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951
p. 213-214
AVIS AU PUBLIC.
Début :
Le Sieur Coué qui a été annoncé dans le Mercure du mois d'Avril 1761 & Janvier 1762 seul [...]
Mots clefs :
Cuirs de Chine, Lames, Canifs, Couteaux, Cuirs, Prix
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texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC.
AVIS AU PUBLIC.
pa
Le Sieur Coué qui a été annoncé dans le Mer-
-cure du mois d'Avril 1761 & Janvier 1762 , feul
Auteur des véritables Cuirs de la Chine fans
reils pour repaffer toutes lames tranchantes
comme rafoirs , Canifs , Couteaux , & c , avec
lefquels Cuirs les pierres deviennent inutiles ,
l'huile étant la nourriture defdits Cuirs fait
214 MERCURE DE FRANCE .
auffi des Cuirs qui empêchent les rafoirs de grof
fir. Les applaudiffemens quil a recus & qu'il recoit
tous les jours de ces compofitions , lai ont
fait redoubler fes foins & fes attentions pour
parvenir au dernier degré de perfection dans ce
genre , & il prie les perfonnes qui douteront
de fon annonce , de venir chez lui en faire les
expériences . Cette derniere compofition' n'eft que
de deux fortes d'huiles avec lefquelles les Cuirs
font apprêtés & qui font la nourriture defdits
Cuirs.
3
Le prix des deux Phioles eft de
Le prix des Cuirs pour les rafoirs ,
Et idem ,
Ceux pour dégroffir ,
Pour les Couteaux
Pour les Canifs ,
71
3 liv.
2 liv.
3
liv.
6 liv.
1liv to f.
Iliv.
Pour les perfonnes qui defireront s'abonner
à l'année , le Sieur Coué tiendra un regiftre de
leurs noms , qualités & demenres , & il fournira
tous les ans des Cairs neufs de toutes les qualités
annoncées , en lui remettant les vieux . Ceux
qui feront coupés ou caffés feront payés au prix.
courant. I prie les perfonnes qui lui écriront
d'affranchir les Lettres.
5.Il demeuré rue S. Germain l'Auxerrois , visà-
vis l'Arche Pepin , à Paris.
·
9714
N. B: Par l'épreuve que nombre de perfonnes
& nous-mêmes avons faite de ces ? Cuirs ,
nous ne pouvons en porter qu'un très-bon témoignage.
pa
Le Sieur Coué qui a été annoncé dans le Mer-
-cure du mois d'Avril 1761 & Janvier 1762 , feul
Auteur des véritables Cuirs de la Chine fans
reils pour repaffer toutes lames tranchantes
comme rafoirs , Canifs , Couteaux , & c , avec
lefquels Cuirs les pierres deviennent inutiles ,
l'huile étant la nourriture defdits Cuirs fait
214 MERCURE DE FRANCE .
auffi des Cuirs qui empêchent les rafoirs de grof
fir. Les applaudiffemens quil a recus & qu'il recoit
tous les jours de ces compofitions , lai ont
fait redoubler fes foins & fes attentions pour
parvenir au dernier degré de perfection dans ce
genre , & il prie les perfonnes qui douteront
de fon annonce , de venir chez lui en faire les
expériences . Cette derniere compofition' n'eft que
de deux fortes d'huiles avec lefquelles les Cuirs
font apprêtés & qui font la nourriture defdits
Cuirs.
3
Le prix des deux Phioles eft de
Le prix des Cuirs pour les rafoirs ,
Et idem ,
Ceux pour dégroffir ,
Pour les Couteaux
Pour les Canifs ,
71
3 liv.
2 liv.
3
liv.
6 liv.
1liv to f.
Iliv.
Pour les perfonnes qui defireront s'abonner
à l'année , le Sieur Coué tiendra un regiftre de
leurs noms , qualités & demenres , & il fournira
tous les ans des Cairs neufs de toutes les qualités
annoncées , en lui remettant les vieux . Ceux
qui feront coupés ou caffés feront payés au prix.
courant. I prie les perfonnes qui lui écriront
d'affranchir les Lettres.
5.Il demeuré rue S. Germain l'Auxerrois , visà-
vis l'Arche Pepin , à Paris.
·
9714
N. B: Par l'épreuve que nombre de perfonnes
& nous-mêmes avons faite de ces ? Cuirs ,
nous ne pouvons en porter qu'un très-bon témoignage.
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Résumé : AVIS AU PUBLIC.
Le Sieur Coué présente ses véritables cuirs de la Chine sans reils, conçus pour réparer les lames tranchantes telles que rasoirs, canifs et couteaux. Ces cuirs éliminent le besoin de pierres à aiguiser et incluent une huile pour les nourrir. Coué propose également des cuirs pour prévenir l'émoussement des rasoirs. Encouragé par les éloges, il invite les sceptiques à tester ses produits. Les prix varient : deux fioles coûtent 3 livres, les cuirs pour rasoirs 2 livres, pour dégrossir 3 livres, pour couteaux 6 livres, et pour canifs 1 livre 10 sols. Les abonnés annuels recevront des cuirs neufs en échange des anciens, tandis que les cuirs endommagés seront facturés au prix courant. Coué réside rue Saint-Germain l'Auxerrois, vis-à-vis l'Arche Pepin, à Paris. Plusieurs personnes, y compris les rédacteurs, attestent de l'efficacité des cuirs de Coué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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952
p. 210
AVIS.
Début :
Par Privilége du Roi, le Public est averti que le seul dépôt [...]
Mots clefs :
Privilège, Onguent, Production, Lieux
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VI S.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
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953
p. 210-211
MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres & Fayances, qui résistent au plus grand feu.
Début :
Roussel, Privilégié du Roi, Entrepreneur de cette Manufacture, y fabrique [...]
Mots clefs :
Manufacture royale, Fayance, Services de table, Batterie de cuisine, Cuivre, Argent, Motifs japonais, Fleurs, Émail, Vases
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texteReconnaissance textuelle : MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres & Fayances, qui résistent au plus grand feu.
MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres , &.
Fayances , qui refiftent au plus grandfeu.
ROUSSEL, Privilégié du Roi , Entrepreneur de
cette Manufacture , y fabrique une Fayance qui eft
à l'épreuve du feu , concernant généralement tous
les Services de Table , & Batterie de Cuiſine , enforte
que l'on trouve chez lui tout ce qui le fait en
Cuivre & en Argent le tout dans des formes nou
velles & de très bon goût.
Il fabrique aufi de la Fayance fine blanche ;:
peinte , japonnée , en Fleurs naturelles comme à
Strasbourg.
AOUST. 1763. 211
left le feul qui poffède le fecret d'un Enrail
imitant le Bronze , & même infiniment plus brillant
, duquel il fait des Figures & Groupes pour
les Defferts , ainfi que de plus grandes , & Vales
pour les Jardins , Pots- Pourris , & autres piéces
curieufes. Le tout à très -juſte prix.
Son Magafin eft ouvert rue de Bâfroid , Fauxbourg
S. Antoine , à Paris.
Fayances , qui refiftent au plus grandfeu.
ROUSSEL, Privilégié du Roi , Entrepreneur de
cette Manufacture , y fabrique une Fayance qui eft
à l'épreuve du feu , concernant généralement tous
les Services de Table , & Batterie de Cuiſine , enforte
que l'on trouve chez lui tout ce qui le fait en
Cuivre & en Argent le tout dans des formes nou
velles & de très bon goût.
Il fabrique aufi de la Fayance fine blanche ;:
peinte , japonnée , en Fleurs naturelles comme à
Strasbourg.
AOUST. 1763. 211
left le feul qui poffède le fecret d'un Enrail
imitant le Bronze , & même infiniment plus brillant
, duquel il fait des Figures & Groupes pour
les Defferts , ainfi que de plus grandes , & Vales
pour les Jardins , Pots- Pourris , & autres piéces
curieufes. Le tout à très -juſte prix.
Son Magafin eft ouvert rue de Bâfroid , Fauxbourg
S. Antoine , à Paris.
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Résumé : MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres & Fayances, qui résistent au plus grand feu.
La Manufacture Royale de nouvelles Terres, dirigée par Roussel, fabrique des faïences résistantes au feu pour divers usages. Elle produit également des articles en cuivre et en argent. Roussel détient le secret d'un émail imitant le bronze, utilisé pour des figures et des pièces de jardin. Les produits sont vendus à des prix justes au magasin situé rue de Bâfroid, Faubourg Saint-Antoine, à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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954
p. 62
ENIGME.
Début :
Un Astre des plus éclatans, [...]
Mots clefs :
Fer à cheval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME
13
J
I
UN Aftre des plus éclatans , 19. T
Non
pas toujours , mais en de certains temps ,
Repréſente affez ma figure ;
Je fuis de matière très- dure
Etl'on me fait avec grand bruit.
Je conferve ce que je couvre ;
Et mon utilité dont chacun eſt inftruit,
ત્
Par- tout me donne entrée , & même dans le
#
Louvre
13
J
I
UN Aftre des plus éclatans , 19. T
Non
pas toujours , mais en de certains temps ,
Repréſente affez ma figure ;
Je fuis de matière très- dure
Etl'on me fait avec grand bruit.
Je conferve ce que je couvre ;
Et mon utilité dont chacun eſt inftruit,
ત્
Par- tout me donne entrée , & même dans le
#
Louvre
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955
p. 82-87
LE CONSOLATEUR, pour servir de réponse à la Théorie de l'Impôt, & autres Ecrits sur l'Economie politique ; par M. de S. Suplix. A Bruxelles, & se trouve à Paris, chez Valleyre pere, rue S. Severin, vis-à-vis le Portail de l'Eglise, à l'Annonciation, 1763. un volume in-12 .
Début :
QUATORZE Chapitres composent ce Volume, qui est, comme on le voit [...]
Mots clefs :
Auteur, Théorie, Chapitres, Tabac, Agriculture, Économie politique, Théorie de l'impôt
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texteReconnaissance textuelle : LE CONSOLATEUR, pour servir de réponse à la Théorie de l'Impôt, & autres Ecrits sur l'Economie politique ; par M. de S. Suplix. A Bruxelles, & se trouve à Paris, chez Valleyre pere, rue S. Severin, vis-à-vis le Portail de l'Eglise, à l'Annonciation, 1763. un volume in-12 .
LE CONSOLATEUR , pour fervir de
réponse à la Théorie de l'Impôt , &
autres Ecrits fur l'Economie politique;
par M. de S. Suplix. A Bruxelles
, & fe trouve à Paris , chez Valleyre
pere , rue S. Severin , vis - à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
1763. un volume in -12 .
Q
JATORZE Chapitres compofent ce
Volume , qui eft , comme on le voit
SEPTEMBRE. 1763. 83
par le titre , une réfutation de plufieurs
Ouvrages qui ont paru dans les derniers
temps fur l'Economie politique ,
& en particulier du Livre fameux de la
Théorie de l'Impôt.
Les deux premiers Chapitres traitent
de l'Agriculture à laquelle, depuis quelques
années , le Public paroît donner
toute fon attention . L'Auteur ne veut
pas qu'on néglige cet Art ; mais il s'éléve
avec force contre les Ecrivains qui
prétendent qu'il n'eft point affez cultivé
en France ; & il fait voir que s'il eft trèsutile
, il n'eft certainement pas le feul
néceffaire.
La population fait la matière des deux
Chapitres fuivans. Un Auteur moderne
a prétendu que l'Agriculture eft la fource
de la population ; & comme il veut que
' Agriculture foit diminuée en France ,
en conféquence il diminue les habitans
du Royaume. Non-feulement on a prouvé
dans les deux premiers Chapitres que
Agriculture étoit toujours la même ,
mais on montre encore que cet Art ,
quoique le plus utile aux hommes , n'eft
cependant pas le plus favorable à la population
, à ne l'envifager que dans la
culture des grains.
Le cinquiéme chapitre préfente des
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
calculs fur les revenus de la Nation , dans
lefquels on combat encore fortement les
opinions de l'Auteur de la Théorie de
P'Impôt ; car c'eft à lui qu'on en veut
principalement dans cette nouvelle réfutation
; comme on peur le voir encore
par le Titre du Chapitre fuivant : Tableau
des revenus du territoire du Royaume ,
dans un état de profpérité: Parl'Auteur
de la Théorie de l'Impôt. Et remarques
fur ce Tableau. Ces remarques ont pour
objet de prouver que le Tableau en quef.
tion eft extraordinairement exagéré.
Les prohibitions & privilèges exclufifs
font traités dans deux Chapitres. On
juge bien que M. de Mirabeau s'étant éle--
ve fortement contre ces fortes de privi--
lèges , fon adverfaire en prendra la dé--
fenfe; mais ily met des reftrictions.
La forme des impôts , telle qu'elle eft
établie aujourd'hui en France , eft trèsancienne
. Les abus s'y font gliffés par
gradation, il eft néceffaire de les corriger;
mais pour le faire fans danger , dit notre
Auteur , il faut que ce foit peu -à - peu ;
rien de fi périlleux que les changemens.
fubits ; c'étoit le fentiment de M. Colbert.
l'Auteur de la Théorie de l'impôt veut aller
plus vite , & c'eft encore pour le réfuter
dans cette partie de fon Ouvrage,queSEPTEMBRE
. 1763 . 84
T'on employe ici un Chapitre entier , qui
fait le neuvième du Livre que nous annonçons
..
Le dixiéme eft intitulé : L'Auteur de
la Théorie de l'Impôt veut rendre le fel
& le tabac marchands : projet que l'on
a déja tenté inutilement. Ce Chapitre préfente
des faits curieux ; & l'on fera
peut être bien-aife de trouver ici les
progrès du tabac. Cette plante s'appelloit
originairement Petun , & fut apportée
en France fous le régne de
François Second , par Jean Nicot
Ambaffadeur en Portugal. Infenfiblement
fa vertu féduifit au point que
vers l'an 1629 il en entroit fi confidérablement
dans le Royaume , que cela
at ira l'attention du Gouvernement. On
mit une taxe de trente fals par livre dé
droit à fon entrée dans le Royaume ;
mais en même temps pour favorifer
l'établiffement des Colonies Françoifes ,
tous les tabacs qui en provenoient
étoient exempts de droits. Ce droit fut
enfuite diminué & fixé à vingt fols.
Enfin la vente exclufive en fut accordée
à un Fermier , en 1674 , avec les
droits. fur l'étain , pour la fomme de cinq
cens mille livres pendant les deux premières
années , & pour fix cens mille
86 MERCURE DE FRANCE.
livres pendant les quatre autres. Le prix
du tabac du Royaume fut fixé à vingt
fols en gros , & à vingt- cinq en détail.
Le prix du tabac étranger à quarante fols
en gros , & à cinquante en détail . En
1718 , la Compagnie d'Occident s'en
chargea fur le pied de quatre millions
deux cens mille livres par an ; à condition
de tirer de nos Colonies des tabacs
à fumer & à raper , & d'én favorifer la
culture. Le prix du tabac fut fixé à quarante
fols en gros , & à cinquante fols
en détail , & les qualités à proportion.
En 1719 le droit fur le tabac fut converti
en droits d'entrée , avec défenſe
d'en planter dans le Royaume. Enfin la
trifte révolution du fyftême mina cette
Compagnie , & replongea dans l'anéantiffement
le commerce du Tabac , & la
culture de la Colonie de la Louifiane .La
yente exclufive fut rétablie en faveur
de Duverdier , qui fut obligé de réfilier
fon bail en 1723 à la Compagnie des
Indes , moyennant quatre-vingt millions
qu'elle avança au Roi. Enfin le
privilége fut réuni en 1730 aux Fermes
qui en font restées en poffeffion depuis
ce temps.
Sans entrer dans aucun détail fur les autres
Chapitres qui traitent du droit d'auSEPTEMBRE.
1763. 87
baine, de la Finance, du reverſement & de
la circulation , il eft aifé de voir que
l'Auteur de ce nouvel Ouvrage fe propofe
partout de combattre les opinions
de M. de Mirabeau. Ce n'eft point à
nous à juger des raifons alléguées de
part & d'autre pour défendre leur fyftême.
Nous nous bornerons à dire que
le nouvel Auteur écrit avec méthode ,
clarté , intérêt & précision.
réponse à la Théorie de l'Impôt , &
autres Ecrits fur l'Economie politique;
par M. de S. Suplix. A Bruxelles
, & fe trouve à Paris , chez Valleyre
pere , rue S. Severin , vis - à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
1763. un volume in -12 .
Q
JATORZE Chapitres compofent ce
Volume , qui eft , comme on le voit
SEPTEMBRE. 1763. 83
par le titre , une réfutation de plufieurs
Ouvrages qui ont paru dans les derniers
temps fur l'Economie politique ,
& en particulier du Livre fameux de la
Théorie de l'Impôt.
Les deux premiers Chapitres traitent
de l'Agriculture à laquelle, depuis quelques
années , le Public paroît donner
toute fon attention . L'Auteur ne veut
pas qu'on néglige cet Art ; mais il s'éléve
avec force contre les Ecrivains qui
prétendent qu'il n'eft point affez cultivé
en France ; & il fait voir que s'il eft trèsutile
, il n'eft certainement pas le feul
néceffaire.
La population fait la matière des deux
Chapitres fuivans. Un Auteur moderne
a prétendu que l'Agriculture eft la fource
de la population ; & comme il veut que
' Agriculture foit diminuée en France ,
en conféquence il diminue les habitans
du Royaume. Non-feulement on a prouvé
dans les deux premiers Chapitres que
Agriculture étoit toujours la même ,
mais on montre encore que cet Art ,
quoique le plus utile aux hommes , n'eft
cependant pas le plus favorable à la population
, à ne l'envifager que dans la
culture des grains.
Le cinquiéme chapitre préfente des
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
calculs fur les revenus de la Nation , dans
lefquels on combat encore fortement les
opinions de l'Auteur de la Théorie de
P'Impôt ; car c'eft à lui qu'on en veut
principalement dans cette nouvelle réfutation
; comme on peur le voir encore
par le Titre du Chapitre fuivant : Tableau
des revenus du territoire du Royaume ,
dans un état de profpérité: Parl'Auteur
de la Théorie de l'Impôt. Et remarques
fur ce Tableau. Ces remarques ont pour
objet de prouver que le Tableau en quef.
tion eft extraordinairement exagéré.
Les prohibitions & privilèges exclufifs
font traités dans deux Chapitres. On
juge bien que M. de Mirabeau s'étant éle--
ve fortement contre ces fortes de privi--
lèges , fon adverfaire en prendra la dé--
fenfe; mais ily met des reftrictions.
La forme des impôts , telle qu'elle eft
établie aujourd'hui en France , eft trèsancienne
. Les abus s'y font gliffés par
gradation, il eft néceffaire de les corriger;
mais pour le faire fans danger , dit notre
Auteur , il faut que ce foit peu -à - peu ;
rien de fi périlleux que les changemens.
fubits ; c'étoit le fentiment de M. Colbert.
l'Auteur de la Théorie de l'impôt veut aller
plus vite , & c'eft encore pour le réfuter
dans cette partie de fon Ouvrage,queSEPTEMBRE
. 1763 . 84
T'on employe ici un Chapitre entier , qui
fait le neuvième du Livre que nous annonçons
..
Le dixiéme eft intitulé : L'Auteur de
la Théorie de l'Impôt veut rendre le fel
& le tabac marchands : projet que l'on
a déja tenté inutilement. Ce Chapitre préfente
des faits curieux ; & l'on fera
peut être bien-aife de trouver ici les
progrès du tabac. Cette plante s'appelloit
originairement Petun , & fut apportée
en France fous le régne de
François Second , par Jean Nicot
Ambaffadeur en Portugal. Infenfiblement
fa vertu féduifit au point que
vers l'an 1629 il en entroit fi confidérablement
dans le Royaume , que cela
at ira l'attention du Gouvernement. On
mit une taxe de trente fals par livre dé
droit à fon entrée dans le Royaume ;
mais en même temps pour favorifer
l'établiffement des Colonies Françoifes ,
tous les tabacs qui en provenoient
étoient exempts de droits. Ce droit fut
enfuite diminué & fixé à vingt fols.
Enfin la vente exclufive en fut accordée
à un Fermier , en 1674 , avec les
droits. fur l'étain , pour la fomme de cinq
cens mille livres pendant les deux premières
années , & pour fix cens mille
86 MERCURE DE FRANCE.
livres pendant les quatre autres. Le prix
du tabac du Royaume fut fixé à vingt
fols en gros , & à vingt- cinq en détail.
Le prix du tabac étranger à quarante fols
en gros , & à cinquante en détail . En
1718 , la Compagnie d'Occident s'en
chargea fur le pied de quatre millions
deux cens mille livres par an ; à condition
de tirer de nos Colonies des tabacs
à fumer & à raper , & d'én favorifer la
culture. Le prix du tabac fut fixé à quarante
fols en gros , & à cinquante fols
en détail , & les qualités à proportion.
En 1719 le droit fur le tabac fut converti
en droits d'entrée , avec défenſe
d'en planter dans le Royaume. Enfin la
trifte révolution du fyftême mina cette
Compagnie , & replongea dans l'anéantiffement
le commerce du Tabac , & la
culture de la Colonie de la Louifiane .La
yente exclufive fut rétablie en faveur
de Duverdier , qui fut obligé de réfilier
fon bail en 1723 à la Compagnie des
Indes , moyennant quatre-vingt millions
qu'elle avança au Roi. Enfin le
privilége fut réuni en 1730 aux Fermes
qui en font restées en poffeffion depuis
ce temps.
Sans entrer dans aucun détail fur les autres
Chapitres qui traitent du droit d'auSEPTEMBRE.
1763. 87
baine, de la Finance, du reverſement & de
la circulation , il eft aifé de voir que
l'Auteur de ce nouvel Ouvrage fe propofe
partout de combattre les opinions
de M. de Mirabeau. Ce n'eft point à
nous à juger des raifons alléguées de
part & d'autre pour défendre leur fyftême.
Nous nous bornerons à dire que
le nouvel Auteur écrit avec méthode ,
clarté , intérêt & précision.
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956
p. 113-122
SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.
Début :
EN étudiant la matière des poids & des mesures tant anciennes que modernes [...]
Mots clefs :
Père, Mémoire, Estime, Quantité, Ville, Érudition, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Eloge historique de M. LE PERE, lû dans l'Assemblée publique de l'Académie D'AUXERRE.
SUITE de l'Eloge hiftorique de M. LE
PERE , lû dans l'Affemblée publique
de l'Académie D'AUXERRE.
E N étudiant la matière des poids & des
mefures tant anciennes que modernes,
dans le Pere Merfenne , qui l'a traitée
avec la plus profonde érudition , M. le
Pere a reconnu que l'évaluation de la
livre romaine étoit portée trop haut ,
par une légére méprife , telle qu'il en
échappe aux hommes les plus habiles.
Et reprenant tous les calculs il détermine
le poids de l'amphore , de l'urne ;
du boiffeau romain , & toujours audeffous
de celui que le Pere Merfenne
leur attribue. Il a fallu bien de la faga#
14 MERCURE DE FRANCE .
cité & de l'attention pour reconnoître
l'erreur , & bien du travail pour la réparer.
M. le Pere a fait un Mémoire fur les
moyens de garantir les appartemens
de la fumée , qui eft fi fouvent incommode
. Ce Mémoire eft rempli de la
plus fçavante théorie , de forte qu'en
le lifant on fe croit affuré des avantages
qu'il annonce. Mais comme ici la Géo
métrie eft affujettie dans l'exécution à
quantité de caufes phyfiques , on n'ofe
encore efpérer de détourner leurs influences
nuifibles dans quantité de pofitions.
Il eft plus aifé de mettre en ufage ce
qu'il a écrit fur l'arpentage , fur la manière
de jauger les cuves , qu'il eft ordinaire
de payer à l'ouvrier à raiſon de
la quantité de muids qu'elles contiennent
, & fur les moyens de rendre les
puits les plus profonds , tels qu'ils font
dans la partie la plus confidérable de
cette ville , d'un ufage plus facile &
plus prompt , par le fervice d'une nouvelle
machine , de fon invention , dont
il décrit la forme , calcule la puiffance ,
& démontre les avantages.
L'efprit de calcul & de Géométrie
s'applique à tout , perfectionne tout ; M
SEPTEMBRE. 1763. 115
Le Pere le porta dans la Mufique; & peutêtre,
le talent & les difpofitions naturelles
qu'il avoit pour cet Art contribuérentelles
moins au progrès qu'il y fit , que
l'amour du calcul & des proportions qui
en font le fondement. Il y joignit encore
une profonde érudition, qui a paru
dans un Mémoire qu'il nous a fourni
plein de recherches favantes fur la Mufique
des Anciens.
Dans la théorie , la Mufique eft une
fcience profonde & difficile , & fans
cette étude tout ce qu'elle a d'agréable
dans l'exercice auroit eu peu d'attraits
pour M. le Pere. Certainement il n'y a
rien de divertiffant dans les longs calculs
où il s'eft plongé pour évaluer les
dimenfions des cloches , & leurs poids ,
& les fons qu'elles doivent rendre en
conféquence & ramener à la Géométrie
exacte tout le méchanifme que les
Fondeurs employent fans remonter aux
principes & aux régles qui font le fondement
de leur Art.
Un troifiéme Mémoire , où M. le
Pere traite deux queftions de pleinchant
d'un ufage journalier ayant été
lu dans la derniere Affemblée publique,
je n'en dirai rien davantage ; & ne
m'étendrai point fur d'autres ouvrages,
116 MERCURE DE FRANCE.
infiniment intéreffans qui ont été lus ,
les années précédentes , & qui ont parų
remporter une eftime générale .
Tel eft un premier Mémoire fur l'éva
luation des monnoyes anciennes , & la
néceffité d'en connoître les variations
pour les réduire , avec quelque exactitude
, à nos monnoyes courantes,
Un fecond Mémoire qui contient
l'évaluation en monnoie de notre temps,
du prix que couta au Roi Charles V.
l'achat de la Ville du Comté d'Auxerre.
Enfin une differtation fur le nombre
d'habitans qu'Auxerre enfermoit autrefois
comparé à la population préſente
de la Ville , matières appartenantes à
l'hiftoire de fon pays , & dont l'érudition
par conféquent l'affecte & nous
l'intéreffe plus particuliérement.
Je ne ferai qu'indiquer d'autres ouvrages
moins étendus que M. le Pere
a faits , s'appliquant , fuivant l'occafion
, aux différens objets qui venoient
flatter fa curiofité de quelque apparence
d'utilité publique.
Une differtation fur les Chenilles
plieufes de feuilles qui abondérent dans
nos vignes en l'année 1743.
Un Mémoire fur les Eaux de Pougues
& leurs environs qu'il vifita en homme
SEPTEMBRE . 1763. 117
qui met tout à profit , tandis qu'il fu
biffoit en 1754 , des remédes ordonnés.
en vain pour rétablir une fanté qui
commençoit a déperir .
La defcription d'une Chauffée Antique
, qui va de la montagne de Chatenai
,ou d'Ouaine à Entrains , pardeffus
la montagne des Alouettes.
Une defcription phyfique de la Fontaine
de Tonnere , nommée la Foffe
d'Yonne.
Une obfervation fur le Feu qui fe
concentre au coeur d'une maffe d'eau
congelée .. !
Un Mémoire fur la quantité de livres
de pain que doit rendre le Bichet de
Froment , & fur le Tarif à faire en
conféquence , pour le prix du pain.
La defcription de plufieurs Tombeaux
trouvés à S. Amatre .
Une differtation fur l'infcription de
la Tombe de Robins de Beaumont
trouvée dans les ruines de S. Marien.
Cleft ainfi que M. le Pere joignoit la
phyfique & la recherche des Antiquités
aux travaux de l'Algébre & de l'Aftronomie.
Confidérons-le encore faifant valoir
les talens des autres, par la manière dont
il fçait en rendre compte. Vous l'avez
118 MERCURE DE FRANCE.
entendu Meffieurs , pendant quatre an
nées , s'exprimer avec facilité fur toutes
les matières . La Médécine & l'Anatomie
, qu'il ne connoiffoit que par
l'expérience de fes longues infirmités ,
& la Chymie , & la Botanique fembloient
avoir été pour lui l'objet d'une
étude particulière :le zéle & l'application
fuppléoient , en ceci , à la profondeur
des connoiffances .
Toutes les autres parties dont s'occus
pe la Société , lui étoient familières , &
il y en a qui ne l'étoient qu'à lui feul .
Dans l'expofition qu'il en faifoit , fon
Style étoit fimple & précis , tel qu'il
convient en ces matières , il fçavoit auffi
l'élever & l'embellir dans les ſujets qui
permettoient plus d'effor. Les éloges
qu'il a prononcés en ce même lieu font
aifément connoître qu'en s'attachant à
cultiver les hautes fciences, il ne s'étoit
pas févré des ornemens de la plus belle
Littérature..
Son jugement étoit für , & d'un efprit
accoutumé a faifir le vrai ; une généreufe
liberté animoit fes critiques ,
le Génie en faifoit l'affaifonnement :.
mais la modération & l'urbanité qui
conviennent au commerce des lettres
en étoient la régle & la mefure .
7
SEPTEMBRE . 1763. 119
Ses moeurs étoient fimples , fon com
merce facile , fes affections fincéres. I
étoit de grande ftature , de maintien
grave, fi ordinaire à un Géométre; & par
même convenance , d'humeur philofo
phique c'est - à - dire qu'il confidéroit
les événemens de la vie & les jeux de
la fortune , avec plus d'indifférence que
ne fait le commun des hommes.
.
Ses ouvrages & le mérite qu'ils an
noncent lui avoient acquis au dehors
l'éftime de plufieurs grands hommes,
Des Sçavans diftingués qui connoiffoient
tout ce que valoit M. le Pere , avoient
donné de lui l'idée la plus avantageufe
à notre illuftre Préfident. Et pour dire
enfin ce qui fera la plus belle partie de
fon éloge , fes derniers efforts & fes
derniers accens , ont été des expreffions
publiques de fa vive reconnoiffance
pour l'augufte Prélat dont il avoit
reçu des témoignages confidérables
d'eftime & d'affection . Ses fentimens
à cet égard étoient encore animés par le
grand & vif attachement qu'il a tous
jours eu pour notre fociété. Jamais vous
noublierez , Meffieurs , la part qu'il a
eue à fon établiffement ; la haute idée
qu'il en avoit conçue , combien il s'in
téreffoit à fes progrés & à fa gloire &
1
120 MERCURE DE FRANCE.
avec quelle ardeur il y travailloit ;
croyant faire office de bon citoyen ,
s'il contribuoit à fon accroiffement .
Difons quelque chofe de plus : tout
ce que les autres hommes ont de peine
à fe détacher des objets de leur ambition
, ou de leur cupidité , M. le Pere
l'éprouvoit à fe féparer de cette fociété
dans laquelle il trouvoit les compagnons
de la feule fortune qu'il eût vou
lu courir en ce monde.
Il auroit fouhaité de vivre encore ,
ce font fes expreffions , pour jouir des
beaux jours qui fembloient devoir bientot
luire fur elle ; déja nous en voyons
l'aurore paroître , nous difoit-il dans le
dernier ouvrage que vous avez entendu
de lui . Un Prélat l'amour de fon Peuple
, l'ami des Sciences & des Arts ,
& qui eft continuellement occupé du
bien public , en fait éclore les premiers
rayons : il nous aime , il nous protége
il veut lui-même diriger & animer nos
études ; notre existence lui eft précieufe;
il la veut affurer.
La néceffité de la mort venant dans
ces circonftances défarmoit le caractêre
philofophique de M. le Pere : & ce qui
fait aujourd'hui l'objet de nos plus belles
efpérances étoit pour notre illuftre Con
frère
SEPTEMBRE. 1763. 121
>
la ma-
, frère en ces triftes momens
tière du plus grand facrifice . Heureux
de n'avoir a furmonter que des attachemens
honnêtes & légitimes ! tout ce
qu'il pouvoit y avoir eu de flateuſe illufion
; contentement de l'efprit dans fes
nobles occupations , eftime généralement
acquife , relations, amitiés précieufes
, qui en étoient le fruit , tout a cédé
aux grandes vues de la religion qui exerçoit
fes droits avec la préférence qu'elle
a néceffairement fur tous les objets de
l'eftime & de l'affection des hommes .
Purifié par une maladie qui détruifant
le corps infenfiblement n'altera jamais
la liberté de l'efprit , & la tranquillité
de l'âme , confolé par les efpérances
faintes , dont il reçut les gages précieux
avec une piété édifiante , M. le Pere
expira le neuf Décembre de l'année
derniere agé de quarante -trois ans.
La Société Littéraire Militaire de
Befançon lui avoit donné place au nombre
de fes Affociés ordinaires en 1760 ;
fon mérite fe repandoit au dehors avec
un éclat toujours croiffant : & fi fes
travaux n'avoient point été traversés par
les longues fouffrances qui ont confumé
fes dernieres années , & qu'il lui eût
été donné de pouffer plus loin fa car-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rière , nous ne craignons point de dire
que notre Société & cette Ville même
euffent été honorés de la grande réputation
à laquelle fe fût élevé le nom de
M. le Pere , dans le monde Sçavant.
PERE , lû dans l'Affemblée publique
de l'Académie D'AUXERRE.
E N étudiant la matière des poids & des
mefures tant anciennes que modernes,
dans le Pere Merfenne , qui l'a traitée
avec la plus profonde érudition , M. le
Pere a reconnu que l'évaluation de la
livre romaine étoit portée trop haut ,
par une légére méprife , telle qu'il en
échappe aux hommes les plus habiles.
Et reprenant tous les calculs il détermine
le poids de l'amphore , de l'urne ;
du boiffeau romain , & toujours audeffous
de celui que le Pere Merfenne
leur attribue. Il a fallu bien de la faga#
14 MERCURE DE FRANCE .
cité & de l'attention pour reconnoître
l'erreur , & bien du travail pour la réparer.
M. le Pere a fait un Mémoire fur les
moyens de garantir les appartemens
de la fumée , qui eft fi fouvent incommode
. Ce Mémoire eft rempli de la
plus fçavante théorie , de forte qu'en
le lifant on fe croit affuré des avantages
qu'il annonce. Mais comme ici la Géo
métrie eft affujettie dans l'exécution à
quantité de caufes phyfiques , on n'ofe
encore efpérer de détourner leurs influences
nuifibles dans quantité de pofitions.
Il eft plus aifé de mettre en ufage ce
qu'il a écrit fur l'arpentage , fur la manière
de jauger les cuves , qu'il eft ordinaire
de payer à l'ouvrier à raiſon de
la quantité de muids qu'elles contiennent
, & fur les moyens de rendre les
puits les plus profonds , tels qu'ils font
dans la partie la plus confidérable de
cette ville , d'un ufage plus facile &
plus prompt , par le fervice d'une nouvelle
machine , de fon invention , dont
il décrit la forme , calcule la puiffance ,
& démontre les avantages.
L'efprit de calcul & de Géométrie
s'applique à tout , perfectionne tout ; M
SEPTEMBRE. 1763. 115
Le Pere le porta dans la Mufique; & peutêtre,
le talent & les difpofitions naturelles
qu'il avoit pour cet Art contribuérentelles
moins au progrès qu'il y fit , que
l'amour du calcul & des proportions qui
en font le fondement. Il y joignit encore
une profonde érudition, qui a paru
dans un Mémoire qu'il nous a fourni
plein de recherches favantes fur la Mufique
des Anciens.
Dans la théorie , la Mufique eft une
fcience profonde & difficile , & fans
cette étude tout ce qu'elle a d'agréable
dans l'exercice auroit eu peu d'attraits
pour M. le Pere. Certainement il n'y a
rien de divertiffant dans les longs calculs
où il s'eft plongé pour évaluer les
dimenfions des cloches , & leurs poids ,
& les fons qu'elles doivent rendre en
conféquence & ramener à la Géométrie
exacte tout le méchanifme que les
Fondeurs employent fans remonter aux
principes & aux régles qui font le fondement
de leur Art.
Un troifiéme Mémoire , où M. le
Pere traite deux queftions de pleinchant
d'un ufage journalier ayant été
lu dans la derniere Affemblée publique,
je n'en dirai rien davantage ; & ne
m'étendrai point fur d'autres ouvrages,
116 MERCURE DE FRANCE.
infiniment intéreffans qui ont été lus ,
les années précédentes , & qui ont parų
remporter une eftime générale .
Tel eft un premier Mémoire fur l'éva
luation des monnoyes anciennes , & la
néceffité d'en connoître les variations
pour les réduire , avec quelque exactitude
, à nos monnoyes courantes,
Un fecond Mémoire qui contient
l'évaluation en monnoie de notre temps,
du prix que couta au Roi Charles V.
l'achat de la Ville du Comté d'Auxerre.
Enfin une differtation fur le nombre
d'habitans qu'Auxerre enfermoit autrefois
comparé à la population préſente
de la Ville , matières appartenantes à
l'hiftoire de fon pays , & dont l'érudition
par conféquent l'affecte & nous
l'intéreffe plus particuliérement.
Je ne ferai qu'indiquer d'autres ouvrages
moins étendus que M. le Pere
a faits , s'appliquant , fuivant l'occafion
, aux différens objets qui venoient
flatter fa curiofité de quelque apparence
d'utilité publique.
Une differtation fur les Chenilles
plieufes de feuilles qui abondérent dans
nos vignes en l'année 1743.
Un Mémoire fur les Eaux de Pougues
& leurs environs qu'il vifita en homme
SEPTEMBRE . 1763. 117
qui met tout à profit , tandis qu'il fu
biffoit en 1754 , des remédes ordonnés.
en vain pour rétablir une fanté qui
commençoit a déperir .
La defcription d'une Chauffée Antique
, qui va de la montagne de Chatenai
,ou d'Ouaine à Entrains , pardeffus
la montagne des Alouettes.
Une defcription phyfique de la Fontaine
de Tonnere , nommée la Foffe
d'Yonne.
Une obfervation fur le Feu qui fe
concentre au coeur d'une maffe d'eau
congelée .. !
Un Mémoire fur la quantité de livres
de pain que doit rendre le Bichet de
Froment , & fur le Tarif à faire en
conféquence , pour le prix du pain.
La defcription de plufieurs Tombeaux
trouvés à S. Amatre .
Une differtation fur l'infcription de
la Tombe de Robins de Beaumont
trouvée dans les ruines de S. Marien.
Cleft ainfi que M. le Pere joignoit la
phyfique & la recherche des Antiquités
aux travaux de l'Algébre & de l'Aftronomie.
Confidérons-le encore faifant valoir
les talens des autres, par la manière dont
il fçait en rendre compte. Vous l'avez
118 MERCURE DE FRANCE.
entendu Meffieurs , pendant quatre an
nées , s'exprimer avec facilité fur toutes
les matières . La Médécine & l'Anatomie
, qu'il ne connoiffoit que par
l'expérience de fes longues infirmités ,
& la Chymie , & la Botanique fembloient
avoir été pour lui l'objet d'une
étude particulière :le zéle & l'application
fuppléoient , en ceci , à la profondeur
des connoiffances .
Toutes les autres parties dont s'occus
pe la Société , lui étoient familières , &
il y en a qui ne l'étoient qu'à lui feul .
Dans l'expofition qu'il en faifoit , fon
Style étoit fimple & précis , tel qu'il
convient en ces matières , il fçavoit auffi
l'élever & l'embellir dans les ſujets qui
permettoient plus d'effor. Les éloges
qu'il a prononcés en ce même lieu font
aifément connoître qu'en s'attachant à
cultiver les hautes fciences, il ne s'étoit
pas févré des ornemens de la plus belle
Littérature..
Son jugement étoit für , & d'un efprit
accoutumé a faifir le vrai ; une généreufe
liberté animoit fes critiques ,
le Génie en faifoit l'affaifonnement :.
mais la modération & l'urbanité qui
conviennent au commerce des lettres
en étoient la régle & la mefure .
7
SEPTEMBRE . 1763. 119
Ses moeurs étoient fimples , fon com
merce facile , fes affections fincéres. I
étoit de grande ftature , de maintien
grave, fi ordinaire à un Géométre; & par
même convenance , d'humeur philofo
phique c'est - à - dire qu'il confidéroit
les événemens de la vie & les jeux de
la fortune , avec plus d'indifférence que
ne fait le commun des hommes.
.
Ses ouvrages & le mérite qu'ils an
noncent lui avoient acquis au dehors
l'éftime de plufieurs grands hommes,
Des Sçavans diftingués qui connoiffoient
tout ce que valoit M. le Pere , avoient
donné de lui l'idée la plus avantageufe
à notre illuftre Préfident. Et pour dire
enfin ce qui fera la plus belle partie de
fon éloge , fes derniers efforts & fes
derniers accens , ont été des expreffions
publiques de fa vive reconnoiffance
pour l'augufte Prélat dont il avoit
reçu des témoignages confidérables
d'eftime & d'affection . Ses fentimens
à cet égard étoient encore animés par le
grand & vif attachement qu'il a tous
jours eu pour notre fociété. Jamais vous
noublierez , Meffieurs , la part qu'il a
eue à fon établiffement ; la haute idée
qu'il en avoit conçue , combien il s'in
téreffoit à fes progrés & à fa gloire &
1
120 MERCURE DE FRANCE.
avec quelle ardeur il y travailloit ;
croyant faire office de bon citoyen ,
s'il contribuoit à fon accroiffement .
Difons quelque chofe de plus : tout
ce que les autres hommes ont de peine
à fe détacher des objets de leur ambition
, ou de leur cupidité , M. le Pere
l'éprouvoit à fe féparer de cette fociété
dans laquelle il trouvoit les compagnons
de la feule fortune qu'il eût vou
lu courir en ce monde.
Il auroit fouhaité de vivre encore ,
ce font fes expreffions , pour jouir des
beaux jours qui fembloient devoir bientot
luire fur elle ; déja nous en voyons
l'aurore paroître , nous difoit-il dans le
dernier ouvrage que vous avez entendu
de lui . Un Prélat l'amour de fon Peuple
, l'ami des Sciences & des Arts ,
& qui eft continuellement occupé du
bien public , en fait éclore les premiers
rayons : il nous aime , il nous protége
il veut lui-même diriger & animer nos
études ; notre existence lui eft précieufe;
il la veut affurer.
La néceffité de la mort venant dans
ces circonftances défarmoit le caractêre
philofophique de M. le Pere : & ce qui
fait aujourd'hui l'objet de nos plus belles
efpérances étoit pour notre illuftre Con
frère
SEPTEMBRE. 1763. 121
>
la ma-
, frère en ces triftes momens
tière du plus grand facrifice . Heureux
de n'avoir a furmonter que des attachemens
honnêtes & légitimes ! tout ce
qu'il pouvoit y avoir eu de flateuſe illufion
; contentement de l'efprit dans fes
nobles occupations , eftime généralement
acquife , relations, amitiés précieufes
, qui en étoient le fruit , tout a cédé
aux grandes vues de la religion qui exerçoit
fes droits avec la préférence qu'elle
a néceffairement fur tous les objets de
l'eftime & de l'affection des hommes .
Purifié par une maladie qui détruifant
le corps infenfiblement n'altera jamais
la liberté de l'efprit , & la tranquillité
de l'âme , confolé par les efpérances
faintes , dont il reçut les gages précieux
avec une piété édifiante , M. le Pere
expira le neuf Décembre de l'année
derniere agé de quarante -trois ans.
La Société Littéraire Militaire de
Befançon lui avoit donné place au nombre
de fes Affociés ordinaires en 1760 ;
fon mérite fe repandoit au dehors avec
un éclat toujours croiffant : & fi fes
travaux n'avoient point été traversés par
les longues fouffrances qui ont confumé
fes dernieres années , & qu'il lui eût
été donné de pouffer plus loin fa car-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rière , nous ne craignons point de dire
que notre Société & cette Ville même
euffent été honorés de la grande réputation
à laquelle fe fût élevé le nom de
M. le Pere , dans le monde Sçavant.
Fermer
957
p. 138-150
LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Début :
ON ne pouvoit répondre, Monsieur, avec plus de clarté & de précision que [...]
Mots clefs :
Éruption, Claveau , Maladie, Fièvre exanthémateuse, Symptômes, Moutons, Animaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
LETTRE en Réponse , de M. BOURGELAT
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
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958
p. 159-166
AVIS de la Société des CONCILIATEURS, sur le Mémoire de M. de PARCIEUX, pour conduire l'Eau de l'YVETTE à Paris.
Début :
APRÉS la lecture d'une Description de la Place de LOUIS XV, insérée [...]
Mots clefs :
Eaux , Rivière, Goût, Faveur, Mémoire, Seine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS de la Société des CONCILIATEURS, sur le Mémoire de M. de PARCIEUX, pour conduire l'Eau de l'YVETTE à Paris.
AVIS de la Société des CONCILIATEURS
, fur le Mémoire de M. de
PARCIEUX , pour conduire l'Eau
de l'YVETTE à Paris.
APRÉS la lecture d'une Deſcription
"
de la Place de LOUIS XV , inférée
dans le précédent Mercure on s'eft
demandé d'où l'on pourroit tirer l'eau
néceffaire aux deux Fontaines qui doi-,
vent entrer dans la décoration de cette
Place ?
Les différens moyens qui ont été difcu
tés pour remplir cet objet , n'ayant préfenté
que des difficultés & des dépenfes
confidérables ; un de nos Affociés , qui
a des connoiffances fur l'Hydrauilque ,
avança que l'exécution du Projet conté
nu dans le Mémoire de M. de Parcieux
en procurant à la Ville de Paris mille
douze cens pouces d'eau , qui pourroient
160 MERCURE DE FRANCE.
être diftribués dans tous les quartiers ,
rempliroit facilement les vues de magnificence
& d'agrément que l'on s'eft
propofées pour la Place de Louis XV
en y projettant la conftruction de ces
deux Fontaines..
On applaudiffoit unanimement à cette
idée , lorfqu'un d'entre nous , que
la
fortune a mis en état de fatisfaire fon inclination
bienfaifante & patriotique ,
repréfenta qu'il auroit déja fait des offres
de contribution pour fa part dans une
entrepriſe auffi importante au bien public
, fi quelques perfonnes ne l'avoient
affuré avoir goûté l'eau de l'Yvette
puifée dans les endroits où cette petite
rivière eft le plus limpide , & lui avoir
toujours trouvé un goût de vâfe & de
marais , qui en rendoit la boiffon un peu
défagréable.
On voit bien , repliqua celui qui avoit
parlé du projet de M. de Parcieux , que
ceux qui ont fait ce rapport ne connoif
fent guères que l'eau qu'on boit à Pa
ris , fans avoir même fait attention comment
elle contracte ce même goût de
vâfe quand la Seine eft fort baffe &
comment elle le perd. Il n'y a pas
ajouta- t- il , une feule des petites rivières
ou des ruiffeaux qui forment la Sei
>
SEPTEMBRE. 1763. 161
ne , fi ce n'eft peut-être dans les Pays
de hautes montagnes , qui n'ait ce mê
me goût de vâfe , & il eft prèfqu'impoffible
que cela foit autrement. Les lits des
petites rivières font pleins d'obftacles à
leur courant , lors même que les eaux
font les plus fortes. Ces obftacles font
les chauffées des étangs , les retenues des
réfervoirs , vanages & biez de moulins ;
des racines & branches d'arbres coupés
ou renversés ; des touffes de rofeaux, de
joncs & autres herbes aquatiques qui
croiffent abondamment. Pendant le
printemps & l'été les eaux de ces riviè
res arrofent les Prés , y féjournent ou
du moins y coulent fort lentement ,
d'où il arrive qu'elles contractent le
goût des herbages qu'elles lavent , &
entraînent avec elles le limon qui s'y eft
formé pendant l'hyver par les herbes
pourries & les feuilles tombées . A la
fin de Septembre & en Octobre on fait
rouir les chanvres & le lin , dans les
ruiffeaux ou da ns des trous voifins, d'où
l'eau paffe avec une partie de ce qu'elle
enlévé de ces chanvres dans ces ruiffeaux
, & de là dans les petites rivières ,
où il fe fait dépôt de ces matières ;
qui contribue encore au mauvais goût
de ces eaux . On ne peut donc , conti162
MERCURE DE FRANCE.
nua le défenfeur des eaux de l'Yvette
faire aucun reproche à cette rivière, qui
ne foit applicable à toutes celles de la
même claffe , & qu'elles mériteront par
des caufes prèfque néceffaires. Mais
pour avoir prouvé l'efpéce de néceffité
d'une mauvaife faveur aux eaux de l'Yvette
, ce ne feroit pas avoir prouvé
qu'on dût en trouver l'ufage moins dé
fagréable. Rien ne feroit fi raifonnable
que cette objection , repliqua notre Af
focié , fi ce mauvais goût étoit effentiellement
inhérent à cette eau , & s'il
n'y avoit pas des moyens certains pour
le lui faire perdre avant qu'elle fût arrivée
dans la Ville .
N'admettez- vous pas comme conftant
que l'eau de la Seine , avant que d'être
chargée des immondices de Paris , eft la
plus pure, en même temps la plus falubre
dont on puiffe boire ? Si l'on a bien lû
l'examen chymique de MM. Hellot &
Maquer, imprimé à la fin du Mémoire
de M. de Parcieux , on a dû fè convaincre
par tous les réfultats des épreuves de
ces deux fçavans Académiciens fur
l'eau de l'Yvette , qu'elle eft dans une
exacte parité à l'eau de la Seine quant
aux qualités effentielles. Ce qui donne
encore plus de poids à cette affertion , eft
SEPTEMBRE. 1763. -163
lefoin fcrupuleux avec lequel on apperçoit
qu'a été fait cet examen . Or fi les
qualités conftitutives des eaux de l'Yvette
font les mêmes que celles des eaux
de la Seine , ou entiérement homogénes
, il ne s'agit donc , pour rendre les
premieres auffi agréables & auffifalubres ,
que de les dé pouiller de la faveur accidentelle
qu'ellesauront contractée. Il faut
pour cela obferver par quels moyens
toutes les petites rivières qui forment la
Seine & qui ont la même faveur marécageufe
que l'on reproche à l'Yvette ,
la perdent dans le lit de cette grande
rivière . On ne peut douter que ce ne
foit en coulant alors plus librement &
dans un lit plus propre que leur canal
originaire ; & que par le mouvement de
la furface au fond & du fond à la furface
, les parties étrangères qui donnoient
cette faveur à l'eau font diffipées
ou par l'évaporation ou par la difperfion.
Et comme ce nouveau lit eft
garanti des dépôts limoneux , entraînés
par la force du courant , ces eaux le
font auffi du goût marécageux qu'elles
ne devoient qu'à ces dépôts. Si l'Art
peut facilement procurer le même
moyen d'épurement à l'Yvette , que la
Nature fournit à toutes les petites ri164
MERCURE DE FRANCE.
vières qui fe jettent dans les grandes , on
ne pourra plus douter raifonnablement
que fes eaux ne deviennent d'un auffi .
bon ufage que celles de la Seine ..
Pour s'affurer de ce changement avan-.
tageux dans les eaux de l'Yvette , il faut
obferver que par des expériences réïtérées
, & que chacun eft en état de faire
par foi- même , on eft certain que cette
eau expofée à l'air dans des vâfes propres,
perd fon goût marécageux en moins.
de quatre ou cinq jours ; que l'on opérera
encore plutôt cet effet en la battant
dans des bouteilles , avec l'attention
de donner de temps en temps paffage
à l'air extérieur en levant le doigt qui
les couvrira. Il en résulte donc néceffairement
, que le mouvement & même le
feul dépôt dans un vâfe propre , avec le
libre contact de l'air , fuffifent pour enlever
de cette eau les parties vafeufes
qui occafionnent la mauvaiſe faveur. Il
eft démontré que le projet de M. de
Parcieux fur la manière de faire parvenir
cette rivière à Paris réunit éminemment
ces deux moyens. En effet , cette
rivière dérivée de fon lit naturel à fept
lieues de Paris , & coulant dans un canal
, qu'à très -peu de frais on pourra
conferver dans une netteté parfaite , à
SEPTEMBRE. 1763 . 165
la faveur de fon mouvement & du contact
de l'air , aurara perdu la faveur marécageufe
avant que d'être parvenue à
moitié de la diftance que parcourera ce
canal , puifqu'il fuffiroit même pour
cela , avec plus de temps , du feul dé.
pôt de ces eaux dans un récipient net.
On ne pourra en douter , fi l'on fait
attention à ce qui fe pratique pour
l'épurement des eaux chargées de parties
minérales les plus divifées & les
plus intimement amalgamées avec le
fluide .
Non feulement donc l'eau de l'Yvette
fera purgée de fes parties étrangères
dans ce canal , comme elle le feroit dans
une grande rivière , mais encore elle
y fera bien plus fùrement garantie de
contracter jamais aucune faveur défagréable;
parce que ce nouveau canal fera
toujours plus propre qu'aucun lit de
rivière , quelque rapide qu'en foit le
courant ; & que les herbes aquatiques ne
pourront y prendre naiffance , quand
même on ne le nettoyeroit que tous
les deux ou trois ans. Ainfi la Capitale
trouvera dans cette nouvelle rivière
dont elle fera enrichie , l'eau la plus pure,
la plus faine & la meilleure qu'on puiffe
d efirer.
166 MERCURE DE FRANCE .
on
En cédant à des raifons fi convaincantes
& qui ont la force de démonftration
, tous les avis de la Société fe
font réunis à convenir de l'extrême utilité
dont feroit l'exécution du projet
contenu dans le Mémoire de M. de Parcieux
; & rejettant toutes les objections
vagues & fans fondement qu'on pourroit
oppofer à une fi belle entreprife ,
s'eft unanimement arrêté à faire des
voeux pour jouir le plus promptement
poffible des avantages qui en réfulteroient
pour la commodité , la falubri
té & l'embelliffement de la Capitale.
Heureux fans doute ceux qui pourront
immortalifer leur mémoire d'âge en âge
parmileurs concitoyens , en contribuant
à un fi beau Monument de bienfaifance
& fi digne de concourir à la décoration
d'une Place qui portera toujours
le nom du Monarque BIEN - AIME !
, fur le Mémoire de M. de
PARCIEUX , pour conduire l'Eau
de l'YVETTE à Paris.
APRÉS la lecture d'une Deſcription
"
de la Place de LOUIS XV , inférée
dans le précédent Mercure on s'eft
demandé d'où l'on pourroit tirer l'eau
néceffaire aux deux Fontaines qui doi-,
vent entrer dans la décoration de cette
Place ?
Les différens moyens qui ont été difcu
tés pour remplir cet objet , n'ayant préfenté
que des difficultés & des dépenfes
confidérables ; un de nos Affociés , qui
a des connoiffances fur l'Hydrauilque ,
avança que l'exécution du Projet conté
nu dans le Mémoire de M. de Parcieux
en procurant à la Ville de Paris mille
douze cens pouces d'eau , qui pourroient
160 MERCURE DE FRANCE.
être diftribués dans tous les quartiers ,
rempliroit facilement les vues de magnificence
& d'agrément que l'on s'eft
propofées pour la Place de Louis XV
en y projettant la conftruction de ces
deux Fontaines..
On applaudiffoit unanimement à cette
idée , lorfqu'un d'entre nous , que
la
fortune a mis en état de fatisfaire fon inclination
bienfaifante & patriotique ,
repréfenta qu'il auroit déja fait des offres
de contribution pour fa part dans une
entrepriſe auffi importante au bien public
, fi quelques perfonnes ne l'avoient
affuré avoir goûté l'eau de l'Yvette
puifée dans les endroits où cette petite
rivière eft le plus limpide , & lui avoir
toujours trouvé un goût de vâfe & de
marais , qui en rendoit la boiffon un peu
défagréable.
On voit bien , repliqua celui qui avoit
parlé du projet de M. de Parcieux , que
ceux qui ont fait ce rapport ne connoif
fent guères que l'eau qu'on boit à Pa
ris , fans avoir même fait attention comment
elle contracte ce même goût de
vâfe quand la Seine eft fort baffe &
comment elle le perd. Il n'y a pas
ajouta- t- il , une feule des petites rivières
ou des ruiffeaux qui forment la Sei
>
SEPTEMBRE. 1763. 161
ne , fi ce n'eft peut-être dans les Pays
de hautes montagnes , qui n'ait ce mê
me goût de vâfe , & il eft prèfqu'impoffible
que cela foit autrement. Les lits des
petites rivières font pleins d'obftacles à
leur courant , lors même que les eaux
font les plus fortes. Ces obftacles font
les chauffées des étangs , les retenues des
réfervoirs , vanages & biez de moulins ;
des racines & branches d'arbres coupés
ou renversés ; des touffes de rofeaux, de
joncs & autres herbes aquatiques qui
croiffent abondamment. Pendant le
printemps & l'été les eaux de ces riviè
res arrofent les Prés , y féjournent ou
du moins y coulent fort lentement ,
d'où il arrive qu'elles contractent le
goût des herbages qu'elles lavent , &
entraînent avec elles le limon qui s'y eft
formé pendant l'hyver par les herbes
pourries & les feuilles tombées . A la
fin de Septembre & en Octobre on fait
rouir les chanvres & le lin , dans les
ruiffeaux ou da ns des trous voifins, d'où
l'eau paffe avec une partie de ce qu'elle
enlévé de ces chanvres dans ces ruiffeaux
, & de là dans les petites rivières ,
où il fe fait dépôt de ces matières ;
qui contribue encore au mauvais goût
de ces eaux . On ne peut donc , conti162
MERCURE DE FRANCE.
nua le défenfeur des eaux de l'Yvette
faire aucun reproche à cette rivière, qui
ne foit applicable à toutes celles de la
même claffe , & qu'elles mériteront par
des caufes prèfque néceffaires. Mais
pour avoir prouvé l'efpéce de néceffité
d'une mauvaife faveur aux eaux de l'Yvette
, ce ne feroit pas avoir prouvé
qu'on dût en trouver l'ufage moins dé
fagréable. Rien ne feroit fi raifonnable
que cette objection , repliqua notre Af
focié , fi ce mauvais goût étoit effentiellement
inhérent à cette eau , & s'il
n'y avoit pas des moyens certains pour
le lui faire perdre avant qu'elle fût arrivée
dans la Ville .
N'admettez- vous pas comme conftant
que l'eau de la Seine , avant que d'être
chargée des immondices de Paris , eft la
plus pure, en même temps la plus falubre
dont on puiffe boire ? Si l'on a bien lû
l'examen chymique de MM. Hellot &
Maquer, imprimé à la fin du Mémoire
de M. de Parcieux , on a dû fè convaincre
par tous les réfultats des épreuves de
ces deux fçavans Académiciens fur
l'eau de l'Yvette , qu'elle eft dans une
exacte parité à l'eau de la Seine quant
aux qualités effentielles. Ce qui donne
encore plus de poids à cette affertion , eft
SEPTEMBRE. 1763. -163
lefoin fcrupuleux avec lequel on apperçoit
qu'a été fait cet examen . Or fi les
qualités conftitutives des eaux de l'Yvette
font les mêmes que celles des eaux
de la Seine , ou entiérement homogénes
, il ne s'agit donc , pour rendre les
premieres auffi agréables & auffifalubres ,
que de les dé pouiller de la faveur accidentelle
qu'ellesauront contractée. Il faut
pour cela obferver par quels moyens
toutes les petites rivières qui forment la
Seine & qui ont la même faveur marécageufe
que l'on reproche à l'Yvette ,
la perdent dans le lit de cette grande
rivière . On ne peut douter que ce ne
foit en coulant alors plus librement &
dans un lit plus propre que leur canal
originaire ; & que par le mouvement de
la furface au fond & du fond à la furface
, les parties étrangères qui donnoient
cette faveur à l'eau font diffipées
ou par l'évaporation ou par la difperfion.
Et comme ce nouveau lit eft
garanti des dépôts limoneux , entraînés
par la force du courant , ces eaux le
font auffi du goût marécageux qu'elles
ne devoient qu'à ces dépôts. Si l'Art
peut facilement procurer le même
moyen d'épurement à l'Yvette , que la
Nature fournit à toutes les petites ri164
MERCURE DE FRANCE.
vières qui fe jettent dans les grandes , on
ne pourra plus douter raifonnablement
que fes eaux ne deviennent d'un auffi .
bon ufage que celles de la Seine ..
Pour s'affurer de ce changement avan-.
tageux dans les eaux de l'Yvette , il faut
obferver que par des expériences réïtérées
, & que chacun eft en état de faire
par foi- même , on eft certain que cette
eau expofée à l'air dans des vâfes propres,
perd fon goût marécageux en moins.
de quatre ou cinq jours ; que l'on opérera
encore plutôt cet effet en la battant
dans des bouteilles , avec l'attention
de donner de temps en temps paffage
à l'air extérieur en levant le doigt qui
les couvrira. Il en résulte donc néceffairement
, que le mouvement & même le
feul dépôt dans un vâfe propre , avec le
libre contact de l'air , fuffifent pour enlever
de cette eau les parties vafeufes
qui occafionnent la mauvaiſe faveur. Il
eft démontré que le projet de M. de
Parcieux fur la manière de faire parvenir
cette rivière à Paris réunit éminemment
ces deux moyens. En effet , cette
rivière dérivée de fon lit naturel à fept
lieues de Paris , & coulant dans un canal
, qu'à très -peu de frais on pourra
conferver dans une netteté parfaite , à
SEPTEMBRE. 1763 . 165
la faveur de fon mouvement & du contact
de l'air , aurara perdu la faveur marécageufe
avant que d'être parvenue à
moitié de la diftance que parcourera ce
canal , puifqu'il fuffiroit même pour
cela , avec plus de temps , du feul dé.
pôt de ces eaux dans un récipient net.
On ne pourra en douter , fi l'on fait
attention à ce qui fe pratique pour
l'épurement des eaux chargées de parties
minérales les plus divifées & les
plus intimement amalgamées avec le
fluide .
Non feulement donc l'eau de l'Yvette
fera purgée de fes parties étrangères
dans ce canal , comme elle le feroit dans
une grande rivière , mais encore elle
y fera bien plus fùrement garantie de
contracter jamais aucune faveur défagréable;
parce que ce nouveau canal fera
toujours plus propre qu'aucun lit de
rivière , quelque rapide qu'en foit le
courant ; & que les herbes aquatiques ne
pourront y prendre naiffance , quand
même on ne le nettoyeroit que tous
les deux ou trois ans. Ainfi la Capitale
trouvera dans cette nouvelle rivière
dont elle fera enrichie , l'eau la plus pure,
la plus faine & la meilleure qu'on puiffe
d efirer.
166 MERCURE DE FRANCE .
on
En cédant à des raifons fi convaincantes
& qui ont la force de démonftration
, tous les avis de la Société fe
font réunis à convenir de l'extrême utilité
dont feroit l'exécution du projet
contenu dans le Mémoire de M. de Parcieux
; & rejettant toutes les objections
vagues & fans fondement qu'on pourroit
oppofer à une fi belle entreprife ,
s'eft unanimement arrêté à faire des
voeux pour jouir le plus promptement
poffible des avantages qui en réfulteroient
pour la commodité , la falubri
té & l'embelliffement de la Capitale.
Heureux fans doute ceux qui pourront
immortalifer leur mémoire d'âge en âge
parmileurs concitoyens , en contribuant
à un fi beau Monument de bienfaifance
& fi digne de concourir à la décoration
d'une Place qui portera toujours
le nom du Monarque BIEN - AIME !
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959
p. 73-74
LOGOGRYPHE.
Début :
Sur tous les coeurs j'exerce un doux empire. [...]
Mots clefs :
Bouteille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRY PHE..
Sux tous les coeurs j'exerce un doux empire.
Souvent qui ne m'a pas ardemment me defire.
Sans ceffe autour de moi fi l'on voit des Amans ,
Doit-on s'en étonner ? la gaîté que j'inſpire ,
* Cette Enigme n'eft pas nouvelle . On nous affure
cependant qu'elle n'a jamais été imprimée.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
!
Leur fait paffer de doux momens .
De mes neufpieds en rompant l'affemblage
On verra ce tiſſu de fils entrelaffés
Dont en ménage on n'a jamais affez ,
Et qu'on employe à bien plus d'un uſage ;
Un point qui brille au firmament ;
•
Ce mot qu'amour rend toujours agréable ,
Que pour l'Hymen on dit trop ailément ;
De notre corps le chef- d'oeuvre admirable ,
Son plus bel ornement, fon guide & fon flambeau
Un Prophête dont le manteau
Au Diſciple zélé fervit de récompenſe ;
Un fameux Ebénifte ; un Evêché de France ;
Le Dieu des Vents ; une belle faiſon ;
Une humeur qu'un rien nous fait faire ;
Et le reméde falutaire
Qui nous purge de ce poifon.
Ce qu'à Paris on ramaffe à foiſon ;
Le furnom d'un Couvent de Carmes ;
Pour les gens fatigués un meuble plein de charmess
Une fille qu'aima le plus puiffant des Dieux ,
Et qui caufa la mort au gardien à cent yeux.
PASQUIER
Sux tous les coeurs j'exerce un doux empire.
Souvent qui ne m'a pas ardemment me defire.
Sans ceffe autour de moi fi l'on voit des Amans ,
Doit-on s'en étonner ? la gaîté que j'inſpire ,
* Cette Enigme n'eft pas nouvelle . On nous affure
cependant qu'elle n'a jamais été imprimée.
I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE .
!
Leur fait paffer de doux momens .
De mes neufpieds en rompant l'affemblage
On verra ce tiſſu de fils entrelaffés
Dont en ménage on n'a jamais affez ,
Et qu'on employe à bien plus d'un uſage ;
Un point qui brille au firmament ;
•
Ce mot qu'amour rend toujours agréable ,
Que pour l'Hymen on dit trop ailément ;
De notre corps le chef- d'oeuvre admirable ,
Son plus bel ornement, fon guide & fon flambeau
Un Prophête dont le manteau
Au Diſciple zélé fervit de récompenſe ;
Un fameux Ebénifte ; un Evêché de France ;
Le Dieu des Vents ; une belle faiſon ;
Une humeur qu'un rien nous fait faire ;
Et le reméde falutaire
Qui nous purge de ce poifon.
Ce qu'à Paris on ramaffe à foiſon ;
Le furnom d'un Couvent de Carmes ;
Pour les gens fatigués un meuble plein de charmess
Une fille qu'aima le plus puiffant des Dieux ,
Et qui caufa la mort au gardien à cent yeux.
PASQUIER
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960
p. 112-115
PRIX proposé par l'Académie des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de LYON, pour l'Année 1765.
Début :
L'ACADÉMIE des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de Lyon, propose pour [...]
Mots clefs :
Prix des arts, Cuir, Soldats romains, Impénétrabilité, Devise, Médailles d'or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie des Sciences, Belles-Lettres, & Arts de LYON, pour l'Année 1765.
PRIX propofé par l'Académie des
Sciences , Belles- Lettres , & Arts de
LYON , pour 1 Année 1765.
L'ACADEMIE
'ACADÉMIE des Sciences , BellesOCTOBRE.
1763 . 113
Lettres , & Arts de Lyon , propoſe pour
le Prix des Arts fondé par M. Chriftin ,
qui fera diftribué à la Saint Louis 1765 ,
le Sujet fuivant : Trouver le moyen de
durcir le Cuir , & de lui donner une
Sorte de trempe qui le rende impénétrable
aux balles de moufquet , & aux atteintes
du fer le plus tranchant & le plus
affilé.
Quelques Auteurs rapportent que les
Soldats Romains s'armoient de larges
bandes de Cuir pour fe mettre à l'abri
des traits. On prétend auffi que les
Péruviens avoient le fecret de prépa
rer le Cuir pour lui donner cette impénétrabilité.
Quoiqu'il en foit de ces
faits hiftoriques , l'Académie fachant
que les Cuirs de France font très - inférieurs
à ceux de quelques pays Etrangers
, demande qu'on effaie d'apprêter
les Cuirs pour les rendre propres à
faire des armures , & à fervir à plufieurs
autres ufages.
Toutes personnes pourront aſpirer à
ce Prix. Il n'y aura d'exception que
pour les Membres de l'Académie , tels
que les Académiciens ordinaires & les
Vétérans. Les Affociés réfidant hors de
Lyon auront la liberté d'y concourir.
Ceux qui enverront des Mémoires ,
114 MERCURE DE FRANCE.
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'une manière lifible.
Les Auteurs mettront une deviſe à
la tête de leurs Ouvrages. Ils y joindront
un Billet cacheté , qui contiendra
la même devife , avec leurs nom , demeure
& qualités . La Piéce qui aura
remporté le Prix , fera la feule dont
le Billet fera ouvert.
On n'admettra point au concours les
Mémoires dont les Auteurs fe feront
fait connoître , directement ou indirectement
, avant la décifion .
Les Ouvrages feront adreffés francs
de port à Lyon .
Chez M. Bollioud Mermet , Secrétaire
perpétuel de l'Académie pour la claffe
des Sciences , rue du Plat.
Ou chez M. le Préfident de Fleurieu ,
Secrétaire perpétuel pour la claffe des
Belles- Lettres , rue Boiffac.
Ou chez Aimé de la Roche , Imprimeur
de l'Académie , aux Halles de la
Grenette .
Aucun Ouvrage ne fera reçu après le
premier Avril 1765. L'Académie dans
fon Affemblée publique , qui fuivra immédiatement
la fête de S. Louis , proclamera
la Piéce qui aura mérité les
fuffrages.
OCTOBRE . 1763. IIS
Le prix eft une Médaille d'or , de la
valeur de 300 liv . Elle fera donnée à
celui qui , au jugement de l'Académie ,
aura fait le meilleur Mémoire fur le
Sujet propofé .
Cette Médaille fera délivrée à l'Auteur
même , qui fe fera connoître , ou
au porteur d'une procuration de fa
part , dreffée en bonne forme.
Sciences , Belles- Lettres , & Arts de
LYON , pour 1 Année 1765.
L'ACADEMIE
'ACADÉMIE des Sciences , BellesOCTOBRE.
1763 . 113
Lettres , & Arts de Lyon , propoſe pour
le Prix des Arts fondé par M. Chriftin ,
qui fera diftribué à la Saint Louis 1765 ,
le Sujet fuivant : Trouver le moyen de
durcir le Cuir , & de lui donner une
Sorte de trempe qui le rende impénétrable
aux balles de moufquet , & aux atteintes
du fer le plus tranchant & le plus
affilé.
Quelques Auteurs rapportent que les
Soldats Romains s'armoient de larges
bandes de Cuir pour fe mettre à l'abri
des traits. On prétend auffi que les
Péruviens avoient le fecret de prépa
rer le Cuir pour lui donner cette impénétrabilité.
Quoiqu'il en foit de ces
faits hiftoriques , l'Académie fachant
que les Cuirs de France font très - inférieurs
à ceux de quelques pays Etrangers
, demande qu'on effaie d'apprêter
les Cuirs pour les rendre propres à
faire des armures , & à fervir à plufieurs
autres ufages.
Toutes personnes pourront aſpirer à
ce Prix. Il n'y aura d'exception que
pour les Membres de l'Académie , tels
que les Académiciens ordinaires & les
Vétérans. Les Affociés réfidant hors de
Lyon auront la liberté d'y concourir.
Ceux qui enverront des Mémoires ,
114 MERCURE DE FRANCE.
font priés de les écrire en François ou
en Latin , & d'une manière lifible.
Les Auteurs mettront une deviſe à
la tête de leurs Ouvrages. Ils y joindront
un Billet cacheté , qui contiendra
la même devife , avec leurs nom , demeure
& qualités . La Piéce qui aura
remporté le Prix , fera la feule dont
le Billet fera ouvert.
On n'admettra point au concours les
Mémoires dont les Auteurs fe feront
fait connoître , directement ou indirectement
, avant la décifion .
Les Ouvrages feront adreffés francs
de port à Lyon .
Chez M. Bollioud Mermet , Secrétaire
perpétuel de l'Académie pour la claffe
des Sciences , rue du Plat.
Ou chez M. le Préfident de Fleurieu ,
Secrétaire perpétuel pour la claffe des
Belles- Lettres , rue Boiffac.
Ou chez Aimé de la Roche , Imprimeur
de l'Académie , aux Halles de la
Grenette .
Aucun Ouvrage ne fera reçu après le
premier Avril 1765. L'Académie dans
fon Affemblée publique , qui fuivra immédiatement
la fête de S. Louis , proclamera
la Piéce qui aura mérité les
fuffrages.
OCTOBRE . 1763. IIS
Le prix eft une Médaille d'or , de la
valeur de 300 liv . Elle fera donnée à
celui qui , au jugement de l'Académie ,
aura fait le meilleur Mémoire fur le
Sujet propofé .
Cette Médaille fera délivrée à l'Auteur
même , qui fe fera connoître , ou
au porteur d'une procuration de fa
part , dreffée en bonne forme.
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961
p. 115-118
PROGRAMME de l'Académie des Belles-Lettres de MARSEILLE.
Début :
L'ACADÉMIE tint son Assemblée publique dans la grande Salle de l'Hôtel- [...]
Mots clefs :
Académie, Discours, Secrétaire, Poésie, Assemblée publique, Mœurs , Voyage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME de l'Académie des Belles-Lettres de MARSEILLE.
PROGRAMME de l'Académie des Belles-
Lettres de MARSEILLE.
L'ACADÉMIE tint fon Affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtelde
- Ville le 25 Août jour de S. Louis..
M. le Duc de Villars , fon Protecteur
y préfida ; il ouvrit la Séance par un
difcours dans lequel il expofa fes vues
fur le projet que l'Académie a formé
fous fes aufpices , & à fon invitation
pour réunir aux Belles- Lettres les Sciences
& les Arts économiques , tels que
l'Agriculture , le Commerce , & c . Il
faifit cette occafion pour témoigner publiquement
combien il a été fenfible au
zèle & aux tranfports de joie qu'ont
fait éclater pour lui à fon retour de
Genève , les Villes d'Aix , de Marſeille
116 MERCURE DE FRANCE .
& généralement toute la Province qu'il
appella fa feconde Patrie.
M. l'Abbé de S. Tropez , Directeur
de l'Académie , prononça un difcours
relatif à l'objet de l'Affemblée .
M. Ricand , Secrétaire , lut un difcours
où il examine les moyens qu'employa
Lycurgue pour établir fes Loix à
Lacédémone , & les caufes particulières
qui concoururent au fuccès de fon entrepriſe.
M. Barthe fit la lecture d'une Héroïde
qui a pour titre : l'Abbé de Rancé , de
fon Abbaye de la Trape à un ami. On
attribue la converfion du fameux Abbé
de Rancé , à la mort d'une Dame qu'il
aimoit ; il venoit de paffer plufieurs
jours à la Campagne , il ignoroit que.
cette Dame fût morte. Il entre chez elle
dans la nuit par un eſcalier dérobé ; le
premier objet qu'il apperçoit , c'eft un
cercueil dans lequel fon Amante étoit
renfermée . Comme on devoit la tranfporter
dans le tombeau de fes pères , on
avoit fait faire un cercueil de plomb
& on lui avoit coupé la tête , parce que
le cercueil s'étoit trouvé trop court.
Frappé d'un coup fi terrible , l'Abbé de
Rancé renonça dès ce moment au monde
; il ſe retira à la Trape où il mit la
OCTOBRE . 1763 .
117
réforme la plus auftère . C'eft de cette
Abbaye qu'on fuppofe qu'il écrit à un
ami qui voyage en Italie , & qui ignore
fon avanture .
On lut enfuite une differtation de M.
Guis fur l'origine & l'hiftoire des Madragues
, ou de la Pêche des Thons.
La Séance fut terminée par une Fable
intitulée , les Poiffons.
L'Académie a réfervé les Prix de trois
années confécutives ; elle en aura deux
d'Eloquence & deux de Poefie à diftribuer
le 25 Août , Fête de S. Louis , de
l'année prochaine 1764.
Voici les Sujets qu'elle propofe pour
les prix
d'Eloquence :
Combien les Belles- Lettres & les beaux
Arts influent fur les moeurs d'une Nation.
Comment peut-on en même temps rendre
des Voyages utiles à foi-même & à
fa Patrie ?
L'Académie laiffe au choix des Auteurs
les Sujets de Poëfie ; elle admettra
également au Concours les Odes , les
Poëfies , & les Epîtres.
- Les Difcours feront au plus d'une demie
heure de lecture ; les piéces de Poëfie
doivent être de 100 vers au moins , &
de 150 au plus.
118 MERCURE DE FRANCE.
Le Prix de l'Académie eft une médaille
d'or de la valeur de 300 livres , portant
d'un côté le Bufte de M. le Maréchal
Duc de Villars , & fur le revers ces mots :
Præmium Academia Maffilienfis ; entourés
d'une Couronne de laurier.
On adreffera les Ouvrages à M. Ricaud
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles Lettres , rue des Dominiquaines
, à Marſeille. On affranchira
les paquets à la Pofte , fans quoi ils ne
feront pas retirés ; ils feront recus que
jufqu'au premier de Mai.
Les Auteurs ne mettront pas leur nom
à leurs Ouvrages , mais une Sentence
ou Devife ; on les prie de prendre les
mefures néceffaires pour n'être pas connus
avant la décifion de l'Académie .
M. le Secrétaire enverra fon récépiffé
à l'adreffe qui lui fera indiquée , ou le
remettra à la perfonne domiciliée à Marfeille
, qui lui préfentera l'Ouvrage.
Toute Piéce qui aura été imprimée ,
ou dont il aura couru des copies manufcrites
, ou que l'on découvrira avoir
été préfentée à quelque Société litté
raire , fera exclue du Concours.
Lettres de MARSEILLE.
L'ACADÉMIE tint fon Affemblée
publique dans la grande Salle de l'Hôtelde
- Ville le 25 Août jour de S. Louis..
M. le Duc de Villars , fon Protecteur
y préfida ; il ouvrit la Séance par un
difcours dans lequel il expofa fes vues
fur le projet que l'Académie a formé
fous fes aufpices , & à fon invitation
pour réunir aux Belles- Lettres les Sciences
& les Arts économiques , tels que
l'Agriculture , le Commerce , & c . Il
faifit cette occafion pour témoigner publiquement
combien il a été fenfible au
zèle & aux tranfports de joie qu'ont
fait éclater pour lui à fon retour de
Genève , les Villes d'Aix , de Marſeille
116 MERCURE DE FRANCE .
& généralement toute la Province qu'il
appella fa feconde Patrie.
M. l'Abbé de S. Tropez , Directeur
de l'Académie , prononça un difcours
relatif à l'objet de l'Affemblée .
M. Ricand , Secrétaire , lut un difcours
où il examine les moyens qu'employa
Lycurgue pour établir fes Loix à
Lacédémone , & les caufes particulières
qui concoururent au fuccès de fon entrepriſe.
M. Barthe fit la lecture d'une Héroïde
qui a pour titre : l'Abbé de Rancé , de
fon Abbaye de la Trape à un ami. On
attribue la converfion du fameux Abbé
de Rancé , à la mort d'une Dame qu'il
aimoit ; il venoit de paffer plufieurs
jours à la Campagne , il ignoroit que.
cette Dame fût morte. Il entre chez elle
dans la nuit par un eſcalier dérobé ; le
premier objet qu'il apperçoit , c'eft un
cercueil dans lequel fon Amante étoit
renfermée . Comme on devoit la tranfporter
dans le tombeau de fes pères , on
avoit fait faire un cercueil de plomb
& on lui avoit coupé la tête , parce que
le cercueil s'étoit trouvé trop court.
Frappé d'un coup fi terrible , l'Abbé de
Rancé renonça dès ce moment au monde
; il ſe retira à la Trape où il mit la
OCTOBRE . 1763 .
117
réforme la plus auftère . C'eft de cette
Abbaye qu'on fuppofe qu'il écrit à un
ami qui voyage en Italie , & qui ignore
fon avanture .
On lut enfuite une differtation de M.
Guis fur l'origine & l'hiftoire des Madragues
, ou de la Pêche des Thons.
La Séance fut terminée par une Fable
intitulée , les Poiffons.
L'Académie a réfervé les Prix de trois
années confécutives ; elle en aura deux
d'Eloquence & deux de Poefie à diftribuer
le 25 Août , Fête de S. Louis , de
l'année prochaine 1764.
Voici les Sujets qu'elle propofe pour
les prix
d'Eloquence :
Combien les Belles- Lettres & les beaux
Arts influent fur les moeurs d'une Nation.
Comment peut-on en même temps rendre
des Voyages utiles à foi-même & à
fa Patrie ?
L'Académie laiffe au choix des Auteurs
les Sujets de Poëfie ; elle admettra
également au Concours les Odes , les
Poëfies , & les Epîtres.
- Les Difcours feront au plus d'une demie
heure de lecture ; les piéces de Poëfie
doivent être de 100 vers au moins , &
de 150 au plus.
118 MERCURE DE FRANCE.
Le Prix de l'Académie eft une médaille
d'or de la valeur de 300 livres , portant
d'un côté le Bufte de M. le Maréchal
Duc de Villars , & fur le revers ces mots :
Præmium Academia Maffilienfis ; entourés
d'une Couronne de laurier.
On adreffera les Ouvrages à M. Ricaud
, Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles Lettres , rue des Dominiquaines
, à Marſeille. On affranchira
les paquets à la Pofte , fans quoi ils ne
feront pas retirés ; ils feront recus que
jufqu'au premier de Mai.
Les Auteurs ne mettront pas leur nom
à leurs Ouvrages , mais une Sentence
ou Devife ; on les prie de prendre les
mefures néceffaires pour n'être pas connus
avant la décifion de l'Académie .
M. le Secrétaire enverra fon récépiffé
à l'adreffe qui lui fera indiquée , ou le
remettra à la perfonne domiciliée à Marfeille
, qui lui préfentera l'Ouvrage.
Toute Piéce qui aura été imprimée ,
ou dont il aura couru des copies manufcrites
, ou que l'on découvrira avoir
été préfentée à quelque Société litté
raire , fera exclue du Concours.
Fermer
962
p. 119-123
PROGRAMME des Prix de l'Académie Royale des Sciences, des Belles-Letres & des Arts de ROUEN.
Début :
LE sujet du Prix de la Classe des Sciences & des Arts qui en dépendent, [...]
Mots clefs :
Académie, Prix, Sciences, Devise, Auteurs, Expériences, Inspiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME des Prix de l'Académie Royale des Sciences, des Belles-Letres & des Arts de ROUEN.
PROGRAMME des Prix de l'Académie
Royale des Sciences des Belles-
Letres & des Arts de RoUEN,
,
LEE fujet du Prix de la Claffe des
Sciences & des Arts qui en dépendent ,
propofé deux fois par l'Académie , & la
dernière fois avec un Prix double étoit...
la meilleure manière d'amender les Terres,
Ce Sujet important a été enfin traité
cette année par les Concurrens d'une
manière fatisfaifante . Deux entr'autres
ont mérité particulièrement l'attention
& les lauriers de l'Académie , & lui ont
paru affez bien remplir fes intentions
en les réuniffant : c'eft pourquoi elle a
cru devoir partager également ce Prix
double entre deux Mémoires ; l'un eft le
No. 3 , dont la devife eft : O fortunatos
nimiumfuafibona norint . Sa théorie
a été trouvée très-lumineufe ; fon Auteur
eft M. Barbaret , ancien Premier
Médecin des armées , & Médecin penfionné
de la Ville de Bourg en Breffe,
L'autre Mémoire couronné eft le N°. 2 ,
dont la devife eft : in omnibus fere mi120
MERCURE DE FRANCE.
>
nus valent præcepta quàm experimenta.
L'Auteur de celui - ci , conformément à
fa devife , s'attache peu à la Théorie
mais il paroît un Praticien confommé , &
très verfé dans les expériences : l'Auteur
eft M. Caro , Cure de Charmentré ,
Doyen rural près Meaux en Brie.
On a donné un acceffit au N°. 1
dont la devife eft : in pudore vultus tui
vefceris pane. Les bonnes chofes qu'on
a trouvées dans cet Ouvrage ont porté
l'Académie à décider qu'on en imprimeroit
un Extrait à la fuite des deux
autres car elle penfe qu'il ne faut rien
négliger , rien laiffer perdre quand il s'agit
des progrès d'un Art auffi précieux
que l'Agriculture .
L'Auteur de ce dernier Mémoire eſt
M. Sacher , Chanoine de Pruillé à l'Eguillé
, près le Mans.
C'eft à la Claffe des Sciences à donner
le Sujet du Prix pour l'année prochaine
1764 : l'Académie a choifi celui
- ci....
Le Méchanifme & les ufages de la
refpiration , dans lefquels elle fouhaite
particulièrement qu'on faffe entrer la folution
des queftions fuivantes . ...
Les côtes font- elles plus écartées ou
plus rapprochées les unes des autres dans
l'infpiration
OCTOBRE. 1763 . 121
l'infpiration que dans l'expiration ?
Le fang eft - il condenfé ou raréfié par
l'air infpiré ?
Cet air paffe-t- il dans le fang , ou
non ?
D'où vient la couleur vermeille qu'il
ý reçoit ?
3
Y eft-il en plus grande quantité &
mú plus librement & plus rapidement
dans le temps de l'infpiration que dans
celui de l'expiration ?
Y a-t- il dans ces deux temps quelque
changement dans la quantité & le mouvement
des liqueurs des gros vaiſſeauxqui
fe rendent aux oreillettes , ou qui partent
du coeur , & s'il y en a , quels fontils
?
L'Académie éxige des Auteurs que
leurs preuves font principalement fondées
en expériences , & fur-tout en
expériences nouvelles .
On adreffera les Mémoires francs
de port à M. le Cat , Secrétaire perpétuel
des Sciences : ils feront reçus jufqu'au
premier Juin 1764 : les Auteurs y
mettront en tête une devife , & à la fin
leur nom cacheté felon l'ufage ordinaire .
C'eft à la même Claffe des Sciences
à donner le Prix de l'année 1766 : l'Académie
en a déjà choifi le Sujet ; & vû
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
fon importance , & les longues recherches
qui feront néceffaires aux Auteurs
elle le propofe dès - à- préfent. Le voici :
Quelles font les Mines de Normandie ,
tant métalliques que demi- métalliques ,
falines, &bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploitation?
Ce Prix fera double , c'eft - à- dire , de
deux cens écus à caufe des frais indif
penfables de voyages , de recherches
& d'expériences .
Les Correfpondans & Affociés régnicoles
de l'Académie peuvent compofer
pour ce Prix : on n'excepte du Concours
que les Membres de l'Académie qui en
font les Juges.
PROGRAMME du Prix de Poësie de
la même Académie.
L'Académie n'a point encore reçu
cette année d'ouvrage qui mérite la
couronne qu'elle avoit deftinée au Poëte
qui célébreroit le mieux la Délivrance
de Salerne. Le Poëme qui a pour de
vife Credite pofteri , le meilleur de ceux
qui lui ont été adreffés , n'eft qu'une
Efquiffe très-imparfaite dont il paroît
cependant que l'Auteur a du génie &
du talent ; mais il n'a pas travaillé fon
OCTOBRE . 1763. 123
+
Sujet avec tout le foin qu'il méritoit ,
& il ne lui a pas donné à beaucoup
près l'étendue qu'il fembloit exiger.
L'Académie s'eft portée à remettre
encore ce Prix dans l'efpérance que la
conftance avec laquelle elle s'attache à
un fi bon Sujet , lui attirera enfin un
Ouvrage qui en fera digne . Depuis qu'elle
a pris cette réfolution elle a été
inftruite que des Lettres Anonymes que
des Auteurs , qui avoient eu envie de
concourrir , n'avoient pu terminer leurs
-Ouvrages pour le temps marqué : elle
les avertit qu'ils ont actuellement juf
qu'au premier Juillet de l'année prochaine
pour les revoir & y faire les corrections
qu'ils jugeront convenables .
Le Prix fera toujours double ou de
600 liv. les conditions les mêmes que
les années précédentes.
Les Auteurs les adrefferont à M.
Maillet du Roullay , Maître des Comptes
& Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles - Lettres à Rouen .
Royale des Sciences des Belles-
Letres & des Arts de RoUEN,
,
LEE fujet du Prix de la Claffe des
Sciences & des Arts qui en dépendent ,
propofé deux fois par l'Académie , & la
dernière fois avec un Prix double étoit...
la meilleure manière d'amender les Terres,
Ce Sujet important a été enfin traité
cette année par les Concurrens d'une
manière fatisfaifante . Deux entr'autres
ont mérité particulièrement l'attention
& les lauriers de l'Académie , & lui ont
paru affez bien remplir fes intentions
en les réuniffant : c'eft pourquoi elle a
cru devoir partager également ce Prix
double entre deux Mémoires ; l'un eft le
No. 3 , dont la devife eft : O fortunatos
nimiumfuafibona norint . Sa théorie
a été trouvée très-lumineufe ; fon Auteur
eft M. Barbaret , ancien Premier
Médecin des armées , & Médecin penfionné
de la Ville de Bourg en Breffe,
L'autre Mémoire couronné eft le N°. 2 ,
dont la devife eft : in omnibus fere mi120
MERCURE DE FRANCE.
>
nus valent præcepta quàm experimenta.
L'Auteur de celui - ci , conformément à
fa devife , s'attache peu à la Théorie
mais il paroît un Praticien confommé , &
très verfé dans les expériences : l'Auteur
eft M. Caro , Cure de Charmentré ,
Doyen rural près Meaux en Brie.
On a donné un acceffit au N°. 1
dont la devife eft : in pudore vultus tui
vefceris pane. Les bonnes chofes qu'on
a trouvées dans cet Ouvrage ont porté
l'Académie à décider qu'on en imprimeroit
un Extrait à la fuite des deux
autres car elle penfe qu'il ne faut rien
négliger , rien laiffer perdre quand il s'agit
des progrès d'un Art auffi précieux
que l'Agriculture .
L'Auteur de ce dernier Mémoire eſt
M. Sacher , Chanoine de Pruillé à l'Eguillé
, près le Mans.
C'eft à la Claffe des Sciences à donner
le Sujet du Prix pour l'année prochaine
1764 : l'Académie a choifi celui
- ci....
Le Méchanifme & les ufages de la
refpiration , dans lefquels elle fouhaite
particulièrement qu'on faffe entrer la folution
des queftions fuivantes . ...
Les côtes font- elles plus écartées ou
plus rapprochées les unes des autres dans
l'infpiration
OCTOBRE. 1763 . 121
l'infpiration que dans l'expiration ?
Le fang eft - il condenfé ou raréfié par
l'air infpiré ?
Cet air paffe-t- il dans le fang , ou
non ?
D'où vient la couleur vermeille qu'il
ý reçoit ?
3
Y eft-il en plus grande quantité &
mú plus librement & plus rapidement
dans le temps de l'infpiration que dans
celui de l'expiration ?
Y a-t- il dans ces deux temps quelque
changement dans la quantité & le mouvement
des liqueurs des gros vaiſſeauxqui
fe rendent aux oreillettes , ou qui partent
du coeur , & s'il y en a , quels fontils
?
L'Académie éxige des Auteurs que
leurs preuves font principalement fondées
en expériences , & fur-tout en
expériences nouvelles .
On adreffera les Mémoires francs
de port à M. le Cat , Secrétaire perpétuel
des Sciences : ils feront reçus jufqu'au
premier Juin 1764 : les Auteurs y
mettront en tête une devife , & à la fin
leur nom cacheté felon l'ufage ordinaire .
C'eft à la même Claffe des Sciences
à donner le Prix de l'année 1766 : l'Académie
en a déjà choifi le Sujet ; & vû
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
fon importance , & les longues recherches
qui feront néceffaires aux Auteurs
elle le propofe dès - à- préfent. Le voici :
Quelles font les Mines de Normandie ,
tant métalliques que demi- métalliques ,
falines, &bitumineufes , & les avantages
qu'on pourroit tirer de leur exploitation?
Ce Prix fera double , c'eft - à- dire , de
deux cens écus à caufe des frais indif
penfables de voyages , de recherches
& d'expériences .
Les Correfpondans & Affociés régnicoles
de l'Académie peuvent compofer
pour ce Prix : on n'excepte du Concours
que les Membres de l'Académie qui en
font les Juges.
PROGRAMME du Prix de Poësie de
la même Académie.
L'Académie n'a point encore reçu
cette année d'ouvrage qui mérite la
couronne qu'elle avoit deftinée au Poëte
qui célébreroit le mieux la Délivrance
de Salerne. Le Poëme qui a pour de
vife Credite pofteri , le meilleur de ceux
qui lui ont été adreffés , n'eft qu'une
Efquiffe très-imparfaite dont il paroît
cependant que l'Auteur a du génie &
du talent ; mais il n'a pas travaillé fon
OCTOBRE . 1763. 123
+
Sujet avec tout le foin qu'il méritoit ,
& il ne lui a pas donné à beaucoup
près l'étendue qu'il fembloit exiger.
L'Académie s'eft portée à remettre
encore ce Prix dans l'efpérance que la
conftance avec laquelle elle s'attache à
un fi bon Sujet , lui attirera enfin un
Ouvrage qui en fera digne . Depuis qu'elle
a pris cette réfolution elle a été
inftruite que des Lettres Anonymes que
des Auteurs , qui avoient eu envie de
concourrir , n'avoient pu terminer leurs
-Ouvrages pour le temps marqué : elle
les avertit qu'ils ont actuellement juf
qu'au premier Juillet de l'année prochaine
pour les revoir & y faire les corrections
qu'ils jugeront convenables .
Le Prix fera toujours double ou de
600 liv. les conditions les mêmes que
les années précédentes.
Les Auteurs les adrefferont à M.
Maillet du Roullay , Maître des Comptes
& Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles - Lettres à Rouen .
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963
p. 141-159
RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
Début :
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre, Monsieur, est très important par [...]
Mots clefs :
Claveau , Matière, Mouton, Insertion, Éruption, Fièvre, Boutons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M. BOREL du 3 Mars 1763.
RÉPONSE de M. BOURGELAT, à M.
BOREL du 3 Mars 1763 .
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre
, Monfieur , est très important par
lui -même ; il devient , ce me femble
encore plus intéreffant par les circonftances.
Les tentatives que vous vous
propofez de faire fur les moutons peuvent
en effet introduire & mettre en vigueur
dans le Beauvoifis la pratique
d'une opération auffi fameufe par les
fuccès dont elle a été fuivie , que par
les difputes qu'elle a excitées ; quel que
foit en ce cas , le réfultat de vos expériences
fur les animaux , vous aurez l'avantage
d'avoir produit une heureufe
révolution dans votre Province en
l'éclairant fur les moyens d'affranchir
les peuples des ravages d'une maladie
qu'on doit regarder avec raifon comme
un des plus redoutables fléaux de l'humanité.
,
L'Inoculation du virus variolique a
eu lieu de plufieurs manières .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les uns ont introduit dans le nez un
bourdonnet de charpie ou de coton
imbu d'une matière purulente tirée récemment
des boutons d'une petite vérole
difcrette , ou foupoudré des croutes
de ces mêmes boutons. Je ne fçais fi
ce procédé a produit des effets fâcheux ,
mais il paroît en général que l'on redoute
le danger qui pourroit naître dèslors
d'une action trop immédiate &
trop prompte fur le cerveau.
Les autres après avoir enlevé l'épiderme
par l'application des vefficatoires
ou par la voye d'un frottement très -fort
ont réitéré enfuite des onctions fur la
peau avec le pus varioleux .
Plufieurs ont porté ce levain directement
dans le fang après quelques légéres
bleffures qu'ils ont pratiquées avec
un inftrument quelconque , & ayant
ainfi foumis cette portioncule ou une
goute virulente à la circulation , ont
bien-tôt infecté la maffe .
Le moyen d'infertion le plus en uſage
eft celui des fils préparés. On attend
que les boutons foient parvenus à maturité
, c'eft-à-dire , qu'ils ayent acquis une
couleur de blanc jaunâtre. On les perce
avec une groffe épingle , d'autres les
ouvrent avec une lancette . Les premiers
OCTOBRE. 1763 . 143
prennent un gros fil de charpie de la
longeur d'un pouce qu'ils imbibent de
pus en le roulant plufieurs fois avec
foin dans diverfes puftules . Les feconds
fe contentent de traîner un gros fil à
coudre dans une feule de ces mêmes
puftules. Les uns & les autres confervent
ces fils dans des vafes de verre &
atteftent que telle eft l'énergie du virus,
des fils ainfi récelés & gardés quatre
mois , fix mois & même plus longtemps
ont une force & une efficacité
égale à celles d'une matière variolique
plus fraîchement extraite.
que
Pour folliciter cette vertu & ce pouvoir
contagieux , faites , Monfieur , à la partie
interne de chaque cuiffe du mouton une
petite incifion femblable à celle que
l'on pratique en pareil cas dans la partie
externe & moyenne des bras de l'homme.
Cette incifion longitudinale doit
être de la longueur d'un pouce , fa profondeur
d'une ligne environ , de façon
que l'incifion pénétre ce qu'on nomme
le derme & fe borne au tiffu cellulaire
qui eft au-deffous , afin de ne pas exciter
une inflammation trop confidérable,
d'éviter une fuppuration trop abondante
& de ne pas donner lieu à une
plaie rebelle & qu'on ne pourroit fer144
MERCURE DE FRANCE :
mer que très- difficilement. Inférez dans,
ces mêmes parties incifées & dans toute
la longueur de l'incifion un des fils infectés
, couvrez le tout d'un léger plumaceau
d'étoupe fur lequel vous placerez
un emplâtre de diapalme & maintenez
par une compreffe & une bande. On
léve l'appareil mis fur l'homme ordinairement
quarante - huit heures après qu'il
a été placé , & tout le panfement des
plaies confifte le plus fouvent dans
l'application d'un digeftif fimple ou de
l'empâtre diachilon . Si les fils ont été
dérangés , fi on les yoit hors des incifions
faites on y en infére de nouveaux
, & fi ces incifions font fermées ,
on en pratique de nouvelles. Toutes ces
'opérations doivent être les mêmes fur
les moutons .
,
Le choix de la matière qui eſt le
produit du claveau eft un point fans
doute moins épineux que le choix de
la matière fournie par la petite vérole
'humaine ; il faut d'abord être attentif à
ne prendre que celle d'un claveau dif
cret & de bonne qualité , & non l'humeur
fanieufe , noirâtre & gangréneufe
d'un claveau confluent & de mauvais
genre. Il eft encore bon de préférer le
pus d'un mouton conftamment fain &
vigoureux
OCTOBRE. 1763. 145
vigoureux avant d'avoir été attaqué par
le claveau à celui d'un mouton qui auroit
auparavant langui & éprouvé diverfes
maladies . Cette derniere confidération
eft à la vérité moins effentielle
que lorsqu'il s'agit de l'inoculation de
l'homme ; car le danger d'une complication
funefte ne fçauroit être auffi grand
dans la communication du levain varioleux
de l'animal. Il eft à préfumer en
effet , qu'exempt des paffions qui affectent
vivement notre âme ; accoutumé
à des alimens fains qu'un art meurtrier
ne change point en poifon , libre
de toute contention & de tout effort
d'efprit , éloigné de toutes débauches
& des excès en tous genres auxquels
nous nous livrons , il n'a contracté ni
pu apporter en naiffant le germe d'une
multitude de virus connus ou inconnus
qui dégradent & fappent infenfifiblement
& fourdement notre machine
; ainfi les ennemis ou les antagoniftes
de l'inoculation ne fauroient voir
dans notre opération les rifques cruels
de la tranfmiffion fimultanée de deux
ou de plufieurs maux , dont le premier
toujours apparent eſt toujours benin ;
mais dont l'autre caché peut avoir felon
eux d'étranges fuites , foit que ce levain
I. Vol G
146 MERCURE DE FRANCE .
caché rencontre dans l'homme qui en
fouffre la mortelle impreffion , un au
tre virus avec lequel il ait quelque af
finité , foit auffi qu'il en résulte un alliage
de deux fermens qui ne puiffent
compatir .
C'eſt à raifon de l'abfence de toutes
ces caufes de perverfion que l'age du
mouton dont on empruntera la matiere
paroît totalement indifférent . Nous n'avons
à cet égard pas plus à redouter de
l'animal adulte que de l'animal vieux ,
& nous ne ferons pas obligés de puifer
préférablement dans les agneaux le
levain à inférer , de remonter au genre
de vie & de conduite du pere & de la
mere , de faire des recherches fur les
nourrices qui ont allaité , de recourir
enfin à l'exemple des Médecins , au
ferment varioleux des enfans de gens
que le travail , la mifére & l'éloignement
des villes confervent purs &
fains .
Il pourroit n'en être pas abfolument
de même en ce qui concerne les Sujets
à inoculer ; cependant , Monfieur , je
crois qu'il ne feroit pas hors de propos
de tenter d'abord l'infertion für des
moutons de tous les âges : quant au
féxe , le temps auquel les femelles font
OCTOBRE. 1763. 147
pleines , celui où elles nourriffent, peutêtre
auffi celui de la chaleur , font les
feuls qui puiffent vous arrêter ; car nous
fommes encor ici à l'abri des accidens
& des inconvéniens qui pourroient fuivre
l'inoculation pratiquée aux approches
de la premiere éruption des menftrues
ou à la veille de cette évacuation
périodique ordinaire .
La gravité & l'intenfité des fymptômes
du virus variolique ne dérivent
pas moins de l'état & de la difpofition
du fujet qui le contracte , que de la
nature du virus même. Eu égard à l'efpéce
du levain , on n'infére que la matiere
d'une petite vérole benigne &
difcrette ; en ce qui concerne le fang
qui doit la recevoir , on prévient par
des remédes appropriés les défordres
terribles que les miafmes varioleux occafionnent.
On fluidifie , on tempére ,
on délaye , c'est-à-dire , qu'on s'efforce
de parer aux engorgemens , de vaincre
& de furmonter toute difpofition
inflammatoire , d'émouffer une funefte
acrimonie & d'en affoiblir les traits .
Les purgatifs , les délayans unis à des
ftomachiques doux & à des médicamens
incififs précédent dans cette vue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'inoculation des enfans. La faignée ,
des bains domeftiques , des lavemens
émolliens ou fimples , des humectans
des adouciffans donnés après les remédes
dont l'effet eft de vuider & de dégager
les premieres voyes , fuffisent à
la préparation des adultes , furtout fi
le régime prefcrit & fuivi eft d'accord
avec les indications qui déterminent.
C'eſt au furplus au Médecin à connoître
& à confulter attentivement dans cette
occurence comme dans toutes les au
tres , le tempérament des Sujets , puifqu'attendu
la multitude de différences
& même de nuances qui font autant
d'exceptions aux régles générales , il
eft phyfiquement impoffible dans le traitement
des maladies de compter fur
une méthode abfolument invariable.
Mettons à profit , Monfieur , la liberté
& la facilité que l'Art vétérinaire nous
donne de multiplier les expériences. Inoculez
d'abord fans aucune préparation
plufieurs moutons de tous les âges , vous
verrez quelles feront les fuites naturelles
de l'infertion du virus variolique
benin. Pratiquez -la enfuite fur des animaux
difpofés d'après ce que fuggère
une jufte crainte , des effets de la matiére
inférée. Si vous croyez qu'il foit
OCTOBRE. 1763. 149
néceffaire de purger les agneaux , vous
pourrez leur donner la boiffon purgative
fuivante. Prenez féné deux dragmes ,
faites infufer trois heures dans l'eau
bouillante une livre , coulez , prenez enfuite
Rhubarbe contufe , une dragme.
Faites bouillir dans la colature l'efpace
d'une demie heure. Coulez de nouveau
faites diffoudre dans trois ou quatre onces
de colatere , manne deux onces &
demie .
Donnez cette boiffon avec la corne
après avoir tenu l'animal à la diete au
moins l'efpace de quatre heures , foumettez
- le autant de temps à cette même
diette après qu'il l'aura pris.
Quant au régime , multipliez le fon
& l'eau blanche , donnez - lui - en trois
ou quatre fois par jour.
La faignée à la jugulaire conviendra
plutôt aux adultes que dans l'âge qui
précéde & qui fuit celui-ci . Vous pourrez
les préparer enfuite à un breuvage
purgatif par des boiffons blanches dans
lefquelles vous mêlerez une demie once
cryſtal minéral & aufquelles vous
ajouterez un quart d'une décoction de
Plantes émollientes . Quelques jours après
vous leur donnerez avec la corne le
breuvage fuivant.
,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Prenez féné , trois dragmes. Faites
infufer comme ci-deffus , coulez , faites
infufer fur de la cendre chaude dans la
colature pendant la nuit , Aloës fuccotrin
, demie once. Remuez , donnez
tiéde , après avoir foumis l'adulte deux
heures de plus à la diéte prefcrite avant
& après l'adminiftration de ce reméde
qui peut être encore précédée de celle
de quelques lavemens émolliens. Remettez
enfuite l'animal à l'ufage de la
boiffon blanche tempérante pendant
quelques jours. Je croirois encore que
les lotions ou des douches fréquentes
& réitérées avec des éponges imbues
d'une décoction emolliente tiéde , donneroient
à la peau & fur- tout dans les
vieux moutons , une foupleffe qui ne
pourroit que faciliter l'éruption.
Telles font, Monfieur, les précautions
à prendre avant l'opération ; vous jugerez
mieux que moi de leur néceffité
après vos premières épreuves fur les
animaux que vous aurez inoculés nuement
; mais vous prévoyez fans doute
d'avance l'avantage d'une méthode qui
nous rend tellement maîtres de l'enne- .
mi , que nous réglons jufqu'au moment
de fon attaque , & qu'elle ne commence
que lorfque nous fommes fortifiés de
OCTOBRE. 1763 . 151
manière à amortir tous les coups.
Trop de confiance feroit néanmoins
nuifible ; il eft effentiel d'observer les
divers mouvemens que le virus fufcite
& les temps de ces mouvemens .
Apercevrez - vous quelques change
mens fenfibles dès les premiers jours
de l'infertion ?
Ces changemens auront- ils d'abord
lieu vers le quatrième , ou cinquiéme
jour dans les incifions faites aux cuiffes
comme dans les plaies faites aux bras
de l'homme ?
Quels feront - ils ? Y aura- t il inflammation
, douleur ? Remarquerez - vous
une tuméfaction dans les bords ?
Quels feront les autres fignes qui
annonceront le travail du venin inféré ?
Quand fe montreront -ils ? Sera - ce environ
le fixiéme ou le feptiéme jour
comme dans l'inoculation pratiquée fur
le corps humain ? La tête de l'animal
fera-t-elle affectée , pefante & baffe ?
Ses yeux feront - ils obfcurs & ternes ?
Tous ces fymptomes maladifs qui.fixeront
votre attention fubfifteront-ils l'ef
pace de vingt- quatre heures & au-delà ?'
Seront- ils fuivis de la fiévre & fe termineront-
ils lors de l'éruption ?
Dans quel temps cette même éruption
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fe fera-t-elle ? fera- ce dans le commencement
ou fur la fin de la fiévre ? Quelle
fera la force & la durée de la fiévre ellemême
? Quelle fera la durée de l'éruption
? Sera - t - elle entiere comme dans
l'homme au bout de quarante - huit
heures ? Où feront placés les premiers
Boutons ? Avoifineront- ils les incifions ?
Quel fera le fiége des autres ? Le nombre
de ces puftules fera t il confidérable
ou très-petit ? Enfin quel en fera
le caractère & le genre ? Annoncerontils
conftamment un claveau de l'espéce
difcrette , & non confluente ?
La fuppuration de ces mêmes boutons
fera- t-elle tardive ? Commencera - t- elle
trois jours environ après l'éruption ou
plus tard ? Les urines paroîtront - elles
alors plus épaiffes ? Quelle en fera la
couleur ? La chute de l'efcare qui limite
les plaies aura-t-elle précédé de quelques
jours la maturité des puftules &
ces mêmes plaies ouvertes après avoir
donné d'abord une humeur féreufe >
fourniront- elles infenfiblement une matière
plus liée & enfuite une matière
vraiment purulente , & plus ou moins
abondante ? La fuppuration des puftules
'fera-t- elle accompagnée de cette fiévre.
que les Médecins nomment fiévre de
OCTOBRE. 1763. 153
4
fuppuration , ou fiévre fécondaire dans
la petite vérole naturelle , qui eſt ſi
rare dans la petite vérole inoculée ?
La fuppuration terminée , quel fera
l'accroiffement , la couleur , & la forme
des boutons ? fera -ce au feptiéme jour
de l'éruption qu'ils s'affaifferont , qu'ils
fécheront ? tomberont-ils bientôt après ?
Ne laifferont-ils fur la peau aucune trace
ni aucune marque de leur préfence ?
Le flux de la matière purulente rendue
par les incifions , outre- paffera-t- il de
huit jours le defféchement des boutons ?
Le terme de ce flux s'étendra - t- il quelquefois
à un ou plufieurs mois ? Enfin
, Monfieur , pendant le cours de la
maladie , verrez -vous les fymptômes qui
fe montrent dans le claveau confluent ?
Les yeux de l'animal ne feront-ils pas
toujours ouverts , & les nafeaux exempts
de cet écoulement d'une morve épaiffe
tenace , d'une couleur fouvent blanche
& rarement jaune qui , comme j'ai eu
l'honneur de vous le mander , répond
au ptyaliſme de l'homme attaqué d'une
petite vérole maligne & naturelle ?
Le détail de toutes ces obfervations
importantes à faire
renferme en peu
de mots la plupart de celles qui ont
été faites enfuite de l'infertion du virus
•
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
variolique fur le corps humain ? Le tra
vail que je vous propofe peut vous paroître
immenfe , mais je crains fi peud'éffrayer
votre zéle, qu'à ces nouvelles
queftions & à celles qui font contenues
dans ma lettre du 28 Octobre paffé ,
j'en ajouterai d'autres auffi dignes de
votre curiofité.
1º. Vous inoculerez la matière du
claveau difcret fur des moutons nonpréparés
& de tous les âges ; inférez ,
Monfieur , la matière du claveau confluent
fur quelques-uns de ces animaux :
le virus varioleux agira-t- il avec confluence
?
2º. Vous inoculerez la matière d'un
claveau difcret fur des moutons après
les remédes préparatoires ; inférez fur
ces mêmes animaux la matière du claveau
confluent : quel en fera le produit ?
2
3º. Préparez quelques moutons , com .
me fi vous vouliez leur pratiquer l'infertion
expofez - les enfuite au danger
de la communication du claveau
naturel contracteront ils la maladie &
de quel genre fera - t -elle ?
4°. Expofez un mouton guéri après
l'infertion du levain , au milieu de plufieurs
moutons atteints du claveau nazurel
en fera-t-il attaqué lui -même è
-
OCTOBRE. 1763. 155 :
5. L'infertion n'ayant eu aucune pri
fe fur quelques moutons , expofez - les
aux coups du claveau naturel; la com
munication aura- t-elle lieu ?
6°. Ne feroit-il pas poffible de comparer
le nombre des animaux morts du
claveau naturel avec le nombre des animaux
morts du claveau artificiel ? Quel
eft celui qui excéderoit & quelle en
feroit la différence ?
7°. Dans le claveau artificiel la violence
de la maladie fera-t- elle toujours en
raifon de la promptitude avec laquelle la
fiévre fe montrera , & ce fait arrive
t-il dans le claveau naturel ?
8°. Le ferment varioleux du claveau
artificiel agira-t-il comme le ferment varioleux
du claveau naturel ?
Mais ce n'eft point affez , Monfieur
d'avoir preferit le régime & les remédes
qui tendent à la préparation des fujets à
inoculer , & de vous avoir prévenu fur
la marche du venin inféré , je dois encore
vous indiquer les moyens de parer
aux événemens.
Auffi - tôt après l'infertion on n'expoſe
point le malade à l'air ; il fera néanmoins
à popos de tenir quelques moutons dans
la bergerie & d'en laiffer d'autres dehors
pendant le jour & quelques
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
>
pendant le jour & la nuit. Lorfque la
fiévre d'éruption furviendra , vous retrancherez
à l'animal toute autre nourriture
que le fon & l'eau blanche
comme on retranche à l'homme tout
aliment folide & même l'ufage des
bouillons ordinaires. Au moment de
l'éruption , donnez des décoctions de
bayes de geniévre , des infufions de
faffran , ainfi que je l'ai recommandé
lorfque j'ai eu l'honneur de vous répondre
fur le claveau naturel ; & fi elle
fe fait difficilement , donnez de fix en
fix heures deux dragmes de thériaque
dans une corne de vin . Il peut arriver
que les plaies fe defféchent & ne rendent
rien , ou peu de chofe , furtout
auffi-tôt après l'exfiécation des boutons ;
alors augmentez , ou favorifez la fuppuration
en les panfant avec le bafilicum.
Une fuppuration trop copieufe
au contraire ; des chairs furabondantes
& molaffes demanderoient que le panfement
fut fait avec de l'onguent bafilicum
chargé d'alum calciné ou de précipité
rouge comme une fuppuration
trop longue exigeroit un panfement à
fec avec la fimple charpie & quelques,
boiffons apéritives , les racines de bardane,
de chicorée amère, de chiendent,
La
OCTOBRE. 1763 . 157
de fraifier feront employées à cet effet.
Enfin , réglez les alimens , d'après
les temps & les fymptômes. L'éruption
& la fiévre étant terminées , la diette
peut être moins févére . Elle doit l'être
encore moins l'orfqu'on apperçoit la
maturité des puftules , & vous pouvez
enfuite augmenter encore infenfiblement
la nourriture jufqu'à leur deffément.
Alors vous purgerez le Mouton
en lui donnant une ou deux fois , les
breuvages purgatifs , écrits ci- deffus ,
& en ajoutant à la colature de ces
mêmes breuvages , une dragme & demi
de nitre purifié. Voilà la manière d'achever
& de perfectionner la cure.
Quant à la faifon la plus favorable à
l'opération que nous méditons , celle
du Printems & de l'Automne ont paru
aux yeux des Médecins mériter la préférence.
D'une part les chaleurs doivent
occafionner une effervefcence confidérable
dans les humeurs ; de l'autre le
froid doit crifper & tendre les fibres cu- .
tanées , s'oppofer par conféquent à la libre
évacuation du venin & en occafionner
le rejet de la circonférence au
centre. C'eft cependant à vous , Mon-
Heur , à tenter l'infertion dans tous ces
temps différens, & peut -être verrez- vous
158 MERCURE DE FRANCE .
que dans l'été le claveau eft ordinairement
confluent , & que dans l'hyver le
froid peut rendre fes ravages confidérables
.
II faut au furplus que toutes vos expériences
foient faites avec une extrême
prudence & qu'on ne puiffe pas vous
reprocher d'avoir répandu au loin la
contagion. Le lieu où vous opérerez
doit donc être à l'abri de toute communication
, & les Moutons que vous
aurez traités ne rejoindront le troupeau
que lorsqu'on jugera qu'ils ne peuvent
y porter des corpufcules varioleux ,
capables de l'infecter entiérement.
J'attendrai , Monfieur , quelque chofe
de plus pofitif que ce que vous me
faites l'honneur de me mander fur mes
anciennes queftions pour en tirer des
conféquences. Les Payfans de cette Province
prétendent , comme ceux de la
vôtre , qu'un Mouton échappé du claveau
en eft exempt à jamais ; du refte
un feul fait d'une petite vérole furvenue
à un berger chargé de garder un
troupeau atteint du mal dont il s'agit ,
ne conclud rien à l'égard des plantes
fubftituées à la ferpentaire de Virginie
& à la racine de Contrayerva , je m'en
rapporte. Il n'en est pas de même de
OCTOBRE . 1763. 159
l'idée que l'on a eue de l'effet du vinaigre.
Si la graiffe du Mouton eft plus
difpofée à fe figer que celles des autres
c'eft animaux fans doute parce que
les cellules qui la contiennent font plus
petites & non par rapport à aucune
autre caufe ; les acides vitrioliques & les
acides nitraux peuvent figer les huiles
& non l'acide végétal qui d'ailleurs ne
produit point dans le fang des animaux
vivans ce qu'on attribue à fon mêlange
avec ce même fang expofé à un
feu médiocre.
J'efpére , Monfieur , que toutes ces
inftructions vous mettront à portée de
m'inftruire à votre tour , & vous ne
trouverez pas en moi moins de docilité ,
d'attachement & de reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être & c.
BOREL du 3 Mars 1763 .
L'OBJET qui nous occupe l'un & l'autre
, Monfieur , est très important par
lui -même ; il devient , ce me femble
encore plus intéreffant par les circonftances.
Les tentatives que vous vous
propofez de faire fur les moutons peuvent
en effet introduire & mettre en vigueur
dans le Beauvoifis la pratique
d'une opération auffi fameufe par les
fuccès dont elle a été fuivie , que par
les difputes qu'elle a excitées ; quel que
foit en ce cas , le réfultat de vos expériences
fur les animaux , vous aurez l'avantage
d'avoir produit une heureufe
révolution dans votre Province en
l'éclairant fur les moyens d'affranchir
les peuples des ravages d'une maladie
qu'on doit regarder avec raifon comme
un des plus redoutables fléaux de l'humanité.
,
L'Inoculation du virus variolique a
eu lieu de plufieurs manières .
142 MERCURE DE FRANCE.
Les uns ont introduit dans le nez un
bourdonnet de charpie ou de coton
imbu d'une matière purulente tirée récemment
des boutons d'une petite vérole
difcrette , ou foupoudré des croutes
de ces mêmes boutons. Je ne fçais fi
ce procédé a produit des effets fâcheux ,
mais il paroît en général que l'on redoute
le danger qui pourroit naître dèslors
d'une action trop immédiate &
trop prompte fur le cerveau.
Les autres après avoir enlevé l'épiderme
par l'application des vefficatoires
ou par la voye d'un frottement très -fort
ont réitéré enfuite des onctions fur la
peau avec le pus varioleux .
Plufieurs ont porté ce levain directement
dans le fang après quelques légéres
bleffures qu'ils ont pratiquées avec
un inftrument quelconque , & ayant
ainfi foumis cette portioncule ou une
goute virulente à la circulation , ont
bien-tôt infecté la maffe .
Le moyen d'infertion le plus en uſage
eft celui des fils préparés. On attend
que les boutons foient parvenus à maturité
, c'eft-à-dire , qu'ils ayent acquis une
couleur de blanc jaunâtre. On les perce
avec une groffe épingle , d'autres les
ouvrent avec une lancette . Les premiers
OCTOBRE. 1763 . 143
prennent un gros fil de charpie de la
longeur d'un pouce qu'ils imbibent de
pus en le roulant plufieurs fois avec
foin dans diverfes puftules . Les feconds
fe contentent de traîner un gros fil à
coudre dans une feule de ces mêmes
puftules. Les uns & les autres confervent
ces fils dans des vafes de verre &
atteftent que telle eft l'énergie du virus,
des fils ainfi récelés & gardés quatre
mois , fix mois & même plus longtemps
ont une force & une efficacité
égale à celles d'une matière variolique
plus fraîchement extraite.
que
Pour folliciter cette vertu & ce pouvoir
contagieux , faites , Monfieur , à la partie
interne de chaque cuiffe du mouton une
petite incifion femblable à celle que
l'on pratique en pareil cas dans la partie
externe & moyenne des bras de l'homme.
Cette incifion longitudinale doit
être de la longueur d'un pouce , fa profondeur
d'une ligne environ , de façon
que l'incifion pénétre ce qu'on nomme
le derme & fe borne au tiffu cellulaire
qui eft au-deffous , afin de ne pas exciter
une inflammation trop confidérable,
d'éviter une fuppuration trop abondante
& de ne pas donner lieu à une
plaie rebelle & qu'on ne pourroit fer144
MERCURE DE FRANCE :
mer que très- difficilement. Inférez dans,
ces mêmes parties incifées & dans toute
la longueur de l'incifion un des fils infectés
, couvrez le tout d'un léger plumaceau
d'étoupe fur lequel vous placerez
un emplâtre de diapalme & maintenez
par une compreffe & une bande. On
léve l'appareil mis fur l'homme ordinairement
quarante - huit heures après qu'il
a été placé , & tout le panfement des
plaies confifte le plus fouvent dans
l'application d'un digeftif fimple ou de
l'empâtre diachilon . Si les fils ont été
dérangés , fi on les yoit hors des incifions
faites on y en infére de nouveaux
, & fi ces incifions font fermées ,
on en pratique de nouvelles. Toutes ces
'opérations doivent être les mêmes fur
les moutons .
,
Le choix de la matière qui eſt le
produit du claveau eft un point fans
doute moins épineux que le choix de
la matière fournie par la petite vérole
'humaine ; il faut d'abord être attentif à
ne prendre que celle d'un claveau dif
cret & de bonne qualité , & non l'humeur
fanieufe , noirâtre & gangréneufe
d'un claveau confluent & de mauvais
genre. Il eft encore bon de préférer le
pus d'un mouton conftamment fain &
vigoureux
OCTOBRE. 1763. 145
vigoureux avant d'avoir été attaqué par
le claveau à celui d'un mouton qui auroit
auparavant langui & éprouvé diverfes
maladies . Cette derniere confidération
eft à la vérité moins effentielle
que lorsqu'il s'agit de l'inoculation de
l'homme ; car le danger d'une complication
funefte ne fçauroit être auffi grand
dans la communication du levain varioleux
de l'animal. Il eft à préfumer en
effet , qu'exempt des paffions qui affectent
vivement notre âme ; accoutumé
à des alimens fains qu'un art meurtrier
ne change point en poifon , libre
de toute contention & de tout effort
d'efprit , éloigné de toutes débauches
& des excès en tous genres auxquels
nous nous livrons , il n'a contracté ni
pu apporter en naiffant le germe d'une
multitude de virus connus ou inconnus
qui dégradent & fappent infenfifiblement
& fourdement notre machine
; ainfi les ennemis ou les antagoniftes
de l'inoculation ne fauroient voir
dans notre opération les rifques cruels
de la tranfmiffion fimultanée de deux
ou de plufieurs maux , dont le premier
toujours apparent eſt toujours benin ;
mais dont l'autre caché peut avoir felon
eux d'étranges fuites , foit que ce levain
I. Vol G
146 MERCURE DE FRANCE .
caché rencontre dans l'homme qui en
fouffre la mortelle impreffion , un au
tre virus avec lequel il ait quelque af
finité , foit auffi qu'il en résulte un alliage
de deux fermens qui ne puiffent
compatir .
C'eſt à raifon de l'abfence de toutes
ces caufes de perverfion que l'age du
mouton dont on empruntera la matiere
paroît totalement indifférent . Nous n'avons
à cet égard pas plus à redouter de
l'animal adulte que de l'animal vieux ,
& nous ne ferons pas obligés de puifer
préférablement dans les agneaux le
levain à inférer , de remonter au genre
de vie & de conduite du pere & de la
mere , de faire des recherches fur les
nourrices qui ont allaité , de recourir
enfin à l'exemple des Médecins , au
ferment varioleux des enfans de gens
que le travail , la mifére & l'éloignement
des villes confervent purs &
fains .
Il pourroit n'en être pas abfolument
de même en ce qui concerne les Sujets
à inoculer ; cependant , Monfieur , je
crois qu'il ne feroit pas hors de propos
de tenter d'abord l'infertion für des
moutons de tous les âges : quant au
féxe , le temps auquel les femelles font
OCTOBRE. 1763. 147
pleines , celui où elles nourriffent, peutêtre
auffi celui de la chaleur , font les
feuls qui puiffent vous arrêter ; car nous
fommes encor ici à l'abri des accidens
& des inconvéniens qui pourroient fuivre
l'inoculation pratiquée aux approches
de la premiere éruption des menftrues
ou à la veille de cette évacuation
périodique ordinaire .
La gravité & l'intenfité des fymptômes
du virus variolique ne dérivent
pas moins de l'état & de la difpofition
du fujet qui le contracte , que de la
nature du virus même. Eu égard à l'efpéce
du levain , on n'infére que la matiere
d'une petite vérole benigne &
difcrette ; en ce qui concerne le fang
qui doit la recevoir , on prévient par
des remédes appropriés les défordres
terribles que les miafmes varioleux occafionnent.
On fluidifie , on tempére ,
on délaye , c'est-à-dire , qu'on s'efforce
de parer aux engorgemens , de vaincre
& de furmonter toute difpofition
inflammatoire , d'émouffer une funefte
acrimonie & d'en affoiblir les traits .
Les purgatifs , les délayans unis à des
ftomachiques doux & à des médicamens
incififs précédent dans cette vue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
l'inoculation des enfans. La faignée ,
des bains domeftiques , des lavemens
émolliens ou fimples , des humectans
des adouciffans donnés après les remédes
dont l'effet eft de vuider & de dégager
les premieres voyes , fuffisent à
la préparation des adultes , furtout fi
le régime prefcrit & fuivi eft d'accord
avec les indications qui déterminent.
C'eſt au furplus au Médecin à connoître
& à confulter attentivement dans cette
occurence comme dans toutes les au
tres , le tempérament des Sujets , puifqu'attendu
la multitude de différences
& même de nuances qui font autant
d'exceptions aux régles générales , il
eft phyfiquement impoffible dans le traitement
des maladies de compter fur
une méthode abfolument invariable.
Mettons à profit , Monfieur , la liberté
& la facilité que l'Art vétérinaire nous
donne de multiplier les expériences. Inoculez
d'abord fans aucune préparation
plufieurs moutons de tous les âges , vous
verrez quelles feront les fuites naturelles
de l'infertion du virus variolique
benin. Pratiquez -la enfuite fur des animaux
difpofés d'après ce que fuggère
une jufte crainte , des effets de la matiére
inférée. Si vous croyez qu'il foit
OCTOBRE. 1763. 149
néceffaire de purger les agneaux , vous
pourrez leur donner la boiffon purgative
fuivante. Prenez féné deux dragmes ,
faites infufer trois heures dans l'eau
bouillante une livre , coulez , prenez enfuite
Rhubarbe contufe , une dragme.
Faites bouillir dans la colature l'efpace
d'une demie heure. Coulez de nouveau
faites diffoudre dans trois ou quatre onces
de colatere , manne deux onces &
demie .
Donnez cette boiffon avec la corne
après avoir tenu l'animal à la diete au
moins l'efpace de quatre heures , foumettez
- le autant de temps à cette même
diette après qu'il l'aura pris.
Quant au régime , multipliez le fon
& l'eau blanche , donnez - lui - en trois
ou quatre fois par jour.
La faignée à la jugulaire conviendra
plutôt aux adultes que dans l'âge qui
précéde & qui fuit celui-ci . Vous pourrez
les préparer enfuite à un breuvage
purgatif par des boiffons blanches dans
lefquelles vous mêlerez une demie once
cryſtal minéral & aufquelles vous
ajouterez un quart d'une décoction de
Plantes émollientes . Quelques jours après
vous leur donnerez avec la corne le
breuvage fuivant.
,
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
Prenez féné , trois dragmes. Faites
infufer comme ci-deffus , coulez , faites
infufer fur de la cendre chaude dans la
colature pendant la nuit , Aloës fuccotrin
, demie once. Remuez , donnez
tiéde , après avoir foumis l'adulte deux
heures de plus à la diéte prefcrite avant
& après l'adminiftration de ce reméde
qui peut être encore précédée de celle
de quelques lavemens émolliens. Remettez
enfuite l'animal à l'ufage de la
boiffon blanche tempérante pendant
quelques jours. Je croirois encore que
les lotions ou des douches fréquentes
& réitérées avec des éponges imbues
d'une décoction emolliente tiéde , donneroient
à la peau & fur- tout dans les
vieux moutons , une foupleffe qui ne
pourroit que faciliter l'éruption.
Telles font, Monfieur, les précautions
à prendre avant l'opération ; vous jugerez
mieux que moi de leur néceffité
après vos premières épreuves fur les
animaux que vous aurez inoculés nuement
; mais vous prévoyez fans doute
d'avance l'avantage d'une méthode qui
nous rend tellement maîtres de l'enne- .
mi , que nous réglons jufqu'au moment
de fon attaque , & qu'elle ne commence
que lorfque nous fommes fortifiés de
OCTOBRE. 1763 . 151
manière à amortir tous les coups.
Trop de confiance feroit néanmoins
nuifible ; il eft effentiel d'observer les
divers mouvemens que le virus fufcite
& les temps de ces mouvemens .
Apercevrez - vous quelques change
mens fenfibles dès les premiers jours
de l'infertion ?
Ces changemens auront- ils d'abord
lieu vers le quatrième , ou cinquiéme
jour dans les incifions faites aux cuiffes
comme dans les plaies faites aux bras
de l'homme ?
Quels feront - ils ? Y aura- t il inflammation
, douleur ? Remarquerez - vous
une tuméfaction dans les bords ?
Quels feront les autres fignes qui
annonceront le travail du venin inféré ?
Quand fe montreront -ils ? Sera - ce environ
le fixiéme ou le feptiéme jour
comme dans l'inoculation pratiquée fur
le corps humain ? La tête de l'animal
fera-t-elle affectée , pefante & baffe ?
Ses yeux feront - ils obfcurs & ternes ?
Tous ces fymptomes maladifs qui.fixeront
votre attention fubfifteront-ils l'ef
pace de vingt- quatre heures & au-delà ?'
Seront- ils fuivis de la fiévre & fe termineront-
ils lors de l'éruption ?
Dans quel temps cette même éruption
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
fe fera-t-elle ? fera- ce dans le commencement
ou fur la fin de la fiévre ? Quelle
fera la force & la durée de la fiévre ellemême
? Quelle fera la durée de l'éruption
? Sera - t - elle entiere comme dans
l'homme au bout de quarante - huit
heures ? Où feront placés les premiers
Boutons ? Avoifineront- ils les incifions ?
Quel fera le fiége des autres ? Le nombre
de ces puftules fera t il confidérable
ou très-petit ? Enfin quel en fera
le caractère & le genre ? Annoncerontils
conftamment un claveau de l'espéce
difcrette , & non confluente ?
La fuppuration de ces mêmes boutons
fera- t-elle tardive ? Commencera - t- elle
trois jours environ après l'éruption ou
plus tard ? Les urines paroîtront - elles
alors plus épaiffes ? Quelle en fera la
couleur ? La chute de l'efcare qui limite
les plaies aura-t-elle précédé de quelques
jours la maturité des puftules &
ces mêmes plaies ouvertes après avoir
donné d'abord une humeur féreufe >
fourniront- elles infenfiblement une matière
plus liée & enfuite une matière
vraiment purulente , & plus ou moins
abondante ? La fuppuration des puftules
'fera-t- elle accompagnée de cette fiévre.
que les Médecins nomment fiévre de
OCTOBRE. 1763. 153
4
fuppuration , ou fiévre fécondaire dans
la petite vérole naturelle , qui eſt ſi
rare dans la petite vérole inoculée ?
La fuppuration terminée , quel fera
l'accroiffement , la couleur , & la forme
des boutons ? fera -ce au feptiéme jour
de l'éruption qu'ils s'affaifferont , qu'ils
fécheront ? tomberont-ils bientôt après ?
Ne laifferont-ils fur la peau aucune trace
ni aucune marque de leur préfence ?
Le flux de la matière purulente rendue
par les incifions , outre- paffera-t- il de
huit jours le defféchement des boutons ?
Le terme de ce flux s'étendra - t- il quelquefois
à un ou plufieurs mois ? Enfin
, Monfieur , pendant le cours de la
maladie , verrez -vous les fymptômes qui
fe montrent dans le claveau confluent ?
Les yeux de l'animal ne feront-ils pas
toujours ouverts , & les nafeaux exempts
de cet écoulement d'une morve épaiffe
tenace , d'une couleur fouvent blanche
& rarement jaune qui , comme j'ai eu
l'honneur de vous le mander , répond
au ptyaliſme de l'homme attaqué d'une
petite vérole maligne & naturelle ?
Le détail de toutes ces obfervations
importantes à faire
renferme en peu
de mots la plupart de celles qui ont
été faites enfuite de l'infertion du virus
•
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
variolique fur le corps humain ? Le tra
vail que je vous propofe peut vous paroître
immenfe , mais je crains fi peud'éffrayer
votre zéle, qu'à ces nouvelles
queftions & à celles qui font contenues
dans ma lettre du 28 Octobre paffé ,
j'en ajouterai d'autres auffi dignes de
votre curiofité.
1º. Vous inoculerez la matière du
claveau difcret fur des moutons nonpréparés
& de tous les âges ; inférez ,
Monfieur , la matière du claveau confluent
fur quelques-uns de ces animaux :
le virus varioleux agira-t- il avec confluence
?
2º. Vous inoculerez la matière d'un
claveau difcret fur des moutons après
les remédes préparatoires ; inférez fur
ces mêmes animaux la matière du claveau
confluent : quel en fera le produit ?
2
3º. Préparez quelques moutons , com .
me fi vous vouliez leur pratiquer l'infertion
expofez - les enfuite au danger
de la communication du claveau
naturel contracteront ils la maladie &
de quel genre fera - t -elle ?
4°. Expofez un mouton guéri après
l'infertion du levain , au milieu de plufieurs
moutons atteints du claveau nazurel
en fera-t-il attaqué lui -même è
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OCTOBRE. 1763. 155 :
5. L'infertion n'ayant eu aucune pri
fe fur quelques moutons , expofez - les
aux coups du claveau naturel; la com
munication aura- t-elle lieu ?
6°. Ne feroit-il pas poffible de comparer
le nombre des animaux morts du
claveau naturel avec le nombre des animaux
morts du claveau artificiel ? Quel
eft celui qui excéderoit & quelle en
feroit la différence ?
7°. Dans le claveau artificiel la violence
de la maladie fera-t- elle toujours en
raifon de la promptitude avec laquelle la
fiévre fe montrera , & ce fait arrive
t-il dans le claveau naturel ?
8°. Le ferment varioleux du claveau
artificiel agira-t-il comme le ferment varioleux
du claveau naturel ?
Mais ce n'eft point affez , Monfieur
d'avoir preferit le régime & les remédes
qui tendent à la préparation des fujets à
inoculer , & de vous avoir prévenu fur
la marche du venin inféré , je dois encore
vous indiquer les moyens de parer
aux événemens.
Auffi - tôt après l'infertion on n'expoſe
point le malade à l'air ; il fera néanmoins
à popos de tenir quelques moutons dans
la bergerie & d'en laiffer d'autres dehors
pendant le jour & quelques
G vi
156 MERCURE DE FRANCE:
>
pendant le jour & la nuit. Lorfque la
fiévre d'éruption furviendra , vous retrancherez
à l'animal toute autre nourriture
que le fon & l'eau blanche
comme on retranche à l'homme tout
aliment folide & même l'ufage des
bouillons ordinaires. Au moment de
l'éruption , donnez des décoctions de
bayes de geniévre , des infufions de
faffran , ainfi que je l'ai recommandé
lorfque j'ai eu l'honneur de vous répondre
fur le claveau naturel ; & fi elle
fe fait difficilement , donnez de fix en
fix heures deux dragmes de thériaque
dans une corne de vin . Il peut arriver
que les plaies fe defféchent & ne rendent
rien , ou peu de chofe , furtout
auffi-tôt après l'exfiécation des boutons ;
alors augmentez , ou favorifez la fuppuration
en les panfant avec le bafilicum.
Une fuppuration trop copieufe
au contraire ; des chairs furabondantes
& molaffes demanderoient que le panfement
fut fait avec de l'onguent bafilicum
chargé d'alum calciné ou de précipité
rouge comme une fuppuration
trop longue exigeroit un panfement à
fec avec la fimple charpie & quelques,
boiffons apéritives , les racines de bardane,
de chicorée amère, de chiendent,
La
OCTOBRE. 1763 . 157
de fraifier feront employées à cet effet.
Enfin , réglez les alimens , d'après
les temps & les fymptômes. L'éruption
& la fiévre étant terminées , la diette
peut être moins févére . Elle doit l'être
encore moins l'orfqu'on apperçoit la
maturité des puftules , & vous pouvez
enfuite augmenter encore infenfiblement
la nourriture jufqu'à leur deffément.
Alors vous purgerez le Mouton
en lui donnant une ou deux fois , les
breuvages purgatifs , écrits ci- deffus ,
& en ajoutant à la colature de ces
mêmes breuvages , une dragme & demi
de nitre purifié. Voilà la manière d'achever
& de perfectionner la cure.
Quant à la faifon la plus favorable à
l'opération que nous méditons , celle
du Printems & de l'Automne ont paru
aux yeux des Médecins mériter la préférence.
D'une part les chaleurs doivent
occafionner une effervefcence confidérable
dans les humeurs ; de l'autre le
froid doit crifper & tendre les fibres cu- .
tanées , s'oppofer par conféquent à la libre
évacuation du venin & en occafionner
le rejet de la circonférence au
centre. C'eft cependant à vous , Mon-
Heur , à tenter l'infertion dans tous ces
temps différens, & peut -être verrez- vous
158 MERCURE DE FRANCE .
que dans l'été le claveau eft ordinairement
confluent , & que dans l'hyver le
froid peut rendre fes ravages confidérables
.
II faut au furplus que toutes vos expériences
foient faites avec une extrême
prudence & qu'on ne puiffe pas vous
reprocher d'avoir répandu au loin la
contagion. Le lieu où vous opérerez
doit donc être à l'abri de toute communication
, & les Moutons que vous
aurez traités ne rejoindront le troupeau
que lorsqu'on jugera qu'ils ne peuvent
y porter des corpufcules varioleux ,
capables de l'infecter entiérement.
J'attendrai , Monfieur , quelque chofe
de plus pofitif que ce que vous me
faites l'honneur de me mander fur mes
anciennes queftions pour en tirer des
conféquences. Les Payfans de cette Province
prétendent , comme ceux de la
vôtre , qu'un Mouton échappé du claveau
en eft exempt à jamais ; du refte
un feul fait d'une petite vérole furvenue
à un berger chargé de garder un
troupeau atteint du mal dont il s'agit ,
ne conclud rien à l'égard des plantes
fubftituées à la ferpentaire de Virginie
& à la racine de Contrayerva , je m'en
rapporte. Il n'en est pas de même de
OCTOBRE . 1763. 159
l'idée que l'on a eue de l'effet du vinaigre.
Si la graiffe du Mouton eft plus
difpofée à fe figer que celles des autres
c'eft animaux fans doute parce que
les cellules qui la contiennent font plus
petites & non par rapport à aucune
autre caufe ; les acides vitrioliques & les
acides nitraux peuvent figer les huiles
& non l'acide végétal qui d'ailleurs ne
produit point dans le fang des animaux
vivans ce qu'on attribue à fon mêlange
avec ce même fang expofé à un
feu médiocre.
J'efpére , Monfieur , que toutes ces
inftructions vous mettront à portée de
m'inftruire à votre tour , & vous ne
trouverez pas en moi moins de docilité ,
d'attachement & de reconnoiffance.
J'ai l'honneur d'être & c.
Fermer
964
p. 160-173
ABRÉGÉ des propriétés des MIROIRS concaves, des LOUPES à eau & des autres ouvrages qui se fabriquent dans la Manufacture desdits Miroirs concaves & Glaces courbées, établie par Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau est à Paris, rue des Prouvaires, la prèmiere porte à gauche en entrant par la rue Saint-Honoré.
Début :
I°. Des MIROIRS concaves. LES Miroirs concaves sont appellés Miroirs de [...]
Mots clefs :
Miroirs, Rayons, Estampes, Lumière, Concave, Diamètre, Corps, Pouces, Bouquet
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texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ des propriétés des MIROIRS concaves, des LOUPES à eau & des autres ouvrages qui se fabriquent dans la Manufacture desdits Miroirs concaves & Glaces courbées, établie par Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau est à Paris, rue des Prouvaires, la prèmiere porte à gauche en entrant par la rue Saint-Honoré.
ABRÉGÉ des propriétés des MIROIRS
concaves , des LOUPES à eau &
des autres ouvrages qui fe fabriquent
dans la Manufacture defdits Miroirs
concaves & Glaces courbées , établie
par Arrêt du Confeil d'Etat du Roi ,
du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau
eft à Paris rue des Prou-
,
vaires , la prèmiere porte à gauche en
entrant par la rue Saint-Honoré.
L
1º. Des MIROIRS concaves.
ES Miroirs concaves font appellés
Miroirs de Réflection , ou Miroirs de
Catoptrique , parce que tous leurs effets
font produits par les diverfes manières
dont ils réfléchiffent la lumière , & que
la fcience , qui a pour objet la lumière
réfléchie , s'appelle Catoptrique .
Un Miroir concave de cette ManufacOCTOBRE.
1763. 161
ture , eft compofé d'une glace ronde
courbée au feu en portion de fphére
& doucie , & polie , de manière que
la
furface concave & la furface convexe
font exactement deux courbes paralléles ;
d'où il fuit que cette glace a par- tout une
épaiffeur égale , ce qui eft très- important
pour les effets de ces Miroirs : ceux qui
font compofés d'une glace plate pardevant
, & convexe par- derriere , défigu
rent tous les objets qu'on leur préfente ,
La furface convexe eft étamée . Cette glace
eft enfermée dans une bordure de bois
noir , de laquelle fortent , à droite & à
gauche , les extrémités de l'axe du Miroir,
qui font appuyées horizontalement
fur un demi-cercle de cuivre poli , terminé
par un pivot vertical , qui s'enfonce
dans un pied de bois tourné & noirci.
Cette conftruction donne à ces Miroirs
toute la mobilité néceffaire aux expériences
pour lesquelles ils font deſtinés ;
& la beauté de leur monture , les met
en état de figurer dans les cabinets les
plus richement ornés .
La forme fphérique concave qu'ont
ces Miroirs , leur donne la proprieté
de réfléchir eu un petit efpace circu
laire qu'on appelle leur foyer , les
rayons de lumière qui tombent paral-
,
162 MERCURE DE FRANCE.
lèles fur leur furface ; & ce foyer eft un
peu moins éloigné de leur furface , que
le quart du diamètre de la fphère dont
ils font partie : ainfi un de ces Miroirs
étant expofé au foleil incliné , de forte
que fes rayons y tombent perpendiculairement
, ( confidéré comme plan ) ces
rayons feront réfléchis de bas en haut,
& fe réuniront à fon foyer , où cette
réunion produit une chaleur capable
d'enflammer , incinérer , fondre , vitrifier
le corps qu'on expofe à fon
action.
Le foyer des Miroirs , qui n'ont que
neuf ou douze pouces de diamètre , eſt à
dix-huit pouces de diftance du centre du
Miroir en avant. Le foyer des Miroirs
qui ont un plus grand diamètre , eft
plus éloigné de leur centre à proportion
; & dans les petits comme dans les
grands , ce foyer eft toujours tel , qu'il
fait produire au Miroir les plus grands
effets poffibles , felon fa grandeur.
La chaleur du foyer eft toujours proportionnée
à la grandeur du Miroir. Celui
du Roi , fait en cette Manufacture
dont le diamètre eft de 42 pouces ,
fond le fer battu en deux fecondes de
temps ; l'argent y acquiert une telle chaleur
, qu'en tombant dans l'eau , il prend
OCTOBRE. 1763 . 163
la forme d'une toile d'araignée claire ;
les cailloux s'y calcinent & s'y vitrifient
, & c .
M.
Ce Miroir fut préfenté au Roi le 13
Août 1757 , au Château de la Muette,
où il eft refté depuis dans le magnifique
cabinet de Phyfique de S. M. par
Berniere , l'un des quatre Contrôleurs-
Généraux des Ponts & Chauffées de
France qui eft l'Auteur & le Propriétaire
de cette Manufacture.
?
Toutes les fois que l'on veut faire des
expériences de cette efpéce , il faut que
le Miroir foit difpofé parallèlement au
difque du foleil ; alors les rayons fe réuniffent
en en-haut, eu un petit efpace circulaire
, qui eft comme le fommet d'un
cône , dont la furface du Miroir feroit la
bafe. Ainfi ce petit efpace circulaire ,
qui eft le foyer du Miroir , approche
d'autant plus de la ligne verticale , que
le foleil eft plus élevé fur l'horizon ; & ce
foyer eft toujours plus actif à midi , qu'en
toute autre heure de la journée , le foleil
étant bien découvert , & le temps.
fans nuages , ni vapeurs , dans le moment
de l'expérience .
En vous tenant à côté du Miroir
dans une place où les rayons directs du
foleil ne tombent point fur vous , vous
164 MERCURE DE FRANCE.
verrez ce foyer en l'air former une pe
tite pointe rouffe : c'eft en cet endroit
qu'il faut préſenter le corps fur lequel
vous voulez exercer ce foyer ; & pour
que votre Miroir foit fitué comme il
convient, il faut que l'ombre de ce corps
tombe précisément fur le centre du Miroir
; fi cette ombre n'y tombe pas, votre
Miroir eft mal placé , ou mal incliné ,
& vous n'aurez pas tout l'effet dont il
eft capable. Avec un Miroir de 12 pouces
de diamètre , on doit fondre fur le
champ du plomb , de l'étain , du bifmuth
, & c , & enflammer tous les corps
folides inflammables : je dis corps folides
, car ce foyer n'enflamme , ni l'efprit
de vin , ni les autres liqueurs inflammables
, fans interméde.
·
Ainfi la poſition naturelle du foyer
de ces Miroirs , eft de fe porter de bas
en haut mais il eft poffible de le diriger
de haut en- bas ; pour cela , recevez
d'abord les rayons du foleil fur un
Miroir plan , pofé prèfque à plat fur
le plancher. Ce Miroir- plan réfléchira
les rayons de bas en - haut , fous un angle
égal à celui de leur incidence : placez
votre Miroir concave , la furface
inclinée vers la terre , de manière qu'il
reçoive ces rayons réfléchis par le MiOCTOBRE.
1763.
165
roir- plan ; alors votre Miroir concave
donnera un foyer de haut en- bas , que
vous pourrez diriger dans un creufet
évafé , pour l'exercer fur des corps aifés
à fondre , & que vous voudrez pouffer
au-delà de la fufion . Vous pourrez y
calciner de l'antimoine ; y faire bouillir
une petite quantité d'eau ; brûler un peu
de bois , plongé dans l'eau même , & c.
Par le moyen de cette réflection d'un
Miroir-plan , on peut de fort loin introduire
les rayons folaires dans un lieu où
jamais les rayons directs ne pourroient
atteindre , & y former un foyer brûlant.
Placez un Miroir concave debout dans
une chambre du rez-de- chauffée expofée
au Nord , fa glace tournée vers une
cour , ou un jardin. Au fond de cette
cour , ou de ce jardin , fût - ce même à
plus de cent pieds de diftance du Miroir
concave , recevez les rayons du foleil
fur un Miroir-plan , appuyé contre le
dos d'une chaife , & incliné de manière
qu'il réfléchiffe fur le Miroir concave ;
les rayons folaires fe réuniront au foyer
de ce Miroir encore en affez grande
quantité , pour enflammer du bois &
d'autres corps combustibles.
Si l'on place pendant la nuit une groffe
bougie au foyer d'un de ces Miroirs ,
166 MERCURE DE FRANCE.
que ce Miroir foit pofé verticalement ,
ayant fon centre à la hauteur des yeux
d'une perfonne , & que le vent n'agite
point la bougie , à quelque diſtance que
cette perfonne fe recule du Miroir , en
faifant que ces yeux , le centre du Miroir
& fon foyer , foient dans la mêmeligne
, elle verra toute la ſurface du Miroir
en feu , & fi éclatante , qu'elle aura
peine à en foutenir l'impreffion . Cet effet
feroit très-fuprenant , avec un Miroir
d'un grand diamètre , pour quelqu'un
qui fe trouveroit à 500 pas de diftance ,
l'oeil dans cette ligne fans avoir été
prévenu.
La bougie étant ainfi placée , il part
du Miroir une colonne rouffe de lumière
, qu'on peut aifément appercevoir
le long de l'allée du jardin , en ſe tenant
fur le côté. Cette colonne eft compofée
des rayons de lumière que la furface
du Miroir réfléchit , & rend parallèles
entr'eux : qu'on coupe cette colonne
, en interpofant un livre à plus de
cent pieds de diſtance du Miroir , on y
lira d'autant plus aifément , que la nuit
fera plus obfcure .
Les chofes étant en cet état , fi on
fe place derrière le Miroir , on ne fera
point vu ; mais on verra & on reconOCTOBRE.
1763. 167
noîtra toutes les perfonnes qui traverſeront
la colonne de lumière.
Avec deux de ces Miroirs combinés
on a fait à Prague une expérience fort
ingénieufe , qui a été depuis fouvent
repétée. On place au foyer d'un de ces
Miroirs , percé au centre , un gros charbon
, foutenu fur un fupport de fil d'archal
, & qu'on anime avec un foufflet ,
dont le bout s'introduit par le trou qui
eft au cenrre du Miroir ; il part de ce
Miroir une colonne de rayons de feu
qu'on fait tomber fur la furface du fecond
Miroir , placé à vingt ou trente
pieds diſtances du premier. Ce fecond
Miroir réunit ces rayons à fon foyer ,
& il en résulte affez de chaleur pour
fondre des graiffes & de la cire , pour
brûler différens corps , faire partir un
piftolet , & c .
>
Si on place un de ces Miroirs le
dos tourné dans une fenêtre , & qu'on
lui préfente des tableaux , ou des Eftampes
, deffinées en perspective & enluminées
, les lieux repréfentés par ces
tableaux & par ces eftampes , paroîtront
de grandeur naturelle , & avec
une netteté bien fupérieure à celle que
donnent ces optiques communes , compofées
d'une Loupe de verre folide , &
168 MERCURE DE FRANCE.
d'un Miroir - plan incliné : la raiſon en
eft fimple. La lumière fait une double
perte avec ces fortes d'optiques , puifqu'elle
eft réfléchie par un Miroir- plan
& qu'elle traverſe enfuite une loupe d'un
verre épais , & fouvent d'une couleur
foncée ; au lieu que quand on regarde
les mêmes eftampes avec un Miroir concave
, la lumière n'éprouve qu'une feule
réflection.
En préfentant à un des Miroirs de petits
tableaux , ou de petits deffeins , il eft
bien plus aifé d'en remarquer les défauts ,
ou les perfections , qu'en les regardant
directement.
Si l'on ne veut pas prendre la peine de
tenir les eftampes debout devant le Miroir
, ce qui peut fatiguer quand on en a
un grand nombre à voir , on peut les
mettre à plat fur la table où eft le Miroir ,
entre foi & le pied du Miroir , le bas de
l'eftampe tourné du côté du Miroir ; on
fait en forte que le foleil tombe fur les eftampes
; on incline le Miroir vers elles
un peu moins de quarante- cinq degrés ,
& on l'éleve par fon pivot , de manière
que du centre du Miroir fur les eftampes ,
la diſtance foit de la longueur de fon
foyer ; alors , en appuyant les coudes fur
la table , & regardant dans le Miroir , les
eftampes
OCTOBRE . 1763 . 169
eftampes y feront le même effet , que fi
on les tenoit devant lui verticalement.
Remarquez bien que la pofition la plus
avantageufe
du Miroir , eft celle dans laquelle
il tombe fur la glace le moins de
lumière qu'il eft poffible ; & qu'il faut
au contraire que les objets qu'on lui préfente
, comme les eftampes qu'on veut
y voir , foient parfaitement
éclairées , &
même par le foleil , autant que faire ſe
peut ; alors on voit les lieux que repréfentent
ces eftampes , comme fi on étcit
dans ces lieux mêmes ; les ombres y deviennent
naturelles , & tout paroît dans
fa grandeur & dans fa pofition propres.
Il faut feulement , felon la difpofition
de
fa vue , avancer , ou reculer l'eftampe
du Miroir plus ou moins , jufqu'à ce
qu'on en voie l'effet le plus grand , & en
même temps le plus net.
Si yous placez ce Miroir dans le fond
d'une Salle , en face d'un beau point de
vue , varié par des maifons , des arbres
des eaux , & autres objets agréables qui
foient dans le moment éclairés par le foleil
, & que vous préfentiez , à - peu- près
au foyer de ce Miroir , un carton blanc ,
de moitié moins large que fon diamètre
& tenu verticalement entre ces objets &
le Miroir , vous verrez ce point de vue
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
ces arbres , ces maifons , fe peindre dans
un fens renverfé fur ce carton avec leurs
couleurs propres : s'il paffe une perſonne
éclairée par le foleil à vingt-cinq ou trente
pieds du Miroir , vous verrez fon image
en petit & avec fes couleurs , paffer en
fens contrairefous votre carton , & la tête
en en-bas.
Si vous pofez ce Miroir verticalement
fur quelque chofe qui l'éléve affez , pour
que le centre de fa glace foit à la hauteur
de vos yeux , qu'il ait le dos tourné au
grand jour , & que vous vous teniez debout
à la diftance de fon foyer feulement,
qui eft , comme on l'a dit , à dix - huit
pouces de fon centre pour les Miroirs de
neuf à douze pouces de diamètre , vous
vous y verrez prodigieufement groffi , &
la tête en en-haut. Si vous reculez à-peuprès
au double de fon foyer , c'est - à -dire ,
a trois pieds du centre du Miroir , vous
vous y verrez de groffeur naturelle , mais
la tête en en- bas ; & en avançant doucement
votre tête vers le Miroir , vous bai-
Jerez votre image qui fortira du Miroir ,
& s'approchera de vous comme vous vous
approcherez d'elle . Si vous reculez encore
d'environ deux pieds pour qu'en allongeant
le bras vers le Miroir à la hauteur
de vos yeux , votre main fe trouve à trois
OCTOBRE. 1763. 171
pieds , à-peu - près du centre du Miroir ,
vous verrez en l'air & en dehors , entre
le Miroir & vous , l'image de votre
main venir au - devant de vous , &
en remuant les doigts , votre main femblera
toucher cette image & en être
touchée , comme fi une autre main prenoit
la vôtre , ainfi comme font ordinairement
deux amis qui fe rencontrent
. Enfin fi vous reculez encore d'environ
un pied , & que tenant votre épée
nue à la main , vous en dirigiez la pointe
vers le centre du Miroir , comme en
vifant vers les yeux de votre image, vous
verrez la pointe de votre épée fortir du
miroir & revenir vers vous, comme fi une
autre perfonne fe battoit contre vous.
Si vous fendez un peu par un bout un
bâton de trois à quatre pieds de longueur,
que vous paffiez dans cette fente
la queue d'un bouquet , & qu'étant
placé comme ci- devant , vous préfentiez
au Miroir ce bâton par le bout où
eft le bouquet , en le dirigeant horizontalement
comme l'épée ; mais en obfervant
de préfenter le bouquet renverfé
, & le tenant éloigné du Miroir
du double de fon foyer , c'est-à - dire ,
de trois pieds du centre , fi c'eft un
Miroir de neuf, & de douze pouces de
Hij
173 MERCURE DE FRANCE.
diamètre ; vous verrez en l'air fon ima
ge les fleurs en en-haut , & plufieurs
perfonnes étant à côté de vous les verront
auffi .
Vous pouvez auffi fufpendre ce bouquet
renversé derrière un carton noir
placé debout devant le Miroir , à la diftance
du double de fon foyer , & qui
ne s'éléve que jufqu'à la moitié de fa
hauteur , en forte qu'on puiffe aiſément
regarder pardeffus dans ce Miroir ; alors
on ne verra pas le bouquet réel , & cependant
on appercevra fon image en
l'air au-deffus de ce carton , en place
duquel même on peut mettre toute autre
chofe qui aura moins l'air d'avoir
été mife exprès,
Avec un peu d'intelligence & d'adreffe
, on peut varier cet effet de bien
des manières , & le rendre très - furprenant
: on peut , par exemple , la nuit
dans une chambre , dans laquelle on ne
verra aucunes lumières , faire voir fur
une table un chat, un chien , un oiſeau ,
un petit enfant même , couchés fur le
côté, & ce que l'on verra ne fera qu'une
image fantaſtique , qui fera d'autant
mieux illufion qu'elle aura tous les mouvemens
animés que fe donnera l'objet
réel qu'on ne verra pas
OCTOBRE. 1763 . 173
Il y a un grand nombre d'autres expériences
curieufes à faire avec ces Miroirs
concaves , & dont le détail feroit
d'une trop grande étendue pour un fimple
extrait comme celui -ci . Je finirai , en
difant que la propriété qu'ils ont de
groffir prodigieufemnt , les rend fort
commodes aux hommes pour ſe rafer
& pour fe nettoyer les dents ; & aux
Dames pour placer leur rouge & en affoiblir
les extrémités graduellement , de
manière à imiter mieux la belle nature,
qu'il eft fait pour fuppléer.
Le refle au Mercure prochain.
concaves , des LOUPES à eau &
des autres ouvrages qui fe fabriquent
dans la Manufacture defdits Miroirs
concaves & Glaces courbées , établie
par Arrêt du Confeil d'Etat du Roi ,
du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau
eft à Paris rue des Prou-
,
vaires , la prèmiere porte à gauche en
entrant par la rue Saint-Honoré.
L
1º. Des MIROIRS concaves.
ES Miroirs concaves font appellés
Miroirs de Réflection , ou Miroirs de
Catoptrique , parce que tous leurs effets
font produits par les diverfes manières
dont ils réfléchiffent la lumière , & que
la fcience , qui a pour objet la lumière
réfléchie , s'appelle Catoptrique .
Un Miroir concave de cette ManufacOCTOBRE.
1763. 161
ture , eft compofé d'une glace ronde
courbée au feu en portion de fphére
& doucie , & polie , de manière que
la
furface concave & la furface convexe
font exactement deux courbes paralléles ;
d'où il fuit que cette glace a par- tout une
épaiffeur égale , ce qui eft très- important
pour les effets de ces Miroirs : ceux qui
font compofés d'une glace plate pardevant
, & convexe par- derriere , défigu
rent tous les objets qu'on leur préfente ,
La furface convexe eft étamée . Cette glace
eft enfermée dans une bordure de bois
noir , de laquelle fortent , à droite & à
gauche , les extrémités de l'axe du Miroir,
qui font appuyées horizontalement
fur un demi-cercle de cuivre poli , terminé
par un pivot vertical , qui s'enfonce
dans un pied de bois tourné & noirci.
Cette conftruction donne à ces Miroirs
toute la mobilité néceffaire aux expériences
pour lesquelles ils font deſtinés ;
& la beauté de leur monture , les met
en état de figurer dans les cabinets les
plus richement ornés .
La forme fphérique concave qu'ont
ces Miroirs , leur donne la proprieté
de réfléchir eu un petit efpace circu
laire qu'on appelle leur foyer , les
rayons de lumière qui tombent paral-
,
162 MERCURE DE FRANCE.
lèles fur leur furface ; & ce foyer eft un
peu moins éloigné de leur furface , que
le quart du diamètre de la fphère dont
ils font partie : ainfi un de ces Miroirs
étant expofé au foleil incliné , de forte
que fes rayons y tombent perpendiculairement
, ( confidéré comme plan ) ces
rayons feront réfléchis de bas en haut,
& fe réuniront à fon foyer , où cette
réunion produit une chaleur capable
d'enflammer , incinérer , fondre , vitrifier
le corps qu'on expofe à fon
action.
Le foyer des Miroirs , qui n'ont que
neuf ou douze pouces de diamètre , eſt à
dix-huit pouces de diftance du centre du
Miroir en avant. Le foyer des Miroirs
qui ont un plus grand diamètre , eft
plus éloigné de leur centre à proportion
; & dans les petits comme dans les
grands , ce foyer eft toujours tel , qu'il
fait produire au Miroir les plus grands
effets poffibles , felon fa grandeur.
La chaleur du foyer eft toujours proportionnée
à la grandeur du Miroir. Celui
du Roi , fait en cette Manufacture
dont le diamètre eft de 42 pouces ,
fond le fer battu en deux fecondes de
temps ; l'argent y acquiert une telle chaleur
, qu'en tombant dans l'eau , il prend
OCTOBRE. 1763 . 163
la forme d'une toile d'araignée claire ;
les cailloux s'y calcinent & s'y vitrifient
, & c .
M.
Ce Miroir fut préfenté au Roi le 13
Août 1757 , au Château de la Muette,
où il eft refté depuis dans le magnifique
cabinet de Phyfique de S. M. par
Berniere , l'un des quatre Contrôleurs-
Généraux des Ponts & Chauffées de
France qui eft l'Auteur & le Propriétaire
de cette Manufacture.
?
Toutes les fois que l'on veut faire des
expériences de cette efpéce , il faut que
le Miroir foit difpofé parallèlement au
difque du foleil ; alors les rayons fe réuniffent
en en-haut, eu un petit efpace circulaire
, qui eft comme le fommet d'un
cône , dont la furface du Miroir feroit la
bafe. Ainfi ce petit efpace circulaire ,
qui eft le foyer du Miroir , approche
d'autant plus de la ligne verticale , que
le foleil eft plus élevé fur l'horizon ; & ce
foyer eft toujours plus actif à midi , qu'en
toute autre heure de la journée , le foleil
étant bien découvert , & le temps.
fans nuages , ni vapeurs , dans le moment
de l'expérience .
En vous tenant à côté du Miroir
dans une place où les rayons directs du
foleil ne tombent point fur vous , vous
164 MERCURE DE FRANCE.
verrez ce foyer en l'air former une pe
tite pointe rouffe : c'eft en cet endroit
qu'il faut préſenter le corps fur lequel
vous voulez exercer ce foyer ; & pour
que votre Miroir foit fitué comme il
convient, il faut que l'ombre de ce corps
tombe précisément fur le centre du Miroir
; fi cette ombre n'y tombe pas, votre
Miroir eft mal placé , ou mal incliné ,
& vous n'aurez pas tout l'effet dont il
eft capable. Avec un Miroir de 12 pouces
de diamètre , on doit fondre fur le
champ du plomb , de l'étain , du bifmuth
, & c , & enflammer tous les corps
folides inflammables : je dis corps folides
, car ce foyer n'enflamme , ni l'efprit
de vin , ni les autres liqueurs inflammables
, fans interméde.
·
Ainfi la poſition naturelle du foyer
de ces Miroirs , eft de fe porter de bas
en haut mais il eft poffible de le diriger
de haut en- bas ; pour cela , recevez
d'abord les rayons du foleil fur un
Miroir plan , pofé prèfque à plat fur
le plancher. Ce Miroir- plan réfléchira
les rayons de bas en - haut , fous un angle
égal à celui de leur incidence : placez
votre Miroir concave , la furface
inclinée vers la terre , de manière qu'il
reçoive ces rayons réfléchis par le MiOCTOBRE.
1763.
165
roir- plan ; alors votre Miroir concave
donnera un foyer de haut en- bas , que
vous pourrez diriger dans un creufet
évafé , pour l'exercer fur des corps aifés
à fondre , & que vous voudrez pouffer
au-delà de la fufion . Vous pourrez y
calciner de l'antimoine ; y faire bouillir
une petite quantité d'eau ; brûler un peu
de bois , plongé dans l'eau même , & c.
Par le moyen de cette réflection d'un
Miroir-plan , on peut de fort loin introduire
les rayons folaires dans un lieu où
jamais les rayons directs ne pourroient
atteindre , & y former un foyer brûlant.
Placez un Miroir concave debout dans
une chambre du rez-de- chauffée expofée
au Nord , fa glace tournée vers une
cour , ou un jardin. Au fond de cette
cour , ou de ce jardin , fût - ce même à
plus de cent pieds de diftance du Miroir
concave , recevez les rayons du foleil
fur un Miroir-plan , appuyé contre le
dos d'une chaife , & incliné de manière
qu'il réfléchiffe fur le Miroir concave ;
les rayons folaires fe réuniront au foyer
de ce Miroir encore en affez grande
quantité , pour enflammer du bois &
d'autres corps combustibles.
Si l'on place pendant la nuit une groffe
bougie au foyer d'un de ces Miroirs ,
166 MERCURE DE FRANCE.
que ce Miroir foit pofé verticalement ,
ayant fon centre à la hauteur des yeux
d'une perfonne , & que le vent n'agite
point la bougie , à quelque diſtance que
cette perfonne fe recule du Miroir , en
faifant que ces yeux , le centre du Miroir
& fon foyer , foient dans la mêmeligne
, elle verra toute la ſurface du Miroir
en feu , & fi éclatante , qu'elle aura
peine à en foutenir l'impreffion . Cet effet
feroit très-fuprenant , avec un Miroir
d'un grand diamètre , pour quelqu'un
qui fe trouveroit à 500 pas de diftance ,
l'oeil dans cette ligne fans avoir été
prévenu.
La bougie étant ainfi placée , il part
du Miroir une colonne rouffe de lumière
, qu'on peut aifément appercevoir
le long de l'allée du jardin , en ſe tenant
fur le côté. Cette colonne eft compofée
des rayons de lumière que la furface
du Miroir réfléchit , & rend parallèles
entr'eux : qu'on coupe cette colonne
, en interpofant un livre à plus de
cent pieds de diſtance du Miroir , on y
lira d'autant plus aifément , que la nuit
fera plus obfcure .
Les chofes étant en cet état , fi on
fe place derrière le Miroir , on ne fera
point vu ; mais on verra & on reconOCTOBRE.
1763. 167
noîtra toutes les perfonnes qui traverſeront
la colonne de lumière.
Avec deux de ces Miroirs combinés
on a fait à Prague une expérience fort
ingénieufe , qui a été depuis fouvent
repétée. On place au foyer d'un de ces
Miroirs , percé au centre , un gros charbon
, foutenu fur un fupport de fil d'archal
, & qu'on anime avec un foufflet ,
dont le bout s'introduit par le trou qui
eft au cenrre du Miroir ; il part de ce
Miroir une colonne de rayons de feu
qu'on fait tomber fur la furface du fecond
Miroir , placé à vingt ou trente
pieds diſtances du premier. Ce fecond
Miroir réunit ces rayons à fon foyer ,
& il en résulte affez de chaleur pour
fondre des graiffes & de la cire , pour
brûler différens corps , faire partir un
piftolet , & c .
>
Si on place un de ces Miroirs le
dos tourné dans une fenêtre , & qu'on
lui préfente des tableaux , ou des Eftampes
, deffinées en perspective & enluminées
, les lieux repréfentés par ces
tableaux & par ces eftampes , paroîtront
de grandeur naturelle , & avec
une netteté bien fupérieure à celle que
donnent ces optiques communes , compofées
d'une Loupe de verre folide , &
168 MERCURE DE FRANCE.
d'un Miroir - plan incliné : la raiſon en
eft fimple. La lumière fait une double
perte avec ces fortes d'optiques , puifqu'elle
eft réfléchie par un Miroir- plan
& qu'elle traverſe enfuite une loupe d'un
verre épais , & fouvent d'une couleur
foncée ; au lieu que quand on regarde
les mêmes eftampes avec un Miroir concave
, la lumière n'éprouve qu'une feule
réflection.
En préfentant à un des Miroirs de petits
tableaux , ou de petits deffeins , il eft
bien plus aifé d'en remarquer les défauts ,
ou les perfections , qu'en les regardant
directement.
Si l'on ne veut pas prendre la peine de
tenir les eftampes debout devant le Miroir
, ce qui peut fatiguer quand on en a
un grand nombre à voir , on peut les
mettre à plat fur la table où eft le Miroir ,
entre foi & le pied du Miroir , le bas de
l'eftampe tourné du côté du Miroir ; on
fait en forte que le foleil tombe fur les eftampes
; on incline le Miroir vers elles
un peu moins de quarante- cinq degrés ,
& on l'éleve par fon pivot , de manière
que du centre du Miroir fur les eftampes ,
la diſtance foit de la longueur de fon
foyer ; alors , en appuyant les coudes fur
la table , & regardant dans le Miroir , les
eftampes
OCTOBRE . 1763 . 169
eftampes y feront le même effet , que fi
on les tenoit devant lui verticalement.
Remarquez bien que la pofition la plus
avantageufe
du Miroir , eft celle dans laquelle
il tombe fur la glace le moins de
lumière qu'il eft poffible ; & qu'il faut
au contraire que les objets qu'on lui préfente
, comme les eftampes qu'on veut
y voir , foient parfaitement
éclairées , &
même par le foleil , autant que faire ſe
peut ; alors on voit les lieux que repréfentent
ces eftampes , comme fi on étcit
dans ces lieux mêmes ; les ombres y deviennent
naturelles , & tout paroît dans
fa grandeur & dans fa pofition propres.
Il faut feulement , felon la difpofition
de
fa vue , avancer , ou reculer l'eftampe
du Miroir plus ou moins , jufqu'à ce
qu'on en voie l'effet le plus grand , & en
même temps le plus net.
Si yous placez ce Miroir dans le fond
d'une Salle , en face d'un beau point de
vue , varié par des maifons , des arbres
des eaux , & autres objets agréables qui
foient dans le moment éclairés par le foleil
, & que vous préfentiez , à - peu- près
au foyer de ce Miroir , un carton blanc ,
de moitié moins large que fon diamètre
& tenu verticalement entre ces objets &
le Miroir , vous verrez ce point de vue
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
ces arbres , ces maifons , fe peindre dans
un fens renverfé fur ce carton avec leurs
couleurs propres : s'il paffe une perſonne
éclairée par le foleil à vingt-cinq ou trente
pieds du Miroir , vous verrez fon image
en petit & avec fes couleurs , paffer en
fens contrairefous votre carton , & la tête
en en-bas.
Si vous pofez ce Miroir verticalement
fur quelque chofe qui l'éléve affez , pour
que le centre de fa glace foit à la hauteur
de vos yeux , qu'il ait le dos tourné au
grand jour , & que vous vous teniez debout
à la diftance de fon foyer feulement,
qui eft , comme on l'a dit , à dix - huit
pouces de fon centre pour les Miroirs de
neuf à douze pouces de diamètre , vous
vous y verrez prodigieufement groffi , &
la tête en en-haut. Si vous reculez à-peuprès
au double de fon foyer , c'est - à -dire ,
a trois pieds du centre du Miroir , vous
vous y verrez de groffeur naturelle , mais
la tête en en- bas ; & en avançant doucement
votre tête vers le Miroir , vous bai-
Jerez votre image qui fortira du Miroir ,
& s'approchera de vous comme vous vous
approcherez d'elle . Si vous reculez encore
d'environ deux pieds pour qu'en allongeant
le bras vers le Miroir à la hauteur
de vos yeux , votre main fe trouve à trois
OCTOBRE. 1763. 171
pieds , à-peu - près du centre du Miroir ,
vous verrez en l'air & en dehors , entre
le Miroir & vous , l'image de votre
main venir au - devant de vous , &
en remuant les doigts , votre main femblera
toucher cette image & en être
touchée , comme fi une autre main prenoit
la vôtre , ainfi comme font ordinairement
deux amis qui fe rencontrent
. Enfin fi vous reculez encore d'environ
un pied , & que tenant votre épée
nue à la main , vous en dirigiez la pointe
vers le centre du Miroir , comme en
vifant vers les yeux de votre image, vous
verrez la pointe de votre épée fortir du
miroir & revenir vers vous, comme fi une
autre perfonne fe battoit contre vous.
Si vous fendez un peu par un bout un
bâton de trois à quatre pieds de longueur,
que vous paffiez dans cette fente
la queue d'un bouquet , & qu'étant
placé comme ci- devant , vous préfentiez
au Miroir ce bâton par le bout où
eft le bouquet , en le dirigeant horizontalement
comme l'épée ; mais en obfervant
de préfenter le bouquet renverfé
, & le tenant éloigné du Miroir
du double de fon foyer , c'est-à - dire ,
de trois pieds du centre , fi c'eft un
Miroir de neuf, & de douze pouces de
Hij
173 MERCURE DE FRANCE.
diamètre ; vous verrez en l'air fon ima
ge les fleurs en en-haut , & plufieurs
perfonnes étant à côté de vous les verront
auffi .
Vous pouvez auffi fufpendre ce bouquet
renversé derrière un carton noir
placé debout devant le Miroir , à la diftance
du double de fon foyer , & qui
ne s'éléve que jufqu'à la moitié de fa
hauteur , en forte qu'on puiffe aiſément
regarder pardeffus dans ce Miroir ; alors
on ne verra pas le bouquet réel , & cependant
on appercevra fon image en
l'air au-deffus de ce carton , en place
duquel même on peut mettre toute autre
chofe qui aura moins l'air d'avoir
été mife exprès,
Avec un peu d'intelligence & d'adreffe
, on peut varier cet effet de bien
des manières , & le rendre très - furprenant
: on peut , par exemple , la nuit
dans une chambre , dans laquelle on ne
verra aucunes lumières , faire voir fur
une table un chat, un chien , un oiſeau ,
un petit enfant même , couchés fur le
côté, & ce que l'on verra ne fera qu'une
image fantaſtique , qui fera d'autant
mieux illufion qu'elle aura tous les mouvemens
animés que fe donnera l'objet
réel qu'on ne verra pas
OCTOBRE. 1763 . 173
Il y a un grand nombre d'autres expériences
curieufes à faire avec ces Miroirs
concaves , & dont le détail feroit
d'une trop grande étendue pour un fimple
extrait comme celui -ci . Je finirai , en
difant que la propriété qu'ils ont de
groffir prodigieufemnt , les rend fort
commodes aux hommes pour ſe rafer
& pour fe nettoyer les dents ; & aux
Dames pour placer leur rouge & en affoiblir
les extrémités graduellement , de
manière à imiter mieux la belle nature,
qu'il eft fait pour fuppléer.
Le refle au Mercure prochain.
Fermer
964
ABRÉGÉ des propriétés des MIROIRS concaves, des LOUPES à eau & des autres ouvrages qui se fabriquent dans la Manufacture desdits Miroirs concaves & Glaces courbées, établie par Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du 8 Septembre 1756 ; dont le Bureau est à Paris, rue des Prouvaires, la prèmiere porte à gauche en entrant par la rue Saint-Honoré.
965
p. 211
« Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel & Ferrand, le deux Juin dernier, [...] »
Début :
Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel & Ferrand, le deux Juin dernier, [...]
Mots clefs :
Roi, Lettres patentes, Privilèges, Seine, Épuration, Santé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel & Ferrand, le deux Juin dernier, [...] »
Le Roi a accordé aux fieurs de Montbruel &
Ferrand , le deux Juin dernier , des Lettres - Patentes
, portant Privilége exclufif de vingt années ,
enregistrées au Parlement le deux du préfent
mois de Septembre , pour établir fur la Rivière
de Seine , au Port- à- l'Anglois , à huit cens toifes
au- deffus de la jonction de la Marne à la Seine ,
un ou plufieurs Bateaux propres à l'épurement &
filtration des eaux , qu'ils fe propofent de fournir
aux Habitans qui voudront en faire ufage pour
leur confommation de bouche . Ce projet , fi important
au bien de l'humanité & à la fanté des
Citoyens , va être inceffamment exécuté dans
toutes les vues.
Ferrand , le deux Juin dernier , des Lettres - Patentes
, portant Privilége exclufif de vingt années ,
enregistrées au Parlement le deux du préfent
mois de Septembre , pour établir fur la Rivière
de Seine , au Port- à- l'Anglois , à huit cens toifes
au- deffus de la jonction de la Marne à la Seine ,
un ou plufieurs Bateaux propres à l'épurement &
filtration des eaux , qu'ils fe propofent de fournir
aux Habitans qui voudront en faire ufage pour
leur confommation de bouche . Ce projet , fi important
au bien de l'humanité & à la fanté des
Citoyens , va être inceffamment exécuté dans
toutes les vues.
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Résumé : « Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel & Ferrand, le deux Juin dernier, [...] »
Le Roi a accordé aux sieurs de Montbruel et Ferrand un privilège exclusif de vingt ans pour établir des bateaux d'épuration des eaux sur la Seine, au Port-à-l'Anglois. Les Lettres Patentes ont été enregistrées au Parlement le 2 septembre. Ce projet vise à fournir des eaux filtrées aux habitants pour leur consommation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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966
p. 212-214
« L'aîné, Marchand Potier d'étain, demeurant à Paris, rue S. Denis [...] »
Début :
L'aîné, Marchand Potier d'étain, demeurant à Paris, rue S. Denis [...]
Mots clefs :
Marchand, Étain, Cafetières, Café, Substance, Teinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'aîné, Marchand Potier d'étain, demeurant à Paris, rue S. Denis [...] »
L'aîné , Marchand Potier d'étain , demeurant
à Paris , rue S. Denis , entre la Fontaine du Ponceau
& le grand Cerf , compofe un Etain de
Bis-Muth , & de Malaque , dont la qualité eft
auffi parfaite & auffi faine que celle de l'argent.
Les Médecins de Paris en ont fait plufieurs épreu-
& l'ont approuvé. Il fait , avec cette comves
•
OCTOBRE . 1763. 213
pofition , des Catteriéres , appellées Diligences ,
qui fervent à faire le Caffé par infufion .
Ces nouvelles Diligences font plus folides que
celles qui le font en Fer-blanc.; elles font exemp
tes de la rouille & de toutes les altérations auxquelles
le Fer- blanc eft fujet , & elles ne font
fufceptibles ni de mauvais goût ni de mauvaiſes .
odeurs.
L'expérience a appris que le Caffé en bouillane
per par l'évaporation , une partie de fes fucs
& de les efprits , & c'est par une économie de délicateffe
que tout le monde , après avoir été con
vaincu que le Café ait par infusion eft plus ,
clair , plus parfumé & plus agréable au goût
que celui qui eft fait par ébullition , s'eft mis aujour'hui
dans l'ufage de le faire préparer par infufion.
Le Sr l'Ainé , dans la vue d'être utile au
Public , s'eft appliqué à perfectionner les nouvelles
Diligences qu'il annonce. Elles font fabriquées
de façon qu'elles confervent toute la qualité ,
tous les efprits , & tout le parfum du Caffé & que
l'infufion qui s'y fait exprime fi parfaitement la
fubitance & même la teinture , que l'eau que
l'on feroit bouillir fur le marc après l'infuſion
n'en prendroit prèfque pas le goût , & ne teindroit
le linge que très-légèrement .
" •
Le Caffé que l'on fait par infuſion avec cess
nouvelles Diligences , n'en confomme pas une
plus grande quantité que celui qui le fait par.
ébullition , c'eft toujours une cuillerée comble pour .
chaque taffe , & à mesure égale le Caffé fait
par infufion eft plus fort que celui qui eft fair
par ébullition.
:
On peut facilement fatisfaire fa délicateffe &
fon goût. Ces nouvelles Diligences fervent auffi à
faire infuter le Thé , & toute autre chofe que
l'on voudra.
214 MERCURE
DE FRANCE.
Il en a été vendu une quantité confidérable pour
les ifles.
à Paris , rue S. Denis , entre la Fontaine du Ponceau
& le grand Cerf , compofe un Etain de
Bis-Muth , & de Malaque , dont la qualité eft
auffi parfaite & auffi faine que celle de l'argent.
Les Médecins de Paris en ont fait plufieurs épreu-
& l'ont approuvé. Il fait , avec cette comves
•
OCTOBRE . 1763. 213
pofition , des Catteriéres , appellées Diligences ,
qui fervent à faire le Caffé par infufion .
Ces nouvelles Diligences font plus folides que
celles qui le font en Fer-blanc.; elles font exemp
tes de la rouille & de toutes les altérations auxquelles
le Fer- blanc eft fujet , & elles ne font
fufceptibles ni de mauvais goût ni de mauvaiſes .
odeurs.
L'expérience a appris que le Caffé en bouillane
per par l'évaporation , une partie de fes fucs
& de les efprits , & c'est par une économie de délicateffe
que tout le monde , après avoir été con
vaincu que le Café ait par infusion eft plus ,
clair , plus parfumé & plus agréable au goût
que celui qui eft fait par ébullition , s'eft mis aujour'hui
dans l'ufage de le faire préparer par infufion.
Le Sr l'Ainé , dans la vue d'être utile au
Public , s'eft appliqué à perfectionner les nouvelles
Diligences qu'il annonce. Elles font fabriquées
de façon qu'elles confervent toute la qualité ,
tous les efprits , & tout le parfum du Caffé & que
l'infufion qui s'y fait exprime fi parfaitement la
fubitance & même la teinture , que l'eau que
l'on feroit bouillir fur le marc après l'infuſion
n'en prendroit prèfque pas le goût , & ne teindroit
le linge que très-légèrement .
" •
Le Caffé que l'on fait par infuſion avec cess
nouvelles Diligences , n'en confomme pas une
plus grande quantité que celui qui le fait par.
ébullition , c'eft toujours une cuillerée comble pour .
chaque taffe , & à mesure égale le Caffé fait
par infufion eft plus fort que celui qui eft fair
par ébullition.
:
On peut facilement fatisfaire fa délicateffe &
fon goût. Ces nouvelles Diligences fervent auffi à
faire infuter le Thé , & toute autre chofe que
l'on voudra.
214 MERCURE
DE FRANCE.
Il en a été vendu une quantité confidérable pour
les ifles.
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Résumé : « L'aîné, Marchand Potier d'étain, demeurant à Paris, rue S. Denis [...] »
Le document décrit un produit innovant conçu par Marchand Potier d'étain, résidant à Paris, rue Saint-Denis. Cet alliage, composé d'étain, de bismuth et de malachite, a été approuvé par les médecins de Paris pour sa qualité similaire à celle de l'argent. Marchand propose des 'Diligences', des ustensiles pour préparer le café par infusion. Ces Diligences sont plus solides et résistantes à la rouille que celles en fer-blanc. Elles conservent mieux les arômes et les saveurs du café, évitant ainsi la perte de substances volatiles lors de l'ébullition. Elles permettent également de préparer le thé et d'autres infusions. Le café préparé avec ces Diligences est plus fort et nécessite la même quantité de café que la méthode d'ébullition. Une quantité notable de ces Diligences a été vendue, notamment pour les îles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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967
p. 58-60
ODE. AUX AGRICULTEURS.
Début :
MINISTRES de l'Agronomie. [...]
Mots clefs :
Charme, Heureux, Perfide, Asiles, Champ
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. AUX AGRICULTEURS.
OD E.
AUX AGRICULTEURS,
MINISTRES de
l'Agronomie ,
Amis de la blonde Cérès ,
A qui la fage oeconomie
Révéle fes plus beaux fecrets ;
Apprenez- moi des lieux champêtres ,
De ces lieux chers à nos ancêtres ,
A chanter les charmes puiſſans ;
Et vous , Protecteurs magnanimes ,
Rois , Princes , Magiftrats fublimes,
Daignez approuver mes accens.
Heureux qui du champ de fes pères
Cultivateur induſtrieux ,
Peut pénétrer dans les myſtères
Que la Nature offre à ſes yeux !
Des coups de la Parque perfide ,
Effroi du Vulgaire ſtupide ,
Ses fens ne font point étonnés ;
Il y fuccombe fans foibleffe:
A l'empire de la Sageſſe
Les deftins font fubordonnés,
Une fauffe Philofophie
Séduit les Mortels inconftans ;
OCTOBRE. 1763.
5.9
L'un jaloux qu'on le déïfie ,
Afpire aux honneurs éclatans ;
L'autre implore Mars ou Neptune ;
Tous fe plaignent que la fortune
Trahit leurs projets inſenſés :
Difciples de l'Agriculture ,
S'ils n'invoquoient que la Nature ,
Tous leurs voeux feroient exaucés.
Nos Ayeux à cette maxime
Sacrifioient l'ambition ;
Un roc qui leur offroit la cime
Flattoit leur inclination ;
Après mille exploits héroïques ,
Retirés dans leurs tours gothiques ;
Ils y goûtoient de doux loifirs :
C'étoit le fruit de la Victoire ;
Et fi la guerre fit leur gloire ,
La campague fit leurs plaifirs.
1
Mais ces moeurs fi dignes d'éloge
Ne trouvent plus de partiſans ;
Tout paffe , fe détruit , s'abroge ,
Tout céde à l'injure des ans .
Dans le fein profane des Villes
Les héritiers de ces afyles
Par le luxe font maîtrisés ;
L'intérêt bannit la décence ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Plutus eft le Dieu qu'on encenſe ,
Les Dieux des Bois font méprifés.
Plutus peut- il malgré les charmes,
Guérir les troubles de l'efprit ?
Non: loin d'adoucir nos allarmes ,
Son or perfide les aigrit .
Sur un rivage folitaire ,
Au Repos , ce Dieu falutaire ,
Mortels , que n'offrez-vous vos voeux ?
Régler les defirs , ſe connoître ,
Vivre fans fafte , être fon maître ,
Voilà le fecret d'être heureux.
AUX AGRICULTEURS,
MINISTRES de
l'Agronomie ,
Amis de la blonde Cérès ,
A qui la fage oeconomie
Révéle fes plus beaux fecrets ;
Apprenez- moi des lieux champêtres ,
De ces lieux chers à nos ancêtres ,
A chanter les charmes puiſſans ;
Et vous , Protecteurs magnanimes ,
Rois , Princes , Magiftrats fublimes,
Daignez approuver mes accens.
Heureux qui du champ de fes pères
Cultivateur induſtrieux ,
Peut pénétrer dans les myſtères
Que la Nature offre à ſes yeux !
Des coups de la Parque perfide ,
Effroi du Vulgaire ſtupide ,
Ses fens ne font point étonnés ;
Il y fuccombe fans foibleffe:
A l'empire de la Sageſſe
Les deftins font fubordonnés,
Une fauffe Philofophie
Séduit les Mortels inconftans ;
OCTOBRE. 1763.
5.9
L'un jaloux qu'on le déïfie ,
Afpire aux honneurs éclatans ;
L'autre implore Mars ou Neptune ;
Tous fe plaignent que la fortune
Trahit leurs projets inſenſés :
Difciples de l'Agriculture ,
S'ils n'invoquoient que la Nature ,
Tous leurs voeux feroient exaucés.
Nos Ayeux à cette maxime
Sacrifioient l'ambition ;
Un roc qui leur offroit la cime
Flattoit leur inclination ;
Après mille exploits héroïques ,
Retirés dans leurs tours gothiques ;
Ils y goûtoient de doux loifirs :
C'étoit le fruit de la Victoire ;
Et fi la guerre fit leur gloire ,
La campague fit leurs plaifirs.
1
Mais ces moeurs fi dignes d'éloge
Ne trouvent plus de partiſans ;
Tout paffe , fe détruit , s'abroge ,
Tout céde à l'injure des ans .
Dans le fein profane des Villes
Les héritiers de ces afyles
Par le luxe font maîtrisés ;
L'intérêt bannit la décence ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Plutus eft le Dieu qu'on encenſe ,
Les Dieux des Bois font méprifés.
Plutus peut- il malgré les charmes,
Guérir les troubles de l'efprit ?
Non: loin d'adoucir nos allarmes ,
Son or perfide les aigrit .
Sur un rivage folitaire ,
Au Repos , ce Dieu falutaire ,
Mortels , que n'offrez-vous vos voeux ?
Régler les defirs , ſe connoître ,
Vivre fans fafte , être fon maître ,
Voilà le fecret d'être heureux.
Fermer
968
p. 63
AUTRE.
Début :
L'histoire au prix de nous, découvre peu de chose ; [...]
Mots clefs :
Lunettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
nous > L'HISTOI 'HISTOIRE au prix
de découvre peu da
chofe ;
Nous en faifons voir beaucoup plus.
Notre place toujours eſt d'avoir le deſſus ;
Et le feul piedeſtal fur lequel on nous poſe ,
Ne fe donneroit pas pour cinq cèns mille écus.
Incommode toujours à ceux que nous fervons
On les voit nous ôter & bientôt nous reniettre.
Notre folide corps qu'aifément on pénétre ,
Peut fervir à tout Séxe en toutes les Saifons.
nous > L'HISTOI 'HISTOIRE au prix
de découvre peu da
chofe ;
Nous en faifons voir beaucoup plus.
Notre place toujours eſt d'avoir le deſſus ;
Et le feul piedeſtal fur lequel on nous poſe ,
Ne fe donneroit pas pour cinq cèns mille écus.
Incommode toujours à ceux que nous fervons
On les voit nous ôter & bientôt nous reniettre.
Notre folide corps qu'aifément on pénétre ,
Peut fervir à tout Séxe en toutes les Saifons.
Fermer
969
p. 63-65
LOGOGRYPHE. A Mademoiselle .....
Début :
Un peu de négligence, adorable Clarice, [...]
Mots clefs :
Cabriolet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. A Mademoiselle .....
LOGO GRYPH E,
A Mademoiselle .....
N peu de négligence , adorable Clarice ,
Vous fait affez ſouvent emprunter mon ſecours ?
Et dans un lieu voifin du Temple des Amours ,
Vous me placez toujours
Pour remplir mon office.
64 MERCURE DE FRANCE.
Tâchez par pur amuſement ,
D'effayer mon anatomie :
Je vous offre , premierement ,
Trois termes de Géographie ;
L'endroit le plus bas des vaiffeaux ;
Un arbufte chéri chez les Orientaux ;
Un jeu que vous aimez ; une Sainte Prêtreffe ;
Un fruit que l'on eftime ; un figne de trifteffe ;
Ce lieu délicieux où nous afpirons tous ;
Un péché capital ; le contrafte de doux ;
Ce qu'on pourroit nommer le trône de Morphée;
Un produit de l'abeille ; & la mère d'Orphée ;
Une piéce d'afage au plus mince repas ;
Une invitation qu'un poltron n'aime pas ;
L'inftrument que j'entends dans la forêt voiſine
Rappeller les limiers qui font fur la colline ;
Un terme de Blafon ; de Rome un Empereur ;
Ce qui brave les flots de la mer en fureur ;
Un Verbe qu'à préfent vous mettez en pratique ;
Une Fille d'Atlas ; deux notes de Muſique ;
Un Écrivain facré , deux Monarques François ;
Le Synonyme à Ville ; un Philofophe Anglois ;
Ce qui fert au Navire & l'attache au rivage ;
Ce que n'eft pas celui que retient l'esclavage ;
Un habitant des bois ; deux oifeaux paffagers;
Une plante qui croît au milieu des vergers ;
Ce métal que produit & l'Herme & le Pactole ;
Le nom de cet Oifeau fauveur du Capitole ;
1
OCTOBRE. 1763. 65
Ce que l'on ne peut voir quoique devant les yeur;
Ce que vous avez gai , d'autres plus férieux ;
Le premier des Mortels victimes de l'Envie ;
Onze Villes en France , & trois en Italie ;
Ce qu'avoient en commun les Filles de Phorcus ;
La Nymphe que Junon fit garder par Argus ;
Un petit Animal qui ronge le fromage ;
Un Attribut du Dieu dont vous êtes l'image´ ;
J'offre enfin ce bruyant féjour
Où l'on voit voler fur vos traces
Les Plaifirs , les Ris & les Grâces ,
Pour vous applaudir tour-à-tour.
Par M. L…….... fils.
A Mademoiselle .....
N peu de négligence , adorable Clarice ,
Vous fait affez ſouvent emprunter mon ſecours ?
Et dans un lieu voifin du Temple des Amours ,
Vous me placez toujours
Pour remplir mon office.
64 MERCURE DE FRANCE.
Tâchez par pur amuſement ,
D'effayer mon anatomie :
Je vous offre , premierement ,
Trois termes de Géographie ;
L'endroit le plus bas des vaiffeaux ;
Un arbufte chéri chez les Orientaux ;
Un jeu que vous aimez ; une Sainte Prêtreffe ;
Un fruit que l'on eftime ; un figne de trifteffe ;
Ce lieu délicieux où nous afpirons tous ;
Un péché capital ; le contrafte de doux ;
Ce qu'on pourroit nommer le trône de Morphée;
Un produit de l'abeille ; & la mère d'Orphée ;
Une piéce d'afage au plus mince repas ;
Une invitation qu'un poltron n'aime pas ;
L'inftrument que j'entends dans la forêt voiſine
Rappeller les limiers qui font fur la colline ;
Un terme de Blafon ; de Rome un Empereur ;
Ce qui brave les flots de la mer en fureur ;
Un Verbe qu'à préfent vous mettez en pratique ;
Une Fille d'Atlas ; deux notes de Muſique ;
Un Écrivain facré , deux Monarques François ;
Le Synonyme à Ville ; un Philofophe Anglois ;
Ce qui fert au Navire & l'attache au rivage ;
Ce que n'eft pas celui que retient l'esclavage ;
Un habitant des bois ; deux oifeaux paffagers;
Une plante qui croît au milieu des vergers ;
Ce métal que produit & l'Herme & le Pactole ;
Le nom de cet Oifeau fauveur du Capitole ;
1
OCTOBRE. 1763. 65
Ce que l'on ne peut voir quoique devant les yeur;
Ce que vous avez gai , d'autres plus férieux ;
Le premier des Mortels victimes de l'Envie ;
Onze Villes en France , & trois en Italie ;
Ce qu'avoient en commun les Filles de Phorcus ;
La Nymphe que Junon fit garder par Argus ;
Un petit Animal qui ronge le fromage ;
Un Attribut du Dieu dont vous êtes l'image´ ;
J'offre enfin ce bruyant féjour
Où l'on voit voler fur vos traces
Les Plaifirs , les Ris & les Grâces ,
Pour vous applaudir tour-à-tour.
Par M. L…….... fils.
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970
p. 135-147
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. II. Des Miroirs convèxes.
Début :
LES Miroirs convèxes sont composés d'une glace semblable à celle des [...]
Mots clefs :
Loupe, Miroirs, Rayons, Foyer, Diamètre, Glace, Verre, Miroirs concaves, Lumière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. II. Des Miroirs convèxes.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des
Miroirs concaves .
II°. Des Miroirs convèxes.
LESES Miroirs convèxes font compofés
d'une glace femblable à celle des
Miroirs concaves , excepté que cette
glace eft étamée par le côté concave
& fe préfente à nous par le côte convèxe .
On les monte auffi fur un axe & fur un
pied , partie en cuivre poli , partie en
bois noirci , exactement de la même
manière que le font les Miroirs concaves
dont nous venons de parler.
Ces Miroirs nous repréfentent les obtets
dont ils réfléchiffent l'image à nos
yeux , d'autant plus petits , qu'ils font
partie d'une fphère d'un plus petit diametre
; d'où il réfulte qu'on les employe
pour deffiner en petit & en per136
MERCURE DE FRANCE.
fpective , un paysage , un château
des jardins , & c.
On s'en fert en Phyfique pour faire.
voir que
leur furface a la propriété de
rendre divergens les rayons de lumière
qu'elle reçoit parallèles ; de rendre plus
divergens ceux qu'elle reçoit divergens ,
& de rendre moins convergens ceux
qu'elle reçoit convergens. Quand ces
Miroirs font placés dans l'un des angles
d'un cabinet orné , ils raffemblent , pour
ainfi dire , fous le même coup d'oeil , toutes
les beautés de ce cabinet , que l'on
ne peut , fans leur fecours , voir que les
unes après les autres.
III' . Des Miroirs , droits-convèxes
& droits-concaves.
Ces Miroirs font compofés d'une glace
droite fur un fens , & courbée fphérique-
#
ment fur l'autre . Les Miroirs droits - convèxes
font étamés par la partie concave :
ils font l'effet des cylindres de métal ;
mais ils ne font point fujets comme eux
à perdre leur poli : fi on les tient verticalement
ou de travers , & qu'on s'y regarde
, on s'y voit avec des difformités
comiques & oppofées, Les Miroirs droitsconcaves
font étamés par le côté con--
OCTOBRE. 1763. 137
vèxe , & produifent des effets exactement
contraires à ceux des Miroirs droitsconvèxes
, & c. Ces différens Miroirs fervent
en Phyfique à démontrer que les
rayons de lumière font toujours réfléchis
fous un angle égal à celui de leur
incidence ; principe qui eft d'une fécondité
furprenante , puifqu'il eft la bâſe de ·
toute la Catoptrique.
IV . Des Loupes à eau.
Une Loupe à eau eft compofée de
deux glaces courbées en portion de fphere
, dont les bords font travaillés fur un
plan fi exact , que ces bords étant appli
qués l'un contre l'autre fans être ni col .
lés, ni maſtiqués, ni contenus, retiennent
l'eau , ou toute autre liqueur dont ces
Loupes font remplies , fans même en
permettre la moindre évaporation.
L'eau dont on les remplit , en la Manufacture
dont nous parlons , eft diſtillée
au bain - marie , & ainfi très - tranfparente
& incorruptible.
Les Loupes font ordinairement montées
fur un demi - cercle de cuivre poli &
fur unpi ed de bois noirci, comme le font
les Miroirs ci- deffus mentionnés ; & les
bords de la Loupe font feulement pincés
par deux petites portions de cercle ( lorf
138 MERCURE DE FRANCE.
que ces Loupes ont moins de dix pouces
de diametre) ce qui en met les bords
à découvert; mais lorfqu'elles ont un plus
grand diametre, elles font dans une bordure
qui fe divife aifément , pour qu'on
puiffe avoir la Loupe à nud quand on le
veut.
:
M. Berniere imagina , il y a environ fix
ans , ces Loupes à eau , d'après les diffi
cultés qu'il rencontra pour fe procurer
une Loupe de verre folide d'un plus
grand diametre que celles qu'on trouve
ordinairement dans les cabinets des Phyficiens
ces difficultés font prèfque infurmontables
, s'il s'agit feulement d'avoir
une Loupe de vingt-quatre ou trente
pouces de diametre de tous temps
on a fait les plus grands efforts à
cet égard , dans le deffein d'obtenir des
foyers de dioptrique , capables de donner
une chaleur beaucoup plus forte que
celle qu'on peut tirer de tous les moyens
connus d'appliquer & d'employer le feu
commun. Mais comment parvenir à
avoir une maffe de verre de trois à
quatre pieds de diametre & de fept à
à huit pouces d'épaiffeur ? & fi on y
parvient , quel travail enfuite pour convertir
cette maffe en une Loupe ré→
gulière & bien polie ? Il en a paru une
OCTOBRE. 1763 . 139
.
il y a dix à douze ans , à Paris , à l'Hôtel
de Conti , fur le Quai des Quatre-
Nations : elle avoit environ trois pieds
de diametre , & le verre en étoit jaunâtre
& rayé ; ce qui faifoit qu'elle ne
tranfmettoit pas , jufqu'à fon foyer
autant de rayons de lumière , qu'il en
eût été tranfmis par un verre moins coloré
& mieux poli : cependant celui.
qui la mettoit en vente en demandoit
douze mille livres.
J
Les Loupes à eau peuvent fe faire
de toutes grandeurs , & à bien moins.
de frais. On eft abfolument le maître
de leur donner au centre telle épaiffeur
que l'on veut , c'est-à-dire , qu'on peut
les faire à volonté d'un foyer court ou
long , fans craindre que l'épaiffeur qu'éxige
un foyer court , empêche les
rayons de paffer , comme cela arrive en
pareil cas , dans une Loupe de verre
folide ; parce que l'eau distillée eft tou
jours beaucoup plus tranfparente que
le plus beau verre : on voit par -là que
le foyer d'une Loupe à eau de trois
pieds de diametre fera incomparablement
plus puiffant que celui d'une Loupe
de verre folide de même diametre
& d'une pareille fphéricité.
Il y a déja long-temps que cette vé140
MERCURE DE FRANCE.
rité a été reconnue . Le Fevre , Apothicaire
du Roi , dans fon Ouvrage imprimé
en 1660 , dit que pour calciner
l'antimoine , il faut un Miroir fait de
deux verres concaves , joints avec de la
colle de poiffon , & rempli d'eau par
un trou qu'on laiffe entre les deux bords
de ces verres il veut que ce Miroir
qui eſt une véritable Loupe , ( 1 ) foit
monté fur un pied qui puiffe s'élever
plus ou moins. Il prétend que douze
onces d'antimoine martial , étant calcinées
avec une telle Loupe , en produi
fent quinze onces ; & fuppofant que la
fumée en emporte trois onces , il conclut
que dans cette opération , l'antimoine
augmente de moitié de fon poids.
Les Loupes en général ont un avantage
fur les Miroirs concaves , relativement
aux foyers brûlans. Le foyer
des Miroirs fe porte de bas en haut ; en
forte que dès que le corps que l'on y
éprouve eft fondu , il tombe , & le foyer,
du Miroir n'a plus d'action fur lui :
( I ) Remarquez que les Loupes à eau , dont
nous parlons , font d'une conftruction toute différente
: il n'y a point de trou pour les remplir 3
ce qui fait que l'eau qu'elles contiennent ne
s'évapore point . Et comme elles ne font ni collées,
ni maftiquées , cette eau refte toujours fans
mêlange, & également tranſparente.
OCTOBRE. 1763 . 141
avec une Loupe , au contraire comme
le foyer fe porte naturellement, de haut
en bas , furtout dans les grands jours de
l'été , lorfque le foleil à midi approche
du zenith il eft aifé de le faire plonger
dans un creufet & de l'exercer ainfi
fur le corps que l'on veut éprouver ,
tant & auffi long - temps qu'on le juge
à propos , même après fa fufion
pour parvenir à le calciner, ou à le vitrifier.
Il eft auffi très- aifé , avec une Loupe
de brûler du bois que l'on tient auffi
plongé dans l'eau , en l'arrêtant , par
quelque moyen qui l'empêche de furnager.
Si on reçoit au fond d'un jardin , ou
d'une cour les rayons du foleil fur un
Miroir-plan , pofé fur une chaife , ou
fur toute autre chofe qui puiffe le foutenir
incliné de manière que fes rayons ,
renvoyés par ce Miroir , parallèlement à
l'allée du jardin , aillent même , à cent
pas de diſtance , tomber fur une Loupe
à eau , pofée verticalement à la rencon
tre de ces rayons , il fe formera derrière
cette Loupe un foyer prèfque auffi actif,
que fi la Loupe recevoit immédiatement
les rayons dufoleil : c'est-à - dire , que ce
foyer aura affez de force & de chaleur
pour enflammer , fondre , & c. à propor142
MERCURE DE FRANCE.
tion de la grandeur de la Loupe , & de
celle du Miroir- plan , par le moyen du
quel on aura replié les rayons du foleil ,
on fent bien qu'il faut que ce Miroir- plan
foit au moins auffi grand que la Loupe ,
pour que celle- ci puiffe être entiérement
couverte des rayons qu'il réfléchira fur
elle ; autrement le foyer ne contiendroit
pas tous les rayons que cette Loupe peut
réunir fuivant fa grandeur.
Cette expérience méne naturellement
à imaginer qu'il eft poffible d'attaquer
le même corps dans un creufet , avec
plufieurs foyers de ces Loupes réunies
fur lui. Une de ces Loupes recevra immédiatement
les rayons du foleil , étant
placée entre lui & le creufet ; une autre
Loupe fera pofée derrière ce creuſet , &
recevra les rayons du foleil , repliés fur
elle par un Miroir - plan incliné convenablement
pour cet effet. On peut en
placer deux autres fur les côtés , qui
recevront auffi les rayons folaires
pliés fur chacune d'elles par un Miroirplan
; & ces quatre foyers agiffant enfemble
fur ce corps , lui feront ainfi
éprouver prèfque quatre fois plus de
chaleur, que quand il n'eft expofé qu'au
foyer de la première Loupe feule , en
les fuppofant toutes quatre d'un diareOCTOBRE.
1763 143
metre égal. Enfin , il eft vifible qu'en
employant des Loupes , dont les foyers
foient de différentes longueurs , & des
Miroirs-plans , pour replier les rayons
fur chacune , on peut faire coïncider
fur le même corps & dans le même
creufet , un plus grand nombre de ces
foyers : leur réunion y portant une chaleur
d'une activité inconnue produira
des effets qui le font fans doute auffi ;
ce peut être une nouvelle fource de
connoiffances à acquérir.
Lorfqu'on place au foyer d'une de ces
Loupes une groffe bougie allumée , il
fe forme de l'autre côté de la Loupe
une colonne de lumière , qui porte fon
éclat fort loin , & à l'extrémité de laquelle
on peut lire , ou éclairer des objets
dans la nuit , qu'on ne verroit pas
à la diftance où l'on en eft , fans le fecours
de cette lumière .
On peut employer cette colonne de
lumière pour tracer affez exactement
le profil d'une perfonne : il faut pour cela
placer une bougie un peu plus près de
la Loupe que fon foyer , précisément
à la hauteur de fon centre , & pofer cette
Loupe bien verticalement : vous
faites affeoir la perfonne à cinq ou fix.
pas de diſtance de la Loupe , affez haur
144 MERCURE DE FRANCE .
ou affez bas pour que le centre de fa .
tête , celui de la Loupe & la flamme de
la bougie , foient dans la même ligne .
Cette perfonne doit être de côté contre
un grand verre , ou une glace non-étamée
, encadrée & montée à-peu-près
comme les grands écrans à pied qu'on
met devant les cheminées pendant l'hyver
: on couvre cette glace d'une feuille
de papier blanc qu'on y attache , par
les quatre coins , avec du pain à cacheter.
Par exemple , fi la Loupe à eau que
vous avez a dix-huit pouces de foyer ,
vous placez d'abord fur une table ,
un bout de la chambre , une bougie allumée
, & vous éteignez toutes les autres
; enfuite à environ quinze à ſeize
pouces de cette bougie , vous placez
votre Loupe fur la même table , de manière
que la flamme de cette bougie réponde
au centre de cette Loupe ; à fix
pas plus loin , vous faites affeoir la perfonne
de côté , en forte que la colonne
de lumière qui vient de la Loupe ,
lui éclaire tout le côté gauche de la tête
; puis vous placez après cette perfanne
, & tout près d'elle , la glace verticale
, montée en écran , & vous attachez
la feuille de papier par - derriere.
Le tout étant difpofé ainfi , le profil de
la
OCTOBRE. 1763.1 145
la perfonne affife , eft très -aifé à tracer
fur ce papier , en fuivant , avec un
crayon , le contour de l'ombre que fa
tête y forme. Par le même procédé on
peut , fans fçavoir deffiner , fe procurer
le profil de toute autre chofe fur le
champ ; on peut même tracer de différens
côtés une machine dont on a le
modéle en petit , & tout autre objet
de médiocre grandeur. Plus la perfon- .
ne , ou l'objet que l'on veut deffiner
font éloignés de la Loupe , & la glace
verticale près d'eux , plus l'image qu'on
en trace fur le papier collé fur la glace ,
approche des véritables dimenfions &
de la grandeur naturelle. Cette image
devient plus grande à mefure qu'on
approche la perfonne ou l'objet de la
Loupe , & qu'on éloigne la glace vertigale.
Avec une Loupe de dix à douze pouces
de diametre qu'on place debout inclinée
fur fon axe , entre foi & un livre
in- quarto , les perfonnes qui ont la vue
foible , ou baffe , peuvent aifément lire
fans fe fervir de lunettes , & fans fe
déplacer pour paffer de la page gauche
à la page droite.
Il fuit de là que ces Loupes peuvent
être commodes & utiles aux déchiffreurs
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
d'anciens titres : comme ces Loupes font
voir à la fois un plus grand efpace fur le
titre , ils faifiront plus aifément un mot
difficile à lire , parce qu'ils auront en
même-temps fous les yeux le fens qui
précéde & celui qui fuit.
Ces Loupes font auffi voir en grand les
Eftampes d'Optique comme les Miroirs
concaves ; mais elles ont encore ici fur
eux un avantage , c'eft celui de ne pas
faire voir les objets renverfés de droite à
gauche comme eux, en forte que l'on peut
fire l'infcription d'une Eftampe , ce que
l'on ne peut faire avec les Miroirs , dans
lefquels ces infcriptions font vues renverfées
comme avec les Optiques commu
nes , compofées d'un Miroir-plan incliné
& d'une Loupe de verre folide . Pour
voir une eftampe avec une Loupe à eau ,
il faut appuyer l'eftampe contre quelque
chofe qui la foutienne comme debout
de manière que le jour tombe deffus obliquement
, placer la Loupe devant cette
eftampe à la distance de fon foyer , &
regarder au travers de la Loupe ; vous
voyez alors en grand comme avec un Miroir
, les objets repréfentés par l'eftampe.
Ces Loupes étant compofées de deux
portions de fphère qui peuvent être féparées
à volonté, il s'enfuit qu'on peut les
OCTOBRE. 1763. 147
remplir fucceffivement de diverfes liqueurs
colorées , ou non colorées , dont
on veut éprouver & comparer le pouvoir
réfrangible ; il y auroit peut-être en cela
un grand nombre d'expériences à faire
pour les Phyficiens .
Le reste au Mercure prochain.
Miroirs concaves .
II°. Des Miroirs convèxes.
LESES Miroirs convèxes font compofés
d'une glace femblable à celle des
Miroirs concaves , excepté que cette
glace eft étamée par le côté concave
& fe préfente à nous par le côte convèxe .
On les monte auffi fur un axe & fur un
pied , partie en cuivre poli , partie en
bois noirci , exactement de la même
manière que le font les Miroirs concaves
dont nous venons de parler.
Ces Miroirs nous repréfentent les obtets
dont ils réfléchiffent l'image à nos
yeux , d'autant plus petits , qu'ils font
partie d'une fphère d'un plus petit diametre
; d'où il réfulte qu'on les employe
pour deffiner en petit & en per136
MERCURE DE FRANCE.
fpective , un paysage , un château
des jardins , & c.
On s'en fert en Phyfique pour faire.
voir que
leur furface a la propriété de
rendre divergens les rayons de lumière
qu'elle reçoit parallèles ; de rendre plus
divergens ceux qu'elle reçoit divergens ,
& de rendre moins convergens ceux
qu'elle reçoit convergens. Quand ces
Miroirs font placés dans l'un des angles
d'un cabinet orné , ils raffemblent , pour
ainfi dire , fous le même coup d'oeil , toutes
les beautés de ce cabinet , que l'on
ne peut , fans leur fecours , voir que les
unes après les autres.
III' . Des Miroirs , droits-convèxes
& droits-concaves.
Ces Miroirs font compofés d'une glace
droite fur un fens , & courbée fphérique-
#
ment fur l'autre . Les Miroirs droits - convèxes
font étamés par la partie concave :
ils font l'effet des cylindres de métal ;
mais ils ne font point fujets comme eux
à perdre leur poli : fi on les tient verticalement
ou de travers , & qu'on s'y regarde
, on s'y voit avec des difformités
comiques & oppofées, Les Miroirs droitsconcaves
font étamés par le côté con--
OCTOBRE. 1763. 137
vèxe , & produifent des effets exactement
contraires à ceux des Miroirs droitsconvèxes
, & c. Ces différens Miroirs fervent
en Phyfique à démontrer que les
rayons de lumière font toujours réfléchis
fous un angle égal à celui de leur
incidence ; principe qui eft d'une fécondité
furprenante , puifqu'il eft la bâſe de ·
toute la Catoptrique.
IV . Des Loupes à eau.
Une Loupe à eau eft compofée de
deux glaces courbées en portion de fphere
, dont les bords font travaillés fur un
plan fi exact , que ces bords étant appli
qués l'un contre l'autre fans être ni col .
lés, ni maſtiqués, ni contenus, retiennent
l'eau , ou toute autre liqueur dont ces
Loupes font remplies , fans même en
permettre la moindre évaporation.
L'eau dont on les remplit , en la Manufacture
dont nous parlons , eft diſtillée
au bain - marie , & ainfi très - tranfparente
& incorruptible.
Les Loupes font ordinairement montées
fur un demi - cercle de cuivre poli &
fur unpi ed de bois noirci, comme le font
les Miroirs ci- deffus mentionnés ; & les
bords de la Loupe font feulement pincés
par deux petites portions de cercle ( lorf
138 MERCURE DE FRANCE.
que ces Loupes ont moins de dix pouces
de diametre) ce qui en met les bords
à découvert; mais lorfqu'elles ont un plus
grand diametre, elles font dans une bordure
qui fe divife aifément , pour qu'on
puiffe avoir la Loupe à nud quand on le
veut.
:
M. Berniere imagina , il y a environ fix
ans , ces Loupes à eau , d'après les diffi
cultés qu'il rencontra pour fe procurer
une Loupe de verre folide d'un plus
grand diametre que celles qu'on trouve
ordinairement dans les cabinets des Phyficiens
ces difficultés font prèfque infurmontables
, s'il s'agit feulement d'avoir
une Loupe de vingt-quatre ou trente
pouces de diametre de tous temps
on a fait les plus grands efforts à
cet égard , dans le deffein d'obtenir des
foyers de dioptrique , capables de donner
une chaleur beaucoup plus forte que
celle qu'on peut tirer de tous les moyens
connus d'appliquer & d'employer le feu
commun. Mais comment parvenir à
avoir une maffe de verre de trois à
quatre pieds de diametre & de fept à
à huit pouces d'épaiffeur ? & fi on y
parvient , quel travail enfuite pour convertir
cette maffe en une Loupe ré→
gulière & bien polie ? Il en a paru une
OCTOBRE. 1763 . 139
.
il y a dix à douze ans , à Paris , à l'Hôtel
de Conti , fur le Quai des Quatre-
Nations : elle avoit environ trois pieds
de diametre , & le verre en étoit jaunâtre
& rayé ; ce qui faifoit qu'elle ne
tranfmettoit pas , jufqu'à fon foyer
autant de rayons de lumière , qu'il en
eût été tranfmis par un verre moins coloré
& mieux poli : cependant celui.
qui la mettoit en vente en demandoit
douze mille livres.
J
Les Loupes à eau peuvent fe faire
de toutes grandeurs , & à bien moins.
de frais. On eft abfolument le maître
de leur donner au centre telle épaiffeur
que l'on veut , c'est-à-dire , qu'on peut
les faire à volonté d'un foyer court ou
long , fans craindre que l'épaiffeur qu'éxige
un foyer court , empêche les
rayons de paffer , comme cela arrive en
pareil cas , dans une Loupe de verre
folide ; parce que l'eau distillée eft tou
jours beaucoup plus tranfparente que
le plus beau verre : on voit par -là que
le foyer d'une Loupe à eau de trois
pieds de diametre fera incomparablement
plus puiffant que celui d'une Loupe
de verre folide de même diametre
& d'une pareille fphéricité.
Il y a déja long-temps que cette vé140
MERCURE DE FRANCE.
rité a été reconnue . Le Fevre , Apothicaire
du Roi , dans fon Ouvrage imprimé
en 1660 , dit que pour calciner
l'antimoine , il faut un Miroir fait de
deux verres concaves , joints avec de la
colle de poiffon , & rempli d'eau par
un trou qu'on laiffe entre les deux bords
de ces verres il veut que ce Miroir
qui eſt une véritable Loupe , ( 1 ) foit
monté fur un pied qui puiffe s'élever
plus ou moins. Il prétend que douze
onces d'antimoine martial , étant calcinées
avec une telle Loupe , en produi
fent quinze onces ; & fuppofant que la
fumée en emporte trois onces , il conclut
que dans cette opération , l'antimoine
augmente de moitié de fon poids.
Les Loupes en général ont un avantage
fur les Miroirs concaves , relativement
aux foyers brûlans. Le foyer
des Miroirs fe porte de bas en haut ; en
forte que dès que le corps que l'on y
éprouve eft fondu , il tombe , & le foyer,
du Miroir n'a plus d'action fur lui :
( I ) Remarquez que les Loupes à eau , dont
nous parlons , font d'une conftruction toute différente
: il n'y a point de trou pour les remplir 3
ce qui fait que l'eau qu'elles contiennent ne
s'évapore point . Et comme elles ne font ni collées,
ni maftiquées , cette eau refte toujours fans
mêlange, & également tranſparente.
OCTOBRE. 1763 . 141
avec une Loupe , au contraire comme
le foyer fe porte naturellement, de haut
en bas , furtout dans les grands jours de
l'été , lorfque le foleil à midi approche
du zenith il eft aifé de le faire plonger
dans un creufet & de l'exercer ainfi
fur le corps que l'on veut éprouver ,
tant & auffi long - temps qu'on le juge
à propos , même après fa fufion
pour parvenir à le calciner, ou à le vitrifier.
Il eft auffi très- aifé , avec une Loupe
de brûler du bois que l'on tient auffi
plongé dans l'eau , en l'arrêtant , par
quelque moyen qui l'empêche de furnager.
Si on reçoit au fond d'un jardin , ou
d'une cour les rayons du foleil fur un
Miroir-plan , pofé fur une chaife , ou
fur toute autre chofe qui puiffe le foutenir
incliné de manière que fes rayons ,
renvoyés par ce Miroir , parallèlement à
l'allée du jardin , aillent même , à cent
pas de diſtance , tomber fur une Loupe
à eau , pofée verticalement à la rencon
tre de ces rayons , il fe formera derrière
cette Loupe un foyer prèfque auffi actif,
que fi la Loupe recevoit immédiatement
les rayons dufoleil : c'est-à - dire , que ce
foyer aura affez de force & de chaleur
pour enflammer , fondre , & c. à propor142
MERCURE DE FRANCE.
tion de la grandeur de la Loupe , & de
celle du Miroir- plan , par le moyen du
quel on aura replié les rayons du foleil ,
on fent bien qu'il faut que ce Miroir- plan
foit au moins auffi grand que la Loupe ,
pour que celle- ci puiffe être entiérement
couverte des rayons qu'il réfléchira fur
elle ; autrement le foyer ne contiendroit
pas tous les rayons que cette Loupe peut
réunir fuivant fa grandeur.
Cette expérience méne naturellement
à imaginer qu'il eft poffible d'attaquer
le même corps dans un creufet , avec
plufieurs foyers de ces Loupes réunies
fur lui. Une de ces Loupes recevra immédiatement
les rayons du foleil , étant
placée entre lui & le creufet ; une autre
Loupe fera pofée derrière ce creuſet , &
recevra les rayons du foleil , repliés fur
elle par un Miroir - plan incliné convenablement
pour cet effet. On peut en
placer deux autres fur les côtés , qui
recevront auffi les rayons folaires
pliés fur chacune d'elles par un Miroirplan
; & ces quatre foyers agiffant enfemble
fur ce corps , lui feront ainfi
éprouver prèfque quatre fois plus de
chaleur, que quand il n'eft expofé qu'au
foyer de la première Loupe feule , en
les fuppofant toutes quatre d'un diareOCTOBRE.
1763 143
metre égal. Enfin , il eft vifible qu'en
employant des Loupes , dont les foyers
foient de différentes longueurs , & des
Miroirs-plans , pour replier les rayons
fur chacune , on peut faire coïncider
fur le même corps & dans le même
creufet , un plus grand nombre de ces
foyers : leur réunion y portant une chaleur
d'une activité inconnue produira
des effets qui le font fans doute auffi ;
ce peut être une nouvelle fource de
connoiffances à acquérir.
Lorfqu'on place au foyer d'une de ces
Loupes une groffe bougie allumée , il
fe forme de l'autre côté de la Loupe
une colonne de lumière , qui porte fon
éclat fort loin , & à l'extrémité de laquelle
on peut lire , ou éclairer des objets
dans la nuit , qu'on ne verroit pas
à la diftance où l'on en eft , fans le fecours
de cette lumière .
On peut employer cette colonne de
lumière pour tracer affez exactement
le profil d'une perfonne : il faut pour cela
placer une bougie un peu plus près de
la Loupe que fon foyer , précisément
à la hauteur de fon centre , & pofer cette
Loupe bien verticalement : vous
faites affeoir la perfonne à cinq ou fix.
pas de diſtance de la Loupe , affez haur
144 MERCURE DE FRANCE .
ou affez bas pour que le centre de fa .
tête , celui de la Loupe & la flamme de
la bougie , foient dans la même ligne .
Cette perfonne doit être de côté contre
un grand verre , ou une glace non-étamée
, encadrée & montée à-peu-près
comme les grands écrans à pied qu'on
met devant les cheminées pendant l'hyver
: on couvre cette glace d'une feuille
de papier blanc qu'on y attache , par
les quatre coins , avec du pain à cacheter.
Par exemple , fi la Loupe à eau que
vous avez a dix-huit pouces de foyer ,
vous placez d'abord fur une table ,
un bout de la chambre , une bougie allumée
, & vous éteignez toutes les autres
; enfuite à environ quinze à ſeize
pouces de cette bougie , vous placez
votre Loupe fur la même table , de manière
que la flamme de cette bougie réponde
au centre de cette Loupe ; à fix
pas plus loin , vous faites affeoir la perfonne
de côté , en forte que la colonne
de lumière qui vient de la Loupe ,
lui éclaire tout le côté gauche de la tête
; puis vous placez après cette perfanne
, & tout près d'elle , la glace verticale
, montée en écran , & vous attachez
la feuille de papier par - derriere.
Le tout étant difpofé ainfi , le profil de
la
OCTOBRE. 1763.1 145
la perfonne affife , eft très -aifé à tracer
fur ce papier , en fuivant , avec un
crayon , le contour de l'ombre que fa
tête y forme. Par le même procédé on
peut , fans fçavoir deffiner , fe procurer
le profil de toute autre chofe fur le
champ ; on peut même tracer de différens
côtés une machine dont on a le
modéle en petit , & tout autre objet
de médiocre grandeur. Plus la perfon- .
ne , ou l'objet que l'on veut deffiner
font éloignés de la Loupe , & la glace
verticale près d'eux , plus l'image qu'on
en trace fur le papier collé fur la glace ,
approche des véritables dimenfions &
de la grandeur naturelle. Cette image
devient plus grande à mefure qu'on
approche la perfonne ou l'objet de la
Loupe , & qu'on éloigne la glace vertigale.
Avec une Loupe de dix à douze pouces
de diametre qu'on place debout inclinée
fur fon axe , entre foi & un livre
in- quarto , les perfonnes qui ont la vue
foible , ou baffe , peuvent aifément lire
fans fe fervir de lunettes , & fans fe
déplacer pour paffer de la page gauche
à la page droite.
Il fuit de là que ces Loupes peuvent
être commodes & utiles aux déchiffreurs
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
d'anciens titres : comme ces Loupes font
voir à la fois un plus grand efpace fur le
titre , ils faifiront plus aifément un mot
difficile à lire , parce qu'ils auront en
même-temps fous les yeux le fens qui
précéde & celui qui fuit.
Ces Loupes font auffi voir en grand les
Eftampes d'Optique comme les Miroirs
concaves ; mais elles ont encore ici fur
eux un avantage , c'eft celui de ne pas
faire voir les objets renverfés de droite à
gauche comme eux, en forte que l'on peut
fire l'infcription d'une Eftampe , ce que
l'on ne peut faire avec les Miroirs , dans
lefquels ces infcriptions font vues renverfées
comme avec les Optiques commu
nes , compofées d'un Miroir-plan incliné
& d'une Loupe de verre folide . Pour
voir une eftampe avec une Loupe à eau ,
il faut appuyer l'eftampe contre quelque
chofe qui la foutienne comme debout
de manière que le jour tombe deffus obliquement
, placer la Loupe devant cette
eftampe à la distance de fon foyer , &
regarder au travers de la Loupe ; vous
voyez alors en grand comme avec un Miroir
, les objets repréfentés par l'eftampe.
Ces Loupes étant compofées de deux
portions de fphère qui peuvent être féparées
à volonté, il s'enfuit qu'on peut les
OCTOBRE. 1763. 147
remplir fucceffivement de diverfes liqueurs
colorées , ou non colorées , dont
on veut éprouver & comparer le pouvoir
réfrangible ; il y auroit peut-être en cela
un grand nombre d'expériences à faire
pour les Phyficiens .
Le reste au Mercure prochain.
Fermer
971
p. 142-151
LETTRE de M. DE PARCIEUX, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
J'AI vu avec plaisir, Monsieur la Societé des Conciliateurs s'occuper du [...]
Mots clefs :
Lettre, Conciliateurs, Académie, Projet, Rivière, Journaux, Eau, Particuliers, Médecin anglais, Amphithéâtre anatomique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE PARCIEUX, de l'Académie Royale des Sciences, à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE de M. DE PARCIEUX, de
l'Académie Royale des Sciences , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
,
J'AAII vu avecplaifir ,Monfieur la Societé
des Conciliateurs s'occuper du
projet que j'ai indiqué , pour procurer
un volume conſidérable d'eau dans tous
les quartiers de Paris , & prendre la
défenſe de labonne qualité de celle que
je propoſe d'y amener. Sa faveur marécageuſe
n'a pu rebuter que peu de perſonnes
, après avoir vû ce que diſent à
ce ſuet MM. Hellot & Macquer dans
l'Analyſe qu'ils ont faite de cette eau :
Il eſt néanmoins très-bon , pour ramener
ce petit nombre , de faire connoître
plus expreffément que je n'ai fait , les
NOVEMBRE. 1763. 143
cauſes de ce goûtde marais , &fu-r tout
de faire voir qu'il eſt communaux eaux
de toutes les petites rivières qui ont leur
embouchure dans la Seine ; & qu'il
n'eſt pas particulier à l'eau de l'Yvette ,
comme quelques perſonnes , ſans doute
faciles à perfuader ,ſe l'étoient mis dans
la tête. مت 小
Les Journaux& autres Ecrits publics
ont parlé fi avantageuſement du projet
d'amener l'eau de l'Yvette à Paris , il a
été fi bien accueilli ,que je me perfuade
que vos Lecteurs verront avec plaifir oe
qui y a rapport ,& ce qui peut enmontrer
tout le beau & toute l'utilité. Il
m'eſt permis fans doute de plaider cette
cauſe , & d'ajouter à ce qu'ont dit MM.
les Conciliateurs. Onm'excuseroit quand
même j'y mettrois quelques vues d'intérêt
particulier , pourvu que je ne diſe
rien que de vrai ; à plus forte raifon doisje
être excufé , ſi je ne parle que pour
l'intérêt public. Je ne prétends ni à être
l'Architecte ni l'Entrepreneur de ce
grand ouvrage ; je ne veux ni former
de Compagnie , ni être aſſocié en manière
quelconque à l'entrepriſe qu'on en
pourroit faire , Mais j'aurois la plus
grande des fatisfactions ſi je le voyais
commencer ; & j'employerois avec le
2
Σ
144 MERCURE DE FRANCE.
plus grand plaifir tous les ſoins dont je
puis être capable , à marquer par des
repaires immuables la route &les pentes
de ce Canal ou Aqueduc , fi on devoit
le commencer bien-tôt.
J'ai bien dit quelque choſe dans mon
Mémoire , page 21 , du goût de marais
qu'ont les eaux de toutes les petites
rivières ; mais je ſens que cela ne ſuffit
pas pour tout le monde , & je ne m'imaginois
pas qu'il pût reſter des doutes
après la lecture de l'examen chimique
de MM. Hellot & Macquer , que pour
cette raiſon j'ai inféré en entier dans
mon ouvrage. Il auroit du prevénir
tous les mauvais propos tenus dans les
Sociétés particulieres , par des gens qui
ne ſçavent que lever des doutes , ſans
égard aux ſolutions qu'on en a données.
Des perſonnes qui n'ont jamais bû que
de l'eau de la Seine , fans réfléxion , ne
ſçavent pas qu'elle a eu originairement
cette faveur marécageuſe , qu'elles
croient particulière à l'eau de l'Yvette ;
&en lifant la conclufion du rapport des
deux Sçavans Chimiſtes , que je viens
de citer , on ſe ſeroit épargné les difcours
inconfidérés qu'on a tenus contre le
projet ; puiſqu'il eſt prouvé par le témoignage
le plus authentique , que cette
faveur
NOVEMBRE. 1763. 145
faveur marécageuſe n'eſt nullement
inhérente à l'eau de l'Yvette; qu'elle lui eft
étrangère & accidentelle ; qu'elle eft
commune aux eaux de toutes les petites
rivieres ; qu'ellese diſſipe par la fimple
expofition à l'Air , & enfin que l'eau
de l'Yvette doit être miſe dans la Claſſe
des eaux courantes de rivière , très -faines
& très-bonnes à boire.
د
LesMagiftrats accoutumés à juger de
tout avec une mûre réfléxion s'en
rapporteront plus au rapport des gens
de l'Art , qu'à des objections qu'on
peut dire dénuées de fens ; & il n'eſt
pas poffible que l'avis dicté par des recherches
auffi certaines ne prévale fur
des remarques frivoles qui ne peuvent
être d'aucun poids , pour retarder jamais
l'exécutionduprojet.
Si à la fin de l'été ou dans l'Automne ,
quand les rivières font fort baſſes , ces
perſonnes mal intentionnées ou prévenuës
vouloient prendre la peine de
goûter l'eau de la Seine lorſqu'on l'apporte
de la rivière, ou à la rivière même,
comme nous le faiſons pour celle de
l'Yvette , fans attendre que cette eau
ait été repoſée ou filtrée ou évaporée ;
ellesytrouveroient une faveur de marais
guères moins forte felon les temps , que
G
146 MERCURE DE FRANCE .
celle qu'on trouve à l'eau de l'Yvette.
Elle l'avoit fi forte en 1731 , que M.
Antoine De Juffieu , de l'Académie des
Sciences,crut devoirdonner un Mémoire
à ce ſujet pour en faire connoître la
cauſe , afin qu'on pût y remédier à
l'avenir, quand la même choſe arriveroit.
Voyez les Memoires de l'Académie
Année 1733. page 351. On peut encore
s'en rapporter fur cet Article , à l'expérience
des Porteurs d'eau qui ont alors
ſoin de laiſſer les fontaines découvertes
entoutou en partie , pour laiſſer diffiper
ce qui donne ce goût à l'eau.
J'invite les perſonnes qui prennent
quelque intérêt au bien public , qui
aiment à bien connoître ce dont elles
veulent parler , & qui se trouvent à
portée d'avoir aisément de l'eau de
İ'Yvette , d'en expoſer à l'air libre , &
non dans des appartemens , & de voir
elles - mêmes en combien de jours elle
perd fon goût , afin de pouvoir enſuite
en parler pertinemment , & détromper
ceux qui n'en parlent que par préjugé.
Entre pluſieurs perſonnes qui ont fait
cette épreuve , je me contenterai de
citer M. Haudry , Fermier - Général ,
qui allant à ſa terre de Soucy près d'Arpajon,
fit remplir en ſa préſence pluſieurs
NOVEMBRE. 1763. 147
bouteilles de l'eau de l'Yvette au moulin
de Longjumeau. Arrivé à Soucy , il la
goûta ; elle avoit le goût de marais. Il
en expoſa au grand air , dans des verres ;
& au bout de trois jours elle n'avoit plus
aucune faveur , au point qu'on n'y
trouvoit aucune différence avec l'eau
de la ſource de Soucy , qui eſt des meilleures
qu'on connoiffe.
J'ai la confiance de croire malgré les
doutes qu'on a voulu faire naître ſur la
qualitéde l'eau de l'Yvette, que le projet
de l'amener à Paris ſera exécuté un jour,
& peut - être même beaucoup plutôt
que nous n'oferions l'éſperer. Je fonde
cette confiance ſur les raiſons ſuivantes .
1º. Sur ce que la Ville ne s'en rapportera
pas pour ſe décider ſur l'utilité du
projet , aux propos qui n'ontaucun fondement
, mais à des Juges compétens ,
tels que la faculté de Médécine , l'Académie
des Sciences , ou le corps des
Apoticaires , fi elle croit devoir faire
confirmer le jugement de MM. Hellot
& Macquer.
2º. Sur la nécéſſité indiſpenſable de
donner de l'eau à Paris qui s'agrandit
de toute part , pendant que le peu d'eau
qu'ila , diminue de jour en jour.
3°. Sur la connoiſſance ſuffifante que
Gij
143 MERCURE DE FRANCE.
j'ai de Paris & de ſes environs , pour
pouvoir affurer & prouver s'il le falloit ,
qu'il n'y a que l'Yvette qui puiffe donner
à Paris une affez grande quantité de
bonne eau , à une hauteur commode ,
pour la diſtribuer dans tous les quartiers .
4°. Sur la facilité qu'il y aura d'amener
cette eau à la Porte S. Michel , les côtes
par leſquelles le Canal paffera , étant
pour ainſi dire toutes droites , ainfi
que la route totale.
,
5°. Sur le defir que tous les Prévôts
des Marchands & Echevins ont &
doivent avoir d'embellir Paris de
pourvoir à la commodité & aux avanrages
des Citoyens , & de trouver dans
des motifs fi nobles , celui d'immortaliſer
Leurs noms.
6°. Sur l'exemple que donnent à ce
ſujet pluſieurs Villes de Province.
7. Sur ce que la machine du pont
Notre Dame eſt fort vieille , qu'elle peut
manquer d'un moment à l'autre , &
qu'il eſt très eſſentiel par toutes les
raiſons rapportées dans monmémoire, de
débaraffer les arches des ponts.
,
8°. Enfin ſur ce que la dépenſe ne ſera
pas auffi énorme que bien des gens l'ont
crû, & ont peut- être cherché à l'infinuer,
On en verra la preuve dans le volume de
NOVEMBRE. 1763. 149
l'Académie où mon Mémoire fera inféré;
&par la comparaiſon de travaux à peuprès
ſemblables , faits à Versailles il y a
23 à 24 ans ; & d'après les Mémoires
non fufpects , reglés & payés , que je
tiens de M. Gabriel , de l'Académie
Royale d'Architecture & premier Architecte
du Roi , il ne doit pas en coûter
fix millions , toutes dépenses & indemnités
payées , pour rendre l'eau de l'Yvette
à la Porte S. Michel .
Mais diront ceux qui doutent de tout ,
où la Ville prendra-t-elle ces cinq à fix
millions , & ce qu'il faudra de plus pour
porter l'eau dans chaque quartier,
avec les dépenfes ordinaires qu'elle eft
obligée de faire ? Je dirai ici ce que
j'ai dit ailleurs , que les Grands Hommes
trouvent les moyens néceſſaires pour
venir à bout des plus grandes choſes.
Quand unPrévôt des Marchands n'e feroit
que commencer l'Aqueduc de l'Yvette ,
que je voudrois nommer de LOUIS XV.
ou de LOUIS LE BIEN -AIMÉ ; c'en
feroit affez pour qu'il fût bientôt mené
à ſa fin. La Ville laiſſe rarement ſes
entrepriſes imparfaites , & celle-ci eft
de nature à l'être moins que toute autre.
Il peut d'ailleurs ſe trouver quelque
Gérard de Poiffi , quelque Godinot ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
quelque La Peyronie , qui penſent affez
noblement pour vouloir laiſſer à la Capitale
du Royaume, un Monument éternel
de la bienfaiſance ; & à leur poſtérité un
nom refpectable & révéré. Connoit- on
ou imagine - t - on quelque Titre auſſi
flatteur , auffi grand & auſſi ſatisfaiſant
que le ſeroit celui de bienfaiteur d'un
monde entier. Je ne puis m'empêcher
de dire que je ne conçois pas , qu'avec
le pouvoir de faire un auſſi grand bien ,
on n'en ait pas la volonté. Quelquesuns
, ( & ce ne feront pas les plus généreux
) ne manqueront pas de nommer
ceci de l'enthouſiaſme , & cela peut
être ; mais du moins n'est - ce pas un
enthouſiaſme blamable ; & tel qu'il eſt ,
puiſſe-t-il pour le bien de Paris paffer
dans le coeur de quelqu'un de nos plus
riches Citoyens !
,
Une pareille générofité ſeroit grande ,
fans doute , & bien digne de louanges ,
mais elle ne feroit pas inouie. Je pourrois
citer un très-grand nombrede perſonnes
qui ont fait plus que cela, eu égard à leurs
facultés. Le quartier de l'Univerſité eft
couvert de Monumens fondés par
l'amour patriotique de différens Particuliers
. Il faut entendre les habitans de
Reims , fur ce que M. Godinot , Cha
NOVEMBRE. 1763. 151
noine de cette Ville , a fait pour ſes
concitoyens. Les Ecoles de Chirurgie
de Paris & de Montpellier , fur ce qu'a
fait pour elles & pour le bien de l'Humanité
, M. De La Peyronie , premier
Chirurgien du Roi. Tout le monde a
pu remarquer dans la Gazette de France
du 28 Janvier dernier , & dans celle
d'Utrecht du 8 Février , qu'un célébre
Médecin Anglois donne plus de deux
eens mille livres sterlings , devant faire
aux environs de cinq millions de notre
monnoie , pour faire bâtir un Amphithéatre
Anatomique à Londres , & fonder
les Profeſſeurs néceſſaires en Médecine
& en Chirurgie , avec tous les
acceſſoires ; & c'eſt un Médecin ,
Particulier , qui fait cela. Ce font de
ces Hommes dont on parlera éternellement
avec reſpect & vénération .
J'ai l'honneur d'être , &c .
l'Académie Royale des Sciences , à
M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
,
J'AAII vu avecplaifir ,Monfieur la Societé
des Conciliateurs s'occuper du
projet que j'ai indiqué , pour procurer
un volume conſidérable d'eau dans tous
les quartiers de Paris , & prendre la
défenſe de labonne qualité de celle que
je propoſe d'y amener. Sa faveur marécageuſe
n'a pu rebuter que peu de perſonnes
, après avoir vû ce que diſent à
ce ſuet MM. Hellot & Macquer dans
l'Analyſe qu'ils ont faite de cette eau :
Il eſt néanmoins très-bon , pour ramener
ce petit nombre , de faire connoître
plus expreffément que je n'ai fait , les
NOVEMBRE. 1763. 143
cauſes de ce goûtde marais , &fu-r tout
de faire voir qu'il eſt communaux eaux
de toutes les petites rivières qui ont leur
embouchure dans la Seine ; & qu'il
n'eſt pas particulier à l'eau de l'Yvette ,
comme quelques perſonnes , ſans doute
faciles à perfuader ,ſe l'étoient mis dans
la tête. مت 小
Les Journaux& autres Ecrits publics
ont parlé fi avantageuſement du projet
d'amener l'eau de l'Yvette à Paris , il a
été fi bien accueilli ,que je me perfuade
que vos Lecteurs verront avec plaifir oe
qui y a rapport ,& ce qui peut enmontrer
tout le beau & toute l'utilité. Il
m'eſt permis fans doute de plaider cette
cauſe , & d'ajouter à ce qu'ont dit MM.
les Conciliateurs. Onm'excuseroit quand
même j'y mettrois quelques vues d'intérêt
particulier , pourvu que je ne diſe
rien que de vrai ; à plus forte raifon doisje
être excufé , ſi je ne parle que pour
l'intérêt public. Je ne prétends ni à être
l'Architecte ni l'Entrepreneur de ce
grand ouvrage ; je ne veux ni former
de Compagnie , ni être aſſocié en manière
quelconque à l'entrepriſe qu'on en
pourroit faire , Mais j'aurois la plus
grande des fatisfactions ſi je le voyais
commencer ; & j'employerois avec le
2
Σ
144 MERCURE DE FRANCE.
plus grand plaifir tous les ſoins dont je
puis être capable , à marquer par des
repaires immuables la route &les pentes
de ce Canal ou Aqueduc , fi on devoit
le commencer bien-tôt.
J'ai bien dit quelque choſe dans mon
Mémoire , page 21 , du goût de marais
qu'ont les eaux de toutes les petites
rivières ; mais je ſens que cela ne ſuffit
pas pour tout le monde , & je ne m'imaginois
pas qu'il pût reſter des doutes
après la lecture de l'examen chimique
de MM. Hellot & Macquer , que pour
cette raiſon j'ai inféré en entier dans
mon ouvrage. Il auroit du prevénir
tous les mauvais propos tenus dans les
Sociétés particulieres , par des gens qui
ne ſçavent que lever des doutes , ſans
égard aux ſolutions qu'on en a données.
Des perſonnes qui n'ont jamais bû que
de l'eau de la Seine , fans réfléxion , ne
ſçavent pas qu'elle a eu originairement
cette faveur marécageuſe , qu'elles
croient particulière à l'eau de l'Yvette ;
&en lifant la conclufion du rapport des
deux Sçavans Chimiſtes , que je viens
de citer , on ſe ſeroit épargné les difcours
inconfidérés qu'on a tenus contre le
projet ; puiſqu'il eſt prouvé par le témoignage
le plus authentique , que cette
faveur
NOVEMBRE. 1763. 145
faveur marécageuſe n'eſt nullement
inhérente à l'eau de l'Yvette; qu'elle lui eft
étrangère & accidentelle ; qu'elle eft
commune aux eaux de toutes les petites
rivieres ; qu'ellese diſſipe par la fimple
expofition à l'Air , & enfin que l'eau
de l'Yvette doit être miſe dans la Claſſe
des eaux courantes de rivière , très -faines
& très-bonnes à boire.
د
LesMagiftrats accoutumés à juger de
tout avec une mûre réfléxion s'en
rapporteront plus au rapport des gens
de l'Art , qu'à des objections qu'on
peut dire dénuées de fens ; & il n'eſt
pas poffible que l'avis dicté par des recherches
auffi certaines ne prévale fur
des remarques frivoles qui ne peuvent
être d'aucun poids , pour retarder jamais
l'exécutionduprojet.
Si à la fin de l'été ou dans l'Automne ,
quand les rivières font fort baſſes , ces
perſonnes mal intentionnées ou prévenuës
vouloient prendre la peine de
goûter l'eau de la Seine lorſqu'on l'apporte
de la rivière, ou à la rivière même,
comme nous le faiſons pour celle de
l'Yvette , fans attendre que cette eau
ait été repoſée ou filtrée ou évaporée ;
ellesytrouveroient une faveur de marais
guères moins forte felon les temps , que
G
146 MERCURE DE FRANCE .
celle qu'on trouve à l'eau de l'Yvette.
Elle l'avoit fi forte en 1731 , que M.
Antoine De Juffieu , de l'Académie des
Sciences,crut devoirdonner un Mémoire
à ce ſujet pour en faire connoître la
cauſe , afin qu'on pût y remédier à
l'avenir, quand la même choſe arriveroit.
Voyez les Memoires de l'Académie
Année 1733. page 351. On peut encore
s'en rapporter fur cet Article , à l'expérience
des Porteurs d'eau qui ont alors
ſoin de laiſſer les fontaines découvertes
entoutou en partie , pour laiſſer diffiper
ce qui donne ce goût à l'eau.
J'invite les perſonnes qui prennent
quelque intérêt au bien public , qui
aiment à bien connoître ce dont elles
veulent parler , & qui se trouvent à
portée d'avoir aisément de l'eau de
İ'Yvette , d'en expoſer à l'air libre , &
non dans des appartemens , & de voir
elles - mêmes en combien de jours elle
perd fon goût , afin de pouvoir enſuite
en parler pertinemment , & détromper
ceux qui n'en parlent que par préjugé.
Entre pluſieurs perſonnes qui ont fait
cette épreuve , je me contenterai de
citer M. Haudry , Fermier - Général ,
qui allant à ſa terre de Soucy près d'Arpajon,
fit remplir en ſa préſence pluſieurs
NOVEMBRE. 1763. 147
bouteilles de l'eau de l'Yvette au moulin
de Longjumeau. Arrivé à Soucy , il la
goûta ; elle avoit le goût de marais. Il
en expoſa au grand air , dans des verres ;
& au bout de trois jours elle n'avoit plus
aucune faveur , au point qu'on n'y
trouvoit aucune différence avec l'eau
de la ſource de Soucy , qui eſt des meilleures
qu'on connoiffe.
J'ai la confiance de croire malgré les
doutes qu'on a voulu faire naître ſur la
qualitéde l'eau de l'Yvette, que le projet
de l'amener à Paris ſera exécuté un jour,
& peut - être même beaucoup plutôt
que nous n'oferions l'éſperer. Je fonde
cette confiance ſur les raiſons ſuivantes .
1º. Sur ce que la Ville ne s'en rapportera
pas pour ſe décider ſur l'utilité du
projet , aux propos qui n'ontaucun fondement
, mais à des Juges compétens ,
tels que la faculté de Médécine , l'Académie
des Sciences , ou le corps des
Apoticaires , fi elle croit devoir faire
confirmer le jugement de MM. Hellot
& Macquer.
2º. Sur la nécéſſité indiſpenſable de
donner de l'eau à Paris qui s'agrandit
de toute part , pendant que le peu d'eau
qu'ila , diminue de jour en jour.
3°. Sur la connoiſſance ſuffifante que
Gij
143 MERCURE DE FRANCE.
j'ai de Paris & de ſes environs , pour
pouvoir affurer & prouver s'il le falloit ,
qu'il n'y a que l'Yvette qui puiffe donner
à Paris une affez grande quantité de
bonne eau , à une hauteur commode ,
pour la diſtribuer dans tous les quartiers .
4°. Sur la facilité qu'il y aura d'amener
cette eau à la Porte S. Michel , les côtes
par leſquelles le Canal paffera , étant
pour ainſi dire toutes droites , ainfi
que la route totale.
,
5°. Sur le defir que tous les Prévôts
des Marchands & Echevins ont &
doivent avoir d'embellir Paris de
pourvoir à la commodité & aux avanrages
des Citoyens , & de trouver dans
des motifs fi nobles , celui d'immortaliſer
Leurs noms.
6°. Sur l'exemple que donnent à ce
ſujet pluſieurs Villes de Province.
7. Sur ce que la machine du pont
Notre Dame eſt fort vieille , qu'elle peut
manquer d'un moment à l'autre , &
qu'il eſt très eſſentiel par toutes les
raiſons rapportées dans monmémoire, de
débaraffer les arches des ponts.
,
8°. Enfin ſur ce que la dépenſe ne ſera
pas auffi énorme que bien des gens l'ont
crû, & ont peut- être cherché à l'infinuer,
On en verra la preuve dans le volume de
NOVEMBRE. 1763. 149
l'Académie où mon Mémoire fera inféré;
&par la comparaiſon de travaux à peuprès
ſemblables , faits à Versailles il y a
23 à 24 ans ; & d'après les Mémoires
non fufpects , reglés & payés , que je
tiens de M. Gabriel , de l'Académie
Royale d'Architecture & premier Architecte
du Roi , il ne doit pas en coûter
fix millions , toutes dépenses & indemnités
payées , pour rendre l'eau de l'Yvette
à la Porte S. Michel .
Mais diront ceux qui doutent de tout ,
où la Ville prendra-t-elle ces cinq à fix
millions , & ce qu'il faudra de plus pour
porter l'eau dans chaque quartier,
avec les dépenfes ordinaires qu'elle eft
obligée de faire ? Je dirai ici ce que
j'ai dit ailleurs , que les Grands Hommes
trouvent les moyens néceſſaires pour
venir à bout des plus grandes choſes.
Quand unPrévôt des Marchands n'e feroit
que commencer l'Aqueduc de l'Yvette ,
que je voudrois nommer de LOUIS XV.
ou de LOUIS LE BIEN -AIMÉ ; c'en
feroit affez pour qu'il fût bientôt mené
à ſa fin. La Ville laiſſe rarement ſes
entrepriſes imparfaites , & celle-ci eft
de nature à l'être moins que toute autre.
Il peut d'ailleurs ſe trouver quelque
Gérard de Poiffi , quelque Godinot ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
quelque La Peyronie , qui penſent affez
noblement pour vouloir laiſſer à la Capitale
du Royaume, un Monument éternel
de la bienfaiſance ; & à leur poſtérité un
nom refpectable & révéré. Connoit- on
ou imagine - t - on quelque Titre auſſi
flatteur , auffi grand & auſſi ſatisfaiſant
que le ſeroit celui de bienfaiteur d'un
monde entier. Je ne puis m'empêcher
de dire que je ne conçois pas , qu'avec
le pouvoir de faire un auſſi grand bien ,
on n'en ait pas la volonté. Quelquesuns
, ( & ce ne feront pas les plus généreux
) ne manqueront pas de nommer
ceci de l'enthouſiaſme , & cela peut
être ; mais du moins n'est - ce pas un
enthouſiaſme blamable ; & tel qu'il eſt ,
puiſſe-t-il pour le bien de Paris paffer
dans le coeur de quelqu'un de nos plus
riches Citoyens !
,
Une pareille générofité ſeroit grande ,
fans doute , & bien digne de louanges ,
mais elle ne feroit pas inouie. Je pourrois
citer un très-grand nombrede perſonnes
qui ont fait plus que cela, eu égard à leurs
facultés. Le quartier de l'Univerſité eft
couvert de Monumens fondés par
l'amour patriotique de différens Particuliers
. Il faut entendre les habitans de
Reims , fur ce que M. Godinot , Cha
NOVEMBRE. 1763. 151
noine de cette Ville , a fait pour ſes
concitoyens. Les Ecoles de Chirurgie
de Paris & de Montpellier , fur ce qu'a
fait pour elles & pour le bien de l'Humanité
, M. De La Peyronie , premier
Chirurgien du Roi. Tout le monde a
pu remarquer dans la Gazette de France
du 28 Janvier dernier , & dans celle
d'Utrecht du 8 Février , qu'un célébre
Médecin Anglois donne plus de deux
eens mille livres sterlings , devant faire
aux environs de cinq millions de notre
monnoie , pour faire bâtir un Amphithéatre
Anatomique à Londres , & fonder
les Profeſſeurs néceſſaires en Médecine
& en Chirurgie , avec tous les
acceſſoires ; & c'eſt un Médecin ,
Particulier , qui fait cela. Ce font de
ces Hommes dont on parlera éternellement
avec reſpect & vénération .
J'ai l'honneur d'être , &c .
Fermer
972
p. 152-158
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. V°. Des Glaces en verres courbés au feu.
Début :
On peut, dans cette Manufacture, faire courber des glaces, ou du verre de toute [...]
Mots clefs :
Pouces, Cristaux, Verres, Glaces, Qualité, Manufacture, Miroirs concaves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. V°. Des Glaces en verres courbés au feu.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des
Miroirs concaves .
V°. Des Glaces en verres courbés aufez
Opeut, dans cette Manufacture, faire
courber des glaces , ou du verre de toute
eſpéce,dans quelque forme que ce puiffe
être , comme pour les carreaux des croi
ſées ceintrées , qui naturellemeut doivent
ſuivre la courbure que l'architectu
re fait prendre à certaines parties des édifices
; pour les encoignures arrondies des
boutiques , pour les bibliothéques , les
tablettes & les panneaux des portes des
coins de cabinet , dans lesquels on tient
des morceaux rares & curieux qu'on
veut garantir de la pouffière ,& cependant
laiſſer voir ; pour les caroffes &
autres voitures en gondoles dont on
NOVEMBRE, 1763 . 153
,
veut que les coins , quoiqu'arrondis ,
foient garnis de glaces ; pour les châffes
des Saints qu'on rend d'une forme plus
agréable que ne font les anciennes , en
y ménageant des courbes rentrantes &
fortantes ; pour former les cafes ου
boëtes de glaces , ou verres qui fervent
à préſerver les beaux morceaux de
fculpture , ou les bouquets artificiels de
la pouffière , des mouches & de la vapeur
des bougies qui les noirciffent , &
généralement pour toutes les conftructions
dans lesquelles on veut faire entrer
des glaces , ou verres courbes.
VI . Des Luftres de glace.
L'établiſſement de cette Manufacture
/ a fait imaginer les Luftres de glace : c'eſt
une eſpece de grande lanterne compofée
de plufieurs glaces , auxquelles on
fait prendre les contours qu'on juge a
propos de donner à ces Luftres , afin
de les rendre autant par leur forme que
par la richeſſe & les ornemens de leur
monture, en état de figurer dans les appartemensles
plus magnifiques. Au milieu
de ces Luftres eſt ſuſpendu un chandelier
à pluſieurs branches arrangées
ordiniarement en ordre pyramidal.
و
Tes avantages de ces Luftres für ceux
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
qui ſont de cristal , tels qu'on les voit
dans les Caffés & aux Salles de ſpectacle
, font frappans ; ils donnent beau--
coupplus de lumière , parce que les glaces
ont la propriété de ſe la réfléchir
mutuellement: dans ces Luftres les bougies
étant à l'abri du vent , elles font
moins expoſées à couler , & permettent
que l'on ait les portes & les fenêtres
ouveerrtteess ,, ce qui est fort agréable
pendant les chaleurs & à la campagne ;
enfin on peut paſſer deſſous dans une
aſſemblée , ou dans un bal , ſans craindre
de recevoir ſur ſon habit ou fur fa
robe, de la cire& de la graiffe fondues.
VII . Des Cristaux de Pendules , ou
cartels .
Il nous paroît important d'inſtruire le
Public fur les Cristaux de pendule qui
ſe fabriquent auſſi dans cette Manufacture
: peu de perſonnes ſçavent ce que
c'eſt; on en ignore les quatre différentes
qualités , & les trois différens prix ;
on ne fait pas s'il vaut mieux avoir des
unsque des autres; on ne ſe détermine
que par le meilleur marché ; on n'eſt
pas content enfuite , & faute de connoiffance
, on s'en prend à la Fabrique,
Il convient , fans doute , que tout le
NOVEMBRE. 1763. 155
monde ſoit en état de demander à fon
Horloger telle , ou telle qualité de ces
Criſtaux , à proportion du prix qu'il veut
mettre à ſa pendule ou à fon carte !, &
ſuivant la beauté & la perfection de la
piece.
On appelle Cristal de pendule , ou de
cartel cette calotte de verre qui recouvre
le cadran , & qui eſt ordinairement
encadrée dans la porte de la pendule
, ou du cartel. Il fe fait dans cette
Manufacture de quatre fortes de ces Criftaux
: ceux de la première qualité font
de vrai Criſtal , parfaitement blanc , &
dont les deux ſurfaces ſont travaillées
réguliérement ; c'est -à-dire , doucies &
polies , comme on travaille les verres
pour l'Optique ; ainſi ces Criſtaux ne
portent aucune couleur fur l'émail des
cadrans ; ils leur laiſſent tout leur éclat ,
& jamais ne défigurent , ni les heures ,
ni les minutes : enfin leur épaiſſeur les
met en état de réſiſter , & d'être beaucoup
moins cafuels que les autres ; ce
font là les plus chers ,& ceux dont il
s'agit dans la première colonne du tarif
qui fuit.
Les Criftaux de la feconde qualité
font faits avec de la glace de France :
ils font travaillés avec le même ſoin que
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
les Criſtaux de criſtal ; ils ont la même
force ; ils ne défigurent point les heures ,
ni les minutes ; mais il eſt impoffible
qu'ils foient auffi blancs que ceux de
criftal.
Les Criſtaux de la troifiéme qualité
fontfaits de verre d'Allemagne double ,
fait exprès : ils ſont courbés très-réguliérement;
les ſurfaces n'en font point
travaillées comme ceux de glace ; mais
ils font beaucoup plus blancs.
Ces Criſtaux de la troiſieme & feconde
qualité font du même prix ; &
c'eſt d'eux dont il s'agit dans la feconde
colonne du tarif ci-après .
,
Enfin les Criſtaux de la quatriéme
qualité ſont faits de verre de Boheme
fimplement courbé : comme ce verre a
beaucoup moins d'épaiſſeur que les autres
, ces Criſtaux font bien plus cafuels
que ceux des trois autres qualités;
ils font auſſi bien moins réguliers; ce qui
fait que vers les bords ils défigurent
quelquefois les heures & les minutes du
cadran : ce verre eſt auſſi ſujet aux fils ,
aux piquures , aux bouillons ; ce font
ceux du plus bas prix , & de la derniere
colonne du tarif. On ne doit les
employer que pour les peridules de peu
de valeur , & dont les boëtes ne font .
ni ornées , ni décorées ; car il feroit ri
NOVEMBRE. 1763. 157
dicule de voir un de ces verres communs
dans une falle , ou dans un cabinet
qui ne contiendroit que des meubles
de goût & de prix .
TARIF des Cristaux de Pendule , ou Cartels.
Diametre des Cristaux. Criſtaux | Cristaux | Criſtaux
de criſtal, de glace& de verre
1. qua- de verre
Lité.
de Bonedouble,
2e.me , 4 .
& 3.qua qualité.
lité .
2 pouces & au deffous 90 1. 60 liv. 301.
I pouces & au- dellous 72 48 24
1 pouces & au-deſſous 4 5 30 15
9 pouces & au - delfous 30 20
12
8 pouces & au deffous 22 1of.
15 9
7 pouces & au-deſſous 18- 12 710
6 pouces & au-deſſous 5 و 13 10
5 pouces & au deſſous 9 6
4
4 pouces & au- deſſous 7 10
5 3.
Remarquez que quand le diamètre de
la porte de la Pendule a précisément
une des meſures ci-deſſus , ou la moindre
choſe de plus , il faut prendre le
criſtal dans la claſſe d'au-deſſus ; car il
faut que ce criſtal foit d'abord plus grand
que la porte , pour qu'on puiſſe l'y
ajuſter.
Prix des Miroirs.
Un Miroir , dont la glace a 9 pouces de dias
158 MERCURE DE FRANCE.
mètre , monté ſur ſon pied , ſon demi-cercle
& pivot de cuivre , &c. comme il eſt expliqué
au commencement de cet Abregé , vaut 72 liv.
Un de 12 pouces vaut.
Un de 13 pouces ,
Un de 14 pouces ,
Un de Is pouces ,
Un de 18 pouces ,
Un de 24 pouces ,
120
144
180
240
340
SIO
Lorſque l'on veut des Miroirs d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Prix des Loupes à eau montées comme les Miroirs
Une Loupe des pouces de diamètre , 36 liv.
Une de 6 pouces , 42
Une de 7 pouces , 48
Une de 8 pouces , 60
Une de 9 pouces , 72
Une de to pouces , 96
One de ri pouces , 144
Une de 12 pouces , 192
Lorſque l'on veutdes Loupes d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Les Sçavans& les Curieux qui voudront ſe procurer
quelques-uns des objets de cetteManufacture
, pourront adreſſer leurs lettres , franches de
port , au Bureau de ladite Manufacture , dont
l'adreſſe eſt au commencementdu préſentAbrégé.
On trouvera des Exemplaires de cet
abrégé au Bureau de ladite Manufacture
rue des Prouvaires , près celle S.
Honoré, & au Palais Royal , cour de
Richelieu.
Miroirs concaves .
V°. Des Glaces en verres courbés aufez
Opeut, dans cette Manufacture, faire
courber des glaces , ou du verre de toute
eſpéce,dans quelque forme que ce puiffe
être , comme pour les carreaux des croi
ſées ceintrées , qui naturellemeut doivent
ſuivre la courbure que l'architectu
re fait prendre à certaines parties des édifices
; pour les encoignures arrondies des
boutiques , pour les bibliothéques , les
tablettes & les panneaux des portes des
coins de cabinet , dans lesquels on tient
des morceaux rares & curieux qu'on
veut garantir de la pouffière ,& cependant
laiſſer voir ; pour les caroffes &
autres voitures en gondoles dont on
NOVEMBRE, 1763 . 153
,
veut que les coins , quoiqu'arrondis ,
foient garnis de glaces ; pour les châffes
des Saints qu'on rend d'une forme plus
agréable que ne font les anciennes , en
y ménageant des courbes rentrantes &
fortantes ; pour former les cafes ου
boëtes de glaces , ou verres qui fervent
à préſerver les beaux morceaux de
fculpture , ou les bouquets artificiels de
la pouffière , des mouches & de la vapeur
des bougies qui les noirciffent , &
généralement pour toutes les conftructions
dans lesquelles on veut faire entrer
des glaces , ou verres courbes.
VI . Des Luftres de glace.
L'établiſſement de cette Manufacture
/ a fait imaginer les Luftres de glace : c'eſt
une eſpece de grande lanterne compofée
de plufieurs glaces , auxquelles on
fait prendre les contours qu'on juge a
propos de donner à ces Luftres , afin
de les rendre autant par leur forme que
par la richeſſe & les ornemens de leur
monture, en état de figurer dans les appartemensles
plus magnifiques. Au milieu
de ces Luftres eſt ſuſpendu un chandelier
à pluſieurs branches arrangées
ordiniarement en ordre pyramidal.
و
Tes avantages de ces Luftres für ceux
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
qui ſont de cristal , tels qu'on les voit
dans les Caffés & aux Salles de ſpectacle
, font frappans ; ils donnent beau--
coupplus de lumière , parce que les glaces
ont la propriété de ſe la réfléchir
mutuellement: dans ces Luftres les bougies
étant à l'abri du vent , elles font
moins expoſées à couler , & permettent
que l'on ait les portes & les fenêtres
ouveerrtteess ,, ce qui est fort agréable
pendant les chaleurs & à la campagne ;
enfin on peut paſſer deſſous dans une
aſſemblée , ou dans un bal , ſans craindre
de recevoir ſur ſon habit ou fur fa
robe, de la cire& de la graiffe fondues.
VII . Des Cristaux de Pendules , ou
cartels .
Il nous paroît important d'inſtruire le
Public fur les Cristaux de pendule qui
ſe fabriquent auſſi dans cette Manufacture
: peu de perſonnes ſçavent ce que
c'eſt; on en ignore les quatre différentes
qualités , & les trois différens prix ;
on ne fait pas s'il vaut mieux avoir des
unsque des autres; on ne ſe détermine
que par le meilleur marché ; on n'eſt
pas content enfuite , & faute de connoiffance
, on s'en prend à la Fabrique,
Il convient , fans doute , que tout le
NOVEMBRE. 1763. 155
monde ſoit en état de demander à fon
Horloger telle , ou telle qualité de ces
Criſtaux , à proportion du prix qu'il veut
mettre à ſa pendule ou à fon carte !, &
ſuivant la beauté & la perfection de la
piece.
On appelle Cristal de pendule , ou de
cartel cette calotte de verre qui recouvre
le cadran , & qui eſt ordinairement
encadrée dans la porte de la pendule
, ou du cartel. Il fe fait dans cette
Manufacture de quatre fortes de ces Criftaux
: ceux de la première qualité font
de vrai Criſtal , parfaitement blanc , &
dont les deux ſurfaces ſont travaillées
réguliérement ; c'est -à-dire , doucies &
polies , comme on travaille les verres
pour l'Optique ; ainſi ces Criſtaux ne
portent aucune couleur fur l'émail des
cadrans ; ils leur laiſſent tout leur éclat ,
& jamais ne défigurent , ni les heures ,
ni les minutes : enfin leur épaiſſeur les
met en état de réſiſter , & d'être beaucoup
moins cafuels que les autres ; ce
font là les plus chers ,& ceux dont il
s'agit dans la première colonne du tarif
qui fuit.
Les Criftaux de la feconde qualité
font faits avec de la glace de France :
ils font travaillés avec le même ſoin que
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
les Criſtaux de criſtal ; ils ont la même
force ; ils ne défigurent point les heures ,
ni les minutes ; mais il eſt impoffible
qu'ils foient auffi blancs que ceux de
criftal.
Les Criſtaux de la troifiéme qualité
fontfaits de verre d'Allemagne double ,
fait exprès : ils ſont courbés très-réguliérement;
les ſurfaces n'en font point
travaillées comme ceux de glace ; mais
ils font beaucoup plus blancs.
Ces Criſtaux de la troiſieme & feconde
qualité font du même prix ; &
c'eſt d'eux dont il s'agit dans la feconde
colonne du tarif ci-après .
,
Enfin les Criſtaux de la quatriéme
qualité ſont faits de verre de Boheme
fimplement courbé : comme ce verre a
beaucoup moins d'épaiſſeur que les autres
, ces Criſtaux font bien plus cafuels
que ceux des trois autres qualités;
ils font auſſi bien moins réguliers; ce qui
fait que vers les bords ils défigurent
quelquefois les heures & les minutes du
cadran : ce verre eſt auſſi ſujet aux fils ,
aux piquures , aux bouillons ; ce font
ceux du plus bas prix , & de la derniere
colonne du tarif. On ne doit les
employer que pour les peridules de peu
de valeur , & dont les boëtes ne font .
ni ornées , ni décorées ; car il feroit ri
NOVEMBRE. 1763. 157
dicule de voir un de ces verres communs
dans une falle , ou dans un cabinet
qui ne contiendroit que des meubles
de goût & de prix .
TARIF des Cristaux de Pendule , ou Cartels.
Diametre des Cristaux. Criſtaux | Cristaux | Criſtaux
de criſtal, de glace& de verre
1. qua- de verre
Lité.
de Bonedouble,
2e.me , 4 .
& 3.qua qualité.
lité .
2 pouces & au deffous 90 1. 60 liv. 301.
I pouces & au- dellous 72 48 24
1 pouces & au-deſſous 4 5 30 15
9 pouces & au - delfous 30 20
12
8 pouces & au deffous 22 1of.
15 9
7 pouces & au-deſſous 18- 12 710
6 pouces & au-deſſous 5 و 13 10
5 pouces & au deſſous 9 6
4
4 pouces & au- deſſous 7 10
5 3.
Remarquez que quand le diamètre de
la porte de la Pendule a précisément
une des meſures ci-deſſus , ou la moindre
choſe de plus , il faut prendre le
criſtal dans la claſſe d'au-deſſus ; car il
faut que ce criſtal foit d'abord plus grand
que la porte , pour qu'on puiſſe l'y
ajuſter.
Prix des Miroirs.
Un Miroir , dont la glace a 9 pouces de dias
158 MERCURE DE FRANCE.
mètre , monté ſur ſon pied , ſon demi-cercle
& pivot de cuivre , &c. comme il eſt expliqué
au commencement de cet Abregé , vaut 72 liv.
Un de 12 pouces vaut.
Un de 13 pouces ,
Un de 14 pouces ,
Un de Is pouces ,
Un de 18 pouces ,
Un de 24 pouces ,
120
144
180
240
340
SIO
Lorſque l'on veut des Miroirs d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Prix des Loupes à eau montées comme les Miroirs
Une Loupe des pouces de diamètre , 36 liv.
Une de 6 pouces , 42
Une de 7 pouces , 48
Une de 8 pouces , 60
Une de 9 pouces , 72
Une de to pouces , 96
One de ri pouces , 144
Une de 12 pouces , 192
Lorſque l'on veutdes Loupes d'un plus grand
diamètre , il faut les commander.
Les Sçavans& les Curieux qui voudront ſe procurer
quelques-uns des objets de cetteManufacture
, pourront adreſſer leurs lettres , franches de
port , au Bureau de ladite Manufacture , dont
l'adreſſe eſt au commencementdu préſentAbrégé.
On trouvera des Exemplaires de cet
abrégé au Bureau de ladite Manufacture
rue des Prouvaires , près celle S.
Honoré, & au Palais Royal , cour de
Richelieu.
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973
p. 71
AUTRE.
Début :
D'une de mes moitiés j'amuse les enfans, [...]
Mots clefs :
Cerf-volant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
D'une de mes moitiés j'amuſe les enfans ,
Et de l'autrej'occupe un grand nombrede gens.
A l'aide ſeulement d'une foible lumière
J'ai ſurpris un moment l'Académie entière ;
Mais bientôt éprouvant le ſort de Phaëton ,
Je devins inutile & n'eus plus qu'un vain nom.
D'une de mes moitiés j'amuſe les enfans ,
Et de l'autrej'occupe un grand nombrede gens.
A l'aide ſeulement d'une foible lumière
J'ai ſurpris un moment l'Académie entière ;
Mais bientôt éprouvant le ſort de Phaëton ,
Je devins inutile & n'eus plus qu'un vain nom.
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974
p. 201-202
« Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...] »
Début :
Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...]
Mots clefs :
Distillateur, Brevet, Liqueurs, Récompenses, Huile royale, Élixir, Digestion, Chocolat, Liqueur spiritueuse, Dents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...] »
PARBrevet du 21 Juin 1758 , le Ror a accordéau
Sieur ONFROI , Diſtillateur , à laDeſcente de la
Placedu Pont S. Michel , à Paris , le titre de diſtillateur
de Sa Majeſté. Et par un ſecond Brevet
du 4 Novembre 1763 , qui confirme le premier ,
le Roi pour le récompenſer de ſes travaux , à
la perfectionde ſes liqueurs , l'a retenu & le retient
pour être Diſtillateur ordinaire de Sa
Majeſté : des recompenſes auſſi autentiques des
talens du Sieur Onfrey & les fuffrages qu'il a
a eu du Public , ſont de fürs garants que perſonne
n'en mérite plus la confiance.
la
Indépendamment de toutes les nouvelles liqueurs
qu'il a données de ſa compoſition , il vient
encore de compoſer une huile Royale de vanille
admirable ; elle joint à la falubrité
propriété des plus excellens Elixirs pour faciliter
la digeſtion. L'uſage en eſt comine des autres
liqueurs.
Son nouveau Chocolat à la façon de Rome,
dont les eſpéces ne différencient que par le
plus ou moins de vanille, eſt généralement trou
vé ſupérieur à tout autre.
Sa liqueur ſpiritueuſe pour les dents , qui en
202 MERCURE DE FRANCE.
arrête ſur le champ ſans retour les plus vives
douleurs , les blanchit & prévient tous les accidens
de la bouche , eſt ſi connue , qu'il en
fait un débit conſidérable. Il débite toujours
avec le même ſuccès ſes Eaux de propreté. Enfin
c'eſt chez lui ſeul , à Paris , que ſe trouve la
véritable Eau de Cologne du Sieur Jean-Antoine
Farina , dont le prix est de 16 fols la
bouteille.
Sieur ONFROI , Diſtillateur , à laDeſcente de la
Placedu Pont S. Michel , à Paris , le titre de diſtillateur
de Sa Majeſté. Et par un ſecond Brevet
du 4 Novembre 1763 , qui confirme le premier ,
le Roi pour le récompenſer de ſes travaux , à
la perfectionde ſes liqueurs , l'a retenu & le retient
pour être Diſtillateur ordinaire de Sa
Majeſté : des recompenſes auſſi autentiques des
talens du Sieur Onfrey & les fuffrages qu'il a
a eu du Public , ſont de fürs garants que perſonne
n'en mérite plus la confiance.
la
Indépendamment de toutes les nouvelles liqueurs
qu'il a données de ſa compoſition , il vient
encore de compoſer une huile Royale de vanille
admirable ; elle joint à la falubrité
propriété des plus excellens Elixirs pour faciliter
la digeſtion. L'uſage en eſt comine des autres
liqueurs.
Son nouveau Chocolat à la façon de Rome,
dont les eſpéces ne différencient que par le
plus ou moins de vanille, eſt généralement trou
vé ſupérieur à tout autre.
Sa liqueur ſpiritueuſe pour les dents , qui en
202 MERCURE DE FRANCE.
arrête ſur le champ ſans retour les plus vives
douleurs , les blanchit & prévient tous les accidens
de la bouche , eſt ſi connue , qu'il en
fait un débit conſidérable. Il débite toujours
avec le même ſuccès ſes Eaux de propreté. Enfin
c'eſt chez lui ſeul , à Paris , que ſe trouve la
véritable Eau de Cologne du Sieur Jean-Antoine
Farina , dont le prix est de 16 fols la
bouteille.
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Résumé : « Par Brevet du 21 Juin 1758, le Roi a accordé au Sieur Onfroi, Distillateur, [...] »
Le texte évoque les distinctions accordées à Sieur Onfroi, distillateur à Paris. Par un brevet du 21 juin 1758, le roi lui a octroyé le titre de distillateur de Sa Majesté. Un second brevet, daté du 4 novembre 1763, a confirmé ce titre et récompensé Onfroi pour la qualité de ses liqueurs, le désignant comme distillateur ordinaire du roi. Ces distinctions soulignent ses talents et la confiance du public en ses produits. Onfroi a créé plusieurs nouvelles liqueurs, dont une huile royale de vanille facilitant la digestion. Son chocolat à la façon de Rome, disponible en différentes variétés selon la quantité de vanille, est jugé supérieur à tout autre. Sa liqueur spiritueuse pour les dents soulage les douleurs, blanchit les dents et prévient les problèmes buccaux, ce qui en fait un produit très demandé. Il commercialise également des eaux de propreté et l'Eau de Cologne de Jean-Antoine Farina, vendue à 16 sols la bouteille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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975
p. 17-20
EPITRE à M. le Chevalier DE.... ancien Capitaine au Régiment de B... Cavalerie.
Début :
QUE j'aime à m'égarer sur ces rives fleuries ! [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE à M. le Chevalier DE.... ancien Capitaine au Régiment de B... Cavalerie.
EPITRE à M. le Chevalier DE....
ancien Capitaine au Régiment de B...
Cavalerie.
QUE j'aime à m'égarer sur ces rives fleuries !
Que j'aime à voir l'émail qui couvre ces prairies!
Ces bofquets , ce verger , ce paisible ruiſſeau
Chaque jour pour mes yeux ont un charme
nouveau.
Ceft-là que libre au fein de la Philofophie ,
Contre les paffions mon cœur fe fortifie ;
Er que bravant les traits d'un Dieu trop dan
gereux ;
Sans amour , fans defirs , je vis , je fuís heureux..
Mais tu veux , cher ami , pour remplir ma pro
meffe ,
Que je parcoure encor les rives da Permeffe ,
Et que mon fort préfent & mes plaifirs paffés ,
Ates yeux fans détour dans ces vers foient tracésį
Ecoute, je fus jeune & j'eus l'amour pour maître;
Faimois , je fus aimé , j'étois digne de l'être :
Ce Dieu n'avoit jamais enchaîné fous les loix
Un cœur plus complaifant , plus docile à la voix.
En butte à tous les traits du plus brillant délire ,
Plus fan pouvoir croiffoit,plus j'aimois fon Empire:
Jeune , fincère , ardent , foumis , tendre , em-
preffé
18 MERCURE DE FRANCE.
Fidéle à la beauté par qui je fus bleffé ,
Sans trop faire valoir mes foins , ni mes fervices
J'adorai fes attraits, je flattai les caprices ,
Et toujours à fes pieds rempli des mêmes feux ,
Je la vis par degrès répondre à tous mes vœux.
Heureux temps dont il faut étouffer la mémoire !
Jours rians , écoulés dans le fein de la gloire !
Troprapides inftans ! ... plaifirs dignes des Dieux,
A tout amant trahi vous êtes odieux ....
Hé pouvois-je penfer qu'une flâme fi chère ,
Au plus heureux amant rendroit la vie amere ?
Qu'un jour cruel naîtroit où l'oubli le plus dur
Seroit l'horrible prix del'amour le plus pur ?
Non , non , j'eftimois trop une perfide amante.
Eglé fembloit brûler d'une flâme conftante ;
L'amourpour l'embellir des dons les plus brillans,
Avoit à mille appas uni mille talens.
Elle eût apprivoilé le cœur le plus fauvage.
Les grâces , la candeur brilloient ſur ſon viſage ,
Sa bouche étoit le trône & des jeux & des ris ,
Son âme à tant d'attraits donnoit un nouveau
prix ;
Elle étoit pure alors ! & je la crus formée
I
Pour jouir conſtamment du bonheur d'être aimée
Sermens , tendres difcours , tranfports délicieux ,
Tout fembloit me promettre un bien fi précieux !
Mais qui peut le flatter de connoître une femme ?
De lire avec fuccès dans le fond de fon âme ;
D'affervir tous les goûts , de remplir fes ders ,
JANVIER. 1764.
Et de pouvoir toujours ſuffire à les plaifirs ?
Séduite par la voix d'un frivole étranger,
Eglé , fauffe & parjure , ofa bientôt changer.
Il fallut en fecret dévorer le tourment ,
De la trouver fidelle à fon nouvel amant.
Le temps amène tout , Arifte , & le bonheur
Affranchi , dégagé d'une chaîne importune ,
19
Non , je puis hardiment en prononcer l'oracle
A moins que d'être un Dieu , renoncez au miracle.
En vain je tentai tout dans ma jalouſe rage:
Pour pouvoir à mes vœux ramener la volage ,
Combien j'ai foupiré , gémi , verſé de larmes ,
Avant de parvenir à l'oubli de les charmes!..
Naît moins des paffions que de la paix du cœur.
Sans ennuis , fans defirs , content de ma fortune,
Nourri des bons Auteurs , du Dieu des vers charmé;
Loin de prétendre encor au bonheur d'être aimé ,
Je compare l'amour à ces rians menfonges ,
Dont le Dieu du fommeil daigne embellir nos
fonges ,
Et dont l'éclat trompeur brille & s'évanovit
Au moment fortuné que notre âme en jouit.
De ma flamé , à peu-près , c'eft l'hiftoire abrégée.
Avec douleur d'abord je la vis négligée ;
D'un bien perda pour moi je regrettai le prix.
Bientôt un Dieu plus cher vint charmer mes ef-
prits.
Te plaire & t'amufer voilà ma feule envie:
J'écris pour adoucir les ennuis de la vie.
20 MERCURE DE FRANCE.
Pour toi qui,comme moi,goutes depuis longtemps
La douceur d'occuper de remplir tes inftans ;
Toi dont les foins heureuxfous nos pas font éclore
Les plus riches tréfors de l'empire de Flore ;
Tói , qui malgré la neige & le froid des hyvers ,
Vois de fleurs & de fruits tous tes arbres couverts,
Cultivateur adroit , naturalifte habile ,
Noble émule , à la fois , de Pline & de Virgile ;;
En lifant cet écrit , loin de le condamner,
Tu riras du plaifir qu'il a pû me donner.´
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de
Cavalerie.
ancien Capitaine au Régiment de B...
Cavalerie.
QUE j'aime à m'égarer sur ces rives fleuries !
Que j'aime à voir l'émail qui couvre ces prairies!
Ces bofquets , ce verger , ce paisible ruiſſeau
Chaque jour pour mes yeux ont un charme
nouveau.
Ceft-là que libre au fein de la Philofophie ,
Contre les paffions mon cœur fe fortifie ;
Er que bravant les traits d'un Dieu trop dan
gereux ;
Sans amour , fans defirs , je vis , je fuís heureux..
Mais tu veux , cher ami , pour remplir ma pro
meffe ,
Que je parcoure encor les rives da Permeffe ,
Et que mon fort préfent & mes plaifirs paffés ,
Ates yeux fans détour dans ces vers foient tracésį
Ecoute, je fus jeune & j'eus l'amour pour maître;
Faimois , je fus aimé , j'étois digne de l'être :
Ce Dieu n'avoit jamais enchaîné fous les loix
Un cœur plus complaifant , plus docile à la voix.
En butte à tous les traits du plus brillant délire ,
Plus fan pouvoir croiffoit,plus j'aimois fon Empire:
Jeune , fincère , ardent , foumis , tendre , em-
preffé
18 MERCURE DE FRANCE.
Fidéle à la beauté par qui je fus bleffé ,
Sans trop faire valoir mes foins , ni mes fervices
J'adorai fes attraits, je flattai les caprices ,
Et toujours à fes pieds rempli des mêmes feux ,
Je la vis par degrès répondre à tous mes vœux.
Heureux temps dont il faut étouffer la mémoire !
Jours rians , écoulés dans le fein de la gloire !
Troprapides inftans ! ... plaifirs dignes des Dieux,
A tout amant trahi vous êtes odieux ....
Hé pouvois-je penfer qu'une flâme fi chère ,
Au plus heureux amant rendroit la vie amere ?
Qu'un jour cruel naîtroit où l'oubli le plus dur
Seroit l'horrible prix del'amour le plus pur ?
Non , non , j'eftimois trop une perfide amante.
Eglé fembloit brûler d'une flâme conftante ;
L'amourpour l'embellir des dons les plus brillans,
Avoit à mille appas uni mille talens.
Elle eût apprivoilé le cœur le plus fauvage.
Les grâces , la candeur brilloient ſur ſon viſage ,
Sa bouche étoit le trône & des jeux & des ris ,
Son âme à tant d'attraits donnoit un nouveau
prix ;
Elle étoit pure alors ! & je la crus formée
I
Pour jouir conſtamment du bonheur d'être aimée
Sermens , tendres difcours , tranfports délicieux ,
Tout fembloit me promettre un bien fi précieux !
Mais qui peut le flatter de connoître une femme ?
De lire avec fuccès dans le fond de fon âme ;
D'affervir tous les goûts , de remplir fes ders ,
JANVIER. 1764.
Et de pouvoir toujours ſuffire à les plaifirs ?
Séduite par la voix d'un frivole étranger,
Eglé , fauffe & parjure , ofa bientôt changer.
Il fallut en fecret dévorer le tourment ,
De la trouver fidelle à fon nouvel amant.
Le temps amène tout , Arifte , & le bonheur
Affranchi , dégagé d'une chaîne importune ,
19
Non , je puis hardiment en prononcer l'oracle
A moins que d'être un Dieu , renoncez au miracle.
En vain je tentai tout dans ma jalouſe rage:
Pour pouvoir à mes vœux ramener la volage ,
Combien j'ai foupiré , gémi , verſé de larmes ,
Avant de parvenir à l'oubli de les charmes!..
Naît moins des paffions que de la paix du cœur.
Sans ennuis , fans defirs , content de ma fortune,
Nourri des bons Auteurs , du Dieu des vers charmé;
Loin de prétendre encor au bonheur d'être aimé ,
Je compare l'amour à ces rians menfonges ,
Dont le Dieu du fommeil daigne embellir nos
fonges ,
Et dont l'éclat trompeur brille & s'évanovit
Au moment fortuné que notre âme en jouit.
De ma flamé , à peu-près , c'eft l'hiftoire abrégée.
Avec douleur d'abord je la vis négligée ;
D'un bien perda pour moi je regrettai le prix.
Bientôt un Dieu plus cher vint charmer mes ef-
prits.
Te plaire & t'amufer voilà ma feule envie:
J'écris pour adoucir les ennuis de la vie.
20 MERCURE DE FRANCE.
Pour toi qui,comme moi,goutes depuis longtemps
La douceur d'occuper de remplir tes inftans ;
Toi dont les foins heureuxfous nos pas font éclore
Les plus riches tréfors de l'empire de Flore ;
Tói , qui malgré la neige & le froid des hyvers ,
Vois de fleurs & de fruits tous tes arbres couverts,
Cultivateur adroit , naturalifte habile ,
Noble émule , à la fois , de Pline & de Virgile ;;
En lifant cet écrit , loin de le condamner,
Tu riras du plaifir qu'il a pû me donner.´
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de
Cavalerie.
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976
p. 56-57
AUTRE.
Début :
Je suis de grande utilité ; [...]
Mots clefs :
Chandelle
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A UTR E.
Ja fuis de grande utilité ;
Et même il eft de toute vérité ,
Que je fuis en tous lieux néceffaire & de mife :
Le riche toutefois par faux air me mépriſe ,
Il hait jufqu'à mon nom , & n'étoient ſes valets
Peut-être que chez lui je n'entrerois jamais.
Très- rarement je loge où gîtent nos Poëtes :
( Je n'entens point parler de ces rares Eſprits
Dont à bon titre on vante les Ecrits ,
Mais de ces difeurs de fornettes ,
Qui du facré vallon habitent les bourbiers
Et font l'hyver fans feu dans leurs greniers. )
Renverſe mes neuf pieds , & tu verras paroître
" Un Temple que jadis bâtit la Piété ,
Où l'on fert nuit & jour le Dieu de Vérité .
Tendrem
W
ЖӨ
Du charmant
berger que j'a -dore , Un sort cru
=el mena- ce les beauxjours,Ruisseaux vous le
sa
+
Wi
ves et vous cou le's
toujours; Rossi_ =
+
gnols vous chantés
seuls confidens de nos tendres a -mours, Taises
encore,Vous,les
+
+
vous, taisés
vous, arré - tes . votre
EXO
cours. Du charmant ber -gerquej'adore Un sort cru
- el menace les.
+
beaux jours Un sort cru =
= el menace les beaux jours .
JANVIER. 1764. 57
sa
i..
Qu'embellit la Vertu , que détefte le Vice .
J'offre enfuite à tes yeux un endroit bienfaifant
Qu'on protége partout , qu'une fage police
Ne perd jamais de vue un feul inftant.
Je te préfente enfin un pays où s'engraiffe
La perdrix dont la chair le goût & la fineffe
Sont préférés à ces fades perdrix
Qu'on affalline aux portes de Paris.
P. H. C. A. A. P. D. P.
Ja fuis de grande utilité ;
Et même il eft de toute vérité ,
Que je fuis en tous lieux néceffaire & de mife :
Le riche toutefois par faux air me mépriſe ,
Il hait jufqu'à mon nom , & n'étoient ſes valets
Peut-être que chez lui je n'entrerois jamais.
Très- rarement je loge où gîtent nos Poëtes :
( Je n'entens point parler de ces rares Eſprits
Dont à bon titre on vante les Ecrits ,
Mais de ces difeurs de fornettes ,
Qui du facré vallon habitent les bourbiers
Et font l'hyver fans feu dans leurs greniers. )
Renverſe mes neuf pieds , & tu verras paroître
" Un Temple que jadis bâtit la Piété ,
Où l'on fert nuit & jour le Dieu de Vérité .
Tendrem
W
ЖӨ
Du charmant
berger que j'a -dore , Un sort cru
=el mena- ce les beauxjours,Ruisseaux vous le
sa
+
Wi
ves et vous cou le's
toujours; Rossi_ =
+
gnols vous chantés
seuls confidens de nos tendres a -mours, Taises
encore,Vous,les
+
+
vous, taisés
vous, arré - tes . votre
EXO
cours. Du charmant ber -gerquej'adore Un sort cru
- el menace les.
+
beaux jours Un sort cru =
= el menace les beaux jours .
JANVIER. 1764. 57
sa
i..
Qu'embellit la Vertu , que détefte le Vice .
J'offre enfuite à tes yeux un endroit bienfaifant
Qu'on protége partout , qu'une fage police
Ne perd jamais de vue un feul inftant.
Je te préfente enfin un pays où s'engraiffe
La perdrix dont la chair le goût & la fineffe
Sont préférés à ces fades perdrix
Qu'on affalline aux portes de Paris.
P. H. C. A. A. P. D. P.
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977
p. 86-88
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer, de l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer, de
l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy ; nouvelle Edition ,
2 vol. in-12 , dont le premier contient :
les bagatelles morales , plufieurs differ-
tations fur différens fujets , & le difcours
fur la fatyre contre les Philofophes ; le
fecond , la Nobleffe commerçante , le
développement & la défenfe du fyf-
tême de la Nobleffe commerçante. A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , au
Temple du Goût ; 1764. Comme tous
JANVIER 1764 .
87
les morceaux qui compofent ce recueil
agréable , font connus , & qu'on en a
rendu compte dans le Mercure lorsqu'ils
ont paru , nous fommes difpenfés d'en
faire l'analyſe..
EXPÉRIENCES fur le cours des Fleu--
ves ou Lettre à un Magiftrat Hollan-
dois , dans laquelle on éxamine la crue
des eaux , & fi , pour les faire baiffer
dans un Fleuve & éviter les Inonda--
tions , il convient de faire des Saignées
ou Décharges , en divifant les eaux ; avec
la maniere d'écurer le fond des Fleuves,
empêcher la rupture des Digues & la
fubmerfion de la plus belle & plus riche
Partie de la Hollande , en procurant un
prompt écoulement aux eaux des Fleu--
ves qui la traverſent. Par M. Genneté ,
premier Phyficien de S. M. Imp. Nouv.
Edit. A Paris , chez Tilliard , Guillyn,
Quai des Auguftins , & Durand , rue
S. Jacques , 1764 , avec Approbation &
Permiffion . Brochure en 7 Parties. Prix
t
fols , brochée.
30 fols ,
CHEMINÉE de nouvelle conftruction ,
pour garantir du Feu & de la Fumée , à
l'épreuve des Vents , du Soleil , de la
Pluie & des autres Caufes qui font fus
1
88 MERCURE DE FRANCE.
4
mer les Cheminées ordinaires. Par M.
Genneté , premier Phyficien de S. M. I.
avec leJugement de l'Académie Royale
des Sciences de Paris, fur cette nouvelle
conftruction . Nouv. Edition . A Paris
chez Tilliard , Guillyn , Quai des Au--
guftins & Durand, rue S. Jacques. 1764.
Avec Approbation & Privilège du Roiz
Brochure en 8. Parties. Prix , 3 liv. bro
chée.
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer, de
l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy ; nouvelle Edition ,
2 vol. in-12 , dont le premier contient :
les bagatelles morales , plufieurs differ-
tations fur différens fujets , & le difcours
fur la fatyre contre les Philofophes ; le
fecond , la Nobleffe commerçante , le
développement & la défenfe du fyf-
tême de la Nobleffe commerçante. A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , au
Temple du Goût ; 1764. Comme tous
JANVIER 1764 .
87
les morceaux qui compofent ce recueil
agréable , font connus , & qu'on en a
rendu compte dans le Mercure lorsqu'ils
ont paru , nous fommes difpenfés d'en
faire l'analyſe..
EXPÉRIENCES fur le cours des Fleu--
ves ou Lettre à un Magiftrat Hollan-
dois , dans laquelle on éxamine la crue
des eaux , & fi , pour les faire baiffer
dans un Fleuve & éviter les Inonda--
tions , il convient de faire des Saignées
ou Décharges , en divifant les eaux ; avec
la maniere d'écurer le fond des Fleuves,
empêcher la rupture des Digues & la
fubmerfion de la plus belle & plus riche
Partie de la Hollande , en procurant un
prompt écoulement aux eaux des Fleu--
ves qui la traverſent. Par M. Genneté ,
premier Phyficien de S. M. Imp. Nouv.
Edit. A Paris , chez Tilliard , Guillyn,
Quai des Auguftins , & Durand , rue
S. Jacques , 1764 , avec Approbation &
Permiffion . Brochure en 7 Parties. Prix
t
fols , brochée.
30 fols ,
CHEMINÉE de nouvelle conftruction ,
pour garantir du Feu & de la Fumée , à
l'épreuve des Vents , du Soleil , de la
Pluie & des autres Caufes qui font fus
1
88 MERCURE DE FRANCE.
4
mer les Cheminées ordinaires. Par M.
Genneté , premier Phyficien de S. M. I.
avec leJugement de l'Académie Royale
des Sciences de Paris, fur cette nouvelle
conftruction . Nouv. Edition . A Paris
chez Tilliard , Guillyn , Quai des Au--
guftins & Durand, rue S. Jacques. 1764.
Avec Approbation & Privilège du Roiz
Brochure en 8. Parties. Prix , 3 liv. bro
chée.
Fermer
978
p. 91-99
ALMANACHS pour l'Année 1764.
Début :
CALENDRIER du Cabinet pour l'année 1764 ; ce Calendrier est gravé en [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALMANACHS pour l'Année 1764.
ALMANACHS pour l'Année 1764.
CALENDRIER du Cabinet pour l'année
1764 ; ce Calendrier est gravé en
taille-douce , de douze pouces de large ,
für neuf de haut ; repréfentant un des
plus beaux morceaux d'Architecture de :
la Capitale , éxécuté d'une manière fupé--
rieure a tout ce qui a paru dans ce genre,
& renfermé dans une bordure . Comme
Pimpreffion ne peut guères être portée
au- delà d'un certain nombre fans fati
92. MERCURE DE FRANCE.
guer la planche par le tirage , ceux qui
voudront s'en procurer les premières
épreuves , auront la bonté d'avertir à
temps ; les Amateurs verront avec pla
*
firs que ce morceau eft digne de leur
curiofité, & devient un ornement agréa-
ble dans un appartement. On trouvera
en même temps la Carte de l'Europe
repréfentant l'Eclipfe centrale & annu-
laire qui arrivera le premier Avril pro-
chain , & fur laquelle on pourra fuivre
de l'œil toutes les portions de cette par-
tie de la Terre qui feront obfcurcies
par la Lune. Les deux feuilles enſemble
3
liv. & chacune féparément , 1 k10.f
LE Calendrier des Princes & de la
Nobleffe de France , contenant l'état
actuel des Maifons fouveraines , Prin-
ces , Seigneurs de l'Europe , & de la
Nobleffe de France ; par l'Auteur du
Dictionnaire généalogique , héraldique,
hiftorique & chronologique. 1 vol . in-
12. petit format ; à Paris , chez Du-
chefne , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; avec approbation & privilège
du Roi.
LA France Eccléfiaftique , on Etar:
préfent du Clergé féculier & régulier ,
des Ordres Religieux , Militaires & des
JANVIER. 1764.
93
Univerfités , contenant 1. la Cour de
Rome , les Archevêques & Evêques ,
& les Généraux d'Ordre de l'Eglife
Univerfelle. 2. Les Vicaires généraux ,
Officiaux , Syndics & Chanoines de
tous les Diocèfes de France , les Cha-
pitres nobles , les Collégiales , les Ab-
bayes Commendataires & régulières ;
les Commanderies de Malthe , les Su-
périeurs généraux & Provinciaux du
Clergé régulier ; les Univerfités de Fran-
ce. 3°. Les Chapitres , Paroiffes , Sémi-
naires , Couvents & Univerfité de Pa-
ris. 4°. Le Clergé de la Chapelle & de
la Maifon du Roi ; avec la collation
des Dignités & des Canonicats de tou-
tes les Eglifes Cathédrales du Royaume.
A Paris , chez Defprez, Imprimeur du
Roi & du Clergé de France , rue S. Jac-
ques , avec approbation & privilége
du Roi. 1 vol. in- 12 . petit format. Prix,
50 fols broché , & 3 liv. franc de port
par tout le Royaume .
CALENDRIER des Loix de la Fran-
ce , contenant une analyfe raiſonnée
des Edits , Déclarations , Lettres - Pa-
tentes , Ordonnances , Réglemens &
Arrêts tant du Confeil que des Parle-
mens , Cours Souveraines & autres Ju-
94 MERCURE DE FRANCE.
rifdictions du Royaume , qui ont paru
pendant l'année 1762. A Paris , chez
Cailleau , rue S. Jacques , vis-à - vis la
rue des Mathurins , à S. André ; avec
approbation & privilége du Roi. ■ vol.
in-18.
ALMANACH des Commerçans, con-
tenant l'indication des Villes commer-
çantes de l'Europe , les détails de leurs
Manufactures , le cours du change avec
la France , les Monnoies étrangères ,
le rapport des mefures & des poids ,
les chofes dignes de curiofité qu'on y
trouve , & les routes de Paris à chacu-
ne de ces Villes ; avec des inftructions
pour voyager utilement
,
commodé-
ment & agréablement. A Paris , chez
Duchefne, rue S. Jacques;avec approba-
M
tion & privilége. I vol. in 12. petit
format.
ALMANACH Eccléfiaftique , conte-
nant l'état actuel de la Cour de Rome ;
le Clergé de France en général , &
particuliérement celui de Paris & la
Chapelle du Roi ; la Chronologie des
Papes , des Patriarches ; ce qui concer-
ne la dignité & le rang des Cardinaux
des Primats , des Evêques & Archevê-
JANVIER. 1764.
95
ques du Royaume ; les Abbayes tant
en régle qu'en commende ; les Chapi-
tres & leurs dignités ; les Cures , les
Monumens remarquables des Eglifes
du Royaume ; le temporel du Clergé ;
les affemblées , les décimes
>
la régale ;
les établiffemens des Ordres Religieux ;
les matières relativement aux études &
emplois Eccléfiaftiques ; les Univerfi-
tés , les Bénéfices , les Gradués , l'In-
dult , & c. & c. A Paris , chez Duchef-
ne , rue S. Jacques ; avec approbation
& privilege du Roi. 1 vol . in- 16.
ALMANACH pour fervir de guide
aux Voyageurs , contenant tout ce qui
eft néceffaire pour voyager commodé-
ment , utilement & agréablement , foit
en voiture ou à cheval , à pied ou par
eau. Chez Duchefne , rue S. Jacques ;
avec approbation & permiffion ; 1 vol.
in-16.
ALMANACH Parifien en faveur des
Etrangers & des perfonnes curieufes ;
indiquant par ordre alphabétique tous
les Monumens des Beaux-Arts , répan-
dus dans la Ville de Paris & aux envi-
rons. Ce qui a pour objet les lieux re-
marquables ou par la grandeur du def-
fein , ou par les morceaux de Peinture
6 MERCURE DE FRANCE.
& de Sculpture qu'on y voit ; Edifices
facrés ; Cháteaux & Maifons Royales ,
spalais , hôtels , ouvrages publics , mai-
Tons de plaifance , &c. A Paris , chez
Duchefne , rue S. Jacques ; avec appro-
bation & privilége du Roi. in- 16.
ALMANACH Encyclopédique ou
Chronologie des faits les plus remar-
quables de l'Hiftoire Univerſelle , tant
ancienne que moderne ; enrichie d'a-
necdotes curieufes ; à Amfterdam , &
fe trouve à Paris chez Valeyre fils
Imprimeur-Libraire , rue de la vieille
Bouclerie, à l'Arbre de Jeffé , 1 vol
in- 16 . Prix , 1 liv. 4 f.
LEBON JARDINIEE, Almanach con-
tenant une idée générale des quatre for-
tes de Jardins , les régles pour les cul-
tiver , & la manière d'élever les plus bel
les fleurs. Nouvelle édition confidéra-
blement augmentée , & dans laquelle
la partie des fleurs a été entiérement
refondue par un Amateur. A Paris ,
chez Guillyn , quai des Auguftins , du
côté du Pont S. Michel , au Lys d'or.
Avec approbation & privilége du Roi.
I vol. in- 16. Le même Libraire vend
auffi l'Almanach ou Tableau de l'Uni-
vers ?
JANVIER. 1764.
97
vers , qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du monde. in- 16.
LES Spectacles de Paris , ou fuite
du Calendrier hiftorique des Théâtres.
Treizième Partie , qui contient plufieurs
chofes nouvelles,& en particulier les Evé-
nemens dramatiques de l'année 1763 ,
avec un détail de ce qui s'eſt paffé au ſu-
jet de l'Opéra. A Paris , chez Duchefne ,
rue S. Jacques. Avec approbation &
privilége du Roi . 1 vol. in-16.
TROISIEME Supplément à la France
Littéraire de l'année 1758 , pour les an-
nées 1762 & 1763 , contenant les chan-
gemens arrivés dans les Académies de
France , les Ouvrages nouveaux com-
pofés pendant l'efpace de deux années ,
& les noms des Auteurs morts depuis
1761 , jufques & compris l'année 1763.
A Paris , chez Duchefne , rue S. Jacques.
Avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 16 .
ETRENNES du Chrétien , à Paris ,
chez Barbou , rue S. Jacques , aux Ci-
gognes , 1764 , petit in-32. C'eſt faire
Féloge de la partie typographique de ce
petit Livre , que d'en nommer l'Impri-
I. Vol
£
98 MERCURE DE FRANCE.
meur. Tout le monde connoît actuel-
lement la perfection de fon travail , &
la loi qu'il s'eft faite de ne rien laiffer
fortir de médiocre de deffous fes Preffes.
Quantaux chofes que renferme cet Ou
vrage , elles font d'un prix ineftimable
puifqu'il contient les Prières propres à
tous les Exercices d'un Chrétien . Elles
font précédées d'un Calendrier qui achè-
ve de rendre ce Livret d'un ufage très-
utile , & prèfque continuel.
On trouve chez Grangé & Dufour;
Libraires , au Cabinet Littéraire de la
Nouveauté , fur le pont de Notre-Dame ,
auprès de la Pompe de la Ville , les Al-
manachs fuivans : Collection Lyrique
Almanach pour la préfente année , fur
des Airs connus .
Almanach perpé-
tuel , ou Calendrier du Ménage , extrait
du Greffe de Cythère , dédié au Doyen
de la plus nombreufe Confrérie , pour
la préfente année , par M. Lantu de Lo-
berg , Afpirant.
teur Comique.
Ah ! qu'il eft drôle !
Etrennes de la Gaité ; Almanach Chan-
tant , contenant les plus jolis Couplets ,
fur des Airs connus & choifis ; avec des
Entretiens en Vaudevilles ; par un Au-
Folichon , ou le Jou-
jou des Dames ; Etrennes Galantes
pour la préfente année , fur des Airs con-
JANVIER . 1764.
nus & choifis ; par M. ....
tés.
-
Etrennes , fur des Airs connus.
Airs connus , par M. D ...
99
Etrennes
d'Apollon , fur des Airs connus & no-
L'Amour vous le donne pour
Le
Triomphe de Bacchus , Almanach Ram-
poneau , dédié aux Ribotteurs , fur des.
Le Paffe-
temps Galant , fuivi des Oracles ; Alma-
nach nouveau , pour la préſente année
fur des Airs connus & notés ; par M. L....:
Mêlange agréable & amufant ; Alma-
nach nouveau , pour la préfente année ,
•
fur des Airs connus ; par M. L. G. - Les
Prophéties Galantes , fupputées par Mat-
thieu l'Aftrologue , Arpenteur des Ifles
de Vénus.
M. D....
cien.
Le Deffert des bonnes
Compagnies ; Etrennes Grivoifes ; par
L'Amour Poëte & Mufi-
Le Roffignol de Cythere , ou
le Langage du Coeur ; Almanach pour
les Amans ; vu , lù , corrigé , approuvé
par Diſcret de la Tendromanie , Amant
qui n'étoit pas à la mode.
Nous annoncerons dans le Mercure
prochain, les autres Almanachs qui vien-
dront à notre connoiffance .
CALENDRIER du Cabinet pour l'année
1764 ; ce Calendrier est gravé en
taille-douce , de douze pouces de large ,
für neuf de haut ; repréfentant un des
plus beaux morceaux d'Architecture de :
la Capitale , éxécuté d'une manière fupé--
rieure a tout ce qui a paru dans ce genre,
& renfermé dans une bordure . Comme
Pimpreffion ne peut guères être portée
au- delà d'un certain nombre fans fati
92. MERCURE DE FRANCE.
guer la planche par le tirage , ceux qui
voudront s'en procurer les premières
épreuves , auront la bonté d'avertir à
temps ; les Amateurs verront avec pla
*
firs que ce morceau eft digne de leur
curiofité, & devient un ornement agréa-
ble dans un appartement. On trouvera
en même temps la Carte de l'Europe
repréfentant l'Eclipfe centrale & annu-
laire qui arrivera le premier Avril pro-
chain , & fur laquelle on pourra fuivre
de l'œil toutes les portions de cette par-
tie de la Terre qui feront obfcurcies
par la Lune. Les deux feuilles enſemble
3
liv. & chacune féparément , 1 k10.f
LE Calendrier des Princes & de la
Nobleffe de France , contenant l'état
actuel des Maifons fouveraines , Prin-
ces , Seigneurs de l'Europe , & de la
Nobleffe de France ; par l'Auteur du
Dictionnaire généalogique , héraldique,
hiftorique & chronologique. 1 vol . in-
12. petit format ; à Paris , chez Du-
chefne , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; avec approbation & privilège
du Roi.
LA France Eccléfiaftique , on Etar:
préfent du Clergé féculier & régulier ,
des Ordres Religieux , Militaires & des
JANVIER. 1764.
93
Univerfités , contenant 1. la Cour de
Rome , les Archevêques & Evêques ,
& les Généraux d'Ordre de l'Eglife
Univerfelle. 2. Les Vicaires généraux ,
Officiaux , Syndics & Chanoines de
tous les Diocèfes de France , les Cha-
pitres nobles , les Collégiales , les Ab-
bayes Commendataires & régulières ;
les Commanderies de Malthe , les Su-
périeurs généraux & Provinciaux du
Clergé régulier ; les Univerfités de Fran-
ce. 3°. Les Chapitres , Paroiffes , Sémi-
naires , Couvents & Univerfité de Pa-
ris. 4°. Le Clergé de la Chapelle & de
la Maifon du Roi ; avec la collation
des Dignités & des Canonicats de tou-
tes les Eglifes Cathédrales du Royaume.
A Paris , chez Defprez, Imprimeur du
Roi & du Clergé de France , rue S. Jac-
ques , avec approbation & privilége
du Roi. 1 vol. in- 12 . petit format. Prix,
50 fols broché , & 3 liv. franc de port
par tout le Royaume .
CALENDRIER des Loix de la Fran-
ce , contenant une analyfe raiſonnée
des Edits , Déclarations , Lettres - Pa-
tentes , Ordonnances , Réglemens &
Arrêts tant du Confeil que des Parle-
mens , Cours Souveraines & autres Ju-
94 MERCURE DE FRANCE.
rifdictions du Royaume , qui ont paru
pendant l'année 1762. A Paris , chez
Cailleau , rue S. Jacques , vis-à - vis la
rue des Mathurins , à S. André ; avec
approbation & privilége du Roi. ■ vol.
in-18.
ALMANACH des Commerçans, con-
tenant l'indication des Villes commer-
çantes de l'Europe , les détails de leurs
Manufactures , le cours du change avec
la France , les Monnoies étrangères ,
le rapport des mefures & des poids ,
les chofes dignes de curiofité qu'on y
trouve , & les routes de Paris à chacu-
ne de ces Villes ; avec des inftructions
pour voyager utilement
,
commodé-
ment & agréablement. A Paris , chez
Duchefne, rue S. Jacques;avec approba-
M
tion & privilége. I vol. in 12. petit
format.
ALMANACH Eccléfiaftique , conte-
nant l'état actuel de la Cour de Rome ;
le Clergé de France en général , &
particuliérement celui de Paris & la
Chapelle du Roi ; la Chronologie des
Papes , des Patriarches ; ce qui concer-
ne la dignité & le rang des Cardinaux
des Primats , des Evêques & Archevê-
JANVIER. 1764.
95
ques du Royaume ; les Abbayes tant
en régle qu'en commende ; les Chapi-
tres & leurs dignités ; les Cures , les
Monumens remarquables des Eglifes
du Royaume ; le temporel du Clergé ;
les affemblées , les décimes
>
la régale ;
les établiffemens des Ordres Religieux ;
les matières relativement aux études &
emplois Eccléfiaftiques ; les Univerfi-
tés , les Bénéfices , les Gradués , l'In-
dult , & c. & c. A Paris , chez Duchef-
ne , rue S. Jacques ; avec approbation
& privilege du Roi. 1 vol . in- 16.
ALMANACH pour fervir de guide
aux Voyageurs , contenant tout ce qui
eft néceffaire pour voyager commodé-
ment , utilement & agréablement , foit
en voiture ou à cheval , à pied ou par
eau. Chez Duchefne , rue S. Jacques ;
avec approbation & permiffion ; 1 vol.
in-16.
ALMANACH Parifien en faveur des
Etrangers & des perfonnes curieufes ;
indiquant par ordre alphabétique tous
les Monumens des Beaux-Arts , répan-
dus dans la Ville de Paris & aux envi-
rons. Ce qui a pour objet les lieux re-
marquables ou par la grandeur du def-
fein , ou par les morceaux de Peinture
6 MERCURE DE FRANCE.
& de Sculpture qu'on y voit ; Edifices
facrés ; Cháteaux & Maifons Royales ,
spalais , hôtels , ouvrages publics , mai-
Tons de plaifance , &c. A Paris , chez
Duchefne , rue S. Jacques ; avec appro-
bation & privilége du Roi. in- 16.
ALMANACH Encyclopédique ou
Chronologie des faits les plus remar-
quables de l'Hiftoire Univerſelle , tant
ancienne que moderne ; enrichie d'a-
necdotes curieufes ; à Amfterdam , &
fe trouve à Paris chez Valeyre fils
Imprimeur-Libraire , rue de la vieille
Bouclerie, à l'Arbre de Jeffé , 1 vol
in- 16 . Prix , 1 liv. 4 f.
LEBON JARDINIEE, Almanach con-
tenant une idée générale des quatre for-
tes de Jardins , les régles pour les cul-
tiver , & la manière d'élever les plus bel
les fleurs. Nouvelle édition confidéra-
blement augmentée , & dans laquelle
la partie des fleurs a été entiérement
refondue par un Amateur. A Paris ,
chez Guillyn , quai des Auguftins , du
côté du Pont S. Michel , au Lys d'or.
Avec approbation & privilége du Roi.
I vol. in- 16. Le même Libraire vend
auffi l'Almanach ou Tableau de l'Uni-
vers ?
JANVIER. 1764.
97
vers , qui marque la diftance de Paris à
toutes les Villes les plus remarquables
du monde. in- 16.
LES Spectacles de Paris , ou fuite
du Calendrier hiftorique des Théâtres.
Treizième Partie , qui contient plufieurs
chofes nouvelles,& en particulier les Evé-
nemens dramatiques de l'année 1763 ,
avec un détail de ce qui s'eſt paffé au ſu-
jet de l'Opéra. A Paris , chez Duchefne ,
rue S. Jacques. Avec approbation &
privilége du Roi . 1 vol. in-16.
TROISIEME Supplément à la France
Littéraire de l'année 1758 , pour les an-
nées 1762 & 1763 , contenant les chan-
gemens arrivés dans les Académies de
France , les Ouvrages nouveaux com-
pofés pendant l'efpace de deux années ,
& les noms des Auteurs morts depuis
1761 , jufques & compris l'année 1763.
A Paris , chez Duchefne , rue S. Jacques.
Avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 16 .
ETRENNES du Chrétien , à Paris ,
chez Barbou , rue S. Jacques , aux Ci-
gognes , 1764 , petit in-32. C'eſt faire
Féloge de la partie typographique de ce
petit Livre , que d'en nommer l'Impri-
I. Vol
£
98 MERCURE DE FRANCE.
meur. Tout le monde connoît actuel-
lement la perfection de fon travail , &
la loi qu'il s'eft faite de ne rien laiffer
fortir de médiocre de deffous fes Preffes.
Quantaux chofes que renferme cet Ou
vrage , elles font d'un prix ineftimable
puifqu'il contient les Prières propres à
tous les Exercices d'un Chrétien . Elles
font précédées d'un Calendrier qui achè-
ve de rendre ce Livret d'un ufage très-
utile , & prèfque continuel.
On trouve chez Grangé & Dufour;
Libraires , au Cabinet Littéraire de la
Nouveauté , fur le pont de Notre-Dame ,
auprès de la Pompe de la Ville , les Al-
manachs fuivans : Collection Lyrique
Almanach pour la préfente année , fur
des Airs connus .
Almanach perpé-
tuel , ou Calendrier du Ménage , extrait
du Greffe de Cythère , dédié au Doyen
de la plus nombreufe Confrérie , pour
la préfente année , par M. Lantu de Lo-
berg , Afpirant.
teur Comique.
Ah ! qu'il eft drôle !
Etrennes de la Gaité ; Almanach Chan-
tant , contenant les plus jolis Couplets ,
fur des Airs connus & choifis ; avec des
Entretiens en Vaudevilles ; par un Au-
Folichon , ou le Jou-
jou des Dames ; Etrennes Galantes
pour la préfente année , fur des Airs con-
JANVIER . 1764.
nus & choifis ; par M. ....
tés.
-
Etrennes , fur des Airs connus.
Airs connus , par M. D ...
99
Etrennes
d'Apollon , fur des Airs connus & no-
L'Amour vous le donne pour
Le
Triomphe de Bacchus , Almanach Ram-
poneau , dédié aux Ribotteurs , fur des.
Le Paffe-
temps Galant , fuivi des Oracles ; Alma-
nach nouveau , pour la préſente année
fur des Airs connus & notés ; par M. L....:
Mêlange agréable & amufant ; Alma-
nach nouveau , pour la préfente année ,
•
fur des Airs connus ; par M. L. G. - Les
Prophéties Galantes , fupputées par Mat-
thieu l'Aftrologue , Arpenteur des Ifles
de Vénus.
M. D....
cien.
Le Deffert des bonnes
Compagnies ; Etrennes Grivoifes ; par
L'Amour Poëte & Mufi-
Le Roffignol de Cythere , ou
le Langage du Coeur ; Almanach pour
les Amans ; vu , lù , corrigé , approuvé
par Diſcret de la Tendromanie , Amant
qui n'étoit pas à la mode.
Nous annoncerons dans le Mercure
prochain, les autres Almanachs qui vien-
dront à notre connoiffance .
Fermer
979
p. 101-108
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue le 14 Août 1763, dans la Salle de l'Université.
Début :
M. Michault, Secrétaire, ouvrit la Séance par la proclamation du Prix que [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue le 14 Août 1763, dans la Salle de l'Université.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, tenue le 14 Août 1763,
dans la Salle de l'Université.
M. Michault, Secrétaire, ouvrit la
Séance par la proclamation du Prix que
l'Académie a adjûgé à M. Thomas Du-
Morey, Ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Province de Bourgogne , & de
l'Acceffit qu'a mérité M. le Jolivet fils
Sous-Ingénieur de ladite Province.
Le Sujet donné étoit de Déterminer ,
relativement à la Bourgogne , les avan-
tages & défavantages du Canal propofé
pour la jonction des deux Mers , par la
communication de la Saône à la Seine.
Ce Sujet intéreffant a exercé depuis
long - temps la plume de divers Ecri-
vains ; mais ils ne s'étoient occupés juf-
E iij
402 MERCURE DE FRANCE.
qu'ici qu'à prouver ou à contredire la
poffibilité de ce Canal. Aucun d'eux
n'avoit combiné méthodiquement les
avantages ou défavantages qui devoient
réfulter de fon exécution : ce que les Au-
teurs des deux Mémoires , qui ont dif-
puté le Prix , ont approfondi , l'un avec
plus de méthode & de précifion , l'autre
avec un travail plus grand , & des re-
cherches plus intéreffantes ; mais dont
quelques -unes ont paru à l'Académie s'é-
loigner un peu du but propofé.
M. Michault a prononcé enfuite l'Elo-
ge de M. le Marquis d'Anlezy , Lieute-
nant Général des Armées du Roi , &
fon Commandant dans les Provinces de
Bourgogne & Breffe , Académicien ho-
noraire , mort le 12 Janvier dernier.
L'Orateur , après avoir parcouru rapi-
dement les exploits militaires qui ont
occupé , pour le fervice de la France
la plus grande partie de la vie de M. le
Marquis d'Anlezy , s'attacha à décrire
les vertus morales & politiques qui lui
ont mérité l'honneur de préfider à l'édu-
cation d'un grand Prince , qui , profitant
des leçons d'un tel Maître , a foutenu fi
dignement la gloire de fon nom à la tête
de nos Armées.
Le vifintérêt que M. le Marquis d'An-
JANVIER. 1764.
103
leży prenoit à l'Académie , qu'il regar
doit comme un des plus glorieux établif-
femens de fon Commandement , les té-
moignages qu'il lui a donnés de fon zèle
& de fon attachement , même dans fes
derniers inftans ; les fervices qu'il pro-
jettoit de lui rendre , fi la mort ne l'eût
prévenu ; les regrets de cette Compagnie
pour cet Académicien Citoyen , ont fait
le fujet de la derniere partie d'un Eloge
mérité à fi jufte titre.
M. Hoin a fait enfuite l'Eloge de M.
Daviel , Oculifte célébre , Affocié- Cor-
refpondant de l'Académie. Les fervices
importans qu'il a rendus à l'humanité
pendant une vie laborieuſe confacrée au
fervice du Public , ont été détaillés par
l'Auteur , avec la méthode familière à
un Maître de l'art.
L'Opération de l'extraction du Criſta-
lin , pour la guérifon de la Catara&te , in-
ventée par M. Daviel , & pratiquée avec
fuccès dans toute l'Europe , eft un effort
du génie de ce célébre Artifte qui doit
à jamais l'immortalifer , & le rend digne
des regrets des Académies qui s'étoient
fait un honneur de l'affocier à leurs
travaux .
M. Picardet l'aîné a célébré l'Orphée
de la Bourgogne , dans un Poëme en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Stances irrégulières , intitulé Rameau.
M. le Préfident de Broffes a terminé la
Séance par la lecture d'un Mémoire fur
le fameux Fragment de Sanchoniaton.
Cet Ouvrage , écrit en Cananéen , pus
le titre des Origines Phéniciennes , eſt le
plus ancien Livre prophane qui exiſte.
L'Auteur , natif de Beryte en Phénicie ,
étoit Prêtre , & vivoit environ quatorze
fiécles avant Jefus-Chrift. Son Ouvrage
contenant neuf Livres , eft dédié à Abi-
bal , Roi de Beryte. Il ne nous en refte
qu'un Extrait , contenu dans le premier
Livre de la Préparation Evangélique
d'Eufebe de Céfarée , qui s'étoit fervi
pour le compofer d'une Traduction en
Grec de ce Livre , faite par Philon , na-
tif de Biblas en Phénicie , du temps de
l'Empereur Adrien.
M. de Broffes nous apprend que cet
Extrait peut être divifé en cinq Cha-
pitres , dont le premier eft phyfique
les trois fuivans hiftoriques , & le cin-
quiéme dogmatique , & en quelque ma-
nière critique.
» Sanchoniaton donne d'abord l'Hif-
» toire de la Cofmogonie , ou de la for-、
» mation du Monde. Du développement
» de la matière , par le mouvement d'un
» air fpiritueux , qui caufa l'union des
JANVIER. 1764.
105
parties vitales avec la matière inani-
" mée ce qui produifit les premiers
» germes , d'où vinrent enfuite les ani-
» maux. Il traite en même-temps de la
» production des météores. Il parle en-
» fuite des premiers hommes , des pre-
» miers Inventeurs des principaux Arts
» des plus anciens Cultes religieux établis
» en l'honneur des Dieux , qu'on appel-
» loit en Orient naturels & immortels ,
» tels que font les germes réproductifs
» des espèces , le Soleil & les Elémens
» qu'en l'honneur des Dieux mortels ,
» c'est-à- dire , des hommes qu'on avoit
» divinifés , dans l'admiration que leur
رو
génie inventeur avoit caufé à leurs
compatriotes , & dans le tranſport de
» la reconnoiffance des utilités qu'ils
» avoient procurées au genre humain .
» Après avoir commencé la première
» race des hommes par Eon & Protogo-
» ne, noms qui fignifient la Vie & le pre-
mier né , il s'arrête aux détails concer-
» nant les familles autrefois les plus célé-
» bres & les plus puiffantes en Phénicie ;
"
» il raconte les règnes d'Ouranos & de
" Chronos fon fils , en Canaan ; celle de
» leurs démêlés, & de leur famille , qu'on
croit être la race des Titans. Il parle
» par occafion des familles voifines qui
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
s'allièrent avec celle-ci ..... Nes'oc
cupant que de ce qui regarde la Phé-
» nicie ou l'Egypte , fans parler que fort
» peu d'aucune autre région de la Terre.
Selon l'apparence , l'Ouvrage alloit
» au moins jufqu'au temps de Zens Baal,
,, fils & fucceffeur de Cronos , fi connu
"
» des Mythologues fous le nom de Ju-
»piter , Souverain des Dieux , qui porta
» au loin & au plus haut degré la gloire
» & l'Empire des Titans , c'eſt-à- dire ,
» la domination du Peuple Phénicien ,
, & l'extenfion de fon Commerce fur
les côtes de notre Mer Méditerranée .
» Mais le Fragment des Livres qui nous
>> reftent ne va pas jufques-là .
A la fin de l'Ouvrage , l'Auteur rend
compte des Mémoires d'où il a tiré fes
Ecrits , & de ceux qui les ont dreffés.
Les Mémoires fecrets ,
écrits en Let-
tres Ammonéennes , confervés dans les
Temples ; les Actes publics confervés
dans les dépôts des Villes , fuivant l'u-
fage de ce temps , lui ont fourni les prin-
cipaux matériaux de fon Hiftoire , ainfi
que les Livres du célébre Tooth , l'un
des Légiflateurs de l'Egypte , & les inf-
tructions qu'il avoit reçues d'Hirombaal,
Prêtre du Dieu Jevò.
Eufébe a reproché avec raifon à San-
JANVIER. 1764.
107
choniaton de s'être livré à une doctrine
erronnée , fur la formation du Monde
en la racontant d'une manière qui en
exclut tout-à-fait la divinité. Mais telles
étoient les opinions reçues de fon temps
en Phénicie , conformes au cours d'une
Philofophie toute phyfique & maté-
rielle , avant que la Révélation eût éclai-
ré les hommes.
M. Debroffes , s'étant apperçu que le
texte de Sanchoniaton avoit été fouvent
mêlé par Eusébe avec les obfervations
du Traducteur & les fiennes propres ,
s'eft attaché à dégager l'original des in-
terpolations étrangères.
Il a préfenté le texte fimple de l'Au-
teur dans toute fa pureté , auquel il a
joint une paraphrafe explicative , tirée
tant des expreffions même de l'original ,
que des opinions comparées des autres
Nations orientales fur la même matière ,
telles que nous les trouvons dans le peu
qui nous refte des Ecrits de Berofe , d'A-
bidene , d'Alexandre , Polyhiftor , &
autres , fur - tout de Mofch , Philofophe
Phénicien ,
antérieurs à Tales , & aux
plus anciens Philofophes des Ecoles
Grecques , qui ont beaucoup emprunté
de fa doctrine , principalement Démo-
crite , Chef des Atomiftes , & Straton de
Lampfaque.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
A la fuite de ce Mémoire critique ,
M. Debroffes a lu un effai de la Para-
raphrafe du premierChapitre de Sancho-
niaton , qui contient les vieilles tradi-
tions , l'ancienne & fauffe doctrine de
Tooht , tant fur la formation du monde
& le développement des Etres , que fur
l'origine des premiers Arts.
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, tenue le 14 Août 1763,
dans la Salle de l'Université.
M. Michault, Secrétaire, ouvrit la
Séance par la proclamation du Prix que
l'Académie a adjûgé à M. Thomas Du-
Morey, Ingénieur des Ponts & Chauffées
de la Province de Bourgogne , & de
l'Acceffit qu'a mérité M. le Jolivet fils
Sous-Ingénieur de ladite Province.
Le Sujet donné étoit de Déterminer ,
relativement à la Bourgogne , les avan-
tages & défavantages du Canal propofé
pour la jonction des deux Mers , par la
communication de la Saône à la Seine.
Ce Sujet intéreffant a exercé depuis
long - temps la plume de divers Ecri-
vains ; mais ils ne s'étoient occupés juf-
E iij
402 MERCURE DE FRANCE.
qu'ici qu'à prouver ou à contredire la
poffibilité de ce Canal. Aucun d'eux
n'avoit combiné méthodiquement les
avantages ou défavantages qui devoient
réfulter de fon exécution : ce que les Au-
teurs des deux Mémoires , qui ont dif-
puté le Prix , ont approfondi , l'un avec
plus de méthode & de précifion , l'autre
avec un travail plus grand , & des re-
cherches plus intéreffantes ; mais dont
quelques -unes ont paru à l'Académie s'é-
loigner un peu du but propofé.
M. Michault a prononcé enfuite l'Elo-
ge de M. le Marquis d'Anlezy , Lieute-
nant Général des Armées du Roi , &
fon Commandant dans les Provinces de
Bourgogne & Breffe , Académicien ho-
noraire , mort le 12 Janvier dernier.
L'Orateur , après avoir parcouru rapi-
dement les exploits militaires qui ont
occupé , pour le fervice de la France
la plus grande partie de la vie de M. le
Marquis d'Anlezy , s'attacha à décrire
les vertus morales & politiques qui lui
ont mérité l'honneur de préfider à l'édu-
cation d'un grand Prince , qui , profitant
des leçons d'un tel Maître , a foutenu fi
dignement la gloire de fon nom à la tête
de nos Armées.
Le vifintérêt que M. le Marquis d'An-
JANVIER. 1764.
103
leży prenoit à l'Académie , qu'il regar
doit comme un des plus glorieux établif-
femens de fon Commandement , les té-
moignages qu'il lui a donnés de fon zèle
& de fon attachement , même dans fes
derniers inftans ; les fervices qu'il pro-
jettoit de lui rendre , fi la mort ne l'eût
prévenu ; les regrets de cette Compagnie
pour cet Académicien Citoyen , ont fait
le fujet de la derniere partie d'un Eloge
mérité à fi jufte titre.
M. Hoin a fait enfuite l'Eloge de M.
Daviel , Oculifte célébre , Affocié- Cor-
refpondant de l'Académie. Les fervices
importans qu'il a rendus à l'humanité
pendant une vie laborieuſe confacrée au
fervice du Public , ont été détaillés par
l'Auteur , avec la méthode familière à
un Maître de l'art.
L'Opération de l'extraction du Criſta-
lin , pour la guérifon de la Catara&te , in-
ventée par M. Daviel , & pratiquée avec
fuccès dans toute l'Europe , eft un effort
du génie de ce célébre Artifte qui doit
à jamais l'immortalifer , & le rend digne
des regrets des Académies qui s'étoient
fait un honneur de l'affocier à leurs
travaux .
M. Picardet l'aîné a célébré l'Orphée
de la Bourgogne , dans un Poëme en
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Stances irrégulières , intitulé Rameau.
M. le Préfident de Broffes a terminé la
Séance par la lecture d'un Mémoire fur
le fameux Fragment de Sanchoniaton.
Cet Ouvrage , écrit en Cananéen , pus
le titre des Origines Phéniciennes , eſt le
plus ancien Livre prophane qui exiſte.
L'Auteur , natif de Beryte en Phénicie ,
étoit Prêtre , & vivoit environ quatorze
fiécles avant Jefus-Chrift. Son Ouvrage
contenant neuf Livres , eft dédié à Abi-
bal , Roi de Beryte. Il ne nous en refte
qu'un Extrait , contenu dans le premier
Livre de la Préparation Evangélique
d'Eufebe de Céfarée , qui s'étoit fervi
pour le compofer d'une Traduction en
Grec de ce Livre , faite par Philon , na-
tif de Biblas en Phénicie , du temps de
l'Empereur Adrien.
M. de Broffes nous apprend que cet
Extrait peut être divifé en cinq Cha-
pitres , dont le premier eft phyfique
les trois fuivans hiftoriques , & le cin-
quiéme dogmatique , & en quelque ma-
nière critique.
» Sanchoniaton donne d'abord l'Hif-
» toire de la Cofmogonie , ou de la for-、
» mation du Monde. Du développement
» de la matière , par le mouvement d'un
» air fpiritueux , qui caufa l'union des
JANVIER. 1764.
105
parties vitales avec la matière inani-
" mée ce qui produifit les premiers
» germes , d'où vinrent enfuite les ani-
» maux. Il traite en même-temps de la
» production des météores. Il parle en-
» fuite des premiers hommes , des pre-
» miers Inventeurs des principaux Arts
» des plus anciens Cultes religieux établis
» en l'honneur des Dieux , qu'on appel-
» loit en Orient naturels & immortels ,
» tels que font les germes réproductifs
» des espèces , le Soleil & les Elémens
» qu'en l'honneur des Dieux mortels ,
» c'est-à- dire , des hommes qu'on avoit
» divinifés , dans l'admiration que leur
رو
génie inventeur avoit caufé à leurs
compatriotes , & dans le tranſport de
» la reconnoiffance des utilités qu'ils
» avoient procurées au genre humain .
» Après avoir commencé la première
» race des hommes par Eon & Protogo-
» ne, noms qui fignifient la Vie & le pre-
mier né , il s'arrête aux détails concer-
» nant les familles autrefois les plus célé-
» bres & les plus puiffantes en Phénicie ;
"
» il raconte les règnes d'Ouranos & de
" Chronos fon fils , en Canaan ; celle de
» leurs démêlés, & de leur famille , qu'on
croit être la race des Titans. Il parle
» par occafion des familles voifines qui
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
s'allièrent avec celle-ci ..... Nes'oc
cupant que de ce qui regarde la Phé-
» nicie ou l'Egypte , fans parler que fort
» peu d'aucune autre région de la Terre.
Selon l'apparence , l'Ouvrage alloit
» au moins jufqu'au temps de Zens Baal,
,, fils & fucceffeur de Cronos , fi connu
"
» des Mythologues fous le nom de Ju-
»piter , Souverain des Dieux , qui porta
» au loin & au plus haut degré la gloire
» & l'Empire des Titans , c'eſt-à- dire ,
» la domination du Peuple Phénicien ,
, & l'extenfion de fon Commerce fur
les côtes de notre Mer Méditerranée .
» Mais le Fragment des Livres qui nous
>> reftent ne va pas jufques-là .
A la fin de l'Ouvrage , l'Auteur rend
compte des Mémoires d'où il a tiré fes
Ecrits , & de ceux qui les ont dreffés.
Les Mémoires fecrets ,
écrits en Let-
tres Ammonéennes , confervés dans les
Temples ; les Actes publics confervés
dans les dépôts des Villes , fuivant l'u-
fage de ce temps , lui ont fourni les prin-
cipaux matériaux de fon Hiftoire , ainfi
que les Livres du célébre Tooth , l'un
des Légiflateurs de l'Egypte , & les inf-
tructions qu'il avoit reçues d'Hirombaal,
Prêtre du Dieu Jevò.
Eufébe a reproché avec raifon à San-
JANVIER. 1764.
107
choniaton de s'être livré à une doctrine
erronnée , fur la formation du Monde
en la racontant d'une manière qui en
exclut tout-à-fait la divinité. Mais telles
étoient les opinions reçues de fon temps
en Phénicie , conformes au cours d'une
Philofophie toute phyfique & maté-
rielle , avant que la Révélation eût éclai-
ré les hommes.
M. Debroffes , s'étant apperçu que le
texte de Sanchoniaton avoit été fouvent
mêlé par Eusébe avec les obfervations
du Traducteur & les fiennes propres ,
s'eft attaché à dégager l'original des in-
terpolations étrangères.
Il a préfenté le texte fimple de l'Au-
teur dans toute fa pureté , auquel il a
joint une paraphrafe explicative , tirée
tant des expreffions même de l'original ,
que des opinions comparées des autres
Nations orientales fur la même matière ,
telles que nous les trouvons dans le peu
qui nous refte des Ecrits de Berofe , d'A-
bidene , d'Alexandre , Polyhiftor , &
autres , fur - tout de Mofch , Philofophe
Phénicien ,
antérieurs à Tales , & aux
plus anciens Philofophes des Ecoles
Grecques , qui ont beaucoup emprunté
de fa doctrine , principalement Démo-
crite , Chef des Atomiftes , & Straton de
Lampfaque.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
A la fuite de ce Mémoire critique ,
M. Debroffes a lu un effai de la Para-
raphrafe du premierChapitre de Sancho-
niaton , qui contient les vieilles tradi-
tions , l'ancienne & fauffe doctrine de
Tooht , tant fur la formation du monde
& le développement des Etres , que fur
l'origine des premiers Arts.
Fermer
980
p. 108-113
LETTRE à M. DE LA PLACE, au sujet des Exercices du COLLEGE ROYAL sur la construction & la Manoeuvre des VAISSEAUX.
Début :
L'ÉTABLISSEMENT du Collége Royal de France, Monsieur, est un [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, au sujet des Exercices du COLLEGE ROYAL sur la construction & la Manoeuvre des VAISSEAUX.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
au sujet des Exercices du COLLEGE
ROYAL sur la construction & la
Manoeuvre des VAISSEAUX.
L'ÉTABLISSEMENT du Collége
Royal de France, Monsieur, est un
des plus beaux Etabliffemens qu'il y
ait en Europe pour l'Etude des hautes
Sciences , & de la profonde Littérature ;
il a été l'école des hommes les plus cé-
lébres dans la France , & peut-être la
fource du progrès rapide des Lettres.
Chaque année l'on voit recommencer
ces éxercices fur les objets les plus in-
téreffans , & qu'il feroit difficile de trou-
ver ailleurs , fans y faire toute l'atten-
tion qu'ils méritent. Un petit nombre
de jeunes gens plus ftudieux & plus appli-
JANVIER. 1764.
100
qués fréquentent ces Ecoles fi célébres
autrefois , où l'on accouroit en foule
des extrémités de l'Europe , dans un
temps même , où la Philofophie fcho-
laftique régnoit encore , & ofoit avoir
quelquefois la préféance fur les Sciences
éxactes ; aujourd'hui ces mêmes Ecoles
font peu fréquentées. Ce n'eft pas que
les Profeffeurs qui y enfeignent méri-
tent moins d'être fuivis ,
il fuffiroit de
les nommer pour détruire le moindre
doute. Les Anciens , Thalès , Pythagore,
Platon & plufieurs autres , entraînés par
l'Amour des Sciences , parcouroient
des Régions immenfes pour aller s'inf-
truire en Egypte fur la Géométrie &
fur l'Aftronomie ; on vit même dans
le dixiéme fiécle , le moine Gerbert ,
que fon mérite éleva dans la fuite au
Pontificat , quitter fon Couvent , & aller
chercher chez les Arabes les Sciences
qui s'y étoient refugiées. Lucas de Bur-
gos & quelques autres , durent au même.
goût pour l'étude & aux voyages qui en
furent la fuite , l'honneur de fixer en
Italie la Géométrie fugitive ; par quelle
fatalité arrive-t-il donc aujourd'hui , que
les mêmes fecours , & des fecours plus
grands encore , qui font entre nos ma-
rins foient négligés parmi nous ? Quoi-
110 MERCURE DE FRANCE.
qu'il en foit , le Collége Royal étant le
feul endroit public dans Paris , où l'on
enfeigne les Traités de Mathématique
d'une certaine force , feroit peut-être
plus fréquentée , fi l'on connoiffoit affez
ces fortes d'éxercices. C'eft à cet effet ,
que je vous prie , Monfieur , de vou-
loir bien publier cette Lettre .
Je ne rappellerai pas ici , en détail
les Cours annoncés par les 19Profeffeurs
du Collége Royal : les uns ont pour
objet l'étude des Langues fçavantes ,
les autres accoutument les Elèves à pui-
fer dans la fource même les beautés des
Anciens , & c ; mais je crois devoir nom →
mer la claffe des Mathématiques où l'on
trouve certainement tous les fecours
pour s'inftruire fur leurs parties les plus
difficiles , & citer pour exemple les le-
çons de M. de la Lande fur la conftruc-
tion & la manoeuvre des Vaiffeaux qui
commencerent l'année dernière , & doi-
vent continuer cette année.
La marine
>
cet objet effentiel des
foins de Sully , de Colbert , de Cromwel
& de tous les grands Miniftres , la ma-
rine fi néceffaire à la France , & dont on
s'occupe fi fort aujourd'hui , éxige l'at-
tention des Mathématiciens autant que
celle des Politiques ; la conftruction &
JANVIER . 1764.
III
le mouvement des Vaiffeaux font des
problêmes de la plus fine Géométrie, que
l'on traite fouvent fans fçavoir les élé-
mens d'Euclide. Auffi quelle imperfec-
tion ne trouve-t-on pas dans dans cet
art ? Que de Vaiffeaux manqués ! Que
d'Officiers qui voyent leurs Navires aller
mieux ou plus mal fans en fçavoir la
raifon !
La conftruction des Vaiffeaux renfer-
me trois branches effentielles, 1º. La ma-
nière de leur donner de la ftabilité.
2º. De leur procurer la viteffe. 3°. De
les rendre fenfibles au Gouvernail. La
premiere , renferme la théorie de l'ar-
rimage ; celle du premier roulis , celle
du tangage , & la propriété de bien
orter la voile . La deuxiéme renferme
porter
la théorie de leur figure , de la gran-
deur des voiles & de leurs difpofitions.
La troifiéme comprend la figure & la
grandeur du Gouvernail ; la figure de la
Poupe , la proportion de la longueur
& la largeur du Vaiffeau : toutes ces
propriétés influent les unes fur les au-
tres , rentrent les unes dans les
autres.
Cette théorie plus compliquée que je
ne fçaurois le dire , eft cependant ab-
folument néceffaire à ceux qui par état
ont la conduite de la conftruction ou
-
112 MERCURE DE FRANCE.
de la mañœuvre des Vaiffeaux , & cette
théorie ne s'acquiert pas partout.
Paris eft la fource des lumières , le
centre d'où partent les rayons qui éclai-
rent les Provinces , & le lieu où les Ma-
rins viennent fe former ; du moins , ils
trouvent la multitude des fecours né.
ceffaires à cet art qui fixe l'attention
du Miniftre. C'est donc dans Paris où
l'on doit trouver des éxercices fur l'ar-
chitecture navale & où ils feront les
plus utiles. Nous avons à la vérité de
bons livres fur cette matière , de MM.
Euler , Bouguer , Bernoulli , fans comp-
ter ce qui eft répandu dans les Mé-
moires des différentes Académies , &
dans les Ouvrages de plufieurs grands
Géomêtres qu'il feroit long de nommer.
Mais il eft bien difficile fans maître de
faire un choix dans ces Auteurs , d'en
fentir les fineſſes
d'en faifir l'efprit
d'en apprécier le mérite , d'en appliquer
les réſultats , d'en bien pofféder les mé-
thodes , & d'en bien apprendre l'ufage.
C'est à quoi M. de la Lande s'applique
dans les leçons qu'il donne avec autant
d'éxactitude que d'aménité. Tout Ci-
toyen a droit d'élever la voix lorsqu'il
eft queftion du bien public & de l'in-
térêt des Sciences ; j'ai cru en confé-
JANVIER. 1764.
113
quence qu'il m'étoit permis de donner
une preuve de ma reconnoiffance pour
le College Royal , & que le Profef-
feur que j'ai pris la liberté de nommer
voudroit bien pardonner au zéle du
moindre de fes Élèves la publication de
cette Lettre ; j'efpére même que ceux
qui affifteront aux leçons que je viens
d'indiquer , me fçauront quelque gré de
les avoir avertis.
J'ai l'honneur d'être & c.
R..... Ingénieur-Géographe du Roi, &
Maître de Mathématiques.
au sujet des Exercices du COLLEGE
ROYAL sur la construction & la
Manoeuvre des VAISSEAUX.
L'ÉTABLISSEMENT du Collége
Royal de France, Monsieur, est un
des plus beaux Etabliffemens qu'il y
ait en Europe pour l'Etude des hautes
Sciences , & de la profonde Littérature ;
il a été l'école des hommes les plus cé-
lébres dans la France , & peut-être la
fource du progrès rapide des Lettres.
Chaque année l'on voit recommencer
ces éxercices fur les objets les plus in-
téreffans , & qu'il feroit difficile de trou-
ver ailleurs , fans y faire toute l'atten-
tion qu'ils méritent. Un petit nombre
de jeunes gens plus ftudieux & plus appli-
JANVIER. 1764.
100
qués fréquentent ces Ecoles fi célébres
autrefois , où l'on accouroit en foule
des extrémités de l'Europe , dans un
temps même , où la Philofophie fcho-
laftique régnoit encore , & ofoit avoir
quelquefois la préféance fur les Sciences
éxactes ; aujourd'hui ces mêmes Ecoles
font peu fréquentées. Ce n'eft pas que
les Profeffeurs qui y enfeignent méri-
tent moins d'être fuivis ,
il fuffiroit de
les nommer pour détruire le moindre
doute. Les Anciens , Thalès , Pythagore,
Platon & plufieurs autres , entraînés par
l'Amour des Sciences , parcouroient
des Régions immenfes pour aller s'inf-
truire en Egypte fur la Géométrie &
fur l'Aftronomie ; on vit même dans
le dixiéme fiécle , le moine Gerbert ,
que fon mérite éleva dans la fuite au
Pontificat , quitter fon Couvent , & aller
chercher chez les Arabes les Sciences
qui s'y étoient refugiées. Lucas de Bur-
gos & quelques autres , durent au même.
goût pour l'étude & aux voyages qui en
furent la fuite , l'honneur de fixer en
Italie la Géométrie fugitive ; par quelle
fatalité arrive-t-il donc aujourd'hui , que
les mêmes fecours , & des fecours plus
grands encore , qui font entre nos ma-
rins foient négligés parmi nous ? Quoi-
110 MERCURE DE FRANCE.
qu'il en foit , le Collége Royal étant le
feul endroit public dans Paris , où l'on
enfeigne les Traités de Mathématique
d'une certaine force , feroit peut-être
plus fréquentée , fi l'on connoiffoit affez
ces fortes d'éxercices. C'eft à cet effet ,
que je vous prie , Monfieur , de vou-
loir bien publier cette Lettre .
Je ne rappellerai pas ici , en détail
les Cours annoncés par les 19Profeffeurs
du Collége Royal : les uns ont pour
objet l'étude des Langues fçavantes ,
les autres accoutument les Elèves à pui-
fer dans la fource même les beautés des
Anciens , & c ; mais je crois devoir nom →
mer la claffe des Mathématiques où l'on
trouve certainement tous les fecours
pour s'inftruire fur leurs parties les plus
difficiles , & citer pour exemple les le-
çons de M. de la Lande fur la conftruc-
tion & la manoeuvre des Vaiffeaux qui
commencerent l'année dernière , & doi-
vent continuer cette année.
La marine
>
cet objet effentiel des
foins de Sully , de Colbert , de Cromwel
& de tous les grands Miniftres , la ma-
rine fi néceffaire à la France , & dont on
s'occupe fi fort aujourd'hui , éxige l'at-
tention des Mathématiciens autant que
celle des Politiques ; la conftruction &
JANVIER . 1764.
III
le mouvement des Vaiffeaux font des
problêmes de la plus fine Géométrie, que
l'on traite fouvent fans fçavoir les élé-
mens d'Euclide. Auffi quelle imperfec-
tion ne trouve-t-on pas dans dans cet
art ? Que de Vaiffeaux manqués ! Que
d'Officiers qui voyent leurs Navires aller
mieux ou plus mal fans en fçavoir la
raifon !
La conftruction des Vaiffeaux renfer-
me trois branches effentielles, 1º. La ma-
nière de leur donner de la ftabilité.
2º. De leur procurer la viteffe. 3°. De
les rendre fenfibles au Gouvernail. La
premiere , renferme la théorie de l'ar-
rimage ; celle du premier roulis , celle
du tangage , & la propriété de bien
orter la voile . La deuxiéme renferme
porter
la théorie de leur figure , de la gran-
deur des voiles & de leurs difpofitions.
La troifiéme comprend la figure & la
grandeur du Gouvernail ; la figure de la
Poupe , la proportion de la longueur
& la largeur du Vaiffeau : toutes ces
propriétés influent les unes fur les au-
tres , rentrent les unes dans les
autres.
Cette théorie plus compliquée que je
ne fçaurois le dire , eft cependant ab-
folument néceffaire à ceux qui par état
ont la conduite de la conftruction ou
-
112 MERCURE DE FRANCE.
de la mañœuvre des Vaiffeaux , & cette
théorie ne s'acquiert pas partout.
Paris eft la fource des lumières , le
centre d'où partent les rayons qui éclai-
rent les Provinces , & le lieu où les Ma-
rins viennent fe former ; du moins , ils
trouvent la multitude des fecours né.
ceffaires à cet art qui fixe l'attention
du Miniftre. C'est donc dans Paris où
l'on doit trouver des éxercices fur l'ar-
chitecture navale & où ils feront les
plus utiles. Nous avons à la vérité de
bons livres fur cette matière , de MM.
Euler , Bouguer , Bernoulli , fans comp-
ter ce qui eft répandu dans les Mé-
moires des différentes Académies , &
dans les Ouvrages de plufieurs grands
Géomêtres qu'il feroit long de nommer.
Mais il eft bien difficile fans maître de
faire un choix dans ces Auteurs , d'en
fentir les fineſſes
d'en faifir l'efprit
d'en apprécier le mérite , d'en appliquer
les réſultats , d'en bien pofféder les mé-
thodes , & d'en bien apprendre l'ufage.
C'est à quoi M. de la Lande s'applique
dans les leçons qu'il donne avec autant
d'éxactitude que d'aménité. Tout Ci-
toyen a droit d'élever la voix lorsqu'il
eft queftion du bien public & de l'in-
térêt des Sciences ; j'ai cru en confé-
JANVIER. 1764.
113
quence qu'il m'étoit permis de donner
une preuve de ma reconnoiffance pour
le College Royal , & que le Profef-
feur que j'ai pris la liberté de nommer
voudroit bien pardonner au zéle du
moindre de fes Élèves la publication de
cette Lettre ; j'efpére même que ceux
qui affifteront aux leçons que je viens
d'indiquer , me fçauront quelque gré de
les avoir avertis.
J'ai l'honneur d'être & c.
R..... Ingénieur-Géographe du Roi, &
Maître de Mathématiques.
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981
p. 121-126
CATOPTRIQUE.
Début :
LES deux volumes du Mercure pour de mois d'Octobre dernier, offrent, [...]
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texteReconnaissance textuelle : CATOPTRIQUE.
CATOPTRIQUE.
LES deux volumes du Mercure pour
de mois d'Octobre dernier, offrent,
Monfieur , une Defcription très- inté-
reffante des merveilles de la Catoptrique :
mais ces jeux de la lumière étoient déja
très-connus ; & l'unique mérite des gla-
ces courbées de la nouvelle Manufacture
Royale , eft de rendre les effets des mi-
roirs concaves ou convéxes plus fenfi-
bles, & par conféquent plus curieux pour
de plus grand nombre de ceux qui aiment
à s'amuferen s'inftruifant. Il reste cepen-
dant bien d'autres découvertes , dont
des Sciences & lesArts tireroientun avan-
tage
confidérable. M. Berniere , Auteur
& Poffeffeur de la Manufacture de ces
Miroirs , me paroît être plus à portée que
perfonne de réfoudre un Probleme de
Catoptrique dont la folution a jufqu'ici
I. Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
épuifé la patience des Amateurs qui s'y
font appliqués. N'ayant point l'honneur
de le connoître , permettez - moi , Mon-
fieur , d'employer la voie de votre Jour-
nal , pour lui expofer le fait dont il s'agit.
Le Chevalier Kenelme Digby , dans
fon Traité de l'Immortalité de l'Ame`,
[ en Anglois , in-folio , Paris , chez Gilles
Blaizot , 1644 , & traduit en Latin , in-
folio , Paris , chez Villery & Joffe, 1651 .
On peut confulter l'original à la Biblio
thèque du Roi , R. 420 , & la Traduc-
tion , R. 421. ] fe propofe différentes
queftions fur la nature & l'effence de la
Lumière .
D'abord il prouve [ Tract I. de Naturá
Corporum , cap. 6 , 9. 3 , Edition latine ,
pag. 38. ] que la Lumière eft un corps;
1°. parce que [ §. 4. pag. 39. ] c'eft un
feu véritable : 2° . parce que [ 9.5.]le feu,
dans fa raréfaction , n'eft plus fimple-
ment qu'une lumière : 3°. parce que
[ §. 6. ] la lumière eft fufceptible , com
me tout autre corps , de degrès d'ac
croiffement & de décroiffèment, foit en
quantité , foit en qualité.
Que la lumière foit un feu , [ ibid.
cap. 7. ] le fait eft inconteftable ; puif-
que [ §. 1. ] elle eft chaude & échauf
fante. Si nous ne fentons point la cha
JANVIER. 1764.
123
leur de la lumière raréfiée , que nous ap-
pellons jour , c'eft [ § . 2. ] à cauſe de la
groffièreté de nos fens. L'Alcohol ne
s'enflamine- t-il pas , quoiqu'à raifon de
fa fubtilité , il ne puiffe caufer de brû-
lure ?
Le fçavant Digby , après avoir mis
toutes ces propofitions hors de la portée
du doute , fe fait une demande dont la
réponſe eſt une des plus fingulières énig
mes de la nature. Si la lumière eft un
feu , dit- il [ 9.7 ] , comme le feu elle a
donc befoin d'aliment ? Et puifque le
feu , en s'éteignant , laiffe une cendre
qui eft en quelque façon l'excrément &
la lie de fa nourriture , n'eft-il pas à pré-
fumer que la lumière , lorfqu'elle s'éteint,
doit de même laiffer des débris de la ma-
tière qui fervoit à fon entretien ? A l'oc-
cafion de cette difficulté , notre illuftre
Anglois rapporte l'expérience faite par
un de fes amis ; & c'eft celle que je pro-
pofe en Problême à M. Bernière , com-
me un chef-d'œuvre digne de lui.
Les rayons du Soleil [ § . 8. ] accumu.
lés dans un vaiffeau de cristal , & réunis
par une certaine difpofition de plufieurs
verres , y tombent en pouffière. Cette
poudre eft rouge, & même noire à force
d'être foncée en couleur. On en obtient
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
une quantité d'autant plus grande que
le Soleil eft plus ardent ; il ne faut que
quelques jours d'une vive chaleur pour
en avoir jufqu'à deux onces. Au refte ,
il n'y a aucun lieu de foupçonner que
cette matière puiffe provenir des atômes
qui flottent dans l'atmosphère ; car on
la voit croître infenfiblement dans un
vaiffeau vuide , bien fermé , & qu'on a
eu foin de tenir très- propre.
Mais , afin qu'on ne croye pas que je
prête rien à mon Auteur , citons fes pro-
pres paroles. Upon this occafion , i re-
member a rare experiment that a noble
man of much fincerity , and a fingular
friend of mine , told me he had feene :
Which was , that by meanes of glaffes
made in a very particular manner , and
artificially placed one by an other, he
had feene the fame beames gathered to-
gether , and precipitated downe into a
brownifch orpurplifch red pouder. There
could be nofallacy in this operation, &c.
C'eft-à-dire : Subit animum hac occafio-
ne memoria rari admodum experimenti
quod nobilis quidam virfidei finceriffi
ma , mihique amicitia conjunctiffimus
vidife fe affirmavit , vaforum vitreorum
ope , peculiari quodam modo factorum
& artificiosè difpofuorum collectos folis
JANVIER. 1764 .
125
radios in pulverem fufci coloris aut pur-
purei in rubrum vergentis , præcipitatos
fuiffe. Fraus nulla huic operationifubeffe
potuit ; nihil enim in vafis , antequam
difponerentur , continebatur , & c.
Cette incomparable expérience eft en-
core rapportée par une foule de Natura-
liftes , tels que Jean- Sigifmond Elsholt ,
Théophile Bonet , Adolphe - Chriftian
Baudouin , de l'Académie des Curieux
de la Nature. Mais tous , à ce qui me
femble , paroiffent ne l'avoir point ré-
pétée : Digby lui -même n'en parle que
d'après fon ami , feul témoin connu de
fon fuccès. L'honneur de l'invention
appartiendra donc à celui qui retrouvera
la manière de l'exécuter. J'en ai oui dif-
courir un Voyageur , qui prétendoit que
les Brames des Indes la fçavoient. Si ce-
la eft , les rayons font réfléchis dans le
vaiffeau par des miroirs de métal : car on
n'en a pas d'autres dans ces contrées.
Mais ce Voyageur s'expliquoit fi mal
qu'on n'y comprenoit rien.
Il eſt pro-
bable que c'est du choc des rayons , qui
viennent fe heurter par un chemin dia-
métralement oppofé , & qui s'entre-
tuent , fi j'ofe ainfi m'exprimer , que
naît cette poudre rougeâtre.
Quoiqu'il enfoit , M. Berniere eft trop
Fj
1
126 MERCURE DE FRANCE.
habile pour ne point faifir d'un feul coups
d'œil toutes les poffibilités ; & je ne
doute point qu'il ne fe confirme dans
l'idée que les rayons du Soleil , auxquels
on calcine l'antimoine & le plomb , ne
foient la vraie caufe de leur augmenta-
tion de poids , malgré les déchets énor
mes qu'ils fouffrent néceffairement dans
cette violente opération . Auffi dois-je
ajouter, pour plus ample éclairciffement,
que le Chevalier Digby nous apprend
que cette poudre s'incorpore très-aifé-
mentavec l'or, & le pénètre intimement.
[ Ibid. § . 8. Natura illi ( pulveri ) erat
mirèfubtilis , quæ ipfum etiam aurum ,
corporum omnium inter quæ verfamur
*
graviffimum acfolidiffimum , vi fuá , ut
..
fic dicam , fpirituali , penetraret. ] Et
parce que ce même phénomène arrive ,
fans nulle différence,aux chaux métalli→
ques préparées avec notre feu élémen-
taire , il s'enfuit évidemment que le feu ,
comme la lumière , engendre une pou-
dre pareille , & qu'il ne feroit peut- être
pas plus difficile à la Catoptrique de la
rendre vifible & palpable.
Je vous aurai une véritable obliga-
tion, Monfieur, fivous voulez bien avoir
la complaifance d'inférer ma Lettre dana
votre Mercure. Je fuis , &c.
LES deux volumes du Mercure pour
de mois d'Octobre dernier, offrent,
Monfieur , une Defcription très- inté-
reffante des merveilles de la Catoptrique :
mais ces jeux de la lumière étoient déja
très-connus ; & l'unique mérite des gla-
ces courbées de la nouvelle Manufacture
Royale , eft de rendre les effets des mi-
roirs concaves ou convéxes plus fenfi-
bles, & par conféquent plus curieux pour
de plus grand nombre de ceux qui aiment
à s'amuferen s'inftruifant. Il reste cepen-
dant bien d'autres découvertes , dont
des Sciences & lesArts tireroientun avan-
tage
confidérable. M. Berniere , Auteur
& Poffeffeur de la Manufacture de ces
Miroirs , me paroît être plus à portée que
perfonne de réfoudre un Probleme de
Catoptrique dont la folution a jufqu'ici
I. Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
épuifé la patience des Amateurs qui s'y
font appliqués. N'ayant point l'honneur
de le connoître , permettez - moi , Mon-
fieur , d'employer la voie de votre Jour-
nal , pour lui expofer le fait dont il s'agit.
Le Chevalier Kenelme Digby , dans
fon Traité de l'Immortalité de l'Ame`,
[ en Anglois , in-folio , Paris , chez Gilles
Blaizot , 1644 , & traduit en Latin , in-
folio , Paris , chez Villery & Joffe, 1651 .
On peut confulter l'original à la Biblio
thèque du Roi , R. 420 , & la Traduc-
tion , R. 421. ] fe propofe différentes
queftions fur la nature & l'effence de la
Lumière .
D'abord il prouve [ Tract I. de Naturá
Corporum , cap. 6 , 9. 3 , Edition latine ,
pag. 38. ] que la Lumière eft un corps;
1°. parce que [ §. 4. pag. 39. ] c'eft un
feu véritable : 2° . parce que [ 9.5.]le feu,
dans fa raréfaction , n'eft plus fimple-
ment qu'une lumière : 3°. parce que
[ §. 6. ] la lumière eft fufceptible , com
me tout autre corps , de degrès d'ac
croiffement & de décroiffèment, foit en
quantité , foit en qualité.
Que la lumière foit un feu , [ ibid.
cap. 7. ] le fait eft inconteftable ; puif-
que [ §. 1. ] elle eft chaude & échauf
fante. Si nous ne fentons point la cha
JANVIER. 1764.
123
leur de la lumière raréfiée , que nous ap-
pellons jour , c'eft [ § . 2. ] à cauſe de la
groffièreté de nos fens. L'Alcohol ne
s'enflamine- t-il pas , quoiqu'à raifon de
fa fubtilité , il ne puiffe caufer de brû-
lure ?
Le fçavant Digby , après avoir mis
toutes ces propofitions hors de la portée
du doute , fe fait une demande dont la
réponſe eſt une des plus fingulières énig
mes de la nature. Si la lumière eft un
feu , dit- il [ 9.7 ] , comme le feu elle a
donc befoin d'aliment ? Et puifque le
feu , en s'éteignant , laiffe une cendre
qui eft en quelque façon l'excrément &
la lie de fa nourriture , n'eft-il pas à pré-
fumer que la lumière , lorfqu'elle s'éteint,
doit de même laiffer des débris de la ma-
tière qui fervoit à fon entretien ? A l'oc-
cafion de cette difficulté , notre illuftre
Anglois rapporte l'expérience faite par
un de fes amis ; & c'eft celle que je pro-
pofe en Problême à M. Bernière , com-
me un chef-d'œuvre digne de lui.
Les rayons du Soleil [ § . 8. ] accumu.
lés dans un vaiffeau de cristal , & réunis
par une certaine difpofition de plufieurs
verres , y tombent en pouffière. Cette
poudre eft rouge, & même noire à force
d'être foncée en couleur. On en obtient
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
une quantité d'autant plus grande que
le Soleil eft plus ardent ; il ne faut que
quelques jours d'une vive chaleur pour
en avoir jufqu'à deux onces. Au refte ,
il n'y a aucun lieu de foupçonner que
cette matière puiffe provenir des atômes
qui flottent dans l'atmosphère ; car on
la voit croître infenfiblement dans un
vaiffeau vuide , bien fermé , & qu'on a
eu foin de tenir très- propre.
Mais , afin qu'on ne croye pas que je
prête rien à mon Auteur , citons fes pro-
pres paroles. Upon this occafion , i re-
member a rare experiment that a noble
man of much fincerity , and a fingular
friend of mine , told me he had feene :
Which was , that by meanes of glaffes
made in a very particular manner , and
artificially placed one by an other, he
had feene the fame beames gathered to-
gether , and precipitated downe into a
brownifch orpurplifch red pouder. There
could be nofallacy in this operation, &c.
C'eft-à-dire : Subit animum hac occafio-
ne memoria rari admodum experimenti
quod nobilis quidam virfidei finceriffi
ma , mihique amicitia conjunctiffimus
vidife fe affirmavit , vaforum vitreorum
ope , peculiari quodam modo factorum
& artificiosè difpofuorum collectos folis
JANVIER. 1764 .
125
radios in pulverem fufci coloris aut pur-
purei in rubrum vergentis , præcipitatos
fuiffe. Fraus nulla huic operationifubeffe
potuit ; nihil enim in vafis , antequam
difponerentur , continebatur , & c.
Cette incomparable expérience eft en-
core rapportée par une foule de Natura-
liftes , tels que Jean- Sigifmond Elsholt ,
Théophile Bonet , Adolphe - Chriftian
Baudouin , de l'Académie des Curieux
de la Nature. Mais tous , à ce qui me
femble , paroiffent ne l'avoir point ré-
pétée : Digby lui -même n'en parle que
d'après fon ami , feul témoin connu de
fon fuccès. L'honneur de l'invention
appartiendra donc à celui qui retrouvera
la manière de l'exécuter. J'en ai oui dif-
courir un Voyageur , qui prétendoit que
les Brames des Indes la fçavoient. Si ce-
la eft , les rayons font réfléchis dans le
vaiffeau par des miroirs de métal : car on
n'en a pas d'autres dans ces contrées.
Mais ce Voyageur s'expliquoit fi mal
qu'on n'y comprenoit rien.
Il eſt pro-
bable que c'est du choc des rayons , qui
viennent fe heurter par un chemin dia-
métralement oppofé , & qui s'entre-
tuent , fi j'ofe ainfi m'exprimer , que
naît cette poudre rougeâtre.
Quoiqu'il enfoit , M. Berniere eft trop
Fj
1
126 MERCURE DE FRANCE.
habile pour ne point faifir d'un feul coups
d'œil toutes les poffibilités ; & je ne
doute point qu'il ne fe confirme dans
l'idée que les rayons du Soleil , auxquels
on calcine l'antimoine & le plomb , ne
foient la vraie caufe de leur augmenta-
tion de poids , malgré les déchets énor
mes qu'ils fouffrent néceffairement dans
cette violente opération . Auffi dois-je
ajouter, pour plus ample éclairciffement,
que le Chevalier Digby nous apprend
que cette poudre s'incorpore très-aifé-
mentavec l'or, & le pénètre intimement.
[ Ibid. § . 8. Natura illi ( pulveri ) erat
mirèfubtilis , quæ ipfum etiam aurum ,
corporum omnium inter quæ verfamur
*
graviffimum acfolidiffimum , vi fuá , ut
..
fic dicam , fpirituali , penetraret. ] Et
parce que ce même phénomène arrive ,
fans nulle différence,aux chaux métalli→
ques préparées avec notre feu élémen-
taire , il s'enfuit évidemment que le feu ,
comme la lumière , engendre une pou-
dre pareille , & qu'il ne feroit peut- être
pas plus difficile à la Catoptrique de la
rendre vifible & palpable.
Je vous aurai une véritable obliga-
tion, Monfieur, fivous voulez bien avoir
la complaifance d'inférer ma Lettre dana
votre Mercure. Je fuis , &c.
Fermer
982
p. 46-49
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
Début :
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des choses encore à t'écrire sur toutes les espèces [...]
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texteReconnaissance textuelle : QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
47
cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
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cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
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983
p. 70-78
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
Début :
MONSIEUR, PERSONNE ne rend plus de justice que moi à [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
LETTRE sur un Auteur du 17e siècle,
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
Fermer
983
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
984
p. 104-105
NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES qu'on peut orienter sans le secours de la Boussole.
Début :
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur du Roi pour les Instrumens de Mathématiques, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES qu'on peut orienter sans le secours de la Boussole.
NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES
qu'on peut orienter sans le secours
de la Boussole.
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur
du Roi pour les Instrumens de Mathématiques,
demeurant à Paris.
>
Quai de l'Horloge du Palais , à l'en-
feigne de l'Obfervatoire , donne avis
qu'il a conftruit huit Cadrans verticaux
qu'on peut orienter fans le fecours de
la bouffole. Ces Cadrans font collés
fur une feuille de carton de la gran-
deur d'un in-8°. Ils marquent l'heure
par le moyen d'une pinule de peau &
d'un fil à plomb avec une perle qu'on
fait gliffer fur les jours du mois. C'eft
un invention de feu M. de la Hire
qui eft connue & eftimée fous le nom
de la Harpe de M. de la Hire . Les lieux
pour lesquels ces Cadrans font conftruits,
font 1. Paris. 2. Marfeille & Bayonne. 3
Turin & Bordeaux. 4. Lyon . 5. Dijon
& Tours. 6. Vienne en Autriche &
Breft. 7. Rheims & Rouen. 8. Amiens.
Ils peuvent fervir non-feulement pour
1
JANVIER. 1764.
105
tous les lieux qui ont la même latitude,
mais encore pour tous ceux qui n'en
différent que d'un quart ou d'un tiers
de degrés en deffus & en deffous de
chacun de ces Cadrans nommés ci-
deffus ; parce que cette différence n'eft
pas fenfible. Ces Cadrans font tracés
gravés & faits fort proprement : leur
ufage fe trouve derrière le carton fur
lequel ils font collés. L'on y trouve auffi
les temps des Equinoxes de Printemps
& d'Automne , ceux des folftices d'Eté.
& d'Hyver ; on peut encore par leur
moyen , connoître l'heure du lever &
du coucher du folei!. Le prix de cha-
cun de ces Cadrans , eft de 2 liv..
qu'on peut orienter sans le secours
de la Boussole.
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur
du Roi pour les Instrumens de Mathématiques,
demeurant à Paris.
>
Quai de l'Horloge du Palais , à l'en-
feigne de l'Obfervatoire , donne avis
qu'il a conftruit huit Cadrans verticaux
qu'on peut orienter fans le fecours de
la bouffole. Ces Cadrans font collés
fur une feuille de carton de la gran-
deur d'un in-8°. Ils marquent l'heure
par le moyen d'une pinule de peau &
d'un fil à plomb avec une perle qu'on
fait gliffer fur les jours du mois. C'eft
un invention de feu M. de la Hire
qui eft connue & eftimée fous le nom
de la Harpe de M. de la Hire . Les lieux
pour lesquels ces Cadrans font conftruits,
font 1. Paris. 2. Marfeille & Bayonne. 3
Turin & Bordeaux. 4. Lyon . 5. Dijon
& Tours. 6. Vienne en Autriche &
Breft. 7. Rheims & Rouen. 8. Amiens.
Ils peuvent fervir non-feulement pour
1
JANVIER. 1764.
105
tous les lieux qui ont la même latitude,
mais encore pour tous ceux qui n'en
différent que d'un quart ou d'un tiers
de degrés en deffus & en deffous de
chacun de ces Cadrans nommés ci-
deffus ; parce que cette différence n'eft
pas fenfible. Ces Cadrans font tracés
gravés & faits fort proprement : leur
ufage fe trouve derrière le carton fur
lequel ils font collés. L'on y trouve auffi
les temps des Equinoxes de Printemps
& d'Automne , ceux des folftices d'Eté.
& d'Hyver ; on peut encore par leur
moyen , connoître l'heure du lever &
du coucher du folei!. Le prix de cha-
cun de ces Cadrans , eft de 2 liv..
Fermer
985
p. 113-139
RECHERCHES historiques sur les Casques & sur quelques Vêtemens des Anciens ; lûes à l'Assemblée de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
Début :
MESSIEURS, JE viens soumettre à votre Jugement de légères Réfléxions [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RECHERCHES historiques sur les Casques & sur quelques Vêtemens des Anciens ; lûes à l'Assemblée de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
RECHERCHES historiques sur les Casques
& sur quelques Vêtemens des Anciens ;
lûes à l'Assemblée de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture,
le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
32
MESSIEURS,
JE viens soumettre à votre Jugement
de légères Réfléxions sur les Coëffures
militaires & fur quelques Vêtemens des
Anciens. Trop peu verfé dans la fcience
des difcuffions pour prendre le ton d'An-
tiquaire , je n'envifagerai ces objets du
114 MERCURE DE FRANCE.
coftume que relativement à l'intérêt de
nos Arts.
Le penchant naturel aux hommes de
veiller à leur confervation , fuggéra aux
plus induſtrieux le foin de pourvoir à la
commodité des vêtemens , immédiate-
ment après qu'ils eurent pourvu aux
moyens de la fubfiftance. Leurs pre-
mières précautions n'eurent en vue que
l'ajustement du corps. La cocffure natu-
relle les difpenfoit de chercher d'autres
parures , pour garantir leur tête de l'in-
commodité des faifons. A peine les Pa-
triarches , que l'âge rendoit fenfibles aux
viciffitudes ordinaires , portoient de lé-
gères bandes de lin , dont ils ceignoient
leur front en guife de turban , pour-com-
penfer le dépériffement des cheveux. La
chauffure des Anciens fe réduifoit à des
demi- bottines , terminées par des fan-
dales
précaution indifpenfable à des
hommes que leur état , leur profeffion
& leur goût foumettoient à des fatigués
continuelles.
Telle étoit la fituation des premiers
habitans de l'univers , tant qu'ils ne fu-
rent occupés que du befoin de leur éxif-
tance. Mais dès que l'ambition leur inf-
pira des motifs de cupidité , qu'ils s'avi-
ferent de vouloir augmenter leurs richeſ
JANVIER. 1764.
Bry
fes en étendant leurs domaines , & que
La loi du plus fort parla plus haut dans
leur cœur que la voix de la raiſon & de
l'équité, ils penfèrent à s'armer , pour
ainfi dire , de pied en cap , à garantir
toutes les parties de leur corps , & à fe
précautionner contre les traits de ceux.
dont ils fe propofoient d'ufurper les pof-
feffions. Les inftrumens de la vengeance,
les bâtons , les haches , les flèches , les
maffues leur faifoient craindre des coups
trop violens , pour ne leur oppofer que
les fecours de la nature.
Il fallut avoir recours à l'induſtrie. Le
fecret de réduire le fer en lames , & de
fondre les métaux pour en former des
coeffures n'étoit point encore trouvé.
L'dée que les audacieux mortels avoient
de la fupériorité de leurs forces , les arma
contre les paifibles habitans des forêts.
La préfomption leur perfuada qu'ils fub-
jugueroient aifément des êtres affectés
*
d'une ftupidité invincible. Ils leur ten--
dent des piéges , les attaquent , les for-
cent dans leurs tanières ; ils en devien--
nent vainqueurs , & fe propofent dès-
lors de fe vêtir de leurs dépouilles.
Le premier ufage qu'ils en firent fut
de s'en couronner. On vit la tête de la
bête féroce fervir de coëffure à fon meur-
116 MERCURE DE FRANCE.
trier. I fatisfaifoit ainfi tout-à-la-fois
fes befoins & fon orgueil. En arborant
cette marque de fa victoire fur un animal
redoutable , il croyoit paroître redouta-
ble lui- même aux yeux de fes ennemis .
Cette coëffure , qui vraisemblable-
ment a précédé l'invention des Cafques ,
en a étéle premier modèle. Tous les mo-
numens de l'Antiquité atteftent que les
hommes ont confervé dans leurs coëf-
fures militaires l'idée des animaux les
plus hideux & les plus féroces , ou les
plus nobles & les plus utiles. Herodote
nous apprend , que les Ethiopiens por-
toient des Cafques faits de la peau d'une
tête de cheval : les oreilles & la crinière
y étoient jointes. Les anciens Gaulois
formoient les leurs de la dépouille d'une
tête de bœuf, dont la crinière fervoit
d'aigrette. Les Milyens n'étoient coëffés
qu'avec des bonnets faits de peaux de
toutes fortes de bêtes fauvages.
Après même que les métaux furent
employés à former des armures,plufieurs.
peuples confervèrent dans leurs coëffures
militaires des portions de la tête & fur-
tout le muffle des animaux, dont ils ne
portoient plus les dépouilles. Les Thra-
ciens Afiatiques avoient des Cafques
d'airain , avec des oreilles & des cornes
JANVIER. 1764.
117
de boeuf. Le Brun , cet Artifte érudit .
qui fçut unir fous fon pinceau les véri-
tés hiſtoriques aux bienféances du coftu-
me , a ainfi coëffé , dans fon Paffage du
Granique ( a ) , un Cavalier qui s'élance
fur la rive. Tout le monde fçait qu'une
pareille coëffure étoit l'attribut de Jupi-
ter Ammon. Comment les hommes ne
fe feroient-ils pas fait gloire d'avoir une
parure qu'ils donnoient même à leurs
Dieux ?
Non-feulement les Anciens ména-
geoient à leurs Cafques des ornemens
qui annonçoient la première origine de:
cette armure , mais encore ils affocioient
au métal dont il les formoient,la peau de
la tête de quelque bête fauvage. L'éxem-
ple en eft offert dans plufieurs monu-
mens antiques , & fingulièrement dans
un Cafque élégamment adapté au tro-
phée de la Victoire , placé au pont-tour-
nant du Jardin des Thuileries.
Loin de regarder cet affortiment com-
me l'ouvrage de l'imagination ou du ca-
price de l'habile Coëzevox , nous devons
l'envifager comme une judicieufe imita-
tion de l'Antique. La Colonne érigée
en l'honneur de Trajan , préfente un
(a ) Un des Tableaux des Batailles d'Alé-
xandre.
118 MERCURE DE FRANCE.
nombre infini de foldats coëffés indiffé-
remment avec des peaux de bêtes féro-
ces , & avec des cafques de fer à demi-re-
couverts de femblables dépouilles, Cette
pratique eft répétée dans les bas-reliefs
de la Colonne Antonine , & déposée
dans d'innombrables monumens , que
nous ont tranfmis les fiécles les plus re-
culés.
L'envie de fe donner un air formida-
ble fit naître aux Nations barbares (b) le
deffein de fe former des coëffures monf-
trueuſes , tant par la repréſentation des
animaux choifis dans les espèces malfai-
fantes , que par les horribles crinières que
ces Peuples mettoient à leurs Cafques.
L'idée de cette bifarrerie eft judicieuſe
à quelques égards un ennemi effrayé
eft prèfqu'àdemi vaincu . C'eft dans cette
vue que ces Nations portoient dans leurs
enfeignes militaires des figures d'ani-
maux terribles , ou d'objets capables
d'intimider. Les Phrygiens arboroient un
(b ) Les Romains appelloient Barbares tous
les Peuples , hormis les Grecs & ceux qui vivoient
fous leurs loix. Les Barbares fe faifoient honneur
de cetitre. Il ne fignifioit autre chofe que : Peuple
exempt de la domination des Romains , & n'avoit
aucun rapport avec l'idée de cruauté que cette ex-
preffion nous préfente aujourd'hui.
·
JANVIER. 1764.
114
fanglier , les Gotgs un ours , les Daces
un dragon , les Thraciens la figure de la
mort. Ces Peuples s'accoutumoient ainfi
à ne s'effrayer de rien . Ils fe familiari-
foient avec les fpectacles les plus affreux,
& infpiroient aux foldats la hardieffe &
la férocité des monftres qui leur fer-
voient d'etendarts.
Inſpirer la terreur , éguillonner le cou-
rage,n'étoient pas les feuls motifs que les
Anciens fe propofoient dans la forme
effrayante de leurs Cafques. Les crêtes
redoutables & tranchantes , faites de
lames d'airain , dont les Etrufques ar-
moient leurs coëffures , les pointes fortes
& extrêmement aiguës dont ils les hérif-
foient , transformoient en arme offenfive
un objet qui ſembloit ne devoir fervir
qu'à la défenſe du foldat. Par cet arti-
fice , les combattans fe ménageoient la
double reffource de parer des coups:
meurtriers , & de bleffer les ennemis qui
auroient voulu les forcer à fe rendre (c).
Statagême victorieux pour ſe dégager
de leurs mains !
Quelle variété les Nations Orientales
& les Peuples du Nord n'employèrent
ils pas dans leurs coëffures militaires ? Le
(c) Recueil d' Antiq. par M. le C. de Caylus
Tom. III. pag. 64.
120 MERCURE DE FRANCE .
bois , les nerfs tiffus , le fer , l'airain fer-
virent indifféremment àla conftruction
de ces armures. On leur donna les di-
verfes formes de bonnets , de demi-
fphère , de corno - phrygien & dethiare.
Celle- ci étoit plus ordinairement prati-
quée par les Daces , par les Sarmates ;
& les Parthes , qui la tenoient des Per-
fes , & n'en connoiffoient point d'autres.
Ces Cafques , qui s'élevoient en cône
étoient allongés d'une pièce qui s'éten-
doit entre les deux épaules , où elle finif-
foit en fe rétréciflant. Elle garantifſoit
le foldat des coups que l'ennemi lui
por-
toit fur le col , par préférence , dans le
deffein de lui abattre la tête. La coutume
établie chez les Romains de montrer au
Général la têted'un Barbare, pour obtenir
la récompenfe de leur valeur , avoit fans
doute fuggéré cette précaution à leurs en-
nemis.En combien d'endroits desColon-
nes Trajane & Antonine ne voit-on pas
des Romains montrant à l'Empereur des
têtes qu'ils ont coupées à leurs ennemis ;
des foldats ayant entre leurs dents des tê-,
tes qu'ils tiennent fufpendues par les che-
veux , tandis qu'ils en coupent d'autres ?
Raphaël , le Brun , dans leurs Batailles
de Conftantin , Rubens , dans fon.Com-
bat des Amazones , ont enrichi leurs
compofitions
JANVIER. 1764.
121
compofitions de ces images pathétiques
imitées d'après les Anciens : ils fe les font
appropriées par la manières de les rendre.
Beau privilége des Modernes , dont il
eft louable de fçavoir uſer à propos !
L'attention des Barbares à ne faire
ufage que des inventions utiles , leur fit
négliger la recherche de celles qui ne
leur paroiffoient être que de pur agré-
ment. Ils ne mirent fur leurs Cafques ,
ni riches aigrettes , ni panaches éclatans.
Ils ne fe formèrent des crinières qu'avec
des queues de chevaux flottantes , éta-
blies fur la figure de quelque griffon ou
autre monftre. Ce font eux qui nous ont
particulièrement confervé l'idée de la
première origine des Cafques. On en
trouve cependant encore différentes em-
preintes dans les coëffures militaires des
Grecs & des Romains , malgré la réfor-
me qu'ils y ont faite de certains objets
effrayans , plus capables d'infpirer la fé-
rocité , que de ranimer la valeur.
C'est l'annobliffement ,' la richeffe des
Cafques , leur utilité , & quelques avan-
tages particuliers qui déterminèrent les
Grecs aux formes élégantes qu'ils leur ont
données. La calote de la coëffure étoit
plus élevée dans fa partie fupérieure &
plus large que la tête du guerrier. Par ce
II. Vol.
F
*
122 MERCURE DE FRANCE.
moyen , l'armure ne touchoit point im →
médiatement au crâne. Il étoit d'ailleurs
garanti par la figure de quelque divinité
ou de quelque animal qui fervoit de ba-
fe à de riches aigrettes & à des pana-
ches volumineux. Ces couronnes flot-
tantes étoient ordinairement compofées
de plumés d'autruches ou de hérons,réu-
nies & teintes des plus brillantes couleurs.
Elles ont été , dans les occafions les plus
périlleuses , d'une très-grande utilité aux
combattans, Sans le fecours de cette pa-
rure , qui tout à-la-fois prête de la digni-
té au guerrier , & influe fur la fureté de
fes jours , le Barbare Rofacès eût peut-
être , du premier coup de hache , fendu
la tête à Alexandre : la générofité de
Clius fût venue trop tard au fecours du
Héros . ( d)
Le Cafque des Grecs , qui étoit ſou-
vent à triple aigrette , c'eft à-dire , avec
trois rangs de plumes , avoit encore un
autre avantage : c'étoit une vifière qui
pouvoit fe rabattre fur le vifage & le
couvrir ; mais qui , prèfque toujours re-
levée , formoit une efpèce de petit au-
vent , fous lequel les yeux & toutes les
parties faillantes du vifage étoient à l'a-
bri des traits qui tomboient à plomb.
(d) Quinte-Curce.
JANVIER. 1764.
123
Une double confidération doit , Mef-
fieurs , nous rendre remarquable cette
forme de Cafque. Elle contribue aux
effets des lumières interceptées & des
ombres portées par un corps faillant. Ref-
fource extrêmement pittorefque , qui fa-
acilite à l'Artiſte la rondeur , la fierté &
l'expreffion d'une tête. D'ailleurs ce ga-
barit diftingue particulièrement de Caf-
que Grec du Cafque Romain . Celui-ci
couvroit exactement la tête du guerrier
comme une calote , n'ayant ni éléva-
tion , ni faillie , & ne le garantiffant pas
davantage des coups portés de haut que
de ceux qui lui venoient en face.
Il paroît étonnant que les Romains
n'ayent jamais emprunté les parties avan-
tageufes du Cafque des Grecs ; eux qui ,
dans la guerre qu'ils eurent contre les
Parthes, imitèrent une portion de la thiare
de leurs ennemis , en relevant par der
rière la pointe de leur Cafque , commè
on le voit dans l'Arc de Septime Severe.
Cette forme donne à l'armure une
forte de rapport avec le Bonnet-Phry
gien. Elle peut fervir aux Artiſtes à met-
tre quelque différence entre les princi
paux Officiers Troyens & les Généraux
des Grecs , dans la peinture du fameux
Siége de Troye. La différence que doi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vent préfenter les coëffures de ces illuf-
tres ennemis , ne concerne que les Caf-
ques Troyens. La partie de la crête , fur
laquelle le panache eft attaché , doit en
être arrondie & repliée fur le devant , &
au plus haut de la tête ( e ) .
Les Romains n'imitèrent les coëffures
militaires des Peuples de la Grece , que
dans leur magnificence. Ils les ornèrent
de panaches éclatans , qu'ils faifoient ,
plus ordinairement que les Grecs , de plu-
mes blanches. Lorfqu'ils les décoroient
de la triple aigrette , ils la furmontoient
de quelque figure emblêmatique. Tel
étoit , felon Virgile , le Gafque de Tur
nus une chimère vomiffant des flam-
mes s'élevoit fur le triple rang de plumes
dont l'armure du Prince étoit enrichie.
A l'égard des oreillettes , ces petites
plaques à charnières qui garantiffent
les tempes & les joues du foldat , elles
furent communes à tous les Peuples an-
ciens. Il paroît néanmoins que les Na
tons Septentrionales s'en font fervi plus
invariablement que les autres.
Lorfque les Militaires des premiers fié-
cles eurent éprouvé l'avantage d'avoir
(e)Tableaux tirés d'Homère , &c. Voy. Oba
fervat. fur le Costume , par M. le C. de Caylus ,
Fag.xliv, &fuiv,
Toba
JANVIER . 1764.
125
des coëffures de peaux de bêtes ; de ;
qu'ils eurent fenti que les moelleuſes cri-
nières de ces dépouilles , non-feulement,
les garantiffoient des plus vives impref-
fions de l'air , mais qu'elles amortiffoient
encore les coups les plus rudes de l'en-
nemi , ils ne tardèrent pas à fe vêtir de
la dépouille entière , à l'éxemple de nos
premiers Pères (f) , & l'employèrent à
mille ufages effentiels.
D'abord ils s'en firent uue efpèce de
mantelet , qui ne leur couvtoit que les
épaules. C'étoit l'ajuſtement des Tubi-
cines & des Trompettes. Ils s'en forme-
rent enfuite un manteau qui recouvroit
là
la portion du corps que le volume de la
dépouille pouvoit embraffer. Tel étoit
le vêtement des Porte-étendarts. Ils re-
nouoient les pattes de l'animal fur la poi-
trine & au-deffus de la ceinture. Par ce
moyen , ils n'avoient que le bas des cuif-
fes à découvert Cette forme de vête-
ment eft confignée dans plufieurs ba-
reliefs antiques. Elle eft auffi très- élé-
gamment retracée en la figure d'un Por-
te- enfeigne , dans le Triomphe de Jules-
Cefar , peint par André Mantinea ( g ) .
(£) Geneſe.
<
( g ) Cet Ouvrage, que l'on voit au Palais du
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage qui , par la quantité d'objets
du coftume dont il eft enrichi , mérite
bien de la confidération .
Les Grecs & les Romains ne donnoient
ces fourrures , qu'à certains Officiers mi-
litaires ; dans ces mêmes fiécles des Peu-
ples entiers ne s'habilloient pas autre-
ment en guerre. Herodotenous apprend,
que dans la fameuse expédition de
Xercès , les Cafpiens & les Paties
étoient vêtus de Saïes , faits de peaux
de bêtés fauvages ; les Lyciens fe cou-
vroient de peaux de chêvres ; les Thra-
ciens
étoient habillés de peaux de
renards & les Ethiopiens de peaux de
léopards & de lions.
Les Francs , après même la conquête,
des Gaules & au commencement de la
deuxiéme race de nos Rois , fe faifoient
une gloire & un devoir de conferver l'an-
cien habillement , fait de peaux de bêtes.
Au rapport d'Eginard ( h) , Charlema-
gne , ayant été informé que quelques
Seigneurs de fa Cour avoient pris des vê--
temens plus fomptueux , & propres au
Peuple vaincu , les en inculpa févére-
Duc de Mantoue , eft gravé en dix feuilles & ſe
vend à Rome , alla pace. Voy. feuille 8.
( b ): Vie de Charlemagne
150
JANVIER. 1764.
127
ment en plein Confeil , & les obligea de
reprendre les habits de la Nation Franc-
que victorieufe.
On n'eft pas étonné des moyens qu'a-
voient les Anciens de vêtir de peaux de
bêtes tous les foldats de plufieurs armées,
quand on fe rappelle les innombrables
reffources que leur fourniffoit la chaffe.
Exercice d'autant plus commun dans
ces temps , qu'il éroit abſolument néceſ-
faire , pour empêcher les bêtes fauvages
d'infefter les bois & les campagnes. Aux
profits de la chaffe , ils joignoient ceux
d'une quantité infinie de Sacrifices ,
d'Hécatombes divers , de cinq cens , de
mille victimes , qu'ils immoloient à leurs
Dieux , & dont les dépouilles étoient au
bénéfice des Sacrificateurs. Mais , ce que
l'on ne conçoit que difficilement , c'eſt
qu'il y ait eu des Peuples qui fe revê-
toient de dépouilles humaines .
Tels
étoient les Scythes. Ils écorchoient le
prifonnier de guerre , après en avoir hu-
mé le fang , s'habilloient de fa peau , &
mettoient la tête au faîte de leurs caba-
nes. Les Perfes fe faifoient honneur de
cruautés non moins horribles
témoin
le procédé d'un de leurs Rois , qui , vou-
lant donner l'éxemple de la plus grande
févérité , fit écorcher vifun Juge crimi-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
nel , ordonna qu'on recouvrit de fa dé-
pouille le fiége du Tribunal , & obligea
le fils du prévaricateur à rendre la Justice
affis fur la peau de fon pere. Ce trait ,
pris dans l'Hiftoire de Cambyfe , fe-
cond Roi de Perfe , & fils du grand Cy-
rus , fe trouve gravé dans l'Euvre de
Rubens.
Les mêmes fourrures d'animaux fau-
vages , qui prêtoient un caractère de
férocité aux foldats d'infanterie , don-
noient aux cavaliers un air de magnifi-
cence. Ceux - ci s'en formoient des houf.
fes , qui couvroient prèfque entièrement
le corps de leurs chevaux. Ils agraffoient
au poitrail la tête refendue , & y re-
nouoient les pattes antérieures de la dé-
pouille ; tandis que celles de derrière
voltigeantes fur les flancs & fur la'croupe
du courfier , ajoutoient à la richeffe de
la parure la vivacité de l'action. Quel
affortiment pittorefque ,
Meffieurs !
Qu'il eft favorable à nos Arts ! Tout ce
qui contribue au mouvement des objets
les rend intéreffans , leur communique
de l'efprit , & les difpofe aux effets de
lumière les plus heureux. D'ailleurs , quel
contrafte piquant n'occafionne point la
couleur propre d'une fourrure d'ours ,
de tigre , de lion , foit qu'on l'affortiffe.
a
e
e
B
JANVIER. 1764.
129
avec un courfier blanc , dont elle relève ,
l'éclat , foit qu'on l'oppofe à un cheval
del teinte brune , qu'elle fert à colorer !
Telle la peau du lion de Némée fait bril-
ler avec plus de vivacité le tendre colo-
ris d'Omphale ( i ) , & les tons vigoureux
du Héros qui file auprès d'elle ; tel auffi
le caractère nerveux , & le poil hériffé,
de l'animal qui dévore Milon ( 1 ) , font,
mieux fentir , dans les chairs du Croto-
niate , la force , le fentiment & le moë-
leux du naturel .
Les peaux de bêtes les plus communes,
furent employées à des ufages importans.
Didon fit fervir une peau de bœuf, cou-
pée par lanières , à tracer l'enceinte de
Carthage. Les Peuples de la Colchide ra-
maffoient avec des peaux de moutons le
fable d'or qui rouloit dans certains tor-
rens ( m ). Dans les fiéges des villes , les
deux armées fe fervoient de dépouilles ,
fraîchement écorchées , pour mettre ob-
ftacle aux attaques de l'ennemi. Les
affiégés tendoient des peaux de vaches
ou de moutons , trempées dans des li-
queurs fortes & acides , & enduites
(i ) Tableau de François le Moine , placé chez
M. B.
(1 ) Chef- d'œuvre de Pujet , à Verfailles.
(m )L'Abbé Banier , T. III. p. 237.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
d'herbe marine , de mouffe , owdeлtesre
molle, pour rompre l'effet des traita,
des pierres } des feux lancés contrer les
ramparts & les tours ( n ). Les affiégeans
matelaffoient avec de pareilles fourrures
les guérites ou les foldats agitoient les
béliers militaires
ils en couvroient auffi
celles qui fervoient à fapper les murs.!
Ce fut fur une toifon de chevreau qué bé
Vainqueur des Madianites exigea & obe
tint un double miracle pour prouyer fas
Miffion , qui devoit procurer la délivrani
ce du Peuple de Dieu (o ). C'eft avec des
peaux de bêtes peu rares qu'alloient vêtus
le Maître d'Elifée,le Précurfeur du Meffie,
plufieurs Anachorettes de la Thébaïde
& quantité de Philofophés de l'Egypte ,
de la Grece & de Rome. Les peaux
moins communes , l'hermine ela mar-
thre , enrichiffoient les mantéaux des
Fézabel , des Thomiris , des Cleopatre , &
les Simarres des plus faftueux Souverains
du Nord & de l'Orient.
On diroit que les oifeaux même ayent
voulu participer au privilége de prêter
leurs dépouilles à l'utilité des Anciens.
Les peaux de grues fervirent aux Ethio-
piens Orientaux à couvrir leurs boucliers.
( n ) Chevalier Follard.
(o ) Gedeon. Jug.
JANVIER 1764
(q Ofiris.
131
Les plumes d'autruches & de hérons for-
mèrent , ainfi que nous l'avons obſervé ,
des aigrettes , des panaches aux Pirrhus
aux Céfars. Ajoutons que celles de la
pintade & du faifan couronnèrent le
bonnet des Lyciens. Ainfi celui de nos
Américains et aujourd'hui décoré des
plumès de la bluette & du courli (p ).
Un autre ufage auquel les dépouilles.
d'oifeaux furent employées , doit leur
valoir quelque confidération de la part
des Artistes. C'eft avec ces peaux que les
Anciens caractérifèrent des événemens .
de la Fable , des objets de la Nature , &
même des traits de Morale. La dépouille
d'un vautour, artiftement dégarnie de
quelques plumes , & groupée avec un
are , fous une maffue environnée de
flêches , défigna Prométhée délivré par
Hercule; celle d'un épervier , ayant fon
chef enté fur un corps humain , annon-
ça le plus grand Dieu des Egyptiens (4).
La peau d'un aigle, ingénieufement adap-
tée au bufte d'un jeune homme , repré-
fentoit l'Air. La Terre fur quelquefois in-
diquée par la dépouille d'une chouette ,
pofée fur un vafe de terre près d'un lion
enfin la dépouille du paon , foulée aux
( p ) Oifeaux de Amérique..
{
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
pieds d'un verrat , étoit l'image de la va-
nité humiliée ; & la peau du phénix, ajuſ-
tée autour d'un cercle , fut l'attribut de
l'immortalité. Idées heureufes que lesAn-
ciens nous ont fuggérées , & dont les
plus grands Peintres , & les Sculpteurs
Nota. Les divers ufages d'employer dans les
vêtemens , les peaux de bétes fauvages & d'oi-
feaux carnaciers , pour fe donner un air formida-
ble , fe fontperpétués jufqu'à nos derniers fiécles .
En parlant des Dellys , Nicolaï
*
rapporte que
ccs troupes légères qui combattent fous l'étendart
Mahometan , font vétues d'une camisole aſſez lon-
gues & de hauts- de-chauffe, très-larges ; le tout
fait de dépouilles de jeunes ours , dont le poil
eft en dehors. Le bonnet à la Polaque , quepor-
tent ces Croates , penche fur une épaule. Il eftfor-
mé d'unepeau de léopard , bien moucheté . Sur le
devant de cette coëffure eft attachée , en large , la
queue d'un aigle. Leur bouclier eft orné des deux
ailes de l'oifeau vorace. Elles font ouvertes & at-
tachées avec des clous d'or, de manière que toutes
les plumes préfentent comme autant de lances hé-
riffies contre l'ennemi,
Plufieurs Religieux Mahometans s'ajuftent avec
des fourrures de bêtes , pour ſe donner un airfin-
gulier. Les Calenders n'ontpour tout vêtement que
lapeau de quelque animal féroce , dont ilsfe cou-
vrent les épaules. Les Geomailers portent , en gui-
fe de manteau , une dépouille de lion ou de léo-
pard , qu'ils attachent devant la poitrine , en
y renouant les pattes antérieures de l'animal ; ils
* Voy. les voyages que cet Ecrivain a faits en
Turquie , p. 121 & 160.
JANVIER. 1764.
133
les plus fameux n'ont pas négligé de faire
un utile emploi.
Outre la deftination ordinaire des peaux
de bêtes , à fournir des vêtemens aux fol-
dats , des houffes aux cavaliers , des ar-
mes défenfives aux affiégés, ainfi qu'aux
affiégeans , & à former la parure carac-
tériſtique de divers perfonnages diftin-
gués , elles furent encore deſtinées à faire
des lits aux Héros , & à leur fervir de
fiéges. C'étoit fur de pareilles fourrures
étendues par terre , dit Homère , que les
Anciens couchoient. Sur ces peaux on
mettoit , pour les perfonnes de confidé-
ration , des étoffes de pourpre qui leur
fervoient de matelas ; fur ces étoffes de
beaux tapis , c'étoient leurs draps ; & fur
ces draps de riches couvertures. Les
peaux garnies de tout leur poil fervoient
de fommier contre l'humidité. C'eſt dans
cette vue que le Législateur des Hébreux
fit recouvrir tout le Tabernacle d'une
ajuftent à volonté les autres portions de la four-
rure ; mais ordinairement ils laiffent traîner la
queue par terre ; fe revêtent de peaux de mouton
& de chèvre, dont ils fe font des tuniques fans
manches & dont ils renouent les pattes à l'en-
droit de la ceinture. Ils accompagnent ce vêtement
d'un manteau fait de peau d'ours. Les Dervis
font vêtus à-peu-près de même.
134 MERCURE DE FRANCE.
troifiéme tenture faite de dépouilles d'a
nimaux (r).
Plufieurs Peuples , les Grecs même
tenoient des Perfes la coutume de s'af
feoir fur les peaux des bêtes les plus..
moelleufes . Les Spartiates , Peuple fier
auftère , ennemi de tout luxe , n'adop
terent point cet ufage. Dans la fameufe
entrevue d'Agefilas ( s ) & de Pharna-
bafe. ( t ) Celui-ci , voyant que le Géné
ral Spartiate s'afféyoit uniment par ter
re , s'affit de même , fans
égard aux
peaux très-douces & à longs poils, qu'on
avoit préparées. La fimplicité Spar-
tiate fit honte au fafte Perfan..
A la fatiété de jouir des biens utiles
fuccéde mille fois l'ambition de fe pro-
curer ceux qui font plus difficiles à
abtenir. Etre vêtus de dépouilles d'ani-
maux ordinaires devint un uſage trop
commun. On afpira à la prérogative
d'endoffer les peaux des bêtes les plus
rédoutables & l'on mit la plus grande
gloire à fe procurer celles dont la pof-
feffion étoit plus rare. Dans quels fiécles
cette manie n'a-t-elle pas affecté les
hommes les plus judicieux en appa-
rence ? De nos jours même , ne por-
( r ) Exode.
( s ) Général des Spartiates:
( t ) Commandant des Armées du Roi de Perfe
JANVIER 1764
18?
tons nous pas à l'excès un pareil luxo
en faifant éventerà grands frais , les
brebis d'Aftracanju ) pour arracher
de leurs entrailles des agneaux , à peine
formés , dont les toifans nous fervent
de parure.
Tant que les Anciens furent entichés
de cette prévention bifarre , ils n'efti
mèrent que médiocrement les dépouilles
des animaux, dont on pouvoit fe rendre
maitre fans danger & fans bravoure. Ils
les abandonnèrent aux Miniftres de leurs
Divinités Ce n'eft pas qu'on n'en cong
facrât dé très rares & de fort précieufes
au fervice des Temples. A Delphes , la
peau du ferpent Python recouvroit le
Trépied d'où la Prophéteffe d'Apollon
rendoit fes oracles. La fameufe toifon
du bélier qu'immola Phryxus , faifoit le
riche ornement du Temple que Mars
avoit à Colchos . Mais l'habit facerdotal
étoit fait ordinairement de fourrures les
plus fimples. Les peaux de faon fervirent
à vêtir les initiés aux myftères de Bace
chus ; celles de cabrit les Luperces ; cel
les de chevreuil les Faunes ; celles de bi
ches les Prêtreffes de Diane ; celles de
brebis les compagnes de Palès Les Bac
( u) Ville de la Mofcovie Afiat. dans la Tarta
rie , d'où viennent les ferues de peaux d'a-
gneaux, tirés forcément de venta, le lévéres,
136 MERCURE DE FRANCE.
chantes eurent feules le privilége de por
ter les peaux de panthères , qui défi-
gnoient & redoubloient tout-à-la-fois
leurs tranfports furieux . La dépouille
de l'animal confacré à Silène fut , ainfi
que celle du bouc & du tigre , prodiguée
dans les Orgies à tous les fuppôts de
,
Bacchus , pour défigner l'abrutiffement ,
l'intempérance & la cruauté où fouvent
l'yvreffe conduit. En vain des préjugés
du culte rendoient plufieurs de ces dé-
pouilles fufceptibles d'une forte de di-
gnité ; foit par refpect , foit par préven-
tion , les grands Guerriers affectèrent de
ne s'en point revêtir. Cependant les Ama-
zones s'en firent des plaftrons , à l'imita-
tion de Minerve dont l'Egide étoit re-
couvert de la chévre Amalthée.
' L'Abbé Guyon , Auteur de l'Hiftoire
des Amazones , après avoir fait mention
de leurs divers vêtemens , ajoute d'après
Quinte- Curce : » Mais quelque forme
qu'ils euffent , les uns & les autres
» étoient communément faits de la peau
» des bêtes que les Amazones tuoient à
» la chaffe. Ils étoient attachés fur l'é-
paule gauche , laiffant tout le côté
» droit à découvert , & ne defcendoient
» pas au-deffous du genou. Pag. 65.
On rechercha avec un très- grand foin
JANVIER. 1764.
137
les dépouilles des bêtes les plus furieufes
& les plus carnacières. Les Peuples fe
difputèrent la gloire d'en être poffeffeurs.
Ceux de la Colchide gardèrent avec vé-
nération la dépouille des taureaux domp-
tés, vaincus par Jafon ; ceux de Thébes
confervèrent long- temps dans un afyle
facré la dépouille du Sphinx dont Edipe
les délivra ; les Etoliens s'approprièrent
par la force des armes la peau du fanglier
que tua Méléagre (x ) .
Mais quelque grande que foit l'idée
que les Anciens attachoient à ces objets ,
de leur valeur & de leur fafte , les dé-
pouilles du lion eurent la préférence fur
toutes les autres . On fe fit plus d'hon-
neur à dompter le Roi des Animaux ;
quoique , fuivant la judicieuſe obſerva- >
tion d'un Littérateur , également re-
commandable par fon amour pour les
Lettres & pour les Arts ( y ) , il y ait des
bêtes fauvages plus dangereufes à com-
battre & plus difficile à vaincre que le
(x) Ily eut aufujet de cette dépouille une ba-
taille entre les Etoliens & les Curettes , qui fe don-
na fous les murs de Calydon. Voy. l'Ab Banier.
T. III. p . 352.
(y ) M. le Comte de Caylus , Amateur Hono-
raire de l'Acad. Roy. de Peint & de Sculpt. Mem-
bre de celle des Belles-Lett. & Infcriptions , &c.
138 MERCURE DE FRANCE.
lion. Le volume de fa peau , qui don-
noit la facilité de couvrir une grande
partie du corps, & de renouer commodé--
ment fes pattes fur la poitrine , fut fans
doute une des raifons de la prédilection
qu'on lui accorda.
Des motifs de préférence plus hono-
rables lui étoient refervés. Le lion fut
deftiné a être le fymbole de la puif-
fance fouveraine : les premiers Rois
d'Egypte n'avoient pas d'autre marque
extérieure de leur autorité. ( ) Difons
tout
le lion feul par un privilége
propre & exclufif , fut confacré au plus
noble des emplois ; à être l'attribut ca-
ractéristique de la valeur & de la ver-
tu. Les Héros ont adopté ce ſymbole
d'après l'exemple d'Hercule : les Sou
verains , les Nations , fe font fait gloire
de le fuivre. L'Empereur Commode
veut-il publier les prétentions , qu'il
croit avoir à l'immortalité ? Il ordon-
ne que fa ftatue foit parée de la dé-
pouille que portoit Alcide. Les Lacé-
démoniens veulent - ils
illuftrer leur
Chef, qui avoit défendu le paffage des
Thermopyles , à la tête de trois cens
Spartiates ? ils lui font ériger un mo-
(2) Rec. d'Antig. Tom. IIIpag. 620..
JANVIER 1764.
nument
9"
.
La dépouille du Lion jouit , àà
$39
où la figure d'un lion im-
mortalife la force & le courage de
l'intrépide Général .
cet
égard, du même droit que le lion même.
Elle eft , comme lui , l'emblême de
l'héroïfme. l'image noble , qu'elle pré-
fente , lui donne un jufte rapport avec
nos talens , dont la plus belle préro-
gative eft d'être mille fois confacrés à
éternifer les Héros. Quel avantage d'a-
voir fans ceffe à notre difpofition le
modèle de l'attribut de leurs vertus ?
N'on doutons pas , Meffieurs , cette
confidération infpira à M. le Comte
de Caylus le projet de tirer du fond
de l'Inde ce modèle rare , pour nous
en
gratifier.
3
*
L'intérêt des Arts
& le bien des Artiftes furent de tout
temps , l'objet du zéle de cet illuftre
Amateur. Puiffe- t- il être auffi fenfible
à notre vive reconnoiffance , que nous
le fommes à fes procédés généreux !
Nota. Dans l'Affemblée du
F
Décembre 17633
M. le Comte de Caylus fit préfent à l'Académie
dune magnifique peau de lion , qu'il a fait venir
des Indes. La Compagnie l'en remercia le même.
jour, & dépofa dans fes Regiftres le témoignage
de fa reconnoiffance. A l Affemblée fuivante , M.
Dandre Bardon fit lecture de ce petit Ouviage
Binfçu de l'illuftré Amateur.
& sur quelques Vêtemens des Anciens ;
lûes à l'Assemblée de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture,
le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
32
MESSIEURS,
JE viens soumettre à votre Jugement
de légères Réfléxions sur les Coëffures
militaires & fur quelques Vêtemens des
Anciens. Trop peu verfé dans la fcience
des difcuffions pour prendre le ton d'An-
tiquaire , je n'envifagerai ces objets du
114 MERCURE DE FRANCE.
coftume que relativement à l'intérêt de
nos Arts.
Le penchant naturel aux hommes de
veiller à leur confervation , fuggéra aux
plus induſtrieux le foin de pourvoir à la
commodité des vêtemens , immédiate-
ment après qu'ils eurent pourvu aux
moyens de la fubfiftance. Leurs pre-
mières précautions n'eurent en vue que
l'ajustement du corps. La cocffure natu-
relle les difpenfoit de chercher d'autres
parures , pour garantir leur tête de l'in-
commodité des faifons. A peine les Pa-
triarches , que l'âge rendoit fenfibles aux
viciffitudes ordinaires , portoient de lé-
gères bandes de lin , dont ils ceignoient
leur front en guife de turban , pour-com-
penfer le dépériffement des cheveux. La
chauffure des Anciens fe réduifoit à des
demi- bottines , terminées par des fan-
dales
précaution indifpenfable à des
hommes que leur état , leur profeffion
& leur goût foumettoient à des fatigués
continuelles.
Telle étoit la fituation des premiers
habitans de l'univers , tant qu'ils ne fu-
rent occupés que du befoin de leur éxif-
tance. Mais dès que l'ambition leur inf-
pira des motifs de cupidité , qu'ils s'avi-
ferent de vouloir augmenter leurs richeſ
JANVIER. 1764.
Bry
fes en étendant leurs domaines , & que
La loi du plus fort parla plus haut dans
leur cœur que la voix de la raiſon & de
l'équité, ils penfèrent à s'armer , pour
ainfi dire , de pied en cap , à garantir
toutes les parties de leur corps , & à fe
précautionner contre les traits de ceux.
dont ils fe propofoient d'ufurper les pof-
feffions. Les inftrumens de la vengeance,
les bâtons , les haches , les flèches , les
maffues leur faifoient craindre des coups
trop violens , pour ne leur oppofer que
les fecours de la nature.
Il fallut avoir recours à l'induſtrie. Le
fecret de réduire le fer en lames , & de
fondre les métaux pour en former des
coeffures n'étoit point encore trouvé.
L'dée que les audacieux mortels avoient
de la fupériorité de leurs forces , les arma
contre les paifibles habitans des forêts.
La préfomption leur perfuada qu'ils fub-
jugueroient aifément des êtres affectés
*
d'une ftupidité invincible. Ils leur ten--
dent des piéges , les attaquent , les for-
cent dans leurs tanières ; ils en devien--
nent vainqueurs , & fe propofent dès-
lors de fe vêtir de leurs dépouilles.
Le premier ufage qu'ils en firent fut
de s'en couronner. On vit la tête de la
bête féroce fervir de coëffure à fon meur-
116 MERCURE DE FRANCE.
trier. I fatisfaifoit ainfi tout-à-la-fois
fes befoins & fon orgueil. En arborant
cette marque de fa victoire fur un animal
redoutable , il croyoit paroître redouta-
ble lui- même aux yeux de fes ennemis .
Cette coëffure , qui vraisemblable-
ment a précédé l'invention des Cafques ,
en a étéle premier modèle. Tous les mo-
numens de l'Antiquité atteftent que les
hommes ont confervé dans leurs coëf-
fures militaires l'idée des animaux les
plus hideux & les plus féroces , ou les
plus nobles & les plus utiles. Herodote
nous apprend , que les Ethiopiens por-
toient des Cafques faits de la peau d'une
tête de cheval : les oreilles & la crinière
y étoient jointes. Les anciens Gaulois
formoient les leurs de la dépouille d'une
tête de bœuf, dont la crinière fervoit
d'aigrette. Les Milyens n'étoient coëffés
qu'avec des bonnets faits de peaux de
toutes fortes de bêtes fauvages.
Après même que les métaux furent
employés à former des armures,plufieurs.
peuples confervèrent dans leurs coëffures
militaires des portions de la tête & fur-
tout le muffle des animaux, dont ils ne
portoient plus les dépouilles. Les Thra-
ciens Afiatiques avoient des Cafques
d'airain , avec des oreilles & des cornes
JANVIER. 1764.
117
de boeuf. Le Brun , cet Artifte érudit .
qui fçut unir fous fon pinceau les véri-
tés hiſtoriques aux bienféances du coftu-
me , a ainfi coëffé , dans fon Paffage du
Granique ( a ) , un Cavalier qui s'élance
fur la rive. Tout le monde fçait qu'une
pareille coëffure étoit l'attribut de Jupi-
ter Ammon. Comment les hommes ne
fe feroient-ils pas fait gloire d'avoir une
parure qu'ils donnoient même à leurs
Dieux ?
Non-feulement les Anciens ména-
geoient à leurs Cafques des ornemens
qui annonçoient la première origine de:
cette armure , mais encore ils affocioient
au métal dont il les formoient,la peau de
la tête de quelque bête fauvage. L'éxem-
ple en eft offert dans plufieurs monu-
mens antiques , & fingulièrement dans
un Cafque élégamment adapté au tro-
phée de la Victoire , placé au pont-tour-
nant du Jardin des Thuileries.
Loin de regarder cet affortiment com-
me l'ouvrage de l'imagination ou du ca-
price de l'habile Coëzevox , nous devons
l'envifager comme une judicieufe imita-
tion de l'Antique. La Colonne érigée
en l'honneur de Trajan , préfente un
(a ) Un des Tableaux des Batailles d'Alé-
xandre.
118 MERCURE DE FRANCE.
nombre infini de foldats coëffés indiffé-
remment avec des peaux de bêtes féro-
ces , & avec des cafques de fer à demi-re-
couverts de femblables dépouilles, Cette
pratique eft répétée dans les bas-reliefs
de la Colonne Antonine , & déposée
dans d'innombrables monumens , que
nous ont tranfmis les fiécles les plus re-
culés.
L'envie de fe donner un air formida-
ble fit naître aux Nations barbares (b) le
deffein de fe former des coëffures monf-
trueuſes , tant par la repréſentation des
animaux choifis dans les espèces malfai-
fantes , que par les horribles crinières que
ces Peuples mettoient à leurs Cafques.
L'idée de cette bifarrerie eft judicieuſe
à quelques égards un ennemi effrayé
eft prèfqu'àdemi vaincu . C'eft dans cette
vue que ces Nations portoient dans leurs
enfeignes militaires des figures d'ani-
maux terribles , ou d'objets capables
d'intimider. Les Phrygiens arboroient un
(b ) Les Romains appelloient Barbares tous
les Peuples , hormis les Grecs & ceux qui vivoient
fous leurs loix. Les Barbares fe faifoient honneur
de cetitre. Il ne fignifioit autre chofe que : Peuple
exempt de la domination des Romains , & n'avoit
aucun rapport avec l'idée de cruauté que cette ex-
preffion nous préfente aujourd'hui.
·
JANVIER. 1764.
114
fanglier , les Gotgs un ours , les Daces
un dragon , les Thraciens la figure de la
mort. Ces Peuples s'accoutumoient ainfi
à ne s'effrayer de rien . Ils fe familiari-
foient avec les fpectacles les plus affreux,
& infpiroient aux foldats la hardieffe &
la férocité des monftres qui leur fer-
voient d'etendarts.
Inſpirer la terreur , éguillonner le cou-
rage,n'étoient pas les feuls motifs que les
Anciens fe propofoient dans la forme
effrayante de leurs Cafques. Les crêtes
redoutables & tranchantes , faites de
lames d'airain , dont les Etrufques ar-
moient leurs coëffures , les pointes fortes
& extrêmement aiguës dont ils les hérif-
foient , transformoient en arme offenfive
un objet qui ſembloit ne devoir fervir
qu'à la défenſe du foldat. Par cet arti-
fice , les combattans fe ménageoient la
double reffource de parer des coups:
meurtriers , & de bleffer les ennemis qui
auroient voulu les forcer à fe rendre (c).
Statagême victorieux pour ſe dégager
de leurs mains !
Quelle variété les Nations Orientales
& les Peuples du Nord n'employèrent
ils pas dans leurs coëffures militaires ? Le
(c) Recueil d' Antiq. par M. le C. de Caylus
Tom. III. pag. 64.
120 MERCURE DE FRANCE .
bois , les nerfs tiffus , le fer , l'airain fer-
virent indifféremment àla conftruction
de ces armures. On leur donna les di-
verfes formes de bonnets , de demi-
fphère , de corno - phrygien & dethiare.
Celle- ci étoit plus ordinairement prati-
quée par les Daces , par les Sarmates ;
& les Parthes , qui la tenoient des Per-
fes , & n'en connoiffoient point d'autres.
Ces Cafques , qui s'élevoient en cône
étoient allongés d'une pièce qui s'éten-
doit entre les deux épaules , où elle finif-
foit en fe rétréciflant. Elle garantifſoit
le foldat des coups que l'ennemi lui
por-
toit fur le col , par préférence , dans le
deffein de lui abattre la tête. La coutume
établie chez les Romains de montrer au
Général la têted'un Barbare, pour obtenir
la récompenfe de leur valeur , avoit fans
doute fuggéré cette précaution à leurs en-
nemis.En combien d'endroits desColon-
nes Trajane & Antonine ne voit-on pas
des Romains montrant à l'Empereur des
têtes qu'ils ont coupées à leurs ennemis ;
des foldats ayant entre leurs dents des tê-,
tes qu'ils tiennent fufpendues par les che-
veux , tandis qu'ils en coupent d'autres ?
Raphaël , le Brun , dans leurs Batailles
de Conftantin , Rubens , dans fon.Com-
bat des Amazones , ont enrichi leurs
compofitions
JANVIER. 1764.
121
compofitions de ces images pathétiques
imitées d'après les Anciens : ils fe les font
appropriées par la manières de les rendre.
Beau privilége des Modernes , dont il
eft louable de fçavoir uſer à propos !
L'attention des Barbares à ne faire
ufage que des inventions utiles , leur fit
négliger la recherche de celles qui ne
leur paroiffoient être que de pur agré-
ment. Ils ne mirent fur leurs Cafques ,
ni riches aigrettes , ni panaches éclatans.
Ils ne fe formèrent des crinières qu'avec
des queues de chevaux flottantes , éta-
blies fur la figure de quelque griffon ou
autre monftre. Ce font eux qui nous ont
particulièrement confervé l'idée de la
première origine des Cafques. On en
trouve cependant encore différentes em-
preintes dans les coëffures militaires des
Grecs & des Romains , malgré la réfor-
me qu'ils y ont faite de certains objets
effrayans , plus capables d'infpirer la fé-
rocité , que de ranimer la valeur.
C'est l'annobliffement ,' la richeffe des
Cafques , leur utilité , & quelques avan-
tages particuliers qui déterminèrent les
Grecs aux formes élégantes qu'ils leur ont
données. La calote de la coëffure étoit
plus élevée dans fa partie fupérieure &
plus large que la tête du guerrier. Par ce
II. Vol.
F
*
122 MERCURE DE FRANCE.
moyen , l'armure ne touchoit point im →
médiatement au crâne. Il étoit d'ailleurs
garanti par la figure de quelque divinité
ou de quelque animal qui fervoit de ba-
fe à de riches aigrettes & à des pana-
ches volumineux. Ces couronnes flot-
tantes étoient ordinairement compofées
de plumés d'autruches ou de hérons,réu-
nies & teintes des plus brillantes couleurs.
Elles ont été , dans les occafions les plus
périlleuses , d'une très-grande utilité aux
combattans, Sans le fecours de cette pa-
rure , qui tout à-la-fois prête de la digni-
té au guerrier , & influe fur la fureté de
fes jours , le Barbare Rofacès eût peut-
être , du premier coup de hache , fendu
la tête à Alexandre : la générofité de
Clius fût venue trop tard au fecours du
Héros . ( d)
Le Cafque des Grecs , qui étoit ſou-
vent à triple aigrette , c'eft à-dire , avec
trois rangs de plumes , avoit encore un
autre avantage : c'étoit une vifière qui
pouvoit fe rabattre fur le vifage & le
couvrir ; mais qui , prèfque toujours re-
levée , formoit une efpèce de petit au-
vent , fous lequel les yeux & toutes les
parties faillantes du vifage étoient à l'a-
bri des traits qui tomboient à plomb.
(d) Quinte-Curce.
JANVIER. 1764.
123
Une double confidération doit , Mef-
fieurs , nous rendre remarquable cette
forme de Cafque. Elle contribue aux
effets des lumières interceptées & des
ombres portées par un corps faillant. Ref-
fource extrêmement pittorefque , qui fa-
acilite à l'Artiſte la rondeur , la fierté &
l'expreffion d'une tête. D'ailleurs ce ga-
barit diftingue particulièrement de Caf-
que Grec du Cafque Romain . Celui-ci
couvroit exactement la tête du guerrier
comme une calote , n'ayant ni éléva-
tion , ni faillie , & ne le garantiffant pas
davantage des coups portés de haut que
de ceux qui lui venoient en face.
Il paroît étonnant que les Romains
n'ayent jamais emprunté les parties avan-
tageufes du Cafque des Grecs ; eux qui ,
dans la guerre qu'ils eurent contre les
Parthes, imitèrent une portion de la thiare
de leurs ennemis , en relevant par der
rière la pointe de leur Cafque , commè
on le voit dans l'Arc de Septime Severe.
Cette forme donne à l'armure une
forte de rapport avec le Bonnet-Phry
gien. Elle peut fervir aux Artiſtes à met-
tre quelque différence entre les princi
paux Officiers Troyens & les Généraux
des Grecs , dans la peinture du fameux
Siége de Troye. La différence que doi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vent préfenter les coëffures de ces illuf-
tres ennemis , ne concerne que les Caf-
ques Troyens. La partie de la crête , fur
laquelle le panache eft attaché , doit en
être arrondie & repliée fur le devant , &
au plus haut de la tête ( e ) .
Les Romains n'imitèrent les coëffures
militaires des Peuples de la Grece , que
dans leur magnificence. Ils les ornèrent
de panaches éclatans , qu'ils faifoient ,
plus ordinairement que les Grecs , de plu-
mes blanches. Lorfqu'ils les décoroient
de la triple aigrette , ils la furmontoient
de quelque figure emblêmatique. Tel
étoit , felon Virgile , le Gafque de Tur
nus une chimère vomiffant des flam-
mes s'élevoit fur le triple rang de plumes
dont l'armure du Prince étoit enrichie.
A l'égard des oreillettes , ces petites
plaques à charnières qui garantiffent
les tempes & les joues du foldat , elles
furent communes à tous les Peuples an-
ciens. Il paroît néanmoins que les Na
tons Septentrionales s'en font fervi plus
invariablement que les autres.
Lorfque les Militaires des premiers fié-
cles eurent éprouvé l'avantage d'avoir
(e)Tableaux tirés d'Homère , &c. Voy. Oba
fervat. fur le Costume , par M. le C. de Caylus ,
Fag.xliv, &fuiv,
Toba
JANVIER . 1764.
125
des coëffures de peaux de bêtes ; de ;
qu'ils eurent fenti que les moelleuſes cri-
nières de ces dépouilles , non-feulement,
les garantiffoient des plus vives impref-
fions de l'air , mais qu'elles amortiffoient
encore les coups les plus rudes de l'en-
nemi , ils ne tardèrent pas à fe vêtir de
la dépouille entière , à l'éxemple de nos
premiers Pères (f) , & l'employèrent à
mille ufages effentiels.
D'abord ils s'en firent uue efpèce de
mantelet , qui ne leur couvtoit que les
épaules. C'étoit l'ajuſtement des Tubi-
cines & des Trompettes. Ils s'en forme-
rent enfuite un manteau qui recouvroit
là
la portion du corps que le volume de la
dépouille pouvoit embraffer. Tel étoit
le vêtement des Porte-étendarts. Ils re-
nouoient les pattes de l'animal fur la poi-
trine & au-deffus de la ceinture. Par ce
moyen , ils n'avoient que le bas des cuif-
fes à découvert Cette forme de vête-
ment eft confignée dans plufieurs ba-
reliefs antiques. Elle eft auffi très- élé-
gamment retracée en la figure d'un Por-
te- enfeigne , dans le Triomphe de Jules-
Cefar , peint par André Mantinea ( g ) .
(£) Geneſe.
<
( g ) Cet Ouvrage, que l'on voit au Palais du
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage qui , par la quantité d'objets
du coftume dont il eft enrichi , mérite
bien de la confidération .
Les Grecs & les Romains ne donnoient
ces fourrures , qu'à certains Officiers mi-
litaires ; dans ces mêmes fiécles des Peu-
ples entiers ne s'habilloient pas autre-
ment en guerre. Herodotenous apprend,
que dans la fameuse expédition de
Xercès , les Cafpiens & les Paties
étoient vêtus de Saïes , faits de peaux
de bêtés fauvages ; les Lyciens fe cou-
vroient de peaux de chêvres ; les Thra-
ciens
étoient habillés de peaux de
renards & les Ethiopiens de peaux de
léopards & de lions.
Les Francs , après même la conquête,
des Gaules & au commencement de la
deuxiéme race de nos Rois , fe faifoient
une gloire & un devoir de conferver l'an-
cien habillement , fait de peaux de bêtes.
Au rapport d'Eginard ( h) , Charlema-
gne , ayant été informé que quelques
Seigneurs de fa Cour avoient pris des vê--
temens plus fomptueux , & propres au
Peuple vaincu , les en inculpa févére-
Duc de Mantoue , eft gravé en dix feuilles & ſe
vend à Rome , alla pace. Voy. feuille 8.
( b ): Vie de Charlemagne
150
JANVIER. 1764.
127
ment en plein Confeil , & les obligea de
reprendre les habits de la Nation Franc-
que victorieufe.
On n'eft pas étonné des moyens qu'a-
voient les Anciens de vêtir de peaux de
bêtes tous les foldats de plufieurs armées,
quand on fe rappelle les innombrables
reffources que leur fourniffoit la chaffe.
Exercice d'autant plus commun dans
ces temps , qu'il éroit abſolument néceſ-
faire , pour empêcher les bêtes fauvages
d'infefter les bois & les campagnes. Aux
profits de la chaffe , ils joignoient ceux
d'une quantité infinie de Sacrifices ,
d'Hécatombes divers , de cinq cens , de
mille victimes , qu'ils immoloient à leurs
Dieux , & dont les dépouilles étoient au
bénéfice des Sacrificateurs. Mais , ce que
l'on ne conçoit que difficilement , c'eſt
qu'il y ait eu des Peuples qui fe revê-
toient de dépouilles humaines .
Tels
étoient les Scythes. Ils écorchoient le
prifonnier de guerre , après en avoir hu-
mé le fang , s'habilloient de fa peau , &
mettoient la tête au faîte de leurs caba-
nes. Les Perfes fe faifoient honneur de
cruautés non moins horribles
témoin
le procédé d'un de leurs Rois , qui , vou-
lant donner l'éxemple de la plus grande
févérité , fit écorcher vifun Juge crimi-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
nel , ordonna qu'on recouvrit de fa dé-
pouille le fiége du Tribunal , & obligea
le fils du prévaricateur à rendre la Justice
affis fur la peau de fon pere. Ce trait ,
pris dans l'Hiftoire de Cambyfe , fe-
cond Roi de Perfe , & fils du grand Cy-
rus , fe trouve gravé dans l'Euvre de
Rubens.
Les mêmes fourrures d'animaux fau-
vages , qui prêtoient un caractère de
férocité aux foldats d'infanterie , don-
noient aux cavaliers un air de magnifi-
cence. Ceux - ci s'en formoient des houf.
fes , qui couvroient prèfque entièrement
le corps de leurs chevaux. Ils agraffoient
au poitrail la tête refendue , & y re-
nouoient les pattes antérieures de la dé-
pouille ; tandis que celles de derrière
voltigeantes fur les flancs & fur la'croupe
du courfier , ajoutoient à la richeffe de
la parure la vivacité de l'action. Quel
affortiment pittorefque ,
Meffieurs !
Qu'il eft favorable à nos Arts ! Tout ce
qui contribue au mouvement des objets
les rend intéreffans , leur communique
de l'efprit , & les difpofe aux effets de
lumière les plus heureux. D'ailleurs , quel
contrafte piquant n'occafionne point la
couleur propre d'une fourrure d'ours ,
de tigre , de lion , foit qu'on l'affortiffe.
a
e
e
B
JANVIER. 1764.
129
avec un courfier blanc , dont elle relève ,
l'éclat , foit qu'on l'oppofe à un cheval
del teinte brune , qu'elle fert à colorer !
Telle la peau du lion de Némée fait bril-
ler avec plus de vivacité le tendre colo-
ris d'Omphale ( i ) , & les tons vigoureux
du Héros qui file auprès d'elle ; tel auffi
le caractère nerveux , & le poil hériffé,
de l'animal qui dévore Milon ( 1 ) , font,
mieux fentir , dans les chairs du Croto-
niate , la force , le fentiment & le moë-
leux du naturel .
Les peaux de bêtes les plus communes,
furent employées à des ufages importans.
Didon fit fervir une peau de bœuf, cou-
pée par lanières , à tracer l'enceinte de
Carthage. Les Peuples de la Colchide ra-
maffoient avec des peaux de moutons le
fable d'or qui rouloit dans certains tor-
rens ( m ). Dans les fiéges des villes , les
deux armées fe fervoient de dépouilles ,
fraîchement écorchées , pour mettre ob-
ftacle aux attaques de l'ennemi. Les
affiégés tendoient des peaux de vaches
ou de moutons , trempées dans des li-
queurs fortes & acides , & enduites
(i ) Tableau de François le Moine , placé chez
M. B.
(1 ) Chef- d'œuvre de Pujet , à Verfailles.
(m )L'Abbé Banier , T. III. p. 237.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
d'herbe marine , de mouffe , owdeлtesre
molle, pour rompre l'effet des traita,
des pierres } des feux lancés contrer les
ramparts & les tours ( n ). Les affiégeans
matelaffoient avec de pareilles fourrures
les guérites ou les foldats agitoient les
béliers militaires
ils en couvroient auffi
celles qui fervoient à fapper les murs.!
Ce fut fur une toifon de chevreau qué bé
Vainqueur des Madianites exigea & obe
tint un double miracle pour prouyer fas
Miffion , qui devoit procurer la délivrani
ce du Peuple de Dieu (o ). C'eft avec des
peaux de bêtes peu rares qu'alloient vêtus
le Maître d'Elifée,le Précurfeur du Meffie,
plufieurs Anachorettes de la Thébaïde
& quantité de Philofophés de l'Egypte ,
de la Grece & de Rome. Les peaux
moins communes , l'hermine ela mar-
thre , enrichiffoient les mantéaux des
Fézabel , des Thomiris , des Cleopatre , &
les Simarres des plus faftueux Souverains
du Nord & de l'Orient.
On diroit que les oifeaux même ayent
voulu participer au privilége de prêter
leurs dépouilles à l'utilité des Anciens.
Les peaux de grues fervirent aux Ethio-
piens Orientaux à couvrir leurs boucliers.
( n ) Chevalier Follard.
(o ) Gedeon. Jug.
JANVIER 1764
(q Ofiris.
131
Les plumes d'autruches & de hérons for-
mèrent , ainfi que nous l'avons obſervé ,
des aigrettes , des panaches aux Pirrhus
aux Céfars. Ajoutons que celles de la
pintade & du faifan couronnèrent le
bonnet des Lyciens. Ainfi celui de nos
Américains et aujourd'hui décoré des
plumès de la bluette & du courli (p ).
Un autre ufage auquel les dépouilles.
d'oifeaux furent employées , doit leur
valoir quelque confidération de la part
des Artistes. C'eft avec ces peaux que les
Anciens caractérifèrent des événemens .
de la Fable , des objets de la Nature , &
même des traits de Morale. La dépouille
d'un vautour, artiftement dégarnie de
quelques plumes , & groupée avec un
are , fous une maffue environnée de
flêches , défigna Prométhée délivré par
Hercule; celle d'un épervier , ayant fon
chef enté fur un corps humain , annon-
ça le plus grand Dieu des Egyptiens (4).
La peau d'un aigle, ingénieufement adap-
tée au bufte d'un jeune homme , repré-
fentoit l'Air. La Terre fur quelquefois in-
diquée par la dépouille d'une chouette ,
pofée fur un vafe de terre près d'un lion
enfin la dépouille du paon , foulée aux
( p ) Oifeaux de Amérique..
{
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
pieds d'un verrat , étoit l'image de la va-
nité humiliée ; & la peau du phénix, ajuſ-
tée autour d'un cercle , fut l'attribut de
l'immortalité. Idées heureufes que lesAn-
ciens nous ont fuggérées , & dont les
plus grands Peintres , & les Sculpteurs
Nota. Les divers ufages d'employer dans les
vêtemens , les peaux de bétes fauvages & d'oi-
feaux carnaciers , pour fe donner un air formida-
ble , fe fontperpétués jufqu'à nos derniers fiécles .
En parlant des Dellys , Nicolaï
*
rapporte que
ccs troupes légères qui combattent fous l'étendart
Mahometan , font vétues d'une camisole aſſez lon-
gues & de hauts- de-chauffe, très-larges ; le tout
fait de dépouilles de jeunes ours , dont le poil
eft en dehors. Le bonnet à la Polaque , quepor-
tent ces Croates , penche fur une épaule. Il eftfor-
mé d'unepeau de léopard , bien moucheté . Sur le
devant de cette coëffure eft attachée , en large , la
queue d'un aigle. Leur bouclier eft orné des deux
ailes de l'oifeau vorace. Elles font ouvertes & at-
tachées avec des clous d'or, de manière que toutes
les plumes préfentent comme autant de lances hé-
riffies contre l'ennemi,
Plufieurs Religieux Mahometans s'ajuftent avec
des fourrures de bêtes , pour ſe donner un airfin-
gulier. Les Calenders n'ontpour tout vêtement que
lapeau de quelque animal féroce , dont ilsfe cou-
vrent les épaules. Les Geomailers portent , en gui-
fe de manteau , une dépouille de lion ou de léo-
pard , qu'ils attachent devant la poitrine , en
y renouant les pattes antérieures de l'animal ; ils
* Voy. les voyages que cet Ecrivain a faits en
Turquie , p. 121 & 160.
JANVIER. 1764.
133
les plus fameux n'ont pas négligé de faire
un utile emploi.
Outre la deftination ordinaire des peaux
de bêtes , à fournir des vêtemens aux fol-
dats , des houffes aux cavaliers , des ar-
mes défenfives aux affiégés, ainfi qu'aux
affiégeans , & à former la parure carac-
tériſtique de divers perfonnages diftin-
gués , elles furent encore deſtinées à faire
des lits aux Héros , & à leur fervir de
fiéges. C'étoit fur de pareilles fourrures
étendues par terre , dit Homère , que les
Anciens couchoient. Sur ces peaux on
mettoit , pour les perfonnes de confidé-
ration , des étoffes de pourpre qui leur
fervoient de matelas ; fur ces étoffes de
beaux tapis , c'étoient leurs draps ; & fur
ces draps de riches couvertures. Les
peaux garnies de tout leur poil fervoient
de fommier contre l'humidité. C'eſt dans
cette vue que le Législateur des Hébreux
fit recouvrir tout le Tabernacle d'une
ajuftent à volonté les autres portions de la four-
rure ; mais ordinairement ils laiffent traîner la
queue par terre ; fe revêtent de peaux de mouton
& de chèvre, dont ils fe font des tuniques fans
manches & dont ils renouent les pattes à l'en-
droit de la ceinture. Ils accompagnent ce vêtement
d'un manteau fait de peau d'ours. Les Dervis
font vêtus à-peu-près de même.
134 MERCURE DE FRANCE.
troifiéme tenture faite de dépouilles d'a
nimaux (r).
Plufieurs Peuples , les Grecs même
tenoient des Perfes la coutume de s'af
feoir fur les peaux des bêtes les plus..
moelleufes . Les Spartiates , Peuple fier
auftère , ennemi de tout luxe , n'adop
terent point cet ufage. Dans la fameufe
entrevue d'Agefilas ( s ) & de Pharna-
bafe. ( t ) Celui-ci , voyant que le Géné
ral Spartiate s'afféyoit uniment par ter
re , s'affit de même , fans
égard aux
peaux très-douces & à longs poils, qu'on
avoit préparées. La fimplicité Spar-
tiate fit honte au fafte Perfan..
A la fatiété de jouir des biens utiles
fuccéde mille fois l'ambition de fe pro-
curer ceux qui font plus difficiles à
abtenir. Etre vêtus de dépouilles d'ani-
maux ordinaires devint un uſage trop
commun. On afpira à la prérogative
d'endoffer les peaux des bêtes les plus
rédoutables & l'on mit la plus grande
gloire à fe procurer celles dont la pof-
feffion étoit plus rare. Dans quels fiécles
cette manie n'a-t-elle pas affecté les
hommes les plus judicieux en appa-
rence ? De nos jours même , ne por-
( r ) Exode.
( s ) Général des Spartiates:
( t ) Commandant des Armées du Roi de Perfe
JANVIER 1764
18?
tons nous pas à l'excès un pareil luxo
en faifant éventerà grands frais , les
brebis d'Aftracanju ) pour arracher
de leurs entrailles des agneaux , à peine
formés , dont les toifans nous fervent
de parure.
Tant que les Anciens furent entichés
de cette prévention bifarre , ils n'efti
mèrent que médiocrement les dépouilles
des animaux, dont on pouvoit fe rendre
maitre fans danger & fans bravoure. Ils
les abandonnèrent aux Miniftres de leurs
Divinités Ce n'eft pas qu'on n'en cong
facrât dé très rares & de fort précieufes
au fervice des Temples. A Delphes , la
peau du ferpent Python recouvroit le
Trépied d'où la Prophéteffe d'Apollon
rendoit fes oracles. La fameufe toifon
du bélier qu'immola Phryxus , faifoit le
riche ornement du Temple que Mars
avoit à Colchos . Mais l'habit facerdotal
étoit fait ordinairement de fourrures les
plus fimples. Les peaux de faon fervirent
à vêtir les initiés aux myftères de Bace
chus ; celles de cabrit les Luperces ; cel
les de chevreuil les Faunes ; celles de bi
ches les Prêtreffes de Diane ; celles de
brebis les compagnes de Palès Les Bac
( u) Ville de la Mofcovie Afiat. dans la Tarta
rie , d'où viennent les ferues de peaux d'a-
gneaux, tirés forcément de venta, le lévéres,
136 MERCURE DE FRANCE.
chantes eurent feules le privilége de por
ter les peaux de panthères , qui défi-
gnoient & redoubloient tout-à-la-fois
leurs tranfports furieux . La dépouille
de l'animal confacré à Silène fut , ainfi
que celle du bouc & du tigre , prodiguée
dans les Orgies à tous les fuppôts de
,
Bacchus , pour défigner l'abrutiffement ,
l'intempérance & la cruauté où fouvent
l'yvreffe conduit. En vain des préjugés
du culte rendoient plufieurs de ces dé-
pouilles fufceptibles d'une forte de di-
gnité ; foit par refpect , foit par préven-
tion , les grands Guerriers affectèrent de
ne s'en point revêtir. Cependant les Ama-
zones s'en firent des plaftrons , à l'imita-
tion de Minerve dont l'Egide étoit re-
couvert de la chévre Amalthée.
' L'Abbé Guyon , Auteur de l'Hiftoire
des Amazones , après avoir fait mention
de leurs divers vêtemens , ajoute d'après
Quinte- Curce : » Mais quelque forme
qu'ils euffent , les uns & les autres
» étoient communément faits de la peau
» des bêtes que les Amazones tuoient à
» la chaffe. Ils étoient attachés fur l'é-
paule gauche , laiffant tout le côté
» droit à découvert , & ne defcendoient
» pas au-deffous du genou. Pag. 65.
On rechercha avec un très- grand foin
JANVIER. 1764.
137
les dépouilles des bêtes les plus furieufes
& les plus carnacières. Les Peuples fe
difputèrent la gloire d'en être poffeffeurs.
Ceux de la Colchide gardèrent avec vé-
nération la dépouille des taureaux domp-
tés, vaincus par Jafon ; ceux de Thébes
confervèrent long- temps dans un afyle
facré la dépouille du Sphinx dont Edipe
les délivra ; les Etoliens s'approprièrent
par la force des armes la peau du fanglier
que tua Méléagre (x ) .
Mais quelque grande que foit l'idée
que les Anciens attachoient à ces objets ,
de leur valeur & de leur fafte , les dé-
pouilles du lion eurent la préférence fur
toutes les autres . On fe fit plus d'hon-
neur à dompter le Roi des Animaux ;
quoique , fuivant la judicieuſe obſerva- >
tion d'un Littérateur , également re-
commandable par fon amour pour les
Lettres & pour les Arts ( y ) , il y ait des
bêtes fauvages plus dangereufes à com-
battre & plus difficile à vaincre que le
(x) Ily eut aufujet de cette dépouille une ba-
taille entre les Etoliens & les Curettes , qui fe don-
na fous les murs de Calydon. Voy. l'Ab Banier.
T. III. p . 352.
(y ) M. le Comte de Caylus , Amateur Hono-
raire de l'Acad. Roy. de Peint & de Sculpt. Mem-
bre de celle des Belles-Lett. & Infcriptions , &c.
138 MERCURE DE FRANCE.
lion. Le volume de fa peau , qui don-
noit la facilité de couvrir une grande
partie du corps, & de renouer commodé--
ment fes pattes fur la poitrine , fut fans
doute une des raifons de la prédilection
qu'on lui accorda.
Des motifs de préférence plus hono-
rables lui étoient refervés. Le lion fut
deftiné a être le fymbole de la puif-
fance fouveraine : les premiers Rois
d'Egypte n'avoient pas d'autre marque
extérieure de leur autorité. ( ) Difons
tout
le lion feul par un privilége
propre & exclufif , fut confacré au plus
noble des emplois ; à être l'attribut ca-
ractéristique de la valeur & de la ver-
tu. Les Héros ont adopté ce ſymbole
d'après l'exemple d'Hercule : les Sou
verains , les Nations , fe font fait gloire
de le fuivre. L'Empereur Commode
veut-il publier les prétentions , qu'il
croit avoir à l'immortalité ? Il ordon-
ne que fa ftatue foit parée de la dé-
pouille que portoit Alcide. Les Lacé-
démoniens veulent - ils
illuftrer leur
Chef, qui avoit défendu le paffage des
Thermopyles , à la tête de trois cens
Spartiates ? ils lui font ériger un mo-
(2) Rec. d'Antig. Tom. IIIpag. 620..
JANVIER 1764.
nument
9"
.
La dépouille du Lion jouit , àà
$39
où la figure d'un lion im-
mortalife la force & le courage de
l'intrépide Général .
cet
égard, du même droit que le lion même.
Elle eft , comme lui , l'emblême de
l'héroïfme. l'image noble , qu'elle pré-
fente , lui donne un jufte rapport avec
nos talens , dont la plus belle préro-
gative eft d'être mille fois confacrés à
éternifer les Héros. Quel avantage d'a-
voir fans ceffe à notre difpofition le
modèle de l'attribut de leurs vertus ?
N'on doutons pas , Meffieurs , cette
confidération infpira à M. le Comte
de Caylus le projet de tirer du fond
de l'Inde ce modèle rare , pour nous
en
gratifier.
3
*
L'intérêt des Arts
& le bien des Artiftes furent de tout
temps , l'objet du zéle de cet illuftre
Amateur. Puiffe- t- il être auffi fenfible
à notre vive reconnoiffance , que nous
le fommes à fes procédés généreux !
Nota. Dans l'Affemblée du
F
Décembre 17633
M. le Comte de Caylus fit préfent à l'Académie
dune magnifique peau de lion , qu'il a fait venir
des Indes. La Compagnie l'en remercia le même.
jour, & dépofa dans fes Regiftres le témoignage
de fa reconnoiffance. A l Affemblée fuivante , M.
Dandre Bardon fit lecture de ce petit Ouviage
Binfçu de l'illuftré Amateur.
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986
p. 140
ADDITION envoyée après l'impression de l'Ouvrage.
Début :
A la page 119, lig. 25, où il est parlé des Etrusques, après ces mots : Stratagême [...]
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texteReconnaissance textuelle : ADDITION envoyée après l'impression de l'Ouvrage.
ADDITION envoyée après l'impression
de l'Ouvrage.
A la page 119, lig. 25, où il est parlé
des Etrusques, après ces mots : Stratagême
victorieux pour fe dégager de leurs
mains , ajoutezce quifuit.
Ces Peuples fe coëffoient auffi avec
des peaux de bêtes.
Virgile , parlant
d'Ornyte , ce vieux Chaffeur qui ofa dé-
fier Camille , Reine des Volfques , ra-
conte que le téméraire Etrurien n'avoit
les épaules couvertes que d'une peau
chées des dents très-blanches.
de
boeuf fans apprêt , & que fon cafque
étoit formé de la tête d'un loup qui'ou-
vroit la gueule , où étoient encore atta-
de l'Ouvrage.
A la page 119, lig. 25, où il est parlé
des Etrusques, après ces mots : Stratagême
victorieux pour fe dégager de leurs
mains , ajoutezce quifuit.
Ces Peuples fe coëffoient auffi avec
des peaux de bêtes.
Virgile , parlant
d'Ornyte , ce vieux Chaffeur qui ofa dé-
fier Camille , Reine des Volfques , ra-
conte que le téméraire Etrurien n'avoit
les épaules couvertes que d'une peau
chées des dents très-blanches.
de
boeuf fans apprêt , & que fon cafque
étoit formé de la tête d'un loup qui'ou-
vroit la gueule , où étoient encore atta-
Fermer
987
p. 157-167
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ESSAI critique sur l'Etat présent de la République des Lettres, par M. l'Abbé [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles Littéraires. ANNONCES DE LIVRES.
SUPPLÉMENT à l'Article des Nouvelles
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
Littéraires.
ANNONCES DE LIVRES.
ESSAI critique sur l'Etat présent de la
République des Lettres, par M. l'Abbé
le Franc de Pompignan , aujourd'hui
Evêque du Puy. Nouvelle Edition . Pe-
tite brochure in- 12 , petit format , dont
on trouve des Exemplaires chez Chau
bert ,Libraire, rue du Hurepoix , près le
158 MERCURE DE FRANCE .
quai des Auguftins , 1764. Cet Ecrit a
été compofé il y a environ 24 ans , &
parut imprimé pour la première fois dans
les Recueils de l'Académie de Montau-
ban. On y voit ce que M. de Pompignan
penfoit de la Littérature Françoife , &
du goût qui régnoit en France dans le
temps qu'il écrivoit.
ABRÉGÉ chronologique de l'Hiftoire
générale d'Italie , depuis la chute de
l'Empire Romain en Occident ; c'eſt-à-
dire , depuis l'an 476 de l'Ere Chrétien-
ne, jufqu'au Traité d'Aix- la- Chapelle
en 1748 ; par M. de Saint - Marc , de
l'Académie de la Rochelle ; tome fe-
cond , ou feconde partie du tome pre-
mier , depuis l'an 840jufqu'à l'an 1027 ;
à Paris , chez Jean-Thomas Hériffant ,
Imprimeur ordinaire du Roi , des Cabi-
net & Maifon de Sa Majefté , rue S. Jac-
ques , à S. Paul & à S. Hilaire ; avec ap-
probation & Privilége du Roi , 1763.
Nous avons annoncé dans le temps la
première partie de cet Ouvrage , qui
n'eft point entièrement modelé fur celui
de M. le Préfident Hainault. Il n'auroit
pas fuffi , pour des Lecteurs François à
qui l'Hiftoire d'Italie n'eft pas auffi con-
nue que la nôtre , de rappeller en peu de
JANVIER. 1764.
159
mots les principaux événemens. M. de
Saint-Marc , ayant à conduire fes Lec-
teurs dans des routes peu battues , s'eft
appliqué à les leur applanir : il détaille
donc,jufqu'à un certain point, les événe→
mens , & les préfente avec leurs caufes
& leurs fuites.
DISCOURS de M. d'Açarcq, de la So-
ciété Littéraire d'Arras , pour fa récep-
tion à l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle ; à Amfterdam ,
1763 , brochure in- 8°. Ce Difcours eft
la première partie d'un Ouvrage que
l'Auteur médite , & qui doit avoir pour
titre , la Balance philofophique . Cette
première partie eft un Effaifur les Idées.
ALMANACH des Centenaires , ou du-
rée de la Vie humaine au-delà de cent
ans , démontrée par des éxemples fans
nombre , tant anciens que modernes ;
avec le Calendrier de l'année 1764. Se-
cond Supplément , avec cette Epigra
phe : Sic vivite juvenes , utfenes ;fenes
ut feniores fiatis. A Paris , chez A. M.
Lottin , Libraire & Imprimeur de M. le
Duc de Berry , rue S. Jacques , près S.
Yves , au Coq , 1764 ; avec approbation
& permiffion , in-16. Voici la troiſième
160 MERCURE DE FRANCE.
annéé que ce petit Almanach paroît. On
continue de prier ceux qui pourrontjuf-
tifier leur qualité de Centenaire , d'en-
voyer leurs noms écrits bien lifiblement
pour être cités dans l'Almanach de l'an-
née prochaine. On trouve chez le même
Libraire les deux premières parties de cet.
Ouvrage..
LE TRIOMPHE du Beau-Séxe , ou Ca
lendrier des Dames Illuftres,contenant les
Eloges hiftoriques des Dames qui fe font:
diftinguées par leur politique , leur atta-
chement pour leurs époux , leur courage,.
leur chasteté & leur efprit ; enrichi de
Chanfons nouvelles fur les plus beaux .
Airs connus ; à Paris , chez Grange &
Dufour, au Cabinet Littéraire , Pont:
Notre-Dame , près la Pompe ; & chez
Manier , dans S. Jean de Latran ; in-32-
On ne doit pas confondre cet Almanach
avec les Etrennes aux Dames , qui fe
vendent chez Mufier. Le deffein en eft
différent. Celui de Mufier contient une
notice des Femmes qui fe font diſtin-
guées dans les Belles- Lettres ; & leur:
Eloge hiftorique.
Campagne de M. le Maréchal de
Créquy, en Lorraine & en Alface., en
JANVIER. 1764.
161
1677 , rédigée par M. Carlet de la Ro-
ziére , Chevalier de l'Ordre Royal & Mi-
litaire de S. Louis , Capitaine réformé de
Dragons , & ci-devant Aide - Maréchal
Général des Logis de l'Armée du Haut-
Rhin ; avec cette Epigraphe : Sæpius:
enim penuria , quam pugna , confumit
exercitum ; &ferrofæviorfames eft. Veg..
lib. 3 , cap. 3. à Paris , 1764. Volume
petit in-8 . Nous rendrons un compte
détaillé de cet Ouvrage utile aux Gens
de Guerre.
MAGASIN hiftorique pour l'Efprit &
le Cœur; à Strasbourg, chez J. Godefroy-
Bauer , Libraire , & fe trouve à Paris ,.
chez Durand neveu , Libraire , rue S.
Jacques , à la Sageffe ; 1764 , 2 volum..
in-12 ; prix 2. liv. 8 f. brochés. Cette
double Brochure renferme . trois cens
traits historiques très-connus pour la plu--
part , & dont nous croyons pouvoir nous
difpenfer d'entretenir nos lecteurs . L'Au--
teur de cette Collection nous apprend
qu'il ne l'a entreprise que pour ceux qui
s'appliquent à l'étude des Langues Fran-
çoife & Allemande ; & , pour cet effet ,
on a eu foin de publier en même temps.
une Traduction Allemande de cet Ou-
vrage ; elle fe trouve chez le même
Libraire..
162 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS fur les Principes de
l'Harmonie , occafionnées par quelques
Ecrits modernes fur ce fujet , & particu
lièrement par l'Article FONDAMENTAL
de M. d'Alembert , dans l'Encyclopédie ;
le Traité de Théorie Muficale de M. Tar
tini , & le Guide Harmonique de M. Ge-
miniani ; par M. J. A. Serra ; avec cette
Epigraphe
Amant alterna camenæ ; à
Genève, chez Henri- Albert Goſſe & Jean
Goffe , Libraires & Imprimeurs ; 1763.
Brochure in-8°. Ce Livre divifé en trois
parties , contient , 1 °. des Réflexions fur
divers points de Théorie Muficale traités
dans l'Encyclopédie par M. d'Alembert ;
2º. une Analyſe critique de l'Ouvrage
de M. Tartini ; 3 ° . des Réfléxions criti-
ques fur l'Ecrit de M. Gemeniani.
TRAITÉ des Odeurs , fuite du Traité
de la Diſtilation , par M. de Jean , Difti-
lateur ; à Paris chez Nyon , à l'Occafion,
chez Guillyn , au Lys d'or , chez Sau-
grain , le jeune , à la Fleurs-de-lys , Quai
des Auguftins , du côté du Pont faint
Michel , 1764 , avec Approbation &
Privilége du Roi , un vol . in
-
12. prix
2 livres. Dans fon Traité de la Diftila-
tion , M. de Jean avoit donné une partie
des parfums, les huiles effentielles, quel-
ques eaux d'odeurs fpiritueufes & fimples,
JANVIER. 1764.
163
Ces différens objets entroient naturel-
lement dans cette feconde partie que
l'Auteur continue fur le même plan ,
pour rendre complet fon premier Ou-
vrage.
AVIS très-important au Public , fur
differentes espèces de Corps & de Botti-
nes d'une nouvelle invention , par le
Sr. d'Offémont , Maître & Marchand
Tailleur de corps de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne , rue de la Verrerie
,
vis-à-vis l'Eglife de faint Merry , à côté
du Coq-lié de perles , au coin de la rue
faint Bon , au fecond fur le devant ; à
Paris , chez le Prieur , rue faint Jac-
ques , 1763. Cet avis important que
l'Auteur diftribue gratuitement , paroît
déjà depuis plufieurs années , & ap
prend aux lecteurs de quel avantage
peuvent être les Corps & Bottines de
M. d'Offémont.
》』 》
ECOLE de Littérature , tirée de nos
meilleurs Ecrivains ; à Paris chez Ba-
buty , fils , Libraire , Quai des Auguf-
tins , entre les rues Gille- Coeur & Pavée,
à l'Etoile , & chez Brocas & Humblot
rue faint Jacques , au - deffus de la rue
des Mathurins , au Chef S. Jean ; 1764,
164 MERCURE DE FRANCE.
avec Approbation & Privilége du Roi ;
2 vol. in 12. Prix 2 livres 10 fols brc
ché , 3 liv. relié. M. Duclos a dit dans fes
Confidérations fur les Mœurs , que le
plus grand fervice que les Académies
puffent
rendre aux Lettres
9
aux
Sciences & aux Arts , étoit de faire des
méthodes , & de tracer des routes qui
épargnaffent du travail & des erreurs ,.
& qui conduififfent à la vérité par les
voyes les plus courtes & les plus fûres.
M. de la Chalotais , dans fon plan d'é-
tude pour la jeuneffe , cite les mêmes
paroles de M. Duclos , & forme les mê-
mes vœux dans le cours de fon
ouvrage.
Les Sociétés littéraire n'ont point encore
éxécuté ce projet , & peut- être en feront
elles difpenfées quand elles auront vû
cette Ecole de Littérature composée ex-
actement d'après l'idée de M. Duclos ,
& le plan de M: de la Chalotais : ce font
en effet , non pas des Sociétés littérai-
res , mais tout ce que nous avons eu
d'Ecrivains diftingués , ou de célébres
Académiciens , qui ont fourni le fond
de cet ouvrage , le plus utile que nous
ayons en ce genre , & fur lequel nous
feront obligés de revenir plus d'une fois.
Nous dirons feulement aujourd'hui que
depuis l'impromptu jufqu'au poëme
épique, depuis lé dialogue jufqu'au fer-
JANVIER 1764
165
mon, depuis le conte jufqu'à l'hiftoire
générale , il n'y a point de genre de lit-
térature qui ne trouve ici des précéptes
fournis par les plus grands Maitres ;
non feulement pour juger de ces dif
ferens ouvrages, mais pour en compofer
avec fuccès.
APPEL aux Sçavans & aux Gens de
Lettres , au fujet de la Bibliographie
inftructive. Brochure in-8°. 1764. On
apprend dans cet écrit , que le Sr Debure
Libraire , Auteur d'un Catalogue des
Livres les plus curieux & les plus rares,
ayant effuyé plufieurs critiques fur cet
Ouvrage , s'eft cru enfin obligé d'y ré-
pondre , & il en appelle aux Sçavans &
aux Gens de Lettres qu'il prend pour-
Juges entre lui & fes Adverfaires.
L'OFFICIER Partifan ; par M. de
S. Geniés , Chevalier de l'Ordre Mili-
taire de S. Louis , & Commandant de
Bataillon ; à Paris , chez Mufier , Li-
braire , quai des Auguftins , & chez
Panckoucke , Libraire , rue de la Co-,
médie Françoife ; 1763 , avec approba-
tion & privilége du Roi , 1 vol. in 12.
3
C'est une feconde édition revue & cor-
rigée , & confidérablement augmentée
166 MERCURE DE FRANCE,
par l'Auteur. La première parut en
1754. Cet Ouvrage eft connu , & on
l'a traduit en plufieurs langues. On en
promet inceffamment un fecond volu-
me dont nous rendrons compte dans
le temps.
DISSSERTATION fur la petite Vérole
& l'Inoculation ; Londres , 1763. Bro-
chure in-12 , dont la première partie
prouve que la petite vérole n'eft pas
dangereufe ; & la feconde donne les
moyens de prévenir les dommages qu'-
elle fait à la beauté,
RÉPONSE à une des principales ob-
jections qu'on oppoſe maintenant aux
Partifans de l'Inoculation de la petite
vérole ; feuille in- 12.
NOUVEAUX éclairciffemens fur l'i-
noculation de la petite vérole , pour.
fervir de réponse à un écrit de M. Raft,
Médecin à Lyon ; Brochure in- 12.
LETTRE de Barnevelt dans fa priſon,
à Truman fon ami , précédée d'une Let-
tre de l'Auteur, In-8° . Paris , 1764.
Chez Sébastien Jorry , Imprimeur- Li-
braire, rue & vis-à-vis la Comédie Fran-
goife.
JANVIER. 1764.
1.67
Les âmes fenfibles peuvent feules ap-
précier tout le mérite de cet Ouvrage ,
dont nous nous propofons de rendre
compte dans le Mercure prochain. On
peut d'ailleurs le regarder comme un
petit chef- d'œuvre d'impreffion.
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988
p. 207-208
« Le Sieur Sauvel, Marchand Distilateur, rue neuve des Petits-Champs, au [...] »
Début :
Le Sieur Sauvel, Marchand Distilateur, rue neuve des Petits-Champs, au [...]
Mots clefs :
Distillateur, Liqueurs, Bouteilles, Eaux de senteur, Chocolat
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texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Sauvel, Marchand Distilateur, rue neuve des Petits-Champs, au [...] »
LE Sieur SAUVEL , Marchand Diftilateur , rue
neuve des Petits - Champs , au coin de la rue des
Bons- Enfans , au Magafin de Provence , avertit le
Public qu'il lui eft arrivé plufieurs fortes de Liqueurs
étrangères ; entr'autres , du Marafquin de
Zara & de Bologne , à 18 liv . la bouteille ; nouvelle
Crême de Fleur-d'Orange au Vin de S. Lautent
, Supérieure à celle au Vin de Champagne
à 6 liv la bouteille ; Roffoglio de Bologne à 10 liv.
la bouteille ; Huile de Gérofle à 6 liv . la bouteille ;
Huile & Crême d'Anis des Indes à 6 liv . la bouteille
, double Hypotheque de Gérofle à 3 liv . la
bouteille de pinte.
Il vend auffi des Eaux de Senteur ; Eau de
Fleur- d'Orange de Malthe à 3 liv. la bouteilles
Eau de Lavande à a liv. 10 f. la pinte ; la parfu
mée à 3 liv.
208 MERCURE DE FRANCE.
On trouve encore dans fon Magafin d'excellent
Chocolat de toute eſpéce . La réputation de cet Ar
tifte s'étend tous les jours davantage , il ne peut
trop mériter l'empreffement du Public.
neuve des Petits - Champs , au coin de la rue des
Bons- Enfans , au Magafin de Provence , avertit le
Public qu'il lui eft arrivé plufieurs fortes de Liqueurs
étrangères ; entr'autres , du Marafquin de
Zara & de Bologne , à 18 liv . la bouteille ; nouvelle
Crême de Fleur-d'Orange au Vin de S. Lautent
, Supérieure à celle au Vin de Champagne
à 6 liv la bouteille ; Roffoglio de Bologne à 10 liv.
la bouteille ; Huile de Gérofle à 6 liv . la bouteille ;
Huile & Crême d'Anis des Indes à 6 liv . la bouteille
, double Hypotheque de Gérofle à 3 liv . la
bouteille de pinte.
Il vend auffi des Eaux de Senteur ; Eau de
Fleur- d'Orange de Malthe à 3 liv. la bouteilles
Eau de Lavande à a liv. 10 f. la pinte ; la parfu
mée à 3 liv.
208 MERCURE DE FRANCE.
On trouve encore dans fon Magafin d'excellent
Chocolat de toute eſpéce . La réputation de cet Ar
tifte s'étend tous les jours davantage , il ne peut
trop mériter l'empreffement du Public.
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Résumé : « Le Sieur Sauvel, Marchand Distilateur, rue neuve des Petits-Champs, au [...] »
Le Sieur Sauvel, marchand distillateur, annonce l'arrivée de diverses liqueurs étrangères, dont du Marasquin de Zara et de Bologne à 18 livres, une crème de Fleur-d'Orange au vin de Saint-Laurent à 6 livres, et du Rossoglio de Bologne à 10 livres. Il propose également des eaux de senteur et du chocolat. Sa réputation croissante mérite l'attention du public.
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989
p. 208-210
« Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Début :
Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...]
Mots clefs :
Estampes, Dessins, Vignettes, Ouvrage, Alphabet, Livre, Papiers, Emblèmes, Marchands, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
LE Sieur BRESSON DE MAILLARD , Marchand
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
d'Eftampes , & Privilégié des Enfans de France ,
en ouvrages de Caractères , Deffeins , Vignettes ,
demeurant rue S. Jacques , Maifon de M. de Lambon
, Avocat , proche M. Duchefne , Marchand
Libraire à Paris , tient un affortiment de Caractères,
Vignettes , & de différentes Fleurs , qu'il a
deffinées d'après nature, & exécutées fur des Planches
de cuivre , avec lefquelles on peut, avec faci
JANVIER . 1764. 209
lité & fur le champ , faire divers Deffeins pour
meubles , & c .
Ledit Sieur exécute pareillement à jour nombre
d'autres ouvrages utiles , & d'une même facilité
dans l'ufage , comme des Adreſſes , Alphabeths
pour apprendre les Enfans à lire , Notes , Etiquettes
, Noms à laiffer en vifite , ou pour mettre fur
les Livres , Marques & Chiffres , Deffeins au fimple
trait pour broder ou peindre d'après.
Il dient auffi un alfortiment de toutes fortes de
Papiers peints en Vignettes , & entreprend de noter
les Livres de Plein- chant.
Il grave auffi en Taille-douce des Adreſſes avec
les attributs des différentes Profeffions , & autres
fujets.
L'Epoufe du Sieur MAILLARD deffine & colore
très - proprement les Fleurs , Emblêmes & Armoiries
, Ecrans. Elle montre aux Dames la manière
de fe fervir des Planches à jour , que l'on peut
qualifier d'Art de deffiner & de peindrefans Maitres
& fournit les Couleurs & autres chofes qui y font
relatives.
On trouvera auffi chez ledit Sieur une fuite affez
confidérable de petites Eftampes en Emblèmes ,
Deviles , Fables choilies , Prières , Bouquets & Sou
haits de bonnes Fêtes , Etrennes brochées en forme
de Calendrier, Emblématiques & Chantantes , pour
la nouvelle Année , préfentées aux Enjans de France..
Ceux qui defireront acheter & connoitre plus
particulièrement toutes lefdites Marchan difes d'Eltampes
, Caractères & Deffeins , & qui fouhaiteront
les vrais Originaux , s'adrefferont directement à
Paris au Sieur MAILLARD ; & en Province à MM.
les Libraires & Marchands d'Eftampes qu'il fournit.
Sçavoir ,
A Lyon , M. Daudet.
Rouen , M. Frere , fur le Port.
2TO MERCURE DE FRANCE.
Toulouſe , M. Jouques , rue S. Rome.
Tours , M. Jagus , Marchand Papetier.
Poitiers , M, Fatour.
Bordeaux , M. Noblet.
La Rochelle , M. Pavie , Marchand, Libraire.
A Nantes , M. Tancrer.
Liege , M. Soer , Marchand Libraire.
Dijon , M. Desventes , Marchand Libraire .
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Résumé : « Le Sieur Bresson De Maillard, Marchand d'Estampes, & Privilégié des Enfans de [...] »
Le document présente le Sieur Bresson de Maillard, un marchand d'estampes parisien, privilégié des Enfants de France, spécialisé dans les caractères, dessins et vignettes. Il réside rue Saint-Jacques, à la maison de M. de Lambon, avocat, près de M. Duchefne, libraire. Maillard propose divers produits comme des caractères, vignettes, fleurs définis d'après nature, et des outils pour réaliser des dessins pour meubles. Il offre également des adresses, alphabets pour enfants, notes, étiquettes, marques, chiffres, et dessins pour broder ou peindre. Il fournit des papiers peints en vignettes et grave des adresses avec les attributs des différentes professions. Son épouse colore les fleurs, emblèmes, armoiries et écrans, et enseigne aux dames l'utilisation des planches à jour. Le magasin vend des estampes en emblèmes, devises, fables, prières, bouquets et vœux pour les bonnes fêtes, présentés sous forme de calendriers emblématiques et chantants pour la nouvelle année. Les articles sont disponibles à Paris chez Maillard ou en province via des libraires et marchands d'estampes spécifiques, tels que M. Daudet à Lyon, M. Frère à Rouen, M. Jouques à Toulouse, et d'autres dans diverses villes françaises et belges.
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990
p. 125-136
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
FABLES nouvelles divisées en six Livres, avec des Notes, & un Discours [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
Fermer
991
p. 148-161
SÉANCE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
Début :
L'ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de Caën fit l'ouverture de ses [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
SÉANCE publique de l'Académie
Royale des Belles-Lettres de CAEN.
L'ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de Caën fit l'ouverture de ses
ce qu'elle mérite l'eſtime des hommes.
Il fait voir que cette eſtime n'appartient
Séances publiques le Jeudi 1. Décembre
1763. M. Le Clerc , Avocat , chargé de
l'Eloge de Louis le Grand, Fondateurde
l'Académie , lut undiſcours ſur le bon-
heur attaché à l'amourde la vertu : il la
définit l'amour actif& vrai de tout ce qui
eſtbien , & l'averfion ſincère de tout
cequi eſt mal. Il prouve qu'elle fait le
bonheurdes hommes ; 1°. parce qu'elle
procure la paix dela confcience. 2°. Par-
qu'aux vertueux , dont il fait le por-
FEVRIER . 1764.
149
trait. " Ici je crois entendre les detrac-
>> teurs de la vertu , ſubſtituer à ce por-
>>>trait celui de Socrate dans les fers.
" Voilà , diſent-ils , le plus éclairé , le
>>>plus ſage , & le plus juſte de tous les
>>>hommes.... Que lui fervent ſes ver-
" tus ? ... Ames abjectes , qui ne voyez
> dans ſa condamnationque le moment
>> fi terrible pour vous , qui ſépare le
>>> tems de l'éternité , ſuivez Socrate dans
>> ſon cachot ,& lifez dans ſon cœur,
» Vous y verrez le triomphe de la ver-
» tu.... d'où lui viennent cette fermeté ,
>> cette conſtance que la vue de la mort
>>> ne peut altérer ? Il les doit à la vertu...
>> Néron expirant , voit le Ténare en-
>> tr'ouvert ſous ſes pieds: il ſe croit
>>>poursuivipar les Furies. Socrate meurt
» en paix , fans frayeur & fans foi-
>>>bleſſes.
3°. Enfin , parce que l'homme ver-
tueux , eſtimé , même des méchans , eſt
moins perſécuté qu'eux. Il le prouve
par des exemples tels que celui de Sully,
emportantdans ſa retraite, ſes vertus , ſes
ſervices , & l'ingratitude des hommes.
Lorſque leMaréchal d'Ancre eſt ignomi-
nieuſement traîné dans les rues après
ſa mort. " A quoi bon , dit M. le C....
>>prendre ces exemples dans les Cours ,
Gin
150 MERCURE DE FRANCE .
» & parmi les Grands? ... Cherchons-
>>les dans le Peuple... Les Laboureurs ,
>>les Artiſans ignorent l'Art perfide
» qu'on nomme Politique : ils traitent
>>de fripon celui d'entreux , qui ravit le
>> bien d'autrui... Ils reſpectent au con-
>>traire , celui dont la probité leur eſt
» connue. Ils diſent de lui , c'eſt un
>> honnête-homme : & ils attachent au
>> mot honnête les idées qui lui convien-
» nent...Quel homme ne ſe ſentpas ten-
>>drement ému,au récitd'uneactiongran-
>> de& vertueuſe? il aime, il prend un vif
» intérêt à celuiqui l'a faite. Il voudroit
>>lui témoigner ſon eſtime... Combien
ne l'indigne-t-on pasquandon luiracon-
>> te ces traits de noirceur &de ſcéléra-
>>teffe,qui ſemblentporterune flétriſſure
>> ſur l'eſpèce humaine ! .... Sentimens
>> précieux gravés dans nos cœurs par la
>>Divinité , puiffiez-vous agir encore
>> plus puiſſamment ſur les foibles hu-
>> mains ! Fortifiez en eux l'amour de
la vertu & l'horreur des vices. Ils ne
>>peuvent devenir meilleurs fans de-
» venir plus heureux.
...
C'eſtà laver-
>>tu qu'eſt attachée la paix de la conf-
>> cience. Eſtimée , même des méchans ,
>> moins perfécutée que le vice
و
elle
>>>donne des forces pour foutenir l'ad-
FEVRIER. 1764.
151
» verſité .... Vous connûtes tous ces
> avantages de la vertu , grand Prince ,
>> dont je dois aujourd'hui célébrer la
» mémoire !
C'est ainſi que l'éloge de la vertu
conduit M. le C ... à celui de LOUIS
te Grand. M.de Fontette, Intendant de la
Généralité , & Vice-Protecteur , préſi-
doit à la Séance. Il répondit au Difcours
de M. le Clerc. Il convient que quand
la vertu ſe borne au defir , à l'affection
& au Sentiment , le cœur qui la ren-
ferme ne doit trouver de bonheur qu'en
lui même. » S'il ſe produit au dehors
>>par des effets , ſi l'homme vertueux
>> a le mérite d'exécuter , d'accomplir
» & de pratiquer , la vertu brille à tra-
>>vers les nuages de la corruption ....
>>Elle attire le reſpect des Courtiſans :
>> elle mérite la confiance du Trône.
» Si les talens étoient toujours l'apana-
>>>ge des vertus , toujours elles euffent
✔été les Miniſtres de nos Rois. Ils ſe
>>>fonthonneur deleur rendre hommage.
>> Le règne de notre Auguſte Fonda-
>>teur en offre mille éxemples. Il ne
>>feroit pas difficile d'en trouver as.ant
>> fous celui de LOUIS LE BIEN-AIME .
Du bonheur attaché à l'amour des
vertus , M. de F ... paſſe à l'éloge du
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
projet qui tendroit à déraciner l'arbi-
traire fatal qui ruine l'agriculture , le
Commerce , & l'aiſance des Peuples.
Il fait voir que l'arbitraire dans la ré-
partition des impoſitions , eſt la ſource
de nos maux : & que tant qu'on n'y re-
médiera point , il eſt inutile de pro-
pofer les moyens de faire fleurirle com-
merce. M. de F... prend de-là occafion
de parler des Diſcours qui ont concou-
ru pour le Prix de l'année , & qu'aucun
d'eux n'a mérité. ( a )
Le Sujet de 1763, étoit : Quelles ont
étéles révolutions,&c. La queſtion fur
>> les révolutions du Commerce , ajoute-
>> t- il, n'a été bien traitée que par leDif-
>>cours Nº. 2. le ſtyle en eftvif: ( b ) &
> nous nous ſommes déterminés à en
>>donner la lecture , comme une récom-
>> penſe due à l'Auteur.
On lut ce Difcours. Il commence par
un précis très-faillant de l'Histoire des
Normands Guerriers occupés à fonder
des Royaumes , pendant que les Peuples
travailloient à conferver la Normandie ,
parla culture ,la multiplication des bef-
tiaux&le Commerce. Caen devint une
* ( a) C'eſt M. de Fontette qui donne ce Prix.
( b ) Ce diſcours eſt de M. Boullard , le jeune ,
Avocat ,fils de M. Boullard, Profeſſeur enMéde-
cine.
FEVRIER. 1764.
153
Ville floriſſante , par les privilèges que
pluſieurs Rois Anglois_lui accordérent.
Unie à la France par Jean I , repriſe
par l'Anglois , fous Charles VI, & à
lui enlevée par Charles VII, ſon Com-
merce tomba par ces variations & ces
troubles. Il eût pu ſe rétablir ſous Louis
XI, qui lui accordoit deuxfoires. Elles
furent enlevées à la Ville de Caën , ſept
ans après leur création ,par les Habitans
de Rouen. Malgré cet événement le
Commerce devenoit floriſſant. L'Eſpa-
gne , l'Italie , l'Angleterre & tous les
Peuples du Nordſediſputoientnos mar-
chandiſes. Nous étions navigateurs. Un
Normand découvrit les Iſles du Golfe
S. Laurent. Un autre toutes les côtes de
l'Affrique. Tout ſembloit devoir nous
promettre le plusgrandCommerce.Tout
diſparut inſenſiblement. Notre Ville per-
ditſes manufactures de haute-liſſe;les im-
pofitions , qu'on mit ſurles cartes , nous
enlevérentcette branche du Commerce :
le luxe& lesguerres civiles firent tomber
nos manufactures , & la révocation de
l'EditdeNantes nous enleva nos Artiſtes.
Malgré cela le Commerce peut ſeréta-
blir. Des cauſes Phyſiques , la qualité
du climat , celle du terrein , la bonté de
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
nos eaux & la proximitéde la mer nous
le font eſpérer.
» Il eſt fâcheux , reprit M. de Fontette
>> après cette lecture , que la partie de
» ce Diſcours qui concerne le rétabliſ-
» ſement du Commerce ne réponde
>> point à la première. Les moyens que
>> propoſe l'Auteur , ont , comme ceux
>> des Diſcours qui ont concouru
, le
» défaut commun d'être généraux & de
" convenir à toutes les Provinces du
» Royaume. Aucun de ces Difcoursn'of-
>> fre rienqui rempliſſe les vues d'utilité
>> quenous en attendions. Elles le font
» bien mieuxdans de fimples éſſais faits
>>par l'Auteur couronné l'année der-
» nière.
( c ) Non pour diſputer un
>> Prix dont il eſt exclu par ſa qualité
>> de Secrétaire de l'Académie , mais
>> comme un Juge fcrupuleux & intel-
>>ligent qui étudie & jette de grandes
>>lumières ſur la queſtion propoſée.
M. Rouxelin lut ſes Eſſais. Ils débu-
tent par le defir qu'il auroit d'enrichir
( c)M. Rouxelin , Procureur du Roide la Mai-
trifedes Eaux & Forêts de Caen , eſt l'Auteur du
Diſcours ſur les défrîchemens , qui fut couronné
en1762 ,&qui lui mérita les titres d'Académicien
&de Sécretaire perpétuel de l'Académic.
FEVRIER. 1764 .
155
promptement ſa Patrie. C'eſtdans cette
vue qu'il propoſe à ſes Concitoyens de
civilifer quelqu'une des Nations féroces
des Côtes de l'Afrique , d'en faire un
Peuple d'Alliés , de leur communiquer
nos beſoins& nos modes & de partager
avec eux les métaux qu'ils tiennent des
mains de la Nature .
Il définit le Commerce , » l'échange
» que pluſieurs Peuples font entr'eux ,
» des fruits que la terre leur donne , &
>>des Ouvrages que conſtruit l'induſtrie..
>> L'homme n'a que deux moyens de ſe
> procurer ce que la Nature & l'Art lui
>> refuſent. C'eſt l'ufurpation , & l'é-
>> change. Le premier eſt un brigan-
>> dage. Le Commerce eſt donc un be-
» foin.
M. R..... diftingue l'eſprit & la ma.
tière du Commerce. Il ne parle de fon
efprit , que relativement à la néceffité
des Canauxdu tranſport. Illes fait con-
fifter en Ports de mer , en Rivières na-
vigables & en routes qu'on puiffe pra-
tiquer. Il convient du beſoin qu'a ſa
patrie des uns & des autres. Il établit la
néceſſité des chemins par un tableau
de quelques cantons de la Province,
dont on n'exporte rien ,parce qu'on ne
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
peut en approcher. » Donnez , dit-il ,
>>>des routes & des manufactures aux in-
>> fortunés habitans de ces lieux ; pro-
» curez - leur furtout la certitude de
>>jouir du fruit de leur travaux , & vous
>> les verrez devenir laborieux.
Il paſſe aux objets qui font la ma-
tière du Commerce. Ils conſiſtent en
denrées & beftiaux d'un pays ; & ils
font encore formés par lesouvrages des
Peuples qui l'habirent. De-là , M. R...
conclut que pour fonder un Commerce
on doit conſulter & la nature de ſon
terrain ,& le genre d'induſtrie de ſa Na-
tion. C'eſt ce qu'il fait : & il entre dans
des détails , qui , quoique très-précis ,
ne ſont pas fufceptibles d'extrait.
Il prouve qu'il eſt trop de terres en
herbe , ruineuſes lorſque les herbes font
abondantes & contraires à lapopulation.
Il parle des chevaux normands , qu'on
éléve avec une economie déteſtable ,
des laines du pays,des boiffons ,des vo-
lailles ,beures , fromages & autresden-
rées qui font prèſque ſans valeur par
notre faute. Il paroît perfuadé que la
Normandie fourniroit beaucoup de
grains à la Capitale , fi on y cultivoit
tout, & fi on vouloit y facrifier les pré-
jugés aux conſeilsdes ſociétés d'agricul-
FEVRIER. 1764.
157
ture. » Nos véritables richeffes , dit-il ,
>> naiſſent de la cultivation. J'en ai la
>>preuve en main.Pourquoinos Citoyens
>> s'enrichiſſent-ils ſi rapidement dans
>>>nos Colonies ? c'eſt qu'ils y devien-
>>nent cultivateurs : c'eſt que le terrain.
» qu'ils défrichent leur produitdeux ré-
>>>coltes par an , fans culture & fans
>>engrais : c'eſt qu'enfin , ils diſpoſent
>>de leurs denrées ,& nous n'avons pas
>>la libertéde l'exportation des nôtres ,
>>>qui ſeroit ſi avantageuſe.
Paſſantau commerce des productions
de l'art , M R.... dit que fi celui-là fleurit
moins , c'eſt que le Peuple a moins d'in-
duſtrie. Tout Artiſte ſelon lui , doit
ſe conformer aux goûts du jour , &
perfectionner ſes ouvrages , s'il veut
en avoir le débit. Ilpenſe que les ma-
nufactures font les Ecoles qui font
germer le goût du travail ; il les con-
feille , il follicite les Paſteurs de les
multiplier , il demande le concours de
l'autorité,parcequ'elles ſont le moyen
de rétablir la population .
Ildit que le travail des manufactures
ne doit jamais nuire à celui de lacul-
tivation.
Après cette lecture M. le Vice Pro-
tecteur expliquant comment on eût dù
158 MERCURE DE FRANCE.
traiter ce ſujet , parla des diſcours qui
avoient concouru .
13
J'ai vu avec
>>plaifir , dit- il ,dans celui nº. 1. que
>>nos draps & nos toiles tirent pour
» Cayenne. Le nom du Gouverneur
>>>doit être le ſignal de ralliement pour
>>>nos manufactures abandonnées. Les
>> facrifices qu'ilfait pour rétablir,que dis-
>>je ?pour fonder une nouvelle Colonie,
>> font une preuve fi extraordinaire de
>> fon amour pour la Patrie , qu'on peut
>> compter qu'il n'oubliera pas les in-
>>térêts de cette Province , qui eſt plus
>> particulierement la fienne. (d) En
> l'affociant à cette Académie nous vou-
>>lons l'engager à nous afſocier à fa
>>glorieuſe entrepriſe , & à nous com-
>>muniquer les ſages réglemens que
>> fa prudence va dicter pour le bon-
>>heur de ſes nouveaux Colons. Du
>>>fond de fon Iſle , il nousdonnerades
leçons d'expérience ſur les défriche-
mens; & fur l'établiſſement des ma-
>> nufactures: deux objets tellement ré-
>>latifs , qu'il faut néceſſairement qu'ils
>>fe nuiſent , où qu'ils s'aident. Il vau-
>>droit encore mieux pour nous,ſuivre
(d)M. le Chevalier Turgot , Gouverneur de
Cayenne & deGuyanne, reçu Académicien Allo-
cié , étoit préſent le jour de cette féance.
FEVRIER. 1764.
159
>>l'abus de vendre nos matières pre-
>> mières que deles mettre en œuvres
>>aux dépens de l'agriculture , qui man-
> queroit de bras. Seroit-il impoffible
» de prévenir ce danger , parle choix
» des établiſſemens, par le choix des
>> ouvriers ? cette que ſtioneſt aſſez im-
>>portante pour en faire le ſujet du
>> prixdel'année 1764.L'Académie pro-
>> poſe donc; quels fontles moyens de
>>multiplier les manufactures dans la
>>Généralité de Caën, fans nuire à la
>>>culture des terres. »
Les dicours feront remis francs de
port, à M. Rouxelin , Sécretaire per-
pétuel avant le premier de Novembre
1764. les Auteurs ne ſe feront pas
connoître avant le 6 Décembre.
M. le Chevalier Turgot termina la
ſéance par un Dicours de remercî-
ment à l'Académie , ſur ſa réception.
Il eut enſuite la générofité de propoſer
trois prix , tendans à encourager la
culture, & la multiplication des bef-
tiaux,& à procurer à la Provincele débit
de ſes denrées.
Le premier de 500 liv, àla perſonne
qui aura ſalé du bœuf aux moindres
frais poffibles , & qui fupportedans nos
Colonies , la concurrence pour la qua-
lité, avec les bœufs d'Irlande.
:
160 MERCURE DE FRANCE.
Le deuxième de 400liv. à la perſonne
qui avec des bled de la Province , pré-
parera des farines auſſi bonnes pour le
tranſport dans nos Colonies , que les
farines Angloiſes. Il eſt bon d'employer
la déſſication par le moyen des étuves ;
de ne pas blutter les farines , lorſqu'elles
fortent de deſſous la meule ; & de les
laiſſer réfroidir avant de les mettre au
blutteau. Le franc bled, que dans les
environs de Caën , on nomme blé-
gris ,donne les farines les plus propres
àfoutenir le tranſport dans les climats
chauds.
Le troiſième de 300 liv. à qui pré-
parera & falera des beurres auſſi bons
que ceux d'Irlande. Le lavage exact ,
avant la ſalaiſon,eſt une opération eſſen-
tielle. Le premier Volume des mémoires
de la Société d'agriculture de Rouen ,
indique les attentions qu'il faut obſer-
ver pour ſe procurer des beurres de la
premiere qualité.
Ceuxqui voudront concourir , ſe mu-
niront de Certificats des Subdélégués ,
ou Magiſtrats des Villes dans lesquelles
ils habitent , ou de leurs Curés , s'ils
demeurent à la campagne. Ces Certi-
ficats porteront que la denrée préſentée
ſoit bœufſalé , farines , ou beurres , a
FEVRIER . 1764.
161
été préparée avec des matières du Païs.
Chaque denrée ſuivant ſon eſpéce, ſera
renfermée dans des barils , quarts , ou
tines ,qui feront marqués de la marque
du Particulier concourant , &du cachet
ou marque des Subdélégués , Magiſtrats,
&Curés.
Il ſera envoyé à M. l'Intendant de
Caën une liſte des perſonnes qui auront
concouru , contenant leurs noms , qua-
lités & demeure , leur marque parti-
culiere , celledes Subdélégués ,&Magif
trats ouCurés.
Il ſera envoyé à la Guyanne , à la
Guadelouppe , & à la Martinique ,
une égale quantité de chaque denrée
concourante aux prix , avec les ren-
ſeignemens propres à faire connoître
le nom de la perſonne , dont la denrée
ſe trouvera de la meilleure qualité , ou
plus approchante. Sur le compte qui
fera rendu à M. l'Intendant , & à l'A-
cadémie , elle adjugera , & diftribuera
les prix le Jeudi cinq Décembre 1765.
jourde fa rentrée publique.
Vu par l'Académie, ROUXELIN.
Royale des Belles-Lettres de CAEN.
L'ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de Caën fit l'ouverture de ses
ce qu'elle mérite l'eſtime des hommes.
Il fait voir que cette eſtime n'appartient
Séances publiques le Jeudi 1. Décembre
1763. M. Le Clerc , Avocat , chargé de
l'Eloge de Louis le Grand, Fondateurde
l'Académie , lut undiſcours ſur le bon-
heur attaché à l'amourde la vertu : il la
définit l'amour actif& vrai de tout ce qui
eſtbien , & l'averfion ſincère de tout
cequi eſt mal. Il prouve qu'elle fait le
bonheurdes hommes ; 1°. parce qu'elle
procure la paix dela confcience. 2°. Par-
qu'aux vertueux , dont il fait le por-
FEVRIER . 1764.
149
trait. " Ici je crois entendre les detrac-
>> teurs de la vertu , ſubſtituer à ce por-
>>>trait celui de Socrate dans les fers.
" Voilà , diſent-ils , le plus éclairé , le
>>>plus ſage , & le plus juſte de tous les
>>>hommes.... Que lui fervent ſes ver-
" tus ? ... Ames abjectes , qui ne voyez
> dans ſa condamnationque le moment
>> fi terrible pour vous , qui ſépare le
>>> tems de l'éternité , ſuivez Socrate dans
>> ſon cachot ,& lifez dans ſon cœur,
» Vous y verrez le triomphe de la ver-
» tu.... d'où lui viennent cette fermeté ,
>> cette conſtance que la vue de la mort
>>> ne peut altérer ? Il les doit à la vertu...
>> Néron expirant , voit le Ténare en-
>> tr'ouvert ſous ſes pieds: il ſe croit
>>>poursuivipar les Furies. Socrate meurt
» en paix , fans frayeur & fans foi-
>>>bleſſes.
3°. Enfin , parce que l'homme ver-
tueux , eſtimé , même des méchans , eſt
moins perſécuté qu'eux. Il le prouve
par des exemples tels que celui de Sully,
emportantdans ſa retraite, ſes vertus , ſes
ſervices , & l'ingratitude des hommes.
Lorſque leMaréchal d'Ancre eſt ignomi-
nieuſement traîné dans les rues après
ſa mort. " A quoi bon , dit M. le C....
>>prendre ces exemples dans les Cours ,
Gin
150 MERCURE DE FRANCE .
» & parmi les Grands? ... Cherchons-
>>les dans le Peuple... Les Laboureurs ,
>>les Artiſans ignorent l'Art perfide
» qu'on nomme Politique : ils traitent
>>de fripon celui d'entreux , qui ravit le
>> bien d'autrui... Ils reſpectent au con-
>>traire , celui dont la probité leur eſt
» connue. Ils diſent de lui , c'eſt un
>> honnête-homme : & ils attachent au
>> mot honnête les idées qui lui convien-
» nent...Quel homme ne ſe ſentpas ten-
>>drement ému,au récitd'uneactiongran-
>> de& vertueuſe? il aime, il prend un vif
» intérêt à celuiqui l'a faite. Il voudroit
>>lui témoigner ſon eſtime... Combien
ne l'indigne-t-on pasquandon luiracon-
>> te ces traits de noirceur &de ſcéléra-
>>teffe,qui ſemblentporterune flétriſſure
>> ſur l'eſpèce humaine ! .... Sentimens
>> précieux gravés dans nos cœurs par la
>>Divinité , puiffiez-vous agir encore
>> plus puiſſamment ſur les foibles hu-
>> mains ! Fortifiez en eux l'amour de
la vertu & l'horreur des vices. Ils ne
>>peuvent devenir meilleurs fans de-
» venir plus heureux.
...
C'eſtà laver-
>>tu qu'eſt attachée la paix de la conf-
>> cience. Eſtimée , même des méchans ,
>> moins perfécutée que le vice
و
elle
>>>donne des forces pour foutenir l'ad-
FEVRIER. 1764.
151
» verſité .... Vous connûtes tous ces
> avantages de la vertu , grand Prince ,
>> dont je dois aujourd'hui célébrer la
» mémoire !
C'est ainſi que l'éloge de la vertu
conduit M. le C ... à celui de LOUIS
te Grand. M.de Fontette, Intendant de la
Généralité , & Vice-Protecteur , préſi-
doit à la Séance. Il répondit au Difcours
de M. le Clerc. Il convient que quand
la vertu ſe borne au defir , à l'affection
& au Sentiment , le cœur qui la ren-
ferme ne doit trouver de bonheur qu'en
lui même. » S'il ſe produit au dehors
>>par des effets , ſi l'homme vertueux
>> a le mérite d'exécuter , d'accomplir
» & de pratiquer , la vertu brille à tra-
>>vers les nuages de la corruption ....
>>Elle attire le reſpect des Courtiſans :
>> elle mérite la confiance du Trône.
» Si les talens étoient toujours l'apana-
>>>ge des vertus , toujours elles euffent
✔été les Miniſtres de nos Rois. Ils ſe
>>>fonthonneur deleur rendre hommage.
>> Le règne de notre Auguſte Fonda-
>>teur en offre mille éxemples. Il ne
>>feroit pas difficile d'en trouver as.ant
>> fous celui de LOUIS LE BIEN-AIME .
Du bonheur attaché à l'amour des
vertus , M. de F ... paſſe à l'éloge du
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
projet qui tendroit à déraciner l'arbi-
traire fatal qui ruine l'agriculture , le
Commerce , & l'aiſance des Peuples.
Il fait voir que l'arbitraire dans la ré-
partition des impoſitions , eſt la ſource
de nos maux : & que tant qu'on n'y re-
médiera point , il eſt inutile de pro-
pofer les moyens de faire fleurirle com-
merce. M. de F... prend de-là occafion
de parler des Diſcours qui ont concou-
ru pour le Prix de l'année , & qu'aucun
d'eux n'a mérité. ( a )
Le Sujet de 1763, étoit : Quelles ont
étéles révolutions,&c. La queſtion fur
>> les révolutions du Commerce , ajoute-
>> t- il, n'a été bien traitée que par leDif-
>>cours Nº. 2. le ſtyle en eftvif: ( b ) &
> nous nous ſommes déterminés à en
>>donner la lecture , comme une récom-
>> penſe due à l'Auteur.
On lut ce Difcours. Il commence par
un précis très-faillant de l'Histoire des
Normands Guerriers occupés à fonder
des Royaumes , pendant que les Peuples
travailloient à conferver la Normandie ,
parla culture ,la multiplication des bef-
tiaux&le Commerce. Caen devint une
* ( a) C'eſt M. de Fontette qui donne ce Prix.
( b ) Ce diſcours eſt de M. Boullard , le jeune ,
Avocat ,fils de M. Boullard, Profeſſeur enMéde-
cine.
FEVRIER. 1764.
153
Ville floriſſante , par les privilèges que
pluſieurs Rois Anglois_lui accordérent.
Unie à la France par Jean I , repriſe
par l'Anglois , fous Charles VI, & à
lui enlevée par Charles VII, ſon Com-
merce tomba par ces variations & ces
troubles. Il eût pu ſe rétablir ſous Louis
XI, qui lui accordoit deuxfoires. Elles
furent enlevées à la Ville de Caën , ſept
ans après leur création ,par les Habitans
de Rouen. Malgré cet événement le
Commerce devenoit floriſſant. L'Eſpa-
gne , l'Italie , l'Angleterre & tous les
Peuples du Nordſediſputoientnos mar-
chandiſes. Nous étions navigateurs. Un
Normand découvrit les Iſles du Golfe
S. Laurent. Un autre toutes les côtes de
l'Affrique. Tout ſembloit devoir nous
promettre le plusgrandCommerce.Tout
diſparut inſenſiblement. Notre Ville per-
ditſes manufactures de haute-liſſe;les im-
pofitions , qu'on mit ſurles cartes , nous
enlevérentcette branche du Commerce :
le luxe& lesguerres civiles firent tomber
nos manufactures , & la révocation de
l'EditdeNantes nous enleva nos Artiſtes.
Malgré cela le Commerce peut ſeréta-
blir. Des cauſes Phyſiques , la qualité
du climat , celle du terrein , la bonté de
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
nos eaux & la proximitéde la mer nous
le font eſpérer.
» Il eſt fâcheux , reprit M. de Fontette
>> après cette lecture , que la partie de
» ce Diſcours qui concerne le rétabliſ-
» ſement du Commerce ne réponde
>> point à la première. Les moyens que
>> propoſe l'Auteur , ont , comme ceux
>> des Diſcours qui ont concouru
, le
» défaut commun d'être généraux & de
" convenir à toutes les Provinces du
» Royaume. Aucun de ces Difcoursn'of-
>> fre rienqui rempliſſe les vues d'utilité
>> quenous en attendions. Elles le font
» bien mieuxdans de fimples éſſais faits
>>par l'Auteur couronné l'année der-
» nière.
( c ) Non pour diſputer un
>> Prix dont il eſt exclu par ſa qualité
>> de Secrétaire de l'Académie , mais
>> comme un Juge fcrupuleux & intel-
>>ligent qui étudie & jette de grandes
>>lumières ſur la queſtion propoſée.
M. Rouxelin lut ſes Eſſais. Ils débu-
tent par le defir qu'il auroit d'enrichir
( c)M. Rouxelin , Procureur du Roide la Mai-
trifedes Eaux & Forêts de Caen , eſt l'Auteur du
Diſcours ſur les défrîchemens , qui fut couronné
en1762 ,&qui lui mérita les titres d'Académicien
&de Sécretaire perpétuel de l'Académic.
FEVRIER. 1764 .
155
promptement ſa Patrie. C'eſtdans cette
vue qu'il propoſe à ſes Concitoyens de
civilifer quelqu'une des Nations féroces
des Côtes de l'Afrique , d'en faire un
Peuple d'Alliés , de leur communiquer
nos beſoins& nos modes & de partager
avec eux les métaux qu'ils tiennent des
mains de la Nature .
Il définit le Commerce , » l'échange
» que pluſieurs Peuples font entr'eux ,
» des fruits que la terre leur donne , &
>>des Ouvrages que conſtruit l'induſtrie..
>> L'homme n'a que deux moyens de ſe
> procurer ce que la Nature & l'Art lui
>> refuſent. C'eſt l'ufurpation , & l'é-
>> change. Le premier eſt un brigan-
>> dage. Le Commerce eſt donc un be-
» foin.
M. R..... diftingue l'eſprit & la ma.
tière du Commerce. Il ne parle de fon
efprit , que relativement à la néceffité
des Canauxdu tranſport. Illes fait con-
fifter en Ports de mer , en Rivières na-
vigables & en routes qu'on puiffe pra-
tiquer. Il convient du beſoin qu'a ſa
patrie des uns & des autres. Il établit la
néceſſité des chemins par un tableau
de quelques cantons de la Province,
dont on n'exporte rien ,parce qu'on ne
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
peut en approcher. » Donnez , dit-il ,
>>>des routes & des manufactures aux in-
>> fortunés habitans de ces lieux ; pro-
» curez - leur furtout la certitude de
>>jouir du fruit de leur travaux , & vous
>> les verrez devenir laborieux.
Il paſſe aux objets qui font la ma-
tière du Commerce. Ils conſiſtent en
denrées & beftiaux d'un pays ; & ils
font encore formés par lesouvrages des
Peuples qui l'habirent. De-là , M. R...
conclut que pour fonder un Commerce
on doit conſulter & la nature de ſon
terrain ,& le genre d'induſtrie de ſa Na-
tion. C'eſt ce qu'il fait : & il entre dans
des détails , qui , quoique très-précis ,
ne ſont pas fufceptibles d'extrait.
Il prouve qu'il eſt trop de terres en
herbe , ruineuſes lorſque les herbes font
abondantes & contraires à lapopulation.
Il parle des chevaux normands , qu'on
éléve avec une economie déteſtable ,
des laines du pays,des boiffons ,des vo-
lailles ,beures , fromages & autresden-
rées qui font prèſque ſans valeur par
notre faute. Il paroît perfuadé que la
Normandie fourniroit beaucoup de
grains à la Capitale , fi on y cultivoit
tout, & fi on vouloit y facrifier les pré-
jugés aux conſeilsdes ſociétés d'agricul-
FEVRIER. 1764.
157
ture. » Nos véritables richeffes , dit-il ,
>> naiſſent de la cultivation. J'en ai la
>>preuve en main.Pourquoinos Citoyens
>> s'enrichiſſent-ils ſi rapidement dans
>>>nos Colonies ? c'eſt qu'ils y devien-
>>nent cultivateurs : c'eſt que le terrain.
» qu'ils défrichent leur produitdeux ré-
>>>coltes par an , fans culture & fans
>>engrais : c'eſt qu'enfin , ils diſpoſent
>>de leurs denrées ,& nous n'avons pas
>>la libertéde l'exportation des nôtres ,
>>>qui ſeroit ſi avantageuſe.
Paſſantau commerce des productions
de l'art , M R.... dit que fi celui-là fleurit
moins , c'eſt que le Peuple a moins d'in-
duſtrie. Tout Artiſte ſelon lui , doit
ſe conformer aux goûts du jour , &
perfectionner ſes ouvrages , s'il veut
en avoir le débit. Ilpenſe que les ma-
nufactures font les Ecoles qui font
germer le goût du travail ; il les con-
feille , il follicite les Paſteurs de les
multiplier , il demande le concours de
l'autorité,parcequ'elles ſont le moyen
de rétablir la population .
Ildit que le travail des manufactures
ne doit jamais nuire à celui de lacul-
tivation.
Après cette lecture M. le Vice Pro-
tecteur expliquant comment on eût dù
158 MERCURE DE FRANCE.
traiter ce ſujet , parla des diſcours qui
avoient concouru .
13
J'ai vu avec
>>plaifir , dit- il ,dans celui nº. 1. que
>>nos draps & nos toiles tirent pour
» Cayenne. Le nom du Gouverneur
>>>doit être le ſignal de ralliement pour
>>>nos manufactures abandonnées. Les
>> facrifices qu'ilfait pour rétablir,que dis-
>>je ?pour fonder une nouvelle Colonie,
>> font une preuve fi extraordinaire de
>> fon amour pour la Patrie , qu'on peut
>> compter qu'il n'oubliera pas les in-
>>térêts de cette Province , qui eſt plus
>> particulierement la fienne. (d) En
> l'affociant à cette Académie nous vou-
>>lons l'engager à nous afſocier à fa
>>glorieuſe entrepriſe , & à nous com-
>>muniquer les ſages réglemens que
>> fa prudence va dicter pour le bon-
>>heur de ſes nouveaux Colons. Du
>>>fond de fon Iſle , il nousdonnerades
leçons d'expérience ſur les défriche-
mens; & fur l'établiſſement des ma-
>> nufactures: deux objets tellement ré-
>>latifs , qu'il faut néceſſairement qu'ils
>>fe nuiſent , où qu'ils s'aident. Il vau-
>>droit encore mieux pour nous,ſuivre
(d)M. le Chevalier Turgot , Gouverneur de
Cayenne & deGuyanne, reçu Académicien Allo-
cié , étoit préſent le jour de cette féance.
FEVRIER. 1764.
159
>>l'abus de vendre nos matières pre-
>> mières que deles mettre en œuvres
>>aux dépens de l'agriculture , qui man-
> queroit de bras. Seroit-il impoffible
» de prévenir ce danger , parle choix
» des établiſſemens, par le choix des
>> ouvriers ? cette que ſtioneſt aſſez im-
>>portante pour en faire le ſujet du
>> prixdel'année 1764.L'Académie pro-
>> poſe donc; quels fontles moyens de
>>multiplier les manufactures dans la
>>Généralité de Caën, fans nuire à la
>>>culture des terres. »
Les dicours feront remis francs de
port, à M. Rouxelin , Sécretaire per-
pétuel avant le premier de Novembre
1764. les Auteurs ne ſe feront pas
connoître avant le 6 Décembre.
M. le Chevalier Turgot termina la
ſéance par un Dicours de remercî-
ment à l'Académie , ſur ſa réception.
Il eut enſuite la générofité de propoſer
trois prix , tendans à encourager la
culture, & la multiplication des bef-
tiaux,& à procurer à la Provincele débit
de ſes denrées.
Le premier de 500 liv, àla perſonne
qui aura ſalé du bœuf aux moindres
frais poffibles , & qui fupportedans nos
Colonies , la concurrence pour la qua-
lité, avec les bœufs d'Irlande.
:
160 MERCURE DE FRANCE.
Le deuxième de 400liv. à la perſonne
qui avec des bled de la Province , pré-
parera des farines auſſi bonnes pour le
tranſport dans nos Colonies , que les
farines Angloiſes. Il eſt bon d'employer
la déſſication par le moyen des étuves ;
de ne pas blutter les farines , lorſqu'elles
fortent de deſſous la meule ; & de les
laiſſer réfroidir avant de les mettre au
blutteau. Le franc bled, que dans les
environs de Caën , on nomme blé-
gris ,donne les farines les plus propres
àfoutenir le tranſport dans les climats
chauds.
Le troiſième de 300 liv. à qui pré-
parera & falera des beurres auſſi bons
que ceux d'Irlande. Le lavage exact ,
avant la ſalaiſon,eſt une opération eſſen-
tielle. Le premier Volume des mémoires
de la Société d'agriculture de Rouen ,
indique les attentions qu'il faut obſer-
ver pour ſe procurer des beurres de la
premiere qualité.
Ceuxqui voudront concourir , ſe mu-
niront de Certificats des Subdélégués ,
ou Magiſtrats des Villes dans lesquelles
ils habitent , ou de leurs Curés , s'ils
demeurent à la campagne. Ces Certi-
ficats porteront que la denrée préſentée
ſoit bœufſalé , farines , ou beurres , a
FEVRIER . 1764.
161
été préparée avec des matières du Païs.
Chaque denrée ſuivant ſon eſpéce, ſera
renfermée dans des barils , quarts , ou
tines ,qui feront marqués de la marque
du Particulier concourant , &du cachet
ou marque des Subdélégués , Magiſtrats,
&Curés.
Il ſera envoyé à M. l'Intendant de
Caën une liſte des perſonnes qui auront
concouru , contenant leurs noms , qua-
lités & demeure , leur marque parti-
culiere , celledes Subdélégués ,&Magif
trats ouCurés.
Il ſera envoyé à la Guyanne , à la
Guadelouppe , & à la Martinique ,
une égale quantité de chaque denrée
concourante aux prix , avec les ren-
ſeignemens propres à faire connoître
le nom de la perſonne , dont la denrée
ſe trouvera de la meilleure qualité , ou
plus approchante. Sur le compte qui
fera rendu à M. l'Intendant , & à l'A-
cadémie , elle adjugera , & diftribuera
les prix le Jeudi cinq Décembre 1765.
jourde fa rentrée publique.
Vu par l'Académie, ROUXELIN.
Fermer
992
p. 162-164
MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
Début :
LA VILLE de Grenoble vient de voir sortir des mains d'un de ses Artistes [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE. ANNONCE d'un nouveau Clavecin organisé.
MUSIQUE.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
ANNONCE d'un nouveau Clavecin
organisé.
LA VILLE de Grenoble vient de
voir sortir des mains d'un de ses Artistes
(M. Berger , Accompagnateur de fon
Concert ) un nouveau Clavecin organi-
fé , auquel il travailloit depuis onze ans ,
& qu'il a enfin conduità ſa perfection.
La deſcription & l'énumération de ſes
différens jeux vont mettre le Public à
portéede le comparer aux inſtrumens de
cetteeſpècequela ſagacitéde nos Artif-
tes a imaginés depuis quelques années ,
& de lui affigner le rang qu'il mérite
parmi eux.
Ce Clavecin eſt de la grandeur & de
la forme ordinaires. C'eſt dans les tra-
verſes des pieds, leſquelles ont ſeule-
FEVRIER. 1764.
163
ment deux pouces & demi de hauteur ,
que ſont contenus le Méchaniſme de
l'Instrument , & les différens Jeux qu'il
réunit. Voici le détail des effets qu'on
peut produire par fon moyen.
1º. Au premier clavier répond un Jeu
d'Orgue à l'uniffon de la Contre-baffe ,
& au fon de huit pieds qui imite le Baf-
fon & le Hautbois.
2°. Le ſeconddonne unJeu de Clave-
cin compoſé de deux uniffons & d'une
octave.
3°. On peut faire entendre enſemble
ou ſéparément l'Orgue & le Clavecin ,
non-feulement dans tout le cours d'une
pièce , mais dans les endroits qu'on ju-
gera à propos ; c'est-à-dire , qu'après les
avoir touchés enſemble , onpeut les ſe-
parer , ſans interrompre ſon jeu ,& vice
verfa; quel que ſoit le mouvement de la
piéce.
4°. On a fur cet Inſtrument la liberté
d'enfler les fons ou de les diminuer par
gradation;& cela s'exécute fans appuyer
davantage fur le Clavier, & fans déran-
ger les mains. Les fons les plus doux ,
& à peine perceptibles , peuvent aufli
fuccéder tout-à-coup auxplus forts &
aux plus pleins, &au contraire.
5.AceClavecin ſont encore adaptés
164 MERCURE DE FRANCE.
deux Jeux , l'un de Guittarre , l'autre de
Harpe , qui répondent au ſecond Cla-
vier ; mais de telle manière , que celui
qui les touche peut à ſon gré les fuppri-
mer , ou les faire entendre l'un ou l'au-
tre , ou tous les deux avec le Clavecin.
Il ſeroit ſuperflu de remarquer le nom-
brede combinaiſons différentes quipeu-
vent naître , au gré & fuivant le goût de
l'Artiſte qui touche l'instrument , de la
réunion , ou de la fuppreffion de quel-
ques-uns de ces Jeux. Nous laiſſons aux
gensdel'Art le ſoin d'apprécier cette in-
vention. Nous nous bornons à obſerver
que tous ceux qui ont entendu l'Inſtru-
ment de M. Berger , n'ont pu ſe refuſer
à une vive admiration , tant pour les ef
fets variés qu'il produit , que pour le
Mechaniſme , au moyen duquel il eſt
parvenu à réunir tant de Jeux différens.
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993
p. 189-197
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Début :
Quelqu'étendue que nous ayent déja couté les détails de cet Article, plus intéressant [...]
Mots clefs :
Décorations, Décoration, Opéra, Théâtre, Acte, Palais, Architecture, Genre, Jupiter, Spectacle, Palais des Tuileries
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texteReconnaissance textuelle : DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
DÉCORATIONS du nouveau Théâtre.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Quelqu'étendue que nous ayent déja
couté les détails de cet Article , plus intéreſſant
qu'à l'ordinaire par les circonſtances
, nous ne pourrions refufer
ſans injustice , de configner ici & d'apprendre
aux Lecteurs le ſuccès des foins
qu'on a pris pour la ſplendeur du Spectacle.
Le premier Acte offre à l'ouverture
du rideau un vaſte Palais , d'une belle
architecture , percé par des colonades
en point de côté. Cette décoration occupe
une grande partie de la fuperficie
du Théâtre dont elle annonce d'abord
affez avantageuſement l'étendue. En
effet diverſes évolutions & tous les évé
nemens de deux combats y ſont exécutés
par près de 80 hommes armés,ſans
embarras ,& les Tableaux en font toujours
distinctement apperçus dans l'ordre
naturel des vraiſemblances , par
ceque les eſpaces qui les environnens
font toujours aſſez vaſtes.
Les curieux voyent avec plaifir au
deuxiéme Acte , un de ces grands Monumens
funéraires de l'Antiquité ; où
l'on dépoſoit les Corps ou les Cendres
des Rois , & des Héros. On en apperçoit
l'intérieur par une vaſte ouverture qui
laiſſe voir, parmi d'autres, le Mauſolée de
Caſtor,au-deſſusduquel ſont ſuſpendues
des lampes ſépulcrales. On n'eſt pas
tombé dans l'erreur d'en faire un Catafalque
moderne. Les ornemens font
caractériſtiques ; ce lieu eſt environné
d'obéliſques , de pyramides ,&de Tombeaux.
Le tout eſt dans le vrai genre de
l'Antique , & d'un fort bon Ton de
couleur. Des perſonnages , couverts de
grands voiles de deuil ,pleurans ſur ce
Tombeau & tout le reſte de la Pompe
funébre, ajoutent à la vérité de l'image,
analogue aux admirables morceaux
de muſique que tout le monde connoît.
L'intérieur du Palais de Jupiter enFEVRIER
. 1764. Ign 1
vironné de toute ſa gloire , au troifiéme
Acte , est d'autant plus impoſant
qu'il laiſſe voir prèſque toute la grandeur
de ce Théâtre. Le Péryſtile du
Temple de ce Dieu , qui précéde l'ouverture
de cette décoration , a pour les
connoiffeurs le mérite de la compofition&
de l'execution d'unTableau d'Architecture.
Ils donnent en même tems
de juſtes éloges à la maniére dont eſt
traitée la Cavernne , qui ſert d'entrée
aux Enfers, au quatriéme Acte. Ce qui
plaît , ou plutôt , ce qui enchante généralement
tous les yeux , eſt la décoration
qui ſuit immédiatement celle-ci ,
pour repréſenter les Champs Elyſées . Il
n'eſt pas poſſible au Génie pittoreſque
de mieux réaliſer le Génie Poëtique
que l'on a fait en cette occaſion. L'image
que l'on y donne,du ſéjour délicieux
des ombres , eſt le plus beau choix de
la nature , c'eſt en même temps plus que
la nature ; dans le charme des effets.
L'oeil ſe promene , perce dans les allées
& fur les bords du Léthé. La vue
s'y repoſe ; elle y fixe , pour ainſi dire
l'âme par une volupté penſible , dont
rien ne trouble la douceur. Une gradation
bien ménagée , une entente heureuſe
des lumières , une fraîcheur ſuave
,
192 MERCURE DE FRANCE.
dans le coloris , tout donne à cette décoration
, le vrai , le fini , & le précieux
du plus agréable Tableau de Païfage
peint ſur le chevalet. Si cette précédente
décoration raſſemble tout ce
qu'on peut imaginer d'agrémens dans
l'ordre de la nature , celle qui termine
l'Opéra ,fait voir , par un effort ſupérieur
de l'Art , tout ce que l'imagination pourroit
ſe peindre dans l'ordre ſurnaturel
des merveilles .
Elle repréſente , au milieu des Airs , un
Palais iſolé de Jupiter , d'une Architecture
légère , foutenu fur des nuages. Il
communique par des galleries aux (pavillons
des Génies qui préfident aux Planettes
, déſignés par les attributs de ces
Divinités; celui de Jupiter , couronné
d'une coupole élégante & riche eſt défigné
par les Aigles. On voit au-delà une
partie du Zodiaque où ſont les deux Jumeaux
nouvellement inſtallés. Le globe
du Soleil y parcourt ſa carrière . Indépendamment
des attributs, on a fort ingénieufement
exprimé le Phyſique des
Planettes , par la ſuppoſition de globes
lumineux , placés dans chaque Pavillon,
dont les émiſſions rayonnantes paſſent
à travers les entre-colonnes . Un feul ,
qui fait fond au Pavillon de Jupiter ,
eft
FEVRIER. 1764. 193
eſt vû de face & en plein . Une chaleur,
un feu vaporeux , régne tellement dans
cette décoration , que tout eſt lumière
, & qu'il ſemble que la couleur
en ſoit la cauſe première. L'ordonnance
des parties d'Architecture eſt élégante
, noble & céleste. La matière paroît
en être de lapis ſurhauffé d'or. Mais
plutôt , par un preſtige fingulier la matière
s'y diftingue à peine , tout y eſt
fondu & tout y eſt diſtinct , en forte que
dans ce brillant enſemble on ne voit ,
on ne fent que la Divinité dont on peint
le ſéjour. Par un effet étonnant , les
rayons des globes lumineux ſemblent
abfolument diaphanes ſur des fonds de
la matière la plus opaque . En un mot ,
toute cette décoration peut être regardée
comme une forte de magie qui ne
doit ſes preſtiges qu'aux propres forces
de l'art. Nous n'avons encore rien vû
d'auffi neuf en ce genre au Théâtre
ſans qu'on ait employé aucuns de ces
fecours étrangers à la Peinture, qui doivent
toujours être dédaignés par les
Artiſtes dans les imitations d'un
grand genre . On ſera moins furpris de
ce que nous rapportons ici de ces deux
décorations , quand on ſçaura que le
célébre M. BOUCHER prèſque toujours
I
194 MERCURE DE FRANCE .
inſpiré par le génie & guidé par
le goût , s'eſt prêté à en donner
l'idée , & qu'elles ont été exécutées
ſur ſes deſſeins par d'habiles Artiſtes
qui ont déja donné des preuves de
leurs talens. Ils ont tellement ſaiſi
la penſée & même la manière de ce
grand Maître , qu'on diroit que ſa main
&fon eſprit ont conduit leurs pinceaux.
C'eſt une fatisfaction pour les
Amateurs de voir renaître & perfectionner
en France un genre qui paroifſoit
devoir, après le fameux Servandoni,
retomber dans la barbarie d'où il l'avoit
tiré. Ces deux principales décorations
ne doivent pas faire négliger le
mérite d'une autre qui précéde la grande
décoration de la fin& qui repréſente
les dehors de la Ville de Sparte avec
un Arc de Triomphe. Le ſeul rideau du
fond eſt pour les Connoiffeurs une
preuve du talent le plus diftingué ; la
compofition & l'exécution font , ainſi
que toutes les autres décorations de l'Opéra
, des mêmes Artiſtes qui ont peint
* M. Baudon a peint les Champs Elysées & la
Caverne de l'Enfer , MM. Canot & Lallemand la
Décoration de l'Olympe du cinquiéme Acte. Le
Rideau des dehors de la Ville de Sparte eſt encore
de M. Baudon .
FEVRIER . 1764. 195
d'après M. Boucher , les Champs Elyfées
& la derniere décoration .
En conſidérant le nombre & la
richeſſe des habillemens ; en y joignant
le détail que nous venons de faire des
décorations, dans le nombre deſquelles
deux ſeulement * ne ſont pas entièrement
neuves,mais réparées & augmenrées
relativement aux nouvelles proportions
; on ne peut refuſer de juſtes
Eloges au zèle & a l'attention des Directeurs
de ce Spectacle , qui doit faire
la gloire de la Nation, mais où tous
les genres de dépenſes vont ſe trouver
confidérablement multipliés.
On doit remettre l'Opéra de Titon &
l'Aurore , le Jeudi 9 du préſent mois
de Février . Onle continuera les Jeudis
de chaque ſemaine.
La nuit du deux au trois de ce mois
on donna le premier Bal , dans la nouvelle
Salle qui a été univerſellement admirée.
En décrivant celle de l'Opéra ,
nous avons décrit plus haut celle-ci qui
eſt une répétition entiére &exacte des
trois rangs de Loges ſur le Théâtre , depuis
les Balcons qui forment la Partie
du milieu & dans lesquels ſont établis
*Celle du premier Alte & celle du troifiéme..
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
**
des Buffets vis-à-vis de grands trumeaux
de glaces . Les deux extrémités
de la Salle font ceintrées uniformément.
Sur le Plafond, qui eſt continué , ſont répétés
les mêmes compartimens & il eſt
terminé par une coupole,pareille à celle
du deffus de l'Amphiteâtre. La Salle , en
totalité, eſt plus longue & plus large qu'à
l'ancienOpéra.Celle - ci a d'une extrémité
à l'autre environ 80 pieds dans oeuvre
& 28 a 30 de largeur. Les proportions
en font d'un effet fatisfaiſantau premier
coup d'oeil. Sa régularité & l'uniformité
des Ornemens des Loges , lui donnent
en même tems une nobleſſe & un éclat
dont il paroît que tout le monde convient.
Nous ne rappellons pas ici les
commodités & les agrémens que procurent
les parties extérieures, dont nous
avons parlé dans l'Article de la Salle
d'Opéra , & dont la néceſſité dans
celle-ci , en fait encore mieux fentir
tous les avantages.
:
Elle est éclairée par une quantité
confidérable de fort beaux Luftres &
Girandoles de Criſtal.
,
Le Roi ayant bien voulu favoriſer la
commodité du Public juſqu'à permettre
la même liberté de paſſage ,
indiſtinctement dans toutes les Cours ,
FEVRIER. 1764 . 197
tant
du Palais des Thuileries , que dans les
rues de la Ville , on arrive à toutes les
heures , dans toute eſpéce de Voitures ,
Carroffes de Place , comme autres ,
à l'Opéra qu'au Bal. On peut dans
tel temps de la nuit que ce fait , faire
avancer en ſortant un Carroſſe de Place .
juſques a la Porte de la Salle , moyennant
une marque qu'on délivre à ceux
qui en demandent.
Ces Salles pour l'Opéra & pour le
Bal , ont été ainſi diſpoſées dans celle
des Thuileries , avec les aſſujettiſſemens
preſcrits, par les ſoins de M. GABRIEL,
premier Architecte du ROI , concertés
avec M. SoUFFLOT , Contrôleur des
Bâtimens pour ce Palais ,& fous fa conduite.
M. GIRAULD, Ingénieur Machiniſte
de l'Académie Royale de Muſique , &
des Menus Plaiſirs du Roi , a donné de
nouvelles preuves , en cette occafion ,
de ſes talens & de fa grande intelligence.
Aucuns des mouvemens , fi compliqués
, n'ayant manqué leur jeu dès la
première repréſentation , & le changement
fingulier de la Salle de Spectacle
en celle de Bal , s'opérant en moins de
trois heures.
Fermer
994
p. 238
AVIS.
Début :
Par Brevet & Privilége confirmé par 2 Arrêts du Parlement, du 17 Mai & 4 Décembre 1747, [...]
Mots clefs :
Pâte de guimauve, Suc de réglisse, Maladies, Poumons, Médecins, Guérison, Contrefaçon
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
PAR Brevet & Privilége confirmé par 2 Arrêts
du Parlement , du 17 Mai & 4 Décembre 1747 ,
Mile DESMOULINS & feue ſa mere , ont depuis
plus de foixante ans continué de compofer & diftribuer
la Pâte de Guimauve & Suc de Réglife
fans fucre , pour toutes les maladies du Poumon ,
Tour, Rhume, Afthme , Fluxions de Poitrine, &c.
avec l'approbation de MM. les premiers Médecins
du Roi , & de la Faculté de Paris , leſquels s'en fervent
eux-mêmes , & en ordonnent l'uſage à leurs
Malades.Quoique les Contrefaiſeurs deſdites Pâte
&Sucre, diſent que Mile DESMOULINS leur a
vendu ſon ſecret , elle prouvera que l'envie & la
jalouſie ontpûſeules leur faire débiter ces menſonges,
& qu'elles n'ont communiqué leur ſecret à
perſonne. Leſdites Pâte & Sucre ne ſe gâtent point ,
peuvent ſe tranſporter par- tout ſans rien perdrede
leur qualité. Leur prix eſt de 8 liv. la livre. Mlle
DESMOULINS demeure toujours rue du Cimetiere
S. André des Arts, la premiere porte carrée à droite,
en fortant du Cloître , chez Mile Charmeton , au
deuxićme.
PAR Brevet & Privilége confirmé par 2 Arrêts
du Parlement , du 17 Mai & 4 Décembre 1747 ,
Mile DESMOULINS & feue ſa mere , ont depuis
plus de foixante ans continué de compofer & diftribuer
la Pâte de Guimauve & Suc de Réglife
fans fucre , pour toutes les maladies du Poumon ,
Tour, Rhume, Afthme , Fluxions de Poitrine, &c.
avec l'approbation de MM. les premiers Médecins
du Roi , & de la Faculté de Paris , leſquels s'en fervent
eux-mêmes , & en ordonnent l'uſage à leurs
Malades.Quoique les Contrefaiſeurs deſdites Pâte
&Sucre, diſent que Mile DESMOULINS leur a
vendu ſon ſecret , elle prouvera que l'envie & la
jalouſie ontpûſeules leur faire débiter ces menſonges,
& qu'elles n'ont communiqué leur ſecret à
perſonne. Leſdites Pâte & Sucre ne ſe gâtent point ,
peuvent ſe tranſporter par- tout ſans rien perdrede
leur qualité. Leur prix eſt de 8 liv. la livre. Mlle
DESMOULINS demeure toujours rue du Cimetiere
S. André des Arts, la premiere porte carrée à droite,
en fortant du Cloître , chez Mile Charmeton , au
deuxićme.
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Résumé : AVIS.
L'avis concerne Mile Desmoulins et sa mère, qui fabriquent et distribuent depuis plus de soixante ans une pâte de guimauve et un sirop de réglisse sans sucre, destinés au traitement des maladies pulmonaires telles que la toux, le rhume, l'asthme et les fluxions de poitrine. Ces produits ont été approuvés par les premiers médecins du Roi et la Faculté de Paris, qui les utilisent et les prescrivent à leurs patients. Mile Desmoulins réfute les allégations des contrefacteurs selon lesquelles elle aurait vendu son secret, attribuant ces accusations à l'envie et à la jalousie. Les produits ne se détériorent pas et peuvent être transportés sans perdre leurs qualités. Leur prix est de 8 livres la livre. Mile Desmoulins réside rue du Cimetière Saint-André des Arts, première porte carrée à droite en sortant du Cloître, chez Mile Charmeton, au deuxième étage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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995
p. 39-44
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
Début :
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai point trop enrichi l'image, ne tiennent [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère,
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
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996
p. 66
AUTRE.
Début :
Toujours en l'air, toujours en peine, [...]
Mots clefs :
Crémaillère
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
TOUJOURS OUJOURS en l'air , toujours en peine ,
La moitié de mon corps ſur l'autre ſe proméne.
Tantôtje monte , & tantôt je deſcends ;
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde ,
Je fais bien pis , je lui montre les dents :
C'eſt pourtant ſans que je le morde.
TOUJOURS OUJOURS en l'air , toujours en peine ,
La moitié de mon corps ſur l'autre ſe proméne.
Tantôtje monte , & tantôt je deſcends ;
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde ,
Je fais bien pis , je lui montre les dents :
C'eſt pourtant ſans que je le morde.
Fermer
997
p. 135-144
« PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
Début :
PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
PROSPECTUS d'une Diplomatique
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
Fermer
998
p. 144-145
SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux Prix qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1765.
Début :
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de réserver le Prix de la Poësie, en 1764, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJETS proposés par l'Académie Royale des Sciences & Beaux-Arts, établie à Pau, pour deux Prix qui seront distribués le premier Jeudi du mois de Février 1765.
SUJETS proposés par l'Académie
Royale des Sciences & Beaux-Arts,
établie à Pau, pour deux Prix qui
seront distribués le premier Jeudi du
mois de Février 1765.
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de
réserver le Prix de la Poësie, en 1764,
endonnera deux en 1765 , l'un à un
Ouvrage
MARS. 1764.
145
Ouvrage de Proſe qui aura pour Sajet :
Le moyen le plus propre d'établir un
Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont
le Sujet ſera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages , ne pourront excéder
une demie heure de lecture , il en fera
fait deux exemplaires , qui feront adref-
fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire
de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre & s'ils ne
font affranchis des frais du port. Cha-
que Auteur mettra à la fin de fon Ou-
vrage la Sentence qu'il voudra ;
il la
répétera au-deſſus d'un Billet cacheté
dans lequel il écrira ſon nom.
M. Cazalet de Pau , qui n'a pas vingt
ans , eſt l'Auteur de l'Ouvrage qui a
remporté le prix en 1764.
Royale des Sciences & Beaux-Arts,
établie à Pau, pour deux Prix qui
seront distribués le premier Jeudi du
mois de Février 1765.
L'ACADÉMIE ayant jugé à propos de
réserver le Prix de la Poësie, en 1764,
endonnera deux en 1765 , l'un à un
Ouvrage
MARS. 1764.
145
Ouvrage de Proſe qui aura pour Sajet :
Le moyen le plus propre d'établir un
Commerce utile en Bearn.
L'autre à un Ouvrage de Poëfie dont
le Sujet ſera :
Les Avantages de la Navigation.
Les Ouvrages , ne pourront excéder
une demie heure de lecture , il en fera
fait deux exemplaires , qui feront adref-
fés à M. de Faget de Pomps , Secrétaire
de l'Académie ; on n'en recevra aucun
après le mois de Novembre & s'ils ne
font affranchis des frais du port. Cha-
que Auteur mettra à la fin de fon Ou-
vrage la Sentence qu'il voudra ;
il la
répétera au-deſſus d'un Billet cacheté
dans lequel il écrira ſon nom.
M. Cazalet de Pau , qui n'a pas vingt
ans , eſt l'Auteur de l'Ouvrage qui a
remporté le prix en 1764.
Fermer
999
p. 145-149
PRIX proposés par la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de PARIS.
Début :
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposés par la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de PARIS.
PRIX proposés par la Société Royale
d'Agriculture de la Généralité de
PARIS.
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ce de la plus grande fécondité poffible
des terres , relativement à leurs quali-
tés; & des moyens de procurer cette
fécondité, ſoit par les labours, ſoit par
les engrais.
Le ſuccès des labours peut dépendre
de pluſieurs cauſes, telles que leur fré-
quence , leur profondeur plus ou moins
grande , & l'influence du temps le plus
propre à la préparation des terres.
Le ſuccès des engrais procède de
leur qualité & quantité, qui doivent
toujours être relatives à la qualité des
terres; de la meilleure méthode de pré-
parer les fumiers; du degréde leur fer-
mentation au temps où ils font em-
ployés, & plus particulièrement encore
du temps de les répandre & de les en-
fouir; enfin de l'état où se trouvent les
terres lorſqu'on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif-
fance exacte de ces moyens de fécon-
dité, que par des obſervations & des
expériences dont les réſultats ſoient
bien conftatés.
Dans lavue d'encourager les Cultiva-
reurs à ſe livrer à un travail auffi eſſen-
tiel au bien public, la Société Royale
d'Agriculture propoſe des Prix à ceux
MARS. 1764.
147
quiauront obtenu la récolte defroment la
plus abondante & de la meilleure quali-
té ,fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs font, par leur pro-
feffion,à portée de connoître la qualité
de chaque eſpèce de terres , & les pro-
priétés des différentes cultures;la Socié-
té les invite à ſe regarder comme plus
plus particulièrement engagés à des re-
cherches auffi intéreſſantes, & dont le
fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
1.º Les cinq arpens qui feront culti-
vés pour concourir aux Prix , feront
enune ſeule pièce , & de la meſure du
lieu; la différence des meſures locales
étant relatives à celle qui ſe trouve dans
les produits.
2. On ne pourra choiſir que des
terres qui ſoient actuellement & ha-
bituellement en culture , & non des
terres nouvellement défrichées , ſoit
d'herbages , foit de vignes ou de bois ,
ou précédemment employées au jardi-
nage , ni à toute autre production cul-
tivée à bras.
3.º Ces terres feront entièrement
labourées à la charrue.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
4.º Les ſemences pourront ſe faire
à la main , ſuivant l'ufage de chaque
lieu ; ou avec le ſemoir , ſi les Concur-
rens jugent à propos de ſe ſervir de
cet inſtrument , ou par telle autre mé-
thode qu'ils voudront éſſayer.
tatée par la meſure & le poids.
:
5.º La quantité de ſemence ſera conf-
6.° La récolte ſera conſtatée par le
nombre & la meſure des gerbes , par
la meſure & le poids du grain qui en
fera provenu , après qu'elles auront
été battues , & que le grain en aura
été bien criblé.
7.º Ceux qui ſe propoſeront pour
le concours , en donneront avis , avant
le 1. Août au plus tard , à M. de Pa-
lerne , Secrétaire perpétuel de la Société
Royale d'Agriculture , & lui adrefſferont
leurs lettres , ſous l'enveloppe de M.
l'Intendant de la Généralité de Paris..
8.º Les faits qui font l'objet des fix
premiers articles de ces conditions , ſe-
ront conſtatés diſtinctement & dans la
forme la plus exacte , par des cettificats
des Curé , Syndic , & des deux princi-
paux Laboureurs du lieu ; & le Con-
currentjoindra à ces certificats unMés
moire détaillé de la culture ordinaire
du lieu , & de la méthode particulière
MARS. 1764.
149
qu'il aura pratiquée , tant à l'égard des
labours qu'à l'égard des engrais , pour
faire connoître par cette comparaiſon ,
les principes & les avantages d'une
meilleure culture ; ce Mémoire fera cer-
tifié de même que les autres piéces.
9.° Ces certificats &Mémoires ſeront
adreſſés à M. de Palerne , ainſi
er
de quoi ils ne ſferont plus reçus.
qu'il
eſt dit à l'article 7. avant le 1. Dé-
cembre 1765 au plus tard , à défaut
10. ° Il ſera diſtribué , dans les pre-
miers jours de Janvier 1766 , cinq Prix
à ceux des Concurrens qui auront le
mieux réuffi. Le premier , de la ſomme
de Cinq cens livres , ſera adjugé à celui
qui aura obtenu la récolte la plus abon-
dante , relativement à la qualité & au
produit ordinaire de la terre qu'il aura
cultivée. Les quatre autres ,l'un de Trois
cens livres , un de Deux cens livres ,
& deux de Cent livres chacun , feront
la récompenſe de ceux des Concurrens
qui auront le plus approché du fuccés
qui aura mérité le premier Prix.
d'Agriculture de la Généralité de
PARIS.
UN des principaux objets des recherches de l'Agriculture, est la connoissance
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ce de la plus grande fécondité poffible
des terres , relativement à leurs quali-
tés; & des moyens de procurer cette
fécondité, ſoit par les labours, ſoit par
les engrais.
Le ſuccès des labours peut dépendre
de pluſieurs cauſes, telles que leur fré-
quence , leur profondeur plus ou moins
grande , & l'influence du temps le plus
propre à la préparation des terres.
Le ſuccès des engrais procède de
leur qualité & quantité, qui doivent
toujours être relatives à la qualité des
terres; de la meilleure méthode de pré-
parer les fumiers; du degréde leur fer-
mentation au temps où ils font em-
ployés, & plus particulièrement encore
du temps de les répandre & de les en-
fouir; enfin de l'état où se trouvent les
terres lorſqu'on y enterre les fumiers.
On ne peut parvenir à une connoif-
fance exacte de ces moyens de fécon-
dité, que par des obſervations & des
expériences dont les réſultats ſoient
bien conftatés.
Dans lavue d'encourager les Cultiva-
reurs à ſe livrer à un travail auffi eſſen-
tiel au bien public, la Société Royale
d'Agriculture propoſe des Prix à ceux
MARS. 1764.
147
quiauront obtenu la récolte defroment la
plus abondante & de la meilleure quali-
té ,fur un terrain de cinq arpens.
Les Laboureurs font, par leur pro-
feffion,à portée de connoître la qualité
de chaque eſpèce de terres , & les pro-
priétés des différentes cultures;la Socié-
té les invite à ſe regarder comme plus
plus particulièrement engagés à des re-
cherches auffi intéreſſantes, & dont le
fuccès leur feroit fi honorable.
Conditions du Concours.
1.º Les cinq arpens qui feront culti-
vés pour concourir aux Prix , feront
enune ſeule pièce , & de la meſure du
lieu; la différence des meſures locales
étant relatives à celle qui ſe trouve dans
les produits.
2. On ne pourra choiſir que des
terres qui ſoient actuellement & ha-
bituellement en culture , & non des
terres nouvellement défrichées , ſoit
d'herbages , foit de vignes ou de bois ,
ou précédemment employées au jardi-
nage , ni à toute autre production cul-
tivée à bras.
3.º Ces terres feront entièrement
labourées à la charrue.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
4.º Les ſemences pourront ſe faire
à la main , ſuivant l'ufage de chaque
lieu ; ou avec le ſemoir , ſi les Concur-
rens jugent à propos de ſe ſervir de
cet inſtrument , ou par telle autre mé-
thode qu'ils voudront éſſayer.
tatée par la meſure & le poids.
:
5.º La quantité de ſemence ſera conf-
6.° La récolte ſera conſtatée par le
nombre & la meſure des gerbes , par
la meſure & le poids du grain qui en
fera provenu , après qu'elles auront
été battues , & que le grain en aura
été bien criblé.
7.º Ceux qui ſe propoſeront pour
le concours , en donneront avis , avant
le 1. Août au plus tard , à M. de Pa-
lerne , Secrétaire perpétuel de la Société
Royale d'Agriculture , & lui adrefſferont
leurs lettres , ſous l'enveloppe de M.
l'Intendant de la Généralité de Paris..
8.º Les faits qui font l'objet des fix
premiers articles de ces conditions , ſe-
ront conſtatés diſtinctement & dans la
forme la plus exacte , par des cettificats
des Curé , Syndic , & des deux princi-
paux Laboureurs du lieu ; & le Con-
currentjoindra à ces certificats unMés
moire détaillé de la culture ordinaire
du lieu , & de la méthode particulière
MARS. 1764.
149
qu'il aura pratiquée , tant à l'égard des
labours qu'à l'égard des engrais , pour
faire connoître par cette comparaiſon ,
les principes & les avantages d'une
meilleure culture ; ce Mémoire fera cer-
tifié de même que les autres piéces.
9.° Ces certificats &Mémoires ſeront
adreſſés à M. de Palerne , ainſi
er
de quoi ils ne ſferont plus reçus.
qu'il
eſt dit à l'article 7. avant le 1. Dé-
cembre 1765 au plus tard , à défaut
10. ° Il ſera diſtribué , dans les pre-
miers jours de Janvier 1766 , cinq Prix
à ceux des Concurrens qui auront le
mieux réuffi. Le premier , de la ſomme
de Cinq cens livres , ſera adjugé à celui
qui aura obtenu la récolte la plus abon-
dante , relativement à la qualité & au
produit ordinaire de la terre qu'il aura
cultivée. Les quatre autres ,l'un de Trois
cens livres , un de Deux cens livres ,
& deux de Cent livres chacun , feront
la récompenſe de ceux des Concurrens
qui auront le plus approché du fuccés
qui aura mérité le premier Prix.
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1000
p. 154-158
EAUX FILTRÉES. AVIS AU PUBLIC.
Début :
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées du Port-à-l'Anglois ont commencé [...]
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texteReconnaissance textuelle : EAUX FILTRÉES. AVIS AU PUBLIC.
EAUX FILTRÉES.
AVIS AU PUBLIC.
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées
du Port-à-l'Anglois ont commencé
leurdiſtribution le 30 Janvier dernier
avec un applaudiſſement; & tous les
honnêtes gens ont pris part aux dif-
férens, accidens qu'ils ont éſſuyés par
la crue inattendue des eaux & le débor-
dement de la rivière , qui a ſubmergé
toute leur manutention , & mis leur
établiſſement à deux doigtsde ſa perte
MARS. 1764.
155
C'eſt dans cette criſe que leur zéle a fair
les plus grands efforts pour foutenir
leur ſervice , & remplir autant qu'il a
été en leur pouvoir les obligations d'un
Etabliſſement ſi intéreſſant au bien de
l'humanité. Ils n'ont rien épargné pour
fatisfaire le Public ; ſoins , peines &
dépenſes , tout a été prodigué ; ils ſe
ſont même montrés avec distinction
dans quelques occafions périlleuſes , où
il y a eu pluſieurs de leurs barques
toutes chargées de paniers , bouteilles.
&autres uftenciles , qui ont été écrafés
par des coups de vent , & coulés à
fonds avec perte de quelques-uns de
leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le
plus grand chagrin en portant les yeux.
fur les vafes & bouteilles de grez qui
contiennent leur eau , qu'il y en avoit
-d'une qualité inférieure qui donne un
louche à ces mêmes eaux & ſe diffol-
vent enpartie par le défaut qu'ont ces
vafes de n'avoir pas été affés cuits ni
féchés. Les Entrepreneurs les font re--
tirer à meſure qu'on les découvre; &
quoiqu'en laiſſantun peu repoſer l'eau
dans ces bouteilles,elle reprennebien-
tôt ſa première clarté, ſans jamais al--
térer ſa bonté primitive , néanmoins
comme l'eau de ces vaſes choque les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
yeux , les Entrepreneurs prient le Pu-
blic de vouloir bien faire rapporter ces
mêmes bouteilles chacun au dépôt où il
ſe fournit avec une petite marque à
la craye qui les puiſſe faire recon-
noître.
Leur ſervice ayant commencé dans
la ſaiſon la plus ingrate & la plus ri-
goureuſe , ils n'ont pu être en garde
contre l'infidélité de quelques fournif
ſeurs qui ont trompé leur confiance par
la défectuoſité de ces vaſes. Il en eft
de même pour la fureté du cachet des
bouteilles ; les Entrepreneurs font in-
formés qu'il s'eſt déja gliffé de la frau-
de , & qu'il ſe ſubſtitue dans quelques
maiſons une autre eau à la leur en levant
le bouchon qui n'étoit pas affez her-
métiquement cacheté. Dans cet état ,
quoique l'expédient de la ficelle & du
nœud des Marchands de vin ſoit plus
couteux à la régie , les Entrepreneurs
vont faire ficeler& cacheter leurs vafes ;
en forte qu'il ſera à la portée des Maî-
tres , de jetter un coup d'œil ſur les
bouteilles , & de s'aſſurer par eux-mê-
mes de la fidélité des cachets: précau-
tion très-recommandée par les Entre-
preneurs , comme de renvoyer aux dé-
pôts , les bouteilles douteuſes , où il y
MARS. 1764 .
157
aura ordre d'en donner d'autres à la
place , toujours avec une marque qui
puiſſe les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiſſemens ont tou-
jours des précautions à prendre & des
fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs
ne peuvent pas eſpérer que le leur fera
tout d'un coup affranchi de ces défagré-
mens ; & c'eſt ce qui les a portés à prier
le Public de donner ſes conſeils & fes
avis dans les ſujets qui lui paroîtront
dignes de ſes remarques.
A l'égard d'une infinité de propos
abfurdes
,
que des mal-intentionnés
répandent journellement ſur la qualité
&la bonté de leurs eaux , les Entrepre-
neurs en appellent au Public fenfé &
impartial. Tout le monde connoît quel-
les font leurs opérations & leur manu-
tention au Port - à - l'Anglois; tout le
monde peut voir en détail & fe con-
vaincre par ſes propres yeux , fi la
flitration ſe fait par des préparations
chymiques , & s'ils employent ou l'alun
ouaucuneautre eſpéce de compoſitions.
Ces contes groffiers , & ces inventions ri-
dicules ne peuvent ſurprendre que les
eſprits foibles qui croyent ſans appro-
fondir , ou le vulgaire ignorant.
: La Faculté de Médecine a déja conf-
(
158 MERCURE DE FRANCE.
taté par ſes Commiſſaires labonté& les
excellentes qualités de l'eau des Entre-
preneurs : fon décret qui n'a été rendu
qu'après l'examen le plus fcrupuleux ,
eſt l'écueil des rêveries qui ſe débitent ,
&la ſeule réponſe qu'on doity faire.
Les Entrepreneurs ne s'occupant que
des moyens d'étendre leur établiſe-
ment , pour le mettre à la portée d'un
chacun , vont augmenter le nombre
de leurs petits dépôts , & employer
pluſieurs charettes pour approviſionner
tous les différens quartiers de la Ca-
pitale.
AVIS AU PUBLIC.
LES Entrepreneurs des Eaux filtrées
du Port-à-l'Anglois ont commencé
leurdiſtribution le 30 Janvier dernier
avec un applaudiſſement; & tous les
honnêtes gens ont pris part aux dif-
férens, accidens qu'ils ont éſſuyés par
la crue inattendue des eaux & le débor-
dement de la rivière , qui a ſubmergé
toute leur manutention , & mis leur
établiſſement à deux doigtsde ſa perte
MARS. 1764.
155
C'eſt dans cette criſe que leur zéle a fair
les plus grands efforts pour foutenir
leur ſervice , & remplir autant qu'il a
été en leur pouvoir les obligations d'un
Etabliſſement ſi intéreſſant au bien de
l'humanité. Ils n'ont rien épargné pour
fatisfaire le Public ; ſoins , peines &
dépenſes , tout a été prodigué ; ils ſe
ſont même montrés avec distinction
dans quelques occafions périlleuſes , où
il y a eu pluſieurs de leurs barques
toutes chargées de paniers , bouteilles.
&autres uftenciles , qui ont été écrafés
par des coups de vent , & coulés à
fonds avec perte de quelques-uns de
leurs mariniers. Ils ont donc vu avec le
plus grand chagrin en portant les yeux.
fur les vafes & bouteilles de grez qui
contiennent leur eau , qu'il y en avoit
-d'une qualité inférieure qui donne un
louche à ces mêmes eaux & ſe diffol-
vent enpartie par le défaut qu'ont ces
vafes de n'avoir pas été affés cuits ni
féchés. Les Entrepreneurs les font re--
tirer à meſure qu'on les découvre; &
quoiqu'en laiſſantun peu repoſer l'eau
dans ces bouteilles,elle reprennebien-
tôt ſa première clarté, ſans jamais al--
térer ſa bonté primitive , néanmoins
comme l'eau de ces vaſes choque les
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
yeux , les Entrepreneurs prient le Pu-
blic de vouloir bien faire rapporter ces
mêmes bouteilles chacun au dépôt où il
ſe fournit avec une petite marque à
la craye qui les puiſſe faire recon-
noître.
Leur ſervice ayant commencé dans
la ſaiſon la plus ingrate & la plus ri-
goureuſe , ils n'ont pu être en garde
contre l'infidélité de quelques fournif
ſeurs qui ont trompé leur confiance par
la défectuoſité de ces vaſes. Il en eft
de même pour la fureté du cachet des
bouteilles ; les Entrepreneurs font in-
formés qu'il s'eſt déja gliffé de la frau-
de , & qu'il ſe ſubſtitue dans quelques
maiſons une autre eau à la leur en levant
le bouchon qui n'étoit pas affez her-
métiquement cacheté. Dans cet état ,
quoique l'expédient de la ficelle & du
nœud des Marchands de vin ſoit plus
couteux à la régie , les Entrepreneurs
vont faire ficeler& cacheter leurs vafes ;
en forte qu'il ſera à la portée des Maî-
tres , de jetter un coup d'œil ſur les
bouteilles , & de s'aſſurer par eux-mê-
mes de la fidélité des cachets: précau-
tion très-recommandée par les Entre-
preneurs , comme de renvoyer aux dé-
pôts , les bouteilles douteuſes , où il y
MARS. 1764 .
157
aura ordre d'en donner d'autres à la
place , toujours avec une marque qui
puiſſe les faire mettre au rebut.
Les nouveaux établiſſemens ont tou-
jours des précautions à prendre & des
fraudes à réprimer. Les Entrepreneurs
ne peuvent pas eſpérer que le leur fera
tout d'un coup affranchi de ces défagré-
mens ; & c'eſt ce qui les a portés à prier
le Public de donner ſes conſeils & fes
avis dans les ſujets qui lui paroîtront
dignes de ſes remarques.
A l'égard d'une infinité de propos
abfurdes
,
que des mal-intentionnés
répandent journellement ſur la qualité
&la bonté de leurs eaux , les Entrepre-
neurs en appellent au Public fenfé &
impartial. Tout le monde connoît quel-
les font leurs opérations & leur manu-
tention au Port - à - l'Anglois; tout le
monde peut voir en détail & fe con-
vaincre par ſes propres yeux , fi la
flitration ſe fait par des préparations
chymiques , & s'ils employent ou l'alun
ouaucuneautre eſpéce de compoſitions.
Ces contes groffiers , & ces inventions ri-
dicules ne peuvent ſurprendre que les
eſprits foibles qui croyent ſans appro-
fondir , ou le vulgaire ignorant.
: La Faculté de Médecine a déja conf-
(
158 MERCURE DE FRANCE.
taté par ſes Commiſſaires labonté& les
excellentes qualités de l'eau des Entre-
preneurs : fon décret qui n'a été rendu
qu'après l'examen le plus fcrupuleux ,
eſt l'écueil des rêveries qui ſe débitent ,
&la ſeule réponſe qu'on doity faire.
Les Entrepreneurs ne s'occupant que
des moyens d'étendre leur établiſe-
ment , pour le mettre à la portée d'un
chacun , vont augmenter le nombre
de leurs petits dépôts , & employer
pluſieurs charettes pour approviſionner
tous les différens quartiers de la Ca-
pitale.
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