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801
p. 9-37
DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
Début :
L'Ouvrage qui suit, est de Mr Bouchet, ancien Curé de Nogent le Roy / Plus de deux mille ans avant Laon, [...]
Mots clefs :
Origine, Poésie, Ouvrages, Monarque, Art, Prince, Amour, Malheur, Plume, Auteur, Rime, Savants, Parnasse, Mémoire, Art poétique, Muses
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texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA POESIE.
L'Ouvrage quifuit, estde J'vir
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Roy. C'est luy qui est l'Autheurde
l'Origine des Jeux, que vaut me
mandez, avoir lû avec plaisir dans
le dernier Extraordinaire. Ce que
vous m'en dites d'avantageux, m'a
faitprendre garde quejavois oublié
à vous apprendre son nom, & il ne
seroitpasjuste de lepriverpluslongtemps
dela gloire qu'ilmérite.
DE L'ORIGINE
DELA Pr)ECfr'!
~P Lus dedeuxmille ansavant Laon,
Et plus d'un Siecle avant ifilon,
9,,umoy que Milanfoitfortantique,
Régna l'Art nomméPoëtique,
Cet Art illustre &figuré,
Où toutse tru.1)e mesuré;
Carsans tnefiiTi &sanscadence
Le Mu'~e tombe en décadence.
Cet Art q charme les Humains,
Avant Romule & les Romains,
Chez qui tout estoit héroïque,
Etoit Xufaçe & de pratique.
A-fêifr, ce Chefdes Hébreux,
Ce Capitaine genéreux,
Ce Législateurintrépide,
Dont l'amen'est rin desordide,
CeFavory, ce Bien-aimé,
De l'Ange & del'Homme efïimz3
AYAnttiré tantpar Oracles,
Qiieparde merveilleux miracles,
De l'esclavage Egyptien
Le PeuplequeDieu nommoitsien,
AyantdanslaMerErythrée
Confondul'insolence outrée
D'un Potentat audacieux
Qui vouloit résisteraux Cieux,
Ensuite desa délivrance,
Pour marquersa reconnois.,nce
Au Monarque del'Univers,
Inspiré d'Entrant,fitdes Virs,.
Et le premier forgea laRifne;
Carrimern'estpasfaireuncrime,
Comme ontprétendudans ces temps
Certains Boltr/U &Mécontens, par une critique austere
Blâment ce qu'ils ne peuventfaire.
Apres cet Hommesanspareil,
Qui rayonnoit comme un Soleil,
uiyam eu dans cet ArtpourMaistre
Le Dieu des Dieux le premier Estre,
Parut David,.CeFavory
,
Ce Monarque du Ciel chery,
Dans des transports tout extatiques,
Fit cent cinquante beaux Cantiques,
Qui chaquejour nous donnent lieu
D'honorer&de loüer Dieu.
SalomonsonFils, Princesage,
Mit aussisa veineenusage,
Etfit des Versforts &puissans,
Qui renferment beaucoup desens.
C'est une sa:'nfe Postorale,
Où cesçavant Monarque étale,
MAil dans un mystérieux tour,
Lessentimens d'unchaste amour.
Job, cet abysme descience,
Cemiracle de patience,
Dont le Seigneur parsabonté
Eprouva la fidélité
Par de sanglantestentatives,
Deses diforaces les plus vives
D'un stile vrveux & parfait
Nous a Uffigné le portrait.
Tous les Vers en font magnifiques,
Coulans,sçavans, &pathétiques,
Tout en effort & vigoureux;
Heureux,Lecteur, troisfoùheurtat-,
Ce luy qui conduirasaBarque,
Comme fit ce Prince de marque,
Avec pleinesoûmissîon,
Aux ordres du Dieu de Sion.
lt!!and l'amour de l'indépendance
N'aveuglepointnostre prudence,
Nous nousfaisons ungrandplaijîr
D'assujettir nostre desir,
Et nostreentiereobéissance,
A celuy de qui la puissance
Soumet àses divines Loix
LesRépubliques & les Roys.
Le compatissantJerémie,
'Dont l'amefutdu Ciel amie,
jQue la pitié santifia,
En Vers Hébreuxversisia,
Prédit d'une Ville coupable
La décadence déplorable,
Etfit des Lamentations
Dignes de nos attentions.
jfisnas ( dit un JÎutheur Classique)
Del'Elégie& Poëme Epique,
Fut tout le premier Inventeur,
Et tres-grand YerflftcAtlUr.
Terpandre, un des Scientifiques,
Dressa des Loix Cytharediques
Enfaveur des Joüeurs de Luth;
Cefui làson premier début,
Etses Ouvrages de mérite
Eurent beaucoup de réüffiu.
PolymnestedeColophon,
Qui n'avoit pas l'espritboufon,
Maûférieux, mais dramatique,
Fut l'Autheur du Vers héroïque.
Pierus, non Athénien,
Aiais BourgeoisMacédonien,
Grand amateur de rharmonie,
Pour le Poëme eut bien du génie;
Etsil'on en croit Scaliger,
Ecrivain grave, & non léger,
IlfHt nommé Pere des bjUfeS.
Ce nom luy vint, non deses ruses,
Quoy qu'ilfust un peu guoguenard,
Et presque aiijfi fin qu'un Renard,
Mais bien de ce qu'a ses neuf Filles,
Toutes belles, toutes gentilles,
Dont laverve avoit du renom,
Des Muses il donna le nom.
Thaliafit les Comédies,
Molpomene les Tragédies;
Dithyrambe,fameux Thébain,
Mortelunpeufolâtre c£ vain,
Dressa les Vers Dithyrambiques;
Daphnis Pasteur, les Bucoliques;
Romert, de belle hauteur,
DesVerslambesfutl'Autheur;
./t:ezon fit tant par ses ménages,
Qu'ilfit entrer les Personnages,
Et les Scenes qui plaisent tant,
Dessus un Théâtre éclatant.
Phémenoé, Homme deLettres,
Composa des Vers Héxametres,
Accompagnezd'une douceur
Qui charmoit le Frere & la Soeur.
Alemanfut un Poète Lyrique,
Qui parlait la Langue Dorique,
Et qui lepremier mit au jour
Des Vers au sujet de lAmour.
L*Athénien, qu'onnommeEschile,
Doüé d'une Languesubtile,
Et d'éloquence, eut le malheur
Depasserpour HH grand parleur;
Mais cest luy qui trouva la Dance„
Lafaçon d'alleren cadence,
Et tous ces beauxpasfigurez.
JQui dans les Balssontadmirez.
Les Chants que l'on nommoit Néniesî
Qu'aux lugubres Cérémonies
On employoit communément,
Trouverent leur commencement,
Non dans la tested'Euripide,
Mais dans celle de Simonide,
Poëtequisefitaimer,
Heureuxsur terre, heureuxsur mer
Pratinas, Poëte Tragique,
Mais bizarre & mélancolique,
Pour exorciserlechagrin
Dont ilavoit bien plus d'ungrain,
S'avisa, poursefairerire;
D'estre Inventeur de la Satyre,
Et de railler à tour de bras
Tous ceux quine luy plaisoientpas,
En voulant lescharger de honte;
Mais iln'y trouvapasson compte,
Car aux dépens deson hornois
Onjoüasur luy du Hautbois.
Voila lefort d'un Satyrique,
Comme il offence, comme ilpique;
Et comme ilse croit tout permis, Ils'attiredes Ennemis.
Dans cettefouled'Adversaires,
Qui luysontsouvent des affaires,
Il s'en trouve toujours quelqu'un
Qui nese croyant du commun,
Sevange, nazarde son mufle,
Etvient luy repasserson Buste.
Ainsicroyons que rarement
Onsatyrise impunément.
Aristophane le Comique
A mis l'Octometre en pratique;
Le Tétramesre en est auffy3
Dont il IlfAit un racourcy.
Aristore le Stagirite,
Philosophe degrand mérite,
Et de qui l'érudition
S'attira l'admiration,
Sçavoit aussifort bien la trace
Del'Hippocrene & du Parnasses.
Et malgrésesemploisdivers,
Donnait unfort beau tour aux Ferf-
Il composa des Epigrammes,
Des 1ailes. desAnaorammes;
L'Elégie pareillement
Estoitdeson département.
Quand un Homme aide la cervelle,
Par tout il triomphe, il excelle,
Et vous paffastesdans ce rang,
Maistre d'Alexandrele Grand,
PourPoëte, Orateur, Botaniste,
Philosophe NAturaliste
Aureste,plusieurs Gens d'esprit,
Del'ArtPoëtique ont écrit,
Et donné carriers à leurs Plumes,
Pourfaire de sçavans Volumes,
Marquant par un travail si beau,
Qu'ilsfçavaientdusacréCoupeau
Que l'onvante au dessusdes nuës
Les Routes les plus inconnues.
Pour peuquel'onfaitstHdieux,
On en peut juger par lesyeux,
On aveu Zénon le Pitique,
Horacele Prince Lyrique,
Et Caton le Grammairien,
Autheurs qui raisonnementfort bien
Ecrire de l'ArtPoétique
D'unefaçonfort ItutentÍque.
Que l'on peut liresans danger..
Autant en afait Scaliger,
Ce Puitsdescience profonde,
Dont le nom voleparlemonde.
Varron, L'ornement des HNmll"inf,;.
Et lepinssçavant des Romains.
Ecrivit en Vers, non en Prose,
Sur l'essence de chaque chose,
Etsurd'autressujets, le tout du resse trouvé dugrandgoust.
Théonas employa sa plume
si composer un grandVolume
Surlasainte Religion
Dont nousfaisonsprofession,
Le tout en YerJ, le tout en Rime,
Et le tout paffè par la Lime.
L'admirable Sérapion,
GrandHommede biens ce dit-on, 1
Grand amateur de Poésie,
Se mit enteste, enf{lntaiJie
De mettre en Volumes divers
La Logique & Physique en Vers;
La Métaphysique & Morale,
Où par tout sa Minerve étale
De merveilleuxenseignemens,
Et de vertueux documens.
Guide, sçavant &fameux Prej/rt"
Quiparses Vers s'estfaitconnoistre
Ecrivit copieusfement
Sur l'un & l'autreTestament.
Le grand Prosper-tl,'AquitanieJ
Docteurd'un celestegénie,
Afait un Poëmeplein d'appas
Contre ces malheureux rats,,
Quinégligent de
reconnoistre
Lagrace dusouverain Maistre.
En effet, tarit son bonheur,
Qui néglige son Bienfaiteur.
Saint Fulgence, Homme de courage
Né d'un Sénateur de Catrhage,
Composa des Poëmes Chrestiens,
peuventservir de moyens
Poursournir de riches idées
Aux Ames de Dieu possedées
Saint Cyprien, nobleAffricairty
Quin'eutjamaisl'esprit taquin,
Mais dont famé tres-liberale
jilla d'une façon Royale
JrtfqHtl àprodiguerson [1IlIt.
Pour l'Estre qui tient le hautrang,,
Sur ce Poteau si vénérable,
Où par un crime abominable
Le Sauveur on crucifia.
Elégamment versisia.
LedocteFirmian LaBance,
Hommesansfaste&sans jaBance^
Eloquent comme un Cicéron,
Asur la Résurrection,
Etsurla Mort du Dieufait Homme
Ausujet d'une trisse Pomme,
Composé des Vers élegans,
Quoy que certains Extravagant
jlyent voulu, remplitde rage,
Donner atteinte a cet Ouvrage.
Victorin, nommél'Affricain,
Qui milleans avant Charles-quint;
( Prince que l'Histloire renomme)
Lisoit publiquement à Rome
'.Avec un applaudissement
Qui donnait de létonnement
Aux Esprits jaloux desaglpirr,
Chanta la mort & la viEieire
De cesseptFreres généreux,
De cessept Freres bienheureux,
Quiflgnalerentleurconfiance,
Leurbravoure & leur résistance,
Ensoufrant lefer &lefeu
Pour ladéfense du vray Dieu.
On les appelle Macchabées,
Par leurs images exhibées
Que dans le mondeenfaitcourir,
NIUsçavons tous qu'ilfaut mourir.
De SédulleEcossois, lesveilles
Ontproduit degrandes merveilles; unHymnefaitpourle Seigneur,
Ils'est accjuis beaucoup d'honneur,
Le tout en Vers comme en cadence.
A celuy-cyjoignons Prudence,
Quisuivantses pieux desseins
Afait Céloge desgrands Saints,
Et nom en a tracél'histoire,
Pour en remplirnostre mémfJirt).
-4fin qu'onimite en ces lieux
Ceux que Dieu récompense aux dense*
Si l'on meleveut bien permettre,
Je diray qu'en rime béxametre
Travailla legrandJuvencw,
Dont lesVersvaloientdes écus,
Etquefuries quatreEvangiles
Ses soins ont estéfort utiles.
Rien n'cft dans laperfection
Pluspurquesa Traduïiion.
A ceux-cy je dois joindreAlcimt3
Prélat célebre& magnanime,
Quifit la guerreaux Arriens
Parsaplume&ses entretiens.
Ajoutons encor DAmAJèene,
Unpeuplou.moderne qu'Arsene,
Damascene appelle le Grand,
Quiparmyles Drlan eut rang.
Cet Autheur, d'un air non profane,
Afait l'Histoire de Suzanne,
Etsolidement composé,
D'un espritcalme &reposé,
Certaines Regles Canoniques,
Le toutenbeaux Vers Iambiques,
Uilhtftre Diacre Aratory
Homme valantsonpesant d'or,
Et quiseulenvaloit dix autres,
Afait les Actes des Apostres,
Le toutenVersfort élégans.
On necraintpointlesOuragans,
Quand onse donne l'avantage
Deprofiterd'un telOuvrage.
Il n'estrien de mieux inventé,
Demieuxfait,demieuxconcerte.
Si l'on en croit Georges iAmboi{e,
QuelesHymnes de Saint Ambroise;
Dans nosjournaliers entretiens,
IIestlabouche des Chrestiens,
Et par luyl'Eglise s'explique
D'unesa,sonfort emphatique.
Nonne le Pentapolitain,
Homme devot, nonlibertin,
Employasonzèle&sonstile
A travaillersur l'Evangile
Du grandFvory du Sauveur,
Etfit ensuite avec ardeur
RoulersesVers &songénie
De/fusla Gigantomachie.
Quand on a l'espritexcegent,
Onse prévaut desontalent.
Nazianze, & legrand Boece,
Ont dans leurs Vers une tendrtJfr.
Dont les Esprits un peu bienfaits
Sefont trouvez, tres-satisfaits.
Je IAiffi les Poëtes profanes,
Perse Properce, Aristophanes,
Plante, Maron, State, Nazon,
Et l'Inventeur duVersScazon.
Lucain,danslevrayrienn'égale
Vostre incomparable Pbarfale.
SesVers quisont coulans&forts,
Surpaient le prix des TréflrJ.
Iln esr rien de mieuxfait,Lucrece,
Que et qui part de vostre adresse;
Etvostre Muse, un le voit bien,
A le tour Hélieonien.
Sur les bords du Rivage humide
DelaFontaineCaftalide,
Clauienfit desVerspompeux,
EmpfJulez., &sententieux,
Où l'on ne voitpoint de césure,
Mai$uniportablemtfure»
Juvenal n'a rien quede bon
Pour leJeune & pour le Barbon;
Etsansprofit l' on ne peut lire
Les maximes desasatire,
Puis qu'onyvoit le vray portrait
De tout ce
qu'aujourd'huy l'onfait
Pour l'avarice, pour l'envie,
Pour les desordres dela vie,
Pourl'ambiticn des honneurs,
Pourl'incontinence des moenrs,
Pour la fourbe d- la tromperie,
Pour le Vin,pour l'yvrognerie,
Pour les intrigues del'Amour;
Et pource qui touche la Cour.
Il est bien vray que ses manieres
Se trouvent un peu cavalieres,
Etpleines d'uneliberté
JQui hleffi unpeu l'honnesteté;
Mais apncs tout il est louable
Dans cet Ouvrageincomparables
D'avoir levice combattu,
Afin d'affermir la vertu.
D'Hésoidele grandgénie
Fut bonpeurlaThéogonie.
-
Homerefutfort estimé,
Et de beaucoup de Gensaimé,
Vourl'Odyssée& l'Iliade;
Mais ony voitparfois dufade,
Du bat,dufoible, du rampant; Ilsemble que c'est un Serpent,
Ouichâtiédesasuperbe,
Se traînecommeilpeutsurl'herbe.
Horace estoit un bon Vivant,
Quisa gDrgcArrojlitfowvfnt,'
Etse lavoitsouvent la bouche;
Aveccelason stile touche,
Et ria rien que de vigoureux.
Onvoudraitse rendre Chartreux,
Entendantsa Museseconde
Draper lesvanitez du monde.
Quieroiroitque le Verre en mAi",
JlillflruiJIit le Genre-humain?
Qui croirait que cet Homme aimable,
Le dos aufeu, le flemre à table,
Donnoit de modestesleçons
Tant aux Princes cqu'aux VoliJJênsf
Martial,sanssortir de gamme,
S.,st jetté JeffHI l'Epigrammc;
Maiscequi rend mauvaise odeur;
Il épargne peu la pudeur.
De Marelles,I'Favant en rime,
Abbé plein d'honneur & d'estimes
Comme un modesteTraducteur,
A rectifiécet Autheur,
Et voilé d'unchastesilence
Cequ'avoit produitl'insolence.
C'estainsiqu'unsçavant Chrestien
Corrige l'erreur d'un Payen.
Que vtu-i diray-je icy d'Ausone,
Si renommé dans chaqueZone,
Ce cher ornement de Bordeaux,
Qui par des Ouvragessi beaux,
Si pleins deforce & d'attrempance,
S'est distingué dans nostreFrance,
Etdont les merveilleux Centons
ValentdesBoisseaux de Testons,
Sinon que par sa Poejie.
Ilfait honneuràsa Patrie,
Et qu'ilinstruit les Ignorans?
Au reste, depuissix vingtans,
Et dans l'heureuxsiccleoùnoussommes,
Emile en braves &grandsHommes,
Plusïeurs ont ausacré Villon
Brigué lafaveur d'Apollon,
Et faitla couraux neufPucelles
Que le sçavoir rend toujours belles
Inégalpourtantfut lesort
De ceux quifirent cet effort.
Tout les OuvragesPoëtiques,
Soitferreux,foiehéroïques,
DeMoulinet & de Crétin,
Estoient unamas de frétin..
Q^ù nefutpointsuivy degloires
JLt n'en déplaise à la mémoire
De Marot) on ne trouve pas
Quesa Mufe eust degrands *pp*t,
Ny dit brillant, nonplus que celle
EtdeBaïf&dejodelle.
Mais on eut un respect nouveau
Pour les Vers tracez,par Belleau.
Du Bellay s'acquitl'avantage,
D'avoir la douceur en partage,
Aussi-bien que lafermeté,
La force, & la ViVdciré.
Bersaui eut le talent de plaire,
Cefut là fin vray caractere;
Oüy Bertaud,Evesque de Sés,
Quifut pointu jufsjua l'excés;
JVlaif ses rimes par tout connuës,
De bonsensfurentsoûtenuës.
Que diray-je encor? Du Bartas
JEtêt des Admirateurs à tas,
Et l'on vit des Gens à centaine
Lire jour& nuitsaSemaine
Dans un certain empressement
Quimarquoitleurentestement;
Jrfais ce qui paroissoit commode,
N'est plus maintenant àla mode.
Laissant cette antique beauté,
Chacun court à la nouveauté.
Voila quel est l'avertinnostre,
Vn objetendétruit un autre, Et ce qu'unsiecle toujoursfait,
Vnautresiecle le défait.
Cette vicissitude étrange
Fait que tout s'altere &se change.
C'estpour cette mesme raison
Que Saint Gelais hors desaison,
Seplaint quele tempsfait outrage
Au mérite arfin Ouvrage,
Et que les S çavans d'anjourd'huy
Nesesouviennentplusde luy.
Jiiaistjttefaire en cette occurrence?
Ilfaut s'armerde patience.
Ronsard, ce PoëteVandômois,
• Jivecson Pourpoint de Chamois,
Avecsa Culotte à la Smffei
Etsa Flambergesur lacuisse,
Fut le Prince des grands Rimeurs,
Etfitgagner les Imprimeurs,
,C.a--ronpoëttque ramage -,. Des Doctes obtint le suffrage.
Alors chacunsefit honneur,
Non d'aspirer à sonbonheur,
Maisd'imiterson caractere,
DouxJinsinuAnts &sincere,
Et lesnoblesexpressiens
Tiefes belles conceptions.
Aussiprenoit-onsonlangage
Pour la regle du bel ufacre; Jo Et lors que tjuelcju}unparlait mal,
Ondf'ok, ceftnn Animal,
'VnRnffôyue, un Sot, un Empuze,
Va-Cheval debast, une Buze,
UnHommesanssel &sans art,
Quidonne unsoufflet à Ronsard.
Ajoutez*a ce Personnage
Dautres Poëtes à grandfeüillage,
Lesçavant Abbéde Tyron,
BalzaC, Malherbe, duPerron,
.Bels,Boirrobert, Benserade,
Dont laverve ria rien defade,
Desyveteaux, Motin, Faret,
Sarrasin, la Serre, Loret,
Dtfmllrefts, Dalibray, Arolitre,
Pinchesne, Boileau, Furetiere,
Dandilly,Rotrou, Scudery,
De Racan, Contart, Monfleury
Dormy, Gombaud, de Malleville,
Jean Baudoüin, Maynard, & Douville,
Mairet,deSégrais, Pélisson,
Monsuron, Racine, Poisson,
Quinault, du Ryer, la Ménardiere;
Théophile, la Giraudiere,
Co£etet9 Tristan,Priézac,
Mainart, Scarron, Meziriac,
Chappelain,Cottin,Gomberville,
MefloMleJu Rgjïei, Diéreville,
Bordier, du Perrin, DassOucy,
Le Président Nkolieaussy,
Magnon, dont les dévots Ouvrages
Servent auxpécheurs commeauxsages,
Régnier,Saint Amant, Cerisy,
Dont lestile estpur & choisy,
Becçasse le devot Chanoine,
Pere Rappin, Pere le LVo:ne,
Chevreau, MIIllevAl, & Brêbeuf
Deschèneaux, Chappeton, Marbenf,
Yiondde Ctrlifers, Voiture,
Dont Pinchesne afait lapeinture,
Beauregard, Boursault, de Sentend,
Jtfagnin, de Lingendes, Montreüil
L'ingênieux de la Fontaine.
Qui•ri*me &raisonnesans peine
'Avec une fAcilité.
Qui, marquesonhabileté;
Et commesa plume efi amie
De la celebre Académie
Que l'Eloquencefaitfleurir,
Et qui le bonsensfaitmeurir, Ilvientdy rencontrersaplace,
Comme il la trouvait au Varnajfe*.
iln'est nulPalais, nulHostel,
Quinadmette unsçavant Mortel.
Prônons maintenant vos merveilles,
Doctes Freres,fameux Corneilles,
Qjj d un nombre infiny de Vers
Avez. enrichy l'Univers,
Comme axffi mainte & mainte étude,
Sans que la grande multitude
De tant de merveilleuxEcrits
En ait diminué le prix.
La dans chacune de vos Pieces
Lesplus fines delicatesses
Du belArt quifert a l'Amour,
PArtJiJfellt dans leurplus beau jour,
Soitdam vos graves Tragédies,
Soit dans vos chastes Comédies,
Dont le Public bien averty
S'est innocemment diverty;
Carquand un Homme afaitsa tâche, Ildemande unpeu de relâche;
Et quand illeprendsans pécher,
On nesçaurait l'en empescher,
A moins que dans un Monaflere
Ilprosesse une vit "uflere..
Maisparlons de cesage Duc,.
Aussiger.éreuxqueMonluc,
Qjm pour la Plume &pourl'Epée
Est un César,eftunPompée.
Peut-estre mesme il estplusgrand,
C'estl'illustre de SaintAignan.
Q»'on me traite deTurc a More,
Si du langage à mètrphore,
Q^ti d'Ovidefut le deduit.
Ce Duc n'estpleinement instruit;
Aussisa belle destinée
Jbji de nous donner chaque année
Denouvellesproductions
Deses belles refléxions.
Le tout riefl point Muse mourante,
Mais Ouvrage a plume courante,
D'unstileaussifort que l'airain,
Digne du Cédre&du Burin.
Jlsçait dansson Art Poëtique
Joindre le moderne à l'antique,
Et sçait parler comme jadis
Onparlolt du temps d'Amadis.
Veut-onrencontrerplHl de grace
Que.chezvont,Evefqutde GYlifeaVoê'tefacrèyfçavant
Godeau,
Qui nom levastes le rideau,
Et dévoilastesdesmysteres
Impénetrables à nos Peres!
Vosserventes expressions,
Vossublimes Traductions,
VYf admirables Paraphrases,
M'ontsouvent causé des extases,
Et m'ont rendu comme enchanté.
D'effet, &dans la vérité,
Une Musesage & modeste
Est un langage tout celeste;
Et les Dames de qualité,
Toutes pleines d'bonnesteté,
Avecque leurvertusevere,
Passent du Parnasse au Calvaire,
Et de la composition
A la belle dévotion,
Sans qù"enpuisseimputer à crime
Letemps qui se donne àla rime.
Fleurisse àjamais le belArt
Où les Sçavans ont tant depart,
Par quiles Hommes & les Anges
DugrandDieu chantent leslouanges
Fermer
802
p. 215
IV.
Début :
Mercure, qui sçait bien que dans la Canicule [...]
Mots clefs :
Canicule, Citron
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IV.
IV.
MErcurequisçait bienquedans
la Canicule
Chacun est abbatupariextreme cha
leur,
Par une bontépure, & sans que fil,:
postule,
,
Nous envoye un Citron pour réjoüir
le cœur;
AVICE, de Caën,Ruë
de la Harpe
MErcurequisçait bienquedans
la Canicule
Chacun est abbatupariextreme cha
leur,
Par une bontépure, & sans que fil,:
postule,
,
Nous envoye un Citron pour réjoüir
le cœur;
AVICE, de Caën,Ruë
de la Harpe
Fermer
803
p. 73-78
EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
Début :
Monsieur l'Evesque d'Heliopolis a présenté les Lettres qu'il [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Audience, Trône, François Pallu, Artus de Lionne, Barcalon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
EXTRAIT DE LA LETTRE
de MrdgsuLandcs,Bourreaq,.
écrite de Siam, en datte du22.
Décembre 1682. MOnjieurl'Eiefqtie dHe-
.lifJpolÚ a préfente les Let-
L 1 y très qu'ilavait de Sa Majefle
Très- Cbreflienne pour le Roy de
Sidm, & elles ont cJlé nçetlé's de
la mesme maniéré vue les premierea
le furent. Cet Evejque
tut le lendemain audience de ce
Monarque, à laquelle M11Ahbe
deLyonne seul affilia.
- Ilyavoit déja que
le Barcatlon m'avoit dit.que le
Roy Jon Mtiflrc,, avant que
d'aller à Lavau, me donneroit
une marque de l'eslime qu'ilfaisoit
de nostre Nation, & de la
considération particuliere qu'il
avoit pour moy i
lors qu'onniavertit
de me trouver le 11. Octobre
au Palau du Roy. Les
jimbaffadeurs du Roy de Damby
devoient le mejme jour avoir
audience. Je m'y rendis dés le
matin3 & après avoir passé
pltifieurs Courts, dans l'une desquelles,
qui efloit vis-a-vis le
Trône du Roy, il y avait pluGALANT.
7*
fleurs Soldats fous les armes9
l'on me fit ajifeoir dans un endroit
tout couvert de Tentes, au milieu
de plus de six cens Mandarins.
Lon fitasseoir les Ambajifadeurs
de Dam»y douze à quinze pas
derriere moy 3
cesi à dire que
feflois plus près du Trône du Roy
dequinze pas.Aufilialdequel-
,qua Inftrtmens,plusieurs riches
Rideaux qui couvroientleTrone
de ce 'Prince, Je tinrenty 19 sa
Majerréy parut avecbeaucoup
<£éclat, tantpour la beauté du
Trône-; que pour la richeffi du
Pirrrerie$;, dontJa tesie efes
habits efioient couverts. Apres
plujîeursfanfares de Trompettes]
le Barcdllonprit laparole, dr luy
dit, que félon l'ordre de Sa Majessé,
je me prêfcntois asespieds
pour recevoirses faveurs. Ce
Prince me fit quelques quefiions
sur le Roy de France, esur le
grttnti nombre de ses Conquefles.
jipras que j'eus repondu a ce
qu'il me demandait, l'onmit devant
moy une 73andeige d'ttrgent,
dans laquelle ily avoit un Juftrau
-corpsfait d'un 'Brocard d'or&
d'argent, dont mus luy avions
flcfiité quelques Pieces en arri- ,vanticyyun$>nbre à la manicredes
Indes, garny, d'or,
[Ayant élevé trois fois le t&ut a
la hauteur de ma tesse, l'en me
rcvejlit du Jufte-at4-corps,&je
recommençay la revérence a la
mode du Pais.Apres cela, le
Roy dit quelque chose aux AmbassadeursdeDxmlyy
r chacun
d'eux fut revcfîu de la mcfme
jorte d'un Jufie-aucorps de peu
devaleur,d,t,,sOignaldesInftm-*
1 mens que l'on avoit entenhis
d'abord, les i'i?l(rncs Rideaux rc-
cCoOutvrurirrlerfnntl.tele TTrrêcnneeRROoyYatil!.:TTcouutt
le monde a eite étonné de cet
honneur, que je ne puis attribuer
qua la haute efiime que le Roy
de Siam a peur Sa AIajefléTresChrefficnne,
dontle*Ân'A'Sn Cles
Hollandois ne peuvent s'emp:
fcher de parler avec ad miration.
Le Roy a ordonne que l'on
batij} une E'jJife pour M¡' Ics
Evcj-fJiucs* ¡rroche du Seminaire J e s!e,,,~ï ; .,,i ~,~
1*re
qu'il leur avoit déjà jatt bliïïry
& une Adaifonpoury recevoir
les ;4mbafpideurs qu'il s'attend
quenojlre invincible Monarque
luy envoyera. Il faitfaire de la
Vaiffille d'argent pour leurfervice.
Le Barcallon ma fandonner
une grandeMaijon di bois,
que fay fait élever dans nOJqre
Enclos.
de MrdgsuLandcs,Bourreaq,.
écrite de Siam, en datte du22.
Décembre 1682. MOnjieurl'Eiefqtie dHe-
.lifJpolÚ a préfente les Let-
L 1 y très qu'ilavait de Sa Majefle
Très- Cbreflienne pour le Roy de
Sidm, & elles ont cJlé nçetlé's de
la mesme maniéré vue les premierea
le furent. Cet Evejque
tut le lendemain audience de ce
Monarque, à laquelle M11Ahbe
deLyonne seul affilia.
- Ilyavoit déja que
le Barcatlon m'avoit dit.que le
Roy Jon Mtiflrc,, avant que
d'aller à Lavau, me donneroit
une marque de l'eslime qu'ilfaisoit
de nostre Nation, & de la
considération particuliere qu'il
avoit pour moy i
lors qu'onniavertit
de me trouver le 11. Octobre
au Palau du Roy. Les
jimbaffadeurs du Roy de Damby
devoient le mejme jour avoir
audience. Je m'y rendis dés le
matin3 & après avoir passé
pltifieurs Courts, dans l'une desquelles,
qui efloit vis-a-vis le
Trône du Roy, il y avait pluGALANT.
7*
fleurs Soldats fous les armes9
l'on me fit ajifeoir dans un endroit
tout couvert de Tentes, au milieu
de plus de six cens Mandarins.
Lon fitasseoir les Ambajifadeurs
de Dam»y douze à quinze pas
derriere moy 3
cesi à dire que
feflois plus près du Trône du Roy
dequinze pas.Aufilialdequel-
,qua Inftrtmens,plusieurs riches
Rideaux qui couvroientleTrone
de ce 'Prince, Je tinrenty 19 sa
Majerréy parut avecbeaucoup
<£éclat, tantpour la beauté du
Trône-; que pour la richeffi du
Pirrrerie$;, dontJa tesie efes
habits efioient couverts. Apres
plujîeursfanfares de Trompettes]
le Barcdllonprit laparole, dr luy
dit, que félon l'ordre de Sa Majessé,
je me prêfcntois asespieds
pour recevoirses faveurs. Ce
Prince me fit quelques quefiions
sur le Roy de France, esur le
grttnti nombre de ses Conquefles.
jipras que j'eus repondu a ce
qu'il me demandait, l'onmit devant
moy une 73andeige d'ttrgent,
dans laquelle ily avoit un Juftrau
-corpsfait d'un 'Brocard d'or&
d'argent, dont mus luy avions
flcfiité quelques Pieces en arri- ,vanticyyun$>nbre à la manicredes
Indes, garny, d'or,
[Ayant élevé trois fois le t&ut a
la hauteur de ma tesse, l'en me
rcvejlit du Jufte-at4-corps,&je
recommençay la revérence a la
mode du Pais.Apres cela, le
Roy dit quelque chose aux AmbassadeursdeDxmlyy
r chacun
d'eux fut revcfîu de la mcfme
jorte d'un Jufie-aucorps de peu
devaleur,d,t,,sOignaldesInftm-*
1 mens que l'on avoit entenhis
d'abord, les i'i?l(rncs Rideaux rc-
cCoOutvrurirrlerfnntl.tele TTrrêcnneeRROoyYatil!.:TTcouutt
le monde a eite étonné de cet
honneur, que je ne puis attribuer
qua la haute efiime que le Roy
de Siam a peur Sa AIajefléTresChrefficnne,
dontle*Ân'A'Sn Cles
Hollandois ne peuvent s'emp:
fcher de parler avec ad miration.
Le Roy a ordonne que l'on
batij} une E'jJife pour M¡' Ics
Evcj-fJiucs* ¡rroche du Seminaire J e s!e,,,~ï ; .,,i ~,~
1*re
qu'il leur avoit déjà jatt bliïïry
& une Adaifonpoury recevoir
les ;4mbafpideurs qu'il s'attend
quenojlre invincible Monarque
luy envoyera. Il faitfaire de la
Vaiffille d'argent pour leurfervice.
Le Barcallon ma fandonner
une grandeMaijon di bois,
que fay fait élever dans nOJqre
Enclos.
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Résumé : EXTRAIT DE LA LETTRE de Mr des Landes, Bourreau, écrite de Siam, en datte du 22. Decembre 1682.
Le 22 décembre 1682, le roi de Siam a accordé une audience à un représentant du roi de France, suivant le protocole habituel avec la présentation de lettres. Le lendemain, une audience privée a été organisée en présence du baron de Lyonne. Le roi de Siam a exprimé une marque d'estime envers la nation française et une considération particulière envers le représentant français. Le 11 octobre, ce dernier s'est rendu au palais royal, où il a été installé dans un endroit couvert de tentes, entouré de mandarins, tandis que les ambassadeurs de Damby étaient placés plus loin. Le roi de Siam, assis sur son trône richement décoré, a reçu une présentation du représentant français par le baron. Il a posé des questions sur le roi de France et ses conquêtes. En réponse, une grande robe d'honneur a été offerte au représentant français, qui a effectué les révérences appropriées. Les ambassadeurs de Damby ont été reçus avec moins d'honneur. Le roi de Siam a ordonné la construction d'une église pour les évêques français près du séminaire et a prévu une aumône pour les ambassadeurs attendus du roi de France. Il a également fait fabriquer de la vaisselle d'argent pour leur service. Le baron a offert au représentant français une grande maison en bois construite dans son enclos.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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804
p. 79-80
Autres Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
Début :
J'ay veu une autre Lettre du mesme Lieu, écrite par [...]
Mots clefs :
Monsieur Marin, Convertir, Empereur des Tartares, Roi de Siam, Religion des chrétiens, Missionnaires, Riz
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texteReconnaissance textuelle : Autres Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
J'ay veu une autre Lettre
du mesme Lieu, écrite par
Mr Marin, Millionnaire en
cePaTs:IaTll mande que tous
les ans il se convertit des milliers
de Payens; Que l'Empereur
des Tartares s'est rendu
maistre de toute la Chine,
à la réserve de l'isle de Formose,
&: que M de Beurge
a esté (acre Evciqtîe"ticla"
Province où ilest Que le
Roy de Siam s'estfait expliquer
plusieurs choses qui regardent
la Religion desChrétiens,
par l'Evesque de Métellopolis,
quiluy dit toute
la Vie de Nostre Seigneur;
que ce Monarque l'écouta
avec plaiGr; qu'il la fit écrire
afin d'avoir plus de temps
pour y penser, & qu'il a
donné du Riz aux Millionnaires
pour six mois.
du mesme Lieu, écrite par
Mr Marin, Millionnaire en
cePaTs:IaTll mande que tous
les ans il se convertit des milliers
de Payens; Que l'Empereur
des Tartares s'est rendu
maistre de toute la Chine,
à la réserve de l'isle de Formose,
&: que M de Beurge
a esté (acre Evciqtîe"ticla"
Province où ilest Que le
Roy de Siam s'estfait expliquer
plusieurs choses qui regardent
la Religion desChrétiens,
par l'Evesque de Métellopolis,
quiluy dit toute
la Vie de Nostre Seigneur;
que ce Monarque l'écouta
avec plaiGr; qu'il la fit écrire
afin d'avoir plus de temps
pour y penser, & qu'il a
donné du Riz aux Millionnaires
pour six mois.
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Résumé : Autres Nouvelles de Siam, [titre d'après la table]
Monsieur Marin rapporte la conversion de milliers de païens. L'empereur des Tartares a conquis la Chine, sauf l'île de Formose. Monsieur de Beurge est nommé gouverneur d'une province. Le roi de Siam a demandé à l'évêque de Métellopolis d'expliquer la religion chrétienne. Le roi a écouté avec plaisir et a demandé une explication écrite. Il a aussi fourni du riz aux millionnaires pour six mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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805
p. 143-146
Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Le Pere Aléxis du Buc Théatin, qui continuë à se donner tout [...]
Mots clefs :
Abjurations, Père Alexis, Controverses, Église anglaise, Mademoiselle , Erreurs, Vérités catholiques
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texteReconnaissance textuelle : Abjurations, [titre d'après la table]
Le Pere Aléxis du Buo-
Théatin qui continuë à se
donner tout entier aux Controverses
, a vû ce mois-ci
son zele récompensé par trois
Abjurations remarquables,
qu'il a~reçuës. La premiere
aétédans l'Eglise des Religieuies
Angloises, Ruë de
Charenton,Faux-bourg Saint
Antoine, de Mademoiselle
Marie Forêt, âgée de cinquante
-cinq ans, Femme
de Mr Mucet, Bourgeois de
Paris. Elle a suivil'exemple
de Mr Forêtson Pere, qui
ne voulut pas mourir dans la
Religion, où il avait été
élevé.
La seconde
a été dans
l'Eglise des Filles de Sainte
Marie, Faux- bourg Saint
Germain
,
de Mademoiselle
Fenou, recommandable par
le#
les belles qualitez, & d'une
Famille fort attachée à sa
Religion. Elle n'en a pas
plutôt connu les erreurs,
qu'elle a quité genéreusement
la Maison de sa Mere
pour les abjurer. Sa Majesté
en ayant été informée, luy a
accordé sa protection.
La troisiéme de ces Abjurations
s'est faite dans l'Eglise
desThéatins, où Mr de
Salus, du Pais des Grisons,
Lieutenant des Gardes Suisses
du Roy, a fait profession
,
des Veritez Catholiques, en
presence de plusieurs Personnes
de qualité.
Théatin qui continuë à se
donner tout entier aux Controverses
, a vû ce mois-ci
son zele récompensé par trois
Abjurations remarquables,
qu'il a~reçuës. La premiere
aétédans l'Eglise des Religieuies
Angloises, Ruë de
Charenton,Faux-bourg Saint
Antoine, de Mademoiselle
Marie Forêt, âgée de cinquante
-cinq ans, Femme
de Mr Mucet, Bourgeois de
Paris. Elle a suivil'exemple
de Mr Forêtson Pere, qui
ne voulut pas mourir dans la
Religion, où il avait été
élevé.
La seconde
a été dans
l'Eglise des Filles de Sainte
Marie, Faux- bourg Saint
Germain
,
de Mademoiselle
Fenou, recommandable par
le#
les belles qualitez, & d'une
Famille fort attachée à sa
Religion. Elle n'en a pas
plutôt connu les erreurs,
qu'elle a quité genéreusement
la Maison de sa Mere
pour les abjurer. Sa Majesté
en ayant été informée, luy a
accordé sa protection.
La troisiéme de ces Abjurations
s'est faite dans l'Eglise
desThéatins, où Mr de
Salus, du Pais des Grisons,
Lieutenant des Gardes Suisses
du Roy, a fait profession
,
des Veritez Catholiques, en
presence de plusieurs Personnes
de qualité.
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Résumé : Abjurations, [titre d'après la table]
Le Père Aléxis, membre de l'ordre des Théatins, a enregistré trois abjurations au cours du mois. La première a eu lieu dans l'église des Religieuses Angloises, rue de Charenton, Faubourg Saint-Antoine, où Mademoiselle Marie Forêt, âgée de cinquante-cinq ans et épouse de Monsieur Mucet, bourgeois de Paris, a abjuré. Elle a suivi l'exemple de son père, Monsieur Forêt, qui avait refusé de mourir dans la religion où il avait été élevé. La deuxième abjuration s'est déroulée dans l'église des Filles de Sainte-Marie, Faubourg Saint-Germain, impliquant Mademoiselle Fenou, reconnue pour ses belles qualités et issue d'une famille très attachée à sa religion. Informée des erreurs de sa foi, elle a quitté la maison de sa mère pour abjurer, recevant la protection de Sa Majesté. La troisième abjuration a eu lieu dans l'église des Théatins, où Monsieur de Salus, originaire du Pays des Grisons et lieutenant des Gardes Suisses du Roi, a professé les vérités catholiques en présence de plusieurs personnes de qualité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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806
p. 190-210
Prise de Sainte Maure, avec des remarques curieuses sur l'Isle de ce nom, & sur sa situation, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à la prise de Sainte Maure, dont le Siége fut [...]
Mots clefs :
Place, Maure, Sainte-Maure, Armée, Troupe, Canon, Ville, Malte, Grèce, Corfou, Côte, Pape, Rocher, Sappho
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prise de Sainte Maure, avec des remarques curieuses sur l'Isle de ce nom, & sur sa situation, [titre d'après la table]
Je viens à la prilè de Sainte
Maure, dont le Siége fut
formé le23. de Juillet par
l'Armée Vénitienne,& parles
Troupes Confédérées du
Pape, du Grand Duc de ToL
cane, ôc de la Religionde
Malthe, fous le commandetment
de Mr Morosini, Procurateur
de Saint Marc, &-.
Genéralissime de l'Armée.
LIsle de Sainte Maure estoit
autrefois attachée au continent
de la Grece, qui la
compte pour une de ses Isles
Occidentales, comme elle
met au nombre des Orienta.
les celles de l'Archipel. En
effet, toute la largeur de la
Grece prise de l'Orient à l'Occident
,
séparel'Archipel de
Sainte Maure. Elle estoit conf
nuë dans l'Antiquité tous le
nom de Leucade, & saisoit
une partie du. Royaume d'Ulisse;
auuieit elle fort proche
d'Ithaque, où ce Prince &
sa Femme Pénélope résidoient.
Une Rocher de cette
Isle elloit autrefois le refuge
,
où l'on voyoit accourir
en foule tous les Amans infortunez
de la Grece, qui,
croyoient appaiser en ce lieulà.,
la violence de leurs transports
amoureux, en sautant.
du sommet de ce Rocher..
On tient que la fameuse Sapho
quiacompose tant d'excellens.
cellens Poëmes
,
donna l'exempled
e sauter en bas, lors
qu'elle eut appris l'infidélité
de son Amant Phaon. D'autres
attribuent à Cephale, le
premier essay d'un remede si
extraordinaire. Ce Rocher
auroitesté un grand ornement
dans la Carte de Tendre.
Mais pour ne parler que
de Sainte Maure, il est certain
que cette Place a totU
jours paru très-importante.
Elle touche presqueà l'Epire,
ôc est prés de la Morée,à l'entrée
du Golphe de Lépante,
(
où se donna en 1571. cette fameufeBataillejquiacquit
tant
de gloire à l'Armée Chrétienne,&
à Dom Juan d'Austriche
qui la commandoit. La
Ville de Sainte Maure futréduite
en 1502.. fous l'obeissance
desVénitiés par Bencdetto
Pesaro. Ce Général y estant
venuavec le secours de quelquesVaisseaux
du Pape,de
Loüis XII. Roy de France, &
des Rhodiens, fit la décente
avec une partie de l'Armée,
& s'estant rendu le maisrte
du Pont, après un combat
opiniaitré, dans lequel quantité
de Turcs demeurèrent
sur la place, il força la Ville à
se soûmettre;mais l'accommodement
s'estant fait quelque
temps après entre Bajazet
11.& la République,par la
médiation du BassaAchmet,
il fut arresté
,
qu'on restitueroit
au Turc line de Sainte
Maure, & elle luy fut d'autant
plus volontiers accordée,
que celle de Céfalonic demeuroit
aux Vénitiens. La
1
Ligue qu'ils ont faite depuis
peu avec l'Empereur ôc le
: Roy de Pologne, contre cet
OEnnemy commun de la
Chrétienté, les autorisant à
luydéclarer la guerre, ils Il
folurent d'aller attaquer Sazi
te Maure, après que Mr MM
rofini leur Genéralissime ce
tenu conseil à Corfou le
de Juillet avec les Chefs d'ICJ
cadres, ôc les Principaux
Officiers de l'Arméeauxils
res. Mais avant que de voo
entretenir de cette expéco
tion
,
il faut vous apprenchi
l'état des Bâtimens de MM.
de toutes les Puissances, qp
font entrées dans leurs inrests,
leur nombre) & lordbi
de Bataillequiestoit résolu 01
cas qu'on eust estéobligé
combatre les forces maritimes
du Grand Seigneur. Je
vous envoye cet ordre de Bataille
,
àz la manière qu'il a
esté dressé à Corfou , & que
je l'ay receu de Vénise. La
Langue Italienne vous est familiére
ainsi je n'av rien à
vous expliquer.
L'attaque de Sainte Maure
ayant estéarrestée dans le
Conseil tenu à Corfou, où se
trouverent le Provéditeur
Genéral Cornaro, les Chefs
des Escadres du Pape, du
Grand Ducde Toscane
,
de
la Religion de Malthe
,
le;
Genéral Strafoldo, & les autres
Officiers, MrMorosini
sir faire la revûë de toutes les
Troupes que l'on avoit deftinées
au débarquement.
Deux Bataillons de six cens
Hommes chacun,l'un des
Troupes du Pape, & l'autre
de celles de Malthe,passerent
en revûë avec huit mille
Hommes des autres Troupes.
La premiereLigne de
ce dernier Bataillon avoit
quel quechose de bien éclatant,
puis qu'elleestoit conv*
posée de cent Chevaliers, revétus
de leurs Cottes d'Armes
de Satin rouge, avec la
Croix blanche de la Religion.
L'Arméeayant misa.
la voile le 19 de Juillet, arriva
heureusement le lendemain
hors la portée du Canon
de Sainte Maure, où elle
moüilla. Cette Ville effc
surune langue de Terre du
costé du Levanr, & un Aque
duc de trois cens soixante
Arcades en forme de Pot, large
seulemet de trois ouquatre
pieds, la joint au Continent
du costé duSeptentrion. Un
Pont de bois partagé en trois
luy fournit aussi un passage
au Continent du costé du Levant
& du Couchant. Elle a
une Peninsule assez longue,
dont la teste porte le nom de
la pointe de Saint Jean. La
Mer environne tout le reste.
La Forteresse est un Pentagone
irrégulier, dont de
grosses Tours flanquent tous
les Angles. Deux autres.
Tours qui sont au tiers de la
Courtine des deux costez,
fortifient encore la plus grande
face, qui estcelle du Couchant.
La Flote estant entrée
dans le Port de Démata,
qui est au Levant de la Place,
&: qui peut tenir un grand
nombre deVaisseaux
, on fit
le débarquement. Mr Morofini
décendit aussi à terre,
où il visita tous les Postes,
que l'on avoit reconnus, ôc.
un logement qu'avoit fait
le CapitaineManetta dans un
lieu nommé Chiebe, dont il
s'estoit rendu maistre.C'estoit;
laMaison deplaisance du Fils
de l'Aga. Cependant il ne
voulut point faire tirer le Canon,
qu'il n'eust envoyé sommer
le Commandant de Iz
Place. Illuy écrivit lesjustes.
sujets qu'avoit eus la République,
d'assemblerune puisfancc
Armée, aprés que les
Turcs avoientrompu la Paix
en donnant retraite aux
Corsaires de Barbarie,ôc en
exerçant des hostilitez contre
les Sujets de l'Etat Vénitien.
Le Commandant s'étant
contenté de luy répondre,
que Dieu puniroitlaRépubliqueduprétexte
qu'elle
• prenoit de déclarer la guerre
au GrandSeigneur,onarbora
lePavillon de la Genérale,
&les Galeres &les Galeasses
commencèrent a canonner
la Forceresse. Plus de douze
cens coups de Canonqui furreennttttiirreezze,
liednodommmmaaçglecrrecnlltt
beaucoup les Maisons & les'
Fortifications
,
& ruinerent
une Mosquée. Il y eutua
feu continuel de l'Artillerie
-
des Turcs. Il-nempdchâpas
pourtant les Troupes du Pape,
ôc celles de Malthe & de
Toscane
,
de s'avancer fore
présde la Place, & de se loger
dans les Fauxbourgs. Ils
le firent sans obitacle
,
les.
Ennemis nrayant osé hazarderaucuneSortie.
Ustache-"
rent feulement en continuant
un grand feu d'Artilkrie,
de retarder le travail des
Assiégeans, quin'oubliaient
rien pour mettre leur Canon
en baterie
y
mais tous ces
efforts des Assiégez furent
inutiles. Les Bateries commencerent
à tirer avec un
fort grand succés fous les ordres
du Seigneur Lorcnzo
Venier.Elles endommagerent
fort les murailles de la
Place, & les Bombes que l'on
jetta en quantité dans la Ville
, y causerent un très-grand
desordre. Le premier jour
d'Aoust ces mesmes Batteries
raserent entièrement le
Boulevard; &: la Bréche qui
estoit déjà considérable
, fut
augmentée. Elles démonterent
quatre Pieces de Canon
des Ennemis, & les Bombes
mirent le feu en plusieurs endroits
de la Ville, les Travaux
seftant avancez à la faveur
du feu continuel du Canon
& des Mortiers, les Assiégeans
commencèrent à
combler le Fossé avec des
Fascines & des Sacs à terre.
Enfin, le Dimanche 6.
jour d'Aoust,aprés que le feu
eut continué jusqu'au soir de
part & d'autre, les Turcs éleverent
un Drapeau blanc sur
leurs Murailles, pour faire
connoistre qu'ils vouloient
capituler. Ilsenvoyerentà
une heure de nuit trois Députez
à MrMorosini, pour
luy dire qu'ils estoient prests
de rendre la Place, pourvû
qu'on leur accordait une Capitulation
honorable. Ils de- ,
mandoient permission -de
sortir avec tous leurs biens,
& on leur donna seulement
la liberté de se retirer avec
leurs Familles, & d'emporter
tout ce qu'ils pourroient porter
sureux. Les Ostagesfurent
envoyez le lendemain,
& on mit en liberté tous les
Esclaves que l'on trouva dans
la Place, à condition qu'ils
serviroient pendant un ansur
lesVaisseaux
, ou sur les Galéres
de la République, en
qualité de Mariniers& de Soldats.
LaGarnison sortitvers
le soir par la Porte du Couchant.
Elle estoit de septcens
Hommes, qui avoient leSabre
& le Mousquet. Les Bâtimens
où ils furent embarquez,
les conduisirent à terre
au delà du Bras de Mer.
En mesme temps les Troupes
Vénitiennes entrerent
dans la Ville par la Bréche.
Le Butin que les Soldats y
ont fait a elle considérable.
On trouva quantité de Provisions
dans la Place,& quatre-
vingtsPiéces de Canon.
Les Vénitiens n'ont perdu
que deux cens Hommes à ce
Siége. MrJoüyFrançois, Sergent
Major de Bataille
,
Ôc
Colonel d'un Régiment Allemand,
y fut blesséà la cuisse,
& eut le bras percéd'une
mousquetade.MrMorosini
fitaussitost benir la principale
Mosquée,&le Te Deum y
futchanté. Elle a esté dédiée
fous le nom de San Salvator,à
cause que les Turcs avoient
élevé le Drapeau blanc le 6.
d'Aoust , jour de la Transfiguration
de NostreSeigneur
Il fit bénir une autre Mos.
quée que l'on dédia à Saint
Gaëtan , dont on célebroit.
la Feste le jour quelesTroupes
entrerent dans la Place-
Il en a donné le Commandement
au Seigneur Lorenzo
Vénier Noble Vénitien,&de
la Famille de Mr l'Ambaffa.:.
deur de Vénise, qui est à présent
à la Cour de France.
Tous ceux de ce nom ont
rendu de grands services à la
République. SebastienVénier
estoit Chef de l'Armée
Vénitienne, lors que celle de
Selim fut entièrement défaite
le jour qu'on donna la Bataille
de Lépante.
Maure, dont le Siége fut
formé le23. de Juillet par
l'Armée Vénitienne,& parles
Troupes Confédérées du
Pape, du Grand Duc de ToL
cane, ôc de la Religionde
Malthe, fous le commandetment
de Mr Morosini, Procurateur
de Saint Marc, &-.
Genéralissime de l'Armée.
LIsle de Sainte Maure estoit
autrefois attachée au continent
de la Grece, qui la
compte pour une de ses Isles
Occidentales, comme elle
met au nombre des Orienta.
les celles de l'Archipel. En
effet, toute la largeur de la
Grece prise de l'Orient à l'Occident
,
séparel'Archipel de
Sainte Maure. Elle estoit conf
nuë dans l'Antiquité tous le
nom de Leucade, & saisoit
une partie du. Royaume d'Ulisse;
auuieit elle fort proche
d'Ithaque, où ce Prince &
sa Femme Pénélope résidoient.
Une Rocher de cette
Isle elloit autrefois le refuge
,
où l'on voyoit accourir
en foule tous les Amans infortunez
de la Grece, qui,
croyoient appaiser en ce lieulà.,
la violence de leurs transports
amoureux, en sautant.
du sommet de ce Rocher..
On tient que la fameuse Sapho
quiacompose tant d'excellens.
cellens Poëmes
,
donna l'exempled
e sauter en bas, lors
qu'elle eut appris l'infidélité
de son Amant Phaon. D'autres
attribuent à Cephale, le
premier essay d'un remede si
extraordinaire. Ce Rocher
auroitesté un grand ornement
dans la Carte de Tendre.
Mais pour ne parler que
de Sainte Maure, il est certain
que cette Place a totU
jours paru très-importante.
Elle touche presqueà l'Epire,
ôc est prés de la Morée,à l'entrée
du Golphe de Lépante,
(
où se donna en 1571. cette fameufeBataillejquiacquit
tant
de gloire à l'Armée Chrétienne,&
à Dom Juan d'Austriche
qui la commandoit. La
Ville de Sainte Maure futréduite
en 1502.. fous l'obeissance
desVénitiés par Bencdetto
Pesaro. Ce Général y estant
venuavec le secours de quelquesVaisseaux
du Pape,de
Loüis XII. Roy de France, &
des Rhodiens, fit la décente
avec une partie de l'Armée,
& s'estant rendu le maisrte
du Pont, après un combat
opiniaitré, dans lequel quantité
de Turcs demeurèrent
sur la place, il força la Ville à
se soûmettre;mais l'accommodement
s'estant fait quelque
temps après entre Bajazet
11.& la République,par la
médiation du BassaAchmet,
il fut arresté
,
qu'on restitueroit
au Turc line de Sainte
Maure, & elle luy fut d'autant
plus volontiers accordée,
que celle de Céfalonic demeuroit
aux Vénitiens. La
1
Ligue qu'ils ont faite depuis
peu avec l'Empereur ôc le
: Roy de Pologne, contre cet
OEnnemy commun de la
Chrétienté, les autorisant à
luydéclarer la guerre, ils Il
folurent d'aller attaquer Sazi
te Maure, après que Mr MM
rofini leur Genéralissime ce
tenu conseil à Corfou le
de Juillet avec les Chefs d'ICJ
cadres, ôc les Principaux
Officiers de l'Arméeauxils
res. Mais avant que de voo
entretenir de cette expéco
tion
,
il faut vous apprenchi
l'état des Bâtimens de MM.
de toutes les Puissances, qp
font entrées dans leurs inrests,
leur nombre) & lordbi
de Bataillequiestoit résolu 01
cas qu'on eust estéobligé
combatre les forces maritimes
du Grand Seigneur. Je
vous envoye cet ordre de Bataille
,
àz la manière qu'il a
esté dressé à Corfou , & que
je l'ay receu de Vénise. La
Langue Italienne vous est familiére
ainsi je n'av rien à
vous expliquer.
L'attaque de Sainte Maure
ayant estéarrestée dans le
Conseil tenu à Corfou, où se
trouverent le Provéditeur
Genéral Cornaro, les Chefs
des Escadres du Pape, du
Grand Ducde Toscane
,
de
la Religion de Malthe
,
le;
Genéral Strafoldo, & les autres
Officiers, MrMorosini
sir faire la revûë de toutes les
Troupes que l'on avoit deftinées
au débarquement.
Deux Bataillons de six cens
Hommes chacun,l'un des
Troupes du Pape, & l'autre
de celles de Malthe,passerent
en revûë avec huit mille
Hommes des autres Troupes.
La premiereLigne de
ce dernier Bataillon avoit
quel quechose de bien éclatant,
puis qu'elleestoit conv*
posée de cent Chevaliers, revétus
de leurs Cottes d'Armes
de Satin rouge, avec la
Croix blanche de la Religion.
L'Arméeayant misa.
la voile le 19 de Juillet, arriva
heureusement le lendemain
hors la portée du Canon
de Sainte Maure, où elle
moüilla. Cette Ville effc
surune langue de Terre du
costé du Levanr, & un Aque
duc de trois cens soixante
Arcades en forme de Pot, large
seulemet de trois ouquatre
pieds, la joint au Continent
du costé duSeptentrion. Un
Pont de bois partagé en trois
luy fournit aussi un passage
au Continent du costé du Levant
& du Couchant. Elle a
une Peninsule assez longue,
dont la teste porte le nom de
la pointe de Saint Jean. La
Mer environne tout le reste.
La Forteresse est un Pentagone
irrégulier, dont de
grosses Tours flanquent tous
les Angles. Deux autres.
Tours qui sont au tiers de la
Courtine des deux costez,
fortifient encore la plus grande
face, qui estcelle du Couchant.
La Flote estant entrée
dans le Port de Démata,
qui est au Levant de la Place,
&: qui peut tenir un grand
nombre deVaisseaux
, on fit
le débarquement. Mr Morofini
décendit aussi à terre,
où il visita tous les Postes,
que l'on avoit reconnus, ôc.
un logement qu'avoit fait
le CapitaineManetta dans un
lieu nommé Chiebe, dont il
s'estoit rendu maistre.C'estoit;
laMaison deplaisance du Fils
de l'Aga. Cependant il ne
voulut point faire tirer le Canon,
qu'il n'eust envoyé sommer
le Commandant de Iz
Place. Illuy écrivit lesjustes.
sujets qu'avoit eus la République,
d'assemblerune puisfancc
Armée, aprés que les
Turcs avoientrompu la Paix
en donnant retraite aux
Corsaires de Barbarie,ôc en
exerçant des hostilitez contre
les Sujets de l'Etat Vénitien.
Le Commandant s'étant
contenté de luy répondre,
que Dieu puniroitlaRépubliqueduprétexte
qu'elle
• prenoit de déclarer la guerre
au GrandSeigneur,onarbora
lePavillon de la Genérale,
&les Galeres &les Galeasses
commencèrent a canonner
la Forceresse. Plus de douze
cens coups de Canonqui furreennttttiirreezze,
liednodommmmaaçglecrrecnlltt
beaucoup les Maisons & les'
Fortifications
,
& ruinerent
une Mosquée. Il y eutua
feu continuel de l'Artillerie
-
des Turcs. Il-nempdchâpas
pourtant les Troupes du Pape,
ôc celles de Malthe & de
Toscane
,
de s'avancer fore
présde la Place, & de se loger
dans les Fauxbourgs. Ils
le firent sans obitacle
,
les.
Ennemis nrayant osé hazarderaucuneSortie.
Ustache-"
rent feulement en continuant
un grand feu d'Artilkrie,
de retarder le travail des
Assiégeans, quin'oubliaient
rien pour mettre leur Canon
en baterie
y
mais tous ces
efforts des Assiégez furent
inutiles. Les Bateries commencerent
à tirer avec un
fort grand succés fous les ordres
du Seigneur Lorcnzo
Venier.Elles endommagerent
fort les murailles de la
Place, & les Bombes que l'on
jetta en quantité dans la Ville
, y causerent un très-grand
desordre. Le premier jour
d'Aoust ces mesmes Batteries
raserent entièrement le
Boulevard; &: la Bréche qui
estoit déjà considérable
, fut
augmentée. Elles démonterent
quatre Pieces de Canon
des Ennemis, & les Bombes
mirent le feu en plusieurs endroits
de la Ville, les Travaux
seftant avancez à la faveur
du feu continuel du Canon
& des Mortiers, les Assiégeans
commencèrent à
combler le Fossé avec des
Fascines & des Sacs à terre.
Enfin, le Dimanche 6.
jour d'Aoust,aprés que le feu
eut continué jusqu'au soir de
part & d'autre, les Turcs éleverent
un Drapeau blanc sur
leurs Murailles, pour faire
connoistre qu'ils vouloient
capituler. Ilsenvoyerentà
une heure de nuit trois Députez
à MrMorosini, pour
luy dire qu'ils estoient prests
de rendre la Place, pourvû
qu'on leur accordait une Capitulation
honorable. Ils de- ,
mandoient permission -de
sortir avec tous leurs biens,
& on leur donna seulement
la liberté de se retirer avec
leurs Familles, & d'emporter
tout ce qu'ils pourroient porter
sureux. Les Ostagesfurent
envoyez le lendemain,
& on mit en liberté tous les
Esclaves que l'on trouva dans
la Place, à condition qu'ils
serviroient pendant un ansur
lesVaisseaux
, ou sur les Galéres
de la République, en
qualité de Mariniers& de Soldats.
LaGarnison sortitvers
le soir par la Porte du Couchant.
Elle estoit de septcens
Hommes, qui avoient leSabre
& le Mousquet. Les Bâtimens
où ils furent embarquez,
les conduisirent à terre
au delà du Bras de Mer.
En mesme temps les Troupes
Vénitiennes entrerent
dans la Ville par la Bréche.
Le Butin que les Soldats y
ont fait a elle considérable.
On trouva quantité de Provisions
dans la Place,& quatre-
vingtsPiéces de Canon.
Les Vénitiens n'ont perdu
que deux cens Hommes à ce
Siége. MrJoüyFrançois, Sergent
Major de Bataille
,
Ôc
Colonel d'un Régiment Allemand,
y fut blesséà la cuisse,
& eut le bras percéd'une
mousquetade.MrMorosini
fitaussitost benir la principale
Mosquée,&le Te Deum y
futchanté. Elle a esté dédiée
fous le nom de San Salvator,à
cause que les Turcs avoient
élevé le Drapeau blanc le 6.
d'Aoust , jour de la Transfiguration
de NostreSeigneur
Il fit bénir une autre Mos.
quée que l'on dédia à Saint
Gaëtan , dont on célebroit.
la Feste le jour quelesTroupes
entrerent dans la Place-
Il en a donné le Commandement
au Seigneur Lorenzo
Vénier Noble Vénitien,&de
la Famille de Mr l'Ambaffa.:.
deur de Vénise, qui est à présent
à la Cour de France.
Tous ceux de ce nom ont
rendu de grands services à la
République. SebastienVénier
estoit Chef de l'Armée
Vénitienne, lors que celle de
Selim fut entièrement défaite
le jour qu'on donna la Bataille
de Lépante.
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807
p. 63-65
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Vous aurez sans doute entendu parler de Mr de Montaigu [...]
Mots clefs :
Mr Montaigu, Ingénieur du roi, Abjuration, Religion prétendue réformée, Doutes, Hérésie, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
Vous aurez fans doute entendu
parler de M' de Montaigu
Ingénieur de Sa Majefté,
qui l'a emp'ové depuis quel
ques années à tirer en Basrelief
le Plan de plufieurs
Villes , & particulierement
de Maftric , d'Ipres , & de
Luxembourg. Il y a parfai
tement reüſſy , & ces beaux
Ouvrages qui font confervez
dans les Tuileries , luy
ont attiré beaucoup de louanges
du Public. Il est préſen64
MERCURE
4
tement à S. Omer , où il tra
vaille par l'ordre du Roy à
tirer auffi le Plan de cette
Place. Son bonheur l'ayant
fait loger avec Madame fa
Femme chez M'Lucas Def
forderes Commiſſaire des
Guerres , qui a la conduite
& la Police des Troupes de
S. Omer , & des Villes cir
convoisines , ce Commiffaire
leur a fait naiftre des doutes
fur la Religion Prétendüe
Réformée où ils font nez;
& par fes inftructions › par
fes bons exemples , & par fes
foins , il les a fi bien con-
+
GALANT. 65
duits dans le chemin de la
verité , qu'eftant enfin convaincus
que hors l'Eglife Romaine
il n'y a point de falut,,
ils ont abjuré leur Heréfie.
La Cerémonie de cette Abjuration
fe fit le Dimanche
8. de ce mois , entre les
mains de M l'Evefque de
S. Omer , nommé à l'Arche--
vefché d'Auch.
parler de M' de Montaigu
Ingénieur de Sa Majefté,
qui l'a emp'ové depuis quel
ques années à tirer en Basrelief
le Plan de plufieurs
Villes , & particulierement
de Maftric , d'Ipres , & de
Luxembourg. Il y a parfai
tement reüſſy , & ces beaux
Ouvrages qui font confervez
dans les Tuileries , luy
ont attiré beaucoup de louanges
du Public. Il est préſen64
MERCURE
4
tement à S. Omer , où il tra
vaille par l'ordre du Roy à
tirer auffi le Plan de cette
Place. Son bonheur l'ayant
fait loger avec Madame fa
Femme chez M'Lucas Def
forderes Commiſſaire des
Guerres , qui a la conduite
& la Police des Troupes de
S. Omer , & des Villes cir
convoisines , ce Commiffaire
leur a fait naiftre des doutes
fur la Religion Prétendüe
Réformée où ils font nez;
& par fes inftructions › par
fes bons exemples , & par fes
foins , il les a fi bien con-
+
GALANT. 65
duits dans le chemin de la
verité , qu'eftant enfin convaincus
que hors l'Eglife Romaine
il n'y a point de falut,,
ils ont abjuré leur Heréfie.
La Cerémonie de cette Abjuration
fe fit le Dimanche
8. de ce mois , entre les
mains de M l'Evefque de
S. Omer , nommé à l'Arche--
vefché d'Auch.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
Monsieur de Montaigu, ingénieur royal, est renommé pour ses plans en bas-relief de diverses villes comme Maestricht, Ypres et Luxembourg, exposés aux Tuileries. Actuellement, il travaille à Saint-Omer pour réaliser le plan de la ville sur ordre du roi. Logeant chez Monsieur Lucas Desfossés, commissaire des guerres, Montaigu et son épouse ont été influencés par les instructions et les soins de Desfossés. Ils ont ainsi remis en question leur foi réformée et ont décidé que seule l'Église romaine offrait le salut. Ils ont abjuré leur hérésie lors d'une cérémonie le dimanche 8 du mois, dirigée par l'évêque de Saint-Omer, récemment nommé archevêque d'Auch.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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808
p. 219-221
Arrivée des Envoyez du Roy de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Les Envoyez du Roy de Siam sont arrivez icy depuis [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Siam, Envoyés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Arrivée des Envoyez du Roy de Siam, [titre d'après la table]
Les Envoyez du Roy de
Siam font arrivez ley depuis
quelques jours . Taurey fans
doute quantité de chofes à
vous en dire , mais avant que
devous parler de leurs Perfonnes
, je croy vous devoir
entretenir de l'état de leur
Pais , de leurs Coûtumes , &
de leur Religion , afin qu'étant
informée de toutes ces
chofes , vous preniez plus de
plaifir à fçavoir ce qu'ils au-
Tij
220 MERCURE
ront dit , & fait en France.
J'en ay ufé de la forte dans le
temps des Ambaſſadeurs
d'Alger , & vous m'avez paru
en eftre contente. Je ne
puis mieux commencer que
par la Lettre que je vous envoye
. Elle eft du mois de Novembre
de l'année derniere,
& écrite par le mefme qui
avoit traduit à Siam celles
de ce
que le Roy de ce Pais - là
adreffoit à Sa Majefté, par fes
Ambaffadeurs qui sont fait
naufrage , & dont je vous envoyay
il y a quelques mois
une Copie. Si vous y trouvez
GALANT. 221
quelques circonftances repé
tées , elles font à l'avantage
de noftre augufte Monar
que , & je fçay que dans l'intéreft
que vous prenez à fa
gloire , aucune repétition ne
vous fçauroit ennuyer fur cette
matiere.
Siam font arrivez ley depuis
quelques jours . Taurey fans
doute quantité de chofes à
vous en dire , mais avant que
devous parler de leurs Perfonnes
, je croy vous devoir
entretenir de l'état de leur
Pais , de leurs Coûtumes , &
de leur Religion , afin qu'étant
informée de toutes ces
chofes , vous preniez plus de
plaifir à fçavoir ce qu'ils au-
Tij
220 MERCURE
ront dit , & fait en France.
J'en ay ufé de la forte dans le
temps des Ambaſſadeurs
d'Alger , & vous m'avez paru
en eftre contente. Je ne
puis mieux commencer que
par la Lettre que je vous envoye
. Elle eft du mois de Novembre
de l'année derniere,
& écrite par le mefme qui
avoit traduit à Siam celles
de ce
que le Roy de ce Pais - là
adreffoit à Sa Majefté, par fes
Ambaffadeurs qui sont fait
naufrage , & dont je vous envoyay
il y a quelques mois
une Copie. Si vous y trouvez
GALANT. 221
quelques circonftances repé
tées , elles font à l'avantage
de noftre augufte Monar
que , & je fçay que dans l'intéreft
que vous prenez à fa
gloire , aucune repétition ne
vous fçauroit ennuyer fur cette
matiere.
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Résumé : Arrivée des Envoyez du Roy de Siam, [titre d'après la table]
Le texte aborde l'arrivée récente des envoyés du roi de Siam et la nécessité d'informer le lecteur sur l'état du pays, les coutumes et la religion des Siamois avant de discuter de leurs personnes. Cette approche permet de mieux comprendre les actions et les paroles des envoyés en France. L'auteur avait déjà utilisé cette méthode lors de la visite des ambassadeurs d'Alger, ce qui avait été bien accueilli. Il commence par présenter une lettre datée de novembre de l'année précédente, écrite par la même personne ayant traduit les lettres du roi de Siam adressées au roi de France. Ces lettres avaient été apportées par des ambassadeurs dont le navire avait fait naufrage. L'auteur précise que certaines répétitions dans la lettre sont à l'avantage de la monarchie française, soulignant que, dans l'intérêt de la gloire du roi, aucune répétition ne serait ennuyeuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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809
p. 221-238
A Siam le 28. Novembre 1683.
Début :
Je me suis informé des Habillemens qu'on vous a dit que les [...]
Mots clefs :
Roi, Siam, Chinois, Pays, Terre, Prince, Gouverneur, Japon, Étrangers, Peine, Navires, Port, Ville, Empereur, Empire, Portugais, Langue, Chine, Cheveux, Vêtements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Siam le 28. Novembre 1683.
A Siam le 28. Novembre 1683 .
les
E mefuis informé des Habillemens
qu'on vous a dit que
Soldats Faponnois portoient lars
qu'ils alloient à la Guerre , &
qui font à l'épreuve de toutesfor-
Tij
222 MERCURE
tes d'armes ; mais tous ceux qui
m'ont paru le dewair frayjoin le
mieux, pour avoir demeuré longtemps
dans le Japon , n'ont pú
m'en inftruire. Ils m'ont ſeulement
dit , qu'ils croyoient que ces
Soldats fe feruoient dans leurs
expéditions militaires des mefmes
Veftemens que les Chinois, qui les
font de plufieurs Erofes de foye
cousies enfemble , & piquées
fort prés à prés , e qui mettent
quelquefois foixante de ces Erofes
es unes fur les autres, avec du
coton ou de l'ouate entre deux.
Els difent que ces Habillemens réfiftent
mefme aux coups de Moufa.
GALANT 223
les
quet ; mais il n'y a que les Grands
qui s'en fervent & Les Gens du
commun ufent de Cuiraffes. Il
eft tres difficile d'avoir des nouvelles
füres de ce qui fe paſſe au
Fapon , parce qu'il n'y a que
Hollandois les Chinois qui y
trafiquent. Tous les Etrangers,
particuliérement ces premiers,
Ifont fi peu en liberté, que j'en
ay connu quelques - uns , qui y
avoient fairfix oùfept voyages,
qui à peine pouvoient rendre
raison de certaines chofes , qui ne
peuvent eftre ignorées d'une Per-
Sonne qui a demeuré quelque
temps dans un Pais. Vous fçan
T. iiij.
224 MERCURE
4
vez que la Compagnie de Hol
lande ne tire plus du Fapon ces
grands pr fus qu'elle y faifoit autrefois
les vexations qu'y fou
frent fes Officiers ont beaucoup
diminué ce Trafic. Il part chaque
année de Barravia trois ou
pour
le
quatre
grands
Navires
Japon , chargez
de toutes fortes
de Marchandifes
; & l'ordre
le
plus exprés qu'ont les Officiers
de
ces Bâtimens
, est de fe donner
bien de garde de montrer
aucun
figne de Chriftianifme
qu'ils demeureront
en ce Pais- là.
Le Gouverneur
de Nangazaqui
,
qui est le Port où les Navires
·tant⋅
GALANT 225
le
Etrangers arrivent , les force à
luy vendre toutes les Marchan
difes qu'ils apportent , au prix
qu'il fouhaite s'ils ne veulent
pas les donner , ilfaut qu'ils
rembarquent auffi tost , fans pouvoir
davantageles expofer en
vents. Ils voyent enfuite que
Gouverneur revend mefmes
Marchandifes de la main à la
main , avec un tres-grand profit,
fans qu'ils ofent en murmurer.
Auffi dit- on la Compagnie
Hollandoife est réfolie d'abandonner
ce Commerce , fi elle ne
peut avoir raison de ces awanies.
La Loge des Hollandois eft fituée
que
Ges
226 MERCURE
1
dans une petite Ifle qui eft dans
la Riviere de Nangazaqui , &
qui n'a de communication avec
La Ville, ou Terre ferme , que par
un Pont. Le Gouverneur a le
foin de leur fare fournir toutes
Les chofes dont ils ont besoin , &
il leur est défendu fous peine de
la vie, d'aller en Terre-ferme, on
à la Ville , fans fa permiffion
&fans avoir quelques Gardes.
Cet ordre est refpectif à l'égard
des Faponnois , qui ne peuvent
aller en la Loge des Hollandais
fans la permiffion du Gouverneur.
Tant que leurs Navires demeu
rent en ce Port of Riviere , le
GALANT 227
Gouvernail , la Poudre , & les
principales Armes , font à terre ;
codes,le moment qu'on leur a
rende ces chafes , il faut qu'ilsfe
mettent à la voile , quelque vent
qu'ilfaffe. Quand mefme ils auroient
la plus rude tempefte à effuyer,
ils ne peuventfans rifque
de la vie rentrer dans un Port
du Japon. Il faut que la Com
pagnie change toutes les années
Le Chef & Second de fon Comp
toir ; d'abord que les Japonnois
remarquent que quelque Hol
landois commence à fçavoir leur
Langue ou leurs Coutumes , ils
le renvoyent hors de leur Païs.
228 MERCURE
On efpéroit que la mort du vieil
Empereur , qui eftoit celuy qui
avoit entiérement coupé les fortes
racines que la Religion des Chré
tiens avoit jettées dans leJapon,
mettroit quelque fin aux précautions
pleines d'impieté qu'apportent
les Japonnois , pour empef
cher qu'on ne leur annonce une
autre fois l'Evangile ; mais les
Miniftres de fon Fils , qui a fuc-"
cedé à l'Empire
, n'en apportent
pas de moindres , t) femblent
ôter toute efpérance de pouvoir
voir de nos jours un fi grand
bien. Les Portugais publient ,
que leur Viceroy qui arriva l'an
GALANT 229
paffé à Goa , a deffein d'envoyer
une Fregate aufapon , avec des
Ambassadeurs , pour féliciter ce
nouvel Empereur fur fon heureux
avenement à la Couronne,
en mefme temps ménager le
rétabliſſement de la bonne correfpondance
qu'il y a eu autrefois
entre ces deux Nations ; mais je
ne croy pas qu'il envoye cette
Fregate , encore moins, qu'il
puiffe reüffirdansfesprojets,quand
il le feroit. Les Portugais s'attendent
de voir d'auffi grandes
chofes fous le Gouvernement de
ce Viceroy , que leurs Prédeseffeurs
en ont vu fous celuy
230 MERCURE
des Albuquerques . Il eft een
tain que c'est un Homme d'un
fort grand mérite , & qui täcke
d'établir toutes chofes fur le bon
pied. Le Prince Regent lay a
"donné un pouvoir , qu'aucun Va
ceroy n'a eu avant luy , qui eft
de faire châtier de peine capitalejufques
aus Fidalgués, quand
le mériteront , fans les renvoyer
en Portugal , comme on
faifoit autrefois.
M Evefque d'Heliopolis
partir de mois de fuiller dernier
far une Soume Chinoïfe , pour
aller à la Chine . Il est à craindre
que ce ware Prelarn'yforpas
GALANT. 231
1
reçû , à caufe des nouveaux orl'Empereur
a fait pudres
que
blier, par lesquels il défend l'entrée
le négoce dans fon Empire
à tous les Etrangers , à l'exception
des Portugais de Macao ,
qui peuvent le faire feulement
par terre.
Toutes les Provinces de la
Chine obeiffent préfentement au
Tartare , & il n'y a aucun Chinois
dans ce vafte Empire , qui
n'ait les cheveux coupez . Il ne
refte plus que l'Ile de Formofe;
mais on ne croit pas qu'elle puiffe
refifter contre les grandes forces
que l'EmpereurTartarepeut met232
MERCURE
a
tre fur terre & fur mer. Il y
a plufieurs Chinois qui demeurent
en ce Royaume de Siam. Ils
portent les cheveux longs ;
comme le Roy vouloit envoyer
une Ambaffade folemnelle à la
Chine , il nomma l'und'euxpour
un de fes Ambaffadeurs. Ce
Chinois fit tout ce qu'il pût pour
s'en excufer , parce qu'il auroit
efté obligé de couper fes cheveux;
mais voyant que le Roy vouloit
abfolument qu'il y allaft , il aima
mieux fe couper la
de confentir à cet affront.
J'envoye une petite Relation:
de Cochinchine , dont le Royau
gorge , que
4
GALANT. 233
me eft fameux en ces quartiers,
non feulement par la valeur de
fes Peuples , mais auffi par le progrés
qu'y a fait l'Evangile, Je
lay drefféefur quelques Mémoi
res que m'a fourny un Miffionnaire
François qui en fait par
faitement la Langue , pour y
avoir demeuré long- temps. Ilfe
nomme M Vachet, & eft affez
renommé dans les Relations que
M des Miffions Etrangeres
donnent de temps en temps au
Public Fe la croy affez jufte,
Je
j'espère que vous la lirez avec
plaifir. J'avois commencé une
autre Relation de mon Voyage
V Octobre
1684.
234
MERCURE
co
de Surate à la Cofte Coroman
delle , Malaca, Siam ; mais
elle n'est pas en état d'eftre envayée
, parce que jay encore
quelque chofe à y ajoûter , afin
depouvoir donner en meſme temps
une legere idée de l'état de ce
dernier Royaume.
Kone aure appris que depuis
les premiers honneurs que j'avois
reçûs du Rey de Siam à mon ar
rivée en fe Cour , j'en reçûs de
bien plus particuliers l'an paffé,
lors que ce Prince me donna audience
en fon Palais. It eftoit
affis en fon Trône , & ily avoit
enmefme temps des Ambaſſadeurs
-
GALANT 235
du Roy deFamby, à qui il donnoit
auffi audience ; mais il voulut par
la lieu où il me fi placer , faire
connoiftre la diférence qu'il wettoit
entre un Sujet du plus grand.
Prince du monde , & les
baffadeurs d'un Roy fon Voifin
Il me fit préfent d'un Juſtan
corps ou Vefte d'un Brocard d'Eu
rope tres-riche , d'un Sabre &
à la maniere des Indes , dont la
Garde & le Fourreau eftoient
garnis d'or ; & j'eus encore l'hon- -
neur de luy faire la reverence ·
le mois d'Avril dernier , & j'en
reçûs unſecond Préfent. C'efpit
un autre Juftaincoups › tres-beaus. ·
Vvijo
236 MERCURE
rares
Il feroit mal- aifé de raconter
les hautes idées que ce Roy a
de la puiffance , de la valeur,
& de la magnificence de noftre
invincible Monarque. Il ne fe
peutfur tout laffer d'admirer ces
qualitez qui le rendent auffi
recommandable en Paix qu'en \
Guerre, Vous voyez bien que las
Vie de Sa Majesté me fournit
affez de matiere pour pouvoir en_ ).
tretenir ce Prince dans cesfentimens
d'admiration. C'est ce que
je fais par quantité d actions particulieres
de cette illuftre Vie que
je fais traduire en fa Langue,
qu'un Mandarin de mes Amis,
GALANT. 237
lors
que
&fort en faveur aupres de luy,
a foin de luy préfenter. Le Roy
de Stam espere que Sa Majesté
tuy envoyera des Ambaſſadeurs,
les fiens reviendront. It
fait batir une Maiſon , qu'on
peut nommer magnifique pour le
Pais pour les recevoir & défrayer.
Dans ce deffein , on prépare
toutes les Uftancilles pour
la meubler à la maniere d'Europe:
Les faveurs que ce Prince
fait de jour en jour à M ™s les
Evefques François , Vicaires du
S. Siege en ces Païs , font tresparticulieres.
Il leur fait bâtir
une grande Eglife proche le beau
238 MERCURE
Seminaire qu'il leur fit conftruire
il y a quelques années ; & depuis
peu de jours iill lleeuurr aa fait
demander le modelle d'une autre
Eglife qu'il veut leur faire batir
à Lavau. C'est une Ville où il
fait fon fejour pendant fept ou
huit mois de l'année , & qui eft
éloignée de Siam de quinze à
feize lieües.
les
E mefuis informé des Habillemens
qu'on vous a dit que
Soldats Faponnois portoient lars
qu'ils alloient à la Guerre , &
qui font à l'épreuve de toutesfor-
Tij
222 MERCURE
tes d'armes ; mais tous ceux qui
m'ont paru le dewair frayjoin le
mieux, pour avoir demeuré longtemps
dans le Japon , n'ont pú
m'en inftruire. Ils m'ont ſeulement
dit , qu'ils croyoient que ces
Soldats fe feruoient dans leurs
expéditions militaires des mefmes
Veftemens que les Chinois, qui les
font de plufieurs Erofes de foye
cousies enfemble , & piquées
fort prés à prés , e qui mettent
quelquefois foixante de ces Erofes
es unes fur les autres, avec du
coton ou de l'ouate entre deux.
Els difent que ces Habillemens réfiftent
mefme aux coups de Moufa.
GALANT 223
les
quet ; mais il n'y a que les Grands
qui s'en fervent & Les Gens du
commun ufent de Cuiraffes. Il
eft tres difficile d'avoir des nouvelles
füres de ce qui fe paſſe au
Fapon , parce qu'il n'y a que
Hollandois les Chinois qui y
trafiquent. Tous les Etrangers,
particuliérement ces premiers,
Ifont fi peu en liberté, que j'en
ay connu quelques - uns , qui y
avoient fairfix oùfept voyages,
qui à peine pouvoient rendre
raison de certaines chofes , qui ne
peuvent eftre ignorées d'une Per-
Sonne qui a demeuré quelque
temps dans un Pais. Vous fçan
T. iiij.
224 MERCURE
4
vez que la Compagnie de Hol
lande ne tire plus du Fapon ces
grands pr fus qu'elle y faifoit autrefois
les vexations qu'y fou
frent fes Officiers ont beaucoup
diminué ce Trafic. Il part chaque
année de Barravia trois ou
pour
le
quatre
grands
Navires
Japon , chargez
de toutes fortes
de Marchandifes
; & l'ordre
le
plus exprés qu'ont les Officiers
de
ces Bâtimens
, est de fe donner
bien de garde de montrer
aucun
figne de Chriftianifme
qu'ils demeureront
en ce Pais- là.
Le Gouverneur
de Nangazaqui
,
qui est le Port où les Navires
·tant⋅
GALANT 225
le
Etrangers arrivent , les force à
luy vendre toutes les Marchan
difes qu'ils apportent , au prix
qu'il fouhaite s'ils ne veulent
pas les donner , ilfaut qu'ils
rembarquent auffi tost , fans pouvoir
davantageles expofer en
vents. Ils voyent enfuite que
Gouverneur revend mefmes
Marchandifes de la main à la
main , avec un tres-grand profit,
fans qu'ils ofent en murmurer.
Auffi dit- on la Compagnie
Hollandoife est réfolie d'abandonner
ce Commerce , fi elle ne
peut avoir raison de ces awanies.
La Loge des Hollandois eft fituée
que
Ges
226 MERCURE
1
dans une petite Ifle qui eft dans
la Riviere de Nangazaqui , &
qui n'a de communication avec
La Ville, ou Terre ferme , que par
un Pont. Le Gouverneur a le
foin de leur fare fournir toutes
Les chofes dont ils ont besoin , &
il leur est défendu fous peine de
la vie, d'aller en Terre-ferme, on
à la Ville , fans fa permiffion
&fans avoir quelques Gardes.
Cet ordre est refpectif à l'égard
des Faponnois , qui ne peuvent
aller en la Loge des Hollandais
fans la permiffion du Gouverneur.
Tant que leurs Navires demeu
rent en ce Port of Riviere , le
GALANT 227
Gouvernail , la Poudre , & les
principales Armes , font à terre ;
codes,le moment qu'on leur a
rende ces chafes , il faut qu'ilsfe
mettent à la voile , quelque vent
qu'ilfaffe. Quand mefme ils auroient
la plus rude tempefte à effuyer,
ils ne peuventfans rifque
de la vie rentrer dans un Port
du Japon. Il faut que la Com
pagnie change toutes les années
Le Chef & Second de fon Comp
toir ; d'abord que les Japonnois
remarquent que quelque Hol
landois commence à fçavoir leur
Langue ou leurs Coutumes , ils
le renvoyent hors de leur Païs.
228 MERCURE
On efpéroit que la mort du vieil
Empereur , qui eftoit celuy qui
avoit entiérement coupé les fortes
racines que la Religion des Chré
tiens avoit jettées dans leJapon,
mettroit quelque fin aux précautions
pleines d'impieté qu'apportent
les Japonnois , pour empef
cher qu'on ne leur annonce une
autre fois l'Evangile ; mais les
Miniftres de fon Fils , qui a fuc-"
cedé à l'Empire
, n'en apportent
pas de moindres , t) femblent
ôter toute efpérance de pouvoir
voir de nos jours un fi grand
bien. Les Portugais publient ,
que leur Viceroy qui arriva l'an
GALANT 229
paffé à Goa , a deffein d'envoyer
une Fregate aufapon , avec des
Ambassadeurs , pour féliciter ce
nouvel Empereur fur fon heureux
avenement à la Couronne,
en mefme temps ménager le
rétabliſſement de la bonne correfpondance
qu'il y a eu autrefois
entre ces deux Nations ; mais je
ne croy pas qu'il envoye cette
Fregate , encore moins, qu'il
puiffe reüffirdansfesprojets,quand
il le feroit. Les Portugais s'attendent
de voir d'auffi grandes
chofes fous le Gouvernement de
ce Viceroy , que leurs Prédeseffeurs
en ont vu fous celuy
230 MERCURE
des Albuquerques . Il eft een
tain que c'est un Homme d'un
fort grand mérite , & qui täcke
d'établir toutes chofes fur le bon
pied. Le Prince Regent lay a
"donné un pouvoir , qu'aucun Va
ceroy n'a eu avant luy , qui eft
de faire châtier de peine capitalejufques
aus Fidalgués, quand
le mériteront , fans les renvoyer
en Portugal , comme on
faifoit autrefois.
M Evefque d'Heliopolis
partir de mois de fuiller dernier
far une Soume Chinoïfe , pour
aller à la Chine . Il est à craindre
que ce ware Prelarn'yforpas
GALANT. 231
1
reçû , à caufe des nouveaux orl'Empereur
a fait pudres
que
blier, par lesquels il défend l'entrée
le négoce dans fon Empire
à tous les Etrangers , à l'exception
des Portugais de Macao ,
qui peuvent le faire feulement
par terre.
Toutes les Provinces de la
Chine obeiffent préfentement au
Tartare , & il n'y a aucun Chinois
dans ce vafte Empire , qui
n'ait les cheveux coupez . Il ne
refte plus que l'Ile de Formofe;
mais on ne croit pas qu'elle puiffe
refifter contre les grandes forces
que l'EmpereurTartarepeut met232
MERCURE
a
tre fur terre & fur mer. Il y
a plufieurs Chinois qui demeurent
en ce Royaume de Siam. Ils
portent les cheveux longs ;
comme le Roy vouloit envoyer
une Ambaffade folemnelle à la
Chine , il nomma l'und'euxpour
un de fes Ambaffadeurs. Ce
Chinois fit tout ce qu'il pût pour
s'en excufer , parce qu'il auroit
efté obligé de couper fes cheveux;
mais voyant que le Roy vouloit
abfolument qu'il y allaft , il aima
mieux fe couper la
de confentir à cet affront.
J'envoye une petite Relation:
de Cochinchine , dont le Royau
gorge , que
4
GALANT. 233
me eft fameux en ces quartiers,
non feulement par la valeur de
fes Peuples , mais auffi par le progrés
qu'y a fait l'Evangile, Je
lay drefféefur quelques Mémoi
res que m'a fourny un Miffionnaire
François qui en fait par
faitement la Langue , pour y
avoir demeuré long- temps. Ilfe
nomme M Vachet, & eft affez
renommé dans les Relations que
M des Miffions Etrangeres
donnent de temps en temps au
Public Fe la croy affez jufte,
Je
j'espère que vous la lirez avec
plaifir. J'avois commencé une
autre Relation de mon Voyage
V Octobre
1684.
234
MERCURE
co
de Surate à la Cofte Coroman
delle , Malaca, Siam ; mais
elle n'est pas en état d'eftre envayée
, parce que jay encore
quelque chofe à y ajoûter , afin
depouvoir donner en meſme temps
une legere idée de l'état de ce
dernier Royaume.
Kone aure appris que depuis
les premiers honneurs que j'avois
reçûs du Rey de Siam à mon ar
rivée en fe Cour , j'en reçûs de
bien plus particuliers l'an paffé,
lors que ce Prince me donna audience
en fon Palais. It eftoit
affis en fon Trône , & ily avoit
enmefme temps des Ambaſſadeurs
-
GALANT 235
du Roy deFamby, à qui il donnoit
auffi audience ; mais il voulut par
la lieu où il me fi placer , faire
connoiftre la diférence qu'il wettoit
entre un Sujet du plus grand.
Prince du monde , & les
baffadeurs d'un Roy fon Voifin
Il me fit préfent d'un Juſtan
corps ou Vefte d'un Brocard d'Eu
rope tres-riche , d'un Sabre &
à la maniere des Indes , dont la
Garde & le Fourreau eftoient
garnis d'or ; & j'eus encore l'hon- -
neur de luy faire la reverence ·
le mois d'Avril dernier , & j'en
reçûs unſecond Préfent. C'efpit
un autre Juftaincoups › tres-beaus. ·
Vvijo
236 MERCURE
rares
Il feroit mal- aifé de raconter
les hautes idées que ce Roy a
de la puiffance , de la valeur,
& de la magnificence de noftre
invincible Monarque. Il ne fe
peutfur tout laffer d'admirer ces
qualitez qui le rendent auffi
recommandable en Paix qu'en \
Guerre, Vous voyez bien que las
Vie de Sa Majesté me fournit
affez de matiere pour pouvoir en_ ).
tretenir ce Prince dans cesfentimens
d'admiration. C'est ce que
je fais par quantité d actions particulieres
de cette illuftre Vie que
je fais traduire en fa Langue,
qu'un Mandarin de mes Amis,
GALANT. 237
lors
que
&fort en faveur aupres de luy,
a foin de luy préfenter. Le Roy
de Stam espere que Sa Majesté
tuy envoyera des Ambaſſadeurs,
les fiens reviendront. It
fait batir une Maiſon , qu'on
peut nommer magnifique pour le
Pais pour les recevoir & défrayer.
Dans ce deffein , on prépare
toutes les Uftancilles pour
la meubler à la maniere d'Europe:
Les faveurs que ce Prince
fait de jour en jour à M ™s les
Evefques François , Vicaires du
S. Siege en ces Païs , font tresparticulieres.
Il leur fait bâtir
une grande Eglife proche le beau
238 MERCURE
Seminaire qu'il leur fit conftruire
il y a quelques années ; & depuis
peu de jours iill lleeuurr aa fait
demander le modelle d'une autre
Eglife qu'il veut leur faire batir
à Lavau. C'est une Ville où il
fait fon fejour pendant fept ou
huit mois de l'année , & qui eft
éloignée de Siam de quinze à
feize lieües.
Fermer
Résumé : A Siam le 28. Novembre 1683.
Le document est une lettre datée du 28 novembre 1683 à Siam, traitant des habits des soldats japonais et des difficultés de commerce avec le Japon. L'auteur note que les soldats japonais portent des vêtements similaires à ceux des Chinois, résistants aux armes à feu, mais il n'a pas pu obtenir de détails précis. Il souligne les restrictions imposées aux étrangers, notamment les Hollandais, qui sont surveillés et limités dans leurs mouvements. Le gouverneur de Nangazaqui contrôle strictement le commerce, forçant les navires étrangers à vendre leurs marchandises à des prix imposés. La Compagnie hollandaise envisage d'abandonner ce commerce en raison des vexations subies. La loge des Hollandais est située sur une île isolée, et les Japonais interdisent toute communication non autorisée. Les navires étrangers doivent quitter le port immédiatement après avoir récupéré leurs armes et poudre. La Compagnie hollandaise change annuellement ses chefs pour éviter qu'ils ne s'imprègnent de la langue ou des coutumes locales. La mort de l'empereur japonais n'a pas modifié les restrictions contre les chrétiens. Les Portugais prévoient d'envoyer une frégate pour rétablir les relations, mais cela semble peu probable. Le document mentionne également des événements en Chine, où les Tartares contrôlent les provinces, et en Cochinchine, connue pour la valeur de ses peuples et la progression de l'Évangile. L'auteur a reçu des honneurs du roi de Siam, qui admire la puissance et la magnificence du monarque français. Le roi de Siam prépare une maison pour recevoir des ambassadeurs français et construit des églises pour les missionnaires français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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810
p. 238-279
Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Début :
Le Royaume de Siam a plus de trois cens lieües de [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Grands seigneurs, Siamois, Talapoins, Siam, Porte, Peuple, Idoles, Fruits, Terre, Corps, Hommes, Prince, Dieux, Ville, Mer, Maisons, Moeurs, Éléphants, Étrangers, Figure, Fruit, Habits, Officiers, Royaume, Orient, Rivière, Eaux, Chair, Écorce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Le Royaume de Siama
plus de trois cens lieues de
longueur, du Septentrion au
Midy , & eft plus étroit de
F'Orient à l'Occident. Ila le
Pégu pour bornes au SeptenGALANT
239
trion ; la Mer du Gange au
Midy , le petit Etat de Malaca
au Couchant , & du
cofté d'Orient la Mer d'u
ne part , & de l'autre , les
Montagnes qui le féparent
de Camboye & de Laros ..
Ce Royaume qui s'étend
i jufque fous le dix - huitiéme
degré de latitude Septentrionale
, fe trouve comme
entre deux Mers , qui
luy ouvrent paffage à tous
les Pais voifins & cela
rend fa fituation fort avantagcuſe
, à cauſe de la grande
étendue de fes Coftes,
auli
240 MERCURE
-
#
des
qui ont cinq à fix cens
lieues de tour. Il eft partagé
en onze Provinces, auf
quelles le Roy
Gouverneurs , qu'il deftitue
comme il luy plaift . Siam
eft la principale , & donne
fon nom à tout le Royau
me , aufli-bien qu'à la Ville
Capitale , qui eft fituée furt
la belle & grande Riviere
de Menan. Elle vient du
fameux Lac de Chiamay ,
& porte les Vaiffeaux tous !
chargez jufqu'aux Portes de:
Siam , quoy que cette Ville
foit éloignée de la Mer de
plus
SGALANT. 241
plus de foixante lieuës . Elle
a de bonnes Murailles , &
trente mille Maifons ou environ
, avec un Château bien ,
fortifié. Elle eft d'ailleurs affcz
forte d'elle mefme eftant
bâtie fur les eaux con comme
2
Veniſe. Il en eſt peu dans
tout l'Orient où l'on voye
plus de Nations diférentes
affemblées. On y parle jufqu'à
vingt fortes de Langues.
Tout le Pais eft fertile ; &
ce qui contribue fort à cette
fertilité , ce font les inondations
des Rivieres , caufées
par des pluyes qui durent
·
Octobre 1684.
X
242 MERCURE
trois ou quatre mois , & qui
tiennent les Campagnes toutes
noyées. Plus l'inondation
eft grande , plus la recolte
eft heureuſe. Le Ris , qui eft
le Froment des Siamois, n'eft
jamais affez arrofé . Il croift
au milieu de l'eau , & les
Campagnes qui en font femées
, reffemblent plûtoſt à
des Marais , qu'à des Terres
cultivées avec la Charüe. Le
Ris a cette force , que quoy
qu'il y ait fix ou fept pieds
d'eau fur luy , il pouffe toûjours
fa tige au deffus , & le
tuyau qui la porte s'éleve &
GALANT. 243
G
croift à proportion de la hauteur
de l'eau qui couvre fon
Champ . Malgré la fertilité
dont je vous parle , il y a
beaucoup de terres négligées
faute d'Habitans , & mefme
par la pareffe des Siamois ,
qui n'aiment pas le travail .
Ces Plaines in cultes & les
épaiffes Forefts que l'on voit
fur les Montagnes , fervent
de retraite aux Eléphans , aux
Tygres , aux Boeufs & Vaches
fauvages , aux Rinocérots
, & autres Beftcs . Le
Pais eft fort abondant en
Fruits, dont les meilleurs font
X ij
244MERCURE
le Durion , qui a la figure d'un
Melon ordinaire , & la peau
fort dure & raboteufe, & dans
Po
ouver
lequel , quand on
ОРГА
(190
(ce qu'il faut faire avec force )
on trouve des morceaux d'une
chair tres-blanche & délicate
, enfermée dans de petites
cellules , & dont le gouſt
paffe tour ce que nous avons
de meilleur en Europe ; les
Jacques, qui eftant gros.comme
nos Citrouilles , renferment
dans leur écorce une
chair jaunâtre & ferme , d'un
gouft aigre-doux fort agreable
; les Mangonftans, qui dans
GALANT. 245
une écorce toute unie , d'un
rouge enfoncé par le dehors,
mais plus clair par le dedans,
renferment une liqueur &
une chair femblable à celle
de l'Orange , dont elles ont
la groffeur , mais qui plaiſt
beaucoup davantage au goût,
la Manque, qui eft de la groffeur
dune Poire de Bon Chrérien
, & dont la couleur eft
jaune par le dehors , & rouge
parle dedans, & enfin l'Areca.
Ce dernier Fruit eft de la .
figure d'une groffe Prune.
Son écorce . renferme plu
fieurs filets, où fe trouve une
20
X iij
246 MERCURE
Noix affez dure , qui reffem?
ble à celle d'une Mufcade
Le gouſt en eft acre , mais
elle fortifie
l'eftomac.Les Siamois
, & les autres Peuples du
mefme Climat, ufent preſque
à toute heure de cet Areca ,
qu'ils eftimét fouverain pour
la fanté , à caufe qu'il aide la
digeftion
, & corrige l'humidité
de leurs alimens ordinaires
, qui font le Risle
Poiffon , les Fruits , & l'eau
toute pure pour leur boiſſon.
Les Riches comme les Pau
vres font occupez tout le jour
à mâcher ce Fruit ; & quand
14 X
GALANT. 247
1
ils fe rencontrent , le premier
acte de civilité eft de fe préfenter
l'un à l'autre l'Areca,
& de lle mâcher auffi - toft.
Les Siamois font olivâtres , &
non pas noirs , quoy qu'ils
foient fous la Zone torride.
Ils ont le nez court , &
font la plupart affezubien
faits. Leur naturel eft fort
doux , & affable aux Etrangers
. rs. Leur grande maxime
eft le repos , ils n'employent
au travail que leurs Efclaves ,
& une pauvreté tranquille
leur plaift beaucoup plus.
qu'une abondance de biens
X iiij.
248 MERCURE
accompagnée d'inquiétude.
Auffi leurs Habits , leurs .
Meubles , leurs Maiſons , &
leur
nourriture marquent
cette pauvreté. Ils vont toû
jours pieds & teftes nuës.
Les Grands, & les plus aifez ,
vont par terre fur des Elé
phans , & par eau dans des
Barques qui font fort comniodes
. Leurs Habits ne
confiftent qu'en une Etofe
deliée , toute
blanche , ou
marquée de Fleurs vives de
diférentes couleurs . Ils s'en
envelopent tout le corps ,
& lors qu'ils vont par la Ville,
GALANT 249
ils fe couvrent les épaules
d'une Cafaque de toile légere
, & stranſparente , qui
defcendo jufqu'au genouil.
Les Manches en font cour
tes , mais larges. Les Femmes
font prefque veftües comme
les Hommes . Ils fe rafent les
cheveux , s'arrachent la barbe
, & fe lavent fort fouvent
avec des eaux parfumées . Ils
font parez d'Etofes de foye
en broderie d'or , dans les
Affemblées de cerémonie .
Les Maifons du commun ,
deleulement
de bois
&
de feuilles , avec des murail
250 MERCURE
les de Cannes jointes enfemble
, font pofées fur des Piliers
élevez , qui les garantif
fent des inondations ordinaires
du Pais . Les Perfonj
nes riches ont des Baftimens
alug
de brique , & couverts de
tuiles . Tous leurs Meubles
ne confiftent qu'en quelques
Tapis & des Couffins.
Sieges , Tables, Lits , Tapif
feries , Cabinets , Peintures,
tout cela n'eft point de leur
ufage. Quoy que le Ris &
les Fruits foient leur nourri
ture, ils ne manquent ny de
Poules, ny de Boeufs, ny de
GALANT 251
pas fi fuper
Gibier ; mais eftant perfua
dez que c'eft faire mal que
d'ofter la vie aux Animaux,
ils n'en mangent point pour
l'ordinaire . Si d'autres les
tüent , ils font relevez de
leurs fcrupules , & croyent
en pouvoir manger fans crime.
Ils ne font
ftitieux pour le Poiffon, parce
qu'eftant, tiré des Filets , il
meurtcomme de luy mefme.
Les Siamois n'ont aucuns
exercices pour la Dance ,pour
les Armes , ny pour monter
à Cheval. Ils ne fçavent ce
que c'eft que Philofophie, au
252 MERCURE
Mathématiques. Leur Theo
logie confifte en quelques
Fables , & toute leur feience
eft à bien écrite , & àfçavoir
les Loix du Gouvernement
,
& de la Juftice. L'expérience
de divers Remedes pour les
maladies communes
, fait
toute leur Medecine
quand ces Remedes manquent
d'opérer , ils ont recours
à la Magie , fe fervant
de Pactes , de Billets , & de
Figures. Ils écrivent comme
nous de la gauche à la droite
, mais feulement avec du
crayon. Leur Papier eftant
: ར་
&
бы GALANT 253
trop foible , on le colle à une
ou deux autres feuilles pour
le foûtenir. Un grand Livre
n'eft fouvent qu'une feule
feuille de Papier de plufieurs
aunes de long , qu'on plie &
replie à la maniere de nos
Paravents . Tout l'Etat eft
Monarchique , & le Gouver
nement affez bien reglé. Le
Roy eft fort abfolu . Dans
les occafions les plus importantes
, il fait part de fes def
feins à quelques- uns des plus
grands Seigneurs , qu'on ap-
Felle Mandarins . Ceux - cy
aflemblent d'autres Officiers
254 MERCURE
leurs inférieurs , aufquels ils
communiquent ce qu'il leur
a propofé , & tous enfemble
concertent leur réponſe ou
remontrance. Il y a tel égard
qu'il veut , & diftribuant les
Charges felon le mérite , &
non felon la naiffance , il les
oſte ſur la moindre faute que
ceux qui en font pourveus
commettent. Il ne fe montre
prefque jamais au Peuple.
Les grands Seigneurs
mefme le voyent rarement.
Ils luy parlent à genoux les
mains jointes élevées fur
leurs teftes, & tous courbez
GALANT. 255
contre terre , fans ofer l'envifager.
Ils le qualifient
Roy
des Roys , Seigneur
des Seigneurs
, le Maiftre des Eaux,
le Tout-puiffant de la Terre,
le Dominateur
de la Mer,
l'Arbitre
du bonheur
& de
l'infortune
de fes Sujets. Son
Train eft fort magnifique
, &
fa Garde compofée
de trois
cens Hommes
.
Reyne , il a un grand nombre
de Concubines
qu'on
choifit entre les plus belles
Filles du Pais. Il fe laiffe voir
ordinairement
deux fois l'année
, l'une fur terré , & l'autre
Outre la
256 MERCURE
fur l'eau. Quand il va fe promener
fur la Riviere , la Galere
qui le porte eſt éclatante
de l'or le plus fin. On
y éleve un Trône fuperbe,
où ce Prince paroift revestu
d'Habits précieux, ayant une
Couronne toute d'or , garnie
de fins Diamans . A cette
Couronne pendent deux Aîles
d'or , qui luy batent les
épaules. Tous les Seigneurs
& les Officiers le fuivent,
chacun dans une Galere , parée
à proportion de ſes Biens
& de la Charge . Ces Galeres,
dorées par dedans & par deGALANT
257
hors , font le plus fouvent au
nombre de quatre cens , &
portent chacune trente ou
quarante Rameurs , dont
quelques - uns ont les bras
& les épaules dorées . Les
Rivages font bordez des Peuples
qui accourent en foule,,
& qui font retentir l'air de
cris d'allégreffe . Lors qu'il
fe montre par terre , deux
cens Eléphans paroiffent d'a--
bord. Ils portent chacun
-trois Hommes armez , &
font fuivis de Joueurs d'Inf--
trumens , de Trompetes , &
-de mille Soldats à pied . Les
Octobre 16844- Y
258 MERCURE
grands . Seigneurs du Païs
viennent apres, & il y en a
quelques uns qui ont 80; ou
1oo . Hommes à leur fuire. En
fuite on voit deux cens Soldats
du Japon , qui préce
dent ceux dont ifa Garde eft
compofée , puis fes Chevaux
de main , & fes Eléphans , &
apres les Officiers de fa Cour,
portant tous des Fruits , ou
quelqu'autre chofe que l'on
préfente aux Idoles . Derriere
eux marchent encore quelques
grands Seigneurs avec
des Couronnes fur leurs tef
tes. L'un dieux porte LE
for micro
GALANT 2591
tendard du Roy , & l'autre
une Epée qui repréfente la
JufticemoCePrince paroift
apres eux, porté fur un Elé
phant dans une Tour toute
éclatante de Pierreries . Cer:
Eléphant eft environné de
Gens qui luy portent des Pa
rafols, & fuivy du Prince qui
doit fucceder. Les Femmes :
du Roy fuivent auffi fur des
Eléphans, mais dans de petits ;
Cabinets fermez , qui ne les
Jaiffent point voir. Six cens
Soldats ferment ce Cortége,,
qui cft ordinairement de
quinze ou feize mille Hom-
C.
Yij
260 MERCURE
mes. Le fruit qu'on remporte
de ces Ceremonies, eft
de maintenir le Peuple dans.
la vonération de la Majefté
Royale . Quand le Roy eſt
mort , le plus âgé de fes Freres
luy fuccede, & les autres.
apres luy. S'il n'a point de
Freres, c'eft l'aîné des Fils, &
jamais les Filles . L'accés eft
facile aux Etrangers dans.
tout ce Royaume , foit pour
4
s'y établir , foit pour y faire
trafic. On ne les gefne en
aucune chofe, pourveu qu'ils.
ne faffent rien contre l'Etat.
Pour prévenir les deførdres
HGALANT 261
qu'ils pourroient caufer , on
donne à chaque Nation un.
peu confidérable , une Chef
qui en eft, & qui doit répondre
de tous ceux de fon Païs,.
avec un Seigneur de la Cour,
2 ou un Officier du Roy , qui
eft commele Protecteur particulier
de la Nation . C'eft à
ce Seigneur, ou Officier, que
doit s'adreffer ce Chef , foit:
pour les Requeftes qu'il veut
présenter au Prince, foit pour
les Affaires du Commerce..
D'ailleurs , les Canaux que
forme la Riviere , partageant
La Ville en plufieurs. Illes,
262 MERCURE
on a foin de placer chaque
Nation en quelque Iſle ou
Quartier féparé , ce qui empelche
les diférens qu'excite
fouvent le mélange des Nations
qui ont des antipaties
naturelles . On oblige encore
tous les Etrangers qui s'établiffent
à Siam , de renouveller
tous les ans le Serment
de fidelité qu'ils jurent au
Roy. Le jour de cette cerémonie
cft folemnel . Tous les
Officiers de la Couronne y
affiftent.LeRoy montéfur un
Trône reçoit ce Serment,que
chacun luy prefte felon for
GALANT. 263
mng , aprés quoy on leur donne
à boire d'une Eau qu'ils
nomment Eau de jurément.
Ils l'eftiment Sainte . Les Sa-
- crificateurs
des Idoles qui la
préparent avec des cerémonies
remplies de fuperftition
,
tiennent la pointe d'une Epée
dans cette Eau , & lancent
plufieurs imprécations
contre
les Parjures, dans la croyace
que s'ils ne promettent
pas fidelité avec un coeur fincere
, ils en feront fuffoquez
dés le mefme inftant.
Il n'y a point de Païs où
L'exercice de toutes fortes de
264 MERCURE
Religiós foit plus permis qu'à
Siam. Cette liberté attire un
grand nombre d'Etrangers,.
dont le fejour eft
avantageux
aux Siamois pour le commerce
. D'ailleurs ils tiennent que
toute Religion eft bonne , &
Iainfi ils ne fe montrent con
traires à aucune , pourvû qu'
elle puiffe fubfifter avec les
Loix du Gouvernement. Ils
difent que le Ciel'eft comme
- un grand Palais , où pluſieurs
chemins vont aboutir, & qu'il
feroit difficile de déterminer
quel eft le meilleur. Comme
ils croyent la pluralité des
Dieux
GALANT 265
Dieux , ils ajoûtent qu'eftant
tous de grands Seigneurs , ils
exigent divers cultes , & veulent
eftre honorez en plufieurs
manieres. Cette indiférence
eſt cauſe qu'il eft
malaifé de les convertir. En
avouant que la Religion des
Chrétiens eft bonne , ils prétendent
que c'eſt eſtre témeraire
, que de rejetter les au
tres , & que puis qu'elles ont
toutes pour but d'honorer les
Dieux , il y a fujet de croire
qu'ils s'en contentent. Ils
ont des Idoles en grand
nombre , & leur figure ne
Octobre 1684. Z
266 MERCURE
furprend pas moins que leur
grandeur. Il y en a fur un
mefme Autel jufqu'à cinquante
ou foixante, de plus de
quarante pieds de haut. Elles
font faites de Brique & de
Pierre , & dorées par le dehors
. Dans les Maifons des
Sacrificateurs font des Galeries
, où l'on en voit trois &
quatre cens de diférentes figures
, toutes dorées , & d'un
grand éclat. Les Temples
qu'ils bâtiffent à ces Idoles,
font trés -fomptueux , folides
& à peu prés comme nos ‘Eglifes.
Les Portes en font doGALANT.
267
rées , le dedans eit peint , &
la lumiere y entre par des Feneftres
étroites & longues,
prifes dans l'épaiffeur du mur.
Les Idoles font fur l'Autel ,
qui eft dans le lieu le plus éloigné
de la Porte , & auquel
on monte par plufieurs degrez
en Amphitheatre . Prés
de ces Temples font les Convens
des Sacrificateurs , qui
ont leurs Dortoirs & leurs
Cellules , & qui vivent en
.commun. Ils ont auffi leurs
Cloiſtres , au milieu defquels
eft une Pyramide extrémement
haute, & toute brillante
Z ij
268 MERCURE
d'or. La coûtume eft de ren
fermer fous ces Pyramides
les cendres des grands Seigneurs.
Les Portugais ront
donné le nom de Talapoins
à ces Sacrificateurs ou Reli
gieux , qui font bien au nom .
bre de trente mille dans tout
le Pais. Leurs habits qui
font d'une toile jaune toute
fimple , ne diférent sen rien
de ceux du Peuple pour la fi
gure, finon qu'au lieu de Ca
faque ils portent comme un
Baudrier de toile rouge , qui
va de l'épaulé gauche cou
vrant l'eftomac jufqu'au câ
2
GALANT 269
leur
ré droit. Ils marchent pieds,
nus & tefte nue , & quoy
qu'ilshareçoivent
quantité
d'aumônes , & que les préfens
qu'on fait aux Idoles,
d'Erofes , de Ris & de Fruits,
appartiennent , ils ne
font qu'un repas par jour , &
il ne leur eft permis de manger
le foir qu'un peu de Fruit.
Ils prefchent le Peuple , l'in
ftruifent , & font des offrandes
& des facrifices à leurs
Dieux. Ces Sacrifices font
accompagnez
de Torches ,
de Fleurs , & de feux d'Artifice.
Entre ces Talapoins , il!
Z
iij
270 MERCURE
y en a qui font feulement
pour vivre en particulier.
Quelques - uns ont des fon
ctions qui regardent le Pu
blic ; & d'autres qu'on nomme
Sancrats , ont foin des .
Temples , & de faire obfer
ver les cerémonies. Ces der
niers qui font les plus réverez
de tous , font fous la Jurifdiction
d'un Sancrat , qui
eft toûjours un grand Perfonnage.
C'eft luy qui préfide
au Pagode du Roy , qui
eft à deux lieues de Siam.
Non feulement il eft respecté
du Prince , mais il a l'honneur
GALANT. 271
de s'affeoir auprés de luy
quand il luy parle , & fe contente
de luy faire une médiocre
inclination de tefte. Ces
Preftres font obligez de garder
la continence , mais comme
il leur eft permis de quitrer
la vie Religieufe quand ils
veulent , ils n'ont qu'à fe défaire
de leurs veftemens de
couleur jaune pour ſe marier.
Il y a auffi proche des principaux
Teples, des Maifons de
Religieufes, où font de vicilles
Filles rafées, & vcftuës de
blanc. Elles paffent les jours
a prier , & quand la retraite
Z
iiij
272
MERCURE
r
les ennuye, elles quittent l'habit
blanc . Les Siamois croyét
que l'ame furvit le corps .Cela
les oblige à fonger de leur
vivant aux befoins de l'autre
vie. Ils amaffent pour cela
tout ce qu'ils peuvent épar
gner d'argent , le cachent en
quelque lieu retiré, & comme
c'eft parmy eux un grand
facrilege que de dérober l'ar
gent des Morts , il fe perd
par là des fommes immenfes
qu'on n'ofe chercher. Cette
folle opinion n'eft pas fou
lement parmy le Peuple ; lesc
grands Seigneurs & les Prin
<
GALANT.27 3
ces fe pourvoyent auffi pour
l'avenir , mais fans cacher
leurs Tréfors . Ils font élever
des Pyramides , au pied defquelles
ils enfouiffent l'ar
gent qu'ils fe refervent , & les
Talapoins veillent à la garde
de ces Pyramides . Les Siamois
font fort magnifiques.
dans leurs Funérailles, & emer
ployent quelquefois une an
née entière à en faire les préparatifs
. Les Sépulchres font.
environnez de plufieurs
Tours quarrées , faites de
bois de Cyprez , & reveſtuës;
de Cartes de gros Papier de
274MERCURE
diférentes couleurs . Ils met
tent quantité de feux d'arti
fice au deffus des Tours , &
tout estant preft , une partie
des Talapoins fe rend au lieu
des Funérailles , tandis que
l'autre va querir le Corps , On
Eenferme dans une Biere ou
Quaiffe dorée , fur laquelle
s'éleve une Pyramide , ornée
de divers Ouvrages de menuiferie
auffi dorée . Quand le
Corps eft arrivé , on le tire de
la Quaiffe. On le met fur le
bucher , autour duquel les
Talapoins font plufieurs
tours , & pendant que les flâ
GALANT. 275
mes le confument on fait
jouer des feux d'artifice au
fon de quatité d'Inftrumens.
Le corps eftant brûlé , on en
ramaffe les cendres , & on:
les met repofer fous la Pyramide.
7
Les mariages entre les
Perfonnes riches fe font avec
beaucoup de magnificence,
mais fans qu'il y entre aucune
cerémonie de Religion :
Les Mariez mettent en commun
une fomme de deniers,
& ont toûjours la liberté de
fe féparer en partageant leurs .
Enfans. Ileft permis au Ma276
MERCURE
ry de prendre autant de Con
cubines qu'il veut , &zelles
doivent obeiffance
à la prev
miere Femme , dont les En
fans font feuls héritiers du
bien du Pere, ceux des Concubines
n'ayant prefque rien.
Les biens des Gens de con
dition font féparez en trois
parties aprés leur mort. Les
Talapoins en ont une, le Roy
Fautre , & la troifiéme eft
pour les Enfans . La Coûtu
me eft diférente parmy le
Peuple. Les Hommes acheg
tent leurs Femmes par quel
que préfent qu'ils font aux
GALANT 277
Peres. Ils ont mefine liberté
de les quitter , mais les divorces
ne fe font pas fans de
grandes cauſes. Les Enfans
partagent entr'eux également
le bien de leur Pere,
laiffant pourtant ordinairement
quelque chofe de plus
àl'Aîné. Onles met dans leur
bas âge auprés des Preftres &
Docteurs , pour apprendre à
lite & à écrire , & quand
leurs études font achevées, il
en demeure toûjours un
grand nombre dans la Communauté
de ces Talapoins.
Il y a beaucoup d'argent à
278 MERCURE
Siam. Celuy de la principale
Monnoye dont on s'y fert , &
qu'on appelle Ticals , eft fort
fin , & d'une figure preſque,
ronde , marquée au coin d
Prince. Les Ticals valent
trente- fept fols de noftre
Monnoye .Un Mayonvaut la
moitié d'un Tical.Un Foüan,
la moitié d'un Mayon , &
un Sampaya la moitié d'un
Foüan. Ils font ordinairement
leurs comptes par Cattis
d'argent. Chaque Cattis
vaut vingt Tayls , ou cent
quarante quatre livres , le
Tayl valant quelque chofe
GALANT. 279
de plus que fept francs.
plus de trois cens lieues de
longueur, du Septentrion au
Midy , & eft plus étroit de
F'Orient à l'Occident. Ila le
Pégu pour bornes au SeptenGALANT
239
trion ; la Mer du Gange au
Midy , le petit Etat de Malaca
au Couchant , & du
cofté d'Orient la Mer d'u
ne part , & de l'autre , les
Montagnes qui le féparent
de Camboye & de Laros ..
Ce Royaume qui s'étend
i jufque fous le dix - huitiéme
degré de latitude Septentrionale
, fe trouve comme
entre deux Mers , qui
luy ouvrent paffage à tous
les Pais voifins & cela
rend fa fituation fort avantagcuſe
, à cauſe de la grande
étendue de fes Coftes,
auli
240 MERCURE
-
#
des
qui ont cinq à fix cens
lieues de tour. Il eft partagé
en onze Provinces, auf
quelles le Roy
Gouverneurs , qu'il deftitue
comme il luy plaift . Siam
eft la principale , & donne
fon nom à tout le Royau
me , aufli-bien qu'à la Ville
Capitale , qui eft fituée furt
la belle & grande Riviere
de Menan. Elle vient du
fameux Lac de Chiamay ,
& porte les Vaiffeaux tous !
chargez jufqu'aux Portes de:
Siam , quoy que cette Ville
foit éloignée de la Mer de
plus
SGALANT. 241
plus de foixante lieuës . Elle
a de bonnes Murailles , &
trente mille Maifons ou environ
, avec un Château bien ,
fortifié. Elle eft d'ailleurs affcz
forte d'elle mefme eftant
bâtie fur les eaux con comme
2
Veniſe. Il en eſt peu dans
tout l'Orient où l'on voye
plus de Nations diférentes
affemblées. On y parle jufqu'à
vingt fortes de Langues.
Tout le Pais eft fertile ; &
ce qui contribue fort à cette
fertilité , ce font les inondations
des Rivieres , caufées
par des pluyes qui durent
·
Octobre 1684.
X
242 MERCURE
trois ou quatre mois , & qui
tiennent les Campagnes toutes
noyées. Plus l'inondation
eft grande , plus la recolte
eft heureuſe. Le Ris , qui eft
le Froment des Siamois, n'eft
jamais affez arrofé . Il croift
au milieu de l'eau , & les
Campagnes qui en font femées
, reffemblent plûtoſt à
des Marais , qu'à des Terres
cultivées avec la Charüe. Le
Ris a cette force , que quoy
qu'il y ait fix ou fept pieds
d'eau fur luy , il pouffe toûjours
fa tige au deffus , & le
tuyau qui la porte s'éleve &
GALANT. 243
G
croift à proportion de la hauteur
de l'eau qui couvre fon
Champ . Malgré la fertilité
dont je vous parle , il y a
beaucoup de terres négligées
faute d'Habitans , & mefme
par la pareffe des Siamois ,
qui n'aiment pas le travail .
Ces Plaines in cultes & les
épaiffes Forefts que l'on voit
fur les Montagnes , fervent
de retraite aux Eléphans , aux
Tygres , aux Boeufs & Vaches
fauvages , aux Rinocérots
, & autres Beftcs . Le
Pais eft fort abondant en
Fruits, dont les meilleurs font
X ij
244MERCURE
le Durion , qui a la figure d'un
Melon ordinaire , & la peau
fort dure & raboteufe, & dans
Po
ouver
lequel , quand on
ОРГА
(190
(ce qu'il faut faire avec force )
on trouve des morceaux d'une
chair tres-blanche & délicate
, enfermée dans de petites
cellules , & dont le gouſt
paffe tour ce que nous avons
de meilleur en Europe ; les
Jacques, qui eftant gros.comme
nos Citrouilles , renferment
dans leur écorce une
chair jaunâtre & ferme , d'un
gouft aigre-doux fort agreable
; les Mangonftans, qui dans
GALANT. 245
une écorce toute unie , d'un
rouge enfoncé par le dehors,
mais plus clair par le dedans,
renferment une liqueur &
une chair femblable à celle
de l'Orange , dont elles ont
la groffeur , mais qui plaiſt
beaucoup davantage au goût,
la Manque, qui eft de la groffeur
dune Poire de Bon Chrérien
, & dont la couleur eft
jaune par le dehors , & rouge
parle dedans, & enfin l'Areca.
Ce dernier Fruit eft de la .
figure d'une groffe Prune.
Son écorce . renferme plu
fieurs filets, où fe trouve une
20
X iij
246 MERCURE
Noix affez dure , qui reffem?
ble à celle d'une Mufcade
Le gouſt en eft acre , mais
elle fortifie
l'eftomac.Les Siamois
, & les autres Peuples du
mefme Climat, ufent preſque
à toute heure de cet Areca ,
qu'ils eftimét fouverain pour
la fanté , à caufe qu'il aide la
digeftion
, & corrige l'humidité
de leurs alimens ordinaires
, qui font le Risle
Poiffon , les Fruits , & l'eau
toute pure pour leur boiſſon.
Les Riches comme les Pau
vres font occupez tout le jour
à mâcher ce Fruit ; & quand
14 X
GALANT. 247
1
ils fe rencontrent , le premier
acte de civilité eft de fe préfenter
l'un à l'autre l'Areca,
& de lle mâcher auffi - toft.
Les Siamois font olivâtres , &
non pas noirs , quoy qu'ils
foient fous la Zone torride.
Ils ont le nez court , &
font la plupart affezubien
faits. Leur naturel eft fort
doux , & affable aux Etrangers
. rs. Leur grande maxime
eft le repos , ils n'employent
au travail que leurs Efclaves ,
& une pauvreté tranquille
leur plaift beaucoup plus.
qu'une abondance de biens
X iiij.
248 MERCURE
accompagnée d'inquiétude.
Auffi leurs Habits , leurs .
Meubles , leurs Maiſons , &
leur
nourriture marquent
cette pauvreté. Ils vont toû
jours pieds & teftes nuës.
Les Grands, & les plus aifez ,
vont par terre fur des Elé
phans , & par eau dans des
Barques qui font fort comniodes
. Leurs Habits ne
confiftent qu'en une Etofe
deliée , toute
blanche , ou
marquée de Fleurs vives de
diférentes couleurs . Ils s'en
envelopent tout le corps ,
& lors qu'ils vont par la Ville,
GALANT 249
ils fe couvrent les épaules
d'une Cafaque de toile légere
, & stranſparente , qui
defcendo jufqu'au genouil.
Les Manches en font cour
tes , mais larges. Les Femmes
font prefque veftües comme
les Hommes . Ils fe rafent les
cheveux , s'arrachent la barbe
, & fe lavent fort fouvent
avec des eaux parfumées . Ils
font parez d'Etofes de foye
en broderie d'or , dans les
Affemblées de cerémonie .
Les Maifons du commun ,
deleulement
de bois
&
de feuilles , avec des murail
250 MERCURE
les de Cannes jointes enfemble
, font pofées fur des Piliers
élevez , qui les garantif
fent des inondations ordinaires
du Pais . Les Perfonj
nes riches ont des Baftimens
alug
de brique , & couverts de
tuiles . Tous leurs Meubles
ne confiftent qu'en quelques
Tapis & des Couffins.
Sieges , Tables, Lits , Tapif
feries , Cabinets , Peintures,
tout cela n'eft point de leur
ufage. Quoy que le Ris &
les Fruits foient leur nourri
ture, ils ne manquent ny de
Poules, ny de Boeufs, ny de
GALANT 251
pas fi fuper
Gibier ; mais eftant perfua
dez que c'eft faire mal que
d'ofter la vie aux Animaux,
ils n'en mangent point pour
l'ordinaire . Si d'autres les
tüent , ils font relevez de
leurs fcrupules , & croyent
en pouvoir manger fans crime.
Ils ne font
ftitieux pour le Poiffon, parce
qu'eftant, tiré des Filets , il
meurtcomme de luy mefme.
Les Siamois n'ont aucuns
exercices pour la Dance ,pour
les Armes , ny pour monter
à Cheval. Ils ne fçavent ce
que c'eft que Philofophie, au
252 MERCURE
Mathématiques. Leur Theo
logie confifte en quelques
Fables , & toute leur feience
eft à bien écrite , & àfçavoir
les Loix du Gouvernement
,
& de la Juftice. L'expérience
de divers Remedes pour les
maladies communes
, fait
toute leur Medecine
quand ces Remedes manquent
d'opérer , ils ont recours
à la Magie , fe fervant
de Pactes , de Billets , & de
Figures. Ils écrivent comme
nous de la gauche à la droite
, mais feulement avec du
crayon. Leur Papier eftant
: ར་
&
бы GALANT 253
trop foible , on le colle à une
ou deux autres feuilles pour
le foûtenir. Un grand Livre
n'eft fouvent qu'une feule
feuille de Papier de plufieurs
aunes de long , qu'on plie &
replie à la maniere de nos
Paravents . Tout l'Etat eft
Monarchique , & le Gouver
nement affez bien reglé. Le
Roy eft fort abfolu . Dans
les occafions les plus importantes
, il fait part de fes def
feins à quelques- uns des plus
grands Seigneurs , qu'on ap-
Felle Mandarins . Ceux - cy
aflemblent d'autres Officiers
254 MERCURE
leurs inférieurs , aufquels ils
communiquent ce qu'il leur
a propofé , & tous enfemble
concertent leur réponſe ou
remontrance. Il y a tel égard
qu'il veut , & diftribuant les
Charges felon le mérite , &
non felon la naiffance , il les
oſte ſur la moindre faute que
ceux qui en font pourveus
commettent. Il ne fe montre
prefque jamais au Peuple.
Les grands Seigneurs
mefme le voyent rarement.
Ils luy parlent à genoux les
mains jointes élevées fur
leurs teftes, & tous courbez
GALANT. 255
contre terre , fans ofer l'envifager.
Ils le qualifient
Roy
des Roys , Seigneur
des Seigneurs
, le Maiftre des Eaux,
le Tout-puiffant de la Terre,
le Dominateur
de la Mer,
l'Arbitre
du bonheur
& de
l'infortune
de fes Sujets. Son
Train eft fort magnifique
, &
fa Garde compofée
de trois
cens Hommes
.
Reyne , il a un grand nombre
de Concubines
qu'on
choifit entre les plus belles
Filles du Pais. Il fe laiffe voir
ordinairement
deux fois l'année
, l'une fur terré , & l'autre
Outre la
256 MERCURE
fur l'eau. Quand il va fe promener
fur la Riviere , la Galere
qui le porte eſt éclatante
de l'or le plus fin. On
y éleve un Trône fuperbe,
où ce Prince paroift revestu
d'Habits précieux, ayant une
Couronne toute d'or , garnie
de fins Diamans . A cette
Couronne pendent deux Aîles
d'or , qui luy batent les
épaules. Tous les Seigneurs
& les Officiers le fuivent,
chacun dans une Galere , parée
à proportion de ſes Biens
& de la Charge . Ces Galeres,
dorées par dedans & par deGALANT
257
hors , font le plus fouvent au
nombre de quatre cens , &
portent chacune trente ou
quarante Rameurs , dont
quelques - uns ont les bras
& les épaules dorées . Les
Rivages font bordez des Peuples
qui accourent en foule,,
& qui font retentir l'air de
cris d'allégreffe . Lors qu'il
fe montre par terre , deux
cens Eléphans paroiffent d'a--
bord. Ils portent chacun
-trois Hommes armez , &
font fuivis de Joueurs d'Inf--
trumens , de Trompetes , &
-de mille Soldats à pied . Les
Octobre 16844- Y
258 MERCURE
grands . Seigneurs du Païs
viennent apres, & il y en a
quelques uns qui ont 80; ou
1oo . Hommes à leur fuire. En
fuite on voit deux cens Soldats
du Japon , qui préce
dent ceux dont ifa Garde eft
compofée , puis fes Chevaux
de main , & fes Eléphans , &
apres les Officiers de fa Cour,
portant tous des Fruits , ou
quelqu'autre chofe que l'on
préfente aux Idoles . Derriere
eux marchent encore quelques
grands Seigneurs avec
des Couronnes fur leurs tef
tes. L'un dieux porte LE
for micro
GALANT 2591
tendard du Roy , & l'autre
une Epée qui repréfente la
JufticemoCePrince paroift
apres eux, porté fur un Elé
phant dans une Tour toute
éclatante de Pierreries . Cer:
Eléphant eft environné de
Gens qui luy portent des Pa
rafols, & fuivy du Prince qui
doit fucceder. Les Femmes :
du Roy fuivent auffi fur des
Eléphans, mais dans de petits ;
Cabinets fermez , qui ne les
Jaiffent point voir. Six cens
Soldats ferment ce Cortége,,
qui cft ordinairement de
quinze ou feize mille Hom-
C.
Yij
260 MERCURE
mes. Le fruit qu'on remporte
de ces Ceremonies, eft
de maintenir le Peuple dans.
la vonération de la Majefté
Royale . Quand le Roy eſt
mort , le plus âgé de fes Freres
luy fuccede, & les autres.
apres luy. S'il n'a point de
Freres, c'eft l'aîné des Fils, &
jamais les Filles . L'accés eft
facile aux Etrangers dans.
tout ce Royaume , foit pour
4
s'y établir , foit pour y faire
trafic. On ne les gefne en
aucune chofe, pourveu qu'ils.
ne faffent rien contre l'Etat.
Pour prévenir les deførdres
HGALANT 261
qu'ils pourroient caufer , on
donne à chaque Nation un.
peu confidérable , une Chef
qui en eft, & qui doit répondre
de tous ceux de fon Païs,.
avec un Seigneur de la Cour,
2 ou un Officier du Roy , qui
eft commele Protecteur particulier
de la Nation . C'eft à
ce Seigneur, ou Officier, que
doit s'adreffer ce Chef , foit:
pour les Requeftes qu'il veut
présenter au Prince, foit pour
les Affaires du Commerce..
D'ailleurs , les Canaux que
forme la Riviere , partageant
La Ville en plufieurs. Illes,
262 MERCURE
on a foin de placer chaque
Nation en quelque Iſle ou
Quartier féparé , ce qui empelche
les diférens qu'excite
fouvent le mélange des Nations
qui ont des antipaties
naturelles . On oblige encore
tous les Etrangers qui s'établiffent
à Siam , de renouveller
tous les ans le Serment
de fidelité qu'ils jurent au
Roy. Le jour de cette cerémonie
cft folemnel . Tous les
Officiers de la Couronne y
affiftent.LeRoy montéfur un
Trône reçoit ce Serment,que
chacun luy prefte felon for
GALANT. 263
mng , aprés quoy on leur donne
à boire d'une Eau qu'ils
nomment Eau de jurément.
Ils l'eftiment Sainte . Les Sa-
- crificateurs
des Idoles qui la
préparent avec des cerémonies
remplies de fuperftition
,
tiennent la pointe d'une Epée
dans cette Eau , & lancent
plufieurs imprécations
contre
les Parjures, dans la croyace
que s'ils ne promettent
pas fidelité avec un coeur fincere
, ils en feront fuffoquez
dés le mefme inftant.
Il n'y a point de Païs où
L'exercice de toutes fortes de
264 MERCURE
Religiós foit plus permis qu'à
Siam. Cette liberté attire un
grand nombre d'Etrangers,.
dont le fejour eft
avantageux
aux Siamois pour le commerce
. D'ailleurs ils tiennent que
toute Religion eft bonne , &
Iainfi ils ne fe montrent con
traires à aucune , pourvû qu'
elle puiffe fubfifter avec les
Loix du Gouvernement. Ils
difent que le Ciel'eft comme
- un grand Palais , où pluſieurs
chemins vont aboutir, & qu'il
feroit difficile de déterminer
quel eft le meilleur. Comme
ils croyent la pluralité des
Dieux
GALANT 265
Dieux , ils ajoûtent qu'eftant
tous de grands Seigneurs , ils
exigent divers cultes , & veulent
eftre honorez en plufieurs
manieres. Cette indiférence
eſt cauſe qu'il eft
malaifé de les convertir. En
avouant que la Religion des
Chrétiens eft bonne , ils prétendent
que c'eſt eſtre témeraire
, que de rejetter les au
tres , & que puis qu'elles ont
toutes pour but d'honorer les
Dieux , il y a fujet de croire
qu'ils s'en contentent. Ils
ont des Idoles en grand
nombre , & leur figure ne
Octobre 1684. Z
266 MERCURE
furprend pas moins que leur
grandeur. Il y en a fur un
mefme Autel jufqu'à cinquante
ou foixante, de plus de
quarante pieds de haut. Elles
font faites de Brique & de
Pierre , & dorées par le dehors
. Dans les Maifons des
Sacrificateurs font des Galeries
, où l'on en voit trois &
quatre cens de diférentes figures
, toutes dorées , & d'un
grand éclat. Les Temples
qu'ils bâtiffent à ces Idoles,
font trés -fomptueux , folides
& à peu prés comme nos ‘Eglifes.
Les Portes en font doGALANT.
267
rées , le dedans eit peint , &
la lumiere y entre par des Feneftres
étroites & longues,
prifes dans l'épaiffeur du mur.
Les Idoles font fur l'Autel ,
qui eft dans le lieu le plus éloigné
de la Porte , & auquel
on monte par plufieurs degrez
en Amphitheatre . Prés
de ces Temples font les Convens
des Sacrificateurs , qui
ont leurs Dortoirs & leurs
Cellules , & qui vivent en
.commun. Ils ont auffi leurs
Cloiſtres , au milieu defquels
eft une Pyramide extrémement
haute, & toute brillante
Z ij
268 MERCURE
d'or. La coûtume eft de ren
fermer fous ces Pyramides
les cendres des grands Seigneurs.
Les Portugais ront
donné le nom de Talapoins
à ces Sacrificateurs ou Reli
gieux , qui font bien au nom .
bre de trente mille dans tout
le Pais. Leurs habits qui
font d'une toile jaune toute
fimple , ne diférent sen rien
de ceux du Peuple pour la fi
gure, finon qu'au lieu de Ca
faque ils portent comme un
Baudrier de toile rouge , qui
va de l'épaulé gauche cou
vrant l'eftomac jufqu'au câ
2
GALANT 269
leur
ré droit. Ils marchent pieds,
nus & tefte nue , & quoy
qu'ilshareçoivent
quantité
d'aumônes , & que les préfens
qu'on fait aux Idoles,
d'Erofes , de Ris & de Fruits,
appartiennent , ils ne
font qu'un repas par jour , &
il ne leur eft permis de manger
le foir qu'un peu de Fruit.
Ils prefchent le Peuple , l'in
ftruifent , & font des offrandes
& des facrifices à leurs
Dieux. Ces Sacrifices font
accompagnez
de Torches ,
de Fleurs , & de feux d'Artifice.
Entre ces Talapoins , il!
Z
iij
270 MERCURE
y en a qui font feulement
pour vivre en particulier.
Quelques - uns ont des fon
ctions qui regardent le Pu
blic ; & d'autres qu'on nomme
Sancrats , ont foin des .
Temples , & de faire obfer
ver les cerémonies. Ces der
niers qui font les plus réverez
de tous , font fous la Jurifdiction
d'un Sancrat , qui
eft toûjours un grand Perfonnage.
C'eft luy qui préfide
au Pagode du Roy , qui
eft à deux lieues de Siam.
Non feulement il eft respecté
du Prince , mais il a l'honneur
GALANT. 271
de s'affeoir auprés de luy
quand il luy parle , & fe contente
de luy faire une médiocre
inclination de tefte. Ces
Preftres font obligez de garder
la continence , mais comme
il leur eft permis de quitrer
la vie Religieufe quand ils
veulent , ils n'ont qu'à fe défaire
de leurs veftemens de
couleur jaune pour ſe marier.
Il y a auffi proche des principaux
Teples, des Maifons de
Religieufes, où font de vicilles
Filles rafées, & vcftuës de
blanc. Elles paffent les jours
a prier , & quand la retraite
Z
iiij
272
MERCURE
r
les ennuye, elles quittent l'habit
blanc . Les Siamois croyét
que l'ame furvit le corps .Cela
les oblige à fonger de leur
vivant aux befoins de l'autre
vie. Ils amaffent pour cela
tout ce qu'ils peuvent épar
gner d'argent , le cachent en
quelque lieu retiré, & comme
c'eft parmy eux un grand
facrilege que de dérober l'ar
gent des Morts , il fe perd
par là des fommes immenfes
qu'on n'ofe chercher. Cette
folle opinion n'eft pas fou
lement parmy le Peuple ; lesc
grands Seigneurs & les Prin
<
GALANT.27 3
ces fe pourvoyent auffi pour
l'avenir , mais fans cacher
leurs Tréfors . Ils font élever
des Pyramides , au pied defquelles
ils enfouiffent l'ar
gent qu'ils fe refervent , & les
Talapoins veillent à la garde
de ces Pyramides . Les Siamois
font fort magnifiques.
dans leurs Funérailles, & emer
ployent quelquefois une an
née entière à en faire les préparatifs
. Les Sépulchres font.
environnez de plufieurs
Tours quarrées , faites de
bois de Cyprez , & reveſtuës;
de Cartes de gros Papier de
274MERCURE
diférentes couleurs . Ils met
tent quantité de feux d'arti
fice au deffus des Tours , &
tout estant preft , une partie
des Talapoins fe rend au lieu
des Funérailles , tandis que
l'autre va querir le Corps , On
Eenferme dans une Biere ou
Quaiffe dorée , fur laquelle
s'éleve une Pyramide , ornée
de divers Ouvrages de menuiferie
auffi dorée . Quand le
Corps eft arrivé , on le tire de
la Quaiffe. On le met fur le
bucher , autour duquel les
Talapoins font plufieurs
tours , & pendant que les flâ
GALANT. 275
mes le confument on fait
jouer des feux d'artifice au
fon de quatité d'Inftrumens.
Le corps eftant brûlé , on en
ramaffe les cendres , & on:
les met repofer fous la Pyramide.
7
Les mariages entre les
Perfonnes riches fe font avec
beaucoup de magnificence,
mais fans qu'il y entre aucune
cerémonie de Religion :
Les Mariez mettent en commun
une fomme de deniers,
& ont toûjours la liberté de
fe féparer en partageant leurs .
Enfans. Ileft permis au Ma276
MERCURE
ry de prendre autant de Con
cubines qu'il veut , &zelles
doivent obeiffance
à la prev
miere Femme , dont les En
fans font feuls héritiers du
bien du Pere, ceux des Concubines
n'ayant prefque rien.
Les biens des Gens de con
dition font féparez en trois
parties aprés leur mort. Les
Talapoins en ont une, le Roy
Fautre , & la troifiéme eft
pour les Enfans . La Coûtu
me eft diférente parmy le
Peuple. Les Hommes acheg
tent leurs Femmes par quel
que préfent qu'ils font aux
GALANT 277
Peres. Ils ont mefine liberté
de les quitter , mais les divorces
ne fe font pas fans de
grandes cauſes. Les Enfans
partagent entr'eux également
le bien de leur Pere,
laiffant pourtant ordinairement
quelque chofe de plus
àl'Aîné. Onles met dans leur
bas âge auprés des Preftres &
Docteurs , pour apprendre à
lite & à écrire , & quand
leurs études font achevées, il
en demeure toûjours un
grand nombre dans la Communauté
de ces Talapoins.
Il y a beaucoup d'argent à
278 MERCURE
Siam. Celuy de la principale
Monnoye dont on s'y fert , &
qu'on appelle Ticals , eft fort
fin , & d'une figure preſque,
ronde , marquée au coin d
Prince. Les Ticals valent
trente- fept fols de noftre
Monnoye .Un Mayonvaut la
moitié d'un Tical.Un Foüan,
la moitié d'un Mayon , &
un Sampaya la moitié d'un
Foüan. Ils font ordinairement
leurs comptes par Cattis
d'argent. Chaque Cattis
vaut vingt Tayls , ou cent
quarante quatre livres , le
Tayl valant quelque chofe
GALANT. 279
de plus que fept francs.
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Résumé : Description du Royaume & de la Cour de Siam, avec les moeurs des Habitans de ce grand Etat, [titre d'après la table]
Le Royaume de Siama s'étend sur plus de trois cents lieues du nord au sud et est bordé par le Pégu au nord, la mer du Gange au sud, le petit État de Malaca à l'ouest, et les montagnes à l'est, qui le séparent de la Camboye et de Laros. Situé jusqu'au dix-huitième degré de latitude septentrionale, le royaume est avantageusement situé entre deux mers, facilitant les échanges avec les pays voisins grâce à l'étendue de ses côtes, qui mesurent cinq à six cents lieues de tour. Le royaume est divisé en onze provinces gouvernées par des gouverneurs nommés par le roi. La province de Siam est la principale et donne son nom au royaume ainsi qu'à la ville capitale, située sur la rivière de Menan, qui provient du lac de Chiamay et permet aux vaisseaux de naviguer jusqu'aux portes de Siam, malgré la distance de plus de soixante lieues de la mer. La capitale est bien fortifiée et construite sur l'eau, semblable à Venise, et abrite une grande diversité de nations parlant jusqu'à vingt langues différentes. Le pays est fertile grâce aux inondations causées par les pluies durables de trois à quatre mois, qui noient les campagnes et favorisent la culture du riz, le principal aliment des Siamois. Malgré cette fertilité, de nombreuses terres restent incultes faute de main-d'œuvre ou par la paresse des habitants. Les plaines et forêts servent de refuge à divers animaux sauvages. Le royaume est riche en fruits, notamment le durion, les jacquiers, les mangoustans, la manque et l'areca, ce dernier étant utilisé pour ses propriétés digestives et socialement important dans les échanges de civilité. Les Siamois sont de peau olivâtre, ont un nez court et un naturel doux et affable. Ils valorisent le repos et délèguent le travail à leurs esclaves. Leur mode de vie est marqué par une pauvreté tranquille, et ils se vêtent simplement, souvent pieds nus. Les maisons sont construites sur pilotis pour se protéger des inondations. La nourriture principale est le riz et les fruits, bien que la viande soit consommée occasionnellement. Les Siamois n'ont pas d'exercices physiques ou intellectuels spécifiques et leur médecine repose sur des remèdes traditionnels et la magie. Le gouvernement est monarchique et bien régulé, avec un roi absolu qui consulte parfois les grands seigneurs pour les décisions importantes. Le roi se montre rarement au peuple et est entouré d'une garde de trois cents hommes. Il a de nombreuses concubines et se déplace de manière majestueuse, soit par terre avec des éléphants, soit par eau avec des galères ornées. Les cérémonies royales visent à maintenir la vénération du peuple pour la majesté royale. À la mort du roi, son frère aîné ou son fils aîné lui succède, jamais une fille. Le royaume est ouvert aux étrangers, qui peuvent s'y établir ou commercer librement, à condition de respecter l'État. Chaque nation étrangère a un chef et un protecteur particulier pour prévenir les désordres. Les étrangers doivent renouveler annuellement leur serment de fidélité au roi lors d'une cérémonie solennelle. Le royaume permet la pratique de toutes les religions, attirant ainsi de nombreux étrangers dont la présence est bénéfique pour le commerce. Les Siamois croient en une pluralité de dieux et estiment que chaque divinité exige des cultes différents. Cette diversité rend difficile leur conversion à d'autres religions. Ils reconnaissent la validité de la religion chrétienne mais refusent de rejeter les autres croyances, estimant que toutes honorent les dieux. Les Siamois possèdent de nombreuses idoles de grande taille, souvent dorées et placées dans des temples somptueux et solides, similaires aux églises. Ces temples comportent des galeries avec des idoles de diverses figures et des portes dorées. Les sacrifices aux dieux sont accompagnés de torches, de fleurs et de feux d'artifice. Les Talapoins, ou sacrificateurs, sont nombreux et portent des habits jaunes distinctifs. Ils vivent en communauté, jeûnent souvent et se consacrent à la prière et aux offrandes. Les femmes religieuses, vêtues de blanc, peuvent quitter leur vie monastique à leur convenance. Les Siamois croient en la survie de l'âme après la mort et amassent des trésors pour l'au-delà. Les funérailles sont magnifiques et durent parfois une année entière, avec des cérémonies élaborées et des feux d'artifice. Les mariages parmi les riches sont somptueux mais sans cérémonies religieuses. Les biens sont partagés entre les Talapoins, le roi et les enfants après la mort du propriétaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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811
p. 317-318
ENIGME.
Début :
Voicy, Madame, les deux Enigmes ordinaires. On attribüe la premiere a / Mon Pere, loin de me cacher, [...]
Mots clefs :
Fusée volante
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy, Madame , les deux Enigmes
ordinaires. On attribuie la premiere à
la Femme d'un Médecin de Champagne
, du Bourg de Vandoeuvre , qui a
eu douze Filles de fuite en douze couches
, & qui eft affez jeune pour en :
avoir encore autant , fi le Ciel luy con
318 MERCURE
tinue fa bienheureuſe fécondité . L'on
me mande que l'Amant volage desBois-
Brunette eft l'Auteur de la feconde.
ENIGME
Mon Pere, loin de me cacher,
Aime à me faire voir quandje dois accoucher;
Mais dans les mov ens que j'acouche
F'empefche bien qu'on ne me touches
M'éloignant autant que je puis,
Onnepeut atteindre où jefuis.
La faifant un effort, je donne la naiffance
A des Enfans d'une haute apparence.
Ils ont mille agrémens , & chacun de les
voir
Montre apoir l'amefiravie,
Qu'a l'envy l'on voudroit pouvoir
Leurconferver long-temps la vie.
Leur nombre eft grand ils font quelque
fois cents
Er d'autres fois, dixfois autant.
ordinaires. On attribuie la premiere à
la Femme d'un Médecin de Champagne
, du Bourg de Vandoeuvre , qui a
eu douze Filles de fuite en douze couches
, & qui eft affez jeune pour en :
avoir encore autant , fi le Ciel luy con
318 MERCURE
tinue fa bienheureuſe fécondité . L'on
me mande que l'Amant volage desBois-
Brunette eft l'Auteur de la feconde.
ENIGME
Mon Pere, loin de me cacher,
Aime à me faire voir quandje dois accoucher;
Mais dans les mov ens que j'acouche
F'empefche bien qu'on ne me touches
M'éloignant autant que je puis,
Onnepeut atteindre où jefuis.
La faifant un effort, je donne la naiffance
A des Enfans d'une haute apparence.
Ils ont mille agrémens , & chacun de les
voir
Montre apoir l'amefiravie,
Qu'a l'envy l'on voudroit pouvoir
Leurconferver long-temps la vie.
Leur nombre eft grand ils font quelque
fois cents
Er d'autres fois, dixfois autant.
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812
p. 319-320
AUTRE ENIGME.
Début :
Il est des veritez dont l'aveu n'est point doux. [...]
Mots clefs :
Feuilles des arbres
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
I Leftdes veritez dont l'aveu n'eſt poins
doux.
De bons Peres, de bonnes Meres,
Nousfommes.... quoy , le dirons nous?
Des Enfans qui ne valons gueres.
3
Mais bien que nous ayons peu de grace
d'appas,
Nos bons Parens nous portent fur leurs
bras,
Commepournousfaire paroiftre.
S'ils nous font chers, voicy qui le donne
connoiftre,
Les quiter une fois fans aller au trépas,
Nous ne le pouvons pas .
$3
Dés l'enfance on nous voit avec la Cotte
verte,
Et puis la jaune à la fin de nos jours;
"Nos Saurs , qui dans leur temps réparent
water noftre perte,
*
Ont mefmefort & meſme cours…
320 MERCURE
23
Nous venons an Printemps , comme les
Hirondelles, T
Et la legereté plus grande en nous qu'en
elles,
Nous contraint de fuivre en tout teps
Letrain des Efprits inconftans.
Nous enfaifons du bruit , mais ce font
bagatelles;
Le monde rit des mécontens .
Enfinpour nous mieuxfaire entendre,
Veut - on nous voir , veut - on nous
prendre?
Noftre plus grandféjour eft dans les plus.
grands Bois.
Mais a-t-on peur de nous ? Il nefaut pas.
s'y rendre.
Combien vous l'a -t-on dit defois!
I Leftdes veritez dont l'aveu n'eſt poins
doux.
De bons Peres, de bonnes Meres,
Nousfommes.... quoy , le dirons nous?
Des Enfans qui ne valons gueres.
3
Mais bien que nous ayons peu de grace
d'appas,
Nos bons Parens nous portent fur leurs
bras,
Commepournousfaire paroiftre.
S'ils nous font chers, voicy qui le donne
connoiftre,
Les quiter une fois fans aller au trépas,
Nous ne le pouvons pas .
$3
Dés l'enfance on nous voit avec la Cotte
verte,
Et puis la jaune à la fin de nos jours;
"Nos Saurs , qui dans leur temps réparent
water noftre perte,
*
Ont mefmefort & meſme cours…
320 MERCURE
23
Nous venons an Printemps , comme les
Hirondelles, T
Et la legereté plus grande en nous qu'en
elles,
Nous contraint de fuivre en tout teps
Letrain des Efprits inconftans.
Nous enfaifons du bruit , mais ce font
bagatelles;
Le monde rit des mécontens .
Enfinpour nous mieuxfaire entendre,
Veut - on nous voir , veut - on nous
prendre?
Noftre plus grandféjour eft dans les plus.
grands Bois.
Mais a-t-on peur de nous ? Il nefaut pas.
s'y rendre.
Combien vous l'a -t-on dit defois!
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813
p. 133-214
HUITIÈME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris.
Début :
Tous les tuyaux des Lunetes portatives doivent estre [...]
Mots clefs :
Verre, Lunette, Objet, Image, Longueur, Objectif, Occulaire, Distance, Solaire, Table, Aérienne, Foyer, Rayons, Tuyaux, Diaphragme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HUITIÈME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris.
HUITIEME PARTIE
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
Par M COMIERS d'Ambrun,
Prevoft de Ternant , Profeſſeur des
Mathematiques à Paris.
T
Ous les tuyaux des Lunetes portatives doivent eftre
cilindriques , car les tuyaux coniques ne peuvent garder leur
rectitude, eftant moins tirez pour
voir diſtinctement les objets plus
éloignez , & au contraire , fi la
134 Extraordinaire
longueur de la Lunete eft pour
voir diſtinctement les objets treséloignez , on ne peut les éloigner
davantage , pour voir les objets
qui font fenfiblement plus prés
de nous.
Les moindres tuyaux d'une Lunete , c'eſt à dire ceux qu'on infére dans les autres , auront tous
autour de la gorge extérieure,
des orles ou viroles , pour les
rendre tous d'égal diamétre; afin
que l'Axe de la Lunete foit paral
lele fur le plan de l'appuy. C'eft
à quoy M' Hevelius n'a pas pris
garde dans la Figure de la 40.
page de fa Selenographie de l'année 1647. car l'axe des verres &
du tuyau dela Lunete faifant angle für le plan d'appuy , le perpendicule ne peut marquer fur
du Mercure Galant. 135
le quart de cercle l'angle de l'élevation de l'objet que l'on mire.
Voyez.enicy la Fig. 1. Les bouts
des tuyaux par leſquels ils font
inferez dans les autres , feront
renforcez par des viroles de bois,
mifes en dedans, & qu'on arrefte
avec cole forte , ces viroles porteront les juftes ouvertures pour
ſervir de diafragmes , & maintiendront les tuyaux dans leur
parfaite rondeur , & toute la Lunete dans fa rectitude. Voyez la
Figure II.
C'eft enfinune loy indifpenfa.
ble , que l'Axe de tous les tuyaux
& celuy de tous les verres doivent eſtre dans une mefme li
gne droite. J'en excepte les Lunetes Catop- dioptriques , comme
auffi la Lunete Polemofcope , def
136 Extraordinaire
fon
quelles nous traiterons en par
ticulier. Eo quòd utraque lensfiopum ſuum affequatur , quum tamen
regione altera alteri non exactè
refpondeat , comme dit M Heve.
lius dans la 27. page de ſa Sele.
nographie , Hictubus tam à Catoptricis quàm Dioptricisparaturfundamentis , etenim duobus fpeculis planis
& gemino vitro Dioptrico conftat.
Il l'appelle Polemoſcope , pour
ufage en temps de guerre ,, puis
qu'eftant couverts du Parapet,
nous voyons ce que fait l'Ennemy, mefme lors qu'il eft dans le
Foffé , & au pied de la Muraille,
parce quefon tuyau eft recourbé
à angle droit. Nous découvrons
aufi par fon moyen tout ce qui
fe paffe dans une Rüe , fans
nous paroiffions à la Feneftre ;
que
duMercureGalant. 137
ayant cet avantage , auffi-bien
que lesLunetes communes, qu'on
les peut , comme a dit M'Hevelius dans la 29. page , mettre
dans une canne ou bafton d'un
pouce & huit lignes de diamètre,
avec le recourbement de deux
pouces. Nous en donnerons cyapres la conftruction.
Deux manieres diférêtes d'ajuſter
les Verres dans les Tuyaux.
Les Anglois mettent le verre
objectif dans le tuyau le plus
étroit, & les verres oculaires dans
les tuyaux les plus larges. Voyez
le tout dans la Figure III. Cette
difpofition a trois choſes avantageufes. 1° Les rayons inutiles
qui vont toujours en s'élargif
fant , s'affoibliffent plus facileQ. d'Octobre 1684, M
138 Extraordinairement dans cette concavité ſpa
cieuſe du tuyau. 2º On y peut pla…
cer des oculaires de plus grande
furface. 3º Cette Lunete eft plus
facile à manier , parce que le
centre de gravité de la pefanteur
eft comme dans la main de celuy
qui s'en fert ; & dans l'autre maniere, le centre de gravité eftant
audelà du point de l'appuy ou
Hypomoclion , pele davantage à la
main , & fatigue celuy qui s'en
fert. Il eft vray qu'il y a une
longueur de tuyau comme perdüe , par la néceffité de la dif
pofition des trois oculaires ; car
s'il n'y avoit qu'un oculaire, convexe ou concave , il n'y auroit
aucune difficulté .
En France , nos Ouvriers placent le verre objectif dans le plus 1
du Mercure Galant. 139
large tuyau , & les verres ocu--
laires dans les tuyaux les plus
étroits. Voicy là pofition la plus
commode des deux verres ocu--
laires qui font apres le verre objectif. Placez ces deux verres
oculaires , comme dans la Figu
re IV. à la diftance l'un de l'au
tre égale à la longueur de leursfoyers folaires , tellement que le
point fera leur foyer commun,
dans le tuyau C, qu'on coule dans
le tuyau B, par le bout qui eft du
cofté du verre objectif , car par
l'autre bout du mefme tuyau B¸-
on coulé le tuyau porte- oculaire A, avec fa boëte de recouvrement à pinnule , ou trou de
trois lignes de diamètre , qui eft
éloigné du verre d'un peu moins
quefon foyer folaire. Le tuyau B
1
Mij
140 Extraordinaire
porte encore le diafragme fur
lequel on place les brins de fimplefoye plate noire , qui fervent
de mire , ou le treillis , ou quatre brins qui fe croiſent en un
mefme point au centre de l'ou.
verture du diafragme , qu'lls divifent en huit parties égales
c'eft fur ces filets qu'on doit faire
aboutir précisément l'image aërienne & redreffée de l'objet,
puis qu'elle nous fert d'objet im
médiat , que nous voyons par le
troifiéme verre oculaire..
Ainfi pour voir bien diftincte..
mentavecune Lunete compofée.
de quatre verres convexes
furface du Soleil ( ne donnant
l'ouverture d'un trou d'épingle au
carton qui couvre le verre objectif),
la diſtance du verre objectif au
la.
que
du Mercure Galant 14.
I
premierverre oculaire, fera compofée de leurs foyers folaires, &
par conféquent l'image renverfee du Soleil , qui fert d'objet
immédiat , fe trouvant au foyer
antérieur du verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque
point de cette image folaire tombant divergens fur le verre oculaire , en fortiront paralleles ; &
tombant ainfi paralleles fur le
fecond verre oculaire , dont la
diftance au premier eft compofée de la longueur de leurs foyers,
les rayons en fortiront convergens , & formeront l'image redreffée du Soleil , au derriere de
ce ſecond verre oculaire , à la
diſtance de fon foyer folaire ,
& c'eft cette image qui fervira
d'objet immédiat ,, car cette imas
142 Extraordinaire"
ge eftant au foyer antérieur du
troifiéme verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque point en fortiront paralleles;
& tombant paralleles fur l'humeur cristallin , feront rendus
convergens , & formeront par
leur concours ou pinceau optique , l'image renversée du Soleil
& de fes taches fur la Retine , &
on verra le Soleil & fes taches
redreffées , c'eft à dire dans leur
fituation naturelle.
La diſtance des deux premiers
oculaires fera toujours invaria
ble, auffi bien que la diftancedu fecond verre oculaire aux filets du treillis , qu'on met précifément en fon foyer folaire. -
Quant au troifiéme oculaire , au
foyer duquel on met l'oil, ilfera:
3
du Mercure Galant. 143
pour les miopes qui racourci
fent un peu la longueur des Lunetes , un peu moins éloigné de
ces filets ; parce qu'en regardant
de plus prés cette image aërienne
des objets , ils en reçoivent les
rayons fenfiblement divergens ,
& tels tombant fur leur criftallin
trop rond & enflé , leurs concoursou image diftincte de l'objet, en eft retardé & prolongé
jufque fur la Retine.
Il eft abfolument néceffaire
que le foyer objectif, c'eft à dire
l'image aërienne de l'objet , fe
rencontre précisément fur ces
filets ou treillis mis à l'endroit
du foyer du verre objectif, fi la
Lunete n'a qu'un verré oculaire
convexe; & au foyer folaire du
fecond verre oculaire , fi la Lu-
144 Extraordinaire
nete eft composée de trois oculaires convexes. Mais comme la
Lune & tous les objets terreftres,
font comme infiniment moins
éloignés que le Soleil , les rayons.
de la radiation émanée de chaque point de l'objet, tombet fenfiblement divergens fur le verre
objectif, leur foyer ou image aërienne eft retardé & allongé, &
leur image portée plus loin, & audeça de ces filets ou treillis , c'eft
pourquoy il faut allonger davan
tage la Lunete , c'eft à dire, éloigner le verre objectif du verre
oculaire , afin d'avancer l'image
de l'objet précisément fur les
filets. J'ay crû devoir icy réfou
dre une Queſtion importante.
Si
du Mercure Galant. 145
QUESTION.
Si par la diferente longueur à
laquelle on tire les tuyaux de
laLunete à Oculaire convexe,
pour voir bien diftinctement
un objet , on peut déterminer
fa diftance , ou éloignement.
C
Ette image aërienne ne ſe
forme pas dans une diſtance
deprécifion geométrique au derriere du verre objectif , ny au
derriere du fecond verre oculaire. Elle a comme une certaine
épaiffeur ; ce que vous obſerve.
rez avec plaifir dans la chambre
noire , en recevant ſur un papier
blanc, les espéces ou images des
objets qui font au dehors , car
Q.d'Octobre 1684. N
146 Extraordinaire
ces images paroiftront diftinctes,
voſtre papier eftant arrivé à certaine diſtance du trou fait auvo,
let de la feneftre , & garny d'un
verre objectifde Lunete, foit que
vous l'approchiez ou quevous le
reculiez de quelques lign.de plus;
étantimpoffible de déterminer la
diftance préciſe où ces images
font dans leur plus grande diftintion. Vous obferverez la meſme
chofe , en regardant avec une Lunete un objet éloigné & bien
éclairé , que vous verrez toû¬
jours comme également bien,
quoy que vous allongiez ou racourciffiez de quelques lignes la
Lunete. Ainfrle Foyer, ou cette
image , n'eſt pas une chofe Mathematique , mais Phifique, &c.
On ne peut donc par l'expé-
du Mercure Galant. 147
rience déterminer précisément
la diſtance du verre objectif à
fon Foyer objectif , ou image de
tout autre objet que le Soleil.
D'où je conclus , qu de la
longueur de la Lunete tirée juf
ques à tant que les objets paroiffent bien diftinctemet , on ne
peut conclurre la diftance de
l'objet, bien qu'on foit perfuadé
par raiſon & par expérience, que
la Lunete doit eftre tirée de plus
grande longueur , à mesure que
les objets font moins éloignez ;
vray, comme nous avons déja
dit ailleurs , que l'objet eftant
éloigné du verre objectifde deux
fois la longueur de fon foyerfolaire , l'image aërienne de l'objet , égale à l'objet , fe formera
au derriere du verre , à la di
Nij
148 Extraordinaire
ftance de deux fois la longueur
de fon foyer folaire ; ainfi l'ima
ge & l'objet feront également
éloignez du verre.
·
Nea moins chacun pourra fatisfaire fa curiofité , par des di-'
ftances médiocres qu'on aura
mefurées actuellement ; & pour
cela je répéte icy les Problémes
que j'avois énoncé & donné de.
puis la 122 page du XXI.Volume:
du Mercure Extraordinaire.
PROBLEME I.
Eftant donnée la distance de l'objet au verre objectif, trouver la di
Stance du verre à l'image aërienne
diftincte de l'objet.
ANALOGIE,
Comme ladiftance de l'objet auverre,
moins la longueur defon Foyer folaire,
du Mercure Galant. 149
Eft à la longueur du mefme Foyer
Solaire:
Ainfi la diftance de l'objet au verre,
Eft à la distance du verre àl'image.
PROBLEME II.
Eftantdonnée la diſtance du verrc
objectifà l'image aërienne de l'objet,
& la longueur du Foyer folaire du
verre , trouver la diftance du verre
à l'objet.
ANALOGIE.
Comme la distance du verre àl'image
aërienne de l'objet, moins la longueur
du Foyerfolaire du verre,
1
Eft à la longueurdu mefme Foyer
folaire du verre objectif:
Ainfi la distance du verre à l'image
aërienne,
Eft à la distance du verre à l'objet.
On ne pourra jamais énoncer
& réfoudre ces Problémes en
N iij
150 Extraordinaire
termes plus formels & plus intelligibles que ceux que j'avois
employé dans les 122. & 123. pages du XXI. Tome du Mercure
Galant Extraordinaire du Quartier deJanvier 1683. Neanmoins
le fçavant M Fattio de Duiller,
de Genéve , dit dans leJournal
du 20. Novembre 1684. Qu'il a
cherché le moyen de trouver la diftance du verre aux filets , c'eſt à
dire à l'image de l'objet , la diftance
de l'objetau verre eftantfuppofée ou
donnée. Ilajoûte , Et qu'en pofant
Le Foyer de l'objectif = £ , &l'excés de la diftance de l'objet au verre
par deffus la longueur du foyer de
l'objectif= a, &la distance de l'objet à la croifée desfilets = b ; &
Qu'enfin par une grande attention
dans le calcul d'Algebre il a efté conduit à cette Equation
di Mercure Galant. 151
aaab― z af-ff
Cecyme fait fouvenir des Vers
fuivans , tirez de l'Epître chagrine de Madame des Houlieres.
Si tout voftre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout- bas, C'eft- là ce bel
Efprit!
Commeles autres il s'explique,
Etl'on entend tout ce qu'il dit.
Il eft vray que l'Algebre , ou
l'Art de bien trouver , eft un langage relevé , & inconnu à bien
des Sçavans ; mais puis que toutes les Effections Geométriques
éſtant trouvées par la Spécienfe la
plus rafinée , il en faut venir au
Compas, à la Regle, &aux nombres , pour les réduire en pratique , pour épargner à bien des
Gens cettegrande attention du CalN iiij
152 Extraordinaire
culd'Algebre , qui leur cauſe bien
fouvent la Migraine , je veux répéter icy en langage connu &
utile , les autres Problémes dont
j'ay déja donné la folution en
1683 dans le XXI.Tome de l'Ex
traordinaire du Mercure Galant.
PROBLEME III.
Eftant donnée la grandeur, bauteur ou diametre de l'objet , ſon éloignement au verre objectif, & la longueur defon Foyerfolaire ; trouver
la grandeur ou diamétre de l'image
aerienne de l'objet , produite dans la
chambre noire, ou dans le creux du
tuyau de la Lunetefur lesfilets.
Trouvez premierement par le
premier Probléme , la diftance
du verre objectif à l'image diftin&te aërienne de l'objet , vous
aurez enfuite fa grandeur par la
fuivante
du Mercure Galant.
153
Analogie.
Commela diftance del'objet au verre,
Eft à lagrandeur de l'objet:
Ainfila diftance du verre à l'image,
Eft à lagrandeur de l'image.
PROBLEME IV.
Eftant donnée la grandeur de l'image diftincteaërienne de l'objet, &
fa diftance au verre objectif, &la
longueur de fon Foyerfolaire ; trouver la grandeur de l'objet.
Trouvez premiérément par le
fecond Probléme , la diftance de
l'objet au verre , vous aurez enfuite fa grandeur par la fuivante
Analogie.
Commeladiftance du verre à l'image,
Eft àlagrandeur de l'image :
Ainfi la distance du verre àl'objet,
Eft à la grandeur de l'objet.
154 Extraordinaire
PROBLEME V.
* Eftant donnée la distance de l'objet
àfon image aérienne , & la diftance
de l'objet au verre ( par conféquent
la diftance du verre à l'image eft
auffi connue ) trouver la longueur
du Foyerfolaire du verre.
Analogie.
Comme la distance de l'objet àfon
image,
Eft à la diftance de l'objet au verre:
Ainfi la diftance duverre à l'image,
Eft à la longueur du Foyerfolaire.
du verre.
PROBLEME VI.
Eftant donnée la diſtance de l'objet
à la table d'attente, linge , ou papier
blanc, poury recevoir l'image aërienne de l'objets déterminer le verre du
plus grandfoyer , qui y puiffe produire cette image diftincte.
du Mercure Galant.
ISS
Je dis r Que la qutriéme partie de la diftance de l'objet à la
table d'attente , eft la lougueur
du Foyer folaire du verre requis.
2°.Queleverre doit eftre placé
en égale distance de l'objet & de
la table d'attente , ce qui ſe vérifie par le premier Probléme.
3 Que la grandeur de l'image fera égale à la grandeur de
l'objet.
PROBLEME VIÍ.
Eftant donné ( comme dans la
Figure Va de l'Effection Geométrique ) la diftance de l'objet à
fon image diftinéte aërienne , &la
longueur du Foyer folaire du verre
qui l'a produite s trouver le point où
le verre eftoitplacé , &où il doit eftre
remis , pour reproduire cette image de
l'objet.
156 " Extraordinaire
De la diftance de l'image aërienne à fon objet ▲ , ôtez
F, qui eft deux fois la longueur du foyer folaire du verre
qui l'a produite , il vous reftera
FA, qu'il faut divifer au pointy
en deux fegmens Ay , &yF, en
forte que la longueur du foyer
folaire foit moyenne , proportionnelle entre ces deuxfegmens,
carajoûtant ce petit fegment y
à la longueurdu foyer folaire du
verre , vous aurez fa diſtance reF
quifè à l'image , & par confé
quentfon point de pofition en z.
Pour déterminer le pointy, qui
' fait les deux fegmens , diviſez
également 4 F au point C , duquel pris pour centre , faites le
demy cercle fur 4 F, prife pour
diamétre , fur lequel élevez la
du Mercure Galant. 157
perpendiculaire Fƒégale à la longueur du foyer folaire. Tirez ƒB
parallele au diamètre 4 F, furlequel du point s deſcendez la per
pendiculaire By, qui fera égale
à Ff, longueur du foyer folaire
du verre. Par la converſe de la
xiij Propofition du 6. Livre d'Eu
clide, By fera auffi moyenne pro
portionnelle entre les fegmens
Ay, & yoF. C'est pourquoy le
petit fegmenty F, Fflongueur.
du foyer folaire , fera la diftance
requife du verre depuis en z.
J'ay ajoûté des nombres à la
Figure V. afin d'en rendre la pratique plus intelligible. Ainfi A
diftance de l'objet à la table d'attente , linge ou papier blanc, fur
lequel l'image aerienne de l'ob.
jer dans la Chambre noire , ou
158 Extraordinaire
80-0
à l'endroit d'une Lunete , au.
quel elle paroiffoit fort diftincte,
eftant 80 , & la longueur du
foyer folaire du verre qui l'a
voit produite, eftant 15, deux fois
1530 pour la ligne F dans
la Figure & A 80 AP F
30 AF50. Donc la moitié FC
25 Tirez CB, elle fera auffi 25.
Or le triangle crв eft rectangle , donc par la 47. Propofition
du 1. Livre d'Euclide , le Quarré
de l'hypothenufe CB - leQuarré
du cofté Br eſt égal au Quarré
de l'autre cofté Cr. Mais l'hypothenufe C B eft 25, donc ion
Quarré eft eſt 225 , & 625— 225
400 Quarré du cofté cr.Mais
la Racine de 400 eſt 20 , donc
le cofté cr eft 20. Mais C F25
—— CYCr20 rF 5 , donc le petit
du Mercure Galant. 159
fegmentrFeft 5. C'est pourquoy
515 longueur du foyer folaire
du verre 20 pour de z diſtance
de la table d'attente de l'image
aërienne de l'objet au verre objectif z. Et parce que 4 la
diftance de l'objet A à fon imageeft 80 , il s'enfuit que A
80 -
Z20
du verre à l'objet.
cle
ZA60 diſtance
PROBLEME VIII.
L'objet& la table d'attente, papier
ou linge blanc , pour en recevoir l'image aerienne diftincte , eftant donnez depofitionfixe, eftant auſſi donné
un verre de quelconque longueur de
Foyerfolaire ( mais moindre quela
quatrième partie de la diſtance
de l'objet à la table d'attente ) determiner le point où il doit eftreplacé
entre le point de l'objet &la table
160 Extraordinaire
d'attente , pouryformer l'image aërienne diftincte de l'objet.
J'ay dit que la fongueur du
Foyerfolaire duverre , doit eftre
moindre que la quatrième partie
de la diſtance donnée de l'objet
à la table d'attente.
Car fi la longueur dufoyer folaire du verre eſtoit égale à la
quatrième partie de la diſtance
donnée,il faudroit placer le verre
préciſément au milieu de la diftance donnée entre l'objet & la
table d'atete; ce que vous reconnoiſtrez être vray, par le premier
Probléme , & par l'expérience.
Et fi la longueur du foyer folaire du verre eft plus grande
que cette quatrième partie de la
diſtance donnée ; fi on met le
verre moins éloigné de l'objet,
du Mercure Galant. 161
་
que la longueur de fon foyer fo
laire , les rayons émanez d'un
mefine point de l'objet , enfortiront divergens, c'eſt à dire, s'écartant les uns des autres , au lieu
de fe reunir , c'est pourquoy ils
ne peuvent former l'image de
l'objet.
Et fi on met le verre précifément éloigné de la longueur de
fon foyer folaire , les rayons en
fortiront paralleles c'eſt pour.
quoy ils ne peuvent former aucune image de l'objet.
Et fi on met le verre plus éloi
gné de l'objet , que de la lon.
gueur de fon foyer folaire , le
cone des rayons divergens émanez de chaque point de l'objec
ayant couvert la furface du verre, en fortiront convergens , &
Q. d'Octobre 1634,
162 Extraordinaired
ceux de la radiation d'un mefme
point, fe réuniffant à la pointe
deleur cone renverfé , peindront
l'image du point de l'objet ; ainfi
les rayons de la radiation conique émanée de chaque point de
l'objet , formant fon image aërienne , toute l'image de l'objet
fe trouvera diftinctement peinte, & avec les vives couleurs ,
mais plus loin que la table d'attente, & cette image eft renverfée ; ce que nous avons expliqué au long , & par Figures,
dans le XIX. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quar
tier de Juillet 1682.1.1
Enfin , fi la longueur dufoyer
folaire de ce verre objectif est
précisément la quatrième partie
de la diftance de l'objet , à la
du Mercure Galant. 163
table d'attente , papier , oufilets
mis dans la Lunete , fur lefquels
doit aboutir l'image renverfée,
aerienne & diftincte de l'objet,
il faut mettre le verre au milieu
de la diſtance , également éloigné de l'objet & du verre ; car
en quelque autre part que vous
le placiez , plus prés , ou plus
loin de l'objet , l'image fe formera plus loin que les filets, papier blanc, ou table d'attente,
dont la poſition eſt donnée.
RESOLUTION
du Probléme I X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la Table d'attente , & la longueur
du Foyerfolaire , déterminer le lieu
de fa pofition , auquel eftant placé,
il produira l'image aérienne diftin
&renversée de l'objet donné de poO ij
164 Extraordinaire
fition , far le papier ou table d'at
tente auffi donnée de pofition. Dela
distance donnée de l'objet à la table
d'attente , ôtez le double de la longueur du Foyer folaire du verre
donné, & du Quarré de la moitié
du reftant , ôtez le Quarré de la
longueur du Foyer folaire du verre,
& du reftant tirez la Racine quarrée. La diférence de cette racine,
softé , ou ligne , à la moitié de la
diférence de toute la diftance à deux
fois la longueur duFoyerfolaire du
verre, eftant ajoutée à la longueur
du Foyerfolaire du verre , eft la diftance requife des Filets , papier, on
table d'attente , au point où doit eftre
placé le verre, pour produire l'image
diftincte , aérienne & renversée de
L'objet , dont la pofition , auſſi- bien
que celle dela table d'attente avoient
du Mercure Galant. 165
cfté données. Doncfi de cette distance
donnée, vous ôtez la diftance dela table d'attente au verre , il vous restera
la diſtance du verre à l'objet.
Puis que toute cette opération
n'eft que l'application de l'Effe-
&tion Geométrique, confidéronsla dans la Figure VI. & afin de
vous y exercer , en voicy des
Exemples , que j'ay trouvez conformes à mes calculs , par les
expériences que j'en fis en l'année 1652. eftant pour le fervice
du Roy au Fort de l'Eclufe fur
le Rhône, quatre lieues au- def
fous de Genève , & que vous vérifierez par le I. & par le II. Probléme, apres que vous aurez trouvé la diſtance du verre à l'image.
I. EXEMPLE.
La diftancepropofée de l'objet aux
166 Extraordinaire
filets , papier blanc , ou Table d'at
tente A dans la Figure foit so
pieds , &la longueur du Foyer lolaire foit 12 pieds.
OPERATION.
2 X 12
& so
24 pour F.
2426 pour FA.
Et la moitiéde 26
Le Quarré de CB.
13 pour CB.
= 169
14 Et Quarré 169 144 quarré
de By 12 Quarré 2525,, dont la
Racines, eft la valeur de la li
gne Cy.
Et C F 13
Et 8
Cysy8
Z
la longueur du Foyer
folaire du verre 12-20pour
diftance de la Table d'attente
au point z où doit eftre pofé le
verre objectif. Mais A50- z
20 =Z A 30 pour la diſtance de
l'objet A au verre Z.
duMercure Galant. 167
2. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet A
à la table d'attente , papierou filets
eftant 36 pieds , & la longueur du
Foyerfolaire du verre eftat de spieds,
la diftance A Z de l'objet A au
verre Zfera de 30 pieds ; & par
conféquent la distance du verre Z
àla la table d'attente fera de 20
pieds.
"
3. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet à
la table d'attente , eftant 80pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera do pieds ; & par conféquent la diftance du verre à la table
d'attentefera 20 pieds.
4. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet
la table d'attente eftant 256pieds, &
$68 Extraordinaire
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera 240pieds ; &par confé.
quent 16pieds feront la distance du
verreàla table d'attente, papier blanc
ou filets de pofition , fur lesquels fe
Seformera l'image aérienne de l'objet.
5. EXEMPLE.
La diftance propofée de l'objet à
la table d'attente estant 90 pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
20 pieds ; la diftance de l'objet an
verrefera de 60 pieds ; &par con
féquent , la diftance du verre à la
table d'attente fera 30 pieds.
6. EXEMPLE.
La diftanceproposée étant 196pieds,
& la longueur du Foyer du verre
24.pieds à la diſtance de l'objet an
verrefera168pieds ; &celle duverre
àla Tablefera de 30 pieds.
PROBLEME X.
du Mercure Galant. 169
PROBLEME X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la table d'attente , papierblanc, où
filets, furlesquels l'image aërienne de
l'objet doit eftreformée distinctémět,
& le point ou distance de la pofition
duverre eftant auffi donnée ; détermi
nerla longueurde fon Foyerfolaire.
Puis que le point de la poſition du verre eft donné , on connoiſt d'abordfa diſtance à l'objet
& à la table d'attente.
donc la fuivante
Analogie.
Faites
Comme ladistance de l'objet à latable
d'attente,
Est à la distance du vere à la table .
d'attente:
Ainfi la distance de l'objet au verre,
Està lalongueur requife du Foyer
folaire du verre.
Q. d'Octobre 1684.
P
170 Extraordinaire
COROLLAIRE GENERAL.
L'objet & le verre eſtant placez fixement , en forte que la li
gne droite du milieu de l'objet
au centre de l'interfection des
filets , & à plomb fur l'objet &
fur le plan des filets , paffe par
le centre des deux furfaces du
verre , & perpendiculairement
fur icelles , il refte à faire voir
mefmeen plein jour cette image
aerienne de l'objet , parun verre
oculaire bien large ; tellement
que cette image vous fervant
d'objet immédiat , comme nous
avons dit ailleurs , un petit objet
vous paroiftra fort grand, & dans
fa fituation naturelle , fi vous
avez renversé l'objet , qui peut
eftre une petite Image en mignature ou une Médaille , &c.
Le petit objet doit eftre mis
en un lieu bien éclairé & placé
parmy quelques pierres, Livres,
ou autres chofes femblables , en
forte qu'on ne le puiffe décou
vrir, que lors qu'on appliquera
l'œil à la Pinnule , ou petit trou
d'environ trois lignes de diamétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , ajustée au bout d'un petit
tuyau d'environ un pied de longueur, & qui porte le verre oculaire. Voyez le tout dans la Figure XI.
Il ne faut pas que le diamétre de ce trou ou pinnule excéde la plus grande ouverture
que la prunelle pour acquerir
dans l'ombre , l'oeil eftant couvert de la boëte de recouvre
•
Pij
172 Extraordinaire
ment , garnie en dehors d'un
veloux noir , contre lequel on
appuye doucement le fourcil de
l'œil. Ce veloux noir fert encore
pour abforber les rayons , qui
tombant fur la cornée , fe reflé.
chiffent contre la Lunete , puis
que tous les yeux , excepté ceux
d'un Moribond, qui fe terniffent,
refléchiffent dans l'œil du regardant , fon image , de mefme
qu'un Miroir ; & c'est comme
dans la prunelle que paroift
peinte en mignature cette petite
image ou Poupée, de laquelle la
prunelle a tiré fon nom dans les
trois principales Langues ; car
les Hébreux l'appellent Bath, petite Fille ; les Grecs l'appellent
Corin , Fillete ; & les Latins difent Pupula, ou Pupilla, Poupée.
duMercure Galant. 173
Ce verre oculaire de deux ou
trois pouces au plus de longueur
de foyer folaire , ne doit eſtre
éloigné des filets , ou image aërienne de l'objet , que de deux
ou trois pouces , c'eft à dire de
la longueur de fon foyer folaire;
mais il en doit eftre un peu moins
éloigné pour les Miopes , qui font
ceux qui ont la veue baffe ou
courte car par ce moyen les
rayons fortent fenfiblement divergens ; & tels tombant fur
l'humeur cristallin , dont la furface antérieure eſt trop ronde,
leur concours ne fe faifant pas
fitoft que files rayons tomboient
paralleles , leur réunion eft portée plus loin jufques fur la Retine , qui eft l'organe formel de
la vifion. C'eft pourquoy j'ay
Piij
174 Extraordinaire
toujours fait monter à viz cette
bočte de recouvrement du tuyau
qui porte l'oculaire , afin de l'approcher plus ou moins du verre
oculaire. Voyez en la Figure X.
Quant à la pinnule , ou trou
d'environ tro's lignes de diзmétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , il doit eftre un peu moins
éloigné du verre oculaire , que
de la longueur de fon foyer folaire. C'eft pourquoy j'ay toû
jours fait monter à viz ce fonds
à pinnule , afin qu'on le puftapprocher ou éloigner , ce qui fert
à éviter les couleurs , & ce que
nous dirons encore plus parti
culiérement. Voyez en la Figure IX.
Vous fçavez qu'avec le verre
duMercure Galant. 175
concave contre lequel on doit
appliquer l'œil , on voit l'objet
mefme, puis qu'il eft mis de la
longueur de fon Foyer virtuelfolaire , avant le foyer objectif,
c'eſt à dire , avant que l'image
aërienne de l'objet foit formée , &c .
Il fufit donc d'enfermer le verre
objectif bien perpendiculairement dans le milieu d'un tuyau
d'environ un pied de longueur,
d'autant qu'il n'eſt pas néceffaire d'avoir un long tuyau de
Lunete , qui contienne le verre
objectif & le verre oculaire ; dequoy j'avois inftruit les Curieux
dans les pages 127. & 128. du
XXI. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quartier de Janvier
1682.
P iiij
176 Extraordinaire
AVIS.
J'aurois donné icy le moyen
de fe paffer des tuyaux pour les
grandes Lunetes , dequoy j'ay
depuis 20. ans parlé au Titre,
Maniere de braquerpromptement une
Lunete à deux verres convexesfans
aucun Tube , pour contempler les
Aftres , qui eft à la fin de mon
Traité des grandes Lunetes , imprimé à Lyon en l'année 1665.
avec mon Livre de la Nouvelle
Science de la Nature , & Préfage
des Cometes , fi l'illuftre , tresfçavant , expérimenté & vray
Philofophe Phyfico- Mathematicien, Monfieur Hugens de l'Académie Royale des Sciences, ne
m'euft prévenu par fon docte
Livre in 4° imprimé cette année
1684. à la Haye chez Arnoux
du Mercure Galant. 177
Leers , &intitulé Astroſcopia Compendiaria, Tubi Optici molimine liberata.
PROBLEME XI.
Le Verre dontla longueur du Foyer
= folaire est connüc , estant donné de
pofition , placer l'objet & la table
d'attente , pour y recevoir l'image
de l'objet aërienne &diftincte, mais
renversée.
Mettez l'objet du moins un
peu plus éloigné du verre que la
longueur de fon foyer folaire,
vous troverez enſuite par le 1. Probléme la diftance requife du verre
àla table d'attente. Nous avons
remarqué dans la 129. page du
XXI. Tome Extraordinaire Mercure Galant , Quartier de Janvier
1683. contre l' Autheur de la Dioptrique oculaire, & des deux Volu.
178 Extraordinaire
mes de fes vifions parfaitement
adioptriques & ageométres , que
l'objet eftant placé à 20 pieds
& 4 pouces audelà de fon verre
objectif plan- convexe de la longueur de 20 pieds de diamètre,
ou longueur de foyer folaire, l'image aërienne de cet objet fe
formera à la diftance de 1220
pieds audeçà du verre , au lieu
des Soixante dix ou 80 pieds , à
quoy cet Autheur l'avoit déterminé. Son erreur n'eft que de
1140 pieds.
Ou bien , mettez la table d'attente du moinsquelque peu plus
éloignée du verre , que n'eft la
longueur de fon foyer folaire ;
car les rayons de la radiation
émanée de chaque point d'un
objet terreftre , tombant fur le
du Mercure Galant. 179
verre plus diverges que les rayons
émanez de chaque point du So.
leil , leur concours eft retardé,
& par conféquent l'image aërienne de l'objet terreſtre eſt
formée plus loin du verre , que
l'image du Soleil , que nous ap.
pellons foyer folaire. La table
d'attente eltant pofée, vous trouverez enfuite par le 2 Probléme
la diftance requife du verre à
Fobjet.
EXEMPLE.
Le verre ayant 20 pieds de longueur de Foyerfolaire , fi vous pla
cez la table d'attente , à 20 pieds &
quatre pouces audeçà du verre, l'objetfera placé à 1220 pieds audelà du
verre.
PROBLEME XII.
Par la longucurdela Lunete com-
180 Extraordinaire
pofée de deux verres convexes , &
dont la longueur du Foyer folaire de
l'objectif est connüe , connoistre la
distance de l'objet , qu'on voit diftinctement par la Lunete .
Vous fçavez par raiſon & par
expérience , que pour bien &
diftinctement voir les objets par
la Lunete , il en faut tirer davantage les tuyaux, & l'allonger
à proportion que les objets font
moins éloignez, & cela toûjours
de plus en plus jufques à tant
quela diftance de l'objet au verre
objectif, foit précisément égale
à la longueur de fon foyer folaire ; car pour lors les rayons
enfortiront paralleles, & ne pouvant par conféquent concourir,
ne formeront plus d'image. Dans
ce Probléme l'on connoift par
du Mercure Galant. 181
la longueur de la Lunete , la diſtance du verre objectif aux filets ou image aërienne de l'objer. On connoift auffi la longueur du foyer folaire du verre
objectif. C'est donc le fecond
Probléme. Employez donc la
fuivante
Analogie.
-Commel'excés dela distance du verre
objectifauxfilets, ou image aërienne
de l'objet, pardeffus la longueur du
Foyer folaire du mesme verre,
Està la mefme longueur du Foyer:
Ainfila diftance de l'image au verre,
Est à la diftance du verre à l'objet,
Souvenez- vous de ce quej'ay
dit au commencement.
cette image aërienne de l'objet
a quelque forte ou eſpèce d'épaiffeur , ou profondeur, & qu'il
Que
182 Extraordinaire
eft impoffible de juger avec certitude , dans quelle diſtance elle
eft plus diftincte , car le verre objectifnepeut faire cocourir en un
mêmepoint mathematique de la
baſe de diftinction, tousles rayons
qu'il a reçûs de la radiation émanée d'un mefme point de l'objet, d'autant que ceux qui tombant plus éloignez de l'axe du
verre ,
feréüniffent plûtoſt ; outre que tout l'œil fe conforme en
s'allongeant ou fe racourciffant,
& l'humeur criftallin fe convexe
plus ou moins , fuivant qu'il en
eftbefoin, pour porter fur la Retine la baze de diftinction, foyer
objectif, on image diftincte de
l'objet. C'est pourquoy lors qu'il
s'agit de conclure & déterminer par la diférente longueur de
du Mercure Galant. 183
La Lunete, la diférence qu'il y a
entre deux objets inégalement
éloignez , mais tous deux treséloignez de nous , les calculs tirez de la longueur de la Lunete
fe trouvent inutiles , parce que
les rayons émanez d'un mefme
point d'un objet tres- éloigné
tombentfurle verre objectifavec
une diférence phyfiquement in,
fible, &la diférence de la diftance
du mefmeverre objectifà l'image
d'un autre objet encore nota
blement plus éloigné , fera auffi
phyfiquement infenfible , puis
que la diférence de la divergence
des rayons des deux objets eft
phyfiquement infenfible, d'autāt
que les deux rayons de la radiation émanée du point central du
Soleil , qui embraffent la terre,
184 Extraordinaire
quand ils toucheroient mefme
les deux points extrémes de fon
diamétre , ne comprennent au
plus qu'un angle d'une minute,
dont la moitié eft ce que nous
appellons l'angle de la Parallaxe
Horizontale du Soleil.
Et comme à mesure que l'ob.
jets'approche du foyer antérieur
du verre , l'image aërienne de
l'objet formée par la refraction,
s'en éloigne , de meſme auffi au
miroir fphériquement concave,
Fig. XII, dont la portion M.i.M
ne doit eftre découverte que de
18 degrez , les rayons R.M. RM
de la radiation émanée d'un mê
me point de l'objet , n'eftant
éloignez fur le miroir que de9
degrez du rayon AI qui eft l'axe
de la portion découverte M.i.M
du Mercure Galant. 185
font prefque mathematiquement
paralleles , à caufe que la baze
qui foûtient l'angle , formé au
Soleil , n'eft que la corde des 18
degrez du miroir ; & d'autant
que l'angle de réflexion C M0,
eft égal à l'angle d'incidence
RMC, le point o auquel ils fe
reüniffent fur l'axe A I , eft plus
prés du point I fonds du miroir,
que de fon centre C, de prefque
une partie des 160 de tout le
diamétre C. Ce que j'ay déja
remarqué dans une Differtation
fur les Miroirs ardens. Voyez les
pages 288. & 291. du Mercure Galant du mois de Juin 1681. Ainſi
le foyer folaire ou image du So
leil , fe forme prefque éloignée
du fonds du miroir de la qua
triéme partie de fon axe AI ;
Q. d'Octobre 1684. Q
186 Extraordinaire
C'eſt pourquoy à mesure que
les autres objets s'approchent
davantage du foyer folaire du
miroir , leurs images s'en éloignent , & viennent à la rencontre de l'objet. Ainfi un objet
mis au bout d'un baſton, paroiſt
fortir tout au dehors du miroir,
pour venir rencontrer fon objet,
fi vray qu'il vous femble que
vous maniez voftre main. Cette
image formée par réflexion a
cet avantage , qu'elle fe voit
mefme au plus grand jour ; &
l'image formée par la réfraction
des verres , laquelle ne peut jamais fe rencontrer avec fon ob
jet , ne peut paroiftre que dans
la chambre noire , ou dans l'ob
fcurité du tuyau de la Lunete..
Neanmoins bien des Gens,
du Mercure Galant. 187
commeauffi le R.P.Antonius Maria de Rheita , ce fçavant & religieux Capucin', qui apres Daniel
Chorez publia en l'année 1647.
dans un gros Volume in folio,
intitulé Oculus Enoch & Elia, tout
ce qui conce¡ne la conſtruction
des grands Binocles , qu'il travailloit luy mefme dans la derniere perfection , & que toute
PEurope a admiré, comme nous
l'avons prouvédepuisla 120. page
du XXVI. Tome Extraordinaire
Mercure Galant , Quartier d'A
vril 1684-
Le R. P. Balthazar Conrard,Jéfuîte , écrivit de Glacio 7. Ianvar.
1660. les termes fuivans au R. P.
Gafpard Schot , auffi Jéfuîte , qui
en l'année 1664. les a donnez au
Public dans la 857- page de Tech
nica Curiofa,,
188 Extraordinaire
De diftantiis objectorum per Tubum metiendis, pridem cogitavi egos
nifi fallor, etiam Pater Scheinerus. Sine dubio Rheita Capucinus id
voluit tentare per Tubum duplicatum. Voco eum per quem uterque
oculus hominis fimul&femel trans
picere poteft. Verùm ipfa videt Reverentia Veftra , in diftantiis maguis , ne magna quidem intervalla
fentiri. Unde quid judicandum fit
detali invento inferet. Nihil tamen
adhuc determino , qui nondum cò
Speculationum perveni.
Si le Pere Conrard euſtajoûté
àl'expérience , le calcul & la démonſtration , comme j'ay fait, il
auroit prononcé , que tout ce
qu'on ne peut conclure de la diférente longueur d'une mefme
Lunete, pour voir bien diftincte-
"
du Mercure Galant. 189
ment deux objets diféremment
éloignez,que la diſtance de celuy
des deux objets fera plus grande,
pour lequel on tire moins la Lu.
nete; & la diſtance de l'objet fera
moindre , pour lequel auffi voir
bien diftin&tement , il faut allonger davantage la Lunete.
>
Cela eft fi vray , qu'à cauſe
que la longueur des plus gran
des Lunetes eft toûjours comme infiniment petite à proportion de la diftance du Soleil
& la diſtance du verre au foyer
folaire , ou image diftincte du
Soleil Périgée , n'eſt pas fenfiblement plus longue que celle du
Soleil Apogée. Ainfi bien que la
diſtance du Soleil en Eté dans
fon Apogée , foit tres- notablement plus grande, que lors qu'en
190 Extraordinaire
Hyver il est dans fon Perigées
neanmoins la diférence de la
diſtance du verre à fon Foyer ou
image eft diftincte imperceptible
par la longueur de la Lunete.
LUNETE A DEUX VERRES.
Et de la grandeur de la Baze qu'on
découvre.
L
A Lunete à deux Verres
convexes, quoy qu'elle faffe
voir les objets renverfez , eft
fans doute la plus commode pour
l'obfervation des Aftres. Elle dé
couvre une grande baze du cone
vifuel , le diamètre de laquelle
eft compris fous un angle qu'on
détermine en divifant les degrez
que contient l'arc de la convexité découverte du verre ocu.
laire , par l'Expofant de la raiſon
de la longueur du foyer folaire
du Mercure Galant. 191
du verre oculaire à la longueur
du foyer folaire du verre objectif, car le quotient eft le nombre des degrez de l'angle , qui
comprend le diamètre de toute
la baze qu'on découvre.
Ainfi le verre objectif eftant
par exemple au verre oculaire ,
comme 84 à 3, l'expofant de la
raiſon eft 28 ; & la partie décou
verte du verre oculaire eftant par
exemple fegment de 35 degrez,
divilez 35. par 28 , le quotient
fera 1 degré & 15 minutes ; fous
lequel angle eft compris le diamétre du terrain , efpace des ob
jets vûs par cette Lunete.
Lunete à trois Verres.
2
La Lunete à trois verres convexes redreſſe les objets , mais
elle devient notablement plus
192 Extraordinaire
longue , & les objets paroiffent
moins clairs. Le R. P. de Rheïta
dans la page 351. d'Oculus Enoch
&Elia, dit , objecta autem duobus
convexis everfa , tribus pulcherrimè
&liffimo obtutu eriguntur. Scilicet duobus ocularibus & uno ebjectivo , ritatamen proportione inter
fe & àfe invicem difpofitis. Tali
tubo pro terreftribus nos utimur , qui
&uno obtutu centies quafiplus fpatii
repræfentat, quàmconcavo- convexu.
Le P. Rheita a fait un miftere de la proportion des deux
oculaires , & de leur diftance.
1º Lepremier oculaire apres l'objectif doit eftre d'un plus grand
foyer que le dernier oculaire.
Quant à leur diſtance , puis que
l'image aërienne fert d'objet immédiat , mettez le premier ocu
laire
du Mercure Galant. 193
·
laire au deçà , éloigné de cette
image de deux fois la longueur de
fon foyer, il fe formera uneimage
redreffée & égale au derriere de
l'oculaire , éloignée auffi de deux
longueurs de fon foyer , par nô.
tre Probleme VII. Cette image
doit fervir d'objet , que vous regarderez avec le ſecond oculaire.
Lunete à quatre Verves.
La Lunete à quatre verres
convexes , un objectif & trois
oculaires , eft la plus parfaite,
puis qu'elle fait découvrir une
grande baze du cone vifuel , &
voir les objets dans leur fituation
naturelle , & en augmente fuffifammentl'apparence naturelle.
Nous avons dit que les trois
oculaires peuvent eſtre d'une
mefme puiffance ou longueur de
Q. d'Octobre 1684. R
194 Extraordinaire
toyer folaire , ou bien le premier
oculaire apres le verre objectif
eftant à l'objectif comme i à 36
ou à 40 , ces deux verres eftant
poſez à la diſtance de leurs deux
foyers , & ayant placé les filets
de mire à leur foyer commun,
forment la premiere Lunete, qui
fait paroiftre les objets à la renverſe. Le fecond oculaire doit
avoir une plus grande longueur
de foyer , & letroifiéme oculaire
doit estre de mefme que le premier oculaire , & mefme d'un
peu moindre longueur de foyer.
Ainfi le verre objectif eſtant au
premier oculaire comme 36 à 1,
ilfera au troifiéme oculaire comme 40 à 1.
Lunete à cinq Verres.
La Lunete àcinq verres ne dé
du Mercure Galant. 195
couvre pas un plus grand champ,
ou plus grande quantité d'ob
jets , elle augmente feulement
l'apparence des objets , en la rendant un peu plus obfcure , à quoy
on remédiera en partie ; fi la fuperficie des verres oculaires également convexes font bien grandes. Voicy leur arrangement &
leur proportion.
Le troifiéme oculaire eft d'un
plus long foyer , & on ne l'éloi
gne pas du fecond oculaire de
la longueur de leurs deux foyers
folaires. Ainfi les rayons en fortiront divergens , & tomberont
divergens fur le quatrièmeverre
oculaire , au derriere duquel les
axes des cones renverfez de la
radiation de chaque point de
l'objet , fe croiſent davantage
Rij
196 Extraordinaire
avant que d'entrer dans l'œil ;
c'est pourquoy apres avoir traverfé l'humeur criftallin , ils peignentfur laRetine une plus grande image de l'objet.
Il y a d'autres manieres de conftruire cette Lunete à cinq verres convexes , qui eft une Lunete
composée de deux Lunetes, chacune defquelles fait voir les objers renverfez. La premiere Lunete eft compofée à l'ordinaire
du grand objectif & de fonoculaire. La feconde eft composée
de trois verres ; le premier eft
femblable à celuy qui luy fert
d'oculaire , & l'un & l'autre
doivent eſtre d'une longueur de
foyer , double du foyer de l'oculaire de la premiere Lunete,
& le foyer du verre qu'on met
du Mercure Galant. 197
juſtement au milieu des deux autres, fera de la moitié plus long.
Joignez ces deux Lunetes , les
approchant peu à peu juſques à
tant que vous découvriez la
plus grande baze du Cone vi
fuel , ou quantité d'objets avec
grande clarté & diftinction. Apres quoy marquez à l'inftant
des repaires fur les tuyaux. Tirez enfuite un peu le tuyau qui
porte le verre objectif, afin d'éloigner davantage les deux premiers. verres ; ce qui fera que
l'image de l'objet ſe trouvant
plus éloignée du premier oculaire , que de la longueur de fon
antérieur foyerfolaire, les rayons
qui auparavant en fortoient paralleles , en fortiront convergens. Il faut auffi éloigner un
Rij
198 Extraordinaire
peu davantage les deux derniers.
verres.
Le R. P. Zucchi , Jéfuîte , qui
s'eft toûjours expliqué affez ob.
fcurement , apres avoir dit au
num. 3 de la 370 page de la feconde partie de fon Philofophia
Optica, imprimée à Lyon en l'année 1656. Collocatio autem convexorum intermediorum ad excipiendos omnes radios , & tranfmitiendos
apta erit , fifequensftatuatur ad Focum præcedentis. Vltimum enim
convexum ad impreffionem diftinEtam obtinendam , longius ultra Focum constituendum. Apres quoy
dans le Numero 1 v. il ajoúte,.
Quod quatuorconvexapræftant, habetur exactiu per quinque , fi difponantur ut fecundum collocetur tantifper ultra Focum primi , tertium
BLIOTHEE
du Mercure Galake
citra Focumfecundi, per quartame
eiterpartem diftantia Foci ab ipfofecundo. Quartumfimiliter adtertium.
Quinque convexafolă æquivalebunt
quatuor convexis , in excipienda
multitudine radiorum ; fed quia tertium , ante determinationem Bafis
-diftinétionis ex vifecundi accedetad
illud , dum hujufmodi Bafim accelerabit, &ad minus fpatium reftringet, deducet radios ad fingula in
Objecto condiftinguenda pertinentes,
totrus imaginis comprehenfivos;quare
neceſſario diſponentur , ut ad con.
vexa fequentia , ipfumque oculam,
cum majori inclinatione fub majori
angulo incidant , ad majorem nota.
biliter imaginem imprimendam in
Retina. Hancdifpofitionem quinque
convexorum invenit D. Euftachius
Divinius , quam meritò aliis præ--
R. iiij .
200 Extraordinaire
tulit , quia notabiliter auget Appa
rentiam Totius , & diftinctionem
partium in toto ; licet nonnihil minuat claritatem , dum pauciores radios colligunt vitrafic difpofita,quàm
fi difponunturjuxta dicta Numero3.
Des Lunetes compofees de dixneufVerres convexes.-
J
'Ay tiré ce que j'en diray de
la 184. page d'un Livre intitulé Nervus Opticus , imprimé à
Vienne en Auftriche en l'année
1675. Le R. P. Zacharias Traber
en eft l'Autheur , le croira qui
voudra , quand il dit,
Artifex Romanus
mine, Tubum fecerat cum octo convexis , ad unum milliare Germanicum res minutiffimas clarè cxhiben.
Fontana no-
du Mercure Galant. (2011
1
zor
tem, qui ab Eminentiſſime Cardinali
Nepote , Coronatis comparatus octingentis , magno Florentie Duci prafentatus fuerat.
Alium idem Dax noftro cuidam
Patri vifendum præbuit ; qui à quodam Eustachio Neapolitano cum No-- VEMDECIM lentibus convexis in
longitudinefiftularum 19 cubitorum
confectus , & quia aliquâ vitrafubtiliffimâ interpofita , Specierum decolorationem impediebant.
L
Il a fans doute compté les ou
vertures des diafragmes pour au
tant de verres.
SECRET
De Jérôme Syrturus , Milanois,
concernant les Lunetes.
N
Unc celebre omni evo futurum adinventum tibi referatum co, ut ftudii &laboris mei ma-
• 202 Extraordinaire
numentum aliquod perpetuò apud te
& alios ftudiofos extet.
Teleſcopium id autem est ex duabus lentibus & cavo specillo ; fecunda lens ponitur in medioTubi.
DES DIAFRAGMES.
Les images ou efpéces des objets ne paroiffent jamais bien fur
la table d'attente , que lors que
la chambre eft rendüe tres-noire,
& que la lumiere ne trouve d'entrée que par le verre qu'on met
au trou de la feneftre , & qui eſt
inferé en dedans de la chambre
dans l'extrémité d'un tuyau d'un
pied de longueur , dont l'autre
extrémité fort en dehors. Il en
eft de mefine de l'image qui fe
forme dans les tuyaux ; c'el
pourquoy pour exclurre & dé.
fendre l'entrée aux rayons des
du Mercure Galant.
203
objets latéraux , la boëte qui
porte le verre objectif , a du
moins un pouce & demy de longueur au-delà du verre. Voyez
en la Figure XIII. Cette boëte
a fon fonds du cofté de l'objet,
qui fe monte auffi à- viz , & ce
fonds a bien moins d'ouverture
que le verre. On peut couvrir
ce diafragme de plufieurs cartons noirs de diférente ouverture , bien qu'on la puiffe dérerminer par l'angle fous lequel on
voit l'objet , que nous avons cydevant demontré.
Les autres diafragmes font intérieurs. Le principal eft mis au
foyer antérieur dupremier verreoculaire, ou foyer poftérieur du
verre objectif, où le forme l'image aërienne diftincte de l'ob
204 Extraordinaire
jet , fur laquelle les filets de mire
doivent toûjours le trouver précifément. Če diafragme détermine la quantité des objets qu'on
veut découvrir , & voir leur apparence trés- augmentée , en re.
gardant par les verres oculaires
leurs images , qui fervent d'ob
jer immédiat , tout de mefme
que fices mefmes images eftant
reçeües dans la chambre noire
fur un papier , vous appliquiez
pardeffus ce carton qui porteau
milieu fon ouverture , car en re:
gardant par derriere le papier,
vous ne verriez que les images
comprifes dans l'ouverture de ce
diafragme. Cette ouverture doit
eftre retreffie juſques à ce que
fon trop d'ouverture ne foit pas
la caufe des couleurs de l'Iris,
duMercure Galant. 205
qui peignent les bords des ob
jets comprisdans la baze du cone
vifuel.
Je dis donc que l'ouverture
circulaire de ce diafragme , &
celle de tous les autres, y compris l'ouverture du verre objectif, font parties d'un cone tron.
qué , dont la pointe eſt du coſté,
du verre oculaire , fi l'ouverture
de ce principal diafragme eft
moindre que celle du verre ob.
jectif, qui en fera la baſe, comme
en la Figure XV. Et au contraire,
fi l'ouverture du verre objectif
cft moindre que celle de ce diafragme, ce diafragmefera la baze
du cone tronqué , dont la pointe
fera hors de la Lunete , comme
en la Figure XV.
206 Extraordinaire
Déterminer l'ouverture des
Diafragmes.
Tirez voftre Lunete comme
en la Fig. XVI. pour voir diſtin .
ctement les objets terreftres les
plus éloignez , pour lors la diftance A B de l'image Bau verre
objectif A, fera plus grande que
la longueur de fon foyer folaire;
outre qu'il faut allonger un peu
davantage la Lunete , & y mettre un verre oculaire de plus
long foyer , pour voir les objets
bien clairs & diftincts , lors que
le temps eft humide , ou que
Euros fouf , comme auffi dans
les Païs où l'air eft plus groffier,
l'apparence de l'objet fera plus
diftincte , mais un peu diminuée.
Déterminez l'ouverture du verre
objectif , comme par exemple
du Mercure Galant. 207
de deux pouces de diamètre , ſi
le verre a dix pieds de longueur
de foyer folaire , qui eft la plus
grande ouverture qu'il puiffe
foufrir avec diftinction pour voir
bien diftinctement les objets les
plus fombres , car il la faut retreffir pour voir bien diſtinctement les objets fortement éclairez , de mefme qu'il faut retreffir
l'ouverture de l'objectif des plus
grandes Lunetes Aftro-fpiques,
pour voir le difque ou rondeur
bien terminée des Etoiles fort lu
mineuſes, Syrius , Arcturus, &Aldebaran, & des Planetes fortement éclairées par le Soleil,
comme Mercure , Vénus, &Mars,
lors qu'ils font Périgées. C'eſt
cela fans doute qui a obligé
Mi Hevelius de dire dans fa Se-
208. Extraordinaire
lenographie en la page 17. H
afus & experientia me docuit, quòd
foramen vitri objectivi , magnorum
Teleſcopiorum indiametro fefquipollicem non excedere debeat. Qua
quantitas etfi alicui valde exigua
aideri poteft , tamen praxis quemibet edocebit hanc proportionem foraminis majori tubo omnium optimè
refpondere.
Enfin le diametre de l'ouverture du verre objectif eftant déterminée, comme auffi fa diftance
au diafragme des filets , faites en
la Figure XVI. fur un plan, tirez
les deux lignes e C e C, comme
auffi les lignes traverfantes eo.
MM. ii. leurs parties compriſes
entre les lignes e C. eC feront les
diamètres des ouvertures des diafragmes des tuyaux. Vous mar-
du Mercure Galant. 209
querez leurs repaires , afin que
tous les diafragmes puiffent toujours eftre mis en mefmediftance
les uns des autres , pour toûjours compofer le cone tronqué.
On peut facilement déterminer par le calcul le diamètre des
diafragmes , car vous connoif
fez la diftance A B du verre objectif A au point B, interfection
des filets mis fur l'ouverture du
diafragme , dans laquelle fedoit
toûjours terminer l'image de
l'objet. Vous connoiffez bc demy-diamétre de l'ouverture dư
diafragme principal , ou baze de
l'image aërienne de l'objet. Vous
connoiffez auffi a E demy.diamétre de l'ouverture du verre
objectif.
Il faut par ces connus trou ~
2. d'Octobre 1684. Sp
240 Extraordinaire
ver premiérement par le calcul.
le point R pointe du coqe tronqué, c'eft à dire la longueur de
fon axe b R. Faites cette
Analogie.
bc-a E. ba :: bc. b R
Voustrouverez enfuite les demy..
diamètres x 0. y M. z I. de l'ou
verture des diafragmes par les
fuivantes
Analogies.
b.bc:: Rx . x 0.
Rb.bc:: Ry.y M.
Rb.bc:: Rz.ZI.
Moyen facile de faire coffer les
Couleurs qui paroiffent
entourer les Objets.
Our guérir un mal , il en
Pofaut connoiftre la caufe
ainfi pour remédier à ce defaut
du Mercure Galant. 211
3
des Lunetes ·
, de faire voir les
objets qui font au bord de la
baze du cone vifuel , teints des
couleurs del'Arc- en- Ciel , il faut
fçavoir qui les caufe , & d'où
elles procédent , n'eftant que le
meflange & confufion qui le fait
fur un melme point de la Re
tine , de plufieurs rayons éma--
nez de diférens points de l'ob
jet. Ce meflange peut venir
1° De la trop grande ouverture du verre objectif..
2° De la trop grande ouverture du diafragme qui porte les
filets de mire , fur lefquels fe :
forme l'image aerienne de l'objet -
3 Du trop de convexité du
verre oculaire .
4° De la trop grande ouver
ture du verre oculaire.
Sip
212 ExtraordinaireAyant remédié à ces quatre
defauts, fi l'oculaire eft trop prés
de l'image , les rayons trop ferrez & confus , feront paroiftre
les extrémitez de leurs objets
jbordez de couleurs rouges &
aunes ; . c'est pourquoy il faut
P'en éloigner davantage , comme
auffi le trou ou pinnule contre
laquelle on applique l'œil ce
que je fais commodément , en
tournant la pinnule par le moyen
de la viz , quia plufieurs filets ou
pas. Que fi vous l'en éloignez
trop , les bords des objets paroîtront bluâtres , Jes rayons eftant
reçûs trop dilatez & confus. De
cette jufte diftance de la pinnule
au dernier verre oculaire , dépend la plus grande baze du
cone vifuel , ou de la quantité
du Mercure Galant. 21329
d'objets , car on en voit beaucoup moins d'étendue de Païs,
fi cette pinnule eft trop éloignée
de fon oculaire , lequel doit être
également convexe des deux cô.
tez , & bien tranchant fur les
bords , & avoir du moins 20 lignes de diamétre en fa furface
pour un objectif de dix pieds de
foyer , & environ 10 lignes pour
les petites Lunetes . Je fais monter à viz toutes les piéces de la
boëte du porte.oculaire , afin
que les Miepes puiffent approcher davantage l'œil du dernierverre oculaire , & cet oculaire
des filets ou image aërienne &.
diftincte de l'objet. Voyez le
tout dans la Figure
214 Extraordinaire
Dans le dernier Mercure Extraordi
naire , Torse XXVII.
Page 149. ligne 15. lifez copiofioris..
Page 166. ligne 5. lifez 1460.
Page 173 ligne 4 lifez alfez précifément. Ligne 9. ajoûtez ou
le produit du diamétre par la
circonférence. Et en la ligne
16. apres le mot Axe ajoutez car
le cone, la fphere &le cilindre
font comme 1.2.3..
Page 187. ligne 8. lifez Henry II .
Page 200. ligne 12. lifez deux fois
1635794 , quifōt 3271588 toiles.
Page 203 ligne 18. apres ST.
lifez & doublezle produit.
Page 208. ligne 17. lifez deffus.
COMIERS.
On donnera la fuite de ce Traité
des Lunetes , dans lesfuivans Mer--
Cures Extraordinaires.
DU TRAITE
DES LUNETES,
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE,
Par M COMIERS d'Ambrun,
Prevoft de Ternant , Profeſſeur des
Mathematiques à Paris.
T
Ous les tuyaux des Lunetes portatives doivent eftre
cilindriques , car les tuyaux coniques ne peuvent garder leur
rectitude, eftant moins tirez pour
voir diſtinctement les objets plus
éloignez , & au contraire , fi la
134 Extraordinaire
longueur de la Lunete eft pour
voir diſtinctement les objets treséloignez , on ne peut les éloigner
davantage , pour voir les objets
qui font fenfiblement plus prés
de nous.
Les moindres tuyaux d'une Lunete , c'eſt à dire ceux qu'on infére dans les autres , auront tous
autour de la gorge extérieure,
des orles ou viroles , pour les
rendre tous d'égal diamétre; afin
que l'Axe de la Lunete foit paral
lele fur le plan de l'appuy. C'eft
à quoy M' Hevelius n'a pas pris
garde dans la Figure de la 40.
page de fa Selenographie de l'année 1647. car l'axe des verres &
du tuyau dela Lunete faifant angle für le plan d'appuy , le perpendicule ne peut marquer fur
du Mercure Galant. 135
le quart de cercle l'angle de l'élevation de l'objet que l'on mire.
Voyez.enicy la Fig. 1. Les bouts
des tuyaux par leſquels ils font
inferez dans les autres , feront
renforcez par des viroles de bois,
mifes en dedans, & qu'on arrefte
avec cole forte , ces viroles porteront les juftes ouvertures pour
ſervir de diafragmes , & maintiendront les tuyaux dans leur
parfaite rondeur , & toute la Lunete dans fa rectitude. Voyez la
Figure II.
C'eft enfinune loy indifpenfa.
ble , que l'Axe de tous les tuyaux
& celuy de tous les verres doivent eſtre dans une mefme li
gne droite. J'en excepte les Lunetes Catop- dioptriques , comme
auffi la Lunete Polemofcope , def
136 Extraordinaire
fon
quelles nous traiterons en par
ticulier. Eo quòd utraque lensfiopum ſuum affequatur , quum tamen
regione altera alteri non exactè
refpondeat , comme dit M Heve.
lius dans la 27. page de ſa Sele.
nographie , Hictubus tam à Catoptricis quàm Dioptricisparaturfundamentis , etenim duobus fpeculis planis
& gemino vitro Dioptrico conftat.
Il l'appelle Polemoſcope , pour
ufage en temps de guerre ,, puis
qu'eftant couverts du Parapet,
nous voyons ce que fait l'Ennemy, mefme lors qu'il eft dans le
Foffé , & au pied de la Muraille,
parce quefon tuyau eft recourbé
à angle droit. Nous découvrons
aufi par fon moyen tout ce qui
fe paffe dans une Rüe , fans
nous paroiffions à la Feneftre ;
que
duMercureGalant. 137
ayant cet avantage , auffi-bien
que lesLunetes communes, qu'on
les peut , comme a dit M'Hevelius dans la 29. page , mettre
dans une canne ou bafton d'un
pouce & huit lignes de diamètre,
avec le recourbement de deux
pouces. Nous en donnerons cyapres la conftruction.
Deux manieres diférêtes d'ajuſter
les Verres dans les Tuyaux.
Les Anglois mettent le verre
objectif dans le tuyau le plus
étroit, & les verres oculaires dans
les tuyaux les plus larges. Voyez
le tout dans la Figure III. Cette
difpofition a trois choſes avantageufes. 1° Les rayons inutiles
qui vont toujours en s'élargif
fant , s'affoibliffent plus facileQ. d'Octobre 1684, M
138 Extraordinairement dans cette concavité ſpa
cieuſe du tuyau. 2º On y peut pla…
cer des oculaires de plus grande
furface. 3º Cette Lunete eft plus
facile à manier , parce que le
centre de gravité de la pefanteur
eft comme dans la main de celuy
qui s'en fert ; & dans l'autre maniere, le centre de gravité eftant
audelà du point de l'appuy ou
Hypomoclion , pele davantage à la
main , & fatigue celuy qui s'en
fert. Il eft vray qu'il y a une
longueur de tuyau comme perdüe , par la néceffité de la dif
pofition des trois oculaires ; car
s'il n'y avoit qu'un oculaire, convexe ou concave , il n'y auroit
aucune difficulté .
En France , nos Ouvriers placent le verre objectif dans le plus 1
du Mercure Galant. 139
large tuyau , & les verres ocu--
laires dans les tuyaux les plus
étroits. Voicy là pofition la plus
commode des deux verres ocu--
laires qui font apres le verre objectif. Placez ces deux verres
oculaires , comme dans la Figu
re IV. à la diftance l'un de l'au
tre égale à la longueur de leursfoyers folaires , tellement que le
point fera leur foyer commun,
dans le tuyau C, qu'on coule dans
le tuyau B, par le bout qui eft du
cofté du verre objectif , car par
l'autre bout du mefme tuyau B¸-
on coulé le tuyau porte- oculaire A, avec fa boëte de recouvrement à pinnule , ou trou de
trois lignes de diamètre , qui eft
éloigné du verre d'un peu moins
quefon foyer folaire. Le tuyau B
1
Mij
140 Extraordinaire
porte encore le diafragme fur
lequel on place les brins de fimplefoye plate noire , qui fervent
de mire , ou le treillis , ou quatre brins qui fe croiſent en un
mefme point au centre de l'ou.
verture du diafragme , qu'lls divifent en huit parties égales
c'eft fur ces filets qu'on doit faire
aboutir précisément l'image aërienne & redreffée de l'objet,
puis qu'elle nous fert d'objet im
médiat , que nous voyons par le
troifiéme verre oculaire..
Ainfi pour voir bien diftincte..
mentavecune Lunete compofée.
de quatre verres convexes
furface du Soleil ( ne donnant
l'ouverture d'un trou d'épingle au
carton qui couvre le verre objectif),
la diſtance du verre objectif au
la.
que
du Mercure Galant 14.
I
premierverre oculaire, fera compofée de leurs foyers folaires, &
par conféquent l'image renverfee du Soleil , qui fert d'objet
immédiat , fe trouvant au foyer
antérieur du verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque
point de cette image folaire tombant divergens fur le verre oculaire , en fortiront paralleles ; &
tombant ainfi paralleles fur le
fecond verre oculaire , dont la
diftance au premier eft compofée de la longueur de leurs foyers,
les rayons en fortiront convergens , & formeront l'image redreffée du Soleil , au derriere de
ce ſecond verre oculaire , à la
diſtance de fon foyer folaire ,
& c'eft cette image qui fervira
d'objet immédiat ,, car cette imas
142 Extraordinaire"
ge eftant au foyer antérieur du
troifiéme verre oculaire , les
rayons de la radiation de chaque point en fortiront paralleles;
& tombant paralleles fur l'humeur cristallin , feront rendus
convergens , & formeront par
leur concours ou pinceau optique , l'image renversée du Soleil
& de fes taches fur la Retine , &
on verra le Soleil & fes taches
redreffées , c'eft à dire dans leur
fituation naturelle.
La diſtance des deux premiers
oculaires fera toujours invaria
ble, auffi bien que la diftancedu fecond verre oculaire aux filets du treillis , qu'on met précifément en fon foyer folaire. -
Quant au troifiéme oculaire , au
foyer duquel on met l'oil, ilfera:
3
du Mercure Galant. 143
pour les miopes qui racourci
fent un peu la longueur des Lunetes , un peu moins éloigné de
ces filets ; parce qu'en regardant
de plus prés cette image aërienne
des objets , ils en reçoivent les
rayons fenfiblement divergens ,
& tels tombant fur leur criftallin
trop rond & enflé , leurs concoursou image diftincte de l'objet, en eft retardé & prolongé
jufque fur la Retine.
Il eft abfolument néceffaire
que le foyer objectif, c'eft à dire
l'image aërienne de l'objet , fe
rencontre précisément fur ces
filets ou treillis mis à l'endroit
du foyer du verre objectif, fi la
Lunete n'a qu'un verré oculaire
convexe; & au foyer folaire du
fecond verre oculaire , fi la Lu-
144 Extraordinaire
nete eft composée de trois oculaires convexes. Mais comme la
Lune & tous les objets terreftres,
font comme infiniment moins
éloignés que le Soleil , les rayons.
de la radiation émanée de chaque point de l'objet, tombet fenfiblement divergens fur le verre
objectif, leur foyer ou image aërienne eft retardé & allongé, &
leur image portée plus loin, & audeça de ces filets ou treillis , c'eft
pourquoy il faut allonger davan
tage la Lunete , c'eft à dire, éloigner le verre objectif du verre
oculaire , afin d'avancer l'image
de l'objet précisément fur les
filets. J'ay crû devoir icy réfou
dre une Queſtion importante.
Si
du Mercure Galant. 145
QUESTION.
Si par la diferente longueur à
laquelle on tire les tuyaux de
laLunete à Oculaire convexe,
pour voir bien diftinctement
un objet , on peut déterminer
fa diftance , ou éloignement.
C
Ette image aërienne ne ſe
forme pas dans une diſtance
deprécifion geométrique au derriere du verre objectif , ny au
derriere du fecond verre oculaire. Elle a comme une certaine
épaiffeur ; ce que vous obſerve.
rez avec plaifir dans la chambre
noire , en recevant ſur un papier
blanc, les espéces ou images des
objets qui font au dehors , car
Q.d'Octobre 1684. N
146 Extraordinaire
ces images paroiftront diftinctes,
voſtre papier eftant arrivé à certaine diſtance du trou fait auvo,
let de la feneftre , & garny d'un
verre objectifde Lunete, foit que
vous l'approchiez ou quevous le
reculiez de quelques lign.de plus;
étantimpoffible de déterminer la
diftance préciſe où ces images
font dans leur plus grande diftintion. Vous obferverez la meſme
chofe , en regardant avec une Lunete un objet éloigné & bien
éclairé , que vous verrez toû¬
jours comme également bien,
quoy que vous allongiez ou racourciffiez de quelques lignes la
Lunete. Ainfrle Foyer, ou cette
image , n'eſt pas une chofe Mathematique , mais Phifique, &c.
On ne peut donc par l'expé-
du Mercure Galant. 147
rience déterminer précisément
la diſtance du verre objectif à
fon Foyer objectif , ou image de
tout autre objet que le Soleil.
D'où je conclus , qu de la
longueur de la Lunete tirée juf
ques à tant que les objets paroiffent bien diftinctemet , on ne
peut conclurre la diftance de
l'objet, bien qu'on foit perfuadé
par raiſon & par expérience, que
la Lunete doit eftre tirée de plus
grande longueur , à mesure que
les objets font moins éloignez ;
vray, comme nous avons déja
dit ailleurs , que l'objet eftant
éloigné du verre objectifde deux
fois la longueur de fon foyerfolaire , l'image aërienne de l'objet , égale à l'objet , fe formera
au derriere du verre , à la di
Nij
148 Extraordinaire
ftance de deux fois la longueur
de fon foyer folaire ; ainfi l'ima
ge & l'objet feront également
éloignez du verre.
·
Nea moins chacun pourra fatisfaire fa curiofité , par des di-'
ftances médiocres qu'on aura
mefurées actuellement ; & pour
cela je répéte icy les Problémes
que j'avois énoncé & donné de.
puis la 122 page du XXI.Volume:
du Mercure Extraordinaire.
PROBLEME I.
Eftant donnée la distance de l'objet au verre objectif, trouver la di
Stance du verre à l'image aërienne
diftincte de l'objet.
ANALOGIE,
Comme ladiftance de l'objet auverre,
moins la longueur defon Foyer folaire,
du Mercure Galant. 149
Eft à la longueur du mefme Foyer
Solaire:
Ainfi la diftance de l'objet au verre,
Eft à la distance du verre àl'image.
PROBLEME II.
Eftantdonnée la diſtance du verrc
objectifà l'image aërienne de l'objet,
& la longueur du Foyer folaire du
verre , trouver la diftance du verre
à l'objet.
ANALOGIE.
Comme la distance du verre àl'image
aërienne de l'objet, moins la longueur
du Foyerfolaire du verre,
1
Eft à la longueurdu mefme Foyer
folaire du verre objectif:
Ainfi la distance du verre à l'image
aërienne,
Eft à la distance du verre à l'objet.
On ne pourra jamais énoncer
& réfoudre ces Problémes en
N iij
150 Extraordinaire
termes plus formels & plus intelligibles que ceux que j'avois
employé dans les 122. & 123. pages du XXI. Tome du Mercure
Galant Extraordinaire du Quartier deJanvier 1683. Neanmoins
le fçavant M Fattio de Duiller,
de Genéve , dit dans leJournal
du 20. Novembre 1684. Qu'il a
cherché le moyen de trouver la diftance du verre aux filets , c'eſt à
dire à l'image de l'objet , la diftance
de l'objetau verre eftantfuppofée ou
donnée. Ilajoûte , Et qu'en pofant
Le Foyer de l'objectif = £ , &l'excés de la diftance de l'objet au verre
par deffus la longueur du foyer de
l'objectif= a, &la distance de l'objet à la croifée desfilets = b ; &
Qu'enfin par une grande attention
dans le calcul d'Algebre il a efté conduit à cette Equation
di Mercure Galant. 151
aaab― z af-ff
Cecyme fait fouvenir des Vers
fuivans , tirez de l'Epître chagrine de Madame des Houlieres.
Si tout voftre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout- bas, C'eft- là ce bel
Efprit!
Commeles autres il s'explique,
Etl'on entend tout ce qu'il dit.
Il eft vray que l'Algebre , ou
l'Art de bien trouver , eft un langage relevé , & inconnu à bien
des Sçavans ; mais puis que toutes les Effections Geométriques
éſtant trouvées par la Spécienfe la
plus rafinée , il en faut venir au
Compas, à la Regle, &aux nombres , pour les réduire en pratique , pour épargner à bien des
Gens cettegrande attention du CalN iiij
152 Extraordinaire
culd'Algebre , qui leur cauſe bien
fouvent la Migraine , je veux répéter icy en langage connu &
utile , les autres Problémes dont
j'ay déja donné la folution en
1683 dans le XXI.Tome de l'Ex
traordinaire du Mercure Galant.
PROBLEME III.
Eftant donnée la grandeur, bauteur ou diametre de l'objet , ſon éloignement au verre objectif, & la longueur defon Foyerfolaire ; trouver
la grandeur ou diamétre de l'image
aerienne de l'objet , produite dans la
chambre noire, ou dans le creux du
tuyau de la Lunetefur lesfilets.
Trouvez premierement par le
premier Probléme , la diftance
du verre objectif à l'image diftin&te aërienne de l'objet , vous
aurez enfuite fa grandeur par la
fuivante
du Mercure Galant.
153
Analogie.
Commela diftance del'objet au verre,
Eft à lagrandeur de l'objet:
Ainfila diftance du verre à l'image,
Eft à lagrandeur de l'image.
PROBLEME IV.
Eftant donnée la grandeur de l'image diftincteaërienne de l'objet, &
fa diftance au verre objectif, &la
longueur de fon Foyerfolaire ; trouver la grandeur de l'objet.
Trouvez premiérément par le
fecond Probléme , la diftance de
l'objet au verre , vous aurez enfuite fa grandeur par la fuivante
Analogie.
Commeladiftance du verre à l'image,
Eft àlagrandeur de l'image :
Ainfi la distance du verre àl'objet,
Eft à la grandeur de l'objet.
154 Extraordinaire
PROBLEME V.
* Eftant donnée la distance de l'objet
àfon image aérienne , & la diftance
de l'objet au verre ( par conféquent
la diftance du verre à l'image eft
auffi connue ) trouver la longueur
du Foyerfolaire du verre.
Analogie.
Comme la distance de l'objet àfon
image,
Eft à la diftance de l'objet au verre:
Ainfi la diftance duverre à l'image,
Eft à la longueur du Foyerfolaire.
du verre.
PROBLEME VI.
Eftant donnée la diſtance de l'objet
à la table d'attente, linge , ou papier
blanc, poury recevoir l'image aërienne de l'objets déterminer le verre du
plus grandfoyer , qui y puiffe produire cette image diftincte.
du Mercure Galant.
ISS
Je dis r Que la qutriéme partie de la diftance de l'objet à la
table d'attente , eft la lougueur
du Foyer folaire du verre requis.
2°.Queleverre doit eftre placé
en égale distance de l'objet & de
la table d'attente , ce qui ſe vérifie par le premier Probléme.
3 Que la grandeur de l'image fera égale à la grandeur de
l'objet.
PROBLEME VIÍ.
Eftant donné ( comme dans la
Figure Va de l'Effection Geométrique ) la diftance de l'objet à
fon image diftinéte aërienne , &la
longueur du Foyer folaire du verre
qui l'a produite s trouver le point où
le verre eftoitplacé , &où il doit eftre
remis , pour reproduire cette image de
l'objet.
156 " Extraordinaire
De la diftance de l'image aërienne à fon objet ▲ , ôtez
F, qui eft deux fois la longueur du foyer folaire du verre
qui l'a produite , il vous reftera
FA, qu'il faut divifer au pointy
en deux fegmens Ay , &yF, en
forte que la longueur du foyer
folaire foit moyenne , proportionnelle entre ces deuxfegmens,
carajoûtant ce petit fegment y
à la longueurdu foyer folaire du
verre , vous aurez fa diſtance reF
quifè à l'image , & par confé
quentfon point de pofition en z.
Pour déterminer le pointy, qui
' fait les deux fegmens , diviſez
également 4 F au point C , duquel pris pour centre , faites le
demy cercle fur 4 F, prife pour
diamétre , fur lequel élevez la
du Mercure Galant. 157
perpendiculaire Fƒégale à la longueur du foyer folaire. Tirez ƒB
parallele au diamètre 4 F, furlequel du point s deſcendez la per
pendiculaire By, qui fera égale
à Ff, longueur du foyer folaire
du verre. Par la converſe de la
xiij Propofition du 6. Livre d'Eu
clide, By fera auffi moyenne pro
portionnelle entre les fegmens
Ay, & yoF. C'est pourquoy le
petit fegmenty F, Fflongueur.
du foyer folaire , fera la diftance
requife du verre depuis en z.
J'ay ajoûté des nombres à la
Figure V. afin d'en rendre la pratique plus intelligible. Ainfi A
diftance de l'objet à la table d'attente , linge ou papier blanc, fur
lequel l'image aerienne de l'ob.
jer dans la Chambre noire , ou
158 Extraordinaire
80-0
à l'endroit d'une Lunete , au.
quel elle paroiffoit fort diftincte,
eftant 80 , & la longueur du
foyer folaire du verre qui l'a
voit produite, eftant 15, deux fois
1530 pour la ligne F dans
la Figure & A 80 AP F
30 AF50. Donc la moitié FC
25 Tirez CB, elle fera auffi 25.
Or le triangle crв eft rectangle , donc par la 47. Propofition
du 1. Livre d'Euclide , le Quarré
de l'hypothenufe CB - leQuarré
du cofté Br eſt égal au Quarré
de l'autre cofté Cr. Mais l'hypothenufe C B eft 25, donc ion
Quarré eft eſt 225 , & 625— 225
400 Quarré du cofté cr.Mais
la Racine de 400 eſt 20 , donc
le cofté cr eft 20. Mais C F25
—— CYCr20 rF 5 , donc le petit
du Mercure Galant. 159
fegmentrFeft 5. C'est pourquoy
515 longueur du foyer folaire
du verre 20 pour de z diſtance
de la table d'attente de l'image
aërienne de l'objet au verre objectif z. Et parce que 4 la
diftance de l'objet A à fon imageeft 80 , il s'enfuit que A
80 -
Z20
du verre à l'objet.
cle
ZA60 diſtance
PROBLEME VIII.
L'objet& la table d'attente, papier
ou linge blanc , pour en recevoir l'image aerienne diftincte , eftant donnez depofitionfixe, eftant auſſi donné
un verre de quelconque longueur de
Foyerfolaire ( mais moindre quela
quatrième partie de la diſtance
de l'objet à la table d'attente ) determiner le point où il doit eftreplacé
entre le point de l'objet &la table
160 Extraordinaire
d'attente , pouryformer l'image aërienne diftincte de l'objet.
J'ay dit que la fongueur du
Foyerfolaire duverre , doit eftre
moindre que la quatrième partie
de la diſtance donnée de l'objet
à la table d'attente.
Car fi la longueur dufoyer folaire du verre eſtoit égale à la
quatrième partie de la diſtance
donnée,il faudroit placer le verre
préciſément au milieu de la diftance donnée entre l'objet & la
table d'atete; ce que vous reconnoiſtrez être vray, par le premier
Probléme , & par l'expérience.
Et fi la longueur du foyer folaire du verre eft plus grande
que cette quatrième partie de la
diſtance donnée ; fi on met le
verre moins éloigné de l'objet,
du Mercure Galant. 161
་
que la longueur de fon foyer fo
laire , les rayons émanez d'un
mefine point de l'objet , enfortiront divergens, c'eſt à dire, s'écartant les uns des autres , au lieu
de fe reunir , c'est pourquoy ils
ne peuvent former l'image de
l'objet.
Et fi on met le verre précifément éloigné de la longueur de
fon foyer folaire , les rayons en
fortiront paralleles c'eſt pour.
quoy ils ne peuvent former aucune image de l'objet.
Et fi on met le verre plus éloi
gné de l'objet , que de la lon.
gueur de fon foyer folaire , le
cone des rayons divergens émanez de chaque point de l'objec
ayant couvert la furface du verre, en fortiront convergens , &
Q. d'Octobre 1634,
162 Extraordinaired
ceux de la radiation d'un mefme
point, fe réuniffant à la pointe
deleur cone renverfé , peindront
l'image du point de l'objet ; ainfi
les rayons de la radiation conique émanée de chaque point de
l'objet , formant fon image aërienne , toute l'image de l'objet
fe trouvera diftinctement peinte, & avec les vives couleurs ,
mais plus loin que la table d'attente, & cette image eft renverfée ; ce que nous avons expliqué au long , & par Figures,
dans le XIX. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quar
tier de Juillet 1682.1.1
Enfin , fi la longueur dufoyer
folaire de ce verre objectif est
précisément la quatrième partie
de la diftance de l'objet , à la
du Mercure Galant. 163
table d'attente , papier , oufilets
mis dans la Lunete , fur lefquels
doit aboutir l'image renverfée,
aerienne & diftincte de l'objet,
il faut mettre le verre au milieu
de la diſtance , également éloigné de l'objet & du verre ; car
en quelque autre part que vous
le placiez , plus prés , ou plus
loin de l'objet , l'image fe formera plus loin que les filets, papier blanc, ou table d'attente,
dont la poſition eſt donnée.
RESOLUTION
du Probléme I X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la Table d'attente , & la longueur
du Foyerfolaire , déterminer le lieu
de fa pofition , auquel eftant placé,
il produira l'image aérienne diftin
&renversée de l'objet donné de poO ij
164 Extraordinaire
fition , far le papier ou table d'at
tente auffi donnée de pofition. Dela
distance donnée de l'objet à la table
d'attente , ôtez le double de la longueur du Foyer folaire du verre
donné, & du Quarré de la moitié
du reftant , ôtez le Quarré de la
longueur du Foyer folaire du verre,
& du reftant tirez la Racine quarrée. La diférence de cette racine,
softé , ou ligne , à la moitié de la
diférence de toute la diftance à deux
fois la longueur duFoyerfolaire du
verre, eftant ajoutée à la longueur
du Foyerfolaire du verre , eft la diftance requife des Filets , papier, on
table d'attente , au point où doit eftre
placé le verre, pour produire l'image
diftincte , aérienne & renversée de
L'objet , dont la pofition , auſſi- bien
que celle dela table d'attente avoient
du Mercure Galant. 165
cfté données. Doncfi de cette distance
donnée, vous ôtez la diftance dela table d'attente au verre , il vous restera
la diſtance du verre à l'objet.
Puis que toute cette opération
n'eft que l'application de l'Effe-
&tion Geométrique, confidéronsla dans la Figure VI. & afin de
vous y exercer , en voicy des
Exemples , que j'ay trouvez conformes à mes calculs , par les
expériences que j'en fis en l'année 1652. eftant pour le fervice
du Roy au Fort de l'Eclufe fur
le Rhône, quatre lieues au- def
fous de Genève , & que vous vérifierez par le I. & par le II. Probléme, apres que vous aurez trouvé la diſtance du verre à l'image.
I. EXEMPLE.
La diftancepropofée de l'objet aux
166 Extraordinaire
filets , papier blanc , ou Table d'at
tente A dans la Figure foit so
pieds , &la longueur du Foyer lolaire foit 12 pieds.
OPERATION.
2 X 12
& so
24 pour F.
2426 pour FA.
Et la moitiéde 26
Le Quarré de CB.
13 pour CB.
= 169
14 Et Quarré 169 144 quarré
de By 12 Quarré 2525,, dont la
Racines, eft la valeur de la li
gne Cy.
Et C F 13
Et 8
Cysy8
Z
la longueur du Foyer
folaire du verre 12-20pour
diftance de la Table d'attente
au point z où doit eftre pofé le
verre objectif. Mais A50- z
20 =Z A 30 pour la diſtance de
l'objet A au verre Z.
duMercure Galant. 167
2. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet A
à la table d'attente , papierou filets
eftant 36 pieds , & la longueur du
Foyerfolaire du verre eftat de spieds,
la diftance A Z de l'objet A au
verre Zfera de 30 pieds ; & par
conféquent la distance du verre Z
àla la table d'attente fera de 20
pieds.
"
3. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet à
la table d'attente , eftant 80pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera do pieds ; & par conféquent la diftance du verre à la table
d'attentefera 20 pieds.
4. EXEMPLE.
La distance propofée de l'objet
la table d'attente eftant 256pieds, &
$68 Extraordinaire
la longueur du Foyerfolaire du verre
is pieds ; la diftance de l'objet au
verre fera 240pieds ; &par confé.
quent 16pieds feront la distance du
verreàla table d'attente, papier blanc
ou filets de pofition , fur lesquels fe
Seformera l'image aérienne de l'objet.
5. EXEMPLE.
La diftance propofée de l'objet à
la table d'attente estant 90 pieds , &
la longueur du Foyerfolaire du verre
20 pieds ; la diftance de l'objet an
verrefera de 60 pieds ; &par con
féquent , la diftance du verre à la
table d'attente fera 30 pieds.
6. EXEMPLE.
La diftanceproposée étant 196pieds,
& la longueur du Foyer du verre
24.pieds à la diſtance de l'objet an
verrefera168pieds ; &celle duverre
àla Tablefera de 30 pieds.
PROBLEME X.
du Mercure Galant. 169
PROBLEME X.
Eftant donné la distance de l'objet
à la table d'attente , papierblanc, où
filets, furlesquels l'image aërienne de
l'objet doit eftreformée distinctémět,
& le point ou distance de la pofition
duverre eftant auffi donnée ; détermi
nerla longueurde fon Foyerfolaire.
Puis que le point de la poſition du verre eft donné , on connoiſt d'abordfa diſtance à l'objet
& à la table d'attente.
donc la fuivante
Analogie.
Faites
Comme ladistance de l'objet à latable
d'attente,
Est à la distance du vere à la table .
d'attente:
Ainfi la distance de l'objet au verre,
Està lalongueur requife du Foyer
folaire du verre.
Q. d'Octobre 1684.
P
170 Extraordinaire
COROLLAIRE GENERAL.
L'objet & le verre eſtant placez fixement , en forte que la li
gne droite du milieu de l'objet
au centre de l'interfection des
filets , & à plomb fur l'objet &
fur le plan des filets , paffe par
le centre des deux furfaces du
verre , & perpendiculairement
fur icelles , il refte à faire voir
mefmeen plein jour cette image
aerienne de l'objet , parun verre
oculaire bien large ; tellement
que cette image vous fervant
d'objet immédiat , comme nous
avons dit ailleurs , un petit objet
vous paroiftra fort grand, & dans
fa fituation naturelle , fi vous
avez renversé l'objet , qui peut
eftre une petite Image en mignature ou une Médaille , &c.
Le petit objet doit eftre mis
en un lieu bien éclairé & placé
parmy quelques pierres, Livres,
ou autres chofes femblables , en
forte qu'on ne le puiffe décou
vrir, que lors qu'on appliquera
l'œil à la Pinnule , ou petit trou
d'environ trois lignes de diamétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , ajustée au bout d'un petit
tuyau d'environ un pied de longueur, & qui porte le verre oculaire. Voyez le tout dans la Figure XI.
Il ne faut pas que le diamétre de ce trou ou pinnule excéde la plus grande ouverture
que la prunelle pour acquerir
dans l'ombre , l'oeil eftant couvert de la boëte de recouvre
•
Pij
172 Extraordinaire
ment , garnie en dehors d'un
veloux noir , contre lequel on
appuye doucement le fourcil de
l'œil. Ce veloux noir fert encore
pour abforber les rayons , qui
tombant fur la cornée , fe reflé.
chiffent contre la Lunete , puis
que tous les yeux , excepté ceux
d'un Moribond, qui fe terniffent,
refléchiffent dans l'œil du regardant , fon image , de mefme
qu'un Miroir ; & c'est comme
dans la prunelle que paroift
peinte en mignature cette petite
image ou Poupée, de laquelle la
prunelle a tiré fon nom dans les
trois principales Langues ; car
les Hébreux l'appellent Bath, petite Fille ; les Grecs l'appellent
Corin , Fillete ; & les Latins difent Pupula, ou Pupilla, Poupée.
duMercure Galant. 173
Ce verre oculaire de deux ou
trois pouces au plus de longueur
de foyer folaire , ne doit eſtre
éloigné des filets , ou image aërienne de l'objet , que de deux
ou trois pouces , c'eft à dire de
la longueur de fon foyer folaire;
mais il en doit eftre un peu moins
éloigné pour les Miopes , qui font
ceux qui ont la veue baffe ou
courte car par ce moyen les
rayons fortent fenfiblement divergens ; & tels tombant fur
l'humeur cristallin , dont la furface antérieure eſt trop ronde,
leur concours ne fe faifant pas
fitoft que files rayons tomboient
paralleles , leur réunion eft portée plus loin jufques fur la Retine , qui eft l'organe formel de
la vifion. C'eft pourquoy j'ay
Piij
174 Extraordinaire
toujours fait monter à viz cette
bočte de recouvrement du tuyau
qui porte l'oculaire , afin de l'approcher plus ou moins du verre
oculaire. Voyez en la Figure X.
Quant à la pinnule , ou trou
d'environ tro's lignes de diзmétre , fait dans l'enfoncement du
fonds de la boëte de recouvrement , il doit eftre un peu moins
éloigné du verre oculaire , que
de la longueur de fon foyer folaire. C'eft pourquoy j'ay toû
jours fait monter à viz ce fonds
à pinnule , afin qu'on le puftapprocher ou éloigner , ce qui fert
à éviter les couleurs , & ce que
nous dirons encore plus parti
culiérement. Voyez en la Figure IX.
Vous fçavez qu'avec le verre
duMercure Galant. 175
concave contre lequel on doit
appliquer l'œil , on voit l'objet
mefme, puis qu'il eft mis de la
longueur de fon Foyer virtuelfolaire , avant le foyer objectif,
c'eſt à dire , avant que l'image
aërienne de l'objet foit formée , &c .
Il fufit donc d'enfermer le verre
objectif bien perpendiculairement dans le milieu d'un tuyau
d'environ un pied de longueur,
d'autant qu'il n'eſt pas néceffaire d'avoir un long tuyau de
Lunete , qui contienne le verre
objectif & le verre oculaire ; dequoy j'avois inftruit les Curieux
dans les pages 127. & 128. du
XXI. Tome Extraordinaire du Mercure Galant, Quartier de Janvier
1682.
P iiij
176 Extraordinaire
AVIS.
J'aurois donné icy le moyen
de fe paffer des tuyaux pour les
grandes Lunetes , dequoy j'ay
depuis 20. ans parlé au Titre,
Maniere de braquerpromptement une
Lunete à deux verres convexesfans
aucun Tube , pour contempler les
Aftres , qui eft à la fin de mon
Traité des grandes Lunetes , imprimé à Lyon en l'année 1665.
avec mon Livre de la Nouvelle
Science de la Nature , & Préfage
des Cometes , fi l'illuftre , tresfçavant , expérimenté & vray
Philofophe Phyfico- Mathematicien, Monfieur Hugens de l'Académie Royale des Sciences, ne
m'euft prévenu par fon docte
Livre in 4° imprimé cette année
1684. à la Haye chez Arnoux
du Mercure Galant. 177
Leers , &intitulé Astroſcopia Compendiaria, Tubi Optici molimine liberata.
PROBLEME XI.
Le Verre dontla longueur du Foyer
= folaire est connüc , estant donné de
pofition , placer l'objet & la table
d'attente , pour y recevoir l'image
de l'objet aërienne &diftincte, mais
renversée.
Mettez l'objet du moins un
peu plus éloigné du verre que la
longueur de fon foyer folaire,
vous troverez enſuite par le 1. Probléme la diftance requife du verre
àla table d'attente. Nous avons
remarqué dans la 129. page du
XXI. Tome Extraordinaire Mercure Galant , Quartier de Janvier
1683. contre l' Autheur de la Dioptrique oculaire, & des deux Volu.
178 Extraordinaire
mes de fes vifions parfaitement
adioptriques & ageométres , que
l'objet eftant placé à 20 pieds
& 4 pouces audelà de fon verre
objectif plan- convexe de la longueur de 20 pieds de diamètre,
ou longueur de foyer folaire, l'image aërienne de cet objet fe
formera à la diftance de 1220
pieds audeçà du verre , au lieu
des Soixante dix ou 80 pieds , à
quoy cet Autheur l'avoit déterminé. Son erreur n'eft que de
1140 pieds.
Ou bien , mettez la table d'attente du moinsquelque peu plus
éloignée du verre , que n'eft la
longueur de fon foyer folaire ;
car les rayons de la radiation
émanée de chaque point d'un
objet terreftre , tombant fur le
du Mercure Galant. 179
verre plus diverges que les rayons
émanez de chaque point du So.
leil , leur concours eft retardé,
& par conféquent l'image aërienne de l'objet terreſtre eſt
formée plus loin du verre , que
l'image du Soleil , que nous ap.
pellons foyer folaire. La table
d'attente eltant pofée, vous trouverez enfuite par le 2 Probléme
la diftance requife du verre à
Fobjet.
EXEMPLE.
Le verre ayant 20 pieds de longueur de Foyerfolaire , fi vous pla
cez la table d'attente , à 20 pieds &
quatre pouces audeçà du verre, l'objetfera placé à 1220 pieds audelà du
verre.
PROBLEME XII.
Par la longucurdela Lunete com-
180 Extraordinaire
pofée de deux verres convexes , &
dont la longueur du Foyer folaire de
l'objectif est connüe , connoistre la
distance de l'objet , qu'on voit diftinctement par la Lunete .
Vous fçavez par raiſon & par
expérience , que pour bien &
diftinctement voir les objets par
la Lunete , il en faut tirer davantage les tuyaux, & l'allonger
à proportion que les objets font
moins éloignez, & cela toûjours
de plus en plus jufques à tant
quela diftance de l'objet au verre
objectif, foit précisément égale
à la longueur de fon foyer folaire ; car pour lors les rayons
enfortiront paralleles, & ne pouvant par conféquent concourir,
ne formeront plus d'image. Dans
ce Probléme l'on connoift par
du Mercure Galant. 181
la longueur de la Lunete , la diſtance du verre objectif aux filets ou image aërienne de l'objer. On connoift auffi la longueur du foyer folaire du verre
objectif. C'est donc le fecond
Probléme. Employez donc la
fuivante
Analogie.
-Commel'excés dela distance du verre
objectifauxfilets, ou image aërienne
de l'objet, pardeffus la longueur du
Foyer folaire du mesme verre,
Està la mefme longueur du Foyer:
Ainfila diftance de l'image au verre,
Est à la diftance du verre à l'objet,
Souvenez- vous de ce quej'ay
dit au commencement.
cette image aërienne de l'objet
a quelque forte ou eſpèce d'épaiffeur , ou profondeur, & qu'il
Que
182 Extraordinaire
eft impoffible de juger avec certitude , dans quelle diſtance elle
eft plus diftincte , car le verre objectifnepeut faire cocourir en un
mêmepoint mathematique de la
baſe de diftinction, tousles rayons
qu'il a reçûs de la radiation émanée d'un mefme point de l'objet, d'autant que ceux qui tombant plus éloignez de l'axe du
verre ,
feréüniffent plûtoſt ; outre que tout l'œil fe conforme en
s'allongeant ou fe racourciffant,
& l'humeur criftallin fe convexe
plus ou moins , fuivant qu'il en
eftbefoin, pour porter fur la Retine la baze de diftinction, foyer
objectif, on image diftincte de
l'objet. C'est pourquoy lors qu'il
s'agit de conclure & déterminer par la diférente longueur de
du Mercure Galant. 183
La Lunete, la diférence qu'il y a
entre deux objets inégalement
éloignez , mais tous deux treséloignez de nous , les calculs tirez de la longueur de la Lunete
fe trouvent inutiles , parce que
les rayons émanez d'un mefme
point d'un objet tres- éloigné
tombentfurle verre objectifavec
une diférence phyfiquement in,
fible, &la diférence de la diftance
du mefmeverre objectifà l'image
d'un autre objet encore nota
blement plus éloigné , fera auffi
phyfiquement infenfible , puis
que la diférence de la divergence
des rayons des deux objets eft
phyfiquement infenfible, d'autāt
que les deux rayons de la radiation émanée du point central du
Soleil , qui embraffent la terre,
184 Extraordinaire
quand ils toucheroient mefme
les deux points extrémes de fon
diamétre , ne comprennent au
plus qu'un angle d'une minute,
dont la moitié eft ce que nous
appellons l'angle de la Parallaxe
Horizontale du Soleil.
Et comme à mesure que l'ob.
jets'approche du foyer antérieur
du verre , l'image aërienne de
l'objet formée par la refraction,
s'en éloigne , de meſme auffi au
miroir fphériquement concave,
Fig. XII, dont la portion M.i.M
ne doit eftre découverte que de
18 degrez , les rayons R.M. RM
de la radiation émanée d'un mê
me point de l'objet , n'eftant
éloignez fur le miroir que de9
degrez du rayon AI qui eft l'axe
de la portion découverte M.i.M
du Mercure Galant. 185
font prefque mathematiquement
paralleles , à caufe que la baze
qui foûtient l'angle , formé au
Soleil , n'eft que la corde des 18
degrez du miroir ; & d'autant
que l'angle de réflexion C M0,
eft égal à l'angle d'incidence
RMC, le point o auquel ils fe
reüniffent fur l'axe A I , eft plus
prés du point I fonds du miroir,
que de fon centre C, de prefque
une partie des 160 de tout le
diamétre C. Ce que j'ay déja
remarqué dans une Differtation
fur les Miroirs ardens. Voyez les
pages 288. & 291. du Mercure Galant du mois de Juin 1681. Ainſi
le foyer folaire ou image du So
leil , fe forme prefque éloignée
du fonds du miroir de la qua
triéme partie de fon axe AI ;
Q. d'Octobre 1684. Q
186 Extraordinaire
C'eſt pourquoy à mesure que
les autres objets s'approchent
davantage du foyer folaire du
miroir , leurs images s'en éloignent , & viennent à la rencontre de l'objet. Ainfi un objet
mis au bout d'un baſton, paroiſt
fortir tout au dehors du miroir,
pour venir rencontrer fon objet,
fi vray qu'il vous femble que
vous maniez voftre main. Cette
image formée par réflexion a
cet avantage , qu'elle fe voit
mefme au plus grand jour ; &
l'image formée par la réfraction
des verres , laquelle ne peut jamais fe rencontrer avec fon ob
jet , ne peut paroiftre que dans
la chambre noire , ou dans l'ob
fcurité du tuyau de la Lunete..
Neanmoins bien des Gens,
du Mercure Galant. 187
commeauffi le R.P.Antonius Maria de Rheita , ce fçavant & religieux Capucin', qui apres Daniel
Chorez publia en l'année 1647.
dans un gros Volume in folio,
intitulé Oculus Enoch & Elia, tout
ce qui conce¡ne la conſtruction
des grands Binocles , qu'il travailloit luy mefme dans la derniere perfection , & que toute
PEurope a admiré, comme nous
l'avons prouvédepuisla 120. page
du XXVI. Tome Extraordinaire
Mercure Galant , Quartier d'A
vril 1684-
Le R. P. Balthazar Conrard,Jéfuîte , écrivit de Glacio 7. Ianvar.
1660. les termes fuivans au R. P.
Gafpard Schot , auffi Jéfuîte , qui
en l'année 1664. les a donnez au
Public dans la 857- page de Tech
nica Curiofa,,
188 Extraordinaire
De diftantiis objectorum per Tubum metiendis, pridem cogitavi egos
nifi fallor, etiam Pater Scheinerus. Sine dubio Rheita Capucinus id
voluit tentare per Tubum duplicatum. Voco eum per quem uterque
oculus hominis fimul&femel trans
picere poteft. Verùm ipfa videt Reverentia Veftra , in diftantiis maguis , ne magna quidem intervalla
fentiri. Unde quid judicandum fit
detali invento inferet. Nihil tamen
adhuc determino , qui nondum cò
Speculationum perveni.
Si le Pere Conrard euſtajoûté
àl'expérience , le calcul & la démonſtration , comme j'ay fait, il
auroit prononcé , que tout ce
qu'on ne peut conclure de la diférente longueur d'une mefme
Lunete, pour voir bien diftincte-
"
du Mercure Galant. 189
ment deux objets diféremment
éloignez,que la diſtance de celuy
des deux objets fera plus grande,
pour lequel on tire moins la Lu.
nete; & la diſtance de l'objet fera
moindre , pour lequel auffi voir
bien diftin&tement , il faut allonger davantage la Lunete.
>
Cela eft fi vray , qu'à cauſe
que la longueur des plus gran
des Lunetes eft toûjours comme infiniment petite à proportion de la diftance du Soleil
& la diſtance du verre au foyer
folaire , ou image diftincte du
Soleil Périgée , n'eſt pas fenfiblement plus longue que celle du
Soleil Apogée. Ainfi bien que la
diſtance du Soleil en Eté dans
fon Apogée , foit tres- notablement plus grande, que lors qu'en
190 Extraordinaire
Hyver il est dans fon Perigées
neanmoins la diférence de la
diſtance du verre à fon Foyer ou
image eft diftincte imperceptible
par la longueur de la Lunete.
LUNETE A DEUX VERRES.
Et de la grandeur de la Baze qu'on
découvre.
L
A Lunete à deux Verres
convexes, quoy qu'elle faffe
voir les objets renverfez , eft
fans doute la plus commode pour
l'obfervation des Aftres. Elle dé
couvre une grande baze du cone
vifuel , le diamètre de laquelle
eft compris fous un angle qu'on
détermine en divifant les degrez
que contient l'arc de la convexité découverte du verre ocu.
laire , par l'Expofant de la raiſon
de la longueur du foyer folaire
du Mercure Galant. 191
du verre oculaire à la longueur
du foyer folaire du verre objectif, car le quotient eft le nombre des degrez de l'angle , qui
comprend le diamètre de toute
la baze qu'on découvre.
Ainfi le verre objectif eftant
par exemple au verre oculaire ,
comme 84 à 3, l'expofant de la
raiſon eft 28 ; & la partie décou
verte du verre oculaire eftant par
exemple fegment de 35 degrez,
divilez 35. par 28 , le quotient
fera 1 degré & 15 minutes ; fous
lequel angle eft compris le diamétre du terrain , efpace des ob
jets vûs par cette Lunete.
Lunete à trois Verres.
2
La Lunete à trois verres convexes redreſſe les objets , mais
elle devient notablement plus
192 Extraordinaire
longue , & les objets paroiffent
moins clairs. Le R. P. de Rheïta
dans la page 351. d'Oculus Enoch
&Elia, dit , objecta autem duobus
convexis everfa , tribus pulcherrimè
&liffimo obtutu eriguntur. Scilicet duobus ocularibus & uno ebjectivo , ritatamen proportione inter
fe & àfe invicem difpofitis. Tali
tubo pro terreftribus nos utimur , qui
&uno obtutu centies quafiplus fpatii
repræfentat, quàmconcavo- convexu.
Le P. Rheita a fait un miftere de la proportion des deux
oculaires , & de leur diftance.
1º Lepremier oculaire apres l'objectif doit eftre d'un plus grand
foyer que le dernier oculaire.
Quant à leur diſtance , puis que
l'image aërienne fert d'objet immédiat , mettez le premier ocu
laire
du Mercure Galant. 193
·
laire au deçà , éloigné de cette
image de deux fois la longueur de
fon foyer, il fe formera uneimage
redreffée & égale au derriere de
l'oculaire , éloignée auffi de deux
longueurs de fon foyer , par nô.
tre Probleme VII. Cette image
doit fervir d'objet , que vous regarderez avec le ſecond oculaire.
Lunete à quatre Verves.
La Lunete à quatre verres
convexes , un objectif & trois
oculaires , eft la plus parfaite,
puis qu'elle fait découvrir une
grande baze du cone vifuel , &
voir les objets dans leur fituation
naturelle , & en augmente fuffifammentl'apparence naturelle.
Nous avons dit que les trois
oculaires peuvent eſtre d'une
mefme puiffance ou longueur de
Q. d'Octobre 1684. R
194 Extraordinaire
toyer folaire , ou bien le premier
oculaire apres le verre objectif
eftant à l'objectif comme i à 36
ou à 40 , ces deux verres eftant
poſez à la diſtance de leurs deux
foyers , & ayant placé les filets
de mire à leur foyer commun,
forment la premiere Lunete, qui
fait paroiftre les objets à la renverſe. Le fecond oculaire doit
avoir une plus grande longueur
de foyer , & letroifiéme oculaire
doit estre de mefme que le premier oculaire , & mefme d'un
peu moindre longueur de foyer.
Ainfi le verre objectif eſtant au
premier oculaire comme 36 à 1,
ilfera au troifiéme oculaire comme 40 à 1.
Lunete à cinq Verres.
La Lunete àcinq verres ne dé
du Mercure Galant. 195
couvre pas un plus grand champ,
ou plus grande quantité d'ob
jets , elle augmente feulement
l'apparence des objets , en la rendant un peu plus obfcure , à quoy
on remédiera en partie ; fi la fuperficie des verres oculaires également convexes font bien grandes. Voicy leur arrangement &
leur proportion.
Le troifiéme oculaire eft d'un
plus long foyer , & on ne l'éloi
gne pas du fecond oculaire de
la longueur de leurs deux foyers
folaires. Ainfi les rayons en fortiront divergens , & tomberont
divergens fur le quatrièmeverre
oculaire , au derriere duquel les
axes des cones renverfez de la
radiation de chaque point de
l'objet , fe croiſent davantage
Rij
196 Extraordinaire
avant que d'entrer dans l'œil ;
c'est pourquoy apres avoir traverfé l'humeur criftallin , ils peignentfur laRetine une plus grande image de l'objet.
Il y a d'autres manieres de conftruire cette Lunete à cinq verres convexes , qui eft une Lunete
composée de deux Lunetes, chacune defquelles fait voir les objers renverfez. La premiere Lunete eft compofée à l'ordinaire
du grand objectif & de fonoculaire. La feconde eft composée
de trois verres ; le premier eft
femblable à celuy qui luy fert
d'oculaire , & l'un & l'autre
doivent eſtre d'une longueur de
foyer , double du foyer de l'oculaire de la premiere Lunete,
& le foyer du verre qu'on met
du Mercure Galant. 197
juſtement au milieu des deux autres, fera de la moitié plus long.
Joignez ces deux Lunetes , les
approchant peu à peu juſques à
tant que vous découvriez la
plus grande baze du Cone vi
fuel , ou quantité d'objets avec
grande clarté & diftinction. Apres quoy marquez à l'inftant
des repaires fur les tuyaux. Tirez enfuite un peu le tuyau qui
porte le verre objectif, afin d'éloigner davantage les deux premiers. verres ; ce qui fera que
l'image de l'objet ſe trouvant
plus éloignée du premier oculaire , que de la longueur de fon
antérieur foyerfolaire, les rayons
qui auparavant en fortoient paralleles , en fortiront convergens. Il faut auffi éloigner un
Rij
198 Extraordinaire
peu davantage les deux derniers.
verres.
Le R. P. Zucchi , Jéfuîte , qui
s'eft toûjours expliqué affez ob.
fcurement , apres avoir dit au
num. 3 de la 370 page de la feconde partie de fon Philofophia
Optica, imprimée à Lyon en l'année 1656. Collocatio autem convexorum intermediorum ad excipiendos omnes radios , & tranfmitiendos
apta erit , fifequensftatuatur ad Focum præcedentis. Vltimum enim
convexum ad impreffionem diftinEtam obtinendam , longius ultra Focum constituendum. Apres quoy
dans le Numero 1 v. il ajoúte,.
Quod quatuorconvexapræftant, habetur exactiu per quinque , fi difponantur ut fecundum collocetur tantifper ultra Focum primi , tertium
BLIOTHEE
du Mercure Galake
citra Focumfecundi, per quartame
eiterpartem diftantia Foci ab ipfofecundo. Quartumfimiliter adtertium.
Quinque convexafolă æquivalebunt
quatuor convexis , in excipienda
multitudine radiorum ; fed quia tertium , ante determinationem Bafis
-diftinétionis ex vifecundi accedetad
illud , dum hujufmodi Bafim accelerabit, &ad minus fpatium reftringet, deducet radios ad fingula in
Objecto condiftinguenda pertinentes,
totrus imaginis comprehenfivos;quare
neceſſario diſponentur , ut ad con.
vexa fequentia , ipfumque oculam,
cum majori inclinatione fub majori
angulo incidant , ad majorem nota.
biliter imaginem imprimendam in
Retina. Hancdifpofitionem quinque
convexorum invenit D. Euftachius
Divinius , quam meritò aliis præ--
R. iiij .
200 Extraordinaire
tulit , quia notabiliter auget Appa
rentiam Totius , & diftinctionem
partium in toto ; licet nonnihil minuat claritatem , dum pauciores radios colligunt vitrafic difpofita,quàm
fi difponunturjuxta dicta Numero3.
Des Lunetes compofees de dixneufVerres convexes.-
J
'Ay tiré ce que j'en diray de
la 184. page d'un Livre intitulé Nervus Opticus , imprimé à
Vienne en Auftriche en l'année
1675. Le R. P. Zacharias Traber
en eft l'Autheur , le croira qui
voudra , quand il dit,
Artifex Romanus
mine, Tubum fecerat cum octo convexis , ad unum milliare Germanicum res minutiffimas clarè cxhiben.
Fontana no-
du Mercure Galant. (2011
1
zor
tem, qui ab Eminentiſſime Cardinali
Nepote , Coronatis comparatus octingentis , magno Florentie Duci prafentatus fuerat.
Alium idem Dax noftro cuidam
Patri vifendum præbuit ; qui à quodam Eustachio Neapolitano cum No-- VEMDECIM lentibus convexis in
longitudinefiftularum 19 cubitorum
confectus , & quia aliquâ vitrafubtiliffimâ interpofita , Specierum decolorationem impediebant.
L
Il a fans doute compté les ou
vertures des diafragmes pour au
tant de verres.
SECRET
De Jérôme Syrturus , Milanois,
concernant les Lunetes.
N
Unc celebre omni evo futurum adinventum tibi referatum co, ut ftudii &laboris mei ma-
• 202 Extraordinaire
numentum aliquod perpetuò apud te
& alios ftudiofos extet.
Teleſcopium id autem est ex duabus lentibus & cavo specillo ; fecunda lens ponitur in medioTubi.
DES DIAFRAGMES.
Les images ou efpéces des objets ne paroiffent jamais bien fur
la table d'attente , que lors que
la chambre eft rendüe tres-noire,
& que la lumiere ne trouve d'entrée que par le verre qu'on met
au trou de la feneftre , & qui eſt
inferé en dedans de la chambre
dans l'extrémité d'un tuyau d'un
pied de longueur , dont l'autre
extrémité fort en dehors. Il en
eft de mefine de l'image qui fe
forme dans les tuyaux ; c'el
pourquoy pour exclurre & dé.
fendre l'entrée aux rayons des
du Mercure Galant.
203
objets latéraux , la boëte qui
porte le verre objectif , a du
moins un pouce & demy de longueur au-delà du verre. Voyez
en la Figure XIII. Cette boëte
a fon fonds du cofté de l'objet,
qui fe monte auffi à- viz , & ce
fonds a bien moins d'ouverture
que le verre. On peut couvrir
ce diafragme de plufieurs cartons noirs de diférente ouverture , bien qu'on la puiffe dérerminer par l'angle fous lequel on
voit l'objet , que nous avons cydevant demontré.
Les autres diafragmes font intérieurs. Le principal eft mis au
foyer antérieur dupremier verreoculaire, ou foyer poftérieur du
verre objectif, où le forme l'image aërienne diftincte de l'ob
204 Extraordinaire
jet , fur laquelle les filets de mire
doivent toûjours le trouver précifément. Če diafragme détermine la quantité des objets qu'on
veut découvrir , & voir leur apparence trés- augmentée , en re.
gardant par les verres oculaires
leurs images , qui fervent d'ob
jer immédiat , tout de mefme
que fices mefmes images eftant
reçeües dans la chambre noire
fur un papier , vous appliquiez
pardeffus ce carton qui porteau
milieu fon ouverture , car en re:
gardant par derriere le papier,
vous ne verriez que les images
comprifes dans l'ouverture de ce
diafragme. Cette ouverture doit
eftre retreffie juſques à ce que
fon trop d'ouverture ne foit pas
la caufe des couleurs de l'Iris,
duMercure Galant. 205
qui peignent les bords des ob
jets comprisdans la baze du cone
vifuel.
Je dis donc que l'ouverture
circulaire de ce diafragme , &
celle de tous les autres, y compris l'ouverture du verre objectif, font parties d'un cone tron.
qué , dont la pointe eſt du coſté,
du verre oculaire , fi l'ouverture
de ce principal diafragme eft
moindre que celle du verre ob.
jectif, qui en fera la baſe, comme
en la Figure XV. Et au contraire,
fi l'ouverture du verre objectif
cft moindre que celle de ce diafragme, ce diafragmefera la baze
du cone tronqué , dont la pointe
fera hors de la Lunete , comme
en la Figure XV.
206 Extraordinaire
Déterminer l'ouverture des
Diafragmes.
Tirez voftre Lunete comme
en la Fig. XVI. pour voir diſtin .
ctement les objets terreftres les
plus éloignez , pour lors la diftance A B de l'image Bau verre
objectif A, fera plus grande que
la longueur de fon foyer folaire;
outre qu'il faut allonger un peu
davantage la Lunete , & y mettre un verre oculaire de plus
long foyer , pour voir les objets
bien clairs & diftincts , lors que
le temps eft humide , ou que
Euros fouf , comme auffi dans
les Païs où l'air eft plus groffier,
l'apparence de l'objet fera plus
diftincte , mais un peu diminuée.
Déterminez l'ouverture du verre
objectif , comme par exemple
du Mercure Galant. 207
de deux pouces de diamètre , ſi
le verre a dix pieds de longueur
de foyer folaire , qui eft la plus
grande ouverture qu'il puiffe
foufrir avec diftinction pour voir
bien diftinctement les objets les
plus fombres , car il la faut retreffir pour voir bien diſtinctement les objets fortement éclairez , de mefme qu'il faut retreffir
l'ouverture de l'objectif des plus
grandes Lunetes Aftro-fpiques,
pour voir le difque ou rondeur
bien terminée des Etoiles fort lu
mineuſes, Syrius , Arcturus, &Aldebaran, & des Planetes fortement éclairées par le Soleil,
comme Mercure , Vénus, &Mars,
lors qu'ils font Périgées. C'eſt
cela fans doute qui a obligé
Mi Hevelius de dire dans fa Se-
208. Extraordinaire
lenographie en la page 17. H
afus & experientia me docuit, quòd
foramen vitri objectivi , magnorum
Teleſcopiorum indiametro fefquipollicem non excedere debeat. Qua
quantitas etfi alicui valde exigua
aideri poteft , tamen praxis quemibet edocebit hanc proportionem foraminis majori tubo omnium optimè
refpondere.
Enfin le diametre de l'ouverture du verre objectif eftant déterminée, comme auffi fa diftance
au diafragme des filets , faites en
la Figure XVI. fur un plan, tirez
les deux lignes e C e C, comme
auffi les lignes traverfantes eo.
MM. ii. leurs parties compriſes
entre les lignes e C. eC feront les
diamètres des ouvertures des diafragmes des tuyaux. Vous mar-
du Mercure Galant. 209
querez leurs repaires , afin que
tous les diafragmes puiffent toujours eftre mis en mefmediftance
les uns des autres , pour toûjours compofer le cone tronqué.
On peut facilement déterminer par le calcul le diamètre des
diafragmes , car vous connoif
fez la diftance A B du verre objectif A au point B, interfection
des filets mis fur l'ouverture du
diafragme , dans laquelle fedoit
toûjours terminer l'image de
l'objet. Vous connoiffez bc demy-diamétre de l'ouverture dư
diafragme principal , ou baze de
l'image aërienne de l'objet. Vous
connoiffez auffi a E demy.diamétre de l'ouverture du verre
objectif.
Il faut par ces connus trou ~
2. d'Octobre 1684. Sp
240 Extraordinaire
ver premiérement par le calcul.
le point R pointe du coqe tronqué, c'eft à dire la longueur de
fon axe b R. Faites cette
Analogie.
bc-a E. ba :: bc. b R
Voustrouverez enfuite les demy..
diamètres x 0. y M. z I. de l'ou
verture des diafragmes par les
fuivantes
Analogies.
b.bc:: Rx . x 0.
Rb.bc:: Ry.y M.
Rb.bc:: Rz.ZI.
Moyen facile de faire coffer les
Couleurs qui paroiffent
entourer les Objets.
Our guérir un mal , il en
Pofaut connoiftre la caufe
ainfi pour remédier à ce defaut
du Mercure Galant. 211
3
des Lunetes ·
, de faire voir les
objets qui font au bord de la
baze du cone vifuel , teints des
couleurs del'Arc- en- Ciel , il faut
fçavoir qui les caufe , & d'où
elles procédent , n'eftant que le
meflange & confufion qui le fait
fur un melme point de la Re
tine , de plufieurs rayons éma--
nez de diférens points de l'ob
jet. Ce meflange peut venir
1° De la trop grande ouverture du verre objectif..
2° De la trop grande ouverture du diafragme qui porte les
filets de mire , fur lefquels fe :
forme l'image aerienne de l'objet -
3 Du trop de convexité du
verre oculaire .
4° De la trop grande ouver
ture du verre oculaire.
Sip
212 ExtraordinaireAyant remédié à ces quatre
defauts, fi l'oculaire eft trop prés
de l'image , les rayons trop ferrez & confus , feront paroiftre
les extrémitez de leurs objets
jbordez de couleurs rouges &
aunes ; . c'est pourquoy il faut
P'en éloigner davantage , comme
auffi le trou ou pinnule contre
laquelle on applique l'œil ce
que je fais commodément , en
tournant la pinnule par le moyen
de la viz , quia plufieurs filets ou
pas. Que fi vous l'en éloignez
trop , les bords des objets paroîtront bluâtres , Jes rayons eftant
reçûs trop dilatez & confus. De
cette jufte diftance de la pinnule
au dernier verre oculaire , dépend la plus grande baze du
cone vifuel , ou de la quantité
du Mercure Galant. 21329
d'objets , car on en voit beaucoup moins d'étendue de Païs,
fi cette pinnule eft trop éloignée
de fon oculaire , lequel doit être
également convexe des deux cô.
tez , & bien tranchant fur les
bords , & avoir du moins 20 lignes de diamétre en fa furface
pour un objectif de dix pieds de
foyer , & environ 10 lignes pour
les petites Lunetes . Je fais monter à viz toutes les piéces de la
boëte du porte.oculaire , afin
que les Miepes puiffent approcher davantage l'œil du dernierverre oculaire , & cet oculaire
des filets ou image aërienne &.
diftincte de l'objet. Voyez le
tout dans la Figure
214 Extraordinaire
Dans le dernier Mercure Extraordi
naire , Torse XXVII.
Page 149. ligne 15. lifez copiofioris..
Page 166. ligne 5. lifez 1460.
Page 173 ligne 4 lifez alfez précifément. Ligne 9. ajoûtez ou
le produit du diamétre par la
circonférence. Et en la ligne
16. apres le mot Axe ajoutez car
le cone, la fphere &le cilindre
font comme 1.2.3..
Page 187. ligne 8. lifez Henry II .
Page 200. ligne 12. lifez deux fois
1635794 , quifōt 3271588 toiles.
Page 203 ligne 18. apres ST.
lifez & doublezle produit.
Page 208. ligne 17. lifez deffus.
COMIERS.
On donnera la fuite de ce Traité
des Lunetes , dans lesfuivans Mer--
Cures Extraordinaires.
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Résumé : HUITIÈME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur des Mathematiques à Paris.
Le texte traite de la construction et de l'optimisation des lunettes portatives, en insistant sur la rectitude et la précision des éléments optiques. Les tuyaux des lunettes doivent être cylindriques pour assurer une vision distincte des objets éloignés. Les petits tuyaux doivent être équipés de viroles pour maintenir un diamètre égal et un axe parallèle au plan d'appui. Les extrémités des tuyaux sont renforcées par des viroles de bois pour préserver leur rondeur et leur rectitude. L'alignement des axes de tous les tuyaux et des verres est crucial, sauf pour les lunettes catop-dioptriques et la lunette polémoscope utilisée en temps de guerre. Les Anglais et les Français diffèrent dans la disposition des verres : les Anglais placent le verre objectif dans le tuyau le plus étroit, tandis que les Français le placent dans le plus large. Le texte détaille deux méthodes pour ajuster les verres dans les tuyaux et explique les avantages de chaque méthode. Il aborde également la détermination de la distance des objets observés à travers une lunette et propose des problèmes mathématiques pour calculer la distance entre l'objet, le verre objectif et l'image aérienne. Le texte critique l'usage de l'algèbre pour résoudre ces problèmes, préférant des méthodes plus accessibles. Le texte présente plusieurs problèmes et leurs solutions pour déterminer des distances et des tailles d'images en fonction de la grandeur de l'objet, de son éloignement, et de la longueur focale de la lentille. Il inclut des exemples numériques et des analogies pour illustrer les solutions des problèmes. Le texte décrit également la structure et le fonctionnement d'une lunette astronomique. L'œil observe à travers un petit trou, appelé pinnule, situé dans une boîte de recouvrement ajustée à un tuyau portant le verre oculaire. La boîte est garnie de velours noir pour absorber les rayons réfléchis. Le verre oculaire doit être positionné à une distance équivalente de l'image aérienne de l'objet. Pour les myopes, ce verre doit être légèrement moins éloigné des filets. La pinnule doit être ajustable pour éviter les couleurs. La lunette à deux verres convexes est décrite comme la plus commode pour l'observation des astres, permettant de découvrir une grande base du cône visuel. La lunette à trois verres convexes redresse les objets mais est plus longue et moins claire. La lunette à quatre verres convexes est considérée comme la plus parfaite, offrant une grande base du cône visuel et une vision naturelle des objets. La lunette à cinq verres convexes améliore l'apparence des objets, bien que cela puisse rendre l'image plus obscure. Le texte mentionne également des lunettes composées de dix-neuf verres convexes, attribuées à des inventeurs comme Zacharias Traber et Eustachio Divinius. Ces configurations permettent une observation détaillée des objets à grande distance. Enfin, le texte aborde l'utilisation des diaphragmes pour améliorer la qualité des images observées à travers les lunettes. Les diaphragmes déterminent la quantité d'objets visibles et augmentent l'apparence des images en excluant les rayons latéraux indésirables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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814
p. 333-334
A MADAME DES HOULIERES, Sur son Epître chagrine. SONNET.
Début :
Quoy ! vous vous emportez ainsi qu'une Bacchante [...]
Mots clefs :
Talent, Haine, Blâmer
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME DES HOULIERES, Sur son Epître chagrine. SONNET.
A. MADA ME
DES HOULIERES,
Sur fon Epître chagrine..
SONNET.
Voy! vous vous emportez ainſï.
Q
' une Bacchante qu'une qu
Contre le beau Talent ? Voftre haine.
mandit
Ce que nous beniffons, qui vous rendf
charmante;
Pourquoy tant vous blâmer, quand on
vous applaudit?
Contentez vous vous-mefme, & vous:
ferezfçavante
Affezpourbien porter le jougd'un bet
Efprits
Votre chagrin ne peut abuſer Ama--
ranthe,
334 Extraordinaire
Qui ne croira jamais ce que vous avezdit.
Sifaire bien des Vers éloigne la fortune,
Sçachez que la vertu n'est pas moins
importune,
Et ne doit pourtant pas eftre en averfion.
SU
Soyez donc confolée en tournant la Mé- daille,
Regardez mieux l'Objet, cachez le rien
qui vaille,
Et vous en aurezplus defatisfaction.
LA PETITE ASSEMBLIE
du Havre. G.
DES HOULIERES,
Sur fon Epître chagrine..
SONNET.
Voy! vous vous emportez ainſï.
Q
' une Bacchante qu'une qu
Contre le beau Talent ? Voftre haine.
mandit
Ce que nous beniffons, qui vous rendf
charmante;
Pourquoy tant vous blâmer, quand on
vous applaudit?
Contentez vous vous-mefme, & vous:
ferezfçavante
Affezpourbien porter le jougd'un bet
Efprits
Votre chagrin ne peut abuſer Ama--
ranthe,
334 Extraordinaire
Qui ne croira jamais ce que vous avezdit.
Sifaire bien des Vers éloigne la fortune,
Sçachez que la vertu n'est pas moins
importune,
Et ne doit pourtant pas eftre en averfion.
SU
Soyez donc confolée en tournant la Mé- daille,
Regardez mieux l'Objet, cachez le rien
qui vaille,
Et vous en aurezplus defatisfaction.
LA PETITE ASSEMBLIE
du Havre. G.
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Résumé : A MADAME DES HOULIERES, Sur son Epître chagrine. SONNET.
Le sonnet 'Sur fon Epître chagrine' est adressé à Madame des Houlières. L'auteur la critique pour s'emporter contre le talent et conseille de se contenter d'elle-même. Il souligne que son chagrin ne trompera pas une personne sage. Il mentionne que faire de bons vers peut éloigner la fortune, mais la vertu ne doit pas être en aversion. Il l'encourage à se consoler en regardant mieux l'objet de son mécontentement et en cachant ce qui ne vaut rien. Le texte se termine par une référence à 'LA PETITE ASSEMBLÉE du Havre'.
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815
p. 22-34
EPITRE CHAGRINE DE MADAME DES HOULIERES A MADEMOISELLE ***
Début :
Les disputes où le brillant de l'esprit se fait paroistre, / Quel espoir vous séduit ? Quelle gloire vous tente ? [...]
Mots clefs :
Bel esprit, Ouvrages, Cabinet, Lire, Auteur, Pièce, Renommée, Cour, Science, Savoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE CHAGRINE DE MADAME DES HOULIERES A MADEMOISELLE ***
t qu'ils eftoient du bon
Party.
Les difputes où le brillant
de l'efprit fe fait paroiftre,
font toûjours fort agreables;
cepédant fi nous en croyons
une Illuftre de vostre fexe,
il n'y a rien qui foit plus à
craindre , que de s'acquérir
le nom de bel Efprit. Madame des Houlieres , dont
tous les Ouvrages font fi
eftimez , a traité cette matiere avec un agrément qui
vous charmera. C'eft affez
GALANT 23
que de vous l'avoir nommée,
pour vous faire attendre de
la lecture de ce dernier, tout
le plaifir que vous ont donné
les autres.
25522-52S2S32 23SS
EPITRE CHAGRINE
DE MADAME DES HOULIERES
AMADEMOISELLE ***
Velefpoir vous feduit? Quelle
Ordegloire voustente?
Quelcaprice! àquoypensez vous?
Voulez- vous devenirfçavante?
Hélas ! dubel Efpritfçavez vous les
dégoufts?
Cenomjadisfibeau,firevcréde tous,
24 MERCURE
N'a plus rien, aimable Amarante,
Ny d'honorable ny de doux.
22.
Si-toftqueparla voix commune
De ce titre odieux onſetrouve charge,
De toutes les vertus n'en manquaft- il
pas-une,
Suffit qu'en bel Esprit on vous ait:
érigé,
Pour ne pouvoirprétendre à la moindre Fortune.
$2
Jefeay bien quele Ciel afçû vous departir
Cequifoûtient l'éclat d'uneilluftre
naiſſance,
Quefans espoirde récompenſe
Vous ne travaillerez quepourvous
divertir.
C'est un malheurde moins, mais il en
eftiani d'autres,
Dont
GALANT 25
Donton nepeutfe garantir,
Queje vous verrayrepentir
D'avoirmoins écouté mes raisons que
les veftres.
S&
Pourrez- vous toûjours voir voſtre
Cabinetplein
Etde Pédans & de Poëtes,
Qui vousfatigueront avec unfront
ferein
Desfottifes qu'ils aurontfaites?
Pourrez- vousfupporter qu'un Fat de
qualité,
Quifçait à peine lire , &qu'un caprice guide,
De tous vos Ouvrages décide?
Vnefpr t demalignité
Dansle mondea fçûfe répandre.
On achete un bon Livre , afin de s'en
moquer,
Novembre 1684. C
26 MERCURE
C'eft des pluslongs travaux lefruit
qu'ilfautattendre;
Perfonne nelit pour apprendre,
On nelit quepour critiquer.
Vousricz ! vous croyez mafrayeur
chimérique.
L'amourpropre vous dit tout bas
Queje vousfais grand tort, que vous
ne devez pas
Du plus rude Cenfeur redouter la critique.
Eb- bien confiderez que dans chaque
Maifon
Où vous aura conduit un importun
ufage,
Dés qu'un Laquais aura prononcé
voftre nom,
C'eft unbel Efprit, dira- t- on,
Changeons de voix & de langage.
•
GALANT. 27.
$2
Alorsfur unprécieuxton,
Des plus grands mots faiſant un
affemblage,
On ne vous parlera que d'Ouvrages
nouveaux,
On vous demandera ce qu'il faut
qu'on enpenfe,
Enfaceon vous dira que les voftres
font beaux,
Et l'on pouffera l'imprudence
Infques àvouspreffer d'en dire des
morceaux.
S2
Si tout voflre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout bas , C'eſt- là ce bel
Efprit!
Tout commeune autre elle s'explique,
On entend tout ce qu'elle dit.
Cij
28 MERCURE
Se
Irez- vous voirjouer une Piece nouvelle,
Ilfaudrapourl' Autheur eftre pleine
d'égards;
Il expliquera tout , mines , geftes,
regards;
Etfifa Piéce n'est pas belle,
Il vous imputera tout ce qu'on dira
d'elle,
Et defa colere immortelle
Il vous faudra courir tous les bazards.
Sa
Mais , me répondrez vous , fortez
d'inquiétude,
Neprenez point pour moy d'inu ,
tiles frayeurs;
Je me déroberayfans peine à ces
malheurs,
Enévitant la folle multitude.
GALANT. 29
$2
Ileft vray ; mais commentpourrezvous éviter
Les chagrins qu'à la Cour un bel
Esprit attire?
Vous ne voulez pas la quiters
Cependantl'air qu'on y respire
Eft mortelpourles Gens quife mêlent
d'écrire.
A réver dans un coin onfe trouve
réduit;
Cen'estpointun contepour rire.
Dés que la Renomée aurafemé le bruit
Que vousfçavez toucher la Lyre,
Hommes , Femmes , tout vous
craindra,
Hommes, Femmes,tout vousfuira,
Parce qu'ils nesçauront en mille ans
que vous dire.
C iij
30 MERCURE
$2
Ils ont là- defusdes travers
Quinepeuventfouffrir d'excuses;
Ilspenfent, quandon a commerce avec
les Mufes,
Qu'on nefçaitfaire que des Vers.
$2
Ce que prêtela Fable à lahaute Eloquence,
Ce que l'Hiftoire a consacré,
Ne vautjamais rien à leur grés
Ce qu'onfait plus qu'eux les
offenfe.
S&
On dirait àles voir, de l'airprésomptueux
Dont ils s'empreffent pour entědre
Des Vers qu'on ne lit pointpour
eux,
Qu'à déciderdetout ils ont droit de
prétendre.
GALANT 31
Surce dehors trompeur onne doitpoint
compter;
Bienfouventfans les écouter,
Plusfouventfansyrien coprendre,
On les voit les blâmer, on les voitles
défendre.
Quelquesfauxbrilläs bien placez
Toute la Piéce eft admirable;
Unmotleur déplaift, c'eft affez,
Toute la Piéce eft déteftable.
S&
Dans ladébanche & dans lejeu
nourris,
Onles voit avec m'fme audace
Parler&d'Homere & d'Horace,
Comparerleurs divins Ecrits,
Confondreleurs beautez, leurtour,
leurs caracteres
Siconnus&fidiférens,
Fraiter des Ouvrages fi grands
Debadinages, de chimeres,
Cüiij
32 MERCURE
Et cruels ennemis des Langues Etran
geres,
Eftre orgueilleux d'eftre ignorans.
S2
Quelques Seigneurs reftez d'une
Cour plus galante,
Etmoins dure aux Autheurs
d'aujourd'huy,
que celle
Sontencore, il est vray, legenéreux
appuy
Dela Science étonnée &mourante;
Maispourcombien detemps aurezvousleurfecours?
Hélas !j'enpâlis, j'enfriſſonne.
Les trois fitales Sœurs qui n'épargnentperfonne,
Sontpreftes à couper la trame deleurs
jours.
$2
Queferez- vous alors ? Vous rougirez
fansdoute
GALANT. 33
Detout l'efpritque vous aurcz.
Amarante, vous chanterez,
Sans queperfonne vous écoute.
Plus d'un exemple vous répond
Desmalheurs dont icy je vous ay menacée.
Lefçavoir nuit à tout, la mode en est
paffée;
Oncroit qu'unbel Efprit nefçauroit
eftre bon.
S2
Detant de veritez confervezla mémoire;
Qu'ellesfervent à vaincre un aveugle défir,
Necherchez plus unefrivolegloire
Quicaufe tant depeine, &fipeude
plaifir.
Fe la connois, &vous m'en pouvez
croire.
Jamais dinsHipocréne on nem'auroit
và boires
34 MERCURE
Si le Cielm'custlaiffée enpouvoirde
choifir;
Mais hélas! defonfortperfonnen'est
le Maistre,
Lepanchant denos cœurs est toûjours
violent.
J'ayfçufaire des Vers, avant quede
connoiftre
Les chagrins attachez à ce maudit
talent.
Vous que le Cicl n'a point fait
naiftre
Avecce talent queje hais,
Croyez- en mesconfeils, ne l'acqucrez
jamais.
Party.
Les difputes où le brillant
de l'efprit fe fait paroiftre,
font toûjours fort agreables;
cepédant fi nous en croyons
une Illuftre de vostre fexe,
il n'y a rien qui foit plus à
craindre , que de s'acquérir
le nom de bel Efprit. Madame des Houlieres , dont
tous les Ouvrages font fi
eftimez , a traité cette matiere avec un agrément qui
vous charmera. C'eft affez
GALANT 23
que de vous l'avoir nommée,
pour vous faire attendre de
la lecture de ce dernier, tout
le plaifir que vous ont donné
les autres.
25522-52S2S32 23SS
EPITRE CHAGRINE
DE MADAME DES HOULIERES
AMADEMOISELLE ***
Velefpoir vous feduit? Quelle
Ordegloire voustente?
Quelcaprice! àquoypensez vous?
Voulez- vous devenirfçavante?
Hélas ! dubel Efpritfçavez vous les
dégoufts?
Cenomjadisfibeau,firevcréde tous,
24 MERCURE
N'a plus rien, aimable Amarante,
Ny d'honorable ny de doux.
22.
Si-toftqueparla voix commune
De ce titre odieux onſetrouve charge,
De toutes les vertus n'en manquaft- il
pas-une,
Suffit qu'en bel Esprit on vous ait:
érigé,
Pour ne pouvoirprétendre à la moindre Fortune.
$2
Jefeay bien quele Ciel afçû vous departir
Cequifoûtient l'éclat d'uneilluftre
naiſſance,
Quefans espoirde récompenſe
Vous ne travaillerez quepourvous
divertir.
C'est un malheurde moins, mais il en
eftiani d'autres,
Dont
GALANT 25
Donton nepeutfe garantir,
Queje vous verrayrepentir
D'avoirmoins écouté mes raisons que
les veftres.
S&
Pourrez- vous toûjours voir voſtre
Cabinetplein
Etde Pédans & de Poëtes,
Qui vousfatigueront avec unfront
ferein
Desfottifes qu'ils aurontfaites?
Pourrez- vousfupporter qu'un Fat de
qualité,
Quifçait à peine lire , &qu'un caprice guide,
De tous vos Ouvrages décide?
Vnefpr t demalignité
Dansle mondea fçûfe répandre.
On achete un bon Livre , afin de s'en
moquer,
Novembre 1684. C
26 MERCURE
C'eft des pluslongs travaux lefruit
qu'ilfautattendre;
Perfonne nelit pour apprendre,
On nelit quepour critiquer.
Vousricz ! vous croyez mafrayeur
chimérique.
L'amourpropre vous dit tout bas
Queje vousfais grand tort, que vous
ne devez pas
Du plus rude Cenfeur redouter la critique.
Eb- bien confiderez que dans chaque
Maifon
Où vous aura conduit un importun
ufage,
Dés qu'un Laquais aura prononcé
voftre nom,
C'eft unbel Efprit, dira- t- on,
Changeons de voix & de langage.
•
GALANT. 27.
$2
Alorsfur unprécieuxton,
Des plus grands mots faiſant un
affemblage,
On ne vous parlera que d'Ouvrages
nouveaux,
On vous demandera ce qu'il faut
qu'on enpenfe,
Enfaceon vous dira que les voftres
font beaux,
Et l'on pouffera l'imprudence
Infques àvouspreffer d'en dire des
morceaux.
S2
Si tout voflre difcours n'eft obfcur,
emphatique,
Onfe dira tout bas , C'eſt- là ce bel
Efprit!
Tout commeune autre elle s'explique,
On entend tout ce qu'elle dit.
Cij
28 MERCURE
Se
Irez- vous voirjouer une Piece nouvelle,
Ilfaudrapourl' Autheur eftre pleine
d'égards;
Il expliquera tout , mines , geftes,
regards;
Etfifa Piéce n'est pas belle,
Il vous imputera tout ce qu'on dira
d'elle,
Et defa colere immortelle
Il vous faudra courir tous les bazards.
Sa
Mais , me répondrez vous , fortez
d'inquiétude,
Neprenez point pour moy d'inu ,
tiles frayeurs;
Je me déroberayfans peine à ces
malheurs,
Enévitant la folle multitude.
GALANT. 29
$2
Ileft vray ; mais commentpourrezvous éviter
Les chagrins qu'à la Cour un bel
Esprit attire?
Vous ne voulez pas la quiters
Cependantl'air qu'on y respire
Eft mortelpourles Gens quife mêlent
d'écrire.
A réver dans un coin onfe trouve
réduit;
Cen'estpointun contepour rire.
Dés que la Renomée aurafemé le bruit
Que vousfçavez toucher la Lyre,
Hommes , Femmes , tout vous
craindra,
Hommes, Femmes,tout vousfuira,
Parce qu'ils nesçauront en mille ans
que vous dire.
C iij
30 MERCURE
$2
Ils ont là- defusdes travers
Quinepeuventfouffrir d'excuses;
Ilspenfent, quandon a commerce avec
les Mufes,
Qu'on nefçaitfaire que des Vers.
$2
Ce que prêtela Fable à lahaute Eloquence,
Ce que l'Hiftoire a consacré,
Ne vautjamais rien à leur grés
Ce qu'onfait plus qu'eux les
offenfe.
S&
On dirait àles voir, de l'airprésomptueux
Dont ils s'empreffent pour entědre
Des Vers qu'on ne lit pointpour
eux,
Qu'à déciderdetout ils ont droit de
prétendre.
GALANT 31
Surce dehors trompeur onne doitpoint
compter;
Bienfouventfans les écouter,
Plusfouventfansyrien coprendre,
On les voit les blâmer, on les voitles
défendre.
Quelquesfauxbrilläs bien placez
Toute la Piéce eft admirable;
Unmotleur déplaift, c'eft affez,
Toute la Piéce eft déteftable.
S&
Dans ladébanche & dans lejeu
nourris,
Onles voit avec m'fme audace
Parler&d'Homere & d'Horace,
Comparerleurs divins Ecrits,
Confondreleurs beautez, leurtour,
leurs caracteres
Siconnus&fidiférens,
Fraiter des Ouvrages fi grands
Debadinages, de chimeres,
Cüiij
32 MERCURE
Et cruels ennemis des Langues Etran
geres,
Eftre orgueilleux d'eftre ignorans.
S2
Quelques Seigneurs reftez d'une
Cour plus galante,
Etmoins dure aux Autheurs
d'aujourd'huy,
que celle
Sontencore, il est vray, legenéreux
appuy
Dela Science étonnée &mourante;
Maispourcombien detemps aurezvousleurfecours?
Hélas !j'enpâlis, j'enfriſſonne.
Les trois fitales Sœurs qui n'épargnentperfonne,
Sontpreftes à couper la trame deleurs
jours.
$2
Queferez- vous alors ? Vous rougirez
fansdoute
GALANT. 33
Detout l'efpritque vous aurcz.
Amarante, vous chanterez,
Sans queperfonne vous écoute.
Plus d'un exemple vous répond
Desmalheurs dont icy je vous ay menacée.
Lefçavoir nuit à tout, la mode en est
paffée;
Oncroit qu'unbel Efprit nefçauroit
eftre bon.
S2
Detant de veritez confervezla mémoire;
Qu'ellesfervent à vaincre un aveugle défir,
Necherchez plus unefrivolegloire
Quicaufe tant depeine, &fipeude
plaifir.
Fe la connois, &vous m'en pouvez
croire.
Jamais dinsHipocréne on nem'auroit
và boires
34 MERCURE
Si le Cielm'custlaiffée enpouvoirde
choifir;
Mais hélas! defonfortperfonnen'est
le Maistre,
Lepanchant denos cœurs est toûjours
violent.
J'ayfçufaire des Vers, avant quede
connoiftre
Les chagrins attachez à ce maudit
talent.
Vous que le Cicl n'a point fait
naiftre
Avecce talent queje hais,
Croyez- en mesconfeils, ne l'acqucrez
jamais.
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Résumé : EPITRE CHAGRINE DE MADAME DES HOULIERES A MADEMOISELLE ***
Le texte aborde les dangers et les inconvénients liés à l'obtention du titre de 'bel esprit'. Madame des Houlières, dont les œuvres sont très appréciées, met en garde contre les disputes où l'esprit peut briller, mais qui peuvent s'avérer redoutables. Être considéré comme un bel esprit peut entraîner des critiques et des malheurs. Les personnes ainsi étiquetées sont souvent perçues comme manquant de vertus et ne peuvent prétendre à aucune fortune. Le texte décrit les désagréments de la vie d'un bel esprit, notamment les critiques constantes, les pédants et les poètes qui les fatiguent, et les décisions arbitraires des ignorants sur leurs œuvres. Il souligne également les difficultés rencontrées à la cour et les travers des gens qui se mêlent d'écrire. Madame des Houlières conseille de ne pas chercher cette gloire frivole, car elle cause beaucoup de peine et peu de plaisir. Elle regrette d'avoir elle-même acquis ce talent et met en garde contre les chagrins qu'il engendre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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816
p. 98-99
« Je ne suis point étonné, Madame, que les nouvelles Conversations [...] »
Début :
Je ne suis point étonné, Madame, que les nouvelles Conversations [...]
Mots clefs :
Conversations, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je ne suis point étonné, Madame, que les nouvelles Conversations [...] »
Je ne fuis point étonné,
Madame , que les nouvelles
Converſations
que MademoiGALANT
99
felle de Scudéry a données
depuis peu au Public , vous
ayent plûautant que vous me
témoignez.Tout le monde le
y trouve ce caractere noble
& délicat qui eft répandu
dans tous fes Ouvrages ; &
c'est avec beaucoup de raifon
, que M'Sabatier de l'Académie
Royale d'Arles a
dit qu'il n'y a point de matiere
qu'elle ne puiffe traiter
avec une égale force de gé
nie. Je vous envoye les Vers
qu'il luy a adreffez , ne dou
tant pas que vous ne lifiez
avec plaifir les loüanges qu'il
luy donne.
Madame , que les nouvelles
Converſations
que MademoiGALANT
99
felle de Scudéry a données
depuis peu au Public , vous
ayent plûautant que vous me
témoignez.Tout le monde le
y trouve ce caractere noble
& délicat qui eft répandu
dans tous fes Ouvrages ; &
c'est avec beaucoup de raifon
, que M'Sabatier de l'Académie
Royale d'Arles a
dit qu'il n'y a point de matiere
qu'elle ne puiffe traiter
avec une égale force de gé
nie. Je vous envoye les Vers
qu'il luy a adreffez , ne dou
tant pas que vous ne lifiez
avec plaifir les loüanges qu'il
luy donne.
Fermer
817
p. 100-106
A Mlle DE SCUDERY.
Début :
Le croiras-tu, Sapho ? L'on veut que je m'engage [...]
Mots clefs :
Esprit, Vers, Épître, Sapho, Muse, Apollon, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : A Mlle DE SCUDERY.
A Mile DE SCUDERY.
Le queje
m'engage
E croiras - tu, Sapha ? L'on veut
A l'écrire une Epitre ; en ay je le
courage?
Ay je quelque Parterre, oùje trouve
des Fleurs .
Quifoientpeintes pour toy d'affez
vives couleurs ?
En ces Lieux reculez pres de la barbarie
,
Puis -je faire des Vers dignes de ton
génie?
En vain mon efprit rêve à quelques
traits nouveaux
A
Aux bords d'une Fontaine, au murmure
des Eaux.
1
GALANT. IOI
Loin du monde & du bruit, en vain
dans un Boisfombre
Ie confulte ma Muſe àla fraîcheur
de l'ombre,
Tous ces foins ne fçauroientfervir à
mon deffein.
Ce Bois eft éloigné de ceux de Sains
Germain,
Et les Eaux que répand cette claire
Fontaine,
Nefe vont pas mêler aux ondes de
la Seine.
Ainfi dois-je, Sapho, fans qu'il en 2
foit befoin,
Fatiguer mon efprit d'un inutile
Join ?
Pour lower tes vertus qu'Apollon
mesme chante,
Dois -je employer ma voix & grof
fiere & tremblante?
Non, je ne prétens pas d'un efprit
égaré
102 MERCURE
Faire aupied du Parnaffe un naufrage
affuré.
C'est ainsi que fur Mer un Nocher
iémeraire
Rend,feachant le danger, faperte
volontaire.
De mesfoibles efforts mon efprit
prévenu,
N'a garde de donner contre un écueil
connu .
Puis -je, aidéfoiblement des Filles
de Mémoire,
Toucher à tant d'endroits qui foùtiennent
la gloire?
Ce n'est paspar les voeux d'unefoule
d'Amans
,
Que ton Sexe reçoitfesplus beaux
ornemenss
Je ne compte pourrien qu'il tire par
fes charmes
Lefrivole tribut desfoupirs & des
larmes.
GALANT 103
Que ce Sexe eft orné defolides honneurs,
Quand lafeule vertu faitfes Adorateurs!
Que nete doit- il pas quand ta vertus
Sublime
T'auire des Sçavans le refpect légi
time?
< P >
Leurs efprits admirant tes Ouvrages
divers,
Sontinftruits par ta Profe, & charmez
par des Vers.
Quet eftten noblefeu ! quelle eft tare
politeffe !
La délicate Rome , & L'éloquente
Gréce ,
Ont elles plus montré d'attraits dans
Leur difcours
Qu'on en voit dans les tiens qui
brilléront toûjours?
Nom veux-tu prudemment remettre
en la mémoire
104 MERCURE
Lesplusgrands des Héros que célebre
l'Hiftoire
,
Ils ont dans tes Ecrits & leur air,
& leur tons
Céfarparle en Céfar, Caton parle en›
Caton.
Enfin quand il te plaift, ton efpritz
nous rameine
Et la vertu des Grecs, & la grandeur
Romaine.
Tu fais encore plus ; tes Ecrits im
martels
Sont dignes de LOVIS , ils parent
fes Autels.
Si tu veux quelquefois par une main
habile
Bedrefferde nos moeurs la route dif- ››
ficiles
Si tu veux, t'éloignant d'un fi grave,
projet,
De mille traits fleuris embellir un
Sujet,
GALANT 10
En quelques tours divèrs que tons
efprit fe plie,
Tu montres ton folide & fertile
génie,
Ilfe répand par tout, &ſon cours eft
heureux,
Semblable en cet état à ce FleuvC
fameux
Qui nefort defon litque pour rendre ,
féconde
Par le cours de fes eaux la Plaine
qu'il inonde..
Toute l'Europe fçait , Sapho, ce que
tu vaux.
Dois-je t'importuner par mes foibles:
travaux?
Le les connois affez ; n'est- ce pas à
bon titre
Queje n'ay pas voulu t'adreffer une
Epitre ?
Cependant jefinis, &je m'apperçois,
bien
106 MERCURE
Qu'ilfaut à ton efprit unplus noble
entretien.
Je n'ay tracé ces Vers, que pour te
pouvoir dire,poti bub
Mon illuftre Sapho , que je n'ofois
d'écrire.
Le queje
m'engage
E croiras - tu, Sapha ? L'on veut
A l'écrire une Epitre ; en ay je le
courage?
Ay je quelque Parterre, oùje trouve
des Fleurs .
Quifoientpeintes pour toy d'affez
vives couleurs ?
En ces Lieux reculez pres de la barbarie
,
Puis -je faire des Vers dignes de ton
génie?
En vain mon efprit rêve à quelques
traits nouveaux
A
Aux bords d'une Fontaine, au murmure
des Eaux.
1
GALANT. IOI
Loin du monde & du bruit, en vain
dans un Boisfombre
Ie confulte ma Muſe àla fraîcheur
de l'ombre,
Tous ces foins ne fçauroientfervir à
mon deffein.
Ce Bois eft éloigné de ceux de Sains
Germain,
Et les Eaux que répand cette claire
Fontaine,
Nefe vont pas mêler aux ondes de
la Seine.
Ainfi dois-je, Sapho, fans qu'il en 2
foit befoin,
Fatiguer mon efprit d'un inutile
Join ?
Pour lower tes vertus qu'Apollon
mesme chante,
Dois -je employer ma voix & grof
fiere & tremblante?
Non, je ne prétens pas d'un efprit
égaré
102 MERCURE
Faire aupied du Parnaffe un naufrage
affuré.
C'est ainsi que fur Mer un Nocher
iémeraire
Rend,feachant le danger, faperte
volontaire.
De mesfoibles efforts mon efprit
prévenu,
N'a garde de donner contre un écueil
connu .
Puis -je, aidéfoiblement des Filles
de Mémoire,
Toucher à tant d'endroits qui foùtiennent
la gloire?
Ce n'est paspar les voeux d'unefoule
d'Amans
,
Que ton Sexe reçoitfesplus beaux
ornemenss
Je ne compte pourrien qu'il tire par
fes charmes
Lefrivole tribut desfoupirs & des
larmes.
GALANT 103
Que ce Sexe eft orné defolides honneurs,
Quand lafeule vertu faitfes Adorateurs!
Que nete doit- il pas quand ta vertus
Sublime
T'auire des Sçavans le refpect légi
time?
< P >
Leurs efprits admirant tes Ouvrages
divers,
Sontinftruits par ta Profe, & charmez
par des Vers.
Quet eftten noblefeu ! quelle eft tare
politeffe !
La délicate Rome , & L'éloquente
Gréce ,
Ont elles plus montré d'attraits dans
Leur difcours
Qu'on en voit dans les tiens qui
brilléront toûjours?
Nom veux-tu prudemment remettre
en la mémoire
104 MERCURE
Lesplusgrands des Héros que célebre
l'Hiftoire
,
Ils ont dans tes Ecrits & leur air,
& leur tons
Céfarparle en Céfar, Caton parle en›
Caton.
Enfin quand il te plaift, ton efpritz
nous rameine
Et la vertu des Grecs, & la grandeur
Romaine.
Tu fais encore plus ; tes Ecrits im
martels
Sont dignes de LOVIS , ils parent
fes Autels.
Si tu veux quelquefois par une main
habile
Bedrefferde nos moeurs la route dif- ››
ficiles
Si tu veux, t'éloignant d'un fi grave,
projet,
De mille traits fleuris embellir un
Sujet,
GALANT 10
En quelques tours divèrs que tons
efprit fe plie,
Tu montres ton folide & fertile
génie,
Ilfe répand par tout, &ſon cours eft
heureux,
Semblable en cet état à ce FleuvC
fameux
Qui nefort defon litque pour rendre ,
féconde
Par le cours de fes eaux la Plaine
qu'il inonde..
Toute l'Europe fçait , Sapho, ce que
tu vaux.
Dois-je t'importuner par mes foibles:
travaux?
Le les connois affez ; n'est- ce pas à
bon titre
Queje n'ay pas voulu t'adreffer une
Epitre ?
Cependant jefinis, &je m'apperçois,
bien
106 MERCURE
Qu'ilfaut à ton efprit unplus noble
entretien.
Je n'ay tracé ces Vers, que pour te
pouvoir dire,poti bub
Mon illuftre Sapho , que je n'ofois
d'écrire.
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818
p. 213-214
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Mr Moret Sr de la Fayolle, Avocat au Parlement, [...]
Mots clefs :
Abjuration, Hérésie, Archevêque, Lumières, Consistoire, Synode, Vérités catholiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversions, [titre d'après la table]
M'Moret S ' de la Fayolle,
Avocat au Parlement , fit
le mois paffé abjuration de
l'Heréfie entre les mains de
Ml'Archevefque de Paris.
Il demeure ordinairement à
Poitiers, où fon changement
doit d'autant plus ébranler
ceux de fon Party , que fon
mérite , & la connoiffance
qu'ils ont de fes profondes
lumiéres , les avoient
obligez plufieurs fois de le
214 MERCURE
charger du foin de leurs Affai
res les plus importantes dans
leurs Confiftoires
& Syno.
des . Un Homme aufli éclairé
& auffi fage que luy , n'a pû
prendre une femblable rélolution
, qu'apres avoir efté
parfaitement convaincu des
veritez Catholiques
.
Avocat au Parlement , fit
le mois paffé abjuration de
l'Heréfie entre les mains de
Ml'Archevefque de Paris.
Il demeure ordinairement à
Poitiers, où fon changement
doit d'autant plus ébranler
ceux de fon Party , que fon
mérite , & la connoiffance
qu'ils ont de fes profondes
lumiéres , les avoient
obligez plufieurs fois de le
214 MERCURE
charger du foin de leurs Affai
res les plus importantes dans
leurs Confiftoires
& Syno.
des . Un Homme aufli éclairé
& auffi fage que luy , n'a pû
prendre une femblable rélolution
, qu'apres avoir efté
parfaitement convaincu des
veritez Catholiques
.
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Résumé : Conversions, [titre d'après la table]
M'Moret S' de la Fayolle, avocat au Parlement, a abjuré l'hérésie devant l'Archevêque de Paris. Habitant Poitiers, cette décision pourrait perturber ses partisans, qui lui confiaient souvent la gestion d'affaires importantes. Sa conversion reflète une conviction profonde des vérités catholiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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819
p. 272-274
A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Début :
Mr le Duc de Saint Aignan a un mérite si genéralement / Favory des Neuf Soeurs, tu sçais plaire omnibus, [...]
Mots clefs :
Favori, Trésor, Aimer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
M' le Duc de Saint Aignan
a un mérite fi genéralement
reconnu , qu'il donne lieu
tous les jours à toutes fortes
d'Ouvrages d'efprit. En voicy
un que vous aimerez. Il cft
de Madame des Houlieres,
fur des Bouts- rimez qui ont
cours depuis deux mois.
GALANT. 273
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN.
F
Avery
Avory des NeufSaurs, tufçais
plaire omnibus;
Doux à qui i'cftfoumis, fatal à qui
to fâche,
Tufers LOVIS LE GRAND fans
cfpoir,fans relâche,
Etde quatre tu fais donner la mart
tribus.
$2
Tupourrois infpirer la valeur auplus
lâche,
GrandDuc, on voit revivre en toy
Gafton Phebus,
Tufçais l'art d'employer noblement
ton quibus;
Atespropres dépens plus d'un bel
Efpritmâche.
274 MERCURE
S2
Le Sort pour toy conftant, t'aime,
te rit; Itcm ,
Te deftine un Trefor ( c'est là le
tu-autem )
Qu'un Etranger cacha durant une
grande ire.
$2
Tupeux encore aimer, &faire dire
amo.
Que ton Hiftoire unjourferaplaiſir
à lire,
Sijamais on l'écrit fideli calamo!
a un mérite fi genéralement
reconnu , qu'il donne lieu
tous les jours à toutes fortes
d'Ouvrages d'efprit. En voicy
un que vous aimerez. Il cft
de Madame des Houlieres,
fur des Bouts- rimez qui ont
cours depuis deux mois.
GALANT. 273
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN.
F
Avery
Avory des NeufSaurs, tufçais
plaire omnibus;
Doux à qui i'cftfoumis, fatal à qui
to fâche,
Tufers LOVIS LE GRAND fans
cfpoir,fans relâche,
Etde quatre tu fais donner la mart
tribus.
$2
Tupourrois infpirer la valeur auplus
lâche,
GrandDuc, on voit revivre en toy
Gafton Phebus,
Tufçais l'art d'employer noblement
ton quibus;
Atespropres dépens plus d'un bel
Efpritmâche.
274 MERCURE
S2
Le Sort pour toy conftant, t'aime,
te rit; Itcm ,
Te deftine un Trefor ( c'est là le
tu-autem )
Qu'un Etranger cacha durant une
grande ire.
$2
Tupeux encore aimer, &faire dire
amo.
Que ton Hiftoire unjourferaplaiſir
à lire,
Sijamais on l'écrit fideli calamo!
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Résumé : A MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN.
Madame des Houlières a dédié un poème au Duc de Saint Aignan, intitulé 'GALANT'. Ce poème loue ses talents et ses mérites, sa capacité à inspirer et à plaire. Il le compare à Louis le Grand et souligne son soutien à des esprits brillants. Le sort lui est favorable, et son histoire pourrait être plaisante à lire si elle est fidèlement écrite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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820
p. 297-299
ENIGME.
Début :
Des deux nouvelles Enigmes que je vous envoye, la pr[e]miere / Vous autres Curieux qui voulez tout sçavoir, [...]
Mots clefs :
Surtout
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , la
298 MERCURE
prmiere eft de M' Diéreville
du Pont-l'Evefque , & la feconde
de Sylvie du Havre .
ENIGME.
V
Ous autres Curieux qui voulez
toutfçavoir,
il faut contenter voſtre envie .
Je fuis un nouveau né, brunet,grifon,
blanc, noir,
La couleur ne dépendque de lafantaifie,
Et chacun me diverfifie
Selon qu'il en a lepouvoir.
Fe fers aux Champs comme à la
Ville,
Etfuis de toutes les faifons;
Mais c'eft dans le temps des glacons
++;
GALANT. 299
Qu'on me trouve le plus utile.
Ie fais honneur à qui jefuis,
Ie le diftingue du vulgaire,
Ilfemble que je l'enrichis ,
Mais auffi quelquefois je cache fa
mifere.
Ceux qu'on voit aujourd'huyfou
Amis,
Par une catastrophe étrange,
Faifoient jadis fculs mon employs
Voyez unpeu comme tout change.
Ie nefuis pasjufte, il est vray,
Mais en celaje vous diray
Que la mode eft de ne pas l'eftre,
Et qu'ainfi je plais à mon Maiftre.
que je vous envoye , la
298 MERCURE
prmiere eft de M' Diéreville
du Pont-l'Evefque , & la feconde
de Sylvie du Havre .
ENIGME.
V
Ous autres Curieux qui voulez
toutfçavoir,
il faut contenter voſtre envie .
Je fuis un nouveau né, brunet,grifon,
blanc, noir,
La couleur ne dépendque de lafantaifie,
Et chacun me diverfifie
Selon qu'il en a lepouvoir.
Fe fers aux Champs comme à la
Ville,
Etfuis de toutes les faifons;
Mais c'eft dans le temps des glacons
++;
GALANT. 299
Qu'on me trouve le plus utile.
Ie fais honneur à qui jefuis,
Ie le diftingue du vulgaire,
Ilfemble que je l'enrichis ,
Mais auffi quelquefois je cache fa
mifere.
Ceux qu'on voit aujourd'huyfou
Amis,
Par une catastrophe étrange,
Faifoient jadis fculs mon employs
Voyez unpeu comme tout change.
Ie nefuis pasjufte, il est vray,
Mais en celaje vous diray
Que la mode eft de ne pas l'eftre,
Et qu'ainfi je plais à mon Maiftre.
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821
p. 299-301
AUTRE ENIGME.
Début :
De trois Enfans produits de mesme Mere, [...]
Mots clefs :
Verjus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
D
E trois Enfans produits de
mefme Mere,
Lefuis l'aîné, maisje n'en vaux pas
mieuxi
300 MERCURE
Surmoy l'on voit mon fecond Frere
Emporter le prix en tous lieux.
Pourmon cadet,je puis (ans médi-
Sance
Publier qu'on me doitfur luy lapréference.
$ 2
Comme aînéje devrois eftre plus rigoureux,
Et je ne fuisfouvent qu'un pauvre
Langoureux
Qui nepeux pas me confervermoymefme;
-Sans lefecours du Frere de Vénus,
Mon teint& ma couleurfont bientoft
devenus
Des objets déplaifans , & d'un dégouſt
extréme.
22
Quandje fuisjeune, on m'estime
meilleur
2
sans pareil- le
199
out languissant
au
O
a bouteille e ne craitplus
49
tout expres pour noy =
uuons along
Jeff's tout langu
D'une jeune Merv
€
E
M
De
ه ل ل ا ة ف ا خ
Eur
jane, on m'estime
GALANT. 301
Quequanddevenu vicux je change
de couleur;
Il estpea de Feftins où l'on ne nous
convie,
Mes Freres auffi- bien que moys
Et c'est là que toujours nous finiſſons
larie,
N'ayantpas cependant tous trois un
mefme employ.
D
E trois Enfans produits de
mefme Mere,
Lefuis l'aîné, maisje n'en vaux pas
mieuxi
300 MERCURE
Surmoy l'on voit mon fecond Frere
Emporter le prix en tous lieux.
Pourmon cadet,je puis (ans médi-
Sance
Publier qu'on me doitfur luy lapréference.
$ 2
Comme aînéje devrois eftre plus rigoureux,
Et je ne fuisfouvent qu'un pauvre
Langoureux
Qui nepeux pas me confervermoymefme;
-Sans lefecours du Frere de Vénus,
Mon teint& ma couleurfont bientoft
devenus
Des objets déplaifans , & d'un dégouſt
extréme.
22
Quandje fuisjeune, on m'estime
meilleur
2
sans pareil- le
199
out languissant
au
O
a bouteille e ne craitplus
49
tout expres pour noy =
uuons along
Jeff's tout langu
D'une jeune Merv
€
E
M
De
ه ل ل ا ة ف ا خ
Eur
jane, on m'estime
GALANT. 301
Quequanddevenu vicux je change
de couleur;
Il estpea de Feftins où l'on ne nous
convie,
Mes Freres auffi- bien que moys
Et c'est là que toujours nous finiſſons
larie,
N'ayantpas cependant tous trois un
mefme employ.
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822
p. 304-309
Audience donnée par M. le Marquis de Seignelay aux Envoyez de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy de Siam estant en peine de l'arrivée des Ambassadeurs [...]
Mots clefs :
Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Roi de Siam, Envoyés, Pays, Marquis, Audience, Compagnie des Indes orientales, Révérences, Ambassadeurs, Ambassade
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texteReconnaissance textuelle : Audience donnée par M. le Marquis de Seignelay aux Envoyez de Siam, [titre d'après la table]
Le Roy de Siam eftant en
peine de l'arrivée des Am
baffadeurs qu'il envoya en
1680. au Roy , & ayant appris
par toutes les Nouvelles de
l'Europe, que le Vaiffeau fur
lequel ils s'eftoient embarquez
eftoit perdu , il choiſit
deux des Officiers de fa Maifon
pour eftre envoyez en
France , & en cas que ces
GALANT. 305
Ambaffadeurs y fuffent, leur
remettre la négotiation dont
ils eftoient chargez pour l'é
tabliffement d'un Commerce
entre la Compagnie des Indes
Orientales , & les Sujets
de ce Prince ; & comme le
Roy de Siam a beaucoup de
confiance aux Miffionnaires-
Apoftoliques qui font en ce
Païs -là , il pria M ' l'Evefque
de Metollopolis de joindre à
ces deux Officiers un Miffionnaire
pour les accompa
gner dans ce Voyage. M
Vachet, ancien Miffionnaire
de Cochinchine , ayant efté
Novembre 1684. C c
i
306 MERCURE
choify , les deux Envoyez
Okonne Pichay Valhiten ,
Khonne Pichife On ay tri , avec
fix autres Siamois &mun
Interprete du Païs , partirent
fur un Vaiffeau Anglois les
25. Janvier dernier , & apres
avoir paffé en Angleterre , ils
arrivérent à Calais , où ils fu
rent reçeus par les ordres que
M' le Marquis de Seignelay
avoit donnez pour les faire
conduire à Paris aux dépens
du Roy. Ce Marquis leur en
voya deux Carroffes , pour
rendre à l'Audience qu'il leur
a donnée , & les reçcut dans
fe
GALANT 307
ཋཱ་
fon Cabinet. Ces Envoyez,
apres avoir fait trois réveren
ces la face en terre , & les deux
mains jointes , élevées juſques
au fommet de la tefte , en la
maniere de leur Païs , s'affirent
fur un Tapis , & expliquérent
les principaux Chefs
de leur négotiation pour ce
qui regarde le Commerce, &
dirent en fuite , Qu'ils eftoient
chargez de la part de leur Roy,
de témoigner fa joye de la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ; & que dans l'efpérance
que ce Prince avoit conçue
d'une Ambaſſade de la part de Sa
Cc ij
308 MERCURE
Majefté, il avoit fait baftir une
Maifon pour la recevoir, & une
tres grande Eglife pour les Chrétiens.
M' le Marquis de Seignelay,
apres les avoir remerciez de
leur civilité , & leur avoir fait
connoiftre qu'ils avoient efté
traitez par ordre du Roy, leur
témoigna , Que c'eftoit avec
douleur qu'il croyoit que le Vaiffean
fur lequel eftoit embarquez
Les Ambaffadeurs envoyez en
1680. eftoit perdu ; qu'il rendroit
compte à Sa Majefté de ce qu'ils
Luy avoient dit de la part du Roy
laur Maifire ; & qu'il pouvoit
GALANT. 309.
leur dire par avance,que Sa Majesté
eftoit difpofée à iuy envoyer
une Ambaffade, pour luy donner
des marques de l'amitié que Sa
Majefte luy accordoit d'autant
plus volontiers , qu'Elle eſpéroit
que le Roy de Siam inftruit des
erreurs de l'Idolâtrie, affermiroit
cette amitié par le lien d'une
mefme Religion. Les Envoyez
offrirent en fuite leurs Préfcns
, & furent conduits chez
eux de la mefme maniere
qu'ils avoient efté amenez .
peine de l'arrivée des Am
baffadeurs qu'il envoya en
1680. au Roy , & ayant appris
par toutes les Nouvelles de
l'Europe, que le Vaiffeau fur
lequel ils s'eftoient embarquez
eftoit perdu , il choiſit
deux des Officiers de fa Maifon
pour eftre envoyez en
France , & en cas que ces
GALANT. 305
Ambaffadeurs y fuffent, leur
remettre la négotiation dont
ils eftoient chargez pour l'é
tabliffement d'un Commerce
entre la Compagnie des Indes
Orientales , & les Sujets
de ce Prince ; & comme le
Roy de Siam a beaucoup de
confiance aux Miffionnaires-
Apoftoliques qui font en ce
Païs -là , il pria M ' l'Evefque
de Metollopolis de joindre à
ces deux Officiers un Miffionnaire
pour les accompa
gner dans ce Voyage. M
Vachet, ancien Miffionnaire
de Cochinchine , ayant efté
Novembre 1684. C c
i
306 MERCURE
choify , les deux Envoyez
Okonne Pichay Valhiten ,
Khonne Pichife On ay tri , avec
fix autres Siamois &mun
Interprete du Païs , partirent
fur un Vaiffeau Anglois les
25. Janvier dernier , & apres
avoir paffé en Angleterre , ils
arrivérent à Calais , où ils fu
rent reçeus par les ordres que
M' le Marquis de Seignelay
avoit donnez pour les faire
conduire à Paris aux dépens
du Roy. Ce Marquis leur en
voya deux Carroffes , pour
rendre à l'Audience qu'il leur
a donnée , & les reçcut dans
fe
GALANT 307
ཋཱ་
fon Cabinet. Ces Envoyez,
apres avoir fait trois réveren
ces la face en terre , & les deux
mains jointes , élevées juſques
au fommet de la tefte , en la
maniere de leur Païs , s'affirent
fur un Tapis , & expliquérent
les principaux Chefs
de leur négotiation pour ce
qui regarde le Commerce, &
dirent en fuite , Qu'ils eftoient
chargez de la part de leur Roy,
de témoigner fa joye de la naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne ; & que dans l'efpérance
que ce Prince avoit conçue
d'une Ambaſſade de la part de Sa
Cc ij
308 MERCURE
Majefté, il avoit fait baftir une
Maifon pour la recevoir, & une
tres grande Eglife pour les Chrétiens.
M' le Marquis de Seignelay,
apres les avoir remerciez de
leur civilité , & leur avoir fait
connoiftre qu'ils avoient efté
traitez par ordre du Roy, leur
témoigna , Que c'eftoit avec
douleur qu'il croyoit que le Vaiffean
fur lequel eftoit embarquez
Les Ambaffadeurs envoyez en
1680. eftoit perdu ; qu'il rendroit
compte à Sa Majefté de ce qu'ils
Luy avoient dit de la part du Roy
laur Maifire ; & qu'il pouvoit
GALANT. 309.
leur dire par avance,que Sa Majesté
eftoit difpofée à iuy envoyer
une Ambaffade, pour luy donner
des marques de l'amitié que Sa
Majefte luy accordoit d'autant
plus volontiers , qu'Elle eſpéroit
que le Roy de Siam inftruit des
erreurs de l'Idolâtrie, affermiroit
cette amitié par le lien d'une
mefme Religion. Les Envoyez
offrirent en fuite leurs Préfcns
, & furent conduits chez
eux de la mefme maniere
qu'ils avoient efté amenez .
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Résumé : Audience donnée par M. le Marquis de Seignelay aux Envoyez de Siam, [titre d'après la table]
En 1684, le roi de Siam, préoccupé par la perte d'un vaisseau transportant des ambassadeurs envoyés en 1680, désigna deux officiers pour négocier un accord commercial avec la Compagnie des Indes Orientales. Il demanda également à l'évêque de Metollopolis d'inclure le missionnaire M. Vachet dans la délégation. Les envoyés, Okonne Pichay Valhiten et Khonne Pichise On ay tri, accompagnés de six autres Siamois et d'un interprète, partirent le 25 janvier 1685 sur un vaisseau anglais. Après un passage en Angleterre, ils arrivèrent à Calais, puis furent conduits à Paris aux frais du roi de France. Le marquis de Seignelay les accueillit et écouta leurs propositions commerciales. Ils exprimèrent la joie du roi de Siam pour la naissance du duc de Bourgogne et mentionnèrent la construction d'une maison et d'une église pour les chrétiens. Le marquis de Seignelay assura que le roi de France était prêt à envoyer une ambassade en retour, espérant la conversion du roi de Siam au christianisme pour renforcer leur amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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823
p. 309-310
« Je remets au mois prochain à vous parler de ce que ces Envoyez ont fait à [...] »
Début :
Je remets au mois prochain à vous parler de ce que ces Envoyez ont fait à [...]
Mots clefs :
Envoyés, Grandeur de la France, Roi, Coutume et religion des Siamois
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texteReconnaissance textuelle : « Je remets au mois prochain à vous parler de ce que ces Envoyez ont fait à [...] »
Je remets au mois prochain à vous
parler de ce que ces Envoyez ont fait à
Paris. Comme ils y doivent paffer cncore
quelque temps , jauray plus de par
310 MERCURE
ticularitez à vous apprendre à la fois de
Tétonement que la grandeur de la France
leur a caufé . Je vous apprendray en
mefmetemps ce qui s'eft pallé quand ils
ont vu le Roy , ce que je ne puis faire
préfentement , eftant preffe de finir ma
Lettre. Depuis ce que je vous ay écrit
des coûtumes & de la Religion des Siamois
,le S ' de Luyne Libraire en adonné
au Public une nouvelle Relation.
parler de ce que ces Envoyez ont fait à
Paris. Comme ils y doivent paffer cncore
quelque temps , jauray plus de par
310 MERCURE
ticularitez à vous apprendre à la fois de
Tétonement que la grandeur de la France
leur a caufé . Je vous apprendray en
mefmetemps ce qui s'eft pallé quand ils
ont vu le Roy , ce que je ne puis faire
préfentement , eftant preffe de finir ma
Lettre. Depuis ce que je vous ay écrit
des coûtumes & de la Religion des Siamois
,le S ' de Luyne Libraire en adonné
au Public une nouvelle Relation.
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Résumé : « Je remets au mois prochain à vous parler de ce que ces Envoyez ont fait à [...] »
Le texte annonce un report des actions des envoyés à Paris pour la prochaine lettre. Ces envoyés y resteront pour permettre à l'auteur de recueillir des détails sur les réactions et l'admiration suscitée par la France. L'auteur mentionne également une rencontre avec le roi, mais ne peut la décrire actuellement. Depuis la dernière lettre sur les coutumes et la religion des Siamois, le sieur de Luyne a publié une nouvelle relation sur le sujet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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824
s. p.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Début :
MONSEIGNEUR, Voici la neufiéme année que la gloire de vostre [...]
Mots clefs :
Épîtres, France, Princesse, Éloges, Grands, Sapho, Mérite
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
IGNEUR
LE
ONSIIGNEVR,
r Voicy la ncuiféme Annie
que [la gloire de ruoftre
Nom rend le Mercure
considérablea toute l'Eu-
rope. Dou&e Epitres au
commencement Sautant
de Volumu, ont parléd'a-
bord de tout ce que vous
a<veZj fait de remarqua-
blejsi dans ceux qui
les ontfuivy\ Je n'ay que
de temps en temps étale
dans d'autres ce que la
France admiroit en Vous,
çtfi parce que faj appré-.
hendé que le grand nom-
bre de ces Panigiriqueii
naccablafivofire modefiie
Ainfij~ay crû queJe devois.
feulement laisser cet au-
gusteblom à la teste de cet
Ourvragc, afin qu'on ne
doutafipoint qu'il nefujî
a ou*. Je croy pourtant,
MONSEIGNEUR, lors que
je regarde cette jincere
parfaiteunion qui regne
entre Vous f5 lincompa-
rablePrincesse que le Ciel
vous a donnée pour Epou-
se, que je puisluy parler
lcy comme a une autrepar-
tie de Vous-mesme, fS'
quefantcelle que vom
aimeZj le plus5 j'enferay,
mieux ma cour auprès de
rouf. Cesï ce quim'en-
gage à prendre la liberte
deluj dire,
QSMADAME,
Quoy que cefoit aujour-
r Ph t, ,rd/huy un jour ou. I"usage
wutque lonfaffe deffou-
haits, quels vœux peut-on
faire pour unegrandePrtn-
cesse, dont la hante Naf-
sance eji le moindre deses
avantages? gj9 quelles
louanges peut-on luy don-
ner, lors quelle ejl au des-
sUs de tous les Eloges?
Vojfre esprit,quon peut
appelleruniversel5 a paru
toujours admirable a tous
ceux qui ont eu l'honneur
de vous approcher. Vos
yeux font connolJlfre ce que
la vérité me fait dire icy;
Lors que Madame de
Maintenon vous alla re--
cevoir sur la Frontterey
elle écrivit au Roy, dû-
qu'elle eut eu l'honneur de
vousvoir, Que le feu de
vos yeux, & l'esprit qui
paroissoit dans -
toutes
vos manieres, estoient,
des chosesque les paroles 1
& la peinture estoient
incapables d'exprimer.
Vous parlez,plusieursLan-
gues avec la mesme faci-
lité que si elles vous es-
toient naturelles, eS jugtZ-J
admirablement de toutes.
choses. Je lAijfc la avan-
1
tagu que vous avegj a
chanter avec méthode, a
Jouer du Clavecin, a def-
(iner, à dancer dune ma-
nierc noble Ç53 aifée.T"ou-
tel ce4 perfections font re-
levéed par une devotion
exemplaire, qui eji d'au-
tant plus à estimer, qu-
ajanttoujours esié reglée
sans tropparottre, on ne
peut douter quelle ne foit
t ,-y-.verItalie.Tous ceux nue
vous hfJnorez.., de rvcjlfc
efitme,se doivent ajfurer-
LE
ONSIIGNEVR,
r Voicy la ncuiféme Annie
que [la gloire de ruoftre
Nom rend le Mercure
considérablea toute l'Eu-
rope. Dou&e Epitres au
commencement Sautant
de Volumu, ont parléd'a-
bord de tout ce que vous
a<veZj fait de remarqua-
blejsi dans ceux qui
les ontfuivy\ Je n'ay que
de temps en temps étale
dans d'autres ce que la
France admiroit en Vous,
çtfi parce que faj appré-.
hendé que le grand nom-
bre de ces Panigiriqueii
naccablafivofire modefiie
Ainfij~ay crû queJe devois.
feulement laisser cet au-
gusteblom à la teste de cet
Ourvragc, afin qu'on ne
doutafipoint qu'il nefujî
a ou*. Je croy pourtant,
MONSEIGNEUR, lors que
je regarde cette jincere
parfaiteunion qui regne
entre Vous f5 lincompa-
rablePrincesse que le Ciel
vous a donnée pour Epou-
se, que je puisluy parler
lcy comme a une autrepar-
tie de Vous-mesme, fS'
quefantcelle que vom
aimeZj le plus5 j'enferay,
mieux ma cour auprès de
rouf. Cesï ce quim'en-
gage à prendre la liberte
deluj dire,
QSMADAME,
Quoy que cefoit aujour-
r Ph t, ,rd/huy un jour ou. I"usage
wutque lonfaffe deffou-
haits, quels vœux peut-on
faire pour unegrandePrtn-
cesse, dont la hante Naf-
sance eji le moindre deses
avantages? gj9 quelles
louanges peut-on luy don-
ner, lors quelle ejl au des-
sUs de tous les Eloges?
Vojfre esprit,quon peut
appelleruniversel5 a paru
toujours admirable a tous
ceux qui ont eu l'honneur
de vous approcher. Vos
yeux font connolJlfre ce que
la vérité me fait dire icy;
Lors que Madame de
Maintenon vous alla re--
cevoir sur la Frontterey
elle écrivit au Roy, dû-
qu'elle eut eu l'honneur de
vousvoir, Que le feu de
vos yeux, & l'esprit qui
paroissoit dans -
toutes
vos manieres, estoient,
des chosesque les paroles 1
& la peinture estoient
incapables d'exprimer.
Vous parlez,plusieursLan-
gues avec la mesme faci-
lité que si elles vous es-
toient naturelles, eS jugtZ-J
admirablement de toutes.
choses. Je lAijfc la avan-
1
tagu que vous avegj a
chanter avec méthode, a
Jouer du Clavecin, a def-
(iner, à dancer dune ma-
nierc noble Ç53 aifée.T"ou-
tel ce4 perfections font re-
levéed par une devotion
exemplaire, qui eji d'au-
tant plus à estimer, qu-
ajanttoujours esié reglée
sans tropparottre, on ne
peut douter quelle ne foit
t ,-y-.verItalie.Tous ceux nue
vous hfJnorez.., de rvcjlfc
efitme,se doivent ajfurer-
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825
p. 1-85
EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Je croy, Madame, que je ne puis mieux répondre à / L'Allégorie est la maniere la plus ancienne d'exprimer [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XIV, Prince, Hollande, Guerre, France, Paix, Tableaux, Justice, Espagne, Main, Mars, Femme, Couronne, Fleurs, Sujet, Ovale, Trône, Côté, Minerve, Miroirs, Parois, Valeur, Force, Forme, Abondance, Ennemis, Flandre, Comte, Campagnes, Aigle, Lion, Épée, Hiver, État, Gloire, Finances, Commerce, Ambassadeur, Violence, Conquêtes, Allemagne, Soldats, Charles Le Brun, Galerie de Versailles
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
E croy, Madame, que je
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
Fermer
826
p. 114-121
Eglogue de Madame des Houlieres, [titre d'après la table]
Début :
Voicy des Vers qui sont admirez de toute la Cour. / La Terre fatiguée, impuissante, inutile, [...]
Mots clefs :
Hélas, Appas, Bocage, Dire, Lieux, Hiver, Tircis, Bergère, Troupeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eglogue de Madame des Houlieres, [titre d'après la table]
Voicy des Vers qui sont
admirez de toute la Cour;
Ils sont de Madame des Houlieres,c'est tout dire., i
LA Terrefitiguéimpitiffk'atey
inutile,
Fréparait à rHJverun triomphe
facile.
LeSoleilsans éçlaiprécipitantfin.
cours,
JRendait déjàles nuits plus longues
que letjeurs,
JVvandU Bergere Iris de mille appas,
ornée,
it malgrétant d'appas Amante infortunée,
RegardantlesBuissons a demy dé- pouillcz.
Vous, que mes pleurs, dit die, ont
ta&t defols 1tlo'¡illez
De l'Automne en counoux rcfftntez les.
outrages,
Tombez, Feuilles, tombez, vous dont:
les noirs ombrages
Des plaijirs de Tiretsfaifsient les
fûretez,
Etpayez les chagrins que vousmavez coûtez.
Lieux toujours opposezau bonhclIYde ma vie,
C'est icy qua l'Amour je me vis
asservie.
Icyfay vu l'iiigratqui- me tientfous
sesloixi
Jcyjayfoûpirépourlapremiere fois*-
Mats tandis quepourluyjecraignais* mesfoibîtjfes,
il appelloitfin chien,Caccablçit de
carejjesi
Du desordreoujeHoisloin desipré--
iMloir^
Le Cruelne vitrienrou ne voulut rieh
VOIr.
Ilhua mes Moutons, mon Habit, flJ/J
Houlete,
iltrioffrit de chanter lin Airsursa
Mufte;
il votilutm'enseigner quelleherbe va
paissant
Tour reprendresaforce un Troupeau
languissant;
Ce que fait le Soltildes hrouillers
qu'ilAttire,
N'avIJit.itrien,hélus! deplut doux
a me dire?
Depuis cejourfatal queriay-jepoint
fouffcft?
l/llbflnce, laraison,l'orgueil, rienne
mefert. fay de nos vieux PaHeursconfiâtele
plu*(âge;
j'aymistouffu conseilsvainement
enuflgej
De Victimes, d1Encensfayfatigue
lesDieux; dautres Bergerssouvent
tournélesyeux;
Mais ny lejeuneAtis, ny le tendre
Philene,
Les délicesy l* honneur des Rives de la
Seine,
Dontlefrsntfutcentfoisde Viirthes
couronné,
Sfavans en. Part de vaincre un courageobstiné
Et quej'aidoàmoy-mesme a me rendre inconstante
2i'ontpurompre un moment le charme
qui m'enchante.
Encorserois-je heureuse en ce honteux
lien,
Si ne pouvant maimer, mon Berger
naimmtriem
Mais ilaimeâmesyeux une Beauté
commune
AfoJJederfon cœuril bornefafortunt;
C'estpour ellequ'ilperd le foin defis
Troupeaux;
Tourellefeulementréformentfes Pi-
¡ell/lx;
Etloin dese laffir desfaveurs. quHa
d'elle,
Sa tendresse en reprenduneforce neuvelie.
Bocages, de leursfeux uniques
Confidens,
Bocages quejehays, vottsfiçavez.sije
mens,
Depuis que les beauxjours moyfeule
funefies,
D'un long & trisse Hyver eurent
cbâffé lesrefies,
Jufqua l'heureux débris de. vosfrêles*
beautez,
J$j*elsjours ont-ilspassez, dansces
lieuxécartez,?
JVuevoui a
CIngrate
que j'adore,
Jïnc milgréfesfroideurs,hélas,je
Calme encore!
Jgj/ene tuypeigniez-voos ccs mouvcmens confus,
Ces tourmens,cestransports. que vaut
avez, tantvus!
Jgue ne luy dificz-vous, pour tenter
-ZI-le
fdtendrese,
,
J^uejeJcAymieux aimerque que, luy, que
sa M([Îtrejfi!
Mais ma raisons"égare. Ah! quels.,
foins, quelssecours
Dits-je attendre de t\é>u<> quiftïvex*
leurs amours?
Les Dieux à mes malheursferontpl-tu
ftcourables;
VHyveraurapourmoydesrigueurs
favorables.
Ilapproche, & déja les pugueux:
Aquilons
j
Tbr leurflufle glacé dé]oient nos
Valons;
La neige qui bien-tojîcouvrira la
Prairie,
Retiendra les Trouleaux dans chaque
Bcrgric,
Et Fon ne verraplusfous voflre omafïgeajfis,
Nj Ihenreufc Daphné,nyl'amoureux
TircÚ,
Mais,hélas! quelcfpsirmeflûte
e me confoie?
Avecrapiditéle tanpsfuité" s'en- e, vol
Et bientosi le PrintempsA mon âme
odieux
Ramènera Tirets & Daphné dans ccs
lieux.
FtüiHes, vowreviendrez,,vousrendrez, ces BoÚjÕrnbrcs;
Ilss'aimeront emorfousvosperfdes çwbres^.£i
Et nusvivesdouleurs, G mestranj^
porisjalouxy
Fourmon ingratAmantrenaifront
avec ions.
admirez de toute la Cour;
Ils sont de Madame des Houlieres,c'est tout dire., i
LA Terrefitiguéimpitiffk'atey
inutile,
Fréparait à rHJverun triomphe
facile.
LeSoleilsans éçlaiprécipitantfin.
cours,
JRendait déjàles nuits plus longues
que letjeurs,
JVvandU Bergere Iris de mille appas,
ornée,
it malgrétant d'appas Amante infortunée,
RegardantlesBuissons a demy dé- pouillcz.
Vous, que mes pleurs, dit die, ont
ta&t defols 1tlo'¡illez
De l'Automne en counoux rcfftntez les.
outrages,
Tombez, Feuilles, tombez, vous dont:
les noirs ombrages
Des plaijirs de Tiretsfaifsient les
fûretez,
Etpayez les chagrins que vousmavez coûtez.
Lieux toujours opposezau bonhclIYde ma vie,
C'est icy qua l'Amour je me vis
asservie.
Icyfay vu l'iiigratqui- me tientfous
sesloixi
Jcyjayfoûpirépourlapremiere fois*-
Mats tandis quepourluyjecraignais* mesfoibîtjfes,
il appelloitfin chien,Caccablçit de
carejjesi
Du desordreoujeHoisloin desipré--
iMloir^
Le Cruelne vitrienrou ne voulut rieh
VOIr.
Ilhua mes Moutons, mon Habit, flJ/J
Houlete,
iltrioffrit de chanter lin Airsursa
Mufte;
il votilutm'enseigner quelleherbe va
paissant
Tour reprendresaforce un Troupeau
languissant;
Ce que fait le Soltildes hrouillers
qu'ilAttire,
N'avIJit.itrien,hélus! deplut doux
a me dire?
Depuis cejourfatal queriay-jepoint
fouffcft?
l/llbflnce, laraison,l'orgueil, rienne
mefert. fay de nos vieux PaHeursconfiâtele
plu*(âge;
j'aymistouffu conseilsvainement
enuflgej
De Victimes, d1Encensfayfatigue
lesDieux; dautres Bergerssouvent
tournélesyeux;
Mais ny lejeuneAtis, ny le tendre
Philene,
Les délicesy l* honneur des Rives de la
Seine,
Dontlefrsntfutcentfoisde Viirthes
couronné,
Sfavans en. Part de vaincre un courageobstiné
Et quej'aidoàmoy-mesme a me rendre inconstante
2i'ontpurompre un moment le charme
qui m'enchante.
Encorserois-je heureuse en ce honteux
lien,
Si ne pouvant maimer, mon Berger
naimmtriem
Mais ilaimeâmesyeux une Beauté
commune
AfoJJederfon cœuril bornefafortunt;
C'estpour ellequ'ilperd le foin defis
Troupeaux;
Tourellefeulementréformentfes Pi-
¡ell/lx;
Etloin dese laffir desfaveurs. quHa
d'elle,
Sa tendresse en reprenduneforce neuvelie.
Bocages, de leursfeux uniques
Confidens,
Bocages quejehays, vottsfiçavez.sije
mens,
Depuis que les beauxjours moyfeule
funefies,
D'un long & trisse Hyver eurent
cbâffé lesrefies,
Jufqua l'heureux débris de. vosfrêles*
beautez,
J$j*elsjours ont-ilspassez, dansces
lieuxécartez,?
JVuevoui a
CIngrate
que j'adore,
Jïnc milgréfesfroideurs,hélas,je
Calme encore!
Jgj/ene tuypeigniez-voos ccs mouvcmens confus,
Ces tourmens,cestransports. que vaut
avez, tantvus!
Jgue ne luy dificz-vous, pour tenter
-ZI-le
fdtendrese,
,
J^uejeJcAymieux aimerque que, luy, que
sa M([Îtrejfi!
Mais ma raisons"égare. Ah! quels.,
foins, quelssecours
Dits-je attendre de t\é>u<> quiftïvex*
leurs amours?
Les Dieux à mes malheursferontpl-tu
ftcourables;
VHyveraurapourmoydesrigueurs
favorables.
Ilapproche, & déja les pugueux:
Aquilons
j
Tbr leurflufle glacé dé]oient nos
Valons;
La neige qui bien-tojîcouvrira la
Prairie,
Retiendra les Trouleaux dans chaque
Bcrgric,
Et Fon ne verraplusfous voflre omafïgeajfis,
Nj Ihenreufc Daphné,nyl'amoureux
TircÚ,
Mais,hélas! quelcfpsirmeflûte
e me confoie?
Avecrapiditéle tanpsfuité" s'en- e, vol
Et bientosi le PrintempsA mon âme
odieux
Ramènera Tirets & Daphné dans ccs
lieux.
FtüiHes, vowreviendrez,,vousrendrez, ces BoÚjÕrnbrcs;
Ilss'aimeront emorfousvosperfdes çwbres^.£i
Et nusvivesdouleurs, G mestranj^
porisjalouxy
Fourmon ingratAmantrenaifront
avec ions.
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Résumé : Eglogue de Madame des Houlieres, [titre d'après la table]
Le poème de Madame des Houlières relate les tourments d'une bergère nommée Iris, éprise d'un berger inconstant. La narratrice décrit la fin de l'été et l'arrivée de l'automne, symbolisant la fin de ses espoirs amoureux. Elle se remémore le moment où elle a vu son amant pour la première fois, mais celui-ci l'a rejetée. Depuis, elle est incapable de l'oublier malgré les conseils et les prières. La douleur d'Iris est accentuée par le fait que son amant aime une autre femme. Elle se tourne vers les bocages, témoins de ses souffrances, et espère que l'hiver apportera un soulagement. Cependant, elle craint le retour du printemps, qui ramènera son amant et sa bien-aimée, renforçant ainsi sa jalousie et sa douleur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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827
p. 242-282
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Aprés avoir satisfait vostre curiosité dans une de mes Lettres, [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Roi de France, Envoyés, Monarque, Présents, Prince, Vaisseau, Bâtiment, Londres, Royaume, Majesté, Remèdes, Argent, Sujets, Missionnaires, Nations, Europe, Gloire, Banten, Amitié, Angleterre, Voyage, États, Religion, Hommes, Peuples, Siam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Aprés avoir satisfait vostre
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
curiosité dans une de mes
Lettres, touchant la Religion
& les Coûtumes des
Habitans du Royaume de
Siam
,
& vous avoir parlé
dans la suivante de l'Audience
donnée par Mrle Marquis
de Seignelay aux Envoyez
du Prince qui le gouverne,
je dois vous apprendre tout
ce qui s'est passé à l'égard de
ces mesmes Envoyez, depuis
qu'ils sont à Paris. Mais
avant que d'entrerdans ce
détail
,
j'en ay un autre fort
curieux à vous faire, qui
vous plaira d'autant plus,
qu'il vous fera connoistre
de quelle maniéré a pris
naissance la hauteestime
que le Roy de Siam a
conceuë pour Sa Majesté.
Les Millionnaires qui n'ont
que le seul Salut des Ames
pour but dans toutes les peines
qu'ils se donnent, s'étant
établisàSiam,ilsygagnerent
en peu de temps
l'affection de tous les Peuples.
L'employ de ces Ames
toutes charitables
,
n'étoit,
& n'est encore aujourd'huy,
que de faire du bien.
Comme en partant de France
ils s'estoient munis de
quantité de Remedes, &
qu'ils avoient avec eux Medecins,
Chirurgiens & Apoticaires
,ils soulageoient les
Malades, jusque-là mesmes
qu'ils avoient des Hommes
qui avec des Paniers pleins
de ces Remedes
,
alloient
dans toutes les Ruës de
Siam
,
criant que tous ceux
qui avoient quelques maux,
de quelque nature qu'ilspus-
fent estre
,
n'avoient qu'à les
faire entrer chez eux, &:
qu'ilslessoulageroient sans
prendre d'argent.En effet,
bienloind'en exiger des Mab
lades,ils en donnoient fort
souventà ceux qui leur paroissoient
en avoir besoin, &
tâchoient de les consoler
dans leurs misères. Des
maniérés siobligeantes,&si
desintéresséesgarnerens
bien-tostl'esprit des Peuples,
& servirent beaucoup à l'accroissement
de la Religion
Catholique.Le Roy deSiam
en ayant elleinftruit,8c ne
pouvant qu'àpeine lecroire
, voulut sçavoir à fonds
quiestoientceux dont ses
Sujets recevoient de si
grandssoulagemens.Ce Mo*
nàaarqrugeu. eaaccoommmmeennccee aa rree..¡-"
gner dés l'âge de huit ans,&
en a presèntementenviron
cinquante. C'estun Prince
qui voit, & quientend tout,
& quiexamine long-temps,
&meurementles choses,
avant quede porterson jugementcomme
vous le
connoirtre z par la fuice de
cet Article. Il ditauxMisfionnaires,
Qu'ilestoitsurprisde
voir quede tant de Gens de déférentes."
Nations qu'il 'PO)'oÍt
dans ses Etats, ils estoientles
seuls qui ne cherchaient point à
trafiquer. Il leur demanda 0
ils prenaient l'argent qu'ilfalloit
qu'ils dépensassent pour leursubsistance
, & pour leurs remedes.
Ils luy répondirent que cet
argent leur venoit des Missions
de France, & des charitez
que plusieurs Particuliers
faisoient pour leur estre
envoyées. Ce Monarque fut
extrêmement surpris de voir
que des Peuples éloignez de
six milleliües,contribuoient
par leurs largesses au soulagement
de ses Sujets, & que
ceux du plusgrãdMonarque
de l'Europe, venoiét de si loin
par un pur motifde pietié, ôc
qu'au lieu que les Peuples
des autres Nations, se donnoient
de la peine pour gagner
par leur trafic, les Fran- tio çois en prenoient pour dépenser,
dans le seul dessein
de travailler à la gloire du
<D Dieu qu'ils adoroient Aprés
cesréflexions,il voulue faire
ouvrir ses Tresors aux Missionnaires
,
mais ils n'accepterent
rien, ce qui tourna
tout à fait à l'avantage de la
Religion, & fut cause que
ce Roy leur fit, bâtir des Eglises,&
qu'après leur avoir.
demandé des desseins) U
voulut qu'ils en donnassent
d'autres, n'ayant pas trouvé
les premiers assez beaux.Il
avoit en ce temps-làunPremier
Ministre qui n'aimoit
pas les Millionnaires mais j
comme ç'eust este mal faire
sa Cour, que de montrer de j
l'aversion pour ceux que son
Í
Maistre honoroitde son estime,
cet adroit Politique leur.
faisoitfort bon accueil, quoy «
qu'il rechcrchast fous main,
toutes les occasions de leur
nuire. Il apprehendoit que
-
quand les Françoisparle- rf
roient parfaitement la Lan-
gue des Siamois,ils ne gouvernaient
l'esprit du Roy
,
ôc
que leur credit ne fist peu à
peu diminuer son autorité.
Ce Ministre n'estoit pas seulement
ambitieux
,
mais il
estoit fort zelé; pour la Religion
du Pays. Ainsiil est aisé
de juger qu'il avoitplus d'une
raison de haïr les Millionnaires.,
Il estmort depuis deux
aîiSjôc si celuy qui luy a succedén'a
pas hérité de ses mesmes
sentimens à l'égard des
François, on ne laisse pas de
connoistre qu'il a des raisons
politiquesquil'obligent à les
*
craindre. Cependant les bontez
du Roy pour les Missionnaires,&
lesEglises&le Seminaire
qu'illeur a fait bâtir,
ont tellement contribué à
l'augmentation de la FoyCatholique,
qu'on a parlé dans;
ce Séminaire,jusques à vingt
trois sortes de Langues dans
un mesme temps, c'est à dire
qu'il y avoit des Personnes
converties d'autat de Nations
disérentes, car il n'y a point
de lieu dans tout l'Orient.,
où il vienne un si grand nombre
d'Etrangers, qu'à Siam.
La Compagnie des Indes 0-
ientalcs voyant les grands
progrés que les Missionnaires
saisoient dans ce Royaume
,
résolu d'y établir un
Comptoir
,
sans le proposer
d'autre avantage de cét établissement,
que celuy de les
assister,& comme on fit
connoitre à nostrepieux
Monarque les bontez du
Roy deSiampourlesSujets,
& que la protectionqu'il
leur donnoit
,
estoit cause
qu'ils faisoienttous les jours
beaucoup deConversions,Sa
Majesté qui n'a point de plus
grand plaisir que de travailler
au salut des ames,voulut.
bien luy en écrire une Lettro
de remerciement; dont M
Deslandes
-
Bourreau, qu
partit dans un Navire de la
Compagnie pour l'établisse.
ment du Comptoir, fut chargé
pour la remettre entre
les mains de Mr l'Evesque
de Beryte
,
VicaireApostolique
de la Cochinchine
qui estoit pour lors à Siam
L'arrivée de cette Lettre fini
du bruit, & le Roy apprit
avec joye que le Grand Roj{
luy écrivoit. C'est le non
qu'il donc au Roy de France
,iu il 0
Cependant cette Lettre demeura
plus de deux mois entre
les mains deMrl'Evesque
deBéryte, sans estre renduë
fau Roy de Siam, & il y eut
de grandes contestations sur
la maniere de la présenter.
Le Premier Ministre vouloit
-que Mr de Béryte parust devant
ce Monarque les pieds
nus,personne ne se mon- trant chauffé devant luy
,
si
¡ ce n'est dans les Ambassades
solemnelles; ce que Mr de
Béryte ayant refusé de faire,
iel garda la Lettre. Le Roy Siam surpris de ce qu'on
diséroit si longtemps à la luy
rendre, en demanda la raiion.
Il l'apprit, & dit, que les
François pouvoientparoistre devant
luy de telle maniere qu'ils
voudraient. Ainsi une simple
Lettre du Roy portée par des
Gens qui n'estoient ny Ambassadeurs,
ny mesme Envoyez,
fut renduë comme
elle lauroit esté dans laplus.
celebre Ambassade. Cette j
Lettrefit augmenter l'estime
que le Roy de Siam avoit
déjà conçûë pour le Roy de:
France, & il résolut de iuvT
envoyer des Ambassadeurs;
avec des Présens tirez de
tour ce qu'onpourroit trouver
de plus riche dans ion
Trésor. J'ay oublié de vous
dire que ce Monarque avoit
ordonné à tous les Européans
de luy donner de
temps en temps des Relations
de tout ce qui se passoit
dans les- Lieuxdépendans
de l'obeïssance de leurs
Souverains,ou de leurs Supérieurs.
Ces Relations estant
faites par divers Particuliers,
chacan tâchoit d'obscurcir
la gloire du Roy de France,
en envelopant la vérité. Le
Roy de Siam n'en témoignoit
rien, & par une prudencemerveilleuse
, lisant
tout, & examinant les choses
, il estoit des années sans
se déclarer là- dessus. Ilvouloit
voir si ce qu'on luy donnoitainsi
de temps en temps
avoit des fuites, & si l'on ne
se contredisoit point. Enfin
il dévelopa les mauvaises intentions
de plusieurs, & connut
que les seuls Missionnaires
luy disoient vray, parce
que les nouvelles qu'ils luy
donnoient d'une année, ê.
toient confirmées par celles
,r ,1"- 1\, J
de l'autre. Leschosesétoienten
cetétat, lors qu'on demanda
au, Roy de Siam la
permissionde tirer duCanon,
& de faire des Feux de joye
pour Mastric repris par le
Prince d'Orange,& pour ladéfaite
de tousles François.
Ce prudent Monarque envoya
chercher les Missionnaires,
&leur demanda quellesnouvelles
ils avoientde Fran,
ce, duSiegedeMastric. On
luy dit qu'onavoirappris par -
une Lettre qui -,. venoit de
Perse, que Mrde Schomberg
avoit forcéle Prince- d'©—
range à lever le Siege; mais
-
que comme cette nouvelle avoit
esté mandée en quatre li- -
gnes feulementau bas d'une
Lettre,il n'avoitpas crûdevoir
la publier avant qu'elle
:
eust esté confirmée. Le Roy
répondit, que c'estoit assez; qu'il
;
estoitseûr de l'avantage que les
Françoisavoientremperté; mais i
que loin d'en vouloirrien temoigner,
sondessein estoitde permeta,
tre les Feuxde joye qu'on luy
avoit demandez.Il avoit sons
but, que vousallez voir. 'ci"
Quelque temps après,
la
nouvelle de la levée du Siege :1
de Mastric ayant esté confirméed'une
maniersqui empeschoit
d'en douter, le Roy
voulut mortifier ceux qui
s'estoient si bien réjoüis., &
leur dit, qu'ils'étonnoit qu'ils
n'eussent pas fait plus souvent
des Feux de jC!JeJ puis que les
derniers qu'ils avoientfaits marquoient,
que leur coûtume efloit
de se réjoüirapres leur défaite;
au lieu que les autres Nations
ne donnoientdepareilles marques
d'allégresse,qu'après leurs viSloL
res. Un pareil discours les
couvrit de confusion, & les
obligead'avoüer qu'ils avoient
reçeu de fausses nouvelles.
Toutes ces choses, ôii
beaucoup d'autres qu'on si~
pour oblcurcir la répatation
&lagloire des armes du Roy,
de France, & dont le temps
decouvrit la vérité, mirent ce~
grandPrince dans une si hau-~
te estime aupres du Roy de:
Siam
,
qu'il fit paroistre une
extrême impatience de luy,
envoyer des Ambassadeurs.
Il vouloit mesme luy envoyer
quelques-uns de ses Vaisseaux,
maison luy fit cOIT--
noistre le risque qu'il y avoit
à craindre pour eux dans riollgi
Mers. Enfin le Vaisseau
nomme le Vautour, a ppartenant
à la CompagnieRoyale
de France,estant arrivé à
Siam, fut choisy pour porter
jusques à Bantam les Ambassadeursque
cepuissantPrince
vouloit envoyer en France.
Il nomma en 1680. pour Chef
de cette Ambassade l'Homme
le plus intelligent de son
Royaume, & qui en cette
qualité avoit esté à la Chine
& au Japon. Il choisit aussi
pour l'accompagner, vingtcinq
Hommes des plus considérables
de ses Etats, avec
de riches Présens pour le
Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la DauphineMonsieur,&
Madame.
Le Public n'eue aucune connoissance
de laqualité de ces
Présens, parce que c'est une
incivilité inexcusable chez;
les Orientaux de les faire voir:
à qui que ce soit, celuy à quii
on les envoye devant les voir
le premier.On embarquacesa
Présèns trois semaines avant
le depart du Vaisseau qui devoit
les porter; & les Lettresa
que le Roy de Siam écrivoit
au Roy de France, furent enfermées
ferméesdans un Bambu, ou
petit Coffre d'or. Ce Bambu
fut mis au haut de la Poupe,
avec des Flambeaux qui 1eclairerent
toutes les nuits
pendant ces trois semaines;
&. tant que ce Navire demeura
à l'ancre avant [OR
depart, tous les Vaisseaux
quipasserent furentobligez
de plier leurs Voiles, & de
salüer ces Lettres; & les Rameurs
des Galeres, de ramer
debout, & inclinez. Comme
le Papeavoit aussi écrit au
Roy de Siam pour le remercier
de la protection qu'il
donnoit aux Catholiques,&
de la libertédecosciencequ'il
laissoit dans ses Etats,ce Monarque
luy faisoit réponse par
le mesmeVaisseau, & avoic
mis les Lettres qu'il écrivvooiitt
àà Sa SSaaiinntetetétéd, adnanss
un Bambu de Calamba. C'est
un Bois que les Siamois estiment
autant. que l'or
; mais l
le Roy deSiam avoit dit qu'il
le choisissoit
, parce qu'il
faloit de la simplicité dans
toutce qui regardoit les Personnes
quise meslent
dela
Religion. Apres ces éclatantesCérémonies,
& si glorieuses
pour nostre Monarque
,l'Ambassadeur s'et-iï
barquaavec une suite nombreuse,
~&?>int jusques à
Bantan,oùilquita le Vaisseau
qui l'avoit amené,& lemit;
dans le Navire nommé
l- e Soleild'Orienta,appppaarrtetennaann'tt
à la mesme Compagnie des,
Indes, & portant pour son
compte pour plus d'un million
d'Effets
;
de sorte que
cela joint aux Présens que
le Roy de Siam envoyoit en
France,faisoit une tres-riche
charge.Le Vaisseau eftoic
d'ailleurs fort beau, & l'on
peut compter sa pertepour
une perte fort considérable..
Vous lasçavez Se je vous;
en ay souvent parlé. Ce n'est
pas qu'on en ait de nouvelles
assurées; mais depuis quatre
ans qu'il est sorty de Bantan,
il a esté impossible d'enr
rien découvrir, quelques perquisitions
qu'onen ait faites.
Quand cette nouvelle sut
portée à Siam, elle fut longtemps
ignorée du Roy, personne
n'osant luy apprendre
une chose dont on sçavoit
qu'ilauroit untres-sensibles
chagrin,non seulementparco
qu'il voyoit reculer par là
ce qu'iltémoignoit souhaiter
leplus,quiestoit de faire
demander l'amitié du Roy
de France, & qu'ilperdoit
de riches Présens, & des
Hommes d'un grand mérite
; mais encore parce qu'il
avoir fait tirer des choses trcscurieuses
de son Trésor
,
où
il n'en trouveroit plus de semblablcs
pour envoyer une seconde
fois. Tout cela frapa
ce, Prince; mais comme il
sçait prendre beaucoup d'empire
sur luy ,ilrépondit de
fangfroid à ceux qui luy
apprirent cette nouvvcllc><
qu'il faloit envoyer d'autresi
Ambassadeurs,&donna ot--
dre qu'on luypréparast de:
nouveaux Présens. Les choses
demeurèrent quelque
qu'iln'y avoit point de Vaisseau
qui vinst enEurepe,pour
porter. Le desirquele
Roy de Siam avoir d'envoyer •
de les Sujets en France, etoit:
si grand, qu'il résolut d'en,
faire partir sur un petit Bâtiment
Anglais, du port de
quatrevingt tonneaux, nommé
Bâtiment ~inteï!oof. Ces
Bâtimens ne sont point de
la Compagnie d'Angleterre,
& la plupart appartiennent à
des Bourgeois de Londres,,
qui croyent qu'il, leur est
permis de les charger pour
leur compte particulier. Le
peu d'étendüe de ce Batiment
ne fut pas seulement
cause que le Roy de Siam ne
fit partir que des Envoyez,
maislesremontrances de
son premier Ministre y contribuérent
beaucou p. Il luy
représenta qu'on n'avoit pas
encore de nouvelles certaines
de la perte du Vaisseau
iur lequel son Ambassadeur
estoit party de Bantan
, &
que ce seroit une chose embarassante,
si le dernier rencontroit
le premier enFrance.
Ainsi il sur resolu de ne faire
partir que desEnvoyez, qui.
ne seroient chargez que de
trois choses
;
la premiere, de
s'informer de ce qu'estait
devenu le premier Ambassadeur.
la secondé, de prier Mrs
Colbert, de faire connoistre
au Roy deSiamleur Maistre
les moyens les plus courts, &ç
les plus solidespourunir les
deux Couronnes d'une amitié
inviolable; &enfin,pour fe-*
liciter nostre Monarque sur
l'heureuse naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Le Roy de Siam voulut
que ces deux Envoyez fussent
choisisparmy les Officiers
de sa Maison, & qu'ils fussent
du nombre de ceux qui
ne payent point de Taille;
car il y a de laNoblesse dans
le Royaume de Siam, comme
en Europe, & cette Noblesse
est exempte de certains
Droits qu'on y paye au
Roy. Ce Prince voulut aussi
que les deux Envoyez qu'il
choisiroit, n'eussent point
esté châtiez, parce que le
Roy les fait tous punir pour
la moindrefaute qu'ils commettent
, ce qui n'est pas un
obstacle pour les empescher
de rentrer au service comme
auparavant. Ces deux Envoyez
ayantesté nommez
par le Roy, & ce Prince prenant
grande confiance aux
Millionnaires qui sont dans
ses Etats,ilpria Mrl'Evesque
de Metellopolis, de joindre
à ces deuxOfficiers un
Missionnaire, pour les accompagner
dans ce Voyage;
1
& comme il faloit un Homme
intelligent, actif, & propre
à souffrir les fatigues d'un
si long Voyage ,M de Metellopolis
choisitMrVachet,
ancien Millionnaire de la Cochinchine
, & cui depuis
- quatorze ans travaille au salut
desAmes en cesPaïs-là.
Le Roy de Siam ayant sçû
qu'il avoit esténommé,demanda
à l'entretenir, & le
retint huit jours à Lavau,
MaisondeCampagne où il
va souvent. Il lefit traiter
pendant ces huit jours, &
on luy servit à chaque Repas
quarante ou cinquante
Plats, chargez de tout ce
qu'il y avoit de plus exquis
dans le Païs. Mr Vachet eut
une fort longue audiencede
ce Prince, qui luy recommanda
d'avoir foin de ses
Envoyez, & de raporter en
France la verité de ce qu'il
voyoit de sa Cour, & de ses
Etats, sans exiger de luyaucune
autre chosesur cet Article.
Ensuite il luy fitune
prière, qui marque l'esprit
de ce Monarque, &: avec
combien de gloire il soûtient
sa. dignité. Illuy dit, Que
ittmrmses Envoyéz emportoient
des Présens pour les Ministres
de France, &qu'ils partoient
dans un BâtimentAnglais,ils
iroientdroit à Londres
, onapparemment
la Doüanne voudroit
voir ce que contenoient les Balots,
&se fairepayerses droits;
&c'estoit ce que ce Monarque
appréhendoit, non seulement
parce qu'il croyoit
qu'illuy estoit honteux que
ce qui luy appartenoit payast
quelques droits, mais encore
parce qu'il vouloit que
ceux à qui il envoyoit des
Présens, les vissent les premiers.
Pour remédier àcet
embarras, il chargea MrVachet
de prier de sa part l'A mbassadeur
de France ,qu'il
trouveroit à Londres, defaire
en sorteque ce qu'il envoyoic
aux Ministres de Sa Majesté,
ne payast point de Doüanne
en Angleterre,ce quifut ponctuellement
exécuté, Sa Majesté
Britannique ayant obligeamment
donnésesordres
pour empescher qu'on
; ne
prist rien à ses Doüannes des
Balots de ces Envoyez. Le
Roy de Siam dit, encore a"
MrVachet,lors queceMisfionnaire
le quita, Qu'ilprioit
le Dieu du Ciel de luy fairefaire
bon Voyage,& qu'illuyapprendroit
des choses à son retour,
dont il feroit surpris & ravy.
Il luy fit ensuite donner un
Habit longdeSatin;&c'est
celuy que ce Missionnaire a
porté dans les Audiences que
ces Envoyez onteües. Iln'y
a point de ressorts, que les
Nations établies à Siam, &
qui ne sçauroient cacher le
chagrin & la jalousie que
leur donne la grandeur du
Roy, n'ayent fait joüer,
pourempescher ces Envoyez
devenir en France. Commes
ilsfontchargez d'achetericy
beaucoup dechoses, ces Jaloux
ont offert au Roy des
Siam, de luy porter jusqu'en
son Royaume tout ce qu'il
pouvoit desirer d'Europe, ôcz
mesme de luyen faire présent;
mais vous jugez biem
que ce Monarque, du caractere
dont je vous l'ay peint,
n'étoit pas assezintéresse pour
accepter de telles propositions.
Aussi les a-t'il rejettées
y
tout ce qu'il cherches
n'estant que l'amitié du Roy
dont il se faitune gloire, uni
bonheur, & un plaisir. Ces
Envoyez partirent de Londres
,
dans un Bâtiment du
Roy d'Angleterre nommé
laCharlote, que ce Prince
leur donna pour passer à Calais,
oùje les laisse afin de
vous donnerlemois prochain
un Journal qui ne regardequela
France,&que
je commenceray par leur débarquement
à Calais. J'ay
sceu tout ce que je vous mande
,
de si bonne part,que je
-puis vous assurer que je ne
dis rien qui ne soit entierement
conforme à la verité;
Ii.
& si cette Relation a quelquechosededéfectueux
, ce
ne peut estre que pourquelques
endroits transposez,
dont jen'aypas assezbienretenu
l'ordre.
Fermer
Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Le texte décrit les interactions entre les missionnaires français, appelés Millionnaires, et le roi de Siam. Ces missionnaires, établis au Siam, ont gagné la faveur des habitants en distribuant des remèdes et en soignant les malades sans demander de paiement, ce qui a favorisé l'expansion de la religion catholique dans le royaume. Le roi de Siam, intrigué par ces missionnaires, a découvert qu'ils étaient financés par des missions en France et des donations de particuliers. Impressionné par cette générosité, il a développé une haute estime pour le roi de France. Cependant, la perte d'un vaisseau chargé de présents pour le roi de France a contrarié le roi de Siam. Malgré cet incident, il a décidé d'envoyer de nouveaux envoyés à Paris à bord d'un petit bâtiment anglais. Ces envoyés, choisis parmi les officiers de la maison royale et exempts de certaines taxes, avaient pour missions de s'informer du sort du premier ambassadeur, de solliciter des moyens pour renforcer l'amitié entre les deux couronnes, et de féliciter le roi de France pour la naissance du Duc de Bourgogne. Le roi de Siam a également demandé à un missionnaire, M. Vachet, de les accompagner et de rapporter fidèlement ses observations sur la cour et les États français. Pour éviter que les présents destinés aux ministres français ne soient taxés en Angleterre, le roi de Siam a pris des mesures appropriées et a fourni à M. Vachet un habit de satin pour les audiences. Malgré les tentatives de sabotage par des nations jalouses, les envoyés ont finalement quitté Londres à bord d'un vaisseau anglais pour se rendre à Calais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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828
p. 313-314
ENIGME.
Début :
Au moment que je viens au monde, [...]
Mots clefs :
Vigne vierge
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME:
AV moment queje viens aa
monde.
mMaamMeerreemmee ddeevveouiieeadl'alavviirrog-iinniittel'l,,
Etjepasse mesjours dans lajlérilité,
Tanau que ma Soeureflféconde.
En rampantjemélevéencentmille
ftçQnSi
Et quoy quejenefois que de baffe naifsancey
Avecles flu4 grandes Maijôns
Jefais une étroite alliance.
Lors queje m'yfeux attacher,
Cett toujourspour toutemavie;
Partantde chaînesje my lie,
,9u'on nesçauroit men arracher.
JefùisAgrtAble a la vÙc;
C'cBfarcetendroitquejeplais.
Je feuxencorfaire goûterlefrais,
Selon lefens que jefuis ÛtiJdüe.
Mes chevfnxflroient toujours
verds,
Sij'eJ!ois insensible aux rigueurs des
Hyvers.
Cette Sailônpetirmoy cruelle
Me lesfaittomber tlm; mais malgré
cerêvers,
Je nefaroisjamaissibelle,
J>)ue dans le temps queje lesferds*
AV moment queje viens aa
monde.
mMaamMeerreemmee ddeevveouiieeadl'alavviirrog-iinniittel'l,,
Etjepasse mesjours dans lajlérilité,
Tanau que ma Soeureflféconde.
En rampantjemélevéencentmille
ftçQnSi
Et quoy quejenefois que de baffe naifsancey
Avecles flu4 grandes Maijôns
Jefais une étroite alliance.
Lors queje m'yfeux attacher,
Cett toujourspour toutemavie;
Partantde chaînesje my lie,
,9u'on nesçauroit men arracher.
JefùisAgrtAble a la vÙc;
C'cBfarcetendroitquejeplais.
Je feuxencorfaire goûterlefrais,
Selon lefens que jefuis ÛtiJdüe.
Mes chevfnxflroient toujours
verds,
Sij'eJ!ois insensible aux rigueurs des
Hyvers.
Cette Sailônpetirmoy cruelle
Me lesfaittomber tlm; mais malgré
cerêvers,
Je nefaroisjamaissibelle,
J>)ue dans le temps queje lesferds*
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829
p. 315-316
AUTRE ENIGME.
Début :
Je suis jeunete & délicate, [...]
Mots clefs :
Cerise
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
J Efuisjeunete &délicate,
Ma beauté mefait rechercher;
ht quoy que mon teintviféclate,
J'aypourtant,le coeur de rocher.
Sipour ma beauténaturelle,
J'assifteUfin du Printcmps,
C'tff qu'en cetteSaisonsibelle
le rends beaucoup de coeurs contens,
Aveccette douceur charmantt,
Et toute contraire a mon coeur,
Fait-on quelque Fcjlegalante,
le myrencontre en bonne humeur.
Sijemytrouve déguisés,
l'y vay couronner le Repas , j !
Bien loint^efirealorsJnéprij7cy
-
Demoy l'onfaitxnplus grand flU..
Ma beauté mefait rechercher;
ht quoy que mon teintviféclate,
J'aypourtant,le coeur de rocher.
Sipour ma beauténaturelle,
J'assifteUfin du Printcmps,
C'tff qu'en cetteSaisonsibelle
le rends beaucoup de coeurs contens,
Aveccette douceur charmantt,
Et toute contraire a mon coeur,
Fait-on quelque Fcjlegalante,
le myrencontre en bonne humeur.
Sijemytrouve déguisés,
l'y vay couronner le Repas , j !
Bien loint^efirealorsJnéprij7cy
-
Demoy l'onfaitxnplus grand flU..
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830
s. p.
LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
Début :
Il s'est passé dans le Catalogue des Livres nouveaux du mois [...]
Mots clefs :
Catalogue, Traité, Journal des savants, Lettres, Livres
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texteReconnaissance textuelle : LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
L s'eft paffé dans le Catalogue
des Livres nouveaux
du mois de Decembre
, trois fautes des prix
des Livres. La premiere eft au Traité
Hutorique de l'Etabliffement de l'Eglife
de Rome, que l'on a marqué que
40. fols, & il vaut so . fols , qui eft le
prix qu'il fe vend à Paris : La feconde,
le Caractere de l'Amour 3.livtes , il ne
vaut que 30. fols ; & l'Illuftre Genoife
30. fols , on ne la vendra que 20.fols ,
& je les remettray dans le prefent Catalogue.
L'on diftribuera regulierement fans
manquer le Journal des Sçavans toutes
les femaines pour 6. fols chaque Cahier.
Ceux qui voudront tous les Mercures
Galant ou une bonne partie
›
2 2
d'iceux , on leur en fera une bonne
compofition . Quand on en voudra que
une ou deux années , il eft inutile de
les demander à moins de 20. fols chaque
Volume, & 30.fols les Extraordinaires.
Ceux qui auront des Pieces pour le
Mercure , affranchiront les Ports de
Lettres . J'ay receu plufieurs Lettres
depuis deux mois , fans nem. de Ville
d'où l'on cft ; ce qui fait que je ne puis
répondre à ceux qui me font l'honneur
de m'écrire.
Outre le Catalogue que l'on voit
dans les Mercures , ordinairement l'on
vend toutes fortes de Livres dans la
mefme Boutique à un prix fort honnefte
, & l'on peut envoyer les acheter
par les Meffagers ou Voituriers , l'on
ne prendra que ce qu'il faudra.
AU LECTEUR.
L s'eft paffé dans le Catalogue
des Livres nouveaux
du mois de Decembre
, trois fautes des prix
des Livres. La premiere eft au Traité
Hutorique de l'Etabliffement de l'Eglife
de Rome, que l'on a marqué que
40. fols, & il vaut so . fols , qui eft le
prix qu'il fe vend à Paris : La feconde,
le Caractere de l'Amour 3.livtes , il ne
vaut que 30. fols ; & l'Illuftre Genoife
30. fols , on ne la vendra que 20.fols ,
& je les remettray dans le prefent Catalogue.
L'on diftribuera regulierement fans
manquer le Journal des Sçavans toutes
les femaines pour 6. fols chaque Cahier.
Ceux qui voudront tous les Mercures
Galant ou une bonne partie
›
2 2
d'iceux , on leur en fera une bonne
compofition . Quand on en voudra que
une ou deux années , il eft inutile de
les demander à moins de 20. fols chaque
Volume, & 30.fols les Extraordinaires.
Ceux qui auront des Pieces pour le
Mercure , affranchiront les Ports de
Lettres . J'ay receu plufieurs Lettres
depuis deux mois , fans nem. de Ville
d'où l'on cft ; ce qui fait que je ne puis
répondre à ceux qui me font l'honneur
de m'écrire.
Outre le Catalogue que l'on voit
dans les Mercures , ordinairement l'on
vend toutes fortes de Livres dans la
mefme Boutique à un prix fort honnefte
, & l'on peut envoyer les acheter
par les Meffagers ou Voituriers , l'on
ne prendra que ce qu'il faudra.
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Résumé : LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
Un libraire informe ses lecteurs de corrections de prix dans son catalogue de décembre. Le 'Traité Historique de l'Etablissement de l'Eglise de Rome' coûte 50 sols, 'Le Caractère de l'Amour' 30 sols, et 'L'Illustre Genoise' 20 sols. Le 'Journal des Sçavans' est distribué chaque semaine à 6 sols par cahier. Pour le 'Mercure Galant', des compositions avantageuses sont proposées, mais les volumes pour une ou deux années ne sont pas disponibles à moins de 20 sols par volume et 30 sols pour les extraordinaires. Les auteurs doivent affranchir leurs lettres pour soumettre des pièces au 'Mercure'. Le libraire a reçu des lettres sans timbre, ce qui l'empêche de répondre. Divers livres sont vendus à prix honnête et peuvent être commandés par des messagers ou voituriers.
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831
s. p.
LIVRES NOUVEAUX du mois de Janvier 1685.
Début :
Conferences Ecclesiastiques du Diocese de Luçon, cinq Volumes in douze, [...]
Mots clefs :
Nouveautés, Ouvrages, Traité, Démonstration, Histoire, Église, Essais, Discours, Extraordinaire, Morale, Voyages, Relations, Livres, Volumes
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texteReconnaissance textuelle : LIVRES NOUVEAUX du mois de Janvier 1685.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Janvier 1685 .
CD
Onferences Ecclefiaftiques du
Dioceſe de Luçon , cinq Volumes
in douze , impreffion de Paris 40. fols
le Tome , & 25. fols impreffion de
Lyon .
Traité des Fortifications , contenant
la Demonſtration & l'Examen de tout
ce qui regarde l'Art de Fortifier les
Places , tant réguliéres qu'irreguliéres,
fuivant ce qui fe pratique aujourd'huy;
le tout d'une maniere abregée , & fort
aifée pour l'Inftruction de la Jeuneffe ;
par Monfieur Gautier de Nifmes, avec
23. Figures en taille douce , in douze,
25. fois.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement
& des Prérogatives de l'Eglife de Rome
, & de fes Evefques , par Monfieur
Mainbourg, in douze, 2.liv. 10. fols.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
par un Academicien François , in 12.
30.fols.
2 3
L'Hiftoire du Grand Seraskier Baffa
, ou la fuite de l'Hiftoire du Grand
Vifir , contenant toute la Relation de
la levée du Siege de Bude , & fes
Amours, in douze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les
jours du Carefme , contenant fix Difcours
differens pour chaque jour , &
des Sentences choifies de la Sainte
Ecriture & des Peres de l'Eglife pour
chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudirion
, & neceffaire à toutes fortes
de Perfonnes , in octavo 3. Volumes,
12. livres .
Extraordinaire du Mercure Galant
du quartier Octobre , Novembre &
Decembre , in douze , 30.fols .
Agiatis , Reyne de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacedemoniens ,
fous les Rois Agis & Leonidas, in 12 .
2. Volumes, 2. livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle
Edition, so . fols.
Effais de Phyfique , in douze , 2.Volumes,
3. livres.
Mademoiſelle de Jarnac , Hiftoire
du
temps
de la Princeffe de Cleves , in
12. trois Volumes , 3. livres 10.fols.
Le Grand Sophi , Nouvelle Allegorique
, in douze , 10. fols .
Les Travaux de Mars, ou l'Art de la
Guerre , augmenté d'un quart nouvellement,
par Monfieur Mallet , in octavo
3. Volumes , 15. livres .
Nouveau Voyage de Monfieur Thevenot,
in quarto, s . quarto, 5. livres.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
reciproque , Livre en deux Tomes
in douze, 2. livres 10. fols .
Relation d'un Voyage des Indes
Orientales, par Mr Dellon , Docteur en
Medecine, in douze , 2.Vol . 3.livres .
Predicateur Evangelique, in 1 2. fix
& feptiéme Tomes, 3. livres. Les cinq
premiers fe trouvent auffi dans la mè
me Boutique.
L'Ecclefiaftique , par ces Meffieurs,
in octavo, 4.livres .
L'Almanach de Milan de 1685. in
douze, 20. fols.
Celuy de Liege , 15. fols.
La Connoiffance des Temps
née 1685. vingt ſols.
de
Armenius, Tragedie , in douze , 20.
fols.
Le Cocher Comedien, de Monfieur
de Hauteroche , in douze, is.fols .
Relation du Royaume de Siam , in
douze , 25. fols.
Journal du Palais , complet , en 9.
Volumes in quarto, 54. livres .
Idem , Le Neuvième Volume
feparé , pour 6. livres. L'on en donnera
toutes les Années un nouveau
Volume.
Et fans manquer & fans nulle remife
, vous aurez l'Hiftoire de François
Premier , du fçavant Mr de Varillas,
in quarto en deux Tomes , qui fe vendront
12. livres. Ainfi ceux qui en
voudront , en pourront envoyer prendre
chez le Sieur Amaulry , Libraire ;
il fe vendra à Lyon dans le mefme
temps qu'à Paris.
du mois de Janvier 1685 .
CD
Onferences Ecclefiaftiques du
Dioceſe de Luçon , cinq Volumes
in douze , impreffion de Paris 40. fols
le Tome , & 25. fols impreffion de
Lyon .
Traité des Fortifications , contenant
la Demonſtration & l'Examen de tout
ce qui regarde l'Art de Fortifier les
Places , tant réguliéres qu'irreguliéres,
fuivant ce qui fe pratique aujourd'huy;
le tout d'une maniere abregée , & fort
aifée pour l'Inftruction de la Jeuneffe ;
par Monfieur Gautier de Nifmes, avec
23. Figures en taille douce , in douze,
25. fois.
Traité Hiftorique de l'Etabliſſement
& des Prérogatives de l'Eglife de Rome
, & de fes Evefques , par Monfieur
Mainbourg, in douze, 2.liv. 10. fols.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
par un Academicien François , in 12.
30.fols.
2 3
L'Hiftoire du Grand Seraskier Baffa
, ou la fuite de l'Hiftoire du Grand
Vifir , contenant toute la Relation de
la levée du Siege de Bude , & fes
Amours, in douze , 30. fols .
Effais de Sermons pour tous les
jours du Carefme , contenant fix Difcours
differens pour chaque jour , &
des Sentences choifies de la Sainte
Ecriture & des Peres de l'Eglife pour
chaque Difcours , avec la Traduction
de ces Sentences ; Ouvrage plein d'érudirion
, & neceffaire à toutes fortes
de Perfonnes , in octavo 3. Volumes,
12. livres .
Extraordinaire du Mercure Galant
du quartier Octobre , Novembre &
Decembre , in douze , 30.fols .
Agiatis , Reyne de Sparte , ou les
Guerres Civiles des Lacedemoniens ,
fous les Rois Agis & Leonidas, in 12 .
2. Volumes, 2. livres.
Morale de l'Evangile , in 12. nouvelle
Edition, so . fols.
Effais de Phyfique , in douze , 2.Volumes,
3. livres.
Mademoiſelle de Jarnac , Hiftoire
du
temps
de la Princeffe de Cleves , in
12. trois Volumes , 3. livres 10.fols.
Le Grand Sophi , Nouvelle Allegorique
, in douze , 10. fols .
Les Travaux de Mars, ou l'Art de la
Guerre , augmenté d'un quart nouvellement,
par Monfieur Mallet , in octavo
3. Volumes , 15. livres .
Nouveau Voyage de Monfieur Thevenot,
in quarto, s . quarto, 5. livres.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
reciproque , Livre en deux Tomes
in douze, 2. livres 10. fols .
Relation d'un Voyage des Indes
Orientales, par Mr Dellon , Docteur en
Medecine, in douze , 2.Vol . 3.livres .
Predicateur Evangelique, in 1 2. fix
& feptiéme Tomes, 3. livres. Les cinq
premiers fe trouvent auffi dans la mè
me Boutique.
L'Ecclefiaftique , par ces Meffieurs,
in octavo, 4.livres .
L'Almanach de Milan de 1685. in
douze, 20. fols.
Celuy de Liege , 15. fols.
La Connoiffance des Temps
née 1685. vingt ſols.
de
Armenius, Tragedie , in douze , 20.
fols.
Le Cocher Comedien, de Monfieur
de Hauteroche , in douze, is.fols .
Relation du Royaume de Siam , in
douze , 25. fols.
Journal du Palais , complet , en 9.
Volumes in quarto, 54. livres .
Idem , Le Neuvième Volume
feparé , pour 6. livres. L'on en donnera
toutes les Années un nouveau
Volume.
Et fans manquer & fans nulle remife
, vous aurez l'Hiftoire de François
Premier , du fçavant Mr de Varillas,
in quarto en deux Tomes , qui fe vendront
12. livres. Ainfi ceux qui en
voudront , en pourront envoyer prendre
chez le Sieur Amaulry , Libraire ;
il fe vendra à Lyon dans le mefme
temps qu'à Paris.
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Résumé : LIVRES NOUVEAUX du mois de Janvier 1685.
Le document énumère des livres publiés en janvier 1685. Parmi eux, les 'Conférences Ecclésiastiques du Diocèse de Luçon' en cinq volumes sont disponibles à Paris et Lyon. Le 'Traité des Fortifications' de Monsieur Gautier de Nîmes, illustré de 23 figures, vise à former la jeunesse à l'art de fortifier les places. Le 'Traité Historique de l'Établissement et des Prérogatives de l'Église de Rome' par Monsieur Mainbourg explore les aspects historiques et ecclésiastiques. D'autres titres incluent 'Les différents Caractères de l'Amour' par un académicien français, 'L'Histoire du Grand Seraskier Baffa', et 'Essais de Sermons pour tous les jours du Carême' en trois volumes. Des œuvres littéraires comme 'Agiatis, Reyne de Sparte', 'Mademoiselle de Jarnac', et 'Les Dames Galantes' sont également mentionnées. Des ouvrages scientifiques et techniques tels que 'Essais de Phyfique' et 'Les Travaux de Mars' sont listés. Des récits de voyage comme 'Nouveau Voyage de Monsieur Thevenot' et 'Relation d'un Voyage des Indes Orientales' par Monsieur Dellon sont présents. Enfin, le document cite des publications périodiques comme le 'Mercure Galant' et des almanachs pour l'année 1685.
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832
s. p.
TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Début :
Prélude, I Etrennes au Roy, 6 Madrigal sur le mesme sujet, 7, Sonnets, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume .
Rélude ,
Pret Etrennes au Roy
I
6
Madrigalfur le mesmesujet , 7
Sonnets ,
Madrigaux ,
8
10 .
Lettre touchant l'Ataque du Fort
de Bernardi , avec tout ce qui
s'y eft paffé ,
Etrennes Galantès ,
·Autres ,
18
30%
36
Lettre fur la Converfion de Monfieur
Vignes , Miniftre à Grenoble
,
Morts ,
40
60
Dialogue de la France & de la
Fortune ,
67
TABLE
Etrennes ,
Préfens faits par
le
Roy ,
69
71
Monfieur le Maréchal d'Eftrades
eft nommé Gouverneur de Monfieur
le Duc de Chartres.
Benedictions d'Abbeffes ,
72
73
Benédiction de la Chapelle du Seminaire
des Irlandois .
74
Monfieur d'Argouge eft nommé.
Chancelier de l'ordre de S. La-
Zare ,
"
76
78
Place de Monfieur Collot remplie
par Monfieur Tolet , ibid .
Infcriptions de la Galerie de Verfailles,
Difcours prononce à l'Academie
Françoife , le jour de la Reception
de Monfieur de Corneille
& de Monfieur Bergeret ,
Ce qui s'eft paffé touchant la Chaire
Gréque de l'Unverfité de Caen,
144
95
TABLE DES MATIERES.
Sermon de Monfieur l'Abbé Fléchier
, 146
Vers fur le calme dont jouit la
France ,
147
Origine du Roy de la Féve , 151
Stances , 154
Abjurations , 157
Vers fur le mefme fujet, 168
Mariages , 175
Belle action,
176
Hiftoire ,
184
Autres Morts , 200
208 Suite de l'Article de Siam.
Noms de ceux qui ont trouvé le mot
des deux dernieres Enigmes, 225
228 Enigmes ,
Divertiffemens du Carnaval , 230
Comédie de l'furier ,
Fin de la Table.
232
contenues dans ce Volume .
Rélude ,
Pret Etrennes au Roy
I
6
Madrigalfur le mesmesujet , 7
Sonnets ,
Madrigaux ,
8
10 .
Lettre touchant l'Ataque du Fort
de Bernardi , avec tout ce qui
s'y eft paffé ,
Etrennes Galantès ,
·Autres ,
18
30%
36
Lettre fur la Converfion de Monfieur
Vignes , Miniftre à Grenoble
,
Morts ,
40
60
Dialogue de la France & de la
Fortune ,
67
TABLE
Etrennes ,
Préfens faits par
le
Roy ,
69
71
Monfieur le Maréchal d'Eftrades
eft nommé Gouverneur de Monfieur
le Duc de Chartres.
Benedictions d'Abbeffes ,
72
73
Benédiction de la Chapelle du Seminaire
des Irlandois .
74
Monfieur d'Argouge eft nommé.
Chancelier de l'ordre de S. La-
Zare ,
"
76
78
Place de Monfieur Collot remplie
par Monfieur Tolet , ibid .
Infcriptions de la Galerie de Verfailles,
Difcours prononce à l'Academie
Françoife , le jour de la Reception
de Monfieur de Corneille
& de Monfieur Bergeret ,
Ce qui s'eft paffé touchant la Chaire
Gréque de l'Unverfité de Caen,
144
95
TABLE DES MATIERES.
Sermon de Monfieur l'Abbé Fléchier
, 146
Vers fur le calme dont jouit la
France ,
147
Origine du Roy de la Féve , 151
Stances , 154
Abjurations , 157
Vers fur le mefme fujet, 168
Mariages , 175
Belle action,
176
Hiftoire ,
184
Autres Morts , 200
208 Suite de l'Article de Siam.
Noms de ceux qui ont trouvé le mot
des deux dernieres Enigmes, 225
228 Enigmes ,
Divertiffemens du Carnaval , 230
Comédie de l'furier ,
Fin de la Table.
232
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Résumé : TABLE DES MATIERES contenuës dans ce Volume.
Le document présente la table des matières d'un volume contenant divers textes et événements. Il commence par des poèmes, incluant des madrigaux et des sonnets, suivis de lettres et de récits sur des événements spécifiques comme l'attaque du Fort de Bernardi et la conversion de Monsieur Vignes, ministre à Grenoble. Le texte mentionne également des événements officiels, tels que la nomination du Maréchal d'Estrades comme gouverneur du Duc de Chartres et celle de Monsieur d'Argouges comme chancelier de l'ordre de Saint-Lazare. Des bénédictions et des discours académiques sont inclus, notamment ceux prononcés lors de la réception de Monsieur de Corneille et de Monsieur Bergeret à l'Académie Française. Le document relate aussi des événements variés comme des mariages, des actions remarquables et des histoires. Il se termine par des divertissements du carnaval et des énigmes.
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833
s. p.
Extrait du Privilege du Roy.
Début :
Par Grace & Privilege du Roy, donné à Chaville le [...]
Mots clefs :
Privilège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Privilege du Roy.
Extrait du Privilege du Roy.
Pehaville de 15. Jullet 1683. Signé, Par
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
le Roy en fon Confeil , UNQUIERES . Il eft ,
permis à I; D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
plufieurs Pieces , Relations, Hiftoires , Avantures
, & autres Ouvrages hiftoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & espace de dix années ,
à compter du jour que chacun desdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois Comme auffi défenfes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expofant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre ,
mefme d'en vendre feparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
contrefaits ; ainfi que plus au long
left porté audit Privilege .
:
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé
a cedé & tranfporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir fuivant l'accord fait
›
entr'eux .
Pehaville de 15. Jullet 1683. Signé, Par
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
le Roy en fon Confeil , UNQUIERES . Il eft ,
permis à I; D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
plufieurs Pieces , Relations, Hiftoires , Avantures
, & autres Ouvrages hiftoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & espace de dix années ,
à compter du jour que chacun desdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois Comme auffi défenfes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de
l'Expofant , ny d'en extraire aucune Piece, ny
Planches fervant à l'ornement dudit Livre ,
mefme d'en vendre feparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
contrefaits ; ainfi que plus au long
left porté audit Privilege .
:
Regiftré fur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
Et ledit Sieur 1. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé
a cedé & tranfporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon, pour en joüir fuivant l'accord fait
›
entr'eux .
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Résumé : Extrait du Privilege du Roy.
Le document 'Privilege du Roy', daté du 15 juillet 1683, accorde à Jean Donneau de Visé, Sieur de Vizé, l'autorisation d'imprimer mensuellement le 'Mercure Galant'. Ce livre inclut diverses pièces, relations, histoires, aventures et ouvrages historiques, curieux et galants, destinés à la satisfaction du Dauphin. Le privilège est valable pour dix années à partir de la première impression de chaque volume. Le texte interdit à tout libraire, imprimeur, graveur ou autre de reproduire, graver ou vendre le livre sans consentement, sous peine d'une amende de six mille livres et de la confiscation des exemplaires contrefaits. Le privilège a été enregistré le 14 septembre 1683 par le syndic Angot. De plus, le Sieur de Vizé a cédé ses droits de privilège à Thomas Amaulry, libraire à Lyon, conformément à un accord entre eux.
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834
p. 1-5
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Les vertus du Roy éclatent de plus en plus, & l'on peut [...]
Mots clefs :
Louanges, Vertus, Sa Majesté, Zèle, Provinces, Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
MERCURE
GALANT
JANVIER 1685.
Es vertus du Roy
éclatent de plus en
plus , & l'on peut
dire que toute la Terd
re retentit de ſes loüanges ; mais ,
Madame , ce qui doit fort augmenter
l'admiration que vous
avez pour cet augufte Monarque
, c'est que parmy tant demerveilleufes
qualitez qui l'éle-
Fanvier 1685.
A
2 MERCURE
vent audeffus de tous les Hommes
, fa pieté tient toûjours le
premier rang. Il vient encore de
nous en donner de nouvelles
,
marques. Les avis qu'il a reçûs
du mauvais état où font en beaucoup
de Lieux les Nefs des Eglifes
, & les Prefbyteres , l'ont
obligé de remedier à ce defordre.
Pour empefcher qu'il ne continuë
il a efté ordonné par un
Arreft du Confeil d'Etat du 16 .
du dernier mois , que fur les
Procez Verbaux que les Archevefques
& Evefques en feroient
dreffer chacun dans fon Diocéfe
, des Experts feroient nommez
par les Intendans & les Commiffaires
deputez dans les Provinces
& les Generalitez', pour faire la
vifite de ce qui feroit en décadence
, afin de pourvoir enfuite
aux moyens de faire les RéparaGALANT.
3
tions qu'on jugeroit neceffaires.
Dans le temps que Sa Majefté
fait paroiftre un fi grand zéle
pour toutes les chofes qui ont
rapport au culte de Dieu , Elle
n'oublie rien de ce qui peut établir
plus fortement la felicité de
fes Sujets. Ainfi Elle a ordonné
dans toutes les Provinces de fon
Royaume , que , que de fes propres
deniers on fift faire par les Païfans
de chaque Generalité , tour
les Ouvrages qui affureroient la
commodité publique , quelque
confidérable qu'en pût eftre la
dépenfe , & entre autre , ce qui
refte à faire du Canal d'Orleans ,
pour joindre la Riviere de Loire.
Ce fage Monarque , en ce qui
regarde cette entrepriſe , récompenfe
l'induftrie & les foins des
Particuliers , qui parleurs lumie
A 2
4
MERCURE
res contribuent au fuccés des
grands établiffemens ; & en genéral
, il donne à une infinité de
Familles , l'occafion de parvenir
à un état aifé & commode , qu'il
eft feul capable de prévoir & de
procurer. Vous remarquerez ,
Madame,que la Genéralité d'Orleans
a efté l'objet des foins des
trois plus grands Princes du monde,
pour y faire des chofes dignes
de rendre leur Régne immortel.
Céfar y a fait faire un Chemin
qu'on voit encore à préfent, pour
la communication de la Bourgogne
à l'Orleannois . Henry IV. a
fait faire le Canal de Briare , &
LOUIS le Grand fait mettre
celuy d'Orleans dans la
perfection que l'on peut luy fouhaiter.
Ce Canal eft appellé
d'Orleans , à caufe qu'il traverſe
la Foreft d'Orleans , & vient tomGALANT.
ber dans la Loire proche la Ville
qui porte ce nom . Il commence
dans la Riviere de Loing , deux
lieües au- deffous de Montargis,
& eft actuellement navigable
dans une étendüe d'environ huit
heües.
Comme nous fommes dans
le mois d'Etrennes je croy
que vous ferez bien aife de voir
celles de Monfieur Magnin à Sa
Majefté . Voicy dequoy elles
eftoient compofées .
GALANT
JANVIER 1685.
Es vertus du Roy
éclatent de plus en
plus , & l'on peut
dire que toute la Terd
re retentit de ſes loüanges ; mais ,
Madame , ce qui doit fort augmenter
l'admiration que vous
avez pour cet augufte Monarque
, c'est que parmy tant demerveilleufes
qualitez qui l'éle-
Fanvier 1685.
A
2 MERCURE
vent audeffus de tous les Hommes
, fa pieté tient toûjours le
premier rang. Il vient encore de
nous en donner de nouvelles
,
marques. Les avis qu'il a reçûs
du mauvais état où font en beaucoup
de Lieux les Nefs des Eglifes
, & les Prefbyteres , l'ont
obligé de remedier à ce defordre.
Pour empefcher qu'il ne continuë
il a efté ordonné par un
Arreft du Confeil d'Etat du 16 .
du dernier mois , que fur les
Procez Verbaux que les Archevefques
& Evefques en feroient
dreffer chacun dans fon Diocéfe
, des Experts feroient nommez
par les Intendans & les Commiffaires
deputez dans les Provinces
& les Generalitez', pour faire la
vifite de ce qui feroit en décadence
, afin de pourvoir enfuite
aux moyens de faire les RéparaGALANT.
3
tions qu'on jugeroit neceffaires.
Dans le temps que Sa Majefté
fait paroiftre un fi grand zéle
pour toutes les chofes qui ont
rapport au culte de Dieu , Elle
n'oublie rien de ce qui peut établir
plus fortement la felicité de
fes Sujets. Ainfi Elle a ordonné
dans toutes les Provinces de fon
Royaume , que , que de fes propres
deniers on fift faire par les Païfans
de chaque Generalité , tour
les Ouvrages qui affureroient la
commodité publique , quelque
confidérable qu'en pût eftre la
dépenfe , & entre autre , ce qui
refte à faire du Canal d'Orleans ,
pour joindre la Riviere de Loire.
Ce fage Monarque , en ce qui
regarde cette entrepriſe , récompenfe
l'induftrie & les foins des
Particuliers , qui parleurs lumie
A 2
4
MERCURE
res contribuent au fuccés des
grands établiffemens ; & en genéral
, il donne à une infinité de
Familles , l'occafion de parvenir
à un état aifé & commode , qu'il
eft feul capable de prévoir & de
procurer. Vous remarquerez ,
Madame,que la Genéralité d'Orleans
a efté l'objet des foins des
trois plus grands Princes du monde,
pour y faire des chofes dignes
de rendre leur Régne immortel.
Céfar y a fait faire un Chemin
qu'on voit encore à préfent, pour
la communication de la Bourgogne
à l'Orleannois . Henry IV. a
fait faire le Canal de Briare , &
LOUIS le Grand fait mettre
celuy d'Orleans dans la
perfection que l'on peut luy fouhaiter.
Ce Canal eft appellé
d'Orleans , à caufe qu'il traverſe
la Foreft d'Orleans , & vient tomGALANT.
ber dans la Loire proche la Ville
qui porte ce nom . Il commence
dans la Riviere de Loing , deux
lieües au- deffous de Montargis,
& eft actuellement navigable
dans une étendüe d'environ huit
heües.
Comme nous fommes dans
le mois d'Etrennes je croy
que vous ferez bien aife de voir
celles de Monfieur Magnin à Sa
Majefté . Voicy dequoy elles
eftoient compofées .
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Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
Le 'Mercure Galant' de janvier 1685 célèbre les vertus et les actions du roi de France. Le roi est particulièrement loué pour sa piété, ayant ordonné des réparations des églises et des presbytères en mauvais état via un arrêt du Conseil d'État du 16 décembre précédent. Il montre un grand zèle pour le culte divin et le bien-être de ses sujets, finançant des ouvrages publics dans toutes les provinces. Parmi ces projets figure la construction du Canal d'Orléans, navigable sur environ huit lieues, traversant la forêt d'Orléans et se jetant dans la Loire près d'Orléans. Ce canal commence dans la rivière de Loing, deux lieues en dessous de Montargis. La généralité d'Orléans a déjà été l'objet d'attention de grands princes comme César et Henri IV. Le roi actuel, Louis le Grand, perfectionne le Canal d'Orléans. Le texte se termine par une référence aux étrennes offertes au roi par Monsieur Magnin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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835
p. 6-7
ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
Début :
Le premier des Louis estois trop debonnaire ; [...]
Mots clefs :
Louis, Coeur, Fils, Père, Ciel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
ETRENNE
DE QUATORZE LOUIS
A
LOUIS LE GRAND .
L
SONNE T.
E premier des LOVIS eftois
trop debonnaire ;
Le Second le Troifiéme , & Louis
d'Outremer ,
Ne firent rien de propre à fe faire
eftimer ;
Le Cinquième eft marqué pour n'avoir
fçû rien faire.
Louis le Gros en Fils fut plus heureux
qu'en Pere ;
Le Ieune fe croifant , vit les Chrê–
tiens armer
,
GALAN T.
Lion par fon grand coeur fe fit ainfe
nommers
Et fon Fils Saint Louis à Dieu feul
voulut plaire.
On ne vit que quatre ans regner
Louis Hutin ;
Louis Onziémefut, & trop , & trop
peu fin ;
Et le Pere du Peuple eut unfort plus
angufte.
Ces douze effaisfinis, du Héros qu'on
attend
L'heure arrive ; & le Ciel , apres
Louis le Iufte ,
Acheva le Chef - d'oeuvre , & fit
LOUIS LE GRAND .
DE QUATORZE LOUIS
A
LOUIS LE GRAND .
L
SONNE T.
E premier des LOVIS eftois
trop debonnaire ;
Le Second le Troifiéme , & Louis
d'Outremer ,
Ne firent rien de propre à fe faire
eftimer ;
Le Cinquième eft marqué pour n'avoir
fçû rien faire.
Louis le Gros en Fils fut plus heureux
qu'en Pere ;
Le Ieune fe croifant , vit les Chrê–
tiens armer
,
GALAN T.
Lion par fon grand coeur fe fit ainfe
nommers
Et fon Fils Saint Louis à Dieu feul
voulut plaire.
On ne vit que quatre ans regner
Louis Hutin ;
Louis Onziémefut, & trop , & trop
peu fin ;
Et le Pere du Peuple eut unfort plus
angufte.
Ces douze effaisfinis, du Héros qu'on
attend
L'heure arrive ; & le Ciel , apres
Louis le Iufte ,
Acheva le Chef - d'oeuvre , & fit
LOUIS LE GRAND .
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Résumé : ETRENNE DE QUATORZE LOUIS A LOUIS LE GRAND. SONNET.
Le poème énumère les rois de France nommés Louis. Louis Ier est trop bon. Louis II, III, IV et d'Outremer n'ont rien accompli. Louis V est inactif. Louis VI est plus chanceux en tant que fils. Louis IX participe à la croisade. Philippe Auguste, le Lion, est courageux. Son fils, Saint Louis, est dévot. Louis X règne quatre ans. Louis XI est rusé mais peu fin. Henri IV a une fin tragique. Le texte attend Louis XIV, le Grand.
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836
p. 7-8
Madrigal sur le mesme sujet, [titre d'après la table]
Début :
Ce Madrigal estoit joint à ce Sonnet. / Grand LOUIS, ma Muse en ce jour [...]
Mots clefs :
Louis, Muse, Poète, Présent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Madrigal sur le mesme sujet, [titre d'après la table]
Ce Madrigal eftoit joint à ce
Sonnet.
GRA
Rand LOUIS , ma Mufe
en ce jour
A 4
8
MERCURE
Te fait une Royale Etrenne ,
Et de l'air d'une Souveraine
Elle vient tefaire fa cour.
Quelque Poëte plus habile
Chantera tes Faits inouïs ;
Pour moy , ce que je fais eft affez
difficile ,
C'est un Préfent de quatorze Louis;
Selon mes faculte l'offre paroift
civile.
Tout le monde en convient , le der
nier eft fans prixs
Des autres je me tais , de peur d'eftre
Surpris;
Mais la Rime voudroit qu'ils en valuffent
mille.
Sonnet.
GRA
Rand LOUIS , ma Mufe
en ce jour
A 4
8
MERCURE
Te fait une Royale Etrenne ,
Et de l'air d'une Souveraine
Elle vient tefaire fa cour.
Quelque Poëte plus habile
Chantera tes Faits inouïs ;
Pour moy , ce que je fais eft affez
difficile ,
C'est un Préfent de quatorze Louis;
Selon mes faculte l'offre paroift
civile.
Tout le monde en convient , le der
nier eft fans prixs
Des autres je me tais , de peur d'eftre
Surpris;
Mais la Rime voudroit qu'ils en valuffent
mille.
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Résumé : Madrigal sur le mesme sujet, [titre d'après la table]
Le texte présente un madrigal et un sonnet dédiés à Louis XIV. Le madrigal décrit une 'Royale Etrenne' offerte à Mercure, symbolisant la générosité royale. Le sonnet exprime l'humilité de l'auteur face aux exploits du roi. L'auteur offre quatorze louis, soulignant que cette offrande est modeste et civile. Il reconnaît que le dernier louis est sans prix et évite de commenter les autres pour ne pas être surpris.
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837
p. 8-10
Sonnets, [titre d'après la table]
Début :
Cet autre Sonnet a esté adressé à Monsieur le Duc de Saint-Aignan / Ces quatorze Louis mis dans un seur Sonnet. [...]
Mots clefs :
Louis, Éloge, Chant, Sublime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sonnets, [titre d'après la table]
Cet autre Sonnet a efté adreſſe
à Monfieur le Duc de Saint Aignan
par le même мonfieur Magnin
, fur le fujet de l'Etrenne .
CEs
Es quatorze Louis mis dans un
feur Sonnet.
GALANT.
9
Seront un peu preffez , Saint Aignan,
je l'avoue ;
Et fi l'on s'étand trop quelquefois
quand on loue ,
On ne peut m'acufer icy de l'avoir
fait.
Ay je prétendu faire un Eloge parfait
?
Dans un champ un peu long le plus
habile échoue ;
Pour vouloir trop chanter ,fouvent la
voix s'enroue.
Et celle de ma Plume eft un petit
Faucet.
De peur de m'égarer à force de lu
miere ,
Fabrége ette vafte & brillante
matiere,
Où fur tant de Louis le Ciel en
finitum
AS
10 MERCURE
Et j'ay crû mieux répondre à fa
hauteur fublime,
Enprenant un deffein qui nefust pas
commun ,
Qu'en donnant plus d'espace à l'ardeur
qui m'anime.
à Monfieur le Duc de Saint Aignan
par le même мonfieur Magnin
, fur le fujet de l'Etrenne .
CEs
Es quatorze Louis mis dans un
feur Sonnet.
GALANT.
9
Seront un peu preffez , Saint Aignan,
je l'avoue ;
Et fi l'on s'étand trop quelquefois
quand on loue ,
On ne peut m'acufer icy de l'avoir
fait.
Ay je prétendu faire un Eloge parfait
?
Dans un champ un peu long le plus
habile échoue ;
Pour vouloir trop chanter ,fouvent la
voix s'enroue.
Et celle de ma Plume eft un petit
Faucet.
De peur de m'égarer à force de lu
miere ,
Fabrége ette vafte & brillante
matiere,
Où fur tant de Louis le Ciel en
finitum
AS
10 MERCURE
Et j'ay crû mieux répondre à fa
hauteur fublime,
Enprenant un deffein qui nefust pas
commun ,
Qu'en donnant plus d'espace à l'ardeur
qui m'anime.
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Résumé : Sonnets, [titre d'après la table]
Le texte est un sonnet de Monsieur Magnin adressé au Duc de Saint Aignan sur le thème des étrennes. L'auteur reconnaît la difficulté de louer sans exagérer et compare sa plume à un petit sifflet. Il choisit un défi moins commun pour éviter de s'égarer en traitant des sujets brillants et précieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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838
p. 10-12
SUR CE QUE LE ROY n'a point d'égal.
Début :
Le premier des trois Sonnets que j'ajoûte icy, est de Monsieur de Grammont / Dans chaque Age on a vû plus d'un grand Capitaine ; [...]
Mots clefs :
Histoire romaine, Louis, Paix, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR CE QUE LE ROY n'a point d'égal.
Le premier des trois Sonnets
que j'ajoûte icy , eft de Monfieur
de Grammont de Richelieu ; le
fecond , de Monfieur Louchaut,
& le troifiéme , de Monfieur de
Grivagere le jeune de Falaife.
SUR CE QUE LE ROY
n'a point d'égal .
D4
Ans chaque Age on a vû plus
d'ungrand Capitaine ;
Le plus grand eut toujours un Concurrent
fatal ;
3
Témoin ce qu'on nous dit dans l'Hiftoire
Romaine
GALANT. rt
Du fameux Scipion , & du grand
Annibal.
Marius & Sylla fe font fait de la
peine.
Céfar eut en Pompée un terrible
Rival:;
Marc Antoine amolly par l'Amour
de la Reine ,
S'ilne vainquit Augufte , il luyfit
bien du mal.
Quoy que l'on redoutaft de François
la vaillance,
Charles quint cependaas balança
Sa puissance.
LOVIS fans concurrent paroift feul
aujourd'huy.
Cherchez chez nos Voifins , courez
toute la Terre ,
Soit pour régir en Paix , ou triompher
en Guerre ,
A 6
7-
I 2 MERCURE
Où pourra- t- on trouver un Héros
comme luy ?
que j'ajoûte icy , eft de Monfieur
de Grammont de Richelieu ; le
fecond , de Monfieur Louchaut,
& le troifiéme , de Monfieur de
Grivagere le jeune de Falaife.
SUR CE QUE LE ROY
n'a point d'égal .
D4
Ans chaque Age on a vû plus
d'ungrand Capitaine ;
Le plus grand eut toujours un Concurrent
fatal ;
3
Témoin ce qu'on nous dit dans l'Hiftoire
Romaine
GALANT. rt
Du fameux Scipion , & du grand
Annibal.
Marius & Sylla fe font fait de la
peine.
Céfar eut en Pompée un terrible
Rival:;
Marc Antoine amolly par l'Amour
de la Reine ,
S'ilne vainquit Augufte , il luyfit
bien du mal.
Quoy que l'on redoutaft de François
la vaillance,
Charles quint cependaas balança
Sa puissance.
LOVIS fans concurrent paroift feul
aujourd'huy.
Cherchez chez nos Voifins , courez
toute la Terre ,
Soit pour régir en Paix , ou triompher
en Guerre ,
A 6
7-
I 2 MERCURE
Où pourra- t- on trouver un Héros
comme luy ?
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Résumé : SUR CE QUE LE ROY n'a point d'égal.
Le texte présente trois sonnets attribués à Monsieur de Grammont de Richelieu, Monsieur Louchaut et Monsieur de Grivagere. Le sonnet de Monsieur Louchaut compare des grands capitaines romains comme Scipion et Annibal, et des rois comme François Ier et Charles Quint. Il souligne que le roi Louis XIV n'a pas de rival, ni en temps de paix ni en temps de guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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839
p. 12-13
SUR L'HERESIE aux abois.
Début :
Le Héros qui remplit l'Univers de terreur, [...]
Mots clefs :
Héros, Univers, Hérésie, Huguenots, Impiété , Chrétiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR L'HERESIE aux abois.
SUR L'HERESIE
aux abois.
L
E Héros qui remplit l'Univers
de terreur ,
A rendu l'Heréfic , & rampante, &
foumife;
Ses Armes, que le Ciel en tous lieux
authorife ,
Ont de l'impieté reprimé la fureur.
Parmy les Huguenots, ceux que Dieu
favorife
Regardent aujourd'huy leur Schifme
avec horreur ;
Et déteffant tout haut leur miférable
erreur ;
s'empreffent pour rentrer au giron
de l'Eglife.
GALANT . 13
Ce Triomphe déja fait trembler les
Enfers.
Ah! pour tout ces Chrétiens dout
vous brifez les fers.
Grand Roy , que de Lauriers , que de
Palmes font preftes !
La Pieté qui met la Victoire en vos
mains,
Va ravir au Démon fes funeftes
conquestes ,
Et rendre de nouveau le falut aux
Humains.
aux abois.
L
E Héros qui remplit l'Univers
de terreur ,
A rendu l'Heréfic , & rampante, &
foumife;
Ses Armes, que le Ciel en tous lieux
authorife ,
Ont de l'impieté reprimé la fureur.
Parmy les Huguenots, ceux que Dieu
favorife
Regardent aujourd'huy leur Schifme
avec horreur ;
Et déteffant tout haut leur miférable
erreur ;
s'empreffent pour rentrer au giron
de l'Eglife.
GALANT . 13
Ce Triomphe déja fait trembler les
Enfers.
Ah! pour tout ces Chrétiens dout
vous brifez les fers.
Grand Roy , que de Lauriers , que de
Palmes font preftes !
La Pieté qui met la Victoire en vos
mains,
Va ravir au Démon fes funeftes
conquestes ,
Et rendre de nouveau le falut aux
Humains.
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Résumé : SUR L'HERESIE aux abois.
Le texte relate la victoire des forces religieuses légitimes contre l'hérésie. Un héros, autorisé par le Ciel, a réprimé l'impieté. Les Huguenots favorables à Dieu rejettent désormais leur schisme. Le roi, par sa piété, obtient la victoire et libère les chrétiens. Sa piété est la source de son triomphe.
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840
p. 13-15
SUR LES EDITS contre les Prétendus Reformez.
Début :
Sur cent Peuples liguez esperer la Victoire. [...]
Mots clefs :
Peuple, Victoire, Louis, Héros, Église, Hérésie, Prétendus réformés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES EDITS contre les Prétendus Reformez.
SUR LES EDITS
contre les Prétendus
Reformez .
Ur cent Peuples ligue efperer
La Victoire ,
50%
Et n'avoir que fon bras &fon coeur
pour garanti
14
MERCURE
Seul les vaincre en effet , ce qu'on a
peine à croire ,
Et par tout s'eriger en parfait Conquerant.
C'est du vaillant LOVIS la furprenante
Histoire,
A qui tout l'Univers donne le nom
de GRAND ;
C'eft LOVIS en un mot ,fifameux
par fa gloire,
Qu'entre tous les Heros Il tient le
premier rang.
Cependant, comme il eft Fils aîné de
iEglife,
Ilveut que fa grandeur luyfoit toûjours
foumife ,
Et que tousfes Sujets foient unis fous
fa Loy.
Deftruire l'Heréfie infolente & rebelle.
GALANT.
15
C'est l'unique Triomphe où prétend
ce grand Roy ,
Quel autre peut donner une gloire
plusbelle'?
contre les Prétendus
Reformez .
Ur cent Peuples ligue efperer
La Victoire ,
50%
Et n'avoir que fon bras &fon coeur
pour garanti
14
MERCURE
Seul les vaincre en effet , ce qu'on a
peine à croire ,
Et par tout s'eriger en parfait Conquerant.
C'est du vaillant LOVIS la furprenante
Histoire,
A qui tout l'Univers donne le nom
de GRAND ;
C'eft LOVIS en un mot ,fifameux
par fa gloire,
Qu'entre tous les Heros Il tient le
premier rang.
Cependant, comme il eft Fils aîné de
iEglife,
Ilveut que fa grandeur luyfoit toûjours
foumife ,
Et que tousfes Sujets foient unis fous
fa Loy.
Deftruire l'Heréfie infolente & rebelle.
GALANT.
15
C'est l'unique Triomphe où prétend
ce grand Roy ,
Quel autre peut donner une gloire
plusbelle'?
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Résumé : SUR LES EDITS contre les Prétendus Reformez.
Le texte célèbre Louis XIV, surnommé le 'Grand', pour sa victoire contre les prétendus réformés. Il le décrit comme un conquérant parfait et le plus grand des héros, reconnu mondialement. Louis XIV souhaite soumettre sa grandeur à la foi et unir ses sujets sous sa loi. Son objectif principal est de détruire l'hérésie.
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841
p. 15-16
AU ROY.
Début :
Voicy de fort jolis Vers, sur ce que le Roy / Dans vos six vingts Billets si pas un des Bijoux [...]
Mots clefs :
Sort, Honneur, Couronne, Bijoux, Voeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voicy de fort jolis Vers , fur
ce que le Roy n'a eu que des
Billets blancs à la Loterie de Monfeigneur
le Dauphin . Ils font de
Monfieur Salbray Valet de
Chambre de Sa Majesté . Vous
obferverez que Monfeigneur eft
né le matdy.
D
"
AURO Y.
Ans vos fix vingts Billets fi
pas un des Bijoux
·
Ne s'eft trouvé marqué pour vous
SIRE ,faut il qu'on s'en étonne ?
Le Sort en ce rencontre a droit de
s'excufer.
Quel bonneur auroit- il de vous
favorifer.
16 MERCURE
A moins d'une Province , à moins
d'une Couronne ?
Mais les Lots de ce prix font hors
de fon pouvoir ;
Il n'appartient qu'à Mars de vous
les faire avoir;
Et s'il veut quelque jour faire une
Loterie
Dont les Bijoux feront des plus fa
meux Etats.
Eftant fon Favory , SFRE , n'en
doutez pas ,
Vous aurez ce gros Lot digne de
vôtre envie >
Où fe bornent les vaux des plus
grands Potentats.
ce que le Roy n'a eu que des
Billets blancs à la Loterie de Monfeigneur
le Dauphin . Ils font de
Monfieur Salbray Valet de
Chambre de Sa Majesté . Vous
obferverez que Monfeigneur eft
né le matdy.
D
"
AURO Y.
Ans vos fix vingts Billets fi
pas un des Bijoux
·
Ne s'eft trouvé marqué pour vous
SIRE ,faut il qu'on s'en étonne ?
Le Sort en ce rencontre a droit de
s'excufer.
Quel bonneur auroit- il de vous
favorifer.
16 MERCURE
A moins d'une Province , à moins
d'une Couronne ?
Mais les Lots de ce prix font hors
de fon pouvoir ;
Il n'appartient qu'à Mars de vous
les faire avoir;
Et s'il veut quelque jour faire une
Loterie
Dont les Bijoux feront des plus fa
meux Etats.
Eftant fon Favory , SFRE , n'en
doutez pas ,
Vous aurez ce gros Lot digne de
vôtre envie >
Où fe bornent les vaux des plus
grands Potentats.
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Résumé : AU ROY.
Le poème satirique de Monsieur Salbray, valet du roi, relate la loterie organisée par le Dauphin, où le roi n'a obtenu que des billets blancs. Le poème suggère que les grands prix, comme des provinces ou des couronnes, relèvent du domaine de Mars, le dieu de la guerre. Il imagine que si Mars organisait une loterie avec des États célèbres, le roi, favori de Mars, obtiendrait le gros lot.
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842
p. 16-17
POUR MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
Et pour vous Monseigneur, dont l'heureuse naissance [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Naissance, Dieu, Trône, César
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
POUR MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Et pour vous . Monfeigneur , dont
L'heureufe naiffance
GALANT. 17
Et d'un fi beau préfage , eftant du
jour de Mars ;
Ce Dieu,dufecond Lot vous donnant
l'espérance,
Ioindra par ce Préfent au bonheur
de la France
Le Trône des Céfars
LE DAUPHIN.
Et pour vous . Monfeigneur , dont
L'heureufe naiffance
GALANT. 17
Et d'un fi beau préfage , eftant du
jour de Mars ;
Ce Dieu,dufecond Lot vous donnant
l'espérance,
Ioindra par ce Préfent au bonheur
de la France
Le Trône des Céfars
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843
p. 17-29
LETTRE DE MR LE MARQUIS DE L... A MR LE COMTE DE... LIEUTENANT DE ROY A...
Début :
Ayant à vous donner des nouvelles de l'Attaque du Fort, /Sans une maladie qui m'a fait garder le Lit plus de cinq semaines, [...]
Mots clefs :
Place, Marquis, Académie, Comte, Attaque, Assiégeants, Épée, Noblesse, Grenades, Prince de Soubise, Travaux, Monsieur Bernardi, Gentilhommes, Fort
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MR LE MARQUIS DE L... A MR LE COMTE DE... LIEUTENANT DE ROY A...
Ayant à vous donner des nouvelles
de l'Attaque du Fort , qui
a efté faite par les Gentilshommes
de l'Académie de monfienr
Bernardi , je ne puis fatisfaire
mieux vôtre curiofité, qu'en vous
envoyant la Lettre qui fuit.
18 MERCURE
LETTRE
DE ME LE MARQUIS
DE L …….
A M LE COMTE DE ...
LIEVTENANT DE ROY A...
Sav
Ans une maladie qui m'a fait
garder le Lit plus de cinq femaines
, je n'aurois pas tant diferé
àvous rendre comte de ce que vous
m'avez demandé par voftre obligeante
Lettre , touchant l'état de
l'Académie de Monfieur Bernardi,
Neveu de l'illuftre Bernardi que
vous aimiez tant , & à vous faire
le détail de tout ce que j'ay ou an'
Fort que les Gentilshommes de cette
· Académie renouvellent tous les ans
GALANT. ) 19
Pour n'oublier rien de ce que vous
defire fçavoir , j'ay efté plufieurs
fois dans cette Maifon , remarquer
jufques à la moindre chofe , & je
puis vous affurer , Monfieur , que
toute la Nobleffe ne sçauroit affe
reconnoistre l'aplication avec laquelle
les Chefs de l'Académie travaillent
, pour leur donner une éducation
digne de leur naiffance ; &
que Monfieur Bernardi d'à preſent
n'a pas moins hérité des biens defeu
fon Oncle , que de fes beaux talens
dans ce noble Employ . Vous connoiffelle
mérite de Monfieur de Chateauneuf.
C'est le méme qui pendant
vingt-cinq ans a tenu avec
feu Monfieur Bernardi , la plus belle
& la plus, nombreuſe Académie de
l'Europe , avec tant d'ordre , & une
fi belle difcipline , qu'ils ont toujours
eu un applaudiffement univerfel.
Les chofes dans cette Maifon font
20 MERCURE
toujoursfur le mefme pied ; je n'y ay
rien trouvé de changé. L'Equipage
que vousy avez vû , a esté de tout
temps des plus confidérables de
Paris ; mais j'ay efté temoin de l'augmentation
que l'on y a faite depuis
peu de jours d'un grand nombre
de tres- bons chevaux de l'Académie
de Monfieur Coulon , ce qui
rend auiourd'huy cet Equipage plus
beau que iamais , & fans contredit
le meilleur qu'on ait encore vû dans
Aucune Académie . Ainsi , Monfieur,
vous ne devez point balancer à envoyer
Meffieurs vos Enfans profiter
des avantages que l'on a dans celle-
cy, où l'on prend unfoin tout par.
ticulier des moeurs & de la conduite
ieunes Seigneurs. Outre ce bon
ordre pour toutes chofes , la Difci
pline Militaire y eft obfervée par
› faitement dans les Attaques du
Fort dont vous avez entenduparler
do
GALANT.
"
21
& c'est encore un avantage qu'on
ne trouve que dans cette feule Maifon
, Comme vous m'en avez dé
mandé le détail , ie vous diray tout
ce qui s'y eft paffé cette année , n'en
ayant pas perdu un feul iour l'occafion
, afin de vous en pouvoir mieux
informer. l'ay vi toute cette belle
Nobleffe marcher dans les Ruës de
Paris avec un ordre admirable
I'en ay compté plus de foixante &
dix , tous le Moufquetfur l'épaule
parmy lefquels il y en avoit defi
jeunes , qu'àpeine avoient . ils laforce
de le porter. Les deux Commandans
eftoient à la Tefte. Ce font
d'ordinaire les deux Doyens de l'Académie,
Les Tambours & les Hautbois
fuivoient cette belle Troupe.
Quand on fut au Rendez vous ,
l'on commença l'Attaque du Fort
parunefurprife. Le Prince de Muf
feran , Doyen de l'Academie , qui
2.2 MERCURE
eftoit le General de cette petite Armée
, alla reconnoiftre la Place infques
à la Paliffade , & détacha
enfuite le Prince de Soubife & le
Marquis de Sourches , foutenus par
le Comte de Morftein ,, les Marquis
de Bourry , de Lomaria , de Busy,
d'offac , de Sainte Croix , de Galle,
& plufieurs autres , avec ordre de
dreffer des Echelles aux deux côte
de la Porte , pour abatffer le Pont- .
levis , & enfoncer cette Porte avec
un petard. Un autre Détachements
qui avoit à la Tefte le Marquis de
Maridor fuivy du Marquis de
Chabanes , les Comtes de Maldegben
, de Vandeuvre , de Mefgrigny
, de la Roque , de Coffe, Forbeffe,
& autres , defcendit dans le Feffé,
pour efcalader la Place . Le Gros
des Troupes , où étoient les Marquis
de Prélat , & d'Amon , le Comte
de Leoncron , le Baron du Chastel,
GALANT.
23
les Marquis de Moilie , Linard
Gauville , Boyer , Robien , & plufieurs
autres Seigneurs Etrangers
dont ie n'ay puretenir les noms , fuivoit
pour foutenir ces deux Attaques.
Les uns & les autres s'aquitérent
de leur devoir en braves
Gens. Le Pont ayant efté abaiffe,
fans que la Sentinelle s'en fuft apperçuë
, on appliqua le Petard à la
Porte fi à propos , qu'elle fut enfoncée
, mais ceux du Corps de Garde
étant accouru au bruit , eurent affez
de temps pour abatre la Herfe , &
arréterent tout court la vigueur de
ceux qui fe préfentoient l'Epée à
la main pour paffer par la Porte.
A l'autre Attaque , les plus hardis
eftant montez par des Echelles , furent
aperçus , & repouffe . Le Com
mandant de la Place ayant fair
faire divers feux , &ietter de la
paille allumée dans le Foffé pour
24 MERCURE
L'éclairer , donna fi bon ordre à la
defenfe , qu'il obligea les Affaillans
à la retraite ; mais ils ne la firent
que pour infulter la Place avec plus
de vigueur qu'auparavant . Dans
ce deffein on fit trois fauffes Attaques,
& deux veritables. La Place
fut efcaladée par plufieurs endroits,
pendant que le Prince de Soubife,
à la faveur des Grenades qui luy
rendirent l'accés de la Porte libre,
& quifirent retirer ceux qui étoient
derriere la Porte , fit appliquer un
Second Petard àla Helfe , & entra
avec fes Troupes l'Epée à la main
dans la Place. On a obfervé en
toutes ces occafions tout ce qui fe
pratique à l'Attaque d'une Place
emportée dans les formes.
A
On a vú celle- cy en état de défence.
Elle eftoit fraifée & paliffadée.
Ses Dehors étoient de la derniere
propreté, & ily avoit une
Garnifon
GALAN T.
25
Garnifon nombreuſe. D'un autre
cofté , nôtre illuftre Armée n'avoit
rienoubliépour fefortifier dans fon
Camppar des Lignes de Circonvallation
d'une jufteffe achevez. Les
Tentes & les Pavillous dont il étoit
remply , étoient dreffées avec une
fimetrie digne de remarque. On
commençafans brait par l'ouverture
de la Tranchée , apres avoir fait
la Place d' Armes. Tandis que ces
jeunes Héros travailloient à la terre
avec une chaleur incroyable , donnant
des marques de ce qu'ils feauroient
faire un jour , les Ennemis
firent une Sortie fur eux , avec
des Grenadiers , & vinrent combler
& ruiner les Travaux des Affiém
geans ; mais ils furent enfuite vigoureufement
repouffe dans la
Place par un Gros de la Grande
Garde , qui fortit fur eux l'Epée à
la main. On continua depuis à tra
Janvier 1685.
B
26 MERCURE
vailler , nonobftant le feu continuel
qu'onfaifoit de la Place , pour em
pefcher le Travail. le visun Party
de la Campagne , qui vint attaquer
les Lignes , & porter des Fafcines.
pour combler le Foffé. Ony acourut
du Camp avec un Gros , pour les
défendre , mais l'on s'aperçut bientoft
apres , que ce n'eftoit qu'une
fauffe Attaque , pour favorifer un
Convoy qui paffa de l'autre cofté,
fans que ceux du Camp puffent s'opofer
a fon paffage , les Affiégez.
ayant fait une Sortie , pourfoûtenir
ceux qui conduifoient le Convoy.
Vous fçavez que je me fuis trouve
en plufieurs occafions à l'Armée ;
mais je n'ayjamais vû un fi grand
feu , pendant plus de trois heures
que cela dura.
la
La feconde fois , apres que
Garde fat montée , & que chacun
fut pris fes Poftes , l'on commença
GALANT. 27
par avancer les Bateries plus prés
de la Place , afin de ruiner les Paliffades
, & obliger des troupes qui
étoient dans les Dehors , à fe retirer.
Les Affiégez firent une Sortie,
& à la faveur d'une pluye de Grenades
qu'ils jetterent à ceux qui
gardoient des Bateries , ils s'en ren
dirent les maiftres. Ils fe fervirent
de cette Baterie pour ruiner les
Travaux des Affiégeans ; mais elle
fut bien- toft apres regagnée , &
prefque tous ceux qui la gardoient
furent faits Prifonniers , les autres
ayant pris lafuite. Les Affiégezfe
trouvant incommodez d'une Redou
te que les Affiégeans avoient faite,
ils y firent jouer un Fourneau, ayant
fait uneSortie en mefme temps , &
y montérent à l'Affaut , & l'emportérent.
Ils ne la gardèrent pas
long- temps , car les Affiégeans la
regagnérent l'Epée à la main , à la
B 2
28 MERCURE
faveur d'une infinité de Grenades
que l'on y jettoit du Camp , pour en
chaffer ceux qui s'en étoient rendus
maîtres. On rétablit d'abord la
Bréche avec des Fafcines , & l'on
continua à avancer des Travaux,
Ily avoit ce iour - là un nombre infiny
de Gens.
Une autre fois les Affiégeans commencérent
par un Logement qu'ils
firent fur la Contrefcarpe . Ceux de
la Place lefirent fauter bien- toft
apres , par un Fourneau qu'ils firent
iouer. Ce Pofte fut encore regagné,
& le Logement refait ; ce qui obligeales
Affiégez à fe retirer dans la
Demy.lune . Cela donne lieu à la
defcente dans le Foffe . Le Mineur
fut attaché à la Demy- lume. La
Mine fit une Bréche affe confidérable
, & les Affiégeans montérent
à l'Affaut avec une vigueur & une
chaleur digne de ceux que ie vous
GALANT. 29
ay nommez. Apres le Logementfait
fur la Demy line , ceux de la Place
fe rendirent avec une Compofition
honorable. Le Canon a fait grand
bruit depart & d'autre , auffi -bien
que les Bombes , les Carcaffes & les
Grenades. Le Terrainy a efté difpu
tépied àpied , & toûjours avec un
feu continuel.
Toutes ces occafions fe font paffées
en préfence d'un grand nombre de
Perfonnes de qualité ; & les Gens
du Metier ont avoüé qu'on ne pouvoit
rien faire de plus avantageux
pourcette ieune Nobleffe.
de l'Attaque du Fort , qui
a efté faite par les Gentilshommes
de l'Académie de monfienr
Bernardi , je ne puis fatisfaire
mieux vôtre curiofité, qu'en vous
envoyant la Lettre qui fuit.
18 MERCURE
LETTRE
DE ME LE MARQUIS
DE L …….
A M LE COMTE DE ...
LIEVTENANT DE ROY A...
Sav
Ans une maladie qui m'a fait
garder le Lit plus de cinq femaines
, je n'aurois pas tant diferé
àvous rendre comte de ce que vous
m'avez demandé par voftre obligeante
Lettre , touchant l'état de
l'Académie de Monfieur Bernardi,
Neveu de l'illuftre Bernardi que
vous aimiez tant , & à vous faire
le détail de tout ce que j'ay ou an'
Fort que les Gentilshommes de cette
· Académie renouvellent tous les ans
GALANT. ) 19
Pour n'oublier rien de ce que vous
defire fçavoir , j'ay efté plufieurs
fois dans cette Maifon , remarquer
jufques à la moindre chofe , & je
puis vous affurer , Monfieur , que
toute la Nobleffe ne sçauroit affe
reconnoistre l'aplication avec laquelle
les Chefs de l'Académie travaillent
, pour leur donner une éducation
digne de leur naiffance ; &
que Monfieur Bernardi d'à preſent
n'a pas moins hérité des biens defeu
fon Oncle , que de fes beaux talens
dans ce noble Employ . Vous connoiffelle
mérite de Monfieur de Chateauneuf.
C'est le méme qui pendant
vingt-cinq ans a tenu avec
feu Monfieur Bernardi , la plus belle
& la plus, nombreuſe Académie de
l'Europe , avec tant d'ordre , & une
fi belle difcipline , qu'ils ont toujours
eu un applaudiffement univerfel.
Les chofes dans cette Maifon font
20 MERCURE
toujoursfur le mefme pied ; je n'y ay
rien trouvé de changé. L'Equipage
que vousy avez vû , a esté de tout
temps des plus confidérables de
Paris ; mais j'ay efté temoin de l'augmentation
que l'on y a faite depuis
peu de jours d'un grand nombre
de tres- bons chevaux de l'Académie
de Monfieur Coulon , ce qui
rend auiourd'huy cet Equipage plus
beau que iamais , & fans contredit
le meilleur qu'on ait encore vû dans
Aucune Académie . Ainsi , Monfieur,
vous ne devez point balancer à envoyer
Meffieurs vos Enfans profiter
des avantages que l'on a dans celle-
cy, où l'on prend unfoin tout par.
ticulier des moeurs & de la conduite
ieunes Seigneurs. Outre ce bon
ordre pour toutes chofes , la Difci
pline Militaire y eft obfervée par
› faitement dans les Attaques du
Fort dont vous avez entenduparler
do
GALANT.
"
21
& c'est encore un avantage qu'on
ne trouve que dans cette feule Maifon
, Comme vous m'en avez dé
mandé le détail , ie vous diray tout
ce qui s'y eft paffé cette année , n'en
ayant pas perdu un feul iour l'occafion
, afin de vous en pouvoir mieux
informer. l'ay vi toute cette belle
Nobleffe marcher dans les Ruës de
Paris avec un ordre admirable
I'en ay compté plus de foixante &
dix , tous le Moufquetfur l'épaule
parmy lefquels il y en avoit defi
jeunes , qu'àpeine avoient . ils laforce
de le porter. Les deux Commandans
eftoient à la Tefte. Ce font
d'ordinaire les deux Doyens de l'Académie,
Les Tambours & les Hautbois
fuivoient cette belle Troupe.
Quand on fut au Rendez vous ,
l'on commença l'Attaque du Fort
parunefurprife. Le Prince de Muf
feran , Doyen de l'Academie , qui
2.2 MERCURE
eftoit le General de cette petite Armée
, alla reconnoiftre la Place infques
à la Paliffade , & détacha
enfuite le Prince de Soubife & le
Marquis de Sourches , foutenus par
le Comte de Morftein ,, les Marquis
de Bourry , de Lomaria , de Busy,
d'offac , de Sainte Croix , de Galle,
& plufieurs autres , avec ordre de
dreffer des Echelles aux deux côte
de la Porte , pour abatffer le Pont- .
levis , & enfoncer cette Porte avec
un petard. Un autre Détachements
qui avoit à la Tefte le Marquis de
Maridor fuivy du Marquis de
Chabanes , les Comtes de Maldegben
, de Vandeuvre , de Mefgrigny
, de la Roque , de Coffe, Forbeffe,
& autres , defcendit dans le Feffé,
pour efcalader la Place . Le Gros
des Troupes , où étoient les Marquis
de Prélat , & d'Amon , le Comte
de Leoncron , le Baron du Chastel,
GALANT.
23
les Marquis de Moilie , Linard
Gauville , Boyer , Robien , & plufieurs
autres Seigneurs Etrangers
dont ie n'ay puretenir les noms , fuivoit
pour foutenir ces deux Attaques.
Les uns & les autres s'aquitérent
de leur devoir en braves
Gens. Le Pont ayant efté abaiffe,
fans que la Sentinelle s'en fuft apperçuë
, on appliqua le Petard à la
Porte fi à propos , qu'elle fut enfoncée
, mais ceux du Corps de Garde
étant accouru au bruit , eurent affez
de temps pour abatre la Herfe , &
arréterent tout court la vigueur de
ceux qui fe préfentoient l'Epée à
la main pour paffer par la Porte.
A l'autre Attaque , les plus hardis
eftant montez par des Echelles , furent
aperçus , & repouffe . Le Com
mandant de la Place ayant fair
faire divers feux , &ietter de la
paille allumée dans le Foffé pour
24 MERCURE
L'éclairer , donna fi bon ordre à la
defenfe , qu'il obligea les Affaillans
à la retraite ; mais ils ne la firent
que pour infulter la Place avec plus
de vigueur qu'auparavant . Dans
ce deffein on fit trois fauffes Attaques,
& deux veritables. La Place
fut efcaladée par plufieurs endroits,
pendant que le Prince de Soubife,
à la faveur des Grenades qui luy
rendirent l'accés de la Porte libre,
& quifirent retirer ceux qui étoient
derriere la Porte , fit appliquer un
Second Petard àla Helfe , & entra
avec fes Troupes l'Epée à la main
dans la Place. On a obfervé en
toutes ces occafions tout ce qui fe
pratique à l'Attaque d'une Place
emportée dans les formes.
A
On a vú celle- cy en état de défence.
Elle eftoit fraifée & paliffadée.
Ses Dehors étoient de la derniere
propreté, & ily avoit une
Garnifon
GALAN T.
25
Garnifon nombreuſe. D'un autre
cofté , nôtre illuftre Armée n'avoit
rienoubliépour fefortifier dans fon
Camppar des Lignes de Circonvallation
d'une jufteffe achevez. Les
Tentes & les Pavillous dont il étoit
remply , étoient dreffées avec une
fimetrie digne de remarque. On
commençafans brait par l'ouverture
de la Tranchée , apres avoir fait
la Place d' Armes. Tandis que ces
jeunes Héros travailloient à la terre
avec une chaleur incroyable , donnant
des marques de ce qu'ils feauroient
faire un jour , les Ennemis
firent une Sortie fur eux , avec
des Grenadiers , & vinrent combler
& ruiner les Travaux des Affiém
geans ; mais ils furent enfuite vigoureufement
repouffe dans la
Place par un Gros de la Grande
Garde , qui fortit fur eux l'Epée à
la main. On continua depuis à tra
Janvier 1685.
B
26 MERCURE
vailler , nonobftant le feu continuel
qu'onfaifoit de la Place , pour em
pefcher le Travail. le visun Party
de la Campagne , qui vint attaquer
les Lignes , & porter des Fafcines.
pour combler le Foffé. Ony acourut
du Camp avec un Gros , pour les
défendre , mais l'on s'aperçut bientoft
apres , que ce n'eftoit qu'une
fauffe Attaque , pour favorifer un
Convoy qui paffa de l'autre cofté,
fans que ceux du Camp puffent s'opofer
a fon paffage , les Affiégez.
ayant fait une Sortie , pourfoûtenir
ceux qui conduifoient le Convoy.
Vous fçavez que je me fuis trouve
en plufieurs occafions à l'Armée ;
mais je n'ayjamais vû un fi grand
feu , pendant plus de trois heures
que cela dura.
la
La feconde fois , apres que
Garde fat montée , & que chacun
fut pris fes Poftes , l'on commença
GALANT. 27
par avancer les Bateries plus prés
de la Place , afin de ruiner les Paliffades
, & obliger des troupes qui
étoient dans les Dehors , à fe retirer.
Les Affiégez firent une Sortie,
& à la faveur d'une pluye de Grenades
qu'ils jetterent à ceux qui
gardoient des Bateries , ils s'en ren
dirent les maiftres. Ils fe fervirent
de cette Baterie pour ruiner les
Travaux des Affiégeans ; mais elle
fut bien- toft apres regagnée , &
prefque tous ceux qui la gardoient
furent faits Prifonniers , les autres
ayant pris lafuite. Les Affiégezfe
trouvant incommodez d'une Redou
te que les Affiégeans avoient faite,
ils y firent jouer un Fourneau, ayant
fait uneSortie en mefme temps , &
y montérent à l'Affaut , & l'emportérent.
Ils ne la gardèrent pas
long- temps , car les Affiégeans la
regagnérent l'Epée à la main , à la
B 2
28 MERCURE
faveur d'une infinité de Grenades
que l'on y jettoit du Camp , pour en
chaffer ceux qui s'en étoient rendus
maîtres. On rétablit d'abord la
Bréche avec des Fafcines , & l'on
continua à avancer des Travaux,
Ily avoit ce iour - là un nombre infiny
de Gens.
Une autre fois les Affiégeans commencérent
par un Logement qu'ils
firent fur la Contrefcarpe . Ceux de
la Place lefirent fauter bien- toft
apres , par un Fourneau qu'ils firent
iouer. Ce Pofte fut encore regagné,
& le Logement refait ; ce qui obligeales
Affiégez à fe retirer dans la
Demy.lune . Cela donne lieu à la
defcente dans le Foffe . Le Mineur
fut attaché à la Demy- lume. La
Mine fit une Bréche affe confidérable
, & les Affiégeans montérent
à l'Affaut avec une vigueur & une
chaleur digne de ceux que ie vous
GALANT. 29
ay nommez. Apres le Logementfait
fur la Demy line , ceux de la Place
fe rendirent avec une Compofition
honorable. Le Canon a fait grand
bruit depart & d'autre , auffi -bien
que les Bombes , les Carcaffes & les
Grenades. Le Terrainy a efté difpu
tépied àpied , & toûjours avec un
feu continuel.
Toutes ces occafions fe font paffées
en préfence d'un grand nombre de
Perfonnes de qualité ; & les Gens
du Metier ont avoüé qu'on ne pouvoit
rien faire de plus avantageux
pourcette ieune Nobleffe.
Fermer
Résumé : LETTRE DE MR LE MARQUIS DE L... A MR LE COMTE DE... LIEUTENANT DE ROY A...
Le marquis de L... adresse une lettre au comte de..., lieutenant du roi, pour répondre à sa demande concernant l'état de l'Académie de Monsieur Bernardi et les détails de l'attaque annuelle du Fort. Après une maladie de cinq semaines, le marquis décrit l'attaque du Fort, organisée par les gentilshommes de l'Académie. Il souligne l'application et le mérite des chefs de l'Académie, notamment Monsieur de Chateauneuf, qui a collaboré avec feu Monsieur Bernardi pour maintenir l'une des académies les plus prestigieuses d'Europe. Les préparatifs de l'attaque sont minutieusement décrits, ainsi que les participants et les différentes phases de l'assaut. Les jeunes gentilshommes ont démontré discipline et bravoure durant l'événement. De nombreuses personnes de qualité ont observé l'attaque, reconnaissant la valeur éducative et militaire de cet exercice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
844
p. 29-35
PETONNE A MADEMOISELLE CH... ETRENNES.
Début :
Le mot de Chien est pris fort souvent pour un terme de mépris ; / Bonjour & bonne anné à ma belle Maistresse. [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Coeur, Chien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PETONNE A MADEMOISELLE CH... ETRENNES.
Le mot de Chien eft pris fort
fouvent pour un terme de mépris
; & quand on dit d'un Ouvrage
, c'est un Ouvrage de Chien,
on n'a pas deffein de le loüer.
Cependant les Vers qui ſuivent
fontun langage de Chien , & cc
langage vaut bien qu'on l'écoute.
Vous en jugerez.
B 3
30 MERCURE
PETONNE
A MADEMOISELLE CH …..
B
ETRENNES.
On iour & bonne anné à mø
belle Maiftreffe.
Je viens un peu matin , i’aymes rai.
fons aufft.
Auiourd'huy mille Amans vont
aborder icy;
Fay voulu prévenir la preffe..
Tous viennent à deffein de ſe voir
étrenne ,
Tous vousferont quelques demandes
vaines ;
·Pour moy , ie veux pour mes Etrennes
,
GALANT.
3F
Le volage Bichon , que vous me retencz.
L'Ingrat me donne mille peines .
Vous riez ? hélas ! fi jamais
D'un bel amour voftre coeur brûle,
La demande
que je vous fais
Ne vous paroiftra pas tout- à-fait
ridicule.
Son premier feu , mes yeux l'ont
allumé
;
Pour rendre fa flame eternelle ,
Je me flatois d'eftre affez belle ;
Mais de mes foibles traits avois
trop préfumé,
Depuis qu'à vos baifers il s'eft ac
tumé ..
Atoutes mes faveurs je le trouve
rebelle , ·
En vainpar un tendre abeyment
J'appelle ce perfide Amant ;
Il ne daigne pas , l'infidelle
Me confoler d'un regard feulement.
B 4
32
MERCURE
Quefaut ildonc que je devienne?
Fut- il jamais plus malheureufe
Chienne ?
Vous tenez tous le jour Bichon entre
vos bras ,
Ilcouche la nuit dans vos draps,
Pendant
que la trifte Petonne
A de mortels chagrins jour & nuit
s'abandonne.
Eft- ce que lapitié ne vous touchera
Pas ?
Par grace, ma belle Maîtreffe ,
Place ailleurs voftre tendreffe ,
Aujourd'huy mille Amans , je vous
l'ay déja dit ,
De voftre coeur viendront chercher
les routes.
Il faudroit une fois pour toutes
A faire unjufte choix appliquer vôtre
efprit.
L'un va vous étaler fes amoureufes
peines ;
Un autre en Amoureux tranfi.
GALANT.
33
Vous pouffera des foûpirs à douzaines
;
Et vous entendre celuy - cy
Vanter le doux poids de fes
chaînes .
L'autre,par un difcours qu'ils croira
bien tourné,
Sur tous voudra la préference ,
Mais s'il faut là- deffus dire ce que
je pense ,
N'écoute que l'Amant borné;
Luy Seut vous aime plus que
tres ensemble ,
les au-
Je l'examine chaque jour.
Croyez- moy, ma Maîtresse , en matiere
d'amour
K
Je ne fuis pas fi befte qu'il vous
femble.
D'abord que je le vois entrer
Je me campe fur une Chaife .
D'où regardant fort à mon aiſe ,
Je tâche de tout penéirer.
Plus de millefois jay pris garde
B S
'34
• MERCURE
Que le pauvre Enfant vous regarde
Avec de certains yeux panchez
Dont les coeurs les plus fiers devroient
eftre touchez.
Vous, à voftre ouvrage aſſiduë ,
Pleine pour luy de cruauté ,
Vous empefchez que voſtre veuë
Nefe tourne de fan cofté;
Mais malgré vostre dureté ,
Voicy de fon amour la preuve convaincante
C'est vous qui regle ſon humeur.
Eftes- vous trifte ? il eft refveur;
Ileft content fi vous eftes contente.
Il n'est qu'un feul endroit qu'il ne
peut imiter.
Vous ne l'aimez pas , il vous aime.
Si parfesfoins il peut le mériter,
N'en ferez - vous pas bien de
mefme ?
Vous repondre à tout cecy »
Queſon eſperance eft bornée..
GALANT.
35
Ah, que vous eftes obstinée ?
Et celle de Bichon l'eft - ellepas auffi?
Cependant le Fripon vous baife.
L'autre enrage dans fapeau.
Il eft vray que Bichon eft beau;
Mais la bouche,ne vous déplaife,
Vaut bienpour le moins le muſeau .
Par cet avis que ie vous donne
Satisfaites à vos defirs ;
Laiffez Bichon à la pauvre Petonne,
Prenez l'Amant borné pour vos
menus plaifirs.
fouvent pour un terme de mépris
; & quand on dit d'un Ouvrage
, c'est un Ouvrage de Chien,
on n'a pas deffein de le loüer.
Cependant les Vers qui ſuivent
fontun langage de Chien , & cc
langage vaut bien qu'on l'écoute.
Vous en jugerez.
B 3
30 MERCURE
PETONNE
A MADEMOISELLE CH …..
B
ETRENNES.
On iour & bonne anné à mø
belle Maiftreffe.
Je viens un peu matin , i’aymes rai.
fons aufft.
Auiourd'huy mille Amans vont
aborder icy;
Fay voulu prévenir la preffe..
Tous viennent à deffein de ſe voir
étrenne ,
Tous vousferont quelques demandes
vaines ;
·Pour moy , ie veux pour mes Etrennes
,
GALANT.
3F
Le volage Bichon , que vous me retencz.
L'Ingrat me donne mille peines .
Vous riez ? hélas ! fi jamais
D'un bel amour voftre coeur brûle,
La demande
que je vous fais
Ne vous paroiftra pas tout- à-fait
ridicule.
Son premier feu , mes yeux l'ont
allumé
;
Pour rendre fa flame eternelle ,
Je me flatois d'eftre affez belle ;
Mais de mes foibles traits avois
trop préfumé,
Depuis qu'à vos baifers il s'eft ac
tumé ..
Atoutes mes faveurs je le trouve
rebelle , ·
En vainpar un tendre abeyment
J'appelle ce perfide Amant ;
Il ne daigne pas , l'infidelle
Me confoler d'un regard feulement.
B 4
32
MERCURE
Quefaut ildonc que je devienne?
Fut- il jamais plus malheureufe
Chienne ?
Vous tenez tous le jour Bichon entre
vos bras ,
Ilcouche la nuit dans vos draps,
Pendant
que la trifte Petonne
A de mortels chagrins jour & nuit
s'abandonne.
Eft- ce que lapitié ne vous touchera
Pas ?
Par grace, ma belle Maîtreffe ,
Place ailleurs voftre tendreffe ,
Aujourd'huy mille Amans , je vous
l'ay déja dit ,
De voftre coeur viendront chercher
les routes.
Il faudroit une fois pour toutes
A faire unjufte choix appliquer vôtre
efprit.
L'un va vous étaler fes amoureufes
peines ;
Un autre en Amoureux tranfi.
GALANT.
33
Vous pouffera des foûpirs à douzaines
;
Et vous entendre celuy - cy
Vanter le doux poids de fes
chaînes .
L'autre,par un difcours qu'ils croira
bien tourné,
Sur tous voudra la préference ,
Mais s'il faut là- deffus dire ce que
je pense ,
N'écoute que l'Amant borné;
Luy Seut vous aime plus que
tres ensemble ,
les au-
Je l'examine chaque jour.
Croyez- moy, ma Maîtresse , en matiere
d'amour
K
Je ne fuis pas fi befte qu'il vous
femble.
D'abord que je le vois entrer
Je me campe fur une Chaife .
D'où regardant fort à mon aiſe ,
Je tâche de tout penéirer.
Plus de millefois jay pris garde
B S
'34
• MERCURE
Que le pauvre Enfant vous regarde
Avec de certains yeux panchez
Dont les coeurs les plus fiers devroient
eftre touchez.
Vous, à voftre ouvrage aſſiduë ,
Pleine pour luy de cruauté ,
Vous empefchez que voſtre veuë
Nefe tourne de fan cofté;
Mais malgré vostre dureté ,
Voicy de fon amour la preuve convaincante
C'est vous qui regle ſon humeur.
Eftes- vous trifte ? il eft refveur;
Ileft content fi vous eftes contente.
Il n'est qu'un feul endroit qu'il ne
peut imiter.
Vous ne l'aimez pas , il vous aime.
Si parfesfoins il peut le mériter,
N'en ferez - vous pas bien de
mefme ?
Vous repondre à tout cecy »
Queſon eſperance eft bornée..
GALANT.
35
Ah, que vous eftes obstinée ?
Et celle de Bichon l'eft - ellepas auffi?
Cependant le Fripon vous baife.
L'autre enrage dans fapeau.
Il eft vray que Bichon eft beau;
Mais la bouche,ne vous déplaife,
Vaut bienpour le moins le muſeau .
Par cet avis que ie vous donne
Satisfaites à vos defirs ;
Laiffez Bichon à la pauvre Petonne,
Prenez l'Amant borné pour vos
menus plaifirs.
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Résumé : PETONNE A MADEMOISELLE CH... ETRENNES.
Le poème 'Étrennes' est adressé à une demoiselle par une chienne nommée Petonne. Petonne exprime son amour pour sa maîtresse et sa jalousie envers un autre chien, Bichon, qui semble préféré. Elle décrit les attentions et les souffrances de l'amant rejeté, contrastant avec les faveurs accordées à Bichon. Petonne observe les comportements de Bichon et note qu'il imite les humeurs de la maîtresse, sauf en ce qui concerne l'amour. Elle conclut en demandant à la maîtresse de considérer l'amour sincère de l'amant borné et de laisser Bichon à Petonne. Le poème utilise un langage familier et des jeux de mots pour exprimer les émotions et les désirs des personnages.
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845
p. 35-36
MADRIGAL. A. M. T. D. C.
Début :
Des Fleurs envoyées avec les Vers que vous allez lire, / L'Hyver avecque ses rigueurs [...]
Mots clefs :
Hiver, Fleurs, Peines, Amour, Vérité
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A. M. T. D. C.
Des Fleurs envoyées avec les
Vers que vous allez lire , ont ferd'Etrennes
pour une fort belle vy
Dame.
36 MERCURE
L'
MADRIGAL.
A. M. T. D. C.
'Hyver avecque fes rigueurs
N'a pu faire mourir ces Fleurs.
Philis, c'eft voftre destinée.
Nul iour, nul mois , ny nulle année
Ne terniront voftre beauté,
Mais à dire la verité,
Quoy que vous soyez tres- bienfaite,
Ilfaut pour devenir parfaite ,
Et rendre nos joursfortunez ,
Que ce qu'aux autres vous donnez ,
Vous lepreniez pour vos Etrennes ,
Et vous foulagere leurs peines ;
C'est àdire qu'à vostre tour
Vous prendre du feu de l'amour.
Vers que vous allez lire , ont ferd'Etrennes
pour une fort belle vy
Dame.
36 MERCURE
L'
MADRIGAL.
A. M. T. D. C.
'Hyver avecque fes rigueurs
N'a pu faire mourir ces Fleurs.
Philis, c'eft voftre destinée.
Nul iour, nul mois , ny nulle année
Ne terniront voftre beauté,
Mais à dire la verité,
Quoy que vous soyez tres- bienfaite,
Ilfaut pour devenir parfaite ,
Et rendre nos joursfortunez ,
Que ce qu'aux autres vous donnez ,
Vous lepreniez pour vos Etrennes ,
Et vous foulagere leurs peines ;
C'est àdire qu'à vostre tour
Vous prendre du feu de l'amour.
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Résumé : MADRIGAL. A. M. T. D. C.
Le poète offre des fleurs et des vers à Philis pour la nouvelle année, symbolisant sa beauté durable. Il affirme que ni le temps ni l'hiver ne peuvent altérer sa beauté. Pour atteindre la perfection et rendre les jours heureux, elle doit accepter et offrir de l'amour, soulageant ainsi les peines des autres.
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846
p. 36-37
« Un petit Mouton a esté aussi envoyé pour Etrennes à une / J'Espere, belle Iris, [...] »
Début :
Un petit Mouton a esté aussi envoyé pour Etrennes à une / J'Espere, belle Iris, [...]
Mots clefs :
Iris, Cris, Émouvoir, Supercherie, Mouton
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texteReconnaissance textuelle : « Un petit Mouton a esté aussi envoyé pour Etrennes à une / J'Espere, belle Iris, [...] »
Un petit Mouton a efté auffi
envoyé pour Etrennes à une
Demoifelle , par un Gentilhom
GALANT. 37
me qu'elle appelloit fon Mouton .
Il eftoit accompagné de ce Madrigal
.
"Efpere, belle Iris
Que fous cette figure
La plus douce de la nature
Vous n'aurezplus de peur d'entendre
tous mes cris.
Mes tendres bélemens auront affez
d'adreffe
Pour émouvoir voftre tendreffe.
Ie ne crains pas que vostre Chien
Me faffe de fupercherie.
Quandilmepourfuit,jefçay bien
Que c'est pour me conduire en voftre
Bergerie:
envoyé pour Etrennes à une
Demoifelle , par un Gentilhom
GALANT. 37
me qu'elle appelloit fon Mouton .
Il eftoit accompagné de ce Madrigal
.
"Efpere, belle Iris
Que fous cette figure
La plus douce de la nature
Vous n'aurezplus de peur d'entendre
tous mes cris.
Mes tendres bélemens auront affez
d'adreffe
Pour émouvoir voftre tendreffe.
Ie ne crains pas que vostre Chien
Me faffe de fupercherie.
Quandilmepourfuit,jefçay bien
Que c'est pour me conduire en voftre
Bergerie:
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Résumé : « Un petit Mouton a esté aussi envoyé pour Etrennes à une / J'Espere, belle Iris, [...] »
Un gentilhomme offre un mouton à une demoiselle pour le Nouvel An, surnommé 'son Mouton'. Le cadeau est accompagné d'un madrigal adressé à 'belle Iris'. Le poème espère que la douceur du mouton apaisera ses craintes et émouvra sa tendresse. Il conclut que le chien poursuivant le mouton le conduit vers la demoiselle.
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847
p. 37-40
« Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...] »
Début :
Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...]
Mots clefs :
Lettres, Campagne, Armes, Conversion, Religion prétendue réformée, Honneur, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : « Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...] »
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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848
p. 40-50
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Je viens d'apprendre que Monsieur Vignes, qui a [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Croyance, Ennemis, Ministres, Conversion, Concile, Église, Honneur, Dogme, Salut, Prêcher, Erreur, Albigeois, Temple, Brebis égarée, Apôtres, Évangile, Cérémonies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
L'auteur d'une lettre relate les succès militaires des Vénitiens contre les Turcs lors d'une récente campagne. Il envoie des plans des places fortes de Sainte-Maure et de Préveza, conquises par les Vénitiens, dessinés sur place par un illustre commandeur de Malte, garantissant ainsi leur fidélité. L'auteur explique que les plans peuvent être envoyés avec retard en raison des délais de transmission des informations. Il mentionne également qu'il a l'habitude de graver les nouveaux jetons dans un certain mois, mais qu'il les retarde jusqu'au mois suivant pour obtenir plus de détails. Enfin, l'auteur promet de traiter la conversion d'Alexandre Vignes, un célèbre ministre de la religion réformée à Grenoble. Il envoie deux lettres imprimées sur ce sujet, contenant des vérités et rendues publiques avec l'appui du Parlement et de la Chambre des Comptes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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849
p. 50-60
SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Ma Lettre du 9 de ce mois vous à [...]
Mots clefs :
Religion, Église, Évêque, Convertis, Prédication, Abjuration, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
SECONDE LETTRE.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
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Résumé : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Le 20 décembre 1684, une lettre de Grenoble rapporte l'abjuration de Monsieur Vignes, ancien ministre de la Religion Prétendue Réformée, qui a eu lieu le dimanche précédent. Vignes s'était préparé à cette abjuration en se retirant. La cérémonie s'est déroulée dans la cathédrale Notre-Dame de Grenoble, en présence d'une grande foule. Monsieur l'Évêque a prononcé un sermon sur la mission de Saint Jean-Baptiste, soulignant son humilité et sa déférence. Il a ensuite comparé les missions des évêques catholiques à celles des ministres protestants, critiquant ces derniers pour leur manque de légitimité apostolique. Après le sermon, Vignes a fait son abjuration avec une grande présence d'esprit et de confiance. Il a ensuite reçu le sacrement de confirmation, avec Monsieur de Saint-André et Madame la Comtesse de Clermont comme parrain et marraine. La cérémonie s'est conclue par le chant du Te Deum et des embrassades. Le lendemain, au temple, les psaumes ont été chantés lamentablement, reflétant la tristesse des réformés face à la perte de leur pasteur. Le ministre Railly a tenté de les réconforter, mais sans succès. Les réformés de Grenoble ont accusé Vignes de s'être converti par intérêt temporel, oubliant les éloges qu'ils lui avaient autrefois adressés. La lettre mentionne également l'envoi prochain d'une lettre et d'un livre écrits par Vignes, contenant des preuves des vérités de la religion catholique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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850
p. 60-66
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Il y a eu depuis peu de temps plusieurs Morts considérables, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Parlement, Madame, Duchesse, Capitaine, Maisons, Décès, Conseiller, Monsieur de Manicamp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Il y a eu depuis peu de temps
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte évoque plusieurs décès récents de personnalités notables. Jean Louis l'Étang de Fromentières, évêque d'Aire, provenait d'une famille illustre du Maine et était réputé pour ses talents de prédicateur à Paris et à la cour. Monsieur de Manicamp, frère de la maréchale d'Estrées, appartenait à la maison de Longueval, une ancienne et distinguée famille picarde. Il est décédé après avoir reçu les sacrements. Jacques Despériers, professeur au Collège de Lisieux et docteur en théologie à la Sorbonne, est également décédé. Jacques Charton, chanoine et grand pénitencier de l'église de Paris, a été remplacé par l'abbé Robert. Louis de Faure, baron de Dampmard et conseiller au Parlement de Paris, laisse derrière lui cinq enfants et une importante fortune. Jacques Pouffet, ancien avocat au Parlement et échevin de Paris, était connu pour ses tragédies théâtrales. Le texte mentionne également une œuvre littéraire intitulée 'Les Hyvers comme des Printemps', écrite par un maître habile avec des paroles de Monsieur Diéreville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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