Résultats : 25 texte(s)
Détail
Liste
1
p. 5-9
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
Début :
LES entreprises des mauvais Citoyens contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. Premier, second & troisième Discours contre la LOI AGRAIRE, proposée par SERVILIUS RULLUS, Tribun du Peuple.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
Discours de CICÉRON.
Premier, second & troisième Discours
contre la LOI AGRAIRE, proposée
par SERVILIUS RULLUS, Tribun
du Peuple.
LES entreprises des mauvais Citoyens
contre l'Etat ne sont jamais plus dangereuses,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
que quand ils ont l'adreffe de
les couvrir du prétexte ſpécieux du bien
public. Le Peuple toujours eſclave de
quiconque ſçait le flatter , ſe prévient
en leur faveur; il adore en eux les pères
de la Patrie ; & les vrais patriotes qui
voient le mal, qui voudroient l'empê-
cher , font toujours arrêtés quand ils
veulent y apporter reméde. L'Hif-
toire des trois Difcours de Cicéron con-
tre la LoiAgraire , prononcés, le pre-
mier dans le Sénat , les deux autres
devant le Peuple , eſt une preuve des
difficultés que trouvent les plus grands
hommes à ramener les eſprits prévenus.
Ceux à qui l'Histoire Romaine eſt
un peu familière , ſçavent que la pro-
pofition de cette Loi fameuſe fut fou-
vent une cauſe & prèſque toujours un
prétexte de divifion entre le Sénat &le
Corps des Patriciens qui ne voulurentja-
mais y entendre , & le Peuple animé
par ſes Tribuns qui n'avoit rien tant à
cœur que de la faire recevoir.
Le premier des Magiftrats qui en con-
çut le projet , Servilius Rullus,étoitun
de ces hommes hardis & entreprenans,
qui avec un génie médiocre , des vues
fuperficielles & un fond inépuiſable de
témérité , ſe croient capables de faire
MARS. 1764.
7
de grandes choſes. Né dans une famille
Plébéienne,il fut élevé dans les principes
de cette haine ordinaire à tous les Mem-
bres de ce Corps contre l'autre.La puif-
fance du Peuple n'éclatoit jamais da-
vantageque lorſqu'un ſeul mot (a) pro-
noncé par ſes Tribuns , arrêtoit ou fuf-
pendoit les arrêts & les délibérations du
Sénat. Jaloux de jouir de cette préro-
gative unique dans l'Etat , Rullus n'ou-
blia rien pour parvenir à cette dignité.
Revêtu de l'emploi de Tribundu Peuple,
l'objet , de tous ſes vœux , il ne tarda
pas à éprouver juſqu'où pouvoit aller
fon pouvoir.
Chaque fiécle a produit ſes foux &
fes folies. Eh combien le nôtre n'en a-
t-il pas fourni de preuves ! ... Quoi-
qu'il en foit , Rullus embraſſa avec
ardeur la propoſition de partager éga-
lement les fonds de terre entre tous
les Membres de la République ; idée
ridicule & dangereuſe , qui en ruinant
les fortunes des Citoyens , détruiſoit
leCommerce ,affoibliſſoit les reſſources
de l'Etat , & l'anéantiſſoit lui-même.
Cicéron , & avec lui tous les gens
ſenſés , fentirent bientôt toutes les ſuites
(a) VETO.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
fâcheuſes qu'alloit avoir la loi propoſée
par Rullus ſi on l'acceptoit. Les Magif-
trats obfervoient alors la coutume d'al-
ler en grande pompe & ſuivis d'un
cortége nombreux facrifier au Capitole
le premier jour de Janvier de chaque
année. Cette cérémonie religieuſe ache-
vée , le Sénat s'aſſembloit , & ceux qui
avoient quelque nouveauté à propoſer
au Peuple , venoient en faire part aux
Pères Confcripts , comme on les-appel-
loit alors. Rullus s'y trouva : ſon pro-
jet excita l'indignation publique. Cha-
cun jetta les yeux fur Cicéron , l'inter-
prête ordinaire de tous les ſentimens
dans les grandes occaſions. Ce fut alors
qu'il prononça ſon premier difcours
contre la Loi Agraire , chef-d'œuvre
d'élégance& de philoſophie,où il prouve
avec autantd'éloquence que de folidité,
que recevoir le projet du Tribun c'é-
toit épuiſer le tréſor public , abolir les
tributs , bouleverſer les fortunes des
particuliers , enlever en un mot à l'Em-
pire Romain tous les moyens de faire
la guerre avec gloire , & de jouir avec
tranquillité des fruits de la paix.
Terraffé par les raiſons convaincantes
de notre Orateur , Rullus ne renonça
pourtant pas à l'eſpérance de faire re-
MARS. 1764.
cevoir ſa Loi ;
9
il crut que l'im-
pudence & l'opiniâtreté ſuppléroient
aux raiſons. Le Peuple fut aſſemblé
pluſieurs fois ; & l'affaire miſe en dé-
libération : Cicéron ne crut pas devoir
ſe taire. C'eſt dans ces circonstances qu'il
prononça devant le peuple ſes deux
autres difcours. La gloire dont il ſe
couvrit en ramenant à ſon avis une
multitude prévenue & aveuglée , fait
mieux l'éloge de ces deux piéces &de
leur illustre Auteur que tout ce quej'en
pourrois dire ici..
Fermer
2
p. 9-14
ODE A LA PEINTURE. Omnia transformat sese in miracula rerum. Virg. Georg. Lib. 4.
Début :
TOI que la main de l'industrie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A LA PEINTURE. Omnia transformat sese in miracula rerum. Virg. Georg. Lib. 4.
ODE A LA PEINTURE.
Omnia transformat sese in miracula rerum.
Virg. Georg. Lib. 4.
TOI que la main de l'industrie
Grava ſur l'aîle du hazard ,
2.
Peinture , heureux fruit du génie ,
Éclatante fille de l'art ,
Que ton temple s'ouvre à ma vue !
Mon eſprit parcourt l'étendue
Où brillent tes traits créateurs ;
Peins-moi ce que je dois décrire ,
Et ſurtout répands ſur ma lyre
L'éclat pompeux de tes couleurs.
V
10 MERCURE DE FRANCE .
Sous tes pinceaux que voit-je éclore
Quel feu , quelle rapidité !
L'ombre s'imprime , ſe colore ,
Et ſe change en réalité.
Quel prodige anime la toile ?
L'Univers entier ſe dévoile ,
Tout ſe renouvelle à mes yeux :
Ton crayon avec énergie
Crée, raſſemble , vivifie :
J'embraſſe les temps & les lieux.
L'éclat, la force, l'élégance ,
La douceur , les grâces ,l'amour,
Par une heureuſe concurrence
Décorent ton front tour- à-tour.
Hs vont par ton ordre ſuprême
Au ſein de la Nature même ,
Ravir le germe des couleurs
Dont le précieux aſſemblage
Nous préſente une vive image-
De ſes traits les plus enchanteurs.
Ton crayon enchaîne l'efpace,
Et par ſes fublimes effets ,
Sur une légére furface,
Trace & réunit les objets.
Mais que vois-je ? tamainhardie
Porte les couleurs & la vie
Dans le fombre abîme du Temps
MARS.. 1764.
Arbitrede la Renommée ,
Tu viens , à la Terre étonnée ,
Montrer ſes anciens Habitans.
Par le charme de tes images ,
Les lieux , les Peuples & les arts ,
Perpétués dans tes Ouvrages ,
Se ſuccédent à mes regards:
Tout renaît , & , par toi , les hommes ,
Retraçant au temps où nous ſommes ,
Leurs Loix , leurs uſages , leurs mœurs ,
Ont fur tes aîles fortunées ,
Franchi le torrent des années ,
Pour revivre dans tes couleurs..
Que la plus profonde ignorance
S'éclaire de ton feu divin ::
Le langage de l'évidence
Frappe, inſtruit , tout le genre humains
Qu'à tes progrès tout s'intéreſſe.
Ah! qu'à juſte titre la Gréce
Voulut ennoblir tes pinceaux ,
Quand,vainqueurdes bornes de l'âge ,
Ton art , honorant le courage ,
Immortaliſoit ſes Héros !
C'eſt luidont le ſouffle rapide,
Raſſemblant les mânes épars ,
Ranime une Armée intrépide ,
Avi
II
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'ombre de ſes étendarts :
Qui nous peint le Dieu des batailles ,
Le fer, le ſang , les funérailles ,
Que ſuit le char de la terreur ;
Là des ruines entaſſées,
Plus loin des Cités embraſées ,
Le feu , le carnage & l'horreur.
Maisquoi , le ſpectacle du monde
N'eſt-il que celui de nos maux ?
Opeinture ! ô ſource féconde ,
N'as-tu pas des plus doux pinceaux ?
Quand, par une amoureuſe adreſſe ,
La main même de la tendreſſe
Eut ébauché tes premiers traits ,
Ne vit-on pas celles des grâces ,
Colorant ſes aimables trâces ,
Hâter le cours de tes progrès ?
Rivale en tout de la Nature ,
Cequ'elle enfante de plus beau
Comme par une glace pure ,
Eſt répété par ton pinceau :
Ton art , comme elle inépuiſable ,.
Me trace une figure aimable ,
Et des objets moins incertains :
La reſſemblance eſt conſommées .
Mon œil dans leur ombre animée
Voit & diftingue les humains.
MARS. 1764.
Partout tes couleurs adoucies
Arrêtent mon cœur & mes yeux
Paroiffez , images chéries ,
Qui me retracez mes ayeux..
C'eſt à toi , divine Peinture ,
A m'en conſerver la figure ,
L'air , l'abord& les propres traits :
Ils revivent dans tes ouvrages
Quand le cours rapide des âges
Nous les a ravis pour jamais.
Un nouvel éclat t'environne ,
L'agrément prépare tes fleurs ;
L'amour , pour former ta couronne
S'éxerce à broyer tes couleurs ,
Nous peint les champs & la fougère
Etdans les yeux d'une Bergère ,
Gravant l'empreintedes plaiſirs ,
Trace avec un crayon de flâme ,
Le cœur , les mouvemens de l'âme
Et l'image de ſes deſirs.
Tu mepeins un ſéjour champêtre
La fraîcheur & l'émail des Prés :
Le jour qui me ſemble renaître ,
En développe les beautés:
J'entrevois les grâces de Flore;
Le pinceau vermeil de l'Aurore
Trace la route du Soleil.....
13
14 MERCURE DE FRANCE.
Non , ce n'eſt plus une peinture ;
C'eſt l'air , la terre , la Nature
Dans leur plus brillant appareil.
Un objet frapant , mais funébre ,
Vient encore s'offrir à nous .
Quel pinceau , quelle main célébre
Peint les élémens en courroux ?
La mer , entr'ouvrant ſes abîmes ,
Engloutit ſes pâles victimes ......
Je tremble à l'aſpect de leur fort.
Jecrois voir... je vois leur naufrage ,
Les vents ,les vagues , le rivage ,
L'orage, la foudre & la mort !
C'eſt ainſi que ton art fublime ,
Sous un coloris enchanteur ,
Aton gré me frappe & m'imprime
L'amour , la crainte ou la terreur.
Partout le feu de tes ouvrages
Me réaliſe tes images ;
Je me tranſporte en tous les lieux :-
Ont pris la place de mes yeux.
:
Ton flambeau m'éclaire & m'enflame ;
Mon eſprit , mon cœur & mon âme :
Par M. B.
Omnia transformat sese in miracula rerum.
Virg. Georg. Lib. 4.
TOI que la main de l'industrie
Grava ſur l'aîle du hazard ,
2.
Peinture , heureux fruit du génie ,
Éclatante fille de l'art ,
Que ton temple s'ouvre à ma vue !
Mon eſprit parcourt l'étendue
Où brillent tes traits créateurs ;
Peins-moi ce que je dois décrire ,
Et ſurtout répands ſur ma lyre
L'éclat pompeux de tes couleurs.
V
10 MERCURE DE FRANCE .
Sous tes pinceaux que voit-je éclore
Quel feu , quelle rapidité !
L'ombre s'imprime , ſe colore ,
Et ſe change en réalité.
Quel prodige anime la toile ?
L'Univers entier ſe dévoile ,
Tout ſe renouvelle à mes yeux :
Ton crayon avec énergie
Crée, raſſemble , vivifie :
J'embraſſe les temps & les lieux.
L'éclat, la force, l'élégance ,
La douceur , les grâces ,l'amour,
Par une heureuſe concurrence
Décorent ton front tour- à-tour.
Hs vont par ton ordre ſuprême
Au ſein de la Nature même ,
Ravir le germe des couleurs
Dont le précieux aſſemblage
Nous préſente une vive image-
De ſes traits les plus enchanteurs.
Ton crayon enchaîne l'efpace,
Et par ſes fublimes effets ,
Sur une légére furface,
Trace & réunit les objets.
Mais que vois-je ? tamainhardie
Porte les couleurs & la vie
Dans le fombre abîme du Temps
MARS.. 1764.
Arbitrede la Renommée ,
Tu viens , à la Terre étonnée ,
Montrer ſes anciens Habitans.
Par le charme de tes images ,
Les lieux , les Peuples & les arts ,
Perpétués dans tes Ouvrages ,
Se ſuccédent à mes regards:
Tout renaît , & , par toi , les hommes ,
Retraçant au temps où nous ſommes ,
Leurs Loix , leurs uſages , leurs mœurs ,
Ont fur tes aîles fortunées ,
Franchi le torrent des années ,
Pour revivre dans tes couleurs..
Que la plus profonde ignorance
S'éclaire de ton feu divin ::
Le langage de l'évidence
Frappe, inſtruit , tout le genre humains
Qu'à tes progrès tout s'intéreſſe.
Ah! qu'à juſte titre la Gréce
Voulut ennoblir tes pinceaux ,
Quand,vainqueurdes bornes de l'âge ,
Ton art , honorant le courage ,
Immortaliſoit ſes Héros !
C'eſt luidont le ſouffle rapide,
Raſſemblant les mânes épars ,
Ranime une Armée intrépide ,
Avi
II
12 MERCURE DE FRANCE.
A l'ombre de ſes étendarts :
Qui nous peint le Dieu des batailles ,
Le fer, le ſang , les funérailles ,
Que ſuit le char de la terreur ;
Là des ruines entaſſées,
Plus loin des Cités embraſées ,
Le feu , le carnage & l'horreur.
Maisquoi , le ſpectacle du monde
N'eſt-il que celui de nos maux ?
Opeinture ! ô ſource féconde ,
N'as-tu pas des plus doux pinceaux ?
Quand, par une amoureuſe adreſſe ,
La main même de la tendreſſe
Eut ébauché tes premiers traits ,
Ne vit-on pas celles des grâces ,
Colorant ſes aimables trâces ,
Hâter le cours de tes progrès ?
Rivale en tout de la Nature ,
Cequ'elle enfante de plus beau
Comme par une glace pure ,
Eſt répété par ton pinceau :
Ton art , comme elle inépuiſable ,.
Me trace une figure aimable ,
Et des objets moins incertains :
La reſſemblance eſt conſommées .
Mon œil dans leur ombre animée
Voit & diftingue les humains.
MARS. 1764.
Partout tes couleurs adoucies
Arrêtent mon cœur & mes yeux
Paroiffez , images chéries ,
Qui me retracez mes ayeux..
C'eſt à toi , divine Peinture ,
A m'en conſerver la figure ,
L'air , l'abord& les propres traits :
Ils revivent dans tes ouvrages
Quand le cours rapide des âges
Nous les a ravis pour jamais.
Un nouvel éclat t'environne ,
L'agrément prépare tes fleurs ;
L'amour , pour former ta couronne
S'éxerce à broyer tes couleurs ,
Nous peint les champs & la fougère
Etdans les yeux d'une Bergère ,
Gravant l'empreintedes plaiſirs ,
Trace avec un crayon de flâme ,
Le cœur , les mouvemens de l'âme
Et l'image de ſes deſirs.
Tu mepeins un ſéjour champêtre
La fraîcheur & l'émail des Prés :
Le jour qui me ſemble renaître ,
En développe les beautés:
J'entrevois les grâces de Flore;
Le pinceau vermeil de l'Aurore
Trace la route du Soleil.....
13
14 MERCURE DE FRANCE.
Non , ce n'eſt plus une peinture ;
C'eſt l'air , la terre , la Nature
Dans leur plus brillant appareil.
Un objet frapant , mais funébre ,
Vient encore s'offrir à nous .
Quel pinceau , quelle main célébre
Peint les élémens en courroux ?
La mer , entr'ouvrant ſes abîmes ,
Engloutit ſes pâles victimes ......
Je tremble à l'aſpect de leur fort.
Jecrois voir... je vois leur naufrage ,
Les vents ,les vagues , le rivage ,
L'orage, la foudre & la mort !
C'eſt ainſi que ton art fublime ,
Sous un coloris enchanteur ,
Aton gré me frappe & m'imprime
L'amour , la crainte ou la terreur.
Partout le feu de tes ouvrages
Me réaliſe tes images ;
Je me tranſporte en tous les lieux :-
Ont pris la place de mes yeux.
:
Ton flambeau m'éclaire & m'enflame ;
Mon eſprit , mon cœur & mon âme :
Par M. B.
Fermer
3
p. 17
VERS à un Officier fort estimé, dont la taille est peu avantageuse.
Début :
PAR un caprice, la Nature [...]
Mots clefs :
Taille, Grande âme, Corps, Miniature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à un Officier fort estimé, dont la taille est peu avantageuse.
VERS à un Officier fort estimé , dont
la taille est peu avantageuse.
PAR un caprice, la Nature
Sans proportion le forma ;
La plus grande âme elle plaça
Dans un corps fait en mignature.......
Elle y doit être à la torture..
Par le même..
la taille est peu avantageuse.
PAR un caprice, la Nature
Sans proportion le forma ;
La plus grande âme elle plaça
Dans un corps fait en mignature.......
Elle y doit être à la torture..
Par le même..
Fermer
4
p. 17
MADRIGAL.
Début :
POUR s'amuser, les Dieux un jour [...]
Mots clefs :
Belle âme, Belle femme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
Pour s'amufer , les Dieux un jour
Dirent entr'eux : formons la plus belle âme
Qui ſe ſoit vue au terreſtre ſéjour ,
Et nous la donnerons à la plus belle femme.
Bon ! dit Jupin , ce chef-doeuvre eſt là-bas ,
Et pour le créer ſeul , je fus aſſez habile.
Eh ! vraîment , nous n'y penſions pas ,
C'est la charmante D.........
FEUTRY
Pour s'amufer , les Dieux un jour
Dirent entr'eux : formons la plus belle âme
Qui ſe ſoit vue au terreſtre ſéjour ,
Et nous la donnerons à la plus belle femme.
Bon ! dit Jupin , ce chef-doeuvre eſt là-bas ,
Et pour le créer ſeul , je fus aſſez habile.
Eh ! vraîment , nous n'y penſions pas ,
C'est la charmante D.........
FEUTRY
Fermer
5
p. 18-34
LA SURPRISE DE L'AMOUR, CONTE, Qui n'en est pas un.
Début :
DANS un de ces Châteaux charmans, voisins de la rapide Loire, Fatime [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA SURPRISE DE L'AMOUR, CONTE, Qui n'en est pas un.
LA SURPRISE DE L'AMOUR,
CONTE,
Qui n'en est pas un.
DANS un de ces Châteaux charmans,
voisins de la rapide Loire, Fatime
depuis quelques années voyoit naître
& finir le jour dans le ſein de la plus
douce tranquillité. Une mère qu'elle
adoroit , & à qui elle devoit ſeule la
plus parfaite éducation,& tousles plaifirs
qu'une heureuſe aiſance procure , par-
tageoient les premiers jours de fon
printemps..
La jeuneſſe & la beauté de Fatime
étoient ſes moindres charmes ; mille
grâces réunies dans toute ſa perſonne ;
desconnoiffances au-delà des bonnes or-
dinaires; une douceur, une aménité, une
franchiſe inaltérable dans le caractère ,.
formoient un enſemble de perfections
qui lui concilioient tous les ſuffrages.
Fatime n'ignoroit pourtant pas le pou-
voirde ſes charmes ; on lui avoit dit
mille fois qu'elle étoit belle: mais ces
hommages ſouvent mal amenés , &
MARS. 1764.
19
-prèſque toujours monotones n'avoient
pas plus touché fon cœur , que flatté
fon amour-propre. Ennemie de l'ombre
même de la coquetterie , Fatime ne
cachoit point le peu d'impreffion que
faifoit fur fon cœur
,
cette foule de
Vers , de Madrigaux , de Chanfons
de Bouquets , & de tous ces autres
petits hommages , où l'eſprit & le dé-
fir de plaire ont communément plus
de part , que le ſentiment. Aucun de
ſes admirateurs ne paroiſſoit être , &
n'étoit en effet préféré: tous ne pou-
voient qu'applaudir à la beauté de fon
âme; tous ne chantoient à l'envi , que
fes attraits & les grâces , qui accom-
pagnoient ſes moindres démarches.
Fatime ſe flattoit enfin de ne jamais
connoître l'amour : contente de l'ad-
miration qu'elle faisoit naître ;enchan-
tée de l'encens qu'elle recevoit de tous
les êtres fenfibles , ſon âme ne ſe for-
moit l'image d'aucun autre bonheur ;
lorſque Alcidor jeune , aimable &
modeſte lui fut préſenté comme le fils
d'une amie chèrie de ſa mère. Ce titre
qui le mit à portée de voir ſouvent
Fatime , les éclaira bientot fur leur
mérite mutuel; & l'uniformité de leurs
connoiffances , de leurs goûts , de leurs
20 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens , ne fit que refferrer de
plus en plus des nœuds qui ne leur
parurent être d'abord que l'ouvrage
d'une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous
ceux qui l'avoient agitée juſqu'alors ,
ne permit bien - tot plus à Fatime de
ſe diffimuler à elle même toute la pré-
férence qu'elle accordoit à Alcidor fur
ſes autres amans.Mais loin d'être effrayée
d'un ſentiment ſi nouveau pour elle ,
Fatime s'y livra avec d'autant plus de
confiance , qu'elle en jugeoit l'effet
moins dangereux. Ces jeunes amans ,
( car ils l'étoient en effet ſans le
ſçavoir ) vécurent affez longtemps dans
cette douce fécurité ; rien ne troubloit
leur union ; chaque inſtant au contraire
ſembloitla reſſerrer : lesgoûts, les plaiſirs
deFatimeétoienttoujoursceuxd'Alcidor;
un ſerin étoit pour lui l'objet le plus in-
téreſſant: c'étoit l'éléve de Fatime ; & il
ne quitta l'oiſeau qu'après lui avoir
appris l'air , qu'il ſçavoit plaire le mieux
à cette aimable fille. Petit -fils ne fut
plus un Serin ordinaire ; il devint , grace
aux ſoins d'Alcidor , le plus charmant
de tous les êtres de ſon eſpéce
...
cha-
que jour Fatime s'embelliſſoit de mille
fleurs nouvelles qu'Alcidor avoit ſoin
MARS. 1764.
21
delui faire remettre ; quelques vers ac-
compagnoient fouvent ces nouveaux
hommages.... Le couplet ſuivant fera
moins jugerdes talens Poëtiques d'Alci-
dor , que du ſentiment qui les lui inſpi-
roit.
:
*AIR.
Fleurs , qui de l'heureux Printemps
Nous offrez la douce image ,
Aux attraits les plus charmans
Allez rendre votre hommage;
Embelliſſez le ſein
De celle que j'adore ,
A l'éclat de ſon tein
Joignez le vôtre encore !
Mille galanteries de ce genredécélé-
rent bientot aux yeux de Fatime , Al-
cidor & fon amant
.....
Un retour
cruel qu'elle fit ſur elle-même ; un éxa-
men profond de la ſituation actuelle de
ſon cœur , tout lui fit connoître que
ce qu'elle ne croyoit d'abord qu'une
fimple préférence , étoit un ſentiment
beaucoup plus vif, infiniment plus ten-
dre. Allarmée d'une découverte que
* Ce Couplet peut se chanterfur l'Air :J'aime
une ingrateBeauté , &c.
22 MERCURE DE FRANCE.
fon peu d'expérience lui faifoit paroître
plus inquiétante encore , Fatime ſe dé-
termina à fuir tout ce qui pouvoit lui
rappeller le ſouvenir d'Alcidor. Petit-fils,
ne repoſe plus ſur ſon ſein d'albâtre ;
ſes lévres raviſſantes ne preffent plus
le petit bec de l'animal charmant ;
les cheveux de Fatime ne ſont plus
ornés des fleurs d'Alcidor;
ſa voix
ceſſe d'exprimer les chanſons délicieuſes
que cet amant lui avoit appriſes : enfin
Fatime livrée à la mélancolie , craint
juſqu'au nom même de l'Amour !
Alcidor , étoit encore trop jeune pour
pénétrer bien clairement les raiſons d'un
pareil changement; cependant la mé-
lancolie de Fatime augmente chaque
jour; cette gaîté charmante , le vérita-
ble fond de ſon caractère , eſt rem-
,
placé par des inquiétudes que rien ne
peut calmer.
Ces deux amans enfin ſe fuyoient
machinalement ; chacun d'eux ſe flat-
toit , ou du moins s'éfforçoit de vaincre
un penchant qu'ils ne pouvoient plus
fe cacher.
Un petit bois voiſin du Château
où le hazard les conduifit tous deux.,
leur facilita l'occaſion de s'expliquer
furleur fituation mutuelle :on préſume
MARS. 1764 .
23
queldut être leur embarras réciproque,
& furtout celui de Fatime. Tous deux
baifſent les yeux , rougiffent ,
tous
deux reſtent muets. Alcidor cepen-
dant qui ſe raffure par degrés , oſe en
balbutiant , demander à ſon amante ,
quelle peut être la cauſe du changement
dontellelevoitgémir ? ...Arrêtez ! s'écria
Fatime
,
vous devez le ſçavoir ; vous
le fçavez ; j'en fuis certaine.... Mais
,
ou rompons dès à préſent; réſolvez-vous
à neme voir jamais ; oujurez-moi que
plus dignede mon eſtime,vous imiterez
mes efforts pour vaincre des ſentimens
dontles fuites m'effrayent ... ne ſoyons
plus l'un à l'autre que ce que nous étions
lorſque nous nous ſommes connus;
lorſqu'avec moins de familiarité, nous
jouiffions fans trouble & fans remords ,
du plaifir de nous voir , & de nous
entretenir..... C'eſt un ami que jecher-
chois , que j'avois cru trouver en vous.
Bornez-vous à ce titre ; ou renoncezá
me revoirjamais.
Qui ! je vous le promets , cruelle ,
s'écrie le tremblant Alcidor en tom-
vous verrai
....
,
bant aux pieds de Fatime.... quelque
malheureux que je fois .... du moinsje
Oui , Fatime , raffurez-
vous : votre amant ; que dis-je , votre
24 MERCURE DE FRANCE.
ami ne connoît rienqui puiſſe l'éffrayer ,
dès qu'il s'agira de vous plaire ... Oui !
je vous cacherai les traces mêmes de
mes pleurs... Vous redoutez l'Amour ? je
ne sçaurois abſolument vous condam-
ner; nous dépendons tous deux de nos
parens. Mais ſi vous connoiffiez.....
N'importe ! je ne veux point troubler
votre repos ... je ſcaurai tellement me
contraindre , que jamais mon Amour...
non ,jamais ( du moins fansvotre aveu )
ne paroîtra , n'éclatera.
...
Ceffez donc
d'enparler, interrompit vivement Fati-
me; est-ce à nous , eft- ce à notre âge
qu'il eſt permis de s'y livrer ? Nous , que
peut-être nos parens ont déja deſtinés
àdes alliances contraires ? ... Alcidor ,
vous ferez toujours mon ami ; je vous
jureune eſtime
desmiennes.
...
Une eſtime ! ( reprit
Alcidor) une eſtime ? ..... quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l'amitié la
plus tendre ? ... Non , je noublie rien
( lui dit en fouriant Fatime , ) ſongez
à vos promeffes ; & foyez toujours für
Ces deux amans très - contens l'un
de l'autre , tout en ſe félicitant de leur
nouvelle réſolution , reprirent bientot
leur première gaîté & par conséquent
leurs premiers plaifirs.
Pett
MAR S. 1764.
25
Petit-fils neprononça plus que rare-
ment , Je vous aime ▸ qu'Alcidor
,
avoit eu tant de plaifir à lui apprendre.
En ceſſant de le lui répéter , le petit
animal ceffa de le dire , ou du moins ,
c'étoit fi foiblement !... fi foiblement ! ...
que bientot Fatime ne l'entendit plus.
Alcidor lui
préſentoit ſouvent des
fleurs ; mais la main de l'Amant ne ſe
remarquoit plus dans le choix,dans le
goût ,dans la variété de leur mêlan-
ge ; ſes vers même ne célébroient
plus que les prétendus charmes que
pouvoit offrir une ſimple amitié , fou
ventmême l'indifférence: temoins ceux-
ci dont Fatime affecta de faire la Mu-
fique.
*AIR.
Amour , je brave ta puiſſance,
Que l'indifférence
Ad'attraits ! ...
Non , non , je n'aimerai jamais ,
Et je ne crainspoint tavengeance.
Garde tes traits ,
Ils font ſans effets
Sur mon âme ! ...
* Ces paroles ſe peuvent chanterfur cetAirfi
connud'un ancien Opéra : L'Amour estunEnfant
timide, la ſévérité lui faitpeur,&c.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , je n'éprouveraijamais,
Nonjamais
Je n'éprouverai ta flamme.
Le ſouvenir de leurs fermens les
contint quelque temps dans les bornes
qu'ils s'étoient preſcrites. Mais chaque
jour altéroit ce ſouvenir : l'Amour fous
le maſque de l'amitié
,
ne s'infinuoit
que d'autant plus dans leur cœur ; &
chaque effort qu'ils croyoient faire ,
pour l'en éloigner , nel'en rapprochoit
que davantage.
Fatime ne trouva bientot plus de
goût , plus de fineſſe dans des Chanſons
qui ne peignoient que les charmes ima-
ginaires d'une froide (indifférence. Les
bouquets que lui offroit Alcidor , cef-
ferent de la flatter. Déjà l'ennui s'em-
parede ſon âme: déjà l'incarnat de fon
teint exprime par ſon altération , le
trouble & l'inquiétudede ſon cœur !
...
Alcidor inſenſiblement entraîné par le
charme irréſiſtible d'un pouvoir en-
chanteur qu'il ne lui eſt plus permis de
combattre , redevint par degrés plus
tendre , plus attentif , plus aimable
encore qu'il ne l'avoit été ; Petit-fils ,
redit avec plus de charmes que jamais ,
je vous aime ; Fatime ſe trouva de jour
MARS. 1764 .
Bij
27
en jour moins triſte : tous deux enfin ,
ſans prèſque s'en appercevoir , en cef-
fant de combattre un penchant qui les
forçoit de ſe livrer de bonne foi à leur
tendreſſe mutuelle , ceſſerent de rougir
dupeu de fuccès de leurpremière réſolu-
tion , & s'affermirent intérieurement
dans celle de s'aimer toujours.
La tendre Fatime , ſans manquer à
ce que la ſageſſe la plus auſtére lui
pouvoit preſcrire , laiſſoit quelquefois
entrevoir à ſon amant une partie des
ſentimens dont ſon cœur étoit rempli.
Momens délicieux ! .. Alcidor , moins
contraint , plus vif , plus pénétré de
fon bonheur , ne laiſſoit échapper
aucune occafion de mieux prouver
toute la tendre vivacité de ſa flame. Ce
fut fans doute dans un de ces inftans
précieux , qu'Alcidor fitles couplets que
voici .
AIR.
Le jeune Objet que j'adore ,
Sans exiger de retour ,
Eſt plus charmante que Flore
Et plus belle que l'Amonr!
...
Si Pâris eût vû ſes charmes ,
Vénus n'eût point eu le prixs
4
28 MERCURE DE FRANCE.
:
Son cœur en rendant les armes
Eût couronné mon Iris .
De ſa gorge raviſſante
Rien n'égale la blancheur ;
De la roſe encor naiſſante
Sa bouche offre la fraîcheur.
Dans tous les cœurs elle inſpire
Mille deſirs , mille feux ;
Et mon Iris d'un ſous-rire ,
Peut captiver tous les Dieux.
Quand Iris dans nos boccages
Vient répéter mes chanſons ,
Les oiſeaux par leurs ramages
Tâchent d'imiter ſes ſons ;
L'Onde par un doux murmure ,
Sembleexprimer ſa gaîté! ...
Tout enfin dans la Nature ,
Rend hommage àſa beauté.
Mais ces inftans délicieux , ce bon-
heur pur & raviſſant , dont s'enyvroient
leurs âmes devoit bientot éprouver un
revers , dont la rigueur leur ſeroit
d'autant plus ſenſible , qu'ils croioient
moins devoir le redouter.
Unjour que Fatime ſembloit répé-
ter avec plus d'attendriſſement que de
MARS. 1764
29
coutume , un air charmant qu'Alcidor
venoitde lui apprendre.... Que ſignifie ,
lui dit ſa mere , cette vive expreffion
de ſentimens que je remarque depuis
peu dans votre façon de chanter ? cette
moleſſe dans les infléxions , & cette
eſpéce de délire où je ne reconnois
plus ma fille ? ... Parlez Fatime : ou-
vrez votre âme à votre mère ; voyez
toujours en elle votre amie ; ou craignez
d'être moins digne d'être la fienne.
Fatime , à ces mots, tombe aux pieds
d'Araminte ; le trouble de fes yeux , la
pâleur qui fuccéde aux roſes de fon
tein, toutpeintà cette mère la beauté ,
la franchiſe & la ſenſibilité de l'âme de
ſa fille. Fatime n'a point recours au
menſonge pour lui voiler ſes nouveaux
ſentimens: la plus légére excuſe ſeroit
criminelle à ſes yeux ; elle avoue en
pleurant ſa foibleffe , & n'en déguiſe
ni l'origne ni les progrès. Ce n'eſt que
pour en obtenir le pardon , qu'elle
reconnoît toute ſon imprudence ; que
pour mériter de nouveau l'indulgence
& la tendreſſe de ſa mère ; que pour
recevoir d'elle enfin les conſeils dont
elle fent toute l'importance & la né-
ceffité. Araminte , qui dès long-temps
s'étoit apperçue des progrès d'une paf-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
ſion qu'elle defiroit de rendre heu-
reuſe , & qui n'avoit d'autre but, que
de s'aſſurer du fond qu'il étoit poffible
de faire ſur la conſtance & la folidité
des feux de ces jeunes amans ; Araminte
emportée par le ſentiment , tombe à ſon
tour dans les bras de ſa fille , la preſſe
contre ſon ſein , mêle ſes larmes aux
fiennes , & ne fait plus myſtere du
plaifir que lui fait l'Amour d'Alcidor.
Ma fille , ajouta-t- elle , Alcidor , eft
un parti convenable pour vous: mais
les hommes n'affectent que trop fou-
vent des paſſions qu'ils ne reffentent
point ; la plupart cédent à l'attrait du
plaifir , ou à ce goût d'intrigue & de
ſéduction qui les domineprèſque tous.
Quels garants avez-vous de la candeur ,
de la durée des ſentimens de votre
amant ? .... Ah ! ma mère
,
tout me
répond de la franchiſe & delatendreſſe
d'Alcidor Ala bonne heure (reprit
...
la mère ) : mais laiſſez-moi le plaifir de
m'en convaincre par moi-même ; cette
précaution eſt auſſi néceſſaire à mes
defſeins , qu'indiſpenſable pour affurer
votre bonheur. J'exige même que vous
me ſecondiez ; que rejettant fur mes or-
dres abſolus , le froid , l'indifférence
même que vous affecterez déſormais
MARS. 1764.
31
pourlui , vous me mettiez à portée de
connoître & d'appercevoir tout le fond
du caractére d'Alcidor .... Fatime ſe
ſent-elle affez de fermeté pour ſe con-
duire de façon à ne pas déconcerter les
vues de ſa mère ? ...Ah Madame ( s'écria-
t-elle ) pourriez - vous me ſoupçonner
de manquer jamais d'obéiſſance à vos
ordres ? ... Araminte par les careſſes les
plus tendres, ſe hâta de raſſurer ſa fille ; &
ces épanchemens de la tendreſſe la plus
pure arrêterent un nouveau déluge de
larmes que la tendre Fatime alloit ver-
fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin
l'occaſion de revoirſon amante , pour
ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d'avec ſa mère : les traces
de ſes larmes , ſa pâleur , une agitation
que la vue d'Alcidor ne pouvoit qu'aug-
menter encore , firent ſur l'âme de cet
amant l'impreſſion la plus vive & la plus
douloureuſe. Que vois-je ? dit-il , en
tombant à ſes pieds , Fatime pleure &
m'en cache la cauſe ! ... elle me fuit &
craint mes regards mêmes ? .... ah ,
malheureux ! je ſuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; & fon
cœur gémiſſoit de ladouleur qu'elle cau-
ſoit a fon amant : mais la promeſſe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle venoit de faire à ſa mère , lui
donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif-
ſe-moi , s'écria-t-elle : des ordres que
je reſpecterai toujours , ne me permet-
tent plus ! ... N'achevez pas , perfide ,
s'écriaAlcidor, ledéſeſpoir peintdans les
yeux; n'achevez pas de m'annoncer la
mort... Quel changement ,grand Dieu !
Ciel , eſt-ce au moment où je venois
vous apprendre avec tranſport ,
la
mortd'un oncle dont la fortune ajoute
immenſément à la mienne ? Est-ce au
moment où je commençois à me croire
plus digne de Fatime & de l'aveu de ſa
mère , que je dois voir mes vœux &
mon plus cher eſpoir trahis ? .... Eh
bien ,je périrai ; oui ! je périrai , cruelle :
mais craignez; quedis-je? tremblez pour
lesjoursde l'heureuxrival quefansdoute
vous me préférez
...
Est-ce Alcidor
que j'entends ? eſt-ce lui,(dit en foupi-
rant Fatime , ) qui m'oſe reprocher une
noirceurdontjefus toujours incapable?..
Dieu! fi mon cœur pouvoit s'ouvrir à lui.
Ah! pardonne , digne & belle Fatime ,
pardonne à la douleur qui tranſportoit
le plus ſincère amant ! ... Non , non ,
ton âme fut toujours trop vraie , trop
pleinede ladivinité dont elle est l'image,
pour connoître un inſtant l'impoſture...
MARS. 1764.
33
Que ta mère , hélas ! ne connoit-elle
toute la pureté , toute la violence de
ma flame ..... peut-être que ſenſible
aux maux que ſes ordres barbares vont
me faire fouffrir , ſon cœur pourroit
s'ouvrir à la pitié .... Permets , chère
Fatime , permets- moi la ſeule épreuve ,
laſeule tentative qui flatte encore l'eſpoir
de ton amant ! ... Que dis - je ? ah !
ſi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien...
tombons l'un & l'autre à ſes pieds.....
viens m'y voir expirer , ou obtenir d'elle
notre bonheur commun.
Araminte , quid'un cabinet voiſin les
voyoit & les entendoit , ne put laiſſer
durer plus longtemps un fupplice dont
fon cœur partageoit toute l'amertume.
O mes enfans ! s'écria -t-elle , en s'of-
frant à leurs yeux , vivez à jamais l'un
pour l'autre ..... Ces mots que l'émo-
tiond'Araminte lui permit à peine d'ar-
ziculer, produifirent fur lesjeunes amans
tout l'effet qu'ils devoient produire. Un
filence d'étonnement &d'excès de plai-
fir ,des regards où l'amour , la joie
&la reconnoiffance s'exprimoient tour-
à-tour, furent quelques inſtans les ſeuls
interprêtes de leurs cœurs... Les épan-
chemens réciproques fuccéderentà cette
By
34 MERCURE DE FRANCE.
première ivreſſedes ſens &l'hymend'Al-
cidor & de Fatime ne futdifféré qu'au-
tant qu'il le fallut pour en diſpoſer les
apprêts.
Par M. DUCLOS, S. D. M. D. F. G.
CONTE,
Qui n'en est pas un.
DANS un de ces Châteaux charmans,
voisins de la rapide Loire, Fatime
depuis quelques années voyoit naître
& finir le jour dans le ſein de la plus
douce tranquillité. Une mère qu'elle
adoroit , & à qui elle devoit ſeule la
plus parfaite éducation,& tousles plaifirs
qu'une heureuſe aiſance procure , par-
tageoient les premiers jours de fon
printemps..
La jeuneſſe & la beauté de Fatime
étoient ſes moindres charmes ; mille
grâces réunies dans toute ſa perſonne ;
desconnoiffances au-delà des bonnes or-
dinaires; une douceur, une aménité, une
franchiſe inaltérable dans le caractère ,.
formoient un enſemble de perfections
qui lui concilioient tous les ſuffrages.
Fatime n'ignoroit pourtant pas le pou-
voirde ſes charmes ; on lui avoit dit
mille fois qu'elle étoit belle: mais ces
hommages ſouvent mal amenés , &
MARS. 1764.
19
-prèſque toujours monotones n'avoient
pas plus touché fon cœur , que flatté
fon amour-propre. Ennemie de l'ombre
même de la coquetterie , Fatime ne
cachoit point le peu d'impreffion que
faifoit fur fon cœur
,
cette foule de
Vers , de Madrigaux , de Chanfons
de Bouquets , & de tous ces autres
petits hommages , où l'eſprit & le dé-
fir de plaire ont communément plus
de part , que le ſentiment. Aucun de
ſes admirateurs ne paroiſſoit être , &
n'étoit en effet préféré: tous ne pou-
voient qu'applaudir à la beauté de fon
âme; tous ne chantoient à l'envi , que
fes attraits & les grâces , qui accom-
pagnoient ſes moindres démarches.
Fatime ſe flattoit enfin de ne jamais
connoître l'amour : contente de l'ad-
miration qu'elle faisoit naître ;enchan-
tée de l'encens qu'elle recevoit de tous
les êtres fenfibles , ſon âme ne ſe for-
moit l'image d'aucun autre bonheur ;
lorſque Alcidor jeune , aimable &
modeſte lui fut préſenté comme le fils
d'une amie chèrie de ſa mère. Ce titre
qui le mit à portée de voir ſouvent
Fatime , les éclaira bientot fur leur
mérite mutuel; & l'uniformité de leurs
connoiffances , de leurs goûts , de leurs
20 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens , ne fit que refferrer de
plus en plus des nœuds qui ne leur
parurent être d'abord que l'ouvrage
d'une tendre & fimple amitié.
Un fentiment plus vif , que tous
ceux qui l'avoient agitée juſqu'alors ,
ne permit bien - tot plus à Fatime de
ſe diffimuler à elle même toute la pré-
férence qu'elle accordoit à Alcidor fur
ſes autres amans.Mais loin d'être effrayée
d'un ſentiment ſi nouveau pour elle ,
Fatime s'y livra avec d'autant plus de
confiance , qu'elle en jugeoit l'effet
moins dangereux. Ces jeunes amans ,
( car ils l'étoient en effet ſans le
ſçavoir ) vécurent affez longtemps dans
cette douce fécurité ; rien ne troubloit
leur union ; chaque inſtant au contraire
ſembloitla reſſerrer : lesgoûts, les plaiſirs
deFatimeétoienttoujoursceuxd'Alcidor;
un ſerin étoit pour lui l'objet le plus in-
téreſſant: c'étoit l'éléve de Fatime ; & il
ne quitta l'oiſeau qu'après lui avoir
appris l'air , qu'il ſçavoit plaire le mieux
à cette aimable fille. Petit -fils ne fut
plus un Serin ordinaire ; il devint , grace
aux ſoins d'Alcidor , le plus charmant
de tous les êtres de ſon eſpéce
...
cha-
que jour Fatime s'embelliſſoit de mille
fleurs nouvelles qu'Alcidor avoit ſoin
MARS. 1764.
21
delui faire remettre ; quelques vers ac-
compagnoient fouvent ces nouveaux
hommages.... Le couplet ſuivant fera
moins jugerdes talens Poëtiques d'Alci-
dor , que du ſentiment qui les lui inſpi-
roit.
:
*AIR.
Fleurs , qui de l'heureux Printemps
Nous offrez la douce image ,
Aux attraits les plus charmans
Allez rendre votre hommage;
Embelliſſez le ſein
De celle que j'adore ,
A l'éclat de ſon tein
Joignez le vôtre encore !
Mille galanteries de ce genredécélé-
rent bientot aux yeux de Fatime , Al-
cidor & fon amant
.....
Un retour
cruel qu'elle fit ſur elle-même ; un éxa-
men profond de la ſituation actuelle de
ſon cœur , tout lui fit connoître que
ce qu'elle ne croyoit d'abord qu'une
fimple préférence , étoit un ſentiment
beaucoup plus vif, infiniment plus ten-
dre. Allarmée d'une découverte que
* Ce Couplet peut se chanterfur l'Air :J'aime
une ingrateBeauté , &c.
22 MERCURE DE FRANCE.
fon peu d'expérience lui faifoit paroître
plus inquiétante encore , Fatime ſe dé-
termina à fuir tout ce qui pouvoit lui
rappeller le ſouvenir d'Alcidor. Petit-fils,
ne repoſe plus ſur ſon ſein d'albâtre ;
ſes lévres raviſſantes ne preffent plus
le petit bec de l'animal charmant ;
les cheveux de Fatime ne ſont plus
ornés des fleurs d'Alcidor;
ſa voix
ceſſe d'exprimer les chanſons délicieuſes
que cet amant lui avoit appriſes : enfin
Fatime livrée à la mélancolie , craint
juſqu'au nom même de l'Amour !
Alcidor , étoit encore trop jeune pour
pénétrer bien clairement les raiſons d'un
pareil changement; cependant la mé-
lancolie de Fatime augmente chaque
jour; cette gaîté charmante , le vérita-
ble fond de ſon caractère , eſt rem-
,
placé par des inquiétudes que rien ne
peut calmer.
Ces deux amans enfin ſe fuyoient
machinalement ; chacun d'eux ſe flat-
toit , ou du moins s'éfforçoit de vaincre
un penchant qu'ils ne pouvoient plus
fe cacher.
Un petit bois voiſin du Château
où le hazard les conduifit tous deux.,
leur facilita l'occaſion de s'expliquer
furleur fituation mutuelle :on préſume
MARS. 1764 .
23
queldut être leur embarras réciproque,
& furtout celui de Fatime. Tous deux
baifſent les yeux , rougiffent ,
tous
deux reſtent muets. Alcidor cepen-
dant qui ſe raffure par degrés , oſe en
balbutiant , demander à ſon amante ,
quelle peut être la cauſe du changement
dontellelevoitgémir ? ...Arrêtez ! s'écria
Fatime
,
vous devez le ſçavoir ; vous
le fçavez ; j'en fuis certaine.... Mais
,
ou rompons dès à préſent; réſolvez-vous
à neme voir jamais ; oujurez-moi que
plus dignede mon eſtime,vous imiterez
mes efforts pour vaincre des ſentimens
dontles fuites m'effrayent ... ne ſoyons
plus l'un à l'autre que ce que nous étions
lorſque nous nous ſommes connus;
lorſqu'avec moins de familiarité, nous
jouiffions fans trouble & fans remords ,
du plaifir de nous voir , & de nous
entretenir..... C'eſt un ami que jecher-
chois , que j'avois cru trouver en vous.
Bornez-vous à ce titre ; ou renoncezá
me revoirjamais.
Qui ! je vous le promets , cruelle ,
s'écrie le tremblant Alcidor en tom-
vous verrai
....
,
bant aux pieds de Fatime.... quelque
malheureux que je fois .... du moinsje
Oui , Fatime , raffurez-
vous : votre amant ; que dis-je , votre
24 MERCURE DE FRANCE.
ami ne connoît rienqui puiſſe l'éffrayer ,
dès qu'il s'agira de vous plaire ... Oui !
je vous cacherai les traces mêmes de
mes pleurs... Vous redoutez l'Amour ? je
ne sçaurois abſolument vous condam-
ner; nous dépendons tous deux de nos
parens. Mais ſi vous connoiffiez.....
N'importe ! je ne veux point troubler
votre repos ... je ſcaurai tellement me
contraindre , que jamais mon Amour...
non ,jamais ( du moins fansvotre aveu )
ne paroîtra , n'éclatera.
...
Ceffez donc
d'enparler, interrompit vivement Fati-
me; est-ce à nous , eft- ce à notre âge
qu'il eſt permis de s'y livrer ? Nous , que
peut-être nos parens ont déja deſtinés
àdes alliances contraires ? ... Alcidor ,
vous ferez toujours mon ami ; je vous
jureune eſtime
desmiennes.
...
Une eſtime ! ( reprit
Alcidor) une eſtime ? ..... quoi Fati-
me oublie-t-elle déjà , que l'amitié la
plus tendre ? ... Non , je noublie rien
( lui dit en fouriant Fatime , ) ſongez
à vos promeffes ; & foyez toujours für
Ces deux amans très - contens l'un
de l'autre , tout en ſe félicitant de leur
nouvelle réſolution , reprirent bientot
leur première gaîté & par conséquent
leurs premiers plaifirs.
Pett
MAR S. 1764.
25
Petit-fils neprononça plus que rare-
ment , Je vous aime ▸ qu'Alcidor
,
avoit eu tant de plaifir à lui apprendre.
En ceſſant de le lui répéter , le petit
animal ceffa de le dire , ou du moins ,
c'étoit fi foiblement !... fi foiblement ! ...
que bientot Fatime ne l'entendit plus.
Alcidor lui
préſentoit ſouvent des
fleurs ; mais la main de l'Amant ne ſe
remarquoit plus dans le choix,dans le
goût ,dans la variété de leur mêlan-
ge ; ſes vers même ne célébroient
plus que les prétendus charmes que
pouvoit offrir une ſimple amitié , fou
ventmême l'indifférence: temoins ceux-
ci dont Fatime affecta de faire la Mu-
fique.
*AIR.
Amour , je brave ta puiſſance,
Que l'indifférence
Ad'attraits ! ...
Non , non , je n'aimerai jamais ,
Et je ne crainspoint tavengeance.
Garde tes traits ,
Ils font ſans effets
Sur mon âme ! ...
* Ces paroles ſe peuvent chanterfur cetAirfi
connud'un ancien Opéra : L'Amour estunEnfant
timide, la ſévérité lui faitpeur,&c.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Non , non , je n'éprouveraijamais,
Nonjamais
Je n'éprouverai ta flamme.
Le ſouvenir de leurs fermens les
contint quelque temps dans les bornes
qu'ils s'étoient preſcrites. Mais chaque
jour altéroit ce ſouvenir : l'Amour fous
le maſque de l'amitié
,
ne s'infinuoit
que d'autant plus dans leur cœur ; &
chaque effort qu'ils croyoient faire ,
pour l'en éloigner , nel'en rapprochoit
que davantage.
Fatime ne trouva bientot plus de
goût , plus de fineſſe dans des Chanſons
qui ne peignoient que les charmes ima-
ginaires d'une froide (indifférence. Les
bouquets que lui offroit Alcidor , cef-
ferent de la flatter. Déjà l'ennui s'em-
parede ſon âme: déjà l'incarnat de fon
teint exprime par ſon altération , le
trouble & l'inquiétudede ſon cœur !
...
Alcidor inſenſiblement entraîné par le
charme irréſiſtible d'un pouvoir en-
chanteur qu'il ne lui eſt plus permis de
combattre , redevint par degrés plus
tendre , plus attentif , plus aimable
encore qu'il ne l'avoit été ; Petit-fils ,
redit avec plus de charmes que jamais ,
je vous aime ; Fatime ſe trouva de jour
MARS. 1764 .
Bij
27
en jour moins triſte : tous deux enfin ,
ſans prèſque s'en appercevoir , en cef-
fant de combattre un penchant qui les
forçoit de ſe livrer de bonne foi à leur
tendreſſe mutuelle , ceſſerent de rougir
dupeu de fuccès de leurpremière réſolu-
tion , & s'affermirent intérieurement
dans celle de s'aimer toujours.
La tendre Fatime , ſans manquer à
ce que la ſageſſe la plus auſtére lui
pouvoit preſcrire , laiſſoit quelquefois
entrevoir à ſon amant une partie des
ſentimens dont ſon cœur étoit rempli.
Momens délicieux ! .. Alcidor , moins
contraint , plus vif , plus pénétré de
fon bonheur , ne laiſſoit échapper
aucune occafion de mieux prouver
toute la tendre vivacité de ſa flame. Ce
fut fans doute dans un de ces inftans
précieux , qu'Alcidor fitles couplets que
voici .
AIR.
Le jeune Objet que j'adore ,
Sans exiger de retour ,
Eſt plus charmante que Flore
Et plus belle que l'Amonr!
...
Si Pâris eût vû ſes charmes ,
Vénus n'eût point eu le prixs
4
28 MERCURE DE FRANCE.
:
Son cœur en rendant les armes
Eût couronné mon Iris .
De ſa gorge raviſſante
Rien n'égale la blancheur ;
De la roſe encor naiſſante
Sa bouche offre la fraîcheur.
Dans tous les cœurs elle inſpire
Mille deſirs , mille feux ;
Et mon Iris d'un ſous-rire ,
Peut captiver tous les Dieux.
Quand Iris dans nos boccages
Vient répéter mes chanſons ,
Les oiſeaux par leurs ramages
Tâchent d'imiter ſes ſons ;
L'Onde par un doux murmure ,
Sembleexprimer ſa gaîté! ...
Tout enfin dans la Nature ,
Rend hommage àſa beauté.
Mais ces inftans délicieux , ce bon-
heur pur & raviſſant , dont s'enyvroient
leurs âmes devoit bientot éprouver un
revers , dont la rigueur leur ſeroit
d'autant plus ſenſible , qu'ils croioient
moins devoir le redouter.
Unjour que Fatime ſembloit répé-
ter avec plus d'attendriſſement que de
MARS. 1764
29
coutume , un air charmant qu'Alcidor
venoitde lui apprendre.... Que ſignifie ,
lui dit ſa mere , cette vive expreffion
de ſentimens que je remarque depuis
peu dans votre façon de chanter ? cette
moleſſe dans les infléxions , & cette
eſpéce de délire où je ne reconnois
plus ma fille ? ... Parlez Fatime : ou-
vrez votre âme à votre mère ; voyez
toujours en elle votre amie ; ou craignez
d'être moins digne d'être la fienne.
Fatime , à ces mots, tombe aux pieds
d'Araminte ; le trouble de fes yeux , la
pâleur qui fuccéde aux roſes de fon
tein, toutpeintà cette mère la beauté ,
la franchiſe & la ſenſibilité de l'âme de
ſa fille. Fatime n'a point recours au
menſonge pour lui voiler ſes nouveaux
ſentimens: la plus légére excuſe ſeroit
criminelle à ſes yeux ; elle avoue en
pleurant ſa foibleffe , & n'en déguiſe
ni l'origne ni les progrès. Ce n'eſt que
pour en obtenir le pardon , qu'elle
reconnoît toute ſon imprudence ; que
pour mériter de nouveau l'indulgence
& la tendreſſe de ſa mère ; que pour
recevoir d'elle enfin les conſeils dont
elle fent toute l'importance & la né-
ceffité. Araminte , qui dès long-temps
s'étoit apperçue des progrès d'une paf-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
ſion qu'elle defiroit de rendre heu-
reuſe , & qui n'avoit d'autre but, que
de s'aſſurer du fond qu'il étoit poffible
de faire ſur la conſtance & la folidité
des feux de ces jeunes amans ; Araminte
emportée par le ſentiment , tombe à ſon
tour dans les bras de ſa fille , la preſſe
contre ſon ſein , mêle ſes larmes aux
fiennes , & ne fait plus myſtere du
plaifir que lui fait l'Amour d'Alcidor.
Ma fille , ajouta-t- elle , Alcidor , eft
un parti convenable pour vous: mais
les hommes n'affectent que trop fou-
vent des paſſions qu'ils ne reffentent
point ; la plupart cédent à l'attrait du
plaifir , ou à ce goût d'intrigue & de
ſéduction qui les domineprèſque tous.
Quels garants avez-vous de la candeur ,
de la durée des ſentimens de votre
amant ? .... Ah ! ma mère
,
tout me
répond de la franchiſe & delatendreſſe
d'Alcidor Ala bonne heure (reprit
...
la mère ) : mais laiſſez-moi le plaifir de
m'en convaincre par moi-même ; cette
précaution eſt auſſi néceſſaire à mes
defſeins , qu'indiſpenſable pour affurer
votre bonheur. J'exige même que vous
me ſecondiez ; que rejettant fur mes or-
dres abſolus , le froid , l'indifférence
même que vous affecterez déſormais
MARS. 1764.
31
pourlui , vous me mettiez à portée de
connoître & d'appercevoir tout le fond
du caractére d'Alcidor .... Fatime ſe
ſent-elle affez de fermeté pour ſe con-
duire de façon à ne pas déconcerter les
vues de ſa mère ? ...Ah Madame ( s'écria-
t-elle ) pourriez - vous me ſoupçonner
de manquer jamais d'obéiſſance à vos
ordres ? ... Araminte par les careſſes les
plus tendres, ſe hâta de raſſurer ſa fille ; &
ces épanchemens de la tendreſſe la plus
pure arrêterent un nouveau déluge de
larmes que la tendre Fatime alloit ver-
fer.
Alcidor cherchoit avec trop de foin
l'occaſion de revoirſon amante , pour
ne pas bientôt la rencontrer.
Elle fortoit d'avec ſa mère : les traces
de ſes larmes , ſa pâleur , une agitation
que la vue d'Alcidor ne pouvoit qu'aug-
menter encore , firent ſur l'âme de cet
amant l'impreſſion la plus vive & la plus
douloureuſe. Que vois-je ? dit-il , en
tombant à ſes pieds , Fatime pleure &
m'en cache la cauſe ! ... elle me fuit &
craint mes regards mêmes ? .... ah ,
malheureux ! je ſuis perdu.....
Fatime en effet vouloit fuir ; & fon
cœur gémiſſoit de ladouleur qu'elle cau-
ſoit a fon amant : mais la promeſſe
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle venoit de faire à ſa mère , lui
donnant de nouvelles forces ; Ah ! laif-
ſe-moi , s'écria-t-elle : des ordres que
je reſpecterai toujours , ne me permet-
tent plus ! ... N'achevez pas , perfide ,
s'écriaAlcidor, ledéſeſpoir peintdans les
yeux; n'achevez pas de m'annoncer la
mort... Quel changement ,grand Dieu !
Ciel , eſt-ce au moment où je venois
vous apprendre avec tranſport ,
la
mortd'un oncle dont la fortune ajoute
immenſément à la mienne ? Est-ce au
moment où je commençois à me croire
plus digne de Fatime & de l'aveu de ſa
mère , que je dois voir mes vœux &
mon plus cher eſpoir trahis ? .... Eh
bien ,je périrai ; oui ! je périrai , cruelle :
mais craignez; quedis-je? tremblez pour
lesjoursde l'heureuxrival quefansdoute
vous me préférez
...
Est-ce Alcidor
que j'entends ? eſt-ce lui,(dit en foupi-
rant Fatime , ) qui m'oſe reprocher une
noirceurdontjefus toujours incapable?..
Dieu! fi mon cœur pouvoit s'ouvrir à lui.
Ah! pardonne , digne & belle Fatime ,
pardonne à la douleur qui tranſportoit
le plus ſincère amant ! ... Non , non ,
ton âme fut toujours trop vraie , trop
pleinede ladivinité dont elle est l'image,
pour connoître un inſtant l'impoſture...
MARS. 1764.
33
Que ta mère , hélas ! ne connoit-elle
toute la pureté , toute la violence de
ma flame ..... peut-être que ſenſible
aux maux que ſes ordres barbares vont
me faire fouffrir , ſon cœur pourroit
s'ouvrir à la pitié .... Permets , chère
Fatime , permets- moi la ſeule épreuve ,
laſeule tentative qui flatte encore l'eſpoir
de ton amant ! ... Que dis - je ? ah !
ſi jamais je te fus cher ; fuis-moi ; vien...
tombons l'un & l'autre à ſes pieds.....
viens m'y voir expirer , ou obtenir d'elle
notre bonheur commun.
Araminte , quid'un cabinet voiſin les
voyoit & les entendoit , ne put laiſſer
durer plus longtemps un fupplice dont
fon cœur partageoit toute l'amertume.
O mes enfans ! s'écria -t-elle , en s'of-
frant à leurs yeux , vivez à jamais l'un
pour l'autre ..... Ces mots que l'émo-
tiond'Araminte lui permit à peine d'ar-
ziculer, produifirent fur lesjeunes amans
tout l'effet qu'ils devoient produire. Un
filence d'étonnement &d'excès de plai-
fir ,des regards où l'amour , la joie
&la reconnoiffance s'exprimoient tour-
à-tour, furent quelques inſtans les ſeuls
interprêtes de leurs cœurs... Les épan-
chemens réciproques fuccéderentà cette
By
34 MERCURE DE FRANCE.
première ivreſſedes ſens &l'hymend'Al-
cidor & de Fatime ne futdifféré qu'au-
tant qu'il le fallut pour en diſpoſer les
apprêts.
Par M. DUCLOS, S. D. M. D. F. G.
Fermer
6
p. 34-36
ÉTRENNES A LISE.
Début :
TOI que l'Amour a destinée [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉTRENNES A LISE.
ÉTRENNES A LISE.
TOI que l'Amour a destinée
Pour fixer les plus inconftans,
Toi , qui de ſes attraits brillans ,
Etde mille grâces ornée ,
Marches toujours environnée
Des arts, du goût & des talens !
Reçois ſur la nouvelle année
Et mes vœux & mes complimens.
Ne crois pas que mon tendre hommage ,
Jeune Life , dans ce beau jour ,
Soit le fade enfant d'un uſage
Que l'homme frivole & le ſage
Blâment & ſuivent tour-à- tour.
Plus vrai , plus ſimple , il eſt l'ouvrage
Du Sentiment & de l'Amour :
Tum'as apprisdans ce ſéjour
A ne parlerque leur langage.
Lisdonc ces vers ; la vérité
MARS. 1764.
Te'les trace d'une main fûre:
Loin que la modeſte parure
Dont elle orne ici la beauté ,
Serve de voile à l'impoſture ,
Mes vœux pour ta félicité
Partentd'une ſource trop pure
Pour avoir la moindre teinture
De l'art ou de la fauſſeté :
Voilà de quoi mon cœur t'aſſure ;
Ecoute ce qu'il m'a dicté.
Que tes jours précieux aux Grâces
Des mains de l'Amour ſoient filés !
Que loin de tes riantes traces
Les noirs ennuis & les diſgraces
Soient par les plaiſirs exilés.
Naiſſent ſans ceſſe ſur tes pas ;
Que loin d'affoiblir tes appas,
L'âge les embelliffe encore ;
Et quede l'empire de Flore
Les tréſors les plus délicats ,
Pour toi ſeule puiſſent éclore.
Que tout prévienne tes defirs
Entre les jeux & l'allegreſſe
Partage tes riants loiſirs ;
Vis longtemps , éprouve ſans ceſſe
Que c'eſt au Dieu de la tendreſſe
B vj
35
Quetous les biens que l'homme implore
Malgré la rigueur des frimats ,
36 MERCURE DE FRANCE.
Que nous devons les vrais plaiſirs !
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de Cavalerie.
TOI que l'Amour a destinée
Pour fixer les plus inconftans,
Toi , qui de ſes attraits brillans ,
Etde mille grâces ornée ,
Marches toujours environnée
Des arts, du goût & des talens !
Reçois ſur la nouvelle année
Et mes vœux & mes complimens.
Ne crois pas que mon tendre hommage ,
Jeune Life , dans ce beau jour ,
Soit le fade enfant d'un uſage
Que l'homme frivole & le ſage
Blâment & ſuivent tour-à- tour.
Plus vrai , plus ſimple , il eſt l'ouvrage
Du Sentiment & de l'Amour :
Tum'as apprisdans ce ſéjour
A ne parlerque leur langage.
Lisdonc ces vers ; la vérité
MARS. 1764.
Te'les trace d'une main fûre:
Loin que la modeſte parure
Dont elle orne ici la beauté ,
Serve de voile à l'impoſture ,
Mes vœux pour ta félicité
Partentd'une ſource trop pure
Pour avoir la moindre teinture
De l'art ou de la fauſſeté :
Voilà de quoi mon cœur t'aſſure ;
Ecoute ce qu'il m'a dicté.
Que tes jours précieux aux Grâces
Des mains de l'Amour ſoient filés !
Que loin de tes riantes traces
Les noirs ennuis & les diſgraces
Soient par les plaiſirs exilés.
Naiſſent ſans ceſſe ſur tes pas ;
Que loin d'affoiblir tes appas,
L'âge les embelliffe encore ;
Et quede l'empire de Flore
Les tréſors les plus délicats ,
Pour toi ſeule puiſſent éclore.
Que tout prévienne tes defirs
Entre les jeux & l'allegreſſe
Partage tes riants loiſirs ;
Vis longtemps , éprouve ſans ceſſe
Que c'eſt au Dieu de la tendreſſe
B vj
35
Quetous les biens que l'homme implore
Malgré la rigueur des frimats ,
36 MERCURE DE FRANCE.
Que nous devons les vrais plaiſirs !
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de Cavalerie.
Fermer
7
p. 36
ÉΡΙΤΑΡΗΕ De M. de GEORVILLE, ancien Tresorier Général de la Marine, &c.
Début :
CY gît qui fit toujours le bien [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉΡΙΤΑΡΗΕ De M. de GEORVILLE, ancien Tresorier Général de la Marine, &c.
ÉΡΙΤΑΡΗΕ
De M. de GEORVILLE, ancien Tresorier
Général de la Marine, &c.
CY gît qui fit toujours le bien
Par penchant & par caractère.
S'il eſt mort ce vrai Citoyen ,
C'eſt de regret de n'en pas aſſez faire,
Par M. MOURET DUCHEMIN.
De M. de GEORVILLE, ancien Tresorier
Général de la Marine, &c.
CY gît qui fit toujours le bien
Par penchant & par caractère.
S'il eſt mort ce vrai Citoyen ,
C'eſt de regret de n'en pas aſſez faire,
Par M. MOURET DUCHEMIN.
Fermer
8
p. 36
VERS sur un ruban donné à l'Auteur par Mlle L. M. de Sin.... & brodé par elle.
Début :
TISSU brillant, ouvrage de Daphné, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur un ruban donné à l'Auteur par Mlle L. M. de Sin.... & brodé par elle.
VERS sur un ruban donné à l'Auteur
par Mlle L. M. de Sin.... & brodé
par elle.
TISSU brillant, ouvrage de Daphné,
Enchaînes à jamais les amours ſur mes traces.
Don précieux à mon cœur fortuné !
Tu vauxpour moi la ceinturedesGrâces.
CHAUVET, J.
par Mlle L. M. de Sin.... & brodé
par elle.
TISSU brillant, ouvrage de Daphné,
Enchaînes à jamais les amours ſur mes traces.
Don précieux à mon cœur fortuné !
Tu vauxpour moi la ceinturedesGrâces.
CHAUVET, J.
Fermer
9
p. 37-38
A Madame de S. H... à qui l'Auteur en dansant au Bal, avoit donné par mégarde, un coup dans l'oeil.
Début :
JALOUSE de vous voir si belle, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame de S. H... à qui l'Auteur en dansant au Bal, avoit donné par mégarde, un coup dans l'oeil.
A Madame de S. H... à qui l'Auteur
en dansant au Bal, avoit donné par
mégarde, un coup dans l'oeil.
JALOUSE de vous voir si belle,
Vénus hier pendant le Bal
S'en vangea ſur votre prunelle ,
Et mon bras matheureux fut l'inſtrument fatal
Dont ſe ſervit laDéeſſe cruelle,
Pour vous cauſer autant de mal.
Mais, belle Ifé , quellefut ſa ſurpriſe
D'entendre de l'Amour le cri leplus perçant
Elle reconnut ſamépriſe
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Ils'écrioit, » qu'avez-vous fait, ma mère?
» Quoi , vous éteignez mon flambeau!
>>>Fut-il jamais de douleur plus amère ?
Pouvoit-il être mieux que dans cetcœil ſibeaut
>> Ranimez doncencor votre colère ,
>>> Et détruiſez auſſi ſon frère
>> Dans lequelj'ai mistous mestraits.
>>Mais aprèstant de barbarie ,
>> Cruelle , ôtez-moi donc la vie,
Sinon mes pleurs ne tarirontjamais.
Par les crisde ſon fils la Déeſſe attendrie,
Ifé, dit-elle, ſois guérie.
38 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous , pour vous punir , Amour ,
Du dépôt de vos traits d'avoir fait un myſtère
A votre redoutable mère ,
Iffé les gardera toujours.
Des Rives du Lignon, le 23 Janvier 1764.
Par un Abonné au Mercure.
en dansant au Bal, avoit donné par
mégarde, un coup dans l'oeil.
JALOUSE de vous voir si belle,
Vénus hier pendant le Bal
S'en vangea ſur votre prunelle ,
Et mon bras matheureux fut l'inſtrument fatal
Dont ſe ſervit laDéeſſe cruelle,
Pour vous cauſer autant de mal.
Mais, belle Ifé , quellefut ſa ſurpriſe
D'entendre de l'Amour le cri leplus perçant
Elle reconnut ſamépriſe
Aux larmes de ce tendre Enfant.
Ils'écrioit, » qu'avez-vous fait, ma mère?
» Quoi , vous éteignez mon flambeau!
>>>Fut-il jamais de douleur plus amère ?
Pouvoit-il être mieux que dans cetcœil ſibeaut
>> Ranimez doncencor votre colère ,
>>> Et détruiſez auſſi ſon frère
>> Dans lequelj'ai mistous mestraits.
>>Mais aprèstant de barbarie ,
>> Cruelle , ôtez-moi donc la vie,
Sinon mes pleurs ne tarirontjamais.
Par les crisde ſon fils la Déeſſe attendrie,
Ifé, dit-elle, ſois guérie.
38 MERCURE DE FRANCE.
Mais vous , pour vous punir , Amour ,
Du dépôt de vos traits d'avoir fait un myſtère
A votre redoutable mère ,
Iffé les gardera toujours.
Des Rives du Lignon, le 23 Janvier 1764.
Par un Abonné au Mercure.
Fermer
10
p. 38
VERS envoyés au mois de Septembre dernier, à une très-jolie femme de Dijon, qui venoit d'accoucher d'une troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir un garçon.
Début :
CONSOLE-TOI, mère charmante, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS envoyés au mois de Septembre dernier, à une très-jolie femme de Dijon, qui venoit d'accoucher d'une troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir un garçon.
VERS envoyés au mois de Septembre
dernier, à une très-jolie femme de
Dijon, qui venoit d'accoucher d'une
troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir
un garçon.
CONSOLE-TOI, mère charmante,
D'avoir malgré ta vive attente
Atrois fillesdonné le jour.
Ce ne ſontpoint là des diſgraces ,
Avantqued'enfanter l'Amour ,
Vénus enfanta les trois Grâces.
dernier, à une très-jolie femme de
Dijon, qui venoit d'accoucher d'une
troisiéme fille, & qui desiroit d'avoir
un garçon.
CONSOLE-TOI, mère charmante,
D'avoir malgré ta vive attente
Atrois fillesdonné le jour.
Ce ne ſontpoint là des diſgraces ,
Avantqued'enfanter l'Amour ,
Vénus enfanta les trois Grâces.
Fermer
11
p. 39-44
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
Début :
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai point trop enrichi l'image, ne tiennent [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère, insérée dans le second Vol. de Janvier.
SUITE de la Lettre d'une jeune Etrangère,
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
insérée dans le second Vol. de
Janvier.
CES jolies Prêtresses, dont je n'ai
point trop enrichi l'image, ne tiennent
leurs myſtéres ſecrets,que quand la na-
ture ou le tempsy laiſſent trop dechoſes
àréparer. Ne t'imagines pas, chereMiss ,
que ce qu'on appelle le temps de la toi-
lette ſoit employé tout entier à l'ajuste-
ment. Il y a bien des parties dans cet
acte; c'eſt le principal de la journée des
femmesd'un certain ordre. Les momens
deſtinés à des ſoins particuliers de la
figure , ne font pas,comme je viens de
ledire , livrés aux profanes: mais tout ce
qui précéde le temps de fortir ou de
tenir appartement , eſt toilette ou ré-
puté tel. C'eſt à cet autel de la galan-
terie, dont une Françoiſe eſt en même
temps laDivinité & le Miniſtre, qu'elle
vaque à toutes les affaires de ſon état ,
qui eſt d'être jolie , frivole , galante &
même un tant ſoit peu friponne. ( Je ne
40 MERCURE DE FRANCE.
ſçaurois te faire bien entendre ce mot ,
il faudroit pour cela connoître mieux
la choſe ,& pour la bien connoître , il
faut être Françoiſe.)C'eſt donc là que
s'écrivent ,que ſe reçoiventles billets du
matin ; c'eſt là que ſe régle la deſtinée
du jour , ou tout au moins qu'elle ſe dé-
clare aux courtiſans familiers ; c'eſt là
ſouvent que ſe détermine auſſi la deſti-
née des amans ; car celle du mari eſt
toute
arrangée ; & je t'aſſure que
communément il n'en prend pas plus
de ſouci qu'on n'en prend de lui. Ne
va pas te figurerla ſcène de ces toilettes
d'après ce qu'en peignent quelques Bro-
chures ou quelque trivial Roman dont
nous nous ſommes ſouvent amuſées
enſemble,lorſque nous étudions la Lan-
gue Françoiſe. Il y a une eſpèce de
manie dans les Auteurs de cette Nation,
pour peindre ce qu'ils ne voyent pas.
La plupart des Ecrivains les plus oc-
cupés à donnerdes tableaux de ces dé-
tails du monde , ſont précisément ceux
qui n'en ont & n'en peuvent avoir
aucune notion vraie. Ily a quelquefois
à cestoilettes un peude ceque ces pein-
tures informes nous indiquent; plus fou-
vent encore il n'y en a pas un ſeul per
MARS. 1764.
4г
fonnage. Mais , s'il s'en rencontre,c'eſt
avec des nuances très-difficiles àtranf-
mettre dansune deſcription. Je t'avertis,
ma chère Miſs , que prèſque tout ce
qui concerne les manières ,le caractère
même des François , dépend tellement
de ces nuances , en eſt ſi eſſentiellement
compofé , qu'il n'y a qu'eux , & en-
core très-peu d'entr'eux, qui ſoient en
état de les peindre , prèſque jamais de
les définir avecpréciſion.Tu verrois une
de ces Toilettes, être un moment le cer-
cle de la frivolité la plus puérile , des
airs les plus extravagans , des riens , en.
un motde tout ce qui donne lieu aux
caricatures qu'on nous fait des François.
Le moment,qui ſuccéde , tu ſerois frap-
pée ſouvent d'admiration , de la fineſſe,
de la ſagacité des vues de ce même cer-
cle , par accident même , de la juſteſſe
des raiſonnemens ; fans pouvoir retrou-
ver la moindre trace des voies par lef-
quelles on eſt ainſi paſſé d'une extré-
mité à une autre fi oppoſée. Pour t'en
faire une idée, retiens bien qu'une Fran-
çoiſe qui a de l'eſprit & du monde , de-
vine ſouvent mieux que ceux qui met-
tent bien du ſoin à apprendre. Lorſque
celle qui préſide eſt de cette forte , il
42 MERCURE DE FRANCE.
arrive ce que je viens de te dire ; car
elles font pour la plupart conféquem-
ment inconféquentes ; je ne ſçais ſi je
me fais entendre , je veux dire qu'elles-
concilient les choſes contradictoires ,
avec un instinct d'eſprit qui a des mar-
chesplus afſurées quela méthode même,
& la raiſon la mieux compaffée. Légères
ou folides , folles ou ſenſées , je ſuis
obligée de convenir que les Fran-
çoiſes ſont toujours également char-
mantes.
Quanddesmotifs de curiofité ,de pro .
menade , d'autres peut - être encore plus
intéreſſants, engagentles femmes à fortir
auxheures qu'elles ſont convenues d'ap-
peller lematin,ilyades robesdebien des
formes différentes pour cet uſage ; je
n'en ſçais pas tous les noms ; pluſieurs
d'entr'elles les ignorent comme moi.
Quelques-unes de ces robes font auffi
complettement fermées de toutes parts,
que la robe d'un Magiſtrat. On ne voit
ni col , ni poitrine , ni bras. Tous les
charmes font alors dans un parfait in-
cognitò. Je croiscependant entre nous,
chère Miss , que c'eſt le temps où l'on
en fait le plus agréable emploi. En
public on expoſe pourl'éclat ſeulement ;
MARS. 1764.
43
mais ſous ces modeſtes vêtemens,on fait
quelquefois un commerce plus doux
& plus ſolide des faveurs de la beauté.
Il y a d'autres robes négligées moins
heparetiquement cloſes , mais elles cou-
vrent & envelopent toujours beaucoup
plus que les robes habillées ou même
demi - habillées. Il y a ſur cela des
diviſions & des ſous - diviſions qui
embarraſſeroient nos
plus célèbres
calculateurs. Si ces robes du matin
ſont entierement cloſes , cela s'appel-
le , je crois , à la Chanceliere , attendu
quelque rapport réel avec la forme du
vêtement de ce premier Magiſtrat du
Royaume. Tu ne sçaurois croire par
combien d'eſpèces de grande coëffes en
coqueluchons , de mantelets petits ou
grands , qui prennent tous les quinze
joursdes noms & des formes différen-
tes , on fupplée aux robes ainſi fermées
lorſqu'on en porte d'autres en déshabil-
lé. On diroit qu'ici les femmes n'ont
qu'un certain temps de la journée pour
être ſuſceptibles des impreſſions de l'air.
Les précautions fur cela neſontjamais
qu'en raiſon de la parure; & leur déli-
cateſſe ou leur force contre le froid, font
reglées par l'étiquette. A propos d'é-
tiquette,je vais éſſayer, ma chèreMiss,
44 MERCURE DE FRANCE.
d'en traiter un des points les plus fubtils
& ſur lequel il fautavoir , j'oſe dire,des
connoiſſances très-fines , il s'agit de ſça-
voir ceque les bienſéances éxigent ou
permettent ſur les Paniers.
Mais ma Lettre commence à devenir
longue pourmoi , c'eſt un fâcheux pro-
gnoſtic ſur l'impreſſion qu'elle te feroit.
Je vais rêver un peu aux Paniers ;
j'entrevois qu'ily a des découvertes fort
utiles à faire fur ce ſujet. Je t'en entre-
tiendrai l'Ordinaire prochain. Ne me re-
proche plus ma pareſſe , je te punirois
peut-être de ce reproche aux dépens de
ta patience & de mon amour-propre.
Je fuis , &c.
Fermer
12
p. 44-45
LE SONGE.
Début :
JE reposois sur la fougère ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE SONGE.
LE SONGE.
JE reposois sur la fougère ;
Morphée avoit fermé mes yeux ;
Je croyois être avec Glycère ,
Et le Plaifir m'ouvroit les Cieux.
Minerve m'offrit la ſageſſe ;
Vénus les grâces , la beauté ;
Hébé la fraîcheur , la jeuneſſes
Mars ſes lauriers & ſa fierté.
MAR S. 1764.
Bacchus dit: Bois ; Apollon , chante ,
Et prends ce luth , s'il t'a charmés
Viens , ditPlutus , ſi l'Or te tente ;
Amour me dit: Aime, & j'aimai.
JE reposois sur la fougère ;
Morphée avoit fermé mes yeux ;
Je croyois être avec Glycère ,
Et le Plaifir m'ouvroit les Cieux.
Minerve m'offrit la ſageſſe ;
Vénus les grâces , la beauté ;
Hébé la fraîcheur , la jeuneſſes
Mars ſes lauriers & ſa fierté.
MAR S. 1764.
Bacchus dit: Bois ; Apollon , chante ,
Et prends ce luth , s'il t'a charmés
Viens , ditPlutus , ſi l'Or te tente ;
Amour me dit: Aime, & j'aimai.
Fermer
13
p. 45-47
EPITRE A Madame D** M***.
Début :
Cette Dame avoit écrit à l'Auteur qu'un homme d'esprit étoit dans un / LA Rose au milieu d'un Parterre, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Madame D** M***.
EPITRE
A Madame D** M***.
Brille au-deſſus des autres fleurs ;
Elle perd bientôt ſes couleurs.
Qui ſous l'herbe brille humblement
Et ſur le ſeind'une Lifette
Que la Roſe au teint délicats
Etma timideviolette
45
Cette Dame avoit écrit à l'Auteur
qu'un homme d'esprit étoit dans un
Cercle ce qu'étoit la Roſe dans un Par
terre. L'Auteur lui répondit par l'Epitre
ſuivante :
LA Rose au milieu d'un Parterre,
Plusbelle,maisplus paſſagère ,
Mais l'innocente violette ,
Echappe aux attaques du vent ,
Va parerun corſet galant,
Oui , j'aime mieux l'humble Fleurette,
Un ſoufflel'embellit , mais un fouffle l'abat
46 MERCURE DE FRANCE.
Garde plus longtemps ſon éclat.
Tel eſt le bon eſprit , toujours prudent & ſage ,
S'exprimant toujours ſans écart ,
Il a la douceur en partage ,
Il eſt modeſte en ſon langage ,
Et la Nature eſt tout ſon fard.
Souvent dans l'ombre d'un nuage
Il ſe dérobe à tous les yeux ;
Mais , tel qu'un aſtre radieux ,
C'eſt pour éclairer d'avantage.
Le ſtore qui rompt le paſſage
A l'éblouiſſante clarté ,
Eſt l'heureuſe timidité
Dont mon cœur chérit le partage ,
Puiſqu'il eſt le premier hommage
Qu'il oſe offrir à la beauté.
Qu'un Fat ambré , dans ſa manie
Sur un nouveau jargon monté ,
D'hommede bonne compagnie
Soutienne la célébrité ;
Que , par Cydaliſe ou Julie ,
Son nom dans les Boudoirs chanté
De la bouche de la Folie
Paſſeauxfaftes pompeux de la frivolité ;
C'eſt ſon deſtin : qu'un autrey porte envie;
Je n'en faurois être tenté.
Il eſt des prix pour le Génie,
Il en eſt pour la vanitéa
MARS. 1764.
Que le pèrede la ſaillie ,
Que ſemble ſervir le hazard,
D'unmotqui ne doit rien à l'Art,
De la pâle mélancolie
Ranime le ſombre regard ;
Oui , que P.... vous faſſe rire :
Seul il a ce droit , j'y conſens ;
Mais vous le connoillez , Thémire ,
C'eſt le moindre de ſes talens.
Moi qui ne ſuis P... ni petit-maître ,
Je me renferme dans mon être ,
Toutmon eſprit eſt dans mon cœur ;
Vous m'apprenez à le connoître.
Vos beauxyeux ſçavent tout charmer ;
Votreeſprit ſçait inſtruire & plaire ;
Etnous ,nous ne ſçavons qu'aimer.
Vousvoyez bien qu'il faut nous taire.
47
Par M. COSTARD, Fils.
A Madame D** M***.
Brille au-deſſus des autres fleurs ;
Elle perd bientôt ſes couleurs.
Qui ſous l'herbe brille humblement
Et ſur le ſeind'une Lifette
Que la Roſe au teint délicats
Etma timideviolette
45
Cette Dame avoit écrit à l'Auteur
qu'un homme d'esprit étoit dans un
Cercle ce qu'étoit la Roſe dans un Par
terre. L'Auteur lui répondit par l'Epitre
ſuivante :
LA Rose au milieu d'un Parterre,
Plusbelle,maisplus paſſagère ,
Mais l'innocente violette ,
Echappe aux attaques du vent ,
Va parerun corſet galant,
Oui , j'aime mieux l'humble Fleurette,
Un ſoufflel'embellit , mais un fouffle l'abat
46 MERCURE DE FRANCE.
Garde plus longtemps ſon éclat.
Tel eſt le bon eſprit , toujours prudent & ſage ,
S'exprimant toujours ſans écart ,
Il a la douceur en partage ,
Il eſt modeſte en ſon langage ,
Et la Nature eſt tout ſon fard.
Souvent dans l'ombre d'un nuage
Il ſe dérobe à tous les yeux ;
Mais , tel qu'un aſtre radieux ,
C'eſt pour éclairer d'avantage.
Le ſtore qui rompt le paſſage
A l'éblouiſſante clarté ,
Eſt l'heureuſe timidité
Dont mon cœur chérit le partage ,
Puiſqu'il eſt le premier hommage
Qu'il oſe offrir à la beauté.
Qu'un Fat ambré , dans ſa manie
Sur un nouveau jargon monté ,
D'hommede bonne compagnie
Soutienne la célébrité ;
Que , par Cydaliſe ou Julie ,
Son nom dans les Boudoirs chanté
De la bouche de la Folie
Paſſeauxfaftes pompeux de la frivolité ;
C'eſt ſon deſtin : qu'un autrey porte envie;
Je n'en faurois être tenté.
Il eſt des prix pour le Génie,
Il en eſt pour la vanitéa
MARS. 1764.
Que le pèrede la ſaillie ,
Que ſemble ſervir le hazard,
D'unmotqui ne doit rien à l'Art,
De la pâle mélancolie
Ranime le ſombre regard ;
Oui , que P.... vous faſſe rire :
Seul il a ce droit , j'y conſens ;
Mais vous le connoillez , Thémire ,
C'eſt le moindre de ſes talens.
Moi qui ne ſuis P... ni petit-maître ,
Je me renferme dans mon être ,
Toutmon eſprit eſt dans mon cœur ;
Vous m'apprenez à le connoître.
Vos beauxyeux ſçavent tout charmer ;
Votreeſprit ſçait inſtruire & plaire ;
Etnous ,nous ne ſçavons qu'aimer.
Vousvoyez bien qu'il faut nous taire.
47
Par M. COSTARD, Fils.
Fermer
14
p. 47-48
A Madame D***, qui avoit eu la féve le jour des Rois. IMPROMPTU.
Début :
POURQUOI vous étonner, Glycère ? [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Madame D***, qui avoit eu la féve le jour des Rois. IMPROMPTU.
A Madame D***, qui avoit eu la
féve le jour des Rois.
IMPROMPTU.
POURQUOI vous étonner, Glycère ? L'événement n'est pas nouveau.
48 MERCURE DE FRANCE.
Quand l'Amour coupe le gâteau ,
La féve eſt toujours pour ſa mère.
Par le même.
féve le jour des Rois.
IMPROMPTU.
POURQUOI vous étonner, Glycère ? L'événement n'est pas nouveau.
48 MERCURE DE FRANCE.
Quand l'Amour coupe le gâteau ,
La féve eſt toujours pour ſa mère.
Par le même.
Fermer
15
p. 48
VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur d'un Eloge de SULLY.
Début :
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire ! [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur d'un Eloge de SULLY.
VERS à Mlle MAZARELLI, Auteur
d'un Eloge de SULLY.
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire !
Et d'Apollon tu vasgroſſir la cour :
Ta main quide Sully trace le caractère Grave & folâtre tour-à-tour,
Nous trace des leçons,&careſſe l'Amour.
A tes rivaux tu fais rendre les armes :
D'une double victoire ils viennent t'honorer.
Charmés de tes talens , ſubjugués par tes char
mes,
Ils ne ſçavent que t'admirer.
Mais c'eſt prendre ſur nousuntropgrand avane
tage;
Ne te ſuffit-il pasde régnerſur noscoeurs?
Faut-il encor nous ravir les faveurs
Dontle deſtinafait notre partage ?
Que nous puiſſions au moins, oubliant tes ri
gueurs,
Parquelques biens balancer nosdiſgraces:
Laiffe-nous nos talens, ou donne-nous ses grâces!
d'un Eloge de SULLY.
QUOI, tu joins l'art d'instruire à celui de nous plaire !
Et d'Apollon tu vasgroſſir la cour :
Ta main quide Sully trace le caractère Grave & folâtre tour-à-tour,
Nous trace des leçons,&careſſe l'Amour.
A tes rivaux tu fais rendre les armes :
D'une double victoire ils viennent t'honorer.
Charmés de tes talens , ſubjugués par tes char
mes,
Ils ne ſçavent que t'admirer.
Mais c'eſt prendre ſur nousuntropgrand avane
tage;
Ne te ſuffit-il pasde régnerſur noscoeurs?
Faut-il encor nous ravir les faveurs
Dontle deſtinafait notre partage ?
Que nous puiſſions au moins, oubliant tes ri
gueurs,
Parquelques biens balancer nosdiſgraces:
Laiffe-nous nos talens, ou donne-nous ses grâces!
Fermer
16
p. 49-60
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
Début :
LETTRE IV. Vous voulez connaître les femmes qui sont ici. [...]
Mots clefs :
Jeune homme, Femmes, Amour, Yeux, Nature, Plaisir, Âme, Finesse, Grâces, Beauté, Doute, Femme, Douceur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
SUITE des Lettres d'unjeune Homme.
LETTREIV.
Vous voulez connoître les femmes
qui font ici. Vous me demandez des
portraits. Mon ami , c'eſt un ouvrage
délicat, Il eſt dangereux d'être vrai.
Mais, s'il arrive que j'éffleure quelques
ridicules & même quelques vices , je ne
démaſquerai point les Perſonnages , &
d'ailleurs nous avons de jeunes Dames
très - aimables , & dont on ne peut faire
que l'éloge.
Deux femmes qui viſent à la célébrité
, qui par conféquent ſe déteſtent
& ſe mépriſent , & qui , je crois , ſe
rendent juſtice : l'une aimant tout le
monde , & même ſon mari ; l'autre, plus
franche , plus décidée , & déclarant
nettement qu'elle regarde le fien à-peuprès
comme un animal domeftique
que des préjugés ont rendu néceſſaire à
la liberté d'une jolie femme. Toutes
deux aimant le plaifir , mais la première
avec moins d'éclat ; être pufillanime,
qui ne fuit qu'en tremblant ſon illuftre
modele..... Pafſons aux autres.
C
:
,
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez , mon ami , ce que la jeuneſſe
a de plus brillant , de plus tendre
& de plus délicat. Des cheveux blonds,
de grands yeux bleus pleins de douceur
, un viſage riant & modeſte , l'éclat
des plus belles couleurs , cette fineffe
& cette blancheur de peau particulière
aux blondes , & qui laiſſent
voir la pourpre imperceptible de ces
petites veines qui ornent les tempes &
le front , un ſourire enchanteur , une
taille légère & charmante , une politeſſe
aiſée , un eſprit aimable & cultivé,
un mélange touchant& fingulier de fineffe
& d'ingénuité dans le caractère : il
étoit réſervé à Mlle de Luficour de rafſembler
tant de grâces & tant d'heureuſes
qualités .
Nous avons encore une jeune Brune,
dont les yeux pétillent de tendreffe &
de vivacité. Elle penſe bien & s'exprime
de même. Vous lui trouvez d'abord
quelque timidité. Ce n'eſt point del'embarras
, c'eſt une fage circonfpection
qui naît de la modeſtie. Son eſprit eſt
juſte, ſes manières nobles& naturelles ,
ſa converſation agréable & fimple.
La figure de Madame d'Orville intéreſſe
d'abord. L'élégance & la légéreté
de ſa taille , la fineffe & la vivacité
MARS. 1764. 51
de ſa phyſionomie , le feu de ſes grands
yeux noirs , une certaine dignité répandue
fur toute ſa perſonne , tout cela
frappe & furprend. Avec plus de naïveté
, elle auroit de la grâce ; elle n'a
que de la majeſté. Vous ne lui trouvez
pas ces grâces touchantes qui vont chercherl'âme
* ; mais , permettez-moi l'expreffion
, une Beauté impérieuſe & hardie
, qui ſemble plutôt commander l'amour
, que l'inſpirer. Elle a beaucoup
d'eſprit , encore plus de prétentions.
Concluez de ceci , qu'elle a plus d'art
que de naturel , & vous conviendrez
néanmoins que Madame d'Orville eſt aimable.
Les femmes réuſſiſſent dans tous les
détails où il faut paroître : Mde d'Orville
y excelle. Elle fait parfaitement les
honneurs de ſa table & de ſa maiſon ;
rien ne lui échappe , & tout le monde
eſt ſatisfait : elle a toute l'adreſſe & la
préſence d'eſprit de ſon ſéxe. Mais vous
me ſoupçonnez de vouloir calomnier ce
ſéxe enchanteur , & de ne lui laiffer que
de petits talens . Je m'explique.
Ne pourroit- on pas dire aux femmes :
Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Rouffeau , Emile ou de l'Education.
:
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion. Elle est conforme à vos inclinations.
Elle pourroit être plus parfaite ,&
j'avoue que , fi elle ne l'eſt pas , il y a
de notre faute. Mais vous n'êtes pas faites
pour vous appeſantir par l'étude.
Contentez-vous d'être aimables ; régnez
par la douceur & la perfuafion : ne
cherchez point à devenir des honimes ,
vous y perdriez, Vous naiffez toutes coquettes
: ne vous offenſez pas , je vous
ſupplie , de ce diſcours ; je ne vous en
reſpecte pas moins , & la coquetterie
bien dirigée eſt un bienfait de la Nature.
C'eſt par elle que vous gouvernez
les hommes. Vertueuſes , vous faites des
ſages ; & des vives émotions de l'amour
je vois naître & s'établir les moeurs.
Quelle gloire pour vous , & quel autre
empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement
être hommes ? J'y confens ,j& je partagerai
de bon coeur avec vous les fatigues
& les dangers de la guerre. Devenez
graves & Içavantes , & préférez à
la fineffe du fentiment , à l'aimable enjoûment
de votre eſprit, les ſoins de la
politique & du gouvernement. Jettez
l'aiguille & le fuſeau ,& que vos mains
délicates prennent la bêche du ruſtre ,&
le marteau du forgeron . Non , la Nature
a marqué notre destination & la diffé
MARS. 1764 . 53
rence de nos emplois par la différence
de notre conformation. Une plus
haute ſtature , une organiſation plus folide
& moins fléxible indiquent les devoirs
honorables de Phomme. A Dieu
ne plaiſe que je penſe que notre âme
foit par ſa nature ſupérieure à la vôtre !
Quand toutes ces relations de ſéxes ne
ſubſiſteront plus , quand les temps ſe-l
ront perdus dans le gouffre de l'Eternité
, quand ce corps mortel fera diffous
, nous ferons tous égaux ; les âmes
ont-elles un séxe * ? Quelle différence
reſtera-t- il entre elles ? Mon ami , je me
ſouviendrai fans doute alors , & j'aurai
du plaifir à me rappeller que , lorſque
j'étois un homme , ton aimable ſoeur
étoit une femme dont la ſociété me
charmoit.... Mais vois-tu quelle Métaphyſique
à propos de Mde d'Orville ?
Pardonne à un pauvre Solitaire. L'habitude
du chagrin égare ſon imagination
, mais jamais elle ne corrompra
fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette
admirable campagne. Que ne puisje
partager ce plaifir avec toi ! Quelle
belle ſoirée ! La fraîcheur & le calme de
l'air ſemblent paſſer juſqu'à l'âme ! ...
Au revoir , mon ami !
*Rouffeau , Nouvelle Héloïſe.
Cij
54. MERCURE DE FRANCE.
LETTREV.
E reçois enfin votre lettre , mon ami.
Pourquoi l'ai -je fi longtemps attendue ?
Celong filence commençoit à m'inquiéter
, & mon coeur en a murmuré ; mais
l'amitié reſſemble aſſez à l'amour : la
moindre faveur d'une Belle appaiſe un
Amant irrité , & l'on pardonne aisément
à l'ami que l'on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite
hiſtoire , qui , je crois , vous divertira .
J'étois curieux de voir un homme à la
mode. Je viens de contempler enfin
cette merveille. Rien n'eſt ſi plaifant, je
vous affure , & je ſuis fatisfait. Mais , fi
j'ai trouvé ce Phénix ridicule , j'ai dû
lui paroître bien fot : il a fans doute eu
pitié de mon étonnement provincial.
L'attention avec laquelle je le confidérois
étoit en effet remarquable ; elle
faiſoit un beau contraſte avec la légéreté
de cet Agréable. Tandis qu'il pirouettoit
fans ceſſe , qu'il tournoit à
tout vent , qu'il parloit à toutes les Dames
, qu'il vantoit les yeux de l'une ,
admiroit la main de l'autre , je me difois
: ce rôle eſt tout-à-fait digne d'un
MARS. 1764. 55.
homme , & cette manière d'honorer les
femmes doit bien les flatter !
Mon ami , ſi je voulois infulter une
jeune perſonne , ſi je le pouvois , je
prendrois le ton de cet impertinent.
Mais rien n'égaloit ſa fade galanterie ,
que l'air ſuffifant avec lequel il s'emparoit
de la conversation . Il débitoit leftement
les plus dangereuſes maximes; il
décidoit , tranchoit ..... Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à
fes hommages.Il n'y eut pas juſqu'à la
vieille Préſident de Fierville à qui il
n'en eût conté. La petite niéce de cette
Dame eut fon tour : il lui adreſſa quelques
propos galans . Monfieur ,dit-elle,
retournez à ma tante , vous venez de
lui dire précisément la même choſe ;
elle eſt beaucoup plus raisonnable que
moi ; elle vous entendra mieux. La naï
veté de cette ſaillie nous frappa ; perſonne
ne put s'empêcher de ſourire. Si
tu n'as jamais vu un Petit- Maître déconcerté
,&déconcerté par une jeune fille
de douze ans ; j'ai vu , moi , j'ai vu ce
phénomène.
Cette gentilleſſe , cette affectation&
ces galans menfonges ne ſont guères
ſéduiſans , il est vrai ; ce n'eſt qu'un
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
vain perfifflage : mais ces lâches adulations
, cette commode & libertine Philofophie
ne laiſſent pas d'être pernicieuſes.
Vils corrupteurs ! ne vous plaignez
plus des vices des femmes : C'eſt
vous qui les faites germer dans leurs
coeurs. Galants eſclaves de la beauté !
c'eſt vous qui leur donnez enfin des armes
contre vous-mêmes. Elles n'ont
pas ufurpé l'empire ; vous le leur avez
tranfmis : heureux & libres en portant
leurs chaînes , fi vous aviez ſçu mieux
diriger ce doux afcendant que leur
donna fur nous la Nature !
Mais , mon ami , croiras - tu que je
fuis moi-même accufé de galanterie ,
moi qui déclame contre elle avec cette
véhémence ? On n'a rien imaginé de
mieux pour me corriger , que de me
propoſer une femme. On veut que j'épouſe
une fille très-riche.... & trèsvieille.
La perſonne n'eſt pas une Beauté
; mais la Raiſon ! ... La Raiſon eſt ſans
doute une très -belle choſe . On me regarde
comme un papillon qu'il faut fixer.
Je doute un peu que je m'attache
à cette fleur dont la fraîcheur & l'éclat
font fort équivoques. Ne fût-ce que par
curiofité , & pour en cauſer avec toi ,
il faut que je voltige autour. J'en ſerai
MARS. 1764. 57
के
57
quitte pour m'envoler bien vite , fi
l'objet me fait peur. Juge de la bonne
fortune ,& fi j'y perdrai mes aîles .
Adieu , mon ami , tâchez de vous
diſtraire. Continuez de vous occuper &
de vous amuſer. Chantez,lifez les loix,
& faites l'amour. L'homme d'efprit
ſçait tout concilier. Je defire ardemment
que la jeune perſonne dont vous me
parlez faffe bientôt votre bonheur. Plus
adroite que ces femmes impérieuſes ,
*qui ne ſçavent que révolter un mari ,
elle fent que l'empire de ſon ſéxe n'est
que celui de la douceur & de la perfuafion
. Elle a de la raifon & des graces
; le fort des malheureux la touche
& l'intéreſſe . N'hésite pas à t'unir à
cette aimable fille ; donne ton coeur au
vrai mérite. Adieu.
LETTRE VI.
H , que tu connois mal ton ami !
Ecoute l'hiſtoire de mon coeur , & juge
mieux de mes ſentimens .
J'aime une fille charmante. Je vais te
peindre les grâces qui parent la ſageſſe
Ce portrait pourra te féduire ; mais il
n'en fera que plus reſſemblant.
Gv
58 MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami , avez-vous vu quelquefois
de ces phyſionomies touchantes
, qui ſemblent demander le coeur
qu'elles raviffent ? La beauté de ma
maîtreſſe eſt d'un caractère fi tendre &
fi naïf ; elle a quelque choſe encore de
fi noble & de ſi gracieux ! ... Vous diriez
que,pour former ce modéle aimable,
la Nature a fondu la majeſté d'une Reine
avec l'ingénuité d'une Bergère. Une
figure brillante & modeſte , beaucoup
de délicateſſe & de ſenſibilité , une ſimplicité
charmante , un coeur généreux &
compatiſſant , une âme enfin voilà
l'objet enchanteur qui diſpoſe de ton
ami.
....
Peux- tu me foupçonner , après cela ,
de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu
n'as pu férieuſement interpréter ma
lettre comme tu le fais. L'amour n'achete
point ſes plaiſirs ; il ne les vend
pas ; c'eſt au coeur ſeul de les donner
& de les obtenir. Une maîtreſſe vraîment
eftimable pourroit arracher au libertinage
l'homme le plus vicieux. Tu
ne voudrois pas que je le devinffe.
Mais que penfer de l'homme vil qui
trahit indignement l'innocence , & déſeſpére
la pudeur ? Quel est ce plaifir
barbare , d'abufer du malheur d'une
MARS. 1764. 59
jeune perſonne aimable , de profiter de
fon extrême affliction pour la forcer de
ſe faire violence à elle-même , & de s'avilir
à ſes propres yeux ! Eſt- ce parmi
les horreurs de la miſére la plus déplo
rable que peut régner l'Amour? Homme
brutal ! comment n'éprouves-tu pas
un fupplice plus cruel que celui qu'imagina
cet exécrable tyran qui faifoit
unir un homme vivant à un cadavre ?
Il eſt inſenſible , ce cadavre ; mais
vil Sardanapale , la victime de tes làches
artifices & de ton impudence boit
toute l'amertume de ſon fort ! Es- tu
heureux de ſes peines , de ſes douleurs ?
Tu oſes mêler l'opprobre & la défolation
à la volupté ! O monſtre ! .....
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertudépend
encore de vous. Malgré le plus
fanglant outrage , elle n'en ſera que
plus refpectable .... Mais revenons.
Dites-moi , mon ami. Abandonneraije
ce que j'aime, parce que l'or n'a point
tiffu nos noeuds ? Il en faut , je le ſçais ,
de cet or fi recherché ; mais jamais je
ne defirerai d'inutiles & dangereuſes- richeffes.
Si je ne puis adoucir mon fort ni
celui de l'aimable fille qui m'a charmé,
j'irai dans quelque campagne oublier
le monde & la ſociété ; heureux , fi l'a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
mitié peut chaſſer de mon aſyle l'amour
& les méchans. Je ne ſçais ; mais je
fuis tenté de fuir. O mon ami ! l'on ne
croit plus à la vertu. Une lente mélancolie
me confume. Hâte-toi , viens con .
foler un infortuné qui t'aimera tonjours.
Viens m'aider à ſupporter mes
maux.
LETTREIV.
Vous voulez connoître les femmes
qui font ici. Vous me demandez des
portraits. Mon ami , c'eſt un ouvrage
délicat, Il eſt dangereux d'être vrai.
Mais, s'il arrive que j'éffleure quelques
ridicules & même quelques vices , je ne
démaſquerai point les Perſonnages , &
d'ailleurs nous avons de jeunes Dames
très - aimables , & dont on ne peut faire
que l'éloge.
Deux femmes qui viſent à la célébrité
, qui par conféquent ſe déteſtent
& ſe mépriſent , & qui , je crois , ſe
rendent juſtice : l'une aimant tout le
monde , & même ſon mari ; l'autre, plus
franche , plus décidée , & déclarant
nettement qu'elle regarde le fien à-peuprès
comme un animal domeftique
que des préjugés ont rendu néceſſaire à
la liberté d'une jolie femme. Toutes
deux aimant le plaifir , mais la première
avec moins d'éclat ; être pufillanime,
qui ne fuit qu'en tremblant ſon illuftre
modele..... Pafſons aux autres.
C
:
,
50 MERCURE DE FRANCE.
Imaginez , mon ami , ce que la jeuneſſe
a de plus brillant , de plus tendre
& de plus délicat. Des cheveux blonds,
de grands yeux bleus pleins de douceur
, un viſage riant & modeſte , l'éclat
des plus belles couleurs , cette fineffe
& cette blancheur de peau particulière
aux blondes , & qui laiſſent
voir la pourpre imperceptible de ces
petites veines qui ornent les tempes &
le front , un ſourire enchanteur , une
taille légère & charmante , une politeſſe
aiſée , un eſprit aimable & cultivé,
un mélange touchant& fingulier de fineffe
& d'ingénuité dans le caractère : il
étoit réſervé à Mlle de Luficour de rafſembler
tant de grâces & tant d'heureuſes
qualités .
Nous avons encore une jeune Brune,
dont les yeux pétillent de tendreffe &
de vivacité. Elle penſe bien & s'exprime
de même. Vous lui trouvez d'abord
quelque timidité. Ce n'eſt point del'embarras
, c'eſt une fage circonfpection
qui naît de la modeſtie. Son eſprit eſt
juſte, ſes manières nobles& naturelles ,
ſa converſation agréable & fimple.
La figure de Madame d'Orville intéreſſe
d'abord. L'élégance & la légéreté
de ſa taille , la fineffe & la vivacité
MARS. 1764. 51
de ſa phyſionomie , le feu de ſes grands
yeux noirs , une certaine dignité répandue
fur toute ſa perſonne , tout cela
frappe & furprend. Avec plus de naïveté
, elle auroit de la grâce ; elle n'a
que de la majeſté. Vous ne lui trouvez
pas ces grâces touchantes qui vont chercherl'âme
* ; mais , permettez-moi l'expreffion
, une Beauté impérieuſe & hardie
, qui ſemble plutôt commander l'amour
, que l'inſpirer. Elle a beaucoup
d'eſprit , encore plus de prétentions.
Concluez de ceci , qu'elle a plus d'art
que de naturel , & vous conviendrez
néanmoins que Madame d'Orville eſt aimable.
Les femmes réuſſiſſent dans tous les
détails où il faut paroître : Mde d'Orville
y excelle. Elle fait parfaitement les
honneurs de ſa table & de ſa maiſon ;
rien ne lui échappe , & tout le monde
eſt ſatisfait : elle a toute l'adreſſe & la
préſence d'eſprit de ſon ſéxe. Mais vous
me ſoupçonnez de vouloir calomnier ce
ſéxe enchanteur , & de ne lui laiffer que
de petits talens . Je m'explique.
Ne pourroit- on pas dire aux femmes :
Ne vous plaignez plus de votre éduca-
* Rouffeau , Emile ou de l'Education.
:
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion. Elle est conforme à vos inclinations.
Elle pourroit être plus parfaite ,&
j'avoue que , fi elle ne l'eſt pas , il y a
de notre faute. Mais vous n'êtes pas faites
pour vous appeſantir par l'étude.
Contentez-vous d'être aimables ; régnez
par la douceur & la perfuafion : ne
cherchez point à devenir des honimes ,
vous y perdriez, Vous naiffez toutes coquettes
: ne vous offenſez pas , je vous
ſupplie , de ce diſcours ; je ne vous en
reſpecte pas moins , & la coquetterie
bien dirigée eſt un bienfait de la Nature.
C'eſt par elle que vous gouvernez
les hommes. Vertueuſes , vous faites des
ſages ; & des vives émotions de l'amour
je vois naître & s'établir les moeurs.
Quelle gloire pour vous , & quel autre
empire pourroit vous flatter davantage !
Mais enfin voulez - vous réellement
être hommes ? J'y confens ,j& je partagerai
de bon coeur avec vous les fatigues
& les dangers de la guerre. Devenez
graves & Içavantes , & préférez à
la fineffe du fentiment , à l'aimable enjoûment
de votre eſprit, les ſoins de la
politique & du gouvernement. Jettez
l'aiguille & le fuſeau ,& que vos mains
délicates prennent la bêche du ruſtre ,&
le marteau du forgeron . Non , la Nature
a marqué notre destination & la diffé
MARS. 1764 . 53
rence de nos emplois par la différence
de notre conformation. Une plus
haute ſtature , une organiſation plus folide
& moins fléxible indiquent les devoirs
honorables de Phomme. A Dieu
ne plaiſe que je penſe que notre âme
foit par ſa nature ſupérieure à la vôtre !
Quand toutes ces relations de ſéxes ne
ſubſiſteront plus , quand les temps ſe-l
ront perdus dans le gouffre de l'Eternité
, quand ce corps mortel fera diffous
, nous ferons tous égaux ; les âmes
ont-elles un séxe * ? Quelle différence
reſtera-t- il entre elles ? Mon ami , je me
ſouviendrai fans doute alors , & j'aurai
du plaifir à me rappeller que , lorſque
j'étois un homme , ton aimable ſoeur
étoit une femme dont la ſociété me
charmoit.... Mais vois-tu quelle Métaphyſique
à propos de Mde d'Orville ?
Pardonne à un pauvre Solitaire. L'habitude
du chagrin égare ſon imagination
, mais jamais elle ne corrompra
fon coeur. Adieu , je vais parcourir cette
admirable campagne. Que ne puisje
partager ce plaifir avec toi ! Quelle
belle ſoirée ! La fraîcheur & le calme de
l'air ſemblent paſſer juſqu'à l'âme ! ...
Au revoir , mon ami !
*Rouffeau , Nouvelle Héloïſe.
Cij
54. MERCURE DE FRANCE.
LETTREV.
E reçois enfin votre lettre , mon ami.
Pourquoi l'ai -je fi longtemps attendue ?
Celong filence commençoit à m'inquiéter
, & mon coeur en a murmuré ; mais
l'amitié reſſemble aſſez à l'amour : la
moindre faveur d'une Belle appaiſe un
Amant irrité , & l'on pardonne aisément
à l'ami que l'on retrouve.
Il faut que je vous conte une petite
hiſtoire , qui , je crois , vous divertira .
J'étois curieux de voir un homme à la
mode. Je viens de contempler enfin
cette merveille. Rien n'eſt ſi plaifant, je
vous affure , & je ſuis fatisfait. Mais , fi
j'ai trouvé ce Phénix ridicule , j'ai dû
lui paroître bien fot : il a fans doute eu
pitié de mon étonnement provincial.
L'attention avec laquelle je le confidérois
étoit en effet remarquable ; elle
faiſoit un beau contraſte avec la légéreté
de cet Agréable. Tandis qu'il pirouettoit
fans ceſſe , qu'il tournoit à
tout vent , qu'il parloit à toutes les Dames
, qu'il vantoit les yeux de l'une ,
admiroit la main de l'autre , je me difois
: ce rôle eſt tout-à-fait digne d'un
MARS. 1764. 55.
homme , & cette manière d'honorer les
femmes doit bien les flatter !
Mon ami , ſi je voulois infulter une
jeune perſonne , ſi je le pouvois , je
prendrois le ton de cet impertinent.
Mais rien n'égaloit ſa fade galanterie ,
que l'air ſuffifant avec lequel il s'emparoit
de la conversation . Il débitoit leftement
les plus dangereuſes maximes; il
décidoit , tranchoit ..... Nous étions révoltés
; mais on nous vangea.
Toutes les Dames avoient eu part à
fes hommages.Il n'y eut pas juſqu'à la
vieille Préſident de Fierville à qui il
n'en eût conté. La petite niéce de cette
Dame eut fon tour : il lui adreſſa quelques
propos galans . Monfieur ,dit-elle,
retournez à ma tante , vous venez de
lui dire précisément la même choſe ;
elle eſt beaucoup plus raisonnable que
moi ; elle vous entendra mieux. La naï
veté de cette ſaillie nous frappa ; perſonne
ne put s'empêcher de ſourire. Si
tu n'as jamais vu un Petit- Maître déconcerté
,&déconcerté par une jeune fille
de douze ans ; j'ai vu , moi , j'ai vu ce
phénomène.
Cette gentilleſſe , cette affectation&
ces galans menfonges ne ſont guères
ſéduiſans , il est vrai ; ce n'eſt qu'un
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
vain perfifflage : mais ces lâches adulations
, cette commode & libertine Philofophie
ne laiſſent pas d'être pernicieuſes.
Vils corrupteurs ! ne vous plaignez
plus des vices des femmes : C'eſt
vous qui les faites germer dans leurs
coeurs. Galants eſclaves de la beauté !
c'eſt vous qui leur donnez enfin des armes
contre vous-mêmes. Elles n'ont
pas ufurpé l'empire ; vous le leur avez
tranfmis : heureux & libres en portant
leurs chaînes , fi vous aviez ſçu mieux
diriger ce doux afcendant que leur
donna fur nous la Nature !
Mais , mon ami , croiras - tu que je
fuis moi-même accufé de galanterie ,
moi qui déclame contre elle avec cette
véhémence ? On n'a rien imaginé de
mieux pour me corriger , que de me
propoſer une femme. On veut que j'épouſe
une fille très-riche.... & trèsvieille.
La perſonne n'eſt pas une Beauté
; mais la Raiſon ! ... La Raiſon eſt ſans
doute une très -belle choſe . On me regarde
comme un papillon qu'il faut fixer.
Je doute un peu que je m'attache
à cette fleur dont la fraîcheur & l'éclat
font fort équivoques. Ne fût-ce que par
curiofité , & pour en cauſer avec toi ,
il faut que je voltige autour. J'en ſerai
MARS. 1764. 57
के
57
quitte pour m'envoler bien vite , fi
l'objet me fait peur. Juge de la bonne
fortune ,& fi j'y perdrai mes aîles .
Adieu , mon ami , tâchez de vous
diſtraire. Continuez de vous occuper &
de vous amuſer. Chantez,lifez les loix,
& faites l'amour. L'homme d'efprit
ſçait tout concilier. Je defire ardemment
que la jeune perſonne dont vous me
parlez faffe bientôt votre bonheur. Plus
adroite que ces femmes impérieuſes ,
*qui ne ſçavent que révolter un mari ,
elle fent que l'empire de ſon ſéxe n'est
que celui de la douceur & de la perfuafion
. Elle a de la raifon & des graces
; le fort des malheureux la touche
& l'intéreſſe . N'hésite pas à t'unir à
cette aimable fille ; donne ton coeur au
vrai mérite. Adieu.
LETTRE VI.
H , que tu connois mal ton ami !
Ecoute l'hiſtoire de mon coeur , & juge
mieux de mes ſentimens .
J'aime une fille charmante. Je vais te
peindre les grâces qui parent la ſageſſe
Ce portrait pourra te féduire ; mais il
n'en fera que plus reſſemblant.
Gv
58 MERCURE DE FRANCE.
Mon bon ami , avez-vous vu quelquefois
de ces phyſionomies touchantes
, qui ſemblent demander le coeur
qu'elles raviffent ? La beauté de ma
maîtreſſe eſt d'un caractère fi tendre &
fi naïf ; elle a quelque choſe encore de
fi noble & de ſi gracieux ! ... Vous diriez
que,pour former ce modéle aimable,
la Nature a fondu la majeſté d'une Reine
avec l'ingénuité d'une Bergère. Une
figure brillante & modeſte , beaucoup
de délicateſſe & de ſenſibilité , une ſimplicité
charmante , un coeur généreux &
compatiſſant , une âme enfin voilà
l'objet enchanteur qui diſpoſe de ton
ami.
....
Peux- tu me foupçonner , après cela ,
de prétendre aux faveurs de la .... ? Tu
n'as pu férieuſement interpréter ma
lettre comme tu le fais. L'amour n'achete
point ſes plaiſirs ; il ne les vend
pas ; c'eſt au coeur ſeul de les donner
& de les obtenir. Une maîtreſſe vraîment
eftimable pourroit arracher au libertinage
l'homme le plus vicieux. Tu
ne voudrois pas que je le devinffe.
Mais que penfer de l'homme vil qui
trahit indignement l'innocence , & déſeſpére
la pudeur ? Quel est ce plaifir
barbare , d'abufer du malheur d'une
MARS. 1764. 59
jeune perſonne aimable , de profiter de
fon extrême affliction pour la forcer de
ſe faire violence à elle-même , & de s'avilir
à ſes propres yeux ! Eſt- ce parmi
les horreurs de la miſére la plus déplo
rable que peut régner l'Amour? Homme
brutal ! comment n'éprouves-tu pas
un fupplice plus cruel que celui qu'imagina
cet exécrable tyran qui faifoit
unir un homme vivant à un cadavre ?
Il eſt inſenſible , ce cadavre ; mais
vil Sardanapale , la victime de tes làches
artifices & de ton impudence boit
toute l'amertume de ſon fort ! Es- tu
heureux de ſes peines , de ſes douleurs ?
Tu oſes mêler l'opprobre & la défolation
à la volupté ! O monſtre ! .....
Fuyez , fille infortunée ! Votre vertudépend
encore de vous. Malgré le plus
fanglant outrage , elle n'en ſera que
plus refpectable .... Mais revenons.
Dites-moi , mon ami. Abandonneraije
ce que j'aime, parce que l'or n'a point
tiffu nos noeuds ? Il en faut , je le ſçais ,
de cet or fi recherché ; mais jamais je
ne defirerai d'inutiles & dangereuſes- richeffes.
Si je ne puis adoucir mon fort ni
celui de l'aimable fille qui m'a charmé,
j'irai dans quelque campagne oublier
le monde & la ſociété ; heureux , fi l'a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
mitié peut chaſſer de mon aſyle l'amour
& les méchans. Je ne ſçais ; mais je
fuis tenté de fuir. O mon ami ! l'on ne
croit plus à la vertu. Une lente mélancolie
me confume. Hâte-toi , viens con .
foler un infortuné qui t'aimera tonjours.
Viens m'aider à ſupporter mes
maux.
Fermer
Résumé : SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
Dans une série de lettres, l'auteur décrit diverses femmes et hommes rencontrés dans un certain lieu, en évitant de blesser quiconque. Il mentionne deux femmes aspirant à la célébrité et se détestant mutuellement. L'une aime tout le monde, y compris son mari, tandis que l'autre voit son mari comme un animal domestique nécessaire à sa liberté. Parmi les jeunes femmes remarquables, Mademoiselle de Lusicour est louée pour sa beauté et sa douceur, une jeune brune pour sa vivacité et sa modestie, et Madame d'Orville pour son élégance et son esprit, bien qu'elle manque de grâce naturelle. L'auteur discute des rôles traditionnels des femmes, éduquées pour être aimables et régner par la douceur et la persuasion, et reconnaît la coquetterie comme un moyen de gouverner les hommes et de promouvoir la vertu. Il affirme que les différences physiques entre les sexes déterminent leurs rôles respectifs, mais que les âmes sont égales. Dans une autre lettre, l'auteur décrit un homme à la mode, superficiel et galant envers les femmes, critiquant sa galanterie pernicieuse. Il mentionne être accusé de galanterie et doute d'une union avec une femme riche et âgée, conseillant à son ami de se marier avec une jeune personne douce et raisonnable. L'auteur révèle aimer une jeune femme charmante, sage et compatissante, capable de redonner le chemin de la vertu. Il condamne ceux qui abusent de la détresse des jeunes femmes. Enfin, le narrateur exprime une profonde détresse et une réflexion morale, décrivant un personnage insensible et cruel. Il exhorte une 'fille infortunée' à préserver sa vertu malgré les outrages subis. Il envisage de se retirer à la campagne pour échapper au monde et aux méchants, espérant que l'amitié puisse lui apporter du réconfort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 60-62
ODE. DE PACE ET LUDOVICI DECIMI QUINTI LAUDIBUS.
Début :
QUIS tibi nodo triplici, Gradive, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE. DE PACE ET LUDOVICI DECIMI QUINTI LAUDIBUS.
ODE.
DE PACE ET LUDOVICI DECIMI
QUINTI LAUDIBUS.
QUIS tibi nodo triplici, Gradive,
Membra contraxit , fuper arma letho
Fractadejectus furis ore frendens ,
Lumine torvus.
Diva ferpentumredimita nexu ,
Quid fremens Orco ruis , & forores
Inter accindis Furias atroci
Bellaflagello.
En redit tandem comitata Mufis
Pax , fimul ludi redeuntjocique ,
Pax diu noftris miferata Gallos
Regnet in oris.
MARS. 1764.
Ecquis hic heros , phaleratus illum
Fert equus , fceptrum , fimilisjubenti ,
Dextraprætendit , placidas finiftra
Flectit habenas.
Spirat augusto pietas in ore.
Mollis arridet gravitas tuenti.
Te probat pectus , LODOICE , patrem ,
Dextera regem.
Tolle formofum caput inter undas
Nympha præcurrens , tuus ecce lætis
*Rex adest ripis , recreat benigno
Littora vultu.
Faune , Sylvani , Dryades puellæ ,
• Nuncdecet cantus renovare , ludis
Annuit Princeps , quatienda certo
Nunc pede tellus.
Gallici quem tu populiparentem ,
Fama , commendas , medio fuorum
* Afpice , hunc circum generosa promunt
Pectora nati.
'Aſſidetjuxta Themis , hunccorona
Cingit inventrix olea Minerva
Corde virtutes LODOICUS omnes
Colligit unus.
61
62 MERCURE DE FRANCE .
Te triumphantem celebravit orbis
Hoftepercuffſo ; tibi nunc , amicæ
Pacis authori Monumenta longum
Tollat in ævum.
Tollat , afpectu furor armafrangat ,
Thraciam pleno repetet volatu ,
Dum fuosplaufu celebrat fecundo
Gallia amores .
Quod tuas audet memorare laudes ,
Parce Mufarum , LODOIX , alumno ;
Eftfui parvumlicet at fidele
Pignus amoris.
DE PACE ET LUDOVICI DECIMI
QUINTI LAUDIBUS.
QUIS tibi nodo triplici, Gradive,
Membra contraxit , fuper arma letho
Fractadejectus furis ore frendens ,
Lumine torvus.
Diva ferpentumredimita nexu ,
Quid fremens Orco ruis , & forores
Inter accindis Furias atroci
Bellaflagello.
En redit tandem comitata Mufis
Pax , fimul ludi redeuntjocique ,
Pax diu noftris miferata Gallos
Regnet in oris.
MARS. 1764.
Ecquis hic heros , phaleratus illum
Fert equus , fceptrum , fimilisjubenti ,
Dextraprætendit , placidas finiftra
Flectit habenas.
Spirat augusto pietas in ore.
Mollis arridet gravitas tuenti.
Te probat pectus , LODOICE , patrem ,
Dextera regem.
Tolle formofum caput inter undas
Nympha præcurrens , tuus ecce lætis
*Rex adest ripis , recreat benigno
Littora vultu.
Faune , Sylvani , Dryades puellæ ,
• Nuncdecet cantus renovare , ludis
Annuit Princeps , quatienda certo
Nunc pede tellus.
Gallici quem tu populiparentem ,
Fama , commendas , medio fuorum
* Afpice , hunc circum generosa promunt
Pectora nati.
'Aſſidetjuxta Themis , hunccorona
Cingit inventrix olea Minerva
Corde virtutes LODOICUS omnes
Colligit unus.
61
62 MERCURE DE FRANCE .
Te triumphantem celebravit orbis
Hoftepercuffſo ; tibi nunc , amicæ
Pacis authori Monumenta longum
Tollat in ævum.
Tollat , afpectu furor armafrangat ,
Thraciam pleno repetet volatu ,
Dum fuosplaufu celebrat fecundo
Gallia amores .
Quod tuas audet memorare laudes ,
Parce Mufarum , LODOIX , alumno ;
Eftfui parvumlicet at fidele
Pignus amoris.
Fermer
18
p. 62-65
TRADUCTION.
Début :
QUELS transports de fureur & de rage ! Le regard menaçant, la bouche écumante : Mars. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION.
TRADUCTION.
QUELS transports de fureur & de rage ! Le
regard menaçant, la bouche écumante : Mars.
qui t'a précipité fur ce monceau d'Armes fan-
glantes que la mort a brisées ? Qui t'a chargé
de ces fers ? Qui t'a donné ces entraves ?
Dééſſe impitoyable , monſtre couronné de
Serpents. Quel déſeſpoir te faitprécipiterjuſques
au fond des Abîmes ! L'Enfer retentit des horri-
bles fifflements de ton fouer. Chaffée de deffus
la terre ,tu vas donc dans le ſeindes ténébres
MARS. 1764.
63
allumer la Guerre entre les Furies tes dignes
Sœurs.
La Paix , l'aimable Paix , revient enfinhabiter
parmi nous. Divinités ennemies,fuyez : elle vient
accompagnée des Muſes. Les Jeux & les Ris
volent ſur ſes pas. Déeſſe ſecourable , jettez
enfin des yeux de compaſſion ſur les François.
Régnez ; mais régnez àjamais ſur leurs Contrées.
Quel est donc ce Héros qui s'offre à ma vue ?
Il eſt monté ſur un ſuperbe Courſier. D'un main
il préſente ſon Sceptre : on diroit qu'il com-
mande, De l'autre il laiſſe flotter paiſiblement
les Rênes.
Une auguſte Majeſté brille ſur ſon front. On
litdans ſes regards la douceur & la tendreſſe. Ses
yeux animés d'une noble fierté , laiſſent échapper
un aimable ſourire ſur ceux qui le contemplent.
Aces traits je tereconnois, Louis ; ton cœur dit
quetu es Père , & ta main montre que tu es Roi.
Léveta tête au-deſſus des eaur, heureuſe Nym
phe de la Seine. Rends hommage à ton Roi. C'eſt
lui qui vient habiter tes rivages ,& qui réjouit par
fa préſence , cette ſuperbe Ville que tu arrofes
dans ton Cours .
Accourez , Déeſſes des Bois. Jeunes Dryades ,
Faunes, Satyres, accourez ? renouvellez vos Chan
64 MERCURE DE FRANCE.
ſons, redoublez vos Concerts,formez des Chœurs
dedanſes: il eſt temps.Louis a donné le ſignal,
Et toi,puiſſante Renommée ! toi qui apprends à
tout l'Universque Lovis eſt le Pèredela France:
viens voir ce Prince au milieu de ſes enfans. Ils lui
préſentent à l'envi , un cœur que le reſpect &
l'Amour lui ont aſſujetti.
Contemple ce Monarque aſſis ſur ſon Trône.
Thémis eſt à ſes côtés , Minerve le couronne. Il
ouvre ſon cœur à toutes les vertus , & ſe plaît à
les y réunir toutes enſemble.
GrandRoi ,lorſque tu foudroyois tes ennemis ,
1'Univers célébroit tes triomphes& ta gloire.Au-
jourd'hui que jaloux du bonheur de ton Peuple ,
tu donnes laPaix à la France , elle éléve en ton
honneur un Monument éternel.
Qu'à l'aſpectde ce glorieux Trophée, la fureur
briſe elle-même ſes traits. Que d'un vol précipité
elle retourne chez les Thraces , où elletient fon
empire. Tandis que la France tranquille déſor-
mais , célébre par des applaudiſſements réitérés ,
l'unique objetde ſatendreſſe.
Pardonne, Louis ! pardonne , à un jeune éleve
desMuſes,qui oſe élever ſa voix,trop foibleencore
MARS. 1764.
65
pour chanter ta gloire. Regarde cet effort de ſon
génie,comme untémoignage foible , il eſt vrai ,
mais ſincère de ſon amour pour toi.
Par M. l'Abbé DESFIEUX, Boursier au
Collége du Plessis-Sorbonne.
QUELS transports de fureur & de rage ! Le
regard menaçant, la bouche écumante : Mars.
qui t'a précipité fur ce monceau d'Armes fan-
glantes que la mort a brisées ? Qui t'a chargé
de ces fers ? Qui t'a donné ces entraves ?
Dééſſe impitoyable , monſtre couronné de
Serpents. Quel déſeſpoir te faitprécipiterjuſques
au fond des Abîmes ! L'Enfer retentit des horri-
bles fifflements de ton fouer. Chaffée de deffus
la terre ,tu vas donc dans le ſeindes ténébres
MARS. 1764.
63
allumer la Guerre entre les Furies tes dignes
Sœurs.
La Paix , l'aimable Paix , revient enfinhabiter
parmi nous. Divinités ennemies,fuyez : elle vient
accompagnée des Muſes. Les Jeux & les Ris
volent ſur ſes pas. Déeſſe ſecourable , jettez
enfin des yeux de compaſſion ſur les François.
Régnez ; mais régnez àjamais ſur leurs Contrées.
Quel est donc ce Héros qui s'offre à ma vue ?
Il eſt monté ſur un ſuperbe Courſier. D'un main
il préſente ſon Sceptre : on diroit qu'il com-
mande, De l'autre il laiſſe flotter paiſiblement
les Rênes.
Une auguſte Majeſté brille ſur ſon front. On
litdans ſes regards la douceur & la tendreſſe. Ses
yeux animés d'une noble fierté , laiſſent échapper
un aimable ſourire ſur ceux qui le contemplent.
Aces traits je tereconnois, Louis ; ton cœur dit
quetu es Père , & ta main montre que tu es Roi.
Léveta tête au-deſſus des eaur, heureuſe Nym
phe de la Seine. Rends hommage à ton Roi. C'eſt
lui qui vient habiter tes rivages ,& qui réjouit par
fa préſence , cette ſuperbe Ville que tu arrofes
dans ton Cours .
Accourez , Déeſſes des Bois. Jeunes Dryades ,
Faunes, Satyres, accourez ? renouvellez vos Chan
64 MERCURE DE FRANCE.
ſons, redoublez vos Concerts,formez des Chœurs
dedanſes: il eſt temps.Louis a donné le ſignal,
Et toi,puiſſante Renommée ! toi qui apprends à
tout l'Universque Lovis eſt le Pèredela France:
viens voir ce Prince au milieu de ſes enfans. Ils lui
préſentent à l'envi , un cœur que le reſpect &
l'Amour lui ont aſſujetti.
Contemple ce Monarque aſſis ſur ſon Trône.
Thémis eſt à ſes côtés , Minerve le couronne. Il
ouvre ſon cœur à toutes les vertus , & ſe plaît à
les y réunir toutes enſemble.
GrandRoi ,lorſque tu foudroyois tes ennemis ,
1'Univers célébroit tes triomphes& ta gloire.Au-
jourd'hui que jaloux du bonheur de ton Peuple ,
tu donnes laPaix à la France , elle éléve en ton
honneur un Monument éternel.
Qu'à l'aſpectde ce glorieux Trophée, la fureur
briſe elle-même ſes traits. Que d'un vol précipité
elle retourne chez les Thraces , où elletient fon
empire. Tandis que la France tranquille déſor-
mais , célébre par des applaudiſſements réitérés ,
l'unique objetde ſatendreſſe.
Pardonne, Louis ! pardonne , à un jeune éleve
desMuſes,qui oſe élever ſa voix,trop foibleencore
MARS. 1764.
65
pour chanter ta gloire. Regarde cet effort de ſon
génie,comme untémoignage foible , il eſt vrai ,
mais ſincère de ſon amour pour toi.
Par M. l'Abbé DESFIEUX, Boursier au
Collége du Plessis-Sorbonne.
Fermer
19
p. 65
COUPLET présenté à Madame la Marquise de S. F. dans un Bal dont elle étoit la Reine. Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
Début :
AIMABLE Reine, sur vos traces [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLET présenté à Madame la Marquise de S. F. dans un Bal dont elle étoit la Reine. Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
COUPLET présenté à Madame la Marquise
de S. F. dans un Bal dont elle
étoit la Reine.
Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
AIMABLE Reine, sur vos traces
Vos Sujets voleront toujours,
Prèsde vous ſe fixentles Grâces ,
Les Jeux,les Plaiſirs , lesAmours.
Vos loix font le charmant empire
Du bonheur ;
C'eſt à vivre ſous lui qu'aſpire
LE
Notre cœur.
de S. F. dans un Bal dont elle
étoit la Reine.
Sur l'AIR : Les plaisirs de notre Village, &c.
AIMABLE Reine, sur vos traces
Vos Sujets voleront toujours,
Prèsde vous ſe fixentles Grâces ,
Les Jeux,les Plaiſirs , lesAmours.
Vos loix font le charmant empire
Du bonheur ;
C'eſt à vivre ſous lui qu'aſpire
LE
Notre cœur.
Fermer
20
p. 65-66
« LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Février est le Livre. Celui [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Février est le Livre. Celui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Février est le Livre. Celui [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Février est le Livre. Celui
de la ſeconde eſt l'Enigme elle-même.
Celui du premier Logogryphe eſt le
Foie. Celui du ſecond eſt Corfaire , Na-
66 MERCURE DE FRANCE.
vire fort léger , dans lequel on trouve
ris , acier , facre , cor , foc , ferde char-
rue , Acrife , Céos , Roi , foir , roc, cire,
Ea , ire , Sera , César-Auguste , arc , Io,
Afer , Afie , crife , or , rofe , car ,
Soria , Oife , Sare , air , foie , Eric de
Vaza , Ia , rofaire , eſpéce de chapelet ,
Sao ,fi ré , acis , aire , & rafoir.
Mercure de Février est le Livre. Celui
de la ſeconde eſt l'Enigme elle-même.
Celui du premier Logogryphe eſt le
Foie. Celui du ſecond eſt Corfaire , Na-
66 MERCURE DE FRANCE.
vire fort léger , dans lequel on trouve
ris , acier , facre , cor , foc , ferde char-
rue , Acrife , Céos , Roi , foir , roc, cire,
Ea , ire , Sera , César-Auguste , arc , Io,
Afer , Afie , crife , or , rofe , car ,
Soria , Oife , Sare , air , foie , Eric de
Vaza , Ia , rofaire , eſpéce de chapelet ,
Sao ,fi ré , acis , aire , & rafoir.
Fermer
21
p. 66
ENIGME.
Début :
Aux humains tous les jours je rens mille services, [...]
Mots clefs :
Parole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
•
Aux humains tous les joursje rens mille ſervices,
Le Sexe fait de moi ſes plus chères délices
Sans partageje ſuis en mille endroits divers :
Vers le bien , vers le mal , mon penchant eſt
extrême.
Je naquis au moment qu'on créa l'univers.
Perſonne ne dira qui je ſuis , que moi même.
•
Aux humains tous les joursje rens mille ſervices,
Le Sexe fait de moi ſes plus chères délices
Sans partageje ſuis en mille endroits divers :
Vers le bien , vers le mal , mon penchant eſt
extrême.
Je naquis au moment qu'on créa l'univers.
Perſonne ne dira qui je ſuis , que moi même.
Fermer
22
p. 66
AUTRE.
Début :
Toujours en l'air, toujours en peine, [...]
Mots clefs :
Crémaillère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
TOUJOURS OUJOURS en l'air , toujours en peine ,
La moitié de mon corps ſur l'autre ſe proméne.
Tantôtje monte , & tantôt je deſcends ;
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde ,
Je fais bien pis , je lui montre les dents :
C'eſt pourtant ſans que je le morde.
TOUJOURS OUJOURS en l'air , toujours en peine ,
La moitié de mon corps ſur l'autre ſe proméne.
Tantôtje monte , & tantôt je deſcends ;
Je parois d'humeur noire à quiconque m'aborde ,
Je fais bien pis , je lui montre les dents :
C'eſt pourtant ſans que je le morde.
Fermer
23
p. 67-69
LOGOGRYPHE.
Début :
Je ne vais point, Lecteur, où l'on ne m'aime pas ; [...]
Mots clefs :
Fricandeau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPΗ Ε.
JE ne vais point, Lecteur , où l'on nem'aime pas,
Mais on me multiplie autant qu'on le deſire.
Je figure dans un repas ;
Et ce m'eſt un honneur quand quelqu'un me
déchire.
Il eſt peu de feſtins ſans moi ;
On m'y donne toujours une première place;
Chacun, felon fon goût , ou me cherche , ou me
chaffe,
Ou me laiſſe , ou me tire à ſoi.
Pourme mieux deviner , Lecteur , allons , diſſéques ,
Je te montre trois pieds , dix doigts ;
Et fournirai dequoi célébrer tes obſéques .
De plus , j'ai les Etats des plus illuſtres Rois ;
Une Ville Normande ; une autre de l'Afrique
L'imprudent fils de l'habile Crétois ;
Un très-grand fleuve Aſiatique ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Un arbre venimeux , l'ornement des Jardins ;
Une Ifle de la Gréce ; un Pays d'Amérique ;
Ce que l'on demande aux devins ;
Trois élémens ; deux notes de Muſique ;
Je t'offre une conjonction ;
Le fin Roſſignol d'Arcadie ;
Certaine compofition
Des pâles couleurs ennemie ;
Une boiſſon de Normandie
Avec celle du Bourguignon ;
Certain légume d'Arabie ;
Le contraire de raboteux ;
Ce qu'on voit dans les plus ſaints lieux ;
Un Bénéfice ; unAmphibie ;
Une arme ; un mal contagieux .
Mais ce n'eſt pas afſſez , cher Lecteur , cherche
encore
CePalais flottant de ſapin ,
Qui vadu couchant à l'aurore ,
Et revient chargé du butin
Qu'il trouve ſur la rive More ;
Deux nombres cardinaux ; le gîte d'un oiſeau ;
Ce que pouffe un enfant alors qu'il vient de naître;
Celui qui le premier pourra devenir Prètre ;
L'endroit de notre tête où loge le cerveau ;
Quelques mots terminés en Eau
Avec leſquels mêmeje rime.
MARS. 1764 . 69
Une pierre fort tendre ; un très- petit couteau
Et la matière d'une lime.
Je contiens en outre uu métal ;
Les ſynonymes de ſincère ;
Un inſtrument de mer ; un ſauvage animal
L'aſlaſſin d'un innocent frère ;
Cet endroit ſombre , creux & frais ,
Où près de tes tonneaux , pleins d'une liqueur
pure
Que tu favoures à longs traits ,
De l'air tu peux braver l'injure ;
La Déeſſe des bois ; la couleur du ſaffran ;
Un tragique François ; un Juge Muſulman
L'Infecte dont tu dois faire la nourriture ;
La peau d'un Boeuf ; une Meſure ;
Le vaſe où l'on mettoit les cendres desRomains >
De l'or qui dans ton coffre abonde ,
Avare , ce qui doit te reſter dans les mains
A ton paſſage en l'autre Monde ;
Ce que Phébus forme en ſon cours ; )
Ce que l'on porte au front , ſurtout dans les
vieux jours ;
En un mot , je peux tout , ayant l'Etre ſuprême.
Tu me verras très-peu chez un Néceſſiteux i
Je ne parois guère en Carême.
Lecteur , devine , ſi tu peux.
DESCHAMPS , d'Auxerre.
JE ne vais point, Lecteur , où l'on nem'aime pas,
Mais on me multiplie autant qu'on le deſire.
Je figure dans un repas ;
Et ce m'eſt un honneur quand quelqu'un me
déchire.
Il eſt peu de feſtins ſans moi ;
On m'y donne toujours une première place;
Chacun, felon fon goût , ou me cherche , ou me
chaffe,
Ou me laiſſe , ou me tire à ſoi.
Pourme mieux deviner , Lecteur , allons , diſſéques ,
Je te montre trois pieds , dix doigts ;
Et fournirai dequoi célébrer tes obſéques .
De plus , j'ai les Etats des plus illuſtres Rois ;
Une Ville Normande ; une autre de l'Afrique
L'imprudent fils de l'habile Crétois ;
Un très-grand fleuve Aſiatique ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Un arbre venimeux , l'ornement des Jardins ;
Une Ifle de la Gréce ; un Pays d'Amérique ;
Ce que l'on demande aux devins ;
Trois élémens ; deux notes de Muſique ;
Je t'offre une conjonction ;
Le fin Roſſignol d'Arcadie ;
Certaine compofition
Des pâles couleurs ennemie ;
Une boiſſon de Normandie
Avec celle du Bourguignon ;
Certain légume d'Arabie ;
Le contraire de raboteux ;
Ce qu'on voit dans les plus ſaints lieux ;
Un Bénéfice ; unAmphibie ;
Une arme ; un mal contagieux .
Mais ce n'eſt pas afſſez , cher Lecteur , cherche
encore
CePalais flottant de ſapin ,
Qui vadu couchant à l'aurore ,
Et revient chargé du butin
Qu'il trouve ſur la rive More ;
Deux nombres cardinaux ; le gîte d'un oiſeau ;
Ce que pouffe un enfant alors qu'il vient de naître;
Celui qui le premier pourra devenir Prètre ;
L'endroit de notre tête où loge le cerveau ;
Quelques mots terminés en Eau
Avec leſquels mêmeje rime.
MARS. 1764 . 69
Une pierre fort tendre ; un très- petit couteau
Et la matière d'une lime.
Je contiens en outre uu métal ;
Les ſynonymes de ſincère ;
Un inſtrument de mer ; un ſauvage animal
L'aſlaſſin d'un innocent frère ;
Cet endroit ſombre , creux & frais ,
Où près de tes tonneaux , pleins d'une liqueur
pure
Que tu favoures à longs traits ,
De l'air tu peux braver l'injure ;
La Déeſſe des bois ; la couleur du ſaffran ;
Un tragique François ; un Juge Muſulman
L'Infecte dont tu dois faire la nourriture ;
La peau d'un Boeuf ; une Meſure ;
Le vaſe où l'on mettoit les cendres desRomains >
De l'or qui dans ton coffre abonde ,
Avare , ce qui doit te reſter dans les mains
A ton paſſage en l'autre Monde ;
Ce que Phébus forme en ſon cours ; )
Ce que l'on porte au front , ſurtout dans les
vieux jours ;
En un mot , je peux tout , ayant l'Etre ſuprême.
Tu me verras très-peu chez un Néceſſiteux i
Je ne parois guère en Carême.
Lecteur , devine , ſi tu peux.
DESCHAMPS , d'Auxerre.
Fermer
24
p. 70
AUTRE.
Début :
Il faut trouver dans un seul mot, [...]
Mots clefs :
Hermaphrodite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Il faut trouver dans un ſeul mot , L
Arme, Mitre , rime , Marot ,
Dame , mérite , Hermite , aprêt ,
Métier , Remi , Martyr , Arrêt ,
Atôme , Droit , Thême , Morphée ,
Terme , mari , Parme & marée.
Par REGNAULT , R. à Versailles.
Il faut trouver dans un ſeul mot , L
Arme, Mitre , rime , Marot ,
Dame , mérite , Hermite , aprêt ,
Métier , Remi , Martyr , Arrêt ,
Atôme , Droit , Thême , Morphée ,
Terme , mari , Parme & marée.
Par REGNAULT , R. à Versailles.
Fermer
25
p. 70-71
BRUNETTE, Avec accompagnement de Guitarre.
Début :
QUAND je t'entends, chère Guitarre, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BRUNETTE, Avec accompagnement de Guitarre.
BRUNETTE,
Avec accompagnement de Guitarre.
QUAND je t'entends, chère Guitarre,
Des Inſtrumens le plus flatteur ,
De mes ſens quel charme s'empare !
Quels tranſports naiſſent dans moncœur!
Si les doigts d'Iris font éclore
Tes ſons touchans , harmonieux ;
Lecharme eſt plus puillant encore :
Jegoûte leplaiſir des Dieux.
Guitarre.
+
teur
+
*
+
M
Quandje t'en-=
-tends,chère Guitarre, Des instrumens, le plusflat
De mes sens, quel
Ι
Φ
W
14/
W
charme,s'empare,Quelstransports naissentdansmoncœur.
i
t
MARS. 1764.
Sa voix , l'écho de la tendreſſe ,
Augmentemon enchantement ;
Plongé dans une douce yvreſſe ,
Mes pleurs ſont ceuxdu ſentiment.
71
La Musique est de M. D'OBET fils, Organiste
à Châteaudun ; les Paroles de M. R***, de la
même Ville.
Avec accompagnement de Guitarre.
QUAND je t'entends, chère Guitarre,
Des Inſtrumens le plus flatteur ,
De mes ſens quel charme s'empare !
Quels tranſports naiſſent dans moncœur!
Si les doigts d'Iris font éclore
Tes ſons touchans , harmonieux ;
Lecharme eſt plus puillant encore :
Jegoûte leplaiſir des Dieux.
Guitarre.
+
teur
+
*
+
M
Quandje t'en-=
-tends,chère Guitarre, Des instrumens, le plusflat
De mes sens, quel
Ι
Φ
W
14/
W
charme,s'empare,Quelstransports naissentdansmoncœur.
i
t
MARS. 1764.
Sa voix , l'écho de la tendreſſe ,
Augmentemon enchantement ;
Plongé dans une douce yvreſſe ,
Mes pleurs ſont ceuxdu ſentiment.
71
La Musique est de M. D'OBET fils, Organiste
à Châteaudun ; les Paroles de M. R***, de la
même Ville.
Fermer