EPITRE
Aux MUSES.
FIlles du Ciel , sçavantes immortelles
,
Vous qui donnez les poëtiques Aifles ,
Pour s'eleverfur ce Mont redouté ,
Des beaux Esprits ſeulement habité :
Muses , pour vous un Inconnu soupire
Et par ces vers oze enfin vous l'ecrire.
Quoy ? Direz vous , quel eſt cet inſenſe
Qui nous aprend que nous l'avons bleſffér
PourHélicon quelle nouvelle gloire !
DE SEPTEMBRE 42
Nous ignorons une telle victoire :
Ces vers nous sont inconnus comme lui.
Ille ſçait bien , mais enfin aujourd'huy
S'il fait l'aven de ſon feu téméraire
Muses , doit-ilpour cela vous deplaire
Il a longtemps combattu son amour,
Aſſés d'Auteursfans lui , vousfont la
cour
Affezaussi ne vous connoissent guere.
De ces derniers il vent fuir la baniere
Puis qu'il n'apû s'empécher de rimer.
Pardonnezlui , daignezmême l'aimer :
Vous trouverez , peut-être ,son genie
Quelque peu propre aux faveurs d'Uranie.
Connoissez le,son nom est T ...
Qui rime assez à votre fils Marot.
Bon préjugé. Sa fortune est petite ,
C'est un moyen pour avoir du mérite
Auprés devous: Ou du moins vos statuts
ferment . Pentrée au Temple de Plutus
Et ses parents instruits à votre Ecole,
N'ont de leur vie encenſe ſon Idole.
Tant-pis, tant-mieux,selon que l'agrérez
En vôtre cour , ou le rebûterez.
Quant au sçavoir , mafoy, c'eſt pende
chofe
De vous dépend une métamorphofer.
Tel est encor fon malheureux deftin,
:
Diij
42 LE MERCURE
Qu'il ne vit onc livregrec ni latin.
Marot , dit- on , avoit même diſette ,
Et cependant il fut votre Interprette ,
Malherbe auffi; mais ce n'est pas un
titre
Pour le Client qui vousfait cette Epitre
:
Trop bien le voit. Il est honny de tous.
Point de latin , point d'esprit parmy
nous.
Surfon exemple il pourroit bien le croire:
Mais achevons. Une heureuse Mémoire
Fait qu'on le voit toujours un livre en
main.
Moyen peu für pour faire fon chemin ,
Difent les fots ; mais la Philofophie
Contr'eux & l'or , foutient affezla vie.
Il a du gout pour ces fameux Auteurs
Qui dans ce fiecle , ont tant de deferteurs
.
Boileau, Racine, heritiers de leur Lyre,
Lui font ſouvent gouter un beau délire ;
Et la Bruyère aſſis àvos costez,
Rend fon Esprit fouple aux Moralitez .
En les lifant il fût faire sa courſe ;
Mais , de l'Esprit inépuisable ſource :
Muses , toujours objet deſes délices ,
Avec bonté recevez ſes fervices.
Le voila peint fans en être faché
وا
DE SEPTEMBRE
43
Quoi que lui même il ne foit qu'ebauché
:
Dans le deffein de vous être fidele
Il attend tout de vous & de fon zele.