Résultats : 8715 texte(s)
Détail
Liste
5151
p. 134-135
REPROCHES A Mlle V..., Par M. le Chevalier de Saint Jory.
Début :
A L'amitiè Corine donne [...]
Mots clefs :
Amitié, Amour, Désirs, Plaisirs, Faveurs
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texteReconnaissance textuelle : REPROCHES A Mlle V..., Par M. le Chevalier de Saint Jory.
-REPROCHES A Mhe. V....
Par M. le Chevalier de Saint Jory.
al'Amour,
A L'amitie Corine donne
Cequ'elle refuse
Corine permet chaque jour ,
Quefurses leuresje moiſſonne
D'innocentes faveurs qui flatent mes
defirs ,
Et toutes fois mes Maux égalent mes
Plaifirs .
Ovous , quifoûpirezpour elle ,
Rivaux infortunez , n'en soyez point
jaloux!
C
D'AOUST. 13
Je ſuisplus à plaindre que vous :
Ses Faveurs font les fruits d'une amitil
fidelle ,
Etje suis amoureuxfans espoir de retour
:
Quand aux plus vifs transports , mon
Ame s'abandonne ,
A l'Amitié Corine donne
Ce qu'elle refuse à l'Amour.
Par M. le Chevalier de Saint Jory.
al'Amour,
A L'amitie Corine donne
Cequ'elle refuse
Corine permet chaque jour ,
Quefurses leuresje moiſſonne
D'innocentes faveurs qui flatent mes
defirs ,
Et toutes fois mes Maux égalent mes
Plaifirs .
Ovous , quifoûpirezpour elle ,
Rivaux infortunez , n'en soyez point
jaloux!
C
D'AOUST. 13
Je ſuisplus à plaindre que vous :
Ses Faveurs font les fruits d'une amitil
fidelle ,
Etje suis amoureuxfans espoir de retour
:
Quand aux plus vifs transports , mon
Ame s'abandonne ,
A l'Amitié Corine donne
Ce qu'elle refuse à l'Amour.
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5152
p. 135-136
AU SOLEIL. ODE ANACREONTIQUE, Par le même.
Début :
Retirez vous, Astre du jour, [...]
Mots clefs :
Astre, Soleil, Mystère, Ombre, Ardeur
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texteReconnaissance textuelle : AU SOLEIL. ODE ANACREONTIQUE, Par le même.
AU SOLEIL .
1
ODE ANACREONTIQUE ,
Par le même.
R
Etirezvous , Aftre du jour ,
Allez courir l'autre Hémisphere:
Vôtre Flambeau trouble un Mistere,
Qu'enfecret vent traiter l'Amour.
**
Si vous éclairezce lieu fombre,
Vons en banirez le Plaisir .
La Nuit fait naitre le Defir ,
La Pudeur Sommeille dansl'ombre .
Mij
136. LE MERCURE
长粉
Mais quoi ! Vos rayons enflamez
Cherchent la bouche de Silvie !
Ah! Quel fujet deja oufie ,
Pour Climene que vous aimez !
Envain, bel Aftre , tu te flates
De charmer l'Objet de mes Vaux:
Laviolence de tes feux
Nefait icy quedes Ingrates...
ع
Vaporter tes vives ardeurs
Surnos Coteaux et dans nos Plaines.
Va careffer les Affriquaines
Sijalouſes de tesfaveurs .
Tu fuis.... Etmon impatience
Détermis e un bonheur douteux....
Flambeau du Ciel , l'Amour heureux
Te rendgraces de ton absence.
1
ODE ANACREONTIQUE ,
Par le même.
R
Etirezvous , Aftre du jour ,
Allez courir l'autre Hémisphere:
Vôtre Flambeau trouble un Mistere,
Qu'enfecret vent traiter l'Amour.
**
Si vous éclairezce lieu fombre,
Vons en banirez le Plaisir .
La Nuit fait naitre le Defir ,
La Pudeur Sommeille dansl'ombre .
Mij
136. LE MERCURE
长粉
Mais quoi ! Vos rayons enflamez
Cherchent la bouche de Silvie !
Ah! Quel fujet deja oufie ,
Pour Climene que vous aimez !
Envain, bel Aftre , tu te flates
De charmer l'Objet de mes Vaux:
Laviolence de tes feux
Nefait icy quedes Ingrates...
ع
Vaporter tes vives ardeurs
Surnos Coteaux et dans nos Plaines.
Va careffer les Affriquaines
Sijalouſes de tesfaveurs .
Tu fuis.... Etmon impatience
Détermis e un bonheur douteux....
Flambeau du Ciel , l'Amour heureux
Te rendgraces de ton absence.
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5153
p. 136-137
« Le Ver luisant étoit le mot de la premiere Enigme du mois de [...] »
Début :
Le Ver luisant étoit le mot de la premiere Enigme du mois de [...]
Mots clefs :
Ver luisant, Lettre O
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texteReconnaissance textuelle : « Le Ver luisant étoit le mot de la premiere Enigme du mois de [...] »
Le Ver luisant étoit le mot de la
premiere Enigme du mois de Juillet ,
D'AOUST.
137 .
& la Lettre O celui de la ſeconde .
premiere Enigme du mois de Juillet ,
D'AOUST.
137 .
& la Lettre O celui de la ſeconde .
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5154
p. 137
ENIGME.
Début :
Mon nom est different de celui de mon Pere, [...]
Mots clefs :
Oeuf
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME .
Monnom est different de celui de
mon Pere,
Dontje ne tiens qu'unedemi- façon :
Souvent ma mere auſſi, n'est qu'à moitié
ma mere .
Je dois autreforme , autre
Acelle qui me régénére :
nom
Voilàdeux noms . Sans celui de ma mère,
Que je puis avoir , c'eſtſelon:
En voilà trois : Autre quand jefuisPere,
En voilà quatre & le cinquième , helas !
Me vient quand je ne le fuis pas ;
Et quand je suis pourtant meilleur que
Pere & Mere ..
Monnom est different de celui de
mon Pere,
Dontje ne tiens qu'unedemi- façon :
Souvent ma mere auſſi, n'est qu'à moitié
ma mere .
Je dois autreforme , autre
Acelle qui me régénére :
nom
Voilàdeux noms . Sans celui de ma mère,
Que je puis avoir , c'eſtſelon:
En voilà trois : Autre quand jefuisPere,
En voilà quatre & le cinquième , helas !
Me vient quand je ne le fuis pas ;
Et quand je suis pourtant meilleur que
Pere & Mere ..
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5155
p. 137-138
AUTRE, SONNET.
Début :
Le Feu, le Vent & l'Eau servent à ma Naissance : [...]
Mots clefs :
Pistolet de poche
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE, SONNET.
AUTRE ,
SONNET.
Le Feu , le Vent & l'Eau fervent àma
Naiffance :
LaTerre auffitravaille à me donner"
lejour.
1
Le plus fameux des Dieux emprunte "
monfecours ;
Miij
138 LE MERCURE
Des Mortels cependant je tire ma
puiffance.
Demarace,je nais toûjours leplus petit;
Mais l'on n'en doit pas moins redontermaprésence
:
Ainsi que mes pareils, je repouſſeune
Offense, +!
Etj'arrête aisément le plus fier Ennemi.
Je me plais dans la nuit &je crains la
lumiére;
Quoiqu'elle m'ast donné ce quim'est
nécessaire,
Pourjetter la terreur & me faire
valoir.
Tout banni que jesuis, à la Cour , à la
Ville,
On éprouve fonwent ma compagnie
utile ;
Mavieseule étonne : Admirez mon.
pouvoir
SONNET.
Le Feu , le Vent & l'Eau fervent àma
Naiffance :
LaTerre auffitravaille à me donner"
lejour.
1
Le plus fameux des Dieux emprunte "
monfecours ;
Miij
138 LE MERCURE
Des Mortels cependant je tire ma
puiffance.
Demarace,je nais toûjours leplus petit;
Mais l'on n'en doit pas moins redontermaprésence
:
Ainsi que mes pareils, je repouſſeune
Offense, +!
Etj'arrête aisément le plus fier Ennemi.
Je me plais dans la nuit &je crains la
lumiére;
Quoiqu'elle m'ast donné ce quim'est
nécessaire,
Pourjetter la terreur & me faire
valoir.
Tout banni que jesuis, à la Cour , à la
Ville,
On éprouve fonwent ma compagnie
utile ;
Mavieseule étonne : Admirez mon.
pouvoir
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5156
p. 138
CHANSON.
Début :
Philis, dans ce repas charmant, [...]
Mots clefs :
Bacchus, Charmes, Boire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Philis ,dans ce repas charmant ,
Vousfervez mal Bachus , quand vous
chantez sa gloire :
Onvous écouteseulement ,
Et l'onnepense plus à boire.
Philis ,dans ce repas charmant ,
Vousfervez mal Bachus , quand vous
chantez sa gloire :
Onvous écouteseulement ,
Et l'onnepense plus à boire.
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5157
p. 140-152
Suite du Journal de Hongrie [titre d'après la table]
Début :
Batteries; l'une de 4 piéces de Canon & l'autre de deux ; la [...]
Mots clefs :
Canon, Camp, Armée ottomane, Ennemis, Turcs, Troupes, Grand vizir, Attaques, Mouvements des troupes, Prince, Capitaine, Soldats, Cavalerie, Garnison, Cadavres, Assiégés, Vivres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Hongrie [titre d'après la table]
Batteries ; l'une de 4 piéces de Ca
non & l'autre de deux ; la premiere ,
pour démonter cinq Canons que les
Înfidéles ont placé dans les embrazures
de la partie ſupérieure du Donjon ;
& la deuxieme , pour battre la groffe
Tour d'Eau ſituée ſur le bord du Danube
: On acheva le même jour la ligne
de communication , qui prend depuis
Semlinjuſqu'à notre Pontde la Save.
On fait état qu'il y a encore pour
quinze jours de fourage dans notre
Camp, & de farine pour 30. On a
jetté un ſecond Pont ſur la Save , afin,
de faciliter davantage nôtre commu-;
nication avec le Duché de Sirmium..
Le 27. fur les avis uniformes que,
l'Armée Ottomane étoit arrivée le 26
à Semendria & qu'elle s'avançoit dans
le deſſein de ſecourir Belgrade ; on redoubla
le travail , afin de mettre en érat,
les Plattes- Formes pour y placer l'Ar→→
tillerie .Tout leCampeſt ſurle qui vive...
Oi doute cependant que l'Armée Ennemie
, quelque nombreuſe qu'elle foit
& quelque ordre qu'elle ait du grand
Seigneur , de nous forcer derriere nos
Retranchemens , oſe le mettre en exé
cution.
2
De
P
P
Σ
V
D
T
P
C
M
P
Π
d
D'AOUST.
141
LesTurcs ayant formé un Camp fur
Ia hauteur de Saback,qui pourroit donner
la main à la gauche de leur Armée,
le Baron de Petraſch a fait les difpoſitions
néceſſaires pour occuper un
poſte,vis- à-vis; afin d'affûrer notre communication
& de les empêcher detraverſer
la Save,
Les Affiegez ſebattent en deſeſperez :
Dans toutes les forties qu'ils font , ils
viennent fondre ſur nos Troupes, comme
des Bêtes féroces , & ne donnent
preſque aucun quartier.
Les Troupes ramaſſées des Turcsde
Coczim , des Hongrois Rebelles , des
Moldaves& des Valaques ont pris pour
pluſieursjours,du pain, avec ordred'allerjoindre
l'Armée du Grand Vizir.
Le G. Vizir a laiſſe ſes gros bagages
àSemendria.
Un gros Corps de Cavalerie des Ennemis,
a paflé le Danube prés d'Orfova,
pour entrer dans le Bannat : On préfume
que c'eſt pour attaquer Meadia ,
dont la priſe placeroit les Turcs à la
tête du Temeſvar.
Le 28 , on continua à dreſſer des Canons
ſur les Batteries ; le matin , les
Muſulmans vinrent avec 4 à goo che
1
142
LE MERCURE
vaux,reconnoiſtre nôtre Camp ; mais
nôtre Canon les fir bien-tôt retirer:Nos
Hufars ayant rapporté que les Janiffaires
co.nmençoient à paroiſtre à Hil
fargik on Krotzca , à une demie- lieiie
de nos retranchemens ; on diftribua les
Munitions pour toute l'Armée & l'on
fit toutes les diſpoſitions néceſſaires ,
pour s'oppoſer à tout evenement, aux
forces de l'Ennemi .
Le 29. le Grand Viſir détacha 400
Chevaux pour nous venir reconnoiſtre;
mais ils furent bien tôt pouffés par nos
Huffars & Volontaires qui les obligerent
de ſe retirer : Deux heures aprés,
deux mille Chevaux Turcs s'approcherent
du front de nôtre aîle gauche ; nos
Huffars &Rafciens mêlés de Volontaires
, allerent voltiger contr'eux & faire
le coup de piſtolet. Pendant cette eſcarmouche,
plufieurs Officiers Turcs firent
le tour de nôtre premiere ligne de circonvallation
pour la reconnoître , à
chaque volée de Canon qu'on leur tiroit
, ils avoient la précaution de ſe retirer
en arriere : Les Affiegez ayant fait
en même tems une fortie à Cheval du
côté de la Save , le feu de nôtre Artillerie
& le Regiment de Bareith les
DAOUST. 145
- obligea de regagner promptement la
Ville avec une perte confiderable.
L'Armée des Ennemis eſt depuis ce
matin en mouvement, & on voit de la
crête de nos Retranchemens, leurs Ingenieurs
tracer un Camp. Nos Hufſſars
&nos Volontaires ſont continuellement
aux mains avec les Tartares & les Spahis,
toutes les fois qu'ils veulent s'approcher
de trop prés de nos tetranchemens.
Les Ennemis ne ſont preſentement
qu'à la diſtance d'un quart de
lieüe de nous. Nôtre Cavalerie armée
de Faux , occupe les Parapets & nôtre
Infanterie eſt munie de Chevaux de
friſe en cas de beſoin : Les Affiegez ont
témoigné une grande joye de l'appro
che du grand Vizir.
Le PrinceEugene a eſté un peu incommodé
; mais , malgré ſon indifpoſition
il s'eſt trouvé par tout & il a
eſté auſſi actif qu'auparavant. Il ya
dans notre Camp des diſſenteries& des
fiévres cauſées en partie,par la mauvaiſe
qualité des eaux du Danube .
Un Capitaine des Hongrois mécontens
, qui s'eſt venu tendre à nosgens,a
rapporté que les Ennemis avoient 80
piéces de gros Canon , & go autres de
i
144 LE MERCURE
Campagne, avec 60 Mortiers qu'ils ont
tiré d'Afie ; qu'ils font plus de 300
mille hommes ; mais, qu'à l'exception
des Janiflaires & des Spahis , il y a
beaucoup de Troupes mal diſciplinées
parmi eux , fur-tout dans la Cavalerie,
où il y a quantité de jeunes gens de 15.
à 16. ans. Toutes les forces Impériales
conſiſtent à preſent en 83 bataillons ,
en 66 Compagnies de Grenadiers, 122
Eſcadrons de Cuiraffiers , 137. de Dragons
& 72 Compagnies de Volontaires
, fans comprendre cequi eſt ſur les
Batteaux , ni ce qui est avec le Baron
dePetraſch . Le Prince Eugene n'eſt pas
cependant fatisfait de l'Infanterie
quin'apas eſté recrutée , comme il faut.
Nos lignes font en bon étatde deffenſe
&on n'a rien à craindre .
Le détachement de l'Armée Ottomane,
qui avoit pafle le Danube à Orfoya
, compofé de plus de 20000 hommes
, s'eſt rendu Maître du Fort conftruit
par les Nôtres , l'hyver dernier , à
Meadia: Ils y ont donné quatre aflauts :
Dans les trois premiers , ils ont été repouffé
; mais au quatrième , la Garnifon
a eſté forcéede ſe rendre par capiculation
, en exécution de laquelle elle
2
DAOUST. 145
1.
a été eſcortée à Temeſvar avec 60
-Chariots , 400 hommes en ſanté , 300
bleſſez & environ 250 tuez. On fait
monter la perte des Turcs à prés de
5000 hommes.
Le 30 ſur les 6. heures du matin , nous
avons diftingué l'avant-garde Ennemie,
&deux heures aprés , nous avons vûen
marche toute l'Armée du Grand Vizir :
Elle a commencé par occuper toutes les
hauteurs & vallons,depuis Viſnitza jufqu'à
la haute Save , embraſſant par là
nos retranchemens. Dans la crainte que
lesTurcs ne tentaſſent le paſſage de
la Save à Saback , ou ne vouluflent infultet
la tête de nôtre Pont, le Prince
Eugene a ordonné au Comte de Martigni
Général de la Cavalerie,de marcher
avec çing Régiments de Cavalerie&
huit Bataillonsdu Corps campés à
Semlim , &de ſe potter auprés du Pont
de la Save , afin de le mettre hors d'infulte:
Pour plus de fûreté, on a dreſſe
une nouvelle Batterie au- delà de cette
Riviere qui en deffendra l'approche.
Le 31,un grosCorps de Cavalerie s'étant
avancé à la portée du piſtolet de
hos retranchemens , fut vivement re-
Aoust 1717. N
146 LE MERCURE
pouflé parnos Volontai es& nos Chaf
ſeurs , qui , aprés en avoir renversé un
grand nombre , les dépoüillérent à la
faveurduCanon de nos retranchemens,
&ramenérent pluſieurs chevauxde prix
au Camp. La Garniſon fit defcendre
la même nuit 7 ou 8. Brulots remplis
de Grenades & de Pots à feu ; mais
par l'intrépidité & l'adreſſe de nosGens
qui étoient poſté ſur les Ponts de nos
deux Vaiſſeaux de Guerre , ils furent
coulé à fond ; à la réſerve de trois
qui ſe firent paflage deſſous nôtre Pont ,
fans y caufer aucun dommage.
د
Le 1 Août, à 6 heures du matin , les
Ennemis au nombre de plus de 20000
Chevaux , ſe préſentérent devant nos
retranchemens, à la portée du Fufil ,
comme pour les envelopper : Les décharges
à Cartouche que l'on fit fur
cux les contraignirent bien vite de
s'éloigner & de gagner en confufion ,
un Vallon pour ſe couvrir. Comme
lesTurcs ſe font une gloire & un profit
en même tems , d'emporter à la pointe
du Sabre , les Têtes de nos gens qu'ils
tuent , deſquelles ils reçoivent unDucat
pour chacune qu'ils expoſent
furdespieux , à la vuë de nôtre Camp;
D'AOUST.
147
nos Soldats ont encore enchéri fur
cette barbare Coûtume; car , non contens
d'enlever par imitation , aurant
de Têtes des Infidétes qu'ils peuvent
ils écorchent encore les Troncs ; ce
qui préſenté un ſpectacle doublement
affreux , tant par les Têtes dont la
Créte de nos Rectanchemens eft garnie
, que par les Cadavres fans peau'
qui font étendus devant nos Retranchemens.
Des Transfuges de l'Armée
Ennemie' nous ont confirmé que la
plûpart de leurs nouvelles Levées ap
préhendoient fi fort d'en venir aux
mains avec les Nôtres , qu'elles ſe
ſauvoient toutes les nuits par bandes,
de leur Camp,pour s'en retourner chez
cux .
Les Infidéles ſe ſont emparé d'une
Eminence , fur laquelle avec is Piécés
de Canon , ils ont intrigué le Prince
Eugene& l'ont obligé de changer
de Quartier.
Les Affiégez encouragez par la
préſence du Grand Vifir , font de continuelles
forties qui nouscoutent toû
jours quelque monde. On ne peut les
empêcher de communiquer avec
l'Armée du Sultan , par le moyen de
leursBarques. Nij
A
3
148 LE MERCURE
:
Le 2, à 3 heures après midi , on ut
le plaiſir de voir le Camp Ennemi, qui
s'étend depuis le Danube juſqu'à la
la portée du Canon de la Save , tout
rendu de Tentes neuves , rouges &
vertes : Comme ce Camp eſt preſque
en forme d'Ataphiteatre , il ne ſe peut
rien offrir à la vûëde plus beau& de
plus ſuperbe,lesSoldats ſe montrans les
uns aux autres. Les Turcs,malgré leur
grand nombre , ont commencé à ſe
retrancher & à faire feu de leur Canon
fur nos Ouvrages. Ils ſe ſont emparé
de quelques hauteurs qui commandent
une partie de notre Camp ; ce
qui nous incoinmode beaucoup & nous
tue quelque monde. Le Comte de
Régal Général de l'Artillerie & Commandant
de Bude , a üle malheur d'avoir
la jambe gauche emportée d'un
boulet de Canon,dont il eſt mort deux
heures après . On ne diſcontinuë pas
de l'autre côré de la Save , de canoner
&de bombarder la Ville d'Eau & le
Château. Nous avons été affez hûreux
pour qu'une de nos Bombes ait fait
fauter un Magazin de Grénades &
ait détruit un autre Magazin de Faxine.
Le même jour , les Turcs firent
de
B
D'AOUST. 149
de nouveau, une tentative contre nôtre
Pont du Danube ; mais , ils furent repouffé
avec perte.
Nôtre Camp n'eſt pas bien fourni
de Vivres ni de Fourages ; la Cavale
rie qui vaut bien mieux que celle des
Turcs , dépétit par la difette & l'Infanterie
s'affoiblit par les maladies.
On convient que les Ottomans ont
130 Piéces de Canon qui folierent nos
retranchemens , fans nous endommager
beaucoup ; parce que la créte étant
formée de Faſcines entre- laſſées, le Canon
n'y peut faire que ſon trou. Cette
nombreuſe Artillerie ne nous a tué
juſqu'à préſent , que cent hommes
&environ 30 Officiers tuez ou bleſſez;
parmi leſquels ſe trouvent M. le Comte
d'Eftrade Lieutenant Général de
France , qui a û une jambe emportée
d'un coup de Canon. Le Prince Eugene
ne répond preſque rien à toutes
les queſtions qu'on lui fait , pourquoi
it demeure dans ſon Camp : Il dit fimplement
que c'eſt pourbattre les Turcs
& enſuite prendre la Ville , ou bien
prendre d'abord la Ville & battre enfuite
les Turcs. On continuë de ſe caoner
de part & d'autre: Nos Partis onet
Niij
150
LE MERCURE
é é aſſez hûreux juſqu'à préſent ,pour
battre ceux des Ennemis dans toutes
leurs courſes ; en une deſquelles Ibra- -
him Bacha plus conſidéré par les Janiffaires
, que le Grand Vifir même ,
a été tué avec pluſieurs Officiers de
distinction .
Le 3 , on a appris que le Comte de
Draſcovitz étoit entré avec sooo Impériaux
dans la Croatie Turque,qu'il a
paffé au fil de l'épée tout ce qu'il y a
trouvé d'Infidéles a ravagé tous les
Bleds , brûlé tous les Fourages &
a emmené une très grande quantité de
Bêtesà cornes .
Le 4. on prit une Palanque du côté
de la Save , où le Prince Eugene fir
établir huit Bataillons & huit compagnies
de Grenadiers , fans perte d'un
ſeul homme. Il y fait conſtruire une
Redoute & y élever un Cavalier , ſur
lequel on a monté trente Mortiers &
vingt - quatre pieces de gros Canon
pour battre la Haute-Ville , toute la
Baffe étant entierement rafée.
Depuis que ſes Magaſins ont été détruits,
ellemanquede tantde chofes,
que les Janiffaires qui font en grand
nombre, outre leurs femmes & leurs
e
1
D'AOUST.
enfans , ont declaré au Seraskiet qu'il
falloit ſe rendre , mais un Etranger
homme de Condition des plus accredirez
& des plus braves quil y ait
dans les Troupes du Sultan , trouva
lemoyen de les appaiſer ; les affûrant
que dans quelques jours , Belgrade
feroitdelivré .
Le 5. & le 6. les Afliegez ont tiré
des Fuſées , qui font le ſignal pour
preffer le ſecours. On a d'autant plus
ſujet de le croire , qu'un Deſerteur a
confirmé que les vivies devenoient
fort rares&qu'ils n'uſoient point d'au.
tre viande , que de celle de Chameau
& de Cheval ; que la premiere s'y
vendoit livre & la derniere 12. f. Un
Transfuge de la grande Armée
auſſi raporté que le fourage commençoit
à manquer aux Turcs & que le
Grand Vizir avoit ordonné une nouvelle
Batterie de 60. piéces de Canon
&de so . Mortiers , pour tirer encore
fur notre Camp : Ainſi l'on peut dire
qu'il y a 2. Sièges à la fois . Les
Imperiaux Affiégeants les Turcs &
ceux-cy les Imperiaux.
a
Ce fut le s. qu'Ibrahim Bacha , qui
tient le ſecond rang dans l'Armée
152 LE MERCURE
aprés le Grand Vizir , a été tué en venant
réconnoitre nos rétranchemens ,
à la Tête de 2000 Chevaux ; ce qu'ilsfirent
avec toute l'audace imaginable ,
malgré le feu de nôtre Artillerie qui .
les a fort éclairci.
On a interceptéune lettre daGrand
Vizir au Gouverneur de Belgrade, par
laquelle il lui marque qu'il alloit attaquer
le Prince Eugene par 4 en
droits differents , & qu'il ût à faire.
une fortie avec toute ſaGarniſon , afinde
mettre l'Armée des Chretiens en-.
tre deux feux .
Mar le Comte de Charolois a été at---
taqué d'une eſpéce de diſſenterie ;mais
il s'en eſt delivré par l'Ipécacuanha...
non & l'autre de deux ; la premiere ,
pour démonter cinq Canons que les
Înfidéles ont placé dans les embrazures
de la partie ſupérieure du Donjon ;
& la deuxieme , pour battre la groffe
Tour d'Eau ſituée ſur le bord du Danube
: On acheva le même jour la ligne
de communication , qui prend depuis
Semlinjuſqu'à notre Pontde la Save.
On fait état qu'il y a encore pour
quinze jours de fourage dans notre
Camp, & de farine pour 30. On a
jetté un ſecond Pont ſur la Save , afin,
de faciliter davantage nôtre commu-;
nication avec le Duché de Sirmium..
Le 27. fur les avis uniformes que,
l'Armée Ottomane étoit arrivée le 26
à Semendria & qu'elle s'avançoit dans
le deſſein de ſecourir Belgrade ; on redoubla
le travail , afin de mettre en érat,
les Plattes- Formes pour y placer l'Ar→→
tillerie .Tout leCampeſt ſurle qui vive...
Oi doute cependant que l'Armée Ennemie
, quelque nombreuſe qu'elle foit
& quelque ordre qu'elle ait du grand
Seigneur , de nous forcer derriere nos
Retranchemens , oſe le mettre en exé
cution.
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D'AOUST.
141
LesTurcs ayant formé un Camp fur
Ia hauteur de Saback,qui pourroit donner
la main à la gauche de leur Armée,
le Baron de Petraſch a fait les difpoſitions
néceſſaires pour occuper un
poſte,vis- à-vis; afin d'affûrer notre communication
& de les empêcher detraverſer
la Save,
Les Affiegez ſebattent en deſeſperez :
Dans toutes les forties qu'ils font , ils
viennent fondre ſur nos Troupes, comme
des Bêtes féroces , & ne donnent
preſque aucun quartier.
Les Troupes ramaſſées des Turcsde
Coczim , des Hongrois Rebelles , des
Moldaves& des Valaques ont pris pour
pluſieursjours,du pain, avec ordred'allerjoindre
l'Armée du Grand Vizir.
Le G. Vizir a laiſſe ſes gros bagages
àSemendria.
Un gros Corps de Cavalerie des Ennemis,
a paflé le Danube prés d'Orfova,
pour entrer dans le Bannat : On préfume
que c'eſt pour attaquer Meadia ,
dont la priſe placeroit les Turcs à la
tête du Temeſvar.
Le 28 , on continua à dreſſer des Canons
ſur les Batteries ; le matin , les
Muſulmans vinrent avec 4 à goo che
1
142
LE MERCURE
vaux,reconnoiſtre nôtre Camp ; mais
nôtre Canon les fir bien-tôt retirer:Nos
Hufars ayant rapporté que les Janiffaires
co.nmençoient à paroiſtre à Hil
fargik on Krotzca , à une demie- lieiie
de nos retranchemens ; on diftribua les
Munitions pour toute l'Armée & l'on
fit toutes les diſpoſitions néceſſaires ,
pour s'oppoſer à tout evenement, aux
forces de l'Ennemi .
Le 29. le Grand Viſir détacha 400
Chevaux pour nous venir reconnoiſtre;
mais ils furent bien tôt pouffés par nos
Huffars & Volontaires qui les obligerent
de ſe retirer : Deux heures aprés,
deux mille Chevaux Turcs s'approcherent
du front de nôtre aîle gauche ; nos
Huffars &Rafciens mêlés de Volontaires
, allerent voltiger contr'eux & faire
le coup de piſtolet. Pendant cette eſcarmouche,
plufieurs Officiers Turcs firent
le tour de nôtre premiere ligne de circonvallation
pour la reconnoître , à
chaque volée de Canon qu'on leur tiroit
, ils avoient la précaution de ſe retirer
en arriere : Les Affiegez ayant fait
en même tems une fortie à Cheval du
côté de la Save , le feu de nôtre Artillerie
& le Regiment de Bareith les
DAOUST. 145
- obligea de regagner promptement la
Ville avec une perte confiderable.
L'Armée des Ennemis eſt depuis ce
matin en mouvement, & on voit de la
crête de nos Retranchemens, leurs Ingenieurs
tracer un Camp. Nos Hufſſars
&nos Volontaires ſont continuellement
aux mains avec les Tartares & les Spahis,
toutes les fois qu'ils veulent s'approcher
de trop prés de nos tetranchemens.
Les Ennemis ne ſont preſentement
qu'à la diſtance d'un quart de
lieüe de nous. Nôtre Cavalerie armée
de Faux , occupe les Parapets & nôtre
Infanterie eſt munie de Chevaux de
friſe en cas de beſoin : Les Affiegez ont
témoigné une grande joye de l'appro
che du grand Vizir.
Le PrinceEugene a eſté un peu incommodé
; mais , malgré ſon indifpoſition
il s'eſt trouvé par tout & il a
eſté auſſi actif qu'auparavant. Il ya
dans notre Camp des diſſenteries& des
fiévres cauſées en partie,par la mauvaiſe
qualité des eaux du Danube .
Un Capitaine des Hongrois mécontens
, qui s'eſt venu tendre à nosgens,a
rapporté que les Ennemis avoient 80
piéces de gros Canon , & go autres de
i
144 LE MERCURE
Campagne, avec 60 Mortiers qu'ils ont
tiré d'Afie ; qu'ils font plus de 300
mille hommes ; mais, qu'à l'exception
des Janiflaires & des Spahis , il y a
beaucoup de Troupes mal diſciplinées
parmi eux , fur-tout dans la Cavalerie,
où il y a quantité de jeunes gens de 15.
à 16. ans. Toutes les forces Impériales
conſiſtent à preſent en 83 bataillons ,
en 66 Compagnies de Grenadiers, 122
Eſcadrons de Cuiraffiers , 137. de Dragons
& 72 Compagnies de Volontaires
, fans comprendre cequi eſt ſur les
Batteaux , ni ce qui est avec le Baron
dePetraſch . Le Prince Eugene n'eſt pas
cependant fatisfait de l'Infanterie
quin'apas eſté recrutée , comme il faut.
Nos lignes font en bon étatde deffenſe
&on n'a rien à craindre .
Le détachement de l'Armée Ottomane,
qui avoit pafle le Danube à Orfoya
, compofé de plus de 20000 hommes
, s'eſt rendu Maître du Fort conftruit
par les Nôtres , l'hyver dernier , à
Meadia: Ils y ont donné quatre aflauts :
Dans les trois premiers , ils ont été repouffé
; mais au quatrième , la Garnifon
a eſté forcéede ſe rendre par capiculation
, en exécution de laquelle elle
2
DAOUST. 145
1.
a été eſcortée à Temeſvar avec 60
-Chariots , 400 hommes en ſanté , 300
bleſſez & environ 250 tuez. On fait
monter la perte des Turcs à prés de
5000 hommes.
Le 30 ſur les 6. heures du matin , nous
avons diftingué l'avant-garde Ennemie,
&deux heures aprés , nous avons vûen
marche toute l'Armée du Grand Vizir :
Elle a commencé par occuper toutes les
hauteurs & vallons,depuis Viſnitza jufqu'à
la haute Save , embraſſant par là
nos retranchemens. Dans la crainte que
lesTurcs ne tentaſſent le paſſage de
la Save à Saback , ou ne vouluflent infultet
la tête de nôtre Pont, le Prince
Eugene a ordonné au Comte de Martigni
Général de la Cavalerie,de marcher
avec çing Régiments de Cavalerie&
huit Bataillonsdu Corps campés à
Semlim , &de ſe potter auprés du Pont
de la Save , afin de le mettre hors d'infulte:
Pour plus de fûreté, on a dreſſe
une nouvelle Batterie au- delà de cette
Riviere qui en deffendra l'approche.
Le 31,un grosCorps de Cavalerie s'étant
avancé à la portée du piſtolet de
hos retranchemens , fut vivement re-
Aoust 1717. N
146 LE MERCURE
pouflé parnos Volontai es& nos Chaf
ſeurs , qui , aprés en avoir renversé un
grand nombre , les dépoüillérent à la
faveurduCanon de nos retranchemens,
&ramenérent pluſieurs chevauxde prix
au Camp. La Garniſon fit defcendre
la même nuit 7 ou 8. Brulots remplis
de Grenades & de Pots à feu ; mais
par l'intrépidité & l'adreſſe de nosGens
qui étoient poſté ſur les Ponts de nos
deux Vaiſſeaux de Guerre , ils furent
coulé à fond ; à la réſerve de trois
qui ſe firent paflage deſſous nôtre Pont ,
fans y caufer aucun dommage.
د
Le 1 Août, à 6 heures du matin , les
Ennemis au nombre de plus de 20000
Chevaux , ſe préſentérent devant nos
retranchemens, à la portée du Fufil ,
comme pour les envelopper : Les décharges
à Cartouche que l'on fit fur
cux les contraignirent bien vite de
s'éloigner & de gagner en confufion ,
un Vallon pour ſe couvrir. Comme
lesTurcs ſe font une gloire & un profit
en même tems , d'emporter à la pointe
du Sabre , les Têtes de nos gens qu'ils
tuent , deſquelles ils reçoivent unDucat
pour chacune qu'ils expoſent
furdespieux , à la vuë de nôtre Camp;
D'AOUST.
147
nos Soldats ont encore enchéri fur
cette barbare Coûtume; car , non contens
d'enlever par imitation , aurant
de Têtes des Infidétes qu'ils peuvent
ils écorchent encore les Troncs ; ce
qui préſenté un ſpectacle doublement
affreux , tant par les Têtes dont la
Créte de nos Rectanchemens eft garnie
, que par les Cadavres fans peau'
qui font étendus devant nos Retranchemens.
Des Transfuges de l'Armée
Ennemie' nous ont confirmé que la
plûpart de leurs nouvelles Levées ap
préhendoient fi fort d'en venir aux
mains avec les Nôtres , qu'elles ſe
ſauvoient toutes les nuits par bandes,
de leur Camp,pour s'en retourner chez
cux .
Les Infidéles ſe ſont emparé d'une
Eminence , fur laquelle avec is Piécés
de Canon , ils ont intrigué le Prince
Eugene& l'ont obligé de changer
de Quartier.
Les Affiégez encouragez par la
préſence du Grand Vifir , font de continuelles
forties qui nouscoutent toû
jours quelque monde. On ne peut les
empêcher de communiquer avec
l'Armée du Sultan , par le moyen de
leursBarques. Nij
A
3
148 LE MERCURE
:
Le 2, à 3 heures après midi , on ut
le plaiſir de voir le Camp Ennemi, qui
s'étend depuis le Danube juſqu'à la
la portée du Canon de la Save , tout
rendu de Tentes neuves , rouges &
vertes : Comme ce Camp eſt preſque
en forme d'Ataphiteatre , il ne ſe peut
rien offrir à la vûëde plus beau& de
plus ſuperbe,lesSoldats ſe montrans les
uns aux autres. Les Turcs,malgré leur
grand nombre , ont commencé à ſe
retrancher & à faire feu de leur Canon
fur nos Ouvrages. Ils ſe ſont emparé
de quelques hauteurs qui commandent
une partie de notre Camp ; ce
qui nous incoinmode beaucoup & nous
tue quelque monde. Le Comte de
Régal Général de l'Artillerie & Commandant
de Bude , a üle malheur d'avoir
la jambe gauche emportée d'un
boulet de Canon,dont il eſt mort deux
heures après . On ne diſcontinuë pas
de l'autre côré de la Save , de canoner
&de bombarder la Ville d'Eau & le
Château. Nous avons été affez hûreux
pour qu'une de nos Bombes ait fait
fauter un Magazin de Grénades &
ait détruit un autre Magazin de Faxine.
Le même jour , les Turcs firent
de
B
D'AOUST. 149
de nouveau, une tentative contre nôtre
Pont du Danube ; mais , ils furent repouffé
avec perte.
Nôtre Camp n'eſt pas bien fourni
de Vivres ni de Fourages ; la Cavale
rie qui vaut bien mieux que celle des
Turcs , dépétit par la difette & l'Infanterie
s'affoiblit par les maladies.
On convient que les Ottomans ont
130 Piéces de Canon qui folierent nos
retranchemens , fans nous endommager
beaucoup ; parce que la créte étant
formée de Faſcines entre- laſſées, le Canon
n'y peut faire que ſon trou. Cette
nombreuſe Artillerie ne nous a tué
juſqu'à préſent , que cent hommes
&environ 30 Officiers tuez ou bleſſez;
parmi leſquels ſe trouvent M. le Comte
d'Eftrade Lieutenant Général de
France , qui a û une jambe emportée
d'un coup de Canon. Le Prince Eugene
ne répond preſque rien à toutes
les queſtions qu'on lui fait , pourquoi
it demeure dans ſon Camp : Il dit fimplement
que c'eſt pourbattre les Turcs
& enſuite prendre la Ville , ou bien
prendre d'abord la Ville & battre enfuite
les Turcs. On continuë de ſe caoner
de part & d'autre: Nos Partis onet
Niij
150
LE MERCURE
é é aſſez hûreux juſqu'à préſent ,pour
battre ceux des Ennemis dans toutes
leurs courſes ; en une deſquelles Ibra- -
him Bacha plus conſidéré par les Janiffaires
, que le Grand Vifir même ,
a été tué avec pluſieurs Officiers de
distinction .
Le 3 , on a appris que le Comte de
Draſcovitz étoit entré avec sooo Impériaux
dans la Croatie Turque,qu'il a
paffé au fil de l'épée tout ce qu'il y a
trouvé d'Infidéles a ravagé tous les
Bleds , brûlé tous les Fourages &
a emmené une très grande quantité de
Bêtesà cornes .
Le 4. on prit une Palanque du côté
de la Save , où le Prince Eugene fir
établir huit Bataillons & huit compagnies
de Grenadiers , fans perte d'un
ſeul homme. Il y fait conſtruire une
Redoute & y élever un Cavalier , ſur
lequel on a monté trente Mortiers &
vingt - quatre pieces de gros Canon
pour battre la Haute-Ville , toute la
Baffe étant entierement rafée.
Depuis que ſes Magaſins ont été détruits,
ellemanquede tantde chofes,
que les Janiffaires qui font en grand
nombre, outre leurs femmes & leurs
e
1
D'AOUST.
enfans , ont declaré au Seraskiet qu'il
falloit ſe rendre , mais un Etranger
homme de Condition des plus accredirez
& des plus braves quil y ait
dans les Troupes du Sultan , trouva
lemoyen de les appaiſer ; les affûrant
que dans quelques jours , Belgrade
feroitdelivré .
Le 5. & le 6. les Afliegez ont tiré
des Fuſées , qui font le ſignal pour
preffer le ſecours. On a d'autant plus
ſujet de le croire , qu'un Deſerteur a
confirmé que les vivies devenoient
fort rares&qu'ils n'uſoient point d'au.
tre viande , que de celle de Chameau
& de Cheval ; que la premiere s'y
vendoit livre & la derniere 12. f. Un
Transfuge de la grande Armée
auſſi raporté que le fourage commençoit
à manquer aux Turcs & que le
Grand Vizir avoit ordonné une nouvelle
Batterie de 60. piéces de Canon
&de so . Mortiers , pour tirer encore
fur notre Camp : Ainſi l'on peut dire
qu'il y a 2. Sièges à la fois . Les
Imperiaux Affiégeants les Turcs &
ceux-cy les Imperiaux.
a
Ce fut le s. qu'Ibrahim Bacha , qui
tient le ſecond rang dans l'Armée
152 LE MERCURE
aprés le Grand Vizir , a été tué en venant
réconnoitre nos rétranchemens ,
à la Tête de 2000 Chevaux ; ce qu'ilsfirent
avec toute l'audace imaginable ,
malgré le feu de nôtre Artillerie qui .
les a fort éclairci.
On a interceptéune lettre daGrand
Vizir au Gouverneur de Belgrade, par
laquelle il lui marque qu'il alloit attaquer
le Prince Eugene par 4 en
droits differents , & qu'il ût à faire.
une fortie avec toute ſaGarniſon , afinde
mettre l'Armée des Chretiens en-.
tre deux feux .
Mar le Comte de Charolois a été at---
taqué d'une eſpéce de diſſenterie ;mais
il s'en eſt delivré par l'Ipécacuanha...
Fermer
5158
p. 152-156
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Dame Lucrece de Jousselin de Marigny, Comtesse d'Arquian, Dame [...]
Mots clefs :
Dame, Comtesse, Décès, Noblesse, Veuve, Comte, Maison de Harlay, Seigneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
D
Ame Lucrece de Jouffelin de
Comteſſe dArquian د
Dame d'honneur de la fenë Reine
Douairiere de Pologne , Marie Caſimire
de la Grange d'Arquian , mourut
aprésune longue maladie le vingtfix
de Juillet , agée de 42. ans
D'AOUST.
TS3
àSaint Aubin prés d'Eſtampes. Elle
étoit iffuë d'une trés ancienne Noblefſe
de Poitou. Elle fut mariée en 1706 .
àMeffire Paul-François de la Grange ,
Comte d'Arquian , Chevalierde 1 Ordre
de Saint Louis, Capitaine des Vaiffeaux
du Roy , Gouverneur pour S.
M. des Ifles de Sainte Croix & Commandant
au Cap François , Côte de S.
Domingue. Ellen'a laiſſé qu'un fils
âgé de to à is ans & trois freres ,
tous Officiers ſervans avec diftinction
le Roy dans la Marine. On n'a
qu'à conſulter la derniere Edition de
Morery , pour ſe mettre au fait de ce
qui regarde certe Illuſtre Maiſon .
Mre Pierre Grout de la Motte , Seigneur
de Magnanville , de Flacourr
&de Beaurepaire, Maître ordinaire en
la Chambre des Comptes de Paris ,
depuis le 17 Juillet 1694 , mourut le
29 Juillet âgé de 58 ans , laiſſant plufieurs
enfans de Dame Anne - Louiſe
Robert ſa femme , fille deClaude Robert
ancien Procureur du Roy au
Châtelet , & de Dame Françoiſe He- .
liot .
Dile. Henriette Pot de Rhodes, mourut
ſans alliance le 1 Aout ; Elle étoit
1
154
LE MERCURE
fille de Mre Henry Pot Comte de
Rhodes , Grand- Maître des Cérémonies
de France & deDame Gabriëlle
de Rouville . La Maiſon de Pot eſt originaire
du Berry , & elle est une des
plus Illustres de cette Province Pour
celle de Rouville, elle eſt originaire de
Normandie & elle n'eſt pas moins dif
tinguée par fon Ancienneté que par ſes
Alliances.
Mre Louis - Charles - Achilles de
Harlay Comte de Compans,mourut
de la petite Vérole le 14 Aouſt , en fa
17º Année , n'ayant été malade que
3.jours. Il eſt d'autant plus regreté ,
qu'il joignoit déja à beaucoup d'efprit
un ſçavoir étonnant. Il fortoit de fon
Cours de Philofophie qu'il avoit fait
au College de Beauvais, ſous M. l'Abbé
Bénet célébre Profeſſeur , qui mettant
à profit les hûreux Talents de fon
Eléve , les avoit fortifié par l'Etude
de laGéométrie,pour laquelle ce jeune
homme avoit beaucoup de goût. Il
étoit filsunique de Mre Louis- Achilles-
Auguſte de Harlay Comte de Cely ,
Maître des Requêtes Ordinaire del'Hôtel
du Roy , & de Dame Marie-
Charlotte de la Vie , petit fils de NiD'AQUST.
colas - Auguſte de Harlay Comte de
Cely, Sgt de Bonnoeil , Conſeiller d'Etat
Ordine & avant , Plénipotentiaire aux
Conférences de Francfort pour la Paix
de Riſvvick,mort le deux Avril 1704 ;
&de Dame Anne - Françoiſe - Marie-
Louiſe Boucherat , fille de Mre Louis
Boucherat , Comte de Compans ,
Chancelier de France , Commandeur
&Chancelier des Ordres du Roy ; &
arriére petit- fils de Christophe-Auguſte
de Harlay Seigneur de Cely & de
Bonnoeil , frere puiſné d'Achilles de
Harlay , Comte de Beaumont , Procr
Général du Parlement de Paris , pere
de fen Me Achilles de Harlay Comte
de Beaumont , Premier Préſident du
même Parlement&Ayeul de feu Mre
Achilles de Harlay , Comte de Beaumont
, Conſeiller d'Etat Ordinaire ,
& avant, Avocat Général au Parlement,
mort depuis peu ; laiſſant pour
fille unique , Madame la Princeſſe de
Tingry. Voyez pour la Généalogie des
Harlay , l'Histoire de Blanchart &
celledes Gran is Officers dela Couronne
, par le ſieur du Fourny.
Mre Pierre Faiire , Ecuier Seigneur
de Monmarlet , de Montron & autres
ن ر د
6 LE MERCURE
Lieux , Valet-de- Chambre Ordinaire
duRoy , monrut le 1er Aouſt. Il étoit
fils de Louis Faure Baron de Dampmart,
Sous-Doyen de la Grand Chambre
du Parlement de Paris & frere de
Jean Faüre auffi Baron de Dampmart,
mort depuis deux ans Doyen
de la Seconde Chambre des Enquêtes
du Parlement de Paris. la Famille de
Faüre qui eſt originaire de Dauphiné .
adonné plufieurs Conſeillers au Parlementde,
Grérob'e: Elle eſt alliée à celle
de Neſmond,de Belons ,deDoujat, de
le Noir, de Gobelin &de tout ce qu'il
ya de plus Illuftre dans la Robe.
D
Ame Lucrece de Jouffelin de
Comteſſe dArquian د
Dame d'honneur de la fenë Reine
Douairiere de Pologne , Marie Caſimire
de la Grange d'Arquian , mourut
aprésune longue maladie le vingtfix
de Juillet , agée de 42. ans
D'AOUST.
TS3
àSaint Aubin prés d'Eſtampes. Elle
étoit iffuë d'une trés ancienne Noblefſe
de Poitou. Elle fut mariée en 1706 .
àMeffire Paul-François de la Grange ,
Comte d'Arquian , Chevalierde 1 Ordre
de Saint Louis, Capitaine des Vaiffeaux
du Roy , Gouverneur pour S.
M. des Ifles de Sainte Croix & Commandant
au Cap François , Côte de S.
Domingue. Ellen'a laiſſé qu'un fils
âgé de to à is ans & trois freres ,
tous Officiers ſervans avec diftinction
le Roy dans la Marine. On n'a
qu'à conſulter la derniere Edition de
Morery , pour ſe mettre au fait de ce
qui regarde certe Illuſtre Maiſon .
Mre Pierre Grout de la Motte , Seigneur
de Magnanville , de Flacourr
&de Beaurepaire, Maître ordinaire en
la Chambre des Comptes de Paris ,
depuis le 17 Juillet 1694 , mourut le
29 Juillet âgé de 58 ans , laiſſant plufieurs
enfans de Dame Anne - Louiſe
Robert ſa femme , fille deClaude Robert
ancien Procureur du Roy au
Châtelet , & de Dame Françoiſe He- .
liot .
Dile. Henriette Pot de Rhodes, mourut
ſans alliance le 1 Aout ; Elle étoit
1
154
LE MERCURE
fille de Mre Henry Pot Comte de
Rhodes , Grand- Maître des Cérémonies
de France & deDame Gabriëlle
de Rouville . La Maiſon de Pot eſt originaire
du Berry , & elle est une des
plus Illustres de cette Province Pour
celle de Rouville, elle eſt originaire de
Normandie & elle n'eſt pas moins dif
tinguée par fon Ancienneté que par ſes
Alliances.
Mre Louis - Charles - Achilles de
Harlay Comte de Compans,mourut
de la petite Vérole le 14 Aouſt , en fa
17º Année , n'ayant été malade que
3.jours. Il eſt d'autant plus regreté ,
qu'il joignoit déja à beaucoup d'efprit
un ſçavoir étonnant. Il fortoit de fon
Cours de Philofophie qu'il avoit fait
au College de Beauvais, ſous M. l'Abbé
Bénet célébre Profeſſeur , qui mettant
à profit les hûreux Talents de fon
Eléve , les avoit fortifié par l'Etude
de laGéométrie,pour laquelle ce jeune
homme avoit beaucoup de goût. Il
étoit filsunique de Mre Louis- Achilles-
Auguſte de Harlay Comte de Cely ,
Maître des Requêtes Ordinaire del'Hôtel
du Roy , & de Dame Marie-
Charlotte de la Vie , petit fils de NiD'AQUST.
colas - Auguſte de Harlay Comte de
Cely, Sgt de Bonnoeil , Conſeiller d'Etat
Ordine & avant , Plénipotentiaire aux
Conférences de Francfort pour la Paix
de Riſvvick,mort le deux Avril 1704 ;
&de Dame Anne - Françoiſe - Marie-
Louiſe Boucherat , fille de Mre Louis
Boucherat , Comte de Compans ,
Chancelier de France , Commandeur
&Chancelier des Ordres du Roy ; &
arriére petit- fils de Christophe-Auguſte
de Harlay Seigneur de Cely & de
Bonnoeil , frere puiſné d'Achilles de
Harlay , Comte de Beaumont , Procr
Général du Parlement de Paris , pere
de fen Me Achilles de Harlay Comte
de Beaumont , Premier Préſident du
même Parlement&Ayeul de feu Mre
Achilles de Harlay , Comte de Beaumont
, Conſeiller d'Etat Ordinaire ,
& avant, Avocat Général au Parlement,
mort depuis peu ; laiſſant pour
fille unique , Madame la Princeſſe de
Tingry. Voyez pour la Généalogie des
Harlay , l'Histoire de Blanchart &
celledes Gran is Officers dela Couronne
, par le ſieur du Fourny.
Mre Pierre Faiire , Ecuier Seigneur
de Monmarlet , de Montron & autres
ن ر د
6 LE MERCURE
Lieux , Valet-de- Chambre Ordinaire
duRoy , monrut le 1er Aouſt. Il étoit
fils de Louis Faure Baron de Dampmart,
Sous-Doyen de la Grand Chambre
du Parlement de Paris & frere de
Jean Faüre auffi Baron de Dampmart,
mort depuis deux ans Doyen
de la Seconde Chambre des Enquêtes
du Parlement de Paris. la Famille de
Faüre qui eſt originaire de Dauphiné .
adonné plufieurs Conſeillers au Parlementde,
Grérob'e: Elle eſt alliée à celle
de Neſmond,de Belons ,deDoujat, de
le Noir, de Gobelin &de tout ce qu'il
ya de plus Illuftre dans la Robe.
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5159
p. 156-157
MARIAGE.
Début :
Mre François Ferrand d'Averne, Commandant de la Compagnie des [...]
Mots clefs :
Commandant, Seigneur, Mademoiselle , Fille, Conseiller
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Mre François Ferrand d'Averne ,
Commandant de la Compagnie des
Canoniers des Côtes , fils de François
Ferrand d'Ecotay Seigneur d'Averne ,
Lieutenant Gènèral de l'Artillerie,Brigadier
des Armées du Roy & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , épouſa le 11 Aouſt Dlle Madeleine
de Flécelles , fille de Mre Jean-
Baptifte de Flécelles Comte de
Bregy ; & de Dame Madeleine de
Thumery
:
D'AOUST..
Thuméry de Boiſſize; petite fille de
Nolas de Fléçelles , Comte de Bregy
, Vicomte de Corbeil , Seigneur de
Tigery , Conſeiller au Parlement de
Paris puis Capitaine au Regiment
des Gardes Françoiſes , Capitaine des
Gardes de la Reyne Chriſtine de
Suede , Ambaſladeur extraordinaire
en Pologne , puis en Suéde , & Lieutenant
général des Armées du Roy ,
mort en 1689 ; & de Charlotte de Saumaiſe
de Chaſan l'une des Dames
d'honneur de la Reyne mere du Roy,.
& arriere petite fille de Jacques de
Fléçelles , Seigneur du Pleſſis au bois
Vicomte de Corbeil & de Tigery ,
Préſident en la Chambre des Compes
de Paris , & de Dame Camille
d'Elbene.
Mre François Ferrand d'Averne ,
Commandant de la Compagnie des
Canoniers des Côtes , fils de François
Ferrand d'Ecotay Seigneur d'Averne ,
Lieutenant Gènèral de l'Artillerie,Brigadier
des Armées du Roy & Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint
Louis , épouſa le 11 Aouſt Dlle Madeleine
de Flécelles , fille de Mre Jean-
Baptifte de Flécelles Comte de
Bregy ; & de Dame Madeleine de
Thumery
:
D'AOUST..
Thuméry de Boiſſize; petite fille de
Nolas de Fléçelles , Comte de Bregy
, Vicomte de Corbeil , Seigneur de
Tigery , Conſeiller au Parlement de
Paris puis Capitaine au Regiment
des Gardes Françoiſes , Capitaine des
Gardes de la Reyne Chriſtine de
Suede , Ambaſladeur extraordinaire
en Pologne , puis en Suéde , & Lieutenant
général des Armées du Roy ,
mort en 1689 ; & de Charlotte de Saumaiſe
de Chaſan l'une des Dames
d'honneur de la Reyne mere du Roy,.
& arriere petite fille de Jacques de
Fléçelles , Seigneur du Pleſſis au bois
Vicomte de Corbeil & de Tigery ,
Préſident en la Chambre des Compes
de Paris , & de Dame Camille
d'Elbene.
Fermer
5160
p. 157-165
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 16. Mrs les Aumoniers du Roy ont fait leur plainte, pour [...]
Mots clefs :
Aumônier du roi, Plainte, Cérémonies, Procession, Nominations, Abbé, Marquis, Ambassadrice, Députés, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUÍTE
DUJOURNAL
de Paris.
IE16. Mieles Aumoniers du Roy
ont fait leur plainte,pour n'avoir
pas été invité par M. Deſgranges Me
des Ceremonies , à la Proceſſion de
Aoust 1717.
158
LE MERCURE
Notre-Dame. M. le Grand Prevêt a
fait de ſon côté une Proteftation dans
les formes , pour le même ſujer , &
l'a envoyée ſignifier au Me des Céré.
monies. Nous avons déjà dit que M.
le Duc Regent y répreſenta la Perſonne
du Roy ;ce n'eſt pas le premier
exemple où un Prince du Sang
aété traité en Roy, en pareille occa-,
fion. Ily en a un entr'autres ſous Charles
I X. tout ſemblable , en 1570. Ce;
Monarque étant à Monceaux &ne .
pouvant revenir pour ſe trouver à cette,
même Proceffion , y envoya le Duc
de Montpenſier, pour y tenir la place
&y recevoir tous les honneurs dûs
àlaM. R.
Le 17. M. de Fontanieux qui a l'In
tendance des Meubles de la Couronne
, a obtenu pour fon fils la ſurvivance
de cette Charge.
Le 18. M.l'Abbé de Simiane d'Arouere
eſt venu remercier S. A. R. pour
l'Evéché de Saint Paul 3-Châteaux,
auquel il a été nommé par le Roy.
Le 19. M. le Marquis de Mailly
achette le Regiment d'Iſenghien vacant
par la mort de M le Marquis
deMonteſquiou:Ilen a obtenu l'agré
ment.
D'AOUST..
159
:
i
*
Le 20. Mgr le Duc donne une Fête
fuperbe à Chantilly , dont les divertiſſemens
doivent ſe ſuccéder pendant
15.jours : Il s'y eſt rendu un grand
nombre de Seigneurs & de Dames
de la premiere diſtinction.
Le Roy ſe fit tirer le 21. deux
Dents,&il fouffrit conſtamment cette
opération.
M. de S. Aulaire vient de prendre
poſſeſſion du Bailliage de Lyon ,
par un accommodement fait avec M.
de Junnillac ; ce qui détruit tous les
bruits auſquels une Lettre anonime
inferte dans le Mercure d'Octobre
17:56, avoit donné lieu.
Madame l'Ambaſſadrice de Portugal
accoucha le 12 de ce mois dans
fon Hôtel d'un fils qui ſe porte
bien , de même que Madame ſa
mere.
د
Le même jour , les NouveauxEchevins
vinrent apporter le Scrutin au
Roy & lui préterent le ſerment de
fideliré. :
Le 22. ily ût un mouvement dans
les Intendances. M. de Baſville Intendant
de Languedoc , ne pouvant
plus s'appliquer aux affaires à cauſe de
O ij
160 LE MERCURE
:
fon grand âge , a demandé àſe repoſer.
-On envoye en ſa place M. Bouynd'Angervilliers
Intendant de Strasbourg :
Et M. de Harlay de Cely Intendant
de Metz , doit être ſubſtitué à ce dernier
qui ſeraremplacé par M. de Bernages
Intendant d'Amiens : On ne fait
pas encore qui occupera ce dernier
Porte.
MADAME vint le même jour à Paris ;
elle alla l'aprés midi aux Carmelites ;
elle vit la repreſentation de l'Opera
de Venus & d'Adonis, qu'on a remis au
Theâtre depuis huit jours. Les Comédien:
s François qui avoient annoncé
une nouvelle Piece, ne joierent point ;
parce que le feu ayant pris furlesquaite
heures&demie à une maiſon qui
joint leur Hôtel , les épouventa fi fort,
qu'ils ne fongerent qu'à ſe ſauver aufſi
promtement que ceux qui estoient déja
placez , dont l'empreſſement pour
fortir fut fi grand ,qu'il y eut pluſieurs
perſonnes qui coururent riſque d'eſtre
écraſées: Le feu ne dura pas longtems ,
parce que le ſecours des pompes arriva
fort à propos. L'Hôtel des
Comédiens n'a point eſté endommagé
D'AOUST. 161
La Noce de M. Bernard fils de M.
Samuel Bernard , ſe fit le 22 , avec une
magnificence ſurprenante : Il a épousé
Mile de S. Chamant fille du Lieutenant
Général de ce nom , & Niéce de
M. de la Briffe .
Le 23. les Députez des Etats de Languedoc
qui font M. l'Evêque de Commenges
pour le Clergé , M. le Marquis
de S. Suplie pour la Noblefle ,
&M. Rével pour leTiers- Erat , ûrent
à une heure , Audiance du Roy á qui
ils préſenterent le Cahier. Mgt le Ditc
du Maine Gouverneur de la Province ,
& M. le Marquis de la Vrilliere Secretaire
de la même Province , les preſenterent
au Roy. M. l'Evêque de
Commenges porta la parole & fon
difcours fut trés applaudi .
Le 25 , la Fête de S. Loüis , a eſté
célébrée dans la Chapelle, par une
Meſſe baffe & une grande Meſſe enfuite.
Les Peres Carmes , ſuivant la
coûtume,vinrent enProceſſion avec plufieurs
Pains benis : Elle estoit précédée
par 30 des Cent-Suiſſes avec un
Fourier & 30 Gardes du Corps avec
unExempt. La Cour fut trés nombreuſe
te jour là : Les Ambaſſadeurs , Cardi
O iij
162 LE MERCURE
raux & Grands Seigneurs ûrent l'honneur
de ſe preſenter devant le Roy.
Il y ût grande ſimphonie le matin &
àdîner : Sur le ſoir , le Concert annuel
que donne l'Opera pour la Fête du
Roy , fur exécuté dans le jardin des
Tuilleries , avec une grande illumination.
Sur les huit heures & demie du
foir , on tira à l'entrée de la grande
Allée ,un très beau Feu d'Artifice qui
dura prés de trois quarts d'heures ;
le Roy en voyoit l'effet de la Terraſſe,
ſous un Dais.
Le matin , M. l'Abbé Prevoſt Aumonier
de M. le Cardinal de- Noailles
, prêcha au Louvre dans la Chajelle
de l'Académie Françoiſe : II
fatisfit pleinement ſon Auditoire; aprés
quoy l'Academie des Sciences & celle
des Belles - Lettres célébrerent la même
Fête, dans l'Egliſe de l'Oratoire de
S. Honoré : L'aprés midi , l'Académie
Françoiſe fit la diſtribution des Prix
ordinaires : Celui de Proſe fut donné
à M. l'Abbé Colin & celui de Poëfie
à M. Gacon qui avoit preparé un remerciement
en Vers ; mais M. l'Abbé
:de Choiſi le pria de la part de la Compagnie
,de s'en diſpenſer , parce que
رط
D'AOUST.
163
ces ſortes de remerciemens ſont d'un
uſage nouveau que l'on ne veut pas
continuer : On lut enſuite un Diſours
fur l'utilité des Sciences , compofé
par M. de Charé Directeur de l'Académie
de Soiffons, laquelle eſt obligée par
ſes Statuts, d'envoyer aux 40 un tribut
annuel de quelque piece d'éloquence.
L'Inépuiſable M. de la Motte ( felon
l'expreſſion de M. l'Abbé de Choifi)
régala l'Aſſemblée du recit de trois fables
nouvelles , qui furent ſuivies des
applaudiſſemens qu'il s'attire , toutes
les fois qu'il y parle.
Le même jour M. l'Abbé le Vaſſeur
prononça en Latin dans l'Egliſe des
Quinze - Vingts , le Panégerique de S.
Loüis : Il ût pluſieurs Evêques pour
Auditeurs.
Le28 , l'Ouverture du Prix de l'Arquebuze
ſe fit à Meaux Capitale de
la Brie; la Ville de Laon lui ayant
préſenté le Bouquet , il y a cent
ans , jour pour jour. Monfieur de la
Nouë de Rutel Gentil - homme &
Maire de la Ville , eſt Capitaine de
la Compagnie de Meaux , autrement
laColonelle:Elle est compoſée d'environ
120 Chevaliers avec les Offi-
د
164 LE MERCURE -
ciers. Ils font tous en Habits uniformes,
d'un gris blanc bordé d'argent & les
boutonnieres de même ; leurs chapeaux
relevez de Plumets blancs &
de Caucardes de la même couleur.
Ily a auſſi 20 autres Compagnies de
Chevaliers des Villes circonvoifines ,
en Habit d'Ordonnance , chacune étant
diftinguée par une couleur différente.
Meſſieurs de Meaux ont envoyé
des Députez au devant de chaque
Compagnie , pour les complimenter&
leur marquer les Logemens qui
leur ſont deſtinez. La Compagnie Colonelle
leur a préſenté toutes fortes de
rafraichiſſemens & le Vin n'y a pas
été épargné. Le 29 , toutes les Compagnies
ſe trouvérent ſous les Armes ,
pour aller en Cérémonie entendre la
Meſſe , où M. le Cardinal de Biffi officiera
Solémnellement. M. le Prince de
Soubize ſera à leur Têre , le fils deM.
Bignon Intendant de Paris commandera
la Colonelle & M. le Chevalierde
Bavière celle de Compiegne :
Enſortant de la Métropole , ils feront
un tour de Ville & ſe rendront au
Jeu d'Arquebuze , où M. le Prince de
Soubize tirera le premier coup. ComD'AO
UST.
165
:
me les Prix conſiſtent en pluſieurs
belles Piéces d'argenterie & que le
nombre des Chevaliers eſt conſidérable
, on compte qu'il s'écoulera au
moins quinze jours , avant que d'avoir
emporté le dernier : Il s'y rend de
routes parts une infinité de Curieux &
furtout de Paris . Cette affluence a en.
gagé beaucoup de Marchands étrangers
à loiier des Maiſons, pour y étaller
leur Quincaillerie. Il y aura Comédie
, Bal , Simphonie &c. M. de
la Nouë & ſon Lieutenant - Major
tiendront Tables ouvertes , tant que
durera cette Fête • ... L'Auteur
daMercure prie quelqu'un de Mefſieurs
les Chevaliers, d'avoir la bonté
de lui envo envoyer un Journal de ce qui
s'y ſera palle , avec le nom des Compagnies
qui auront gagné le Prix , & il
ſe fera un plaiſir de l'inférer dans le
mois prochain.
DUJOURNAL
de Paris.
IE16. Mieles Aumoniers du Roy
ont fait leur plainte,pour n'avoir
pas été invité par M. Deſgranges Me
des Ceremonies , à la Proceſſion de
Aoust 1717.
158
LE MERCURE
Notre-Dame. M. le Grand Prevêt a
fait de ſon côté une Proteftation dans
les formes , pour le même ſujer , &
l'a envoyée ſignifier au Me des Céré.
monies. Nous avons déjà dit que M.
le Duc Regent y répreſenta la Perſonne
du Roy ;ce n'eſt pas le premier
exemple où un Prince du Sang
aété traité en Roy, en pareille occa-,
fion. Ily en a un entr'autres ſous Charles
I X. tout ſemblable , en 1570. Ce;
Monarque étant à Monceaux &ne .
pouvant revenir pour ſe trouver à cette,
même Proceffion , y envoya le Duc
de Montpenſier, pour y tenir la place
&y recevoir tous les honneurs dûs
àlaM. R.
Le 17. M. de Fontanieux qui a l'In
tendance des Meubles de la Couronne
, a obtenu pour fon fils la ſurvivance
de cette Charge.
Le 18. M.l'Abbé de Simiane d'Arouere
eſt venu remercier S. A. R. pour
l'Evéché de Saint Paul 3-Châteaux,
auquel il a été nommé par le Roy.
Le 19. M. le Marquis de Mailly
achette le Regiment d'Iſenghien vacant
par la mort de M le Marquis
deMonteſquiou:Ilen a obtenu l'agré
ment.
D'AOUST..
159
:
i
*
Le 20. Mgr le Duc donne une Fête
fuperbe à Chantilly , dont les divertiſſemens
doivent ſe ſuccéder pendant
15.jours : Il s'y eſt rendu un grand
nombre de Seigneurs & de Dames
de la premiere diſtinction.
Le Roy ſe fit tirer le 21. deux
Dents,&il fouffrit conſtamment cette
opération.
M. de S. Aulaire vient de prendre
poſſeſſion du Bailliage de Lyon ,
par un accommodement fait avec M.
de Junnillac ; ce qui détruit tous les
bruits auſquels une Lettre anonime
inferte dans le Mercure d'Octobre
17:56, avoit donné lieu.
Madame l'Ambaſſadrice de Portugal
accoucha le 12 de ce mois dans
fon Hôtel d'un fils qui ſe porte
bien , de même que Madame ſa
mere.
د
Le même jour , les NouveauxEchevins
vinrent apporter le Scrutin au
Roy & lui préterent le ſerment de
fideliré. :
Le 22. ily ût un mouvement dans
les Intendances. M. de Baſville Intendant
de Languedoc , ne pouvant
plus s'appliquer aux affaires à cauſe de
O ij
160 LE MERCURE
:
fon grand âge , a demandé àſe repoſer.
-On envoye en ſa place M. Bouynd'Angervilliers
Intendant de Strasbourg :
Et M. de Harlay de Cely Intendant
de Metz , doit être ſubſtitué à ce dernier
qui ſeraremplacé par M. de Bernages
Intendant d'Amiens : On ne fait
pas encore qui occupera ce dernier
Porte.
MADAME vint le même jour à Paris ;
elle alla l'aprés midi aux Carmelites ;
elle vit la repreſentation de l'Opera
de Venus & d'Adonis, qu'on a remis au
Theâtre depuis huit jours. Les Comédien:
s François qui avoient annoncé
une nouvelle Piece, ne joierent point ;
parce que le feu ayant pris furlesquaite
heures&demie à une maiſon qui
joint leur Hôtel , les épouventa fi fort,
qu'ils ne fongerent qu'à ſe ſauver aufſi
promtement que ceux qui estoient déja
placez , dont l'empreſſement pour
fortir fut fi grand ,qu'il y eut pluſieurs
perſonnes qui coururent riſque d'eſtre
écraſées: Le feu ne dura pas longtems ,
parce que le ſecours des pompes arriva
fort à propos. L'Hôtel des
Comédiens n'a point eſté endommagé
D'AOUST. 161
La Noce de M. Bernard fils de M.
Samuel Bernard , ſe fit le 22 , avec une
magnificence ſurprenante : Il a épousé
Mile de S. Chamant fille du Lieutenant
Général de ce nom , & Niéce de
M. de la Briffe .
Le 23. les Députez des Etats de Languedoc
qui font M. l'Evêque de Commenges
pour le Clergé , M. le Marquis
de S. Suplie pour la Noblefle ,
&M. Rével pour leTiers- Erat , ûrent
à une heure , Audiance du Roy á qui
ils préſenterent le Cahier. Mgt le Ditc
du Maine Gouverneur de la Province ,
& M. le Marquis de la Vrilliere Secretaire
de la même Province , les preſenterent
au Roy. M. l'Evêque de
Commenges porta la parole & fon
difcours fut trés applaudi .
Le 25 , la Fête de S. Loüis , a eſté
célébrée dans la Chapelle, par une
Meſſe baffe & une grande Meſſe enfuite.
Les Peres Carmes , ſuivant la
coûtume,vinrent enProceſſion avec plufieurs
Pains benis : Elle estoit précédée
par 30 des Cent-Suiſſes avec un
Fourier & 30 Gardes du Corps avec
unExempt. La Cour fut trés nombreuſe
te jour là : Les Ambaſſadeurs , Cardi
O iij
162 LE MERCURE
raux & Grands Seigneurs ûrent l'honneur
de ſe preſenter devant le Roy.
Il y ût grande ſimphonie le matin &
àdîner : Sur le ſoir , le Concert annuel
que donne l'Opera pour la Fête du
Roy , fur exécuté dans le jardin des
Tuilleries , avec une grande illumination.
Sur les huit heures & demie du
foir , on tira à l'entrée de la grande
Allée ,un très beau Feu d'Artifice qui
dura prés de trois quarts d'heures ;
le Roy en voyoit l'effet de la Terraſſe,
ſous un Dais.
Le matin , M. l'Abbé Prevoſt Aumonier
de M. le Cardinal de- Noailles
, prêcha au Louvre dans la Chajelle
de l'Académie Françoiſe : II
fatisfit pleinement ſon Auditoire; aprés
quoy l'Academie des Sciences & celle
des Belles - Lettres célébrerent la même
Fête, dans l'Egliſe de l'Oratoire de
S. Honoré : L'aprés midi , l'Académie
Françoiſe fit la diſtribution des Prix
ordinaires : Celui de Proſe fut donné
à M. l'Abbé Colin & celui de Poëfie
à M. Gacon qui avoit preparé un remerciement
en Vers ; mais M. l'Abbé
:de Choiſi le pria de la part de la Compagnie
,de s'en diſpenſer , parce que
رط
D'AOUST.
163
ces ſortes de remerciemens ſont d'un
uſage nouveau que l'on ne veut pas
continuer : On lut enſuite un Diſours
fur l'utilité des Sciences , compofé
par M. de Charé Directeur de l'Académie
de Soiffons, laquelle eſt obligée par
ſes Statuts, d'envoyer aux 40 un tribut
annuel de quelque piece d'éloquence.
L'Inépuiſable M. de la Motte ( felon
l'expreſſion de M. l'Abbé de Choifi)
régala l'Aſſemblée du recit de trois fables
nouvelles , qui furent ſuivies des
applaudiſſemens qu'il s'attire , toutes
les fois qu'il y parle.
Le même jour M. l'Abbé le Vaſſeur
prononça en Latin dans l'Egliſe des
Quinze - Vingts , le Panégerique de S.
Loüis : Il ût pluſieurs Evêques pour
Auditeurs.
Le28 , l'Ouverture du Prix de l'Arquebuze
ſe fit à Meaux Capitale de
la Brie; la Ville de Laon lui ayant
préſenté le Bouquet , il y a cent
ans , jour pour jour. Monfieur de la
Nouë de Rutel Gentil - homme &
Maire de la Ville , eſt Capitaine de
la Compagnie de Meaux , autrement
laColonelle:Elle est compoſée d'environ
120 Chevaliers avec les Offi-
د
164 LE MERCURE -
ciers. Ils font tous en Habits uniformes,
d'un gris blanc bordé d'argent & les
boutonnieres de même ; leurs chapeaux
relevez de Plumets blancs &
de Caucardes de la même couleur.
Ily a auſſi 20 autres Compagnies de
Chevaliers des Villes circonvoifines ,
en Habit d'Ordonnance , chacune étant
diftinguée par une couleur différente.
Meſſieurs de Meaux ont envoyé
des Députez au devant de chaque
Compagnie , pour les complimenter&
leur marquer les Logemens qui
leur ſont deſtinez. La Compagnie Colonelle
leur a préſenté toutes fortes de
rafraichiſſemens & le Vin n'y a pas
été épargné. Le 29 , toutes les Compagnies
ſe trouvérent ſous les Armes ,
pour aller en Cérémonie entendre la
Meſſe , où M. le Cardinal de Biffi officiera
Solémnellement. M. le Prince de
Soubize ſera à leur Têre , le fils deM.
Bignon Intendant de Paris commandera
la Colonelle & M. le Chevalierde
Bavière celle de Compiegne :
Enſortant de la Métropole , ils feront
un tour de Ville & ſe rendront au
Jeu d'Arquebuze , où M. le Prince de
Soubize tirera le premier coup. ComD'AO
UST.
165
:
me les Prix conſiſtent en pluſieurs
belles Piéces d'argenterie & que le
nombre des Chevaliers eſt conſidérable
, on compte qu'il s'écoulera au
moins quinze jours , avant que d'avoir
emporté le dernier : Il s'y rend de
routes parts une infinité de Curieux &
furtout de Paris . Cette affluence a en.
gagé beaucoup de Marchands étrangers
à loiier des Maiſons, pour y étaller
leur Quincaillerie. Il y aura Comédie
, Bal , Simphonie &c. M. de
la Nouë & ſon Lieutenant - Major
tiendront Tables ouvertes , tant que
durera cette Fête • ... L'Auteur
daMercure prie quelqu'un de Mefſieurs
les Chevaliers, d'avoir la bonté
de lui envo envoyer un Journal de ce qui
s'y ſera palle , avec le nom des Compagnies
qui auront gagné le Prix , & il
ſe fera un plaiſir de l'inférer dans le
mois prochain.
Fermer
5161
p. 165-168
CAROSSES De Nouvelle Invention.
Début :
M. de Camis Gentil-homme Lorrain, de l'Académie Royale des [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Carrosse, Invention , Construction, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CAROSSES De Nouvelle Invention.
CAROSSES
De Nouvelle Invention.
M. de Camus Gentil-homme Lor-
:
1
166 LE MERCURE
rain , de l'Académie Royale des Sciences,
vient de faire éxecuter un Carrofle
qui eft beaucoup plus roulant que les
autres & qui ne peut verſer. En voici
la Deſcription . Ce Caroffe eſt ſoûtenu
par les Brancars qui font au rafe du
Pavillon , auxquels font attachez 4
petits Cris qui ſoûtiennent une longue
ſoupante,d'un bout à l'autre du
Caroſſe, 4 autres foupantes qui font
priſes à côté du Caroffe& foûtenuës
par la grande ſoûpante , avec deux
Menotes,l'une priſe le long du pied
Cormier & l'autre dans la longue
foupante, avec 4 autres Croix de traverſes,
dont l'une eſt attachée au Bráncar&
l'autre, au pied duCaroffe. Il a
4Arcs-boutans devant & autant derriére
mis en croix , qui fuportent les
longs Brancars. Les deux Rouës de
devant font auffi hautes que celle du
derriere : Le ſiége du Cocher qui eſt
entre les deux moutons , a de quoi
mettre deux Pages aflis à ſes côtez .
On a fait pluſieurs Expériences qui
ont toutes réuſſi. On a mené ce Caroſſe
charge de 18 perſonnes, tant en dedans
que ſur les Brancars , par la Plaine de
Vaugirard , avec des Chevaux de
이
D'AOUST. 167
loiage,qui , quoique petits & foibles ,
pafférent affez vite à travers les fables,
franchirent des Tas de pierres,des Elévations
de terre ,des Bornes , & le tirérent-
fans peine des orniéres les plus
profondes. On chercha tous les moïens
de le faire verſer , mais inutillement :
Tous ces efforts ayant cependant fait
rompre une ſoupante , le Caroſſe reſta
enplace & avança même un long efpace
de chemin, fans qu'on s'en apperçût
. Deux jours après , on fit une
ſeconde Epreuve dans la Cour du
Vieux Louvre ; les Chevaux allant au
galop : Il pafla égallement avec la
charge de 22 perſonnes fur des Colonnes
renverſées&c.fans qu'il ait verſé
&qu'ily ait û riende caffe. Tous ces
avantages viennent de la conftru-
Etion de ce Caroffe , dont les roies,
de devant étant auſſi hautes que celle
de derrière, lui donnent toute cette facilité;
joint à ce que la force des che
vaux eſt égallement appliquée , par
l'élévation des Panoniers & du Timon
qui ſe trouvent à la hauteur du poitrail
des Chevaux & les retiennent , lorf
qu'ils font prêts à s'abattre : Ce qui
répond aux Démonſtrations que l'Au,
168 LE MERCURE
teur fit à l'Ouverture de l'Académie
des Sciences , après Pâques. On verra
dans peu l'uſage des Charettes à 4
grandes Rouës , dont il parla dans la
même Affemblée.
De Nouvelle Invention.
M. de Camus Gentil-homme Lor-
:
1
166 LE MERCURE
rain , de l'Académie Royale des Sciences,
vient de faire éxecuter un Carrofle
qui eft beaucoup plus roulant que les
autres & qui ne peut verſer. En voici
la Deſcription . Ce Caroffe eſt ſoûtenu
par les Brancars qui font au rafe du
Pavillon , auxquels font attachez 4
petits Cris qui ſoûtiennent une longue
ſoupante,d'un bout à l'autre du
Caroſſe, 4 autres foupantes qui font
priſes à côté du Caroffe& foûtenuës
par la grande ſoûpante , avec deux
Menotes,l'une priſe le long du pied
Cormier & l'autre dans la longue
foupante, avec 4 autres Croix de traverſes,
dont l'une eſt attachée au Bráncar&
l'autre, au pied duCaroffe. Il a
4Arcs-boutans devant & autant derriére
mis en croix , qui fuportent les
longs Brancars. Les deux Rouës de
devant font auffi hautes que celle du
derriere : Le ſiége du Cocher qui eſt
entre les deux moutons , a de quoi
mettre deux Pages aflis à ſes côtez .
On a fait pluſieurs Expériences qui
ont toutes réuſſi. On a mené ce Caroſſe
charge de 18 perſonnes, tant en dedans
que ſur les Brancars , par la Plaine de
Vaugirard , avec des Chevaux de
이
D'AOUST. 167
loiage,qui , quoique petits & foibles ,
pafférent affez vite à travers les fables,
franchirent des Tas de pierres,des Elévations
de terre ,des Bornes , & le tirérent-
fans peine des orniéres les plus
profondes. On chercha tous les moïens
de le faire verſer , mais inutillement :
Tous ces efforts ayant cependant fait
rompre une ſoupante , le Caroſſe reſta
enplace & avança même un long efpace
de chemin, fans qu'on s'en apperçût
. Deux jours après , on fit une
ſeconde Epreuve dans la Cour du
Vieux Louvre ; les Chevaux allant au
galop : Il pafla égallement avec la
charge de 22 perſonnes fur des Colonnes
renverſées&c.fans qu'il ait verſé
&qu'ily ait û riende caffe. Tous ces
avantages viennent de la conftru-
Etion de ce Caroffe , dont les roies,
de devant étant auſſi hautes que celle
de derrière, lui donnent toute cette facilité;
joint à ce que la force des che
vaux eſt égallement appliquée , par
l'élévation des Panoniers & du Timon
qui ſe trouvent à la hauteur du poitrail
des Chevaux & les retiennent , lorf
qu'ils font prêts à s'abattre : Ce qui
répond aux Démonſtrations que l'Au,
168 LE MERCURE
teur fit à l'Ouverture de l'Académie
des Sciences , après Pâques. On verra
dans peu l'uſage des Charettes à 4
grandes Rouës , dont il parla dans la
même Affemblée.
Fermer
5162
p. 168-172
SUPPLEMENT.
Début :
L'Armée Navalle que le Roi d'Espagne a fait assembler à [...]
Mots clefs :
Armée navale, Escadre, Marquis, Barcelone, Ambassadeur d'Espagne, Suède, Flotte anglaise, Duc, Baron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT.
SUPPLEMENT.
'Armée Navalle que le Roï d'Efpagne
a fait aſſembler à Barcelonne,
eſt diviſée en deux Eſcadres; la
plus forte deſquelles eſt commandée
par M le Marquis de Mary noble
Génois , l'autre moins confiderable &
qui ſert comme d'arriere - garde , eſt
commandée par le Chef d'Eſcadre
Dom Balthazar de Guevara , qui eft
encore d'une naiſſance très diſtinguée .
• La premiere de ces deux Eſcadres
mit à la voile à Barcelonne, le 24 de
Juillet , mais , le calme & les vents contraires
de Levant, qui ont regné longtems
dans la Méditeranée, l'ayant obligée
d'entrer par deux fois dans la rade
d'Alcudia au Royaume de Mayorque
; elle y eſtoit encore le huit
de ce meis en attendant à tout moment,
lepremier
D'AOUST. 169
le premier fouffle de vent favorable,
pour remettre à la voile & continuer
fa navigation qu'on préſume eſtre deftinée
au recouvrement de l'Iſle de Sardaigne.
On affûre que M. le Prince de Chellamare
Ambaffideur d'Eſpagne, a parlé
fortement à Mgr le Regent & au
Conſeil de Régence , pour les informer
de la justice des Armes du Roy fon
Maître , & de la neceſſité abfolue dans
laquelle Sa Majesté Catholique s'eſt
trouvée, de réparer par quelques entrepriſes
, les infractions faites par la
Cour de Vienne au Traité ſolemnel
de la neutralité& de l'évacuation dé
la Catalogne & de Mayorque. On tient
encore pour certain qu'il a preſenté
deux Mémoires inſtructifs touchant
cet évenement , qu'on croit devoir eftre
publiés inceſſamment.
Les Nouvelles de Suede , dus
•Aouft , marquent que le Roy eſt en
parfaitte ſanté ; qu'il ne craint aucune
defcente dans ſes Etats ; qu'il a
une Armée de soooo . hommes regulierement
payés & habillés de neuf.
Il n'a rien entrepris ,ſur les eſperan-
Aoust 1717.
P
170 LE MERCURE
ت
CI
ces qu'on lui a données d'une Paix G
nérale & de la fortie des Moſcovi- L
tes de la Baſſe Allemagne. On regarde
l'élargiſſement des Envoyés de Suéde
retenus en Angleterre & à la
Haye , comme des Préliminaires d'un
Traité qu'on ménage dans le Nord.;
On ſe flatte que l'arrivée de M. le
Comte de la Marc en Suede , avançera
fort les affaires .
Les memes avis , portent que la
Flotte Angloiſe , qui eſt au tour de ces
Côtes, ſera bien- tôt obligée de ſe rétizer:
Aprés quoi celle de Dannemarc ne
pouvant plus tenir la Mer , le Roy
de Suéde reſtera Maître de la Mer
Baltique.
On écrit de Ratisbone du 15. Aouſt ,
que l'Electeur de Baviere ſe voit à la
veille d'entrer en poſſeſſion des Etats
du Comté de Hainaut, qui relevent de
lui comme Suſerain. Le Roy de Pologne
fondé fur une ſubſtitution qui
ne peut point préjudicier aux Suſerains,
demande certe Comté; mais S. A. E. la
deſtine en partage à un des Princes
ſes Enfans.
Il y a toujours de grandes broiiilleries
à Ratisbone , entre les Minidres
(
d
C
D'AOUST. 171
Electoraux ; celui d'Hanover ne voulant
pas céder à celui du Comte Palatin.
Le Cardinal de Saxe a beaucoup
de peine à calmer les eſprits. Ces
prétentions font ceffer toutes les affai
res de la Diette .
LeCapneGénaldesVenitiens eſtparti de
Corfoupour aller chercher lesEnnemis.
On mande de la Haye du 28 , que
la République eſt en terme d'accomodement
avec l'Electeur de Cologne
; qu'on s'écrit des lettres de civi.
lité de part & d'autre , & que tout fe
terminé par la démolition des Citadelles
de Liége , d'Huys & de quelques
fortificationsdeBonn , aprés quoy
on ſera Amis:
Le Duc de Merelbourg a retenu
avec la permiſſion duCzar 3000 Mofcovittes
à ſon ſervice , qui lui ont prê
té ſerment de fidelité.
Le Baron de Vvedel qui commande
en Norvege,ayant informé le Roy
de Dannemarc qu'il alloit être accablé
par 20000. Suédois , fur cet avis S.
M. D. a fait paſſer tout ce qu'il a de
Vaiſſeaux avec 3. Regimens d'Infantesie
& 1500. Chevaux . Les Moſcovites
one fait une irruption dans l'iſſe de
Pij
172 LEMERCURE
Gothlande , appartenant au Roy de
Suéde : Ils l'ont entierement ravagée.
'Armée Navalle que le Roï d'Efpagne
a fait aſſembler à Barcelonne,
eſt diviſée en deux Eſcadres; la
plus forte deſquelles eſt commandée
par M le Marquis de Mary noble
Génois , l'autre moins confiderable &
qui ſert comme d'arriere - garde , eſt
commandée par le Chef d'Eſcadre
Dom Balthazar de Guevara , qui eft
encore d'une naiſſance très diſtinguée .
• La premiere de ces deux Eſcadres
mit à la voile à Barcelonne, le 24 de
Juillet , mais , le calme & les vents contraires
de Levant, qui ont regné longtems
dans la Méditeranée, l'ayant obligée
d'entrer par deux fois dans la rade
d'Alcudia au Royaume de Mayorque
; elle y eſtoit encore le huit
de ce meis en attendant à tout moment,
lepremier
D'AOUST. 169
le premier fouffle de vent favorable,
pour remettre à la voile & continuer
fa navigation qu'on préſume eſtre deftinée
au recouvrement de l'Iſle de Sardaigne.
On affûre que M. le Prince de Chellamare
Ambaffideur d'Eſpagne, a parlé
fortement à Mgr le Regent & au
Conſeil de Régence , pour les informer
de la justice des Armes du Roy fon
Maître , & de la neceſſité abfolue dans
laquelle Sa Majesté Catholique s'eſt
trouvée, de réparer par quelques entrepriſes
, les infractions faites par la
Cour de Vienne au Traité ſolemnel
de la neutralité& de l'évacuation dé
la Catalogne & de Mayorque. On tient
encore pour certain qu'il a preſenté
deux Mémoires inſtructifs touchant
cet évenement , qu'on croit devoir eftre
publiés inceſſamment.
Les Nouvelles de Suede , dus
•Aouft , marquent que le Roy eſt en
parfaitte ſanté ; qu'il ne craint aucune
defcente dans ſes Etats ; qu'il a
une Armée de soooo . hommes regulierement
payés & habillés de neuf.
Il n'a rien entrepris ,ſur les eſperan-
Aoust 1717.
P
170 LE MERCURE
ت
CI
ces qu'on lui a données d'une Paix G
nérale & de la fortie des Moſcovi- L
tes de la Baſſe Allemagne. On regarde
l'élargiſſement des Envoyés de Suéde
retenus en Angleterre & à la
Haye , comme des Préliminaires d'un
Traité qu'on ménage dans le Nord.;
On ſe flatte que l'arrivée de M. le
Comte de la Marc en Suede , avançera
fort les affaires .
Les memes avis , portent que la
Flotte Angloiſe , qui eſt au tour de ces
Côtes, ſera bien- tôt obligée de ſe rétizer:
Aprés quoi celle de Dannemarc ne
pouvant plus tenir la Mer , le Roy
de Suéde reſtera Maître de la Mer
Baltique.
On écrit de Ratisbone du 15. Aouſt ,
que l'Electeur de Baviere ſe voit à la
veille d'entrer en poſſeſſion des Etats
du Comté de Hainaut, qui relevent de
lui comme Suſerain. Le Roy de Pologne
fondé fur une ſubſtitution qui
ne peut point préjudicier aux Suſerains,
demande certe Comté; mais S. A. E. la
deſtine en partage à un des Princes
ſes Enfans.
Il y a toujours de grandes broiiilleries
à Ratisbone , entre les Minidres
(
d
C
D'AOUST. 171
Electoraux ; celui d'Hanover ne voulant
pas céder à celui du Comte Palatin.
Le Cardinal de Saxe a beaucoup
de peine à calmer les eſprits. Ces
prétentions font ceffer toutes les affai
res de la Diette .
LeCapneGénaldesVenitiens eſtparti de
Corfoupour aller chercher lesEnnemis.
On mande de la Haye du 28 , que
la République eſt en terme d'accomodement
avec l'Electeur de Cologne
; qu'on s'écrit des lettres de civi.
lité de part & d'autre , & que tout fe
terminé par la démolition des Citadelles
de Liége , d'Huys & de quelques
fortificationsdeBonn , aprés quoy
on ſera Amis:
Le Duc de Merelbourg a retenu
avec la permiſſion duCzar 3000 Mofcovittes
à ſon ſervice , qui lui ont prê
té ſerment de fidelité.
Le Baron de Vvedel qui commande
en Norvege,ayant informé le Roy
de Dannemarc qu'il alloit être accablé
par 20000. Suédois , fur cet avis S.
M. D. a fait paſſer tout ce qu'il a de
Vaiſſeaux avec 3. Regimens d'Infantesie
& 1500. Chevaux . Les Moſcovites
one fait une irruption dans l'iſſe de
Pij
172 LEMERCURE
Gothlande , appartenant au Roy de
Suéde : Ils l'ont entierement ravagée.
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5163
p. 171-175
A Venise, le 14 Aoust 1717.
Début :
Le Capitaine Général Pisani a joint avec 7 Galeres & [...]
Mots clefs :
Capitaine, Galères, Combat, Vaisseaux, Duc de Parme, Bataillon, Turcs, Bâtiments, Vénitiens, Sénat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise, le 14 Aoust 1717.
A Veniſe , le 14. Aoust 1717.
E Capitaine Général Pisani a
joint avec 7. Galeres & avec
tous les Vaffeaux Auxiliaires la flotte
Kénitienne , es la ramenée aux Ifles de
Sapienza , affin de la radouber. Quoi
que elle ait étéfort maltraittée , on se
comfole néantmoins de ce que celle des
Turcs l'a été encore d'avantage: Ge quis
on fau juger ainsi , c'est qu'ils se sont
retiré au-delà des Dardanelles, pour reparer
le defordre qu'on y a causé. Le
Combat a étéfi vif , que dans la den--
xiéme Canonade dis 14 , il y a û 12. CRpitaines
de Vaisseaux Vénitiens tués
on blessés..
Le Duc de Parme a fourni un ſecond
Bataillon. à la République
le troifiéme qu'il a promis est presque
complet..
Il arriva icille 10. un Exprés par
Otrante , avec 2. lettres ; l'une du ficur
Capello Capitaine de Galeaffes , dattées
de Zante le 15.Juillet , & l'autre
a
D'AOUST. 173
du Chevalser Antoine Lorédano , Provéditeur
Général des Isles , écrites de Corfan
le 28. Selon ces avis la flotte Véni
tienne a remporté une Victoiresignalée
fur cette des Turcs.
L'un & lautremandent qu'ayant envoyé
une Felouqueàla découverte,le Patron as
voit raportéqu'il avoit entendu tirerfors
tement,le 19 a la hauteur de Coron ;d'ob
iljugeoit que les 2. Flottes étoient ves
nuës de nouveau aux mains ; que ce
bruit avoit été entendu de toute la côte
de la Morée. L: 24 un petit Batiment
Mainote étant abordé au Zante avoir
afuré que l'Armée Vénitiennese trou
vant entre Calamata & Coron en Morée,
avoit pris le 17 : une Barque d'avis
dépéchée à la Flotte Turque. Le Capi--
taine Général informé par l'Equipage
de cette Barque , qu'elle étoit furgie
da 6 Barbara ques ou Saiques,fous l'éf
corte de deux Vaisseaux de Guerre
avoit surpris te 18. ce Convoy : Que les
Prifoniers lui ayant confirméque la Flot
se-Ottomane-composée de 33 Vaisseaux
**Bâtiment dont ſe ſerven les Had
bitans de la côte , entre le Gap Ma
tapan& le CapAngelo."
4
$74 LE MERCURE
étoit dans la Plagede Modon, iladsit
pris la résolution de l'aller attaquer avec
toute la Flotte & avec les Auxiliaires
faiſans 36 Vaiſſeaux , outre les Ga
leres ; que le Combat s'étoit donné le19.
à la hauteur de Coron , & avoit duré
10 où 12 heures : Qu'enfin les Venitiens
ayant l'avantage du vent, avoient fi bien
manoeuvré,qu'ils avoientſeparédu Cor--
donEnnemi , 18. Sultanes dont une par--
tie avoit été coulée à fond on brulée ,
&l'autre prife: Que le Capitaine Géné
ral poursuivoit les débris de la flotte
Ennemie dont il avoit étépourtant fe--
paré par la nuit. Voila lefondement de
cette grande Nouvelle qui est encor incertaine
: On en témoigna d'abord une
grande joye l'on formoit déjà des projets
confiderables. Le College enfit auffitôt
donner part au Nonce & al'Am--
bassadeur de l'Empereur qui depécha
une Staffette: Depuis ce tems là, onn'a û
ancun autre avis & l'on a ſuſpendu d'en
fairedesfeux de joye. Le Pape n'a point
répondu à la part que leVénitiens lui ont
donnée de l'avantage qu'ils prétendent
avoir û dans la premiere Action ; parce
qu'en le faiſant , le S. Pere n'apas
trouvé la Letire affez réſportnense
D'AOUST.
175
par laquelle ils ſemblent, lui imputer le
rétardement de la jonition des forces
Auxiliaires.
Le Senat paroit fort intrigué du def-
Sein que l'Empereur a formé , de réta
blir le Port Ré , dans le Golphe Adriatique
, & de le rendre Libre à toutes
Les Nations , pour attirer le commerceen
Allemagne de ce côté la ; mais les
Vénitiens y font trop intereſſsés pour ne
pas s'y opposerde toutes leursforces : Ils
tiennentfrequemment des Conseils pour
en empecher l'éxécution ; étant auſſiJalouxde
ladomination de la Mer Adria--
tique , que du commerce de Vénife-qui en
Souffriroit confiderablement .
Le Prince Electoral de Saxe a
pris congéde la République , il passera
à Fadone & à Verone , pour s'enrétourner
en Allemagne.
E Capitaine Général Pisani a
joint avec 7. Galeres & avec
tous les Vaffeaux Auxiliaires la flotte
Kénitienne , es la ramenée aux Ifles de
Sapienza , affin de la radouber. Quoi
que elle ait étéfort maltraittée , on se
comfole néantmoins de ce que celle des
Turcs l'a été encore d'avantage: Ge quis
on fau juger ainsi , c'est qu'ils se sont
retiré au-delà des Dardanelles, pour reparer
le defordre qu'on y a causé. Le
Combat a étéfi vif , que dans la den--
xiéme Canonade dis 14 , il y a û 12. CRpitaines
de Vaisseaux Vénitiens tués
on blessés..
Le Duc de Parme a fourni un ſecond
Bataillon. à la République
le troifiéme qu'il a promis est presque
complet..
Il arriva icille 10. un Exprés par
Otrante , avec 2. lettres ; l'une du ficur
Capello Capitaine de Galeaffes , dattées
de Zante le 15.Juillet , & l'autre
a
D'AOUST. 173
du Chevalser Antoine Lorédano , Provéditeur
Général des Isles , écrites de Corfan
le 28. Selon ces avis la flotte Véni
tienne a remporté une Victoiresignalée
fur cette des Turcs.
L'un & lautremandent qu'ayant envoyé
une Felouqueàla découverte,le Patron as
voit raportéqu'il avoit entendu tirerfors
tement,le 19 a la hauteur de Coron ;d'ob
iljugeoit que les 2. Flottes étoient ves
nuës de nouveau aux mains ; que ce
bruit avoit été entendu de toute la côte
de la Morée. L: 24 un petit Batiment
Mainote étant abordé au Zante avoir
afuré que l'Armée Vénitiennese trou
vant entre Calamata & Coron en Morée,
avoit pris le 17 : une Barque d'avis
dépéchée à la Flotte Turque. Le Capi--
taine Général informé par l'Equipage
de cette Barque , qu'elle étoit furgie
da 6 Barbara ques ou Saiques,fous l'éf
corte de deux Vaisseaux de Guerre
avoit surpris te 18. ce Convoy : Que les
Prifoniers lui ayant confirméque la Flot
se-Ottomane-composée de 33 Vaisseaux
**Bâtiment dont ſe ſerven les Had
bitans de la côte , entre le Gap Ma
tapan& le CapAngelo."
4
$74 LE MERCURE
étoit dans la Plagede Modon, iladsit
pris la résolution de l'aller attaquer avec
toute la Flotte & avec les Auxiliaires
faiſans 36 Vaiſſeaux , outre les Ga
leres ; que le Combat s'étoit donné le19.
à la hauteur de Coron , & avoit duré
10 où 12 heures : Qu'enfin les Venitiens
ayant l'avantage du vent, avoient fi bien
manoeuvré,qu'ils avoientſeparédu Cor--
donEnnemi , 18. Sultanes dont une par--
tie avoit été coulée à fond on brulée ,
&l'autre prife: Que le Capitaine Géné
ral poursuivoit les débris de la flotte
Ennemie dont il avoit étépourtant fe--
paré par la nuit. Voila lefondement de
cette grande Nouvelle qui est encor incertaine
: On en témoigna d'abord une
grande joye l'on formoit déjà des projets
confiderables. Le College enfit auffitôt
donner part au Nonce & al'Am--
bassadeur de l'Empereur qui depécha
une Staffette: Depuis ce tems là, onn'a û
ancun autre avis & l'on a ſuſpendu d'en
fairedesfeux de joye. Le Pape n'a point
répondu à la part que leVénitiens lui ont
donnée de l'avantage qu'ils prétendent
avoir û dans la premiere Action ; parce
qu'en le faiſant , le S. Pere n'apas
trouvé la Letire affez réſportnense
D'AOUST.
175
par laquelle ils ſemblent, lui imputer le
rétardement de la jonition des forces
Auxiliaires.
Le Senat paroit fort intrigué du def-
Sein que l'Empereur a formé , de réta
blir le Port Ré , dans le Golphe Adriatique
, & de le rendre Libre à toutes
Les Nations , pour attirer le commerceen
Allemagne de ce côté la ; mais les
Vénitiens y font trop intereſſsés pour ne
pas s'y opposerde toutes leursforces : Ils
tiennentfrequemment des Conseils pour
en empecher l'éxécution ; étant auſſiJalouxde
ladomination de la Mer Adria--
tique , que du commerce de Vénife-qui en
Souffriroit confiderablement .
Le Prince Electoral de Saxe a
pris congéde la République , il passera
à Fadone & à Verone , pour s'enrétourner
en Allemagne.
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5164
p. 175-176
A Toulon, ce ... Aoust 1717.
Début :
L'Ambassadeur de la Porte qui faisoit quarantaine dans la [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Ville, Duc régent, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Toulon, ce ... Aoust 1717.
A Toulon , ce ... Aouſt 1717.
L'Ambassadeur de la Porte qui
faisoit quarantaine dans la Rade de
cette Ville , yentrale 2.Juillet & fut
Salué de l'Artillerie de Terre & de
Mer. Il s'est établidans un affez beau
Jurdin , où il demeurerajuſques à se que
376 LE MERCURE
Mst le Duc Regent ait envoyé des or
dres pourqu'il ſe rende à laCour. Laſuite
de cet Ambassadeur est mieux compo
Sée & plus nombreuſe , que celle de
Ambassadeurde Perse. Nous allonspresque
tous les jours fumer avec lui ,
boire de fon Caffé. C'est un Tunc
trés poli , qui entendle François & le
parle un peu ; il a auprès de lui un jeune
François néà S. Denis : Il est fur-fon
départpourse rendre à la Courjeſuis&c .
L'Ambassadeur de la Porte qui
faisoit quarantaine dans la Rade de
cette Ville , yentrale 2.Juillet & fut
Salué de l'Artillerie de Terre & de
Mer. Il s'est établidans un affez beau
Jurdin , où il demeurerajuſques à se que
376 LE MERCURE
Mst le Duc Regent ait envoyé des or
dres pourqu'il ſe rende à laCour. Laſuite
de cet Ambassadeur est mieux compo
Sée & plus nombreuſe , que celle de
Ambassadeurde Perse. Nous allonspresque
tous les jours fumer avec lui ,
boire de fon Caffé. C'est un Tunc
trés poli , qui entendle François & le
parle un peu ; il a auprès de lui un jeune
François néà S. Denis : Il est fur-fon
départpourse rendre à la Courjeſuis&c .
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5165
p. 176-178
A Rome, le 11 Aoust 1717.
Début :
Le Compliment du Marquis del Bafalo au Comte Galas, fait ici [...]
Mots clefs :
Compliment italien, Marquis, Comte, Rome, Noblesse, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome, le 11 Aoust 1717.
A Rome , le 11. Aouſt 1717.
Le Compliment du Marquis del Bfalo
au Comte de Galas , fait ici grandbruit
; c'est unereparation que cet Ambassadeur
a exigée de ce Seigneur , hom--
me de Naiſſance & de la meilleure
condition parmi les Chevaliers Komains","
& de plus Chambelan du Pape. On
l'accuse d'avoir'empêché la Noblesse de
Se trouver àuneFête préparée par l'An
bassadeur , en 1716. On prétend que
Don Alexandre Neveu du Pape l'avoit
chargé de cette Commiſſion ; le S. Pere
ne voulant pas permettre ces fortes d'af--
Semblées qui ont l'air d'un Bal. Aprés
cet ordre ,le Marquis del Bufalos def
D'AOUST. 177
fendit àſa femme d'y aller ; lafemme
qui ne peut se taire , le dit à d'autres
femmes deſes Amies , pendant le tems.
de l'Opera: Cette imprudence fut cause
que M. l' Ambassadeurse trouva seut
chez lui avec tous ses préparatifs. Ce
Frocedé déſobligeant lepiqua fi fort
qu'il résolut d'en avoir raifon. Comme
il fut obligé pour lors de s'en rétourner
à Vienne , il différa deſefaire
donner la réparation qu'il s'en promettoit.
Depuis fon retour , il a mis la
choſe en train &le Marquis s'est enfin
trouvéforcé de faire le Compliment
Suivant ; ce qu'il fitdans ces termes ,
presence de l'Ambassadeur qui étoit affis
dans un Fauteüil..
ECCELLENZA
en
Hunque osò di divertire la Nobiltà
, dal venire alla conversatione
preparata di V. E. per la medefima ,
alla quale era stata invitata nelli ultimi
giorni di Carnevale dell' anno 116.
con intentione di fare quat he difpiacere
à V. E. e di perdere il riſpetto
allasuarepresentanza , commife un at
trone infame , e indegna d'un Huoто
178 LE MERCURE
ben nato , non che di Cavagliero.
Quanto à meperd, Eccellenza , nor
b) avuto giamai tal'intentione , e mol
to meno avrei potuto imaginarmi cofa
alcuna , che poteſſe ne pur per ombra derogare
al riſpetto dovutto li nel dire che
chiunque fofſse intervenuto in detta Con .
versatione , averebbe disgnitata Sua
Santità , e detesterei me medesimo ,se
ilmio detto poteſſe mai avere avuto al-
* o fine: Di tanto mi ſtimo in obbligo de
fare una finceriffima dichiaratione àV.
E. anzi lafupplico à perdonarmi d'averla
differita fino al ritorno de V. E.
proteslandomi , che mi fon gloriato . c
mi glorierò sempre di protestare una
Somma veneratione all' E. V. ed allafua
Cesarea rapresentenza.
Le Compliment du Marquis del Bfalo
au Comte de Galas , fait ici grandbruit
; c'est unereparation que cet Ambassadeur
a exigée de ce Seigneur , hom--
me de Naiſſance & de la meilleure
condition parmi les Chevaliers Komains","
& de plus Chambelan du Pape. On
l'accuse d'avoir'empêché la Noblesse de
Se trouver àuneFête préparée par l'An
bassadeur , en 1716. On prétend que
Don Alexandre Neveu du Pape l'avoit
chargé de cette Commiſſion ; le S. Pere
ne voulant pas permettre ces fortes d'af--
Semblées qui ont l'air d'un Bal. Aprés
cet ordre ,le Marquis del Bufalos def
D'AOUST. 177
fendit àſa femme d'y aller ; lafemme
qui ne peut se taire , le dit à d'autres
femmes deſes Amies , pendant le tems.
de l'Opera: Cette imprudence fut cause
que M. l' Ambassadeurse trouva seut
chez lui avec tous ses préparatifs. Ce
Frocedé déſobligeant lepiqua fi fort
qu'il résolut d'en avoir raifon. Comme
il fut obligé pour lors de s'en rétourner
à Vienne , il différa deſefaire
donner la réparation qu'il s'en promettoit.
Depuis fon retour , il a mis la
choſe en train &le Marquis s'est enfin
trouvéforcé de faire le Compliment
Suivant ; ce qu'il fitdans ces termes ,
presence de l'Ambassadeur qui étoit affis
dans un Fauteüil..
ECCELLENZA
en
Hunque osò di divertire la Nobiltà
, dal venire alla conversatione
preparata di V. E. per la medefima ,
alla quale era stata invitata nelli ultimi
giorni di Carnevale dell' anno 116.
con intentione di fare quat he difpiacere
à V. E. e di perdere il riſpetto
allasuarepresentanza , commife un at
trone infame , e indegna d'un Huoто
178 LE MERCURE
ben nato , non che di Cavagliero.
Quanto à meperd, Eccellenza , nor
b) avuto giamai tal'intentione , e mol
to meno avrei potuto imaginarmi cofa
alcuna , che poteſſe ne pur per ombra derogare
al riſpetto dovutto li nel dire che
chiunque fofſse intervenuto in detta Con .
versatione , averebbe disgnitata Sua
Santità , e detesterei me medesimo ,se
ilmio detto poteſſe mai avere avuto al-
* o fine: Di tanto mi ſtimo in obbligo de
fare una finceriffima dichiaratione àV.
E. anzi lafupplico à perdonarmi d'averla
differita fino al ritorno de V. E.
proteslandomi , che mi fon gloriato . c
mi glorierò sempre di protestare una
Somma veneratione all' E. V. ed allafua
Cesarea rapresentenza.
Fermer
5166
p. 178-180
RISPOSTA. Del Sig. Ambasciatore Cesareo.
Début :
Sig. Marchese Ricero le discolpe chella mi fa, [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Noblesse, Assemblée, Pardon, Vénération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RISPOSTA. Del Sig. Ambasciatore Cesareo.
RISPOSTA .
Del Sig . Ambaſciatore Cefared.
SIg. Marcheſe Ricero le discolpe
ch'ella mi fa , e le sue eſpreſſioni ,
espero che in avvenire fu per portarsi
in maniera che il fuo contegno nonpofſa
eſſere esposto ad una finiftra interpretatione,
&ch'averàsempre l'Occhio all
effer fue , all'Onore de Suoi Antenati
ed al profittevole patrocinio , ch'elte
D'AOUST. 179
medesima bà goduto altre volte dell'
Augusta. Cafa.
On en donne ici la Traduction .
Quiconque oſa détourner la Nob'eſſe
de ſe rendre à l'aſſemblée que
VôtreExcellence avoit convoquéedans
fon Palais , les derniers jours de Carneval
de l'année 1716 , dans le deſſen
de déplaire à V.E. celui- là fans doute,
commit une action indigne d'un Galant-
homme & plus encor d'un Gentil-
homme.
Quant à moi M. je n'ai jamais û
une telle intention ; encor moins aurois-
je pû imaginer quelque choſe qui
manquât même en apparence au refpect
qui eſt dû à vôtre Caractere ; en
difant que toute Perſonne qui ſe trouveroit
à cette afſemblée , ne ſeroit pas
regardée de bon oeil de S. S. Je me déteſterois
moy même , ſi ce que j'ai dit,
ait jamais pû avoir d'autre fin . De
forte que je me ſens obligé d'en faire
une finceredéclaration à V. E,& de ' a
ſupplierde me pardonner ſi je l'ay differée
juſqu'à ce jour , vous proteſtart
que je me fuis fait honneur & que
je în'en ferai toujours , de donner des
180 LE MERCURE
marques de la parfaite vénération que
j'ai pour V.E. & pour votre Caractere
d'Ambaſſadeur de Sa Majesté Céfarienne.
Réponſe de M. l'Ambaſſadeur.
Monfieur le Marquis , je reçois les
Texcuſes que vous me faires , éſperant
qu'à l'avenir vous vous comporterés de
'relle maniere ; que vôtre conduite ne
pourra éire expoſée dorénavant àaucune
mauvaiſe interprétation , &que
vous ne perdrés jamais de vuë la gloi.
're deivos Ancetres , ni la protection
avantageuſe de l'Auguſte Maifon
d'Autriche dont vous aves réſlenti autrefois
les effets.
Del Sig . Ambaſciatore Cefared.
SIg. Marcheſe Ricero le discolpe
ch'ella mi fa , e le sue eſpreſſioni ,
espero che in avvenire fu per portarsi
in maniera che il fuo contegno nonpofſa
eſſere esposto ad una finiftra interpretatione,
&ch'averàsempre l'Occhio all
effer fue , all'Onore de Suoi Antenati
ed al profittevole patrocinio , ch'elte
D'AOUST. 179
medesima bà goduto altre volte dell'
Augusta. Cafa.
On en donne ici la Traduction .
Quiconque oſa détourner la Nob'eſſe
de ſe rendre à l'aſſemblée que
VôtreExcellence avoit convoquéedans
fon Palais , les derniers jours de Carneval
de l'année 1716 , dans le deſſen
de déplaire à V.E. celui- là fans doute,
commit une action indigne d'un Galant-
homme & plus encor d'un Gentil-
homme.
Quant à moi M. je n'ai jamais û
une telle intention ; encor moins aurois-
je pû imaginer quelque choſe qui
manquât même en apparence au refpect
qui eſt dû à vôtre Caractere ; en
difant que toute Perſonne qui ſe trouveroit
à cette afſemblée , ne ſeroit pas
regardée de bon oeil de S. S. Je me déteſterois
moy même , ſi ce que j'ai dit,
ait jamais pû avoir d'autre fin . De
forte que je me ſens obligé d'en faire
une finceredéclaration à V. E,& de ' a
ſupplierde me pardonner ſi je l'ay differée
juſqu'à ce jour , vous proteſtart
que je me fuis fait honneur & que
je în'en ferai toujours , de donner des
180 LE MERCURE
marques de la parfaite vénération que
j'ai pour V.E. & pour votre Caractere
d'Ambaſſadeur de Sa Majesté Céfarienne.
Réponſe de M. l'Ambaſſadeur.
Monfieur le Marquis , je reçois les
Texcuſes que vous me faires , éſperant
qu'à l'avenir vous vous comporterés de
'relle maniere ; que vôtre conduite ne
pourra éire expoſée dorénavant àaucune
mauvaiſe interprétation , &que
vous ne perdrés jamais de vuë la gloi.
're deivos Ancetres , ni la protection
avantageuſe de l'Auguſte Maifon
d'Autriche dont vous aves réſlenti autrefois
les effets.
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5167
p. 180-183
Bataille de Belgrade. [titre d'après la table]
Début :
Le 27, à la pointe du jour, un Courier dépêché par [...]
Mots clefs :
Duchesse, Courrier, Victoire, Belgrade, Électeur, Combat, Camp, Vainqueurs, Cavalerie, Infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bataille de Belgrade. [titre d'après la table]
Le 27 , à la pointe du jour ,
Courier dépêché par S. A. E. Me de
Bavière, à Madame la Ducheſſe , est
Jarrivé à Paris avec l'importante
Nouvelle de la Victoire remportée
par le Prince Eugéne de Savoye , fur
'Armée des Infidéles , devant Belgrade,
le 16 Aouſt 1717. Cer Electeur
mande à cette Princeffe , que le 21 au
foit, il avoit reçu un Exprés du Prince
Electoral fon fils qui lui marquoit
que le 15 , le Prince Eugene profitant
d'un
D'AOUS r. 181
d'un Broüillard fort épais , avoit fait
fortir de fon Camp 58 Bataillons & 76
Edrons ; les ayant fait accompagnerde
toutes lesTrompettes de l'Armée
, Timbales &Tambours : Que
M. de Mercy commandoit 38 Eſcadrons
de la droite & M. de Palfi 38
autres de la gauche ; que ce fut ce der-
• nier qui commença ſur les heures du
matin ,pendant le Broüillard , à atraquer
lesTurcs dans leur premiere Parallele
ou Retranchement qui n'avoit
passété long - teins diſpure : Que
la ſeconde Paralelle fut mieux deffenduë
, mais , que la troiſiéme fur
franchie affez promtement ; que pour
la quatrième , le Combat avoit été
fort opiniatre ; le Canon des Ennemis
ayant été pris & repris trois fois pendant
ce tems - là. Le Prince Eugéne
voyant que l'Infanterie & la Cavale.
rie de la droite differoient d'attaquer ,
en envoya demander la raiſon: LesGénéraux
lui répondirent qu'il n'étoir
preſque pas poſſible à cauſe de l'obfcurité.
Ils donnérent néanmoins dans
ce moment avec furie. Sur les 8 heures
, le Soleil ayant percé ces ténébres ,
ce Prince ramaſſa tout ce qu'il avoit
A18ft 1717.
182 LE MERCURE
-
deTroupes', fortit de ſes Retranchemens
, après avoir laiflé M. le Duc
d'Aremberg à la Garde des Lignes ,
& fondit pour lors ſi vivement ſur les
Turcs,déja effrayés de la vigeur de nos
Troupes , qu'ils ne fongerent plus qu'à
fuir ; ayant abandonné au pouvoir
des Vairgueurs 80 Piéces de Canons
ou environ & vingt Mortiers , avec
leur Camp , Tentes &c. La Cavalerie
ſe contenta de traverſer leur Camp &
d'aller un peu au delà. On ne
voulut pas , ou plûtôt on ne pût
pas aller plus loin , parce que nos
Chevaux étant fort haraffés , à caufe
de la difette précédente du Fourage ,
manquoient de force pour poursuivie
les Ennemis.. On envoya viſiter exa-
Etement l'état du Camp des Infidéles;
après quoi , on s'en miten poffeffion &
on laifla butiner nos Troupes. A la premiere
vûë , on croit qu'il y a environ
huit à dix mille hommes de tuez de
part & d'autre. S. A. E. ajoute que
Mgr le Comte de Charolois & les
Princes de Baviére font en bonne fanté.
Ils ont accompagné le Prince Eugéne
pendant toute l'Action. On a
trouvé dans le Camp des Turcs affez
D'AOUST. 183
P
de Munitions , de Vivres, de Chameaux
& de Chevaux, pour pouſſer juſqu'à
Semendria & à Niſſa. On ne doute
pas que ce ne ſoit le deſſein du Prince
Eugene , auſſi- tôt qu'il aura pris Belgrade
; ayant préſentement la facilité
de faire rafraichir ſa Cavalerie & de
bien nourir ſon Infanterie . De tous les
François de nom , il n'y a û que le
Marquis de Villette qui ait été bleſfé
d'un coup de fufil, à travers le corps . Il
paroît que les Turcs ſe ſont retirez en
très bonordre;puiſque nos Coureursont
pouffé en avant juſqu'à 4 ou 3 lieuës ,
fans avoir preſque trouvé de Traineurs ,
parce que ces Troupes étoient fraiches
& qu'elles n'avoient point fatigué.
Le 28 , un Page de M. le Prince de
Dombes qui a toûjours été auprès de
ce Prince pendant l'Action & qui y a
même reçu une contufion , a confirmé
tout ce que l'on avoit appris par le
Courier de l'Electeur de Baviére.
Ce Page eſt filsde M. Solar ,Ecuyer de
Madame laDucheſſe du Maine. Il fût
renverſé dans laCanonade du 5, avec le
Pre fon Mrre,d'un boulet de Canon qui
donna à leurspieds. Toute la Cour lui a
fait des préfens, pour les bonnes nouvel- .
les qu'il a apportées .
Courier dépêché par S. A. E. Me de
Bavière, à Madame la Ducheſſe , est
Jarrivé à Paris avec l'importante
Nouvelle de la Victoire remportée
par le Prince Eugéne de Savoye , fur
'Armée des Infidéles , devant Belgrade,
le 16 Aouſt 1717. Cer Electeur
mande à cette Princeffe , que le 21 au
foit, il avoit reçu un Exprés du Prince
Electoral fon fils qui lui marquoit
que le 15 , le Prince Eugene profitant
d'un
D'AOUS r. 181
d'un Broüillard fort épais , avoit fait
fortir de fon Camp 58 Bataillons & 76
Edrons ; les ayant fait accompagnerde
toutes lesTrompettes de l'Armée
, Timbales &Tambours : Que
M. de Mercy commandoit 38 Eſcadrons
de la droite & M. de Palfi 38
autres de la gauche ; que ce fut ce der-
• nier qui commença ſur les heures du
matin ,pendant le Broüillard , à atraquer
lesTurcs dans leur premiere Parallele
ou Retranchement qui n'avoit
passété long - teins diſpure : Que
la ſeconde Paralelle fut mieux deffenduë
, mais , que la troiſiéme fur
franchie affez promtement ; que pour
la quatrième , le Combat avoit été
fort opiniatre ; le Canon des Ennemis
ayant été pris & repris trois fois pendant
ce tems - là. Le Prince Eugéne
voyant que l'Infanterie & la Cavale.
rie de la droite differoient d'attaquer ,
en envoya demander la raiſon: LesGénéraux
lui répondirent qu'il n'étoir
preſque pas poſſible à cauſe de l'obfcurité.
Ils donnérent néanmoins dans
ce moment avec furie. Sur les 8 heures
, le Soleil ayant percé ces ténébres ,
ce Prince ramaſſa tout ce qu'il avoit
A18ft 1717.
182 LE MERCURE
-
deTroupes', fortit de ſes Retranchemens
, après avoir laiflé M. le Duc
d'Aremberg à la Garde des Lignes ,
& fondit pour lors ſi vivement ſur les
Turcs,déja effrayés de la vigeur de nos
Troupes , qu'ils ne fongerent plus qu'à
fuir ; ayant abandonné au pouvoir
des Vairgueurs 80 Piéces de Canons
ou environ & vingt Mortiers , avec
leur Camp , Tentes &c. La Cavalerie
ſe contenta de traverſer leur Camp &
d'aller un peu au delà. On ne
voulut pas , ou plûtôt on ne pût
pas aller plus loin , parce que nos
Chevaux étant fort haraffés , à caufe
de la difette précédente du Fourage ,
manquoient de force pour poursuivie
les Ennemis.. On envoya viſiter exa-
Etement l'état du Camp des Infidéles;
après quoi , on s'en miten poffeffion &
on laifla butiner nos Troupes. A la premiere
vûë , on croit qu'il y a environ
huit à dix mille hommes de tuez de
part & d'autre. S. A. E. ajoute que
Mgr le Comte de Charolois & les
Princes de Baviére font en bonne fanté.
Ils ont accompagné le Prince Eugéne
pendant toute l'Action. On a
trouvé dans le Camp des Turcs affez
D'AOUST. 183
P
de Munitions , de Vivres, de Chameaux
& de Chevaux, pour pouſſer juſqu'à
Semendria & à Niſſa. On ne doute
pas que ce ne ſoit le deſſein du Prince
Eugene , auſſi- tôt qu'il aura pris Belgrade
; ayant préſentement la facilité
de faire rafraichir ſa Cavalerie & de
bien nourir ſon Infanterie . De tous les
François de nom , il n'y a û que le
Marquis de Villette qui ait été bleſfé
d'un coup de fufil, à travers le corps . Il
paroît que les Turcs ſe ſont retirez en
très bonordre;puiſque nos Coureursont
pouffé en avant juſqu'à 4 ou 3 lieuës ,
fans avoir preſque trouvé de Traineurs ,
parce que ces Troupes étoient fraiches
& qu'elles n'avoient point fatigué.
Le 28 , un Page de M. le Prince de
Dombes qui a toûjours été auprès de
ce Prince pendant l'Action & qui y a
même reçu une contufion , a confirmé
tout ce que l'on avoit appris par le
Courier de l'Electeur de Baviére.
Ce Page eſt filsde M. Solar ,Ecuyer de
Madame laDucheſſe du Maine. Il fût
renverſé dans laCanonade du 5, avec le
Pre fon Mrre,d'un boulet de Canon qui
donna à leurspieds. Toute la Cour lui a
fait des préfens, pour les bonnes nouvel- .
les qu'il a apportées .
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5168
p. 184-187
DEUXIEME RELATION Ecrite le 16 à 5 heures du soir, sur le Champ de Bataille devant Belgrade.
Début :
La Bataille qui vient de se donner a commencé à 5 heures du matin [...]
Mots clefs :
Bataille, Ennemis, Prince, Armées, Turcs, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEUXIEME RELATION Ecrite le 16 à 5 heures du soir, sur le Champ de Bataille devant Belgrade.
DEUXIEME RELATION
Ecrite le 15às heures du soir ,ſur le
Champ de Bataille devant Belgrade.
L
ABataille qui vient de ſe donner
a commencé á s heuresdu matin,
àla faveur d'un grand broüillard , &
afini entre 8 & 9. Les Ennemis avoient
pouffé des paralleles & des eſpeces
de tranchées ſi prés de nous ,qu'il n'y
avoit plus moyen de douter qu'ils
n'euffent envie de nous attaquer ; ce
qui fit prendre hier à midi , à M. le
Prince Eugene , le parti de les prévenir
: Il fit fa diſpoſition avec les Officiers
Généraux de fon Armée &parut
enſuite en public , avec autant de
tranquillité que s'il avoit eſté bien fût
de l'événement de la plus grande affaire
qu'il ût jamais entrepriſe. La Cavalerie
commandée par les Généraux
Merci , Palfy & Montécuculli eſt ſortie
par ladroite le long de la Save,excepté
quelques Régimens que l'on avoit
laillé pour couvrir le Danube. L'Infanterie
a debouché par le Centre,
fous les ordres du Maréchal Virtemberg
& s'eſt trouvée en prefence des
C
11
じ
E
i
E
t
D'AOUS T.
185
Ennemis , beaucoup plutoſt qu'on ne
croyoit ; parce que dans letemps que
nous nous diſpotions à les attaquer , ils
ſe préparoient de leur côté , à enlever
une fléche qui est au centre de nos
Travaux. Comme le broüillard étoit
épouvantable , l'on s'eſt trouvé mêlé
auffitôt que reconnu , ce qui a engagé
un combat trés particulier , que les'
Turcs ont foûtenu avec vigueur ;
mais nôtre Cavalerie les prenant par
leur flanc qui n'étoit pas foûtenu ,
il a fallu qu'ils rentrallent dans la
tranchée qu'ils ont deffenduë juſqu'à
trois fois contre le Général Merci . A la
quatrième , ils ont été culbuté. La Cavalerie
y a fait des prodiges devaleur , &
l'Infanterie s'eſt trés- bien acquitée de
ſon devoir : mais l'obſcurité empêchoit
les Corps de ſe ſoûtenir l'un l'autre.
Enfin le Soleil a paru & nous a fait voir
nôtre avantage. Pour lors, M. le Prince
Eugene a marché lui-même à une battesie
qui nous incommodoit beaucoup &
qui par ſa priſe à achevé de déterminer
le gain de la Bataille. LesTurcs n'ont
plus ſongé qu'à ſe retirer ; nous abandonnant
80 piéces de Canon & vingt
mortiers , leur Camp rout ten-
Qiij
186. LE MERCURE
4
du& le Champ de Bataille. Le pillage
du Camp fait actuellement grand plaifit
à nos Troupes. M. le Prince de
Dombes n'a pas quitté M. le Prince
Eugéned'un ſeul pas : Il n'a perdu perſonnede
ſa ſuite. Le Marquis de Villette
a été bleſſé prés de lui ; ſon coup
lui prend à l'Omoplatte & lui perce
pardevant. Les Chirurgiens en eſperent
beaucoup. Le Prince Eugéne a eu fa
manche percée à l'attaque de la batterie.
Le Géneral Hauben , le Prince
Taxis, le fils du Maréchal Palfi , lesP.P.
de Virtemberg , de Hefle & un Cadee
Lobkauvifz ont été dangereuſement
bleffé. A vous dire le vrai, on ne
ſçait point encore nôtre perre ni celle
des Ennnemis : Elle eſt affez confidérable
, puiſqu'il eſt rare de trouver de
la Cavallerie capable de forcer 4Retranchemens
ſoûtenus par de l'Infantexie
. M. M. les P. P. de Portugal , de
Bavière , de Charolois de Lorraine &
le Marquis d'Alincour , ont toûjours
accompagné le P. Eugene. C'eſt dommage
que le Grand Viſir ne nous ait
pas fait l'honneur de nous attendre :
On lui en ſçait mauvais gré. Il fuit à
tire d'aîle . Nous allons prendre BelD'AOUST
187
grade en Pantoufles , puis nous repren
drons le chemin de Paris. M. le Comte
d'Eftrade n'eſt pas trop bien ; tous
ces mouvemens lui aïant cauſe la fiévre,
à cauſede ſa bleſſurequi eſt grande .
On lui coupa la jambe,le6 de ce mois.
Ecrite le 15às heures du soir ,ſur le
Champ de Bataille devant Belgrade.
L
ABataille qui vient de ſe donner
a commencé á s heuresdu matin,
àla faveur d'un grand broüillard , &
afini entre 8 & 9. Les Ennemis avoient
pouffé des paralleles & des eſpeces
de tranchées ſi prés de nous ,qu'il n'y
avoit plus moyen de douter qu'ils
n'euffent envie de nous attaquer ; ce
qui fit prendre hier à midi , à M. le
Prince Eugene , le parti de les prévenir
: Il fit fa diſpoſition avec les Officiers
Généraux de fon Armée &parut
enſuite en public , avec autant de
tranquillité que s'il avoit eſté bien fût
de l'événement de la plus grande affaire
qu'il ût jamais entrepriſe. La Cavalerie
commandée par les Généraux
Merci , Palfy & Montécuculli eſt ſortie
par ladroite le long de la Save,excepté
quelques Régimens que l'on avoit
laillé pour couvrir le Danube. L'Infanterie
a debouché par le Centre,
fous les ordres du Maréchal Virtemberg
& s'eſt trouvée en prefence des
C
11
じ
E
i
E
t
D'AOUS T.
185
Ennemis , beaucoup plutoſt qu'on ne
croyoit ; parce que dans letemps que
nous nous diſpotions à les attaquer , ils
ſe préparoient de leur côté , à enlever
une fléche qui est au centre de nos
Travaux. Comme le broüillard étoit
épouvantable , l'on s'eſt trouvé mêlé
auffitôt que reconnu , ce qui a engagé
un combat trés particulier , que les'
Turcs ont foûtenu avec vigueur ;
mais nôtre Cavalerie les prenant par
leur flanc qui n'étoit pas foûtenu ,
il a fallu qu'ils rentrallent dans la
tranchée qu'ils ont deffenduë juſqu'à
trois fois contre le Général Merci . A la
quatrième , ils ont été culbuté. La Cavalerie
y a fait des prodiges devaleur , &
l'Infanterie s'eſt trés- bien acquitée de
ſon devoir : mais l'obſcurité empêchoit
les Corps de ſe ſoûtenir l'un l'autre.
Enfin le Soleil a paru & nous a fait voir
nôtre avantage. Pour lors, M. le Prince
Eugene a marché lui-même à une battesie
qui nous incommodoit beaucoup &
qui par ſa priſe à achevé de déterminer
le gain de la Bataille. LesTurcs n'ont
plus ſongé qu'à ſe retirer ; nous abandonnant
80 piéces de Canon & vingt
mortiers , leur Camp rout ten-
Qiij
186. LE MERCURE
4
du& le Champ de Bataille. Le pillage
du Camp fait actuellement grand plaifit
à nos Troupes. M. le Prince de
Dombes n'a pas quitté M. le Prince
Eugéned'un ſeul pas : Il n'a perdu perſonnede
ſa ſuite. Le Marquis de Villette
a été bleſſé prés de lui ; ſon coup
lui prend à l'Omoplatte & lui perce
pardevant. Les Chirurgiens en eſperent
beaucoup. Le Prince Eugéne a eu fa
manche percée à l'attaque de la batterie.
Le Géneral Hauben , le Prince
Taxis, le fils du Maréchal Palfi , lesP.P.
de Virtemberg , de Hefle & un Cadee
Lobkauvifz ont été dangereuſement
bleffé. A vous dire le vrai, on ne
ſçait point encore nôtre perre ni celle
des Ennnemis : Elle eſt affez confidérable
, puiſqu'il eſt rare de trouver de
la Cavallerie capable de forcer 4Retranchemens
ſoûtenus par de l'Infantexie
. M. M. les P. P. de Portugal , de
Bavière , de Charolois de Lorraine &
le Marquis d'Alincour , ont toûjours
accompagné le P. Eugene. C'eſt dommage
que le Grand Viſir ne nous ait
pas fait l'honneur de nous attendre :
On lui en ſçait mauvais gré. Il fuit à
tire d'aîle . Nous allons prendre BelD'AOUST
187
grade en Pantoufles , puis nous repren
drons le chemin de Paris. M. le Comte
d'Eftrade n'eſt pas trop bien ; tous
ces mouvemens lui aïant cauſe la fiévre,
à cauſede ſa bleſſurequi eſt grande .
On lui coupa la jambe,le6 de ce mois.
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5169
p. 187-189
SUPPLEMENT des Nouvelles de Paris.
Début :
Il n'est pas vrai, comme je l'ai marqué à la page 112 [...]
Mots clefs :
Prince, Seigneur, Survivance, Province, Ambassadeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLEMENT des Nouvelles de Paris.
SUPPLEMENT
des Nouvelles de Paris.
ILL n'eſt pas vrai , comme je l'ai
marqué à la page 112 du Mercure
de Juillet , que M. le Duc d'Albret
grand Chambellan , ni M. le Prince
deBoiüillon reçû en ſurvivance , ayent
û part à la conteſtaiton qui s'éleva
entre M. le Comte d'Eu & M. le
Duc de Mortemart , pour donner la
Chemiſe à S. M.; puiſque ces deux
Seigneurs ne ſe trouverent point alors
chez le Roy.
Mre Charles-René deMaupeou Seigneur
de Bruyeres , Maître des Requêtes
, fut reçû Préſident au Parlement
de Paris , en ſurvivance de M. de
Menars le 20. Aouſt. Il eſt fils de
Mre René de Maupeou Seigneur de
188 LE MERCURE
Bruyeres, Preſident de la premiere des
Enquêtes du Parlement de Paris , &
deDame Charlotte le Noir ; petit fils
de René de Maupeou Seigneur de
Bruyeres auffiPreſident en la premiere
des Enquêtes , mort Conſeiller d'honneur
en 1694 , & de Marie Doujar , &
arriere perit fils de Renéde Maupeon ,
Seigneur de Bruyeres , &de Noify fur
Oyſe, Prefident de la Cour des Aydes ,
mort en 1648 , & de Marguerite de
Creil . La famille de Maupeou eſt une
des plus anciennes&des plus illuſtrées
de la Robe : Elle s'eſt alliée à celies
de Feydeau , Fouquet , Villemontée
Mareſcot , Phelypeaux , Jubert de
Bouville&àcelle de Lamoignon. M.
deMaupeou qui donne lieu à cet article
ayant épousé en 1712 Anne-Victoire de
Lamoignon , petite fille M. de Baſville
Intendant de justice , en Languedoc.
Pluſieurs perfonnes m'aïant écrit
de Province , que j'avois ômis dans le
Mercure de Mai, la demeure de M. de
Villars qui diſtribuë l'Eau Divine ,
dont les effets étonnent la Médécine
même ,je répare ici cet omiffion ,en les
avertiſſant qu'il loge dans la ruë de la
Poiffonnerie qui donne dans la ruë
Mont-Martre .
,
J
D'AOUST 18)
On vient d'apprendre par la voye
de Bruxelles, que M. le Marquis de
Prié avoit reçu un Exprés de la Cour
de Vienne , avec l'agréable nouvelle
de la reddition de Belgrade ; cette
Place ayant arboré le lendemain 17
un Drapeau blanc: Que le 18onestoit
convenu de la Capitulation fur celle
deTemeſvvar ; que le 19 la Garnifon
eſtoit fortie , nous abandonnant 350
Pieces de canon & tout leur armement
naval.
M. de Kinigſehg Ambaſſadeur de
l'Empereur en France , donna Samedi
dans ſon Hôtel une magnifique Fête
pour la victoire remportée par l'Armée
Imperiale fur celle des Turcs.
des Nouvelles de Paris.
ILL n'eſt pas vrai , comme je l'ai
marqué à la page 112 du Mercure
de Juillet , que M. le Duc d'Albret
grand Chambellan , ni M. le Prince
deBoiüillon reçû en ſurvivance , ayent
û part à la conteſtaiton qui s'éleva
entre M. le Comte d'Eu & M. le
Duc de Mortemart , pour donner la
Chemiſe à S. M.; puiſque ces deux
Seigneurs ne ſe trouverent point alors
chez le Roy.
Mre Charles-René deMaupeou Seigneur
de Bruyeres , Maître des Requêtes
, fut reçû Préſident au Parlement
de Paris , en ſurvivance de M. de
Menars le 20. Aouſt. Il eſt fils de
Mre René de Maupeou Seigneur de
188 LE MERCURE
Bruyeres, Preſident de la premiere des
Enquêtes du Parlement de Paris , &
deDame Charlotte le Noir ; petit fils
de René de Maupeou Seigneur de
Bruyeres auffiPreſident en la premiere
des Enquêtes , mort Conſeiller d'honneur
en 1694 , & de Marie Doujar , &
arriere perit fils de Renéde Maupeon ,
Seigneur de Bruyeres , &de Noify fur
Oyſe, Prefident de la Cour des Aydes ,
mort en 1648 , & de Marguerite de
Creil . La famille de Maupeou eſt une
des plus anciennes&des plus illuſtrées
de la Robe : Elle s'eſt alliée à celies
de Feydeau , Fouquet , Villemontée
Mareſcot , Phelypeaux , Jubert de
Bouville&àcelle de Lamoignon. M.
deMaupeou qui donne lieu à cet article
ayant épousé en 1712 Anne-Victoire de
Lamoignon , petite fille M. de Baſville
Intendant de justice , en Languedoc.
Pluſieurs perfonnes m'aïant écrit
de Province , que j'avois ômis dans le
Mercure de Mai, la demeure de M. de
Villars qui diſtribuë l'Eau Divine ,
dont les effets étonnent la Médécine
même ,je répare ici cet omiffion ,en les
avertiſſant qu'il loge dans la ruë de la
Poiffonnerie qui donne dans la ruë
Mont-Martre .
,
J
D'AOUST 18)
On vient d'apprendre par la voye
de Bruxelles, que M. le Marquis de
Prié avoit reçu un Exprés de la Cour
de Vienne , avec l'agréable nouvelle
de la reddition de Belgrade ; cette
Place ayant arboré le lendemain 17
un Drapeau blanc: Que le 18onestoit
convenu de la Capitulation fur celle
deTemeſvvar ; que le 19 la Garnifon
eſtoit fortie , nous abandonnant 350
Pieces de canon & tout leur armement
naval.
M. de Kinigſehg Ambaſſadeur de
l'Empereur en France , donna Samedi
dans ſon Hôtel une magnifique Fête
pour la victoire remportée par l'Armée
Imperiale fur celle des Turcs.
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5170
p. 189-191
AVIS AU PUBLIC.
Début :
Feu Mademoiselle Faris, qui étoit l'unique pour préparer les [...]
Mots clefs :
Peau, Guérison, Paralysie, Pleurésie, Bienfaits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC.
AVIS
AU PUBLIC
EU MADAMOISELLE FARIS , qui
étoit l'unique pour préparer les
Peaux Divines , ayant laiſſé aprez fa
mort , son secret au fieur Corlier fon
Gendre ; il acrù intereſſer la curiofité
190 LE MERCURE
du Public , en lui faisant part des qualitez
eſſentielles & de l'effet merveilleux
que produiſſent ces Peaux Divines.
1. Elles gueriffent les Paralyfies nouvellementformées
, les Rhumatismes ,
les Goutes Sciatiques , l'Hydropiſte
Tympanique , les humeurs froides , les
Coliques,Oppreffions de Potrine, Maux
de Téte , Oppilations de Rate : Ces
Peaux font fortir pareillement lesAbcez
& Rhumatismes qui pourroient s'être
formé dans la Tête , en appliquant
Sur lapartiemalade , une Calotte faite
de ces mêmes Peaux.
2. Ellesfont egallement propres pour
querir les Manx de Reins & toutes
les douleurs que l'on peut reffentirpar
le Corps, comme Laffitudes , Courbatures
, Maux d'Estomach , Maux d'avanture
, Pararis , Fluxions sur le vi-
Sage,fur la Poitrine & ailleurs .
3. Les Personnes qui ont été attaquées
de la Pleuréfie & de la fausse
Pleurèfie, de même que celles qui étoient
Sujettes à l'Apoplexie & àla surdité ,
s'en font parfaitement bien trouvées.
Enfin ces Peaux Divines ont 4. verde
réveiller tu 1. la chaleur naturelD'AOUST.
191
le où elle paroît eteinte & interdite. 2 .
d'ouvrir les pores . 3. de fondre l'humeur.
4. de la faire transpirer : Elles
Sont outre cela , trés néceſſaires pour
La petite Verolle , les Fieures pourpren-
Ses,Dartres vives & les Cors des pieds .
L'excellence des cés Peaux estsi grande ,
quebien des gens, tant de Paris que de
la Province , feront bien aiſes d'être
instruites qu'elles peuventservir,l'espace
de 20. Années ; & comme ilferoit inutile
defaire ici l'ènumération des perfonnes
de tout sexe , de tout âge , &
de toute condition qui en ont été gusries,
le fieur Cordier en donnera la Lifte
à tous ceux qui lui feront l'honneur
de l'aller voir.
Le ſieur CORDIER demeure
chez Monfieur Métas Marchand
Epicier , au haut de la ruë de la Coutellerie
& de la Vannerie , vis- à - vis
la ruë Saint Jacques de la Boucherie,
au premier appartement.
AU PUBLIC
EU MADAMOISELLE FARIS , qui
étoit l'unique pour préparer les
Peaux Divines , ayant laiſſé aprez fa
mort , son secret au fieur Corlier fon
Gendre ; il acrù intereſſer la curiofité
190 LE MERCURE
du Public , en lui faisant part des qualitez
eſſentielles & de l'effet merveilleux
que produiſſent ces Peaux Divines.
1. Elles gueriffent les Paralyfies nouvellementformées
, les Rhumatismes ,
les Goutes Sciatiques , l'Hydropiſte
Tympanique , les humeurs froides , les
Coliques,Oppreffions de Potrine, Maux
de Téte , Oppilations de Rate : Ces
Peaux font fortir pareillement lesAbcez
& Rhumatismes qui pourroient s'être
formé dans la Tête , en appliquant
Sur lapartiemalade , une Calotte faite
de ces mêmes Peaux.
2. Ellesfont egallement propres pour
querir les Manx de Reins & toutes
les douleurs que l'on peut reffentirpar
le Corps, comme Laffitudes , Courbatures
, Maux d'Estomach , Maux d'avanture
, Pararis , Fluxions sur le vi-
Sage,fur la Poitrine & ailleurs .
3. Les Personnes qui ont été attaquées
de la Pleuréfie & de la fausse
Pleurèfie, de même que celles qui étoient
Sujettes à l'Apoplexie & àla surdité ,
s'en font parfaitement bien trouvées.
Enfin ces Peaux Divines ont 4. verde
réveiller tu 1. la chaleur naturelD'AOUST.
191
le où elle paroît eteinte & interdite. 2 .
d'ouvrir les pores . 3. de fondre l'humeur.
4. de la faire transpirer : Elles
Sont outre cela , trés néceſſaires pour
La petite Verolle , les Fieures pourpren-
Ses,Dartres vives & les Cors des pieds .
L'excellence des cés Peaux estsi grande ,
quebien des gens, tant de Paris que de
la Province , feront bien aiſes d'être
instruites qu'elles peuventservir,l'espace
de 20. Années ; & comme ilferoit inutile
defaire ici l'ènumération des perfonnes
de tout sexe , de tout âge , &
de toute condition qui en ont été gusries,
le fieur Cordier en donnera la Lifte
à tous ceux qui lui feront l'honneur
de l'aller voir.
Le ſieur CORDIER demeure
chez Monfieur Métas Marchand
Epicier , au haut de la ruë de la Coutellerie
& de la Vannerie , vis- à - vis
la ruë Saint Jacques de la Boucherie,
au premier appartement.
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5171
p. 191
APPROBATION.
Début :
J'ay lû par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure d'Aoust [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
JAAY lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure d'Ao: ft
1717. J'ay crû que la lecture de cer
Ouvrage continuëroit d'eſtre agreable
au Public. Fait à Paris ce 31 Aouſt
1717. TERRASSON.
JAAY lû par ordre de Monſeigneur
le Chancelier , le Mercure d'Ao: ft
1717. J'ay crû que la lecture de cer
Ouvrage continuëroit d'eſtre agreable
au Public. Fait à Paris ce 31 Aouſt
1717. TERRASSON.
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5172
s. p.
TABLE.
Début :
Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
II Iſtoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII.5٠
Lettre en Profe & en Vers , par Mr
Gravelot. 45
Réponſe à la Lettre précédente par Mr
Michel.
Epigrammes par M. Boudier.
48.
52.
Plainte à l'Amour, far J. L. P 54.
Bouts Kimez par Monfieur de C. 56.
Journal de Hongrie. 57.
Relation de la Bataille Navale entre
les Venitiens- les Turcs. 74
Les Noeurs du Peuple de Paris, par
Journal de Paris ,
87.
99.
le Theophrafte moderne,
L'Eau de Mer renduë potable par M.
Gautier Docteur en Medecine, 101 .
Bouquet à S. A. S. Madame la Princeffe
de Conti , par M. Fuſelier 130.
AS. A. 3. Mgt . le P.de Conty, fur la Naiflance de
M. leComtede laMarche fon Fils, par M. deC. 13
Reproches en Vers à Mile. V. par M. le Chevalier de
S. Jory ,
Au Soleil , Ode Anacreontique parle même.
Engmes,
Chan for,
Morts.
Site du Jourral de Hongrie
L'euxieme V aoite temportée par lesVénitiens
fur lesTures.
Batail'e de Belgrade
Reddison de Belgrade.
134.
1350
137.
138
1520
139.
172.
1800
189.
184
Deux ence Relaton d'Hongrie.
AVIL.
B. Parp de J IRANCOS Grou
dela Huchette au soleil d'Or.
. و
II Iſtoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII.5٠
Lettre en Profe & en Vers , par Mr
Gravelot. 45
Réponſe à la Lettre précédente par Mr
Michel.
Epigrammes par M. Boudier.
48.
52.
Plainte à l'Amour, far J. L. P 54.
Bouts Kimez par Monfieur de C. 56.
Journal de Hongrie. 57.
Relation de la Bataille Navale entre
les Venitiens- les Turcs. 74
Les Noeurs du Peuple de Paris, par
Journal de Paris ,
87.
99.
le Theophrafte moderne,
L'Eau de Mer renduë potable par M.
Gautier Docteur en Medecine, 101 .
Bouquet à S. A. S. Madame la Princeffe
de Conti , par M. Fuſelier 130.
AS. A. 3. Mgt . le P.de Conty, fur la Naiflance de
M. leComtede laMarche fon Fils, par M. deC. 13
Reproches en Vers à Mile. V. par M. le Chevalier de
S. Jory ,
Au Soleil , Ode Anacreontique parle même.
Engmes,
Chan for,
Morts.
Site du Jourral de Hongrie
L'euxieme V aoite temportée par lesVénitiens
fur lesTures.
Batail'e de Belgrade
Reddison de Belgrade.
134.
1350
137.
138
1520
139.
172.
1800
189.
184
Deux ence Relaton d'Hongrie.
AVIL.
B. Parp de J IRANCOS Grou
dela Huchette au soleil d'Or.
. و
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5173
s. p.
« De l'Imprimerie de Jacques François Grou, rue de la [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Jacques François Grou, rue de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Jacques François Grou, rue de la [...] »
B. Parp de J IRANCOS Grou
dela Huchette au soleil d'Or.
dela Huchette au soleil d'Or.
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5174
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Comme on ne peut vérifier trop exactement une Découverte aussi [...]
Mots clefs :
Invention , Eau potable, Eau de mer, Attestations, Objections
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS.
Comme
Omme on ne peut vérifier trop
exactement une Découverte ausse
avantageuse au Public , qu'est celle de
l'Eau de la Mer rendue potable ; j'ai
crû que je ne pouvois employer plus uti
lement mes recherches , qu'à recueillir
avec ſoin tout ce qui concerne cette importante
matiere. Dans le Mercure
d'Aoust , j'ai donné les Procez verbaux
des expériences qui en ont étéfaites
au Port de l'Orient, par des Commiffaires
nommés pour les examiner. Ge
mois-cy , je commencerai mon Recučilpar
toutes les objections qui ont été proposées
à M. Gautier Auteur de l'ingénieuse
Machine , à qui toutes les Nations
Maritimes vont être redevables d'un
préſentſi considérable .
J'y joindrai en même tems les Répon
Sesfatisfaisantes qu'il y a données , afin
defixer les sentimens des moins crédules
: Mais comme l'approbation de Meffieurs
de l' Académie des Sciences est d'un
grand poids enfait d'expériences nouvel
Aij
1
AVANT - PROPOS.
les , de Lecteur mefaura grésans doute =
queje produiſe l'attestation qu'ils ontac
cordée à l' Inventeur.
Comme
Omme on ne peut vérifier trop
exactement une Découverte ausse
avantageuse au Public , qu'est celle de
l'Eau de la Mer rendue potable ; j'ai
crû que je ne pouvois employer plus uti
lement mes recherches , qu'à recueillir
avec ſoin tout ce qui concerne cette importante
matiere. Dans le Mercure
d'Aoust , j'ai donné les Procez verbaux
des expériences qui en ont étéfaites
au Port de l'Orient, par des Commiffaires
nommés pour les examiner. Ge
mois-cy , je commencerai mon Recučilpar
toutes les objections qui ont été proposées
à M. Gautier Auteur de l'ingénieuse
Machine , à qui toutes les Nations
Maritimes vont être redevables d'un
préſentſi considérable .
J'y joindrai en même tems les Répon
Sesfatisfaisantes qu'il y a données , afin
defixer les sentimens des moins crédules
: Mais comme l'approbation de Meffieurs
de l' Académie des Sciences est d'un
grand poids enfait d'expériences nouvel
Aij
1
AVANT - PROPOS.
les , de Lecteur mefaura grésans doute =
queje produiſe l'attestation qu'ils ontac
cordée à l' Inventeur.
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5175
s. p.
EXTRAIT Des Régistres de l'Académie Royale des Sciences. Du 28. Aoust 1717.
Début :
Le P. Sebastien, Mrs Lémery & Geoffroy, qui avoient été nommé [...]
Mots clefs :
Machine, Invention , Médecin, Expérience, Certificat
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Des Régistres de l'Académie Royale des Sciences. Du 28. Aoust 1717.
EXTRAIT
Des Régistres de l'Académie Royale des
Sciences. Du 28. Aoust 1717.
Le P. Sebastien , Mrs Lémery &
Ceoffroy , qui avoient été nommé pour
examiner une Machine inventée par
M. Gautier Medecin de Nantes , pour
deſſaler l'Eau de la Mer ; en ayant fait
leur raport à la Compagnie , elle a
jugé que la Machine étoit nouvelle &
fort ingénieufe , & que la maniere dontla
fuperficie du Tambour & celle du
Chapiteau font augmentées , eſt trés
Bien pensée : Que cette Machine mexire
d'être exécutée & approuvée ſur
plufieurs Vaiſſeaux ; & qu'il n'y a que
l'expérience qui puiffe apprendre , fi
P'Eau de la Mer ainſi deſſalée , ſera affez
faine pendant un long uſage. E
foy de quoi j'ai figné le préſent Certificat.
A Paris , ce 6 Septembre 1717.
Fontenelle Secretaire perpetuel de l'A--
cadémie Royale des Sciences.
Des Régistres de l'Académie Royale des
Sciences. Du 28. Aoust 1717.
Le P. Sebastien , Mrs Lémery &
Ceoffroy , qui avoient été nommé pour
examiner une Machine inventée par
M. Gautier Medecin de Nantes , pour
deſſaler l'Eau de la Mer ; en ayant fait
leur raport à la Compagnie , elle a
jugé que la Machine étoit nouvelle &
fort ingénieufe , & que la maniere dontla
fuperficie du Tambour & celle du
Chapiteau font augmentées , eſt trés
Bien pensée : Que cette Machine mexire
d'être exécutée & approuvée ſur
plufieurs Vaiſſeaux ; & qu'il n'y a que
l'expérience qui puiffe apprendre , fi
P'Eau de la Mer ainſi deſſalée , ſera affez
faine pendant un long uſage. E
foy de quoi j'ai figné le préſent Certificat.
A Paris , ce 6 Septembre 1717.
Fontenelle Secretaire perpetuel de l'A--
cadémie Royale des Sciences.
Fermer
5176
p. 5-20
A l'Orient, le 12. May 1717. A MESSIEURS Les Commandant & Commissaire Général Ordonnateur, & à Messieurs les Officiers de la Marine de Port-Loüis & de l'Orient.
Début :
Messieurs, J'ai l'honneur de vous présenter toutes les Questions que l'on [...]
Mots clefs :
Questions, Eau de mer, Eau potable, Machine, Utilité, Invention , Solidité, Vaisseaux, Dépenses, Entretien, Équipages, Réparations, Espace, Grandeur, Caisse, Canal, Citerne, Tambour, Quantité infinie, Cuisine, Avantages, Eau distillée
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texteReconnaissance textuelle : A l'Orient, le 12. May 1717. A MESSIEURS Les Commandant & Commissaire Général Ordonnateur, & à Messieurs les Officiers de la Marine de Port-Loüis & de l'Orient.
A l'Orient ,le 12. May 1717.
A MESSIEURS
Les Commandant & Commiſſaire Gl
néral Ordonnateur , & à Meſſicurs
les Officiers de la Marine de Port
Louis & de l'Orient.
MESSIEURS.
J'ai Phonneur de vous préſenter tou
tes les Oueſtions que l'on a pû me
faire ſur le moyen de rendre l'Eau de
Mer potable , & les Réponſes à tourës
ces Queſtions. Je les ai réduites à
quatre Chefs: Les unes regardent la
Aij
6 LE MERCURE
Machine; les autres, le lieu & l'eſpa
ce qu'elle occupe : Celles-ci ,les effets,
& les dernieres, ce que l'on conſomme
pour en tirer avantage. Il pourroit m'en
être échapé quelques - unes. Je vous
prie, MESSIEURS , de me les propoſer ;
je tacherai d'y repondre & d'en tirer
toute l'utilité poſſible ; n'ayant rien
plus à coeur que de profiter des lumieies
des perſonnes expérimentées , qui
veulentbien concourir à augmenter le
bien public& particulier.
QUESTIONS SUR LA MACHINE.
DEMANDES.
Si laMachine eft fimple?
REPONSES.
Elle peut paffer pour ſimple , fi elle
n'eſt précisément compoſée que d'autant
d'Equivalents ſimples .que le Nature
employe de moyens,pour rendre
l'Eau de Mer potable : Quelques-uns
ont été fabriqué publiquement : On
les peut voir tous les jours. Le filence
refpectueux que je dois à la COUR,
DE SEPTEMBRE 7
1.
m'empêche de divulguer le reſte qui
eſt auſſi ſimple , juſqu'à ce qu'elle em
ait autrement ordonné .
Si elle est folide&à l'épreuve des agi
tations de la Mer?
La Caiſſe eſt auſſi ſolide que l'Ar
chi-pompe : Le Tambour n'en peut être
endommagé; puiſqu'il eſt dans une agitation
plus grande , lorſque la Machine
produit ſon effet , que celle que la
Mer lui pourra donner.-
Si elle est durable ? ..."
Lorſqu'elle ſera bien exécutée, elles
pourra durer autant qu'un Vaiffeau.
Si on la peut aisément construire?
Il eſt trés facile à tout Ouvrier de la
conſtruire en peu de tems: En botte,elle
n'aura que le volume d'une Barrique..
On pourra,pour quelque raiſon que ce
foit, en porterpluſieurs , & tout équipage
les pourra établir en peu d'hesres..
t
<
8 LE MERCURE
Si lapremiere Dépense est considérable ?
Il ne faut rien établir fur la dépenſfe
préſente,pour pluheurs bonnes raiſons .
Pour un Vaiſſeau du Roy , elle ne
peut paffer cent piſtoles : Dépenſe qui
diminuera à proportion des équipages ;
de forte qu'elle reviendra à peu prés à
trente piſtoles pour un moyen Navire:
J'entens par moyen navire , celui qui a
cinquante à ſoixante hommes d'équipage
, tels que font ceux de la Riviere de
Nantes fur leſquels j'ai fait ma ſupputation.
Qu'on ſuppute à combien reviennent
les Futailles, pour un Vaiſſean
de 400. hommes qui fait de l'Eau pour
trois mois ? Combien elles durent ; ce
qu'il en coute pour le radoub ; & qu'on
faſſe attention qu'on perdtout , bois &
fer , quand elles deviennent inutiles ?
Qu'on balance enſuite cette dépense &-
la durée avec la dépenſe & la durée
,
de ce que je propoſe ?
Si l'entretien est de conſequence.
L'entretien eſt ſi peu de choſe qu'il ne
mérite pas attention.
DE SEPTEMBRE
9
Si on peut à la Mer réparer ce qui
s'en pourroit déranger ?
Ledérangement regarde, ou la Caiffe
qui peut être réparée ſur le champ
par le dernier Matelot,ou le Tambour.
Il n'y a qu'un coup de Canon qui le
puiffe rompre ; mais , quelque choſe
qu'il arrive , on le peut auſſi aisément
raccommoder qu'une chaudiere ordinaire
: Le reſte eſt encore plus facile à
rétablir.
St on perd tout , lorſqu'elle ne peutplus
• Servir ?
Le Cuivre ſe vendra , comme les
autres Uſtenſfiles du Vaiſſeau:Le Plomb
fe retrouvera tout entier&pourra fer vir
à pluſieurs Vailleaux ſucceſſivement ,
fans une nouvelle dépenſe de fonte &
de déchet .Quoique la charpente foit
faite de vieux bois , elle peut fervir
de la même maniere .
QUESTIONS SUR LE LIEU ET'L'ESPAGE
QU'ELLE OCCUPE .
Si on lapeut placer en plusieurs endroits
du Vaisseau?
On la peut placer indifferemment parLE
MERCURE
tout , pourvû qu'on obſerve une ſeule R
choſe; que l'Axe du Tambour ſoit parallele
à la Quille. Il est vrai que de
tous les endroits du Vaiſſeau , il me
feinble que le plus convenable ſeroic
entre l'Archi-pompe & le grand Panneau
, endroit où elle n'incommoderoit
point l'équipage , où elle n'embaraſſeroit
point pour la charge& ladécharge
& où , ( fi la COUR m'honnoroit
de ſes ordres , pour réformer les
Pompes auxquelles je connois cinq à
fix défauts eſſentiels , ) je profiterois fi
bien da vuide de l'Archi-pompe, ſans
intereſſer le Mât & les Pompes que la
Machine s'y établiroit preſque toute :
C'eſt la raifon qui m'avoir fait avancer
que l'endroit que je demandois , n'eſt
jamais occupé.
Si la grandeur est déterminée?
Elle n'exige aucune grandeur déterminée.
Il ne faut rien conclure de celle
qu'on voit qui a été faite pour
prouver la potabilité , la diligence &
le peu de dépenſe ,& pour profiter des
lumieres du Public ; afin de me mettre
en état de la placer dans le lieu
de
DE SEPTEMBRE
le plus convenable aux Vaiſſeaux &
de l'exécuter de la maniere la plus ſolide.
Si la configuration est déterminée ?
On la peut faire de toute figure &
profiter de tous les endroits qui lui
font voiſins , quelques irréguliers qu'ils
foient.
Si on peut faire toute forte d'arrimage ?
On pourra faire toute forte d'arrimage
au tour de la Caiſſe , puiſqu'elle
ſera auffi folidement établie que l'Ar
chi-pompe.
Si on peut aisémentse fervir de la Machine
, pour y mettre l'Eausalée نم
la Matiere combustible ?
On établira un petit Canal ſur le
Pont , par lequel elle recevra l'Eau
falée. La matiere combustible ſera
fournie par l'Archi-pompe. De cette
maniere , on ménage l'eſpace qu'exige
deſervice.
42 LE MERCURE
Où fera contenue l'Eau douce?
On fera deux Citernes contenans
pluſieurs Barriques , & on templira
l'une pendant qu'on vuidera l'autre .
J'ai trouvé un moyen de faire aifément
ces Citernes avec le Plomb , ſans foudure.
Elles feront fûres & à l'épreuye
des agitations de laMer.
Comment tirera-t-on l'Eau douce?
L'Eaudouce ſe tirera entre les Ponts ,
par le moyen d'une petite Pompe.
Si on ne courtpoint les risques dufen ?
Pour en juger , il ne faut que voir
de quelle maniere le Fourneau eſt
placé.
Oùfera le Matelot deſervice ?
Il ſera placé à l'entre-Pont , d'où il
fera tourner le Tambour ; & par ce
moyen , on préviendra tous les défauts
d'attention. Le Fontenier de quart
deſcendra detems en tems pour enretenir
le feu
QUESTION
DE SEPTEMBRE.
QUESTIONSSUR SES EFFETS
Si elle poura faire une quantité d'Eau
Suffisante, pour quelque Equipage
que ce soit?
, on aura autant
Lorſque la Machine ſera exécutée ,
-comme elle doit être
d'Eau qu'on voudra , ſelon la grandeur
des Vaiſſeaux. La néceffité de ſe
ſervir du Plomb du Magazin qui eſt
trop fort des deux tiers , rend la Caifſe
fort défectueuſe ;les Ouvriers ayant
eu beaucoup de peine à l'employer.
De plus , il eſt plein de fable & de
craffe de Plomb incorporés enſemble ;
ces Tables n'étant que de vieux
Plomb refondu: C'eſt ce qui a rendu
l'Eau ſale pendant ſi long-tems &
lui a même, donné un petit goût
qu'elle ne doit point avoir ; ce qui m'a
fait trouver le moyen de la faire ſans
foudure. Pour le Tambour , on a employé
le Cuivre qu'on a trouvé ici &
qui étoit trop fort de la moitié; ce qui
m'a obligé de ne donner que quinze
pouces de Diamêtre au Réchaud qui
pouvoit en avoir le double ; ce qui ût
Septembre 1717. B
14 LE MERCURE
produit le double de l'Eau. De plus ,
ce Païsn'eſt pas propre pour telle Febrique
: Le Cuivre y eſt d'une cherté
exceffive. Une Machine de trois pieds
de long & autant de large , donnera
quatre Barriques d'Eau par jour,
Sil' Ean est potable & fi elle défaltére ,
Sans intéreſſer la santé?
Il y a plus d'un mois que les Gardiens
& les Ouvriers qui tournent la
Machine, ne boivent que de cette Eau,
fans aucun changement dans leur tempérament
; & je crois que cette Expérience
ſeule vaut mieux que cent raifonnemens
de Médecine & de Phyfique
; puiſque ce ſont des gens qui ne
boivent ni Vin , ni Cidre &qui ne mangent
que du Pain. Les perſonnes qui
boivent du Vin ne font pas de ſi bons
Juges des Eaux : Il faut avoir foifpour
les trouver bonnes .
Si elle cuit bien les Viandes & les Lé
gumes ?
Les Expériences reitérées font voir
qu'elle cuit les Viandes & les LéguDE
SEPTEMBRE . I
mes , plus promptement que les Eaux
de Fontaine : Elle a même cuit des'
Poix qui font à l'épreuve de route
Eau. Elle deſſale mieux les Viandes .
Si elle est bonne àfaire du Pain ?
Le Pain fait avec l'Eau douce , nous
aparu plus léger , plus frais&de meil
leurgoût.
Si elle a d'autres Propriétez ?
Elle est beaucoup plus fraiche que
l'Eau de Fontaine .
Elle ne laiſſe nul fel Marin après
l'évaporation.
Elle s'évapore beaucoup plus vite.
Elle diffour mieux le Savon & le
Sucre.
Elle bout avec le Lait fans le
faire cailler.
Éllepeſe moins d'un 128ª que l'Eau
de Fontaine.
Elle est douce au toucher& au goût;
parce que,ſuivant les Mémoires de l'Académie
, qui affûrent que l'Eau de
Mer n'a de mauvaiſes qualités que la
falure; j'ai travaillé à la dépoüiller tel
Bij
16 LE MERCURE
lement de ſon ſel , qu'elle a le goût
d'Eau de pluye ou de citerne ; ce
que j'ai cherché avec attention , parce
qu'à la Mer , on reſpire un air ſalé &
on mange beaucoup de choſes ſalées :
C'est pourquoi , l'Eau ne sçauroit être
trop douce.
Elle eſt ſi légére , que j'en ai bû plufieurs
fois à jeun , juſqu'à deux & trois
Pintes , fans m'appercevoir de rien.
Ces mêmes Gardiens & Ouvriers l'expérimentent
auſſi tous les jours.
Si ellese peut garder ?
Toute Eau diſtilée étant plus ſimple, il
eſt hors de doute qu'elle ſe conſervera
fort bien. Je n'en ai pas fait l'expérience
: Elle éxige un trop long-tems&me
paroît inutile ; puiſqu'on en peut faire
à toute heure & que j'ai trouvé un
moyen de ſe paſſer de Barriques , d'où
procéde principalement la corruption
de l'Eau..
QUESTION SUR LES MATIERES
COMBUSTIBLES.
Quelles Matieres peut- on bruler ?
Toute forte de bois & de charbons
,& tout ce qui eſt combustible.
1
DE SEPTEMBRE .
17
1
Quel Volume d'Eau produit certain
Volume de Matiere ?-
Un tiers de charbonde bois& deux
tlers de charbon de terre mêlés , donrient
fix à ſept fois plus d'Eau que leur
Volume. Le bois ſeul donne près de
trois fois plus que ſon Volume : Lorfqu'on
les brule enſemble , ils font cinq
fois plus que leur Volume.
A combien revient la Barrique d'Eau ?
Une Barrique compofée d'un tiers
de charbon de bois & de deux tiers
de charbon de terre , donne fix à ſept
Barriques d'Eau qui reviennent à peu
près , à dix ou douze fols chacune ,
avec le bois à cinq fols ou environ .
Je préférerois cependant le charbon ,
parce qu'il envolume moins.
Os mettra-t- on la matiere combustible ?
On mettra du charbon de bois &
đủ charbon de terré mêlés , comme
L'eſt qu'on gardera pour les beſoins
imprevûs : On fera un petit parc ,
✓
Biij ..
18 LE MERCURE
:
où ſera la proviſion courante. On met
le bois partout.
AVANTAGES
Les uns regardent l'Etat par raport
la conſervation dela vie & de la fanté
: Les autres regardent le Roy par
raport à la dépenſe de ſes armemens ;
les Futailles montans à très haut prix .
Les avantages des Négocians ſont
auſſi le ménagement des Furailles &
le profit que prodairont les marchandiſes
qu'on mettra en leur place. Exemple.
Un Vaiſſeau de 400 hommes embarque
ordinairement cent Tonneaux
d'Eau pour trois mois : Suppoſant que
la Machine & la Matiere combustible
occupent vingt Tonneaux , il reſte So
Tonneaux de vuide : Et de plus , lorfqu'on
a de la Matiere combustible ,
oneft für d'avoir de l'Eau ; mais, celui
qui a une Barrique d'Eau, n'eſt pas für
de l'avoir un moment aprés. S'il faut
plus d'Eau , on peut ou augmenter, la
Machine , ou en établir une autre...
Les relaches , lecommerce des Négres
, la ſanté des Equipages , le bien
des Particuliers& beaucoup d'autres
DE SEPTEMBRE 19
commodités qu'il ſeroit trop long de
détailler , feroient la matiere d'un
Volume.
Si ce qu'on dir eft vrai , que le prétendu
beſoin d'Eau eſt quelquefois un
prétextede relache,ſoit afin de prolonger
levoyage, ſoit pour faire de petits
commerces au détriment des Arma--
teurs; je ne doute pas que cette raiſon
jointe à la prévention contre les choſes
nouvelles , ne faſſe paroître àces
Marins & aux Eſprits prévénus que
mes Expériences font trés défectueuſes.
Ce n'est pas leur approbation que
je dois chercher , mais, celle des gens
de bien & d'honneur , qui n'ont pour
but de leurs Actions que le bien de
l'Etat , la conſervation des Equipages ,
la perfectionde la Marine , & qui contribuent
par de ſérieuſes attentions
rendre l'établiſſement de la Machine ,
facile , folide & commode, convaincus
de l'étenduë de fon utilité.
J'oubliois de vous dire , Meſſicurs ,.
que vingt- une Barriques de charbon
de terre, priſes àNantes , coutent àpréſent
vingt-une Piſtoles , & ces vingtune
Barriques donnent trente-huit
Barriques , meſure de l'Orient , qui
20 LE MERCURE
vallent trente-huit Piſtoles ; ce qui fate
une différence notable pour l'eſtime
de la Barrique d'Eau .
Vôtre trés humble &trésobéissant
Serviteur,
GAUTIER , Dr. M.
A MESSIEURS
Les Commandant & Commiſſaire Gl
néral Ordonnateur , & à Meſſicurs
les Officiers de la Marine de Port
Louis & de l'Orient.
MESSIEURS.
J'ai Phonneur de vous préſenter tou
tes les Oueſtions que l'on a pû me
faire ſur le moyen de rendre l'Eau de
Mer potable , & les Réponſes à tourës
ces Queſtions. Je les ai réduites à
quatre Chefs: Les unes regardent la
Aij
6 LE MERCURE
Machine; les autres, le lieu & l'eſpa
ce qu'elle occupe : Celles-ci ,les effets,
& les dernieres, ce que l'on conſomme
pour en tirer avantage. Il pourroit m'en
être échapé quelques - unes. Je vous
prie, MESSIEURS , de me les propoſer ;
je tacherai d'y repondre & d'en tirer
toute l'utilité poſſible ; n'ayant rien
plus à coeur que de profiter des lumieies
des perſonnes expérimentées , qui
veulentbien concourir à augmenter le
bien public& particulier.
QUESTIONS SUR LA MACHINE.
DEMANDES.
Si laMachine eft fimple?
REPONSES.
Elle peut paffer pour ſimple , fi elle
n'eſt précisément compoſée que d'autant
d'Equivalents ſimples .que le Nature
employe de moyens,pour rendre
l'Eau de Mer potable : Quelques-uns
ont été fabriqué publiquement : On
les peut voir tous les jours. Le filence
refpectueux que je dois à la COUR,
DE SEPTEMBRE 7
1.
m'empêche de divulguer le reſte qui
eſt auſſi ſimple , juſqu'à ce qu'elle em
ait autrement ordonné .
Si elle est folide&à l'épreuve des agi
tations de la Mer?
La Caiſſe eſt auſſi ſolide que l'Ar
chi-pompe : Le Tambour n'en peut être
endommagé; puiſqu'il eſt dans une agitation
plus grande , lorſque la Machine
produit ſon effet , que celle que la
Mer lui pourra donner.-
Si elle est durable ? ..."
Lorſqu'elle ſera bien exécutée, elles
pourra durer autant qu'un Vaiffeau.
Si on la peut aisément construire?
Il eſt trés facile à tout Ouvrier de la
conſtruire en peu de tems: En botte,elle
n'aura que le volume d'une Barrique..
On pourra,pour quelque raiſon que ce
foit, en porterpluſieurs , & tout équipage
les pourra établir en peu d'hesres..
t
<
8 LE MERCURE
Si lapremiere Dépense est considérable ?
Il ne faut rien établir fur la dépenſfe
préſente,pour pluheurs bonnes raiſons .
Pour un Vaiſſeau du Roy , elle ne
peut paffer cent piſtoles : Dépenſe qui
diminuera à proportion des équipages ;
de forte qu'elle reviendra à peu prés à
trente piſtoles pour un moyen Navire:
J'entens par moyen navire , celui qui a
cinquante à ſoixante hommes d'équipage
, tels que font ceux de la Riviere de
Nantes fur leſquels j'ai fait ma ſupputation.
Qu'on ſuppute à combien reviennent
les Futailles, pour un Vaiſſean
de 400. hommes qui fait de l'Eau pour
trois mois ? Combien elles durent ; ce
qu'il en coute pour le radoub ; & qu'on
faſſe attention qu'on perdtout , bois &
fer , quand elles deviennent inutiles ?
Qu'on balance enſuite cette dépense &-
la durée avec la dépenſe & la durée
,
de ce que je propoſe ?
Si l'entretien est de conſequence.
L'entretien eſt ſi peu de choſe qu'il ne
mérite pas attention.
DE SEPTEMBRE
9
Si on peut à la Mer réparer ce qui
s'en pourroit déranger ?
Ledérangement regarde, ou la Caiffe
qui peut être réparée ſur le champ
par le dernier Matelot,ou le Tambour.
Il n'y a qu'un coup de Canon qui le
puiffe rompre ; mais , quelque choſe
qu'il arrive , on le peut auſſi aisément
raccommoder qu'une chaudiere ordinaire
: Le reſte eſt encore plus facile à
rétablir.
St on perd tout , lorſqu'elle ne peutplus
• Servir ?
Le Cuivre ſe vendra , comme les
autres Uſtenſfiles du Vaiſſeau:Le Plomb
fe retrouvera tout entier&pourra fer vir
à pluſieurs Vailleaux ſucceſſivement ,
fans une nouvelle dépenſe de fonte &
de déchet .Quoique la charpente foit
faite de vieux bois , elle peut fervir
de la même maniere .
QUESTIONS SUR LE LIEU ET'L'ESPAGE
QU'ELLE OCCUPE .
Si on lapeut placer en plusieurs endroits
du Vaisseau?
On la peut placer indifferemment parLE
MERCURE
tout , pourvû qu'on obſerve une ſeule R
choſe; que l'Axe du Tambour ſoit parallele
à la Quille. Il est vrai que de
tous les endroits du Vaiſſeau , il me
feinble que le plus convenable ſeroic
entre l'Archi-pompe & le grand Panneau
, endroit où elle n'incommoderoit
point l'équipage , où elle n'embaraſſeroit
point pour la charge& ladécharge
& où , ( fi la COUR m'honnoroit
de ſes ordres , pour réformer les
Pompes auxquelles je connois cinq à
fix défauts eſſentiels , ) je profiterois fi
bien da vuide de l'Archi-pompe, ſans
intereſſer le Mât & les Pompes que la
Machine s'y établiroit preſque toute :
C'eſt la raifon qui m'avoir fait avancer
que l'endroit que je demandois , n'eſt
jamais occupé.
Si la grandeur est déterminée?
Elle n'exige aucune grandeur déterminée.
Il ne faut rien conclure de celle
qu'on voit qui a été faite pour
prouver la potabilité , la diligence &
le peu de dépenſe ,& pour profiter des
lumieres du Public ; afin de me mettre
en état de la placer dans le lieu
de
DE SEPTEMBRE
le plus convenable aux Vaiſſeaux &
de l'exécuter de la maniere la plus ſolide.
Si la configuration est déterminée ?
On la peut faire de toute figure &
profiter de tous les endroits qui lui
font voiſins , quelques irréguliers qu'ils
foient.
Si on peut faire toute forte d'arrimage ?
On pourra faire toute forte d'arrimage
au tour de la Caiſſe , puiſqu'elle
ſera auffi folidement établie que l'Ar
chi-pompe.
Si on peut aisémentse fervir de la Machine
, pour y mettre l'Eausalée نم
la Matiere combustible ?
On établira un petit Canal ſur le
Pont , par lequel elle recevra l'Eau
falée. La matiere combustible ſera
fournie par l'Archi-pompe. De cette
maniere , on ménage l'eſpace qu'exige
deſervice.
42 LE MERCURE
Où fera contenue l'Eau douce?
On fera deux Citernes contenans
pluſieurs Barriques , & on templira
l'une pendant qu'on vuidera l'autre .
J'ai trouvé un moyen de faire aifément
ces Citernes avec le Plomb , ſans foudure.
Elles feront fûres & à l'épreuye
des agitations de laMer.
Comment tirera-t-on l'Eau douce?
L'Eaudouce ſe tirera entre les Ponts ,
par le moyen d'une petite Pompe.
Si on ne courtpoint les risques dufen ?
Pour en juger , il ne faut que voir
de quelle maniere le Fourneau eſt
placé.
Oùfera le Matelot deſervice ?
Il ſera placé à l'entre-Pont , d'où il
fera tourner le Tambour ; & par ce
moyen , on préviendra tous les défauts
d'attention. Le Fontenier de quart
deſcendra detems en tems pour enretenir
le feu
QUESTION
DE SEPTEMBRE.
QUESTIONSSUR SES EFFETS
Si elle poura faire une quantité d'Eau
Suffisante, pour quelque Equipage
que ce soit?
, on aura autant
Lorſque la Machine ſera exécutée ,
-comme elle doit être
d'Eau qu'on voudra , ſelon la grandeur
des Vaiſſeaux. La néceffité de ſe
ſervir du Plomb du Magazin qui eſt
trop fort des deux tiers , rend la Caifſe
fort défectueuſe ;les Ouvriers ayant
eu beaucoup de peine à l'employer.
De plus , il eſt plein de fable & de
craffe de Plomb incorporés enſemble ;
ces Tables n'étant que de vieux
Plomb refondu: C'eſt ce qui a rendu
l'Eau ſale pendant ſi long-tems &
lui a même, donné un petit goût
qu'elle ne doit point avoir ; ce qui m'a
fait trouver le moyen de la faire ſans
foudure. Pour le Tambour , on a employé
le Cuivre qu'on a trouvé ici &
qui étoit trop fort de la moitié; ce qui
m'a obligé de ne donner que quinze
pouces de Diamêtre au Réchaud qui
pouvoit en avoir le double ; ce qui ût
Septembre 1717. B
14 LE MERCURE
produit le double de l'Eau. De plus ,
ce Païsn'eſt pas propre pour telle Febrique
: Le Cuivre y eſt d'une cherté
exceffive. Une Machine de trois pieds
de long & autant de large , donnera
quatre Barriques d'Eau par jour,
Sil' Ean est potable & fi elle défaltére ,
Sans intéreſſer la santé?
Il y a plus d'un mois que les Gardiens
& les Ouvriers qui tournent la
Machine, ne boivent que de cette Eau,
fans aucun changement dans leur tempérament
; & je crois que cette Expérience
ſeule vaut mieux que cent raifonnemens
de Médecine & de Phyfique
; puiſque ce ſont des gens qui ne
boivent ni Vin , ni Cidre &qui ne mangent
que du Pain. Les perſonnes qui
boivent du Vin ne font pas de ſi bons
Juges des Eaux : Il faut avoir foifpour
les trouver bonnes .
Si elle cuit bien les Viandes & les Lé
gumes ?
Les Expériences reitérées font voir
qu'elle cuit les Viandes & les LéguDE
SEPTEMBRE . I
mes , plus promptement que les Eaux
de Fontaine : Elle a même cuit des'
Poix qui font à l'épreuve de route
Eau. Elle deſſale mieux les Viandes .
Si elle est bonne àfaire du Pain ?
Le Pain fait avec l'Eau douce , nous
aparu plus léger , plus frais&de meil
leurgoût.
Si elle a d'autres Propriétez ?
Elle est beaucoup plus fraiche que
l'Eau de Fontaine .
Elle ne laiſſe nul fel Marin après
l'évaporation.
Elle s'évapore beaucoup plus vite.
Elle diffour mieux le Savon & le
Sucre.
Elle bout avec le Lait fans le
faire cailler.
Éllepeſe moins d'un 128ª que l'Eau
de Fontaine.
Elle est douce au toucher& au goût;
parce que,ſuivant les Mémoires de l'Académie
, qui affûrent que l'Eau de
Mer n'a de mauvaiſes qualités que la
falure; j'ai travaillé à la dépoüiller tel
Bij
16 LE MERCURE
lement de ſon ſel , qu'elle a le goût
d'Eau de pluye ou de citerne ; ce
que j'ai cherché avec attention , parce
qu'à la Mer , on reſpire un air ſalé &
on mange beaucoup de choſes ſalées :
C'est pourquoi , l'Eau ne sçauroit être
trop douce.
Elle eſt ſi légére , que j'en ai bû plufieurs
fois à jeun , juſqu'à deux & trois
Pintes , fans m'appercevoir de rien.
Ces mêmes Gardiens & Ouvriers l'expérimentent
auſſi tous les jours.
Si ellese peut garder ?
Toute Eau diſtilée étant plus ſimple, il
eſt hors de doute qu'elle ſe conſervera
fort bien. Je n'en ai pas fait l'expérience
: Elle éxige un trop long-tems&me
paroît inutile ; puiſqu'on en peut faire
à toute heure & que j'ai trouvé un
moyen de ſe paſſer de Barriques , d'où
procéde principalement la corruption
de l'Eau..
QUESTION SUR LES MATIERES
COMBUSTIBLES.
Quelles Matieres peut- on bruler ?
Toute forte de bois & de charbons
,& tout ce qui eſt combustible.
1
DE SEPTEMBRE .
17
1
Quel Volume d'Eau produit certain
Volume de Matiere ?-
Un tiers de charbonde bois& deux
tlers de charbon de terre mêlés , donrient
fix à ſept fois plus d'Eau que leur
Volume. Le bois ſeul donne près de
trois fois plus que ſon Volume : Lorfqu'on
les brule enſemble , ils font cinq
fois plus que leur Volume.
A combien revient la Barrique d'Eau ?
Une Barrique compofée d'un tiers
de charbon de bois & de deux tiers
de charbon de terre , donne fix à ſept
Barriques d'Eau qui reviennent à peu
près , à dix ou douze fols chacune ,
avec le bois à cinq fols ou environ .
Je préférerois cependant le charbon ,
parce qu'il envolume moins.
Os mettra-t- on la matiere combustible ?
On mettra du charbon de bois &
đủ charbon de terré mêlés , comme
L'eſt qu'on gardera pour les beſoins
imprevûs : On fera un petit parc ,
✓
Biij ..
18 LE MERCURE
:
où ſera la proviſion courante. On met
le bois partout.
AVANTAGES
Les uns regardent l'Etat par raport
la conſervation dela vie & de la fanté
: Les autres regardent le Roy par
raport à la dépenſe de ſes armemens ;
les Futailles montans à très haut prix .
Les avantages des Négocians ſont
auſſi le ménagement des Furailles &
le profit que prodairont les marchandiſes
qu'on mettra en leur place. Exemple.
Un Vaiſſeau de 400 hommes embarque
ordinairement cent Tonneaux
d'Eau pour trois mois : Suppoſant que
la Machine & la Matiere combustible
occupent vingt Tonneaux , il reſte So
Tonneaux de vuide : Et de plus , lorfqu'on
a de la Matiere combustible ,
oneft für d'avoir de l'Eau ; mais, celui
qui a une Barrique d'Eau, n'eſt pas für
de l'avoir un moment aprés. S'il faut
plus d'Eau , on peut ou augmenter, la
Machine , ou en établir une autre...
Les relaches , lecommerce des Négres
, la ſanté des Equipages , le bien
des Particuliers& beaucoup d'autres
DE SEPTEMBRE 19
commodités qu'il ſeroit trop long de
détailler , feroient la matiere d'un
Volume.
Si ce qu'on dir eft vrai , que le prétendu
beſoin d'Eau eſt quelquefois un
prétextede relache,ſoit afin de prolonger
levoyage, ſoit pour faire de petits
commerces au détriment des Arma--
teurs; je ne doute pas que cette raiſon
jointe à la prévention contre les choſes
nouvelles , ne faſſe paroître àces
Marins & aux Eſprits prévénus que
mes Expériences font trés défectueuſes.
Ce n'est pas leur approbation que
je dois chercher , mais, celle des gens
de bien & d'honneur , qui n'ont pour
but de leurs Actions que le bien de
l'Etat , la conſervation des Equipages ,
la perfectionde la Marine , & qui contribuent
par de ſérieuſes attentions
rendre l'établiſſement de la Machine ,
facile , folide & commode, convaincus
de l'étenduë de fon utilité.
J'oubliois de vous dire , Meſſicurs ,.
que vingt- une Barriques de charbon
de terre, priſes àNantes , coutent àpréſent
vingt-une Piſtoles , & ces vingtune
Barriques donnent trente-huit
Barriques , meſure de l'Orient , qui
20 LE MERCURE
vallent trente-huit Piſtoles ; ce qui fate
une différence notable pour l'eſtime
de la Barrique d'Eau .
Vôtre trés humble &trésobéissant
Serviteur,
GAUTIER , Dr. M.
Fermer
5177
p. 20-35
CHAPITRE II. LE BOURGEOIS.
Début :
Aprés avoir peint assez naturellement le mois dernier, le Caractére / Le Bourgeois à Paris, Madame, est un animal mixte, qui tient [...]
Mots clefs :
Bourgeois, Paris, Noblesse, Caractère, Politesse, Compliments, Peuple, Amitié, Argent, Dames, Marchands, Commerce, Bonté, Chrétien, Sévère, Plaisirs, Coquetterie, Moeurs, Vanité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHAPITRE II. LE BOURGEOIS.
Aprés avoir peint affez naturelleament
le moisdernier , le Caractére du
Peuple de Paris , on ne fera peut- être
pas faché que le nouveau Theophraste
effaye de donner quelques coups de
crayon fur les Moeurs Bourgeoifes .
Si le premier Chapitre a û des Approbateursde
goût , pour les Traits de vivacité
& de génie qu'ils y ont remarqué
; il faut efpérer que le ſecond n'en
aura pas moins : Cette Matiere en promet
beaucoup :Voyons ſi l'Auteur l'au-
Fa bien mife en oeuvre.
L
CHAPITRE. II.
LE BOURGEOIS.
EBourgeois à Paris , Madame
eſt un Animal mixte , qui tient
DE SEPTEMBRE . 21
du Grand Seigneur & du Peuple :
Quand il a de la Nobleſſe dans ſes
manieres , il eſt preſque toûjours Singe :
Quand il a de la Petiteſſe , il est narurel
; ainſi , il eſt Noble par imitation
& Peuple par Caractére.
Entre les Bourgeois , la cérémonie
eſt ſans fin : Jecrois en ſçavoir la raifon,
en ſuivant toûjours mes Prin
cipes.
Il règne parmi les Gens de Qualité
,une certaine Politeſſe dégagée de
route fade affectation. Cette Politeffe
n'eſt autre choſe qu'une façon d'agir
naturelle, épurée de la groſſiereté que
pourroit avoir la Nature.
Le Bourgeois voudroit bien imitet
cette Politefle ; mais malheureuſement
, le premier effort qu'il fait pour
cela , le tire de l'air naturel & tout
ce qu'il fait , eſt cérémonie ; ainſi, dans
l'exécution , il reſſemble au Peuple
qui ſe complimente beaucoup , & dans
• l'intention , il reſſemble aux Gens de
Qualité.
La façon mixte du Bourgeois eft
cent fois plus comique que l'uniforme
groſſiereté du Peuple ; de même
que l'habit d'Arlequin ett plus plaiΣΣ
LE MERCURE
fant que celui de Scaramouche.
Le Bourgeois dans ſes ameublemens
, ſes maiſons & fa dépense , eft
fouvent aufli magnifique que le ſont
les Gens de Qualité ; Mais , la maniere
dont il produit ſa magnificenice , a
toûjours certain air ſubalterne qui le
met au deſſous de ce qu'il poſſede :
Y paroît-il indifférent ? On voit qu'il
géne ſa vanité : En joüit- il avec-faſte
Hs'y prend avec pétiteſſe.
2
Le Bourgeois eft quelquefois fier
avec les gens au deſſus de lui ; mais
il en eſt de cette fierté , comme de ces
aîles poftiches dont la cire ſe fond au
Soleil ,&le Bourgeois ne paroît jamais
plus Bourgeois , que quand il veut
fortirde ſa Sphere.
Un Bourgeois qui s'en tient à fa
condition , qui en ſçait les bornes &
l'étenduë , qui ſauve ſon Caractère de
la pétiteſſe de celui du Peuple , qui
s'abſtient de tout amour de reſſemblance
avec l'homme de Qualité ,
dont la conduite en un mot , tient unjante
milieu ; cet homme ſeroit mon
Sage.
Généralement parlant , à Paris ,
vous trouverés de la franchiſe & de
DE
SEPTEMBRE
23
L'amitié dans les Bourgeois ; mais , il
ne faut point le tâter ſur ſa bourſe : Une
froideur ſubite & l'éloignement ſuccéderont
aux marques d'affection que
vous en aurez reçû : Le Bourgeois
alors , ſe fait de vous fuir , un principe
de Sageſſe & d'habileté ; il ſe
croiroit votre dupe , s'il vous avoit obligé
.
Je connois un homme qui avoit été
long- tems en commerce d'amitié avec
un Bourgeois. Il ût un jour , un beſoin
preffant de quelque fonime d'argent :
Hécrivit au Bourgeois & le pria de la
lui prêter. Je me trouvois chez lui ,
quand il reçût la Lettre. Il lui répondit
qu'il lui étoit impoſſible de lui faire
ce plaifir : Lorſque le Laquais fut parti :
Monfieur me demande de
l'argent à emprunter , medit-il : Malepeſte
, qu'il eſt fin avec ſes amitiez ?
Mais,j'en ſçai autant que lui. Monfieur,
répondis-je , il n'y a pas grande fineſſe
à avoir beſoin d'argent & à en demander
à ſes amis : Bon!ſes Amis, reprit- il ,
il en a cinquante comme moi ; mais , il
n'aura garde de leur propoſer la choſe ;
il ſçait bien qu'il n'y auroit rien à faire
il m'a cru plus fot qu'un autre ;
24
LE MERCURE
peut-être plus généreux , répondis-je :
Îln'ya plus que les Bêtes qui le font ,
me dit-il.
Parlons un peu des Dames Bourgeoifes
; car , vous avez ſans doute ,
plus d'envie de connoître les perſonnes
de vôtre Séxe que celles du nôtre.
Comme je n'ai d'ordre que lehazard
dans cette Rélation , je ne ferai
point difficulté de vous dire ici ce que
j'aurois pû vous dire ailleurs.
C'est qu'il y a différentes Bourgeoiſies
: Le Commerce par exemple , eſt
un rêtier qui fait une eſpécede Bourgeoifie
: La Pratique fait une autre ef
péce , & dans ces deux eſpéces-là , il
ya encore une différence du plus au
moins.
Jeſuis tenté devous dire, que pour
l'ordinaire , les Bourgeoiſes Marchandes
font de groſſes perſonnes bien
nourries Vous en trouvez de fort
bruſques qui vous querellent preſque
au premier fignede difficulté que vous
faites : Vous en trouvez d'affables ;
mais , d'une affabilité vive &bruyante .
Rienn'eſt épargné pour vous faire plaifir:
On dévine ce qui vous plaît : Faites
un geſte de tête , toute la Boutique
eft
t
G
|
d
DE SEPTEMBRE . 25
en enmouvement : Cet eipreffement
d'actions eft entremêlé, commeje vous
l'ai dit , d'un torrent de douleurs &
d'honnêtetés .
Un jour , un Provincial nouvellement
débarqué dans Paris , entra dans
la Boutique d'une de ces Marchandes
pour acheter quelque choſe de
conſidérable. D'abord , falut gracieux
, étalage empreffé; la marchandiſe
ne lui plaifoit pas , il machoit-un
refus de la prendre & n'ofoit le prononcer.
La reconnoiffance pour tant
d'honnêtetés l'arrêtoit : Plus il héſitoit,
plus la Marchande chargeoir fon hom
me de nouveaux motifs de reconnoiffance.
De dépit de lui voir prendre
tant de peine& de n'avoir pas la force
d'être ingrat , il fe léve&tire fa Bourſe;
tenez , Madame , lui dit- il , vôtre
marchandise ne me convient pas &je
n'ai nulle envie de la prendre ; vous
m'avez accablé d'honêtetés & jen enrage:
Je n'ai pas le front defor ir fans
acheter. Voilà ma Bourſe , je vo s laifſe
la liberté de me vendre ou de me
renvoyer ; le dernier m'obligera d'avantage.
Ce difcours re demonta pas
la Marchande : Il crût, le puvre hom-
Septembre 1717. G
26 LE MERCURE
me , avoir trouvé le ſecret de ſe tirer
d'affaire avec honneur : Ce que vous
me dites , eſt trop obligeant , lui ditelle
; je n'ai pas le coeur moins bon
que vous , Monfieur , &je ne puis répondre
mieux à la bonté du vôtre ,
qu'en vous vendant ma marchandise :
J'en ſçai la valeur & vous ſeriez affûrément
trompé ailleurs ; je veux vous
faire du bien malgré que vous en
ayez. La - deſſus , elle ouvrit la Bourſe,
en prit ce qu'il lui falloit , fit couper la
marchandise & la livra à nôtre Provincial
de qui cette action avoit diffis
péla honte; mais il n'étoit plus tems
d'être courageux .
Vous me direz la- deſſus , que toute
Marchande n'auroit point été capable
de profiter de la beriſe de l'autre
avec autant d'eſprit ; mais , vous ferez
bien ſurpriſe,quand je vous dirai qu'-
elle, en avoit fort peu ; quoiqu'il y ût
biende la fineſſe dans ſa replique .
Il y a dans le commerce à Paris , un
cerrain eſprit de pratique parmi les
Marchands : Rien n'eſt plus adroit ,
plus fouple , plus ſpirituel que leur
façond'offrir à qui vient acheter. Vous
croyez que cene ſoupleſſe veut réelle.
DE SEPTEMBRE . 27
cet
ment de l'eſprit & qu'elle eſt mieux
ou moins bien pratiquée , par ceux ou
celles qui ont plus ou moins d'eſprit.
Point du tour: Cette foupleſſe ,
Art de captiver la bien - veillance,d'embaraffer
la reconnoiſſance, n'est qu'un
métier qui s'apprend , comme celui de
Tailleur ou de Cordonnier : Les plus
fpirituels ne font pas les plus parfaits :
Dans cet Art , un Garçon de Boutique
épais & peſant d'intellect , y fera le
plus habile.
Il me vient une penſée affez plaifante
fur le babil obligeant des marchands
dontj'ay parlé : Je les compare aux Chirurgiens
qui , avant de vous percer la
veine ,paffent longtems la main fur vôtre
bras pour l'endormir: Les Marchandes,
pour tirer l'argent de vôtre bourſe,
endorment auſſi vôtre intereſt à force
d'empreſſemens & de diſcours ; &
quand le bras eſt en état , je veux
dire, quand elles ont tourné voſtre efprit
à leur profit , le coup de lancette
vient enſuite, elles diſpoſent de voſtre
volonté , elles coupent , elles tranchent
, elles vous arrachent vôtre argent
, & vous ne vous ſentez bleſſe que
quand la ſaignée eſt faire .
Cij
18 LE MERCURE
La Boutique de ces Marchandeseft
un vray coupe- gorge pour les bonnes
gens qui n'ontpas la force de dire non .
Estes vousbelle& jeune? Elles vous cajolent
fur vos appas en déployant leurs
marchandiſes : Ces complimens ne ſont
point étrangers à la vente ; on diroit qu'-
ils font partie de la marchandiſe même.
Vous eſtes cajollé , vous écoutez , vous
leurs en ſçavez gré , vous vous prévenez
pour elles , tout cela , ſans que
vous vous en apperceviez. Eſtes vous
vieux ou vieille ? Elles ont des recettesde
ſurpriſes pourtout âge. Eſtes vous
jeune homme? Elles font en forte qu'un
peu de galanterie vous amuſe ; pendant
lequel temps la bourſe ſe délie & l'argent
eſt jetté ſur la table, tout enbadinant.
Vous me demanderez peut-eſtre ,
Madame, fi labonne- foy regne dans la
boutique des Marchands .
Si vous entendez par cette bonne- foy
une exactitude de confcience fans détour
, en un mot cette bonne-foy prefcrite
à la rigueur par la Loy; je vous
répondrai franchement que je n'en ſçai
rien : En revanche ,je vous dirai qu'il
peut s'y trouver une bonne-foy mitigée
, qui dégagée de la ſéverité du Pré
DE SEPTEMBRE. 29
cepte , s'acommode à l'avidité que les
Marchands ont de gagner ſans violer
abſolument la Religion. Le Marchand
partage le different en deux : La Religion
veut une regularité abſoluë , l'Avidité
veut un gain hors de tout fcrupule.
On est Chrêtien , mais on eſt Marchand
: Ce font deux contraires , c'eſt
le froid & le chaud , il faut vivre &
fe fauver : Que fait- on? On cherche un
tempérament : Comme Chretien , je
m'abſtiendrai d'un gain exorbitant ,
comme Marchand , je le ferai raiſonnable:
Lemalheur eſt que ce n'eſt preſque
jamais le Chrêtien , mais bien le Marchand
qui fixe ce raiſonnable .
Ce difcours ſur le Commerce commence
à m'ennuyer : Changeons de ſujet
fans changerd'objer. Tous les plaifirs ,
tous les délices de la vie font à Paris
tellement à portée de celui qui les peur /
prendre , qu'il faut eſtre d'un tempérament
bien inſenſible pout ne point
abuſer de la poffibilité de les goûter. Les
riches Marchands ici ne s'en refufent
gueres. Il eſt ſurtout un agrément fort
goûté du Bourgeois opu'ent , c'eſt ne
vous en déplaife , Madame , a rément
Cij
30 LE MERCURE
d'aimer une perfonne qui n'eſt point leur
femme , mais qui les traite avec autant
debonté que leurs Epouſes mêmes.
Apropos de ces femmes ſi bonnes ,
puiſque j'en ſuis à elles :Détaillons un
peu les disterens degrez de bonté que
comprend le métier de femme obligeante.
Paris , Madame , eſt aujourd'hui rempli
de femmes exceſſivement bonnes ,
dont la charité ne fait acceptionde perfonne
: Cette forte de femme poſſede
le degré de banre le plus éminent. il
y en a d'autres d'une charité plus inferieure
,& que j'appellerai , pour quitter
Je langage figuré , des Coquettes parfaites.
Ce font de ces femmes qui n'affichent
point, pour ainſi dire , l'excésde
leur coquetterie, qui ne la promenent
pas dans les ruës; maqui, fans beau-
Coup de façon, lamontrent toute entiere
àceux à qui le hazard la fait deviner .
Ilyena d'une autre eſpece encore ,
qui font celles à qui les Bourgeois donment
volontiers le fuperflu de leur bien.
Dans le métier de coquetterie,elles font
fans doute les plus honorables , & le
défaut qui ſe trouve dans leur conduite,.
DE SEPTEMBRE.
紅
eſt àpreſent, parmi la plupart des femmes,
un ſi petit objet,que depuis le peuple
juſqu'aux femmes de qualité , tout
s'en mêle,& perſonne n'en rougit.
Jemetrouvois un jour en compagnie;
j'y vis une des plus belles perſonnes de
la Ville ; je m'approchai d'elle dans le
deſſeinde la féliciter de ſes appas ;elle
mereçût honnêtement , mais elle avoit
des diſtrations qui me ſembloient eſtre
-de commande : J'apperçît dans un coin
unhomme de cinquante ans & en rabat
, il fronçoit le ſourcil & jettoir de
nôtre côté de noirs regards qui ſigni
floient méchante humeur.
Undemes amis plus au fait quemoy,
des moeurs & de la conduite de ceux
qui compoſoient la compagnie , vintme
tirerparta manche &m'arracha d'auprésde
ma belle, ſous pretexte de me
dire quelque choſe: Vous ne ſçavez pas,
medit-il , que vous caufiez de l'inquiétude
àdeux perſonnes , à la Demoiſelle
à qui vous parliez & à celui que vous
voyez dans le coin , ajouta-t- il , en me
montrantmon homme à rabat : Est-ce
ſon Mari, répondis- je ? Non, c'eſt apparemment
fon Pere , repris je;ce n'eſt ni
Kun ni l'autre , me dit-il ; mais , c'eſt
१२
LE MERCURE
un Ami , c'eſt un brutal dont elle a befoin.
Mademoiſelle de...n'apas de
bien&elle est obligéed'avoir desménagemens
pour cet homme làqui luy
faitplaifir.
J'entens, répondis-je : Elle fait avec
luy un troc de ce qu'elle a , contre ce
qui luymanque &qu'il poſſede ; mais,
comment n'a-t-elle pas honte de ſe
montrer en fi bonne compagnie ? Puifque
l'on ſçait leſecretde fon petit ménage
; & comment celles qui font ici,
font-elles auſſi peu de difficulté de la
voit ?Vous vous moquez , me dit-il :
Si une ſi petite bagatelle deshonoroit
il n'y auroit pas une femme ici qu'on ne
dûtfuir: On vit à preſent plus aisément
dans le Monde; la rareté de l'argent
a diminué les ſcrupules de ſageſſe qui
reſtoient parmi le ſexe; les femmes
entr'elles ſe font confidence de leurs
intrigues , elles n'ont plus rienàſe reprocher
après : Se conferver un Amant
utile, eſt prudence.Une femme regarde
même come un bienfait, l'amour qu'un
homme riche veut bien prendre pour
elle;mais enfin,répondis-je , l'honneur .
Bon l'honneur ! Me dit-il, en m'interrompant
: Sçavez- vous bien ce que c'eſt
DE SEPTEMBRE
33
que l'honneur dans la plupart des femmes
: Vous imaginez - vous que ce ſoit
vertu de ſentiment ? Non ; c'eſt un refpect
pour l'opinion publique .. Le Public
àpreſent, n'eſt plus ſcandalife des complaiſances
d'une femme pour un homme
wile . Adieu l'honneur ,les femmes ſeront
tout aufli libertines qu'on voudra:
Orez le ſcandale , il n'y aura plus de
Cruelles.
Je ne ſçai plus où j'en ſuis ; je parlois
des Bourgeoiſes oudes Marchandes .
Difons encore un mot fur ces dernieres.
Le Comptoir eſt une place d'une dan
gereuſe conſequence pour un mari ,
quand fa femine eſt belle &qu'elle l'occupe;
les regards des curieux qui la
contemplent , donnent aux fiens une
hardieſſe qui des yeux, paffe dans le
diſcours &du diſcours dans les actions .
Une femme qui s'accoûtume à regarder
ceux qui la regardent , répond aifément
à ceux qui luy parlent .
Les Marchandes à Paris,peuvent an
comptoir avoir impunément auprés
d'elles un Soupirant; mais elles ne l'ont
pas impunément pour leur innocence .
S'il eſtoit poſſible que la coquetterie
:
34
LE MERCURE
ſe perdit parmi les femmes , on la retrouveroit
chez les filles des Marchandes:
Je ne crois pas qu'on foit obligé de
l'y aller chercher ; les Bourgeoifes de
toute eſpece en ont bonne provifion .
on
Par exemple , quelle conduite croyez
vous qu'obſervent ſouvent les Moiriez
des gens de Palais ? Leurs maris accoûtumez
à chicaner , chicanent toujours ſur
les ajuſtemens qu'elles demandent : En
attendant quele Procès ſe vuide ,
achete toujours les ajuſtemens en queſtion
; mais , avec quoy , me direz-vous ,
voilà l'affaire , ne la comprenez - vous
pas : Aufli, de quoy s'aviſe un mati d'obliger
ſa femme à porter des ajuſtemens
qu'il ne paye point.
La paſſion la plus dominante des Bourgeoiſes
, c'eſt la vanité : Elle eſt la tige
detous les autres menus défauts qu'elles
contractent . Sans la vanité , elles
n'aimeroient pas la bonne chere; ſans la
vanité , elles ne ſeroient point avides de
plaiſirs.
La vûë d'une Bourgeoiſe magnifique,
quoique galante , va triompher de
la vertude cinquante de ſes ſemblables
qui la verront & qui n'auront pas autant
de parures qu'elle : La preuve la
DE SEPTEMBRE .
35
plus certaine qu'elles voudroient eſtre
à ſa place , c'eſt le mépris qu'elles témoigneront
pour elle .
Parmi les Bourgeoiſes , la médiſance
n'est qu'une expreſſion de l'envie
qu'elles auroient de la mériter.
Ce qui gâte l'eſprit des Bourgeoiſes ,
c'eſt le faſte continuel qui s'offre à leurs
yeux : Chaque caroffe que rencontre en
chemin une femme à pied , porte en fon
cerveau une impreſſion de douleur & de
plaifir; de douleur,en ſe voyant à pied ,
de plaifir , en ſe figurant celui qu'elle
auroit , fi elle poffedoit une pareille
voiture : Le moyen que le cerveau
d'une femme ſoûtienne tant d'impref-
Gons ſans ſedéranger.
le moisdernier , le Caractére du
Peuple de Paris , on ne fera peut- être
pas faché que le nouveau Theophraste
effaye de donner quelques coups de
crayon fur les Moeurs Bourgeoifes .
Si le premier Chapitre a û des Approbateursde
goût , pour les Traits de vivacité
& de génie qu'ils y ont remarqué
; il faut efpérer que le ſecond n'en
aura pas moins : Cette Matiere en promet
beaucoup :Voyons ſi l'Auteur l'au-
Fa bien mife en oeuvre.
L
CHAPITRE. II.
LE BOURGEOIS.
EBourgeois à Paris , Madame
eſt un Animal mixte , qui tient
DE SEPTEMBRE . 21
du Grand Seigneur & du Peuple :
Quand il a de la Nobleſſe dans ſes
manieres , il eſt preſque toûjours Singe :
Quand il a de la Petiteſſe , il est narurel
; ainſi , il eſt Noble par imitation
& Peuple par Caractére.
Entre les Bourgeois , la cérémonie
eſt ſans fin : Jecrois en ſçavoir la raifon,
en ſuivant toûjours mes Prin
cipes.
Il règne parmi les Gens de Qualité
,une certaine Politeſſe dégagée de
route fade affectation. Cette Politeffe
n'eſt autre choſe qu'une façon d'agir
naturelle, épurée de la groſſiereté que
pourroit avoir la Nature.
Le Bourgeois voudroit bien imitet
cette Politefle ; mais malheureuſement
, le premier effort qu'il fait pour
cela , le tire de l'air naturel & tout
ce qu'il fait , eſt cérémonie ; ainſi, dans
l'exécution , il reſſemble au Peuple
qui ſe complimente beaucoup , & dans
• l'intention , il reſſemble aux Gens de
Qualité.
La façon mixte du Bourgeois eft
cent fois plus comique que l'uniforme
groſſiereté du Peuple ; de même
que l'habit d'Arlequin ett plus plaiΣΣ
LE MERCURE
fant que celui de Scaramouche.
Le Bourgeois dans ſes ameublemens
, ſes maiſons & fa dépense , eft
fouvent aufli magnifique que le ſont
les Gens de Qualité ; Mais , la maniere
dont il produit ſa magnificenice , a
toûjours certain air ſubalterne qui le
met au deſſous de ce qu'il poſſede :
Y paroît-il indifférent ? On voit qu'il
géne ſa vanité : En joüit- il avec-faſte
Hs'y prend avec pétiteſſe.
2
Le Bourgeois eft quelquefois fier
avec les gens au deſſus de lui ; mais
il en eſt de cette fierté , comme de ces
aîles poftiches dont la cire ſe fond au
Soleil ,&le Bourgeois ne paroît jamais
plus Bourgeois , que quand il veut
fortirde ſa Sphere.
Un Bourgeois qui s'en tient à fa
condition , qui en ſçait les bornes &
l'étenduë , qui ſauve ſon Caractère de
la pétiteſſe de celui du Peuple , qui
s'abſtient de tout amour de reſſemblance
avec l'homme de Qualité ,
dont la conduite en un mot , tient unjante
milieu ; cet homme ſeroit mon
Sage.
Généralement parlant , à Paris ,
vous trouverés de la franchiſe & de
DE
SEPTEMBRE
23
L'amitié dans les Bourgeois ; mais , il
ne faut point le tâter ſur ſa bourſe : Une
froideur ſubite & l'éloignement ſuccéderont
aux marques d'affection que
vous en aurez reçû : Le Bourgeois
alors , ſe fait de vous fuir , un principe
de Sageſſe & d'habileté ; il ſe
croiroit votre dupe , s'il vous avoit obligé
.
Je connois un homme qui avoit été
long- tems en commerce d'amitié avec
un Bourgeois. Il ût un jour , un beſoin
preffant de quelque fonime d'argent :
Hécrivit au Bourgeois & le pria de la
lui prêter. Je me trouvois chez lui ,
quand il reçût la Lettre. Il lui répondit
qu'il lui étoit impoſſible de lui faire
ce plaifir : Lorſque le Laquais fut parti :
Monfieur me demande de
l'argent à emprunter , medit-il : Malepeſte
, qu'il eſt fin avec ſes amitiez ?
Mais,j'en ſçai autant que lui. Monfieur,
répondis-je , il n'y a pas grande fineſſe
à avoir beſoin d'argent & à en demander
à ſes amis : Bon!ſes Amis, reprit- il ,
il en a cinquante comme moi ; mais , il
n'aura garde de leur propoſer la choſe ;
il ſçait bien qu'il n'y auroit rien à faire
il m'a cru plus fot qu'un autre ;
24
LE MERCURE
peut-être plus généreux , répondis-je :
Îln'ya plus que les Bêtes qui le font ,
me dit-il.
Parlons un peu des Dames Bourgeoifes
; car , vous avez ſans doute ,
plus d'envie de connoître les perſonnes
de vôtre Séxe que celles du nôtre.
Comme je n'ai d'ordre que lehazard
dans cette Rélation , je ne ferai
point difficulté de vous dire ici ce que
j'aurois pû vous dire ailleurs.
C'est qu'il y a différentes Bourgeoiſies
: Le Commerce par exemple , eſt
un rêtier qui fait une eſpécede Bourgeoifie
: La Pratique fait une autre ef
péce , & dans ces deux eſpéces-là , il
ya encore une différence du plus au
moins.
Jeſuis tenté devous dire, que pour
l'ordinaire , les Bourgeoiſes Marchandes
font de groſſes perſonnes bien
nourries Vous en trouvez de fort
bruſques qui vous querellent preſque
au premier fignede difficulté que vous
faites : Vous en trouvez d'affables ;
mais , d'une affabilité vive &bruyante .
Rienn'eſt épargné pour vous faire plaifir:
On dévine ce qui vous plaît : Faites
un geſte de tête , toute la Boutique
eft
t
G
|
d
DE SEPTEMBRE . 25
en enmouvement : Cet eipreffement
d'actions eft entremêlé, commeje vous
l'ai dit , d'un torrent de douleurs &
d'honnêtetés .
Un jour , un Provincial nouvellement
débarqué dans Paris , entra dans
la Boutique d'une de ces Marchandes
pour acheter quelque choſe de
conſidérable. D'abord , falut gracieux
, étalage empreffé; la marchandiſe
ne lui plaifoit pas , il machoit-un
refus de la prendre & n'ofoit le prononcer.
La reconnoiffance pour tant
d'honnêtetés l'arrêtoit : Plus il héſitoit,
plus la Marchande chargeoir fon hom
me de nouveaux motifs de reconnoiffance.
De dépit de lui voir prendre
tant de peine& de n'avoir pas la force
d'être ingrat , il fe léve&tire fa Bourſe;
tenez , Madame , lui dit- il , vôtre
marchandise ne me convient pas &je
n'ai nulle envie de la prendre ; vous
m'avez accablé d'honêtetés & jen enrage:
Je n'ai pas le front defor ir fans
acheter. Voilà ma Bourſe , je vo s laifſe
la liberté de me vendre ou de me
renvoyer ; le dernier m'obligera d'avantage.
Ce difcours re demonta pas
la Marchande : Il crût, le puvre hom-
Septembre 1717. G
26 LE MERCURE
me , avoir trouvé le ſecret de ſe tirer
d'affaire avec honneur : Ce que vous
me dites , eſt trop obligeant , lui ditelle
; je n'ai pas le coeur moins bon
que vous , Monfieur , &je ne puis répondre
mieux à la bonté du vôtre ,
qu'en vous vendant ma marchandise :
J'en ſçai la valeur & vous ſeriez affûrément
trompé ailleurs ; je veux vous
faire du bien malgré que vous en
ayez. La - deſſus , elle ouvrit la Bourſe,
en prit ce qu'il lui falloit , fit couper la
marchandise & la livra à nôtre Provincial
de qui cette action avoit diffis
péla honte; mais il n'étoit plus tems
d'être courageux .
Vous me direz la- deſſus , que toute
Marchande n'auroit point été capable
de profiter de la beriſe de l'autre
avec autant d'eſprit ; mais , vous ferez
bien ſurpriſe,quand je vous dirai qu'-
elle, en avoit fort peu ; quoiqu'il y ût
biende la fineſſe dans ſa replique .
Il y a dans le commerce à Paris , un
cerrain eſprit de pratique parmi les
Marchands : Rien n'eſt plus adroit ,
plus fouple , plus ſpirituel que leur
façond'offrir à qui vient acheter. Vous
croyez que cene ſoupleſſe veut réelle.
DE SEPTEMBRE . 27
cet
ment de l'eſprit & qu'elle eſt mieux
ou moins bien pratiquée , par ceux ou
celles qui ont plus ou moins d'eſprit.
Point du tour: Cette foupleſſe ,
Art de captiver la bien - veillance,d'embaraffer
la reconnoiſſance, n'est qu'un
métier qui s'apprend , comme celui de
Tailleur ou de Cordonnier : Les plus
fpirituels ne font pas les plus parfaits :
Dans cet Art , un Garçon de Boutique
épais & peſant d'intellect , y fera le
plus habile.
Il me vient une penſée affez plaifante
fur le babil obligeant des marchands
dontj'ay parlé : Je les compare aux Chirurgiens
qui , avant de vous percer la
veine ,paffent longtems la main fur vôtre
bras pour l'endormir: Les Marchandes,
pour tirer l'argent de vôtre bourſe,
endorment auſſi vôtre intereſt à force
d'empreſſemens & de diſcours ; &
quand le bras eſt en état , je veux
dire, quand elles ont tourné voſtre efprit
à leur profit , le coup de lancette
vient enſuite, elles diſpoſent de voſtre
volonté , elles coupent , elles tranchent
, elles vous arrachent vôtre argent
, & vous ne vous ſentez bleſſe que
quand la ſaignée eſt faire .
Cij
18 LE MERCURE
La Boutique de ces Marchandeseft
un vray coupe- gorge pour les bonnes
gens qui n'ontpas la force de dire non .
Estes vousbelle& jeune? Elles vous cajolent
fur vos appas en déployant leurs
marchandiſes : Ces complimens ne ſont
point étrangers à la vente ; on diroit qu'-
ils font partie de la marchandiſe même.
Vous eſtes cajollé , vous écoutez , vous
leurs en ſçavez gré , vous vous prévenez
pour elles , tout cela , ſans que
vous vous en apperceviez. Eſtes vous
vieux ou vieille ? Elles ont des recettesde
ſurpriſes pourtout âge. Eſtes vous
jeune homme? Elles font en forte qu'un
peu de galanterie vous amuſe ; pendant
lequel temps la bourſe ſe délie & l'argent
eſt jetté ſur la table, tout enbadinant.
Vous me demanderez peut-eſtre ,
Madame, fi labonne- foy regne dans la
boutique des Marchands .
Si vous entendez par cette bonne- foy
une exactitude de confcience fans détour
, en un mot cette bonne-foy prefcrite
à la rigueur par la Loy; je vous
répondrai franchement que je n'en ſçai
rien : En revanche ,je vous dirai qu'il
peut s'y trouver une bonne-foy mitigée
, qui dégagée de la ſéverité du Pré
DE SEPTEMBRE. 29
cepte , s'acommode à l'avidité que les
Marchands ont de gagner ſans violer
abſolument la Religion. Le Marchand
partage le different en deux : La Religion
veut une regularité abſoluë , l'Avidité
veut un gain hors de tout fcrupule.
On est Chrêtien , mais on eſt Marchand
: Ce font deux contraires , c'eſt
le froid & le chaud , il faut vivre &
fe fauver : Que fait- on? On cherche un
tempérament : Comme Chretien , je
m'abſtiendrai d'un gain exorbitant ,
comme Marchand , je le ferai raiſonnable:
Lemalheur eſt que ce n'eſt preſque
jamais le Chrêtien , mais bien le Marchand
qui fixe ce raiſonnable .
Ce difcours ſur le Commerce commence
à m'ennuyer : Changeons de ſujet
fans changerd'objer. Tous les plaifirs ,
tous les délices de la vie font à Paris
tellement à portée de celui qui les peur /
prendre , qu'il faut eſtre d'un tempérament
bien inſenſible pout ne point
abuſer de la poffibilité de les goûter. Les
riches Marchands ici ne s'en refufent
gueres. Il eſt ſurtout un agrément fort
goûté du Bourgeois opu'ent , c'eſt ne
vous en déplaife , Madame , a rément
Cij
30 LE MERCURE
d'aimer une perfonne qui n'eſt point leur
femme , mais qui les traite avec autant
debonté que leurs Epouſes mêmes.
Apropos de ces femmes ſi bonnes ,
puiſque j'en ſuis à elles :Détaillons un
peu les disterens degrez de bonté que
comprend le métier de femme obligeante.
Paris , Madame , eſt aujourd'hui rempli
de femmes exceſſivement bonnes ,
dont la charité ne fait acceptionde perfonne
: Cette forte de femme poſſede
le degré de banre le plus éminent. il
y en a d'autres d'une charité plus inferieure
,& que j'appellerai , pour quitter
Je langage figuré , des Coquettes parfaites.
Ce font de ces femmes qui n'affichent
point, pour ainſi dire , l'excésde
leur coquetterie, qui ne la promenent
pas dans les ruës; maqui, fans beau-
Coup de façon, lamontrent toute entiere
àceux à qui le hazard la fait deviner .
Ilyena d'une autre eſpece encore ,
qui font celles à qui les Bourgeois donment
volontiers le fuperflu de leur bien.
Dans le métier de coquetterie,elles font
fans doute les plus honorables , & le
défaut qui ſe trouve dans leur conduite,.
DE SEPTEMBRE.
紅
eſt àpreſent, parmi la plupart des femmes,
un ſi petit objet,que depuis le peuple
juſqu'aux femmes de qualité , tout
s'en mêle,& perſonne n'en rougit.
Jemetrouvois un jour en compagnie;
j'y vis une des plus belles perſonnes de
la Ville ; je m'approchai d'elle dans le
deſſeinde la féliciter de ſes appas ;elle
mereçût honnêtement , mais elle avoit
des diſtrations qui me ſembloient eſtre
-de commande : J'apperçît dans un coin
unhomme de cinquante ans & en rabat
, il fronçoit le ſourcil & jettoir de
nôtre côté de noirs regards qui ſigni
floient méchante humeur.
Undemes amis plus au fait quemoy,
des moeurs & de la conduite de ceux
qui compoſoient la compagnie , vintme
tirerparta manche &m'arracha d'auprésde
ma belle, ſous pretexte de me
dire quelque choſe: Vous ne ſçavez pas,
medit-il , que vous caufiez de l'inquiétude
àdeux perſonnes , à la Demoiſelle
à qui vous parliez & à celui que vous
voyez dans le coin , ajouta-t- il , en me
montrantmon homme à rabat : Est-ce
ſon Mari, répondis- je ? Non, c'eſt apparemment
fon Pere , repris je;ce n'eſt ni
Kun ni l'autre , me dit-il ; mais , c'eſt
१२
LE MERCURE
un Ami , c'eſt un brutal dont elle a befoin.
Mademoiſelle de...n'apas de
bien&elle est obligéed'avoir desménagemens
pour cet homme làqui luy
faitplaifir.
J'entens, répondis-je : Elle fait avec
luy un troc de ce qu'elle a , contre ce
qui luymanque &qu'il poſſede ; mais,
comment n'a-t-elle pas honte de ſe
montrer en fi bonne compagnie ? Puifque
l'on ſçait leſecretde fon petit ménage
; & comment celles qui font ici,
font-elles auſſi peu de difficulté de la
voit ?Vous vous moquez , me dit-il :
Si une ſi petite bagatelle deshonoroit
il n'y auroit pas une femme ici qu'on ne
dûtfuir: On vit à preſent plus aisément
dans le Monde; la rareté de l'argent
a diminué les ſcrupules de ſageſſe qui
reſtoient parmi le ſexe; les femmes
entr'elles ſe font confidence de leurs
intrigues , elles n'ont plus rienàſe reprocher
après : Se conferver un Amant
utile, eſt prudence.Une femme regarde
même come un bienfait, l'amour qu'un
homme riche veut bien prendre pour
elle;mais enfin,répondis-je , l'honneur .
Bon l'honneur ! Me dit-il, en m'interrompant
: Sçavez- vous bien ce que c'eſt
DE SEPTEMBRE
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que l'honneur dans la plupart des femmes
: Vous imaginez - vous que ce ſoit
vertu de ſentiment ? Non ; c'eſt un refpect
pour l'opinion publique .. Le Public
àpreſent, n'eſt plus ſcandalife des complaiſances
d'une femme pour un homme
wile . Adieu l'honneur ,les femmes ſeront
tout aufli libertines qu'on voudra:
Orez le ſcandale , il n'y aura plus de
Cruelles.
Je ne ſçai plus où j'en ſuis ; je parlois
des Bourgeoiſes oudes Marchandes .
Difons encore un mot fur ces dernieres.
Le Comptoir eſt une place d'une dan
gereuſe conſequence pour un mari ,
quand fa femine eſt belle &qu'elle l'occupe;
les regards des curieux qui la
contemplent , donnent aux fiens une
hardieſſe qui des yeux, paffe dans le
diſcours &du diſcours dans les actions .
Une femme qui s'accoûtume à regarder
ceux qui la regardent , répond aifément
à ceux qui luy parlent .
Les Marchandes à Paris,peuvent an
comptoir avoir impunément auprés
d'elles un Soupirant; mais elles ne l'ont
pas impunément pour leur innocence .
S'il eſtoit poſſible que la coquetterie
:
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LE MERCURE
ſe perdit parmi les femmes , on la retrouveroit
chez les filles des Marchandes:
Je ne crois pas qu'on foit obligé de
l'y aller chercher ; les Bourgeoifes de
toute eſpece en ont bonne provifion .
on
Par exemple , quelle conduite croyez
vous qu'obſervent ſouvent les Moiriez
des gens de Palais ? Leurs maris accoûtumez
à chicaner , chicanent toujours ſur
les ajuſtemens qu'elles demandent : En
attendant quele Procès ſe vuide ,
achete toujours les ajuſtemens en queſtion
; mais , avec quoy , me direz-vous ,
voilà l'affaire , ne la comprenez - vous
pas : Aufli, de quoy s'aviſe un mati d'obliger
ſa femme à porter des ajuſtemens
qu'il ne paye point.
La paſſion la plus dominante des Bourgeoiſes
, c'eſt la vanité : Elle eſt la tige
detous les autres menus défauts qu'elles
contractent . Sans la vanité , elles
n'aimeroient pas la bonne chere; ſans la
vanité , elles ne ſeroient point avides de
plaiſirs.
La vûë d'une Bourgeoiſe magnifique,
quoique galante , va triompher de
la vertude cinquante de ſes ſemblables
qui la verront & qui n'auront pas autant
de parures qu'elle : La preuve la
DE SEPTEMBRE .
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plus certaine qu'elles voudroient eſtre
à ſa place , c'eſt le mépris qu'elles témoigneront
pour elle .
Parmi les Bourgeoiſes , la médiſance
n'est qu'une expreſſion de l'envie
qu'elles auroient de la mériter.
Ce qui gâte l'eſprit des Bourgeoiſes ,
c'eſt le faſte continuel qui s'offre à leurs
yeux : Chaque caroffe que rencontre en
chemin une femme à pied , porte en fon
cerveau une impreſſion de douleur & de
plaifir; de douleur,en ſe voyant à pied ,
de plaifir , en ſe figurant celui qu'elle
auroit , fi elle poffedoit une pareille
voiture : Le moyen que le cerveau
d'une femme ſoûtienne tant d'impref-
Gons ſans ſedéranger.
Fermer
5178
p. 35-38
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
Début :
Aprés avoir donné dans les Mercures précedens, plusieurs Extraits / Paul de Gondy Cardinal de Retz, est né avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Caractère, Esprit, Politesse, Manières honnêtes, Vanité, Cardinal Mazarin, Gloire, Dignité, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
Aprés avoir donné dans les Mercures
précedens , pluſieurs Extraits des
Mémoires du Cardinal de Rets qui ont
eſté favorablement reçû du Public ;
je ſuis perfuadé que cemême Public
me ſçaura gré de luy faire connoiſtre
cegrandhomme plus particulierement,
en luy preſentant fon Portrait. Ses
moeurs , fon eſprit , festalents , ſes dé36
LE MERCURE
fauts mêmes y font ſi bien peints ,
qu'on ſeroit tenté de ſoupçonner qu'il
en eſt l'Auteur.
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
avec P
Aul de Gondy Cardinal de Retz ,
beaucoup d'esprit de
courage ; il avoit une mémoire extraordinaire
, plus de force que de politeffe
dansfes paroles, l'humeur douce une admirable
docilité à fouffrir les plaintes &
les reproches de ses amis , peu de pieté
&beaucoup de Religion. Il paroift plus
ambitieux qu'il ne l'est en effet , la va
nitéjeule luya fait entreprendre de grandes
choses presque toutes opposées à sa
profeffion , La fuscité les plus grandsdéfordres
de I Etat : Ce n'estpas cependant
qu'il ait fongé à occuper la place du Cardinal
Mazarin ; ilprétendoit feulement
tuy paroiſtre redoutable &se vengerdu
mepris que Mazarin avoit fait de fon
entremise dans le temps des barricades . Il
s'eſt ſervi ensuite des malheurs publics
avec beaucoup d'utilité poursefaire Car
dinal ; il afouffert laprifon ave fermeté
n'adûfalibertéàperſonne qu'àfabar
dnffe . Lepareffe autant que laforce l'ent
-Soûtenn
14
't
t
a
C
F
P
DE SEPTEMBRE.
37
foutenu avecgloire dans l'obscurité d'une
retraite de fix années. Il n'a voulu se
démettre de son Archevêché de Paris
qu'aprés la mort du Cardinal Mazarin .
Il est entré dans divers Conclaves &
Sa conduitey a toûjours augmentésa réputation:
L'oiſiveté eſtſa pente naturelle.
Il travaille néanmoins dans les grandes
affaires , comme s'il ne pouvoit souffrir
le repos , & il se repoſe quand elles font
finies , comme s'il ne pouvoit souffrir le
travail. Il a une grande présence d'efprit.
Il Sçait tellement tourner à fon
avantage les occasions que la fortune
lui préſente , qu'il semble qu'il les ait
prévûës on désirées. It'aime à conter
ce qu'il a vû &souvent son imagination
lui offre plus que sa mémoire ne
Ini fournit . Il est pen ſenſible àla haine
&à l'amitié , bien qu'il ait paris occире
de l'une & de l'autre . Il fçait donner
un beau jour à ses défants &. ſouvent
il croit être tel qu'il veut paroitre aux
autres. Il a plus emprunté de ses amis
qu'un particulierme devoit espérer d:
leur pouvoir rendre : Il s'iſt n'armoins
acquitté envers eux avec beaucoup de
justice & de fidélité. Sa retraite est la
plus éclatante Action de sa vie. Il se
Septembre 1717 . D
35
LE MERCURE
démet généreusement desa Dignité de
Cardinal , ilpartage ce qui lui reſte de
biens àſes Amis ,àſes Domestiques&
aux Pauvres ; mais , en renonçant à
tout, il demeure encore exposé à la malignité
des jugemens du monde & il
laiſſe en doute ,fi c'est la Piété , on la
foibleffe humaine qui lui a fait entroprendre&
exécuter unfi grand deſſein.
précedens , pluſieurs Extraits des
Mémoires du Cardinal de Rets qui ont
eſté favorablement reçû du Public ;
je ſuis perfuadé que cemême Public
me ſçaura gré de luy faire connoiſtre
cegrandhomme plus particulierement,
en luy preſentant fon Portrait. Ses
moeurs , fon eſprit , festalents , ſes dé36
LE MERCURE
fauts mêmes y font ſi bien peints ,
qu'on ſeroit tenté de ſoupçonner qu'il
en eſt l'Auteur.
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
avec P
Aul de Gondy Cardinal de Retz ,
beaucoup d'esprit de
courage ; il avoit une mémoire extraordinaire
, plus de force que de politeffe
dansfes paroles, l'humeur douce une admirable
docilité à fouffrir les plaintes &
les reproches de ses amis , peu de pieté
&beaucoup de Religion. Il paroift plus
ambitieux qu'il ne l'est en effet , la va
nitéjeule luya fait entreprendre de grandes
choses presque toutes opposées à sa
profeffion , La fuscité les plus grandsdéfordres
de I Etat : Ce n'estpas cependant
qu'il ait fongé à occuper la place du Cardinal
Mazarin ; ilprétendoit feulement
tuy paroiſtre redoutable &se vengerdu
mepris que Mazarin avoit fait de fon
entremise dans le temps des barricades . Il
s'eſt ſervi ensuite des malheurs publics
avec beaucoup d'utilité poursefaire Car
dinal ; il afouffert laprifon ave fermeté
n'adûfalibertéàperſonne qu'àfabar
dnffe . Lepareffe autant que laforce l'ent
-Soûtenn
14
't
t
a
C
F
P
DE SEPTEMBRE.
37
foutenu avecgloire dans l'obscurité d'une
retraite de fix années. Il n'a voulu se
démettre de son Archevêché de Paris
qu'aprés la mort du Cardinal Mazarin .
Il est entré dans divers Conclaves &
Sa conduitey a toûjours augmentésa réputation:
L'oiſiveté eſtſa pente naturelle.
Il travaille néanmoins dans les grandes
affaires , comme s'il ne pouvoit souffrir
le repos , & il se repoſe quand elles font
finies , comme s'il ne pouvoit souffrir le
travail. Il a une grande présence d'efprit.
Il Sçait tellement tourner à fon
avantage les occasions que la fortune
lui préſente , qu'il semble qu'il les ait
prévûës on désirées. It'aime à conter
ce qu'il a vû &souvent son imagination
lui offre plus que sa mémoire ne
Ini fournit . Il est pen ſenſible àla haine
&à l'amitié , bien qu'il ait paris occире
de l'une & de l'autre . Il fçait donner
un beau jour à ses défants &. ſouvent
il croit être tel qu'il veut paroitre aux
autres. Il a plus emprunté de ses amis
qu'un particulierme devoit espérer d:
leur pouvoir rendre : Il s'iſt n'armoins
acquitté envers eux avec beaucoup de
justice & de fidélité. Sa retraite est la
plus éclatante Action de sa vie. Il se
Septembre 1717 . D
35
LE MERCURE
démet généreusement desa Dignité de
Cardinal , ilpartage ce qui lui reſte de
biens àſes Amis ,àſes Domestiques&
aux Pauvres ; mais , en renonçant à
tout, il demeure encore exposé à la malignité
des jugemens du monde & il
laiſſe en doute ,fi c'est la Piété , on la
foibleffe humaine qui lui a fait entroprendre&
exécuter unfi grand deſſein.
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5179
p. 38-40
PORTRAIT DE CLIMENE. ODE ANACREONTIQUE, PAR M. DE MARIVAUX.
Début :
Il faisoit nuit, quand seul, de l'aimable Climéne [...]
Mots clefs :
Esprit, Peine, Peindre, Éclat, Portrait, Témérité, Amour, Éloge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE CLIMENE. ODE ANACREONTIQUE, PAR M. DE MARIVAUX.
PORTRAIT DE CLIMENE .
ODE ANACREONTIQUE ,
PAR M. DE MARIVAUX.
'ILfaisoit nuit , quandfeul, de l'aimableCliméne
Je voulu peindre un foir l'esprit & les
appas;
Vains efforts , pour prix de ma peine
Je l'admirois toûjours & ne la peignois
pas.
Apollon vint à moi ; ce Dieu par sa
présence
Fit briller un éclat dans les lieux d'alentour
Plus beau que n'est l'éclat du jour.
--
--
DE SEPTEMBRE .
39
Foible Mortel , dit-il , connois ton impuiffance
;
Le Portrait de Climéne est l'ouvrago
des Dieux :
Le ſoin de le tracer est un ſoin digne
: d'eux.
A'ces mors, Apollon le commençoit luimême
,
Quand l'Amour à l'instant ,parût
vint à nous :
Cet airfi charmant & fi doux
Quibrille dans ses yeux auprès de ce
qu'il aimes
Eſtoit banni par lecourroux .
Ceffez,dit-il, ceffez d'exciter ma colere,
Apollon , & quittez un deſſein téméraire
Le Portrait de Climene est l'ouvrage
des Dieux ,
Dites-vous ; mais , je suis encore andeffus
d'eux ;
Etfide ce Mortel l'entrepriſefut vaine.
Sçachez , quand vous voulez peindre
Climène,
Qu'il est autant de distance entre nous s
Qu'il en est d'un Mortel à vous.
Ce discours n'a rien qui m'étonne ,
Dit Apollon , au Dieu des coeurs
E'Amour estjeune , on lui pardonne ,
Dij
40 LE MERCURRE
D'unpeu devanité les flatenſes douceurs.
J'aime à voir un débat que Climéne a
fait naître ;
Sansy penser , ici nous faiſons fon Portrait
,
Et plus noble &plus grand que nous ne
l'euſſions fait .
Oùi ! Ce débat fera connoître ,
• Combien nous l'eſtimons tous deux ,
:
Et le ſpeſtacle de deux Dieux ,
Jaloux de peindre une Mortelle ,
Est un Eloge du modéle
Qui le met presque an-deſſus d'eux .
ODE ANACREONTIQUE ,
PAR M. DE MARIVAUX.
'ILfaisoit nuit , quandfeul, de l'aimableCliméne
Je voulu peindre un foir l'esprit & les
appas;
Vains efforts , pour prix de ma peine
Je l'admirois toûjours & ne la peignois
pas.
Apollon vint à moi ; ce Dieu par sa
présence
Fit briller un éclat dans les lieux d'alentour
Plus beau que n'est l'éclat du jour.
--
--
DE SEPTEMBRE .
39
Foible Mortel , dit-il , connois ton impuiffance
;
Le Portrait de Climéne est l'ouvrago
des Dieux :
Le ſoin de le tracer est un ſoin digne
: d'eux.
A'ces mors, Apollon le commençoit luimême
,
Quand l'Amour à l'instant ,parût
vint à nous :
Cet airfi charmant & fi doux
Quibrille dans ses yeux auprès de ce
qu'il aimes
Eſtoit banni par lecourroux .
Ceffez,dit-il, ceffez d'exciter ma colere,
Apollon , & quittez un deſſein téméraire
Le Portrait de Climene est l'ouvrage
des Dieux ,
Dites-vous ; mais , je suis encore andeffus
d'eux ;
Etfide ce Mortel l'entrepriſefut vaine.
Sçachez , quand vous voulez peindre
Climène,
Qu'il est autant de distance entre nous s
Qu'il en est d'un Mortel à vous.
Ce discours n'a rien qui m'étonne ,
Dit Apollon , au Dieu des coeurs
E'Amour estjeune , on lui pardonne ,
Dij
40 LE MERCURRE
D'unpeu devanité les flatenſes douceurs.
J'aime à voir un débat que Climéne a
fait naître ;
Sansy penser , ici nous faiſons fon Portrait
,
Et plus noble &plus grand que nous ne
l'euſſions fait .
Oùi ! Ce débat fera connoître ,
• Combien nous l'eſtimons tous deux ,
:
Et le ſpeſtacle de deux Dieux ,
Jaloux de peindre une Mortelle ,
Est un Eloge du modéle
Qui le met presque an-deſſus d'eux .
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5180
p. 40-43
EPITRE AUX MUSES.
Début :
Filles du Ciel, sçavantes immortelles, [...]
Mots clefs :
Immortelles , Ailes, Inconnu, Victoire, Témérité, Idole
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE AUX MUSES.
EPITRE
Aux MUSES.
FIlles du Ciel , sçavantes immortelles
,
Vous qui donnez les poëtiques Aifles ,
Pour s'eleverfur ce Mont redouté ,
Des beaux Esprits ſeulement habité :
Muses , pour vous un Inconnu soupire
Et par ces vers oze enfin vous l'ecrire.
Quoy ? Direz vous , quel eſt cet inſenſe
Qui nous aprend que nous l'avons bleſffér
PourHélicon quelle nouvelle gloire !
DE SEPTEMBRE 42
Nous ignorons une telle victoire :
Ces vers nous sont inconnus comme lui.
Ille ſçait bien , mais enfin aujourd'huy
S'il fait l'aven de ſon feu téméraire
Muses , doit-ilpour cela vous deplaire
Il a longtemps combattu son amour,
Aſſés d'Auteursfans lui , vousfont la
cour
Affezaussi ne vous connoissent guere.
De ces derniers il vent fuir la baniere
Puis qu'il n'apû s'empécher de rimer.
Pardonnezlui , daignezmême l'aimer :
Vous trouverez , peut-être ,son genie
Quelque peu propre aux faveurs d'Uranie.
Connoissez le,son nom est T ...
Qui rime assez à votre fils Marot.
Bon préjugé. Sa fortune est petite ,
C'est un moyen pour avoir du mérite
Auprés devous: Ou du moins vos statuts
ferment . Pentrée au Temple de Plutus
Et ses parents instruits à votre Ecole,
N'ont de leur vie encenſe ſon Idole.
Tant-pis, tant-mieux,selon que l'agrérez
En vôtre cour , ou le rebûterez.
Quant au sçavoir , mafoy, c'eſt pende
chofe
De vous dépend une métamorphofer.
Tel est encor fon malheureux deftin,
:
Diij
42 LE MERCURE
Qu'il ne vit onc livregrec ni latin.
Marot , dit- on , avoit même diſette ,
Et cependant il fut votre Interprette ,
Malherbe auffi; mais ce n'est pas un
titre
Pour le Client qui vousfait cette Epitre
:
Trop bien le voit. Il est honny de tous.
Point de latin , point d'esprit parmy
nous.
Surfon exemple il pourroit bien le croire:
Mais achevons. Une heureuse Mémoire
Fait qu'on le voit toujours un livre en
main.
Moyen peu für pour faire fon chemin ,
Difent les fots ; mais la Philofophie
Contr'eux & l'or , foutient affezla vie.
Il a du gout pour ces fameux Auteurs
Qui dans ce fiecle , ont tant de deferteurs
.
Boileau, Racine, heritiers de leur Lyre,
Lui font ſouvent gouter un beau délire ;
Et la Bruyère aſſis àvos costez,
Rend fon Esprit fouple aux Moralitez .
En les lifant il fût faire sa courſe ;
Mais , de l'Esprit inépuisable ſource :
Muses , toujours objet deſes délices ,
Avec bonté recevez ſes fervices.
Le voila peint fans en être faché
وا
DE SEPTEMBRE
43
Quoi que lui même il ne foit qu'ebauché
:
Dans le deffein de vous être fidele
Il attend tout de vous & de fon zele.
Aux MUSES.
FIlles du Ciel , sçavantes immortelles
,
Vous qui donnez les poëtiques Aifles ,
Pour s'eleverfur ce Mont redouté ,
Des beaux Esprits ſeulement habité :
Muses , pour vous un Inconnu soupire
Et par ces vers oze enfin vous l'ecrire.
Quoy ? Direz vous , quel eſt cet inſenſe
Qui nous aprend que nous l'avons bleſffér
PourHélicon quelle nouvelle gloire !
DE SEPTEMBRE 42
Nous ignorons une telle victoire :
Ces vers nous sont inconnus comme lui.
Ille ſçait bien , mais enfin aujourd'huy
S'il fait l'aven de ſon feu téméraire
Muses , doit-ilpour cela vous deplaire
Il a longtemps combattu son amour,
Aſſés d'Auteursfans lui , vousfont la
cour
Affezaussi ne vous connoissent guere.
De ces derniers il vent fuir la baniere
Puis qu'il n'apû s'empécher de rimer.
Pardonnezlui , daignezmême l'aimer :
Vous trouverez , peut-être ,son genie
Quelque peu propre aux faveurs d'Uranie.
Connoissez le,son nom est T ...
Qui rime assez à votre fils Marot.
Bon préjugé. Sa fortune est petite ,
C'est un moyen pour avoir du mérite
Auprés devous: Ou du moins vos statuts
ferment . Pentrée au Temple de Plutus
Et ses parents instruits à votre Ecole,
N'ont de leur vie encenſe ſon Idole.
Tant-pis, tant-mieux,selon que l'agrérez
En vôtre cour , ou le rebûterez.
Quant au sçavoir , mafoy, c'eſt pende
chofe
De vous dépend une métamorphofer.
Tel est encor fon malheureux deftin,
:
Diij
42 LE MERCURE
Qu'il ne vit onc livregrec ni latin.
Marot , dit- on , avoit même diſette ,
Et cependant il fut votre Interprette ,
Malherbe auffi; mais ce n'est pas un
titre
Pour le Client qui vousfait cette Epitre
:
Trop bien le voit. Il est honny de tous.
Point de latin , point d'esprit parmy
nous.
Surfon exemple il pourroit bien le croire:
Mais achevons. Une heureuse Mémoire
Fait qu'on le voit toujours un livre en
main.
Moyen peu für pour faire fon chemin ,
Difent les fots ; mais la Philofophie
Contr'eux & l'or , foutient affezla vie.
Il a du gout pour ces fameux Auteurs
Qui dans ce fiecle , ont tant de deferteurs
.
Boileau, Racine, heritiers de leur Lyre,
Lui font ſouvent gouter un beau délire ;
Et la Bruyère aſſis àvos costez,
Rend fon Esprit fouple aux Moralitez .
En les lifant il fût faire sa courſe ;
Mais , de l'Esprit inépuisable ſource :
Muses , toujours objet deſes délices ,
Avec bonté recevez ſes fervices.
Le voila peint fans en être faché
وا
DE SEPTEMBRE
43
Quoi que lui même il ne foit qu'ebauché
:
Dans le deffein de vous être fidele
Il attend tout de vous & de fon zele.
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5181
p. 43
LA NAISSANCE D'IRIS EPIGRAMME. PAR M. DE MONCRIF.
Début :
Venus un jour, usant du droit de Mére, [...]
Mots clefs :
Vénus, Mère, Beauté, Amour, Grâces
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texteReconnaissance textuelle : LA NAISSANCE D'IRIS EPIGRAMME. PAR M. DE MONCRIF.
LA NAISSANCE D'IRIS
EPIGRAMME
PAR M. DE MONCRIF .
Enus un jour, usant du droit de
Mére
Contreſon fils se mit en grand couroux -
Ouy , dit le Dien ! ch bien , je m'envais
faire
Une Beauté plus aimable que vous.
Or,admirés jusqu'où futsa rancune;
Voila d'abord lepetit traitre Amour
A rafſſembler les trois Graces en une;
Ce fut ainsi qu' Iris reçut le jour.
EPIGRAMME
PAR M. DE MONCRIF .
Enus un jour, usant du droit de
Mére
Contreſon fils se mit en grand couroux -
Ouy , dit le Dien ! ch bien , je m'envais
faire
Une Beauté plus aimable que vous.
Or,admirés jusqu'où futsa rancune;
Voila d'abord lepetit traitre Amour
A rafſſembler les trois Graces en une;
Ce fut ainsi qu' Iris reçut le jour.
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5182
p. 43-46
EPITRE EN VERS SEMÉS, PAR M... A M. DE PALAPRAT.
Début :
Vous venez de vous surpasser dans les Vers que vous [...]
Mots clefs :
Sublime, Enchantement, Prodige, Ornements, Ardeur , Muse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE EN VERS SEMÉS, PAR M... A M. DE PALAPRAT.
EPITRE EN VERS SEME'S ,
PARM...
A M. DE PALAPRAT .
VOus venez de vous ſurpaſſerdans
les Vers que vous avez fait pour
44
LE MERCUERE
Madame la Maréchalle de .....
11 n'appartient qu'à vous d'écrire en
moins de 24 heures , tant & de fi
belles choſes.
Il faut que du Mont aux deux Cimes ,
Le Dieudes vers ait à grands Flots
Versésurvous ces toursnouveaux
Et ce débordement de kimes ,
Où vous sçavés joindre àpropos
Les traits badins , aux tons fublimes.s
Le haut-bois , à nos chalumeaux.
D'une veine bien moins rapide
Dans Rome chantoit autrefois ,
Le galant & célébre Ouide ;
Quand Phabus lui prêtaitsa voix.
Je ne ſçai de quelle maniere Mon
fieur&Madame la Marechalle refpon
dront à votre Epitre , mais je ſçaibien
qu'ils en paroiſſent deſarmés.
A moy s'adreſſe l'Apostille
D'un escrit plein d'enchantements
Qui de graces & d'agréments
Dans chacun de vos vers petille,
Et dont chaque page fourmille ;
Où, par des termes séduisans
Votre main prodigue l'encens
ip
DE SEPTEMBRE .
45
D'une façon noble & gentille';
Mais, qui tourne la tête aux gens .
J'enferois des remerciments ;
Car ma Muse par fois babille ,
Mais l'éclat dont la vôtre brille ,
Ces attraits & ces ornements
Dont Phoebus la pare & t'habille ,
Etonne mes accords tremblants ,
Et je rentre dans ma coquille :
Je pourrois faire de ces vers
Où la rime métamorphose
Tant bien que mal , la ſimple Profe ,
Comme Jadıs faisoit Neversi
Mais,je tiens qu'il vaut mieux me taire,
Que de tomber dans cet abusi
Car rimer n'est pas mon affaire ,
A moins que le fils de Vénus,
Pour une Deité plus belle que fa Mere,
Ne m'inspire l'ardeur d'en faire.
Alors ,fans attendre Phoebus ,
On m'entend d'un air téméraire
Chanter par tout le nom de Claire
fous les auspices de Baccus.
Apropos Seigneur Palaprat, voilà jultemēt
celle qui me tient au coeur depuis
un tems infini , & qui n'a pas daigné
juſques à préſent accorder, pour la valeur
d'une épingle de récompenfe,à ma
46 LE MERCURE
fidelité . Il me ſemble que vous lui
promettés monts & merveilles du côté
du Parnaffe, en cas qu'elle me ſoit favorable
, & que vous la menacés de
vôtre indignation , en cas d'inhumanité.
Cependant , toute infenſible que
je la trouve , je vous prie de lui faire
grace , car entre nous , ce n'est pas fa
faute.
N'allés donc pas d'un vers Yambe
Pour me venger de ſes rebuts ,
La traiter comme Archilocus
Traita Son Bean-pere Lycambe ,
Qu'il mit au nombre des pendus.
Je ne sçaurois me plaindre d'elle ,
Eh! Comment parois-jeàses yeux;
C'est en vain qu'un Amant fidelle ,
pourtoucher le coeur d'une Belle ,
S'exprime en tours ingenieux :
Tour cela n'est que bagattelle.
Un peu de jeunesse vaut mieux ,
Et tout Soupirant, s'il eſt vieux ,
Pourplaire est un méchant Modelle.
PARM...
A M. DE PALAPRAT .
VOus venez de vous ſurpaſſerdans
les Vers que vous avez fait pour
44
LE MERCUERE
Madame la Maréchalle de .....
11 n'appartient qu'à vous d'écrire en
moins de 24 heures , tant & de fi
belles choſes.
Il faut que du Mont aux deux Cimes ,
Le Dieudes vers ait à grands Flots
Versésurvous ces toursnouveaux
Et ce débordement de kimes ,
Où vous sçavés joindre àpropos
Les traits badins , aux tons fublimes.s
Le haut-bois , à nos chalumeaux.
D'une veine bien moins rapide
Dans Rome chantoit autrefois ,
Le galant & célébre Ouide ;
Quand Phabus lui prêtaitsa voix.
Je ne ſçai de quelle maniere Mon
fieur&Madame la Marechalle refpon
dront à votre Epitre , mais je ſçaibien
qu'ils en paroiſſent deſarmés.
A moy s'adreſſe l'Apostille
D'un escrit plein d'enchantements
Qui de graces & d'agréments
Dans chacun de vos vers petille,
Et dont chaque page fourmille ;
Où, par des termes séduisans
Votre main prodigue l'encens
ip
DE SEPTEMBRE .
45
D'une façon noble & gentille';
Mais, qui tourne la tête aux gens .
J'enferois des remerciments ;
Car ma Muse par fois babille ,
Mais l'éclat dont la vôtre brille ,
Ces attraits & ces ornements
Dont Phoebus la pare & t'habille ,
Etonne mes accords tremblants ,
Et je rentre dans ma coquille :
Je pourrois faire de ces vers
Où la rime métamorphose
Tant bien que mal , la ſimple Profe ,
Comme Jadıs faisoit Neversi
Mais,je tiens qu'il vaut mieux me taire,
Que de tomber dans cet abusi
Car rimer n'est pas mon affaire ,
A moins que le fils de Vénus,
Pour une Deité plus belle que fa Mere,
Ne m'inspire l'ardeur d'en faire.
Alors ,fans attendre Phoebus ,
On m'entend d'un air téméraire
Chanter par tout le nom de Claire
fous les auspices de Baccus.
Apropos Seigneur Palaprat, voilà jultemēt
celle qui me tient au coeur depuis
un tems infini , & qui n'a pas daigné
juſques à préſent accorder, pour la valeur
d'une épingle de récompenfe,à ma
46 LE MERCURE
fidelité . Il me ſemble que vous lui
promettés monts & merveilles du côté
du Parnaffe, en cas qu'elle me ſoit favorable
, & que vous la menacés de
vôtre indignation , en cas d'inhumanité.
Cependant , toute infenſible que
je la trouve , je vous prie de lui faire
grace , car entre nous , ce n'est pas fa
faute.
N'allés donc pas d'un vers Yambe
Pour me venger de ſes rebuts ,
La traiter comme Archilocus
Traita Son Bean-pere Lycambe ,
Qu'il mit au nombre des pendus.
Je ne sçaurois me plaindre d'elle ,
Eh! Comment parois-jeàses yeux;
C'est en vain qu'un Amant fidelle ,
pourtoucher le coeur d'une Belle ,
S'exprime en tours ingenieux :
Tour cela n'est que bagattelle.
Un peu de jeunesse vaut mieux ,
Et tout Soupirant, s'il eſt vieux ,
Pourplaire est un méchant Modelle.
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5183
p. 47-49
EPITRE DE MADAME DE .... A MADAME LA COMTESSE D... QUI LUI AVOIT OFFERT SES BAINS.
Début :
Vous voulez, dites vous, me prêter vôtre Bain [...]
Mots clefs :
Bains, Amours, Grâces, Déesse, Jalousie, Victoire, Trône, Trophées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DE .... A MADAME LA COMTESSE D... QUI LUI AVOIT OFFERT SES BAINS.
EPITRE
DE MADAME DE ..::
A MADAME LA COMTESSE D ...
QUI LUI AVOIT OFFERT SES BAINS .
V
Ous voulez, dites vous', me prêter
vôtre Bain
Etmême lesecours de vôtre belle main :
Dieux! Quel nouveau Spectacle on verroitsur
mes traces ,
Effain d' Amoursy volerait :
Quoi , Vénus quefervent les Graces,
Vénus même meſérviroit !
Ainsi, dumoins on le croiroit ,
Et la Déeffe de Cithére
De cette erreur s'honoreroit ,
Ou s'en mettroit fort en colere ;
Ce qui pour votre gloire au même reviendroit
:
Mais le cas estdouteux ; elle ſe livreroit-
Alajalousie implacable ,
Et tant de mal de vous diroit ,
Qu'à cette unique preuve on vous croiroit
aimable.
48 LE MERCURE
Sa Cour alors déserteroit ,
Dieux&Mortels tout vousſuivroit.
Jadis , quand rebelle àſa Mére ,
CupidonpourPfiché conſtamentſoûpiroit,
Je gage que Paphos étoit moinsfolitaire :
Quant à présent , on ſçait que Mars
n'y reste guére ;
Et vous me diriez bien où l'on le trouvéroit.
Si ,pour vous diſputer une Victoirefûre ,
Vénusjoignoit àſes appas
Tous les ſecours que l'Art accorde à la
Nature ,
Belle Comteffe,Sans parure
Vous vengericz bien-tot & Junon &
Pallas.
L'Art prés de vous ne trouve rien à
faire,
En bonnet enfantinpar Zéphire arrangé,
En Robe volante &légére ,
Leprix de la beauté vous feroit adjugé:
Vous n'avez pas besoin de * Ceinture
pour plaire.
Maisje n'y Songe pas ,je prédisle passé,
Jeparostra:fans doute une plaifante Fée ;
Je parie de détruire un Trône renversé,
* La Ceinture de Venus étoit un
charme fouverain .
Qui
:
Sourouk
Portza
12
le auxTures
Pantzova
es Françoises dune heure de chemin
2345 6 7 8 9
Lieues d'Allemagne
10 11 12
2 3 4 5 7
R
de Krosca
Hafsan
Bacha
Palanca
DE SEPTEMBRE
49
Qui pour vous n'estplus qu'un trophée:
Vénus vit sa gloire étouffée ,
Aupremier trait que vos yeux ont lancé.
DE MADAME DE ..::
A MADAME LA COMTESSE D ...
QUI LUI AVOIT OFFERT SES BAINS .
V
Ous voulez, dites vous', me prêter
vôtre Bain
Etmême lesecours de vôtre belle main :
Dieux! Quel nouveau Spectacle on verroitsur
mes traces ,
Effain d' Amoursy volerait :
Quoi , Vénus quefervent les Graces,
Vénus même meſérviroit !
Ainsi, dumoins on le croiroit ,
Et la Déeffe de Cithére
De cette erreur s'honoreroit ,
Ou s'en mettroit fort en colere ;
Ce qui pour votre gloire au même reviendroit
:
Mais le cas estdouteux ; elle ſe livreroit-
Alajalousie implacable ,
Et tant de mal de vous diroit ,
Qu'à cette unique preuve on vous croiroit
aimable.
48 LE MERCURE
Sa Cour alors déserteroit ,
Dieux&Mortels tout vousſuivroit.
Jadis , quand rebelle àſa Mére ,
CupidonpourPfiché conſtamentſoûpiroit,
Je gage que Paphos étoit moinsfolitaire :
Quant à présent , on ſçait que Mars
n'y reste guére ;
Et vous me diriez bien où l'on le trouvéroit.
Si ,pour vous diſputer une Victoirefûre ,
Vénusjoignoit àſes appas
Tous les ſecours que l'Art accorde à la
Nature ,
Belle Comteffe,Sans parure
Vous vengericz bien-tot & Junon &
Pallas.
L'Art prés de vous ne trouve rien à
faire,
En bonnet enfantinpar Zéphire arrangé,
En Robe volante &légére ,
Leprix de la beauté vous feroit adjugé:
Vous n'avez pas besoin de * Ceinture
pour plaire.
Maisje n'y Songe pas ,je prédisle passé,
Jeparostra:fans doute une plaifante Fée ;
Je parie de détruire un Trône renversé,
* La Ceinture de Venus étoit un
charme fouverain .
Qui
:
Sourouk
Portza
12
le auxTures
Pantzova
es Françoises dune heure de chemin
2345 6 7 8 9
Lieues d'Allemagne
10 11 12
2 3 4 5 7
R
de Krosca
Hafsan
Bacha
Palanca
DE SEPTEMBRE
49
Qui pour vous n'estplus qu'un trophée:
Vénus vit sa gloire étouffée ,
Aupremier trait que vos yeux ont lancé.
Fermer
5184
p. 49-56
ABREGÉ HISTORIQUE DES ANCIENS SIEGES DE BELGRADE.
Début :
Belgrade ou Albe-grecque, Ville de Servie, Capitale de la [...]
Mots clefs :
Belgrade, Capitale, Siège, Danube, Despotes, Défaite, Capitaine, Avantages, Alexandre VIII, Pape, Combats
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texteReconnaissance textuelle : ABREGÉ HISTORIQUE DES ANCIENS SIEGES DE BELGRADE.
ABREGE' HISTORIQUE
DES ANCIENS SIEGES DE BELGRADE .
B
ELGRADE ou Albe-grecque ,
Ville de Servie , Capitale de la Ra
cie& non de la Hongrie , eſt bâtie ſur
le ſommet d'une Coline , au confluant
de la Save avec le Danube : Elle eſt la
réſidence d'un Sangiac . Cette Place
importante appartenoit aux Despottes
deServie , qui craignans de ne pouvoir
la conſerver contre la puiſſance formidable
des Ottomans , la vendirent à
l'infotuné Sigifmond Empereur & Roy
de Hongrie , qui n'oublia rien pour
la bien fortifier . Amurath II. Taf
fiegea inutilement en 1442 ; & quoique
avec des pieces de 100 livres de balles
il ûr fait une large brêche ,il fut obligé
de lever honteuſement le Siege avec
une perte trés conſidérable. Mahomet
II. fon fils s'en tira encore plus malheureuſement
; car, ayant affiegé cette Pla-
Septembre 1717.
E
:
So. LE MERCURE
<
ce en 1455 & couvert le Danube de
plus de 200 Voiles , le fameux Jean
Corvin Huniades , Vaivode de Tranfilvanie
& Gouverneur de la Hongrie ,
contraignit cette nombreuſe Flotte à fe
retirer , à laquelle Mahomet fit mettre
le feu ,craignant que les Chrêtiens en
la pourſuivant ne s'en faififfent. Malgré
cet Echec , ce Sultan battoit la Ville en
brêche & l'élargit fi fort, que les Troupes
qu'il envoya à l'affaut , entrerent
Lans preſque aucune réſiſtance dans la
Place où Huniades,s'eſtoit jetté. Lorfqu'il
parut à ce Grand Capitaine qu'il
eſtoit àpropos de lescharger ,le Gouverneur&
Jean de Capiſtran Cordelier'
àla tête d'une partie de laGarnifon.fon .
dirent fi bruſquement ſur les .Infidéles ,
qu'ils les taillérent en pieces. D'un au,
tre côté Huniades ayant couru à la Biêche,
repoulla & renverfa les Ennemis
qui s'efforçoient d'entier. Jean de Capiſtran
non content du premier avanta
ge , étant forti par une porte avec tous
les Soldats de la Garniſon & tous les
Habitans, maffacra tout ce qui ofa s'oppofer
à fon courage , s'empara de l'artil'erne
du Turc ,la fit tourner contre
les Musulmans & ſoutint avec une inDE
SEPTEMBRE 1
de
20
iile
;
ار
répidité qui tenoit du prodigem Monde
d'Ennemis qui vinrent fondre fur
luy. Il auroit cependant ſuccombé,malgré
le miracle, fi Huniades n'avoit fait
avancer la plus grande partie de l'Armée
Hongroiſe , qui par bonheur voloit
au ſecours de Belgrade & avoit déja
paſſé le Danube. Mahomet perdit
50000 Hommes dans cette journée &
leva le Siége la nuit ſuivante , aprés
y avoir û un oeil crevé d'un coup de
Heche:Le brave Huniades mourut deux
jours aprés de ſes bleſſures.
Comme la défenſe& la conſervation
de cette Place fut attribuée à la valeur
& aux prières de Capiſtran envoyé par
le Pape en Hongrie , pour animet les
Peuples à prendre les armes contre les
Ennemis du Nom Chretien , les Penples
l'ûrent du depuis dans uneextré
me vénération ,le regardant comme
P'Ange exterminateur des Infidéles :
Auffi fut-ilbeatifié dans le 16º Siéele ,
par Leon X. & canoniſé par le Pape
Alexandre VII I. en 1690. Je dirai en
paſſant , que ce nouveau Saint eſt tellement
honoré à Vienne , que le 24 Juillet
de cette année , l'Imperatrice ſe
rendit avec les Archiduchefles à l'Es..
:
Eij
92 LE MERCURE
gliſe de Saint Jerôme des Peres Cordeliers
, où elle aſſiſta à la Neuvaine qui
s'y eſt faite en l'honneur de ce Bienheureux
Protecteur , pour demander
par ſon interceffion , la Bénédiction de
Dieu ſur les Armes Imperiales & un
heureux ſuccés du Siége de Belgrade .
Leurs Voeux onteſté exaucé.
Soliman I I. l'ayant affiegé en 1521,
durant les troubles dont la Hongrie
eſtoit agitée , l'emporta par la meſintelligence
des Chrêtiens : Les Turcs en
reſterent les Maîtres juſqu'en 1688 , que .
les Imperiaux le prirent ſous la conduite
de Maximilien Marie Electeur de
Baviere , qui commandoit pour lors
l'Armée de l'Empereur Leopold.
La Tranchée fut ouverte la nuit du
12 au 13 d'Aouſt. Le ſix du mois fuivant
, S. A. E. fit donner l'aſſlaut à neuf
heures du matin: Le combat dura jufqu'à
une heure après midi , avant que
les Chrêtiens puſſent ſe loger ſur la
hauteur de la bréche , ayant été repouffé
trois fois par les Infideles .
Après s'en être emparé au quatriéme
afſfaut , ils trouvérent encore un foffé
trés profond & revêtu. Cependant ,
ils furent tellement encouragé par
DE SEPTEMBRE. 53
of
en
de
de
15
1
l'exemple de l'Electeur qui y defcendit
des premiers, l'épée à la main, qu'ils
contraignirent les Ottomansà ſe ſauver
en confution dans le Château &
dans la Ville haute où ils les poursuivisen:
& entrérent pêle mêle avec eux.
Toute la Garniſon & tous les Habitans
furent paffe'au fil de l'épée, fans épargnerles
femmes ni lesenfans Lecarnage
dura juſqu à 5 heures da foir. Onne
fit quartier qu'à 1300 Turcs retirés far
le Donjon du Château , qui avoient
faitranger devant eux fur trois lignes,
tous les Chrêtiens Efclaves & les Prifonniers
qu'ils avoient fait durant le
Siége ; afinde ſe mettre à couvert de
la fureur des Vainqueurs & d'obtenir
quartier par leur moyen. Ils ſe jettérent
d'abord à terre en criant
miféricorde. L'Electeur leur donna ge
néreuſement la vie, l'ayant accordée
auparavant au Bachata l'Aga des
Janiflaires qu'il fit lui même Prifonniers.
Ce Prince fut bleſſé légérement
d'une pierre à ta joie & d'une fléche
à la main , pendant qu'il animoit les
Sodais à la Breche où il monta le
premier. Il y avoit dans la Place 7 à 8
-mille corps morts ; de forte que les En-
E iij
54 LE MERCURE
:
voyez de la Porte y étant arrivé ,
avant qu'on ût jetté ces Cadavres dans
leDanube, ils demeurerent conſternés
à ce ſpectacle affreux. Les Chrétiens
perdirent à cet Aflaut plus de 1500
hommes , avec pluſieurs braves Officiers&
un grand nombre de Volontaires
de Diſtinction. On trouva quantité
de Munitions , 70 Piéces de Canon &
pluſieurs Mortiers. Les Soldats s'y enrichirent
preſque tous , ayant découvert
en divers endroits les meilleurs effets
des Turcs & furtout,un Tréſor confidérable
qui appartenoit aux Juifs. Le
Comte Guy de Staremberg fut mis
dans la Place pour y commander.
En 1690 , Belgrade fut repris par
l'Armée du Grand Seigneur, commandéepar
leGrand Viſir qui inveſtit cette
Place le premier Octobre. La Garnifon
nombreuſe & compoſée de vieilles
Troupes Impériales , paroiſſoit diſpoſée
à une vigoureuſe deffenſe. Elle
étoit commandée en Chef par le Duc
Charles Eugéne de Croy Général de
Réputation , lequel nonobitant fon
grand âge , avoit û ordre de s'y jetter :
C'eſt ce qu'il exécuta le 8 Octobre .
Le même jour de ſon arrivée à quatre
DE SEPTEMBRE.
SS
SG
The
el
ont
100
ere
30
es
t
heures du foir , une Bombe des Turcs
étant tombée fortuitement ſur la
grande Tour , elle mit le feu aux poudres&
fit fauter cette Tour en l'air avec
une partie de la Courtine & les Canons
qui étoient deſſus ; ce qui fit une
bréche ſi ſpacieuſe que les Infidéles
pouvoienty entrer en Eſcadrons. Les
Troupes qui étoient au Corps de
Garde voiſin& celles qui les relevoient,
furent la plupart enfevelies ſous les
ruines.Plus de mille Soldats qui étoient
dans la Place d'Armes , furent tué ou
bleffé. Le Duc de Croy & le Comte
-d'Apremont ſe ſauvérent avec beaucoup
de riſque par les fenêtres dans
la ruë. Enſuite, quelque ſoin qu'on apportât
pour empêcher que lefeu nele
communiquất aux autres Magaſins de
poudre, ils furent embraze , & laurérent
de même que le premier .
L'Incendie eſtant devenue bientôt
générale & épouventable, le déſordre
augmenta encore ,parceque la fuméeestoit
fi épaiſſe que l'on ne pouvoit
plus ſe reconnoiſtre pour donner les
ordres néceſſaires , afin de s'oppofer
aux Ennemis : Ainfi, lesTurcs profitans
de la confuſion extréme dans laquelle
56
LE MERCURE
:
les Généraux , les Soldats &les Habitans
ſe trouvoient , entrerent fans aucune
oppofition, Toute la Garniſon
compoſée de plus de 6000 Hommes,
fut taillée enpiéces , excepté trois ou
400qui ſe ſauvérent dans des bateaux
ou à la nage avec le Duc de Croy , le
Comte d'Apremont , le Comte Archinto&
quelques autres Officiers qui ſe
retirerent àEffeck.
Cene Ville fut raſſiegée trois ans
aprés par l'Armée Impériale , ſous
le Commandement du mêine Duc de
Croy: On ouvrit la tranchée la nuit
dus; au 14d'Aouft ;& le 10 Septerabre
ſuivant , les Allemans , aprés
avoir à 8 ou 10000 Hommes de tués
ou de bleffés ,furent obligé de lever
Je Siège àl'approche de l'Armée Orto
mane forte de plus de 100000 Hommes.
Enfin, le Prince Eugene vient de vengerle
Sang Chrêtien par iine Victoire
complette qu'il a remportée le16 Aouſt
dernier& qui fut ſuivie le lendemain
de 14 Capitulation de cerempart des
Infideles.
DES ANCIENS SIEGES DE BELGRADE .
B
ELGRADE ou Albe-grecque ,
Ville de Servie , Capitale de la Ra
cie& non de la Hongrie , eſt bâtie ſur
le ſommet d'une Coline , au confluant
de la Save avec le Danube : Elle eſt la
réſidence d'un Sangiac . Cette Place
importante appartenoit aux Despottes
deServie , qui craignans de ne pouvoir
la conſerver contre la puiſſance formidable
des Ottomans , la vendirent à
l'infotuné Sigifmond Empereur & Roy
de Hongrie , qui n'oublia rien pour
la bien fortifier . Amurath II. Taf
fiegea inutilement en 1442 ; & quoique
avec des pieces de 100 livres de balles
il ûr fait une large brêche ,il fut obligé
de lever honteuſement le Siege avec
une perte trés conſidérable. Mahomet
II. fon fils s'en tira encore plus malheureuſement
; car, ayant affiegé cette Pla-
Septembre 1717.
E
:
So. LE MERCURE
<
ce en 1455 & couvert le Danube de
plus de 200 Voiles , le fameux Jean
Corvin Huniades , Vaivode de Tranfilvanie
& Gouverneur de la Hongrie ,
contraignit cette nombreuſe Flotte à fe
retirer , à laquelle Mahomet fit mettre
le feu ,craignant que les Chrêtiens en
la pourſuivant ne s'en faififfent. Malgré
cet Echec , ce Sultan battoit la Ville en
brêche & l'élargit fi fort, que les Troupes
qu'il envoya à l'affaut , entrerent
Lans preſque aucune réſiſtance dans la
Place où Huniades,s'eſtoit jetté. Lorfqu'il
parut à ce Grand Capitaine qu'il
eſtoit àpropos de lescharger ,le Gouverneur&
Jean de Capiſtran Cordelier'
àla tête d'une partie de laGarnifon.fon .
dirent fi bruſquement ſur les .Infidéles ,
qu'ils les taillérent en pieces. D'un au,
tre côté Huniades ayant couru à la Biêche,
repoulla & renverfa les Ennemis
qui s'efforçoient d'entier. Jean de Capiſtran
non content du premier avanta
ge , étant forti par une porte avec tous
les Soldats de la Garniſon & tous les
Habitans, maffacra tout ce qui ofa s'oppofer
à fon courage , s'empara de l'artil'erne
du Turc ,la fit tourner contre
les Musulmans & ſoutint avec une inDE
SEPTEMBRE 1
de
20
iile
;
ار
répidité qui tenoit du prodigem Monde
d'Ennemis qui vinrent fondre fur
luy. Il auroit cependant ſuccombé,malgré
le miracle, fi Huniades n'avoit fait
avancer la plus grande partie de l'Armée
Hongroiſe , qui par bonheur voloit
au ſecours de Belgrade & avoit déja
paſſé le Danube. Mahomet perdit
50000 Hommes dans cette journée &
leva le Siége la nuit ſuivante , aprés
y avoir û un oeil crevé d'un coup de
Heche:Le brave Huniades mourut deux
jours aprés de ſes bleſſures.
Comme la défenſe& la conſervation
de cette Place fut attribuée à la valeur
& aux prières de Capiſtran envoyé par
le Pape en Hongrie , pour animet les
Peuples à prendre les armes contre les
Ennemis du Nom Chretien , les Penples
l'ûrent du depuis dans uneextré
me vénération ,le regardant comme
P'Ange exterminateur des Infidéles :
Auffi fut-ilbeatifié dans le 16º Siéele ,
par Leon X. & canoniſé par le Pape
Alexandre VII I. en 1690. Je dirai en
paſſant , que ce nouveau Saint eſt tellement
honoré à Vienne , que le 24 Juillet
de cette année , l'Imperatrice ſe
rendit avec les Archiduchefles à l'Es..
:
Eij
92 LE MERCURE
gliſe de Saint Jerôme des Peres Cordeliers
, où elle aſſiſta à la Neuvaine qui
s'y eſt faite en l'honneur de ce Bienheureux
Protecteur , pour demander
par ſon interceffion , la Bénédiction de
Dieu ſur les Armes Imperiales & un
heureux ſuccés du Siége de Belgrade .
Leurs Voeux onteſté exaucé.
Soliman I I. l'ayant affiegé en 1521,
durant les troubles dont la Hongrie
eſtoit agitée , l'emporta par la meſintelligence
des Chrêtiens : Les Turcs en
reſterent les Maîtres juſqu'en 1688 , que .
les Imperiaux le prirent ſous la conduite
de Maximilien Marie Electeur de
Baviere , qui commandoit pour lors
l'Armée de l'Empereur Leopold.
La Tranchée fut ouverte la nuit du
12 au 13 d'Aouſt. Le ſix du mois fuivant
, S. A. E. fit donner l'aſſlaut à neuf
heures du matin: Le combat dura jufqu'à
une heure après midi , avant que
les Chrêtiens puſſent ſe loger ſur la
hauteur de la bréche , ayant été repouffé
trois fois par les Infideles .
Après s'en être emparé au quatriéme
afſfaut , ils trouvérent encore un foffé
trés profond & revêtu. Cependant ,
ils furent tellement encouragé par
DE SEPTEMBRE. 53
of
en
de
de
15
1
l'exemple de l'Electeur qui y defcendit
des premiers, l'épée à la main, qu'ils
contraignirent les Ottomansà ſe ſauver
en confution dans le Château &
dans la Ville haute où ils les poursuivisen:
& entrérent pêle mêle avec eux.
Toute la Garniſon & tous les Habitans
furent paffe'au fil de l'épée, fans épargnerles
femmes ni lesenfans Lecarnage
dura juſqu à 5 heures da foir. Onne
fit quartier qu'à 1300 Turcs retirés far
le Donjon du Château , qui avoient
faitranger devant eux fur trois lignes,
tous les Chrêtiens Efclaves & les Prifonniers
qu'ils avoient fait durant le
Siége ; afinde ſe mettre à couvert de
la fureur des Vainqueurs & d'obtenir
quartier par leur moyen. Ils ſe jettérent
d'abord à terre en criant
miféricorde. L'Electeur leur donna ge
néreuſement la vie, l'ayant accordée
auparavant au Bachata l'Aga des
Janiflaires qu'il fit lui même Prifonniers.
Ce Prince fut bleſſé légérement
d'une pierre à ta joie & d'une fléche
à la main , pendant qu'il animoit les
Sodais à la Breche où il monta le
premier. Il y avoit dans la Place 7 à 8
-mille corps morts ; de forte que les En-
E iij
54 LE MERCURE
:
voyez de la Porte y étant arrivé ,
avant qu'on ût jetté ces Cadavres dans
leDanube, ils demeurerent conſternés
à ce ſpectacle affreux. Les Chrétiens
perdirent à cet Aflaut plus de 1500
hommes , avec pluſieurs braves Officiers&
un grand nombre de Volontaires
de Diſtinction. On trouva quantité
de Munitions , 70 Piéces de Canon &
pluſieurs Mortiers. Les Soldats s'y enrichirent
preſque tous , ayant découvert
en divers endroits les meilleurs effets
des Turcs & furtout,un Tréſor confidérable
qui appartenoit aux Juifs. Le
Comte Guy de Staremberg fut mis
dans la Place pour y commander.
En 1690 , Belgrade fut repris par
l'Armée du Grand Seigneur, commandéepar
leGrand Viſir qui inveſtit cette
Place le premier Octobre. La Garnifon
nombreuſe & compoſée de vieilles
Troupes Impériales , paroiſſoit diſpoſée
à une vigoureuſe deffenſe. Elle
étoit commandée en Chef par le Duc
Charles Eugéne de Croy Général de
Réputation , lequel nonobitant fon
grand âge , avoit û ordre de s'y jetter :
C'eſt ce qu'il exécuta le 8 Octobre .
Le même jour de ſon arrivée à quatre
DE SEPTEMBRE.
SS
SG
The
el
ont
100
ere
30
es
t
heures du foir , une Bombe des Turcs
étant tombée fortuitement ſur la
grande Tour , elle mit le feu aux poudres&
fit fauter cette Tour en l'air avec
une partie de la Courtine & les Canons
qui étoient deſſus ; ce qui fit une
bréche ſi ſpacieuſe que les Infidéles
pouvoienty entrer en Eſcadrons. Les
Troupes qui étoient au Corps de
Garde voiſin& celles qui les relevoient,
furent la plupart enfevelies ſous les
ruines.Plus de mille Soldats qui étoient
dans la Place d'Armes , furent tué ou
bleffé. Le Duc de Croy & le Comte
-d'Apremont ſe ſauvérent avec beaucoup
de riſque par les fenêtres dans
la ruë. Enſuite, quelque ſoin qu'on apportât
pour empêcher que lefeu nele
communiquất aux autres Magaſins de
poudre, ils furent embraze , & laurérent
de même que le premier .
L'Incendie eſtant devenue bientôt
générale & épouventable, le déſordre
augmenta encore ,parceque la fuméeestoit
fi épaiſſe que l'on ne pouvoit
plus ſe reconnoiſtre pour donner les
ordres néceſſaires , afin de s'oppofer
aux Ennemis : Ainfi, lesTurcs profitans
de la confuſion extréme dans laquelle
56
LE MERCURE
:
les Généraux , les Soldats &les Habitans
ſe trouvoient , entrerent fans aucune
oppofition, Toute la Garniſon
compoſée de plus de 6000 Hommes,
fut taillée enpiéces , excepté trois ou
400qui ſe ſauvérent dans des bateaux
ou à la nage avec le Duc de Croy , le
Comte d'Apremont , le Comte Archinto&
quelques autres Officiers qui ſe
retirerent àEffeck.
Cene Ville fut raſſiegée trois ans
aprés par l'Armée Impériale , ſous
le Commandement du mêine Duc de
Croy: On ouvrit la tranchée la nuit
dus; au 14d'Aouft ;& le 10 Septerabre
ſuivant , les Allemans , aprés
avoir à 8 ou 10000 Hommes de tués
ou de bleffés ,furent obligé de lever
Je Siège àl'approche de l'Armée Orto
mane forte de plus de 100000 Hommes.
Enfin, le Prince Eugene vient de vengerle
Sang Chrêtien par iine Victoire
complette qu'il a remportée le16 Aouſt
dernier& qui fut ſuivie le lendemain
de 14 Capitulation de cerempart des
Infideles.
Fermer
5185
p. 57-62
Suite du Journal de Hongrie. [titre d'après la table]
Début :
Aprés ce préliminaire Historique, il est de nôtre devoir de reprendre / Dans la Palanque qui fut enlevée le 4. du même mois, [...]
Mots clefs :
Canons, Déserteurs, Cavalier, Turcs, Prince, Ennemis, Conseil, Grand vizir, Bataillons, Attaques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Hongrie. [titre d'après la table]
Aprés ce préliminaire Historique ,
il eft de nôtre devoir de reprendre laſuite
du Journal de Hongrie que nous avons
poussé jusqu'an 6. d'Asujt,
Ans la
DA
Palanque qui fut enlevée
4. du même mois, il ne s'y trouva
point de Canon,parce qu'un de nos
Déſerteurs avoit averti les Turcs qu'on
attaqueroit cet ouvrage le lendemain ;
ce qui avoit fait qu'ils en avoient enlevé
12. piéces : Mais , l'avantage le
plus confiderable , c'eſt que l'on n'y a
pasperduunſeul homme : On y a conſtruit
une Redoute & l'ony a élevé un
Cavalier pour placer 30. Mortiers &
24. Canons , pour mettre la haute Ville
dans le même état que le Chateau
& la bafle Ville . On voit ſouvent des
fignaux de fuſées qui marquent que la
Place manque de beaucoup de choſes.
LesTurcs ontune Batterie au dehors
vis-à -vis le centre de nos rétranchemens
, qui nous maltraite fort & tue
beaucoup d'hommes & de Chevaux .
Le Prince Eugene ſe laſſant de voir
qu'ils n'entreprenoient rien,leur a don5.8
LE MERCURE
د
né un coup d'éperon : Il commanda le
5. le Comte de Beuve Général d'Infanterie
, avec 8. Bataillons , 10. Compagnies
de Grenadiers soo. Carabiniers
& 1500. Chevaux , pour occuper
les hauteurs vis- à- vis de l'ouvrage à
corne,&leur ôter la communication des
Fauxbourgs & des Jardins qui s'étendent
depuis la Save juſqu'au Danube :
Ce qui ayant été exécuté , on a tiré
une parallele de la Save au Danube ,
pour foutenir nos Travailleurs & empêcher
les ſorties de l'Ennemi : C'eſt
dans ce travail que M. le Comte d'Fftrades
a û la jambe emportée &unPage
de Male Prince de Dombes,le pied.Le
Prince Emanuel de Savoye a été forcé
de ſe retirer à Petervaradin étaut
tombé de cheval : On avoit négligé
fa chute qui lui a caufé divers accidents
, entre autres , un crachement de
fang & la fievre. La bréche du côté de
la Save eſt fi grande, qu'il y a plus de 6.
jours que l'on auroit pû y pafler à cheval,
cependant l'on ne ſe preſſe point
des'y préſenter. Le Chevalier de l'Aigle
, François , y eſt mortde maladie.
Le 6. les Turcs continuent de ca-
1
DE SEPTEMBRE.
59
C
300
a
soner avec furie la droite de notre
Camp , fans cependant y caufer
beaucoup de defor ires, depuis fur tour
qu'on a fait des Epaulemens & que
les Troupes ſe ſont raprochées des rétranchemens
. L'on a tranſporté leQiartier
général à l'aile gauche où il eſt
plus en fûreté.
Le 7. on ût avis que les Janniſſaires
s'étoient foulevé de nouveau dans la
place , & avoient declaré que file G.
Vizir n'attaquoit pas l'Armée Chrêtienne
inceſſamment , ils prendroient
le parti de capituler. On ſe rendit
maître la nuitdu 7. au 8. d'une Mofquée
, entre le Camp & la Ville , où
on a élevé des batteries.
Le 8. un Chiaoux fait prifonier par
unde nos Partis , aſſura que le G. Vi .
zir avoir arrêté dans un Conſeil , d'attaquer
nos rétranchemens avec toutes
fes forces,ayant pour cet effet un nombre
prodigieux de fafcines.
Le 9. l'Ennemi ayant occupé une
Eminence qui n'est qu'à une portée de
Canon de la Save , y dreffa une nonvelle
batterie , afin de canoner p'us forrement
la partie du Camp de nôtre alle
droite.
60 LE MERCURE
Le 10. on perfectionna la communication
de la Moſquée dont nous nous
étions emparé juſqu'à la Redoute ſituée
derriere.
2
Le 11. au ſoir 5. Bataillons , 6. Compagnies
de Grenadiers foutenus de 350 .
Chevaux avec quelques piéces de Canon,
ſous les ordres du Général Comte
de Merci & du Prince de Lobcowitz ,
avant à leurtête le Colonel Neubergh ,
affaillirent le fort de l'ifle du petit Donawitz
vis- à-vis la fortereſſe: L'Infanterie
força en moins de 2 heures les 2.Redoutes
ſituées à la droite & à lagauche
de l'embouchure de cette Riviere , &
Ja Cavalerie de ſon côté , ayant mis
pied à terre enbottes& en cuiraffes
emporta un ouvrage à Etoile dans le
milieu. I.es Infideles au nombre de plus
de 2000.hommes,furent contraints de
gagner avec la derniere précipitation ,
leurs fregattes&leurs Saicques : Onen
tua ou pouſſa plus de 600 , dans le
Danube , l'on fit 60. Priſoniers & l'on
s'empara d'une Frégatte de 10. piéces
de Canon. Nous n'avors eu dans
cette action qu'un Lieutenant tié , &
environ 60. Soldats morts oub'effes.
Armée des Infideles fut renforcée ce
jour
DE SEPTEMBRE σε
M
Snos
Lirure
Con
eg
e
0
D
Re
1
1
-
jour là d'un Corps de 26000. Tartares
que le Cham y amena. Le Comte de
Régal mourut le matin de ſes bleſſures
à Semlim.
Le 12. on prit un Ingénieur des Tures
qui meſuroit nos lignes :Par fon raport
&celui de tous les Déſerteurs,le Grand
Vizir est tout à fait déterminé à attaquer
au premierjour nos lignes : Nous
pourons peut-être le prévenir , toutes
nos Troupes aimants encore mieux
marcher à l'Ennemi que de l'attendre
&d'être expoſées ſans rélache à la brutalité
de leur Canon dont les Batteries
augmentent de jour à autue.
Le 13. on a commencé d'attaquer
de nouveau la fortereffe & nous avons
pris poſte dans le Fauxbourg , afin d'être
plus à portée de la bame.
Le 14. une de nos Bombes étant
tombée à 6. heures du matin fur un
Magazin de Poudre , de Bombes
& de Grenades qui étoient dans
le Château , l'effet en fat fi terrible ,
que tout fauta en l'air , pulvérifa trois
Moſquées & acheva d'anéantir , pour
ainſi dire , le reſte de la baſſe Ville ,
écraſa on enleva plus de trois mille
Septembre 1717 .
F
62 LE MERCURE
Turcs & renverſa une partie de lamu
raille : Trois heures aprés cet effrayant
ſpectacle , l'Armée Ottomane ayant
fait une décharge générale de toute
ſon Artillerie &s'étant avancée juſqu'à
la portée du fufil , de nos lignes , nous
crûmes que l'affaire alloit s'engager ;
mais lear Armée ſe contenta fur le foir
d'y prendre pofte .
Lers. le feu continuel de leurs Batteries
de Canon & de Mortiers défefpera
fi fort nos Troupes , qu'elles
demandérent unaniment avec inſtance
de fortir des lignes , pour attaquer les
Infideles dans leurs retranchemens . Le
Prince Eugene profitant engrandGé
néral de cette diſpoſition des eſprits ,
fit affembler le Conſeil où il fut reſolu
que le lendemain à la pointe du jour ,
on marcheroit à l'Ennemi .
il eft de nôtre devoir de reprendre laſuite
du Journal de Hongrie que nous avons
poussé jusqu'an 6. d'Asujt,
Ans la
DA
Palanque qui fut enlevée
4. du même mois, il ne s'y trouva
point de Canon,parce qu'un de nos
Déſerteurs avoit averti les Turcs qu'on
attaqueroit cet ouvrage le lendemain ;
ce qui avoit fait qu'ils en avoient enlevé
12. piéces : Mais , l'avantage le
plus confiderable , c'eſt que l'on n'y a
pasperduunſeul homme : On y a conſtruit
une Redoute & l'ony a élevé un
Cavalier pour placer 30. Mortiers &
24. Canons , pour mettre la haute Ville
dans le même état que le Chateau
& la bafle Ville . On voit ſouvent des
fignaux de fuſées qui marquent que la
Place manque de beaucoup de choſes.
LesTurcs ontune Batterie au dehors
vis-à -vis le centre de nos rétranchemens
, qui nous maltraite fort & tue
beaucoup d'hommes & de Chevaux .
Le Prince Eugene ſe laſſant de voir
qu'ils n'entreprenoient rien,leur a don5.8
LE MERCURE
د
né un coup d'éperon : Il commanda le
5. le Comte de Beuve Général d'Infanterie
, avec 8. Bataillons , 10. Compagnies
de Grenadiers soo. Carabiniers
& 1500. Chevaux , pour occuper
les hauteurs vis- à- vis de l'ouvrage à
corne,&leur ôter la communication des
Fauxbourgs & des Jardins qui s'étendent
depuis la Save juſqu'au Danube :
Ce qui ayant été exécuté , on a tiré
une parallele de la Save au Danube ,
pour foutenir nos Travailleurs & empêcher
les ſorties de l'Ennemi : C'eſt
dans ce travail que M. le Comte d'Fftrades
a û la jambe emportée &unPage
de Male Prince de Dombes,le pied.Le
Prince Emanuel de Savoye a été forcé
de ſe retirer à Petervaradin étaut
tombé de cheval : On avoit négligé
fa chute qui lui a caufé divers accidents
, entre autres , un crachement de
fang & la fievre. La bréche du côté de
la Save eſt fi grande, qu'il y a plus de 6.
jours que l'on auroit pû y pafler à cheval,
cependant l'on ne ſe preſſe point
des'y préſenter. Le Chevalier de l'Aigle
, François , y eſt mortde maladie.
Le 6. les Turcs continuent de ca-
1
DE SEPTEMBRE.
59
C
300
a
soner avec furie la droite de notre
Camp , fans cependant y caufer
beaucoup de defor ires, depuis fur tour
qu'on a fait des Epaulemens & que
les Troupes ſe ſont raprochées des rétranchemens
. L'on a tranſporté leQiartier
général à l'aile gauche où il eſt
plus en fûreté.
Le 7. on ût avis que les Janniſſaires
s'étoient foulevé de nouveau dans la
place , & avoient declaré que file G.
Vizir n'attaquoit pas l'Armée Chrêtienne
inceſſamment , ils prendroient
le parti de capituler. On ſe rendit
maître la nuitdu 7. au 8. d'une Mofquée
, entre le Camp & la Ville , où
on a élevé des batteries.
Le 8. un Chiaoux fait prifonier par
unde nos Partis , aſſura que le G. Vi .
zir avoir arrêté dans un Conſeil , d'attaquer
nos rétranchemens avec toutes
fes forces,ayant pour cet effet un nombre
prodigieux de fafcines.
Le 9. l'Ennemi ayant occupé une
Eminence qui n'est qu'à une portée de
Canon de la Save , y dreffa une nonvelle
batterie , afin de canoner p'us forrement
la partie du Camp de nôtre alle
droite.
60 LE MERCURE
Le 10. on perfectionna la communication
de la Moſquée dont nous nous
étions emparé juſqu'à la Redoute ſituée
derriere.
2
Le 11. au ſoir 5. Bataillons , 6. Compagnies
de Grenadiers foutenus de 350 .
Chevaux avec quelques piéces de Canon,
ſous les ordres du Général Comte
de Merci & du Prince de Lobcowitz ,
avant à leurtête le Colonel Neubergh ,
affaillirent le fort de l'ifle du petit Donawitz
vis- à-vis la fortereſſe: L'Infanterie
força en moins de 2 heures les 2.Redoutes
ſituées à la droite & à lagauche
de l'embouchure de cette Riviere , &
Ja Cavalerie de ſon côté , ayant mis
pied à terre enbottes& en cuiraffes
emporta un ouvrage à Etoile dans le
milieu. I.es Infideles au nombre de plus
de 2000.hommes,furent contraints de
gagner avec la derniere précipitation ,
leurs fregattes&leurs Saicques : Onen
tua ou pouſſa plus de 600 , dans le
Danube , l'on fit 60. Priſoniers & l'on
s'empara d'une Frégatte de 10. piéces
de Canon. Nous n'avors eu dans
cette action qu'un Lieutenant tié , &
environ 60. Soldats morts oub'effes.
Armée des Infideles fut renforcée ce
jour
DE SEPTEMBRE σε
M
Snos
Lirure
Con
eg
e
0
D
Re
1
1
-
jour là d'un Corps de 26000. Tartares
que le Cham y amena. Le Comte de
Régal mourut le matin de ſes bleſſures
à Semlim.
Le 12. on prit un Ingénieur des Tures
qui meſuroit nos lignes :Par fon raport
&celui de tous les Déſerteurs,le Grand
Vizir est tout à fait déterminé à attaquer
au premierjour nos lignes : Nous
pourons peut-être le prévenir , toutes
nos Troupes aimants encore mieux
marcher à l'Ennemi que de l'attendre
&d'être expoſées ſans rélache à la brutalité
de leur Canon dont les Batteries
augmentent de jour à autue.
Le 13. on a commencé d'attaquer
de nouveau la fortereffe & nous avons
pris poſte dans le Fauxbourg , afin d'être
plus à portée de la bame.
Le 14. une de nos Bombes étant
tombée à 6. heures du matin fur un
Magazin de Poudre , de Bombes
& de Grenades qui étoient dans
le Château , l'effet en fat fi terrible ,
que tout fauta en l'air , pulvérifa trois
Moſquées & acheva d'anéantir , pour
ainſi dire , le reſte de la baſſe Ville ,
écraſa on enleva plus de trois mille
Septembre 1717 .
F
62 LE MERCURE
Turcs & renverſa une partie de lamu
raille : Trois heures aprés cet effrayant
ſpectacle , l'Armée Ottomane ayant
fait une décharge générale de toute
ſon Artillerie &s'étant avancée juſqu'à
la portée du fufil , de nos lignes , nous
crûmes que l'affaire alloit s'engager ;
mais lear Armée ſe contenta fur le foir
d'y prendre pofte .
Lers. le feu continuel de leurs Batteries
de Canon & de Mortiers défefpera
fi fort nos Troupes , qu'elles
demandérent unaniment avec inſtance
de fortir des lignes , pour attaquer les
Infideles dans leurs retranchemens . Le
Prince Eugene profitant engrandGé
néral de cette diſpoſition des eſprits ,
fit affembler le Conſeil où il fut reſolu
que le lendemain à la pointe du jour ,
on marcheroit à l'Ennemi .
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5186
p. 62-65
A Venise le 25 Aoust 1717.
Début :
Les Lettres que l'on a reçûës ici cette semaine du Capitaine [...]
Mots clefs :
Capitaine Pisani, Flotte, Victoire, Turcs, Canons, Barbares, Armée, Combats, Galère, Blessés et morts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Venise le 25 Aoust 1717.
A Venise le 25 Aoust 1717.
ES Lettres que l'on a reçûës ici
cette ſemaine du Capitaine Piſani, (
dattées du 8 Aouſt , détruiſent non ſeulement
la prétenduë Victoire rempor-
১১
(
DE SEPTEMBRE . 63
ero
let, les Infidéles étant
elas tée ſur la Flotte des Turcs par celle
trades Vénitiens jointe aux Vaiſſeaux auxiliaires
; mais donnent au contraire du
defavantage à la Flote conféderée. Elles
portent en ſubſtance que le 19 Juilvenu
attaquer à
fept heures dumatin les Chrêtiens,avec
beaucoup d'audace dans le petit Golphe
qui eſt entre le Cap Matapan &
& l'Ile de Cérigo , on s'eſtoit battu de
part & d'autre avec beaucoup d'opiniâtreté
juſqu'à cinq heures du ſoir :
Que les Barbares s'étoient furtout atra--
chés aux Galéres qu'ils avoient fort
maltraitées , principalement la Batarde
fur laquelle eitoit le Capitaine Général,
dont la Poupe & la Proue avoient
e preſque eſté raſées par le Canon des
Ennemis qui avoient tué & bleſſe
beaucoup de monde deſſus. Ilseſtoient
même ſur le point de s'en rendre les
Maîtres , lorſque M. de Bellefontaine
Général de l'Armée Auxiliaire s'eſtant
apperçû du peril qu'elle couroit , étoit
forti de ſa Ligne avec ſon Vaiſſeau , l'avoit
couverte & miſe en état de ſe retirer
: Ce mouvement ne pût ſe faire ſans
caufer quelque défordre dans le cordon
de l'Armée Vénitienne . Les Tures you-
15
Fij
64 LE MERCURE
lant en profiter , l'inveſtirent & l'enfermerent
de maniere qu'ils la pouffoient
& la preſſoient vivement contre
terre en Morée : Ils coulérent même à
fond la Marguerite petit Vaiſſeau & le
Lion triomphant , & enlevérent quelques
Bâtimens de charge. Dans le
tems qu'il n'y avoit preſque plus de refource
pour ſe dégager d'un ſi mauvais
pas , il s'éleva tout à coup un vent fi
favorable que la Flote ſe fit paſſage à
travers les Ennemis & regarda comme
une Victoire , le moyen de s'eſtre ouvert
une route pour pouvoir ſe ſauver.
Comme les Vailleaux & les Galéres
ne faiſoient plus corps & qu'ils ne
pouvoient retourner conjointement de
conferve au Zante, lieu du Rendez-vous
- général , on jugea à propos de ſe ſéparer
& de chercher quelque retraite . Les
Vaiſſeaux ſe refugierent à Malthe & à
Mefline , aprés avoir eſté fort endommagés
& la plupart démâtez : LesGaléres
n'ayant pû arriver au Cap-Groffe
pour y faire de l'Eau , le Général Pifani
qui les commandoit , leur en fit prendre
à l'Ifle de Cérigo où il ne resta que
trés peu de tems , ſur l'avis qu'il ût
que quelques Galeres & Galiotes Tur
DE SEPTEMBRE.
65
CO
êm
au&
ans
der
en
ques s'étoient poſtées derriere cette
& It Ifle pour l'y furprendre au paffage. Cea
pula le fit réfoudre de naviger du côté de
Ja Barbarie ; mais eſtant arrivé à la hauteur
de l'ifle de Candie, il s'éleva ſubirement
un vent orageux qui fit coutrir
de nouveaux riſques à ſa Flote , ce
qui l'obligea de relâcher au Cap de
Spartivento . Enfin , aprés bien des fatigues,
il a û le bonheur de regagner Zan
te avec la plupartdes Galéres , ne ſcachant
pas encore ce que les autres
ètoient devenuës . Le Prieur Feretti
Commandant des Galeres du Pape , a
ramené quatre jours aprés le combar, fa
Galére ſur les Côtes de Calabre . On
compte plus de 2000 Morts de nôtre
côté ſans les bleſſez. Toutes les Lettres
font honorable mentionde M. de
Bellefontaine François : Il montoit là
Capitane Portugaiſe qui a tiré 2300
coups de Canon : L'Armée ſubtile luy
doit fon falut.
ES Lettres que l'on a reçûës ici
cette ſemaine du Capitaine Piſani, (
dattées du 8 Aouſt , détruiſent non ſeulement
la prétenduë Victoire rempor-
১১
(
DE SEPTEMBRE . 63
ero
let, les Infidéles étant
elas tée ſur la Flotte des Turcs par celle
trades Vénitiens jointe aux Vaiſſeaux auxiliaires
; mais donnent au contraire du
defavantage à la Flote conféderée. Elles
portent en ſubſtance que le 19 Juilvenu
attaquer à
fept heures dumatin les Chrêtiens,avec
beaucoup d'audace dans le petit Golphe
qui eſt entre le Cap Matapan &
& l'Ile de Cérigo , on s'eſtoit battu de
part & d'autre avec beaucoup d'opiniâtreté
juſqu'à cinq heures du ſoir :
Que les Barbares s'étoient furtout atra--
chés aux Galéres qu'ils avoient fort
maltraitées , principalement la Batarde
fur laquelle eitoit le Capitaine Général,
dont la Poupe & la Proue avoient
e preſque eſté raſées par le Canon des
Ennemis qui avoient tué & bleſſe
beaucoup de monde deſſus. Ilseſtoient
même ſur le point de s'en rendre les
Maîtres , lorſque M. de Bellefontaine
Général de l'Armée Auxiliaire s'eſtant
apperçû du peril qu'elle couroit , étoit
forti de ſa Ligne avec ſon Vaiſſeau , l'avoit
couverte & miſe en état de ſe retirer
: Ce mouvement ne pût ſe faire ſans
caufer quelque défordre dans le cordon
de l'Armée Vénitienne . Les Tures you-
15
Fij
64 LE MERCURE
lant en profiter , l'inveſtirent & l'enfermerent
de maniere qu'ils la pouffoient
& la preſſoient vivement contre
terre en Morée : Ils coulérent même à
fond la Marguerite petit Vaiſſeau & le
Lion triomphant , & enlevérent quelques
Bâtimens de charge. Dans le
tems qu'il n'y avoit preſque plus de refource
pour ſe dégager d'un ſi mauvais
pas , il s'éleva tout à coup un vent fi
favorable que la Flote ſe fit paſſage à
travers les Ennemis & regarda comme
une Victoire , le moyen de s'eſtre ouvert
une route pour pouvoir ſe ſauver.
Comme les Vailleaux & les Galéres
ne faiſoient plus corps & qu'ils ne
pouvoient retourner conjointement de
conferve au Zante, lieu du Rendez-vous
- général , on jugea à propos de ſe ſéparer
& de chercher quelque retraite . Les
Vaiſſeaux ſe refugierent à Malthe & à
Mefline , aprés avoir eſté fort endommagés
& la plupart démâtez : LesGaléres
n'ayant pû arriver au Cap-Groffe
pour y faire de l'Eau , le Général Pifani
qui les commandoit , leur en fit prendre
à l'Ifle de Cérigo où il ne resta que
trés peu de tems , ſur l'avis qu'il ût
que quelques Galeres & Galiotes Tur
DE SEPTEMBRE.
65
CO
êm
au&
ans
der
en
ques s'étoient poſtées derriere cette
& It Ifle pour l'y furprendre au paffage. Cea
pula le fit réfoudre de naviger du côté de
Ja Barbarie ; mais eſtant arrivé à la hauteur
de l'ifle de Candie, il s'éleva ſubirement
un vent orageux qui fit coutrir
de nouveaux riſques à ſa Flote , ce
qui l'obligea de relâcher au Cap de
Spartivento . Enfin , aprés bien des fatigues,
il a û le bonheur de regagner Zan
te avec la plupartdes Galéres , ne ſcachant
pas encore ce que les autres
ètoient devenuës . Le Prieur Feretti
Commandant des Galeres du Pape , a
ramené quatre jours aprés le combar, fa
Galére ſur les Côtes de Calabre . On
compte plus de 2000 Morts de nôtre
côté ſans les bleſſez. Toutes les Lettres
font honorable mentionde M. de
Bellefontaine François : Il montoit là
Capitane Portugaiſe qui a tiré 2300
coups de Canon : L'Armée ſubtile luy
doit fon falut.
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5187
p. 65-71
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le 28 Aoust M. le Duc de Noailles Président du Conseil [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Conseil, Régence, Duc, Abbesse, Palais royal, Décès, Missions, Louis XIV, Charges, Serment de fidélité, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
E 28 AouftM. leDuc de Noailles
Préſident du Conſeil des Finances,
ayantmandé les quatre plus anciens deg
Fiij
66
LE MERCURE
dix Huiffiers de la Chaîne , leur remir
par ordre de S. M. dix nouvelles Médailles
d'or, ditesde la Régence,frapées
d'un côté au coin du Roy & de l'autre
à celui de Marle Duc Regent, pour les
fubftituer à cellesde Loüis XIV. Ils les
porteront dans les fonctions de leurs
charges au bout de leurs Chaînes d'or..
M. le Duc de Luynes a achetté avec
permiſſion de la Cour , le Regiment de
Fléche qui eſt un des plus anciens Regimens
qui ait été levé par des Gentils-
hommes..
Madame de Bellefont Abbeffe de:
Montmartre , étant morte la nuit du 29
auzo du mois paffé , aprés une longue
maladie , les Religieuſes firent ſupplier.
avec inſtance. Madame la Ducheffe
d'Orleans de leur accorder Mademoifelle,
pour ſuccéder à la place de la
deffunte.L'invitation en ayant été faite
àMademoiselle ,elle les remercia par
cette réponſe toute Chrêtienne , qu'il
falloit qu'elle apprit à obéir avant que
de commander. Sur ce refus , Madame
deMontpipeau de la Roche-Ouart,
Grande Prieure de Fontévraud xa été
choifie pour occuper cette place.
Le 30. ily ût une députation au PalaisRoyal
, de 17. tant Préſidents que
DE SEPTEMBRE .
He
Conſeillers du Parlement, à la tête des
lesquels étoit M.le premier Préſident,pour
ffaire leurs remontrances trés-humbles
Jesd
SGE
au ſujet de quelques Edits d'arangement
des finances :Avant que de les enrégiſtrer,
M. le premier Préſident fit à
S. A. R. un difcours trés court
trés- reſpectueux.
&
Le ſieur de Cantorby Chef de Go
belet , mourut le même jour d'apoplexie
âgé de 80. ans : Il avoit û l'honneur
de ſervirleRoy deux jours auparavant.
Il eſt parti pluſieurs Prêtres da
Séminaire Etranger , pour aller faire
des Miſſions en Ruſſie avec la permiſſion
du Czar . M. le Fort Agent de
ce Monarque continue d'engager des
Ouvriers de toute forte de profeſions
& de métiers , pour les faire paſſer à
Pétersbourg. Il en part de temps àautre
qui emmenent leurs femmes & leurs
enfans pour ce Païs là.
.
On amême reçu des Lettres de Fins
lande , par leſquelles on a appris
qu'un Batimentparti du Havre de Gra
ce , ily a environ 5. ſemaines, en avoit
débarqué à Pétersbourg plus de soo
de l'un & de l'autre ſexe : Ce Vaiſſeau
n'a mis que s. jours &6. nuits pour fai
68 LE MERCURE
re le trajet qui eſt de 850. lieues.
Le . de ce mois , on célebra dans
P'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint
Denis , l'Anniverſaire pour le repos de
l'Ame de feu Louis XIV. auquel M.
l'Evêque de Montauban officia . Mst le
Duedu Maine , le Comte d'Eu , plufieurs
Seigneurs & principaux Officiers
du Roy , afſſiſterent à cette Cérémonie
, de même que M. le Cardinal
de Polignac & beaucoup de Prelats :
Ces derniers prétendoient avoir desCaraux
, mais , on leur en refuſa & ils en
ont porté leurs plaintes.
こ
Le 3. M. le Prince de Chalais a oba
renu la permiſſion de Mst le Duc d'Orleans
de s'en retourner en Eſpagne.
a
Le 4. M. de Clermont Saint Aignan
Colonel du Regiment d'Auvergne ,
été gratifié de la Charge de premier
Gentil-homme de la Chambre de Mgr
le Prince de Conti , dont étoit revetu
M. de Meuſe.
Madame Ducheſſe de Berry étanet
revenuë de la Meutteici le ; ; leDimanches
du même mois,cette Princeſſe tint
roilette à midi , à laquelle ſe trouvérent
Meſdames les Ducheſſes de S. Simon ,
de Lauſun,Me la Princeſſe de Montau-
2
2
DE SEPTEMBRE 69
eS
0
Ce
ch
ban & pluſieurs autres Dames , de
même que Miles Ambaſladeurs & Miniſtres
Etrangers & quantité de Seigneurs
de la Cour Madame la Marquiſe
de Mouchi , à la fin de la toilette
, prêta ferment de fidelité pour la
Charge d'une ſeconde Dame d'atours ,
& M. le Comte de Rions prêta
auffi ferment de fidelité pour une
feconde Charge de premier Ecuyer , &
cela, en préſencede tous les Seigneurs &
Dames de la Cour : Cette Cérémonie
étant finie , cette Princeſſe alla entendre
la Meſſe dans ſa Chapelle. Au
retour elle trouva un grand cercle de
Dames & de Seigneurs :Meffieurs les
Ducs de la Force & de Laufſun étoient
du nombre , Madame la Marquiſe de
Laval qui avoit été nommée Dame du
Palais , y parut pour la premiere fois.
Madame la Marquiſe de Braſſac vient
auſſi d'être nommée une des Dames du
Palais de cette Princeffle : La premiere
eſt ſoeur de M.le Chevalierd Hautefort
premier Ecuyer,& Epouſe du Marquis
de Lavaldu nom de Montmorenci ; la
feconde eſt Fille de feuM.le Marêchal
de Tourville,Epouſe de M. le Marquis
deBraſſac du nom de Gallard origi
10
LE MERCURE
naire du Querci : M. le Chevalier de
Courtemer a été fait Lieutenant de la
la Compagnie des Gardes , à la place
de M. le Comte de Rions : M. le Chevalier
de Sabran a été fait Enſeigne &
M. le Chevalier de Braſſac ,Exempt de
la même Compagnie.
Les Commiſſaires du Parlement
nommés pour l'examen du fameux Edit
qui doit bientôt paroître , ont fini
leur travail , & le Parlement a enregiſtré
les Articles conteſtés ſur leſquels
il avoit fait au Roy ſes remontrances.
Le6. les Lettres de Meaux portent
que le 4. Septembre,la Compagnie de
Saint Quentin remporta le 1. Ponton
par un coup joignant la broche , celle
de Crecy gagna le ſecond par un coup
de broche en plain , ce qui lui fit adjuger
le 15. prix. La Compagnie de Chalons
fur Marne ût le troiſieme Ponton
par un coup debroche ,&celle de
Reims approcha de plus prés le quatriémePonton
: Les Chevaliers qui ont
gagné des prix juſqu'au 4de ce mois,
font M. Pierre Girard Grand-Jean Scigneur
de l'Eſpine , Préſident , Lieutemant
Général de la Ville , Bailliage &-
:
:
i
-
i
:
(
DE SEPTEMBRE . 77
Lec
Châtellenie de Crecy en Brie , Capietaine
du Noble Jeu de l'Arquebufe dudit
Crecy , & Maître Jean François
24 Greffier en Chef des Eaux & Forets ,
Chevalier de l'Arquebuſe de la même
Ville : Comme ce dernier a fait le premier
coup de broche , il a gagnéune
épée enrichie de diamants avec un
un grand baffin d'argent : Deplus, M.
le Prince de Soubiſe Gouverneur de
la Province , lui a fait préſent d'une
montre d'or éſtimée 7. à 800. livres .
Les Tireurs ont donné 22. liv.
pour tirer chacun 2. coups.
E 28 AouftM. leDuc de Noailles
Préſident du Conſeil des Finances,
ayantmandé les quatre plus anciens deg
Fiij
66
LE MERCURE
dix Huiffiers de la Chaîne , leur remir
par ordre de S. M. dix nouvelles Médailles
d'or, ditesde la Régence,frapées
d'un côté au coin du Roy & de l'autre
à celui de Marle Duc Regent, pour les
fubftituer à cellesde Loüis XIV. Ils les
porteront dans les fonctions de leurs
charges au bout de leurs Chaînes d'or..
M. le Duc de Luynes a achetté avec
permiſſion de la Cour , le Regiment de
Fléche qui eſt un des plus anciens Regimens
qui ait été levé par des Gentils-
hommes..
Madame de Bellefont Abbeffe de:
Montmartre , étant morte la nuit du 29
auzo du mois paffé , aprés une longue
maladie , les Religieuſes firent ſupplier.
avec inſtance. Madame la Ducheffe
d'Orleans de leur accorder Mademoifelle,
pour ſuccéder à la place de la
deffunte.L'invitation en ayant été faite
àMademoiselle ,elle les remercia par
cette réponſe toute Chrêtienne , qu'il
falloit qu'elle apprit à obéir avant que
de commander. Sur ce refus , Madame
deMontpipeau de la Roche-Ouart,
Grande Prieure de Fontévraud xa été
choifie pour occuper cette place.
Le 30. ily ût une députation au PalaisRoyal
, de 17. tant Préſidents que
DE SEPTEMBRE .
He
Conſeillers du Parlement, à la tête des
lesquels étoit M.le premier Préſident,pour
ffaire leurs remontrances trés-humbles
Jesd
SGE
au ſujet de quelques Edits d'arangement
des finances :Avant que de les enrégiſtrer,
M. le premier Préſident fit à
S. A. R. un difcours trés court
trés- reſpectueux.
&
Le ſieur de Cantorby Chef de Go
belet , mourut le même jour d'apoplexie
âgé de 80. ans : Il avoit û l'honneur
de ſervirleRoy deux jours auparavant.
Il eſt parti pluſieurs Prêtres da
Séminaire Etranger , pour aller faire
des Miſſions en Ruſſie avec la permiſſion
du Czar . M. le Fort Agent de
ce Monarque continue d'engager des
Ouvriers de toute forte de profeſions
& de métiers , pour les faire paſſer à
Pétersbourg. Il en part de temps àautre
qui emmenent leurs femmes & leurs
enfans pour ce Païs là.
.
On amême reçu des Lettres de Fins
lande , par leſquelles on a appris
qu'un Batimentparti du Havre de Gra
ce , ily a environ 5. ſemaines, en avoit
débarqué à Pétersbourg plus de soo
de l'un & de l'autre ſexe : Ce Vaiſſeau
n'a mis que s. jours &6. nuits pour fai
68 LE MERCURE
re le trajet qui eſt de 850. lieues.
Le . de ce mois , on célebra dans
P'Egliſe de l'Abbaye Royale de Saint
Denis , l'Anniverſaire pour le repos de
l'Ame de feu Louis XIV. auquel M.
l'Evêque de Montauban officia . Mst le
Duedu Maine , le Comte d'Eu , plufieurs
Seigneurs & principaux Officiers
du Roy , afſſiſterent à cette Cérémonie
, de même que M. le Cardinal
de Polignac & beaucoup de Prelats :
Ces derniers prétendoient avoir desCaraux
, mais , on leur en refuſa & ils en
ont porté leurs plaintes.
こ
Le 3. M. le Prince de Chalais a oba
renu la permiſſion de Mst le Duc d'Orleans
de s'en retourner en Eſpagne.
a
Le 4. M. de Clermont Saint Aignan
Colonel du Regiment d'Auvergne ,
été gratifié de la Charge de premier
Gentil-homme de la Chambre de Mgr
le Prince de Conti , dont étoit revetu
M. de Meuſe.
Madame Ducheſſe de Berry étanet
revenuë de la Meutteici le ; ; leDimanches
du même mois,cette Princeſſe tint
roilette à midi , à laquelle ſe trouvérent
Meſdames les Ducheſſes de S. Simon ,
de Lauſun,Me la Princeſſe de Montau-
2
2
DE SEPTEMBRE 69
eS
0
Ce
ch
ban & pluſieurs autres Dames , de
même que Miles Ambaſladeurs & Miniſtres
Etrangers & quantité de Seigneurs
de la Cour Madame la Marquiſe
de Mouchi , à la fin de la toilette
, prêta ferment de fidelité pour la
Charge d'une ſeconde Dame d'atours ,
& M. le Comte de Rions prêta
auffi ferment de fidelité pour une
feconde Charge de premier Ecuyer , &
cela, en préſencede tous les Seigneurs &
Dames de la Cour : Cette Cérémonie
étant finie , cette Princeſſe alla entendre
la Meſſe dans ſa Chapelle. Au
retour elle trouva un grand cercle de
Dames & de Seigneurs :Meffieurs les
Ducs de la Force & de Laufſun étoient
du nombre , Madame la Marquiſe de
Laval qui avoit été nommée Dame du
Palais , y parut pour la premiere fois.
Madame la Marquiſe de Braſſac vient
auſſi d'être nommée une des Dames du
Palais de cette Princeffle : La premiere
eſt ſoeur de M.le Chevalierd Hautefort
premier Ecuyer,& Epouſe du Marquis
de Lavaldu nom de Montmorenci ; la
feconde eſt Fille de feuM.le Marêchal
de Tourville,Epouſe de M. le Marquis
deBraſſac du nom de Gallard origi
10
LE MERCURE
naire du Querci : M. le Chevalier de
Courtemer a été fait Lieutenant de la
la Compagnie des Gardes , à la place
de M. le Comte de Rions : M. le Chevalier
de Sabran a été fait Enſeigne &
M. le Chevalier de Braſſac ,Exempt de
la même Compagnie.
Les Commiſſaires du Parlement
nommés pour l'examen du fameux Edit
qui doit bientôt paroître , ont fini
leur travail , & le Parlement a enregiſtré
les Articles conteſtés ſur leſquels
il avoit fait au Roy ſes remontrances.
Le6. les Lettres de Meaux portent
que le 4. Septembre,la Compagnie de
Saint Quentin remporta le 1. Ponton
par un coup joignant la broche , celle
de Crecy gagna le ſecond par un coup
de broche en plain , ce qui lui fit adjuger
le 15. prix. La Compagnie de Chalons
fur Marne ût le troiſieme Ponton
par un coup debroche ,&celle de
Reims approcha de plus prés le quatriémePonton
: Les Chevaliers qui ont
gagné des prix juſqu'au 4de ce mois,
font M. Pierre Girard Grand-Jean Scigneur
de l'Eſpine , Préſident , Lieutemant
Général de la Ville , Bailliage &-
:
:
i
-
i
:
(
DE SEPTEMBRE . 77
Lec
Châtellenie de Crecy en Brie , Capietaine
du Noble Jeu de l'Arquebufe dudit
Crecy , & Maître Jean François
24 Greffier en Chef des Eaux & Forets ,
Chevalier de l'Arquebuſe de la même
Ville : Comme ce dernier a fait le premier
coup de broche , il a gagnéune
épée enrichie de diamants avec un
un grand baffin d'argent : Deplus, M.
le Prince de Soubiſe Gouverneur de
la Province , lui a fait préſent d'une
montre d'or éſtimée 7. à 800. livres .
Les Tireurs ont donné 22. liv.
pour tirer chacun 2. coups.
Fermer
5188
p. 71-96
Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Début :
J'asistai Lundy sixiéme Septembre, à un exercice qui se faisoit [...]
Mots clefs :
Plaidoirie, Rhétoriciens, Avocats, Juge, Discours, Éloquence, Empires, Épée, Orateur, Magistrat, Procès, Autorité, Symboles, Homme d'Église, Jurisconsultes, Éloges, Ennemis, Vérités, Courtisans, Rivaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
J'aſiſtai Lundy fixiéme Septembre,
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
Fermer
5189
p. 96-110
JUGEMENT.
Début :
Cela posé, nous donnons d'abord l'exclusion à l'homme [...]
Mots clefs :
Jugement, Cour, Vertus, Fortune, Testament, Courtisan, Ecclésiastique, Richesses, Vainqueur, Réputation, Auditoire, Avocats, Juges, Gratification, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT.
JUGEMENT.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
98
LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
886:08
I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
98
LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
886:08
I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
Fermer
5190
p. 110-117
« Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...] »
Début :
Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...]
Mots clefs :
Parlement, Députés, Articles, Affaires d'État, Audience, Édits, Administration des finances, Conseil, Déclaration, Pensions, Exemption, Révocation, Bénéfice, Remboursement, Rente viagère, Domaine de la couronne, Intérêts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 8, le Parlement fut prorogé par ordre du Roy, jusqu'au 14 [...] »
Le 8 , le Parlement fut prorogé par
ordre du Roy , juſqu'au 14 de ce mois ,
pour affaires d'Etat.
Le 9 , les Députez du Parlement
ayant à leur Tête M. le Premier Préfident
, firent au Roy leurs remontrances
, fur quelques Articles d'un Edit
donné pour le bien de l'Etat & l'avantage
des Sujets de Sa Majesté. Ils furent
conduits à l'Audiance parM. le Marquis
de la Vrilliere Sécretaire d'Erat ,
&par M. Deſgranges Maître des Cérémonies.
Le 14,on publia l'Edit du Roy regiſtré
DE SEPTEMBRE.
2
en Parlement portant Suppreffion
du Dixiéme revenu des Biens , Fonds
& autres Immeubles qui y ſont fujets
avec un Réglement fur pluſieurs
parties concernants l'Adminiſtration
des Finances , donné à Paris au mois
d'Aouſt dernier. Le Roy y déclare d'abord
, que le foulagement des Peuples
épuiſés par les efforts des deux derniéres
Guerres , a été le premier objet de
ſes voeux dès le commencement de
ſon Regne ; mais , que le Mal étoit fi
enraciné , qu'il a fallu depuis le rer
Septembre 1715 juſqu'apréfent , pour
en découvrir la cauſe & y apporter le
reméde. Qu'il a commencé par le retranchement
de plus de 40 millions
par an fur l'Etat , de ſes dépenses ,
par les payemens effectifs au Tréfor
Royal & à l'Hôtel de Ville , qui ont
monté à plus de 240 millions en moins
de deux années , par la fuppreflion de
pluſieurs Charges onéreuſes ou inutiles
al'Etar; par la remiſe de 4 fols pour
livres ſur les Droits des Fermes ; & par
la fupreſſion & la réduction de pluſieurs
autres Droits éga'ement onéreux.
, Après ce prélude dont on ne
préſente ici que la ſubſtance , ſuivent
Kij
112 LE MERCURE
18 articles , dont nous donnerons un
fidéle Extrait.
Le premier Article porte , qu'à commencer
au premier Janvier 1718. Nos
Sujets demeureront déchargés du Dixiéme
établi ſur les Revenus de tous
les biens , Fonds & autres Immeubles
qui y ſont ſujets ; mais non , du Dixiéme
qui ſe retient actuellement
fur les Parties qui ſont payées de nos
deniers.
Le 2º. Qu'il ſera arrêté en nôtre Confeil
un Etat des dèpenſes à faire pour
l'Année prochaine & les Années fuivantes
, avec une application fingulière
des Fonds qui compoſent nos Revenus
aux différentes Parties deſdites
dépenses ; & l'on fuivra les destinations
qui ont été ci-devant faites de
partiede ces Fonds .
9
Le 3º confirme la Déclaration du 3
Janvier de la préſente année ,concernantla
réduction des Penſions & Gratifications
ordinaires ; & ordonne qu'il
foit retenu un Cinquiéme ſur leſdites
Penfions & Gratifications réduites par
ladite Déclaration ; & ce, tant pour ce
qui eft du paflé que pour l'avenir.
De la préſente diſpoſition , font excepр-
DE SEPTEMBRE.
ITZ
N
tées les Penſions de 500 liv . & audef
fous , à quelques perſonnes qu'elles
ayent eſté accordées : Celles de 1000 1.
& audeffous , accordées aux Officiers
de nos Troupes ;& les Penſions qui
tiennent lieu de gages ou d'appointemens
à quelque fomme qu'elles montent;
car,fur leſdites Penfions,le Dixieme
ſeulement fera retenu à la maniére
accoûtumée. 1
Le 4º éteint généralement tous Priviléges
& Exemptions particulières des
droits de Gabelle, ſe réſervant ſeulement
d'indemnifer en deniers les
Hôpitaux , fuivant les liquidations qui
en feront faites : Ordonne que s'il a
été payé quelque ſomme pour la joüif
fance deſdits Priviléges , elles tiennent
lien aux Officiers d'augmentation
de Finances .
;
Le se éteint la Révocation portée
par l'article précédent , à tous les
autres Priviléges & Exemptions d'Aydes
, Entrées & Sorties , de quelque
maniére qu'elles ayent éré accordées ;
fans préjudice néanmoins de l'exécution
de nos Ordonnances de 1680 &
1681 , concernans les droits d'Aydes;
& des Edits & Déclarations données
Kij
114
LE MERCURE
en conféquence , qui feront exécutées
felon leur forme & téneur.
Le 6º porte retranchement de la partie
employée dans les Etats de la Recette
générale des Finances de Paris ,
pour l'entretien des Lanternes& le
nettoyement des Ruës , à commencer
au premier Janvier 1718.
Le7. LeBénéfice qui revient,tantde la
réduction que de l'extinction& du rembourſement
desRentes aſſignées ſur les
Tailles, ſur la Ferme du Contrôlle des
Actes & autres , tant pour le paffé que
pour l'avenir, entrera dans la partie de
nôtre Tréfor Royal , comme étant un
fonds néceffaire pour fervir à acquitter
les Charges& dépenſes courantes.
Le se confirme la Déclaration du 10
Juin 1716 , concernant les Receveurs
Généraux , & l'Arrêt du Conſeil du
24 Juillet dernier , attaché fous le con-
*tre-ſcel du préſent Edit.
Le 9. Qu'il fera procédé en nôtre
Confeil des Finances,à l'examen & vérification
de toutes les Parties employées
dans tous les différents Etats
qui s'arrêtent dans notre Conſeil ; afinde
prévenir les faux & doubles Emplois
dans leſdits Etats.
DE SEPTEMBRE.
LIS
P
Le to ordonne que tous les Officiers
ſupprimés procéderont à la liquidation
de leurs Finances & obtiendront
des Ordonnances de rembourſemens,
pour être par Nous pourvû ap
payement des interêts deſdites Finances
, à commencer du jour qu'ils ont
ceffé de jouir des gages & droits qui
leur étoient attribués , juſqu'au tems
que nous ferons en état de procéder
au remboursement des Capitaux.
Le 11 ordonne une Création de rentes
viagéres au denier ſeize , qui ſeront
acquiſes en Billets d'Etat , & un
Etabliſſement des Compagnies de
Commerce,dont les Actions feront pareillement
acquiſes en Billets de l'Etat
, & une Loterie , dont les Billets
feront de 25. fols , & les Lots payés
enargent , en remettant pour pareille
ſome des Billets de l'Etat pour leſquels
il ſera en outre conſtitué des rentes viagéres
au denier 25. Veut que tous leſd.
Billets retirés par ces différentes voyes ,
foient brûlez à l'Hôtel de Ville , à
meſure qu'ils rentreront.
Le 12 aliene une petite partie des
Domaines Royaux & Cantons de Bois
détachés de nos Forêts , pour être ac16
LE MERCURE
quiſe en Billets d'Etat , à condition
qu'ils ne pourront être vendu au defſous
du denier trente de leurs revenus.
Le 13º porte qu'à commencer an
premier Janvier 1718 , on ne payera
plus aucuns interêts de ceux deſdits
Billets qui n'auront pas été confervés
par différents moyens marqués
cy-deſſus.
Le 145. Les Reſcriptions & Billets
ſignés par les Receveurs généraux de
nos Finances , & vifés en exécution de
nôtre Déclaration du 24 Mars 1716 ,
feront converties pendant le mois
de Septembre prochain en billets de
même valeur de la Caifſe commune
des Recettes générales ; &leſdits billets
de la Caiffe commune feront fignés
par le ſieur Geoffroy & vifés par
les ſieurs Carqueville & Loubert.
mê-
Le 15º. Leſdits billets de la Caiffe
commune pourront être employés par
les Porteurs d'iceux, ainſi&de la
me manière que nous avons ci-deſſus
marqué pour les Billets de l'Etat .
Le 166. Que les interêts deſdits billets
, après leur converfion , foient
payés de fix mois en fix mois , à raifon
de 4. pour cent : Entendons qu'il foit
1
F
1
1
DE SEPTEMBRE .. 117
:
tenu compte au Porteur de ces billers ,
des interêts qui pourront être dûs au
premier Juillet de la préſente année ,
à raiſon de 7 & demi pour cent ; auquel
effet leſdits interêts ſeront compris
dans les nouveaux billets de la
Caiffe commune.
Le 17. Ordonnons qu'il ſera incefſament
procédé en nôtre Conſeil des
Finances , à l'examen des movens
de ſimplifier les droits qui compoſent
nos Fermes & d'en diminuer les frais
de Régies .
Le 18. Voulons qu'à commencer du
jour de l'enregiſtrement de nôtre
préſent Edit , il ne ſoit plus expédié
aucuns Paffe-ports , ſous quelque prétexte
que ce ſoit , à l'exceprion ſeulement
des Miniſtres des Princes Etrangers
revêtus de caractéres & de ceux
que nous envoyerons dans les Cours
Etrangeres.
ordre du Roy , juſqu'au 14 de ce mois ,
pour affaires d'Etat.
Le 9 , les Députez du Parlement
ayant à leur Tête M. le Premier Préfident
, firent au Roy leurs remontrances
, fur quelques Articles d'un Edit
donné pour le bien de l'Etat & l'avantage
des Sujets de Sa Majesté. Ils furent
conduits à l'Audiance parM. le Marquis
de la Vrilliere Sécretaire d'Erat ,
&par M. Deſgranges Maître des Cérémonies.
Le 14,on publia l'Edit du Roy regiſtré
DE SEPTEMBRE.
2
en Parlement portant Suppreffion
du Dixiéme revenu des Biens , Fonds
& autres Immeubles qui y ſont fujets
avec un Réglement fur pluſieurs
parties concernants l'Adminiſtration
des Finances , donné à Paris au mois
d'Aouſt dernier. Le Roy y déclare d'abord
, que le foulagement des Peuples
épuiſés par les efforts des deux derniéres
Guerres , a été le premier objet de
ſes voeux dès le commencement de
ſon Regne ; mais , que le Mal étoit fi
enraciné , qu'il a fallu depuis le rer
Septembre 1715 juſqu'apréfent , pour
en découvrir la cauſe & y apporter le
reméde. Qu'il a commencé par le retranchement
de plus de 40 millions
par an fur l'Etat , de ſes dépenses ,
par les payemens effectifs au Tréfor
Royal & à l'Hôtel de Ville , qui ont
monté à plus de 240 millions en moins
de deux années , par la fuppreflion de
pluſieurs Charges onéreuſes ou inutiles
al'Etar; par la remiſe de 4 fols pour
livres ſur les Droits des Fermes ; & par
la fupreſſion & la réduction de pluſieurs
autres Droits éga'ement onéreux.
, Après ce prélude dont on ne
préſente ici que la ſubſtance , ſuivent
Kij
112 LE MERCURE
18 articles , dont nous donnerons un
fidéle Extrait.
Le premier Article porte , qu'à commencer
au premier Janvier 1718. Nos
Sujets demeureront déchargés du Dixiéme
établi ſur les Revenus de tous
les biens , Fonds & autres Immeubles
qui y ſont ſujets ; mais non , du Dixiéme
qui ſe retient actuellement
fur les Parties qui ſont payées de nos
deniers.
Le 2º. Qu'il ſera arrêté en nôtre Confeil
un Etat des dèpenſes à faire pour
l'Année prochaine & les Années fuivantes
, avec une application fingulière
des Fonds qui compoſent nos Revenus
aux différentes Parties deſdites
dépenses ; & l'on fuivra les destinations
qui ont été ci-devant faites de
partiede ces Fonds .
9
Le 3º confirme la Déclaration du 3
Janvier de la préſente année ,concernantla
réduction des Penſions & Gratifications
ordinaires ; & ordonne qu'il
foit retenu un Cinquiéme ſur leſdites
Penfions & Gratifications réduites par
ladite Déclaration ; & ce, tant pour ce
qui eft du paflé que pour l'avenir.
De la préſente diſpoſition , font excepр-
DE SEPTEMBRE.
ITZ
N
tées les Penſions de 500 liv . & audef
fous , à quelques perſonnes qu'elles
ayent eſté accordées : Celles de 1000 1.
& audeffous , accordées aux Officiers
de nos Troupes ;& les Penſions qui
tiennent lieu de gages ou d'appointemens
à quelque fomme qu'elles montent;
car,fur leſdites Penfions,le Dixieme
ſeulement fera retenu à la maniére
accoûtumée. 1
Le 4º éteint généralement tous Priviléges
& Exemptions particulières des
droits de Gabelle, ſe réſervant ſeulement
d'indemnifer en deniers les
Hôpitaux , fuivant les liquidations qui
en feront faites : Ordonne que s'il a
été payé quelque ſomme pour la joüif
fance deſdits Priviléges , elles tiennent
lien aux Officiers d'augmentation
de Finances .
;
Le se éteint la Révocation portée
par l'article précédent , à tous les
autres Priviléges & Exemptions d'Aydes
, Entrées & Sorties , de quelque
maniére qu'elles ayent éré accordées ;
fans préjudice néanmoins de l'exécution
de nos Ordonnances de 1680 &
1681 , concernans les droits d'Aydes;
& des Edits & Déclarations données
Kij
114
LE MERCURE
en conféquence , qui feront exécutées
felon leur forme & téneur.
Le 6º porte retranchement de la partie
employée dans les Etats de la Recette
générale des Finances de Paris ,
pour l'entretien des Lanternes& le
nettoyement des Ruës , à commencer
au premier Janvier 1718.
Le7. LeBénéfice qui revient,tantde la
réduction que de l'extinction& du rembourſement
desRentes aſſignées ſur les
Tailles, ſur la Ferme du Contrôlle des
Actes & autres , tant pour le paffé que
pour l'avenir, entrera dans la partie de
nôtre Tréfor Royal , comme étant un
fonds néceffaire pour fervir à acquitter
les Charges& dépenſes courantes.
Le se confirme la Déclaration du 10
Juin 1716 , concernant les Receveurs
Généraux , & l'Arrêt du Conſeil du
24 Juillet dernier , attaché fous le con-
*tre-ſcel du préſent Edit.
Le 9. Qu'il fera procédé en nôtre
Confeil des Finances,à l'examen & vérification
de toutes les Parties employées
dans tous les différents Etats
qui s'arrêtent dans notre Conſeil ; afinde
prévenir les faux & doubles Emplois
dans leſdits Etats.
DE SEPTEMBRE.
LIS
P
Le to ordonne que tous les Officiers
ſupprimés procéderont à la liquidation
de leurs Finances & obtiendront
des Ordonnances de rembourſemens,
pour être par Nous pourvû ap
payement des interêts deſdites Finances
, à commencer du jour qu'ils ont
ceffé de jouir des gages & droits qui
leur étoient attribués , juſqu'au tems
que nous ferons en état de procéder
au remboursement des Capitaux.
Le 11 ordonne une Création de rentes
viagéres au denier ſeize , qui ſeront
acquiſes en Billets d'Etat , & un
Etabliſſement des Compagnies de
Commerce,dont les Actions feront pareillement
acquiſes en Billets de l'Etat
, & une Loterie , dont les Billets
feront de 25. fols , & les Lots payés
enargent , en remettant pour pareille
ſome des Billets de l'Etat pour leſquels
il ſera en outre conſtitué des rentes viagéres
au denier 25. Veut que tous leſd.
Billets retirés par ces différentes voyes ,
foient brûlez à l'Hôtel de Ville , à
meſure qu'ils rentreront.
Le 12 aliene une petite partie des
Domaines Royaux & Cantons de Bois
détachés de nos Forêts , pour être ac16
LE MERCURE
quiſe en Billets d'Etat , à condition
qu'ils ne pourront être vendu au defſous
du denier trente de leurs revenus.
Le 13º porte qu'à commencer an
premier Janvier 1718 , on ne payera
plus aucuns interêts de ceux deſdits
Billets qui n'auront pas été confervés
par différents moyens marqués
cy-deſſus.
Le 145. Les Reſcriptions & Billets
ſignés par les Receveurs généraux de
nos Finances , & vifés en exécution de
nôtre Déclaration du 24 Mars 1716 ,
feront converties pendant le mois
de Septembre prochain en billets de
même valeur de la Caifſe commune
des Recettes générales ; &leſdits billets
de la Caiffe commune feront fignés
par le ſieur Geoffroy & vifés par
les ſieurs Carqueville & Loubert.
mê-
Le 15º. Leſdits billets de la Caiffe
commune pourront être employés par
les Porteurs d'iceux, ainſi&de la
me manière que nous avons ci-deſſus
marqué pour les Billets de l'Etat .
Le 166. Que les interêts deſdits billets
, après leur converfion , foient
payés de fix mois en fix mois , à raifon
de 4. pour cent : Entendons qu'il foit
1
F
1
1
DE SEPTEMBRE .. 117
:
tenu compte au Porteur de ces billers ,
des interêts qui pourront être dûs au
premier Juillet de la préſente année ,
à raiſon de 7 & demi pour cent ; auquel
effet leſdits interêts ſeront compris
dans les nouveaux billets de la
Caiffe commune.
Le 17. Ordonnons qu'il ſera incefſament
procédé en nôtre Conſeil des
Finances , à l'examen des movens
de ſimplifier les droits qui compoſent
nos Fermes & d'en diminuer les frais
de Régies .
Le 18. Voulons qu'à commencer du
jour de l'enregiſtrement de nôtre
préſent Edit , il ne ſoit plus expédié
aucuns Paffe-ports , ſous quelque prétexte
que ce ſoit , à l'exceprion ſeulement
des Miniſtres des Princes Etrangers
revêtus de caractéres & de ceux
que nous envoyerons dans les Cours
Etrangeres.
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5191
p. 117-119
Extrait d'un Arrest du 24 Juillet 1717, attaché sous le Contre-scol du présent Edit.
Début :
Il est ordonné par cet Arrest à tous les Officiers Comptables, Trésoriers, [...]
Mots clefs :
Arrêts, Officiers, Trésoriers, Caissiers, Déclaration, Conseil, Recettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'un Arrest du 24 Juillet 1717, attaché sous le Contre-scol du présent Edit.
Extrait d'un Arrest du 24 Juillet 1717,
attachésous le Contre-ſcol du present
Edit.
I
Leſt ordonné par cet Arreſt à tous
les Officiers Comptables,Tréſoriers ,
Receveurs , Fermiers , Sous- Fermiers,
118 LE MERCURE
leurs Caiſſiers , Commis &c. d'envoyer
tous les premiers jours de chaque mois,
copie de leurs Regiſtres journaux au
Confeil des Finances ; & qu'à l'égard
des Receveurs Généraux & Receveurs
des Tailles des Pays d'Election , ils
continuëront d'envoyer leſdites copies,
comme ils ont fair juſqu'à prefent. Aprés
quoy s'enfuit une Déclaration du Roy
du 9 Septembre , en interprétation de
l'Editdontnous venons de donner l'Extrait.
Le Roy déclare qu'aprés avoir
fait examiner en fon Conſeil les trés
humbles Remontrances que fa Cour
de Parlement hay avoit faites fur les
Articles VI . XIII. XIV . XV. &
XVI . Elle vouloit qu'il fut procedé
en fon Conſeil à l'Examen des moyens
les plus convenables , pour fournir aux
fonds néceffaires pour l'entretien des
lanternes & le nétoyement des ruës de
Paris ; & que l'on ſurfit quant à preſent
l'exécution de l'Article VI ... Ordonne
que l'intereſt des Billers de l'Etat
continuëra d'eftre payé même par-delà
le premier Janvier de l'année prochaine,
fur le pied de 4 pour cent , jufqu'à
ce qu'autrement il en ait été ordonné.
Que les Porteurs des Reſcriptions ou
DE SEPTEMBRE. 119
Te
сете
لالو
JR
S
Ce
Billers ſignez par les Receveurs Généraux
des Finances, qui voudront les convertir
en Billets de la Caiſſe commune
des Recettes Générales , y feront
reçûs conformément aux Articles XIV.
XV. & XVI. & feront admis à
faire les mêmes Emplois deſdits Billets
qui ont eſté marquez par l'Edit en
faveur des Porteurs des Billets de l'Etat
; & que ceux qui préféreront de les
garder ſans en faire la converfion , ſe-
Font payez des intereſts par les Receveurs
Généraux qui les ont ſigrez , &
ce,à raiſon de 4 pour cent , à commencer
du premier Juillet de la preſente
année 1717 .
attachésous le Contre-ſcol du present
Edit.
I
Leſt ordonné par cet Arreſt à tous
les Officiers Comptables,Tréſoriers ,
Receveurs , Fermiers , Sous- Fermiers,
118 LE MERCURE
leurs Caiſſiers , Commis &c. d'envoyer
tous les premiers jours de chaque mois,
copie de leurs Regiſtres journaux au
Confeil des Finances ; & qu'à l'égard
des Receveurs Généraux & Receveurs
des Tailles des Pays d'Election , ils
continuëront d'envoyer leſdites copies,
comme ils ont fair juſqu'à prefent. Aprés
quoy s'enfuit une Déclaration du Roy
du 9 Septembre , en interprétation de
l'Editdontnous venons de donner l'Extrait.
Le Roy déclare qu'aprés avoir
fait examiner en fon Conſeil les trés
humbles Remontrances que fa Cour
de Parlement hay avoit faites fur les
Articles VI . XIII. XIV . XV. &
XVI . Elle vouloit qu'il fut procedé
en fon Conſeil à l'Examen des moyens
les plus convenables , pour fournir aux
fonds néceffaires pour l'entretien des
lanternes & le nétoyement des ruës de
Paris ; & que l'on ſurfit quant à preſent
l'exécution de l'Article VI ... Ordonne
que l'intereſt des Billers de l'Etat
continuëra d'eftre payé même par-delà
le premier Janvier de l'année prochaine,
fur le pied de 4 pour cent , jufqu'à
ce qu'autrement il en ait été ordonné.
Que les Porteurs des Reſcriptions ou
DE SEPTEMBRE. 119
Te
сете
لالو
JR
S
Ce
Billers ſignez par les Receveurs Généraux
des Finances, qui voudront les convertir
en Billets de la Caiſſe commune
des Recettes Générales , y feront
reçûs conformément aux Articles XIV.
XV. & XVI. & feront admis à
faire les mêmes Emplois deſdits Billets
qui ont eſté marquez par l'Edit en
faveur des Porteurs des Billets de l'Etat
; & que ceux qui préféreront de les
garder ſans en faire la converfion , ſe-
Font payez des intereſts par les Receveurs
Généraux qui les ont ſigrez , &
ce,à raiſon de 4 pour cent , à commencer
du premier Juillet de la preſente
année 1717 .
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5192
p. 119-120
DECLARATION DU ROY. Portant établissement d'une Loterie pour parvenir à l'extinction des Billets de l'Etat & de la Caisse commune des Recettes Générales. Données à Paris le 21 Aoust.
Début :
Par cette Déclaration, chaque Billet sera de 25 sols, & comme [...]
Mots clefs :
Loterie, Caisse commune, Déclaration, Billets, Rentes viagères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECLARATION DU ROY. Portant établissement d'une Loterie pour parvenir à l'extinction des Billets de l'Etat & de la Caisse commune des Recettes Générales. Données à Paris le 21 Aoust.
DECLARATION DU ROY.
Portant établiſſement d'une Loterie
pour parvenir à l'extinction des Billets
de l'Etat&de la Caiſſe commune
des Recettes Générales. Donnée àParis
le 21 Aoust.
PAR
cette Déclaration , chaque Billet
ſera de 25 ſols; &comme cette
Loterie ſera tirée le 10 de chaque mois,
à commencer au mois d'Octobre pro
120 LE MERCURE
chain , en quelque état que la Recette
ſe trouve au dernier jour d'icelui ; il
y aura au moins 74 lots à chaque Loterie:
Legros lot ne pourra jamais eſtre
plus fort que de 30000 livres & les
moindres de 1000 livres chacun : Ceux
qui raporteront leſdits Billets auſquels
le ſort ſera échû , avec des Billets de
l'Etat ou de la Caiſſe commune desRecettes
Générales, pour une ſomme pareille
à la valeur de chacun deſdits
lots , joüiront encore, leur vie durant,
d'une rente viagére aux intereſts deſdits
Billets rembourſez , c'eſt à dire au denier
vingt- cinq. Les Actionaires pourront
partager leſdites rentes viagéres
enpluſieurs Contrats, au profit de telles
perſonnes qu'ils voudront choifir
&nommer; pourvû néanmoins que lefdites
rentes ne foient point audeſſous
de 40 livres de joüiſſance actuelle par
chacun an : Les arrérages deſdites rentes
viagères ne pourront eſtre ſaiſis pour
quelque cauſe que ce foit , même pour
les propres deniers & affaires du Roy.
Portant établiſſement d'une Loterie
pour parvenir à l'extinction des Billets
de l'Etat&de la Caiſſe commune
des Recettes Générales. Donnée àParis
le 21 Aoust.
PAR
cette Déclaration , chaque Billet
ſera de 25 ſols; &comme cette
Loterie ſera tirée le 10 de chaque mois,
à commencer au mois d'Octobre pro
120 LE MERCURE
chain , en quelque état que la Recette
ſe trouve au dernier jour d'icelui ; il
y aura au moins 74 lots à chaque Loterie:
Legros lot ne pourra jamais eſtre
plus fort que de 30000 livres & les
moindres de 1000 livres chacun : Ceux
qui raporteront leſdits Billets auſquels
le ſort ſera échû , avec des Billets de
l'Etat ou de la Caiſſe commune desRecettes
Générales, pour une ſomme pareille
à la valeur de chacun deſdits
lots , joüiront encore, leur vie durant,
d'une rente viagére aux intereſts deſdits
Billets rembourſez , c'eſt à dire au denier
vingt- cinq. Les Actionaires pourront
partager leſdites rentes viagéres
enpluſieurs Contrats, au profit de telles
perſonnes qu'ils voudront choifir
&nommer; pourvû néanmoins que lefdites
rentes ne foient point audeſſous
de 40 livres de joüiſſance actuelle par
chacun an : Les arrérages deſdites rentes
viagères ne pourront eſtre ſaiſis pour
quelque cauſe que ce foit , même pour
les propres deniers & affaires du Roy.
Fermer
5193
p. 121-122
EDIT DU ROY. Portant création de douze cent mille livres de rentes viagéres, pour retirer les Billets de l'Etat. Donné à Paris au mois d'Aoust 1717.
Début :
Par cet Edit, le Roy vend & aliéne la somme de douze cent [...]
Mots clefs :
Édit, Trésor royal, Billets, Recettes, Rentes viagères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EDIT DU ROY. Portant création de douze cent mille livres de rentes viagéres, pour retirer les Billets de l'Etat. Donné à Paris au mois d'Aoust 1717.
EDIT DUROY ,
Portant création de douze cent mille livres
de rentes viagéres , pour retirer
les Billets de l'Etat. Donné àParis
au mois d'Aoust 1717.
P
ARcet Edit,le Roy vend & aliéne
la ſomme de douzecent mille livres
de rentes viagéres , à raiſon du denier
ſeize du Capital , aflignées ſur le
produit des Fermes , des 3 ſols par conwolled'Exploits,
des Greffes réunis des
Cartes & des Suifs : Le Garde du Tréfor
Royal ne pourra recevoir pour l'acquiſition
deſdites rentes viagéres aucuns
autres effets que des Billets de l'Etat
ou des Billets de la Caifle commune
des Recettes Générales,non pas mê--
me aucun denier comprant en cédant
la ſomme de ſeize livres. Les Contracts
de Conſtitution ne feront pas
moindres de 30 livres de joüiſſance par
an ,& les arrerages ne pourront eſtre
ſaiſis pour quelque cauſe quece ſoit,
même pour les propres deniers & affaires
du Roy. Tous les Billets del'Etat
qui feront portez au Tréſor Royal, fe-
Septembre 1717. L
722 LE MERCURE
1
ront biffez dans l'inſtant qu'ils feront
reçûs,& brûlez à l'Hôtel de Ville . &c.
Portant création de douze cent mille livres
de rentes viagéres , pour retirer
les Billets de l'Etat. Donné àParis
au mois d'Aoust 1717.
P
ARcet Edit,le Roy vend & aliéne
la ſomme de douzecent mille livres
de rentes viagéres , à raiſon du denier
ſeize du Capital , aflignées ſur le
produit des Fermes , des 3 ſols par conwolled'Exploits,
des Greffes réunis des
Cartes & des Suifs : Le Garde du Tréfor
Royal ne pourra recevoir pour l'acquiſition
deſdites rentes viagéres aucuns
autres effets que des Billets de l'Etat
ou des Billets de la Caifle commune
des Recettes Générales,non pas mê--
me aucun denier comprant en cédant
la ſomme de ſeize livres. Les Contracts
de Conſtitution ne feront pas
moindres de 30 livres de joüiſſance par
an ,& les arrerages ne pourront eſtre
ſaiſis pour quelque cauſe quece ſoit,
même pour les propres deniers & affaires
du Roy. Tous les Billets del'Etat
qui feront portez au Tréſor Royal, fe-
Septembre 1717. L
722 LE MERCURE
1
ront biffez dans l'inſtant qu'ils feront
reçûs,& brûlez à l'Hôtel de Ville . &c.
Fermer
5194
p. 122-123
EDIT DU ROY, Pour la vente & engagement des petits Domaines.
Début :
Le Roy par cet Edit, vend & engage tous les petits Domaines, [...]
Mots clefs :
Édit, Domaines, Terrains, Places, Héritiers, Droit honorifique, Trésor royal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EDIT DU ROY, Pour la vente & engagement des petits Domaines.
EDIT DU ROY ,
Pour la vente & engagement des petits
LE
Domaines.
E Roy par cet Edit , vend & engage
tous les petits Domaines , Moulins
, Preſſoirs,Halles , Marchez , Boutiques
, Echopes , Places à étaler, Terres
vaines & vagues , communes , Landes
, Briéres , Garrigues , Pâtis , Paluds
, Marais , Etangs , Prez , les &
Iſlotes , Terres labourables , Bocquéteaux
ſéparez des Forers , Bacs, Ponts ,
Péages , Travers , Paſſages ,Droits de
Minaye , Meſurage , Aunage , Poids,
Controlle des Toiles & autres Ouvrages
, Tabellionages , Portions de Domaines
& générallement tous autres
Droits de pareille nature dépendans
des Domaines du Roy ; poureen joüir
par les Acquereurs , leurs Succeffeurs ,
héritierson ayant cauſe à Titre d'engagement
,& à faculté de rachat perpétuel
, avec tous les Droits honorifiques&
utiles en dépendans ; AcondiDE
SEPTEMBRE. 125
03
tion de payer ſur les quittances du
Tréſor Royal , le prix principal des.
adjudications qui leur auront été faites
en Billets d'Etat , ou de la Caiffe
commune des Recettes générales ;
pourvû toutefois , que le prix ne ſoit
au-deſſous du denier 30 du Revenu
de ce qui ſera adjugé. Donné à Paris ,
au mois d'Aouſt 1717 .
Pour la vente & engagement des petits
LE
Domaines.
E Roy par cet Edit , vend & engage
tous les petits Domaines , Moulins
, Preſſoirs,Halles , Marchez , Boutiques
, Echopes , Places à étaler, Terres
vaines & vagues , communes , Landes
, Briéres , Garrigues , Pâtis , Paluds
, Marais , Etangs , Prez , les &
Iſlotes , Terres labourables , Bocquéteaux
ſéparez des Forers , Bacs, Ponts ,
Péages , Travers , Paſſages ,Droits de
Minaye , Meſurage , Aunage , Poids,
Controlle des Toiles & autres Ouvrages
, Tabellionages , Portions de Domaines
& générallement tous autres
Droits de pareille nature dépendans
des Domaines du Roy ; poureen joüir
par les Acquereurs , leurs Succeffeurs ,
héritierson ayant cauſe à Titre d'engagement
,& à faculté de rachat perpétuel
, avec tous les Droits honorifiques&
utiles en dépendans ; AcondiDE
SEPTEMBRE. 125
03
tion de payer ſur les quittances du
Tréſor Royal , le prix principal des.
adjudications qui leur auront été faites
en Billets d'Etat , ou de la Caiffe
commune des Recettes générales ;
pourvû toutefois , que le prix ne ſoit
au-deſſous du denier 30 du Revenu
de ce qui ſera adjugé. Donné à Paris ,
au mois d'Aouſt 1717 .
Fermer
5195
p. 123-128
LETTRES PATENTES EN FORME D'EDIT, Portant établissement d'une Compagnie de Commerce, sous le nom de Compagnie d'Occident.
Début :
Jamais Compagnie n'a eu des Priviléges plus considérables que celle-ci. [...]
Mots clefs :
Privilèges, Compagnie d'Occident, Commerce, Mines, Louisiane, Colonie, Constructions, Marchandises, Étrangers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRES PATENTES EN FORME D'EDIT, Portant établissement d'une Compagnie de Commerce, sous le nom de Compagnie d'Occident.
LETTRES PATENTES
EN FORME D'EDIT ,
Portant établiſſement d'une Compagnie
de Commerce , ſous le nom de Compagnie
d'Occident .
Jamais Compagnie n'a eu des Privia.
téges plus confidérables que celle-ci. Le
Roy nese réserve d'autres droits , ni de
voirs, que la seule foy & hommage,lige.
Comme nous nepouvons pas donner tous
les articles nous tâche
rons d'en donner exaltement le précis .
en entier
,
Le Roy accorde à cette Compagnie le
Commerce de la Loüifiane ou Miſſiſſippi,
excluſivementà tous Commerçans ,
pendant l'eſpace de 25 ans , avec le
Privilége de recevoir , à l'excluſion de
Lij
124
LE MERCURE
tous autres dans la Colonie de Canada,
tous les Caſtors gras & fecs que les
Habitans de ladite Colonie auront traités.
Elle aura la propriété des Mines &
Miniéres qu'elle fera ouvrir pendant
fon Privilége : Elle pourra traiter &
faire alliance au nom du Roy , avec
toute la Nation, du Païs , vendre &
aliéner les Terres de ſa conceffion à
tels cens& rentes qu'elle jugera à propos
, mêmeles accorder en franc aleu ,
fans Juſtice , ni Seigneurie. Elle pourra
faire construire te's Forts , Châteaux
& Places qu'elle jugera néceſſaites
pour la deffence du Païs. Les Officiers
François militaires qui y ſont préfentement,
pourrontydemeurer : Ceux
qui font actuellement en France pourront
y paffer ſous le bon plaifir du
Roy, poury ſervir ſur les Commiſſions
de la Compagnie , fans que pour raifons
de ce ſervice , ils perdent les rangs
&grades qu'ils peuvent avoir actuellement
en France. Le Roy promet à
ladite Compagnie de la protéger &
deffendre , & d'employer la force de
ſes Armes , s'il eſt beſoin,pour la maintenir
dans la liberté entiére de fon
DE SEPTMEBRE.
125
هب
j
-
,
2
commerce : Ceux des Sujets du Roy
qui pafferont dans les Païs concédez
à ladite Compagnie , joüiront des îmê-'
mes libertez & franchiſes que s'ils
étoient demeurants en France ;& que
ceux qui naîtront d'Habitans François
dudit Païs& méme des Etrangers
Européens , faifans profeſſion de la
Religion C. A. & Romaine , qui pour--
ront s'y établir , ſoient cenfez & réputez
pour Regnicoles. Les Denrées &
Marchandiſes que la Compagnie aura
deſtinées pour les Païs de ſa concef
fion,& celles dont elle aura beſoin pour
la conſtruction armement & ravitaillement
de ſes Vaiſſeaux , feront
exempts des droits appartenants au
Roy& aux Villes de fa dépendance..
Les marchandises que ladite Compagnie
fera apporter dans les Ports de:
France pour fon compte , des Païs de
fa conceffion , ne payeront pendant les
dix premiéres années de ſon Privilége,
que la moitié des droits que de pareilles
marchandises venants des Ifles
&Colonies Françoiſes de l'Amérique,
doivent payer. Le Roy fera délivrer de
ſes Magazins à ladite Compagnie tous
les ans , pendant le tems de fon Pri
Lüf
:
126 LE MERCURE
vilége qui eſt de vingt-cing années ,
quarante millions de poudre à fufil
qu'elle payera au Roy ſur le prix
qu'elle lui aura couté.
Les Fonds de cette Compagnie ſeront
partagez en actions de soo livres
chacune , dont la valeur ſera fournie
en Billets d'Etat , deſquels les interêts
ſeront dûs depuis le premier du mois
de Janvier de l'année prochaine. Les
Billets deſdites Actions ſeront payables
au Porteur , ſignez par le Caiffier
de la Compagnie & viſés par l'un des
Directeurs .
Tous les Etrangers pourront acqué
rir tel nombre d'Actions qu'ils jugeront
à propos , & les Actions appartenantes
aux Etrangers ne feront ſujettes ni
au droit d'aubaine , ni à aucune confiſcation
• pour cauſe de guerre ou autrement
.
, aura
Toutes leſdites Actions pourront être
vendues ou commercées: Tout Actionnaire
Porteur de so Actions
voix déliberative aux Aſſemblées ; &
s'il eſt Porteur de 100 Actions , il aura
deux voix auſſi par augmentation .
Les Billets d'Etat receus pour lefondsdes
Actions , feront convertis en renDE
SEPTEMBRE. 727
fual
P
lives
هک
eres
16
33
tes au Denier 25 , dont les interêts
coureront , à commencer du premier
Janvier 1718 , ſur la Ferme du Contrôlle
des Actes des Notaires du petit
Sceau & Inſinuation des Laïcs , lefquelles
rentes feront héréditaires. Les
Directeurs employeront au commerce
de la Compagnie , les arrérages dûs
de la préſente année , des Contracts
qui ſeront expédiés au profit de la
Compagnie ; & il leur est très expref
fément deffendu d'y employer aucune
partie des interêts des années ſuivantes.
Les Directeurs arrêteront tous les
ans à la fin du mois de Decembre, le
Bilan général des Affaires de laCompagnie
; après quoy ils convoqueront
par affiche publique l'Affemblée géné
rale de toute la Compagnie , dansla
quelle les Répartitions des profits de
lad.Compagnie feront reſoluës &arrêtées.
Les Rentes deſd. Actions, enfemble
les Répartitions des profits prove
nans des profits de commerce , ſeront
payés ſuivant les Numeros def
dites Actions ; en commençant par la.
premiere , fans qu'il puiffe y être fait
aucun changement.
Les Actions de la Compagnie , ni
les effets d'icelle ne pourront être fai128
LE MERCURE
fis ,fous quelque prétexte que ce puiffe
êrre.
EN FORME D'EDIT ,
Portant établiſſement d'une Compagnie
de Commerce , ſous le nom de Compagnie
d'Occident .
Jamais Compagnie n'a eu des Privia.
téges plus confidérables que celle-ci. Le
Roy nese réserve d'autres droits , ni de
voirs, que la seule foy & hommage,lige.
Comme nous nepouvons pas donner tous
les articles nous tâche
rons d'en donner exaltement le précis .
en entier
,
Le Roy accorde à cette Compagnie le
Commerce de la Loüifiane ou Miſſiſſippi,
excluſivementà tous Commerçans ,
pendant l'eſpace de 25 ans , avec le
Privilége de recevoir , à l'excluſion de
Lij
124
LE MERCURE
tous autres dans la Colonie de Canada,
tous les Caſtors gras & fecs que les
Habitans de ladite Colonie auront traités.
Elle aura la propriété des Mines &
Miniéres qu'elle fera ouvrir pendant
fon Privilége : Elle pourra traiter &
faire alliance au nom du Roy , avec
toute la Nation, du Païs , vendre &
aliéner les Terres de ſa conceffion à
tels cens& rentes qu'elle jugera à propos
, mêmeles accorder en franc aleu ,
fans Juſtice , ni Seigneurie. Elle pourra
faire construire te's Forts , Châteaux
& Places qu'elle jugera néceſſaites
pour la deffence du Païs. Les Officiers
François militaires qui y ſont préfentement,
pourrontydemeurer : Ceux
qui font actuellement en France pourront
y paffer ſous le bon plaifir du
Roy, poury ſervir ſur les Commiſſions
de la Compagnie , fans que pour raifons
de ce ſervice , ils perdent les rangs
&grades qu'ils peuvent avoir actuellement
en France. Le Roy promet à
ladite Compagnie de la protéger &
deffendre , & d'employer la force de
ſes Armes , s'il eſt beſoin,pour la maintenir
dans la liberté entiére de fon
DE SEPTMEBRE.
125
هب
j
-
,
2
commerce : Ceux des Sujets du Roy
qui pafferont dans les Païs concédez
à ladite Compagnie , joüiront des îmê-'
mes libertez & franchiſes que s'ils
étoient demeurants en France ;& que
ceux qui naîtront d'Habitans François
dudit Païs& méme des Etrangers
Européens , faifans profeſſion de la
Religion C. A. & Romaine , qui pour--
ront s'y établir , ſoient cenfez & réputez
pour Regnicoles. Les Denrées &
Marchandiſes que la Compagnie aura
deſtinées pour les Païs de ſa concef
fion,& celles dont elle aura beſoin pour
la conſtruction armement & ravitaillement
de ſes Vaiſſeaux , feront
exempts des droits appartenants au
Roy& aux Villes de fa dépendance..
Les marchandises que ladite Compagnie
fera apporter dans les Ports de:
France pour fon compte , des Païs de
fa conceffion , ne payeront pendant les
dix premiéres années de ſon Privilége,
que la moitié des droits que de pareilles
marchandises venants des Ifles
&Colonies Françoiſes de l'Amérique,
doivent payer. Le Roy fera délivrer de
ſes Magazins à ladite Compagnie tous
les ans , pendant le tems de fon Pri
Lüf
:
126 LE MERCURE
vilége qui eſt de vingt-cing années ,
quarante millions de poudre à fufil
qu'elle payera au Roy ſur le prix
qu'elle lui aura couté.
Les Fonds de cette Compagnie ſeront
partagez en actions de soo livres
chacune , dont la valeur ſera fournie
en Billets d'Etat , deſquels les interêts
ſeront dûs depuis le premier du mois
de Janvier de l'année prochaine. Les
Billets deſdites Actions ſeront payables
au Porteur , ſignez par le Caiffier
de la Compagnie & viſés par l'un des
Directeurs .
Tous les Etrangers pourront acqué
rir tel nombre d'Actions qu'ils jugeront
à propos , & les Actions appartenantes
aux Etrangers ne feront ſujettes ni
au droit d'aubaine , ni à aucune confiſcation
• pour cauſe de guerre ou autrement
.
, aura
Toutes leſdites Actions pourront être
vendues ou commercées: Tout Actionnaire
Porteur de so Actions
voix déliberative aux Aſſemblées ; &
s'il eſt Porteur de 100 Actions , il aura
deux voix auſſi par augmentation .
Les Billets d'Etat receus pour lefondsdes
Actions , feront convertis en renDE
SEPTEMBRE. 727
fual
P
lives
هک
eres
16
33
tes au Denier 25 , dont les interêts
coureront , à commencer du premier
Janvier 1718 , ſur la Ferme du Contrôlle
des Actes des Notaires du petit
Sceau & Inſinuation des Laïcs , lefquelles
rentes feront héréditaires. Les
Directeurs employeront au commerce
de la Compagnie , les arrérages dûs
de la préſente année , des Contracts
qui ſeront expédiés au profit de la
Compagnie ; & il leur est très expref
fément deffendu d'y employer aucune
partie des interêts des années ſuivantes.
Les Directeurs arrêteront tous les
ans à la fin du mois de Decembre, le
Bilan général des Affaires de laCompagnie
; après quoy ils convoqueront
par affiche publique l'Affemblée géné
rale de toute la Compagnie , dansla
quelle les Répartitions des profits de
lad.Compagnie feront reſoluës &arrêtées.
Les Rentes deſd. Actions, enfemble
les Répartitions des profits prove
nans des profits de commerce , ſeront
payés ſuivant les Numeros def
dites Actions ; en commençant par la.
premiere , fans qu'il puiffe y être fait
aucun changement.
Les Actions de la Compagnie , ni
les effets d'icelle ne pourront être fai128
LE MERCURE
fis ,fous quelque prétexte que ce puiffe
êrre.
Fermer
5196
p. 128-143
NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Début :
Comme je finissois cet Extrait, il m'est tombé à point / Le Mississippi appellé maintenant le Fleuve Saint Loüis, [...]
Mots clefs :
Mississippi, Vaisseaux, Amérique, Sauvages, Chasse, Climat, Pierres précieuses, Fort, Vers à soie, Gouverneur, Île, Vaisseaux, La Havane, Or et argent, Familles, Nation, Marchandises, Indigo, Laine, Peuples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Cm'esttombé apoint nommé une
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
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5197
p. 143-146
DEPIT POETIQUE PAR M. LE GRAND.
Début :
Si les Rimeurs par leurs tendres accords [...]
Mots clefs :
Empire, Roi, Lyre, Marbre, Racine, Molière, Lauriers, Ennuis, Héros, Trophées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEPIT POETIQUE PAR M. LE GRAND.
DE'PIT POETIQUE .
PAR M. LE GRAND.
SIles Rimeurspar leurs tendres accords
Pouvoient fléchir le Roy du fombre
Empire ,
144 LE MERCURE
Pour m'affranchir du tribui deſes bords;
Dudocte Mont j'encenſerois le Sire,
Puis au Besoin , faisantſonnersa Lyre ,
Je me rirois des deſſeins d'Atropos :
Mais, puisqu'enfin , en dépit du Lierre ,
Enſevelis ſous lafunébre Pierre ,
Nousdevons tous rendre compte àMinos.
Pourquoi Mortels,Paſſagersſur laTerre
Précipiter par de rudes travaux ,
Desjoursfi courts & plus frésles qu'un
Verre?
Plûtôt oififs , à l'ombre du Repos ,
Peu soucieux d'un stérile mérite,
Apas comptés marchons vers leCocyte :
Tout le Renom des antiques Héros,
Ne vaut l'instant où je vois la Lumiere;
Etquand unjour par la main meurtriere,
Serai rayé du Livre des Vivants ,
Cem'est tout un que sur marbre on pouffiere
,
Mon nom tracé reſte on s'envole aux
Vents.
Envain Phébus contre la faulx du tems,
Defend encore ceux d'Horace & d'Homere;
Leurs doux Ecrits où puisa Despreaux ,
ne font pour eux qu'inutiles Zéros :
Ainsi, qu'importe à Racine , à Moliére ,
Que de leur fel nous Joyons réjoüis ?
DE SEPTEMBRE . 145
Si pour jamais fourds à tous nos Eloges,
Le bruit épars du Parterre & des Loges
Nefrapeplus leursfens évanouis ,
Ofoibles lots des Rimcurs ébloüis !
Tas de Lauriersfur leur Tombe on apprefte,
Et rarement àleurs yeux on les fête.
Trottant toujours, Envie à leurs côtez ,
Est là tout prest qui leur gloire intercepte;
Et quand enfin, le bon goût les accepte,
Etque leurs vers font lus & débitez ,
Ja font pleurans aux bords de l'onde -
noire ,
Leurs jours perdus pour l'Immortalité.
Heureux celui , qui témoin deſa gloire ,
Eft de Fortune & de Muses flaté !
Troupe d'Ennuis jamais ne le lutine,
Essain de Risle hante & le dodine :
Pour luy Vénus n'a point de cruauté .
Le Dieu du Vin de Comus escorté,
Paitrit sa panse &sa trogne enlumine ;
Mais, quel Rimeur en ce temps, effronté,
Est de fortune & de ioje accosté :
Flutoſt voit- on pauvreté qui l'affole ;
On lit fon l'ure , on trépigne, on 'accole:
P'us d'un Hiros de ses vers s'éjouit ,
Septembre 1717. N
146
LE MERCURE
Tandis qu'à jeun l'Auteur s'évanouit:
Puis infenfez! Tuons nous fur de Odes,
Allons plutoſt encenſer des Fagodes.
Bellône ainsi que tous ſes Courtisans
Recéle un coeur plus dur que facuiraffes
Et le fier Mars qui morts furmorts entaffe
,
Souvent moins dorte en l'art de nos accens
,
Voit fans pitié Phébus à la beface,
Et fur Jon front , écrits besoins preſſans:
Depuis que vont les Menins des neuf
Fées ,
Vanterſes Faits , écrireſes Trophees ;
Encore leur doit ce Vainqueur inhuman
L'ancre & la plume avec le parchemin,
PAR M. LE GRAND.
SIles Rimeurspar leurs tendres accords
Pouvoient fléchir le Roy du fombre
Empire ,
144 LE MERCURE
Pour m'affranchir du tribui deſes bords;
Dudocte Mont j'encenſerois le Sire,
Puis au Besoin , faisantſonnersa Lyre ,
Je me rirois des deſſeins d'Atropos :
Mais, puisqu'enfin , en dépit du Lierre ,
Enſevelis ſous lafunébre Pierre ,
Nousdevons tous rendre compte àMinos.
Pourquoi Mortels,Paſſagersſur laTerre
Précipiter par de rudes travaux ,
Desjoursfi courts & plus frésles qu'un
Verre?
Plûtôt oififs , à l'ombre du Repos ,
Peu soucieux d'un stérile mérite,
Apas comptés marchons vers leCocyte :
Tout le Renom des antiques Héros,
Ne vaut l'instant où je vois la Lumiere;
Etquand unjour par la main meurtriere,
Serai rayé du Livre des Vivants ,
Cem'est tout un que sur marbre on pouffiere
,
Mon nom tracé reſte on s'envole aux
Vents.
Envain Phébus contre la faulx du tems,
Defend encore ceux d'Horace & d'Homere;
Leurs doux Ecrits où puisa Despreaux ,
ne font pour eux qu'inutiles Zéros :
Ainsi, qu'importe à Racine , à Moliére ,
Que de leur fel nous Joyons réjoüis ?
DE SEPTEMBRE . 145
Si pour jamais fourds à tous nos Eloges,
Le bruit épars du Parterre & des Loges
Nefrapeplus leursfens évanouis ,
Ofoibles lots des Rimcurs ébloüis !
Tas de Lauriersfur leur Tombe on apprefte,
Et rarement àleurs yeux on les fête.
Trottant toujours, Envie à leurs côtez ,
Est là tout prest qui leur gloire intercepte;
Et quand enfin, le bon goût les accepte,
Etque leurs vers font lus & débitez ,
Ja font pleurans aux bords de l'onde -
noire ,
Leurs jours perdus pour l'Immortalité.
Heureux celui , qui témoin deſa gloire ,
Eft de Fortune & de Muses flaté !
Troupe d'Ennuis jamais ne le lutine,
Essain de Risle hante & le dodine :
Pour luy Vénus n'a point de cruauté .
Le Dieu du Vin de Comus escorté,
Paitrit sa panse &sa trogne enlumine ;
Mais, quel Rimeur en ce temps, effronté,
Est de fortune & de ioje accosté :
Flutoſt voit- on pauvreté qui l'affole ;
On lit fon l'ure , on trépigne, on 'accole:
P'us d'un Hiros de ses vers s'éjouit ,
Septembre 1717. N
146
LE MERCURE
Tandis qu'à jeun l'Auteur s'évanouit:
Puis infenfez! Tuons nous fur de Odes,
Allons plutoſt encenſer des Fagodes.
Bellône ainsi que tous ſes Courtisans
Recéle un coeur plus dur que facuiraffes
Et le fier Mars qui morts furmorts entaffe
,
Souvent moins dorte en l'art de nos accens
,
Voit fans pitié Phébus à la beface,
Et fur Jon front , écrits besoins preſſans:
Depuis que vont les Menins des neuf
Fées ,
Vanterſes Faits , écrireſes Trophees ;
Encore leur doit ce Vainqueur inhuman
L'ancre & la plume avec le parchemin,
Fermer
5198
p. 146-149
LA MORT, PAR MONSIEUR BOUDIER.
Début :
Que cette tête est naturelle ! [...]
Mots clefs :
Médaillon, Mémoire, Réflexion, Écrivain, Arts, Royaumes, Créatures, Désespoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA MORT, PAR MONSIEUR BOUDIER.
LA MORT ,
PAR MONSIEUR BOUDIER .
!
☑Difois-je en voyant Marc- Aurelle,
Sur le médaillon le plus net
Que j'enſſe dans mon cabinet.
Et rappellant en ma mémoire
Toute la fuite de l'Histoire
DE SEPTEMBRE . 147
i
D'un Empereur fi floriſſant ;
S. bon , fi sage & fi puiſſant ,
Je fis alors d'un coeur tranquile
Cette réflexion uile.
Puisque tout périt ici bas ,
Et que la mort n'épargne pas
Le mérite des plus grands Hommes :
Pourquoi vils Mortels que nous somi
mes ,
Au prix de ces Héros fameux ,
Craignons-nous de mourir comme eux ? |
Scipion , César , Alexandre ,
Ne font que poussière & que cendre ;
Et tout ces grands Nomsferoient vains
Sans le secours des Ecrivains ,
Et des Arts qui les font revivre
-Sur le papier & fur le cuivre .
Mais aufond, ensont-ils moins morts ,
Et brillants d'un pompeux dehors ,
Ont-ils dans les Royaumes fombres
Place au deſſus des autres ombres ?
Y connoit-on le Sang Royal ?
Rien moirs : Tout y devient égal ;
Et Minos y traite de même
La boulette & le Diadéme .
Incorruptible &fans merci
Pour tous ceux qui partent d'ici ,
Il lespunit ou récompense
Nij
148 LE MERCURE
Selon le mérite on l'offence.
Sil'on croitles Faiſeurs de vers
Dans leurs peintures des Enfers :
Cenefont qu'horreurs , que tortures
Etque monstreuses Figures.
Gorgonne aux crins de ferpens ,
Dragons qui couvrent trente arpens ,
Sphinxs Affreux , Hidres à cent têtes,
Et mille autres terribles Bêtes
qui ſezettent de tous côtez
Sur les Mánes épouvantez .
Un Fleuve deflame &deſoufre
Tourne autour d'un horrible goufre ,
Qui retentit de hurlemens.
&de piteux gémiſſemens.
Là, le Désespoir & la Rage
Erla Perr au pale visage
Avec le Repentir tardif ,
Perchés fur les branches d'un If
qui regne au milien d'une Plaine ,
Infectent l'air de Leur haléne.
On ne doit pas estre Surpris
De ce que les foibles eſprits ,
Elevezdés leur tendre erfance
Dans cette commune croyance ,
Se fentant proche de la mort ,
Viennent à s'efrayerfi fort.
DE SEPTEMBRE. 149
D'autres que le Present enyore,
Ne Songeant pas plus loin qu'à vivre,
Se troublent au ſeul ſouvenir
De la mort & de l'avenir.
Un Mortelqui pense àtoute heure
Qu'il n'est point de jour qu'on ne meure' ,
Et que naître est le premier pas
Qui nous conduit vers le trépas ;
Levoit approcherfans le craindre ,
Et bien éloigné de s'en plaindre ,
Il l'envisage de même oeil
Qu'un long & paisiblesommeil
Mais, cette heureuse confiance
Part de la bonne confcience ,
Qui fuit le mal& fait le bien
En vrai Philoſophe Chrétien.
PAR MONSIEUR BOUDIER .
!
☑Difois-je en voyant Marc- Aurelle,
Sur le médaillon le plus net
Que j'enſſe dans mon cabinet.
Et rappellant en ma mémoire
Toute la fuite de l'Histoire
DE SEPTEMBRE . 147
i
D'un Empereur fi floriſſant ;
S. bon , fi sage & fi puiſſant ,
Je fis alors d'un coeur tranquile
Cette réflexion uile.
Puisque tout périt ici bas ,
Et que la mort n'épargne pas
Le mérite des plus grands Hommes :
Pourquoi vils Mortels que nous somi
mes ,
Au prix de ces Héros fameux ,
Craignons-nous de mourir comme eux ? |
Scipion , César , Alexandre ,
Ne font que poussière & que cendre ;
Et tout ces grands Nomsferoient vains
Sans le secours des Ecrivains ,
Et des Arts qui les font revivre
-Sur le papier & fur le cuivre .
Mais aufond, ensont-ils moins morts ,
Et brillants d'un pompeux dehors ,
Ont-ils dans les Royaumes fombres
Place au deſſus des autres ombres ?
Y connoit-on le Sang Royal ?
Rien moirs : Tout y devient égal ;
Et Minos y traite de même
La boulette & le Diadéme .
Incorruptible &fans merci
Pour tous ceux qui partent d'ici ,
Il lespunit ou récompense
Nij
148 LE MERCURE
Selon le mérite on l'offence.
Sil'on croitles Faiſeurs de vers
Dans leurs peintures des Enfers :
Cenefont qu'horreurs , que tortures
Etque monstreuses Figures.
Gorgonne aux crins de ferpens ,
Dragons qui couvrent trente arpens ,
Sphinxs Affreux , Hidres à cent têtes,
Et mille autres terribles Bêtes
qui ſezettent de tous côtez
Sur les Mánes épouvantez .
Un Fleuve deflame &deſoufre
Tourne autour d'un horrible goufre ,
Qui retentit de hurlemens.
&de piteux gémiſſemens.
Là, le Désespoir & la Rage
Erla Perr au pale visage
Avec le Repentir tardif ,
Perchés fur les branches d'un If
qui regne au milien d'une Plaine ,
Infectent l'air de Leur haléne.
On ne doit pas estre Surpris
De ce que les foibles eſprits ,
Elevezdés leur tendre erfance
Dans cette commune croyance ,
Se fentant proche de la mort ,
Viennent à s'efrayerfi fort.
DE SEPTEMBRE. 149
D'autres que le Present enyore,
Ne Songeant pas plus loin qu'à vivre,
Se troublent au ſeul ſouvenir
De la mort & de l'avenir.
Un Mortelqui pense àtoute heure
Qu'il n'est point de jour qu'on ne meure' ,
Et que naître est le premier pas
Qui nous conduit vers le trépas ;
Levoit approcherfans le craindre ,
Et bien éloigné de s'en plaindre ,
Il l'envisage de même oeil
Qu'un long & paisiblesommeil
Mais, cette heureuse confiance
Part de la bonne confcience ,
Qui fuit le mal& fait le bien
En vrai Philoſophe Chrétien.
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5199
p. 149-150
CONTRE NOSTRE SIECLE PAR LE MESME.
Début :
Parmi tant d'Hommes scélérats, [...]
Mots clefs :
Scélérat, Magistrats, Traître, Esprit, Ombre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTRE NOSTRE SIECLE PAR LE MESME.
CONTRE NOSTRE SIECLE
P
PARLE MESME..
Armi tant d' Hommes ſcélérats ,
Tant de Fanfarons,Petits- Maitres
De présomptueux Magistrats ,
De Bigors , d'indignes Prêtres ;
Sans compterles Fourbes , les Traitress
Les Brutasx &les Eſprits bas :
Comment peut - on souffrir la vie ,
Niij
150 LE MERCURE
E concevor l'horrible envie
Deprolonger des jours ingrats
Alons dans le demeures sombres,
Puisque sous la clarté des Cieux
Les Vivans ſont ſi vicieux ,
Chercher la vertu chez les Ombres .
P
PARLE MESME..
Armi tant d' Hommes ſcélérats ,
Tant de Fanfarons,Petits- Maitres
De présomptueux Magistrats ,
De Bigors , d'indignes Prêtres ;
Sans compterles Fourbes , les Traitress
Les Brutasx &les Eſprits bas :
Comment peut - on souffrir la vie ,
Niij
150 LE MERCURE
E concevor l'horrible envie
Deprolonger des jours ingrats
Alons dans le demeures sombres,
Puisque sous la clarté des Cieux
Les Vivans ſont ſi vicieux ,
Chercher la vertu chez les Ombres .
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5200
p. 150
SUR LA FORTUNE. PAR LE MÊME.
Début :
La fortune a de grand revers, [...]
Mots clefs :
Fortune, Diable, Trésor, Or et argent, Avare
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA FORTUNE. PAR LE MÊME.
SUR LA FORTUNE..
PAR LE MÊME .
T.A fortune a
de grand revers,
Dit Ausone en de certains Vers:
Cet exemple feul pent l'apprendre.
Un pauvre Diable s'alloit pendre ,
Lors qu'aperçevant un Tréſor ,
I se chargea d'Argen & d'Or ,
Jetta ſa corde & prit la fuire.
Qu'en arriva-t'il dans la ſuite ?
L'Avare qui l'avoit caché,
Au lieu du Magot déniché ,
Trouvant àpropos cette corde ,
Se pendit sans mifericorde.
Le Conte n'est guére étendu.
Pour un Incident fi bizare :
Ce que j'en aime , est qu'un Avare
En peude mots , s'y voit pendu.
PAR LE MÊME .
T.A fortune a
de grand revers,
Dit Ausone en de certains Vers:
Cet exemple feul pent l'apprendre.
Un pauvre Diable s'alloit pendre ,
Lors qu'aperçevant un Tréſor ,
I se chargea d'Argen & d'Or ,
Jetta ſa corde & prit la fuire.
Qu'en arriva-t'il dans la ſuite ?
L'Avare qui l'avoit caché,
Au lieu du Magot déniché ,
Trouvant àpropos cette corde ,
Se pendit sans mifericorde.
Le Conte n'est guére étendu.
Pour un Incident fi bizare :
Ce que j'en aime , est qu'un Avare
En peude mots , s'y voit pendu.
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