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1
p. 15-16
AU ROY.
Début :
Voicy de fort jolis Vers, sur ce que le Roy / Dans vos six vingts Billets si pas un des Bijoux [...]
Mots clefs :
Sort, Honneur, Couronne, Bijoux, Voeux
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY.
Voicy de fort jolis Vers , fur
ce que le Roy n'a eu que des
Billets blancs à la Loterie de Monfeigneur
le Dauphin . Ils font de
Monfieur Salbray Valet de
Chambre de Sa Majesté . Vous
obferverez que Monfeigneur eft
né le matdy.
D
"
AURO Y.
Ans vos fix vingts Billets fi
pas un des Bijoux
·
Ne s'eft trouvé marqué pour vous
SIRE ,faut il qu'on s'en étonne ?
Le Sort en ce rencontre a droit de
s'excufer.
Quel bonneur auroit- il de vous
favorifer.
16 MERCURE
A moins d'une Province , à moins
d'une Couronne ?
Mais les Lots de ce prix font hors
de fon pouvoir ;
Il n'appartient qu'à Mars de vous
les faire avoir;
Et s'il veut quelque jour faire une
Loterie
Dont les Bijoux feront des plus fa
meux Etats.
Eftant fon Favory , SFRE , n'en
doutez pas ,
Vous aurez ce gros Lot digne de
vôtre envie >
Où fe bornent les vaux des plus
grands Potentats.
ce que le Roy n'a eu que des
Billets blancs à la Loterie de Monfeigneur
le Dauphin . Ils font de
Monfieur Salbray Valet de
Chambre de Sa Majesté . Vous
obferverez que Monfeigneur eft
né le matdy.
D
"
AURO Y.
Ans vos fix vingts Billets fi
pas un des Bijoux
·
Ne s'eft trouvé marqué pour vous
SIRE ,faut il qu'on s'en étonne ?
Le Sort en ce rencontre a droit de
s'excufer.
Quel bonneur auroit- il de vous
favorifer.
16 MERCURE
A moins d'une Province , à moins
d'une Couronne ?
Mais les Lots de ce prix font hors
de fon pouvoir ;
Il n'appartient qu'à Mars de vous
les faire avoir;
Et s'il veut quelque jour faire une
Loterie
Dont les Bijoux feront des plus fa
meux Etats.
Eftant fon Favory , SFRE , n'en
doutez pas ,
Vous aurez ce gros Lot digne de
vôtre envie >
Où fe bornent les vaux des plus
grands Potentats.
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Résumé : AU ROY.
Le poème satirique de Monsieur Salbray, valet du roi, relate la loterie organisée par le Dauphin, où le roi n'a obtenu que des billets blancs. Le poème suggère que les grands prix, comme des provinces ou des couronnes, relèvent du domaine de Mars, le dieu de la guerre. Il imagine que si Mars organisait une loterie avec des États célèbres, le roi, favori de Mars, obtiendrait le gros lot.
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2
p. 154-156
STANCES.
Début :
Le Sort ayant favorisé dans ces jours de Réjouïssance, une / Aimable Enfant, on vient de dire, [...]
Mots clefs :
Enfant, Empire, Rois, Sort, Sang, Nature, Domination, Amour, Clémence, Cruauté, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : STANCES.
Le Sort ayant favorisé dans
ces jours de Réjouiffance , une
fort jeune Perfonne qui eft d'une
tres grande beauté , & dont la
Mere n'a pas moins de charmes ,
un Cavalier fort fpirituel prit de
là occafion de faire ces Vers.
A
STANCE S.
Imable Enfant , on vient de
dire,
Que le Sort par un juste choix
Vous a fait prefent d'un Empire,
Le jour qu'il peut faire des Roys :
Mais faloit il prendre la peine
De faire declarer le Sort,
GALANT . 155
Et chacun d'un commun accord
Ne vous auroit - il pas fait Reyne ?
Le Sang dont vous tirez naiffance
Eut toûjours droit de dominer;
Et pourquoy donc dés vostre enfance
Ne vous verroit - on pas regner ?
La Nature vous a fait naître
Avec certain je- ne -fçay quoy,
Qui ne nous fait que trop connoître
Que nous vivrons fous voftre Loy.
Mais il court certain bruit critique
De vostre Domination ,
C'est que celles de voftre nom
Sont de Race un peu tyrannique.
Ma belle
De fuivre ces cruels modeles ;
Pour avoir des Sujets fidèles,
Attachez- les d'un doux lien.
Enfant ,gardez- vous bien
Serez-vous pas plus fatisfaite
De vous voir fervir par amour,
G 6
156
MERCURE
Que de voir toujours voftre Cour
De mille chagrins inquiete ?
Songe qu'il vous feroit honteux ,
Que dans le monde l'on puft dire,
Que vous faites de voftre Empire
Un Empire de Malheureux.
<
Que ce foit toûjours la clemence
Qui conduife tous vos projets.
Helas ! un peu de complaifance
Contentera tous vos Sujets.
Mais , entre nous , je me défie
De ce que cache voftre coeur ;
Celle dont vous tene la vie
Ne panche point vers la douccur.
Soyez plitoft , s'il fe peut faire,
Dans voftre Souveraineté,
Moins charmante que vostre Mere;
Mais ayez moins de cruauté.
que
les charmes
Ne prenez d'elle
Qui peuvent enchanter les coeurs;
Mais n'en prenez point les rigueurs
Qui nous oat coûté tant d'alarmes.
ces jours de Réjouiffance , une
fort jeune Perfonne qui eft d'une
tres grande beauté , & dont la
Mere n'a pas moins de charmes ,
un Cavalier fort fpirituel prit de
là occafion de faire ces Vers.
A
STANCE S.
Imable Enfant , on vient de
dire,
Que le Sort par un juste choix
Vous a fait prefent d'un Empire,
Le jour qu'il peut faire des Roys :
Mais faloit il prendre la peine
De faire declarer le Sort,
GALANT . 155
Et chacun d'un commun accord
Ne vous auroit - il pas fait Reyne ?
Le Sang dont vous tirez naiffance
Eut toûjours droit de dominer;
Et pourquoy donc dés vostre enfance
Ne vous verroit - on pas regner ?
La Nature vous a fait naître
Avec certain je- ne -fçay quoy,
Qui ne nous fait que trop connoître
Que nous vivrons fous voftre Loy.
Mais il court certain bruit critique
De vostre Domination ,
C'est que celles de voftre nom
Sont de Race un peu tyrannique.
Ma belle
De fuivre ces cruels modeles ;
Pour avoir des Sujets fidèles,
Attachez- les d'un doux lien.
Enfant ,gardez- vous bien
Serez-vous pas plus fatisfaite
De vous voir fervir par amour,
G 6
156
MERCURE
Que de voir toujours voftre Cour
De mille chagrins inquiete ?
Songe qu'il vous feroit honteux ,
Que dans le monde l'on puft dire,
Que vous faites de voftre Empire
Un Empire de Malheureux.
<
Que ce foit toûjours la clemence
Qui conduife tous vos projets.
Helas ! un peu de complaifance
Contentera tous vos Sujets.
Mais , entre nous , je me défie
De ce que cache voftre coeur ;
Celle dont vous tene la vie
Ne panche point vers la douccur.
Soyez plitoft , s'il fe peut faire,
Dans voftre Souveraineté,
Moins charmante que vostre Mere;
Mais ayez moins de cruauté.
que
les charmes
Ne prenez d'elle
Qui peuvent enchanter les coeurs;
Mais n'en prenez point les rigueurs
Qui nous oat coûté tant d'alarmes.
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Résumé : STANCES.
Le poème est adressé à une jeune femme d'une grande beauté, dont la mère est également charmante. Composé par un cavalier spirituel lors d'une fête, il célèbre la beauté et la noblesse de la jeune femme, soulignant que son sang royal lui confère le droit de régner. Cependant, il met en garde contre la tyrannie, rappelant la cruauté des ancêtres de la jeune femme. Le cavalier conseille à la jeune femme de gouverner avec clémence et amour pour éviter les chagrins et les malheurs. Il exprime des doutes sur la véritable nature de la jeune femme, craignant qu'elle n'hérite pas de la douceur de sa mère. Le poème se termine par un avertissement contre la cruauté, exhortant la jeune femme à ne pas reproduire les erreurs de ses ancêtres.
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3
p. 121-128
A MADEMOISELLE C..... Stance irregulieres.
Début :
Quel est mon triste sort, Ciel ! quel astre malin [...]
Mots clefs :
Sort, Maux, Généreuse amie, Secourir, Souffrir, Constance, Sens
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE C..... Stance irregulieres.
A MADEMOISELLE
C
Stances irregulieres.
C^Uel cft mon trisse fort,
Ciel! quel astre malin
De mes plus doux plaisirs
emprisonnela source?
Quoy
,
je ne puis plus voir
l'aimableC. Ch. dans mes maux mon
unique ressource:
Ah quelle perte, & dans
quel temps,
Lorsque j'ay plus besoin
d' exemples éclatans.
Et de sagesse
,
& de confl
tance:
Ah, faut-ilque le fort m'envie un si grand,bien!
Mais puirque je ne puis
jouir de sa presence
,
Joüissons de son entretien.
Muse autrefois si favorable..
Fais couler tes feux dans
mes sens:
Prestes
- moy cet artad mirable
Qui sçait rapprocher les
absens,
C'en estfait je fuis exaucée;
.Qüy desjaCh presente
a ma pensée,
Perce de mes ennuis le
voile le plus noir,
Et desjade sa voixqui
frappe mon oreille,
L'agréable son me reveille,
Je luy parle, je crois la voir.
Cess donc vous, genereuseamie,
Qui venez pour me fecourir,
Qu'à vostre seul aspect mon
ame est affermie
Dans les maux qu'elle doit
souffrir;
Aimable illusion je vous
voit, je vous touche
Sur vos mains j'attache ma
bouche,
Vous m'embrasez vousmesme,ôdouK,6c tendre
foin,
Que sur mon cceur il a
d'empire!
S'il ne me guérit pas, je
sens bien qu'il m'infpire
La confiance dont j'ay besoin.
Lorsque je vousvois sans
murmure,
Souffrir l'injustice du fort
Surmonter par un noble
effort,
Les foiblesses de la nature.
Que ne peut sur mon mal
un exemple sibeau!
Je crois sentir en moy renaistre un cœur nouveau.
Je ccflfe d'accuser ma nifH*
destinée
,
C'est vous qui m'en faites
la loy
Avec plus de vertu que moy
Estes vous moins infortunée.
A ces justes reflexions
Mafoible raison le ranime,
Et surmontant mes paisions
, D'un soupir qui m'échappe elle me fait un crime;
Regarde
; me dit-elle, admireCh.
N'a-t-elle àregretrercomme toy qu'une main.
Sur le chemin qu'elle te.
trace,
Et ton mal deust-il redoubler,
Console
-
toy de ta dit
grâce
Par l'honneur de luy refsembler.
Que dis-je, que je vous ressemble,
Helas!quej'en fuis encor
loin:
De toutes les vertus qu'en
vous le Ciel rassemble
, C'est peu gJe destre le tcimoin
Quand ilfaut que l'on vous
imite ;
Mais qu'estce que je sèns,
éperduë, interdite,
Le jour qu'à peine j'entrevoy )
Se dérobé à mes sens par
un sombre nuage,
Et pour comble de maux
voitre charmante image,
A mes yeux enchantez,di£1
paroist malgré moy
C
Stances irregulieres.
C^Uel cft mon trisse fort,
Ciel! quel astre malin
De mes plus doux plaisirs
emprisonnela source?
Quoy
,
je ne puis plus voir
l'aimableC. Ch. dans mes maux mon
unique ressource:
Ah quelle perte, & dans
quel temps,
Lorsque j'ay plus besoin
d' exemples éclatans.
Et de sagesse
,
& de confl
tance:
Ah, faut-ilque le fort m'envie un si grand,bien!
Mais puirque je ne puis
jouir de sa presence
,
Joüissons de son entretien.
Muse autrefois si favorable..
Fais couler tes feux dans
mes sens:
Prestes
- moy cet artad mirable
Qui sçait rapprocher les
absens,
C'en estfait je fuis exaucée;
.Qüy desjaCh presente
a ma pensée,
Perce de mes ennuis le
voile le plus noir,
Et desjade sa voixqui
frappe mon oreille,
L'agréable son me reveille,
Je luy parle, je crois la voir.
Cess donc vous, genereuseamie,
Qui venez pour me fecourir,
Qu'à vostre seul aspect mon
ame est affermie
Dans les maux qu'elle doit
souffrir;
Aimable illusion je vous
voit, je vous touche
Sur vos mains j'attache ma
bouche,
Vous m'embrasez vousmesme,ôdouK,6c tendre
foin,
Que sur mon cceur il a
d'empire!
S'il ne me guérit pas, je
sens bien qu'il m'infpire
La confiance dont j'ay besoin.
Lorsque je vousvois sans
murmure,
Souffrir l'injustice du fort
Surmonter par un noble
effort,
Les foiblesses de la nature.
Que ne peut sur mon mal
un exemple sibeau!
Je crois sentir en moy renaistre un cœur nouveau.
Je ccflfe d'accuser ma nifH*
destinée
,
C'est vous qui m'en faites
la loy
Avec plus de vertu que moy
Estes vous moins infortunée.
A ces justes reflexions
Mafoible raison le ranime,
Et surmontant mes paisions
, D'un soupir qui m'échappe elle me fait un crime;
Regarde
; me dit-elle, admireCh.
N'a-t-elle àregretrercomme toy qu'une main.
Sur le chemin qu'elle te.
trace,
Et ton mal deust-il redoubler,
Console
-
toy de ta dit
grâce
Par l'honneur de luy refsembler.
Que dis-je, que je vous ressemble,
Helas!quej'en fuis encor
loin:
De toutes les vertus qu'en
vous le Ciel rassemble
, C'est peu gJe destre le tcimoin
Quand ilfaut que l'on vous
imite ;
Mais qu'estce que je sèns,
éperduë, interdite,
Le jour qu'à peine j'entrevoy )
Se dérobé à mes sens par
un sombre nuage,
Et pour comble de maux
voitre charmante image,
A mes yeux enchantez,di£1
paroist malgré moy
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Résumé : A MADEMOISELLE C..... Stance irregulieres.
Le texte est une série de stances adressées à une femme, désignée par les initiales C. Ch. Le narrateur exprime son chagrin de ne plus pouvoir voir cette personne, qui est sa seule consolation dans ses malheurs. Il évoque la perte de sa présence au moment où il a le plus besoin de ses exemples de sagesse et de confiance. Le narrateur invoque la muse pour ressentir la présence de C. Ch. à travers ses pensées et ses souvenirs. Il décrit comment il parvient à voir et entendre C. Ch. en esprit, ce qui le réconforte et lui donne de la force. Il admire la capacité de C. Ch. à souffrir l'injustice avec noblesse et à surmonter les faiblesses humaines. Le narrateur reconnaît que C. Ch. est un modèle de vertu et de courage, et il aspire à lui ressembler. Il se reproche ses propres faiblesses et se console en se rappelant l'honneur de lui ressembler. Cependant, il admet qu'il est encore loin de posséder toutes les vertus qu'il admire en elle. Le texte se termine sur une note de regret et d'admiration pour C. Ch., dont l'image charmante reste gravée dans ses yeux.
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4
p. 494
AUTRE, Sur les mêmes Rimes.
Début :
Pourquoi, foibles mortels, tant redouter la Mort ? [...]
Mots clefs :
Mortels, Sort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE, Sur les mêmes Rimes.
AUTRE ,
Sur les mêmes Rimes.
Pourquoi , foibles mortels, tant redouter la
Et fremir à l'aspect de la fatale
Mort?
Biere ,
Hélas ! le froid tombeau n'est qu'un tranquille
Port,
Où va se terminer notre triste Cariere
Là , nous ne verrons plus par un bizarre Sort¸
Nos biens d'un Partisan , enfier la Gibeciere ,
Sans travail , sans soucy , paisiblement on Dort
Loin des vices humains , si-bien peints par Moliere
Icy le noir chagrin, l'envie à l'œil Hagard
Poursuivent constamment le jeune et le Vieillard
De mille maux divers on reçoit Apostrophe.
On voit à chaque instant un Laquais , un pied Plat
Au mérite , aux talens donner Echec et Mate
Et nos jours les plus beaux n'offrent que Catastrophe.
M. de Morand.
Sur les mêmes Rimes.
Pourquoi , foibles mortels, tant redouter la
Et fremir à l'aspect de la fatale
Mort?
Biere ,
Hélas ! le froid tombeau n'est qu'un tranquille
Port,
Où va se terminer notre triste Cariere
Là , nous ne verrons plus par un bizarre Sort¸
Nos biens d'un Partisan , enfier la Gibeciere ,
Sans travail , sans soucy , paisiblement on Dort
Loin des vices humains , si-bien peints par Moliere
Icy le noir chagrin, l'envie à l'œil Hagard
Poursuivent constamment le jeune et le Vieillard
De mille maux divers on reçoit Apostrophe.
On voit à chaque instant un Laquais , un pied Plat
Au mérite , aux talens donner Echec et Mate
Et nos jours les plus beaux n'offrent que Catastrophe.
M. de Morand.
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Résumé : AUTRE, Sur les mêmes Rimes.
Le poème explore la peur de la mort, vue comme un port tranquille. La vie terrestre est marquée par des injustices et des tracas, comme la cupidité et les intrigues. Les personnes méritantes peuvent être vaincues par des individus sans valeur. Les jours les plus beaux sont souvent marqués par des catastrophes. La mort offre une tranquillité contrastant avec les tourments terrestres.
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5
p. 2814-2817
A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
Début :
Au Parnasse François mon nom est ignoré, [...]
Mots clefs :
Portrait, Injure, Sort, Voeux, Immortelle gloire, Marne, Coeur, Parnasse, Arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
A Mile de Malcrais de la Vigne ,
STANCES IRREGULIERES
Pour servir de Réponse à son Madrigal
imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
AuParnasse François mon nom est ignoré;
Malcrais, de le sçavoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en stile bigaré
Je vous offre aujourd'hui le Tableau de ma vie.
L'amour propre d'abord y place mon Portrait.
L'attitude n'en est pas sûre , ´
Mais l'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la Nature
Le correctifest apporté
Aux défauts que dans ma figure
II. Vol. Aux
DECEMBRE. 1732 2815
Exagere l'adversité ,
Et de mes amis l'équité
Me sçait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la verité
Dont le charme secret l'attire
Après elle , mon cœur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
2
Sans accuser le sort , content du necessaire ,
Debarassé des soins qui chargent le vulgaire ,
Je renferme mes vœux dans un petit réduit ,
Loin des Grands , loin des sots , de la pompe et
du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les Arts , et mon goût solftaire.
A l'ombre des Ormeaux dans mes momens per- dus,
Des champêtres plaisirs je trace des images,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai
plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire,.
Et pressé du desir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des Guer
Je
riers ,
cultive le Mirthe au défaut des Lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux Rives du Permesse ;
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons ,
II. Vol Sut
2816 MERCURE DE FRANCE
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Driades de nos valons ,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premieres chansons.
Simple sans être sot , Champenois sans ru- desse ,
'Ami du naturel je cherche quand j'écris
Plus à toucher les cœurs qu'à flatter les esprits.
Pour la Ville , la Cour , les Grands et leur es- time ,
Je n'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition ,
Toujours sur la raison , rarement sur la rime
Je fixe mon attention ,
Et c'est moins la refléxion
Que le sentiment qui m'anime ,
Qui régle mon expression.
Permettez donc, illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amerement
Le tems où la bonne Zirphée
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les cœurs qu'un desir héroïque
Portoit aux sublimes amours ,
Contre l'absence tirannique
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1732. 2817
Dans son Art trouvoient des secours ;
Son Char plus rapide qu'Eole ,
Plus prompt que l'Aigle qui s'envole ,
Les entraînoit vers leur beauté ;
Je sens leurs flâmes les plus vives ;
O Marne ! pourquoi sur tes Rives ,
Suis-je donc encor arrêté ?
Un cœur n'est pas toujours son maître ;
Je sçais qu'il viendroit un moment ,
Où le plaisir de vous connoître ,
Se feroit payer cherement.
Mais pour vous voir , pour vous entendre,
Tout risquer et tout entreprendre ,
Ne me paroît point une erreur.
A vos charmes , Fille divine ,
Dans l'ardeur qui me prédomine ,
Je suis prêt à livrer mon cœur.
STANCES IRREGULIERES
Pour servir de Réponse à son Madrigal
imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
AuParnasse François mon nom est ignoré;
Malcrais, de le sçavoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en stile bigaré
Je vous offre aujourd'hui le Tableau de ma vie.
L'amour propre d'abord y place mon Portrait.
L'attitude n'en est pas sûre , ´
Mais l'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la Nature
Le correctifest apporté
Aux défauts que dans ma figure
II. Vol. Aux
DECEMBRE. 1732 2815
Exagere l'adversité ,
Et de mes amis l'équité
Me sçait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la verité
Dont le charme secret l'attire
Après elle , mon cœur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
2
Sans accuser le sort , content du necessaire ,
Debarassé des soins qui chargent le vulgaire ,
Je renferme mes vœux dans un petit réduit ,
Loin des Grands , loin des sots , de la pompe et
du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les Arts , et mon goût solftaire.
A l'ombre des Ormeaux dans mes momens per- dus,
Des champêtres plaisirs je trace des images,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai
plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire,.
Et pressé du desir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des Guer
Je
riers ,
cultive le Mirthe au défaut des Lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux Rives du Permesse ;
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons ,
II. Vol Sut
2816 MERCURE DE FRANCE
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Driades de nos valons ,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premieres chansons.
Simple sans être sot , Champenois sans ru- desse ,
'Ami du naturel je cherche quand j'écris
Plus à toucher les cœurs qu'à flatter les esprits.
Pour la Ville , la Cour , les Grands et leur es- time ,
Je n'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition ,
Toujours sur la raison , rarement sur la rime
Je fixe mon attention ,
Et c'est moins la refléxion
Que le sentiment qui m'anime ,
Qui régle mon expression.
Permettez donc, illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amerement
Le tems où la bonne Zirphée
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les cœurs qu'un desir héroïque
Portoit aux sublimes amours ,
Contre l'absence tirannique
II. Vol. Dans
DECEMBRE. 1732. 2817
Dans son Art trouvoient des secours ;
Son Char plus rapide qu'Eole ,
Plus prompt que l'Aigle qui s'envole ,
Les entraînoit vers leur beauté ;
Je sens leurs flâmes les plus vives ;
O Marne ! pourquoi sur tes Rives ,
Suis-je donc encor arrêté ?
Un cœur n'est pas toujours son maître ;
Je sçais qu'il viendroit un moment ,
Où le plaisir de vous connoître ,
Se feroit payer cherement.
Mais pour vous voir , pour vous entendre,
Tout risquer et tout entreprendre ,
Ne me paroît point une erreur.
A vos charmes , Fille divine ,
Dans l'ardeur qui me prédomine ,
Je suis prêt à livrer mon cœur.
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Résumé : A Mlle de Malcrais de la Vigne, STANCES IRREGULIERES Pour servir de Réponse à son Madrigal imprimé dans le Mercure d'Octobre 1732.
Le texte est une réponse à un madrigal de Mile de Malcrais de la Vigne, publié dans le Mercure d'octobre 1732. L'auteur, restant anonyme au Parnasse français, dresse un tableau de sa vie. Il décrit son portrait, notant que la nature a atténué ses défauts et que l'adversité accentue ses traits. Il apprécie l'équité de ses amis et aspire à la vérité et à la liberté. L'auteur se satisfait du nécessaire, éloigné des grands et des sots, et se consacre aux arts et à la solitude. Il souhaite laisser une trace par ses œuvres et préfère cultiver la gloire par les arts plutôt que par les guerres. Il se définit comme simple et naturel, cherchant à toucher les cœurs plutôt que flatter les esprits. L'auteur regrette un temps passé avec une certaine Zirphée et exprime son désir de la revoir, prêt à tout risquer pour elle. Il conclut en déclarant son ardeur pour les charmes de cette fille divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 1467-1471
CODRUS. Poëme qui a remporté le Prix de l'Académie des Jeux Floraux.
Début :
Je chante ce Héros, qui cher à sa Patrie, [...]
Mots clefs :
Codros, Sort, Sujets, Doriens, Victoire, Roi, Yeux, Oracle, Académie des Jeux floraux, Gloire, Guide, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CODRUS. Poëme qui a remporté le Prix de l'Académie des Jeux Floraux.
CODRU S.
Poëme qui a
remporté le Prix de
l'Académic
des Feux
Floraux.
J
chante ce
ce Héros , qui cher à sa
Patrie , dev1 ...
Conserva ses
es Sujets een
immolant sa
vie; ová 19.9 3 :
Si la seule vertu
mérites votre
encens ,
Muses, vous me devez vos plus
nobles accens.
La
discorde
féconde en
implacables haines ,
A ij Guide
1468 MERCURE DE FRANCE
Guide les Doriens jusques aux murs d'Athénes ;
Incertains du succès qu'ils brûlent d'obtenir ,
Leur inquiete ardeur cherche à le prévenir .
Ils veulent que le Ciel à leurs désirs révele ,
Ce secret important que l'avenir recele.
L'Oracle leur répond , pour flater leurs souhaits,
Vous vaincrez , si Codrus échappe à tous vos
traits ;
Mais si vous immolez ce Roi rempli de gloire ,
Aussitôt loin de vous s'enfuirà la victoire ;
Perdez vos ennemis , el respectez leur Roy.
Les Doriens charmez , acceptent cette Loy',
Satisfaits à ce prix de contenter leur rage ,
Ils s'avancent , l'espoir augmente leur courage ;
A leurs cris menaçants , tout s'allarme et to
fuit.
et tout
Cet Oracle est semé , Codrus en est instruit ;
Roi des Athéniens et plus encor leur Pere ,
Il veut hâter sa mort pour finir leur misere ;
Chers Sujets , que le sort à mes loix a soumis ,
>> Leur dit- il , vous voyez vos nombreux ennemis;
Suivis de la terreur , conduits par l'esperance ,
Il viennent contre vous assouvir leur vengeance,
Mais n'appréhendez rien , je sçaurai dissiper ,
»Cet orage tout prêt à vous envelopper ,
» Si l'Arrêt du Destin les flatte et les rassure •
» Vous avezdu triomphe un plus heureux augure;
» C'est mon amour pour vous , qui prompt à
yous servir
D
JUILLET. . 1733.
1469
» A leur joug odieux va bien-tôt vous ravir ;
» Esperez tout , dans moi votre bonheur réside ,
» En vain vers la victoire un Oracle les guide ,
» Je ne veux que moi seul pour les détruire tous,
J'irai pour vous sauver m'exposer à leurs coups,
par un noble effort , irritant leur farie ,
33
» Ét
Les forcer en tremblant de m'arracher la vie.
» Vous frémissez , ô Ciel ! vous répandez des
pleurs ;
»Ah ! plus vous me montrez l'excès de vos dou-
· leurs ,
» Plus vous plaignez mon sort , et plus je dois
encore ,
» Justifiek ces pleurs dont votre amour m'honore.
Suspendez vos regrets et calmez votre effroy ,
» Si vous m'attendrissez , c'est pour vous , non
pour moi;
B
Mais c'est trop m'arrêter à ce tendre spectacle ,
» Vous méritez ma mort , je vois remplir l'O
racle ,
» Je goûte tous les biens que vous en cueillerez ,
"
Je perirai pour vous , mais vous me vengerez,
Codrus cede à ces mots , au transport qui Pa- i
nime , N
Il vole , impatient de servir de victime
Ses Peuples effrayez d'un si hardi déssein ,
Le suivent dans sa course et l'arrêtent soudain
Et
pour mieux s'assurer de sa tête sacrée ,
De Soldats vigilans sa Tente est entourée ;
A iij Ses
1470 MERCURE DE FRANCE
Ses Sujets genereux , tranquilles sur son sort ,
Accourent au combat pour y trouver la mort.
Sous les yeux de Codrus , déja les deux Armées ,
Par des motifs divers au carnage animées ,
Se mêlent en tumulte , et répandant l'horreur ,
Ne paroissent avoir qu'une même fureur ;
Quel spectacle pour lui ! que son ame est émuë !
Sur mille objets affreux il promene sa vûë
Il voit perir de loin ses Sujets malheureux ,
Il reçoit tous les coups qu'on porte à chacun
2
d'eux ;
Allarmé de leurs maux , il use d'artifice
Pour aller consommer son triste sacrifice ;
Sous de vils vétemens éclipsant sa splendeur ,
Au - dedans de lui - même il cache sa grandeur .
Bien tôt par le secours de cette noble ruse ,
Il se dérobe aux yeux des Gardes qu'il abuse,
Il s'éloigne , il arrive au milieu des hazards ,
Sous ces dehors obscurs qui trompent les regards
,
·
Il court de tous côtez où le danger l'appelle ;
Le sort en l'épargnant , aime à trahir son zele
Il cherche , furieux , le trépas qui l'a fui ;
Chaque instant qu'il respire est un crime pour
lui ,
Trop heureux , si sans nuire au projet qui l'enflamme
,
Lui-même de ses jours pouvoit couper la trame.
Ses voeux sont satisfaits , un trait mortel Patteint
,
JUILLET. 1733 . 1471
De ses yeux affoiblis la lumiere s'éteint
Il expire , aussi -tôt la victoire fidelle ,
Pour payer tout le sang qu'il a versé pour elle ,
Rappelle ses Sujets qui fuyoient éperdus ;
A leur premiere ardeur ils sont soudain rendus ;
Leur crainte se dissipe et leurs efforts redoublent ;
Les Doriens surpris, se dispersent , se troublent
L'épouvanté et l'effroi s'emparent de leur coeur;
Ils tombent sous les traits dé l'ennemi vainqueur,
Mais ce vainqueur , hélas ! dans la gloire qu'il
goûte ,
Ignore encor quel prix son triomphe lui coûte ,
Et tandis qu'abusez par ce prompt changement ,
Tous les Athéniens suivent aveuglement
Les mouvemens divers que l'allegresse enfante ,
Qu'ils courent empressez vers la fatale Tente ,
Dans la foule des morts ils decouvrent leur Roi;
A cet horrible aspect tremblants , saisis d'effroi ,
Ils détestent leur gloire , et le sort de leurs armes,
Ils embrassent son corps , qu'il baignent de leurs
- larmes ,
Et
pour éterniser son regne et ses vertus ,
Choisissent Jupiter pour remplacer Codrus.
Codrus pro Patria non timidus mori. Hor. Ode.
M. l'Abbé P *** d'Avignon.
Poëme qui a
remporté le Prix de
l'Académic
des Feux
Floraux.
J
chante ce
ce Héros , qui cher à sa
Patrie , dev1 ...
Conserva ses
es Sujets een
immolant sa
vie; ová 19.9 3 :
Si la seule vertu
mérites votre
encens ,
Muses, vous me devez vos plus
nobles accens.
La
discorde
féconde en
implacables haines ,
A ij Guide
1468 MERCURE DE FRANCE
Guide les Doriens jusques aux murs d'Athénes ;
Incertains du succès qu'ils brûlent d'obtenir ,
Leur inquiete ardeur cherche à le prévenir .
Ils veulent que le Ciel à leurs désirs révele ,
Ce secret important que l'avenir recele.
L'Oracle leur répond , pour flater leurs souhaits,
Vous vaincrez , si Codrus échappe à tous vos
traits ;
Mais si vous immolez ce Roi rempli de gloire ,
Aussitôt loin de vous s'enfuirà la victoire ;
Perdez vos ennemis , el respectez leur Roy.
Les Doriens charmez , acceptent cette Loy',
Satisfaits à ce prix de contenter leur rage ,
Ils s'avancent , l'espoir augmente leur courage ;
A leurs cris menaçants , tout s'allarme et to
fuit.
et tout
Cet Oracle est semé , Codrus en est instruit ;
Roi des Athéniens et plus encor leur Pere ,
Il veut hâter sa mort pour finir leur misere ;
Chers Sujets , que le sort à mes loix a soumis ,
>> Leur dit- il , vous voyez vos nombreux ennemis;
Suivis de la terreur , conduits par l'esperance ,
Il viennent contre vous assouvir leur vengeance,
Mais n'appréhendez rien , je sçaurai dissiper ,
»Cet orage tout prêt à vous envelopper ,
» Si l'Arrêt du Destin les flatte et les rassure •
» Vous avezdu triomphe un plus heureux augure;
» C'est mon amour pour vous , qui prompt à
yous servir
D
JUILLET. . 1733.
1469
» A leur joug odieux va bien-tôt vous ravir ;
» Esperez tout , dans moi votre bonheur réside ,
» En vain vers la victoire un Oracle les guide ,
» Je ne veux que moi seul pour les détruire tous,
J'irai pour vous sauver m'exposer à leurs coups,
par un noble effort , irritant leur farie ,
33
» Ét
Les forcer en tremblant de m'arracher la vie.
» Vous frémissez , ô Ciel ! vous répandez des
pleurs ;
»Ah ! plus vous me montrez l'excès de vos dou-
· leurs ,
» Plus vous plaignez mon sort , et plus je dois
encore ,
» Justifiek ces pleurs dont votre amour m'honore.
Suspendez vos regrets et calmez votre effroy ,
» Si vous m'attendrissez , c'est pour vous , non
pour moi;
B
Mais c'est trop m'arrêter à ce tendre spectacle ,
» Vous méritez ma mort , je vois remplir l'O
racle ,
» Je goûte tous les biens que vous en cueillerez ,
"
Je perirai pour vous , mais vous me vengerez,
Codrus cede à ces mots , au transport qui Pa- i
nime , N
Il vole , impatient de servir de victime
Ses Peuples effrayez d'un si hardi déssein ,
Le suivent dans sa course et l'arrêtent soudain
Et
pour mieux s'assurer de sa tête sacrée ,
De Soldats vigilans sa Tente est entourée ;
A iij Ses
1470 MERCURE DE FRANCE
Ses Sujets genereux , tranquilles sur son sort ,
Accourent au combat pour y trouver la mort.
Sous les yeux de Codrus , déja les deux Armées ,
Par des motifs divers au carnage animées ,
Se mêlent en tumulte , et répandant l'horreur ,
Ne paroissent avoir qu'une même fureur ;
Quel spectacle pour lui ! que son ame est émuë !
Sur mille objets affreux il promene sa vûë
Il voit perir de loin ses Sujets malheureux ,
Il reçoit tous les coups qu'on porte à chacun
2
d'eux ;
Allarmé de leurs maux , il use d'artifice
Pour aller consommer son triste sacrifice ;
Sous de vils vétemens éclipsant sa splendeur ,
Au - dedans de lui - même il cache sa grandeur .
Bien tôt par le secours de cette noble ruse ,
Il se dérobe aux yeux des Gardes qu'il abuse,
Il s'éloigne , il arrive au milieu des hazards ,
Sous ces dehors obscurs qui trompent les regards
,
·
Il court de tous côtez où le danger l'appelle ;
Le sort en l'épargnant , aime à trahir son zele
Il cherche , furieux , le trépas qui l'a fui ;
Chaque instant qu'il respire est un crime pour
lui ,
Trop heureux , si sans nuire au projet qui l'enflamme
,
Lui-même de ses jours pouvoit couper la trame.
Ses voeux sont satisfaits , un trait mortel Patteint
,
JUILLET. 1733 . 1471
De ses yeux affoiblis la lumiere s'éteint
Il expire , aussi -tôt la victoire fidelle ,
Pour payer tout le sang qu'il a versé pour elle ,
Rappelle ses Sujets qui fuyoient éperdus ;
A leur premiere ardeur ils sont soudain rendus ;
Leur crainte se dissipe et leurs efforts redoublent ;
Les Doriens surpris, se dispersent , se troublent
L'épouvanté et l'effroi s'emparent de leur coeur;
Ils tombent sous les traits dé l'ennemi vainqueur,
Mais ce vainqueur , hélas ! dans la gloire qu'il
goûte ,
Ignore encor quel prix son triomphe lui coûte ,
Et tandis qu'abusez par ce prompt changement ,
Tous les Athéniens suivent aveuglement
Les mouvemens divers que l'allegresse enfante ,
Qu'ils courent empressez vers la fatale Tente ,
Dans la foule des morts ils decouvrent leur Roi;
A cet horrible aspect tremblants , saisis d'effroi ,
Ils détestent leur gloire , et le sort de leurs armes,
Ils embrassent son corps , qu'il baignent de leurs
- larmes ,
Et
pour éterniser son regne et ses vertus ,
Choisissent Jupiter pour remplacer Codrus.
Codrus pro Patria non timidus mori. Hor. Ode.
M. l'Abbé P *** d'Avignon.
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Résumé : CODRUS. Poëme qui a remporté le Prix de l'Académie des Jeux Floraux.
Le poème 'Codrus' a remporté le Prix de l'Académie des Jeux Floraux. Il relate l'histoire de Codrus, roi athénien, prêt à sacrifier sa vie pour sauver sa patrie des Doriens. Un oracle prédit que les Doriens vaincront si Codrus échappe à leurs attaques, mais seront vaincus s'ils le tuent. Connaissant son rôle crucial, Codrus décide de se sacrifier pour assurer la victoire de son peuple. Il se déguise et se jette dans la bataille, où il trouve la mort. Sa mort inspire ses sujets, qui repoussent les Doriens et remportent la victoire. Cependant, en découvrant le corps de Codrus, les Athéniens pleurent leur roi et choisissent Jupiter pour le remplacer. Le poème met en lumière le dévouement et le sacrifice de Codrus pour sa patrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 350-351
CHANSON A BOIRE.
Début :
Cher Lucas, c'en est fait, tu me vois expirer ; [...]
Mots clefs :
Boire, Sort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON A BOIRE.
CHANSON A BOIRE.
CHer Lucas, c'en est fait , tu me vois expirer;
Je cede à mon sort déplorable ;
Des maux dont le Destin sçut toujours m'accabler
Le dernier coup est le plus effroyable.
Je n'avois pour appui
Que l'aimable Gregoire ;
De mes chagrins lui seul calmoit l'ennui ,
Pui
NEW
YORK
OBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
,
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
FEVRIER 351 1734.
Puisqu'à crédit il me donnoit à boire ;
Mais ô sort malheureux ! le funeste Cizeau
De la Parque cruelle ,
Vient de mettre au tombeau
Cet Ami si fidelle.
CHer Lucas, c'en est fait , tu me vois expirer;
Je cede à mon sort déplorable ;
Des maux dont le Destin sçut toujours m'accabler
Le dernier coup est le plus effroyable.
Je n'avois pour appui
Que l'aimable Gregoire ;
De mes chagrins lui seul calmoit l'ennui ,
Pui
NEW
YORK
OBLIC
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.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
,
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
FEVRIER 351 1734.
Puisqu'à crédit il me donnoit à boire ;
Mais ô sort malheureux ! le funeste Cizeau
De la Parque cruelle ,
Vient de mettre au tombeau
Cet Ami si fidelle.
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Résumé : CHANSON A BOIRE.
Une chanson à boire exprime la détresse d'un narrateur face à sa mort imminente et ses malheurs. Il trouvait du réconfort auprès de Grégoire, qui lui offrait à boire à crédit. Cependant, Cizeau a causé la mort de Grégoire, perçue comme le coup le plus cruel du destin. Le texte est daté du 351 février 1734 et provient de la New York Public Library.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 178-188
Explications des devises & des emblèmes peints sur les médaillons placés au-dessus de chaque Figure.
Début :
Au dessus de la Paix une Aurore dont l'éclat prompt & lumineux dissipe en un moment les [...]
Mots clefs :
Devises, Emblèmes, Jeune, Amour, Prince, Naissance du duc de Bourgogne, Sort, Mots, Peuple, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explications des devises & des emblèmes peints sur les médaillons placés au-dessus de chaque Figure.
Explications des devises & des emblèmes
peints sur les médaillons placés au-dessus de
chaque Figure.
Au dessus de la Paix une Aurore dont l'éclat
prompt & lumineux dissipe en un moment les
ténébres de la nuit, & ramene le Soleil, pour
exprimer le moment imptévu où naquit Monsci-
gneur le DUC DE BOUAGOGNE, dont la
naissance éveilla la Cour & tout Patis, & pressa
le retour du Roi à Versailles.
Luce fugat somnos, Solemque reducit.
Je parois dans les airs, & soudain ma lamiere
Des mortels assoupis écarte le sommeil;
A peine j'ouvre ma cartiete
Que je ramene le Soleil.
Le Signe de la Balance, sous lequel est né
Monseigneur le DUC DI BOURCOGNI
dont l'heureuse naissance assure plus que jamais
l'ordre de la succession dans la branche regnante.
Ex me invariabilis ordo.
De cet ordte immortel qui mésure les temps
J'annonce la marche assurée;
Er mon retour d'éternelle durée,
Doit triompher & du sort & des aus.
Une figure de Dauphin d'ou sort une eau
jaillissante avec ces mots;
Ex me utile, dulce fluit.
JANVIER. 1752.
179
De moi, signe toujours aimable,
Pour vous coule un nouveau présent
Goutez-en à longs rraits le charme bienfaisant
Peuples, il réunit l'utile & l'agréable.
Au dessus de la Force, dans un brillant par-
terre, un myrthe & un olivier entourés d'un
jeune lys, qui semble les unir plus étroitement
Fortius ac melius.
Rameaux sacrés qu'aujourd'hui j'environne,
Plus que jamais vous serez precieux;
Et la force que je vous donne
En m'unissant à vous, embellira vos nœuds.
Un Trône d'or, chargé des Armes de France-
sur lequel s'appuye de chaque côté, un Amous
qui en assûre la stabilité.
Fulcitur utrinque.
Trône, que de LOUIS la Famille féconde
Affranchira de l'Empire des ans
A jamais tu verras sur toi ses descendans
Servir d'exemple aux Rois & d'ornement au
monde.
Une Couronne d'or, à laquelle un Amour at-
tache un diamant, qui sert à l'affermir & à aug.
menter son éclat.
Et robur & decus addit.
Enfant de la Pélicité
Quel éclat en naissant t'annonce & t'envitonne !
Hvj
...*
180 MERCURE DE FRANCE.
Ta main donne à cette Courronne
D'un ornement nouveau la solide beauté.
Au-dessus de Minerve, on voit autour du ben-
ceau du jeune Prince Mars, Apollon & Minerve.
Ces Divinités se félicitent d'un Eleve si propre à
honorer les bienfaits, dont elles s'empressent de
le combler.
Quisque suo fe jactat alumno.
Sur ce nouvel Eleve, à l'envi, sans mesure,
Divinités, répandez vos bienfaits;
Il sçaura tour à tour les rendre avec usure,
Et toujours les Bourbous surpassent vos souhaits.
Deux grands Palmiers, au bas desquels est us
jeune Palmier, qui sort de leur tige commune.
Reddet origo parem.
Sorti d'une Tige immortelle,
Mon sort est d'égaler les Arbres les plus beaux;
Dans peu je serai digne d'elle
Par la hauteur de mes rameaux.
Le Chef d'un essain d'abeilles leur moutre uu
jeune rejetton, auquel il vient de donner le jour;
il abandonne à la République cet héritier destiné
& la gouverner, pour fuire allusion au sentiment
noble & généreux de Monseigneur le Dauphin
qui, à la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, dit que ce Prince étoit l'enfant de
tonte la France.
Genti, non mihi nascitur Hares.
Cet héritiet, qui de moi tient le jour,
Peuple, est à vous plus qu'à moi- même i
181
JANVIER. 1752.
Vous l'instruîrez par votre amout
A vous chérir autant que je vous aimie.
Au- dessus de l'Abondance, un aigle portant
son jeune aiglon, & volant entre le Soleil & son
pa élie, pour exprimer la joie qu'à la Naissanco
de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI, Mada-
me la Dauphine fit éclater, en présence du Roi
& de Monseigneur le Dauphin.
Ui Nato, inter utrumque, superbit.
Ces feux éblouissans qui frappent l'Univers
Superbe Aiglon, n'ont rien, dont tes regards
s'étonnent,
Et le double éclat qu'ils te donnent,
Dit que mon Sang est fait pour l'Empire des airs-
Un Oranger couvert de fleurs, au bas de sa
tige, une orange que la maturité a fait tomber,
& que le tems a rendu plus douce & plus agrea-
ble:
Tempore dulcior exis.
Le fruit que je viens de répandre,
Par sa beauté charme les yeux,
Et le tems qui l'a fait attendre,
Le rend encor plus précieur.
Pour marquer la joie générale que les peuples
témoignent par les Feux & les Illuminations á
Poccasion de la Naissance du Prince. Une main
tenant un verre ardent, exposé aux rayons da
Soleil; & au-dessous plusicurs feux qui s'allu-
ment.
182 MERCURE DEFRANCE.
Faecundus calor excitat Ignes-
Par mes feux j'anime le monde;
Mes ardeurs le rendent heureux,
Et c'est à ma chaleur féconde
Que s'allument mille autres feux.
D scription des Bas-reliefs, placés dans les
Pans coupés de la Ballustrade.
Le premier Bas-relief offre, à côté de l'His-
toire, le Destin qui montre au jeune Prince le
Portrait de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI,
Pere de Sa Majesté. Pour annoncer qu'un jout
cet Enfant; que la France tient dans ses bras
aura les rares vertus de son Bisayeul; il lui adresse
par allusion à ces mots de Virgile, Tu Marcellus
aris, ces patoles:
Tu Burgundus eris.
Sous ce nom qui promit à des Peuples heureux
Un Sage sur le Trône, & dans un Maître un Pere;
Croissez, beau Rejetton, d'une Tige si chere,
Vous aurez ses vertus & des jours plus nombreux.
Dans le second Bas-relief, Lucine appuyée sur
un berceau d'or, où est le Prince nouveau né, in-
vite le Tems, les Heures, les Parques & la Santé,
à conserver les jours du jeune Prince, à la Nais-
sance duquel elle vient de s'intéresser d'une façon
si marquée: pour les y engager, elle leur adresse
ces mots :
Magnum Jovis incrementum. Virg. Eclog. Iv.
Des mortels en naissant, vous qui réglez le sort,
d by Goo
JANVIER.
1752.
183
Sur celui, dont mes soins ont hâté la Naissance,
Signalez votre bienfaisance:
Le plus pur sang des Dieux est le sang dont il
sort.
Le troisième Bas-relief présente Jupiter sur un
trône de nues: l'Amour & l'Hymen prenant leur
essor croisent leurs flambeaux allumés; & sur la
terre on voit des Autels od Jupiter vent qu'ils
unissent les cœurs des mortels, hommage pour
lui plus touchant que toutes les autres offrandes:
pour marquer la volonté de Sa Majesté, qui tou-
jours attentive au bonheur de ses peuples, a or-
donné qu'on consacrât à former des alliances, les
dépenses que le zéle public destinoit à célébrer la
Naissance de Monseigneur le DUC DE BOUA-
GOGNE.
Ferte citi flammas, date tela & jungite dextras.
Volez, Amour; Hymen, descendez sur la terre»
Que vos flambeaux unis brillent pour les mortels:
Peu jaloux des respects qu'attire le tonnerre
Je ne veux que l'encens offert sur vos Autels.
Le quatrième Bas-relief, fait voir la Déesse de
la Peinture, accompagnée de Venus; elle montre
an jeune Prince, soutenu dans les bras d'une des
uois Graces, le Portrait de Madame la Dauphine,
avec ces mots de Virgile:
Incipe, parve Puer, ri, u cognoscere Matrem.
Virg. Egl. 4.
Aimal le Enfant, qui vient de nastre,
Contemple celle à qui tu dois le jous;
itized by God
184 MERCUREDE FRANCE.
Par son sourire elle te fait connoître
Qi'elle est la Mere de l'Amour.
Sur les Angles de la Balustrade sont posos qua-
tre Groupes de Génies.
Le premier représente deux Amours couronnés
de Pampres & de Lierre, mélant dans des Coupes
rehaussées d'or, le vin de Champagne avec celui-
de Bourgogne.
Jungito Burgundo Campani prcula Cives.
Le second offre deux autres Enfans couronnés
de fleurs, tenant des corbeilles remplies de roses
& de lys qu'ils répandent à pleines mains, avec-
ces mots:
Manibus date Lilia plenis. Virg. Liv. 6.
Le troisiéme montre un Groupe d'Amours, avec
des Couronnes de Myrte & d'Olivier, armés de
Carquois, & tenant en main des Ares tendus.
Nec vim tela ferunt. Virg. Liv. 7.
Le quatrième retrace le Génie de la France &
celui de la Bourgogne, unissant tendrement des-
Boucliers, sur lesquels sont peintes les Armes de
France & de Bourgogne. Autrefois ces Boucliers
ne se rapprochoient que pour les combats, aujour-
d'hui l'Amour & l'Hymen les confondent.
Non ut olim.
Au-dessus du Dôme s'éleve une Renommée,
prenant son essor dans les airs; sur la Bandelette
de sa Trompette, on lit ces mots: Felicitas Pu-
blica.
L'intéricur du Temple découvre au milieu
l'Autel de la Félicité publique, élevé sur trois de-
grés de marbre, sur lequel est un Foyer destiné à
recevo ir les parfums que brule un jeune Amout.
ed by Goc
JANVIER.
185
1752.
Autour du ceintre de l'Autel on lit ces vers de
Tibulle:
Dicamus bona verba, venit natalis ad aras;
Urantur pia thura focis, urantur odores.
Les Parois du Temple offre une nouvelle Ar-
chitecture d'Ordre Corinthien; sur la bordure
sont répandues les Armes de France & de Bourgo-
gne, les Flambeaux de l'Amour & de l'Hymen;
& dans des Cartouches rehaussés d'or on lit les
Inscriptions suivantes, qui annoncent la joie pu-
blique.
Ipse fuos adsit Genius visurus honores
Cui decorent sanctus mollia serta genas. Tib-
I1.
Bacche veni, dulcisque tuis è cornibus uva
Pendeat, & spicis tempora cinge Ceres. Tib-
III.
At tu natalis multos celebrande per aunos
Candidior semper, candidiorque veni! Tib.
IV.
Dum festiva novis fumant altaria flammis,
Urat vestra, Remi, pectora vivus amor.
L'intérieur du Temple n'étoit éclairé que par
la lueur du Foyer de l'Autel, & cette foitle Ju-
miere répandoit dans le Temple une obscurité
mystérieuse qui en augmentoit la majesté.
A chaque côté de l'Hôzel de-Ville sont placées
deux Figures, l'une représentant la Ville de Reimo
couronnée de Tours, contemplaut l'Image du
yGoc
186 MERCUREDEFRANCE.
jeune Prince, préferablement aux Monumens qui
lui restent de Jules Cesar,
Arcs superbes, des ans qui bravez les outrages,
Vos Héros n'ont plus rien qui flate mes regards;
L'Amour que je contemple a seul tous mes hom-
mages:
Un Bourbon m'est plus cher que Rome & ses
Césars.
De l'autre côté la Nymphe de Vesse engage ses
Naiades à s'unir à la joie publique, en reconnois-
sancedes nouveaux bienfaits de SaMajesté; elle veut
qu'elles renouvellent en l'honneur du Roi, ces
Fêtes * anciennes, où l'on couvroit de fleurs les
Urnes des Fontaines rendues célebres par quel-
qu'érénement qui éternisolt leur gloire.
Vous que LouIs fixe en ces lieux,
Naiades
à l'envie que votre onde jaillisse,
Et que son murmure s'unisse
Aux accens d'un Peuple joyeux.
De ce Peuple heureux & fidele
Imitez, s'il se peut, l'amour & les transports.
Du plus puissant des Rois la bonté paternelle
Allure pour jamais la gloire de vos bords:
Nymphes, soyez reconnoissantes;
Pour célébrer sa générosité,
Que vos Urnes obeissantes,
Ces fêtes s' apl elloient Fontanilia.
gitized by Goc
287
JANVIER.
1752.
En épanchant ici leurs Ondes bienfaisantes
Y versent la félicité;
Que leurs cours ne soit arrêté,
Que lors qu'au Temble de Mémoire
De Louis finira la gloire,
Le nom & la postérité.
Au dessus de la Porte de l'Hôtel de Ville, on
lit dans un cartouche, l'Inscription suivante:
LUDOVICO DECIMO QUINTO
Regi maximo & optimo
Pacis reparatori,
Suorum amori,
Et Ludovico Delphino ejus Filio dilectissimo
Paternarum virtutum amulatori;
Ob recens Natum Burgundia Ducem,
Gallia votorum summam, spem, delicias.
Pacis pignus fidissimum;
In impotenti exundantis latitia impetu
Et solemni aterna gratiarum actionis protestatione,
Hoc
Felicitatis publica monumentum.
S. P. Q R.
D. V. C.
Anno M. DCCLI.
TRADUCTION DE L'INSCRPTION.
Le Conseil & le Peuple de la Ville de Reims,
dans les effusions de la Joie la plus vive, & les té-
ized by Goc
-
288 MERCURE DE FRANCE.
moignages solemnels de leur éternelle reconnois-
sancè, dé jient, vouent, & consacrent ce Tempse
de la Felicite publique à LOUIS, RoI très-
grand & très bon, le Restaurateur de la Paix
l'amour de son peuple; & à LOUIS, Dau-
phin, son fils Bien-Aimé, en réjouissance de l'heu-
reuse naissance du DUC DE BOURGOGNE,
objet des vœux de la France, son espérance, &
ses délices. L'an du Seigneur mil sept cens cin-
quante & un.
peints sur les médaillons placés au-dessus de
chaque Figure.
Au dessus de la Paix une Aurore dont l'éclat
prompt & lumineux dissipe en un moment les
ténébres de la nuit, & ramene le Soleil, pour
exprimer le moment imptévu où naquit Monsci-
gneur le DUC DE BOUAGOGNE, dont la
naissance éveilla la Cour & tout Patis, & pressa
le retour du Roi à Versailles.
Luce fugat somnos, Solemque reducit.
Je parois dans les airs, & soudain ma lamiere
Des mortels assoupis écarte le sommeil;
A peine j'ouvre ma cartiete
Que je ramene le Soleil.
Le Signe de la Balance, sous lequel est né
Monseigneur le DUC DI BOURCOGNI
dont l'heureuse naissance assure plus que jamais
l'ordre de la succession dans la branche regnante.
Ex me invariabilis ordo.
De cet ordte immortel qui mésure les temps
J'annonce la marche assurée;
Er mon retour d'éternelle durée,
Doit triompher & du sort & des aus.
Une figure de Dauphin d'ou sort une eau
jaillissante avec ces mots;
Ex me utile, dulce fluit.
JANVIER. 1752.
179
De moi, signe toujours aimable,
Pour vous coule un nouveau présent
Goutez-en à longs rraits le charme bienfaisant
Peuples, il réunit l'utile & l'agréable.
Au dessus de la Force, dans un brillant par-
terre, un myrthe & un olivier entourés d'un
jeune lys, qui semble les unir plus étroitement
Fortius ac melius.
Rameaux sacrés qu'aujourd'hui j'environne,
Plus que jamais vous serez precieux;
Et la force que je vous donne
En m'unissant à vous, embellira vos nœuds.
Un Trône d'or, chargé des Armes de France-
sur lequel s'appuye de chaque côté, un Amous
qui en assûre la stabilité.
Fulcitur utrinque.
Trône, que de LOUIS la Famille féconde
Affranchira de l'Empire des ans
A jamais tu verras sur toi ses descendans
Servir d'exemple aux Rois & d'ornement au
monde.
Une Couronne d'or, à laquelle un Amour at-
tache un diamant, qui sert à l'affermir & à aug.
menter son éclat.
Et robur & decus addit.
Enfant de la Pélicité
Quel éclat en naissant t'annonce & t'envitonne !
Hvj
...*
180 MERCURE DE FRANCE.
Ta main donne à cette Courronne
D'un ornement nouveau la solide beauté.
Au-dessus de Minerve, on voit autour du ben-
ceau du jeune Prince Mars, Apollon & Minerve.
Ces Divinités se félicitent d'un Eleve si propre à
honorer les bienfaits, dont elles s'empressent de
le combler.
Quisque suo fe jactat alumno.
Sur ce nouvel Eleve, à l'envi, sans mesure,
Divinités, répandez vos bienfaits;
Il sçaura tour à tour les rendre avec usure,
Et toujours les Bourbous surpassent vos souhaits.
Deux grands Palmiers, au bas desquels est us
jeune Palmier, qui sort de leur tige commune.
Reddet origo parem.
Sorti d'une Tige immortelle,
Mon sort est d'égaler les Arbres les plus beaux;
Dans peu je serai digne d'elle
Par la hauteur de mes rameaux.
Le Chef d'un essain d'abeilles leur moutre uu
jeune rejetton, auquel il vient de donner le jour;
il abandonne à la République cet héritier destiné
& la gouverner, pour fuire allusion au sentiment
noble & généreux de Monseigneur le Dauphin
qui, à la Naissance de Monseigneur le Duc de
Bourgogne, dit que ce Prince étoit l'enfant de
tonte la France.
Genti, non mihi nascitur Hares.
Cet héritiet, qui de moi tient le jour,
Peuple, est à vous plus qu'à moi- même i
181
JANVIER. 1752.
Vous l'instruîrez par votre amout
A vous chérir autant que je vous aimie.
Au- dessus de l'Abondance, un aigle portant
son jeune aiglon, & volant entre le Soleil & son
pa élie, pour exprimer la joie qu'à la Naissanco
de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI, Mada-
me la Dauphine fit éclater, en présence du Roi
& de Monseigneur le Dauphin.
Ui Nato, inter utrumque, superbit.
Ces feux éblouissans qui frappent l'Univers
Superbe Aiglon, n'ont rien, dont tes regards
s'étonnent,
Et le double éclat qu'ils te donnent,
Dit que mon Sang est fait pour l'Empire des airs-
Un Oranger couvert de fleurs, au bas de sa
tige, une orange que la maturité a fait tomber,
& que le tems a rendu plus douce & plus agrea-
ble:
Tempore dulcior exis.
Le fruit que je viens de répandre,
Par sa beauté charme les yeux,
Et le tems qui l'a fait attendre,
Le rend encor plus précieur.
Pour marquer la joie générale que les peuples
témoignent par les Feux & les Illuminations á
Poccasion de la Naissance du Prince. Une main
tenant un verre ardent, exposé aux rayons da
Soleil; & au-dessous plusicurs feux qui s'allu-
ment.
182 MERCURE DEFRANCE.
Faecundus calor excitat Ignes-
Par mes feux j'anime le monde;
Mes ardeurs le rendent heureux,
Et c'est à ma chaleur féconde
Que s'allument mille autres feux.
D scription des Bas-reliefs, placés dans les
Pans coupés de la Ballustrade.
Le premier Bas-relief offre, à côté de l'His-
toire, le Destin qui montre au jeune Prince le
Portrait de Monseigneur le DUC DE BOURGOGNI,
Pere de Sa Majesté. Pour annoncer qu'un jout
cet Enfant; que la France tient dans ses bras
aura les rares vertus de son Bisayeul; il lui adresse
par allusion à ces mots de Virgile, Tu Marcellus
aris, ces patoles:
Tu Burgundus eris.
Sous ce nom qui promit à des Peuples heureux
Un Sage sur le Trône, & dans un Maître un Pere;
Croissez, beau Rejetton, d'une Tige si chere,
Vous aurez ses vertus & des jours plus nombreux.
Dans le second Bas-relief, Lucine appuyée sur
un berceau d'or, où est le Prince nouveau né, in-
vite le Tems, les Heures, les Parques & la Santé,
à conserver les jours du jeune Prince, à la Nais-
sance duquel elle vient de s'intéresser d'une façon
si marquée: pour les y engager, elle leur adresse
ces mots :
Magnum Jovis incrementum. Virg. Eclog. Iv.
Des mortels en naissant, vous qui réglez le sort,
d by Goo
JANVIER.
1752.
183
Sur celui, dont mes soins ont hâté la Naissance,
Signalez votre bienfaisance:
Le plus pur sang des Dieux est le sang dont il
sort.
Le troisième Bas-relief présente Jupiter sur un
trône de nues: l'Amour & l'Hymen prenant leur
essor croisent leurs flambeaux allumés; & sur la
terre on voit des Autels od Jupiter vent qu'ils
unissent les cœurs des mortels, hommage pour
lui plus touchant que toutes les autres offrandes:
pour marquer la volonté de Sa Majesté, qui tou-
jours attentive au bonheur de ses peuples, a or-
donné qu'on consacrât à former des alliances, les
dépenses que le zéle public destinoit à célébrer la
Naissance de Monseigneur le DUC DE BOUA-
GOGNE.
Ferte citi flammas, date tela & jungite dextras.
Volez, Amour; Hymen, descendez sur la terre»
Que vos flambeaux unis brillent pour les mortels:
Peu jaloux des respects qu'attire le tonnerre
Je ne veux que l'encens offert sur vos Autels.
Le quatrième Bas-relief, fait voir la Déesse de
la Peinture, accompagnée de Venus; elle montre
an jeune Prince, soutenu dans les bras d'une des
uois Graces, le Portrait de Madame la Dauphine,
avec ces mots de Virgile:
Incipe, parve Puer, ri, u cognoscere Matrem.
Virg. Egl. 4.
Aimal le Enfant, qui vient de nastre,
Contemple celle à qui tu dois le jous;
itized by God
184 MERCUREDE FRANCE.
Par son sourire elle te fait connoître
Qi'elle est la Mere de l'Amour.
Sur les Angles de la Balustrade sont posos qua-
tre Groupes de Génies.
Le premier représente deux Amours couronnés
de Pampres & de Lierre, mélant dans des Coupes
rehaussées d'or, le vin de Champagne avec celui-
de Bourgogne.
Jungito Burgundo Campani prcula Cives.
Le second offre deux autres Enfans couronnés
de fleurs, tenant des corbeilles remplies de roses
& de lys qu'ils répandent à pleines mains, avec-
ces mots:
Manibus date Lilia plenis. Virg. Liv. 6.
Le troisiéme montre un Groupe d'Amours, avec
des Couronnes de Myrte & d'Olivier, armés de
Carquois, & tenant en main des Ares tendus.
Nec vim tela ferunt. Virg. Liv. 7.
Le quatrième retrace le Génie de la France &
celui de la Bourgogne, unissant tendrement des-
Boucliers, sur lesquels sont peintes les Armes de
France & de Bourgogne. Autrefois ces Boucliers
ne se rapprochoient que pour les combats, aujour-
d'hui l'Amour & l'Hymen les confondent.
Non ut olim.
Au-dessus du Dôme s'éleve une Renommée,
prenant son essor dans les airs; sur la Bandelette
de sa Trompette, on lit ces mots: Felicitas Pu-
blica.
L'intéricur du Temple découvre au milieu
l'Autel de la Félicité publique, élevé sur trois de-
grés de marbre, sur lequel est un Foyer destiné à
recevo ir les parfums que brule un jeune Amout.
ed by Goc
JANVIER.
185
1752.
Autour du ceintre de l'Autel on lit ces vers de
Tibulle:
Dicamus bona verba, venit natalis ad aras;
Urantur pia thura focis, urantur odores.
Les Parois du Temple offre une nouvelle Ar-
chitecture d'Ordre Corinthien; sur la bordure
sont répandues les Armes de France & de Bourgo-
gne, les Flambeaux de l'Amour & de l'Hymen;
& dans des Cartouches rehaussés d'or on lit les
Inscriptions suivantes, qui annoncent la joie pu-
blique.
Ipse fuos adsit Genius visurus honores
Cui decorent sanctus mollia serta genas. Tib-
I1.
Bacche veni, dulcisque tuis è cornibus uva
Pendeat, & spicis tempora cinge Ceres. Tib-
III.
At tu natalis multos celebrande per aunos
Candidior semper, candidiorque veni! Tib.
IV.
Dum festiva novis fumant altaria flammis,
Urat vestra, Remi, pectora vivus amor.
L'intérieur du Temple n'étoit éclairé que par
la lueur du Foyer de l'Autel, & cette foitle Ju-
miere répandoit dans le Temple une obscurité
mystérieuse qui en augmentoit la majesté.
A chaque côté de l'Hôzel de-Ville sont placées
deux Figures, l'une représentant la Ville de Reimo
couronnée de Tours, contemplaut l'Image du
yGoc
186 MERCUREDEFRANCE.
jeune Prince, préferablement aux Monumens qui
lui restent de Jules Cesar,
Arcs superbes, des ans qui bravez les outrages,
Vos Héros n'ont plus rien qui flate mes regards;
L'Amour que je contemple a seul tous mes hom-
mages:
Un Bourbon m'est plus cher que Rome & ses
Césars.
De l'autre côté la Nymphe de Vesse engage ses
Naiades à s'unir à la joie publique, en reconnois-
sancedes nouveaux bienfaits de SaMajesté; elle veut
qu'elles renouvellent en l'honneur du Roi, ces
Fêtes * anciennes, où l'on couvroit de fleurs les
Urnes des Fontaines rendues célebres par quel-
qu'érénement qui éternisolt leur gloire.
Vous que LouIs fixe en ces lieux,
Naiades
à l'envie que votre onde jaillisse,
Et que son murmure s'unisse
Aux accens d'un Peuple joyeux.
De ce Peuple heureux & fidele
Imitez, s'il se peut, l'amour & les transports.
Du plus puissant des Rois la bonté paternelle
Allure pour jamais la gloire de vos bords:
Nymphes, soyez reconnoissantes;
Pour célébrer sa générosité,
Que vos Urnes obeissantes,
Ces fêtes s' apl elloient Fontanilia.
gitized by Goc
287
JANVIER.
1752.
En épanchant ici leurs Ondes bienfaisantes
Y versent la félicité;
Que leurs cours ne soit arrêté,
Que lors qu'au Temble de Mémoire
De Louis finira la gloire,
Le nom & la postérité.
Au dessus de la Porte de l'Hôtel de Ville, on
lit dans un cartouche, l'Inscription suivante:
LUDOVICO DECIMO QUINTO
Regi maximo & optimo
Pacis reparatori,
Suorum amori,
Et Ludovico Delphino ejus Filio dilectissimo
Paternarum virtutum amulatori;
Ob recens Natum Burgundia Ducem,
Gallia votorum summam, spem, delicias.
Pacis pignus fidissimum;
In impotenti exundantis latitia impetu
Et solemni aterna gratiarum actionis protestatione,
Hoc
Felicitatis publica monumentum.
S. P. Q R.
D. V. C.
Anno M. DCCLI.
TRADUCTION DE L'INSCRPTION.
Le Conseil & le Peuple de la Ville de Reims,
dans les effusions de la Joie la plus vive, & les té-
ized by Goc
-
288 MERCURE DE FRANCE.
moignages solemnels de leur éternelle reconnois-
sancè, dé jient, vouent, & consacrent ce Tempse
de la Felicite publique à LOUIS, RoI très-
grand & très bon, le Restaurateur de la Paix
l'amour de son peuple; & à LOUIS, Dau-
phin, son fils Bien-Aimé, en réjouissance de l'heu-
reuse naissance du DUC DE BOURGOGNE,
objet des vœux de la France, son espérance, &
ses délices. L'an du Seigneur mil sept cens cin-
quante & un.
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9
p. 171-189
EXTRAIT DE VARON.
Début :
Varon, après avoir exterminé toute la Famille Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran. [...]
Mots clefs :
Varon, Zoraïde, Père, Sostrate, Pharès, Sort, Bras, Instant, Acte, Cruel, Fureur, Prince, Amant, Dieux, Secret, Sang, Coeur, Syracuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE VARON.
EXTRAIT DE VARON.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
Varon, après avoir exterminé toute la Famille
Royale de Siracuse, en est devenu le Tiran.
Sostrate, seul rejetton de ce Sang illustre, re-
monte sur le thrône; la tête de l'Usurpateur qui
prend la fuite, est mise à prix: Sostrate, c'est ioi
le commencement de l'action, s'entretient avec
Pharès son confident de ce qui s'est passé le jour
heureux de la révolution; il adore Zoraide, fille
de Varon, elle gémissoit dans les horreurs d'une
prison cruelle, Sostrate se contente de briser ses
fers sans préten dre à son coeur, la gloire lui de-
fend de soupirer pour elle, mais il ne peut se ré-
soudre à lui permettre de quitter Syracuse, Pha-
rès le détourne de ce dessein.
Ah! loin de consoler une aimable captive,
Souffrez qu'elle abandonne une funeste rive,
Où sa vertu baissant un front humilié
Ne voit que le mépris où son sort est lié.
H ij
172 MERCURE DEFRANCE.
Sostrate.
Quoi! Pharès il faudra qu'une fuite barbare
L'enléve à Syracuse & qu'elle nous sépare.
Je me rappelle encor ces momens pleins d'horreur,
Cette nuit qu'au trépas consacra ma fureur,
Où je crus que d'accord avec ma vigilance
Le sommeil livreroit un trastre à ma vangeance
Tnutiles projets! instruit de son danger
Varon trompa la main qui devoit l'égorger;
La fuite à mes transports détoba la victime
Je par courus ces lieux habités par le crime.
J'apperçus Zoraide. Ah! Pharès, quel instant!
Mon bras entre la rage & le respect flotant,
Ne scavoit que résoudre en te moment terrible,
L'aimable Zoraide à la mort insensible
Rendoit son ennemi d'autant plus incertain
Qu'au poignard sans murmure elle tendoit le sein.
Le respect l'emporta, mon courroux moins severo
L'envoya dans les fers achever sa misere;
J'ai depuis de son sort adouci la rigueur,
Je l'ai dû pour calmer le trouble de mon cœeur.
Phatès exhorte Sostrate à étouffer un amouy
sans esperance, lorsque Palmire, suivante de Zo-
raide, vient demander audiance au Roi de la part
de sa Maitresse.
Pharès.
est temps que ce coeur rappelle sa vertu.
MARS. 1752.
173
Zoraide paroît.
Zoraide.
Une triste captive
Que l'opprobre a dû rendre incertaine & crain-
tive,
Pourra donc de son maître embrasser les genoux.
Sostrate.
Ah! Madame, prenez des soins dignes de vous.
Il lui fait ensuite l'aveu de sa passion. Zoraide
étonnée & un peu attendrie demande pour unique
bienfait l'exil où elle veut renfermer sa misere.
Ne le refusez point à mes désirs pressans,
Cu permettez, Seigneur, que mes cris impuissans
Soient encor étouffés dans certe tour funeste
Qui devoit de mes jouss ensevelir le reste.
Sostraie.
Hé-bien, fuyez, Madame, & loin de ce rivage
Dérobez-vous au soins d'un odieux hommage;
Je vais de ce départ ordonner les apprêts;
Souffrez que leur éclat égale mes regrets,
Qu'il m'aide à réparer une injuste vangeance,
Jusques- là jouissez d'une entiere puissance:
Libre dans ce palais, daignez en écarter
Le premier dont l'aspect pourra vous irriter.
Zoraide ne peut s'empêcher de découvrir à Pal-
mire sa tendresse pour Sostrate. Euriban ami de
H iij
RO
174 MERCUREDEFRANCE.
Varron vienr avertir Zoraide que son pere est
échappé à la poursuite de son ennemi.
Zoraide.
Ce Prince infortuné voit encor la lumiere !
Hé! quels sont les climats où je le dois chercher?
Euriban.
Madame, parmi nous il vient de se cacher.
Zoraide.
Daus Syracuse, ò ciel!
Euriban.
Renfermez cette crainte,
J'ai prévu la fraieur dont votre ame est atteinta;
Le danger de ce Prince entouré d'ennemis
Allarme avec raison ce cœeur tendre & soumis;
Mais, Madame, songez que de votre prudence
Dépendent les complots que trame sa vangeance;
Il brûle de paroître à vos regards surpris.
Je viens à ce moment préparer vos esprits.
Sous les pas de Varon un abîme est ouvert,
Donnez le tempa, Madame, au parti, qui le sert,
D'afsurer des projets dont l'écueil est terrible.
Je vais joindre ce Prince à vos maux si sensible,
Sous les traits d'un Esclave il viendra vous trouver:
Qie comme vous Palmire ait soin de s'éprouven,
Qu'elle fonge qu'un cri, qu'un geste involontaire
Peut dans son propre piège eniralner votre pere,
Digitiues bod0O9
MARS.
1752.
175
Zoraide partagée entre la nature & l'amour
laisse voir son agitation par ces vers qui terminent
le premier acte.
N'as-tu pas vû toi-même avec quelle clémence
Sostrate use envers nous du droit de la vangeance?
Je ne m'aveugle point, mon pere est son sujet,
Et loin d'en approuver le barbare projet....
Mais que dis- je ? Est-ce à moi de condamner un
pere?
Malheureuse! où portai je un regard téméraire :
Ah! par respect du moins je devois le baisser
Le danger d'un amant a droit d'intéresser;
Mais l'auteur de nos jours, fut-ce un pere coupable,
N'est pas moins revêtu d'un titre respectable;
Et dans quelques projets qu'il se laisse entrasner,
Il n'appartient qu'aux Dieux de les examiner.
Varon & Euriban ouvrent le second acte. Va-
ron est sur le pied de reveler un secret important,
lorsqu'il apperçoit sa fille, qui ne doit pas en être
informée. Euriban se retire.
Zoraide.
Le voici, quel instant! qu'il a pour moi d'appas:
(En avançant.)
Est-ce une illusion? mon pere dans mes bras!
Varon.
Ma fille!
Zoraide.
Ici quel Dieu vous rend à ma tendresse
Hiiij
176 MERCUREDEFRANCE.
Mon pere! Ah, que ce jour répandroit d'allégresse
Si parmi tant d'écueils vos jours infortunés
N'offroient point votre perte à mes sens étonnés!
Quel soin peut vous conduire en ce lieu redoutable
Varon.
Quoi, ma fille, un cruel dans sa rage implacable
Ose y faire gémir sous un joug odieux
Le seul de mes enfans que m'ont laissé les Dieux!
Et tu crois que muet aux cris de la nature
Je me déguiserai ta honte & mon injure
Tu crois que sans fremir apprenant tes douleurs
Ma tendresse pourra se borner à des pleurs;
Joins- y le désespoit d'un pere déplorable
Obligé de traîner un sort si misérable.
Pourrois tu sans frémit concevoir le destin
D'un pere à chaque pas pressé d'un assassin:
Je sçais que le barbare ose avec insolence
Offrir à tes appas un culte qui t'offense;
Vange-toi, ma fureur n'exige de ton bras
Que de tendre le piège & d'y guidet ses pas.
Je frapperai, choisis le lieu du sacrifice,
Dis- moi l'heure qu'il faut que ma haine saisisse;
Je préviendrai tes voeux, tu n'as qu'à la régler.
Zoraide.
Mon pere!
MARS. 1752. 177
Varon.
Hé quoi! ton œur semble encor se trou-
bler;
Quel soupçon fais-tu naître, ô fille infortunée !
Zoraide.
Ah, que n'ai-je au berceau rempli ma destinée !
Je n'aurois pas du moins par de coupables vœux.
Varon.
Que dis-tu:
Zoraide.
Vous voyez mon désespoir affreun
Je me meurs, je ne puis en dire davantage.
Varen.
Ah! tu m'en dis assez, & je vois mon outrage.
Varon indigné ordonne à sa fille de surmonter
une passion qui fait horreus, il veut lui-même
percer le sein de Sostrate, il faut que l'un des deux
perisse dans le jour, il faut donc que Zoraide se
détermine, il faut qu'elle livre son Amant ou son
Pere.
Zoraide.
Mon Pere!
Varon.
Je te laisse & cours à mes amis
Annoncer le signal que je leur ai promis;
Le trépas de Sostrate est ce signal terrible;
HV
178 MERCUREDE FRANCE.
Ma prudence ne veut en ce palais horrible
En attirer qu'alors les flots tumultueux;
Adieu, fais avertir cet amant malheureux,
Et prens soin qu'à tes pieds la fureur qui m'anime
N'ait plus à mon retour qu'à frapper la victime.
Zoraide, au desespoir, ne sçait quel parti pren-
dre, ce desospoir augmente par l'arrivée imprévue
de Sostrate qui vient lui annoncer que tout est
prêt pour son départ, qu'envain ses sujets en mur-
murent & disent qu'olle doit servir d'otage pour
arrêter les attentats de Varon: il veut aux yeux
de ces mêmes sujets lui procurer un azile assuré.
Zoraide le conjure de différer ce départ; Sos-
trate qui n'est pour lors occupé quo de son amour
consent à tout ce qu'elle souhaite.
Zoraide, au commencement du troisiéme acte,
voudroit également éviter son Pere & son Amant;
mais Varon, dévoré par l'ambition, n'a pas de
tems à perdre, & dit à sa fille on l'abordant:
Zoraide, est-ce aiusi quo tu fers ma furcur?
Je croiois que fidele au transport qui m'anime,
Ta voix eût dans le piège attiré ma victime,
Ton devoir sufsisoit pour t'y déterminer.
Zoraide.
Mon pere, à quel emploi m'osez-vous destinet?
Dans un tendre respect élevé dès l'enfance
Mon coeur voudroit gardor un modeste filence;
Mais daignez voir vous même à quelle extrémite
Vous réduisez co coeus en secret rivolté;
MARS. 1752.
179
Vous voulez que ma main à vos ordres soumise
Serve un courroux aveugle & que rien n'autorise,
Sujette de ce Roi, dont il vent se vanger
De quel droit dans son sang irai je me plonger:
Mon Pere, au nom des Dieux, au nom d'une ten;
dresse
Qu'autanr que mon repos votre sort interesse,
Daignez suivre mes pas, abandonnez des lieux
Oà vous avez à craindre & la terre & les Cieux;
Venez dans un azile à vos jours moins funeste
Vons assurer du moius le seul bien qui vous resta
Venez y contempler votre sort de plus près,
Venez y comparer aux douceurs de la paix
L'éclat de ces grandeurs que foule la sagesse,
Et vous verrez alors, si leur trompeuse yvresse,
Si le fort de ces Rois avec faste honorés
Vaut le sort des mortels de leur maître ignorés.
Varon.
Va, tu n'es point mon sang, va, je te désavoue.
Il veut partir pour attaquer Sostrate à force ou-
verte, lorsque Palmire vient annoncer ce Prince.
Varon.
Qu'il perisse, je vais observer en ces lieua
L'instant où doit peris ce vainqueur odieus;
Prens soin de rensermer le uouble qui t'agite,
Le hazard me le livie, il saut que j'en prosite.
Hvj
MinadvO
180 MERCUREDEFRANCE.
A peine le Roi est-il entré, que Varon reparois
dans l'enfoncement du théatre, & dit à part:
Prositons d'un instant si propice à ma rage.
Zoraide appercevant son pere qui leve le
poignard.
O mon pere! arrêtez.
Sostrate.
Votre pere! grands Dieux!
Varon.
Qui, c'est lui que tu vois, c'est cet ambitieux,
C'est Varon, en un mot, qu'on livre à ta colere.
Sostrate.
Hola, Gardes !
Zoraide.
O Ciel! que prétendez vous faire:
Varon à sa fille.
Perfide, il te sied bien de marquer cet effroi,
Quand Varon n'est trahi, n'est livré que par toi-
Retiens, retiens des pleurs dont la feinte m'ou-
trage,
Ou plûtôt, malheureuse, acheve ton ouvrage,
Acheve, ose plonger dans ce sein paternel
Le poignard que mon bras levoit sur un cruel;
Ose verser ce sang contre qui tu conspires
Ce sang à qui tu dois le jour que tu respires.
Zoraide.
Je me meuis.
MARS. 1752. 184
Sostrate à Palmire.
Prositez du trouble de ses sena
Rentrez.
(s'adreslant à Varon.)
Et toi, Tiran dont lesvœux impuissans,
Dont l'aveugle fureur arme un bras téméraire,
Sors & va dans les fers attendre ton salaire.
Que ce monstre à l'instant par vous en soit chargé.
Soldats....
Varon.
Cruel, je veux ici que sous une autre chaine
Tu fremisse toi-même & redoute ma haine;
Pere de cet objet, qui paroit te troubler
Du fond de ma prison je te puis accabler;
Je prévois ton désordre, & loin que je te craigne,
Je veux qu'il soit la honte ou l'écueil de ton regne.
Sostrate.
Ah! connois mieux ce cœur que tu veux outrager,
L'amour moins que la gloire a droit de le guider.
Ce Prince ordonne à Pharès de faire arrêter Eu-
riban, dépositaire des secrets de Varon; il veut
avant que de se vanger, essaier par la crainte &
l'aspect des tourmens, de connoître les complices
de la conjuration.
Au quatrième acte Phares vient informer le Roi
qu'il a fait inutilement poursuivre Euriban, ce traî-
tre s'est échapé, mais Euricles un des principaux
conjurés vient d'être arrêté, tout le peuple a pris
l'allarme au seul nom de Varon, il faut hâter son
oog
182 MERCURE DEFRANCE.
supplice & calmer les inquiétudes de Syracuse.
sa mort est nécessaire & le peuple la presse,
Je sens qu'il est affreux de dicter un Arrêt,
Où l'amour malgré nous mêle un tendre intérêt;
Mais, Seigneur, il le faut.
Sostrate veut interroger Varon avant de le faire
périr: une voix que son cœeur ne peut démêler
semble lui annoncer un secret qu'il brule d'appren-
dre, il ordonne à Pharès de l'amener; Zoraide
vient demander avec un air également tendre &
humilié la grace de son pere, c'est moi, lui dit-
elle, qui ai sauvé vos jours, pourrois-je m'en re-
pentir? Qi'ordonnerez-vous de mon malheureus
pere?
Moins pour lui que pour moi ma frayeur vous im-
plore
Faut il à vos genoux me prosterner encore?
Sostrato.
Que faites vous, Madame? Ah, quel combat cruel
Venez-vous joindre encor à mon trouble mortel?
Je voudrois adoncir la perte que vous faites
Et frémis plus que vous de l'état où vous êtes.
Zoraide redouble ses instances, elle s'emporte
jusqu'à menacer la vie du Roi.
Sostrate.
J'y consens, & vous pouvez reprendre
Ces jours que vos frayeurs ont pris soin de de-
sendre,
Digitred veL00
183
MARS. 1752.
Ils sont à vous....
Varon qui arrive chargé de sers, rend la situa-
tion encore plus intéressante.
Zoraide.
Mon pere, qu'ai je fait? Dans quel abime horrible
L'ercès de mon allarme a-t. il pu vous plonger?
Ab, combien mes iemords ont soin de vous vanget?
Varon.
Va, connois mieux ce coeur qu'offenseni tes allar-
mes,
Et qui n'a que tes maun pour objet de ses larmes.
Si ton crime d'abord a pu me révolter,
Pardonne un mouvement que j'ai bien sçum domp-
ter;
Mou amour est encor plus sort que ma colere,
Et ton remords susfit pour désarmer ton pere.
Pharès survient avec précipitation, il a découvert
la retraite d'Euriban qui lui a revelé, à force des
tortures un secret important. Cleonice fille du der-
nier Roi n'est point morte, Varon trompé par un
heureur artifice a fait périr Zoraide sa sille au licu
de Cleonice, & cette Zoraide que le barbare ius-
truit de la tromperie qui lui a étè faite, veut faire
passer pour fa fille, n'est autre que Cleonice. Varon
sans s'étonner, dit en s'adrefsant au Roi:
J'esperois jusqu'au bout défier ta fureur,
D'un oeil fixe tantôt j'envisageois ma chûte;
Mais ô ciel! à quels coups ma constance est
n
butte!
184 MER CURE DEFRANCE.
Tu Pemportes, cruel, tu viens de rassembler
Tous les traits dont ta main me pouvoit accabler.
La tendresse du pere & de la fille éclatent en-
suite plus que jamais. Sostrate après avoir inuti-
lement tâché de désabuser Zoraide, ordonne qu'on
traine Varon au supplice.
Zoraide.
O ciel! que dites-vous:
Quoi, vous le livreriez aux traits de ce courroux!
Ah! s'il est vrai, cruel, que sa mort soit jurée,
Ne souffrez pas du moins que j'en sois séparée
Tranchez mes tristes jours puisqu'il est condamné.
(Elle se jette entre les bras de son pere.)
Me voilà dans les bras d'un pere infortuné,
Osez de vos fureurs remplit ce Sanctuaire
Et frapper d'un seul coup & la fille & le pere-
Sostrate.
Qu'on l'éloigne, Soldats, & que dans ce Palais
Loin du trouble avec elle, on le garde de près.
Le Roi se retire en même tems & proteste qu'il
va tout tenter pour arracher le secret de Varon.
Zoraïde commence le cinquième acte par un
monologue rempli de plaintes touchantes sur le
sort déplorable de son pere, dont elle vient d'être
séparée, on ne laisse pas cependant d'entrevoir
que malgré toute sa douleur elle ne seroit pas fa-
chée d'être Cléonice; mais comment s'en flatter
surtout lorsque Varon entraîné vers elle par ordre
du Roi, s'écrie:
MARS. 1752.
187
Les cruels à mes yeux te déroboient à peine
Que sans me préparer à leut rage inhumaine,
L'un d'entr'eux est venu m'annoncer ton trépas:
Sans doute en observant mon cruel embarras;
Le perside croioit surprendre la nature
Et voir si ma tendresse étoit une imposture;
Hélas! mon coeur déja te suivoit au tombeau,
Je croiois... mais ma fille, écartons ce tableau.
Les Dieux n'ont point encore assuré la vengeance
Du cruel dont tes yeux confondent la prudence,
Son heureuse lenteur favorise un parti
Qui malgré ses efforts n'est point anéanti.
Non, ma fille, j'ai sçu par un ami fidele
Que tandis que le Roi délibere & chancelle,
Resolu dans ces lieux de vaincre ou de périr,
L'intrepide Euricles nous y doit secourir.
Seche tes pleurs, l'instant n'est pas bien loin peuto
être,
Où la foudre à la main je vais parler en maître.
Sostrate revient tenter un nouvel effort en fai-
sant envisager à Varon la grace que Cleonice est
en droit de lui accorder; mais Varon n'en paroît
que plus inébranlable. Pharés éperdu vient appren-
dre qu'un teste de mutins a pris les armes pour sau-
ver oe perfide.
Euricles paroît sur le champ à leur tète, & dit à
Varon:
Seigneur, vous êtes libre, osez suivre mes pas.
NrasuO
1S6 MERCUREDE FRANCE.
Vaton alors se découvre tout entier, & dit in-
solemment à Sostrate:
Qui ctuel, c'est ici qu'au défaut du tonnerre
Je veux de ton fardeau débarasser la terre;
Ta lenteur à la fin t'a mis en mon pouvoir:
Meurs imprudent rival avec ce désespoir,
Et pour sentir encore une mort plus cruelle
Reconnois Cléonice, & péris avec elle.
Euricles.
Perfide, cet aveu vient de régler ton sort.
Soldats, c'en est assez, qu'on le mêne à la mort.
Varon.
Ciel, que vois- je : O noir cour! O trahison hor-
rible !
Leur foule m'environne, & de ce lieu tertible
M'arrache avec opprobre, au lieu de me jurer..
Sostrate.
Qui, reconnois le piege où j'ai sçu t'attirer,
Ce n'est point ce parti dont l'intrigue secrette
Te flatoit d'un triomphe ou bien d'une retraite.
Tu ne vois que tes bras voués à ma fureur,
Ta haine a d'autant moins reconnu son erreur,
Que ce même Euriclès soutenoit ton audace,
Et qu'il trompe ta rage assuré de sa grace.
Va trouver sous ces murs le trépas qui t'attend;
Qu'on éloigne ce monstre: allez, & qu'à
l'instant,
MARS. 1752. 187
Traîné sur l'échaffaut, le barbare y périsse.
Varon, en sortant.
Ah Dieux !
Sostrate à Zoraide.
Grace au secours d'un heureux artifice-
Nous avons de son cœur pénétré les replis;
Vous triomphez, Madame, & mes voeux sont
remplis.
Reprenez votre rang, vous me voyez descendre
D'un trône qu'à mon bras il suffit de défendre.
Cleonice.
Ah! Seigneur, pensez vous qu'après tant de bien-
fait
Ce trône sans Sostrate ait pour moi des attaits:
De ma reconnoissance il doit être le gage,
Heureuse qu'avec moi la vertu le partage.
L'Auteur a retiré sa Tragédie, après seize ré-
présentations brillantes, nombreuses & toutes
également applaudies; elle a principalement
réussi par des situations bien ménagées: celle du
troisiéme Acte, où Varon armé d'un poignard,
est prêt de l'enfoncer dans le sein de Sostrate,
n'est pas neuve, elle pouvoit même faire échover
la piéce, puisqu'elle paroissoit la terminer. En
effet, il n'étoit pas naturel de penser que Sostra-
te dans un moment aussi sensible pour lui, con-
noissant tous les attentats & tous les crimes de
Varon, pist le parti de différer son supplice. Le
O
188 MERCUREDE FRANCE.
Spectateur qui ne pouvoit alors deviner le secret
de l'Auteur, ou pour mieux dire, prévoir les
les ressources de son génie, a été agréablement
surpris au quatriéme Acte, qui est le plus beau
de la Piéce. Le faux pathétique de Varon, l'in-
certitude de Sostrate, & l'impétuosité de Zorai-
de, qui après avoir sauvé les jours de son
Amant, n'en est que plus ardente à défendre
ceux de son pere, forment un tableau frappant.
L'arrivée de Pharés qui annonce un nouvel être à
Zoraide, l'embaras de cette Ptincesse, la joie
du Roi, les réponses fermes & artificieuses de
Varon, augmentent encore le trouble & la cu-
riosité.
On ne conçoit pas aisément au cinquième
Acte, comment Varon dans le fonds de sa prison,
peut avoir des intelligences au dehors; & quel-
ques Critiques soutiennent que la double trahi-
son d'Euricles n'est pas assez développée; elle a
cependant décidé le succès par un dénouement
satisfaisant & inattendu.
Cette Piéce est toute d'invention, nous en
avons peu où il y ait autant d'art & de conduite.
On auroit souhaité y trouver plus d'action &
plus d'intérêt.
Euriban, qui devroit faire un rôle considéra-
ple, puisqu'il est l'ami de Varon & le chef des
Conjurés, n'est qu'un froid Confident; le carac-
tere de Varon est bien soutenu: on le compare
au Phocas de la fameuse Tragédie d'Héra-
clius; mais ce Varon, quel est-il ? Par quels ex-
ploits s'est-il signalé : Quels services a-t-il ren-
dus à la Patrie? Comment a-t-il pu devenir le
Tyran de Syracuse : on est fâché de le dire, on
n aperçoit en lui qu'an scéletat déterminé; il
faudroit au moins qu'il fût illustre.
MARS. 1752.
189
Le Personnage de Zoraide est beau, intéressant,
& celui de la Piéce qui est le plus en situation.
Mademoiselle Clairor l'a très bien rendu.
On n'a point été content du caractere de
Sostrate, il n'est ni véritable Amant, ni grand
Roi; il ne devoit respirer que la vengeance, il
sçait que toute sa Famille a été massacrée par
Varon, il s'est vu lui même sur le point d'être
assassiné par ce traître, pourquoi donc ne le
fait. il pas périr dès l'instant qu'il est en sa puis-
sance: Pharés qui n'est qu'un Personnage subal.
terne, pense plus noblement que lui. Eh com-
ment s'interesser pour un Prince qui n'a pas des
sentimens dignes du rang, où l'Auteur a jugé à
propos de le placer.
Le stile de la Tragédie est clair & naturel;
l'Auteur n'y a pas mis ce qu'on appelle beautés
de détail; tout y est à sa place, rien n'est étran-
ger au sujet. On auroit exigé, dans un Ecrivain
de profession plus de correction, d'élégance &
de nerf dans l'expression.
Cette piéce est imprimée, chez Duchesne, rue S.
Jacques.
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10
p. 62
VERS faits pour une Estampe du Médaillon de Mgr le Prince DE CONDÉ, envoyée chez plusieurs Dames.
Début :
SOIT qu'il combatte ou qu'il soupire, [...]
Mots clefs :
Médaillon, Estampe, Dames, Sort, Plaisir, Gloire, Amour
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texteReconnaissance textuelle : VERS faits pour une Estampe du Médaillon de Mgr le Prince DE CONDÉ, envoyée chez plusieurs Dames.
VERS faits pour une Eftampe du
Médaillon de Mgr le Prince DE
CONDÉ , envoyée chez plufieurs
Dames.
Soir qu'il combatte on qu'il ſoupire ,
Il eſt également heureux :
Le Sort s'empreffe à lui fourire ,
Le Plaifir à combler fes voeux.
1
Sa voix foumet les plus cruelles ,
La Gloire fuit fes étendarts :
Il est l'Amour auprès des Belles ,
Dans fon camp il eft le Dieu Mars.
Par l'Auteur des Versprécédens.
Médaillon de Mgr le Prince DE
CONDÉ , envoyée chez plufieurs
Dames.
Soir qu'il combatte on qu'il ſoupire ,
Il eſt également heureux :
Le Sort s'empreffe à lui fourire ,
Le Plaifir à combler fes voeux.
1
Sa voix foumet les plus cruelles ,
La Gloire fuit fes étendarts :
Il est l'Amour auprès des Belles ,
Dans fon camp il eft le Dieu Mars.
Par l'Auteur des Versprécédens.
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