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1051
p. 163
RUSSIE.
Début :
ON apprend de Moscou, que le Baron de Neuhauff, Ministre Plénipotentiaire de l'Empereur [...]
Mots clefs :
Baron, États d'Allemagne, Traité d'union de Francfort
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
;
N apprendde Moſcou, que le Baron de New apprendeu quele de l'Empereur
, & le Baron de Mardefeldt , Miniſtre du Roi
de Pruffe , ont invité le Duc de Holſtein par les ordres
de leurs Majeſtés Impériale & Prufſienne d'acceder
pour ſes Etats d'Allemagne au Traité d'Union
de Francfort.
;
N apprendde Moſcou, que le Baron de New apprendeu quele de l'Empereur
, & le Baron de Mardefeldt , Miniſtre du Roi
de Pruffe , ont invité le Duc de Holſtein par les ordres
de leurs Majeſtés Impériale & Prufſienne d'acceder
pour ſes Etats d'Allemagne au Traité d'Union
de Francfort.
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1052
p. 163-164
PRUSSE.
Début :
ON mande de Berlin du 2 de ce mois, que le Roi après avoir passé la Moldaw, avoit fait [...]
Mots clefs :
Roi, Charles de Lorraine, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : PRUSSE.
PRUSSE.
Nomande de
Ο Berlindu 2 de ce mois , que le
Roi après avoir paflé la Moldaw , avoit fait
tout ce qu'il avoit pû pour obliger les ennemis d'en
venir à une action générale , mais qu'ils ont toujours
évité la bataille , & qu'ils s'étoient retirés
dans des endroits , où on ne pouvoit les attaquer
fans beaucoup de rifque .
Sur l'avis qu'on a reçû d'un de leurs mouvemens,
S. M. a jugé à propos d'abandonner l'autre côté de
laMoldaw,craignant que les ennemis ne lui coupaſ
1
164 MERCURE DE FRANCE.
fent la communication avec ſes principaux mag
fins& avec la Ville de Prague.
L'armée commandée par le Prince Charles de
Lorraine après avoir paſſé le 1s du mois dernier la
Moldaw , & avoir été jointe par les troupes Saxonnes
, alla camper dans les environs deBeniſchau.
Le Roi ſe rapprocha le 25 de cette armée , &
étant arrivé en préſence des ennemis , il fit toutes
ſes diſpoſitions pour les engager à une action .
Le Prince Charles de Lorraine de ſon côté détacha
le Comte de Nadaſti à la tête de toute la Cavalerie
Hongroiſe, avec ordre de s'avancer à une petite
diſtance des Pruſſiens , qui firent fur cette Cavalerie
un feu très- vif d'artillerie & de mouſqueteric.
Elle fut miſe en déſordre, & les Pruſſiens ſe latoient
que le PrinceCharles de Lorraine marcheroit à fon
ſecours , & qu'il étoit dans la réſolution de hazarder
une bataille , lorſqu'ils s'apperçurent qu'il
s'étoit retiré ſur les montagnes le long de la
Sazawa. On ne poursuivit que juſqu'à une certaine
diſtance le Comte de Nadaſti , parce qu'ayant
rallié ſa Cavalerie , il prit le parti de la diviſer
en pluſieurs Corps , qui prirent des routes diffe
rentes .
Le Roi ayant lieu de croire que le Prince Charles
de Lorraine avoit deſſein de lui dérober une
marche , & de paſſer la Sazawa , S. M. le prévint ,
&elle occupa le camp de Piſcheli.
1500 des Soldats , qui ont été faits prifonniers
dans Prague , ſont entrés au ſervice du Roi , & le
reſte de l'ancienne garniſon de cette Place a été
envoyé à Spandau.
Nomande de
Ο Berlindu 2 de ce mois , que le
Roi après avoir paflé la Moldaw , avoit fait
tout ce qu'il avoit pû pour obliger les ennemis d'en
venir à une action générale , mais qu'ils ont toujours
évité la bataille , & qu'ils s'étoient retirés
dans des endroits , où on ne pouvoit les attaquer
fans beaucoup de rifque .
Sur l'avis qu'on a reçû d'un de leurs mouvemens,
S. M. a jugé à propos d'abandonner l'autre côté de
laMoldaw,craignant que les ennemis ne lui coupaſ
1
164 MERCURE DE FRANCE.
fent la communication avec ſes principaux mag
fins& avec la Ville de Prague.
L'armée commandée par le Prince Charles de
Lorraine après avoir paſſé le 1s du mois dernier la
Moldaw , & avoir été jointe par les troupes Saxonnes
, alla camper dans les environs deBeniſchau.
Le Roi ſe rapprocha le 25 de cette armée , &
étant arrivé en préſence des ennemis , il fit toutes
ſes diſpoſitions pour les engager à une action .
Le Prince Charles de Lorraine de ſon côté détacha
le Comte de Nadaſti à la tête de toute la Cavalerie
Hongroiſe, avec ordre de s'avancer à une petite
diſtance des Pruſſiens , qui firent fur cette Cavalerie
un feu très- vif d'artillerie & de mouſqueteric.
Elle fut miſe en déſordre, & les Pruſſiens ſe latoient
que le PrinceCharles de Lorraine marcheroit à fon
ſecours , & qu'il étoit dans la réſolution de hazarder
une bataille , lorſqu'ils s'apperçurent qu'il
s'étoit retiré ſur les montagnes le long de la
Sazawa. On ne poursuivit que juſqu'à une certaine
diſtance le Comte de Nadaſti , parce qu'ayant
rallié ſa Cavalerie , il prit le parti de la diviſer
en pluſieurs Corps , qui prirent des routes diffe
rentes .
Le Roi ayant lieu de croire que le Prince Charles
de Lorraine avoit deſſein de lui dérober une
marche , & de paſſer la Sazawa , S. M. le prévint ,
&elle occupa le camp de Piſcheli.
1500 des Soldats , qui ont été faits prifonniers
dans Prague , ſont entrés au ſervice du Roi , & le
reſte de l'ancienne garniſon de cette Place a été
envoyé à Spandau.
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1053
p. 165-167
ALLEMAGNE.
Début :
ON a appris de Bohême, que le Roi de Prusse, après cinq jours & demi de tranchée [...]
Mots clefs :
Armée, Troupes, Prague, Roi de Prusse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE,
a
Na appris de Bohême que le Roi de
Prufle , après cinq jours & demi de tranchée
ouverte , eſt entré dans la Ville de Prague.
La garniſon étoit composée de 22 Batail-
Jons, de 1000 Croates , de 400 Cavaliers, & de 300
Huſſards ; elle s'eſt renduë prifonniere de guerre ;
cette Place , défenduë par 16000 hommes , n'a pas
arrêté long-tems ſon vainqueur , qui de- là partic
avec ſon armée pour allerréduire les poſtes de Budſeiws
& Tabor, où il laiflé ſes gros bagages ; il
s'eſt campé très avantageuſement , ſa droite appuyée
à la riviere de la Moldaw , & fa gauche à
Keſtrzan , le centre à Tzernau. Sa pofition couvroit
ſes ponts de Teyn, ainſi que les Cercles de Kzelſin
&de Czaflau. S. M. Pr. toujours attentive à remplir
les fonctions d'un parfaitGénéral, n'a point ceſſéde
viſiter ſes quartiers &d'y donner des ordres, qui en
établiſſant leur sûreté , prouvent ſon intelligence
ſupérieure. Le Baron d'Enſiedel , Lieutenant Général
, eſt reſté à Prague pour y commander.
Il a fait publier différentes Ordonnances qui con
cernent la Police & la tranquillité publique , &
ſurtout unedéfenſe très rigoureuſe d'entretenir au
cune correſpondance avec les ennemis de l'Empereur.
La Ville lui a demandé d'être déchargée des
fortes taxes impoſées par la Cour de Vienne ; ce
Commandant a répondu que cela ne dépendoit
pas de fon Souverain , mais de l'Empereur. Il a été
ordonné que les Etudians de l'Univerſité , qui ont
pris les armes pendant le ſiége , ſeroient traités en
priſonniers de guerre , à moins qu'ils ne s'incorporaffant
dans les troupes de l'Empire ou de Pruſle .
Le 6 Octobre , le Baron d'Enfiedel célébra par
une Fête , où la Nobleffe & les Officiers furent ins
(
166 MERCURE DE FRANCE.
vités, les promptes victoires de ſon Roi.
La Princeſſe Royale de Pruſſe eſt accouchée le 25
Septembre à Berlin d'un Prince qui a été baptisé le
premier Octobre ,& nommé Frederic Guillaume.
On a appris depuis que leRoi de Pruſſe avoit repafſé
laMoldaw avec toute ſon armée,& que le Prince
Charles de Lorraine avoit détaché un Corps de
troupes ſous les ordres du Comte de Nadaſti & du
Général Ghilani , pour obſerver les mouvemens des
troupes Pruffiennes .
Les avis reçûs de Prague du 18 du mois dernier
portent que les mouvemens de l'armée de la Reine
de Hongrie , ayant donné lieu au Roi de Pruffe de
conjecturer que les ennemis vouloient ſe pofter entre
Prague & les troupes Pruſſiennes , ce Prince
s'étoit déterminé à ſe rap rocher de cette Ville ;
qu'il avoit retiré en même tems les Détachemens
qu'il avoit mis dans differens poſtes , particulierement
dans ceux de Tabor & de Budweiff , mais
que la garniſon qui étoit à Teyn n'ayant pas reçû
affés tôt l'ordre d'aller rejoindre l'armée, elle avoit
été attaquée par un Corps de troupes Hongroifes
fort ſupérieures en nombre , qui avoit fait prifonniers
pluſieurs Officiers & Soldats & mis le reſte en
fuite.
L'armée Pruſſienne par ſa nouvelle poſition a
confervé non ſeulement la communication avec
Prague , mais encore elle s'eſt maſe plus à portée
des magaſins établis dans les Cercles de Glatz & de
Buntzlau , & des ſubſiſtances qu'elle peut tirer par
l'Elbe & par la Sazawa.
Le 14 , un Corps de Cavalerie des troupes de la
Reine deHongrie paſſala Moldaw, & la plusgrande
partie de cette armée eſt reftée de l'autre côté de
cette riviere .
Ily a eu quelques eſcarmouches entre desDé
NOVEMBRE. 1744. 167
tachemensde la Cavalerie Légere des deux armées,
&la perte a éré à peu près égale de part& d'autre .
On mande de Vienne du 24 du mois dernier ,
que le 17 on y reçût avis que l'armée commandée
par le Prince Charlesde Lorraine avoit
paflé le 1s la Moldaw fur fix ponts , & que
cette armée n'étoit qu'à une petite diſtance de
celle du Roi de Pruſſe , qui étoit campé ſur le
bord de la Sazawa , & qui paroiſſoit déterminé à
riſquer une bataille.
Le Prince Charles de Lorraine a détaché un Corps
de 1000 hommes de Cavalerie fous les ordresduGé.
néral Kuſtein & du Comte da Collowrath , pour
obſerver les mouvemens des troupes Pruſſiennes.
On a appris depuis que l'armée Prufſienne fit
le 25 du mois dernier un mouvement pour s'approcher
de celle de la Reine de Hongrie, & qu'elle
s'eſt poſtée ſur des hauteurs dans une ſituation fort
avantageuſe.
Deux Corps de troupes Prufſiennes ont pénetré
en Moravie , l'un par le Pas de Mora , l'autre par
Lanzaron & par Gegerſberg , & ils ont mis à contribution
les Villes de Goldſtein , de Triban , de
Hohenfſtadt & de Schildberg.
a
Na appris de Bohême que le Roi de
Prufle , après cinq jours & demi de tranchée
ouverte , eſt entré dans la Ville de Prague.
La garniſon étoit composée de 22 Batail-
Jons, de 1000 Croates , de 400 Cavaliers, & de 300
Huſſards ; elle s'eſt renduë prifonniere de guerre ;
cette Place , défenduë par 16000 hommes , n'a pas
arrêté long-tems ſon vainqueur , qui de- là partic
avec ſon armée pour allerréduire les poſtes de Budſeiws
& Tabor, où il laiflé ſes gros bagages ; il
s'eſt campé très avantageuſement , ſa droite appuyée
à la riviere de la Moldaw , & fa gauche à
Keſtrzan , le centre à Tzernau. Sa pofition couvroit
ſes ponts de Teyn, ainſi que les Cercles de Kzelſin
&de Czaflau. S. M. Pr. toujours attentive à remplir
les fonctions d'un parfaitGénéral, n'a point ceſſéde
viſiter ſes quartiers &d'y donner des ordres, qui en
établiſſant leur sûreté , prouvent ſon intelligence
ſupérieure. Le Baron d'Enſiedel , Lieutenant Général
, eſt reſté à Prague pour y commander.
Il a fait publier différentes Ordonnances qui con
cernent la Police & la tranquillité publique , &
ſurtout unedéfenſe très rigoureuſe d'entretenir au
cune correſpondance avec les ennemis de l'Empereur.
La Ville lui a demandé d'être déchargée des
fortes taxes impoſées par la Cour de Vienne ; ce
Commandant a répondu que cela ne dépendoit
pas de fon Souverain , mais de l'Empereur. Il a été
ordonné que les Etudians de l'Univerſité , qui ont
pris les armes pendant le ſiége , ſeroient traités en
priſonniers de guerre , à moins qu'ils ne s'incorporaffant
dans les troupes de l'Empire ou de Pruſle .
Le 6 Octobre , le Baron d'Enfiedel célébra par
une Fête , où la Nobleffe & les Officiers furent ins
(
166 MERCURE DE FRANCE.
vités, les promptes victoires de ſon Roi.
La Princeſſe Royale de Pruſſe eſt accouchée le 25
Septembre à Berlin d'un Prince qui a été baptisé le
premier Octobre ,& nommé Frederic Guillaume.
On a appris depuis que leRoi de Pruſſe avoit repafſé
laMoldaw avec toute ſon armée,& que le Prince
Charles de Lorraine avoit détaché un Corps de
troupes ſous les ordres du Comte de Nadaſti & du
Général Ghilani , pour obſerver les mouvemens des
troupes Pruffiennes .
Les avis reçûs de Prague du 18 du mois dernier
portent que les mouvemens de l'armée de la Reine
de Hongrie , ayant donné lieu au Roi de Pruffe de
conjecturer que les ennemis vouloient ſe pofter entre
Prague & les troupes Pruſſiennes , ce Prince
s'étoit déterminé à ſe rap rocher de cette Ville ;
qu'il avoit retiré en même tems les Détachemens
qu'il avoit mis dans differens poſtes , particulierement
dans ceux de Tabor & de Budweiff , mais
que la garniſon qui étoit à Teyn n'ayant pas reçû
affés tôt l'ordre d'aller rejoindre l'armée, elle avoit
été attaquée par un Corps de troupes Hongroifes
fort ſupérieures en nombre , qui avoit fait prifonniers
pluſieurs Officiers & Soldats & mis le reſte en
fuite.
L'armée Pruſſienne par ſa nouvelle poſition a
confervé non ſeulement la communication avec
Prague , mais encore elle s'eſt maſe plus à portée
des magaſins établis dans les Cercles de Glatz & de
Buntzlau , & des ſubſiſtances qu'elle peut tirer par
l'Elbe & par la Sazawa.
Le 14 , un Corps de Cavalerie des troupes de la
Reine deHongrie paſſala Moldaw, & la plusgrande
partie de cette armée eſt reftée de l'autre côté de
cette riviere .
Ily a eu quelques eſcarmouches entre desDé
NOVEMBRE. 1744. 167
tachemensde la Cavalerie Légere des deux armées,
&la perte a éré à peu près égale de part& d'autre .
On mande de Vienne du 24 du mois dernier ,
que le 17 on y reçût avis que l'armée commandée
par le Prince Charlesde Lorraine avoit
paflé le 1s la Moldaw fur fix ponts , & que
cette armée n'étoit qu'à une petite diſtance de
celle du Roi de Pruſſe , qui étoit campé ſur le
bord de la Sazawa , & qui paroiſſoit déterminé à
riſquer une bataille.
Le Prince Charles de Lorraine a détaché un Corps
de 1000 hommes de Cavalerie fous les ordresduGé.
néral Kuſtein & du Comte da Collowrath , pour
obſerver les mouvemens des troupes Pruſſiennes.
On a appris depuis que l'armée Prufſienne fit
le 25 du mois dernier un mouvement pour s'approcher
de celle de la Reine de Hongrie, & qu'elle
s'eſt poſtée ſur des hauteurs dans une ſituation fort
avantageuſe.
Deux Corps de troupes Prufſiennes ont pénetré
en Moravie , l'un par le Pas de Mora , l'autre par
Lanzaron & par Gegerſberg , & ils ont mis à contribution
les Villes de Goldſtein , de Triban , de
Hohenfſtadt & de Schildberg.
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1054
p. 167-171
SAXE.
Début :
ON a appris de Dresde, du 19 du mois dernier, que la Régence de cet Electorat ayant refusé [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Troupes, Reine de Hongrie, Ennemis, Saxe, Pologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SAXE.
SAXE.
N a appris de Dreſde , du 29 du mois dernier,
que la Régence de cet Electorat ayant refuſé
le paſſage que le Roi de Pruſſe lui a fait demander
pour 30000 hommes de troupes Pruffiennes , on
étoit fort inquiet des ſuitesqu'aura cette démarche,,
que l'on craint que ces troupes it'entreprennent de
paffer malgré ce refus , & qu'on a fait partir plu-
Geurs chariots chargés d'armes qu'on a tirées de
l'Arsenal de Dreſde , & qu'on deſtine pour armer
leshabitansdes montagnes.
168 MERCURE DE FRANCE.
en
On a appris depuis dus de ce mois que M. de
Wallenrodt , Envoyé du Roi de Pruſſe a remis aux
Miniſtres du Roi de Pologne un Reſcrit , qui porte
que le renouvellement du Traité conclu
1732 entre les Cours de Vienne & de Dreſde , n'obligeant
en nulle façon cette derniere de fournir
des troupes auxiliaires à la Reine de Hongrie , &
aucun des articles de ce Traité n'ayant directement
ni indirectement rapport à la guerre qui diviſe
préſentement l'Empire , S. M. Pr. ne peut enviſager
que comme une rupture du Roi de Pologne
Electeur de Saxe avec elle la jonction des
troupes Saxonnes avec celles de S. M. H. que le
Roi de Pruſſe prie S. M. Pol. de conſidérer quelles
réſolutions il eſt autorisé & même forcé de prendre
pour s'oppoſer aux deſſeins qu'on paroît méditer
contre lui ; qu'on ne ſera point en droit de lui reprocher
les inconveniens qui pourront réſulter de
ladémarche de cette Cour , & qu'il eſpére que le
Roi de Pologne ne voudra rien précipiter dans une
affaire de cette importance , ni porter les chofes à
une extrêmité , qui pourroit teannddrree a la ruine de
leurs Etats reſpectifs .
Le Roi de Pologne Electeur de Saxe a répondu
àce Reſcrit qu'à la vérité par le renouvellement du
Traité de 1732 , il n'étoit point dans l'obligation
de faire marcher des troupes au ſecours de la
Reine de Hongrie , mais que rien n'a pû ni dû
empêcher S. M. d'entrer depuis dans les liaiſons
qui lui ont paru convenables pour la fûreté de fon
Electorat ; qu'en faiſant attention à la fituation de
ſes Etats d'Allemagne , il a jugé néceſſaire de conclure
avec S. M. H. la convention échangée le 13
du mois de Mai dernier , par laquelle cette Princeffe
& S. M. fe garantiffent mutuellement la poc
ſeſſion de la Saxe , de la Boheme & de l'Autriche ,
que
NOVEMBRE. 1744. 169
que d'ailleurs il n'eſt point extraordinaire qu'un
Prince donne,des Troupes à un autre , fans prendre
part aux guerres dans lesquelles la Puiſſance
ſecouruë eſt engagée ; que le Roi de Pruſſe luimême
, en entrant en Boheme avec cent mille
hommes , pour ſoûtenir les intérêts de l'Empereur
, a déclaré qu'il ne prétendoit pas pour cela
contrevenir à ſes engagemens pris par le Traité
de Breſlau ; qu'ainſi le Roi s'en tient à la déclaration
qui a été faite de ſa part à la Cour de Berlin &
à pluſieurs autres Cours , lorſqu'il a pris la réſolution
d'ordonner à ſes Troupes d'aller joindre celles
de la Reine de Hongrie.
On a appris de Berlin , du 10 Novembre , que
lesTroupes que commande le Général Marwitz &
qui étoient campées près de Troppau dans la Haute
Silefie , ſe ſont miſes en marche, pour aller prendre
des quartiers de cantonnement dans les environs
de Breſlau .
Le Roide Pruſſe a fait publier un Décret , pour
rappelter tous ceux de ſes Sujets qui fervent dans
les Troupes , ou qui font établis dans les Etats de la
Reine de Hongrie , ce Décret porte que le Roi
'ayant été informé qu'auſſi tốt après qu'il a fait entrer
dansle Royaume de Boheme ſes Troupes , en
qualité d'auxiliaires de l'Empereur , la Cour de
Vienne avoit ménacé par un Edit tous les Hongrois
qui étoient actuellement dans les Troupes
Pruffiennes , de les déclarer traîtres à la Patrie , &
de confiſquer leurs biens , s'ils ne quittoient pas
le ſervice du Roi ; S. M. ordonne non- feulement à
ſes Vaffaux & Sujets du Royaume de Pruſſe , de la
Marche de Brandebourg & de ſes autres anciennespoffeffions
, mais encore à ceux du Duché de,
Siléſie , même à ceux , qui ſans être nés dans ce
Duché , y poſſédent desbiens , & qui font attachés
11. Vol. H
1
170 MERCURE DE FRANCE.
à la Reine de Hongrie par des Emplois Militaires
ou Civils , ou qui demeurent dans quelques- uns des
Pays de la domination de cette Princeſſe , de ſe
rendre d'ici à deux mois dans les Etats de S. M. que
ceux qui le conformeront aux intentions de S. M.
peuvent espérer d'être employés convenablement
à leur naiffance & à leur rang , qu'au contraire
ceux qui réfuferont d'obéir , encoureront l'indignation
du Roi , & que la confiſcation de leurs
biens fera deſtinée à dédommager les Hongrois ,
qui auront perdu les leurs par leur attachement au
ſervice de S. M.
On mande du Camp du Roi de Prufſe près de
Piſcheli du 28 du mois dernier , que ſur l'avis qu'on
avoit reçu d'un nouveau mouvement fait par l'armée
de la Reine de Hongrie ,le Roi , après avoir
reconnu la poſition des ennemis , fit marcher le
26 fur plufieurs colonnes ſes Troupes , dont l'avant
garde s'avança à un quart de lieue du Camp
du Prince Charles de Lorraine. Les Troupes Pruffiennes
ſe poſterent fur les hauteurs voilines de celles
que les ennemis occupoient , & l'on eſpéroit de
les engager à une action , mais des marais impraticables
, empêcherent les Pruffiens d'aller plus
avant , & il n'y eut que de légeres eſcarmouches.
L'armée de la Reine de Hongrie ayant commencé
à défiler par fa gauche , on la ſuivit , pour
tâcher de la prendre en flanc , mais le terrain qui la
féparoit des Pruffiens , étant par tout rempli d'érangs
, de ravines & de fondrieres , il n'y eut pas
moyen d'approcher des ennemis , & le Roi prit le
parti de tetourner dans le Camp de Piſcheli .
Le Comte de Naffau , que le Roi avoit détaché
pour s'emparer de Cammerſbourg , ayant été averti
dans ſa marche par ſes Eſpions qu'un Corps
conſidérable des ennemis , commandé par le Prince
NOVEMBRE. 1744. 171
Eſterhaſi , étoit venu camper dans les environs de
ce poſte , il prit le parti d'attaquer ce Corps. Dans
cedeſſein , il fit paſſer à fon Infanterie quelques
défilés qu'elle franchit ſans obstacle , & la Cavalerie
ayant ſuivi l'Infanterie , le Comte de Naffau
ſe diſpoſa à charger l'ennemi. Le Prince Efterhaſi
fit mine de vouloir accepter le combat , mais
quand il vit que le Comte de Naſſau avoit de l'Artillerie
, il abandonna ſon Camp , après avoir rétiré
la garniſon qui étoit dans Cammerſbourg. Le
Comte de Naſſau fit auffi-tôt occuper ce poſte , &
lemême jour il ſe rendit maître de celui de Sazawa.
Le 19 du mois dernier , un Détachement de
1500 Grenadiers des ennemis ſoûtenus de 600 des
Huffards qu'ils ont fait venir de Moravie , tenta
d'emporter d'affaut la Ville de Parduwitz , & fut
repouffé par le Bataillon Proffien , qui y étoit en
garniſon , ſous les ordres du Colonel Zimmernow ;
il y eut en cette occaſion 40 hommes de tués &
plus de 60 de bleſſés du côté des ennemis ; on leur
a fait un Officier & 43 Soldats priſonniers , & on
n'a eu que fix hommes de bleſſés , & le Colonel
Zimmernow eſt de ce nombre ; il a un bras caffé &
& une bleſſure à la tête.
N a appris de Dreſde , du 29 du mois dernier,
que la Régence de cet Electorat ayant refuſé
le paſſage que le Roi de Pruſſe lui a fait demander
pour 30000 hommes de troupes Pruffiennes , on
étoit fort inquiet des ſuitesqu'aura cette démarche,,
que l'on craint que ces troupes it'entreprennent de
paffer malgré ce refus , & qu'on a fait partir plu-
Geurs chariots chargés d'armes qu'on a tirées de
l'Arsenal de Dreſde , & qu'on deſtine pour armer
leshabitansdes montagnes.
168 MERCURE DE FRANCE.
en
On a appris depuis dus de ce mois que M. de
Wallenrodt , Envoyé du Roi de Pruſſe a remis aux
Miniſtres du Roi de Pologne un Reſcrit , qui porte
que le renouvellement du Traité conclu
1732 entre les Cours de Vienne & de Dreſde , n'obligeant
en nulle façon cette derniere de fournir
des troupes auxiliaires à la Reine de Hongrie , &
aucun des articles de ce Traité n'ayant directement
ni indirectement rapport à la guerre qui diviſe
préſentement l'Empire , S. M. Pr. ne peut enviſager
que comme une rupture du Roi de Pologne
Electeur de Saxe avec elle la jonction des
troupes Saxonnes avec celles de S. M. H. que le
Roi de Pruſſe prie S. M. Pol. de conſidérer quelles
réſolutions il eſt autorisé & même forcé de prendre
pour s'oppoſer aux deſſeins qu'on paroît méditer
contre lui ; qu'on ne ſera point en droit de lui reprocher
les inconveniens qui pourront réſulter de
ladémarche de cette Cour , & qu'il eſpére que le
Roi de Pologne ne voudra rien précipiter dans une
affaire de cette importance , ni porter les chofes à
une extrêmité , qui pourroit teannddrree a la ruine de
leurs Etats reſpectifs .
Le Roi de Pologne Electeur de Saxe a répondu
àce Reſcrit qu'à la vérité par le renouvellement du
Traité de 1732 , il n'étoit point dans l'obligation
de faire marcher des troupes au ſecours de la
Reine de Hongrie , mais que rien n'a pû ni dû
empêcher S. M. d'entrer depuis dans les liaiſons
qui lui ont paru convenables pour la fûreté de fon
Electorat ; qu'en faiſant attention à la fituation de
ſes Etats d'Allemagne , il a jugé néceſſaire de conclure
avec S. M. H. la convention échangée le 13
du mois de Mai dernier , par laquelle cette Princeffe
& S. M. fe garantiffent mutuellement la poc
ſeſſion de la Saxe , de la Boheme & de l'Autriche ,
que
NOVEMBRE. 1744. 169
que d'ailleurs il n'eſt point extraordinaire qu'un
Prince donne,des Troupes à un autre , fans prendre
part aux guerres dans lesquelles la Puiſſance
ſecouruë eſt engagée ; que le Roi de Pruſſe luimême
, en entrant en Boheme avec cent mille
hommes , pour ſoûtenir les intérêts de l'Empereur
, a déclaré qu'il ne prétendoit pas pour cela
contrevenir à ſes engagemens pris par le Traité
de Breſlau ; qu'ainſi le Roi s'en tient à la déclaration
qui a été faite de ſa part à la Cour de Berlin &
à pluſieurs autres Cours , lorſqu'il a pris la réſolution
d'ordonner à ſes Troupes d'aller joindre celles
de la Reine de Hongrie.
On a appris de Berlin , du 10 Novembre , que
lesTroupes que commande le Général Marwitz &
qui étoient campées près de Troppau dans la Haute
Silefie , ſe ſont miſes en marche, pour aller prendre
des quartiers de cantonnement dans les environs
de Breſlau .
Le Roide Pruſſe a fait publier un Décret , pour
rappelter tous ceux de ſes Sujets qui fervent dans
les Troupes , ou qui font établis dans les Etats de la
Reine de Hongrie , ce Décret porte que le Roi
'ayant été informé qu'auſſi tốt après qu'il a fait entrer
dansle Royaume de Boheme ſes Troupes , en
qualité d'auxiliaires de l'Empereur , la Cour de
Vienne avoit ménacé par un Edit tous les Hongrois
qui étoient actuellement dans les Troupes
Pruffiennes , de les déclarer traîtres à la Patrie , &
de confiſquer leurs biens , s'ils ne quittoient pas
le ſervice du Roi ; S. M. ordonne non- feulement à
ſes Vaffaux & Sujets du Royaume de Pruſſe , de la
Marche de Brandebourg & de ſes autres anciennespoffeffions
, mais encore à ceux du Duché de,
Siléſie , même à ceux , qui ſans être nés dans ce
Duché , y poſſédent desbiens , & qui font attachés
11. Vol. H
1
170 MERCURE DE FRANCE.
à la Reine de Hongrie par des Emplois Militaires
ou Civils , ou qui demeurent dans quelques- uns des
Pays de la domination de cette Princeſſe , de ſe
rendre d'ici à deux mois dans les Etats de S. M. que
ceux qui le conformeront aux intentions de S. M.
peuvent espérer d'être employés convenablement
à leur naiffance & à leur rang , qu'au contraire
ceux qui réfuferont d'obéir , encoureront l'indignation
du Roi , & que la confiſcation de leurs
biens fera deſtinée à dédommager les Hongrois ,
qui auront perdu les leurs par leur attachement au
ſervice de S. M.
On mande du Camp du Roi de Prufſe près de
Piſcheli du 28 du mois dernier , que ſur l'avis qu'on
avoit reçu d'un nouveau mouvement fait par l'armée
de la Reine de Hongrie ,le Roi , après avoir
reconnu la poſition des ennemis , fit marcher le
26 fur plufieurs colonnes ſes Troupes , dont l'avant
garde s'avança à un quart de lieue du Camp
du Prince Charles de Lorraine. Les Troupes Pruffiennes
ſe poſterent fur les hauteurs voilines de celles
que les ennemis occupoient , & l'on eſpéroit de
les engager à une action , mais des marais impraticables
, empêcherent les Pruffiens d'aller plus
avant , & il n'y eut que de légeres eſcarmouches.
L'armée de la Reine de Hongrie ayant commencé
à défiler par fa gauche , on la ſuivit , pour
tâcher de la prendre en flanc , mais le terrain qui la
féparoit des Pruffiens , étant par tout rempli d'érangs
, de ravines & de fondrieres , il n'y eut pas
moyen d'approcher des ennemis , & le Roi prit le
parti de tetourner dans le Camp de Piſcheli .
Le Comte de Naffau , que le Roi avoit détaché
pour s'emparer de Cammerſbourg , ayant été averti
dans ſa marche par ſes Eſpions qu'un Corps
conſidérable des ennemis , commandé par le Prince
NOVEMBRE. 1744. 171
Eſterhaſi , étoit venu camper dans les environs de
ce poſte , il prit le parti d'attaquer ce Corps. Dans
cedeſſein , il fit paſſer à fon Infanterie quelques
défilés qu'elle franchit ſans obstacle , & la Cavalerie
ayant ſuivi l'Infanterie , le Comte de Naffau
ſe diſpoſa à charger l'ennemi. Le Prince Efterhaſi
fit mine de vouloir accepter le combat , mais
quand il vit que le Comte de Naſſau avoit de l'Artillerie
, il abandonna ſon Camp , après avoir rétiré
la garniſon qui étoit dans Cammerſbourg. Le
Comte de Naſſau fit auffi-tôt occuper ce poſte , &
lemême jour il ſe rendit maître de celui de Sazawa.
Le 19 du mois dernier , un Détachement de
1500 Grenadiers des ennemis ſoûtenus de 600 des
Huffards qu'ils ont fait venir de Moravie , tenta
d'emporter d'affaut la Ville de Parduwitz , & fut
repouffé par le Bataillon Proffien , qui y étoit en
garniſon , ſous les ordres du Colonel Zimmernow ;
il y eut en cette occaſion 40 hommes de tués &
plus de 60 de bleſſés du côté des ennemis ; on leur
a fait un Officier & 43 Soldats priſonniers , & on
n'a eu que fix hommes de bleſſés , & le Colonel
Zimmernow eſt de ce nombre ; il a un bras caffé &
& une bleſſure à la tête.
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1055
p. 171-174
HAMBOURG.
Début :
LE 28 Août, le Comte de Flemming, Grand Général d'Artillerie de Lithuanie, obtint une [...]
Mots clefs :
Comte, Charles de Lorraine, Reine de Hongrie, Général, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HAMBOURG.
HAMBOURG.
E 28 Août , le Comte de Flemming , Grand
Général d'Artillerie de Lithuanie , obtint une
audience de la Czarine à Kiovie , où il la complimenta
fur fon heureuſe arrivée de la part du Roi
&de la République de Pologne.
Le Comte de Roſemberg, Miniſtre de la Reine
deHongrie est arrivé à Moſcou , mais il n'a point
encore vû leComte de Beſtuchef.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
On a diftribué des quartiers aux Troupes Ruf
fiennes revenues de Suéde . Le Général Keith & le
Major Général Lapuchin étoient campés à Revel
avec quatre Régimens. Perna étoit occupé par un
ſemblable nombre de Régimens , commandés par le
Lieutenant Feldt Maréchal Solkiow & par le MajorGénéral
Stuart. Ils devoient remplir ainſi pluſieurs
Villages près de Dorpt. Le Régiment de Cajan ,
ſous les ordres du Brigadier Général Czernichow ,
étoit à Nerva, & le Régiment des Grenadiers s'étoit
tranſporté ſur dix Galeres à Peteſbourg : on a défarmé
dans le Port de Cromſtadt la Flotte de Ruffie.
On apprend de Coppenhague qu'on eſpéroit que le
Négociation dont le Comte de Hoften étoit chargé
auprès de la Czarine pour les affaires du Holftein
ſeroit ſuivie d'un heureux ſuccès . S. M. Czar . a
envoyée l'Ordre de S. Alexandre Newſki au Baron
de Korff , ſon Miniſtre à la Cour de Dannemarc ,
On réparoit avec activité les Fortifications de
Vienne , & la Reine de Hongrie a dépêché des Lettres
Circulaires pour ordonner à la Nobleſſe de ce
Royaume d'aller joindre le Prince Charles de Lorraine,&
on prétendoit que divers Comtes ont pro
mis d'entretenir un corpsddeeTroupes pour le ſervice
de leur Souveraine.
La premiere colonne de l'Armée du Prince
Charles de Lorraine arriva le 16 Septembre à Dietf.
furth. Le même jour , la ſeconde colonne campa
Althmuhl .
La Ville de Neumarch a été ſurpriſe par le Partiſan
Geſchrei , qui a taillé en piécès la garniſon
miſe par la Reine de Hongrie.
Les troupes de cette Princeſſe , qui bloquoient
la Fortereffe de Roſemberg , ſe ſont rétirées précipitamment
ſur la nouvelle de l'approche du Marquis
de S. Germain , détaché par le Baren de
NOVEMBRE. 1744. 173
Seckendorf pour les attaquer avec un corps de
troupes Impérialesí
Ondifoit que le Prince Lubomirſki , Caſtellan
de Cracovie a promis au Miniſtre de la Reine de
Hongrie auprès de la République de Pologne ,
qu'il leveroit dans ſes terres douze mille hommes
àſon ſervice.
Le 22 Septembre , une violente tempête fit périr
ou échouer cent cinquante Vaiſſeaux , qui le jour
précédent étoient partis de Hambourg pour la Hollande.
Le 15 Septembre , le Marquis de Lanmari , Ambaſſadeur
de France en Suéde , célébra à Stoxolm
le rétabliſſement de la ſanté du Roi ſon Maître ,
par un Te Deum , chanté avec la plus éclatante ſolemnitédans
la Chapelle de ſon Hôtel , & le lendemain
il paya les Comédiens François & la Troupe
Suédoiſe , pour donner gratis au Peuple des Comédies
, précédées d'un Prologue & mêlées d'In
termedes.
On affûre que la Suéde a accédé au Traité de
Francfort, pour les Domaines qu'elle pofféde dans
le Duché de Pomeranie.
Dès que le Prince Charles de Lorraine eut joint
le 27 Septembre l'armée de la Reine de Hongrie
, leComte de Traun en céda le commandement
à ce Prince , & les corps commandés par les
Généraux Feſtetits & Bathiany ſe ſont répliés .
On mande de Hambourg du 16 de ce mois ,
qu'on y a reçû avis de Boheme , que le 30 du mois
dernier l'armée commandée par le Prince Charles
de Lorraine étoit décampée , & qu'elle s'étoit avancée
à Tanawitz ſur la Frontière du Cercle de
Czaſlau ; que les Troupes Saxonnes qui étoient reftées
à Biftritz , n'avoient pû réjoindre que quelques
jours après cette armée , & que le Prince
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
Charles de Lorraine avoit détaché le Comte de
Nadaſti & le Général Ghilani , pour obſerver les
mouvemens des Troupes Pruſſiennes.
E 28 Août , le Comte de Flemming , Grand
Général d'Artillerie de Lithuanie , obtint une
audience de la Czarine à Kiovie , où il la complimenta
fur fon heureuſe arrivée de la part du Roi
&de la République de Pologne.
Le Comte de Roſemberg, Miniſtre de la Reine
deHongrie est arrivé à Moſcou , mais il n'a point
encore vû leComte de Beſtuchef.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
On a diftribué des quartiers aux Troupes Ruf
fiennes revenues de Suéde . Le Général Keith & le
Major Général Lapuchin étoient campés à Revel
avec quatre Régimens. Perna étoit occupé par un
ſemblable nombre de Régimens , commandés par le
Lieutenant Feldt Maréchal Solkiow & par le MajorGénéral
Stuart. Ils devoient remplir ainſi pluſieurs
Villages près de Dorpt. Le Régiment de Cajan ,
ſous les ordres du Brigadier Général Czernichow ,
étoit à Nerva, & le Régiment des Grenadiers s'étoit
tranſporté ſur dix Galeres à Peteſbourg : on a défarmé
dans le Port de Cromſtadt la Flotte de Ruffie.
On apprend de Coppenhague qu'on eſpéroit que le
Négociation dont le Comte de Hoften étoit chargé
auprès de la Czarine pour les affaires du Holftein
ſeroit ſuivie d'un heureux ſuccès . S. M. Czar . a
envoyée l'Ordre de S. Alexandre Newſki au Baron
de Korff , ſon Miniſtre à la Cour de Dannemarc ,
On réparoit avec activité les Fortifications de
Vienne , & la Reine de Hongrie a dépêché des Lettres
Circulaires pour ordonner à la Nobleſſe de ce
Royaume d'aller joindre le Prince Charles de Lorraine,&
on prétendoit que divers Comtes ont pro
mis d'entretenir un corpsddeeTroupes pour le ſervice
de leur Souveraine.
La premiere colonne de l'Armée du Prince
Charles de Lorraine arriva le 16 Septembre à Dietf.
furth. Le même jour , la ſeconde colonne campa
Althmuhl .
La Ville de Neumarch a été ſurpriſe par le Partiſan
Geſchrei , qui a taillé en piécès la garniſon
miſe par la Reine de Hongrie.
Les troupes de cette Princeſſe , qui bloquoient
la Fortereffe de Roſemberg , ſe ſont rétirées précipitamment
ſur la nouvelle de l'approche du Marquis
de S. Germain , détaché par le Baren de
NOVEMBRE. 1744. 173
Seckendorf pour les attaquer avec un corps de
troupes Impérialesí
Ondifoit que le Prince Lubomirſki , Caſtellan
de Cracovie a promis au Miniſtre de la Reine de
Hongrie auprès de la République de Pologne ,
qu'il leveroit dans ſes terres douze mille hommes
àſon ſervice.
Le 22 Septembre , une violente tempête fit périr
ou échouer cent cinquante Vaiſſeaux , qui le jour
précédent étoient partis de Hambourg pour la Hollande.
Le 15 Septembre , le Marquis de Lanmari , Ambaſſadeur
de France en Suéde , célébra à Stoxolm
le rétabliſſement de la ſanté du Roi ſon Maître ,
par un Te Deum , chanté avec la plus éclatante ſolemnitédans
la Chapelle de ſon Hôtel , & le lendemain
il paya les Comédiens François & la Troupe
Suédoiſe , pour donner gratis au Peuple des Comédies
, précédées d'un Prologue & mêlées d'In
termedes.
On affûre que la Suéde a accédé au Traité de
Francfort, pour les Domaines qu'elle pofféde dans
le Duché de Pomeranie.
Dès que le Prince Charles de Lorraine eut joint
le 27 Septembre l'armée de la Reine de Hongrie
, leComte de Traun en céda le commandement
à ce Prince , & les corps commandés par les
Généraux Feſtetits & Bathiany ſe ſont répliés .
On mande de Hambourg du 16 de ce mois ,
qu'on y a reçû avis de Boheme , que le 30 du mois
dernier l'armée commandée par le Prince Charles
de Lorraine étoit décampée , & qu'elle s'étoit avancée
à Tanawitz ſur la Frontière du Cercle de
Czaſlau ; que les Troupes Saxonnes qui étoient reftées
à Biftritz , n'avoient pû réjoindre que quelques
jours après cette armée , & que le Prince
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE .
Charles de Lorraine avoit détaché le Comte de
Nadaſti & le Général Ghilani , pour obſerver les
mouvemens des Troupes Pruſſiennes.
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1056
p. 175
FRANCFORT.
Début :
ON a appris de cette Ville du 8 de ce mois, que le 27 du mois dernier l'Empereur fit à [...]
Mots clefs :
Troupes, Empereur, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FRANCFORT.
FRANCFORT .
N a appris de cette Ville du 8 de ce mois ,
que le 27 du mois dernier l'Empereur fit à
Eberſberg la revûë générale de ſon armée , & que
S. M. I. alla enſuite avec une nombreuſe eſcorte
reconnoître les environs de ſon Camp juſqu'à
Waſſeſbourg , dont la garniſon fit un grand feu
ſur les Troupes qui accompagnoient l'Empereur.
Ce Prince s'avança le lendemain à Hagg , & le
.29 à Mulhdorf, dont il ſe rendit maître. Il continua
les jours ſuivans ſa marche , & fur la nouvelle
qu'on reçût que les troupes qui avoient été laifſéesdans
Waſſeſbourg par le Comte de Bathiany ,
avoient abandonné ce poſte , la plus grande partie
de l'armée Impériale marcha de l'autre côté de
l'Inn.
Les Payſans de pluſieurs Villages , ſitués le long
de la Salza , ayant pris les armes ,ils ont ſurpris la
Ville de Reichenhall , dont ils ont taillé en piéces
lagarniſon. :
,
Un corps de troupes Palatines a joint l'armée
de l'Empereur avec huit piéces de canon & l'en
y attendoit un train d'Artillerie de vingt canons &
de dix nortiers .
LeComte de Bathiany s'eſt retiré ſous Braunau
avec les troupes qu'il commande , & il avoit un
poſte avancé à Burekhauſen.
N a appris de cette Ville du 8 de ce mois ,
que le 27 du mois dernier l'Empereur fit à
Eberſberg la revûë générale de ſon armée , & que
S. M. I. alla enſuite avec une nombreuſe eſcorte
reconnoître les environs de ſon Camp juſqu'à
Waſſeſbourg , dont la garniſon fit un grand feu
ſur les Troupes qui accompagnoient l'Empereur.
Ce Prince s'avança le lendemain à Hagg , & le
.29 à Mulhdorf, dont il ſe rendit maître. Il continua
les jours ſuivans ſa marche , & fur la nouvelle
qu'on reçût que les troupes qui avoient été laifſéesdans
Waſſeſbourg par le Comte de Bathiany ,
avoient abandonné ce poſte , la plus grande partie
de l'armée Impériale marcha de l'autre côté de
l'Inn.
Les Payſans de pluſieurs Villages , ſitués le long
de la Salza , ayant pris les armes ,ils ont ſurpris la
Ville de Reichenhall , dont ils ont taillé en piéces
lagarniſon. :
,
Un corps de troupes Palatines a joint l'armée
de l'Empereur avec huit piéces de canon & l'en
y attendoit un train d'Artillerie de vingt canons &
de dix nortiers .
LeComte de Bathiany s'eſt retiré ſous Braunau
avec les troupes qu'il commande , & il avoit un
poſte avancé à Burekhauſen.
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1057
p. 175-177
BAVIERE.
Début :
ON mande de Munich du 23 du mois dernier que les Troupes de la Reine de Hongrie, [...]
Mots clefs :
Munich, Armée impériale, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BAVIERE.
BAVIERE.
Nmande de Munich du 23 du mois dernier
que les Troupes de la Reine de Hongrie
ſous les ordres du Baron de Berencklau
, campetont
le 12 dans les environs de cette Ville ; que le
H ilij
176 MERCURE DE FRANCE.
Général Bathiany en ayantpris le commandement ;
elles ſe remirent en marche le 15 , pour ſe rendre
vers l'Inn , & que le lendemain un détachement
de 1500 hommes , que le Général Bathiany avoit
Jaiflé à Munich ſous les ordres du Colonel Litfch ,
ſe retira auſſi dès la pointe du jour , après avoir
mis le feu au pont ſur l'Ifer .
Les Huſſards de l'Armée Impériale parurent une
heure après à une petite diſtance de Munich , &
ayant donné la chaffe à ce détachement , ils tuerent
ou firent priſonniers pluſieurs des Soldats dont
il étoit compoſé.
Le méme jour , le Comte de S. Germain ſe ren-
'dit à Munich avec mille Cuiraffiers & un pareil
nombre de Dragons des troupes Impériales , & il
reprit poſſeſſion de la Ville au nom de l'Empereur.
L'Armée Impériale s'avança le 17 à Augfbourg ,
dont les Magiftrats envoyerent des Députés au
Maréchal de Seckendorf , pour le complimenter.
Le 21 , l'Empereur arriva au Château de Nimphenbourg
; S. M. I. fit le 22 ſon entrée dans Munich
, & le 23 elle ſe mit à la tête de ſon armée ,
avec laquelle elle ſe diſpoſoit à paſſer l'Iſer .
On apprend de Munich du 10 de ce mois , que
l'Armée Impériale , au lieu de ſuivre le Comte de
Bathiany , qui s'étoit rétiré du côté de Braunau
avec les troupes qu'il commande , marcha le 6 de
ce mois à l'Abbaye d'Eggenfeldt , où l'Empereur a
établi ſon quartier général , & qu'il a été réſolu
dans le dernier Confeil de Guerre , que S. M. I ,
a tenu , de ne point s'arrêter au Siége de Braunau
mais de s'avancer vers Paffan , afin de s'emparer
de la Fortereffe d'Oberhaus , &de ſe rendre maître
du cours du Danube.
S. M. I. a accordé une Amniſtie à tous ceux de
ſes Sujets qui ont pu manquer à la fidélité qu'ils lui
NOVEMBRE. 1744. 177
devoient , & elle a promis par une déclaration parțiculiere
de ne faire aucune recherche ſur ce qui
s'eſt paſſé pendant que les ennemis étoient en pofſeſſion
de la Baviere.
,
Les ennemis ont abandonné non-feulement la
Ville de Wafferbourg mais encore le Château
de Roſenheim , & le Prince de Saxe Hildbursghaufen
s'eſt emparé de New Bayern , où il y avoit
300 hommes , dont 100 ont été faits prifonniers &
les autres taillés en piéces ou mis en fuite.
Nmande de Munich du 23 du mois dernier
que les Troupes de la Reine de Hongrie
ſous les ordres du Baron de Berencklau
, campetont
le 12 dans les environs de cette Ville ; que le
H ilij
176 MERCURE DE FRANCE.
Général Bathiany en ayantpris le commandement ;
elles ſe remirent en marche le 15 , pour ſe rendre
vers l'Inn , & que le lendemain un détachement
de 1500 hommes , que le Général Bathiany avoit
Jaiflé à Munich ſous les ordres du Colonel Litfch ,
ſe retira auſſi dès la pointe du jour , après avoir
mis le feu au pont ſur l'Ifer .
Les Huſſards de l'Armée Impériale parurent une
heure après à une petite diſtance de Munich , &
ayant donné la chaffe à ce détachement , ils tuerent
ou firent priſonniers pluſieurs des Soldats dont
il étoit compoſé.
Le méme jour , le Comte de S. Germain ſe ren-
'dit à Munich avec mille Cuiraffiers & un pareil
nombre de Dragons des troupes Impériales , & il
reprit poſſeſſion de la Ville au nom de l'Empereur.
L'Armée Impériale s'avança le 17 à Augfbourg ,
dont les Magiftrats envoyerent des Députés au
Maréchal de Seckendorf , pour le complimenter.
Le 21 , l'Empereur arriva au Château de Nimphenbourg
; S. M. I. fit le 22 ſon entrée dans Munich
, & le 23 elle ſe mit à la tête de ſon armée ,
avec laquelle elle ſe diſpoſoit à paſſer l'Iſer .
On apprend de Munich du 10 de ce mois , que
l'Armée Impériale , au lieu de ſuivre le Comte de
Bathiany , qui s'étoit rétiré du côté de Braunau
avec les troupes qu'il commande , marcha le 6 de
ce mois à l'Abbaye d'Eggenfeldt , où l'Empereur a
établi ſon quartier général , & qu'il a été réſolu
dans le dernier Confeil de Guerre , que S. M. I ,
a tenu , de ne point s'arrêter au Siége de Braunau
mais de s'avancer vers Paffan , afin de s'emparer
de la Fortereffe d'Oberhaus , &de ſe rendre maître
du cours du Danube.
S. M. I. a accordé une Amniſtie à tous ceux de
ſes Sujets qui ont pu manquer à la fidélité qu'ils lui
NOVEMBRE. 1744. 177
devoient , & elle a promis par une déclaration parțiculiere
de ne faire aucune recherche ſur ce qui
s'eſt paſſé pendant que les ennemis étoient en pofſeſſion
de la Baviere.
,
Les ennemis ont abandonné non-feulement la
Ville de Wafferbourg mais encore le Château
de Roſenheim , & le Prince de Saxe Hildbursghaufen
s'eſt emparé de New Bayern , où il y avoit
300 hommes , dont 100 ont été faits prifonniers &
les autres taillés en piéces ou mis en fuite.
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1058
p. 177-178
ITALIE.
Début :
LE 2 Octobre, l'Infant Don Philippe fut averti que le Roi de Sardaigne venoit l'attaquer & [...]
Mots clefs :
Chevaux, Roi de Sardaigne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E 2 Octobre , l'Infant Don Philippe fut averti
que le Roi de Sardaigne venoit l'attaquer &
fecourir Coni , il laiſſa pour la garde de ſon camp
18 Bataillons des deux Nations alliées , & avec 20
Bataillons Eſpagnols & 18 François , & 60 Efcadrons
, dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il
arriva au Convent de la Madonna del Ulmo . Sa
droite fut appuyée,à ce Convent , ſa gauche à une
Caffine ; une autre Caffine fortifiée couvroit le
centre de ſon armée ; on renforça la premiere ligne
trop foible avec de la Cavalerie , tant Françoiſe
qu'Eſpagnole; le 30 Septembre, l'es Entremis s'avan
cerent fur deux colonnes paralleles. Le Roi de Sardaigne
porta ſon Infanterie le long d'une chauſſéebordée
deNavilles& couvrit les flancs de ſes troupes
de chevaux de friſeşil en plaça de même au frontde
ſon armée, après une violente canonade, à une heure
après midi , les Grenadiers Piemontois attaquerent
les Caffines qui défendoient les retranchemens des
François&des Eſpagnols&le Portde laMadonnadel
Ulmo.Ils furent repouffés dans toutes leurs attaques
fucceſſives;vers less heures du ſoir,le combat devint
général entre l'Infanterie des deux armées ; celle
Hy
178 MERCURE DEFRANCE.
des ennemis fut repouffée de toutes parts &dans
toutes ſes tentatives réitérées , & fur les dix heures,
le Roi de Sardaigne s'appercevant de la perte confidérable
qu'il avoit faite & qu'il ne pouvoit plus
réſiſter aux vainqueurs , abandonna une partie de
fon artillerie & fes innombrabies chevaux de friſe ,
&ſe retira en laiſſant des détachemens de Grenadiers
, qui tirerent pendant deux heures ſur nos
troupespour cacher ſa retraite ; leur feu ceſſa à minuit
, & dès la pointe du jour l'Infant les fit ſuivre
par le Marquis de Corbulan à la tête de 1000 chevaux.
Les Piémontois ont perdu plus de sc00
hommes , tués ou bleſſes , & cinq piéces de canon.
L'armée Françoiſe & Eſpagnole ne compte que
près de 900 morts & 1200 bleffés. Les principaux
Officiers François bleſſes ſont le Marquis de Sennecterre,
Lieutenant Général ; le Chevalier Chauvelin
, Brigadier , & le Marquis de la Force , à qui
un boulet de canon a emporté l'épaule. Deux chevaux
tués ſous le Prince de Conty , & deux coups
dans ſa cuiraffe , prouvent les dangers que ſa valeur
a furmontés.
Les différentes diſpoſitions faites par le Prince de
Lobckowitz font juger qu'il ne penſe qu'à ſe retirer
de l'Etat Eccléſiaſtique avec les troupes qu'il
commande.
Le Comte de Gages , depuis les renforts qu'il a
reçûs d'Eſpagne , eſt fort ſupérieur en forces à ce
-Général..
E 2 Octobre , l'Infant Don Philippe fut averti
que le Roi de Sardaigne venoit l'attaquer &
fecourir Coni , il laiſſa pour la garde de ſon camp
18 Bataillons des deux Nations alliées , & avec 20
Bataillons Eſpagnols & 18 François , & 60 Efcadrons
, dont 24 étoient de ces dernieres troupes , il
arriva au Convent de la Madonna del Ulmo . Sa
droite fut appuyée,à ce Convent , ſa gauche à une
Caffine ; une autre Caffine fortifiée couvroit le
centre de ſon armée ; on renforça la premiere ligne
trop foible avec de la Cavalerie , tant Françoiſe
qu'Eſpagnole; le 30 Septembre, l'es Entremis s'avan
cerent fur deux colonnes paralleles. Le Roi de Sardaigne
porta ſon Infanterie le long d'une chauſſéebordée
deNavilles& couvrit les flancs de ſes troupes
de chevaux de friſeşil en plaça de même au frontde
ſon armée, après une violente canonade, à une heure
après midi , les Grenadiers Piemontois attaquerent
les Caffines qui défendoient les retranchemens des
François&des Eſpagnols&le Portde laMadonnadel
Ulmo.Ils furent repouffés dans toutes leurs attaques
fucceſſives;vers less heures du ſoir,le combat devint
général entre l'Infanterie des deux armées ; celle
Hy
178 MERCURE DEFRANCE.
des ennemis fut repouffée de toutes parts &dans
toutes ſes tentatives réitérées , & fur les dix heures,
le Roi de Sardaigne s'appercevant de la perte confidérable
qu'il avoit faite & qu'il ne pouvoit plus
réſiſter aux vainqueurs , abandonna une partie de
fon artillerie & fes innombrabies chevaux de friſe ,
&ſe retira en laiſſant des détachemens de Grenadiers
, qui tirerent pendant deux heures ſur nos
troupespour cacher ſa retraite ; leur feu ceſſa à minuit
, & dès la pointe du jour l'Infant les fit ſuivre
par le Marquis de Corbulan à la tête de 1000 chevaux.
Les Piémontois ont perdu plus de sc00
hommes , tués ou bleſſes , & cinq piéces de canon.
L'armée Françoiſe & Eſpagnole ne compte que
près de 900 morts & 1200 bleffés. Les principaux
Officiers François bleſſes ſont le Marquis de Sennecterre,
Lieutenant Général ; le Chevalier Chauvelin
, Brigadier , & le Marquis de la Force , à qui
un boulet de canon a emporté l'épaule. Deux chevaux
tués ſous le Prince de Conty , & deux coups
dans ſa cuiraffe , prouvent les dangers que ſa valeur
a furmontés.
Les différentes diſpoſitions faites par le Prince de
Lobckowitz font juger qu'il ne penſe qu'à ſe retirer
de l'Etat Eccléſiaſtique avec les troupes qu'il
commande.
Le Comte de Gages , depuis les renforts qu'il a
reçûs d'Eſpagne , eſt fort ſupérieur en forces à ce
-Général..
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1059
p. 178-179
ESPAGNE.
Début :
L'escadre Espagnole, qui a pour Commandant M. d'Auteuil, a pris dix Vaisseaux Hollandois [...]
Mots clefs :
Roi, Vaisseaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
L
'Eſcadre Eſpagnole , qui a pour Commandant
M. d'Auteuil , a pris dix Vaiſſeaux Hollandois
qui faisoient partie d'un convoi deſtiné pour la
Flotte que le Roi de la Grande-Bretagne a dans la
NOVEMBRE. 1744.- 179
Méditerranée ; ils étoient chargésd'agrès & de munitions
de guerre , le reſte du convoi , eſcorté de
deux Vaiſſeaux de guerre , s'eſt ſauvé , & a été
pourſuivi du côté de l'Afrique.
M. Greffein , Sécretaire d'Ambaſſade , chargé
dans cette Cour des affaires de la République de
Hollande , a préſenté au Miniſtere un Mémoire au
ſujet de la priſe de ces Vaiſſeaux, il prétend qu'ils
faifoient ſeulement voile de conſerve avec les
Vaiſſeaux Anglois .
Onmande de Madrid du 27du mois dernier que
le Roi a pris le deüil pour trois ſemaines à l'occa
fion de la mort de Madame de France , fixiéme fille
de S. M. T. С.
Le 21, Don Antoine Alos, Brigadier des armées
du Roi d'Eſpagne , arriva du Camp devant Coni ,
d'où il avoit été dépêché par l'Infant Don Philippe
, pour informer S. M. du détail de l'action qui
s'eſt paffée le 30 Septembre dernier entre les troupes
combinées de France & d'Eſpagne & celles du Roi
deSardaigne.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé au Roi
que la Galere le Prince des Afturies, commandée par
Don Paulde Larrea , s'étoit emparée le 4 du mois
dernier du Brigantin Anglois les deux Freres , de 70
tonneaux , dont la charge confiftoit en 115s quinteaux
de Moruë , & en dix barriques de Saumon.
L
'Eſcadre Eſpagnole , qui a pour Commandant
M. d'Auteuil , a pris dix Vaiſſeaux Hollandois
qui faisoient partie d'un convoi deſtiné pour la
Flotte que le Roi de la Grande-Bretagne a dans la
NOVEMBRE. 1744.- 179
Méditerranée ; ils étoient chargésd'agrès & de munitions
de guerre , le reſte du convoi , eſcorté de
deux Vaiſſeaux de guerre , s'eſt ſauvé , & a été
pourſuivi du côté de l'Afrique.
M. Greffein , Sécretaire d'Ambaſſade , chargé
dans cette Cour des affaires de la République de
Hollande , a préſenté au Miniſtere un Mémoire au
ſujet de la priſe de ces Vaiſſeaux, il prétend qu'ils
faifoient ſeulement voile de conſerve avec les
Vaiſſeaux Anglois .
Onmande de Madrid du 27du mois dernier que
le Roi a pris le deüil pour trois ſemaines à l'occa
fion de la mort de Madame de France , fixiéme fille
de S. M. T. С.
Le 21, Don Antoine Alos, Brigadier des armées
du Roi d'Eſpagne , arriva du Camp devant Coni ,
d'où il avoit été dépêché par l'Infant Don Philippe
, pour informer S. M. du détail de l'action qui
s'eſt paffée le 30 Septembre dernier entre les troupes
combinées de France & d'Eſpagne & celles du Roi
deSardaigne.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé au Roi
que la Galere le Prince des Afturies, commandée par
Don Paulde Larrea , s'étoit emparée le 4 du mois
dernier du Brigantin Anglois les deux Freres , de 70
tonneaux , dont la charge confiftoit en 115s quinteaux
de Moruë , & en dix barriques de Saumon.
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1060
p. 179-180
GENES ET ISLE DE CORSE.
Début :
ON mande de Gênes du 2[6] du mois dernier, qu'on y a appris que les obstacles de la saison [...]
Mots clefs :
Gênes, Armée combinée, Prince de Conti
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GENES ET ISLE DE CORSE.
GENES ET ISLE DE CORSE..
N mande de Gênes du 25 du mois dernier ,
appris que les obstacles de la faifon
n'ayant pas permis à l'armée combinée de France
&d'Eſpagne de continuer le Siége de Coni , l'Infant
Don Philippe & le Prince de Conty étoient
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
décampésle 21 , & que les troupes Françoiſes &
Eſpagnoles , qui n'ont été nullement inquiétées
dans leur retraite par les Piemontois , étoient fous
Demont , où elles devoient demeurer juſqu'au retour
des deux couriers , qui ont été dépêchés , l'un
par le Prince de Conty au Roi de France , & l'autre
par l'Infant en Eſpagne.
On a appris de Gênes du 2 de ce mois , que le
dernier courier qui est arrivé, de Turin a rapporté
que depuis que l'armée combinée de France
&d'Efpagne eft retournée dans ſon Camp ſous Démont,
le Roi de Sardaigne a établi fon quartier général
à Vignolo , entre cette Forterefle & la Ville
de Coni .
Selon les avis reçûs de l'Etat Eccléſiaſtique , on
ne croit pas que le Prince de Lobckowits demeu-.
re encore long- tems dans ſon Camp de Nemi , &
l'on affûre que les troupes qui font tous les ordres
font fort inférieures à l'armée des Eſpagnols &
des Napolitains.
N mande de Gênes du 25 du mois dernier ,
appris que les obstacles de la faifon
n'ayant pas permis à l'armée combinée de France
&d'Eſpagne de continuer le Siége de Coni , l'Infant
Don Philippe & le Prince de Conty étoient
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
décampésle 21 , & que les troupes Françoiſes &
Eſpagnoles , qui n'ont été nullement inquiétées
dans leur retraite par les Piemontois , étoient fous
Demont , où elles devoient demeurer juſqu'au retour
des deux couriers , qui ont été dépêchés , l'un
par le Prince de Conty au Roi de France , & l'autre
par l'Infant en Eſpagne.
On a appris de Gênes du 2 de ce mois , que le
dernier courier qui est arrivé, de Turin a rapporté
que depuis que l'armée combinée de France
&d'Efpagne eft retournée dans ſon Camp ſous Démont,
le Roi de Sardaigne a établi fon quartier général
à Vignolo , entre cette Forterefle & la Ville
de Coni .
Selon les avis reçûs de l'Etat Eccléſiaſtique , on
ne croit pas que le Prince de Lobckowits demeu-.
re encore long- tems dans ſon Camp de Nemi , &
l'on affûre que les troupes qui font tous les ordres
font fort inférieures à l'armée des Eſpagnols &
des Napolitains.
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1061
p. 180-181
GRANDE BRETAGNE.
Début :
LE 17 Septembre, le Roi tint à Kensington un Conseil d'Etat, & ensuite fit partir des couriers [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Vaisseaux, Tonneaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
E 17 Septembre , le Roi tint à Kensington un
Conſeil d'Etat , & enſuite fit partir des couriers
pour Vienne, pour Bruxelles & pour la Haye.
L'Eſcadre qui va relever en Amérique celle du
Chevalier Chaloner-Ogle, eſt commandée par PAmiral
Dawers,& est compoſée de deux Vaifleaux de
90 canons , de deux de 80 , de trois de 70 , de quatre
de 60 , & de quatre de 40.
Les revenus des Douannes ont produit cette année
90000 livres ſterlings de moins que l'année
derniere.
NOVEMBRE. 1744. 181
1
On apprend de Londres du 16 de ce mois , que
le Vaiſſeau de guer le Jerſey , commandé par le
Capitaine Hardy , conduifit le 8 à Plymouh les
Vailleaux François l'Espérance , l'Intrépide, le Mentor
& la Marie-Théreſe, dont les deux derniers venoient
de la Martinique & de S. Domingue , &
étoient richement chargés .
Un Armateur de l'iſte d'Antigoa s'eſt rendu
maître d'un Vaiſſeau de la même Nation , à bord
duquel en a trouvé 200 barriques de Sucre , 54
tonneaux de Caffé & pluſieurs tonneaux d'lu
dīgo .
E 17 Septembre , le Roi tint à Kensington un
Conſeil d'Etat , & enſuite fit partir des couriers
pour Vienne, pour Bruxelles & pour la Haye.
L'Eſcadre qui va relever en Amérique celle du
Chevalier Chaloner-Ogle, eſt commandée par PAmiral
Dawers,& est compoſée de deux Vaifleaux de
90 canons , de deux de 80 , de trois de 70 , de quatre
de 60 , & de quatre de 40.
Les revenus des Douannes ont produit cette année
90000 livres ſterlings de moins que l'année
derniere.
NOVEMBRE. 1744. 181
1
On apprend de Londres du 16 de ce mois , que
le Vaiſſeau de guer le Jerſey , commandé par le
Capitaine Hardy , conduifit le 8 à Plymouh les
Vailleaux François l'Espérance , l'Intrépide, le Mentor
& la Marie-Théreſe, dont les deux derniers venoient
de la Martinique & de S. Domingue , &
étoient richement chargés .
Un Armateur de l'iſte d'Antigoa s'eſt rendu
maître d'un Vaiſſeau de la même Nation , à bord
duquel en a trouvé 200 barriques de Sucre , 54
tonneaux de Caffé & pluſieurs tonneaux d'lu
dīgo .
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1062
p. 181-182
FLANDRE.
Début :
L'Armée des Alliés décampa le 9 Août ; quelques jours auparavant un de ses détachemens [...]
Mots clefs :
Comte, Archiduchesse, Alliés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FLANDRE.
FLANDRE.
'Armée des Alliés décampa le 9Août ; quelques
jours auparavant un de ſes détachemens
de 400 Anglois & de 200 Hanoveriens fut mis en
déroute par un détachement François , qui tua
plus de 80 hommes & emmena prifonniers pluſieurs
Officiers & Soldats.
: Le Comte Maurice de Naſſau , Général des trou
pes Hollandoifes n'étoit pas encore rétabli de fa
ladie.
Le 17 Octobre , le Comte de Kaunits,Conſeiller
Intime de la Reine de Hongrie ,& nommé par,
elle Grand-Maître de la Maifon ,& Premier Miniſtre
de l'Archiducheſſe Gouvernante , arriva de
Vienne à Bruxelles , & reçut le lendemain les
complimens des Conſeils & des Tribunaux .
Les troupes des Alliés , fort incommodées par
les ouragans impétueux qu'elles ont eſſuyés près
de Gand au Camp de S.Denis, ſe ſont retirées dans
les quartiers qui leur étoient deſtinés.
La garniſon de la Ville de Conſtance a abandon
182 MERCURE DE FRANCE.
donné cette Ville au ſeul bruit de l'approche du
Comte de Clermont, qui y eſt entré, & a fait l'Etat
Major prifonnier de guerre ; on y a trouvé une
nombreuſe artillerie&des magaſins appartenants à
la Reinex de Hongrie.
Le 3 Octobre , l'Archiducheſſe Gouvernante de
Flandre reffentit une fiévre violente & des douleurs
très-aiguës , ce qui la détermina à ſe confeffer
&à recevoir le Viatique , le 6 à cinq heures dư
matin l'enfant fut jugé mort & tiré par l'opération
uſitée. L'Archiducheſſe la ſouffrit courageuſement.
'Armée des Alliés décampa le 9Août ; quelques
jours auparavant un de ſes détachemens
de 400 Anglois & de 200 Hanoveriens fut mis en
déroute par un détachement François , qui tua
plus de 80 hommes & emmena prifonniers pluſieurs
Officiers & Soldats.
: Le Comte Maurice de Naſſau , Général des trou
pes Hollandoifes n'étoit pas encore rétabli de fa
ladie.
Le 17 Octobre , le Comte de Kaunits,Conſeiller
Intime de la Reine de Hongrie ,& nommé par,
elle Grand-Maître de la Maifon ,& Premier Miniſtre
de l'Archiducheſſe Gouvernante , arriva de
Vienne à Bruxelles , & reçut le lendemain les
complimens des Conſeils & des Tribunaux .
Les troupes des Alliés , fort incommodées par
les ouragans impétueux qu'elles ont eſſuyés près
de Gand au Camp de S.Denis, ſe ſont retirées dans
les quartiers qui leur étoient deſtinés.
La garniſon de la Ville de Conſtance a abandon
182 MERCURE DE FRANCE.
donné cette Ville au ſeul bruit de l'approche du
Comte de Clermont, qui y eſt entré, & a fait l'Etat
Major prifonnier de guerre ; on y a trouvé une
nombreuſe artillerie&des magaſins appartenants à
la Reinex de Hongrie.
Le 3 Octobre , l'Archiducheſſe Gouvernante de
Flandre reffentit une fiévre violente & des douleurs
très-aiguës , ce qui la détermina à ſe confeffer
&à recevoir le Viatique , le 6 à cinq heures dư
matin l'enfant fut jugé mort & tiré par l'opération
uſitée. L'Archiducheſſe la ſouffrit courageuſement.
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1063
p. 182-183
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Début :
DON Gabriel Bernard de Quiros Velasco y Cueva, Marquis de Montéal, Capitaine Général de [...]
Mots clefs :
Baron, Troupes, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
.
On Gabriel Bernard deQuiros Velasco y Cueva,
د
la Province d'Eſtramadoure , mourut à Badajos le
5 Septembre , âgé de 66 ans.
Don François Lobato d'Ocampo , Conſeiller des
Finances , mourut à Madrid le 8 , à l'âge dess
ans.
Les Marquis de Guendica &de Garcia , LieutenantGénéraux
des troupes d'Eſpagne en Italie, ont
été bleffés , & M. de Kindelan , Aide-Major Général
de ces troupes , a ététué au Combat donné
près de la Madonna del Ulmo .
Don Manuel de Toledo , Conſeiller du Conſeil
des Finances , ci-devant Régent de l'Audience de
Valence , mourut à Madrid le 23 du mois dernier ,
agé de 74 ans.
NOVEMBRE . 1744 . 183
le Marquis d'Olias , Corregidor & IntendantGé
néral de Tolede , y mourut au commencement du
même mois , dans la 65 année de ſon âge.
Mre Leopold-Antoine-Eleuther , Baron de Firmian
, Archevêque Prince de Saltzbourg , y mourut
le 27 du même mois , âgé de 65 ans , cinq mois &
unjour. Il étoit fils de François , Baron de Firmian,
Commandant de Trieste & Colonel d'un Régi
ment d'Infanterie dans les troupes de l'Empereur
Leopold , & il avoit été nommé Chanoine de
Saltzbourg en 1702 , Evêque de Lavant en 1718 ,
Evêque de Seckau & de Laubach en 1725 , &
Archevêque de Saltzbourg le 4 Octobre 1727.
Le Baron de Plettemberg , ci-devant Miniſtre de
la Reine de Hongrie à la Diette de l'Empire ,
mourut à Ratifbonne le 29 du mois dernier.
.
On Gabriel Bernard deQuiros Velasco y Cueva,
د
la Province d'Eſtramadoure , mourut à Badajos le
5 Septembre , âgé de 66 ans.
Don François Lobato d'Ocampo , Conſeiller des
Finances , mourut à Madrid le 8 , à l'âge dess
ans.
Les Marquis de Guendica &de Garcia , LieutenantGénéraux
des troupes d'Eſpagne en Italie, ont
été bleffés , & M. de Kindelan , Aide-Major Général
de ces troupes , a ététué au Combat donné
près de la Madonna del Ulmo .
Don Manuel de Toledo , Conſeiller du Conſeil
des Finances , ci-devant Régent de l'Audience de
Valence , mourut à Madrid le 23 du mois dernier ,
agé de 74 ans.
NOVEMBRE . 1744 . 183
le Marquis d'Olias , Corregidor & IntendantGé
néral de Tolede , y mourut au commencement du
même mois , dans la 65 année de ſon âge.
Mre Leopold-Antoine-Eleuther , Baron de Firmian
, Archevêque Prince de Saltzbourg , y mourut
le 27 du même mois , âgé de 65 ans , cinq mois &
unjour. Il étoit fils de François , Baron de Firmian,
Commandant de Trieste & Colonel d'un Régi
ment d'Infanterie dans les troupes de l'Empereur
Leopold , & il avoit été nommé Chanoine de
Saltzbourg en 1702 , Evêque de Lavant en 1718 ,
Evêque de Seckau & de Laubach en 1725 , &
Archevêque de Saltzbourg le 4 Octobre 1727.
Le Baron de Plettemberg , ci-devant Miniſtre de
la Reine de Hongrie à la Diette de l'Empire ,
mourut à Ratifbonne le 29 du mois dernier.
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1064
p. 184-191
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
Début :
Depuis que j'habite notre Rocher, mon cher Chevalier, je vous ai souvent [...]
Mots clefs :
Roi, Grand maître, Charles de Tubières de Caylus, Escadre, Vaisseaux, Commandant, Magnifique, Te Deum, Illumination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre de M. le Ch. P***, à M. le Ch. S**, à Malte le 27 Octobre.
COPIE de la Lettre de M. le Ch. P ***
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
àM. le Ch. S ** , à Malte le 27 Octobre .
Depuisque
j'habite notre Rocher , mon
cher Chevalier , je vous ai ſouvent
écrit que je n'avois rien à mander , fur tout
à un habitant de Paris ; il n'en fera pas de
même aujourd'hui , écoutez -moi.
L'Eſcadre du Roi , commandée par le
Chevalier de Caylus , parut devant Malte
le premier Octobre & nous apprit à la fois
la maladie & la convalefcence du Roi ; le
danger fit fur nous une impreflion que la
nouvelle de fon rétabliſſement n'effaçoit
pas ; nous eûmes beſoin des affurances pofitives
qui nous vinrent de tous les côtés de
fon entiere guériſon pour refpirer en liberté
, & quoique notre affliction fut diminuée
, nous ne laiſſions pas d'éprouver
un ferrement de coeur qui nous rendoit
beaucoup plus douces les larmes de joye que
nous répandions.
On ne penſa plus qu'à remercier Dieu , &
à faire éclater ſa reconnoiſſance.
Les Trois Langues de France en Corps &
le Bailly du Bocage , chargé des affaires du
Roi auprès du G. M. firent chanter ſéparéi
:
NOVEMBRE. 1744. 185
ment des Te Deum , aufquels le Grand Maî
tre aſſiſta dans l'Egliſe de S. Jean à l'iſſue
d'une grandeMeſſe en Pontifical.
Notre ami le Chevalier N * * s'eſt chargé
de vous mander le détail de ces deux fêtes ;
je m'en tiens à celle qu'avoit fait préparer
le Chevalier de Caylus ; il n'avoit rien négligé
comme vous le verrez , pour ſignaler
fon zéle & fon attachement pour le Roi ;
aufli il s'en eft acquitté de la façon la plus
nouvelle & la plus magnifique , du moins
je vous aflûre qu'on n'avoit jamais rien vû
de pareil àMalte.
L'Eſcadre du Chevalier de Caylus , compoſée
de cinq Vaiſſeaux , & à laquelle ſe
joignit un fixiéme Vaiſſeau François , commandé
par le Comte de Vaudreuil , entra
dans le Port le 19 , & la fête fut indiquée
au 26 ; le 25 au matin , les Vaiſſeaux furent
pavoiſés & parés de flames & de pavillons
de toutes les couleurs & de toutes les Na-.
tions ; au Soleil couchant , le Commandant
fit une ſalve de 21 coups de canon , & les
s autres Vaiſſeaux une de 19 chacun ; quand
la nuit fut venuë , les Navires parurent abſolument
illuminés jusqu'aux manoeuvres
les plus déliées ; tout étoit formé par des
lumieres ; ces fix Batimens placés avantageuſement
dans le Port & brillans de tous
les côtés , produifurent le plus beau coup
186 MERCURE DE FRANCE.
d'oeil que l'on puiffe imaginer , pendant
deux heures que dura cette ſuperbe illumination
.
Le 26 au lever du Soleil , ces Vaiſſeaux
parurent pavoiſés comme ils l'avoient été la
veille , ſans que l'on pût rien découvrir de
tout ce qui avoit porté les lumieres ; ce
fut alors qu'une décharge générale de la
mouſqueterie , fuivie d'un falut de 21 coups
duCommandant& de 19 des autres Vaifſeaux
avertit toute la Ville de la fêre
qu'on devoit célébrer. Avant midi toutes
les fenêtres & les terraſſes ſur le Port furent
remplies d'un monde infini ; le peuple
couvroit le môle & les baſtions dans l'attente
du Te Deum qui devoit ſe chanter ſur.
le Vaiſſeau Commandant , & de l'illumination
qui devoit le ſuivre , mais ce qui redoubloit
encore l'affluence des Spectateurs ,
c'étoit le Grand Maître , qui a fait en cette
occaſion ce qu'aucun de ſes prédéceſſeurs
n'a pratiqué ; jamais il n'y en a eu qui ait
été viſiter ſes propres Vaiſſeaux , encore
moins qui ſoit monté fur un bord étranger
; le Chevalier de Caylus qui n'ignoroit
par cet article de l'étiquette , ne laiſſa pas
d'aller à la tête des Capitaines& des Officiersde
ſon Eſcadre , prier ſon Eminence
d'honorer la fête de ſa préſence ; le Grand
Maître charmé de témoigner ſa vénération
NOVEMBRE. 1744. 187
pour le Roi , oublia les uſages les plus anciennement
établis ; il fortit à quatre heures
& demie de fon Palais , précédé de tous les
Chevaliers qui font à Malte & fuivi de
preſque tous les Grand'Croix , des Baillifs
& des Seigneurs du Conſeil des differentes
Nations. Environné de cette Cour refpectable
, il vint à pied juſques à la Marine ;
tous les canots de l'Eſcadre allerent au- devant
du Grand - Maître , qu'une ſuperbe
Gondole attendoit &dans laquelle il monta
avec les Seigneurs de la Grand'Croix
& fon grand Ecuyer en habit de cérémonie
; les principaux Officiers du Palais également
en habits de cérémonie , le précédoient
dans une autre Gondole . Les Chevaliers
avoient rempli les canots & tous les
petits bâtimens que le Commandant avoit
fait trouver au mole. Le Grand-Maître vo
guoit lentement au bruit des tymbales &
trompettes,& les Vaifleaux François devant
leſquels il paſſa , le ſaluerent de ſept Vivé
le Roi.
Quand fon Alteſſe fut arrivée au Commandant
, elle trouva fur une eſpéce de perron
que l'on avoit ajouté au pied de la
grande échelle , tous les Capitaines de l'Efcadre
& le Chevalier de Caylus à leur tête ;
il donna le bras au Grand- Maître & l'aida a
monter , tandis que les équipages faifoient
و
188 MERCURE DEFRANCE.
retentir l'air de cris redoublés de Vive le
Roi. Son Eminence trouva au haut de l'échelletes
troupes ſous les armes , & fut faluée
par leurs Officiers ; elle paſſa ſur le
gaillard , où les Officiers de la Compagnie
des Gardes de la Marine la faluerent également
; quarante de ces Mrs étoient ſous les
armes ; ils les préſenterent avec tant de grace
que le Grand-Maître en fut charmé ; il
s'arrêta quelques momens pour voir & admirer
cette jeune nobleſſe , dont pluſieurs
fontde notre Ordre , enfuite le Grand-Maî
tre entra dans la chambre du Conſeil , à la
porte de laquelle un Garde Marine étoit en
faction l'épée nuë ; ſon Eminence s'aflit fur
un fauteiiil placé ſur un tapis de pied ; tous
lesGrand'Croix étoient affis autour de lui ;
une décharge de moufqueterie fut le ſignal
d'une ſalve générale de toute l'artillerie
des Vaiſſeaux ; S. E. après quelques momens
d'une converſation polie & agréable, voulut
viſiter l'intérieur du Vaiſſeau ; tout y étoit
diſpoſé comme pour le combat ; le Grand-
Maître alla par tout , examina & parut charmé
de l'ordre &de la propreté de ce beau
Navire , il vint enfuite ſur le Gaillard & fe
plaça fous unDais qu'on lui avoit preparé à
Tribord. Ce Gaillard formoit alors un falon
magnifique , au fond duquel les Gardes de
la Marine étoient ſous les armes , & deux
• NOVEMBRE . 1744. 189
de ces Mrs étoient en faction aux côtés du .
Dais ; les Grand'Croix étoient affis , & les
Chevaliers avec les Officiers de l'Eſcadre
étoient debout. Le Pere de Leſpinaffe , Jefuite
, Aumônier du Commandant , vint à
la tête des Aumôniers de l'Eſcadre complimenter
le Grand Maître , avant que de lui
preſenter l'Eau-Bénite , enſuite il alla devant
un Autel richement paré , & il entonna
le Te Deum qui fut chanté par toute la
Muſique de Malte , que le Chevalier de
Caylus avoit placée ſur la Dunette.
Au fronteau de la Dunette & dans l'endroit
le plus apparent , on avoit placé le
Portrait du Roi . Vous ne pouvez imaginer
, mon cher Chevalier , l'effet que cette
vûë produifit en nous ; c'étoit pour lui que
nous étions aſſemblés , c'étoit pour lui que
nous venions intéreſſer le Ciel ; nos coeurs
en furent remués ; les differentes Nations
qui étoient avec nous , s'en apperçûrent&
convinrent que jamais aucune Nation n'a
aimé ſon Roi comme les François aiment le
leur. Nous cherchâmes dans nous-mêmes la
raifonde cet amour fi tendre & fi vif ; voici
celle que nous trouvames ; je crois que c'eſt
la véritable , du moins nous la donnâmes à
des Portugais étonnés de la vivacité de nos
fentimens. Toutes les Nations , même les
plus fidelles , ne voyent que leur Maître
190 MERCURE DE FRANCE.
dans la perſonne de leur Roi , les François
vont plus loin , ils y voyent un Pere , auquel
ils doivent tout , & un ami pour lequel
ils mourroient. Ces Mrs avouerent
qu'il falloir que cela fut ainſi , pour furprendre
les François dans les mouvemens
involontaires de crainte ou de triſteſſe dont
on voitbien qu'ils ne ſont pas les Maîtres ,
d'abord qu'il s'agit de leur Roi.
Quandles prieres furent finies , le Grand-
Maître revint dans la chambre du Conſeil
où le Commandant lui ſervit lui-même des
rafraîchiſſemens ; on en préſenta à tous les
Seigneurs , parmi leſquels étoit l'Evêque
deMalte & le Prieur de l'Eglife ; ces deux
Prélats ont affifté à toutes les prieres qu'on
a fait pour le Roi , & ſe ſont trouvés à
toutes les fêtes dont ce Monarque étoit
l'objet.
Tous les Officiers s'approcherent auſſi de
ſon Eminence ; ce Prince les reçut avec une
politeffe & un air de fatisfaction , qui flatoit
plus que l'honneur même qu'il avoit
prétendu faire par ſa préſence ; il fit donner
75 Piéces de Portugal valant mille écus
à l'équipage ; il accorda la demi-Croix au
premier Nocher , au premier Pilote & au
premier Canonnier; enfin au coucher du Soleil
, leGrandMaître parût fortir à regret
du Vaiſſeau ; il fut conduit avec les mêmes
NOVEMBRE.
1744. 191
cérémonies & le Commandant lui donna le
bras pour l'aider à deſcendre & à entrer
dans ſaGondole;à peine fut-elle débordée,
qu'une ſalve générale d'artillerie &demoufqueterie
ſe fit entendre.
Le Grand- Maître , pour ne rien perdre
de cette fête , vint débarquer à ſon jardin
de la Marine , dont il avoit fait illuminer le
beau ſalon , pour répondre en quelque façon
aux illuminations des Vaiſſeaux dont il n'avoit
pû joüir: la veille & ce jour-là tout
concourut à luidonner un magnifique ſpectacle
; après avoir demeuré deux heures
dans ſon jardin , S. E. retourna ſur les neuf
heures à ſon Palais , mais pour joüir plus
long-tems de la beauté du coup d'oeil que
fourniſloit cette brillante Eſcadre , ce Prince
paſſa à pied le long du rempart du côté
de la Baraque de Caſtille ; ſa Cour étoit un
peu moins nombreuſe qu'en arrivant à fon
jardin ; 70 Chevaliers ou Baillifs de diffe
rentes Nations qui l'avoient ſuivi, revinrent
au Vaiſſeau du Chevalier de Caylus , où il
les attendoit avec le plus grand & le plus
magnifique ſouper , qu'il appelloit un ambigu
; la gayeté, la bonne chere , les vins
précieux & la Muſique firent durer jufqu'au
jour un ſouper qui lui ſeul eut été
une fête magnifique.
Fermer
1065
p. 199-203
COPIE de la Lettre du Roi écrite à Monseigneur l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le TE DEUM en Actions de graces des heureux succès de la Campagne du Roi, & en particulier de la Prise de la Ville de Fribourg.
Début :
MON Cousin, le moment que j'attendois avec tant d'impatience est arrivé, où je puis [...]
Mots clefs :
Dieu, Paris, Roi, Fribourg-en-Brisgau, Sujets, Gloire, Bonté, Actions de grâces, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE de la Lettre du Roi écrite à Monseigneur l'Archevêque de Paris, pour faire chanter le TE DEUM en Actions de graces des heureux succès de la Campagne du Roi, & en particulier de la Prise de la Ville de Fribourg.
COPIE de la Lettre du Roi écrite à Mon
Seigneur l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le TE DEUM en Actions de
graces des heureux ſuccès de la Campagne
du Roi , & en particulier de la Priſedé la
Villede Fribourg.
MOnOn Cousin , le moment que j'attendois
avec tant d'impatience eſt arrivé , où je puis
rendre à Dieu , au milieu de tout mon Peuple ,les
Actions de graces que nous lui devons pour les
bienfaits dont il nous a comblé . Il lui a plú de ſeconder
mes efforts & de me faire triompher à la
tête de mes Armées : il a daigné récompenfer l'amour
que je porte à mes Sujets , & couronner , par
des ſuccès , le déſir que j'avois de contribuer moimême
à leur ſureté & à leur gloire. Mes Conquêzes
en Flandres ont été auſſi rapides qu'elles
étoient importantes ; nul effort n'a été vain. Enfin
mes ennemis déconcertés , reconnoiſſant leur foibleſſe
, n'oſant pas ſe préſenter à force ouverte , &
croyant au moins pouvoir entreprendre aux lieux où
je n'étois pas , ont ſurpris des paſſages pour pénétrer
dans mes Etats , mais la valeur de mes Troupes
m'a donné le tems de voler à leur ſecours. Ni
le regret d'interrompre mes Conquêtes , ni l'éloignement
des lieux ne m'ont point retenu , & Dieu
qui m'en donnoit la force &la volonté , paroiſſoit
approuver mes deſſeins. Si alors ſa grace toute-puiffante
a paru m'abandonner un moment ; fi après
m'avoir protegé dans des entrepriſes difficiles , il a
voulu me faire voir la mort ailleurs que dans les
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
ま
dangers , ce moment d'allarme n'a ſervi qu'à me
faire ſentir plus vivement l'excès de fa bonté , &
j'ai reconnu qu'il ne m'avoit mis à cette épreuve ,
que pour m'accorder la faveur la plus touchante
qui puiſſe être pour un Roi. Sa Providence a voulu
que je jouiffe de tout l'amour de mes Sujets ,
ſans que les marques en fuſſent ſuſpectes , & que
me ſurvivant àmoi -même , je viſſe les regrets que
je laiſſfois après moi : voilà de tous ſes dons , unde
ceux qui m'a le plus touché. Ce Dieu qui lit dans
moncoeur , ſçait combien le prix d'être aimé , y
prévaut ſur un vain défir de gloire , qui coûteroit
trop à mes Sujets. Que fa bonté daigne achever
fon ouvrage , que ce ne ſoit pas vainement que
monPeuple me ſoit cher ; que ſa protection me
fourniſſe les moyens de rendre ce Peuple heureux
par la Paix , & que mes Victoires ne me ſervent
qu'à éteindre pour jamais dans mes ennemis , la
moindre eſpérance de pouvoir me nuire. La priſe
de Fribourg dont je viens de me rendre maître pour
l'Empereur mon Frere , les places de l'Autriche
'Antérieure que je lui ai ſoumiſes , tout acheve de
les convaincre , que les efforts les plus grands ne
peuvent rien contre une Armée que Dieu protége
viſiblement. Qu'ils entendent donc la voix du
Très-Haut ; qu'ils ſe laſſent des maux de leurs
Pays , s'ils ne font pas touchés de ceux de l'Europe;
qu'ils ſe ſouviennent que la France , en poffeffion
de défendre les Souverains opprimés , n'a jamais
foutenu que des cauſes juſtes , & qu'ils soient
enfin convaincus , qu'une Nation guerriere , qui
n'a qu'une langue & qu'un coeur , qui aime fon
Maître autant qu'elle en eſt aimée , & qui combat
pour l'équité, doit tôt ou tard ,par la Miféricorde de
Dieu, triompher de tous ſes ennemis. Pénétré de plus
en plus de tout ce que je dois à ſa divine bonté,je
NOVEMBRE. 1744. 201
,
ne puis que lui en redoubler mes Actions de graces
,& je vous écris cette Lettre pour vous dire
que mon intention eſt , que vous faffiez chanter le
Te Deum dans votre Egliſe Métropolitaine & autres
de votre Diocèſe , avec les ſolemnités requiſes , au
jour & à l'heure que leGrand Maître , ou le Maître
des Cérémonies vous dira de ma part , & que
vousy invitiez tous ceux qu'il conviendra d'y affifter
: ſur ee , je prie Dieu , qu'il vous ait , mon
Couſin, en ſa fainte & digne garde. Ecrit à Verſailles
le vingt- un Novembre mil ſept cent quarantequatre.
Signé , LOUIS ; Et plus bas , PHILYPEAUX.
Et au dos est écrit : A mon Coufin l'Archevêque
de Paris , Duc de Saint Cloud , Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du Saint- Esprit.
:
M. l'Archevêque de Paris , donna ſon Mandement
en conféquence , dont la teneur fuit.
CHARLES - GASPARD - GUILLAUM
DE VINTIMILLE , & C.
Pourrions nous ne pas regarder comme un effet
fenſible de la protection du Ciel , cette ſuite d'événemens
avantageux , qui , depuis que le Roi s'eſt
rendu à la tête de ſes Troupes , ont relevé la gloire
de ſes. Armes , & entre lesquels l'un des plus importans
eſt la priſe de la Villede Fribourg , & des
Forts quila comunandent.
Le premier ſoin de Sa Majesté au retour de ſes
expéditions , a été de remercier le Dieu des Armées
des lecours qu'il en a reçus , & de lui rendre ſes
voeux devant tout son Peuple , dans ce Temple Augufte
, où l'on a offert tant de Sacrifices pour le
ſuccèsde ſes entrepriſes , au milien de cette Capitale
,comme dans le lieu le plus propre pour faire
éclater les ſentimensde Religion & de gratitude .
dont fon coeur étoit pénétré.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Aujourd'hui ce même Monarque , par laLettre
que nous vous communiquons , & qui ſera à jamais
un monument précieux de ſa piété envers
Dieu & de ſa tendreſſe pour ſes Sujets , nous ordonne
de rendre de notre part au Très- Haut de ſolemnelles
Actions de graces pour les différentes faveurs
dont il l'a comblé , & en particulier pour l'innportante
conquête que ce Prince , revenu à peine
des portes de la mort , a entrepriſe avec tant de
courage , & qui a ſignalé glorieuſementla fin de fa
campagne.
Animés par un exemple fi édifiant , ſoumis àdes
ordres ſi reſpectables , faiſons retentir le lieu Saint
duchantde ces Cantiques conſacrés par l'Eglife à
la reconnoiſſance des bienfais que Dieu répand fur
nous : allons aux pieds des Autels faire à celui que
nous y adorons , l'hommagé de nos proſpérités &
denos triomphes : reconnoffons que nous en fommes
redevables à ſa main bienfaiſante , & loin de
les attribuer uniquement à l'induſtrie & au courage
de l'homme , écrions- nous avec cette multitude
d'Eſprits Célestes , qui environnent le Trône de
l'Agneau : A notre Dieu , Bénédiction , Gloire , Sageffe,
Actions de graces , honneur , Puissance& force
dans les fiécles des fiécles.
,
Après l'avoir remercié de ce que ſa divine bonté
a fait pour nous , prions-le de nous donner de nouvelles
preuves de ſa protection en calmant les
troubles dont l'Europe eſt agitée , & en nous rendant
un bien que nous avons long-tems poſſédé ,
fans en connoître affés le prix : demandons lui qu'il
diffſipe les jaloufies & les défiances qui ont enfanté
les cruelles diviſions d'où naiſſent chaque jour
nant de malheurs & de défordres : conjurons- le
d'éloigner de nos Frontiéres l'un des plus redoutables
fléaux de ſa colere ; de briſer dan de mettre exz
NOVEMBRE. 1744. 203
pièces , ou du moins de rendre inutiles ces Armes
meurtrieres , que les hommes ont inventées pour
leur mutuelle deſtruction .
Puiffions-nous , par une heureuſe réunion des
Puiſſances diviſées , jouir dans peu du fruit de nos
Prieres , voir bien-tôt ſuccéder aux horreurs d'une
Guerre ſanglante , les douceurs de la Paix , & n'avoir
plus que des voeux à former en faveur de ceux ,
contrequi nous implorons avec ardeur l'aſſiſtance
duCiel!
A ces cauſes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapi--
tre de notre Egliſe Métropolitaine , Nous ordonnons
: que le Te Deum , avec le Verſet , Benedica
mus Patrem & Filium , &c . & l'Oraiſon Pro gratiarum
actione ; l'Antienne Domine ſalvum fac Regem
, &c. le Verſet Fiat manus tua , &c. & l'Oraifon
Pro Rege or ejus Exercitu , ſera chanté Mercredi
prochain deux du préſent mois de Décembre , dans
notredite Eglife , en actions de graces des heureux
ſuccès de la Campagne du Roi , & en particulier de
la priſe de la Ville & des Forts de Fribourg. Que
Dimanche fix du même mois , il fera pareillement
chanté dans toutes les Abbayes, Chapitres, Paroif
fes & Communautés Séculieres& Régulieres de la
Ville& des Fauxbourgs de Paris ; & le Dimanche
qui ſuivra la réception de notre préſent Mandement
, dans toutes les autres Egliſes de notre Dio
cèſe. Si vous mandons , que ces Préſentes vous
ayez à notifier à tous Abbés , Prieurs , Curés , Su
perieurs & Superieures des Communautés exemp
res& non exemptes , à ce qu'ils n'en ignorent
Donné à Paris en notre Palais Archiepifcopal , le
premier Décembre mil ſept cent quarante- quatre..
Signé CHARLES , Archevêque de Paris,
Seigneur l'Archevêque de Paris , pour faire
chanter le TE DEUM en Actions de
graces des heureux ſuccès de la Campagne
du Roi , & en particulier de la Priſedé la
Villede Fribourg.
MOnOn Cousin , le moment que j'attendois
avec tant d'impatience eſt arrivé , où je puis
rendre à Dieu , au milieu de tout mon Peuple ,les
Actions de graces que nous lui devons pour les
bienfaits dont il nous a comblé . Il lui a plú de ſeconder
mes efforts & de me faire triompher à la
tête de mes Armées : il a daigné récompenfer l'amour
que je porte à mes Sujets , & couronner , par
des ſuccès , le déſir que j'avois de contribuer moimême
à leur ſureté & à leur gloire. Mes Conquêzes
en Flandres ont été auſſi rapides qu'elles
étoient importantes ; nul effort n'a été vain. Enfin
mes ennemis déconcertés , reconnoiſſant leur foibleſſe
, n'oſant pas ſe préſenter à force ouverte , &
croyant au moins pouvoir entreprendre aux lieux où
je n'étois pas , ont ſurpris des paſſages pour pénétrer
dans mes Etats , mais la valeur de mes Troupes
m'a donné le tems de voler à leur ſecours. Ni
le regret d'interrompre mes Conquêtes , ni l'éloignement
des lieux ne m'ont point retenu , & Dieu
qui m'en donnoit la force &la volonté , paroiſſoit
approuver mes deſſeins. Si alors ſa grace toute-puiffante
a paru m'abandonner un moment ; fi après
m'avoir protegé dans des entrepriſes difficiles , il a
voulu me faire voir la mort ailleurs que dans les
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
ま
dangers , ce moment d'allarme n'a ſervi qu'à me
faire ſentir plus vivement l'excès de fa bonté , &
j'ai reconnu qu'il ne m'avoit mis à cette épreuve ,
que pour m'accorder la faveur la plus touchante
qui puiſſe être pour un Roi. Sa Providence a voulu
que je jouiffe de tout l'amour de mes Sujets ,
ſans que les marques en fuſſent ſuſpectes , & que
me ſurvivant àmoi -même , je viſſe les regrets que
je laiſſfois après moi : voilà de tous ſes dons , unde
ceux qui m'a le plus touché. Ce Dieu qui lit dans
moncoeur , ſçait combien le prix d'être aimé , y
prévaut ſur un vain défir de gloire , qui coûteroit
trop à mes Sujets. Que fa bonté daigne achever
fon ouvrage , que ce ne ſoit pas vainement que
monPeuple me ſoit cher ; que ſa protection me
fourniſſe les moyens de rendre ce Peuple heureux
par la Paix , & que mes Victoires ne me ſervent
qu'à éteindre pour jamais dans mes ennemis , la
moindre eſpérance de pouvoir me nuire. La priſe
de Fribourg dont je viens de me rendre maître pour
l'Empereur mon Frere , les places de l'Autriche
'Antérieure que je lui ai ſoumiſes , tout acheve de
les convaincre , que les efforts les plus grands ne
peuvent rien contre une Armée que Dieu protége
viſiblement. Qu'ils entendent donc la voix du
Très-Haut ; qu'ils ſe laſſent des maux de leurs
Pays , s'ils ne font pas touchés de ceux de l'Europe;
qu'ils ſe ſouviennent que la France , en poffeffion
de défendre les Souverains opprimés , n'a jamais
foutenu que des cauſes juſtes , & qu'ils soient
enfin convaincus , qu'une Nation guerriere , qui
n'a qu'une langue & qu'un coeur , qui aime fon
Maître autant qu'elle en eſt aimée , & qui combat
pour l'équité, doit tôt ou tard ,par la Miféricorde de
Dieu, triompher de tous ſes ennemis. Pénétré de plus
en plus de tout ce que je dois à ſa divine bonté,je
NOVEMBRE. 1744. 201
,
ne puis que lui en redoubler mes Actions de graces
,& je vous écris cette Lettre pour vous dire
que mon intention eſt , que vous faffiez chanter le
Te Deum dans votre Egliſe Métropolitaine & autres
de votre Diocèſe , avec les ſolemnités requiſes , au
jour & à l'heure que leGrand Maître , ou le Maître
des Cérémonies vous dira de ma part , & que
vousy invitiez tous ceux qu'il conviendra d'y affifter
: ſur ee , je prie Dieu , qu'il vous ait , mon
Couſin, en ſa fainte & digne garde. Ecrit à Verſailles
le vingt- un Novembre mil ſept cent quarantequatre.
Signé , LOUIS ; Et plus bas , PHILYPEAUX.
Et au dos est écrit : A mon Coufin l'Archevêque
de Paris , Duc de Saint Cloud , Pair de France ,
Commandeur de l'Ordre du Saint- Esprit.
:
M. l'Archevêque de Paris , donna ſon Mandement
en conféquence , dont la teneur fuit.
CHARLES - GASPARD - GUILLAUM
DE VINTIMILLE , & C.
Pourrions nous ne pas regarder comme un effet
fenſible de la protection du Ciel , cette ſuite d'événemens
avantageux , qui , depuis que le Roi s'eſt
rendu à la tête de ſes Troupes , ont relevé la gloire
de ſes. Armes , & entre lesquels l'un des plus importans
eſt la priſe de la Villede Fribourg , & des
Forts quila comunandent.
Le premier ſoin de Sa Majesté au retour de ſes
expéditions , a été de remercier le Dieu des Armées
des lecours qu'il en a reçus , & de lui rendre ſes
voeux devant tout son Peuple , dans ce Temple Augufte
, où l'on a offert tant de Sacrifices pour le
ſuccèsde ſes entrepriſes , au milien de cette Capitale
,comme dans le lieu le plus propre pour faire
éclater les ſentimensde Religion & de gratitude .
dont fon coeur étoit pénétré.
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
Aujourd'hui ce même Monarque , par laLettre
que nous vous communiquons , & qui ſera à jamais
un monument précieux de ſa piété envers
Dieu & de ſa tendreſſe pour ſes Sujets , nous ordonne
de rendre de notre part au Très- Haut de ſolemnelles
Actions de graces pour les différentes faveurs
dont il l'a comblé , & en particulier pour l'innportante
conquête que ce Prince , revenu à peine
des portes de la mort , a entrepriſe avec tant de
courage , & qui a ſignalé glorieuſementla fin de fa
campagne.
Animés par un exemple fi édifiant , ſoumis àdes
ordres ſi reſpectables , faiſons retentir le lieu Saint
duchantde ces Cantiques conſacrés par l'Eglife à
la reconnoiſſance des bienfais que Dieu répand fur
nous : allons aux pieds des Autels faire à celui que
nous y adorons , l'hommagé de nos proſpérités &
denos triomphes : reconnoffons que nous en fommes
redevables à ſa main bienfaiſante , & loin de
les attribuer uniquement à l'induſtrie & au courage
de l'homme , écrions- nous avec cette multitude
d'Eſprits Célestes , qui environnent le Trône de
l'Agneau : A notre Dieu , Bénédiction , Gloire , Sageffe,
Actions de graces , honneur , Puissance& force
dans les fiécles des fiécles.
,
Après l'avoir remercié de ce que ſa divine bonté
a fait pour nous , prions-le de nous donner de nouvelles
preuves de ſa protection en calmant les
troubles dont l'Europe eſt agitée , & en nous rendant
un bien que nous avons long-tems poſſédé ,
fans en connoître affés le prix : demandons lui qu'il
diffſipe les jaloufies & les défiances qui ont enfanté
les cruelles diviſions d'où naiſſent chaque jour
nant de malheurs & de défordres : conjurons- le
d'éloigner de nos Frontiéres l'un des plus redoutables
fléaux de ſa colere ; de briſer dan de mettre exz
NOVEMBRE. 1744. 203
pièces , ou du moins de rendre inutiles ces Armes
meurtrieres , que les hommes ont inventées pour
leur mutuelle deſtruction .
Puiffions-nous , par une heureuſe réunion des
Puiſſances diviſées , jouir dans peu du fruit de nos
Prieres , voir bien-tôt ſuccéder aux horreurs d'une
Guerre ſanglante , les douceurs de la Paix , & n'avoir
plus que des voeux à former en faveur de ceux ,
contrequi nous implorons avec ardeur l'aſſiſtance
duCiel!
A ces cauſes , après en avoir conferé avec nos
vénérables Freres les Doyen , Chanoines & Chapi--
tre de notre Egliſe Métropolitaine , Nous ordonnons
: que le Te Deum , avec le Verſet , Benedica
mus Patrem & Filium , &c . & l'Oraiſon Pro gratiarum
actione ; l'Antienne Domine ſalvum fac Regem
, &c. le Verſet Fiat manus tua , &c. & l'Oraifon
Pro Rege or ejus Exercitu , ſera chanté Mercredi
prochain deux du préſent mois de Décembre , dans
notredite Eglife , en actions de graces des heureux
ſuccès de la Campagne du Roi , & en particulier de
la priſe de la Ville & des Forts de Fribourg. Que
Dimanche fix du même mois , il fera pareillement
chanté dans toutes les Abbayes, Chapitres, Paroif
fes & Communautés Séculieres& Régulieres de la
Ville& des Fauxbourgs de Paris ; & le Dimanche
qui ſuivra la réception de notre préſent Mandement
, dans toutes les autres Egliſes de notre Dio
cèſe. Si vous mandons , que ces Préſentes vous
ayez à notifier à tous Abbés , Prieurs , Curés , Su
perieurs & Superieures des Communautés exemp
res& non exemptes , à ce qu'ils n'en ignorent
Donné à Paris en notre Palais Archiepifcopal , le
premier Décembre mil ſept cent quarante- quatre..
Signé CHARLES , Archevêque de Paris,
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1065
1066
p. 205-207
MORTS.
Début :
LE 7 Septembre, D. Anne Marie-Thérese Spinola, née Princesse du S. Empire & Epouse de [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Paris, Régiment, Roi, Madame d'Estouteville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
L E7 Septembre , D. Anne Marie-Théreſe Spinola,
née Princeſe du S. Empire & Epouse de
M. Paul-Edouard d'Eſtouteville , en poffſeſſion des
nom & titre de Duc d'Eſtouteville en vertu de la
Charte d'Erection de ce Duché par François I. en
1534 , ci -devant Mestre de Camp Lieutenant dur
Régiment du Roi Dragons , & actuellement Maréchal
des Camps & armées de S. M. & c. mourut
à Paris , & fut tranſportée le 9 de la Paroiſſe de S..
Sulpice en celle de S. Eustache , pour y être inhumée
dans la Chapelle de Colbert & au tombeau de
M. Colbert Miniſtre d'Etat , ayeul paternel de M.
d'Eſtouteville , de qui elle ne laiſſe point d'enfans.
Madame d'Eſtouteville avoit été mariée le 25 Juin
1714 , & étoit âgée de 58 ans. Elle étoit foeur cadetre
de feuë Madame la Duchefſe de Nevers ,
morte le II Janvier 1738 , & comme elle fille de
Jean- Baptiste Spinola , Prince du S. Empire & de
Vergagne dans l'Etat de Génes ,Grand d'Eſpagne
de la premiereClaſſe , Lieutenant Général des armées
de S. M. Catholique , &c. & de D. Françoiſe
Corerel du Bois de Leſſines .
-
Si l'on veut s'inſtruire plus particulierement de
cequi regarde la Généalogie de Mad. d'Eſtouteville&
de la feuë Ducheſſe de Nevers , on peut
voir 1º . l'Hiſtoire de la Maiſon Spinola , donnée
au Public en 1696 , par le Pere Maximilien Déza:
2º. l'Ouvrage d'Augustin Franzone Chevalier Génois
, ſur les vingt-huit premieres Maiſons de la
République de Genes , à la tête deſquelles il mer
206 MERCURE DE FRANCE,
celle de Spinola :& 3 °. l'Abregé Manuſcrit de la
Généalogie de çette même Maiſon dreffée ſur titres
par Lucas Salazar Chronologiſte du Roi d'Eſpagne,
Conſeiller au Confeil des Ordres Militaires , Commandeur
de Calatrava.
LeMarquis de Leuville , fils du Lieutenant Généxal
de cenom , & neveu du Bailly de Givri , mort
ilyaquelque tems à Embrun des bleſſures qu'il a
reçûës à l'attaque duChâteau Dauphin , a été tué
par un Parti de Vaudois , en allant joindre les troupes
commandées par le Prince deConty.
Jean Baptiste Du Tillet ,
Conſeiller d'honneur
au Parlement de Paris , & cy-devant Prédent
d'une des Chambres des Enquêtes , mourut à
Paris le huit , âgé de 59 ans.
Mre Jean Bouhier , Ancien Evêque de Dijon ,
mourut dans ce Diocèſe le quinze , âgé de près de
79 ans ; il avoit été le premier Evêque de cette Capitale
de la Bourgogne .
Charles Marquis de Ste Maure , Vice Amiral
du Levant , Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , mourut à Paris le 23 , âgé de 92
ans.
, Jerôme Auguſtin Boiſſel de Darville Brigadier
des armées de France , & Gouverneur de la
Ville de Roye , mourut à Paris le même jour dans
ſa ſoixante& quatrième année.
Madame de France , fixieme Fille du Roi , mourut
à l'Abbaye de Fontevrault le 28 , âgée de huit
ans, 4 mois & 12.jours ; elle étoit née à Verſailles
le 16 Mai 1736 .
Dame Marie Claude Cahouet de Beauvais , épouſe
du Comte de Chabanes , Lieutenant Général des
armées du Roi , Lieutenant Colonel du Régiment
des Gardes Françoiſes , & Grand Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , mourut à Paris le
29 , âgée de so ans..
NOVEMBRE. 1744. 207
K
M. de Solemi , Brigadier & Lieutenant Colone
du Régiment de Cavalerie de Conty , a été tué en
Italie , en marchant ſur les traces de ſon Prince, au
Combat donné près du Convent de la Madonna
del Ulmo .
Le Marquis de Benſe, Capitaine dans le Régiment
de Dragons du Roi , a été tué à l'attaque du fort
de Rhinfeldt , ſur le Rhin , emporté par les troupes
commandées par le Chevalier de Belle-Ifle .
Le Chevalierde Courtomer & le Marquis d'Avernes,
tous deux Lieutenans au Régiment des Gardes
Françoiſes , ont été tués en ſignalant leur valeur au
Siége de Fribourg .
Mre Leon de Beaumont , Evêque de Saintes , &
Prieur de S. Etienne de Mortagne , mourut dans.
ſon Diocèſe le 10 Octobre , âgé d'environ 93 ans.
M. de Boëhmer , Miniſtre du Landgrave de Heffe
Darmſtadt , mourut les Novembre dans la ss. an
néede ſonâge.
L E7 Septembre , D. Anne Marie-Théreſe Spinola,
née Princeſe du S. Empire & Epouse de
M. Paul-Edouard d'Eſtouteville , en poffſeſſion des
nom & titre de Duc d'Eſtouteville en vertu de la
Charte d'Erection de ce Duché par François I. en
1534 , ci -devant Mestre de Camp Lieutenant dur
Régiment du Roi Dragons , & actuellement Maréchal
des Camps & armées de S. M. & c. mourut
à Paris , & fut tranſportée le 9 de la Paroiſſe de S..
Sulpice en celle de S. Eustache , pour y être inhumée
dans la Chapelle de Colbert & au tombeau de
M. Colbert Miniſtre d'Etat , ayeul paternel de M.
d'Eſtouteville , de qui elle ne laiſſe point d'enfans.
Madame d'Eſtouteville avoit été mariée le 25 Juin
1714 , & étoit âgée de 58 ans. Elle étoit foeur cadetre
de feuë Madame la Duchefſe de Nevers ,
morte le II Janvier 1738 , & comme elle fille de
Jean- Baptiste Spinola , Prince du S. Empire & de
Vergagne dans l'Etat de Génes ,Grand d'Eſpagne
de la premiereClaſſe , Lieutenant Général des armées
de S. M. Catholique , &c. & de D. Françoiſe
Corerel du Bois de Leſſines .
-
Si l'on veut s'inſtruire plus particulierement de
cequi regarde la Généalogie de Mad. d'Eſtouteville&
de la feuë Ducheſſe de Nevers , on peut
voir 1º . l'Hiſtoire de la Maiſon Spinola , donnée
au Public en 1696 , par le Pere Maximilien Déza:
2º. l'Ouvrage d'Augustin Franzone Chevalier Génois
, ſur les vingt-huit premieres Maiſons de la
République de Genes , à la tête deſquelles il mer
206 MERCURE DE FRANCE,
celle de Spinola :& 3 °. l'Abregé Manuſcrit de la
Généalogie de çette même Maiſon dreffée ſur titres
par Lucas Salazar Chronologiſte du Roi d'Eſpagne,
Conſeiller au Confeil des Ordres Militaires , Commandeur
de Calatrava.
LeMarquis de Leuville , fils du Lieutenant Généxal
de cenom , & neveu du Bailly de Givri , mort
ilyaquelque tems à Embrun des bleſſures qu'il a
reçûës à l'attaque duChâteau Dauphin , a été tué
par un Parti de Vaudois , en allant joindre les troupes
commandées par le Prince deConty.
Jean Baptiste Du Tillet ,
Conſeiller d'honneur
au Parlement de Paris , & cy-devant Prédent
d'une des Chambres des Enquêtes , mourut à
Paris le huit , âgé de 59 ans.
Mre Jean Bouhier , Ancien Evêque de Dijon ,
mourut dans ce Diocèſe le quinze , âgé de près de
79 ans ; il avoit été le premier Evêque de cette Capitale
de la Bourgogne .
Charles Marquis de Ste Maure , Vice Amiral
du Levant , Grand Croix de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , mourut à Paris le 23 , âgé de 92
ans.
, Jerôme Auguſtin Boiſſel de Darville Brigadier
des armées de France , & Gouverneur de la
Ville de Roye , mourut à Paris le même jour dans
ſa ſoixante& quatrième année.
Madame de France , fixieme Fille du Roi , mourut
à l'Abbaye de Fontevrault le 28 , âgée de huit
ans, 4 mois & 12.jours ; elle étoit née à Verſailles
le 16 Mai 1736 .
Dame Marie Claude Cahouet de Beauvais , épouſe
du Comte de Chabanes , Lieutenant Général des
armées du Roi , Lieutenant Colonel du Régiment
des Gardes Françoiſes , & Grand Croix de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , mourut à Paris le
29 , âgée de so ans..
NOVEMBRE. 1744. 207
K
M. de Solemi , Brigadier & Lieutenant Colone
du Régiment de Cavalerie de Conty , a été tué en
Italie , en marchant ſur les traces de ſon Prince, au
Combat donné près du Convent de la Madonna
del Ulmo .
Le Marquis de Benſe, Capitaine dans le Régiment
de Dragons du Roi , a été tué à l'attaque du fort
de Rhinfeldt , ſur le Rhin , emporté par les troupes
commandées par le Chevalier de Belle-Ifle .
Le Chevalierde Courtomer & le Marquis d'Avernes,
tous deux Lieutenans au Régiment des Gardes
Françoiſes , ont été tués en ſignalant leur valeur au
Siége de Fribourg .
Mre Leon de Beaumont , Evêque de Saintes , &
Prieur de S. Etienne de Mortagne , mourut dans.
ſon Diocèſe le 10 Octobre , âgé d'environ 93 ans.
M. de Boëhmer , Miniſtre du Landgrave de Heffe
Darmſtadt , mourut les Novembre dans la ss. an
néede ſonâge.
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1067
p. 101-102
Discours sur la manoeuvre des Vaisseaux, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS sur la Manoeuvre des Vaisseaux prononcé à l'Ecole Militaire le 17 [...]
Mots clefs :
Manoeuvre, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la manoeuvre des Vaisseaux, Extrait, [titre d'après la table]
DISCOURS ſur la Manoeuvre des Vaifſeaux
prononcé à l'Ecole Militaire le 17
Novembre 1744 par M. SAVERIEN Ingenieur
& Profeffeur d'Hydrographie en cette
Ecole , à l'ouverture de ſes Leçons publiques
ſur cette partie eſſentielle de la Navigation.
A Paris chez d'Houry pere & fils ,
1744 in 4 ° . 17. pages .
La Manoeuvre eſt une partie des plus efſentielles
de la Navigation. C'eſt par cet art
que l'on ſçait donner avec intelligence par
les voiles & le gouvernail , les mouvemens
propres pour faire avec célérité une évolution
navale , que l'on évite quelquefois un
danger imprévu , que l'on prend le deſſus
du vent , pourdonner la chaſſe à un vaiſſeau
ennemi ; enfin qu'un navire foible échape
à force de voiles & par une manoeuvre bien
dirigée à la pourſuite d'un ennemi plus fort
& moins habile.
M. S. s'eſt propoſé dans ſon Diſcours de
montrer quelle a été l'origine de la Manoeuvre
, quels ont été les progrès de cet Art
& quels font les avantages qu'il procure.
Ce plan eſt fort judicieux & traité avec
gout. L'Orateur ne pouvoit choiſir une matiere
plus convenable. On ne ſçauroit trop
répéter aux jeunes gens qui ſe deſtinent
à la guerre , que leur métier ne confifte pas
foulement à eſſuyer des coups de fufil , que
E iij
101 MERCURE DE FRANCE.
c'eſt un Art qui exige des connoiffances &
des réfléxions , & qu'on ne peut y réuffir
que par une application conſtante.
prononcé à l'Ecole Militaire le 17
Novembre 1744 par M. SAVERIEN Ingenieur
& Profeffeur d'Hydrographie en cette
Ecole , à l'ouverture de ſes Leçons publiques
ſur cette partie eſſentielle de la Navigation.
A Paris chez d'Houry pere & fils ,
1744 in 4 ° . 17. pages .
La Manoeuvre eſt une partie des plus efſentielles
de la Navigation. C'eſt par cet art
que l'on ſçait donner avec intelligence par
les voiles & le gouvernail , les mouvemens
propres pour faire avec célérité une évolution
navale , que l'on évite quelquefois un
danger imprévu , que l'on prend le deſſus
du vent , pourdonner la chaſſe à un vaiſſeau
ennemi ; enfin qu'un navire foible échape
à force de voiles & par une manoeuvre bien
dirigée à la pourſuite d'un ennemi plus fort
& moins habile.
M. S. s'eſt propoſé dans ſon Diſcours de
montrer quelle a été l'origine de la Manoeuvre
, quels ont été les progrès de cet Art
& quels font les avantages qu'il procure.
Ce plan eſt fort judicieux & traité avec
gout. L'Orateur ne pouvoit choiſir une matiere
plus convenable. On ne ſçauroit trop
répéter aux jeunes gens qui ſe deſtinent
à la guerre , que leur métier ne confifte pas
foulement à eſſuyer des coups de fufil , que
E iij
101 MERCURE DE FRANCE.
c'eſt un Art qui exige des connoiffances &
des réfléxions , & qu'on ne peut y réuffir
que par une application conſtante.
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1068
p. 103-104
Seconde Edition du Dictionnaire Militaire, [titre d'après la table]
Début :
David jeune Libraire Quay des Augustins au Saint Esprit, vient de mettre en [...]
Mots clefs :
Militaires, Artillerie, Garde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde Edition du Dictionnaire Militaire, [titre d'après la table]
David le jeune Libraire Quay des Auguſtins
au Saint Eſprit , vient de mettre en
vente une ſeconde édition du Dictionaire
Militaire en deux volumes in 12 6 liv .
L'Auteur de cet Ouvrage ( c'eſt M. Delachenaye
) déja connu par plufieurs autres , a
entierement refondu la premiere édition
dans celui- ci , où les jeunes Militaires trouveront
l'arrangement de tous les termes ,
qui regardent la Tactique , le Génie , l'Artillerie
la Marine , la ſubſiſtance des
Troupes , & des détails hiſtoriques ſur l'origine
& la nature des différentes eſpéces ,
tant d'offices Militaires anciens & modernes ,
que des Armes , qui ont été en uſage dans
les differens tems de la Monarchie.
د
Ce Dictionaire eſt encore orné de la
Liſte de ceux qui ont occupé les premieres
charges Militaires. Par exemple ſous les noms
de Grand Sénéchal , de Connétable , de Maréchal
de France , de Porte - Oriflame , de
Grand maître des Arbaletriers , de Grand
maître d'Artillerie , d'Amiral , de Colonel
Général de l'Infanterie , de Colonel Général
de la Cavalerie , on trouve le nom des
Seigneurs , qui ont été ſucceſſivement jufques
à aujourd'hui revétus de ces charges.
Aux Articles de Gardes du Corps , Gendarmes
de la Garde , Chevaux Legers
Mouſquetaires du Roy , Grenadiers à che-
Enj
104 MERCURE DE FRANCE.
val , Gendarmes ,Gardes Françoiſes , Gardes
Suiſſes . On trouve auſſi la Liſte de ceux
qui ont commandé ces differentes compagnies
, &les deux Régimens , deſtinés à la
Garde de nos Rois.
Un plus ample détail fur ce Dictionnaire
ſeroit inutile. L'Officier d'Infanterie , de Cavalerie
, de Genie , d'Artillerie , de Marine,
& les Employés dans les vivres, chacun,comme
le dit l'Auteur dans ſa Préface, ytrouvera
tout ce qui eſt de ſon metier , les anciens
Officiers , ceux même qui n'ont pas pris le
parti des armes , & les jeunes gens qui y
ſont deſtinés , peuvent s'y inſtruire , & s'y
amuſer agréablement.
au Saint Eſprit , vient de mettre en
vente une ſeconde édition du Dictionaire
Militaire en deux volumes in 12 6 liv .
L'Auteur de cet Ouvrage ( c'eſt M. Delachenaye
) déja connu par plufieurs autres , a
entierement refondu la premiere édition
dans celui- ci , où les jeunes Militaires trouveront
l'arrangement de tous les termes ,
qui regardent la Tactique , le Génie , l'Artillerie
la Marine , la ſubſiſtance des
Troupes , & des détails hiſtoriques ſur l'origine
& la nature des différentes eſpéces ,
tant d'offices Militaires anciens & modernes ,
que des Armes , qui ont été en uſage dans
les differens tems de la Monarchie.
د
Ce Dictionaire eſt encore orné de la
Liſte de ceux qui ont occupé les premieres
charges Militaires. Par exemple ſous les noms
de Grand Sénéchal , de Connétable , de Maréchal
de France , de Porte - Oriflame , de
Grand maître des Arbaletriers , de Grand
maître d'Artillerie , d'Amiral , de Colonel
Général de l'Infanterie , de Colonel Général
de la Cavalerie , on trouve le nom des
Seigneurs , qui ont été ſucceſſivement jufques
à aujourd'hui revétus de ces charges.
Aux Articles de Gardes du Corps , Gendarmes
de la Garde , Chevaux Legers
Mouſquetaires du Roy , Grenadiers à che-
Enj
104 MERCURE DE FRANCE.
val , Gendarmes ,Gardes Françoiſes , Gardes
Suiſſes . On trouve auſſi la Liſte de ceux
qui ont commandé ces differentes compagnies
, &les deux Régimens , deſtinés à la
Garde de nos Rois.
Un plus ample détail fur ce Dictionnaire
ſeroit inutile. L'Officier d'Infanterie , de Cavalerie
, de Genie , d'Artillerie , de Marine,
& les Employés dans les vivres, chacun,comme
le dit l'Auteur dans ſa Préface, ytrouvera
tout ce qui eſt de ſon metier , les anciens
Officiers , ceux même qui n'ont pas pris le
parti des armes , & les jeunes gens qui y
ſont deſtinés , peuvent s'y inſtruire , & s'y
amuſer agréablement.
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1069
p. 104-105
Traité des subsistances Militaires, [titre d'après la table]
Début :
LE TRAITÉ des Subsistances Militaires que M. Dupré d'Aulnay, Commissaire des [...]
Mots clefs :
Service des vivres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité des subsistances Militaires, [titre d'après la table]
LE TRAITE' des Subſiſtances Militaires que
M. Dupré d'Aulnay , Commiſſaire des
Guerres ancien Directeur Général des
vivres , a donné au Public a été reçû
très favorablement par rapport aux principes
qu'il a établis après trente années
d'experiences fur une matiere ſi interefſante
pour le ſervice du Roi.
د
CeTraité eſt regardé comme très utile pour
la fureté du ſervice des Troupes , & pour
les Munitionnaires & leurs Employés , auxquels
il preſcrit les regles d'une bonne adminiſtration
dans toutes les parties des entrepriſes
des vivres , des fourages , de la viande ,
DECEMBRE. 1744. 105
des Hôpitaux & des équipages. Il contient
des inftructions très - circonstanciées pour
chaque forte d'Employés ; il découvre les
voyes détournées & illicites que les Entrepreneurs
& leurs Commis ont mis en uſage
pour ſe procurer des bénéfices indirects.
Les Intendans & les Commiſſaires des
Guerres trouveront dans ce que l'Auteur a
tracé , les moyens de prévenir & remedier à
ces abus. Les Majors des Régimens y trouveront
auſſi des obſervations utiles aux
details dont ils font chargés .
Ce Traité dedié à M. le Comte Dargenfon
Miniſtre & Sécretaire d'Etat
au département de la Guerre , forme
un volume in quarto , il eſt enrichi de
vignettes , & de pluſieurs plans relatifs au
ſervice des vivres à l'armée. Il ſe vend chez
Prault le Pere ſous le Quai de Geſvres .
M. Dupré d'Aulnay , Commiſſaire des
Guerres ancien Directeur Général des
vivres , a donné au Public a été reçû
très favorablement par rapport aux principes
qu'il a établis après trente années
d'experiences fur une matiere ſi interefſante
pour le ſervice du Roi.
د
CeTraité eſt regardé comme très utile pour
la fureté du ſervice des Troupes , & pour
les Munitionnaires & leurs Employés , auxquels
il preſcrit les regles d'une bonne adminiſtration
dans toutes les parties des entrepriſes
des vivres , des fourages , de la viande ,
DECEMBRE. 1744. 105
des Hôpitaux & des équipages. Il contient
des inftructions très - circonstanciées pour
chaque forte d'Employés ; il découvre les
voyes détournées & illicites que les Entrepreneurs
& leurs Commis ont mis en uſage
pour ſe procurer des bénéfices indirects.
Les Intendans & les Commiſſaires des
Guerres trouveront dans ce que l'Auteur a
tracé , les moyens de prévenir & remedier à
ces abus. Les Majors des Régimens y trouveront
auſſi des obſervations utiles aux
details dont ils font chargés .
Ce Traité dedié à M. le Comte Dargenfon
Miniſtre & Sécretaire d'Etat
au département de la Guerre , forme
un volume in quarto , il eſt enrichi de
vignettes , & de pluſieurs plans relatifs au
ſervice des vivres à l'armée. Il ſe vend chez
Prault le Pere ſous le Quai de Geſvres .
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1070
p. 157-158
Combat d'un Vaisseau de la Religion avec des Bâtimens Algériens, [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Marseille marquent que l'on a appris de Malthe que la nuit du 19 [...]
Mots clefs :
Vaisseau, Le Saint-Jean, Bâtiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Combat d'un Vaisseau de la Religion avec des Bâtimens Algériens, [titre d'après la table]
Les Lettres de Marſeille marquent que
l'on a appris de Malthe que la nuit du 19
au 20 du mois dernier le Vaiſſeau de guerre
le Saint Jean appartenant à la Religion ,
avoit découvert en croiſant à la hauteur du
Cap - Honne 6 Bâtimens Algériens qui
venoient vent arriere ſur lui , que le lendemain
ces Bâtimens l'ayant reconnu & ayant
fait auffi-tốt force de voiles pour s'éloigner ,
il les avoit pourſuivis , que 5 l'avoient paffé
de l'avant &que le ſixiéme qui n'étoit pas
aufli bon voilier que les autres avoit pris le
parti d'aller mouiller à un endroit nommé
Limache , qu'alors un dess premiers avoit
réviré de bord pour ne pas abandonner ce
Bâtiment , pendant que quatre avoient coutinué
leur route , que ſur le midi le Vaiſſeau
138 MERCURE DE FRANCE.
le Saint Jean avoit mis ſon Canot à la Me
pour ſonder afin de s'aſſurer ſi on pouvoit
s'approcher de la terre , que les deux Bâtimens
Algériens avoient tiré quelques coups
de canon & une grande quantité de coups
defufil , mais que leur feu n'avoit point empêché
le Canot d'exécuter ſa commiffion ,
que comme on avoit trouvé qu'il y avoit fuffſiſamment
d'eau , le Vaiſſeau le Saint Jean
s'étoit avancé le 21 pour attaquer les Algériens
, que ceux-ci avoient tiré pluſieurs volées
de canon & qu'il y avoit eu un Chevalier
& un Matelot de bleſſés & un Soldat de
tué , que le Vaiſſeau le Saint Jean ayant préſenté
le travets & ayant fait un feu très-vif,
les ennemis avoient abandonné leurs Bâtimens
qui ont été coulés à fond. Les équipages
qui s'étoient retirés ſur une pointe de
rocher , tirerent plus de 2000 coups de fufil
ſur le Vaiſſeau de la Religion , mais ils
ne cauferent aucun mal parce qu'ils étoient
hors de portée.
Le tems & le lieu étant trop dangereux
pour paſſer la nuit près de la côte , le Vaifſeau
le Saint Jean repiit le large & il retourna
à ſa croifiere .
l'on a appris de Malthe que la nuit du 19
au 20 du mois dernier le Vaiſſeau de guerre
le Saint Jean appartenant à la Religion ,
avoit découvert en croiſant à la hauteur du
Cap - Honne 6 Bâtimens Algériens qui
venoient vent arriere ſur lui , que le lendemain
ces Bâtimens l'ayant reconnu & ayant
fait auffi-tốt force de voiles pour s'éloigner ,
il les avoit pourſuivis , que 5 l'avoient paffé
de l'avant &que le ſixiéme qui n'étoit pas
aufli bon voilier que les autres avoit pris le
parti d'aller mouiller à un endroit nommé
Limache , qu'alors un dess premiers avoit
réviré de bord pour ne pas abandonner ce
Bâtiment , pendant que quatre avoient coutinué
leur route , que ſur le midi le Vaiſſeau
138 MERCURE DE FRANCE.
le Saint Jean avoit mis ſon Canot à la Me
pour ſonder afin de s'aſſurer ſi on pouvoit
s'approcher de la terre , que les deux Bâtimens
Algériens avoient tiré quelques coups
de canon & une grande quantité de coups
defufil , mais que leur feu n'avoit point empêché
le Canot d'exécuter ſa commiffion ,
que comme on avoit trouvé qu'il y avoit fuffſiſamment
d'eau , le Vaiſſeau le Saint Jean
s'étoit avancé le 21 pour attaquer les Algériens
, que ceux-ci avoient tiré pluſieurs volées
de canon & qu'il y avoit eu un Chevalier
& un Matelot de bleſſés & un Soldat de
tué , que le Vaiſſeau le Saint Jean ayant préſenté
le travets & ayant fait un feu très-vif,
les ennemis avoient abandonné leurs Bâtimens
qui ont été coulés à fond. Les équipages
qui s'étoient retirés ſur une pointe de
rocher , tirerent plus de 2000 coups de fufil
ſur le Vaiſſeau de la Religion , mais ils
ne cauferent aucun mal parce qu'ils étoient
hors de portée.
Le tems & le lieu étant trop dangereux
pour paſſer la nuit près de la côte , le Vaifſeau
le Saint Jean repiit le large & il retourna
à ſa croifiere .
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1071
p. 159-162
PRISES DE VAISSEAUX.
Début :
IL est arrivé à Marseille cinq Navires de saint Malo venans de la pêche de la [...]
Mots clefs :
Tonneaux, Capitaine, Vaisseau, Port
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRISES DE VAISSEAUX.
PRISES DE VAISSEAU X.
Leſt arrivé
faint Malo venans de la péche de la
Moruë , leſquels ont amené un Bâtiment
Anglois de 200 tonneaux , dont ils ſe ſont
emparés. Les mêmes Navires ſe ſont rendus
maîtres de quatre autres Vaiſſeaux ennemis ,
dont trois ont été rançonnés , & l'autre
d'environ 100 tonneaux , chargé de ſel ,
a été envoyé à Nantes,
à Marſeille cinq Navires de
Onapprend de Bayonne que le Corfaire
le Chaffeur , commandé par le Capitaine
Girandel , eft entré dans ce Port avec un
Bátiment , ſur lequel ily avoit cent Boucaux
de Sucre , & quelques autres marchandiſes .
Le Capitaine du Peat , qui monte le
Vaiſſeau le Renard , du même Port , a enlevé
les Navires le Delight & la Branche d'Olivier
, le dernier de 300 tonneaux , dont la
cargaifon étoit compoſée de Pelleteries , de
Cuivre , d'Huile de Baleine , de Bois de Menuiſerie
, de Goudron , de Merains , de
Raiſine & de Therebentine,
160 MERCURE DE FRANCE .
Le Pinque la Jeanne , de Bristol , de
180 tonneaux , avec un chargement de Sucre
, de Poivre , de Coton , de Bois d'Acajou
& de Tafia , a été pris par le Corſaire
la Victoire , que commande le Capitaine
du Ler.
Les lettres de Bordeaux marquent qu'on
y a reçû avis deſaint Sebaſtien , que le Navire
la Saxonne , armé en courſe par le Capitaine
Barreyre avoit conduit dans ce dernier
Port l'Armateur Anglois la Reine de
Hongrie, de 24 canons , de 18 pierriers &
de 200 hommes d'équipage.
Le Corſaire le Malo , de ſaint Malo , a
repris le Vaiſſeau l'Elizabeth , dont un Aramateur
de Guernſey s'étoit rendu maître.
Les Capitaines Clement & Figoli , commandans
, l'un le Vaiſſeau le Charles Grenot ,
de Granville , l'autre le Vaiſſeau le Renard, de
Dieppe , font arrivés à ſaint Malo , le premier
avec le Brigantin l'Experimenté de Bofton
chargé de Charbon de terre , le deuxieme
avec le Navire le Malberry , de Bristol ,
à bord duquel on a trouvé du Sucre , du
Coton & d'autres effets.
On écrit du Havre qu'il y est arrivé un
Corſaire Anglois de 22 canons , d'un pareil
nombre de pierriers & de 148 hommes
d'équipage qu'ont pris les Frégares
l'Emeraul &Ja Fine commandées par Mel
,
DECEMBRE 1744 161
fieurs de Saint Allouarn & Azan .
Ces deux Fregates ſe ſont encore emparées
de quatre autres Batimens ennemis ,
P'un deſquels nommé le Cerf, chargé de 400
Boucaux de Tabac , & de trente tonneaux
de Fer , a été mené au Port Louis.
Le Capitaine Noël Guillaume Denis ,
commandant le Corſaire la Suzanne , de
Calais , a conduit à Boulogne un Vaiſſeau
Anglois , dont la charge conſiſtoit en Lin ,
en Vin & en Eau de vie.
Deux Armateurs Anglois , l'un de 26
canons & l'autre de 20 , & pluſieurs Vaiffeaux
qui revenoient des Colonies de l'Amérique
ont été pris par des Armateurs
François.
Le Capitaine du Pleſſis commandant le
Vaiſſeau le Stanislas , armé en courſe ,à conduit
à la Rochelle le Navire Anglois le
Black-River de 200 tonneaux , chargé de
Sucre , de Tafia & de Bois de Campeche.
On mande de ſaint Malo que le Vaiffeau
le Jean Jofeph , monté par le Capitaine
Ruault étoit entré dans ce Port avec le
Bâtiment le François de Londres , de 190
tonneaux qui portoit des munitions à la
Jamaïque , & que quelques jours après il
s'étoit emparé du Vaiſſeau la Charlotte , de
6 canons & d'un pareil nombre de pier
riers qu'il avoit envoyé au Havre.
MERCURED E FRANCE.
On a appris de Calais que deux autres
Navires ennemis dont les chargemens con
ſiſtoient en Grains , en Bierre & en Bifcuit
avoient été pris par le Corſaire l'Ejiurgeon.
Leſt arrivé
faint Malo venans de la péche de la
Moruë , leſquels ont amené un Bâtiment
Anglois de 200 tonneaux , dont ils ſe ſont
emparés. Les mêmes Navires ſe ſont rendus
maîtres de quatre autres Vaiſſeaux ennemis ,
dont trois ont été rançonnés , & l'autre
d'environ 100 tonneaux , chargé de ſel ,
a été envoyé à Nantes,
à Marſeille cinq Navires de
Onapprend de Bayonne que le Corfaire
le Chaffeur , commandé par le Capitaine
Girandel , eft entré dans ce Port avec un
Bátiment , ſur lequel ily avoit cent Boucaux
de Sucre , & quelques autres marchandiſes .
Le Capitaine du Peat , qui monte le
Vaiſſeau le Renard , du même Port , a enlevé
les Navires le Delight & la Branche d'Olivier
, le dernier de 300 tonneaux , dont la
cargaifon étoit compoſée de Pelleteries , de
Cuivre , d'Huile de Baleine , de Bois de Menuiſerie
, de Goudron , de Merains , de
Raiſine & de Therebentine,
160 MERCURE DE FRANCE .
Le Pinque la Jeanne , de Bristol , de
180 tonneaux , avec un chargement de Sucre
, de Poivre , de Coton , de Bois d'Acajou
& de Tafia , a été pris par le Corſaire
la Victoire , que commande le Capitaine
du Ler.
Les lettres de Bordeaux marquent qu'on
y a reçû avis deſaint Sebaſtien , que le Navire
la Saxonne , armé en courſe par le Capitaine
Barreyre avoit conduit dans ce dernier
Port l'Armateur Anglois la Reine de
Hongrie, de 24 canons , de 18 pierriers &
de 200 hommes d'équipage.
Le Corſaire le Malo , de ſaint Malo , a
repris le Vaiſſeau l'Elizabeth , dont un Aramateur
de Guernſey s'étoit rendu maître.
Les Capitaines Clement & Figoli , commandans
, l'un le Vaiſſeau le Charles Grenot ,
de Granville , l'autre le Vaiſſeau le Renard, de
Dieppe , font arrivés à ſaint Malo , le premier
avec le Brigantin l'Experimenté de Bofton
chargé de Charbon de terre , le deuxieme
avec le Navire le Malberry , de Bristol ,
à bord duquel on a trouvé du Sucre , du
Coton & d'autres effets.
On écrit du Havre qu'il y est arrivé un
Corſaire Anglois de 22 canons , d'un pareil
nombre de pierriers & de 148 hommes
d'équipage qu'ont pris les Frégares
l'Emeraul &Ja Fine commandées par Mel
,
DECEMBRE 1744 161
fieurs de Saint Allouarn & Azan .
Ces deux Fregates ſe ſont encore emparées
de quatre autres Batimens ennemis ,
P'un deſquels nommé le Cerf, chargé de 400
Boucaux de Tabac , & de trente tonneaux
de Fer , a été mené au Port Louis.
Le Capitaine Noël Guillaume Denis ,
commandant le Corſaire la Suzanne , de
Calais , a conduit à Boulogne un Vaiſſeau
Anglois , dont la charge conſiſtoit en Lin ,
en Vin & en Eau de vie.
Deux Armateurs Anglois , l'un de 26
canons & l'autre de 20 , & pluſieurs Vaiffeaux
qui revenoient des Colonies de l'Amérique
ont été pris par des Armateurs
François.
Le Capitaine du Pleſſis commandant le
Vaiſſeau le Stanislas , armé en courſe ,à conduit
à la Rochelle le Navire Anglois le
Black-River de 200 tonneaux , chargé de
Sucre , de Tafia & de Bois de Campeche.
On mande de ſaint Malo que le Vaiffeau
le Jean Jofeph , monté par le Capitaine
Ruault étoit entré dans ce Port avec le
Bâtiment le François de Londres , de 190
tonneaux qui portoit des munitions à la
Jamaïque , & que quelques jours après il
s'étoit emparé du Vaiſſeau la Charlotte , de
6 canons & d'un pareil nombre de pier
riers qu'il avoit envoyé au Havre.
MERCURED E FRANCE.
On a appris de Calais que deux autres
Navires ennemis dont les chargemens con
ſiſtoient en Grains , en Bierre & en Bifcuit
avoient été pris par le Corſaire l'Ejiurgeon.
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1072
p. 164-165
CHARGES Militaires accordées par le Roi au mois de Décembre 1744.
Début :
La Compagnie des Gendarmes de Flandre, à M. de Montchal, Sous-Lieutenant de [...]
Mots clefs :
Compagnie des gendarmes, Sous-lieutenant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHARGES Militaires accordées par le Roi au mois de Décembre 1744.
CHARGES Militaires acordées par le
Roi au mois de Décembre 1744.
La Compagnie des Gendarmes de Flandre
, à M. de Montchal , Sous-Lieutenant de
cette Compagnie.
Celle des Gendarmes de la Reine au
Baron de Montmorency , Chef de l'Illuftre
Maiſon de ce nom , Capitaine Lieutenant
des Gendarmes d'Anjou ,
Celle des Gendarmes Dauphins au Marquis
de Dromefnil .
Celle des Gendarmes d'Orleans à M.
Dauvet , Sous-Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux-Legers de Berry.
Celle des Chevaux - Legers de Berry
à M. d'Oſſun , Enſeigne de la Compagnie
des Gendarmes d'Anjou.
Celle des Chevaux-Legers Dauphins , au
Comte de Jonſac Sous-Lieutenant des
Chevaux- legers d'Orleans.
La Sous-Lieutenance de la Compagnie des
Gendarmes de Flandre au Chevalier de
Biffy , qui en étoit Enſeigne.
DECEMBRE , 1744. 165
La Sous -Lieutenance de la Compagnie des
Gendarmes de la Reine , à Mr de Courtomer
, Enſeigne de la Compagnie des Gen
darmes Anglois.
La Compagnie des Gendarmes d'Anjou
au Comte de Bacqueville , Sous - Lieute,
nant des Gendarmes d'Orleans ,
Celle des Chevaux - Legers d'Anjou au
Chevalier d'Antragues , Sous- Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes Bourguignons,
Et la Sous-Lieutenance des Gendarmes
Bourguignons au Marquis d'Argouges qui
en étoit Enſeigne ; il eſt Fils de M. le Lieutenant
Civil,
Roi au mois de Décembre 1744.
La Compagnie des Gendarmes de Flandre
, à M. de Montchal , Sous-Lieutenant de
cette Compagnie.
Celle des Gendarmes de la Reine au
Baron de Montmorency , Chef de l'Illuftre
Maiſon de ce nom , Capitaine Lieutenant
des Gendarmes d'Anjou ,
Celle des Gendarmes Dauphins au Marquis
de Dromefnil .
Celle des Gendarmes d'Orleans à M.
Dauvet , Sous-Lieutenant de la Compagnie
des Chevaux-Legers de Berry.
Celle des Chevaux - Legers de Berry
à M. d'Oſſun , Enſeigne de la Compagnie
des Gendarmes d'Anjou.
Celle des Chevaux-Legers Dauphins , au
Comte de Jonſac Sous-Lieutenant des
Chevaux- legers d'Orleans.
La Sous-Lieutenance de la Compagnie des
Gendarmes de Flandre au Chevalier de
Biffy , qui en étoit Enſeigne.
DECEMBRE , 1744. 165
La Sous -Lieutenance de la Compagnie des
Gendarmes de la Reine , à Mr de Courtomer
, Enſeigne de la Compagnie des Gen
darmes Anglois.
La Compagnie des Gendarmes d'Anjou
au Comte de Bacqueville , Sous - Lieute,
nant des Gendarmes d'Orleans ,
Celle des Chevaux - Legers d'Anjou au
Chevalier d'Antragues , Sous- Lieutenant de
la Compagnie des Gendarmes Bourguignons,
Et la Sous-Lieutenance des Gendarmes
Bourguignons au Marquis d'Argouges qui
en étoit Enſeigne ; il eſt Fils de M. le Lieutenant
Civil,
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1073
p. 171-174
Extrait d'une Lettre écrite de Constantinople le 24 Octobre 1744.
Début :
ON nous avoit écrit du 26 Septembre d'Alep, que l'armée Turque qui étoit [...]
Mots clefs :
Pacha , Persans, Thamas Kouli-Kan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre écrite de Constantinople le 24 Octobre 1744.
Extrait d'une Lettre écrite de Constantinople
le 24 Octobre 1744.
Od'Alep , que farmée Turque quit
N nous avoit écrit du 26 Septembre
campée devant Cars ayant été battue , cette
Place avoit été priſe , & que les Perſans
s'avançoient vers Erzerum. On ajoutoit que
d'un autre côté , le Conſul Anglois établi
à Bafſora avoit écrit qu'on y étoit dans la
derniere conſternation , parce qu'un Corps
conſidérable de Perſans , étoit entré dans
l'Euphrate ſur des Barques legeres , pour
venir faire le Siége de cette Place , après de
pareilles nouvelles , je vous laiſſe à penſer
avec quelle ſurpriſe nous avons entendu le
20 de ce mois à midi , une double décharge
de toute l'artillerie de cette Capitale , de
celle des Vaiſſeaux & des Galeres qui font
dans le Port. Une heure auparavant étoit
arrivé le Buch - Choadar du Seraskier Hamet
Pacha , & le Reys Effendi a dit à tous
ceux qui ont voulu l'entendre que les troupes
Ottomanes avoient été conſidérablement
diminuées par l'imprudente négocia
Hij
47.2 MERCURE DE FRANCE.
د
&
tion de paix de Sereki Effendi , qui par fes
allées & venues avoit dégouté les troupes
fans s'appercevoir qu'il étoit joué parThamas-
Kouli- kan qu'effectivement au lieu de
rien conclure, celui- ci avoit donné à la Place
de Cars juſqu'à neuf afſſauts qui tous avoient
mal réufli , & qu'enfin le 2 de la Lune de
Ramafan il en avoit donné un général
que non ſeulement il avoit échoué dans cette
entrepriſe , mais que les Afliégés avoient fait
une ſi vigoureuſe ſortie , qu'après s'etre emparés
du Fort d'où il battoit la Place avec
des piéces de canon d'un calibre extraordinaire
, ils les avoient tournées contre les
Perfans , & étant enſuite tombés fur eux ,
en avoient fait un fi grand carnage , qu'ils
les avoient obligés de prendre la fuite &
d'abandonner leur camp & leurs bagages ,
que Thamas- Kouli-kan avoit pris la route
du Ellogan.
Le Drogman de la Porte qui est venu le
22 de ce mois notifier en forme cet évé
nement , a dit par ordre de la Porte , que
la déroute des Perſans avoit été telle qu'on
pouvoit etre afſuré que Thamas n'étoit plus
en état de ſe montrer , & que c'étoit un ennemi
dont on n'entendroit plus parler. On
a fait un beau preſent au Drogman , pour
qu'il afſurât bien ſes Maitres de la joye avec
laquelle on avoit appris ces importantes
nouvelles.
DECEMBRE 1744. 173
On ne doit pas en étre ſurpris quand on
fçaura de quelle eſpece de gens l'armée de
Thamas - Kouli - kan ſe trouve compofée.
Ce n'eſt que de la canaille ramafiée à la
hâte , mal armée , & fervant par force. Le
Pacha s'eft contenté d'écrire deux lignes au
grand-Vifir du champ de bataille , & s'en
eſt rapporté à la relation verbale que feroit
fon Bueh - Choadar. On attend de moment
en moment fon Keſnadar qui apportera unie
relation en forme.
Il doit y avoir ici de grands changemens,
Le ci-devantGouverneur du Caire Yedeckchi
Pacha , a été fait Nichandgi & Viſir de
Voute,on écritqu'il aura bonne part auGrand
Viſariat. Yeghen Pacha de Boſnie eſt envoyé
à Eyden en Natolie. Aly Pacha , cidevant
grand Viſir lui ſuccédera en Boſnie ,
& fera relevé en Candie par Hamet Pacha
Cuperly , celui qui a repris Niſſa. On envoyera
à la place de ce dernier à Yedda ,
Selictar Mehemet Pacha de Negrepont, le
même qui étoit grand Vifir quand on étrangla
Ofman Kiaga à Babadag.
L'Ambaſſadeur de Ruffie qui étoit en
Crimée , & le Général des Coſaques Zaporoviens
ſe ſont rendus à Batchiſaray , fous
prétexte, de liquider les prétentions réci
proques que les Tartares & les Ruſſes élevent
les uns contre les autres. On s'eſt
Hiij
74 MERCURE DE FRAN CE.
quitté ſans convenir de rien , & l'on croir
que les uns & les autres n'étoient venus que
pour faire des recrues pour les levées que la
Czarine fait en Ukraine.
le 24 Octobre 1744.
Od'Alep , que farmée Turque quit
N nous avoit écrit du 26 Septembre
campée devant Cars ayant été battue , cette
Place avoit été priſe , & que les Perſans
s'avançoient vers Erzerum. On ajoutoit que
d'un autre côté , le Conſul Anglois établi
à Bafſora avoit écrit qu'on y étoit dans la
derniere conſternation , parce qu'un Corps
conſidérable de Perſans , étoit entré dans
l'Euphrate ſur des Barques legeres , pour
venir faire le Siége de cette Place , après de
pareilles nouvelles , je vous laiſſe à penſer
avec quelle ſurpriſe nous avons entendu le
20 de ce mois à midi , une double décharge
de toute l'artillerie de cette Capitale , de
celle des Vaiſſeaux & des Galeres qui font
dans le Port. Une heure auparavant étoit
arrivé le Buch - Choadar du Seraskier Hamet
Pacha , & le Reys Effendi a dit à tous
ceux qui ont voulu l'entendre que les troupes
Ottomanes avoient été conſidérablement
diminuées par l'imprudente négocia
Hij
47.2 MERCURE DE FRANCE.
د
&
tion de paix de Sereki Effendi , qui par fes
allées & venues avoit dégouté les troupes
fans s'appercevoir qu'il étoit joué parThamas-
Kouli- kan qu'effectivement au lieu de
rien conclure, celui- ci avoit donné à la Place
de Cars juſqu'à neuf afſſauts qui tous avoient
mal réufli , & qu'enfin le 2 de la Lune de
Ramafan il en avoit donné un général
que non ſeulement il avoit échoué dans cette
entrepriſe , mais que les Afliégés avoient fait
une ſi vigoureuſe ſortie , qu'après s'etre emparés
du Fort d'où il battoit la Place avec
des piéces de canon d'un calibre extraordinaire
, ils les avoient tournées contre les
Perfans , & étant enſuite tombés fur eux ,
en avoient fait un fi grand carnage , qu'ils
les avoient obligés de prendre la fuite &
d'abandonner leur camp & leurs bagages ,
que Thamas- Kouli-kan avoit pris la route
du Ellogan.
Le Drogman de la Porte qui est venu le
22 de ce mois notifier en forme cet évé
nement , a dit par ordre de la Porte , que
la déroute des Perſans avoit été telle qu'on
pouvoit etre afſuré que Thamas n'étoit plus
en état de ſe montrer , & que c'étoit un ennemi
dont on n'entendroit plus parler. On
a fait un beau preſent au Drogman , pour
qu'il afſurât bien ſes Maitres de la joye avec
laquelle on avoit appris ces importantes
nouvelles.
DECEMBRE 1744. 173
On ne doit pas en étre ſurpris quand on
fçaura de quelle eſpece de gens l'armée de
Thamas - Kouli - kan ſe trouve compofée.
Ce n'eſt que de la canaille ramafiée à la
hâte , mal armée , & fervant par force. Le
Pacha s'eft contenté d'écrire deux lignes au
grand-Vifir du champ de bataille , & s'en
eſt rapporté à la relation verbale que feroit
fon Bueh - Choadar. On attend de moment
en moment fon Keſnadar qui apportera unie
relation en forme.
Il doit y avoir ici de grands changemens,
Le ci-devantGouverneur du Caire Yedeckchi
Pacha , a été fait Nichandgi & Viſir de
Voute,on écritqu'il aura bonne part auGrand
Viſariat. Yeghen Pacha de Boſnie eſt envoyé
à Eyden en Natolie. Aly Pacha , cidevant
grand Viſir lui ſuccédera en Boſnie ,
& fera relevé en Candie par Hamet Pacha
Cuperly , celui qui a repris Niſſa. On envoyera
à la place de ce dernier à Yedda ,
Selictar Mehemet Pacha de Negrepont, le
même qui étoit grand Vifir quand on étrangla
Ofman Kiaga à Babadag.
L'Ambaſſadeur de Ruffie qui étoit en
Crimée , & le Général des Coſaques Zaporoviens
ſe ſont rendus à Batchiſaray , fous
prétexte, de liquider les prétentions réci
proques que les Tartares & les Ruſſes élevent
les uns contre les autres. On s'eſt
Hiij
74 MERCURE DE FRAN CE.
quitté ſans convenir de rien , & l'on croir
que les uns & les autres n'étoient venus que
pour faire des recrues pour les levées que la
Czarine fait en Ukraine.
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1074
p. 174-177
Extrait d'une Lettre écrite de Smyrne le 28 Octobre.
Début :
LE 20 Octobre il arriva dans la Rade de cette Ville un Chebek Anglois qui [...]
Mots clefs :
Polacre, Chebec, Bâtiments, Corsaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre écrite de Smyrne le 28 Octobre.
Extrait d'une Lettre écrite de Smyrne
le 28 Octobre.
E 20 Octobre il arriva dans la Rade
de cette Ville un Chebek Anglois qui.
avoit dix pieces de canon , & 36 hommes
d'équipage , il avoit été armé à Mahon , &
avoit déja pris deux de nos Bâtimens dans
les eaux de Tripoli & de Barbarie. Ce Corfaire
remit à la voile la nuit du 21 au 22 ,
& il fut mouiller au Château de la Rade
qui eſt à environ neuf milles de diſtance .
Nous ſcumes le lendemain que le Conful
d'Angleterre lui avoit envoyé un renfort
d'hommes , & dans le moment nos Négocians
& nos Capitaines vinrent chés M. de
Seleran pour lui faire part de leurs appréhenfions.
Il y avoit actuellement dans la
Rade de Sanderli , qui eſt foraine ſans chateau,
quatre de nos Bâtimens Caravaneurs ,
qui ayant pris des fonds ici , étoient là pour
ycharger des Bleds qu'ils devoient porter
à la côte de Syrie , où l'on dit qu'il y a
cherté. Nous avons encore pluſieurs de nos.
Bâtimens qui n'oſans s'écarter ont pris le
L
DECEMBRE 1744. 175
1
parti de s'occuper dans l'Archipel pendant
cet hyver , & la détention des Bâtimens juſqu'au
mois d'Octobre étant finie , on peut
voir arriver tous les jours des Bâtimens venans
de France . Ce Chebek étoit à voiles
& à rames , & d'autant plus à craindre que
fon peu d'apparence ne le faiſoit pas paroître
ſuſpect , de forte qu'on pouvoit s'attendre
à lui voir faire beaucoup de priſes dans
ces mers . Le Capitaine Jacinte Mouriès de
Toulon commandant la PolacreJefus-Maria-
Sainte Anne a offert de donner la chaſſe à
ce Corſaire , pourvu qu'on lui fournit fix
canons de quatre , deux Barils de poudre
d'un quintal chacun , un renfort de 25 hommes
avec leurs fufils en état , leurs gargoufſes
garnies de balles , & chacun un fabre ,
& que la Nation lui aſſurât ſon Bâtiment
pour 5000 Piaſtres. On accepta ſes offres ,
& en moins de deux heures la Polacre fut
en état. Le 23 au jour le Corſaire mit ſous
voile , mais ayant apperçu à la manoeuvre
de la Polacre qu'elle étoit là pour lui , il
revint vers le Chateau ſous lequel il jetta
fon ancre. Le 23 & le 24 ſe paſſerent en
allées & venues des Bateaux du Corſaire au
Conſul Anglois ; cependant ce premier ſpalmoit
& recevoit toujours de nouveaux renforts.
Les Anglois ont fait pour cela des
ecrues parmi les Rayats & Bandits , dont
رس
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
,
&
on trouve toujours à Smyrne. Enfin la nuit
du 25 au 26 le Corſaire mit ſous voile par
un gros tems à la faveur duquel il ſe flatoit
d'échapper . Le matin nous ne vimes plus ni
le Chebek ni la Polacre , & toute la journee
du 25 ſe paſſa ſans nouvelle , & dans l'in
quiétude. Le 26 nous aprimes que la Polacre
n'avoit pas perdu le Chebek de vue
qu'elle le tenoit toujours ſous le vent malgré
les ſtratagêmes qu'il employoit pour échaper.
Le foir les Anglois firent courir le bruit
que la Polacre étoit priſe; un de leursDrogmans
alloit le dire de porte en porte , nous
nous couchâmes fort en peine , mais vers
minuit un Officier dépéché par le Capitaine
Mouriés vint nous annoncer que le Chebek
avoit été brulé.
Cet Officier a rapporté que dans la nuir
du 25 la Polacre avoit mis ſous voile en
même tems que le Corſaire ; qu'ils ne s'étoient
pas vus dans la nuit, mais qu'au matin
du 26 ils s'étoient trouvés à portée l'un de
l'autre. La Polacre ayant le vent ils ſe canonnerent
quelque tems , le Chebek refufa
deux fois l'abordage , & ne pouvant fortir
du Golphe ni ratraper le Château , il alla
échoir fur la Côte au lieu nommé Ouila ,
où dans l'inſtant la plus grande partie de fon
équipage , tous gens ramaflés au hazard ſe
ſauva à terre , ceux qui étoient reftés firent
DECEMBRE. 1744. 177
La même choſe en voyant aprocher la Cha-
Toupe du Capitaine Mouriés. On s'empara
du Batiment & on y mit le feu , après avoir
enlevé ce qui en valoit la peine. Il y a eu
3 hommes tués & pluſieurs bleſſés ſur le
Corfaire: Perſonne n'a eu de mal fur la Polacre.
Cette expédition fait un fort bon effet
fur le Pays & prévient les dommages que
cette Vipere n'auroit pas manqué de caufer..
le 28 Octobre.
E 20 Octobre il arriva dans la Rade
de cette Ville un Chebek Anglois qui.
avoit dix pieces de canon , & 36 hommes
d'équipage , il avoit été armé à Mahon , &
avoit déja pris deux de nos Bâtimens dans
les eaux de Tripoli & de Barbarie. Ce Corfaire
remit à la voile la nuit du 21 au 22 ,
& il fut mouiller au Château de la Rade
qui eſt à environ neuf milles de diſtance .
Nous ſcumes le lendemain que le Conful
d'Angleterre lui avoit envoyé un renfort
d'hommes , & dans le moment nos Négocians
& nos Capitaines vinrent chés M. de
Seleran pour lui faire part de leurs appréhenfions.
Il y avoit actuellement dans la
Rade de Sanderli , qui eſt foraine ſans chateau,
quatre de nos Bâtimens Caravaneurs ,
qui ayant pris des fonds ici , étoient là pour
ycharger des Bleds qu'ils devoient porter
à la côte de Syrie , où l'on dit qu'il y a
cherté. Nous avons encore pluſieurs de nos.
Bâtimens qui n'oſans s'écarter ont pris le
L
DECEMBRE 1744. 175
1
parti de s'occuper dans l'Archipel pendant
cet hyver , & la détention des Bâtimens juſqu'au
mois d'Octobre étant finie , on peut
voir arriver tous les jours des Bâtimens venans
de France . Ce Chebek étoit à voiles
& à rames , & d'autant plus à craindre que
fon peu d'apparence ne le faiſoit pas paroître
ſuſpect , de forte qu'on pouvoit s'attendre
à lui voir faire beaucoup de priſes dans
ces mers . Le Capitaine Jacinte Mouriès de
Toulon commandant la PolacreJefus-Maria-
Sainte Anne a offert de donner la chaſſe à
ce Corſaire , pourvu qu'on lui fournit fix
canons de quatre , deux Barils de poudre
d'un quintal chacun , un renfort de 25 hommes
avec leurs fufils en état , leurs gargoufſes
garnies de balles , & chacun un fabre ,
& que la Nation lui aſſurât ſon Bâtiment
pour 5000 Piaſtres. On accepta ſes offres ,
& en moins de deux heures la Polacre fut
en état. Le 23 au jour le Corſaire mit ſous
voile , mais ayant apperçu à la manoeuvre
de la Polacre qu'elle étoit là pour lui , il
revint vers le Chateau ſous lequel il jetta
fon ancre. Le 23 & le 24 ſe paſſerent en
allées & venues des Bateaux du Corſaire au
Conſul Anglois ; cependant ce premier ſpalmoit
& recevoit toujours de nouveaux renforts.
Les Anglois ont fait pour cela des
ecrues parmi les Rayats & Bandits , dont
رس
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
,
&
on trouve toujours à Smyrne. Enfin la nuit
du 25 au 26 le Corſaire mit ſous voile par
un gros tems à la faveur duquel il ſe flatoit
d'échapper . Le matin nous ne vimes plus ni
le Chebek ni la Polacre , & toute la journee
du 25 ſe paſſa ſans nouvelle , & dans l'in
quiétude. Le 26 nous aprimes que la Polacre
n'avoit pas perdu le Chebek de vue
qu'elle le tenoit toujours ſous le vent malgré
les ſtratagêmes qu'il employoit pour échaper.
Le foir les Anglois firent courir le bruit
que la Polacre étoit priſe; un de leursDrogmans
alloit le dire de porte en porte , nous
nous couchâmes fort en peine , mais vers
minuit un Officier dépéché par le Capitaine
Mouriés vint nous annoncer que le Chebek
avoit été brulé.
Cet Officier a rapporté que dans la nuir
du 25 la Polacre avoit mis ſous voile en
même tems que le Corſaire ; qu'ils ne s'étoient
pas vus dans la nuit, mais qu'au matin
du 26 ils s'étoient trouvés à portée l'un de
l'autre. La Polacre ayant le vent ils ſe canonnerent
quelque tems , le Chebek refufa
deux fois l'abordage , & ne pouvant fortir
du Golphe ni ratraper le Château , il alla
échoir fur la Côte au lieu nommé Ouila ,
où dans l'inſtant la plus grande partie de fon
équipage , tous gens ramaflés au hazard ſe
ſauva à terre , ceux qui étoient reftés firent
DECEMBRE. 1744. 177
La même choſe en voyant aprocher la Cha-
Toupe du Capitaine Mouriés. On s'empara
du Batiment & on y mit le feu , après avoir
enlevé ce qui en valoit la peine. Il y a eu
3 hommes tués & pluſieurs bleſſés ſur le
Corfaire: Perſonne n'a eu de mal fur la Polacre.
Cette expédition fait un fort bon effet
fur le Pays & prévient les dommages que
cette Vipere n'auroit pas manqué de caufer..
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1075
p. 177-178
DUNKERQU[E].
Début :
ON écrit de Dunkerque du 24 Decembre, qu'un Vaisseau de guerre Anglois, [...]
Mots clefs :
Vaisseau de guerre, Navire anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DUNKERQU[E].
DUNKERQUB.
Nécrit deDunkerque, du 24 Decem-
Obre , qu'un Vaiſſeau de guerre Anglois
, s'eſt perdu le matin à la Côte , qui
fe trouve dans un endroit couverte de cadavres
& des débris de ce Vaiſſeau ; le même
jour un Smach , Navire de guerre Anglois
a aufli péri près de Calais. Un Armateur
du même Port , chargé de bled , a pris à
la côte entre Dunkerque, & Graveline un
autre Navire Anglois. On voit encore un
Vaiſſeau de la meme Nationqui s'eſt mis
dans les brabans de cette Rade , & on doute
que par le tems qu'il fait il puiſſe s'en
retirer.
Les Anglois ne ſont pas les ſeuls qui
fouffrent du mauvais tems , & on voit en
Rade un Maloüm qui vient de Marseille , &
qui demande à force du ſecours , fans qu'il
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
oit poffible de lui en donner , le vent
avoit diminué ſur les 4 heures , mais il a
repris ſa force & augmente.
Nécrit deDunkerque, du 24 Decem-
Obre , qu'un Vaiſſeau de guerre Anglois
, s'eſt perdu le matin à la Côte , qui
fe trouve dans un endroit couverte de cadavres
& des débris de ce Vaiſſeau ; le même
jour un Smach , Navire de guerre Anglois
a aufli péri près de Calais. Un Armateur
du même Port , chargé de bled , a pris à
la côte entre Dunkerque, & Graveline un
autre Navire Anglois. On voit encore un
Vaiſſeau de la meme Nationqui s'eſt mis
dans les brabans de cette Rade , & on doute
que par le tems qu'il fait il puiſſe s'en
retirer.
Les Anglois ne ſont pas les ſeuls qui
fouffrent du mauvais tems , & on voit en
Rade un Maloüm qui vient de Marseille , &
qui demande à force du ſecours , fans qu'il
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
oit poffible de lui en donner , le vent
avoit diminué ſur les 4 heures , mais il a
repris ſa force & augmente.
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1076
p. 178
RUSSIE.
Début :
ON a appris de Moscou, que la Czarine a fait remettre deux Mémoires au [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE,
N a appris de Moſcou , que la Czarinea
fait remettre deux Mémoires au
Baron de Mardefeldt reſident auprès d'elle
en qualité de Miniſtre du Roi de Pruffe.
Elle a figné de fa main le premier de ces
Mémoires , & elle y déclare qu'elle ſouhaite
que la réſolution priſe par le Roi de Pologne
Electeur de Saxe, de faire marcher
un corps de troupes Saxonnes au ſecours
de la Reine de Hongrie , ne faffle naître aucun
differend entre S. M. P. & le Roi de
Pruſſe , mais que ſi ce malheur arrivoit , elle
ſe trouveroit dans le néceſſité de remplir
les engagemens qu'elle a pris avec le Roi &
la République.
Le ſecond Mémoire contient la réponſe
l'invitation que l'Empereur a faite auDue
de Holſtein d'acceder an Traité de Francfort.
On a appris en même tems qu'on attendoit
de Vienne les dernieres explications.
méceſſaires pour terminer l'affaire du Marquis
de Botta..
N a appris de Moſcou , que la Czarinea
fait remettre deux Mémoires au
Baron de Mardefeldt reſident auprès d'elle
en qualité de Miniſtre du Roi de Pruffe.
Elle a figné de fa main le premier de ces
Mémoires , & elle y déclare qu'elle ſouhaite
que la réſolution priſe par le Roi de Pologne
Electeur de Saxe, de faire marcher
un corps de troupes Saxonnes au ſecours
de la Reine de Hongrie , ne faffle naître aucun
differend entre S. M. P. & le Roi de
Pruſſe , mais que ſi ce malheur arrivoit , elle
ſe trouveroit dans le néceſſité de remplir
les engagemens qu'elle a pris avec le Roi &
la République.
Le ſecond Mémoire contient la réponſe
l'invitation que l'Empereur a faite auDue
de Holſtein d'acceder an Traité de Francfort.
On a appris en même tems qu'on attendoit
de Vienne les dernieres explications.
méceſſaires pour terminer l'affaire du Marquis
de Botta..
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1077
p. 179
POLOGNE.
Début :
ON apprend que la Czarine avoit fait assûrer le Roi de & la République de [...]
Mots clefs :
Polonais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE .
N apprend que la Czarine avoit fait
affurer le Roi de &la République de
Pologne qu'elle fecoureroit les Polonois de
toutes ſes forces , s'ils étoient attaqués par
quelque Puiſſance Etrangere.
N apprend que la Czarine avoit fait
affurer le Roi de &la République de
Pologne qu'elle fecoureroit les Polonois de
toutes ſes forces , s'ils étoient attaqués par
quelque Puiſſance Etrangere.
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1078
p. 179-187
ALLEMAGNE.
Début :
ON mande de Vienne du 24 du mois dernier, qu'un courier arrivé de Boheme [...]
Mots clefs :
Troupes, Prince Charles de Lorraine, Reine, Armée, Grenadiers, Empereur, Roi de Prusse, Elbe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE,
N mande de Vienne du 24 du mois
dernier , qu'un courier arrivé de Boheme
le ar a rapporté que le 19 l'armée
commandée par le Prince Charles de Lorraine
avoit paffé l'Elbe , ſans éprouver aucun
obſtacle de la part des Pruffiens , &
qu'elle s'étoit avancée entre Tainitz & Clumez,
و
Le Général Nadaſti s'eſt emparé d'une
caiſſe d'argent , qu'un Commiſſaire des guerres
conduiſoit au camp du Roi de Pruffe
& dans laquelle étoient quelques contributions
que ce Prince avoit exigées dans le
Royaume de Bohéme.
La reponſe des Etats Generaux aux lettres
que la Reine leur a écrites , pour les
prier de la fecourir encore plus efficacement
qu'ils n'ont fait juſqu'à preſent , porte que
leur intentionest non ſeulement d'entretenir
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
une étroite union avec S. M. mais encore
de l'aider autant que leurs forces pourront
le permettre;qu'elle a déja reçu des marques
de leur attachement & de leur bonne volonté
, & qu'ils continueront de lui en donner
des preuves en rempliſſant tous les engagemens
dans lesquels ils font entrés , mais
qu'ils ſe détermineroient difficilement à une
rupture ouverte avec la France; qu'ils efperent
que la Reine n'inſiſtera pas davantage
fur cet article , & que du refte ils font
diſpoſés à concerter dès à preſent avec
elle toutes les méſures qu'il conviendra de
prendre pour ſes intérêts , qu'ils lui fourniront
toujours les troupes qu'ils ont deja.
fait marcher pour ſa défenſe , qu'ils les augmenteront
même, s'ils peuvent en engager
d'Etrangeres à leur folde ,& qu'ils fe conformeront
volontiers aux défirs & aux beſoins .
de S. M. pour ce qui regarde l'uſage qu'on
fera de ces troupes , & les lieux dans lesquels
elles feront employées ; qu'ils feront leurs
efforts pour perfuader à diverſes Puittances
de joindre leurs forces à celles de la Reine
& de fes Alliés , & qu'il eſt ſur-tout néceffaire
d'avoir l'année prochaine dans les
Pays Bas une Armée nonbreuſe fous la conduite
d'un General expérimenté.
On a appris de Bourghaufen du 21 du mois
dernier qu'un détachement des troupes ImDECEMBRE.
1744. 18
periales , commandé par le Comte de Saint
Germain , emporta le 20 cette Ville l'épée à
Ia main , & que le Comte de la Roche , Capitaine
dans le Régiment de Dragons Walons
, eft entré le premier dans le Château
dont il a eſcaladé les murs avec 30 Dragons .
Il fut ſuivi des Grénadiers du Régiment de
Saxe Hildsburghauſen , à la tête deſquels
étoit M. de la Roſée , Lieutenant Colonel de
ce Régiment , qui s'eſt extrêmement diftingué
dans cette expédition , ainſi que fon
frere , qui eſt Lieutenant- Colonel du Régiment
de Cuiraffiers de Terring , & qui a ett
une très-grande part nonſeulement au fuccès
de l'entrepriſe , mais encore au projet
l'arrangement des meſures priſes pour l'éxécuter.
&à
Les Compagnies de Grenadiers de troupes
Françoiſes , qui étoient dansle détachement
du Comte de Saint Germain ont eſcaladé les
deux Poligones ſous les ordres du Comte de
Ruppelmonde , & ils ont donné des preuves
de la plus grande intrépidité.
Les Grenadiers à cheval de l'Empereur ,
commandés par M.de Cofpor,& le Régiment
de Fugger ont auſſi combattu avec beaucoup
de valeur . De 1500 hommes dont la garnifon
étoit compoſée 450 ont été tués , il y
en a eu plus de 400 de bleſſés & les autres.
ont été faits priſonniers de guerre , à l'exception
de 80 qui ſe ſont ſauvés..
182 MERCURE DE FRANCE.
Les Imperiaux & les François ont perdu
très-peu d'Officiers & de Soldats. M. de Chevry,
Capitaine dans les Grénadiers à cheval,a
été bleſſé mortellement , & il est fort regretté.
Onmande de Hambourg du 30 du mois
dernier , que ſuivant les avis reçus de l'armée
du Roi de Pruſſe il paroiffoit que ce
Prince , en faiſant repaſſer l'Elbe à ſes troupes
, n'avoit d'autre deſſein que de les faire
cantonner le long de cette riviere.
(Les nouvelles du camp Impérial portent que
le 16 du mois dernier l'Empereur ayant fait
canoner le Château de Griefbach , la garnifon
n'avoit pas attendu pour ſe rendre prifonniere
de guerre , que la brêche eut été
faite; que la priſe de ce Château eft d'autant
plus importante , que ſa ſituation est trèsavantageuſe
, parce qu'il fait face à la riviere
d'Inn , & qu'il défend l'approche de celle de
Vils; que l'Empereur s'étoit déterminé à faire
entrer ſes troupes en quartiers d'hyver , &
qu'une partie de l'armée Impériale s'étoit
déja ſéparée ; que le 20 S. M I. étoit retournée
à Munich , où elle a trouvé le Prince
Royal & le Prince Clement de Baviere.
On apprend de Vienne du premier de ce
mois qu'il ſe tint le : 6du mois dernier une
Conference chés le Conte d'Vhlefeldt ,
qui communiqua aux Envoyés ExtraordiDECEMBRE.
1744. F1S83
naires du Roi de la Grande Bretagne &
des Etats Généraux le projet d'un nouveau
Traité d'Alliance que la Reine de Hongrie
propoſe à ces deux Puiſſances.
Suivant ce projet tous les engagemens
contractés reſpectivement par les trois Puiffances
feront renouvellés & confirmés de la
maniere la plus folemnelle. Les poffeffions
de chacune feront garanties par les deux
autres dans la meilleure forme poffible : on
conviendra de toutes les meſures qui feront
jugées néceſſaires à la ſureté commune ,&
les trois Puiſſances feront obligées de faire
agir , en cas de beſoin , leurs forces réunies.
On employera les plus vives inſtances pour
engager pluſieurs Princes de l'Empire d'accéder
à ce Traité , & l'on exigera que ceux
qui prendront ce parti entretiennent toujours
un Corps de troupes proportionné à
leurs revenus..
On a reçu avis du Camp de Clumez
du 24 du mois dernier que le 14 le
Prince Charles de Lorraine tint un Conſeil
de Guerre , dans lequel il fut réſolu de tenter
le paſſage de l'Elbe. En conféquence les
Troupes combinées ſe mirent en marche
dès la nuit fuivante , & le Baron de Trenck
fut détaché vers Kollin pour faire croire au
Roi de Prufſe qu'on ne penſoit qu'à l'atta
que de ce Poſte, Les meſures étoient ſi bien
184 MERCURE DE FRANCE.
priſes qu'on en attendoit un heureux fuccès
, mais les Pontons deſtinés pour le paffage
ne purent arriver aſſés tôt. Le Prince
Charles de Lorraine , obligé par cet accident
de différer ſon entrepriſe , s'arréta à
Perloch, & il fit attaquer Kollin par le Baron
de Trenck qui fut repouffé par la garniſon
& qui fut bleſſé conſidérablement.
Les troupes de la Reine firent le 18
un nouveau mouvement par leur gauche
pour s'approcher de celles de Saxe , & le
Duc de Saxe Weiſſenfels ayant reconnu le
même jour l'endroit où l'on avoit projetté
de paſſer l'Elbe , il donna ordre au Comte
de Schulembourg , Lieutenant Général des
troupes Saxonnes , d'aller ſe poſter avec
de l'Artillerie & des Pontons entre Kwalewitz
& Szdeckowitz. Le Baron de Haxthauſen
, Major Général , fut auffi détaché par
ce Prince avec 29ompagnies de Grenadiers
& plufieurs Piéces de campagne pour
occuper les hauteurs de ffcheliz .
Le 19 à fix heures du matin toutes les
troupes étant arrivées fur le bord de la
riviere , & ayant été diftribuées ſelon les
arrangemens qui avoient été pris , on fit fur
quatreBaraillons & quelques Efcadrons Pruffiens
un feu très - vit de deux Batteries qui
prenoient les Ennemis de front & en écharpė.
On commença en meme tems à jetter
DECEMBRE 1744.
139
les Pontons , & le Colonel Pirch ayant paffé
avec quelques Compagnies de,Grenadiers
malgré les efforts des Pruffiens il fut fuivi'de
pluſieurs Régimens qui furent fort maltraités
par les Eſcadrons qu'ils avoient en tête & qui
eurent beaucoup de peine à s'établir de ce
côté de l'Elbe , mais qui enfin y réuffirent.
Comme les ennemis avoient pris des quartiers
de cantonnement , leurs troupes étoient
diſperſées , & le détachement que l'on attaquoit
ne pouvant eſpérer d'étre foutenu ,
l'Officier qui le commandoit prit le parti de
fe retirer. On conſtruifit auffi-tôt cinq autres
Ponts ſur leſquels toute l'armée combinée
acheva de paſſer la riviere , & le Prince
Charles de Lorraine alla camper à Tenitz .
Le 21 il s'avanca à Schiſſelitz où l'on ſéjourna
le lendemain , & le 23 il vint occuper
le Camp de Clumez.
Depuis le paſſage de l'armée le Roi de
Prufſe a été rejoint par toutes les troupes
qu'il avoit laiffées à Kollin , à Nimbourg &
àPodiebrodt , & étant décampé de New
Biczow il s'eft replié vers Konigſgratz.
Les Pruffiens qui occupoient le pofte de
Pardubitz l'ont auſſi abandonné après avoir
jetté dans la riviere les munitions qu'ils n'ont
pu emporter.
On a appris de Munich du 30 du mois
dernier que les troupes Impériales ſe ren
,
186 MERCURE DE FRANCE.
doient ſucceſſivement dans les quartiers qui
leur ont été aſſignés & que l'on en diftribuoit
la plus grande partie depuis Vilshoven juf.
qu'à Bourghauſen & fur les Frontieres de
l'Archevéché de Saltzbourg.
L'Empereur a envoyé ordre au Prince de
Saxe Hildſburghauſen de marcher avec un
corps conſidérable pour chaſſer de la Ville
de Lauffen le détachement de troupes de
la Reine de Hongrie qui s'en étoit emparé.
Le Maréchal de Seckendorf a fait conduire
à Straubingen tous les prifonniers faits
fur les ennemis. On a conſtruit plufieurs redoutes
en divers endroits de la Frontiere
pour mettre l'Electorat de Baviere à couvert
des courſes des troupes de la Reine de
Hongrie
,
Le Chapitre de Saltzbourg ayant écrit à
l'Empereur pour s'excuſer d'avoir permis à
un détachement des troupes de cette Princeſſe
d'entrer dans la Ville de Saltzbourg
S. M. I. a fait réponſe qu'elle regardoit la
démarche de ce Chapitre comme contraire
à la neutralité qu'il doit obſerver , & que
s'il ne faiſoit fortir inceſſamment de la Ville
les troupes qui y avoient été recues , un
Corps de troupes Impériales iroit prendre
des quartiers dans le territoire qui en depend.
On a appris de Francfort que le Mémoire
DECEMBRE 1744 187
préſenté à la Diette de l'Empire par les Mi
niſtres des Electeurs de Mayence , de Treves
, de Cologne , de Saxe & de Hanover
&par ceux de l'Evêque de Bamberg & de
Wurtzbourg , du Duc de Saxe Gotha &
du Landgrave de Heſſe Darmſtadt , porte
que les Princes leurs Maîtres ayant été informés
des préparatifs faits pour la marche
d'un Corps de troupes Françoiſes , qui devoit
ſe rendre ſur le bas Rhin, ils ne pouvoient
ſe diſpenſer de repréſenter les allar-
- mes que cette nouvelle leur cauſoit ; que
# pluſieurs Etats d'Allemagne , particulierement
ceux qui ſont ſitués entre le Haut &
le Bas Rhin étoient menacés de voir ces
troupes paffer l'hyver chés eux ; qu'i's fu-
- plioient très-humblement l'Empereur d'employer
ſes efforts pour affûrer la tranquillité
de ces Etats , & pour qu'ils continuent
de joiir de tous les avantages de la neutra
lité.
Les avis reçûs de Boheme portent que le
premier & le ſecond de ce mois - l'armée
commandée par le Prince Charles de Lorraine
avoit campé à Czernilop , qu'elle avoit
marché le trois vers les Frontieres du Comté
deGlatz , que ce Prince avoit établi fon quartier
à Oppotſcna .
L'Impératrice partit le 12 de ce mois de
Francfort pour ſe rendre à Munich,
N mande de Vienne du 24 du mois
dernier , qu'un courier arrivé de Boheme
le ar a rapporté que le 19 l'armée
commandée par le Prince Charles de Lorraine
avoit paffé l'Elbe , ſans éprouver aucun
obſtacle de la part des Pruffiens , &
qu'elle s'étoit avancée entre Tainitz & Clumez,
و
Le Général Nadaſti s'eſt emparé d'une
caiſſe d'argent , qu'un Commiſſaire des guerres
conduiſoit au camp du Roi de Pruffe
& dans laquelle étoient quelques contributions
que ce Prince avoit exigées dans le
Royaume de Bohéme.
La reponſe des Etats Generaux aux lettres
que la Reine leur a écrites , pour les
prier de la fecourir encore plus efficacement
qu'ils n'ont fait juſqu'à preſent , porte que
leur intentionest non ſeulement d'entretenir
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
une étroite union avec S. M. mais encore
de l'aider autant que leurs forces pourront
le permettre;qu'elle a déja reçu des marques
de leur attachement & de leur bonne volonté
, & qu'ils continueront de lui en donner
des preuves en rempliſſant tous les engagemens
dans lesquels ils font entrés , mais
qu'ils ſe détermineroient difficilement à une
rupture ouverte avec la France; qu'ils efperent
que la Reine n'inſiſtera pas davantage
fur cet article , & que du refte ils font
diſpoſés à concerter dès à preſent avec
elle toutes les méſures qu'il conviendra de
prendre pour ſes intérêts , qu'ils lui fourniront
toujours les troupes qu'ils ont deja.
fait marcher pour ſa défenſe , qu'ils les augmenteront
même, s'ils peuvent en engager
d'Etrangeres à leur folde ,& qu'ils fe conformeront
volontiers aux défirs & aux beſoins .
de S. M. pour ce qui regarde l'uſage qu'on
fera de ces troupes , & les lieux dans lesquels
elles feront employées ; qu'ils feront leurs
efforts pour perfuader à diverſes Puittances
de joindre leurs forces à celles de la Reine
& de fes Alliés , & qu'il eſt ſur-tout néceffaire
d'avoir l'année prochaine dans les
Pays Bas une Armée nonbreuſe fous la conduite
d'un General expérimenté.
On a appris de Bourghaufen du 21 du mois
dernier qu'un détachement des troupes ImDECEMBRE.
1744. 18
periales , commandé par le Comte de Saint
Germain , emporta le 20 cette Ville l'épée à
Ia main , & que le Comte de la Roche , Capitaine
dans le Régiment de Dragons Walons
, eft entré le premier dans le Château
dont il a eſcaladé les murs avec 30 Dragons .
Il fut ſuivi des Grénadiers du Régiment de
Saxe Hildsburghauſen , à la tête deſquels
étoit M. de la Roſée , Lieutenant Colonel de
ce Régiment , qui s'eſt extrêmement diftingué
dans cette expédition , ainſi que fon
frere , qui eſt Lieutenant- Colonel du Régiment
de Cuiraffiers de Terring , & qui a ett
une très-grande part nonſeulement au fuccès
de l'entrepriſe , mais encore au projet
l'arrangement des meſures priſes pour l'éxécuter.
&à
Les Compagnies de Grenadiers de troupes
Françoiſes , qui étoient dansle détachement
du Comte de Saint Germain ont eſcaladé les
deux Poligones ſous les ordres du Comte de
Ruppelmonde , & ils ont donné des preuves
de la plus grande intrépidité.
Les Grenadiers à cheval de l'Empereur ,
commandés par M.de Cofpor,& le Régiment
de Fugger ont auſſi combattu avec beaucoup
de valeur . De 1500 hommes dont la garnifon
étoit compoſée 450 ont été tués , il y
en a eu plus de 400 de bleſſés & les autres.
ont été faits priſonniers de guerre , à l'exception
de 80 qui ſe ſont ſauvés..
182 MERCURE DE FRANCE.
Les Imperiaux & les François ont perdu
très-peu d'Officiers & de Soldats. M. de Chevry,
Capitaine dans les Grénadiers à cheval,a
été bleſſé mortellement , & il est fort regretté.
Onmande de Hambourg du 30 du mois
dernier , que ſuivant les avis reçus de l'armée
du Roi de Pruſſe il paroiffoit que ce
Prince , en faiſant repaſſer l'Elbe à ſes troupes
, n'avoit d'autre deſſein que de les faire
cantonner le long de cette riviere.
(Les nouvelles du camp Impérial portent que
le 16 du mois dernier l'Empereur ayant fait
canoner le Château de Griefbach , la garnifon
n'avoit pas attendu pour ſe rendre prifonniere
de guerre , que la brêche eut été
faite; que la priſe de ce Château eft d'autant
plus importante , que ſa ſituation est trèsavantageuſe
, parce qu'il fait face à la riviere
d'Inn , & qu'il défend l'approche de celle de
Vils; que l'Empereur s'étoit déterminé à faire
entrer ſes troupes en quartiers d'hyver , &
qu'une partie de l'armée Impériale s'étoit
déja ſéparée ; que le 20 S. M I. étoit retournée
à Munich , où elle a trouvé le Prince
Royal & le Prince Clement de Baviere.
On apprend de Vienne du premier de ce
mois qu'il ſe tint le : 6du mois dernier une
Conference chés le Conte d'Vhlefeldt ,
qui communiqua aux Envoyés ExtraordiDECEMBRE.
1744. F1S83
naires du Roi de la Grande Bretagne &
des Etats Généraux le projet d'un nouveau
Traité d'Alliance que la Reine de Hongrie
propoſe à ces deux Puiſſances.
Suivant ce projet tous les engagemens
contractés reſpectivement par les trois Puiffances
feront renouvellés & confirmés de la
maniere la plus folemnelle. Les poffeffions
de chacune feront garanties par les deux
autres dans la meilleure forme poffible : on
conviendra de toutes les meſures qui feront
jugées néceſſaires à la ſureté commune ,&
les trois Puiſſances feront obligées de faire
agir , en cas de beſoin , leurs forces réunies.
On employera les plus vives inſtances pour
engager pluſieurs Princes de l'Empire d'accéder
à ce Traité , & l'on exigera que ceux
qui prendront ce parti entretiennent toujours
un Corps de troupes proportionné à
leurs revenus..
On a reçu avis du Camp de Clumez
du 24 du mois dernier que le 14 le
Prince Charles de Lorraine tint un Conſeil
de Guerre , dans lequel il fut réſolu de tenter
le paſſage de l'Elbe. En conféquence les
Troupes combinées ſe mirent en marche
dès la nuit fuivante , & le Baron de Trenck
fut détaché vers Kollin pour faire croire au
Roi de Prufſe qu'on ne penſoit qu'à l'atta
que de ce Poſte, Les meſures étoient ſi bien
184 MERCURE DE FRANCE.
priſes qu'on en attendoit un heureux fuccès
, mais les Pontons deſtinés pour le paffage
ne purent arriver aſſés tôt. Le Prince
Charles de Lorraine , obligé par cet accident
de différer ſon entrepriſe , s'arréta à
Perloch, & il fit attaquer Kollin par le Baron
de Trenck qui fut repouffé par la garniſon
& qui fut bleſſé conſidérablement.
Les troupes de la Reine firent le 18
un nouveau mouvement par leur gauche
pour s'approcher de celles de Saxe , & le
Duc de Saxe Weiſſenfels ayant reconnu le
même jour l'endroit où l'on avoit projetté
de paſſer l'Elbe , il donna ordre au Comte
de Schulembourg , Lieutenant Général des
troupes Saxonnes , d'aller ſe poſter avec
de l'Artillerie & des Pontons entre Kwalewitz
& Szdeckowitz. Le Baron de Haxthauſen
, Major Général , fut auffi détaché par
ce Prince avec 29ompagnies de Grenadiers
& plufieurs Piéces de campagne pour
occuper les hauteurs de ffcheliz .
Le 19 à fix heures du matin toutes les
troupes étant arrivées fur le bord de la
riviere , & ayant été diftribuées ſelon les
arrangemens qui avoient été pris , on fit fur
quatreBaraillons & quelques Efcadrons Pruffiens
un feu très - vit de deux Batteries qui
prenoient les Ennemis de front & en écharpė.
On commença en meme tems à jetter
DECEMBRE 1744.
139
les Pontons , & le Colonel Pirch ayant paffé
avec quelques Compagnies de,Grenadiers
malgré les efforts des Pruffiens il fut fuivi'de
pluſieurs Régimens qui furent fort maltraités
par les Eſcadrons qu'ils avoient en tête & qui
eurent beaucoup de peine à s'établir de ce
côté de l'Elbe , mais qui enfin y réuffirent.
Comme les ennemis avoient pris des quartiers
de cantonnement , leurs troupes étoient
diſperſées , & le détachement que l'on attaquoit
ne pouvant eſpérer d'étre foutenu ,
l'Officier qui le commandoit prit le parti de
fe retirer. On conſtruifit auffi-tôt cinq autres
Ponts ſur leſquels toute l'armée combinée
acheva de paſſer la riviere , & le Prince
Charles de Lorraine alla camper à Tenitz .
Le 21 il s'avanca à Schiſſelitz où l'on ſéjourna
le lendemain , & le 23 il vint occuper
le Camp de Clumez.
Depuis le paſſage de l'armée le Roi de
Prufſe a été rejoint par toutes les troupes
qu'il avoit laiffées à Kollin , à Nimbourg &
àPodiebrodt , & étant décampé de New
Biczow il s'eft replié vers Konigſgratz.
Les Pruffiens qui occupoient le pofte de
Pardubitz l'ont auſſi abandonné après avoir
jetté dans la riviere les munitions qu'ils n'ont
pu emporter.
On a appris de Munich du 30 du mois
dernier que les troupes Impériales ſe ren
,
186 MERCURE DE FRANCE.
doient ſucceſſivement dans les quartiers qui
leur ont été aſſignés & que l'on en diftribuoit
la plus grande partie depuis Vilshoven juf.
qu'à Bourghauſen & fur les Frontieres de
l'Archevéché de Saltzbourg.
L'Empereur a envoyé ordre au Prince de
Saxe Hildſburghauſen de marcher avec un
corps conſidérable pour chaſſer de la Ville
de Lauffen le détachement de troupes de
la Reine de Hongrie qui s'en étoit emparé.
Le Maréchal de Seckendorf a fait conduire
à Straubingen tous les prifonniers faits
fur les ennemis. On a conſtruit plufieurs redoutes
en divers endroits de la Frontiere
pour mettre l'Electorat de Baviere à couvert
des courſes des troupes de la Reine de
Hongrie
,
Le Chapitre de Saltzbourg ayant écrit à
l'Empereur pour s'excuſer d'avoir permis à
un détachement des troupes de cette Princeſſe
d'entrer dans la Ville de Saltzbourg
S. M. I. a fait réponſe qu'elle regardoit la
démarche de ce Chapitre comme contraire
à la neutralité qu'il doit obſerver , & que
s'il ne faiſoit fortir inceſſamment de la Ville
les troupes qui y avoient été recues , un
Corps de troupes Impériales iroit prendre
des quartiers dans le territoire qui en depend.
On a appris de Francfort que le Mémoire
DECEMBRE 1744 187
préſenté à la Diette de l'Empire par les Mi
niſtres des Electeurs de Mayence , de Treves
, de Cologne , de Saxe & de Hanover
&par ceux de l'Evêque de Bamberg & de
Wurtzbourg , du Duc de Saxe Gotha &
du Landgrave de Heſſe Darmſtadt , porte
que les Princes leurs Maîtres ayant été informés
des préparatifs faits pour la marche
d'un Corps de troupes Françoiſes , qui devoit
ſe rendre ſur le bas Rhin, ils ne pouvoient
ſe diſpenſer de repréſenter les allar-
- mes que cette nouvelle leur cauſoit ; que
# pluſieurs Etats d'Allemagne , particulierement
ceux qui ſont ſitués entre le Haut &
le Bas Rhin étoient menacés de voir ces
troupes paffer l'hyver chés eux ; qu'i's fu-
- plioient très-humblement l'Empereur d'employer
ſes efforts pour affûrer la tranquillité
de ces Etats , & pour qu'ils continuent
de joiir de tous les avantages de la neutra
lité.
Les avis reçûs de Boheme portent que le
premier & le ſecond de ce mois - l'armée
commandée par le Prince Charles de Lorraine
avoit campé à Czernilop , qu'elle avoit
marché le trois vers les Frontieres du Comté
deGlatz , que ce Prince avoit établi fon quartier
à Oppotſcna .
L'Impératrice partit le 12 de ce mois de
Francfort pour ſe rendre à Munich,
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1079
p. 188-192
PRUSSE.
Début :
ON mande de Berlin du 17 du mois dernier, que le Roi de Prusse, après avoir [...]
Mots clefs :
Roi de Prusse, Troupes, Prince Charles, Saxe, Prague, Sázava
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texteReconnaissance textuelle : PRUSSE.
PRUSSE.
,
onttra-
Nmandede Berlin du 17 du mois der-
Οnier , que le Roi de Pruſſe , après avoir
renforcé la Garniſon de Prague , a quire
les bords de la Szazawa ,an d'etre joir
plus facilement par les convois qui font venus
par l'Elbe , & d'aſſurer le paffage de ceut
qui ayant pris leur route par terre
verſé le cercle de Buntzlau. S. M. avant cre
informée que les troupes de la Reine de
Hongrie ,& celles du Roi de Pologne,
Electeur de Saxe , avoient paffé la Szazawa ,
elle a gagné deux marches fur les ennemis ,
& elle s'eſt emparée des poftes de Kollin
& de Podiebrodt , par le moyen deſquels
elle peut conſerver la communication avec
la Silefie , & le Comté de Naſſau a occupé
en même tems les principaux poftes neceffaires
pour entretenir cette communication.
Les le Rois'avança du côté de Kuttenberg
, & étant arrivé le lendemain à une
demie lieue du Camp du Prince Charles de
Lorraine , il fut occupé depuis la pointe du
jour juſqu'à midi , à faire fes difpofitiors
pour recevoir les ennemis en cas qu'as
Pattaquaflent; ils ne prirent point ce parti ,
&il ne ſe paſſa dans cette journée que
DECEMBRE. 1744 . 189
:
quelques legeres eſcarmouches entre les
Huffards.
Les deux armées demeurerent le 7 & le
8. en préſence , étant preſque dans la méme
poſition qu'à la bataille qui s'eſt donnée
le 17 Mai 1742
Le Prince Charles fit le 9 au matin un
mouvement pour s'approcher de l'Elbe , & la
nuit ſuivante le Roi jugea à propos de repaffer
cette riviere , après avoir laiſſé un
détachement de 1500 hommes à Podie
brot & un de 1200 à Kollin .
Le Général Marwitz , qui commande les
troupes de S. M. en Siléfie , les a diſtribuées
le long des Frontieres de ce Duché,
de forte qu'elles couvrent le Comté de
Glatz , & tout le Pays qui eſt au de-là juſ
qu'a la Neiff.
* La Régence de l'Electorat de Saxe a
declaré au Comte de Bees , qui réſide à
Drefde en qualité de Miniftre du Roi , que
le Roi de Pologne Electeur de Saxe ne
pouvoit plus permettre que S. M. fit paffer
par la Saxe les troupes ni les munitions de
Guerre qu'elle voudroit envoyer dans le
Royaume de Bohême.
On apprend du Camp de Czaflaw du
13 du mois dernier , que depuis que le Roi
de Pruffe s'eſt rapproché de Prague , l'objet
190 MERCURE DEFRANCE
du Prince Charles de Lorraine a été de
tâcher de lui couper la communication ave:
le Comté de Glatz & avec la Sitéfie. Il 2
paflé dans ce deſſein la Szazawa , & ayant
marchépar ſadroite dans le cercle de Kaurzin
, il s'eſt poſté dans les environs de Kuttenberg.
Le Roi de Pruſſe , peu de jours après ce
mouvement de l'armée de la Reine de Hongrie
, sett éloigné de la Szazawa pour fe
replier vers l'Ebe , qu'il a fait pafler à une
partie de l'Artillerie & des équipages de
Jon Armée ; on apprit qu'il avoit dérobe
deux marchés au Prince Charles , & que
s'étant rendu maître de pluſieurs poftes le
long de l'Elbe , il étoit allé camper à Zafmuck.
Un corps conſidérable de Huſſards Prufſiens
attaqua les équipages de l'armée ,
que le Prince Charles avoit fait marcher à
Kaurzin. Ces Huſſards ne purent enlever
que quelques chariots , & on leur fit pluſieurs
prifonniers , du nombre deſquels
étoient cinq Officiers .
Le Prince Charles s'étant avancé fous
Czaſlaw , il détacha quelques troupes fous
les ordres du Major Général Roth , pour
inveſtir le poſte de Kollin , & fit marcher
pluſieurs Régimens pour s'emparer de Pardubitz.
DECEMBRE . 1744. 191
Le Roi de Pruſſe lui ayant propofé
l'échange des priſonniers , il y a confenti ,
&les Commiſſaires nommés pour y procé
der ſe ſont déja aſſemblés pluſieurs fois dans
unChâteau ſitué à quelques lieuës de Prague,
On mande de Berlin du 30 du mois derniér
, que la nuit du 26 au 27 les troupes
Pruffiennes , quiétoient reſtées dans Prague ,
étoient forties de cette Place en exécution
des ordres que le Baron d'Enfiedel avoit
reçûs du Roi de Pruffe.
Sa M. après avoir campé pendant quelques
jours dans les environs de Konigsgratz
s'eſt rapproché de la Siléſie , & elle a tel
lement diftribué ſes troupes qu'en couvrant
cette Province , elle étoit également à portée
de penetrer dans la Saxe , ou de retourner
quand elle le jugeroit à propos dans
l'intérieur du Royaume de Boheme.
Le General Keyl , qui commande dans
Olmutz pour la Reine de Hongrie s'étant
joint avec une partie de la garniſon de
cette Ville au corps de troupes Hongroiſes
que le Comte Rodolphe Palfy a conduit
en Moravie , ces deux Generaux ont marché
vers les Frontieres de la Siléfie , le 10
ils ſurprirent le poſte de Friedlan dans la
Principauté de Troppau , & ils avoient
formé le deffein de s'emparer de Jagerndorft ,
MERCURE DE FRANCE.
mais le General Marwitz ayant raſſemblé
10000 hommes, il s'avança pour les attaquer
, ils n'oferent avec des troupes inférieures
riſquer une action & ils prirent la
fuite après avoir abandonné Friedland&le
village de Grotz dans lequel ils avoient
poſté un détachement de 7 à 800 hommes,
,
onttra-
Nmandede Berlin du 17 du mois der-
Οnier , que le Roi de Pruſſe , après avoir
renforcé la Garniſon de Prague , a quire
les bords de la Szazawa ,an d'etre joir
plus facilement par les convois qui font venus
par l'Elbe , & d'aſſurer le paffage de ceut
qui ayant pris leur route par terre
verſé le cercle de Buntzlau. S. M. avant cre
informée que les troupes de la Reine de
Hongrie ,& celles du Roi de Pologne,
Electeur de Saxe , avoient paffé la Szazawa ,
elle a gagné deux marches fur les ennemis ,
& elle s'eſt emparée des poftes de Kollin
& de Podiebrodt , par le moyen deſquels
elle peut conſerver la communication avec
la Silefie , & le Comté de Naſſau a occupé
en même tems les principaux poftes neceffaires
pour entretenir cette communication.
Les le Rois'avança du côté de Kuttenberg
, & étant arrivé le lendemain à une
demie lieue du Camp du Prince Charles de
Lorraine , il fut occupé depuis la pointe du
jour juſqu'à midi , à faire fes difpofitiors
pour recevoir les ennemis en cas qu'as
Pattaquaflent; ils ne prirent point ce parti ,
&il ne ſe paſſa dans cette journée que
DECEMBRE. 1744 . 189
:
quelques legeres eſcarmouches entre les
Huffards.
Les deux armées demeurerent le 7 & le
8. en préſence , étant preſque dans la méme
poſition qu'à la bataille qui s'eſt donnée
le 17 Mai 1742
Le Prince Charles fit le 9 au matin un
mouvement pour s'approcher de l'Elbe , & la
nuit ſuivante le Roi jugea à propos de repaffer
cette riviere , après avoir laiſſé un
détachement de 1500 hommes à Podie
brot & un de 1200 à Kollin .
Le Général Marwitz , qui commande les
troupes de S. M. en Siléfie , les a diſtribuées
le long des Frontieres de ce Duché,
de forte qu'elles couvrent le Comté de
Glatz , & tout le Pays qui eſt au de-là juſ
qu'a la Neiff.
* La Régence de l'Electorat de Saxe a
declaré au Comte de Bees , qui réſide à
Drefde en qualité de Miniftre du Roi , que
le Roi de Pologne Electeur de Saxe ne
pouvoit plus permettre que S. M. fit paffer
par la Saxe les troupes ni les munitions de
Guerre qu'elle voudroit envoyer dans le
Royaume de Bohême.
On apprend du Camp de Czaflaw du
13 du mois dernier , que depuis que le Roi
de Pruffe s'eſt rapproché de Prague , l'objet
190 MERCURE DEFRANCE
du Prince Charles de Lorraine a été de
tâcher de lui couper la communication ave:
le Comté de Glatz & avec la Sitéfie. Il 2
paflé dans ce deſſein la Szazawa , & ayant
marchépar ſadroite dans le cercle de Kaurzin
, il s'eſt poſté dans les environs de Kuttenberg.
Le Roi de Pruſſe , peu de jours après ce
mouvement de l'armée de la Reine de Hongrie
, sett éloigné de la Szazawa pour fe
replier vers l'Ebe , qu'il a fait pafler à une
partie de l'Artillerie & des équipages de
Jon Armée ; on apprit qu'il avoit dérobe
deux marchés au Prince Charles , & que
s'étant rendu maître de pluſieurs poftes le
long de l'Elbe , il étoit allé camper à Zafmuck.
Un corps conſidérable de Huſſards Prufſiens
attaqua les équipages de l'armée ,
que le Prince Charles avoit fait marcher à
Kaurzin. Ces Huſſards ne purent enlever
que quelques chariots , & on leur fit pluſieurs
prifonniers , du nombre deſquels
étoient cinq Officiers .
Le Prince Charles s'étant avancé fous
Czaſlaw , il détacha quelques troupes fous
les ordres du Major Général Roth , pour
inveſtir le poſte de Kollin , & fit marcher
pluſieurs Régimens pour s'emparer de Pardubitz.
DECEMBRE . 1744. 191
Le Roi de Pruſſe lui ayant propofé
l'échange des priſonniers , il y a confenti ,
&les Commiſſaires nommés pour y procé
der ſe ſont déja aſſemblés pluſieurs fois dans
unChâteau ſitué à quelques lieuës de Prague,
On mande de Berlin du 30 du mois derniér
, que la nuit du 26 au 27 les troupes
Pruffiennes , quiétoient reſtées dans Prague ,
étoient forties de cette Place en exécution
des ordres que le Baron d'Enfiedel avoit
reçûs du Roi de Pruffe.
Sa M. après avoir campé pendant quelques
jours dans les environs de Konigsgratz
s'eſt rapproché de la Siléſie , & elle a tel
lement diftribué ſes troupes qu'en couvrant
cette Province , elle étoit également à portée
de penetrer dans la Saxe , ou de retourner
quand elle le jugeroit à propos dans
l'intérieur du Royaume de Boheme.
Le General Keyl , qui commande dans
Olmutz pour la Reine de Hongrie s'étant
joint avec une partie de la garniſon de
cette Ville au corps de troupes Hongroiſes
que le Comte Rodolphe Palfy a conduit
en Moravie , ces deux Generaux ont marché
vers les Frontieres de la Siléfie , le 10
ils ſurprirent le poſte de Friedlan dans la
Principauté de Troppau , & ils avoient
formé le deffein de s'emparer de Jagerndorft ,
MERCURE DE FRANCE.
mais le General Marwitz ayant raſſemblé
10000 hommes, il s'avança pour les attaquer
, ils n'oferent avec des troupes inférieures
riſquer une action & ils prirent la
fuite après avoir abandonné Friedland&le
village de Grotz dans lequel ils avoient
poſté un détachement de 7 à 800 hommes,
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1080
p. 192-196
ITALIE.
Début :
LES avis reçus de Rome du 8 du mois dernier portent que le Prince de Lobckowitz [...]
Mots clefs :
Prince de Lobkowitz, Roi des deux Siciles, Viterbe, Tibre, Naples, Pape
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Es avis reçus de Rome du 8 du mois
dernier portent que le Prince de Lobckowitz
s'étant déterminé à décamper de
Nemi , il fit le 30 Octobre dernier divers
mouvemens pour cacher fon deffein , & que
feignant de vouloir engager au combat l'armée
du Roi des deux Siciles , il détacha un
corps de Huffards , qui attaqua un pofte
avancé des Eſpagnols. Les Huſſards furent
repoufiés & 5. M. Sic. apprit le lendemain
que le Prince de Lobckowitz avoit
abandonné fon camp avec precipitation &
qu'il s'étoit replić à Monte Roffo. La plus
grande partie de la Cavalerie du Roi des
deux Siciles étoit au fourage , lorſque ce
Prince fut informé de la retraite des troupes
de la Reine de Hongrie. Ce contre- tems
ayant empeché le Comte de Gages de les
pourſuivre aufli - tôt qu'il l'auroit défiré
elles
DECEMBRE. 1744. 193
elles paſſerent le Tibre avant que les Efpagnols
& les Napolitains puſſent les joindre
, & elles eurent même le tems de rompre
les Ponts qu'elles avoient ſur ce Fleuve.
-Dans le tems qu'elle achevoient de les
détruire , l'avant garde des Eſpagnols compoſée
de Dragons & de Miquelets arriva fur
le bord du Tibre ; le feu fut très vif de
part & d'autre , & il y eut quelques Officiers
& pluſieurs Soldats de tués & de
bleffés dans les deux armées .
Le 3 du mois dernier le Prince de Lobckowitz
campa à Acqua Traverſa & il marcha
le 4 du côté de Viterbe . L'armée combinée
d'Eſpagne & de Naples commença le
même jour à jetter ſur le Tibre deux Ponts,
qui furent achevés le 5 , elle paſſa ce Fleuve
& le 7 elle ſe trouva entierement rafſemblée
dans les environs d'Acqua Traverſa.
;
Le Roi des deux Siciles qui arriva le 2
à Villa Patrici , y fut complimenté par plufieurs
Cardinaux & par tous les Seigneurs
Feudataires du Royaume de Naples , & il
envoya au Pape le Prince de Santo Buono ,
pour témoigner à Sa Sainteté le defir qu'il
avoit de la voir. Le Cardinal Secretaire
d'Etat alla de la part du Pape affurer S.
M, Sic. qu'elle étoit attenduë de Sa Sain-
I
1
194MERCURE
DE FRANCE
,
teté avec beaucoup d'impatience. Le lendemain la Garde Suiffe & les caroffes
du Pape ſe rendirent à Villa Patrici
pour y prendre le Roi des deux Siciles mais ce Prince voulut entrer à cheval dans
cette Ville. Il étoit accompagné du Duc de
Modene & d'ungrand nombre de Seigneurs
Romains & Napolitains , & eſcorté de fes
Gardes du Corps , & quoiqu'il gardât l'incognito
ſous le nom du Comte de Pouzoles
, il fut falué par une décharge generale
de l'Artillerie du Château faint Ange. S.
M. Sic. s'entretint pendant une heure avec
le Pape & étant remontée à cheval , elle
alla à l'Egliſe des Saints Apôtres où elle trouva le Chevalier de ſaint Georges. Eile
dina enſuite au Palais du Vatican & l'après.
midi elle retourna joindre ſon armée.
Selon les lettres reçuës de Rome , l'armée. de la Reine de Hongrie étoit arrivée à Viterbe
, & celle du Roi des deux Siciles à
Ronciglione. On à appris depuis que le Prince de Lobckowitz qui étoit décampé d'Acqua.
Traverſa le 4 du mois dernier , pour ſe rendre du côté de Viterbe , ayant été in- formé le 6 que les troupes Eſpagnoles qui compoſent lesigarniſons des Places de l'Etat
d'Egli Prefidii s'étoient raffemblées pour lui
DECEMBRE
1744 195
fermer le paſſage des Montagnes , ce General
n'avoit pas jugé à propos d'entreprendre
de les y forcer , & qu'il avoit préféré
d'allonger ſon chemin en marchant par
ſa droite.
Apeine fut-il arrivé à Borghetto qu'il y
reçût avis que l'armée Eſpagnole le ſuivoit
&que le 5 elle avoit paſſé le Tibre. Sur
cette nouvelle il fit occuper Monte - Roſſo
par 1500 hommes , pour arrêter quelquetems
cette armée & pour empêcher qu'elle
ne l'inquiétât dans ſa retraite. Il ſe rendit
le 8 à Viterbe , & après avoir rappellé les
1500 hommes qu'il avoit laiſſés à Monte-
Roffo , il continua le lendemain ſa marche
vers Perouſe. Le to il arriva dans les environs
de cette derniere Ville ou il a demeuré
pendant quatre jours. En décampant
de Perouſe il s'eſt replić vers Orviette.
Les troupes du Roi d'Eſpagne camperent
le 9 à Monte Roffo , le 10 à Ronciglione ,
le 11à Viterbe. Elles allerent le 14 occuper
près de Perouſe le camp que celles de
la Reine de Hongrie avoient abandonné ,
& elles s'avancerent le 15 à Utricoli. Elles
ont enlevé un convoi de chariots chargés
d'avoine ,& les équipages du Colonel Commandant
du Régiment de Vaſquez.
On a appris du Royaume de Naples que
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
leRoi des deux Siciles s'étant rendu à Gactte
, leurs Majeftés Siciliennes étoient retournèes
à Naples , où elles étoient arrivées le
7 du mois dernier , & où elles avoient été
reçûës avec les plus grandes démonftrations
de joye des habitans.
Es avis reçus de Rome du 8 du mois
dernier portent que le Prince de Lobckowitz
s'étant déterminé à décamper de
Nemi , il fit le 30 Octobre dernier divers
mouvemens pour cacher fon deffein , & que
feignant de vouloir engager au combat l'armée
du Roi des deux Siciles , il détacha un
corps de Huffards , qui attaqua un pofte
avancé des Eſpagnols. Les Huſſards furent
repoufiés & 5. M. Sic. apprit le lendemain
que le Prince de Lobckowitz avoit
abandonné fon camp avec precipitation &
qu'il s'étoit replić à Monte Roffo. La plus
grande partie de la Cavalerie du Roi des
deux Siciles étoit au fourage , lorſque ce
Prince fut informé de la retraite des troupes
de la Reine de Hongrie. Ce contre- tems
ayant empeché le Comte de Gages de les
pourſuivre aufli - tôt qu'il l'auroit défiré
elles
DECEMBRE. 1744. 193
elles paſſerent le Tibre avant que les Efpagnols
& les Napolitains puſſent les joindre
, & elles eurent même le tems de rompre
les Ponts qu'elles avoient ſur ce Fleuve.
-Dans le tems qu'elle achevoient de les
détruire , l'avant garde des Eſpagnols compoſée
de Dragons & de Miquelets arriva fur
le bord du Tibre ; le feu fut très vif de
part & d'autre , & il y eut quelques Officiers
& pluſieurs Soldats de tués & de
bleffés dans les deux armées .
Le 3 du mois dernier le Prince de Lobckowitz
campa à Acqua Traverſa & il marcha
le 4 du côté de Viterbe . L'armée combinée
d'Eſpagne & de Naples commença le
même jour à jetter ſur le Tibre deux Ponts,
qui furent achevés le 5 , elle paſſa ce Fleuve
& le 7 elle ſe trouva entierement rafſemblée
dans les environs d'Acqua Traverſa.
;
Le Roi des deux Siciles qui arriva le 2
à Villa Patrici , y fut complimenté par plufieurs
Cardinaux & par tous les Seigneurs
Feudataires du Royaume de Naples , & il
envoya au Pape le Prince de Santo Buono ,
pour témoigner à Sa Sainteté le defir qu'il
avoit de la voir. Le Cardinal Secretaire
d'Etat alla de la part du Pape affurer S.
M, Sic. qu'elle étoit attenduë de Sa Sain-
I
1
194MERCURE
DE FRANCE
,
teté avec beaucoup d'impatience. Le lendemain la Garde Suiffe & les caroffes
du Pape ſe rendirent à Villa Patrici
pour y prendre le Roi des deux Siciles mais ce Prince voulut entrer à cheval dans
cette Ville. Il étoit accompagné du Duc de
Modene & d'ungrand nombre de Seigneurs
Romains & Napolitains , & eſcorté de fes
Gardes du Corps , & quoiqu'il gardât l'incognito
ſous le nom du Comte de Pouzoles
, il fut falué par une décharge generale
de l'Artillerie du Château faint Ange. S.
M. Sic. s'entretint pendant une heure avec
le Pape & étant remontée à cheval , elle
alla à l'Egliſe des Saints Apôtres où elle trouva le Chevalier de ſaint Georges. Eile
dina enſuite au Palais du Vatican & l'après.
midi elle retourna joindre ſon armée.
Selon les lettres reçuës de Rome , l'armée. de la Reine de Hongrie étoit arrivée à Viterbe
, & celle du Roi des deux Siciles à
Ronciglione. On à appris depuis que le Prince de Lobckowitz qui étoit décampé d'Acqua.
Traverſa le 4 du mois dernier , pour ſe rendre du côté de Viterbe , ayant été in- formé le 6 que les troupes Eſpagnoles qui compoſent lesigarniſons des Places de l'Etat
d'Egli Prefidii s'étoient raffemblées pour lui
DECEMBRE
1744 195
fermer le paſſage des Montagnes , ce General
n'avoit pas jugé à propos d'entreprendre
de les y forcer , & qu'il avoit préféré
d'allonger ſon chemin en marchant par
ſa droite.
Apeine fut-il arrivé à Borghetto qu'il y
reçût avis que l'armée Eſpagnole le ſuivoit
&que le 5 elle avoit paſſé le Tibre. Sur
cette nouvelle il fit occuper Monte - Roſſo
par 1500 hommes , pour arrêter quelquetems
cette armée & pour empêcher qu'elle
ne l'inquiétât dans ſa retraite. Il ſe rendit
le 8 à Viterbe , & après avoir rappellé les
1500 hommes qu'il avoit laiſſés à Monte-
Roffo , il continua le lendemain ſa marche
vers Perouſe. Le to il arriva dans les environs
de cette derniere Ville ou il a demeuré
pendant quatre jours. En décampant
de Perouſe il s'eſt replić vers Orviette.
Les troupes du Roi d'Eſpagne camperent
le 9 à Monte Roffo , le 10 à Ronciglione ,
le 11à Viterbe. Elles allerent le 14 occuper
près de Perouſe le camp que celles de
la Reine de Hongrie avoient abandonné ,
& elles s'avancerent le 15 à Utricoli. Elles
ont enlevé un convoi de chariots chargés
d'avoine ,& les équipages du Colonel Commandant
du Régiment de Vaſquez.
On a appris du Royaume de Naples que
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
:
leRoi des deux Siciles s'étant rendu à Gactte
, leurs Majeftés Siciliennes étoient retournèes
à Naples , où elles étoient arrivées le
7 du mois dernier , & où elles avoient été
reçûës avec les plus grandes démonftrations
de joye des habitans.
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1081
p. 196
ESPAGNE.
Début :
On a appris de Madrid du 24 du mois dernier qu'il y a eu des illuminations & des réjouissances [...]
Mots clefs :
Madrid, Illuminations, Marchandises
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE
On a appris de Madrid du 24 du mois
dernier qu'il y a eu des illuminations & des réjouiſſances
en cette Ville pendant trois jours
confécutifs , à l'occaſion de la priſe de Fribourg.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé
au Roi que l'Armateur Jean Fernanddel
Villar avoit conduit au Port de Marin la Balandre
Angloiſe la Sainte Catherine de 60
tonneaux , qui alloit de Faro à Londres ,
& dont il s'eſt emparé à40 lieues de Muros.
La charge de ce Bâtiment confiftoit en
Vin , en Oranges , en Sucre & en pluſieurs
auties marchandiſes .
On a appris de Madrid du 24 du mois
dernier qu'il y a eu des illuminations & des réjouiſſances
en cette Ville pendant trois jours
confécutifs , à l'occaſion de la priſe de Fribourg.
L'Intendant de Marine du Ferol a mandé
au Roi que l'Armateur Jean Fernanddel
Villar avoit conduit au Port de Marin la Balandre
Angloiſe la Sainte Catherine de 60
tonneaux , qui alloit de Faro à Londres ,
& dont il s'eſt emparé à40 lieues de Muros.
La charge de ce Bâtiment confiftoit en
Vin , en Oranges , en Sucre & en pluſieurs
auties marchandiſes .
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1082
p. 196-198
GENE ET ISLE DE CORSE.
Début :
Selon les nouvelles du Camp des Espagnols, le Comte de Gages ayant reconnu [...]
Mots clefs :
Troupes, Comte de Gages, Reine de Hongrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GENE ET ISLE DE CORSE.
GENE ET ISLE DE CORSE.
Sols
Elon les nouvelles du Camp des Eſpale
Comte de Gages ayant reconnu
que le deſſein du Prince de Lobcokwitz
DECEMBRE. 1744 . 197
étoit de retourner en Lombardie il a fait
marcher un corps de Troupes à Citta
Caſtellana , pour couper à l'armée de la
Reine de Hongrie le chemin du Bolonois ,
& pour l'obliger de ſe retirer en Tofcane.
L'approche des deux armées paroît
donner beaucoup d'inquietude à la Regence
de ce Grand Duché , laquelle a fait affûrer
les Miniſtres qui réſident à Florence de
la part du Roi Très - Chrétien & de Sa
Majesté Catholique , que le Grand Duc
defiroit de garder une parfaite neutralité.
On a appris depuis que l'armée Eſpagnole
commandée par le Comte de Gages étoit
arrivée près de Foligno ; que ce Général
ayant été averti qu'un détachement des troupes
de la Reine de Hongrie étoit à No--
cera avec une partie des équipages de
ces troupes , il avoit fait marcher pour attaquer
ce détachement Don Francois Ducheze
, Capitaine de Grenadiers dans les
Gardes Walonnes , & Maréchal de Camp ,
qui s'eſt conduit avec tant de prudence &
de valeur , que les Allemands n'ont pû ni ſe
retirer , ni faire une affés longue réſiſtance
pour donner au Prince de Lobckovitz le
tems de les ſecourir. Tout leur détachement
compoſé de 800 Soldats & de 36
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Officiers , parmi leſquels ne ſont point compris
un Colonel ni le Comte de Soro qui
les commandoit , a été obligé de ſe rendre
prifonnier de guerre , & les Eſpagnols ont
pris en cette occafion deux Etendarts qui
ont été envoyés au Roi des deux Siciles.
Dans le nombre des priſonniers on a
trouvé le Partiſan Chieſa qui avoit déferté
des troupes d'Eſpagne avec ſa Compagnie
pour paſſer dans l'armée de la Reine de
Hongrie , & il a été pendule 20 à Foligno.
Sols
Elon les nouvelles du Camp des Eſpale
Comte de Gages ayant reconnu
que le deſſein du Prince de Lobcokwitz
DECEMBRE. 1744 . 197
étoit de retourner en Lombardie il a fait
marcher un corps de Troupes à Citta
Caſtellana , pour couper à l'armée de la
Reine de Hongrie le chemin du Bolonois ,
& pour l'obliger de ſe retirer en Tofcane.
L'approche des deux armées paroît
donner beaucoup d'inquietude à la Regence
de ce Grand Duché , laquelle a fait affûrer
les Miniſtres qui réſident à Florence de
la part du Roi Très - Chrétien & de Sa
Majesté Catholique , que le Grand Duc
defiroit de garder une parfaite neutralité.
On a appris depuis que l'armée Eſpagnole
commandée par le Comte de Gages étoit
arrivée près de Foligno ; que ce Général
ayant été averti qu'un détachement des troupes
de la Reine de Hongrie étoit à No--
cera avec une partie des équipages de
ces troupes , il avoit fait marcher pour attaquer
ce détachement Don Francois Ducheze
, Capitaine de Grenadiers dans les
Gardes Walonnes , & Maréchal de Camp ,
qui s'eſt conduit avec tant de prudence &
de valeur , que les Allemands n'ont pû ni ſe
retirer , ni faire une affés longue réſiſtance
pour donner au Prince de Lobckovitz le
tems de les ſecourir. Tout leur détachement
compoſé de 800 Soldats & de 36
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
Officiers , parmi leſquels ne ſont point compris
un Colonel ni le Comte de Soro qui
les commandoit , a été obligé de ſe rendre
prifonnier de guerre , & les Eſpagnols ont
pris en cette occafion deux Etendarts qui
ont été envoyés au Roi des deux Siciles.
Dans le nombre des priſonniers on a
trouvé le Partiſan Chieſa qui avoit déferté
des troupes d'Eſpagne avec ſa Compagnie
pour paſſer dans l'armée de la Reine de
Hongrie , & il a été pendule 20 à Foligno.
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1083
p. 198-199
GRANDE BRETAGNE.
Début :
ON mande de Londres du 4 de ce mois que le Capitaine Woods commandant [...]
Mots clefs :
Capitaine, Corsaire, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE,
N mande de Lordres du 4 de ce
mois que le Capitaine Woods commandant
le Corſaire le Trial , s'eſt emparé
des Vaiſſeaux François le Vainqueur , le
Prophete Samuel , & la Themis qui alloient
de Bordeaux à ſaint Domingue. Le premier
de ces Bâtimens étoit de vingt canons
&de cent hommes d'équipage , & il y avoit
50 hommes fur chacun des deux autres , qui
étoient de dix à douze canons .
Le Corſaire l'Expédition monté par le
Capitaine Bowden a conduit à Falmouth
une autre priſe Françoiſe.
Le Vaiſſeau la Marie de Dieppe qui venoit
de Terre-neuve a été rançonné par le
DECEMBRE. 1744. 199
Vaiſſeau le Grand Duc commandé par le
Capitaine Mauger.
Le 8de ce mois le Roi de la Grande
Bretagne ſe rendit à la Chambre des Pairs ,
&S. M. ayant mandé la Chambre des Communes,
elle les exhorta à lui accorder de
nouveaux Subſides pour continuer la
guerre.
N mande de Lordres du 4 de ce
mois que le Capitaine Woods commandant
le Corſaire le Trial , s'eſt emparé
des Vaiſſeaux François le Vainqueur , le
Prophete Samuel , & la Themis qui alloient
de Bordeaux à ſaint Domingue. Le premier
de ces Bâtimens étoit de vingt canons
&de cent hommes d'équipage , & il y avoit
50 hommes fur chacun des deux autres , qui
étoient de dix à douze canons .
Le Corſaire l'Expédition monté par le
Capitaine Bowden a conduit à Falmouth
une autre priſe Françoiſe.
Le Vaiſſeau la Marie de Dieppe qui venoit
de Terre-neuve a été rançonné par le
DECEMBRE. 1744. 199
Vaiſſeau le Grand Duc commandé par le
Capitaine Mauger.
Le 8de ce mois le Roi de la Grande
Bretagne ſe rendit à la Chambre des Pairs ,
&S. M. ayant mandé la Chambre des Communes,
elle les exhorta à lui accorder de
nouveaux Subſides pour continuer la
guerre.
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1084
p. 152-158
ODE à la louange du Roi Héros de la paix & de la guerre.
Début :
MUSES, dont les voix immortelles [...]
Mots clefs :
Roi, Héros, Gloire, Grand, Vertu, Rois, Louis, Thémis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE à la louange du Roi Héros de la paix & de la guerre.
ODE à la louange du Roi Héros de la paix & de
la guerre.
M
USES , dont les voix immortelles
Confacrent les faftes des Rois ,
Chéris de leurs peuples fidéles
Pour leurs vertus & pour leurs loix
Donnez - moi votre ton fublime
Pour chanter le plus magnanime ,
Le plus jufte des Souverains ,
Que pour rendre heureux les humains.
Qui chéri d'un peuple qu'il aime ,
N'ufe de fon pouvoir fuprême
Quel beau Spectacle ! le Permeffe
S'offre à mes regards éblouis ;
Mais quoi ! tout l'Olympe s'empreffe
D'y defcendre au nom de Louis.
En vain les filles de Mémoire
Comptent d'avoir feules la gloire
D'immortalifer ce grand Roi ;
Charmé de fa vertu ſuprême ,
Le plus puiffant des Dieux lui -même
Veut partager ce noble emploi..
Viens , m'a dit la troupe immortelle ,
FEVRIER 1745 153
Viens apprendre dans nos concerts
Comme on doit chanter le modele
Des arbitres de l'Univers.
J'approche . .... que d'art ! de nobleffe !
Minerve exaltoit fa ſageffe ,
Thémis louoit fon équité ,
Jupiter vantoit fa clémence ,
Appollon fon intelligence
Et Mars fon intrépidité.
Plein, de leur divine harmonie ,
Sur les monts chéris de neuf fours
Je vais conduit par mon génie
Voir s'il eft encore des fleurs ,
Mais déja ma Lyre réfonne ,
Ma voix s'éleve jufqu'au Trône ,
Quel digne objet pour mes chanfons ,
Qu'un Monarque dont la jeuneffe
Inftruit & furprend la vieilleffe
Par la grandeur de fes leçons !
Prince , en qui revit pour la France
De Rome l'immortel Titus ,
Jette un regard de complaifance
Sur ce tableau de tes vertus.
Vous , qui vivez fous fon Empire ,
Peuples , apprenez de ma Lyre
A connoître votre bonheur ;
Gv
154 MERCURE DE FRANCE
Sachez que ce Héros préfere
La gloire d'être votre pere
A celle du plus grand vainqueur
Tout l'éclat dont brille la guerré
N'a rien qui féduiſe ſes yeux ;
Il fait que les Rois fur la terre
Doivent repréſenter les Dieux.
Vertumne , Cérès & Pomone
Ne redoutent plus de Bellone
Les ravages , les cruautés ,
Et les Nochers vainqueurs des ondes
Sans crainte peuvent des deux mondes
Réunir les Tréfors vantés.
Loin ambition criminelle
Avide d'un fanglant laurier !
La raiſon n'admire que celle
Qui lui préfere l'Olivier.
Un Roi , qui ne porte la foudre
Que pour réduire tout en poudre ,
N'eft jamais qu'un monftre inhumain,
Celui qui met dans la balance
Ce qu'il fait & ce qu'il difpenfe ,
Eft feul l'homme & le fouverain .
Rois , votre premiere conquête
Doit toujours être votre coeur ;
FEVRIER 1745 . 155
C'eft la route qui mene au faîte
De la véritable grandeur ;
Comme Louis marchez fans ceffe
Dans le fentier de la fageffe
De vos pareils trop peu battu ,
Vos cours fous fon heureux aufpice
Deviendront le tombeau du vice
Et le Temple de la vertu .
Amant des Arts & des Sciences
11 leur donne un nouvel éclat..
L'attrait des juftes récompenſes
D'hommes fameux peuple l'Etat.
Chaque talent trouve fon * Temple
Où par lui-même & par l'exemple
Il atteint la perfection .
Tout s'approfondit , fe découvre.
Le fein de la nature s'ouvre
Aux yeux de l'émulation .
Où fuis-je ? quel lieu reſpectable !
Du deftin tout y fuit la Loi ;
Dans l'avenir im pénétrable
Sous quels traits m'offre-t-il mon Roi ?
Ciel ! quelle brillante carriere
Tracent à fa vertu guerriere
De concert Thémis & Pallas !
Précédé par la fage gloire
* Les Académies . G vj
156 MERCURE DE FRANCE,
Il y vole avec la victoire ;
Tremblez injuftes potentats.
Quels rugiffemens effroyables !
Tu frémis , orgueilleux Lion ,
De voir des exploits incroyables ,
En un mois un triple Ilion .
Menin , Ypres , Furnes en cendre
A tes Maîtres doivent apprendre
Que le Héros qui t'a foumis
Reçût la redoutable épée
Que dans ton fang il a trempée
De la main même de Thémis .
Ame & chef d'une ligue altiere ,
Qu'anime & guide la fureur ,
Charles recule fa frontiere ,
Et répand le trouble & l'horreur,
Mais tel que le Dieu du Tonnere ,
Quand aux fiers enfans de la Terre
11 fit reffentir fon courroux ,
Couronné de lauriers Belgiques
Louis , fur les bords germaniques.
Va lui porter de nouveaux coups.
Il s'avance ; la palme eft prête.
Quel revers ! de l'affreufe mort
Un miniftre cruel l'arrête.
FEVRIER. 1745. 157
La France déplore fon fort ;
» Grand Dieu ! dit- elle en fes allarmes ,
» Sauve pour l'honneur de mes armes ,
» Pour ma gloire & pour mon bonheur ,
» Un Roi ta plus parfaite image ,
» Moins flaté de fon apanage
» Que de l'empire de mon coeur.
Le Ciel touché de ſa priere
Rend ce Héros à fon amour ;
Il parle , il entend ; fa paupiere
Se rouvre à la clarté du jour.
Soudain la douleur , la trifteile
Par-tout font place à l'allegreffe ;
Pour un Roi , quels flateurs objets !
Quifait que les forces des Princes
Sont moins le nombre des Provinces
Que les fentiments des fujets !
Ainfi , quand un orage gronde',
Et que fa noire opacité
Eclipfe le flambeau du monde ,
Tout languit , tout eſt attriſté ;
Reparoit-il en fon langage
Chaque être lui rend un hommage ,
Charmé de revoir fes attraits ,
Et cet Aftre , qui les ranime ,
Dans ce que leur tendreffe exprime
18 MERCURE DE FRANCE
Trouve le prix de fes bienfaits.
Fribourg , ta conquête pénible
De fa fanté fera le fruit ;
C'en est fait ; fa foudre terrible
Part , vole , éclate & te détruit.
Sur fon Egide éblouiffante
Cette devife intéreffante
Au loin frappe tous les regards ;
MON BRASNE LANCÈLETONNERRI
QUE POUR EXILER DE LA TERRE
A JAMAIS LA DISCORDE ET MAR S.
Des Bourbons la tige féconde
Etend fes branches , fes rameaux ;
Un jour ils couvriront le monde ;
Mortels , que ces tems feront beaux !
Mais je reviens de mon délire ;
Qu'ai-je prédit ! qu'ai-je ofé dire !
Grand Roi , pardonne à mes effais ;
Ils n'ont fait qu'ébaucher l'image
De ta vertu , de ton courage
Et de son amour pour la Paix .
Par M. de S. Roman de Monrpellier
la guerre.
M
USES , dont les voix immortelles
Confacrent les faftes des Rois ,
Chéris de leurs peuples fidéles
Pour leurs vertus & pour leurs loix
Donnez - moi votre ton fublime
Pour chanter le plus magnanime ,
Le plus jufte des Souverains ,
Que pour rendre heureux les humains.
Qui chéri d'un peuple qu'il aime ,
N'ufe de fon pouvoir fuprême
Quel beau Spectacle ! le Permeffe
S'offre à mes regards éblouis ;
Mais quoi ! tout l'Olympe s'empreffe
D'y defcendre au nom de Louis.
En vain les filles de Mémoire
Comptent d'avoir feules la gloire
D'immortalifer ce grand Roi ;
Charmé de fa vertu ſuprême ,
Le plus puiffant des Dieux lui -même
Veut partager ce noble emploi..
Viens , m'a dit la troupe immortelle ,
FEVRIER 1745 153
Viens apprendre dans nos concerts
Comme on doit chanter le modele
Des arbitres de l'Univers.
J'approche . .... que d'art ! de nobleffe !
Minerve exaltoit fa ſageffe ,
Thémis louoit fon équité ,
Jupiter vantoit fa clémence ,
Appollon fon intelligence
Et Mars fon intrépidité.
Plein, de leur divine harmonie ,
Sur les monts chéris de neuf fours
Je vais conduit par mon génie
Voir s'il eft encore des fleurs ,
Mais déja ma Lyre réfonne ,
Ma voix s'éleve jufqu'au Trône ,
Quel digne objet pour mes chanfons ,
Qu'un Monarque dont la jeuneffe
Inftruit & furprend la vieilleffe
Par la grandeur de fes leçons !
Prince , en qui revit pour la France
De Rome l'immortel Titus ,
Jette un regard de complaifance
Sur ce tableau de tes vertus.
Vous , qui vivez fous fon Empire ,
Peuples , apprenez de ma Lyre
A connoître votre bonheur ;
Gv
154 MERCURE DE FRANCE
Sachez que ce Héros préfere
La gloire d'être votre pere
A celle du plus grand vainqueur
Tout l'éclat dont brille la guerré
N'a rien qui féduiſe ſes yeux ;
Il fait que les Rois fur la terre
Doivent repréſenter les Dieux.
Vertumne , Cérès & Pomone
Ne redoutent plus de Bellone
Les ravages , les cruautés ,
Et les Nochers vainqueurs des ondes
Sans crainte peuvent des deux mondes
Réunir les Tréfors vantés.
Loin ambition criminelle
Avide d'un fanglant laurier !
La raiſon n'admire que celle
Qui lui préfere l'Olivier.
Un Roi , qui ne porte la foudre
Que pour réduire tout en poudre ,
N'eft jamais qu'un monftre inhumain,
Celui qui met dans la balance
Ce qu'il fait & ce qu'il difpenfe ,
Eft feul l'homme & le fouverain .
Rois , votre premiere conquête
Doit toujours être votre coeur ;
FEVRIER 1745 . 155
C'eft la route qui mene au faîte
De la véritable grandeur ;
Comme Louis marchez fans ceffe
Dans le fentier de la fageffe
De vos pareils trop peu battu ,
Vos cours fous fon heureux aufpice
Deviendront le tombeau du vice
Et le Temple de la vertu .
Amant des Arts & des Sciences
11 leur donne un nouvel éclat..
L'attrait des juftes récompenſes
D'hommes fameux peuple l'Etat.
Chaque talent trouve fon * Temple
Où par lui-même & par l'exemple
Il atteint la perfection .
Tout s'approfondit , fe découvre.
Le fein de la nature s'ouvre
Aux yeux de l'émulation .
Où fuis-je ? quel lieu reſpectable !
Du deftin tout y fuit la Loi ;
Dans l'avenir im pénétrable
Sous quels traits m'offre-t-il mon Roi ?
Ciel ! quelle brillante carriere
Tracent à fa vertu guerriere
De concert Thémis & Pallas !
Précédé par la fage gloire
* Les Académies . G vj
156 MERCURE DE FRANCE,
Il y vole avec la victoire ;
Tremblez injuftes potentats.
Quels rugiffemens effroyables !
Tu frémis , orgueilleux Lion ,
De voir des exploits incroyables ,
En un mois un triple Ilion .
Menin , Ypres , Furnes en cendre
A tes Maîtres doivent apprendre
Que le Héros qui t'a foumis
Reçût la redoutable épée
Que dans ton fang il a trempée
De la main même de Thémis .
Ame & chef d'une ligue altiere ,
Qu'anime & guide la fureur ,
Charles recule fa frontiere ,
Et répand le trouble & l'horreur,
Mais tel que le Dieu du Tonnere ,
Quand aux fiers enfans de la Terre
11 fit reffentir fon courroux ,
Couronné de lauriers Belgiques
Louis , fur les bords germaniques.
Va lui porter de nouveaux coups.
Il s'avance ; la palme eft prête.
Quel revers ! de l'affreufe mort
Un miniftre cruel l'arrête.
FEVRIER. 1745. 157
La France déplore fon fort ;
» Grand Dieu ! dit- elle en fes allarmes ,
» Sauve pour l'honneur de mes armes ,
» Pour ma gloire & pour mon bonheur ,
» Un Roi ta plus parfaite image ,
» Moins flaté de fon apanage
» Que de l'empire de mon coeur.
Le Ciel touché de ſa priere
Rend ce Héros à fon amour ;
Il parle , il entend ; fa paupiere
Se rouvre à la clarté du jour.
Soudain la douleur , la trifteile
Par-tout font place à l'allegreffe ;
Pour un Roi , quels flateurs objets !
Quifait que les forces des Princes
Sont moins le nombre des Provinces
Que les fentiments des fujets !
Ainfi , quand un orage gronde',
Et que fa noire opacité
Eclipfe le flambeau du monde ,
Tout languit , tout eſt attriſté ;
Reparoit-il en fon langage
Chaque être lui rend un hommage ,
Charmé de revoir fes attraits ,
Et cet Aftre , qui les ranime ,
Dans ce que leur tendreffe exprime
18 MERCURE DE FRANCE
Trouve le prix de fes bienfaits.
Fribourg , ta conquête pénible
De fa fanté fera le fruit ;
C'en est fait ; fa foudre terrible
Part , vole , éclate & te détruit.
Sur fon Egide éblouiffante
Cette devife intéreffante
Au loin frappe tous les regards ;
MON BRASNE LANCÈLETONNERRI
QUE POUR EXILER DE LA TERRE
A JAMAIS LA DISCORDE ET MAR S.
Des Bourbons la tige féconde
Etend fes branches , fes rameaux ;
Un jour ils couvriront le monde ;
Mortels , que ces tems feront beaux !
Mais je reviens de mon délire ;
Qu'ai-je prédit ! qu'ai-je ofé dire !
Grand Roi , pardonne à mes effais ;
Ils n'ont fait qu'ébaucher l'image
De ta vertu , de ton courage
Et de son amour pour la Paix .
Par M. de S. Roman de Monrpellier
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1085
p. 13-17
DISCOURS AU ROI, Sur le succès de ses Armes.
Début :
LE Samedi 5 Juin M. Roi Chevalier de l'Ordre de S. Michel eut l'honneur / GRAND ROI, je céde enfin à l'ardeur qui me guide ; [...]
Mots clefs :
Roi, Armes, Temps, Succès, Triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS AU ROI, Sur le succès de ses Armes.
DISCOURS AU ROI ,
Sur le fuccès de fes Armes.
LeSandredeJ.Michel eut l'honneur
de préfenter à la Reine , à Madame la Dauphine
& à Mefdames le Difcours fur le
fuccès des armes du Roi . Il fut invité de le
prononcer. La Reine entendit ces Vers
pendant fon dîner , Madame la Dauphine
l'après midi , & Mefdames à leur fouper.
Elles en parurent également fatisfaites &
attendries. Il fut comblé de ces éloges toujours
précieux & toujoursnouveaux pour un
Auteur le plus accoûtumé à en recevoir .
E Samedi s Juin M. Roi Chevalier
Sa Majesté a reçû en même- tems à l'armée
cette Piéce ; elle a ordonné qu'elle
fût imprimée à Lille . C'eft le même honneur
que S. M. fit à M. Roi lors de la Convalefcence.
Le Poëme fut imprimé à Metz
par un pareil ordre.
14 MERCURE DE FRANCE.
GRAND ROI , je cúde enfin à l'ardeur qui me
guide ;
Tu peux rendre fécond l'efprit le plus aride.
C'est moi qui le premier chantai notre bonheur
Quand tes jours échapoient à la Parque en fureur.
Peut-être que ma Lyre , organe de tendreffe,
A chanter des combats va trahir la foibleffe.
Le zéle fuffiroit pour rendre les frayeurs
Dont tes derniers périls ont glacé tous les coeurs
Lorſqu'au pied de ces murs , d'où partoit le tonnerre
,
Au milieu de ces feux que vomiffoit la terre ,
Ton oeil bravoit la mort errante autour de toi ,
Et que la France entiere à tremblé pour fon Roi.
T
J'aimerois à me joindre à ces tranſports de joye
Qu'à ton heureux retour le citoyen déploie
A peindre ta famille embraffant tes genoux ,
Doux momens , où triomphe & le pere & l'époux !
x
Tel Horace autrefois , dans fa verve diſcrette ,
Laiffoit à Varius ** emboucher la trompette
Ebranler tout l'Olimpe aux clameurs des mourans
De fang dans Actium répandre les torrens ,
Montrer la terre en feu , les mers épouvantées ,
Et du Styx par les morts . les ondes arrêtées.
* Ode 5. l. 1 .
** Poëte Epique & Tragique , fous Augufte.
JUIN.
15 1745.
Du fuccès de la guerre il ne peint que les fruits ;
Les Romains raffûrés , les plaifirs reproduits ,
Le Capitole orné de fleurs , de facrifices ,
Les fpectacles ouverts fous de plus doux aufpices,
Les meres de leurs fils béniffant le retour ,
Et les drapeaux de Mars aux Autels de l'Amour .
'Ainfi , fans m'élancer à travers le carnage ,
Ma Mufe du triomphe ofe ébaucher l'image ;
Triomphe différent de ceux où les Céfars
Du malheur des captifs repaiffant leurs regards ,
De l'esclavage encor aggravoient les injures ;
Où ces Rois enchaînés , déchirant leurs bleffures ,
Déteſtoient leurs vainqueurs , & les cruels fecours ,
Qui pour un tel outrage avoient fauvé leurs jours .
Trop long-tems ébloui par ce fafte barbare ,
Dont gémit l'héroïfme, & dont l'orgueil fe pare ,
L'Univers de LOUIS apprend d'autres vertus ,
Joüiſſez- en , Mortels , fous fes pieds abattus ;.
Loin de vous accabler , une pieté tendre
Comme fur fes Sujets ſçaura ſur vous s'étendre
Vous mourez;leVAINQUEUR veille à vous ranimer;
Vous force à l'applaudir , & peut- être à l'aimer.
Si nos deux derniers Rois foudroyoient des murailles
,
Le Ciel lui réfervoit la gloire des batailles :
Mânes de Souverains fi grands & fi chéris ,
Ah ! vous feriez jaloux d'un autre que d'un fils .
16 MERCURE DE FRANCE.
HENRI même , HENRI , dont l'utile courage
A fçu de fes Ayeux recouvrer l'héritage ,
HENRI n'eut que le choix du Trône ou du trépass
Pour nos feuls intérêts LOUIS arme fon bras :
Déja fon Fils le fuir , ce Fils à qui la Gloire
Pour premiere leçon préfente une victoire.
PRINCE , nouvel objet de refpect & d'amo
Que d'exemples touchants il te donne en un jour !
Arbitre du mérite , il loue , il récompenfe ,
Il ſe reconnoît maître aux faveurs qu'il diſpenſe ,
Seul dédommagement de fes juftes regrets
Pour tous ceux que la mort dérobe à fes bienfaits.
Nobles & chers foutiens de ce puiffant Empire ,
Héros , à vous chanter ma voix ne peut fuffire.
Irois-je apprécier le talent des guerriers ,
Et felon mon caprice adjuger les lauriers ?
A l'envi des grands noms qui parent notre Hiftoire,
Il en eft dont ce jour commence la mémoire ,
Mais LOUIS dans fon coeur a gravé vos exploits ;
Le Soldat a tout dit ; qu'ajoûteroit ma voix ?
Puiffe long -tems l'Europe envier à la France
Ce Chef , qui parmi nous prit une autre naiſſance ,
Ce Chef , dont le courage en un corps épuiſé ,
Subjuguant la nature , a tout fait , tout ofé !
Un regard du MONARQUE , un regard plein
de flâme
JUIN.
17 1745%
Jetté fur le Héros , renouvelle fon ame ;
Et MAURICE applaudi du Prince & du Soldat ,
Fait revivre à nos yeux VENDÔME & Catinat.
Yous , qu'un joug étranger forçoit à vous défendre
,
Redevenez François , hâtez- vous de vous rendre ;
C'eft votre premier Maître ; éprouvez les bontés ,
Et rentrez dans des droits fi long-tems regrettés.
Au milieu de ces champs où le fang fume encore ,
Scéne dont la valeur & frémit & s'honore ,
Sur un Trône formé d'armes & de drapeaux
Il reçoit du Sénat des hommages nouveaux.
GRAND ROI , tous tes Sujets te parlent par
fa bouche ;
Répons à leurs défirs ; que leur zéle te touche !
Il veille par tes loix aux jours des Citoyens ';
Promets à fon amour de ménager les tiens ;
11 friffonne au moment qu'il célebre tes armes;
O Pere , épargne -nous de trop vives allarmes ,
Duffent- en murmurer tous ces braves guerriers ,
Toujours François , toujours avides de lauriers.
Rox, Chevalier de l'Ordre de S. Michel
Sur le fuccès de fes Armes.
LeSandredeJ.Michel eut l'honneur
de préfenter à la Reine , à Madame la Dauphine
& à Mefdames le Difcours fur le
fuccès des armes du Roi . Il fut invité de le
prononcer. La Reine entendit ces Vers
pendant fon dîner , Madame la Dauphine
l'après midi , & Mefdames à leur fouper.
Elles en parurent également fatisfaites &
attendries. Il fut comblé de ces éloges toujours
précieux & toujoursnouveaux pour un
Auteur le plus accoûtumé à en recevoir .
E Samedi s Juin M. Roi Chevalier
Sa Majesté a reçû en même- tems à l'armée
cette Piéce ; elle a ordonné qu'elle
fût imprimée à Lille . C'eft le même honneur
que S. M. fit à M. Roi lors de la Convalefcence.
Le Poëme fut imprimé à Metz
par un pareil ordre.
14 MERCURE DE FRANCE.
GRAND ROI , je cúde enfin à l'ardeur qui me
guide ;
Tu peux rendre fécond l'efprit le plus aride.
C'est moi qui le premier chantai notre bonheur
Quand tes jours échapoient à la Parque en fureur.
Peut-être que ma Lyre , organe de tendreffe,
A chanter des combats va trahir la foibleffe.
Le zéle fuffiroit pour rendre les frayeurs
Dont tes derniers périls ont glacé tous les coeurs
Lorſqu'au pied de ces murs , d'où partoit le tonnerre
,
Au milieu de ces feux que vomiffoit la terre ,
Ton oeil bravoit la mort errante autour de toi ,
Et que la France entiere à tremblé pour fon Roi.
T
J'aimerois à me joindre à ces tranſports de joye
Qu'à ton heureux retour le citoyen déploie
A peindre ta famille embraffant tes genoux ,
Doux momens , où triomphe & le pere & l'époux !
x
Tel Horace autrefois , dans fa verve diſcrette ,
Laiffoit à Varius ** emboucher la trompette
Ebranler tout l'Olimpe aux clameurs des mourans
De fang dans Actium répandre les torrens ,
Montrer la terre en feu , les mers épouvantées ,
Et du Styx par les morts . les ondes arrêtées.
* Ode 5. l. 1 .
** Poëte Epique & Tragique , fous Augufte.
JUIN.
15 1745.
Du fuccès de la guerre il ne peint que les fruits ;
Les Romains raffûrés , les plaifirs reproduits ,
Le Capitole orné de fleurs , de facrifices ,
Les fpectacles ouverts fous de plus doux aufpices,
Les meres de leurs fils béniffant le retour ,
Et les drapeaux de Mars aux Autels de l'Amour .
'Ainfi , fans m'élancer à travers le carnage ,
Ma Mufe du triomphe ofe ébaucher l'image ;
Triomphe différent de ceux où les Céfars
Du malheur des captifs repaiffant leurs regards ,
De l'esclavage encor aggravoient les injures ;
Où ces Rois enchaînés , déchirant leurs bleffures ,
Déteſtoient leurs vainqueurs , & les cruels fecours ,
Qui pour un tel outrage avoient fauvé leurs jours .
Trop long-tems ébloui par ce fafte barbare ,
Dont gémit l'héroïfme, & dont l'orgueil fe pare ,
L'Univers de LOUIS apprend d'autres vertus ,
Joüiſſez- en , Mortels , fous fes pieds abattus ;.
Loin de vous accabler , une pieté tendre
Comme fur fes Sujets ſçaura ſur vous s'étendre
Vous mourez;leVAINQUEUR veille à vous ranimer;
Vous force à l'applaudir , & peut- être à l'aimer.
Si nos deux derniers Rois foudroyoient des murailles
,
Le Ciel lui réfervoit la gloire des batailles :
Mânes de Souverains fi grands & fi chéris ,
Ah ! vous feriez jaloux d'un autre que d'un fils .
16 MERCURE DE FRANCE.
HENRI même , HENRI , dont l'utile courage
A fçu de fes Ayeux recouvrer l'héritage ,
HENRI n'eut que le choix du Trône ou du trépass
Pour nos feuls intérêts LOUIS arme fon bras :
Déja fon Fils le fuir , ce Fils à qui la Gloire
Pour premiere leçon préfente une victoire.
PRINCE , nouvel objet de refpect & d'amo
Que d'exemples touchants il te donne en un jour !
Arbitre du mérite , il loue , il récompenfe ,
Il ſe reconnoît maître aux faveurs qu'il diſpenſe ,
Seul dédommagement de fes juftes regrets
Pour tous ceux que la mort dérobe à fes bienfaits.
Nobles & chers foutiens de ce puiffant Empire ,
Héros , à vous chanter ma voix ne peut fuffire.
Irois-je apprécier le talent des guerriers ,
Et felon mon caprice adjuger les lauriers ?
A l'envi des grands noms qui parent notre Hiftoire,
Il en eft dont ce jour commence la mémoire ,
Mais LOUIS dans fon coeur a gravé vos exploits ;
Le Soldat a tout dit ; qu'ajoûteroit ma voix ?
Puiffe long -tems l'Europe envier à la France
Ce Chef , qui parmi nous prit une autre naiſſance ,
Ce Chef , dont le courage en un corps épuiſé ,
Subjuguant la nature , a tout fait , tout ofé !
Un regard du MONARQUE , un regard plein
de flâme
JUIN.
17 1745%
Jetté fur le Héros , renouvelle fon ame ;
Et MAURICE applaudi du Prince & du Soldat ,
Fait revivre à nos yeux VENDÔME & Catinat.
Yous , qu'un joug étranger forçoit à vous défendre
,
Redevenez François , hâtez- vous de vous rendre ;
C'eft votre premier Maître ; éprouvez les bontés ,
Et rentrez dans des droits fi long-tems regrettés.
Au milieu de ces champs où le fang fume encore ,
Scéne dont la valeur & frémit & s'honore ,
Sur un Trône formé d'armes & de drapeaux
Il reçoit du Sénat des hommages nouveaux.
GRAND ROI , tous tes Sujets te parlent par
fa bouche ;
Répons à leurs défirs ; que leur zéle te touche !
Il veille par tes loix aux jours des Citoyens ';
Promets à fon amour de ménager les tiens ;
11 friffonne au moment qu'il célebre tes armes;
O Pere , épargne -nous de trop vives allarmes ,
Duffent- en murmurer tous ces braves guerriers ,
Toujours François , toujours avides de lauriers.
Rox, Chevalier de l'Ordre de S. Michel
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1086
p. 82-83
A. M. le Marquis de Gontaut Colonel du Régiment de Biron & Brigadier des armées du Roi, sur son retour des Eaux de Barrege.
Début :
IL revit ce Marquis, l'objet de nos douleurs, [...]
Mots clefs :
Marquis, Lauriers, Santé, Eaux de Barrège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A. M. le Marquis de Gontaut Colonel du Régiment de Biron & Brigadier des armées du Roi, sur son retour des Eaux de Barrege.
A M. le Marquis de Gontaut Colonel du
Régiment de Biron & Brigadier des
armées du Roi , fur fon retour des Eaux
de Barrege.
IL revit ce Marquis , l'objet de nos douleurs ,
Pour illuftrer encor fa belle deftinée .
Mufes , dont les doux fons raviffent tous les coeurs
Célebrez avec nous cette heureuſe journée.
why
O toi qui fur le Mein toujours ferme en ton rang ,
Bravant tous les périls, n'écoutant que la gloire ,
Te couvris de lauriers teints de ton propre fang ,
Tes maux font à la fin fortis de ta mémoire .
Le fçavant Taranger t'a rendu la fanté ;
Tes jours font un préfent de fon Art falutaire ,
par lui de nouveau ton bras fi néceffaire
Va t'ouvrir un chemin à l'Immortalité .
Et
Echapé comme toi de la fureur des parques
Ton rince s'applaudit de te revoir encor ;
La mort a respecté le plus grand des Monarques ;
Fuiffes-tu comme lui vivre autant que Neftor !
* Chirurgien en Chef des Hepitaux de Tournay.
DECEMBRE 1745. 83
Gontaut , toi qui forti d'une illuftre origine ,
Fais revivre à nos yeux tant de fameux guerriers ,
Digne fils des Birons , la France te deftine
Et les mêmes emplois & les mêmes lauriers.
Le Chevalier de C ....
Régiment de Biron & Brigadier des
armées du Roi , fur fon retour des Eaux
de Barrege.
IL revit ce Marquis , l'objet de nos douleurs ,
Pour illuftrer encor fa belle deftinée .
Mufes , dont les doux fons raviffent tous les coeurs
Célebrez avec nous cette heureuſe journée.
why
O toi qui fur le Mein toujours ferme en ton rang ,
Bravant tous les périls, n'écoutant que la gloire ,
Te couvris de lauriers teints de ton propre fang ,
Tes maux font à la fin fortis de ta mémoire .
Le fçavant Taranger t'a rendu la fanté ;
Tes jours font un préfent de fon Art falutaire ,
par lui de nouveau ton bras fi néceffaire
Va t'ouvrir un chemin à l'Immortalité .
Et
Echapé comme toi de la fureur des parques
Ton rince s'applaudit de te revoir encor ;
La mort a respecté le plus grand des Monarques ;
Fuiffes-tu comme lui vivre autant que Neftor !
* Chirurgien en Chef des Hepitaux de Tournay.
DECEMBRE 1745. 83
Gontaut , toi qui forti d'une illuftre origine ,
Fais revivre à nos yeux tant de fameux guerriers ,
Digne fils des Birons , la France te deftine
Et les mêmes emplois & les mêmes lauriers.
Le Chevalier de C ....
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1087
p. 71-74
LE QUARTIER D'HYVER. ODE.
Début :
Loin d'ici l'affreuse Bellonne ; [...]
Mots clefs :
Concerts, Bellone, Louis, Mars
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE QUARTIER D'HYVER. ODE.
LE QUARTIER D'HIVER.
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
O D E.
Loin d'ici l'affreufe Bellonne ;
Que Mars abondonne nos champs ;
Le Ciel aujourd'hui nous ordonne
De ceffer les combats fanglans,
Loin de fes demeures chéries
Le Faune vient dans nos prairies
Raffembler les plus belles fleurs ,
Et les Nimphes font leurs offrandes
72 MERCURE DE FRANCE.
Des plus magnifiques guirlandes
Et des plus flatteuſes odeurs .
Le ruiffeau fous un doux murmure
Voit rouler fes flots argentés ; {
La Nymphe dans ſon onde pure
Contemple à loifir ſes beautés ;
Les Zéphirs à la douce haleine
D'un foufle léger dans la plaine
Pouffent des innocens foupirs ,
Et le jeune enfant de Cythere
S'arrache des bras de fa mere
Pour avoir part à leurs plaiſirs.
La jeune & timide Bergére
D'un efcarpin blanc & léger
Va fouler la tendre fougére ,
Tenant la main de fon Berger.
Non loin d'eux fur la marjolaine
Des yvrognes à taffes pleine
Célébrent le divin Bacchus ;
Tous applaudiffent à ſes charmes ,
Et le Guerrier quitte fes armes
Pour fe noyer dans fon doux jus .
Charmé de ce brillant ſpectacle
Apollon déferte les Cieux ;
De
DECEMBRE 1745 .
73
De Délos il change l'Oracle
Pour le tranſporter en ces lieux :
Les chaftes Nymphes du Permeſſe
Par mille concerts d'allegreffe
Viennent chanter fon nouveau choix ;
Pan quitte fes fombres bocages ,
Et fa flute fur ces rivages
Annonce les plus douces loix ,
9
A peine de la blanche Aurore
Voit-on paroître le retour ,
Qu'auffi-tôt l'Olympe fe dors
Des éclatans rayons du jour
Et les Etoiles courroucées ,
Dans l'obſcurité repouffées ,
Perdent leur brillante lueur .
Un aftre plus vif les efface ,
Et le monde , de leur difgrace
Tire un avantage flateur ,
Ainfi dans les plaines fameufes
Que l'Escaut baigne de ſes eaux ,
LOUIS des brigues orageuſes
Diffipa les concerts nouveaux ;
En vain les orgueilleux nuages
S'uniffent avec les orages
Pour ternir l'éclat du Soleil ,
Auffi -tôt leurs forces tariffent ,
11, Fel.
1
74 MERCURE DE FRANCE,
430#
Leurs Efcadrons fe défuniffent ;
L'aftre reprend fon appareil.
Qu'un trop frivole orgueil fe flate
De foumettre tous les humains ,
Que la bombe menace , éclate ,
La foudre même eft en nos mains
Le feul effet d'un avis fage
Abbat un aveugle courage ,
Bellone tombe , & s'étourdit.
En vain la Ligue fe raffemble ,
LOUIS paroît , l'ennemi tremble ,
Et dans les airs Mars applaudit .
L'Hyver déformais agréable
Malgré la neige & les glaçons ,
Paroît feul être favorable
Aux peuples que nous terraffons,
Inftrumens d'une paix profonde
Les froids en ravageant le monde
Vont mettre la difcorde aux fers
Leurs fureurs feront nos délices ,
Et les vents feront les indices
Du calme de tout l'Univers,
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1088
p. 143-144
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis très-meutrier. Six pieds forment mon corps ; [...]
Mots clefs :
Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
E ſuis très - meutrier. Sixpieds forment mon
corps ;
Combien d'ames par moi s'en vont aux fombres
bords!
Mon chef eſt une Ville au ſein de l'Arabie :
¥44 MERCURE DE FRANCE.
Eny joignant mon col , autre en la Natolie.
Ma queue eft utile au Baudet
Je porte dans mon fein un terme très-ſujet ,
Ami lecteur , à la rature ,
Un terme au jeu d'échets ; êtes vous curieux ?
Vous devinerez ma ſtructure ,
En entrant dans le champ du plus ſanglant des
Dieux.
Follet Musfacien de l'Eglise d' Angers.
E ſuis très - meutrier. Sixpieds forment mon
corps ;
Combien d'ames par moi s'en vont aux fombres
bords!
Mon chef eſt une Ville au ſein de l'Arabie :
¥44 MERCURE DE FRANCE.
Eny joignant mon col , autre en la Natolie.
Ma queue eft utile au Baudet
Je porte dans mon fein un terme très-ſujet ,
Ami lecteur , à la rature ,
Un terme au jeu d'échets ; êtes vous curieux ?
Vous devinerez ma ſtructure ,
En entrant dans le champ du plus ſanglant des
Dieux.
Follet Musfacien de l'Eglise d' Angers.
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1089
p. 119
Les campagnes du Roi en 1744 & 45, Poëme. [titre d'après la table]
Début :
LES CAMPAGNES DU ROI en 1744 & 1745 Paris 1746 in 12 chés Collombat. [...]
Mots clefs :
Campagnes, Roi, Poème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les campagnes du Roi en 1744 & 45, Poëme. [titre d'après la table]
LES CAMPAGNES DU ROI en 1744
1745 Paris 1746 in 12 chés Collombat.
Il y a dans ce Poëme de l'élégance , do
l'harmonie & de l'imagination,
1745 Paris 1746 in 12 chés Collombat.
Il y a dans ce Poëme de l'élégance , do
l'harmonie & de l'imagination,
Fermer
1091
p. 97
LOGOGRIPHE.
Début :
Fait pour la guerre, autrefois le soldat, [...]
Mots clefs :
Bouclier
1092
p. 149-152
Des Chevaliers de l'Arbalête.
Début :
Le Samedi 9 Octobre, jour & fête de Saint Denis, la Compagnie Royale des [...]
Mots clefs :
Chevaliers de l'Arbalète, Paris, Oiseau, Compagnie, Prévôt des marchands, Officiers, Tirage, Marchands échevins, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Des Chevaliers de l'Arbalête.
Des Chevaliers de l'Arbalête.
Le Samedi 9 Octobre, jour & fête de
Saint Denis, la Compagnie Royale des
Chevaliers de l'Arbalête & de l'Arquebu-
ze de Paris, fit chanter dans l'Eglise de
la Maason Professe des Jésuites, une mes-
se & un Te Deum de la composition de M.
Corette, qui fut très-bien exécuté; en
G iij
tized by Goc
150 MERCUREDEFRANCE.
action de graces de l'heureux accouche-
ment de Madame la Dauphine, & de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
MM. le Prevôt des Marchands, Echevins
& Corps de Ville, qui y avo ient été in-
vités, sy rendirent précedés d'un détache-
ment de leurs Gardes: on tira à leur
entrée, à leur sortie, & au commencement
du Te Deum, une salve de boëtes.
Le Dimanche 24, cette même Com-
pagnie tira par extraordinaire, un oiseau
dans son hôtel hors la Porte Saint Antoi-
ne, en réjouissance du même sujet. Le
Dimanche précédent, quatre de ses prin-
cipaux Officiers avoient été à Versailles
pour suplier Sa Majesté d'honorer la Com-
pagnie de sa présence le jour du tirage de
cet oisean, ou de nommer un Seigneur
pour représenter sa personne & tirer en son-
nom. Ces Officiers ayant à leur tête M.
le Comte de Tresmes, Licutenant Général
des Armées duRoi, & leur Colonel eurent
l'honneur d'être présentés à sa Majeste
par M. de Gêvres, premier Gentilhomme
de la Chambre & Gouverneur de Paris; le
Roi les reçut avec une très-grande bonté &
leur dit: j'accorde ce qu'on me demande, &
je nomme M. le Comte de Tresmes pour me
représenter. Le jour du tirage de l'oiseau
ayant été fixé au 24 Octobre, Messicurs
by Goc
JANVIER. 1752.
131
les Prevôt des Marchands, Echevins &
Corps de Ville qui avoient été pareille-
ment invités, arriverent à l'Hôtel de l'Ar-
quebuse à une heure après-midy, precédés
d'un détachement de leurs Gardes. Ils y fu-
rent reçus pat les principaux Officiers de
la Compagnie qui étoit en uniforme,
sous les armes, tambours battans, dra-
peau déployé, & au bruit d'une salve de
boëtes: ils furent conduits en une galerie
en face de la butte qui leur étoit destinée,
& qui étoit toute tapissée de damas cra-
moisi avec des crépines d'or & les fauteuils
parcils. Peu de tems aptès M. le Comte
de Tresmes arriva accompagné de plu-
fieurs autres Seigneurs; il fut reçu avee
quelques cérémonies de plus. MM. les
Prevot des Marchands & Echevins des-
cendirent de la galerie où ils étoient placés
pour le recevoir: il fut conduit à la butie
où étoit placé l'oiseau, & sur le coté de
laquelle étoit une estrade de quatre deorés
eouverts d'un tapis, sur laquelle il y
avoit un fauteuil & au dessus un dais, le
tout de velours relevé en or: aux côtés du
fauteuil en bas de l'estrade étoient deux
Chevaliers sous les armes pour garder la
place de Sa Majesté. M. le Comte de Tres-
mes n'ayant point occupé ce fauteuil, il
monta à la galerie & s'y placo à la droite
G iij
a
152 MERCUREDEFRANCE.
de M. le Prevôt des Marchands. Quelque
tems après, la Compagnie sous les armes,
& ses Officiers à la tête, vinrent prendre
M. le Comte de Tresmes, le conduisi-
rent à la Salle du tirage tambours battans
& là, il tira deux très-beaux coups d'Ar-
quebuse sur l'oiseau, le premier pour &
au nom de Sa Majesté, & le second,
pour lui en sa qualité de Colonel de la
Compagnie, apres quoi il fut de même re-
conduit dans la galerie. Les Officiers &
Chevaliers commencerent ensuite à tiret
suivant l'ordre du numéro qui leur étoit
échu pour ce tirage & l'oiseau fut abbatu
au dix-huitième coup avant la fin de la
halte, par le sicur Vaucher qui gagna le
premier prix.
L'oiseau abbatu l'on posa un autre Pan-
ton pour tiret le second prix. M. le Com-
te de Tresmes, tira le premier, comme
Colonel & toute la Compagnie ensuite
dans le même ordre que la premiere fois.
Le sieur Brosset ayant fait le plus près coup
de la broche, gagna ce second prix.
Ces prix consistent en deux très-belles
& grandes médailles d'argent que Mes-
sieurs le Prevôt des Marchands & Echevins
donnent tous les ans au nom de la Ville le
jour du tirage de l'oiseau, qu'ils honorent
de leurs présences; elles ont d'un côté les
Le Samedi 9 Octobre, jour & fête de
Saint Denis, la Compagnie Royale des
Chevaliers de l'Arbalête & de l'Arquebu-
ze de Paris, fit chanter dans l'Eglise de
la Maason Professe des Jésuites, une mes-
se & un Te Deum de la composition de M.
Corette, qui fut très-bien exécuté; en
G iij
tized by Goc
150 MERCUREDEFRANCE.
action de graces de l'heureux accouche-
ment de Madame la Dauphine, & de la
naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
MM. le Prevôt des Marchands, Echevins
& Corps de Ville, qui y avo ient été in-
vités, sy rendirent précedés d'un détache-
ment de leurs Gardes: on tira à leur
entrée, à leur sortie, & au commencement
du Te Deum, une salve de boëtes.
Le Dimanche 24, cette même Com-
pagnie tira par extraordinaire, un oiseau
dans son hôtel hors la Porte Saint Antoi-
ne, en réjouissance du même sujet. Le
Dimanche précédent, quatre de ses prin-
cipaux Officiers avoient été à Versailles
pour suplier Sa Majesté d'honorer la Com-
pagnie de sa présence le jour du tirage de
cet oisean, ou de nommer un Seigneur
pour représenter sa personne & tirer en son-
nom. Ces Officiers ayant à leur tête M.
le Comte de Tresmes, Licutenant Général
des Armées duRoi, & leur Colonel eurent
l'honneur d'être présentés à sa Majeste
par M. de Gêvres, premier Gentilhomme
de la Chambre & Gouverneur de Paris; le
Roi les reçut avec une très-grande bonté &
leur dit: j'accorde ce qu'on me demande, &
je nomme M. le Comte de Tresmes pour me
représenter. Le jour du tirage de l'oiseau
ayant été fixé au 24 Octobre, Messicurs
by Goc
JANVIER. 1752.
131
les Prevôt des Marchands, Echevins &
Corps de Ville qui avoient été pareille-
ment invités, arriverent à l'Hôtel de l'Ar-
quebuse à une heure après-midy, precédés
d'un détachement de leurs Gardes. Ils y fu-
rent reçus pat les principaux Officiers de
la Compagnie qui étoit en uniforme,
sous les armes, tambours battans, dra-
peau déployé, & au bruit d'une salve de
boëtes: ils furent conduits en une galerie
en face de la butte qui leur étoit destinée,
& qui étoit toute tapissée de damas cra-
moisi avec des crépines d'or & les fauteuils
parcils. Peu de tems aptès M. le Comte
de Tresmes arriva accompagné de plu-
fieurs autres Seigneurs; il fut reçu avee
quelques cérémonies de plus. MM. les
Prevot des Marchands & Echevins des-
cendirent de la galerie où ils étoient placés
pour le recevoir: il fut conduit à la butie
où étoit placé l'oiseau, & sur le coté de
laquelle étoit une estrade de quatre deorés
eouverts d'un tapis, sur laquelle il y
avoit un fauteuil & au dessus un dais, le
tout de velours relevé en or: aux côtés du
fauteuil en bas de l'estrade étoient deux
Chevaliers sous les armes pour garder la
place de Sa Majesté. M. le Comte de Tres-
mes n'ayant point occupé ce fauteuil, il
monta à la galerie & s'y placo à la droite
G iij
a
152 MERCUREDEFRANCE.
de M. le Prevôt des Marchands. Quelque
tems après, la Compagnie sous les armes,
& ses Officiers à la tête, vinrent prendre
M. le Comte de Tresmes, le conduisi-
rent à la Salle du tirage tambours battans
& là, il tira deux très-beaux coups d'Ar-
quebuse sur l'oiseau, le premier pour &
au nom de Sa Majesté, & le second,
pour lui en sa qualité de Colonel de la
Compagnie, apres quoi il fut de même re-
conduit dans la galerie. Les Officiers &
Chevaliers commencerent ensuite à tiret
suivant l'ordre du numéro qui leur étoit
échu pour ce tirage & l'oiseau fut abbatu
au dix-huitième coup avant la fin de la
halte, par le sicur Vaucher qui gagna le
premier prix.
L'oiseau abbatu l'on posa un autre Pan-
ton pour tiret le second prix. M. le Com-
te de Tresmes, tira le premier, comme
Colonel & toute la Compagnie ensuite
dans le même ordre que la premiere fois.
Le sieur Brosset ayant fait le plus près coup
de la broche, gagna ce second prix.
Ces prix consistent en deux très-belles
& grandes médailles d'argent que Mes-
sieurs le Prevôt des Marchands & Echevins
donnent tous les ans au nom de la Ville le
jour du tirage de l'oiseau, qu'ils honorent
de leurs présences; elles ont d'un côté les
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1093
p. 161-163
De Parme, le 14 Octobre.
Début :
M. le Marquis de Crussol, Ministre Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don [...]
Mots clefs :
Marquis de Crussol, Parme, Armes, Décoration, Musique, Bal, Sujet, Naissance du duc de Bourgogne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Parme, le 14 Octobre.
De Parme, le 14 Octobre.
M. le Marquis de Crussol, Ministre
Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don
Philippe, Duc de Parme, célébra Jeudi
14 Octobre, la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, par une fête qu'il
donna dans sa Maison à Colorno: il y
avoit invité la Cour, & la Noblesse du
Pays, qui s'y rendit vers les six heures du
soit; leurs Altesses Royales lui firent aussi
l'honneur d'y venir. On commença par
un feu d'artifice, après lequel, pendant
quon illuminoit la décoration & le jar-
din, les personnes invitées passerent dans
une gallerie bien décorée, à l'extrêmité
de laquelle étoit un orchestre: on exécuta
plusieurs morceaux de musique, & le
Concert finit par une Ode allégorique au
sujet, qui y fut chantée: un Bal masqué, &
un ambigu succéderent à la musique. Le
Bal, ainsi que l'illumination durerent jus-
qu au jour. Il y a eu grande profusion de
rafraîchissemens de toute espéce, & on
distribua pendant toute la nuit au peuple
quantité de viande & de vin devant sa
maison qui étoit illuminée.
La décoration du feu d'artifice tepré-
sentoit une masse de rochers ceintrée en
plan, de l'étendue de cent pieds, dont la
ed by Goc
.
162 MERCUREDEFRANCE.
partie du milieu ouverte, en forme de
grotte rustique, laissoit voir la campagne
qui étoit derriere; sur ces rochers s'éle-
voit une tertasle ornée d'une balustrade,
sur laquelle étoit fondé un Arc-de-triom-
phe a ordte Corinthien, qui faisoit le
sujet principal de l'allégorie; on voyoit
au plus haut de cet Arc, Lucihe appuyée
sut un globe d'azur aux armes de France;
à la droite de cette Déesse, qui étoit assise
sur un groupe de nuée, étoit la Felicité
publique couronnée de fleurs, tenant un
caducée d'or & à sa gauche étoit la Fécon-
dité; sut les flanes de la corniche de l'arc,
du côté droit, étoient placées en perspec-
tive les Armes de Monseigneur le Dau-
phin, & du côté gauche celles de Madame
la Dauphine, éclairées de lumieres trans-
parentes, & entourées de rayons lumi-
neux, ainsi que celle des Armes de Fran-
ee, qui étoient au sommet de l'édifice. A
quatre vingt pieds de hauteur, entre les
colonnes au niveau de leur base, étoient
représentées douze fontaines en niche,
dont l'eau jettée par des dauphins for-
moient une cascade. Sur deux piéd'estaux,
poses au bas des gradins de l'arc, on voyoit
les fleuves de Seine & d'Elbe, appuyés sut
leur urne: cet arc étoit environné de por-
tiques en loges d'ordre Ionique; au-dessus
d by Goe
JANVIER. 1752.
163
du couronnement de la face principale de
ces portiques étoit à la droite la statue de
Mars, se reposant sur ses armes, avec cette
inscription sur sa frise de l'entablement.
Belli & pacis artibus.
Du côté gauche, en parallele à la sta-
tue de Mars, étoit celle de la Paix, te-
nant une corne d'abondance; au dessous
étoit écrite cette inscription:
Gallia felicitati nato.
Au-dessus de la grotte rustique, parois-
foit la Renommée, les aîles étendues, te-
nant de la main droite une trompette, &
de la gauche déployant une banderole,
fur laquelle on lisoit ce vers de Virgile:
En nova progenies coelo demittitur alto.
Deux avenues de pyramides en lumiere
conduisoient, à cet édifice, qui étoit
construit dans le milieu d'un jardin, au-
fond duquel est un paysage qu'on avoit
illuminé, & qu'on voyoit dans le loin-
tain; à travers les portiques, toute la ma-
chine étoit illuminée, comme les décora-
tions de Théatre, & ornée de lustres dans
les arcades de chacun des portiques.
L'Ode suivante est allégorique au sujet
représenté par la décoration, & fut chan-
tée à la fin de la musique, avant que d'en-
trer dans la salle du bal.
M. le Marquis de Crussol, Ministre
Plénipotentiaire auprès de l'Infant Don
Philippe, Duc de Parme, célébra Jeudi
14 Octobre, la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, par une fête qu'il
donna dans sa Maison à Colorno: il y
avoit invité la Cour, & la Noblesse du
Pays, qui s'y rendit vers les six heures du
soit; leurs Altesses Royales lui firent aussi
l'honneur d'y venir. On commença par
un feu d'artifice, après lequel, pendant
quon illuminoit la décoration & le jar-
din, les personnes invitées passerent dans
une gallerie bien décorée, à l'extrêmité
de laquelle étoit un orchestre: on exécuta
plusieurs morceaux de musique, & le
Concert finit par une Ode allégorique au
sujet, qui y fut chantée: un Bal masqué, &
un ambigu succéderent à la musique. Le
Bal, ainsi que l'illumination durerent jus-
qu au jour. Il y a eu grande profusion de
rafraîchissemens de toute espéce, & on
distribua pendant toute la nuit au peuple
quantité de viande & de vin devant sa
maison qui étoit illuminée.
La décoration du feu d'artifice tepré-
sentoit une masse de rochers ceintrée en
plan, de l'étendue de cent pieds, dont la
ed by Goc
.
162 MERCUREDEFRANCE.
partie du milieu ouverte, en forme de
grotte rustique, laissoit voir la campagne
qui étoit derriere; sur ces rochers s'éle-
voit une tertasle ornée d'une balustrade,
sur laquelle étoit fondé un Arc-de-triom-
phe a ordte Corinthien, qui faisoit le
sujet principal de l'allégorie; on voyoit
au plus haut de cet Arc, Lucihe appuyée
sut un globe d'azur aux armes de France;
à la droite de cette Déesse, qui étoit assise
sur un groupe de nuée, étoit la Felicité
publique couronnée de fleurs, tenant un
caducée d'or & à sa gauche étoit la Fécon-
dité; sut les flanes de la corniche de l'arc,
du côté droit, étoient placées en perspec-
tive les Armes de Monseigneur le Dau-
phin, & du côté gauche celles de Madame
la Dauphine, éclairées de lumieres trans-
parentes, & entourées de rayons lumi-
neux, ainsi que celle des Armes de Fran-
ee, qui étoient au sommet de l'édifice. A
quatre vingt pieds de hauteur, entre les
colonnes au niveau de leur base, étoient
représentées douze fontaines en niche,
dont l'eau jettée par des dauphins for-
moient une cascade. Sur deux piéd'estaux,
poses au bas des gradins de l'arc, on voyoit
les fleuves de Seine & d'Elbe, appuyés sut
leur urne: cet arc étoit environné de por-
tiques en loges d'ordre Ionique; au-dessus
d by Goe
JANVIER. 1752.
163
du couronnement de la face principale de
ces portiques étoit à la droite la statue de
Mars, se reposant sur ses armes, avec cette
inscription sur sa frise de l'entablement.
Belli & pacis artibus.
Du côté gauche, en parallele à la sta-
tue de Mars, étoit celle de la Paix, te-
nant une corne d'abondance; au dessous
étoit écrite cette inscription:
Gallia felicitati nato.
Au-dessus de la grotte rustique, parois-
foit la Renommée, les aîles étendues, te-
nant de la main droite une trompette, &
de la gauche déployant une banderole,
fur laquelle on lisoit ce vers de Virgile:
En nova progenies coelo demittitur alto.
Deux avenues de pyramides en lumiere
conduisoient, à cet édifice, qui étoit
construit dans le milieu d'un jardin, au-
fond duquel est un paysage qu'on avoit
illuminé, & qu'on voyoit dans le loin-
tain; à travers les portiques, toute la ma-
chine étoit illuminée, comme les décora-
tions de Théatre, & ornée de lustres dans
les arcades de chacun des portiques.
L'Ode suivante est allégorique au sujet
représenté par la décoration, & fut chan-
tée à la fin de la musique, avant que d'en-
trer dans la salle du bal.
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1094
p. 200-202
DE MADRID, le 28 Décembre.
Début :
On a reçu par un Courier extraordinaire la Relation d'un combat, qui s'est donné entre les [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Vaisseau Neuf, Dragon de l'Amérique, Combat, Matin, Ennemis, Roi, Dantzig, Vaisseaux algériens
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texteReconnaissance textuelle : DE MADRID, le 28 Décembre.
DE MADRID, le 28 Décembre.
On a reçu par un Courier extraordinaire la
Relation d'un combat, qui s'est donné entre les
Vaisseaux le Dragon & l'Amerique, commandés
par M. Stuait, & deux Vaisseaux Algériens
nommés le Dantzick & le Vaissean Neuf, le pre-
mier de soixante canons, le second de cinquante-
quatre. Voici les principales circonstances que
contient cette Relation. Le 28 du mois dernier au
matin, M. Stuart, étant à cinquante deux lieues
Quest Sud-Quest du Cap. de Saint Vincent, dé-
couvrit les deux Bâtimens Barbaresques, qui fai-
soient force de voiles pour venit le reconnoître.
Il se détermina à les attendre, & il se tint en
panne, jusqu'à ce qu'ils fussent à la portée du ca-
non. Des la seconde décharge, le second de ces
deux Vaisseaux prit la fuite. M. Stuart conrinua
depuis cinque heures & demie du soir jusqu'à deux
heures & demie du lendemain matin, le combat
contre le Dantzick, sur lequel il avoit gagné le
dessus du vent. Ce Batiment perdit son mats de
hune, & eut sa grande voile coupée. Le Vaisseau
le Dragon, ayant eté aussi fort maltraité daus
tires O
201
FEVRIER. 1752.
ses manceuvres, M. Stuart jugea à propos de s'éloi-
gner, pour les faire réparer, & il ordonna au
Vaisscau l'Amerique, de ne point cesser de faire
feu sur le Vaisseau Algérien. Le 29, entre huit
& neuf heures du matin, M Stuart recommença
à canonner ce Bâtiment, dont le Mats de Misaine
fut emporté, & la Poupe mise en pieces. Vers les
deux heures & demie de l'ap:ès midi le vent
tomba, la met grossit, & les ennemis se trouve-
rent hors de la portée du canon, ce qui obligea
les Espagnols de suspendre leur seu. Le second
des deux Vaisseaux ennemis, qui, n'ayant fui
que jusqu' à nue ceitaine distance, avoit toujours
été vù des Elpagnols, disparut le 30. Peu après
son départ, le Commandant du Dan:zick mit bas
son Pavillon, mais son équipage l'obligea de le
relever. Le combat s'engagea de nouveau, & il
dura pendant le reste du jour La nuit suivante &
le lendemain, les Vaisseaux du Roi demeurerent
dans l'inaction, parce que, la mer étant trop
grosse, ils ne pouvoient taire usage de leurs Bat-
teries basses. Le 2 de ce mois, ils attaquerent le
Dan zick avec plus de vivacité encote qu'ils n'a-
voient fait les jours précédens, & ils le forcerent
enfin de se rendre. Ce Vaisscau étant en tiop
mauvais état pour qu'on pût espérer de le con-
server, on y mit le seu, après en avoir retiré l'é-
quipage, qui étoit composé de cinq cens quatre-
vingt quatorze hommes. Cent quatre- vingt- dix
ont peri dans le combat; on a transporté sur les
Vaisseaux du Roi soixante-quinze blessés, & six
sont morts de leurs blessures. Le nombre des
Turcs & des Mores, qui ont été pris sur les Bâti-
mens ennemis, monte à trois cens quarante-hvit,
& l'on a rendu la liberté à cinquante Esclaves
Chrétiens. Moyennant la précaution que M.
itized by Goc
202 MERCUREDE FRANCE.
Stuart, avant l'action avoit prise & faire gabion-
ner ses Vaisseaux: il n'y a eu du côté des Espagnols
que trois hommes tués & vingt-cinq blesses, par-
ni lesquels on ne compte aucun Officier ni Garde-
Marine.
Le Roi, voulant récompenser les équipages des
Viisseaux le Dragea & l'Amerique, qui se sont si
soit distingues dans le combat contre le Vaisseau
Algerien le Datzick, a ordonné qu'on distribuat
à chaque Soldat & chaque Matelot un mois de
sol de pour gratification. En meme tems, Sa Ma-
jelté a envoyé à M. Stuart le Brevet de Chet d'Es-
cadre. Don Lonis de Cordone, Commmandant
le Vaisseau l'Amerique, a été pourvu de la Com-
manderre de Betera, dans l'Ordre de Calatrava.
Le Marquis de Cassinas, Lieutenant du Vaisseao
le Dracox, & Don Juan-Ignace de Salabarria,
Lieutenant du Vaissean l'Amerique, ont été nom
mes Capitaines de Vaisseaux.
On a reçu par un Courier extraordinaire la
Relation d'un combat, qui s'est donné entre les
Vaisseaux le Dragon & l'Amerique, commandés
par M. Stuait, & deux Vaisseaux Algériens
nommés le Dantzick & le Vaissean Neuf, le pre-
mier de soixante canons, le second de cinquante-
quatre. Voici les principales circonstances que
contient cette Relation. Le 28 du mois dernier au
matin, M. Stuart, étant à cinquante deux lieues
Quest Sud-Quest du Cap. de Saint Vincent, dé-
couvrit les deux Bâtimens Barbaresques, qui fai-
soient force de voiles pour venit le reconnoître.
Il se détermina à les attendre, & il se tint en
panne, jusqu'à ce qu'ils fussent à la portée du ca-
non. Des la seconde décharge, le second de ces
deux Vaisseaux prit la fuite. M. Stuart conrinua
depuis cinque heures & demie du soir jusqu'à deux
heures & demie du lendemain matin, le combat
contre le Dantzick, sur lequel il avoit gagné le
dessus du vent. Ce Batiment perdit son mats de
hune, & eut sa grande voile coupée. Le Vaisseau
le Dragon, ayant eté aussi fort maltraité daus
tires O
201
FEVRIER. 1752.
ses manceuvres, M. Stuart jugea à propos de s'éloi-
gner, pour les faire réparer, & il ordonna au
Vaisscau l'Amerique, de ne point cesser de faire
feu sur le Vaisseau Algérien. Le 29, entre huit
& neuf heures du matin, M Stuart recommença
à canonner ce Bâtiment, dont le Mats de Misaine
fut emporté, & la Poupe mise en pieces. Vers les
deux heures & demie de l'ap:ès midi le vent
tomba, la met grossit, & les ennemis se trouve-
rent hors de la portée du canon, ce qui obligea
les Espagnols de suspendre leur seu. Le second
des deux Vaisseaux ennemis, qui, n'ayant fui
que jusqu' à nue ceitaine distance, avoit toujours
été vù des Elpagnols, disparut le 30. Peu après
son départ, le Commandant du Dan:zick mit bas
son Pavillon, mais son équipage l'obligea de le
relever. Le combat s'engagea de nouveau, & il
dura pendant le reste du jour La nuit suivante &
le lendemain, les Vaisseaux du Roi demeurerent
dans l'inaction, parce que, la mer étant trop
grosse, ils ne pouvoient taire usage de leurs Bat-
teries basses. Le 2 de ce mois, ils attaquerent le
Dan zick avec plus de vivacité encote qu'ils n'a-
voient fait les jours précédens, & ils le forcerent
enfin de se rendre. Ce Vaisscau étant en tiop
mauvais état pour qu'on pût espérer de le con-
server, on y mit le seu, après en avoir retiré l'é-
quipage, qui étoit composé de cinq cens quatre-
vingt quatorze hommes. Cent quatre- vingt- dix
ont peri dans le combat; on a transporté sur les
Vaisseaux du Roi soixante-quinze blessés, & six
sont morts de leurs blessures. Le nombre des
Turcs & des Mores, qui ont été pris sur les Bâti-
mens ennemis, monte à trois cens quarante-hvit,
& l'on a rendu la liberté à cinquante Esclaves
Chrétiens. Moyennant la précaution que M.
itized by Goc
202 MERCUREDE FRANCE.
Stuart, avant l'action avoit prise & faire gabion-
ner ses Vaisseaux: il n'y a eu du côté des Espagnols
que trois hommes tués & vingt-cinq blesses, par-
ni lesquels on ne compte aucun Officier ni Garde-
Marine.
Le Roi, voulant récompenser les équipages des
Viisseaux le Dragea & l'Amerique, qui se sont si
soit distingues dans le combat contre le Vaisseau
Algerien le Datzick, a ordonné qu'on distribuat
à chaque Soldat & chaque Matelot un mois de
sol de pour gratification. En meme tems, Sa Ma-
jelté a envoyé à M. Stuart le Brevet de Chet d'Es-
cadre. Don Lonis de Cordone, Commmandant
le Vaisseau l'Amerique, a été pourvu de la Com-
manderre de Betera, dans l'Ordre de Calatrava.
Le Marquis de Cassinas, Lieutenant du Vaisseao
le Dracox, & Don Juan-Ignace de Salabarria,
Lieutenant du Vaissean l'Amerique, ont été nom
mes Capitaines de Vaisseaux.
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1095
p. 115-117
AUTRE.
Début :
Serai-je donc toujours auditeur bénévole ? [...]
Mots clefs :
Bouclier
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
Erai-je donc toujours auditeur bénévole z
Ne pourrai- je pas à mon tour
Exercer mon efprit. fur un objet, frivole
Compofer Logogriphe ? Oui , je veux en ce jour
Prendre fur moi le grave rôle
D'ennuyer , d'exceder un Lecteur morfondu
Et me vanger ainſi du tems que j'ai perdu ,
En m'arrêtant fur telle faribole.
Je ferois attrapé , fije n'étois pas lu.
A mes pareils choſe très- ordinaire :
Voyons , cachons- nous bien fous l'aile du myf
tere ,
Car fi j'étois , par malheur entendu ,
Cela gâteroit mon affaire.
Chez les Anciens mon nom eft très- fameux,
Je fus préfent à plus de cent batailles ,
Fai vu tomber les plus fortes murailles ;
Un Capitaine , un foldat valeureux.
Combattoit près de moi , jufqu'à l'heure deze
niere ,
Ma préſence augmentoit fon audace guerriera,
De l'ennemi victorieux
Si je devenois la conquête ,
Un guerrier généreux
Ne vouloit point furvivre à ma défaite .
116 MERCURE DE FRANCE.
Je méritois par mes exploits
Les regrets dont ma perte étoit toujours fuivie
On m'a vu mille & mille fois
A mes dépens fauver la vie
Aux Héros rangés fons mes loix.
Trempé de fang & couvert de pouffiere ,
On me vit au milieu des plus affieux hazards
Braver la lance meurtriere ,
M'expofer fans défente à tous les coups de Mars .
Ces Phalanges prefqu'invincibles
Qui femoient fous leurs pas le carnage & l'effroi
C'étoit ma valeur , c'étoit moi
Qui les rendois fi fortes , fi terribles .
Aujourdhui , vieux foldat , on me compte pour riem
Et l'on m'a mis au rang des Invalides ,
Quoique je pûffe encor fort bien
Parer plufieurs traits homicides."
Vous trouverez en renverfant mon nom
L'inftrument d'un jeu d'exercice ,
: 0
Et le lit fur lequel expire maint laron
Condamné par le juge au plus affreux fuplice ,,
L'art dans lequel excelle tout Aatteur ;
Une piéce d'argent qui vaut plus d'une obole ,.
Du Réprouvé le vrai fimbole ,
La bafe de la tête , un ton , une couleur ,
y
Ce qu'on trouve à Paris dans la plupart des rues
Ce que font jour & nuit des gens aux mains
crachues ;,
M. AR S.
17521 117
Un folitaire au cloître condaniné ,
Ce que fait le jus de la treille ,
Lorfque le doux glou glou vient frapper notre
oreille ;
Le titre faftueux d'un homme couronné ;
Un fer armé de pointe. & pourvû d'une tête ;
Ce que pour le dîner tous les jours on apprête ,
Ce qui fait des cheveux la grace & l'ornement,
De notre corps la plus -noble partie
Que tout le monde fçait néceffaire à la vie
Et qui bat & fe trouble , auffi -tôt que Siivie ,
Voit approcher fon tendre Amant.
Cen eft affez ; devincz maintenant.
Erai-je donc toujours auditeur bénévole z
Ne pourrai- je pas à mon tour
Exercer mon efprit. fur un objet, frivole
Compofer Logogriphe ? Oui , je veux en ce jour
Prendre fur moi le grave rôle
D'ennuyer , d'exceder un Lecteur morfondu
Et me vanger ainſi du tems que j'ai perdu ,
En m'arrêtant fur telle faribole.
Je ferois attrapé , fije n'étois pas lu.
A mes pareils choſe très- ordinaire :
Voyons , cachons- nous bien fous l'aile du myf
tere ,
Car fi j'étois , par malheur entendu ,
Cela gâteroit mon affaire.
Chez les Anciens mon nom eft très- fameux,
Je fus préfent à plus de cent batailles ,
Fai vu tomber les plus fortes murailles ;
Un Capitaine , un foldat valeureux.
Combattoit près de moi , jufqu'à l'heure deze
niere ,
Ma préſence augmentoit fon audace guerriera,
De l'ennemi victorieux
Si je devenois la conquête ,
Un guerrier généreux
Ne vouloit point furvivre à ma défaite .
116 MERCURE DE FRANCE.
Je méritois par mes exploits
Les regrets dont ma perte étoit toujours fuivie
On m'a vu mille & mille fois
A mes dépens fauver la vie
Aux Héros rangés fons mes loix.
Trempé de fang & couvert de pouffiere ,
On me vit au milieu des plus affieux hazards
Braver la lance meurtriere ,
M'expofer fans défente à tous les coups de Mars .
Ces Phalanges prefqu'invincibles
Qui femoient fous leurs pas le carnage & l'effroi
C'étoit ma valeur , c'étoit moi
Qui les rendois fi fortes , fi terribles .
Aujourdhui , vieux foldat , on me compte pour riem
Et l'on m'a mis au rang des Invalides ,
Quoique je pûffe encor fort bien
Parer plufieurs traits homicides."
Vous trouverez en renverfant mon nom
L'inftrument d'un jeu d'exercice ,
: 0
Et le lit fur lequel expire maint laron
Condamné par le juge au plus affreux fuplice ,,
L'art dans lequel excelle tout Aatteur ;
Une piéce d'argent qui vaut plus d'une obole ,.
Du Réprouvé le vrai fimbole ,
La bafe de la tête , un ton , une couleur ,
y
Ce qu'on trouve à Paris dans la plupart des rues
Ce que font jour & nuit des gens aux mains
crachues ;,
M. AR S.
17521 117
Un folitaire au cloître condaniné ,
Ce que fait le jus de la treille ,
Lorfque le doux glou glou vient frapper notre
oreille ;
Le titre faftueux d'un homme couronné ;
Un fer armé de pointe. & pourvû d'une tête ;
Ce que pour le dîner tous les jours on apprête ,
Ce qui fait des cheveux la grace & l'ornement,
De notre corps la plus -noble partie
Que tout le monde fçait néceffaire à la vie
Et qui bat & fe trouble , auffi -tôt que Siivie ,
Voit approcher fon tendre Amant.
Cen eft affez ; devincz maintenant.
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1096
p. 132-133
« ELEMENS de Fortification, contenant les principes & la description raison[n]ée des [...] »
Début :
ELEMENS de Fortification, contenant les principes & la description raison[n]ée des [...]
Mots clefs :
Fortification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS de Fortification, contenant les principes & la description raison[n]ée des [...] »
ELEMENS de Fortification, contenant
les principes & la description raison[n]ée des
differens Ouvrages qu'on employe à la Forti-
fication des Places; les Systèmes des princi-
paux Ingénieurs, & un Trané abrège de la
Fortification irreguliere. Troisième Ed tion
augmentée de plus d'un tiers. Par M. le
Blond, Maître de Mathématique des En-
fans de France, des Pages de la grande
Ecurie du Roi, &c. A Paris, chez Char-
le Antoine Pombert, Libraire, rue Dau-
MARS.
13.3
1752.
phine, à l'image Notre-Dame, 1752.
Les augmentations que l'Auteur a ajou-
tées à cette nouvelle Edition, en font,
pour ainsi dire, un Ouvrage nouveau.
Les remarques & les différentes observa-
tions qu'il contient sur tous les ouvrages
de la Fortification, peuvent le faire regar-
der comme un corps complet de la théo-
rie de cet Art, & propre à faire acquerit
facilement les connoissances nécessaires à
tout Officier sur cette importante Partie
de la Guerre.
les principes & la description raison[n]ée des
differens Ouvrages qu'on employe à la Forti-
fication des Places; les Systèmes des princi-
paux Ingénieurs, & un Trané abrège de la
Fortification irreguliere. Troisième Ed tion
augmentée de plus d'un tiers. Par M. le
Blond, Maître de Mathématique des En-
fans de France, des Pages de la grande
Ecurie du Roi, &c. A Paris, chez Char-
le Antoine Pombert, Libraire, rue Dau-
MARS.
13.3
1752.
phine, à l'image Notre-Dame, 1752.
Les augmentations que l'Auteur a ajou-
tées à cette nouvelle Edition, en font,
pour ainsi dire, un Ouvrage nouveau.
Les remarques & les différentes observa-
tions qu'il contient sur tous les ouvrages
de la Fortification, peuvent le faire regar-
der comme un corps complet de la théo-
rie de cet Art, & propre à faire acquerit
facilement les connoissances nécessaires à
tout Officier sur cette importante Partie
de la Guerre.
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1097
p. 191-192
DE VIENNE, le 9 Janvier.
Début :
Il y aura cette année un camp considérable dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont [...]
Mots clefs :
Camp, Régiments
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texteReconnaissance textuelle : DE VIENNE, le 9 Janvier.
DE VIENNE, le 9 Janvier.
Il y aura cette année un camp considérable
dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont
donnés de rendre complets tous les Régimens,
692 MERCURE DE FRANCE.
qui doivent s'y assembler. L'Impératiice Reine a
resolu de former deux Compagnies de Cadets
composées chacune de quat re-vingt jeunes gens.
Pour être reçu dans la premiere, il faudra faire
preuve d'ancienne Noblesse. Pour entrer daus
la seconde, cette condition ne sera pas nécessai-
re, si l'on est fils d'un Officier qui ait vingt ans
de service.
Il y aura cette année un camp considérable
dans le Royaume de Bohême. Les ordres sont
donnés de rendre complets tous les Régimens,
692 MERCURE DE FRANCE.
qui doivent s'y assembler. L'Impératiice Reine a
resolu de former deux Compagnies de Cadets
composées chacune de quat re-vingt jeunes gens.
Pour être reçu dans la premiere, il faudra faire
preuve d'ancienne Noblesse. Pour entrer daus
la seconde, cette condition ne sera pas nécessai-
re, si l'on est fils d'un Officier qui ait vingt ans
de service.
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1098
p. 37-58
LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
Début :
LA Guerre a ses conquérans, comme la Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA GLOIRE DU ROI Dans la derniere Guerre & dans la Paix. DISCOURS. Par A. M. Lot.
LA GLOIRE DU ROI
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
Dans la derniere Guerre & dans la
Paix.
DISCOURS.
Par A. M. Lot.
LA Guerre a ses conquérans, comme la
Paix a ses sages. La valeur fait les premiers ;
& la politique les feconds; mais la-
gloire est également l'objet & la récom-
pense des uns & des autres. Au Temple de
Mémoire les Princes amis de la Paix fe
trouvent auprès des Princes favoris de Bel-
lone, l'Immortalité les consacre sous le
même sceau: quoiqu'il y ait sans doute eu-
u eux une différence essentielle de vertus,
zed by Goc
38 MERCUREDEFRANCE.
qui, surtout aux yeux des Nations intéref-
sées, met les uns beaucoup au dessus des
autres.
Mais si l'éclat des vertus guerrieres, ou la
solidité des vertus pacisiques, fixe sur les-
Rois qui se sont distingués par les unes ou-
par les autres les regards étonnés de la
postérité, & leur assure le juste tribut, ou
de l'admiration, ou de la reconnoissance
publique: quels éloges, & quels applau-
dissemens ne sont point dus au Prince en-
qui la valeur & la sagesse font voir en mê-
me temps ce qu'il y a de plus brillant dans
les succès militaires, & ce qu'il y a de
plus flatteur dans l'usage de la Paix.
A ces trais la France reconnoît son augus-
te Monarque, devenu par la multitude de
ses bienfaits, l'objet de sa tendresse, & par
ses qualités éminentes l'appuy de son bon-
heur. Louis. ... A ce nom, quelle joye se
répand dans mon ame! Quelles nobles
idées se présentent à mon esprit!
Les Alexandres offrent-ils rien de plus
admirable dans la rapidité de leurs con-
quentes! Les Augustes ont-ils porté plus
loin la sagesse de leur politique.
Que l'envie éleve donc sa voix, si elle
veut, contre une glorre qu'elle ne peut
ternir; que la flatterie de son côté s'ef-
force d'ajoûter à l'éclat de ce Heros par
AVRIL.
1752.
39
des éloges empruntés, la vérité fera taire
Lune & l'autre, & montrant dans Louis.
grand dans la Guerre &
un Monarque,
grand dans la Paix, elle apprendra aux.
Mastres du monde quelle est la vraye gran-
deur des Rois.
PREMIERE PARTIE.
La gloire du Roy dans la dernitre Guerre.
Armet cent mille bras, inonder de
combattans des Provinces entieres, for-
met des Sièges, livrer des Batailles, c'est
ce que peuvent faire tous les Conquérans
& tous les Rois, il ne faut que des soldats,,
il n'est besoin que de sujets. Mais n'entre-
prendre la guerre que pur justice, la soute-
nir pur sa valeur, en accolerer la fin par sae
mod eration; ce sont là les traits distinctifs
des Princes faits pour le bonheur du
monde.
I. Loin d'ici ces Rois, qui oubliant que
le glaive leur est consié pour se deffendre,
& non pour attaquer, se font un jeu des
Hazards cruels des armes, allument de
sens froid le feu de la Guerre, pour le souf-
fliet enfuite de toutes parts, mettent eux-
memes entre les mains de leurs sujets les
foudtes dont ils veulent écraser leurs en-
neiis, fuaisant de ceux là moins des sol-
Digsienas uO
40 MERCUREDE FRANCE.
dats, que de vils ministres de leurs ven-
geances, payés pour immoler des victimes
sans nombre à leur ambition, ou à leur
haine personnelle, & les sacrifiant eux-
mêmes sans pitié à l'incertitude des événe-
mens.
Aux yeux de Louis, la Guerre n'a que
des horreurs qui allarment sa bonté, qui-
affligent sa grande ame sensible aux mal-
heurs des hommes; soit qu'il l'envisage en
elle-même, il sçait que quelque juste
qu'elle puisse être, elle entraîne toujours
un torrent d'injustices; que la valeur heu-
reuse sortant des bornes d'une défense lé-
gitime & indispensable dégénére souvent
en cruauté; soit qu'il l'envisage dans sa
fin & ses récompenses, il sçait que quel-
que flatteuse, quelque brillante que soit
la victoire, sa main qui couronne le vain-
queur est elle-même teinte de sang, ainsi
que les fleurs dont elle orne sa tête; que
ses lauriers si désirés sont sujets eux-mêmes
à la foudre, & qu'enfin le beau titre de
Conquérant n'est que le nom déguisé de
destructeur des hommes. Aussi brave, &
non moins intrépide qu'Alexandre & Ce-
sar, il ne fait point, comme eux servir la
valeur aux projets insensés d'une ambition
furieuse qui se cherche volontairement
des ennemis pour les vaincre, qui seme
AVRIL.
1752. 41
thez les peuples voisins des jalousies pour
se former des prétextes spécieux à ses ar-
mes, il fait au contraire céder les plaintes
les plus légitimes à l'amour de la paix. Le
commerce maritime de la France troublé
au mépris du droit des gens & des paroles
les plus folemnelles. Des hostilités qui se
multiplient sur terre & sur l'onde, enfin
nos provir ces inondéesd'armées étrangères,
voilà ce qui arme enfin Louis. Cen est pas
sa propre injure qu'il prétend venger,
c est la Majesté de sa couronne qu'il ne
peut trahir, c'est la sûreté de ses sujets
qu'il doit deffendre: ce sont les droits de
ses alliés qu'il a promis de conserver. Pres-
sé par de si justes motifs, il ne parle plus
que de voler au secours de ses peuples, &
de partager avec eux les fatigues & les
dangers: rien n'est capable de balancer
son généreux dessein. Sa famille éplorée
voudroit s'opposer par ses regrets & ses
larmes à son ardeur belliqueuse, il est sen-
sible à la douleur, mais il entend son peu-
ple qui l'appelle, il quitte en Heros sa fa-
mille qu'il aime en pere.
Louis part. ... Puissances ennemies pré-
venez votre vainqueur. C'est la justice qui
arme son bras, c'est la valeur qui va le
soutenit, & qui le fera triompher de voa
estoris.
Digtzes bOO
42 MERCURE DE FRANCE.
II. Je t'en atteste, Flandre, théatre
éternel de combats & de victoires. As tu-
jamais vum d'une part des ennemis plus en-
treprenans & plus braves, & de l'autre un
Conquérant plus habile à les déconcerter,
plus courageux pour les vaincre.
MENIN malgré sa deffense est obligé
d'ouvrir ses portes. Tpres prévient sa ruine
par une capitulation: rien n'arrête Louis,
à qui son courage fait oublier son repos,
sa santé, sa vie même. Si dans la Flandre,
où tout retentit du bruit de ses victoires,
le nom de L'Alsace anvestie de troupes en-
nemies vient frapper ses oreilles, aussi-tôt
Ioin de s'endormir a l'ombre de ses lau-
riers, il laisse ces campagnes pleines de
son nom & de sa gloire, & il part pour-
PAlsace, où de nouveaux travaux l'atten-
dent. François, vous frémissés encore au
souvenir de ce que ce voyage pensa vous-
coûter. De quelle douleur en effet ne fûtes-
vous point frappés, lorsque ce Prince si
digne de vos respects & de votre amour,
que la Victoire avoit couvert de ses aîles,
& sauvé de tous les hazards de la guerre,
livré aux attaques violentes d'une cruelle
maladie, mit en si grand danger vos espé-
rances, votre bonheur & votre gloire!
Seul intrépide au milieu de l'allarme &
de la consternation universelle, il voyoit:
AVRIL 1752.
43
la mort d'un oeil ferme; & il n'échappa
d'un si grand péril que pour en chercher
de nouveaux. Sa prétieuse santé n'est pas
encore affermie, qu'il l'expose aux fatigues
d'un Siège; il vole à Fribourg: là vain-
queur de tous les obstacles que l'art & la
nature, le ciel & la terre lui opposent; il
force enfin la ville à se rendre.
Cette premiere campagne, en soumer-
tant à Louis toutes les villes qu'il faisoit
assiéger, n'étoit que le prélude heureux de
conquentes encore plus glorieuses, & de
ces journées à jamais mémorables, où nos
ennemis soutenus. par les armées les plus
nombreuses, animés par les motifs les plus
pnissans, conduits par les Généraux les
plus expérimentés, ont cependant suc-
combé à la valeur de Louis.
AFONTENOI, sur un menme champ
de bataille, je vois s'avancer non une seule
Nation, mais les forces entieres de plu-
sieurs. Le courage, une haine violente,,
de vaines espérances poussent avec fureur
contre les François une colonne redouta-
ble, qui paroît devoir porter la terreur &
la mort. On la vit en effet pendant, quel-
que tems tenir la victoire incertaine, mais,
l'intrépidité que les regards du Monarque
inspirent à son, invincible Maison, fit
bien-tônt avorter les redoutables efforts de-
ces braves ennemis.
44 MERCURE DE FRANCE
TOURNAI gémit de la foiblesse de
ses deffenseurs, & na plus d'autres res-
fource que dans la clémence du Roi, dont
il avoit cru pouvoir impunément btaver
les forces & les ménaces.
Enfin LAUFELT inconnu jusqu'alors
devient également fameux & par la gloire
de Louis, & par la défaite de ses ad vert
faires.
Après de si brillans succès, qu'attendre
de Louis? Jeune & heureux Conquérant,
ira.t. il par un tranquile repos terminer des
campagnes qui s'embellissent sous ses pas?
Alexandre n avoit pas encore achevé de
suumettre les contrées dont il avoit médité.
la conquête, qu'il se plaignoit déjà de n'a-
voir pas un fecond monde à conquérir.
Que les pensées de Louis sont différentes!
S'il se plaint, cen est que de ses victoires,
parce qu'elles coûtent tant de sang à ses
ennemis, tant de travaux à ses sujets: peu
jaloux de regner sur l'univers, s'il lui faur
acheter par les armes le droit de lui com-
mander: se vaincre soi-même lui paroît
au dessus de toutes les victoires. Si l'Em-
pire du monde étoit offert à ses exploits,
il le refuseroit, content d'être comme il
est, l'amour d'une partie, & l'admiration
de toutes les aûtres.
Ainsi loin d'entretenir la guerre qui ne
AVRIL.
1752.
45
lui promet que des triomphes, il ne balan-
ce pas à en accélérer la fin par sa modéra-
tion.
III. Dans tout ce qu'il fait, c'est l'amour
de la Paix qui le guide. S'il livre des Ba-
tailles, s'il asfiège des villes, son unique
objet est de rappeller la Paix. Tout cet ap-
pareil de guerre n'est pour lui qu'un prélu-
de pour la Paix; sur ces drapeaux, qui en
se déployant en l'air, retracent aux yeux ou
les effets cruels, ou les symboles effrayans
des fureurs de la Guerre, il croit lire le
doux nom de Paix, & toutes ses démar-
ches tendent- elles à un autre but?
Dans le combat il ne cherche point à ré-
pandre le sang; il ne veut que forcer les
ennemis à rendre les armes. S'il voit couler
leur sang, il gémit de leur cruelle opiniâ-
treté, qui force la victoire à être sanglante,
Et lorsque le champ de bataille demeure
à la supériorité de ses armes & de son cou-
rage, quel usage fait-il de la victoire?
C'est pour rendre aux morts les devoirs de
la nature, s'acquitter envers les blesses ou
les mourans des droits de l'humanité, &
donner à ceux que la mort a épargné,
mais que la victoirę lui soumet, des preu-
ves de sa générosité. C'est alors qu'il se
plaît à déposer le titre de Vainqueur. Le
sang répandu, il ne peut plus le rendre,
46 MERCURE DEFRANCE.
mais il empêche de se répandre d'avania-
ge; il change même, pour ainsi dire, la
nature de celui qui reste dans les veines de
ses ennemis: il neût coulé que pour la
vengeance, par les soins de Louis, bien-
tôt, il ne coulera plus que pour la recon-
noissance. Les ennemis blesses sont con-
fondus avec les soldats blessés du Vain-
queur: ils partagent avec eux les mêmes
soins, & déjà ils ne forment plus qu'une
même famille. La France qui les a cou-
vert de blessures devient seur mere; Louis
qui les a vaincu leur sert de pere: il adou-
cit leurs playes em les visitant, il console
leurs pemes de sa propre voix: les enne-
mis baisent la main qui les a terrasses, &
l'Hôpital, séjour ordinaire de murmures
& de blasphêmes, devient un Temple
d'actions de graces & de bénédictions.
Enfin lorsque les frimats rappellent
Louis dans le sein de ses villes, de quelles
traces est marqué le retour de ses campa-
gnes victorieuses? Voit-on le char qni le
ramene en triomphe suivi ou précédé d'une
foule gémissante de Heros vaincus & cons-
ternés ? il ne veut d'autre appareil que ce-
lui d'un Vainqueur modeste & pacisique.
Les louanges qu'on lui décerne sur ses vic-
toires, les éloges qu'on lui fait de ses con-
quêtes, n'excitent que ses regrets, quand
AVRIL. 1752.
47
il se rappelle ce qu'elles ont coûté aux en-
nemis; il frémit encore au simple souvenit,
mais il sourit au titre de bien-aimé, &
d'amateur de la parx.
Que tardes-tu donc, aimable paix, de
dissiper le sousle fatal de la division, pour
faire sentir tes divines influences.
Enfin les tems sont arrivés: les ennemi-
de Louis convaincus de son équité, terras-
ses par sa fotce, confondus par sa dou-
ceur, rendent les armes. Louis pose son
tonnerre, & se hâte de distribuer les ra-
meaux de l'olive, aulli grand en bornant
ses conquêtes, qu'il l'étoit en travaillant à
les étendre.
SECONDE PARTIE.
La gloire du Roi dans la Paix.
Vaincre & pardonner, c'est le trait des
grandes ames, des Alexandres des Darius,
des Césars & des Pompées; mais vaincre,
& vaincre à schaque combat, unir triom-
phe à triomphe, compter ses victoires par
ses batailles, & terminer une longue suite
de brillans succès par accorder à son enne-
mi, une paix qui le met presqu au niveau
du Vainqueur; voilà le comble de l'he-
roisme. Et c'est ce que fait Louis en don-
es VOO
48 MERCURE DE FRANCE.
nant la paix à l'Europe, paix glorieuse,
en ce qu'elle est tout ensemble de la part
de ce Monarque une preuve de générosité
envers ses ennemis, à qui il accorde ce qu'ils
n avoient pas droit de prétendre ni même
d'espérer: un gage de fidelité envers ses alliés,
dont il affermit les droits pour le présent
& les rassure pour l'avenit; enfin un témoi-
gnage d'amour envers ses sujeis, dont il veut
cimenter à jamais le repos & le bonheur.
1. Quelles vûes avoit notre Roi en fai-
sant la guerre? Cherchoit-il à reculer ses
frontieres par ses conquêtes? c est le plus
puissant Roi de l'Europe. Se proposoit-il
d'augmenter le nombre de ses sujets, ceux
que le ciel lui a donnés, par leur fidélité
& seur amour lui tiennent lieu de tout
l'Univers. Aspiroit-il à la gloire? Il nen
connoît point d'autre que celle de rendre
ses peuples heureux. Ne soyons donc point
furpris, si de tous les droits que lui donne
la victoire, il ne se réserve que celui de
donner la Paix aux peuples, que la Guerre
rendoit malheureux parce qu'ils vouloient
l'être.
Mais vous, François, qui avez suivi votre
Prince avec tant de zéle & de valeur dans les
combats, n'avez- vous pas été trompé dans
vos espérances: ne murmurez- vous pas se-
cretement de la générosité d'un Vainqueur
si
AVRIL. 1752.
29
si clément& si désintéressé ? Ne regrettez-
vous pas ce qu'il rend à ses ennemis? Et
en effet de tant de places conquises, au
péril de votre vie, de tant de villes for-
cées par vos travaux, de tant d'ennemis
vaincus par vos bras, que vous reste t il ?
le seul honneur d'avoir triomphé de tout ?
Vous ne pourez donc plus nous dire, en
nous conduisant dans les plaines, théâtre
de votre gloire: Ici nous avons battu l'en-
nemi: là nous l'avons fait prisonnier: ici
Louis risqua sa vie; là nous l'arrachâmes à
la mort. Eh! Que peut dire la Renommée
en voyant toutes vos conquêtes entre les
mains de leurs anciens possesseurs? Vous-
mêmes ne pouvez-vous pas les regarder
comme un beau songe? & l'Envie n'aura-
t. elle pas un jour le droit de vous les con-
tester? Ah ! vous n'avez garde de le crain-
dte; les éloges de vos ennemis mêmes
vous assurent des monumens plus brillans
que l'or, plus durables que le bronze, où
tous vos faits héroiques sont gravés &
consacrés à l'immortalité. Et qui mieux
qu'eux, peut estimer la valeur de leurs
pertes, & l'importance de la restitution?
Oui, diront-ils, ces villes que nous habi-
tons, ces forteresses que nous occupons,
nous ne les avons pas conservées par notre
courage; mais elle nous ont été rendues
50 MERCUREDEFRANCE.
par nos vainqueurs, par les François à qui
la Victoire les avoit données.
Quelle valeur dans ces François: ni les
tems, (1) ni les lieux, (2) ni les saisons,
(3) ni les deffenses, (4) rien n'arrête
leur bravoure. Soit sous les yeux de leur
Roi, (5) soit sous la conduite de leurs
Généraux, (6) soit qu'ils combattent
pour eux, (7) soit qu'ils secourent leurs
Alliés, (8) leur courage est le même:
quelques ennemis qu'ils ayent à combattre,
(9) leur intrépidité ne se dément pas. Plus
(1) Bataille de Laufeld au fort de l'été. Prise de
Bruxelles au fort de l'hyver, Siège de Fribourg
au milieu des vents & des pluyes.
(2) En Flandre, en Alsace, en Italie & en
Provence.
(3) Il n'y a point de mois dans l'année où l'on
n'ait fait quelques opérations militaires d'impor-
tance.
(4) Témoins les Sièges d'Ostende, de Bruxel-
les, de Bergopsom & de Mastreicht.
(5) Aux Sièges de Menin, Ypres, Fribourg
Ville & Citadelle de Tournai, & aux batailles de
Fontenoi & de Laufeld.
(6) Les Princes de Conti & de Clermont.
MM. les Maréchaux de Saxe, de Lowendal
d'Harcourt, de Maillebois, de Belle-Isse. MM.
de Boufflers, du Chaila, de Souvré, la Vieuville
Clermont-Gallerande, de Lautrec & de la Fare
(7) En Flandre & en Alsace.
(8.) En Italie & en Provence pour l'Espagne, la
République de Genes, & le Roi de Prusse, &c.
(9) Allemands, Hollandois, Anglois, Hongrois, &c.
AVRIL.
1752.
51
de quarante places emportées, (1) qua-
tre batailles (2) gagnées sont le fruit de
quatre campagnes: (5) quels terribles
ennemis! mais quels généreux vainqueurs!
Tout ce que leur valeur nous a enlevé
leur générosité nous l'a rendu. En un seul
jour nous avons reçu d'eux ce que quatre
années de deffense ne nous avoient pu con-
server. Les Dieux triompherent des Ti-
tans en les écrasant, mais les François ne
sçavent se vanger qu'en rendant les vain-
cus aussi heureux, que s'ils eussent été vain-
queurs. Tant que vous vivrez, diront-ils à
leurs enfans, que les François ne sortent
point de votre cœeur. Redoutez-les; justes
& braves, leurs armes conquirent votre
pays; aimez-les; nobles & généreux ils
vous le rendirent. Vos demeures, vos for-
tunes, votre repos, votre vie, c'est à
(1) Villes de prises. Nice, Ville-franche,
Furnes, Tournai, Gand, Bruges, Oudenarde
D'endermonde, Tottonne, Ostende, Nieu-
port, Plaisance, Parme, Pavie, Ath, Alexandrie
Valence, Bruxelles, Anvers, Mons, Namur; Ber-
gop-zoom, Mastreicht. Villes qui se sont rendues.
Courtrai, Menin, Ypres, Fribourg. Citadelles de
Tournai, Plaisance, Parme Forts de la Kenoque
Demon; Fribourg. Forteresses de Montalban, Châ-
teau-Dauphin. Places de Saint Guilain, Charles-
le-Roi. Chateaux de Gand, Tortonne, Namur
(2) A Fontenoi, au Tanaro, à Rocoux, à Laufeld.
(3)1744, 1745, 1746, & 1747.
Cij
52 MERCUREDEFRANC E.
eux que vous le devez: l'air même que
vous respirez est un de leur bienfaits.
François, entendez-vous ce langage ?
la gloire en a-t-elle de plus flatteur ? Si
vous aviez conservé toutes ces places, vous
n'auriez autour de vous que des murmura-
teurs qui vous envieroient à chaque ins-
tant leurs anciens domaines: en les leur
laissant vous avez des admirateurs, des
panégyristes éternels de votre courage &
de votre générosité.
Vivez donc comme nos amis, peuples,
qui nous avez forcé de vous traiter comme
ennemis: jouissez à jamais de la générosité
du plus modéré des Conquérans.
II. Mais la bonté de Louis vainqueur en-
vers ses ennemis, n'a rien fait perdre à ses
augustes Alliés de ce qu'ils attendoient de
ses promesses & de ses engagemens solem-
nels. Louis désintéressé pour lui même en
donnant la paix aux vaincus, a sçu con-
server les droits de ceux pour qui il faisoit
la guetre: leut repos & leur affermisse-
ment à été la premiere & l'unique loi im-
posée aux ennemis jaloux des Puissances
alliées d'un deffenscur si généreux & si
fidele.
O vous PRINCE fortuné, que le Ciel
a fait le fils & le gendre des deux plus puif-
sans Rois de l'Europe, commencez à jouir
AVRIL.
1752.
53
du fruit de vos travaux. La Guerre vous
trouva digne de commander, la Paix vous
donne des sujets dignes de vous obéir. La
France & l'Espagne vous sont attachées,
moins par le sang, que par l'estime que
vous ont mérité vos hautes vertus. Aujour-
d'hui, loin du tumulte des armes, vous
pouvez vous livrer aux douceurs de votre
glorieux hymen. De quelle auguste épouse
vous possedez l'amour! Elle fit les délices
de tout le peuple François, elle fait seule
toutes les votres. Que de votre union il-
puisse naître une postérité de Princes hé-
ritiers des sentimens comme de la noblesse
de tous leurs ayeux: que seut nom & leur
vertu remplissent un jour l'Univers.
Braves PRUSSIENS, qui n'avez ces-
sé de vaincre que lorsque vous avez cessé
de combattre, essuyez enfin la sueur qui
baigne vos fronds guerriers. Sous la con-
duite de votre Monarque, que pouviez-
vous attendre que la victoire dans la guer-
re? que la tranquillité dans la paix ? Fre-
deric vous aime, vous anime, & pour
comble de félicité, Louis est son ami &
son allié.
GENES, superbe République, qui as
vu ta liberté renaître de ses propres cen-
dres, goûtes en les doux fruits. Quelle
doit te patoître douce, après que tu l'as
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
achetée si cher, au prix de ton sang
Quelle t'est glorieuse, puisque la valeur &
la justice te l'ont seules fait recouvrer.
L'Espagne & la France ont unis leurs ar-
mes à ton bon droit; pourrois-tu douter de
notre bienveillance? Boufflers le brave &
malheureux Boufflers, dans la poussiere
où tu le conserves en est l'ôtage, Riche-
lieu, dans la Guerre te l'a confirmée par sa
valeur, & dans la Paix Chauvelin ne ces-
se de la ratifier pat sa sagesse.
III. Mais encore, seroit-ce aux dépens
de ses peuples que Louis seroit généreux
envers ses ennemis, & fidele à ses alliés?
Non: & son principal objet dans la Paix
étoit de rendre à ses sujets la joye la tran-
quillité & l'abondance, que la guerre tenoit
comme suspendues, mais qui sont les
fruits heureux de son regne pacisique.
Le seul nom de paix essuye les pleurs, que
les plus belles victoires séchoient à peine,
le jour qu'on en apporte la nouvelle est un
jour d'allégresse & de fête. Tout est en ha-
leine: l'on croiroit que c'est le bruit de
quelque nouvelle victoire; non: c'est la
certitude de pouvoir se passer de ses fa-
veurs meurtrieres.
Quand on l'annonce au peuple impatient,
la joye se renouvelle & prend mille for-
mes differentes. Ici elle s exhale ingenieu-
AVRIL.
1752.
sement en l'air dans mille desseins enflam-
més: là elle s'exprime en chants & en dan-
ses: les élémens semblent la partager avec
nous. Le jour l'annonce à la nuit par mille
préparatifs pompeux: la nuit l'annonce au
jour par l'exécution des fêtes les plus bril-
lantes: elle devient elle-même un nouveau
jour par l'éclat, qui par tout dissipe ses
ombres. Nos Temples, qui nous ont vû si
souvent, les genoux en terre, demander
au Ciel avec larmes la conservation de
notre Roi, la fin de la Guerre, le retour
de la Paix, ne retentissent plus aujourd'hui
que de cantiques de joye: leurs voûtes sa-
crées ne sont plus chargées de drapeaux
déchirés & sanglans, illustres garants de
notre valeur, il est vrai, mais témoins im-
portuns, qui rappellent toujours le sang
& le carnage à la face des Autels du Dieu
de la Paix.
Ala joye se joint la tranquillité. Et qui pou-
roit la troubler aujourd'hui? Notre Monar-
que n est plus dans les champs de Mars: il
na plus de villes à subjuguer, d'ennemis à
vaincre de fleuves à traverser, de marches
à soutenir, de combats à livrer, de sièges
à former, de dangers à braver: la Paix
nous rend Louis à lui-même, à sa famille,
à ses sujets: Qui peut mieux assurer notre
repos?
Ciiij
MdO
56 MERCURE DE FRANCE.
Le soldat que la valeur naturelle a fait
surmonter toutes les rigueurs de la Guer-
re, peut à présent à l'ombre de ses lauriers,
faire le récit de ses travaux, & apprécier
son repos par ses fatigues passées.
Familles désolées, vous revoyez vos
parens que la Guerre avoit attachés aux
pas de Louis. Meres vous revoyez vos fils,
ces chers fils dont l'absence vous fut si sen-
sible; vous ne verserez plus sur eux que des
larmes de tendresse, au récit des dangers
qui les ont épargnés.
Les provinces que la situation éloigne du
centre de l'Etat, sans leur faire perdre au-
cun droit sur. son amour, nont plus à
craindre l'invasion des troupes ennemies,
la paix les garantit de tous dangers; elle
leur apporte même l'abondance qu'elle ré-
pand déjà par tout.
Déja la mer qui cesse d'être infestée par
des courtes ennemies, permet au commer-
ce de renouer ses liens relâchés. Déjà les
Nations lointaines se hâtent d'échanger
leurs trésors contre nos riches superfluitens.
Tous les peuples nen font plus qu'un;
l'Univers n est plus qu'une même famille
à qui l'abondance ouvre differentes voies
pour s'enrichir.
Artisans que la triste nécessité avoit arra-
chés à vous-mêmes, la Paix vous renvoye
Digsiras vO
AVRIL. 1752.
à vos foyers: profitez pour votre propre
intérêt d'un tems que vous donnâtes au
bien public, teprenez avec plus d'ardeur
vos occupations, & servez l'Etat en en-
tretenant cette sage oeconomie, qui fait
que vous ne pouvez vous passer de ceux
que la fortune a placé au dessus de vous,
& que ceux ci ne peuvent se passer de
votre industrie.
Négocians rouvrez vos banques, & vos
comptoirs: tout est libre, tout est tran-
quille; la Paix favorise vos entreprises,
elle ne demande qu'à vous enrichir.
AU ROY.
GRAND ROI, de quelle gloire ne
vous couvrez-vous pas! Juste dans vos
projets, ferme dans l'exécution, modeste
après le succès, il ne vous manquoit que de
terminer une guerre si glorieuse par une
paix qui fut tout ensemble une source
d'admiration pour vos ennemis, de re-
connoissance pour vos alliés, de bonheur
pour votte peuple. Vous l'avez donnée enfin
cette paix, si long-tems l'objet de nos
désirs, dignes fruits des fentimens géné-
reux de votre grande ame, & qui ne nous
laisse plus rien à souhaiter que d'en jouir
toujours.
CV
58 MERCUREDE FRANCE.
Qu en vous l'Univers admire un Souve-
rain digne de lui commander, que les
Mouarques trouvent un Roi, les Conqué-
rans un Héros, les Généraux un Chef ini-
mitable: que vos ennemis redoutent un
bras invincible, que vos alliés respectent
un coeur fidéle, mais pour vos sujets qu'ils
ne puissent aimer en vous qu'un Roi paci-
fique; que votre regne soit celui de la
Paix, & qu'ils soient l'une & l'autre éter-
nels.
Fermer
1099
p. 83-94
OBSERVATIONS Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant Général de l'Artillerie, sur le Mémoire de la théorie de l'Artillerie qui a été lu à l'assemblée publique de l'Académie des Sciences, le 13 Novembre 1751, & qui a été inseré dans la seconde Partie du Mercure du mois de Décembre de la même année.
Début :
On voit par les expériences qu'a faites M. le Chevalier Darcy, citées [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant Général de l'Artillerie, sur le Mémoire de la théorie de l'Artillerie qui a été lu à l'assemblée publique de l'Académie des Sciences, le 13 Novembre 1751, & qui a été inseré dans la seconde Partie du Mercure du mois de Décembre de la même année.
OBSERVATIONS
Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant
Général de l'Artillerie, sur le Mémoire
de la théorie de l'Artillerie qui a été lu
à l'assemblée publique de l'Académie des
Sciences, le 13 Novembre 1751, &
qui a été inseré dans la seconde Partie du
Mercure du mois de Décembre de la même
année.
On voit par les expériences qu'a faites
M. le Chevalier Darcy, citées
dans son Mémoire, que cet Académicien
doit proposer des changemens dans les
bouches à feu, qui les rendront d'un usa-
ge & d'un effet beaucoup plus utiles que
celles dont on se sert à présent en France
& ailleurs: selon lui, les anciens Offi-
ciers d'Artillerie n'ont rien donné sur cet-
te matiere, dont il ait pu tirer quelques
principes. Les Modernes verront avec plai-
sit & recevront avec une reconnoissance
proportionnée à la découverte, des ins-
tructions dont les succès les mettront à
portée de mieux servit l'Etat, par la ma-
niere d'employer les armes à la guerre,
soit en établissant des batteries, soit pour
le transport de l'Artillerie qui deviendra
D vij
84 MERCURE DE FRANCE.
plus facile, en changeant les dimensions
des piéces qui sont aujourd'hui en usage;
desorte que par les principes qui vont
nous être donnés, & par les expérien-
ces qu'a faites M. le Chevalier Darcy,
conséquentes d'une théorie bien réfléchie
& bien raisonnée, n admettant pour vé-
rités que les faits que cet Académicien a
constatés par lui-même, nous agirons avec
beaucoup plus de certitude & de préci-
sion dans la pratique. Les effets de la
poudre que l'on avoit cru jusqu'ici varia-
bles, ne pourront être que constans, en
suivant exactement ce qui sera prescrit,
& les progrès de l'Art en général ne se-
ront plus retardés.
M. le Chevalier Darcy juge qu'il y a
beaucoup d'erreurs, dans les résultats des
expériences faites sur la portée des bou-
lets. On convient que la même piéce
chargée avec la même quantité de poudre,
exactement pésée, donne à chaque coup
quelque différence dans les portées, quel-
que attention & précision qu'on observe:
plusieurs accidens que la pratique la plus
exacte ne peut prévoir, en sont la causc.
L'air entre pour beaucoup dans la diffé-
rence des portées, elles sont plus longues
le soir & le matin, & dans un terus bas
& pluvieux qu'à l'ardeur du Soleil vers
le milieu du jour.
AVRIL.
1752.
85:
Elles ne sont point assez sensibles, lors-
que les attentions sur la charge des pié-
ces sont bien observées pour ne servir de
régle au service de l'Artillerie, peut-être
même avec moins d'incertitude que ne
le suppose M. le Chevalier Darcy.
C'est d'après ces expériences faites &
repetées avec la plus grande attention,
que l'on a jugé la charge de la piéce de
vingt quatre, devoir être de huit à neut
livres de poudre.
Les expériences qu'a faites M. le Che-
valier Darcy, sur la loi que doit suivre
l'inflammation de la poudte peuvent dif-
férer de celles d'habiles Philiciens, qui
n'ont donné les leurs que sur des à peu
près, d'une maniere conjecturale & non
décisive.
Celles qu'a fait le même Auteur pour
prouver la vîtesse de l'inflammation, &
la promptitude des effets de la poudre ren-
fermée, n'auront certainement pas trouvé
de contradiction, l'usage commun des
fusils & carabines pour les troupes, les
boëtes tirées pour les réjouissances, les
perards, les mines, &c. en sont des preu-
ves à la portée de tout le monde.
Les objets qui paroissent le plus inté-
resser & mériter l'attention de cet Acadé-
micien, sont en premier lieu la longucur.
Digizes bOOg
86 MERCURE DE FRANCE.
des piéces qu'il veut proportionner à la
quantité de poudre, dont elles doivent
être chargées pour faire le plus grand
effet.
2°. Le point de la charge, où doit
être porté le fen, pour que l'inflamma-
tion soit la plus prompte, il conclut d'a-
près toutes les recherches les plus exactes
qu'il a pu faire, & ses propres expérien-
ces repetées pendant neuf mois avec M. le
Roi, son Confrere, que la charge la plus
avantageuse du canon, se trouve toujours
entre le tiers & la moitié de sa longueur,
en partant de la culasse.
Il décide aussi qu'une Piéce de vingt-
quatre seroit de la longueur la plus avan-
tageuse, si elle avoit trois cens quaran-
te pieds, étant chargée a huit livres
de poudre: ce sont ses propres termes.
Cette charge n est pas, felon lui, la
plus convenable, c'est au moins celle de
trente-deux livres, poids de la poudre
contenue dans le tiers de la longueur de
l'ame; en comptant de la culasse, qui est
de trois pieds deux ponces, & qui fert de
hauteur au cilindre de poudre, qui a
pour diametre de sa base, celui du calibre
de l'ame de la Piéce, qui est de cinq pou-
ces sept lignes.
M. le Chevalier Darcy, ne prononce
AVRIL. 1752.
87
pas décisivement sur la charge au tiers
ou à la moitié de la longueur de la Pièce, il
l'annonce comme ne pouvant être au des-
sous du tiers, & ne devant pas excéder la
moitié, dont la charge feroit de quarante-
cinque livres onze onces, près de quaran-
te-six livres, poids du cilindre de poudre
contenue dans quatre pieds neuf pouces
en partant de la culasse, moitié de la lon-
gueur de l'ame d'une Piéce de vingt-
quatre.
La longueur de ces Piéces chargées à
huit livres de poudre, étant determinée, se-
lon l'Auteur, à trois cens quarante pieds,
on demandera à M. le Chevalier Darcy,
quelle sera celle qu'il faudra ajoûter, en
chargeant les Piéces convenablement, de-
puis trente-deux livres jusqu'à quarante-
six, qui sont les deux termes du tiers &
de la moitié de la longueur des Piéces sur
lesquelles on doit se régler. La Piéce de
vingt. quatre, n'ayant que neuf pieds six
pouces pour la longueur de son ame, &
devant avoit pour la proportion la plus
avantageuse, suivant l'Auteur, trois cens
quarante pieds, érant chargée à huit li-
vres de poudre; on lui demande quelle
sera la diminution de la charge la plus
convenable à sa longueur existante de neuf
pieds six pouces?
88 MERCUREDEFRANCE.
M. le Chevalier Darcy, en proposant
d'augmenter la longueur des Pieces, don-
nera sans doute les moyens pour les faire
résister aux effets de la poudre, sans en
augmenter le métail, ce qui les rendroit
d'un trop grand poids, & d'un service
plus embarassant; il applanira sans doute
les difficultés, & le danger qu'éprouve-
roient ceux qui les exécuteroient, soit en
les conduisant dans les tranchées selon l'u-
sage, soit dans les batteries, pour les re-
charger, lorsqu'elles font sorties de leurs
embrasures. On voit aisement que des Pié-
ces d'une longueur beauconp plus considé-
rable demanderoient des batteries plus
spacieuses, des plus grands épaulemens &
des crochets plus repetés que Pon n'a cou-
tume de faire.
On ne peut s'empêcher de convenir que
plus longue sera l'ame d'une Piéce, plus
il s'y enflammera de poudre, & si l'on ar-
rive au point que toute la poudre soit en-
flammée, lorsque le boulet est à l'extré-
mité de la bouche, il aura reçu alors la
plus grande impulsion.
Des expériences sans nombre & l'usago
journalier nous font voir que les portées
d'une Piéce de vingt-quatre, chargée au-
dessus de huit à neuf livres de poudre, ne
sont pas plus étendues, & que celles d'une
89.
AVRIL. 1752.
charge au-dessous, sont plus courtes, pro-
portionément à la diminution de la char-
ge, au lieu que M. le Chevalier Darcy
juge qu'il faut les charger au tiers ou à la
moitie de la longueur de la Piéce, c'est-
à dire depuis trente-deux jusqu'à quaran-
te-six livres de poudre.
Les Officiers d'Artillerie les plus ap-
pliqués à leur métier, & dont M. le Che-
valier Darcyna peut-être pas lu tout ce-
qui nous en est resté, ont recherché avec le
plus d'attention des moyens par lesquels
en racourcissant les Piéces, & diminuant
leurs poids, elles fissent le mème effet.
Ils ont fait faire dans le fond de l'ame
des Piéces, des chambres de différentes
figures, comme sphériques, d'autres en
spheres un peu applaties, afin que la poudre
étant plus rassemblée, & réfléchissant sur
elle même, s'enflamma avec beaucoup plus
de vivacité, & procura les mêmes effets
que les Piéces plus longues. Des défauts
qu'il seroit trop long de détailler ici, &
que l'on a éprouvé dans la Pratique, les
ont fait rebuter, & on sen est tenu à la
chambre cylindrique, continuée depuis
la bouche jusqu'au fond de l'ame. Les Pié-
ces trop courtes ont leurs défauts, comme
l'ont aussi celles qui seroient trop longuea,
dans les premieres toute la poudre nayant
Digitires vOO
90 MERCURE DE FRANCE.
pas le tems de s'enflammer, celle qui se-
roit intermédiaire entre le boulet & la
poudre enflammée, en diminueroit sensi-
blement l'effet, la raison en est trop faci-
le à appercevoir pour croire devoir l'ex-
pliquer.
Malgré le jugement de M. le Chevalier
Darcy qui donne une longueur immense à
la Piéce de vingt: quatre, voulant qu'elle
ait trois cens quarante pieds, pour être
proportionnée à la charge de huit livres,
on pense avec quelque certitude, qu'à
des Piéces fort longues, la poudre ayant
eu plus de tems qu'il ne lui en falloit pour
s'effammer en totalité, le boulet sortira
avec moins de vitesse, que s'il avoit reçu
toute l'impulsion de la poudre enflammée
à l'extrémité de la bouche, ce qu'il n'aura
pu faire, si la Piéce est trop longue.
En général, les Piéces d'une longueur
que les gens du métier ne trouvent pas
proportionnée, comme la coulevrine de
Nancy, qui a vingt. cinque pieds de long,
ne peuvent être employées que dans des.
endroits où elles soient toujours fixées
comme dans des Châteaux avançés sur la
mer pour découvrir au loin.
Selon M. le Chevalier Darcy, l'air doit
entrer pour peu de chose, dans les effers
de la poudre à canon. Il en est au contraire
AVRIL.
1752.
91
la principale causę, & lui offre toujours
une résistance proportionnée à ses effets.
Les corps ne résistent que proportioné-
ment aux forces ou ressorts qui leur sont
opposés, de sorte que si un côté ne résis-
toit pas, il n'y auroit aucune sensiblité de
l'autre; plus il y a de poudre enflammée,
plus il y a de parties d'air entre les grains
qui sont mises en mouvement, & plus
est forte l'extention des ressors qu'elles
forment, ils s'appuyent de tous côtés
& si les Piéces n avoient une épaisseur pro-
portionnées, eslos créveroient. Les deux
forces poussent également des deux côtés,
& par cet effet la Piéce est chassée en ar-
riere, & le boulet poussé en avant. La
même force cause ces effets différens, &
si la Piéce pouvoit se mouvoir en arriere
avec la même facilité, & qu'elle n'eût ni
plus de poids, ni plus de volume, son re-
cul seroit d'un espace aussi grand que ce-
lui que parcourt le boulet. Le peu de re-
cul des Piéces vient de la résistance que
l'air oppose à une machine d'un volume
aussi grand que celui de la Piéce montée
sur son affut, de son poids & du fro-
tement qu'il occasionne sut la plate-
forme.
L'ait frappé avec beaucoup de vîtesse
tient lieu d'un appui très solide, le vol
Digstues vOO.
92 MERCURE DE FRANCE.
des oyseaux de toute espéce, en est une
preuve, ils proportionnent la vitesse du
mouvement de leurs aîles, à la quanti-
té d'air qu'ils doivent choquer pour y être
foutenus.
Il n'est pas douteux que l'extrême vi-
tesse imprimée au canon & à son affut,
par l'explosion de la poudre, ne contri-
bue beaucoup, étant jointe au frotement
sur la plate-forme à en racourcir lè recul
lequel seroit beaucoup plus considérable,
si la Piéce, au lieu d'être montée sur son
affut étoit suspendue en l'air, comme le
prouve l'expérience.
L'air, malgré le sentiment opposé, sera
toujours le principal Agent des effets de
la poudre, si le Canonier qui met le feu-
à une Piéce de canon, pose l'extrémité de
son boute-feu, sur le petit orifice de la
lumiere, au lieu de le mettre sur la trai-
née de poudre qui y communique, conti-
nuée en avant ou en arriere de cette lu-
miere, le boute-feu lui saute des mains
avec beaucoup de violence, causée par la
vivacité avec laquelle F'air de l'intérieur
de l'ame de la Piece, mis en ressorts très-
violens par l'explosion de la poudre ,
cherche à s'échaper en trouvant une peti-
te issue par la lumiere.
Plusieurs expériences, dont le détail se-
AVRIL. 1752.
93
roint ici trop long, prouvent que l'air a
beaucoup plus de part au recul des Pié-
ces, que ne lui en attribue cet Acadé-
micien.
On croit sans peine que dans le canon
de deux pieds de long qu'il a fait percer
à différens endroits, qu'il a trouvé la
plus prompte explosion, en mettant le
feu vers le milieu de la charge. Il ne don-
ne aucune conclusion pour prouver, par-
ce qu'il croit découverte, quel doit être
l'effet du boulet dans une Piece, dont l'a-
me seroit cilindrique, & le feu porté au
milieu de la charge. M. le Chevalier Dar-
cy ne borne point ses vues à ce qu'il pres-
crit sur la longueur des Pièces de canon
& sur la charge qui leur est la plus con-
venable pour le plus grand effet, il com-
prend aussi les corrections & changemens
de dimensions, aux armes à l'usage des
troupes, si elles sont proportionnées à ce
qu'il fixe pour le service de l'Atrillerie:
nous avouons de bonne foi que nos con-
noissances sont trop bornées pour apper-
cevoit aucun des moyens qu'il pourra don-
ner pour applanir, dans l'exécution de
ce sdifférentes bouches à feu, les difficultés
dont on vient de faire mention, l'avantage
quen doit retirer le service du Roi, l'en-
gagera à ne s'en pas tenir-là, à rendre
94 MERCURE DE FRANCE.
publiques ses découvertes, & à proposer
de mettre en pratique ce qu'il n'a fait
qu'exposer.
Faites par M. de Saint-Auban, Lieutenant
Général de l'Artillerie, sur le Mémoire
de la théorie de l'Artillerie qui a été lu
à l'assemblée publique de l'Académie des
Sciences, le 13 Novembre 1751, &
qui a été inseré dans la seconde Partie du
Mercure du mois de Décembre de la même
année.
On voit par les expériences qu'a faites
M. le Chevalier Darcy, citées
dans son Mémoire, que cet Académicien
doit proposer des changemens dans les
bouches à feu, qui les rendront d'un usa-
ge & d'un effet beaucoup plus utiles que
celles dont on se sert à présent en France
& ailleurs: selon lui, les anciens Offi-
ciers d'Artillerie n'ont rien donné sur cet-
te matiere, dont il ait pu tirer quelques
principes. Les Modernes verront avec plai-
sit & recevront avec une reconnoissance
proportionnée à la découverte, des ins-
tructions dont les succès les mettront à
portée de mieux servit l'Etat, par la ma-
niere d'employer les armes à la guerre,
soit en établissant des batteries, soit pour
le transport de l'Artillerie qui deviendra
D vij
84 MERCURE DE FRANCE.
plus facile, en changeant les dimensions
des piéces qui sont aujourd'hui en usage;
desorte que par les principes qui vont
nous être donnés, & par les expérien-
ces qu'a faites M. le Chevalier Darcy,
conséquentes d'une théorie bien réfléchie
& bien raisonnée, n admettant pour vé-
rités que les faits que cet Académicien a
constatés par lui-même, nous agirons avec
beaucoup plus de certitude & de préci-
sion dans la pratique. Les effets de la
poudre que l'on avoit cru jusqu'ici varia-
bles, ne pourront être que constans, en
suivant exactement ce qui sera prescrit,
& les progrès de l'Art en général ne se-
ront plus retardés.
M. le Chevalier Darcy juge qu'il y a
beaucoup d'erreurs, dans les résultats des
expériences faites sur la portée des bou-
lets. On convient que la même piéce
chargée avec la même quantité de poudre,
exactement pésée, donne à chaque coup
quelque différence dans les portées, quel-
que attention & précision qu'on observe:
plusieurs accidens que la pratique la plus
exacte ne peut prévoir, en sont la causc.
L'air entre pour beaucoup dans la diffé-
rence des portées, elles sont plus longues
le soir & le matin, & dans un terus bas
& pluvieux qu'à l'ardeur du Soleil vers
le milieu du jour.
AVRIL.
1752.
85:
Elles ne sont point assez sensibles, lors-
que les attentions sur la charge des pié-
ces sont bien observées pour ne servir de
régle au service de l'Artillerie, peut-être
même avec moins d'incertitude que ne
le suppose M. le Chevalier Darcy.
C'est d'après ces expériences faites &
repetées avec la plus grande attention,
que l'on a jugé la charge de la piéce de
vingt quatre, devoir être de huit à neut
livres de poudre.
Les expériences qu'a faites M. le Che-
valier Darcy, sur la loi que doit suivre
l'inflammation de la poudte peuvent dif-
férer de celles d'habiles Philiciens, qui
n'ont donné les leurs que sur des à peu
près, d'une maniere conjecturale & non
décisive.
Celles qu'a fait le même Auteur pour
prouver la vîtesse de l'inflammation, &
la promptitude des effets de la poudre ren-
fermée, n'auront certainement pas trouvé
de contradiction, l'usage commun des
fusils & carabines pour les troupes, les
boëtes tirées pour les réjouissances, les
perards, les mines, &c. en sont des preu-
ves à la portée de tout le monde.
Les objets qui paroissent le plus inté-
resser & mériter l'attention de cet Acadé-
micien, sont en premier lieu la longucur.
Digizes bOOg
86 MERCURE DE FRANCE.
des piéces qu'il veut proportionner à la
quantité de poudre, dont elles doivent
être chargées pour faire le plus grand
effet.
2°. Le point de la charge, où doit
être porté le fen, pour que l'inflamma-
tion soit la plus prompte, il conclut d'a-
près toutes les recherches les plus exactes
qu'il a pu faire, & ses propres expérien-
ces repetées pendant neuf mois avec M. le
Roi, son Confrere, que la charge la plus
avantageuse du canon, se trouve toujours
entre le tiers & la moitié de sa longueur,
en partant de la culasse.
Il décide aussi qu'une Piéce de vingt-
quatre seroit de la longueur la plus avan-
tageuse, si elle avoit trois cens quaran-
te pieds, étant chargée a huit livres
de poudre: ce sont ses propres termes.
Cette charge n est pas, felon lui, la
plus convenable, c'est au moins celle de
trente-deux livres, poids de la poudre
contenue dans le tiers de la longueur de
l'ame; en comptant de la culasse, qui est
de trois pieds deux ponces, & qui fert de
hauteur au cilindre de poudre, qui a
pour diametre de sa base, celui du calibre
de l'ame de la Piéce, qui est de cinq pou-
ces sept lignes.
M. le Chevalier Darcy, ne prononce
AVRIL. 1752.
87
pas décisivement sur la charge au tiers
ou à la moitié de la longueur de la Pièce, il
l'annonce comme ne pouvant être au des-
sous du tiers, & ne devant pas excéder la
moitié, dont la charge feroit de quarante-
cinque livres onze onces, près de quaran-
te-six livres, poids du cilindre de poudre
contenue dans quatre pieds neuf pouces
en partant de la culasse, moitié de la lon-
gueur de l'ame d'une Piéce de vingt-
quatre.
La longueur de ces Piéces chargées à
huit livres de poudre, étant determinée, se-
lon l'Auteur, à trois cens quarante pieds,
on demandera à M. le Chevalier Darcy,
quelle sera celle qu'il faudra ajoûter, en
chargeant les Piéces convenablement, de-
puis trente-deux livres jusqu'à quarante-
six, qui sont les deux termes du tiers &
de la moitié de la longueur des Piéces sur
lesquelles on doit se régler. La Piéce de
vingt. quatre, n'ayant que neuf pieds six
pouces pour la longueur de son ame, &
devant avoit pour la proportion la plus
avantageuse, suivant l'Auteur, trois cens
quarante pieds, érant chargée à huit li-
vres de poudre; on lui demande quelle
sera la diminution de la charge la plus
convenable à sa longueur existante de neuf
pieds six pouces?
88 MERCUREDEFRANCE.
M. le Chevalier Darcy, en proposant
d'augmenter la longueur des Pieces, don-
nera sans doute les moyens pour les faire
résister aux effets de la poudre, sans en
augmenter le métail, ce qui les rendroit
d'un trop grand poids, & d'un service
plus embarassant; il applanira sans doute
les difficultés, & le danger qu'éprouve-
roient ceux qui les exécuteroient, soit en
les conduisant dans les tranchées selon l'u-
sage, soit dans les batteries, pour les re-
charger, lorsqu'elles font sorties de leurs
embrasures. On voit aisement que des Pié-
ces d'une longueur beauconp plus considé-
rable demanderoient des batteries plus
spacieuses, des plus grands épaulemens &
des crochets plus repetés que Pon n'a cou-
tume de faire.
On ne peut s'empêcher de convenir que
plus longue sera l'ame d'une Piéce, plus
il s'y enflammera de poudre, & si l'on ar-
rive au point que toute la poudre soit en-
flammée, lorsque le boulet est à l'extré-
mité de la bouche, il aura reçu alors la
plus grande impulsion.
Des expériences sans nombre & l'usago
journalier nous font voir que les portées
d'une Piéce de vingt-quatre, chargée au-
dessus de huit à neuf livres de poudre, ne
sont pas plus étendues, & que celles d'une
89.
AVRIL. 1752.
charge au-dessous, sont plus courtes, pro-
portionément à la diminution de la char-
ge, au lieu que M. le Chevalier Darcy
juge qu'il faut les charger au tiers ou à la
moitie de la longueur de la Piéce, c'est-
à dire depuis trente-deux jusqu'à quaran-
te-six livres de poudre.
Les Officiers d'Artillerie les plus ap-
pliqués à leur métier, & dont M. le Che-
valier Darcyna peut-être pas lu tout ce-
qui nous en est resté, ont recherché avec le
plus d'attention des moyens par lesquels
en racourcissant les Piéces, & diminuant
leurs poids, elles fissent le mème effet.
Ils ont fait faire dans le fond de l'ame
des Piéces, des chambres de différentes
figures, comme sphériques, d'autres en
spheres un peu applaties, afin que la poudre
étant plus rassemblée, & réfléchissant sur
elle même, s'enflamma avec beaucoup plus
de vivacité, & procura les mêmes effets
que les Piéces plus longues. Des défauts
qu'il seroit trop long de détailler ici, &
que l'on a éprouvé dans la Pratique, les
ont fait rebuter, & on sen est tenu à la
chambre cylindrique, continuée depuis
la bouche jusqu'au fond de l'ame. Les Pié-
ces trop courtes ont leurs défauts, comme
l'ont aussi celles qui seroient trop longuea,
dans les premieres toute la poudre nayant
Digitires vOO
90 MERCURE DE FRANCE.
pas le tems de s'enflammer, celle qui se-
roit intermédiaire entre le boulet & la
poudre enflammée, en diminueroit sensi-
blement l'effet, la raison en est trop faci-
le à appercevoir pour croire devoir l'ex-
pliquer.
Malgré le jugement de M. le Chevalier
Darcy qui donne une longueur immense à
la Piéce de vingt: quatre, voulant qu'elle
ait trois cens quarante pieds, pour être
proportionnée à la charge de huit livres,
on pense avec quelque certitude, qu'à
des Piéces fort longues, la poudre ayant
eu plus de tems qu'il ne lui en falloit pour
s'effammer en totalité, le boulet sortira
avec moins de vitesse, que s'il avoit reçu
toute l'impulsion de la poudre enflammée
à l'extrémité de la bouche, ce qu'il n'aura
pu faire, si la Piéce est trop longue.
En général, les Piéces d'une longueur
que les gens du métier ne trouvent pas
proportionnée, comme la coulevrine de
Nancy, qui a vingt. cinque pieds de long,
ne peuvent être employées que dans des.
endroits où elles soient toujours fixées
comme dans des Châteaux avançés sur la
mer pour découvrir au loin.
Selon M. le Chevalier Darcy, l'air doit
entrer pour peu de chose, dans les effers
de la poudre à canon. Il en est au contraire
AVRIL.
1752.
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la principale causę, & lui offre toujours
une résistance proportionnée à ses effets.
Les corps ne résistent que proportioné-
ment aux forces ou ressorts qui leur sont
opposés, de sorte que si un côté ne résis-
toit pas, il n'y auroit aucune sensiblité de
l'autre; plus il y a de poudre enflammée,
plus il y a de parties d'air entre les grains
qui sont mises en mouvement, & plus
est forte l'extention des ressors qu'elles
forment, ils s'appuyent de tous côtés
& si les Piéces n avoient une épaisseur pro-
portionnées, eslos créveroient. Les deux
forces poussent également des deux côtés,
& par cet effet la Piéce est chassée en ar-
riere, & le boulet poussé en avant. La
même force cause ces effets différens, &
si la Piéce pouvoit se mouvoir en arriere
avec la même facilité, & qu'elle n'eût ni
plus de poids, ni plus de volume, son re-
cul seroit d'un espace aussi grand que ce-
lui que parcourt le boulet. Le peu de re-
cul des Piéces vient de la résistance que
l'air oppose à une machine d'un volume
aussi grand que celui de la Piéce montée
sur son affut, de son poids & du fro-
tement qu'il occasionne sut la plate-
forme.
L'ait frappé avec beaucoup de vîtesse
tient lieu d'un appui très solide, le vol
Digstues vOO.
92 MERCURE DE FRANCE.
des oyseaux de toute espéce, en est une
preuve, ils proportionnent la vitesse du
mouvement de leurs aîles, à la quanti-
té d'air qu'ils doivent choquer pour y être
foutenus.
Il n'est pas douteux que l'extrême vi-
tesse imprimée au canon & à son affut,
par l'explosion de la poudre, ne contri-
bue beaucoup, étant jointe au frotement
sur la plate-forme à en racourcir lè recul
lequel seroit beaucoup plus considérable,
si la Piéce, au lieu d'être montée sur son
affut étoit suspendue en l'air, comme le
prouve l'expérience.
L'air, malgré le sentiment opposé, sera
toujours le principal Agent des effets de
la poudre, si le Canonier qui met le feu-
à une Piéce de canon, pose l'extrémité de
son boute-feu, sur le petit orifice de la
lumiere, au lieu de le mettre sur la trai-
née de poudre qui y communique, conti-
nuée en avant ou en arriere de cette lu-
miere, le boute-feu lui saute des mains
avec beaucoup de violence, causée par la
vivacité avec laquelle F'air de l'intérieur
de l'ame de la Piece, mis en ressorts très-
violens par l'explosion de la poudre ,
cherche à s'échaper en trouvant une peti-
te issue par la lumiere.
Plusieurs expériences, dont le détail se-
AVRIL. 1752.
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roint ici trop long, prouvent que l'air a
beaucoup plus de part au recul des Pié-
ces, que ne lui en attribue cet Acadé-
micien.
On croit sans peine que dans le canon
de deux pieds de long qu'il a fait percer
à différens endroits, qu'il a trouvé la
plus prompte explosion, en mettant le
feu vers le milieu de la charge. Il ne don-
ne aucune conclusion pour prouver, par-
ce qu'il croit découverte, quel doit être
l'effet du boulet dans une Piece, dont l'a-
me seroit cilindrique, & le feu porté au
milieu de la charge. M. le Chevalier Dar-
cy ne borne point ses vues à ce qu'il pres-
crit sur la longueur des Pièces de canon
& sur la charge qui leur est la plus con-
venable pour le plus grand effet, il com-
prend aussi les corrections & changemens
de dimensions, aux armes à l'usage des
troupes, si elles sont proportionnées à ce
qu'il fixe pour le service de l'Atrillerie:
nous avouons de bonne foi que nos con-
noissances sont trop bornées pour apper-
cevoit aucun des moyens qu'il pourra don-
ner pour applanir, dans l'exécution de
ce sdifférentes bouches à feu, les difficultés
dont on vient de faire mention, l'avantage
quen doit retirer le service du Roi, l'en-
gagera à ne s'en pas tenir-là, à rendre
94 MERCURE DE FRANCE.
publiques ses découvertes, & à proposer
de mettre en pratique ce qu'il n'a fait
qu'exposer.
Fermer
1099
1100
p. 94-114
REPONSE. De M. le Chevalier d'Arcy aux observations de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie, &c.
Début :
AYANT déclaré que si je faisois part au Public de mes expériences sur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE. De M. le Chevalier d'Arcy aux observations de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie, &c.
REPONSE.
De M. le Chevalier d'Arcy aux observations
de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général
d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie,
&c.
AYANT déclaré que si je faisois part
au Public de mes expériences sur
l'Artillerie, ce n'étoit que dans l'espéran-
ce de recevoir des conseils de personnes
plus expérimentées què moi sur tout, de
MM. du Corps de l'Artillerie; je n'ai pu
qu'être flatté des observations que M. de
Saint-Auban a faites sur mon Mémoire; il
n'auroit sûrement trouvé personne de plus
docile que moi, & de plus porté à en faire
usage, si je n'avois vu avec regret que je
ne le pouvois, la plûpart de ses observa-
tions ne me paroissans pas concluantes, &
les autres prouvant seulement que je n'ai
pas eu le bonheur d'être entendu de M. de
Saint-Auban.
Je suis peut-être dans l'erreur, mais soit
AVRIL. 1752.
en faveur de mes intentions, soit par le
zéle qu'il a pour la perfection de l'Artille-
rie, je me serois flatté d'un peu plus d'at-
tention de sa part pour saisit mes idées,
j'avois d'autant plus sujet de l'espérer que
la déclaration dont je viens de parler, assû-
roit M. de Saint-Auban de l'empressement
que j'aurois eu de lui donner des éclaircis-
semens sur l'extrait de mon mémoire qui
se trouve dans le Mercure, & de lui com-
muni quer le mémoire même pour peu
qu'il l'eût désiré
Un autre raison qui m empêche de pro-
fiter des observations de M. de Saint-Au-
ban, c'est qu'il se contente de parler de ces
expériences sans nombre qui oni servi à déter-
miner les regles que l'on suit aujourd'hui dant
PArtillerie, soit pour la longueur des pièces
soit pour leurs charges, &c. sans les rappor-
ter, j'aurois eu lieu d'attendre le contraire,
ou au moins qu on faveur de quelqu'un,
qui ne sçait peut-être pas tout ce que MM-
les Officiers d'Artillerie ont fait, il indique-
roit où on pourroit les trouver. L'autorité
de M. de Saint-Auban est sans doute d'un
grand poids, mais il ne peut disconvenit
qu en matiere de faits, on ne prouve qu'au-
tant qu on oppose expériences à experien-
ces.
En attendant qu'il nous fasse part de tou-
96 MERCUREDE FRANCE.
tes ces expériences, j'ai cru que je ne pou-
vois me dispenser de lui communiquer les
remarques que j'ai faites sur ses observa-
tions, & de lui donner en peu de mots
quelques éclaircissemens sur mon mémoi-
re, en rapportant les faits qui servent de
base à ce que j'ai avancé. Je me contente-
rai pour cela de disposer mes remarques se-
lon l'ordre des observations de M. de
Saint-Auban, cette méthode étant ici la
plus courte, par la facilité que l'on a de
recourir à son Mémoire, & me paroissant
après y avoir murement réfléchi, celle qui
convient le mieux à la forme qu'il lui a
donné. Au reste, si je l'imite dans cette dis-
position, je seus qu'il est au dessus de mes
forces de le faire dans le tour délicat qu'il
a sçu donner à ses observations: je tâche-
tai d'y suppléer par la bonté de mes rai-
sons.
Paragraphe premier. » On voit par les
expérienées qu'a faites M. le Chevalier
d'Arcy, &c. M. de Saint-Auban, com-
me je l'ai avancé, prouve qu'il ne m'a
pas entendu dès les premieres lignes de
son Mémoire. Je le prie de me dire dans
quel endroit j'ai proposé des changemens
dans les bouches à feu: je ne les crois
point assez parfaites, pour penser que la
chose soit impossible, mais je nai point
prétendu
AVRIL. 1752.
97
prétendu en indiquer. Loin de cela, dans le
Mémoire que je lus, soit prévoyance ou
pressentiment, je pris toutes les mesures
imaginables pour m'expliquer nettement
sur ce sujet, & pour que personne ne prit
ombrage de mon travail j'établis, com-
me on peut le voir par l'Extrait de M. l'Ab-
bé Raynal » que l'Artillerie pouvoit se di-
»viser en deux parties; l'une qui a pour
n objet la théorie, ou les recherches qui
»peuvent établir les principes physiques,
»d'où résulteroient théoriquement les
„meilleures bouches à feu. L'autre dont
»l'objet est plus vaste & plus important,
nqui embrasse non-seulement ce qui con-
„cerne la maniere d'employer ces armes à
„la guerre, d'établir des batteries, &c
» mais encore toutes ces connoissances que
„ l'expérience donne sur les dimensions
„ des piéces, par rapport à leur service,
„ la facilité de leur transport, &c. Plus
loin M. l'Abbé Raynal s'exprime ainsi sur
le même sujet. » Après cette introduction
„on conçoît facilement quel est le but
„que M. d'Arcy se propose, & que son
„objet est de recherchet au moyen des ex-
„ périences ces principes qui doivent ser-
» vir de base à la théorie de l'Artillerie.
J'ai rapporté tout au long ce qui se trou-
ve dans l'Extrait à ce sujet, parce que je
98 MERCURE DE FRANCE.
serai obligé d'y renvoyer plus d'une fois,
& pour qu'on juge en même tems des pré-
cautions que j'ai prises pour expliquer
clairement le but que je me suis proposé.
Cependant je vois que j'ay eu le malheur
de n'y pas réussir. M. de Saint-Auban a
cru voir dans mon Mémoire des choses
singulieres, étonnantes, dont il rapporte
une partie dans ce premier paragraphe;
ainsi par exemple, on trouve dans l'Ex-
trait, que j'ose me flatter de faire voir bien-
tôt » que lorsque l'on prend les précautions
„ requises, & que l'on employe des métho-
« des moins imparfaites que celles des
„ portées, on peut parvenir à des résultats
„assez constans, pour en déduire des prin-
ncipes surs; & M. de Saint-Auban a cru
que cela vouloit dire » qu'en suivant ce
„ que je prescrirai, les effets de la poudre
»que l'on avoit cru jusqu'ici variables, ne
„pourront être que constans, Penseroit-il
qu'à moins que les effers de la poudre ne
spient constans, on ne peut parvenir à des
résultats assex réguliers, pour en déduire
des principes. Au reste je le prie de
nous faire part de ceux que les anciens
Officiers d'Artillerie ont établis : quant.
à ce qu'il dit des modernes, je suis
comme lui entierement persuadé que leur
zele pour le service de l'Etat leur fait bien
AVRIL.
1752.
99
recevoir tout ce qui peut tendre à la per-
fection de l'Artillerie, de quelque part
qu'il vienne, & loin d'imaginer que M.
de Saint-Auban ne soit pas du même senti-
ment, je suis très-assuré au contraire,
même par ses observations, qu'il verroit
avec plaisit, toutes les tentatives que pour-
roient faire des Militaires ou d'autres per-
sonnes qui ne seroient pas du Corps de
l'Artillerie.
Paragraphe second. M. le Chevalier
d'Arcy juge qu' il y abeaucoup d'erreurs, &c.
Sans entrer dans le détail de ce que j'ai dit
à ce sujet dans mon Mémoire: je rappor-
terai seulement quelques-unes des épreu-
ves qui ont été faites par M. de Valiere
& M. Belidor, pour déterminer la charge
la plus avantageuse d'une piéce devingt-
quatre, elles suffiront je crois, pour faire
voir la vérité de ce que j'ai avancé sur la
méthode des portées.
Par les épreuves de M. de Valiere faites
à Strasbourg le 31 Août, & le 1er Septem-
bre 1740: les portées de deux coups ti-
rés à 24 livres de poudre, furent l'une
de 2200 toises, & l'autre de 2500 toises;
& celles de deux autres coups à 8 livres de
poudre de 2325 & de 2050.
Par les épreuves faites à Metz dans l'été
de 1740 par M. Belidor, on voit que dans
E1j
100 MERCURE DEFRANCE.
18 coups tirés à 9 livres, la plus grande
portée a été de 1010, & la plus petite de
715: dans ces épreuves les différences en-
tre les extrêmes sont de plus d'un quart;
dans celles de M. de Valière, elles sont à
peu près d'un 7me. & vraisemblablement,
s'il avoit répeté les épreuves plus souvent
avec une même charge, elles auroient été
plus considérables.
Ces épreuves, qui surement ont été faites
avec un très-grand soin, font assez voir que
les différences dans les portées sont trop
considérables pour quon en puisse rien
conclure de bien certain, & qu'ainsi M. de
S. Auban n'en dit point assez lorsqu'il se
contente de convenir que la meme Piéee
&c. donue à chaque coup quelque difference.
Quant aux accidens que la pratique, selon
lui, ne peut prévoir, il y en a sans doute,
mais ne doit-on pas chercher à substituer
aux moyens ordinaires des moyens plus
exacts, par lesquels en les diminuant, on
parvienne enfin à des expériences assez
régulieres, pour en tirer des conclusions
certaines. M. de Saint-Auban ajoûte que
l'air entre pour beaucoup dans la differen-
ce des portées; comme je n'ai pu deviner
de quelle façon il l'entend, sçavoir, si
c est, en ce que dans ses différentes tem-
pératures il resiste plus ou moins au mou-
Digtires bOO
AVRIL. 1752.
101
vement du boulet, ou qu'il agit avec plus
ou shoins de force dans les interstices des
grains de poudre, ou enfin qu'il rend l'in-
flammation de la poudre plus ou moins vi-
ve. Je me contenterai de lui dire qu'on
voit par les expériences de M. Robbins.
que dès que la poudre est bien séche, les
effets sont toujours à peu près les mêmes à
quelque heure du jour, & dans quelque
tems que l'on tire. Je sçais à la vérité que
felon plusieurs Auteurs lesportées sont plus
grandes le matin & le soir que dans la
journée, & dans un tems humide, que
dans un tems sec; mais je sçais aussi que
d'autres avancent précisément le contrai-
re : & qu'ainsi c'est une de ces choses, dont
faute de moyens assez exacts, on n'a enco-
re aucune connoissance certaine dans l'Ar-
tillerie.
Paragraphe troisiéme.
Elles ne sont pas
assez, &c. J'ai répondu à ce paragraphe en
répondant au précedent.
Paragraphe quatrième. C'est d'après ces
expériences, &c.
On auroit souhaité que M. de Saint-Au-
ban eut voulu rapporter ces épreuves. On
avoue qu on ne les connoît pas, car dans
tous les Auteurs que l'on a consultés sur
certe matiere, on ne voit rien de positif:
pour s'en assurer, on na qu'à voir les
EIII
102 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs cités dans la note.
Nota. Diego Vfano, Traité de l'Artille-
rie pag, 7 & 9. La seconde partie du grand
Art de l'Artillerie de Cazimir, ch. 12 art.
17. D'Avelour, Instruction sur l'Artillerie
de France ch. 9. pag. 34. Du Praissac
Questions militaires, page 124. Maltus
Traité d'Artillerie, ch. S. pag. 89. Aure-
let, Traité des Machines & Feux d'artifice
pour la guerre. Flaurence Rivault, Elemens
d'Artillerie, pag. 125. Mémoires de
Montecuculli, liv. 1. ch. 2. pag. 65. M. le
Chevalier de Saint-fullien, la Forge de
Vulcain, pag. 32 & 33. edit. 1710. Mé-
moires d'Artillerie de Saint-Remi, seconde
édit. 1707, tome 1. pag. 83. idem tome 2.
pag. 246. Coinmentaires de Polybe, de Fo-
lard, tome 2. pag. 629. Lobreau de Four-
ville, Mémoires sur l'Artillerie. Le Mar-
quis de Santa-cruz, Réflexions militaires,
tome 9. pag. 12 & 13. idem pag. 24. Du-
lac, Theorie nouvelle sur le méchanisme
de l'Artillerie, & c.
Paragraphe cinquieme. Les expériences,
Cc.
Mon objet étant de ne rien établir que
sur les faits, il étoit dans l'ordre d'exami-
ner si les conjectures de ces habiles Physi-
ciens étoient conformes à la vérité.
Paragraphe sixième. Celles qu'a fait, &c,
103
AVRIL.
1752.
Il paroîtra singulier que M. de Saint-Au-
ban regarde comme inutiles les expérien-
ces faites pour reconnoître si l'inslamma-
tion de la poudre dans les armes à feu se
fait d'une maniere successive, ou si on peut
la regarder comme instantanée; tandis que
cette question a été agitée depuis long.
tems, & qu'en dernier lieu une des plus
illustres Académies de l'Europe, la fociété
Royale de Londres ne l'a point jugée indi-
gne de son attention, & qu'elle a nommé
un committé ex près pour reconnoître ce
qui en étoit: il est certain de plus que des
différentes vîtesses de l'inflammation, il
résulteroit des conséquences très différen-
tes.
Paragraphe septième. Les objets qui pa-
roissent, &c.
Ce paragraphe & les suivans jusqu'au
ueuvième inclusivement, n'étant qu'une
exposition de ce que j'ai rapporte dans
mon Mémoire, & des conclusions que j'en
aitiré; & M. de Saint-Auban paroissant ne
m'avoir pas bien entendu, je rapposterai ce
que dit à ce sujet M. l'Abbé Raynal, voici
comme il s'exprime en parlant de moi. „ Il
„ajoute que les questions suivantes lui pa-
„ roissent mériter d'être examinées les pre-
nmieres: scavoit, 19. qu'elle est la char-
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
„ge la plus avantageuse pour un canon
»d'une longueur donnée. 2°. Quel est le
„canon le plus avantageux pour une char-
»ge donnée, & enfin quelle est le point
„où l'on doit porter le feu pour que l'in-
„flammation soit la plus prompte.
Comme il paroît de plus que M. de Saint-
Auban na pas bien conçu la différence qui
se trouve entre les deux premieres ques-
tions; je crois devoir les expliquer ici plus
au long, & ajoûter en même temps deux
mots sut les principes physiques, d'après
lesquels je suis parti: afin de répandre plus
de lumieres sur cette matiere
Il est aujourd'hui prouvé incontestable-
ment par les expériences de MM. Hauks-
bée, Hales, Robbins, &c. que la poudre
contient un fluide élastique & permanent,
qui a toutes les propriétés de l'air; que e'est
ce fluide qui se développant dans l'explo-
sion de la poudre, en fait toute la force;
que son volume dans cet état de dévelop-
pement, est à celui de la poudre qui l'a pro-
duit àpeu près comme 244 à 1. de plus
on sçait que ce fluide échauffé au dégre du
fer prêt à fondre augmente encore de vo-
lume dans le rapport de 5 à 1 l'air dont il a
les propriétés se dilatant par cette chaleur
dans le même rapport. De tout ceci il est
facile de conclure que ce fluide étant aussi
zed by Goog
AVRIL.
105
1752.
violemment échauffé qu'il l'est dans l'ex-
plosion, l'espace qu'il occuperoit dans cet
instant (si rien ne s'opposoit à la dilatation
que l'air) seroit à celui de la poudre qui
l'a produit à peu près comme 1000 à 1.
Ces faits bien connus, la maniere dont
la poudre agit sur le boulet devient facile à
l'effort du fluide qui s'est développé dans
l'explosion; car étant d'autant plus grand
que l'espace qu'il occupe est plus petit,
il s'ensuit que lorsqu'il sera étendu dans
un espace 1000 fois plus grand que le volu-
me de la poudre, il n agira plus sur le bou-
let, étant alors en équilibre avec l'air exté-
rieur. Ainsi, par exemple, une charge de8
livres dans une pièce de 24. produisant un
fluide qui occuperoit 1000 fois l'espace
que cette charge occupoit auparavant, ce
qui feroit plus de 800 pieds, en donnant
à la charge 10 pouces de long, il s'ensuit
que la longueur rhéorique d'une piéce de
24 seroit de 800 pieds, puisque le boulet
recevroit toujours une augmentation de
vitesse jusqu'à ce point.
Mais, si l'on fait attention que dans la
pratique une partie du fluide se perd par la
lumiere, par le vent du boulet, & que la
chaleur de ce fluide va toujours en dimi-
nuant, dès qu'une fois toute la poudre est
enflammée; enfin au frottement que le
Eiiij
106 MERCURE DEFRANCE.
boulet éprouve dans l'ame. On verra qu'il
n est pas étonnant que nous ayons trouvé
qu'une pièce de 24 ne devoit avoir avec
une charge de S livres que 340 pieds de
long, ayant reconnu par nos ex périences
que le fluide produit par 18 grains de pou-
dre dans un canon de six pieds, dont la ca-
pacité étoit de 25 pouces cubiques, don-
noit encore à l'extremité du canon une au-
gmentation de vîtesse au boulet.
Cette théorie des effets de la poudre
dans les armes à feu étant bien entendue,
il est facile de concevoir la différence qui
se trouve entre les deux questions que j'ai
rapportées; car quand je demande quelle est
la charge la plus avantageuse pour un ca-
non d'une longueur donnée, il est clair
que je demande la solution expérimentale
d'un problême qu'on peut regarder com-
me géométrique. Car supposons que le
fluide soit produit dans un instant, ou
que la poudre s'enflamme instantanèment,
la longueur de la charge la plus avanta-
geuse, sera à la longueur du canon comme
1. est à 2. 718. mais les causes dont on
vient de parler plus haut, comme frotte-
mens, & c. devant y apporter des change-
mens, il faut donc avoir recours à l'expé-
rience pour les reconnoître. Cependant
elle nous a montré qu'ils ne sont pas consi-
AVRIL.
1752.
107
derables dans ce cas ci, puisque nous avons
trouvé que la longueur de la charge doit
être entre le tiers & la moitié de la lon-
gueur de la piéce.
Et lorsque je demande le canon le plus
avantageux pour une charge donnée, il
est clair que cela s'entend d'un canon d'une
longueur telle que le fluide produit par
l'explosion dilate dans cette longueur, ne
puisse plus agir sur le boulet.
Paragrapne dixième. M. le Chevalier
d'Arcy ne prononce pas, &c.
Cette question est de la nature de cel-
les que les Géomêtres appellent de maxi-
mis & minimis, ou lorsqu on approche du
terme, les différences deviennent si pe-
tites, qu'elles sont insensibles; c'est pour-
quor l'on na pu déterminer par l'ex-
périence, que les deux termes entre les-
quels ce point est renfermé.
Paragraphe onzième. Longueur de ces
pieces chargées, &c.
Ces deux questions sont faciles à résou-
dre, par ce que l'on a vu dans la réponse
au paragraphe 9. ainsi l'on dira que la lon-
gueur qu il faudroit à une pièce de 24.
pour une charge de 32 ou 46 livres, seroit
à cette charge comme 340 pieds est à 8
livres, & de même que la charge qui com-
muniqueroit tout son effort au boulet dane
E vj
108 MERCURE DEFRANCE.
une piéce de 24 de 9 pieds 6 pouces de
long, se trouveroit en disant comme
340 pieds est à 8 livres; ainsi 9 pieds 6
pouces est à la charge cherchée qui seroit
de 3 onces & demi à peu près.
Paragraphe douzième, M. le Chevalier
d'Arcy, &c.
Si j'avois eu le bonheur d'être entendu
par M. de Saint-Auban, il ne me deman-
deroit pas les moyens de faire résister, &c.
Car la division que j'ai fait de l'Artillerie
& que j'ai rapporté plus haut montre assez
que le but de mon travail n est que de re-
chercher à l'aide de l'expérience, les faits
généraux qui doivent servir de base à la
théorie de l'Artillerie, & non de me char-
ger d'une partie que je sens fort au dessus
de mes forces, & qui ne convient qu'à des
perfonnes aussi experimentées que M. de
Saint-Auban.
Paragraphe treizième. On ne peut &c.
Une longueur tellement proportionnée
par rapport à la charge, que cette charge
seroit toute enflammée, lorsque le boulet
seroit parvenu à la bouche, ne seroit pas
la longueur nécessaire pour employer
toute l'action de la charge, voyez la ré-
ponse au paragraphe 7.
Paragraphe quatorzieme. Des expérience
sans nombre, & c.
AVRIL.
1752.
109
On a déjà répondu à ce paragraphe en
répondant au quatrième.
Paragraphe quinziéme & seiziéme. Les
Officiers d'Artillerie, &c.
Quoique j'aye tâché d'acquérir le plus de
connoissanee que j'ay pu sur l'Artillerie,
M. de Saint-Auban a raison de supposer
que je n'ai pas, lu tout ce que MM. les
Officiers d'Artillerie en ont écrit: cepen-
dant j'en ai assez appris pour lui dire que
ces avantages théoriques qui doivent ré-
sulter de la figure des chambres, ne peu-
vent avoir lieu, ce qui seroit facile à prou-
ver ici. Si pour être court, je ne me con-
tentois de rapporter les expériences faites
par la Société Royale.
Le committé de cette Société, chargé de
vérifier ce fait, fit faire trois chambres de
la même capacité, ajustées dans le mortier
de Hauxsbee. Leur profondeur respective
étoit de trois pouces, d'un pouce & demi,
& de trois quarts de pouces; chacune de
ces chambres remplie de poudre en conte-
noit une once, poids de troy. Le boulet pe-
soit 24. livres 6 onces - averdupoids, ou
336 onces troy: & il touchoit toujours la-
poudre, Le mortier pointé à 45 dégrés,
tiré avec la premiere chambre de 3 pouces
de profondeur, donnna dans les différentes
épreuves les portées suivantes: scavoir,
Digstnas uLO
110 MERCUREDEFRANCE
coups
pieds Anglois.
1
752.
2
685.
737.
4
733.
Dans la seconde de ces épreuves, la
chambre n'ayant pas été poussée jusqu'au
fond avant de tirer le mortier, elle s'en-
gagea par la violence du coup tellement,
qu on eut beaucoup de peine à l'en retiter.
ce qui fut vraisemblablement cause de
l'irrégularité de cette épreuve: la moyen-
ne distance des 3 autres coups est de 741
pieds. On tira ensuite trois coups avec la
chambre de de pouces, tout otant com-
me ci-devant.
coups.
466.
2
463.
463.
La moyenne distance de ces trois épreu-
ves fut de 464 pieds: on ajusta ensuite la
chambre d'un demi pouce, mais comme
elle ne remplissoit pas le mortier aussi bien
que les deux autres: on trouva les portées
sort irrégulieres.
AVRIL. 1792.
111
coups.
686.
2
998.
467.
Ce fut probablement l'humidité qui ren-
dit la troisième portée si petite, le coup
ayant été tité fort avant dans la soirée.
Paragraphe dix-septième. Malgré le
jugement & c. Ce Paragraphe, quoique sous
d'autres termes, signifiant la même chose
que le treizième, y renvoye le Lecteur.
Paragraphe dixhuitième. En général &c.
Comme je n'ai prétendu en aucune fa-
çon fixer la longueur ni l'usage des Piéces
dans la pratique, ainsi qu'on le voit par
la déclaration rapportée au commence-
ment; elle sussit pour répondre à ce para-
graphe.
Paragraphe dix- neuvième. Selon M. le
Chevalier d'Arcy. &c.
Quoique j'aye eu quelque peine à me
former une idée nette des objections con-
tenues depuis ce paragraphe jusqu'au 24eme
inclusivement, je crois cependant etre par-
venu à démêler sur quoi elles roulent, &
qu'elles se reduisent à ceci, que j'ai tort
de dire que l'ait entre pour peu de chose
dans les effets de la poudre, parce que,
suivant l'opinion de M. de Saint-Auban,
VIAMERCURE DE FRANCE.
celui qui est contenu dans les interstices
de ses grains, contribue beaucoup à la
force de son explosion; l'inflammation de
la poudre n'étant qu'un moyen de mettre
en jeu sa force élastique, 2. que l'air a
beaucoup plus de part que je ne le pré-
tends dans la cause du recul des armes à
feu tirées sans boulet, sans relever tout-
ce que dit M. de Saint-Auban sur l'obsta-
ole que la résistance de l'air oppose an recul
du canon. Je me contenterai d'examiner
son opinion, & de rapporter ce qui est
dit au sujet du recul des armes à feu dans
l'extrait du Mercure.
On a déja vu dans la réponse au para-
graphe septième que la plus grande dila-
tation de l'air par une très-grande chaleur
va à lui faire occuper un espace cinque fois
plus grand que celui qu'il occupoit aupa-
ravant. Ainsi supposant que la charge de
huit livres occupa dans une piéce de 24
un espace de dix pouces de long, que
le vuide de ses interstices équivalût à
cinque pouces, c'est à-dire, à la moitié
du volume de la charge, & que la cha-
leur de la poudre enflammée, supposée
égale à celle du fer prêt à fondre, dilate
l'air cinque fois, l'espace qu'il occuperoit
alors pour être en équilibre avec l'air ex-
téricur soroit de vingt- cinque poucos de
AVRIL. 1752. 113
long: par conséquent au-delà de cette
longueur, la poudre n'agitoit plus sur le
boulet, & la piece de vingt-quatre ne
devroit avoir théoriquement, selon l'hypo-
these de M. de Saint-Auban, que vingt-
cinque pouces de long, & dans la pratique
un peu moins: donc & c.
Quant à la seconde objection, je prie
que l'on lise l'extrait du Mercure, dont
je me contenterai de rapporter les pa-
roles suivantes. Au reste M. d'Arcy dé-
elare qu'il est bien éloigné de décider une
question qui comporte tam de difficultès, &
qu'il n'en a parlé que parce qu'il a cru qu'il
étoit à propos de faire faire attention aux Phy-
siciens à cette cause du recul qu'ils paroissent
avoir negligè jusqu'ici.
Paragraphe vingt-cinquième. On croit
sens peine &c. Si les accidens qui me sont
arrivés pendant le cours de mes expérien-
ces, ne m'avoient empêché de décider
d'une manière précise le point d'une char-
ge, où on doit l'enflammer, je croiroi
otre fort en état de déterminer ce point
pour toutes les piéces d'artillerie, quel-
ques figures qu'eussent leurs chambres.
Quant à ce que dit M. de Saint-Auban
des armes de l'Infanterie, il est étonnant
qu'il nait pas comptis mes vues; car la
facilité du service exigeant de racour-
Digsieres bi0O
114 MERCURE DEFRANCE.
cir les armes de l'Infanterie, ne falloit-
il pas scavoir le changement que cela
feroit dans les portées. J'ai montré qu'el-
les diminuoient avec les longueurs: pat
conséquent, que si les Prussiens ont l'a-
vantage de tirer vîte avec leurs fusils
courts, ils ont le desavantage de ne pas
atteindre aussi loin. Au reste une question
qui a mérité l'attention de Messieurs les
Inspecteurs Généraux de l'infanterie, mé-
ritoit bien d'être éclaircie, en tâchant de
reconnoître les principes de fait qui doi-
vent servir de base à sa solution.
De M. le Chevalier d'Arcy aux observations
de M. de Saint-Auban, Lieutenant-Général
d'Artillerie, sur le Mémoire de l'Artillerie,
&c.
AYANT déclaré que si je faisois part
au Public de mes expériences sur
l'Artillerie, ce n'étoit que dans l'espéran-
ce de recevoir des conseils de personnes
plus expérimentées què moi sur tout, de
MM. du Corps de l'Artillerie; je n'ai pu
qu'être flatté des observations que M. de
Saint-Auban a faites sur mon Mémoire; il
n'auroit sûrement trouvé personne de plus
docile que moi, & de plus porté à en faire
usage, si je n'avois vu avec regret que je
ne le pouvois, la plûpart de ses observa-
tions ne me paroissans pas concluantes, &
les autres prouvant seulement que je n'ai
pas eu le bonheur d'être entendu de M. de
Saint-Auban.
Je suis peut-être dans l'erreur, mais soit
AVRIL. 1752.
en faveur de mes intentions, soit par le
zéle qu'il a pour la perfection de l'Artille-
rie, je me serois flatté d'un peu plus d'at-
tention de sa part pour saisit mes idées,
j'avois d'autant plus sujet de l'espérer que
la déclaration dont je viens de parler, assû-
roit M. de Saint-Auban de l'empressement
que j'aurois eu de lui donner des éclaircis-
semens sur l'extrait de mon mémoire qui
se trouve dans le Mercure, & de lui com-
muni quer le mémoire même pour peu
qu'il l'eût désiré
Un autre raison qui m empêche de pro-
fiter des observations de M. de Saint-Au-
ban, c'est qu'il se contente de parler de ces
expériences sans nombre qui oni servi à déter-
miner les regles que l'on suit aujourd'hui dant
PArtillerie, soit pour la longueur des pièces
soit pour leurs charges, &c. sans les rappor-
ter, j'aurois eu lieu d'attendre le contraire,
ou au moins qu on faveur de quelqu'un,
qui ne sçait peut-être pas tout ce que MM-
les Officiers d'Artillerie ont fait, il indique-
roit où on pourroit les trouver. L'autorité
de M. de Saint-Auban est sans doute d'un
grand poids, mais il ne peut disconvenit
qu en matiere de faits, on ne prouve qu'au-
tant qu on oppose expériences à experien-
ces.
En attendant qu'il nous fasse part de tou-
96 MERCUREDE FRANCE.
tes ces expériences, j'ai cru que je ne pou-
vois me dispenser de lui communiquer les
remarques que j'ai faites sur ses observa-
tions, & de lui donner en peu de mots
quelques éclaircissemens sur mon mémoi-
re, en rapportant les faits qui servent de
base à ce que j'ai avancé. Je me contente-
rai pour cela de disposer mes remarques se-
lon l'ordre des observations de M. de
Saint-Auban, cette méthode étant ici la
plus courte, par la facilité que l'on a de
recourir à son Mémoire, & me paroissant
après y avoir murement réfléchi, celle qui
convient le mieux à la forme qu'il lui a
donné. Au reste, si je l'imite dans cette dis-
position, je seus qu'il est au dessus de mes
forces de le faire dans le tour délicat qu'il
a sçu donner à ses observations: je tâche-
tai d'y suppléer par la bonté de mes rai-
sons.
Paragraphe premier. » On voit par les
expérienées qu'a faites M. le Chevalier
d'Arcy, &c. M. de Saint-Auban, com-
me je l'ai avancé, prouve qu'il ne m'a
pas entendu dès les premieres lignes de
son Mémoire. Je le prie de me dire dans
quel endroit j'ai proposé des changemens
dans les bouches à feu: je ne les crois
point assez parfaites, pour penser que la
chose soit impossible, mais je nai point
prétendu
AVRIL. 1752.
97
prétendu en indiquer. Loin de cela, dans le
Mémoire que je lus, soit prévoyance ou
pressentiment, je pris toutes les mesures
imaginables pour m'expliquer nettement
sur ce sujet, & pour que personne ne prit
ombrage de mon travail j'établis, com-
me on peut le voir par l'Extrait de M. l'Ab-
bé Raynal » que l'Artillerie pouvoit se di-
»viser en deux parties; l'une qui a pour
n objet la théorie, ou les recherches qui
»peuvent établir les principes physiques,
»d'où résulteroient théoriquement les
„meilleures bouches à feu. L'autre dont
»l'objet est plus vaste & plus important,
nqui embrasse non-seulement ce qui con-
„cerne la maniere d'employer ces armes à
„la guerre, d'établir des batteries, &c
» mais encore toutes ces connoissances que
„ l'expérience donne sur les dimensions
„ des piéces, par rapport à leur service,
„ la facilité de leur transport, &c. Plus
loin M. l'Abbé Raynal s'exprime ainsi sur
le même sujet. » Après cette introduction
„on conçoît facilement quel est le but
„que M. d'Arcy se propose, & que son
„objet est de recherchet au moyen des ex-
„ périences ces principes qui doivent ser-
» vir de base à la théorie de l'Artillerie.
J'ai rapporté tout au long ce qui se trou-
ve dans l'Extrait à ce sujet, parce que je
98 MERCURE DE FRANCE.
serai obligé d'y renvoyer plus d'une fois,
& pour qu'on juge en même tems des pré-
cautions que j'ai prises pour expliquer
clairement le but que je me suis proposé.
Cependant je vois que j'ay eu le malheur
de n'y pas réussir. M. de Saint-Auban a
cru voir dans mon Mémoire des choses
singulieres, étonnantes, dont il rapporte
une partie dans ce premier paragraphe;
ainsi par exemple, on trouve dans l'Ex-
trait, que j'ose me flatter de faire voir bien-
tôt » que lorsque l'on prend les précautions
„ requises, & que l'on employe des métho-
« des moins imparfaites que celles des
„ portées, on peut parvenir à des résultats
„assez constans, pour en déduire des prin-
ncipes surs; & M. de Saint-Auban a cru
que cela vouloit dire » qu'en suivant ce
„ que je prescrirai, les effets de la poudre
»que l'on avoit cru jusqu'ici variables, ne
„pourront être que constans, Penseroit-il
qu'à moins que les effers de la poudre ne
spient constans, on ne peut parvenir à des
résultats assex réguliers, pour en déduire
des principes. Au reste je le prie de
nous faire part de ceux que les anciens
Officiers d'Artillerie ont établis : quant.
à ce qu'il dit des modernes, je suis
comme lui entierement persuadé que leur
zele pour le service de l'Etat leur fait bien
AVRIL.
1752.
99
recevoir tout ce qui peut tendre à la per-
fection de l'Artillerie, de quelque part
qu'il vienne, & loin d'imaginer que M.
de Saint-Auban ne soit pas du même senti-
ment, je suis très-assuré au contraire,
même par ses observations, qu'il verroit
avec plaisit, toutes les tentatives que pour-
roient faire des Militaires ou d'autres per-
sonnes qui ne seroient pas du Corps de
l'Artillerie.
Paragraphe second. M. le Chevalier
d'Arcy juge qu' il y abeaucoup d'erreurs, &c.
Sans entrer dans le détail de ce que j'ai dit
à ce sujet dans mon Mémoire: je rappor-
terai seulement quelques-unes des épreu-
ves qui ont été faites par M. de Valiere
& M. Belidor, pour déterminer la charge
la plus avantageuse d'une piéce devingt-
quatre, elles suffiront je crois, pour faire
voir la vérité de ce que j'ai avancé sur la
méthode des portées.
Par les épreuves de M. de Valiere faites
à Strasbourg le 31 Août, & le 1er Septem-
bre 1740: les portées de deux coups ti-
rés à 24 livres de poudre, furent l'une
de 2200 toises, & l'autre de 2500 toises;
& celles de deux autres coups à 8 livres de
poudre de 2325 & de 2050.
Par les épreuves faites à Metz dans l'été
de 1740 par M. Belidor, on voit que dans
E1j
100 MERCURE DEFRANCE.
18 coups tirés à 9 livres, la plus grande
portée a été de 1010, & la plus petite de
715: dans ces épreuves les différences en-
tre les extrêmes sont de plus d'un quart;
dans celles de M. de Valière, elles sont à
peu près d'un 7me. & vraisemblablement,
s'il avoit répeté les épreuves plus souvent
avec une même charge, elles auroient été
plus considérables.
Ces épreuves, qui surement ont été faites
avec un très-grand soin, font assez voir que
les différences dans les portées sont trop
considérables pour quon en puisse rien
conclure de bien certain, & qu'ainsi M. de
S. Auban n'en dit point assez lorsqu'il se
contente de convenir que la meme Piéee
&c. donue à chaque coup quelque difference.
Quant aux accidens que la pratique, selon
lui, ne peut prévoir, il y en a sans doute,
mais ne doit-on pas chercher à substituer
aux moyens ordinaires des moyens plus
exacts, par lesquels en les diminuant, on
parvienne enfin à des expériences assez
régulieres, pour en tirer des conclusions
certaines. M. de Saint-Auban ajoûte que
l'air entre pour beaucoup dans la differen-
ce des portées; comme je n'ai pu deviner
de quelle façon il l'entend, sçavoir, si
c est, en ce que dans ses différentes tem-
pératures il resiste plus ou moins au mou-
Digtires bOO
AVRIL. 1752.
101
vement du boulet, ou qu'il agit avec plus
ou shoins de force dans les interstices des
grains de poudre, ou enfin qu'il rend l'in-
flammation de la poudre plus ou moins vi-
ve. Je me contenterai de lui dire qu'on
voit par les expériences de M. Robbins.
que dès que la poudre est bien séche, les
effets sont toujours à peu près les mêmes à
quelque heure du jour, & dans quelque
tems que l'on tire. Je sçais à la vérité que
felon plusieurs Auteurs lesportées sont plus
grandes le matin & le soir que dans la
journée, & dans un tems humide, que
dans un tems sec; mais je sçais aussi que
d'autres avancent précisément le contrai-
re : & qu'ainsi c'est une de ces choses, dont
faute de moyens assez exacts, on n'a enco-
re aucune connoissance certaine dans l'Ar-
tillerie.
Paragraphe troisiéme.
Elles ne sont pas
assez, &c. J'ai répondu à ce paragraphe en
répondant au précedent.
Paragraphe quatrième. C'est d'après ces
expériences, &c.
On auroit souhaité que M. de Saint-Au-
ban eut voulu rapporter ces épreuves. On
avoue qu on ne les connoît pas, car dans
tous les Auteurs que l'on a consultés sur
certe matiere, on ne voit rien de positif:
pour s'en assurer, on na qu'à voir les
EIII
102 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs cités dans la note.
Nota. Diego Vfano, Traité de l'Artille-
rie pag, 7 & 9. La seconde partie du grand
Art de l'Artillerie de Cazimir, ch. 12 art.
17. D'Avelour, Instruction sur l'Artillerie
de France ch. 9. pag. 34. Du Praissac
Questions militaires, page 124. Maltus
Traité d'Artillerie, ch. S. pag. 89. Aure-
let, Traité des Machines & Feux d'artifice
pour la guerre. Flaurence Rivault, Elemens
d'Artillerie, pag. 125. Mémoires de
Montecuculli, liv. 1. ch. 2. pag. 65. M. le
Chevalier de Saint-fullien, la Forge de
Vulcain, pag. 32 & 33. edit. 1710. Mé-
moires d'Artillerie de Saint-Remi, seconde
édit. 1707, tome 1. pag. 83. idem tome 2.
pag. 246. Coinmentaires de Polybe, de Fo-
lard, tome 2. pag. 629. Lobreau de Four-
ville, Mémoires sur l'Artillerie. Le Mar-
quis de Santa-cruz, Réflexions militaires,
tome 9. pag. 12 & 13. idem pag. 24. Du-
lac, Theorie nouvelle sur le méchanisme
de l'Artillerie, & c.
Paragraphe cinquieme. Les expériences,
Cc.
Mon objet étant de ne rien établir que
sur les faits, il étoit dans l'ordre d'exami-
ner si les conjectures de ces habiles Physi-
ciens étoient conformes à la vérité.
Paragraphe sixième. Celles qu'a fait, &c,
103
AVRIL.
1752.
Il paroîtra singulier que M. de Saint-Au-
ban regarde comme inutiles les expérien-
ces faites pour reconnoître si l'inslamma-
tion de la poudre dans les armes à feu se
fait d'une maniere successive, ou si on peut
la regarder comme instantanée; tandis que
cette question a été agitée depuis long.
tems, & qu'en dernier lieu une des plus
illustres Académies de l'Europe, la fociété
Royale de Londres ne l'a point jugée indi-
gne de son attention, & qu'elle a nommé
un committé ex près pour reconnoître ce
qui en étoit: il est certain de plus que des
différentes vîtesses de l'inflammation, il
résulteroit des conséquences très différen-
tes.
Paragraphe septième. Les objets qui pa-
roissent, &c.
Ce paragraphe & les suivans jusqu'au
ueuvième inclusivement, n'étant qu'une
exposition de ce que j'ai rapporte dans
mon Mémoire, & des conclusions que j'en
aitiré; & M. de Saint-Auban paroissant ne
m'avoir pas bien entendu, je rapposterai ce
que dit à ce sujet M. l'Abbé Raynal, voici
comme il s'exprime en parlant de moi. „ Il
„ajoute que les questions suivantes lui pa-
„ roissent mériter d'être examinées les pre-
nmieres: scavoit, 19. qu'elle est la char-
E iiij
104 MERCURE DEFRANCE.
„ge la plus avantageuse pour un canon
»d'une longueur donnée. 2°. Quel est le
„canon le plus avantageux pour une char-
»ge donnée, & enfin quelle est le point
„où l'on doit porter le feu pour que l'in-
„flammation soit la plus prompte.
Comme il paroît de plus que M. de Saint-
Auban na pas bien conçu la différence qui
se trouve entre les deux premieres ques-
tions; je crois devoir les expliquer ici plus
au long, & ajoûter en même temps deux
mots sut les principes physiques, d'après
lesquels je suis parti: afin de répandre plus
de lumieres sur cette matiere
Il est aujourd'hui prouvé incontestable-
ment par les expériences de MM. Hauks-
bée, Hales, Robbins, &c. que la poudre
contient un fluide élastique & permanent,
qui a toutes les propriétés de l'air; que e'est
ce fluide qui se développant dans l'explo-
sion de la poudre, en fait toute la force;
que son volume dans cet état de dévelop-
pement, est à celui de la poudre qui l'a pro-
duit àpeu près comme 244 à 1. de plus
on sçait que ce fluide échauffé au dégre du
fer prêt à fondre augmente encore de vo-
lume dans le rapport de 5 à 1 l'air dont il a
les propriétés se dilatant par cette chaleur
dans le même rapport. De tout ceci il est
facile de conclure que ce fluide étant aussi
zed by Goog
AVRIL.
105
1752.
violemment échauffé qu'il l'est dans l'ex-
plosion, l'espace qu'il occuperoit dans cet
instant (si rien ne s'opposoit à la dilatation
que l'air) seroit à celui de la poudre qui
l'a produit à peu près comme 1000 à 1.
Ces faits bien connus, la maniere dont
la poudre agit sur le boulet devient facile à
l'effort du fluide qui s'est développé dans
l'explosion; car étant d'autant plus grand
que l'espace qu'il occupe est plus petit,
il s'ensuit que lorsqu'il sera étendu dans
un espace 1000 fois plus grand que le volu-
me de la poudre, il n agira plus sur le bou-
let, étant alors en équilibre avec l'air exté-
rieur. Ainsi, par exemple, une charge de8
livres dans une pièce de 24. produisant un
fluide qui occuperoit 1000 fois l'espace
que cette charge occupoit auparavant, ce
qui feroit plus de 800 pieds, en donnant
à la charge 10 pouces de long, il s'ensuit
que la longueur rhéorique d'une piéce de
24 seroit de 800 pieds, puisque le boulet
recevroit toujours une augmentation de
vitesse jusqu'à ce point.
Mais, si l'on fait attention que dans la
pratique une partie du fluide se perd par la
lumiere, par le vent du boulet, & que la
chaleur de ce fluide va toujours en dimi-
nuant, dès qu'une fois toute la poudre est
enflammée; enfin au frottement que le
Eiiij
106 MERCURE DEFRANCE.
boulet éprouve dans l'ame. On verra qu'il
n est pas étonnant que nous ayons trouvé
qu'une pièce de 24 ne devoit avoir avec
une charge de S livres que 340 pieds de
long, ayant reconnu par nos ex périences
que le fluide produit par 18 grains de pou-
dre dans un canon de six pieds, dont la ca-
pacité étoit de 25 pouces cubiques, don-
noit encore à l'extremité du canon une au-
gmentation de vîtesse au boulet.
Cette théorie des effets de la poudre
dans les armes à feu étant bien entendue,
il est facile de concevoir la différence qui
se trouve entre les deux questions que j'ai
rapportées; car quand je demande quelle est
la charge la plus avantageuse pour un ca-
non d'une longueur donnée, il est clair
que je demande la solution expérimentale
d'un problême qu'on peut regarder com-
me géométrique. Car supposons que le
fluide soit produit dans un instant, ou
que la poudre s'enflamme instantanèment,
la longueur de la charge la plus avanta-
geuse, sera à la longueur du canon comme
1. est à 2. 718. mais les causes dont on
vient de parler plus haut, comme frotte-
mens, & c. devant y apporter des change-
mens, il faut donc avoir recours à l'expé-
rience pour les reconnoître. Cependant
elle nous a montré qu'ils ne sont pas consi-
AVRIL.
1752.
107
derables dans ce cas ci, puisque nous avons
trouvé que la longueur de la charge doit
être entre le tiers & la moitié de la lon-
gueur de la piéce.
Et lorsque je demande le canon le plus
avantageux pour une charge donnée, il
est clair que cela s'entend d'un canon d'une
longueur telle que le fluide produit par
l'explosion dilate dans cette longueur, ne
puisse plus agir sur le boulet.
Paragrapne dixième. M. le Chevalier
d'Arcy ne prononce pas, &c.
Cette question est de la nature de cel-
les que les Géomêtres appellent de maxi-
mis & minimis, ou lorsqu on approche du
terme, les différences deviennent si pe-
tites, qu'elles sont insensibles; c'est pour-
quor l'on na pu déterminer par l'ex-
périence, que les deux termes entre les-
quels ce point est renfermé.
Paragraphe onzième. Longueur de ces
pieces chargées, &c.
Ces deux questions sont faciles à résou-
dre, par ce que l'on a vu dans la réponse
au paragraphe 9. ainsi l'on dira que la lon-
gueur qu il faudroit à une pièce de 24.
pour une charge de 32 ou 46 livres, seroit
à cette charge comme 340 pieds est à 8
livres, & de même que la charge qui com-
muniqueroit tout son effort au boulet dane
E vj
108 MERCURE DEFRANCE.
une piéce de 24 de 9 pieds 6 pouces de
long, se trouveroit en disant comme
340 pieds est à 8 livres; ainsi 9 pieds 6
pouces est à la charge cherchée qui seroit
de 3 onces & demi à peu près.
Paragraphe douzième, M. le Chevalier
d'Arcy, &c.
Si j'avois eu le bonheur d'être entendu
par M. de Saint-Auban, il ne me deman-
deroit pas les moyens de faire résister, &c.
Car la division que j'ai fait de l'Artillerie
& que j'ai rapporté plus haut montre assez
que le but de mon travail n est que de re-
chercher à l'aide de l'expérience, les faits
généraux qui doivent servir de base à la
théorie de l'Artillerie, & non de me char-
ger d'une partie que je sens fort au dessus
de mes forces, & qui ne convient qu'à des
perfonnes aussi experimentées que M. de
Saint-Auban.
Paragraphe treizième. On ne peut &c.
Une longueur tellement proportionnée
par rapport à la charge, que cette charge
seroit toute enflammée, lorsque le boulet
seroit parvenu à la bouche, ne seroit pas
la longueur nécessaire pour employer
toute l'action de la charge, voyez la ré-
ponse au paragraphe 7.
Paragraphe quatorzieme. Des expérience
sans nombre, & c.
AVRIL.
1752.
109
On a déjà répondu à ce paragraphe en
répondant au quatrième.
Paragraphe quinziéme & seiziéme. Les
Officiers d'Artillerie, &c.
Quoique j'aye tâché d'acquérir le plus de
connoissanee que j'ay pu sur l'Artillerie,
M. de Saint-Auban a raison de supposer
que je n'ai pas, lu tout ce que MM. les
Officiers d'Artillerie en ont écrit: cepen-
dant j'en ai assez appris pour lui dire que
ces avantages théoriques qui doivent ré-
sulter de la figure des chambres, ne peu-
vent avoir lieu, ce qui seroit facile à prou-
ver ici. Si pour être court, je ne me con-
tentois de rapporter les expériences faites
par la Société Royale.
Le committé de cette Société, chargé de
vérifier ce fait, fit faire trois chambres de
la même capacité, ajustées dans le mortier
de Hauxsbee. Leur profondeur respective
étoit de trois pouces, d'un pouce & demi,
& de trois quarts de pouces; chacune de
ces chambres remplie de poudre en conte-
noit une once, poids de troy. Le boulet pe-
soit 24. livres 6 onces - averdupoids, ou
336 onces troy: & il touchoit toujours la-
poudre, Le mortier pointé à 45 dégrés,
tiré avec la premiere chambre de 3 pouces
de profondeur, donnna dans les différentes
épreuves les portées suivantes: scavoir,
Digstnas uLO
110 MERCUREDEFRANCE
coups
pieds Anglois.
1
752.
2
685.
737.
4
733.
Dans la seconde de ces épreuves, la
chambre n'ayant pas été poussée jusqu'au
fond avant de tirer le mortier, elle s'en-
gagea par la violence du coup tellement,
qu on eut beaucoup de peine à l'en retiter.
ce qui fut vraisemblablement cause de
l'irrégularité de cette épreuve: la moyen-
ne distance des 3 autres coups est de 741
pieds. On tira ensuite trois coups avec la
chambre de de pouces, tout otant com-
me ci-devant.
coups.
466.
2
463.
463.
La moyenne distance de ces trois épreu-
ves fut de 464 pieds: on ajusta ensuite la
chambre d'un demi pouce, mais comme
elle ne remplissoit pas le mortier aussi bien
que les deux autres: on trouva les portées
sort irrégulieres.
AVRIL. 1792.
111
coups.
686.
2
998.
467.
Ce fut probablement l'humidité qui ren-
dit la troisième portée si petite, le coup
ayant été tité fort avant dans la soirée.
Paragraphe dix-septième. Malgré le
jugement & c. Ce Paragraphe, quoique sous
d'autres termes, signifiant la même chose
que le treizième, y renvoye le Lecteur.
Paragraphe dixhuitième. En général &c.
Comme je n'ai prétendu en aucune fa-
çon fixer la longueur ni l'usage des Piéces
dans la pratique, ainsi qu'on le voit par
la déclaration rapportée au commence-
ment; elle sussit pour répondre à ce para-
graphe.
Paragraphe dix- neuvième. Selon M. le
Chevalier d'Arcy. &c.
Quoique j'aye eu quelque peine à me
former une idée nette des objections con-
tenues depuis ce paragraphe jusqu'au 24eme
inclusivement, je crois cependant etre par-
venu à démêler sur quoi elles roulent, &
qu'elles se reduisent à ceci, que j'ai tort
de dire que l'ait entre pour peu de chose
dans les effets de la poudre, parce que,
suivant l'opinion de M. de Saint-Auban,
VIAMERCURE DE FRANCE.
celui qui est contenu dans les interstices
de ses grains, contribue beaucoup à la
force de son explosion; l'inflammation de
la poudre n'étant qu'un moyen de mettre
en jeu sa force élastique, 2. que l'air a
beaucoup plus de part que je ne le pré-
tends dans la cause du recul des armes à
feu tirées sans boulet, sans relever tout-
ce que dit M. de Saint-Auban sur l'obsta-
ole que la résistance de l'air oppose an recul
du canon. Je me contenterai d'examiner
son opinion, & de rapporter ce qui est
dit au sujet du recul des armes à feu dans
l'extrait du Mercure.
On a déja vu dans la réponse au para-
graphe septième que la plus grande dila-
tation de l'air par une très-grande chaleur
va à lui faire occuper un espace cinque fois
plus grand que celui qu'il occupoit aupa-
ravant. Ainsi supposant que la charge de
huit livres occupa dans une piéce de 24
un espace de dix pouces de long, que
le vuide de ses interstices équivalût à
cinque pouces, c'est à-dire, à la moitié
du volume de la charge, & que la cha-
leur de la poudre enflammée, supposée
égale à celle du fer prêt à fondre, dilate
l'air cinque fois, l'espace qu'il occuperoit
alors pour être en équilibre avec l'air ex-
téricur soroit de vingt- cinque poucos de
AVRIL. 1752. 113
long: par conséquent au-delà de cette
longueur, la poudre n'agitoit plus sur le
boulet, & la piece de vingt-quatre ne
devroit avoir théoriquement, selon l'hypo-
these de M. de Saint-Auban, que vingt-
cinque pouces de long, & dans la pratique
un peu moins: donc & c.
Quant à la seconde objection, je prie
que l'on lise l'extrait du Mercure, dont
je me contenterai de rapporter les pa-
roles suivantes. Au reste M. d'Arcy dé-
elare qu'il est bien éloigné de décider une
question qui comporte tam de difficultès, &
qu'il n'en a parlé que parce qu'il a cru qu'il
étoit à propos de faire faire attention aux Phy-
siciens à cette cause du recul qu'ils paroissent
avoir negligè jusqu'ici.
Paragraphe vingt-cinquième. On croit
sens peine &c. Si les accidens qui me sont
arrivés pendant le cours de mes expérien-
ces, ne m'avoient empêché de décider
d'une manière précise le point d'une char-
ge, où on doit l'enflammer, je croiroi
otre fort en état de déterminer ce point
pour toutes les piéces d'artillerie, quel-
ques figures qu'eussent leurs chambres.
Quant à ce que dit M. de Saint-Auban
des armes de l'Infanterie, il est étonnant
qu'il nait pas comptis mes vues; car la
facilité du service exigeant de racour-
Digsieres bi0O
114 MERCURE DEFRANCE.
cir les armes de l'Infanterie, ne falloit-
il pas scavoir le changement que cela
feroit dans les portées. J'ai montré qu'el-
les diminuoient avec les longueurs: pat
conséquent, que si les Prussiens ont l'a-
vantage de tirer vîte avec leurs fusils
courts, ils ont le desavantage de ne pas
atteindre aussi loin. Au reste une question
qui a mérité l'attention de Messieurs les
Inspecteurs Généraux de l'infanterie, mé-
ritoit bien d'être éclaircie, en tâchant de
reconnoître les principes de fait qui doi-
vent servir de base à sa solution.
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