SUR L'AMOUR ,
PAR LE MEME..
N'a quere , Amour , tenté par ma
jeunesse ,
S'en vint me voir , bien sçavoit mon
adresse :
Moi tout naif, ignorantſafaçon,
Neme doutois que fut ce faux Gar
çon;
D'un foible enfant il avoit l'air timide
,
Ses doux regards céloient son coeur
perfide,
Sonris , sa voix , son parler ingenû
Faifoient aimerle petit Inconnu ;
Sadouce haleine avoit odeur deRose,
Voire enſajoüe elle ſemblortécloſe :
Sur fon dos nû , vermeil &coloré ,
Flotost épars maint long cheveu doré
;
Rien ne portoitfur son épaule allée,
Hors mainte fleche en sa trouſſe mê
lée ,
Desa main dextre il tenoit un fallot ,
De l'autre,un arc avec un navelot
Diij
42 LE MERCURE
Sous ce harnois digne dufi d'Alcmene
,
Le. regardant , quelle Mére inhumaine
,
Dis-je ! O mon fils , te permet de
cour.r
Ainsi par voye ? Ah ! tu te vasferir
Avec ton arc & cette lourde lance ;.
AutreJoujou convient àton enfance,
Comme ofes-tu dans le tems des Frimats
Risquer au vent tes membres delicats
?
Koi , bel Enfant , comment de la
Scythie ,
Accourt icy le mari d'Oritie :
Tôt, prens ma robe &point nefor
tiras ,
Viens dansmonfein chaufertes petits
bras :-
Amour m'écoute , & cachant Sa
Surprise,
D'abord Courit à mon air defranchi-
Sei
Puis tout à coupdedepit rougiſſant ,
Eb quoi ! dit-il , en age adolesant ,
Eft-on encore ignorant de mon Etre ?
DE JUILLET. 43
Ates dépens tu l'apprendras peutêtre
:
Or , connois-moi , ſimple & jeune
garçon ,
Commeà laMort , l'homme me doit
rançons,
Amourjesuis , fur les rivagessombres,
Jatrop connu du noirTiran des Ombres
,
DoJupiter,du vainqueur dePython ,
Voire en la Mer, le frere de Pluton
Demes feuxbrûle au sein des Nereïdes
:
Les Conquerans , les Paltrons ,les
Alcides,
Jeunes & vieux , j'aſſervis à mes
loix ;
Doux par caprice aux Bergers plus
qu'aux Roix,
Tout l'Univers cede à mon haut.conrage;
Toi,désàdoncfais en l'apprentiſſage:
Ainfiparla,puisdeſonare vainqueur,
Iltire un darddroit au fond de mon
coeur;
La flamme y prond , l'Enfant se
metàrire ...
44. LE MERCURE
T'ai -je fait mal? Parle, tu n'as qu'à
dire ,
Remedeſai , foi d'enfant de Cipris ,
-Tu gueriras par un regard d'Iris :
Legerje pars,je la vois &je l'aime ,
Pourun barser l'eut aimée Amour
même ,
Mais, combien leTraitre m'a deçû!
Certes,d'Iris àſouhaits j'ai reçû
Douceurs fans nombre , &plus que
de coûtume ,
Amour encor me brûle & me con-
Sume.