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DISSERTATION historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. DE BOISSY.
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LE RABBIN qui fait le sujet de cette Dissertation, a fourni à M. Bayle celui [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION historique & critique sur la Vie de Don ISAAC ABARBANÉL, Juif Portugais ; par M. DE BOISSY.
DISSERTATION historique &
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. DE BOISSY.
LE RABBIN qui fait le sujet de cette
Dissertation, a fourni à M. Bayle celui
d'un article de ſon Dictionnaire. On
avouera qu'il méritoit d'y occuper une
place , fi l'on confidère la grande célé-
brité qu'il s'eſt acquiſe tout à la fois par
les Ouvrages qu'il a compoſés, & par
les Emplois dont diverſes Puiſſances
l'ontſucceſſivementhonoré. Cependant
comme le travail de l'habile Critique
que je viens de nommer , ſe réduit à cet
égardà une compilation abrégée de ce
qui eſt rapporté touchant ce Docteur
Juif, dans les Bibliothèques de Nicolas
Antonio & de Bartolocci , & dans le
Journaldes Sçavanspubliéà Leipfick;je
me flatte qu'on ne me ſçaura pas mau-
vais gré de préſenter un récit plus dé-
taillé & plus fuivi , j'oſe dire même plus
Diij
28 MERCURE DE FRANCE.
exact , des circonstances de ſa vie. Je
les ai puiſées dans la narration des Au-
teurs de cette Nation , qui ont été
prèſque ſes contemporains , & prin-
cipalement dans celle qu'il a lui-même
donnée de ce qui le regarde. Il eſt
rare que la différence de Religion qu'on
profeſſe , n'influe pas fur les diſpoſitions
de notre eſprit envers ceux qui ſuivent
une créancedifférentedelanôtre. On ne
fonge point que le premier des devoirs
d'un Hiſtorien eſt l'impartialité. Je me
fuis attaché à le remplir , autant que la
choſe a dépendu de moi. En confé-
quence , j'expoſerai fidélement lesbon-
nes & les mauvaiſes qualités de notre
Rabbin , fans chercher à affoiblir les
unes pour mieux aggraver les autres. Je
diſcuterai auſſi quelques-unes de ſes ac-
tions qui lui ont attiré de la part des
Chrétiens les imputations les plus inju-
rieuſes à ſa mémoire.
Ifaac Abarbanel, qu'on nomme éga-
lement Abravanel , Abarbinél , Abarbe-
nel ou Abrabaniel * , naquit à Lisbonne,
l'an du Monde 5197 , ſelon la fupputa-
tion des Juifs , deJ. C. 1437. Il ſedifoit
iffu de la Race de David. De-là les titres
* Les différentes manières deprononcer le nom
de ce Rabbin , viennent de ce qu'il ſe ponctue di-
erſement en Hébreu .
FEVRIER. 1764 .
79
pompeux qu'il a pris plaiſir d'étaler fort
au long à la tête des Ouvrages que nous
avons de ſa façon. Il n'hésite point à y
paroître revêtu de ces qualifications faf-
tueuſes , à la faveurdeſquelles il déduit
toute faGénéalogie. Ifaac,fils de Don
Juda ,fils de Samuel,fils deJuda ,fils de
Jofeph,filsdeJuda , de la Famille d'A-
barbanél , qui ont tous été Princes des
Enfans d'Ifraël, de la Race de Jeffé de
Béthléem , de la Maiſon de David , Con-
ducteur & Pasteur des Peuples , &c.
C'eſtenconféquencede cette illuftre fi-
liation, qu'il a affecté ,à l'éxemple de fon
père ,de mettre devant ſon nom le titre
honorable de Don, qu'on ſçait être en
uſage parmi les Nobles d'Eſpagne. Il
prétendoit prouver incontestablement
par-làlanobleſſe de ſon extraction ,dont
ilparoiſſoitfortentêté. Il autoriſe ſa pré-
tentiondutémoignage d'un certain Rab-
bi Ifaac Aben Géath , à qui il fait dire
dans un de ſes Commentaires ſur l'Ecri-
ture ( a ) , qu'au temps de la deſtruction
du premier Temple , il paſſa deux Fa-
milles de la Race du Roi David en EC-
pagne , dont l'une s'établit à Lucena &
l'autre à Séville où elle laiſſa une nom-
(a) Videas ejus Commentar. in Zachar. XII. v.
7 ,fol. 292 , édit. Amst.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
breuſe poſtérité, qui compoſa laMaiſon
des Abarbanels. Les Juifs déférèrent
aveuglément à cette tradition hiſtorique ,
ſans ſe mettre en peine d'examiner ſi elle
eſt conforme à la vérité. Outre qu'ils ne
ſe piquent pas d'une grande exactitude
dans la recherchedes faits , ils font trop
jaloux des moindres choses qui peuvent
tourner à la gloire de leur Nation , pour
s'aviſer de former quelque doute à cet
égard. Ils aiment mieux, fur la foi de
leurs Ecrivains , ſe repaître agréablement
de ſemblables fables qui font propres à
entretenir leur orgueil , que d'en venir
àdes diſcuſſions qui les obligeroientd'en
rabattre plus qu'ils ne voudroient. Le
Rabbin Ménaſſeh Ben Ifraël appuie de
toutes ſes forces la même tradition qu'il
adopte , avec cette différence que , con-
tre le récit d'Abarbanel , il affigne une
époque moins ancienne à la tranfmigra-
tion de ces deux Familles en Eſpagne ,
qu'il dit être arrivée après la ruine du ſe-
cond Temple ( b). Il a trouvé plus de
vraiſemblance à lui ſuppoſer une date
plus récente.
Il ne faut pas s'étonner
qu'il ſoutienne ce conte ridicule : il avoit
un intérêt particulier à le faire valoir ;
(a) Menaffeh Ben Ifraël. Conciliat. quæft. 65.
adGenef. pag. 92 .
FEVRIER . 1764.
8г
puiſqu'il la femme qu'il avoit épousée
ésoit de la Famille des Abarbanels ( c),
D'ailleurs , cet Auteur Juif, quoiqu'infi-
niment plus docte & plus judicieux que
la plupart de ceux de ſa Nation , a donné
bien ſouvent des éxemples de ſa crédu-
lité pour avoir préſumé trop favorable-
ment de la bonne foi de ſes ancêtres , &
de l'habileté de ſes Docteurs. C'eſt avec
raiſon que des Modernes ſe ſont moc-
qués de ces Familles de la Race de Da-
vid tranſplantées en Eſpagne , & ont
traité tout cela de fiction ( d). En effet ,
rien n'eſt ſi mal fondé que ce qu'Abar-
banél & les Hiſtoriens Juifs nous débi-
tent à ce ſujet. Si on doit les en croire ,
Nabuchodonofor vint affiéger Jérufalem
avec pluſieurs Princes ſes alliés , qui l'ai-
dèrent de leurs troupes. Hifpan Roi
d'Eſpagne , & Pyrrhus fon gendre Roi
des Grecs , furent du nombre de ceux
qui eurentpartà cette expédition. Notre
(c) Idem infpe Ifraël. pag. 92 , & de term. Vita,
Lib. III.fect. 13 , pag. 236.
(d ) Hoornbeckius de Convert. Judæ , Lib. II.
pag. 139. Huet. in Demonstr. Evangel. Propof.
IX. cap. 4. §. 14. pag. 427. édit. 1722. Bartolo-
ceii. Bibliothec. Rabbin. Part. III. pag. 885 &
886. Bafnage, Histoire des Juifs, Liv. VII. chap
9,pag. 252 &fuiv, édit. 1716.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Rabbin raconte qu'Hercule quitta la
Grece ſa patrie ,dans la réſolutiond'éten-
dre au loin ſes conquêtes , & équippa
une grande flotte pour l'exécution de
cette entrepriſe. Il pénétra dans l'Océan
occidental , & aborda en Eſpagne , où
il s'avança à la tête d'une armée formi-
dable. Il ſoumit à ſes armes cette vaſte
contrée; & , après y avoir paiſiblement
régné pendant quelques années , il lui
prit envie de retourner dans les lieux qui
l'avoient vu naître. Il traverſa l'Italie ,
d'où il fe rendit dans la Grece. Avant
fon départ , il revêtit de la Souveraineté
des Etats qu'il avoit conquis le filsde ſa
fœur appellé Hispan , de qui l'Eſpagne
a reçu fon nom. Cet Hifpan n'eut qu'u-
ne fille qu'il donna en mariage à Pyrrhus
Prince Grec , qui ſe trouva en perſonne
au Siége de Jérusalem ,& contribua à la
priſe de cette Ville. Les Tribus de Juda ,
de Benjamin &de Simeon , conjointe-
ment avec les Sacrificateurs & les Lévites,
lui échurent dans le partage qui fut fait
des prifonniers. Il les tranſporta fur fes
vaiſſeaux en Eſpagne, & les diſtribua
dans l'Andaloufie & dans le Territoire
de Tolede. ( e)
(e) Abarbanel. Commentar. in Reg. 11.
fol. 308 , édit. Lipfiens.
.30
FEVRIER. 1764 .
83
Salomon Ben - Virga qui rapporte la
même Hiſtoire , ajoute de plus que Se -
ville fut aſſignée pour demeure aux def-
cendans de David , qui habitoient dans
l'enceinte du troiſième mur de Jérufa-
lem- Il y en eut qui paſſerent enſfuite de-
là dans le Royaume de Grenade. ( f) Le
ſéjour de l'Eſpagne leur fut fi agréable ,
qu'ils préférèrent ce nouveau domicile à
celui de la Judée , où la partie de la Na-
tion , qui avoit été transférée à Babylo-
ne , dans la Perſe & dans la Médie , avoit
obtenue de Cyrus la permiffion de re-
tourner , pour rebâtir Jérusalem & le
Temple. Ils ne voulurent point , à fon
exemple , revenir dans leur Patrie , à
cauſe que ce retour de leur Frères , ſous
la conduite de Zorobabel n'étoit point
une parfaite délivrance , &qu'il n'y avoit
aucune obligation pour eux de demeu-
rer dans la Terre d'Ifraël, depuis qu'elle
ne poffédoit plus l'Arche de l'Alliance du
Seigneur, & que le cours des révélations
&des vifions prophétiques avoit entière-
ment ceſſé. Abarbanél aſſure qu'il a tiré
ce récit des anciennes Chroniques des
(f) Salome Ben Virg Schebet Fehoudah , fot-
8. edit. Amst. Vide pag. 41. Verfionis Latinæ hujus
libri quam G. Gentius in lucem ediditfub titulo
Hifior. Judaic.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Rois d'Eſpagne (g ). Roderic Sanche
& Alphonse de Cartagéne , Hiſtoriens
Eſpagnols , qui ont écrit vers le milieu
du quinzième fiécle , témoignent à la
vérité qu'Hispan petit - fils d'Hercule
,
& non pas fon neveu , comme l'affirme
Abarbanel, donna ſon nomà l'Eſpagne,
qui portoit auparavant celui d'Ibérie ,
qu'elle avoit pris du fleuve de l'Ebre.
Alphonsede Cartagéne raconte que ce
Monarque maria ſa fille à un célébre
Prince de la Grece , appellé Pyrrhus ,
qui , en qualité de ſon gendre, lui fuc-
céda (h).
Vafée & Tarapha ne comptent point
ce Pyrrhus au nombre des Rois d'Ef-
pagne. Ils diſent ſimplement qu'Hispan
étoit petit-fils d'Hercule , & qu'Hifpal
ſon père fut le ſucceſſeur immédiat de
ce Héros dont il naquit , & qui étant
prêt à partir pour l'Italie , lui abandonna
le Gouvernement de ce Royaume ( i).
:
(g ) Abarbanel in locofuprà citato.
(h) Roderic. Sanct. Histor. Hifpan. P. I. Cap .
I. &VII. pag. 123 & 130. Alphons. à Carthag.
Anacephalæos Hifpan. Cap. III. & IV. pag. 250.
interHifpan. Hiftor. Scriptor. Tom.I.
( i) Vafai Chronic Rer. Hifpan. Cap. 10. pag.
82. Edit. Colon. Taraphæ Liberde Origin. acReb.
Gest. Reg. Hifpan. fubnexus Chron. Vas. pag.
578.
FEVRIER . 1764.
85
Mais ni les uns , ni les autres ne font
aucune mention de cette alliance con-
tractée entre Nabuchodonofor & Pyr-
rhus , ni de toutes les particularités qui
endépendent. Après tout, quand ils en
auroient parlé, ils ne ſeroientpas pour
celaplus croyables , puiſqu'on ne ſcau-
roit rien établir de certain fur une ori-
gine de l'Empired'Eſpagne auſſi fabu-
leuſe , ni ſur laſucceſſionde fes Rois ,
juſqu'aucinquième ſiécle , que les Goths
l'envahirent. On ne commence à mieux
connoître ſonHiſtoire , que depuis Al-
fonfe Premier du nom , furnommé le
Catholique , qui occupa le Trône vers
l'an 737 de l'Ere Chrétienne.
D'ailleurs ,
il y a lieu de douter que
Hercule ſoit jamais venu en Eſpagne.
On ſçait affez que ce nom a été com-
mun à pluſieurs Perſonnages de l'Anti-
quité : c'eſt pourquoi les Grecs qui les
ontconfondus enſemble , ont attribué à
'Hercule Thébain toutes les actions mé-
morables des autres ( k). C'eſt ce qui
fur-tout est arrivé à l'égard de l'Hercule
Tyrien , qui , ſelonla plupart des Criti-
ques, étoit contemporain de Moïse , &
quipar conféquent étoit bien antérieur à
(k) Cicero , de Natura Deor. Lib. III. Cap. 16.
pag. 171. Tom. IV, ejus Oper. édit. Gruter,
86 MERCURE DE FRANCE.
celui dont il s'agit. Des Colonies Phé-
niciennes conduites en Eſpagne par ce
grand Navigateur , s'y fixèrent , &y bâ-
tirent beaucoup de Villes célébres. C'eſt
ſans donte de lui qu'il faut entendre ce
que Sallufte dit de l'Hercule qui mourut
encettecontrée ,& dont la mort fut fui-
vie de la déſunion des Peuples qui l'a-
voientaccompagné, &qui compoſoient
ſon armée (1). On voyoit à Tarteſſe
qui , au rapport d'Arrien , devoit ſa fon-
dation auxPhéniciens , un Temple qu'ils
avoient élevé en l'honneur d'Hercule , à
qui l'on offroit des facrifices conformé-
ment à leurs coutumes ( m). Denys le
Géographe témoigne que ceux de la
même Nation qui occupoient Cadix ,
honoroient d'un culte divin ce fils de Ju-
piter(n ). L'aventure de Géryon , que
les Mythologues font régner en Eſpa-
gne , & dont ils veulent que l'Hercule
Thébain ait enlevé les troupeaux , après
l'avoir tué , n'arriva point en ce pays ,
comme nous l'apprenons d'Hécatée de
(1) Salluft. de Bello Jugurth. cap. 21.pag. 79.
Tom. I. édit. Haverkamp.
(m) Arrian. de Expedit. Alexand. M. Lib. II.
pag. 43. édit. Stephan.
(2) Dionys Periegas. Orb. v. 453. pag. 74.
idit. R. Suph. feupag. 84. edir. Oxon. 1717.
FEVRIER. 1764.
(9) Arrian,ibidem.
87
Milet ancien Hiſtorien qui, vivoit du
temps de Darius fils d'Hystape , plus
decinq cens ans avant l'Ere vulgaire (o).
Il rapporte que ce Géryon qu'Eurysthée
envoya combattre par le Héros Grec ,
régnoit dans le Continent ſitué près du
Golfe Ambracien , aujourd'hui de l'Ar-
ta, & voifin de l'Épire ; & que c'eſt de
cet endroit-là qu'Hercule amena à My-
cenes , Capitalede l'Argolide , les bœufs
qui appartenoient à ce Prince (p) . Ar-
rien remarque avec raiſon , qu'il n'y a
point d'apparence qu'Eurysthée ait pu
avoirquelque connoiſſanced'une région
placée à l'extrémité de l'Occident , &
qu'il ait ſçu fi elle abondoit en pâturages
&en troupeaux ( 9 ).
Enfinla preuvela plus fortedelafauf-
feté du récit d'Abarbanél , eft l'impoffi-
bilité qu'il y a de le concilier avec la
Chronologie. En effet , ce Pyrrhus qui
ſe ſignala par fon courage au Siége de
Troye ,ne peut être que le fils d'Achille ;
& on n'ignore point qu'il ne furvêcut
(o ) Suid. Lefic. fubvoce Εκαταίος, pag.686.
Tom. 1. Edit. Kuster.
(p )Hecateus apud Arrian. loco fuprà citato ,
& Eustath. in Commentar. in Dionys. Perieg. *.
561.pag. 62.feu 196
A
88 MERCURE DE FRANCE.
quede vingt ans à la ruine de cetteVille.
(r) Il eſt aiſedejuger par-làdel'anochro-
niſme conſidérable que notre Rabbin a
commis , en faiſant ce Prince Grec con-
temporain de Nabuchodonofor ; quoi-
qu'il y ait entre l'une & l'autre un in-
tervalle de plus de fix cens ans. Car
Troye fut priſe & faccagée au moins
1186 ans avant l'Ere Chrétienne ; &
Jérusalem fut emportée d'aſſaut par le
Monarque Babylonien la 588° année
avant la même Ere , qui étoit la 19º
de ſapremiereexpédition contre Joakim
ou Eliakim , & la 11º de la captivité de
Jéchonias qui avoit été mené à Baby-
lone. ( s )
On ne sçauroit diſconvenir que dans
le nombre des Juifs que la déſolation
de leur patrie abandonnée au pillage
des Soldats de Tite, contraignitde cher-
cher ailleurs une retraite , pluſieurs ne
ſe ſoient réfugiés en Eſpagne. Il paroît
même conſtant qu'ils y avoientdes éta-
bliſſemens dans les premiers fiécles du
Chriſtianiſme ; puiſqu'on trouve quel-
ques décrets faits contr'euxdans lesAc-
(r)Eufeb. Chronic. Lib. poſter. fub num. 854.
pag. 94.Edit. Scalig. vide quoque Petav, ration.
temp. p. I. Lib. I. cap. II. pag. 48.
(5) Reg. Lib. IV. Cap. 25. v.8.
1
:
FEVRIER. 1764.
89
tes du Concile qui fut tenu à Elvire
ville de la Bœtique,unedes Provincesde
l'Eſpagne , & qui précéda de vingt ans
celui de Nicée. (t ) Mais ces familles
fugitives étoient de toutes les Tribus ,
&elles vinrent indiſtinctement s'établir
en cette Contrée. En effet les Tribus
avoient ététellement confonduesdepuis
la deſtruction de Jérusalem qu'il n'étoit
plus poffible de les diftinguer les unes
desautres. Les catalogues où l'on avoit
ſoin d'inférer les généalogies , eurent
le même ſort que le temple dans les
archives duquel ils étoient déposés. ( u)
Ils périrent dans l'incendie de ce fuperbe
édifice , & cet événement dut néceſſai-
rement jetter de la confufion dans les
familles de la nation. D'ailleurs les Ro-
mains avoientquelque intérêtà ne point
laiſſer ſubſiſterces catalogues à la faveur
deſquels elle eût conſervé l'efpérance
de replacer un jour les deſcendans de
David fur le trône de leur ancêtres.
Auſſi les reſtes de cette maiſon demeu-
rerent éteints par les pourſuites de Vef-
( t ) Concil. Eliberitan. Can. 49 , 50 , 78.pag.
976 & 978.Edit. Concilior. Labbe Tom. I. few
pag. 255 & 258. Edit. Hardui. Tom. I.
(u) Vid. Vales. Annotat in Hiftor. Ecclef. Eu-
Seb. Lib. I. Cap. 7. pag. 14.
90 MERCURE DE FRANCE.
pafien, (x)qui craignoit ſansdoute que
ce peuple qui ſouffroit impatiemment
une domination étrangère n'en prit
occaſion de ſe revolter. Ces remarques
ſuffiſent pour prouver que la tradition
des Rabbins touchant les familles dela
Tribu de Juda tranſportées enEſpagne
eſt bâtie ſur un fondement ruineux.
Enfin quand on ne conoîtroit pas leur
penchant à outrer tout ce qui les re-
garde , les titres dont Abarbanelfe pare
portentun caractère ſi manifeſte d'éxa-
gération , que les Lecteurs les moins
prévenus ne peuvent s'empêcher d'en
ſoupçonner la vanité. Il est vrai qu'ils
n'éxiſtent que dans l'imagination des
Juifs féconde en idées chimériques.
Nous obſervons qu'il eſt aiſé de leur
ôter tous les moyens de ſe fortifier dans
leur illuſion à cet égard en combat-
tantl'autorité de R. Ifaac Aben Geath
par celle de R. Abraham Ben Dior , qui
rapporte que depuis R. Chiia qui mou-
rut dans le Royaume de Caſtille , l'an
de J. C. 1154 ,il ne reſta plus perſonne
-de la race de David dans toute l'Ες-
(x) Eufeb. Histor Ecclef. Lib. III Cap. 12.
pag. 87. Edit. Vales. Nicephor. Callif. Histor.
Ecclef. Lib. III. Cap. 19. pag. 237. Tom. 1 .
イ
FFVRIER. 1764.
gr
pagne. (y)Voilà certainement un aveu
bien contraire à ce qu'Abarbanél té-
moigne d'après R. Ifaac Aben-Geath
de fa defcendance de ce Prince. Il eſt
d'autant moins en droit de taxer R.
Abraham Ben-Dior,d'ignorance fur cet
article , que celui-ci vivoit préciſement
dans le temps qu'il écrivoit cette par-
ticularité. Il devoit avoir connoiffance
des principales familles de ſa nation
puiſqu'il a compoſé un Livre qui eſt
deſtiné à en marquer l'origine , & à
en regler l'ordre & la fucceffion. Nous
n'infiftons ici ſur l'aſſertion de ceRab-
bin , que parce qu'elle a affez de force
pour ébranler la perfuafion où font les
Juifs relativementà cet objet. On gagne
beaucoup plus à leur oppoſer l'autorité
de leurs Docteurs fur des points con-
'teſtés pour les faire revenir de leur en-
têtement , qu'à vouloir les convaincre
par les raiſonnemens les plus clairs &
par les faits les plus pofitifs,qui ne font
aucune impreffion ſur leur eſprit. Bar-
tolocci eſt tentéde croire qu'Abarbanel
a forgé lui-même ce qu'il cite fur le
témoignage de R. Ifaac Aben-Geath ,
afin de mieux impofer au corps de ſa
(y) R. Abraham Ben -Diorinfephreha Kab-
balah fol. 32. Edit. Ven.
92 MERCURE DE FRANCE.
nation. ( z ) Il veut que ce que notre
Docteur Juif en allégue ne ſe trouve
que dans ſes Ouvrages. Or , comme il
s'agit ici de ſa propre cauſe dans la-
quelle il ne ſçauroit être témoin ; cela
fuffit pour rendre ſa narration ſuſpecte
de fauſſeté. Au reſte il ne déſavoue pas
que notre Rabbin ne ſoit forti d'une
des plus anciennes & des plus confi-
dérables familles Juives habituées dans
les Royaumes d'Eſpagne & de Portugal.
Elle étoit originaire de Séville où elle
eut ſon établiſſement pendant pluſieurs
générations. C'eſt dans cette Ville que
Dom SamuelAbarbanél, ayeul du nôtre
parut avec diſtinction vers le milieu du
quatorziéme fiécle. Sa générofité éga-
loit ſon opulence , qui jointe aux pré-
rogatives de fa dignité lui donnoit beau-
coup de crédit dans ſa Nation. Il n'en
uſoit que pour favorifer les Savans de
la Synagogue qu'il affectionnoit parti-
culierement , & pour procurer aux af-
fligés & aux indigensles ſecours dont
ils avoient beſoin. (a) C'eſt ſans doute
de cet Abarbanelque parle un certain
Thomas que R. Salomon Ben - Virga
( z) Bartolocc. Biblioth. Rabbini P. III. pag.
886.
(a) Abrah Zacouth Sepher Jouchasin. fol.1337
FEVRIER. 1764.
93
fait entrer en conférence avec Alphonse
Roi d'Eſpagne , ſur ce qui concerne
diverſes imputations formées contre les
Juifs , & fur la véritable cauſe de leur
difperfion par toute la Terre. ( b ) Je
n'ignore pas que quelque-uns préten-
dent qu'il eſtqueſtion là de notreRab-
bin , & qu'ils prennent conféquemment
le Prince avec qui ce Thomas s'entre-
tient dans le Livre de Salomon Ben Vir-
ga pour Alphonse V, Roi de Portugal.
(c)Mais cela eſt démenti par la qua-
lité de Roi d'Eſpagne qu'on y donne
à cet Alphonse. Ce ne peut donc être
que le onziéme Prince de ce nom , Roi
de Caſtille , qui fut enlevé du monde
àla fleur de fon âge , l'an 1350. Ainfi
lesdâtes s'accordent avec l'éxacte chro-
nologie ; puiſque Dom SamuëlAbarba-
nél étoit contemporain du Monarque
Eſpagnol. Don NicolasAntonio qui eſt
dans le même ſentiment que nous par
rapport à l'Alphonse avec qui Thomas
a un long entretien , a eu raiſon de re-
marquer que l'Abarbanéldont il eſt fait
( b) Salom. Ben Virg. Schebet Jekoudahfol. 7.
feu pag. 39. Version. Gent.
(c) Alt. Lipficens. mens. Novembr. 1686. pag.
529.
94 MERCURE DE FRANCE.
mention eſt différent du nôtre. (d) Ce-
pendant il a eu tort de mettre près de
deux fiécles d'intervalle entre ce Roi &
Isaac Abarbanel : en quoi il a eté
juſtement repris par M. Bayle. ( e )
Les parens de ce Rabbin allérent é-
tablir leur domicile à Lisbonne , qui
fut le lieu de ſa naiſſance. Les grandes
richeſſes dont le commerce les avoit
mis en poſſeſſion les avoit fort accré-
dités dans cette Capitale auffi célébre
par l'étendue du négoce qui s'y fait ,
que par le ſéjour des Rois de Por-
tugal. Ils prirent tous les ſoins pof-
fibles de fon éducation ; & comme ils
découvrirent bien-tôt les heureuſes dif-
poſitionsdeſon eſprit , ils n'épargnerent
rien de ce qui pouvoit contribuer à les
perfectionner. Elles ſe développoient à
meſure qu'il croiſſoit en âge. Les pro-
grès rapides qu'il fit dans l'étude de ſa
religion & en général de toutesles ſcien-
ces du reffort de la Théologie juſtifie-
rent les belles eſpérances qu'ils avoient
conçues de lui. Cependant ils ne bor-
nerent point leur fatisfaction à voir bril-
(d) Nicol. Anton. Biblioth. Hifpan. Tom I.
pag. 629 .
( e ) Bayle Dictionn. Hiftor. & crit. Tom. I.
pag. 29.Edit. 1715.
1
FEVRIER. 1764.
95
ler dans la Synagogue les talens du
jeune Homme. Ils voulurent les faire
ſervir à leur ambition qui les portoit
à former des projets d'aggrandiſſement
& d'illuftration de leur maiſon. Ils le
produifirent dans cette vue a la Cour
d'Alphonse V qui régnoit en Portugal.
Abarbanélqui avoit à cœur , comme
eux , fon avancement dans les emplois
quidépendoient de cette Cour , ſongea
ſérieuſement aux moyens qui pouvoient
l'y conduire. Toute ſon attention ſe
tourna du côté de la politique , qui lui
parut la voie la plus ſure & en même
temps la plus prompte pour parvenir
à l'exécution de ſes deſſeins. Ses dé-
marches réuffirent peut-être au de-là
de ſes eſpérances. Les marques qu'il
donna de ſa capacité &de ſon intelli-
gence dans les affaires , l'éleverent par
degrés aux charges les plus importantes
del'Etat. Alphonse, à qui il eut le bon-
heurdeplaire, l'admitdans ſes Conſeils ;
enfin il ſe pouſſa ſi avant dans les bon-
nes graces de ſon Souverain dont il
gagna entiérement la confiance, qu'au
cuneaffaire ne ſe traitoit ſans ſa partici-
pation. Les influences de ſa faveur au
près de cePrince s'étendirent ſur ſa Na-
tion , qui les reffentit dans toutes les
96 MERCURE DE FRANCE.
occafions où elle leur devint néceſſai-
re. Il ſçut la mêttre à profit & augmenta
conſidérablement la patrimonie de ſes
Pères. Il nous décrit lui-même pompeu-
ſement à la tête d'une des préfaces de
ſesCommentaires,les honneurs attachés
au poſte éminent , où elle l'avoit placé.
(f). Ils flattoient encoreaffez ſa vanité ,
pour qu'il s'en rappellât l'idée avec plai-
firdans untemps où il en étoit déchu ;
il y reléve faſtueuſement la ſplendeur
que l'abondance & l'opulence où il
vivoit alors répandoient fur toute ſa
maiſon; ily laiſſe auffi un témoignage
éclatant de ſa reconnoiſſance dans le
portrait qu'il fait de fon bienfaicteur.
Il nous le repréſente comme un Monar-
que également recommandable par ſa
puiſſance , par ſon courage , par ſa pru-
dence , par ſon amour pour lajustice ,
& par ſa piété , zélé pour le bonheur
de ſes ſujets à qui ſon humeur affable
&populaire le rendoit cher , & en la
perſonneduquel les Sçavans qui avoient
principalement part àſes libéralité trou-
voient un protecteur éclairé ; en un
mot , il lui attribue toutes les vertus
(f) Vide Præfation. ejus Commentar. in Libr.
Sofue. fol. 1 .
:
qui
(
0
C
a
da
So
R
to
nil
印
alla
ve
me
ف
FEVRIER. 1764.
1
97
qui ſoutiennent dignement la majesté
du Trône.
Sans éxaminer ici fi cet éloge n'eſt
point exagéré , il fert du moins à
prouver qu'Abarbanél a toujours ref-
pecté & honoré la mémoire de ce Prin-
ce , à qui il avoit de ſi grandes obliga-
tions. On me dira peut-être que c'étoit
bien le moinsqu'exigeoit tout ce que ce
Monarque avoitfait pourlui : je l'avoue.
Mais combien y en a-t-il qui n'atten-
dent pas pour perdre le ſouvenir des
bienfaits qu'ils ont reçus , que ceux de
qui ils les tennent n'existent plus. La
mortd'Alphonse apporta un grand chan-
gementdans ſa fortune. Jean II. Fils
&fucceffeur de ce Prince haïffoit en-
core plus les Juifs , que ſon Père ne les
avoitaimés. On peut bien croire qu'avec
de ſemblables diſpoſitions a leur égard ,
il ne conſerva point à Abarbanél les
dignités dont celui-ci avoit été revêtu
ſous le régne précédent. Auſſi notre
Rabbin en fut il dépouillé , & prèſque
tous ceux qui avoient eu part a l'admi-
niſtration des affaires fous Alphonse
éprouverent le même fort que lui. On
alla juſqu'à l'accuſer d'avoir concerté
avec eux un complot,dont le but étoitde
mettre la Couronne de Portugal ſous la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
puiffance du Roi d'Eſpagne. Il nous
apprend que ce fut là le prétéxte des
pérfécutions qui leur furent ſuſcitées.
Il faut avouer que l'imputation étoit
desplus graves , & notre Rabbin en au-
roit pu être puni trop ſévérement , fi
elle avoit eu un fondement réél. Il
s'inscrit en faux contre le crime dont
on le taxoit lui & les autres Miniſtres
du prédécéſſeur de Jean; il ſe plaint
que des gens envieux , & par confé-
quentmal-intentionés avoient tiffu cette
odieuſe calomnie , pour parvenir plus
furement à les perdre. Pour peu qu'on
veuille peſer les choſes de fang froid ,
&fans prévention ,on conviendra que
ce qu'il dit ici de cette trâme formée
par quelques courtiſans qui travailloient
fourdement à leur nuire , n'eſt pas dé-
pourvu de vrai-ſemblance. Cela est en-
core plus probable par rapport à Abar-
banél qui dans la place qu'il occupoit ,
devoit regarder comme autant d'en-
nemis fecrets tous les concurrens qui
la lui avoient diſputée , & fur lesquels il
l'avoit emportée. On ſçait de combien
d'intrigues font capables pluſieurs de
ceux qui afpirent aux premieres char-
ges d'un Etat. Uniquement attentifs
au ſoin de s'avancer au préjudice mê
FEVRIER 1764.
99
me les uns des autres ; ils ne ſont pas
fort fcrupuleux ſurle choix des moyens
qu'ils employent pour ſe les procurer.
H leur importe peu que ces voyes s'ac-
cordent avec les devoirs de la probité,
pourvu qu'elles les ménent aux fins
qu'ils ſepropoſent. C'eſt -là le caractère
des Courtiſans; & l'on fent affez que
des gens de cette forte n'avoient pu
voir ſans une extrême jaloufie le cré-
dit& la conſidération dont notre Rab-
bin avoit joui à la Cour d'Alphonse ,
où il avoit joué un desprincipaux rôles.
Ilsavoient fouffert impatiemment qu'on
leur eût préférédansl'éxercicedes hauts
emplois un homme dont il leur fem-
bloitquel'origine& la Réligion étoient
des titres qui ſuffifoient pour l'en
exclure.
Ils ſouhaitoient ardemment
fa ruine. Mais comme la puiſſante pro-
tection qu'Alphonse lui avoit accordée,
oppoſoitun obstacle au ſuccès de leurs
vœux , ils n'oferent rien entreprendre
ouvertement contre Abarbanél pen-
pendant que cePrince vêcut. Ils furent
bien dédommagés de la contrainte où
elle les avoit tenus juſques-là , par la
créance que leurs diſcours calomnieux
trouverent facilement dans l'eſprit de
fon fuceſſeur. Ils le déſervirent de tout
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
leur pouvoir auprès de Jean qui de
fon côté étoit trop fortement prévenu
contre lesJuifs &particulierementcon-
tre notre Rabbin , pour ne pas prêtervo-
lontiers l'oreille à ce qu'ils pouvoient
lui dire de déſavantageux ſur le compte
de ce dernier. Ainſi il ne leur fut pas dif-
ficile de le lui rendre ſuſpect dans la
geſtion dont il étoit chargé. Ils ne ſe
bornerent point à mettre en œuvre
tous les moyens qui leur parurent les
plus propres à le faire expulfer de la
Cour du Monarque Portugais , ils ma-
chinerent encore ſa perte pour mieux
ſatisfaire leur paffion. L'averſion que
Don Jean avoitpour lui , fournitàceux-
ci une occafion affez favorable de réuf-
fir dans l'éxécution de leur pernicieux
deſſein. Nous ne devons pas obmettre
une circonstance qui aide beaucoup à
ſajuſtification. C'eſt que les Hiſtoriens
du Régne de ce Prince & les Auteurs
contemporains ne l'ont point impliqué
dans la malheurenſe affaire de Ferdi-
nand Duc de Bragance , à qui elle
coûta la vie. C'eſt la ſeule qui ait du
rapport à la prétendue conſpiration dont
il s'agit. Elle n'éclata même que plus
d'unan après qu'Abarbanel eut quitté
le Portugal. D'ailleurs ils avouent qu'on
FEVRIER. 1764.
101
depuis long-temps. Un Souverain qui
ne trouva point de complices de l'entre-
priſe criminelle qu'on attribua à cet in-
fortuné Duc. (g) Ily a plus ; c'eſt qu'ils
n'hésitent point à le croire innocent.
Quelques-unes de fes actions montrent
à la vérité qu'il manqua de prudence.
Iln'en falloit pas davantage pour affer-
mirdans ſes injuſtes soupçons un Mo-
narque défiant à qui ies moindres dé-
marches d'un Seigneur auſſi puiſſant
que ceDuc , faisoient ombrage.
Les relations qu'il avoit avec la Cour
d'Eſpagnele firentfauſſementaccuſerd'y
entretenirdes intelligences ſecrettes , au
préjudice decelle de Portugal. Les Ecri-
vainsde cette Nation,quiontexaminéde
prèslespiéces qui ſervirentà l'inſtruction:
defonProcès, conviennentqu'on n'y re-
marquoit aucune preuve qui pût raiſon-
nablement le convaincre d'avoir com-
mis le crime qu'on lui imputoit. Mais
D. Jean jaloux de Ferdinand, à quides
vertus héroïques foutenuesdemanières
libérales & engageantes gagnoient tous
les cœurs , ſuppoſa à ce Ducdes projets
ſéditieux contre ſa Couronne pour af-
ſouvir la haine violente qu'il lui portoit
(g) Lequien de la Neufville , Hiftoire de Por-
tugal, Liv. IV. Tom. I. pages524& 526.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
cherche à fe défaire d'un Sujet qu'il re-
doute , a bientôt à ſa dévotion desgens
qui s'empreſſent de devenir les inſtru-
mens de ſa vengeance.
La triſte deſtinée de ce Seigneur Por-
tugais qui laiſſa ſa tête ſurun échaffaut ,
offrit moins un éxemple de la justice de
D. Jean , que de ſon reſſentiment voi-
lé d'une artificieuſe politique dont l'au-
Je fut la victime. Bartolocci reproche à
Abarbanélde s'être attiré par l'iniquité
de ſa conduite,les malheursqui accom-
pagnérent fa diſgrâce. Ilveut mêmeque
là douceur naturelle du Roi Jean l'ait
empêché d'ufer envers lui d'un traite-
ment plus rigoureux ( h). Cela ne nous
furprend pas de la part de ce Moine Ita-
lien qui ſemble prendre plaifir à inter-
prêter mal tout ce qui ſe rapporte aux
Juifs.
Il donne des marques ſenſibles
de ſa partialité &de fa mauvaiſe humeur
contre eux. Il témoigne par-tout l'ex-
trême envie qu'il a de les trouver plus
coupables qu'ils ne le font effectivement.
Iln'eſtdonc pas étonnant que ſesjuge-
mens fe reffententtoujours des difpo-
fitions où il eſt à leur égard. Elles lui
font non-feulement recevoir fans éxa-
men l'imputation des crimes dont on
(h ) Bartolocc. Bibl. Rabb. pag. 874.
FEVRIER. 1764.
103
charge cetteNation ,mais même en ap-
percevoir là où il n'en éxiſte pas la plus
légère trace. Un autre que lui dont l'é-
quité auroit dirigéles fentimens, eût ſçu
qu'elle ne permet pas de tourner une
accufation en preuve contre la perſonne
qui eneſtl'objet ;à moinsqu'on ne ſoit
autorisé pour en venir juſques-là , de
P'allégation de quelque fait avéré qui
puiſſe la justifier. Agir différemment ,
c'eſt heurterde front les principes de la
Religion&de l'humanité. Ileſtvrai que
des gens qui, comme Bartolocci , ſeli-
vrent fans réſerve aux mouvemens d'une
paffion aveugle , font incapablesde faire
cesréflexions. Aureſte , nous nepré-
tendons point affirmer qu'Abarbanél fe
foit comporté d'une manière irrépréhen-
fible pendant tout letemps qu'il fut en
faveur à la Courde Portugal. Il est bien
rarequ'unhomme qui poffede dans un
degrééminent celle de fon maître ,n'a-
buſe pas quelquefoisdu crédit qu'elle lui
donne. Cependant quandil eſtqueſtion
deprononcer là-deſſus, ilfaut plus que
des préfomptions qu'il y a autantd'injuf-
tice quede témérité à produire pourdes
vérités iudubitables Un femblable pro-
cédé eſt encore plus inexcufable dans
les cas où la probité eſt eſſentielle
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ment intéreſſée. Enfin Bartolocci mon-
tre beaucoup d'ignorance , ou péche vi-
fiblement contre la bonne foi , en varr-
tant la douceur du Roi Jean : nous ofons
affurer que jamais perfonne mérita moins
que lui la qualication d'un Prince doux.
Elle convenoit ſans contredit à ſon pré-
déceſſeur , que tous ceux qui ont écrit
l'Histoire de Portugal s'accordent à
nous dépeindre comme un Monarque
bon & affable ; au lieu qu'ils nous
donnent une idée fort différente de
D. Jean , dont l'humeur altière & ri-
gide ne ſympathiſoit guères avec ce pen-
chant à la douceur qu'on lui attribue
fauſſement. Nous pouvons dire même
que ſa ſévérité tenoit plutôt d'un naturel
dur, infléxible & opiniâtre , que d'un
caractère équitable , quoiqu'il en affec-
tât les dehors impoſans. Nous ne nions
pas qu'il n'eût d'ailleurs de grandes qua-
lité ; il auroit été ſeulement à ſouhaiter
qu'elles n'euſſent pas été obſcurcies
par des défauts importans , & fur-tout
par les étranges petiteſſes dont une dé-
votion outrée & ſuperſtitieuſe le rendoit
ſuſceptible. Elle fut la ſource d'où cou-
la la haine qu'il avoit conçue pour les
Juifs, Comme l'intention de Bartolocci
étoitdepréſenterAbarbanel ſous l'aſpect
FEVRIER, 1764.2 105
leplus odieux; il a cru nepouvoirmjeux
la remplir qu'en prêtant gratuitement à
ce Prince un caractère de bonté que
celui- ci n'avoit pas , pour avoir occa-
ſion de le faire contraſter avec la mé
chanceté imaginaire de l'autre quien
devenoit par-là plus criminel. Je laiſſe à
juger fi la conduite de ce Compilateur,
eſtconforme aux devoirs que preferit la
probité.
La suite auMercure prochain
critique sur la Vie de Don ISAAC
ABARBANÉL, Juif Portugais ; par
M. DE BOISSY.
LE RABBIN qui fait le sujet de cette
Dissertation, a fourni à M. Bayle celui
d'un article de ſon Dictionnaire. On
avouera qu'il méritoit d'y occuper une
place , fi l'on confidère la grande célé-
brité qu'il s'eſt acquiſe tout à la fois par
les Ouvrages qu'il a compoſés, & par
les Emplois dont diverſes Puiſſances
l'ontſucceſſivementhonoré. Cependant
comme le travail de l'habile Critique
que je viens de nommer , ſe réduit à cet
égardà une compilation abrégée de ce
qui eſt rapporté touchant ce Docteur
Juif, dans les Bibliothèques de Nicolas
Antonio & de Bartolocci , & dans le
Journaldes Sçavanspubliéà Leipfick;je
me flatte qu'on ne me ſçaura pas mau-
vais gré de préſenter un récit plus dé-
taillé & plus fuivi , j'oſe dire même plus
Diij
28 MERCURE DE FRANCE.
exact , des circonstances de ſa vie. Je
les ai puiſées dans la narration des Au-
teurs de cette Nation , qui ont été
prèſque ſes contemporains , & prin-
cipalement dans celle qu'il a lui-même
donnée de ce qui le regarde. Il eſt
rare que la différence de Religion qu'on
profeſſe , n'influe pas fur les diſpoſitions
de notre eſprit envers ceux qui ſuivent
une créancedifférentedelanôtre. On ne
fonge point que le premier des devoirs
d'un Hiſtorien eſt l'impartialité. Je me
fuis attaché à le remplir , autant que la
choſe a dépendu de moi. En confé-
quence , j'expoſerai fidélement lesbon-
nes & les mauvaiſes qualités de notre
Rabbin , fans chercher à affoiblir les
unes pour mieux aggraver les autres. Je
diſcuterai auſſi quelques-unes de ſes ac-
tions qui lui ont attiré de la part des
Chrétiens les imputations les plus inju-
rieuſes à ſa mémoire.
Ifaac Abarbanel, qu'on nomme éga-
lement Abravanel , Abarbinél , Abarbe-
nel ou Abrabaniel * , naquit à Lisbonne,
l'an du Monde 5197 , ſelon la fupputa-
tion des Juifs , deJ. C. 1437. Il ſedifoit
iffu de la Race de David. De-là les titres
* Les différentes manières deprononcer le nom
de ce Rabbin , viennent de ce qu'il ſe ponctue di-
erſement en Hébreu .
FEVRIER. 1764 .
79
pompeux qu'il a pris plaiſir d'étaler fort
au long à la tête des Ouvrages que nous
avons de ſa façon. Il n'hésite point à y
paroître revêtu de ces qualifications faf-
tueuſes , à la faveurdeſquelles il déduit
toute faGénéalogie. Ifaac,fils de Don
Juda ,fils de Samuel,fils deJuda ,fils de
Jofeph,filsdeJuda , de la Famille d'A-
barbanél , qui ont tous été Princes des
Enfans d'Ifraël, de la Race de Jeffé de
Béthléem , de la Maiſon de David , Con-
ducteur & Pasteur des Peuples , &c.
C'eſtenconféquencede cette illuftre fi-
liation, qu'il a affecté ,à l'éxemple de fon
père ,de mettre devant ſon nom le titre
honorable de Don, qu'on ſçait être en
uſage parmi les Nobles d'Eſpagne. Il
prétendoit prouver incontestablement
par-làlanobleſſe de ſon extraction ,dont
ilparoiſſoitfortentêté. Il autoriſe ſa pré-
tentiondutémoignage d'un certain Rab-
bi Ifaac Aben Géath , à qui il fait dire
dans un de ſes Commentaires ſur l'Ecri-
ture ( a ) , qu'au temps de la deſtruction
du premier Temple , il paſſa deux Fa-
milles de la Race du Roi David en EC-
pagne , dont l'une s'établit à Lucena &
l'autre à Séville où elle laiſſa une nom-
(a) Videas ejus Commentar. in Zachar. XII. v.
7 ,fol. 292 , édit. Amst.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
breuſe poſtérité, qui compoſa laMaiſon
des Abarbanels. Les Juifs déférèrent
aveuglément à cette tradition hiſtorique ,
ſans ſe mettre en peine d'examiner ſi elle
eſt conforme à la vérité. Outre qu'ils ne
ſe piquent pas d'une grande exactitude
dans la recherchedes faits , ils font trop
jaloux des moindres choses qui peuvent
tourner à la gloire de leur Nation , pour
s'aviſer de former quelque doute à cet
égard. Ils aiment mieux, fur la foi de
leurs Ecrivains , ſe repaître agréablement
de ſemblables fables qui font propres à
entretenir leur orgueil , que d'en venir
àdes diſcuſſions qui les obligeroientd'en
rabattre plus qu'ils ne voudroient. Le
Rabbin Ménaſſeh Ben Ifraël appuie de
toutes ſes forces la même tradition qu'il
adopte , avec cette différence que , con-
tre le récit d'Abarbanel , il affigne une
époque moins ancienne à la tranfmigra-
tion de ces deux Familles en Eſpagne ,
qu'il dit être arrivée après la ruine du ſe-
cond Temple ( b). Il a trouvé plus de
vraiſemblance à lui ſuppoſer une date
plus récente.
Il ne faut pas s'étonner
qu'il ſoutienne ce conte ridicule : il avoit
un intérêt particulier à le faire valoir ;
(a) Menaffeh Ben Ifraël. Conciliat. quæft. 65.
adGenef. pag. 92 .
FEVRIER . 1764.
8г
puiſqu'il la femme qu'il avoit épousée
ésoit de la Famille des Abarbanels ( c),
D'ailleurs , cet Auteur Juif, quoiqu'infi-
niment plus docte & plus judicieux que
la plupart de ceux de ſa Nation , a donné
bien ſouvent des éxemples de ſa crédu-
lité pour avoir préſumé trop favorable-
ment de la bonne foi de ſes ancêtres , &
de l'habileté de ſes Docteurs. C'eſt avec
raiſon que des Modernes ſe ſont moc-
qués de ces Familles de la Race de Da-
vid tranſplantées en Eſpagne , & ont
traité tout cela de fiction ( d). En effet ,
rien n'eſt ſi mal fondé que ce qu'Abar-
banél & les Hiſtoriens Juifs nous débi-
tent à ce ſujet. Si on doit les en croire ,
Nabuchodonofor vint affiéger Jérufalem
avec pluſieurs Princes ſes alliés , qui l'ai-
dèrent de leurs troupes. Hifpan Roi
d'Eſpagne , & Pyrrhus fon gendre Roi
des Grecs , furent du nombre de ceux
qui eurentpartà cette expédition. Notre
(c) Idem infpe Ifraël. pag. 92 , & de term. Vita,
Lib. III.fect. 13 , pag. 236.
(d ) Hoornbeckius de Convert. Judæ , Lib. II.
pag. 139. Huet. in Demonstr. Evangel. Propof.
IX. cap. 4. §. 14. pag. 427. édit. 1722. Bartolo-
ceii. Bibliothec. Rabbin. Part. III. pag. 885 &
886. Bafnage, Histoire des Juifs, Liv. VII. chap
9,pag. 252 &fuiv, édit. 1716.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Rabbin raconte qu'Hercule quitta la
Grece ſa patrie ,dans la réſolutiond'éten-
dre au loin ſes conquêtes , & équippa
une grande flotte pour l'exécution de
cette entrepriſe. Il pénétra dans l'Océan
occidental , & aborda en Eſpagne , où
il s'avança à la tête d'une armée formi-
dable. Il ſoumit à ſes armes cette vaſte
contrée; & , après y avoir paiſiblement
régné pendant quelques années , il lui
prit envie de retourner dans les lieux qui
l'avoient vu naître. Il traverſa l'Italie ,
d'où il fe rendit dans la Grece. Avant
fon départ , il revêtit de la Souveraineté
des Etats qu'il avoit conquis le filsde ſa
fœur appellé Hispan , de qui l'Eſpagne
a reçu fon nom. Cet Hifpan n'eut qu'u-
ne fille qu'il donna en mariage à Pyrrhus
Prince Grec , qui ſe trouva en perſonne
au Siége de Jérusalem ,& contribua à la
priſe de cette Ville. Les Tribus de Juda ,
de Benjamin &de Simeon , conjointe-
ment avec les Sacrificateurs & les Lévites,
lui échurent dans le partage qui fut fait
des prifonniers. Il les tranſporta fur fes
vaiſſeaux en Eſpagne, & les diſtribua
dans l'Andaloufie & dans le Territoire
de Tolede. ( e)
(e) Abarbanel. Commentar. in Reg. 11.
fol. 308 , édit. Lipfiens.
.30
FEVRIER. 1764 .
83
Salomon Ben - Virga qui rapporte la
même Hiſtoire , ajoute de plus que Se -
ville fut aſſignée pour demeure aux def-
cendans de David , qui habitoient dans
l'enceinte du troiſième mur de Jérufa-
lem- Il y en eut qui paſſerent enſfuite de-
là dans le Royaume de Grenade. ( f) Le
ſéjour de l'Eſpagne leur fut fi agréable ,
qu'ils préférèrent ce nouveau domicile à
celui de la Judée , où la partie de la Na-
tion , qui avoit été transférée à Babylo-
ne , dans la Perſe & dans la Médie , avoit
obtenue de Cyrus la permiffion de re-
tourner , pour rebâtir Jérusalem & le
Temple. Ils ne voulurent point , à fon
exemple , revenir dans leur Patrie , à
cauſe que ce retour de leur Frères , ſous
la conduite de Zorobabel n'étoit point
une parfaite délivrance , &qu'il n'y avoit
aucune obligation pour eux de demeu-
rer dans la Terre d'Ifraël, depuis qu'elle
ne poffédoit plus l'Arche de l'Alliance du
Seigneur, & que le cours des révélations
&des vifions prophétiques avoit entière-
ment ceſſé. Abarbanél aſſure qu'il a tiré
ce récit des anciennes Chroniques des
(f) Salome Ben Virg Schebet Fehoudah , fot-
8. edit. Amst. Vide pag. 41. Verfionis Latinæ hujus
libri quam G. Gentius in lucem ediditfub titulo
Hifior. Judaic.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Rois d'Eſpagne (g ). Roderic Sanche
& Alphonse de Cartagéne , Hiſtoriens
Eſpagnols , qui ont écrit vers le milieu
du quinzième fiécle , témoignent à la
vérité qu'Hispan petit - fils d'Hercule
,
& non pas fon neveu , comme l'affirme
Abarbanel, donna ſon nomà l'Eſpagne,
qui portoit auparavant celui d'Ibérie ,
qu'elle avoit pris du fleuve de l'Ebre.
Alphonsede Cartagéne raconte que ce
Monarque maria ſa fille à un célébre
Prince de la Grece , appellé Pyrrhus ,
qui , en qualité de ſon gendre, lui fuc-
céda (h).
Vafée & Tarapha ne comptent point
ce Pyrrhus au nombre des Rois d'Ef-
pagne. Ils diſent ſimplement qu'Hispan
étoit petit-fils d'Hercule , & qu'Hifpal
ſon père fut le ſucceſſeur immédiat de
ce Héros dont il naquit , & qui étant
prêt à partir pour l'Italie , lui abandonna
le Gouvernement de ce Royaume ( i).
:
(g ) Abarbanel in locofuprà citato.
(h) Roderic. Sanct. Histor. Hifpan. P. I. Cap .
I. &VII. pag. 123 & 130. Alphons. à Carthag.
Anacephalæos Hifpan. Cap. III. & IV. pag. 250.
interHifpan. Hiftor. Scriptor. Tom.I.
( i) Vafai Chronic Rer. Hifpan. Cap. 10. pag.
82. Edit. Colon. Taraphæ Liberde Origin. acReb.
Gest. Reg. Hifpan. fubnexus Chron. Vas. pag.
578.
FEVRIER . 1764.
85
Mais ni les uns , ni les autres ne font
aucune mention de cette alliance con-
tractée entre Nabuchodonofor & Pyr-
rhus , ni de toutes les particularités qui
endépendent. Après tout, quand ils en
auroient parlé, ils ne ſeroientpas pour
celaplus croyables , puiſqu'on ne ſcau-
roit rien établir de certain fur une ori-
gine de l'Empired'Eſpagne auſſi fabu-
leuſe , ni ſur laſucceſſionde fes Rois ,
juſqu'aucinquième ſiécle , que les Goths
l'envahirent. On ne commence à mieux
connoître ſonHiſtoire , que depuis Al-
fonfe Premier du nom , furnommé le
Catholique , qui occupa le Trône vers
l'an 737 de l'Ere Chrétienne.
D'ailleurs ,
il y a lieu de douter que
Hercule ſoit jamais venu en Eſpagne.
On ſçait affez que ce nom a été com-
mun à pluſieurs Perſonnages de l'Anti-
quité : c'eſt pourquoi les Grecs qui les
ontconfondus enſemble , ont attribué à
'Hercule Thébain toutes les actions mé-
morables des autres ( k). C'eſt ce qui
fur-tout est arrivé à l'égard de l'Hercule
Tyrien , qui , ſelonla plupart des Criti-
ques, étoit contemporain de Moïse , &
quipar conféquent étoit bien antérieur à
(k) Cicero , de Natura Deor. Lib. III. Cap. 16.
pag. 171. Tom. IV, ejus Oper. édit. Gruter,
86 MERCURE DE FRANCE.
celui dont il s'agit. Des Colonies Phé-
niciennes conduites en Eſpagne par ce
grand Navigateur , s'y fixèrent , &y bâ-
tirent beaucoup de Villes célébres. C'eſt
ſans donte de lui qu'il faut entendre ce
que Sallufte dit de l'Hercule qui mourut
encettecontrée ,& dont la mort fut fui-
vie de la déſunion des Peuples qui l'a-
voientaccompagné, &qui compoſoient
ſon armée (1). On voyoit à Tarteſſe
qui , au rapport d'Arrien , devoit ſa fon-
dation auxPhéniciens , un Temple qu'ils
avoient élevé en l'honneur d'Hercule , à
qui l'on offroit des facrifices conformé-
ment à leurs coutumes ( m). Denys le
Géographe témoigne que ceux de la
même Nation qui occupoient Cadix ,
honoroient d'un culte divin ce fils de Ju-
piter(n ). L'aventure de Géryon , que
les Mythologues font régner en Eſpa-
gne , & dont ils veulent que l'Hercule
Thébain ait enlevé les troupeaux , après
l'avoir tué , n'arriva point en ce pays ,
comme nous l'apprenons d'Hécatée de
(1) Salluft. de Bello Jugurth. cap. 21.pag. 79.
Tom. I. édit. Haverkamp.
(m) Arrian. de Expedit. Alexand. M. Lib. II.
pag. 43. édit. Stephan.
(2) Dionys Periegas. Orb. v. 453. pag. 74.
idit. R. Suph. feupag. 84. edir. Oxon. 1717.
FEVRIER. 1764.
(9) Arrian,ibidem.
87
Milet ancien Hiſtorien qui, vivoit du
temps de Darius fils d'Hystape , plus
decinq cens ans avant l'Ere vulgaire (o).
Il rapporte que ce Géryon qu'Eurysthée
envoya combattre par le Héros Grec ,
régnoit dans le Continent ſitué près du
Golfe Ambracien , aujourd'hui de l'Ar-
ta, & voifin de l'Épire ; & que c'eſt de
cet endroit-là qu'Hercule amena à My-
cenes , Capitalede l'Argolide , les bœufs
qui appartenoient à ce Prince (p) . Ar-
rien remarque avec raiſon , qu'il n'y a
point d'apparence qu'Eurysthée ait pu
avoirquelque connoiſſanced'une région
placée à l'extrémité de l'Occident , &
qu'il ait ſçu fi elle abondoit en pâturages
&en troupeaux ( 9 ).
Enfinla preuvela plus fortedelafauf-
feté du récit d'Abarbanél , eft l'impoffi-
bilité qu'il y a de le concilier avec la
Chronologie. En effet , ce Pyrrhus qui
ſe ſignala par fon courage au Siége de
Troye ,ne peut être que le fils d'Achille ;
& on n'ignore point qu'il ne furvêcut
(o ) Suid. Lefic. fubvoce Εκαταίος, pag.686.
Tom. 1. Edit. Kuster.
(p )Hecateus apud Arrian. loco fuprà citato ,
& Eustath. in Commentar. in Dionys. Perieg. *.
561.pag. 62.feu 196
A
88 MERCURE DE FRANCE.
quede vingt ans à la ruine de cetteVille.
(r) Il eſt aiſedejuger par-làdel'anochro-
niſme conſidérable que notre Rabbin a
commis , en faiſant ce Prince Grec con-
temporain de Nabuchodonofor ; quoi-
qu'il y ait entre l'une & l'autre un in-
tervalle de plus de fix cens ans. Car
Troye fut priſe & faccagée au moins
1186 ans avant l'Ere Chrétienne ; &
Jérusalem fut emportée d'aſſaut par le
Monarque Babylonien la 588° année
avant la même Ere , qui étoit la 19º
de ſapremiereexpédition contre Joakim
ou Eliakim , & la 11º de la captivité de
Jéchonias qui avoit été mené à Baby-
lone. ( s )
On ne sçauroit diſconvenir que dans
le nombre des Juifs que la déſolation
de leur patrie abandonnée au pillage
des Soldats de Tite, contraignitde cher-
cher ailleurs une retraite , pluſieurs ne
ſe ſoient réfugiés en Eſpagne. Il paroît
même conſtant qu'ils y avoientdes éta-
bliſſemens dans les premiers fiécles du
Chriſtianiſme ; puiſqu'on trouve quel-
ques décrets faits contr'euxdans lesAc-
(r)Eufeb. Chronic. Lib. poſter. fub num. 854.
pag. 94.Edit. Scalig. vide quoque Petav, ration.
temp. p. I. Lib. I. cap. II. pag. 48.
(5) Reg. Lib. IV. Cap. 25. v.8.
1
:
FEVRIER. 1764.
89
tes du Concile qui fut tenu à Elvire
ville de la Bœtique,unedes Provincesde
l'Eſpagne , & qui précéda de vingt ans
celui de Nicée. (t ) Mais ces familles
fugitives étoient de toutes les Tribus ,
&elles vinrent indiſtinctement s'établir
en cette Contrée. En effet les Tribus
avoient ététellement confonduesdepuis
la deſtruction de Jérusalem qu'il n'étoit
plus poffible de les diftinguer les unes
desautres. Les catalogues où l'on avoit
ſoin d'inférer les généalogies , eurent
le même ſort que le temple dans les
archives duquel ils étoient déposés. ( u)
Ils périrent dans l'incendie de ce fuperbe
édifice , & cet événement dut néceſſai-
rement jetter de la confufion dans les
familles de la nation. D'ailleurs les Ro-
mains avoientquelque intérêtà ne point
laiſſer ſubſiſterces catalogues à la faveur
deſquels elle eût conſervé l'efpérance
de replacer un jour les deſcendans de
David fur le trône de leur ancêtres.
Auſſi les reſtes de cette maiſon demeu-
rerent éteints par les pourſuites de Vef-
( t ) Concil. Eliberitan. Can. 49 , 50 , 78.pag.
976 & 978.Edit. Concilior. Labbe Tom. I. few
pag. 255 & 258. Edit. Hardui. Tom. I.
(u) Vid. Vales. Annotat in Hiftor. Ecclef. Eu-
Seb. Lib. I. Cap. 7. pag. 14.
90 MERCURE DE FRANCE.
pafien, (x)qui craignoit ſansdoute que
ce peuple qui ſouffroit impatiemment
une domination étrangère n'en prit
occaſion de ſe revolter. Ces remarques
ſuffiſent pour prouver que la tradition
des Rabbins touchant les familles dela
Tribu de Juda tranſportées enEſpagne
eſt bâtie ſur un fondement ruineux.
Enfin quand on ne conoîtroit pas leur
penchant à outrer tout ce qui les re-
garde , les titres dont Abarbanelfe pare
portentun caractère ſi manifeſte d'éxa-
gération , que les Lecteurs les moins
prévenus ne peuvent s'empêcher d'en
ſoupçonner la vanité. Il est vrai qu'ils
n'éxiſtent que dans l'imagination des
Juifs féconde en idées chimériques.
Nous obſervons qu'il eſt aiſé de leur
ôter tous les moyens de ſe fortifier dans
leur illuſion à cet égard en combat-
tantl'autorité de R. Ifaac Aben Geath
par celle de R. Abraham Ben Dior , qui
rapporte que depuis R. Chiia qui mou-
rut dans le Royaume de Caſtille , l'an
de J. C. 1154 ,il ne reſta plus perſonne
-de la race de David dans toute l'Ες-
(x) Eufeb. Histor Ecclef. Lib. III Cap. 12.
pag. 87. Edit. Vales. Nicephor. Callif. Histor.
Ecclef. Lib. III. Cap. 19. pag. 237. Tom. 1 .
イ
FFVRIER. 1764.
gr
pagne. (y)Voilà certainement un aveu
bien contraire à ce qu'Abarbanél té-
moigne d'après R. Ifaac Aben-Geath
de fa defcendance de ce Prince. Il eſt
d'autant moins en droit de taxer R.
Abraham Ben-Dior,d'ignorance fur cet
article , que celui-ci vivoit préciſement
dans le temps qu'il écrivoit cette par-
ticularité. Il devoit avoir connoiffance
des principales familles de ſa nation
puiſqu'il a compoſé un Livre qui eſt
deſtiné à en marquer l'origine , & à
en regler l'ordre & la fucceffion. Nous
n'infiftons ici ſur l'aſſertion de ceRab-
bin , que parce qu'elle a affez de force
pour ébranler la perfuafion où font les
Juifs relativementà cet objet. On gagne
beaucoup plus à leur oppoſer l'autorité
de leurs Docteurs fur des points con-
'teſtés pour les faire revenir de leur en-
têtement , qu'à vouloir les convaincre
par les raiſonnemens les plus clairs &
par les faits les plus pofitifs,qui ne font
aucune impreffion ſur leur eſprit. Bar-
tolocci eſt tentéde croire qu'Abarbanel
a forgé lui-même ce qu'il cite fur le
témoignage de R. Ifaac Aben-Geath ,
afin de mieux impofer au corps de ſa
(y) R. Abraham Ben -Diorinfephreha Kab-
balah fol. 32. Edit. Ven.
92 MERCURE DE FRANCE.
nation. ( z ) Il veut que ce que notre
Docteur Juif en allégue ne ſe trouve
que dans ſes Ouvrages. Or , comme il
s'agit ici de ſa propre cauſe dans la-
quelle il ne ſçauroit être témoin ; cela
fuffit pour rendre ſa narration ſuſpecte
de fauſſeté. Au reſte il ne déſavoue pas
que notre Rabbin ne ſoit forti d'une
des plus anciennes & des plus confi-
dérables familles Juives habituées dans
les Royaumes d'Eſpagne & de Portugal.
Elle étoit originaire de Séville où elle
eut ſon établiſſement pendant pluſieurs
générations. C'eſt dans cette Ville que
Dom SamuelAbarbanél, ayeul du nôtre
parut avec diſtinction vers le milieu du
quatorziéme fiécle. Sa générofité éga-
loit ſon opulence , qui jointe aux pré-
rogatives de fa dignité lui donnoit beau-
coup de crédit dans ſa Nation. Il n'en
uſoit que pour favorifer les Savans de
la Synagogue qu'il affectionnoit parti-
culierement , & pour procurer aux af-
fligés & aux indigensles ſecours dont
ils avoient beſoin. (a) C'eſt ſans doute
de cet Abarbanelque parle un certain
Thomas que R. Salomon Ben - Virga
( z) Bartolocc. Biblioth. Rabbini P. III. pag.
886.
(a) Abrah Zacouth Sepher Jouchasin. fol.1337
FEVRIER. 1764.
93
fait entrer en conférence avec Alphonse
Roi d'Eſpagne , ſur ce qui concerne
diverſes imputations formées contre les
Juifs , & fur la véritable cauſe de leur
difperfion par toute la Terre. ( b ) Je
n'ignore pas que quelque-uns préten-
dent qu'il eſtqueſtion là de notreRab-
bin , & qu'ils prennent conféquemment
le Prince avec qui ce Thomas s'entre-
tient dans le Livre de Salomon Ben Vir-
ga pour Alphonse V, Roi de Portugal.
(c)Mais cela eſt démenti par la qua-
lité de Roi d'Eſpagne qu'on y donne
à cet Alphonse. Ce ne peut donc être
que le onziéme Prince de ce nom , Roi
de Caſtille , qui fut enlevé du monde
àla fleur de fon âge , l'an 1350. Ainfi
lesdâtes s'accordent avec l'éxacte chro-
nologie ; puiſque Dom SamuëlAbarba-
nél étoit contemporain du Monarque
Eſpagnol. Don NicolasAntonio qui eſt
dans le même ſentiment que nous par
rapport à l'Alphonse avec qui Thomas
a un long entretien , a eu raiſon de re-
marquer que l'Abarbanéldont il eſt fait
( b) Salom. Ben Virg. Schebet Jekoudahfol. 7.
feu pag. 39. Version. Gent.
(c) Alt. Lipficens. mens. Novembr. 1686. pag.
529.
94 MERCURE DE FRANCE.
mention eſt différent du nôtre. (d) Ce-
pendant il a eu tort de mettre près de
deux fiécles d'intervalle entre ce Roi &
Isaac Abarbanel : en quoi il a eté
juſtement repris par M. Bayle. ( e )
Les parens de ce Rabbin allérent é-
tablir leur domicile à Lisbonne , qui
fut le lieu de ſa naiſſance. Les grandes
richeſſes dont le commerce les avoit
mis en poſſeſſion les avoit fort accré-
dités dans cette Capitale auffi célébre
par l'étendue du négoce qui s'y fait ,
que par le ſéjour des Rois de Por-
tugal. Ils prirent tous les ſoins pof-
fibles de fon éducation ; & comme ils
découvrirent bien-tôt les heureuſes dif-
poſitionsdeſon eſprit , ils n'épargnerent
rien de ce qui pouvoit contribuer à les
perfectionner. Elles ſe développoient à
meſure qu'il croiſſoit en âge. Les pro-
grès rapides qu'il fit dans l'étude de ſa
religion & en général de toutesles ſcien-
ces du reffort de la Théologie juſtifie-
rent les belles eſpérances qu'ils avoient
conçues de lui. Cependant ils ne bor-
nerent point leur fatisfaction à voir bril-
(d) Nicol. Anton. Biblioth. Hifpan. Tom I.
pag. 629 .
( e ) Bayle Dictionn. Hiftor. & crit. Tom. I.
pag. 29.Edit. 1715.
1
FEVRIER. 1764.
95
ler dans la Synagogue les talens du
jeune Homme. Ils voulurent les faire
ſervir à leur ambition qui les portoit
à former des projets d'aggrandiſſement
& d'illuftration de leur maiſon. Ils le
produifirent dans cette vue a la Cour
d'Alphonse V qui régnoit en Portugal.
Abarbanélqui avoit à cœur , comme
eux , fon avancement dans les emplois
quidépendoient de cette Cour , ſongea
ſérieuſement aux moyens qui pouvoient
l'y conduire. Toute ſon attention ſe
tourna du côté de la politique , qui lui
parut la voie la plus ſure & en même
temps la plus prompte pour parvenir
à l'exécution de ſes deſſeins. Ses dé-
marches réuffirent peut-être au de-là
de ſes eſpérances. Les marques qu'il
donna de ſa capacité &de ſon intelli-
gence dans les affaires , l'éleverent par
degrés aux charges les plus importantes
del'Etat. Alphonse, à qui il eut le bon-
heurdeplaire, l'admitdans ſes Conſeils ;
enfin il ſe pouſſa ſi avant dans les bon-
nes graces de ſon Souverain dont il
gagna entiérement la confiance, qu'au
cuneaffaire ne ſe traitoit ſans ſa partici-
pation. Les influences de ſa faveur au
près de cePrince s'étendirent ſur ſa Na-
tion , qui les reffentit dans toutes les
96 MERCURE DE FRANCE.
occafions où elle leur devint néceſſai-
re. Il ſçut la mêttre à profit & augmenta
conſidérablement la patrimonie de ſes
Pères. Il nous décrit lui-même pompeu-
ſement à la tête d'une des préfaces de
ſesCommentaires,les honneurs attachés
au poſte éminent , où elle l'avoit placé.
(f). Ils flattoient encoreaffez ſa vanité ,
pour qu'il s'en rappellât l'idée avec plai-
firdans untemps où il en étoit déchu ;
il y reléve faſtueuſement la ſplendeur
que l'abondance & l'opulence où il
vivoit alors répandoient fur toute ſa
maiſon; ily laiſſe auffi un témoignage
éclatant de ſa reconnoiſſance dans le
portrait qu'il fait de fon bienfaicteur.
Il nous le repréſente comme un Monar-
que également recommandable par ſa
puiſſance , par ſon courage , par ſa pru-
dence , par ſon amour pour lajustice ,
& par ſa piété , zélé pour le bonheur
de ſes ſujets à qui ſon humeur affable
&populaire le rendoit cher , & en la
perſonneduquel les Sçavans qui avoient
principalement part àſes libéralité trou-
voient un protecteur éclairé ; en un
mot , il lui attribue toutes les vertus
(f) Vide Præfation. ejus Commentar. in Libr.
Sofue. fol. 1 .
:
qui
(
0
C
a
da
So
R
to
nil
印
alla
ve
me
ف
FEVRIER. 1764.
1
97
qui ſoutiennent dignement la majesté
du Trône.
Sans éxaminer ici fi cet éloge n'eſt
point exagéré , il fert du moins à
prouver qu'Abarbanél a toujours ref-
pecté & honoré la mémoire de ce Prin-
ce , à qui il avoit de ſi grandes obliga-
tions. On me dira peut-être que c'étoit
bien le moinsqu'exigeoit tout ce que ce
Monarque avoitfait pourlui : je l'avoue.
Mais combien y en a-t-il qui n'atten-
dent pas pour perdre le ſouvenir des
bienfaits qu'ils ont reçus , que ceux de
qui ils les tennent n'existent plus. La
mortd'Alphonse apporta un grand chan-
gementdans ſa fortune. Jean II. Fils
&fucceffeur de ce Prince haïffoit en-
core plus les Juifs , que ſon Père ne les
avoitaimés. On peut bien croire qu'avec
de ſemblables diſpoſitions a leur égard ,
il ne conſerva point à Abarbanél les
dignités dont celui-ci avoit été revêtu
ſous le régne précédent. Auſſi notre
Rabbin en fut il dépouillé , & prèſque
tous ceux qui avoient eu part a l'admi-
niſtration des affaires fous Alphonse
éprouverent le même fort que lui. On
alla juſqu'à l'accuſer d'avoir concerté
avec eux un complot,dont le but étoitde
mettre la Couronne de Portugal ſous la
E
98 MERCURE DE FRANCE.
puiffance du Roi d'Eſpagne. Il nous
apprend que ce fut là le prétéxte des
pérfécutions qui leur furent ſuſcitées.
Il faut avouer que l'imputation étoit
desplus graves , & notre Rabbin en au-
roit pu être puni trop ſévérement , fi
elle avoit eu un fondement réél. Il
s'inscrit en faux contre le crime dont
on le taxoit lui & les autres Miniſtres
du prédécéſſeur de Jean; il ſe plaint
que des gens envieux , & par confé-
quentmal-intentionés avoient tiffu cette
odieuſe calomnie , pour parvenir plus
furement à les perdre. Pour peu qu'on
veuille peſer les choſes de fang froid ,
&fans prévention ,on conviendra que
ce qu'il dit ici de cette trâme formée
par quelques courtiſans qui travailloient
fourdement à leur nuire , n'eſt pas dé-
pourvu de vrai-ſemblance. Cela est en-
core plus probable par rapport à Abar-
banél qui dans la place qu'il occupoit ,
devoit regarder comme autant d'en-
nemis fecrets tous les concurrens qui
la lui avoient diſputée , & fur lesquels il
l'avoit emportée. On ſçait de combien
d'intrigues font capables pluſieurs de
ceux qui afpirent aux premieres char-
ges d'un Etat. Uniquement attentifs
au ſoin de s'avancer au préjudice mê
FEVRIER 1764.
99
me les uns des autres ; ils ne ſont pas
fort fcrupuleux ſurle choix des moyens
qu'ils employent pour ſe les procurer.
H leur importe peu que ces voyes s'ac-
cordent avec les devoirs de la probité,
pourvu qu'elles les ménent aux fins
qu'ils ſepropoſent. C'eſt -là le caractère
des Courtiſans; & l'on fent affez que
des gens de cette forte n'avoient pu
voir ſans une extrême jaloufie le cré-
dit& la conſidération dont notre Rab-
bin avoit joui à la Cour d'Alphonse ,
où il avoit joué un desprincipaux rôles.
Ilsavoient fouffert impatiemment qu'on
leur eût préférédansl'éxercicedes hauts
emplois un homme dont il leur fem-
bloitquel'origine& la Réligion étoient
des titres qui ſuffifoient pour l'en
exclure.
Ils ſouhaitoient ardemment
fa ruine. Mais comme la puiſſante pro-
tection qu'Alphonse lui avoit accordée,
oppoſoitun obstacle au ſuccès de leurs
vœux , ils n'oferent rien entreprendre
ouvertement contre Abarbanél pen-
pendant que cePrince vêcut. Ils furent
bien dédommagés de la contrainte où
elle les avoit tenus juſques-là , par la
créance que leurs diſcours calomnieux
trouverent facilement dans l'eſprit de
fon fuceſſeur. Ils le déſervirent de tout
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
leur pouvoir auprès de Jean qui de
fon côté étoit trop fortement prévenu
contre lesJuifs &particulierementcon-
tre notre Rabbin , pour ne pas prêtervo-
lontiers l'oreille à ce qu'ils pouvoient
lui dire de déſavantageux ſur le compte
de ce dernier. Ainſi il ne leur fut pas dif-
ficile de le lui rendre ſuſpect dans la
geſtion dont il étoit chargé. Ils ne ſe
bornerent point à mettre en œuvre
tous les moyens qui leur parurent les
plus propres à le faire expulfer de la
Cour du Monarque Portugais , ils ma-
chinerent encore ſa perte pour mieux
ſatisfaire leur paffion. L'averſion que
Don Jean avoitpour lui , fournitàceux-
ci une occafion affez favorable de réuf-
fir dans l'éxécution de leur pernicieux
deſſein. Nous ne devons pas obmettre
une circonstance qui aide beaucoup à
ſajuſtification. C'eſt que les Hiſtoriens
du Régne de ce Prince & les Auteurs
contemporains ne l'ont point impliqué
dans la malheurenſe affaire de Ferdi-
nand Duc de Bragance , à qui elle
coûta la vie. C'eſt la ſeule qui ait du
rapport à la prétendue conſpiration dont
il s'agit. Elle n'éclata même que plus
d'unan après qu'Abarbanel eut quitté
le Portugal. D'ailleurs ils avouent qu'on
FEVRIER. 1764.
101
depuis long-temps. Un Souverain qui
ne trouva point de complices de l'entre-
priſe criminelle qu'on attribua à cet in-
fortuné Duc. (g) Ily a plus ; c'eſt qu'ils
n'hésitent point à le croire innocent.
Quelques-unes de fes actions montrent
à la vérité qu'il manqua de prudence.
Iln'en falloit pas davantage pour affer-
mirdans ſes injuſtes soupçons un Mo-
narque défiant à qui ies moindres dé-
marches d'un Seigneur auſſi puiſſant
que ceDuc , faisoient ombrage.
Les relations qu'il avoit avec la Cour
d'Eſpagnele firentfauſſementaccuſerd'y
entretenirdes intelligences ſecrettes , au
préjudice decelle de Portugal. Les Ecri-
vainsde cette Nation,quiontexaminéde
prèslespiéces qui ſervirentà l'inſtruction:
defonProcès, conviennentqu'on n'y re-
marquoit aucune preuve qui pût raiſon-
nablement le convaincre d'avoir com-
mis le crime qu'on lui imputoit. Mais
D. Jean jaloux de Ferdinand, à quides
vertus héroïques foutenuesdemanières
libérales & engageantes gagnoient tous
les cœurs , ſuppoſa à ce Ducdes projets
ſéditieux contre ſa Couronne pour af-
ſouvir la haine violente qu'il lui portoit
(g) Lequien de la Neufville , Hiftoire de Por-
tugal, Liv. IV. Tom. I. pages524& 526.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
cherche à fe défaire d'un Sujet qu'il re-
doute , a bientôt à ſa dévotion desgens
qui s'empreſſent de devenir les inſtru-
mens de ſa vengeance.
La triſte deſtinée de ce Seigneur Por-
tugais qui laiſſa ſa tête ſurun échaffaut ,
offrit moins un éxemple de la justice de
D. Jean , que de ſon reſſentiment voi-
lé d'une artificieuſe politique dont l'au-
Je fut la victime. Bartolocci reproche à
Abarbanélde s'être attiré par l'iniquité
de ſa conduite,les malheursqui accom-
pagnérent fa diſgrâce. Ilveut mêmeque
là douceur naturelle du Roi Jean l'ait
empêché d'ufer envers lui d'un traite-
ment plus rigoureux ( h). Cela ne nous
furprend pas de la part de ce Moine Ita-
lien qui ſemble prendre plaifir à inter-
prêter mal tout ce qui ſe rapporte aux
Juifs.
Il donne des marques ſenſibles
de ſa partialité &de fa mauvaiſe humeur
contre eux. Il témoigne par-tout l'ex-
trême envie qu'il a de les trouver plus
coupables qu'ils ne le font effectivement.
Iln'eſtdonc pas étonnant que ſesjuge-
mens fe reffententtoujours des difpo-
fitions où il eſt à leur égard. Elles lui
font non-feulement recevoir fans éxa-
men l'imputation des crimes dont on
(h ) Bartolocc. Bibl. Rabb. pag. 874.
FEVRIER. 1764.
103
charge cetteNation ,mais même en ap-
percevoir là où il n'en éxiſte pas la plus
légère trace. Un autre que lui dont l'é-
quité auroit dirigéles fentimens, eût ſçu
qu'elle ne permet pas de tourner une
accufation en preuve contre la perſonne
qui eneſtl'objet ;à moinsqu'on ne ſoit
autorisé pour en venir juſques-là , de
P'allégation de quelque fait avéré qui
puiſſe la justifier. Agir différemment ,
c'eſt heurterde front les principes de la
Religion&de l'humanité. Ileſtvrai que
des gens qui, comme Bartolocci , ſeli-
vrent fans réſerve aux mouvemens d'une
paffion aveugle , font incapablesde faire
cesréflexions. Aureſte , nous nepré-
tendons point affirmer qu'Abarbanél fe
foit comporté d'une manière irrépréhen-
fible pendant tout letemps qu'il fut en
faveur à la Courde Portugal. Il est bien
rarequ'unhomme qui poffede dans un
degrééminent celle de fon maître ,n'a-
buſe pas quelquefoisdu crédit qu'elle lui
donne. Cependant quandil eſtqueſtion
deprononcer là-deſſus, ilfaut plus que
des préfomptions qu'il y a autantd'injuf-
tice quede témérité à produire pourdes
vérités iudubitables Un femblable pro-
cédé eſt encore plus inexcufable dans
les cas où la probité eſt eſſentielle
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ment intéreſſée. Enfin Bartolocci mon-
tre beaucoup d'ignorance , ou péche vi-
fiblement contre la bonne foi , en varr-
tant la douceur du Roi Jean : nous ofons
affurer que jamais perfonne mérita moins
que lui la qualication d'un Prince doux.
Elle convenoit ſans contredit à ſon pré-
déceſſeur , que tous ceux qui ont écrit
l'Histoire de Portugal s'accordent à
nous dépeindre comme un Monarque
bon & affable ; au lieu qu'ils nous
donnent une idée fort différente de
D. Jean , dont l'humeur altière & ri-
gide ne ſympathiſoit guères avec ce pen-
chant à la douceur qu'on lui attribue
fauſſement. Nous pouvons dire même
que ſa ſévérité tenoit plutôt d'un naturel
dur, infléxible & opiniâtre , que d'un
caractère équitable , quoiqu'il en affec-
tât les dehors impoſans. Nous ne nions
pas qu'il n'eût d'ailleurs de grandes qua-
lité ; il auroit été ſeulement à ſouhaiter
qu'elles n'euſſent pas été obſcurcies
par des défauts importans , & fur-tout
par les étranges petiteſſes dont une dé-
votion outrée & ſuperſtitieuſe le rendoit
ſuſceptible. Elle fut la ſource d'où cou-
la la haine qu'il avoit conçue pour les
Juifs, Comme l'intention de Bartolocci
étoitdepréſenterAbarbanel ſous l'aſpect
FEVRIER, 1764.2 105
leplus odieux; il a cru nepouvoirmjeux
la remplir qu'en prêtant gratuitement à
ce Prince un caractère de bonté que
celui- ci n'avoit pas , pour avoir occa-
ſion de le faire contraſter avec la mé
chanceté imaginaire de l'autre quien
devenoit par-là plus criminel. Je laiſſe à
juger fi la conduite de ce Compilateur,
eſtconforme aux devoirs que preferit la
probité.
La suite auMercure prochain
Fermer
2
p. 105-107
LES plaisirs d'un jour, ou la Journée d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles, 1764. On en trouve des Exemplaires à Paris chez L. G. de Hansy, Libraire, sur le Pont au Change, un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s. broché.
Début :
DORINE qui est à proprement parler l'héroïne de ce Roman, est une femme [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES plaisirs d'un jour, ou la Journée d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles, 1764. On en trouve des Exemplaires à Paris chez L. G. de Hansy, Libraire, sur le Pont au Change, un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s. broché.
LES plaisirs d'un jour, ou la Journée
d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles,
1764. On en trouve des Exemplaires
à Paris chez L. G. de Hansy,
Libraire, sur le Pont au Change,
un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s.
broché.
DORINE qui est à proprement parler
l'héroïne de ce Roman, est une femme
qui après avoir éprouvé les dégoûts
d'un mariage conclu par raiſon d'inté-
rêt, ne trouve ſa liberté & fon bonheur
que dans la mort d'un époux dégoûtant
105 MERCURE DE FRANCE .
& cacochime. Les autres perſonnages
font un Abbé , une Prude , un Marquis,
une Julie, & un Président. L'Abbé qui
eſt le beau Parleur de cette Société, eft
un homme charmant qui paſſe une par
tie de ſa vie à recueillir les anecdotes
feandaleuſes , & l'autre partie à les va
conter. Auſi eſt-il la coqueluche des
cercles les mieux composés.
1
Le caractère odieux de la Prude à qui
Dorine est confiée , devient une leçon
pour les parens qui fe laiffant éblouir
par les dehors d'une fauſſe ſageſſe ,
mettentdans leurs maifonsdes perfon-
nes qui y apportent le trouble , & leur
confient indifcrettement ce qu'ils ont
de plus cher.
On voit dans le Marquis un cœur
tendre ,mais unhomme impatients,en-
treprenant ,qui met tout en usage, pour
fe rendre maître de Dorine , & pour
l'enlever à fon rival ; mais le véritable
amour de celui-ci fait échouer fon en-
trepriſe ; & la fauſſe Prude , qui par un
vil intérêt s'eſt prêtée à ſes vues , eft
enfin démaſquée. Les avantures de Julie
qui forment un épiſode, font intéref
fantes, & l'on eſt touché des événemens
qui traverſent ſa vie.
Le Bréfident fediftingue d'abordpar
/
FEVRIER. 1764.
107
ſamagnificence ; mais il figure pendant
peu de jours. Silvie ſa maîtreſſe ne pa-
roît pas plus longtemps que lui fur la
Scène. Après avoir parcouru dans ſa
jeuneſſe toutes les claſſes du libertinage,
en cédant aux caprices de la fortune ,
elledevientune femme décente lorſque
le Préſident l'a miſe en étatde ſe paffer
des fecours duPublic.
-
On trouve dans cet Ouvrage des mo-
ralités enveloppées de l'intérêt des évé-
nemens. Un Roman qui nedure que 9
àdix heures , & dont la lecture n'en
demande pas trois , eſt digne d'un ac-
cueil favorable.
d'une Provinciale à Paris. A Bruxelles,
1764. On en trouve des Exemplaires
à Paris chez L. G. de Hansy,
Libraire, sur le Pont au Change,
un vol. in-12 ; prix, 1 liv. 16 s.
broché.
DORINE qui est à proprement parler
l'héroïne de ce Roman, est une femme
qui après avoir éprouvé les dégoûts
d'un mariage conclu par raiſon d'inté-
rêt, ne trouve ſa liberté & fon bonheur
que dans la mort d'un époux dégoûtant
105 MERCURE DE FRANCE .
& cacochime. Les autres perſonnages
font un Abbé , une Prude , un Marquis,
une Julie, & un Président. L'Abbé qui
eſt le beau Parleur de cette Société, eft
un homme charmant qui paſſe une par
tie de ſa vie à recueillir les anecdotes
feandaleuſes , & l'autre partie à les va
conter. Auſi eſt-il la coqueluche des
cercles les mieux composés.
1
Le caractère odieux de la Prude à qui
Dorine est confiée , devient une leçon
pour les parens qui fe laiffant éblouir
par les dehors d'une fauſſe ſageſſe ,
mettentdans leurs maifonsdes perfon-
nes qui y apportent le trouble , & leur
confient indifcrettement ce qu'ils ont
de plus cher.
On voit dans le Marquis un cœur
tendre ,mais unhomme impatients,en-
treprenant ,qui met tout en usage, pour
fe rendre maître de Dorine , & pour
l'enlever à fon rival ; mais le véritable
amour de celui-ci fait échouer fon en-
trepriſe ; & la fauſſe Prude , qui par un
vil intérêt s'eſt prêtée à ſes vues , eft
enfin démaſquée. Les avantures de Julie
qui forment un épiſode, font intéref
fantes, & l'on eſt touché des événemens
qui traverſent ſa vie.
Le Bréfident fediftingue d'abordpar
/
FEVRIER. 1764.
107
ſamagnificence ; mais il figure pendant
peu de jours. Silvie ſa maîtreſſe ne pa-
roît pas plus longtemps que lui fur la
Scène. Après avoir parcouru dans ſa
jeuneſſe toutes les claſſes du libertinage,
en cédant aux caprices de la fortune ,
elledevientune femme décente lorſque
le Préſident l'a miſe en étatde ſe paffer
des fecours duPublic.
-
On trouve dans cet Ouvrage des mo-
ralités enveloppées de l'intérêt des évé-
nemens. Un Roman qui nedure que 9
àdix heures , & dont la lecture n'en
demande pas trois , eſt digne d'un ac-
cueil favorable.
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3
p. 107-111
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Début :
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur [...]
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texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
les temps héroïques jusqu'à la réduction
de la Grece en Province Romaine.
Ouvrage dans lequel on voit les Guerres
les plus célebres de cette Nation,
son, esprit, ses moeurs, les grands
Hommes qu'elle porta dans son sein,
Législateurs, Capitaines, Philosophes,
Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ;
par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
Evj
LE PRINCIPAL but de cet Ouvrage a
été l'utilité de la Jeunesse ; & l'Auteur
nous apprend que ce qui l'a déterminé
à l'entreprendre , c'eſt qu'à préſent la
premièreUniverſité du Royaume eſt oc-
cupée plus que jamais des moyens capa-
bles de donner une nouvelle vigueur
auxEtudes ; qu'elle ſe propoſe d'étendre
les connoiſſances qui entrent dans PE-
ducation , & qu'elle veut mettre au rang
de ſes inſtructions les principales parties
de l'Hiſtoire , parmi lesquelles l'Hiſtoire
Grecque tiendra un des premiers rangs.
Pour ſuivre un ordre clair & précis
dans cette Hiſtoire , on l'a diviſée en qua-
tre âges. Le premier comprend l'origi-
ne des Grecs , les anciens Etats de la
Grece , c'est-à-dire , comment ſe for-
mèrent les Royaumes de Sycione , d'A-
thênes , de Sparte , &c. Les temps hé-
roïques font partie de cet âge. On ap-
pelle ainſi l'Expédition des Argonautes ,
les Danaïdes , les Travaux d'Hercule ,
le Siége de Troye , & autres anciens
FEVRIER. 1764.
109
événemens que les Poëtes ontaltérés,
par leurs Fables ,&fur lesquels eſt bâti
tout le ſyſtême de la Mythologie. Ce
même âge comprend auſſi l'Histoire du
Gouvernement de Lacédémone ſelon
les loix de Lycurgue, celui d'Athênes &
des Loixde Solon.
Le ſecond âge comprend les Guerres
des Grecs avec les Perſes. Ce font les
beaux jours de la Grèce. On y voit de
petites armées tenir tête à des armées in-
nombrables La Bataille de Marathon, le
Combatdes Thermopyles , celui d'Arte-
miſe , la Bataille de Salamine , celle de
Platée , celle de Mycalefont les princi-
paux traits de ce tableau , & les perfon-
nages ſont les hommes les plus célébres:
Miltiade , Themistocle , Aristide , Ci-
mon , Periclès , &c. L'Auteur a eu foin
detracer en racourci les principaux traits
qui caractériſent ces grands hommes.
Le troiſième âge embraſſe la Guerre
du Pélopponèſe , qui rendit les Lacédé-
moniens comme les arbitres de laGrèce.
Alcibiade , Lyfandre paroiſſent ſur la
fcène. On y voit l'état d'oppreffion où
furent réduits les Athéniens par la tyran-
nie des trente Tyrans; la délivrance
d'Athènes , par le courage de Trafybule.
L'Expédition du jeune Cyrus , la fa
ILO MERCURE DE FRANCE.
meuſe retraite des dix mille Grecs , b
condamnation de Socrate, les exploits
de Pelopidas & d'Epaminondas , temps
de la gloire de Thébes, lesBatailles de
Leuctres & de Mantinée ; les exploits de
Philippe , Roi de Macédoine , les effets
de l'éloquence de Démosthène contre
l'ambition de ce Prince ; les exploits de
Phocion; le règne d'Alexandre , & fes
victoires ſur les Perfes; la ſuite de ſes
conquêtes , ſa mort , ſon caractère.
On lit dans le quatrième âge ,le par-
tage de l'Empire d'Alexandre , & divers
événemens ſous le règnede ſes fuccef-
ſeurs ; la vie & les actions du célébre
Pyrrhus , Roi d'Epire , cellesde Philo-
pemen qu'on a appellé le dernier des
Grecs. La Grèce eſt miſe en liberté par
les Romains. Cette même Grèce eſt af
ſujetrie par ces mêmes Peuples qui envas
hiffoient tous les Empires.
Chaque âge eſt terminé par des ta-
bleauxen racourci des hommes célébres
dans les Sciences,
Philoſophes , Ora
teurs , Poëtes , Historiens , Artiſtes.
L'Auteur y ajointdes diſſertationshisto-
riques fur le Gouvernement des Grecs ,
dont il a fait une ſage diſtribution, ea
plaçant fous chaque age , tantorun obr
jende ce Gouvernement, tantot unau
FEVRIER 17641111
tre. Ainfi à la fin du premier age , on
voit tout cequi avoit pour objet la Re-
ligion des Grecs , à la fin du ſecond, la
Guerre & l'Education de la Jeuneſſe ; à
la, fin du troifiéme , les Jeux & les Com-
bats; & à la fin du quatrième , l'Histoire
despays qu'on appelloit la grandeGrèce,
qù l'on voit les artifices de Denys leTy-
ran , pour ſe rendre maître de Syracuſe ;
ſa folle paſſion pour la Poëfie ; le règne
deDenysle Jeune , les exploitsde Dion ,
la délivrance de Syracufe par Timoléon ,
&le Siége de cette même Ville par les
Romains, fous Marcellus ; le portrait
d'Archimede : le tout mêlé de réfléxions
utiles.
: Ainfi 'Histoire Grecque , qui tient
toute l'Antiquité , foit fabuleuſe , ſoit
hiſtorique , fi neceſſaire par conféquent
pour l'intelligence des Auteurs , fi c
riquſe par elle-même , peut être miſe en-
tre les mains des jeunes gens , & faire
même le ſujet d'une lecture agréable &
utile , pour toutes les perſonnes d'un age
mur , mais qui n'ont pas le temps de lire
une longue ſuite de volumes.
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3
ABRÉGÉ de l'Histoire Grecque, depuis les temps héroïques jusqu'à la réduction de la Grece en Province Romaine. Ouvrage dans lequel on voit les Guerres les plus célebres de cette Nation, son, esprit, ses moeurs, les grands Hommes qu'elle porta dans son sein, Législateurs, Capitaines, Philosophes, Orateurs, Poëtes, Historiens & Artistes ; par M. d'Allezt ; à Paris, chez Nyon, quai des Augustins, à l'Occasion ; 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi, un vol. in-12 , prix 2 liv.
4
p. 112-113
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
Début :
CE Volume qui contient l'Histoire de Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
HISTOIRE des Philosophes modernes,
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
avec leur Portrait dans le goût du
crayon ; par M. SAVERIEN, publiée
par le Sr FRANÇOIS, Graveur des
Desseins du Cabinet du Roi, &c.,
rue S. Jacques, à la vieille Poste,
vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV,
contenant l'Histoire des Restaurateurs
des Sciences, seconde Partie. A Paris,
chez différens Libraires, 1764 ;
avec Approbation & Privilège du Roi.
CE Volume qui contient l'Histoire de
Newton, Leibnitz, Halley, Jean Bernoully
& Wolf, paroit être fait avec
le même ſoin que les précédens. Il a
dû en coûter plus à l'Auteur ; car les
ſyſtêmes qu'il expoſe tels que ceux de
Newton , de Leibnitz & de Wolf, font
très-abſtraits, M. Saverien n'oubie rien
pour ſe rendre intelligible à tout le
monde , ſans affoiblir la profondeur de
la théorie qui forme la baſe de ces fyf-
têmes. La même clarté & netteté ré-
gne dans le Diſcours préliminaire , con-
Jenantla théoriedu mouvementdes Corps
FEVRIER. 1764.
113
celeftes , déduites de leur origine , pour
fervirdefuplément au Systéme dumonde
de Newton. C'eſt un ſyſtême par le-
quel l'Auteur explique fans attraction ,
la caufedes forces centripete & centri-
fuge , & en général toute la théorie du
mouvementdes corpscélestes.Ontrouve
ici une nouvelle explication de lacauſe
de la peſanteur des corps. M. Savérien
en avoit déja publié une exquiffe dans
leMercure , en 1756 ; mais elle eſt ici
très-développée & confirmée par des ex-
périences.
Al'égarddes portraits , leSr François
áfaitun choix éclairédesTableaux & des
Eſtampes , d'après leſquels il les a traités
avec le plus grand ſoin. Ainſi ce nou-
veau Volume eſt digne du même ac-
cueil dont le Public ahonoré les pré-
cédens.
Le Graveur avertit qu'il donne gratis
dans ce Volume , le Portrait de Schafles-
bury, qui manquoit à la claſſe des mo-
raliſtes. Ily a toujours deux Editions de
cet Ouvrage , une in- 12 & une in-
4°. Le prix de l'in- 12 eſt de cin-
quante ſols , & celui de l'in-4° , de
6 liv. broché.
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4
HISTOIRE des Philosophes modernes, avec leur Portrait dans le goût du crayon ; par M. SAVERIEN, publiée par le Sr FRANÇOIS, Graveur des Desseins du Cabinet du Roi, &c., rue S. Jacques, à la vieille Poste, vis-à-vis la rue du Plâtre. Tome IV, contenant l'Histoire des Restaurateurs des Sciences, seconde Partie. A Paris, chez différens Libraires, 1764 ; avec Approbation & Privilège du Roi.
5
p. 114-124
DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
Début :
LE Discours de M. Marmontel, élu pour occuper la place de M. de Bougainville, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé dans l'Académie Françoise, le Jeudi 22 Décembre 1763, à la réception de M. MARMONTEL ; à Paris chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, au Palais, & rue basse des Ursins ; 1763, Feuille in-4 o .
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
Françoise, le Jeudi 22 Décembre
1763, à la réception de M. MARMONTEL ;
à Paris chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoise,
au Palais, & rue basse des Ursins ;
1763, Feuille in-4o.
LE Discours de M. Marmontel, élu
pour occuper la place de M. de Bougainville,
n'a pointdémenti l'idéeavan-
tageuſe qu'avoientdonnéde lui pluſieurs
de ſes Ouvrages en différens genres,
Nous ne citerons que quelques traits ;
le grand nombre de nouveautés que
nous avons encore à annoncer
chacune.
ne
nous permet pas de nous étendre fur
Après les marques extérieures de mo-
deftie, qui fontd'uſage en pareille oc-
cafion ,M. Marmontel fit l'élogede fon
prédéceſſeur. »Dans ſes écrits, comme
>>>dans ſes mœurs , dit-il , tout fut loua-
>>ble ,& rien n'annonçoit le vain defir
FEVRIER. 1764.
115
>>d'être loué. M. Marmontel étend cette
propofition en parcourant les écrits
& les principaux traits de la vie deM.
de Bougainville. Nous citerions ce mor-
ceau en entier , s'il ne falloit pas encore
revenir à M. de Bougainville à la fin
de cet extrait. Mais ce qui mérite fur-
toutd'être mis ſous les yeuxde nos Lec
teurs , c'eſt l'endroit où le nouveau Ré-
cipiendaire apprendaux GensduMonde
le reſpect qu'ils doivent aux Gens de
Lettres , & le rang que ces derniers
doivent occuper dans l'eſtime deshom
mes.>>> La Nature leura donné Pempire
>>de l'opinion ; leur voix eſt celle de la
>>Renommée &de toutle bruitqu'auront
>>fait dans leur temps les plus belles
» actions des mortels; la poſtérité n'en
>>tendraque le témoignage desGensde
>>Lettres , placés d'âge en âge comme
* autant d'échos qui retentiſſent dans
>> l'avenir. Ce n'eſt point en paflantde
>> bouche en bouche , que les faits , que
*les noms dignes de mémoire peuvent
>>échapper auxoutrages dela barbarie&
>>du temps. Ilfaut, pourles en garentir,
qu'unHiſtorien vrai les écrive , qu'un
>>>digneOrateurles célébre, qu'unPoëte
infpiréles chante,qu'un Philofophe les
> apprécie. Eux ſeuls ſe ſoutiennentpar
1
116 MERCURE DE FRANCE.
» eux-mêmes au-deſſus du vaſte abime
>> de l'oubli ; & rien n'yſurnage qu'avec
» eux & par eux......
" ... Oublions toutefois l'intérêt
» qu'ont eu les grands Hommes à pro-
>> téger les Lettres ,& n'en conſidérons
>>que le charme& l'attrait. Quelle jouif-
> ſance plus douce pour celui qui les
>> encourage , quededévelopperles ger-
» mes du génie ? La Nature a-t-elle des
>>>productions plus rares ?Est-il un ſpec-
>>tacle plus digne d'une âme élevée Se
>> ſenſible , que de voir la Poëfie ani-
» mer ſes tableaux , l'Eloquence dé-
>>>ployer ſes refforts , l'Histoire percer
>> la nuit des temps , la Philoſophie le-
>ver le voille de la Nature , de nou-
>> velles générations d'idées éclore du
>ſein d'un petit nombre d'hommes ,
» & ſe répandre dans tous les eſprits ?
» Les Lettres ſous ce point de vue peu-
>>>vent-elles ne pas attacher les regards
>>des Rois , des Héros & des Sages ?
>>Mais c'eſt à ceux mêmes qui cul-
>> tiventles Lettres, que le commerce en
» eſt précieux. Que ne puis-je en ex-
>> primer l'avantage commeje le ſens !
» Que ne puis-je avec tous les vrais
» Citoyens de la République Littéraire,
>> voir ce qu'ils ont tant ſouhaité,les
1
FEVRIER. 1764.
117
>> talens unis & d'intelligence ! Non ,
>> cen'eſt pointun vœu chimérique. L'a-
» mitié , ce liendes cœurs , eſt des dons
» du Ciel le plus rare : il l'eſt parmi les
>>Gens de Lettres , comme il l'eſt dans
>> teus les états. Mais le commerce , l'ac-
>> cord des eſprits , ce goûtmutuel qui
>>les attire , ce beſoin de ſe communi-
» quer , ce plaifir délicat qu'ils éprou-
>>ventàs'éclairer ,à s'animer l'un l'autre,
» certe union , dis-je , a fait dans tous
>>>les temps le bonheur & la gloire des
>> Lettres. Le fiécle paffé la vit régner
» parmi ſes Ecrivains les plus célébres.
» Elle eſt la même & plus paiſible
>> encore , entre les premiers talens de
» nos jours........
..... Je ne parle point du goûtque
>>leur commerce épure , des fineſſes
>>de l'art qu'il décéle , des replis de la
» Nature qu'il développe , des traits dé-
>> licats qu'il y fait faifir ; je me borne
>>au courage , àl'émulation qu'il inſpire,
» à l'éſſor qu'il fait prendre aux idées,
»à l'enthouſiaſme qu'il donne auxta-
» lens ; le dirai-je ? à cette eſpéce d'é-
>> lectricité que les eſprits ſe commu-
>>niquent , fitôt que l'intérêt de l'art
» vient les animer & les mettre en ac-
» tion.
:
118 MERCURE DE FRANCE.
" Voyez l'Homme de Lettres dans
>>>ſa folitude ; épuisé de fatigue & de
>>veilles, plein d'inquiétude & d'allar-
> mes , ayant fans ceffe devant les yeux
>> un Publicdifficile & ſévère , décou-
> ragé , tantôtpar les difficultésde l'art,
>tantôtpar les variations du goût : une
" ombre l'éffraye; ilſecraint lui-même :
>>>s'il lui vient une lueur d'eſpoir , c'eſt
>un trait de préſomption; il fe défie
»de ſa confiance. Livré à lui-même
,
>> il ne ſent pas fes forces: il n'ofera
>>jamais tout ce qu'il peut. Qui levera
>>lefoibleobſtacle qui l'arrête au milieu
"de ſa courſe ? Qui le ramenera dans
» la voie , d'où peut-être il n'eſt éloi-
>> gné que d'un pas au moment qu'il
> fe croit égaré ? Sera-ce celui qui s'a-
>muſe des Lettres ? Non , mais celui
>> qui s'en occupe. Le monde eſt pour
>>unEcrivain une écoledebienfeance,
*dedélicateſſe , de politeſſe & d'agré-
> ment ; mais pour les coups de lu-
>>mière& de force , les grandes vues ,
les hardis deſſeins , il doit confulter
> ſes pareils. Il les confulte; il eſtrani-
» mé. L'eſpoir renaît , les craintes ſe
>>>diffipent , les difficultés s'applaniſſent.
Ce n'est point une critique froide ,
>> minucieuſe , ſtérile , qui préſide à leur
» éxamen ; c'eſt une critique ſévère ,
1
FEVRIER. 1764.
119
maislumineuse & féconde en reffour-
>>ces : c'eſt peu d'éclairer , elle inſpire ;
»& quel eſt l'Homme de Lettres , Mel-
• ſieurs , qui n'est pas redevable d'une
• partie de fa gloire à de telles infpi-
>>>rations ? Combien de traits de génie
» ont attendu qu'une idée étrangère les
>>fit éclore; ſemblables à ſes feux ra-
» pides & brillans qu'une étincelle fait
> éclater ? Qui ſçait ce que Racine ,
>> Despréaux , Moliére & la Fontaine ſe
>>devoient réciproquement ?
>>Mais ce commerce ſi intéreſſantdu
» côtéde l'eſprit ,peut l'être encore plus
>>du côtéde l'âme;&j'oſe le dire àlagloi-
» re de mon fiécle , jamais des mœurs ſi
> pures n'onthonoré les Lettres ;jamais
» l'émulation des vertus n'a plus annobli
>>celle des talens ; jamais votre éxemple
» n'a étémieux ſuivi. Et quelle épreuve
» n'ai je pas faite de laſenſibilité,de l'élé-
>>vationd'amequ'un Hommede Lettres
>> eſt fur de trouver dans ceux de ſon
» état ? Qui ſçait mieux que moi avec
» quelle chaleur le fort y protége le foi-
>>ble ; combien leur eſtime eſt ſolide
و
>>leur bienveillance active , leur amitié
>> conſtante , & combien ce qui ſeroit
>> pénible & courageux pour des âmes
>>vulgaires , paroîtfimple &facileàces
> cœurs généreux ?
120 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ont lebonheur & l'honneur
devivre avec des Gens de Lettres , re-
connoiffent tous la vérité de ce tableau.
Au Diſcours éloquent & ingénieux
de M. Marmontel, a répondu M.Bignon,
en qualité de Directeur ; & ſa réponſe
eſt l'éloge de M. Bougainville,par lequel
nous avons promis de finircet Extrait.
>>Pour parvenir aux honneurs de la
>> Littérature , M. de Bougainville ne
>> fut recommandé que par ſes talens ;
>> il ne ſe préſenta à l'Académie des
" Belles- Lettres , qu'avec les prix qu'il
» avoit remportés : c'étoity entrer en
» triomphe.
» La Traduction de l'Anti- Lucrèce
» décida ſa réputation. La Préface ,
>> remplie de penſées auſſi ſolides que
» brillantes , honore le Poëme , & af-
>>ſocie le Traducteur à la gloirede l'Au-
» teur : interprète fidèle , mais fans ef-
» clavage , il a ſcu rendre dans notre
>>Langue , par d'heureux équivalens
>>>toutes les beautés d'une Langue
>> étrangère. Pour ménager la modeſtie
>>de la nôtre , ſi délicate ſur l'expref-
>>fion , avec qu'elle ingénieuſe adreſſe ,
» fans altérer le deſſein de l'Auteur , a-
>> t-il ſubſtitué la végétation des arbres
»& des plantes à tout ce que la liberé
>de
FEVRIER. 1764.
121
» de la Langue Latine avoit permis de
>> mettre fur la génération des ani-
»maux !
>> Secrétaire de l'Académie des Bel-
>> les-Lettres à un âge où l'on oſe à
» peine afpirer au titre d'Aſſocié , il en
>>a rempli les devoirs avec autant de
>>capacité que d'exactitude. Les Eloges
>>qu'il a faits deſes Confrères,forment
» en même temps le plus glorieux Pa-
>>négyrique de fon eſprit & de fon
cœur : c'eſt l'érudition , c'eſt la vertu
» qui ſe repréſentent elles- mêmes ſous
>>diverſesattitudes. Dans la partie hiſto-
>>rique desMémoires,il préſente lesidées
>>de ſes Confrères dans le pointde vue
>>le plus favorable , il y répand ſa
> chaleur & leur prête de nouvelles
>graces.
>> Il a fait plus encore pourM. Frerer
>>auquel il avoit fuccédé ; il a pour ainſi
» dire , prolongé ſes jours ; il l'a fait
>> vivre après ſa mort , en mettant la
>> dernière main à de ſavans Ouvrages
> que cet illuſtre ami n'avoit pas eu
>> le temps d'achever : c'étoit lui donner
>>une portion de ſa propre vie , préſent
>>d'autant plus généreuxqu'il ne pou-
>> voit ſe flatter qu'elle dût être d'une
>>longue durée. Un aſthme opiniâtre ,
F
122 MERCURE DE FRANCE .
>> contracté des ſa première jeuneſſe ,
>>interrompoit ſes études par de fré-
>>> quentes attaques , & l'obligea enfin
>> d'abandonner le poſte laborieux qu'il
>> occupoit dans l'Académie des Belles-
>>> Lettres. Notre Académie , qui en
>>> avoit fait l'acquifition quelques an-
>>> nées auparavant, gagna ce que l'autre
>> perdoit; il n'en montra que plus de
>>>zèle à ſe conſacrer à nos travaux
>> & n'en devint que plus affidu à nos
affemblées.
» Une ſanté ſi chancelante n'avoit
» pas affoibli les refforts de ſon eſprit.
>> Toujours ardent , toujours occupé de
>>projets littéraires , il ſe préparoit à
>>compofer une Hiſtoire de Hongrie :
>> il avoit raſſemblé dans ce deſſeinun
>> grand nombre de matériaux , & tout
>> ſon plan étoit déjà formé. Quel re-
>>gret pour nous de perdre avec lui
>>une Hiſtoire auſſi importante qu'elle
>> eſt peu connue , dans laquelle il au-
» roit développé tous ſes talens , cette
>>clarté méthodique qui lui étoit pro-
>> pre , cette abondance auſſi riche en
:
>>penſées qu'en expreffions , cette heu-
>>reuſe facilitéqui ſavoit flatter l'oreille ,
>>fans ceſſer de nourrir l'eſprit ! C'étoit
>>pour acquérir cette perfection de
F
FEVRIER. 1764.
123
» ſtyle , que ſans ſe livrer à la Poëfie ,
>> il l'avoit toujours cultivée. Franc &
> ouvert dans tous ſes procédés , il ne fit
»jamais dé ſecret que de ſes vers : c'eſt
» peut-être en cela ſeul qu'on peut dire
» qu'il n'étoit pas Poëte. Il ne les com-
>>muniquoit qu'à ſes amis particuliers :
>>c'eſt par eux que l'on a ſçu qu'il avoit
> compoſé une Tragédie intitulée la
» mort de Philippe , dont un morceau
>>qui a été ſçu , & qui fait partie de fon
» éloge , a mérité des applaudiſſemens ;
>>mais il reſpectoit le Public , & il ne
>>vouloit lui préſenter cette Pièce ,
» qu'après y avoir donné toute la per-
>>fection dont il s'étoit formé l'idée fur
>>les préceptes & les modèles des plus
>>grands Maîtres.
» Mais ſa plus noble occupation , &
>>celle qui lioit plus intimement ſes ſen-
>>timens avec les nôtres , c'étoit l'illuſtre
» emploi de compoſer l'Hiſtoire Métal-
>>lique de notre Auguſte Protecteur :
>>c'eſt-là qu'en expliquant les médailles
>>>qui repréſentent les événemens glo-
rieux de notre Monarque , il pouvoit
» employer ſans ceſſe de nouveaux tours
» & les expreſſions les plus vives pour
» peindre cet amour , ce zéle , cette
>>reconnoiſſance dont chacun de nous
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
>> ici eft pénétré , &qui nous feroit am-
» bitionner le même emploi pour con-
> ſacrer nos ſentimens à la poſtérité la
>>plus reculée.
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6
p. 124-125
« NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
Début :
NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUS avions promis de donner encore plusieurs Extraits de Livres annoncés [...] »
NOUS avions promis de donner encore
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
plusieurs Extraits de Livres annoncés
dans les Mercures précédens ; tels
que l'ÉCOLE DE LITTERATURE , qui
ſe vend chez Brocas & Humblot , rue
S. Jacques , & Babuty , quai des Au-
guſtins. C'eſt àregret que nous différons
de faire connoître plus amplement un
Ouvrage qui peut être regardé comme
l'unique en ce genre. Mais la multitude
des Livres nouveaux nous oblige à en
remettre l'examen au mois prochain.
Nous parlerons en même temps des
Œuvres diverſes de M. l'Abbé Clément,
4
C. D. S. L. D. L; à Paris chezClaude
Hériſſant , rue neuve Notre-Dame , à
la Croix d'or , 1764 , avec approbation
& privilège du Roi ; brochure in-12 ,
prix , 30 fols.
DES Fables nouvelles diviſées en quatre
Livres; Traduction libre de l'Allemand,
de M. Lichtwehr ; à Strasbourg , chez
Jean-Godefroy Bauer , & se trouve à
Paris, chez Langlois , Libraire , rue de
La Harpe , près la rue Percée , à la
FEVRIER. 1764.
125
Couronne d'or; 1763. Vol. in-S°. petit
format.
DE l'Histoire de Jeanne Premiere ,
Reine de Naples , Comtesse de Piémont,
de Provence & de Forcalquier ; à la
Haye,&setrouve à Paris chez le Clers,
Libraire ,quai des Augustins , àla Toi-
fond'or , 1764.
:
&c , &c , & c.
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7
p. 125-136
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
FABLES nouvelles divisées en six Livres, avec des Notes, & un Discours [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
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8
p. 136-139
« NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
Début :
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
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9
p. 139-148
« INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
Début :
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...]
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texteReconnaissance textuelle : « INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
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