Résultats : 8715 texte(s)
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5201
p. 151
AUX CRITIQUES. PAR LE MÊME.
Début :
Ma Satyre, Arme défensive, [...]
Mots clefs :
Satyre, Arme, Malheur
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texteReconnaissance textuelle : AUX CRITIQUES. PAR LE MÊME.
AUX CRITIQUES.
M
PAR LE мемя.
A Satyre , Arme défenſive ,
Dont la Faix est l'unique objet,
N'a jamais , Sans juſte ſujet ,
Offense personne qui vive.
Mais , quiconque m'attaquera ,
Malheur au fon qui le fera !
Pour un trait en recevra mille ;
Et criblé de piquants Lardons .
I' fera par toute la Ville
Chanté sur l'air des Rigaudons.
M
PAR LE мемя.
A Satyre , Arme défenſive ,
Dont la Faix est l'unique objet,
N'a jamais , Sans juſte ſujet ,
Offense personne qui vive.
Mais , quiconque m'attaquera ,
Malheur au fon qui le fera !
Pour un trait en recevra mille ;
Et criblé de piquants Lardons .
I' fera par toute la Ville
Chanté sur l'air des Rigaudons.
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5202
p. 151-153
A MADEMOISELLE *** Sur une extinction de voix pour laquelle elle avoit inutilement pris le bain pendant neuf jours. PAR M. THAVENOT.
Début :
Cloris, vôtre interêt m'inspire [...]
Mots clefs :
Empire, Amour, Divinité, Amant, Belle, Immortel
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE *** Sur une extinction de voix pour laquelle elle avoit inutilement pris le bain pendant neuf jours. PAR M. THAVENOT.
A MADEMOISELLE ***
Sur une extinction de voix pour laquelle
elle avoit inutilement pris
le bain pendant neuf jours.
PAR M. THAVENOT.
Loris, votre interêt m'inspire
Les Vers que je vous trace ici ;
Amour, dont vous ornès l'Empire ,
Le tendre Amour m'inspire auſſi :
-Gardés- vous bien d'être rebelle
152 LE MERCURE
A l'utile leçon que je vais vous donner ;
Ce n'est pas afſés d'être Belle ,
Par de prudens conseils il faut se gouverner.
On m'a conté qu'au pié des Hêtres ,
Vous chanfonniés n'aguére en un bois
consacré
A des Divinités champêtres ,
Si que par vos accen Pan lui-même attiré,
Laiſſa tomber sa Flute & ne pûtſe défendre
D'abandonner pour vous entendre
Driades un peu bruſquement :
(Déeffes ainsi que Mortelles
Pardonnent rarement aux Belles
Qui leur enlévent un Amant )
Votre voix avoit fait le crime
Qui les irrita contre vous ;
Elle est aujourd'huy la Victime
Sur qui s'épuise leur courroux..
Clorss vous êtes Belle & Sage :
Mais cependant, vous vites à regret ,
La perte d'un tel avantage;
Et pour en recouvrer l'usage,
Aux Déeſſes des Eaux allâtes en ſecret
Offrir des voeux &faire une Neuvaine
:
Celles - cy ,loin d'alléger votre peins,
Craignant pour elles même fort
DE SEPTEMRE.
153
Qu'avoient éprouvé les Dryade:;
Et que Tritons pour vous ne quittaſſent
Nayades ,
Rejetterent vos vaux , & n'eurent pas
grand tort :
Avec des Traits que rien n'égale,
Et cette voix don : Panfut enchanté,
Quand vous voudrés ,il n'est point de
Beaute
Dont vous ne deveniés Rivale :
Or donc , fi m'en croyés, Cloris, changés
d'Autels ,
Essayés àl'Amourde faireine Neuvaine,
Il estleplus puffant de tous les Immortels ;
Votre offrande ne fera vaine ,
Ou je me trompe fort ; vos triomphans
appas
Ont aſſes de nos jours augmentéſon Domaine
,
Pour qu'il ne vous refuse pas:
Pourvû qu'à ses Viſſaux ceffiez d'être
inhumaine ;
Carce Dien Tout- tuffant , Cloris, véut
du retour ;
Or donc , fi m'en croyez ,
àl'Amour.
Sur une extinction de voix pour laquelle
elle avoit inutilement pris
le bain pendant neuf jours.
PAR M. THAVENOT.
Loris, votre interêt m'inspire
Les Vers que je vous trace ici ;
Amour, dont vous ornès l'Empire ,
Le tendre Amour m'inspire auſſi :
-Gardés- vous bien d'être rebelle
152 LE MERCURE
A l'utile leçon que je vais vous donner ;
Ce n'est pas afſés d'être Belle ,
Par de prudens conseils il faut se gouverner.
On m'a conté qu'au pié des Hêtres ,
Vous chanfonniés n'aguére en un bois
consacré
A des Divinités champêtres ,
Si que par vos accen Pan lui-même attiré,
Laiſſa tomber sa Flute & ne pûtſe défendre
D'abandonner pour vous entendre
Driades un peu bruſquement :
(Déeffes ainsi que Mortelles
Pardonnent rarement aux Belles
Qui leur enlévent un Amant )
Votre voix avoit fait le crime
Qui les irrita contre vous ;
Elle est aujourd'huy la Victime
Sur qui s'épuise leur courroux..
Clorss vous êtes Belle & Sage :
Mais cependant, vous vites à regret ,
La perte d'un tel avantage;
Et pour en recouvrer l'usage,
Aux Déeſſes des Eaux allâtes en ſecret
Offrir des voeux &faire une Neuvaine
:
Celles - cy ,loin d'alléger votre peins,
Craignant pour elles même fort
DE SEPTEMRE.
153
Qu'avoient éprouvé les Dryade:;
Et que Tritons pour vous ne quittaſſent
Nayades ,
Rejetterent vos vaux , & n'eurent pas
grand tort :
Avec des Traits que rien n'égale,
Et cette voix don : Panfut enchanté,
Quand vous voudrés ,il n'est point de
Beaute
Dont vous ne deveniés Rivale :
Or donc , fi m'en croyés, Cloris, changés
d'Autels ,
Essayés àl'Amourde faireine Neuvaine,
Il estleplus puffant de tous les Immortels ;
Votre offrande ne fera vaine ,
Ou je me trompe fort ; vos triomphans
appas
Ont aſſes de nos jours augmentéſon Domaine
,
Pour qu'il ne vous refuse pas:
Pourvû qu'à ses Viſſaux ceffiez d'être
inhumaine ;
Carce Dien Tout- tuffant , Cloris, véut
du retour ;
Or donc , fi m'en croyez ,
àl'Amour.
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5203
p. 154
ENIGME.
Début :
Les anciens Grecs, dit-on, ne me connoissoient pas, [...]
Mots clefs :
Miroir
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
Es anciens Grecs , dit- on ,
connosfoient pas ,
ne me
:
Et se paffoient de moi , mettant laface
en bas;
Mais tête haute , on vient me rendre
hommage ,
Hommage, non , c'est trop me prévaloir ;
Car très souvent lorsque l'on vient me
voir ,
Ce n'est pas moi qu'on envisage ;
Mais tirons du moins avantage
De ce que quelques Dieux m'ont
obligation ,
Si je dois à Vulcain quelque
perfection
Sans moi l'on ne pouroit atteindre
Arendreſomptueux les Palais de Plutus;
Et fi Mercure m'aide à peindre ,
En recompense anſſi , j'aide à peindre
àVénus
Es anciens Grecs , dit- on ,
connosfoient pas ,
ne me
:
Et se paffoient de moi , mettant laface
en bas;
Mais tête haute , on vient me rendre
hommage ,
Hommage, non , c'est trop me prévaloir ;
Car très souvent lorsque l'on vient me
voir ,
Ce n'est pas moi qu'on envisage ;
Mais tirons du moins avantage
De ce que quelques Dieux m'ont
obligation ,
Si je dois à Vulcain quelque
perfection
Sans moi l'on ne pouroit atteindre
Arendreſomptueux les Palais de Plutus;
Et fi Mercure m'aide à peindre ,
En recompense anſſi , j'aide à peindre
àVénus
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5204
p. 154
« Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit, Oeuf & celui [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit, Oeuf & celui [...]
Mots clefs :
Oeuf, Pistolet de poche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit, Oeuf & celui [...] »
Le mot de la premiere Enigme du
mois pafle , étoit "Deuf, & celui de
la ſeconde, le Pistolet de poche.
mois pafle , étoit "Deuf, & celui de
la ſeconde, le Pistolet de poche.
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5205
p. 155-156
AUTRE
Début :
De plus de trois fois sept, est la Cathégorie, [...]
Mots clefs :
Lettre Z
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE
AUTRE
DE plus de trois fois sept , est la
Cathégorie ,
Dont François & Latins m'ont mis
tout le dernier ;
Quoi qu'en France mon rang dût être
le prenier :
Est-ce Ufage, Caprice, on pure Allégorie?
Oh , oh , dit un Pédant, Tors , Crochu ,
Mal bâti ,
Moins bien que l'Oméga tu te crois afforti
?
Zéle bizare àpart , l'on sepaſſe de refte
De toy ; car à Raiſon tu ne fers pas d'un
Zeste.
Dans l'Histoire de France on remarque
cing Rois
Distingu's par moiſeul ; j'aiſervi même
à trois
Tout de fuite', depuis le décés d'Henri
Quatre ,
Vingt & un Lustre &plus , sans qu'on
puiſſe en rabatre .
De nôtre jeune Roy monfort est de
pendant ,
:
156 LE MERCURE
Le long cours de fon Rogne étend ma
destinée :
Puiffe- t'elle par lui n'être jamais bornée ?
Qu'ilfu paſſe du moins le Règne précédent.
DE plus de trois fois sept , est la
Cathégorie ,
Dont François & Latins m'ont mis
tout le dernier ;
Quoi qu'en France mon rang dût être
le prenier :
Est-ce Ufage, Caprice, on pure Allégorie?
Oh , oh , dit un Pédant, Tors , Crochu ,
Mal bâti ,
Moins bien que l'Oméga tu te crois afforti
?
Zéle bizare àpart , l'on sepaſſe de refte
De toy ; car à Raiſon tu ne fers pas d'un
Zeste.
Dans l'Histoire de France on remarque
cing Rois
Distingu's par moiſeul ; j'aiſervi même
à trois
Tout de fuite', depuis le décés d'Henri
Quatre ,
Vingt & un Lustre &plus , sans qu'on
puiſſe en rabatre .
De nôtre jeune Roy monfort est de
pendant ,
:
156 LE MERCURE
Le long cours de fon Rogne étend ma
destinée :
Puiffe- t'elle par lui n'être jamais bornée ?
Qu'ilfu paſſe du moins le Règne précédent.
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5206
p. 156
CHANSON. Dont la Musique est de M. de FRANCE DE NOLA.
Début :
Le vaste Empire d'Orient & celui d'Occident, [...]
Mots clefs :
Empire d'Orient, Empire d'Occident, Ottomans
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON. Dont la Musique est de M. de FRANCE DE NOLA.
CHANSON .
Dont laMuſique eſt de M. de FRANCE
DE NOLA. ::
IE vaste Empire d'Orient & celui
d'Occident
S font au ou d'huy la Guerre ;
Si l'Aigle détruit le Croiſſant ,
Que de Ruiffeaux de fang vont couler
fur la Terre !
Amis, imitons l'Alleman ,
Tandis qu'avec ſon Cimeterre ,
Il va renverser l'Ottoman ;
Avec la bouteille & le verre ,.
Allons chaffer l'Amour de l'Isle de
Cythere :
Détruifons pour jamais l'Empire de
Kenus ,
Et que l'un & l'autre Hemisphére
RevéreSeulement celui du Dieu Bachus .
Dont laMuſique eſt de M. de FRANCE
DE NOLA. ::
IE vaste Empire d'Orient & celui
d'Occident
S font au ou d'huy la Guerre ;
Si l'Aigle détruit le Croiſſant ,
Que de Ruiffeaux de fang vont couler
fur la Terre !
Amis, imitons l'Alleman ,
Tandis qu'avec ſon Cimeterre ,
Il va renverser l'Ottoman ;
Avec la bouteille & le verre ,.
Allons chaffer l'Amour de l'Isle de
Cythere :
Détruifons pour jamais l'Empire de
Kenus ,
Et que l'un & l'autre Hemisphére
RevéreSeulement celui du Dieu Bachus .
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5207
p. 157-170
RELATION DE LA BATAILLE DE HONGRIE.
Début :
Comme la Relation suivante venuë en droiture de Belgrade, / Sur les nouvelles que le Prince Eugéne recevoit chaque jour, [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Grand vizir, Tranchée, Bataille, Armée ottomane, Canons, Soldats, Travaux, Conseil de guerre, Bataillons, Infanterie, Ennemis, Pistolet, Belgrade, Artillerie, Armée navale, Camp impérial, Provisions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION DE LA BATAILLE DE HONGRIE.
Comme la Rélation fuivante venue
en droiture de Belgrade , est écrite
par un homme impartiale, &qu'elle contient
quantité de circonstances différentesde
celles qui ont esté publiées jusqu'à
présent ; on a jugé à propos , en faveur
de la varieté , de lui donner la préference
sur quantité d'autres Lettres
qui semblent avoir esté copiées ſur le
même Original.
RELATION
DE LA BATAILLE DE HONGRIE.'
Ur les nouvelles que le Prince Eugene
recevoit chaque jour , que le
Grand Vizir s'avançoit avec une armée
formidable, pour venir au ſecours de
Belgrade , il fufpendit le deſſein qu'il
avoit d'ouvrir la Tranchée devant ſa
Contrevallation , & d'attaquer cette
Place en forme. Il ſe contenta ſeulement
de faire ouvrir un ſeul boyeau
le Tranchée vis - à - vis de la Ville
l'Eau ( la Save entre deux ,) appuyée
Septembre 1717.
158
LE MERCURE
parde bonnes redoutes. L'on y plaça
40 Piéces de Canon &20 Mortiers, qui
battoient en bréche le Hanc de la Ville
baffe& le chemin couvert de la haute
à revers ; mais , cette attaque devenoit
inutile , en ce que le chemin pour aller
à cette bréche, n'étoit pas acceſſible.
Ce Prince s'occupoit de plus à fortifier
ſa Circonvallation par des redoutes
frézées , dans les endroits les plus
foibles & où l'on pouvoit juger que
l'Ennemi s'attacheroit. Son point de
vûë étoit ſeulement de prendre Belgrade
; & pour y parvenir , il vouloir
affûrer fon Camp par des Retranchemens
preſque inataquables & ne point
riſquer uneBataille. Enfin, l'Armée Ottomane
dont on nous ménaçoit depuis
long-tems, commença à paroître le 28
du mois pafle ,& ſe groſſiſlant pendant
4jours , vint ſe camper en front
de baniére le 31 , ſur des hauteurs , à la
portée de nôtre Canon. Nous vîmes
unCamp & des Gardes ſur leurs Hancs
qui nous parurent prodigieuſes , fans
pouvoir jamais découvrir au juſte leur
force par aucuns Déſerteurs ni Prifonniers.
On jugea ſeulement qu'ils pouvoient
aller à 200000 hommes. Nous
!
-
DE SEPTEMBRE. 159
re
다
S
crûmes d'abord que ce grand nombre
de Peuple ne pouvoit ſe ſoûtenir huit
jours dans ce Camp , n'ayant ni eau ni
fourage ; mais l'expérience nous fit voir
le contraire : Ils commencérent à le- '
ver terre la même nuit de leur campement
, & avançant vers nous des
tranchées & des paralleles , ils élevérent
des Batteries de Bombes & de
Canons foûtenuës par des Redoutes ,
à moitié de diſtance entre eux & nous..
Le front de leurs paralleles occupoit
un térrein à déboucher juſqu'à 20000
hommes en bataille. Ils placérent dans
cette intervalle 140 Piéces deCanon &
35 Mortiers qui nous battoient dés le
de cemois dans preſque toute l'étenduë
de nôtre front ; ce qui obligea la
plûpart de nos gens de décamper &
d'aller ſecouvrir des parapets de nos
retranchemens par des traverſes. Le
Quartier du Roy fut dans la même néceflité.
Ils continuerent enſuire ſous le
feu de leurs Canons , de travailler aux
approches de nôtre foffé , par une ine
finité de rameaux affés mal concertez ;
mais , d'où ils ne laiſſoient pasde tirer
beaucoup . Les travaux & les paralleles
qu'ils joignirent au bout , nous faifoient
O ij
160 . LE MERCURE
voir nôtre Armée auſſi régulièrement ,
atliégée , qu'on affiégeune Place. Le
13 , le feu de leur Mouſquéterie paſſoit
bien loin au delà denosparapets :Dés
qu'ilsfur čtàportée, &qu'ilsvirerquenous
n'avions fait aucun mouvement pour
les interrompre, leur audace augmenta
&ils portérent en deux jours de nouvelles
paralleles , à la portée du piſtolet
de nos retranchemens. Ils ſe préparoient
à faire la deſcente du fofſféle 17 ,
en faifant rouler de gros: gabions devant
eux , qui les auroient mis à couvert
; d'autant mieux qu'ils les ausoient
foûtenus par le feu de leurs paralleles
; & les mêmes gabions auroient
comblé le foffé dans toute la largeur
& la diſtance de leur attaque.
Le Prince Eugéne ſe voyant fi fort referré&
preffé,malgré la réſolution qu'il
avoit priſe de maintenir ſes retuanchemens
, fetrouva cependant dans la
nécéſſité lui-même de fortir & de les
attaquer. Il tint Conſeil de guerre le
15 , où il fut décidé de les combattre
le lendemain au point du jour. La difpoſition
de cette entrepriſe fut , que
nous autions une premiere ligne compoſée
de 30 Bataillons & de 24 RégiDE
SEPTEMBRE . . 168
le
C
mens de Cavalerie , de 6 Eſcadrons ,
chacuns partagés ſur la droite & fur la
gauche de l'Infanterie : Que cette premiere
ligne ſeroit foûtenue par une
ſeconde de 27 Bataillons ; le tout ,
fous les Commandemens des Maréchaux
de Palfi , du Prince Alexandre
de Virtemberg & du Comte de Mercy:
Que le reſte des Troupes destinées à
la circonvallation : borderoient le
paraper des Retranchemens , en cas
qu'on eût été forcé de ſe retirer. Il
fut donc réſolu qu'on commenceroit
à défiler à 2 heures aprés minuit par
différentes barriéres , pour être formé
devant l'Ennemi , avant que le jour
pût deſcouvrir notre manoeuvre ; &
que lorſqu'on verroit partir trois Bontbes
à la fois de nos Mortiers , on attaqueroit
, en prenant les flancs de
leur droite & de la gauche de leurs
travaux;& qu'on ſe propoſeroit de nettoyer
, s'il étoit poſſible , toutes ces
Tranchées , pénétrer juſqu'à leurs batteries,
& fi on pouvoit y parvenir , de
ſe former là en bonne ordre debataille,
& de faire donner , juſqu'à ce qu'on
ût comblé leurs Tranchées, comprant .
faire beaucoup , fi avec 35000 hom--
Q.iij.
162 LEMERCURE
mes effectifs dans ce que nous étions
cette fortie , on pouvoit parvenir à y
réuflir. Nous avions cependant 80000
Janiflaires en Tête à combattre derriere
des Tranchées. Les Troupes deſtinées
à la contrevallation étoient en
même-tems en bataille , pour s'oppofer
aux ſorties que les affiégez pouvoient
faire , pendant qu'on ſeroit
aux mains; ce qu'ils auroient infailliblement
exécuté , ſi leurs gens nous
avoient prévenus ; mais, ils furent furpris
& comme déconcertez, ne pouvant
deviner ceque ce pouvoit être ,quelques
meſures &quelques précautions que l'on
prit.Nous ne pûmes cependant être formé
au jour&nous étions en tres grand
danger , fi par un bonheur imprévu
un Broüillard fort épais ne s'éroit élevé,&
qui nous fut ſi favorable,que nous
défi âmes dans les dehors , entre nôtre
foffé de circonvallation & i'Ennemi ,
ſans qu'il nous aperçût , ce qui donna
le tems aux dernieres Troupes qui
ordinairement demeurent fort en arriere
dans des défilez , de joindre &
de ſe former aux premieres ; fans quoi ,
la moitié de la premiere ligne auroir
éte coupée. A peine fûmes nous for
د
٢
DE SEPTEMBRE. 163
11
C
1
1
5
més , que le murmure ou autre bruit
fit apperçevoir aux Turcs que nous
n'étions qu'à la portée du piſtolet , &
qu'il y avoit des Troupes devant eux.
Ils firent d'abord grand feu ,& nous
mirent en néceffité de les attaquer dans
l'épaiſſeur du broüillard , fans pouvoir
diftinguer les objets à 30 pas de
vant nous. On fut dans la confufion
plus d'une heure, ſans ſe reconnoître;
mais , le tems s'étant tout à coup
éclairci , nous nous trouvâmes avoir
déja gagné fur eux beaucoup de petits
Retranchemens ou Tranchées ; &
de plus un grand intervalle dans nôtre
centre , entre nôtre droite& nôtre
gauche : Il arrivoit qu'en avançant
pour nous rejoindre, nousgaignons tou
jours en avant quelques- uns de leurs
Rameaux de Tranchées Cette quantité
de foſſez faifoit que la Cavalerie
ne pouvoit paffer que difficilement ,
&qu'elle, ſe trouvoit expoſée à un
grand feu, pendant qu'elle ſe formoit ;
mais , ni le grand feu du Canon & de
la Mouſquéterie , nile grand nombre
d'hommes & de Retranchemens , ni
les hurlemens & cris effroyables que
ces. Barbares font en pareilles occa764
LE MERCURE
fions pour nous épouventer , n'étonna
point nôtre Soldat ;; au contraire , comime
s'il ût eu laVictoire déja fúre , ilmarcha
toujours en avant , en chargeant
l'Ennemi avec une fermeté & une intrépidité
incroyable, ſautant de Tranchées
en tranchées , auſſi facilement
que s'il avoit combattu en. raze
campagne. Les Ennemis ſe voyant repoufles
juſqu'à leur derniere barriere ,
la confufion & la terreur ſe mit parmi
cux ; & quoiqu'au nombre de plus de
200000 hommes qui nous faifoient
tête,ilsn'eurent plus l'affûrance de pouvoir
former une ſeuletroupede 100 hó
mes en ordre. Dans cette déroute, nous
nous aperceumes que pluſieurs de leurs
principaux Officiers, aprésde vains ef
forts pour les rallier, levoient les bras
au Ciel commede déſeſpoir ;& tout à
coup cette puiffante Armée s'évanoüit ,
abandona fon Camp, Bagages & Munitions,
& prit honteuſement la fuite..
Pour l'Artillerie nous en étions déja
les maîtres. Ils brûlérent la Ville de
Semendria en paffant; le Prince Eugene
ayant mis de la Cavalerie & des
Houſſards à leur trouſſe , ils en tuerent
ungrand nombre.On ne peut affez lover.
1
DE SEPTMEBRE. 165
P
13
1
5
,
-
P
'Infanterie Bavaroiſe qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille. Cette
Troupe emportée par l'ardeur duCombat,
ſe ſéparade lapremiére ligne où elle
étoit, fans que lesGénérauxde cette aîle
là puſſent la retenir;elle perça toûjours
en avant fur l'Ennemi , ouvrit les premiers
paſſages,& en mettant en fuite ce
qui ſe rencontroit devant elle,elledonna
lieu aux Troupes qui les ſuivoient
de ſe former & de ſe mettre en Bataille :
Lorſque de Potte en Poſte elle ſe
voyoir jointe, elle recommençoit à s'avancer
de nouveau , ce qu'elle continüa
juſqu'au point du gain & de la déciſion
de la Bataille; toute l'Armée en a
été témoin . Le Prince Electoral qui ,
comme les autres Volontaires ,
accompagné le Prince Eugene partout ,
fut fi transporté de joye , qu'il acourut
à la fin du dernier choc , embraffer
M. de la Colonie Colonel de ſon Régimenr.
a
On compte environ 20000 Turcs reftés
ſur la Place ; de nôtre côté nous y
avons perdu prés de sooo hommes .
Le Prince Lobkowitz , le Prince Taxis
, le Général Hauben , le fils du Général
Palfi , le Marquis de Caretti Co
166 LE MERCURE
lonel Bavarois , le Marquis de Bona
Colonel ,& pluſieurs braves Officiers
yont été tuez .
,
On a trouve dans leCamp de Infidéles
136 Canons de Bronze
37 Mortiers, 20000 Boulets de Canon ,
3000 Grenades , 600 Barils de Poudre,
300 Barils de Bales de Mouſquets :
On leur a pris 53 Drapeaux , 9 Queues
de Cheval , 4 Trompettes , cinq Tambours
des Janiffaires , quatre Timbales
de Cuivre & 3000 Chariots &c. Le
Prince Eugene fit chanter le Te Deun
dans la Tente du Grand Vizir , au tour
de laquelle il avoit fait arranger les
Drapeaux & autres Trophées de cette
Victoire fignalée. C'eſt la troiſiéme
Tente des Grands Viſirs que ce Grand
Général a gagnée. La première,au Font
d'Effeck , la deuxième à la journée de
Semlim, &celle- cy qui est encore plus
riche que les deux autres .
Le lendemain 17 de la Bataille , la
Garnifon de Belgrade voyant qu'elle
ne pouvoit plus compter ſur aucun ſecours
, força le Séraskier à parlementer
le même jour , pour obtenir une
Capitulation plus favorable.
On convint preſque de tous les ar
I
DE SEPTEMBRE . 167
5
ticles. Le dix - huit on prit poſte dans
les Ouvrages extérieurs , & on occupaun
poſte avec 20 Compagnies de
Grenadiers & 6 Bataillons. Le 20 , on
nous remit tous nos Prifonniers , les
Déſerteurs & les Rebelles Hongrois.
Le 22 la Garniton fortit en vertu de
la Capitulation , au nombre de 25000
hommes , parmi leſquels il y avoit
un quart de Janiſſaires ; le reſte étoit
compoſé de Rafciens Boſniens &
Valachiens , fans compter 3000 Spahis .
Cette Garniſon a été conduite en partie
par eau à Freteſlaaw & en partie
par terre à Niſſa. L'Ingénieur du Régiment
de Holſtein qui avoit déſerté
au commencement du Siége , avec un
Canonier & trois autres , ont été empalez
& les Deſerteurs pendus.
L'Artillerie priſe tant fut l'Armement
Naval des Tures , que dans la
Ville& la Fortereſſe , conſiſte en 534
Canons de bronze & de fer, & 69 Mortiers
, ſans ceux qui font enterrez. ſous
les débris du dernier Magazin de poudre
qui ſauta le 14 d'Aouſt . C'est ainſi
que cette Ville qui avoit gémi 195 ans,
preſque ſans interruption , ſous le joug
des Infidéles ; eft retournée ſous la
168 LE MERCURE
Domination de la Maiſon d'Autriche.
Le Comte d'Odwier Major Général,
a été établi par interim , Commandant
dans Belgrade , avec une Garniſon de
huit Bataillons &de huit Compagnies
de Grenadiers
Les Turcs abandonérent le 17 , Sabaz
ſur la Save , y ayant laiſſe 12 Piéces
de Canon & beaucoupd'attirailles de
guerre&c.
Du Camp Impérial , proche Semlim
les Septembre.
,
Nous occupons apréſent un nouveau
Camp , entre la Save & le Danube
ayant été obligés à cauſe de l'infection ,
d'abandonner l'ancien. On ne voit
&onn'entend plus parler des Ennemis.
Il eſt ſurprenant qu'avec une poignée
de monde , nous ayons pû nous emparer
de tous les Poſtes confidérables
de l'un& de l'autre côté du Danube
depuis Belgrade juſqu'à Vidin; puiſque
nous ſommes maîtres actuellement
de Sémendrie , de Ram , d'Ipek, de
Dobra , de Sip , de Biſſa , de Vidin
&au Nord de ce Fleuve,de Vipalanka,
d'Orfova& de Meadia .
Le
د
DE SEPTEMBRE . 169
نو
:
d
Le Prince Eugéne a donné congé à
tous les Volontaires de l'Armée , n'y
ayant plus aucune expédition d'éclat à
faire ; àcauſe de l'épouvente où ſe
trouvent les Troupes Ottomanes ,
qui font tellement diſſipées qu'on ne
ſçait ce qu'elles ſont devenues. Le
Comte Jofeph- Simon d'Eftheraſi informé
qu'un corps de Turcs & de
Tartares campoit prés de Vipalanka,
eſt tombé deſſus , les a battu , mis
en fuite & pris dix Piéces de Canon
avec 153 chariots de munitions de
guerre & de proviſions de bouche .
Ila fait fabrer tous les Fuyards,excepté
trois Officiers des Janiſſaires à qui
on a fait quartier ; ayant promis de
découvrir au Prince Eugéne des chof s
de la derniere conféquence.Le Général
Major Spleni les a pourſuivi jufqu'à
Orſava qu'ils ont abandonné de
même que l'Iſle voifine : Le Comre Eitherafi
, Michel Czalli , Adam Vay& le
jeune Bérézini ayant raſſemblé environ
15000 hommes de Mécontens , ont
fait une irruption dans la haute Horgrie.
Ils ont paffejpar Radua & pénétré
juſqu'à Biſtrirz dont ils on "brûlé
le Fauxbourg ; enſuite , ils ont tiré
Septembre 1717. P
170 LE MERCURE
ſur la gauche à Maros & ſe ſont avancé
juſqu'à Iroye , en ſaccageant &
pillant tout le Païs. Le Général Steinville
eſt à leur trouſſe ;on ne ſçait s'il
pourra les joindre , tant ils ſe retirent
avec précipitation. Le Prince Eugéne
adétaché 19 Bataillons & 6 Régimens
de Cavalerie , ſous les ordres du Général
Mercy vers le Bannat de The
- meſvar , & a fait encore quelques autres
détachemens.
en droiture de Belgrade , est écrite
par un homme impartiale, &qu'elle contient
quantité de circonstances différentesde
celles qui ont esté publiées jusqu'à
présent ; on a jugé à propos , en faveur
de la varieté , de lui donner la préference
sur quantité d'autres Lettres
qui semblent avoir esté copiées ſur le
même Original.
RELATION
DE LA BATAILLE DE HONGRIE.'
Ur les nouvelles que le Prince Eugene
recevoit chaque jour , que le
Grand Vizir s'avançoit avec une armée
formidable, pour venir au ſecours de
Belgrade , il fufpendit le deſſein qu'il
avoit d'ouvrir la Tranchée devant ſa
Contrevallation , & d'attaquer cette
Place en forme. Il ſe contenta ſeulement
de faire ouvrir un ſeul boyeau
le Tranchée vis - à - vis de la Ville
l'Eau ( la Save entre deux ,) appuyée
Septembre 1717.
158
LE MERCURE
parde bonnes redoutes. L'on y plaça
40 Piéces de Canon &20 Mortiers, qui
battoient en bréche le Hanc de la Ville
baffe& le chemin couvert de la haute
à revers ; mais , cette attaque devenoit
inutile , en ce que le chemin pour aller
à cette bréche, n'étoit pas acceſſible.
Ce Prince s'occupoit de plus à fortifier
ſa Circonvallation par des redoutes
frézées , dans les endroits les plus
foibles & où l'on pouvoit juger que
l'Ennemi s'attacheroit. Son point de
vûë étoit ſeulement de prendre Belgrade
; & pour y parvenir , il vouloir
affûrer fon Camp par des Retranchemens
preſque inataquables & ne point
riſquer uneBataille. Enfin, l'Armée Ottomane
dont on nous ménaçoit depuis
long-tems, commença à paroître le 28
du mois pafle ,& ſe groſſiſlant pendant
4jours , vint ſe camper en front
de baniére le 31 , ſur des hauteurs , à la
portée de nôtre Canon. Nous vîmes
unCamp & des Gardes ſur leurs Hancs
qui nous parurent prodigieuſes , fans
pouvoir jamais découvrir au juſte leur
force par aucuns Déſerteurs ni Prifonniers.
On jugea ſeulement qu'ils pouvoient
aller à 200000 hommes. Nous
!
-
DE SEPTEMBRE. 159
re
다
S
crûmes d'abord que ce grand nombre
de Peuple ne pouvoit ſe ſoûtenir huit
jours dans ce Camp , n'ayant ni eau ni
fourage ; mais l'expérience nous fit voir
le contraire : Ils commencérent à le- '
ver terre la même nuit de leur campement
, & avançant vers nous des
tranchées & des paralleles , ils élevérent
des Batteries de Bombes & de
Canons foûtenuës par des Redoutes ,
à moitié de diſtance entre eux & nous..
Le front de leurs paralleles occupoit
un térrein à déboucher juſqu'à 20000
hommes en bataille. Ils placérent dans
cette intervalle 140 Piéces deCanon &
35 Mortiers qui nous battoient dés le
de cemois dans preſque toute l'étenduë
de nôtre front ; ce qui obligea la
plûpart de nos gens de décamper &
d'aller ſecouvrir des parapets de nos
retranchemens par des traverſes. Le
Quartier du Roy fut dans la même néceflité.
Ils continuerent enſuire ſous le
feu de leurs Canons , de travailler aux
approches de nôtre foffé , par une ine
finité de rameaux affés mal concertez ;
mais , d'où ils ne laiſſoient pasde tirer
beaucoup . Les travaux & les paralleles
qu'ils joignirent au bout , nous faifoient
O ij
160 . LE MERCURE
voir nôtre Armée auſſi régulièrement ,
atliégée , qu'on affiégeune Place. Le
13 , le feu de leur Mouſquéterie paſſoit
bien loin au delà denosparapets :Dés
qu'ilsfur čtàportée, &qu'ilsvirerquenous
n'avions fait aucun mouvement pour
les interrompre, leur audace augmenta
&ils portérent en deux jours de nouvelles
paralleles , à la portée du piſtolet
de nos retranchemens. Ils ſe préparoient
à faire la deſcente du fofſféle 17 ,
en faifant rouler de gros: gabions devant
eux , qui les auroient mis à couvert
; d'autant mieux qu'ils les ausoient
foûtenus par le feu de leurs paralleles
; & les mêmes gabions auroient
comblé le foffé dans toute la largeur
& la diſtance de leur attaque.
Le Prince Eugéne ſe voyant fi fort referré&
preffé,malgré la réſolution qu'il
avoit priſe de maintenir ſes retuanchemens
, fetrouva cependant dans la
nécéſſité lui-même de fortir & de les
attaquer. Il tint Conſeil de guerre le
15 , où il fut décidé de les combattre
le lendemain au point du jour. La difpoſition
de cette entrepriſe fut , que
nous autions une premiere ligne compoſée
de 30 Bataillons & de 24 RégiDE
SEPTEMBRE . . 168
le
C
mens de Cavalerie , de 6 Eſcadrons ,
chacuns partagés ſur la droite & fur la
gauche de l'Infanterie : Que cette premiere
ligne ſeroit foûtenue par une
ſeconde de 27 Bataillons ; le tout ,
fous les Commandemens des Maréchaux
de Palfi , du Prince Alexandre
de Virtemberg & du Comte de Mercy:
Que le reſte des Troupes destinées à
la circonvallation : borderoient le
paraper des Retranchemens , en cas
qu'on eût été forcé de ſe retirer. Il
fut donc réſolu qu'on commenceroit
à défiler à 2 heures aprés minuit par
différentes barriéres , pour être formé
devant l'Ennemi , avant que le jour
pût deſcouvrir notre manoeuvre ; &
que lorſqu'on verroit partir trois Bontbes
à la fois de nos Mortiers , on attaqueroit
, en prenant les flancs de
leur droite & de la gauche de leurs
travaux;& qu'on ſe propoſeroit de nettoyer
, s'il étoit poſſible , toutes ces
Tranchées , pénétrer juſqu'à leurs batteries,
& fi on pouvoit y parvenir , de
ſe former là en bonne ordre debataille,
& de faire donner , juſqu'à ce qu'on
ût comblé leurs Tranchées, comprant .
faire beaucoup , fi avec 35000 hom--
Q.iij.
162 LEMERCURE
mes effectifs dans ce que nous étions
cette fortie , on pouvoit parvenir à y
réuflir. Nous avions cependant 80000
Janiflaires en Tête à combattre derriere
des Tranchées. Les Troupes deſtinées
à la contrevallation étoient en
même-tems en bataille , pour s'oppofer
aux ſorties que les affiégez pouvoient
faire , pendant qu'on ſeroit
aux mains; ce qu'ils auroient infailliblement
exécuté , ſi leurs gens nous
avoient prévenus ; mais, ils furent furpris
& comme déconcertez, ne pouvant
deviner ceque ce pouvoit être ,quelques
meſures &quelques précautions que l'on
prit.Nous ne pûmes cependant être formé
au jour&nous étions en tres grand
danger , fi par un bonheur imprévu
un Broüillard fort épais ne s'éroit élevé,&
qui nous fut ſi favorable,que nous
défi âmes dans les dehors , entre nôtre
foffé de circonvallation & i'Ennemi ,
ſans qu'il nous aperçût , ce qui donna
le tems aux dernieres Troupes qui
ordinairement demeurent fort en arriere
dans des défilez , de joindre &
de ſe former aux premieres ; fans quoi ,
la moitié de la premiere ligne auroir
éte coupée. A peine fûmes nous for
د
٢
DE SEPTEMBRE. 163
11
C
1
1
5
més , que le murmure ou autre bruit
fit apperçevoir aux Turcs que nous
n'étions qu'à la portée du piſtolet , &
qu'il y avoit des Troupes devant eux.
Ils firent d'abord grand feu ,& nous
mirent en néceffité de les attaquer dans
l'épaiſſeur du broüillard , fans pouvoir
diftinguer les objets à 30 pas de
vant nous. On fut dans la confufion
plus d'une heure, ſans ſe reconnoître;
mais , le tems s'étant tout à coup
éclairci , nous nous trouvâmes avoir
déja gagné fur eux beaucoup de petits
Retranchemens ou Tranchées ; &
de plus un grand intervalle dans nôtre
centre , entre nôtre droite& nôtre
gauche : Il arrivoit qu'en avançant
pour nous rejoindre, nousgaignons tou
jours en avant quelques- uns de leurs
Rameaux de Tranchées Cette quantité
de foſſez faifoit que la Cavalerie
ne pouvoit paffer que difficilement ,
&qu'elle, ſe trouvoit expoſée à un
grand feu, pendant qu'elle ſe formoit ;
mais , ni le grand feu du Canon & de
la Mouſquéterie , nile grand nombre
d'hommes & de Retranchemens , ni
les hurlemens & cris effroyables que
ces. Barbares font en pareilles occa764
LE MERCURE
fions pour nous épouventer , n'étonna
point nôtre Soldat ;; au contraire , comime
s'il ût eu laVictoire déja fúre , ilmarcha
toujours en avant , en chargeant
l'Ennemi avec une fermeté & une intrépidité
incroyable, ſautant de Tranchées
en tranchées , auſſi facilement
que s'il avoit combattu en. raze
campagne. Les Ennemis ſe voyant repoufles
juſqu'à leur derniere barriere ,
la confufion & la terreur ſe mit parmi
cux ; & quoiqu'au nombre de plus de
200000 hommes qui nous faifoient
tête,ilsn'eurent plus l'affûrance de pouvoir
former une ſeuletroupede 100 hó
mes en ordre. Dans cette déroute, nous
nous aperceumes que pluſieurs de leurs
principaux Officiers, aprésde vains ef
forts pour les rallier, levoient les bras
au Ciel commede déſeſpoir ;& tout à
coup cette puiffante Armée s'évanoüit ,
abandona fon Camp, Bagages & Munitions,
& prit honteuſement la fuite..
Pour l'Artillerie nous en étions déja
les maîtres. Ils brûlérent la Ville de
Semendria en paffant; le Prince Eugene
ayant mis de la Cavalerie & des
Houſſards à leur trouſſe , ils en tuerent
ungrand nombre.On ne peut affez lover.
1
DE SEPTMEBRE. 165
P
13
1
5
,
-
P
'Infanterie Bavaroiſe qui contribua
beaucoup au gain de la Bataille. Cette
Troupe emportée par l'ardeur duCombat,
ſe ſéparade lapremiére ligne où elle
étoit, fans que lesGénérauxde cette aîle
là puſſent la retenir;elle perça toûjours
en avant fur l'Ennemi , ouvrit les premiers
paſſages,& en mettant en fuite ce
qui ſe rencontroit devant elle,elledonna
lieu aux Troupes qui les ſuivoient
de ſe former & de ſe mettre en Bataille :
Lorſque de Potte en Poſte elle ſe
voyoir jointe, elle recommençoit à s'avancer
de nouveau , ce qu'elle continüa
juſqu'au point du gain & de la déciſion
de la Bataille; toute l'Armée en a
été témoin . Le Prince Electoral qui ,
comme les autres Volontaires ,
accompagné le Prince Eugene partout ,
fut fi transporté de joye , qu'il acourut
à la fin du dernier choc , embraffer
M. de la Colonie Colonel de ſon Régimenr.
a
On compte environ 20000 Turcs reftés
ſur la Place ; de nôtre côté nous y
avons perdu prés de sooo hommes .
Le Prince Lobkowitz , le Prince Taxis
, le Général Hauben , le fils du Général
Palfi , le Marquis de Caretti Co
166 LE MERCURE
lonel Bavarois , le Marquis de Bona
Colonel ,& pluſieurs braves Officiers
yont été tuez .
,
On a trouve dans leCamp de Infidéles
136 Canons de Bronze
37 Mortiers, 20000 Boulets de Canon ,
3000 Grenades , 600 Barils de Poudre,
300 Barils de Bales de Mouſquets :
On leur a pris 53 Drapeaux , 9 Queues
de Cheval , 4 Trompettes , cinq Tambours
des Janiffaires , quatre Timbales
de Cuivre & 3000 Chariots &c. Le
Prince Eugene fit chanter le Te Deun
dans la Tente du Grand Vizir , au tour
de laquelle il avoit fait arranger les
Drapeaux & autres Trophées de cette
Victoire fignalée. C'eſt la troiſiéme
Tente des Grands Viſirs que ce Grand
Général a gagnée. La première,au Font
d'Effeck , la deuxième à la journée de
Semlim, &celle- cy qui est encore plus
riche que les deux autres .
Le lendemain 17 de la Bataille , la
Garnifon de Belgrade voyant qu'elle
ne pouvoit plus compter ſur aucun ſecours
, força le Séraskier à parlementer
le même jour , pour obtenir une
Capitulation plus favorable.
On convint preſque de tous les ar
I
DE SEPTEMBRE . 167
5
ticles. Le dix - huit on prit poſte dans
les Ouvrages extérieurs , & on occupaun
poſte avec 20 Compagnies de
Grenadiers & 6 Bataillons. Le 20 , on
nous remit tous nos Prifonniers , les
Déſerteurs & les Rebelles Hongrois.
Le 22 la Garniton fortit en vertu de
la Capitulation , au nombre de 25000
hommes , parmi leſquels il y avoit
un quart de Janiſſaires ; le reſte étoit
compoſé de Rafciens Boſniens &
Valachiens , fans compter 3000 Spahis .
Cette Garniſon a été conduite en partie
par eau à Freteſlaaw & en partie
par terre à Niſſa. L'Ingénieur du Régiment
de Holſtein qui avoit déſerté
au commencement du Siége , avec un
Canonier & trois autres , ont été empalez
& les Deſerteurs pendus.
L'Artillerie priſe tant fut l'Armement
Naval des Tures , que dans la
Ville& la Fortereſſe , conſiſte en 534
Canons de bronze & de fer, & 69 Mortiers
, ſans ceux qui font enterrez. ſous
les débris du dernier Magazin de poudre
qui ſauta le 14 d'Aouſt . C'est ainſi
que cette Ville qui avoit gémi 195 ans,
preſque ſans interruption , ſous le joug
des Infidéles ; eft retournée ſous la
168 LE MERCURE
Domination de la Maiſon d'Autriche.
Le Comte d'Odwier Major Général,
a été établi par interim , Commandant
dans Belgrade , avec une Garniſon de
huit Bataillons &de huit Compagnies
de Grenadiers
Les Turcs abandonérent le 17 , Sabaz
ſur la Save , y ayant laiſſe 12 Piéces
de Canon & beaucoupd'attirailles de
guerre&c.
Du Camp Impérial , proche Semlim
les Septembre.
,
Nous occupons apréſent un nouveau
Camp , entre la Save & le Danube
ayant été obligés à cauſe de l'infection ,
d'abandonner l'ancien. On ne voit
&onn'entend plus parler des Ennemis.
Il eſt ſurprenant qu'avec une poignée
de monde , nous ayons pû nous emparer
de tous les Poſtes confidérables
de l'un& de l'autre côté du Danube
depuis Belgrade juſqu'à Vidin; puiſque
nous ſommes maîtres actuellement
de Sémendrie , de Ram , d'Ipek, de
Dobra , de Sip , de Biſſa , de Vidin
&au Nord de ce Fleuve,de Vipalanka,
d'Orfova& de Meadia .
Le
د
DE SEPTEMBRE . 169
نو
:
d
Le Prince Eugéne a donné congé à
tous les Volontaires de l'Armée , n'y
ayant plus aucune expédition d'éclat à
faire ; àcauſe de l'épouvente où ſe
trouvent les Troupes Ottomanes ,
qui font tellement diſſipées qu'on ne
ſçait ce qu'elles ſont devenues. Le
Comte Jofeph- Simon d'Eftheraſi informé
qu'un corps de Turcs & de
Tartares campoit prés de Vipalanka,
eſt tombé deſſus , les a battu , mis
en fuite & pris dix Piéces de Canon
avec 153 chariots de munitions de
guerre & de proviſions de bouche .
Ila fait fabrer tous les Fuyards,excepté
trois Officiers des Janiſſaires à qui
on a fait quartier ; ayant promis de
découvrir au Prince Eugéne des chof s
de la derniere conféquence.Le Général
Major Spleni les a pourſuivi jufqu'à
Orſava qu'ils ont abandonné de
même que l'Iſle voifine : Le Comre Eitherafi
, Michel Czalli , Adam Vay& le
jeune Bérézini ayant raſſemblé environ
15000 hommes de Mécontens , ont
fait une irruption dans la haute Horgrie.
Ils ont paffejpar Radua & pénétré
juſqu'à Biſtrirz dont ils on "brûlé
le Fauxbourg ; enſuite , ils ont tiré
Septembre 1717. P
170 LE MERCURE
ſur la gauche à Maros & ſe ſont avancé
juſqu'à Iroye , en ſaccageant &
pillant tout le Païs. Le Général Steinville
eſt à leur trouſſe ;on ne ſçait s'il
pourra les joindre , tant ils ſe retirent
avec précipitation. Le Prince Eugéne
adétaché 19 Bataillons & 6 Régimens
de Cavalerie , ſous les ordres du Général
Mercy vers le Bannat de The
- meſvar , & a fait encore quelques autres
détachemens.
Fermer
5208
p. 173-178
Suite du Journal de Paris.
Début :
Le 9 au soir, le Roy soupa chez Madame la Duchesse de [...]
Mots clefs :
Duchesse, Feu d'artifice, Comte, Armes, Audience, Abbé, Charge, Prince, Compagnies, Gouvernement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Paris.
Suite duJournalde Paris.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
Fermer
5209
p. 178-183
Avis trés utile au Public.
Début :
Etant du Ressort du Mercure d'annoncer au Public les Etablissemens qui se [...]
Mots clefs :
Bureau d'adresse, Ouverture, Établissement, Officier, Plan, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Brevet, Réputation, Mémoire, Société, Liste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis trés utile au Public.
Avis trés vtile an Public .
Etant du Reffort du Mercure d'annoncer
au Public les Etabliſſemens qui
ſe font dans Paris à l'avantage de
la Societé Civile , on aprendra ſans
doute avec plaifir , que le Bureau
général privilégié , d'adreſſe & de
rencontre , doit s'ouvrir inceflamment
dans la rue S. Sauveur.
Quiconque a lû les Eſſais de Montagne
, aura pú obferuer an Chapitre
du déffant de nos Polices , le premier
DE SEPTEMBRE. 179
projet de cet Etabliſſement si néceſſaire
atout Etat. Feu mon Pere ( dit - il )
homme pour n'être aidé que de l'Expérience&
du Naturel,d'unJugement bien.
net , m'a dit autrefois qu'il avoit défire
mettre en train , qu'ily eut és Villes
certain lieu désigné auquel ceux qui
auroient beſoin de quelque chose , se
púſſent rendre ou adreſſer &faire enrégistrer
leur affaire à un Officier établi
pour cet effet. Comme je cherche àvendre
des Perles , je cherche des Perles à
vendre. Tel s'engniert d'un Serviteur
de telle qualité , tel d'un maître , tel
demande un Ouvrier. Qui ceci , qui ce'a
chacun felon fon beſoin : Cesemble que
ce moyen de nous entr'avertir aporteroit
non légere commoditè au Commerce
public ; carà tous coups , ily ades conditions
qui s'entre-cherchent , &pourne
s'entre- entendre , laiſſent les honneurs
en extréme nécessité.
le
,
Voilàproprement le Texte ſur lequel
Plande ce Bureau a été dreſſé : 11
parut fi utile aprés ſon Etabliſſement
que les Rois Henry IV Louis
XIII , & Louis XIV , lui ont toujours
eſté favorables :Les Brevets&les
Priviléges qu'ils lui ont accordé &qui
180 LE MERCURE
viennent d'être renouvellé par Louis
Quinze, en font des preuves inconteſtables.
En effe , pour peu qu'on y faſſe
attention , on fera obligé de reconnoître
qu'il y a peu d'Etabliſſemens qui:
doivent être plus unanimement aprouvés
que celui- ci . Comme les hommes
ont naturellement beſoin les uns des
autres , il arrive tous les jours & prefqu'à
tout moment , que les uns recherchentunechoſe
dont les autres ſeroient
bien-aiſesde fe deffaire , & qu'au contraire
les uns veulent ſe débaraffer
de certains effets dont d'autres défi.
reroient de s'accommoder. Ce quipeut
donc être le plus utile dans le commerce
de la vie , c'eſt que chacun de ceux
qui voudroient vendre quelques meubles
ou immeubles , ſçût à point nommé
quelles, font les perſonnes qui en
auroient beſoin , & que pareillement
ceux qui ſouhaiteroient s'accommoder
d'autres chofes , fuflent instruits d'un
lieu afſuré où ils pourroient s'adreſſer ;
Voilà ce qui a donné occaſion à l'établiſſement
d'un Bureau- Général d'adreflè
& de rencontre , auquel ce nom
n'a eftè impofé que parce que tout le
monde pouvant toujours s'y adreffer ,
chacun
DE SEPTEMBRE. 18
chacun y peut rencontrer ce qu'il chercheroit
vainement ailleurs .
Ce Bureau eſtoit autrefois ſi fréquenté,
qu'un ancien Mémoire du tems
de Louis XIII. fait mentionde cinq
Cordons Bleux qui s'y trouvérent en
même tems pour leur utilité particuliere
: On y remarque que ce Prince
aprés pluſieurs recherches inutiles, pour
découvrir un cheval de poil Iſabelle
qui pût aſſortir à unde ceux qui traînoient
ſon petit caroſſe , ût recours
au Bureau d'adreſſe qui luy en indiqua
un ; c'eſt ce qui engagea Louis XIII .
à lire les liſtes du Bureau , & cette lecture
a ſouvent mis en place des perfonnes
qui n'eſtoient redevables de leurs
Emplois qu'à cet établiſſinent.
La réputation de ce Bureau continua
d'eſtre en honneur juſqu'à la mort de
celui qui par ſon intelligence luy avoit
donné tant de credit; mais, depuis cette
époque & particulierement dans ces
derniers temps , cetOuvrage qui avoit
coûré tant de ſoins , eſt tombé dans
une eſpece d'oubli , faute de Sujets
capables d'en entretenir lebon ordre.
Heureuſement , les fondemens qui en
eſtoient ſolides n'ont pas û le même
Septembre 1717.
182 LÉ MERCURE
fort ; c'eſt ſur ces mêmes fondemens
qu'aujourd'hui des perſonnes zélées
Pour le bien public, travaillent à le remettre
dans ſon premier étar.
Il ſera encore plus aiſé de juger de fon,
utilité& des avantages qui enreviendront;
ſi on met ſous les yeux toutes.
les parties qui y ont du raport.
Chacun aura la liberté de s'adreſſer
au Bureau général pour tout ce qu'on a
droit de vendre , emprunter , troquer ,
acheter , loüer , comme maiſons de la
Ville ou de la Campagne,Terres,Héritages,
Charges , Fonds, Rentes ,Baux ,
Fermes générales ou particulières, Bois
à tailler , pêhes , chaſſe,fruits , vins,
meubles , hardes , équipages , livres
rares , manufcrits , tableaux , bijoux ,
àParis ou en Province.
Pour cet effet on recevra dans ce
Bureau , tous Mémoires & toutes propoſitions
raisonnables , foit en offrant
ou en demandant , comme auſſi toutes
fortes d'offres , de marchez , commiffions
à faire , fournitures à entreprendre
, avis de l'arrivée & du départ des
Vaiſſeaux , &c. avec l'état des marchandiſes
qu'ils apportent ou de celles
dont ils ont beſoin , comme aufficeux
DE SEPTEMBRE.
183
qui defirent eſtre employé dans quelque
état , art , profeſſion ou condition
que ce puiſſe eſtre.
Enfin , on peut s'adreſſfer dans ce
Bureau univerſel,pour toutes les chofes
licites & permiſes qui entrent dans le
Commerce général de la Societé civile,
&pour tout ce qui regarde les néceffires
de
de la vie; afin que par cet innocent
moyen, chacun puifle y rencontrer facilement
à point nommé & à choix , tout
ce qu'il défire , & que par-là, il foit
promprement foulage dans ſes affaires
&aidédans ſes plus preſſans beſoins.
L'on distribuëra joumellement une
brochure, ſous le titre de Liite univerſelledu
Bureau général d'adreſſe de France,
contenant les propofitions & deamande,
avec l'état de tout cequi aura été enregiſtré
aud. Bureau ; dans laquelle Liſte
il ne fera nommé perſonne : Er pour
les affaires qui doivent eſtre traitées
en particulier , elles reſteront dans un
Regiltre ſecret.
Etant du Reffort du Mercure d'annoncer
au Public les Etabliſſemens qui
ſe font dans Paris à l'avantage de
la Societé Civile , on aprendra ſans
doute avec plaifir , que le Bureau
général privilégié , d'adreſſe & de
rencontre , doit s'ouvrir inceflamment
dans la rue S. Sauveur.
Quiconque a lû les Eſſais de Montagne
, aura pú obferuer an Chapitre
du déffant de nos Polices , le premier
DE SEPTEMBRE. 179
projet de cet Etabliſſement si néceſſaire
atout Etat. Feu mon Pere ( dit - il )
homme pour n'être aidé que de l'Expérience&
du Naturel,d'unJugement bien.
net , m'a dit autrefois qu'il avoit défire
mettre en train , qu'ily eut és Villes
certain lieu désigné auquel ceux qui
auroient beſoin de quelque chose , se
púſſent rendre ou adreſſer &faire enrégistrer
leur affaire à un Officier établi
pour cet effet. Comme je cherche àvendre
des Perles , je cherche des Perles à
vendre. Tel s'engniert d'un Serviteur
de telle qualité , tel d'un maître , tel
demande un Ouvrier. Qui ceci , qui ce'a
chacun felon fon beſoin : Cesemble que
ce moyen de nous entr'avertir aporteroit
non légere commoditè au Commerce
public ; carà tous coups , ily ades conditions
qui s'entre-cherchent , &pourne
s'entre- entendre , laiſſent les honneurs
en extréme nécessité.
le
,
Voilàproprement le Texte ſur lequel
Plande ce Bureau a été dreſſé : 11
parut fi utile aprés ſon Etabliſſement
que les Rois Henry IV Louis
XIII , & Louis XIV , lui ont toujours
eſté favorables :Les Brevets&les
Priviléges qu'ils lui ont accordé &qui
180 LE MERCURE
viennent d'être renouvellé par Louis
Quinze, en font des preuves inconteſtables.
En effe , pour peu qu'on y faſſe
attention , on fera obligé de reconnoître
qu'il y a peu d'Etabliſſemens qui:
doivent être plus unanimement aprouvés
que celui- ci . Comme les hommes
ont naturellement beſoin les uns des
autres , il arrive tous les jours & prefqu'à
tout moment , que les uns recherchentunechoſe
dont les autres ſeroient
bien-aiſesde fe deffaire , & qu'au contraire
les uns veulent ſe débaraffer
de certains effets dont d'autres défi.
reroient de s'accommoder. Ce quipeut
donc être le plus utile dans le commerce
de la vie , c'eſt que chacun de ceux
qui voudroient vendre quelques meubles
ou immeubles , ſçût à point nommé
quelles, font les perſonnes qui en
auroient beſoin , & que pareillement
ceux qui ſouhaiteroient s'accommoder
d'autres chofes , fuflent instruits d'un
lieu afſuré où ils pourroient s'adreſſer ;
Voilà ce qui a donné occaſion à l'établiſſement
d'un Bureau- Général d'adreflè
& de rencontre , auquel ce nom
n'a eftè impofé que parce que tout le
monde pouvant toujours s'y adreffer ,
chacun
DE SEPTEMBRE. 18
chacun y peut rencontrer ce qu'il chercheroit
vainement ailleurs .
Ce Bureau eſtoit autrefois ſi fréquenté,
qu'un ancien Mémoire du tems
de Louis XIII. fait mentionde cinq
Cordons Bleux qui s'y trouvérent en
même tems pour leur utilité particuliere
: On y remarque que ce Prince
aprés pluſieurs recherches inutiles, pour
découvrir un cheval de poil Iſabelle
qui pût aſſortir à unde ceux qui traînoient
ſon petit caroſſe , ût recours
au Bureau d'adreſſe qui luy en indiqua
un ; c'eſt ce qui engagea Louis XIII .
à lire les liſtes du Bureau , & cette lecture
a ſouvent mis en place des perfonnes
qui n'eſtoient redevables de leurs
Emplois qu'à cet établiſſinent.
La réputation de ce Bureau continua
d'eſtre en honneur juſqu'à la mort de
celui qui par ſon intelligence luy avoit
donné tant de credit; mais, depuis cette
époque & particulierement dans ces
derniers temps , cetOuvrage qui avoit
coûré tant de ſoins , eſt tombé dans
une eſpece d'oubli , faute de Sujets
capables d'en entretenir lebon ordre.
Heureuſement , les fondemens qui en
eſtoient ſolides n'ont pas û le même
Septembre 1717.
182 LÉ MERCURE
fort ; c'eſt ſur ces mêmes fondemens
qu'aujourd'hui des perſonnes zélées
Pour le bien public, travaillent à le remettre
dans ſon premier étar.
Il ſera encore plus aiſé de juger de fon,
utilité& des avantages qui enreviendront;
ſi on met ſous les yeux toutes.
les parties qui y ont du raport.
Chacun aura la liberté de s'adreſſer
au Bureau général pour tout ce qu'on a
droit de vendre , emprunter , troquer ,
acheter , loüer , comme maiſons de la
Ville ou de la Campagne,Terres,Héritages,
Charges , Fonds, Rentes ,Baux ,
Fermes générales ou particulières, Bois
à tailler , pêhes , chaſſe,fruits , vins,
meubles , hardes , équipages , livres
rares , manufcrits , tableaux , bijoux ,
àParis ou en Province.
Pour cet effet on recevra dans ce
Bureau , tous Mémoires & toutes propoſitions
raisonnables , foit en offrant
ou en demandant , comme auſſi toutes
fortes d'offres , de marchez , commiffions
à faire , fournitures à entreprendre
, avis de l'arrivée & du départ des
Vaiſſeaux , &c. avec l'état des marchandiſes
qu'ils apportent ou de celles
dont ils ont beſoin , comme aufficeux
DE SEPTEMBRE.
183
qui defirent eſtre employé dans quelque
état , art , profeſſion ou condition
que ce puiſſe eſtre.
Enfin , on peut s'adreſſfer dans ce
Bureau univerſel,pour toutes les chofes
licites & permiſes qui entrent dans le
Commerce général de la Societé civile,
&pour tout ce qui regarde les néceffires
de
de la vie; afin que par cet innocent
moyen, chacun puifle y rencontrer facilement
à point nommé & à choix , tout
ce qu'il défire , & que par-là, il foit
promprement foulage dans ſes affaires
&aidédans ſes plus preſſans beſoins.
L'on distribuëra joumellement une
brochure, ſous le titre de Liite univerſelledu
Bureau général d'adreſſe de France,
contenant les propofitions & deamande,
avec l'état de tout cequi aura été enregiſtré
aud. Bureau ; dans laquelle Liſte
il ne fera nommé perſonne : Er pour
les affaires qui doivent eſtre traitées
en particulier , elles reſteront dans un
Regiltre ſecret.
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5210
p. 183-188
ARTICLE DES MORTS.
Début :
Messire Paul Estienne Brunet de Ranci Seigneur d'Evry-les-Châteaux, [...]
Mots clefs :
Messire, Comte, Colbert, Coadjuteur, Conseiller, Femme, Décès, Seigneur, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE DES MORTS.
ARTICLE DES MORTS.
M
Effire Paul Eſtienne Brunet de
Ranci Seigneur d'Evry- les-Chateaux
, mourut le 19 Aouſt laiffant de
Qijij
134 LE MERCURE
Ion mariage avec Genevieve Colbert
fille de Michel Colbert Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy,
entre autres enfans , Gilles Brunet
de Rancy . Maiſtre des Requêtes
marié avec Françoiſe Suſanne Bignon,
fille de Meſſire Armand Roland
Bignon Intendant de Juſtice en laGénéralité
de Paris ,& d'Agnes Françoiſe
Hebert du Buc. Joſeph Brunet de Rancy
Capitaine au Régiment des Gardes
Françoiſes , Françoiſe Marguerite Brunet
de Rancy femme de Pierre Armand
de la Briffe Maistre des Requêtes&
Marie Brunet de Rancy mariće
depuis l'An 1711 , avec Loüis François
Henri Colbert Comte de Croiſſfy , Lieutenant
Général des Armées du Roy, cidevantAmbaffadeuren
Suéde . Meſſire
Brunet de Rancy qui vient de mourir
avoit pour freres ( Jean Baptiste Brunet
Seigneur de Chailly , Garde du Tréfor
Royal , mort en 1703 , pere deM.
Brunet de Chailly Préſident en la
Chambre des Compte de Paris , & de
Mesdames du Tillet de la Buffiere de
Villarceaux & Bignon de Blanzy. )
Gilles Brunet Confeiller au Parlement
de Paris , mort en 1709. Fran
-' DE SEPTEMBRE. 18.5
gois Brunet Seigneur de Mont- Ferrant,
Préſident en la Chambre des Comptes
de Parismort , fans eſtremarié en 1696.
Joſeph Brunet Abbé de Noſtre-Dame
de Baugerais , puis de Saint Creſpin
le Grand de Soiffons , Administrateur
de laCure de Saint Roch. Claude Brunet
Abbé de Noſtre-Dame du Boucher,
mort en 1693. Philberte Brunet femmede
Philbert Alexis Durand Seigneur
de Chaumont , Préſident de la Chambre
des Comptes en Bourgogne , &
Jeanne Magdelaine Brunet femme de
François Pierre Durey Secretaire du
Roy , Tréſorier Général de la Maiſon
du Roy , mort en 1710, &elle en 1706.
Tous enfans de Philbert Brunet reçû
Secretairedu Roy en 1667, & de Jeanne
Tavau.
:
Meffire François Jofeph de Grammont
Archevêque de Besançon , mourut
le21 Août. Ilavoit fuccedé en 1698,à
Meffire Antoine Pierre de Grammont
fonOncle duquel il eſtoit Coadjuteur: Il
eſtoit frere de Meſſieurs les Marquis
& Comte de Grammont , tous deux
Lieutenans Généraux des Armées du
Roy, & fortoit d'une Maiſon originaire
de Franche-Comté également diftin-
Qüj
186 LE MERCURE
guée par ſon ancienneté &par fesalliances.
Il vaque par la mort de M.
de Grammont l'Abbaye de Sainte Marie
duMont de 12 à 15000 livres de rente
,& le Prieuré de Mortault qui en
vaut autant.
Mre Geoffroy-Dominique de Bragelongne
, ci-devant Conſeiller en la
Cour des Aydes de Paris , mourut le
21 Septembre , en ſa 63º année. Il eſtoit
fils de Thomas de Bragelongne , Seigneur
d'Engenville , d'Iſſi & du petit
Tinionville , mort Premier Préſident
du Parlement de Metz en 1681 : Etde
Dame Marie Hector de Marle , &
petit- fils de Jean-François de Bragelongne
Seigneur de la Norville , re
çû Conſeiller au Parlement de Paris
en 1603 , & d'Anne l'Ffchaffier ; &
arriére petit-fils de Thomas de Bragelongne
, Seigneur de Norville , ancien
Préſident des Tréſorters - de
France à Paris & Sécrétaire du Roy,
mort en 1615 , ſorti d'une Famille
des plus diftinguées , des plus étendues
&des mieux alliées de la Robe .
N. d'Aydie femme de Mre
Antoine Comte d'Aydie & Dame da
Palais de Madame Ducheſſe de Beni,
DE SEPTEMBRE 187
mourut le 18 de ce mois , à l'âge
de 19 ans. Elle étoit foeur de M. le
Marquis de Ribérac & de M. le Comte
de Rions , & fille d'Amé- Blaiſe
d'Aydie Comte d'Aydie , Seigneur
des Bernardieres , & de Moncheüil ,
Comte de Beroge , & de Marguerite-
Loüife - Théreſe - Marie - Charlotte -
Dianne Bautru de Nogent. Elle avoir
épousé ſon proche parent ; & la Maifon
d'Aydie dont elle fortoit , eſt
des plus illuftres de Bearn.
unc
MreGilles de Beauveau Evêquede
Nantes depuis l'an 1577 , mourut le
fix de ce mois. La Maiſon de Beauvean
dont il fortoit , eſt originaire
d'Anjou & l'une des plus illuſtres &
des plus anciennes de cette Province.
Mre Pierre Gaillard Conſeiller en la
Cour desAydes de Paris , mourut le 20
Aouſt derrier , laiſſant des enfans.
Marie Elifabeth le Feuvre de Caumartin,
femme de Mre Pierre Delpech ,
Seigneur de Cailli , Avocat General
dela Courdes Avdes , mourut le 29
Aouft letnier. Elle épir fille de Loüis-
François e Fenvie de Caumartin ,
Marquis le Cailli & de Françoiſe-
Elifabeth de Brion ſa ſeconde femme,
388 LE MERCURE
perite- fille de Jacques le Feuvre Seigneur
de Saint- Port & Marquis de
Cailli Ambaſſadeur en Suiffe&Confeiller
d'Etat , & de Genéviéve de la
Barre ; & arriere petite-fille de Loüis
de Feuvre Baronde Saint Port, Seigneur
deCaumarrin&de soiffi , mort Gardedes
Sceaux de France en 1623 ; &
elle étoit coufine iffuë de germain de
Mrs de Caumartin&de Boiffi. Voyez
pour cette Généalogie , l'Histoire des
grands Officiers de la Couronne , au
Chapitre des Chanceliers , Gardesdes
Sceaux de France .
Dame Marguerite Felice de Levy
Vantadour veuve de Mre Jacques
Henry de Durfort Duc de Duras ,
Pair& Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
du Comté de Bourgogne , mourut le
deux de ce mois .
Je remets au mois prochain à par-
Actde la mort de M le Duc de Vanta .
dour ſon frere , arrivée le 18 ; comme
auſſide la mort de M. le Marquis
de Moncault Lieutenant Général des
Armées du Roy , dont M. le Marquis
d'Hautrey ſon fils, a épouséMiled Armenonville,
comme je le marque ci-aprés .
M
Effire Paul Eſtienne Brunet de
Ranci Seigneur d'Evry- les-Chateaux
, mourut le 19 Aouſt laiffant de
Qijij
134 LE MERCURE
Ion mariage avec Genevieve Colbert
fille de Michel Colbert Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy,
entre autres enfans , Gilles Brunet
de Rancy . Maiſtre des Requêtes
marié avec Françoiſe Suſanne Bignon,
fille de Meſſire Armand Roland
Bignon Intendant de Juſtice en laGénéralité
de Paris ,& d'Agnes Françoiſe
Hebert du Buc. Joſeph Brunet de Rancy
Capitaine au Régiment des Gardes
Françoiſes , Françoiſe Marguerite Brunet
de Rancy femme de Pierre Armand
de la Briffe Maistre des Requêtes&
Marie Brunet de Rancy mariće
depuis l'An 1711 , avec Loüis François
Henri Colbert Comte de Croiſſfy , Lieutenant
Général des Armées du Roy, cidevantAmbaffadeuren
Suéde . Meſſire
Brunet de Rancy qui vient de mourir
avoit pour freres ( Jean Baptiste Brunet
Seigneur de Chailly , Garde du Tréfor
Royal , mort en 1703 , pere deM.
Brunet de Chailly Préſident en la
Chambre des Compte de Paris , & de
Mesdames du Tillet de la Buffiere de
Villarceaux & Bignon de Blanzy. )
Gilles Brunet Confeiller au Parlement
de Paris , mort en 1709. Fran
-' DE SEPTEMBRE. 18.5
gois Brunet Seigneur de Mont- Ferrant,
Préſident en la Chambre des Comptes
de Parismort , fans eſtremarié en 1696.
Joſeph Brunet Abbé de Noſtre-Dame
de Baugerais , puis de Saint Creſpin
le Grand de Soiffons , Administrateur
de laCure de Saint Roch. Claude Brunet
Abbé de Noſtre-Dame du Boucher,
mort en 1693. Philberte Brunet femmede
Philbert Alexis Durand Seigneur
de Chaumont , Préſident de la Chambre
des Comptes en Bourgogne , &
Jeanne Magdelaine Brunet femme de
François Pierre Durey Secretaire du
Roy , Tréſorier Général de la Maiſon
du Roy , mort en 1710, &elle en 1706.
Tous enfans de Philbert Brunet reçû
Secretairedu Roy en 1667, & de Jeanne
Tavau.
:
Meffire François Jofeph de Grammont
Archevêque de Besançon , mourut
le21 Août. Ilavoit fuccedé en 1698,à
Meffire Antoine Pierre de Grammont
fonOncle duquel il eſtoit Coadjuteur: Il
eſtoit frere de Meſſieurs les Marquis
& Comte de Grammont , tous deux
Lieutenans Généraux des Armées du
Roy, & fortoit d'une Maiſon originaire
de Franche-Comté également diftin-
Qüj
186 LE MERCURE
guée par ſon ancienneté &par fesalliances.
Il vaque par la mort de M.
de Grammont l'Abbaye de Sainte Marie
duMont de 12 à 15000 livres de rente
,& le Prieuré de Mortault qui en
vaut autant.
Mre Geoffroy-Dominique de Bragelongne
, ci-devant Conſeiller en la
Cour des Aydes de Paris , mourut le
21 Septembre , en ſa 63º année. Il eſtoit
fils de Thomas de Bragelongne , Seigneur
d'Engenville , d'Iſſi & du petit
Tinionville , mort Premier Préſident
du Parlement de Metz en 1681 : Etde
Dame Marie Hector de Marle , &
petit- fils de Jean-François de Bragelongne
Seigneur de la Norville , re
çû Conſeiller au Parlement de Paris
en 1603 , & d'Anne l'Ffchaffier ; &
arriére petit-fils de Thomas de Bragelongne
, Seigneur de Norville , ancien
Préſident des Tréſorters - de
France à Paris & Sécrétaire du Roy,
mort en 1615 , ſorti d'une Famille
des plus diftinguées , des plus étendues
&des mieux alliées de la Robe .
N. d'Aydie femme de Mre
Antoine Comte d'Aydie & Dame da
Palais de Madame Ducheſſe de Beni,
DE SEPTEMBRE 187
mourut le 18 de ce mois , à l'âge
de 19 ans. Elle étoit foeur de M. le
Marquis de Ribérac & de M. le Comte
de Rions , & fille d'Amé- Blaiſe
d'Aydie Comte d'Aydie , Seigneur
des Bernardieres , & de Moncheüil ,
Comte de Beroge , & de Marguerite-
Loüife - Théreſe - Marie - Charlotte -
Dianne Bautru de Nogent. Elle avoir
épousé ſon proche parent ; & la Maifon
d'Aydie dont elle fortoit , eſt
des plus illuftres de Bearn.
unc
MreGilles de Beauveau Evêquede
Nantes depuis l'an 1577 , mourut le
fix de ce mois. La Maiſon de Beauvean
dont il fortoit , eſt originaire
d'Anjou & l'une des plus illuſtres &
des plus anciennes de cette Province.
Mre Pierre Gaillard Conſeiller en la
Cour desAydes de Paris , mourut le 20
Aouſt derrier , laiſſant des enfans.
Marie Elifabeth le Feuvre de Caumartin,
femme de Mre Pierre Delpech ,
Seigneur de Cailli , Avocat General
dela Courdes Avdes , mourut le 29
Aouft letnier. Elle épir fille de Loüis-
François e Fenvie de Caumartin ,
Marquis le Cailli & de Françoiſe-
Elifabeth de Brion ſa ſeconde femme,
388 LE MERCURE
perite- fille de Jacques le Feuvre Seigneur
de Saint- Port & Marquis de
Cailli Ambaſſadeur en Suiffe&Confeiller
d'Etat , & de Genéviéve de la
Barre ; & arriere petite-fille de Loüis
de Feuvre Baronde Saint Port, Seigneur
deCaumarrin&de soiffi , mort Gardedes
Sceaux de France en 1623 ; &
elle étoit coufine iffuë de germain de
Mrs de Caumartin&de Boiffi. Voyez
pour cette Généalogie , l'Histoire des
grands Officiers de la Couronne , au
Chapitre des Chanceliers , Gardesdes
Sceaux de France .
Dame Marguerite Felice de Levy
Vantadour veuve de Mre Jacques
Henry de Durfort Duc de Duras ,
Pair& Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouverneur
du Comté de Bourgogne , mourut le
deux de ce mois .
Je remets au mois prochain à par-
Actde la mort de M le Duc de Vanta .
dour ſon frere , arrivée le 18 ; comme
auſſide la mort de M. le Marquis
de Moncault Lieutenant Général des
Armées du Roy , dont M. le Marquis
d'Hautrey ſon fils, a épouséMiled Armenonville,
comme je le marque ci-aprés .
Fermer
5211
p. 189
MARIAGES.
Début :
Messire Jacques de Verthamon Conseiller au Parlement de Bordeaux, [...]
Mots clefs :
Messire, Mariage, Famille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGE S.
Meſſire Jacques de Verthamon Conſeiller
au Parlement de Bordeaux , fils
de M. de Verthamon auſſiConſeiller en
ce Parlement, a épousé le 11 de ce mois
Dile Catherine de Verthamon , fille de
feu Antoine de Verthamon Comte de
Villemenon , Conſeiller au Parlement
de Paris , & de Dame Catherine du
Maits de Goinpy. La Famille de Verthamon'
, de laquelle ils ſortent , eſt
originaire de la Ville de Limoges , &
Pune des plus anciennes , des plus diftinguées
& des mieux alliées de laRobe
Mre .. .. Fabry Marquis d'Autrey
fi's de Mre Louis Fabry Come de Moncaut,
LieutenantGénéral des Armées duroy,Gour
verteur de la Citadelle deBesançon, & deDame
d'aubarede , a épousé le 22 Sepxembre,
DieThereſe Fleurian d'Armenonvil-
Je,fille de MreJoſeph-Jean- Baptifte Fleurieu ,
Seigneur d'Armenonville , Marquis de ambouillet
, Sécretaire d'Etat & ci-devant
Directeur General des Fitances , & de feuë
Dame Marie Jeanne Gibert. Cette pourelle
mariée est coeur de M. de MorvilleProcureur
General auGard Confeil.
Meſſire Jacques de Verthamon Conſeiller
au Parlement de Bordeaux , fils
de M. de Verthamon auſſiConſeiller en
ce Parlement, a épousé le 11 de ce mois
Dile Catherine de Verthamon , fille de
feu Antoine de Verthamon Comte de
Villemenon , Conſeiller au Parlement
de Paris , & de Dame Catherine du
Maits de Goinpy. La Famille de Verthamon'
, de laquelle ils ſortent , eſt
originaire de la Ville de Limoges , &
Pune des plus anciennes , des plus diftinguées
& des mieux alliées de laRobe
Mre .. .. Fabry Marquis d'Autrey
fi's de Mre Louis Fabry Come de Moncaut,
LieutenantGénéral des Armées duroy,Gour
verteur de la Citadelle deBesançon, & deDame
d'aubarede , a épousé le 22 Sepxembre,
DieThereſe Fleurian d'Armenonvil-
Je,fille de MreJoſeph-Jean- Baptifte Fleurieu ,
Seigneur d'Armenonville , Marquis de ambouillet
, Sécretaire d'Etat & ci-devant
Directeur General des Fitances , & de feuë
Dame Marie Jeanne Gibert. Cette pourelle
mariée est coeur de M. de MorvilleProcureur
General auGard Confeil.
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5212
p. 189-190
« On a été mal informé, lorsqu'on a avancé Page 176, que [...] »
Début :
On a été mal informé, lorsqu'on a avancé Page 176, que [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a été mal informé, lorsqu'on a avancé Page 176, que [...] »
On a été mal informé , lorſqu'on a
avancé Page 176 , que Madame la
Marquiſe de Behtune avoit été choifie
Dame du Palais , à la Place de feüe
: 190 LE MERCURE
Madame la Comteſſe d'Aydie. Cetre
Princeſſe ne s'eſt point encore déclarée
fur ce choix.
Page 69. ligne 7. lifes Brevet.
avancé Page 176 , que Madame la
Marquiſe de Behtune avoit été choifie
Dame du Palais , à la Place de feüe
: 190 LE MERCURE
Madame la Comteſſe d'Aydie. Cetre
Princeſſe ne s'eſt point encore déclarée
fur ce choix.
Page 69. ligne 7. lifes Brevet.
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5213
p. 190-191
PROGRAME De l'Academie Royale des Sciences & Arts. POUR UN PRIX D'ANATOMIE
Début :
Le Prix de la Médaille d'Or de trois cent livres proposé l'année [...]
Mots clefs :
Médaille d'or, Anatomie, Ouvrages, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAME De l'Academie Royale des Sciences & Arts. POUR UN PRIX D'ANATOMIE
PROGRAME
Del'Academie Royale des Sciences
&Arts.
POUR UNPRIX D'ANATOMIE
L
EPrixde la Médaille d'Or de trois
cent livres propoſé l'année derniere
pour une découverted' Anatomie,
n'a point été diſtribué ; parce que
les Ouvrages envoyez pour l'obtenir ,
n'ontpas paru àl'Académie remplirtout
fon objet , qui' eſt d'acquérir au Public
du nouveau &de l'utile.
Cette Compagnie deſtine ce même
Prix, pour le jourde Saint Loüis, 25. du
mois d'Aouſt 1718; à celui qui expli
quera de la maniere la plus vrai-femblable
I'usage des Glandes renales ,
nommées autrement , Reins fuccenturiaux
, ou Capsules atrabilaires . :
Il ſera libre d'envoyer les Diſſertations
en François ou en Latin. Elles ne
feront reçûës que juſqu'au premier jour
deMay prochain incluſivement. Gelles
qui arriveront plus- tard, n'entreront
DE SEPTEMBRE .
191
pas en concours. Au bas des Diſſertations
, il y aura une Sentence , & l'Auteur
mettra dans un Billet ſeparé & ca
cheré, la même Sentence avec ſon nom
&fonadreſſe.
Ceux qui enverront leurs Ouvrages ,
les adreſſeront à Meſſieurs de l'Academie
Royale de Bordeaux , ou au Sieur
Brun Imprimeur de cette Compagnie ,
ruë Saint James. On aura ſoinde faire
affranchir de port les paquets, ſans quoi..
ils ne feront pas retirez du Courier.
A Bordeaux le vingt-cinq Août mil
ſept cens dix -fept.
r
NAVARRE Secretaire perpetuelde
l'Académie Royale des Belles- Lettres,
Sciences & Arts .
Del'Academie Royale des Sciences
&Arts.
POUR UNPRIX D'ANATOMIE
L
EPrixde la Médaille d'Or de trois
cent livres propoſé l'année derniere
pour une découverted' Anatomie,
n'a point été diſtribué ; parce que
les Ouvrages envoyez pour l'obtenir ,
n'ontpas paru àl'Académie remplirtout
fon objet , qui' eſt d'acquérir au Public
du nouveau &de l'utile.
Cette Compagnie deſtine ce même
Prix, pour le jourde Saint Loüis, 25. du
mois d'Aouſt 1718; à celui qui expli
quera de la maniere la plus vrai-femblable
I'usage des Glandes renales ,
nommées autrement , Reins fuccenturiaux
, ou Capsules atrabilaires . :
Il ſera libre d'envoyer les Diſſertations
en François ou en Latin. Elles ne
feront reçûës que juſqu'au premier jour
deMay prochain incluſivement. Gelles
qui arriveront plus- tard, n'entreront
DE SEPTEMBRE .
191
pas en concours. Au bas des Diſſertations
, il y aura une Sentence , & l'Auteur
mettra dans un Billet ſeparé & ca
cheré, la même Sentence avec ſon nom
&fonadreſſe.
Ceux qui enverront leurs Ouvrages ,
les adreſſeront à Meſſieurs de l'Academie
Royale de Bordeaux , ou au Sieur
Brun Imprimeur de cette Compagnie ,
ruë Saint James. On aura ſoinde faire
affranchir de port les paquets, ſans quoi..
ils ne feront pas retirez du Courier.
A Bordeaux le vingt-cinq Août mil
ſept cens dix -fept.
r
NAVARRE Secretaire perpetuelde
l'Académie Royale des Belles- Lettres,
Sciences & Arts .
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5214
p. 191-[192]
« Antoine Coutelier Libraire, Quay des Augustins, continue de vendre [...] »
Début :
Antoine Coutelier Libraire, Quay des Augustins, continue de vendre [...]
Mots clefs :
Vente, Ouvrages, Traité, Comédie italienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Antoine Coutelier Libraire, Quay des Augustins, continue de vendre [...] »
AntoineCoutelier Libraire, Quay des Augustins , continë
de vendre l'Edition nouvelle duTérence deM:Dacier;
iln'y a rien à defirer dans cette Edition , tant par la
Beauté des Caractéres & du papier , que par soFigures
tirées des plus anciens Manuscrits de la Bibliotheque du
Royqui ont eflé gravées par Pi ard .
On trouve chez Eftienne Robinot libraire Quai des
Autons. Le Journal Hiſtorique du dernier Voyage
que fu M de la Sale fit dans le Golfe de Mexique ,
pa découvrir l'embouchute & le coursde la Riviere de
Mi fiffipi.
Cene Relation devient intereſſante autant par les circonftances
préientes que par la curiofité de 1º matiere.
Il paroitun livre qui a pourTire negle areficielle
da Teres ou Traité de la divifion Naturelle &ArtiffcieleduTens,
des Horloges &des Dionites de differen
tes construtions de la manierede les connoitre &&de les
regler avec juſtoff:.Avec la defcription d'une Manue de
nouvelle conſtruction, preſentée à l'Academic Ro ale des
Sciences aumoisdeJuin (716 par menty SullyAnglois.
CeLivre qui eftde16. feüilles in 12. fe trouve chez
GregoireDupuis,rue SaintJacques à'a Fontaine d'Or.On
endonnera le mois prochain un Extrait plus étendu.
On remet auffi à parler le mois prochain des Dialoguesdes
vivans &d'une ſeconde Icatre fur l'établiſſement
de la Comedie Italienne , qui ſe vendent chez Pierre
Prault fur le Quai de Gevres , chez qui on trouve tous
Ies Edits, Arrats& Declarations , tant anciennesque
nouvelles.
de vendre l'Edition nouvelle duTérence deM:Dacier;
iln'y a rien à defirer dans cette Edition , tant par la
Beauté des Caractéres & du papier , que par soFigures
tirées des plus anciens Manuscrits de la Bibliotheque du
Royqui ont eflé gravées par Pi ard .
On trouve chez Eftienne Robinot libraire Quai des
Autons. Le Journal Hiſtorique du dernier Voyage
que fu M de la Sale fit dans le Golfe de Mexique ,
pa découvrir l'embouchute & le coursde la Riviere de
Mi fiffipi.
Cene Relation devient intereſſante autant par les circonftances
préientes que par la curiofité de 1º matiere.
Il paroitun livre qui a pourTire negle areficielle
da Teres ou Traité de la divifion Naturelle &ArtiffcieleduTens,
des Horloges &des Dionites de differen
tes construtions de la manierede les connoitre &&de les
regler avec juſtoff:.Avec la defcription d'une Manue de
nouvelle conſtruction, preſentée à l'Academic Ro ale des
Sciences aumoisdeJuin (716 par menty SullyAnglois.
CeLivre qui eftde16. feüilles in 12. fe trouve chez
GregoireDupuis,rue SaintJacques à'a Fontaine d'Or.On
endonnera le mois prochain un Extrait plus étendu.
On remet auffi à parler le mois prochain des Dialoguesdes
vivans &d'une ſeconde Icatre fur l'établiſſement
de la Comedie Italienne , qui ſe vendent chez Pierre
Prault fur le Quai de Gevres , chez qui on trouve tous
Ies Edits, Arrats& Declarations , tant anciennesque
nouvelles.
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5215
s. p.
TABLE.
Début :
Avant-Propos. Objections & Réponses sur la Machine inventée par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
AVant-Propos. Objectious &Réponſes fur laMachine inventéepar
M. Gautier.
Chapitre 2. des Bourgeois de Paris par leTheophrafte
moderne.
Caractere du Cardinal deRetz.
20.
16
thies 38
Aubregéhiſtoriquedes SiegesdeBelgrade. 49
Suite du Journal de Hongrie. 17
Relation de la Bataille Navalle entre Ics Venitiens& les
Turcs. 63
Journalde Paris. ٢٠
Caufe plaidée en François par los Rethoriciens du
Collegede Louis le Grand. 73
Jugement rendu par Meffieurs des Requeftes du Palais
en faveur de l'Académie des sciences.
Extraits de differents Edirs & Déclarations du Roy. 119
103
Nouvelle Relarion du Milipi 128
Porties.
143
Enigr . 154
Chanfor. 186
Relation de la Bataille de Horgrie. 17
Nouvelles Strangeres 170
Suire du Journal de Paris. 17
Rétabliment du Bureau général d'Adreſſe 178
Morts. 183
Mariages. 189
Programe de l'Académie Royale des Sciences &Arts ,190
Livres. 191
AVant-Propos. Objectious &Réponſes fur laMachine inventéepar
M. Gautier.
Chapitre 2. des Bourgeois de Paris par leTheophrafte
moderne.
Caractere du Cardinal deRetz.
20.
16
thies 38
Aubregéhiſtoriquedes SiegesdeBelgrade. 49
Suite du Journal de Hongrie. 17
Relation de la Bataille Navalle entre Ics Venitiens& les
Turcs. 63
Journalde Paris. ٢٠
Caufe plaidée en François par los Rethoriciens du
Collegede Louis le Grand. 73
Jugement rendu par Meffieurs des Requeftes du Palais
en faveur de l'Académie des sciences.
Extraits de differents Edirs & Déclarations du Roy. 119
103
Nouvelle Relarion du Milipi 128
Porties.
143
Enigr . 154
Chanfor. 186
Relation de la Bataille de Horgrie. 17
Nouvelles Strangeres 170
Suire du Journal de Paris. 17
Rétabliment du Bureau général d'Adreſſe 178
Morts. 183
Mariages. 189
Programe de l'Académie Royale des Sciences &Arts ,190
Livres. 191
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5216
s. p.
« Le Plan de Belgrade regarde la page 49. [...] »
Début :
Le Plan de Belgrade regarde la page 49. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Plan de Belgrade regarde la page 49. [...] »
Le Plan de Belgrade regarde la page 49 .
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5217
s. p.
« De l'Imprimerie de J. François Frou, rue de la Huchette, [...] »
Début :
De l'Imprimerie de J. François Frou, rue de la Huchette, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de J. François Frou, rue de la Huchette, [...] »
Del'imprimerie de J. FRANÇOIS GREU, tue de la
Huchette, au soleil d'or. al.
Huchette, au soleil d'or. al.
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5218
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ai lû par ordre de Monseigneur le Chancelier le Mercure de Septembre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J
'Ar lû par ordrede Monteſgneur ie Chancellier le
Mercure de Sewembre 1717 & j'ai cru que la lecture de
cetOuvrageconcin čroit d'être agréable au Public.Fait à
Paris ce 30 Septen.bre 1717. TERRASSON.
J
'Ar lû par ordrede Monteſgneur ie Chancellier le
Mercure de Sewembre 1717 & j'ai cru que la lecture de
cetOuvrageconcin čroit d'être agréable au Public.Fait à
Paris ce 30 Septen.bre 1717. TERRASSON.
Fermer
5219
s. p.
AVIS.
Début :
On vend chez Pierre Ribou, Quay des Augustins, à l'Image [...]
Mots clefs :
Abrégé, Vie, Tsar, Russie, Sa Majesté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
N vend chez PIERRE
RIBOU , Quay des Auguftins
, à l'Image S. Louis ,
& chez GREGOIRE DUPUIS ,
à la Fontaine d'Or, rue S. Jacques,
l'Abbregé de la Vie du
Czar PETER ALEXEWITZ
avec une Rélation de l'Etat
préfent de Moſcovie ; & de
ce qui s'eft paffé de plus confidérable
depuis fon arrivée
en France , jufqu'à ce jour ,
dédié à SA MAJESTE
CZARIENNE .
N vend chez PIERRE
RIBOU , Quay des Auguftins
, à l'Image S. Louis ,
& chez GREGOIRE DUPUIS ,
à la Fontaine d'Or, rue S. Jacques,
l'Abbregé de la Vie du
Czar PETER ALEXEWITZ
avec une Rélation de l'Etat
préfent de Moſcovie ; & de
ce qui s'eft paffé de plus confidérable
depuis fon arrivée
en France , jufqu'à ce jour ,
dédié à SA MAJESTE
CZARIENNE .
Fermer
5220
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
On ne sçauroit trop se préter à la curiosité publique, quand [...]
Mots clefs :
Eau de mer, Machine, Invention , Découverte, M. Gautier, Navigation, Distillation, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT- PROPOS.
Nne sçauroit trop se prêter à la
curiofitépublique , quand il s'agit
d'une Recherche auffi utile qu'est celle
de l'Eau de la Mer renduë potable .
Les Piéces juftificatives que nous avons
produites dans les Mercures précédents
touchant cette Découverte , n'ont ſervi
qu'à exciter de plus en plus le défir de
connoître tous les moyens employez pour
parvenir à la consommation de ce grand
Oeuvre Il femble après cela , que ce
feroit naturellement ici la place de donner
la defcription de la Machine avec
laquelle l'ingénieux Auteur a operé
cette Merveille. On n'auroit pas manqué
de remplir l'attente du Public , en
la faifant graver , fi M. Gautier à qui
Seul appartient l'honneur de l'Invention
, n'avoit reçû des ordres précis de
Monfeigneur le Duc Régent & du
Confeil de Marine , de n'en pas révé-
:
Aij
AVANT - PROPOS.
.
ler fitôt le Mécanisme : On a jugé à prode
la mettre en évidence
pos
avant que
de faire embarquer l'Auteur fur unVaiffeau
du Roy deftiné pour l'Amérique ;
afin d'éprouver files Equipages qui refpirent
en Mer un air falé , & qui ne
mangent que des viandes altérantes , fe
trouveront auffi bien de l'ufage de cette
Eau , que ceux qui en ont bû , étant à terre,
dans un état tranquile & dans un air plus
doux .
2. On veut voir , fi la Machine eft
à l'épreuve des agitations & desfeconfes
violentes de la Mer. Comme l'Inventeur
eft feul capable de remédier à ces Inconvéniens
, c'est ce qui l'a engagé à demander
au Confeil de Marine , de courir les
rifques d'une Navigation de long cours ;
afin d'être toujours prêt à réparer les
défordres de fa Machine, au cas qu'il en
arrivât ; & par la même occafion , de la
rectifier ou de la perfectionner , chemin
faifant : Ce qui ne lui étoit pas poſſible
d'exécuter au Port de l'Orient , où il a fait
fes expériences fur une Mer calme : Il
eft vray que l'Auteur , par Ordre de S.
A. R. en a fait un modéle en Cartons
qui a mérité L'approbation de ce Prince
1
-AVANT - PROPOS.
pas
>
celle de Meffieurs de l'Académie
des Sciences ; mais on ne craindra,
d'avancer › que ce modéle ne fuffit
pas pour donner une idée complette de
la chofe , & für lequel on puiffe tenter
des expériences avec fuccès ; l'Auteur
déclarant qu'il ne s'eft point encore expliqué
fur les Proportions , fur les Matieres
convenables & fur la Maniere de
travailler: Il affure même que la nouvelle
Machine qu'il vafaire conftruire pourfon
voyage , ne ferapas précisément la même
que le Modèle ; elle ne perdra cependant
rien de fa fimplicité , puiſqu'il ne fera que
changer la figure du Tambour. Alors,
le même feu fervira en même temps .
pour différens befoins trés néceffaires
à tout l'Equipage du Vaiffean , fans
néanmoins interrompre fon effet princi
pal qui doit être par préférence , la
diftillation de l'Eau de Mer. On y rôtira
par exemple , les Viandes & l'on
Le paffera de Fours pour cuire le pain
des Officiers : On y pourra joindre une
Chaudiere fabriquée fuivant les principes
de cette Découverte dont le Sieur
Gaultier a fait ici l'expérience , aprés
en avoir préſenté le Modéle à S. A.
ཞ་
-
A iij
AVANT - PROPOS.
Monfeigneur le Comte de Toulouſe qui
a fort approuvée . Cette Chaudiere eft
propre à toutes fortes d'ufages , foit pour
faire cuire des Pois , Fêves , &c. Ce
qu'il y a de furprenant , c'est que pour
toutes ces différentes Opérations , it
fandra fi peu confommer de matiére
combustible , de quelque nature qu'elle
foit ,, que ce ne fera plus un objet pour
la dépenfe ; fans compter que le Faif
feau en fera beaucoup moins embaraſſé.
Les Nations Maritimes qui auroient
un interêt prochain qu'on en donnât.
an plûtôt une exacte Defcription , doivent
attendre de la libéralité de S. A.
R. que non seulement elle n'en fera
point un Secret , mais que , lorfque les
Expériences feront confommées , elle
préviendra leurs fouhaits : Elle a
même û la bonté de témoigner par
Avance , la fatisfaction qu'elle aurois
de leur en faire préfent , lorsqu'on n'aura
plus rien à défirer. L'espérance
de profiter bien-tôt de l'avantage d'une
fi hurense Découverte , dont ce Prince a
entrepris de poursuivre avec tant de générofité
& de dépense la perfection ,
doit animer les Puiffances à favorifer
AVANT- PROPOS.
,
-
*
toutes les perfounes éclairées qui ne
font occupées que de travaux utiles
à la République ; afin de tirer du fruit
de leurs veilles , des avantages qui aillent
au bien commun de la Societé des
Hommes ; mais , cette même prudence
qui doit les porter à protéger les
Arts & à examiner avec foin toutes
les Découvertes de cette nature
doit auffi les tenir en même temps ,
en garde contre ceux qui dans leurs
Systèmes entreprennent de forcer
Art & la Nature an lien de
lui obéir & de s'y plier felon les
circonftances : C'est le principe qu'à
Suivi conftamment Monfieur Gautier ,
& qui l'a conduit à ſurpaſſer la Nature
même en l'imitant ; ayant été
obligé de trouver l'Art en multipliant
les furfaces , d'en multiplier auſſi l'effet
fous trés pen de furface apparente ;
Parce que en Suivant les régles feules
de la Nature , la Machine ent été
d'un f grand volume , pour en tirer
quelque avantage , quelle feroit devenuë
impraticable.
En attendant que nous puissions mettre
au jour le deffein de fa Machine
?
A iiij
AVANT- PROPOS.
en donner un Plan exact ; j'espére
que le Leiteur fera bien- aife de trou
ver ici les Lettres qui m'ont été communiquées
touchant les premieres épreuves
de cette fameuſe expérience .
Nne sçauroit trop se prêter à la
curiofitépublique , quand il s'agit
d'une Recherche auffi utile qu'est celle
de l'Eau de la Mer renduë potable .
Les Piéces juftificatives que nous avons
produites dans les Mercures précédents
touchant cette Découverte , n'ont ſervi
qu'à exciter de plus en plus le défir de
connoître tous les moyens employez pour
parvenir à la consommation de ce grand
Oeuvre Il femble après cela , que ce
feroit naturellement ici la place de donner
la defcription de la Machine avec
laquelle l'ingénieux Auteur a operé
cette Merveille. On n'auroit pas manqué
de remplir l'attente du Public , en
la faifant graver , fi M. Gautier à qui
Seul appartient l'honneur de l'Invention
, n'avoit reçû des ordres précis de
Monfeigneur le Duc Régent & du
Confeil de Marine , de n'en pas révé-
:
Aij
AVANT - PROPOS.
.
ler fitôt le Mécanisme : On a jugé à prode
la mettre en évidence
pos
avant que
de faire embarquer l'Auteur fur unVaiffeau
du Roy deftiné pour l'Amérique ;
afin d'éprouver files Equipages qui refpirent
en Mer un air falé , & qui ne
mangent que des viandes altérantes , fe
trouveront auffi bien de l'ufage de cette
Eau , que ceux qui en ont bû , étant à terre,
dans un état tranquile & dans un air plus
doux .
2. On veut voir , fi la Machine eft
à l'épreuve des agitations & desfeconfes
violentes de la Mer. Comme l'Inventeur
eft feul capable de remédier à ces Inconvéniens
, c'est ce qui l'a engagé à demander
au Confeil de Marine , de courir les
rifques d'une Navigation de long cours ;
afin d'être toujours prêt à réparer les
défordres de fa Machine, au cas qu'il en
arrivât ; & par la même occafion , de la
rectifier ou de la perfectionner , chemin
faifant : Ce qui ne lui étoit pas poſſible
d'exécuter au Port de l'Orient , où il a fait
fes expériences fur une Mer calme : Il
eft vray que l'Auteur , par Ordre de S.
A. R. en a fait un modéle en Cartons
qui a mérité L'approbation de ce Prince
1
-AVANT - PROPOS.
pas
>
celle de Meffieurs de l'Académie
des Sciences ; mais on ne craindra,
d'avancer › que ce modéle ne fuffit
pas pour donner une idée complette de
la chofe , & für lequel on puiffe tenter
des expériences avec fuccès ; l'Auteur
déclarant qu'il ne s'eft point encore expliqué
fur les Proportions , fur les Matieres
convenables & fur la Maniere de
travailler: Il affure même que la nouvelle
Machine qu'il vafaire conftruire pourfon
voyage , ne ferapas précisément la même
que le Modèle ; elle ne perdra cependant
rien de fa fimplicité , puiſqu'il ne fera que
changer la figure du Tambour. Alors,
le même feu fervira en même temps .
pour différens befoins trés néceffaires
à tout l'Equipage du Vaiffean , fans
néanmoins interrompre fon effet princi
pal qui doit être par préférence , la
diftillation de l'Eau de Mer. On y rôtira
par exemple , les Viandes & l'on
Le paffera de Fours pour cuire le pain
des Officiers : On y pourra joindre une
Chaudiere fabriquée fuivant les principes
de cette Découverte dont le Sieur
Gaultier a fait ici l'expérience , aprés
en avoir préſenté le Modéle à S. A.
ཞ་
-
A iij
AVANT - PROPOS.
Monfeigneur le Comte de Toulouſe qui
a fort approuvée . Cette Chaudiere eft
propre à toutes fortes d'ufages , foit pour
faire cuire des Pois , Fêves , &c. Ce
qu'il y a de furprenant , c'est que pour
toutes ces différentes Opérations , it
fandra fi peu confommer de matiére
combustible , de quelque nature qu'elle
foit ,, que ce ne fera plus un objet pour
la dépenfe ; fans compter que le Faif
feau en fera beaucoup moins embaraſſé.
Les Nations Maritimes qui auroient
un interêt prochain qu'on en donnât.
an plûtôt une exacte Defcription , doivent
attendre de la libéralité de S. A.
R. que non seulement elle n'en fera
point un Secret , mais que , lorfque les
Expériences feront confommées , elle
préviendra leurs fouhaits : Elle a
même û la bonté de témoigner par
Avance , la fatisfaction qu'elle aurois
de leur en faire préfent , lorsqu'on n'aura
plus rien à défirer. L'espérance
de profiter bien-tôt de l'avantage d'une
fi hurense Découverte , dont ce Prince a
entrepris de poursuivre avec tant de générofité
& de dépense la perfection ,
doit animer les Puiffances à favorifer
AVANT- PROPOS.
,
-
*
toutes les perfounes éclairées qui ne
font occupées que de travaux utiles
à la République ; afin de tirer du fruit
de leurs veilles , des avantages qui aillent
au bien commun de la Societé des
Hommes ; mais , cette même prudence
qui doit les porter à protéger les
Arts & à examiner avec foin toutes
les Découvertes de cette nature
doit auffi les tenir en même temps ,
en garde contre ceux qui dans leurs
Systèmes entreprennent de forcer
Art & la Nature an lien de
lui obéir & de s'y plier felon les
circonftances : C'est le principe qu'à
Suivi conftamment Monfieur Gautier ,
& qui l'a conduit à ſurpaſſer la Nature
même en l'imitant ; ayant été
obligé de trouver l'Art en multipliant
les furfaces , d'en multiplier auſſi l'effet
fous trés pen de furface apparente ;
Parce que en Suivant les régles feules
de la Nature , la Machine ent été
d'un f grand volume , pour en tirer
quelque avantage , quelle feroit devenuë
impraticable.
En attendant que nous puissions mettre
au jour le deffein de fa Machine
?
A iiij
AVANT- PROPOS.
en donner un Plan exact ; j'espére
que le Leiteur fera bien- aife de trou
ver ici les Lettres qui m'ont été communiquées
touchant les premieres épreuves
de cette fameuſe expérience .
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5221
p. 9-10
COPIE DE LA LETTRE DU CONSEIL DE MARINE, Ecrite de Paris à Monsieur de Lusançay, Commissaire de la Marine à Nantes, le 30 Decembre 1716.
Début :
Le Sieur Gautier Medecin de Nantes, prétend avoir trouvé un [...]
Mots clefs :
M. Gautier, Eau de mer, Eau potable, Conseil, Succès, Navigation, Voyage, Secret
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texteReconnaissance textuelle : COPIE DE LA LETTRE DU CONSEIL DE MARINE, Ecrite de Paris à Monsieur de Lusançay, Commissaire de la Marine à Nantes, le 30 Decembre 1716.
COPIE DE LA LETTRE
DU CONSEIL DE MARINE ,
Ecrite de Paris à Monfieur de Lufançay ,
Commiffaire de la Marine à Nantes ,
le 30 Decembre 1716.
E Sieur Gautier Medecin de
Nantes , prétend avoir trouvé
un fecret pour deffaler l'Eau de
la Mer , & a propofé au Confeil par une
Lettre du 8 de ce mois , d'en faire l'épreuve
. Comme le fuccés d'une pareille
Découverte feroit trés utile à la navigation,
vous pourrez dire au Sieur Gautier
de fe rendre à l'Orient , pour faire certe
épreuve en préfence du Commandant
10 LE MERCURE
& de l'Ordonnateur de ce Port : Que le
Confeil luy fera payer la dépenfe de fon
voyage , & qu'il luy fera donné une
gratification pour le dédommager du
tems qu'il aura employé , file fecret fe
trouve bon. Signés , Louis -Alexandre:
de Bourbon & le Maréchal d'Eftrées .
Pour Copie Lufançay.
A Paris , Le 30 Decembre 1716.
DU CONSEIL DE MARINE ,
Ecrite de Paris à Monfieur de Lufançay ,
Commiffaire de la Marine à Nantes ,
le 30 Decembre 1716.
E Sieur Gautier Medecin de
Nantes , prétend avoir trouvé
un fecret pour deffaler l'Eau de
la Mer , & a propofé au Confeil par une
Lettre du 8 de ce mois , d'en faire l'épreuve
. Comme le fuccés d'une pareille
Découverte feroit trés utile à la navigation,
vous pourrez dire au Sieur Gautier
de fe rendre à l'Orient , pour faire certe
épreuve en préfence du Commandant
10 LE MERCURE
& de l'Ordonnateur de ce Port : Que le
Confeil luy fera payer la dépenfe de fon
voyage , & qu'il luy fera donné une
gratification pour le dédommager du
tems qu'il aura employé , file fecret fe
trouve bon. Signés , Louis -Alexandre:
de Bourbon & le Maréchal d'Eftrées .
Pour Copie Lufançay.
A Paris , Le 30 Decembre 1716.
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5222
p. 10-11
LETTRE Ecrite à M. de Beauregard Commandant la Marine à l'Orient.
Début :
Le Conseil vous envoye, M. la copie d'une Lettre d'un Medecin [...]
Mots clefs :
Secret, Succès, Eau potable, Navigation, Orient, Conseil, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Ecrite à M. de Beauregard Commandant la Marine à l'Orient.
LETTRE
Ecrite à M. de Beauregard Commandant
la Marine à l'Orient..
E Confeil vous envoye , M. la copie
tes , qui prétend avoir trouvé un fecret
pour défaller l'Eau de la Mer , & qui
propofe d'en faire l'épreuve . Comme
le fuccés d'une pareille découverte feroit
utile à la Navigation , le Confeil.
écrit à M. de Lufançay de dire à ce
Médecin de fe rendre à l'Orient , pour
faire cette épreuve en vôtre préfence :
& en celle de M. Clairambault , à qui
le Confeil mande de faire donner à cet
Homme , les facilitez qu'il demandera :
D'OCTOBRE. TI
Vous aurez attention que cette épreuve
foit faite avec toute l'exactitude poffible
Sile Sieur Gautier veut confentir
qu'il y foit appellé des Officiers du
Corps, pour goûter cette Eau,vous aurez
agréable d'en avertir d'y venir. Il faut
qu'il foit dreffé un Procés verbal figné
par tous ceux qui y auront affifté , de ce
qu'ils auront reconnu. Le Confeil fera
même fort aife d'en avoir un demi- feptier
dans une bouteille , pour la goûter
ici . Signés ,Louis -Alexandre de Bourbon
& le Maréchal d'Eftrées. Pour Copie
Chunlaud de Bois- Dizon Secretaire de
M. de Beauregard Commandant..
Ecrite à M. de Beauregard Commandant
la Marine à l'Orient..
E Confeil vous envoye , M. la copie
tes , qui prétend avoir trouvé un fecret
pour défaller l'Eau de la Mer , & qui
propofe d'en faire l'épreuve . Comme
le fuccés d'une pareille découverte feroit
utile à la Navigation , le Confeil.
écrit à M. de Lufançay de dire à ce
Médecin de fe rendre à l'Orient , pour
faire cette épreuve en vôtre préfence :
& en celle de M. Clairambault , à qui
le Confeil mande de faire donner à cet
Homme , les facilitez qu'il demandera :
D'OCTOBRE. TI
Vous aurez attention que cette épreuve
foit faite avec toute l'exactitude poffible
Sile Sieur Gautier veut confentir
qu'il y foit appellé des Officiers du
Corps, pour goûter cette Eau,vous aurez
agréable d'en avertir d'y venir. Il faut
qu'il foit dreffé un Procés verbal figné
par tous ceux qui y auront affifté , de ce
qu'ils auront reconnu. Le Confeil fera
même fort aife d'en avoir un demi- feptier
dans une bouteille , pour la goûter
ici . Signés ,Louis -Alexandre de Bourbon
& le Maréchal d'Eftrées. Pour Copie
Chunlaud de Bois- Dizon Secretaire de
M. de Beauregard Commandant..
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5223
p. 11-17
EXTRAIT Du registre des Lettres écrites au Conseil de Marine, par M. de Beauregard Chevalier de l'Ordre militaire de Saint Loüis, Capitaine de Vaisseaux du Roy, Commandant la Marine au Département du Port-Louis & l'Orient.
Début :
La Machine est en place, mais le Sieur Gautier veut faire diverses [...]
Mots clefs :
Machine, Eau douce, Projet, Marine, Vaisseaux, Tonneaux, Charbon, Quantité, Eau de mer, Soudure
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Du registre des Lettres écrites au Conseil de Marine, par M. de Beauregard Chevalier de l'Ordre militaire de Saint Loüis, Capitaine de Vaisseaux du Roy, Commandant la Marine au Département du Port-Louis & l'Orient.
EXTRAIT
Du Regiftre des Lettres écrites au Cönfeil
de Marine , par M. de Beauregard
Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Louis , Capitaine de Vaiffeaux
du Roy , Commandant la Marine
an Département du Port- Louis &
l'Orient.
Du 19 Avril 1717.
LA Machine eft en place s mais le
Sicur Gautier veut faire diverfes
12 LE MERCURE
épreuves en fon particulier avant la décifive
Il veut pendant trois ou quatre
jours , faire bouillir de l'Eau douce dedans
, pour ôter l'odeur de la foudure :
il veut auffi connoitre la difference qu'il
peut y avoir du charbon de bois à celui
de terre , employés dans fon réchaud .
J'ai en mon particulier, fait un Mémoire
de tout ce qui pouvoit s'oppofer à l'exécution
de fon projet ; afin qu'il y faffe
fes réponſes , pour autorifer l'ufage qu'il
prétend qu'on en peut faire , & faire
prononcer fur cela Meffieurs les Capitaines
, le Médecin , les Chirurgiens-
Majors & l'Apoticaire de la Marine, fans
leur donner une entiére connoiffance de
fon fecret.
:
D# 7 May 1717.
' Ay l'honneur d'informer le Confeil ,
que les Gardiens des Vaiffeaux du
Roy & celui du Triton où eft la Machine
du Sieur Gautier , ne boivent que
de l'Eau de l'épreuve de cette Machine;
& il me paroift que s'il y a quelque
difficulté dans fon projet , ce ne fera pas
fur la qualité de l'Eau : Car , on ne peut
alléguer qu'étant confervée, elle fe pour
Loit corrompre ; puifqu'elle n'eft point:
D'OCTOBRE,
13.
faite
pour ne s'en point fervir journellement
: Il ne s'agit donc que de fçavoir
la quantité qui s'en pourra faire dans
un jour , & l'efpace que contiendra le
bois ou le charbon qui feront employés
à cet ufage : Je fçay déja que ladire Machine
peut contenir l'efpace de 8 à 10
Tonneaux dans un Vaiffeau du troifiéme
rang , & dans un autre plus petit
Navire , elle feroit plus inférieure : Je
ne manquerai pas d'en faire un détail ,
lorfque l'entiére connoiffance de tout ce
qui pourra regarder l'employ de cette
Eau , me fera parvenue ; car , j'aimerois
mieux eftre mort que d'avoir condamné
ou approuvé ce que je ne fçaurois pas.
certainement.
DE
Du 21 May 1717.
EPUIS hier midi jufqu'aujourd'huy
pareille heure , le Sieur Gautier
a fait l'épreuve de la quantité d'Eau
que luy pouvoit produire la Machine
qu'il a établie à bord du Vaiffeau du
Roy le Triton , & la confommation du
charbon Pendant ces 24 heures , il a
confommé un pied & demi cube de
charbon , dont les deux tiers de terre &
14 LE MERCURE
l'autre tiers de bois , mêlés enfemble, &
a fait 162 pots d'Eau douce en préfence
de deux perfonnes fidéles ; l'une nommée
par M. Clairambault ,
l'autre par
moy , qui y ont paffé la nuit fans repofer.
Demain à 7 heures du matin , on commencera
l'épreuve de la confommation
du bois feul & de la quantité d'Eau qui
en proviendra pendant 12 heures.
>
Du 28 May 1717.
TOUTES les expériences que M.
Gautier devoit faire ici par ordre
du Confeil , devant eftre finies Lundi
prochain , il fupplie le Confeil d'avoir
la bonté de luy faire fçavoir , s'il pourra
retourner à Nantes , avant que d'avoir la
réponſe du Procés verbal , où fera détaillé
toutes les épreuves de l'Eau de
Mer qu'il a convertie en Eau douce , qui
fera envoyé fans faute avec de cette Eau
dans la femaine prochaine ; parce qu'il
eft appellé par plufieurs malades à
Nantes,qui ont en luy toute la confiancé
qu'on peut avoir pour un auffi habile &
un auffi honête homme que nous le connoiffons
tous :Son expérience dans la Médecine,
a tiré d'affaire plufieurs Gens ici .
"
D'OCTOBRE.
Du 18 Juin 1717.
COMM. j'ay une connoiffance parfaite
de toutes les épreuves mentionnées
au Procés verbal qu'on envoye
au Confeil , ainfi que des réponſes faites
par le Sieur Gautier,fur les queftions qui
luy ont efté alléguées par Meffieurs les
Officiers que j'ay choifi , comme les plus
capables de juger de la qualité de l'Eau
de Mer rendue potable , du lieu le plus
convenable pour placer fa Machine , &
de la facilité avec laquelle on s'en pourra
fervir; je croirois abufer de la patience
du Confeil , en luy faifant un nouveau.
détail de toute l'utilité qu'on en peut
tirer ; j'aurai l'honneur de luy dire leulement,
qu'ayant fait conferver de cette
Eau dans une barrique , pour fçavoir.
précisément ce qu'il en arriveroit : Aprés
Î'y avoir laiffée quinzejours, j'ay remarqué
que non feulement elle ne s'étoit
pas corrompue , & même que fon leger
goût de feu & de la foudure s'étoit
diffipé ; mais, pour ôter toute fufpicion ;
j'ay appellé les Médecins , Chirurgiens
Majors & Apoticaires du Port , pour
voir diftiller eux-mêmes l'Eau qu'on en16
LE MERCURE
voye au Confeil dans une bouteille que
je les ai prié de cacheter du Sceau dut
Contrôlle de la Marine ; & en mêmetems
, M. de Clairambault & moy y
avons mis nos cachets. Ce n'eſt pasTans
répugnance que j'ay conſenti à demander
le congé du Sieur Gautier , aupara
vant d'avoir eu l'honneur d'informer le
Confeil du fuccés de cette épreuve,dont
xécution paroift auffi facile que la
fimplicité de fon Auteur , qui exige plûtoft
qu'on luy faffe des difficultez que de
quêter des éloges : Il m'a paru fi uniyerfel
qu'à quelque dégré de fçience que
Meffieurs de l'Académie foient parvenus
, je fuis perfuadé qu'ils ne feroient
pas fâchés de connoiftre ce Médecin qui
n'a pas laiffé de fe trouver ici à propos,
pour fecourir de fa profeffion , plufieurs
perfonnes dangereufement malades : Il
s'eft acquis dans le peu de féjour qu'il
a fait ici, toute l'eftime qu'un honnête
homme peut efperer ; je lui ai remis fon
congé pour retourner à Nantes.
Depuis que j'ay eu l'honneur d'écrire
le contenu ci-deffus au Confeil ; M. le
Maréchal de Montefquiou a goûté de
cette Eau , ainfi que les Meffieurs qui
l'accompagnent ; ils l'ont trouvée bonne
Et
D'OCTOBRE. 17
& utile pour l'ufage auquel on la detic.
Pour copie , figné , Chunlaud de
Boisdizon Sécretaire de Mr le Comman-
'dant.
Du Regiftre des Lettres écrites au Cönfeil
de Marine , par M. de Beauregard
Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Louis , Capitaine de Vaiffeaux
du Roy , Commandant la Marine
an Département du Port- Louis &
l'Orient.
Du 19 Avril 1717.
LA Machine eft en place s mais le
Sicur Gautier veut faire diverfes
12 LE MERCURE
épreuves en fon particulier avant la décifive
Il veut pendant trois ou quatre
jours , faire bouillir de l'Eau douce dedans
, pour ôter l'odeur de la foudure :
il veut auffi connoitre la difference qu'il
peut y avoir du charbon de bois à celui
de terre , employés dans fon réchaud .
J'ai en mon particulier, fait un Mémoire
de tout ce qui pouvoit s'oppofer à l'exécution
de fon projet ; afin qu'il y faffe
fes réponſes , pour autorifer l'ufage qu'il
prétend qu'on en peut faire , & faire
prononcer fur cela Meffieurs les Capitaines
, le Médecin , les Chirurgiens-
Majors & l'Apoticaire de la Marine, fans
leur donner une entiére connoiffance de
fon fecret.
:
D# 7 May 1717.
' Ay l'honneur d'informer le Confeil ,
que les Gardiens des Vaiffeaux du
Roy & celui du Triton où eft la Machine
du Sieur Gautier , ne boivent que
de l'Eau de l'épreuve de cette Machine;
& il me paroift que s'il y a quelque
difficulté dans fon projet , ce ne fera pas
fur la qualité de l'Eau : Car , on ne peut
alléguer qu'étant confervée, elle fe pour
Loit corrompre ; puifqu'elle n'eft point:
D'OCTOBRE,
13.
faite
pour ne s'en point fervir journellement
: Il ne s'agit donc que de fçavoir
la quantité qui s'en pourra faire dans
un jour , & l'efpace que contiendra le
bois ou le charbon qui feront employés
à cet ufage : Je fçay déja que ladire Machine
peut contenir l'efpace de 8 à 10
Tonneaux dans un Vaiffeau du troifiéme
rang , & dans un autre plus petit
Navire , elle feroit plus inférieure : Je
ne manquerai pas d'en faire un détail ,
lorfque l'entiére connoiffance de tout ce
qui pourra regarder l'employ de cette
Eau , me fera parvenue ; car , j'aimerois
mieux eftre mort que d'avoir condamné
ou approuvé ce que je ne fçaurois pas.
certainement.
DE
Du 21 May 1717.
EPUIS hier midi jufqu'aujourd'huy
pareille heure , le Sieur Gautier
a fait l'épreuve de la quantité d'Eau
que luy pouvoit produire la Machine
qu'il a établie à bord du Vaiffeau du
Roy le Triton , & la confommation du
charbon Pendant ces 24 heures , il a
confommé un pied & demi cube de
charbon , dont les deux tiers de terre &
14 LE MERCURE
l'autre tiers de bois , mêlés enfemble, &
a fait 162 pots d'Eau douce en préfence
de deux perfonnes fidéles ; l'une nommée
par M. Clairambault ,
l'autre par
moy , qui y ont paffé la nuit fans repofer.
Demain à 7 heures du matin , on commencera
l'épreuve de la confommation
du bois feul & de la quantité d'Eau qui
en proviendra pendant 12 heures.
>
Du 28 May 1717.
TOUTES les expériences que M.
Gautier devoit faire ici par ordre
du Confeil , devant eftre finies Lundi
prochain , il fupplie le Confeil d'avoir
la bonté de luy faire fçavoir , s'il pourra
retourner à Nantes , avant que d'avoir la
réponſe du Procés verbal , où fera détaillé
toutes les épreuves de l'Eau de
Mer qu'il a convertie en Eau douce , qui
fera envoyé fans faute avec de cette Eau
dans la femaine prochaine ; parce qu'il
eft appellé par plufieurs malades à
Nantes,qui ont en luy toute la confiancé
qu'on peut avoir pour un auffi habile &
un auffi honête homme que nous le connoiffons
tous :Son expérience dans la Médecine,
a tiré d'affaire plufieurs Gens ici .
"
D'OCTOBRE.
Du 18 Juin 1717.
COMM. j'ay une connoiffance parfaite
de toutes les épreuves mentionnées
au Procés verbal qu'on envoye
au Confeil , ainfi que des réponſes faites
par le Sieur Gautier,fur les queftions qui
luy ont efté alléguées par Meffieurs les
Officiers que j'ay choifi , comme les plus
capables de juger de la qualité de l'Eau
de Mer rendue potable , du lieu le plus
convenable pour placer fa Machine , &
de la facilité avec laquelle on s'en pourra
fervir; je croirois abufer de la patience
du Confeil , en luy faifant un nouveau.
détail de toute l'utilité qu'on en peut
tirer ; j'aurai l'honneur de luy dire leulement,
qu'ayant fait conferver de cette
Eau dans une barrique , pour fçavoir.
précisément ce qu'il en arriveroit : Aprés
Î'y avoir laiffée quinzejours, j'ay remarqué
que non feulement elle ne s'étoit
pas corrompue , & même que fon leger
goût de feu & de la foudure s'étoit
diffipé ; mais, pour ôter toute fufpicion ;
j'ay appellé les Médecins , Chirurgiens
Majors & Apoticaires du Port , pour
voir diftiller eux-mêmes l'Eau qu'on en16
LE MERCURE
voye au Confeil dans une bouteille que
je les ai prié de cacheter du Sceau dut
Contrôlle de la Marine ; & en mêmetems
, M. de Clairambault & moy y
avons mis nos cachets. Ce n'eſt pasTans
répugnance que j'ay conſenti à demander
le congé du Sieur Gautier , aupara
vant d'avoir eu l'honneur d'informer le
Confeil du fuccés de cette épreuve,dont
xécution paroift auffi facile que la
fimplicité de fon Auteur , qui exige plûtoft
qu'on luy faffe des difficultez que de
quêter des éloges : Il m'a paru fi uniyerfel
qu'à quelque dégré de fçience que
Meffieurs de l'Académie foient parvenus
, je fuis perfuadé qu'ils ne feroient
pas fâchés de connoiftre ce Médecin qui
n'a pas laiffé de fe trouver ici à propos,
pour fecourir de fa profeffion , plufieurs
perfonnes dangereufement malades : Il
s'eft acquis dans le peu de féjour qu'il
a fait ici, toute l'eftime qu'un honnête
homme peut efperer ; je lui ai remis fon
congé pour retourner à Nantes.
Depuis que j'ay eu l'honneur d'écrire
le contenu ci-deffus au Confeil ; M. le
Maréchal de Montefquiou a goûté de
cette Eau , ainfi que les Meffieurs qui
l'accompagnent ; ils l'ont trouvée bonne
Et
D'OCTOBRE. 17
& utile pour l'ufage auquel on la detic.
Pour copie , figné , Chunlaud de
Boisdizon Sécretaire de Mr le Comman-
'dant.
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5224
p. 17
A Paris le 7 Juin 1717. LETTRE Ecrite à Monsieur de Beauregard.
Début :
Le Conseil a reçû, Monsieur, vôtre Lettre du 28 du mois passé [...]
Mots clefs :
Conseil, Épreuve, Eau de la mer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris le 7 Juin 1717. LETTRE Ecrite à Monsieur de Beauregard.
A Paris le 7 Juin 1717..
LETTRE
Ecrite à Monfieur de Beauregard.
E Confeil a reçû , Monfieur , vôtre
LE
paflé ; il
trouve bon que le fieur Gautier retourne
à Nantes , fans attendre à l'Orient , la
réponſe du Procés verbal d'Epreuve
qui doit être faite du Sécret qu'il prétend
avoir inventé, pour deffäller l'Eau
de la Mer ; & vous pouvez l'en avertir.
Signés , L. A. de Bourbon & le .
Maréchal d'Eftrées..
LETTRE
Ecrite à Monfieur de Beauregard.
E Confeil a reçû , Monfieur , vôtre
LE
paflé ; il
trouve bon que le fieur Gautier retourne
à Nantes , fans attendre à l'Orient , la
réponſe du Procés verbal d'Epreuve
qui doit être faite du Sécret qu'il prétend
avoir inventé, pour deffäller l'Eau
de la Mer ; & vous pouvez l'en avertir.
Signés , L. A. de Bourbon & le .
Maréchal d'Eftrées..
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5225
p. 17-18
EXTRAIT De la Lettre du Conseil, écrite à M. de Clairambault. A Paris le 3 Juillet 1717.
Début :
Le Conseil a reçû la Lettre que vous lui avez écrite le 18 [...]
Mots clefs :
Conseil, Épreuve, Secret, Eau de mer, Expérience, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT De la Lettre du Conseil, écrite à M. de Clairambault. A Paris le 3 Juillet 1717.
EXTRAIT
De la Lettre du Confeil , écrite à M. de
Clairambault.
A Paris le Juillet 1717.
E Confeil a reçu la Lettre que
vous lui avez écrite le 18 du paffé ,
avec les Procez verbaux de l'Epreuve
Octobre 1717. But
r8 LE MERCURE
qui a été faite du Sécret que le fieur
Gautier ainventé , pour deffaller l'Eau
de la Mer. Le Confeil en a rendu compte
à MB le Regent , & S. A. R. a été
bien aife d'apprendre qu'elle ait réüffi :
Il auroit été néceffaire, que le fieur
Gautier eut remis un Mémoire de ce
Sécret , & un deffein de la Machine ;
afin d'en faire l'Expérience à la Mer ,
fur le premier Vaiffeau qui ira au long
cours. Signés L. A. de Bourbon & le
Marêchal d'Eftrées. Pour Extrait. Clai-
Jambault.
De la Lettre du Confeil , écrite à M. de
Clairambault.
A Paris le Juillet 1717.
E Confeil a reçu la Lettre que
vous lui avez écrite le 18 du paffé ,
avec les Procez verbaux de l'Epreuve
Octobre 1717. But
r8 LE MERCURE
qui a été faite du Sécret que le fieur
Gautier ainventé , pour deffaller l'Eau
de la Mer. Le Confeil en a rendu compte
à MB le Regent , & S. A. R. a été
bien aife d'apprendre qu'elle ait réüffi :
Il auroit été néceffaire, que le fieur
Gautier eut remis un Mémoire de ce
Sécret , & un deffein de la Machine ;
afin d'en faire l'Expérience à la Mer ,
fur le premier Vaiffeau qui ira au long
cours. Signés L. A. de Bourbon & le
Marêchal d'Eftrées. Pour Extrait. Clai-
Jambault.
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5226
p. 18-20
A L'ORIENT. Le 8 Juillet 1717.
Début :
Je viens, Monsieur, de recevoir la réponse du Conseil, sur [...]
Mots clefs :
Conseil, Eau douce, Régent, Machine, Précaution, Eau de mer, Sel, Navire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'ORIENT. Le 8 Juillet 1717.
A L'ORIENT ,
Le 8 Juillet 1717.
E viens , Monfieur , de recevoir la
réponse du Confeil , fur l'envoi que
vous fçavez que nous fimes touchant
l'Eau douce : Vous verrez.
:: Vous verrez par l'Extrait
cy joint , qu'ils en ont rendu compte
à MB le Regent & qu'ils font bienaifes
que cela ait réüffi ; & comme ils
ont envie d'avoir un deffein de la Machine
, il vous fera aifé de les contenrer
en leur faifant yôtre cour , & en prenant
les précautions convenables , pour.
qu'elle ne devienne pas publique fitôt
D'OCTOBRE. 19
J'apprens que la Frégatte la Bellone
armée à Breft , commandée par M
Kerguelin Officier dudit Département ,
eft arrivée au Chily , avec 68. malades
dans fon Equipage : Il ne me mande
point la caufe de leur maladie , aparemment
qu'ils n'ont pas bû de l'Eau auffi
bonne que la vôtre. Il marque qu'il fait
faire par ordre du Confeil, une Machine
de cuivre propre à deffaler l'Eau de la
Mer , fur le modèle d'une caiffe trouvée
dans une prife Hollandoife , avec
laquelle on fait de l'Eau douce , en 12.
heures 60 pots ; & qu'il a ordre , après
qu'elle fera finie , de la faire embarquer
fur un Navire qui ira au long cours pour
l'effayer , & qu'on en fait du Thé qui
oft bon. Nous verrons dans la fuite fi
cette Eau eft auffi pure que la vôtre.
Vous fçavés que j'ai mis de l'Eau de
fontaine dans une fiolle que j'ai expofée
à la chaleur , fur la fenêtre de mon
Cabinet , & que je l'ai pofée proche du
vafe rempli de votre Eau douce ; afin
d'obferver pendant cet Ete , les chan
gemens qui pourront arriver dans ces
Eaux. Jufqu'à préfent , vôtre Eau s'eft
maintenue dans fa clarté ordinaire , &
je n'y vois plusfublimer ces petites veffi
2
Bij
20 LE MERCURE
cules d'air , & je viens de regarder la
furface de cette Eau : Elle m'a paru
auffi nette que toute celle du vafe , au
fonds duquel il paroît feulement un peu.
de parties terreftres ; mais , en fi petite
quantité, que cela ne mérite pas d'atten
tion : Il n'en eft pas ainfi de l'Eau de
fontaine de ma fiolle ; peu de jours aprés
y avoir été mife, il s'eft amaffé au fonds .
d'icelle quelques parties terreftres &
jaunâtres , qui peu à peu , font devenuës .
vertes , comme ces Eaux qui croupif
fent dans des endroits peu fréquentez :
Cette verdeur s'eft fublimée & arrêtée :
au haut du col de la fiolle : Je verray
ce que deviendra cette verdeur. Cela.
me fait juger que vôtre Eau doit être:
bien plus faine que nôtre Eau de Fontaine.
Signé , Clairambault.
Le 8 Juillet 1717.
E viens , Monfieur , de recevoir la
réponse du Confeil , fur l'envoi que
vous fçavez que nous fimes touchant
l'Eau douce : Vous verrez.
:: Vous verrez par l'Extrait
cy joint , qu'ils en ont rendu compte
à MB le Regent & qu'ils font bienaifes
que cela ait réüffi ; & comme ils
ont envie d'avoir un deffein de la Machine
, il vous fera aifé de les contenrer
en leur faifant yôtre cour , & en prenant
les précautions convenables , pour.
qu'elle ne devienne pas publique fitôt
D'OCTOBRE. 19
J'apprens que la Frégatte la Bellone
armée à Breft , commandée par M
Kerguelin Officier dudit Département ,
eft arrivée au Chily , avec 68. malades
dans fon Equipage : Il ne me mande
point la caufe de leur maladie , aparemment
qu'ils n'ont pas bû de l'Eau auffi
bonne que la vôtre. Il marque qu'il fait
faire par ordre du Confeil, une Machine
de cuivre propre à deffaler l'Eau de la
Mer , fur le modèle d'une caiffe trouvée
dans une prife Hollandoife , avec
laquelle on fait de l'Eau douce , en 12.
heures 60 pots ; & qu'il a ordre , après
qu'elle fera finie , de la faire embarquer
fur un Navire qui ira au long cours pour
l'effayer , & qu'on en fait du Thé qui
oft bon. Nous verrons dans la fuite fi
cette Eau eft auffi pure que la vôtre.
Vous fçavés que j'ai mis de l'Eau de
fontaine dans une fiolle que j'ai expofée
à la chaleur , fur la fenêtre de mon
Cabinet , & que je l'ai pofée proche du
vafe rempli de votre Eau douce ; afin
d'obferver pendant cet Ete , les chan
gemens qui pourront arriver dans ces
Eaux. Jufqu'à préfent , vôtre Eau s'eft
maintenue dans fa clarté ordinaire , &
je n'y vois plusfublimer ces petites veffi
2
Bij
20 LE MERCURE
cules d'air , & je viens de regarder la
furface de cette Eau : Elle m'a paru
auffi nette que toute celle du vafe , au
fonds duquel il paroît feulement un peu.
de parties terreftres ; mais , en fi petite
quantité, que cela ne mérite pas d'atten
tion : Il n'en eft pas ainfi de l'Eau de
fontaine de ma fiolle ; peu de jours aprés
y avoir été mife, il s'eft amaffé au fonds .
d'icelle quelques parties terreftres &
jaunâtres , qui peu à peu , font devenuës .
vertes , comme ces Eaux qui croupif
fent dans des endroits peu fréquentez :
Cette verdeur s'eft fublimée & arrêtée :
au haut du col de la fiolle : Je verray
ce que deviendra cette verdeur. Cela.
me fait juger que vôtre Eau doit être:
bien plus faine que nôtre Eau de Fontaine.
Signé , Clairambault.
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5227
p. 20-23
LETTRE ECRITE PAR Mr DE MARIVAUX A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
De mon autorité privée, j'avois imposé le nom de Théophraste Moderne / Je vous suis obligé, Mr, d'avoir trouvé mes Réflexions dignes d'avoir [...]
Mots clefs :
Moeurs, Caractère, Parisiens, Auteur, Réflexions, Querelle, Erreur
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE ECRITE PAR Mr DE MARIVAUX A L'AUTEUR DU MERCURE.
DE
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
·
3
E mon autorité privée , j'avois im-.
pofé le nom de Théophrafte Moderne
à l'Ecrivain Anonyme des Moeurs
& des Caractéres des Habitans de Paris ;
perfuadé que fes Réflexions étoient afſés
vivement frapées , pour mériter cette
*Antonomafe : Mais , le nouvel Auteur
Figure de Rhétorique par laquelle on fe fert
d'un nom appellatif au lieu d'un nom propr
D'OCTOBRE. 21.
ayant trouvé ce nom trop respectable &
peut-être trop à charge ,pour un Ouvrage.
né du Caprice felon lui , & felon mai
produit par une raifon trés épurée , il
vient de mefaire l'honneur de m'adref
fer la Lettre fuivante , dans laquelle ,,
aprés avoir expofé avec délicateffe les
raifons qui lui font renoncer à ce nom ,.
il à la madeftie de fe contenter du fien.
LETTRE
ECRITE PAR M DE MARIVAUX
A L'AUTEUR DU MERCURE
E vous fais obligé , M² , d'avoir
trouvé mes Réfléxions dignes d'a
voir place dans un Mercure eftimable,
par le choix des Piéces dont vous le
rempliffés. Ce Livre n'a pas toujours
été le rendés- vous des bonnes chofes ;.
mais, on y peut mettre aujourd'huy ce
qu'on a fait de meilleur : Sûr de l'y
trouver en bonne compagnie ; c'eft une
juftice qu'on doit vous rendre.
3
Ce commencement de ma Lettre ne
vous préfage point de querelle , je vais
222 LE MERCURE
cependant vous en faire une. Je penfois
au train que vous prenés , qu'on
auroit jamais rien à vous reprocher :
Voici,difois-je , un Mercure prudent &
délicat ; il fatisfera tout le monde : Conclufion
imprudente & trop hâtée. Un
moment plus tard , vous ne teniés rien ;
car j'ouvris un de vos Livres , où je
me vis couché fous le nom du Théo-.
phrafte Moderne : Répondès , s'il vous
plaît , Mr ; vôtre Devife n'eft- elle pas ,
Qui fert mandataper auras ? Je l'explique
ainfi à vôtre égard , celui qui va
porter les nouvelles : Où avez - vous
pris celle qui m'appelle le Théophrafte
Moderne ? La nouvelle feroit curieufe,
fr elle étoit véritable ; mais , le Public
tout crédule qu'il eft , n'en croira rien
für ma parole. Sçavez vous bien, M¹,
que quand on auroit à préfent autant
de génie que les Hommes de cet ordre ,
on n'iroit jamais jufqu'à gagner leur
nom , ou la valeur de l'idée qu'on a
d'eux. C'en éft fait : Ils ont moiffonné
dans l'efprit des Hommes , le plus beau
de l'eftime qu'il peur donner là-deffus,
& l'on ne fait plus qu'y glaner : Moi
qui n'y prétends rien ; moi qui n'y peux
rien prétendre ; moi dont tous les pe
D'OCTOBRE 239
tits Ouvrages font nés du caprice ; moit
qui fans m'embarrafler des Lecteurs
qu'ils auroient , voulû me fatisfaire en
les faifant , & n'û d'autre objet que
moi-même ; je me trouve chargé du
poids d'un nom , qui compromet avec
le Public , le peu que j'ai de forces..
Je fuis , &c...
DE MARAVAUX.
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5228
p. 23-35
Suite de ces caracteres, [titre d'après la table]
Début :
Varions les matiéres : Laissons-là les Bourgeois & leurs femmes, pour [...]
Mots clefs :
Habitants, Parisiens, Qualité, Chimère, Noblesse, Philosophe, Superbe, Sentiments, Provinciaux, Modeste, Familiarité, Préjugés, Bourgeoisie, Mépris, Femmes
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texteReconnaissance textuelle : Suite de ces caracteres, [titre d'après la table]
Arións les matiéres : Laiſſons - là
les Bourgeois & leurs femmes ,
pour les reprendre chemin faifant ; &
parlons un peu des gens de Qualité.
C'est là vôtre ordre , Mde. Hûreux
ceux qui comme vous , fçavent en rendre
la Chimére refpectable , & qui par
leur affabilité , reftituent à l'Ignoble ,
comme un équivalent de l'égalité naturelle
entre les Hommes.
J'ai dit chimére ; & ce mot eft fans
conféquence ; c'est le langage des Philofophes
, & leurs idées ne gâtent perfonne
fur le train établi des chofes.
On pourroit dire là - deffus ', qu'il en
eft de la pure raifon , à peu près comme
de ces Antiques : Elle a fes Curieux qui
la prêchent par interêt ou par vanité ,
jamais par goût.
14
LE
MERCURE
Le Philofophe Roturier tâche dé
F'accréditer chez les Nobles ; il en voudroit
faire fes Dupes : Le noble Philofophe
quitte avec fon amour propre
fur le chapitre de la naiffance , ſe
cherche par elle des admirateurs.
Pouvoir être impunément fuperbe ; -
fentir que cela n'eft pas jufte & fe rendre
modefic , non , pour l'honneur de
l'être , mais par fageffe ; cela eft beau.
Eftre né fans Nobleffe , n'en point
cougir intérieurement , prêcher des Sentimens
d'égalité , fans mépris & fans envie
l'état du Noble, & par un paifible
amour pour la vérité ; c'eft avoir
des lumieres de raifon parfaite .
pour
Ces deux caractéres d'efprit que je
viens de peindre , font fans exemple ;
mais en revanche , nous avons des Fourbes
qu'on appelle Sages ou Philofophes
: Ils n'ont point les Vertus que je
viens de dire , mais ils ont de l'efprit ,
& beaucoup d'orgueil : Ils font avec ces
deux pièces , la même figure que s'ils
étoient en effet ce qu'ils feignent d'être
: Ils trompent les fots : & les Clairvo
yans font en fi petit nombre , qu'ils ne
vallent pas une exception.
Vous feriés furpriſe de voir ici
Mde
D
D'OCTOBRE. 25
Madame , avec quelle facilité certains
Hommes du plus haut rang abordent
leurs inférieurs ; j'ai fouvent regardé
leur façon de près.
Celui- ci vous careffe , vous tend la
main , vous fous-rit , familiarife , pourvû
qu'il ait des témoins ; car , c'eft un
râle de fimplicité trop brillant , pour
le perdre dans l'obfcurité. Nôtre homme
n'eft point fimple ; c'est un Acteurqui
veut être aplaudi : Il lui faut du
Spectacle : Tous les inftans ne font pas
favorables ; il en vient un : l'Acteur
Vous trouve. Vous devenez l'inftrument
& la victime de fa gloire : Vous restés
careffé , marqué de honte , confirmé
petit , infulté par l'eftime que s'acquiert
le Perfide qui vous facrifie , qui a joué
le Public & qui s'eft jojié lui- même ;
car , il jouit de l'aplaudiffement , fans fe
douter que c'eft un bien mal acquis.
Sans s'en douter , me dirés- vous ; oui,
Madame ; ajuftés cela, comme vous le
pourés ; mais la Comédie ne finit pas
autrement
.
Sur cela , je fais une refléxion . Le
Superbe hypocrite eft comme un Monftre
dans la Nature ; elle femble ne lui
avoir donné qu'un pur orgueil : Il n'ea
Octobre 1717. C
F
26 LE MERCURE
fait pas un ufage de bonne foy ; il fouftrait
ce vice aux yeux des autres ; il letravaille
, il en mafque la forme
l'unit par fon rafinement à des dehors
de modeftie , & fe fait enfin un
caractére de vice que j'appelle monftrueux
, par l'alliage raifonné du mauvais
avec l'aparence du bon.
Le Superbe qui va fon train d'orgueil
tout uniment , fait fa charge & remplit
fa vocation ; on fçait à quoy s'en tenir
avec lui.
Un jour , je me trouvai dans un endroit
où vint un de ces hauts Seigneurs
dont nous avons parlé ; il fe fit un écart
dans la compagnie ; on lui prodigua les
honnêtes déférences. Meffieurs , dit- il ,
avec un gefte de main , qui mélangeoit
artiftement la hauteur& la fimplicité , ou
qui pour mieux dire , étoit un équivoque
de l'une & de l'autre , auffi fateur
pour lui qu'il le croyoit flateur pour
nous ; Meffieurs , point de cérémonie ,
je vis fans façon , & partout où je vais ;
c'eft m'obliger que de n'en point faire.
Cela bien interprété , fignifioit ; on doit
des refpects à mon rang ,je le fçai ; je fuis
charme que vous ne l'ignoriés pas ,
mais , je vous en fais grace ; vous vous
D'OCTOBRE. 27
êtes mis en état , & cela me fuffit.
A vôtre avis , Madame , ay - je mal
fondu ce Compliment ; n'eft- ce pas là
le fens qu'il peut rendre ; & l'inférieur
n'eft-il pas bien flaté d'une familiarité
dont on ne l'honore , qu'en fe montrant
fatisfait des fentimens qu'il a de fa petiteffe.
Avec cela cependant , & d'autres vertus
de la même force , l'Homme de haute
Qualité gagne le titre de Philofophe :
Celui dont je vous parle, nous fit un récit
qui tendoit à nous prouver fa Modeftie;
mais , qui charioit en même tems
une HISTORIETTE de fes avantages.
Ce récit eft de trois lignes ; le
voici.
Les Provinciaux font fatiguans , nous
dit-il , je ne pû l'autre jour , me difpenfer
d'aller à une petite Ville dont je fuis
Seigneur; j'appris que les Habitans viendroient
en Corps me complimenter à
mon arrivée.LeGentil- homme deFrance
le plus ennemi de ces fadaifes là ; c'eſt
moi : La vanité de mes Confreres làdeffus,
m'eft infuportable . Pour me fauver
je dis à mes gens d'arrêter à deux lieuës
de la Ville , dans le deffein de n'entrer
qu'à dix heures du foir , & d'envoyer
Cij
28 LE MERCURE
dire que je n'arriverois que le lendemain
. Je m'affoupis pour mes péchés ;
on n'ofa me réveiller , & le lendemain,
je fus contraint d'effuyer la Kirielle de
refpects ridicules : Quelle corvée ! Je
baiffai mes glaces , & fis le malade .
Monfieur , lui dis-je ; le fommeil a
joué plus d'un mauvais tour à bien des
gens ; il endormit l'autre jour un Juge
au Palais , qui fut obligé d'opiner fur
ce qu'il n'avoit pas entendu ; cela eft
mortifiant , mais , dans vôtre avanture ,
il est bien modefte à vous de dire qu'il
vous deffervit , nous ne le penfons pas.
Tout ce que j'ai dit jufqu'ici , ne regarde
que l'homme du haut rang ; le
petit Noble ne peut guéres fe donnertes
airs mitigés ; la diitance d'un Bourgeois
à lui , n'eft pas affés grande , pour qu'ils
fuffent à leur place. Dénué de ces équipages
magnifiques , de cet apareil de domeftiques
qui fubjugue la vanité des
inférieurs , à la faveur d'un Sentiment
de vanité même , il n'a pour toute reffource
d'orgueil , que le maigre titre de
Noble ; & fa Philofophie , quand il fe
mêle d'en avoir , n'eft guéres au large
avec cela .
S'il contrefait le modefte ; ce ne peut
D'OCTOBRE.-
·29
eftre qu'avec le Bourgeois ; & fa modeitie
avec luy , ne feroit point fortune :
Le Bourgeois à la vérité, l'en croira fur fa
mine ; mais , il ne l'en louera pas ; il le
trouvera feulement dans l'ordre ; &
file Bourgeois eft plus riche , il croira
pouvoir en confcience , faire deux nombres
égaux en valeur , de fa roture & de
fes richeffes , avec la naiffance & la médiocrité
des biens du Noble , tant pour
tant, & le compte fait , fa fierté fe tient
en garde.
Il y a de l'erreur , dit intérieurement
le Noble qui fe doute bien du calcul ;
mais; comment faire pour la prouver au
Bourgeois ? Le voici , Madame.
Parmi les Hommes , le préjugé de la
Nobleffe eft violent ; le riche Bourgeois
a beau s'étourdir là - deffus , il n'y
a que façon de le prendre pour le rendre
au joug.
Le Gentil - homme employe une familiarité
franche & fans mélange odieux ,
raille la Nobleffe, vante le bon Citoyen ,
luy fait honneur de fa roture , & le confirme
dans le mépris qu'il a pour les
avantages de la naiffance. C'est là le
hameçon qui ratrape le Bourgeois qui
avoit rompu fes filets .
Ciij
30 LE MERCURE
Comme il s'étoit attendu à quelque
réfiftance de la part du Noble , quand
il avoit arrêté fon compte ; il eft charmé
de fa docilité , il en a de la reconnoiffan
te , il eftime , il admire enfin , celui qui
a bien voulu ne pas fentir qu'il eftoit
Gentil-homme:Voilà le grand oeuvre du
petit Noble Philofophe , dont l'amour
propre longtems contraint , fe fait enfin ,
une recolte à vie de refpect & de réputation.
Il me femble , Madame , que vous me
demandez , comment il en ufe avec
l'Homme de Qualité ; c'est une autre
allure ; jeune , il brigue fa compagnie,
fon amitié , fa confidence ; quelquefois
par un autre tour d'imagination , il travaille
d'efprit , de gefte & de dépenfe
pour arriver à prendre un ton d'égal à
égal , & lui donner cours en fa faveur ;
il s'enfle , fait la Grenouille & veut être
auffi gros que le Boeuf.
>
Si fon bien & fa fituation lui interdifent
le commerce des Gens de Qualité ,
& que par hazard il ayt à leur parler, il
affiche fur fon vifage , qu'il eft Gentilhomme
, & paroît à peu-prés dans le
goût de ces Avanturiers de Roman
cafque en tête & lance au poing , &
D'OCTOBRE.
qui fe vantent par la pofture.
Tous ces caractéres fe peuvent trouver
en Province , àl'air prés de focieté
moins aifé : Parlons de chofes plus nonvelles
pour vous Mde; par exemple, difons
un mot des femmes de Qualité ,
cela vous réjouira .
Oftés à la Campagnarde de Qualité
fon Mafque qu'elle porte ; quand mon
rée fur fa Hacquenée , elle traverse.
d'un Château à l'autre ; ôtés lui fa vanité
crûe fur les Antiquitez de fa Famille
, fon ton bruyant , fon estomac redreffé
par intervalles de réflexion , l'embaras
total de fa contenance , & fa marche
à mouvement uniforme ; car , tout
cela compofe l'Economie de fa figure ;
ôtés lui fon fils le Marquis & le Chevalier
, petits enfans qu'elle dreffe devant
vous à la révérence villageoife , & qui
par fatalité,font toujours morveux quand
ils arrivent afin d'être, mouché du
mouchoir de la Mere; paflés- moi le portrait
; ôtés-lui , dis-je toutes ces chofes , il
ne vous reste plus rien de curieux chez
elle , fi ce n'eft la longueur ou le ton
pathétique des complimens qu'elle fait ,
quand elle eft en Ville .
2
Tout cela vû & entendu , le fujet
Ciiij
3 LE MERCURE
eft épuifé , les femmes de Qualité dans
ce pays, font un fpectacle bien plus varié:
Les definirai je en général ? Le projet
eft hardy ; n'importe .
La femme de Qualité a tous les défauts
de la Bourgeoife ; mais, pour ainfi die ,
tirés au clair par l'éducation & l'ufage .
Elle poffede un goût de hardieffe fi hûreux
, qu'elle jouit du bénéfice de l'effronterie
fans être effrontée . Pent- être ,
ne doit - elle cette indulgence , qu'à la
nature de l'efprit des hommes , faciles à
donner des droits plus amples à qui les
étonne par de plus fortes impreffions.
L'air de mépris le mieux entendu de
la femme de Qualité pour la Bourgeoife;
ce font fes careffes & fes honnêterez ;
& là- deſſus , rien n'eft plus poly que la
femme de Qualité , dit la Bourgeoife ;
l'innocente qui ne voit pas le ftratageme
, & qui ne fent pas que par cette politeffe
, la voila marquée au coin de fubordination
.
Dans la femme de Qualité , l'habillement
, la marche , le gefte & le
ton, tout eft formé par les Graces ; mais,
la Nature ne les a point faites ; ce ne
font point de ces graces qui font partie
néceffaire de la figure , que l'on a fans y
D'OCTOBRE. 33
penfer , qui nous fuivent par tout , qui
font. en nous , qui font nous mêmes ; ce
font des Graces de hazard, d'aprés coup,
que la vanité des Parens a commencées,
que l'exemple & le commerce aifé des
autres femmes ont avancées , & qu'un.
étude de vanité perfonnelle a finies.
Graces ridicules aux yeux raifonnables
, attirantes pour les jeunes gens ,
impofantes pour le peuple , inimitables
aux Bourgeoifes , quoique toujours copiées
par elles , voifines du mal dont
elles applaniffent les voyes , & peut- être.
le terme de l'orgueil .
Et voila, Mde, ce que l'on appelle , Air
du monde .
On ne peut aisément exprimer ce que
c'eltque
le commerce mutuel des femmes
de Qualité ; fans aller même jusqu'au
crime, tout eft jeu pour elles, jufqu'à leur
réputation ; & ce qui paroît incroyable ,
leur réputation même eft un jeu pour
ceux dont elles dépendent.
Parmi elles , attrappe qui peut , le dit
qui veut , un bon mot tire tout le monde
d'affaire ; elles font les Confidentes
les unes des autres, fe préftent réciproquement
fecours dans l'occafion , fe
promettent le fecret que réciproquement .
34 LE MERCURE
elles violent auffi ; la médiſance court ,
on la croife par une autre , & pendant
que la demande & la repartie amuſent
le Public, elles reftent en bonnes amies ,
fpectatrices des effets plaifans de leur
perfidie.
Il y a l'efpece des femmes tendres ;
ce font celles dont le coeur embraffe la
profeffion du bel amour ; leur éfprit
fourmille d'idées délicates ; elles aiment
en un mot , plùs par métier que par paffion
: Un Amant infidele met leur talent
au jour ; fans lui , on ne fçauroit pas qu'elles
ont mille graces attendriffantes dans
une affiction de tendreffe .
promena-
Il y a l'efpece des femmes coquettes
: Celles- la font l'amour indiftinctement
; ce font des femmes à
des , à rendés- vous imprudens ; ce font
des furieufes d'éclat ; elles ne languiffent
point , elles aiment hardiment , fe
plaignent de même ; c'eft pour elles , faveur
du hazard , quand on trouve un
de leurs billets d'intrigue ; tout cela va
au profit de leur gloire. Il y a les femmes
prudes ; ce font celles qui s'entefent
, non de l'amour de l'ordre , mais ,
de l'estime qu'on fait de ceux qui font
dans l'ordre : Elles font ordin airement
D'OCTOBRE. 135
âgées, cabale d'autant plus dangereufe,
qu'elle eft du côté des plaifirs dans une
oifiveté dont elle enrage. Je vous les
peindrai une autrefois , Mde, en achevant
l'article des femmes de Qualitez qui ne
fait que commencer & qui n'a rien
dit encore des exceptions avantageufes.
les Bourgeois & leurs femmes ,
pour les reprendre chemin faifant ; &
parlons un peu des gens de Qualité.
C'est là vôtre ordre , Mde. Hûreux
ceux qui comme vous , fçavent en rendre
la Chimére refpectable , & qui par
leur affabilité , reftituent à l'Ignoble ,
comme un équivalent de l'égalité naturelle
entre les Hommes.
J'ai dit chimére ; & ce mot eft fans
conféquence ; c'est le langage des Philofophes
, & leurs idées ne gâtent perfonne
fur le train établi des chofes.
On pourroit dire là - deffus ', qu'il en
eft de la pure raifon , à peu près comme
de ces Antiques : Elle a fes Curieux qui
la prêchent par interêt ou par vanité ,
jamais par goût.
14
LE
MERCURE
Le Philofophe Roturier tâche dé
F'accréditer chez les Nobles ; il en voudroit
faire fes Dupes : Le noble Philofophe
quitte avec fon amour propre
fur le chapitre de la naiffance , ſe
cherche par elle des admirateurs.
Pouvoir être impunément fuperbe ; -
fentir que cela n'eft pas jufte & fe rendre
modefic , non , pour l'honneur de
l'être , mais par fageffe ; cela eft beau.
Eftre né fans Nobleffe , n'en point
cougir intérieurement , prêcher des Sentimens
d'égalité , fans mépris & fans envie
l'état du Noble, & par un paifible
amour pour la vérité ; c'eft avoir
des lumieres de raifon parfaite .
pour
Ces deux caractéres d'efprit que je
viens de peindre , font fans exemple ;
mais en revanche , nous avons des Fourbes
qu'on appelle Sages ou Philofophes
: Ils n'ont point les Vertus que je
viens de dire , mais ils ont de l'efprit ,
& beaucoup d'orgueil : Ils font avec ces
deux pièces , la même figure que s'ils
étoient en effet ce qu'ils feignent d'être
: Ils trompent les fots : & les Clairvo
yans font en fi petit nombre , qu'ils ne
vallent pas une exception.
Vous feriés furpriſe de voir ici
Mde
D
D'OCTOBRE. 25
Madame , avec quelle facilité certains
Hommes du plus haut rang abordent
leurs inférieurs ; j'ai fouvent regardé
leur façon de près.
Celui- ci vous careffe , vous tend la
main , vous fous-rit , familiarife , pourvû
qu'il ait des témoins ; car , c'eft un
râle de fimplicité trop brillant , pour
le perdre dans l'obfcurité. Nôtre homme
n'eft point fimple ; c'est un Acteurqui
veut être aplaudi : Il lui faut du
Spectacle : Tous les inftans ne font pas
favorables ; il en vient un : l'Acteur
Vous trouve. Vous devenez l'inftrument
& la victime de fa gloire : Vous restés
careffé , marqué de honte , confirmé
petit , infulté par l'eftime que s'acquiert
le Perfide qui vous facrifie , qui a joué
le Public & qui s'eft jojié lui- même ;
car , il jouit de l'aplaudiffement , fans fe
douter que c'eft un bien mal acquis.
Sans s'en douter , me dirés- vous ; oui,
Madame ; ajuftés cela, comme vous le
pourés ; mais la Comédie ne finit pas
autrement
.
Sur cela , je fais une refléxion . Le
Superbe hypocrite eft comme un Monftre
dans la Nature ; elle femble ne lui
avoir donné qu'un pur orgueil : Il n'ea
Octobre 1717. C
F
26 LE MERCURE
fait pas un ufage de bonne foy ; il fouftrait
ce vice aux yeux des autres ; il letravaille
, il en mafque la forme
l'unit par fon rafinement à des dehors
de modeftie , & fe fait enfin un
caractére de vice que j'appelle monftrueux
, par l'alliage raifonné du mauvais
avec l'aparence du bon.
Le Superbe qui va fon train d'orgueil
tout uniment , fait fa charge & remplit
fa vocation ; on fçait à quoy s'en tenir
avec lui.
Un jour , je me trouvai dans un endroit
où vint un de ces hauts Seigneurs
dont nous avons parlé ; il fe fit un écart
dans la compagnie ; on lui prodigua les
honnêtes déférences. Meffieurs , dit- il ,
avec un gefte de main , qui mélangeoit
artiftement la hauteur& la fimplicité , ou
qui pour mieux dire , étoit un équivoque
de l'une & de l'autre , auffi fateur
pour lui qu'il le croyoit flateur pour
nous ; Meffieurs , point de cérémonie ,
je vis fans façon , & partout où je vais ;
c'eft m'obliger que de n'en point faire.
Cela bien interprété , fignifioit ; on doit
des refpects à mon rang ,je le fçai ; je fuis
charme que vous ne l'ignoriés pas ,
mais , je vous en fais grace ; vous vous
D'OCTOBRE. 27
êtes mis en état , & cela me fuffit.
A vôtre avis , Madame , ay - je mal
fondu ce Compliment ; n'eft- ce pas là
le fens qu'il peut rendre ; & l'inférieur
n'eft-il pas bien flaté d'une familiarité
dont on ne l'honore , qu'en fe montrant
fatisfait des fentimens qu'il a de fa petiteffe.
Avec cela cependant , & d'autres vertus
de la même force , l'Homme de haute
Qualité gagne le titre de Philofophe :
Celui dont je vous parle, nous fit un récit
qui tendoit à nous prouver fa Modeftie;
mais , qui charioit en même tems
une HISTORIETTE de fes avantages.
Ce récit eft de trois lignes ; le
voici.
Les Provinciaux font fatiguans , nous
dit-il , je ne pû l'autre jour , me difpenfer
d'aller à une petite Ville dont je fuis
Seigneur; j'appris que les Habitans viendroient
en Corps me complimenter à
mon arrivée.LeGentil- homme deFrance
le plus ennemi de ces fadaifes là ; c'eſt
moi : La vanité de mes Confreres làdeffus,
m'eft infuportable . Pour me fauver
je dis à mes gens d'arrêter à deux lieuës
de la Ville , dans le deffein de n'entrer
qu'à dix heures du foir , & d'envoyer
Cij
28 LE MERCURE
dire que je n'arriverois que le lendemain
. Je m'affoupis pour mes péchés ;
on n'ofa me réveiller , & le lendemain,
je fus contraint d'effuyer la Kirielle de
refpects ridicules : Quelle corvée ! Je
baiffai mes glaces , & fis le malade .
Monfieur , lui dis-je ; le fommeil a
joué plus d'un mauvais tour à bien des
gens ; il endormit l'autre jour un Juge
au Palais , qui fut obligé d'opiner fur
ce qu'il n'avoit pas entendu ; cela eft
mortifiant , mais , dans vôtre avanture ,
il est bien modefte à vous de dire qu'il
vous deffervit , nous ne le penfons pas.
Tout ce que j'ai dit jufqu'ici , ne regarde
que l'homme du haut rang ; le
petit Noble ne peut guéres fe donnertes
airs mitigés ; la diitance d'un Bourgeois
à lui , n'eft pas affés grande , pour qu'ils
fuffent à leur place. Dénué de ces équipages
magnifiques , de cet apareil de domeftiques
qui fubjugue la vanité des
inférieurs , à la faveur d'un Sentiment
de vanité même , il n'a pour toute reffource
d'orgueil , que le maigre titre de
Noble ; & fa Philofophie , quand il fe
mêle d'en avoir , n'eft guéres au large
avec cela .
S'il contrefait le modefte ; ce ne peut
D'OCTOBRE.-
·29
eftre qu'avec le Bourgeois ; & fa modeitie
avec luy , ne feroit point fortune :
Le Bourgeois à la vérité, l'en croira fur fa
mine ; mais , il ne l'en louera pas ; il le
trouvera feulement dans l'ordre ; &
file Bourgeois eft plus riche , il croira
pouvoir en confcience , faire deux nombres
égaux en valeur , de fa roture & de
fes richeffes , avec la naiffance & la médiocrité
des biens du Noble , tant pour
tant, & le compte fait , fa fierté fe tient
en garde.
Il y a de l'erreur , dit intérieurement
le Noble qui fe doute bien du calcul ;
mais; comment faire pour la prouver au
Bourgeois ? Le voici , Madame.
Parmi les Hommes , le préjugé de la
Nobleffe eft violent ; le riche Bourgeois
a beau s'étourdir là - deffus , il n'y
a que façon de le prendre pour le rendre
au joug.
Le Gentil - homme employe une familiarité
franche & fans mélange odieux ,
raille la Nobleffe, vante le bon Citoyen ,
luy fait honneur de fa roture , & le confirme
dans le mépris qu'il a pour les
avantages de la naiffance. C'est là le
hameçon qui ratrape le Bourgeois qui
avoit rompu fes filets .
Ciij
30 LE MERCURE
Comme il s'étoit attendu à quelque
réfiftance de la part du Noble , quand
il avoit arrêté fon compte ; il eft charmé
de fa docilité , il en a de la reconnoiffan
te , il eftime , il admire enfin , celui qui
a bien voulu ne pas fentir qu'il eftoit
Gentil-homme:Voilà le grand oeuvre du
petit Noble Philofophe , dont l'amour
propre longtems contraint , fe fait enfin ,
une recolte à vie de refpect & de réputation.
Il me femble , Madame , que vous me
demandez , comment il en ufe avec
l'Homme de Qualité ; c'est une autre
allure ; jeune , il brigue fa compagnie,
fon amitié , fa confidence ; quelquefois
par un autre tour d'imagination , il travaille
d'efprit , de gefte & de dépenfe
pour arriver à prendre un ton d'égal à
égal , & lui donner cours en fa faveur ;
il s'enfle , fait la Grenouille & veut être
auffi gros que le Boeuf.
>
Si fon bien & fa fituation lui interdifent
le commerce des Gens de Qualité ,
& que par hazard il ayt à leur parler, il
affiche fur fon vifage , qu'il eft Gentilhomme
, & paroît à peu-prés dans le
goût de ces Avanturiers de Roman
cafque en tête & lance au poing , &
D'OCTOBRE.
qui fe vantent par la pofture.
Tous ces caractéres fe peuvent trouver
en Province , àl'air prés de focieté
moins aifé : Parlons de chofes plus nonvelles
pour vous Mde; par exemple, difons
un mot des femmes de Qualité ,
cela vous réjouira .
Oftés à la Campagnarde de Qualité
fon Mafque qu'elle porte ; quand mon
rée fur fa Hacquenée , elle traverse.
d'un Château à l'autre ; ôtés lui fa vanité
crûe fur les Antiquitez de fa Famille
, fon ton bruyant , fon estomac redreffé
par intervalles de réflexion , l'embaras
total de fa contenance , & fa marche
à mouvement uniforme ; car , tout
cela compofe l'Economie de fa figure ;
ôtés lui fon fils le Marquis & le Chevalier
, petits enfans qu'elle dreffe devant
vous à la révérence villageoife , & qui
par fatalité,font toujours morveux quand
ils arrivent afin d'être, mouché du
mouchoir de la Mere; paflés- moi le portrait
; ôtés-lui , dis-je toutes ces chofes , il
ne vous reste plus rien de curieux chez
elle , fi ce n'eft la longueur ou le ton
pathétique des complimens qu'elle fait ,
quand elle eft en Ville .
2
Tout cela vû & entendu , le fujet
Ciiij
3 LE MERCURE
eft épuifé , les femmes de Qualité dans
ce pays, font un fpectacle bien plus varié:
Les definirai je en général ? Le projet
eft hardy ; n'importe .
La femme de Qualité a tous les défauts
de la Bourgeoife ; mais, pour ainfi die ,
tirés au clair par l'éducation & l'ufage .
Elle poffede un goût de hardieffe fi hûreux
, qu'elle jouit du bénéfice de l'effronterie
fans être effrontée . Pent- être ,
ne doit - elle cette indulgence , qu'à la
nature de l'efprit des hommes , faciles à
donner des droits plus amples à qui les
étonne par de plus fortes impreffions.
L'air de mépris le mieux entendu de
la femme de Qualité pour la Bourgeoife;
ce font fes careffes & fes honnêterez ;
& là- deſſus , rien n'eft plus poly que la
femme de Qualité , dit la Bourgeoife ;
l'innocente qui ne voit pas le ftratageme
, & qui ne fent pas que par cette politeffe
, la voila marquée au coin de fubordination
.
Dans la femme de Qualité , l'habillement
, la marche , le gefte & le
ton, tout eft formé par les Graces ; mais,
la Nature ne les a point faites ; ce ne
font point de ces graces qui font partie
néceffaire de la figure , que l'on a fans y
D'OCTOBRE. 33
penfer , qui nous fuivent par tout , qui
font. en nous , qui font nous mêmes ; ce
font des Graces de hazard, d'aprés coup,
que la vanité des Parens a commencées,
que l'exemple & le commerce aifé des
autres femmes ont avancées , & qu'un.
étude de vanité perfonnelle a finies.
Graces ridicules aux yeux raifonnables
, attirantes pour les jeunes gens ,
impofantes pour le peuple , inimitables
aux Bourgeoifes , quoique toujours copiées
par elles , voifines du mal dont
elles applaniffent les voyes , & peut- être.
le terme de l'orgueil .
Et voila, Mde, ce que l'on appelle , Air
du monde .
On ne peut aisément exprimer ce que
c'eltque
le commerce mutuel des femmes
de Qualité ; fans aller même jusqu'au
crime, tout eft jeu pour elles, jufqu'à leur
réputation ; & ce qui paroît incroyable ,
leur réputation même eft un jeu pour
ceux dont elles dépendent.
Parmi elles , attrappe qui peut , le dit
qui veut , un bon mot tire tout le monde
d'affaire ; elles font les Confidentes
les unes des autres, fe préftent réciproquement
fecours dans l'occafion , fe
promettent le fecret que réciproquement .
34 LE MERCURE
elles violent auffi ; la médiſance court ,
on la croife par une autre , & pendant
que la demande & la repartie amuſent
le Public, elles reftent en bonnes amies ,
fpectatrices des effets plaifans de leur
perfidie.
Il y a l'efpece des femmes tendres ;
ce font celles dont le coeur embraffe la
profeffion du bel amour ; leur éfprit
fourmille d'idées délicates ; elles aiment
en un mot , plùs par métier que par paffion
: Un Amant infidele met leur talent
au jour ; fans lui , on ne fçauroit pas qu'elles
ont mille graces attendriffantes dans
une affiction de tendreffe .
promena-
Il y a l'efpece des femmes coquettes
: Celles- la font l'amour indiftinctement
; ce font des femmes à
des , à rendés- vous imprudens ; ce font
des furieufes d'éclat ; elles ne languiffent
point , elles aiment hardiment , fe
plaignent de même ; c'eft pour elles , faveur
du hazard , quand on trouve un
de leurs billets d'intrigue ; tout cela va
au profit de leur gloire. Il y a les femmes
prudes ; ce font celles qui s'entefent
, non de l'amour de l'ordre , mais ,
de l'estime qu'on fait de ceux qui font
dans l'ordre : Elles font ordin airement
D'OCTOBRE. 135
âgées, cabale d'autant plus dangereufe,
qu'elle eft du côté des plaifirs dans une
oifiveté dont elle enrage. Je vous les
peindrai une autrefois , Mde, en achevant
l'article des femmes de Qualitez qui ne
fait que commencer & qui n'a rien
dit encore des exceptions avantageufes.
Fermer
5229
p. 35-59
DISSERTATION SUR LES PIECES DE CORNEILLE ET DE RACINE A Mr DE ***
Début :
Monsieur, Je ne suis pas si broüillé avec Mr De ... que la [...]
Mots clefs :
Corneille, Racine, Pièces, Amour, Grandeur, Caractère, Action, Critique, Passions, Récit, Scènes, Gloire, Spectacle, Jalousie, Élévation, Sentiments, Délicatesse, Défauts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR LES PIECES DE CORNEILLE ET DE RACINE A Mr DE ***
DISSERTATION
SUR LES PIECES
DE CORNEILLE ET DE RACINE
A M DE ***
MONSIE ONSIEUR ,
Je ne fuis pas fi broüillé avec Mr
De... que la Rénommée le publie : Je
vais vous rendre un compte fidele de
la prétendue querelle , dont on vous a
parlé un peu malignement. Je compte
que vôtre fcandale ceffera , lorfque vous
aurez vû de quoi il a été queftion entre
nous. Nous allâmes Mr De ... &
moy ; la femaine derniere , à la maifon
de Campagne de la Marquife De ...
Vous fçavez qu'elle eftime infiniment
36 LE MERCURE
fort
Racine ; mais , vous ne fçavez peut- être
pas que Mr De ... n'en fait pas
grand cas , & qu'il n'a jamais pê fouffrir
qu'on fit à cet Auteur , l'honneur de le
mettre en parallele avec le grand Corneille
. La Marquife De .. engagea la converfation
fur les ouvrages de Théatre , &
demanda quel jugement nous portions
de Pierre Corneille . Mr De ... ſe hâta
de l'élever jufqu'aux Cieux , & dele faire
primer fur Sophocle , fur Euripide
& même fur Racire . Pour l'emporter fur
Sophocle & fur Furipide , dit la Marquife
, c'eft ce que j'ignore , mais j'ofe
le croire inferieur à Racine , & j'en
prends , dit- elle, en me montrant , Mr
à temoin : Je ne fçai , réprit nôtre ami ,
d'un air un peu ferieux , fi Mr donne
la préférence à Racine ; mais , il feroit
aifé de le détromper, en comparant l'un
avec l'autre . Que faire Mr. dans des
circonftances fi embaraffantes : Accepter
le défi ; c'eftoit s'expofer à rompre avec
nôtre ami. Abandonner le parti de la
Marquife, me paroiffoit peu galant; d'ail
leurs , c'étoit trahir mes propres fentiments
. Enfin,me voyant dans la néceffité
de choifir entre les deux perils , je me determinay
à courir le plus noble Nous
D'OCTOBRE.
37
voilà aux mains. Nôtre ami commença
par me lancer les grands traits que lui
fournirent le Cid , Cinna , Pompée , & quelques
autres piéces fuperieures de Corneille
Aprés ce préliminaire faftueux ,
ilfe mit en régle. Pour juger fainement
du mérite des deux Emules , ne pré- .
nons,dit-il,qu'une pièce de chacun . Je ne
propoferai point le Cid , continua- t -il, ce
feroit trop vous embaraffer. Paffons à
une autre. Pour le Cid , lui dis-je , il eft
vray que j'aurois peine à trouver de quoy
lui oppofer. Racine ne fçait pas renfer
mer dans une feule pièce, autant d'avantages
, que Corneille la fçût faire dans
celle-là. Je n'en vois point où il faffe rire
& pleurer tout enfemble , où il ait
l'art , de renfermer en un feul jour,plus
d'actions qu'il ne s'en pouroit moralement
paffer enun mois : Où il enrichiffe
fa langue de nouvaux mots , & qui
ont été fi refpectez , que depuis , on n'a
point ofé s'en fervir : & ce qu'il y a de
plus admirable, où il ménage fesActeurs
avec tant d'adreffe , qu'il les laiffe repofer
préfque à chaque fcéne . Enfin , je
n'y vois point tout ce que l'Académie
& Mr Scuderi ont fi juftement critiqué ,.
& où vous permettrez que je vous ren38
LE
MERCURE
voye . Tout ce que vous en dirés , réprit
nôtre ami , n'empêchera pas pourtant
que le Cid ne foit le plus beau Poëme
que nous ayons . Mais, venons dit- i !,
à quelque piéce de Racine. Je devine
que vous me propoferez Phédre , comme
le modele des Tragedies. Cependant ,
avec le fecours que Racine a pris
dans Euripide ; Mr de Fénelon ne l'a
point trouvée fi parfaite , qu'en deux
mots , il ne nous y faffe voir de grands
défauts. Par exemple, cet amour d'Hippolite
fi inutile & fi contraire à fon caractere
, amour qui ne fert qu'à rendre
le fpectacle double . Ce recit fi pompeux
de la mort du Heros , déclamation
fleurie qui dément la douleur de Theraméne
; tous ces défauts , dis- je ,ne les érigerez-
vous point en perfections . A cela
Mr , lui dis-je , je pourois vous répondre
que tout ce que Mr de Fénelon condamne
, n'eft pas également condamné
de tout le monde ; & quoique je n'aye
jamais les ouvrages de cet illuftre
Prélat que pour les admirer , on me permettra
de dire , que le Parallele par exemple,
qu'il fait de Martial &d'Ovide ,
n'eft pas fort juste : Et quel autre que lui ,
a jamais reproché à Ovide d'être forD'OCTOBRE.
39
cé dans fes penſées ? Certainement , fila
Poftérité a toujours regardé ce Poëte
comme le plus fpirituel de l'Antiquité ;
elle ne lui à jamais difputé la gloire d'être
le plus naturel ; le reproche que Mr
de la Bruyere fait à ces Auteurs , qui ne
fe fervent de ce qu'ils ont puifé chez les
Anciens, que pour les combattre , & qu'il
compare à ces enfants drus & forts d'un
bon laict , qui battent leur nourrice ; ce
reproche, dis- je, ne pouroit- il point tomber
fur Mr de Fénelon . Cette belle &
féconde imagination qui paroît dans fes
écrits , cet art de faire plufieurs defcriptions
d'une même chofe , & toujours
avec un nouveau tour & un nouvel
agrément , tout cela reffemble fi fort
au caractére d'Ovide ; que fi Mr de
Cambrai n'y a pas puifé ces avantages ,
du moins , devroit - il épargner un homme
avec lequel il a tant de raport. Mr de
Cambrai ne me paroît pas plus heureux ,
dans la critique qu'il fait de cet endroit
de l'Avare de Moliere , où Harpagon
qui met un Valet dehors , & toujours
inquiet , fi on ne le vole point ; lui demande
à voir fes mains : Aprés les avoir
vues, montre-moi les autres , dit - il . Je
foutiens contre Moliere , dit Mr de Fé40
LE MERCURE
•
nelon , qu'un Avare qui n'eft point fou ,
ne va point jufqu'à vouloir regarder
dans la troifiéme main de l'homme qu'il
foupçonne l'avoir volé. J'avoue avec
Mr de Fénelon , que cette action n'eſt
pas d'un homme qui a tout fon bon fens ;
mais,depuis quand les paffions , fur tout
quand elles font auffi violentes, qu'eſt
celle que Moliere nous repréfente dans
Harpagon , ne font -elles plus faire de
folie? Selon cette critique, ilfaudroit condamner
tout le caractére d'Harpagon .
Un homme fans être fou , dirai-je à M¹ de
Cambrai , aprés avoir foüillé par tout, le
même homme qu'il foupçone l'avoir volé,
ne va point jufqu'à lui dire , rend- moi ,
fans te foüiller, ce que tu ma pris. Un Avare
ne peut dire ,fans être fou , qu'il veut
faire arrêter la Ville & les Fauxbourgs ,
pour ravoir un argent qu'on lui à volé ,
& tout ce que dit Harpagon , dans la
derniére fcéne du quatrième Acte. Je dirai
encore qu'il faudra retrancher les
traits qui peignent le mieux les paffions,
par exemple , celui- ci du Misantrope, à
qui on confeille de folliciter les juges
pour fon procés,de crainte que fa Partie
ne l'emporte par la faveur.
Je
D'OCTOBRE.
41
Je voudrois m'en couta-t- il grand'chofe
Pour la beauté du fait , avoir perdu
ma caufe.
Mais , ne nous écartons point , & revenons
à la critique qu'il fait de Phédre.
Mr Racine , dit Mr de Cambrai , a fait
un double fpectacle, en joignant à Phédre
furieufe, Hippolite foupirant contre fon
vrai caractere . A cela , je n'ai d'autre réponfe
à faire , que celle que Mr Racine
me fournit lui - même dans la préface
de cetteTragédie : Qu'il falloit don
ner quelque foibleffe à Hippolite , de
crainte que fa mort ne caufa plus d'indignation
que de pitié , fans lui ôter cependant
cette grandeur d'Ame , avec laquelle
il aime mieux fe laiffer opprimer
que d'expofer l'honneur de Phédre. Ce,
Amour encore , ne rend point le fpec- t
tacle double , puifqu'il ne fait pas l'action
principale , & qu'il ne fert qu'à faire
mieux connoître l'action que le Poëte
veut principalement reprefenter. Je
veux dire, à montrer toute l'étendue de
la fureur de Phédre , par la jaloufie
qu'allume dans fon coeur ,l'amour d'Hippolite
pour Aricie. Or , fi cette action
n'eft pas l'action principale ; mais ferr :
D
12 LE MERCURE
feulement à fortifier le principal Caratére
; on n'a pas plus de droit
de le condamner qu'on en auroit à
condamner un Peintre qui par exemple,.
voulant peindre le facrifice d'Iphigénie
, ne la repréfenteroit pas feule au
pied de l'autel avec Calcas ; mais ,y adjouteroit
tous les Princes Grécs. Ménélaus
fonOncle avec un vifage afligé ; Agamemnon
, avec un voile fur fon vifage ,
pour cacher la tendreffe paternelle aux
Chefs de fon armée ; Clitemnestre , com
me défefperée , à caufe que toutes les
actions accompagnent cette pieufe cérémonie
qui feroit foible & denuée de
fes agréments , fans ces circonstances . Il
n'eft pas plus vrai que cet amour d'Hippolite
foit contraire à fon caractére
puifque Virgile dit que ce Prince époufa
Aricie. Il fuffit que Racine ait tellement
ménagé cette paffion dans ce
Prince , que loin de nous la reprefenter
comme fon occupation ordinaire , Hippolite
paroiffe fi nouveau dans l'amour,
que la maniere dont il s'exprime , ne
ferve qu'à fortifier l'idée que nous avons
de ce Prince. La premiere idée que nous
avons d'Hercule , n'eft certainement
D'OCTOBRE. 43
point d'un Prince foupirant & amoureux
; cependant , on auroit tort de blamer
un Auteur qui nous, le repréfenteroit
dans quelques circonftances de fa
vie, aux pieds de Déjanire & d'Ioles.
Venons préfentement à la critique ,
que le même Autheur fait du recit de la
mort d'Hippolite . Rien n'est moins naturel
, dit Mr de Cambrai , que la narration
de la mort d'Hippolite ... Theramene
qui vient pour apprendre à Thefée
la mort funefte de fon fils , ne devroit
dire que ces deux mots , & manquer
même de force pour les prononcer
diftinctement. Hyppolite eft mort : Un
Monftre envoyé du fond de la Mer par
la colere des Dieux , l'a fait périr , je l'ai
vû. Un tel homme faifi , éperdu , fans
Haleine , peut- il s'amufer à faire la def
cription la plus pompeufe & la plus fleu--
ric. Hé quoi ? Mr de Cambrai n'a- t - il jamais
remarqué qu'un homme faifi de la
douleur la plus violente , qui a l'imagi
nation troublée d'un fpectacle auffi tragique
, qu'est celui dont Theramene:
vient d'être temoin , exagere toujours
fur ce qu'il à vui. Comme il veut infpirer
aux autres toute l'horreur dont il
eft faifi , fa douleur lui fournit quelque-
Dij
44 LE MERCURE
fois les expreffions les plus fortes , & les
plus energiques ; les moindres circontances
mêmes ne lui échapent point :
Mais , pour preuve que ce recit eft fondé
far la Nature, je citeray l'avide attention
du Spectateur , la furprife dont il
eft frapé , l'émotion douloureuſe dont
il eft faifi ; le dirai-je ? Ces larmes qu'il
répand fur le fort du malhûreux Hippolite
.
Enfin , toutes ces voix qui s'élévent
pour aplaudir , & qui forment , comme
la voix de la Nature , ne doivent- elles
pas faire foupçonner que tant de beautez
qui fe trouvent dans ce récit , ne
font point fi déplacées & fi contraires
à la reffemblance , que le foutient M. de
Fénelon ?
Nôtre ami affés embaraffé , & n'ayant
peut-etre pas de quoy répondre , me
dit , que quand il feroit vray que ces.
endroits feroient excufables , & qu'il y
auroit de grandes beautés dans Phedre,il
ne s'en-fuivroit pas que cette piéce dût
l'emporter fur les meilleures de Corneille
: Qu'elle devoit toujours céder à
Cinna , Pompée , Nicomede , Sertorius
&c. Il est vrai , répondis- je, que ces piéces
ont dignes de nôtre admiration ; mais,,
D'OCTOBRE ,
45
cela n'empêchera point de dire que leurs
beautés font alterées par beaucoup de
défauts: Cinna par exemple, qui eft une
des piéces les plus exactes de Corneille,
n'eft pas fans imperfections. Le commencement
, comme remarque Mr Defpreaux,
eft trop plein d'Emphafe ; la fin
ne me fatisfait pas pleinement ; quand
j'ai veu Cinna accablé de biens de la
part d'Augufte , & dans le temps même
qu'il veut partager avec lui fa puiffance ,
fonger encore à l'affaffiner ; je doute de
la fincérité des fentiments de ce même
Cinna;lorfqu'Augufte lai pardonne , rien
ne me répond que ce Courtifan ne fera
plus traitre. Et Corneille a fi bien fenti
ce defaut, que pour renvoyer les élprits.
tranquiles, il fait parler Livie comme infpirée
des Dieux , qui affûre Augufte
d'une foy inviolable de la part des Romains
: Mais, cette prophetie a paru fi peu
naturelle , qu'on a mieux aimé la retrancher
dans la repréfentation. Je ne puis encore
fouffrir fans indignation , Cinna ,
confeiller à Augufte de retenir l'Empire,
de le voir fe jetter à fes pieds,l'en conjurer
au nom de Rome; & cela, pour avoir
un prétexte de l'affaffiner. Ce trait eft ſi
lâche que la tyrannie & les fureurs
4.5. LE MERCURE
d'Augufte ne me préfentent rien de fr
odieux . Pour ce qui eft de Pompée , je ne
fçaurois m'empêcher de rendre juftice
à cette pièce ; je ne vois rien au deffus
de la grandeur d'Ame que j'y rémarque
:Toute la grandeur Romaine, eft à
fon comble dans la perfonne de Corne
lie : Je lis toujours avec un nouveau
plaifir , tout ce que cette Princeffe dit
à Céfar ; mon ame s'éleve au deffusd'elle
même , & il me femble que les
fentimens de cette Romaine paffent
dans moi. Enfin , plus je lis cette pièce , &
plus je doute fi les Romains ont plus fait
pour Corneille , que Corneille a fait
pour les Romains . Mais avec tout cela ,
cette Tragédie n'a jamais paffé pour
être dans les regles : Et aprés le troifiéme
acte , il femble que ce foit une nouvelle
action , dont la mort de Ptolomée
& des Complices fait le dénouement.Si
je fuis charmé de Pompée , je ne le fuis
pas moins de fon Horace Toutes les
paffions y font raffemblées avec un Art
admirable;laFureur & l'Amour,la Crainte
& la Terreur y font parfaitement exprimées.
J'aime à y voir Sabine foeur des
Curiaces , que Corneille fuppofe êiremariée
avec l'Aîné des Horaces , qui op-
.
D'OCTOBRE.
47
pofe toutes les paffions d'une Epoufe à
celles de Camille qui n'étoit qu'Amante.
Enfin , fi on retranche le cinquiéme
acte , qui eft hors d'oeuvre & qui ne fert
qu'à faire languir la pièce , l'ouvrage eft
entier. Je trouve dans les derniers actes
de l'Oedipe , de grandes beautés, mais , je
ne puis fouffrir le commencement de
cette piéce.Dans une confternation auffi
grande qu'eft celle où fe trouve la Cour
d'Oedipe, ce n'eft gueres le rems de parler
d'amour ,& encor moins de mariage :
Toutes ces idées m'écartent de l'unique
que je devrois avoir , m'arrachent à
l'horreur que le fujet de cette pièce doit
m'infpirer J'ay veu des perfonnes inftruites
de l'hiftoire d'Oedipe, démander
à la fin dù fecond acte , quelle piéce on
reprefentoit.
:
Je fçai queCorneille repond à cela, qu'il
a voulu par cet épifode qu'il apelle heureux,
ménager la délicateffe des Dames :
Certainement, les Dames n'ont point un.
goût contraire à celui de la Nature ; &
je fuis fûr que les feules avantures d'Oëdipe
ménagées avec art , ne leurs auroit
pas moins plû, que je fuis certain que
le froid amour de Dirce leurs déplaît .
Mais enfin , reprit la Marquife , quand
48 LE MERCURE
même la piéce auroit infpiré de l'horreur
, le fujer y préparoit affés , & il ût
encore mieux valu bleffer la délicateffe
des Dames , que de pecher contre la
vrai-femblance & contre la raison . Mais
M. achevez de nous dire vôtre fentiment
fur les autres Piéces de Corneille ;
car , je vois que M.de...brûle d'envie
de fe venger fur Racine . Nicomede , repris-
je , et une des Piéces ou Corneille
a le plus excelle : Quoiqu'elle foit
d'une conduite extraordinaire , & qn'il·
n'y ait ni tendreffe ni paffions , la grandeur
de courage y tient lieu de tout . Je
remarque avec plaifir le difciple d'Annibal,
braver la grandeur Romaine & l'emporter
fur cette orgueilleufe République ,
par la hauteur des fentimens & par- la.
force du courage
.
J'admire Laodice qui méprife un Trône
qu'elle tiendroit d'une autre que
d'elle-même: J'aime à la voir réſiſter
aux confeils de Prufias , & refufer d'écouter
l'Ambaffadeur Romain,chargé de
luy propofer un himen qu'elle déteite .
Recevoir Ambaffade en qualité de Reine ,
Ce feroit à vos yeuxfaire la Souveraine ;
Car, hors de l'Arménie , enfin je ne fuis
rien ,
D'OCTOBRE. 49
Et ce grand nom de Reine , ailleurs ne
m'autorife
Q'è n'y voir point de Trône à qui je
fois foumife ;
A vivre indépendante & n'avoir en tous
lieux
Pour Souverains , que Moi, la Raifon &
les Dieux.
J'aurois cependant voulu que Corneille
ût donné plus de grandeur d'ame
à Flaminius , & moins de foibleffe à Prufias.
Quelqu'élévation que je trouve
dans Nicoméde , j'en vois encote davantage
dans Sertorius ; c'eft dans cette
Piéce où Corneille a pris plaifir à déployer
fon ame entiere. Je fuis fi faifi
des grandes beautés que je trouve dans
l'entrevûë de Sertorius & de Pompée ,
que fi cette Piéce a des défauts , elles
m'ôtent la liberté de les voir : Voilà,
continuai- je rendre juftice à Corneille ;
mais avec tout cela , je le crois encor inferieur
à Racine ; & par quel endroit ,
reprit nôtre ami ; feroit - ce par défaut
de régularité Mais ; fi on vous en faifoi
voir autant dans Racine , luy donneriez
vous encore la préférence ? Oiii M. re
pondis- je, je le croirois encore fupérieu
O &tobre
1717. E
so
LE MERCURE
par la délicateffe des fentimens , par le
choix heureux de fes fujets , par la beauté
des vers , par la maniere vraie dont
il dévelope la Nature ; & que n'ajoûtez
-vous encore , par la grandeur des
fentimens ? Dit M. de ... Pour l'élévation
, repris-je , Corneille en a peuteftre
plus , quoique Racine n'en manque
pas , & qu'il en faffe voir autant que Corneille
dans de certains endroits . Ah , celui-
là eft nouveau ! Reprit nôtre ami ,
en s'éforçant de rire ; autant de grandeur
d'amé dans Racine que dans
Corneille ! Faites le nous un peu voir,
& ouvrez les yeux du Public qui ont
efté jufqu'aujourd'hui fermez : Ce fera
M. luy dis-je , lorfque vous m'aurez
fait voir cette irregularité que vous
reprochez à Racine. Comme cela nous
meneroit un peu loin , reprit M. de ...
& que nous n'avons déja que trop difputé
en prefence d'une fi aimable Dame ;
nous en parlerons une autrefois : Auffibien,
aurez- vous le loifir de feuilleter
vôtre Racine, pour chercher ce fublime
que vous devez comparer à celui de
Corneille. Dailleurs, j'aurois de la peine
à condamner en prefence de Madame ,
un Auteur pour qui elle témoigne tant
d'attachement.
D'OCTOBRE.
SI
En verité Mr , reprit la Marquife en
fouriant , il faut que vous me croyez bien
peu généreufe , de croire que je veuille
fauver Racine de vôtre critique ; apré
avoir été témoin du traitement févér
qu'on a fait à fon Emule : Non-Mr, com™
battez avec courage ; je vous prie de ne
faire aucune grace à nôtre Heros ; il n'a
aucun befoin d'indulgence : Nôtre ami
commença donc par attaquer Andromaque
. Je ne conçois pas , dit-il , comment
Racine , qui s'eft fur tout appliqué à la
régularité dans toutes les pièces , a mis
dans fon Andromaque une double ac
tion. L'amour de Pyrrus pour Andromaque
, & les répugnances de cette Princeffe
pour Pirrus devoient fuffire , fans joindre
encore l'amour d'Orefte pour Hermione
qui caufe la duplicité d'action .
D'ailleurs , le Caractére d'Orefte eft fi
odieux , qu'en le retranchant , il auroit
ôté un défaut de fa piéce , fans lui ravir
aucune beauté : Je ne vois dans ce Prince,
qu'un Furieux qui ne parle que d'enlevement,
de mort , & dont l'ambaffade
fe termine par le plus lâche des Parricides.
Il est vrai , dis- je , que Racine a
eu tort de nous reprefenter ce Prince
avec un Caractére fi violent. Qui ne
E ij
52 LE MERCURE
fçait que jamais homme ne fut plus tránquile
qu'Orefte ? Mais , que veulentces
fureurs qui s'emparent de ce Prince à
la fin de la piéce?
Mais, quelle épaiffe nuit tout à coup m'environne
>
De quel côté fortir , d'où vient que je
frifonne ?
Quelle horreur me faifit , grace au Ciel
j'entrevois
Dieux , quels ruiffeaux de fang coulent
au tour de moy.
..... quoy Prrus , je te rencontre encore?
Trouverai-je partout un Rival que j'abhorre:
Percé de tant de coups , comment t´es- tu
Sauvé ,
Tiens , tiens , voilà le coup que je t'ai
réservé?
Mais, que vois-je à mes yeux, Hermione
l'embraffe?
Elle vientl'arracher au coupqui le menace;
Dieux , quels affreux regards elle jette
fur moi!
Quels Démons , quels Serpens traînet'elle
apres foi !
Hé bien Filles d'Enfer , vos mains fontelles
prêtes?
D'OCTOBRE. 53
Pour quifont ces Serpens qui fiflent fur
vos têtes ?
A qui deftinés- vous , l'appareil qui vous
Suit ?
Venez- vous m'enlever dans l'éternelle
nuit ?
Venez , à vos fureurs Orefte s'abandonne
;
Mais non , retirés- vous , laiffez faire
Hermione :
L'ingrate mieux que vous , sçaura me
déchirer ,
Etje lui porte enfin , mon coeur à dévorer.
Ne feriez- vous point tenté , continua-
t'il , d'oppofer ce morceau de Racine
, aux plus grands traits de Corneille
; ce n'en est pas un des moindres ,
répris-je , ni l'unique, comme il fera aifé
de vous le faire voir ; lorfque vous aurez
achevé de nous dire vôtre fentiment
fur les autres piéces de Racine .
Britannicus , reprit nôtre ami , qui eft
la piéce que Racine avoue avoir le plus
travaillé , n'eft pas à beaucoup - prés
fans défauts; témoin cette confiance qu'a
Britannicus enNarciffe contre toute vraifemblance.
Britannicus , aprés la froideur
que Junie a été obligée de lui té-
Eiij
14 LE MERCURE
moigner; Britannicus , dis-je , la croyant
infidele , & ne la pouvant cependant
bannir de fon coeur , demande à Narciffe
dans la fixième fcéne du troifiéme
acte ; s'il ne peut plus voir Junie . Narciffe
répond qu'elle reçoit les voeux de
Néron fon nouvel Amant. Junie arri
vant dans le moment , l'affûre d'une
amour éternelle , lui découvre la caufe
de la froideur qu'elle lui a temoignée , lui
dit que Néron P'écoutoir & lui ordonnoit
de feindre : Tout cela devroit être
plus que fuffifant , pour prouver à Britannicus
que Narciffe le trahiffoit ; cependant,
au commencement du cinquiéme
acte , le même Britannicus , pour
prouver à Junie que Neron eft réconcilié
avec lui de bonne- foy , lui cite en
core le témoignage de Narciffe .
.
Que dis-je , il reconnoît ſa derniere
injuftice ,
Ses remords ont paru même aux
yeux de Narciffe ;
Ah ? s'il avoit dit ma Princeſſe à
quel point .
Et fur ce que Junie lui répond ;
D'OCTOBRE.
35
Mais , Narciffe , Seigneur ne vous
trahit-il point ?
Britannicus que tout doit porter à la
défiance , lui dit.
Et pourquoi voulés vous que mon
coeur s'en defie ?
Vous me dirés peut- être,que Britannicus
qui a le coeur bon & fincére,juge icy
des autres par lui même ; mais , à moins
de vouloir abfolument fermer les
yeux ; on ne peut être crédule juſqu'à
que
cet exces.
Pour l'Alexandre , je n'en dirai préfque
rien , aprés la differtation qu'en a
faite Mr de S. Evremont. J'adjouterai
feulement que je ne puis fouffrir qu'un
Prince tel que nous eft dépeint Porus
dans toute la piéce , amoureux de la
gloire au deffus de ce qu'on peut dire ,
qui avoit trouvé Alexandre trop lent à
traverfer l'Afie & à venir l'attaquer ;
je ne puis, dis - je , fouffrir , que ce grand
coeur foit cependant prêt à facrifier cette
même gloire à une Maîtreffe ; voici
comme il parle à Axiane .
E iiij
55 LE MERCURE
Ab ? Madame , arrêtés , & connoiffes
ma flame >
Ordonnés de mes jours , difpofez de
mon Ame;
La gloire ypeut beaucoup , je ne m'en cache
pas ;
Mais , que n'y peuvent point tant de divins
appas ?
*
Je ne vous dis plus rien , parlés en Souveraine
;
Mon coeur met à vos pieds ,
Sa haîne.
.
fagloire
y a encore un endroit dans Mitridate
, qui ne me paroit pas tout -à - fait
excufable : Je ne fçai pourquoi Arbate
accufe Pharnace , d'aimer Monime
Maîtreffe de Mithridate; tandis qu'il épargne
Xiphares. Vous me dirès qu'il
eft attaché à Xiphares . Mais enfin , étant
inftruit de l'amour de celui- cy pour Monime
, il me femble qu'il ne devoit pas
plus accufer Pharnace que Xiphares , ou
plutôt,qu'il devoit déguifer l'amour de
l'un comme celui de l'autre ; cela feroit
plus généreux : Pharnace accufé , tandis
que fon frere ne l'eft point , me fait
quelque pitié ; & je m'intereffe un peu
moins au fort de Xiphares . PermettésD'OCTOBRE
57
moi encore de dire deux mors fur Iphigénie
. Je ne prétends pas être le feul
qui refufeà cette piéce , les louanges
qu'elle merite . On peut dire que les Caractéres
font parfaitement bien confervés.
Agamemnon y eft peint avec tout
l'orgueil & toute la fierté des Atrides .
J'y reconnois Achille agiffant , fier ,inéxorable
, croyant que les Loix lui doivent
céder , & ne connoiffant que la
force pour tout droit dans fes entreprifes.
Le refpect & l'aveugle obeiffance
d'Iphigénie , jufqu'à être prête à facrifier
la vie au premier ordre de fon Pere ;
me font prendre un fi grand intereft
à fon fort , que non feulement, j'ap .
prouve la fureur d'Achille ; mais que
je crains qu'elle ne foit impuiffante à
conferver la vie à cette Princeffe. Troye
ne me paroit pas un prix digne d'un fang
fi précieux. Clitemneftre me fait voir
les fentiments les plus vifs d'une Mere
tendre & défolée . Enfin,il ne manque à
cette piéce , qu'un fondement plus folide.
Cette piéce ne roulé que fur l'égarement
de chemin de Clitemnestre &
d'Iphigénie . En voila affés, continua nôtre
ami , pour vous faire voir que Racine
eft au deffous de Corneille ; puif58
LE
MERCURE
qu'outre ces defauts vous ne nous ferez
jamais voir dans Racine, l'équivalent
du fublime de Corneille .
Comme Racine, répondis- je , ne s'eft
pas principalement attaché au fublime ',
je m'en fuis tenu à dire , qu'il a autant
d'élévation que Corneille , dans les endroits
où elle eft néceffaire : Et que
voulez - vous de plus grand que Porus ?
Quoi qu'il foit grand prefque par tout ,
je ne raporterai que quatre vers ; c'eft
lorfqu'il répond à Taxile qui lui vante
Alexandre.
Oui , je confens qu'au Ciel on éleve
Alexandre ;
Mais ,fi je puis Seigneur , je l'en
ferai defcendre ;
Et j'irai l'attaquer jufque fur
les Autels
Que lui dreffe en tremblant le
refte des Mortels.
Voyez le caractére d'Andromaque
, de Burrus , de Mitrhidate , de Joud
dans Athalie ; adjoutés encore que Racine
traite infiniment mieux les paffions
que Corneille : Voulez - vous voir la
violence dé l'amour , vous les verrés
D'OCTOBRE.
59
dans l'Andromaque ; toutes les fureurs
dans Phedre: La Delicaleffe , la Jaloufie
, l'Inquiétude qu'il caufe dans Bajazet.
J'ofe avancer que tout ces effets ne
feront jamais mieux dans leur jour.Tantôt
je vois une Amante dans Atalide ,
qui d'abord confent à voir fon Amant
entre les bras d'une autre , plutôt que
de le voir perir ; & qui un moment
aprés, s'en répent. Peu- t- on jamais rien
dire de plus tendre , que ce qu'elle dit
à Bajazet dans la cinquiéme fcéne du
deuxième acte ; On voit dans Roxane ,
uneAmante que la Jaloufie rend furieufe;
qui veut perdre fon Amant , qui ordonne
fon fupplice , parce qu'elle eft
toujours maitreffe de le fauver. Mais
qui , fur l'ordre qu'elle reçoit d'Amurat
de faire mourir Bajazet , change tout à
coup de fentiment, & ne ppeennffee plus
qu'à le fauver. Enfin Mr , quand je conviendrois
avec vous qu'en général Corneille
éleve plus l'éfprit , il faudroit que
vousconvinifies que Racine feait toucher
plus le coeur. Mde De ... craignant
que nôtre difpute ne nous entrainât
trop loin , demanda grace aux Difputans
, & fit changer d'objet la converfation.
SUR LES PIECES
DE CORNEILLE ET DE RACINE
A M DE ***
MONSIE ONSIEUR ,
Je ne fuis pas fi broüillé avec Mr
De... que la Rénommée le publie : Je
vais vous rendre un compte fidele de
la prétendue querelle , dont on vous a
parlé un peu malignement. Je compte
que vôtre fcandale ceffera , lorfque vous
aurez vû de quoi il a été queftion entre
nous. Nous allâmes Mr De ... &
moy ; la femaine derniere , à la maifon
de Campagne de la Marquife De ...
Vous fçavez qu'elle eftime infiniment
36 LE MERCURE
fort
Racine ; mais , vous ne fçavez peut- être
pas que Mr De ... n'en fait pas
grand cas , & qu'il n'a jamais pê fouffrir
qu'on fit à cet Auteur , l'honneur de le
mettre en parallele avec le grand Corneille
. La Marquife De .. engagea la converfation
fur les ouvrages de Théatre , &
demanda quel jugement nous portions
de Pierre Corneille . Mr De ... ſe hâta
de l'élever jufqu'aux Cieux , & dele faire
primer fur Sophocle , fur Euripide
& même fur Racire . Pour l'emporter fur
Sophocle & fur Furipide , dit la Marquife
, c'eft ce que j'ignore , mais j'ofe
le croire inferieur à Racine , & j'en
prends , dit- elle, en me montrant , Mr
à temoin : Je ne fçai , réprit nôtre ami ,
d'un air un peu ferieux , fi Mr donne
la préférence à Racine ; mais , il feroit
aifé de le détromper, en comparant l'un
avec l'autre . Que faire Mr. dans des
circonftances fi embaraffantes : Accepter
le défi ; c'eftoit s'expofer à rompre avec
nôtre ami. Abandonner le parti de la
Marquife, me paroiffoit peu galant; d'ail
leurs , c'étoit trahir mes propres fentiments
. Enfin,me voyant dans la néceffité
de choifir entre les deux perils , je me determinay
à courir le plus noble Nous
D'OCTOBRE.
37
voilà aux mains. Nôtre ami commença
par me lancer les grands traits que lui
fournirent le Cid , Cinna , Pompée , & quelques
autres piéces fuperieures de Corneille
Aprés ce préliminaire faftueux ,
ilfe mit en régle. Pour juger fainement
du mérite des deux Emules , ne pré- .
nons,dit-il,qu'une pièce de chacun . Je ne
propoferai point le Cid , continua- t -il, ce
feroit trop vous embaraffer. Paffons à
une autre. Pour le Cid , lui dis-je , il eft
vray que j'aurois peine à trouver de quoy
lui oppofer. Racine ne fçait pas renfer
mer dans une feule pièce, autant d'avantages
, que Corneille la fçût faire dans
celle-là. Je n'en vois point où il faffe rire
& pleurer tout enfemble , où il ait
l'art , de renfermer en un feul jour,plus
d'actions qu'il ne s'en pouroit moralement
paffer enun mois : Où il enrichiffe
fa langue de nouvaux mots , & qui
ont été fi refpectez , que depuis , on n'a
point ofé s'en fervir : & ce qu'il y a de
plus admirable, où il ménage fesActeurs
avec tant d'adreffe , qu'il les laiffe repofer
préfque à chaque fcéne . Enfin , je
n'y vois point tout ce que l'Académie
& Mr Scuderi ont fi juftement critiqué ,.
& où vous permettrez que je vous ren38
LE
MERCURE
voye . Tout ce que vous en dirés , réprit
nôtre ami , n'empêchera pas pourtant
que le Cid ne foit le plus beau Poëme
que nous ayons . Mais, venons dit- i !,
à quelque piéce de Racine. Je devine
que vous me propoferez Phédre , comme
le modele des Tragedies. Cependant ,
avec le fecours que Racine a pris
dans Euripide ; Mr de Fénelon ne l'a
point trouvée fi parfaite , qu'en deux
mots , il ne nous y faffe voir de grands
défauts. Par exemple, cet amour d'Hippolite
fi inutile & fi contraire à fon caractere
, amour qui ne fert qu'à rendre
le fpectacle double . Ce recit fi pompeux
de la mort du Heros , déclamation
fleurie qui dément la douleur de Theraméne
; tous ces défauts , dis- je ,ne les érigerez-
vous point en perfections . A cela
Mr , lui dis-je , je pourois vous répondre
que tout ce que Mr de Fénelon condamne
, n'eft pas également condamné
de tout le monde ; & quoique je n'aye
jamais les ouvrages de cet illuftre
Prélat que pour les admirer , on me permettra
de dire , que le Parallele par exemple,
qu'il fait de Martial &d'Ovide ,
n'eft pas fort juste : Et quel autre que lui ,
a jamais reproché à Ovide d'être forD'OCTOBRE.
39
cé dans fes penſées ? Certainement , fila
Poftérité a toujours regardé ce Poëte
comme le plus fpirituel de l'Antiquité ;
elle ne lui à jamais difputé la gloire d'être
le plus naturel ; le reproche que Mr
de la Bruyere fait à ces Auteurs , qui ne
fe fervent de ce qu'ils ont puifé chez les
Anciens, que pour les combattre , & qu'il
compare à ces enfants drus & forts d'un
bon laict , qui battent leur nourrice ; ce
reproche, dis- je, ne pouroit- il point tomber
fur Mr de Fénelon . Cette belle &
féconde imagination qui paroît dans fes
écrits , cet art de faire plufieurs defcriptions
d'une même chofe , & toujours
avec un nouveau tour & un nouvel
agrément , tout cela reffemble fi fort
au caractére d'Ovide ; que fi Mr de
Cambrai n'y a pas puifé ces avantages ,
du moins , devroit - il épargner un homme
avec lequel il a tant de raport. Mr de
Cambrai ne me paroît pas plus heureux ,
dans la critique qu'il fait de cet endroit
de l'Avare de Moliere , où Harpagon
qui met un Valet dehors , & toujours
inquiet , fi on ne le vole point ; lui demande
à voir fes mains : Aprés les avoir
vues, montre-moi les autres , dit - il . Je
foutiens contre Moliere , dit Mr de Fé40
LE MERCURE
•
nelon , qu'un Avare qui n'eft point fou ,
ne va point jufqu'à vouloir regarder
dans la troifiéme main de l'homme qu'il
foupçonne l'avoir volé. J'avoue avec
Mr de Fénelon , que cette action n'eſt
pas d'un homme qui a tout fon bon fens ;
mais,depuis quand les paffions , fur tout
quand elles font auffi violentes, qu'eſt
celle que Moliere nous repréfente dans
Harpagon , ne font -elles plus faire de
folie? Selon cette critique, ilfaudroit condamner
tout le caractére d'Harpagon .
Un homme fans être fou , dirai-je à M¹ de
Cambrai , aprés avoir foüillé par tout, le
même homme qu'il foupçone l'avoir volé,
ne va point jufqu'à lui dire , rend- moi ,
fans te foüiller, ce que tu ma pris. Un Avare
ne peut dire ,fans être fou , qu'il veut
faire arrêter la Ville & les Fauxbourgs ,
pour ravoir un argent qu'on lui à volé ,
& tout ce que dit Harpagon , dans la
derniére fcéne du quatrième Acte. Je dirai
encore qu'il faudra retrancher les
traits qui peignent le mieux les paffions,
par exemple , celui- ci du Misantrope, à
qui on confeille de folliciter les juges
pour fon procés,de crainte que fa Partie
ne l'emporte par la faveur.
Je
D'OCTOBRE.
41
Je voudrois m'en couta-t- il grand'chofe
Pour la beauté du fait , avoir perdu
ma caufe.
Mais , ne nous écartons point , & revenons
à la critique qu'il fait de Phédre.
Mr Racine , dit Mr de Cambrai , a fait
un double fpectacle, en joignant à Phédre
furieufe, Hippolite foupirant contre fon
vrai caractere . A cela , je n'ai d'autre réponfe
à faire , que celle que Mr Racine
me fournit lui - même dans la préface
de cetteTragédie : Qu'il falloit don
ner quelque foibleffe à Hippolite , de
crainte que fa mort ne caufa plus d'indignation
que de pitié , fans lui ôter cependant
cette grandeur d'Ame , avec laquelle
il aime mieux fe laiffer opprimer
que d'expofer l'honneur de Phédre. Ce,
Amour encore , ne rend point le fpec- t
tacle double , puifqu'il ne fait pas l'action
principale , & qu'il ne fert qu'à faire
mieux connoître l'action que le Poëte
veut principalement reprefenter. Je
veux dire, à montrer toute l'étendue de
la fureur de Phédre , par la jaloufie
qu'allume dans fon coeur ,l'amour d'Hippolite
pour Aricie. Or , fi cette action
n'eft pas l'action principale ; mais ferr :
D
12 LE MERCURE
feulement à fortifier le principal Caratére
; on n'a pas plus de droit
de le condamner qu'on en auroit à
condamner un Peintre qui par exemple,.
voulant peindre le facrifice d'Iphigénie
, ne la repréfenteroit pas feule au
pied de l'autel avec Calcas ; mais ,y adjouteroit
tous les Princes Grécs. Ménélaus
fonOncle avec un vifage afligé ; Agamemnon
, avec un voile fur fon vifage ,
pour cacher la tendreffe paternelle aux
Chefs de fon armée ; Clitemnestre , com
me défefperée , à caufe que toutes les
actions accompagnent cette pieufe cérémonie
qui feroit foible & denuée de
fes agréments , fans ces circonstances . Il
n'eft pas plus vrai que cet amour d'Hippolite
foit contraire à fon caractére
puifque Virgile dit que ce Prince époufa
Aricie. Il fuffit que Racine ait tellement
ménagé cette paffion dans ce
Prince , que loin de nous la reprefenter
comme fon occupation ordinaire , Hippolite
paroiffe fi nouveau dans l'amour,
que la maniere dont il s'exprime , ne
ferve qu'à fortifier l'idée que nous avons
de ce Prince. La premiere idée que nous
avons d'Hercule , n'eft certainement
D'OCTOBRE. 43
point d'un Prince foupirant & amoureux
; cependant , on auroit tort de blamer
un Auteur qui nous, le repréfenteroit
dans quelques circonftances de fa
vie, aux pieds de Déjanire & d'Ioles.
Venons préfentement à la critique ,
que le même Autheur fait du recit de la
mort d'Hippolite . Rien n'est moins naturel
, dit Mr de Cambrai , que la narration
de la mort d'Hippolite ... Theramene
qui vient pour apprendre à Thefée
la mort funefte de fon fils , ne devroit
dire que ces deux mots , & manquer
même de force pour les prononcer
diftinctement. Hyppolite eft mort : Un
Monftre envoyé du fond de la Mer par
la colere des Dieux , l'a fait périr , je l'ai
vû. Un tel homme faifi , éperdu , fans
Haleine , peut- il s'amufer à faire la def
cription la plus pompeufe & la plus fleu--
ric. Hé quoi ? Mr de Cambrai n'a- t - il jamais
remarqué qu'un homme faifi de la
douleur la plus violente , qui a l'imagi
nation troublée d'un fpectacle auffi tragique
, qu'est celui dont Theramene:
vient d'être temoin , exagere toujours
fur ce qu'il à vui. Comme il veut infpirer
aux autres toute l'horreur dont il
eft faifi , fa douleur lui fournit quelque-
Dij
44 LE MERCURE
fois les expreffions les plus fortes , & les
plus energiques ; les moindres circontances
mêmes ne lui échapent point :
Mais , pour preuve que ce recit eft fondé
far la Nature, je citeray l'avide attention
du Spectateur , la furprife dont il
eft frapé , l'émotion douloureuſe dont
il eft faifi ; le dirai-je ? Ces larmes qu'il
répand fur le fort du malhûreux Hippolite
.
Enfin , toutes ces voix qui s'élévent
pour aplaudir , & qui forment , comme
la voix de la Nature , ne doivent- elles
pas faire foupçonner que tant de beautez
qui fe trouvent dans ce récit , ne
font point fi déplacées & fi contraires
à la reffemblance , que le foutient M. de
Fénelon ?
Nôtre ami affés embaraffé , & n'ayant
peut-etre pas de quoy répondre , me
dit , que quand il feroit vray que ces.
endroits feroient excufables , & qu'il y
auroit de grandes beautés dans Phedre,il
ne s'en-fuivroit pas que cette piéce dût
l'emporter fur les meilleures de Corneille
: Qu'elle devoit toujours céder à
Cinna , Pompée , Nicomede , Sertorius
&c. Il est vrai , répondis- je, que ces piéces
ont dignes de nôtre admiration ; mais,,
D'OCTOBRE ,
45
cela n'empêchera point de dire que leurs
beautés font alterées par beaucoup de
défauts: Cinna par exemple, qui eft une
des piéces les plus exactes de Corneille,
n'eft pas fans imperfections. Le commencement
, comme remarque Mr Defpreaux,
eft trop plein d'Emphafe ; la fin
ne me fatisfait pas pleinement ; quand
j'ai veu Cinna accablé de biens de la
part d'Augufte , & dans le temps même
qu'il veut partager avec lui fa puiffance ,
fonger encore à l'affaffiner ; je doute de
la fincérité des fentiments de ce même
Cinna;lorfqu'Augufte lai pardonne , rien
ne me répond que ce Courtifan ne fera
plus traitre. Et Corneille a fi bien fenti
ce defaut, que pour renvoyer les élprits.
tranquiles, il fait parler Livie comme infpirée
des Dieux , qui affûre Augufte
d'une foy inviolable de la part des Romains
: Mais, cette prophetie a paru fi peu
naturelle , qu'on a mieux aimé la retrancher
dans la repréfentation. Je ne puis encore
fouffrir fans indignation , Cinna ,
confeiller à Augufte de retenir l'Empire,
de le voir fe jetter à fes pieds,l'en conjurer
au nom de Rome; & cela, pour avoir
un prétexte de l'affaffiner. Ce trait eft ſi
lâche que la tyrannie & les fureurs
4.5. LE MERCURE
d'Augufte ne me préfentent rien de fr
odieux . Pour ce qui eft de Pompée , je ne
fçaurois m'empêcher de rendre juftice
à cette pièce ; je ne vois rien au deffus
de la grandeur d'Ame que j'y rémarque
:Toute la grandeur Romaine, eft à
fon comble dans la perfonne de Corne
lie : Je lis toujours avec un nouveau
plaifir , tout ce que cette Princeffe dit
à Céfar ; mon ame s'éleve au deffusd'elle
même , & il me femble que les
fentimens de cette Romaine paffent
dans moi. Enfin , plus je lis cette pièce , &
plus je doute fi les Romains ont plus fait
pour Corneille , que Corneille a fait
pour les Romains . Mais avec tout cela ,
cette Tragédie n'a jamais paffé pour
être dans les regles : Et aprés le troifiéme
acte , il femble que ce foit une nouvelle
action , dont la mort de Ptolomée
& des Complices fait le dénouement.Si
je fuis charmé de Pompée , je ne le fuis
pas moins de fon Horace Toutes les
paffions y font raffemblées avec un Art
admirable;laFureur & l'Amour,la Crainte
& la Terreur y font parfaitement exprimées.
J'aime à y voir Sabine foeur des
Curiaces , que Corneille fuppofe êiremariée
avec l'Aîné des Horaces , qui op-
.
D'OCTOBRE.
47
pofe toutes les paffions d'une Epoufe à
celles de Camille qui n'étoit qu'Amante.
Enfin , fi on retranche le cinquiéme
acte , qui eft hors d'oeuvre & qui ne fert
qu'à faire languir la pièce , l'ouvrage eft
entier. Je trouve dans les derniers actes
de l'Oedipe , de grandes beautés, mais , je
ne puis fouffrir le commencement de
cette piéce.Dans une confternation auffi
grande qu'eft celle où fe trouve la Cour
d'Oedipe, ce n'eft gueres le rems de parler
d'amour ,& encor moins de mariage :
Toutes ces idées m'écartent de l'unique
que je devrois avoir , m'arrachent à
l'horreur que le fujet de cette pièce doit
m'infpirer J'ay veu des perfonnes inftruites
de l'hiftoire d'Oedipe, démander
à la fin dù fecond acte , quelle piéce on
reprefentoit.
:
Je fçai queCorneille repond à cela, qu'il
a voulu par cet épifode qu'il apelle heureux,
ménager la délicateffe des Dames :
Certainement, les Dames n'ont point un.
goût contraire à celui de la Nature ; &
je fuis fûr que les feules avantures d'Oëdipe
ménagées avec art , ne leurs auroit
pas moins plû, que je fuis certain que
le froid amour de Dirce leurs déplaît .
Mais enfin , reprit la Marquife , quand
48 LE MERCURE
même la piéce auroit infpiré de l'horreur
, le fujer y préparoit affés , & il ût
encore mieux valu bleffer la délicateffe
des Dames , que de pecher contre la
vrai-femblance & contre la raison . Mais
M. achevez de nous dire vôtre fentiment
fur les autres Piéces de Corneille ;
car , je vois que M.de...brûle d'envie
de fe venger fur Racine . Nicomede , repris-
je , et une des Piéces ou Corneille
a le plus excelle : Quoiqu'elle foit
d'une conduite extraordinaire , & qn'il·
n'y ait ni tendreffe ni paffions , la grandeur
de courage y tient lieu de tout . Je
remarque avec plaifir le difciple d'Annibal,
braver la grandeur Romaine & l'emporter
fur cette orgueilleufe République ,
par la hauteur des fentimens & par- la.
force du courage
.
J'admire Laodice qui méprife un Trône
qu'elle tiendroit d'une autre que
d'elle-même: J'aime à la voir réſiſter
aux confeils de Prufias , & refufer d'écouter
l'Ambaffadeur Romain,chargé de
luy propofer un himen qu'elle déteite .
Recevoir Ambaffade en qualité de Reine ,
Ce feroit à vos yeuxfaire la Souveraine ;
Car, hors de l'Arménie , enfin je ne fuis
rien ,
D'OCTOBRE. 49
Et ce grand nom de Reine , ailleurs ne
m'autorife
Q'è n'y voir point de Trône à qui je
fois foumife ;
A vivre indépendante & n'avoir en tous
lieux
Pour Souverains , que Moi, la Raifon &
les Dieux.
J'aurois cependant voulu que Corneille
ût donné plus de grandeur d'ame
à Flaminius , & moins de foibleffe à Prufias.
Quelqu'élévation que je trouve
dans Nicoméde , j'en vois encote davantage
dans Sertorius ; c'eft dans cette
Piéce où Corneille a pris plaifir à déployer
fon ame entiere. Je fuis fi faifi
des grandes beautés que je trouve dans
l'entrevûë de Sertorius & de Pompée ,
que fi cette Piéce a des défauts , elles
m'ôtent la liberté de les voir : Voilà,
continuai- je rendre juftice à Corneille ;
mais avec tout cela , je le crois encor inferieur
à Racine ; & par quel endroit ,
reprit nôtre ami ; feroit - ce par défaut
de régularité Mais ; fi on vous en faifoi
voir autant dans Racine , luy donneriez
vous encore la préférence ? Oiii M. re
pondis- je, je le croirois encore fupérieu
O &tobre
1717. E
so
LE MERCURE
par la délicateffe des fentimens , par le
choix heureux de fes fujets , par la beauté
des vers , par la maniere vraie dont
il dévelope la Nature ; & que n'ajoûtez
-vous encore , par la grandeur des
fentimens ? Dit M. de ... Pour l'élévation
, repris-je , Corneille en a peuteftre
plus , quoique Racine n'en manque
pas , & qu'il en faffe voir autant que Corneille
dans de certains endroits . Ah , celui-
là eft nouveau ! Reprit nôtre ami ,
en s'éforçant de rire ; autant de grandeur
d'amé dans Racine que dans
Corneille ! Faites le nous un peu voir,
& ouvrez les yeux du Public qui ont
efté jufqu'aujourd'hui fermez : Ce fera
M. luy dis-je , lorfque vous m'aurez
fait voir cette irregularité que vous
reprochez à Racine. Comme cela nous
meneroit un peu loin , reprit M. de ...
& que nous n'avons déja que trop difputé
en prefence d'une fi aimable Dame ;
nous en parlerons une autrefois : Auffibien,
aurez- vous le loifir de feuilleter
vôtre Racine, pour chercher ce fublime
que vous devez comparer à celui de
Corneille. Dailleurs, j'aurois de la peine
à condamner en prefence de Madame ,
un Auteur pour qui elle témoigne tant
d'attachement.
D'OCTOBRE.
SI
En verité Mr , reprit la Marquife en
fouriant , il faut que vous me croyez bien
peu généreufe , de croire que je veuille
fauver Racine de vôtre critique ; apré
avoir été témoin du traitement févér
qu'on a fait à fon Emule : Non-Mr, com™
battez avec courage ; je vous prie de ne
faire aucune grace à nôtre Heros ; il n'a
aucun befoin d'indulgence : Nôtre ami
commença donc par attaquer Andromaque
. Je ne conçois pas , dit-il , comment
Racine , qui s'eft fur tout appliqué à la
régularité dans toutes les pièces , a mis
dans fon Andromaque une double ac
tion. L'amour de Pyrrus pour Andromaque
, & les répugnances de cette Princeffe
pour Pirrus devoient fuffire , fans joindre
encore l'amour d'Orefte pour Hermione
qui caufe la duplicité d'action .
D'ailleurs , le Caractére d'Orefte eft fi
odieux , qu'en le retranchant , il auroit
ôté un défaut de fa piéce , fans lui ravir
aucune beauté : Je ne vois dans ce Prince,
qu'un Furieux qui ne parle que d'enlevement,
de mort , & dont l'ambaffade
fe termine par le plus lâche des Parricides.
Il est vrai , dis- je , que Racine a
eu tort de nous reprefenter ce Prince
avec un Caractére fi violent. Qui ne
E ij
52 LE MERCURE
fçait que jamais homme ne fut plus tránquile
qu'Orefte ? Mais , que veulentces
fureurs qui s'emparent de ce Prince à
la fin de la piéce?
Mais, quelle épaiffe nuit tout à coup m'environne
>
De quel côté fortir , d'où vient que je
frifonne ?
Quelle horreur me faifit , grace au Ciel
j'entrevois
Dieux , quels ruiffeaux de fang coulent
au tour de moy.
..... quoy Prrus , je te rencontre encore?
Trouverai-je partout un Rival que j'abhorre:
Percé de tant de coups , comment t´es- tu
Sauvé ,
Tiens , tiens , voilà le coup que je t'ai
réservé?
Mais, que vois-je à mes yeux, Hermione
l'embraffe?
Elle vientl'arracher au coupqui le menace;
Dieux , quels affreux regards elle jette
fur moi!
Quels Démons , quels Serpens traînet'elle
apres foi !
Hé bien Filles d'Enfer , vos mains fontelles
prêtes?
D'OCTOBRE. 53
Pour quifont ces Serpens qui fiflent fur
vos têtes ?
A qui deftinés- vous , l'appareil qui vous
Suit ?
Venez- vous m'enlever dans l'éternelle
nuit ?
Venez , à vos fureurs Orefte s'abandonne
;
Mais non , retirés- vous , laiffez faire
Hermione :
L'ingrate mieux que vous , sçaura me
déchirer ,
Etje lui porte enfin , mon coeur à dévorer.
Ne feriez- vous point tenté , continua-
t'il , d'oppofer ce morceau de Racine
, aux plus grands traits de Corneille
; ce n'en est pas un des moindres ,
répris-je , ni l'unique, comme il fera aifé
de vous le faire voir ; lorfque vous aurez
achevé de nous dire vôtre fentiment
fur les autres piéces de Racine .
Britannicus , reprit nôtre ami , qui eft
la piéce que Racine avoue avoir le plus
travaillé , n'eft pas à beaucoup - prés
fans défauts; témoin cette confiance qu'a
Britannicus enNarciffe contre toute vraifemblance.
Britannicus , aprés la froideur
que Junie a été obligée de lui té-
Eiij
14 LE MERCURE
moigner; Britannicus , dis-je , la croyant
infidele , & ne la pouvant cependant
bannir de fon coeur , demande à Narciffe
dans la fixième fcéne du troifiéme
acte ; s'il ne peut plus voir Junie . Narciffe
répond qu'elle reçoit les voeux de
Néron fon nouvel Amant. Junie arri
vant dans le moment , l'affûre d'une
amour éternelle , lui découvre la caufe
de la froideur qu'elle lui a temoignée , lui
dit que Néron P'écoutoir & lui ordonnoit
de feindre : Tout cela devroit être
plus que fuffifant , pour prouver à Britannicus
que Narciffe le trahiffoit ; cependant,
au commencement du cinquiéme
acte , le même Britannicus , pour
prouver à Junie que Neron eft réconcilié
avec lui de bonne- foy , lui cite en
core le témoignage de Narciffe .
.
Que dis-je , il reconnoît ſa derniere
injuftice ,
Ses remords ont paru même aux
yeux de Narciffe ;
Ah ? s'il avoit dit ma Princeſſe à
quel point .
Et fur ce que Junie lui répond ;
D'OCTOBRE.
35
Mais , Narciffe , Seigneur ne vous
trahit-il point ?
Britannicus que tout doit porter à la
défiance , lui dit.
Et pourquoi voulés vous que mon
coeur s'en defie ?
Vous me dirés peut- être,que Britannicus
qui a le coeur bon & fincére,juge icy
des autres par lui même ; mais , à moins
de vouloir abfolument fermer les
yeux ; on ne peut être crédule juſqu'à
que
cet exces.
Pour l'Alexandre , je n'en dirai préfque
rien , aprés la differtation qu'en a
faite Mr de S. Evremont. J'adjouterai
feulement que je ne puis fouffrir qu'un
Prince tel que nous eft dépeint Porus
dans toute la piéce , amoureux de la
gloire au deffus de ce qu'on peut dire ,
qui avoit trouvé Alexandre trop lent à
traverfer l'Afie & à venir l'attaquer ;
je ne puis, dis - je , fouffrir , que ce grand
coeur foit cependant prêt à facrifier cette
même gloire à une Maîtreffe ; voici
comme il parle à Axiane .
E iiij
55 LE MERCURE
Ab ? Madame , arrêtés , & connoiffes
ma flame >
Ordonnés de mes jours , difpofez de
mon Ame;
La gloire ypeut beaucoup , je ne m'en cache
pas ;
Mais , que n'y peuvent point tant de divins
appas ?
*
Je ne vous dis plus rien , parlés en Souveraine
;
Mon coeur met à vos pieds ,
Sa haîne.
.
fagloire
y a encore un endroit dans Mitridate
, qui ne me paroit pas tout -à - fait
excufable : Je ne fçai pourquoi Arbate
accufe Pharnace , d'aimer Monime
Maîtreffe de Mithridate; tandis qu'il épargne
Xiphares. Vous me dirès qu'il
eft attaché à Xiphares . Mais enfin , étant
inftruit de l'amour de celui- cy pour Monime
, il me femble qu'il ne devoit pas
plus accufer Pharnace que Xiphares , ou
plutôt,qu'il devoit déguifer l'amour de
l'un comme celui de l'autre ; cela feroit
plus généreux : Pharnace accufé , tandis
que fon frere ne l'eft point , me fait
quelque pitié ; & je m'intereffe un peu
moins au fort de Xiphares . PermettésD'OCTOBRE
57
moi encore de dire deux mors fur Iphigénie
. Je ne prétends pas être le feul
qui refufeà cette piéce , les louanges
qu'elle merite . On peut dire que les Caractéres
font parfaitement bien confervés.
Agamemnon y eft peint avec tout
l'orgueil & toute la fierté des Atrides .
J'y reconnois Achille agiffant , fier ,inéxorable
, croyant que les Loix lui doivent
céder , & ne connoiffant que la
force pour tout droit dans fes entreprifes.
Le refpect & l'aveugle obeiffance
d'Iphigénie , jufqu'à être prête à facrifier
la vie au premier ordre de fon Pere ;
me font prendre un fi grand intereft
à fon fort , que non feulement, j'ap .
prouve la fureur d'Achille ; mais que
je crains qu'elle ne foit impuiffante à
conferver la vie à cette Princeffe. Troye
ne me paroit pas un prix digne d'un fang
fi précieux. Clitemneftre me fait voir
les fentiments les plus vifs d'une Mere
tendre & défolée . Enfin,il ne manque à
cette piéce , qu'un fondement plus folide.
Cette piéce ne roulé que fur l'égarement
de chemin de Clitemnestre &
d'Iphigénie . En voila affés, continua nôtre
ami , pour vous faire voir que Racine
eft au deffous de Corneille ; puif58
LE
MERCURE
qu'outre ces defauts vous ne nous ferez
jamais voir dans Racine, l'équivalent
du fublime de Corneille .
Comme Racine, répondis- je , ne s'eft
pas principalement attaché au fublime ',
je m'en fuis tenu à dire , qu'il a autant
d'élévation que Corneille , dans les endroits
où elle eft néceffaire : Et que
voulez - vous de plus grand que Porus ?
Quoi qu'il foit grand prefque par tout ,
je ne raporterai que quatre vers ; c'eft
lorfqu'il répond à Taxile qui lui vante
Alexandre.
Oui , je confens qu'au Ciel on éleve
Alexandre ;
Mais ,fi je puis Seigneur , je l'en
ferai defcendre ;
Et j'irai l'attaquer jufque fur
les Autels
Que lui dreffe en tremblant le
refte des Mortels.
Voyez le caractére d'Andromaque
, de Burrus , de Mitrhidate , de Joud
dans Athalie ; adjoutés encore que Racine
traite infiniment mieux les paffions
que Corneille : Voulez - vous voir la
violence dé l'amour , vous les verrés
D'OCTOBRE.
59
dans l'Andromaque ; toutes les fureurs
dans Phedre: La Delicaleffe , la Jaloufie
, l'Inquiétude qu'il caufe dans Bajazet.
J'ofe avancer que tout ces effets ne
feront jamais mieux dans leur jour.Tantôt
je vois une Amante dans Atalide ,
qui d'abord confent à voir fon Amant
entre les bras d'une autre , plutôt que
de le voir perir ; & qui un moment
aprés, s'en répent. Peu- t- on jamais rien
dire de plus tendre , que ce qu'elle dit
à Bajazet dans la cinquiéme fcéne du
deuxième acte ; On voit dans Roxane ,
uneAmante que la Jaloufie rend furieufe;
qui veut perdre fon Amant , qui ordonne
fon fupplice , parce qu'elle eft
toujours maitreffe de le fauver. Mais
qui , fur l'ordre qu'elle reçoit d'Amurat
de faire mourir Bajazet , change tout à
coup de fentiment, & ne ppeennffee plus
qu'à le fauver. Enfin Mr , quand je conviendrois
avec vous qu'en général Corneille
éleve plus l'éfprit , il faudroit que
vousconvinifies que Racine feait toucher
plus le coeur. Mde De ... craignant
que nôtre difpute ne nous entrainât
trop loin , demanda grace aux Difputans
, & fit changer d'objet la converfation.
Fermer
5230
p. 60-67
LA POUDRE POËME
Début :
Muse, raconte-moi, quel Mortel serieux [...]
Mots clefs :
Muse, Mortel, Autels, Mépris, Malheurs, Discorde, Ardeur , Héros, Combats, Innocent
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texteReconnaissance textuelle : LA POUDRE POËME
LA POUDRE
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
POEME
Muſe , raconte- moi, quel Mortelfurieux
Ofa contre nos jours nous rendre indufrieux
;
Et montrant aux Humains l'art d'aſſonvir
leur rage ,
Du falpêtre & du foufre inventa l'altiage.
L'intérêt feul moteur des avides Mortels
,
Avoit de l'innocence ufurpé les Autel's ;.
Et déja plufieurs fois , le flambeau de la
guerre
Avoit vengé le Ciel des mépris de la
terre :.
Mais lefoufre tiré des antres fouterrains,
N'avoit encorfervi qu'au falut des Humains.
Sans cefecours fatal , dans fafureur ex-
1- trême ,
L'Homme fçavoit affez fe détruire luimême.
D'OCTOBRE 61
L'Enfer en triomphoit ; le vieux Nocher.
des Morts
Les voyoit à grands flots arriverfur fes
bords.
L'implacable Alecto , feule peufatisfaite,
Ne reffent de ces maux qu'une joye imparfaite
>
Et croit que les malheurs des Mortels infenfez
,
Pouvant être plus grands , ne le font pas
affez.
L'infipide lenteur d'une fureur vulgaire ,
Dut-elle , plus long- temps ne peut me fatisfaire
,
Achevons nôtre ouvrage , & par d'antrés
fleaux
Méritons des Enfers des éloges nouveaux.
Impuissant ennemi de tout ce qui refpire ,
C'est par moi que Pluton voit fleurirfon
Empire ;
Vainement la Difcorde eût agité les
coeurs >
Son fouffle n'eût produit que de vaines «
fureurs.
Du glaive meurtrier , j'armai l'humaine
rage ,
De l'arc, desjavelots je lui traçai l'image ,
Mais cefroid appareil commence à m'ennuyer
;
62 LE MERCURE
Apprenons aux Mortels l'art de fe foudroyer.
Elle dit , & d'un vol que l'ardeur pré-
- cipite ,
Elle quitte les bords du ténébreux Cocite
Confpirant aufuccés de fesfuneftes voeux,
La nuit d'un voile épais couvre fon vol
affreux.
Dans ces lieux * qu'en naiſſant arroſe le
Danube ,
Un Mortel , digne fruit d'une nouvelle
Hecube , *
Exerçoit d'Apollon * l'art utile aux humains
,
Heureux , s'il eût toûjours ſecondé ſes
deffeins ?
Précieux aux Moriels , & cher à leur
mémoire ,
Son nom n'auroit jamais fait horreur
à
l'Hiftoire
.
*
L'Allemagne.
* Hecube avant d'accoucher de Paris,
crut en fonge accoucher d'un flambeau
qui embrafoit Troye .
* Dieu de la Médecine ..
* Polidore Virgile dit que le Ciel n'a
pas voulu que fon nom paffat à la Poftérité
.
D'OCTOBRE.
T3
Empirique orgieilleux de fes nouveaux
Secrets ,
Alecto le croit propre à remplir fes projets':
Elle arrive , & n'ofant lui découvrir fa
rage ,
Elle prend de Pallas les traits & le langage.
Dans les bras dufommeil be Mortel retenu
,
Eft foudain ébloui d'un éclat inconnu.
Heureux mortel , lui dit la trompeufe
Furie ,
Aux leçons de Pallas prête ton induftrie :
Quelle gloire attends- tu de tes travaux
divers ?
Par unfeul tu pourrois étonner l'Univers..
Sous mes loix déformais , arbitre de ta
guerre ,
Enfeigne l'art de vaincre aux Héros de
la terre ;
Et la foudre à la main , fur les pas des
Céfars ,
Va du fort des combats difputer avec
Mars.
Obferve , écoute. Alors , l'Euménide
cruelle ,
Des bombes , des mortiers lui trace le modelle
;
64 LEMERCURE
Lui dit quels minéraux , quel bois , quelle
liqueur
Doivent former la foudre & femer la
terreur.
Lui peint en treffaillant , le glorieux ravage
Que vapar tout caufer ce facile alliage :
Et pour en achever le fidele tableau
و
Elle expofe à fes yeux ce Chef - d'oeuvre
थे
nouveau ;
L'allume , & dans l'inftant lamatiére enflammée
Luit , éclate , produit une épaiffe fumée.
Tels on voit en bruyant , s'élever dans les
airs
Les feux qu'Ethna vomit de fes antres
divers .
Titán même au milieu de fa vafte carriére
,
Ne répand à l'entour qu'une foible lumiére.
Le fommeil prend la fuite , effrayé de ce
bruit.
Fille de Jupiter , dit le Mortelféduit ",
Vous l'ordonnez , je vais ,
fidele ,
१
vos ordres
Faire prendre aux combats uneface nouvelle.
Flaté du faux espoir de fe rendre immortel
, Il
D'OCTOBRE.
es
се
t,
-es
I fait des minéraux l'alliage cruel.
Puiffe-t-il le premier , ce Pérille * barbare
,
Faire l'effai fatal des maux qu'il nous
prépare ?
Dans de vaftes fourneaux , des riviéres
d'airain
Prennent bientôt la forme utile à fon
deffein :
Le cruel s'applaudit d'en voir comme d'un
gouffre,
Et
Sortir avec éclat le falpêtre & le fouffre ;
marquant teur vertu par des coups
effrayans ,
Pouffer avecfureur des globesfoudrayans
Contre eux dans les combats l'adreffe eft
inutile ,
Un Therfite avec eux , fait autant qu'un
Achille.
Ils ne laiffent par tout , plus prompts que
les regards ,
Que des corps ravagez & des membres
épers.
De Morts & de Mourans unfunefte carnage
* Pérille fut l'Auteur de ce fameux
taureau d'airain de Phalaris. Il y fut enfermé
le premier.
F
Il
66 LE MERCURE
Marque à l'inftant le lieu de leur cruel
paffage.
Les nouveaux Iliums fur leurs rocs fourcilleux
Malgré leurs fiers Hectors , fuccombent
avec eux.
Leurs tours , où la terreur & la mort fe
répandent .
Croulent au premier choc fur ceux qui les
défendent.
Ceuxque l'âge ou le fexe éloigne des combats,
Sous leurs toits foudroyez rencontrent le
trépas >
Où vomiſſantfondain lesfeux qu'elle recèle
,
Laterre fous leurs pas ouvre unſein infidele
.
Tu le vois , Jupiter , dans fes cruels projets
Ce Salmonée au bruit fçait unir les
effers.
Sans en êtrejaloux , peux-tu voir fur la
terre
Salmonée fut foudroyé pour avoit
feulement imité le bruit de la foudre.
D'OCTOBRE 67
L'Homme ufurper le droit de lancer le
tonnerre.
Viens , Deeffe des Bois , & malgré les
Enfers ,
Reads cet artfurieux utile à l'Univers.
Que l'homme fur tes pas renonçant àſa
rage ,
N'en faffe déformais qu'un innocent
ufage.
+ * Diane Déeffe des bois & de la
chaffe.
Nil mortalibus arduum eft. Hor;
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5231
p. 67-68
LA TOSCANNE PAR M. DE...
Début :
N'a guére avois dans un accés de goute, [...]
Mots clefs :
Vin, Régime, Coeur, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA TOSCANNE PAR M. DE...
LA TO CANNE
PAR M. DE ...
N'A quére avois dans un accés de
goute ,
Juré de par le Benoiſt ſaint Martin ,
Que ne boirois , quelque cher qu'il m'en
coute ,
De mesbuyplus une goute de Vin.
Bien me trouvois de ce fage régime ;
De plus en plus ferme en cette maxime ,
J'oubliois jà ce jus délicieux ;
Quand un enfant vint s'offrirà mes yeux ,
Fij
68 LE MERCURE
Qui dans Ai nefaifoit que de nitre .
Qu'il étoit beau , vif, piquant,gracieux !
A peine le vis-je paroître
Que foudain de ma bouche , il paffa dans
mon coeur,;
Ily remit battement & chaleur :
Puis tout à coup , réchauffant ma pensée
Par l'Eau déja toute glacée ,
Il rappella par fes douces vapeurs
Mufes & Vers , aimables révéries ;
Les fleurs , les Bois , les Ruiffeaux , les
Prairies ,
L'enchantement & cent autres erreurs.
Mieux fit encor, me rappella vos charmes
,
De nos plaifirs le tendreſouvenir ;
Lors , je laiffai doucement revenir
Cet autre Enfant qu'autrefois tant de
Larmes ,
Entre nous deux n'avoient pû retenir.
Je jurai donc , foit folie , onfageffe,
Quepafferois avec ces fripons là ,
Quelques beauxjours qu'encor me laiffera
Le trifte Hyver qu'on appelle vieilleffe
PAR M. DE ...
N'A quére avois dans un accés de
goute ,
Juré de par le Benoiſt ſaint Martin ,
Que ne boirois , quelque cher qu'il m'en
coute ,
De mesbuyplus une goute de Vin.
Bien me trouvois de ce fage régime ;
De plus en plus ferme en cette maxime ,
J'oubliois jà ce jus délicieux ;
Quand un enfant vint s'offrirà mes yeux ,
Fij
68 LE MERCURE
Qui dans Ai nefaifoit que de nitre .
Qu'il étoit beau , vif, piquant,gracieux !
A peine le vis-je paroître
Que foudain de ma bouche , il paffa dans
mon coeur,;
Ily remit battement & chaleur :
Puis tout à coup , réchauffant ma pensée
Par l'Eau déja toute glacée ,
Il rappella par fes douces vapeurs
Mufes & Vers , aimables révéries ;
Les fleurs , les Bois , les Ruiffeaux , les
Prairies ,
L'enchantement & cent autres erreurs.
Mieux fit encor, me rappella vos charmes
,
De nos plaifirs le tendreſouvenir ;
Lors , je laiffai doucement revenir
Cet autre Enfant qu'autrefois tant de
Larmes ,
Entre nous deux n'avoient pû retenir.
Je jurai donc , foit folie , onfageffe,
Quepafferois avec ces fripons là ,
Quelques beauxjours qu'encor me laiffera
Le trifte Hyver qu'on appelle vieilleffe
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5232
p. 69-70
M. RENE BOUDIER, SIEUR DE LA JOUSSELINIERE, Agé de 83 ans. AUX MANES DE M. BOURET Lieutenant général de Mantes, son cher Ami, âgé de 71 ans. EPICE DIE.
Début :
Clothon qui devide nos jours, [...]
Mots clefs :
Voyage, Mânes, Horace, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. RENE BOUDIER, SIEUR DE LA JOUSSELINIERE, Agé de 83 ans. AUX MANES DE M. BOURET Lieutenant général de Mantes, son cher Ami, âgé de 71 ans. EPICE DIE.
M. RENE BOUDIER ,
SIEUR DE LA JOUSSELINIERE,
Agé de 83 ans.
AUX MANES
DE M. BOURET
Lieutenant général de Mantes ,
cher Ami , âgé de
CL
71 ans.
EPICE DIE..
fon
Lothon qui devide nos jours
Et tranche à fan gré nas fufées i
Vous envoye aux Champs Elifées ,
Faire un Voyage de lang cours.
La route feule en eft fachenfe :
On traverfe des Bois épais
On paffe une Eau naire & fangenfe.
Que l'on ne repaffe jamais.
Mais , tranfportez d'un bord à l'autre ,
Les Manes font tout étonnez
D'être en des Pais fortunez ,
Et faits autrement que le nôtre.
70
LE MERCURE
Les fleurs y naiffent fous leurs pas
Tout y fate leur fantaisie ;
Et comme au Ciel , tous leurs repas
Sont de Nectar & d'Ambroisie .
Loin d'eux fe tiennent écartez ,
Les foucis de la vie humaine
Et l'effroy de la mort certaine ,
Dont les Vivans font agitez.
Enfin , l'on y trouve un azile
Contre la peur de l'Avenir ;
Et c'eft un féjour fi tranquile ,
Que pas un n'en veut revenir..
Plus âge que vous de deux Luftres ,
J'y devois aller avant vous ;
Mais , la Parque qui nous prend tous
Commence par les plus Illuftres..
Defcendu dans ces vastes lieux ,
Vous irezprendre vôtre place
Au Quartier des Manes pieux
Près de Juvenal & d'Horace.
Ménagez avec eux ma Paix ,
Ou du moins faites leur entendre
Quefur vos pas je vais leur rendre
Les Larcins que je leur ai faits ..
SIEUR DE LA JOUSSELINIERE,
Agé de 83 ans.
AUX MANES
DE M. BOURET
Lieutenant général de Mantes ,
cher Ami , âgé de
CL
71 ans.
EPICE DIE..
fon
Lothon qui devide nos jours
Et tranche à fan gré nas fufées i
Vous envoye aux Champs Elifées ,
Faire un Voyage de lang cours.
La route feule en eft fachenfe :
On traverfe des Bois épais
On paffe une Eau naire & fangenfe.
Que l'on ne repaffe jamais.
Mais , tranfportez d'un bord à l'autre ,
Les Manes font tout étonnez
D'être en des Pais fortunez ,
Et faits autrement que le nôtre.
70
LE MERCURE
Les fleurs y naiffent fous leurs pas
Tout y fate leur fantaisie ;
Et comme au Ciel , tous leurs repas
Sont de Nectar & d'Ambroisie .
Loin d'eux fe tiennent écartez ,
Les foucis de la vie humaine
Et l'effroy de la mort certaine ,
Dont les Vivans font agitez.
Enfin , l'on y trouve un azile
Contre la peur de l'Avenir ;
Et c'eft un féjour fi tranquile ,
Que pas un n'en veut revenir..
Plus âge que vous de deux Luftres ,
J'y devois aller avant vous ;
Mais , la Parque qui nous prend tous
Commence par les plus Illuftres..
Defcendu dans ces vastes lieux ,
Vous irezprendre vôtre place
Au Quartier des Manes pieux
Près de Juvenal & d'Horace.
Ménagez avec eux ma Paix ,
Ou du moins faites leur entendre
Quefur vos pas je vais leur rendre
Les Larcins que je leur ai faits ..
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5233
p. 71
EPITAFE D'UN SERIN.
Début :
A L'ombre de ces Romarins. [...]
Mots clefs :
Serins, Chagrin, Parque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITAFE D'UN SERIN.
EPITAFE D'UN SERIN..
A. L'ombrede cesRomains,
Gitun Serin Séréniffime ,
Mort avant l'âge légitime
Que la Parquefile aux Serins ..
Il ut furvécu la Corneille ,
Si les Deftins comme autrefois ,.
Avoient voulu prêter l'oreille
Aux accens d'une belle voix :
Au moins , la charmante Climéne
Qui fe confume de chagrin ,
Avecfon doux Chant de Syréne ,
Rendroit la vie à fon Serin..
A. L'ombrede cesRomains,
Gitun Serin Séréniffime ,
Mort avant l'âge légitime
Que la Parquefile aux Serins ..
Il ut furvécu la Corneille ,
Si les Deftins comme autrefois ,.
Avoient voulu prêter l'oreille
Aux accens d'une belle voix :
Au moins , la charmante Climéne
Qui fe confume de chagrin ,
Avecfon doux Chant de Syréne ,
Rendroit la vie à fon Serin..
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5234
p. 71
SUR LE PORTRAIT D'IRIS.
Début :
On ne peut rien voir de plus beau, [...]
Mots clefs :
Peinture, Pinceau, Nature, Iris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE PORTRAIT D'IRIS.
SUR LE PORTRAIT D'IRIS.
0
Nne peut rien voir de plus beau:
Que cette vivante peinture ›
Où le mêlange du Pinceau
Aprefque égalé la Nature.
Les traits d'Iris & fon beau teint
Que la Parque a trop- tôt éteint ,
Charme les yeux dans cet Ouvrages.
Elle y refpire , elle y fourit ;
Rien n'y manque horsfon efprit,
Encor plus beau que son visage .
0
Nne peut rien voir de plus beau:
Que cette vivante peinture ›
Où le mêlange du Pinceau
Aprefque égalé la Nature.
Les traits d'Iris & fon beau teint
Que la Parque a trop- tôt éteint ,
Charme les yeux dans cet Ouvrages.
Elle y refpire , elle y fourit ;
Rien n'y manque horsfon efprit,
Encor plus beau que son visage .
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5235
p. 72
SUR ARRIA.
Début :
Après s'être percé le flanc, [...]
Mots clefs :
Amour, Époux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR ARRIA.
SUR ARRIA.
Près s'être percé le flanc
Arriafans parôitre émie
>
Donnant le fer teint de fon fang
*
APétusfon Epoux qui détournoit fa vûë,
Lui dit ces mots dictés par l'amour conjugat
,
Tiens , cela nefait point de mal.
Près s'être percé le flanc
Arriafans parôitre émie
>
Donnant le fer teint de fon fang
*
APétusfon Epoux qui détournoit fa vûë,
Lui dit ces mots dictés par l'amour conjugat
,
Tiens , cela nefait point de mal.
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5236
p. 72
SUR MADEMOISELLE DE ....
Début :
Les uns disent qu'Arnulfe est mort, [...]
Mots clefs :
Décès, Blessure, Trouble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR MADEMOISELLE DE ....
SUR MADEMOISELLE DE
Es difent qu' Arnulfe eft mort
LD'autres , qu'il n'a qu'une bleſſure :
Quoiqu'aucun pourtant ne l'affûre ,
Sa Soeur s'en afflige trèsfort.
On a beau lui faire connoître
Que ce n'est qu'un faux bruit peut- être ,
Dont elle s'alarme & fe plaint;
A ces mots , fa douleur redouble :
Cette incertitude la trouble ;
\ Et c'est ce faux bruit qu'elle craint.
Es difent qu' Arnulfe eft mort
LD'autres , qu'il n'a qu'une bleſſure :
Quoiqu'aucun pourtant ne l'affûre ,
Sa Soeur s'en afflige trèsfort.
On a beau lui faire connoître
Que ce n'est qu'un faux bruit peut- être ,
Dont elle s'alarme & fe plaint;
A ces mots , fa douleur redouble :
Cette incertitude la trouble ;
\ Et c'est ce faux bruit qu'elle craint.
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5237
p. 73
A UN CONSEILLER.
Début :
Avec cent mille francs qu'on vous a fait préter, [...]
Mots clefs :
Charge, Honorable, Capacité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A UN CONSEILLER.
A UN CONSEILLER.
Α'
Vec cent mille francs qu'on vous a
faitpréter;
Vous voilà revêtu d'une Charge hone
rable ,
Dont vous pourriez être capable ,
Si la Capacitéfe pouvoit emprunter.
Α'
Vec cent mille francs qu'on vous a
faitpréter;
Vous voilà revêtu d'une Charge hone
rable ,
Dont vous pourriez être capable ,
Si la Capacitéfe pouvoit emprunter.
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5238
p. 73
SUR UN USURIER DEVOT.
Début :
Bigot, supposé qu'on te croye [...]
Mots clefs :
Bigot, Vertu, Monnaie, Chapelet, Paradis, Diable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR UN USURIER DEVOT.
SUR UN USURIER DEVOT; }
Bigot ,Supposé qu'on te croye
Homme de bien & de vertu :
Tefuffit-il & penfes-tu
Payer Dieu de cette monnoye ?
Un Ufurier tel que tu l'es ,
A beau rouler des Chapelets ,
Gagner tous les Pardonsgagnables ,
Et jeuner tous les Vendredis ;
Il court en pofte à tous les Diables
Par le chemin de Paradis.
Bigot ,Supposé qu'on te croye
Homme de bien & de vertu :
Tefuffit-il & penfes-tu
Payer Dieu de cette monnoye ?
Un Ufurier tel que tu l'es ,
A beau rouler des Chapelets ,
Gagner tous les Pardonsgagnables ,
Et jeuner tous les Vendredis ;
Il court en pofte à tous les Diables
Par le chemin de Paradis.
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5239
p. 73-74
SUR LA VIEILLESSE.
Début :
D'un Tombeau ruiné, d'un Cirque ancien dans Rome, [...]
Mots clefs :
Cirque, Médaille, Buste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA VIEILLESSE.
SUR LA VIEILLESSE.
D
"Un Tombeau ruiné , d'un Cirque
ancien dans Rome ,
Octobre 1717.
G
74 LE * MERCURE
Nos yeux avec respect contemplent les
débris :
L'âge d'une Médaille en rehauffe Le
prix :
On fait cas d'un vieux Bufte , on méprise
un vieil homme .
D
"Un Tombeau ruiné , d'un Cirque
ancien dans Rome ,
Octobre 1717.
G
74 LE * MERCURE
Nos yeux avec respect contemplent les
débris :
L'âge d'une Médaille en rehauffe Le
prix :
On fait cas d'un vieux Bufte , on méprise
un vieil homme .
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5240
p. 75-100
DESCRIPTION DE LA CAFRERIE, ET DES RIVIERES DE CUAMA
Début :
Il me semble que tout soit en vacances, Hommes & Nouvelles. / L'Ethiopie inferieure ou Affrique Australe, dont nous allons parler [...]
Mots clefs :
Portugais, Afrique, Éthiopie, Rivières, Royaumes, Habitations, Description, Empire, Espérance, Fleuves, Montagne, Corail, Latitude, Conquêtes, Bétail, Forteresses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION DE LA CAFRERIE, ET DES RIVIERES DE CUAMA
L femble que tout foit en vacances ,
les Mercures précedens , m'avoit fourni
affés d'évenemens pour enformer deux articles
confidérables , me laffe ce mois - cy
dans une telle difette , que pour remplir
ee vuide , je crois ne pouvoir mieux faire
qu'enyfubftituant une lettrefort curieuſe,
écrite récemment de Goa. C'est une défcription
Hiftorique & Geographique
de la partie Meridionale de l'Affrique.
On aura le plaifir d'y remarquer des découvertes
dans l'interieur des Terres , &
d'y voir des détails qu'on chercheroit inutilement
dans toutes les autres Rélations
que l'on nous a données jusqu'à préſent.
D'OCTOBRE.
75
1
*********
DESCRIPTION
DE LA CAFRERIE ,
IT DES RIVIERES DE CUAMA
'Ethiopie inferieure ou Affrique
Auftrale, dont nous allons parler
ici , s'étend en allant de la ligne vers le
Sud, jufqu'au Cap de bonne efperance, à
la hauteur de 35 degrés. Elle eft environnée
de l'Ocean au Levant : Au Couchant
, au Midy & du côté du Nord ,
elle confine à cette etendue immenfe de
Terre qu'on nomme Affrique Septentrionale
ou Ethiopie fuperieure . C'eft dans
l'Affrique Auftrale qu'eft fitué le Pays
que les Portugais appellent Cafreries
pour être habitée par des Cafres , mor
Arabe qui fignife Hommes fans loy : Ce
nom convient plus particulierement aux
Nations qui fe trouvent fur la côte
Orientale , depuis le cap Delgado qui
eft à 10 degrés , 20 m . de latitude Méridionale,
jufqu'au Cap de bonne Efperance
; parce que les Arabes qui donnerent
le nom de Cafres à ces Barbares , n'ont
Gij
76 LE MERCURE
jamais paffé à la côte Occidentale ; &
que les Portugais d'Europe , ni ceux du
Brefil n'appellent point Caffres , les Häbitans
d'Angola , de Bengola & les autres
Nations des Negres Occidentaux
qui font fous leur domination.
Il y a donc dans cette partie Orien
tale de l'Affrique Auftrale , beaucoup
de Seigneuries , de Républiques libres
& de Royaumes , dont cependant , les
plus confiderables & les plus connus font
les deux Empires du Monomotapa &
des Bororos : L'un & l'autre font féparés
par la Riviére de Zambeze , le prémier
à l'Occident & le dernier à l'Orient.
Cette Riviére arrofe prefque toute
la Cafrerie ; fa fource et fi éloignée
oufi cachée , qu'on n'eft pas encor parvenu
jufqu'à préfent à la decouvrir ; parce
que toute l'attention des Portugais
dans cette Conquête , ne tend qu'à la
traite de l'Or & de l'Argent , fans être
curieux d'aucune autre récherche . En attendant
cette découverte , nous pouvons
toujours affûrer que la Riviére de Zambeze
, aprés avoir parcouru une grande
partie de l'Afrique , &avoir reçû dans fon
fein plufieurs autres fleuves , vient ſejetter
dans la Mer Orientale par deux bou
D'OCTOBRE. 77
ches éloignées l'une de l'autre de 30.
lieuës . La prémiere embouchure qui est
la plus proche de Moçanbique , eft la
Barre de Quilimane dont l'ouverture
eft à l'Eft. La feconde qui eft plus proche
du Cap de bonne Efperance, eft celle de
Luabo. Entre ces deux barres , il y a
trois Ifles , dont celle du milieu eft la
plus grande , & peut avoir 30 lieuës
d'étendue jufqu'à la gorge de la Riviére
qui ferpentant delà en avant , remonte
vers le Nort , & fait une bonne
route par
où nous allons parer au Lac
de Zembre : Chingoma eft le nom de cette
Ifle. Il y a û autrefois une habitation ya
nommée Cuama , qui a donné lieu aux
Portugais d'appeller tout ce Pais , Riviéres
de Cuama : Je dis Riviéres & non
pas Riviére ; car , quoique ce n'en foit
qu'une feule , elle paroit fe divifer en
beaucoup d'autres, partageant le terrain
en diverfes Ifles par la quantité de bras
qu'elle fait.
La deuxième Iffe eft celle de Linde
qui a fept lieues de long ; elle eft vis- àvis
la terre ferme de Quilimane & en
forme la Barre .
La troifiéme qui eft la plus petite , eſt
du côté de Luabo . Les deux barres de
Giij
78 LE MERCURE
Quilimane &de Luabo peuvent contenir
des Vaiffeaux de cent toneaux ; cependant
, les Portugais ne frequentent que
celle de Quilimane , comme étant la
plus fûre .
Mais , avant que de quitter la côte
Orientale , il eft à propos que nous faffions
connoître un peu les Peuples qui
l'habitent . La plus part de ces Barbares ,
furtout ceux qui tirent vers le Cap
de bonne Efperance , font beaucoup
moins noirs que les autres Nations de
l'Affrique : Leur couleur livide & bazanée
approche fort de celle des Mulates dans
tout le refte : Ils font trez reffemblants
pour les cheveux , le nez , les levres ,
aux autres Negres ; mais beaucoup plus
alertes : Ce qui fait qu'ils font fi légers
à la courfe & en même tems fi vigoureux,
qu'ils arrêtent un Taureau .Ils ornent
leurs cheveux de petites plaques ,
comme de déniers , des coquilles & des
grains de Corail : Beaucoup fe font des
incifions fur la peau , & les rempliffent
de graiffe & de fuif; ce qui exhale une
odeur fi dégoutante qu'il n'eft pas poffible
à un Européen d'ofer approcher
d'eux.Les plus riches en Troupeaux , ont
le côté extérieur de leurs habits tout
+
D'OCTOBRE. 79%
réluiffant de graiffe ; & ceux qui en ont
peu, ne font vetus que de peaux féches :
Ainfi , parmi les Gorin- Huiconas qui ont
peu de bétail , il n'y a que leurs Chefs
qui en portent de graffes : Leurs pendans-
d'oreil font des faifceaux de Corail
,de neuf ou dix branches chacune , du
poids d'un quarteron ; d'autre fe font
un collier des entrailles d'une ere fraichement
tuée; & l'habitude qu'ils ont à
fouffrir cette puanteur , fait qu'ils ne
l'ôtent pas même quand ils fe couchent .
Ils prennent auffi de ces boyaux fecs ,
s'en entortillent les jambes , tant pour fe
garantir des épines , que pour faire plus
de bruit en danfant . Il y en a même qui
fe font une poche de ces inteftins à leur
col, où ils mettent leur tabac, leur pipe ,
& de certaines racines qu'ils mâchent .
Quand ils fortent , ils prennent une plume
d'Autruche& une queue dechat ſauvage
, pour chaffer les mouches dont ce
Pays eft rempli : L'Arc , les fleches &
les Zagayes * font leurs armes ordinaires;
on pouroit y ajouter leurs ongles qui
font fi longs , qu'on les prendroit pour
* Batons de 4. on de 5. pieds de long ,
enchaffés dans un fer long & pointu.
Giiij
to LE MERCURE
des griffes d'Aigles. Ils font fifort abru
tis, que la plupart n'ont pas l'adreffe de
préparer leur viande ; ils fe jettent fur
les charognes qu'ils trouvent; & le plus
fouvent , ils les mangent toutes cruës.
Faute de chair , ils vont chercher du
poiffon mort fur le Rivage. Malgré une
vie fi mathureufe ils atteignent à une extremevieleffe.
Leurs funérailles étoient
autrefois fuivies d'une cérémonie trés
facheufe , touts les Parents du deffunt
étant obligés de fe faire couper le petit
doigt de la main gauche , pour le
mettre auprés du mort; & les Enfans å la
mamelle n'étoient pas exempts de cette
cruelle Loy.
Lorfqu'un Pere accorde fa fille à un
jeune homme qui la demande , elle eit
obligée d'obeir fans murmurer. La
Chaîne nuptiale que l'Epoux lui donne ,
eft un boyau de Boeuf , qu'il faut qu'elporte
au col jufqu'à qu'étant ufé, il tombe
par piéces. Les femmes mariées ont
le fein fi pendant , qu'elles le renverfent
par deffus leurs épaules , pour donner
à téter plus facilement à leurs Enfans.
On condamne au foüet les Adulteres ,
& on fait fouffrir un fuplice horrible aux
D'OCTOBRE. 81
1
Inceftueux. On jette les Criminels , pieds
& poings liés , dans une foffe; le jour fuivant
, on retire l'homme & on le pend
par le cou à une branche d'Arbre où il
eft déchiqueté: Aprés l'avoir ainfi traité,
ce corps mutilé & encore vivant , refte là
pour fervir d'exemple ; enfuite, on tire la
femme de la foffe , & on la jette fur un
Bucher où elle eft brulée toure vive.
Pour les Affaffins , on leur perce les genoux
qu'on attache à leurs épaules , &
on les laiffe expirer dans les tourmens
d'une longue mort. On voit par là que
ces Peuples , quoi qu'en apparence plus
bêtes qu'hommes , ont pourtant de l'amour
pour la vertu & pour l'équité naturelle.
Ils vivent à la Campagne fous des
Tentes faites de branches d'arbres , &
couvertes de Nates de Jonc ; il y en a
de fi grandes qu'une Famille de 20. ou
30. perfonnes peut s'y retirer. Le foyer
eft au milieu ; ce qui fait qu'on ne peut
prefque pas y refpirer , à caufe de la fumée
épaiffe qui n'a point d'iffue que par
l'ouverture de la porte qui eft fort baffe.
Au refte , le Pays eft propre à porter
des fruits de toute efpece , étant gras &
limoneux en plufieurs endroits , fort
82 LE MERCURE
Pierreux & fort fabloneux en d'autres ,
furtoutau delà de la ligne duCapricorne.
Les Pâturages y font bons ; leFroment , le
Segle , l'Orge viennent fort bien dans
les vallées où on les féme . On ya
beaucoup de bétail gros & menu : Les
Boeufs font d'un demi- pied plus
hauts que nos plus grands Boeufs d'Europe.
Pour les Brebis , elles font fort
hautes de jambes , trainans une queuë
qui pefe 20 livres & quelquefois
davantage. Les Forêts , les Plaines &
les Vallées nouriffent quantité de gros
& menu Gibier , comme Cerfs . Chevreüils
, Buffles ou Chamois , Liévres ,
lapins ; & des Bêtes féroces comme
Sangliers , Loups , Tigres , Leopards
Lions,Eléphans.Ordinairement, le Lion
eft accompagné d'un Animal nommé
Kak- Hals par les Hollandois , fort reffemblant
à un Renard ; lequel ayant
l'odorat extrêmement fin , découvre la
proye de fort loin ; le Lion s'en étant
faifi , ne manque jamais de lui en faire
part. On y trouve une espece de Rhinoceros
qui a deux Cornes fur le nez; il eſt
de la groffear d'un Eléphant & le poil
d'un gris cendré , avec un flocon fur la
Nuque qui eft de couleur noire. Il y a
quantité de Tortues de Terre & d'Eau ;
,
>
D'OCTOBRE. 83
la Mer prés de cette côte , eft trés féconde
en Monftres Amphibies ; on y voit
des Chiens , & des Chats de Mer , des
Loups , des Ours marins ; ce dernier
Animal eft d'une viteffe extraordinaire ;
il eft fort hideux & fa morfure eft prefque
mortelle : Les Boeufs marins s'y trou
vent à foifon; on les nomme Démons de
Mer ; ils vont fouvent paître dans les
Prairies comme le bétail : En Eté , tous
ces Monitres nagent & s'éloignent de
la côte . En Hiver, le froid les fait retiter
prés du Rivage & demeurer entre les Ecueils.
Il eft tems à préfent d'avancer
dans le Pays.
Defcription des Habitations des Portugais
& de leurs Foires.
Po
OUR décrire par ordre la fituation
& la difpofition des habitations Portugaifes
, & donner une idée des Foires.
ou Marchés d'or ; fuppofons que nous
entrons par la Barre de Luabo , & que
nous allons à la vue des Terres qui font
à main gauche & qui appartiennent à
l'Empire du Monomotapa . De la Barre
de Luabo jufqu'à l'Habitation de Séna ,
il y'a do lieues : Toutes les Terres qui
font au bord de la Riviére , appartiennent
à la Couronne de Portugal. Les
84 LE MERCURE
Jefuites ont deux Paroifles à Luabo , &
une autre à Gornbe qui n'eft pas éloignée
de Séna. Cette Habitation de Séna
fituée dans le Royaume d'Inbamoy, a
fon Eglife Cathédrale , la Mifericorde ,
le Couvent de S. Dominique & la réfidence
de la Compagnie de JESUS
fondée dans le même lieu , où on dépeçoit
& vendoit autrefois la chair
humaine . Il peut y avoir 30 familles
Portugaifes & un grand nombre de
Chrêtiens du Pais de Séna jufqu'à
Tété qui eft la feconde Habitation des
Portugais . Il y a auffi 60 lieues de Païs
dans ce district ; les PP. Jefuites en ont
une fituée dans le Païs de la Chemba ,
& une autre au Marangué. Il peut avoir
dans Tété 15 ou 20 familles de Portugais
, une Eglife Paroiffiale de Religieux
Dominicains , une réfidence de la Čompagnie
de Jesus & un bon nombre
de Naturels baptifés.
SU
Maintenant, nous allons voir d'icy en
avant le très vafte Royaume de Munbay
, Patrimoine du Monomotapa , dont
les Païs qui font plus avancés dans les
Terres , s'appellent Mocranga ; & ceux
qui font proche la Riviére , Botonga . En
navigeant donc de Tété , 30. lieues en
D'OCTO BR E. 85
remontant la Riviére , on rencontre un
Rocher qui occupe & traverse toute cette
Riviere , & qui empêche le paffage
des Vaiffeaux. On peut voyager cependant
le long de ce fleuve , par un grand
chemin Royal par lequel , du tems de
François Barreto premier Conquérant
des Mines , dix Portugais allérentpour
en découvrir la fource , dont ils ne
pûrent rien apprendre , non pas même
fur les Relations des Naturels du Païs.
Nous voici déja au diſtrict des Mines,
& nous pouvons parcourir les Foires ,
où nos gens remontoient anciennement,
pour y faire la traite de l'Or , & où les
Caffres defcendoient en même tems,
pour y acheter des Etoffes ; dans toutes
lefquelles Foires il y avoit beaucoup
de Portugais établis .
35
>
La premiere Foire étoit un lieu appellé
Luanze. Cette Foire qui n'éxifte
plus , étoit éloignée de Tété ,
lieues du côté du Sud , entre deux petites
Rivieres qui fe joignent en une
laquelle prend le nom de Manzoro &
fe jette dans le Zambeze. Il y avoit
dans cette Foire , une Eglife de Religieux
de S. Dominique . Elle abondoit
en Vaches , Poules , Beurre & Ris . Il
86 LE MERCURE
y a quantité de bonnes Fontaines qui
arrofent cette Contrée , & la rendent
fort faine , comme font toutes les Terres
de la Maranga.
en
La feconde Foire étoit celle de Bocuto
, à treize lieues de Luanze` ,
ligne droite : La fituation étoit entre
deux petites Riviéres qui fe déchargent
dans le Manzoro, à demie lieuë de l'habitation.
On portoit beaucoup d'or à
cette Foire,, où l'on trouvoit aufli quantité
de rafraichiffemens , d'herbages &
de fruits , & où il y avoit une Eglife de
Religieux Dominicains.
A cinquante lieues de Tété, 10 lienës.
de Bocuto , & demie journée de la riviere
de Manforo, eft le Bourg de Maſſapa
qui étoit anciennement la principale
Foire ; c'eft encore aujourd'huy la réfidence
d'un Capitaine Portugais quen
nomme le Capitaine des Portes , à caufe
que de là en avant dans le Païs , on
trouve les Mines d'Or. Les Dominicains
y ont une Eglife de Nôtre- Dame
du Rofaire. Tous les Portugais dans cet
Empire , ont le Privilege de prendre la
qualité de Femmes de l'Empereur ; &
même ce Prince appelle le Capitaine
des Portes ,fa grande femme. Cet OffiD'OCTOBRE.
87
sier eft honoré de ce Titre par les Caffres.
Jufqu'à préfent, je n'ai trouvé perfonne
qui ait bien pû m'expliquer ce
que c'est que ces Priviléges .
Auprés de ce lieu , eft la grande Montagne
de Fara trés riche en or ; &.
il y en a qui veullent que ce nom de
Fura , vient par corruption du mot Ofir.
On voit encore aujourd'huy dans cette
Montagne , des enceintes de pierres de
taille , de la hauteur d'un homme , en- .
chaffées les unes dans les autres ,
avec un artifice admirable , fans y avoir
de chaux & fans être travaillées au Pic .
C'étoit apparemment dans ces enceintes
que demeuroient les Juifs de la
Flote de Salomon . Depuis ce tems- là ,
les Maures durant plufieurs fiécles , ont
été les maîtres de ce Commerce . C'elt
entre cette Montagne que paffe la Riviere
de Mocaras , dont les Eaux roulent
des fables d'or que les Cafres raportent
en poudre.
A trente-cinq lieuës de Maffapa , eft
le lieu de Dambarari qui a été une Foire
à l'or dans ces derniers tems ; & à quatre
journées de Dambarari vers le Nord ,
la Foire de l'Ongoé : Ces deux Foires
ont été détruites, par le Général Char$$
LE MERCURE
gamira, Caffre qui fe fouleva au mois de
Novembre 1693 ; avec cette différence
que les Habitans de l'Ongoé , tant Portugais
que Canarins , eurent le tems de
fe fauver & échapérent ; mais , ceux
de Dambarari qui voulurent fe montrer
plus courageux , périrent tous en fe défendant.
C'est ainsi que toutes ces Foires
à l'Or que les Portugais avoient
établies dans la Mocranga , durant un fi
long efpace d'années, ont été ruinées tout
d'un coup ; pour venger le tort & les
injuftices que nous avons faites aux Empereurs
de Monomotapa , qui nous
avoient toujours recûs & traitez, comme
fi nous avions été leurs enfans ; ou bien,
fuivant qu'ils s'en expliquent eux- mêmes
, à caufe que leurs femmes nous
marquoient un peu trop d'amitié.
Defcription des autres Royaumes.
Aprés avoir paffé les Mines d'or qui
font toutes à main gauche , en entrant
par l'embouchure du Zambeze ; on trouve
le Royaume de Chiroro fuffifament
fourni de provifions de vivres , mais qui
manque de bois, parce que ce n'eft partout
que des champs & des campagnes
de
D'OCTOBRE. 89
de ris , & des paturages de gros & menu
Bétail : Mais au couchant , il y a Aru- ya
pande , Xangra & le vafte Royaume
de Butua , fi connu par la Racine médecinale
qu'on en tire . Il abonde en or
que les Portugais de la fortereffe de Sofala
auffibien que ceux de Séna , vont
trafiquer. Il y a dans ce Royaume un
grand fleuve par lequel les Caffres Occidentaux
defcendent jufqu'à un certain
parage ; & fuivant les indices qu'ils donnerent
anciennement , on jugea qu'ils
étoient Naturels d'Angola ou de Ben- .
guela ; car ils difoient , felon le témoi
gnage de plufieurs , qu'à vingt journées
de chemin , il y avoit un pays de Gens
blancs qui alloient à cheval & qui portoient
des croix. Il y a apparence qu'ils
vouloient parler de quelqu'une de nos
armées qui fe trouvoit dans ce tems là ,
marcher dans le coeur du païs : Cequi me
confirme dans cette penfée , eft que j'ai
lû dans une Rélation manufcrite , que le :
Conquérant de Benguela avoit penêtré:
fi avant dans les Terres , qu'en deux jour
nées il auroit pû arriver aux Riviéres de:
Cuama.
Il refulte de la connoiffance des deux :
faits que je viens de raporter qu'es
H
90 LE MERCURE
pouroit ailément venir à bout du def
fein que plufieurs ont formé , de s'ouvrir
un chemin de communication de l'un
à l'autre côté de l'Afrique ; ce qui feroit
d'une utilité incomparable pour le
commerce , & qui affûreroit bien davantage
l'une & l'autre conquête, par la mutuelle
correfpondance des fecours , &
auffi par la furpriſe des Cafres qui feroient
bien étonnez de l'etenduë de nôtre
puiffance , en fe voyant enfermez &
coupez des deux côtez.
Cette entrepriſe feroit veritable
ment trez digne d'un Roy de Portugal ,
qui ajoutant la conquête de ces Provinces
à celle des autres , fe rendroit
ainfi maître de toutes les Terres qui s'étendent
depuis le Cap de bonne Efperance
jufqu'en Egypte,
Le Royaume de la Manica eft un
des plus célébres qui foient dans l'interieur
de la Caffrerie ; & les Portugais
y ont deux Foires , où les Marchands
de Séna & de Sofala vont trafiquer
ou prendre l'or .
Il y a dans ce Royaume une Montagne
où croît la fameufé Racine de Manique
, qui a tant d'admirables vertus,
particulierement pour les bleffures fraîD'OCTOBRE.
ches , étant trempée dans l'Eau & appliquée
fur la playe avec autant ou plus
d'effet que le Baume. On dit que
que l'Arbre
qui produit cette Racine, eft unique , comme
le Phoenix , & que la Racine vaut
autant d'or qu'elle péfe : Cependant,
aprez avoir confulté la deffus , comme fur
plufieurs autres chofes , unhomme digne
de foi & trez fincére , qui a été dans
toute la Cafrerie pendant plus de vingt
ans ; il a affûré que tout cela n'étoit
que des gafconades & des embelliffemens
de ceux qui vouloient faite valoir
leurs préfens , en faifant paffer cet
Arbre pour unique , & fa Racine , pour
quelque chofe d'infiniment précieux.
Le Royaume de la Manica eft éloigné
de Séna de 40. ou so . lieues au couchant
; & c'eft entre deux que font
les deux Royaumes de Barbé & de
Macombe. Je ne marque point les degrés
de latitude fous lefquels ces pays
font fituez ; parce que les Marchands
des Riviéres de Cuama portent d'une
main la balance pour pefer l'or , & de
l'autre, la verge ou aulne pour méfurer
le drap; & qu'ils ne vont pas s'amufer
à porter des Aftrolabes pour prendrela
hauteur du Soleil , & des Cartes
Saga Hij
*
92 LE MERCURE
pour la marquer deffus.
Je remarqueray feulement ici , que
pour ce qui touche la fituation des Terres
dans l'interieur de la Cafrerie , il ne
faut pas fe fier aux Cartes modernes :
dont la plupart ont été traçées fur des.
nouvelles Rélations fort incertaines ,
On doit encore moins s'affûrer fur
les anciennes . Outre les habitations
mentionnées ci -deffus , nous avons
encore dans cet Empire de Monomotapa
, la fortereffe de Sofala port de Mer
qui eft à 16 degrez de latitude auftrale
, & à 30 lieues de la Barre de Luabo ;.
On y a découvert une pêche d'Aljofres
qu'on aporta à Goa en 1715.
De ce Port , on embarque pour Mo.
cambique & de là pour l'Inde , la plus
grande quantité de Morfis , autrement
dits de l'Ivoire.
Defcription de Simbacê..
*
Avant que de paffer à l'Empire des
Bororos , il eft à propos de dire quelque
chofe de l'Empereur du Monomotapa
; j'ai trouvé deux verfions : L'une
dit qu'il fignifie Empereur de l'or ; &
* Ce font depetits Coquillages quifervent
de Monnoye .
D'OCTOBRE.
93
né
l'autre , fils de la Terre : Peut -être que
les Caffres donnent ce nom à leur Roy,
pour faire entendre qu'il eft ce grand
& ce puiffant Geant de l'Affrique, à qui
la Terre comme à fon fils Aîné, a donpour
heritage, les plus précieux Tréfors
qu'elle enferme dans fes entrailles .
La Ville impériale s'appelle Simbaoê ,
ce qui dans leur langue,fignifie la même
chofe que la Cour. Lorfqu'en
1620 , le Pere jules Céfar jefuite y entra
, aprés en avoir été convié par l'Empereur,
cetteCapitale avoit plus d'une lieue
de circuit, parce que les maifons étoient
éloignées les unes des autres d'un jet de
pierre, en y comprenant les clayes de bois
qui les environnent. Le même Pere .
dit ,, que le Roy avoit neuf enceintès
de ces Clayes , outre les maifons de
fes femmes , lefquelles femmes étoient
au nombre de plus de 1000 ; & que la
multitude de fes enfans égaloit celledes
Effains de mouches ; que ces enfans
là étoient occupés à charier de la paille,
pour couvrir les maifons , & que le Roy
fui- même les y faifoit travailler en perfonne
, pour une maifon à un étage qui
lui avoit été bâtie par cinq Mocoques ;
c'est- à - dire Canarins , qui s'étoient
94
LE MERCURE
réfugiés en ce Païs -là 11 fe ceignoit
d'une Etoffe de foye , & en avoit une
autre par derriere qui lui tomboit fur
les épaules & le couvroit tout entier.
Il étoit vêtu de cette maniére , quand il
recût l'Ambaffadeur Gafpard Bocarro
Jefuite. Son Trône étoit le Seuilde
la Porte , fur lequel il s'affit fur
un dégré élevé & couvert d'une Machire
c'est - à - dire d'un filet , comme
ceux du Brefil : Il n'y avoit pour tout
Meuble & pour toute Tapiflerie au
Parois de fon Palais, que de ces Machi
res : Tel eft l'appareil avec lequel cette
noire Majefté le fait fervir à genoux ;
& quand il boit , qu'il touffe ou qu'i
éternuë, auffi -tôt on le fçait dans toute
la Ville ; car, ceux qui font préfents, le
faluent à haute voix & battent en mê--
me- tems des mains : Dés que ceux qui
font hors de fon Appartement , l'entendent
; ils en font de même par imitation
; ce qui fe continuë de l'an à l'au--
tre par tous les Quartiers de la Ville.
Il porte une petite Hache penduë à
fa ceinture , que plufieurs ont pris pour
une bêche ; de forte que d'un Arme militaire
, ils en ont fait un inftrument/de
D'OCTOBRE.
95
Laboureur, qualité que ce Prince'ne mé
prife pas ; au contraire, le même Pere
affûre qu'il expédia promptement fon..
Ambaffade , afin d'aller vaquer à fon
Labour , parce que c'étoit le tems des
femailles.
,
Quand il fort dehors , il porte dans
fa main fon Arc & des Flèches ou
bien une Zagaye de bois noir, dont la
pointe eft d'or , en forme de pointe de
Lance. Il y a toujours un Caffre qui
marche devant lui , en frapant de fa main
fur un Tambour , pour avertir tout le
monde que l'Empereur le fuit . Tous les
mois à la nouvelle Lune , il fait une
Fête à fes Mozimnes , c'eſt-à - dire aux.
Morts ; & ce jour là, perfonne ne tra
vaille ; mais chacun fe rend à la Cour,
où ce Prince prend de certaines Herbes -
qu'il mêle avec du Mill & de l'Huile" :
Il fe lave dans du vin ; enſuite, il le donne
à boire à fes gens pour les unir à lui,
comme ne faifans qu'un coeur & qu'une
ame. Cette Fête fe célébre au fon de
quantité de Flutes , de Timbales & de
Chalumeaux ; aprês quoy tout le mon
de fe retire, la tête baiffée & lespieds
tremblans .
Les chofes font encore à peu prés.
96 LE MERCURE
dans le même état & ont fort peu changé.
Qui croiroit cependant que ce
fût là le même Palais & les mêmes
Ameublemens dont certains Auteurs
ont parlé, entre autres Dupper ? Le Pais
Impérial felon eux , eit d'une magnificence
fans pareil ; les Poutres &
les Lambris font d'une Sculpture finie
& tous couverts de Plaques d'or cizelé.
Les Tapifferies à la vérité ne font
que de coton ; mais , la vivacité des
couleurs y difpute le prix à l'éclat de
l'or. Des Meubles dorés , peints & émaillés
, des Chandeliers & de la Vaiffelle
d'or maffif , avec une infinité de
Porcelaine entourée de Rameaux d'or
qui reffemblent à des branches de corail
, font une partie des beautés de ces
fuperbes Appartemens : Les dehors du
Palais , ajoûtent- ils , font fortifiés de
Tours , dont la ftructure & la fimmétrie
font un effet furprenant . Ce Puiffant
Monarque employe deux livres d'Or
par jour en parfums. Son Habit eft une
Robe d'un drap de foye à ramage d'or ,
tiffu dans le Païs , &c. C'eft par ces
Defcriptions imaginaires qu'en furprend
la crédulité des Lecteurs ; mais
c'est trop s'arrêter fur le faux .
Simbacé
D'OCTOBRE. 97
Simbaoé eft fitué au Levant de l'habitation
de Têté :Toutes les maifons font de
bois & de terre, couvertes de paille , n'y
ayant point de chaux ni de brique dans
ce Païs là. Il n'y en a aucune qui ait
des portes que celles du Roy.Les Grands
du Royaume font chargés du foin de
deffendre le Peuple des voleurs . En effet,
fi la Juſtice étoit bien exercée dans
les Villes , on pouroit fe paffer de porde
verrouils & de ferrures. tes ,'
Plufieurs de ces Empereurs ont été
Chrétiens de nom : & D. Pedro qui regne
aujourd'hui , fut batifé, étant enfant ,
par un Réligieux Dominicain, à l'inftance
du Roy fon Pere .
Defcription de l'Empire des Bororos
& du Lac de Maravi.
Le fecond Empire eft celui des Boro
ros qui eft à main droite du fleuve Zambeze
, en entrant par la barre de Quilimane
. Proche de cette barre , les Portugais
ont une habitation limitée qui les
rend maîtres de quantité de terres en
avant ; & les Peres Jefuites y ont
une Paroiffe : Tous les autres Païs
qui s'étendent jufqu'aux confins du Ma-
Octobre 1717. I
98 LE MERCURE
rave , qui eft vis- à- vis l'habitation de
Tété , apartiennent à des Rois & à des
Seigneurs qui du tems du Gouverneur
François Barreto, faifoient hommage aux
Portugais Aujourd'hui , ces Barbares
n'ont ni Eglife ni hitations de ce côtelà.
La Ville de Maravi , qui a donné fon
nom au principal Royaume de cet Empire,
peut être éloignée de Tété d'un peu
plus de 60 lieuës . A demi lieuë de cette
Ville , on voit un lac qui va en ferpentant
au Nord Nord Eft . On ne fait
pas encore aujourd'hui jufqu'où il s'étend.
Sa largeur eft de 4. ou 5. licuës; &
on ne voit point la terre du côté de
l'Orient , en quelques endroits ; ni les
Caffres eux -mêmes n'en ont point connoiffance
. Tout ce Lac eft femé de quantité
d'lfles défertes , à la faveur defquelles
pouront s'abrier les Argonautes qui
en voudront découvrir l'extremité du
côté du Nord. Il abonde en Poiſſons , &
a un fond de 8 ou 10 braffes.Les Peres de
la Compagnie de J. voulurent anciennement
naviger par ce Lac jufqu'en Ethiopie
, dont les Ports qui font fur la Mer
rouge, étoient déja pour lors fous 1
mination des Turcs. Ils envoyere
mander au Pere Louis Mariano
l '
D'OCTOBRE. 99
5
meuroit à Tété, fi ce voyage étoit praticable
. Le Pere leur fit réponſe dans une
Lettre que l'on conferve encore dans la
fécretairie de Goa , que cela étoit poffible
& praticable,parce que la Rive de ce
Lac abondoit en mill& en viandes comme
auffi en quantité d'Ivoire,joint à cela
qu'il s'y trouvoit des Almadies ou Canots
qui pouvoient naviger où on voudroit
que cette découverte dépendoit
d'avoir où 6 charges d'Etoffe qu'on
nomme Barres,avec quantité deVeroterie
&40 perfonnes tant Blancs queNoirs,
qu'il falloit commencer la navigation
en Avril & en May , à caufe que c'eft la
faifon ou régnent les vents du Couchant
comme fur la Côte de Moçambique : Cependant,
il ne s'eft trouvé jufqu'à préfent
perfonne qui ait voulu fe charger de cette
entreprife. Cette découverte démanderoit
un bras Royal; & pour cela il faudroit
conftruire fur le Lac même des
Vaiffeaux à voiles & à rames , ainfi que
fit Ferdinand Cortez , lorſqu'il voulût al--
ler prendre la Ville de Mexique ; à caufe
qu'il eft prefque impoffible que des
hommes hazardent l'entreprife d'une
navigation fi longue & fi incertaine fur
de fimples petits Canots.
Iij
335104
100 LE MERCURE
Le Royaume de Maravi eft fitué entre
ce Lac & le fleuve Zambeze , & en pénétrant
plus avant fur la même rive,à 15 .
journées de chemin , on trouve le RoyaumedeMaffi
:Puis,pourfuivant encore
autant de journées , un peu plus out
moins , eft le Royaume de Ruengas , prefqu'à
la hauteur de Mombas ; aprés cela,
je, ne fai pas qu'il s'étende plus loin.
les Mercures précedens , m'avoit fourni
affés d'évenemens pour enformer deux articles
confidérables , me laffe ce mois - cy
dans une telle difette , que pour remplir
ee vuide , je crois ne pouvoir mieux faire
qu'enyfubftituant une lettrefort curieuſe,
écrite récemment de Goa. C'est une défcription
Hiftorique & Geographique
de la partie Meridionale de l'Affrique.
On aura le plaifir d'y remarquer des découvertes
dans l'interieur des Terres , &
d'y voir des détails qu'on chercheroit inutilement
dans toutes les autres Rélations
que l'on nous a données jusqu'à préſent.
D'OCTOBRE.
75
1
*********
DESCRIPTION
DE LA CAFRERIE ,
IT DES RIVIERES DE CUAMA
'Ethiopie inferieure ou Affrique
Auftrale, dont nous allons parler
ici , s'étend en allant de la ligne vers le
Sud, jufqu'au Cap de bonne efperance, à
la hauteur de 35 degrés. Elle eft environnée
de l'Ocean au Levant : Au Couchant
, au Midy & du côté du Nord ,
elle confine à cette etendue immenfe de
Terre qu'on nomme Affrique Septentrionale
ou Ethiopie fuperieure . C'eft dans
l'Affrique Auftrale qu'eft fitué le Pays
que les Portugais appellent Cafreries
pour être habitée par des Cafres , mor
Arabe qui fignife Hommes fans loy : Ce
nom convient plus particulierement aux
Nations qui fe trouvent fur la côte
Orientale , depuis le cap Delgado qui
eft à 10 degrés , 20 m . de latitude Méridionale,
jufqu'au Cap de bonne Efperance
; parce que les Arabes qui donnerent
le nom de Cafres à ces Barbares , n'ont
Gij
76 LE MERCURE
jamais paffé à la côte Occidentale ; &
que les Portugais d'Europe , ni ceux du
Brefil n'appellent point Caffres , les Häbitans
d'Angola , de Bengola & les autres
Nations des Negres Occidentaux
qui font fous leur domination.
Il y a donc dans cette partie Orien
tale de l'Affrique Auftrale , beaucoup
de Seigneuries , de Républiques libres
& de Royaumes , dont cependant , les
plus confiderables & les plus connus font
les deux Empires du Monomotapa &
des Bororos : L'un & l'autre font féparés
par la Riviére de Zambeze , le prémier
à l'Occident & le dernier à l'Orient.
Cette Riviére arrofe prefque toute
la Cafrerie ; fa fource et fi éloignée
oufi cachée , qu'on n'eft pas encor parvenu
jufqu'à préfent à la decouvrir ; parce
que toute l'attention des Portugais
dans cette Conquête , ne tend qu'à la
traite de l'Or & de l'Argent , fans être
curieux d'aucune autre récherche . En attendant
cette découverte , nous pouvons
toujours affûrer que la Riviére de Zambeze
, aprés avoir parcouru une grande
partie de l'Afrique , &avoir reçû dans fon
fein plufieurs autres fleuves , vient ſejetter
dans la Mer Orientale par deux bou
D'OCTOBRE. 77
ches éloignées l'une de l'autre de 30.
lieuës . La prémiere embouchure qui est
la plus proche de Moçanbique , eft la
Barre de Quilimane dont l'ouverture
eft à l'Eft. La feconde qui eft plus proche
du Cap de bonne Efperance, eft celle de
Luabo. Entre ces deux barres , il y a
trois Ifles , dont celle du milieu eft la
plus grande , & peut avoir 30 lieuës
d'étendue jufqu'à la gorge de la Riviére
qui ferpentant delà en avant , remonte
vers le Nort , & fait une bonne
route par
où nous allons parer au Lac
de Zembre : Chingoma eft le nom de cette
Ifle. Il y a û autrefois une habitation ya
nommée Cuama , qui a donné lieu aux
Portugais d'appeller tout ce Pais , Riviéres
de Cuama : Je dis Riviéres & non
pas Riviére ; car , quoique ce n'en foit
qu'une feule , elle paroit fe divifer en
beaucoup d'autres, partageant le terrain
en diverfes Ifles par la quantité de bras
qu'elle fait.
La deuxième Iffe eft celle de Linde
qui a fept lieues de long ; elle eft vis- àvis
la terre ferme de Quilimane & en
forme la Barre .
La troifiéme qui eft la plus petite , eſt
du côté de Luabo . Les deux barres de
Giij
78 LE MERCURE
Quilimane &de Luabo peuvent contenir
des Vaiffeaux de cent toneaux ; cependant
, les Portugais ne frequentent que
celle de Quilimane , comme étant la
plus fûre .
Mais , avant que de quitter la côte
Orientale , il eft à propos que nous faffions
connoître un peu les Peuples qui
l'habitent . La plus part de ces Barbares ,
furtout ceux qui tirent vers le Cap
de bonne Efperance , font beaucoup
moins noirs que les autres Nations de
l'Affrique : Leur couleur livide & bazanée
approche fort de celle des Mulates dans
tout le refte : Ils font trez reffemblants
pour les cheveux , le nez , les levres ,
aux autres Negres ; mais beaucoup plus
alertes : Ce qui fait qu'ils font fi légers
à la courfe & en même tems fi vigoureux,
qu'ils arrêtent un Taureau .Ils ornent
leurs cheveux de petites plaques ,
comme de déniers , des coquilles & des
grains de Corail : Beaucoup fe font des
incifions fur la peau , & les rempliffent
de graiffe & de fuif; ce qui exhale une
odeur fi dégoutante qu'il n'eft pas poffible
à un Européen d'ofer approcher
d'eux.Les plus riches en Troupeaux , ont
le côté extérieur de leurs habits tout
+
D'OCTOBRE. 79%
réluiffant de graiffe ; & ceux qui en ont
peu, ne font vetus que de peaux féches :
Ainfi , parmi les Gorin- Huiconas qui ont
peu de bétail , il n'y a que leurs Chefs
qui en portent de graffes : Leurs pendans-
d'oreil font des faifceaux de Corail
,de neuf ou dix branches chacune , du
poids d'un quarteron ; d'autre fe font
un collier des entrailles d'une ere fraichement
tuée; & l'habitude qu'ils ont à
fouffrir cette puanteur , fait qu'ils ne
l'ôtent pas même quand ils fe couchent .
Ils prennent auffi de ces boyaux fecs ,
s'en entortillent les jambes , tant pour fe
garantir des épines , que pour faire plus
de bruit en danfant . Il y en a même qui
fe font une poche de ces inteftins à leur
col, où ils mettent leur tabac, leur pipe ,
& de certaines racines qu'ils mâchent .
Quand ils fortent , ils prennent une plume
d'Autruche& une queue dechat ſauvage
, pour chaffer les mouches dont ce
Pays eft rempli : L'Arc , les fleches &
les Zagayes * font leurs armes ordinaires;
on pouroit y ajouter leurs ongles qui
font fi longs , qu'on les prendroit pour
* Batons de 4. on de 5. pieds de long ,
enchaffés dans un fer long & pointu.
Giiij
to LE MERCURE
des griffes d'Aigles. Ils font fifort abru
tis, que la plupart n'ont pas l'adreffe de
préparer leur viande ; ils fe jettent fur
les charognes qu'ils trouvent; & le plus
fouvent , ils les mangent toutes cruës.
Faute de chair , ils vont chercher du
poiffon mort fur le Rivage. Malgré une
vie fi mathureufe ils atteignent à une extremevieleffe.
Leurs funérailles étoient
autrefois fuivies d'une cérémonie trés
facheufe , touts les Parents du deffunt
étant obligés de fe faire couper le petit
doigt de la main gauche , pour le
mettre auprés du mort; & les Enfans å la
mamelle n'étoient pas exempts de cette
cruelle Loy.
Lorfqu'un Pere accorde fa fille à un
jeune homme qui la demande , elle eit
obligée d'obeir fans murmurer. La
Chaîne nuptiale que l'Epoux lui donne ,
eft un boyau de Boeuf , qu'il faut qu'elporte
au col jufqu'à qu'étant ufé, il tombe
par piéces. Les femmes mariées ont
le fein fi pendant , qu'elles le renverfent
par deffus leurs épaules , pour donner
à téter plus facilement à leurs Enfans.
On condamne au foüet les Adulteres ,
& on fait fouffrir un fuplice horrible aux
D'OCTOBRE. 81
1
Inceftueux. On jette les Criminels , pieds
& poings liés , dans une foffe; le jour fuivant
, on retire l'homme & on le pend
par le cou à une branche d'Arbre où il
eft déchiqueté: Aprés l'avoir ainfi traité,
ce corps mutilé & encore vivant , refte là
pour fervir d'exemple ; enfuite, on tire la
femme de la foffe , & on la jette fur un
Bucher où elle eft brulée toure vive.
Pour les Affaffins , on leur perce les genoux
qu'on attache à leurs épaules , &
on les laiffe expirer dans les tourmens
d'une longue mort. On voit par là que
ces Peuples , quoi qu'en apparence plus
bêtes qu'hommes , ont pourtant de l'amour
pour la vertu & pour l'équité naturelle.
Ils vivent à la Campagne fous des
Tentes faites de branches d'arbres , &
couvertes de Nates de Jonc ; il y en a
de fi grandes qu'une Famille de 20. ou
30. perfonnes peut s'y retirer. Le foyer
eft au milieu ; ce qui fait qu'on ne peut
prefque pas y refpirer , à caufe de la fumée
épaiffe qui n'a point d'iffue que par
l'ouverture de la porte qui eft fort baffe.
Au refte , le Pays eft propre à porter
des fruits de toute efpece , étant gras &
limoneux en plufieurs endroits , fort
82 LE MERCURE
Pierreux & fort fabloneux en d'autres ,
furtoutau delà de la ligne duCapricorne.
Les Pâturages y font bons ; leFroment , le
Segle , l'Orge viennent fort bien dans
les vallées où on les féme . On ya
beaucoup de bétail gros & menu : Les
Boeufs font d'un demi- pied plus
hauts que nos plus grands Boeufs d'Europe.
Pour les Brebis , elles font fort
hautes de jambes , trainans une queuë
qui pefe 20 livres & quelquefois
davantage. Les Forêts , les Plaines &
les Vallées nouriffent quantité de gros
& menu Gibier , comme Cerfs . Chevreüils
, Buffles ou Chamois , Liévres ,
lapins ; & des Bêtes féroces comme
Sangliers , Loups , Tigres , Leopards
Lions,Eléphans.Ordinairement, le Lion
eft accompagné d'un Animal nommé
Kak- Hals par les Hollandois , fort reffemblant
à un Renard ; lequel ayant
l'odorat extrêmement fin , découvre la
proye de fort loin ; le Lion s'en étant
faifi , ne manque jamais de lui en faire
part. On y trouve une espece de Rhinoceros
qui a deux Cornes fur le nez; il eſt
de la groffear d'un Eléphant & le poil
d'un gris cendré , avec un flocon fur la
Nuque qui eft de couleur noire. Il y a
quantité de Tortues de Terre & d'Eau ;
,
>
D'OCTOBRE. 83
la Mer prés de cette côte , eft trés féconde
en Monftres Amphibies ; on y voit
des Chiens , & des Chats de Mer , des
Loups , des Ours marins ; ce dernier
Animal eft d'une viteffe extraordinaire ;
il eft fort hideux & fa morfure eft prefque
mortelle : Les Boeufs marins s'y trou
vent à foifon; on les nomme Démons de
Mer ; ils vont fouvent paître dans les
Prairies comme le bétail : En Eté , tous
ces Monitres nagent & s'éloignent de
la côte . En Hiver, le froid les fait retiter
prés du Rivage & demeurer entre les Ecueils.
Il eft tems à préfent d'avancer
dans le Pays.
Defcription des Habitations des Portugais
& de leurs Foires.
Po
OUR décrire par ordre la fituation
& la difpofition des habitations Portugaifes
, & donner une idée des Foires.
ou Marchés d'or ; fuppofons que nous
entrons par la Barre de Luabo , & que
nous allons à la vue des Terres qui font
à main gauche & qui appartiennent à
l'Empire du Monomotapa . De la Barre
de Luabo jufqu'à l'Habitation de Séna ,
il y'a do lieues : Toutes les Terres qui
font au bord de la Riviére , appartiennent
à la Couronne de Portugal. Les
84 LE MERCURE
Jefuites ont deux Paroifles à Luabo , &
une autre à Gornbe qui n'eft pas éloignée
de Séna. Cette Habitation de Séna
fituée dans le Royaume d'Inbamoy, a
fon Eglife Cathédrale , la Mifericorde ,
le Couvent de S. Dominique & la réfidence
de la Compagnie de JESUS
fondée dans le même lieu , où on dépeçoit
& vendoit autrefois la chair
humaine . Il peut y avoir 30 familles
Portugaifes & un grand nombre de
Chrêtiens du Pais de Séna jufqu'à
Tété qui eft la feconde Habitation des
Portugais . Il y a auffi 60 lieues de Païs
dans ce district ; les PP. Jefuites en ont
une fituée dans le Païs de la Chemba ,
& une autre au Marangué. Il peut avoir
dans Tété 15 ou 20 familles de Portugais
, une Eglife Paroiffiale de Religieux
Dominicains , une réfidence de la Čompagnie
de Jesus & un bon nombre
de Naturels baptifés.
SU
Maintenant, nous allons voir d'icy en
avant le très vafte Royaume de Munbay
, Patrimoine du Monomotapa , dont
les Païs qui font plus avancés dans les
Terres , s'appellent Mocranga ; & ceux
qui font proche la Riviére , Botonga . En
navigeant donc de Tété , 30. lieues en
D'OCTO BR E. 85
remontant la Riviére , on rencontre un
Rocher qui occupe & traverse toute cette
Riviere , & qui empêche le paffage
des Vaiffeaux. On peut voyager cependant
le long de ce fleuve , par un grand
chemin Royal par lequel , du tems de
François Barreto premier Conquérant
des Mines , dix Portugais allérentpour
en découvrir la fource , dont ils ne
pûrent rien apprendre , non pas même
fur les Relations des Naturels du Païs.
Nous voici déja au diſtrict des Mines,
& nous pouvons parcourir les Foires ,
où nos gens remontoient anciennement,
pour y faire la traite de l'Or , & où les
Caffres defcendoient en même tems,
pour y acheter des Etoffes ; dans toutes
lefquelles Foires il y avoit beaucoup
de Portugais établis .
35
>
La premiere Foire étoit un lieu appellé
Luanze. Cette Foire qui n'éxifte
plus , étoit éloignée de Tété ,
lieues du côté du Sud , entre deux petites
Rivieres qui fe joignent en une
laquelle prend le nom de Manzoro &
fe jette dans le Zambeze. Il y avoit
dans cette Foire , une Eglife de Religieux
de S. Dominique . Elle abondoit
en Vaches , Poules , Beurre & Ris . Il
86 LE MERCURE
y a quantité de bonnes Fontaines qui
arrofent cette Contrée , & la rendent
fort faine , comme font toutes les Terres
de la Maranga.
en
La feconde Foire étoit celle de Bocuto
, à treize lieues de Luanze` ,
ligne droite : La fituation étoit entre
deux petites Riviéres qui fe déchargent
dans le Manzoro, à demie lieuë de l'habitation.
On portoit beaucoup d'or à
cette Foire,, où l'on trouvoit aufli quantité
de rafraichiffemens , d'herbages &
de fruits , & où il y avoit une Eglife de
Religieux Dominicains.
A cinquante lieues de Tété, 10 lienës.
de Bocuto , & demie journée de la riviere
de Manforo, eft le Bourg de Maſſapa
qui étoit anciennement la principale
Foire ; c'eft encore aujourd'huy la réfidence
d'un Capitaine Portugais quen
nomme le Capitaine des Portes , à caufe
que de là en avant dans le Païs , on
trouve les Mines d'Or. Les Dominicains
y ont une Eglife de Nôtre- Dame
du Rofaire. Tous les Portugais dans cet
Empire , ont le Privilege de prendre la
qualité de Femmes de l'Empereur ; &
même ce Prince appelle le Capitaine
des Portes ,fa grande femme. Cet OffiD'OCTOBRE.
87
sier eft honoré de ce Titre par les Caffres.
Jufqu'à préfent, je n'ai trouvé perfonne
qui ait bien pû m'expliquer ce
que c'est que ces Priviléges .
Auprés de ce lieu , eft la grande Montagne
de Fara trés riche en or ; &.
il y en a qui veullent que ce nom de
Fura , vient par corruption du mot Ofir.
On voit encore aujourd'huy dans cette
Montagne , des enceintes de pierres de
taille , de la hauteur d'un homme , en- .
chaffées les unes dans les autres ,
avec un artifice admirable , fans y avoir
de chaux & fans être travaillées au Pic .
C'étoit apparemment dans ces enceintes
que demeuroient les Juifs de la
Flote de Salomon . Depuis ce tems- là ,
les Maures durant plufieurs fiécles , ont
été les maîtres de ce Commerce . C'elt
entre cette Montagne que paffe la Riviere
de Mocaras , dont les Eaux roulent
des fables d'or que les Cafres raportent
en poudre.
A trente-cinq lieuës de Maffapa , eft
le lieu de Dambarari qui a été une Foire
à l'or dans ces derniers tems ; & à quatre
journées de Dambarari vers le Nord ,
la Foire de l'Ongoé : Ces deux Foires
ont été détruites, par le Général Char$$
LE MERCURE
gamira, Caffre qui fe fouleva au mois de
Novembre 1693 ; avec cette différence
que les Habitans de l'Ongoé , tant Portugais
que Canarins , eurent le tems de
fe fauver & échapérent ; mais , ceux
de Dambarari qui voulurent fe montrer
plus courageux , périrent tous en fe défendant.
C'est ainsi que toutes ces Foires
à l'Or que les Portugais avoient
établies dans la Mocranga , durant un fi
long efpace d'années, ont été ruinées tout
d'un coup ; pour venger le tort & les
injuftices que nous avons faites aux Empereurs
de Monomotapa , qui nous
avoient toujours recûs & traitez, comme
fi nous avions été leurs enfans ; ou bien,
fuivant qu'ils s'en expliquent eux- mêmes
, à caufe que leurs femmes nous
marquoient un peu trop d'amitié.
Defcription des autres Royaumes.
Aprés avoir paffé les Mines d'or qui
font toutes à main gauche , en entrant
par l'embouchure du Zambeze ; on trouve
le Royaume de Chiroro fuffifament
fourni de provifions de vivres , mais qui
manque de bois, parce que ce n'eft partout
que des champs & des campagnes
de
D'OCTOBRE. 89
de ris , & des paturages de gros & menu
Bétail : Mais au couchant , il y a Aru- ya
pande , Xangra & le vafte Royaume
de Butua , fi connu par la Racine médecinale
qu'on en tire . Il abonde en or
que les Portugais de la fortereffe de Sofala
auffibien que ceux de Séna , vont
trafiquer. Il y a dans ce Royaume un
grand fleuve par lequel les Caffres Occidentaux
defcendent jufqu'à un certain
parage ; & fuivant les indices qu'ils donnerent
anciennement , on jugea qu'ils
étoient Naturels d'Angola ou de Ben- .
guela ; car ils difoient , felon le témoi
gnage de plufieurs , qu'à vingt journées
de chemin , il y avoit un pays de Gens
blancs qui alloient à cheval & qui portoient
des croix. Il y a apparence qu'ils
vouloient parler de quelqu'une de nos
armées qui fe trouvoit dans ce tems là ,
marcher dans le coeur du païs : Cequi me
confirme dans cette penfée , eft que j'ai
lû dans une Rélation manufcrite , que le :
Conquérant de Benguela avoit penêtré:
fi avant dans les Terres , qu'en deux jour
nées il auroit pû arriver aux Riviéres de:
Cuama.
Il refulte de la connoiffance des deux :
faits que je viens de raporter qu'es
H
90 LE MERCURE
pouroit ailément venir à bout du def
fein que plufieurs ont formé , de s'ouvrir
un chemin de communication de l'un
à l'autre côté de l'Afrique ; ce qui feroit
d'une utilité incomparable pour le
commerce , & qui affûreroit bien davantage
l'une & l'autre conquête, par la mutuelle
correfpondance des fecours , &
auffi par la furpriſe des Cafres qui feroient
bien étonnez de l'etenduë de nôtre
puiffance , en fe voyant enfermez &
coupez des deux côtez.
Cette entrepriſe feroit veritable
ment trez digne d'un Roy de Portugal ,
qui ajoutant la conquête de ces Provinces
à celle des autres , fe rendroit
ainfi maître de toutes les Terres qui s'étendent
depuis le Cap de bonne Efperance
jufqu'en Egypte,
Le Royaume de la Manica eft un
des plus célébres qui foient dans l'interieur
de la Caffrerie ; & les Portugais
y ont deux Foires , où les Marchands
de Séna & de Sofala vont trafiquer
ou prendre l'or .
Il y a dans ce Royaume une Montagne
où croît la fameufé Racine de Manique
, qui a tant d'admirables vertus,
particulierement pour les bleffures fraîD'OCTOBRE.
ches , étant trempée dans l'Eau & appliquée
fur la playe avec autant ou plus
d'effet que le Baume. On dit que
que l'Arbre
qui produit cette Racine, eft unique , comme
le Phoenix , & que la Racine vaut
autant d'or qu'elle péfe : Cependant,
aprez avoir confulté la deffus , comme fur
plufieurs autres chofes , unhomme digne
de foi & trez fincére , qui a été dans
toute la Cafrerie pendant plus de vingt
ans ; il a affûré que tout cela n'étoit
que des gafconades & des embelliffemens
de ceux qui vouloient faite valoir
leurs préfens , en faifant paffer cet
Arbre pour unique , & fa Racine , pour
quelque chofe d'infiniment précieux.
Le Royaume de la Manica eft éloigné
de Séna de 40. ou so . lieues au couchant
; & c'eft entre deux que font
les deux Royaumes de Barbé & de
Macombe. Je ne marque point les degrés
de latitude fous lefquels ces pays
font fituez ; parce que les Marchands
des Riviéres de Cuama portent d'une
main la balance pour pefer l'or , & de
l'autre, la verge ou aulne pour méfurer
le drap; & qu'ils ne vont pas s'amufer
à porter des Aftrolabes pour prendrela
hauteur du Soleil , & des Cartes
Saga Hij
*
92 LE MERCURE
pour la marquer deffus.
Je remarqueray feulement ici , que
pour ce qui touche la fituation des Terres
dans l'interieur de la Cafrerie , il ne
faut pas fe fier aux Cartes modernes :
dont la plupart ont été traçées fur des.
nouvelles Rélations fort incertaines ,
On doit encore moins s'affûrer fur
les anciennes . Outre les habitations
mentionnées ci -deffus , nous avons
encore dans cet Empire de Monomotapa
, la fortereffe de Sofala port de Mer
qui eft à 16 degrez de latitude auftrale
, & à 30 lieues de la Barre de Luabo ;.
On y a découvert une pêche d'Aljofres
qu'on aporta à Goa en 1715.
De ce Port , on embarque pour Mo.
cambique & de là pour l'Inde , la plus
grande quantité de Morfis , autrement
dits de l'Ivoire.
Defcription de Simbacê..
*
Avant que de paffer à l'Empire des
Bororos , il eft à propos de dire quelque
chofe de l'Empereur du Monomotapa
; j'ai trouvé deux verfions : L'une
dit qu'il fignifie Empereur de l'or ; &
* Ce font depetits Coquillages quifervent
de Monnoye .
D'OCTOBRE.
93
né
l'autre , fils de la Terre : Peut -être que
les Caffres donnent ce nom à leur Roy,
pour faire entendre qu'il eft ce grand
& ce puiffant Geant de l'Affrique, à qui
la Terre comme à fon fils Aîné, a donpour
heritage, les plus précieux Tréfors
qu'elle enferme dans fes entrailles .
La Ville impériale s'appelle Simbaoê ,
ce qui dans leur langue,fignifie la même
chofe que la Cour. Lorfqu'en
1620 , le Pere jules Céfar jefuite y entra
, aprés en avoir été convié par l'Empereur,
cetteCapitale avoit plus d'une lieue
de circuit, parce que les maifons étoient
éloignées les unes des autres d'un jet de
pierre, en y comprenant les clayes de bois
qui les environnent. Le même Pere .
dit ,, que le Roy avoit neuf enceintès
de ces Clayes , outre les maifons de
fes femmes , lefquelles femmes étoient
au nombre de plus de 1000 ; & que la
multitude de fes enfans égaloit celledes
Effains de mouches ; que ces enfans
là étoient occupés à charier de la paille,
pour couvrir les maifons , & que le Roy
fui- même les y faifoit travailler en perfonne
, pour une maifon à un étage qui
lui avoit été bâtie par cinq Mocoques ;
c'est- à - dire Canarins , qui s'étoient
94
LE MERCURE
réfugiés en ce Païs -là 11 fe ceignoit
d'une Etoffe de foye , & en avoit une
autre par derriere qui lui tomboit fur
les épaules & le couvroit tout entier.
Il étoit vêtu de cette maniére , quand il
recût l'Ambaffadeur Gafpard Bocarro
Jefuite. Son Trône étoit le Seuilde
la Porte , fur lequel il s'affit fur
un dégré élevé & couvert d'une Machire
c'est - à - dire d'un filet , comme
ceux du Brefil : Il n'y avoit pour tout
Meuble & pour toute Tapiflerie au
Parois de fon Palais, que de ces Machi
res : Tel eft l'appareil avec lequel cette
noire Majefté le fait fervir à genoux ;
& quand il boit , qu'il touffe ou qu'i
éternuë, auffi -tôt on le fçait dans toute
la Ville ; car, ceux qui font préfents, le
faluent à haute voix & battent en mê--
me- tems des mains : Dés que ceux qui
font hors de fon Appartement , l'entendent
; ils en font de même par imitation
; ce qui fe continuë de l'an à l'au--
tre par tous les Quartiers de la Ville.
Il porte une petite Hache penduë à
fa ceinture , que plufieurs ont pris pour
une bêche ; de forte que d'un Arme militaire
, ils en ont fait un inftrument/de
D'OCTOBRE.
95
Laboureur, qualité que ce Prince'ne mé
prife pas ; au contraire, le même Pere
affûre qu'il expédia promptement fon..
Ambaffade , afin d'aller vaquer à fon
Labour , parce que c'étoit le tems des
femailles.
,
Quand il fort dehors , il porte dans
fa main fon Arc & des Flèches ou
bien une Zagaye de bois noir, dont la
pointe eft d'or , en forme de pointe de
Lance. Il y a toujours un Caffre qui
marche devant lui , en frapant de fa main
fur un Tambour , pour avertir tout le
monde que l'Empereur le fuit . Tous les
mois à la nouvelle Lune , il fait une
Fête à fes Mozimnes , c'eſt-à - dire aux.
Morts ; & ce jour là, perfonne ne tra
vaille ; mais chacun fe rend à la Cour,
où ce Prince prend de certaines Herbes -
qu'il mêle avec du Mill & de l'Huile" :
Il fe lave dans du vin ; enſuite, il le donne
à boire à fes gens pour les unir à lui,
comme ne faifans qu'un coeur & qu'une
ame. Cette Fête fe célébre au fon de
quantité de Flutes , de Timbales & de
Chalumeaux ; aprês quoy tout le mon
de fe retire, la tête baiffée & lespieds
tremblans .
Les chofes font encore à peu prés.
96 LE MERCURE
dans le même état & ont fort peu changé.
Qui croiroit cependant que ce
fût là le même Palais & les mêmes
Ameublemens dont certains Auteurs
ont parlé, entre autres Dupper ? Le Pais
Impérial felon eux , eit d'une magnificence
fans pareil ; les Poutres &
les Lambris font d'une Sculpture finie
& tous couverts de Plaques d'or cizelé.
Les Tapifferies à la vérité ne font
que de coton ; mais , la vivacité des
couleurs y difpute le prix à l'éclat de
l'or. Des Meubles dorés , peints & émaillés
, des Chandeliers & de la Vaiffelle
d'or maffif , avec une infinité de
Porcelaine entourée de Rameaux d'or
qui reffemblent à des branches de corail
, font une partie des beautés de ces
fuperbes Appartemens : Les dehors du
Palais , ajoûtent- ils , font fortifiés de
Tours , dont la ftructure & la fimmétrie
font un effet furprenant . Ce Puiffant
Monarque employe deux livres d'Or
par jour en parfums. Son Habit eft une
Robe d'un drap de foye à ramage d'or ,
tiffu dans le Païs , &c. C'eft par ces
Defcriptions imaginaires qu'en furprend
la crédulité des Lecteurs ; mais
c'est trop s'arrêter fur le faux .
Simbacé
D'OCTOBRE. 97
Simbaoé eft fitué au Levant de l'habitation
de Têté :Toutes les maifons font de
bois & de terre, couvertes de paille , n'y
ayant point de chaux ni de brique dans
ce Païs là. Il n'y en a aucune qui ait
des portes que celles du Roy.Les Grands
du Royaume font chargés du foin de
deffendre le Peuple des voleurs . En effet,
fi la Juſtice étoit bien exercée dans
les Villes , on pouroit fe paffer de porde
verrouils & de ferrures. tes ,'
Plufieurs de ces Empereurs ont été
Chrétiens de nom : & D. Pedro qui regne
aujourd'hui , fut batifé, étant enfant ,
par un Réligieux Dominicain, à l'inftance
du Roy fon Pere .
Defcription de l'Empire des Bororos
& du Lac de Maravi.
Le fecond Empire eft celui des Boro
ros qui eft à main droite du fleuve Zambeze
, en entrant par la barre de Quilimane
. Proche de cette barre , les Portugais
ont une habitation limitée qui les
rend maîtres de quantité de terres en
avant ; & les Peres Jefuites y ont
une Paroiffe : Tous les autres Païs
qui s'étendent jufqu'aux confins du Ma-
Octobre 1717. I
98 LE MERCURE
rave , qui eft vis- à- vis l'habitation de
Tété , apartiennent à des Rois & à des
Seigneurs qui du tems du Gouverneur
François Barreto, faifoient hommage aux
Portugais Aujourd'hui , ces Barbares
n'ont ni Eglife ni hitations de ce côtelà.
La Ville de Maravi , qui a donné fon
nom au principal Royaume de cet Empire,
peut être éloignée de Tété d'un peu
plus de 60 lieuës . A demi lieuë de cette
Ville , on voit un lac qui va en ferpentant
au Nord Nord Eft . On ne fait
pas encore aujourd'hui jufqu'où il s'étend.
Sa largeur eft de 4. ou 5. licuës; &
on ne voit point la terre du côté de
l'Orient , en quelques endroits ; ni les
Caffres eux -mêmes n'en ont point connoiffance
. Tout ce Lac eft femé de quantité
d'lfles défertes , à la faveur defquelles
pouront s'abrier les Argonautes qui
en voudront découvrir l'extremité du
côté du Nord. Il abonde en Poiſſons , &
a un fond de 8 ou 10 braffes.Les Peres de
la Compagnie de J. voulurent anciennement
naviger par ce Lac jufqu'en Ethiopie
, dont les Ports qui font fur la Mer
rouge, étoient déja pour lors fous 1
mination des Turcs. Ils envoyere
mander au Pere Louis Mariano
l '
D'OCTOBRE. 99
5
meuroit à Tété, fi ce voyage étoit praticable
. Le Pere leur fit réponſe dans une
Lettre que l'on conferve encore dans la
fécretairie de Goa , que cela étoit poffible
& praticable,parce que la Rive de ce
Lac abondoit en mill& en viandes comme
auffi en quantité d'Ivoire,joint à cela
qu'il s'y trouvoit des Almadies ou Canots
qui pouvoient naviger où on voudroit
que cette découverte dépendoit
d'avoir où 6 charges d'Etoffe qu'on
nomme Barres,avec quantité deVeroterie
&40 perfonnes tant Blancs queNoirs,
qu'il falloit commencer la navigation
en Avril & en May , à caufe que c'eft la
faifon ou régnent les vents du Couchant
comme fur la Côte de Moçambique : Cependant,
il ne s'eft trouvé jufqu'à préfent
perfonne qui ait voulu fe charger de cette
entreprife. Cette découverte démanderoit
un bras Royal; & pour cela il faudroit
conftruire fur le Lac même des
Vaiffeaux à voiles & à rames , ainfi que
fit Ferdinand Cortez , lorſqu'il voulût al--
ler prendre la Ville de Mexique ; à caufe
qu'il eft prefque impoffible que des
hommes hazardent l'entreprife d'une
navigation fi longue & fi incertaine fur
de fimples petits Canots.
Iij
335104
100 LE MERCURE
Le Royaume de Maravi eft fitué entre
ce Lac & le fleuve Zambeze , & en pénétrant
plus avant fur la même rive,à 15 .
journées de chemin , on trouve le RoyaumedeMaffi
:Puis,pourfuivant encore
autant de journées , un peu plus out
moins , eft le Royaume de Ruengas , prefqu'à
la hauteur de Mombas ; aprés cela,
je, ne fai pas qu'il s'étende plus loin.
Fermer
5241
p. 100-112
NOUVELLES DE HONGRIE.
Début :
Le Prince Eugéne se tient toûjours dans son nouveau Camp [...]
Mots clefs :
Prince Eugène, Armée impériale, Cavalerie, Frontières, Comte, Grand vizir, Forteresse, Cour ottomane, Grand seigneur, Officiers, Janissaires, Empereur, Vaisseaux de guerre, Armes, Ennemis, Siège, Comte, Vienne, Rebelles, Milices, Sultan, Garnison, Puissances étrangères, Hambourg, Roi de Prusse, Régiment, Venise, Ambassadeur, Victoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES DE HONGRIE.
NOUVELLES DE HONGRIE.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
E Prince Eugéne fe tient toûjours
dans fon nouveau Camp de Semlim
, où l'Armée Impériale tâche de
fe rétablir des fatigues qu'elle a effuyées
pendant la Campagne. Comme ces
Troupes ont beaucoup fouffert , & qu'-
elles font diminuées confidérablement ,
ce Prince n'eft prefque attentif qu'au
foin de recruter de bonne heure l'Infanterie
& de remonter la Cavalerie. 11
s'eft tranfporté à Sémendria , avec le
Prince de Virtemberg , le Général Vehlen
& l'Ingénieur général ; pour examiner
quelles Fortifications on poura faire
à cette Place ; & en même tems ordonner
la diftribution des Poftes & des
Quartiers qu'il jugera à propos d'établir
le long de la Frontiére .
D'OCTOBRE. 101
"
Le Comte Philippi qui a efcorté la
Garnifon Turque de Belgrade , jufqu'à
la hauteurde Niffa, eft de retour en ce
Camp. Il a raporté qu'il n'avoit pû
voir qu'avec horreur , les chemins parfemez
de Turcs , partie morts , partie
encore expirans ; de Chameaux , de
Buffles, de Boeufs,'de chariots & d'autres
voitures abandonnées par les Infideles .
Que le Grand Vizir l'étant venu reconnoître
avec un gros détachement ,
n'ût pas plûtôt vû que c'étoit la Garnifon
de Belgrade qui avoit été obligée
de fe rendre , que s'étant jetté précipitamment
de fon cheval ; il fe profterna à
terre , avec des cris & des gemiffemens
tout-à-fait touchans: Aprés des Démonf.
trations de la douleur la plus vive
il remonta à cheval , la tête baiffée
& repaffa avec fes Troupes & la Garnifon
, la Morave , en difant : Que
Dieu & Mahomet avoient permis que
cette Riviere devint , par la priſe de
cette importante Fortereffe , la Borne
des deux Empires. Le Comte de Philippi
a ajouté , que le Séraskier qui
commandoit dans Belgrade , en fe féparant
de lui , lui avoit pris les mains ,
& en les ferrant , les larmes aux yeux ,
Liij
102 LE MERCURE
s'étoit fervi de ces propres termes :
Allez , Monfieur , affürer fon A. le
Prince Eugéne , que nous ne ferons point
enguerre la Campagne prochaine : Nous
ferons cet hyver une Paix on une Tréve
fi folide , que le Sultan - même ne fera
pas leMaître de la rompre fitôt, & vous ap- ·
prendrez dans peu, de grands changemens
dans la Cour Ottomane.
Le Grand Seigneur qui étoit en marche
avec un gros Corps de Troupes
pour venir joindre la grande Armée ,
informé de ces mauvais fuccés , étoit
retourné fur fes pas , rempli de confternation
. Cet Officier a confirmé que de
tous les débris de ce grand Corps , le
G. Vizir n'avoit pû raffembler auprés de
Niffa. que 18 à 20000 hommes ; tout le
refte s'étant débandé .
Les Janiffaires méconteus de la Porte
, marchoient à Andrinople , dans le
deffein de demander que le Grand - Vizir
fût dépofé , & que Chimporgogli Séraf-
Kier de la Bofnie, fût élevé à cette dignité
. Le Grand -Seigneur de fon côté, doit
tout appréhender de la fureur de cette
Milice irritée , & qu'elle ne foit affez
infolente pour ofer lui donner un Succeffeur.
D'OCTOBRE
103
Les Arnautes , les Albaniens & les
Bulgariens ont envoyé des Députez
au Prince Eugéne , pour implorer la
protection de l'Empereur , & le prier de
leur faire diftribuer de la poudre , des
bales & autres munitions de guerre ,
pour être en état de fe deffendre contre
les Turcs.
Pendant que l'on eft occupé depuis
plufieurs jours à embarquer l'Artillerie
furnuméraire , pour la transférer fur´
So Barques dans d'autres places , felon
les ordres du Prince Eugéne ; on ne ceffe
point de travailler à reparer les ouvrages
& les fortifications délabrées
de Belgrade , & à rendre le port de cette
Fortereffe, capable d'y faire hiverner
les Vaiffeaux de guerre Imperiaux qui
ont fervi fi utilement cette Campagne.
Quoi qu'il y ait un grand nombre de Soldats
employez à nétoyer les rues & les
places , elles étoient tellement embaraffées
des ruines & des débris de cette
Ville , qu'ils foufroient avec impatience
ce penible travail ; mais , depuis
qu'ils ont découvert , en fouillant des habits
, des Armes , des Bijoux , des Vafes
& des Sacs remplis d'or & d'argent ,
ils ont oublié toutes leurs fatigues , ce
Liiij
104
LE MERCURE
qui fait avancer l'ouvrage . Le Prince:
Eugéne a déclaré que tout ce que les Soldats
déterreroient , leur apartiendroit ,
fans que les Officiers fe pûffent rien aproprier
que de gré à gré. Un Fantaſſin
ayant trouvé un trez beau Rubis , le pré-.
fenta fur le champ au Prince Généraliffime
qui lui fit compter 300 ducats. On
a fait la découverte d'unMagazin foûterrain
où il y avoit 200 quintaux de poudre
que les Ennemis n'avoient pas indiquez
; de même que d'une pièce de Canon
fi enorme , qu'elle porte des Boulets
de 115. livres de bales.
La Cavalerie doit faire un mouvement
dans peu vers Futack , pour la
commodité du fourage ; mais, l'Infanterie
n'entrera point en quartier d'Hiver
que les nouveaux ouvrages qu'on fait
au deffous de Semlim, en deçà de la Save
, vis-à- vis Belgrade , n'ayent été mis
dans leur perfection . On éleve auffi un
nouveau Fort à la pointe de la Save , où
les Nôtres avoient , durant le Siége ,
dreffé des batteries qui avoient fort endommagé
la Ville d'Eau & la Citadelle.
Outre ces précautions , on a entrepris
de tirer une communication d'un
bras du Danube avec la Save ; on y fera
D'OCTOBRE. TOS
des Eclufes , afin d'inonder le terrain
en deçà de cette Riviére en cas de néceffité.
Ily a un grand nombre de Païfans
employez à ces differens travaux ,
fans compter mille Fantaffins qui font
relevez fucceffivement par pareil nombre.
Par des lettres du 6. de ce mois du
même Camp , on a appris que les
Turcs avoient fait une députation au
Prince Eugéne pour la paix. Cette démarche
fait préfumer que la Porte ne
tardera pas à envoyer une Ambaffade
folemnelle à l'Empereur pour la moyener.
S'il en faut croire le raport de quelques
Transfuges , le Grand-Vizir avoit
été rélegué à Theffalonique , & peu de
tems aprés étranglé ; que Mehemet-
Baffa cy- devant Chancelier avoit été
choifi pour le remplacer : Elles ajoutent
que la plupart des Janniffaires depuis
laBataille, ne s'étoient crû en fûreté qu'à
Sophie , où ils avoient commis plufieurs
défordres , fans que le Grand - Seigneur
qui y étoit revenu , ait ofé s'y oppoſer
crainte de quelque foulevement de la
part de ces Mutins .
>
Le Général Mercy doit fe tranſporTOG
LE MERCURE
ter du côté de Niffa avec un gros détachement
de Troupes , pour obliger un
Corps confiderable de Turcs qui est
campé entre Niffa, & Vidin , de fe retirer.
Le Prince Eugéne ne doit féparer
fon Armée qu'après cette expedition ,
aprés quoi il s'en rétournera à Vienne .
Le Comte Rabutin eft nommé pour
aller audevant de cette Alteffe , pour
Jui porter une trés riche épée eftimée
80000. florins dont l'Empereur lui fait
préfent .
De Vienne le 10 Octobre.
N vient d'avoir la confirmation
ONq
ue le Corps de Turcs , Tartares,
ou Hongrois Rebelles qui avoient pénétré
par la Moldavie dans la haute
Hongrie , avoit êté prefque tout détruit
par les differens détachemens
qu'on avoit mis à leur pourfuite . On
ne peut imaginer toutes les cruautés &
tous les défordres que ces. Barbares ont:
exercés par tout où ils n'ont point trouvé
de réfittance. Its s'étoient avancésjufqu'à
Bistritz ; mais ayant été informés
que les Comtes de Steinville , de
Martigni & le Général Viard n'étoient
"D'OCTOBRE. 107
pas éloignés , & que l'on s'étoit emparé
des débouchés par où ils pouvoient
fe rétirer , ils furent obligés de remonter
jufque dans le Comté de Marmaros,
pour tâcher de regagner les frontieres
de Pologne . Pendant leur rétraite , les
Milices Nationales s'étant jointes aux
Troupes réglées ; & les Païfans de leur
côté , avec de longues perches ferrées ,
leur tombant de toutes parts fur le
Corps ; dans cette extremité , ils prirent
le parti de fe partager en plufieurs Troupes
pour échaper plus facilement : Et
afin d'être moins embaraffés , ils commencerent
par fabrer tous les Vieillards,
Femmes & Enfans qu'ils emmenoient
en esclavage , n'épargnant que les plus
robuftes. Cette cruelle précaution ne
les a pas tiré du mauvais pas où ils s'étoient
engagez ; car, ils ont été fi` vivement
harcélez & attaquez en tant d'endroits
, que de 15000. qui étoient entrez
fous la conduite du Sultan - Ach net-
Gerai ; à peine s'en eft- t - il fauvé la troifiéme
partie : On ne voit que Corps
morts par les chemins . La plus grande,
partie des Habitans qu'ils emmenoient,
a été remife en liberté : On leur a pris
prés de 5000 chevaux qu'ils avoient
108 LE MERCURE
abandonnés , ne pouvant s'en fervir dans
les Montagnes ; on a fait auffi plufieurs
Prifonniers qui courent rifque d'être
cruellement traitez : Il y en a û déja
quelques uns d'écorchez vifs par les
Païfans qui font des aiguilletes de leurs
peaux. La Cour de Vienne n'eſt pas fi
contente de la manoeuvre des Milices
de Croatie que Meffieurs de Nabatta
&
Drakowitz
commandoient prez de
Novi en Bofnie ; car , dans une action
qu'elles ont ûe avec les Turcs, ceux - ci
les ont taillées en piéces , fait quantité
de
Prifonniers & emmené plus de 3 000
perfonnes en efclavage.
La Garnifon Turque continue à fe
deffendre avec beaucoup d'opiniatreté,
dans le Château de Zwornick fitué fur
la petite Rivière de Drin qui fépare la
Bofnie de la Servie : On a été obligé
d'y envoyer de nouveaux Renforts &
du Canon pour en venir à bout . Le Général
Petrafch qui commande à ce fiége,
y a été dangereufement bleffé, & a demandé
qu'on le tranfportât à Brod fur
la Save pour s'y faire pançer.
Le Prince Eugéne fe donne beaucoup
de foin, pour rétablir le commerce
de Témefvar avec Belgrade : L'EmpeD'OCTOBRE.
109
reur conformément à ce deffein , a accordé
deux Foires franches à chacune
de ces Villes.
De l'Empire , du 8. Octobre.
L'Empereur vient de donner de nouveau
une ordonnance , par laquelle
il eft enjoint au Landgrave de Heffe
- Caffel d'évacuer dans le terme de
fix femaines ,la Fortereffe de Rhinsfeld ;
faute de quoi , l'exécution fuivra de
prés la menace. On ne croit pas cependant
que ce Landgrave obeiffe , étant
vrai-femblable qu'il eft appuyé par des
Puiffances étrangeres qui ont interêt
qu'on ne lui enleve pas cette Fortereffe ,
par laquelle elles peuvent avoir un paffage
jufque dans la baffe- Saxe. Le Baron
Beck eft de la part de l'Electeur
Palatin à Caffel, pour empêcher, s'il eft
poffible, que l'on n'en vienne à une rupture,
O
De Hambourg du premier Octobre
N est fort curieux de fçavoir ici
ce qu'eft dévenu le Baron de
Gortz. Il y a des lettres qui affûrent
110 LE MER CURE
qu'il eft partíavec un Pafle - port duCzar
pour Rével , d'où il a paffé en Suéde.
Cette complaisance pour cette Couronne
, fait foupçonner S. M. Cz.d'être entrée
dans l'alliance du Nord.
La démolition de Wifmar fe conti-.
nue avec force.
Le Roy de Pruffe a fait préfent au
Czar d'une pièce de Canon de 115 livres
de bales ; & la Reine de Pruffe a
donné à la Czarienne un caroffe magnifique
attelé de 8. chevaux Ifabelles,
avec des harnois trés riches: Le Czar
par reconnoiffance , deftine à S. M. P.
un Regiment compofé des plus grands-
& des plus beaux hommes de fes Etats:
Ils feront habillez comme le Regiment
des Gardes Suiffes en France .
La Paix du Nord s'avance , & le
Roy de Suéde doit nommer une Ville
pour le Congrez .
L
De Venife , le 15 Octobre.
A Flote de la République , depuis
le dernier échec contre les Turcs,
n'a pas été en état de tenir la Mer : Elle
étoit encore à la fin de Septembre, à
Zante.Celle desTurcs qui auroit pû faiD'OCTOBRE.
717
re quelque entrepriſe d'éclat , n'a ofé
la rifquer ; ayant perdu courage fur la
Nouvelle de la Victoire remportée par
l'Armée Imperiale fur celle des Turcs ;
c'eft ce qui fait qu'elle n'a pas quitté
les Eaux de Modon.
Le général Mocénigo qui eſt à Cataro
, difpofe, dit-on , toutes chofes pour
le bombardement de Dulcigno ; mais ,
nos plus fenfez Politiques doutent fort
que ce projet foit fuivi de l'éxécution
par la raison que cette expedition couteroit
beaucoup d'argent à la République
qui n'en a pas plus qu'il lui en faut.
L'on travaille avec empreffement à former
des fonds pour la Campagne prochaine
; mais ,felon l'ufage ordinaire ,
on ne fera rien avec précipitation . Pour
cet effet , l'on parle d'obliger les Particuliers
à porter leur Vaiſelle d'argent à
la Monoye, pour engager par cet exemple
, les Eglifes , les Monafteres & les
Confrairies qui ont beaucoup de ce métal
, à faire de même. Ces lettres
confirment que le different entre le Pape,
touchant le cours que S.S. veut donner
dans le Po de Prémaro aux Eaux
de la Riviére de Ren , fait toujours
beaucoup de bruit. Le Comte de Gal112
LEMERCURE
las Ambaffadeur de l'Empereur à Rome
, s'oppose à cette entreprife ; parce
qu'il feroit à craindre que les fables
que le Ren entraine , ne rempliffent les
Canaux de Comachio , & ne détruiffent
la pêche dont l'Empereur tire de
gros Révenus.
Fermer
5242
p. 112-123
JOURNAL DE CAGLIARI.
Début :
Cagliari Ville Capitalle de l'Isle de Sardaigne, est située sur [...]
Mots clefs :
Cagliari, Sardaigne, Siège, Sénateur, Conseillers, Charges, Privilèges, Escadre, Débarquement, Troupes, Armée, Amnistie, Flotte, Châteaux, Canon, Port, Chevalier, Artillerie, Tranchées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE CAGLIARI.
JOURNAL DE CAGLIARI.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
Cagliari Ville Capitalle de l'Iſle
de Sardaigne , eft fituée fur une éminence
, au bord de la Mer , avec un
beau Port où les Vaiffeaux qui viennent
du Ponant & du Levant , fe retirent
: C'eſt le Siége d'un Archevéché
& d'un Viceroy: Son regard principal ett
fur l'Affrique . On la divife en 4 Parties.
Celle du milieu ceinte d'une forte muraille
, s'appelle proprement Caglier.
La Partie qui la joint & qui regarde le
Levant , eft nommé Villeneuve , l'autre
qui tire au Midi , ayant fon afpect vers
la Marine , a pris fon nom de la Marine,
ou de Gliapola ; & celle qui eft au
Couchant , fe nomme Stampax . Ces
3 dernieres parties , quoique fermées de
D'OCTO BRE. 112
murailles avec des foffez , font comme
les Fauxbourgs de Cagliari . L'on remarque
entre autres chofes , dans cette
Capitale , la belle Tour Saint Brancas ,
prefque toute de marbre , celle de l'Eléphant
auffi bâtie de marbre pour la plus.
grande partie ; le Château qui eft très
fort ; le Palais du Roy où loge le Viceroy
; la Maifon des Senateurs appellée
la Maifon de Ville , la grande Fontaine
, les Boulevars & les Baſtions de
Sainte Croix , de Saint auguftin &c.
Jacques II. Roy d'Aragon prit cette
Ville en 1330. Depuis ce tems- là , cette
Ifle étoit demeurée foûmife aux Efpa--
gnols , jufqu'au Traité d'Utrech , par
lequel ce Royaume a été démembré de
la Monarchie Efpagnole & cédé à l'Em--
pereur Charles V.
Elle a
Confeillers : Ils portent par
S
la Ville les Armoiries de leurs Charges ,
& gouvernent feuls la République & fes
revenus qui font confidérables.
Ils ont en de certains cas , la puiffance
d'établir des Loix : Leurs Privileges.
portent que le Roy d'Aragon , comme
Prince de Sardaigne , ne fe mélera point
non plus que le Viceroy fon Lieutenant ,
da Gouvernement de leur République.
K
114
LE MERCURE
L.
>
Es Relations différentes qui fe font
répandues depuis deux mois , an fujet
des Armes defa MajeftéCatholique.
dans l'entreprise de la Sardaigne ; ont
étéfi incertaines , que je n'ai rien voulu
prendrefur mon compte touchant cet événement
, dans mon Mercure de Septembre
; mais apréfent , que je fuis pleiner
ment inftruit du dénouement de cette
grande affaire , je vais reprendre mon
Journal , à l'endroit où j'en demeurai le
mois d'Aouft dernier , & raporter exa-
Element tout ce qui s'eft passé de plus mémorable.
Dans le Suplément du Journal du mois.
d'Aouft , nous dimes que la premiere &
& laplus forte Efcadre de la Flote Efpagnole
qui étoit fortie de Barcelone quelques
jours avant la feconde , étoit entrée
par deux fois dans la Rede d'Alcudia
en l'Ile de Mayorque , à cause que les
vents contraires & le calme s'étoient oppofés
àfon deffein . Apréſent , il eſt à propos
d'inftruire le Public que cette même
Efcadre ayant fait voile vers la Sardaigne
, ellefut obligée de rentrer pour
par.
troifiémefois dans la même Rade la
fuite du mauvais tems . Mais enfin , à
la
D'OCTOBRE. 175 :
la faveur d'un bon vent , elle pourfuivit
fa route & entra dans la Baye de Cagliarile
21 du même mois , où elle trouva la feconde
Efcadre commandée par Dom Balthazar
de Guevra , laquelle y étoit ar
rivée quelques jours auparavant.
Le 22 , le débarquement fut fait à
une lieuë de la Place , près de la petite
Riviere de Saint André de Quarte, non
loin des Salines qu'il y a dans le même
endroit . Six. cens chevaux de Cavalerie
nationale de l'Ifle. ayant entrepris de
soppofer au débarquement , furent
bientôt battus & mis en fuite par quelques
Troupes Efpagnoles qui eftoient à
l'abri de leurs Galéres , lefquelles s'approchérent
beaucoup de la Terre ; après
quoi , tout le débarquement fe fit fans
la moindre oppofition ; & les Troupes
Efpagnoles fe campérent près du Sanctuaire
& du Palais de Notre - Dame de
Buen- Ayre, à un petit quart de lienë de
la Place .
"
Le débarquement fait , M. le Marquis
de Lede Commandant en Chef,
fit fommer le Viceroy de ferendre , par ;
le Colonel Don Martin de Mayorga
Capitaine du Regiment des Gardes Efpagnoles
, Officier de valeur & de conduite
; mais , M. de Rubi Viceroi de la
116 LE MERCURE
.
Sardaigne ayant répondu avec beau
coup de hauteur & de fierté , les Galiotes
à bombes commencérent à bombarder
là Ville , & les Troupes prirent ce Pofte
pour faire le fiége par terre .
Le Vice- Roy ne pouvant plus fe foutenir
dans la Ville,fe retira au Château
où il fait fa demeure ordinaire : L'Archevêque
en fit autant , & prefque toute
la Nobleffe de Cagliari prit le parti le
-plus fûr , en fe répandant dans les endroits
les plus reculez de la Montagne ,
pour y attendre l'évenément de cette
entrepriſe .
Au commencement , l'Armée Efpagnole
fentit quelque diferte de Vivres ,
à caufe que tous les Païfans prirent l'épouvante
à fon arrivée ; mais, ils fe raffurerent
fur le champ;parce que leMarquis
de Lede fit publier une Amniftie
générale , & offrit de la part de Sa
Majefté Catholique, la confervation de
tous les Privileges du Royaume qui
font très grands , à caufe que cette Iſle
fait une partie de l'ancienne Couronne
d'Aragon. A peine la publication de
l'Amnistic fut faite , qu'on commen-
са à aporter à l'Armée toutes fortes
de Vivres en abondance ; de forte
que
1
D'OCTOBRE. 117
.
qu'on fourniffoit 10000 rations de pain.
frais par jour.
A l'arrivée de la Flote , une Fregate
Efpagnole appellée la Junon , prit, trois
gros Bâtimens que le Viceroy de Naples
envoyoit au fecours de la Place ,.
tous chargez de munitions , de poudres ,
d'affuts de canons , de mortiers à
bombes & autres appareils de guerre ;
& le Colonel Ferrer fort connu dans
4
la guerre d'Efpagne , par les différentes
exécutions qu'il fit à la tête des Miquelets
, fut encore pris dans un de ces Bâtimens
qu'il cominandoit.
En même tems , le Marquis de . Lede
envoya deux Officiers à Barcelone &
à Génes , pour faire fçavoir aux Efpagnols
& aux Italiens . fon hûreux dé-
Barquement , & fit détacher de fa Flote
4 Frégates , bonnes voilieres , pour
cotoyer la Sardaigne & l'Ile de Corfe ;.
afin d'empêcher les fecours qui pouroient
être envoyez en ce Royaume- là.
Au commencement du mois de Septembre
, le Marquis de Rubi Vice - Roy
fe voyant réduit à l'extrémité , fit battre
la chamade pour capituler ; à caufe
qu'une partie des Fauxbourgs étoit déja
foumife aux Efpagnols , & que le Châ118
LE MERCURE
teau étoit fort endomagé par les bombes
& par quelques batteries de campagne
; mais , les conditions qu'il propofa
, ayant parû fort exceffives au
Marquis de Lede , ce Général ne voulut
pas les écouter ; fi bien que le 7 , il
fit placer une batterie de 36Canons ,pour
battre en bréche le Château ; mais , par
le défaut de fafcines qu'il faloit aller
chercher fort loin , & parce qu'il faloit
dreffer les platesformesdans des endroits
trés difficiles , & efcarpez de la Montagne
fur laquelle le Château est bâti;
on différa l'ouverture de la tranchée
jufqu'au 14.
La nuit du 3. au 4. Septembre , le
Marquis de Lede détacha M. Graffeton
Maréchal de Camp, avec 350 Grenadiers
& quelques Dragons , pour attaquer
le Château de S. Michel - la
Comteffe , petite fortereffe placée hors
la portée du Canon de la place : On ne
s'étoit déterminé à cette entreprife , que
fur les avis que l'on avoit reçû que ce.
Château que l'on difoit à demi- ruiné
n'étoit défendu que par des Paifans ;
mais aux approches , on reconnut qu'on
avoit été mal informé , puifqu'on y
trouva de bons foffez & de bonnes
D'OCTOBRE. 119
fortifications , derriere lefquelles il y
avoit des Troupes reglées avec du Canon
à Cartouche qui nous bleffa 12 .
Soldats , en tua 7.ou 8. autres avec 5.
Officiers .
Les du même mois ,il étoit arrivé
au Port de Gennes , un grand Vaiffeaude
guerre d'Efpagne nommé le Royal S:
Philippe Il étoit commandé par Dom
Cayetano Pujadas Chevalier de Mal- .
the , & brave Officier de Mer Le-
Marquis de Saint Philippe envoyé
d'Efpagne à Gennes , y monta le
même jour par ordre de Sa Majefté
Catholique , pour, aller en qualité de
Gentil - Homme originaire de Sardaigne,
ramener par fon crédit , les éfprits de fes
Compatriottes , & frayer la route de.
l'entier recouvrement de cette Ifle .
Le 7. on envoya la Fregatte le Volant
de l'autre côté du Port , avec un
détachement commandé par un Lieutenant
Colonel , pour faire des fafcines
& des picquets qui dévoient être employez
à dreffer des Batteries & à
ouvrir la Tranchée .
Le 8. le Chevalier de Lede étant
forti du Camp , à la tête de 3. Compagnies
de Grenadiers des Gardes & de
120 LE MERCURE
220. Dragons , réduifit à l'obeiffance
du Roy quelques Villages, animez con--
the les Espagnols par le Bailly Maranioffa
qui commandoit quelques Troupes
de Cavalerie du Païs , laquelle à fon
aproche , fe fauva dans les Montagnes :
Le même jour , on fit un Lieutenant de
Vaiffeaux prifonnier , qui portoit à Naples
des dépêches du Marquis de Rubi ,
avec des lettres pour la Cour de Vienne .
Le 9 , quelques Gentils- Hommes.
du pays , du nombre des Partifans du
Roy d'Espagne , vinrent fe rendre au
Camp des Eſpagnols.
Le 10. deux Vaifeaux du Roy de Sicile
commandez par le général Scarempi
, en entrant dans le Port , effuyerent
une rude bordée de toute l'Artillerie
d'un Vaiffeau Efpagnol qui les prit
pour Batimens Ennemis , perfuadés que
c'étoit un fecours envoyé de Naples
ou de Gennes , pour fécourir la Place ;
mais l'Espagnol ayant réconnû le Pavillon
de S. M. S. il en fit fes excufes
, & la chofe fe paffa à l'amiable de
part & d'autre.
Le 11. on commença à tirer une ligne
de communication de la Croix de
Notre- Dame de Buen- Ayte vers la Marine,
D'OCTOBRE. 121
rine , pour faire l'ouverture de la tranchée
: Comme on ne peut pas creufer la
terre pas la difficulté des Roches qui
s'y rencontrent on a êté obligé de ſe
couvrir à force de Tonneaux & de Gabions.
9
Le même jour , la Ville de Saffaria
Capitale de la partie Septentrionale de
la Sardaigne , envoya deux Députés au
Marquis de Lede , pour demander un
fecours de deux Galéres avec 300 hommes
; afin de fe mettre en état par là ,
de fecouer le joug des Allemans. Quelques
Lettres de Gennes affûrent que
l'ayant obtenû , les Habitans ont chaffé
de leur Ville , la Garniſon & le Gouverneur
,mis par ordre de la Cour de
Vie ne ; & qu'enfuite ils ont reconnu
le Roy Catholique pour leur légitime
Souverain.
Le 12. les Troupes Eſpagnoles pouffoient
fi vivement les travaux , malgré
le feu de la place , qu'elles en
avoient déja fait 90. Toiles.
Le 13. fut employé à perfectioner
une batterie , contre les Baſtions de la
Marine qui font détachés de l'enceinte
de la Place de Cagliari : On fit une ligne
de communication duCouvent de laTri-
Octobre 1717.. L
122 LE MERCURE
nité jufqu'à celui de S. Lucifero . Ce ne
fut cependant que la nuit du 13 au 14,
qu'on ouvrit la tranchée , qui fut montée
par 2. Bataillons des Gardes Efpagnoles
commandées par Dom Jofeph
de Armendariz Lieutenant général , par
le Chevalier de Lede Maréchal de
Camp , & par le Brigadier Dom Jean de
Carrote.
La nuit du 14. au 15. la tranchée fat
fervie par 2. autres Bataillons des Gardes
Efpagnoles , par 60. Dragons , &
800. Travailleurs commandés par le
Marquis de San Vicente Lieutenant
général. Le Royal S. Philippe monté par
le Marquis de S. Philippe , entra dans
le Port ; il venoit de Gennes avec un
fecours de 14000. Pistoles pour l'Ar
mée.
Les 735. Dragons du Regiment d'Hamilton
, qui s'étoient embarqué à Gennes
pour la Sardaigne , dans le deffein
de fecourir les Affiégés , on de fe jetter
dans quelque autre Place de cette Ifle ,
font venus d'abord à S. Florence , Port
de l'Ifle de Corfe ; dé là , ils ont gagné
le Port de Calvi , & font enfin entrés
dans le Port d'Ayazzo , d'où , felon les
dernieres lettres de Gennes ils font bloD'OCTOBRE.
123
qués par deux Fregattes & deux Galeres
d'Efpagne qui leur interceptent le
paffage.
Les Tempêtes de Mer ayant empêché
de recevoir la fuite de ce Journal ,
nous fommes obligés de le terminer à
cette derniere datte , en attendant que
nous en recevions la continuation.
On vient cependant d'apprendre par
la voye de Marfeille , que le Patron
d'une Barque Françoife , partit le zjde ce
mois du Port de Cagliari pour paffer
à Barcelonne , a déclaré que le 30. Septembre
, les Espagnols s'étoient rendus
maîtres de la Place & du Château , où
on avoit fait deux grandes Bréches ; ce
qui avoit obligé le Marquis de Rubi de
fe rendre , fans fçavoir encore à quelles
conditions . Pluſieurs autres Barques confirment
cette nouvelle , entre lefquel .
les , il y en a qui ajoutent que la Pla-.
ce d'Alguer, aprés quelque foible réfiftance
, s'étoit foûmife aux armes du
Roy Catholique , & que toute l'ille
avoit fuivi cet exemple : Peut - être
qu'avant de finir nôtre Recueil , on faura
à quoi s'en tenir.
Fermer
5243
p. 124-129
LETTRE DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE.
Début :
La Lettre du Pape au Roy d'Espagne, touchant l'entreprise / Tres-Cher Fils en Jesus-Christ, Salut & Bénédiction Apostolique. [...]
Mots clefs :
Vaisseaux de guerre, Flotte, Gloire, Consistoire, Cardinaux, Église romaine, Combats, Douleur, Discours, Réputation, Guerre sacrée, Conseillers, Religion catholique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE.
A Lettre du Pape au Roy d'Efpagne
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
, touchant l'entreprife formée
fur le Royaume de Sardaigne , eft une
piéce trop importante pour ne lui pas
donner place ici,
LETTRE
DU PAPE AU ROY D'ESPAGNE .
RES-CHER FILS EN JESUS-CHRIST,
Salut de Bénédiction Apoftolique .
Comme Nous ne doutions nullement des
affûrances que Vêtre Majesté Nous avoit
données plus d'unefois , que les Vaiſſeanx
de guerre que Nous Vous avions demandex
inftamment & que Vous faifiez
équiper , etoient deftinez pour fecourir
puiffamment la Flote Chrêtienne centre
les Turcs : Dans cette perfuafion &
pour contribuer à vôtre gloire , Nous en
fimes d'abord part en Confiftoire à nos vénérables
Freres les Cardinaux de la Samte
Eglife Romaine ; de même que ce qui
Nous fut mandé enfuite de vôtre part ;
D'OCTOBRE. 125
que ces Vaiffeaux avoient mis à la voile ,
pour aller en Levant & foutenir la Canfe
commune , comme Vous Nous aviez
fouvent promis. Nous enfumes d'autant
plus perfuadez , que Nous le fouhaitions
avec ardeur , ayant en avis que cette Flor
te , quoi qu'elle eût défendu vaillamment
la Caufe du Nom Chrêtien , attendoit
avec impatience l'arrivée de ces Waiffeaux
Auxiliaires ; fe trouvant fort fatiguée
par les Combats fanglans donneX
dernierement dans l'Archipel.
que
Votre Majesté peut donc juger de la
furprise de la douleur que Nous ont
caufe les bruits répandus depuis peu 3 que
vos Vaiffeaux n'avoient pas pris la route
Vous Nous aviez marquée , mais une
autre directement contraire à vos promeffes
; en forte que la Religion Orthodoxe
n'en pouvoit efperer aucun fecours , mais
aucontraire,avoit tout fujet d'en craindre
des fuites trés dangerenfes..
Nous avoüons bien , que jufqu'à préfent
Nous avons tâché d'adoucir la douleur
que Nous avons eue de cette Nouvelte
, en ne croyant pas qu'il fallut encorey
ajouter une entiere foi ; quoi qu'elle fut
confirmée par les difcours & les plaintes,
dě plufieurs ; parce que Nous l'envifa-
Lii
126
LE MERCURE
gions comme une chofe directement contraire
à vôtre grande pieté , à la foi de
vos promeffes , & même au devoir d'un
Roy Catholique , dans un tems où l'Eglife
fe trouve dans un fi grand danger.
>
Mais,comme le bruit commun , répandu
de tous côtez fur cette affaire , Nous
fait craindre › que par les artifices de
quelques perfonnes , Vous n'ayez étéentrainé
malgré Vous & contre vôtre inclination
dans ce nuifible & dangereux
deffen , qu'on dit même que Vous avez
déja fait éclater ; nôtre fincère & paternelle
Charité envers Vous , ne nous permet
pas de nous taire , dans un auffi grand
péril non feulement de vôtre Réputation ,
mais même de vôtre Ame : Car , qui ne
voit quel compte vous auriez à rendre
an Roy des Roys , & quelle tache ce feroit
à votre Reputation , fi vos Confeillers
avoient étécapables d'extorquer de
Vous , que Vous abandonnaffiez la Cauſe
commune ; que Vous ne fiffiez aucune attention
aux périls de la Religion Chrêtienne
; & que Vous oubliant Vous-même,
Vous portaffiez ailleurs les Troupes
& les Armes deftinées à une Guerre
Sacrée , à la defenfe de la Sainte Egli
fe ; & que Vous ne gardaffiez pas la Foi
D'OCTOBRE. 127
que Vous Nous avez fi ſouvent promiſe ,
on plûtôt à Dieu qui ne peut être moqué
, & au Nom duquel Nous avons reçû
vos promeffes ? Ces Confeillers s'attireroient
les effets terribles de la Vengeance
Divine , fi fous prétexte de quelques
offenfes , on pouez par des interêts
particuliers , ils avoient donné à V. M.
de fi pernicieux confeils , pour ternir la
gloire de vôtre Nom Royal , éluder les
foins & les efforts de notre fonction Pafte
rale pour la défenfe du Nom Chrêtien z
& lequel enfin Dieu , terrible envers les
Roys de la Terre , ne permettroitpas qu'il
demeurât impuni.
Quelles affenfes, en effet , vos Miniftrespourroient-
ils rapeller , pour Vous
confeiller de les préferer à la Caufe de
Dien ? Quelles raifonsfauroient-ils alleguer
, qui dûffent être préferées au Bien
de la Religion Catholique , à l'avancement
de la Gloire de Dieu , & aux urgentes
néceffitez de la République Chrêtienne
? Pourroient- ils prendre pourprétexte,
queJESUS - CHRIST leur eût en quelque
chofe manqué de Foi , ou qu'il leur
eût fait quelque injustice , pour foutenir.
qu'on pourroit auffi lui manquer de Foi ,
& abandonner la défenfe de fon Nom
Liiij
LE MERCURE
& de fes Droits , à laquelle ils étoient
obligez ?
Nous prions donc trés inftamment V.
M. & la conjurons au nom du Seigneur,
comme Nous vous l'avons déja repréſenté
librement , mais avec une affection paternelle
, quefuivant votre équité & vôtre
prudence finguliere , Vous faffiez de
férienfes réflexions fur les dangers de la
République Chrétienne , de l'Eglife &
de la Religion ; & que Vous veuilliez
Nous écouter , Nous qui Vous tenons
lien de Pere, qui Vous aimons tendrement
& qui vous donnons de veritables &fam
lutaires confeils , plûtôt que ces Fils de
défiance , qui ne fongent qu'aux choſes.
de la Terre , & qui ne souhaitant
pas tant vôtre grandeur qu'à s'acquérir
de la louange , Vous infpirent des deffeins
avantageux en aparence ; mais ,
trés-pernicieux en effet ; & que vous préniez
une réfolution , qui Vous faifant
laiffer les chofes dans le même état où elles.
étoient , ou fi l'on y a aporté quelque
changement , les rétabliſſant dans l'état
•ù elles étoient auparavant , mette vôtre
gloire & votre confcience à couvert , contribue
à la Tranquillitépublique , & prévienne
enfin les plaintes de tous les gens
de bien.
D'OCTOBRE. 1.2.9
Notre vénérable Frere Pompée , Archevêque
de Neo - Cefarée ( Andrinople
) nôtre Nonce auprès de Vous , Vous
en dira davantage fur ce sujet ; & Nous
Vous prions de vouloir toûjours l'écouter
favorablement , fuivant vôtre coûtume.
Cependant , Nous ne cefferons de prier
Dieu , entre les mains de qui font les
coeurs des Roys , qu'il donne à nos paroles
ànos avertiffemens , la force de fléchir
l'efprit de V. M. & lui faire former
des deffeins qui n'arrêtent point le cours,
des Bénédictions Célestes fur Vous , mais
qui puiffent Vous les attirer de plus en
plus , au bonheur continuel de Votre
Royaume : Et pourgage de notre Charité
Pontificale , Nous Vous donnons très- affectueufement
nôtre Benediction Apoftolique.
Donnè à Rome à Sainte Marie.
Majeure ,fous le Seau du Pécheur , le 25 .
Août de l'An 1717 , & de nôtre Pontificat
le 17.
Fermer
5244
p. 129-133
A Rome le 5 Octobre 1717.
Début :
La Princesse Scavolino, autrement la Princesse Carpeigne a quitté Rome, [...]
Mots clefs :
Princesse, Justice, Assemblée, Comte, Gentilhomme, Chevalier, Seigneur, Pape, Abbé, Cardinal, Victoire, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 5 Octobre 1717.
A Rome le Octobre 1717 .
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
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5245
p. 133
« M. Zappi Poëte célébre, a fait à l'occasion de la Victoire / Viva l'Augusto Carlo. Oppressa, e vinta [...] »
Début :
M. Zappi Poëte célébre, a fait à l'occasion de la Victoire / Viva l'Augusto Carlo. Oppressa, e vinta [...]
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texteReconnaissance textuelle : « M. Zappi Poëte célébre, a fait à l'occasion de la Victoire / Viva l'Augusto Carlo. Oppressa, e vinta [...] »
M. Zappi Poëte célébre , a fait à
l'occafion de la Victoire de Belgrade ,
un Sonnet en Italien qui eft ici fort .
eftimé : Il dédié à M. le Comte de
Gallas Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome ; en voici une copie .
V
Iva t'Augusto CARLO. Oppreffa
, e vinta
Cadde Belgrado , e già la Croce adora :::
Bacia l'aurée Catene , ond' oggi è cinta ,
E del nuovo Signor fe fteffa onora .
Ma questo èpoco ; alle difefe accinta ,
Tutti i fuoi Regni fpopolò l'Aurora :
E già fugata , prigioniera , eftinta
Fu la grand' Ofte ; e questo è poco ancora .
Io del deftino apro i Volumi ; e leggi
Che del Barbaro Impero è già maturo
L'ultime eccidio , che nel Ciel fi trama :
E volgo il guardo inver Bizanzio , e
vergo
L'ombra di Conftantino , altaful muro ;
Che il Succeffore , dall' Auftria , afpet- .
ta , e chiama.
l'occafion de la Victoire de Belgrade ,
un Sonnet en Italien qui eft ici fort .
eftimé : Il dédié à M. le Comte de
Gallas Ambaffadeur de l'Empereur à
Rome ; en voici une copie .
V
Iva t'Augusto CARLO. Oppreffa
, e vinta
Cadde Belgrado , e già la Croce adora :::
Bacia l'aurée Catene , ond' oggi è cinta ,
E del nuovo Signor fe fteffa onora .
Ma questo èpoco ; alle difefe accinta ,
Tutti i fuoi Regni fpopolò l'Aurora :
E già fugata , prigioniera , eftinta
Fu la grand' Ofte ; e questo è poco ancora .
Io del deftino apro i Volumi ; e leggi
Che del Barbaro Impero è già maturo
L'ultime eccidio , che nel Ciel fi trama :
E volgo il guardo inver Bizanzio , e
vergo
L'ombra di Conftantino , altaful muro ;
Che il Succeffore , dall' Auftria , afpet- .
ta , e chiama.
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5246
p. 134-138
De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
Début :
On fit hier en cette Ville l'Inauguration de l'Empereur, comme [...]
Mots clefs :
Inauguration, Empereur, Seigneurs, Marquis, Députés, Officiers, Carosse, Messe, Maréchal, Serments, Cérémonie, Obéissance, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
De Bruxelles le 10 Octobre 1717.
ON fithier en cette Vile l'Inauguration
de l'Empereur , comme
Duc deBrabant & de Limbourg. Les Seigneurs
Etats du Duché de Brabant &
lesDéputez de Limbourg, s'étant affemblez
chez le Comte de Tildonc , allerent
en Cavalcade vers les ro heures
du matin, à l'Hôtel de M. le Marquis de
Prié , pour le conduire à l'Eglife Collegiale
de S. Michel & de Sainte Gudule.
La marche commença par le Regiment
du Marquis de wefterlo , les Officiers
à la tête , puis les Députez des
Etats du Duché de Limbourg précédez
des trompettes & timbales ; aprés eux, le
Marquis d'Affche portant le grand
Etendart , comme Guidon héréditaire
du Duché de Brabant , ayant devant
luy' les deux Huiffiers des Etats de cette
Province ; enfuite les trois Receveurs &
le Greffier des Etats de Brabant , les
Députez des Villes d'Anvers , de Bruxelles
& de Louvain ; les Nobles &
les Prélats, chacun felon fon rang, ayant
à leur tête l'Abbé & Comte de Gem-1
bloux comme premier Noble . M. l'ED'OCTOBRE.
-135
vêque d'Anvers & l'Archevêque de
Malines fuivirent enfuite . Le Duc d'Urfel
reprefentant le Comte de Grobbendonc
, comme Maréchal heréditaire de
Brabant , portoit l'Epée , ayant devant
lui trois Herauts- d'Armes aux titres de
Brabant , de Limbourg & du Marquifat
du S : Empire ; à fa droite , le Herautd'Armes
à titre de la Toifon d'or , & à
fa gauche, celui à titre de Lothier , tous
vêtus de leurs cotes d'armes, le Caducéé
en main . M. le Marquis de Prić entouré
de la Noble garde des Archers , &
précedé de celle des Hallebardiers ,
marcha enfuite avec les Gentils - Hommes
,fes autres Officiers domeftiques,
Pages , Valets de pied & Haiduques ,.
fes chevaux de main & fes Caroffes de
corps. La marche fut fermée par le Regiment
de Dragons du Prince de Holftein.
Dés que Son Exc. fut entrée dans
l'Eglife , on commença la Meſſe de la
Sainte Trinité , qui fut chantée pontificalement
par M. l'Archevêque de
Malines , Primar des Pays bas , affifté
du Prélat du Parc Archichapelain des
Ducs de Brabant , du Prélat de Villers
comme Diacre , & du Prélat de S Bernard
comme Soudiacre. La Meſſe fi136
LE MERCURE
nie,Son Exc . mit la main fur le Miffel
qui lui fut préfenté pour ce fujet , &
fit entre les mains dudit Seigneur Archevêque,
le ferment accoûtumé pour
l'obſervation des Droits & Privileges
compérans aux Eglifes de Brabant . Le
Doyen de ladite Eglife fuivi des Chanoines
tous en chapes , vint faire enfuite
à M. de Prié la lecture d'un ferment
particulier pour les Droits & Privileges
de l'Eglife de S. Michel & de
Ste Gudule . Ces fonctions étant achevées
, Son Exc. accompagnée defdits
Seigneurs Etats , reprit la marche dans
le même ordre vers la Cour , où Elle
monta fur le grand Théatre qu'on y
avoit préparé pour cette célébre cérémonie
. Elle s'y mit dans un fauteuil
fous un riche dais , où le Portrait de Sa
Majefté Imp . étoit expofé , & fut entourée
de deux côtez des Seigneurs
Archevêque de Malines , de l'Evêque
d'Anvers , des Prelats , des Nobles
des Deputez , & c. Le Duc d'Urfel repréfentant
le Comte de Grobbendock ,
comme Maréchal héréditaire de Brabant
, tenant l'Epée , fe mit à droite de
la Table , & le Marquis d'Affche à la
gauche, comme Guidon héréditaire de
›
B
D'OCTOBRE
137
Brabant avec l'Etendart de la Province.
Chacun étant placé , le premier Heraut-
d'Armes cria à haute voix Silence,
Silence ; Son Exc. déclara le fujet de
cette Affemblée , à quoi le Greffier des
Etats de Brabant ayant répondu , lût à
haute voix les Lettres de Plein -pouvoir
de Sa Majefté Imp. enfuite les Lettres
de la Joyeufe Entrée avec leurs additions
. Enfin , les deux Sermens
ordinaires en langue Brabançonne &
Bourguignone . M. de Prié mit la main
fur le Miffel qui lui fut préfenté par
l'Archevêque , & fit au nom de l'Em
pereur,comme Duc de Brabant , les deux
fermens mentionnez. Enfuite de quoi ,
on fit à haute voix la lecture du ferment
d'obéiffance & de fidelité que les-
Etats de Brabant devoient prêter. Aprés
quoi , l'Archevêque , l'Evêque & les Prelats
le firent entre les mains de Son
Exc & les Nobles & les Députez des
Chefs Villes , en firent de même . Le
Penfionnaire des Etats de Limbourg fic
enfuite lecture des deux fermens que
Son Exc. devoit prêter aux Etats de
la même Province ; Onlûr enfuite le
ferment de fidélité & d'obéïffance que
les Etats de Limbourg devoient prêtez
Octobre 1717. M
138,
LE MERCURE
& que leurs Députez firentpareillement.
Cette Cérémonie étant achevée , le premier
Roi d'Armes cria trois fois à haute
voix : Vive l'Empereur & Roi , Duc
de Lothier , de Brabant , de Limbourg ,
& Marquis du S. Empire. Les trompettes
& timbales fe firent d'abord entendre
, & on fit trois décharges de
l'Artillerie de nos remparts , au fon de
la Cloche de Triomphe ; pendant quoi,
on jetta au Peuple des Médailles d'or
& d'argent. Son Exc . donna enfuite un
fettin fort magnifique dans le grand Salon
de la Cour , aux Seigneurs Etats des
deux Provinces , comme auffi à plufeurs
autres Seigneurs. Le foir il y eût
un grand feu d'artifice dreffé dans le
Parc derriere le Palais.
ON fithier en cette Vile l'Inauguration
de l'Empereur , comme
Duc deBrabant & de Limbourg. Les Seigneurs
Etats du Duché de Brabant &
lesDéputez de Limbourg, s'étant affemblez
chez le Comte de Tildonc , allerent
en Cavalcade vers les ro heures
du matin, à l'Hôtel de M. le Marquis de
Prié , pour le conduire à l'Eglife Collegiale
de S. Michel & de Sainte Gudule.
La marche commença par le Regiment
du Marquis de wefterlo , les Officiers
à la tête , puis les Députez des
Etats du Duché de Limbourg précédez
des trompettes & timbales ; aprés eux, le
Marquis d'Affche portant le grand
Etendart , comme Guidon héréditaire
du Duché de Brabant , ayant devant
luy' les deux Huiffiers des Etats de cette
Province ; enfuite les trois Receveurs &
le Greffier des Etats de Brabant , les
Députez des Villes d'Anvers , de Bruxelles
& de Louvain ; les Nobles &
les Prélats, chacun felon fon rang, ayant
à leur tête l'Abbé & Comte de Gem-1
bloux comme premier Noble . M. l'ED'OCTOBRE.
-135
vêque d'Anvers & l'Archevêque de
Malines fuivirent enfuite . Le Duc d'Urfel
reprefentant le Comte de Grobbendonc
, comme Maréchal heréditaire de
Brabant , portoit l'Epée , ayant devant
lui trois Herauts- d'Armes aux titres de
Brabant , de Limbourg & du Marquifat
du S : Empire ; à fa droite , le Herautd'Armes
à titre de la Toifon d'or , & à
fa gauche, celui à titre de Lothier , tous
vêtus de leurs cotes d'armes, le Caducéé
en main . M. le Marquis de Prić entouré
de la Noble garde des Archers , &
précedé de celle des Hallebardiers ,
marcha enfuite avec les Gentils - Hommes
,fes autres Officiers domeftiques,
Pages , Valets de pied & Haiduques ,.
fes chevaux de main & fes Caroffes de
corps. La marche fut fermée par le Regiment
de Dragons du Prince de Holftein.
Dés que Son Exc. fut entrée dans
l'Eglife , on commença la Meſſe de la
Sainte Trinité , qui fut chantée pontificalement
par M. l'Archevêque de
Malines , Primar des Pays bas , affifté
du Prélat du Parc Archichapelain des
Ducs de Brabant , du Prélat de Villers
comme Diacre , & du Prélat de S Bernard
comme Soudiacre. La Meſſe fi136
LE MERCURE
nie,Son Exc . mit la main fur le Miffel
qui lui fut préfenté pour ce fujet , &
fit entre les mains dudit Seigneur Archevêque,
le ferment accoûtumé pour
l'obſervation des Droits & Privileges
compérans aux Eglifes de Brabant . Le
Doyen de ladite Eglife fuivi des Chanoines
tous en chapes , vint faire enfuite
à M. de Prié la lecture d'un ferment
particulier pour les Droits & Privileges
de l'Eglife de S. Michel & de
Ste Gudule . Ces fonctions étant achevées
, Son Exc. accompagnée defdits
Seigneurs Etats , reprit la marche dans
le même ordre vers la Cour , où Elle
monta fur le grand Théatre qu'on y
avoit préparé pour cette célébre cérémonie
. Elle s'y mit dans un fauteuil
fous un riche dais , où le Portrait de Sa
Majefté Imp . étoit expofé , & fut entourée
de deux côtez des Seigneurs
Archevêque de Malines , de l'Evêque
d'Anvers , des Prelats , des Nobles
des Deputez , & c. Le Duc d'Urfel repréfentant
le Comte de Grobbendock ,
comme Maréchal héréditaire de Brabant
, tenant l'Epée , fe mit à droite de
la Table , & le Marquis d'Affche à la
gauche, comme Guidon héréditaire de
›
B
D'OCTOBRE
137
Brabant avec l'Etendart de la Province.
Chacun étant placé , le premier Heraut-
d'Armes cria à haute voix Silence,
Silence ; Son Exc. déclara le fujet de
cette Affemblée , à quoi le Greffier des
Etats de Brabant ayant répondu , lût à
haute voix les Lettres de Plein -pouvoir
de Sa Majefté Imp. enfuite les Lettres
de la Joyeufe Entrée avec leurs additions
. Enfin , les deux Sermens
ordinaires en langue Brabançonne &
Bourguignone . M. de Prié mit la main
fur le Miffel qui lui fut préfenté par
l'Archevêque , & fit au nom de l'Em
pereur,comme Duc de Brabant , les deux
fermens mentionnez. Enfuite de quoi ,
on fit à haute voix la lecture du ferment
d'obéiffance & de fidelité que les-
Etats de Brabant devoient prêter. Aprés
quoi , l'Archevêque , l'Evêque & les Prelats
le firent entre les mains de Son
Exc & les Nobles & les Députez des
Chefs Villes , en firent de même . Le
Penfionnaire des Etats de Limbourg fic
enfuite lecture des deux fermens que
Son Exc. devoit prêter aux Etats de
la même Province ; Onlûr enfuite le
ferment de fidélité & d'obéïffance que
les Etats de Limbourg devoient prêtez
Octobre 1717. M
138,
LE MERCURE
& que leurs Députez firentpareillement.
Cette Cérémonie étant achevée , le premier
Roi d'Armes cria trois fois à haute
voix : Vive l'Empereur & Roi , Duc
de Lothier , de Brabant , de Limbourg ,
& Marquis du S. Empire. Les trompettes
& timbales fe firent d'abord entendre
, & on fit trois décharges de
l'Artillerie de nos remparts , au fon de
la Cloche de Triomphe ; pendant quoi,
on jetta au Peuple des Médailles d'or
& d'argent. Son Exc . donna enfuite un
fettin fort magnifique dans le grand Salon
de la Cour , aux Seigneurs Etats des
deux Provinces , comme auffi à plufeurs
autres Seigneurs. Le foir il y eût
un grand feu d'artifice dreffé dans le
Parc derriere le Palais.
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5247
p. 138-141
De Londres le 14 Octobre.
Début :
L'Emprisonement du Comte de Peterborough fait ici l'attention publique & [...]
Mots clefs :
Emprisonnement, Comte, Jacobites, Milord, Parlement, Assemblée, Trône, Couronnement, Rebelles, Baron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 14 Octobre.
De Londres le 14 Octobre.
L'Emprifonement
du Comte de Peterborough
fait ici l'attention publique
& donne lieu à divers raifonnemens
; mais , on ne peut pas fe perfuader
que ce Milord ait été capable de former
le deffein d'attenter à la vie du
Prétendant : Quoi que les Jacobites publient
que ce Milord avoit promis soooo
D'OCTOBRE.
1;9
piftoles à un Italien , pour exécuter ce
noir complot , & que c'eft ce même
Italien qui l'eft venu déceler .
Comme le Parlement fe doit affem .
bler au commencement de Décembre ,
les Toris ne régligent rien, afin d'avarcer
leurs interelts . Pour cet effet , ils
font des Affemblées dans la Campagne,
pour concerter les moyens de gagner
la fupériorité fur le préfent Miniftére .
La nuitdu Samedy au Dimanche dernier
,'quelques mal affectionnez répandirent
jufques dans le Palais de St James
& à Hamptoncourt, deux , Libelles ;
Pan fous le titre , Avis à l'Armée &
au Peuple d'Angleterre , qui contient en
fubftance , que fi on veut vivre en paix
dans ce Royaume , il faut néceffairement
appeller le veritable heritier de
la Couronne & le mettre fur le Trône.
L'autre eft intitulé , Avis à M. Ro~
bert Vvalpool , par lequel l'Auteur prétend
prouver que le Roy Georges a contrevenu
à l'Acte qui établit la fucceffion
à la Couronne dans la ligne proteftante
; & qu'il a même agi contre le
ferment qu'il fit à fon couronnement
&c. Il ne faut pas douter que fi on:
découvre les Auteurs de ces Ecrits fe
Mij
140
LE MERCURE
ditieux , on ne les puniffe felon tou
te la rigueur des Loix .
On apréhende que les Rebelles qui fe
font retirez dans les Montagnes d'Ecoffe,
ne faffent des irruptions dans le plat-
Pays. On craint même que d'autres Mécontents
ne s'y joignent & n'éxcitent
une nouvelle Rebellion . Le Roy a
donné ordre au Comte de Sutherland &
au Lord Lorat , de fe rendre inceffam-.
ment en Ecoffe ; afin de prévenir leurs
pernicieux deffeins enfaifant marcherles
Troupes & les Milices contre eux , &
en mettant en oeuvre tout ce qu'ils jugeront
néceffaire pour éviter ce malheur :
Mais on croit que ces Seigneurs rencontreront
de grandes difficultez , & qu'il
fera comme impoffible , de les réduire,
à caufe qu'ils occupent des Montagnes
inacceffibles .
Il y a quelques jours que le Baron-
Shader Allemand , prefenta un Mémoireau
Roy à Hamptoncourt , dans lequel
il accufoit le Comte de Bradbourg
qu'on dit être un Moine françois
défrocqué , d'avoir parlé avec
beaucoup de mépris de S. M. jufqu'à l'avoir
appellé un Prince de deux liards..
Le Roy ayant examiné ce Mémoire fir
D'OCTOBRE.. 1411
1
venir l'un & l'autre en fa préfence pour.
les
interroger.
Le Baron foutine que,fon accufatione
étoit véritable, & que pour la vérifier ,
S. M. n'avoit qu'à confiderer la maṛ-
que, qui étoit gravée fur le front du
Comte ; que c'étoit lui- même qui la lui .
avoitimprimée par un coup de chandeliers
parce qu'il n'avoit pu fouffrir les
difcours fcandaleux que celui- ci tenoit
de S. M.Le Comte aïant été obligé d'en
convenir , S. M. s'eft contentée d'ordonner
à cet Imprudent de ne plus fe:
prafenter à l'avenir devant lui , le Roy
lui ayant fait fouvent l'honneur de le
faire manger à fa Table ; & le
pour
Baron , il le pria de ne plus parler de
certe affaire .
L'Emprifonement
du Comte de Peterborough
fait ici l'attention publique
& donne lieu à divers raifonnemens
; mais , on ne peut pas fe perfuader
que ce Milord ait été capable de former
le deffein d'attenter à la vie du
Prétendant : Quoi que les Jacobites publient
que ce Milord avoit promis soooo
D'OCTOBRE.
1;9
piftoles à un Italien , pour exécuter ce
noir complot , & que c'eft ce même
Italien qui l'eft venu déceler .
Comme le Parlement fe doit affem .
bler au commencement de Décembre ,
les Toris ne régligent rien, afin d'avarcer
leurs interelts . Pour cet effet , ils
font des Affemblées dans la Campagne,
pour concerter les moyens de gagner
la fupériorité fur le préfent Miniftére .
La nuitdu Samedy au Dimanche dernier
,'quelques mal affectionnez répandirent
jufques dans le Palais de St James
& à Hamptoncourt, deux , Libelles ;
Pan fous le titre , Avis à l'Armée &
au Peuple d'Angleterre , qui contient en
fubftance , que fi on veut vivre en paix
dans ce Royaume , il faut néceffairement
appeller le veritable heritier de
la Couronne & le mettre fur le Trône.
L'autre eft intitulé , Avis à M. Ro~
bert Vvalpool , par lequel l'Auteur prétend
prouver que le Roy Georges a contrevenu
à l'Acte qui établit la fucceffion
à la Couronne dans la ligne proteftante
; & qu'il a même agi contre le
ferment qu'il fit à fon couronnement
&c. Il ne faut pas douter que fi on:
découvre les Auteurs de ces Ecrits fe
Mij
140
LE MERCURE
ditieux , on ne les puniffe felon tou
te la rigueur des Loix .
On apréhende que les Rebelles qui fe
font retirez dans les Montagnes d'Ecoffe,
ne faffent des irruptions dans le plat-
Pays. On craint même que d'autres Mécontents
ne s'y joignent & n'éxcitent
une nouvelle Rebellion . Le Roy a
donné ordre au Comte de Sutherland &
au Lord Lorat , de fe rendre inceffam-.
ment en Ecoffe ; afin de prévenir leurs
pernicieux deffeins enfaifant marcherles
Troupes & les Milices contre eux , &
en mettant en oeuvre tout ce qu'ils jugeront
néceffaire pour éviter ce malheur :
Mais on croit que ces Seigneurs rencontreront
de grandes difficultez , & qu'il
fera comme impoffible , de les réduire,
à caufe qu'ils occupent des Montagnes
inacceffibles .
Il y a quelques jours que le Baron-
Shader Allemand , prefenta un Mémoireau
Roy à Hamptoncourt , dans lequel
il accufoit le Comte de Bradbourg
qu'on dit être un Moine françois
défrocqué , d'avoir parlé avec
beaucoup de mépris de S. M. jufqu'à l'avoir
appellé un Prince de deux liards..
Le Roy ayant examiné ce Mémoire fir
D'OCTOBRE.. 1411
1
venir l'un & l'autre en fa préfence pour.
les
interroger.
Le Baron foutine que,fon accufatione
étoit véritable, & que pour la vérifier ,
S. M. n'avoit qu'à confiderer la maṛ-
que, qui étoit gravée fur le front du
Comte ; que c'étoit lui- même qui la lui .
avoitimprimée par un coup de chandeliers
parce qu'il n'avoit pu fouffrir les
difcours fcandaleux que celui- ci tenoit
de S. M.Le Comte aïant été obligé d'en
convenir , S. M. s'eft contentée d'ordonner
à cet Imprudent de ne plus fe:
prafenter à l'avenir devant lui , le Roy
lui ayant fait fouvent l'honneur de le
faire manger à fa Table ; & le
pour
Baron , il le pria de ne plus parler de
certe affaire .
Fermer
5248
p. 141-149
EPITRE DE M. MICHEL A M. DE... POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE.
Début :
Vif Ennemi de tout, Rimeur glacé, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Tableau, Parnasse, Auteur, Compliments, Censure, Mépris, Lauriers, Raison, Satire, Talent, Muse, Oraison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. MICHEL A M. DE... POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE.
EPITRE DE M. MICHEL
A M. DE .
POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE
If Ennemi de tout . Rimeur glacé,
Par qui j'ai vu de leur froide manie
Plus d'un Tableau fidellement tracé;,
142 LE MERCURE
Gentil Ami , de qui l'heureux génie
Peut efpérer d'être unjour remplacé ,
Sur le Parnaffe aux fonctions utiles
De feu Boileau ; quand cet Auteur prifè
Pour la Raifon, d'un chaud zele embrafé,
Vilipendoit tous ces Ecrits fertiles
Où le bonfens fe voit martyrisé.
Je vous écris , non quej'aye à vous rendre
Vos Complimens , & cet amas fucré
De doux propos dont m'avés fonpoûdré.
A tel retour , jà ne devez prétendre ;
Puifqu'entre nous regne fincérité ,
Commefavez; & s'il vous plaît , Beaufire,
Vousfuffira ce qu'elle m'a fait dire
Ez petits Vers par oùj'ai débuté:
Qu'ainfi ne foit: Naïve vérité
Toujours me plût , & fidéle à ſon culte ,
Son Oracle eft le feul que je confulte.
Quand de rimer par fois je fuis tenté,
Non moins que moi d'elle feule enchanté,
Vous dédaignez la foupleffe frivole
Des vain's Flateurs ; & pour être écouté,
Il ne faut pas qu'un Ami vous cajole :
Si qu'avec vous , on peut impunément
Rifquer cenfure libre fentiment :
Tout an rebours de cette Seite habile
Qui fe croyant la vûë affez fubtile , *
D'OCTOBRE. 143
Four pénétrer dans l'objet le plus fin ,
N'eut onc befoin des yeux defon voisin.
Que tels Docteurs ayent vuidé leur
cervelle
De quelque écrit qui s'enfit arracher ;
Vous les verrez tout prets à fe fácher ,
Au moindre endroit de la Piéce nouvelle ,
O vôtrelime ofera s'attacher :
Vainement donc votre main les harcelle
Far traits fréquens ; vainement pretentelle
Les corriger à force de mépriss
Et me déplait , s'il faut queje le dife ,
Que voussoyezfifortement êpris
Du faux honneur de punir leur fotife.
Loin de vouloir contr'eux nous fignaler ,
Tachons fans plus de ne point reffembler
A telle Race ; & contens qu'on nous toüe,
Laiffons crier un Corbeau qui s'enrouë :
Mais , qui penfant mieux chanter qu'Apollon
,
Vent croaffer dans fon facré Vallon ;
Et que me fait à moi qu'un Fât écrive
MalgréMinerve , & que Phoebus le prive
Defes Lauriers? Que m'importe aprés tout
Que dans fes Vers cet aveugle fe mire ?
Pourquoy vouloir que mon fecours eti re
De fon erreur ; fouffrons - là juſqu'au
bouti
144 LE MERCURE
,
Et par pitié, permettons qu'il s'admire ye
Sans mecharger , cruel Defenchanteur
De lui ravir un plaifir fédulleur :
Le feul peut- être , auquel il foit fenfible ::
Pour tel Malade il n'eft remede aucun
Deffous les Creux , dont l'effet foit planfible
:
Soyez fincere ou flateur , c'est tout un,
Dès qu'une fois un Auteurfans mérite ,.
Seft prévenu qu'on devoit l'admirer ,
Quiconque veut lui parler vrai , l'irrite ;
Et l'on ne gagne à vouloirl'éclairer ,
Qu'unfot mépris , une haine intrattable
De peu d'effet ; mais toûjours redoutable.
Je crainsfortpeu, direz- vous , leurs tranfparts
Et ma raifon fe fait à les poursuivre
Certain plaifir dont la douceur l'enyore ,
Et qui n'engage à braver leurs efforts ,
Où font les traits dont ils peuvent m'atteindre
:
Au demeurantje ne puis me contraindre ,
Unfot m'aigrit & me met en humeur;
Afesdépens il faut que je m'égaye ,
Des qu'il paroit ,je le marque à ma craye ,
Et je me livre . Ony ,je connois l'ar-c
deur ,
Quifur ce point vous emporte à mèdire;
En vous reluit cet efprit fétulant ,
Qui
D'OCTOBRE. 145
Qui dans un coeurfait germer la Satyre ;
Mais cet efprit , infortuné Talent ,
De tous les dons que nous fait la Natu
Eft le feul Don indigne de nos voeux ,
Et qu'ilfied bien de laiſſer fans culture.
Que j'aime à voir un Auteur généreux
De tout bon mot fuir l'appas dangereux !
Ne fe permettre enfa Verve prudente
Aucun écart d'une bile mordante ;
D'un trait malin mépriser le fuccès ,
Vivre fans fiel & libre des accès
Qui font hair une Mufe impudente
De la Satyre ignorer les excès.
Tous ces difcours , dites- vous , font fort
fages ,
Mais toutesfois, on vit dans tous les âges ,
En dépit d'eux , s'armer de grands Auteurs
Du mauvais goût ardens Inquifitenrs ,
Et d'Apollon embraffant la vengeance ;
Perfécuter la rimaillenfe engéance :
Et , dites-moi , fi ces rares Efprits,
Si Juvenal , Defpreaux, Perfe , Horace ,
A cette engeance eûffent fait plus de grace.
Nous ferions donc fruftrés de leurs
Ecrits ....
Oh, quel malheur pour les Races futures ?
Quand moins farcis d'orgueillenfes Cen--
Jure's ,
On les verroit réduits aux autres traits
Octobre 1717
N
146 "
LE MERCURE
Quifont bonneur à leur Mufe Critique ;
Mais vous enfin , dont la Verve Cauftique
De fa malice afait d'heureux effais
Et qui déjafier de cet avantage ,
De Defpreaux convoités l'Heritage :
Vous qui penfes que draperfans quartier,
Un pauvre Auteur est unfi beau métier:
Interrogés nos Maîtres en Satyre ,
Ces Profeffeurs du grand Art de médire,
Vous avoueront le malheur de leur choix,
Ils vous diront qu'au bout de la Carriére ,
Tentés cent fois de marcher en arriere ,
Ils ont eux-mêmes abhorré leurs exploits
Et detefté les fruits de leur étude ;
Que devenus malins par habitude
Leur main fouvent lâcha d'injuftes traits
Et que par eux la Raifon offenfée .
Sur le Rapport de l'équité bleffée
Plus d'une fois fit caffer leurs Arrêts ;
Ils vous diront que le dignefalaire ,
Que remporta leur Mufe arbitraire ,
Fut de n'avoir , entourés d'Ennemis ,
Nul Partifan , nuls fincéres amis ,
C'est le deftin de quiconque fe moule
Sur ces Auteurs & mon Sermon ne roûle
Que fur ce point , le plus digne de tous
D'être pefé : Non , ce n'est point l'eftime
Dug and effort, Partage légitime ,
Qui de nos biens doit faire leplus doux ,
D'OCTOBRE. 147
Et le Sçavoirfut- il plus vafte en vous ;
·Euffies- vous fait une moiſſon plusgrande
Que Scaliger on Pic de la Mirande ;
Votre génie eût- il l'heureux pouvoir ,
Avec legoût d'accorder lefçavoir ;
Si pour autrui né facheux , infenfible ,
L'injufte orgueil vous rend inacceffible;
Si votre coeur ne peut être foûmis
Au jong charmant d'une amitié fincère ;
·S peu touché de fe voir fans amis ,
Il ne connoît ni l'Art fi néceffaire
De les garder, ni le fecret d'en faire :
Vous n'êtes rien qu'un vil Monftre , &
pour moy
Vôtre mérite eft hors de bas- aloy.
Dans le commerce indigne de paroître
Avec le coeur qui devon ne point naître ,
Ne vives pas plus long-temsfous nos yeux;
Au fond des bois , nouvel Anachorette ,
Parmi les Ours cherchez une retraite ;
Drgne héritier de nos premiers Ayeux ,
Auffifarouche & plus criminel qu'eux ,
Ou bienfemblable à ce hideux Cynique ,
Flean des fiens & l'horreur de l'Attique
· Dans un Tonneau retranché jusqu'an
dents ,
>
‹ Delà , s'il faut, aboyés les Paffants.
Maisfiniffons , j'aperçois votre Mufe
Rire des foins où la mienne s'amufe .
Nij
.148 LE MERCURE
Et n'opofer enguife de raison ,
Que fon penchant à ma longue Oraiſon.
Eh bien allez ? Sans crainte de l'orage ,
Embarquez vous & bravez le naufrage ?
De votre courfe, inutile témoin,
A vos périls j'affifierai de loin ;
Et nepouvant par l'exemple d'un autre ,
Vous retenir contre un penchat trop doux,
Mesyeux vengés veront aumoinslevôtre,
Servir aux gens plus dociles que vous :
Vous m'allez dire & c'eft vôtre réponse ,
Qu'ici j'ai tort de vous entretenir
De mes frayeurs , & que je vous annonce
Un peu trop tôt une douleur à venir :
Vous prétendezembraffer la Satyre ,
Eftre à l'abri des maux qu'elle s'attire ;
Et par prudence évitant tout écueil
De préjugés , d'injustice, & d'orgueil;
Bien moins Cenfeur d'autrui que de vousmême,
Vous vous ferés, un important Systême ,
De ne jamais donner prife au Bêtail
Dont vous aurez blafonné le travail ,
De n'attaquer dans les écrits des autres
Que des travers incõnus dans les vôtres.
Soit à ce prix : Je vous livre les fots ,
De leurs chifons , nettoyés le Parnaffe ;
Bien entendu que vos traits feront grace
A leur perfonne , en blámant leurs dèfans.
D'OCTOBRE." 149
Le Dieu des Fers , dont les regards propices
De votre veine ont haié les premices;
Et les neufSoeurs à qui plaît vôtre encens ,
Vont prefider à vos travaux naiffants :
Plus glorieux pourtant , fi ma doctrine
Mettant unfrein à verre humeur chagrine,
Vousfaut choifir, en changeant de Métier,
Un autre champ où cueillir du Laurier.
A M. DE .
POUR LE DETOURNER DE LA SATYRE
If Ennemi de tout . Rimeur glacé,
Par qui j'ai vu de leur froide manie
Plus d'un Tableau fidellement tracé;,
142 LE MERCURE
Gentil Ami , de qui l'heureux génie
Peut efpérer d'être unjour remplacé ,
Sur le Parnaffe aux fonctions utiles
De feu Boileau ; quand cet Auteur prifè
Pour la Raifon, d'un chaud zele embrafé,
Vilipendoit tous ces Ecrits fertiles
Où le bonfens fe voit martyrisé.
Je vous écris , non quej'aye à vous rendre
Vos Complimens , & cet amas fucré
De doux propos dont m'avés fonpoûdré.
A tel retour , jà ne devez prétendre ;
Puifqu'entre nous regne fincérité ,
Commefavez; & s'il vous plaît , Beaufire,
Vousfuffira ce qu'elle m'a fait dire
Ez petits Vers par oùj'ai débuté:
Qu'ainfi ne foit: Naïve vérité
Toujours me plût , & fidéle à ſon culte ,
Son Oracle eft le feul que je confulte.
Quand de rimer par fois je fuis tenté,
Non moins que moi d'elle feule enchanté,
Vous dédaignez la foupleffe frivole
Des vain's Flateurs ; & pour être écouté,
Il ne faut pas qu'un Ami vous cajole :
Si qu'avec vous , on peut impunément
Rifquer cenfure libre fentiment :
Tout an rebours de cette Seite habile
Qui fe croyant la vûë affez fubtile , *
D'OCTOBRE. 143
Four pénétrer dans l'objet le plus fin ,
N'eut onc befoin des yeux defon voisin.
Que tels Docteurs ayent vuidé leur
cervelle
De quelque écrit qui s'enfit arracher ;
Vous les verrez tout prets à fe fácher ,
Au moindre endroit de la Piéce nouvelle ,
O vôtrelime ofera s'attacher :
Vainement donc votre main les harcelle
Far traits fréquens ; vainement pretentelle
Les corriger à force de mépriss
Et me déplait , s'il faut queje le dife ,
Que voussoyezfifortement êpris
Du faux honneur de punir leur fotife.
Loin de vouloir contr'eux nous fignaler ,
Tachons fans plus de ne point reffembler
A telle Race ; & contens qu'on nous toüe,
Laiffons crier un Corbeau qui s'enrouë :
Mais , qui penfant mieux chanter qu'Apollon
,
Vent croaffer dans fon facré Vallon ;
Et que me fait à moi qu'un Fât écrive
MalgréMinerve , & que Phoebus le prive
Defes Lauriers? Que m'importe aprés tout
Que dans fes Vers cet aveugle fe mire ?
Pourquoy vouloir que mon fecours eti re
De fon erreur ; fouffrons - là juſqu'au
bouti
144 LE MERCURE
,
Et par pitié, permettons qu'il s'admire ye
Sans mecharger , cruel Defenchanteur
De lui ravir un plaifir fédulleur :
Le feul peut- être , auquel il foit fenfible ::
Pour tel Malade il n'eft remede aucun
Deffous les Creux , dont l'effet foit planfible
:
Soyez fincere ou flateur , c'est tout un,
Dès qu'une fois un Auteurfans mérite ,.
Seft prévenu qu'on devoit l'admirer ,
Quiconque veut lui parler vrai , l'irrite ;
Et l'on ne gagne à vouloirl'éclairer ,
Qu'unfot mépris , une haine intrattable
De peu d'effet ; mais toûjours redoutable.
Je crainsfortpeu, direz- vous , leurs tranfparts
Et ma raifon fe fait à les poursuivre
Certain plaifir dont la douceur l'enyore ,
Et qui n'engage à braver leurs efforts ,
Où font les traits dont ils peuvent m'atteindre
:
Au demeurantje ne puis me contraindre ,
Unfot m'aigrit & me met en humeur;
Afesdépens il faut que je m'égaye ,
Des qu'il paroit ,je le marque à ma craye ,
Et je me livre . Ony ,je connois l'ar-c
deur ,
Quifur ce point vous emporte à mèdire;
En vous reluit cet efprit fétulant ,
Qui
D'OCTOBRE. 145
Qui dans un coeurfait germer la Satyre ;
Mais cet efprit , infortuné Talent ,
De tous les dons que nous fait la Natu
Eft le feul Don indigne de nos voeux ,
Et qu'ilfied bien de laiſſer fans culture.
Que j'aime à voir un Auteur généreux
De tout bon mot fuir l'appas dangereux !
Ne fe permettre enfa Verve prudente
Aucun écart d'une bile mordante ;
D'un trait malin mépriser le fuccès ,
Vivre fans fiel & libre des accès
Qui font hair une Mufe impudente
De la Satyre ignorer les excès.
Tous ces difcours , dites- vous , font fort
fages ,
Mais toutesfois, on vit dans tous les âges ,
En dépit d'eux , s'armer de grands Auteurs
Du mauvais goût ardens Inquifitenrs ,
Et d'Apollon embraffant la vengeance ;
Perfécuter la rimaillenfe engéance :
Et , dites-moi , fi ces rares Efprits,
Si Juvenal , Defpreaux, Perfe , Horace ,
A cette engeance eûffent fait plus de grace.
Nous ferions donc fruftrés de leurs
Ecrits ....
Oh, quel malheur pour les Races futures ?
Quand moins farcis d'orgueillenfes Cen--
Jure's ,
On les verroit réduits aux autres traits
Octobre 1717
N
146 "
LE MERCURE
Quifont bonneur à leur Mufe Critique ;
Mais vous enfin , dont la Verve Cauftique
De fa malice afait d'heureux effais
Et qui déjafier de cet avantage ,
De Defpreaux convoités l'Heritage :
Vous qui penfes que draperfans quartier,
Un pauvre Auteur est unfi beau métier:
Interrogés nos Maîtres en Satyre ,
Ces Profeffeurs du grand Art de médire,
Vous avoueront le malheur de leur choix,
Ils vous diront qu'au bout de la Carriére ,
Tentés cent fois de marcher en arriere ,
Ils ont eux-mêmes abhorré leurs exploits
Et detefté les fruits de leur étude ;
Que devenus malins par habitude
Leur main fouvent lâcha d'injuftes traits
Et que par eux la Raifon offenfée .
Sur le Rapport de l'équité bleffée
Plus d'une fois fit caffer leurs Arrêts ;
Ils vous diront que le dignefalaire ,
Que remporta leur Mufe arbitraire ,
Fut de n'avoir , entourés d'Ennemis ,
Nul Partifan , nuls fincéres amis ,
C'est le deftin de quiconque fe moule
Sur ces Auteurs & mon Sermon ne roûle
Que fur ce point , le plus digne de tous
D'être pefé : Non , ce n'est point l'eftime
Dug and effort, Partage légitime ,
Qui de nos biens doit faire leplus doux ,
D'OCTOBRE. 147
Et le Sçavoirfut- il plus vafte en vous ;
·Euffies- vous fait une moiſſon plusgrande
Que Scaliger on Pic de la Mirande ;
Votre génie eût- il l'heureux pouvoir ,
Avec legoût d'accorder lefçavoir ;
Si pour autrui né facheux , infenfible ,
L'injufte orgueil vous rend inacceffible;
Si votre coeur ne peut être foûmis
Au jong charmant d'une amitié fincère ;
·S peu touché de fe voir fans amis ,
Il ne connoît ni l'Art fi néceffaire
De les garder, ni le fecret d'en faire :
Vous n'êtes rien qu'un vil Monftre , &
pour moy
Vôtre mérite eft hors de bas- aloy.
Dans le commerce indigne de paroître
Avec le coeur qui devon ne point naître ,
Ne vives pas plus long-temsfous nos yeux;
Au fond des bois , nouvel Anachorette ,
Parmi les Ours cherchez une retraite ;
Drgne héritier de nos premiers Ayeux ,
Auffifarouche & plus criminel qu'eux ,
Ou bienfemblable à ce hideux Cynique ,
Flean des fiens & l'horreur de l'Attique
· Dans un Tonneau retranché jusqu'an
dents ,
>
‹ Delà , s'il faut, aboyés les Paffants.
Maisfiniffons , j'aperçois votre Mufe
Rire des foins où la mienne s'amufe .
Nij
.148 LE MERCURE
Et n'opofer enguife de raison ,
Que fon penchant à ma longue Oraiſon.
Eh bien allez ? Sans crainte de l'orage ,
Embarquez vous & bravez le naufrage ?
De votre courfe, inutile témoin,
A vos périls j'affifierai de loin ;
Et nepouvant par l'exemple d'un autre ,
Vous retenir contre un penchat trop doux,
Mesyeux vengés veront aumoinslevôtre,
Servir aux gens plus dociles que vous :
Vous m'allez dire & c'eft vôtre réponse ,
Qu'ici j'ai tort de vous entretenir
De mes frayeurs , & que je vous annonce
Un peu trop tôt une douleur à venir :
Vous prétendezembraffer la Satyre ,
Eftre à l'abri des maux qu'elle s'attire ;
Et par prudence évitant tout écueil
De préjugés , d'injustice, & d'orgueil;
Bien moins Cenfeur d'autrui que de vousmême,
Vous vous ferés, un important Systême ,
De ne jamais donner prife au Bêtail
Dont vous aurez blafonné le travail ,
De n'attaquer dans les écrits des autres
Que des travers incõnus dans les vôtres.
Soit à ce prix : Je vous livre les fots ,
De leurs chifons , nettoyés le Parnaffe ;
Bien entendu que vos traits feront grace
A leur perfonne , en blámant leurs dèfans.
D'OCTOBRE." 149
Le Dieu des Fers , dont les regards propices
De votre veine ont haié les premices;
Et les neufSoeurs à qui plaît vôtre encens ,
Vont prefider à vos travaux naiffants :
Plus glorieux pourtant , fi ma doctrine
Mettant unfrein à verre humeur chagrine,
Vousfaut choifir, en changeant de Métier,
Un autre champ où cueillir du Laurier.
Fermer
5249
p. 149
« Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit le Miroire, [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit le Miroire, [...]
Mots clefs :
Miroir, Lettre Z
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du mois passé, étoit le Miroire, [...] »
Le mot de la premiere Enigme du
mois paffé , étoit le Miroire , & celuf
de la feconde le Z.
mois paffé , étoit le Miroire , & celuf
de la feconde le Z.
Fermer
5250
p. 149-150
ENIGMES.
Début :
Le Sexe dont je suis, qui doit me revêtir, [...]
Mots clefs :
Quenouille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGMES.
ENIGME S.
E Sexe dontje fuis , qui doit me revêtir
, TUA
Ne m'habille avec foin que pour me dévêtiri
Et celle à qui je fais le mieux gagnerfa
vie >
Semble me dépouiller avec le plus d'envie
,
Cependant , ce qui fert , oupour le vètetement
,
Niij
150 LE MERCURE
La parure on l'ameublement
Par moi dans l'origine a pris un nouvel
Etre ,
Et neferoitfans moi , ce qu'on le voitparoitre
Sous le pluspompeux ornement.
Dés que l'apas du gain m'a mife toute nuë
Mon corps aride , fec , long, tout d'une
venue
Abandonnépour lors , fans fupoft ni foltiens
›
N'eft propre qu'à brûler , où qu'à chaffer
les chiens.
Si d'un Herosjadis , je fus l'amusement
Dans un tendre déguisement
Il avoit fes raifons Fraiment c'eftoit pour
caufes ,
Quifirent faire aux Dieux pires métamorphofes
E Sexe dontje fuis , qui doit me revêtir
, TUA
Ne m'habille avec foin que pour me dévêtiri
Et celle à qui je fais le mieux gagnerfa
vie >
Semble me dépouiller avec le plus d'envie
,
Cependant , ce qui fert , oupour le vètetement
,
Niij
150 LE MERCURE
La parure on l'ameublement
Par moi dans l'origine a pris un nouvel
Etre ,
Et neferoitfans moi , ce qu'on le voitparoitre
Sous le pluspompeux ornement.
Dés que l'apas du gain m'a mife toute nuë
Mon corps aride , fec , long, tout d'une
venue
Abandonnépour lors , fans fupoft ni foltiens
›
N'eft propre qu'à brûler , où qu'à chaffer
les chiens.
Si d'un Herosjadis , je fus l'amusement
Dans un tendre déguisement
Il avoit fes raifons Fraiment c'eftoit pour
caufes ,
Quifirent faire aux Dieux pires métamorphofes
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