Les Raifonnemens doivent être
naturellement variez & appuyez .
a Ad aures noſtras & Sermonis
Suavitatem quid eft viciffitudine
commutatione aptius ? Cicer. 2. de
Orar
DEJUILLET. 26
Les Narrations doivent être coulées.
Les Portraits ne doivent point être
#trop chargez : Il n'y faut point trop
faire le Comedien ; je parle ſurtout
pour la Chaire .Quelques fois nous
ſommes obligez de charger un peu
nos portraits ſur la Scene , mais
autre part , c'eſt un déffaut. On
voyoit , par exemple , autrefois
des Predicateurs , qui faiſans le
Portrait d'une femme mondaine ,
- prenoient des Tons effeminez..
Rien n'eſt plus ridicule .
Ondoit éviter cette Déclamation
Scolaſtique , qui, avec des Tons &
desGeſtes trop étudiez , & fi j'oſe
dire , Pedanteſques , prétend exprimer
juſqu'au moindre mot. a
LesTons trop bas , c'est-à-dire ,
quiont , je ne ſçai quoi de trivial ,
doivent être bannis d'un Difcours
grave& ferieux.
a Non verba exprimens , fed uni-
--verſam rem &fententiam. Cicer..
de Orat. lib.3 .
Cij
23. LE MERCURE
Les Tons doux, tendres,& affeetueux
gagnent le coeur.
Les vehemens le frappent de
terreur.
Les familiers s'inſinüent & gagnent
l'eſprit .
Il faut étudier toutes les flexions
de Voix convenables aux Paffions,
mais tous les Tons doivent être no-
Lles& naturels.
Enfin , la Voix étant un don de
la Nature , on doit appeller heureux
l'Orateur qui l'a belle ; mais
que le qu'elle foit , baſſe ou haute,
mâle ou grêle , belle ou non belle;
il faut la conduire naturellement ,
pour ſe faire toûjours entendre
par une prononciation & une articulation
nette:C'eſt par là que plu
ſieurs Orateurs , & quelques Acteurs
, fans beaucoup de voix , font
écoûtez favorablement , & trou
vent l'Art de plaire.
LEVISAGE ET LES YEUX,
د
Le Vifage doit n'avoir rien de
1
DE JUILLET. 25
,
choquant ; il faut ſe le rendre parlant;
mais fansgrimaces : LesPafſions
s'y peignent d'elles mêmes ,
quand l'Ame eſt touchée . a Les
Yeux doivent être ouverts , &les
Sourcils élevez dans certains
grands mouvemens , mais fans paroître
égaré. Il eſt inutile de dire
que le Superbe éleve ſa vûë , que
l'Humble la baiſſe , que le Mépriſant&
le Colere tourne les yeux
de côté ; car , la Nature d'elle-même
dans la Paſſion , fait toutes ces
choſes & on n'a pas beſoin d'avis
là-deſſus. Il ſuffira de dire , que la
Vûë fixe , ferme & aflûrée , eſt une
choſe à laquelle doit s'attacher
l'Orateur. C'eſt dans l'oeil qu'eſt
l'action & la force de la Déclamation.
Un oeil vacillant , & dont
les regards ne ſont ni fermes , ni
arrêtez , & qui n'a nulle exprefa
Vultus ac frons animi est janua
qua fignificat voluntatem abditam
acretrufam. De Pel. Confult. no.
34
Gijj
30
LE MERCURE
fion , n'excite aucune Paſſion , &
ne remuë point le coeur de l'Audireur.
Les mouvemens du Viſage
ſans l'oeil, font inutiles , & ne font
aucune impreſſion. L'oeil doit parler
dans l'Orateur , puiſque les
yeux font des miroirs qui répreſentent
ce qui ſe paſſe dans notre
Ame: Cela eſt ſi vrai , qu'au recitd'une
Avanture , nos yeux marquent
& découvrent l'interêt que
nôtre coeur y prend : A propos
de cela , je ne puis m'empêcher de
blâmer certains Acteurs , qui ſur
la Scene,ont un oeil diſtrait , &qui
n'écoûtent qu'à demi & froidement
, celui qui leur parle de choſes
importantes & intereſſantes.
Un bon Acteur attentif à tout ce
qui ſe paſſe ſous ſa vûë , fait connoître
par ſes ſeuls mouvemens exterieurs
, & furtout par ſes yeux,
que ſonAme eſt touchée de ce qu'il
voit , ou de ce qu'il entend , &
fans parler , il touche l'Auditeur,
DE JUILLET. 31
L'ACTION OU LE GESTE .
Le Geſte doit toûjours préceder
d'un inſtant le diſcours , & finir
avec lui . Cela ſe fait naturellement
: L'Action doit être noble ,
naturelle , gracieuſe , importante ,
animée , vive & legere , tout cela
àpropos:Ellene doit point êtretrop
étudiée, ni trop recherchée , point
outrée. Porter les mains plus haut
que la tête , fraper des poings ,
ou les mains l'une dans l'autre ,
mettre les poings ſur les côtez ,
montrer des doigts , les écarter ,
étendre les bras en croix , avoir
trop de Geſtes , ce qui s'appelle
geſticuler , obſerver une certaine
action reguliere d'une main à l'autre
, n'agir que de la main gauche
ſeule b, font tousgeſtes vicicux qui
aGestus aberit àſceniconec vulta
nec manu nec excursionibus nimius.
Fab.lib. 1. cap. 2.
b Sinistra manusnunquamfola rectègeftum
facit. Gran. lib.6. cap. 6.
32 LE MERCURE
ne ſeront pas fuportables ſur la
Scene tragique , & qui ne peuvent
convenir qu'à un Comique , & qui
par confequent,ne peuvent être reçûs
dans unOrateur grave. Je dirai
pourtant que ces geſtes- là étant
ménagez ,feroientſoufferts dansdes
fureurs & d'autres paſſions vehementes
; furtout dans un homme
gracieux. Nous en avons pluſieurs
exemples au Théatre & ailleurs ;
mais ces exemples ne font pas à
ſuivre. Un grand Orateur & un
grand Acteur peuvent hazarder
quelque choſe , on peut les imiter
, mais on ne doit les imiter que
dans ce qu'ils ont de beau , de bon
&de naturel. Il faut étudier toutes
ces chofes , mais ſe les rendre ſi
familieres,que l'art en ſoit entierement
caché a pour ſe rendre plus
vrai , plus naturel , & plus per--
fuafif.
aUbicumqueArs oftententatur ,
veritas abeffe videtur. Quint. lib .
10. cap.4.
DE JUILLET.
33
i
Le trop d'art dans la Voix &
dans l'Action , ainſi que dans la
compoſition d'undiſcours , rend un
Orateur ſec , guindé , &pédant .
Enfin, on ſe ſouviendra qu'on
ne peut,& qu'on ne doit pas même
vouloir faire tout ſentir dans un
longDiſcours &dans un long Rôle.
Les endroits négligez ou pour
mieux dire , moins marquez font ,
comme les Ombres aux tombeaux.
a
,
Ce font icy des Regles generales,
qui en détail , demanderoient un
volume , & il ſeroit neceſſaire que
quelque Illuftre Orateur , ou quelque
habile Acteur traitât cette
matiere plus amplement. Je ne l'ai
qu'ébauchée , & je ne me ſens pas
capable de faire d'avantage.
J'oſe dire pourtant , que je crois
avoir expoſédans cesReflexions,les
Pointsles plus effentiels delaDéclamation,
quoique fort ſuccintement.
a Quadam etiam negligentia est
diligentia . Cic. de Orat..
34 LE MERCURE
AVIS GENERAL ,
Toutes les Regles de Ciceron ,
de Quintilien ,&des Illuſtres Modernes
qui ont pû écrire ſur la Déclamation,
fontinutiles à l'Orateur,
s'il ne ſuit la premiere , qui eſt , de
bien comprendre ce qu'il dit & de
le ſentir fortement foi-même , pour
le rendre ſenſible à l'Auditeur.
Quand on eſt touché de fon difcours,
leViſage, la Voix&le Geſte ſe
prêtent,& fe conforment aux mouvemens
interieursa , & pour peu
qu'on aitquelques graces naturelles;
avec cela ſeul ,ſans beaucoup de
recherches,on peut plaire& perfuader
, qui est le ſeul but de l'Eloquence.
a Omnis motus animifuum quemdam
à naturâ habet vultum &fonum
&gestum. Cic. in Orat .
DE JUILLET.
35
DERNIERE REFLEXION ,
ET CONCLUSION.
Quoique l'on nous raconte de
Demosthenes , quoique Ciceron
diſe de lui même; je ne puis croire
qu'il ſoit poſſible , ſans les difpoſitions
naturelles , de parvenir
au ſouverain degré de la Déclamation.
L'Art peut bien , en corrigeant
un peu les déffauts de la
Nature , rendre un Orateur , &
un Acteur plus que paſſable &
au deſſus du mediocre; mais les
graces naturelles de l'Eſprit & du
Corps,fortifiées par l'Etude&l'Application
, peuvent ſeules donner
l'Excellence. L'Application peut
donner la Mémoire , l'Etude peut
donner l'Intelligence ; mais la ſenſibilité
de l'Ame , que nous appellons
Entrailles ( Partie Effentielle
du Recit ) & ces graces
exterieures ſi éclatantes , & fi frapantes
, que nous admirons dans
1
36 LE MERCURE
certains Orateurs , dans certains
Acteurs , & dans certaines Acttices;
tout cela , dis-je , ne pouvant
être acquis par aucun Art , n'eſt
qu'un pur bienfaitde la Nature:
Ainſi , je finirai comme j'ai commencé,
endiſant avec Ciceron &
Quintilien.
Sic fentio Naturam , primùm ad
dicendum vim afferre maximam ,
&nihil Pracepta , atque Artes valere
, nifi adjuvante Natura.
Fermer
5106
p. 36-40
A M. LE DUC DE NOAILLES, PAR M. LE GRAND.
Début :
J'ai obligation à M. le Grand des premieres Pieces de Vers / Au Mont sacré des Doctes Pierides. [...]
Mots clefs :
Sentiers, Guirlandes, Chagrin, Fortune, Servants, Écusson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. LE DUC DE NOAILLES, PAR M. LE GRAND.
J'ai obligation à M.le Grand des 3
premieres Pieces deVers ſuivantes.
C'eſtunjeuneEleve du Parnaſle, qui
bien different de Mrs ſes Confreres,
eft aufli modefte , que ceux - cy font
pour la pluſpart préſomptueux . Il
a fallu lui faire en quelque forte
violence , pour le déterminer à les
abandonner au Public , Juge ſevere&
inexorable . Que ne doit- on pas
efperer de cette Muſe Printaniere,
avec
JUILLET. 37
avec de ſi rares Talens , & dont
cependant il ſe défie : A-t- il raiſon
, ou non ? J'en appelle à mon Lec
teur.
A M. LE DUC DE NOAILLES,
PAR M. LE GRAND.
A
U Mont facré des Doîtes
Pierides.
Quel vain espoir conduit tant de
Rimeurs ?
Ont-ils ja ven dans ces sentiers
arides
Récompenser leurs penibles labeurs?
Fors le Laurier, qu'ont - ils en des
neuf Soeurs ?
Point je ne vois Enfans de Polymnie
Dú bon Siléne avoir trogne benie:
Ains fur leurs fronts de guirlandes
ornez ,
Je voisSoucis&Chagrinsfurannez ,
Envain Phébus en mes veines
allume
Nobledésir de franchir le Lethe ,
Ilneme chaut pour revivre Posthnme,
Juillet 1717 . D
1
38. LE MERCURE
Defabriquer maint Libelle vanté ;
S'ilfaut trainer, efolave de maplume,
Desjours martyrs de l'Immortalité,
Plûtôtle temstout entier me confume:
Je veux vivant parfois être flaté,
Avoir Fortune, &Joye à mon côté,
Roses d' Amour, Coeur de Gente pucelle
,
Dons de Cerés &du fils de Semele.
Mais où chercher , en cefiéclefélé,
Tel reconfort ? Sur le Cheval ailé ?
Non, du Destinpour braver l'influence,
De Plutus ſeul , du Dieu de la Finance
,
Voler il faut sous le Drapeau doré ,
Detousplaisirs c'est le pere adoré :
Chezfes Servans on voit toute l'année
Gibierd'Amour &Tendrons d'Hymenée,
LeDieu du Pampre &maints gentilsHarpeurs
Avec Comus y faire les honneurs ;
Rares n'yfont ,même pour la Vinée,
Enfans du Pinde , &polis Difconreurs
;
DE JUILLET. 39
:
Cen'est le tout les Parnaſſides
Soeurs
2
Vont, courtisans les Menins d'Opu
lence
Onpeut m'en croire , en ai l'Experience;
Jâfous Plutus suis à peine enrôlé,
Lesacré Mont me ſemble devoilé ;
Sire Apollon &ſes Nymphesfi fieres
Amoi jadis, en manteau Laceré
Viennent m'offrir leurs sçavantes
lumieres ,
Ores que suis en pourpo int cha.
marré,
Bref n'ai besoin de Semondre larime:
Mais toutes fois, quandje vaisfaire
efcrime ,
J'ai pour deviſe écrit à l'Ecuſſon ,
Rimeurjoyeux ; chacun aſa façon.
L'unde Venus aimeà chanter l'Em
pire ,
L'arc & les traits de l'aveugle
Garçon ;
L'autre plus craint, fans quartier ni
pardon ,
Contre leviceépuise la Satyre ;
40 LE MERCURE
:
:
Pour les Vertus, Hondart montefa
Lyre ,
Rimeur est libre , & moifacetieux ;
J'aimeà conter en ſtile gracieux
Gentils propos , Nouvelles d'alle--
greffe ;
Puisàſemeren mes vers tous joyeux
Doux grains d'Encens , triez aves
fineffe ,
Pour ne sentir le Flateur ennuyeux;
De ma Nature Enfant peusoucieux
Jeſuis nommé, petite est ma chevance
2.
Dont nefais cas d'être bon ménager :
Gentille humeur fans beaucoup d'epulence
,
Fait ma lieſſe au monde paſſager:
Suffit mon fort , trop je crains de
changer;
Je crains , que dis-je ? Oferoit la
Fortune
Mefaire niche & s'attaquer àmoi ?
Non, non du Sort point ne crains la
rancune ;
Partoi , NOAILLE , étayé dans
l'emploi ,
Je ſers Phebus , il me répond de tai ..
premieres Pieces deVers ſuivantes.
C'eſtunjeuneEleve du Parnaſle, qui
bien different de Mrs ſes Confreres,
eft aufli modefte , que ceux - cy font
pour la pluſpart préſomptueux . Il
a fallu lui faire en quelque forte
violence , pour le déterminer à les
abandonner au Public , Juge ſevere&
inexorable . Que ne doit- on pas
efperer de cette Muſe Printaniere,
avec
JUILLET. 37
avec de ſi rares Talens , & dont
cependant il ſe défie : A-t- il raiſon
, ou non ? J'en appelle à mon Lec
teur.
A M. LE DUC DE NOAILLES,
PAR M. LE GRAND.
A
U Mont facré des Doîtes
Pierides.
Quel vain espoir conduit tant de
Rimeurs ?
Ont-ils ja ven dans ces sentiers
arides
Récompenser leurs penibles labeurs?
Fors le Laurier, qu'ont - ils en des
neuf Soeurs ?
Point je ne vois Enfans de Polymnie
Dú bon Siléne avoir trogne benie:
Ains fur leurs fronts de guirlandes
ornez ,
Je voisSoucis&Chagrinsfurannez ,
Envain Phébus en mes veines
allume
Nobledésir de franchir le Lethe ,
Ilneme chaut pour revivre Posthnme,
Juillet 1717 . D
1
38. LE MERCURE
Defabriquer maint Libelle vanté ;
S'ilfaut trainer, efolave de maplume,
Desjours martyrs de l'Immortalité,
Plûtôtle temstout entier me confume:
Je veux vivant parfois être flaté,
Avoir Fortune, &Joye à mon côté,
Roses d' Amour, Coeur de Gente pucelle
,
Dons de Cerés &du fils de Semele.
Mais où chercher , en cefiéclefélé,
Tel reconfort ? Sur le Cheval ailé ?
Non, du Destinpour braver l'influence,
De Plutus ſeul , du Dieu de la Finance
,
Voler il faut sous le Drapeau doré ,
Detousplaisirs c'est le pere adoré :
Chezfes Servans on voit toute l'année
Gibierd'Amour &Tendrons d'Hymenée,
LeDieu du Pampre &maints gentilsHarpeurs
Avec Comus y faire les honneurs ;
Rares n'yfont ,même pour la Vinée,
Enfans du Pinde , &polis Difconreurs
;
DE JUILLET. 39
:
Cen'est le tout les Parnaſſides
Soeurs
2
Vont, courtisans les Menins d'Opu
lence
Onpeut m'en croire , en ai l'Experience;
Jâfous Plutus suis à peine enrôlé,
Lesacré Mont me ſemble devoilé ;
Sire Apollon &ſes Nymphesfi fieres
Amoi jadis, en manteau Laceré
Viennent m'offrir leurs sçavantes
lumieres ,
Ores que suis en pourpo int cha.
marré,
Bref n'ai besoin de Semondre larime:
Mais toutes fois, quandje vaisfaire
efcrime ,
J'ai pour deviſe écrit à l'Ecuſſon ,
Rimeurjoyeux ; chacun aſa façon.
L'unde Venus aimeà chanter l'Em
pire ,
L'arc & les traits de l'aveugle
Garçon ;
L'autre plus craint, fans quartier ni
pardon ,
Contre leviceépuise la Satyre ;
40 LE MERCURE
:
:
Pour les Vertus, Hondart montefa
Lyre ,
Rimeur est libre , & moifacetieux ;
J'aimeà conter en ſtile gracieux
Gentils propos , Nouvelles d'alle--
greffe ;
Puisàſemeren mes vers tous joyeux
Doux grains d'Encens , triez aves
fineffe ,
Pour ne sentir le Flateur ennuyeux;
De ma Nature Enfant peusoucieux
Jeſuis nommé, petite est ma chevance
2.
Dont nefais cas d'être bon ménager :
Gentille humeur fans beaucoup d'epulence
,
Fait ma lieſſe au monde paſſager:
Suffit mon fort , trop je crains de
changer;
Je crains , que dis-je ? Oferoit la
Fortune
Mefaire niche & s'attaquer àmoi ?
Non, non du Sort point ne crains la
rancune ;
Partoi , NOAILLE , étayé dans
l'emploi ,
Je ſers Phebus , il me répond de tai ..
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5107
p. 41-44
SUR L'AMOUR, PAR LE MEME.
Début :
N'a guere, Amour, tenté par ma jeunesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Doux regards, Coeur, Mère, Enfance, Rivages, Flamme, Traître
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR L'AMOUR, PAR LE MEME.
SUR L'AMOUR ,
PAR LE MEME..
N'a quere , Amour , tenté par ma
jeunesse ,
S'en vint me voir , bien sçavoit mon
adresse :
Moi tout naif, ignorantſafaçon,
Neme doutois que fut ce faux Gar
çon;
D'un foible enfant il avoit l'air timide
,
Ses doux regards céloient son coeur
perfide,
Sonris , sa voix , son parler ingenû
Faifoient aimerle petit Inconnu ;
Sadouce haleine avoit odeur deRose,
Voire enſajoüe elle ſemblortécloſe :
Sur fon dos nû , vermeil &coloré ,
Flotost épars maint long cheveu doré
;
Rien ne portoitfur son épaule allée,
Hors mainte fleche en sa trouſſe mê
lée ,
Desa main dextre il tenoit un fallot ,
De l'autre,un arc avec un navelot
Diij
42 LE MERCURE
Sous ce harnois digne dufi d'Alcmene
,
Le. regardant , quelle Mére inhumaine
,
Dis-je ! O mon fils , te permet de
cour.r
Ainsi par voye ? Ah ! tu te vasferir
Avec ton arc & cette lourde lance ;.
AutreJoujou convient àton enfance,
Comme ofes-tu dans le tems des Frimats
Risquer au vent tes membres delicats
?
Koi , bel Enfant , comment de la
Scythie ,
Accourt icy le mari d'Oritie :
Tôt, prens ma robe &point nefor
tiras ,
Viens dansmonfein chaufertes petits
bras :-
Amour m'écoute , & cachant Sa
Surprise,
D'abord Courit à mon air defranchi-
Sei
Puis tout à coupdedepit rougiſſant ,
Eb quoi ! dit-il , en age adolesant ,
Eft-on encore ignorant de mon Etre ?
DE JUILLET. 43
Ates dépens tu l'apprendras peutêtre
:
Or , connois-moi , ſimple & jeune
garçon ,
Commeà laMort , l'homme me doit
rançons,
Amourjesuis , fur les rivagessombres,
Jatrop connu du noirTiran des Ombres
,
DoJupiter,du vainqueur dePython ,
Voire en la Mer, le frere de Pluton
Demes feuxbrûle au sein des Nereïdes
:
Les Conquerans , les Paltrons ,les
Alcides,
Jeunes & vieux , j'aſſervis à mes
loix ;
Doux par caprice aux Bergers plus
qu'aux Roix,
Tout l'Univers cede à mon haut.conrage;
Toi,désàdoncfais en l'apprentiſſage:
Ainfiparla,puisdeſonare vainqueur,
Iltire un darddroit au fond de mon
coeur;
La flamme y prond , l'Enfant se
metàrire ...
44. LE MERCURE
T'ai -je fait mal? Parle, tu n'as qu'à
dire ,
Remedeſai , foi d'enfant de Cipris ,
-Tu gueriras par un regard d'Iris :
Legerje pars,je la vois &je l'aime ,
Pourun barser l'eut aimée Amour
même ,
Mais, combien leTraitre m'a deçû!
Certes,d'Iris àſouhaits j'ai reçû
Douceurs fans nombre , &plus que
de coûtume ,
Amour encor me brûle & me con-
Sume.
PAR LE MEME..
N'a quere , Amour , tenté par ma
jeunesse ,
S'en vint me voir , bien sçavoit mon
adresse :
Moi tout naif, ignorantſafaçon,
Neme doutois que fut ce faux Gar
çon;
D'un foible enfant il avoit l'air timide
,
Ses doux regards céloient son coeur
perfide,
Sonris , sa voix , son parler ingenû
Faifoient aimerle petit Inconnu ;
Sadouce haleine avoit odeur deRose,
Voire enſajoüe elle ſemblortécloſe :
Sur fon dos nû , vermeil &coloré ,
Flotost épars maint long cheveu doré
;
Rien ne portoitfur son épaule allée,
Hors mainte fleche en sa trouſſe mê
lée ,
Desa main dextre il tenoit un fallot ,
De l'autre,un arc avec un navelot
Diij
42 LE MERCURE
Sous ce harnois digne dufi d'Alcmene
,
Le. regardant , quelle Mére inhumaine
,
Dis-je ! O mon fils , te permet de
cour.r
Ainsi par voye ? Ah ! tu te vasferir
Avec ton arc & cette lourde lance ;.
AutreJoujou convient àton enfance,
Comme ofes-tu dans le tems des Frimats
Risquer au vent tes membres delicats
?
Koi , bel Enfant , comment de la
Scythie ,
Accourt icy le mari d'Oritie :
Tôt, prens ma robe &point nefor
tiras ,
Viens dansmonfein chaufertes petits
bras :-
Amour m'écoute , & cachant Sa
Surprise,
D'abord Courit à mon air defranchi-
Sei
Puis tout à coupdedepit rougiſſant ,
Eb quoi ! dit-il , en age adolesant ,
Eft-on encore ignorant de mon Etre ?
DE JUILLET. 43
Ates dépens tu l'apprendras peutêtre
:
Or , connois-moi , ſimple & jeune
garçon ,
Commeà laMort , l'homme me doit
rançons,
Amourjesuis , fur les rivagessombres,
Jatrop connu du noirTiran des Ombres
,
DoJupiter,du vainqueur dePython ,
Voire en la Mer, le frere de Pluton
Demes feuxbrûle au sein des Nereïdes
:
Les Conquerans , les Paltrons ,les
Alcides,
Jeunes & vieux , j'aſſervis à mes
loix ;
Doux par caprice aux Bergers plus
qu'aux Roix,
Tout l'Univers cede à mon haut.conrage;
Toi,désàdoncfais en l'apprentiſſage:
Ainfiparla,puisdeſonare vainqueur,
Iltire un darddroit au fond de mon
coeur;
La flamme y prond , l'Enfant se
metàrire ...
44. LE MERCURE
T'ai -je fait mal? Parle, tu n'as qu'à
dire ,
Remedeſai , foi d'enfant de Cipris ,
-Tu gueriras par un regard d'Iris :
Legerje pars,je la vois &je l'aime ,
Pourun barser l'eut aimée Amour
même ,
Mais, combien leTraitre m'a deçû!
Certes,d'Iris àſouhaits j'ai reçû
Douceurs fans nombre , &plus que
de coûtume ,
Amour encor me brûle & me con-
Sume.
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5108
p. 44-45
EPIGRAMME, A M. D. F.
Début :
Mordant mes doigts au metier de la Rime, [...]
Mots clefs :
Rime, Apollon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME, A M. D. F.
EPIGRAMME ,
A M. D. F.
Mordant mes doigts au metier de
la kime,
Vint Appollon pour mefolacier ,
En me diſant; si tu veux faire efcrime
,
Asôtre fils il faut t'aſſocier ;
Lors, dis-je en moi , pourme fortifier,
Quel est ce fils?N'est-ce point FONTENELLE
?
DE JUILLET. 45
1
3
Tôt je le prens pour guide & pour
modelle;
Puis, à Phébus vais montrer mes
écrits ,
Oh ! Oh ! dit-il, en lifant mon Libelle
,
As tudéja pris leçon de mon fils ?
A M. D. F.
Mordant mes doigts au metier de
la kime,
Vint Appollon pour mefolacier ,
En me diſant; si tu veux faire efcrime
,
Asôtre fils il faut t'aſſocier ;
Lors, dis-je en moi , pourme fortifier,
Quel est ce fils?N'est-ce point FONTENELLE
?
DE JUILLET. 45
1
3
Tôt je le prens pour guide & pour
modelle;
Puis, à Phébus vais montrer mes
écrits ,
Oh ! Oh ! dit-il, en lifant mon Libelle
,
As tudéja pris leçon de mon fils ?
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5109
p. 45-49
LE PANTHEON BACHIQUE Sur l'Air Ton humeur est Catherene Plus aigre qu'un citron vard, &c.
Début :
De tous les Dieux que la Fable [...]
Mots clefs :
Fable, Panthéon, Bacchus, Gloire, Temples, Combats, Querelles, Sagesse, Déesses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PANTHEON BACHIQUE Sur l'Air Ton humeur est Catherene Plus aigre qu'un citron vard, &c.
LE PANTHEON BACHIQUE
Sur l'Air.
Ton humeur eſt Catherene
Plus aigre qu'un citron vard , &c.
Detous les Dieux que la Fable
Consacre enfon Pantheon ,
Il n'en est qu'un véritable ,
Seul digne d'un si grand nom ;
C'est Bachus que je veux dire ,
Cardes autres Immortels ,
Je crois qu'un Buveur peut rire ,
Jusqu'aux pieds de leurs Autels.
Jupin toûjours redoutable ,
Tonne inceſſament sur nous ,
Bachus toûjours favorable ,
Metàprofitfon courroux ;
46 LE MERCURE
Car, tandis que fur la Terre
Ce Fanfaron gronde en vain ,
Bachus aux feux du tonnere ,
Fait meurir notre raisin.
Neptune a pourson partage
L'espace immense des Eaux .
Bachus apour appanage
Les Vignesde nos Coteaux :
Si le Trident formidable
Fait taire les Vents mutins ,
Mieux encor le Thyrſe aimable
Calme les plus noirs chagrins.
Pluton avec Proserpine
Regnesur les fombres Bords ,
Je crois qu'ilsfont triste mine ,
L'Ennui dévore les Morts.
Dans cette Courinfernalle ,
Cher Bachus, fois monſoûtien ,
Sauve-moi d'être Tantale ,
Dureſteje ne crains rien .
Mars criant partout victoire ,
Decide dans les Combats;
Les Victimes de la gloire
• Suivent en fouleſes pas ,
Dansle Temple de Mémoire ,
DE JUILLET. 47
7
LeGuerriercroit être bien,
LenomduPereGregoire ,
Dureraplus que le fien.
Les Rimeurs avec emphase ,
Vantent le Dien d'Helicon ,
Ilsparoiffent en extase,
QuandSa Lyreforme unſon :
Penſent-ils par leursfornettes ,
M'enrôlerſous Apollon;
Le Vinfaitplus dePoëtes
Que l'Eau duSacré Valon.
Dans cette Vieille Quérelle :
De l'Amour avec Bachus ,
J'appelle du parallele,
Voicy mes moyens d'abus :
L'Amourparun doux Peut-être
Abuſe un coeur qu'il ſoûmet ,
Bachus n'estfourbe ni traitre ,
Iltient tout cequ'ilpromet.
Minerve quise fit prude,
Après l'Arrêt de Paris ,
Parla Science & l'Etude,
Cherche à regler nos Esprits :
Tous cesgrands Donsdeſageſſe
Sont undangereux poison ;
48 LE MERCURE
Unjourpassédans l'yvreſſe
Vaut unfieclede raiſon.
Eh quoi ! Vulcain se presente
Avec labelle Venus ,
I'faudra donc queje chante
LeGrand Patron des C ....
CeCyclopeàface noire,
Sansmarquertant de regrets ,
Auroit bien mieuxfait de boire ,
Que de fabriquer des Rets.
Plutus dans un Antre ſombre .
Dévoréde milleſoins ,
Parmi des trésorsfans nombre
Se trouve encordes besoins :
Crois-tu , Pintus , qu'en esclave ,
J'aillelanguirſous ta loi
Bachus arempli ma cave ,
Jeſuis plus riche quetoi.
,
Momus toûjours prêt àrire,
Veut être mis enſonticu ,
S'il aimoit moins la Satire ,
Ceseroit unjoli Dieu :
Je les veuxplacer à Table ,
Bachus le trouvera bon
Pour rendre un repas aimable ,
il
DE JUILLET
Ilfautdumoins un Bouffon.
Laiſſons les Dieux , les Déeffes,
Nosdiscoursfontſuperflus ,
Parpitié, pour leurs foibleſſes .
Chers Amis , n'en parlons plus :
De Bachus &desa Gloire
Faifons retentir ces lieux ;
C'est Bachus qui donneàboire ,
C'est doncle plus grand des Dieux.
Sur l'Air.
Ton humeur eſt Catherene
Plus aigre qu'un citron vard , &c.
Detous les Dieux que la Fable
Consacre enfon Pantheon ,
Il n'en est qu'un véritable ,
Seul digne d'un si grand nom ;
C'est Bachus que je veux dire ,
Cardes autres Immortels ,
Je crois qu'un Buveur peut rire ,
Jusqu'aux pieds de leurs Autels.
Jupin toûjours redoutable ,
Tonne inceſſament sur nous ,
Bachus toûjours favorable ,
Metàprofitfon courroux ;
46 LE MERCURE
Car, tandis que fur la Terre
Ce Fanfaron gronde en vain ,
Bachus aux feux du tonnere ,
Fait meurir notre raisin.
Neptune a pourson partage
L'espace immense des Eaux .
Bachus apour appanage
Les Vignesde nos Coteaux :
Si le Trident formidable
Fait taire les Vents mutins ,
Mieux encor le Thyrſe aimable
Calme les plus noirs chagrins.
Pluton avec Proserpine
Regnesur les fombres Bords ,
Je crois qu'ilsfont triste mine ,
L'Ennui dévore les Morts.
Dans cette Courinfernalle ,
Cher Bachus, fois monſoûtien ,
Sauve-moi d'être Tantale ,
Dureſteje ne crains rien .
Mars criant partout victoire ,
Decide dans les Combats;
Les Victimes de la gloire
• Suivent en fouleſes pas ,
Dansle Temple de Mémoire ,
DE JUILLET. 47
7
LeGuerriercroit être bien,
LenomduPereGregoire ,
Dureraplus que le fien.
Les Rimeurs avec emphase ,
Vantent le Dien d'Helicon ,
Ilsparoiffent en extase,
QuandSa Lyreforme unſon :
Penſent-ils par leursfornettes ,
M'enrôlerſous Apollon;
Le Vinfaitplus dePoëtes
Que l'Eau duSacré Valon.
Dans cette Vieille Quérelle :
De l'Amour avec Bachus ,
J'appelle du parallele,
Voicy mes moyens d'abus :
L'Amourparun doux Peut-être
Abuſe un coeur qu'il ſoûmet ,
Bachus n'estfourbe ni traitre ,
Iltient tout cequ'ilpromet.
Minerve quise fit prude,
Après l'Arrêt de Paris ,
Parla Science & l'Etude,
Cherche à regler nos Esprits :
Tous cesgrands Donsdeſageſſe
Sont undangereux poison ;
48 LE MERCURE
Unjourpassédans l'yvreſſe
Vaut unfieclede raiſon.
Eh quoi ! Vulcain se presente
Avec labelle Venus ,
I'faudra donc queje chante
LeGrand Patron des C ....
CeCyclopeàface noire,
Sansmarquertant de regrets ,
Auroit bien mieuxfait de boire ,
Que de fabriquer des Rets.
Plutus dans un Antre ſombre .
Dévoréde milleſoins ,
Parmi des trésorsfans nombre
Se trouve encordes besoins :
Crois-tu , Pintus , qu'en esclave ,
J'aillelanguirſous ta loi
Bachus arempli ma cave ,
Jeſuis plus riche quetoi.
,
Momus toûjours prêt àrire,
Veut être mis enſonticu ,
S'il aimoit moins la Satire ,
Ceseroit unjoli Dieu :
Je les veuxplacer à Table ,
Bachus le trouvera bon
Pour rendre un repas aimable ,
il
DE JUILLET
Ilfautdumoins un Bouffon.
Laiſſons les Dieux , les Déeffes,
Nosdiscoursfontſuperflus ,
Parpitié, pour leurs foibleſſes .
Chers Amis , n'en parlons plus :
De Bachus &desa Gloire
Faifons retentir ces lieux ;
C'est Bachus qui donneàboire ,
C'est doncle plus grand des Dieux.
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5110
p. 49
AUTRE, SUR L'AIR, Belle & charmante Brune, Pour qui je meurs, &c.
Début :
Les peines de mon ame, [...]
Mots clefs :
Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE, SUR L'AIR, Belle & charmante Brune, Pour qui je meurs, &c.
AUTRE , SUR L'AIR ,
Belle & charmante Brune
,
Pourqui je meurs , &c.
Lespeines demon ame ,
Vous les fçavez ,
Soulagez-les , Madame
Vous le pouvez;
,
Ah! je suis trop heureux , vous y
révez.
Belle & charmante Brune
,
Pourqui je meurs , &c.
Lespeines demon ame ,
Vous les fçavez ,
Soulagez-les , Madame
Vous le pouvez;
,
Ah! je suis trop heureux , vous y
révez.
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5111
p. 50
MADRIGAL Sur un Noeud d'Epée donné par une Dame.
Début :
Amour voyant les beaux Yeux qui m'ont pris. [...]
Mots clefs :
Amour, Noeud, Mère, Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL Sur un Noeud d'Epée donné par une Dame.
MADRIGAL
Sur un Noeud d'Epée donné
parune Dame.
Amour voyant les beaux Yeux qui
m'ontpris .
Futfi charmé, qu'il courut àCithére,
Prit la Ceinture de ſa Mere,
Et vint l'offrir àmon Iris.
Endeuxparts elle l'a coupée ,
Avecl'une elle a façonné
Cebeau Noend qu'elle m'adonné,
Pour l'attacherà mon Epée:
Iris donnez-moi l'autre bout,
Ama Canne il est neceſſaire ;
Quel Usage en pouvez - vous
faire?
Ilnevousmanque rienpourplaire;
Pour plaire , j'ai besoin de tout.
Sur un Noeud d'Epée donné
parune Dame.
Amour voyant les beaux Yeux qui
m'ontpris .
Futfi charmé, qu'il courut àCithére,
Prit la Ceinture de ſa Mere,
Et vint l'offrir àmon Iris.
Endeuxparts elle l'a coupée ,
Avecl'une elle a façonné
Cebeau Noend qu'elle m'adonné,
Pour l'attacherà mon Epée:
Iris donnez-moi l'autre bout,
Ama Canne il est neceſſaire ;
Quel Usage en pouvez - vous
faire?
Ilnevousmanque rienpourplaire;
Pour plaire , j'ai besoin de tout.
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5112
p. 50-51
BOUQUET.
Début :
Damon, c'est aujourd'hui qu'on célebre ta Fête... [...]
Mots clefs :
Fête, Plaisirs, Bêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET.
BOUQUET.
Damon , c'est aujourd'hui qu'on célebre
ta Fête ...
DE JUILLET. S
!
.
MaMuse, taisez-vous; vousn'êtes
:
qu'une bête..
N'est- ce pas un grand abus ,
Qu'une Fête en Vers prônée ?
C'estdire auxGens,chaqueannée
Qu'ils en ont une deplus.
Calcul toûjours triste à faire ;
Il nous condamne à Soustraire,
En nousfaisant ajoûter.
Damon , je nete convie
Qu'aux doux plaiſirs de la vie :
C'estce qu'onprendſans compter.
Damon , c'est aujourd'hui qu'on célebre
ta Fête ...
DE JUILLET. S
!
.
MaMuse, taisez-vous; vousn'êtes
:
qu'une bête..
N'est- ce pas un grand abus ,
Qu'une Fête en Vers prônée ?
C'estdire auxGens,chaqueannée
Qu'ils en ont une deplus.
Calcul toûjours triste à faire ;
Il nous condamne à Soustraire,
En nousfaisant ajoûter.
Damon , je nete convie
Qu'aux doux plaiſirs de la vie :
C'estce qu'onprendſans compter.
Fermer
5113
p. 51-65
JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
Début :
Sa Majesté Imperiale, aprés les succez de la Compagne passée, [...]
Mots clefs :
Comte, Armée, Prince, Camp, Régiment, Cavalerie, Vaisseaux, Ennemis, Guerre, Grenadiers, Artillerie, Danube, Commandement, Bataille, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE, ou RELATION De l'ouverture de la Campagne faite par l'Armée de l'Empereur, sous le commandement du Prince Eugene de Savoye. Du Camp de Visniza en servie le 23 Juin 1717-
JOURNAL DE HONGRIE ,
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
ου
RELATION
De l'ouverture de la Campagnefaite
par l'Armée de l'Empereur ,
Sous le commandement du Prince
Eugene de Savoye.
Du Camp de Viſnitza en Servie le 28Juin 1717.
SAMajeft
A Majesté Imperiale , aprés les
laCampagnepafléc,
ayant mis toute ſon attention à
E ij
52 LE MERCURE
1
,
pourſuivre ſes avantages contre
l'Ennemi commun du Nom Chrétien
; a entretenu des garniſons
dans des poſtes avancez pendant
l'hiver, & a ordonné toutes les difpoſitions
poſſibles , tant pour recruter
& augmenter ſon armée
que pour la pourvoir d'Artillerie ,
d'Attirails de guerre , de Ponts ,
de Vaiffeaux de tranſport , & de
Magaſins de Vivres ; afin d'être
en état de faire cet Eté des entrepriſes
plus éclatantes contre les
Infideles. Les Régimens Imperiaux
qui étoient en quartier en deçà du
Tibiſque , en Tranfilvanie & dans
le Bannat de Temeſwar , eurent
ordre de s'afſſembler au commencement
de Mai , ſous le commandement
du Comte de Merci General
de la Cavalerie ; tandis que
le reste de l'Armée devoit ſe rendre
le douze , au Camp de Furack ,
afin d'y avoir les troupes néceffaires
, prêtes felon l'éxigence des
opérations.
Ces diſpoſitions faites , le PrinDE
JUILLET 53
ceEugene partit par eau de Vienne
le treize Mai , & arriva le 21. au
Camp de Futack ; mais,comme la
plupart des Regimens n'y étoient
pas encore , non plus que l'Artillerie
, S. A. jugea qu'il étoit convenable
au Service de Sa Majeſté
Imperiale , de s'aboucher àPantzova
avec le Comte de Merci ,
pour concerter avec lui , & reconnoître
de ce côté-là le Danube &
les environs. A fon retour au
Camp , les Regimens qui manquoient
, arriverent ſucceſſivemert
, avec lesquels le Prince réfolut
de commencer les opérations
, à deſſein de profiter du
tems , & de la ſituation des Ennemis
; par le paſſage de la Save ,
ou par celui du Danube : Aprés
avoir mûrement éxaminé les Čirconſtances
, il fut arrêté , que l'on:
tenteroit le paffage du Danube.
On commença pour cette expédition
de faire tous les préparatifs
néceſſaires ſur ce Fleuve ; les barques
furent envoyées plus bas danss
Eiij
LE MERCURE
le Donawitz : Le Comman
deur Schvvendiman reçût auſſi
ordre de s'avancer avec les vaifſeaux
de guerre près de Salanckemen,
pour exécuter ce que le Comte
de Merci ordonneroit . On diſtribua
les Troupes en divers Camremens
dans le Bannat,de maniere
qu'elles pouvoient s'aſſembler ,
•ſans donner de l'ombrage aux
Tures...
Le 9. Juin , l'Armée ſe mit en
marche près de Peter-Varadin ,
&campa la nuit à Kobila. On ne
pût avoir aucun avis certain de la
ſituation des Ennemis ; mais fuivant
ceux qu'on reçût de la frontiere
, leur armée ne pouvoit être
jointe de quelque tems , puiſque
le Grand Viſir étoit encore occupé
à la former près d'Andrinople.
Le 10. on s'avança au pont de
communication , conſtruit à Villova
fur le grand Marais : Le Com.
te de Merci y vine ſur le midi ,
pour informer S. A. le Prince Eu
gene des diſpoſitions qu'd avoit
DE JUILLET.
55
i
faites ,& recevoir ſes ordres. Les
Lettres que ceGeneral avoit reçûës
de Vipalanca marquoient , que
divers Batimens ennemis montoient
le Danube à force de rames,
d'Orfova vers Belgrade , & que
quoiqu'on ne leur laiſſat pas le
paſſage libre par le feu , & les
canonades du Fort de Vipalanca ,
il n'étoit pas cependant poſſible ,
àcauſe de la largeur de la riviere ,
deleur empêcher le paſſage , particulierement
de nuit.
Le 11. onpaſſa fur les pontsde
Villova , du Tibiſque & de la
Begue avec affez de fatigue , à
cauſe des défilez& de la grande
chaleur qu'il faiſoit ; on ſe campa
à Czige.
Le 11. leGeneral de bataille Baron
de Diesbach fut détaché avec
trois bataillons & 200. chevaux
vers l'embouchure du Donavvitz,
pour ſoûtenir par terre les deux
vaiſſeaux de guerre quiy étoient
àl'ancre , & pour couvrir la communication
; on fit élever pour cet
56 LE MERCURE
effet une Redoute ſur le Danube :
Les autres trois vaiſſeaux de guerre
étoient déja entrez dans le Donavvitz
avec quelques Saiques ,
&avec les aprêts qu'on avoit faits
àPeter-Varadin.
Le 13. on paffa le Temes , &
on marcha à Oppova , où le General
Comte de Merci avoit embarqué
ſon Infanterie deſtinée
pour le paſſage ; qu'il fit avancer
avec les vaiſſeaux de guerre& les
Saiques , ainſi que les pontons &
lesbarques de tranſport du Donavvitz
dans le Temes : Afin que ces
batimens ne fuſſent empêchez par
lepont de Pantzova , on en défit
une partie , & on arracha les pieux
du fond de l'eau .
Le 14. comme l'Armée de terre
ſe campaà une lieuë au deſſus de
Pantzova , on y fit avancer le tout
par eau , afin de tenter le lende
main le paſſage à une lieuë & demiede
ce poſte. On diſtribua pour
cer effet , le pain pour quelques
jours , avec les munitions nécefDEJUILLET
. $7
faires , aux 27. Bataillons , aux
24. compagnies de Grenadiers ,
fous le commandement du Comte
de Merci , aux troupes du Lieutenant
General Comte Broune de
Camus , & à celles des Generaux
de bataille Vobeſer , Vvallis,
&Odvier.
Le 15. à la pointe du jour ,
nonobſtant que les Ennemis s'étoient
fait voir partout pendant
la nuit , ſur les éminences où ils
avoient allumé beaucoup de feux,
pour faire voir qu'ils étoient alertes,
lemouvement des Nôtres ſe fit
en la maniere ſuivante. Les trois
vaiſſeaux de guerre , avec les Oranizzes
& les Saiques prirent le
devant ; un des vaiſſeaux ſe poſta
au-deſſus des trois Iſles devant
l'embouchure du Temes , où tout
devoit déboucher pour le couvrir
, & les deux autres vaiſſeaux
avec les Oranizzes & les Saiques
deſcendirent plus bas au-deſſous,
vis- à-vis du village de Vvuntſch ,
la droite & à la gauche de l'en58
LE MERCURE
droit où on devoit jetter le pont ,
pour legarantir contre les entrepriſes
des Ennemis , tant du côté
deBelgrade , que de celui d'Orſova
, de même que l'Infanterie
en flanc. Sur cela , un Sergent
Major , & fept compagnies de
Grenadiers ſuivirent, avec un General
de bataille , un Lieutenant
Colonel , un Sergent Major , &
dix compagnies de Grenadiers ;
enfuite , fix petites pièces de campagne,
pour s'en fervir à la tête ,
&où il feroit néceſſaire , aprés
avoir réconnu le terrain : Le reſte
de l'Infanterie , les Pontons , &
après eux quelques Saiques qui
les couvroient , &qui ſe poſterent
au-deſſus du Pont qu'on devoit
conſtruire, ſuccéderent. Les quatre
Régimens de Dragons de Savoye ,
Vvirtemberg , Vhelen , & Schonborn
furent placez fur le territoire
de Pantzova juſqu'au Danube, ſur
lebord de laquelle riviere on planta
quelques piéces de canon , & on
ytintbonnombre de faſſines prêtes.
DE JUILLET
59
S. A. le Prince Eugene voulant
ſe trouver avec les Generaux au
paſſage du trajet , laiſſa ordre dans
le Camp à toute l'Infanterie de
s'avancer , pour être à portée de
ſuivre le premier tranſport commandé
en Chef par le Comte de
Merci , qui réüffitſans la moindre
oppoſition ; quoique l'Ennemi voltigeât
partout ſur les éminences.
Les barques furent d'abord renvoyées
de l'autre côté , ſur lefquelles
s'embarquerent les compagnies
de Grenadiers , & les Bataillonsde
l'Infanterie qui étoient
à portée , avec le Feldt-maréchal
Comte deHeiſter , le Prince Alexandre
de Vvirtemberg , & leGeneral
de l'artillerie Comte de Regal.
On continuadetranſporter l'In.
fanterie juſqu'à ce qu'on la jugeât
ſuffiſante pour s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis ; ce qui parut
d'autant plus facile que leterrain
étoit avantageux , & qu'il y
avoit un Marais en front.On tranfporta
auſſi quelque Cavalerie &
60 LE MERCURE
Huſſars , pour s'en ſervir ſelon les
occurrences. On fit avancer aprés
cela les Barques du Pontque l'on
joignit ,& le Pont étant formé de
84. barques , ony fit paſſer le reſte
de l'Infanterie.
Le 16 avant le jour , les Régimens
de Dragons qui étoient
entre Pantzova & le Danube ,
&le reſte du Corps du Comte de
Merci ſuivirent avec l'Aartillerie
& la Cavalerie du Corps
poſté au deſſus de Pantzova qui
artiva aflés tard. Le Camp fut for.
mé ſur la hauteur de Viſnitza à
une lieuë & demie au deſlous de
Belgrade,&le General debataille
Comte d'Odvier fut laiſſe avec
fix bataillons & quelque Cavale-
Tiede celle qui avoit paffé présdu
Pont du Danube , pour le couvrir.
Le 17. le bagage commença à
paffer le pont : Comme il a fallu
pénétrer par des défilés , le reſte
n'arriva ence Camp que ce jourlà.
L'Ennemi s'eſt fait voir par
rene & par eau affez prés de Vifnitza
DE JUILLET. 61
nitza ; mais il s'eſt retiré précipitemment
, voyant que nous avions
placé quatre pièces de canon ſur
unehauteur.
Le 18. au matin , le Prince Eugene
, accompagné du Prince Alexandre
de Vvirtemberg, des Comtes
Palfy , Heiſter & de quelques
autres Officiers Generaux , alla
*réconnoître le Terrain ſitué entre
la Save& le Danube , pour y faire
camper l'Armée le plus avantageuſement
qu'il feroit poſſible :
Commece Prince ſe retiroit avec
ſaTroupe , compoſée de fix Regimens
de Cavalerie , & de toutes
les Compagnies de Grenadiers &
Carabiniers à Cheval ; deux mille
Chevaux fortis de Belgrade , étant
tombez ſur ſon Arriere-Garde , en
furent reçûs ſi vivement , qu'ils
prirent le parti de fe retirer avec
quelque perte. Après cette expedition
, la marche de toute l'Armée.
fut ordonnée pour le lendemain.
Le 19. les mêmes Regimens &
Compagnies de la veille , avec les
Juillet 1717 .
F
62 LE MERCURE
Marêchaux des Logis,& les Fourriers
, ûrent l'Avant-Garde. L'Armée
les ſuivoit ſur quatre Colonnes.
L'Ennemi ayant obſervé ce
mouvement, fit deſcendre cinquante
, tant Saïques , que demi Galéres
armées , vers Viſnitza ; elles
firent d'abord un feu terrible de
Canon pendant quelque tems ſur
nôtre Cavalerie & nos Bagages ,
mais avec peu d'effet ; parce qu'on
avoit û la précautionde dreſſer ſur
les Bords du Danube quelques Batteries
, qui les forcérent de ſe retirer
promptement ſous le Canon
de Vvaſſerltad , autrement la Villed'Eau.
Durant cette marche , le
Comte de Nadaſti , Generalde la
Cavalerie ; & M. Ahumada ,
Lieutenant General & Marêchal
des Logis , avoient été laiſſez , le
premier avec ſix Regimens de Cavalerie
, & le ſecond avec quatre
Bataillons, pour couvrir notre Pont
fur le Danube. Entre 9. & 10.
heures du matin , on déboucha
dans la Plaine , quoique l'Ennemi
1
DE JUILLET . 63
:
:
|
fut forti avec un gros Corps de
Cavalerie& d'Infanterie juſqu'à la
Palanque. Nôtre Aîle gauche s'avança
ſur la Save , où elle fut expoſée
aux Canonades des Saïques
&Fregattesdes Infideles, pendant
qu'on plaçoit quelques pieces
de Canon , pour les faire retirer;
on enuſade même avec ſuccez à
la Droite qui s'étendoit au Danube.
Après que tout le Camp fut
formé , &la Ville inveſtie , depuis
la premiere Riviere , juſqu'à l'autre
, tout le reſte du Bagage arriva
le foir. On donna ordre de rompre
le Pont de Pantzova , pour le
faire remonter plus haut , &
de faire avancer les deux
Vaiſſeaux deGuerre , qui étoient
au Confluant de la Tenes , pour
couvrir la communication .
Le 21. on commença à travailler
aux Lignes de Circonvallation
&de Contrevallation : L'Ennemi
a fait un feu continuel , depuis 9.
heures du matin , juſqu'au foir.
Pendant cette manoeuvre, le Com
Fij
64
LE MERCURE
te de Hauben Lieutenant General,
Maréchal deCamp, avoit û ordre de
letranſporter avec ſes Troupes &
ſes Ponts de Batteaux fur la Save ,
pour y jetter auffi un Pont de communication
, & bloquer de ce côtélà
Belgrade , ce qu'il a executé
heureuſement .
P. S. Les avis de Petri-Varadin
portent, que les Turcs ayant apris
que nôtre Armée avoit paflé leDanube
, ont abandonnés le Fort de
Kupinova fur la Save, après l'avoir
brûlé:Nous avons paffé le Danube,
fans perdre un ſeul homme : Toute
l'Artillerie de Campagne , deftinée
pour l'Armée Ottomane &
pour l'Armement de leurs Vaifſeaux
,, ſe trouve renfermée dans
Belgrade. Nous nous ſommes emparez
ſans reſiſtance d'une Mofquée
du Faux- Bourg exterieur, &
lesTurcs ontdudepuis abandonnés
le Faux- Bourg qui étoit ſans retranchement
; le Glacis& les Ouvrages
exterieurs ſont minez &
contre -minez, partout : Leur ArDE
JUILLET. 65
méedoit arriver le 4. à la Hauteur
deselle des Imperiaux.
Fermer
5114
p. 65-69
ETAT DES TROUPES Qui composent l'Armée de S. M.I
Début :
Cuirassiers. Noms des Regimens. Carafta 1000. Newbourg 950. Hanover 1000. [...]
Mots clefs :
Régiments, Armée, Comptes, Dragons, Cuirassiers, Hussards, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT DES TROUPES Qui composent l'Armée de S. M.I
ETATDES TROUPES
Qui composent l'Arméede S. M.I.
CUIRASSIERS.
Noms des Regimens.
Carafta
Nevvbourg
- Hanover
D'Armſtate
Gondrecourt
Jean Palfy
1
Prince de Portugal
Falkemtein
Montecuculi
Mercy
Croix
Viard
Hohenkoltein
Gronsfeld
Lobkovvitz
Emanuel de Savoye
Martigny
1000.
१९०.
1000.
1000.
. १००٠٠
1000.
1000.
9500
१५००
1000.
१४०.
980.
1000.
१००.
1000.
900.
100010
Fiij
66 :
LE MERCURE
Hauton
Steville
Sultzbach
Cordva
S Moras Eſpagnols
१००٠٠
980
1000.
१००.
1000.
१९०..
Total des Cuiraffiers qui font 23.
Vargues
Regimens , & hommes 22260-
DRAGONS .
Noms des Regimens.
Eugene
Battée
Vvirtemberg.
Althaten
Jeoger
Galbes
Vyeten
Hauben
Rabutin
Batecth
Saint Amour ..
Schonborn ..
1000。
1000.
1000 .
980.
१९०٠
१९००
1000.
1000.
1000 .
1000.
१०० .
1000.
Total des Dragons qui font 12 .
Regimens , & hommes 11780 .
DE JUILLET. 67
HUSSARS.
Erbegini 600.
Nadaſti 700.
Spleni 600.
Baborfai 670.
Eſterhari 630.
Regimens de Huſſars cing ,
& Hommes 3220.
INFANTERIE.
Noms des Regimens.
Heifter
2400.
Guidode Staremberg 2300.
Nicolas Palfy 2350.
Geſchivind 2360.
Vieux Vvirtemberg 2250.
Nevvbourg 2300.
Regal 2300 .
Loffelholtz
2350.
Daun lejeune 2300.
Beveren
2350.
Bonneval
2300.
Aremberg 2280.
Vieux Lorraine 2300.
68. LE MERCURE
Nouveau Lorraine 2300.
Baden Dourlach
2300.
Nouveau Vvirtemberg 2350.
Vallis le Jeune 2300 .
Livvngſtein 2350 .
Vraulſom
2300.
Daun le Vieux 13500
Ottocar Staremberg 2400.
Max. Staremberg 2380.
Harrach 2350.
Vvirtemberg 2300.
Firmond 2350.
Droane
2300.
Heſſen-Caffel 2300.
Auſpach 2300.
Mezel
2300.
Bagni 2300.
Hersberſtein :
2500.
Holstein 2400.
Suking 2380.
Vvilſeck
2350.
Faber
1500.
Marali
1500,
Ahumada Napolitains 1500.
Alcandel
1500
Toral des Regimens d'Infanterie
38. & Hommes 85370
DE JUILLET . 69
TOTAL GENERAL..
23. Regimens deCuiraſſiers 22250.
12. Regimens de Dragons 11780.
5. Regimens de Houſſars 3220 .
38. Regimens d'Infanterie 85370.
Sur les 10. Galeres il y en a 2000.
Total du Tout , 124630.
Qui composent l'Arméede S. M.I.
CUIRASSIERS.
Noms des Regimens.
Carafta
Nevvbourg
- Hanover
D'Armſtate
Gondrecourt
Jean Palfy
1
Prince de Portugal
Falkemtein
Montecuculi
Mercy
Croix
Viard
Hohenkoltein
Gronsfeld
Lobkovvitz
Emanuel de Savoye
Martigny
1000.
१९०.
1000.
1000.
. १००٠٠
1000.
1000.
9500
१५००
1000.
१४०.
980.
1000.
१००.
1000.
900.
100010
Fiij
66 :
LE MERCURE
Hauton
Steville
Sultzbach
Cordva
S Moras Eſpagnols
१००٠٠
980
1000.
१००.
1000.
१९०..
Total des Cuiraffiers qui font 23.
Vargues
Regimens , & hommes 22260-
DRAGONS .
Noms des Regimens.
Eugene
Battée
Vvirtemberg.
Althaten
Jeoger
Galbes
Vyeten
Hauben
Rabutin
Batecth
Saint Amour ..
Schonborn ..
1000。
1000.
1000 .
980.
१९०٠
१९००
1000.
1000.
1000 .
1000.
१०० .
1000.
Total des Dragons qui font 12 .
Regimens , & hommes 11780 .
DE JUILLET. 67
HUSSARS.
Erbegini 600.
Nadaſti 700.
Spleni 600.
Baborfai 670.
Eſterhari 630.
Regimens de Huſſars cing ,
& Hommes 3220.
INFANTERIE.
Noms des Regimens.
Heifter
2400.
Guidode Staremberg 2300.
Nicolas Palfy 2350.
Geſchivind 2360.
Vieux Vvirtemberg 2250.
Nevvbourg 2300.
Regal 2300 .
Loffelholtz
2350.
Daun lejeune 2300.
Beveren
2350.
Bonneval
2300.
Aremberg 2280.
Vieux Lorraine 2300.
68. LE MERCURE
Nouveau Lorraine 2300.
Baden Dourlach
2300.
Nouveau Vvirtemberg 2350.
Vallis le Jeune 2300 .
Livvngſtein 2350 .
Vraulſom
2300.
Daun le Vieux 13500
Ottocar Staremberg 2400.
Max. Staremberg 2380.
Harrach 2350.
Vvirtemberg 2300.
Firmond 2350.
Droane
2300.
Heſſen-Caffel 2300.
Auſpach 2300.
Mezel
2300.
Bagni 2300.
Hersberſtein :
2500.
Holstein 2400.
Suking 2380.
Vvilſeck
2350.
Faber
1500.
Marali
1500,
Ahumada Napolitains 1500.
Alcandel
1500
Toral des Regimens d'Infanterie
38. & Hommes 85370
DE JUILLET . 69
TOTAL GENERAL..
23. Regimens deCuiraſſiers 22250.
12. Regimens de Dragons 11780.
5. Regimens de Houſſars 3220 .
38. Regimens d'Infanterie 85370.
Sur les 10. Galeres il y en a 2000.
Total du Tout , 124630.
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5115
p. 69-90
SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
Début :
Les Cardinaux qui sont dans cette Captiale, ont presque tous [...]
Mots clefs :
Cardinaux, Chevalier, Présents, Roi d'Angleterre, Princesse, Visites officielles, Églises, Ambassadeur, Cérémonie, Justice, Comtes, Pape, Fête, Honneur, Instruments, Château, Banquet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL De ce qui s'est passé à Rome, depuis le premier Juin, jusqu'au premier Juillet, touchant l'arrivée du Chevalier de Saint Georges.
SUITE DU JOURNAL:
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
De ce qui s'est passé à Rome .
depuis lepremierJuin , jusqu'au
premier Juillet , touchant l'ar.
rivée du Chevalier de Saint
Georges.
L
Es Cardinaux qui font dans
cette Capitale , ont preſque
tous rendus viſite au Chevalier
de Saint Georges , qualifié ici de
Roy d'Angleterre . Attendu l'incognito
, ils font introduits par l'Efcalier
ſecret , & viennent tous en
habit court , de même que les
Prélats. On ne s'entretient ici que
des Préſents magnifiques faits à S.
70
LE MERCURE
M. Le Cardinal Barberin , qui eft
de la Famille du Pape Urbain VIII.
s'eſt tout à fait diftingué, en régalant
ce Prince d'un Service d'or.
de cedéfunt Pontif. Il conſiſte en
douze grands Plats , deux douzaines
d'Afſiertes , autant de Cuilleres
& de Fourchettes , avec 4.
Salieres de la même matiére. Le
CardinalDada Parain de S. M. &
qui étoit Nonce à Londres , dans
le temsde la fuite du RoyJacques ,
lui a fait accepter deux Originaux
des fameux Ludovico & Annibal
Caracci. La Princeſſe Piombino l'a
auſſi gracieuſé d'une belle Tabatiere
d'or garnie de Diamans , que la
feuë Reine d'Eſpagne lui avoit
donnée. Ce Prince s'eſt excuſé de
recevoir les 7. Chevaux de caroffe
magnifiquement parés,&de la plus
belle race du Pais , que le jeune
Conêtable Colone lui destinoit. Le
Cardinal Gualtierio défraye S. M.
mais come elle a peude ſuite, cette
dépenſe ne ſera pas ſi conſidérable.
LeRoy continue à fortir, matin
:
DE JUILLET
&foir,& s'occupe à viſiter les Egliſes
& autres Curioſités de Rome ;
il eſt toujours accompagné du Cardinal
Gualtierio , & ſouvent dés
Neveux du S. Pere Il y a aujourd'hui
huit jours qu'il vit le Vatican ,
où le Pape avoit fait préparer une
Collation aflez bien ordonnée: Ilne
toucha à rien ; ſa Suite n'en fir pas
de même. Le Mercredy , il alla à
la Chancellerie voir la Proceffion
de Saint Laurent in Damaso, dont
le Cardinal Ottoboni fait les honneurs.
Cette Eminence, qu'on peut
dire s'entendre àmerveillesadonner
des fêtes,aflembla chez lui lesPrincefſſes
Piombino Mere & filles , &
fit préparer une Collation ſuperbe.
Apropos de ce Cardinal, l'on affure
qu'il touchera ſes revenus ſequeſtrés
par les Vénitiens ,& voici
comment. L'Ambaſſadeur de cette
République aïant follicité le S.Pere
dedonneruneſomme pour la guerre
, il en a obtenu quarante mille
écus;& on apermis à ces meſſicurs
de prendre en payement les biens
72 LE MERCURE
ſéqueſtrés du Cardinal , dont ils ne
pouvoient faire uſage ; lapluſpart
étans des revenus Eccleſiaſtiques ;
&le Pape de fon côté rembourcera
le Cardinal. Je reviens à la
Proceſſion , elle n'a jamais été ni
plusnombreuſe ni mieux ordonnée.
Il y avoit 22 Cardinaux &preſque
toute la Prelature. Entre la Sortie
&la Rentrée de la Proceſſion qui
faitun alles grand tour , les Dames
propoférent au Roy une repriſe
d'Hombre , le Prince ne fut pas
édifié de la propoſition ; on le fut
au contraire beaucoup du refus
qu'il en fit.
Vendredy quatriéme au foir, Don
Aleſſandro Albani partit en poste
pour Uibain , à deſſein d'y prendre
les dégrés , voulant fans doute
être docteur de fon païs; & pour
Compagnon deVoyage le Pape lui
adonné ſon premier Medecin Mu
Lancifi.
La Dona Thereſe épouſe deDon
Carlo Albani eſt tres contente
de la viſite que lui a rendu le Roi
d'Angleterre
DE JUILLET. 73
,
Sr d'Angleterre; il joüa chez elleune
repriſe d'Hombre le Cardinal
Albani s'y trouva , elle n'eſt pas
laſeule qui ait eû cet honneur :
Le Prince l'a fait pareillement à la
Princeſſe Piombino ; cette Dame
avoit fait préparer quantité de rafraichiſſemens
, & une Muſique
pour laquelle l'on avoit fait choix
des plus belles voix&des meilleurs
Instruments de Rome : Les Cardinaux
Ottoboni & Aquaviva étoient .
de la feſte ,& en faiſoient les honneurs.
La Connétable Colone s'attend
bien , que le Roy lui fera la mêmegrace.
Cette Princeſſe eſt genereuſe
&magnifique,& furpaffera
les autres dans les divertiſſeme
qu'elle préparera à Sa Majeſté ; il
paroît qu'elle prend goût à Rome,
l'on ne croit pas en effet qu'elle
retourne à Péfaro; le ſéjour en
étant trés ennuyeux .
Samedy cinquiéme , le Roy ût
une ſeconde Audiance du Papei
ils font ſi contents l'un de l'autre
Juillet 1717. G
74 LE MERCURE
qu'ils ne ſe peuvent ſéparer; la
converſation dura plus de deux
heures. Le Roy demanda à être
introduit ſans Cérémonie ; il paſſa
donc comme la premiere fois par
le Jardin & par l'escalier ſécret ;
mais la Prélature n'alla pas audevant
de lui , il y avoit ſeulement
deux ou trois Prélats de la
Chambre pour fraïer le chemin .
Le S. Pere , à ce qu'on affure ,
rendra viſite au Roy ; c'eſt une diftinction
qu'on n'obſerve qu'à l'égard
des Têtes Couronnées. Malgré
l'incognito, il y a bien du Roïal
dansla manière dont on le traite ;
onne lui parle que par Sire &Majefté
: Il ſoutient fon rang dans les
viſites que lui rendent les Cardinaux
, les Prélats & autres Scigneurs
de cette Cour. Quelques
Prélats & Seigneursdes plus quali -
fiés ont l'honneurde manger avecle
Roy, quandils ſe trouvent aux heuresdes
repas. Samedy,M'l'Abbé de
Gamaches Auditeur de Rotte pour
la France , cût l'honneur de dîner
avec S. M. & de l'accompagner
DE JUILLET. 75
1
toute la matinée dans ſon Caroffe
avec le Cardinal Gualtierio & le
jeune Connétable. Ce Prince ne
parle que François
- Langue eſt ſi fort à la mode en
ce païs , qu'elle eſt preſque entenduë
de tout le monde.
د
& cette
Apresle dîné du Roy,dont le Cardinal
Barberini étoit Convive; cette
Eminence a conduit Sa Majesté
pour voir ſon Palais C'eſt ſans con-
-tredit le plus beau de Rome ;
l'on y voit quantité de Figures &
de Tableaux des premiers Maîtres
dela premiere&ſeconde Antiquité.
La vieille Princeſſe Barberini
mere du Cardinal , deſcendoit l'efcalier
à l'arrivée du Roy,qui lui a
donné la main pour remonter ; &
aprés unecourte viſite à la Princeffe
, il a parcouru tout le Palais,
& fur les loüanges particulieres
qu'il donna à un de ſesTableaux on
le détacha ſur le champ &il fut
porté pour le Roy chez le CardinalGualtierio.
Le Sécrétaire du feu Cardinal:
Gij
76 LE MERCURE
Grimani , Miniſtre ici pour l'Empereur
, & depuis , ſon Viceroy à
Naples où il eſt mort , a été écartelédans
cette derniere Ville. Voici
l'hiſtoire ; il y a environ un an
que le Comte de Galas Ambaſſadeur
de Sa Majefſté Impériale , fit
enlever& conduire en pofte ce Sécretaire
juſqu'àNaples avec une efcorte
de ro ou 12 Cavaliers ; alors
on ne ſçavoit que penſer de cet enlevement
;prefentement la me che
eſt évertée , & l'on prétend qu'il
n'a été condamné à un fupplice fi
cruel , que pour avoir été atteint
&convaincu d'avoir empoiſonné le
Cardinal Grimani ſon Maître : Il
eſt vrai que ſa mort fut prompte
& inopinée ; reſte à ſçavoir par
quels motifs cela ſe fit alors & par
quelle voye on la découvrit ; ce
qu'il y a de fûr , c'eſt qu'il étoit le
Confident de ce Miniſtre & qu'il
avoit tout perdu , en le perdant ,
ayant depuis vêcu trés mal à fon
aife.
Me Molines Grand Inquifiteur
DE JUILLET. 77
1
-!
i
d'Eſpagne , en paſſant par Milan ,
y a été arrêté par les Impériaux
qui l'ont dépoüillé de cinq ou fix
mille piſtolles qu'il avoit amaſlees
pour fon viatique ;& cela fous prétexte
qu'il n'avoit point de Paffeports.
Sur le minuit , ils ſe tranfportérent
où il logeoit & l'ayant
enlevé ils le conduifirent au Château.
le Pape en ayant eu avis ,
dépêcha ſur le champ un Courier
à Vienne, ſe plaignant fort qu'on
eût ainſi violé le droit des gens
&le ſien propre ; car le S. Pere
prétend que la qualité de Grand
Inquifiteur le faiſant rélever immédiatement
du Saint Siege , il
n'avoit pas beſoin de Pafleports.
Comme il eſt trés vieux & tres infirme
, il eſt à craindre qu'il ne finiſſe
ces jours dans cette prifon.
Au reſte l'on déſaprouve fort cette
entrepriſe contre un Sujet du
Roy d'Eſpagne , dans un tems furtout
où ce Prince , à la follicitation
du Pape , a accordé une fufpen--
fion d'armes à l'Empereur , pen---
Gij
78 LE MERCURE
dent qu'il foûtient la guerre contre
le Infidéles .
La Fête donnée Mercredy me
au Roy d'Angleterre , par Madame
laConnêtable Colone , a de beaucoup
furpaffé toutes les autres.
Aprèsune courte viſite faite dans
la Salle d'Audiance ,on paſſa dans
la Gallerie du Palais qui ne céde
enrien à celle de Versailles , à la
longueur prés. A l'un des bouts
étoit une foule de Muſiciens &
d'Inſtrumens choiſis. Tant que
cette Simphonie dura , on ne ceſſa
de préſenter des rafraichiſſemens
d'un goût exquis , de toute eſpéce
& avec une profufion Royale.
Ceux qui étoient deſtinez pour le
Roy , lui furent preſentés par le
jeuneConnêtable & fon frere. Le
Roy ayant refuſé de les recevoir
de la main de l'Aîné , le Cadet
par ordre de fa mere , les préſenta
un genoüil en terre. Ce cérémo
nial Anglois plût fort à toute la
Compagnie , & fut reçû du Roy
dela maniere du monde la plus.
DE JUILLET. 79
polic. Madame la Connêtable ..
fous prétexte de faire voir quelque
Curioſité finguliere au Prince qui
vouloit réconduire la Connêtable
( dans ſon Appartement , le fit paffer
par une eſpéce de Gallerie de
plein pied à la cour , au bout de
laquelle l'on fit trouver le Caroffe
du Roy ; & par ce moyen , elle
conduifit le Roy juſques dans ſon
Caroffe. Le jeune Connêtable le
ſuivit juſqu'au Palais Gualtierio ,
&ſe trouva à la deſcente du Caroſſe
pour faire ſa Cour au Roy.
Le lendemain matin Jeudi 1o.
Fête de Sainte Marguerite Reine
d'Ecoffe , le Pape dit une Meffe
baſſe dans l'Egliſe des Ecoffois ,
où le Roy ſe rendit. Il entendit la
Meſſe dans une Tribune. Don
Carlo Albani lui préſenta une Tabletre
de la partdu Pape , qui contient
, à ce qu'on affure , une Cédule
de vingt mille écus. Le Pape
ne voulut être cortégé quedes trois
Cardinaux , Albani , Sacripanti &
Gualtierio. Aprés laMeſſe , le S.
80 LE MERCURE
Pere ſe promena aflés long-tems
dans le Monaftere avec le Roy ;
aprés quoi , chacun ſe retira chez
foi.
Le Vendredy 11. le Roy viſita
différentes Egliſes , & le foir , il
alla à la Villa Pamphile. C'eſt une
Maiſon de Plaiſance qui appartient
au Prince de ce Nom. Elle
eſt hors des Portes de Rome , &
fans contredit la plus belle &
la mieux entretenuë de ce Païs.
Samedy 12. aprés diné , le Roy
alla chez le Pape pour la troiſieme
fois , ils reſterent à cauſer tête à
tête, pendantprés de deux heures ;
& la converſation finie , le Roy
defcendit dans les Jardins de
Monte-Cavalo , où il ſe promena
juſqu'au foir , avec les Seigneurs
de fa fuite.
Dimanche 13 , le Roy fortità fon
ordinaire , ſoir & matin , pour
voir les Egliſes & autres Curiofi- -
tésde cette Ville-
: Lundi 14. le Pape tint Con-...
Iſtoire. Le Roy fut curieux de le
DE JUILLET. 81
i
1
!
voir ; & pour cela , on lui prépara
une place commode dans la Bouffole
qui eſt àdroite du Pape. Il ne
s'eſt rien paſſé de particulier dans
ce Confiftoire .
Le Mardi ſur les cing ou fix
heures aprés midi , le Roy montera
en caroſſe pour aller coucher à
Caſtel - Gandolphe. Le Cardinal
Albani s'y trouvera pour le rece
voir , &pour faire les honneurs de
la Fête que le S. Pere y donnera
au Roi.
Soixante&trois,tant Inſtrumens
queMuſiciens,ont ordre de s'y ren
dre.Onprépare un Feu d'Artifice
fur le Lac de Caſtel ; il ſemble
qu'on n'oublie rien pour divertir
S. M. Britannique ; Elle ira chaffer
dans le Parque du Prince Chigi
, qui est voiſin de Caſtel. Chemin
faiſant , le Roy verra Albane ,
Frescati & Marine. Ce dernier
Canton appartient au Connêtable,
où l'on affûre qu'il regalera le
Prince ſplendidement.
Le Château de Péſaro eſt dó82
LE MERCURE
meublé , le Roy ne devant pasy
retourner. L'on croit qu'il auroit
affez de penchant pour reſter à
Rome. Il eſt toûjours fûr qu'aprés
la Saint Pierre , S. M. ira paffer
P'Eté à Urbain.
,
le Le même jour quinze
Cardinal Neyeu & ſon frere Don
Carlo Albani , vinrent prendre le
Roy après le Diné ; il monta dans
leCaroffe de cette Eminence , gardant
toûjours la Droite. Le premier
Caroſſe étoit ſuivi de deux
autres à fix Chevaux , pour les
Seigneurs de la ſuite du Roy . Plufieurs
Seigneurs particuliers fuivoient
dans leurs Equipages ; ce
qui compoſoit un Cortege des plus
nombreux.
Le Roy arriva à Caftel à demie
heure de nuit , au bruit de toute
l'Artillerie du Château : Il étoit illuminé
, &pareillement toutes les
Maiſons des Particuliers , ſans en
excepter celles des Religieux &
Religieuſes; ce qui faiſoir un effet
trés-agréable , & d'autant plus
DE JUILLET. 83
beau , que la Nuit étoit affés obfcure.
L'on avoit préparé ſur le Lac de
Caſtel , une Girandolle en face du
Palais ; & le circuit du Lac qui eſt
de quatre mille , étoit entiérement
illuminé, depuis la ſuperficie
de l'eau , juſqu'à la hauteur du
Baſſin; ce qui formoit unAmphiteatre
de lumiere,& une nouveauté de
Spectacle trés - curieux à voir,
Comme la Girandolle faiſoit fon
effet de bas en haut , on ne l'a
pas trouvée auffi belle , que celle
qu'on tira ſur le Château Saint-
Ange , à la Saint Pierre , & le jour
de l'Incoronation du Pape. Voilà
le premierRégal, & pour ainſi dire ,
le ſalut qu'on fit au Roy à fon arrivée:
Cela fut ſuivi d'un Repas
trés-bien ordonné , & magnifiquement
ſervi. Le Roy avoit une Table
ſeule pour lui & les Seigneursde
la Cour ;
dix ou douze dans differens Apparremens
du Château , pour les Pré
lats, les Dames & les Seigneurs qui
; outre cela
84 LE MERCURE
s'étoient rendus à la Fête.
Le lendemain 16. le Roy ſe promena
à Genfane , à Albane & à
Larice , Cantons delicieux , &
dans la plusbelle&la plus heureuſe
ſituationdu Monde. Au retour
de la Promenade , ily ût une Simphonie
prodigieuſe par la quantité
de Voix&d'Inſtrumens. On y exécura
une Cantare compoſée exprés ,
& allegorique à l'Etat préſent du
Prince : L'Invention & la Compofition
enfont également eſtimées
& quoi qu'il y ût près de quatrevingtMuſiciens,
tant Voix, qu'Inftrumens
, il n'y ût aucune confufion.
Le Jeudi 17. le Roi monta en
Caroffe à ſept heures du matin , &
ſe rendità Frescati , avec tous les
Seigneurs de ſa Suite. Il alla voir
Mondragon Maiſon de Plaifance
du Prince Borghese & Belleder
autre Maiſon de Plaiſance appartenant
au Prince Pamphile. Aucun
de ces Princesne s'y trouva , pour
en faire les honneurs : Mais ce qui
diftingua
DE JUILLET. 85
diftingua le Prince Borgheſe pardeſſus
l'autre , ce fut l'attention
qu'il fût de faire faire ſes excuſes au
Roy , & de faire préparer pour lui
&pour ſa Suite une Rinfresque fupeibement
ſervie. Le Roy partit
de Freſcati ſur les 11. heures , pour
aller à Marino,dont le Connétable
Colone eſt Seigneur ; il avoit
fait préparer dans ſon Palais un
magnifique dîné pour le Roy : Artention
particuliere , & qui fait
honneuràMadame la Connérable;
il n'y avoit qu'un ſeul couvert pour
S. M.; mais le Prince demanda
qu'on en mitquatorze , ce qui fut
fait. Madame la Connétable , ſa
Belle - Soeur , la Princeſſe Saint
Martin , les Neveux du Pape , le
Cardinal & Don Carlo , Mle
Connétable , & les Premiers Scigneurs
de la Cour du Roy occupoient
les Places , & rempliffoient
le nombre des Couverts. La Muſique
ût ordre de ſe rendre à Marine
, & divertit agréablement
les Convives. Après le diné , le
Juillet 1717.
H
86 LE MERCURE .
Connétable donna au Roy le divertiſſementde
la Courſe des Barbes
, que Sa Majesté vit du haut
d'un Balcon , préparé à cet effet
&trés-galament orné. Sur le ſoir ,
le Roy invita la Connétable , ſon
Fils&la Princeſſe Saint Martin , à
ſouper à Castel , où il retourna
ayant mis les Dames dans ſon Caroffe.
Le Roy fit encore inviter au
ſoupéla Dona Bernardina , Belle-
Soeur du Pape , laquelle étoit à
Caſtel ; c'eſt une Dame d'Eſprit ,
&qui parle bien François: Le Roy
qui neparle point ici d'autre Langue
, prit plaifir à s'entretenir avec
elle. Avant le ſoupé , il yût un
✓ Feu d'artifice au milieu de la Place
deCaſtel & en face du Château ;
c'eſt le plus beau que l'on ait vû
depuis pluſieurs années ; la compoſition
en étoit trés-ingenieuſe ,
toute allegorique , &il fut executé
• au grand contentementde tous les
Spectateurs qui y étoient en grand
nombre ; il dura long-tems , car
l'artifice n'y avoit pas été épargné :
DE JUILLET. 87
L'onpeut dire auſſi, à l'honneur du
Pape&de ſes Neveux, que jamais
Fête n'a été mieux ordonnée , ni
plus magnifique en tout point ; on
enfaitmonter les frais à plus de
deux mille piſtoles .
Le Vendredi , le Roy revint à
Rome. Le Cardinal Gualtierio n'a
point accompagné le Roy dans
cetteVillegiature, s'étant trouvé un
peu indiſpoſé: Cette Eminence mérite
les Loiianges du public , par
l'attention qu'elle a de faire rendre
au Roy , malgré l'incognito , les
honneurs dûs à ſa Naiſſance. II
eſt le premier à endonner l'exemple;
&jamais il ne monte dans le
Carofſſe du Roy,ni aucun autre, ſoit
Cardinal,Prince ou Seigneur , fans
que le Roy ne les apelle ou ne leur
faſſe ſignedemonter. Ila labonté
de faire cette graceaceux qu'ilveut
diftinguer , & plus d'une fois il l'a
faite à M l'Abbé de Gamaches
Auditeur,qui a auſſi û l'honneur de
manger pluſieurs fois avec Sa Majeſté.
Hij
88 LE MERCURE
Dimanche après ledîné , le Roy
fit l'honneur à la Ducheſſe de Fiano
de lui rendre Viſite : Pluſieurs
Princes & Princeſſes de cette Cour
s'y rendirent pour la faire au Roy .
Il y avoit muſique , Table de Jsu
&Abondance de rafraichiſſemens :
M le Cardinal Ottoboni Beau-
Frere de cette Ducheſſe, fir les honneurs
de cette Fête avec les PrincesOttoboni
ſes Oncles .
Mr Falconieri Auditeur deRotte,
eft enfin déclaré Gouverneur .
Le Cardinal Scotti exercera la
Préfecture de la Signature vacante
par la mortdu Cardinal Spada, par
interim & fans aucuns émolumens;
ils font deſtinez pour la ſubſiſtance
des Moines Siciliens : On en comp.
te ici plus de deux mille : Tout recémment
est venue de Sicile une
Colonie de cinquante Jeſuites.
Le Comte de Galas Ambafladeur
de l'Empereur , arriva hier au foir
en certe Ville.
Depuis quele Roy d'Angleterre
eſt de retour de ſa villegiature
DE JUILLET. 89
deCaſtello, il a viſité les Princeſſes
Piombino , Fiano , Justiniani , نم
Carboniani ,Madame laConnétable,
&c. Ily a long- tems que la Mufique
Romaine ne s'eſt autant exercée
, car toutes ces Fêtes ne vont
point fans une Symphonie fort
nombreuſe ; & en ce fait les Italiens
font paffez Maîtres. Outre
les Liqueurs glacées qu'on préſente
àla Compagnie , l'Ufage eſt d'avoir
des Tables dreſſées & bien
fervies pour la Livrée , & c'eſt là
que les Valers Italiens font merveille.
Le 24. le Pape tint Chapelle a
Saint Jean , le Roy y aſſiſta dans
une Tribune préparée exprès.
Le 29, Fête de Saint Pierre &
Saint Paul , le Saint Pere a officié
Pontificalement à Saint Pierre , où
l'on avoit pareillement préparéune
Tribune pour le Roy. Le Pape a
compofe&prononcé une Homelie:
Il atrouvémoyen en parlant fur la
Fête du jour , d'y faire quelque
application heureuſe fur leRoy
Hiij
90 LE MERCURE
c'eſt u e ſuite des attentions & des
égards qu'il a û pour lui , depuis
ſon ſéjour à Rome.
Hier au foir , le Roy alla au Vatican
pour voir tirer la Girandole ;
le Cardinal Albani en faifoit les
honneurs ; ordinairement c'eſt à
l'ordre du Pape & an bruit du Canon
que s'allume l'Artifice ; mais
cette année, la choſe s'eſt paffée autrement
, le Saint Pere ayant ordonné
que tout ſe fit ſous le bon
plaiſir de S. M : Il en a été de même
aujourd'hui.
La Nuit du 27. au 28. le Cardinal
del Giudice arriva ici , on ne
dit encore riende ſes Negociations
à la Cour du Roy de Sicile.
DonAleſſandro Albani eſt auſſi
de retour d'Urbain , le voilà donc
Docteur dans fon Païs.
Fermer
5116
p. 91-116
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 26 Juin, Madame de Vantadour accompagnée de Madame la [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Commissaires, Procès, Conseillers, Régent, Assemblées, Parlement, Délibération, Roi, Audience, Édits, Révocation, Déclaration, Ordre de succession, Cérémonies, Requêtes, Comtes, Duc, Grands officiers de la couronne, Nominations, Charges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
E26 Juin, Madame de Vanta-
L
dour accompagnée de Madame
la Maréchale deBezons,préſenta
le matin au Roy Mde la MarquiſedeTreſnel
, cy-devant Mlle le
Blanc.
Le 27. M. le Duc de Noailles
ayant dirigé un nouveau Syſtème
des Finances , deinanda àMgt le
DucRegent des Commiſſaires pour
examiner ſon Projet dont on efpere
de trés grands avantages . Ce
Prince a nommé M. le Chancelier,
M. le Maréchal de Villeroy , М.
le Duc de S. Simon , M. le Duc de
la Force , M. le Maréchal de Bezons
, M. l'Archevêque de Bordeaux
. M. le Marquis d'Effiat , &
M. Pelletier de Souzy. L'Aſſemblée
ſe tiendra chez M. le Chancelier.
92
LE MERCURE
Le Procés entre la Grande Chapelle
du Roy & les Feüillants pour
chanter Veſpres , les Dimanches &
Fêtesdans la Chapelle de S. M.
fut terminé la veille. Mgt le Regent
ayant trouvé à proposde ſuivre
l'uſage obſervé pendant lesMinorités
de Louis XIII. &de Louis
XIV. en a exclu les Religieux
&a chargé la Grande Chapelle de
ce Service.
22
Le 28. S. A. R. choiſit un Conſeiller
de chaque Conſeil de Regence,
excepté de celui de Marine
pour former le Conſeil qui doit juger
le Different des Princes ſur le
raport de M. de S. Conteſt .
Le même jour ,ſur l'avis que Mgr
le Régent reçût de la mort de M.
le Comte de Peyre , premier Lieutenant
Général de Languedoc; S.
A. R. confera ce poſte important
de 25000 liv. de rentes à M. le
Marquis de Canillac Conſeiller de
la Regence dans les affaires du Deda
sdurosaume;maisle lendemain
30, on fut informé que M. le Come
DE JUILLET. 93
tede Peyre n'étoit pas mort &
qu'il y avoit même, eſperance qu'il
pouroit revenir de fa maladie.
Le 30. Les Aſſemblées de Sorbonne
qui ſe tiennent tous les premiers
jours du mois,ce qu'on apelle
Primamensis , & qui avoient éré
interrompuës depuis le jour que les
4. Evêques apporterent leur Appel
en Sorbonne , ont récommencé
le premier de ce mois. M. Quinot
Ancien Syndic y préſida ;
on confirma à la pluralité de 117
voix contre ſept, tout ce qui a été
fait pendant le Syndicat de feu M.
Ravecher. La Lettre que ce dernier
avoit écrite à la Faculté , & la profeffion
deFoiqu'ily avoit ajoutée en
mourant , ont été enregiſtrées dans
lesregiſtres de laFaculté.Que ques
uns des 7. Oppoſans ayant voulu
proteſter contreladéliberationdela
Sorbonne, les proteſtations ont été
déclarées nulles. Les vingt-deux
Docteurs qui avoient éré exclus des
Aſſemblées de laFaculté&qui eſperoient
d'y rentrerdans cette conjon
94 LE MERCURE
ture,n'ont pû cependant l'obtenis
malgré les preſſantes ſollicitations
des Prélats Acceptans .
Le même jour , le Parlement ſe
rendit à dix heures & demie du
matin au Louvre , pour recevoir
les Ordres de S. M. touchant la
proteſtationdes Princes Legitimez :
LaDéputation étoit compoſée de
M. le Premier Preſident , de tous
les Preſidens à Mortier,exceptéM.
de Bailleul , de ſept Conſeillersde
la Grand- Chambie , d'un Con<
feiller de chaque Chambre des Enquêtes
& Requêtes , & des Gens
du Roy. Le Parlement fut conduit
chez le Roy par M. le Marquis de
la Vrilliere Secretaire d'Etat , par
M. de Dreux Grand Maître des
Cérémonies & par M. Desgranges
Maître des Ceremonies. Le
Roy étoit aſſisdans un Fauteüil auprés
de la cheminée de ſonCabinet,
ayant à ſa droite Mgt le Duc d'Orleans
, avec les Princes du Sang ; &
à ſa gauche M. le Chancelier . Le
Cabinet étoit rempli de toute la
DE JUILLET.
Cour.M.lePremier Préſident rendit
compre au Royde ce qui s'étoit paf.
fé au Parlement , le jour que les
Princes Legitimez apporterent leur
Proteſtation , de ce qui y avoit
été déliberé&de la réſolution qui
fut priſe de demander uneAudiance
auroipour recevoirſes ordres:Aprés
qu'il ût fini ſon diſcours qui fut fort
approuvé , il preſenta la proteſtationà
S. M. qui affüra le Parlementde
ſon affection , & répondit
enſuite par la bouche de M. le
Chancelier , qu'il recevoit avec
plaiſir les marques de foumiſſion du
Parlement , qu'il étoit fort content
de la ſageſſe avec laquelle il s'étoit
conduit dans cette affaire &
qu'il feroit ſçavoir ſa volonté à
cetteCompagnie au premier jour;
les Députez fortirent du Louvre
dans le même ordre qu'ils y étoient
entrés.
Atrois heures&demie après mi.
di ,le Conſeil de Regence s'affembla
extraordinairement , les PrinsesduSang,
les Princes Legitimez
96 LE MERCURE
&lesDucs n'y ayant point été admis
: Il étoit composé de Mst le
Duc Regent, de Male Chancelier,
de Mr le Marêchal d'Huxelles , de
Mr le Maréchal de Bezons , de
l'Ancien Evêque de Troye , de M
de Beringhen , de l'Archevêque
de Bordeaux Préſident du Conſeil
de Conſcience , de Mr Pelletierde
Souzy , de Mele Marquis de Torcy,
de M¹ le Marquis de Biron , de
Mr le Marquis d'Effiat , de Mr le
Marquis de laVrilliere,deM. Amelot
, de Mr de Nointel , de Mr
d'Argenſon , de M² de la Bourdonnaye
, & de Mt de Saint Conteft
Raporteur , qui ouvrit le premier
fon Opinion. Ce Conſeil dura jufqu'à
fix heures & demie , on en indiqua
enfuire un pour le lendemain
à neufheures.
Le 1. de ce mois , à neufheures
du matin , il s'eſt tenu un Confeil
de Regence , formé des dix - ſept
Perſonnes , dont on vient de faire
mention : Après deux heures de
Confeil, on y a déterminé la Queſ
ס
DE JUILLET.
97
tion , & l'Affaire y a été décidée.
Mgr le Duc d'Orleans , ſur la Requiſtion
de M. le Chancelier ,
promit à la Tête du Conſeil , de
garder le Secret,& prit le Serment
des ſeizeOpinans , qu'ils ne s'en
ouvriroient à qui que ce ſoit , juſqu'à
ce que le Roy s'en fût expliqué.
Le3. le Conſeil de Regence, s'eſt
rendu au Palais Royal; on y a regléplus
particulièrement la forme
du Jugement de l'affaire des Princes
, qui fera un Secret , juſqu'à ce
que l'Edit ſoit porté au Parlement ,
pour y être enregiſtré. Mr le Chanlier,
après avoir formé cet Edit, en
a fait lecture à Meſſieurs du Confeil
, qui y ont tous reconnus leur
Opinion , il a été ſigné à dix heures.
Les leParlement s'affembla , pour
recevoir par les Gens du Roi ,l'Ordre
d'envoïer auLouvre desDeputez;
ils y allerent à midi , & furent
reçûs& conduits à l'Audiance du
Roi avec les mêmes Cérémonies
Juillet 1717. I
93 LE MERCURE
que le 30. du mois dernier: Après le
Compliment de Mr le 1 Preſident
qui fut trés-court ; Male Chancelier
répondit pour S. M. qu'elle
avoit examiné avec beaucoup de
ſoin les Requêtes des Princes du
Sang & des Princes Legitimez ;
qu'elle s'étoitfaite inſtruire de toutes
les raiſons qui avoient été expliquées
dans les Mémoires préſentez
de part & d'autre;qu'elle avoit
cru devoir décider cette affaire ; &
que fon Jugement étoit expliqué
dans l'Edit qu'elle remettroit entre
les mains du Procureur General ,
dans lequel elle faiſoit connoître ſa
- volonté , par raport aux protestations
que les Princes Legitimez ,
avoient préſentées au Parlement.
Mr le Chancelier loiia beaucoup la
Sageſſe , avec laquelle Mt le premier
Préſidents'étoiticonduit dans
cette affaire , &l'afflura , comme la
premiere fois , que le Roi s'en fouviendroitdans
toutes les occafions.
Le lendemain 6. jour de la Députion
, le Parlement étant aſſemblé,
DE JUILLET. 99
Mr le premier Préſident rendit
compte à la Compagnie de la réponſe
du Roi , & de la maniere
avec laquelle les Deputez avoient
été reçûs;enſuite M'de Lamoignon
premierAvocatGeneral apportal'Edit
, & après avoir parlé ſur l'Enregifttement
de cer Edit , avec autant
de Sagelle que d'Eloquence, il donna
ſes Concluſions qui ont été ſuivies.
Dés qu'il fut retiré , Mr le
premier Préſident demanda l'avis
à chacun de.Meſſieurs du Parlement:
M² le Nain qui en eſt Doyen
opina le premier , & fut, d'avis
d'enregistrer l'Edit; il fut ſuivi par
tous les Confeillers de la Grand-
Chambre , à l'exception de M
Brayer , qui , après avoir long-tems
opiné, conclut à nommer des Commiffaires
pour examiner l'Edit ,
avant de l'enregiſtrer; cet avis fut
appuyé par plufieurs Préſidens &
Conſeillers des Enquêtes,au nombre
de foixante & quinzeVoix; mais
celui deMr le Nain l'ayant emporré
de prés de quarante Voix , l'ELij
100 LE MERCURE
f
dit paffa & fut enregiſtré : On remit
au Jeudi à le publier à la Grande
Audiance ; parceque l'heure
àlaquelle elle ſe tient, étoit paſſée.
Il fut donc publié Jeudi 8. l'Audiance
tenant. EDIT DU ROY
Qui revoque & annulle l'Edit du
mois deJuillet 1714 , & la Dé
claration, du 23 May 1715.
L
OUIS par la grace de Dieu
&deNavarre :
A tous preſens & à venir, SALUT. Le
feuRoynôtre trés-honoré Seigneur
&Bifaïeul a ordonné parſonEdit de
Juillet 1714. que ſi dans la ſuite des
tems,tous les Princes Legitimes de
l'Auguſte Maiſon de Bourbon venoient
à manquer , enforte qu'il
n'en reſtât pas un ſeul pour eſtre
heritier de nôtre Couronne , elle
feroit en ce cas dévoluë & déférée
de plein droit à Louis- Auguſte
de Bourbon Duc du Maine, & à
Loüis-Alexandre de BourbonCom-.
1
DE JUILLET. 101
te de Toulouſe ſes enfans legitimez
, & à leurs enfans & deſcendans
mâles à perpetuité, nez & à
naître en legitime mariage , gardant
entre eux l'ordre de ſucceffion ,
& préferant - toûjours la branche
aînée àla cadette,les déclarant, audit
cas ſeulement de manquement
de tous les Princes Legitimes de
nôtre Sang, capables de ſucceder à
àla Couronne de France, excluſivement
à tous autres : Voulant auſſi
que ſeſdits Fils Legitimez le Duc
du Maine,& ſes Enfans& Deſcendans
mâles , & pareillement le
Comte de Toulouſe , & Enfans &
Deſcendans mâles à perpetuité,nez
en legitime Mariage, ûllent entrée
&féance en nôtre Cour de Parlement
, au même âge que les Princes
de nôtre Sang , encore qu'ils
n'effent point de Pairie , fans être
obligez d'y prêter Serment , &
qu'ils y joüiffent des mêmes honneurs
qui font rendus aux Princes
de nôtre Sang ; qu'ils fuflent en
tous licux & en toutes occafions
I iij
102 LE MERCURE
regardez & traitez, comme les
Princes de nôtre Sang,après néantmoins
tous leſdits Princes,& avant.
tous les autres Princes des Maiſons ..
Souveraines , & tous autres Scigneurs
de quelque Dignité qu'ils ,
puiſſent être. Voulant enfin que
cette prérogative d'entrée & ſeance
au Parlement , & de joüir par
eux & par leurs deſcendans , tant :
dans les Cérémonies qui ſe faifoient&
fe feroient enſa préſence:
&des Rois ſes ſucceſſeurs , qu'en
rous autres lieux , des mêmes :
rangs, honneurs& préféances dûës.
à tous les Princes de fon Sang Royal
, après néanmoins tous leſdits.
Princes fût attachée àleurs Perſon-.
nes&à celles de leurs deſcendans
à perpetuité , à cauſe de l'honneur
&avantage qu'ils ont d'être iſffus,
de lui , dérogeant à ſes Edits des
mois de Mai 1694. & Mai 1711. en
ce qu'ils pouvoient être contraires .
audit Editdu mois de Juillet 1714 ,
Depuis cet Edit regiſtré en nôtre.:
CourdeParlement àParis lez.Août
LE JUILLET.. 103
de l'année 1714. quelques unes des
Chambres de nôtredite Cour ayant
faitdifficulté de recevoir lesRequêtesde
nofditsOncles avec la qualité
dePrincesdu Sang , & de la leur
donner dans les Jugemens où ils.
étoient Parties; le feu Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul ,
ordonna par ſa Déclarationdu 23 .
Mai 1715. quedans nôtre Cour de
Parlement & partout ailleurs , il ne
feroit fait aucune difference entre
lès Princes du Sang Royal , & fefdits
Fils Legitimez & leurs defcendans
en Legitime Mariage ; & en
confequence qu'ils prendroient la
qualitédePrincesdu Sang,&qu'elle
leur ſeroit donnée en tous Actes ju--
diciaires&tous autres quelconques,
& que , foit pour le Rang , la ſeance
, & generalement pour toutes
fortes de prérogatives , les Princes
de nôtre Sang , & ſeſdits Fils &
leurs deſcendans ſeroient traitez
également , après néanmoins la
dernierdes Princes denôtre Sang ,
conformément à l'Edit du moisde
1
104 LE MERCURE
Juillet 1714. qui ſeroit exécuté ſelon
ſa forme& teneur. Mais laMort
Nous ayant enlevé le feu Roinôtre
trés-honnoré Seigneur & Bifayeul
trois mois après cette Declaration ,
nos trés - chers & trés amez Couſins
le Duc de Bourbon , le Comte de
Charollois, & le Prince de Conty
, Princes de nôtre Sang , Nous :
ont trés humblement ſuppliéde revoquer
l'Edit du mois de Juillet :
1714. & la Declaration du 23. Mai:
1715. à l'effet dequoi , ils Nous ont
preſenté une Requête & differens
Mémoires , & nos trés chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
& le Comte de Toulouſe ayant
autli expoſé leurs raifons par plu--
freurs Memoires, ils Nous ont préſenté
une Requête , par laquelle:
ils Nous ont fupplié , on de renvoyer
la Requêtedes Princes de nôtre
Sang , à nôtre Majorité , ou fi
Neus jugions à propos de la décider
perdantôtre Minorité , de ne rien
prorencer far la queſtion de la fueceffion
à la Couronne , avant que
DE JUILLET. ros
lesEtats du Royaume , juridiquement
aſſemblez , ayent déliberé ſur
l'interêt que la Nation peut avoir
aux diſpoſitions de l'Edit du mois
de Juillet 1714. & s'il lui eſt utile
ou avantageux d'en demander la
revocation. Cette Requête a été
ſuivied'uneProteſtation paffée pardevant
Notaire , qui tend aux mêmes
fins , & dont nos trés-chers &
trés- amez Oncles le Duc du Maine
&le Comte de Toulouſe ont demandé
que le Dépôt fût fait au
Greffedenôtre Cour de Parlement
àParis , auquel ils ont préſentéune
Requête à cet effet. Mais nôtredite
Cour toûjours attentive à conferver
les regles & l'ordre public ,
&à Nousdonner des marques de
ſon reſpect &de ſon zéle pour nôtre
Authorité , a jugé avec ſa Prudence
ordinaire , qu'elle ne pouvoit
prendre d'autre parti ſur cetre
Requête , que deNous en rendre
compte , pour recevoir les ordres
qu'il Nous plairoit de lui donner:
Ainsi,Nous voyons avec déplaiſir,
106 LE MERCURE
que la diſpoſition que le Roi nôtre
trés-honoré Seigneur & Bifayeul
avoit faite , comme il le declare
lui-même par ſon Edit du mois de
Juillet 1714. pour prévenir les malheurs
& les troubles qui pourroient
arriver un jour dans ce Royaume ,
fitous les Princes de ſon Sang ROyal
venoient à manquer , eſt devenuë
, contre ſes intentions , le ſujet
d'une diviſion préſente entre les
Princes de nôtre Sang ,&les Princes
Legitimez , dont les ſuites
commencent à ſe faire ſentir , &
que le bien de l'Etat exige qu'on
arrête dans la naiſſance. Nous ef
perons. que Dieu , qui.conſerve la
Maiſon de France depuis tant de
fiécles,& qui lui a donné dans tous
les tems des marques ſi éclatantes
de fa protection , ne lui fera pas
moins favorable à l'avenir, & que
la faiſart durer autant que la Monarchie
, il détournera par ſa bonté
le malheur qui avoit été l'objet de
laprévoyance du feu Roi : Mais ,fi
La Nation Françoiſe éprouvoit jaDEJUILLET.
107
mais ce malheur , ce ſeroit à la
Nation même qu'il appartiendroit
de le réparer par laſageſſe de ſon
choix; & puiſque les Loix fondamentales
de nôtre Royaume Nous
mettent dans une heureuſe impuiffance
d'aliener le Domaine de nôtre
Couronne , Nous faiſons gloire
de réconnoître qu'ilNous eſtencore
moins libre de diſpoſer de nôtre
Couronne même : Nous ſçavons
qu'elle n'eſt à Nous , que pour le
bien& pour le ſalut de l'Etat , &
que par confequent l'Etat feul auroitdroit
d'en diſpoſer dans un trifte
évenement , que nos Peuples ne
prévoyent qu'avec peine , & dont
Nous ſentons que la ſeule idée les
afflige. Nous croyons donc devoir
àune Nation ſi fidélement & fi inviolablément
attachée à la Maiſon
de ſes Rois, la justice de ne pas prévenir
le choix qu'elle auroit à faire,
fice malheur arrivoit , & c'eſt
par cette raiſon qu'il Nous à paru
inutilede la conſulter en cette occaſion
, où Nous n'agillons que
108 LEMERCURE
pour elle , en révocant une diſpoſition
ſur laquelle elle n'a pas été
-conſultée, nôtre intention étant de
la conferver dans tous ſes droits ,
en prévénant même ſes voeux ,
comme Nous nous ferions toûjours
crus obligez de le faire pour
lemaintien de l'ordre public , indépendamment
des repréfentations
que Nous avons reçûës de la part
des Princes de nôtre Sang. Mais ,
aprés avoir mis ainſi l'interêt& la
Loi de l'Etat en ſûreté ; & aprés
avoirdéclaré que Nous ne reconnoiſſons
point d'autres Princes de
notre ſang , que ceux qui étant
iſſus des Rois par une filiation légitime
, peuvent eux-mêmes devenir
Rois , Nous croyons auſſi
pouvoir donner une attention favorable
à la poſleſſion dans laquelle
nos três-chers & très-amez
Oncles le Duc du Maine & le
Comte de Toulouſe ſont de recevoir
, dans nôtre Cour de Parlement,
les nouveaux honneurs dont
ils y ont joüy depuis l'Edit du mois
de
DE JUILLET . 109
de Juillet 1 7 1 4. & dont il Nous a
paru qu'on devoit leur envier d'autant
moins lacontinuation pendant
leur vie , que la grace que nous
leur accordons , eſt fondée ſur un
motif qui leur eſt ſi propre & fi
fingulier , que dans la fuite des
tems il ne pourra pas être tiré à
conféquence : C'eſt par cette confidération
, que nous ſuivons avec
plaifir les mouvemens de nôtre affectionpour
desPrinces qui en font
ſi dignes par leurs Qualités perſonnelles,&
par leur attachement
pour Nous. A CES CAUSES &
autres bonnes & grandes confidérations
, à ce Nous mouvants ,
de l'avis de nôtre trés cher & trés
amé Oncle le Duc d'Orleans Regent
, & de pluſieurs Grands &
Notables Perſonnages de nôtre
Royaume , & de nôtre certaine
ſcience , pleine Puiſſance & autorité
Royale , Nous avons révο-
qué & annullé , & par le préſent
Edit perpétuel & irrévocable , révocons
& annullons ledit Edit du
Juillet 1717. K
1
110 LE MERCURE
mois de Juillet 1714. & ladite De
claration du 23 Mai 1715. Ordonnons
neantmoins que nos très chers
&très amez Oncles le Duc du
Maine & le Comte de Toulouze
continuent de recevoir les honneurs
dont ils ont joüy en nôtre
Cour du Parlement depuis l'Edit
du mois de Juillet,1714. & ce en
conſidération de leur poffeffion ,
& fans tirer à conféquence , comme
auſſi ſans qu'ils puiffent ſe dire
& qualifier Princes de nôtre Sang,
ni que ladite qualité puifle leur
être donnée en quelques Jugemens
&Actes que ce puiſſe être , Nous
reſervans d'expliquer nos intentions
ſur l'entrée & ſéance ennôtre
Cour de Parlement , de nos trés
chers & tres amez. Couſins le
Prince de Dombes & le Comte
d'Eu , & fur les honneurs dont ils
y pourront joüir : Voulons au ſurplus
que toutes proteſtations contraires
aux préſentes , foient &
demeurent nulles & comme non
avenues , ainſi que Nous les an
DE JUIL IET 111
nullons par le préſent Edit. S
DONNONS EN MANDEMENT
à nos amez & feaux Conſeillers ,
les Gens tenans nôtre Cour de Parlement
, Chambre des Compres
& Cour des Aydes à Paris , que
nôtre préſent Edit , ils aïent à
faire lire , publier & enregiſtrer ,
&le contenu en icelui , garder &
obſerver felon ſa forme& teneur ,
CAR tel eſt nôtre plaifir. Et
afin que ce ſoit choſe ferme & ſtable
à toûjours , Nous y avons fait
mettre nôtre Scel. DONNE' à Paris
au mois de Juillet , l'an de
grace mil ſept cens dix - fept , &
de nôtre Regne le deuxième.
Signé , LOUIS ; & plus bas
par le Roi , LE DUC D'ORLEANS
Regent préſent. PHELYPEAUX.
Visa DAGUESSEAU. Et ſcellé
du grand Sceau de cire verte , en
lacs de foïe rouge & verte .
Le même jour 6 , MADAMI
revint de Saint Cloud à Paris, pour
aſſiſter à la Répreſentation de
Geta ; elle ût la conſolation de
1
Kij
112 LE MERCURE
trouver Mgr le Duc de Chartres.
en meilleur ſanté ; ce Prince aïant
în la fiévre , cauſée par une indigeſtion.
Le 10. le Commiſſaire Cailly ,
& les fieurs Champy, le Couvreur
& le Roux accufés de malverfations
, furent arrêtés par ordre du
Parlement .
Les Grands Officiers de la
Couronne , M.le Grand Chambellan
, & Meffieurs les premiers
Gentils-hommes de la Chambre ,
ayant voulus empêcher Mgt le
Comted'Eu de donner la Chemiſe
& la Serviette au Roi ; Mgt le
Duc du Maine répréſenta à S. A. R.
un Brevet du feu Roi de 1711. par
lequel ces honneurs lui étoient
accordés , comme aux Princes ſes
enfans , & à fa poſtérité. Sur cet
expofé , Mgr le Duc Regent n'a
rien voulu innover, & a corſervé
à M le Duc du Maine & aux fiens
les mêmes honneurs dont ils jouiffoient
auparavant .
Le Roi qui eſt en parfaite
DEJUILLET 113
fanté , paffe une partie des
après midi ſur la Terraſſe qui
regne le long de ſon Appartement,
où on a mis une eſpèce de petite
Ménagerie , à laquelle il s'amuſe
avec quelques jeunes Seigneurs de
la Cour,que M.le Maréchal deVilleroy
envoye chercher. Le Princede
Boüillon& les deux fils de
Ma le Duc de Luxembourg voyent
leRoi trés affidûment. S. M. aprés
avoir ſoupé chez Madame la
Ducheffle deVantadour,s'eſt divertiejuſqu'à
9 heures à faire tirer un
grand nombre de fufées , de petards
, & d'autres petits artifices .
,
M. le Duc de Duras va commander
en Guiene en qualité
de Maréchal de Camp , avec M.
de Bonaz Brigadier ſous lui. M. de
Quelus part auffi pour le Languedoc
& les Cevenes .
Le Courier qui alloit à Rome,
a été dévalizé & fort maltraité
par quatre Cavaliers maſqués ,
prés du Pont Beauvoifin. Ils ont
enlevez tous les Papiers qui
Kiij
114 LE MERCURE
étoient dans fa Male .
1e 14. M. le Cardinal de Rohan
partit pour Strasbourg, avec la permiſſion
de Mst le Regent.
Le 15. M. de Gontault Doïen de
Notre - Dame , nouvellement élû.
à la place de feu M. de Preſcigni ,
aïant remis ſa Place de Chantre à
M. le Cardinal de Noailles , ce
Prélat l'a conférée à M.d'Orſanne,
Official , & Secretaire du Conſeil
de Confcience ; & comme la Fontion
d'Archidiacre eſt incompatible
avec la Chantrerie , cet Archidiaconné
a été donné à M.
Goulard , Grand-Vicaire & Pénitencier
: M. Ourfel
pourvû de la Pénitencerie,&M. de
Lufancy Chanoine de Meaux a été
nommé au Canonicat vacant.
a έτε
M- de Menars Preſident à
Mortier , en mariant Mile ſa fille
avec M. Dugué Bagnols , confentit
dans le Contrat de Mariage ,
queM. fonGendre prendroit dans.
la ſucceſſion la Charge de Préfident
à Mortier , pour la fomme de
DE JUILLET. 115
sooooo livres , à laquelle elle étoit
pour lors fixée ,renonçant au pouvoir
d'en diſpoſer en faveur d'aucunautre
que de M. Dugué Bagnols:
Depuis ce'tems-là , la fixation
aïant été levée , M.le Préſident
de Menars perfuadé que la
clauſe du Contrat ne pouvoit plus
avoir lieu , a diſpoſé de ſaCharge
en faveur de M. de Maupeou
fur le pied de 771000 livres of
frant néanmoins la préference pour
lemême prix à M. du Gué Bagnols.
Ce dernier aïant formé oppoſition
au Sceau , Mst le regent a
nommé des Commiffaires pour
l'examen de cette Conteſtation :
Ce Prince adécidé ſur leur raport,
que M. Dugué ſeroit obligé de
donner main-levée de ſon oppofition
, moïennant 80000 livres
que M. de Menars lui remertra ,
&qui appartienderont aux Enfans
qu'il a de ſon mariage avec Mlle
deMenars. Il ſera permis à Mr le
Preſident de Menars de diſpoſer
du reſte du prix de la Charge ;
Σιζ LE MERCURE
&de s'en défaire en faveur de
M. de Maupeou.
Fermer
5117
p. 127-130
FABLE Sur la Grossesse de S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR M. FUSELIER.
Début :
Hier Mercure annonça dans les Cieux, [...]
Mots clefs :
Princesse, Héros, Grâces, Déesse, Princesse de Conti, Enfant, Famille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE Sur la Grossesse de S. A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTY. PAR M. FUSELIER.
FABLE
Sur la Groſſeſſe de S. A. S...
MADAME
LA PRINCESSE DE CONTY,
PAR M. FUSELIER.. :
Ier Mercure annonça dans les
Cieux ,
Qu'une Princesse aussi fage que
belle ,
Qui compte autant de Heros que .
d'Ayeux;
Alloit encor à laTige immortelle
De Sa Maison , donner Branche
nouvelle :
123 LE MERCURE
-
Dans ce Récit , ſes Traits victorieux
,
Soûris , Regards , Graces enchantereffes
Il n'oublia : Du pouvoirdeſes Yeux
Dans ce moment , s'entretinrent les
Dieux,
Et ce moment ennuyales Déesses.
Marsfeul pensif, dans son Casque
enfoncé,
Du Rejetton par Mercure annoncé,
Ja dans un coin méditoit la culture ,
Minerve auffi : Ce glorieux emploi,
S'écria Mars,n'est reservéqu'à moi;
CONTIS chez Mars ont tous pris
Nourriture.
Qu'on n'aitfouci de quel Sexe viendra
Le Noble Enfant : Atout on pour-
Voira.
Si Fille vient,faiteſera pour plaire ,
Je lui promets touteforte d'Appas ,
Graces , je croi , ne lui manquerontpas
:
J'ai du crédit à la Cour de Cithére..
LesAdoni vousSupplantent parfois
Interrompit la Patróne d'Athenes ,
DE JUILLET. 129
En foûriant ; mais revenons aux
Droits
Que prétendez ; ce font Chimeres
vaines..
N'avancez plus que CONTIS
Sous vos Loix
Se font formez un coeur de gloire
avide;
Lies vraisHéros ne ſuivent que ma
Voix ,
Mars les entraine , & Minerve les
guide.
Ace discours quibleſſoitsafierte,
Le Dieu de Thrace ût , peut-être ,
éclatté;
MaisJupiter, parſa ſeule préſence,
De fon couroux réprima la licence :
Près deſon Roy l'Olimpe s'aſſembla;
Ilfit un geste,& l'Univers trembla.
Les Contestans lui dirent leur af
faire,
Mars montramoins de droit que de
colere.
Sage Minerve , & vous Dieu des -
Combats ,
DitJupiter, ceffez de vains Débats ;
Je Sçai le point qui fait vôtre dif-...
pute :
120 LE MERCURE
Or , aprenez qu'entre vous ſe difcute
Cas important oùn'avez interêt ;
Que de CONTI naiſſe Garçon ou
Fille ,
Pour les former , le Modéle est tout
prêt ,
Pasne faudrafortir de la Famille.
Sur la Groſſeſſe de S. A. S...
MADAME
LA PRINCESSE DE CONTY,
PAR M. FUSELIER.. :
Ier Mercure annonça dans les
Cieux ,
Qu'une Princesse aussi fage que
belle ,
Qui compte autant de Heros que .
d'Ayeux;
Alloit encor à laTige immortelle
De Sa Maison , donner Branche
nouvelle :
123 LE MERCURE
-
Dans ce Récit , ſes Traits victorieux
,
Soûris , Regards , Graces enchantereffes
Il n'oublia : Du pouvoirdeſes Yeux
Dans ce moment , s'entretinrent les
Dieux,
Et ce moment ennuyales Déesses.
Marsfeul pensif, dans son Casque
enfoncé,
Du Rejetton par Mercure annoncé,
Ja dans un coin méditoit la culture ,
Minerve auffi : Ce glorieux emploi,
S'écria Mars,n'est reservéqu'à moi;
CONTIS chez Mars ont tous pris
Nourriture.
Qu'on n'aitfouci de quel Sexe viendra
Le Noble Enfant : Atout on pour-
Voira.
Si Fille vient,faiteſera pour plaire ,
Je lui promets touteforte d'Appas ,
Graces , je croi , ne lui manquerontpas
:
J'ai du crédit à la Cour de Cithére..
LesAdoni vousSupplantent parfois
Interrompit la Patróne d'Athenes ,
DE JUILLET. 129
En foûriant ; mais revenons aux
Droits
Que prétendez ; ce font Chimeres
vaines..
N'avancez plus que CONTIS
Sous vos Loix
Se font formez un coeur de gloire
avide;
Lies vraisHéros ne ſuivent que ma
Voix ,
Mars les entraine , & Minerve les
guide.
Ace discours quibleſſoitsafierte,
Le Dieu de Thrace ût , peut-être ,
éclatté;
MaisJupiter, parſa ſeule préſence,
De fon couroux réprima la licence :
Près deſon Roy l'Olimpe s'aſſembla;
Ilfit un geste,& l'Univers trembla.
Les Contestans lui dirent leur af
faire,
Mars montramoins de droit que de
colere.
Sage Minerve , & vous Dieu des -
Combats ,
DitJupiter, ceffez de vains Débats ;
Je Sçai le point qui fait vôtre dif-...
pute :
120 LE MERCURE
Or , aprenez qu'entre vous ſe difcute
Cas important oùn'avez interêt ;
Que de CONTI naiſſe Garçon ou
Fille ,
Pour les former , le Modéle est tout
prêt ,
Pasne faudrafortir de la Famille.
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5118
p. 130-133
A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Début :
Je me flate que M. le Chevalier de Saint Jory ne / Un jour à la Table des Dieux, [...]
Mots clefs :
Muse, Parnasse, Berger, Amour, Apollon, Querelle, Lyre
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE LU, Sur une Elogue qu'elle a faite. FABLE ALLEGORIQUE.
Je me flate que M. le Chevalier
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
de Saint Jory ne trouvera pas mauvais
que je revéle ici , qu'il eſt
l'Auteur de la piece ſuivante :
Sa modestie en pourra ſouffrir,mais
je ſuis perfuadé que quand il s'agit.
de piquer le goût du Lecteur , un
Ecrivainpériodique doit prendre un
peu ſur ſon compte certaines hardieſſes
, ſans lesquelles un Livre
comme le mien, ne pourroit fubfifter
long-tems . Il ſeroit à ſouhaiter
qu'on me fournit ſouvent de pareils
ſujets d'excuſe , je me chargerois
volontiers des réproches , pourvû
qu'il en revint debonnes piéces au
au Public.
DE JUILLET 131
A MADEMOISELLE
DELU ,
Sur une Eglogue qu'elle a faite.
FABLE ALLEGORIQUE.
Un jour à la Table des Dieux,
Onlût des Vers d'une Muse nouvelle
.
Ils parurent fi beaux à la Troupe
Immortelle,
Qu'on jugea qu'au Parnasse on ne rimoitpas
mieux.
Trop heureux , diſoit- on , & trop
digne d'envie ,
Le Berger qu'en ces Vers daigne
chanter Silvie?
Mais d'un Ouvrageſi parfait ,
D'où vient que l'Auteur &
l'Objet ,
Sous des noms empruntez se
cachent?
Je veux bien,dit l'Amour, qu'ils
Scachent ,
132
LE MERCURE
Quel'Amour l'utsigné, fi l'Amour
l'avoit fait:
Pourles punir , perçons ce Mistere
agréable.
Alors les condesſur la Table..
Chacun à reflechir defon mieux,travailla.
C'est celui-cy , c'est celle-là :
Onprend parti de la Voix & du
Ladispute s'allume, on s'obstine, on
Gefte,
conteste ,
Tel qui vouloit dire oùi , malignementdit
non ,
De ce nombrefut Apollon .
Enfin , de Lu, l'Amour tout en
colere,
Demande à parierque les Versfont
deVous.
Apollonfoûtient le contraire ;
Tout Rimeur est un peu jaloux ,
Je n'en connois point defincere.
La Querelle s'échauffe , on éleve la
Voix ;
1
On gage , on met au jeu la Lyre &
le Carquois ,
L'Amourgagna, Clio vous les avoit
vú faire. On
DE JUILLET. 133
Onfçait que le Dien de Cythere
N'estpas un modeste Vainqueur:
Allez , dit-il , d'un son moqueur
,
Allez, bel Apollon, réprendre chez
Admete
La panetiere & la boulete ,
Vous voilàfans emploi dans lefacré
Valon.
J'y suis ce que j'étois , répondit Apollon
;
Quoique ma Lyre t'appartienne,
J'irai men train , de Lu me prétera
lafienne..
Mais fil'Amour perdoit fon Carquois
&Ses Traits,
Errant à l'avanture
deformais ,
il . vivroit
Etsans Amis, &ſans Empire.
L'Amour un peu surpris , lui dit
d'un ton plus doux ,
Jepourrois à de Lu recourir , comme
vous ,
Elle a desyeux qui valent bien
SaLyre.
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5119
p. 134-139
LE MERITE ET LA FORTUNE FABLE.
Début :
La Fable suivante est d'un Auteur incertain. On soupçonne cependant / Le Mérite, Cadet de fort bonne Maison, [...]
Mots clefs :
Mérite, Fortune, Hymen, Époux, Couples, Charmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MERITE ET LA FORTUNE FABLE.
La Fable ſuivante eſt d'un
Auteur incertain. On ſoupçonne
cependant , qu'elle eſt de la compoſition
du Pere Benoît Jeſuîte ,
à qui on attribuë égallement la
lapetite Piéce en Vers qui eft
inférée à la p. 174. du Mercure de
Juin , fur les dernieres Fables que
M. de la Motterécita à l'Academie
Françoise.
ce
Ces 2. ſeuls Morceaux ſont ſuffifans
,pour faire juger , que fi
Pere tournoit ſongénie du côté de
la Poësie , il ſeroit en état de ne
point envier les Talents de nos
meilleurs Poëtes.
LE
MERITE ET LA FORTUNE
FABLE .
IE Mérite , Cadet defort bom
ne Maison ,
Et l'Infante Fortune , opulente heritiere
,
Parlesliensd'Hymenfurent unis ,
dit-on,
DE JUILLET. 135
Au bon vieux Temps c'étoit-làla
maniére
Entr'euxpoint de débat , point de
dissension ;
Il n'étoit bruit partout que de leur
union.
Jamais on ne voyoit Fortune ſans
Mériteزو
Mérite Sans Fortune étoit cas fur-
1 prenant :
C'étoit méme , choſe illicite.
La mode helas ! n'en est plus
maintenant ,
Tantpis ; car , après tout , l'Hymen
étoitfortable ,
L'Epoux étoit bien-fait , infinuant,
aimable ;
L'Epouse avoit de grands attraits
Et du comptant : Que faut - il
davantage?
COMPTANT lui ſeul , tient lieu
des plus beaux traits ,
Audemeurant l'humeur un peu
volage ,
C'étoit leſeul défaut dont on pût la
taxer ;
Mais Méritefin perſonnage
Mij
135 LE MERCURE
Mieux que tout autre avoit scu
la fixer.
Pour un Cadet , une telle Alliance
Devoit sans doute avoir de
grands appas ;
, ACCOSi
de tout bien la joüiffance
Ala longue n'ennuyoit pas.
Chez ce Couple charmant
roi nt à toute beurs
Gens de toute Condition :
L'Interét joint à l'Inclination
Les attiroit à leur demeure ,
D'où l'on ne fortoit point fans
admiration.
Mérite,bean-Diseur enchantoit tout
lemonde;
C'étoit lui qu'on lañoit , Fortune
n'étoit rien.
Cependant c'étoit de fon bien ,
Qu'ilfaisoit largeſſe à laronde ;
Largeſſe àqui , tout bien compté ,
Il devoit le bonheur deſe voir tant
vanté.
Devenu fier de cette préference ,
Il crut Fortune indigne de fon
coeur.
DE JUILLET. 137
Pour elle , plus d'égard, de ſoin ,de
déférence ,
C'étoit mépris , c'étoit hauteur;
Mêmene regardoitſouvent lapau--
ure Infante ,
Que comme il auroit fait sa très
humble ſervante.
Qu'onjuge, fr ce trait dût bienfore
la piquer.
Elle étoit femme , elle étoit mepriſée
,
Pour moins l'on pourroitse cho..
quer;
Elle en fut fi fcandalisée ,
Quefurle champ, sans dire-adien
,
Elle délogea du dit lieu :.
Vousjugez bien qu'elle trouva rewaite
,
Gens d'affaires tous des pre--
miers
La recüeillirent volontiers ;
L'oubliois qu'en partant , ellefit mai-
Son nette ,
- Laiſſant au Méritepour bien ,
Oupeude chose , ou même rien..
Cecoup ne le toucha que de la bonne
Sorte Miij
138 LE MERCURE
Qu'y perdoit it ? un affez foible
appuy
Sans elle il comptoit bien de retenir
chez lui
des Courtijans laflateuse Cohorte:
Ilse trompa ; fors quelques vrais
amis ,
Tout,jusqu'aux gens debien, déferta
le Logis;
Du côté de Fortune & des fots
desſages,
Onvit tourner tousles hommages.
Ce n'est pas tout, ilse voit àson tour
Reduit à lui faresa Cour :
Cette Vengeance a pour elle des
Charmes ,
On sçait afſés que pareil Incident
Pourtout Vindicatif est un morceau
friant :
Mèrite de dep ten verſe maintes
Larmes ,
Mais ses fûpirs font ſuperftes :
Ala porte on le laiſſeàloisirſe morfondre
Pour achever même de le confor
dre ,
Il voit le Crime admis , &`lui feul
refte exilus.
DE JUILLET. 139
Vous noterez , par parenthese ,
Quechosessont encore en cet état ,
Fortune fait toûjours la fiére& la
mauvaise ;
Merite cependant en est mal à fon
aife ,
Entre eux ne pourroit -on faire un
bon concordat ?
Belle reunion à faire :
Mais las ! Apartient.il àdefimples
Mortels ,
De la tenter ? Qui concluroit
l'Affaire ,
Je lui drefſferois des Autels.
Auteur incertain. On ſoupçonne
cependant , qu'elle eſt de la compoſition
du Pere Benoît Jeſuîte ,
à qui on attribuë égallement la
lapetite Piéce en Vers qui eft
inférée à la p. 174. du Mercure de
Juin , fur les dernieres Fables que
M. de la Motterécita à l'Academie
Françoise.
ce
Ces 2. ſeuls Morceaux ſont ſuffifans
,pour faire juger , que fi
Pere tournoit ſongénie du côté de
la Poësie , il ſeroit en état de ne
point envier les Talents de nos
meilleurs Poëtes.
LE
MERITE ET LA FORTUNE
FABLE .
IE Mérite , Cadet defort bom
ne Maison ,
Et l'Infante Fortune , opulente heritiere
,
Parlesliensd'Hymenfurent unis ,
dit-on,
DE JUILLET. 135
Au bon vieux Temps c'étoit-làla
maniére
Entr'euxpoint de débat , point de
dissension ;
Il n'étoit bruit partout que de leur
union.
Jamais on ne voyoit Fortune ſans
Mériteزو
Mérite Sans Fortune étoit cas fur-
1 prenant :
C'étoit méme , choſe illicite.
La mode helas ! n'en est plus
maintenant ,
Tantpis ; car , après tout , l'Hymen
étoitfortable ,
L'Epoux étoit bien-fait , infinuant,
aimable ;
L'Epouse avoit de grands attraits
Et du comptant : Que faut - il
davantage?
COMPTANT lui ſeul , tient lieu
des plus beaux traits ,
Audemeurant l'humeur un peu
volage ,
C'étoit leſeul défaut dont on pût la
taxer ;
Mais Méritefin perſonnage
Mij
135 LE MERCURE
Mieux que tout autre avoit scu
la fixer.
Pour un Cadet , une telle Alliance
Devoit sans doute avoir de
grands appas ;
, ACCOSi
de tout bien la joüiffance
Ala longue n'ennuyoit pas.
Chez ce Couple charmant
roi nt à toute beurs
Gens de toute Condition :
L'Interét joint à l'Inclination
Les attiroit à leur demeure ,
D'où l'on ne fortoit point fans
admiration.
Mérite,bean-Diseur enchantoit tout
lemonde;
C'étoit lui qu'on lañoit , Fortune
n'étoit rien.
Cependant c'étoit de fon bien ,
Qu'ilfaisoit largeſſe à laronde ;
Largeſſe àqui , tout bien compté ,
Il devoit le bonheur deſe voir tant
vanté.
Devenu fier de cette préference ,
Il crut Fortune indigne de fon
coeur.
DE JUILLET. 137
Pour elle , plus d'égard, de ſoin ,de
déférence ,
C'étoit mépris , c'étoit hauteur;
Mêmene regardoitſouvent lapau--
ure Infante ,
Que comme il auroit fait sa très
humble ſervante.
Qu'onjuge, fr ce trait dût bienfore
la piquer.
Elle étoit femme , elle étoit mepriſée
,
Pour moins l'on pourroitse cho..
quer;
Elle en fut fi fcandalisée ,
Quefurle champ, sans dire-adien
,
Elle délogea du dit lieu :.
Vousjugez bien qu'elle trouva rewaite
,
Gens d'affaires tous des pre--
miers
La recüeillirent volontiers ;
L'oubliois qu'en partant , ellefit mai-
Son nette ,
- Laiſſant au Méritepour bien ,
Oupeude chose , ou même rien..
Cecoup ne le toucha que de la bonne
Sorte Miij
138 LE MERCURE
Qu'y perdoit it ? un affez foible
appuy
Sans elle il comptoit bien de retenir
chez lui
des Courtijans laflateuse Cohorte:
Ilse trompa ; fors quelques vrais
amis ,
Tout,jusqu'aux gens debien, déferta
le Logis;
Du côté de Fortune & des fots
desſages,
Onvit tourner tousles hommages.
Ce n'est pas tout, ilse voit àson tour
Reduit à lui faresa Cour :
Cette Vengeance a pour elle des
Charmes ,
On sçait afſés que pareil Incident
Pourtout Vindicatif est un morceau
friant :
Mèrite de dep ten verſe maintes
Larmes ,
Mais ses fûpirs font ſuperftes :
Ala porte on le laiſſeàloisirſe morfondre
Pour achever même de le confor
dre ,
Il voit le Crime admis , &`lui feul
refte exilus.
DE JUILLET. 139
Vous noterez , par parenthese ,
Quechosessont encore en cet état ,
Fortune fait toûjours la fiére& la
mauvaise ;
Merite cependant en est mal à fon
aife ,
Entre eux ne pourroit -on faire un
bon concordat ?
Belle reunion à faire :
Mais las ! Apartient.il àdefimples
Mortels ,
De la tenter ? Qui concluroit
l'Affaire ,
Je lui drefſferois des Autels.
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5120
p. 139-184
ARTICLE DES SPECTACLES, OU REFLEXIONS SUR SEMIRAMIS.
Début :
On joüa le mois d'Avril dernier, sur le Théatre de la Comedie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Public, Auteur, Comédiens, Tragédie, Pièces, Actes, Vengeance, Mort, Mariage, Triomphe, Révoltes, Ennemis, Honneur, Princesse, Menace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES SPECTACLES, OU REFLEXIONS SUR SEMIRAMIS.
ARTICLE DES SPECTACLES,
OU REFLXIONS SUR SEMIRAMIS .
N joia le mois d'Avril dernier
, fur le Theatre de la
Comedie Françoise , la Mort de
Semiramis , Tragedie de M. de
Crebillon : Le Public lui fir un
accüeil affés favorable ; cependant
l'Auteur jugea à propos de la faire
diſparoître , après ſept repréſenta140
LE MERCURE
1
tions. On répandit dans le Monde
qu'il avoit obtenu des Comediens
, qu'elle fût conſervée pour
l'Hyver prochain. Comme je me
ſuis interditledroit de porter Jugement
des pieces de Theatre , tant
que les Auteurs ont part aux Emolumens
des répreſentations, je reſittai
pour lors à la tentation d'en
donner un petit examen critique.
M. de Crebillon vient de faire:
imprimer cette Tragedie ; la voilà
donc dévoluë au Public : Ainfi , je
ne puis me diſpenſer d'en parler
dans le Mercure; je n'ai pas aflés
de tems , pour l'examiner à tous
égards ; ele me tombe dans les
mains à la findu mois, &lorſque je
ſuis prêt à finir mon Livre. Il faudra
m'en tenir à donner un Extrait
qui rétracel'idéede la Piece,à ceux
qui l'ont vûë au Théatre , &qui
en faſſe defirer la Lecture à ceux
qui ne la connoiffent pas encore.
Je prendrai peut -être , chemin
faiſant , la liberté de hazardev
quelques Remarques critiques ;
L
DE JUILLET. 141
mais cela ſe fera avec tous les
égards dûs à un Auteur du mérite
de M. de Crebillon .
ACTE I.
Ninus Roi des Affiriens fit une
Loi , par laquelle il défera le Trône
après ſa mort à Semiramis ſon
Epouſe , quoiqu'il ût d'elle un fils
nommé Ninias.
Semiramis impatiente de regner,
fit affaffiner ſon Mari.
Tu sçais quelprix ſuivit le don
du Diadême ,
Ninus fut égorgé ſans ſecours ,
Sansamis,
Au pied du même Trône , où
Ninusfut affis.
Belus frere de Semiramis conçût
le deſſein de venger la mort de
Ninus , & de faire reſtituer le
Trône au jeune Ninias .
Je veux venger Ninus & couronnersonfils
;
842 LE MERCURE
Voilà ce qui m'a fair foûlever
tant d'amis ,
Et d'une Soeur enfin , qui foüille
icy magloire ,
Je ne veux plus laiſſfer qu'une
triſte mémoire.
,
Semiramis craignant que Ninias
ne vengeat un jour la mort de fon
Pere médita ſa perte : Belus
ſauva ce jeune Prince , en l'écartant
de la Cour ; il l'envoya dans
le fonds de l'Afie, ſous la conduite
d'un nommé Mermecide , homme
de courage.
Jem'étois aperçu quefacruelle
Mere
Craignoit devoir en lui croître
un vengeur severe ;
J'engageai Mermecide àSauver
de la Cour
Cegage malheureux d'un tropfuneste
amour.
Belus calma les inquiétudes de
Semiramis par la fauſſe nouvelle
de la mort de Ninias,
DE JUILLET. 143
Cependant , pour tromper une
Mere cruelle ,
De la mort de sonfils je ſemay
lanouvelle.
On la crut
.....
Belus avoit une fille nommée
Tenesis, du même âge que Ninias ,
ils avoient l'un & l'autre à peine
5. ans , Belus fit conduire ſa fille
dans un déſert où Mermecide élevoit
Ninias , & maria en ſecret
ces deux enfans .
L'un & l'autre tauchoient à
peine au premier luftre ;
Avec tant de myſtere , on les
unit tous deux
Que tout jusqu'à leur nom ,
fut un secret pour eux.
Belus hâta cemariage , afin qu'il
devint pour lui une nouvelle raiſon
de punir Semiramis.
Pour rendre encor mon coeur
parun lienfi doux .
Plusavide dusangqu'éxigeoit
144 LE MERCURE
mon couroux.
Quand ce mariage ût été célébré,
on ramena Teneſis à Babilone,
où elle fut chérie de Semiramis ;
Mermecide continua d'élever le
jeune Ninias dans ſon défert ſous
le nom de Mérodate & comme
fon propre fils , en attendant qu'il
fut en état de ſoûtenir le nom de
Ninias & d'en défendre les droits .
A peine le jeune Mérodate ût
atteint 15. ans . que trompant la
vigilance de fon pere , il s'échapa
&courur le monde le pauvre
Mermecide le chercha en vain
pendant 10. années.
Depuisdix ans en vain Mermecide
a couru
Après cefilsfi chertout à coup
disparu.
Une ſi longue diſparition fait
craindre à Belus que Ninias ne ſoit
mort.
Depuisdix ans entiers qu une :
fuite
DE JUILLET. 145
fuite imprudente
Le dérobe à mes voeux &
trompe mon attente ,
Je commence en effet à douter
àmon tour
S'il vit &fi je dois compter
furson retour.
Il ya 20 ans que Bélus a marié ſa
fille à Ténesis avec Ninias ; les
Epoux n'avoient alors que s . ans .
Il y a dix ans que Ninias a échapéà
Mermecide , ſi le Prince n'eſt
pas mort comme on le ſoupçonne,
il doit avoir 25 ans.
Là , dans un Bois aux Dieux con-
Sacrédés long tems ,
J'unis pardeSaints Noeuds, ces
Augustes Enfans ;
Depuis vingt-ans mes yeux
n'ontpoint revû le Prince ;
Depuis dix ans en vain Mermecide
a couru &c .
Il eſt bon de remarquer que Bélus
n'a point troublé les 20. premieres
années du Regne de Semiramis
: Il n'a commencé à exciter
les Peuples à la révolte, que depuis
Juillet 1717. N
..
145 LE MERCURE
la diſparition de Ninias.
Tu Sçais , pour occuper une
odieuse Soeur,
Tout ce que j'ai tenté dans ma
majuſtefureur :
Par combien de détours armé
contresa vie ,
J'ai de fois en dix ans ſoûlevé
l'Affyrie.
Semiramis a triomphe de tous
les Périls , par le ſecours d'un jeune
héros , nommé Agenor , à qui
elle a donné le Commandement
de ſes Armées.
Semiramis triomphe , Agenor
• eſt vainqueur ,
Rien n'a pû soûtenir ſa funeste
valeur.
Il y a dix ans , comme nous
avons remarqué , que Bélus excite
differentes Révoltes contre la
Reine ſa ſoeur ; il a trouvé néantmoins
le ſecret de ne lui être point
ſuſpect ; elle croit au contraire ,
lui être comptable de ſes ſuccés ;
elle lui a confié les Murs de Babi
DE JUILLET. 147
lone , elle a partagé avec lui l'Autorité
Souveraine ;c'eſt ainſi qu'elle
lui parle , Acte rer. Scene 4 .
Vous ,de qui la vertu Soûtenant le
devoir,
Contre mes Ennemis fut toûjours
mon espoir ,
A qui j'ai confié les Murs de
Babilone ,
Ou plûtôtpartagé le poids de ma
Couronne .
Mon frere ..
Il eſt vrai que dans la même
fcene , Semiramis commence à lui
marquer quelque défiance , & ſe
plaint de cequ'on instruit les Rebels
de tous ſes deſſeins ; à quoi
Bélus répond.
Suis-je de vos fecretsle seul Dépofitaire?
Etfurquoi fondez-vous unsoupçon
téméraire ;
Sur quelle Conjecture on fur
quelle Action ?
Vous sçavez que mon coeur eft
Sans ambition.
Nij
1
148 LE MERCURE
Semiramis n'inſiſte plus; le feui
des-aveu de Bélus la justifie dans
fon efprit.
J'ai peine à comprendre , commentM.
de Crebillon nous déſigne
Bélus-pour un perſonnage vertueux
; il ne perd pas une occafion
de porter jugement en ſa faveur
dansſa Piéce. Difficilement puisje
me perfuader qu'il entre dans
l'ordre des devoirs de Bélus , de
faire affaffiner ſa ſoeur ; elle est coupabledu
meurtre de Ninus , mais
ce n'eſt pas à lui de punir le crime
d'une ſoeur à qui les Dieux ſemblent
avoir fait grace..
• Idole d'une Courfanshonneur
fans foi ,
Voilà ce que le Ciel protége
contre moi ;
Loin de me féconder dans mon
juſte transport ,
Avec Semiramis ; tout semble
ici d'accord .
Quoi donc le ſeul Bélusrefufera
de faire grace à Semiramis ;
elle partage avec lui la ſouveraine
DEJUILLET . 149
Puiflance , & ce perfide ne veut
uferde ſon autorité que pour faire
affaffiner la Reine ſa ſoeur.
M. de Crebillon ne veut pas
qu'on impute les deſſeins de Bélus
aux conſeils de l'ambition : Il n'a
d'autre vûë que celle de reftituer
à Ninias le Trône de ſon pere ;
mais,il y a dix ans qu'on n'a aucunes
nouvelles de Ninias ; Belus
même , comme nous avons vû ,
commence à croire qu'il eſt mort.
C'eſt alors qu'il ſe hâte de vouloir
répandre le fang de la Reine :
Il ya ici , ou de l'ambition , ou du
fanatifme. Continuons.
Semiramis détrompée des ſoupçons
qu'elle avoit conçûs contre
Bélus , ſe ménage un entrerien ſecret
avec Téneſis ; elle lui révele
l'extreme paffion qu'elle a conçûë
pour Agenor : El'e avoüe la
honte attachée au choix d'un Epoux
qui n'a point de Rois pour
Aveux: Elle a orné fon front d'un
Diademe pour le rendre moins,
indigre d'elle .
Des Modes ass on d'hu ie Tai
déclaré Roy , Niij
150
LE MERCURE
Maisje l'éléve encor pour l'approcher
de moy.
Semiramis craint que le jeune
Héros ne réponde point à ſa paffion.
Pour toucher ce Heros , mes bienfaits
Superflus
Echaufent ta valeur , &nefont
rien de pius ;
De tant d'Amour , helas , foible
réconnoissance !
Ses exploits font encor toute ma
récompense.
Après avoir fait ces confidences
àTéneſis , la Reine éxige d'elle
deux choſes : L'une qu'elle ſerve
fonAmour auprès d'Agenor; l'autre
pelle faffe agréer à Bélus le parti
Selle a pris d'épouſer ceHeros.
qu
qu
Peins- lui fi bien lefeu qui dévore
mon coeur ,
Qu'àson tour ce Heros recon..
noiſſeun Vainqueur ; -
Etfifon coeur pour moi n'avoit
rienà lui dire ,
DE JUILLET.
Tente du moins son coeur par
l'offre d'un Empire :
Il faut faire approuver mon
Amouràmon Frere.
Téneſis aime en ſecret Agenor ,
mais fidéle à la foi qu'elle a jurée à
un Inconnu , à l'âge de cinq ans ,
elleprend le parti de ſervir la paffionde
la Reine.
Tenesis , pour te faire un gonereux
effort
Songeque tu n'es plus maîtreffe
de ton fort.
ACTE II.
La Princeſſe s'acquitt- de la commiſſion
de la Reine auprés d'Acenor.
Agenor réfuſe de répondre à
lapaffion de Semiramis ,&fait une
déclarationd'Amour à Ténetis même.
La fidelle Epouſe réjette avec
mépris les voeux d'Agenor , l'A-.
mant mépriſé la quitte , en ditant
ces paroles.
Qu'entends-je ? quelmipris ?ab
c'enesttrop, Ingrate ,
152 LE MERCURE
Vous n'abuserezplus d'unAmour
qui vous flate.
Agenor eit dans la même ſituation
que Téneſis ; il a été marić
dans ſon enfance ; il fe reproche
l'oubli de ſes Sermens .
J'ai transporté mes Dieux dans
lefatal fejour ,
Pourn'ysacrifier qu'auſeulDieu
de l'Amour;
Maisquej'enfus puni?que l'Himen.
cher Mirame,
Se venge avec rigueur d'une
coupableflame!
Dieux cruels ? faloit - ilprendre
tant de vengeance ,
De l'oubli d'un Serment juré
dans mon enfance .
Bélus inſtruit par Téneſis du
deſſein que Semiramis a formé d'époufer
Agenor , prend le parti
d'empêcher ce Mariage : Il vient
trouser Agenor ; pour lui déclarer
qu'il s ' ppote aux Projets inſouſez
de la Reine.
Je ne connois que trop ses Projets
infenfez.
DE JUILLET. 133
Agenor répond que ſi ſes voeux
le portoient du côté de Semiramis,
il s'embarraſſeroit peu du confenment
de Bélus , mais , qu'il adore
Téneſis .
Etfi jamais l'Amour m'entraînoit
vers la Reine
Je conſulterois peuni Belus nisa
haines
Dans des liens plus doux mon
coeur est retenu ,
Votre fille, Seigneur, est celle que
J'adore,
Etque,ſansſesmépris , j'adorerois
encore
Agenor répond.
Onvantepeuleſangdontj'ai re
çû lavie ,
Maisie n'en connois point à qui
jeporte envie ;.
D'aucun foin fur ce point , mon
coeurn'est combau ,
Le Deſtin m'a fait naitre ausein
de la Vertu ;
C'est elle qui prit ſoin d'élever
mon enfance ,
154 LE MERCURE
Et magloire a depuis paſſsé mon
esperance :
,
Quiconque peut avoir un coeur
telque lemien
Ne connoît point de Sang plus
nobleque lefien;
Et quand j'ai recherché vôtre
anguste Alliance ,
J'ai comptévos vertus , & non
vôtreNaiſſanc .
Agenor finit l'entretien par ces
mots :
Seigneur, àTenesis je refervois
ma foy ,
Parce que mon Amour l'a cru
dignedemoy
J'ai voulu vous l'offrir , dans la
crainte peut être ,
Deme voir obligéde vousdonner
unMaître;
La Reine m'offre icy l'Empire
avecsamain ,
Puisque vous m'yforcez , cefera
dés demain .
Semiramis vient d'apprendre
que Bélus eſt le Chefſecret de la
DE JUILLET . 155
derniere Conſpiration ; l'un des
Confederez nommé Megabize , a
tout revelé.
On me trahit , Seigneur , & le
Traitre est monfrere ,
Ilenveut à vous même , à mon
Tône , à mesjours ,
Side tant deComplots vousn'arrêtés
le cours.
Agenor employe genereuſement
ici ſes bons offices en faveur de
Bélus , il raffûre Semiramis & fufpend
ſa vengeance , après quoi il
veut lui parler de ſon entretien
avecTéneſis.
LaPrinceſſe a daigné dans un
long entretien ,
Semiramis l'interrompt par ces paroles.
Hequoi ? vous l'avezvûë &ne
m'en dites rien ,
Onsçait tout , cependant on gar.
de lefilence ,
Onsetrouble , onfoûpire , &même
en ma présence :
#56 LE MERCURE
Quelsregards ? quel accueüil?
qu'est-ce queje voi ?
Sans doute on vous aura prévenu
contre moi.
Ah Seigneur ! pardonnez ces
pleurs à mes allarmes ,
Et n'accusez que vous de mespremieres
Larmes.
Dans le tems qu'Agenor commence
à parler à Semiramis de ce
qui l'intereſſe ſi fort , elle l'interrompt
pour lui réprocher qu'il ne
lui en dit rien. Semiramis ne fait
pas attention que l'ayant occupé elle-
même du recit de la Conſpiration
tramée par Bélus , il n'étoit
pas poffible qu'Agenor lui parlat
plutôt de fon Amour; je ne ſçai
pourquoi la Reine impute àmépris
&à froideur, les ſoupirs& le trouble
d'Agenor ; il feroit plus naturel
qu'elle attribüât ces ſignes à
l'Amourtimide &refpectueux.Que
veut-elledire par ces mots .
Sansdouteon vous aura prévenue
contre moy.
:
Agenor
• DE JUILLET.
157
Agenor peut- il ignorer ſon crime
? Mais enfin , n'eſt-elle pas
icy extrémement avilie ; je m'en
raporte à M.de Crebillon : Semiramis
aſſûrément devroit parler avec
plus de dignité.
Agenor diffipe les inquietudes
de la Reine par ces parolesgalantes.
Quand on eft, comme vous ,fi ref-
Semblante aux Dieux ,
Dans le coeur des Mortels on devroit
lire mieux :
Que n'en doit point attendre une
Reinefibelle?
Quelcoeur à ſes defirs pourroit
être rebele ?
Nos deux Amans , ap ès avoir
unpeu converſe ſur ce ton, ſe ſéparent
, & l'Acte finit par les Vers
fuivans , que Semiramis adreſſe à
Agenor.
Venez par unHymenſi cheràmes
Souhaits ,
Du perfide Belus confondre les
Projets ,
Juillet 1717.
138 LEMERCURE
Parces noeuds dont je cours baterl'Auguste
Fête,
Venez de l'Univers m'annoncer
laConquête.
Helas ! Je l'ai privédu plusgrand
deſes Rois ,
Maisje lui rends en vous plus
queje ne lui dois.
ACTE III.
Mermecide , après avoir en vain
cherché Ninias en differens Climats
, eſt venu à Babilone rendre
compre àBélus des courſes inutilles
qu'il a faites depuis dix ans. Bélus
l'informe de l'Etat preſent de
la Cour ; il lui apprend qu'un jeune
Guerrier , nommé Agenor , a
fait échouer pluſieurs Conſpirations
tramées contre la Reine , &
qu'elle vient d'être informée , que
fon Frere eſt le Chefſecret de ces
Conſpirations.
Mermecide a été annoncédans
le premier Acte , comme vertueux
&courageux.
DE JUILLET.
159
Tu doisavoir connu ce fameux
Mermecide ,
Safarouche Vertu , son courage
intrépide.
Onel Confeil cet homme debien
donnera-t-il à Belus ? Ecoutons.
Jeſens par vos périls réchauffer
mon audace ,
Prononcez fon Arrêt , condamnez
vôtre soeur ;
J'immole avant la nuit , elle &
Son Deffenseur ;
Ilsemble qu'avec nous le Sort
d'intelligence ,
Livreàtous vosdeſſeinsleGuerrierfans
deffence.
Bélus adopte la moitié du
génereux conſeil de Mermecide;
il conſent qu'on aſſaſſine ſa ſoeur ;
mais , il demande grace pour Agenor.
Perdons masoeur , pourlui , con-
Sens à l'épargner;
Loin de le perdre , il faut tâ
cher de le gagner :
O ij
160 LELE MERCURE
1
Je ſçais un für moyen de l'armer
pour moi-même ,
Que te dirai-je enfin ? c'est Ténefis
qu'il aime,
Mermecide ſemble regretter fa
Victime qu'on lui enléve , il expoſe
à Bélus que Téneſis appartient
à Ninias,& qu'il ne peut plus
en diſpoſer en faveur d'Agenor.
Mais, pour en difpofer, Seigneur
est-elle à vous ?
Ninias engagé dans des liens fi
doux,
En a gardé,peut-être une tendre
memoire.
Voilà un peut- être qui n'eſt pas
ici Loans raifon ; Mermecide n'a
pas grand tort de douter un peu ,
ſi des Epoux des ans,qui ne ſe font
vûs qu'un moment , auront conſervél'un
pour l'autre , un ſouvenir
bien tendre.
Je ne ſçai pourquoi Bélus n'a
pas recours à quelque nullité ou
moyen d'abus contre ce vieux Mariage
que lui propoſe Mermecide,
DE JUILLET. 161 1
cela le fortoit tout d'un coup d'affaire.
Le bon homme avoüe que
fa fille appartient à Ninias , mais,
que s'agiſſant pour ce mêine Ninias
d'un Trône , qu'il ne peut acquerir
que par la perte d'une Epouſe;
on ne doit pas balancer
faire pour lui ce ſacrifice.
AsonpremierHymen arrachons
Ténesis ,
Si je veux d'un ſecond priver
Semiramis ;
Ninias n'auroit plus qu'une efpérance
vaine ,
Si jamais Agenors'uniſſoit à la
Reine.
Enfin, puisque le Sort my con..
traint aujourd'hui ."
Ilfaut,fans murmurer descendre
jusqu'àlui,
En de honteux liens engagerma
Famille
Aux Voeux d'un Inconnufacrifiermafille.
Le parti que prend ici Bélus ,
le ſauve de tous ſoupçons d'ambition
& d'interêr ; il veut enlever
/ Oiij
162 LE MERCURE
on
à ſa ſoeur une Couronne , dont il
partage l'éclat avec elle ; d'une
Couronne dont il eſt heritier en
excluantNinias : Il veut donc faire
monter au Trône d'Aſſyrie le même
Ninias , en ſe dépoüillant de
l'honneur de ſon Alliance ; il en
doit couter la vie à la Reine ſa
foeur , Teneſis ſa fille,va être facrifiée
à un Inconnu ; mais
ne sçauroit acheter trop cher
l'honneur d'une ſi grande Révolution.
Au reſte , Bélus qui craint
avec tant de fondement que Ninias,
ne ſoit mort ; Belus dis-je ,
ne voit-il pas que fiNinias eſt mort
en effet , il aura avancé bien des
frais dont on ne lui tiendra pas.
grand compte , & qui ne lui feront
pas beaucoup d'honneur .
Voilàdonc Bélus réſolu de ramenérà
lui , s'il eſt poſſible, le vaillent
Agenor par l'Hymenée de ſa
fille: Il revient trouver ce Guerrier
, lui fait confidence du deſſein
qu'il a conçu,le faire affaffiner
Semiramis ; & pour lui faire agréer
ceffinat , il lui offie Térefis
en Mariage.
DE JUILLET. 163
De mon indigne soeur la mort
eſt aſſurée ,
Malgré les Dieux & vous ,
mon couroux l'a jurée ;
Ouy , Seigneur , ce jour
terminera lesfiens ,
Deviendra le plus grand , on le
dernierdes miens.
Les Conjurez ſont prêts , leur
Troupe audacieuse ,
Portoit jusquefur vous une main
furieuse,
Sije n'ûffe arrêtéleurs complots
inhumains ,
Aprés avoir bonnement révélé à
Agenor tous ſes deſſens , Bélus lui
propoſe de renoncer à l'Hymen de
la Reine en faveur de Teneſis .
Abandonnez la soeur , je vous
réponddufrere ,
Dites-moi ? Ténesis vous estelle
encor chere&
Agenor répond.
Cruelle n'achevez pas , j'entres
vois vos deſſins ,
Offrez àd'autres veuxvosPré
164 LE MERCURE
Sents inhumains ,
Laiſſez-moi ma Vertu , la vô
tre tropfarouche,
Amon coeur affligé , n'offre rien
qui letouche.
Il me paroît que Bélus eſt bien
imprudent de ne pas s'affûrer de
la foy d'Agenor , avant de lui
confier des ſécrets ſi importants ;
comment peut- il ſe flater de faire
réuſſir ſes projets , puis qu'Agenor
qui en eſt inſtruit peut les faire
échouer.
Je ſai bon gré à Agenor de ne
point prendre conſeil de ſa paſſion
pour Tenefis , & de demeurer fidéle
à la Reine. Mais je ne lui
pardonne pas le jugement qu'il
prononce en faveur de Belus ; il
ne doit point qualifier d'homme
vertueux,un frere perfide qui médire
d'aſſaſſiner ſa ſoeur , affaffinat
pour lequel ildevroit avoird'autant
p'us d'horreur , que ne ſcachant
rien des deſſeins qu'on a en faveur
de Ninias , il ne doit ſuppoſer à
l'aſſaſſin d'autres vûës que celles,
DE JUILLET. 165
de s'emparer lui-même du Trône
Agenor prend des meſures pour
garantir la Reine contre les entrepriſes
de Bélus , il redouble la
Garde du Palais. Téneſis allarmée
du peril qui menace ſon pere , lui
propoſe d'agréer qu'elle tente de
Héchir Agenor en ſa faveur.
:
Agenor a pour moy témoigné
quelque ardeur ,
Que n'aurapointpeut-être étouft
ma rigueur ;
Ainsi que son pouvoir , sa va.
leur est extrême ,
Que ne fera- t- il point pour
plaire à ce qu'il aime ?
Bélus répond.
Agenor ! ab ma fille !' il n'y
-faut plus penser ,
L'Infolent !à quel point il vient
de m'offenser :
Ténesis , si c'eſt là vôtre unique
esperance,
Vous me verrés bien-tôt immolé
Sans défense.
166 LE MERCURE
Je ne vois pas bien pourquoy
Bélus appelle Agenor Infolent , il
ne lui eſt rien échapé dans le dernier
entretien qui le rende digne
de cene Epithete.
En vain Téneſis inſiſte , & veut
faire eſpérer à ſon pere qu'elle
fléchira Agenor. Bélus ne l'écoute
plus ,& lui ordonne de fuir du Palais.
Mafille , il n'est plus tems ,sa
perte est resoluë ;
Plus que les miens ici , ſesjours
font endanger,
Deſes láches Refus,ſonſangva
mevenger:
Adieu,de ce Palais ou bientôt le
carnage
van'offrirà vosyeux qu'une effroyable
image;
Fuiez , dérobez-vous decefuneste
lien ,
Oùje vous dis,peut-être , un eternel
adien.
Je ſuis étonné d'entendre dire
ici à Bélus que les jours d'Agenor
ſont en plus grand danger que les
ſiens propres. Il n'y a qu'un mo
DE JUILLET. 187
mentque j'ai entendu dire au même
Bélus , que bientôt on le verroit
immolé fans défenſe.
Vousme verrez bientôt immoll
Sansdeffense.
ACTE IV.
Malgré le Conſeil de Bélus ,
Téneſis s'cit déterminée à voir
Agenor.
Non , non , malgré Bélus il faut
queje le voye;
DeleurHymendumoinsje veux
troublerlajoye ,
M'offrirà leurs yeux , l'oeil ar.
dentde couroux ,
Les immoler tous deux à mes
transportsjaloux.
Un repentirpeut - être
Amespieds,malgrêlui, raménera
leTraitre :
Pour mon pere du moins , imploronsſonſecours,
Luiſeulpeutm'aſſürer defiprè.
cieuxjours.
168 LE MERCURE
Téneſis vient donc trouverAgenor
au 4. Acte . Voyons ſi elle lui
parle du ton qui convient aux
ſentimens qu'elle vient de montrer.
Nefuyez point , Seigneur : Un
coeurfigenereux ,
Ne doit pas éviter l'abord des
malheureux ?
Helas! Je ne viens point pour
troubler par mes larmes ,
UnHymen qui pour vous , doit
avoirtant de charmes :
Vous ne me verrez point contraire
à vos defirs ,
Ades tranſports fi doux mêler
mes deplafirs.
Je viens , Seigneur ,je viens
tremblante pour un Pere,
Confier à vos soins une Tête fi
chere ,
Embraſſer vos genoux, & d'unfi
ferme appui ,
Implorer le fecours , moins pour
moi que pour lui .
LaPrincefle fait enſuite l'aveu de
ſa paflion pour Agenor , & lui dit
les
DE JUILLET. 169
les raiſons qui l'ont forcée à la combattre.
Jenevous nierai pas , Seigneur ,
queje vous aime,
Je trouve à vous le dire une douceur
extreme ;
Et l'Amourn'a pas crudes-honorer
mon coeur ,
Enyfaiſant pour vous naitre une
vive ardeur :
Mais belas ! cet aven fi doux en
apparence ,
N'endoitpas plus , Seigneur,ftater
vôtre esperance :
Jene sçai point former de parjures
liens ,
Quoiqu'un age bien tendre ait
vúferrer les miens ;
Il n'en est pas moins vrai qu'un
funeste hymenée ,
Aux Loix d'un autre Epoux
Soûmetmadeſtince.
Agenor éprouve le même ſort.
Quedans ſa plus tendre enfance, ſa
foy fut engagée à une perſonne dont
il ne ſçait pas même le nom ; que
Juillet 1717.
P
$70 LE MERCURE
ee Mariage fût célebré dans un
boisprés de Synope.
Près de Synope , O Ciel, qu'a
vez-vousproferè ?
Ne fut- ce point,Seigneur , près
d'un Antre terrible ,
Des Decrets du Destin Interprette
invisible?
AGENOR répond :
C'est là pour la premiere & la
dernierefois ,
Quejevislabeautéqu'onfoûmit
àmesLoix.
DuPiropeèclatantſa Tête étoit
ornce,
Sans pompe cependant elle fut
amenèe.
Un Mortel venerable & dont
l'auguste aspect
Inspiroità lafois la crainte&le
respect ,
Conduiſoit àl' Autel cettejeune
Merveille;
Age peu different , fuite toute
pareille ;
Un Prêtre , deux Viellards, nut
Esclave opresenх,
Deindeme des Retonsk
DE JUILLET. 17
TENESIS.
Mais , Seigneur , à l'Autel ne viton
point vos meres.
AGENOR.
L'un & l'autre avec nous , n'avions
que nos peres .
TENESIS.
Achevez
GINOR,
J'ai tout dit.
TENESIS.
1
Helas , c'étoit donc vous
AGENOR..
Quoi , Madame
TENESIS .
Ah,Seigneur, vous êtes mon Epoun.
AGINOR.
Moi vôtre Epoux , qui , moi , lefile
de Mermecide a Pij
-
172 LE MERCURE
TENESIS.
Ah, Seigneur , ce nomſeul de nôtre
Hymendecide ,
Bélus m'en a parlé cent fois avec
tran port ;
D'unfils qu'il a perdu , plaignant
toujours lefort ;
De celui des Humains , ce fils doit
être Arbitre.
AGENOR.
Mon coeur est moins touché d'un fi
Superbe Titre ,
Que d'un bien ...
TENESIS .
Terminons des tranſportsfuperftus ,
Adieu , Seigneur , adieu , je cours
chercher Belus ,
Les momens nousfont chers , ilfaut
que je vous laiſſe.
Agenor demeure ſeul fur la Scene.
On vient l'avertir qu'un Inconnu
demande à lui parler.
Seigneur, un Etranger qui se cache
avec ſoin ,
DE JUILLET. 173
Demande à vous parler un moment
Sans témoin.
Le prétendu Etranger abordant ,
Agenor lui préſente une Lettre
de la part de Bélus : Pendant qu'Agenor
la lit, l'Etranger tire un poignard
, & comme il en va frapper
Agenor , Agenor pare le coup , &
réconnoît Mermecide; Mermecide
reconnoît Ninias .
Agenor.
Mais, qu'est ce que je vois ? Grands:
Dieux, c'est Mermecide ?
Mermecide ,
Ciel,que vois-je à mon tour ! Mere
datemon fils.
Tandis que Ninias &Mermecide
éclatent en démonstrations de tendrefle
, Semiramis arrive ſur la
Scene , après avoir dir quelques
mots à Agenor ; elle jetre les yeux
fur le vieillard qui est à côté d'Agenor&
reconnoit Mermecide.
...Mais que vois- je avec vous ?
Mon Ennmi,Seigneur,&le plus
grand de tous !
1
Piji
174 LE MERCURE
Ab Traitre ! enfin le Ciel te livre
à ma vengeance .
Agenor demande quel eſt le crime
de cet Etranger .
Dequels crimes s'est donc noirci
cet Etranger ?
Cet Etranger m'est cher ,j'ofe
même aujourd'hui ,
Ici,comme de moi, vous répondre
delui.
La Reine veut ſçavoir quel interrêt
attache Agénor au fost de
Mermecide.
Quelfi grand interrêt prenezvous
à ses jours.
Agénor répond
Voulez-vous qu'à vos coups j'abandonne
mon pere?
Mermecide prend la parole.
Non ,je ne leſuis pas , mais voilà
vôtre mere.
Ma mere .... s'écrie Agenor..
DE JUILLET. 175
Semiramis.
Lui mon fils ? Grands Dieux .
qu'ai-je entendu?
La Reine s'abandonne à toutes
les fureurs de fa paſſion inceſtueuſe
, elle veut d'abord méconnoître
un fils dans Agenor.
Non, tu n'es point mon fils, ex
vaincet Impoſteur
Prétend demon amour démentir
lafureur ;
Si tu l'eſtois , déja la voix de la
Nature ,
Eût détruit de l'amour la premiere
imposture .
Enſuite , elle lui parle comme
àſon fils.
VatejoindreàBélus , coeur ingrat&
perfide ,
Rend-toi dignede moi parunnoir
parricide ,
Viens toi-même chercher dans
mon malhûreux flanc ,
Les tracesdeNinus & le ſcean
176 LE MERCURE
defonsang.
Mais,foitfils,foit amant , n'attend
de moi , Barbare ,
Quelesmêmes horreurs que ton
coeurme prepare :
Comme fils , n'attend rien d'un
coeur ambitieux ,
CommeAmant, encor moins d'un
amourfurieux.
Jepèrirai , le Front ornédu Diademe,
Et s'il faut te ceder , tu pèriras
toi-même.
,
Garde-toi cependant d'une Amante
outragée,
Garde-toi d'une mereà ta perte
engagée;
Adien , fuisfans tarder de ces.
funestes lieux ,
Respectes-y dumoins, Mere, Amante
, ou les Dieux.
Ninias prend le parti de l'obéiffance
; il ſe determine à fuir de
Bablone.
Ouy , je vais vous prouver par
mon obeissance .
DE JUILLET 177
Combien le nom de Mere a fur
moi depuiſſance :
Puiſſe à votre grand coeur ce
nom qui m'eſtfi doux ,
N'inspirerquedesſoinsqui ſoient
dignesdevous.
Il me paroît que M.deCrebillon
vient de faire commettre une grande
faute à Mermecide ; ce Vieillard
ne devoit - il pas laiffer croire
àla Reine,qu'Agenor étoit ſon fils;
cette erreur le tiroit de peril , au
lieu qu'en apprenant à Semiramis
qu'elleeitmere de ce même Agenor
, il s'expoſe à ſe perdre avec
lui. Jene ſçai pourquoi Semiramis
ne prévient pas les deſſeins qu'elle
doit ſuppoſer à ſon fils , foûtenu
de l'appuy de Bélus & des conſeils
de Mermecide. Ambitieuſe
&déſeſperée comme je la vois ici ,
comment ne fait- elle pas arrêrer
ces trois Confederés ; elle laiſſe
néantmoins fortir Ninias & Mermecide.
La voilà ſeule avec Phenice
ſa Confidente qui l'exhorte à
prendrede juſtes meſures contre le
péril qui la menace.
178 LE MERCURE
:
Madame, Ninias n'a point ceffé
devivre
Etquel funeste espoir peut vous
flater encore ,
Puisqu'enfinTenesis est cellequ'il
adore?
Vous seule l'ignorez , lorſque
toute la Cour
Retentitdes long-tems du bruit
deſon Amour :
Loind'en croire aux transportss
quiſéduisent vôtre Ame ,
Dans ceperilpreſſant , Songez à
vous, Madame ,
La Reine ſe livre aux fureursde
la Jaloufie.
Non,jene verraipoint triompher
Tenefis
Des malheurs où le fort reduit
Semiramis :
Sur l'Objet , que sans doute , un
Ingrat mepréfere ,
Ilfaut que je me venge & d'un
fils&d'unfrere ,
Elle est entre mes mains , & le.
fideleArbas ,
DE JUILLET. 199
Au gré de mon couroux ajurl
fon crêpas.
Rentrons, c'estdans le Sangd'une
indigne Rivale
Qu'ilfaut que ma fureur déformaissesignale.
Jene ſuis pas étonné que Semiramis
médite la perte de la Rivale ,
cette vengeance eſt dans le caracterede
fa Paffion;mais je ſuis étonnéqu'elle
aitordonné ſa mort,&l'ait
livrée auMiniſtre de ſa vengeance,
avant qu'elle la connût pour ſaRivalc.
ACTE V.
Semiramis ouvre le cinquiéme
Acte par un Monologue , où elle ſe
rerrace toutes les horreurs de ſa
Faffion.
Oùt'iras-tu cacher ? Quelgouffre
afſés affreux
Estdigne d'enfermer ton Amour
malheureux?
Elle ſe juge indigne du jour.
180 LE MERCURE
Terre, ouvre-moi tonjein , &redonne
aux Enfers
CeMonstre dont ils ont effrayé
l'Univers.
Enfuite, elle eſſaye de rejetter
fon crime ſur les Dieux mêmes ,
Dogmeun peu ſcandaleux !
Dieux qui m'abandonnez à ces
honteux transports ,
N'en attendez , Cruels , ni donleur,
ni remors ;
Jene tiens mon Amour que de
vôtre colere
,
Mais, pour vous en punir , mon
coeur veut s'y complaire.
Ce Monologue eſt interrompu
parPhenice, Confidente de laReine
, & par Arbas ſon fidéle Miniftre.
PHENICE.
Fuyez , Reine , fuyez ; vos Soldats
vous trabiffent ,
Du nom de Ninias , tous ces
lieux retentiffent ,
A
DE JUILLET 185
Apeine a- t-ilparû, qu'àson terrible
aspect ,
Vos Gardes n'ont fait voir que
crainte&que refpect :
Lafiertédans lesyeux , &boüillantde
colére ,
J'ai vû lui-même encor votre
perfidefrere ,
DesSoldats mutine,z échauffant
lafureur
Ordonner à grands cris le trêpas
desasoeur.
Oùfera vôtre azile en ce moment
funeste.
SEMIRAMIS répond.
Va, ne crains rien pourmoi, tant
qu'un soupir me refte ,
Augréde son couroux , le Ciel
peut m'accabler ;
Mais ce seratoûjours , fans me
faire trembler.
Arbas, jefçai pour moijusqu'on
vavôtreZéle ,
Et vous êtes lejeul qui me reſtiez
fidéle;
En remettant icy la Princeſſe en
vosmains ,
Juillet 1717.
182 LE MERCURE
Je vous ai declaré quels étoient
mes deſſeins :
Allez , &vous rendezparvôtre
obéissance ,
Digne de mes bienfaits & de ma
confiance :
Songezdans quels périls , vous
vous précipitez ,
Sices ordres bien-tôt nesont exécutex.
Ces ordres avoient été donnés
àArbas dans le quatriéme Acte ;
je ne ſçai pourquoi ils n'ont pas
été éxécutés. Mais , je comprens
que cemême Arbas devroit s'appercevoir
ici , qu'il court moins de
péril,en refuſant fon miniſtére à la
Reine déſeſpérée , qu'il ne feroit
en éxécutant le meurtre qu'elle
éxige de lui : Ninias & Bélus font
triomphans : la Reine eſt trahie par
fa propre Garde. Arbas eſt le ſeul
de tous ſes Sujets qui lui ſoit reſté
fidéle. Que fera-t-il cet Arbas ?
quand il verſeroit le fang de Téneſis
, cet horrible afſfaſſinat ne feroit
qu'irriter contre la Reine &
DEJUILLET 183
contre lui , les fureurs vengereſſes
deBélus.
Arbas donc , quitte la Scene
pour immoler Téneſis à la jalouſe
rage de Sémiramis : Ninias informé
, je ne ſçai comment , du
péril de la Princeſſe , vient implorer
pour elle la clémence de la
Reine.
Rendez-moi Tènesis , rendezmoi
, mon Epouse ,
Eft-ce àmoi d'éprouver votrefureur
jalouse.
Semiramis inſulte à la douleur.
de Ninias.
Je vais fans differer , contenter
vôtre envie.
Vous rendre Ténesis , mais ce
ferafansvie.
Durant cet entretien , Bélus
arrive fur la Scene , émû du péril
de ſa fille.
C'en est fait , pour jamais vous.
perdezTenesis.
:
Qij
184 LE MERCURE
Mais que vois-je avec vous, Seigneur,
Semiramis ?
Ebquoi ! cette Inhumaine est en
vôtre puissance ,
Et ma fille & Ninus font encorfansvengeance
.
Pendant que Semiramis ſecomplaît
dans les douleurs de Bélus.
&de Ninias , Téneſis ſe préſente
à ſes yeux , ſuivie de Mermecide ,
qui l'a délivrée des mains d'Arbas.
La Reine déſeſperée ſe donne la
mort.
OU REFLXIONS SUR SEMIRAMIS .
N joia le mois d'Avril dernier
, fur le Theatre de la
Comedie Françoise , la Mort de
Semiramis , Tragedie de M. de
Crebillon : Le Public lui fir un
accüeil affés favorable ; cependant
l'Auteur jugea à propos de la faire
diſparoître , après ſept repréſenta140
LE MERCURE
1
tions. On répandit dans le Monde
qu'il avoit obtenu des Comediens
, qu'elle fût conſervée pour
l'Hyver prochain. Comme je me
ſuis interditledroit de porter Jugement
des pieces de Theatre , tant
que les Auteurs ont part aux Emolumens
des répreſentations, je reſittai
pour lors à la tentation d'en
donner un petit examen critique.
M. de Crebillon vient de faire:
imprimer cette Tragedie ; la voilà
donc dévoluë au Public : Ainfi , je
ne puis me diſpenſer d'en parler
dans le Mercure; je n'ai pas aflés
de tems , pour l'examiner à tous
égards ; ele me tombe dans les
mains à la findu mois, &lorſque je
ſuis prêt à finir mon Livre. Il faudra
m'en tenir à donner un Extrait
qui rétracel'idéede la Piece,à ceux
qui l'ont vûë au Théatre , &qui
en faſſe defirer la Lecture à ceux
qui ne la connoiffent pas encore.
Je prendrai peut -être , chemin
faiſant , la liberté de hazardev
quelques Remarques critiques ;
L
DE JUILLET. 141
mais cela ſe fera avec tous les
égards dûs à un Auteur du mérite
de M. de Crebillon .
ACTE I.
Ninus Roi des Affiriens fit une
Loi , par laquelle il défera le Trône
après ſa mort à Semiramis ſon
Epouſe , quoiqu'il ût d'elle un fils
nommé Ninias.
Semiramis impatiente de regner,
fit affaffiner ſon Mari.
Tu sçais quelprix ſuivit le don
du Diadême ,
Ninus fut égorgé ſans ſecours ,
Sansamis,
Au pied du même Trône , où
Ninusfut affis.
Belus frere de Semiramis conçût
le deſſein de venger la mort de
Ninus , & de faire reſtituer le
Trône au jeune Ninias .
Je veux venger Ninus & couronnersonfils
;
842 LE MERCURE
Voilà ce qui m'a fair foûlever
tant d'amis ,
Et d'une Soeur enfin , qui foüille
icy magloire ,
Je ne veux plus laiſſfer qu'une
triſte mémoire.
,
Semiramis craignant que Ninias
ne vengeat un jour la mort de fon
Pere médita ſa perte : Belus
ſauva ce jeune Prince , en l'écartant
de la Cour ; il l'envoya dans
le fonds de l'Afie, ſous la conduite
d'un nommé Mermecide , homme
de courage.
Jem'étois aperçu quefacruelle
Mere
Craignoit devoir en lui croître
un vengeur severe ;
J'engageai Mermecide àSauver
de la Cour
Cegage malheureux d'un tropfuneste
amour.
Belus calma les inquiétudes de
Semiramis par la fauſſe nouvelle
de la mort de Ninias,
DE JUILLET. 143
Cependant , pour tromper une
Mere cruelle ,
De la mort de sonfils je ſemay
lanouvelle.
On la crut
.....
Belus avoit une fille nommée
Tenesis, du même âge que Ninias ,
ils avoient l'un & l'autre à peine
5. ans , Belus fit conduire ſa fille
dans un déſert où Mermecide élevoit
Ninias , & maria en ſecret
ces deux enfans .
L'un & l'autre tauchoient à
peine au premier luftre ;
Avec tant de myſtere , on les
unit tous deux
Que tout jusqu'à leur nom ,
fut un secret pour eux.
Belus hâta cemariage , afin qu'il
devint pour lui une nouvelle raiſon
de punir Semiramis.
Pour rendre encor mon coeur
parun lienfi doux .
Plusavide dusangqu'éxigeoit
144 LE MERCURE
mon couroux.
Quand ce mariage ût été célébré,
on ramena Teneſis à Babilone,
où elle fut chérie de Semiramis ;
Mermecide continua d'élever le
jeune Ninias dans ſon défert ſous
le nom de Mérodate & comme
fon propre fils , en attendant qu'il
fut en état de ſoûtenir le nom de
Ninias & d'en défendre les droits .
A peine le jeune Mérodate ût
atteint 15. ans . que trompant la
vigilance de fon pere , il s'échapa
&courur le monde le pauvre
Mermecide le chercha en vain
pendant 10. années.
Depuisdix ans en vain Mermecide
a couru
Après cefilsfi chertout à coup
disparu.
Une ſi longue diſparition fait
craindre à Belus que Ninias ne ſoit
mort.
Depuisdix ans entiers qu une :
fuite
DE JUILLET. 145
fuite imprudente
Le dérobe à mes voeux &
trompe mon attente ,
Je commence en effet à douter
àmon tour
S'il vit &fi je dois compter
furson retour.
Il ya 20 ans que Bélus a marié ſa
fille à Ténesis avec Ninias ; les
Epoux n'avoient alors que s . ans .
Il y a dix ans que Ninias a échapéà
Mermecide , ſi le Prince n'eſt
pas mort comme on le ſoupçonne,
il doit avoir 25 ans.
Là , dans un Bois aux Dieux con-
Sacrédés long tems ,
J'unis pardeSaints Noeuds, ces
Augustes Enfans ;
Depuis vingt-ans mes yeux
n'ontpoint revû le Prince ;
Depuis dix ans en vain Mermecide
a couru &c .
Il eſt bon de remarquer que Bélus
n'a point troublé les 20. premieres
années du Regne de Semiramis
: Il n'a commencé à exciter
les Peuples à la révolte, que depuis
Juillet 1717. N
..
145 LE MERCURE
la diſparition de Ninias.
Tu Sçais , pour occuper une
odieuse Soeur,
Tout ce que j'ai tenté dans ma
majuſtefureur :
Par combien de détours armé
contresa vie ,
J'ai de fois en dix ans ſoûlevé
l'Affyrie.
Semiramis a triomphe de tous
les Périls , par le ſecours d'un jeune
héros , nommé Agenor , à qui
elle a donné le Commandement
de ſes Armées.
Semiramis triomphe , Agenor
• eſt vainqueur ,
Rien n'a pû soûtenir ſa funeste
valeur.
Il y a dix ans , comme nous
avons remarqué , que Bélus excite
differentes Révoltes contre la
Reine ſa ſoeur ; il a trouvé néantmoins
le ſecret de ne lui être point
ſuſpect ; elle croit au contraire ,
lui être comptable de ſes ſuccés ;
elle lui a confié les Murs de Babi
DE JUILLET. 147
lone , elle a partagé avec lui l'Autorité
Souveraine ;c'eſt ainſi qu'elle
lui parle , Acte rer. Scene 4 .
Vous ,de qui la vertu Soûtenant le
devoir,
Contre mes Ennemis fut toûjours
mon espoir ,
A qui j'ai confié les Murs de
Babilone ,
Ou plûtôtpartagé le poids de ma
Couronne .
Mon frere ..
Il eſt vrai que dans la même
fcene , Semiramis commence à lui
marquer quelque défiance , & ſe
plaint de cequ'on instruit les Rebels
de tous ſes deſſeins ; à quoi
Bélus répond.
Suis-je de vos fecretsle seul Dépofitaire?
Etfurquoi fondez-vous unsoupçon
téméraire ;
Sur quelle Conjecture on fur
quelle Action ?
Vous sçavez que mon coeur eft
Sans ambition.
Nij
1
148 LE MERCURE
Semiramis n'inſiſte plus; le feui
des-aveu de Bélus la justifie dans
fon efprit.
J'ai peine à comprendre , commentM.
de Crebillon nous déſigne
Bélus-pour un perſonnage vertueux
; il ne perd pas une occafion
de porter jugement en ſa faveur
dansſa Piéce. Difficilement puisje
me perfuader qu'il entre dans
l'ordre des devoirs de Bélus , de
faire affaffiner ſa ſoeur ; elle est coupabledu
meurtre de Ninus , mais
ce n'eſt pas à lui de punir le crime
d'une ſoeur à qui les Dieux ſemblent
avoir fait grace..
• Idole d'une Courfanshonneur
fans foi ,
Voilà ce que le Ciel protége
contre moi ;
Loin de me féconder dans mon
juſte transport ,
Avec Semiramis ; tout semble
ici d'accord .
Quoi donc le ſeul Bélusrefufera
de faire grace à Semiramis ;
elle partage avec lui la ſouveraine
DEJUILLET . 149
Puiflance , & ce perfide ne veut
uferde ſon autorité que pour faire
affaffiner la Reine ſa ſoeur.
M. de Crebillon ne veut pas
qu'on impute les deſſeins de Bélus
aux conſeils de l'ambition : Il n'a
d'autre vûë que celle de reftituer
à Ninias le Trône de ſon pere ;
mais,il y a dix ans qu'on n'a aucunes
nouvelles de Ninias ; Belus
même , comme nous avons vû ,
commence à croire qu'il eſt mort.
C'eſt alors qu'il ſe hâte de vouloir
répandre le fang de la Reine :
Il ya ici , ou de l'ambition , ou du
fanatifme. Continuons.
Semiramis détrompée des ſoupçons
qu'elle avoit conçûs contre
Bélus , ſe ménage un entrerien ſecret
avec Téneſis ; elle lui révele
l'extreme paffion qu'elle a conçûë
pour Agenor : El'e avoüe la
honte attachée au choix d'un Epoux
qui n'a point de Rois pour
Aveux: Elle a orné fon front d'un
Diademe pour le rendre moins,
indigre d'elle .
Des Modes ass on d'hu ie Tai
déclaré Roy , Niij
150
LE MERCURE
Maisje l'éléve encor pour l'approcher
de moy.
Semiramis craint que le jeune
Héros ne réponde point à ſa paffion.
Pour toucher ce Heros , mes bienfaits
Superflus
Echaufent ta valeur , &nefont
rien de pius ;
De tant d'Amour , helas , foible
réconnoissance !
Ses exploits font encor toute ma
récompense.
Après avoir fait ces confidences
àTéneſis , la Reine éxige d'elle
deux choſes : L'une qu'elle ſerve
fonAmour auprès d'Agenor; l'autre
pelle faffe agréer à Bélus le parti
Selle a pris d'épouſer ceHeros.
qu
qu
Peins- lui fi bien lefeu qui dévore
mon coeur ,
Qu'àson tour ce Heros recon..
noiſſeun Vainqueur ; -
Etfifon coeur pour moi n'avoit
rienà lui dire ,
DE JUILLET.
Tente du moins son coeur par
l'offre d'un Empire :
Il faut faire approuver mon
Amouràmon Frere.
Téneſis aime en ſecret Agenor ,
mais fidéle à la foi qu'elle a jurée à
un Inconnu , à l'âge de cinq ans ,
elleprend le parti de ſervir la paffionde
la Reine.
Tenesis , pour te faire un gonereux
effort
Songeque tu n'es plus maîtreffe
de ton fort.
ACTE II.
La Princeſſe s'acquitt- de la commiſſion
de la Reine auprés d'Acenor.
Agenor réfuſe de répondre à
lapaffion de Semiramis ,&fait une
déclarationd'Amour à Ténetis même.
La fidelle Epouſe réjette avec
mépris les voeux d'Agenor , l'A-.
mant mépriſé la quitte , en ditant
ces paroles.
Qu'entends-je ? quelmipris ?ab
c'enesttrop, Ingrate ,
152 LE MERCURE
Vous n'abuserezplus d'unAmour
qui vous flate.
Agenor eit dans la même ſituation
que Téneſis ; il a été marić
dans ſon enfance ; il fe reproche
l'oubli de ſes Sermens .
J'ai transporté mes Dieux dans
lefatal fejour ,
Pourn'ysacrifier qu'auſeulDieu
de l'Amour;
Maisquej'enfus puni?que l'Himen.
cher Mirame,
Se venge avec rigueur d'une
coupableflame!
Dieux cruels ? faloit - ilprendre
tant de vengeance ,
De l'oubli d'un Serment juré
dans mon enfance .
Bélus inſtruit par Téneſis du
deſſein que Semiramis a formé d'époufer
Agenor , prend le parti
d'empêcher ce Mariage : Il vient
trouser Agenor ; pour lui déclarer
qu'il s ' ppote aux Projets inſouſez
de la Reine.
Je ne connois que trop ses Projets
infenfez.
DE JUILLET. 133
Agenor répond que ſi ſes voeux
le portoient du côté de Semiramis,
il s'embarraſſeroit peu du confenment
de Bélus , mais , qu'il adore
Téneſis .
Etfi jamais l'Amour m'entraînoit
vers la Reine
Je conſulterois peuni Belus nisa
haines
Dans des liens plus doux mon
coeur est retenu ,
Votre fille, Seigneur, est celle que
J'adore,
Etque,ſansſesmépris , j'adorerois
encore
Agenor répond.
Onvantepeuleſangdontj'ai re
çû lavie ,
Maisie n'en connois point à qui
jeporte envie ;.
D'aucun foin fur ce point , mon
coeurn'est combau ,
Le Deſtin m'a fait naitre ausein
de la Vertu ;
C'est elle qui prit ſoin d'élever
mon enfance ,
154 LE MERCURE
Et magloire a depuis paſſsé mon
esperance :
,
Quiconque peut avoir un coeur
telque lemien
Ne connoît point de Sang plus
nobleque lefien;
Et quand j'ai recherché vôtre
anguste Alliance ,
J'ai comptévos vertus , & non
vôtreNaiſſanc .
Agenor finit l'entretien par ces
mots :
Seigneur, àTenesis je refervois
ma foy ,
Parce que mon Amour l'a cru
dignedemoy
J'ai voulu vous l'offrir , dans la
crainte peut être ,
Deme voir obligéde vousdonner
unMaître;
La Reine m'offre icy l'Empire
avecsamain ,
Puisque vous m'yforcez , cefera
dés demain .
Semiramis vient d'apprendre
que Bélus eſt le Chefſecret de la
DE JUILLET . 155
derniere Conſpiration ; l'un des
Confederez nommé Megabize , a
tout revelé.
On me trahit , Seigneur , & le
Traitre est monfrere ,
Ilenveut à vous même , à mon
Tône , à mesjours ,
Side tant deComplots vousn'arrêtés
le cours.
Agenor employe genereuſement
ici ſes bons offices en faveur de
Bélus , il raffûre Semiramis & fufpend
ſa vengeance , après quoi il
veut lui parler de ſon entretien
avecTéneſis.
LaPrinceſſe a daigné dans un
long entretien ,
Semiramis l'interrompt par ces paroles.
Hequoi ? vous l'avezvûë &ne
m'en dites rien ,
Onsçait tout , cependant on gar.
de lefilence ,
Onsetrouble , onfoûpire , &même
en ma présence :
#56 LE MERCURE
Quelsregards ? quel accueüil?
qu'est-ce queje voi ?
Sans doute on vous aura prévenu
contre moi.
Ah Seigneur ! pardonnez ces
pleurs à mes allarmes ,
Et n'accusez que vous de mespremieres
Larmes.
Dans le tems qu'Agenor commence
à parler à Semiramis de ce
qui l'intereſſe ſi fort , elle l'interrompt
pour lui réprocher qu'il ne
lui en dit rien. Semiramis ne fait
pas attention que l'ayant occupé elle-
même du recit de la Conſpiration
tramée par Bélus , il n'étoit
pas poffible qu'Agenor lui parlat
plutôt de fon Amour; je ne ſçai
pourquoi la Reine impute àmépris
&à froideur, les ſoupirs& le trouble
d'Agenor ; il feroit plus naturel
qu'elle attribüât ces ſignes à
l'Amourtimide &refpectueux.Que
veut-elledire par ces mots .
Sansdouteon vous aura prévenue
contre moy.
:
Agenor
• DE JUILLET.
157
Agenor peut- il ignorer ſon crime
? Mais enfin , n'eſt-elle pas
icy extrémement avilie ; je m'en
raporte à M.de Crebillon : Semiramis
aſſûrément devroit parler avec
plus de dignité.
Agenor diffipe les inquietudes
de la Reine par ces parolesgalantes.
Quand on eft, comme vous ,fi ref-
Semblante aux Dieux ,
Dans le coeur des Mortels on devroit
lire mieux :
Que n'en doit point attendre une
Reinefibelle?
Quelcoeur à ſes defirs pourroit
être rebele ?
Nos deux Amans , ap ès avoir
unpeu converſe ſur ce ton, ſe ſéparent
, & l'Acte finit par les Vers
fuivans , que Semiramis adreſſe à
Agenor.
Venez par unHymenſi cheràmes
Souhaits ,
Du perfide Belus confondre les
Projets ,
Juillet 1717.
138 LEMERCURE
Parces noeuds dont je cours baterl'Auguste
Fête,
Venez de l'Univers m'annoncer
laConquête.
Helas ! Je l'ai privédu plusgrand
deſes Rois ,
Maisje lui rends en vous plus
queje ne lui dois.
ACTE III.
Mermecide , après avoir en vain
cherché Ninias en differens Climats
, eſt venu à Babilone rendre
compre àBélus des courſes inutilles
qu'il a faites depuis dix ans. Bélus
l'informe de l'Etat preſent de
la Cour ; il lui apprend qu'un jeune
Guerrier , nommé Agenor , a
fait échouer pluſieurs Conſpirations
tramées contre la Reine , &
qu'elle vient d'être informée , que
fon Frere eſt le Chefſecret de ces
Conſpirations.
Mermecide a été annoncédans
le premier Acte , comme vertueux
&courageux.
DE JUILLET.
159
Tu doisavoir connu ce fameux
Mermecide ,
Safarouche Vertu , son courage
intrépide.
Onel Confeil cet homme debien
donnera-t-il à Belus ? Ecoutons.
Jeſens par vos périls réchauffer
mon audace ,
Prononcez fon Arrêt , condamnez
vôtre soeur ;
J'immole avant la nuit , elle &
Son Deffenseur ;
Ilsemble qu'avec nous le Sort
d'intelligence ,
Livreàtous vosdeſſeinsleGuerrierfans
deffence.
Bélus adopte la moitié du
génereux conſeil de Mermecide;
il conſent qu'on aſſaſſine ſa ſoeur ;
mais , il demande grace pour Agenor.
Perdons masoeur , pourlui , con-
Sens à l'épargner;
Loin de le perdre , il faut tâ
cher de le gagner :
O ij
160 LELE MERCURE
1
Je ſçais un für moyen de l'armer
pour moi-même ,
Que te dirai-je enfin ? c'est Ténefis
qu'il aime,
Mermecide ſemble regretter fa
Victime qu'on lui enléve , il expoſe
à Bélus que Téneſis appartient
à Ninias,& qu'il ne peut plus
en diſpoſer en faveur d'Agenor.
Mais, pour en difpofer, Seigneur
est-elle à vous ?
Ninias engagé dans des liens fi
doux,
En a gardé,peut-être une tendre
memoire.
Voilà un peut- être qui n'eſt pas
ici Loans raifon ; Mermecide n'a
pas grand tort de douter un peu ,
ſi des Epoux des ans,qui ne ſe font
vûs qu'un moment , auront conſervél'un
pour l'autre , un ſouvenir
bien tendre.
Je ne ſçai pourquoi Bélus n'a
pas recours à quelque nullité ou
moyen d'abus contre ce vieux Mariage
que lui propoſe Mermecide,
DE JUILLET. 161 1
cela le fortoit tout d'un coup d'affaire.
Le bon homme avoüe que
fa fille appartient à Ninias , mais,
que s'agiſſant pour ce mêine Ninias
d'un Trône , qu'il ne peut acquerir
que par la perte d'une Epouſe;
on ne doit pas balancer
faire pour lui ce ſacrifice.
AsonpremierHymen arrachons
Ténesis ,
Si je veux d'un ſecond priver
Semiramis ;
Ninias n'auroit plus qu'une efpérance
vaine ,
Si jamais Agenors'uniſſoit à la
Reine.
Enfin, puisque le Sort my con..
traint aujourd'hui ."
Ilfaut,fans murmurer descendre
jusqu'àlui,
En de honteux liens engagerma
Famille
Aux Voeux d'un Inconnufacrifiermafille.
Le parti que prend ici Bélus ,
le ſauve de tous ſoupçons d'ambition
& d'interêr ; il veut enlever
/ Oiij
162 LE MERCURE
on
à ſa ſoeur une Couronne , dont il
partage l'éclat avec elle ; d'une
Couronne dont il eſt heritier en
excluantNinias : Il veut donc faire
monter au Trône d'Aſſyrie le même
Ninias , en ſe dépoüillant de
l'honneur de ſon Alliance ; il en
doit couter la vie à la Reine ſa
foeur , Teneſis ſa fille,va être facrifiée
à un Inconnu ; mais
ne sçauroit acheter trop cher
l'honneur d'une ſi grande Révolution.
Au reſte , Bélus qui craint
avec tant de fondement que Ninias,
ne ſoit mort ; Belus dis-je ,
ne voit-il pas que fiNinias eſt mort
en effet , il aura avancé bien des
frais dont on ne lui tiendra pas.
grand compte , & qui ne lui feront
pas beaucoup d'honneur .
Voilàdonc Bélus réſolu de ramenérà
lui , s'il eſt poſſible, le vaillent
Agenor par l'Hymenée de ſa
fille: Il revient trouver ce Guerrier
, lui fait confidence du deſſein
qu'il a conçu,le faire affaffiner
Semiramis ; & pour lui faire agréer
ceffinat , il lui offie Térefis
en Mariage.
DE JUILLET. 163
De mon indigne soeur la mort
eſt aſſurée ,
Malgré les Dieux & vous ,
mon couroux l'a jurée ;
Ouy , Seigneur , ce jour
terminera lesfiens ,
Deviendra le plus grand , on le
dernierdes miens.
Les Conjurez ſont prêts , leur
Troupe audacieuse ,
Portoit jusquefur vous une main
furieuse,
Sije n'ûffe arrêtéleurs complots
inhumains ,
Aprés avoir bonnement révélé à
Agenor tous ſes deſſens , Bélus lui
propoſe de renoncer à l'Hymen de
la Reine en faveur de Teneſis .
Abandonnez la soeur , je vous
réponddufrere ,
Dites-moi ? Ténesis vous estelle
encor chere&
Agenor répond.
Cruelle n'achevez pas , j'entres
vois vos deſſins ,
Offrez àd'autres veuxvosPré
164 LE MERCURE
Sents inhumains ,
Laiſſez-moi ma Vertu , la vô
tre tropfarouche,
Amon coeur affligé , n'offre rien
qui letouche.
Il me paroît que Bélus eſt bien
imprudent de ne pas s'affûrer de
la foy d'Agenor , avant de lui
confier des ſécrets ſi importants ;
comment peut- il ſe flater de faire
réuſſir ſes projets , puis qu'Agenor
qui en eſt inſtruit peut les faire
échouer.
Je ſai bon gré à Agenor de ne
point prendre conſeil de ſa paſſion
pour Tenefis , & de demeurer fidéle
à la Reine. Mais je ne lui
pardonne pas le jugement qu'il
prononce en faveur de Belus ; il
ne doit point qualifier d'homme
vertueux,un frere perfide qui médire
d'aſſaſſiner ſa ſoeur , affaffinat
pour lequel ildevroit avoird'autant
p'us d'horreur , que ne ſcachant
rien des deſſeins qu'on a en faveur
de Ninias , il ne doit ſuppoſer à
l'aſſaſſin d'autres vûës que celles,
DE JUILLET. 165
de s'emparer lui-même du Trône
Agenor prend des meſures pour
garantir la Reine contre les entrepriſes
de Bélus , il redouble la
Garde du Palais. Téneſis allarmée
du peril qui menace ſon pere , lui
propoſe d'agréer qu'elle tente de
Héchir Agenor en ſa faveur.
:
Agenor a pour moy témoigné
quelque ardeur ,
Que n'aurapointpeut-être étouft
ma rigueur ;
Ainsi que son pouvoir , sa va.
leur est extrême ,
Que ne fera- t- il point pour
plaire à ce qu'il aime ?
Bélus répond.
Agenor ! ab ma fille !' il n'y
-faut plus penser ,
L'Infolent !à quel point il vient
de m'offenser :
Ténesis , si c'eſt là vôtre unique
esperance,
Vous me verrés bien-tôt immolé
Sans défense.
166 LE MERCURE
Je ne vois pas bien pourquoy
Bélus appelle Agenor Infolent , il
ne lui eſt rien échapé dans le dernier
entretien qui le rende digne
de cene Epithete.
En vain Téneſis inſiſte , & veut
faire eſpérer à ſon pere qu'elle
fléchira Agenor. Bélus ne l'écoute
plus ,& lui ordonne de fuir du Palais.
Mafille , il n'est plus tems ,sa
perte est resoluë ;
Plus que les miens ici , ſesjours
font endanger,
Deſes láches Refus,ſonſangva
mevenger:
Adieu,de ce Palais ou bientôt le
carnage
van'offrirà vosyeux qu'une effroyable
image;
Fuiez , dérobez-vous decefuneste
lien ,
Oùje vous dis,peut-être , un eternel
adien.
Je ſuis étonné d'entendre dire
ici à Bélus que les jours d'Agenor
ſont en plus grand danger que les
ſiens propres. Il n'y a qu'un mo
DE JUILLET. 187
mentque j'ai entendu dire au même
Bélus , que bientôt on le verroit
immolé fans défenſe.
Vousme verrez bientôt immoll
Sansdeffense.
ACTE IV.
Malgré le Conſeil de Bélus ,
Téneſis s'cit déterminée à voir
Agenor.
Non , non , malgré Bélus il faut
queje le voye;
DeleurHymendumoinsje veux
troublerlajoye ,
M'offrirà leurs yeux , l'oeil ar.
dentde couroux ,
Les immoler tous deux à mes
transportsjaloux.
Un repentirpeut - être
Amespieds,malgrêlui, raménera
leTraitre :
Pour mon pere du moins , imploronsſonſecours,
Luiſeulpeutm'aſſürer defiprè.
cieuxjours.
168 LE MERCURE
Téneſis vient donc trouverAgenor
au 4. Acte . Voyons ſi elle lui
parle du ton qui convient aux
ſentimens qu'elle vient de montrer.
Nefuyez point , Seigneur : Un
coeurfigenereux ,
Ne doit pas éviter l'abord des
malheureux ?
Helas! Je ne viens point pour
troubler par mes larmes ,
UnHymen qui pour vous , doit
avoirtant de charmes :
Vous ne me verrez point contraire
à vos defirs ,
Ades tranſports fi doux mêler
mes deplafirs.
Je viens , Seigneur ,je viens
tremblante pour un Pere,
Confier à vos soins une Tête fi
chere ,
Embraſſer vos genoux, & d'unfi
ferme appui ,
Implorer le fecours , moins pour
moi que pour lui .
LaPrincefle fait enſuite l'aveu de
ſa paflion pour Agenor , & lui dit
les
DE JUILLET. 169
les raiſons qui l'ont forcée à la combattre.
Jenevous nierai pas , Seigneur ,
queje vous aime,
Je trouve à vous le dire une douceur
extreme ;
Et l'Amourn'a pas crudes-honorer
mon coeur ,
Enyfaiſant pour vous naitre une
vive ardeur :
Mais belas ! cet aven fi doux en
apparence ,
N'endoitpas plus , Seigneur,ftater
vôtre esperance :
Jene sçai point former de parjures
liens ,
Quoiqu'un age bien tendre ait
vúferrer les miens ;
Il n'en est pas moins vrai qu'un
funeste hymenée ,
Aux Loix d'un autre Epoux
Soûmetmadeſtince.
Agenor éprouve le même ſort.
Quedans ſa plus tendre enfance, ſa
foy fut engagée à une perſonne dont
il ne ſçait pas même le nom ; que
Juillet 1717.
P
$70 LE MERCURE
ee Mariage fût célebré dans un
boisprés de Synope.
Près de Synope , O Ciel, qu'a
vez-vousproferè ?
Ne fut- ce point,Seigneur , près
d'un Antre terrible ,
Des Decrets du Destin Interprette
invisible?
AGENOR répond :
C'est là pour la premiere & la
dernierefois ,
Quejevislabeautéqu'onfoûmit
àmesLoix.
DuPiropeèclatantſa Tête étoit
ornce,
Sans pompe cependant elle fut
amenèe.
Un Mortel venerable & dont
l'auguste aspect
Inspiroità lafois la crainte&le
respect ,
Conduiſoit àl' Autel cettejeune
Merveille;
Age peu different , fuite toute
pareille ;
Un Prêtre , deux Viellards, nut
Esclave opresenх,
Deindeme des Retonsk
DE JUILLET. 17
TENESIS.
Mais , Seigneur , à l'Autel ne viton
point vos meres.
AGENOR.
L'un & l'autre avec nous , n'avions
que nos peres .
TENESIS.
Achevez
GINOR,
J'ai tout dit.
TENESIS.
1
Helas , c'étoit donc vous
AGENOR..
Quoi , Madame
TENESIS .
Ah,Seigneur, vous êtes mon Epoun.
AGINOR.
Moi vôtre Epoux , qui , moi , lefile
de Mermecide a Pij
-
172 LE MERCURE
TENESIS.
Ah, Seigneur , ce nomſeul de nôtre
Hymendecide ,
Bélus m'en a parlé cent fois avec
tran port ;
D'unfils qu'il a perdu , plaignant
toujours lefort ;
De celui des Humains , ce fils doit
être Arbitre.
AGENOR.
Mon coeur est moins touché d'un fi
Superbe Titre ,
Que d'un bien ...
TENESIS .
Terminons des tranſportsfuperftus ,
Adieu , Seigneur , adieu , je cours
chercher Belus ,
Les momens nousfont chers , ilfaut
que je vous laiſſe.
Agenor demeure ſeul fur la Scene.
On vient l'avertir qu'un Inconnu
demande à lui parler.
Seigneur, un Etranger qui se cache
avec ſoin ,
DE JUILLET. 173
Demande à vous parler un moment
Sans témoin.
Le prétendu Etranger abordant ,
Agenor lui préſente une Lettre
de la part de Bélus : Pendant qu'Agenor
la lit, l'Etranger tire un poignard
, & comme il en va frapper
Agenor , Agenor pare le coup , &
réconnoît Mermecide; Mermecide
reconnoît Ninias .
Agenor.
Mais, qu'est ce que je vois ? Grands:
Dieux, c'est Mermecide ?
Mermecide ,
Ciel,que vois-je à mon tour ! Mere
datemon fils.
Tandis que Ninias &Mermecide
éclatent en démonstrations de tendrefle
, Semiramis arrive ſur la
Scene , après avoir dir quelques
mots à Agenor ; elle jetre les yeux
fur le vieillard qui est à côté d'Agenor&
reconnoit Mermecide.
...Mais que vois- je avec vous ?
Mon Ennmi,Seigneur,&le plus
grand de tous !
1
Piji
174 LE MERCURE
Ab Traitre ! enfin le Ciel te livre
à ma vengeance .
Agenor demande quel eſt le crime
de cet Etranger .
Dequels crimes s'est donc noirci
cet Etranger ?
Cet Etranger m'est cher ,j'ofe
même aujourd'hui ,
Ici,comme de moi, vous répondre
delui.
La Reine veut ſçavoir quel interrêt
attache Agénor au fost de
Mermecide.
Quelfi grand interrêt prenezvous
à ses jours.
Agénor répond
Voulez-vous qu'à vos coups j'abandonne
mon pere?
Mermecide prend la parole.
Non ,je ne leſuis pas , mais voilà
vôtre mere.
Ma mere .... s'écrie Agenor..
DE JUILLET. 175
Semiramis.
Lui mon fils ? Grands Dieux .
qu'ai-je entendu?
La Reine s'abandonne à toutes
les fureurs de fa paſſion inceſtueuſe
, elle veut d'abord méconnoître
un fils dans Agenor.
Non, tu n'es point mon fils, ex
vaincet Impoſteur
Prétend demon amour démentir
lafureur ;
Si tu l'eſtois , déja la voix de la
Nature ,
Eût détruit de l'amour la premiere
imposture .
Enſuite , elle lui parle comme
àſon fils.
VatejoindreàBélus , coeur ingrat&
perfide ,
Rend-toi dignede moi parunnoir
parricide ,
Viens toi-même chercher dans
mon malhûreux flanc ,
Les tracesdeNinus & le ſcean
176 LE MERCURE
defonsang.
Mais,foitfils,foit amant , n'attend
de moi , Barbare ,
Quelesmêmes horreurs que ton
coeurme prepare :
Comme fils , n'attend rien d'un
coeur ambitieux ,
CommeAmant, encor moins d'un
amourfurieux.
Jepèrirai , le Front ornédu Diademe,
Et s'il faut te ceder , tu pèriras
toi-même.
,
Garde-toi cependant d'une Amante
outragée,
Garde-toi d'une mereà ta perte
engagée;
Adien , fuisfans tarder de ces.
funestes lieux ,
Respectes-y dumoins, Mere, Amante
, ou les Dieux.
Ninias prend le parti de l'obéiffance
; il ſe determine à fuir de
Bablone.
Ouy , je vais vous prouver par
mon obeissance .
DE JUILLET 177
Combien le nom de Mere a fur
moi depuiſſance :
Puiſſe à votre grand coeur ce
nom qui m'eſtfi doux ,
N'inspirerquedesſoinsqui ſoient
dignesdevous.
Il me paroît que M.deCrebillon
vient de faire commettre une grande
faute à Mermecide ; ce Vieillard
ne devoit - il pas laiffer croire
àla Reine,qu'Agenor étoit ſon fils;
cette erreur le tiroit de peril , au
lieu qu'en apprenant à Semiramis
qu'elleeitmere de ce même Agenor
, il s'expoſe à ſe perdre avec
lui. Jene ſçai pourquoi Semiramis
ne prévient pas les deſſeins qu'elle
doit ſuppoſer à ſon fils , foûtenu
de l'appuy de Bélus & des conſeils
de Mermecide. Ambitieuſe
&déſeſperée comme je la vois ici ,
comment ne fait- elle pas arrêrer
ces trois Confederés ; elle laiſſe
néantmoins fortir Ninias & Mermecide.
La voilà ſeule avec Phenice
ſa Confidente qui l'exhorte à
prendrede juſtes meſures contre le
péril qui la menace.
178 LE MERCURE
:
Madame, Ninias n'a point ceffé
devivre
Etquel funeste espoir peut vous
flater encore ,
Puisqu'enfinTenesis est cellequ'il
adore?
Vous seule l'ignorez , lorſque
toute la Cour
Retentitdes long-tems du bruit
deſon Amour :
Loind'en croire aux transportss
quiſéduisent vôtre Ame ,
Dans ceperilpreſſant , Songez à
vous, Madame ,
La Reine ſe livre aux fureursde
la Jaloufie.
Non,jene verraipoint triompher
Tenefis
Des malheurs où le fort reduit
Semiramis :
Sur l'Objet , que sans doute , un
Ingrat mepréfere ,
Ilfaut que je me venge & d'un
fils&d'unfrere ,
Elle est entre mes mains , & le.
fideleArbas ,
DE JUILLET. 199
Au gré de mon couroux ajurl
fon crêpas.
Rentrons, c'estdans le Sangd'une
indigne Rivale
Qu'ilfaut que ma fureur déformaissesignale.
Jene ſuis pas étonné que Semiramis
médite la perte de la Rivale ,
cette vengeance eſt dans le caracterede
fa Paffion;mais je ſuis étonnéqu'elle
aitordonné ſa mort,&l'ait
livrée auMiniſtre de ſa vengeance,
avant qu'elle la connût pour ſaRivalc.
ACTE V.
Semiramis ouvre le cinquiéme
Acte par un Monologue , où elle ſe
rerrace toutes les horreurs de ſa
Faffion.
Oùt'iras-tu cacher ? Quelgouffre
afſés affreux
Estdigne d'enfermer ton Amour
malheureux?
Elle ſe juge indigne du jour.
180 LE MERCURE
Terre, ouvre-moi tonjein , &redonne
aux Enfers
CeMonstre dont ils ont effrayé
l'Univers.
Enfuite, elle eſſaye de rejetter
fon crime ſur les Dieux mêmes ,
Dogmeun peu ſcandaleux !
Dieux qui m'abandonnez à ces
honteux transports ,
N'en attendez , Cruels , ni donleur,
ni remors ;
Jene tiens mon Amour que de
vôtre colere
,
Mais, pour vous en punir , mon
coeur veut s'y complaire.
Ce Monologue eſt interrompu
parPhenice, Confidente de laReine
, & par Arbas ſon fidéle Miniftre.
PHENICE.
Fuyez , Reine , fuyez ; vos Soldats
vous trabiffent ,
Du nom de Ninias , tous ces
lieux retentiffent ,
A
DE JUILLET 185
Apeine a- t-ilparû, qu'àson terrible
aspect ,
Vos Gardes n'ont fait voir que
crainte&que refpect :
Lafiertédans lesyeux , &boüillantde
colére ,
J'ai vû lui-même encor votre
perfidefrere ,
DesSoldats mutine,z échauffant
lafureur
Ordonner à grands cris le trêpas
desasoeur.
Oùfera vôtre azile en ce moment
funeste.
SEMIRAMIS répond.
Va, ne crains rien pourmoi, tant
qu'un soupir me refte ,
Augréde son couroux , le Ciel
peut m'accabler ;
Mais ce seratoûjours , fans me
faire trembler.
Arbas, jefçai pour moijusqu'on
vavôtreZéle ,
Et vous êtes lejeul qui me reſtiez
fidéle;
En remettant icy la Princeſſe en
vosmains ,
Juillet 1717.
182 LE MERCURE
Je vous ai declaré quels étoient
mes deſſeins :
Allez , &vous rendezparvôtre
obéissance ,
Digne de mes bienfaits & de ma
confiance :
Songezdans quels périls , vous
vous précipitez ,
Sices ordres bien-tôt nesont exécutex.
Ces ordres avoient été donnés
àArbas dans le quatriéme Acte ;
je ne ſçai pourquoi ils n'ont pas
été éxécutés. Mais , je comprens
que cemême Arbas devroit s'appercevoir
ici , qu'il court moins de
péril,en refuſant fon miniſtére à la
Reine déſeſpérée , qu'il ne feroit
en éxécutant le meurtre qu'elle
éxige de lui : Ninias & Bélus font
triomphans : la Reine eſt trahie par
fa propre Garde. Arbas eſt le ſeul
de tous ſes Sujets qui lui ſoit reſté
fidéle. Que fera-t-il cet Arbas ?
quand il verſeroit le fang de Téneſis
, cet horrible afſfaſſinat ne feroit
qu'irriter contre la Reine &
DEJUILLET 183
contre lui , les fureurs vengereſſes
deBélus.
Arbas donc , quitte la Scene
pour immoler Téneſis à la jalouſe
rage de Sémiramis : Ninias informé
, je ne ſçai comment , du
péril de la Princeſſe , vient implorer
pour elle la clémence de la
Reine.
Rendez-moi Tènesis , rendezmoi
, mon Epouse ,
Eft-ce àmoi d'éprouver votrefureur
jalouse.
Semiramis inſulte à la douleur.
de Ninias.
Je vais fans differer , contenter
vôtre envie.
Vous rendre Ténesis , mais ce
ferafansvie.
Durant cet entretien , Bélus
arrive fur la Scene , émû du péril
de ſa fille.
C'en est fait , pour jamais vous.
perdezTenesis.
:
Qij
184 LE MERCURE
Mais que vois-je avec vous, Seigneur,
Semiramis ?
Ebquoi ! cette Inhumaine est en
vôtre puissance ,
Et ma fille & Ninus font encorfansvengeance
.
Pendant que Semiramis ſecomplaît
dans les douleurs de Bélus.
&de Ninias , Téneſis ſe préſente
à ſes yeux , ſuivie de Mermecide ,
qui l'a délivrée des mains d'Arbas.
La Reine déſeſperée ſe donne la
mort.
Fermer
5121
p. 184-185
ENIGME. Par M. le Comte de S. Gilin.
Début :
Lorsque la Nature sommeille, [...]
Mots clefs :
Ver luisant
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME. Par M. le Comte de S. Gilin.
ENIGME.
ParM. le Comte de S. Gilin
Lorſque la Nature ſommeille ,
Je fais paroître mes beautés :
Aux Champs que le jour a quittés,
Je ſuis la petite Merveille :
Mon éclat n'eſt point emprunté ;
Sur la Terre je ſuis unAftre ,
DEJUILLET 185
1
4
Qui ne prédit aucun défaftre.
Deme prendre l'on eſt tenté ;
Ma lumière croît., diminuë :
Mais , ſouvent on veut m'approcher
,
Que je me dérobe à la vûë ,
Et l'on ne ſçait où me chercher..`
ParM. le Comte de S. Gilin
Lorſque la Nature ſommeille ,
Je fais paroître mes beautés :
Aux Champs que le jour a quittés,
Je ſuis la petite Merveille :
Mon éclat n'eſt point emprunté ;
Sur la Terre je ſuis unAftre ,
DEJUILLET 185
1
4
Qui ne prédit aucun défaftre.
Deme prendre l'on eſt tenté ;
Ma lumière croît., diminuë :
Mais , ſouvent on veut m'approcher
,
Que je me dérobe à la vûë ,
Et l'on ne ſçait où me chercher..`
Fermer
5122
p. 185-186
AUTRE.
Début :
Quoiqu'enfermé dans une Tour [...]
Mots clefs :
Lettre O
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Quoiqu'enfermé dans une Tour
Je ſuis en même temps à Roiien &
dans Rome ;
J'ay le ſecond rang à la Cour ,
Et je ſers au Fripon , comme au
plus honnête homme..
فرطم
Jeſuis, quoiqu'en plein jour, dans
un profond fommeil ,
Je préſide à chaque Ordonnance;
Chezle Roy mêmej'ay ſeance ,
Et place dans chaque Confeil.
For's
Sans me trouverjamais enguerre ;;
•Je ſuis le ſecond au Combat ; :
Et mon ſecours eft neceffaire ,
Au Colonel comme au Soldar .
2
En un mot fans fortird'une étroi-ite
prifon
Je parois toûjours dans le mondei
19
1
186 LE MERCURE
Comme lui , ma figure eſt ronde ,
Et j'habite dans ta maifon.
CHANSON.
Aprés m'avoir formé les plus aimables
chaines
L'Amour livre mon coeur à d'éternels
foupirs.
Ah ! Si les doux plaiſirs font oublier
ſes peines
Ses Tourmens ne font pas oublier
ſes plaifirs.
Quoiqu'enfermé dans une Tour
Je ſuis en même temps à Roiien &
dans Rome ;
J'ay le ſecond rang à la Cour ,
Et je ſers au Fripon , comme au
plus honnête homme..
فرطم
Jeſuis, quoiqu'en plein jour, dans
un profond fommeil ,
Je préſide à chaque Ordonnance;
Chezle Roy mêmej'ay ſeance ,
Et place dans chaque Confeil.
For's
Sans me trouverjamais enguerre ;;
•Je ſuis le ſecond au Combat ; :
Et mon ſecours eft neceffaire ,
Au Colonel comme au Soldar .
2
En un mot fans fortird'une étroi-ite
prifon
Je parois toûjours dans le mondei
19
1
186 LE MERCURE
Comme lui , ma figure eſt ronde ,
Et j'habite dans ta maifon.
CHANSON.
Aprés m'avoir formé les plus aimables
chaines
L'Amour livre mon coeur à d'éternels
foupirs.
Ah ! Si les doux plaiſirs font oublier
ſes peines
Ses Tourmens ne font pas oublier
ſes plaifirs.
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5123
p. 186
CHANSON.
Début :
Aprés m'avoir formé les plus aimables chaines, [...]
Mots clefs :
Chaînes, Amour, Plaisirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Aprés m'avoir formé les plus aimables
chaines
L'Amour livre mon coeur à d'éternels
foupirs.
Ah ! Si les doux plaiſirs font oublier
ſes peines
Ses Tourmens ne font pas oublier
ſes plaifirs.
Aprés m'avoir formé les plus aimables
chaines
L'Amour livre mon coeur à d'éternels
foupirs.
Ah ! Si les doux plaiſirs font oublier
ſes peines
Ses Tourmens ne font pas oublier
ſes plaifirs.
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5124
p. 186-195
SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
Début :
Le 21 on continuoit à travailler aux gnes de Circonvalation & de Contrevallation. [...]
Mots clefs :
Ordres, Artillerie, Incendie, Travaux, Pont, Compagnies, Ennemis, Combat, Comte, Prince, Tranchées, Mouvements des troupes, Vaisseaux, Postes, Assiéger, Camp, Garnison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Hongrie.
SUITE DU JOURNAL
deHongrie.
L
E 21. on continuoit à travailler
aux gnes de Circonvallation&
de Contrevallation . On
a expedie de nouveaux Ordres à
Bude,& à Petri -Varadin ſur le Danube
, à Effek fur la Drave , & à
Segedin furta Teiffe , pour faire
defcendie avec toure la diligence
poflible , 'Artillerie & les munirions
neceffaires , deſtinées pour ce
Juillet 1717 .
Apresm'avoirforméli
6
*
Ah'visas douxplaisirfs
x4
6 x6
Sises douxplaisirsfo
68
DE JU ILLET. 187
i
Siege. Le feu de la Villea été moins
vifaujourd'huy qu'hier. LesDéferteurs
rapportent que là Garniſon eſt
occupée à faire de nouveaux Retranchemens
à une portée de fuſil
de leurs ouvragesavancés;à élargir
& à prolonger en même tems les
Rameauxde leurs Mines,vers nous :
Cependant tous les préparatifsſont
difpofés pour jetter un Pont ſur
le Danube , le plusprès qu'il ſera
poſſible de Bellegrade. Nos Saïcques
ont pris & conduits à bord 3 .
Moulins à Vaiſſeaux des Ennemis ,
qu'ils avoient apparemment détachés
pour interrompre la jonction
de nôtre Pont qu'ils croyoient déja
conftruit.
Le 23. les travaux avançoient
confiderablement : On a élevéune
Redore à la tête du Pont qu'on
doit placer ſur la Save , à l'extremité
de nôtre aîle droite , auffitôt
que le Corps commandé par
le General Hauben ſera arrivé.
Le 24. le Pont du Danube étoit
preſqu'achevé : On l'éter dra jufques
aux Marais , pour entretenir
८
188 LE MERCURE
plus facilement la communication
du Bannat . Pour cela , on a détaché
quelques Bataillons& quatre Compagnies
de Grenadiers , avec quelque
Cavalerie, tant pour l'avance- :
ment du travail, que pour la fûreté..
de nôtre Pont .
On a û avis que 13, demiesGaléres
des Ennemis étoient arrivées
àSémendrie ſur le Confluant de la
Morava dans le Danube ; d'autres
ſuivront inceſſamment.
Extrait d'une Lettre de la Save ,
du 25. Juin 1717 .
Nos gens qui font
د
emfont
ployés à faire une Redoute à la
têre du Pont du Danube
inquie és fans relache par 16 Fregates
des Turcs: Ils font expoſés
au feu du Canon de la Ville & du
Château de Bellegrade; Nous y ré-
Fondons de nôtre mieux. Ainfi
nous avons à combattre l'Ennemi
par Terre & par Eau. Notre Canon
a aujourd'huy coulé à fond une
de leurs Frégattes , avec un Moulin
à Vaiſileau , ſans que nous ayons s
DE JUILLET. 189
reçû aucun dommage;parce que les
Turcs manquent de bons Officiers
d'Artillerie :Leurs Fregattes ont été
obligées de remonter400 pas vers
la Ville d'Eau ; nous les avons
ſuivies ; cependant le Grand Pont
duDanube vientd'être mis àſa per-
- fection ; préſentement , il nous eſt
trés facilede tirer des Fourages en
abondance du Comté de Themefvvar
: Car , pour ce côté-ci ils
font entierement confumés àſept
lieuës à la ronde ; par là l'Armée
Ottomane ſera obligée d'en tirer
fort au loin ſur ſes derrieres. Depuis
laconfirmation que l'on aûë
que 13 Frégares des Ennemis
étoient arrivées à Semendrie ; 2.
de nos Vaiſſeaux de guerre ont
cûs ordrede deſcendre plus bas ,
pour les empêcher de monter plus.
haut.
Le Comte de Palfy aura le commandement
de la Cavalerie & le
Comte de Heiſter , celui de l'Infanterie
, ſous les ordres du PrinceEugene.
Le Prince Alexandre
de Vvirtemberg commandera les
190 LE MERCURE
Troupes de la Tranchée .
Le 25 , nôtre Pont ſur le Danube
a été misen état de ſervir; il eſt
traverſé par 127 Barques .
Le 26. le General Hauben étant
arrivé ſur la Save , à la droite de
nôtre Armée , avec ſon Infanterie,
le Regiment d'Anſpack , & ceux
de Mercy & de Caraffa Cuiraffiers;
outre les Milices de Gran ou
des Frontieres , ſe diſpoſoit àjetter
un Pont fur cette Riviere; ce qu'il
ne pourra cependant exécuter
qu'avec difficulté , la Save s'étant
enflée depuis quelques jours confidérablement.
Un de nos Partis en
abattu un aurre des Ennemis , qui
nous avoit enlevé 72.pieces deBétail
, qu'il a repriſes &ramenés au
Camp avec un Spahy & cinq
Coruzzes Hongrois , faits Prifonniers.
,
Le même jour , on travailla à la
construction d'une nouvelle Redoute
, à l'Angle de l'Iile , où la
Save ſe joint au Danube , pour
mieux affürer nôtre Pont fur ce
Fleuve,& empêcher les entrepriſes
DE JUILLET. 191
des Saïcques Ennemies : Pour cet
effer on y a placé dix pieces de Canon
: Les Tures ont fait un feu terrible,
de leurs Batimens , & du Fort
qui eſt à l'oppoſite, pour incommoder
nos Travaillems ; ceux qui
couvroientle travail,yont répondu,
de maniere qu'il n'eſt arrivé aucun
deſordre; il nous en a coûté
ſeulement quelques hommes &
quelques Chevaux.
Le 27. après avoir travaillé fans
relâche , aux Lignes de Circonvallation
& de Contrevallation,
onles a enfin miſes à leur perfection
, malgré les obſtacles qui s'y
trouvoient , par la diſette du bois
propre à ces travaux.
On attendoit avec impatience
les 77. Bateaux , partis de Petri-
Varadin; ils font chargez de Canons,
Mortiers , Bombes , Boulets,
& autres Munitions de Guerre.
Le 28. on travailloit avec ardeur
à placer nôtre Pont ſur la Save,&
à élever un Fort àla Tête de
ce Pont , pour le couvrir contre les
Infidéles& leurs Batimens.
191 LE MERCURE
:
Le 29. à la pointedujour , les
Ennemis tentérent par deux ſorties,
d'enlever quelques Poſtes avancez
vers la Ligne de nôtreAîle gauche;
mais, ayant toûjours trouvé lesNôtres
prêts à les bien recevoir,ils ont
pris le parti de ſe retirer. LesAffiegez
lâchérent pendant la nuit un
Moulin de Barques contre nôtre
Pont duDanube,qui en fut endommagé.
Heureuſement le mal fut
bientôt réparé.
Le 30. on acheva de perfectionner
le Pont ſur la Save : Par là
nôtre Armée a la communication
libre avec le Corps qui eſt entre ce
Fleuve& le Danube , commandé
par leGeneral Hauben. LesAf
fiegez viennent eſcarmoucher tous
les jours devant la Ligne de Contrevallation
, &tirent de tems en
rems dans nôtre Camp, fans beaucoupd'effer.
Le 1. de Juillet , les Aſſiegez
firent defcendre àonze heures
du foir , un Brulot plein d'Artifice,
pour mettre le feu à notre Pont ſur
le Danube : Comme le vent étoit
violent ,
DE JUILLET 193
violent , il pouſſa ce Bâtiment au
Bord de ce Fleuve ; le feu y ayant
pris , il fauta & ſe diſlipa en l'air ,
fans nous cauſer aucun déſordre .
Un Transfuge de la Place a raporté
au Prince Eugéne , qu'il y avoit
encore fix de ces Machines infernalestoutes
prêtes.
Du Camp devant Bellegrade , le
2. Juillet 1717
Le 2. M. le Duc d'Aremberg
s'eſt mis en marche avec un gros
Détachement , LagrandeArméedes
Turcs n'est qu'à 7. ou huit lienës
de marche , éloignée de Nous ;
mais,quand ils verront nos Lignes,
ils perdront l'envie de nous attaquer
; car , nous avons des Foſſez
larges de 16 pieds de Roy , profonds
de 8. La Créte du Parapet
eft de 12. Faſcines intérieurement
& extérieurement ,& forte comme
un Rempart de Ville , partout
bien flanquée :Elle ſera garnic au
premier jour d une quantité de Piéces
de Canon. On remarque évi-
Juillet 1717. R
194 LE MERCURE
demment une grande conſternation
dans la Garniſon ; ce qui en
fait juger , c'eſt qu'elle nous a laifſe
prendre tous nos Poftes & jerrer
le Pont ſur la Save , ſans nous
inquiéter beaucoup , lorſqu'elle
pouvoit faire une belle réſiſtan-
& retarder nos Ouvrages.
Cette Garniſon conſiſte , à ce qu'-
on dit, en 15000. hommes, d'autres
diſent 18000.
ce
a-
Le 3. le Comte de Hauben ût
ordre d'aller occuper Semlim abandonné
par les Turcs , & d'y
camper avec ſon Corps de Troupes.
Les deux Vaiſſeaux qui
voient été juſqu'ici à l'embouchure
du Donavitz, ont ûs ordred'aller
jetter l'Ancre au Confluant de
la Save , pour couvrir ce General
dans ce Poſte,
Le s. à la petite pointe du jour ,
les Affiégez firent un grand feu
d'Artillerie fur nôtre Camp.
L'après midi , 60. tant Fregates ,
Galeres , que Saïcques Turques ,
vinrent attaquer tout à coup ,&
avec furie , nos deux Vaiſſeaux à
S
ba
55
に
2
S
DE JUILLET. 195
Semlim ; cependant, après un Combatde
deux heures fort opiniatre ,
les Infideles furent contraints de
ſe retirer. Tant que dura l'Action ,
lefeu fut fi grand de part& d'authe
, que l'on ne pouvoit diftinguer
àcauſe de la fumée,nos Vaiſſeaux,
non plus que la petite Flote des
Turcs.
deHongrie.
L
E 21. on continuoit à travailler
aux gnes de Circonvallation&
de Contrevallation . On
a expedie de nouveaux Ordres à
Bude,& à Petri -Varadin ſur le Danube
, à Effek fur la Drave , & à
Segedin furta Teiffe , pour faire
defcendie avec toure la diligence
poflible , 'Artillerie & les munirions
neceffaires , deſtinées pour ce
Juillet 1717 .
Apresm'avoirforméli
6
*
Ah'visas douxplaisirfs
x4
6 x6
Sises douxplaisirsfo
68
DE JU ILLET. 187
i
Siege. Le feu de la Villea été moins
vifaujourd'huy qu'hier. LesDéferteurs
rapportent que là Garniſon eſt
occupée à faire de nouveaux Retranchemens
à une portée de fuſil
de leurs ouvragesavancés;à élargir
& à prolonger en même tems les
Rameauxde leurs Mines,vers nous :
Cependant tous les préparatifsſont
difpofés pour jetter un Pont ſur
le Danube , le plusprès qu'il ſera
poſſible de Bellegrade. Nos Saïcques
ont pris & conduits à bord 3 .
Moulins à Vaiſſeaux des Ennemis ,
qu'ils avoient apparemment détachés
pour interrompre la jonction
de nôtre Pont qu'ils croyoient déja
conftruit.
Le 23. les travaux avançoient
confiderablement : On a élevéune
Redore à la tête du Pont qu'on
doit placer ſur la Save , à l'extremité
de nôtre aîle droite , auffitôt
que le Corps commandé par
le General Hauben ſera arrivé.
Le 24. le Pont du Danube étoit
preſqu'achevé : On l'éter dra jufques
aux Marais , pour entretenir
८
188 LE MERCURE
plus facilement la communication
du Bannat . Pour cela , on a détaché
quelques Bataillons& quatre Compagnies
de Grenadiers , avec quelque
Cavalerie, tant pour l'avance- :
ment du travail, que pour la fûreté..
de nôtre Pont .
On a û avis que 13, demiesGaléres
des Ennemis étoient arrivées
àSémendrie ſur le Confluant de la
Morava dans le Danube ; d'autres
ſuivront inceſſamment.
Extrait d'une Lettre de la Save ,
du 25. Juin 1717 .
Nos gens qui font
د
emfont
ployés à faire une Redoute à la
têre du Pont du Danube
inquie és fans relache par 16 Fregates
des Turcs: Ils font expoſés
au feu du Canon de la Ville & du
Château de Bellegrade; Nous y ré-
Fondons de nôtre mieux. Ainfi
nous avons à combattre l'Ennemi
par Terre & par Eau. Notre Canon
a aujourd'huy coulé à fond une
de leurs Frégattes , avec un Moulin
à Vaiſileau , ſans que nous ayons s
DE JUILLET. 189
reçû aucun dommage;parce que les
Turcs manquent de bons Officiers
d'Artillerie :Leurs Fregattes ont été
obligées de remonter400 pas vers
la Ville d'Eau ; nous les avons
ſuivies ; cependant le Grand Pont
duDanube vientd'être mis àſa per-
- fection ; préſentement , il nous eſt
trés facilede tirer des Fourages en
abondance du Comté de Themefvvar
: Car , pour ce côté-ci ils
font entierement confumés àſept
lieuës à la ronde ; par là l'Armée
Ottomane ſera obligée d'en tirer
fort au loin ſur ſes derrieres. Depuis
laconfirmation que l'on aûë
que 13 Frégares des Ennemis
étoient arrivées à Semendrie ; 2.
de nos Vaiſſeaux de guerre ont
cûs ordrede deſcendre plus bas ,
pour les empêcher de monter plus.
haut.
Le Comte de Palfy aura le commandement
de la Cavalerie & le
Comte de Heiſter , celui de l'Infanterie
, ſous les ordres du PrinceEugene.
Le Prince Alexandre
de Vvirtemberg commandera les
190 LE MERCURE
Troupes de la Tranchée .
Le 25 , nôtre Pont ſur le Danube
a été misen état de ſervir; il eſt
traverſé par 127 Barques .
Le 26. le General Hauben étant
arrivé ſur la Save , à la droite de
nôtre Armée , avec ſon Infanterie,
le Regiment d'Anſpack , & ceux
de Mercy & de Caraffa Cuiraffiers;
outre les Milices de Gran ou
des Frontieres , ſe diſpoſoit àjetter
un Pont fur cette Riviere; ce qu'il
ne pourra cependant exécuter
qu'avec difficulté , la Save s'étant
enflée depuis quelques jours confidérablement.
Un de nos Partis en
abattu un aurre des Ennemis , qui
nous avoit enlevé 72.pieces deBétail
, qu'il a repriſes &ramenés au
Camp avec un Spahy & cinq
Coruzzes Hongrois , faits Prifonniers.
,
Le même jour , on travailla à la
construction d'une nouvelle Redoute
, à l'Angle de l'Iile , où la
Save ſe joint au Danube , pour
mieux affürer nôtre Pont fur ce
Fleuve,& empêcher les entrepriſes
DE JUILLET. 191
des Saïcques Ennemies : Pour cet
effer on y a placé dix pieces de Canon
: Les Tures ont fait un feu terrible,
de leurs Batimens , & du Fort
qui eſt à l'oppoſite, pour incommoder
nos Travaillems ; ceux qui
couvroientle travail,yont répondu,
de maniere qu'il n'eſt arrivé aucun
deſordre; il nous en a coûté
ſeulement quelques hommes &
quelques Chevaux.
Le 27. après avoir travaillé fans
relâche , aux Lignes de Circonvallation
& de Contrevallation,
onles a enfin miſes à leur perfection
, malgré les obſtacles qui s'y
trouvoient , par la diſette du bois
propre à ces travaux.
On attendoit avec impatience
les 77. Bateaux , partis de Petri-
Varadin; ils font chargez de Canons,
Mortiers , Bombes , Boulets,
& autres Munitions de Guerre.
Le 28. on travailloit avec ardeur
à placer nôtre Pont ſur la Save,&
à élever un Fort àla Tête de
ce Pont , pour le couvrir contre les
Infidéles& leurs Batimens.
191 LE MERCURE
:
Le 29. à la pointedujour , les
Ennemis tentérent par deux ſorties,
d'enlever quelques Poſtes avancez
vers la Ligne de nôtreAîle gauche;
mais, ayant toûjours trouvé lesNôtres
prêts à les bien recevoir,ils ont
pris le parti de ſe retirer. LesAffiegez
lâchérent pendant la nuit un
Moulin de Barques contre nôtre
Pont duDanube,qui en fut endommagé.
Heureuſement le mal fut
bientôt réparé.
Le 30. on acheva de perfectionner
le Pont ſur la Save : Par là
nôtre Armée a la communication
libre avec le Corps qui eſt entre ce
Fleuve& le Danube , commandé
par leGeneral Hauben. LesAf
fiegez viennent eſcarmoucher tous
les jours devant la Ligne de Contrevallation
, &tirent de tems en
rems dans nôtre Camp, fans beaucoupd'effer.
Le 1. de Juillet , les Aſſiegez
firent defcendre àonze heures
du foir , un Brulot plein d'Artifice,
pour mettre le feu à notre Pont ſur
le Danube : Comme le vent étoit
violent ,
DE JUILLET 193
violent , il pouſſa ce Bâtiment au
Bord de ce Fleuve ; le feu y ayant
pris , il fauta & ſe diſlipa en l'air ,
fans nous cauſer aucun déſordre .
Un Transfuge de la Place a raporté
au Prince Eugéne , qu'il y avoit
encore fix de ces Machines infernalestoutes
prêtes.
Du Camp devant Bellegrade , le
2. Juillet 1717
Le 2. M. le Duc d'Aremberg
s'eſt mis en marche avec un gros
Détachement , LagrandeArméedes
Turcs n'est qu'à 7. ou huit lienës
de marche , éloignée de Nous ;
mais,quand ils verront nos Lignes,
ils perdront l'envie de nous attaquer
; car , nous avons des Foſſez
larges de 16 pieds de Roy , profonds
de 8. La Créte du Parapet
eft de 12. Faſcines intérieurement
& extérieurement ,& forte comme
un Rempart de Ville , partout
bien flanquée :Elle ſera garnic au
premier jour d une quantité de Piéces
de Canon. On remarque évi-
Juillet 1717. R
194 LE MERCURE
demment une grande conſternation
dans la Garniſon ; ce qui en
fait juger , c'eſt qu'elle nous a laifſe
prendre tous nos Poftes & jerrer
le Pont ſur la Save , ſans nous
inquiéter beaucoup , lorſqu'elle
pouvoit faire une belle réſiſtan-
& retarder nos Ouvrages.
Cette Garniſon conſiſte , à ce qu'-
on dit, en 15000. hommes, d'autres
diſent 18000.
ce
a-
Le 3. le Comte de Hauben ût
ordre d'aller occuper Semlim abandonné
par les Turcs , & d'y
camper avec ſon Corps de Troupes.
Les deux Vaiſſeaux qui
voient été juſqu'ici à l'embouchure
du Donavitz, ont ûs ordred'aller
jetter l'Ancre au Confluant de
la Save , pour couvrir ce General
dans ce Poſte,
Le s. à la petite pointe du jour ,
les Affiégez firent un grand feu
d'Artillerie fur nôtre Camp.
L'après midi , 60. tant Fregates ,
Galeres , que Saïcques Turques ,
vinrent attaquer tout à coup ,&
avec furie , nos deux Vaiſſeaux à
S
ba
55
に
2
S
DE JUILLET. 195
Semlim ; cependant, après un Combatde
deux heures fort opiniatre ,
les Infideles furent contraints de
ſe retirer. Tant que dura l'Action ,
lefeu fut fi grand de part& d'authe
, que l'on ne pouvoit diftinguer
àcauſe de la fumée,nos Vaiſſeaux,
non plus que la petite Flote des
Turcs.
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5125
p. 195-200
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 16. S. A. Royale a donné le Château de Chasville, auprès [...]
Mots clefs :
Château, Prince, Abbé, Gentilhommes, Régent, Seigneur, Duc d'Orléans, Tragédie, Pape, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUITE DUJOURNAL
de Paris
Le 16. S. A. Royale a donné
le Château de Chaſville , auprès
du Parc de Meudon , à M. le
Princede Talmont , qui en aura
feulement la jouiſſance pendant
ſavie , fans être tenu d'entretenir
la Maiſon , ni les Jardins.
Le 17. M. l'Abbé du Cambou Aumônier
du Roy , ci-devant Agent
du Clergé , a été nommé à l'Evêché
de Tarbes vaquant depuis
le moisde Décembre. 1715. Il vaut
18à 20000 livres de rentes.
,
Le 18. les fix Gentils -hommes
Rij
وک LE MERCURE
qui avoient été arrétés par ordre
de la Cour, & conduits à la Baſtille&
à Vincennes , en font ſortis ce
matin. Ils ont été accompagnés
par M. le Premier , chez Mgr le
Duc de Chartres. M. de Chiverny
les fit entrer dans l'Appartement.
de ce Prince qui les reçût fort gracieuſement
, & les conduiſit dans
le Cabinet de Mst le Regent.
Lorſqu'ils ûrent fait leur réverense
, Mar le Duc de Chartres pria
S. A. R. d'oublier leurs fautes.
Mgr le Duc d'Orleans lui ayant
accordé cette grace , il ſe tourna
du côté des fix Gentils-hommes ,
leur dit qu'il étoit perfuadé
qu'ils n'avoient pas ûs de mauvaiſes
intentions , & leur ayant
recommandé d'être plus prudens
⚫ à l'avenir : Il rentra dans ſon petit
Cabinet . Les Gentils-hommes fortirent
auffitôt avec Mst le Duc de
Chartres.
On a û nouvelle,que M. le Marquisd'Alincour,
qui étoit reſté dangereuſement
malade à Vienne eſt
tout à fait rétabli. Ce jeune Sei
DE JUILLET .
4
197
gneur a déja monte à Cheval , &
ſe prépare à partir le 20. de ce mois
pour l'Armée de Hongrie.
Le 19. M. le Maréchal de Mone
refquiou , eſt revenu de Bretagne
, où tout eſt dans une grande
tranquillité.
Les Balorsde M. de la Feuillade
ontété portez à la Doiiane &plombeziceDuc
ſe difpoſe à ſe metne en
Route les premiers jours d'Août ,
pour fon Ambaflade de Rome.
Le 20. Mgr le Duc d'Orleans alla
au Conſeil des Finances , où il
inſtalla M. de Fourqueux le Fils :
M. de Fourqueux le Pere rentra
hier dans les fonctions de ſa Charge
de Procureur General de la
Chambre des Compres , à laquelle
il prêta un nouveau Serment.
Le 22. on reprefenta fur le
Théatre de l'Opera , la Tragédie
de Semiramis qui fut honorée de
la prefence de MADAME . La
Piece fut fort applaudie.
Le 23. Mrs le Regent nomma
M. le Duc de Saint Simon , pour ſe
joindre aux Commiſſaires qui tra-
Riij
193 LE MERCURE
vaillent ſur les Projets de M. le
Duc de Noailles , afin de donner
aux Finances une nouvelle Forme ,
qui aille au bien des Peuples.
M. le Chevalier de Gagnieres ,
qui avoit ramaffé avec beaucoup
de ſoin &de dépenſe , une ſuite
trés curieuſe d'Eſtampes & de
Portraits de tous les Rois , Princes
& autres Perſonnes I luſtres dans
toute forte de Genre , a laiſſé en
mourant ſon Cabinet au Roy : Entre
les Pieces les plus remarquables
, on y voit le Portrait du Roy
JEAN , faitde ſon vivant : C'eſt le
plus ancien Tableau qui nous foit
refté en France.
LePape a témoigné à M. l'Abbé
d'Auvergne , la fatisfaction qu'il
avoit de ce qui s'eſt pafflé auChapitre
General de Cluny , où il préfidoit
, en lui envoyant un magnifique
Préfent ; fçavoir une Croix
Pectorale d'Or,une Bague montée
d'une fort belle Emeraude , une
Croffe , un Bougeoir deVermeil&
deux Mitres en broderie d'Or &
d'Argent , enrichies de Pierreries
DE JUILLET. دوو
uneChape ſuperbe,desBrodequins,
&enfin tous les autres Ornemens
pour officier Pontificalement.
Le 24. M. de Cely Intendant de
Metz & M. de Saillant Gouverneur
de la même Ville , ſe ſont reconciliez
; ils s'embraſſerent en
préſencede Mgr le Regent ; & s'en
retournent reprendre les fonctions
de leurs Charges..
La Place de Conſeiller d'Etat
Ordinaire que poſſedoit feu M. de
Harlay, a été donnée à M. Fleuriau
d'Armenonville , Conſeiller
d'Etat de Semeſtre ; & celle de M.
d'Armenonville a été accordée à
M. de Guerchois , Me des Requêtes,
Intendant de la Franche-Comté
, qui a épousé la Scoeur de M. le
Chancelier.
Le25. M. de Guerchois futpréſenté
auRoy, le matin , par Mit le
Regent & par M. le Chancelier.
Le 27. Madame la Ducheſſe de
Berry vintde la Meute , pour voir
l'Opera de Tancrede , qui eſttonjour's
ſuivi avec empreſſement.
M. le Marechal de Villeroy, par
200 LE MERCURE
ordre de S. M. a fait mettre en
Pention auCollege de Beauvais, le
Petit Tourville , connu à laCour ,
ſous le nom du Petit Officier du
Roy. C'eſt une recompense que
méritoit le des-intereſſement deM.
de Tourville Perede ce jeune Enfant
, par le réfus qu'il a fait des
avantages confiderables que le
Czar lui offroit pour emmener fon
Fils dans ſesEtats.
Il ya û dans le Comtéde Namur.
un Orage fi furieux , qu'il y eſt
tombé des grains de Grêle, péſans
cing à fix livres . Un Regiment de
Dragons paflant pour lors en révûé
dans la Campagne , en a été
fort maltraité, puiſque l'on compte
pluſieurs Soldats & Chevaux tuez
ou bleſſez , outre beaucoup d'Hommes
& de Eeftiaux répardus aux
Environs, qui ont us lemême fort
de Paris
Le 16. S. A. Royale a donné
le Château de Chaſville , auprès
du Parc de Meudon , à M. le
Princede Talmont , qui en aura
feulement la jouiſſance pendant
ſavie , fans être tenu d'entretenir
la Maiſon , ni les Jardins.
Le 17. M. l'Abbé du Cambou Aumônier
du Roy , ci-devant Agent
du Clergé , a été nommé à l'Evêché
de Tarbes vaquant depuis
le moisde Décembre. 1715. Il vaut
18à 20000 livres de rentes.
,
Le 18. les fix Gentils -hommes
Rij
وک LE MERCURE
qui avoient été arrétés par ordre
de la Cour, & conduits à la Baſtille&
à Vincennes , en font ſortis ce
matin. Ils ont été accompagnés
par M. le Premier , chez Mgr le
Duc de Chartres. M. de Chiverny
les fit entrer dans l'Appartement.
de ce Prince qui les reçût fort gracieuſement
, & les conduiſit dans
le Cabinet de Mst le Regent.
Lorſqu'ils ûrent fait leur réverense
, Mar le Duc de Chartres pria
S. A. R. d'oublier leurs fautes.
Mgr le Duc d'Orleans lui ayant
accordé cette grace , il ſe tourna
du côté des fix Gentils-hommes ,
leur dit qu'il étoit perfuadé
qu'ils n'avoient pas ûs de mauvaiſes
intentions , & leur ayant
recommandé d'être plus prudens
⚫ à l'avenir : Il rentra dans ſon petit
Cabinet . Les Gentils-hommes fortirent
auffitôt avec Mst le Duc de
Chartres.
On a û nouvelle,que M. le Marquisd'Alincour,
qui étoit reſté dangereuſement
malade à Vienne eſt
tout à fait rétabli. Ce jeune Sei
DE JUILLET .
4
197
gneur a déja monte à Cheval , &
ſe prépare à partir le 20. de ce mois
pour l'Armée de Hongrie.
Le 19. M. le Maréchal de Mone
refquiou , eſt revenu de Bretagne
, où tout eſt dans une grande
tranquillité.
Les Balorsde M. de la Feuillade
ontété portez à la Doiiane &plombeziceDuc
ſe difpoſe à ſe metne en
Route les premiers jours d'Août ,
pour fon Ambaflade de Rome.
Le 20. Mgr le Duc d'Orleans alla
au Conſeil des Finances , où il
inſtalla M. de Fourqueux le Fils :
M. de Fourqueux le Pere rentra
hier dans les fonctions de ſa Charge
de Procureur General de la
Chambre des Compres , à laquelle
il prêta un nouveau Serment.
Le 22. on reprefenta fur le
Théatre de l'Opera , la Tragédie
de Semiramis qui fut honorée de
la prefence de MADAME . La
Piece fut fort applaudie.
Le 23. Mrs le Regent nomma
M. le Duc de Saint Simon , pour ſe
joindre aux Commiſſaires qui tra-
Riij
193 LE MERCURE
vaillent ſur les Projets de M. le
Duc de Noailles , afin de donner
aux Finances une nouvelle Forme ,
qui aille au bien des Peuples.
M. le Chevalier de Gagnieres ,
qui avoit ramaffé avec beaucoup
de ſoin &de dépenſe , une ſuite
trés curieuſe d'Eſtampes & de
Portraits de tous les Rois , Princes
& autres Perſonnes I luſtres dans
toute forte de Genre , a laiſſé en
mourant ſon Cabinet au Roy : Entre
les Pieces les plus remarquables
, on y voit le Portrait du Roy
JEAN , faitde ſon vivant : C'eſt le
plus ancien Tableau qui nous foit
refté en France.
LePape a témoigné à M. l'Abbé
d'Auvergne , la fatisfaction qu'il
avoit de ce qui s'eſt pafflé auChapitre
General de Cluny , où il préfidoit
, en lui envoyant un magnifique
Préfent ; fçavoir une Croix
Pectorale d'Or,une Bague montée
d'une fort belle Emeraude , une
Croffe , un Bougeoir deVermeil&
deux Mitres en broderie d'Or &
d'Argent , enrichies de Pierreries
DE JUILLET. دوو
uneChape ſuperbe,desBrodequins,
&enfin tous les autres Ornemens
pour officier Pontificalement.
Le 24. M. de Cely Intendant de
Metz & M. de Saillant Gouverneur
de la même Ville , ſe ſont reconciliez
; ils s'embraſſerent en
préſencede Mgr le Regent ; & s'en
retournent reprendre les fonctions
de leurs Charges..
La Place de Conſeiller d'Etat
Ordinaire que poſſedoit feu M. de
Harlay, a été donnée à M. Fleuriau
d'Armenonville , Conſeiller
d'Etat de Semeſtre ; & celle de M.
d'Armenonville a été accordée à
M. de Guerchois , Me des Requêtes,
Intendant de la Franche-Comté
, qui a épousé la Scoeur de M. le
Chancelier.
Le25. M. de Guerchois futpréſenté
auRoy, le matin , par Mit le
Regent & par M. le Chancelier.
Le 27. Madame la Ducheſſe de
Berry vintde la Meute , pour voir
l'Opera de Tancrede , qui eſttonjour's
ſuivi avec empreſſement.
M. le Marechal de Villeroy, par
200 LE MERCURE
ordre de S. M. a fait mettre en
Pention auCollege de Beauvais, le
Petit Tourville , connu à laCour ,
ſous le nom du Petit Officier du
Roy. C'eſt une recompense que
méritoit le des-intereſſement deM.
de Tourville Perede ce jeune Enfant
, par le réfus qu'il a fait des
avantages confiderables que le
Czar lui offroit pour emmener fon
Fils dans ſesEtats.
Il ya û dans le Comtéde Namur.
un Orage fi furieux , qu'il y eſt
tombé des grains de Grêle, péſans
cing à fix livres . Un Regiment de
Dragons paflant pour lors en révûé
dans la Campagne , en a été
fort maltraité, puiſque l'on compte
pluſieurs Soldats & Chevaux tuez
ou bleſſez , outre beaucoup d'Hommes
& de Eeftiaux répardus aux
Environs, qui ont us lemême fort
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5126
p. 200-208
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Mre François-Armand de Rohan Prince de Montbazon, Colonel [...]
Mots clefs :
Décès, Colonel, Petite vérole, Seigneur, Docteur en théologie, Cardinal de Noailles, Noblesse, Marquis, Épouse, Greffier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
Mie François-Armand de Rohan
Prince de Montbazon , Colonel :
du Regiment de Picardie ,& Brigadieracs-
Armées du Roy , mouDE
JUILLET. 201
rutde la petite vérolle le 26. Juin
1717. âgé de 35 ans. Il étoit fils
Aîné de Charles de Rohan , Prince
de Guemené , Duc de Monbazon
, Pair de France & de Charlotte
- Elizabeth Cochefilet de
Vauvineux. Il ne laiſſe point d'enfans
de ſon Mariage avec Louife-
Julie de la Tour d'Auvergne ,
qu'il avoit épousée au mois de
Juin 1698. Elle étoit fille de Godefroy-
Maurice de la Tour , Dục
de Boüillon, Pair & Grand Chambelant
de France , &de feuë Marie-
Anne Mancini , Niece du Cardinal
Mazarin. La Maiſon de Rohan
vous doit être ſi connûë qu'il
ſuſfira de vous dire icy , qu'elle
eſt unedes plus anciennes, des puls
puiſſantes &des plus illuſtres du
Royaume. Le Regimentde Picardie
qu'il avoit , a été donné à M. le
Duc de Rohan : Ce Seigneur l'a
cedéàM. le Prince de Montauban
Guidon des Genſdarmes de la Garde
, qui de ſon côté a remis ſa
Charge de Guidon, entre les mains
de M. le Duc de Rohan , pour en
1
i
202 LEMERCURE
diſpoſer comme il le jugera à propos.
Mre Jean-Baptiste-Charles des
Friches de Braſſeuſe de Preſſigny ,.
Docteur en Théologie , Chanoine
&Doyen de l'Egliſe de Paris , depuis
le 12. Decembre 1702. &
Prieur de Conflans, Sainte Honorine
& de Mello, mourut le 28. Juin
1717.âgé de 55 ans après une maladie
trés douloureuſe caufée par
une fortgroffe Pierre , qu'on lui a
trouvée dans les Reins. Il fortoit
d'une Famille Noble , originaire
de la Ville de Melun ,de laquelle
il y a eu pluſieurs Chevaliers de
l'Ordre de Malte , dont le premier
reçû , mourut l'an 1565. La Biſayeule
de feu M. l'Abbé de Preſſigny
étoit de la Maiſonde la Fayette.
Il y avoit près de cent ans, que le
Doyenéd eNotre-Dame n'étoitforde
la Famille de Preſſigny.
M. le Cardinal de Noailles a
donné le Canonicat vacant par
certe Mort,à M. de Gomer de Lufancy
Chonoine de Meaux , d'une
Nobleſſe ancienne &diftinguée de
DE JUILLET . 203
la Province de Picardie. Et le s .
Juillet , le Chapitre a élû pour
Doyen Mre Jacques Alain de Gontaut
, Chanoine & Chantre de la
même Eglife : Il eſt de l'Illußre
Maiſon de Gontaut, & de la Branchedes
Seigneurs de Cabrérés , de
laquelle étoit Jeanne de Gontaut
Trif- ayeule de M. le Cardinal de
Noailles.
Dame Marie- Magdeleine de la
Fayette Epouſe de Me Charles
Bretagne Duc de la Tremoille &
deThoüars, Baron de Vitré, Com
te de Laval , Marquis d'Eſpinay ,
Prince de Tarente , Pair de France,
premierGentilhomme de laChambre
du Roy& Brigadier de ſes Armées
, qu'elle avoit épousé le 1;.
Avril 1706,mourut le 6 Juillet âgée
de 25 ans & huit mois , laiſſantun
fils unique : Elle étoit fille unique
d'Armand Renaud , Comte de la
Fayette,ColonelduRegiment de la
Fere , & Brigadier Général des Armées
du Roy , mort le 12 Aouft
1694 , &de Dame Jeanne Marie
Magdeleine de Marillac , fille de
204 LE MERCURE
M. de Marillac aujourd'hui Doyen
des Conſeillers d'Etat ; la Maiſon
de la Fayette eſt originaire & une
des plus anciennes & des plus Illuftresde
la Province d'Auvergner
Antoine Seigneur de le Fayette ,
cinquième Ayeul de Mde la Ducheſſede
la Tremoille , étoit Maître
de l'Artillerie ſous Louis XII.
&Gilbert Mottier Seigneur de la
Fayette ſon VII . Ayeul, fut fait
Maréchal de Francedés l'an 1421.
Ses Alliances ſont avec les Maifons
de Joyeuſe ,de Montboiffier,
de Polignac,de Jaucours , de Silly,
d'Eſcars , de Vienne , Daillon du
Lude , de la Tour d'Auvergne ,
de Rivoire , de Montmorin , d'Alégre
, d'Apcher , de Bourbon-
Charlus , Bourbon Buffet , Dreux
Morinville , de Chaumont, de Paffeuquieres
de Broüilly , &c. &
Elle ſubſiſte encore dans la Branche
des Seigneurs de Champeſticres
en Auvergne , connus de tout
temps ſous le nom de Motrier , auquel
ilsort joint celui de la Fayette
depuis l'extinction de la Branche
د
DE JUILLET 205
the des Comtes de la Fayette .
Mre Louis Marquis deMontefquiou
, fils unique de Me le Maréchal
de Monteſquiou ,& Colonel
* du Regiment d'Iſenghien, mourur
de la petite verole les Juillet azé
de dix-ſept àdix-huit ans , c'étoit
un jeune Seigneur de grande eſperance
,je vous inftruifis ſuffiſament
de ſa Maiſon , qui eſt une des plus
anciennes& des plus Illuſtres du
Royaume, lorſqu'il eût l'agrément
de ce Régiment. Le Régiment a été
accordé àM. fon pere, pour endifpoſeràſavolonté.
L'on a cû avis que Mre Roger de
la Roche- Foucault, Prince de Marfillac
, Abbé du Bec & de Font-
Froide , étoit mort de la petite
verole à Bude le 23 May dernier ,
âgé de 30 ans , il étoit fils aîné de
Mre François de la Roche- Foucault
VIII du nom , Duc de la Roche-
Foucault ,&de Dame Magdeléne
Charlotte le Tellier de Louvoy.
Il laiſſe pour plus de 60000 liv. de
rentes de Benefices vacants. Le
Prieuréde Conflans Sainte Honori-
Juillet 1717.
S
206 LE MERCURE
*
ne , qui étoit à ſa nomination , &
dont étoit pourvû M. de Preſſigny,
a été donné à M. l'Abbé Tambonneau
Chanoine de Notre-Dame ,
&Parentde ſon Eminence.
Dame Madeléne Emilie de
Maſcranni Epouſe de Mue François
Joachim Bernard Potier , Marquis
de Gefyres , Premier Gentil-hommede
la Chambre du Roy , Meftre
de Camp d'un Regiment de Cavalerie
, mourût ſans poſterité le 9
Juillet âgée de 25 ans&neufmois.
Elle étoit fille unique de feu Mre
Barthelemy de Maſcranny , Maître
des Requêtes , &de Dame Jeanne
Baptiste le Fevre de Caumartin.
La Famille de Maſcranny eſt une
des plus anciennes du Païs des
Grifons , elle fut attirée en Fran--
ce ,tant par la follicitation deMefſieurs
de Gondy , dont ils étoient
Parens, qu'à cauſe des Guerres qui
défoloient tout le Païs. Les Terres
& les grands biens qu'elle y poffedoit
, joins à pluſieurs Eglifes
que ſes Ancêtres y ont fondées
paroiffent autant de monumens de
fon ancienneré .
,
DE JUILLET. 207
Louis XIII . Thonnora d'une
Fleur de Lys dans ſes Armoiries .
Il ya près de 100 ans qu'elle a
entrée dans l'Ordre de Malthe .
Les Auteurs qui ont écrit de la
Ville de Chavannes , font mention
de cette Maifon comme de
l'une des plus diſtinguées dans le
Païs des Grifons : Voyez le grand
Atlas de Bleu d'Avity & c .
,
M. de Buzanval ci-devant
Lieutenant des Gendarmes mourut
le .... de Juillet , âgéde plus
de80. ans.
Mre Achille de Harlay Comte
de Beaumont , Conſeiller d'Etar
Ordinaire,fils dufeuPremierPrefi
dentde ce nom,décéda le 23.après
une trés longue maladie , en fa
49. année. Ilne laiſſe qu'une fille
mariée depuis quelques années ,
avec M. le Prince de Tingry ,
fils puiſné de M. le Maréchal de
Luxembourg.
1
Mte Nicolas Dongois Greffier
en Chef du Parlement , mourut
le 23. Juillet , âgé de 83. ans.
Sa Charge eſt poſlédée préſentes
Sij
208 LE MERCUR E
iment par M. Gilbert de Voiſin
qui en avoit la ſurvivance. Il eſt
fecond fils de Mr Gilbert , Prédent
de la Chambre des Enquêtes.
qui avoit épousé la fille unique
de M. Dongois .
Mie François-Armand de Rohan
Prince de Montbazon , Colonel :
du Regiment de Picardie ,& Brigadieracs-
Armées du Roy , mouDE
JUILLET. 201
rutde la petite vérolle le 26. Juin
1717. âgé de 35 ans. Il étoit fils
Aîné de Charles de Rohan , Prince
de Guemené , Duc de Monbazon
, Pair de France & de Charlotte
- Elizabeth Cochefilet de
Vauvineux. Il ne laiſſe point d'enfans
de ſon Mariage avec Louife-
Julie de la Tour d'Auvergne ,
qu'il avoit épousée au mois de
Juin 1698. Elle étoit fille de Godefroy-
Maurice de la Tour , Dục
de Boüillon, Pair & Grand Chambelant
de France , &de feuë Marie-
Anne Mancini , Niece du Cardinal
Mazarin. La Maiſon de Rohan
vous doit être ſi connûë qu'il
ſuſfira de vous dire icy , qu'elle
eſt unedes plus anciennes, des puls
puiſſantes &des plus illuſtres du
Royaume. Le Regimentde Picardie
qu'il avoit , a été donné à M. le
Duc de Rohan : Ce Seigneur l'a
cedéàM. le Prince de Montauban
Guidon des Genſdarmes de la Garde
, qui de ſon côté a remis ſa
Charge de Guidon, entre les mains
de M. le Duc de Rohan , pour en
1
i
202 LEMERCURE
diſpoſer comme il le jugera à propos.
Mre Jean-Baptiste-Charles des
Friches de Braſſeuſe de Preſſigny ,.
Docteur en Théologie , Chanoine
&Doyen de l'Egliſe de Paris , depuis
le 12. Decembre 1702. &
Prieur de Conflans, Sainte Honorine
& de Mello, mourut le 28. Juin
1717.âgé de 55 ans après une maladie
trés douloureuſe caufée par
une fortgroffe Pierre , qu'on lui a
trouvée dans les Reins. Il fortoit
d'une Famille Noble , originaire
de la Ville de Melun ,de laquelle
il y a eu pluſieurs Chevaliers de
l'Ordre de Malte , dont le premier
reçû , mourut l'an 1565. La Biſayeule
de feu M. l'Abbé de Preſſigny
étoit de la Maiſonde la Fayette.
Il y avoit près de cent ans, que le
Doyenéd eNotre-Dame n'étoitforde
la Famille de Preſſigny.
M. le Cardinal de Noailles a
donné le Canonicat vacant par
certe Mort,à M. de Gomer de Lufancy
Chonoine de Meaux , d'une
Nobleſſe ancienne &diftinguée de
DE JUILLET . 203
la Province de Picardie. Et le s .
Juillet , le Chapitre a élû pour
Doyen Mre Jacques Alain de Gontaut
, Chanoine & Chantre de la
même Eglife : Il eſt de l'Illußre
Maiſon de Gontaut, & de la Branchedes
Seigneurs de Cabrérés , de
laquelle étoit Jeanne de Gontaut
Trif- ayeule de M. le Cardinal de
Noailles.
Dame Marie- Magdeleine de la
Fayette Epouſe de Me Charles
Bretagne Duc de la Tremoille &
deThoüars, Baron de Vitré, Com
te de Laval , Marquis d'Eſpinay ,
Prince de Tarente , Pair de France,
premierGentilhomme de laChambre
du Roy& Brigadier de ſes Armées
, qu'elle avoit épousé le 1;.
Avril 1706,mourut le 6 Juillet âgée
de 25 ans & huit mois , laiſſantun
fils unique : Elle étoit fille unique
d'Armand Renaud , Comte de la
Fayette,ColonelduRegiment de la
Fere , & Brigadier Général des Armées
du Roy , mort le 12 Aouft
1694 , &de Dame Jeanne Marie
Magdeleine de Marillac , fille de
204 LE MERCURE
M. de Marillac aujourd'hui Doyen
des Conſeillers d'Etat ; la Maiſon
de la Fayette eſt originaire & une
des plus anciennes & des plus Illuftresde
la Province d'Auvergner
Antoine Seigneur de le Fayette ,
cinquième Ayeul de Mde la Ducheſſede
la Tremoille , étoit Maître
de l'Artillerie ſous Louis XII.
&Gilbert Mottier Seigneur de la
Fayette ſon VII . Ayeul, fut fait
Maréchal de Francedés l'an 1421.
Ses Alliances ſont avec les Maifons
de Joyeuſe ,de Montboiffier,
de Polignac,de Jaucours , de Silly,
d'Eſcars , de Vienne , Daillon du
Lude , de la Tour d'Auvergne ,
de Rivoire , de Montmorin , d'Alégre
, d'Apcher , de Bourbon-
Charlus , Bourbon Buffet , Dreux
Morinville , de Chaumont, de Paffeuquieres
de Broüilly , &c. &
Elle ſubſiſte encore dans la Branche
des Seigneurs de Champeſticres
en Auvergne , connus de tout
temps ſous le nom de Motrier , auquel
ilsort joint celui de la Fayette
depuis l'extinction de la Branche
د
DE JUILLET 205
the des Comtes de la Fayette .
Mre Louis Marquis deMontefquiou
, fils unique de Me le Maréchal
de Monteſquiou ,& Colonel
* du Regiment d'Iſenghien, mourur
de la petite verole les Juillet azé
de dix-ſept àdix-huit ans , c'étoit
un jeune Seigneur de grande eſperance
,je vous inftruifis ſuffiſament
de ſa Maiſon , qui eſt une des plus
anciennes& des plus Illuſtres du
Royaume, lorſqu'il eût l'agrément
de ce Régiment. Le Régiment a été
accordé àM. fon pere, pour endifpoſeràſavolonté.
L'on a cû avis que Mre Roger de
la Roche- Foucault, Prince de Marfillac
, Abbé du Bec & de Font-
Froide , étoit mort de la petite
verole à Bude le 23 May dernier ,
âgé de 30 ans , il étoit fils aîné de
Mre François de la Roche- Foucault
VIII du nom , Duc de la Roche-
Foucault ,&de Dame Magdeléne
Charlotte le Tellier de Louvoy.
Il laiſſe pour plus de 60000 liv. de
rentes de Benefices vacants. Le
Prieuréde Conflans Sainte Honori-
Juillet 1717.
S
206 LE MERCURE
*
ne , qui étoit à ſa nomination , &
dont étoit pourvû M. de Preſſigny,
a été donné à M. l'Abbé Tambonneau
Chanoine de Notre-Dame ,
&Parentde ſon Eminence.
Dame Madeléne Emilie de
Maſcranni Epouſe de Mue François
Joachim Bernard Potier , Marquis
de Gefyres , Premier Gentil-hommede
la Chambre du Roy , Meftre
de Camp d'un Regiment de Cavalerie
, mourût ſans poſterité le 9
Juillet âgée de 25 ans&neufmois.
Elle étoit fille unique de feu Mre
Barthelemy de Maſcranny , Maître
des Requêtes , &de Dame Jeanne
Baptiste le Fevre de Caumartin.
La Famille de Maſcranny eſt une
des plus anciennes du Païs des
Grifons , elle fut attirée en Fran--
ce ,tant par la follicitation deMefſieurs
de Gondy , dont ils étoient
Parens, qu'à cauſe des Guerres qui
défoloient tout le Païs. Les Terres
& les grands biens qu'elle y poffedoit
, joins à pluſieurs Eglifes
que ſes Ancêtres y ont fondées
paroiffent autant de monumens de
fon ancienneré .
,
DE JUILLET. 207
Louis XIII . Thonnora d'une
Fleur de Lys dans ſes Armoiries .
Il ya près de 100 ans qu'elle a
entrée dans l'Ordre de Malthe .
Les Auteurs qui ont écrit de la
Ville de Chavannes , font mention
de cette Maifon comme de
l'une des plus diſtinguées dans le
Païs des Grifons : Voyez le grand
Atlas de Bleu d'Avity & c .
,
M. de Buzanval ci-devant
Lieutenant des Gendarmes mourut
le .... de Juillet , âgéde plus
de80. ans.
Mre Achille de Harlay Comte
de Beaumont , Conſeiller d'Etar
Ordinaire,fils dufeuPremierPrefi
dentde ce nom,décéda le 23.après
une trés longue maladie , en fa
49. année. Ilne laiſſe qu'une fille
mariée depuis quelques années ,
avec M. le Prince de Tingry ,
fils puiſné de M. le Maréchal de
Luxembourg.
1
Mte Nicolas Dongois Greffier
en Chef du Parlement , mourut
le 23. Juillet , âgé de 83. ans.
Sa Charge eſt poſlédée préſentes
Sij
208 LE MERCUR E
iment par M. Gilbert de Voiſin
qui en avoit la ſurvivance. Il eſt
fecond fils de Mr Gilbert , Prédent
de la Chambre des Enquêtes.
qui avoit épousé la fille unique
de M. Dongois .
Fermer
5127
p. 208
MARIAGE.
Début :
Le 20. du mois dernier M. Poncher Avocat General des [...]
Mots clefs :
Avocat général, Requêtes, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Le 20. du mois dernier M. Poncher
Avocat General desRequêtes
de l'Hotel , fils unique de M.
Poncher ancien Me des Requêtes.
*époufa Mlle Arnaud , fille unique
de feu M.Arnaud , cy devant
Tréſorier de l'Extraordinaire des
Cuerres &depuis FermierGeneral.
* Si l'Epithalame que M. Marais
de la Tour a fait sur ce mariage ,
ne m'avoit pas été envoyée troptard,
je me ferois fait un plaisir d'en
orner leMercure.
Le 20. du mois dernier M. Poncher
Avocat General desRequêtes
de l'Hotel , fils unique de M.
Poncher ancien Me des Requêtes.
*époufa Mlle Arnaud , fille unique
de feu M.Arnaud , cy devant
Tréſorier de l'Extraordinaire des
Cuerres &depuis FermierGeneral.
* Si l'Epithalame que M. Marais
de la Tour a fait sur ce mariage ,
ne m'avoit pas été envoyée troptard,
je me ferois fait un plaisir d'en
orner leMercure.
Fermer
5128
p. 208-209
SUPPLÉMENT. Extrait d'une Lettre écrite du Camp devant Bellegrade le 24. Juin 1717, par un General Allemand à M. le Comte de Gergy, Envoyé de France à Ratisbonne.
Début :
Son A. S. Mgr le Comte de Charolois, n'a point encore [...]
Mots clefs :
Comte, Equipage, Prince, Esprit, Mérite, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT. Extrait d'une Lettre écrite du Camp devant Bellegrade le 24. Juin 1717, par un General Allemand à M. le Comte de Gergy, Envoyé de France à Ratisbonne.
SUPPLEMENT .
Extrait d'une Lettre écrite du
Camp devant Bellegrade le 24.
Juin 1717 , par un General
Allemand à M. le Comte de
Gergy , Envoyé de France à
Ratisbonne.
Son A. S. Mgr le Comte de
Chatolois , n'a point encore d'EDE
JUILLET. 109
& la
quipages ; il ſe ſert des Tentes
&des Chevaux du PrinceEugene,
qui lui rend tous les honneurs
qui ſont dûs àun Prince du Sang
de France ; il joüit d'une ſanté
parfaite, & ſe fait autant admifer
par få figure que par la vivacité
de fon eſprit ,
grandeur de fon courage , il femble
qu'il n'ait fait autre chofe
toute ſa vie que le métier de la
Guerre ; il eſt à cheval des journées
entieres par une chaleur extréme
, & pafle les nuits froides
qui y fuccédent, dans les Marais
du Danube , couché entre deux
faſcines:Telle eſt la vie qu'il a me
née dans nos dernieres marches ;
ce qu'il y a de bon , c'eſt qu'il y
dort comme à Chantilly , &qu'il
n'a que meilleur appetit à fon
réveil ; il eſt poly & honnête pour
tout le monde. Il a dîné aujourd'huy
chez M. le Duc d'Arem--
remberg , où j'étois témoin de
tout ce que j'ai l'honneur de vo us
mander..
Extrait d'une Lettre écrite du
Camp devant Bellegrade le 24.
Juin 1717 , par un General
Allemand à M. le Comte de
Gergy , Envoyé de France à
Ratisbonne.
Son A. S. Mgr le Comte de
Chatolois , n'a point encore d'EDE
JUILLET. 109
& la
quipages ; il ſe ſert des Tentes
&des Chevaux du PrinceEugene,
qui lui rend tous les honneurs
qui ſont dûs àun Prince du Sang
de France ; il joüit d'une ſanté
parfaite, & ſe fait autant admifer
par få figure que par la vivacité
de fon eſprit ,
grandeur de fon courage , il femble
qu'il n'ait fait autre chofe
toute ſa vie que le métier de la
Guerre ; il eſt à cheval des journées
entieres par une chaleur extréme
, & pafle les nuits froides
qui y fuccédent, dans les Marais
du Danube , couché entre deux
faſcines:Telle eſt la vie qu'il a me
née dans nos dernieres marches ;
ce qu'il y a de bon , c'eſt qu'il y
dort comme à Chantilly , &qu'il
n'a que meilleur appetit à fon
réveil ; il eſt poly & honnête pour
tout le monde. Il a dîné aujourd'huy
chez M. le Duc d'Arem--
remberg , où j'étois témoin de
tout ce que j'ai l'honneur de vo us
mander..
Fermer
5129
p. 210-215
Extrait d'une Lettre de la Rochelle du 5. Juillet 1717.
Début :
La petite Révolution qui vient d'arriver à la Martinique, est [...]
Mots clefs :
Révolution, Conseil, Marine, Négociants, Commerce, Échange, Étrangers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de la Rochelle du 5. Juillet 1717.
Extrait d'une Lettre de la Rochelle
du s. Juillet 1717 .
La petite Révolution qui vient
d'arriver à la Martinique , eſt une:
Nouvelle qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez:
Pour mieux vous mettre au
fait , ileſt à propos de ſçavoir que:
Dans. I E bliſſement du Confeil
de Marine , les Negotians de
Nantes,de la Rochelle& de Bourdeaux
, avoient repréſenté que M.
Duquêne, Gouvr. General,&M.de
VaucieſlonIntendantayant accordé
aux Anglois d'apporterdes Farinnos
à la Martinique en échange de:
Sucre; leCommerce de France en
avoit beaucoup fouffert , parce que
les Bâtimens François étant obligez'de
donner leurs Marchandises
à bas prix , & étant contraints de
recevoir en troque du Suce , quelesAnglois
avoient fait réhauffer
ils en recevoient un préjudice con
iderable. Sur cette repreſentation,
on rapella M. Duquêne & M. de
Vaucreflon. Le Conſeil ſubſtitua
DE JUILLET 211
au premier M. de la Varenne , &
au ſecond M. de Ricouart : Ces
Mrs firent à leur arrivée dans l'iſſe
des recherches exactes de ceux qui
avoient commercé avec les Etrangers,&
impoférent unnouveauDroit
de; o.f.par quintaldeSucre.CenouvelEtabliſſement,
dans un Païs où
le Peuple ſe croit preſque indepen
dant , ayant aigri les Eſprits , les
Sieurs Dubuth Lieutenant Colonel
de Milice , & Hauterive , Procureur
General du Confeil Supe-
Neur , formérent le deſſein de tirer
P'ifle de la Servitude , où ils prétendoient
qu'elle étoittombée; ils
envoyérent des Billets à tous les
Habitans de la Colonie , aves ordrede
ſe trouver un certain jour à
pluſieurs Rendez-vous , & d'y ve-
Air armez , ſous peine de la vie , &
de voir leurs Habitations brûlées.
Quoique M. de la Varenne fût
averti , qu'il ſe trâmoit quelque
choſe, il négligea cet avis , perfua
dé que ces Infulaires ne pren
droient pasla refolutiondes'aſſem
bler ; il partit même deux jours
212 LE MERCURE
aprés , accompagné de M. l'Intendant
&de tous les Conſeillers
duConſeil Superieur,pour aller faire
laViſite duQuartier duDiamant,
où s'étoit fait le principal Commerce
avecles Anglois,&faire condamner
les Coupables. Aprés plu
fieurs Recherches& Informations ,
il revint dîner à l'Habitation de
Me Papin fur la Riviere duLamentin;
lesMécontens avec leurs Chefs
en étant informez , entourérent la
Maiſon , où le General étoit à Tableavec
l'Intendant; & quelque
uns étant entrez dans la Cour , ils
•cafférent les Vitres de la Salle , où
ces Meſſieurs étoient affemblez . Le
General ſe leva , & ménaça de
faire pendre les Infolens qui perdoient
le reſpect dû à ſon Caractere
.Là-deflus,le St Dubuth s'avança
, & le ſaiſiſſant , lui dit , de ne
plus parler ſur ce ton , parce que
ſa viedépendoitpréſentementde la
volonté esHabitans,il le fit monter
avec l'Intendant dans une Chambrehaute,&
mit un Corps deGardes
à laPorte; le lendemain lesMé
• DE JUILLET. 213
contens les conduifirent au Bourg
du Fort Saint Pierre , & les ayant
renfermez dans la Maiſon d'un
Particulier, ilspropoférent 4. par .
tis differens , au ſujet de leurs Prifonniers
. Ils ſe déterminérent enfin,
à lesrenvoyer. LesSrs Dubuth &
Hauterive , ayant fait venir le Capitaine
d'un petit Bâtiment de la
Rochelle , appelléle Gedeon qui
alloit partir , le firent jurer de remettre
les deux Priſonniers en
France , de porter à la Pofte de la
Rochelle les Paquets qu'ils adreffoient
au Roy , pour justifier leur
conduite; ilstirérent le General&
l'Intendant de la Priſon où ila
étoient , les firent conduire àBord
du Gedeon , & leur défendirent
deleur Autorité privée , de remettre
lespieds dans l'Iſle. Pour mieux
s'aflürer de la Route du Vaiſſeau ,
ils les firent accompagner pardeux
Pirogues bien armées , juſqu'à 12 .
lieuës au large. LeGeneral & l'Intendant
arrivérent , enfinicy le 3 .
de cemoisau ſoir,trésfatiguez de la
214 LE MERCURE
traverſe, ayant été fort tourmentez
de laMer , à cauſe de la petiteſſe
de leurs Bâtimens. Le Capitaine a
même été obligé de leur prêter du
Linge, pour changer. Ils n'avoient
Plus que pour deux jours de vi-
Vres, quand ils ont abordé à la Rochelle.
Nous apprenons cependant,
que tout eit calme dans l'ifle , &
queleshabitans ſe ſoûmettront toujours
aux ordres de la Cour.
Il n'eſt que trop ordinaire sau
Gazetier d'Amſterdam , d'avancer
dans l'Article de Paris ,quantiré
de Faits faux , fur la foy des
Mémoires qu'on lui envoye ; tel
eſt leſuivant , dans le Supplément
des Nouvelles d'Amſterdam du
16. Juillet 1717.0n y lit ces paroles .
Les Peres Tenier , l'Allemant &
Tournemine ont été voir M. l'Archevêque
de Reims à S. Thierry ,
prés de Reims , où ildemeure. Il eſt
certain que le Pere Tournemine
n'a point été abſent du College ;
ſionavoit beſoin de Témoins pour
arreſter cette vérité , on produiroit
plus de 700. perſonnes qui deDE
JUILLET.
215
meurent dans cette Maiſon , &
qui pour la plûpart , l'ont vû tous
les jours , fans compter beaucoup
d'autres. De plus il me paroît
qu'on lui donnedes Compagnons
de Voyage , auſquels ſes amis ſçavent
qu'il ne feroit pas aiſéde le
joindre. Je pourrois rapporter pluſieurs
autres Erreurs ſemblables ,
qu'il ſeroit cependant utile de relever
, pour rendre témoignage à la
Verité.
du s. Juillet 1717 .
La petite Révolution qui vient
d'arriver à la Martinique , eſt une:
Nouvelle qui mérite bien que je
vous en communique les particularitez:
Pour mieux vous mettre au
fait , ileſt à propos de ſçavoir que:
Dans. I E bliſſement du Confeil
de Marine , les Negotians de
Nantes,de la Rochelle& de Bourdeaux
, avoient repréſenté que M.
Duquêne, Gouvr. General,&M.de
VaucieſlonIntendantayant accordé
aux Anglois d'apporterdes Farinnos
à la Martinique en échange de:
Sucre; leCommerce de France en
avoit beaucoup fouffert , parce que
les Bâtimens François étant obligez'de
donner leurs Marchandises
à bas prix , & étant contraints de
recevoir en troque du Suce , quelesAnglois
avoient fait réhauffer
ils en recevoient un préjudice con
iderable. Sur cette repreſentation,
on rapella M. Duquêne & M. de
Vaucreflon. Le Conſeil ſubſtitua
DE JUILLET 211
au premier M. de la Varenne , &
au ſecond M. de Ricouart : Ces
Mrs firent à leur arrivée dans l'iſſe
des recherches exactes de ceux qui
avoient commercé avec les Etrangers,&
impoférent unnouveauDroit
de; o.f.par quintaldeSucre.CenouvelEtabliſſement,
dans un Païs où
le Peuple ſe croit preſque indepen
dant , ayant aigri les Eſprits , les
Sieurs Dubuth Lieutenant Colonel
de Milice , & Hauterive , Procureur
General du Confeil Supe-
Neur , formérent le deſſein de tirer
P'ifle de la Servitude , où ils prétendoient
qu'elle étoittombée; ils
envoyérent des Billets à tous les
Habitans de la Colonie , aves ordrede
ſe trouver un certain jour à
pluſieurs Rendez-vous , & d'y ve-
Air armez , ſous peine de la vie , &
de voir leurs Habitations brûlées.
Quoique M. de la Varenne fût
averti , qu'il ſe trâmoit quelque
choſe, il négligea cet avis , perfua
dé que ces Infulaires ne pren
droient pasla refolutiondes'aſſem
bler ; il partit même deux jours
212 LE MERCURE
aprés , accompagné de M. l'Intendant
&de tous les Conſeillers
duConſeil Superieur,pour aller faire
laViſite duQuartier duDiamant,
où s'étoit fait le principal Commerce
avecles Anglois,&faire condamner
les Coupables. Aprés plu
fieurs Recherches& Informations ,
il revint dîner à l'Habitation de
Me Papin fur la Riviere duLamentin;
lesMécontens avec leurs Chefs
en étant informez , entourérent la
Maiſon , où le General étoit à Tableavec
l'Intendant; & quelque
uns étant entrez dans la Cour , ils
•cafférent les Vitres de la Salle , où
ces Meſſieurs étoient affemblez . Le
General ſe leva , & ménaça de
faire pendre les Infolens qui perdoient
le reſpect dû à ſon Caractere
.Là-deflus,le St Dubuth s'avança
, & le ſaiſiſſant , lui dit , de ne
plus parler ſur ce ton , parce que
ſa viedépendoitpréſentementde la
volonté esHabitans,il le fit monter
avec l'Intendant dans une Chambrehaute,&
mit un Corps deGardes
à laPorte; le lendemain lesMé
• DE JUILLET. 213
contens les conduifirent au Bourg
du Fort Saint Pierre , & les ayant
renfermez dans la Maiſon d'un
Particulier, ilspropoférent 4. par .
tis differens , au ſujet de leurs Prifonniers
. Ils ſe déterminérent enfin,
à lesrenvoyer. LesSrs Dubuth &
Hauterive , ayant fait venir le Capitaine
d'un petit Bâtiment de la
Rochelle , appelléle Gedeon qui
alloit partir , le firent jurer de remettre
les deux Priſonniers en
France , de porter à la Pofte de la
Rochelle les Paquets qu'ils adreffoient
au Roy , pour justifier leur
conduite; ilstirérent le General&
l'Intendant de la Priſon où ila
étoient , les firent conduire àBord
du Gedeon , & leur défendirent
deleur Autorité privée , de remettre
lespieds dans l'Iſle. Pour mieux
s'aflürer de la Route du Vaiſſeau ,
ils les firent accompagner pardeux
Pirogues bien armées , juſqu'à 12 .
lieuës au large. LeGeneral & l'Intendant
arrivérent , enfinicy le 3 .
de cemoisau ſoir,trésfatiguez de la
214 LE MERCURE
traverſe, ayant été fort tourmentez
de laMer , à cauſe de la petiteſſe
de leurs Bâtimens. Le Capitaine a
même été obligé de leur prêter du
Linge, pour changer. Ils n'avoient
Plus que pour deux jours de vi-
Vres, quand ils ont abordé à la Rochelle.
Nous apprenons cependant,
que tout eit calme dans l'ifle , &
queleshabitans ſe ſoûmettront toujours
aux ordres de la Cour.
Il n'eſt que trop ordinaire sau
Gazetier d'Amſterdam , d'avancer
dans l'Article de Paris ,quantiré
de Faits faux , fur la foy des
Mémoires qu'on lui envoye ; tel
eſt leſuivant , dans le Supplément
des Nouvelles d'Amſterdam du
16. Juillet 1717.0n y lit ces paroles .
Les Peres Tenier , l'Allemant &
Tournemine ont été voir M. l'Archevêque
de Reims à S. Thierry ,
prés de Reims , où ildemeure. Il eſt
certain que le Pere Tournemine
n'a point été abſent du College ;
ſionavoit beſoin de Témoins pour
arreſter cette vérité , on produiroit
plus de 700. perſonnes qui deDE
JUILLET.
215
meurent dans cette Maiſon , &
qui pour la plûpart , l'ont vû tous
les jours , fans compter beaucoup
d'autres. De plus il me paroît
qu'on lui donnedes Compagnons
de Voyage , auſquels ſes amis ſçavent
qu'il ne feroit pas aiſéde le
joindre. Je pourrois rapporter pluſieurs
autres Erreurs ſemblables ,
qu'il ſeroit cependant utile de relever
, pour rendre témoignage à la
Verité.
Fermer
5130
p. 215
« Le Sieur Bailleul Géographe, demeurant sur le Petit Pont attenant [...] »
Début :
Le Sieur Bailleul Géographe, demeurant sur le Petit Pont attenant [...]
Mots clefs :
Géographe, Gravure, Comédies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Bailleul Géographe, demeurant sur le Petit Pont attenant [...] »
Le Sieur Bailleul Géographe ,
demeurant ſur le Petit Pont attenant
leGrand Monarque , a gravé
un trés- beau Plan de Bellegrade ,
avec tous les nouveaux Ouvrages
que lesTurcs y ont faits. Il y a joint
la Carte desEnvirons de cette Place
, trés exactement levée ſur les
lieux.
On vend chez Coutelier , Quai
des Auguſtins , les Comedies de
Terence , traduites par Madame
Daçier. Nouvelle Edition .
demeurant ſur le Petit Pont attenant
leGrand Monarque , a gravé
un trés- beau Plan de Bellegrade ,
avec tous les nouveaux Ouvrages
que lesTurcs y ont faits. Il y a joint
la Carte desEnvirons de cette Place
, trés exactement levée ſur les
lieux.
On vend chez Coutelier , Quai
des Auguſtins , les Comedies de
Terence , traduites par Madame
Daçier. Nouvelle Edition .
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5131
s. p.
APPORBATION.
Début :
J'ai lû par Ordre de Monseigneur le Chancelier le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPORBATION.
APPROBATION.
J'ai lu par Ordre de Monfeigneur
le Chancelier leMerowe
de Juillet 1717. où je n'ay rien
trouvé , qui en puiffe empêcher
l'impreſſion. Fait à Paris ce 29.
Juillet 1717.
TERRASSON,
J'ai lu par Ordre de Monfeigneur
le Chancelier leMerowe
de Juillet 1717. où je n'ay rien
trouvé , qui en puiffe empêcher
l'impreſſion. Fait à Paris ce 29.
Juillet 1717.
TERRASSON,
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5132
s. p.
TABLE.
Début :
Reflexions sur l'Art de parler en Public, Epitre en Vers à M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
Eflexions fur l'Art de parler en Public ,
Rexton
5
Vers à M. le Duc de Noailles , par
M. le Grand.
37
Sur l'Amour par le même. 41
LePantheon B..chique. 45
Bouquet.
Madrigal fur un Nooeud d'Epée.
Journal de Hongrie.
Etat des Troupes de Farmée Imperiale.
Suite du Journal de Rose.
so
5.
γι
65
69
Journal de Paris. وا
Lettres Curieuſes. ry
Fable fut la Groffene de S. A. S. Madane la
PrincelledeConty par M. Fuſel.er . 127
▲Mlie de Lu , Fable allegorique , par M.
le Chevalier de S. Jory. 135
LeMerite&la Fortune , Fable. 335
Reflexions fur la Tragedie de Semiramis. 119
Enigmes. 184
Charfon. 186
Suite de Journal de Hongrie.
Suite du Journal de Paris.
Article des Morts.
Morave.
Suplément.
Extrait d'une Lettre de la Rochelle.
187
195
210
238
20
zio
Eflexions fur l'Art de parler en Public ,
Rexton
5
Vers à M. le Duc de Noailles , par
M. le Grand.
37
Sur l'Amour par le même. 41
LePantheon B..chique. 45
Bouquet.
Madrigal fur un Nooeud d'Epée.
Journal de Hongrie.
Etat des Troupes de Farmée Imperiale.
Suite du Journal de Rose.
so
5.
γι
65
69
Journal de Paris. وا
Lettres Curieuſes. ry
Fable fut la Groffene de S. A. S. Madane la
PrincelledeConty par M. Fuſel.er . 127
▲Mlie de Lu , Fable allegorique , par M.
le Chevalier de S. Jory. 135
LeMerite&la Fortune , Fable. 335
Reflexions fur la Tragedie de Semiramis. 119
Enigmes. 184
Charfon. 186
Suite de Journal de Hongrie.
Suite du Journal de Paris.
Article des Morts.
Morave.
Suplément.
Extrait d'une Lettre de la Rochelle.
187
195
210
238
20
zio
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5133
s. p.
AVIS
Début :
Je viens d'apprendre que l'Avis au Lecteur, & les Réflexions sur [...]
Mots clefs :
Art, Orateur, Talents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS
AVIS
viens d'apprendre que l'Avis ass
LesRéflexionssur l'Art
de parler en Public , qui ſont à la tête
du Mercure de Juillet , ont pour Auteur
M. POISSON, Comedien de S. M.
le Roy dePologne & Electeur de Saxe .
On peut juger par ce Morceau Litteraire
, qu'il doit être un Acteur diftingué
ſur la Scene. Ne diroi-t - on pas
que les Talens font héreditaires dans
de certaines familles, comme les Biens;
car il y a long - tems que Mrs Poiffons
ont acquis la poſſeſſion de ſe faire applaudir
fur le Theatre François. Pourquoi
cela c'eſt qu'ils joient naturellement
Ala page 33. lig. 12. de ĉes Réflexions
&c. comme les ombres aux Tombeaux ,
corrigés aux Tableaux .
viens d'apprendre que l'Avis ass
LesRéflexionssur l'Art
de parler en Public , qui ſont à la tête
du Mercure de Juillet , ont pour Auteur
M. POISSON, Comedien de S. M.
le Roy dePologne & Electeur de Saxe .
On peut juger par ce Morceau Litteraire
, qu'il doit être un Acteur diftingué
ſur la Scene. Ne diroi-t - on pas
que les Talens font héreditaires dans
de certaines familles, comme les Biens;
car il y a long - tems que Mrs Poiffons
ont acquis la poſſeſſion de ſe faire applaudir
fur le Theatre François. Pourquoi
cela c'eſt qu'ils joient naturellement
Ala page 33. lig. 12. de ĉes Réflexions
&c. comme les ombres aux Tombeaux ,
corrigés aux Tableaux .
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5134
s. p.
« On vend chez Pierre Ribou, Quay des Augustins, à l'Image [...] »
Début :
On vend chez Pierre Ribou, Quay des Augustins, à l'Image [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Tsar, Abrégé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On vend chez Pierre Ribou, Quay des Augustins, à l'Image [...] »
On vend chez PIERRE RIBOU,Quay
des Auguſtins , à l'Image S. Loüis , &
chezGREGOIRE DUPUIS,à la Fontaine
d'or , rue S. Jacques , l'Abbregé du
Czar PETER ALEXIEVVITZ , avec une
Rélationde l'Etat préſent deMoſcovie,
& de ce qui s'eſt paffé de plus confidérable
depuis fon arrivée en France ,
juſqu'à cejour, dédié à SA MAJESTE'
CZARIENNE.
des Auguſtins , à l'Image S. Loüis , &
chezGREGOIRE DUPUIS,à la Fontaine
d'or , rue S. Jacques , l'Abbregé du
Czar PETER ALEXIEVVITZ , avec une
Rélationde l'Etat préſent deMoſcovie,
& de ce qui s'eſt paffé de plus confidérable
depuis fon arrivée en France ,
juſqu'à cejour, dédié à SA MAJESTE'
CZARIENNE.
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5135
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
L'Accueil favorable que l'on a fait aux Extraits des Mémoires [...]
Mots clefs :
Mémoires, Cardinal de Retz, Copie, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS.
Accueil favorable que l'on afait
aux Extraits des Mémoires du
Cardinal de Retz , qui m'avoient été envoyés
de Lorraine & inférés dans les
Mercures d'Avril , May & Juin ,
a été , àmon égard , un motif trop
preſſant , pour ne pas tâcher de recouvrer
l'Ouvrage entier. Après bien
des récherches , j'ai eu l'avantage d'en
découvrir une Copie , je l'ai lûë avec
empreſſement. Entre les Piéces qui
peuventse détacher,&étre en même tems
du goût du Public , j'ai fait choix de
l'Histoire du Conclave dans lequel
fut élû Alexandre VII. J'avois dabord
deſſein de la partager en deux
Parties , de remettre la seconde
au mois prochain ; mais tout bien
apprécié , j'ai crû qu'il en reviendroit
encore plus de plaisir à mon
Arij
AVANT - PROPOS.
Lecteur , de la donner de ſuite , que
d'en interrompre le fil. Onen vajuger.
Accueil favorable que l'on afait
aux Extraits des Mémoires du
Cardinal de Retz , qui m'avoient été envoyés
de Lorraine & inférés dans les
Mercures d'Avril , May & Juin ,
a été , àmon égard , un motif trop
preſſant , pour ne pas tâcher de recouvrer
l'Ouvrage entier. Après bien
des récherches , j'ai eu l'avantage d'en
découvrir une Copie , je l'ai lûë avec
empreſſement. Entre les Piéces qui
peuventse détacher,&étre en même tems
du goût du Public , j'ai fait choix de
l'Histoire du Conclave dans lequel
fut élû Alexandre VII. J'avois dabord
deſſein de la partager en deux
Parties , de remettre la seconde
au mois prochain ; mais tout bien
apprécié , j'ai crû qu'il en reviendroit
encore plus de plaisir à mon
Arij
AVANT - PROPOS.
Lecteur , de la donner de ſuite , que
d'en interrompre le fil. Onen vajuger.
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5136
p. 5-45
Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
Début :
Le Pape Innoncent (X) qui étoit un grand Homme, avoit û une [...]
Mots clefs :
Pape, Innocent X, Cardinaux, Couronne, Princesse, Nonce extraordinaire, Ambassadeur, Déclaration, Conclave, Reconnaissance, Négociation, Vérité, Théâtre, Ennemis, Maximes, Pontificat, Escadron, Abbé, Espagne, Marquis, Duchesse, Morale, Créatures, Conscience, Nomination, Alexandre VII
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
E Pape Innocent ( X) qui
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
t
C
C
0
S
C
t
C
H
F
T
n
D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
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C
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C
H
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n
D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
Fermer
5137
p. 45-48
LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
Début :
Heureux Amis, qui dans les Fêtes. [...]
Mots clefs :
Amis, Fêtes, Plaisirs, Muse, Amour, Ennui, Amants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GRAVELOT, A Mrs. M. & T.
LETTRE DE ME GRAVELOT ,
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
H
A Mrs. M. & T.
EureuxAmis,qui dans lesFêtes,
Qu'àl'envi des Chaulieux, on vous voit
célébrer ,
a
Goutés tous les Plaiſirs honnêtes
Qu'un Fainéant peut défirer :
Vous pouvés comprendre ſans peine,
La vive impréſſion qu'à fait sur mon
esprit ,
Vôtre Synodique Récit ;
Tout aussi-tôt ma Muse a dit ,
Bons Dieux ? de quelle hûrense
veine
Coûlent ces Vers que rien gêne.
46. LE MERCURE
Ainsi rimoient jadis.
Mirdondaine ,
, en chantant
Les Convives joyeux de la Croix de
Lorraine :
Chez nous , c'est au Rebours, trop ſenſi-.
ble au chagrin ,
De n'être plus de la Douzaine,
Je fais des Vers sans être en train.
Rien ne réveille tant la Muse,
Que d'avoir Plaisirs à souhait :
Chacun vous aime, c'est bien fait ;
Mainte Climéne vous amuse ,
Far son esprit ; peut- être aussi
-L'Amour est- il de la Partie ,
Car c'est un point qui Dieu mercy ,
Est de vôtre Philosophie :
Outre que vous êtes récus ,
Privilégiez au Parnaffe ,
Amis , que voulés-vous de plus ,
C'eſt pofféder les Biens que défiroit
Horace.
Pour moi , je ne trouve rien ici que
de fort propre à m'ennuyer : On my
avoit d'abord procuré quelques Connoiſſances
, mais j'ai eu ſoin de m'en
défaire promprement;elles ne ſervoient
qu'à me faire regretter nos bons Amis :
Je tâche quelquefois de me confoler
de leur abfence avec mes Livres .
D'AOUST.
47
Pour resource , fur un vieux ais ,
J'ai Montagne , j'ai Rabelais
La Fontaine avec S. Gelais ;
Ettout gentilkimeur habitantdu Marais :
C'eft chés ces bonnes gens que je puiſe
a longs traits ,
Le Vrai , l'Agréable &l'Utile.
Voiture est plus galant , Pavillon plus
facile
Rousseau plus cadencé , la Mothe plus
fertile :
Mais vous favés ces choses mieux
quenous ;
Sije pouvoisparler là deſſus comme vous ,
Je défierois le plus habile.
Soir & matin je ſuis tout seul ;
Sije quitte parfois mon ſombre domicile ,
Ce n'est que pour aller en quelque Endroit
tranquile ,
Voir soupirer ZEPHIRſous l'Orme &
le Tilleul .
, En vojant ces Vallons ces Forêts
ces Montagnes,
,
Où les Beautez font fans Art &fans
Choix ,
Ma Muse se délafſe à chanter quelquefois
,
L'heureux Négligé desCampagnes.
Helas ! difois-je un jour , que vous êtes
chmans!
48 LE MERCURE
Bocages reculés , fi chéris des Amans ;
Siſous vosfeüillages naiffans ,
Amour vouloit un jour , conduire ma
Sylvie ;
De par Venus je lui promets
De ne regretter de ma vie ,
Ceque m'ontfait souffrirſes Traits.
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5138
p. 48-52
A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
Début :
Nous avons par dévers nous, Monsieur, tant de marques redoublées [...]
Mots clefs :
Souvenir, Agrément, Plaisirs, Mérite, Attraits, Lois, Prudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris, le 16. Juillet 1717. REPONSE A LA LETTRE PRECEDENTE.
A Paris , le 16. Juillet 1717.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
REPONSE A LA LETTRE
PRECEDENTE .
Ous avons par dévers nous
doublées de vôtre ſouvenir ,que nous
commençons M² T. & moi , à devenir
tout- à-fait honteux, de n'y avoir point
encore répondu. Par rapport à ce qui
me regarde , je vous avouerai naturellement
, que dans l'envie de vous envoyer
quelque choſe qui ne fût pas
abſolument indigne , de tout ce que
vous nous avez écrit de charmant
j'attendois de jour à autre, quelque moment
d'inſpiration ; car je tiens que les
Vers doivent être inſpirez ; mais
comme
D'AQUST .
49
1
comme ce moment ne vient point ,
&que ma dette court toujours , j'aime
encore mieux l'acquitter mal , que
de ne le point faire du tout ; ainſi MTSτ
Tenés-vous pourdit par avance ,
Que je n'espére nullement ,
Atteindre à cette aimable aisance
Qui de vos Vers fait l'agrément :
Sans prétendre avec vous la moindre
Concurrence,
Je rime par reconnoissance ,
Et pour m'acquitterſeulement.
Vous vous faites , Mr, une idée trop
avantageuſe de nos plaiſirs : Ils ne
font pas à beaucoup près , ni ſi vifs,
ni ſi fréquens que vous les imaginés ;
mais vous avés ſongé à nous faire honneur
; il eſt juſte de vous tenir com
pre de vos Intentions.
Vous faites nôtre Lot partrop friand,
Beau Sire ,
Les Climénes enfont aussi :
Ce Point tout seul mérite un grandmercy
:
Mais quoy ! Venons aufait : Helas !
s'il faut le dire ,
1
Aoust 1717. E
50
LE MERCURE
Les Nôtres font à juſte prix ,
Et ne font pas de ces Climénes
Servans tout à la fois & Minerve &
Cypris
Telles qu'on les trouvoit au tems des la
Fontaines
Aimans fans interêt , Meſſieurs les
Beaux esprits ;
Et qui se contentoient du produit des
Domaines
Qu'au Farnaſſe ils avoient acquis .
On ne voit plus de ces Climénes;
La Race en est perdue : Il eſt , me dirés-
Vons ,
..... Il est pourtant une Uranie
D'acord: Qui leſçait mieux que nous?
Dans l'Empire d'Amour,Sa gloire eft
établie,
Comme dans celui d'Apollon ;
Mais ,fi l'un de ces Dieux est reçû chez,
la Belle ,
Qui vous dit que pour l'autre , il y
faffe aussi bon ?
Entre nous l'Amour se plaint
d'Elle
Il dit qu'elle lui prend ſes Charmes,
Ses Attraits ,
Et toujours à crédit ,ſans le payer ja
mais.
D'AOUS T. 53
J'oſe,comme vous voyés,loüer vôtre
Uranie , fans penſer que vous devés
avoir acquis un privilége exclufif
de la loüer,par la manière dont vous
l'avés fait juſqu'ici : C'eſt là un ſujet
tel qu'il vous le faut,au lieu de vous
amuſer à nous donner place dans vos
Vers...
Quand est de nôtre cher Voisin :
Depuis peu l'Ame de Chapelle
En guisedeDémon,a coulédansſonſein:
Bácus & Citherée y logent avec elle,
Et dés que fa Verve est entrain ,
De Rimes une Kirielle ,
Sansse faire chercher , ſe trouve ſous
Samain. ;
Je laiſſe à M.... le ſoin de vous entretenir
des Nouveautés de ce Païs- ci.
Ma Lettre ſe fait plus longue que de
raiſon ; il faut ymettre ordre. Un autrejour
je me hazarderai , ſi vous le
voulés , à vous mander auſſi des Nouvelles
, & de toutes les fortes.
:
Nous parlerons & des Dieux & des
Rois,
Sans déroger aux fages Loix ,
Qui fur ces grands Sujets nous impoо..
Sent filence
Eij
52 LE MERCURE
Car,fi dans nos difcours nous les mélons
par fois ,
Nous le ferons avec tant de prudence,
Que nous n'offenferons , ni les Dieux
ni les Rois.
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5139
p. 52-53
PORTRAIT DE L'AUTEUR.
Début :
On a surpris à M. Boudier de Mantes, Poëte plus / Sans avoir jamais dû d'Envie, [...]
Mots clefs :
Honneur, Esprit, Muse, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE L'AUTEUR.
N a furpris à M. Boudier de
Mantes , Poëte plus qu'émérite
les Epigrammes fuivantes : 11
feroit à ſouhaiter , qu'il voulut bien
abandonner fon Porte- feüille à l'Aureur
du Mercure. Le Public lui en anroit
obligation : On lui connoît furtout
des Satyres,qui vont de pair avec
se que nous avors de meilleur dans ce
genre. Le Portrait qu'il va faire de lui ,
eft tout à fait conforme à l'Original.
PORTRAIT DE L'AUTEUR .
d'Envie ,
Ans avoirjamais u
D'Emplois , d'Honneneuurrss,, ni de
fors ;
Je touche à la fin de ma vie ,
Tranquile d' Esprit,ſain de Corps.
Dans mon humeur indifférente ,
Tré
D'AOUST.
53
Peu m'a paru toujours aſſez;
J'ai quatre vingt trois ans paſſez ,
MaMusen'enparoît pas trente;
Quoiqu'elle n'ait en bonnefoy ,
Que quinze onſeize ans moins que moi,
Mantes , Poëte plus qu'émérite
les Epigrammes fuivantes : 11
feroit à ſouhaiter , qu'il voulut bien
abandonner fon Porte- feüille à l'Aureur
du Mercure. Le Public lui en anroit
obligation : On lui connoît furtout
des Satyres,qui vont de pair avec
se que nous avors de meilleur dans ce
genre. Le Portrait qu'il va faire de lui ,
eft tout à fait conforme à l'Original.
PORTRAIT DE L'AUTEUR .
d'Envie ,
Ans avoirjamais u
D'Emplois , d'Honneneuurrss,, ni de
fors ;
Je touche à la fin de ma vie ,
Tranquile d' Esprit,ſain de Corps.
Dans mon humeur indifférente ,
Tré
D'AOUST.
53
Peu m'a paru toujours aſſez;
J'ai quatre vingt trois ans paſſez ,
MaMusen'enparoît pas trente;
Quoiqu'elle n'ait en bonnefoy ,
Que quinze onſeize ans moins que moi,
Fermer
5140
p. 53
EPIGRAMMES.
Début :
Notre esprit n'agit qu'à tâtons, [...]
Mots clefs :
Hasard, Sublime, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMMES.
EPIGRAMMES.-
NOtre espritn'agit qu'àtâtons,
C'esltehazard qui le diſpoſe
Fait-il,foit en Vers , ſoit en Prose ,
Toujours comme nous souhaittons?
Tantôt rampant , tantôtfublime ;
Tout ce qu'il penſe & qu'il exprime .
Lui vient d'un hazard inconnu :
Bon , on mauvais , tel qu'il se donne ;
Si quelque Bon m'étoit venu ,
CetteEpigrammeferoit bonne...
NOtre espritn'agit qu'àtâtons,
C'esltehazard qui le diſpoſe
Fait-il,foit en Vers , ſoit en Prose ,
Toujours comme nous souhaittons?
Tantôt rampant , tantôtfublime ;
Tout ce qu'il penſe & qu'il exprime .
Lui vient d'un hazard inconnu :
Bon , on mauvais , tel qu'il se donne ;
Si quelque Bon m'étoit venu ,
CetteEpigrammeferoit bonne...
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5141
p. 53
AUTRE
Début :
De Traits, ni, d'Air, ni de Maniére, [...]
Mots clefs :
Manières, Père, Ressemblance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE
AUTRE
DE Traits , ni , d'Air , ni de Mas
niére,
Lesfils de Madame du Bout
Nese reffemblent point du tout :
Chacun d'eux roffemble à fon Pere.
DE Traits , ni , d'Air , ni de Mas
niére,
Lesfils de Madame du Bout
Nese reffemblent point du tout :
Chacun d'eux roffemble à fon Pere.
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5142
p. 54
SUR LA MORT DE SA FEMME.
Début :
Quand la Mort nous déparia, [...]
Mots clefs :
Mort, Manoir, Troupe, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT DE SA FEMME.
SUR LA MORT DE SA FEMME.
2
Uandla Mort nous déparia ,
Mafemme dans leManoirfombre,
Rencontrant Porcie , Arria ,
Et leur Troupe en trés petit nombre ,
Leur dit : je viens me joindre à vous
Moitiés dignes de vos Epoux ,
Honneur du Sexe ,femmes fortes :
Seals ilsfaisoient tout votre bien
C'est pour Eux que vous êtes mortes,
Je n'ai vécuque pour le Mien.
2
Uandla Mort nous déparia ,
Mafemme dans leManoirfombre,
Rencontrant Porcie , Arria ,
Et leur Troupe en trés petit nombre ,
Leur dit : je viens me joindre à vous
Moitiés dignes de vos Epoux ,
Honneur du Sexe ,femmes fortes :
Seals ilsfaisoient tout votre bien
C'est pour Eux que vous êtes mortes,
Je n'ai vécuque pour le Mien.
Fermer
5143
p. 54-55
PLAINTE A L'AMOUR, PAR J. L. P.
Début :
Amour, tu m'a trompé; je crû de bonne foy, [...]
Mots clefs :
Amour, Charmes, Coeur, Rebelle, Belle, Plaisir, Mépris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTE A L'AMOUR, PAR J. L. P.
PLAINTE A L'AMOUR ,
PAR J. L. P..
AMour , tu m'a trompé,je crû de
bonne foy ,
Quandde lajeune Irisje me mis sous
laLoy ;
Quefi jamais mesfoins triomphoientde
Ses Charmes ,
Je ne connoîtrois plus les Soucis , ni les
Larmes,
Tu me dis , il est vray , queson rebelle
Coeur
4
D'AOUST.
55
B
Paroîtroit intraittable au feul Nom de
Vainqueur;
Qu'iln'étoit point de ceux qu'on prend
àl'improviste :
Des amoureux tourmens tu me donnas
la Lifte.
L'y lûs ; Esprit rêveur , Crainte , Allar-
Refus impatiens , foible Aven , longs
mes , Soupirs ,
Défirs :
: .
Eh bien !foit, dis-je alors ; la Belle eft
inhumaine ,
LePlaisir , quelque jour , Sarpaſſera la
peine.
En effet ,dés l'instant, en Amans résolu
J'ai fouffert les Mépris & tout ce qu'il
t'aplû:
Or, ce tems-là n'estplus , tu sçais où
nous enſommes ,
desHommes;
Tonpouvoir m'arendu le plus hûreux
Mais dansta Lifte ,belas ! tu r'avois
pas compris
Les maux que je reſſens de l'absence
d'Iris.
PAR J. L. P..
AMour , tu m'a trompé,je crû de
bonne foy ,
Quandde lajeune Irisje me mis sous
laLoy ;
Quefi jamais mesfoins triomphoientde
Ses Charmes ,
Je ne connoîtrois plus les Soucis , ni les
Larmes,
Tu me dis , il est vray , queson rebelle
Coeur
4
D'AOUST.
55
B
Paroîtroit intraittable au feul Nom de
Vainqueur;
Qu'iln'étoit point de ceux qu'on prend
àl'improviste :
Des amoureux tourmens tu me donnas
la Lifte.
L'y lûs ; Esprit rêveur , Crainte , Allar-
Refus impatiens , foible Aven , longs
mes , Soupirs ,
Défirs :
: .
Eh bien !foit, dis-je alors ; la Belle eft
inhumaine ,
LePlaisir , quelque jour , Sarpaſſera la
peine.
En effet ,dés l'instant, en Amans résolu
J'ai fouffert les Mépris & tout ce qu'il
t'aplû:
Or, ce tems-là n'estplus , tu sçais où
nous enſommes ,
desHommes;
Tonpouvoir m'arendu le plus hûreux
Mais dansta Lifte ,belas ! tu r'avois
pas compris
Les maux que je reſſens de l'absence
d'Iris.
Fermer
5144
p. 56
BOUTS RIMÉS PAR M. DE C.
Début :
Je sçai ton mal : Plus d'un simptôme [...]
Mots clefs :
Symptômes, Jeu de paume, Genèse, Baume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUTS RIMÉS PAR M. DE C.
BOUTS RIME'S
PAR M. DE C.
TESçai ton mal : Plus d'un firiptôme
bon Idiome ; Le déclare en
Mais le tems preffe , Ami Guillaumes
Deviens- en meilleur Oeconome.
Envain tu crois au Jeu de Paume ,
Ou dans un Bain de Cynamome
Chaffer de ton Corps maintAtome ;
Plus craint que le feu de Sodôme ,
Euffes-tu plus d'esprit qu'un Gnome ,
Suffes - tu le Deuteronome ,
La Génese & maint autre Tome;
De mes Vers voici l'Epitome :
Tu ne peux guerir ſans le Baume
Que Mercure vend à Saint Cofme.
PAR M. DE C.
TESçai ton mal : Plus d'un firiptôme
bon Idiome ; Le déclare en
Mais le tems preffe , Ami Guillaumes
Deviens- en meilleur Oeconome.
Envain tu crois au Jeu de Paume ,
Ou dans un Bain de Cynamome
Chaffer de ton Corps maintAtome ;
Plus craint que le feu de Sodôme ,
Euffes-tu plus d'esprit qu'un Gnome ,
Suffes - tu le Deuteronome ,
La Génese & maint autre Tome;
De mes Vers voici l'Epitome :
Tu ne peux guerir ſans le Baume
Que Mercure vend à Saint Cofme.
Fermer
5145
p. 56-73
JOURNAL DE HONGRIE.
Début :
Dans le Mercure précédent, j'ai donné une Rélation de / Dans l'Action du 5. près de Semlim, à deux heures [...]
Mots clefs :
Prince, Ennemis, Canons, Troupes, Pont, Belgrade, Comte, Infanterie, Grenadier, Bataille, Retranchement , Empereur, Lieutenant, Compagnies, Charges, Accidents, Armes, Bataillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE HONGRIE.
DAns le Mercureprécédent,j'aidonné
une Rélation de l'Ouverture de
laCampagne enHongrie , que j'ai conduite
jusqu'au s de Juillet. Le Lec
teur attend de moi , que je continuë de
mois en mois ce Journal , jusqu'à la finde
la Campagne ; c'est un engagement auquel
D'AOUST . 57
je dois fatisfaire avec tout le ſoin dont
je suis capable. Comme je crois être
très éxactement informé par des Lettres
particulières ,des NouvellesdeHongrie,
j'espère qu'on remarquera quantité
deCirconstances curieusesque l'on netrouvéra
point dans les Gazettes Françoises;
jenediſconvien drai pas cependant qu'à
leur exemple , je ne me fervéutilement
de deux imprimez hebdomadaires
que je reçois de Vienne ; l'un ſous le Tiire
de Eſtrato delle nuovità più effentiali
dalle lettere più freſce,c'est- à-dire,
Extrait des Nouvelles les plus confiderables
& les plus fraiches ; & l'autre en
Allemand ſous celui de Diarium , ou
Journal de l'Empire.
JOURNAL DE HONGRIE.
D
Ans l'Action du 5. près de Semlim
, à deux heures après midy,
lesdeux Vaiſſeaux de Guerre , S. François
& S. Eſtienne Imperiaux , commandés
par le Capitaine Storck , &
par le Capitaine - Lieutenant Pomerefch,
firent un feu ſi terrible de leurs
Canons chargés de Carcaffes, de Bou- 1
58 LE MERCURE
lets àCartouches &de Chaînes ; qu'.
après un Combat de deux heures &
demie , les so , tant Frégates , que
demie Galéres & Saïques Turques
ſe virent forcées de ſe retirer ſous la
Fortereffe , avec perte de plus de 400
Hommes tués ou bleſſés. Le Vice
Amiral des Turcs , qui étoit Maure&
fort âgé , mais Officier fort expérimenté
, fur tué dans ce Combat :
Quatre de leurs Fregattes , une demie
Galére & quelques Saïques
ont été coulées à fond, & pluſieurs
autres ont été fort endomagées. Nôtre
perte eſt d'environ 30 hommes',
avec quelques Chevaux tués d'un
Corps de Cavalerie ,que le General
Hauben avoit placé ſur la hauteur de
Semlim.
Le 6 , l'Ordre fut donné , que le
Vaifleau de Guerre S. Eugene , qui
étoit à Petrivaradin , vint joindre
promptement les deuxautresVaiſſeaux;
afin de tenir en reſpect les Bâtimens
Ennemis. Pour plus grande fûreté , on
plaça quelques pièces de Canon fur
une Redoute que l'on a élevée fur
le bord du Danube , en deça de la
D'AOUST.
59
Moſquée, prés de Semlim.
Le 7 , il arriva de Segédin par le
Donavvitz & le Temes , 50 ou 60 Barques
chargées de Canons , Mortiers ,
Boulets , Bombes , & Poudres. On fut
occupé le même jour , à débarquer
toutes ces Munitions deſtinées pour
le Siége. Les Princes & les Généraux
de l'Armée , ont fournis leurs Chevaux
&Chariots de Bagage,pour tranfporter
plus promptement au Camp,
des Faſcines , Paliſfades & Gabions , à
quoi l'on travaille continuellement
dans la Forêt , à une lieuë du Camp ,
ſous l'efcorte d'un Corps de Cavalerie
& d'Infanterie.
Le 8 , on a reçû avis que la Tête
des Troupes de l'Armée Ottomane ,
étoit arrivée à Niſſa avec le Grand
Vizir , & qu'il paroiſſoit que les Turcs
avoient deffein de faire une irruption
enTranſilvanie par la Vvalachie, avec
un gros Corps de Tartares & quelques
autres Renforts. Le Général
Steinville Commandant General de la
Principauté , informé de ces mouvemens,
eſt allé les attendre juſques ſur
la Frontiere , avec les Troupes de fon
Commandement renforcées des deux
60 'LE MERCURE
Regimens de Dragons , de Hauben &
de S. Amour, qui feront ſuivis de plufieurs
autres Corps que l'on tire de la
BaffeHongrie.
Trois Déſerteurs de la Place nous
rapportérent avant-hier , que l'Artillerie
retirée dans Bellegrade, étoit ſi nombreuſe
, que toutes les Ruës & les
Places en étoient embarraflées. LesRebeles
de Capagie demandent aux
Turcs un ſecours de sooo hommes,
pour ſe mettre en Campagne , conjoinrement
avec eux ; de maniére
que l'on ne ſçait pas encore fi ce ſera
à cette Diverſion , ou à une Bataille
que l'Ernemi ſe réſoudra. Le 23 du
paflé, nous fimes un Fourage genéral
, & lesInfideles nous enlevérent,
beaucoup de Chevaux &de Chariots,
tuérent & firent Prifonniers fun nombre
confiderable de nos gens. Nous
occupons les Avenues de la Place de
fi prés , que les Tures tirent fur nous
à coups de fuſil ; Ils travaillent jour
& nuit à un grand retranchement :
L'on parle toujours différemment de
la force de la Garrison ; les Uns la
diſent de 20000 hommes , d'Autres
dez0000; cependant il paroît beaucoup
de
D'AOUST. 61
de conſternation dans les Ennemis ,
qui nous ont laifles prendre tous les
Poſtes d'alentour de la Ville , & conftruire
des Ponts , fans aucune oppofition.
Le 9. le Prince Maximilien de Hefſe-
Caſſel Général de Bataille , joignit
avec ſon Regiment d'Infanterie
de trois mille hommes , le General
Hauben près de Semlim , où l'on commença
de travailler à une ligne de Circonvallation
& àdes Retranchemens ,
de même qu'à former la communication,
par lemoyen des Ponts que l'on a
conſtruits fur pluſieurs Marais.
Le 10. on joignit les travaux de la
Ville, parune nouvelle ligne de la file
poſterieure de nôtre Aîle droite , jufqu'à
la Redoute élevée près de la Savede
ce côté- cy. Le même jour , le
Prince Eugene ayant formé le deſſein
de faire attaquer le Fort des Ennemis ,
dans l'Ile de Donavvitz , chargeade
cette exécution le Comte de Mercy
lui ayantdonné à cet effet, quatre Bataillons
, dix Compagnies de Grenadiers
, deux mille quarre cent Chevaux
&quelques pieces de Canon. Ce Geveral
avoitdéja paflé la Riviere avec
Aoust 1717. F
62 LE MERCURE
fes Troupes & étoit fur le point de
faire donner l'Affaut , lorſqu'il fût
frapé d'un coup de Sang : Il tomba de
cheval , privé de l'Oüie & de la Vûë .
Cet accident fut cauſe que l'on remit
cette Expedition à un autre tems : On
ſe contenta ſeulement de prendre pofte
le long du Marais , afin de refferrer
plus étroitement les Infideles.
Un Parti de nos Huſlars en ayant
rencontréUn des Ennemis , l'a battu &
fait quelques Prifonniers , parmi leſquels
ſe trouvent deux Agas : Comme
ils ont été enlevez auprés de Sémendria
, on les a interrogé fur le nombre
& la marche de leur grande Armée.
Ils ont confirmé qu'elle étoit compofée
de 250000.hommes en Corps & qu'elle
devoit décamper inceſſamment deNifla
pour nous venir attaquer; ſans comprer
plus de cinquante millel Tartares qui
menacent la Tranfilvanie ;outre vingt
à vingt - cinq mille hommes de Troupes
ramallées , tant Allemands , Cofaques
, que Turcs & Hongrois , commandez
par les Chefs desRebelles, Efthérazi
& Bérézini : Il y a encore differens
Corps feparez à Sémendria,Orfova&
le long du Danube ; de forne
D'AOUST. 63
que ſelon la fupputation que l'on ena
faite , le Total monteroit à près de trois
Scent mille hommes d'Infanterie, & environ
cent mille Chevaux.
Le 11. le Prince Eugene fut informé
par un Exprès , que le Vaïvode de Valachie
étoit allé au devant du Seraskier
qui est a la Tête des Tartares. On est
incertain s'il tentera de pénétrer en
Tranfilvanie , ou s'il viendra ſecourir
Belgrade ; il n'y a que l'Invaſion des
Tartares que nous appréhendions en
Tranfilvanie, à cauſe de leur grand
nombre & des intelligences que les
Comtes d'Esterhazi & Bérénizi peuvent
avoir dans cette Principauté. Les
mêmes avis portent que le Prince de
Moldavie faiſoit couper Bras& Jambes
à tous ſes Sujets qui s'étoient déclarés
pour l'Empereur & abandonnoit
leurs biens au pillage. Le
Prince Eugene ayant envoyé un Exprès
au Major Herlevalle qui commande
en Tranſfilvanie , pour faire
prendre les Armes à tous ceux qui
étoient en étatde les porter ; ce Major
luia fait réponſe,que tous lesprincipaux
Paffages étoient si bien fortifiés , qu'il
étoit impoffible aux Ennemis de les
:
Fij
64 LE MERCURE
:
forcer , fans de la groſſe Artillerie.
Le 12 , le Prince Eugene &d'autres
Officiers de Distinction , rendirent vifire
au Comte de Mercy qui ſe porte
beaucoup mieux , ayant commencé à
récouvrer la Vûë & l'Oiiie : On appréhende
que cet accident ne le mette
hors d'état de fervir cette Campagne.
On a élévé pluſieurs Redoutes & autres
Ouvrages , dans les Iſles & fur le
bord du Danube , pour refferter la
Cavalerie qui est dans Belgrade ,
l'empêcher de venir fourager aux
Environs & en même tems tenir en
reſpect leurs Saïques .
On a appris que le Baronde Pétraſch
General de Bataille , s'éroit mis en
marche avec fes Milices , pour tâcher
de s'emparer de Saback, Poſte imporsantà
cauſede ſa fituation.
Le 13 , fur les fix heures du ſoir ,
il s'éléva aux Environs de Belgrade ,
un Orage fi violent accompagné
d'Eclairs , de Tonnerre & de Gréle ,
avec un Ouragant ſi impétueux , que
nos deux Ponts de Bateaux fur le Danube&
fur la Save, furent fort endommagés
; la moitié du Pont du Danube
ayant été ſéparée , & une partie de
D'AOUST
65
decelui de la Save ſubmergée;de forte
qu'en moins d'une demie heure , il y ût
plus de 90 Bâtimens emportés , outre
deux Barques chargées de Poudre &
de to Mortiers qui coulérent à fond :
Il y en ût auſſi pluſieurs autres chargées
de Vivres , de Munitions &
d'Inſtrumens à remuer la Terre , qui
arent le même fort. Il enleva quantité
de Proviſions qui étoient au bord du
Danube , & y renverſa douze Chariots
de Proviſions appartenans à des Vivandiers.
Une demie Galére Turque des Ennemis,
percée pour huit Canons, s'étant
détachée de ſon Ancre , vint donner
dans les Vaiſſeaux de l'Empereur. La
magnificence des Turbans &des Habits
à la Turque , fait juger qu'elle
étoit montée par quelques Perſonnes
deDiftinction ,dont on ne ſçait pas le
fort. On y a trouvé 2queues deCheval,
avec une Lifte éxacte de tout ce qu'il
y a dans les Magaſins de Belgrade.
La Garnifon Ottomane ayant voulu
profiter de tout ce défordre,fir tranſporter
fur des Bateaux 1000 Chevaux
avec autant de Fant.ffins , vers Semlium
; L'Infanterie ſe rabatit fur la Re
Гид
1
1
65 LE MERCURE
doute qui eſt la Tête de nôtre Pont de
Ja Save, & l'attaqua d'abord avec furie
. PluſieursTures étoient déja montés
fur le Parapet & y avoient arboré un
Drapeau ; mais un Capitaine deHeffe-
Caffel qui y commandoit avec 64 Heffiens
,ſe deffendit avec tant de valeur ,
la Bayonette au bout du Fufil , fans tirer
un ſeul coup , qu'il donna le tems
au General de Bataille Odvier , d'arriver
à ſon ſecours avec les deux Compagnies
de Grenadiers de Heiſter &de
Palfi , qui le dégagea &força l'Ennemi
deſe retirer avec perte.D'un autre côté,
leur Cavalerie s'étant jettée ſur nos
Fourageurs qui n'avoient pû repaſſer
la Save, à cauſe de l'accident du Pont ,
les mena d'abord affez rudement &
entuaune cinquantaine;mais leGeneral
Elz étant tombé àproposavec ſonDétachement
fur l'Ennem , le repouſſa ,
aprés lui avoir mishors de Combat 60
hommes. Nous avons perdu dans ces
deux Actions 20 Fantaſſins & envi-
Ton 40 Cavaliers. Les Tures en ſe retirant
dans la Place, y ont conduit plufheurs
Chevaux pris fur nos Fourageurs.
:
Le 14. le Pontde la Save étoit pref-
G
D'AOUST. 67
qu'entièrement réparé ; mais celui du
Danube ne l'étoit pas encore le 16.
Les Fourages ſont toujours trés
sares ; on eſt contraint de les aller
chercher fort loin , au-delà de la Save
&du Danube ;& il y a bien à craindre
que l'approchedesTurcs n'en augmen
te la rareté. La Garniſon de Belgrade
continue ſes Retranchemens extérieurs.
L'Ingénieur Allemand qui s'eſt
jettédans la Place , donne de bons avis
auxAffiégez
Le Prince Eugene eſt réfolu de ne
point s'engager à faire l'ouverture de
laTranchée , qu'il n'ait tout le nécef
faire en abondance dans ſon Camp ,
& qu'il n'ait reconnu le deſſein de
la grande Armée des Ennemis.
Le 15. le Prince Eugene a écrit à
l'Empereur , pour juſtifier M. Defalleurs
far les Faux bruits qui ont courus
, qu'il donnoit des avis fécrets aux
Mécontens. Ce Prince a fait en même
tems l'Eloge de tous les François qui
fervent à l'Armée :On différe toujours
le Siege , pour ne point s'embarquer
mal à propos; on veut être auparavant
certain des deſſeins du G. Vizir. On
a appris par des Priſonniers qu'il étoit
:
68 LE MERCURE
avec ſon Armèe ſur la Morava.
Un Boulet de Canon tiré d'une
Batterie des Ennemis, a coupé un Cordon
de la Tente de Mgr le Comte de
Charolois , où ce Prince étoit.
Le 16 , l'Infanterie Bávaroiſe , avec
la Garde à Cheval, arriva au Camp de
Semlim.
Le Prince Eugene ayant defleinde
conſtruire une Redoute de l'autre côté
delaSave, au confluant de cetteRiviere,
&d'y élever une batterie , afin de foudroyer
la baſſe Ville , chargea de cette
expedition M. le Comte de Mareilli
Général Major , lui donnant fous fes
ordres trois Bataillons , fix Compagnies
des Grenadiers & 300. Chevaux,
qui devoient foûtenir les Pioniers employés
à cet ouvrage. On commença
ce travail à l'entrée de la nuit &laGarniſon
de Belgrade ne s'en étant appercuë
qu'à deux heures aprés minuit,
fit alorsun feu trés vif, tant du Canon
des Saïques & de la Place , que de
la Mouſqueterie ;& tira beaucoup de
Boulets rouges pour découvrirnosTravaux;
mais tour ce fracas ne dérangea
rien.
Letz, à ſept heures du matin , 2000
-
D'AOUST.. 69
Janiſſaires étant ſortis,à la faveur d'un
feû continuel du Canon de la Forterereſſe
& de leurs Vaiſſeaux , débarquérent
au bord du Danube derriere
nos Travaux ; le Comte de Marcilli
s'avança pour les charger, n'étant ſuivi
que du Bataillon de Palfi & de 600
Grenadiers. Les Imperiaux,aprés avoir
fait leur décharge,jetterent leurs armes
&abandonnérent M. de Marcilly qui
fut tué avec le peude braves Gens qui
étoient reſtés avec lui ; une partie du
Bataillon dePalfi y perit entierement:
Le Colonel Heiſter qui avoit refuſé
d'oppoſer aux Ennemis des chevaux
de friſe , lorſqu'ils étoient à portée , fut
emporté d'un coup de Canon; & les
deux mille Hommes qu'il avoit avec
lui , coururent rifque, de même que les
Travailleurs ,d'avoir le même ſort; file
Prince Eugene n'ût fait avancer à propos
le Baron deMiglio avec 250. Cuiraffiers,
qui chargea avec tant de valeur
les Ennemis , qu'il les repouſſa &les
obligea à s'embarquer avec tant de précipitation
,qu'il y en ût ungrand nombrede
tués &de noyés. Aprés une Action
auſſi chaude,nôtreInfanterie réprit
fon poſte&recommença à travailler ,
70. LE MERCURE
#
étant couvertepar de nouvelles troupes
qu'on détacha. On compte 1000. hommes
de perte du côté des Imperiaux ,
avec 30. Officiers , dont il y à6. Capitaines
, un Lieutenant Colonel , & un
Sergent Major: Les Turcs n'ont pas été
moins maltraittés ; Ibrahim Bacha
de Romelie qui les commandoir , y
ayant perdu la vie.Un ſous- Lieutenant
du Regiment de Virmond avec 9.Grenadiers
, a tué 20. Janniſſaires , & leur
a pris un Drapeau , lequel,aprés avoir
été preſenté au Prince Eugene , fut
planté devant ſa Tente.
Le 18 , on fut informé que les Turcs
avoient jetté quatre Pons fur la Mo
rava , & que leur Armée groſſiſſoit tous
les jours conſidérablement .
Le 19 , on acheva de réparer le Pont
fur le Danube : 10 Galeres & 40 , tant
Saïques que Bâtimens Ennemis , s'avancérent
près de l'Avant-garde de
nos Vaiſſeaux de Guerre , à l'embou
chure du Témes , où elles jettérent
P'Anere.
Le 20 , cette petite Flotte ſe retira
& décendit plusbas fur leDanube jufqu'à
Semendria.
Le 21 , on apprit que tous les HabiD'AOUST
71
tans de la Boſnie , en état de porter
les armes , avoient û ordre de ſe rendre
à la grande ArméeOttomane,fous
peine du Harach. *
On perfectionna le ſecond Pont de
Barques fur la Save,commencé depuis
quelques jours ; & on pouffa avec ſuccésle
travail de l'autre côté de cette
Riviere ; afin de nous mieux couvrir&
d'achever les Rédoutes , les Batteries
& les Lignes de communication.
Le 22 ,on éleva ſur les Batteries 26
Canons de 24 liv. de bales & 20 Mortiers
, pour canoper & bombarder la
baffe-Ville. Onrecut avis certain que
l'Ennemi avoit paſſe la Morava fur
quatre Ponts & qu'il s'étoit avancé
vers Haffan-Baffa-Palanka .
Le 23 , à deux heures avant le jour ,
on commença àcanoner & à bombarder
en même tems la Fortereffe , & la
Ville d'Eau ; ce qui a continué pendant
tout le jour avec tant de ſuccès , que
nos Batteries en ont renverſé deux
des Turcs rafé tout le cordon dır
Mur & démonté leurs Canons qui
* Tribut par téte que les Chrêtiensen
Turquie , doivent payer annuellement,
fous peine de prijon.
72 LE MERCURE
font dans le flanc: L'Ennemi a été obligé
deles rétirer des Ouvrages. L'on
ne diſcontinuëra pas le feu , que l'on
n'ait ruiné entierement toutes les deffences
qui font en vuë du côté de la
Save , & que l'on n'ait reſſerré ſon
armement naval.
Les Affiegés n'avoient jamais pû
ſeperfuader qu'on pîût les attaquer par
la Riviere ; s'étant attendu qu'on l'auroit
fait du côté de la Montagne , où
ils ont pratiqué beaucoup de Mines.
Nos Bombes ont fait un ſi terrible effet
, qu'elles ont reduit la plus grande
partie de la Ville en cendre.
Comme l'Iſle fortifiée du Danube ,
derriere laquelle les Barques armées.
des Turcs font à couvert , nous incommode
beaucoup ; on diſpoſe une
double Batterie particuliere pour la
canoner & la bombarder. On fera
enfuite les diſpoſitions pour l'ouverture
de la Tranchée de ce côté-ci.
Sur l'avis que l'Armée Ottomane
arriva le 21 à Haffan-Baſſa - Palanka à
fix lieües d'ici , ſur le chemin de Semendria
, on a placé 160 piéces de Canon
fur nos Retranchemens qui reffemblent
à des Fortifications. Nous
avons
DAOUST.
73
avons ungrand amas de fourages dans
notre Camp.
On vient d'apprendre que l'Armée
des Infidéles étoit enfin arrivée à Kolov
prés Sémendria , reſoluë d'en venir
à une Action déciſive . Leur projet
eſt , à ce que l'on prétend , d'attaquer
en même tems le front des Retranchemens&
une tête de Pont , tandis que la
Garniſon attaquera l'autre. M. le Prince
Eugene a envoyé à l'Empereur uneLifte
qu'on a trouvée dans la poche d'un Aga
Turc qui a été fait Prifonnier , par la.
quelle on voir le détail des Troupes Ennemies
qui menteà 337000 hommes.
M. le Prince Eugene vient d'être
nouvellement informé , que le Comte
de Steinville a bien de la peine à contenir
les Tranſilvainsdans l'obéiffance ,
& ſurtout les Montagnards qui font
fort inclinez à la rébellion , y étant
follicitez fortement par les Comtes
Eſthérazi , Bérézini , Fortgatick &
Czaki , qui font actuellement dans
P'Armée Ottomane & qui leurs promettent
dans peu de les venir joindre
avec foooo honmes .
une Rélation de l'Ouverture de
laCampagne enHongrie , que j'ai conduite
jusqu'au s de Juillet. Le Lec
teur attend de moi , que je continuë de
mois en mois ce Journal , jusqu'à la finde
la Campagne ; c'est un engagement auquel
D'AOUST . 57
je dois fatisfaire avec tout le ſoin dont
je suis capable. Comme je crois être
très éxactement informé par des Lettres
particulières ,des NouvellesdeHongrie,
j'espère qu'on remarquera quantité
deCirconstances curieusesque l'on netrouvéra
point dans les Gazettes Françoises;
jenediſconvien drai pas cependant qu'à
leur exemple , je ne me fervéutilement
de deux imprimez hebdomadaires
que je reçois de Vienne ; l'un ſous le Tiire
de Eſtrato delle nuovità più effentiali
dalle lettere più freſce,c'est- à-dire,
Extrait des Nouvelles les plus confiderables
& les plus fraiches ; & l'autre en
Allemand ſous celui de Diarium , ou
Journal de l'Empire.
JOURNAL DE HONGRIE.
D
Ans l'Action du 5. près de Semlim
, à deux heures après midy,
lesdeux Vaiſſeaux de Guerre , S. François
& S. Eſtienne Imperiaux , commandés
par le Capitaine Storck , &
par le Capitaine - Lieutenant Pomerefch,
firent un feu ſi terrible de leurs
Canons chargés de Carcaffes, de Bou- 1
58 LE MERCURE
lets àCartouches &de Chaînes ; qu'.
après un Combat de deux heures &
demie , les so , tant Frégates , que
demie Galéres & Saïques Turques
ſe virent forcées de ſe retirer ſous la
Fortereffe , avec perte de plus de 400
Hommes tués ou bleſſés. Le Vice
Amiral des Turcs , qui étoit Maure&
fort âgé , mais Officier fort expérimenté
, fur tué dans ce Combat :
Quatre de leurs Fregattes , une demie
Galére & quelques Saïques
ont été coulées à fond, & pluſieurs
autres ont été fort endomagées. Nôtre
perte eſt d'environ 30 hommes',
avec quelques Chevaux tués d'un
Corps de Cavalerie ,que le General
Hauben avoit placé ſur la hauteur de
Semlim.
Le 6 , l'Ordre fut donné , que le
Vaifleau de Guerre S. Eugene , qui
étoit à Petrivaradin , vint joindre
promptement les deuxautresVaiſſeaux;
afin de tenir en reſpect les Bâtimens
Ennemis. Pour plus grande fûreté , on
plaça quelques pièces de Canon fur
une Redoute que l'on a élevée fur
le bord du Danube , en deça de la
D'AOUST.
59
Moſquée, prés de Semlim.
Le 7 , il arriva de Segédin par le
Donavvitz & le Temes , 50 ou 60 Barques
chargées de Canons , Mortiers ,
Boulets , Bombes , & Poudres. On fut
occupé le même jour , à débarquer
toutes ces Munitions deſtinées pour
le Siége. Les Princes & les Généraux
de l'Armée , ont fournis leurs Chevaux
&Chariots de Bagage,pour tranfporter
plus promptement au Camp,
des Faſcines , Paliſfades & Gabions , à
quoi l'on travaille continuellement
dans la Forêt , à une lieuë du Camp ,
ſous l'efcorte d'un Corps de Cavalerie
& d'Infanterie.
Le 8 , on a reçû avis que la Tête
des Troupes de l'Armée Ottomane ,
étoit arrivée à Niſſa avec le Grand
Vizir , & qu'il paroiſſoit que les Turcs
avoient deffein de faire une irruption
enTranſilvanie par la Vvalachie, avec
un gros Corps de Tartares & quelques
autres Renforts. Le Général
Steinville Commandant General de la
Principauté , informé de ces mouvemens,
eſt allé les attendre juſques ſur
la Frontiere , avec les Troupes de fon
Commandement renforcées des deux
60 'LE MERCURE
Regimens de Dragons , de Hauben &
de S. Amour, qui feront ſuivis de plufieurs
autres Corps que l'on tire de la
BaffeHongrie.
Trois Déſerteurs de la Place nous
rapportérent avant-hier , que l'Artillerie
retirée dans Bellegrade, étoit ſi nombreuſe
, que toutes les Ruës & les
Places en étoient embarraflées. LesRebeles
de Capagie demandent aux
Turcs un ſecours de sooo hommes,
pour ſe mettre en Campagne , conjoinrement
avec eux ; de maniére
que l'on ne ſçait pas encore fi ce ſera
à cette Diverſion , ou à une Bataille
que l'Ernemi ſe réſoudra. Le 23 du
paflé, nous fimes un Fourage genéral
, & lesInfideles nous enlevérent,
beaucoup de Chevaux &de Chariots,
tuérent & firent Prifonniers fun nombre
confiderable de nos gens. Nous
occupons les Avenues de la Place de
fi prés , que les Tures tirent fur nous
à coups de fuſil ; Ils travaillent jour
& nuit à un grand retranchement :
L'on parle toujours différemment de
la force de la Garrison ; les Uns la
diſent de 20000 hommes , d'Autres
dez0000; cependant il paroît beaucoup
de
D'AOUST. 61
de conſternation dans les Ennemis ,
qui nous ont laifles prendre tous les
Poſtes d'alentour de la Ville , & conftruire
des Ponts , fans aucune oppofition.
Le 9. le Prince Maximilien de Hefſe-
Caſſel Général de Bataille , joignit
avec ſon Regiment d'Infanterie
de trois mille hommes , le General
Hauben près de Semlim , où l'on commença
de travailler à une ligne de Circonvallation
& àdes Retranchemens ,
de même qu'à former la communication,
par lemoyen des Ponts que l'on a
conſtruits fur pluſieurs Marais.
Le 10. on joignit les travaux de la
Ville, parune nouvelle ligne de la file
poſterieure de nôtre Aîle droite , jufqu'à
la Redoute élevée près de la Savede
ce côté- cy. Le même jour , le
Prince Eugene ayant formé le deſſein
de faire attaquer le Fort des Ennemis ,
dans l'Ile de Donavvitz , chargeade
cette exécution le Comte de Mercy
lui ayantdonné à cet effet, quatre Bataillons
, dix Compagnies de Grenadiers
, deux mille quarre cent Chevaux
&quelques pieces de Canon. Ce Geveral
avoitdéja paflé la Riviere avec
Aoust 1717. F
62 LE MERCURE
fes Troupes & étoit fur le point de
faire donner l'Affaut , lorſqu'il fût
frapé d'un coup de Sang : Il tomba de
cheval , privé de l'Oüie & de la Vûë .
Cet accident fut cauſe que l'on remit
cette Expedition à un autre tems : On
ſe contenta ſeulement de prendre pofte
le long du Marais , afin de refferrer
plus étroitement les Infideles.
Un Parti de nos Huſlars en ayant
rencontréUn des Ennemis , l'a battu &
fait quelques Prifonniers , parmi leſquels
ſe trouvent deux Agas : Comme
ils ont été enlevez auprés de Sémendria
, on les a interrogé fur le nombre
& la marche de leur grande Armée.
Ils ont confirmé qu'elle étoit compofée
de 250000.hommes en Corps & qu'elle
devoit décamper inceſſamment deNifla
pour nous venir attaquer; ſans comprer
plus de cinquante millel Tartares qui
menacent la Tranfilvanie ;outre vingt
à vingt - cinq mille hommes de Troupes
ramallées , tant Allemands , Cofaques
, que Turcs & Hongrois , commandez
par les Chefs desRebelles, Efthérazi
& Bérézini : Il y a encore differens
Corps feparez à Sémendria,Orfova&
le long du Danube ; de forne
D'AOUST. 63
que ſelon la fupputation que l'on ena
faite , le Total monteroit à près de trois
Scent mille hommes d'Infanterie, & environ
cent mille Chevaux.
Le 11. le Prince Eugene fut informé
par un Exprès , que le Vaïvode de Valachie
étoit allé au devant du Seraskier
qui est a la Tête des Tartares. On est
incertain s'il tentera de pénétrer en
Tranfilvanie , ou s'il viendra ſecourir
Belgrade ; il n'y a que l'Invaſion des
Tartares que nous appréhendions en
Tranfilvanie, à cauſe de leur grand
nombre & des intelligences que les
Comtes d'Esterhazi & Bérénizi peuvent
avoir dans cette Principauté. Les
mêmes avis portent que le Prince de
Moldavie faiſoit couper Bras& Jambes
à tous ſes Sujets qui s'étoient déclarés
pour l'Empereur & abandonnoit
leurs biens au pillage. Le
Prince Eugene ayant envoyé un Exprès
au Major Herlevalle qui commande
en Tranſfilvanie , pour faire
prendre les Armes à tous ceux qui
étoient en étatde les porter ; ce Major
luia fait réponſe,que tous lesprincipaux
Paffages étoient si bien fortifiés , qu'il
étoit impoffible aux Ennemis de les
:
Fij
64 LE MERCURE
:
forcer , fans de la groſſe Artillerie.
Le 12 , le Prince Eugene &d'autres
Officiers de Distinction , rendirent vifire
au Comte de Mercy qui ſe porte
beaucoup mieux , ayant commencé à
récouvrer la Vûë & l'Oiiie : On appréhende
que cet accident ne le mette
hors d'état de fervir cette Campagne.
On a élévé pluſieurs Redoutes & autres
Ouvrages , dans les Iſles & fur le
bord du Danube , pour refferter la
Cavalerie qui est dans Belgrade ,
l'empêcher de venir fourager aux
Environs & en même tems tenir en
reſpect leurs Saïques .
On a appris que le Baronde Pétraſch
General de Bataille , s'éroit mis en
marche avec fes Milices , pour tâcher
de s'emparer de Saback, Poſte imporsantà
cauſede ſa fituation.
Le 13 , fur les fix heures du ſoir ,
il s'éléva aux Environs de Belgrade ,
un Orage fi violent accompagné
d'Eclairs , de Tonnerre & de Gréle ,
avec un Ouragant ſi impétueux , que
nos deux Ponts de Bateaux fur le Danube&
fur la Save, furent fort endommagés
; la moitié du Pont du Danube
ayant été ſéparée , & une partie de
D'AOUST
65
decelui de la Save ſubmergée;de forte
qu'en moins d'une demie heure , il y ût
plus de 90 Bâtimens emportés , outre
deux Barques chargées de Poudre &
de to Mortiers qui coulérent à fond :
Il y en ût auſſi pluſieurs autres chargées
de Vivres , de Munitions &
d'Inſtrumens à remuer la Terre , qui
arent le même fort. Il enleva quantité
de Proviſions qui étoient au bord du
Danube , & y renverſa douze Chariots
de Proviſions appartenans à des Vivandiers.
Une demie Galére Turque des Ennemis,
percée pour huit Canons, s'étant
détachée de ſon Ancre , vint donner
dans les Vaiſſeaux de l'Empereur. La
magnificence des Turbans &des Habits
à la Turque , fait juger qu'elle
étoit montée par quelques Perſonnes
deDiftinction ,dont on ne ſçait pas le
fort. On y a trouvé 2queues deCheval,
avec une Lifte éxacte de tout ce qu'il
y a dans les Magaſins de Belgrade.
La Garnifon Ottomane ayant voulu
profiter de tout ce défordre,fir tranſporter
fur des Bateaux 1000 Chevaux
avec autant de Fant.ffins , vers Semlium
; L'Infanterie ſe rabatit fur la Re
Гид
1
1
65 LE MERCURE
doute qui eſt la Tête de nôtre Pont de
Ja Save, & l'attaqua d'abord avec furie
. PluſieursTures étoient déja montés
fur le Parapet & y avoient arboré un
Drapeau ; mais un Capitaine deHeffe-
Caffel qui y commandoit avec 64 Heffiens
,ſe deffendit avec tant de valeur ,
la Bayonette au bout du Fufil , fans tirer
un ſeul coup , qu'il donna le tems
au General de Bataille Odvier , d'arriver
à ſon ſecours avec les deux Compagnies
de Grenadiers de Heiſter &de
Palfi , qui le dégagea &força l'Ennemi
deſe retirer avec perte.D'un autre côté,
leur Cavalerie s'étant jettée ſur nos
Fourageurs qui n'avoient pû repaſſer
la Save, à cauſe de l'accident du Pont ,
les mena d'abord affez rudement &
entuaune cinquantaine;mais leGeneral
Elz étant tombé àproposavec ſonDétachement
fur l'Ennem , le repouſſa ,
aprés lui avoir mishors de Combat 60
hommes. Nous avons perdu dans ces
deux Actions 20 Fantaſſins & envi-
Ton 40 Cavaliers. Les Tures en ſe retirant
dans la Place, y ont conduit plufheurs
Chevaux pris fur nos Fourageurs.
:
Le 14. le Pontde la Save étoit pref-
G
D'AOUST. 67
qu'entièrement réparé ; mais celui du
Danube ne l'étoit pas encore le 16.
Les Fourages ſont toujours trés
sares ; on eſt contraint de les aller
chercher fort loin , au-delà de la Save
&du Danube ;& il y a bien à craindre
que l'approchedesTurcs n'en augmen
te la rareté. La Garniſon de Belgrade
continue ſes Retranchemens extérieurs.
L'Ingénieur Allemand qui s'eſt
jettédans la Place , donne de bons avis
auxAffiégez
Le Prince Eugene eſt réfolu de ne
point s'engager à faire l'ouverture de
laTranchée , qu'il n'ait tout le nécef
faire en abondance dans ſon Camp ,
& qu'il n'ait reconnu le deſſein de
la grande Armée des Ennemis.
Le 15. le Prince Eugene a écrit à
l'Empereur , pour juſtifier M. Defalleurs
far les Faux bruits qui ont courus
, qu'il donnoit des avis fécrets aux
Mécontens. Ce Prince a fait en même
tems l'Eloge de tous les François qui
fervent à l'Armée :On différe toujours
le Siege , pour ne point s'embarquer
mal à propos; on veut être auparavant
certain des deſſeins du G. Vizir. On
a appris par des Priſonniers qu'il étoit
:
68 LE MERCURE
avec ſon Armèe ſur la Morava.
Un Boulet de Canon tiré d'une
Batterie des Ennemis, a coupé un Cordon
de la Tente de Mgr le Comte de
Charolois , où ce Prince étoit.
Le 16 , l'Infanterie Bávaroiſe , avec
la Garde à Cheval, arriva au Camp de
Semlim.
Le Prince Eugene ayant defleinde
conſtruire une Redoute de l'autre côté
delaSave, au confluant de cetteRiviere,
&d'y élever une batterie , afin de foudroyer
la baſſe Ville , chargea de cette
expedition M. le Comte de Mareilli
Général Major , lui donnant fous fes
ordres trois Bataillons , fix Compagnies
des Grenadiers & 300. Chevaux,
qui devoient foûtenir les Pioniers employés
à cet ouvrage. On commença
ce travail à l'entrée de la nuit &laGarniſon
de Belgrade ne s'en étant appercuë
qu'à deux heures aprés minuit,
fit alorsun feu trés vif, tant du Canon
des Saïques & de la Place , que de
la Mouſqueterie ;& tira beaucoup de
Boulets rouges pour découvrirnosTravaux;
mais tour ce fracas ne dérangea
rien.
Letz, à ſept heures du matin , 2000
-
D'AOUST.. 69
Janiſſaires étant ſortis,à la faveur d'un
feû continuel du Canon de la Forterereſſe
& de leurs Vaiſſeaux , débarquérent
au bord du Danube derriere
nos Travaux ; le Comte de Marcilli
s'avança pour les charger, n'étant ſuivi
que du Bataillon de Palfi & de 600
Grenadiers. Les Imperiaux,aprés avoir
fait leur décharge,jetterent leurs armes
&abandonnérent M. de Marcilly qui
fut tué avec le peude braves Gens qui
étoient reſtés avec lui ; une partie du
Bataillon dePalfi y perit entierement:
Le Colonel Heiſter qui avoit refuſé
d'oppoſer aux Ennemis des chevaux
de friſe , lorſqu'ils étoient à portée , fut
emporté d'un coup de Canon; & les
deux mille Hommes qu'il avoit avec
lui , coururent rifque, de même que les
Travailleurs ,d'avoir le même ſort; file
Prince Eugene n'ût fait avancer à propos
le Baron deMiglio avec 250. Cuiraffiers,
qui chargea avec tant de valeur
les Ennemis , qu'il les repouſſa &les
obligea à s'embarquer avec tant de précipitation
,qu'il y en ût ungrand nombrede
tués &de noyés. Aprés une Action
auſſi chaude,nôtreInfanterie réprit
fon poſte&recommença à travailler ,
70. LE MERCURE
#
étant couvertepar de nouvelles troupes
qu'on détacha. On compte 1000. hommes
de perte du côté des Imperiaux ,
avec 30. Officiers , dont il y à6. Capitaines
, un Lieutenant Colonel , & un
Sergent Major: Les Turcs n'ont pas été
moins maltraittés ; Ibrahim Bacha
de Romelie qui les commandoir , y
ayant perdu la vie.Un ſous- Lieutenant
du Regiment de Virmond avec 9.Grenadiers
, a tué 20. Janniſſaires , & leur
a pris un Drapeau , lequel,aprés avoir
été preſenté au Prince Eugene , fut
planté devant ſa Tente.
Le 18 , on fut informé que les Turcs
avoient jetté quatre Pons fur la Mo
rava , & que leur Armée groſſiſſoit tous
les jours conſidérablement .
Le 19 , on acheva de réparer le Pont
fur le Danube : 10 Galeres & 40 , tant
Saïques que Bâtimens Ennemis , s'avancérent
près de l'Avant-garde de
nos Vaiſſeaux de Guerre , à l'embou
chure du Témes , où elles jettérent
P'Anere.
Le 20 , cette petite Flotte ſe retira
& décendit plusbas fur leDanube jufqu'à
Semendria.
Le 21 , on apprit que tous les HabiD'AOUST
71
tans de la Boſnie , en état de porter
les armes , avoient û ordre de ſe rendre
à la grande ArméeOttomane,fous
peine du Harach. *
On perfectionna le ſecond Pont de
Barques fur la Save,commencé depuis
quelques jours ; & on pouffa avec ſuccésle
travail de l'autre côté de cette
Riviere ; afin de nous mieux couvrir&
d'achever les Rédoutes , les Batteries
& les Lignes de communication.
Le 22 ,on éleva ſur les Batteries 26
Canons de 24 liv. de bales & 20 Mortiers
, pour canoper & bombarder la
baffe-Ville. Onrecut avis certain que
l'Ennemi avoit paſſe la Morava fur
quatre Ponts & qu'il s'étoit avancé
vers Haffan-Baffa-Palanka .
Le 23 , à deux heures avant le jour ,
on commença àcanoner & à bombarder
en même tems la Fortereffe , & la
Ville d'Eau ; ce qui a continué pendant
tout le jour avec tant de ſuccès , que
nos Batteries en ont renverſé deux
des Turcs rafé tout le cordon dır
Mur & démonté leurs Canons qui
* Tribut par téte que les Chrêtiensen
Turquie , doivent payer annuellement,
fous peine de prijon.
72 LE MERCURE
font dans le flanc: L'Ennemi a été obligé
deles rétirer des Ouvrages. L'on
ne diſcontinuëra pas le feu , que l'on
n'ait ruiné entierement toutes les deffences
qui font en vuë du côté de la
Save , & que l'on n'ait reſſerré ſon
armement naval.
Les Affiegés n'avoient jamais pû
ſeperfuader qu'on pîût les attaquer par
la Riviere ; s'étant attendu qu'on l'auroit
fait du côté de la Montagne , où
ils ont pratiqué beaucoup de Mines.
Nos Bombes ont fait un ſi terrible effet
, qu'elles ont reduit la plus grande
partie de la Ville en cendre.
Comme l'Iſle fortifiée du Danube ,
derriere laquelle les Barques armées.
des Turcs font à couvert , nous incommode
beaucoup ; on diſpoſe une
double Batterie particuliere pour la
canoner & la bombarder. On fera
enfuite les diſpoſitions pour l'ouverture
de la Tranchée de ce côté-ci.
Sur l'avis que l'Armée Ottomane
arriva le 21 à Haffan-Baſſa - Palanka à
fix lieües d'ici , ſur le chemin de Semendria
, on a placé 160 piéces de Canon
fur nos Retranchemens qui reffemblent
à des Fortifications. Nous
avons
DAOUST.
73
avons ungrand amas de fourages dans
notre Camp.
On vient d'apprendre que l'Armée
des Infidéles étoit enfin arrivée à Kolov
prés Sémendria , reſoluë d'en venir
à une Action déciſive . Leur projet
eſt , à ce que l'on prétend , d'attaquer
en même tems le front des Retranchemens&
une tête de Pont , tandis que la
Garniſon attaquera l'autre. M. le Prince
Eugene a envoyé à l'Empereur uneLifte
qu'on a trouvée dans la poche d'un Aga
Turc qui a été fait Prifonnier , par la.
quelle on voir le détail des Troupes Ennemies
qui menteà 337000 hommes.
M. le Prince Eugene vient d'être
nouvellement informé , que le Comte
de Steinville a bien de la peine à contenir
les Tranſilvainsdans l'obéiffance ,
& ſurtout les Montagnards qui font
fort inclinez à la rébellion , y étant
follicitez fortement par les Comtes
Eſthérazi , Bérézini , Fortgatick &
Czaki , qui font actuellement dans
P'Armée Ottomane & qui leurs promettent
dans peu de les venir joindre
avec foooo honmes .
Fermer
5146
p. 74-87
RELATION. De ce qui s'est passé dans l'Archipel, entre les deux Armées navales de la République de Venise & des Turcs, au mois de Juin 1717.
Début :
Le Seigneur André Pisani, Capitaine Général de la République de Venise, [...]
Mots clefs :
Bataille navale, Vaisseaux, République de Venise, Turcs, Armée, Guerre, Navigation, Ennemis, Flotte, Attaques, Capitaine, Combat, Archipel, Liste, Seigneur, Réjouissances
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texteReconnaissance textuelle : RELATION. De ce qui s'est passé dans l'Archipel, entre les deux Armées navales de la République de Venise & des Turcs, au mois de Juin 1717.
RELATION .
De ce qui s'est passé dans l'Archipel
entre les deux Armées Navales de
la République de Venise & des
Turcs , au mois de Juin 1717.
L
E Seigneur André Pifani , CapitaineGénéralde
laRépublique de
Venife , & les autres Chefs de Mer
perfuadés que l'unique avantage qu'on
pouvoit eſpérer contre les Turcs , étoit
de s'oppoſer à la deſcente de leur Flotte
dans les baſſes Eaux , prirent laréſolution
de la prévenir en l'allant chercherdans
l'Archipel &juſqu'aux Bouches
du détroit de Conſtantinople ,
d'où elle n'étoit pas encor fortie.
L'Armée Navale de la République
ayant donc été miſe en êtat avectoute
la diligence poſſible , elle partit de
Zante au nombre des Vailleaux de
Guerre & de tranſport , tel qu'il eſt
ſpécifié dans laLiſte que l'on verra ciaprés.
La navigation fut des plus heureuſes
, d'autant qu'en moins de dix
DAOUST. 75.
jours,nous arrivames à l'Embouchure
d'Imbro , qui n'eſt qu'à ſeize mille des
Dardanelles , où l'on jetta l'Ancre le
8. de Juin, pour faire proviſion d'Eau ,
& afin de découvrir la diſpoſition des
Ennemis
Le9. on acheva de ſe pourvoir d'Eau
&d'autres choſes néceſlaires en même
tems ; ayant appris que la Flotte Ottomane
étoir entre les premiers & les ſeconds
Châteaux du côté de l'Afre .
Le Jo . vers les 14. heures on vit
fortir des Embouchures quarante Vaiffeaux
Quarrez & htuitGalliores côttoyant
l'Europe à la faveur d'un Vent
Grec. Notre Armée mit auſſi tôt à la
voile,dans la réfolution d'aller à leur
rencontre pour les combattre ; mais
un vent de Tramontane ſuivi d'une
furieuſe bouraſque s'étant élevé
nous fûmes deux jours àdifputer contre
les Flots. Pendant ce tems toute
1' Armée fût toujours en mouvement
dans l'eſperance de rétrouver le matin
fuivant , la Flotte Ennemie & de gagner
le deſſus du vent d'Imbro , mais
inutilement ; ainſi , pour en apprendre
quelque notivelle , le Capitaine Extraordinaire
des Vaiſſeaux réſolut d'y
paſſer ſous le vent. Gij
,
70 LE MERCURE
Le 12. Nous appercûmes l'Armée
des Infideles qui étoit à l'Ancre le long
des Plages de l'Europe : La Tramonrane&
le Vent Grêc Tramontane continuant
de ſoûffler toujours avec violence
, nous crûmes devoir prendre
fond àImbro vers le Midy:Apeine eûmes
nous jetté l'Ancre ,que nous vimes
les Ennemis venant à notre rencontre,
d'autant plus que le vent nous empêchoit
de nous approcher d'eux pour les
inveſtir. Nous mêmes auſſi tôt à la voile
environ les 20.heures,&fur les 22,
les Ennemis n'étant plus qu'à la por
sée duCanon , ils détacherent fix Sulannes
fur nôtre queiie&attaquerent le
Seigneur Diedo Capitaine ordinaire
des Vaiſſeaux, qui étant ſous le vent ,
ledéfendit trés vigoureuſement avec
Yes 7. Vaiſſeaux de faDiviſion.D'un au
we côte,le Vaiſſeau du Capitaine Bafla
ſoûtenu de 7. Sultannes.& d'un Brulot
, vint ſe préſenter vers les 7 heures
du foir, devant le ſieur Flangini Capitaine
extraordinaire de la Flotte , qui
Tobliger par fon feu de s'éloigner ; un
moment aprés , le Capitaine Baſſa vint
fondre fur la tête de la ligne Venitienne
; il y ût une Canonade trés vive qui
•
D'AOUST.
77
ア
dura juſques à trois heures de nuit, à la
faveur de la Lune , aprés quoi la Flotte
Ottomane parut ſe retirer : Le ſieur
Flangini fit immediatement aprés , allumer
les Fanaux de ſes Vaiſſeaux &
revint le 13 à l'Aube , à la pointe de Limno.
On crut remarquer qu'il manquoir
trois Sultannes à l'Ennemi : Le jour ſe
paffa en canonades de part & d'autre,
les Ottomans ayant le deſſus du
vent & la ligne étenduë. Sur les 24
heures & demie , ils sevinrent attaquer
le Seigneur Diedo Capitaine
Ordinaire des Vaiſſeaux , avec la mê-
⚫me fureur qu'ils l'avoient fait le ſoir
précédent; mais le vent ayantun peu
tournédu côté de Meſtral & enſuite
du côté du Ponant , le Seigneur Delphino
qui montoit la Patrone , tira fa
⚫bordée ſur eux , en gagnant le deffus
di vent avec les autres Vailleaux ;
fur , quoi les Ennemis ayant jugé à
propos de ne point engager d'Action ,
ils prirent le parti de s'éloigner ; &
la nuit étant ſurvenue , nous nous
vimes hors d'état de les pourſuivre.
Le 14 & le 19 , ces deux Armées
reſterent à s'obſerver l'une l'autus ,
Glij
78 LE MERCURE
la nôtre étant néanmoins toûjours
ſous le vent ; la Tramontane & le
vent Gree continuant de ſouffler avec .
opiniatreré.
,
Le 16 , à la pointe dujour , lesdeux
Armées ſe trouvérent au deſſous de.
Monte-fanto à trois
ou quatre
mille ſeulement éloignées l'une de
l'autre , & s'étant auſſitot étenduës
fur une ligne , elles ſe diſpoſerent à en
venir à un nouveau Combat ;&même,
quoique lesEnnemis euſſent encore:
le même avantage du deſſus du vent ,
les Nôtres curent auſſi le même courage
de les bien recevoir : Ainsi , les
Turcs s'avancérent en droite ligne.
juſqu'à la demie portée du Moufquet
, fans tirer de part ni d'autre.
La Canonade commença enſuite fur
les 14 heures , & fut très vive & très
fanglante ; elle dura pendant cinq
heures fans relâche ; les Vaiſſeaux
ſe tenant fermes avec les voiles.en
Panne. Nôtre. Patronne attaqua la
Patronne des Ennemis , & l'obligea.
bien-tôt d'abandonner la ligne,en défordre
, après avoir û la Cage du
Perroquet toute razée. Elle fut,remarquée
par les Galliores qui , au nom.
1
D'AOUST. 79
bre de trois , s'étoient jointes le ſoir
précédent aux Sultannes , pour plus
grande fûreté. La Capitane Extraor
dinaire ayant été environnée par le reſte
des Vaiſſeaux Ennemis , ſoûtint le
plus grand effort du Combat ; ayant u
faire ſucceſſivement à 3 Vaiſſeaux
Turcs. Cependant,notre Patrone fuivieduVaiſſeau
la Conſtance , commandé
par le ſieur Diedo , faiſant feu ſans
ceffe& tirant ſa bordée ſur les Ennemis
, gagna enfin le deſſus du
vent fur fix Sultannes. Le Lyon faiſoit
la même manoeuvre , lorſque les Ennemis
perdant l'eſpérance de nous
battre , ſe retirérent les premiers à
l'Orza , du côté de Limno .
Le 17 , à la pointe du jour , nous les
découvrimes prés de Limno. La nuit
fuivante fur les fix heures , on entendit
tirer le canon de leur Armée , com--
me le ſignal de leur retraite entiere
ainſi qu'il arriva.
Le 18. fur les 12. heures , le vent
deLevantérant venu enfuite à fouffler
avec violence , auquel la Tramontane
ayantbientôt ſuccedé avec impetuofité,
nous fumes obligez de tourner du.
80 LE MERCURE
côté de Termis , ſous le commandement
du StDiedo Capitaine ordinaire,
qui montoit le Vaifſſeau du Stt Flangini
Capitaine extraordinaire , lequel
avoit reçû pendant le dernier combat
un coup de moufquet dans la Gorge ,
dont il mourut le 22. Le Sgr Marc
Neveu du dernier a été bleſſé prés
de l'oeil & à la main; le reſte de la
Nobleſſe Venitienne n'ayant point été
bleſſé.
On compte parmi les Morts , le
Major Auveduti que toute l'Armée
eltimoit beaucoup pour ſes bonres
Qualitez ; les Capitaines Bolani , Fonderbech
, un autre Allemand & quelques
Officiers Subalternes , avec environ
400. Soldats ou Matelots tuez,
&environ 800: bleſſez .
La perte du côtédes Ennemis eſt indubitablement
beaucoup plus grande ,
ce qui ſe prouve ſuffiſamment,non ſeulement
parce qu'ils ont chaque fois
abandonné le Champ de Bataille ;
quoiqu'ils euffent eu ledeſſus du vent
dans le plus fort du Combat&de jour
particulierement : Mais auffi , parce
que dans le ſecond Combat, leur feu
n'avoit pas été auli vif , qu'au pre-
10000
V
1
a
D'AOUST. 1
mier ; ayant manqué de gens pour cette
Manoeuvre , nôtre Artillerie ayant
démonté une grande partie de la leur ,
&en ayantruiné les Plates-Formes Le
Vaifleau la Colombe ayant été percé
ſous l'Eau , par un coup de canon chargé
d'une pierre de cinq cent livres pe-
Lant , courut rifque de couler à fond ,
de forteque le lendemain matin il ſe
trouva avoir huit pieds d'eau dans le
fond de Cale; mais le calme du Vent
& de la Mer qui ſurvint , donna le
tems d'y remedier.
La Flote des Turcs étoit compoſée
de quarante Vaiſſeaux Quarrez & de
huitGaliottes,tous Vaiſſeaux de Ligne ,
excepté cinq ou fix. Leurs canons font
d'unplus gros calibre que les nôtres ,
avec lesquels ils jettent en même-tems
des balles de pierre d'une groſſeur extraordinaire
, des Bombes toutes chargées
& des Boulers qui étant compo
ſé de Bitume du plus puant , mettent
le feu par tout ; cependant ils
n'ont pas û l'effet qu'ils en eſperoient ,
quoique quelques Boulets de cette
forte ayent porté dans quelques- uns de
de nos Vaiſſeaux...
1
82 LE MERCURE
Liste des Vaiſſeaux de Guerre & au.
tres Bâtimens deTransport, qui composent
lagroſſeArmée Navale de la
République de Venise , envoyée dans
l'Archipelpar l'Excellentiffime Seigneur
Capitaine General,pour chercher
celle des Ottomans.
NOMS DES VAISSEAUX
Dupremier Rang,depuis 72. jusqu'à 76.
piéces de Canon de gros Calibre.
1. Le Lion.
2. Le Triomphe.
3. Le Salut.
4. Le Grand Alexandre.
5. La Couronne .
6. La Conſtance.
7. Notre-Dame de l'Arsenal.
8. La Colombe.
9. L'Aigle .
10. Saint Gaëtan.
11. Saint Pie.
12. La Gloire de Venife .
13. La Terreur .
14. Saint Laurent,
D'AQUST. 33
Vaisseaux duSecond Rang de 30.62.
66. piéces de Canon.
15. Le Phenix ,
16. La Rofe.
17. Le Neptune.
18. Saint André .
19. La petite Aigle.
20. La Sainte Ligue.
21. Saint François.
22. Veniſe .
23. La Foy.
Vaiſſeaux du troifiéme Rangde 52: à 56.
piéces de Canon.
24. L'Hercule.
25. Saint Pierre.
26. La Valeur couronnée.
27. Notre-Dame du Saint Roſaire.
BRULOTS.
28. Judith .
29. La Reine des Anges.
.30. Notre-Dame du Rofaire.
31. Saint François.
84 LE MERCURE
Vaisseaux de Transport armez, en
Guerre.
32. Le Trés- Saint Crucifix.
33. Sainte Marguerite.
34. Sainte Anne.
35. Notre-Dame du Roſaire.
36. Nôtre- Dame de Lorette.
37. Notre-Dame de l'Annonciade.
Capres on Corvetes, c'est-à-dire , Ba
timens de nouvelle invention à lamaniére
de Hollande , qui ont des Ramer
des Voiles, &vingtpiecesde
Canonchacun."
38. Saint François.
39. Saint Pierre .
40. Saint Antoine.
:
Vaisseaux Servant d'Hôpital pour les
Malades les Bleffez .
41 , 42 , 43 , au nombre de trois.
Noms des Nobles Venitiens quiferuent
dans l'Armée de la République
qui commandent ces Vaiſſeaux.
Le Seigneur Loüis Flangini , Capitaine
D'AOUST .
85
taine Extraordinaire desVaiſſeaux.
Le Seigneur Marc-Antoine Diedo ,
CapitaineOrdinaire.
ral.
Le Seigneur François Correr Ami-
Le Seigneur André Delfino , Com
mandant de la Patronne .
Le Seigneur Diedo , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Vendramino
• Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Marc-Antoine Morofini
, Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Antoine Bembo , Capitaine
Extraordinaire.
Le Seigneur Balbi , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Paſqualigo , CapitaineOrdinaire.
Le Seigneur Jerome Fini , Capiraine
Ordinaire .
Le Seigneur François Péfaro , CapiraineOrdinaire.
Le Seigneur Jerôme Savorgnano ,
Capitaine Ordinaire.
Capita
Le Seigneur Etienne Valmerana ,
Capitaire Ordinaire.. な
Le 17. l'Armée Venitienne vint àSan-
Zorzide Schiro , à Andro , & de li
Aug 1717. H
85 LE MERCURE
1
la Plage de Thermis , pour y réparer
les dommages ſoufferts.Ces Nouvelles
ayant été apportées par un Exprés depêché
par le General Piſani , le Doge
accompagné du Senat & de M. Aldobrandini
Nonce Apostolique , ſe
rendit en Public à l'Egliſe Ducale
de S. Marc, où le 21 on chanta ſolemnellement
le Te Deum , en action de
graces de ce que l'Armée Navale de
la Republique n'a pas été battuë par
celle des Infideles. On a fait trois
jours de ſuite des Illuminations & des
Feux de Joye par toute la Ville , au fon
de toutes les Cloches .
LesTurcs n'ont pas manqué de faire
auſſi de leur côté de grandes réjoüiflances
àTénédos. Ne feroit-ce pas
un préjugé , pour croire que les avisreçûs
ſous main , que ces derniers ont
pris deux Vaifſeaux de la Flotte Veni
tienne & en ont coulé deux autres à
fond , auroient quelque fondement
Ce que l'on ſçait certainement , c'eſt
qu'il en coûtera bien un million de ducats
pour rétablir la Flote victorieufe ,
&l'argent est fort rate ici. M. Diedo
a été nommé Capitaine Extraordinaire
à la place de M. Flangini . On envoye
D'AOUST. 87
desTroupes& des Matelots, pour remplacerceux
qui ont été tuez dans ces
trois Actions ,& l'on fait partir tout ce
que l'on juge néceſſaire pour réparer
promptement pluſieurs Vaiſſeaux, qui
ont été fort maltraitez & fort délabrez .
Le Capitaine Général Pifani eſt alléjoindre
la Flotte Venitienne , avec deux
Vaiſſeaux du premier ang &quelques
autres de tranſport qui lui étoient venus
depuis peu de Veniſe, outre les Efcadres
auxiliaires du Pape , de Portugal
, de Malte & de Toſcanne .
De ce qui s'est passé dans l'Archipel
entre les deux Armées Navales de
la République de Venise & des
Turcs , au mois de Juin 1717.
L
E Seigneur André Pifani , CapitaineGénéralde
laRépublique de
Venife , & les autres Chefs de Mer
perfuadés que l'unique avantage qu'on
pouvoit eſpérer contre les Turcs , étoit
de s'oppoſer à la deſcente de leur Flotte
dans les baſſes Eaux , prirent laréſolution
de la prévenir en l'allant chercherdans
l'Archipel &juſqu'aux Bouches
du détroit de Conſtantinople ,
d'où elle n'étoit pas encor fortie.
L'Armée Navale de la République
ayant donc été miſe en êtat avectoute
la diligence poſſible , elle partit de
Zante au nombre des Vailleaux de
Guerre & de tranſport , tel qu'il eſt
ſpécifié dans laLiſte que l'on verra ciaprés.
La navigation fut des plus heureuſes
, d'autant qu'en moins de dix
DAOUST. 75.
jours,nous arrivames à l'Embouchure
d'Imbro , qui n'eſt qu'à ſeize mille des
Dardanelles , où l'on jetta l'Ancre le
8. de Juin, pour faire proviſion d'Eau ,
& afin de découvrir la diſpoſition des
Ennemis
Le9. on acheva de ſe pourvoir d'Eau
&d'autres choſes néceſlaires en même
tems ; ayant appris que la Flotte Ottomane
étoir entre les premiers & les ſeconds
Châteaux du côté de l'Afre .
Le Jo . vers les 14. heures on vit
fortir des Embouchures quarante Vaiffeaux
Quarrez & htuitGalliores côttoyant
l'Europe à la faveur d'un Vent
Grec. Notre Armée mit auſſi tôt à la
voile,dans la réfolution d'aller à leur
rencontre pour les combattre ; mais
un vent de Tramontane ſuivi d'une
furieuſe bouraſque s'étant élevé
nous fûmes deux jours àdifputer contre
les Flots. Pendant ce tems toute
1' Armée fût toujours en mouvement
dans l'eſperance de rétrouver le matin
fuivant , la Flotte Ennemie & de gagner
le deſſus du vent d'Imbro , mais
inutilement ; ainſi , pour en apprendre
quelque notivelle , le Capitaine Extraordinaire
des Vaiſſeaux réſolut d'y
paſſer ſous le vent. Gij
,
70 LE MERCURE
Le 12. Nous appercûmes l'Armée
des Infideles qui étoit à l'Ancre le long
des Plages de l'Europe : La Tramonrane&
le Vent Grêc Tramontane continuant
de ſoûffler toujours avec violence
, nous crûmes devoir prendre
fond àImbro vers le Midy:Apeine eûmes
nous jetté l'Ancre ,que nous vimes
les Ennemis venant à notre rencontre,
d'autant plus que le vent nous empêchoit
de nous approcher d'eux pour les
inveſtir. Nous mêmes auſſi tôt à la voile
environ les 20.heures,&fur les 22,
les Ennemis n'étant plus qu'à la por
sée duCanon , ils détacherent fix Sulannes
fur nôtre queiie&attaquerent le
Seigneur Diedo Capitaine ordinaire
des Vaiſſeaux, qui étant ſous le vent ,
ledéfendit trés vigoureuſement avec
Yes 7. Vaiſſeaux de faDiviſion.D'un au
we côte,le Vaiſſeau du Capitaine Bafla
ſoûtenu de 7. Sultannes.& d'un Brulot
, vint ſe préſenter vers les 7 heures
du foir, devant le ſieur Flangini Capitaine
extraordinaire de la Flotte , qui
Tobliger par fon feu de s'éloigner ; un
moment aprés , le Capitaine Baſſa vint
fondre fur la tête de la ligne Venitienne
; il y ût une Canonade trés vive qui
•
D'AOUST.
77
ア
dura juſques à trois heures de nuit, à la
faveur de la Lune , aprés quoi la Flotte
Ottomane parut ſe retirer : Le ſieur
Flangini fit immediatement aprés , allumer
les Fanaux de ſes Vaiſſeaux &
revint le 13 à l'Aube , à la pointe de Limno.
On crut remarquer qu'il manquoir
trois Sultannes à l'Ennemi : Le jour ſe
paffa en canonades de part & d'autre,
les Ottomans ayant le deſſus du
vent & la ligne étenduë. Sur les 24
heures & demie , ils sevinrent attaquer
le Seigneur Diedo Capitaine
Ordinaire des Vaiſſeaux , avec la mê-
⚫me fureur qu'ils l'avoient fait le ſoir
précédent; mais le vent ayantun peu
tournédu côté de Meſtral & enſuite
du côté du Ponant , le Seigneur Delphino
qui montoit la Patrone , tira fa
⚫bordée ſur eux , en gagnant le deffus
di vent avec les autres Vailleaux ;
fur , quoi les Ennemis ayant jugé à
propos de ne point engager d'Action ,
ils prirent le parti de s'éloigner ; &
la nuit étant ſurvenue , nous nous
vimes hors d'état de les pourſuivre.
Le 14 & le 19 , ces deux Armées
reſterent à s'obſerver l'une l'autus ,
Glij
78 LE MERCURE
la nôtre étant néanmoins toûjours
ſous le vent ; la Tramontane & le
vent Gree continuant de ſouffler avec .
opiniatreré.
,
Le 16 , à la pointe dujour , lesdeux
Armées ſe trouvérent au deſſous de.
Monte-fanto à trois
ou quatre
mille ſeulement éloignées l'une de
l'autre , & s'étant auſſitot étenduës
fur une ligne , elles ſe diſpoſerent à en
venir à un nouveau Combat ;&même,
quoique lesEnnemis euſſent encore:
le même avantage du deſſus du vent ,
les Nôtres curent auſſi le même courage
de les bien recevoir : Ainsi , les
Turcs s'avancérent en droite ligne.
juſqu'à la demie portée du Moufquet
, fans tirer de part ni d'autre.
La Canonade commença enſuite fur
les 14 heures , & fut très vive & très
fanglante ; elle dura pendant cinq
heures fans relâche ; les Vaiſſeaux
ſe tenant fermes avec les voiles.en
Panne. Nôtre. Patronne attaqua la
Patronne des Ennemis , & l'obligea.
bien-tôt d'abandonner la ligne,en défordre
, après avoir û la Cage du
Perroquet toute razée. Elle fut,remarquée
par les Galliores qui , au nom.
1
D'AOUST. 79
bre de trois , s'étoient jointes le ſoir
précédent aux Sultannes , pour plus
grande fûreté. La Capitane Extraor
dinaire ayant été environnée par le reſte
des Vaiſſeaux Ennemis , ſoûtint le
plus grand effort du Combat ; ayant u
faire ſucceſſivement à 3 Vaiſſeaux
Turcs. Cependant,notre Patrone fuivieduVaiſſeau
la Conſtance , commandé
par le ſieur Diedo , faiſant feu ſans
ceffe& tirant ſa bordée ſur les Ennemis
, gagna enfin le deſſus du
vent fur fix Sultannes. Le Lyon faiſoit
la même manoeuvre , lorſque les Ennemis
perdant l'eſpérance de nous
battre , ſe retirérent les premiers à
l'Orza , du côté de Limno .
Le 17 , à la pointe du jour , nous les
découvrimes prés de Limno. La nuit
fuivante fur les fix heures , on entendit
tirer le canon de leur Armée , com--
me le ſignal de leur retraite entiere
ainſi qu'il arriva.
Le 18. fur les 12. heures , le vent
deLevantérant venu enfuite à fouffler
avec violence , auquel la Tramontane
ayantbientôt ſuccedé avec impetuofité,
nous fumes obligez de tourner du.
80 LE MERCURE
côté de Termis , ſous le commandement
du StDiedo Capitaine ordinaire,
qui montoit le Vaifſſeau du Stt Flangini
Capitaine extraordinaire , lequel
avoit reçû pendant le dernier combat
un coup de moufquet dans la Gorge ,
dont il mourut le 22. Le Sgr Marc
Neveu du dernier a été bleſſé prés
de l'oeil & à la main; le reſte de la
Nobleſſe Venitienne n'ayant point été
bleſſé.
On compte parmi les Morts , le
Major Auveduti que toute l'Armée
eltimoit beaucoup pour ſes bonres
Qualitez ; les Capitaines Bolani , Fonderbech
, un autre Allemand & quelques
Officiers Subalternes , avec environ
400. Soldats ou Matelots tuez,
&environ 800: bleſſez .
La perte du côtédes Ennemis eſt indubitablement
beaucoup plus grande ,
ce qui ſe prouve ſuffiſamment,non ſeulement
parce qu'ils ont chaque fois
abandonné le Champ de Bataille ;
quoiqu'ils euffent eu ledeſſus du vent
dans le plus fort du Combat&de jour
particulierement : Mais auffi , parce
que dans le ſecond Combat, leur feu
n'avoit pas été auli vif , qu'au pre-
10000
V
1
a
D'AOUST. 1
mier ; ayant manqué de gens pour cette
Manoeuvre , nôtre Artillerie ayant
démonté une grande partie de la leur ,
&en ayantruiné les Plates-Formes Le
Vaifleau la Colombe ayant été percé
ſous l'Eau , par un coup de canon chargé
d'une pierre de cinq cent livres pe-
Lant , courut rifque de couler à fond ,
de forteque le lendemain matin il ſe
trouva avoir huit pieds d'eau dans le
fond de Cale; mais le calme du Vent
& de la Mer qui ſurvint , donna le
tems d'y remedier.
La Flote des Turcs étoit compoſée
de quarante Vaiſſeaux Quarrez & de
huitGaliottes,tous Vaiſſeaux de Ligne ,
excepté cinq ou fix. Leurs canons font
d'unplus gros calibre que les nôtres ,
avec lesquels ils jettent en même-tems
des balles de pierre d'une groſſeur extraordinaire
, des Bombes toutes chargées
& des Boulers qui étant compo
ſé de Bitume du plus puant , mettent
le feu par tout ; cependant ils
n'ont pas û l'effet qu'ils en eſperoient ,
quoique quelques Boulets de cette
forte ayent porté dans quelques- uns de
de nos Vaiſſeaux...
1
82 LE MERCURE
Liste des Vaiſſeaux de Guerre & au.
tres Bâtimens deTransport, qui composent
lagroſſeArmée Navale de la
République de Venise , envoyée dans
l'Archipelpar l'Excellentiffime Seigneur
Capitaine General,pour chercher
celle des Ottomans.
NOMS DES VAISSEAUX
Dupremier Rang,depuis 72. jusqu'à 76.
piéces de Canon de gros Calibre.
1. Le Lion.
2. Le Triomphe.
3. Le Salut.
4. Le Grand Alexandre.
5. La Couronne .
6. La Conſtance.
7. Notre-Dame de l'Arsenal.
8. La Colombe.
9. L'Aigle .
10. Saint Gaëtan.
11. Saint Pie.
12. La Gloire de Venife .
13. La Terreur .
14. Saint Laurent,
D'AQUST. 33
Vaisseaux duSecond Rang de 30.62.
66. piéces de Canon.
15. Le Phenix ,
16. La Rofe.
17. Le Neptune.
18. Saint André .
19. La petite Aigle.
20. La Sainte Ligue.
21. Saint François.
22. Veniſe .
23. La Foy.
Vaiſſeaux du troifiéme Rangde 52: à 56.
piéces de Canon.
24. L'Hercule.
25. Saint Pierre.
26. La Valeur couronnée.
27. Notre-Dame du Saint Roſaire.
BRULOTS.
28. Judith .
29. La Reine des Anges.
.30. Notre-Dame du Rofaire.
31. Saint François.
84 LE MERCURE
Vaisseaux de Transport armez, en
Guerre.
32. Le Trés- Saint Crucifix.
33. Sainte Marguerite.
34. Sainte Anne.
35. Notre-Dame du Roſaire.
36. Nôtre- Dame de Lorette.
37. Notre-Dame de l'Annonciade.
Capres on Corvetes, c'est-à-dire , Ba
timens de nouvelle invention à lamaniére
de Hollande , qui ont des Ramer
des Voiles, &vingtpiecesde
Canonchacun."
38. Saint François.
39. Saint Pierre .
40. Saint Antoine.
:
Vaisseaux Servant d'Hôpital pour les
Malades les Bleffez .
41 , 42 , 43 , au nombre de trois.
Noms des Nobles Venitiens quiferuent
dans l'Armée de la République
qui commandent ces Vaiſſeaux.
Le Seigneur Loüis Flangini , Capitaine
D'AOUST .
85
taine Extraordinaire desVaiſſeaux.
Le Seigneur Marc-Antoine Diedo ,
CapitaineOrdinaire.
ral.
Le Seigneur François Correr Ami-
Le Seigneur André Delfino , Com
mandant de la Patronne .
Le Seigneur Diedo , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Vendramino
• Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Marc-Antoine Morofini
, Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Antoine Bembo , Capitaine
Extraordinaire.
Le Seigneur Balbi , Capitaine Extraordinaire.
Le Seigneur Pierre Paſqualigo , CapitaineOrdinaire.
Le Seigneur Jerome Fini , Capiraine
Ordinaire .
Le Seigneur François Péfaro , CapiraineOrdinaire.
Le Seigneur Jerôme Savorgnano ,
Capitaine Ordinaire.
Capita
Le Seigneur Etienne Valmerana ,
Capitaire Ordinaire.. な
Le 17. l'Armée Venitienne vint àSan-
Zorzide Schiro , à Andro , & de li
Aug 1717. H
85 LE MERCURE
1
la Plage de Thermis , pour y réparer
les dommages ſoufferts.Ces Nouvelles
ayant été apportées par un Exprés depêché
par le General Piſani , le Doge
accompagné du Senat & de M. Aldobrandini
Nonce Apostolique , ſe
rendit en Public à l'Egliſe Ducale
de S. Marc, où le 21 on chanta ſolemnellement
le Te Deum , en action de
graces de ce que l'Armée Navale de
la Republique n'a pas été battuë par
celle des Infideles. On a fait trois
jours de ſuite des Illuminations & des
Feux de Joye par toute la Ville , au fon
de toutes les Cloches .
LesTurcs n'ont pas manqué de faire
auſſi de leur côté de grandes réjoüiflances
àTénédos. Ne feroit-ce pas
un préjugé , pour croire que les avisreçûs
ſous main , que ces derniers ont
pris deux Vaifſeaux de la Flotte Veni
tienne & en ont coulé deux autres à
fond , auroient quelque fondement
Ce que l'on ſçait certainement , c'eſt
qu'il en coûtera bien un million de ducats
pour rétablir la Flote victorieufe ,
&l'argent est fort rate ici. M. Diedo
a été nommé Capitaine Extraordinaire
à la place de M. Flangini . On envoye
D'AOUST. 87
desTroupes& des Matelots, pour remplacerceux
qui ont été tuez dans ces
trois Actions ,& l'on fait partir tout ce
que l'on juge néceſſaire pour réparer
promptement pluſieurs Vaiſſeaux, qui
ont été fort maltraitez & fort délabrez .
Le Capitaine Général Pifani eſt alléjoindre
la Flotte Venitienne , avec deux
Vaiſſeaux du premier ang &quelques
autres de tranſport qui lui étoient venus
depuis peu de Veniſe, outre les Efcadres
auxiliaires du Pape , de Portugal
, de Malte & de Toſcanne .
Fermer
5147
p. 87-99
AVANT-PROPOS. DU TÉOPHRASTE MODERNE.
Début :
La quantité des Matiéres que je traite icy, leur variété, le mélange [...]
Mots clefs :
Peuple, Paris, Union, Querelle, Caractère, Vices, Relations, Colère, Population, Moeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS. DU TÉOPHRASTE MODERNE.
AVANT - PROPOS .
DU TEOPHRASTE MODERNE.
LA quantité des Matiéres que je
traite icy , leur varicté , le mélange
alternatifdu Serieux & du Gay dans les
réflexions , pourront faire plaifir à ceux
qui liront cet Ouvrage.Je n'ai point prétendu
établir d'ordre dans la diſtributioń
des Sujets , celam'a paru fort indiffe
rent. J'adreffe cette Relation à une Dame
qui me l'avoit demandée , & j'ai tâ
chéde ne rien oublier de tout ce qui peut
inſtruire ou divertir un Esprit juste &
délicat , tel qu'est le sien. Je commence
par lui parler des choses quifepaſſoient
Hij
83 LE MERCURE
quandje fis cette Rélation. Je continueau
bazard & je finis quand il me plaift.
Cet Ouvrage , enun mot , est la produ-
Etion d'un esprit libertin , qui nese refaſe
rien de ce qui peut l'amuser en chewin
faisant. J'espere que le Lecteur n'y
perdra rien.
Je vous tiens parole , Madame , ou
plûtôt jevous obéis ; car ce qu'unAmant
prommet à ce qu'il aime , vaut unde.
voir d'obéiffance envers ſon Maître.
Vous avez raiſon de vouloir être inftruite
des Moeurs & du Caractere des
Habitans de Paris , & de tout ce qui ſe
pratique dans cet Abregé du Monde.
PARIS eſt le centre des Vertus & des
Vices , c'eſt le lieu où ſes Méchans
développent leur iniquité ; l'endroit où
ſemanifeſte toute leur capacité de malfaire
. La raifon de cela , Madame , eft
qu'ils ont abondance d'occafions &
que l'exercice met en oeuvre & perfectionne
leurs mauvaiſes diſpoſitions.
Les Vertus n'y regnent pas moins que
les Vices ; mais elles y regnent fans
bruit & fécretement . Les Juſtes y compoſent
un Party ignoré de la foule dés
hommes . On y voit encore un troifiéme
Ordre de perſonnes ; ce ſont d'honnêtes
D'AOUST. 89
gens d'une probité morale qui n'a
pour principe , ou qu'un hûreux Caractere
qui les porte à vivre avec honneur
, ou qu'un goût de fageſſe philofophique
, qui les maintient dansun ef
prit de justice & d'union avec les hom
mes. Ce,ſont de ces gens , qui bornez
à fatisfaire leurs petits plaiſirs , tâ
chent , autant qu'ils peuvent , de ne
troubler ceux de perſonne ;de ces gens
en un mot , qui adoptent le frein des
Loix , moins, fi vous voulez,par reſpea
pour elles , que par ménagement pour
le préjugé public.
Cette Secte , Madame , ne laiffe pas
que d'êtreun peu pyrrhonienne;car elle
n'a de Vertus que par convention ;
mais vivre bien avec les hommes &
penſer autrement qu'eux , eſt une choſe
qui paroît fi belle & fi diftinguée ,
que dans biendes endroits à Paris,vous
ne paſſez pour homme d'eſprit , qu'au
tant qu'on vous croit confirmé dans
cette impieté philoſophique.
1
Je m'érendrois là-deſſus d'avantage ,
fi jene prevpyois que dans la fuite de
cette Relation , l'occaſion ſe préfentera
d'en parler encore : Venons à d'autres
matières.
Hiil
90 LE MERCURE
CHAPITRE I.
T
Il eſt difficile de définir la Populace .
de Paris , je vais pourtant tâcher de
vous endonner quelque idée.
Imaginez- vous une eſpèce de Monftre
remié par ün inſtinct& compoſe de
toutes les bonnes &mauvaiſes qualitez
enſemble; prenez la Fureur & l'Emporrement,
la Folie , l'Ingratitude , l'Infolence
, la Trahifon &la Lâcheté ; ajuf
tez tout cela , fi vous le pouvez , avec
la Compaſſion tendre , la Fidelité , las
Bonté, l'Empreffement obligeant , la
Reconnoiffance & la Bonne foi , la Prudence
même , en un mot, formés vôtre
Monftre de toutes ces contrarietez ;
voilà le Peuple , voilà ſon génie.
Pour en achever le Portrait , il faut
Jui fuppofer encore une néceffité machinale
, de paſſer en un inſtant du bon
mouvement au mauvais : Déraillons à
préſent ce Caractere .
Le Peupleeſt une portion d'hommes ,
qu'une égalité de baſſeſle dans la condition
reünit : Ils ſe querellent, ils fe
battent , ſe tendent la main , ſe rendent
fervice& ſe deſſervent : Un mo
D'AOUST. gb
T
ment voit renaître & mourir leur
amitié ; ils ſe raccommodent & fe
broüillent , fans s entendre. Le Peuple
a des fougues de ſoûmiffion & de refpect
pour le grand Seigneur ,& des
faillies de mépris& d'inſolence contre
lui: Un denier donnépar-deſſus ſon falaire
, vous en attire un dévoiement
fans referve ; ce denier retranché
vous en attire mille outrages : Quand
il eſt bon , vous en auriez ſon fang ;
quand il eſt mauvais , il vous ôreroit
tout le vôtre : Sa malice lui fournit des
moyens de nuire , que l'homme d'efprit
n'imagineroir jamais. Tel eſt le pathétique
de ſes diſcours , qu'il laiffer
parmi les plus honnêtes gens , une per->
ſuafionde bien ou de mal qui vous
muit ou qui vous fert.
Le Peuple à Paris , a tous les vices
qu'il ſe reproche dans ſes querelles.
Une choſe m'a toûjours ſurpris :Deux
femmes s'accuſent de mauvaiſe vie ,
citent les lieux & les circonstances : Les
Affiftans croyenttout ; la querelle fi
nit& ne leur a fait aucun tort.
Les femmes entr'elles , ne rougiffent
pas de l'opprobre dont elles ſe chargent;
leur motif de honte eſt d'avoir
Hiij
92 LE MERCURE
été vaincu ps ou en injures.s
Plus une fera a voux vigoure
fe, &pluscelle qui elizare que- ,
relle, adekor ..
Flus une querelle a de témoins , plus
elle s'échauffe : Ce n'est plus tant alors
une vraye colere qui anime les Combattantes
, qu'une émulation d'Invectives.
Perſonne ne caractériſe plus éloquemment
que le Peuple.
Onlui inſpire aifément de la confiance
; mais quand il la perd,il des-honore.
Toute belle que vous êtes , Madame;
fi le hazard vous avoit attiré le
courroux d'une femme du Peuple ;
elle vous feroit rougir de vos propres
charmes. L'union des gens mariez parmi
le Peuple , eſt la choſe du monde
la plus divertiſſante ; vous diriez à les
entendre ſe parler & ſe répondre, qu'
ils ne peuvent ſe ſupporter & qu'ils
fouffrentde ſe voir.
Voici la réflexion que je fais là-deſſus,
Madame: Un mot plus haut que l'autre
broüille des Epoux honnêtes gens ;
pourquoi cela? C'eſt que leur commerce
est ordinairement honnête : Cette
D'AQUST.. 23
honnêteté ceffle- t-elle un moment?L'union
s'altére. Les gens mariez d'entre
le Peuple, ſe parlent toujours comme
s'ils s'alloientbattre ; celales accoûtume
àune rudeſſe de maniere qui ne fait
pas grand effet, quand elle eſt ſérienſe
&qu'ily entre de la colere : Une femme
ne s'allarme pas de s'entendre dire
unbon gros mot , elle y eſt faite en
tems de paix comme en tems de guerre
; le mari de ſon côté n'est point furpris
d'une réplique brutale ; ſes oreillesn'ytrouvent
rien d'étrange ; le coup
de poing feulement avertit que la Querelle
eit ſérieuſe ; & leur façon de ſe
parler en eſt toûjours ſi voiſine , que ce
coup depoingne fait pasun grand dé
rangement.
Sçavez -vous bien , Madame , qu'à
tout prendre , il y a plus de gain dans
certe façonde ſe traitter,que dans celle
des honnêtes gens .
Je compare l'union de ces derniers à
une Mer calme: Les deux Epoux y voguent
en paix; vienet il un ſeul coup de
vent? Il porte l'allarme dansla Barque,
&nosEpoux accoûtumez àune longue
bonace, ne fe remettent que long- tems
aprés ,de leur frayeur.
-
94 LE MERCURE
La même comparaiſon me ſervira
pour figurer l'union des gens du Peuple.
CetteMen pour eux,eſt toûjours agitée;
les Vents & les Eclairs y regnent
fans interruption,la Barque va fon
train,fans s'en appercevoir: La Tempête
lui eft familiere , la Foudre tombe
quelquefois ; mais elle eſt une ſuire
ſi naturelle de l'orage , que la Barque
tâchede ſe réparer ſans en avoirfremi.
Manie de politeſſe à part , la Mer agitée
me paroît calme .
Je n'aurois jamais fait, ſi je ne voulois
rien obmettre dans le Portrait du
génie du Peuple inconſtant par nature,
vertueux ou vicieux par accident; c'eft
un vrai Cameleon qui reçoit toutes les
impreffions des objets qui l'environnent.
Là-deſſus , vous vous imaginez que
le Peuple eſt méchant ; vous avez raifon;
mais il n'a point une méchanceté
de réflexion ; c'eſt, pour ainſi dire , une
méchanceté d'imitation fur ce que le
Public penſe de ceux qui ſont donnez
en ſpectacle.
Il exprimera par exemple des cris de
malédiction contre lesgens d'affaires ;
D'AQUST. 95
nonpas qu'il ait conclu qu'ils le méritent,
mais la Voix publique les annonce
haïflables : Voilà le Peuple irrité
contr'eux.
On alloitun jour faire mourir deux
voleurs de grands chemins ; je vis une
foule de Peuple quiles ſuivoit ; je lui
remarquai deux mouvemens qui n'appartiennent
,je penſe, qu'à la populace
deParis.
CePeuple courroit à ce triſte Spectacle
avec une avidité curieuſe, qui ſe
joignoit àun ſentiment de compaſſion
pour ces Malheureux ; je vis même une
femme , qui la larme à l'oeil , courroit
tour autant qu'elle pouvoit,pour ne rien
perdre d'une exécution dont la penſée
lui moüilloit les yeuxdepleurs.
Que penſez-vous de ces deux mouvemens
? Pour moi , je ne les appellerai
ni Dureté ni Pitié. Je regarde en
cette occaſion l'Ame du Peuple , commeune
eſpece de Machine incapable
de ſentir & de penſerpar elle-même,
&comme eſclave de tous les objets
qui la frapent.
Par ce Syſteme, je vois clair comme
le jour , la raiſonde ces deux mouvemens
contraires : On va faire mourir
A
96 LE MERCURE
:
deux hommes ; l'appareil de leur mort
elt fort triſte : Voilà la Machine frap .
pée d'un mouvement affortiffant;voilà
le Peuple qui pleure ou qui ſe contrifte
L'exécution de ces hommes a quel-.
que choſe de ſingulier : Voilà la Machine
devenuë curieuſe.
Je gagerois que le Peuple pourroit
en même -tems plaindre un homme
deſtiné à la mort , avoir du plaifir en le
voyant mourir , & lui donner mille
malédictions .
Que dirons-nous encore de lui ? Il
eſt de certains endroits à Paris , Mada
me , où le Peuple eſt en poffeffion
d'une liberté deſpotique dans leLangage
& ſouvent dans les Actions : Hy
regne fouverainement ; il y parle de
tout & n'y craint perſonne : Acherez-
vous quelque choſe aux Marchez
publics , par exemple ; vôtre honneur ,
vôtre taille, vôtre viſage y font à la difcretion
desmarchandes: 11 faut opter ou
d'être dupé ou d'êtremaltraitté,dans les
endroits qu'on pourroit appeller l'Empire
des Amazones : Vous avez autant
de Juges & de Parties , qu'il y a de
femmes; fi la colere d'une d'entre elles
vous déclare coupable, c'en est fait;
toutes
D'AOUST .
toutes les autres yous condamnent fans
97.
conſultation & vous exécuttent à la
même heure : Toute la liberté qu'on
vous laiſſe , c'eſt de vous fauver ; &
vous reſſemblez en ce cas à ces Soldats
qui paflent par les baguettes en courant.
Jé connois un de mes amis , homme
d'eſprit & de bon fens , qui
me diſoit un jour , en parlant du genie
du Peuple : Le moyen le plus feur de
connoître ſes deffauts & fon ridicule.,
ſeroit de familiariſer quelque tems
avec lui & de lui chercher Quérelle
après. On a trouvé l'inventionde
ſe voir le viſage par les Miroirs :
Une querelle avec le Peuple feroit la
meilleure invention du monde,pour fe
voit l'Eſprit & le Corps enſemble. Une
aimable Fille entendant parler ainfi
mon Ami, nous dit , en badinant : Tous
mes Amans me diſent Belie ;ma glace
&mon amour propre m'en difent autant
; mais, pour en avoir le coeur net ,
quelque jour en Carnaval j'uſerai de
l'invention dont vous parlez .
Qu'ajoûterai - je encore fur le caractere
du Peuple ?
Les Devots d'entre le Peuple, le font
Aoust 1717. I
98 LE MERCURE
infiniment dans la forme: La vrayepiété
eſt au deſſus de la portée de leur
ecoeur& de leur eſprit.
Une groſſe Voix dans un Prédicateur
leur tient lieu d'intelligence ; ils ne
comprennent rien à ce qu'il dit, mais il
crie beaucoup & les voilà pénétrez.
Ainfi ,je ne conſeillerois à perſonne,
de compter beaucoup fur la Religion
du plus devot perſonnage d'entre le
Peuple : De là vient auſſi qu'il eſt aiſé
d'en corrompre le plus honnête
homme ; car,pour l'engager au crime ,
il ne s'agit pas de gagner ſon eſprit ,
on a bon marché de cette piéce ; il faut
ſeulement effacer une impreffion par
une autre : Celle du céremonial de la
Religion qui les a rendu pieux , s'efface
par l'impreſſion d'une offre qui les chatoüille
.
Vous m'avoierez qu'on peut faire
tout ce qu'on veut d'un homme qu'il
ne s'agit que de toucher ſenſiblement;
l'impreſſion la plus fraîche eſt toûjours
la victorieuſe.
Ne vous attendez pas , Madame ,
que j'épuiſe la Matiére la-deſſus ; je
n'en dirai plus qu'un mot .
Le Peuple dans les Provinces ,recond
d
D'AOUST. 99
noît autant de Maîtres , qu'il eſt de
gens au-deſſus de lui .
L'Interrêt ſeul ici, fait la vraye dépendance
du peuple. Le Cordonnier y va
de pair avec le Duc & le Marquis : Si
l'on ne veut pas qu'il manque de refpect
pour ces grands Noms , il faut acheter
fon hommage. L'argent eſt le
feul Titre de grandeur qu'il révére : Le
Peuple eſt comme un gros Matin ; le
Mâtin aboye aprés tout ce qui paſſe ;
jettez-lui un morceau de pain , il vous
carrefle.
Ainfi , Madame , fi vous venez jamais
à Paris ; en cas que vous ayez
affaire au Peuple , prenez avec luy des
meſures qui mettent vos charmes à l'abry
de la correction.
DU TEOPHRASTE MODERNE.
LA quantité des Matiéres que je
traite icy , leur varicté , le mélange
alternatifdu Serieux & du Gay dans les
réflexions , pourront faire plaifir à ceux
qui liront cet Ouvrage.Je n'ai point prétendu
établir d'ordre dans la diſtributioń
des Sujets , celam'a paru fort indiffe
rent. J'adreffe cette Relation à une Dame
qui me l'avoit demandée , & j'ai tâ
chéde ne rien oublier de tout ce qui peut
inſtruire ou divertir un Esprit juste &
délicat , tel qu'est le sien. Je commence
par lui parler des choses quifepaſſoient
Hij
83 LE MERCURE
quandje fis cette Rélation. Je continueau
bazard & je finis quand il me plaift.
Cet Ouvrage , enun mot , est la produ-
Etion d'un esprit libertin , qui nese refaſe
rien de ce qui peut l'amuser en chewin
faisant. J'espere que le Lecteur n'y
perdra rien.
Je vous tiens parole , Madame , ou
plûtôt jevous obéis ; car ce qu'unAmant
prommet à ce qu'il aime , vaut unde.
voir d'obéiffance envers ſon Maître.
Vous avez raiſon de vouloir être inftruite
des Moeurs & du Caractere des
Habitans de Paris , & de tout ce qui ſe
pratique dans cet Abregé du Monde.
PARIS eſt le centre des Vertus & des
Vices , c'eſt le lieu où ſes Méchans
développent leur iniquité ; l'endroit où
ſemanifeſte toute leur capacité de malfaire
. La raifon de cela , Madame , eft
qu'ils ont abondance d'occafions &
que l'exercice met en oeuvre & perfectionne
leurs mauvaiſes diſpoſitions.
Les Vertus n'y regnent pas moins que
les Vices ; mais elles y regnent fans
bruit & fécretement . Les Juſtes y compoſent
un Party ignoré de la foule dés
hommes . On y voit encore un troifiéme
Ordre de perſonnes ; ce ſont d'honnêtes
D'AOUST. 89
gens d'une probité morale qui n'a
pour principe , ou qu'un hûreux Caractere
qui les porte à vivre avec honneur
, ou qu'un goût de fageſſe philofophique
, qui les maintient dansun ef
prit de justice & d'union avec les hom
mes. Ce,ſont de ces gens , qui bornez
à fatisfaire leurs petits plaiſirs , tâ
chent , autant qu'ils peuvent , de ne
troubler ceux de perſonne ;de ces gens
en un mot , qui adoptent le frein des
Loix , moins, fi vous voulez,par reſpea
pour elles , que par ménagement pour
le préjugé public.
Cette Secte , Madame , ne laiffe pas
que d'êtreun peu pyrrhonienne;car elle
n'a de Vertus que par convention ;
mais vivre bien avec les hommes &
penſer autrement qu'eux , eſt une choſe
qui paroît fi belle & fi diftinguée ,
que dans biendes endroits à Paris,vous
ne paſſez pour homme d'eſprit , qu'au
tant qu'on vous croit confirmé dans
cette impieté philoſophique.
1
Je m'érendrois là-deſſus d'avantage ,
fi jene prevpyois que dans la fuite de
cette Relation , l'occaſion ſe préfentera
d'en parler encore : Venons à d'autres
matières.
Hiil
90 LE MERCURE
CHAPITRE I.
T
Il eſt difficile de définir la Populace .
de Paris , je vais pourtant tâcher de
vous endonner quelque idée.
Imaginez- vous une eſpèce de Monftre
remié par ün inſtinct& compoſe de
toutes les bonnes &mauvaiſes qualitez
enſemble; prenez la Fureur & l'Emporrement,
la Folie , l'Ingratitude , l'Infolence
, la Trahifon &la Lâcheté ; ajuf
tez tout cela , fi vous le pouvez , avec
la Compaſſion tendre , la Fidelité , las
Bonté, l'Empreffement obligeant , la
Reconnoiffance & la Bonne foi , la Prudence
même , en un mot, formés vôtre
Monftre de toutes ces contrarietez ;
voilà le Peuple , voilà ſon génie.
Pour en achever le Portrait , il faut
Jui fuppofer encore une néceffité machinale
, de paſſer en un inſtant du bon
mouvement au mauvais : Déraillons à
préſent ce Caractere .
Le Peupleeſt une portion d'hommes ,
qu'une égalité de baſſeſle dans la condition
reünit : Ils ſe querellent, ils fe
battent , ſe tendent la main , ſe rendent
fervice& ſe deſſervent : Un mo
D'AOUST. gb
T
ment voit renaître & mourir leur
amitié ; ils ſe raccommodent & fe
broüillent , fans s entendre. Le Peuple
a des fougues de ſoûmiffion & de refpect
pour le grand Seigneur ,& des
faillies de mépris& d'inſolence contre
lui: Un denier donnépar-deſſus ſon falaire
, vous en attire un dévoiement
fans referve ; ce denier retranché
vous en attire mille outrages : Quand
il eſt bon , vous en auriez ſon fang ;
quand il eſt mauvais , il vous ôreroit
tout le vôtre : Sa malice lui fournit des
moyens de nuire , que l'homme d'efprit
n'imagineroir jamais. Tel eſt le pathétique
de ſes diſcours , qu'il laiffer
parmi les plus honnêtes gens , une per->
ſuafionde bien ou de mal qui vous
muit ou qui vous fert.
Le Peuple à Paris , a tous les vices
qu'il ſe reproche dans ſes querelles.
Une choſe m'a toûjours ſurpris :Deux
femmes s'accuſent de mauvaiſe vie ,
citent les lieux & les circonstances : Les
Affiftans croyenttout ; la querelle fi
nit& ne leur a fait aucun tort.
Les femmes entr'elles , ne rougiffent
pas de l'opprobre dont elles ſe chargent;
leur motif de honte eſt d'avoir
Hiij
92 LE MERCURE
été vaincu ps ou en injures.s
Plus une fera a voux vigoure
fe, &pluscelle qui elizare que- ,
relle, adekor ..
Flus une querelle a de témoins , plus
elle s'échauffe : Ce n'est plus tant alors
une vraye colere qui anime les Combattantes
, qu'une émulation d'Invectives.
Perſonne ne caractériſe plus éloquemment
que le Peuple.
Onlui inſpire aifément de la confiance
; mais quand il la perd,il des-honore.
Toute belle que vous êtes , Madame;
fi le hazard vous avoit attiré le
courroux d'une femme du Peuple ;
elle vous feroit rougir de vos propres
charmes. L'union des gens mariez parmi
le Peuple , eſt la choſe du monde
la plus divertiſſante ; vous diriez à les
entendre ſe parler & ſe répondre, qu'
ils ne peuvent ſe ſupporter & qu'ils
fouffrentde ſe voir.
Voici la réflexion que je fais là-deſſus,
Madame: Un mot plus haut que l'autre
broüille des Epoux honnêtes gens ;
pourquoi cela? C'eſt que leur commerce
est ordinairement honnête : Cette
D'AQUST.. 23
honnêteté ceffle- t-elle un moment?L'union
s'altére. Les gens mariez d'entre
le Peuple, ſe parlent toujours comme
s'ils s'alloientbattre ; celales accoûtume
àune rudeſſe de maniere qui ne fait
pas grand effet, quand elle eſt ſérienſe
&qu'ily entre de la colere : Une femme
ne s'allarme pas de s'entendre dire
unbon gros mot , elle y eſt faite en
tems de paix comme en tems de guerre
; le mari de ſon côté n'est point furpris
d'une réplique brutale ; ſes oreillesn'ytrouvent
rien d'étrange ; le coup
de poing feulement avertit que la Querelle
eit ſérieuſe ; & leur façon de ſe
parler en eſt toûjours ſi voiſine , que ce
coup depoingne fait pasun grand dé
rangement.
Sçavez -vous bien , Madame , qu'à
tout prendre , il y a plus de gain dans
certe façonde ſe traitter,que dans celle
des honnêtes gens .
Je compare l'union de ces derniers à
une Mer calme: Les deux Epoux y voguent
en paix; vienet il un ſeul coup de
vent? Il porte l'allarme dansla Barque,
&nosEpoux accoûtumez àune longue
bonace, ne fe remettent que long- tems
aprés ,de leur frayeur.
-
94 LE MERCURE
La même comparaiſon me ſervira
pour figurer l'union des gens du Peuple.
CetteMen pour eux,eſt toûjours agitée;
les Vents & les Eclairs y regnent
fans interruption,la Barque va fon
train,fans s'en appercevoir: La Tempête
lui eft familiere , la Foudre tombe
quelquefois ; mais elle eſt une ſuire
ſi naturelle de l'orage , que la Barque
tâchede ſe réparer ſans en avoirfremi.
Manie de politeſſe à part , la Mer agitée
me paroît calme .
Je n'aurois jamais fait, ſi je ne voulois
rien obmettre dans le Portrait du
génie du Peuple inconſtant par nature,
vertueux ou vicieux par accident; c'eft
un vrai Cameleon qui reçoit toutes les
impreffions des objets qui l'environnent.
Là-deſſus , vous vous imaginez que
le Peuple eſt méchant ; vous avez raifon;
mais il n'a point une méchanceté
de réflexion ; c'eſt, pour ainſi dire , une
méchanceté d'imitation fur ce que le
Public penſe de ceux qui ſont donnez
en ſpectacle.
Il exprimera par exemple des cris de
malédiction contre lesgens d'affaires ;
D'AQUST. 95
nonpas qu'il ait conclu qu'ils le méritent,
mais la Voix publique les annonce
haïflables : Voilà le Peuple irrité
contr'eux.
On alloitun jour faire mourir deux
voleurs de grands chemins ; je vis une
foule de Peuple quiles ſuivoit ; je lui
remarquai deux mouvemens qui n'appartiennent
,je penſe, qu'à la populace
deParis.
CePeuple courroit à ce triſte Spectacle
avec une avidité curieuſe, qui ſe
joignoit àun ſentiment de compaſſion
pour ces Malheureux ; je vis même une
femme , qui la larme à l'oeil , courroit
tour autant qu'elle pouvoit,pour ne rien
perdre d'une exécution dont la penſée
lui moüilloit les yeuxdepleurs.
Que penſez-vous de ces deux mouvemens
? Pour moi , je ne les appellerai
ni Dureté ni Pitié. Je regarde en
cette occaſion l'Ame du Peuple , commeune
eſpece de Machine incapable
de ſentir & de penſerpar elle-même,
&comme eſclave de tous les objets
qui la frapent.
Par ce Syſteme, je vois clair comme
le jour , la raiſonde ces deux mouvemens
contraires : On va faire mourir
A
96 LE MERCURE
:
deux hommes ; l'appareil de leur mort
elt fort triſte : Voilà la Machine frap .
pée d'un mouvement affortiffant;voilà
le Peuple qui pleure ou qui ſe contrifte
L'exécution de ces hommes a quel-.
que choſe de ſingulier : Voilà la Machine
devenuë curieuſe.
Je gagerois que le Peuple pourroit
en même -tems plaindre un homme
deſtiné à la mort , avoir du plaifir en le
voyant mourir , & lui donner mille
malédictions .
Que dirons-nous encore de lui ? Il
eſt de certains endroits à Paris , Mada
me , où le Peuple eſt en poffeffion
d'une liberté deſpotique dans leLangage
& ſouvent dans les Actions : Hy
regne fouverainement ; il y parle de
tout & n'y craint perſonne : Acherez-
vous quelque choſe aux Marchez
publics , par exemple ; vôtre honneur ,
vôtre taille, vôtre viſage y font à la difcretion
desmarchandes: 11 faut opter ou
d'être dupé ou d'êtremaltraitté,dans les
endroits qu'on pourroit appeller l'Empire
des Amazones : Vous avez autant
de Juges & de Parties , qu'il y a de
femmes; fi la colere d'une d'entre elles
vous déclare coupable, c'en est fait;
toutes
D'AOUST .
toutes les autres yous condamnent fans
97.
conſultation & vous exécuttent à la
même heure : Toute la liberté qu'on
vous laiſſe , c'eſt de vous fauver ; &
vous reſſemblez en ce cas à ces Soldats
qui paflent par les baguettes en courant.
Jé connois un de mes amis , homme
d'eſprit & de bon fens , qui
me diſoit un jour , en parlant du genie
du Peuple : Le moyen le plus feur de
connoître ſes deffauts & fon ridicule.,
ſeroit de familiariſer quelque tems
avec lui & de lui chercher Quérelle
après. On a trouvé l'inventionde
ſe voir le viſage par les Miroirs :
Une querelle avec le Peuple feroit la
meilleure invention du monde,pour fe
voit l'Eſprit & le Corps enſemble. Une
aimable Fille entendant parler ainfi
mon Ami, nous dit , en badinant : Tous
mes Amans me diſent Belie ;ma glace
&mon amour propre m'en difent autant
; mais, pour en avoir le coeur net ,
quelque jour en Carnaval j'uſerai de
l'invention dont vous parlez .
Qu'ajoûterai - je encore fur le caractere
du Peuple ?
Les Devots d'entre le Peuple, le font
Aoust 1717. I
98 LE MERCURE
infiniment dans la forme: La vrayepiété
eſt au deſſus de la portée de leur
ecoeur& de leur eſprit.
Une groſſe Voix dans un Prédicateur
leur tient lieu d'intelligence ; ils ne
comprennent rien à ce qu'il dit, mais il
crie beaucoup & les voilà pénétrez.
Ainfi ,je ne conſeillerois à perſonne,
de compter beaucoup fur la Religion
du plus devot perſonnage d'entre le
Peuple : De là vient auſſi qu'il eſt aiſé
d'en corrompre le plus honnête
homme ; car,pour l'engager au crime ,
il ne s'agit pas de gagner ſon eſprit ,
on a bon marché de cette piéce ; il faut
ſeulement effacer une impreffion par
une autre : Celle du céremonial de la
Religion qui les a rendu pieux , s'efface
par l'impreſſion d'une offre qui les chatoüille
.
Vous m'avoierez qu'on peut faire
tout ce qu'on veut d'un homme qu'il
ne s'agit que de toucher ſenſiblement;
l'impreſſion la plus fraîche eſt toûjours
la victorieuſe.
Ne vous attendez pas , Madame ,
que j'épuiſe la Matiére la-deſſus ; je
n'en dirai plus qu'un mot .
Le Peuple dans les Provinces ,recond
d
D'AOUST. 99
noît autant de Maîtres , qu'il eſt de
gens au-deſſus de lui .
L'Interrêt ſeul ici, fait la vraye dépendance
du peuple. Le Cordonnier y va
de pair avec le Duc & le Marquis : Si
l'on ne veut pas qu'il manque de refpect
pour ces grands Noms , il faut acheter
fon hommage. L'argent eſt le
feul Titre de grandeur qu'il révére : Le
Peuple eſt comme un gros Matin ; le
Mâtin aboye aprés tout ce qui paſſe ;
jettez-lui un morceau de pain , il vous
carrefle.
Ainfi , Madame , fi vous venez jamais
à Paris ; en cas que vous ayez
affaire au Peuple , prenez avec luy des
meſures qui mettent vos charmes à l'abry
de la correction.
Fermer
5148
p. 99-130
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Mardi 13 Juillet, le sieur Gautier Docteur en Medecine de [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Altesse royale, Expériences, Eau potable, Eau de mer, Machine, Invention , Marine, Feu, Charbon, Certificats, Sel, Thèses, Discours, Serment, Duc, Jardin, Conférence, Promenade, Conseillers, Nominations, Cardinal, Vaisseaux de guerre, Maréchal, Charges, Régent, Audience, Procession, Élection, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
Fermer
5149
p. 130-132
A. S A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI. Par M. Fuselier. BOUQUET.
Début :
Princesse, il faut de mon empressement, [...]
Mots clefs :
Princesse, Lauriers, Empire, Bouquet, Honneur, Charmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. S A. S. MADAME LA PRINCESSE DE CONTI. Par M. Fuselier. BOUQUET.
A. S A. S. MADAME
LA PRINCESSE DE CONTI
ParM. Fuſelier.
BOUQUET.
P
RINCESSE , il faut de mon émpref
fement ,
Dans ce bean jour, rendre un Compte fidéle:
J'ai viſité maint Empire charmant ,
Cherchant par tout un Bouquet que mon
zele
Pûr vous offrir : J'ai cherché vainement.
D'abord, desfleurs j'ai vû la Souveraine,
Etjen'ai rien trouvédans ſon Domaine
Digne de vous. Pour vous doit - on
cueillir
D'AOUST.
13
Roses qu'unJour voit briller & pálir ,
Beaux Lis, honneur des Rives de la
Seine,
Jolis Oeillets,en naiſſant mouchetés ?
Tendres Jasmins , Jachintes veloutés ,
Chersà Phabus , arroſez deſes larmes ,
Cent fleurs enfin , pour les autres Beaxtez
;
Sûrs ornemens, effacer par vos Charmes.
Adonc ,j'ai là quitté dans ce moment,
Lajeune Flore &son gent apanage ;
Puis,de Paphos abordant le rivage,
Sous Mirthes verds , furpris innocemment
:
Amour,qui ſeul réveur dans un Bocage,
Votre Portrait regardoit tendrement :
En me voyant , avec malir fourire
S'est écrié!Je sçaíce que défire
Ton zele ardent ; hélas , dans ce Boft
quet
Ne trouveras de quoi faire un Bouquet.
Tous les matins , par ordre de ma mere ,
Graces & Jeux , attentifs à lui plaire ,
Pillent les Fleurs qui naiffent chaque
jour ;
Erc'est CONTY qui cauſe ce ravage :
Depuis que d'elle on parle en ceséjour ,
Je vois Vénusse parer d'avantage ;
Pour s'ajuffer, elle n'épargnerien ,
1
132 LE MERCURE
Asa Toillette il n'est d'autre entretien
Que de Rubans placés avec adreſſe ,
Si parhazard quelque Cytherien
Peu courtisan , vaciter la Princeſſe ,
Etfes Cheveux qu'avec grace elle treffe
Sansy penser ; Venus dansson maintien
Sedéconcerte , & nous redit fans ceſſe ,
QuEuphrosiné * ne la coeffe plus bien .
Ace Discoursde l'Enfant de Cithere,
Je ſuis forti des Jardins de fa Mere :
Delà volant au Séjour d'Apollon ,
L'ai rencontré dans le facré Valon :
Les Doîtes foeurs régentoit sous l'ombrage
;
Que cherche - tu ? Viens , parcours
l'Helicon ,
Maditle Dieu , vois l'immortel Bocage;
CONDE'S , CONTIS l'ébranchoient
tour-a-tour :
t
Veux-tu porter Lauriers dans cette
Cour?
Par trop commun y sembleroit l'hommage.
*L'une des trois Graces.
LA PRINCESSE DE CONTI
ParM. Fuſelier.
BOUQUET.
P
RINCESSE , il faut de mon émpref
fement ,
Dans ce bean jour, rendre un Compte fidéle:
J'ai viſité maint Empire charmant ,
Cherchant par tout un Bouquet que mon
zele
Pûr vous offrir : J'ai cherché vainement.
D'abord, desfleurs j'ai vû la Souveraine,
Etjen'ai rien trouvédans ſon Domaine
Digne de vous. Pour vous doit - on
cueillir
D'AOUST.
13
Roses qu'unJour voit briller & pálir ,
Beaux Lis, honneur des Rives de la
Seine,
Jolis Oeillets,en naiſſant mouchetés ?
Tendres Jasmins , Jachintes veloutés ,
Chersà Phabus , arroſez deſes larmes ,
Cent fleurs enfin , pour les autres Beaxtez
;
Sûrs ornemens, effacer par vos Charmes.
Adonc ,j'ai là quitté dans ce moment,
Lajeune Flore &son gent apanage ;
Puis,de Paphos abordant le rivage,
Sous Mirthes verds , furpris innocemment
:
Amour,qui ſeul réveur dans un Bocage,
Votre Portrait regardoit tendrement :
En me voyant , avec malir fourire
S'est écrié!Je sçaíce que défire
Ton zele ardent ; hélas , dans ce Boft
quet
Ne trouveras de quoi faire un Bouquet.
Tous les matins , par ordre de ma mere ,
Graces & Jeux , attentifs à lui plaire ,
Pillent les Fleurs qui naiffent chaque
jour ;
Erc'est CONTY qui cauſe ce ravage :
Depuis que d'elle on parle en ceséjour ,
Je vois Vénusse parer d'avantage ;
Pour s'ajuffer, elle n'épargnerien ,
1
132 LE MERCURE
Asa Toillette il n'est d'autre entretien
Que de Rubans placés avec adreſſe ,
Si parhazard quelque Cytherien
Peu courtisan , vaciter la Princeſſe ,
Etfes Cheveux qu'avec grace elle treffe
Sansy penser ; Venus dansson maintien
Sedéconcerte , & nous redit fans ceſſe ,
QuEuphrosiné * ne la coeffe plus bien .
Ace Discoursde l'Enfant de Cithere,
Je ſuis forti des Jardins de fa Mere :
Delà volant au Séjour d'Apollon ,
L'ai rencontré dans le facré Valon :
Les Doîtes foeurs régentoit sous l'ombrage
;
Que cherche - tu ? Viens , parcours
l'Helicon ,
Maditle Dieu , vois l'immortel Bocage;
CONDE'S , CONTIS l'ébranchoient
tour-a-tour :
t
Veux-tu porter Lauriers dans cette
Cour?
Par trop commun y sembleroit l'hommage.
*L'une des trois Graces.
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5150
p. 133-134
A. S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI. Sur la Naissance de Mgr le Comte de la Marche son fils. Par Monsieur de Caux. LE GENIE DE LA FRANCE PARLE.
Début :
Prince, que la Droiture & l'Affabilité [...]
Mots clefs :
Prince, Coeurs, Grâces, Noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI. Sur la Naissance de Mgr le Comte de la Marche son fils. Par Monsieur de Caux. LE GENIE DE LA FRANCE PARLE.
A. S. A. S. MONSEIGNEUR
LE PRINCE DE CONT I.
Sur la Naiſſance de Met le Comte de
la Marche ſon fils .
Par Monsieur de Caux.
LE GENIE DE LA FRANCE PARLE.
PRINCE, que la Droiture & l'Affabilité
Des plus rébelles Coeurs , chaque jour
rendent maître :
J'ai vú l'aimable Enfant que le Ciel t'a
fait naître ,
Et dont il paye enfin ce qu'ilt'avoit ôté.
Oüy je l'ai vú ! Morphée attentif à lui
plaire,
Deſespavotsfur lui, verſoit l'appas non
veau.
DesGraces&des Ris la Cohortelégere,
Sembloit pour un moment avoir quitté
la Mere ,
Pour careffer lefils au tour de fon Ber-
сеан.
Aoust 17:7. M
134 LE MERCURE
I
e dis plus , & tu peux compter fur ma
promeffe ,
Ce Prince , des CONTIS foûtiendra
la Noblesse ,
Jailû dans l'avenirſon Destin tout en-
1
E
tier :
Mais , quoiqu'en ait prédit l'élégant
Fufelier ,
jeunesse ,
C'est moi qui prendrai ſoin d'élever sa
Etc'est de tes Ayeux que j'appris mon
Métier.
LE PRINCE DE CONT I.
Sur la Naiſſance de Met le Comte de
la Marche ſon fils .
Par Monsieur de Caux.
LE GENIE DE LA FRANCE PARLE.
PRINCE, que la Droiture & l'Affabilité
Des plus rébelles Coeurs , chaque jour
rendent maître :
J'ai vú l'aimable Enfant que le Ciel t'a
fait naître ,
Et dont il paye enfin ce qu'ilt'avoit ôté.
Oüy je l'ai vú ! Morphée attentif à lui
plaire,
Deſespavotsfur lui, verſoit l'appas non
veau.
DesGraces&des Ris la Cohortelégere,
Sembloit pour un moment avoir quitté
la Mere ,
Pour careffer lefils au tour de fon Ber-
сеан.
Aoust 17:7. M
134 LE MERCURE
I
e dis plus , & tu peux compter fur ma
promeffe ,
Ce Prince , des CONTIS foûtiendra
la Noblesse ,
Jailû dans l'avenirſon Destin tout en-
1
E
tier :
Mais , quoiqu'en ait prédit l'élégant
Fufelier ,
jeunesse ,
C'est moi qui prendrai ſoin d'élever sa
Etc'est de tes Ayeux que j'appris mon
Métier.
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